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Qui sème la guerre civile ?

dimanche 5 mars 2017, par Robert Paris

Édito

Qui sème la guerre civile ?

Les élections, habituel déversoir des révoltes dans les pays pauvres, le deviennent aussi dans les pays riches... L’élection présidentielle américaine n’est pas la seule à réserver des surprises avec un président d’extrême droite contesté dans la rue. Même l’élection française, habituel face à face ennuyeux de la gauche et de la droite, bouleverse la donne : les deux grands partis de gouvernement (PS et Les Républicains) pourraient ne même pas accéder au deuxième tour, tous les ténors de tous les partis de gouvernement ont dores et déjà été écartés (Sarkozy, Juppé, Hollande, Valls, Bayrou, Voyné, Jadot, Laurent, etc.), deux des trois principaux candidats (Le Pen et Fillon) vont être mis en examen et sont conspués partout en France par des manifestants, plus de la moitié de la population non seulement ne voterait pas pour eux mais n’envisage pas de vivre dans un pays qu’ils gouverneraient. Et ce n’est pas tout : chaque camp sous-entend que, quelque soit le résultat de l’élection, il la contestera et chaque partie de la population se soulèvera contre l’autre si le résultat est inacceptable pour elle.

La droite et l’extrême droite de Fillon et Le Pen crient au détournement de la démocratie, de la justice, des média, dénoncent les fonctionnaires, les menacent. Ils clament que la France est menacée par la « guerre civile » et annoncent qu’eux élus, ils rétabliront l’ordre sans craindre d’employer les grands moyens. Et tous sèment directement les ferments de telles guerres civiles en opposant violemment une partie de la population à une autre !

Faisant face elle aussi à des manifestations, anti-flics notamment, la gauche gouvernementale, elle aussi, affirme qu’elle ne baissera pas son niveau répressif et arrête à tours de bras. C’est à croire que la France serait un pays à feu et à sang, la proie de jeunes des banlieues en folie ou de minorités insurrectionnelles déchaînés, disent certains, ou encore la proie des syndicats imposant leur loi, disent les mêmes. Les uns et les autres s’en servent pour mobiliser des milices, des gardes nationales, pour motiver leurs troupes armées, policières, parapolicières, miliciennes, etc.

A les croire, ce serait « la guerre civile en France », pour paraphraser un célèbre ouvrage de Karl Marx sur la Commune de Paris de 1871 ! Diable ! Les travailleurs et les jeunes, les syndicalistes ou les « radicaux » seraient-ils aux portes du pouvoir, prêts à renverser le pouvoir ?!!! Le Pen, Fillon, Cazeneuve et autres fans de la répression à tout va ont-ils un peu trop fumé ou bien est-ce les effluves de cette campagne électorale délirante qui les affecte ou encore est-ce le rideau de fumée qu’ils lancent pour camoufler leurs affaires délictueuses ? Dénoncer les délits des manifestants, quel bon moyen d’éviter de répondre sur leurs propres délits !

Les manifestants anti-Fillon, les manifestants anti-lepénistes, les manifestants anti-flics matraqueurs, les manifestants syndicalistes, les manifestants lycéens en seraient-ils à semer un climat de guerre civile ? Le propos est à l’évidence grossi et mensonger mais il révèle, à l’inverse, le plan de la droite dure et de l’extrême droite, mais aussi de la gauche gouvernementale type Hollande-Valls-Cazeneuve. Crier à la guerre civile, c’est appeler, préparer la « contre-insurrection », pour reprendre le terme employé pour décrire la spécialité du nouveau conseiller à la sécurité de la présidence des USA nommé par Trump.

Contre-révolution, contre-insurrection, contre-terrorisme, tels sont aussi les termes employés par les forces spéciales des grandes puissances face aux révolutions politiques et sociales en Orient et au Moyen-Orient et on a vu que cela consistait à développer des actions paramilitaires se débarrassant des limites légales et humaines, s’autorisant à toutes les violences de la terreur blanche, arrestations et assassinats arbitraires, éliminations extrajudiciaires, méthodes dictatoriales et fascistes. Les armées occidentales, américaine, française, anglaise, etc, ont utilisé tout cela en Irak, en Syrie, en Libye, en Tunisie, au Yémen, au Pakistan, etc.

