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Maintenir sous perfusion le capitalisme en survie artificielle est devenu déraisonnable même du point de vue capitaliste

mercredi 16 mars 2022, par Karob, Robert Paris

Maintenir sous perfusion le capitalisme en survie artificielle est devenu déraisonnable même du point de vue capitaliste

Certains capitalistes, financiers et économistes continuent de réclamer que continue à tout prix et à toute force le « quoi qu’il en coûte », c’est-à-dire que les banques centrales et les Etats continuent d’intervenir massivement dans l’économie, sous prétexte de pandémie ou pas, pour sauver les trusts et les banques, racheter les actifs pourris, faire monter les bourses, désamorcer les bulles spéculatives, intervenir sur le cours des matières premières, subventionner des activités couteuses, créer des rentes pour éponger les capitaux en surplus et leur offrir des revenus factices, baisser les taux d’intérêts, prêter aux Etats et éponger leurs dettes, etc. Tout cela coûte un argent fou aux Etats et institutions financières, mais ce n’est pas cela qui alarme les capitalistes.

Certains capitalistes et experts économiques pointent du doigt un danger alarmant lié à cette fabrication massive de monnaie par les banques centrales : le risque d’une « crise des liquidités ». Les « liquidités » en question, c’est l’argent mis en circulation par les banques centrales, sans correspondre à des valeurs réelles produites, devient tellement important qu’il plombe toute l’économie, dévalorise les valeurs réelles, décourage tout développement économique, entraîne une inflation incontrôlable, etc. Ces liquidités menacent de noyer l’économie réelle, qui était déjà engluée par le trop plein de capital.

Le capitalisme est pris entre des nécessités extrêmes et contradictoires : intervenir pzr les Etats et banques centrales pour sauver l’économie et arrêter de s’endetter follement, augmenter la masse des liquidités en évitant artificiellement l’effondrement économique ou arrêter de l’augmenter en laissant l’économie chuter massivement et inexorablement, laisser filer l’inflation en rognant les profits et en réduisant les échanges .

Même sous perfusion massive, sous oxygène en respiration artificielle, en soins palliatifs, le capitalisme a dépassé ses limites de survie et ses traitements deviennent aussi dangereux que sa maladie. Il va bientôt falloir, même du point de vue des capitalistes et leurs gouvernants, débrancher ce mort vivant.

Comment le capitalisme pourrait-il être étranglé par trop d’argent distribué aux capitalistes ? La plupart des gens s’imaginent que plus le capitalisme détient d’argent plus il se porte bien et découvrent avec stupéfaction qu’il y a une crise due à trop de liquidités et une crise due à trop d’argent en circulation et même une crise due à trop de capitaux.

Trop de liquidités, ou pas assez, trop d’interventions étatiques et des banques centrales ou pas assez, trop dettes ou faut-il en faire encore, trop de capital ou pas assez, le capitalisme est pris entre des nécessités complètement contradictoires.

Le capitalisme en crise a-t-il trop d’argent ou pas assez d’argent ? Eh bien, les deux à la fois ! Les banques centrales n’ont plus assez d’argent pour continuer à intervenir massivement de manière financière pour sauver les capitalistes et les Etats aussi. L’économie a trop d’argent qui circule et il en résulte à la fois une inflation et une aggravation du rapport entre la masse des capitaux et les seuls capitaux qui s’investissent et rapportent réellement de la plus-value. Il devient de plus en plus difficile de rétribuer correctement le capital et la masse des capitaux devenue trop importante par rapport aux possibilités de placement de ces fonds.

On entend dire tout et son contraire à propos de l’état actuel du capitalisme : qu’il est parfaitement viable et aussi qu’il est proche du krach final, causé par une noyade dans la masse trop grande des liquidités, causé par un étranglement dû à une inflation galopante impossible à combattre, produisant trop comme trop peu. Certains veulent que les Etats interviennent encore pour « sauver » les trusts et d’autres estiment qu’il y a trop d’argent étatique et issu des banques centrales et que cela étouffe l’économie. Certains se plaignent qu’on produit trop de voitures mais d’autres estiment qu’on manque de certains produits indispensables à leur production. Ces contradictions, très nombreuses, montre que le système est pris entre des nécessités incompatibles.

