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L’anti "Islamo-gauchisme", un mot d’ordre anti-communiste et anti-prolétarien du gouvernement (1)

dimanche 28 février 2021, par Alex

« Islamo-gauchisme », aux côtés de « séparatisme », « complotisme », « islamisme », « islam politique », « anti-vaccin » est devenu un des qualificatifs, utilisés par le gouvernement pour discréditer un groupe de personnes, sous-entendant que ces personnes ont une attitude anti-républicaine, ce qui peut vouloir dire anti-sûreté de l’Etat, son utilisation étant donc une menace à peine voilée de sanctions.

Ces quasi-injures politiques, en prétendant se placer d’un point de vue de la « défense de la république laïque une et indivisible », de la « démocratie », de la « science » sont un de ces drapeaux anti-révolutionnaires, interclassistes, susceptibles d’inciter à les utiliser, d’une part l’extrême droite (ce que récemment un enseignant de Trappes a fait), mais aussi des gens qui se sentent à gauche, voire d’extrême gauche.

Par exemple concernant les Gilets jaunes, l’organisation Lutte Ouvrière reprend l’accusation grossière des medias bourgeois sur le « complotisme » (et l’antisémitisme concomitant) qui serait l’idéologie principale de ce mouvement :

Le milieu des gilets jaunes est particulièrement friand, et propagateur, de ces théories. Des dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui se sont mobilisés, pendant des mois entiers, pour aboutir à une impasse, sont logiquement prompts à croire que leur défaite est due à un complot, à des forces plus puissantes qu’eux parce qu’occultes, cachées…, plutôt que de chercher les raisons politiques de cette impasse.

Beaucoup de complotistes, dans ce milieu comme ailleurs, sont persuadés que leur complotisme est une forme d’anti­capitalisme. Le socialiste allemand August Bebel disait à la fin du 19e siècle que «  l’antisémitisme est le socialisme des imbéciles  ». On pourrait le paraphraser en disant que le complotisme est d’une certaine manière l’anticapitalisme des désespérés. Mais, tout comme l’antisémitisme, il est réactionnaire et lourd de dangers. (...) Comme les religieux, les complotistes convaincus ont réponse à tout et, de plus, sont convaincus que ceux qui ne croient pas à leurs théories sont eux-mêmes victimes du complot qui leur a lavé le cerveau.

Lutte de classe - Février 2021 - Le complotisme

LO reprend donc les injures du gouvernement contre les Gilets jaunes en se plaçant sous l’égide d’un de ces « espaces théoriques » ouverts par celui-ci, en consacrant au « complotisme » un article entier de sa revue « théorique » !

Une critique de cet article de LO mériterait un contre-article entier, vu la véritable déclaration de guerre au marxisme que contient de la part de LO l’affirmation :

Nous ne sommes pas (...) des adeptes de la philosophie des Lumières, ces philosophes qui pensaient au 18e siècle que la raison allait illuminer le monde.

Qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ?

L’ article de Libération donne un bon résumé des dernières occurrences médiatiques de ce terme.

On peut en retenir la définition qu’en donne un de ceux qui a lancé l’expression, le « politologue » (charlatan pseudo anti-raciste conviendrait mieux) P. A. Taguieff qui déclarait en octobre dernier :

comment expliquer et comprendre le dynamisme, depuis une trentaine d’années, des différentes formes prises par l’alliance ou la collusion entre des groupes d’extrême gauche se réclamant du marxisme (ou plutôt d’un marxisme) et des mouvances islamistes de diverses orientations (Frères musulmans, salafistes, jihadistes) ? Pourquoi cette imprégnation islamiste des mobilisations « révolutionnaires » ? (...)

C’est ainsi qu’on observe, d’une part, que des militants marxistes-léninistes passés au terrorisme, tel Carlos, se sont rapprochés des milieux islamistes, jusqu’à se convertir à l’islam en version Al-Qaïda et à prôner un front islamo-révolutionnaire « contre les Juifs et les croisés ».

P.A. Taguieff lance donc clairement une formule anti-marxiste, anticommuniste, et ses conclusions rappellent le terme « Hitlero-trotskysme » employé par les staliniens dans les années 30 contre les vrais révolutionnaires, les deux expressions sous-entendant : les idées marxistes engendrent les idées antisémites et le passage au fascisme.

Cet argument est vieux comme le Marxisme.

Tous les militants marxistes devraient donc se sentir visés par cette attaque.

