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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Le Groupe SNCF est une annexe de l'arm&#233;e... Cheminots, battons-nous contre la guerre imp&#233;rialiste !</title>
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		<dc:date>2026-07-24T22:17:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Karob</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Le Groupe SNCF est un appui efficace de l'action de l'&#201;tat. Partenaire de la d&#233;fense nationale, le groupe a particip&#233; &#224; plusieurs exercices militaires et s'est engag&#233; &#224; promouvoir la r&#233;serve op&#233;rationnelle en juillet 2023 en renouvelant sa &#034;convention de soutien aux politiques de r&#233;serve&#034; avec le minist&#232;re des Arm&#233;es et des Anciens combattants. &#187; &#8212; Fiche officielle du minist&#232;re des Arm&#233;es, &#171; Troupes &#224; pied : R&#233;servistes du Groupe SNCF &#187;, juillet 2026 &lt;br class='autobr' /&gt;
14 juillet 2026 : dans les guerres &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19549 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_48_05.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_48_05.png' width=&#034;1086&#034; height=&#034;1448&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Groupe SNCF est un appui efficace de l'action de l'&#201;tat. Partenaire de la d&#233;fense nationale, le groupe a particip&#233; &#224; plusieurs exercices militaires et s'est engag&#233; &#224; promouvoir la r&#233;serve op&#233;rationnelle en juillet 2023 en renouvelant sa &#034;convention de soutien aux politiques de r&#233;serve&#034; avec le minist&#232;re des Arm&#233;es et des Anciens combattants. &#187; &#8212; Fiche officielle du minist&#232;re des Arm&#233;es, &#171; Troupes &#224; pied : R&#233;servistes du Groupe SNCF &#187;, juillet 2026&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 juillet 2026 : dans les guerres &#224; venir annonc&#233;es par Macron, la SNCF renoue avec la d&#233;fense nationale et pr&#233;pare les cheminots &#224; servir l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#8212; Kazib/SUD-Rail/R&#233;volution Permanente d&#233;tourne le regard&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aveu ne vient pas d'un tract syndical ni d'un pamphlet : il vient du minist&#232;re lui-m&#234;me. &#171; Appui efficace de l'action de l'&#201;tat &#187;, &#171; partenaire de la d&#233;fense nationale &#187;, &#171; plusieurs exercices militaires &#187;, convention de soutien aux politiques de r&#233;serve renouvel&#233;e avec le minist&#232;re des Arm&#233;es. L'institution se d&#233;crit elle-m&#234;me, et sa langue dit tout. Reste &#224; la traduire, et &#224; regarder qui, &#224; gauche, a choisi de ne pas le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 juillet 2026, 107 agents du groupe SNCF ont d&#233;fil&#233; &#224; pied sur les Champs-&#201;lys&#233;es, aux c&#244;t&#233;s des forces arm&#233;es, sous le commandement d'un colonel de r&#233;serve devenu &#171; r&#233;f&#233;rent Garde nationale &#187; permanent dans l'organigramme de l'entreprise. La question n'est pas de savoir ce que le 14 juillet fut jadis &#8212; la prise de la Bastille. La question est : &#224; quoi sert ce d&#233;fil&#233;-ci, cette ann&#233;e-ci. La veille, Macron y a r&#233;pondu lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pr&#233;parer les guerres &#224; venir &#187; : le mot d'ordre est pr&#233;sidentiel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 juillet, &#224; l'h&#244;tel de Brienne, Macron ne dresse pas un bilan qui se ferme. Il trace une ligne &#224; poursuivre : &#171; Oui, nous devons pr&#233;parer les guerres &#224; venir &#187;, &#171; ce sont les guerres d'aujourd'hui que nous devons gagner &#187;. Il revendique un budget militaire port&#233; &#224; 64 milliards d'euros en 2027, soit en dix ans un doublement du budget des arm&#233;es, plus 36 milliards suppl&#233;mentaires pour la p&#233;riode 2026-2030. Il assume la formule : la France se tient pr&#234;te &#224; combattre pour d&#233;fendre la libert&#233; et le droit, au prix du sang s'il le faut. Ce n'est pas un spectacle du pass&#233; : c'est un armement tourn&#233; vers l'avenir, prononc&#233; devant Zelensky et vingt-cinq chefs d'&#201;tat de la &#171; Coalition des volontaires &#187; r&#233;unis la veille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le mot que la fiche SNCF emploie pour se d&#233;crire &#8212; &#171; participer &#224; la r&#233;silience de la Nation &#187; &#8212; est d&#233;fini dans ce discours : l'actualisation de la loi de programmation militaire entend renforcer la r&#233;silience de la Nation et consolider cette force d'&#226;me. Le vocabulaire de l'entreprise ferroviaire n'est pas une fioriture de communicant : c'est un fragment du lexique de guerre du chef des arm&#233;es. Quand la SNCF dit &#171; r&#233;seau strat&#233;gique d&#233;fense &#187; et &#171; r&#233;silience &#187;, elle parle la langue de Brienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;serve n'est pas du folklore : c'est un pilier nomm&#233; de l'&#233;conomie de guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me discours soude la jeunesse et la r&#233;serve dans une seule phrase. Le nouveau service national, &#171; purement militaire &#187;, lanc&#233; en septembre 2026, est selon Macron essentiel pour continuer &#224; recruter les meilleurs, essentiel pour continuer aussi &#224; accro&#238;tre notre r&#233;serve. La r&#233;serve op&#233;rationnelle &#8212; celle qu'alimentent les 1 500 cheminots r&#233;servistes du groupe &#8212; n'est donc pas une lubie d'entreprise : c'est un rouage revendiqu&#233; de l'&#233;conomie de guerre, au m&#234;me rang que l'embrigadement des 18-25 ans. Le d&#233;fil&#233; des cheminots et le service national rel&#232;vent du m&#234;me dispositif : fournir le &#171; sang &#187; que r&#233;clame le r&#233;armement, &#224; c&#244;t&#233; des milliards. L'agent SNCF en uniforme et le jeune appel&#233; de septembre sont deux produits de la m&#234;me cha&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la SNCF met en sc&#232;ne, l'&#201;tat l'a d&#233;j&#224; inscrit dans le contrat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;fil&#233; ne se surajoute pas au rapport salarial : il le d&#233;voile. Le r&#233;seau &#233;tant class&#233; infrastructure de d&#233;fense, le cheminot accepte, en signant, d'&#234;tre appel&#233; sous les drapeaux sur son lieu de travail en cas de mobilisation. La &#171; r&#233;serve volontaire &#187; festive qu'on parade le 14 juillet n'est que la face consentie d'une subordination militaire d&#233;j&#224; l&#224;, pr&#233;-inscrite. Dans la conjoncture de 2026 &#8212; &#233;conomie de guerre que Macron juge lui-m&#234;me insuffisante, d&#233;sengagement &#233;tats-unien report&#233; sur les imp&#233;rialismes europ&#233;ens, front ukrainien &#233;rig&#233; en priorit&#233; &#8212; cette clause dormante cesse d'&#234;tre th&#233;orique. On habitue aujourd'hui les corps, par la fiert&#233; et la parade, &#224; ce que l'&#233;conomie de guerre exigera d'eux demain par la contrainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette mobilisation du cheminot n'a d'ailleurs rien d'in&#233;dit : elle a d&#233;j&#224; servi contre lui. En ao&#251;t 1953, lorsque quatre millions de travailleurs se mettent en gr&#232;ve contre les d&#233;crets Laniel reculant l'&#226;ge de la retraite des fonctionnaires, le gouvernement r&#233;quisitionne les cheminots et les postiers en s'appuyant sur un d&#233;cret de 1938 relatif &#224; la s&#233;curit&#233; du territoire en temps de guerre. Les ordres de r&#233;quisition finirent en feu de joie et la gr&#232;ve l'emporta ; mais le principe &#233;tait pos&#233;, et il tient toujours : l'&#201;tat se r&#233;serve de traiter le cheminot en mobilisable, arme d'abord dirig&#233;e contre ses propres gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une histoire qu'il faut nommer sans la travestir : direction contre cheminots, 1940-1944&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'appareil ne soit jamais neutre, l'histoire de l'entreprise l'a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233;. Mais il faut nommer qui, dans cette histoire, fit quoi. La m&#234;me fiche minist&#233;rielle fait d&#233;filer le pass&#233; du Groupe &#171; de la reconstruction d'apr&#232;s-guerre &#224; l'accueil des r&#233;fugi&#233;s ukrainiens &#187; &#8212; et saute par-dessus 1940-1944.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous l'Occupation, la direction de la SNCF, cr&#233;&#233;e en 1938, a mis l'entreprise au service de l'effort de guerre allemand : acheminement des mati&#232;res premi&#232;res, de la main-d'&#339;uvre du travail forc&#233;, et des convois de d&#233;portation des Juifs &#8212; wagons, horaires, factures &#224; l'occupant, &#233;tablies sur la foi des travaux de l'historien Christian Bachelier (rapport SNCF/CNRS, 1996). C'est l'appareil qui collabore.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce ne sont pas les cheminots. Une fraction d'entre eux a sabot&#233; pr&#233;cis&#233;ment cet effort de guerre : d&#233;boulonnage de rails, aiguillages d&#233;truits, machines lanc&#233;es &#224; contre-voie, renseignement, fili&#232;res d'&#233;vasion, et la gr&#232;ve du 10 ao&#251;t 1944 qui pr&#233;cipita l'insurrection de Paris. Ils l'ont pay&#233; : autour de 2 000 cheminots fusill&#233;s ou ex&#233;cut&#233;s, quelque 7 000 d&#233;port&#233;s. La ligne de classe passe &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise, entre une hi&#233;rarchie qui sert l'&#201;tat du moment et des travailleurs qui le combattent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Encore ne faut-il pas id&#233;aliser cette r&#233;sistance ouvri&#232;re &#8212; et c'est ici que le mythe fabriqu&#233; doit &#234;tre &#233;cart&#233;. D&#232;s 1946, la SNCF commande &#224; Ren&#233; Cl&#233;ment le film La Bataille du rail, qui exalte le cheminot h&#233;ro&#239;que et efface la collaboration de la direction ; l'entreprise est cit&#233;e &#224; l'ordre de la Nation, d&#233;cor&#233;e de la L&#233;gion d'honneur en 1951. Cette geste r&#233;sistancialiste a servi &#224; souder r&#233;trospectivement direction et agents dans un m&#234;me &#171; service de la Nation &#187; &#8212; exactement l'op&#233;ration que reconduit la fiche de 2026. Et sur le fond, le sabotage cheminot, acte de classe r&#233;el, fut capt&#233; par le PCF et la CGT ralli&#233;s &#224; de Gaulle : plac&#233; sous la tutelle du terrain bourgeois de l'union nationale, il fut d&#233;sarm&#233; &#224; la Lib&#233;ration &#8212; &#171; une seule arm&#233;e, une seule police, un seul &#201;tat &#187;, dira Thorez &#8212; et retourn&#233; en discipline productiviste au service de la reconstruction de l'&#201;tat capitaliste. L'&#233;nergie de classe &#233;tait r&#233;elle ; faute d'organisation ind&#233;pendante, elle fut confisqu&#233;e. La le&#231;on vaut pour aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un si&#232;cle de gr&#232;ves : ce que la parade veut faire oublier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fait d&#233;filer derri&#232;re l'arm&#233;e une corporation dont l'histoire est faite d'affrontements avec l'&#201;tat patronal. Il faut les rappeler, car on les a oubli&#233;s &#8212; ou jamais appris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre-d&#233;cembre 1947. N&#233;e &#224; la r&#233;gie Renault en avril, une vague de gr&#232;ves quasi insurrectionnelles emporte trois millions de travailleurs ; les cheminots y tiennent une place centrale, jusqu'aux voies sabot&#233;es d&#233;but d&#233;cembre. Mais le PCF et la CGT, qui accompagnent le mouvement, ne cherchent jamais &#224; en faire une v&#233;ritable gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale capable de renverser le rapport de forces : ils veulent reconqu&#233;rir un cr&#233;dit perdu, non prendre le pouvoir. Le conflit s'ach&#232;ve sur la scission de la CGT et la naissance de Force ouvri&#232;re, mont&#233;e avec l'appui financier des syndicats am&#233;ricains. Premi&#232;re d&#233;monstration, &#224; chaud, de ce que co&#251;te &#224; la classe ouvri&#232;re la tutelle de directions qui la subordonnent &#224; leurs man&#339;uvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t 1953. Contre le plan d'aust&#233;rit&#233; Laniel et le recul de l'&#226;ge de la retraite des fonctionnaires, une gr&#232;ve partie des postiers de Bordeaux s'&#233;tend en quelques jours &#224; toute la fonction publique : SNCF, mines, PTT, EDF, puis m&#233;tallurgie, banques, chimie. Quatre millions de gr&#233;vistes, trois semaines, les r&#233;quisitions brav&#233;es. Le gouvernement recule : aucun d&#233;cret n'est appliqu&#233;, l'&#226;ge de la retraite n'est pas repouss&#233;. Une victoire arrach&#233;e par en bas, largement au-del&#224; des consignes syndicales &#8212; ce n'est pas une gr&#232;ve &#171; cheminote &#187; mais un mouvement d'ensemble o&#249; les cheminots furent un contingent moteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1986 - janvier 1987. C'est la pi&#232;ce ma&#238;tresse. Partie des agents de conduite de Paris-Nord r&#233;unis en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, contre une grille de salaire &#171; au m&#233;rite &#187; liquidant l'anciennet&#233; et une remise en cause du statut, la gr&#232;ve reconductible gagne 80 % des d&#233;p&#244;ts. Surtout, les cheminots se dotent de leurs propres organes : comit&#233;s de gr&#232;ve r&#233;unissant syndiqu&#233;s et non-syndiqu&#233;s, puis une Coordination nationale des agents de conduite &#8212; 55 d&#233;p&#244;ts sur 94 repr&#233;sent&#233;s par des gr&#233;vistes mandat&#233;s en AG, contr&#244;lant eux-m&#234;mes les n&#233;gociations, occupant les voies. La direction retire son projet de grille le 31 d&#233;cembre. Cette auto-organisation, l'une des plus avanc&#233;es du dernier demi-si&#232;cle, fut violemment combattue par la CGT, qui voyait la base lui &#233;chapper. Elle montre, en acte, ce dont les cheminots sont capables quand ils d&#233;cident eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre-d&#233;cembre 1995. Contre le plan Jupp&#233; &#8212; allongement de la dur&#233;e de cotisation, attaque frontale sur les r&#233;gimes sp&#233;ciaux &#8212;, la SNCF et la RATP partent en gr&#232;ve reconductible, anim&#233;e par des AG, et paralysent le pays trois semaines. Rejoints par la Poste, EDF, France T&#233;l&#233;com, port&#233;s par le mot d'ordre &#171; Tous ensemble &#187; et le soutien de l'opinion, les gr&#233;vistes font plier le gouvernement : le 15 d&#233;cembre, Jupp&#233; retire sa r&#233;forme des retraites et l'attaque contre les r&#233;gimes sp&#233;ciaux. La derni&#232;re grande victoire sociale arrach&#233;e sous la Ve R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars-juin 2018. Contre le &#171; pacte ferroviaire &#187; qui met fin au recrutement au statut pour tout cheminot embauch&#233; apr&#232;s le 31 d&#233;cembre 2019 et pr&#233;pare l'ouverture &#224; la concurrence, l'intersyndicale organise une gr&#232;ve &#171; perl&#233;e &#187;, deux jours sur cinq pendant trois mois. Le dispositif, pens&#233; en haut, &#233;puise les gr&#233;vistes sans jamais bloquer durablement ; la loi passe. D&#233;faite lourde : le statut, conqu&#234;te ouvri&#232;re du XIX&#7497; si&#232;cle, est liquid&#233; pour les g&#233;n&#233;rations suivantes. La d&#233;monstration par la n&#233;gative de 1986 &#8212; sans contr&#244;le de la base sur sa propre gr&#232;ve, la combativit&#233; se d&#233;pense en pure perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier-mars 2023. Contre la retraite &#224; 64 ans, les cheminots sont de toutes les journ&#233;es d'une mobilisation qui d&#233;passe en ampleur les records de 1995 et de 2010. Mais l'intersyndicale s'en tient &#224; des journ&#233;es d'action espac&#233;es, sans jamais chercher le blocage reconductible qui, seul, aurait pu faire c&#233;der l'ex&#233;cutif ; celui-ci passe en force au 49.3 le 16 mars et impose sa loi. Le rejet massif, faute de strat&#233;gie de rupture, ne se transforme pas en victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; la lign&#233;e qu'on fait d&#233;filer derri&#232;re l'arm&#233;e. De ces six moments se d&#233;gage une m&#234;me le&#231;on : les cheminots ne l'ont emport&#233; (1953, 1986, 1995) que lorsqu'ils d&#233;bordaient les directions syndicales et prenaient leur gr&#232;ve en main ; ils ont &#233;t&#233; d&#233;faits (2018, 2023) chaque fois qu'ils s'en sont remis &#224; des &#233;tats-majors g&#233;rant la mobilisation par en haut. C'est cette histoire d'ind&#233;pendance de classe que la parade du 14 juillet veut recouvrir d'un drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retourner la question de l'armement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 juillet 2026 est le renversement de cette histoire, et il n'est pas symbolique : il enr&#244;le cette force, dans le moment pr&#233;cis o&#249; Macron annonce ses guerres &#224; venir, du c&#244;t&#233; de l'appareil qu'elle a pass&#233; un si&#232;cle &#224; combattre. Ces r&#233;servistes cheminots viennent &#171; renforcer &#187;, dit la fiche, les forces &#171; de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure &#187; &#8212; celles-l&#224; m&#234;mes qui &#233;borgnent les manifestants et qu'ils pourraient un jour retrouver en face, en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;fil&#233; pose une question, et c'est une question militaire : qui arme qui, pour le compte de quelle classe, sous quel commandement. L'&#201;tat capitaliste y r&#233;pond en armant les cheminots pour son ordre &#224; lui &#8212; la r&#233;serve, la mobilisation inscrite au contrat, le dressage &#224; l'ob&#233;issance. La seule r&#233;ponse cons&#233;quente ne consiste pas &#224; d&#233;plorer cette militarisation, mais &#224; en retourner le sens. Le prol&#233;tariat ne d&#233;l&#232;gue pas sa d&#233;fense &#224; l'appareil qui l'exploite. Ce que 1944 a montr&#233; par la n&#233;gative &#8212; une classe qui saborde l'occupant puis se laisse d&#233;sarmer par ses propres directions &#8212; trace la t&#226;che par l'endroit : les cheminots, comme l'ensemble du peuple travailleur, ont &#224; s'organiser de mani&#232;re autonome et ind&#233;pendante, hors de la tutelle de l'&#201;tat, de ses syndicats int&#233;gr&#233;s et des partis qui g&#232;rent son ordre. &#192; former leurs propres cadres, leurs propres bataillons du peuple travailleur &#8212; l'armement du prol&#233;tariat pour sa cause, et non pour les guerres de la bourgeoisie fran&#231;aise. Les coordinations de 1986 en furent une &#233;bauche : la base d&#233;cidant elle-m&#234;me, mandatant, contr&#244;lant. Il s'agit de reprendre ce fil, et de le mener jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente d&#233;r&#233;alise ce qu'il faudrait prendre au mot&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste ceux qui, &#224; gauche, pr&#233;tendent porter cette perspective et d&#233;tournent le regard au moment de l'appliquer. Le m&#234;me 14 juillet, R&#233;volution Permanente publie deux articles contre le d&#233;fil&#233;. L'un d&#233;nonce les douze policiers de la BRAV-M dans le cort&#232;ge motoris&#233;. L'autre, sous la plume de Gregorio Oneto, formule pourtant la th&#232;se juste : la reconstruction de la capacit&#233; destructive de l'arm&#233;e &#224; l'&#233;tranger implique une militarisation interne de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Anasse Kazib tweete le jour m&#234;me contre &#171; les &#233;craseurs de r&#233;volution, les tabasseurs de gilets jaunes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux probl&#232;mes, du point de vue mat&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord le mot choisi. Oneto titre &#171; le spectacle militariste de Macron &#187; et le lit comme &#224; l'image des deux mandats du pr&#233;sident &#8212; une cl&#244;ture, un bilan. Mais Macron dit l'inverse : non pas un bilan qui se ferme, une trajectoire qu'il enjoint &#224; son successeur de continuer, vers les guerres &#224; venir. Nommer &#171; spectacle &#187; &#8212; le registre de la repr&#233;sentation, de l'illusion &#8212; c'est d&#233;r&#233;aliser l'&#233;v&#233;nement &#224; l'instant pr&#233;cis o&#249; il faudrait le prendre au mot comme pr&#233;paration mat&#233;rielle. On regarde le 14 juillet comme une image, quand il est un ordre de marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite l'angle mort, et il est s&#233;lectif. RP d&#233;nonce le r&#233;armement en g&#233;n&#233;ral, l'aust&#233;rit&#233;, la canicule, la BRAV-M, l'embrigadement de la jeunesse &#8212; jusqu'en Allemagne, o&#249; l'article cite le fiasco du service militaire. Partout, sauf dans le seul lieu o&#249; l'organisation a des militants, un mandat, une prise r&#233;elle : la r&#233;serve op&#233;rationnelle de la SNCF. Pas une ligne, dans aucun des deux articles, sur les 107 cheminots d&#233;filant &#224; pied dans le m&#234;me cort&#232;ge que les douze policiers rep&#233;r&#233;s. Kazib et Laura Varlet sont cheminots ; RP est implant&#233; &#224; la SNCF ; le journal sait suivre l'entreprise quand un agent y est licenci&#233;. Mais la militarisation de sa propre branche &#8212; l'incarnation exacte, dans le monde du travail, de la militarisation interne de la soci&#233;t&#233; qu'Oneto th&#233;orise &#8212; reste invisible. On voit la militarisation quand elle porte l'uniforme de l'ennemi d&#233;sign&#233; ; on ne la voit pas quand elle porte le gilet de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une distraction, c'est une position. Saisir la r&#233;serve SNCF obligerait &#224; porter l'antimilitarisme dans les d&#233;p&#244;ts, contre la direction et contre l'adh&#233;sion d'une partie des agents, en rupture avec le cadre national-d&#233;fensiste que l'appareil syndical &#8212; SUD-Rail, Solidaires &#8212; ne conteste pas, pas plus qu'il ne conteste le soutien &#224; la guerre en Ukraine. RP tient la cl&#233; th&#233;orique, la militarisation interne de la soci&#233;t&#233;, et ne la tourne pas dans la seule serrure qui l'engagerait vraiment : son propre lieu de travail. Le radicalisme se d&#233;ploie o&#249; il ne co&#251;te rien &#8212; la police honnie, Gaza &#8212; et se retire l&#224; o&#249; il faudrait rompre. La question de l'armement du prol&#233;tariat ne se pose pas sur les r&#233;seaux, &#224; distance des tabasseurs de gilets jaunes. Elle se pose dans les d&#233;p&#244;ts, l&#224; o&#249; l'&#201;tat vient pr&#233;cis&#233;ment de recruter ses r&#233;servistes. C'est l&#224;, et nulle part ailleurs, qu'on mesure une politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19548 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_47_56.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_47_56.png' width=&#034;1086&#034; height=&#034;1448&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19547 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_47_05.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_21_juil__2026_14_47_05.png' width=&#034;1054&#034; height=&#034;1492&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Bolivie : le groupe R&#233;volution permanente d&#233;couvre les soviets apr&#232;s la bataille</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8874</link>
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		<dc:date>2026-07-22T22:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>Bolivie Bolivia</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

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&lt;p&gt;Prendre la t&#234;te, ou prendre le pouvoir &#8212; Bolivie : R&#233;volution Permanente face &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;me volet &lt;br class='autobr' /&gt;
RP d&#233;couvre les soviets apr&#232;s la bataille &#8212; pour &#233;viter la dictature du prol&#233;tariat &lt;br class='autobr' /&gt;
Bolivie : le bilan de R&#233;volution Permanente et de la LOR-CI est une op&#233;ration de couverture &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 3 juillet, R&#233;volution Permanente publie son bilan de ce qu'il appelle la &#171; r&#233;bellion &#187; bolivienne (1). Dans notre premier volet (2), nous avons montr&#233; que la LOR-CI, sa section (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Bolivie Bolivia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Prendre la t&#234;te, ou prendre le pouvoir &#8212; Bolivie : R&#233;volution Permanente face &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me volet&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;RP d&#233;couvre les soviets apr&#232;s la bataille &#8212; pour &#233;viter la dictature du prol&#233;tariat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bolivie : le bilan de R&#233;volution Permanente et de la LOR-CI est une op&#233;ration de couverture&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 juillet, R&#233;volution Permanente publie son bilan de ce qu'il appelle la &#171; r&#233;bellion &#187; bolivienne (1). Dans notre premier volet (2), nous avons montr&#233; que la LOR-CI, sa section bolivienne, appelait les mineurs &#224; &#171; prendre la t&#234;te &#187; de la lutte &#8212; sans poser la question du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second volet (3), que le programme du pouvoir ouvrier s'&#233;vapore &#224; mesure qu'on remonte de la section bolivienne vers le centre fran&#231;ais du courant. Ce troisi&#232;me volet examine le bilan lui-m&#234;me. Un bilan est le lieu o&#249; une organisation avoue sa strat&#233;gie r&#233;elle ; celui-ci avoue tout, dans ses propres mots &#8212; &#224; commencer par son titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Un bilan est un aveu &#8212; &#224; commencer par son titre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente publie un bilan de ce qu'il intitule &#171; la r&#233;bellion ouvri&#232;re, paysanne et populaire &#187; en Bolivie. Le ton se veut grave, strat&#233;gique, presque autocritique. On y parle de comit&#233;s, de &#171; cabildos &#187;, d'auto-organisation, d'&#171; organismes de type sovi&#233;tique &#187;, de coordination des luttes, de trahison de la bureaucratie de la COB. Tout y est &#8212; ou presque. Il manque seulement le centre : la dictature du prol&#233;tariat. Et il manque en premier de nommer correctement ce qui vient de se d&#233;rouler &#224; savoir la r&#233;volution et non une r&#233;bellion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce que la Bolivie a v&#233;cu n'est pas une &#171; r&#233;bellion &#187;. C'est une situation r&#233;volutionnaire, au sens pr&#233;cis que L&#233;nine a donn&#233; &#224; ce terme, et une r&#233;volution commenc&#233;e. Les trois conditions y &#233;taient r&#233;unies (4) : ceux d'en haut ne pouvaient plus gouverner comme avant &#8212; un pr&#233;sident en fuite de La Paz vers Sucre, des ministres d&#233;missionnant en pleine crise, un &#201;tat r&#233;duit &#224; la loi d'exception et &#224; l'arm&#233;e ; ceux d'en bas ne voulaient plus vivre comme avant &#8212; cinquante jours de gr&#232;ve et de blocages, pr&#232;s de cent points de barrage, des morts ; et les masses sont entr&#233;es dans l'action historique ind&#233;pendante &#8212; cabildos, assembl&#233;es, comit&#233;s d'El Alto, embryons d'autod&#233;fense et d'approvisionnement. Quand les masses cr&#233;ent leurs propres organes et posent, de l'aveu m&#234;me de RP, &#171; la question du destin du pays &#187;, la r&#233;volution a commenc&#233;. Elle n'a pas &#233;t&#233; vaincue : elle a &#233;t&#233; &#233;touff&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refuser &#224; la r&#233;volution son nom n'est pas une prudence descriptive : c'est la premi&#232;re op&#233;ration de son &#233;touffement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juin 1936 en France l'a montr&#233; une fois pour toutes. Deux millions de gr&#233;vistes occupent les usines ; Trotsky &#233;crit : &#171; La r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233; &#187; (5) ; l'appareil stalinien r&#233;pond, par la voix de Thorez : &#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve d&#232;s que satisfaction a &#233;t&#233; obtenue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui voulaient terminer le mouvement ont commenc&#233; par refuser de le nommer : une gr&#232;ve se termine, une r&#233;volution se fait. En Bolivie, la bureaucratie de la COB a sign&#233; la fin du mouvement comme l'appareil stalinien avait ordonn&#233; la reprise du travail ; et RP, qui se r&#233;clame de Trotsky, fournit le vocabulaire de l'op&#233;ration : l&#224; o&#249; Trotsky &#233;crivait &#171; la r&#233;volution a commenc&#233; &#187;, RP &#233;crit &#171; r&#233;bellion &#187;. Le titre du bilan est d&#233;j&#224; tout le bilan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me vocabulaire encadre l'issue. Ce qui s'est produit fin juin n'est, pour RP, qu'une &#171; suspension provisoire du conflit &#187;. Mais &#171; suspension &#187; est une cat&#233;gorie syndicale, pas une cat&#233;gorie r&#233;volutionnaire : un conflit se suspend, une s&#233;ance se suspend ; une r&#233;volution est victorieuse, vaincue ou avort&#233;e. Celle-ci est avort&#233;e &#8212; pour l'instant : &#233;touff&#233;e par la trahison de la COB, que RP d&#233;crit, et par l'absence de direction r&#233;volutionnaire, que RP illustre. Qui refuse de nommer la d&#233;faite refuse d'en faire le bilan ; qui ne fait pas le bilan d'une d&#233;faite pr&#233;pare la suivante. &#171; R&#233;bellion &#187; pour le commencement, &#171; suspension &#187; pour l'issue, &#171; gouvernement provisoire &#187; pour le but : trois euph&#233;mismes, une seule