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Edito – Se souvenir du 1er août 1914 ? Mais pour en tirer quelle leçon ?

samedi 9 août 2014, par Robert Paris

Edito – Se souvenir du 1er août 1914 ? Mais pour en tirer quelle leçon ?

Les média, le discours des hommes politiques, les cérémonies sont pleins de la première guerre mondiale, à l’occasion de l’anniversaire des cent ans. Ils affirment tous qu’il ne faut pas oublier, que le nombre de morts, leur sacrifice nécessite le souvenir. Mais de quoi veulent –ils exactement qu’on se souvienne ? Pourquoi leur semble-t-il important de ne pas oublier cet immense massacre, ce sacrifice de grande ampleur ? Est-ce parce qu’ils estiment que ces morts auraient dues être évitées ? Est-ce pour dire que la guerre est une grande saloperie et que ceux qui nous y poussent sont des assassins ? Parle-t-on de la déclaration d’entrée en guerre de la France pour condamner la décision du chef de l’Etat de l’époque Poincaré ? Pour condamner tous ceux qui ont participé à la campagne guerrière comme l’Eglise catholique qui a sonné le tocsin pour avertir de la mobilisation générale au fin fond des campagnes, qui a béni les armées, qui a béni les morts et fait des cérémonies glorifiant les soldats ? Ou encore pour condamner tous les partis politiques, jusqu’au parti socialiste et tous les syndicats, jusqu’à la CGT qui ont participé à la campagne en faveur de la guerre quand celle-ci a été déclarée ?

Pas du tout ! Il s’agit, dans les média comme chez les hommes politiques, y compris la gauche, de glorifier l’héroïsme de ces soldats « morts pour la patrie » ! Il s’agit de développer le nationalisme. Et même si aujourd’hui on nous basssine avec le tandem européen France-Allemagne, cela n’empêche pas de prétendre que la guerre contre l’Allemagne était légitime, de continuer à prétendre qu’elle a eu lieu pour récupérer l’Alsace et la Lorraine. Mais ce prétexte est complètement fallacieux : il n’aurait pas justifié une guerre mondiale déclarée par l’Autriche contre l’Empire Ottoman et un conflit auquel participaient l’Angleterre et la Russie ! C’est donc un prétexte national pour une guerre impérialiste, une guerre pour des buts de classe de la grande bourgeoisie capitaliste. Comme le disait Jaurès, « le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage » et Anatole France affirmait qu’« on croit mourir pour la patrie et on meurt pour les banquiers ! »

Hollande, lors de la commémoration de l’entrée en guerre de la France en 1914, se présente comme le grand partisan de l’amitié des peuples, mais il oublie que son entente franco-allemande actuelle est dirigée contre la Russie ! La guerre de 1914, elle aussi, avait interrompu une haine millénaire entre la France et l’Angleterre pour diriger l’entente franco-anglaise contre l’Allemagne !

A peine, le président Hollande avait-il sorti sa petite leçon de morale selon laquelle l’union Allemagne-France, après la guerre entre eux, devait servir de leçon de paix aux peuples du Moyen Orient qu’il s’affirmait prêt à participer à la nouvelle guerre qu’Obama lance en Irak…

Plus que jamais, la France de Hollande fait des guerres aux quatre coins du monde, du Mali au Centrafrique et elle en prône d’autres, de la Syrie à l’Ukraine ! Belle démonstration de l’amitié entre les peuples qui arrête les guerres ! Hollande donne l’actuelle entente franco-allemande en exemple au Moyen Orient pour arrêter la guerre d’Israël contre les Palestiniens mais il oublie qu’il a soutenu publiquement Nétanyahou au début de sa guerre à Gaza…

Et, à entendre Hollande le pacifiste lors de la commémoration de l’entrée en guerre, on en oublierait presque les discours du même Hollande justifiant le début de l’agression israélienne ou encore les discours belliqueux du même affirmant qu’il fallait lancer la guerre de la France en Syrie ou fier de mener une guerre sans fin au Mali… Alors que, selon le mandat onusien, l’intervention française au Mali aurait dû s’arrêter depuis des mois, Hollande-Valls viennent d’annoncer une nouvelle opération militaire française d’ampleur au Mali, sous prétexte de lutte contre le terrorisme islamique, avec la collaboration de l’armée d’une féroce dictature, celle de Tchad !

Loin d’être des luttes entre les peuples européens, comme voudrait le faire croire Hollande, les conflits européens qui précèdent la première guerre mondiale ont pour objectif la conquête coloniale, comme les conflits entre puissances européennes pour le Maroc, la Libye, le Congo, le Tchad.... La conquête des marchés et des matières premières amène les grandes puissances à se concurrencer. Mais les classes dirigeantes n’ont jeté le monde dans la guerre mondiale que lorsqu’elles ont estimé que de ne pas le faire était socialement plus dangereux du fait des possibilités révolutionnaires du prolétariat alors que la crise économique devenait critique.

