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Commercy : un événement marquant dans le mouvement des Gilets jaunes

dimanche 27 janvier 2019, par Robert Paris

Commercy : un événement marquant dans le mouvement des Gilets jaunes

L’événement marquant, n’en déplaise aux médias, n’est pas dans telle ou telle déclaration des pseudo-leaders des gilets jaunes, qu’ils soient pour une liste aux européennes, qu’ils affirment lancer le mouvement comme jamais ou créer un parti politique, ou encore qu’ils lancent telle ou telle autre proclamation de participation au débat national du gouvernement, ou encore de négociation avec celui-ci. Non, l’événement essentiel chez les gilets jaunes, c’est encore l’organisation à la base du mouvement, qui est parvenu à perdurer malgré la répression qui a détruit les points centraux de regroupement et d’organisation de la lutte, les groupes de gilets jaunes des ronds-points.

Et dans ce domaine, l’événement le plus marquant de ce week-end a été certainement l’assemblée des assemblées convoquée à l’appel des Gilets jaunes de Commercy, eux qui n’ont cessé de redire : « Nous réaffirmons ici une fois de plus l’absolue nécessité de ne nous laisser confisquer notre parole par personne. » Et encore : « Nous pleurons aujourd’hui les victimes de la répression, plusieurs morts et des dizaines de blessés graves. Maudits soient ceux qui ont permis cela, mais qu’ils sachent que notre détermination est intacte, bien au contraire ! »

Plus de 400 gilets jaunes venus de toute la France ont répondu samedi à l’appel de Commercy, lancé en décembre pour créer une coordination du mouvement au niveau national sur le modèle des Assemblées quotidiennes pratiquées dans la Meuse. On a vu à Commercy des délégations arriver de l’Ardèche, de l’Ariège, de Brest, de la Drôme, du Gard, de Lorient, Montpellier, Nantes, Nice, Orléans, Poitiers, Rennes, Saône et Loire, Strasbourg, de région parisienne et bien-sûr de toute la région Grand-Est. Sans oublier les autres stars de la "Maison du Peuple de Saint-Nazaire", le lieu occupé depuis deux mois par les gilets jaunes qui l’ont baptisé ainsi.

Toutes les délégations "mandatées par leurs assemblées" se présentent à tour de rôle et racontent la bataille des ronds-points. Une bataille qui dure depuis plus de deux mois pour tous ceux qui viennent de province.

L’intervention de Commercy à l’assemblée des assemblées s’est terminée par une ode à leur démocratie directe : « C’est une idée qui a été suivie. C’est pas une personne qui a été suivie. C’est vraiment extraordinaire ce qui se passe aujourd’hui. »

Cependant, même à l’assemblée des assemblées de Commercy, le débat fait rage. Il y a ceux qui veulent à tout prix que la suite des gilets jaunes se passe par une alliance avec les syndicats ! Mais des voix, par exemple celles des gilets jaunes de Strasbourg ou Poitiers, pour ne citer que ceux-là, s’élèvent pour dire que les syndicats n’ont nullement vocation à diriger les luttes, que la force du mouvement provient du fait que les exploités s’organisent eux-mêmes et ne dépendent d’aucune sorte d’institution, ni parti, ni syndicat, ni aucune organisation liée à la société actuelle…

A Commercy, il ne se passe pas quelque chose de très particulier. C’est simplement qu’une bonne partie du mouvement se reconnaît dans ce qui s’y passe : lire ici

Un gilet jaune de Commercy : « Le fait que notre mouvement soit insaisissable oblige le gouvernement à se poser des questions. C’est eux qui ont été élus parce qu’ils sont censés être compétents, ce sont à eux de nous apporter des propositions. On va continuer à les faire chier, à tenir un rond-point, à bloquer. Mais tant qu’on existe, tant qu’on est insaisissable, on leur fout la trouille. » Une déclaration copieusement applaudie par l’assemblée. Hamid, plus prudent, estime quant à lui qu’« il nous faut surtout des représentants qui nous ressemblent. Pas des Macron, Le Pen, ou Mélenchon… Non, des gens comme nous, de la rue, du peuple. »

Non, ce qui est particulier, c’est que, sur ces bases, Commercy a lancé l’idée d’un regroupement avec d’abord cette assemblée des assemblées des gilets jaunes qui ne prétend en rien se substituer au mouvement, ni le chapeauter d’aucune manière, mais seulement mettre en place la démocratie des opprimés et des exploités !!!

Ce qui caractérise les gilets jaunes du type Commercy, c’est ceci : « On ne veut pas imiter le mode d’organisation de la société, de l’Etat, des partis et des syndicats ». On veut mettre en place une démocratie d’un genre nouveau, le pouvoir réel des participants sur leur propre lutte, le droit des individus de participer sans perdre leur liberté, la recherche collective de perspectives sans être enfermés par des logiques d’organisation et surtout pas par la logique des classes dominantes !

La majorité des participants n’a jamais fait ni syndicalisme, ni politique. Ils n’ont pas les a priori de bien des militants. Ils n’ont pas renoncé à l’auto-organisation de la lutte.

