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Edito - Après Quimper, se mobiliser mais avec qui et contre qui ?

mercredi 6 novembre 2013, par Robert Paris

Après Quimper, se mobiliser mais avec qui et contre qui ?

Les patrons d’entreprises petites et moyennes de Bretagne affirment être victimes du fisc et devoir, à cause de cela, fermer boutique ou licencier. Et il est vrai que les annonces de suppressions d’emplois, en Bretagne et dans bien d’autres régions du pays se multiplient et que patrons et salariés se joignent à une fronde antifiscale qui reproche au gouvernement de gauche d’augmenter les taxes et autres impôts. D’où la mobilisation des « bonnets rouges » en Bretagne qui pourrait bien se propager dans le reste du pays. Unir les travailleurs et les autres victimes du capitalisme et de l’Etat bourgeois, pourquoi pas mais encore faut-il le faire en se battant avec de vrais alliés et contre de vrais ennemis et pas en cédant au chantage au licenciement ni en manifestant aux côtés de patrons licencieurs.

Tout d’abord, il faut combattre la démagogie qui prétend que les entreprises licencient parce qu’elles seraient plombées par l’Etat. Si l’économie s’effondre, ce n’est pas l’Etat français qui l’a plombée mais la crise mondiale du capitalisme débutée en 2007 et qui, à l’échelle mondiale, n’a pas eu de fin. A son origine, il n’y a pas la politique des Etats, pas même celle des USA mais les investissements pourris c’est-à-dire l’exploitation par les spéculateurs des faillites, des chutes, des dettes. Dans la crise de 2007-2008, les Etats, loin de faire chuter les entreprises, ont dépensé des milliers de milliards de fonds d’état ou des banques centrales pour aider les patrons privés sans même réclamer des contreparties ni en termes d’emplois sauvés ni en termes de nationalisation de l’économie. Cela n’empêche pas les démagogues d’affirmer aujourd’hui que ce sont les Etats qui plombent les économies !!! Si l’Etat, tous les Etats de la planète, est au follement endetté aujourd’hui, c’est justement parce qu’il a aidé à fonds perdus tous les secteurs de l’économie privée, et cela n’empêche pas leurs patrons de se dire aujourd’hui les pigeons des Etats ! Les trusts, les banques, les assurances, les financiers, les bourses, les gros spéculateurs, tous ont été sauvés de la faillite et c’est l’Etat qui a payé. Pourtant, certains de ces gros capitalistes ne payaient même pas d’impôts. Et maintenant que les Etats sont endettés jusqu’aux yeux, certains n’en paient toujours pas comme la plupart des entreprises su CAC 40. Hollande avait démagogiquement affirmé qu’il ferait payer les spéculateurs, les capitalistes qui cachent leurs revenus au fisc et autres financiers qui misent sur les dettes de l’Etat, sur la chute de l’économie, sur la chute de la monnaie, sur l’effondrement du pays ou qui cachent leurs revenus dans des paradis fiscaux. Eh bien, pas plus Hollande que Sarkozy, pas plus Fillon que Le Pen, pas plus Borloo que Mélenchon ne veulent vraiment s’en prendre au grand capital. Et il leur reste forcément à s’en prendre aux travailleurs, aux milieux populaires et aussi finalement aux milieux de la petite bourgeoisie. Si les ministres des finances, que ce soit Moscovici ou Cahuzac ou encore Woerth, sont toujours prêts à accepter que des grands patrons ne paient pas d’impôts. C’est même le gouvernement lui-même qui leur suggère les moyens d’échapper au fisc comme le crédit impôts-compétitivité-emploi. Loin de calmer les revendications patronales, tous les reculs gouvernementaux ne font qu’augmenter les exigences patronales qu’ils appuient toujours sur des menaces de suppressions d’emploi, comme viennent par exemple de le faire les patrons de Peugeot et Renault. Certains syndicalistes et même certains salariés tomberaient peut-être dans le panneau en pensant sauver leurs emplois en revendiquant des aides d’Etat aux patrons. C’est leur propre argent qu’ils donnent ainsi à leurs exploiteurs et demain à leurs licencieurs. Car, aidée ou pas par l’argent public, l’économie s’effondre et s’effondrera. Et les travailleurs n’auront fait ainsi que se solidariser avec leurs exploiteurs et licencieurs.

