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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La gauche en Cor&#233;e du Sud</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Cor&#233;e du sud South Korea</dc:subject>

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&lt;p&gt;Choi Il-bung et Kim Ha-young &lt;br class='autobr' /&gt;
Cor&#233;e du Sud : le point de vue de gauche &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Britanniques ignorent presque compl&#232;tement la situation en Cor&#233;e du Sud. Pourriez-vous faire un bref compte rendu de l'&#233;volution au cours des 20 derni&#232;res ann&#233;es ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Il-bung : Au cours de l'&#233;t&#233; 1987, nous avons eu une &#233;norme gr&#232;ve de masse et depuis lors, la transition vers la d&#233;mocratie bourgeoise est en cours. Il faudra attendre 1993 pour qu'un v&#233;ritable gouvernement civil, celui de Kim Young-sam, entre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Choi Il-bung et Kim Ha-young
&lt;p&gt;Cor&#233;e du Sud : le point de vue de gauche&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Britanniques ignorent presque compl&#232;tement la situation en Cor&#233;e du Sud. Pourriez-vous faire un bref compte rendu de l'&#233;volution au cours des 20 derni&#232;res ann&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il-bung : Au cours de l'&#233;t&#233; 1987, nous avons eu une &#233;norme gr&#232;ve de masse et depuis lors, la transition vers la d&#233;mocratie bourgeoise est en cours. Il faudra attendre 1993 pour qu'un v&#233;ritable gouvernement civil, celui de Kim Young-sam, entre en fonction. Un an avant la fin de son mandat, le lendemain de No&#235;l de 1996, il a fait adopter une loi du travail n&#233;olib&#233;rale qui a &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; une autre grande vague de gr&#232;ves de masse des travailleurs. Il y a eu une lutte d&#233;cisive pour faire &#233;chouer cette nouvelle l&#233;gislation du travail au d&#233;but de 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; la fin de 1997, la Cor&#233;e du Sud, comme les autres pays d'Asie de l'Est, est tomb&#233;e dans ce que les Cor&#233;ens appellent &#171; la crise &#233;conomique du FMI &#187;. Gr&#226;ce &#224; cela, Kim Dae-jung a pu se faire &#233;lire pr&#233;sident. Il avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et tortur&#233; par l'ancien gouvernement militaire de Park Chung-hee, et lorsqu'il a &#233;t&#233; &#233;lu, les masses sud-cor&#233;ennes attendaient beaucoup de lui parce qu'il avait combattu la dictature. Mais il est arriv&#233; au pouvoir au milieu de la crise &#233;conomique et a commenc&#233; &#224; mettre en &#339;uvre des politiques n&#233;olib&#233;rales pour tenter de restructurer l'&#233;conomie sud-cor&#233;enne. Ainsi, les travailleurs et les &#233;tudiants ont perdu leurs illusions et ont commenc&#233; &#224; se battre contre ce nouveau gouvernement. Cela s'est heurt&#233; &#224; une offensive de la classe dirigeante, l'aile droite passant &#224; l'attaque. Ce fut une bataille acharn&#233;e et la tension persista jusqu'en 2002, la fin du mandat de Kim Dae-jung, quand il y a eu un mouvement contre la mort de deux adolescentes tu&#233;es par des v&#233;hicules blind&#233;s am&#233;ricains. Une nouvelle g&#233;n&#233;ration de jeunes est entr&#233;e dans le mouvement &#8211; &#8203;&#8203;des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de S&#233;oul pour une veill&#233;e aux chandelles. C'&#233;tait un mouvement tr&#232;s &#233;nergique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet de ce mouvement fut l'arriv&#233;e d'un nouveau gouvernement, celui de Roh Moo-hyun, qui &#233;tait un populiste lib&#233;ral. Les opprim&#233;s attendaient beaucoup de lui lorsqu'il est devenu pr&#233;sident. Mais il n'a pas r&#233;ussi &#224; mener &#224; bien les r&#233;formes attendues. Un exemple est la question de la guerre en Irak. Au cours de sa premi&#232;re ann&#233;e au pouvoir, le gouvernement a annonc&#233; qu'il allait d&#233;ployer des troupes en Irak, et il y a eu une &#233;norme opposition, avec une s&#233;rie de grandes manifestations. Mais en ao&#251;t 2004, la loi a &#233;t&#233; vot&#233;e envoyant des troupes en Irak et les gens ont &#233;t&#233; d&#233;&#231;us et d&#233;moralis&#233;s. Puis Roh Moo-hyun a dit qu'il se d&#233;barrasserait de la fameuse loi sur la s&#233;curit&#233; nationale, et les gens d&#233;&#231;us ont pens&#233; : &#171; Attendons-nous &#224; nouveau de lui. Mais &#224; la fin, il n'a pas r&#233;ussi &#224; se d&#233;barrasser de l'acte. Ce coup a rendu les gens encore plus d&#233;moralis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les gens construisent un grand mouvement pour r&#233;aliser quelque chose mais n'obtiennent pas les r&#233;sultats concrets qu'ils voulaient, ils commencent &#224; chercher une alternative politique &#8211; et souvent c'est une politique r&#233;formiste. Ils se sont donc tourn&#233;s vers le parlement (l'Assembl&#233;e nationale). En fait, le parti Uri du pr&#233;sident Roh Moo-hyun est devenu une majorit&#233; parlementaire depuis les &#233;lections g&#233;n&#233;rales d'avril 2004. De plus, le Parti travailliste d&#233;mocrate (DLP), parti r&#233;formiste de gauche form&#233; en 1999, d&#233;tenait dix si&#232;ges. L'&#233;boulement du parti Uri et du DLP aux &#233;lections l&#233;gislatives a &#233;t&#233; rendu possible par le fait qu'une grande majorit&#233; des gens ne voulaient pas que Roh Moo-hyun soit destitu&#233; par la droite malgr&#233; des d&#233;ceptions r&#233;p&#233;t&#233;es &#224; son &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, cependant, Roh Moo-Hyun soutient l'agrandissement massif et la modernisation de la base militaire am&#233;ricaine de Pyoung-taek, une ville situ&#233;e &#224; une heure et demie de route au sud de S&#233;oul, sur la base du concept de &#034;flexibilit&#233; strat&#233;gique&#034; de l'administration Bush. '. Il va &#233;galement signer l'accord de libre-&#233;change Cor&#233;e-&#201;tats-Unis. Les gens ont fortement r&#233;agi &#224; cela. Cinq mille personnes ont manifest&#233; devant la base militaire malgr&#233; une menace s&#233;rieuse du gouvernement et ont &#233;t&#233; confront&#233;es &#224; une violente r&#233;pression de la part de l'arm&#233;e sud-cor&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de trahisons est la raison pour laquelle, lors des r&#233;centes &#233;lections locales de mai, le parti Uri au pouvoir de Roh Moo-hyun a &#233;t&#233; battu. Cela a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; comme une victoire &#233;crasante pour le Grand Parti national de droite, qui a ensuite gagn&#233; beaucoup de confiance. Mais si vous regardez les chiffres des votes, leur vote n'a augment&#233; que de 1% par rapport aux derni&#232;res &#233;lections. Ce qui s'est pass&#233;, c'est que le soutien au parti de Roh Moo-hyun s'est effondr&#233; (en raison d'un taux d'abstention &#233;lev&#233;). Le DLP n'a pas non plus fait aussi bien que pr&#233;vu. Nous l'avons vu comme une tr&#232;s petite d&#233;faite, mais la plupart de la gauche l'a vu comme une d&#233;faite majeure et a &#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;moralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la droite a gagn&#233; en confiance, le gouvernement, sous sa pression, passe &#224; l'offensive contre la gauche, avec un retour &#224; l'utilisation de la loi sur la s&#233;curit&#233; nationale. R&#233;cemment, un universitaire stalinien a fait l'objet d'une attaque tr&#232;s virulente de la part de la presse de droite simplement pour avoir d&#233;clar&#233; que la guerre de Cor&#233;e &#233;tait une tentative de la Cor&#233;e du Nord de r&#233;aliser l'unit&#233; cor&#233;enne. Il a &#233;t&#233; jug&#233; et condamn&#233; &#224; quatre ans de prison mais avec sursis. Mon organisation (Tous ensemble) et les staliniens ont d&#233;fendu ensemble ce savant. Lorsque nous sommes all&#233;s devant les tribunaux pour manifester, il y avait un groupe de droite qui faisait une contre-manifestation et il y a eu des &#233;chauffour&#233;es. Je pense que nous verrons plus de confrontations passionn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e prochaine, nous aurons l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, et la confrontation entre la droite et la gauche deviendra plus intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question sur le mouvement ouvrier. Jusqu'en 1987, la plupart des syndicats &#233;taient ill&#233;gaux ou contr&#244;l&#233;s