Bien entendu, le mouvement commence à être rejoint par des militants de groupes politiques et ce n’est pas sans poser des problèmes. Parce qu’ils ont leur manière à eux de les poser, les problèmes, avec souvent des idées toutes faites, qu’ils n’expriment pas comme tout le monde. C’est le cas en particulier des parisiens, tard venus dans le mouvement mais qui ont des expériences politiques et syndicales, souvent à l’extrême gauche et dans la gauche syndicale. En particulier, eux sont habitués que les syndicats jouent un rôle dirigeant et souvent cela ne les choque plus, ce qui n’est pas souvent le cas au sein des gilets jaunes.

La question des syndicats n’est pas un point secondaire en ce qui concerne les perspectives des gilets jaunes. On confond souvent à tort l’extension du mouvement aux salariés des entreprises, appelé souvent « grève générale », avec une prétendue « unité syndicats-gilets jaunes ». Les salariés n’ont pas besoin d’une unité du mouvement avec des appareils. Les salariés sont souvent partie prenante du mouvement, même quand leur entreprise n’est pas en grève. 75% des ouvriers soutiennent actuellement le mouvement des gilets jaunes, plus de deux mois après le début du mouvement et ils l’ont fait alors que tous les dirigeants syndicaux étaient encore unanimement hostiles et même calomniaient souvent la lutte, nous traitant de fascistes, de casseurs, de racistes et on en passe…

Bien sûr, la liaison avec les entreprises est une nécessité et un élément important dans les perspectives du mouvement mais ce n’est pas des syndicats qu’il dépend. Mais il y a aussi la nécessité de la liaison avec les banlieues, de la liaison avec les chômeurs, avec les précaires, avec tous ceux qui sont opprimés et exploités.

Depuis le début du mouvement, les gilets jaunes n’ont jamais été hostiles aux syndicalistes qui, en tant qu’individus, participent sans problème à la lutte des gilets jaunes. Ce dont ils ne veulent pas ce sont les méthodes des directions syndicales et leur fausse démocratie.

Certains parlent de « la convergence des gilets jaunes avec la CGT », qu’il s’agisse de Mélenchon, d’une certaine extrême gauche type NPA ou LO, ou de dirigeants de la CGT. En fait, la CGT, dans sa direction, ne converge qu’avec ses propres méthodes et appelle à nouveau à des journées d’action, cette fois le 5 février, la dernière fois le 14 décembre. Méthode éculée les journées d’inaction ont mené dans le mur tous les mouvements depuis des années, de la lutte pour les retraites à celle des cheminots. Pour qu’il y ait convergence, il faudrait que les leçons de ces échecs cuisants, malgré des participations massives des travailleurs, soient tirées. Le succès des gilets jaunes n’a pas davantage servi de leçon aux directions syndicales. Ce n’est pas une question d’idée mais de type d’organisation. Les syndicats sont intégrés en fait à l’appareil d’Etat et leur fonctionnement est largement déterminé par celui-ci, à commencer par le financement. Une lutte s’en prenant directement au pouvoir d’Etat n’est pas dans leurs capacités. L’action directe n’est plus leur conception. La lutte intercatégorielle a depuis longtemps été abandonnée par ces appareils. L’auto-organisation leur apparait sans cesse comme une remise en cause de leur rôle. Ils ne s’estiment pas comme une force de proposition aux luttes des salariés mais comme une direction de la lutte, incontestable, non élue, non révocable. Il n’y a aucune convergence possible sur de telles bases !!! Sinon, ce serait un reniement des bases mêmes du mouvement des gilets jaunes, celles qui ont fait trembler les classes possédantes depuis plus de deux mois…

L’appel de Commercy à une assemblée des assemblées affirmait : « Certains s’autoproclament représentants nationaux ou préparent des listes pour les futures élections. Nous pensons que ce n’est pas le bon procédé. Tout le monde le sent bien : la parole, notre parole, va se perdre dans ce dédale ou être détournée comme dans le système actuel. Nous réaffirmons ici, une fois de plus, l’absolue nécessité de ne nous laisser confisquer notre parole par personne. Une fois ces assemblées démocratiques créées dans un maximum d’endroits, elles ouvriront des cahiers de revendications. Le gouvernement a demandé aux maires de mettre en place des cahiers de doléances dans les mairies. Nous craignons qu’en faisant ainsi nos revendications soient récupérés et arrangées à leur sauce et qu’à la fin elles ne reflètent plus notre diversité. Nous devons impérativement garder la main sur ces moyens d’expression du peuple. Pour cela nous appelons donc à ce qu’ils soient ouverts et tenus par les assemblées populaires. Qu’ils soient établis par le peuple et pour le peuple. » Ainsi, les principales manipulations et manœuvres étaient tenues pour ce qu’elles sont et renvoyées à leur place : la poubelle !

S’il est exact que le mouvement des gilets jaunes se heurte à des divergences importantes et incontournables en son propre sein, il est certain aussi que pour le moment il n’en a pas faibli pour autant.