Et, avec les nouvelles méthodes de Trump sous prétexte de combattre l’immigration, les noirs, les femmes, les média, la justice, la démocratie, on voit que la « contre-insurrection » devient la méthode qui se généralise, y compris dans les pays occidentaux. La répression la plus violente répond à toute réaction modérée des femmes, des jeunes, des travailleurs, des noirs, des migrants, etc. Il s’agit de prendre prétexte d’une prétendue insurrection pour développer la contre-insurrection, donner aux forces de l’ordre des consignes violentes, et ainsi éradiquer toute réaction sociale, que ce soit contre des licenciements, contre des attaques anti-sociales, contre des violences policières, contre des guerres. Hollande-Valls avaient clairement dit que les guerres extérieures allaient s’accompagner de guerres intérieures. Et on a vu que cela signifiait bien plus qu’une guerre contre les terroristes : une guerre contre les mobilisations sociales, contre syndicalistes, contre les jeunes, contre les associations environnementalistes, contre les travailleurs en lutte face à des licenciements et à des patrons de choc. La cible ne sont pas les terroristes mais les défenseurs des droits sociaux, des droits démocratiques, des libertés. Hollande-Valls-Cazeneuve ont développé les moyens d’action répressive de mille manières : état d’urgence, espionnage, criminalisation de la « radicalité », garde nationale, réseau sentinelle, arrestation à domicile, arrestations, condamnations, fichage des militants, interdiction des manifestations, etc.

La droite et l’extrême droite prennent donc la suite de la politique d’Hollande-Valls-Cazeneuve et prennent appui sur cette politique pour enfoncer le clou. Eux aussi parlent de « terrorisme » à propos des manifestations syndicales, des jeunes, des banlieues, de l’extrême gauche mais aussi de toute manifestation démocratique, contre le droit de presse, contre le droit de faire grève, contre le droit juridique. Et les Fillon et Le Pen transforment ainsi les affaires judiciaires qui les frappe, les commentaires de la presse et les manifestations contre eux en manifestations d’un climat de guerre civile contre la démocratie !

C’est dans la même rubrique qu’il faut classer les menaces proférées par Marine Le Pen contre les fonctionnaires, annonçant que, si elle parvenait au pouvoir, elle frapperait tous les fonctionnaires qui avaient manifesté, qui avaient poursuivi des hommes politiques pour emplois fictifs ou détournements de fonds publics. C’est ce qu’elle appelle « l’Etat patriote ».

Ce n’est pas un hasard si ces hommes politiques qui brandissent la « guerre civile » se réclament de Trump ! Ce dernier a montré, déjà dans les actes, ce que signifie le durcissement de la répression, des actes contre les manifestants, contre la presse, contre la justice, en faveur de la guerre, intérieure comme extérieure. Trump n’est pas le premier à avoir employé de telles méthodes. Erdogan, en Turquie, ou Sissi, en Egypte, ou encore des chefs d’Etat des pays de l’Est, en Ukraine, en Hongrie, ou encore les chefs d’Etat japonais et indien nous montrent ce que signifie cette politique qui s’intitule « à bas la guerre civile » !

C’est la démocratie bourgeoise, pour limitée qu’elle soit, qui semble trop large à la classe dirigeante mondiale. Et ce n’est pas un hasard si cela se produit en même temps partout dans le monde. C’est dans le monde entier que la crise économique frappe et dans le monde aussi qu’en découle la volonté des classes dirigeantes de diviser les exploités et les opprimés pour éradiquer les risques sociaux et politiques, risques soulignés par les « révolutions arabes ».

L’élection présidentielle française, en discréditant tout le système démocratique (primaires, élections, pouvoir, justice, parlementaires, gestion des fonds publics, etc.), sert de révélateur au climat social complètement dégradé dans la population qui dépasse largement le dégoût des politiciens menteurs et voleurs. Les politiques de droite menées par la gauche ont déboussolé la population qui ne sait plus à quel bord se vouer, en justifiant toutes les attaques antisociales, toutes les violences policières et guerrières, toutes les accusations racistes, en poussant vers une droite dure ou vers l’extrême droite une fraction de la petite bourgeoisie et des milieux populaires affolés par le terrorisme, par la vague des migrants, par les jeunes de banlieues autant que par la dégradation économique et sociale. La classe dirigeante n’a pas d’autre solution que de radicaliser son offensive contre les travailleurs (les programmes de tous les candidats qui risquent de l’emporter à la présidentielle le montrent bien). La crise actuelle amène aussi une fraction de la population à se révolter contre les profiteurs du système qui se permettent de se servir dans les caisses publiques tout en menaçant les petits fonctionnaires, infirmières, éboueurs, postiers ou cheminots. Le fond même de cette révolte est dans la crise du système mondial qui menace toutes les sociétés occidentales autrefois soudées par le démocratisme et qui l’abandonnent toutes en même temps.