par l'&#201;tat. Depuis lors, vous avez vu se d&#233;velopper un mouvement syndical tr&#232;s puissant avec certaines des plus grandes gr&#232;ves au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il-bung : Jusqu'en 1987, la Cor&#233;e du Sud &#233;tait sous dictature militaire et nous avions la F&#233;d&#233;ration des syndicats cor&#233;ens (FKTU) qui &#233;tait contr&#244;l&#233;e par l'&#201;tat. La gr&#232;ve de masse de juillet &#224; ao&#251;t 1987 &#233;tait essentiellement un mouvement de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement, il y a eu une lutte pour construire des syndicats ind&#233;pendants qui s'est poursuivie jusqu'en 1995, date &#224; laquelle une Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats (KCTU) plus &#224; gauche a &#233;t&#233; fond&#233;e. Nous avons assist&#233; &#224; une bureaucratisation des dirigeants syndicaux dans ce processus, mais comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, lorsque le gouvernement de Kim Young-sam a voulu faire adopter la loi n&#233;olib&#233;rale sur le travail &#224; la fin de 1996, il y a eu une &#233;norme r&#233;action de la classe ouvri&#232;re, et la gr&#232;ve de masse a &#233;galement servi &#224; renforcer la direction syndicale de la KCTU ainsi que la base car Kim Young-sam a recul&#233;, s'excusant aupr&#232;s du public. Un an plus tard, en novembre 1997, l'&#233;norme krach financier, la soi-disant &#171; crise du FMI &#187;, est devenu un test d&#233;cisif pour la bureaucratie. Et la d&#233;pression &#233;conomique de 1998 &#8211; la pire que la Cor&#233;e du Sud ait jamais connue &#8211; a sap&#233; la confiance de la base. Les travailleurs ont dit, 'Auparavant, nous avons dit, &#034;Si nous nous unissons dans les syndicats, nous serons victorieux.&#034; Maintenant, nous disons que c'est mal. Ils ont &#233;galement &#233;t&#233; choqu&#233;s par ce que faisaient leurs dirigeants - la trahison - en 1998. Par la suite, le besoin d'une expression politique du mouvement ouvrier a conduit &#224; la cr&#233;ation du Parti travailliste d&#233;mocrate en 1999. La conscience politique des travailleurs qui a &#233;merg&#233; en cette p&#233;riode a montr&#233; que la conscience syndicale ne passe pas facilement automatiquement &#224; la conscience socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militants de base tr&#232;s courageux qui ont men&#233; les gr&#232;ves de masse de 1987 sont devenus la direction de la Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats. Mais r&#233;cemment, le vice-pr&#233;sident du KCTU et les dirigeants du syndicat Hyundai Auto et du syndicat KIA Auto, tous deux des &#233;l&#233;ments cl&#233;s du KCTU, ont tous &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s pour pots-de-vin et corruption. En dehors de cela, de nombreux dirigeants de la KCTU, sans parler des dirigeants de droite de la FKTU, affichent ouvertement leur approche r&#233;formiste &#8211; par exemple, en refusant de d&#233;fendre les droits des travailleurs irr&#233;guliers (occasionnels et temporaires). Il y a donc une forte m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des dirigeants de la base maintenant. Mais ils n'ont pas assez de confiance pour agir ind&#233;pendamment de la direction. En un sens, nous sommes dans une p&#233;riode transitoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 1987, le niveau de vie des travailleurs cor&#233;ens a augment&#233; jusqu'&#224; atteindre presque le niveau europ&#233;en. Quel a &#233;t&#233; l'impact de la crise de la fin des ann&#233;es 1990 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il-bung : Pendant le marasme &#233;conomique de 1998, la croissance &#233;conomique de la Cor&#233;e du Sud a atteint un niveau n&#233;gatif, tout comme les salaires r&#233;els. En 1999, l'&#233;conomie a commenc&#233; &#224; se redresser, mais les salaires r&#233;els &#233;taient toujours n&#233;gatifs. En 2000, les travailleurs organis&#233;s ont commenc&#233; &#224; riposter et ont pu arr&#234;ter la baisse du niveau de vie. En 2004, eux et les travailleurs r&#233;guliers ont pu retrouver le niveau d'avant le krach de 1997. Mais la plupart des travailleurs temporaires et irr&#233;guliers ne sont pas syndiqu&#233;s et leur niveau de vie est rest&#233; environ 10 % inf&#233;rieur au niveau de 1997. Soixante pour cent de la main-d'&#339;uvre cor&#233;enne sont des travailleurs irr&#233;guliers et leurs salaires repr&#233;sentent un peu plus de la moiti&#233; de ceux des travailleurs syndiqu&#233;s. Ainsi, le niveau de vie des Cor&#233;ens ordinaires dans leur ensemble est l&#233;g&#232;rement inf&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait il y a dix ans, avant la crise de 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est l'attitude des Cor&#233;ens ordinaires aujourd'hui envers la Cor&#233;e du Nord et les menaces de guerre contre la Cor&#233;e du Nord ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha-young : Il y a eu un sondage d'opinion publique demandant aux jeunes sud-cor&#233;ens s'ils pensaient que la Cor&#233;e du Nord &#233;tait une menace pour la Cor&#233;e du Sud. La majorit&#233; a dit non. Ils croient que la guerre froide est termin&#233;e et m&#234;me s'il y a toujours une atmosph&#232;re de guerre froide dans la p&#233;ninsule cor&#233;enne, ils pensent que parce qu'elle a disparu &#224; l'&#233;chelle mondiale, elle devrait &#233;galement dispara&#238;tre dans la p&#233;ninsule cor&#233;enne. De plus, pendant la p&#233;riode de la guerre froide, ils &#233;taient constamment bombard&#233;s de l'id&#233;e que la Cor&#233;e du Nord est une menace, qu'elle veut &#234;tre h&#233;g&#233;monique et tout &#231;a. Mais &#224; partir de 1995 et 1996, ils ont pu constater de leurs propres yeux la grave crise nord-cor&#233;enne, &#224; travers les reportages de la presse et des r&#233;fugi&#233;s nord-cor&#233;ens. Ils r&#233;alisent maintenant que la Cor&#233;e du Nord est un &#201;tat tr&#232;s faible et a besoin d'aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils voient maintenant les &#201;tats-Unis comme la plus grande menace pour la soci&#233;t&#233; cor&#233;enne, car leur hostilit&#233; envers la Cor&#233;e du Nord cr&#233;era plus d'instabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait une question aux jeunes sur leur attitude si les &#201;tats-Unis attaquaient la Cor&#233;e du Nord. Pr&#232;s de 90% ont d&#233;clar&#233; qu'ils s'opposeraient &#224; une attaque am&#233;ricaine contre la Cor&#233;e du Nord. Mais lorsqu'on leur a demand&#233; s'ils aimeraient vivre en Cor&#233;e du Nord, ils ont dit non ; seulement 3 % ont dit oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude du gouvernement sud-cor&#233;en a &#233;galement chang&#233;, en ce sens qu'il n'est plus compl&#232;tement avec les &#201;tats-Unis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha-young : En partie, oui. Lors de son investiture, Roh Moo-hyun a d&#233;clar&#233; : &#034;Je serai un pr&#233;sident qui dira non aux &#201;tats-Unis&#034;. Il a &#233;galement dit : &#171; Je ne parle pas anglais. Je ne suis jamais all&#233; aux &#201;tats-Unis. Je veux cr&#233;er une relation d'&#233;gal &#224; &#233;gal lorsque nous traitons avec les &#201;tats-Unis. Donc, dans un sens, il y a une attitude diff&#233;rente de celle des pr&#233;sidents pr&#233;c&#233;dents. Ses expressions refl&#232;tent les souhaits des gens ordinaires, qui veulent que les relations entre la Cor&#233;e du Sud et les &#201;tats-Unis soient &#171; normalis&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#201;tats-Unis se sont f&#226;ch&#233;s quand il a dit de telles choses. Il exprimait &#233;galement, &#224; ce stade, les sentiments de sections de la classe dirigeante sud-cor&#233;enne, qui pouvaient voir le potentiel de la croissance &#233;conomique et de la puissance militaire chinoises. Ils estimaient que ce serait un d&#233;savantage pour eux de ne d&#233;pendre que des &#201;tats-Unis. Ils ont une jambe en Chine et l'autre aux &#201;tats-Unis. La question de l'attitude envers les &#201;tats-Unis est maintenant une question tr&#232;s controvers&#233;e au sein de la classe dirigeante. La majorit&#233; de la classe dirigeante pense que l'alliance Cor&#233;e du Sud-&#201;tats-Unis doit &#234;tre maintenue telle qu'elle l'a &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure actuelle, il semble que Roh Moo-hyun ait choisi la tradition : pour lui, l'alliance Cor&#233;e du Sud-&#201;tats-Unis est plus importante que l'alliance Cor&#233;e du Sud-Chine. Sur la question de l'Irak, il a choisi de