fonction &#8212; que la r&#233;volution ne soit nomm&#233;e nulle part pour mieux cacher sa trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps du texte confirme le titre. Quatre citations suffisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re citation. RP &#233;crit que le mot d'ordre de la d&#233;mission de Paz &#171; posait directement la question du destin du pays &#187;. Voil&#224; l'aveu qui interdit toute &#233;chappatoire. Nul ne pourra plaider que &#171; la situation n'&#233;tait pas m&#251;re &#187; : ce sont eux qui &#233;crivent que la question du pouvoir &#233;tait pos&#233;e. Reste &#224; voir quelle r&#233;ponse ils lui donnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me citation. La voici, textuelle : &#171; gouvernement provisoire ou assembl&#233;e constituante ? &#187; Deux issues, toutes deux &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat bourgeois. Un gouvernement provisoire install&#233; sur l'appareil d'&#201;tat laiss&#233; intact, ou une assembl&#233;e constituante qui r&#233;&#233;crit la constitution du m&#234;me &#201;tat. Pas une ligne sur l'alternative r&#233;elle : le pouvoir des comit&#233;s contre l'&#201;tat bourgeois. &#192; la question du destin du pays, RP r&#233;pond par un point d'interrogation &#8212; et les deux branches du point d'interrogation restent bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me citation. Quelle fonction RP assigne-t-il aux futurs &#171; organismes de type sovi&#233;tique &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Textuellement : &#171; faire plier la r&#233;sistance du gouvernement &#187;. Faire plier &#8212; pas prendre. C'est, mot pour mot, la conception que les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires d&#233;fendaient en 1917 : les soviets comme organes de pression sur le gouvernement, jamais comme organes du pouvoir. Toute la bataille de L&#233;nine, d'avril &#224; octobre, fut men&#233;e contre cette conception-l&#224; (6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me citation. RP revendique de s'&#234;tre battu &#171; en arrachant, par la mobilisation, un gouvernement provisoire des organisations en lutte &#187;. Arracher : le verbe dit tout. On arrache une concession &#224; un pouvoir qui reste debout. Dans cette syntaxe, l'&#201;tat bourgeois demeure le sujet qui accorde ; les masses demeurent le demandeur. Et &#171; les organisations en lutte &#187; : la COB, qui venait de trahir, en fait-elle partie ? Le flou n'est pas une n&#233;gligence de plume. Le flou est la politique. Nous y reviendrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. Ce qu'il fallait dire &#8212; et ce que leurs propres textes disaient encore le 5 juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la r&#233;volution, au moment o&#249; les comit&#233;s existaient, o&#249; les barrages tenaient, o&#249; la COB trahissait, o&#249; l'&#201;tat promulguait sa loi d'exception puis son d&#233;cret (7) et lan&#231;ait l'arm&#233;e sur les routes, il fallait poser clairement le mot d'ordre d&#233;cisif : tout le pouvoir aux comit&#233;s ouvriers, paysans et populaires. Il fallait appeler &#224; centraliser ces organes, &#224; rompre avec la COB tra&#238;tresse, &#224; organiser l'autod&#233;fense, &#224; gagner les soldats, &#224; briser l'appareil r&#233;pressif et &#224; imposer un gouvernement ouvrier et paysan fond&#233; sur les organes de lutte. En un mot : il fallait d&#233;fendre la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente et son organisation soeur en Bolivie, la LOR-CI, ne l'ont pas fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pire : le bilan recule derri&#232;re leurs propres textes. La d&#233;claration internationale de leur courant, le 5 juin, posait encore &#171; briser l'appareil d'&#201;tat &#187; (quebrar el aparato estatal) et l'agitation dans les casernes pour diviser l'arm&#233;e (8). Un mois plus tard, dans le texte qui pr&#233;tend tirer les le&#231;ons, ces deux points ont disparu. L'appareil d'&#201;tat n'est plus &#224; briser, mais &#224; &#171; faire plier &#187;. Les casernes ne sont plus mentionn&#233;es. Le bilan ne consolide pas le programme : il le d&#233;sapprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce recul sur la question militaire est le plus grave. L'&#233;tat d'exception et le d&#233;ploiement de l'arm&#233;e sur les routes ouvrent le r&#233;cit de RP &#8212; c'est la question militaire qui a tranch&#233; le rapport de forces &#8212; et le bilan ne contient pas un mot sur le travail en direction des soldats. Pas un mot sur les comit&#233;s de soldats, pas un mot sur la fraternisation, pas un mot sur le refus de r&#233;primer. Ce n'est pas une insuffisance : c'est une absence totale. Et cette absence est un choix, non une impossibilit&#233; : au moment m&#234;me de la r&#233;pression, d'autres &#8212; que nous ne suivons par ailleurs sur aucun autre terrain &#8212; ont su lancer l'appel direct aux soldats de ne pas r&#233;primer le peuple et de retourner leurs armes contre Paz (9). La preuve est faite que le mot d'ordre &#233;tait formulable. RP a choisi de ne pas le formuler &#8212; pas m&#234;me apr&#232;s coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous objectera le &#171; verbalisme &#187; : les comit&#233;s &#233;taient embryonnaires, l'autod&#233;fense &#224; peine &#171; discut&#233;e &#187; dans les derniers jours, l'entr&#233;e des mineurs renvoy&#233;e aux &#171; prochaines batailles &#187; &#8212; RP le reconna&#238;t lui-m&#234;me. Lancer &#171; tout le pouvoir aux comit&#233;s &#187; aurait donc &#233;t&#233; de la phrase creuse ? C'est oublier avril 1917. L&#233;nine lance &#171; tout le pouvoir aux soviets &#187; quand les bolcheviks y sont minoritaires et que les soviets sont dirig&#233;s par les conciliateurs. Un mot d'ordre de pouvoir n'est pas un ordre d'assaut : c'est d'abord un axe de propagande qui oriente l'avant-garde, puis un axe d'agitation &#224; mesure que la situation m&#251;rit, enfin une directive d'action quand l'heure sonne. Refuser de le prononcer au stade de la propagande, c'est garantir qu'il manquera au stade de l'action. Et rappelons-le : c'est RP qui &#233;crit que la question du &#171; destin du pays &#187; &#233;tait pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Des soviets sans pouvoir : des coquilles politiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ils tentent de combler le trou apr&#232;s coup. Ils expliquent qu'il faudra d&#233;velopper des &#171; organismes de type sovi&#233;tique &#187;. La formule sonne radicale. Elle a m&#234;me l'avantage d'&#233;voquer 1917 sans avoir &#224; en dire le contenu. Mais des organismes de type sovi&#233;tique sans dictature du prol&#233;tariat, ce sont des coquilles politiques. Des comit&#233;s sans prise du pouvoir deviennent des moyens de pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cabildos sans destruction de l'&#201;tat bourgeois deviennent des tribunes. Des coordinations sans rupture avec la bureaucratie deviennent des antichambres de n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce qui s'est produit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus r&#233;v&#233;lateur est que la meilleure observation du bilan plaide contre ses auteurs. RP note, justement, que le mouvement aurait d&#251; d&#233;velopper &#171; une organisation populaire de l'approvisionnement &#187; pour souder les campagnes et les villes. Mais organiser l'approvisionnement, c'est d&#233;j&#224; exercer une fonction d'&#201;tat. Les soviets de 1917 ont commenc&#233; exactement ainsi : organes du pain, du logement et de l'ordre, avant d'&#234;tre organes du pouvoir. Chaque pas r&#233;el de l'auto-organisation pose la question du pouvoir ; refuser de la nommer, c'est condamner ces organes &#224; rester des instruments de pression que la bourgeoisie finit par neutraliser. Leur meilleure id&#233;e exige la conclusion qu'ils refusent d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardez d'ailleurs les verbes de leur programme pour la suite : &#233;largir, d&#233;velopper, renforcer, coordonner, pr&#233;parer. Tout est quantitatif. Le saut qualitatif &#8212; la constitution des comit&#233;s en pouvoir contre l'&#201;tat bourgeois &#8212; est la cat&#233;gorie absente. Or c'est pr&#233;cis&#233;ment le passage de la quantit&#233; &#224; la qualit&#233; qui d&#233;finit une r&#233;volution. Un programme qui n'aligne que des augmentations de degr&#233; pr&#233;pare tout, sauf le changement de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Le miroir du POR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La COB a trahi parce qu'elle est une bureaucratie int&#233;gr&#233;e au cadre bourgeois. Elle a sign&#233;, recul&#233;, livr&#233; les mobilis&#233;s &#224; l'&#233;tat d'exception. Mais une bureaucratie ne se combat pas seulement par d&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se combat en lui arrachant la direction de la lutte. Or cela suppose un organe concurrent, centralis&#233;, souverain : les comit&#233;s eux-m&#234;mes, organis&#233;s en pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
RP consacre de longs paragraphes, souvent justes dans le d&#233;tail, au POR bolivien : syndicalisme cons&#233;quent, capitulation couverte &#171; par des d&#233;clarations g&#233;n&#233;rales sur l'Assembl&#233;e du peuple ou sur le gouvernement ouvrier et paysan &#187;. Et RP conclut : &#171; Dans la bouche du POR, ces affirmations n'ont aucune valeur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retournons la phrase. RP couvre sa propre capitulation par des d&#233;clarations g&#233;n&#233;rales sur les &#171; organismes de type sovi&#233;tique &#187; et le &#171; gouvernement des travailleuses et des travailleurs &#187;. Dans la bouche de RP, ces affirmations n'ont pas davantage de valeur. Chaque courant centriste d&#233;nonce &#224; sa droite l'op&#233;ration qu'il accomplit lui-m&#234;me un &#233;tage au-dessus : le POR couvre sa prime n&#233;goci&#233;e par l'&#171; Assembl&#233;e du peuple &#187; ; RP couvre son &#171; faire plier &#187; par les &#171; formes sovi&#233;tiques &#187;. C'est la structure m&#234;me du centrisme &#8212; et c'est pourquoi la critique du POR par RP, exacte dans les faits, est aveugle sur la loi qu'elle illustre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. &#171; Un gouvernement provisoire des organisations en lutte &#187; : une formule ouverte au front populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut maintenant lire en entier la phrase dont notre quatri&#232;me citation n'a donn&#233; que le verbe. RP r&#233;sume ainsi son propre combat : &#171; En menant ce travail, nous avons constamment cherch&#233; &#224; construire un pont entre le mot d'ordre de la &#8220;d&#233;mission de Paz&#8221; port&#233; par les masses et la n&#233;cessit&#233; d'un gouvernement des travailleuses et des travailleurs, en arrachant, par la mobilisation, un gouvernement provisoire des organisations en lutte. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La construction est &#233;tapiste. La chute de Paz d'abord ; puis l'&#233;tape &#8212; le &#171; gouvernement provisoire des organisations en lutte &#187;, seul objectif de combat r&#233;ellement revendiqu&#233; ; et le &#171; gouvernement des travailleuses et des travailleurs &#187; rel&#233;gu&#233; au rang de &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; lointaine : l'horizon au nom duquel on se bat pour autre chose. Or qu'est-ce qu'un &#171; gouvernement des organisations en lutte &#187;, sans d&#233;limitation de classe et sans t&#226;ches d&#233;finies ? La COB, qui venait de trahir, est une &#171; organisation en lutte &#187;. L'&#233;visme, qui surfe sur le mouvement, aussi. Une formule qui peut inclure les appareils tra&#238;tres et les courants bourgeois &#171; en lutte &#187; n'est pas un mot d'ordre de classe : c'est une formule ouverte &#8212;ouverte, entre autres, au front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement communiste a r&#233;gl&#233; cette question au moment m&#234;me o&#249; il forgeait le mot d'ordre. Le IVe Congr&#232;s de l'Internationale communiste (1922), qui a codifi&#233; le &#171; gouvernement ouvrier &#187; commemot d'ordre du front unique, a pris soin de distinguer les gouvernements ouvriers illusoires &#8212; lib&#233;ral, social-d&#233;mocrate : des &#171; coalitions camoufl&#233;es entre la bourgeoisie et des chefs ouvriers contrer&#233;volutionnaires &#187; &#8212; des gouvernements ouvriers r&#233;els, et de pr&#233;ciser que m&#234;me ces derniers &#171; ne signifient pas encore la dictature du prol&#233;tariat &#187;. Surtout, il a fix&#233; les t&#226;ches minimales sans lesquelles aucun gouvernement ne m&#233;rite ce nom : armer le prol&#233;tariat, d&#233;sarmer la contre-r&#233;volution bourgeoise, instaurer le contr&#244;le ouvrier de la production, faire payer les riches, briser la r&#233;sistance de la bourgeoisie (10).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliquons ce crit&#232;re &#8212; le plus souple que l'Internationale r&#233;volutionnaire ait jamais adopt&#233; &#8212; au &#171; gouvernement provisoire &#187; de RP. Armer le prol&#233;tariat ? Pas un mot. D&#233;sarmer la contre-r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas un mot. Contr&#244;le ouvrier de la production ? Pas un mot. Faire payer les riches ? Pas un mot. Briser la r&#233;sistance de la bourgeoisie ? RP &#233;crit exactement l'inverse : &#171; faire plier la r&#233;sistance du gouvernement &#187;. Z&#233;ro t&#226;che sur cinq &#8212; et, sur la cinqui&#232;me, une inversion terme &#224; terme : l&#224; o&#249; 1922 dit briser, 2026 dit faire plier. Le mot d'ordre du front unique a &#233;t&#233; vid&#233; de tout ce qui en faisait un levier vers la dictature du prol&#233;tariat ; il ne reste que l'enveloppe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Programme de transition avait ferm&#233; cette porte par avance : la formule du gouvernement ouvrier et paysan n'a de contenu r&#233;volutionnaire que comme popularisation de la dictature du prol&#233;tariat &#8212; le gouvernement qui s'appuie sur les organes de lutte, brise l'appareil bourgeois et arme les masses ; d&#233;tach&#233;e de ce contenu, elle devient son contraire, une combinaison de plus de la d&#233;mocratie bourgeoise (11). Chez RP, le mot est l&#224; ; le contenu est ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette porte ouverte a d&#233;j&#224; servi, pr&#233;cis&#233;ment en Bolivie. Le &#171; gouvernement des organisations en lutte &#187;, les travailleurs boliviens l'ont eu : en 1952, il s'est appel&#233; le co-gobierno &#8212; le MNR bourgeois flanqu&#233; des ministres ouvriers de la COB, Lech&#237;n aux Mines. Ce gouvernement &#171; des organisations &#187; a servi &#224; reconstruire l'arm&#233;e que les milices avaient battue, puis &#224; d&#233;sarmer les milices. La formule de RP a un pr&#233;c&#233;dent bolivien, et c'est celui-l&#224; (12).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. La Bolivie, ou la r&#233;p&#233;tition organis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela n'est nouveau en Bolivie. Aucun pays du continent n'a produit autant d'embryons de double pouvoir &#8212; et autant de directions pour les st&#233;riliser. En 1952 &#8212; on vient de voir sous quelle forme &#8212;, les milices ouvri&#232;res et la COB naissante tenaient le pays ; le POR servit de conseiller &#224; la bureaucratie et le pouvoir fut remis au MNR. En 1971, l'Assembl&#233;e populaire si&#233;gea sans armes et sans pouvoir ; Banzer l'&#233;crasa. En 2003, les juntes de voisinage d'El Alto firent tomber S&#225;nchez de Lozada ; les directions canalis&#232;rent tout vers la succession constitutionnelle, puis vers le MAS. Chaque fois : des organes, du courage, des morts &#8212; et une direction qui refuse de constituer les organes en pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan de RP et de la LOR-CI de juillet 2026 n'est pas une le&#231;on tir&#233;e de cette histoire : il en est le dernier chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. Le pont que les deux camps laissent vacant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RP dit avoir &#171; constamment cherch&#233; &#224; construire un pont &#187;. Regardons de quoi son pont est fait : d'une &#233;tape gouvernementale. Celui du Programme de transition est fait d'autre chose &#8212; de revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est exactement ce qui manque ici : dans tout ce &#171; bilan strat&#233;gique &#187;, pas une seule revendication transitoire. Le noeud mat&#233;riel de toute la situation, RP le d&#233;crit pourtant lui-m&#234;me : les files d'attente pour le carburant, le &#171; carburant pourri &#187;, la d&#233;valuation du boliviano, le FMI, la DEA, la doctrine &#171; Donroe &#187;. Tout est nomm&#233; &#8212; et rien n'en est tir&#233;. Or c'est exactement l&#224; que passe le pont entre la vie quotidienne des masses et le pouvoir : contr&#244;le de la production et de la distribution des hydrocarbures par les comit&#233;s ouvriers et populaires ; ouverture des livres de comptes d'YPFB ; &#233;chelle mobile des salaires et des prix contre la d&#233;valuation ; r&#233;pudiation de la tutelle du FMI et expulsion de la DEA ; expropriation sous contr&#244;le ouvrier. Voil&#224; ce qui relie la file d'attente au comit&#233;, et le comit&#233; au gouvernement ouvrier et paysan. Un bilan qui nomme le FMI sans poser la rupture, qui d&#233;crit la p&#233;nurie sans poser le contr&#244;le, n'est pas un bilan strat&#233;gique : c'est un constat accompagn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII. Ce que RP compte &#8212; et ce qu'il ne compte pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier trait ach&#232;ve le portrait. Comment RP mesure-t-il sa propre r&#233;ussite dans ce bilan ? Par &#171; une augmentation impressionnante de notre audience habituelle &#187;, la multiplication des visites sur le site et les r&#233;seaux sociaux, un organisme de d&#233;fense d&#233;mocratique, une position conquise &#224; l'universit&#233;. Pas une ligne sur des cellules construites dans les mines, dans l'&#233;nergie, dans les entreprises d'El Alto. Un r&#233;seau de quotidiens num&#233;riques compte ses clics ; un parti de combat compte ses cellules. Ce crit&#232;re de succ&#232;s n'est pas un d&#233;tail : il dit la nature de l'appareil, celle-l&#224; m&#234;me que notre second volet a &#233;tablie (13).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : la le&#231;on qu'ils refusent d'&#233;crire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi leur bilan n'est pas une autocritique. C'est une op&#233;ration de couverture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une v&#233;ritable le&#231;on commencerait par cette phrase : nous n'avons pas d&#233;fendu ouvertement la dictature du prol&#233;tariat quand la situation la posait. Ils ne l'&#233;crivent pas. Ils pr&#233;f&#232;rent parler de formes sovi&#233;tiques, de d&#233;veloppement futur, de prochains affrontements, de pr&#233;paration strat&#233;gique. Autrement dit : ils transforment la le&#231;on du pouvoir en langage d'accompagnement. Et les premiers mots de ce langage sont &#171; r&#233;bellion &#187;, &#171; suspension &#187;, &#171; gouvernement provisoire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la prochaine fois, la question ne se posera pas autrement. Si la r&#233;volution reprend en Bolivie &#8212; et le bilan lui-m&#234;me reconna&#238;t que rien n'est r&#233;gl&#233; : ni le carburant, ni la d&#233;valuation, ni la crise politique &#8212;, si les comit&#233;s r&#233;apparaissent, si l'&#201;tat vacille, si les travailleurs, les paysans, les mineurs, les secteurs populaires et les soldats entrent en mouvement, il faudra encore trancher : ou bien les organes de lutte deviennent le pouvoir d'&#201;tat des exploit&#233;s, ou bien la bourgeoisie reprendra la main par la r&#233;pression,&lt;br class='autobr' /&gt;
la n&#233;gociation, l'&#233;lection ou un nouveau gouvernement de rechange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En refusant de nommer cette conclusion, RP et la LOR-CI pr&#233;parent d&#233;j&#224; la prochaine trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils parlent maintenant de formes sovi&#233;tiques pour ne pas avoir &#224; avouer qu'ils n'ont jamais d&#233;fendu la dictature du prol&#233;tariat quand elle &#233;tait la t&#226;che du moment. Ils veulent garder le d&#233;cor de la r&#233;volution sans assumer son contenu d'&#201;tat. Mais le marxisme ne se paie pas de d&#233;cor. Les soviets ne sont pas des symboles d'auto-organisation : ils sont les organes de la dictature du prol&#233;tariat, ou ils deviennent des instruments que la bourgeoisie finit par neutraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Bolivie ne manque pas de courage populaire. Elle ne manque pas de traditions de lutte. Elle ne manque pas d'h&#233;ro&#239;sme. Ce qui a manqu&#233;, une fois encore, c'est une direction capable de dire clairement : il ne suffit pas de faire tomber un pr&#233;sident bourgeois ; il faut que les travailleurs prennent le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution bolivienne a commenc&#233; ; elle est, pour l'instant, avort&#233;e. C'est cette le&#231;on que RP et la LOR-CI refusent de tirer. Et c'est pourquoi leur bilan, sous ses airs strat&#233;giques, ne pr&#233;pare pas la victoire suivante : il pr&#233;pare la r&#233;p&#233;tition de la d&#233;faite. Voil&#224; leur fonction contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gilets Jaunes Poitiers / Mati&#232;re et R&#233;volution / Voix des Travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
1 &#171; Bolivie : le&#231;ons strat&#233;giques de la r&#233;bellion ouvri&#232;re, paysanne et populaire &#187;, Javo Ferreira et Daniel Vargas Downing,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution Permanente, 3 juillet 2026, &lt;a href=&#034;https://www.revolutionpermanente.fr/Bolivie-lecons-strategiques-de-la-rebellionouvriere-&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.revolutionpermanente.fr/Bolivie-lecons-strategiques-de-la-rebellionouvriere-&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
paysanne-et-populaire &#8212; Toutes les citations entre guillemets sans autre r&#233;f&#233;rence proviennent de ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 Premier volet : &#171; Le groupe d'extr&#234;me gauche RP (R&#233;volution Permanente) dit au peuple travailleur de Bolivie : &#8220;Prenez la t&#234;te de la lutte&#8221; &#8212; Mais pas le pouvoir ! &#187;, Mati&#232;re et R&#233;volution, 3 juillet 2026, &lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article8847&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article8847&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 Second volet : &#171; Bolivie : un m&#234;me courant, deux langages &#187;, publi&#233; &#224; la suite du premier volet sur la m&#234;me page,&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article8847&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article8847&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 L&#233;nine, &#171; La faillite de la IIe Internationale &#187; (1915) : une situation r&#233;volutionnaire se reconna&#238;t &#224; trois signes &#8212; l'impossibilit&#233; pour les classes dominantes de maintenir leur domination sous une forme inchang&#233;e (crise &#171; en haut &#187;) ; l'aggravation, au-del&#224; de l'ordinaire, de la mis&#232;re et de la d&#233;tresse des classes opprim&#233;es ; et l'accroissement marqu&#233;, sous l'effet de ces causes, de l'activit&#233; ind&#233;pendante des masses. En Bolivie : fuite du pr&#233;sident de La Paz vers Sucre le 25 mai, d&#233;missions de ministres en pleine crise, loi puis d&#233;cret d'exception ; cinquante jours de gr&#232;ve et de blocages, pr&#232;s de cent points de barrage ; cabildos,assembl&#233;es et comit&#233;s d'El Alto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 Trotsky, &#171; La r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233; &#187;, 9 juin 1936 (repris dans O&#249; va la France ?). Maurice Thorez, discours du 11 juin 1936 : &#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve d&#232;s que satisfaction a &#233;t&#233; obtenue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 L&#233;nine, &#171; Les t&#226;ches du prol&#233;tariat dans la pr&#233;sente r&#233;volution &#187; (Th&#232;ses d'avril), avril 1917, et &#171; Sur la dualit&#233; du pouvoir &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
avril 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7 Le bilan de RP attribue l'&#233;tat d'exception &#224; un &#171; d&#233;cret supr&#234;me (DS) 1740 &#187;. C'est une confusion entre deux textes juridiques distincts : la loi n&#176; 1740 du 8 juin 2026 est la loi-cadre de &#171; r&#233;gulation des &#233;tats d'exception &#187;, promulgu&#233;e par Paz apr&#232;s trenteneuf jours de blocages ; l'&#233;tat d'exception lui-m&#234;me a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; par le d&#233;cret supr&#234;me n&#176; 5636 du 20 juin 2026, pris en application de l'article 21 de la loi 1740, pour quatre-vingt-dix jours, quelques heures apr&#232;s la signature de l'accord COB&#8211; gouvernement &#8212; accord aussit&#244;t rejet&#233; par la f&#233;d&#233;ration paysanne T&#250;pac Katari de La Paz. Qu'un &#171; bilan strat&#233;gique &#187; ne sache pas citer correctement l'instrument juridique de la r&#233;pression qu'il analyse en dit assez sur le s&#233;rieux de l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 &#171; Viva la rebeli&#243;n obrera, campesina e ind&#237;gena en Bolivia : &#161; Abajo el gobierno ajustador de Rodrigo Paz ! &#187;, d&#233;claration de la Corriente Revoluci&#243;n Permanente &#8211; Cuarta Internacional, 5 juin 2026, r&#233;seau La Izquierda Diario. La d&#233;claration pose &#171; quebrar el aparato estatal &#187; (briser l'appareil d'&#201;tat) et l'agitation dans les casernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 D&#233;claration de la Ligue communiste internationale, 20 juin 2026. Nous ne partageons rien d'autre avec cette organisation ; nous la citons pour &#233;tablir un seul fait : l'appel direct aux soldats &#233;tait formulable, publiquement, au moment m&#234;me de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10 &#171; Th&#232;ses sur la tactique &#187;, IVe Congr&#232;s de l'Internationale communiste, d&#233;cembre 1922, section sur le gouvernement ouvrier.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;solution qualifie les gouvernements ouvriers lib&#233;ral et social-d&#233;mocrate de coalitions camoufl&#233;es entre la bourgeoisie et des chefs ouvriers contre-r&#233;volutionnaires ; elle pr&#233;cise que m&#234;me les gouvernements ouvriers r&#233;els (gouvernement des ouvriers et des paysans pauvres, gouvernement ouvrier avec participation communiste) &#171; ne signifient pas encore la dictature du prol&#233;tariat &#187; ; et elle fixe les t&#226;ches &#233;l&#233;mentaires de tout v&#233;ritable gouvernement ouvrier : armer le prol&#233;tariat, d&#233;sarmer les organisations bourgeoises contre-r&#233;volutionnaires, instaurer le contr&#244;le ouvrier de la production, faire porter le poids principal des imp&#244;ts sur les riches, briser la r&#233;sistance de la bourgeoisie contre-r&#233;volutionnaire. Dans le d&#233;bat du Congr&#232;s, Zinoviev qualifiait le gouvernement ouvrier communiste &#8212; le seul complet &#8212; de pseudonyme de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 Trotsky, Le Programme de transition (1938), section &#171; Le gouvernement ouvrier et paysan &#187; : la formule n'a de valeur que comme d&#233;signation populaire de la dictature du prol&#233;tariat ; hors de ce contenu, elle sert les combinaisons de la d&#233;mocratie bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12 Sur la r&#233;volution bolivienne de 1952, le co-gobierno et la trahison de sa direction : &#171; De la r&#233;volution bolivienne de 1952 &#224; Che Guevara &#187;, Mati&#232;re et R&#233;volution, &lt;a href=&#034;https://matierevolution.fr/spip.php?article106&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://matierevolution.fr/spip.php?article106&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bolivie : prendre la t&#234;te ou prendre le pouvoir - 2e partie</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8859</link>
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		<dc:date>2026-07-09T22:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>Bolivie Bolivia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;PRENDRE LA T&#202;TE, OU PRENDRE LE POUVOIR &lt;br class='autobr' /&gt;
Bolivie : R&#233;volution Permanente face &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne &lt;br class='autobr' /&gt;
-- Second volet &#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire la prem&#232;re partie &lt;br class='autobr' /&gt;