Une organisation comme Lutte Ouvrière (LO) qui se réclame de Trotsky devrait se sentir concernée par cette attaque que représente le terme d’islamo-gauchisme à un deuxième titre. Car LO est la seule organisation qui se réclame du marxisme, tout en participant aux jeux médiatiques, électoraux et parlementaire bourgeois, arène dans laquelle ce terme vient justement de faire irruption.

C’’est donc le marxisme qui est mis en cause, insulté, menacé par la police en premier lieu. En second lieu ce sont les militants, les organisations politiques ou syndicales qui se réclament, ou sont désignées comme se réclamant du marxisme qui sont visées, qu’elles aient eu des dérives« pro-islamistes » ou non.

Des politologues invités dans les medias désignaient comme islamo-gauchistes la LCR autour des années 2000 ; des marxistes qui dans les années 70 ont soutenu l’arrivée des islamistes au pouvoir en Iran en 1979 ; la ministre F. Vidal mentionne Mao à ce propos, nous y reviendrons.

Mais il faut tout de suite comprendre que ce n’est pas la dérive vers l’extrême droite que dénoncent des gens comme Taguieff, c’est le marxisme lui-même. Une preuve en est qu’un tel thème revient chez un historien des idées comme Z. Sternhell. Dans son livre La droite révolutionnaire, il place Griffuelhes et Pouget dans le même sac que les fascistes ! :

Ainsi, depuis le boulangisme et jusqu’à la collaboration, un même phénomène réapparaît constamment : les ligueurs de Déroulède, les antisémites de Drumont, les bandes de Morès et de Guérin, les Jaunes de Biétry, les intellectuels du cercle Proudhon, les fascistes de Valois, de Doriot ou de Déat, tous rejoignent, dans une même aversion de la démocratie libérale, blanquistes, guesdistes et communards, syndicalistes CGT et intellectuels de gauche, députés socialistes et membres du bureau politique du parti communiste.

(...) Le marxisme est décidément mal outillé pour affronter cette crise de la démocratie qui se produit à un moment historique où le prolétariat est encore très loin d’être capable d’en profiter pleinement.

Bref, même si pour ces auteurs le marxisme n’est pas en lui-même une idéologie réactionnaire identique au nazisme, il est un terrain qui inévitablement favorise le glissement vers ces idéologies fascistes, islamistes, car s’opposant à la « démocratie bourgeoise », la seule possible.

Le fait que le gauchisme désigne bien l’extrême gauche révolutionnaire (en opposition notamment aux réformistes du PS, du PC et de la CGT) depuis Mai 1968 était bien expliqué par LO en 1972 :

La manifestation organisée à l’occasion du 1er mai 1972 par l’ensemble des groupes « gauchistes », hormis l’AJS résumait, de façon sommaire mais saisissante, les problèmes du courant révolutionnaire en France.

Fait difficile à concevoir avant 1968 mais qui, aujourd’hui, fait partie des données de la vie politique française, en une occasion qui n’était pas en elle-même particulièrement mobilisatrice, le courant gauchiste est capable d’organiser une manifestation comparable par l’ampleur à celle du PCF et de la CGT.

(...)

Bien sûr, le mouvement « gauchiste » est hétérogène. Bien sûr, il est divisé en une multitude de tendances qui ont, sur la plupart des questions, des positions divergentes. Mais derrière les traits particuliers, même importants, l’incapacité congénitale de se lier au prolétariat dessine une même physionomie.

Cela se concrétise différemment pour les deux courants dominants du mouvement « gauchiste » en France : le courant maoïste-spontanéiste et le courant trotskyste mais n’ayons garde d’oublier que les racines sociales sont les mêmes. LO : le mouvement gauchiste en 1972

Remarquons que dans cet article, LO ne se rangeait pas parmi les groupes gauchistes, mais qu’aux yeux des bourgeois et des staliniens, LO est bien un groupe dit « gauchiste », nous l’y inclurons donc.

Ainsi, depuis 1968, le terme de « Gauchiste » désigne des partis ou courants révolutionnaires qui se démarquent clairement à la gauche du PC, se réclament de la révolution, du marxisme, que le PC stalinien d’URSS a trahi (depuis 1922 pour la Gauche communiste, depuis 1924 pour les trotskistes, 1956 pour les maoïstes).

De te fabula narratur ! aimait à répéter Marx en Latin dans Le Capital ; traduction : « c’est de toi que cette histoire parle ! ».