soutenir les &#201;tats-Unis et quand les gens s'opposent &#224; ce qu'il envoie des troupes, il dit : &#171; Je suis pro-am&#233;ricain et en m&#234;me temps pour l'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence &#233;conomique et militaire s'intensifie autour de la p&#233;ninsule cor&#233;enne et la Cor&#233;e du Sud est sous pression. Et la classe dirigeante souhaite trouver sa propre position et va dans diff&#233;rentes directions tout en essayant de maintenir ce qu'elle avait auparavant, l'alliance Cor&#233;e du Sud-&#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines entreprises sud-cor&#233;ennes op&#232;rent en Cor&#233;e du Nord, n'est-ce pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha-young : Aujourd'hui, les investissements en Cor&#233;e du Nord se concentrent principalement sur le tourisme et un complexe industriel, Kaesong, &#224; environ une heure et demie de route de S&#233;oul en bus &#224; travers la ligne de d&#233;marcation militaire. Le complexe industriel de Kaesong est une solution aux probl&#232;mes des petites et moyennes entreprises en Cor&#233;e du Sud car les salaires sont si bas - 57 dollars par mois, moins que ce qui est pay&#233; au Vietnam ou en Chine. Et l'un des arguments de vente attrayants est qu'il n'y a pas de syndicats en Cor&#233;e du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des difficult&#233;s. Des sections de la classe dirigeante craignent qu'il y ait beaucoup de limitations pour que les entreprises sud-cor&#233;ennes entrent en Cor&#233;e du Nord. Pendant ce temps, les investissements et le commerce de la Chine avec la Cor&#233;e du Nord ont augment&#233; beaucoup plus rapidement que ceux de la Cor&#233;e du Sud. Des sections de la classe dirigeante sud-cor&#233;enne s'en inqui&#232;tent. Ils pensent que la politique hostile des &#201;tats-Unis envers la Cor&#233;e du Nord cr&#233;e ce climat et qu'ils pourraient faire perdre &#224; la Chine l'opportunit&#233; de d&#233;velopper la Cor&#233;e du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une contradiction pour les nationalistes de gauche. Ils disent que la Cor&#233;e du Nord, en particulier le complexe industriel de Kaesong, est la r&#233;ponse aux probl&#232;mes de &#034;l'&#233;conomie nationale&#034; des deux Cor&#233;es combin&#233;es - mais un article du Financial Times la qualifie de &#034;refuge pour les capitalistes, pas pour les travailleurs&#034;. , pas la nation non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la situation de la gauche ? Jusqu'en 1989 il y avait un stalinien tr&#232;s fort, Kim Il-sungist gauche en Cor&#233;e du Sud. Comment cela a-t-il chang&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il-bung : Jusqu'en 1991, lorsque l'ex-URSS s'est effondr&#233;e, la grande majorit&#233; de la gauche &#233;tait stalinienne. Ensuite, nous avons eu deux vari&#233;t&#233;s de stalinisme. L'un, appel&#233; &#171; NL &#187; (Courants de lib&#233;ration nationale), &#233;tait favorable &#224; la Cor&#233;e du Nord, suivant la pens&#233;e &#171; jucheiste &#187; de Kim Il-sung (&#171; Juche &#187; signifie &#171; autonomie &#187;). L'autre volet s'appelait PD (courants de la d&#233;mocratie populaire) et regardait vers l'URSS et l'Europe de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'Europe de l'Est et l'URSS se sont effondr&#233;es, ce fut un choc &#233;norme, une d&#233;faite totale pour PD, et ils se sont simplement dissous, certains s'int&#233;ressant &#224; certaines formes de post-modernisme jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NL, les Jucheists, ont surv&#233;cu au PD parce que la Cor&#233;e du Nord a surv&#233;cu. Mais de 1994 &#224; 1998, ils ont travers&#233; une crise profonde. D'abord la mort de Kim Il-sung en 1994, puis la famine &#224; partir de 1995, ainsi que la crise &#233;conomique, ont fait que le sentiment g&#233;n&#233;ralis&#233; parmi les Sud-Cor&#233;ens &#233;tait que le r&#233;gime nord-cor&#233;en s'effondrerait &#224; tout moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1998 a &#233;t&#233; un tournant pour NL car la Cor&#233;e du Sud &#233;tait &#233;galement impliqu&#233;e dans une grave crise &#233;conomique. Les Jucheists se sont sentis capables de soutenir que la Cor&#233;e du Nord &#233;tait meilleure que la Cor&#233;e du Sud. Et &#224; l'&#233;t&#233; 1998, ils voyaient dans le lancement des soi-disant missiles balistiques continentaux l'avanc&#233;e de la technologie en Cor&#233;e du Nord alors que le r&#233;gime de Kim Jong-il semblait se stabiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sommet intercor&#233;en de 2000 a vraiment renforc&#233; la confiance des Jucheists. Mais aussit&#244;t apr&#232;s, les Juch&#233;istes devinrent plus ou moins r&#233;formistes. Aujourd'hui, les Jucheists agissent en r&#233;formistes &#8211; comme le font la majeure partie des courants du PD. Le PD s'est maintenant diff&#233;renci&#233; en divers courants tr&#232;s diff&#233;rents, et vous pouvez voir toutes sortes de m&#233;li-m&#233;lo : du stalinisme traditionnel pur et dur, en passant par les versions modernes du mao&#239;sme, en passant par divers types de social-d&#233;mocratie et d'autonomisme, jusqu'&#224; l'op&#233;ra&#239;sme d'ultra-gauche ou le communisme de conseil, ainsi qu'une faction interne du DLP s'identifiant au Parti socialiste &#233;cossais. Ce qui lie ces larges vari&#233;t&#233;s de PD, &#224; l'exception des marques autonomistes, est leur h&#233;ritage ouvri&#233;riste et l'attitude sectaire envers les luttes anti-imp&#233;rialistes dirig&#233;es par les Pays-Bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'International Socialists of South Korea (ISSK) est l'autre &#233;l&#233;ment de la gauche cor&#233;enne. Cela a commenc&#233; en 1990. A la veille de l'effondrement de l'ex-URSS en ao&#251;t 1991, nous avions 29 membres. En trois mois, nous sommes pass&#233;s &#224; 170. Mais trois mois plus tard, il y a eu une descente de police et beaucoup de nos membres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et sont all&#233;s en prison. Tout au long des ann&#233;es 1990, jusqu'en d&#233;cembre 1999, date &#224; laquelle nous avons rejoint le DLP, nous &#233;tions clandestins avec une force d'environ 150 personnes et r&#233;guli&#232;rement agress&#233;s par la police &#8211; surtout chaque fois que nous montrions un signe de croissance. Pendant toute la d&#233;cennie, plus de 200 de nos membres ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, certains camarades deux ou m&#234;me trois fois. Nous avons &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; entre six mois et deux ans de prison. &#202;tre clandestin a vraiment eu un effet n&#233;gatif (comme la passivit&#233;, les tentations au sectarisme,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; la fin de 2002, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, il y a eu un mouvement massif de jeunes contre la menace de guerre et d'agression militaire des &#201;tats-Unis. Cela a imm&#233;diatement conduit au mouvement anti-guerre et nous avons commenc&#233; &#224; passer de quelque 300 au d&#233;but de 2003 &#224; un peu moins de 1 200 en 2005. Nous faisons partie du DLP et lors des r&#233;centes &#233;lections du parti, nous avons pr&#233;sent&#233; un candidat au poste de directeur politique, un des trois principaux postes nationaux, et nous avons obtenu 18 % des voix au niveau national et plus de 30 % &#224; S&#233;oul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e a historiquement eu de tr&#232;s grands mouvements &#233;tudiants. Est-ce toujours vrai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il-bung : Historiquement, des ann&#233;es 1960 aux ann&#233;es 1980, nous avions une forte tradition de mouvement &#233;tudiant militant contre la dictature et le gouvernement autoritaire. La plupart des dirigeants de la gauche d'aujourd'hui sont issus de ce mouvement &#233;tudiant. Mais r&#233;cemment, il y a eu un changement dans le mouvement &#233;tudiant. Il n'y a plus de dictature ni de gouvernement autoritaire et il faut lutter contre le n&#233;o-lib&#233;ralisme. Mais parce que le mouvement est influenc&#233; par les r&#233;formistes, il est tr&#232;s d&#233;sorient&#233;. Ils ne savent pas comment organiser et mobiliser la r&#233;sistance. Beaucoup d'entre eux sont d&#233;moralis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, nous avons des conseils d'&#233;tudiants contr&#244;l&#233;s par les diff&#233;rents types de nationalistes de gauche, y compris les Jucheists. Lorsqu'il y a un probl&#232;me qu'ils jugent important, ils peuvent