Bolivie : un m&#234;me courant, deux langages &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi la section bolivienne pose le pouvoir ouvrier que R&#233;volution Permanente escamote en France Ce dossier comprend deux volets, &#224; lire l'un apr&#232;s l'autre. Le premier (ci-dessus) part de la lettre ouverte adress&#233;e le 15 juin aux mineurs boliviens par un dirigeant de la LOR-CI. &#192; l'heure la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Bolivie Bolivia&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;PRENDRE LA T&#202;TE, OU PRENDRE LE POUVOIR&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bolivie : R&#233;volution Permanente face &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Second volet &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8847&#034;&gt;Lire la prem&#232;re partie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Bolivie : un m&#234;me courant, deux langages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi la section bolivienne pose le pouvoir ouvrier que R&#233;volution Permanente escamote en France&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce dossier comprend deux volets, &#224; lire l'un apr&#232;s l'autre. Le premier (ci-dessus) part de la lettre ouverte adress&#233;e le 15 juin aux mineurs boliviens par un dirigeant de la LOR-CI. &#192; l'heure la plus chaude de la r&#233;volution, ce dirigeant exhorte les mineurs &#224; &#171; prendre la t&#234;te de la lutte &#187; et &#224; obtenir la d&#233;mission de Paz &#8212; sans poser le mot d'ordre du pouvoir ouvrier : sans dire par quel organe, ni contre quel appareil, le prol&#233;tariat doit prendre la place du gouvernement renvers&#233;. Nous y nommons cette op&#233;ration par sa fonction, non par l'intention de ses auteurs : elle maintient la r&#233;volution dans le cadre bourgeois et pr&#233;pare le successeur bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce second volet va plus loin. Le courant de R&#233;volution Permanente poss&#232;de, dans ses textes, le programme du pouvoir ouvrier ; sa section bolivienne l'&#233;crit noir sur blanc. Mais ce programme, RP l'efface d&#232;s qu'elle s'adresse en son nom &#224; la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise. Nous montrons ici pourquoi, et ce que cet effacement recouvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 juin 2026, quelques heures apr&#232;s que les principaux dirigeants de la Centrale ouvri&#232;re bolivienne (COB) eurent sign&#233; dans la nuit un accord de fin de conflit avec Rodrigo Paz, le gouvernement a d&#233;cr&#233;t&#233; l'&#233;tat d'urgence sur l'ensemble du territoire et lanc&#233; l'arm&#233;e et la police contre les barrages . Une situation r&#233;volutionnaire &#8212; au sens pr&#233;cis o&#249; la question du pouvoir &#233;tait pos&#233;e &#8212; venait d'&#234;tre d&#233;samorc&#233;e par la signature de l'appareil syndical, qui a livr&#233; la classe d&#233;sarm&#233;e &#224; la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons ici examiner non pas l'&#233;v&#233;nement, que nous avons trait&#233; ailleurs, mais la mani&#232;re dont le courant trotskyste international auquel appartient R&#233;volution Permanente (RP) y est intervenu. Ce courant &#8212; la Corriente Revoluci&#243;n Permanente &#8211; Cuarta Internacional (CRP-CI), dont la section bolivienne est la Liga Obrera Revolucionaria &#8211; Cuarta Internacional (LOR-CI) et la section fran&#231;aise RP &#8212; pr&#233;sente un trait remarquable et instructif : sa section bolivienne d&#233;ploie un programme r&#233;volutionnaire complet, jusqu'au contenu de la dictature du prol&#233;tariat, tandis que son organisation fran&#231;aise, dans le texte de bilan le plus diffus&#233;, l'escamote. Cet &#233;cart n'est pas un d&#233;tail d'&#233;dition. Il dit quelque chose de la nature de classe distincte des deux organisations, et de la fonction objective que remplit RP dans un pays imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proc&#233;dons par pi&#232;ces v&#233;rifi&#233;es, en signalant &#224; chaque pas ce que les textes &#233;tablissent et ce qu'ils ne permettent pas d'affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Ce que pose la section bolivienne : le programme int&#233;gral du pouvoir ouvrier&lt;br class='autobr' /&gt;
La section bolivienne, d'abord &#8212; une critique honn&#234;te lui rend ce qui lui revient. Dans son texte le plus d&#233;velopp&#233; sur la situation &#8212; une analyse sign&#233;e d'un militant de la LOR-CI, publi&#233;e le 25 mai sur La Izquierda Diario Bolivia &#8212; on trouve, articul&#233;e et nomm&#233;e, toute la cha&#238;ne strat&#233;gique que la tradition marxiste r&#233;volutionnaire oppose au r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, le contr&#244;le ouvrier jamais isol&#233; de l'organe de pouvoir &#8212; point d&#233;cisif, car chez L&#233;nine le contr&#244;le ouvrier n'a jamais de sens en dehors des conseils qui pr&#233;parent la prise du pouvoir. Le texte pose explicitement que les comit&#233;s de gr&#232;ve, lorsqu'ils assument des pouvoirs de fait, cessent d'&#234;tre de simples comit&#233;s de gr&#232;ve pour devenir &#171; un conseil ouvrier, un organe de pouvoir &#187;, et il rattache cette forme aux soviets russes, aux cordons industriels du Chili et &#224; la Coordinadora de l'eau de Cochabamba . Le contr&#244;le ouvrier n'y est donc pas une cogestion : il est articul&#233; &#224; l'organe de double pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les conseils, le double pouvoir, et les soviets nomm&#233;s. Le texte invoque l'Assembl&#233;e populaire bolivienne de 1971 comme &#171; forme embryonnaire sovi&#233;tiste &#187;, th&#233;orise la situation de double pouvoir &#171; au sens de L&#233;nine et Trotsky &#187;, et inscrit au programme du parti la lutte pour des organes &#171; du type des conseils ouvriers ou soviets &#187;, pr&#233;sent&#233;s comme &#171; la base d'un futur gouvernement des travailleurs &#187; . Le gouvernement provisoire des organisations en lutte y est d&#233;fini non comme une fin, mais comme &#171; une transition dans la perspective d'un gouvernement ouvrier et paysan fond&#233; sur des organes de d&#233;mocratie directe &#187; . C'est la formule trotskyste du contenu de la dictature du prol&#233;tariat : le pouvoir des conseils arm&#233;s arrachant le pouvoir aux exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les milices. Face &#224; la violence de l'&#201;tat &#8212; &#171; lois, tribunaux, prisons, police et Forces arm&#233;es &#187; &#8212;, le texte pose &#171; l'autod&#233;fense des masses par des milices ouvri&#232;res ou des comit&#233;s d'autod&#233;fense &#187; . Et le courant pose ailleurs, dans sa d&#233;claration internationale, l'agitation dans les casernes et &#171; la division des rangs de l'arm&#233;e pour la d&#233;fense de la r&#233;bellion populaire &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons-le nettement, contre toute caricature : sur le papier, le programme y est. Conseils, soviets, double pouvoir, milices, destruction de l'appareil d'&#201;tat, gouvernement ouvrier comme transition. La section bolivienne pose le contenu de la dictature du prol&#233;tariat dans le vocabulaire &#171; occidentalis&#233; &#187; de Trotsky . Ce n'est pas un courant qui ignore la question du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. La limite r&#233;elle de la section bolivienne : la rupture jamais tranch&#233;e avec la COB&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme juste sur le papier ne fait pas une politique r&#233;volutionnaire dans les faits. Premi&#232;re faille &#8212; non une absence, mais une ambigu&#239;t&#233; non tranch&#233;e, qui est le propre du centrisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;nine et Trotsky ont toujours li&#233; le mot d'ordre des conseils &#224; une cons&#233;quence pratique : &#224; un certain moment, les organes de la base doivent diriger &#224; la place de l'appareil bureaucratique, le d&#233;poser, lui arracher la direction du mouvement. Le soviet n'est pas un comit&#233; qui presse la direction syndicale : c'est l'organe qui la remplace. Or, dans la d&#233;claration politique de la LOR-CI du 25 mai , les deux registres coexistent dans le m&#234;me texte sans jamais &#234;tre tranch&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, le registre de la rupture : les directions de la CSUTCB, de la CIDOB, du Magisterio et de la FEJUVE Sud sont &#171; d&#233;savou&#233;es par en bas &#187;, et &#171; les travailleurs devons prendre dans nos propres mains la mise en &#339;uvre de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; . De l'autre, le registre de la pression sur l'appareil, qui domine jusque dans le titre : &#171; la COB doit rendre effective la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187;, et la conclusion : &#171; exigeons &#224; la COB&#8230; exigeons de nos instances syndicales qu'elles m&#232;nent cette lutte jusqu'au bout &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux mots d'ordre &#8212; d&#233;poser la COB / exiger de la COB &#8212; ne sont jamais d&#233;partag&#233;s. La perspective du pouvoir ouvrier reste &#224; l'&#233;tage strat&#233;gique, invoqu&#233;e par la r&#233;f&#233;rence &#224; 1971 ; la t&#226;che imm&#233;diate, elle, se r&#233;sout en pression sur la bureaucratie. Au moment d&#233;cisif &#8212; les quarante-huit heures o&#249; Argollo s'appr&#234;te &#224; signer &#8212;, la LOR-CI ne dit pas &#171; les cabildos d'El Alto doivent destituer Argollo et prendre eux-m&#234;mes la direction de la lutte et du pays &#187;. Elle dit &#171; exigeons d'Argollo qu'il fasse la gr&#232;ve &#187;. C'est l'application de la tactique du front unique &#8212; &#171; frapper ensemble, marcher s&#233;par&#233;s &#187; &#8212;, orthodoxe en elle-m&#234;me ; mais faute d'&#234;tre conclue par la rupture, elle laisse &#224; l'appareil la centralit&#233; qu'il utilisera pour trahir. La trahison de la COB, le 19 juin, n'a pas &#233;t&#233; une surprise : elle &#233;tait inscrite dans le fait que personne n'avait construit l'organe destin&#233; &#224; lui arracher la direction. La section bolivienne a vu cet organe (elle nomme les comit&#233;s autoconvoqu&#233;s), elle l'a m&#234;me salu&#233; &#8212; mais elle ne l'a pas pos&#233; comme la t&#226;che centrale qui prime sur la pression &#224; la bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une limite s&#233;rieuse. Mais reconnaissons sa nature : c'est la limite d'une organisation qui pose le programme du pouvoir et h&#233;site &#224; en tirer la cons&#233;quence pratique de rupture. Le mouvement ouvrier a connu le pr&#233;c&#233;dent exact de ce d&#233;crochage, et il est instructif : l'Allemagne d'octobre 1923 . Le Parti communiste allemand y &#233;tait un parti de masse, profond&#233;ment implant&#233; dans les usines et les syndicats, et son programme &#233;tait la prise du pouvoir par les conseils sur le mod&#232;le de 1917 ; la situation &#233;tait r&#233;volutionnaire, gouvernements ouvriers en Saxe et en Thuringe, masses disponibles. Et au moment d&#233;cisif, &#224; la conf&#233;rence de Chemnitz du 21 octobre, la direction (Brandler) a fait d&#233;pendre l'insurrection de l'accord des sociaux-d&#233;mocrates de gauche, puis a tout annul&#233; devant leur refus &#8212; seule Hambourg, n'ayant pas re&#231;u le contrordre, se souleva et fut &#233;cras&#233;e dans l'isolement. La r&#233;volution allemande mourut l&#224;, non par absence de programme ni par d&#233;faut de courage ouvrier, mais par le d&#233;crochage entre le programme proclam&#233; et l'intervention &#224; l'heure o&#249; le pouvoir &#233;tait &#224; port&#233;e. Une pr&#233;cision s'impose pour que la comparaison soit juste : en 1923 le recul portait sur l'ex&#233;cution &#8212; on annule l'assaut pr&#233;vu &#8212; tout en gardant le mot d'ordre du pouvoir dans la propagande ; chez la LOR-CI, le recul porte sur la formulation du but &#8212; on n'&#233;nonce pas le mot d'ordre du pouvoir dans l'agitation m&#234;me. &#201;tages diff&#233;rents d'un m&#234;me d&#233;crochage : dans les deux cas, le programme du pouvoir, pr&#233;sent dans les textes, s'absente au moment de l'acte.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le m&#234;me d&#233;crochage que dans la lettre du 15 juin aux mineurs, examin&#233;e au premier volet (ci-dessus) : l&#224; aussi, dans l'intervention la plus concr&#232;te et &#224; l'heure d&#233;cisive, ce courant retombe sur &#171; prendre la t&#234;te &#187; et &#171; d&#233;mission de Paz &#187;, et abandonne le mot d'ordre du pouvoir que ses propres textes &#233;noncent. La section fran&#231;aise, elle, ne pose m&#234;me pas le programme.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. Ce que RP escamote en France : ni conseils, ni gouvernement ouvrier, ni dictature du prol&#233;tariat&lt;br class='autobr' /&gt;
Le courant poss&#232;de une presse internationale coordonn&#233;e, et RP-France traduit volontiers les d&#233;clarations de sa section bolivienne &#8212; y compris celles qui posent l'appel aux casernes et le gouvernement ouvrier . Le programme circule donc, en fran&#231;ais, dans les textes traduits. Mais lorsque RP parle en son propre nom &#8212; dans l'article o&#249; elle tire le bilan de l'&#233;v&#233;nement pour ses lecteurs fran&#231;ais &#8212;, ce programme dispara&#238;t.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;claration internationale du courant (5 juin) et les textes boliviens nomment le gouvernement provisoire des organisations en lutte, les conseils, la destruction de l'appareil d'&#201;tat, l'agitation dans les casernes . L'article de bilan sign&#233; c&#244;t&#233; fran&#231;ais, lui, ne nomme rien de cela. Il s'arr&#234;te au &#171; renversement de Paz &#187; comme &#224; un horizon en soi ; il ne dit pas un mot du gouvernement des travailleurs ; pas un mot des conseils ou des soviets ; pas un mot de la dictature du prol&#233;tariat sous quelque nom que ce soit ; pas un mot des soldats. Sa seule conclusion pratique est que les organisations r&#233;volutionnaires doivent &#171; multiplier les gestes de solidarit&#233; et d'intervention politique &#187; . Le bilan fran&#231;ais est une version d&#233;politis&#233;e du propre programme international du courant &#8212; une version dont on a retir&#233; exactement ce qui en faisait un programme de r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet escamotage n'est pas propre &#224; la conjoncture bolivienne ; il est la r&#232;gle du registre fran&#231;ais. Sur son propre terrain &#8212; les grandes gr&#232;ves fran&#231;aises &#8212;, RP parle abondamment d'auto-organisation, de comit&#233;s de gr&#232;ve, de comit&#233;s d'action, de coordinations, d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales . Son th&#232;me central est la gr&#232;ve reconductible, &#171; la gr&#232;ve qui appartient aux travailleurs &#187;, oppos&#233;e aux journ&#233;es saute-mouton de l'intersyndicale . Tout cela est juste et utile. Mais ces comit&#233;s et coordinations sont pos&#233;s comme outils d'extension et de contr&#244;le de la gr&#232;ve par la base &#8212; jamais comme organes de pouvoir destin&#233;s &#224; diriger &#224; la place des syndicats et &#224; poser la question de l'&#201;tat. Le vocabulaire &#171; conseils ouvriers &#187;, &#171; gouvernement ouvrier &#187;, &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; est absent du registre fran&#231;ais d'intervention, l&#224; o&#249; il est pr&#233;sent et nomm&#233; dans le registre bolivien . L&#224; o&#249; la section bolivienne va jusqu'&#224; &#171; consejo obrero, &#243;rgano de poder &#187;, RP-France s'arr&#234;te au &#171; r&#233;seau pour la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; et aux &#171; comit&#233;s d'action &#187; comme moyens de pression et d'extension. Le comit&#233; de gr&#232;ve, chez RP-France, n'est pas l'embryon d'un pouvoir qui d&#233;pose la bureaucratie : c'est un instrument pour pousser la gr&#232;ve plus loin et, au mieux, pour faire pression sur les directions syndicales afin qu'elles &#171; appellent &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. La racine mat&#233;rielle de l'&#233;cart : deux organisations de nature de classe diff&#233;rente&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi un tel &#233;cart au sein d'une m&#234;me internationale ? La r&#233;ponse n'est pas dans les intentions, qu'on ne peut sonder, mais dans la base sociale et la position des deux organisations. Trois faits, v&#233;rifi&#233;s, l'&#233;clairent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, les secteurs r&#233;els qu'organise chaque section. La LOR-CI revendique une implantation dans des fractions salari&#233;es de la classe ouvri&#232;re : les mineurs de Huanuni, les ouvriers d'usine et des d&#233;p&#244;ts douaniers d'El Alto et de La Paz, les enseignants, &#224; partir de sa Casa Obrera y Juvenil d'El Alto . Quelle que soit la taille r&#233;elle de cette implantation, son orientation vise le salariat. RP-France, elle, est n&#233;e comme tendance (le Courant communiste r&#233;volutionnaire) du NPA, qu'elle a quitt&#233; en 2021, et s'est constitu&#233;e en organisation distincte en 2022 ; son implantation ouvri&#232;re passe par des cadres syndicaux &#8212; un d&#233;l&#233;gu&#233; SUD-Rail pour sa figure m&#233;diatique, un syndicaliste CGT &#224; la raffinerie de Grandpuits . Sa pratique r&#233;elle est l'animation de r&#233;seaux de syndicalistes combatifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deuxi&#232;mement, le reproche d'adaptation &#224; la bureaucratie syndicale existe d&#233;j&#224; comme fracture interne &#224; leur propre courant. Au sein du NPA, le CCR (l'aile dont est issue RP) a &#233;t&#233; lui-m&#234;me la cible de critiques, puis RP, devenue autonome, a vu se rejouer le d&#233;bat : on lui a reproch&#233; le rapprochement avec La France insoumise, l'&#233;loignement de la ligne r&#233;volutionnaire &#171; au profit d'un simple r&#233;formisme &#187;, &#171; l'absence de critique des bureaucraties syndicales &#187; et &#171; le d&#233;faitisme affich&#233; par les figures m&#233;diatiques de l'organisation &#187; . Autrement dit, l'accusation centrale &#8212; RP couvre la bureaucratie syndicale et ne rompt pas avec elle &#8212; n'est pas une projection ext&#233;rieure : elle a &#233;t&#233; formul&#233;e &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de cette tradition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Troisi&#232;mement, la pratique d'intervention le confirme dans les faits. Lors de la gr&#232;ve des raffineries de 2022, apr&#232;s la r&#233;quisition des gr&#233;vistes, la figure m&#233;diatique de RP a appel&#233; publiquement la direction de la CGT &#224; &#171; lancer des appels &#224; la gr&#232;ve dans tous les secteurs &#187; &#8212; c'est-&#224;-dire qu'elle a somm&#233; l'appareil de g&#233;n&#233;raliser, au lieu de poser la construction d'organes ind&#233;pendants qui dirigeraient &#224; sa place. Pression sur la bureaucratie, non rupture avec elle. (Nous attribuons explicitement &#224; un site adversaire, le WSWS, l'all&#233;gation selon laquelle des dirigeants de RP seraient eux-m&#234;mes des responsables interm&#233;diaires de la CGT : c'est une interpr&#233;tation pol&#233;mique que nous ne reprenons pas comme un fait &#233;tabli. Le fait mat&#233;riel, lui &#8212; l'implantation via des cadres syndicaux CGT et SUD &#8212;, est attest&#233; de source neutre .)&lt;br class='autobr' /&gt;
De ces trois faits se d&#233;gage une explication mat&#233;rialiste. RP est l'organisation, dans un pays imp&#233;rialiste, d'une couche de syndicalistes combatifs dont l'horizon pratique est la radicalisation de la gr&#232;ve &#224; l'int&#233;rieur du cadre syndical existant &#8212; et dont la base sociale est impr&#233;gn&#233;e du poids du mouvement ouvrier d'un pays imp&#233;rialiste, c'est-&#224;-dire de l'adaptation &#224; la l&#233;galit&#233; et aux directions r&#233;formistes. La section bolivienne intervient, elle, dans un pays domin&#233; secou&#233; par une situation r&#233;volutionnaire ouverte, o&#249; la question du pouvoir est pos&#233;e dans la rue &#8212; ce qui rend impossible d'escamoter le programme du pouvoir ouvrier, f&#251;t-ce au prix de l'ambigu&#239;t&#233; sur la rupture avec la COB.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me m&#233;canisme se retrouve aux trois &#233;tages du courant. Dans la r&#233;volution bolivienne, la LOR-CI d&#233;croche au point pr&#233;cis o&#249; il faudrait rompre avec la COB et faire des comit&#233;s le pouvoir &#8212; le point de contact avec l'appareil syndical et l'&#201;tat. En France, RP retire le programme du pouvoir ouvrier d&#232;s qu'il s'agit de le porter devant la classe ouvri&#232;re de la m&#233;tropole. Et quand RP parle de contr&#244;le ouvrier, elle l'&#233;voque sur le p&#233;trole, jamais sur l'armement : car exercer le contr&#244;le ouvrier sur la production de guerre, ce serait s'attaquer &#224; l'appareil militaire de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, donc rompre avec le social-chauvinisme et le social-patriotisme de la direction syndicale que RP couvre . Toujours la m&#234;me r&#232;gle : plus on approche du c&#339;ur du pouvoir &#8212; l'appareil syndical int&#233;gr&#233;, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, l'imp&#233;rialisme de la m&#233;tropole &#8212; plus le programme du pouvoir ouvrier s'&#233;vapore. Loin du pouvoir, le programme s'&#233;nonce sans peine ; l&#224; o&#249; il faudrait le porter contre le noyau dur de la domination, il dispara&#238;t. Une organisation r&#233;volutionnaire fait l'inverse : elle &#233;l&#232;ve le mot d'ordre du pouvoir &#224; mesure que la crise en rapproche l'heure.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. Le nom de cette op&#233;ration : le centrisme&lt;br class='autobr' /&gt;
RP r&#233;pondra que son langage fran&#231;ais rel&#232;ve de la &#171; tactique &#187; : adapter le mot d'ordre au niveau de conscience de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise, faire de la gr&#232;ve reconductible un &#171; pont &#187; vers des objectifs plus &#233;lev&#233;s, selon la m&#233;thode du Programme de transition. L'argument a du poids, et nous ne pr&#233;tendons pas prouver l'intention contraire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste le r&#233;sultat objectif, et c'est lui qui compte. Le centrisme consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; pr&#233;senter comme &#171; tactique &#187; ce qui fonctionne comme adaptation. Une organisation r&#233;volutionnaire adapte ses mots d'ordre imm&#233;diats au niveau de la conscience, mais ne retire jamais de son intervention publique la perspective strat&#233;gique &#8212; le pouvoir ouvrier, la destruction de l'&#201;tat, la dictature du prol&#233;tariat &#8212; sous peine de laisser la classe sans boussole quand la crise pose la question du pouvoir. RP ne se borne pas &#224; adapter ses mots d'ordre : elle retire la perspective elle-m&#234;me de son intervention fran&#231;aise, qu'elle r&#233;serve aux textes boliviens traduits. Le programme existe dans la doctrine internationale et dans la section qui agit en situation r&#233;volutionnaire ; il s'&#233;vapore l&#224; o&#249; il s'adresse, en fran&#231;ais, &#224; une classe ouvri&#232;re d'un pays imp&#233;rialiste jug&#233;e &#8212; implicitement &#8212; pas m&#251;re pour l'entendre. Double cons&#233;quence : la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise n'entend jamais, de la bouche de RP, le programme de son propre pouvoir ; et la couverture de la bureaucratie syndicale, faute de la perspective qui justifierait la rupture, devient la pente de l'organisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux volets ne portent pas le m&#234;me jugement, et la diff&#233;rence est voulue. Le premier &#233;tablit une fonction contre-r&#233;volutionnaire, sur la base du texte fondateur de 2022 lu directement et de l'intervention de la LOR-CI en pleine situation r&#233;volutionnaire : dans la rue bolivienne, o&#249; le pouvoir est &#224; port&#233;e de main, escamoter le mot d'ordre du pouvoir a un effet imm&#233;diat et meurtrier &#8212; cela livre la classe d&#233;sarm&#233;e &#224; la r&#233;pression. Le pr&#233;sent volet qualifie l'intervention fran&#231;aise de RP de centrisme, de couverture de gauche de la bureaucratie syndicale. Non par indulgence : la France ne conna&#238;t pas aujourd'hui de situation r&#233;volutionnaire ouverte, et l'escamotage du programme n'y produit pas la cons&#233;quence imm&#233;diate qu'il produit &#224; La Paz. Le retrait du programme du pouvoir y prend donc la forme att&#233;nu&#233;e du centrisme, l&#224; o&#249; il prend en Bolivie la forme aigu&#235; de la fonction contre-r&#233;volutionnaire. Att&#233;nu&#233;e dans ses effets, c'est la m&#234;me op&#233;ration, et elle pr&#233;pare le m&#234;me r&#233;sultat, en m&#233;tropole comme dans les Andes : une classe ouvri&#232;re maintenue sans le programme de son propre pouvoir, une bureaucratie syndicale couverte au lieu d'&#234;tre combattue. Sans durcir au-del&#224; des preuves : le corpus de ce second volet &#8212; sources attribu&#233;es, presse adverse signal&#233;e comme telle, journal de la section dat&#233; &#8212; n'&#233;tablit pas, pour le seul registre fran&#231;ais, une fermeture programmatique aussi tranch&#233;e que celle que le premier volet d&#233;montre sur le texte fondateur. Nous &#233;tablissons une fonction et une pente, pas une intention ; le premier volet, lui, tient la pi&#232;ce &#8212; le texte fondateur &#8212; qui autorise le terme le plus dur.&lt;br class='autobr' /&gt;
VI. Ce que pose le programme contre les deux &#233;cueils&lt;br class='autobr' /&gt;
Contre la limite de la section bolivienne (le programme du pouvoir sans la rupture tranch&#233;e avec l'appareil) et contre l'escamotage fran&#231;ais (la rupture invoqu&#233;e sans le programme du pouvoir), la position que nous d&#233;fendons tient en une articulation indissociable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une situation r&#233;volutionnaire ne se gagne pas par le seul courage de la base &#8212; les travailleurs d'El Alto et les paysans du Chapare l'avaient, et au-del&#224; &#8212;, mais par l'organe qui centralise cette base contre l'appareil et par-dessus lui, c'est-&#224;-dire qui d&#233;pose la direction syndicale tra&#238;tresse au lieu de la presser. Cet organe &#8212; comit&#233;s, conseils, assembl&#233;es centralis&#233;es par d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;vocables &#8212; n'est pas un instrument d'extension de la gr&#232;ve : il est l'embryon du pouvoir des travailleurs, et il ne vaut que rapport&#233; &#224; son but, qui est d'arracher le pouvoir &#224; la bourgeoisie et de d&#233;truire son &#201;tat. C'est le contenu de la dictature du prol&#233;tariat, qui n'est pas un slogan que l'on r&#233;serve aux pays lointains, mais la perspective que tout r&#233;volutionnaire doit porter dans sa propre classe, dans son propre pays, y compris et surtout imp&#233;rialiste. Le travail vers les soldats, la fracture de l'appareil arm&#233;, en sont la condition. La direction de marche n'est pas un suppl&#233;ment au mot d'ordre &#171; auto-organisation &#187; : elle en est le sens, ou bien l'auto-organisation n'est qu'une &#233;cole de pression sur la bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pourquoi l'&#233;cart entre la LOR-CI et RP-France n'est pas une affaire d'accent ou de format. C'est la mesure de la distance qui s&#233;pare une organisation contrainte par une situation r&#233;volutionnaire de poser le pouvoir ouvrier &#8212; d'une organisation d'un pays imp&#233;rialiste qui, ayant pour base une couche de cadres syndicaux, retire ce pouvoir de son horizon pratique et le remplace par la pression sur les directions qu'elle devrait combattre.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Gilets Jaunes Poitiers / Mati&#232;re et R&#233;volution / Voix des Travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Annexe &#8212; note de m&#233;thode et points restant &#224; v&#233;rifier&lt;br class='autobr' /&gt;
1.	La loi agraire &#171; 1720 &#187; (loi Marinkovic) est attest&#233;e par deux sources concordantes (l'article de RP et le programme de la LOR-CI, qui la nomme explicitement &#171; loi Marinkovic [1720] &#187;). Le num&#233;ro et le contenu peuvent &#234;tre avanc&#233;s en les attribuant aux organisations mobilis&#233;es ; la date de promulgation reste &#224; confirmer sur une source bolivienne primaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
2.	L'effondrement du prol&#233;tariat minier est solidement &#233;tabli : d&#233;cret 21060 du 29 ao&#251;t 1985 (gouvernement V&#237;ctor Paz Estenssoro), &#171; relocalisation &#187; de 24 755 mineurs sur 30 174 ; passage des coop&#233;rativistes de 28 649 (1985) &#224; 65 890 (2010) ; la miner&#237;a coop&#233;rativis&#233;e fournit aujourd'hui 90 % des emplois du secteur ; Huanuni reste la principale mine sous administration directe de l'&#201;tat. Ces donn&#233;es changent l'arri&#232;re-plan de l'analyse : le prol&#233;tariat minier salari&#233;, colonne vert&#233;brale de la COB et de la r&#233;volution de 1952, a &#233;t&#233; d&#233;cim&#233; et largement remplac&#233; par une couche coop&#233;rativiste de nature sociale distincte. &#192; recouper sur les chiffres les plus r&#233;cents (post-2010) avant publication.&lt;br class='autobr' /&gt;
3.	Le terme &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; : la distinction de registres est d&#233;sormais verrouill&#233;e (note 9). Le texte fondateur de RP (d&#233;cembre 2022) n'emploie ni &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; ni &#171; centralisme d&#233;mocratique &#187; &#8212; fait &#233;tabli sur lecture directe dans le premier volet de ce dossier. Les textes de conjoncture boliviens posent le contenu du pouvoir ouvrier sans le mot. Les deux volets doivent rester coh&#233;rents sur ce r&#233;glage : le pr&#233;sent volet renvoie au premier pour la preuve sur le texte fondateur, et ne laisse pas flotter de r&#233;serve &#224; ce sujet. Resterait, par surcro&#238;t de prudence, &#224; confirmer sur un texte programmatique dat&#233; de la LOR-CI elle-m&#234;me (et non du courant en g&#233;n&#233;ral) son usage ou non de l'expression.&lt;br class='autobr' /&gt;