Vue la quantité d’émissions et d’interventions sur le déclenchement de la première guerre mondiale, on aurait pu penser qu’on allait apprendre quelque chose sur les vraies raisons de son déclenchement mais il n’en est rien… On continue à nous présenter l’affaire comme un affrontement entre la France et l’Allemagne alors que c’est une guerre bien plus générale avec y compris la participation des USA et de la Russie, sans parler de l’Autriche et de l’empire ottoman… Bien sûr, les classes dirigeantes, même cent ans après, ne tiennent toujours pas qu’en soit révélée la véritable raison qui est la crainte de la révolution prolétarienne !!!

Et les classes dirigeantes d’aujourd’hui ont d’autant plus de raisons de cacher les raisons de ce crime de masse d’il y a cent ans qu’elles sont justement en train de se préparer à commettre le même et pour les mêmes raisons : la crise systémique et les risques révolutionnaires qu’elle entraîne…

La véritable racine de la première guerre mondiale de 1914 est la crise économique de 1907 et la montée ouvrière de 1905-1910 qui a montré la menace sociale que représentait de plus en plus le prolétariat. En 1914, alors que se profilait une nouvelle crise économique, la société capitaliste n’était pas encore sortie des conséquences économiques, sociales et politiques de la crise précédente, d’où le choix des classes dirigeantes de prendre le risque de jeter le monde dans la guerre. Le choix de la guerre était une solution pour arrêter la montée des forces ouvrières et socialistes et de les contraindre à se ranger dans le camp de la défense nationale. L’effet escompté a été parfaitement réussi. Par contre, la fin de la guerre mondiale a été très difficile à négocier pour les classes dirigeantes et partout les révolutions se sont réveillées à nouveau, malgré le massacre guerrier, et ont même contraint les classes dirigeantes à arrêter la guerre, à abandonner tous les empires (russe, austro-hongrois, allemand comme ottoman), et à faire des réformes de grande ampleur.

Si cela a un intérêt de se rappeler de ce centenaire, c’est bien parce que le capitalisme est toujours autant porteur de guerre, et de guerre mondiale en cas de crise mondiale d’ampleur. Et comme dans les deux guerres mondiales précédentes, le conflit guerrier a pour but, pour les classes dirigeantes et les Etats à leur service, de dévier les risques sociaux révolutionnaires ou de les empêcher en mettant la société dans un état de dictature, tous les pays en état de guerre étant des dictatures…

Il n’y a aucun hasard si la violence dans le monde a considérablement grandi depuis la crise de 2007-2008 et depuis la vague des révolutions qui lui a succcédé. Bien sûr, nombre de prolétaires peuvent penser que leur classe, qui ne parvient même pas à se défendre face aux licenciements et aux diverses attaques antisociales, n’est nullement une menace révolutionnaires. Visiblement, les classes dirigeantes ne pensent pas la même chose !

Les classes dirigeantes préfèrent toujours les guerres aux révolutions sociales. Elles ont transformé partout des situations révolutionnaires en guerre, quitte à soutenir des bandes armées fascistes ou terroristes, celles ui mettent à feu et à sang la Syrie, la Palestine ou la Libye…

Pour que les morts de 1914-1918 ne soient pas oubliés, il faut que les travailleurs tirent la leçon de cet assasinat collectif : quand les classes dirigeantes connaissent une grave crise, il ne faut pas leur laisser le pouvoir… de jeter le monde dans la boucherie guerrière. Sinon, elles s’en serviront et prétendront qu’elles nous défendent contre le terrorisme ou contre les nouveaux impérialismes des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du sud).

Travailleurs, nous sommes une seule et même classe par delà les frontières, et nous seuls pouvons empêcher le capitalisme en crise de nous jeter dans de nouveaux massacres, dans de nouveaux Verdun, dans de nouveaux Craonne.

Prolétaires, unissons-nous contre les militaires, les dictateurs, les bourreaux et les fascistes, sous produits inévitables des désordres économiques capitalistes et réalisons la seule réponse possible : le renversement du pouvoir capitaliste et son remplacement par le pouvoir aux conseils de travailleurs ! Il n’y a pas d’autre moyen d’éviter les guerres et les dictatures que la crise systémique rend absolument indispensable aux classes dirigeantes. Quand les capitalistes craignent la révolution sociale, il n’y a pas d’autre issue que de la faire triompher.

Concluons avec Jaurès, le grand homme politique français assassiné par un criminel commandité par l’Etat pour permettre à celui-ci de lancer la guerre sans réaction du mouvement ouvrier et socialiste :

« Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état de l’apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l’orage. Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d’hommes possèdera les grands moyens de production et d’échange, tant qu’elle possèdera ainsi et gouvernera les autres hommes, tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu’elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et le pouvoir… ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera des guerres armées entre les peuples. »

(discours du 7 mars 1895 de Jaurès à la Chambre des députés)

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