mobiliser plusieurs milliers d'&#233;tudiants. La lutte contre l'&#233;largissement de la base am&#233;ricaine dans la ville de Pyoung-taek en fut un exemple de choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ha-young :Aujourd'hui, les &#233;tudiants et les jeunes ont tellement de col&#232;re que nous avons la possibilit&#233; d'un activisme hautement explosif, comme l'a montr&#233; la r&#233;action aux deux d&#233;c&#232;s d'adolescentes en 2002. Mais c'&#233;tait une explosion spontan&#233;e, non li&#233;e &#224; l'ancien &#233;tudiant direction du mouvement. L'un des dirigeants &#233;tudiants du Jucheist nous a dit que lorsque les centaines de milliers de jeunes manifestaient alors, et que les &#233;tudiants du Jucheist sont arriv&#233;s avec leur banderole, personne n'a montr&#233; le moindre int&#233;r&#234;t. C'est parce qu'ils continuent avec leurs vieilles id&#233;es staliniennes qui ne s'int&#233;ressent pas aux jeunes et aux &#233;tudiants. Nous constatons que lorsque nous soulevons des questions internationalistes comme les guerres de Bush au Moyen-Orient, beaucoup de jeunes sont attir&#233;s par ces questions. Nous constatons qu'ils ont un grand int&#233;r&#234;t pour la politique - beaucoup de questions sur la politique de gauche radicale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le renversement de la dictature de l'empereur d'Ethiopie</title>
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		<dc:date>2010-09-28T06:54:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Afrique - Africa</dc:subject>
		<dc:subject>Ethiopie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Renversement de la dictature de l'empereur en Ethiopie en 1974 &lt;br class='autobr' /&gt; L'aggravation de la situation &#233;conomique et sociale du pays suite au choc p&#233;trolier de 1973, des m&#233;contentements croissants parmi les &#233;tudiants et une partie des &#233;lites entra&#238;nent la d&#233;mission du Premier ministre en f&#233;vrier 1974. L'empereur le remplace par le ras Endalkachew Makonnen. &lt;br class='autobr' /&gt;
Loin de r&#233;tablir l'ordre, cette premi&#232;re en &#201;thiopie encouragea les revendications protestataires : gr&#232;ves ouvri&#232;res et manifestations (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique63" rel="directory"&gt;15- Pologne-Turquie-Cor&#233;e-Ethiopie : luttes ouvri&#232;res ann&#233;es 70-80&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot123" rel="tag"&gt;Afrique - Africa&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot179" rel="tag"&gt;Ethiopie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Renversement de la dictature de l'empereur en Ethiopie en 1974&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la situation &#233;conomique et sociale du pays suite au choc p&#233;trolier de 1973, des m&#233;contentements croissants parmi les &#233;tudiants et une partie des &#233;lites entra&#238;nent la d&#233;mission du Premier ministre en f&#233;vrier 1974. L'empereur le remplace par le ras Endalkachew Makonnen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de r&#233;tablir l'ordre, cette premi&#232;re en &#201;thiopie encouragea les revendications protestataires : gr&#232;ves ouvri&#232;res et manifestations &#233;tudiantes r&#233;clamaient des r&#233;formes sur la propri&#233;t&#233; des terres, des enqu&#234;tes sur la corruption aux plus hauts niveaux du gouvernement ainsi que des r&#233;formes politiques. En avril 1973, press&#233; par les manifestations &#233;tudiantes, l'empereur l&#232;ve la censure sur l'&#233;tat de famine au Wello, apr&#232;s s'&#234;tre oppos&#233; &#224; la publication d'un rapport critique de la FAO. C'est le d&#233;but de la r&#233;volution &#233;thiopienne, avec la premi&#232;re gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'histoire &#233;thiopienne en mars 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empereur est renvers&#233; le 12 septembre 1974, par un coup d'&#201;tat men&#233; par un groupe de 120 militaires, r&#233;unis au sein du Derg, parmi lesquels Aman Mikael Andom (premier chef de l'&#201;tat apr&#232;s la chute d'Haile Selassie), Tafari Benti (son successeur, assassin&#233; en 1977) et Mengistu Haile Maryam (qui devient en 1977 l'homme fort de l'&#201;thiopie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias relay&#232;rent la nouvelle de sa mort en prison le 27 ao&#251;t 1975, suite &#224; une op&#233;ration de la prostate, mais une mort par strangulation ou par &#233;touffement est bien plus vraisemblable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa d&#233;pouille fut dissimul&#233;e dans les soubassements du palais imp&#233;rial, o&#249; elle fut d&#233;couverte en 1992, un an apr&#232;s la chute du dictateur Mengistu qui fut d&#233;fait en 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CHRONOLOGIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 1960. Tentative de coup d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#201;t&#233; 1968. Cr&#233;ation du Meison (Mouvement socialiste pan-&#233;thiopien) comme fraction au sein de l'Union mondiale des &#233;tudiants &#233;thiopiens par des &#233;tudiants essentiellement bas&#233;s en Europe : Ha&#239;l&#233; Fida, Neguede Gobeze, Fikr&#233; Merid, Kebebe Menguesha&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 29 f&#233;vrier 1969. Intervention de la police sur le campus de l'universit&#233; lors d'une gr&#232;ve &#233;tudiante : 2 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Avril 1972. Fondation du Parti r&#233;volutionnaire du peuple &#233;thiopien (PRPE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Avril 1973. Scission au sein des mouvements &#233;tudiants &#224; l'&#233;tranger.&lt;br class='autobr' /&gt;
* 18 octobre 1973. La BBC diffuse le film de Jonathan Dimbleby, La famine cach&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1974 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 12 janvier, Sidamo. R&#233;bellion de soldats dans une base militaire : les officiers refusaient &#224; la troupe l'acc&#232;s &#224; la pompe &#224; eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 10-13 f&#233;vrier, Debre-Zeit. R&#233;volte &#224; la base de Debre-Zeit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 13 f&#233;vrier. Hausse du prix de l'essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 14 f&#233;vrier, Addis-Abeba. Manifestation de lyc&#233;ens, attaque des bus (propri&#233;t&#233;s de l'empereur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 18 f&#233;vrier, Addis-Abeba. D&#233;but de la gr&#232;ve des taxis et des enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 f&#233;vrier, Addis-Abeba. Vaste manifestation populaire rassemblant toutes les couches de la population, des pr&#234;tres aux prostitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 23 f&#233;vrier, Addis-Abeba. Discours du N&#233;gus qui r&#233;duit l'augmentation du prix de l'essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 25 f&#233;vrier, Asmara. R&#233;volte de la deuxi&#232;me division : les officiers sont arr&#234;t&#233;s, les b&#226;timents publics occup&#233;s et les 34 revendications des mutins diffus&#233;es &#224; la radio. &#8220;Mouvements&#8221; &#224; la base de Debre-Zeit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 28 f&#233;vrier, Addis-Abeba. D&#233;mission du Premier ministre Aklilu Habte Wolde. Endelkatchew Makonnen le remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 1er mars, Addis-Abeba. Manifestation &#233;tudiante contre le nouveau Premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 4 mars, Addis-Abeba. Entr&#233;e en action de la CELU (Confederation of Ethiopian Labour Unions), le syndicat unique. Elle pr&#233;sente ses revendications syndicales et politiques au Premier ministre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 5 mars, Addis-Abeba. Second discours du N&#233;gus qui promet une monarchie constitutionnelle, une relance &#233;conomique et une r&#233;forme agraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;but mars. Cr&#233;ation du Comit&#233; de coordination des Forces arm&#233;es et de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 7 mars. Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale (la premi&#232;re dans le pays).