4.	L'explication de l'&#233;cart (section IV) admet deux lectures non d&#233;partageables par les seuls textes : adaptation objective de RP &#224; la bureaucratie d'un pays imp&#233;rialiste (notre th&#232;se), ou &#171; tactique &#187; d'adaptation au niveau de conscience (leur d&#233;fense). Le texte &#233;tablit le r&#233;sultat objectif sans pr&#233;tendre prouver l'intention ; c'est la seule position &#233;pist&#233;miquement tenable. Ne pas durcir l'accusation en imputation d'intention.&lt;br class='autobr' /&gt;
5.	Corpus effectivement lu (pour m&#233;moire) : c&#244;t&#233; bolivien/international &#8212; &#171; Huelga general hasta que caiga el gobierno &#187; (25 mai), &#171; Ni un paso atr&#225;s, la COB debe hacer efectiva la huelga general &#187; (25 mai), d&#233;claration internationale CRP-CI (5 juin), &#171; Entre el Cabildo del 1 de mayo y la Conminatoria de Argollo &#187; (17 juin), &#171; Bolivia : &#161;Abajo el estado de excepci&#243;n ! &#187; (21 juin), et le mensuel imprim&#233; Palabra Obrera n&#176;65 (septembre 2015) ; c&#244;t&#233; fran&#231;ais &#8212; &#171; courage et infamie &#187; de C. Rozenn (20 juin), &#171; il faut une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e &#187; (19 mai, traduction), &#171; Menace d'&#233;tat d'urgence &#187; (traduction), plus le corpus RP sur l'auto-organisation et les gr&#232;ves fran&#231;aises 2022-2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
6.	Le journal imprim&#233; Palabra Obrera est accessible via le site lorci.org, mais l'exemplaire en ligne le plus complet est le n&#176;65 (septembre 2015) ; le site lorci.org est une coquille dont le contenu propre s'arr&#234;te vers 2016 (une colonne lat&#233;rale recopie automatiquement le fil de La Izquierda Diario, ce qui donne une fausse impression de fra&#238;cheur). L'&#233;dition imprim&#233;e 2026 de Palabra Obrera n'a pas &#233;t&#233; retrouv&#233;e en PDF. Toute affirmation sur &#171; ce que diffuse aujourd'hui leur journal &#187; doit donc rester prudente : nous disposons d'un num&#233;ro de 2015, coh&#233;rent avec leur ligne actuelle, mais pas de l'&#233;dition courante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le peuple d'Alg&#233;rie en a marre de la mis&#232;re&#8230;...</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8864</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8864</guid>
		<dc:date>2026-07-06T22:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le peuple d'Alg&#233;rie en a marre de la mis&#232;re&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 11 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 12 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 13 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 14 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 15 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 16&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19526 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-173.jpg' width=&#034;595&#034; height=&#034;336&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/jeunes.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/jeunes.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;533&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le peuple d'Alg&#233;rie en a marre de la mis&#232;re&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lematindz.net/2803-la-pauvreteacute-srsquoest-laquonbspconfortablementnbspraquo-installeacutee/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.le7tv.ma/2026/01/28/files-dattente-misere-sociale-penuries-alimentaires-et-un-dinar-algerien-sans-valeur-la-puissance-regionale-autoproclamee-seffondre-sous-nos-yeux/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article6393&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve991&#034;&gt;Document 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8417&#034;&gt;Document 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5996&#034;&gt;Document 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4375&#034;&gt;Document 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/07/02/pour-changer-un-simple-pneu-il-faut-attendre-son-tour-pendant-des-semaines-en-algerie-la-vie-chere-pese-sur-le-moral-des-familles_6717851_3212.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/afrique/article/2007/12/04/l-algerie-un-pays-riche-au-peuple-pauvre_985664_3212.html?srsltid=AfmBOor6UmNFwc8wiqUb8spaIusEgQipumUNvKFSxiHcMY2Soni29Rmk&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.hespress.com/310565-algerie-pres-de-la-moitie-des-jeunes-vivent-dans-la-pauvrete-et-precarite.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://atlantico.fr/article/decryptage/algerie-pays-riche-peuple-vivant-mal-gachis-ressources-economiques-petrole-ahmed-rouadjia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/breve/2009/08/19/etat-riche-peuple-pauvre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lematindz.net/2803-la-pauvreteacute-srsquoest-laquonbspconfortablementnbspraquo-installeacutee/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.le7tv.ma/2022/04/19/la-pauvrete-menace-des-millions-dalgeriens-plus-de-43-des-menages-gagnent-moins-de-1-000-dhs-mois/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 14&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aldar.ma/38468.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 15&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://berthoalain.com/?s=hirak&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 16&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ivry : deux &#201;glises, un &#201;tat faussement la&#239;que...</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8851</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8851</guid>
		<dc:date>2026-07-04T22:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ivry : deux &#201;glises, un &#201;tat faussement la&#239;que &#8212; et une seule classe &#224; d&#233;fendre &lt;br class='autobr' /&gt;
Conseil municipal du 11 juin 2026. Deux &#233;lues de la majorit&#233; si&#232;gent voil&#233;es ; l'une d'elles, l'adjointe Fenda Diarra, revendique publiquement sa &#171; fiert&#233; &#187; de l'&#234;tre. Le conseiller RN K&#233;vin Nader d&#233;pose un amendement au r&#232;glement int&#233;rieur pour interdire les signes religieux ostensibles aux &#233;lus &#8212; c'est-&#224;-dire pour en chasser le voile. La majorit&#233; le rejette. Apr&#232;s l'adoption du r&#232;glement, Nader reprend la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19471 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_17_juin_2026_11_05_11.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_17_juin_2026_11_05_11.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19472 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_17_juin_2026_11_06_29.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/chatgpt_image_17_juin_2026_11_06_29.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ivry : deux &#201;glises, un &#201;tat faussement la&#239;que &#8212; et une seule classe &#224; d&#233;fendre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Conseil municipal du 11 juin 2026. Deux &#233;lues de la majorit&#233; si&#232;gent voil&#233;es ; l'une d'elles, l'adjointe Fenda Diarra, revendique publiquement sa &#171; fiert&#233; &#187; de l'&#234;tre. Le conseiller RN K&#233;vin Nader d&#233;pose un amendement au r&#232;glement int&#233;rieur pour interdire les signes religieux ostensibles aux &#233;lus &#8212; c'est-&#224;-dire pour en chasser le voile. La majorit&#233; le rejette. Apr&#232;s l'adoption du r&#232;glement, Nader reprend la parole, accuse le maire de &#171; renoncer &#224; la la&#239;cit&#233; &#187;, sort un crucifix, d&#233;clare placer le conseil &#171; sous le signe de la croix &#187; et r&#233;cite un Je vous salue Marie. Le maire, le communiste Philippe Bouyssou, suspend la s&#233;ance, saisit le pr&#233;fet, et d&#233;nonce une &#171; instrumentalisation de la religion catholique &#224; des fins islamophobes &#187; qui &#171; insulte les deux communaut&#233;s religieuses &#187;, auxquelles il adresse son soutien. Sur les r&#233;seaux, un militant &#171; f&#233;ministe-la&#239;que &#187; d&#233;nonce &#171; l'entrisme islamiste &#187; et Bouyssou &#171; tra&#238;tre &#224; la la&#239;cit&#233; &#187;. La gauche communautariste d&#233;fend les &#233;lues au nom de l'inclusivit&#233;. Chacun tient son r&#244;le. Et chacun sert le m&#234;me camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut le dire clairement, car personne ne le dit : ces deux mises en sc&#232;ne ne s'opposent pas, elles se compl&#232;tent. L'extr&#234;me droite a besoin du voile comme &#233;pouvantail pour souder un bloc &#171; de souche &#187; contre l'&#233;tranger. L'islam politique a besoin de l'islamophobie d'&#201;tat comme preuve que la R&#233;publique ment, pour souder &#171; sa &#187; communaut&#233; derri&#232;re ses propres encadreurs. L'un nourrit l'autre. Tous deux d&#233;coupent la classe des exploit&#233;&#183;es selon une ligne confessionnelle, dressent le travailleur fran&#231;ais contre sa coll&#232;gue musulmane, et abolissent la seule question qui &#233;manciperait r&#233;ellement les uns et les autres : celle de leurs conditions mat&#233;rielles communes d'existence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le RN : la croix n'est qu'un masque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la croix de l'&#233;lu RN soit un instrument et non une foi, la s&#233;ance elle-m&#234;me le prouve. Le m&#234;me soir, avant de brandir son crucifix, le conseiller RN avait insult&#233; les agents municipaux sur leurs salaires (&#171; vous vous gavez avec ce fric monstre &#187;), attaqu&#233; la programmation &#171; d&#233;coloniale et internationaliste &#187; d'un &#233;quipement culturel, et d&#233;roul&#233; sa x&#233;nophobie &#224; propos d'un comit&#233; consultatif destin&#233; aux habitants de nationalit&#233; extra-europ&#233;enne : &#171; la nationalit&#233;, &#231;a se gagne, elle ne se donne pas dans une pochette en chocolat &#187;. Voil&#224; le fond : nationalisme, m&#233;pris des fonctionnaires, hostilit&#233; &#224; l'&#233;tranger. Le catholicisme n'y a aucune place r&#233;elle &#8212; un parti qui exalte la nationalit&#233;-m&#233;rite et tape sur les travailleurs du service public n'a rien d'&#233;vang&#233;lique. La croix n'est qu'un drapeau identitaire de plus, saisi pour l'occasion afin de viser le voile. Du reste, l'&#233;lu RN ne porte pas une croix &#8212; geste d'un croyant, que nul ne songerait &#224; lui reprocher &#8212; il la d&#233;gaine, la brandit et r&#233;cite une pri&#232;re au micro : ce n'est pas un acte de foi, c'est une mise en sc&#232;ne politique. Le RN ne d&#233;fend pas le Christ : il instrumentalise le catholicisme comme marqueur de &#171; civilisation &#187; contre l'islam, exactement comme il instrumentalise la la&#239;cit&#233; dont il n'a que faire partout ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La la&#239;cit&#233; fran&#231;aise est un paravent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On invoque la loi de 1905 comme un absolu, et la l&#233;gende r&#233;publicaine en a fait le grand combat contre l'&#201;glise. Mais regardons ce qu'elle a fait, non ce qu'elle pr&#233;tendait. 1905, c'est l'ann&#233;e de la r&#233;volution russe et d'une vague de gr&#232;ves dans toute l'Europe : en dressant les r&#233;publicains contre les cl&#233;ricaux, la bourgeoisie radicale a trouv&#233; le moyen de d&#233;river la mont&#233;e de classe vers un affrontement entre fractions de l'ordre, et de souder un bloc &#171; r&#233;publicain &#187; par-dessus les classes au moment pr&#233;cis o&#249; le prol&#233;tariat montait. Et elle n'a rien enlev&#233; d'essentiel &#224; l'&#201;glise : le concordat d'Alsace-Moselle est rest&#233; en vigueur jusqu'&#224; aujourd'hui, l'enseignement catholique a surv&#233;cu et sera financ&#233; par la loi Debr&#233;, le chef de l'&#201;tat demeure chanoine d'honneur de Saint-Jean-de-Latran, les fun&#233;railles nationales se tiennent &#224; Notre-Dame. L'aile qui voulait frapper r&#233;ellement l'&#201;glise n'a pas gagn&#233;. La la&#239;cit&#233; r&#233;ellement existante ne frappe donc que les pratiques religieuses des fractions domin&#233;es du prol&#233;tariat &#8212; les travailleurs immigr&#233;s et leurs enfants &#8212; tout en &#233;pargnant le catholicisme int&#233;gr&#233; &#224; l'appareil d'&#201;tat jusqu'&#224; son sommet. Que l'on s'entende : il ne s'agit pas de faire de l'islam &#171; la religion des opprim&#233;s &#187;, comme le voudrait la gauche identitaire. L'islam politique n'a rien d'un domin&#233; &#8212; il est religion d'&#201;tat dans des dizaines de pays, et ses mosqu&#233;es en France sont souvent les relais d'&#201;tats et de bourgeoisies &#233;trang&#232;res (Turquie, Alg&#233;rie, monarchies du Golfe), tout comme d'autres puissances ont les leurs. Ce ne sont pas les religions qui sont domin&#233;es ou dominantes : ce sont les travailleurs vis&#233;s qui occupent une position de classe domin&#233;e. La la&#239;cit&#233; &#224; g&#233;om&#233;trie variable discipline leurs pratiques quand elle prot&#232;ge celles du culte int&#233;gr&#233; &#224; l'&#201;tat. La brandir contre une &#233;lue musulmane revient &#224; lui faire faire ce qu'elle fait toujours : discipliner les pratiques des travailleurs immigr&#233;s tout en &#233;pargnant l'&#201;glise install&#233;e dans l'appareil d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;om&#233;trie variable joue jusqu'&#224; l'int&#233;rieur du catholicisme lui-m&#234;me. Qu'un &#233;v&#234;que dissident appelle &#224; &#171; prendre les armes pour d&#233;fendre le pays chr&#233;tien &#187;, et l'on trouvera des la&#239;ques sinc&#232;res pour rappeler, &#224; juste titre, qu'il viole la loi de 1905 et tombe sous le coup du Code p&#233;nal. Le franc-tireur cl&#233;rical, marginal et spectaculaire, est d&#233;nonc&#233;. Mais le catholicisme institutionnel, lui &#8212; celui qui salarie ses pr&#234;tres en Alsace-Moselle, fait financer ses &#233;coles par le contribuable, place son chef d'honneur &#224; l'&#201;lys&#233;e et a couvert pendant des d&#233;cennies les violences de B&#233;tharram &#8212; demeure intouchable. On voit l'&#233;v&#234;que s&#233;ditieux ; on ne voit pas le pr&#233;sident chanoine. La la&#239;cit&#233; &#224; g&#233;om&#233;trie variable ne distingue pas seulement entre l'islam et le catholicisme : elle distingue, au sein m&#234;me de l'&#201;glise, entre le r&#233;actionnaire visible qu'on peut sanctionner et l'emprise institutionnelle qu'on prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bras de fer d'Ivry porte d'ailleurs sur un point de droit r&#233;el, et il faut le dire honn&#234;tement. Le RN entretient &#224; dessein la confusion entre la&#239;cit&#233; et neutralit&#233; : la neutralit&#233; religieuse s'impose aux agents publics et aux &#233;lus quand ils exercent comme officiers d'&#233;tat civil &#8212; mariages, bureaux de vote &#8212; mais pas, dans la tradition juridique classique, &#224; un &#233;lu si&#233;geant dans une assembl&#233;e d&#233;lib&#233;rante, car l'&#233;lu tient son mandat du suffrage et n'est pas un fonctionnaire. De ce strict point de vue, le maire qui refuse l'amendement d&#233;fend une lecture &#233;tablie de la la&#239;cit&#233;, et le RN qui l'accuse de &#171; trahison &#187; ment sur le droit. Mais cette tradition vacille : &#224; Chalon-sur-Sa&#244;ne, le maire LR a fait inscrire dans le r&#232;glement int&#233;rieur l'interdiction de tout signe religieux ostensible aux &#233;lus, et le 18 mars 2026 le tribunal administratif de Dijon a refus&#233; de la suspendre, estimant que la libert&#233; de conscience de l'&#233;lu &#171; doit &#234;tre concili&#233;e avec le principe de la&#239;cit&#233; &#187;. Deux communes, deux gestions bourgeoises oppos&#233;es de la m&#234;me question : ici l'interdit autoritaire valid&#233; par le juge, l&#224; le refus de trancher et la b&#233;n&#233;diction des communaut&#233;s. Notre position ne se range derri&#232;re aucune des deux. Du strict point de vue de la coh&#233;rence la&#239;que, on ne devrait tol&#233;rer ni voile ni croix dans une institution ; mais nous ne confions pas &#224; l'&#201;tat bourgeois &#8212; ni &#224; son juge, ni &#224; son pr&#233;fet &#8212; le soin d'imposer cette r&#232;gle, car nous savons contre qui il la retournera. Ce que nous opposons aux deux, ce n'est pas un arbitrage juridique : c'est le terrain de classe que l'un et l'autre d&#233;sertent.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat qui &#171; combat &#187; l'islam politique est celui qui l'a fait prosp&#233;rer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a pire que la g&#233;om&#233;trie variable. L'&#201;tat qui agite la la&#239;cit&#233; contre une &#233;lue d'Ivry est exactement le m&#234;me qui a laiss&#233; prosp&#233;rer l'islam politique quand cela l'arrangeait &#8212; et qui le promeut au-dehors quand sa strat&#233;gie le commande. Le 7 mai 2025, Emmanuel Macron recevait &#224; l'&#201;lys&#233;e, garde r&#233;publicaine au garde-&#224;-vous, Ahmed al-Charaa &#8212; l'ancien Joulani, ex-chef du Hayat Tahrir al-Cham, c'est-&#224;-dire de l'ancienne branche syrienne d'al-Qa&#239;da. Trois semaines plus tard, le m&#234;me pouvoir pr&#233;sentait en Conseil de d&#233;fense son grand rapport sur l'&#171; entrisme islamiste &#187;, &#233;rig&#233; en &#171; menace pour la R&#233;publique &#187;. L'ennemi int&#233;rieur absolu et l'invit&#233; d'honneur rel&#232;vent de la m&#234;me mouvance, &#224; trois semaines d'intervalle. Faut-il rappeler que l'assassin de Samuel Paty &#233;tait en contact, le jour de son crime, avec un propagandiste de ce m&#234;me HTC ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dedans, ce n'est pas diff&#233;rent. C'est l'&#201;tat qui a institu&#233; l'encadrement confessionnel des travailleurs musulmans : le Conseil fran&#231;ais du culte musulman est une cr&#233;ation de Sarkozy, en 2003. Sa fonction objective fut d'enfermer une fraction du prol&#233;tariat dans une identit&#233; religieuse, de lui donner pour interlocuteurs des &#171; repr&#233;sentants du culte &#187; plut&#244;t que des organisations de classe &#8212; avant de d&#233;signer ce bloc, le moment venu, comme la cible des campagnes s&#233;curitaires. L'&#201;tat n'a besoin d'aucun complot : il agit selon sa nature. Mais le r&#233;sultat est qu'il ne combat pas l'islam politique &#8212; il l'instrumentalise, &#233;pouvantail au-dedans, suppl&#233;tif au-dehors, et fabrique ainsi une part de la menace qu'il agite. (Ce m&#233;canisme est d&#233;velopp&#233; dans notre article &#171; L'islam politique en France : une r&#233;alit&#233; r&#233;actionnaire, un &#201;tat qui l'exploite, une classe qu'on d&#233;sarme &#187;.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le voile comme marqueur de l'islam politique est une arme de division&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas qu'il faille d&#233;fendre le voile. La politique est aussi faite de symboles, et un symbole d&#233;ploy&#233; par un appareil n'est pas une opinion individuelle : c'est un acte. Quand l'islam politique &#233;rige le foulard en marqueur identitaire, fronti&#232;re visible entre &#171; la communaut&#233; &#187; et le reste, drapeau plant&#233; dans une institution, il en fait une arme de division et de contr&#244;le du corps des femmes. Et qu'on ne nous serve pas la l&#233;gende de la &#171; pudeur &#187; : le voile n'a pas d'origine spirituelle. D&#232;s l'Antiquit&#233;, bien avant l'islam, il distingue la femme libre de l'esclave &#8212; laquelle, non voil&#233;e, restait sexuellement &#171; disponible &#187;. L'islam des origines reprend cette fonction : la tradition rapporte que le verset du jilb&#226;b r&#233;pond aux importunit&#233;s subies par Sawda, &#233;pouse du Proph&#232;te, pour que les femmes libres &#171; soient reconnues et ne soient pas offens&#233;es &#187;. C'est un marqueur de statut et de propri&#233;t&#233; sur les corps, pas une prescription de pi&#233;t&#233; &#8212; et les salafistes et Fr&#232;res musulmans qui le pr&#233;sentent aujourd'hui comme un signe de pudeur r&#233;activent en r&#233;alit&#233; ce vieux marquage, jusqu'&#224; cette d&#233;rive bien r&#233;elle qui range la femme non voil&#233;e du c&#244;t&#233; de la &#171; femme facile &#187;. Le combattre est donc n&#233;cessaire. Mais la femme voil&#233;e n'est pas l'ennemie : elle est la premi&#232;re cible de cet endoctrinement, pas son auteur. Et l'arme contre l'islam politique n'est pas l'interdit d'&#201;tat &#8212; qui le sacre pers&#233;cut&#233; et le renforce &#8212; c'est la v&#233;rit&#233; dite devant les travailleurs et l'unit&#233; de classe qui arrache les croyantes &#224; l'emprise de leurs encadreurs. C'est la seule chose que les Fr&#232;res musulmans redoutent r&#233;ellement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le PCF d'Ivry ne lib&#232;re personne &#8212; il encadre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maire PCF n'agit pas par solidarit&#233; avec les opprim&#233;s &#8212; comme il agissait hier en c&#233;dant le foncier municipal pour l'&#233;dification d'une grande mosqu&#233;e, sans que pareille faveur soit jamais consentie &#224; une synagogue, un temple ou une &#233;glise. Un communiste n'inaugure pas de lieu de culte : il sait que la religion est le soupir de la cr&#233;ature opprim&#233;e et que la t&#226;che r&#233;volutionnaire est de tarir la source de cette d&#233;tresse, pas d'en b&#233;nir les sanctuaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il faut le nommer pour ce qu'il est. Le PCF n'a jamais &#233;t&#233; un parti r&#233;volutionnaire au plein sens du terme : pass&#233; tr&#232;s vite, d&#232;s les ann&#233;es 1920-30, du stade du parti en construction &#224; celui d'appareil stalinis&#233;, courroie de la bureaucratie du Kremlin, il est devenu une force contre-r&#233;volutionnaire dont la seule boussole est la conciliation avec l'&#201;tat bourgeois fran&#231;ais. Ce parti qui se dit l'ami des domin&#233;s est celui qui, au gouvernement en 1945-47, a r&#233;prim&#233; les colonis&#233;s &#8212; S&#233;tif, Ha&#239;phong, Madagascar &#8212; et vot&#233; en 1956 les pouvoirs sp&#233;ciaux de la guerre d'Alg&#233;rie ; celui qui, au tournant des ann&#233;es 1980, chassait l'immigr&#233; de ses propres communes &#8212; le bulldozer du maire PCF sur un foyer malien &#224; Vitry, la manifestation du maire PCF Robert Hue sous les fen&#234;tres d'une famille marocaine &#224; Montigny. Hier on rase et on d&#233;nonce l'immigr&#233; ; aujourd'hui on courtise &#171; les musulmans d'Ivry &#187; au nom de la &#171; diversit&#233; &#187;. Mais il ne s'agit pas de diversit&#233; : la diversit&#233; r&#233;elle, ce serait l'unit&#233; de travailleurs d'origines diff&#233;rentes dans un m&#234;me combat de classe. Pr&#233;senter l'alliance avec un appareil religieux r&#233;actionnaire comme de la &#171; diversit&#233; &#187; n'est que l'habillage d'une politique d'encadrement s&#233;par&#233;. Le m&#234;me parti qui chassait l'immigr&#233; au bulldozer le flatte aujourd'hui par populisme communautaire : preuve qu'aucune des deux postures n'a jamais eu le travailleur immigr&#233; pour sujet, mais seulement pour objet &#224; g&#233;rer. R&#233;primer hier, flatter aujourd'hui : les deux gestes servent la m&#234;me fonction &#8212; diviser les travailleurs et les encadrer pour le compte de la bourgeoisie, au lieu de les unir contre elle. M&#234;me finissant, l'appareil stalinien fait encore de la contre-r&#233;volution ; il a seulement retourn&#233; le signe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;fendre l'islam politique par populisme communautaire n'est pas plus de gauche que de l'attaquer par racisme. C'est l'autre face de la m&#234;me renonciation au terrain de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'on voit bien, &#224; Ivry m&#234;me, que ce maire ne sort jamais de l'ordre bourgeois : il l'administre. Face &#224; la provocation du RN, il ne s'adresse pas au peuple travailleur, il ne dit pas un mot de la religion comme instrument de division des exploit&#233;s. Il d&#233;nonce l'instrumentalisation du catholicisme, adresse son &#171; soutien aux deux communaut&#233;s religieuses &#187; &#8212; et il saisit le pr&#233;fet. Autrement dit, &#224; l'instrumentalisation religieuse du RN il r&#233;pond en patron des communaut&#233;s et en appelant &#224; l'&#201;tat, &#224; son repr&#233;sentant d&#233;partemental, &#224; la police administrative. Pas aux travailleurs d'Ivry, pas &#224; leur unit&#233;. L&#224; est la v&#233;rit&#233; de ce &#171; communisme &#187; municipal : une gestion institutionnelle des &#233;quilibres, qui face au RN en appelle au pr&#233;fet et face aux travailleuses voil&#233;es en appelle &#224; la &#171; diversit&#233; &#187; &#8212; jamais une politique d'unit&#233; prol&#233;tarienne, qui seule d&#233;sarmerait et le RN et l'islam politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa d&#233;fense le trahit d'ailleurs jusque dans sa logique. Pour condamner le geste du RN, le maire pose le bon crit&#232;re : &#171; imaginez qu'un &#233;lu musulman sorte un tapis et fasse une pri&#232;re au milieu du conseil, tout le monde serait scandalis&#233; &#187;. Exactement : la performance religieuse mise en sc&#232;ne dans une institution est une faute, qu'elle soit catholique ou musulmane. Mais il applique ce crit&#232;re &#224; un rite musulman hypoth&#233;tique &#8212; le tapis qu'aucun &#233;lu n'a d&#233;roul&#233; &#8212; tout en restant aveugle au marqueur religieux r&#233;el de sa propre majorit&#233;, le voile que ses adjointes revendiquent &#171; avec fiert&#233; &#187; en s&#233;ance. Il distingue le signe &#171; port&#233; &#187; (qu'il tol&#232;re) du rite &#171; brandi &#187; (qu'il refuse) : distinction commode, qui range la croix d&#233;gain&#233;e du RN du mauvais c&#244;t&#233; et le voile-&#233;tendard de son camp du bon. Mais une revendication publique et fi&#232;re du voile dans l'enceinte du conseil n'est pas un signe passif : c'est, elle aussi, un acte politique, le marqueur d'un appareil plant&#233; dans l'institution. Bouyssou trouve donc le bon principe et l'applique de travers &#8212; s&#233;v&#232;re pour la religion de l'adversaire, complaisant pour celle de sa client&#232;le. C'est le tri s&#233;lectif de la la&#239;cit&#233; bourgeoise, simplement retourn&#233; : l&#224; o&#249; l'&#201;tat frappe l'islam et &#233;pargne le catholicisme, le PCF municipal &#233;pargne le voile et ne voit que la croix. Dans les deux cas, la mesure n'est pas le principe, mais l'int&#233;r&#234;t &#8212; et jamais l'unit&#233; des travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La seule ligne de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'aurait dit un &#233;lu r&#233;volutionnaire &#224; cette tribune ne ressemble &#224; aucune des trois postures du conseil. Il n'aurait rien demand&#233; &#224; l'&#201;tat bourgeois &#8212; ni texte d'interdiction, ni saisine. Il aurait d&#233;nonc&#233;, d'un m&#234;me mouvement et avec la m&#234;me intransigeance : le RN qui brandit la croix et le Je vous salue Marie comme catholicisme identitaire &#8212; ce qui ne lui donne aucune le&#231;on de la&#239;cit&#233;, puisqu'il fait exactement ce qu'il reproche, du communautarisme religieux ; le maire PCF comme encadreur sans principes ; et le voile revendiqu&#233; &#171; avec fiert&#233; &#187; en s&#233;ance comme un acte politique &#8212; celui de planter le marqueur de l'islam politique dans une institution. Sur l'&#233;lue elle-m&#234;me, il n'aurait pas sp&#233;cul&#233; sur sa foi ni sur ses affiliations : qu'elle soit croyante sinc&#232;re ou militante organis&#233;e importe peu et ne se prouve pas. Mais l'acte, lui, est public et il est politique : revendiquer fi&#232;rement le voile dans l'enceinte d'un conseil, c'est y planter un marqueur identitaire et confessionnel &#8212; comme le RN y plante sa croix. Les deux gestes ont la m&#234;me fonction sc&#233;nique : d&#233;placer la classe vers la religion. Ils ne sont pas pour autant socialement &#233;quivalents &#8212; la croix du RN s'adosse au catholicisme int&#233;gr&#233; &#224; l'appareil d'&#201;tat fran&#231;ais, le voile politique &#224; des r&#233;seaux et des &#201;tats &#233;trangers qui encadrent une fraction des travailleurs immigr&#233;s. Deux points d'appui distincts, deux forces r&#233;actionnaires, une m&#234;me fonction de division. Et il aurait relev&#233; l'essentiel &#8212; qu'elle si&#232;ge dans une majorit&#233; qui soutient l'armement de l'Ukraine et ne dit pas un mot de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais au Sahel. Sur le terrain qui d&#233;cide, celui de l'imp&#233;rialisme, elle se tient exactement o&#249; se tient le RN. Le voile que le PCF brandit comme signe de &#171; diversit&#233; &#187; ne sert pas l'&#233;mancipation des travailleuses : il sert l'encadrement communautaire qui les divise. Il aurait dit aux travailleurs et aux travailleuses musulmanes : voil&#224; qui pr&#233;tend vous repr&#233;senter, voil&#224; l'arme identitaire qu'on plante entre vous et vos fr&#232;res de classe, et voil&#224; l'&#201;tat qui ne s'en prend qu'&#224; vous pendant qu'il b&#233;nit ses propres pr&#234;tres. Tous vous divisent. Ne suivez aucun d'eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Oppos&#233;s ici, alli&#233;s ailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un test suffit &#224; d&#233;masquer leur affrontement : aucun de ces courants n'est l'ennemi de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. L'islam politique brandit un anti-occidentalisme de slogan, mais se retrouve alli&#233; de l'imp&#233;rialisme d&#232;s que les int&#233;r&#234;ts convergent &#8212; Fr&#232;res musulmans financ&#233;s par