C’est donc bien, répétons-le, le marxisme, et par ricochet les organisations de l’extrême gauche comme Lutte ouvrière et le NPA qui sont visés en premier lieu, pas la gauche réformiste, qui ne l’est qu’en second lieu. Mais au-delà de ces organisations qui n’ont en fait plus grand-chose de révolutionnaire, c’est tout parti authentiquement marxiste révolutionnaire potentiel qui est visé par avance.

Les politicien(ne)s qui partent en mission pour Macron dans cette campagne contre l’islamo-gauchisme, mentionnent à peine N. Arthaud et JP Mercier (LO/CGT), P. Poutou (NPA/CGT), mais immédiatement J.L. Mélenchon, qui est de gauche mais n’est pas un gauchiste. Pourquoi ?

Qu’est-ce que la gauche ?

Historiquement, on parle de la gauche politique française depuis que les assemblées de députés de la Révolution française de 1789 ont vu se placer « à gauche » les députés les plus « radicaux » et à droite les députés les plus « conservateurs ». Ce terme a gardé la même signification aujourd’hui : « la gauche » désigne donc clairement une partie du personnel politique au service de l’Etat bourgeois. Sans ambiguïté, le PS, le PC, et la France Insoumise de J-L Mélenchon sont de gauche, ils proposent de réformer (sans la détruire) la société capitaliste au moyen principalement des élections, aucun d’eux ne fait plus semblant d’être révolutionnaire.

Le premier mensonge de F. Vidal et des partisans de Macron, qui promeuvent J.L Mélenchon « premier de cordée », leader de l’« islamo-gauchisme », est donc de classer Mélenchon parmi les « gauchistes », terme qui désigne, nous l’avons vu et allons le repréciser, des révolutionnaires.

Donner un brevet de révolutionnaire à J.-L. Mélenchon sert à encourager ceux qui voudraient « changer le système » à le faire sans passer par la lutte des classes, mais au moyen des élections, en se ralliant au chauvinisme de Mélenchon, toujours prêt à crier vive l’armée française et notre drapeau.

Les « gauchistes », les vrais, dont LO, voire NPA sont invités par le pouvoir et ses medias à se rallier autour de Mélenchon, tout comme ceux de droite autour de M. Le Pen.

Un corollaire du premier mensonge est donc l’objectif suivant : faire disparaitre tout courant marxiste (ou bolchévique, ou léniniste, ou trotskiste, c’est équivalent) du mouvement ouvrier. Un jeune travailleur qui prend conscience des questions politiques à travers des mouvements comme les journées d’(in)action syndicales ne doit pas être approché par de vrais révolutionnaires. Un « écran centriste », un leurre, doit lui faire croire que ce qu’il y a de plus révolutionnaire en politique est la mouvance Mélenchon ... dont feraient partie LO et le NPA, qui n’en seraient que l’aile gauche, marginale.

La campagne contre l’islamo-gauchisme est donc une promotion de J.L. Mélenchon, de son courant.

Malheureusement les deux organisations LO et NPA ont répondu depuis des années « présent ! » à la mise en demeure qui leur est faite de se rallier à la Gauche, car elles font tout pour se faire accepter par cette gauche, dont le PC et la CGT (qui est de fait quasiment un parti réformiste de salariés autant qu’une organisation syndicale).

Un des derniers exemples date du mouvement des retraites : le strapontin qu’accepte N. Arthaud sur la photo ci-dessous à un meeting de la Gauche sur les retraites en Décembre 2019 à Saint-Denis n’est pas que symbolique :

Le compte-rendu de LO du meeting ne contient en effet aucune critique de la politique des participants de ce meeting, et on y cherche en vain quelle est la politique de LO dans ce mouvement, qui la différencierait de celle du reste la gauche. LO était dans le mouvement des retraites derrière la gauche électorale, qui se sert du drapeau de la CGT et autres syndicats dans ces mouvements.

Le terme d’islamo-gauchisme qui mélange les marxistes et les réformistes est donc un appel de l’Etat bourgeois que les « gauchistes » NPA et LO acceptent de fait sans broncher depuis des années : leur intégration dans l’appareil d’Etat et la gauche réformiste, qui se fait en pratique par l’appareil syndical (J.P mercier et P. Poutou ne critiquent jamais la politique de la CGT).