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 25 mars, Debre-Zeit. Tentative de mise au pas de la base. L'arm&#233;e l'occupe pour neutraliser les militaires &#8220;radicaux&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 25 mars, Addis-Abeba. Le Premier ministre, Endelkatchew Makonnen, annonce que toute la lumi&#232;re sera faite sur la gestion du pr&#233;c&#233;dent gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 8 avril, Addis-Abeba. Publication du Livre blanc sur les r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 18 avril, Addis-Abeba. D&#233;fil&#233; de 150.000 musulmans et chr&#233;tiens pour l'&#233;galit&#233; religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 18 avril, Addis-Abeba. Le Premier ministre, Endelkatchew Makonnen se rend au QG de la Quatri&#232;me division pour n&#233;gocier la fin de l'agitation sociale. Le Comit&#233; de coordination des forces arm&#233;es et de la police demande en contrepartie l'arrestation des &#8220;responsables de la famine&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 26 avril, Addis-Abeba. Le N&#233;gus refuse les exigences du Comit&#233; de coordination. Deux cents dignitaires sont arr&#234;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 28 avril, Addis-Abeba. Le Premier ministre annonce la fin de la censure sur la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 30 avril, Addis-Abeba. Cr&#233;ation d'une commission nationale de s&#233;curit&#233; autour du g&#233;n&#233;ral Abiye regroupant les officiers g&#233;n&#233;raux oppos&#233;s aux changements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;but mai, Addis-Abeba. Cr&#233;ation d'un second Comit&#233; de coordination autour de la Quatri&#232;me division dirig&#233; par Tefera Tekleab et Atnafu Abate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 28 juin, Addis-Abeba. La Quatri&#232;me division occupe les points strat&#233;giques de la ville et proc&#232;de &#224; une nouvelle vague d'arrestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;but juillet, Addis-Abeba. &#201;lection secr&#232;te des dirigeants du derg (&#8220;les &#233;gaux&#8221;) : Menguistu Ha&#239;l&#233;-Mariam pr&#233;sident, Atnafu Abate, vice-pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 juillet, Addis-Abeba. Publication du programme &#8220;Ethiopia Tikdem&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 22 juillet, Addis-Abeba. D&#233;mission du Premier ministre Endelkaltchew, Mika&#233;l Imru le remplace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 15-16 ao&#251;t, Addis-Abeba. Dissolution du Conseil de la plume, du Conseil de la couronne et de la Cour de justice imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Fin ao&#251;t. Nationalisation des biens de la Couronne. Voyage du g&#233;n&#233;ral Aman Adom, ministre de la D&#233;fense en &#201;rythr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 12 septembre, Addis-Abeba. D&#233;position d'Ha&#239;le Sellassi&#233;, dissolution du Parlement. Le pouvoir est exerc&#233; par le Conseil militaire administratif provisoire (CMAP).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 16 septembre. Manifestation d'&#233;tudiants contre le nouveau r&#233;gime, pour le &#8220;pouvoir populaire&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 septembre, Addis-Abeba. Aman Andom, pr&#233;sident du CMAP, propose l'instauration d'une R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 22 septembre, Addis-Abeba. Arrestation des principaux dirigeants du syndicat CELU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 22 novembre, Addis-Abeba. Rupture au sein du derg, arrestation de Aman Andom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 23 novembre, Addis-Abeba. Ex&#233;cution de Aman Andom et de 57 hauts dignitaires du r&#233;gime imp&#233;rial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 30 novembre, Addis-Abeba. S&#233;rie d'attentats &#224; la bombe, commis par le FLE (Front de lib&#233;ration de l'&#201;rythr&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 21 d&#233;cembre. Lancement de la zemetcha (&#8220;campagne&#8221;). Les &#233;tudiants vont porter la bonne parole r&#233;volutionnaire chez les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1975 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 1er janvier. Nationalisation des banques et assurances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 30 janvier-6 f&#233;vrier. Premi&#232;re bataille d'Asmara.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 4 mars. Proclamation de la r&#233;forme agraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 19 mars. Dissolution de la CELU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 26 juillet. Proclamation sur la propri&#233;t&#233; urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Ao&#251;t. Apparition de la presse du Parti r&#233;volutionnaire du peuple &#233;thiopien (PRPE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 27 ao&#251;t. D&#233;c&#232;s de Ha&#239;le Sellassi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 25 septembre, Addis-Abeba. Sept distributeurs de la r&#233;solution de la CELU sont tu&#233;s &#224; l'a&#233;roport de Bol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 30 septembre. Proclamation de la loi martiale. Nouvelle dissolution de la CELU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 6 d&#233;cembre. Cr&#233;ation de l'AETU (All Ethiopian Trade Union), nouveau syndicat unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 1er d&#233;cembre. Seconde r&#233;forme agraire. La proclamation n&#176; 71 r&#233;git les organisations paysannes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 31 d&#233;cembre, Djibouti. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise reconna&#238;t la &#171; vocation de Djibouti &#224; devenir un &#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1976 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 avril, Addis-Abeba. Promulgation du Programme de la r&#233;volution d&#233;mocratique. Institution du Bureau provisoire pour l'organisation des masses (POMOA).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Mai. D&#233;sastre de la &#8220;marche rouge&#8221; sur l'&#201;rythr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Juillet. Troubles inter-ethniques au Sidamo et entre Afars et Issas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 10 juillet, Addis-Abeba. Conflit interne au derg opposant Menguistu Ha&#239;l&#233;-Mariam, Sisay Habte et le g&#233;n&#233;ral Nadew.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 13 juillet. Ex&#233;cution de Sisay Habte et du g&#233;n&#233;ral Nadew.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 16 juillet. Cl&#244;ture officielle de la zemetcha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Septembre-octobre. R&#233;pression et nombreux assassinats politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 16 septembre. Le PRPE est d&#233;clar&#233; &#8220;ennemi de la r&#233;volution&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 septembre. R&#233;forme mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 23 septembre. Premier attentat contre Menguistu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 9 octobre. Cr&#233;ation des conseils de quartier (kebel&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Octobre. Cr&#233;ation secr&#232;te du Abyot Sedded (&#8220;la flamme r&#233;volutionnaire&#8221;) &#224; l'instigation de Menguistu Ha&#239;l&#233;-Mariam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 octobre, Addis-Abeba. Assassinat de Fikre Merid, dirigeant du Meison et vice pr&#233;sident du POMOA. D&#233;but de la &#8220;Terreur blanche&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 2 novembre, Addis-Abeba. Ex&#233;cution de 23 personnes accus&#233;es d'&#234;tre membres du PRPE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 18 novembre, Addis-Abeba. Ex&#233;cution de 27 personnes accus&#233;es d'&#234;tre membres du PRPE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 14 d&#233;cembre, Gondar. Violente manifestation antigouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 26 d&#233;cembre, Khartoum. Violent discours anti-&#233;thiopien du pr&#233;sident soudanais, Nemeiry.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1977 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Janvier, Tigr&#233;. D&#233;but de l'offensive de Ethiopian Democratic Union (EDU, monarchiste) &#224; partir du Soudan.&lt;br class='autobr' /&gt;