le Qatar de Washington, groupes ex-al-Qa&#239;da arm&#233;s en Syrie, al-Charaa re&#231;u &#224; l'&#201;lys&#233;e. Le RN n'en est pas l'ennemi mais l'aile la plus chauvine, pro-arm&#233;e et pro-&#171; grandeur nationale &#187;. Et le PCF l'a soutenu &#224; chaque &#233;preuve &#8212; Union sacr&#233;e, cr&#233;dits coloniaux, pouvoirs sp&#233;ciaux de 1956, d&#233;fense social-chauvine de &#171; l'emploi fran&#231;ais &#187; contre le travailleur &#233;tranger : le socialisme dans les mots, la patrie imp&#233;rialiste dans les actes. Sur chaque th&#233;&#226;tre, le constat est le m&#234;me : ni au Sahel, o&#249; la France a men&#233; sa guerre et ses man&#339;uvres avec les groupes arm&#233;s, ni en Ukraine, o&#249; chacun s'accommode de la logique des blocs, aucun des trois ne d&#233;nonce l'imp&#233;rialisme de son propre camp. Oppos&#233;s sur la sc&#232;ne fran&#231;aise, ils se retrouvent du m&#234;me c&#244;t&#233; sur l'&#233;chiquier mondial. Le seul anti-imp&#233;rialisme r&#233;el est celui du prol&#233;tariat qui combat d'abord sa propre bourgeoisie &#8212; ce qu'aucun ne fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me de la fausse opposition entre racisme et &#171; antiracisme &#187;. Il y a un antiracisme de classe, qui d&#233;fend l'immigr&#233; comme prol&#233;taire et l'unit &#224; l'ouvrier de souche : celui-l&#224; est juste. Et il y a un antiracisme politique, drap&#233; de &#171; diversit&#233; &#187; et d'&#171; inclusion &#187;, qui assigne chacun &#224; sa &#171; communaut&#233; &#187; et divise le prol&#233;tariat aussi s&#251;rement que le racisme. Le raciste dit &#171; les Fran&#231;ais d'abord &#187;, l'antiraciste identitaire &#171; les racis&#233;s entre eux &#187; : deux mani&#232;res de couper la classe selon l'origine. Cela ne les rend pas &#233;quivalents &#8212; le racisme reste l'agression du dominant, et l'immigr&#233; doit &#234;tre d&#233;fendu sans r&#233;serve, mais comme travailleur, jamais comme &#171; racis&#233; &#187;. Car l'assignation identitaire d&#233;tourne la riposte de son seul terrain efficace, la classe, vers l'impasse communautaire o&#249; elle se brise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;noncer les attaques contre les musulmans, ce n'est pas d&#233;fendre l'islam ni le voile. Et combattre l'islam politique, ce n'est pas s'aligner sur l'islamophobie d'&#201;tat. Car sous leurs affrontements de fa&#231;ade, le RN, l'islam politique, le PCF ne sont pas en face de l'&#201;tat : ils en sont les rouages, du sommet de l'Assembl&#233;e nationale jusqu'au moindre conseil municipal. Le conseil d'Ivry est lui-m&#234;me un &#233;chelon de l'&#201;tat bourgeois, et chacun de ces courants y administre, &#224; sa mani&#232;re, le m&#234;me appareil au service du m&#234;me ma&#238;tre. Les milliardaires ne peuvent dominer une classe ouvri&#232;re unie : il leur faut la couper. Chacune de ces forces fournit une ligne de coupe sous un masque diff&#233;rent &#8212; le patriotisme pour le RN, l'identit&#233; religieuse pour l'islam politique, le faux progr&#232;s pour les crois&#233;s de la la&#239;cit&#233;, la &#171; diversit&#233; &#187; pour le PCF qui chassait hier l'immigr&#233; au bulldozer. Le masque varie ; la fonction est unique : diviser le peuple travailleur &#8212; par la religion, la nationalit&#233;, l'identit&#233;, le faux progressisme &#8212; pour le compte d'une seule classe, celle des milliardaires. Toutes sont, &#224; ce titre, contre-r&#233;volutionnaires. Contre elles, on ne d&#233;fend qu'une chose &#8212; l'unit&#233; du prol&#233;tariat, par-del&#224; les religions et les identit&#233;s. Cette unit&#233; n'est pas un v&#339;u : c'est l'arme qui dissout tous les masques. C'est elle, et elle seule, que toutes ces guerres de symboles ont pour fonction d'emp&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mati&#232;re et R&#233;volution &#9733; Voix des Travailleurs &#9733; Gilets Jaunes Poitiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam politique en France : une r&#233;alit&#233; r&#233;actionnaire, un &#201;tat qui l'exploite, une classe qu'on d&#233;sarme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tenir trois choses &#224; la fois, et c'est &#224; cette condition seulement qu'on &#233;chappe aux deux mensonges qui se partagent le terrain. La premi&#232;re : l'islam politique est une force r&#233;elle, r&#233;actionnaire, hostile aux travailleurs. La deuxi&#232;me : l'offensive d'&#201;tat men&#233;e au nom de la &#171; lutte contre l'entrisme &#187; n'a pas pour but d'&#233;manciper qui que ce soit, mais de diviser le prol&#233;tariat et de renforcer l'appareil r&#233;pressif. La troisi&#232;me, qui commande les deux autres : ce que ces deux camps ont en commun, c'est l'effacement du terrain de classe. Qui n'en retient qu'une bascule ou bien dans l'apologie communautaire, ou bien dans la croisade civilisationnelle. Les deux sont des impasses.&lt;br class='autobr' /&gt;
I. L'islam politique est bien ce qu'il est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par ce qu'aucun mat&#233;rialiste ne doit minimiser, car le minimiser serait mentir aux travailleurs. L'islamisme politique &#8212; au sens de la mouvance issue des Fr&#232;res musulmans fond&#233;e en 1928 &#8212; est une id&#233;ologie interclassiste, patriarcale et contre-r&#233;volutionnaire. Son programme historique de 1936 r&#233;clamait la fortification de l'Oumma, l'interdiction de la mixit&#233;, l'oppression l&#233;gale des femmes, la censure de toute critique de la religion, l'imposition de l'&#233;ducation religieuse. Son principal th&#233;ologien, Youssef al-Qaradawi, a soutenu que les femmes viol&#233;es &#171; v&#234;tues de fa&#231;on impudique &#187; devraient &#234;tre punies, et s'est interrog&#233; non sur l'opportunit&#233; de tuer les homosexuels mais sur la m&#233;thode. Voil&#224; la doctrine. Aucune &#171; inclusivit&#233; &#187; ne la rend fr&#233;quentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voile, dans ce dispositif, n'est pas une simple affaire de foi priv&#233;e. Lorsqu'une organisation l'&#233;rige en marqueur identitaire, en fronti&#232;re visible entre &#171; la communaut&#233; &#187; et le reste, il devient une arme politique et un instrument de contr&#244;le du corps des femmes. La politique se fait aussi de symboles ; un symbole d&#233;ploy&#233; par un appareil est un acte, pas une opinion. Sur ce point, ceux qui d&#233;crivent le voile-imposition comme un outil de l'islam politique ont raison, et la gauche qui le nie ou le maquille en pur choix individuel se ment &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il dire ce qu'est le voile historiquement, car la l&#233;gende de la &#171; pudeur &#187; qu'on sert aux femmes est une falsification. Le voile n'a pas d'origine spirituelle. Il est, d&#232;s l'Antiquit&#233; &#8212; assyrienne, gr&#233;co-romaine, byzantine, bien avant l'islam &#8212; un marqueur de statut social : il distingue la femme libre de l'esclave. La femme libre se voile ; l'esclave, elle, ne le porte pas, et reste sexuellement disponible, &#171; violable &#187; sans cons&#233;quence sociale. Le voile est donc d'abord un instrument des rapports de propri&#233;t&#233; sur les corps : il signale qui appartient &#224; un homme et doit &#234;tre &#171; prot&#233;g&#233;e &#187;, et qui rel&#232;ve de la propri&#233;t&#233; servile. L'islam des origines reprend cette fonction. La tradition rapporte l'&#233;pisode de Sawda, &#233;pouse du Proph&#232;te, importun&#233;e lorsqu'elle sortait la nuit pour ses besoins : le verset dit du jilb&#226;b prescrit de couvrir les femmes libres &#171; afin qu'elles soient reconnues et ne soient pas offens&#233;es &#187;. Ce n'est pas une prescription de pi&#233;t&#233; int&#233;rieure : c'est un dispositif de signalement et de marquage dans une soci&#233;t&#233; esclavagiste. La &#171; pudeur religieuse &#187; est une relecture post&#233;rieure qui efface cette gen&#232;se sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette origine n'est pas un d&#233;tail d'&#233;rudition : elle survit dans les t&#234;tes. Quand le discours salafiste et fr&#233;riste r&#233;active l'id&#233;e que &#171; la femme pudique se voile &#187;, il en r&#233;active m&#233;caniquement l'envers &#8212; la non-voil&#233;e serait l'impudique, la disponible. De l&#224; cette d&#233;rive, bien r&#233;elle quoique loin d'&#234;tre g&#233;n&#233;rale : voir dans la femme non voil&#233;e une proie, une &#171; femme facile &#187;. C'est la trace de l'ancien marquage esclavagiste, la non-voil&#233;e gliss&#233;e dans la case &#171; violable &#187;. Preuve que le voile n'a jamais relev&#233; de la spiritualit&#233; priv&#233;e, mais d'un contr&#244;le des corps adoss&#233; &#224; des rapports de propri&#233;t&#233; &#8212; et que sa r&#233;activation politique charrie cette violence. Et pourtant : la femme voil&#233;e elle-m&#234;me n'est pas l'ennemie. Elle est la premi&#232;re cible de cet endoctrinement qui lui fait prendre une falsification pour une vertu, non son auteur. Combattre l'arme politique qu'est le voile-marqueur n'est pas combattre les femmes qui le portent &#8212; c'est exactement l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'islam politique cherche &#224; gagner du terrain &#8212; par les associations, les commerces, l'&#233;dition jeunesse, l'influence sur des &#233;lus &#8212; est &#233;galement une r&#233;alit&#233; document&#233;e. Il encadre une fraction des travailleurs croyants pour les soustraire &#224; la lutte de classe et les rabattre vers une bourgeoisie ou une petite-bourgeoisie religieuse. C'est, par nature, une force de division du prol&#233;tariat. Le marxisme n'a aucune indulgence pour cela : il combat toutes les religions comme opium, et l'instrumentalisation politique de la religion comme r&#233;action.&lt;br class='autobr' /&gt;
II. Mais l'offensive d'&#201;tat ne sert pas les travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici o&#249; la lucidit&#233; doit changer de cible sans rien renier de ce qui pr&#233;c&#232;de. Car depuis mai 2025, le discours de l'&#171; entrisme islamiste &#187; n'est plus celui de quelques essayistes : c'est le discours officiel de l'&#201;tat bourgeois, et de son aile la plus r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport &#171; Fr&#232;res musulmans et islamisme politique en France &#187; a &#233;t&#233; command&#233; par Darmanin, remis &#224; Retailleau, et pr&#233;sent&#233; par Macron en Conseil de d&#233;fense. Ce sont les noms du gouvernement le plus &#224; droite de la Ve R&#233;publique, celui qui casse les retraites, traque les ch&#244;meurs, r&#233;prime les manifestations et durcit chaque loi sur l'immigration. Quand un tel pouvoir se d&#233;couvre une passion soudaine pour &#171; l'&#233;galit&#233; des sexes &#187; et &#171; les valeurs de la R&#233;publique &#187;, le mat&#233;rialiste ne demande pas si l'intention est sinc&#232;re &#8212; il demande &#224; qui profite l'op&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est lisible. Des observateurs pourtant peu suspects de complaisance &#8212; y compris des journalistes ayant enqu&#234;t&#233; sur les financements qataris &#8212; ont mis en garde contre la tentation de &#171; tout mettre sur le dos des Fr&#232;res musulmans &#187;. Des analyses du rapport rel&#232;vent qu'il confond pratiques culturelles et extr&#233;misme, et que ses v&#233;ritables b&#233;n&#233;ficiaires politiques sont les Villiers et les Zemmour, dont les th&#232;ses, hier marginales, deviennent le sens commun d'&#201;tat. Voil&#224; le contenu social r&#233;el de la croisade &#171; la&#239;que &#187; : non l'&#233;mancipation des femmes musulmanes, mais la l&#233;gitimation, dans le vocabulaire r&#233;publicain, d'une politique de d&#233;signation d'un ennemi int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette offensive a une fonction de classe pr&#233;cise. En faisant du musulman un pur probl&#232;me culturel et religieux &#8212; jamais un exploit&#233; &#8212;, elle d&#233;coupe la classe ouvri&#232;re selon une ligne confessionnelle, dresse le travailleur &#171; de souche &#187; contre sa coll&#232;gue voil&#233;e, et d&#233;tourne la col&#232;re sociale vers un bouc &#233;missaire intra-prol&#233;tarien. C'est l'op&#233;ration id&#233;ologique la plus utile qui soit pour la bourgeoisie : pendant qu'on d&#233;bat du foulard, on ne d&#233;bat pas des salaires, du ch&#244;mage, du logement, de l'exploitation.&lt;br class='autobr' /&gt;
II bis. L'&#201;tat qui combat l'islamisme chez lui le promeut au-dehors&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus &#233;clairant n'est pas la croisade int&#233;rieure prise isol&#233;ment, mais sa confrontation avec la politique ext&#233;rieure du m&#234;me &#201;tat &#8212; car c'est l&#224; que la dialectique se d&#233;couvre. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, qui d&#233;signe l'&#171; entrisme islamiste &#187; comme menace existentielle sur le sol national, s'allie sans &#233;tat d'&#226;me aux courants les plus radicaux d&#232;s lors qu'ils servent ses int&#233;r&#234;ts g&#233;opolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le calendrier de l'ann&#233;e 2025 en fait la d&#233;monstration. Le 7 mai, Emmanuel Macron re&#231;oit &#224; l'&#201;lys&#233;e Ahmed al-Charaa &#8212; c'est-&#224;-dire l'homme connu sous son nom de guerre d'Abou Mohammed al-Joulani, ancien chef du Hayat Tahrir al-Cham, l'ex-branche syrienne d'al-Qa&#239;da. Poign&#233;e de main dans la cour d'honneur, garde r&#233;publicaine au garde-&#224;-vous, soutien fran&#231;ais &#224; la lev&#233;e des sanctions. Trois semaines plus tard, fin mai, le m&#234;me pouvoir pr&#233;sente en Conseil de d&#233;fense son rapport sur les Fr&#232;res musulmans, &#233;rigeant l'islamisme en &#171; menace pour la R&#233;publique et la coh&#233;sion nationale &#187;. L'ennemi int&#233;rieur absolu et l'invit&#233; d'honneur de l'&#201;lys&#233;e rel&#232;vent de la m&#234;me mouvance. La contradiction n'est pas une opinion : elle tient en trois semaines de calendrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette duplicit&#233; n'est pas nouvelle et n'est pas un accident. En Syrie hier, contre Assad, l'Occident a arm&#233; et financ&#233; des groupes dont le HTC est issu. Au Mali aujourd'hui, l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais man&#339;uvre dans le jeu trouble des katibas et des m&#233;diations avec des groupes li&#233;s &#224; al-Qa&#239;da. Le fait le plus gla&#231;ant pour la France elle-m&#234;me : l'assassin de Samuel Paty &#233;tait en contact, le jour de son crime, avec un propagandiste du HTC install&#233; &#224; Idlib, et tenait publiquement cette organisation pour &#171; le meilleur groupe &#224; rejoindre &#187; pour mener le &#171; vrai djihad &#187;. Autrement dit, les r&#233;seaux m&#234;mes qui ont nourri la radicalisation du meurtrier d'un professeur fran&#231;ais rel&#232;vent de la n&#233;buleuse dont l'ancien chef sera re&#231;u, quelques ann&#233;es plus tard, au palais pr&#233;sidentiel. On juge un &#201;tat &#224; sa pratique, non &#224; ses discours : la pratique dit que la bourgeoisie fran&#231;aise instrumentalise l'islam politique aux deux bouts &#8212; &#233;pouvantail au-dedans, suppl&#233;tif au-dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au-dedans m&#234;me, l'encadrement confessionnel des travailleurs musulmans n'est pas le fait des seuls islamistes : c'est l'&#201;tat qui l'a institu&#233;. Le Conseil fran&#231;ais du culte musulman a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par Nicolas Sarkozy en 2003. Sa fonction objective &#8212; quelles qu'aient &#233;t&#233; les intentions affich&#233;es &#8212; &#233;tait d'enfermer une fraction du prol&#233;tariat dans une identit&#233; religieuse, de lui donner pour interlocuteurs des &#171; repr&#233;sentants du culte &#187; plut&#244;t que des organisations de classe, et donc de la d&#233;tourner du terrain o&#249; elle pourrait s'unir &#224; ses fr&#232;res de travail. L'&#201;tat n'a besoin d'aucun complot pour cela : il agit selon sa nature. Mais le r&#233;sultat est qu'il a lui-m&#234;me contribu&#233; &#224; fa&#231;onner la &#171; communaut&#233; musulmane &#187; comme bloc confessionnel &#8212; avant de d&#233;signer ce bloc, le moment venu, comme la cible des campagnes s&#233;curitaires. Il a fabriqu&#233; une partie de l'&#233;pouvantail qu'il agite aujourd'hui.&lt;br class='autobr' /&gt;
III. Le pi&#232;ge des trois miroirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam politique et l'islamophobie d'&#201;tat ne s'opposent pas : ils se nourrissent. L'islamisme a besoin de la r&#233;pression et du &#171; blasph&#232;me &#187; officiellement combattu pour prouver &#224; &#171; sa &#187; communaut&#233; que la R&#233;publique la pers&#233;cute et qu'il faut se serrer derri&#232;re ses encadreurs. L'&#201;tat r&#233;actionnaire a besoin de l'&#233;pouvantail islamiste pour souder un bloc national et faire passer son tour de vis s&#233;curitaire. Chacun est l'alibi de l'autre. Chacun recrute sur les d&#233;g&#226;ts de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous, &#224; un niveau ou &#224; un autre, font monter la guerre de religion &#8212; et chacun y tient un r&#244;le distinct. La gauche communautariste, type PCF ou fraction de LFI, joue le cheval de Troie : elle introduit le marqueur religieux dans le mouvement ouvrier en le maquillant en inclusivit&#233;, et livre ainsi les travailleurs croyants &#224; leurs encadreurs. Dans le cas du PCF, cette complaisance n'a rien d'un amour des immigr&#233;s ni m&#234;me d'un simple calcul de voix : elle est le dernier avatar d'une trajectoire de reniement. Ce parti stalinien &#8212; courroie de la bureaucratie du Kremlin, et &#224; ce titre force contre-r&#233;volutionnaire &#8212; n'a jamais eu pour boussole l'internationalisme prol&#233;tarien, mais la conciliation permanente avec l'&#201;tat bourgeois fran&#231;ais. Au pouvoir en 1945-47, c'est lui qui r&#233;prime les colonis&#233;s : Thorez vice-pr&#233;sident du Conseil quand l'arm&#233;e &#233;crase S&#233;tif et Guelma, la fraction parlementaire votant les cr&#233;dits du corps exp&#233;ditionnaire apr&#232;s le bombardement de Ha&#239;phong, le gouvernement &#224; participation communiste matant l'insurrection malgache. En 1956, le PCF vote les pouvoirs sp&#233;ciaux qui intensifient la guerre d'Alg&#233;rie. Puis, au tournant des ann&#233;es 1980, le voici versant ouvertement dans la chasse &#224; l'immigr&#233; : &#224; Vitry-sur-Seine, en d&#233;cembre 1980, le maire PCF fait raser au bulldozer un foyer de travailleurs maliens ; &#224; Montigny-l&#232;s-Cormeilles, en f&#233;vrier 1981, le maire PCF Robert Hue organise une manifestation sous les fen&#234;tres d'une famille marocaine, d&#233;nonc&#233;e &#224; la vindicte publique comme trafiquante de drogue &#8212; et Georges Marchais vient le soutenir sur place. Hier r&#233;primer ou stigmatiser les travailleurs immigr&#233;s parce que la conjoncture nationale le commandait, aujourd'hui flatter &#171; les musulmans &#187; d'une commune au nom de la &#171; diversit&#233; &#187; : il faut nommer cette derni&#232;re mystification. Car il ne s'agit pas de diversit&#233;. La diversit&#233; r&#233;elle, ce serait l'unit&#233; de travailleurs d'origines diff&#233;rentes dans un m&#234;me combat de classe ; ce que fait l'appareil, c'est l'inverse &#8212; enfermer chacun dans son assignation religieuse ou ethnique. &#171; Diversit&#233; &#187; n'est que l'habillage id&#233;ologique d'une politique d'encadrement s&#233;par&#233;. Et l'ironie est accablante : le m&#234;me appareil qui chassait l'immigr&#233; au bulldozer le courtise aujourd'hui au nom de la tol&#233;rance &#8212; preuve qu'aucune des deux postures n'a jamais eu le travailleur immigr&#233; pour sujet, mais seulement pour objet &#224; g&#233;rer. La constante n'est pas une politique, c'est l'absence de boussole, le suivisme opportuniste qui &#233;pouse &#224; chaque &#233;poque les int&#233;r&#234;ts de l'ordre bourgeois. M&#234;me dans sa phase d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e et finissante, l'appareil stalinien continue de faire de la contre-r&#233;volution : il a seulement retourn&#233; le signe. L'extr&#234;me droite, elle, pr&#233;tend combattre l'islam politique alors qu'elle a besoin de lui comme adversaire d&#233;sign&#233; pour exister, et prosp&#232;re sur chaque attentat, chaque pol&#233;mique, chaque foulard. Et le courant gouvernemental &#8212; Macron, Retailleau, Darmanin &#8212; agite la &#171; la&#239;cit&#233; &#187; et l'&#171; entrisme &#187; d'une main, pendant que de l'autre il a laiss&#233; prosp&#233;rer l'islam politique dans les quartiers, institu&#233; le CFCM, et re&#231;u &#224; l'&#201;lys&#233;e l'ancien chef d'al-Qa&#239;da-Syrie. Ces forces ont en commun de remplacer la lutte des classes par la guerre des identit&#233;s &#8212; et que ce soit en r&#233;primant, en stigmatisant ou en flattant, toutes servent la m&#234;me fonction : diviser les travailleurs et les encadrer pour le compte de la bourgeoisie. C'est ce remplacement, et non l'une ou l'autre religion, qui sert l'ordre &#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pi&#232;ge se referme aussi sur une fraction des la&#239;ques sinc&#232;res. &#192; force de tout ramener &#224; une seule cl&#233; &#8212; le sexe, le patriarcat, le &#171; 0 % spirituel, 100 % sexiste &#187; &#8212;, ils en viennent &#224; ne plus voir qu'une femme voil&#233;e d'un quartier populaire est d'abord une habitante du ch&#244;mage et des bas salaires, et non une pure &#171; croyante &#224; r&#233;&#233;duquer &#187;. Ils partagent alors, sans toujours le vouloir, la pr&#233;misse fondamentale du RN : que la fracture d&#233;cisive du pays serait civilisationnelle et non sociale. Les uns en tirent un combat &#171; f&#233;ministe &#187;, l'autre un combat identitaire ; mais dans les deux cas le terrain de classe a disparu, et la &#171; guerre des identit&#233;s &#187; a remplac&#233; la lutte des classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
III bis. Deux essentialisations sym&#233;triques, une m&#234;me faute&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe bel et bien un courant qui, au sein du mouvement ouvrier, habille en antiracisme de gauche une essentialisation religieuse : qui fait de l'islam une quasi-&#171; race &#187; dont on ne pourrait s'&#233;manciper, qui assigne tous les musulmans &#224; la frange la plus rigoriste, et qui retourne les concepts marxistes pour pr&#233;senter une morale patriarcale comme une lib&#233;ration. Ce courant existe, il faut le combattre, et le combattre est une t&#226;che r&#233;volutionnaire &#8212; celle de la fraction qui dit la v&#233;rit&#233; aux travailleurs dans leurs propres organisations. Sur ce point, ceux qui le d&#233;noncent ont raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils commettent aussit&#244;t la faute inverse, et sym&#233;trique. Car essentialiser fonctionne dans les deux sens. La victimisation essentialise par le bas : elle fait du &#171; non-blanc &#187; une victime &#233;ternelle, innocente par nature, et de l'autre un oppresseur par naissance. La stigmatisation essentialise par le haut : elle d&#233;cr&#232;te qu'une femme voil&#233;e est &#171; psychologiquement incapable &#187; de l'&#244;ter, qu'elle &#171; consent &#224; s'auto-discriminer &#187;, qu'une &#233;lue trouverait le sexisme &#171; charmant car exotique &#187;. Dans les deux cas, on a cess&#233; d'analyser des rapports sociaux pour lire des essences et des psych&#233;s ; dans les deux cas, l'individu r&#233;el &#8212; la travailleuse, l'exploit&#233; &#8212; dispara&#238;t derri&#232;re une figure fixe, victime sacr&#233;e ou coupable par nature. Le n&#233;oracisme victimaire et l'obsession civilisationnelle sont les deux faces d'un m&#234;me renoncement au mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terrain de classe est pr&#233;cis&#233;ment ce qui permet de tenir les deux bouts sans tomber d'un c&#244;t&#233; ni de l'autre. On peut &#8212; on doit &#8212; combattre l'entrisme islamiste dans le mouvement ouvrier, sans pour autant rallier l'islamophobie d'&#201;tat ni condamner en bloc toute lutte contre les discriminations subies par les travailleurs musulmans. Ce n'est pas &#171; pour l'islam &#187; ou &#171; contre l'islam &#187; : c'est pour le prol&#233;tariat, contre tous ceux qui pr&#233;tendent l'encadrer &#8212; l'imam comme le pr&#233;fet, le r&#233;cup&#233;rateur identitaire comme le crois&#233; la&#239;que. Qui n'a pas ce fil perd l'&#233;quilibre et bascule fatalement dans l'un des deux camps de la guerre des identit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; d&#233;coule une derni&#232;re fausse opposition, peut-&#234;tre la plus efficace aujourd'hui : celle du racisme et de l'&#171; antiracisme &#187;. Encore faut-il distinguer, car il y a deux antiracismes que tout s&#233;pare. Il existe un antiracisme de classe, qui combat le racisme parce qu'il divise les travailleurs, d&#233;fend l'immigr&#233; comme prol&#233;taire et l'unit &#224; l'ouvrier &#171; de souche &#187; contre le patron commun : celui-l&#224; est juste, et indispensable. Et il existe un antiracisme politique &#8212; le n&#233;oracisme victimaire drap&#233; de &#171; diversit&#233; &#187; et d'&#171; inclusion &#187; &#8212; qui fait exactement l'inverse : il assigne chacun &#224; sa &#171; race &#187; ou &#224; sa &#171; communaut&#233; &#187;, &#233;rige l'origine en identit&#233; ind&#233;passable, et divise le prol&#233;tariat aussi s&#251;rement que le racisme. Le raciste dit &#171; les Fran&#231;ais d'abord &#187; ; l'antiraciste identitaire dit &#171; les racis&#233;s entre eux &#187;. Le premier coupe par le m&#233;pris du dominant, le second par l'assignation victimaire &#8212; mais tous deux fragmentent la classe selon la couleur et l'origine, tous deux interdisent que l'exploit&#233; blanc et l'exploit&#233; immigr&#233; s'&#233;prouvent comme une seule classe. L'antiracisme politique divise autant que le racisme. C'est cet antiracisme-l&#224; que cultivent ensemble le PCF de la &#171; diversit&#233; &#187; et l'islam politique, qui y puisent leur client&#232;le et leur vernis &#171; de gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie pas renvoyer les deux dos &#224; dos comme des &#233;quivalents moraux. Le racisme reste l'agression du dominant, et l'immigr&#233; doit &#234;tre d&#233;fendu contre lui sans r&#233;serve. Mais il doit l'&#234;tre comme travailleur, non comme &#171; racis&#233; &#187; : car l'antiracisme identitaire d&#233;tourne la riposte l&#233;gitime de son seul terrain efficace &#8212; la classe &#8212; vers l'impasse communautaire, o&#249; elle se brise et o&#249; elle sert, une fois de plus, ceux qu'elle pr&#233;tend combattre.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV. Une seule fonction, un seul ma&#238;tre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut maintenant remonter d'un cran, car ces forces ne sont pas quatre erreurs s&#233;par&#233;es. Elles remplissent une seule et m&#234;me fonction, pour un seul et m&#234;me ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milliardaires et leur &#201;tat ne peuvent pas dominer une classe ouvri&#232;re unie. Num&#233;riquement, le prol&#233;tariat les &#233;craserait. Leur domination repose donc sur une condition permanente : que les exploit&#233;s ne s'&#233;prouvent jamais comme une seule classe. Il leur faut des lignes de fracture qui traversent le peuple travailleur et le d&#233;bitent en blocs hostiles. La religion en est une, la nationalit&#233; une autre, l'identit&#233; une troisi&#232;me, le faux progressisme une quatri&#232;me. Peu importe le contenu de chaque ligne &#8212; ce qui compte, pour le capital, c'est qu'elle coupe. Une classe divis&#233;e en &#171; Fran&#231;ais &#187; et &#171; immigr&#233;s &#187;, en &#171; la&#239;ques &#187; et &#171; musulmans &#187;, en &#171; civilis&#233;s &#187; et &#171; archa&#239;ques &#187;, en &#171; progressistes &#187; et &#171; r&#233;actionnaires &#187;, est une classe qui ne peut pas faire front.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que ces forces, qui se pr&#233;sentent en ennemies, se r&#233;v&#232;lent interchangeables dans leur fonction. Le RN coupe au nom du patriotisme &#8212; le &#171; Fran&#231;ais &#187; contre l'&#233;tranger. L'islam politique coupe au nom de l'identit&#233; religieuse &#8212; la &#171; communaut&#233; &#187; contre le reste. Le courant la&#239;que-civilisationnel coupe au nom d'un faux progr&#232;s &#8212; la &#171; civilisation &#187; contre l'&#171; archa&#239;sme &#187;. Le PCF stalinien coupe au nom de la &#171; diversit&#233; &#187; &#8212; l'assignation communautaire maquill&#233;e en inclusion &#8212; apr&#232;s avoir coup&#233; hier au nom du patriotisme et de l'anti-immigr&#233;. Et toutes ces forces ne sont pas en face de l'&#201;tat : elles en sont les rouages. Du sommet &#8212; l'Assembl&#233;e nationale, l'&#201;lys&#233;e &#8212; jusqu'&#224; la base &#8212; le moindre conseil municipal &#8212; ce sont elles qui font tourner l'appareil d'&#201;tat, qui se le disputent et l'administrent. L'&#201;tat ne &#171; manie &#187; pas les partis de l'ext&#233;rieur, comme une main s&#233;par&#233;e : il est l'ensemble de ces rouages politiques par lesquels la classe dominante gouverne. Quand l'un finance le culte int&#233;gr&#233;, quand l'autre instrumentalise l'islam au-dehors, quand un troisi&#232;me agite l'islamophobie au-dedans, ce n'est pas un acteur distinct qui agit &#8212; c'est le m&#234;me appareil d'&#201;tat, &#224; ses diff&#233;rents &#233;tages et par ses diff&#233;rents courants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le masque varie &#8212; identitaire, patriote, progressiste, religieux. La fonction est unique : emp&#234;cher l'unit&#233; du prol&#233;tariat. Voil&#224; pourquoi toutes ces forces, par-del&#224; leurs affrontements de fa&#231;ade, sont contre-r&#233;volutionnaires au m&#234;me titre &#8212; non parce qu'elles auraient le m&#234;me programme, mais parce qu'elles rendent le m&#234;me service &#224; la m&#234;me classe. La &#171; guerre des identit&#233;s &#187; n'est pas le contraire de l'ordre des milliardaires : elle en est le mode de gestion du peuple travailleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