Certains mettent en avant une action de groupuscules ultra réactionnaires et fascistes (actions violentes contre des militants d’extrême gauche et contre des immigrés qu’il faut bien sûr dénoncer mais n’ont rien à voir avec les gilets jaunes) pour mener la lutte au sein du mouvement des gilets jaunes et souligner des divergences en son sein. Ce sont des éléments d’extrême gauche qui croient ainsi « agir contre le fascisme ». En fait, ils ne vont que solidariser des travailleurs ayant un peu de préjugés racistes avec des appareils politiques d’extrême droite et placer la division essentielle en des points qui ne sont pas les principaux.

En fait, l’opposition principale est entre les « modérés » qui veulent pactiser ou négocier avec l’appareil d’Etat bourgeois, participer à ses élections, croire dans sa démocratie, et ceux qui se battent pour la démocratie des exploités et des opprimés, qui ne comptent que sur l’organisation de la lutte pour mettre en place une véritable démocratie !

Commercy lance aussi cet appel : « Libérez nos camarades ! » Parce qu’un mouvement qui n’est pas capable de se rendre compte que les meilleurs des siens sont en prison, et qu’il doit avant tout se solidariser avec eux, est un mouvement qui n’a pas suffisamment conscience de lui-même. »

Un point essentiel aussi : l’assemblée des assemblées a appelé à des comités de gilets jaunes dans les entreprises, et pas à des luttes dirigées aussi par les bureaucraties syndicales, même si cela ne figure pas nettement dans l’appel final du fait d’une entourloupe !!! A noter que nombre de militants d’extrême gauche ont bataillé pour que cet appel ne voie pas le jour...

La commission pour la rédaction de l’appel de l’assemblée des assemblées a été squattée par des militants d’extrême gauche pro-syndicats dont la proposition a été amendée par l’assemblée dans un sens indépendant des appareils syndicaux et notamment appelant à la formation dans les entreprises de comités de gilets jaunes mais ces « camarades » se sont arrangés pour que ne figure pas expressément et clairement cet appel.

Tards venus dans le mouvement du fait de leurs propres préjugés sur ce que doit être et ne pas être la révolution sociale, ils y arrivent en prétendant en exclure ceux qui l’ont commencée pour des délits d’opinion et, loin de vouloir les gagner, ils cherchent à les évincer par des diktats et des manoeuvres d’appareil !

Sous couleur de communisme, de groupes révolutionnaires, de féminisme, d’antiracisme, d’antifascisme et autres, ces militants ont réussi, par une petite manœuvre finale en commission, de ne pas tenir compte des demandes de l’assemblée en faveur de la mention « comités de gilets jaunes » dans les entreprises, en la transformant en appels à former des « comités » sans autre précision, pour permettre, pensent-ils, de ne pas exclure les syndicats, comme s’ils ne s’étaient pas exclus d’eux-mêmes depuis le début et comme si ce n’était pas leur bureaucratisme qui les excluait. Par contre, ces même militants ont prétendu, dans le mouvement des gilets jaunes, « exclure le fascisme », « exclure le racisme », « exclure le machisme » ou « exclure l’extrême droite » du mouvement, en démontrant ainsi qu’ils ne cherchaient nullement à gagner, au travers de la lutte commune, les travailleurs et les pauvres qui avaient des toiles d’araignées mais à les flanquer dehors de la lutte, comme si celle-ci leur appartenait.

Ce n’est pas la première fois que les révolutionnaires d’hier deviendront les réactionnaires du lendemain et cela n’est pas fait pour nous affoler. Celui qui, en politique, s’en tient aux étiquettes ne doit pas se plaindre d’être trompé. Les anciens groupes révolutionnaires, qui ont défendu parfois pendant des années, la révolution ont souvent été les moins capables de s’y reconnaître quand elle vient. On l’a vu aussi bien des révolutionnaires de 1830 et 1848 avec la Commune de Paris de 1871 qu’ils n’ont pas soutenue, quand ils ne l’ont pas dénigrée violemment. Cela s’est vu encore avec la social-démocratie socialiste face à la révolution prolétarienne de 1917-1923 en Europe. Ou encore avec les staliniens prétendument communistes face à la révolution espagnole ou à la révolution hongroise.

Une fois de plus, les anciens révolutionnaires ont mis de l’eau dans leur vin et se trouvent dépassés quand les événements mettent à l’ordre du jour les buts qu’ils prétendaient être les leurs.

Pas de souci : l’Histoire de la lutte des classes ne s’arrêtera pas aux barrières que prétendent lui mettre les faux révolutionnaires !

Personne ne détient des droits sur la révolution prolétarienne pas plus que des logos gilets jaunes et le pouvoir de décider ce que deviendra ce mouvement et c’est tant mieux ! C’est l’Histoire qui décidera où mènera ce mouvement et elle n’est pas encore écrite, ni par nous ni par personne !

Ce qui est incontournable, malgré les erreurs ou les errements possibles de ses participants, c’est que l’insurrection des gilets jaunes est insoluble dans la société capitaliste et qu’elle est incapable de la digérer, de l’intégrer, de la canaliser, de la calmer. C’est pour cela qu’elle marque et marquera la suite de la lutte des classes des prolétaires, des exploités et des opprimés.

L’appel de l’assemblée des assemblées

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