* 13 janvier, Humera. Prise de la cit&#233; par les troupes de l'EDU, appuy&#233;es par des miliciens du Front de lib&#233;ration de l'&#201;rythr&#233;e (FLE) et un demi-bataillon de l'arm&#233;e &#233;thiopienne qui a fait d&#233;fection apr&#232;s l'&#233;limination de Sisay Habte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 30 janvier, Addis-Abeba. Discours de Teferi Bante sur Abyot. Il n'attaque jamais le PRPE. Seuls l'EDU et le FLE sont trait&#233;s de &#8220;contre-r&#233;volutionnaires&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 3 f&#233;vrier. R&#233;union violente du derg qui se r&#232;gle &#224; coups de fusil, puis de mitrailleuse. Teferi Bante est tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 4 f&#233;vrier, Addis-Abeba. La r&#233;volution passe &#224; l'offensive. D&#233;but de la &#8220;Terreur rouge&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 7-11 f&#233;vrier, Addis-Abeba. Congr&#232;s de derg. Menguistu, pr&#233;sident, Atnafu Abate, vice-pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 25 f&#233;vrier, Addis-Abeba. Assassinat de Th&#233;odros Bekele, membre du Meison et pr&#233;sident de l'AETU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 26 f&#233;vrier, Washington. Le pr&#233;sident Carter annonce la fin de l'aide militaire am&#233;ricaine &#224; l'&#201;thiopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Mars. Premi&#232;res distributions d'armes aux kebel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 14-15 mars. Visite officielle du pr&#233;sident cubain, Fidel Castro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 22 mars, Nakfa. Prise de la ville par le Front populaire de lib&#233;ration de l'&#201;rythr&#233;e (FPLE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Avril. Le Meison perd le contr&#244;le absolu du POMOA au profit du Sedded, cr&#233;&#233; par Menguistu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 2 avril, Addis-Abeba. Girma Kebebe, membre important du Meison et sept membres de son kebel&#233; sont ex&#233;cut&#233;s. Assassinats &#8220;officiellement&#8221; attribu&#233;s au PRPE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 6 avril, Afabaret. Prise de la ville par le FPLE qui continue son offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 23 avril, Addis-Abeba. L'&#201;thiopie demande la fermeture par les Am&#233;ricains de la base de Kagnew.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 29 avril-1er mai, Addis-Abeba. Massacre d'un millier d'&#233;tudiants et de lyc&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 3 mai, Moscou. Premi&#232;re visite en URSS de Menguistu Ha&#239;l&#233;-Mariam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 8 mai. &#224; une &#233;crasante majorit&#233;, la population du Territoire fran&#231;ais des Afars et des Issas (aujourd'hui Djibouti) opte pour l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 mai, Addis-Abeba. Expulsion des attach&#233;s militaires britanniques et am&#233;ricains.&lt;br class='autobr' /&gt;
* 1er juin. Vague de sabotages organis&#233;e par le Front de lib&#233;ration de la Somalie occidentale (FLSO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 10 juin, Humera. Reprise de la ville par les forces de la &#8220;Gessit Army&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 27 juin. Proclamation de l'ind&#233;pendance du Territoire fran&#231;ais des Afars et des Issas, qui devient la R&#233;publique de Djibouti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 8 juillet, Keren. Prise de la ville par le FPLE. Asmara est encercl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 23 juillet, Ogaden. Attaque de l'arm&#233;e somalienne qui atteindra Jijiga, Dir&#233;-Daoua et Harar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 16 ao&#251;t, Addis-Abeba. &#192; l'initiative des ministres Meison, distribution d'armes aux kebel&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 19 ao&#251;t, Addis-Abeba. Le Meison rompt avec le gouvernement et passe &#224; la clandestinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 ao&#251;t. Mobilisation g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 26 ao&#251;t, Addis-Abeba. Arrestation de la direction du Meison. Kebebe Menguesha, Tefere Wolde et Daniel Tadesse sont abattus sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Septembre. D&#233;but de la seconde phase de la &#8220;Terreur rouge&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 1er septembre, Jijiga. Prise de la ville par les troupes somaliennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 7-12 novembre, Addis-Abeba. Congr&#232;s du derg. Ex&#233;cution d'Atnafu Abate et de 46 officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 13 novembre, Mogadiscio. Expulsion des experts sovi&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* D&#233;cembre. Arriv&#233;e massive de &#8220;conseillers&#8221; cubains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 9-25 d&#233;cembre, Massaoua. Si&#232;ge de la ville par le FPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1978 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 23 janvier, Ogaden. Offensive cubano-&#233;thiopienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 5 mars, Jijiga. Reprise de la ville par les forces &#233;thiopiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 16 mars, &#201;rythr&#233;e. Cr&#233;ation d'un front d&#233;mocratique uni par le FPLE et le FLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 6 avril. Les arm&#233;es somaliennes sont repouss&#233;es. L'arm&#233;e &#233;thiopienne occupe le dernier poste fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20-26 avril, Cuba. Visite officielle de Menguistu Ha&#239;l&#233;-Mariam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 25 avril, Addis-Abeba. Tentative de conciliation de Neguede Gobez&#233;, dirigeant du Meison pour faire lib&#233;rer les militants emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 7-11 juin, Berlin. Echec des tentatives de m&#233;diation entre le derg et le FPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 15 juin, &#201;rythr&#233;e. Lancement d'une offensive majeure par l'arm&#233;e &#233;thiopienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 13 juillet, Massaoua. Fin du si&#232;ge apr&#232;s de violents tirs d'artillerie des navires sovi&#233;tiques positionn&#233;s au large de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 27 juillet, Asmara. Fin de l'encerclement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* 20 novembre, Moscou. Menguistu Ha&#239;l&#233;-Mariam signe un &#8220;trait&#233; d'amiti&#233; et de coop&#233;ration&#8221; avec l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suite &#224; venir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire sur la r&#233;volution &#233;thiopienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie de l'Ethiopie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lire sur l'Ethiopie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre Erythr&#233;e-Ethiopie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'en dit wikipedia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite d'une tentative de coup d'&#201;tat en d&#233;cembre 1960, &#224; laquelle fut m&#234;l&#233;e le prince h&#233;ritier Asfaw Wossen, il poursuivit une politique plus conservatrice, alignant l'&#201;thiopie avec l'Occident contre les gouvernements africains plus radicaux, tout en initiant quelques r&#233;formes timides. Il remplace le Premier ministre ras Abebe Aregai, abattu lors du putsch, par Aklilu Habte-Wold, qui restera &#224; cette fonction jusqu'en 1974, cumulant &#224; partir de 1964 le portefeuille de l'Int&#233;rieur. Progressivement, S&#233;lassi&#233; se consacrera &#224; la sc&#232;ne internationale pour laisser son Premier ministre s'occuper des affaires int&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il envoya des troupes participer &#224; l'Op&#233;ration des Nations unies au Congo lors de la crise congolaise de 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e suivante, le refus de S&#233;lassi&#233; d'accorder l'autonomie &#224; l'Erythr&#233;e, comme pr&#233;vu par la r&#233;solution 390 de l'ONU de 1950, conduit &#224; la guerre de s&#233;cession de l'Erythr&#233;e, qui aboutit &#224; la proclamation d'un nouvel Etat, entre l'Ethiopie et le Soudan, en 1993.