IV bis. Le test d&#233;cisif : aucun n'est l'ennemi de l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe un crit&#232;re qui tranche tout, et qui d&#233;masque l'opposition de fa&#231;ade mieux qu'aucun autre : la position face &#224; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Car si l'une de ces forces &#233;tait r&#233;ellement l'ennemie de l'&#201;tat bourgeois, elle le combattrait l&#224; o&#249; il est le plus puissant et le plus criminel &#8212; comme puissance imp&#233;rialiste. Or aucune ne le fait. Toutes le soutiennent, &#224; des titres divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam politique brandit un &#171; anti-occidentalisme &#187; qui n'est qu'un slogan identitaire. Dans les faits, il est l'alli&#233; de l'imp&#233;rialisme d&#232;s que les int&#233;r&#234;ts convergent : les Fr&#232;res musulmans financ&#233;s par le Qatar, alli&#233; de Washington ; les groupes issus d'al-Qa&#239;da arm&#233;s en Syrie contre Assad ; al-Charaa re&#231;u &#224; l'&#201;lys&#233;e. Il combat l'Occident en parole et le sert en acte. Le RN, lui, ne combat pas l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais : il en est l'aile la plus chauvine, pro-arm&#233;e, pro-&#171; grandeur nationale &#187;, pro-dissuasion. Son &#171; souverainisme &#187; ne veut pas d&#233;truire l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais mais le g&#233;rer avec une poigne plus dure. Quant au PCF, il a soutenu l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; chaque &#233;preuve d&#233;cisive &#8212; Union sacr&#233;e, vote des cr&#233;dits du corps exp&#233;ditionnaire en Indochine, pouvoirs sp&#233;ciaux de 1956, d&#233;fense de &#171; l'industrie fran&#231;aise &#187; et de &#171; l'emploi fran&#231;ais &#187; sur une ligne qui aligne le travailleur national sur sa propre bourgeoisie contre le travailleur &#233;tranger. C'est ce que le mouvement ouvrier nomme depuis 1914 le social-chauvinisme : le socialisme dans les mots, la d&#233;fense de la patrie imp&#233;rialiste dans les actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la conclusion qui d&#233;sarme d&#233;finitivement le spectacle de leur affrontement : ces courants peuvent s'opposer ici, sur la sc&#232;ne int&#233;rieure fran&#231;aise, et se retrouver alli&#233;s ailleurs, sur l'&#233;chiquier imp&#233;rialiste mondial. Leur querelle est locale ; leur commune appartenance au camp de l'ordre imp&#233;rialiste est structurelle. On le v&#233;rifie sur chaque th&#233;&#226;tre. Au Sahel, o&#249; la France a men&#233; sa guerre puis ses man&#339;uvres troubles avec les groupes arm&#233;s, aucun des trois ne d&#233;nonce r&#233;ellement l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. En Ukraine, la gauche du &#171; Front populaire &#187; comme le RN s'accommodent de la logique d'armement et de blocs, aucun ne combat l'imp&#233;rialisme de son propre camp. En Syrie, l'islam politique a servi de suppl&#233;tif &#224; l'Occident avant que son ancien chef soit re&#231;u &#224; l'&#201;lys&#233;e. Le seul anti-imp&#233;rialisme r&#233;el est celui du prol&#233;tariat qui combat d'abord sa propre bourgeoisie &#8212; ce qu'aucun des trois ne fait, ni ne fera jamais.&lt;br class='autobr' /&gt;
V. La seule ligne de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialiste ne d&#233;fend pas le voile : il n'a aucune religion &#224; promouvoir et combat toute oppression r&#233;elle des femmes, l&#224; o&#249; elle s'exerce concr&#232;tement. Il combat l'islam politique comme force r&#233;actionnaire et le voile-imposition comme instrument de contr&#244;le. Mais il refuse de confier &#224; l'&#201;tat bourgeois le soin de mener ce combat &#224; sa place. Car cet &#201;tat n'a jamais &#233;t&#233; neutre. La l&#233;gende r&#233;publicaine fait de la loi de 1905 le grand combat contre l'&#201;glise ; le bilan mat&#233;riel dit autre chose. 1905, c'est l'ann&#233;e de la r&#233;volution russe et d'une vague de gr&#232;ves en Europe : dresser les r&#233;publicains contre les cl&#233;ricaux a permis de d&#233;river la mont&#233;e de classe vers un affrontement entre fractions de l'ordre, et de souder un bloc &#171; r&#233;publicain &#187; par-dessus les classes. Et l'on n'a rien enlev&#233; d'essentiel &#224; l'&#201;glise : le concordat d'Alsace-Moselle salarie toujours les cultes, l'&#233;cole catholique est financ&#233;e par la loi Debr&#233;, le pr&#233;sident demeure chanoine de Latran, et l'&#201;glise a couvert pendant des d&#233;cennies les violences de B&#233;tharram dans l'enseignement catholique. L'aile qui voulait frapper r&#233;ellement l'&#201;glise n'a pas gagn&#233;. Voil&#224; pourquoi cet &#201;tat ne r&#233;prime que les pratiques religieuses des fractions domin&#233;es du prol&#233;tariat &#8212; les travailleurs immigr&#233;s et leurs enfants &#8212; en &#233;pargnant le culte install&#233; en lui jusqu'&#224; son sommet. Non que l'islam soit &#171; la religion des opprim&#233;s &#187; : ce serait le glissement de la gauche identitaire. L'islam politique est religion d'&#201;tat dans des dizaines de pays, et ses relais en France &#233;manent d'&#201;tats et de bourgeoisies &#233;trang&#232;res. Ce ne sont pas les religions qui sont domin&#233;es, ce sont les travailleurs vis&#233;s ; et c'est leur position de classe, non leur croyance, qui d&#233;cide qui la la&#239;cit&#233; d'&#201;tat discipline et qui elle prot&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdit &#233;tatique ne fait pas reculer l'islam politique : il le sacre pers&#233;cut&#233; et resserre son emprise sur les femmes qu'on pr&#233;tend en d&#233;tacher. Ce qui l'affaiblit r&#233;ellement, ce qui le terrifie, c'est l'unit&#233; de classe &#8212; la seule force qui arrache les travailleuses croyantes &#224; leurs encadreurs en les rejoignant comme &#233;gales et comme exploit&#233;es dans un combat commun. Le PCF qui flatte aujourd'hui les notables communautaires apr&#232;s avoir hier r&#233;prim&#233; les colonis&#233;s, et l'&#201;tat r&#233;actionnaire qui instrumentalise la la&#239;cit&#233; contre les musulmans, ont en commun de rendre cette unit&#233; impossible : l'un en enfermant les travailleurs immigr&#233;s dans leur communaut&#233;, l'autre en les en faisant les ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la fausse la&#239;cit&#233; &#224; g&#233;om&#233;trie variable du pouvoir et du RN, ni l'islam politique des Fr&#232;res musulmans, ni le suivisme stalinien qui r&#233;prime, stigmatise ou flatte selon ce qu'exige l'ordre bourgeois : sous des masques oppos&#233;s &#8212; patriote, religieux, progressiste &#8212; une seule et m&#234;me fonction, diviser le peuple travailleur pour le compte des milliardaires et de leur &#201;tat. Contre elle, une seule chose &#224; reconstruire &#8212; l'unit&#233; du prol&#233;tariat, par-del&#224; les religions, les nationalit&#233;s, les identit&#233;s et leurs marchands. Cette unit&#233; n'est pas un v&#339;u moral : c'est l'arme d&#233;cisive, la seule qui dissolve d'un coup tous les masques en rappelant aux exploit&#233;s ce qu'ils sont par-del&#224; ce qui les s&#233;pare. C'est elle, et elle seule, que toutes ces guerres de symboles ont pour fonction d'emp&#234;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mati&#232;re et R&#233;volution &#9733; Voix des Travailleurs &#9733; Gilets Jaunes Poitiers&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le groupe d'extr&#234;me gauche RP (R&#233;volution Permanente) dit au peuple travailleur de Bolivie : &#171; Prenez la t&#234;te de la lutte &#187; &#8212; Mais pas le pouvoir !</title>
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		<dc:date>2026-07-02T22:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>Bolivie Bolivia</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;PREMIERE PARTIELe groupe d'extr&#234;me gauche RP (R&#233;volution Permanente) dit au peuple travailleur de Bolivie : &#171; Prenez la t&#234;te de la lutte &#187; &#8212; Mais pas le pouvoir ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La LOR-CI, les mineurs boliviens et le refus de la dictature du prol&#233;tariat : non plus une timidit&#233;, une fonction contre-r&#233;volutionnaire Le 15 juin 2026, Javo Ferreira publie sur R&#233;volution Permanente une lettre ouverte aux mineurs boliviens , sign&#233;e au nom de la LOR-CI, section bolivienne du Courant R&#233;volution Permanente. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;PREMIERE PARTIE&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19450 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/bolivie.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/bolivie.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;1536&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le groupe d'extr&#234;me gauche RP (R&#233;volution Permanente) dit au peuple travailleur de Bolivie : &#171; Prenez la t&#234;te de la lutte &#187; &#8212; Mais pas le pouvoir !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La LOR-CI, les mineurs boliviens et le refus de la dictature du prol&#233;tariat : non plus une timidit&#233;, une fonction contre-r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15 juin 2026, Javo Ferreira publie sur R&#233;volution Permanente une lettre ouverte aux mineurs boliviens , sign&#233;e au nom de la LOR-CI, section bolivienne du Courant R&#233;volution Permanente. Le texte intervient au point le plus chaud de la crise : la veille, le 14 juin, la COB a de nouveau suspendu son assembl&#233;e &#233;largie ; des groupes d'extr&#234;me droite post&#233;s aux portes de la FSTMB ont obtenu cette suspension sans combat ; le gouvernement Paz a tu&#233; des manifestants lors de ses op&#233;rations de d&#233;blocage, recouru aux paramilitaires &#224; San Juli&#225;n, arr&#234;t&#233; et poursuivi plus de quatre cents personnes. Senkata, San Juli&#225;n, R&#237;o Seco se soul&#232;vent. Des dizaines de comit&#233;s de blocage et de mobilisation se constituent et commencent &#224; se coordonner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons &#233;tabli dans notre article du 26 mai (Bolivie 1952 &#8212; Bolivie 2026 : la m&#234;me limite programmatique &#224; soixante-quatorze ans d'intervalle) que ce courant ne parvient pas &#224; nommer la cause de la d&#233;faite de 1952. La lettre du 15 juin permet d'aller plus loin, et il le faut. Ce que nous appelions &#171; limite &#187; est en r&#233;alit&#233; une position d&#233;termin&#233;e, et cette position a un nom dans le mouvement ouvrier : elle est contre-r&#233;volutionnaire. Ce courant n'ignore pas la question du pouvoir sur le papier : son texte fondateur de d&#233;cembre 2022 parle de renverser l'&#201;tat bourgeois et de le remplacer par un &#171; pouvoir d&#233;mocratique de la majorit&#233; exploit&#233;e &#224; travers ses organes d'auto-organisation &#187;, &#233;voque les soviets et le &#171; double pouvoir &#187;. Mais il en efface le nom et le tranchant. L'expression &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; n'y figure pas une seule fois ; &#171; centralisme d&#233;mocratique &#187; non plus. &#192; leur place, le texte recentre toute la strat&#233;gie sur les cat&#233;gories gramsciennes d'&#171; h&#233;g&#233;monie &#187; et de &#171; bloc ouvrier et populaire &#187;, et sur une &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique &#187;. Ce d&#233;placement de vocabulaire n'est pas neutre : &#171; dictature du prol&#233;tariat &#187; nomme pr&#233;cis&#233;ment ce que &#171; pouvoir d&#233;mocratique de la majorit&#233; &#187; brouille &#8212; la nature de classe du nouvel &#201;tat, la destruction de l'appareil bourgeois, la mise au pas de la bourgeoisie comme classe. Reste un second d&#233;placement, d&#233;cisif : ce que le programme &#233;nonce en th&#233;orie dispara&#238;t dans l'intervention concr&#232;te. Dans la r&#233;volution bolivienne, o&#249; la question du pouvoir se pose en acte, ni la lettre de Ferreira ni l'article de La Izquierda Diario ne traduisent ce but en mot d'ordre transitoire &#8212; centraliser les comit&#233;s en un pouvoir qui destitue Paz et prend sa place. La fonction contre-r&#233;volutionnaire est tout enti&#232;re dans cet &#233;cart.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;faite r&#233;duite &#224; la l&#226;chet&#233; : le moralisme qui dispense de poser le pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#232;se centrale du texte tient en une phrase : &#171; La d&#233;faite ne peut venir que de l'int&#233;rieur du mouvement, c'est-&#224;-dire des dirigeants l&#226;ches, v&#233;reux ou r&#233;formistes. &#187; La d&#233;faite est imput&#233;e &#224; des qualit&#233;s morales &#8212; l&#226;chet&#233;, v&#233;nalit&#233;, r&#233;formisme pris comme tares de caract&#232;re &#8212; non &#224; une politique d&#233;termin&#233;e que la LOR-CI opposerait par un mot d'ordre alternatif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or la bureaucratie de la COB n'est pas une collection d'individus d&#233;faillants. C'est une couche sociale dont les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels d&#233;coulent de sa position : interm&#233;diaire entre le travail et l'&#201;tat capitaliste, gestionnaire de la force de travail, elle a structurellement besoin que la lutte reste dans les bornes du cadre bourgeois, car son existence m&#234;me d&#233;pend de la perp&#233;tuation de ce cadre. La caract&#233;riser par la &#171; l&#226;chet&#233; &#187; et la &#171; corruption &#187;, c'est substituer la psychologie &#224; l'analyse de classe. Et ce moralisme n'est pas innocent : il est la condition de tout le reste. Si la d&#233;faite ne tient qu'au courage des dirigeants, alors il suffit d'en appeler au courage des mineurs &#8212; et l'on n'a plus jamais &#224; poser la question du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faire tomber Paz pour construire quoi ? Le contenu positif de l'omission&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ici que l'analyse doit aller jusqu'au bout. Que demande la lettre, dans son paragraphe culminant ? Que les mineurs de Huanuni et de Colquiri viennent &#224; La Paz &#224; la t&#234;te de milliers de leurs camarades &#171; pour faire comprendre une fois pour toutes au gouvernement qu'il doit d&#233;missionner &#187;. L'horizon revendicatif effectif, &#224; l'heure la plus chaude, est la d&#233;mission de Paz. Rien d'autre. Aucun &#233;quivalent de &#171; Tout le pouvoir &#224; la COB &#187;. Aucune indication de quel pouvoir devrait remplacer le gouvernement Paz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais une omission n'est jamais un vide : elle a un contenu positif. Faire tomber un gouvernement bourgeois sans appeler le prol&#233;tariat &#224; instaurer son propre pouvoir, ce n'est pas s'arr&#234;ter &#224; mi-chemin, c'est d&#233;signer par d&#233;faut ce qui prendra la place &#8212; un nouveau gouvernement bourgeois, le plus souvent dans sa variante &#171; de gauche &#187;, front-populiste, indig&#233;niste ou &#171; citoyenne &#187;. Qui ne pose pas la R&#233;publique des conseils pr&#233;pare objectivement le successeur bourgeois. La question l&#233;niniste &#233;l&#233;mentaire &#8212; remplac&#233; par quoi ? par quel organe de classe ? la COB prend-elle le pouvoir, oui ou non ? &#8212; n'est pas une subtilit&#233; doctrinale : elle d&#233;partage la r&#233;volution et la contre-r&#233;volution. La taire au moment o&#249; des dizaines de comit&#233;s s'auto-organisent, c'est exactement ce que Ferreira d&#233;nonce sans se reconna&#238;tre : une d&#233;faite venue de l'int&#233;rieur du mouvement. L'agent int&#233;rieur de la d&#233;faite n'est pas seulement la l&#226;chet&#233; de la bureaucratie : c'est aussi, et d'abord, le refus du mot d'ordre du pouvoir par ceux qui pr&#233;tendent diriger la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
18 juin : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;formiste, ou le chemin vers la table de n&#233;gociation&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois jours apr&#232;s la lettre de Ferreira, La Izquierda Diario Bolivie confirme tout. Le 18 juin, les n&#233;gociations Paz-COB sont suspendues sans r&#233;sultat ; la seule &#171; avanc&#233;e &#187;, pr&#233;sent&#233;e comme telle par le dirigeant de la COB Mario Argollo, est une commission juridique qui confie l'&#233;valuation des d&#233;tenus au procureur g&#233;n&#233;ral &#8212; l'appareil judiciaire qui les a arr&#234;t&#233;s. L'article d&#233;nonce les n&#233;gociations &#171; entre quatre murs et dans le dos des bases &#187; et appelle &#224; porter la gr&#232;ve sur les lieux de travail, &#224; la rendre effective par l'arr&#234;t total du travail. On pourrait croire &#224; un progr&#232;s sur la gr&#232;ve &#171; par roulement &#187; que Ferreira laissait passer trois jours plus t&#244;t. Il n'en est rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le syndicalisme r&#233;volutionnaire d'avant 1914 avait forg&#233; la distinction qui tranche ici. D&#232;s 1902, dans la brochure Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;formiste et gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire &#233;dit&#233;e par la Commission de propagande de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de la CGT &#8212; au moment m&#234;me o&#249; Victor Griffuelhes, secr&#233;taire de la Conf&#233;d&#233;ration, et &#201;mile Pouget opposaient leur conception &#224; celle des r&#233;formistes &#8212; la classe ouvri&#232;re organis&#233;e s&#233;parait deux choses que tout distingue. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;formiste : &#233;preuve de force destin&#233;e &#224; arracher des concessions dans le cadre bourgeois, et que les chefs r&#233;formistes ram&#232;nent invariablement &#224; la table &#8212; ainsi, la m&#234;me ann&#233;e, Jaur&#232;s et le dirigeant minier r&#233;formiste Basly pressaient le gouvernement de soumettre la gr&#232;ve des mineurs &#224; l'arbitrage. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire : non plus un moyen de pression, mais la forme m&#234;me du processus de prise du pouvoir et d'expropriation. Le crit&#232;re qui s&#233;pare les deux n'est pas l'intensit&#233; de l'arr&#234;t de travail : c'est sa finalit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur cet axe, la gr&#232;ve &#171; par roulement &#187; de Ferreira et l'&#171; arr&#234;t total &#187; de La Izquierda Diario ne sont pas s&#233;par&#233;s par le seuil qui compte. Ce sont deux variantes d'une m&#234;me gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;formiste &#8212; l'une molle, l'autre militante. Dans les deux cas, la gr&#232;ve est pos&#233;e comme moyen de pression, jamais comme organe et chemin d'un pouvoir ouvrier ; dans les deux cas, son unique d&#233;bouch&#233; possible est le r&#232;glement n&#233;goci&#233;. Passer du roulement &#224; l'arr&#234;t total, c'est passer du r&#233;formisme mou au r&#233;formisme &#233;nergique : un &#233;cart de degr&#233; &#224; l'int&#233;rieur du r&#233;formisme, jamais le saut vers la gr&#232;ve r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'omission du pouvoir ne laisse donc pas un vide : elle garantit la d&#233;faite que l'article redoute. Car la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;formiste est pr&#233;cis&#233;ment la forme de gr&#232;ve dont la seule issue est la table de n&#233;gociation. En appelant &#224; la gr&#232;ve la plus totale tout en d&#233;non&#231;ant la n&#233;gociation, et en retirant le mot d'ordre d'un gouvernement ouvrier fond&#233; sur les comit&#233;s, R&#233;volution Permanente produit la contradiction parfaite : une gr&#232;ve qui ne peut se terminer qu'&#224; la table qu'elle pr&#233;tend rejeter. &#171; Aucune confiance dans la n&#233;gociation &#187; et &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e &#187; se r&#233;solvent immanquablement en un retour &#224; la n&#233;gociation. La gr&#232;ve r&#233;formiste n'&#233;vite pas la table : elle y conduit. C'est la fonction m&#234;me que nous d&#233;crivons &#8212; la mobilisation la plus &#233;nergique, sagement canalis&#233;e vers le compromis bourgeois. Et le mot d'ordre que les militants du courant portent &#224; Paris, &#171; Paz d&#233;mission ! &#187; , en dit le fond : faire partir le pr&#233;sident, et abandonner &#224; la bourgeoisie la question de qui gouverne apr&#232;s lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;c&#233;dent que l'on tait : Barcelone 1936, Montseny ministre de la bourgeoisie&lt;br class='autobr' /&gt;
Il existe pour cette politique un pr&#233;c&#233;dent exact, et ce n'est pas un hasard si ce courant ne le convoque jamais. En juillet 1936, &#224; Barcelone et dans toute la Catalogne, les ouvriers de la CNT-FAI &#233;crasent le soul&#232;vement militaire et tiennent la rue, les armes et les usines. Le pouvoir r&#233;el leur appartient. Companys, pr&#233;sident bourgeois de la Generalitat, se d&#233;clare lui-m&#234;me &#224; leur merci. Les anarchistes ont alors la m&#234;me d&#233;cision devant eux que la COB en 1952, que la COB aujourd'hui : prendre le pouvoir au nom des organes ouvriers, ou le laisser &#224; la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils choisissent la seconde voie. Au nom du refus de la &#171; dictature &#187; &#8212; qu'ils confondent avec la dictature du prol&#233;tariat &#8212; ils dissolvent leur propre pouvoir dans les institutions bourgeoises, puis entrent, en novembre 1936, dans le gouvernement r&#233;publicain de Largo Caballero : quatre ministres CNT, parmi lesquels Federica Montseny &#224; la Sant&#233; et Juan Garc&#237;a Oliver &#224; la Justice. Montseny justifiera publiquement cette entr&#233;e dans l'&#201;tat bourgeois comme un moindre mal destin&#233; &#224; &#171; sauver &#187; la r&#233;volution. Le r&#233;sultat est connu : les journ&#233;es de mai 1937 &#224; Barcelone, o&#249; la R&#233;publique bourgeoise et ses alli&#233;s staliniens &#233;crasent les ouvriers r&#233;volutionnaires, interdisent le POUM, assassinent Andr&#233;s Nin &#8212; pendant que la direction de la CNT, devenue minist&#233;rielle, appelle ses propres troupes &#224; d&#233;poser les armes. Le refus de prendre le pouvoir n'a pas pr&#233;serv&#233; la r&#233;volution : il a livr&#233; ses combattants &#224; la contre-r&#233;volution. Trotsky en a tir&#233; la le&#231;on d&#233;finitive : des dirigeants ouvriers devenus ministres d'un gouvernement bourgeois ne sont plus des r&#233;volutionnaires h&#233;sitants, mais un rouage de l'appareil qui &#233;trangle la r&#233;volution .&lt;br class='autobr' /&gt;
La Bolivie a d&#233;j&#224; v&#233;cu sa version de ce m&#233;canisme, et c'est pr&#233;cis&#233;ment le pr&#233;c&#233;dent que Ferreira pr&#233;sente comme mod&#232;le. En 2003, l'unit&#233; de Huanuni, d'El Alto et du mouvement paysan chasse S&#225;nchez de Lozada. Le pouvoir n'est pas pris par les organes des masses ; il transite par la succession constitutionnelle, puis par le canal &#233;lectoral du MAS et le gouvernement d'Evo Morales &#8212; c'est-&#224;-dire la canalisation de l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire vers un gouvernement de gestion capitaliste &#224; phras&#233;ologie indig&#233;niste. La &#171; nationalisation &#187; que Ferreira porte au cr&#233;dit de 2003 fut une nationalisation d'&#201;tat bourgeois, d&#233;cr&#233;t&#233;e par en haut, et non une expropriation par les organes ouvriers. Pr&#233;senter 2003 comme l'objectif &#224; &#171; renouer &#187;, c'est donc fixer pour horizon maximal le successeur bourgeois de gauche. La r&#233;volution avort&#233;e de 2003 n'a pas accouch&#233; du pouvoir ouvrier : elle a accouch&#233; du MAS. Voil&#224; ce que produit, concr&#232;tement, le refus de poser la question du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Centrisme ou contre-r&#233;volution ? La caract&#233;risation par la fonction, non par l'intention&lt;br class='autobr' /&gt;
Que l'on ne se m&#233;prenne pas sur le mot. Dire de cette politique qu'elle est contre-r&#233;volutionnaire n'est pas lui opposer un autre moralisme &#8212; ce serait retomber dans le travers que nous reprochons &#224; Ferreira. Nous ne disons pas que les militants de la LOR-CI sont des tra&#238;tres, des l&#226;ches ou des malhonn&#234;tes. La cat&#233;gorie de contre-r&#233;volution, dans le mouvement ouvrier, n'a jamais d&#233;sign&#233; une intention : elle d&#233;signe une fonction objective dans la lutte des classes. Une politique est contre-r&#233;volutionnaire lorsque, ind&#233;pendamment des intentions et m&#234;me de la sinc&#233;rit&#233; de ses auteurs, elle remplit objectivement la fonction de maintenir la r&#233;volution dans le cadre bourgeois et de la d&#233;faire de l'int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en ce sens, et en ce sens seulement, que le qualificatif s'impose ici &#8212; comme il s'imposait pour le POR de Lora en 1952 et pour la CNT-FAI gouvernementale en 1936. La diff&#233;rence avec le simple centrisme est pr&#233;cise : le centriste h&#233;site, oscille, parle r&#233;volution et agit r&#233;forme. Ce courant ne se contente pas d'h&#233;siter au moment d&#233;cisif : il a, dans son programme fondateur, effac&#233; l'expression et le tranchant de la dictature du prol&#233;tariat au profit de l'&#171; h&#233;g&#233;monie &#187; et du &#171; bloc ouvrier et populaire &#187;, et il pousse cet effacement jusqu'&#224; escamoter le mot d'ordre du pouvoir dans une situation de dualit&#233; de pouvoir naissante. Ce n'est plus l'oscillation du centriste, c'est la fonction d&#233;termin&#233;e de qui pr&#233;pare, par son silence sur le pouvoir, le retour de la bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalit&#233; : la R&#233;publique des conseils, ou rien&lt;br class='autobr' /&gt;
Reste &#224; dire ce que la lettre aurait d&#251; dire. Ferreira nomme correctement les enjeux mat&#233;riels : il refuse &#171; la privatisation des entreprises publiques &#187;, il refuse &#171; le pillage de nos richesses naturelles communes comme le lithium, le tungst&#232;ne et les terres rares &#187;. Mais il nomme la richesse sans nommer l'agent : qui exproprie, sous quel pouvoir, et qui garde ce qui aura &#233;t&#233; expropri&#233; ? Sous n'importe quel successeur bourgeois &#8212; f&#251;t-il &#171; de gauche &#187; &#8212; le lithium et l'&#233;tain restent propri&#233;t&#233; capitaliste, comme ils le sont redevenus sous le MAS. Seul un pouvoir de classe peut les arracher et les tenir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce pouvoir existe d&#233;j&#224; en germe sous les yeux de Ferreira, et il le d&#233;crit sans le voir : les dizaines de comit&#233;s de blocage et de mobilisation qui &#171; commencent &#224; coordonner leurs actions &#187;. La t&#226;che d'un parti r&#233;volutionnaire n'est pas d'exhorter les mineurs au courage &#8212; ils n'en ont jamais manqu&#233;, ni en 1952 o&#249; ils &#233;taient arm&#233;s et ma&#238;tres de la COB, ni aujourd'hui. Sa t&#226;che est de poser le mot d'ordre que ce courant refuse depuis soixante-quatorze ans : centraliser ces comit&#233;s en une f&#233;d&#233;ration nationale, organe unique d'un pouvoir ouvrier et populaire oppos&#233; au gouvernement Paz et destin&#233; &#224; le remplacer ; d&#233;sarmer les paramilitaires et briser l'arm&#233;e bourgeoise par la milice de ces m&#234;mes comit&#233;s ; exproprier sans indemnit&#233; les grands groupes miniers et les ressources strat&#233;giques sous le contr&#244;le de ce pouvoir ; et lier d'embl&#233;e cette r&#233;volution &#224; son extension continentale et &#224; la reconstruction d'une Internationale ouvri&#232;re. C'est cela, et rien d'autre, que signifie &#171; prendre la t&#234;te de la lutte &#187; : non conduire les mineurs &#224; faire tomber un gouvernement bourgeois pour en installer un autre, mais les conduire &#224; prendre le pouvoir. Tout le reste &#8212; l'appel au courage, la d&#233;mission de Paz, le mod&#232;le de 2003 &#8212; n'est que l'habillage radical d'un retour &#224; l'ordre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La lutte des Feuillants : un bilan</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8850</link>
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		<dc:date>2026-06-27T22:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La lutte des Feuillants : un bilanFeuillants : 107 jours pour p&#233;renniser la prime qu'on voulait leur reprendre &lt;br class='autobr' /&gt;
Anatomie d'une gr&#232;ve juste, isol&#233;e et verrouill&#233;e, qui, dans cette forme, n'avait aucune chance d'obtenir satisfaction sur ses revendications &#8212; et que l'appareil CGT fait passer pour une victoire &lt;br class='autobr' /&gt;