Le système capitaliste a atteint un point où on entend des propos tout à fait contradictoires à son propos. Les uns prétendent qu’il a parfaitement tenu le coup face à la crise covid, qu’il remonte, que ses profits boursiers le prouvent, qu’il a réglé tous ses problèmes fondamentaux et que ce sont ceux qui essaient de l’aider, Etats et banques centrales, qui le plombent. Et ils énumèrent des causes de crise qu’ils estiment venues de l’extérieur du système, à commencer par le covid, pour continuer par trop d’interventions institutionnelles (Etats et banques centrales ayant maintes fois injecté des milliers de milliards en considérant qu’il fallait sauver les trusts et banques « quoiqu’il en coûte » et cela bien avant covid), trop de fausse monnaie provenant des banques centrales (puisque ces banques fabriquent autant d’argent qu’elles le veulent pour aider le capitalisme), etc.

Ces capitalistes, et les experts et gouvernants à leur service, essaient de rassurer mais ils sont loin d’être eux-mêmes confiants dans l’avenir au point que certains estiment que la seule crise serait même « une crise de confiance » des capitalistes eux-mêmes dans la pérennité du système, empêchant les capitalistes d’investir (car un vrai investissement, contrairement à une spéculation, bloque les capitaux sur des durées importantes) !

Alors que la taille des bilans des Banques centrales végétait à moins de 10 % du PIB, ces mêmes bilans ont plus que doublé de volume en quelques années, représentant près de 20 % pour la Banque centrale américaine, 40 % pour la Banque centrale européenne, et 100 % pour le Japon. Après une phase de relative stabilisation à partir de 2015, ces bilans semblent prêts à croître de nouveau, gonflés à bloc par les discours des Banquiers centraux afin de juguler le coronavirus financier.

Ces liquidités créées par les Banques centrales ont notamment servi à racheter une partie de la dette colossale émise par les gouvernements durant la même période.

Alors que la dette publique américaine représentait moins de 40 % du PIB avant 2008, elle représente désormais près de 100 %, aidée il est vrai par Donald Trump qui n’a pas lésiné sur les moyens pour pousser davantage la machine américaine.

Même la Chine s’est mise au diapason avec une hausse de sa dette gouvernementale de 25 à 65 % du PIB ; en fait le cas Chinois est encore plus frappant que les autres puisque les dettes des ménages et des entreprises ont aussi crû très significativement : au total la dette Chinoise est passée de 160 % à 260 % du PIB.

En fait, le capitalisme n’est pas victime d’une simple maladie passagère, n’est pas en crise économique classique, n’est pas en récession qui sera nécessairement suivi d’une reprise, ne subit pas seulement le trop de liquidités, le trop d’interventions financières institutionnelles, les conséquences d’un trop pandémique du covid ou des mesures de confinement qui en découlent, ni encore le trop chaud du climat, le trop d’atteintes écologiques, ni encore le trop d’Etat, le trop de dettes, le trop d’inégalités, ni le trop de marchandises, le trop de productions, le trop de ceci ou de cela. Tous ces signaux là ne sont pas la cause mais la conséquence de la politique menée, à savoir fausser le système et casser le thermomètre, tromper les mécanismes « naturels » du capitalisme, parce que ces fonctionnements normaux mènent direct à la mort du système. On va voir que les méthodes institutionnelles capitalistes pour truquer la réalité y mènent malgré tout, avec retard mais de manière encore plus inexorable.

Le système socio-économique qui a longtemps dominé le monde atteint, depuis 2007, les limites de ses capacités, à savoir le trop de capitaux. Pour bien des travailleurs, on ne peut pas avoir trop de capitaux comme on ne peut pas avoir trop de liquidités. Car les travailleurs comme les peuples se placent du côté du consommateur et pas du producteur de… profits. Pour ce dernier, il ne suffit pas d’avoir produit du profit en exploitant les travailleurs par la plus-value, encore faut-il remettre ces profits dans le circuit pour qu’ils produisent de nouveaux profits. Et si cela devient de plus en plus difficile, c’est l’étranglement car le système n’est pas capable de produire moins de profits. Certes, au cours des crises dites classiques du capitalisme, il est arrivé que le système produise des chutes brutales des capitaux, des masses de ceux-ci étant carrément détruits mais le fonctionnement ne peut s’empêcher de produire sans cesse plus de capitaux. Le seul blocage irrémédiable ne provient que de la limite historique, celle que le système a atteint en 2007 et à partir de laquelle la proportion de capitaux trouvant de vrais investissements productifs se réduit sans cesse, passant un nœud coulant au capitalisme.