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il pr&#233;sida en 1963 l'Organisation de l'unit&#233; africaine, dont le si&#232;ge fut &#233;tabli &#224; Addis-Abeba. Avec le pr&#233;sident malien Modibo Ke&#239;ta, il parvient &#224; convaincre le Maroc et l'Alg&#233;rie de conclure les accords de Bamako (1964), mettant fin &#224; la guerre des sables. Suite &#224; des conflits avec la Somalie &#224; propos de l'Ogaden, territoire &#233;thiopien peupl&#233; majoritairement de Somalis, le N&#233;gus signa un trait&#233; de d&#233;fense mutuelle en 1964 avec le Premier ministre k&#233;nyan Jomo Kenyatta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute de l'empereur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la situation &#233;conomique et sociale du pays suite au choc p&#233;trolier de 1973, des m&#233;contentements croissants parmi les &#233;tudiants et une partie des &#233;lites entra&#238;nent la d&#233;mission du Premier ministre en f&#233;vrier 1974, remplac&#233; par le ras Endalkachew Makonnen. Loin de r&#233;tablir l'ordre, cette premi&#232;re en Ethiopie encouragea les revendications protestataires : gr&#232;ves ouvri&#232;res et manifestations &#233;tudiantes r&#233;clamaient des r&#233;formes sur la propri&#233;t&#233; des terres, des enqu&#234;tes sur la corruption aux plus hauts niveaux du gouvernement ainsi que des r&#233;formes politiques. En avril 1973, press&#233; par les manifestations &#233;tudiantes, l'empereur l&#232;ve la censure sur l'&#233;tat de famine au Wello, apr&#232;s s'&#234;tre oppos&#233; &#224; la publication d'un rapport critique de la FAO. C'est le d&#233;but de la r&#233;volution &#233;thiopienne, avec la premi&#232;re gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de l'histoire &#233;thiopienne en mars 1974.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'empereur est renvers&#233; le 12 septembre 1974, cons&#233;quence d'un coup d'&#201;tat militaire men&#233; par un groupe de 120 militaires, r&#233;unis au sein du Derg, parmi lesquels Aman Mikael Andom (premier chef de l'Etat apr&#232;s la chute de Selassie), Tafari Benti (son successeur, &#233;limin&#233; en 1977) et Mengistu Hail&#233; Maryam (qui devient en 1977 l'homme fort de l'Ethiopie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;dias relay&#232;rent la nouvelle de sa mort en prison le 27 ao&#251;t 1975, suite &#224; une op&#233;ration de la prostate, mais une mort par strangulation ou par &#233;touffement est bien plus vraisemblable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa d&#233;pouille fut dissimul&#233;e dans les soubassements du palais imp&#233;rial, o&#249; elle fut d&#233;couverte en 1992 apr&#232;s la chute du dictateur Mengistu qui fut d&#233;fait en 1991. Pendant dix ans, le corps de l'empereur demeura d&#233;pos&#233; aupr&#232;s de celui de son grand-oncle M&#233;n&#233;lik dans l'&#233;glise de Bhata. Il re&#231;ut finalement des fun&#233;railles populaires le 5 novembre 2000 en la cath&#233;drale de la Trinit&#233; d'Addis Abeba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rastafari&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les adeptes du mouvement rastafari, un mouvement spirituel qui s'est d&#233;velopp&#233; dans les ann&#233;es 1930 en Jama&#239;que sous l'influence du mouvement &#171; Back to Africa &#187; (Retour vers l'Afrique) de Marcus Garvey et des pr&#234;ches de Leonard Percival Howell, Hail&#233; S&#233;lassi&#233; est consid&#233;r&#233; comme un messie noir qui m&#232;nera la diaspora et les peuples africains vers la libert&#233;. Beaucoup de Rastas pensent que S&#233;lassi&#233; est encore vivant et que la mise en sc&#232;ne m&#233;diatique de sa mort fait partie d'un complot visant &#224; discr&#233;diter leur spiritualit&#233;. D'autres affirment que Jah, c'est-&#224;-dire Dieu, est toujours vivant, quand bien m&#234;me la pr&#233;sence terrestre de S&#233;lassi&#233; ne serait plus visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un discours prononc&#233; par Hail&#233; S&#233;lassi&#233; aux Nations unies en 1963 est devenu une des chansons cultes de Bob Marley : War, sur l'album Rastaman Vibration. L'empereur parlait essentiellement de paix et d'espoir, de douleur &#233;galement mais toujours de non-violence. Hail&#233; S&#233;lassi&#233;, chr&#233;tien pratiquant, a relativis&#233; les croyances du Rastafari le proclamant comme messie. Une visite d'&#201;tat en Jama&#239;que en 1966, o&#249; S&#233;lassi&#233; fut salu&#233; par une foule tr&#232;s nombreuse d&#232;s son arriv&#233;e &#224; l'a&#233;roport, marqua profond&#233;ment le monarque. Apr&#232;s sa visite, l'Empereur confia &#224; un clerc &#233;thiopien, l'Abuna Yesehaq : &#171; Il y a un probl&#232;me en Jama&#239;que... Veuillez aider ces personnes. Ils comprennent mal, ils ne comprennent pas notre culture... Ils ont besoin d'une &#201;glise &#233;tablie et vous &#234;tes d&#233;sign&#233; pour y aller &#187;. L'&#201;glise &#233;thiopienne orthodoxe s'installa alors en Jama&#239;que pour convertir les rastas au christianisme tewahedo.( Mouvement Rastafari )&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trois r&#233;voltes en Cor&#233;e du sud (1945-1960-1980)</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1680</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1680</guid>
		<dc:date>2010-07-26T18:23:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Paysans</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e du sud South Korea</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e du Nord</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1945 : l'arm&#233;e am&#233;ricaine &#233;crase et occupe la Cor&#233;e du sud et y impose une dictature sanglante sous pr&#233;texte de sauver le pays des mains de l'imp&#233;rialisme japonais &lt;br class='autobr' /&gt;
... celle de Syngman Rhee &lt;br class='autobr' /&gt;
Russes et Am&#233;ricains mettent en place leur dictature &#034;cor&#233;eenne&#034; au nord et au sud : &lt;br class='autobr' /&gt; &#201;crasement de la r&#233;volution de 1945-1946 en Cor&#233;e avec la complicit&#233; am&#233;ricaine et russe (fosses communes des victimes de la r&#233;pression) Photos du soul&#232;vement du Kwangju (1980) qui finit par renverser Syngman (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique63" rel="directory"&gt;15- Pologne-Turquie-Cor&#233;e-Ethiopie : luttes ouvri&#232;res ann&#233;es 70-80&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Paysans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot180" rel="tag"&gt;Cor&#233;e du sud South Korea&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot230" rel="tag"&gt;Cor&#233;e du Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot296" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1945 : l'arm&#233;e am&#233;ricaine &#233;crase et occupe la Cor&#233;e du sud et y impose une dictature sanglante sous pr&#233;texte de sauver le pays des mains de l'imp&#233;rialisme japonais&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16225 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/merlin_127754792_e64e3684-2d22-469d-8be0-163da65be197-superJumbo-e1605719059391.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/merlin_127754792_e64e3684-2d22-469d-8be0-163da65be197-superJumbo-e1605719059391.jpg' width=&#034;2048&#034; height=&#034;1361&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;... celle de Syngman Rhee&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16227 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/syngman_rhee_2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/syngman_rhee_2.jpg' width=&#034;1000&#034; height=&#034;814&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16226 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesdd-3.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16231 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Rhee__Kim_Gu_and_Hodge.jpg' width=&#034;240&#034; height=&#034;184&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Russes et Am&#233;ricains mettent en place leur dictature &#034;cor&#233;eenne&#034; au nord et au sud :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16229 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ec2657aae72cc462187925bd1c1d7db7.jpg' width=&#034;640&#034; height=&#034;469&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class='spip_document_16230 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/EhjhuegU8AET7Gs.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/EhjhuegU8AET7Gs.jpg' width=&#034;833&#034; height=&#034;559&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16232 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/index-109.jpg' width=&#034;309&#034; height=&#034;163&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#201;crasement de la r&#233;volution de 1945-1946 en Cor&#233;e avec la complicit&#233; am&#233;ricaine et russe (fosses communes des victimes de la r&#233;pression)&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16224 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Executions_massives_prisonniers-1950-1f5f1.