107 jours de gr&#232;ve. Z&#233;ro euro sur le taux horaire de base. Une prime publique transform&#233;e en &#171; acquis maison &#187;. Quatre jours pay&#233;s sur cent-sept. Le dimanche en vitrine, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La lutte des Feuillants : un bilan&lt;/p&gt;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/feuillants_1.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/feuillants_1.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19470 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/feuillants2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/feuillants2.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Feuillants : 107 jours pour p&#233;renniser la prime qu'on voulait leur reprendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anatomie d'une gr&#232;ve juste, isol&#233;e et verrouill&#233;e, qui, dans cette forme, n'avait aucune chance d'obtenir satisfaction sur ses revendications &#8212; et que l'appareil CGT fait passer pour une victoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;107 jours de gr&#232;ve. Z&#233;ro euro sur le taux horaire de base. Une prime publique transform&#233;e en &#171; acquis maison &#187;. Quatre jours pay&#233;s sur cent-sept. Le dimanche en vitrine, la revendication centrale enterr&#233;e. Ce n'est pas une victoire : c'est une d&#233;faite revendicative rendue pr&#233;sentable par l'appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poitiers, juin 2026 &#8212; La gr&#232;ve des soignantes de l'Ehpad des Feuillants, groupe Vivalto Vie, s'est achev&#233;e le 11 juin apr&#232;s cent-sept jours [1]. Un protocole d'accord a &#233;t&#233; sign&#233;. La direction &#171; se f&#233;licite que l'ensemble des parties ait choisi la voie du dialogue et de la responsabilit&#233; &#187;. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT Sant&#233; Action Sociale 86 juge le r&#233;sultat &#171; encore assez suffisant &#187; [1]. La presse r&#233;gionale titre sur un accord et une reprise. Nous, nous allons mesurer ce qui a r&#233;ellement &#233;t&#233; obtenu &#8212; au seul endroit o&#249; une victoire ouvri&#232;re se mesure : au regard de ce que les gr&#233;vistes r&#233;clamaient et de ce qu'elles avaient avant. Et ce que nous y trouvons n'est pas une victoire. C'est une reddition revendicative qu'on a maquill&#233;e en conqu&#234;te. Disons-le tout de suite, car le mot est dur : il ne vise pas les salari&#233;es, qui ont tenu au-del&#224; du raisonnable ; il vise la forme politique dans laquelle leur lutte a &#233;t&#233; enferm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La revendication : un euro cinquante de l'heure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer une gr&#232;ve, il faut d'abord savoir ce qu'elle r&#233;clamait. Et sur ce point, les gr&#233;vistes des Feuillants ont &#233;t&#233; d'une clart&#233; parfaite. Leur mot d'ordre salarial &#233;tait unique, pr&#233;cis, chiffr&#233; : une revalorisation du taux horaire d'un euro cinquante, soit autour de cent cinquante &#224; deux cents euros nets de plus par mois selon les situations &#8212; environ deux cent vingt-sept euros bruts sur un temps plein &#8212;, sur toutes les heures travaill&#233;es [2][3]. Plus du mat&#233;riel pour lever les patients, car le corps des soignantes s'use &#224; porter des r&#233;sidents sans rails de transfert. C'est tout. Une augmentation, de leur propre aveu, &#171; pas mirobolante &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re ce chiffre, une d&#233;monstration qui &#233;tait la vraie force du mouvement. Quand la direction se vantait de payer ses soignantes &#171; trois cents euros au-dessus du SMIC &#187;, les gr&#233;vistes r&#233;pondaient que ce calcul incluait la prime S&#233;gur &#8212; un financement vers&#233; par l'&#201;tat au secteur m&#233;dico-social depuis 2020, et non une revalorisation d&#233;cid&#233;e et pay&#233;e par l'&#233;tablissement [4]. Une aide-soignante l'a r&#233;sum&#233; sans d&#233;tour : prime S&#233;gur comprise, elle touchait autour de mille six cent cinquante &#224; mille sept cents euros par mois ; sans le S&#233;gur, elles seraient &#171; &#224; peine au SMIC &#187; [4][5]. Elles sautent des repas, le petit-d&#233;jeuner a disparu, il n'y aura pas de vacances [5]. &#171; On peut le dire, nous sommes des travailleurs pauvres. &#187; Le grief &#233;tait limpide : le patron faisait passer de l'argent public pour son propre effort salarial. Voil&#224; l'&#233;talon du conflit &#8212; un euro cinquante de l'heure, et la fin de la tromperie sur le S&#233;gur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le protocole : z&#233;ro sur le taux de base&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons ce que l'accord du 11 juin accorde [1][6]. &#192; partir du 1er juin, la revalorisation d&#233;j&#224; vers&#233;e aux aides-soignantes, accompagnants &#233;ducatifs et aides m&#233;dico-psychologiques est &#171; transform&#233;e en un compl&#233;ment contractuel p&#233;renne de 75 euros bruts mensuels &#187;. L'indemnit&#233; du dimanche et des jours f&#233;ri&#233;s passe de 2,90 &#224; 5,44 euros bruts de l'heure. La prime de partage de la valeur sera &#171; r&#233;examin&#233;e pour 2026 en fonction des r&#233;sultats &#187;. L'&#233;tablissement prend en charge quatre journ&#233;es de gr&#232;ve sur cent-sept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le mot d'ordre central &#8212; l'euro cinquante de l'heure sur le taux de base &#8212; le r&#233;sultat tient en un mot : rien. Pas un centime d'augmentation du taux horaire. La revendication unique, claire, chiffr&#233;e, qui aurait port&#233; sur toutes les heures de toutes les salari&#233;es, n'est pas satisfaite. Elle n'est pas n&#233;goci&#233;e &#224; la baisse : elle est absente du protocole. Le reste de l'accord se compose de postes que les gr&#233;vistes n'avaient pas mis au centre, et d'un poste &#8212; le S&#233;gur &#8212; qui retourne contre elles ce qu'elles d&#233;non&#231;aient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le dimanche : un gros pourcentage sur une petite assiette&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul chiffre flatteur de tout l'accord, c'est le dimanche : 2,90 &#8364; qui deviennent 5,44 &#8364; de l'heure, presque le double, pr&#232;s de quatre-vingt-huit pour cent de hausse. C'est ce chiffre qu'on brandit. Mais un pourcentage ne dit rien tant qu'on ignore sur quoi il porte, et combien d'heures il concerne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, ce poste n'&#233;tait pas une revendication des gr&#233;vistes : leur demande, c'&#233;tait l'euro cinquante sur le taux de base, pas une prime de dimanche. On ne peut donc pas parler d'une revendication satisfaite. Mieux : cette prime de dimanche &#233;tait d&#233;j&#224; sur la table d&#232;s avril, et les gr&#233;vistes l'avaient refus&#233;e. L'une d'elles l'expliquait clairement &#224; la fin avril : &#171; Jusque-l&#224;, on nous a juste propos&#233; des primes sur les dimanches, car on en travaille deux par mois, mais sous conditions, si les finances de l'&#233;tablissement le permettent. On ne peut pas signer un accord avec des conditions pareilles. &#187; [3] Autrement dit, le dimanche revaloris&#233; n'est pas un gain arrach&#233; en juin : c'est l'os que le patron tendait d&#233;j&#224; en avril, que les gr&#233;vistes avaient jug&#233; inacceptable, et qu'elles ont fini par avaler trois mois et demi plus tard sous l'effet de l'&#233;puisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesurons-le, maintenant que nous connaissons le rythme par leur propre bouche : deux dimanches travaill&#233;s par mois [3]. Le gain est de deux euros cinquante de plus par heure. Sur deux dimanches de dix &#224; douze heures, cela fait entre vingt et vingt-quatre heures de dimanche par mois, soit un gain d'environ cinquante &#224; soixante euros bruts par mois &#8212; et seulement pour celles qui travaillent effectivement le dimanche. Sur l'ann&#233;e, environ six cents &#224; sept cent trente euros bruts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparons &#224; la revendication enterr&#233;e. L'euro cinquante de l'heure portait sur les cent cinquante et une heures mensuelles de chacune : il aurait rapport&#233; environ deux cent vingt-sept euros bruts par mois, soit deux mille sept cents euros par an, &#224; toutes, dimanche ou pas. La revendication centrale valait donc pr&#232;s de quatre fois le gain dimanche, et profitait &#224; l'ensemble des soignantes au lieu d'une fraction. Le patron a fait l'inverse exact de ce qui &#233;tait demand&#233; : il a d&#233;plac&#233; le gain depuis le poste qui co&#251;te cher et profite &#224; toutes &#8212; le taux de base, sur cent cinquante heures &#8212; vers un poste qui brille mais co&#251;te peu et ne touche qu'une partie &#8212; le dimanche, sur vingt heures. Un gros pourcentage sur une petite assiette co&#251;te bien moins qu'un petit pourcentage sur une grande assiette. C'est de l'optique salariale : faire scintiller le chiffre qui se voit, esquiver le chiffre qui p&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le S&#233;gur : la tromperie contractualis&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vient le c&#339;ur de l'affaire. Les gr&#233;vistes reprochaient au patron de faire passer le financement S&#233;gur de l'&#201;tat pour un effort maison. Que fait l'accord ? Il &#171; transforme &#187; pr&#233;cis&#233;ment ce financement S&#233;gur en &#171; compl&#233;ment contractuel p&#233;renne &#187; de l'&#233;tablissement [1][6]. L'argent de l'&#201;tat, dont elles d&#233;non&#231;aient le maquillage en g&#233;n&#233;rosit&#233; patronale, est d&#233;sormais inscrit noir sur blanc dans le contrat comme un avantage consenti par Vivalto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tour de passe-passe qu'elles avaient d&#233;masqu&#233; n'a pas &#233;t&#233; d&#233;fait par l'accord : il a &#233;t&#233; grav&#233; dans le marbre par l'accord. La boucle se referme exactement sur ce qu'elles combattaient. On leur a fait signer la cons&#233;cration juridique de la tromperie qu'elles &#233;taient parties d&#233;noncer. Et il faut mesurer ce que &#171; p&#233;renniser &#187; veut dire ici : cela ne co&#251;te rien au patron, puisqu'il versait d&#233;j&#224; cette somme, financ&#233;e par la collectivit&#233;. Il a transform&#233; une d&#233;pense publique en argument de paix sociale, sans sortir un euro de sa poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul poste qui pouvait apporter une somme r&#233;elle et croissante &#8212; la prime de partage de la valeur &#8212; n'est pas accord&#233; : il est renvoy&#233; &#224; plus tard, suspendu &#224; une condition. &#171; En fonction des r&#233;sultats &#187; [1][6]. C'est-&#224;-dire en fonction de la rentabilit&#233; que d&#233;cideront ceux-l&#224; m&#234;mes contre qui la gr&#232;ve &#233;tait dirig&#233;e : le groupe Vivalto et ses actionnaires financiers. Le seul levier mat&#233;riel a &#233;t&#233; remis entre les mains de l'adversaire. C'est le m&#233;canisme de l'argent-promesse : on d&#233;place le gain r&#233;el hors du cycle de gr&#232;ve, l&#224; o&#249; le rapport de force pr&#233;sent ne peut plus rien exiger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Conc&#233;der, ou l&#226;cher ce qu'on peut l&#226;cher&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici se trouve la distinction qui commande tout, et que la rh&#233;torique de l'appareil escamote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conc&#233;der, pour un patron, c'est c&#233;der sous la contrainte un terrain qu'il voulait garder. C'est subir une perte qu'il n'a pas choisie, parce qu'un rapport de force la lui impose. Une vraie concession entame le capital l&#224; o&#249; il ne voulait pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas ce qui s'est produit aux Feuillants, et il y a pour le d&#233;montrer une preuve mat&#233;rielle imparable. La prise en charge des quatre jours de gr&#232;ve, pr&#233;sent&#233;e comme une concession finale, &#171; avait &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e d&#232;s les premi&#232;res n&#233;gociations qui n'avaient rien donn&#233; &#187; [6]. Ces quatre jours &#233;taient d&#233;j&#224; sur la table au d&#233;but du conflit. De m&#234;me que la prime de dimanche, refus&#233;e en avril. L'accord de juin, sur ces deux points, c'est exactement la premi&#232;re offre patronale &#8212; celle qui avait &#233;t&#233; jug&#233;e insuffisante en mars-avril &#8212; accept&#233;e trois mois et demi plus tard sous l'effet de l'&#233;puisement. Le patron n'a pas recul&#233; : il a fait signer en juin ce qu'il proposait d&#233;j&#224; au d&#233;part. Ce qu'a &#171; arrach&#233; &#187; la dur&#233;e de la gr&#232;ve sur ces points : z&#233;ro. Il a d&#233;cid&#233; lui-m&#234;me de la borne de sa propre d&#233;pense. Il a regard&#233; ce qu'il pouvait l&#226;cher sans douleur, et il l'a l&#226;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quatre jours sur cent-sept sont d'ailleurs un aveu en eux-m&#234;mes. Ils disent que la perte salariale &#233;tait n&#233;gociable &#8212; donc que le patron pouvait en assumer une part &#8212; et qu'il a choisi d'en assumer quatre, laissant les cent-trois autres int&#233;gralement &#224; la charge des gr&#233;vistes, tout en s'offrant la posture de la &#171; responsabilit&#233; &#187;. Quatre sur cent-sept : voil&#224; le prix exact que Vivalto a mis sur sa r&#233;putation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'argument du &#171; d&#233;ficit &#187; brandi dans le communiqu&#233; patronal &#8212; un &#233;tablissement &#171; d&#233;ficitaire depuis plusieurs exercices &#187; [6] &#8212; il ne r&#233;siste pas &#224; l'examen. Un site &#171; d&#233;ficitaire &#187; au sein d'un groupe qui exploite plusieurs dizaines d'Ehpad en France, en Espagne, en Belgique et en Irlande, via une holding adoss&#233;e au capital financier [5], ne prouve rien, &#224; lui seul, de la rentabilit&#233; globale du capital qui le d&#233;tient : un groupe peut r&#233;partir entre ses entit&#233;s les charges, les dettes, les loyers, les frais de si&#232;ge et les marges. Le d&#233;ficit d'un &#233;tablissement n'est pas le d&#233;ficit du capital qui le d&#233;tient. Et chaque r&#233;sident paie quatre-vingt-dix euros la journ&#233;e [4]. Surtout, ce patron pr&#233;tendument sans moyens a d&#233;pens&#233; sans compter pour briser la gr&#232;ve : quarante-quatre assignations de personnel &#8212; qualifi&#233;es de &#171; r&#233;quisitions &#187; dans la presse, mais ordonn&#233;es par la direction et signifi&#233;es par huissier au domicile des gr&#233;vistes &#8212; &#224; deux &#224; trois cents euros pi&#232;ce [3][4], et le recours &#224; des int&#233;rimaires qui a valu &#224; la direction une plainte de l'Union d&#233;partementale CGT pour entrave &#224; la gr&#232;ve [3]. Il a trouv&#233; l'argent pour contraindre ; il jurait ne pas l'avoir pour augmenter. Voil&#224; ce que vaut le &#171; d&#233;ficit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Pourquoi elles ont &#233;t&#233; accul&#233;es : l'isolement organis&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a parl&#233; d'une gr&#232;ve &#171; &#233;tendue &#224; trois &#233;tablissements &#187;. La r&#233;alit&#233;, &#224; la fin, est tout autre, et la presse locale la dit cr&#251;ment : le mouvement &#171; n'avait pas r&#233;ellement fait tache d'huile &#187; [6]. Au terme des cent-sept jours, il ne restait en lutte que les Feuillants. &#192; la Rose d'Ali&#233;nor, autre &#233;tablissement Vivalto de Poitiers, il n'y avait plus qu'un seul gr&#233;viste, qui avait cess&#233; une quinzaine de jours avant l'accord [6]. Un &#233;tablissement de Charente-Maritime avait connu une gr&#232;ve, &#233;teinte &#233;galement. L'extension n'a pas seulement manqu&#233; : le peu qui existait s'est &#233;tiol&#233;, jusqu'&#224; laisser les soignantes des Feuillants absolument seules face au groupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le probl&#232;me n'est pas seulement que la gr&#232;ve est rest&#233;e isol&#233;e. C'est que ceux qui la dirigeaient n'ont jamais construit les organes pratiques de son extension. Il ne suffit pas de dire &#171; il aurait fallu &#233;tendre &#187; : il faut nommer ce qui aurait d&#251; exister et qui n'a pas exist&#233;. Un comit&#233; de gr&#232;ve &#233;lu par les gr&#233;vistes elles-m&#234;mes, et non une direction pos&#233;e au-dessus d'elles. Une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale souveraine, r&#233;unie r&#233;guli&#232;rement, d&#233;cidant de tout &#8212; des revendications &#224; la reconduction, de la tactique &#224; la signature. Des d&#233;l&#233;gations mandat&#233;es partant vers les autres Ehpad Vivalto pour les entra&#238;ner, vers le CHU et les Ehpad publics de Poitiers, vers les aides &#224; domicile, vers les travailleurs de la restauration et du nettoyage du grand &#226;ge. Une caisse de gr&#232;ve centralis&#233;e et publique, pour tenir financi&#232;rement. Un appel aux familles des r&#233;sidents, premi&#232;res t&#233;moins de la d&#233;gradation des soins. Des r&#233;unions de quartier et de population. Une plateforme commune sant&#233;&#8211;grand &#226;ge&#8211;vie ch&#232;re &#224; l'&#233;chelle de la ville, pour transformer un conflit d'entreprise en affaire de tout le peuple travailleur poitevin. Rien de cela n'a &#233;t&#233; mis sur pied. On a laiss&#233; la combativit&#233; r&#233;elle des gr&#233;vistes s'&#233;puiser dans le p&#233;rim&#232;tre d'un seul &#233;tablissement. L'isolement n'est pas une fatalit&#233; : c'est le produit d'une orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Qui a dirig&#233;, et vers quoi : la captation institutionnelle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de regarder qui dirigeait la gr&#232;ve, voyons comment on a cherch&#233;, par le haut, &#224; la refermer. Le tournant se joue fin avril. Le nouveau maire de Poitiers, Anthony Brottier &#8212; &#233;lu le 22 mars, et lui-m&#234;me ancien directeur d'un Ehpad en Charente-Maritime [12], donc parfaitement au fait des rouages du secteur &#8212; intervient pour &#171; faire avancer les choses &#187;. R&#233;sultat de cette intervention : la convocation d'un comit&#233; social et &#233;conomique le 29 avril. Mais ce CSE, la d&#233;l&#233;gu&#233;e CGT le d&#233;crit elle-m&#234;me sans d&#233;tour : &#171; C'est une chambre d'&#233;coute qui ne sert &#224; rien, aucune d&#233;cision n'y est prise : notre direction nous a dit que ce n'&#233;tait pas le lieu pour parler des revendications. &#187; [2] Voil&#224; le r&#244;le r&#233;el de l'arbitrage par le haut : ouvrir une enceinte qui absorbe l'&#233;nergie du conflit sans rien trancher, et qui d&#233;place la lutte du terrain du rapport de force &#8212; le seul o&#249; le patron peut &#234;tre contraint &#8212; vers celui de la proc&#233;dure, o&#249; il ne risque rien. Loin de d&#233;bloquer le conflit, le CSE a confirm&#233; aux gr&#233;vistes qu'elles n'obtiendraient rien par cette voie ; c'est de l&#224;, elles le disent, qu'est n&#233;e l'id&#233;e de monter &#224; Paris. La m&#233;diation institutionnelle n'a pas rapproch&#233; la victoire : elle a fait gagner du temps au patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gr&#232;ve a par ailleurs &#233;t&#233; dirig&#233;e. Au-dessus des dix-huit gr&#233;vistes, trois &#233;chelons de l'appareil CGT : la section d'&#233;tablissement, avec la d&#233;l&#233;gu&#233;e L&#233;a Guillon ; la f&#233;d&#233;ration sant&#233; d&#233;partementale, avec le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Beno&#238;t Gadau ; et au sommet, l'Union d&#233;partementale CGT 86, avec son secr&#233;taire Julien H&#233;mon [11]. Ce sont ces &#233;chelons, et l'UD au premier chef, qui ont tenu les r&#234;nes du mouvement, fix&#233; sa tactique, n&#233;goci&#233; son issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers quoi ont-ils orient&#233; l'&#233;nergie des gr&#233;vistes ? Vers le haut, syst&#233;matiquement. Vers le maire, vers le CSE, vers la m&#233;diation, vers les d&#233;put&#233;s. La premi&#232;re prise de parole du secr&#233;taire de l'UD, lors du grand rassemblement, en est le symbole : il ouvre en remerciant les d&#233;put&#233;s pr&#233;sents et les renvoie &#224; leur r&#244;le institutionnel &#8212; &#171; vous les portez &#224; l'Assembl&#233;e &#187; [11]. Le terrain est convoqu&#233; pour saluer les &#233;lus, et la lutte des soignantes est pr&#233;sent&#233;e comme le combustible d'un combat qui se m&#232;ne, au fond, ailleurs : dans les institutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'il faut &#234;tre pr&#233;cis sur Fran&#231;ois Ruffin, car c'est le point o&#249; l'on nous r&#233;pondra : &#171; sans lui, personne n'aurait parl&#233; de la gr&#232;ve. &#187; L'objection manque l'essentiel. La question n'est pas de savoir s'il faut de la m&#233;diatisation &#8212; il en faut &#8212; mais de savoir vers quoi elle pousse. Toute m&#233;diatisation oriente : elle renforce soit l'auto-organisation des travailleurs, soit leur d&#233;pendance aux institutions. Il y a une m&#233;diatisation ouvri&#232;re, qui appelle d'autres travailleurs &#224; entrer en lutte, &#224; d&#233;brayer, &#224; rejoindre la gr&#232;ve. Et il y a une m&#233;diatisation parlementaire, qui fait pression sur l'&#201;tat pour qu'il arbitre. Ruffin a choisi la seconde, sans ambigu&#239;t&#233;. Venu le 22 avril en &#171; candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2027 &#187; [9], il a d&#233;pos&#233; une question &#233;crite &#224; l'Assembl&#233;e dont les mots disent tout : il demande &#224; la ministre de la Sant&#233; si elle va &#171; peser pour qu'un compromis soit enfin trouv&#233; &#187;, pour que &#171; les financiers de Vivalto Vie sortent le carnet de ch&#232;ques &#187;, et il affirme que &#171; l'&#201;tat doit intervenir &#187; [5][7]. Pas un mot sur l'extension de la gr&#232;ve, sur l'appel aux autres Ehpad, sur le pouvoir des gr&#233;vistes. Tout est tourn&#233; vers l'arbitrage d'en haut &#8212; le pr&#233;fet, l'ARS, la ministre, le &#171; compromis &#187;. Or l'&#201;tat qu'il supplie d'intervenir est le m&#234;me qui finance Vivalto par deux canaux, l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; et la Banque publique d'investissement &#8212; Ruffin le dit lui-m&#234;me [5]. Il demande &#224; l'actionnaire public d'arbitrer contre l'actionnaire priv&#233;, alors que c'est le m&#234;me argent qui nourrit le groupe. Voil&#224; la limite de la m&#233;diatisation parlementaire : elle d&#233;tourne le regard des gr&#233;vistes de leur propre force collective vers la bienveillance suppos&#233;e de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que la gr&#232;ve des Feuillants a aussi servi : de tribune &#224; la gauche du Front populaire et &#224; la candidature Ruffin &#8212; qui a d'ailleurs prolong&#233; sa venue du 22 avril par une r&#233;union publique place Charles-de-Gaulle pour pr&#233;senter sa d&#233;marche pr&#233;sidentielle aux habitants [8]. Belluco, Moncond'huy, Harris, Ruffin se sont relay&#233;s sur le piquet [9][10], ont pos&#233; pour les photographies, prononc&#233; les discours &#8212; sans jamais poser les deux questions qui d&#233;cident d'une gr&#232;ve : son extension, et le pouvoir des gr&#233;vistes sur leur propre lutte. Ce soutien ne renforce pas la gr&#232;ve : il la capte. Il transforme la combativit&#233; des soignantes en capital d'image pour des carri&#232;res &#233;lectorales, et il habitue les travailleuses &#224; attendre leur salut des &#233;lus plut&#244;t que de leur organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le tour de passe-passe de l'appareil : changer l'&#233;talon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le travail propre de l'appareil syndical, qui est d'abord un travail id&#233;ologique. &#201;coutons le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT Sant&#233; Action Sociale 86 : &#171; On sait tr&#232;s bien qu'on n'aura pas tout, mais oui, il y a une avanc&#233;e. On partait de loin et on aurait voulu plus, au niveau salarial. Je pense que c'est, pour ma part, encore assez suffisant. &#187; Puis : &#171; Le 1er octobre, on verra si cela a &#233;t&#233; respect&#233;. &#187; [1] Et la d&#233;l&#233;gu&#233;e d'&#233;tablissement, le jour de la signature : &#171; C'est une satisfaction d'arriver &#224; un accord. &#187; [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cortiquons &#8212; en visant l'orientation, non les personnes : la critique porte sur la ligne de l'appareil, pas sur des militantes prises individuellement. &#171; On partait de loin &#187; : voil&#224; l'&#233;talon que l'appareil substitue &#224; la revendication. Le succ&#232;s n'est plus mesur&#233; &#224; ce que les travailleuses exigeaient &#8212; un euro cinquante de l'heure, la fin de la tromperie S&#233;gur &#8212; mais &#224; la distance parcourue depuis le point de d&#233;part que le patron avait fix&#233;. De m&#234;me, &#171; une satisfaction d'arriver &#224; un accord &#187; : la satisfaction porte sur le fait d'aboutir, non sur le contenu de ce &#224; quoi l'on aboutit. Le crit&#232;re bascule, du besoin de la salari&#233;e vers la simple existence d'une signature. C'est le retournement par lequel on transforme une d&#233;faite revendicative en &#171; avanc&#233;e &#187;. Bien s&#251;r qu'il y a une &#171; avanc&#233;e &#187; par rapport &#224; z&#233;ro ; il y en a presque toujours une &#8212; c'est tout l'int&#233;r&#234;t, pour le patron, de l&#226;cher quelque chose plut&#244;t que rien. Mais une avanc&#233;e ne se calcule pas par rapport &#224; z&#233;ro. Elle se calcule par rapport &#224; deux points : ce qu'il y avait avant, et ce qui &#233;tait exig&#233;. Mesur&#233;e ainsi, la &#171; p&#233;rennisation &#187; d'une prime pay&#233;e par l'&#201;tat n'est m&#234;me pas un gain : c'est l'&#233;vitement d'une perte, doubl&#233; de la cons&#233;cration de la tromperie d&#233;nonc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le millerandisme syndical : non plus l'organisation ind&#233;pendante de la lutte, mais la gestion responsable de ce que le patron accepte de n&#233;gocier. L'appareil ne mesure pas le combat &#224; l'aune de ce qu'il visait, mais &#224; l'aune de ce qui est g&#233;rable, n&#233;gociable, pr&#233;sentable. Et le rendez-vous fix&#233; au 1er octobre ach&#232;ve la dissolution : la gr&#232;ve, force agissante, se transforme en bureau de contr&#244;le des promesses patronales. On range les chasubles, on attend octobre, on v&#233;rifiera. L'attente &#8212; l'arme de l'adversaire, celle qui d&#233;mobilise et qui pourrit &#8212; devient l'horizon que l'appareil propose aux travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car il y a, pour l'appareil, un int&#233;r&#234;t propre &#224; cl&#244;turer ainsi. Une gr&#232;ve qui gagne r&#233;ellement sur ses mots d'ordre, par l'extension et le pouvoir des gr&#233;vistes, &#233;chappe aux permanents et d&#233;montre qu'on peut se passer de leur m&#233;diation. Une gr&#232;ve qu'on referme par un protocole homologu&#233; &#171; avanc&#233;e &#187; consacre au contraire le r&#244;le de l'appareil comme n&#233;gociateur indispensable, seul habilit&#233; &#224; dire ce qui est &#171; suffisant &#187;. Le maquillage de la reddition en victoire n'est pas une maladresse de communication : c'est la fonction sociale d'un appareil qui a besoin que la lutte passe par lui, qu'elle reste dans le cadre, et qu'elle ne d&#233;borde jamais &#8212; ni vers l'extension, ni vers l'auto-organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion : la prochaine fois&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les choses soient dites clairement, parce qu'il y va du respect d&#251; aux gr&#233;vistes : la gr&#232;ve des Feuillants fut juste, et les dix-huit soignantes qui l'ont men&#233;e m&#233;ritent d'&#234;tre salu&#233;es sans r&#233;serve. Tenir cent-sept jours, seules &#224; la fin, contre un groupe de cette puissance, sous l'huissier et l'int&#233;rim briseurs de gr&#232;ve, en d&#233;masquant elles-m&#234;mes la tromperie du S&#233;gur, c'est un courage et une lucidit&#233; de classe que rien dans leur condition ne pr&#233;parait. Notre critique ne vise pas une seconde celles qui se sont battues. Elle vise ce qui les a laiss&#233;es se battre seules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la d&#233;faite vient de l&#224; &#8212; non de la radicalit&#233; des gr&#233;vistes, qui fut grande, mais de la forme dans laquelle l'appareil et l'Union d&#233;partementale ont tenu leur lutte : isol&#233;e, sans extension, sans organes d'auto-organisation, enferm&#233;e dans les m&#233;diations et le CSE, transform&#233;e en tribune pour la gauche du Front populaire et la candidature Ruffin. Une gr&#232;ve juste peut &#234;tre perdue par sa forme. Aux Feuillants, la combativit&#233; &#233;tait du c&#244;t&#233; des salari&#233;es ; la forme &#233;tait du c&#244;t&#233; de l'appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on n'est donc pas seulement qu'il aurait fallu mieux faire. Elle est plus tranchante : aucune gr&#232;ve contre un groupe financiaris&#233; ne doit &#234;tre laiss&#233;e sous le monopole tactique de l'appareil syndical. Une gr&#232;ve d'entreprise isol&#233;e, face au capital financier concentr&#233;, ne tient que par sa jonction avec les autres travailleurs et par le pouvoir r&#233;el des gr&#233;vistes sur leur propre gr&#232;ve &#8212; comit&#233; de gr&#232;ve &#233;lu, assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale souveraine, d&#233;l&#233;gu&#233;s mandat&#233;s et r&#233;vocables, caisse de gr&#232;ve publique, extension active vers ceux qui n'ont pas encore d&#233;bray&#233;. C'est cela, et cela seul, qui aurait pu changer le rapport de force aux Feuillants : faire de la lutte des soignantes l'affaire de tout le peuple travailleur de Poitiers et de la Vienne, contre la vie ch&#232;re &#8212; et non le marchepied d'une campagne pr&#233;sidentielle, ni la chose d'un appareil qui mesure la victoire &#224; l'aune du patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine fois, il faudra que les gr&#233;vistes dirigent leur gr&#232;ve, qu'elle ne reste pas seule, et qu'elle ne serve pas de tribune &#224; ceux qui pr&#234;chent l'arbitrage de l'&#201;tat l&#224; o&#249; il faut construire la force des travailleurs. C'est la seule le&#231;on qui honore vraiment les cent-sept jours des Feuillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] France 3 Nouvelle-Aquitaine / franceinfo, &#171; Apr&#232;s 107 jours de gr&#232;ve, les salari&#233;es d'un Ehpad trouvent un accord et reprennent le travail &#187;, 12 juin 2026. &lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/apres-107-jours-de-greve-les-salaries-d-un-ehpad-trouvent-un-accord-et-reprennent-le-travail-3367483.