On ne peut donc pas attendre des « gauchistes » de LO ou du NPA une réponse en « défense du marxisme » à l’attaque de Vidal. Le manque d’une telle réaction de LO et du NPA par rapport au discours de F. Vidal est pourtant contraire à ce que tout parti qui se réclame du Trotskisme, ou de la révolution, devrait faire. On ne peut certes pas reprocher grand-chose au NPA car la transformation LCR/NPA a correspondu à un rejet explicite du Trotskisme et de la révolution comme fondement programmatique, mais la Fraction dite LO/NPA de ce parti se réclame encore du Trotskisme. Le NPA a donc choisi de garder (en apparence) un pied dans le mouvement révolutionnaire.

Rappelons qu’une des conditions d’admission des partis à l’internationale communiste (1920) était de se démarquer de « la gauche » réformiste :

Les Partis désireux d’appartenir à l’Internationale Communiste ont pour devoir de reconnaître la nécessité d’une rupture complète et définitive avec le réformisme et la politique du centre et de préconiser cette rupture parmi les membres des organisations. L’action communiste conséquente n’est possible qu’à ce prix.

Les camarades qui ne sont pas convaincus de cette collusion de LO avec la gauche électorale (puisque les militants de LO, en confession privée, dans leurs réunions entre militants, dans des messes-basses dans les manifs, dans certains de leurs articles de leur presse, critiquent Mélenchon), peuvent regarder cette video qui nous montre N. Arthaud (LO) aux côtés de E. Coquerel (LFI) et autres pseudo syndicalistes-révolutionnaires réunis pour une discussion entre amis

N. Arthaud fuit notamment la réponse à la question : « mais que font les directions syndicales ? »

Wikipedia rappelle jusqu’à quel point E. Coquerel est vautré dans l’appareil d’Etat bourgeois :

Il est élu député de la première circonscription de la Seine-Saint-Denis pour le groupe La France insoumise lors des élections législatives de juin 2017.

Éric Coquerel est membre de la commission des Finances, de l’Économie générale et du Contrôle budgétaire de l’Assemblée nationale et de la commission spéciale chargée de vérifier et d’apurer les comptes, il est également président du groupe d’amitié France-Islande et vice-président des groupes d’amitié France-Cameroun, France-Japon, France-Russie et France-Viet-Nam.

Qu’entendons-nous donc par le fait de répondre à F. Vidal ? Cela ne veut pas dire forcément consacrer en entier l’éditorial d’un bulletin d’entreprise à cette question. Il n’y a pas toujours de raison de faire écho à une polémique qui ne serait que politicienne. Et LO qui n’a pas eu de dérive pro-islamique comme le NPA pourrait se dispenser de répondre ? C’est aux travailleurs qu’il convient de répondre. Beaucoup, même militants, ne comprennent pas vraiment le terme « gauchiste » car c’est de la préhistoire. Il ne faut pas se regarder le nombril et penser que la majorité des travailleurs ont suivi la ligne des différentes organisations. De plus, le gouvernement sous-entend par sa campagne que tous les gauchistes sont pro-islamiques.

Au niveau de la propagande, une réponse est donc nécessaire, d’abord à usage interne, car les termes de « gauchisme » et « islamo-gauchisme » font référence :

1) à la brochure de Lénine sur le gauchisme, Lénine est l’inventeur principal du terme « gauchisme »

2) au renversement de ce terme par les staliniens, en particulier en 68, ce terme devenant une injure des staliniens envers toute opposition à leur gauche

3) à la trahison du marxisme par des maoïstes et autres « gauchistes » qui ont soutenu les islamistes en Iran en 1979, aux faux marxistes qui ont fait l’apologie des guerillas guevaristes, nationalistes ou religieuses dans des pays arabo-musulmans, et à d’autres positions réactionnaires récentes sous couvert de marxisme.

4) à de potentiels courants réactionnaires dans le mouvement ouvrier, que le gouvernement renforce en les faisant passer pour des « opposants dangereux », ayant une « base de masse » dans la société.

Sans quelques notions sur ces 4 points, un militant, ouvrier ou non, ne pourra jamais devenir cadre d’un parti révolutionnaire, car il sera vite dépassé, puisqu’il sera confronté, inévitablement, à un de ces 4 points un jour ou l’autre.

Accessoirement, le gouvernement, en mettant à la mode temporairement les termes de « bolchévisme », « gauchisme » à la une des médias, tendent un porte-voix à LO et au NPA, qui sont invités dans nombre de ces médias. Une réaction militante de leur part clorait en 5 minutes cette campagne, qui risquerait de devenir une occasion de populariser le vrai marxisme.

A suivre ...

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