A la suite de Hollande-Valls-Cazeneuve, la droite et l’extrême-droite affirment que désormais ils n’auront plus besoin de tenir compte des refus syndicaux, ils n’accepteront plus les « diktats syndicaux », ils ne respecteront plus les « privilèges des fonctionnaires », ils n’accepteront plus l’indépendance de la justice et des média, ils ne laisseront pas les manifestants s’afficher dans la rue librement, ils s’attaqueront sans gène et sans limite aux « privilèges qui nuisent à l’économie » ! Et ces prétendus « privilèges » sont, bien entendu, un contrat de travail CDI prévoyant des charges de travail fixes, un salaire fixe, un lieu de travail fixe, des horaires fixes, etc. Ce sont des droits sociaux, des services publics, des lois, des aides sociales, des libertés des travailleurs que ces hommes politiques affirment être en état, s’ils gouvernent, de détruire immédiatement sans crainte des réactions, des protestations, des dénonciations…

Et c’est dans ce but qu’ils brandissent la guerre civile car ils prétendent ainsi opposer « le peuple français » aux banlieues, aux fonctionnaires, aux migrants, aux syndicats, aux étrangers, aux musulmans, etc…

Le but de toute l’agitation politicienne actuelle n’a pas une cause ni un but strictement politicien. L’enjeu n’est pas seulement la personnalité du futur président. L’agitation politicienne a pour but de cacher les buts des classes dirigeantes et, cette fois, il s’agit de cacher les vraies raisons pour lesquelles les capitalistes souhaitent en finir progressivement avec la démocratie : pour durcir l’emprise du pouvoir d’Etat sur la population laborieuse et les milieux populaires qu’il va falloir frapper de plus en plus dur du fait de la crise historique de la domination capitaliste.

Si, partout dans le monde on assiste à une remise en cause de la démocratie et à une montée des dictatures et des fascismes (de l’Europe de l’Est à l’Inde et au Japon, des USA à la France), c’est pour une raison qui a fond plus important que les péripéties politiciennes nationales : une raison qui a ses racines dans les fondements économiques qui, eux, sont internationaux.

Certes, dix ans après l’effondrement du système de 2007-2008, le capitalisme semble toujours en place mais… mais les investissements productifs privés ne sont pas repartis malgré les aides d’Etat, mais les dettes publiques et privées sont entre deux et dix fois supérieures à ce qu’elles étaient, mais les banques sont toujours sur la corde raide, mais les banques centrales ne sont plus capables de financer une nouvelle chute financière, mais les titres pourris sont plus nombreux que jamais, mais l’effondrement a gagné le monde entier, Inde et Chine compris, mais l’effondrement continue au Japon malgré le plus grand plan d’aide d’Etat de l’Histoire, mais le système capitaliste reste au bord du gouffre et est plus prêt que jamais de détourner la crise sociale et politique qui découlerait inévitablement d’un nouvel effondrement économique vers la guerre mondiale.

Ce n’est pas la vie politique qui est malade de corruption, de démagogie ou d’autres maux politiciens. Ce n’est pas la démocratie bourgeoise qui est malade. C’est le système économique du capitalisme qui est en bout de course. Et tous ces politiciens prétendument réformateurs sont incapables de réformer quoique ce soit au fonctionnement capitaliste ni même de dire ce qu’il y aurait à y réformer !

Leurs prétendues réformes ont semé la misère et récoltent la colère. Et ce sont encore ces réformateurs qui s’indignent de ces réactions populaires. Ils sont indignés que la révolte des salariés d’Air France. Ils sont indignés de la révolte des travailleurs de Goodyear ou de La Halle, des banques ou des cheminots. Comme le disait Prévert, « quand les éboueurs sont en grève, les orduriers sont indignés » et les chefs politiques des orduriers, qu’ils s’appellent Valls, Macron, Fillon ou Le Pen, avec eux !

Ces hommes politiques, qui volent sans cesse les fonds d’Etat, comme les capitalistes qu’ils défendent, n’arrêtent pas de dénoncer le lampiste, ou l’éboueur, comme profiteur des fonds publics, quand ce n’est pas les chômeurs !!!

L’issue de la crise n’est pas dans les forces politiques de la bourgeoisie, pas plus en France qu’aux USA ou ailleurs. Elle est dans la capacité de la classe ouvrière mondiale de renouer avec la révolution commencée il y a cent ans en Russie et qui avaient, dans les années suivantes, gagné toute l’Europe avant d’être battues et écrasées, et que la Russie ouvrière, au pouvoir des soviets, soit isolée, étouffée, livrée à la misère et à la bureaucratie. C’est avec le nouvel effondrement historique du capitalisme que se pose à nouveau le problème de lever le drapeau rouge du prolétariat mondial et c’est la seule réponse à l’impasse actuelle. Tout le reste n’est que poudre aux yeux et démagogie !!!

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