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Thierry Lepaon, nouveau leader de la CGT

4 mai 2015, 08:19, par R.P.

Rapporté par le journal « Les Echos » :

Presque aucun des membres du bureau sortant de la fédération de la santé de la CGT, y compris sa numéro un, Nathalie Gamiochipi, n’a été réélu lors du congrès de l’organisation. Une majorité des interventions s’était focalisée sur les méthodes de la direction sortante. Ses soutiens ont tenté de faire de la bataille interne un débat de fond, accusant les opposants à la direction actuelle de la fédération de la santé CGT d’être sur la même ligne que la CFDT. Mais en réalité, ce n’est pas sur la ligne qu’a porté la contestation, le congrès condamnant unanimement la loi FPH comme la loi Santé. Dénonçant le manque de démocratie dans la deuxième fédération de la CGT, avec près de 75.000 adhérents, elles ont souvent porté sur le registre des valeurs du syndicat, en écho à la crise qu’a provoqué le train de vie de Thierry Lepaon à la tête de la confédération. Sur cette affaire, Nathalie Gamiochipi n’avait pas respecté le mandat fermé que lui avait donné sa fédération . Elle avait décidé de soutenir l’équipe qu’avait choisie Thierry Lepaon pour lui succéder alors que son comité national fédéral (parlement de la fédération) avait décidé de voter contre. L’événement a été vécu en interne comme le « déni de démocratie » de trop. « La démocratie syndicale s’arrête aux portes de notre fédération, nos dirigeants sont plus préoccupés par leur devenir que par l’avenir des salariés », « il faut que la fédération n’oublie pas que sans nous elle n’est rien », « on en arrive même à se dire que notre prochaine manif de psychologues, on va la faire à la fédé pour être entendus » : les critiques ont fusé tout au long du congrès… Le rapport d’activité comme le rapport financier ont été rejetés à une large majorité. Si elle affirmait devant la presse être la seule candidate à sa succession mardi dernier, Nathalie Gamiochipi se savait menacée mais pensait avoir circonscrit son opposition : elle pensait réussir à évincer la plupart de ses opposants de la future commission exécutive de la fédération de 50 membres, qui a, ces dernières années, joué au moins partiellement un rôle de contre-pouvoir face au bureau fédéral, la formation plus restreinte qui gouverne avec Nathalie Gamiochipi. En outre, prête à prendre le risque de leur donner les clés de l’organisation, elle avait aussi conclu un accord avec les trotskystes du Parti ouvrier indépendant (POI) à qui elle avait promis des postes dans son équipe rapprochée. On citait le nom de Marc Auray comme possible entrant au bureau fédéral. Il est lui aussi contraint de quitter la commission exécutive dans laquelle le POI aurait cependant encore un représentant en la personne de Rodolphe Berger. Battus, Nathalie Gamiochipi et ses soutiens ont tenté une ultime manoeuvre pour imposer un des leurs au secrétariat général, mais le médecin urgentiste Christophe Prudhomme n’a pas convaincu le congrès qui lui a préféré Mireille Stivala. Celle-ci n’aura pas la tâche facile : elle va trouver une organisation profondément meurtrie par les dissensions internes.

Si la fédération de la santé CGT est la première à voir son équipe sortante candidate à un nouveau mandat renvoyée à la base, c’est la troisième en un an à changer brutalement de direction lors de son congrès. C’est en effet ce qui est déjà arrivé à celle des banques et assurances en mai 2014 et à celle du commerce, en janvier 2015, où les secrétaires généraux qui étaient partants n’ont pas été remplacés par ceux qu’ils souhaitaient. Dans ces deux cas, il y a aussi eu une rébellion de la base contre des pratiques de direction autoritaires et le nouveau secrétaire général n’a pas été celui attendu. Dans les deux cas, le nouveau numéro un a été élu contre l’avis de la confédération, à l’époque dirigée par Thierry Lepaon.

Le scénario s’est-il reproduit sur la Santé avec Philippe Martinez, qui lui a succédé en février ? En tout cas, pas officiellement. La situation est compliquée par le fait que – l’information est publique - Nathalie Gamiochipi est la compagne de l’ancien secrétaire général de la Métallurgie CGT. Dans ce contexte, lors de son discours de ce mardi au congrès de la santé CGT, le leader syndical s’est gardé de prendre officiellement position dans la guerre interne, axant son intervention sur la dénonciation - consensuelle - de l’austérité et des réformes en cours du système de protection sociale. Cela n’a échappé à personne. Une autre posture aurait, il est vrai, été très risquée pour Philippe Martinez qui doit encore se faire un nom et une réputation dans la confédération et qui prône partout la nécessité d’écouter la base.

Il est clair que le basculement de la fédération de la santé va modifier les rapports de force dans la centrale et devrait interroger son numéro un sur sa stratégie. Il s’est beaucoup appuyé sur les appareils pour arriver à sa tête. Il n’est évidement pas pour rien dans le vote positif de Nathalie Gamiochipi en janvier puisque si l’équipe proposée par Thierry Lepaon, avec lui à sa tête, a été retoquée car n’obtenant pas les deux tiers des voix, les voix de la santé lui ont permis d’atteindre 57,5 % donc ont crédibilisé celui qui était alors secrétaire général de la fédération de la métallurgie CGT. D’autant qu’il a publiquement affirmé que la numéro Un d’alors de la santé avait respecté là le mandat que lui avait donné son organisation. Le congrès de cette fédération vient de lui signifier que cela n’a pas été le cas.

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