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/apres-107-jours-de-greve-les-salaries-d-un-ehpad-trouvent-un-accord-et-reprennent-le-travail-3367483.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] ICI (ex-France Bleu Poitou), &#171; Poitiers : les gr&#233;vistes de l'Ehpad des Feuillants vont manifester &#224; Paris &#187; (revendication +1,50 &#8364;/h = 150-200 &#8364;/mois ; 44 r&#233;quisitions &#224; 200-300 &#8364; ; soutiens &#233;lus), 5 mai 2026. &lt;a href=&#034;https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/vienne-86/poitiers/poitiers-les-grevistes-de-l-ehpad-des-feuillants-vont-manifester-a-paris-1363801&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/vienne-86/poitiers/poitiers-les-grevistes-de-l-ehpad-des-feuillants-vont-manifester-a-paris-1363801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] ICI Poitou, reportage vid&#233;o, soutien de F. Ruffin (citation de Marthe Aamboa : &#171; deux dimanches par mois &#187;, prime de dimanche d&#233;j&#224; propos&#233;e sous conditions et refus&#233;e ; plainte UD CGT pour entrave / int&#233;rim), 22 avril 2026. &lt;a href=&#034;https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-poitou/poitiers-apres-un-mois-de-greve-et-requisitions-a-l-ehpad-des-feuillants-francois-ruffin-en-soutien-8712518&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-poitou/poitiers-apres-un-mois-de-greve-et-requisitions-a-l-ehpad-des-feuillants-francois-ruffin-en-soutien-8712518&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] web86.info, &#171; R&#233;quisition &#224; Poitiers dans un EPHAD priv&#233; lucratif &#187; (r&#233;quisitions par huissier &#224; 300 &#8364; pi&#232;ce ; 90 &#8364;/jour/r&#233;sident ; salaire 1 650 &#8364; prime S&#233;gur comprise), 8 avril 2026. &lt;a href=&#034;https://web86.info/requisition-a-poitiers-dans-un-ephad-prive-lucratif/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://web86.info/requisition-a-poitiers-dans-un-ephad-prive-lucratif/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Fran&#231;ois Ruffin, &#171; Ehpad Les Feuillants : quand les financiers de Vivalto Vie profitent du Grand &#226;ge (et des salari&#233;s) &#187; (texte de pr&#233;sentation de la question &#233;crite ; &#171; l'&#201;tat doit intervenir &#187; ; double financement public ARS + Bpifrance ; holding multi-pays), 29 avril 2026. &lt;a href=&#034;https://francoisruffin.fr/ehpad-les-feuillants-quand-les-financiers-de-vivalto-vie-profitent-du-grand-age-et-des-salaries/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://francoisruffin.fr/ehpad-les-feuillants-quand-les-financiers-de-vivalto-vie-profitent-du-grand-age-et-des-salaries/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] La Nouvelle R&#233;publique, &#171; Poitiers : la gr&#232;ve &#224; l'Ehpad des Feuillants s'arr&#234;te au 107e jour, un accord trouv&#233; ce jeudi 11 juin &#187; (protocole ; &#171; pas fait tache d'huile &#187; ; un seul gr&#233;viste &#224; La Rose d'Ali&#233;nor ; quatre jours pr&#233;sent&#233;s d&#232;s les premi&#232;res n&#233;gociations ; &#171; d&#233;ficitaire &#187; ; d&#233;claration de L&#233;a Guillon), 11 juin 2026. &lt;a href=&#034;https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/poitiers-la-greve-a-l-ehpad-des-feuillants-s-arrete-au-107e-jour-un-accord-trouve-ce-jeudi-11-juin-1781197506&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/poitiers-la-greve-a-l-ehpad-des-feuillants-s-arrete-au-107e-jour-un-accord-trouve-ce-jeudi-11-juin-1781197506&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Assembl&#233;e nationale, question &#233;crite n&#176; 14880 de M. Fran&#231;ois Ruffin, &#171; Ehpad Les Feuillants : quand Vivalto Vie profite du grand &#226;ge et des salari&#233;s &#187;, rubrique institutions sociales et m&#233;dico-sociales (r&#233;f&#233;renc&#233;e sur la page officielle des questions du d&#233;put&#233; ; le texte de la question est repris dans [5]). &lt;a href=&#034;https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA722142/questions&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/deputes/PA722142/questions&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] my-angers.info / La Nouvelle R&#233;publique, &#171; Fran&#231;ois Ruffin s'invite &#224; Poitiers pour soutenir les salari&#233;s en gr&#232;ve de l'Ehpad des Feuillants &#187; (Ruffin candidat d&#233;clar&#233; ; &#224; l'issue de sa venue, rencontre publique place Charles-de-Gaulle pour pr&#233;senter sa d&#233;marche pr&#233;sidentielle), 22 avril 2026. &lt;a href=&#034;https://my-angers.info/04/22/francois-ruffin-sinvite-a-poitiers-pour-soutenir-les-salaries-en-greve-de-lehpad-des-feuillants/183357/amp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://my-angers.info/04/22/francois-ruffin-sinvite-a-poitiers-pour-soutenir-les-salaries-en-greve-de-lehpad-des-feuillants/183357/amp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Le7.info, &#171; Ehpad des Feuillants : Fran&#231;ois Ruffin en soutien aux gr&#233;vistes &#187; (Ruffin candidat 2027 ; pr&#233;sence de Moncond'huy, Belluco, Harris ; gr&#232;ve depuis le 24 f&#233;vrier), 1er mai 2026. &lt;a href=&#034;https://www.le7.info/article/27131-ehpad-des-feuillants-francois-ruffin-en-soutien-aux-grevistes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.le7.info/article/27131-ehpad-des-feuillants-francois-ruffin-en-soutien-aux-grevistes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] ICI / France Bleu Poitou, article reprenant le communiqu&#233; des &#233;lus Lisa Belluco et Beno&#238;t Tirant appelant les parties &#224; &#171; retrouver le chemin du dialogue &#187; (publi&#233; le dimanche 29 mars 2026 ; le titre original d&#233;compte les jours de gr&#232;ve &#224; partir de la phase continue de mi-mars, la gr&#232;ve ayant d'abord d&#233;marr&#233; sporadiquement fin f&#233;vrier avant de devenir continue &#224; la mi-mars). &lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/nouvelle-aquitaine/vienne-86/poitiers/douzieme-jour-de-greve-a-l-ehpad-des-feuillants-de-poitiers-la-deputee-de-la-vienne-lisa-belluco-reaffirme-son-soutien-5904148&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.francebleu.fr/nouvelle-aquitaine/vienne-86/poitiers/douzieme-jour-de-greve-a-l-ehpad-des-feuillants-de-poitiers-la-deputee-de-la-vienne-lisa-belluco-reaffirme-son-soutien-5904148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Mati&#232;re et R&#233;volution (matierevolution.fr), couverture et transcription du conflit de l'Ehpad des Feuillants &#8212; identification des trois &#233;chelons de direction CGT (Union d&#233;partementale 86, f&#233;d&#233;ration sant&#233; d&#233;partementale, section d'&#233;tablissement) et transcription de la prise de parole du secr&#233;taire de l'UD au rassemblement de soutien. &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] France 3 Nouvelle-Aquitaine, portrait d'Anthony Brottier, nouveau maire de Poitiers (parcours : droit &#224; Poitiers et Montpellier, puis directeur d'un EHPAD en Charente-Maritime, CNED, OPCA hospitalier ; &#233;lu le 22 mars 2026), 24 mars 2026. &lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/quand-je-fais-quelque-chose-je-le-fais-a-fond-qui-est-anthony-brottier-le-nouveau-maire-de-poitiers-3322350.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/quand-je-fais-quelque-chose-je-le-fais-a-fond-qui-est-anthony-brottier-le-nouveau-maire-de-poitiers-3322350.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note m&#233;thodologique : les faits salariaux, le contenu du protocole, les r&#233;quisitions patronales et la chronologie reposent sur la presse r&#233;gionale et nationale ([1] &#224; [10]). L'identification nominative des &#233;chelons de direction CGT et la transcription des prises de parole syndicales au rassemblement reposent sur [11]. Le caract&#232;re patronal &#8212; et non pr&#233;fectoral &#8212; des mesures de contrainte est &#233;tabli par [3] et [4], qui les attribuent &#224; la direction et &#224; des huissiers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ouigo SNCF, &#231;a roule ! Les passagers !</title>
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		<dc:date>2026-06-25T22:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ouigo SNCF, &#231;a roule ! Les passagers !&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ouigo SNCF, &#231;a roule ! Les passagers !&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_19459 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/sans_titre-19.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/sans_titre-19.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19460 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/-3240-b4ac9.jpg' width=&#034;640&#034; height=&#034;360&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19461 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/hq720-7.jpg' width=&#034;686&#034; height=&#034;386&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19462 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-166.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/hq720q.jpg' width=&#034;686&#034; height=&#034;386&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-167.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;299&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesa-2.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19467 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesd-4.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;251&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19468 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesk.jpg' width=&#034;168&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Arr&#234;ts maladie plafonn&#233;s : punir le malade pour &#233;pargner le capital qui broie les corps</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8852</link>
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		<dc:date>2026-06-23T22:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Karob</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La propagande mensong&#232;re du gouvernement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Arr&#234;ts maladie plafonn&#233;s : punir le malade pour &#233;pargner le capital qui broie les corps &lt;br class='autobr' /&gt;
Un d&#233;cret paru au Journal officiel le 13 juin 2026 plafonne la dur&#233;e des arr&#234;ts de travail : trente et un jours pour une premi&#232;re prescription, soixante-deux pour une prolongation, &#224; compter du 1er septembre. Un second d&#233;cret limite &#224; quatre ans l'indemnisation des accidents du travail et des maladies professionnelles &#224; partir de 2027. Il faut juger ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_19480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/webp/cet-lassurance-maladie-lance-procedures-contre-15-000-medecins-juges-prescripteurs_0.webp' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/webp&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/webp/cet-lassurance-maladie-lance-procedures-contre-15-000-medecins-juges-prescripteurs_0.webp' width=&#034;836&#034; height=&#034;572&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-168.jpg' width=&#034;399&#034; height=&#034;501&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La propagande mensong&#232;re du gouvernement :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_19478 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/1779808781820.jpg' width=&#034;549&#034; height=&#034;351&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_19473 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/arretedetravail.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/arretedetravail.png' width=&#034;1055&#034; height=&#034;1491&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;ts maladie plafonn&#233;s : punir le malade pour &#233;pargner le capital qui broie les corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;cret paru au Journal officiel le 13 juin 2026 plafonne la dur&#233;e des arr&#234;ts de travail : trente et un jours pour une premi&#232;re prescription, soixante-deux pour une prolongation, &#224; compter du 1er septembre. Un second d&#233;cret limite &#224; quatre ans l'indemnisation des accidents du travail et des maladies professionnelles &#224; partir de 2027. Il faut juger ces textes non sur ce qu'ils d&#233;clarent, mais sur ce qu'ils font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'ils font : transf&#233;rer au m&#233;decin une fonction de contr&#244;le de la force de travail, sous le masque du &#171; suivi &#187;. La ministre de la Sant&#233; St&#233;phanie Rist promet qu'en revenant plus souvent chez le m&#233;decin, le patient sera &#171; mieux pris en charge &#187;. L'argument se renverse de lui-m&#234;me : la fin n'est pas le malade, mais la d&#233;pense. Le ministre Jean-Pierre Farandou l'a dit sans d&#233;tour &#8212; les indemnit&#233;s journali&#232;res &#171; co&#251;tent 18 milliards &#187; et croissent &#171; d'un milliard par an &#187;. La sant&#233; du travailleur n'est pas le but du dispositif ; elle en est le pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; expliquer la hausse. Entre 2019 et 2025, l'absent&#233;isme dans le priv&#233; a bondi de 25,5 %, avec des arr&#234;ts plus longs, de plus en plus li&#233;s &#224; la sant&#233; mentale. Ce n'est pas une paresse soudaine : c'est un sympt&#244;me objectif. Intensification des cadences, travail &#233;tendu par le num&#233;rique, nerfs et corps press&#233;s jusqu'&#224; la corde &#8212; voil&#224; la cause. Le proc&#232;s de travail capitaliste use la force vivante, puis pr&#233;sente la facture comme un probl&#232;me comptable. Face &#224; un mal qu'elle produit, la bourgeoisie ne touche pas &#224; la cause : elle agit sur l'effet, en le rendant plus co&#251;teux et plus humiliant pour celui qui le subit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ce que ces d&#233;crets attaquent, ce n'est pas seulement le repos du salari&#233; : c'est sa vie m&#234;me de malade. L'indemnit&#233; journali&#232;re n'est pas une faveur, c'est le moyen par lequel un travailleur emp&#234;ch&#233; continue de manger, de payer son loyer, de se soigner. Sous le rapport salarial, son corps est du capital variable : un co&#251;t qu'on entretient au minimum et qu'on rogne d&#232;s qu'il cesse de produire. Plafonner l'arr&#234;t, c'est comprimer le co&#251;t de reproduction de l'individu &#8212; d&#233;cider qu'au-del&#224; d'un seuil le malade co&#251;te trop cher pour qu'on le laisse gu&#233;rir. La d&#233;fense des conditions de travail et la d&#233;fense des conditions de vie du malade ne sont qu'une seule et m&#234;me lutte : celle de l'&#234;tre humain contre sa r&#233;duction &#224; une variable d'ajustement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second d&#233;cret en donne la figure la plus crue. Jusqu'ici, la victime d'un accident du travail &#233;tait indemnis&#233;e jusqu'&#224; sa gu&#233;rison, sa consolidation ou sa mort, sans aucune limite de temps : le capital devait payer aussi longtemps que durait le dommage qu'il avait caus&#233;. Le d&#233;cret n&#176; 2026-501 y substitue un compte &#224; rebours de quatre ans, au terme duquel l'indemnisation cesse. Ce n'est plus le r&#233;tablissement du bless&#233; qui mesure son droit, mais le calendrier ; l'accident&#233; non r&#233;tabli est renvoy&#233; vers l'invalidit&#233;, c'est-&#224;-dire vers une pension moindre. On socialise les profits que l'intensification du travail rapporte, on individualise l'usure qu'elle laisse derri&#232;re elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste suit cette logique. La chasse aux &#171; arr&#234;ts frauduleux &#187; &#233;rige la suspicion en m&#233;thode et fait du travailleur &#233;puis&#233; un tricheur pr&#233;sum&#233;. Et que les d&#233;put&#233;s aient &#233;cart&#233; le projet initial &#8212; quinze jours &#8212; pour imposer un mois ne change rien au principe : on a n&#233;goci&#233; le curseur de la restriction, jamais la restriction elle-m&#234;me. C'est la fonction de cette ar&#232;ne : am&#233;nager les formes d'une politique de classe dont l'orientation reste hors de question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui opposer la seule indignation ne suffit pas. Il faut des revendications qui d&#233;fendent la vie du malade ici et maintenant : retrait des deux d&#233;crets ; maintien int&#233;gral du salaire pendant tout arr&#234;t et suppression des jours de carence, &#224; la charge du patronat et non d'une S&#233;curit&#233; sociale qu'on &#233;trangle ; une m&#233;decine du travail au service du malade, et non un appareil de contr&#244;le au service de l'employeur ; la reconnaissance des pathologies psychiques pour ce qu'elles sont, des maladies du travail ; et, pour frapper la cause elle-m&#234;me, la r&#233;duction du temps de travail sans perte de salaire et le contr&#244;le des travailleurs sur les cadences et l'organisation de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces revendications n'est &#171; mod&#233;r&#233;e &#187;. Pouss&#233;e &#224; son terme, chacune dispute au capital ce qu'il ne c&#232;de jamais : la ma&#238;trise du temps, des cadences, du corps au travail &#8212; c'est-&#224;-dire la propri&#233;t&#233; des moyens de production. D&#233;fendre jusqu'au bout la sant&#233; du travailleur, c'est lui arracher le contr&#244;le du travail : c'est d&#233;j&#224; le contenu de l'abolition du salariat. C'est dans les entreprises et les services, par l'organisation des travailleurs eux-m&#234;mes, que se d&#233;fend la sant&#233; contre le capital qui la consume &#8212; et que se pr&#233;pare la fin de la soumission du travail au capital : l'abolition du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Mati&#232;re et R&#233;volution &#9733; Voix des Travailleurs &#9733; Gilets Jaunes Poitiers&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, le reste &#224; charge a un &#233;norme impact sur le renoncement aux soins m&#233;dicaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.ifop.com/article/limpact-du-reste-a-charge-sur-le-renoncement-aux-soins-medicaux/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ifop.com/article/limpact-du-reste-a-charge-sur-le-renoncement-aux-soins-medicaux/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que pr&#233;tend le gouvernement, se faire prescrire un arr&#234;t maladie(Nouvelle fen&#234;tre) et continuer d'aller au travail contre l'avis de son m&#233;decin est une pratique de plus en plus commune en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.franceinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/arrets-maladie-ces-travailleurs-qui-y-renoncent_3076381.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.franceinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/sante-au-travail/arrets-maladie-ces-travailleurs-qui-y-renoncent_3076381.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas les abus mais la d&#233;gradation des conditions de travail qui cause la hausse des arr&#234;ts-maladie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.linkedin.com/pulse/arr%C3%AAts-maladie-le-probl%C3%A8me-nest-pas-labus-mais-travail-amouroux-2wube&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.linkedin.com/pulse/arr%C3%AAts-maladie-le-probl%C3%A8me-nest-pas-labus-mais-travail-amouroux-2wube&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'augmentation des arr&#234;ts-maladie est d'abord la cons&#233;quence de la progression du taux d'emploi ainsi que du recul de l'&#226;ge de la retraite. Tr&#232;s souvent, l'intensification du travail, les effectifs calcul&#233;s au plus juste, les contraintes de temps et de d&#233;lais conduisent &#224; r&#233;int&#233;grer des salari&#233;s pas encore compl&#232;tement gu&#233;ris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.souffrance-et-travail.com/magazine/dossiers/stress-travail-et-sante/arrets-maladie-risques-psychosociaux-souffrance-au-travail-management/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.souffrance-et-travail.com/magazine/dossiers/stress-travail-et-sante/arrets-maladie-risques-psychosociaux-souffrance-au-travail-management/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous couvert de lutte contre les arr&#234;ts maladie, le gouvernement annonce un renforcement massif des contr&#244;les et encourage les signalements par les employeurs. D'ici &#224; 2026, pr&#232;s de 740 000 contr&#244;les administratifs et m&#233;dicaux devraient &#234;tre r&#233;alis&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; un quart des arr&#234;ts maladie n'est pas respect&#233; ! D&#233;cision des salari&#233;s ou pression des patrons et des cadres&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La vall&#233;e du Rh&#244;ne, couloir de la mort...</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8838</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8838</guid>
		<dc:date>2026-06-16T22:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La vall&#233;e du Rh&#244;ne, couloir de la mort de l'industrie chimique &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut d&#233;j&#224; remarquer que ce ne sont pas les minist&#232;res de la Sant&#233;, de l'Industrie, de la Justice, de la Police ni des services sanitaires de l'administration fran&#231;aise qui ont relev&#233; l'activit&#233; criminelle des industriels de la r&#233;gion de Lyon mais l'ONU ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le couloir de la mort de l'industrie chimique &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Document 9 (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vall&#233;e du Rh&#244;ne, couloir de la mort de l'industrie chimique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;j&#224; remarquer que ce ne sont pas les minist&#232;res de la Sant&#233;, de l'Industrie, de la Justice, de la Police ni des services sanitaires de l'administration fran&#231;aise qui ont relev&#233; l'activit&#233; criminelle des industriels de la r&#233;gion de Lyon mais l'ONU !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/PFAS-des-rapporteurs-de-l-ONU-epinglent-deux-geants-de-la-vallee-de-la-chimie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/12/pfas-quatre-rapporteurs-de-l-onu-interpellent-le-gouvernement-sur-des-violations-presumees-des-droits-humains-dans-la-vallee-de-la-chimie-au-sud-de-lyon_6688271_3244.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le couloir de la mort de l'industrie chimique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Vall%C3%A9e_de_la_chimie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/transv/Risque/RisqueScient3.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.eauxglacees.com/Pollution-du-Rhone-le-couloir-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lettres-histoire-geographie.enseigne.ac-lyon.fr/spip/IMG/pdf/Seance_2_Le_couloir_de_la_chimie_au_sud_de_Lyon.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/2000/12/une-vallee-de-la-chimie-soumise-a-la-restructuration-des-sites-a-risques-758957&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=fvyHcr_HKbI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=p-xR5811nUc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'industrie capitaliste chimique se d&#233;fend mais ni pour d&#233;fendre les emplois ni pour d&#233;fendre la population&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=UUbH4_VLVsc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.annales.org/edit/re/2007/re48/coanus.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.leprogres.fr/economie/2026/02/09/le-risque-zero-n-existe-pas-dans-la-vallee-de-la-chimie-vivre-et-travailler-avec-le-danger&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/1999/03/couloir-de-la-chimie-la-cohabitation-forcee-765383&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Hv_iGA7-dN8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 14&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=AAfoNQq3TEI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 15&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=aWZiAOqGEKI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 16&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=fsfji6ooZGI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 17&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=vZ0qlJN_MNM&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 18&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La population se d&#233;fend&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=wD6VlhAxbnE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 19&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/TF1Info/videos/pollution-aux-pfas-pr%C3%A8s-de-200-riverains-de-la-vall%C3%A9e-de-la-chimie-portent-plain/1173628691237651/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 20&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/environnement/polluants-eternels-pres-de-200-riverains-de-la-vallee-de-la-chimie-assignent-deux-industriels-20260131_ECGJI7EWMVGENBFPJDTOA2UF6U/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 21&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/rhone/lyon/si-ca-explose-on-est-foutus-malgre-les-travaux-de-securite-effectues-dans-les-logements-les-habitants-de-la-vallee-de-la-chimie-restent-inquiets-3286614.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 22&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=vdxPAnA6LLc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 23&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#171; accidents &#187; se multiplient et r&#233;v&#232;lent une dangerosit&#233; accrue&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediacites.fr/decryptage/lyon/2026/01/05/lexplosion-mortelle-delkem-met-en-lumiere-le-grand-retard-de-la-securisation-des-logements-de-la-vallee-de-la-chimie/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 24&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.actu-environnement.com/ae/news/explosion-elkem-silicones-vallee-de-la-chimie-mises-en-demaure-47294.php4&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 25&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=gUtvVXdsJNo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 26&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20260102-accident-mortel-dans-une-usine-chimique-pr%C3%A8s-de-lyon-les-salari%C3%A9s-de-retour-lundi&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 27&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lyoncapitale.fr/actualite/nuage-mortel-sur-lyon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 28&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tf1info.fr/regions/videos/video-pollution-chimique-des-vies-bouleversees-28555-2444717.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 29&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La chimie de la r&#233;gion de Lyon pollue mortellement et sciemment&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://vamaurienne.ovh/wp-content/uploads/2023/09/Dossier-ARKEMA-2023_08.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 30&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=_krXOr9hfmo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 31&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iAERwZe6G3E&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 32&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=GMGIp1NFxhw&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 33&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un des r&#233;sultats est l'empoisonnement aux PFAS. L'Etat est au courant et&#8230;ne fait rien&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=q6SKtJzDAzo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 134&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ej0wRCN6pCE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 35&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.instagram.com/reel/DZPl-2diQao/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 35&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/05/21/pfas-l-etat-attaque-en-justice-pour-son-inaction-dans-la-lutte-contre-les-polluants-eternels_6691817_3244.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 36&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lcp.fr/actualites/polluants-eternels-l-etat-assigne-en-justice-pour-des-carences-fautives-436683&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 37&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.leclubdesjuristes.com/observatoire-de-la-reforme-constitutionnelle/environnement/pfas-jusquou-letat-doit-il-proteger-la-population-contre-les-polluants-eternels-16051/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Document 38&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les cancers et autres maladies se multiplient dans la vall&#233;e et la r&#233;gion de Lyon. Le risque catastrophique est sans cesse &#233;vit&#233; de justesse&#8230; IL FAUT ARRETER LA MACHINE A TUER !!!&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vraie lutte &#233;cologique est une lutte contre les capitalistes, une lutte de classes !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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