Bien sûr, le cas des petits patrons est différent. Ils ne sont pas sauvés par l’Etat dans la crise. Ce ne sont pas eux les responsables de la société, ni les spéculateurs qui ont plombé l’économie. Certains d’entre eux travaillent et sont réellement parmi les victimes de la crise du capitalisme. Nous, travailleurs, pouvons effectivement nous retrouver dans la rue avec les couches petites bourgeoises mais à condition que ce soit contre des adversaires clairs et sur des objectifs clairs, et pas pour être les dindons de la farce et pour tirer les marrons du feu pour d’autres ! Quand la droite et l’extrême-droite propatronales et favorables au grand capital nous proposent de manifester contre le gouvernement, ne soyons pas dupes ! Quand les patrons, même moyens et petits, nous proposent de nous mobiliser contre le gouvernement mais pas contre les trusts, les financiers, les grands capitalistes, les banques et les bourses, ne le soyons pas non plus ! Leur démagogie anti-étatique n’est que poudre aux yeux car elle refuse d’accuser ceux qui ont vraiment vidé les caisses de l’Etat ! Nous pouvons manifester ensemble, avec des petits paysans, des petits artisans, des petits commerçants et même des petits entrepreneurs, mais pour faire payer Total et autres trusts du CAC 40, pour faire payer les banquiers et les spéculateurs, les gros actionnaires et les profiteurs, et pas sous la menace du chantage aux licenciements de ces petits bourgeois. Nous ne pouvons pas donner crédit au mensonge patronal selon lequel les entreprises françaises pâtiraient des ponctions de l’Etat et pas des défaillances du système capitaliste mondial. Nous ne pouvons pas prendre partie pour nos exploiteurs, même pour lutter contre l’Etat bourgeois. Les salariés des entreprises qui licencient ont besoin de rassemblements régionaux qui les unifient avec d’autres salariés menacés de licenciements et même avec d’autres couches sociales qui sont révoltées comme les petits paysans ou les transporteurs, mais à condition que cette mobilisation soit tournée contre le grand capital, à condition qu’elle dénonce l’Etat parce qu’il aide les grands capitalistes et pas parce qu’il ne les aiderait pas assez.

Les travailleurs ont toutes les raisons de dénoncer eux aussi le matraquage fiscal mais pas seulement l’écotaxe. Ils n’ont même plus aucune raison d’accepter de payer des impôts quand tous les Total ou tous les Bettencourt en sont dispensés… Ils n’ont aucune raison d’accepter d’être ponctionnés alors que tout l’argent sert à être distribué au grand capital et n’est plus investi pour la santé, l’éducation, la recherche, les transports, les postes, les communications et l’énergie publics.

Alors que les patrons français ont pratiqué plus de mille plans sociaux dans l’année, il est indispensable que les travailleurs réagissent collectivement et pas entreprise par entreprise. Alors qu’en même temps, l’Etat supprime massivement des emplois de fonctionnaires, il est urgent d’unir salariés du public et du privé. Alors que l’Etat menace les chômeurs et les retraités, les petits épargnants, les petits paysans, les petits commerçants, les petits pêcheurs, il est urgent d’unir ces couches sociales dans un grand mouvement. Ce coup de colère aura certainement lieu un jour ou l’autre mais si nous travailleurs n’en prenons pas la tête, ne nous étonnons pas qu’il se fasse sur des bases de tromperie, que ce soit sous le drapeau du fascisme, sous celui du nationalisme, de la xénophobie, et dans l’intérêt exclusif des patrons. Les dirigeants syndicaux ne nous proposent aucune action radicale permettant aux travailleurs d’apparaitre pour la force dynamique de changement proposant une alternative au capitalisme en faillite. C’est dans cette voie que devront s’orienter les travailleurs organisés, par entreprise, par localité, régionalement et nationalement en comités, en clubs, en conseils, en coordinations, en collectifs, en toute forme d’organisation indépendante de l’Etat et des classes dirigeantes. Il n’y a pas d’autre moyen de donner un coup d’arrêt à la spirale infernale au bout de laquelle nous ne serons tous plus que des mendiants !

On n’a pas attendu la droite et les patrons pour être contre l’impôt !

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