On pourrait s’étonner qu’un système puisse craindre d’être trop riche, mais, pour le capitalisme, il est dangereux de posséder des capitaux et de ne pas être capable de les rentabiliser. C’est plus que dangereux, c’est mortel. Et quand la part des capitaux qui ne parviennent pas à se rentabiliser en s’investissant normalement grandit sans cesse, ce qui est le cas depuis 2007, on en vient à une société qui fait semblant d’offrir des possibilités d’investissements mais qui n’en a pas de réelles. Et ces faux investissements se retournent alors contre le système lui-même, produisant en masse de manière étonnante des titres pourris, des fausses monnaies, des titres des dettes privées et publiques, des bulles financières, des investissements nécrophiles et autres produits destructeurs. Ces faux investissements peuvent momentanément cacher que les capitaux en trop grande masse n’ont pas trouvé d’investissements rentables normaux mais cela ne peut pas être maintenu ainsi éternellement.

Même les interventions financières massives des Etats et des banques centrales ne peuvent pas durablement cacher la catastrophe.

Il en résulte des contradictions étonnantes. Les capitalistes n’ont jamais été aussi riches mais les marchés se mettent à manquer… de capitaux parce que les capitalistes se sont vus offrir des faux investissements trop rentables.

Autres contradictions qui découlent de ces interventions folles des pouvoirs financiers centraux : le capitalisme a certes duré depuis 2007 mais il est en train de pâtir de telles interventions.

Il en résulte à la fois une crise des liquidités et une crise du manque de liquidités quand il s’agit d’investir, à la fois d’une crise inflationniste qui fait grimper les prix en flèche et d’une crise de la chute de rentabilité des productions de base, y compris celles des matières premières, et, du coup, une crise de manque de matières premières et des certains produits manufacturés, qui deviennent à la fois trop produits et pas assez. Fausser les règles économiques de base, qui est devenu la méthode clef pour faire durer le système, a atteint aussi ses limites.

Mais la limite fondamentale, celle de la capacité à s’investir des capitaux (le pourcentage de capitaux qui trouve un investissement productif estimé rentable par les possesseurs de capitaux), dépassée depuis 2007, est à terme mortelle car le but fondamentale du capitalisme, c’est d’augmenter son capital. Tous les autres signaux (liquidités, prix, échanges, blocages, etc.) ne sont que des symptômes révélant que l’on n’a fait que tricher pour contourner une telle limite, pour faire semblant de ne pas l’avoir atteinte, sans pouvoir pour autant la dépasser réellement. Et ce faux semblant, par des méthodes complètement artificielles, en inondant d’argent factice l’économie, en faussant tous les moyens de mesure, en brouillant tous les indicateurs, n’a pas permis de changer la réalité pour autant : la limite historique est atteinte.

Les limites réelles et infranchissables pour le capitalisme ne sont donc pas seulement des limites d’endettement des Etats, des limites de création monétaire par les banques centrales, des limites d’aides financières publiques aux trusts et aux manques, mais des limites du système capitaliste lui-même, de sa capacité à dépasser un certain stade où ses capitaux ayant trop grandis sont de moins en moins, relativement, capables de s’investir dans la production en créant de la plus-value qui se réinvestit. Ce n’est pas un fonctionnement secondaire qui est ainsi bloqué progressivement mais le principal.

Ce n’est pas les communistes que nous sommes qui peuvent être alarmés d’une telle situation. Ce sont les capitalistes et leurs gouvernants que cela affole. Cela montre que l’humanité développe bien plus de moyens matériels que le capitalisme n’est capable d’en encadrer et que l’humanité va devoir se doter d’un autre système socio-économique pour gérer l’activité humaine, un système qui fonctionne dorénavant non plus pour une minorité de grands capitalistes mais pour toute la population travailleuse et qui soit organisé pour elle et par elle. Une bonne nouvelle, direz-vous, sauf si les capitalistes parviennent à nous enterrer en même temps que va l’être leur ancien système tout pourri !

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