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;337&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Photos du soul&#232;vement du Kwangju (1980) qui finit par renverser Syngman Rhee :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16233 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/d2c4d4d82d486907a091ca898246a2e4f91258bf.jpg' width=&#034;768&#034; height=&#034;501&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16223 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/60-90--9-1-afba6.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;361&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16222 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/40-55--119=12_1_-efb43.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;359&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16221 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/2414884113_e80fe3fffc_m-13d92.jpg' width=&#034;177&#034; height=&#034;240&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_16219 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/kwangju-44656.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;213&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La chute de Syngman Rhee :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16228 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/100418_p04_1.jpg' width=&#034;450&#034; height=&#034;253&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier en Cor&#233;e, une force consid&#233;rable&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16218 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Strike-AFP280206-500-2afad.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;355&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trois r&#233;voltes en Cor&#233;e du sud&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;INTRODUCTION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que ce sont les imp&#233;rialismes anglais et am&#233;ricain qui ont exig&#233; de Staline qu'il occupe militairement le nord de l'Asie et notamment le nord de la Cor&#233;e pendant qu'eux occupaient le sud. Rappelons &#233;galement que cela n'avait pas un but militaire car la guerre se gagnait alors au Japon &#233;cras&#233; sous les bombes et qui ne demandait qu'&#224; capituler. Ce qui motivait ces imp&#233;rialismes, c'est la crainte d'une r&#233;volution sociale. En Cor&#233;e, frapp&#233;e par la mis&#232;re et le f&#233;odalisme, la r&#233;volution sociale &#233;tait une &#233;vidence frappante et la population s'y pr&#233;parait de mani&#232;re non camouflait. Le peuple travailleur comptait bien en finir avec les souffrances sociales et politiques en m&#234;me temps qu'avec la domination japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre gouvernement du nord et du sud, entre stalinisme et imp&#233;rialisme a &#233;t&#233; compl&#232;tement instrumentalis&#233; afin de servir de justification pour &#233;craser la r&#233;volution sociale et il l'est encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945, en Cor&#233;e comme au Vietnam et dans toute l'Indochine, des soul&#232;vements ont suivi le d&#233;part des troupes japonaises. Des comit&#233;s du peuple se sont form&#233;s partout, organis&#233;s sous forme sovi&#233;tique et se pr&#233;parant en vue du pouvoir. L'arm&#233;e am&#233;ricaine a d&#251; les &#233;craser dans le sang avant de mettre &#224; la t&#234;te d'une dictature militaire au sud son homme de paille &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Syngman_Rhee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sungman Rhee&lt;/a&gt; (qui s'est tout de suite distingu&#233; en &#233;crasant lui aussi dans le sang les puissantes gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales de 1946 et 48) alors que le nord &#233;tait occup&#233; par les troupes russes qui ont plac&#233; &#224; la t&#234;te du pays Kim Il Sung, un leader de gu&#233;rilla militaire contre le Japon. Au sud, les militaires ont remis sur pied &#224; la fois l'Etat et l'&#233;conomie et ils ont instaur&#233; des relations privil&#233;gi&#233;es avec les trusts, les chaebols, relations qui institutionnalisent la corruption : un v&#233;ritable syst&#232;me d'aide mutuelle qui a permis aux chaebols comme aux g&#233;n&#233;raux de prosp&#233;rer. Samsung doit tout au premier pr&#233;sident le f&#233;roce dictateur Sungman Rhee et Daewoo ne serait rien sans le pr&#233;sident Park. En contrepartie, certains ont fait fortune comme Roh qui a constitu&#233; la modeste cagnotte de 650 millions de dollars ! Ce pays qui a &#233;t&#233; gouvern&#233; dictatorialement par des &#233;quipes de chefs militaires s'est vu contraint de les retirer de la sc&#232;ne politique : les g&#233;n&#233;raux Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo qui ont gouvern&#233; respectivement de 80 &#224; 87 et de 88 &#224; 92 ont &#233;t&#233; contraints de d&#233;missionner de l'arm&#233;e. Le g&#233;n&#233;ral Roh a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 22 ans et demi de prison pour corruption. Le g&#233;n&#233;ral Chun a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la peine capitale (commu&#233;e en prison &#224; vie) pour avoir conduit le putsch militaire de 79 et r&#233;prim&#233; dans le sang une manifestation &#233;tudiante. Tous les deux ont &#233;t&#233; &#233;galement d&#233;clar&#233;s responsables du massacre de la commune de Kwanju en mai 1980. C'est dire &#224; quel point actuellement l'arm&#233;e est sur le plan politique compl&#232;tement mise &#224; l'&#233;cart de la direction des affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les ann&#233;es 80 que la bourgeoisie cor&#233;enne a commenc&#233; &#224; trouver le prix de la dictature militaire trop co&#251;teux. Le pays devenant riche et d&#233;velopp&#233;, elle pr&#233;f&#233;rait une autre forme de direction politique, sans coups d'Etat, sans r&#233;pression et r&#233;voltes permanentes. Et c'est aussi de l&#224; que vient l'explosion de 87. En effet, les militaires se sont accroch&#233;s au pouvoir et on a vu pendant des ann&#233;es non seulement les classes pauvres et les travailleurs mais toute une partie des fils de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie se battre pour en finir avec la dictature militaire, participant &#224; des manifestations, arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, assassin&#233;s, choisissant une vie militante dans des organisations clandestines plut&#244;t que l'int&#233;gration sociale, pour lutter contre ce pouvoir d&#233;test&#233;. De l&#224; est n&#233; le mouvement des ouvriers et des jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TROIS REVOLTES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- 1945-1948&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Avril 1960&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 - Mai 1980&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cor&#233;e 1945-1948&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En Cor&#233;e les alli&#233;s avaient d&#233;cid&#233; d'un syst&#232;me d'occupation apparemment absurde et qui allait donner lieu au pire affrontement de la guerre froide en 1950 mais qui, en cette fin de guerre mondiale, correspondait aux diff&#233;rentes zones dans cette r&#233;gion. En effet la p&#233;ninsule cor&#233;enne &#233;tait divis&#233;e en deux, une partie sous occupation russe et une autre sous occupation am&#233;ricaine, les deux &#233;tant s&#233;par&#233;es par le 38&#232;me parall&#232;le. En fait en disant cela on oublie lune grande part du probl&#232;me, on attribuait &#224; la Chine la partie de la Cor&#233;e continentale, le Kan Do, prise lors des conqu&#234;tes militaires et cela allait s'av&#233;rer tr&#232;s important par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part cette division discut&#233;e lors des conf&#233;rences de T&#233;h&#233;ran en 1943 et Yalta en 1945 devait &#234;tre provisoire. Les premiers arriv&#233;s sur place sont les russes au nord le 24 ao&#251;t 1945. Puis les USA arrivent un mois plus tard au sud en septembre 45. Des deux c&#244;t&#233;s tout est programm&#233; et aucun des deux camps n'a l'intention de demander &#224; la population de d&#233;cider. Les russes ont dans leurs bagages Kim Il Sung qu'ils comptent imposer comme dirigeant sous l'&#233;tiquette parti communiste. Pourtant il existe en Cor&#233;e un parti communiste clandestin dont Kim n'est pas le dirigeant mais c'est l'homme des russes et dans l'ambiance d'effervescence sociale les russes s'en m&#233;fient comme ils se m&#233;fient de tous les militants d&#233;mocrates ou syndicalistes qui vont tr&#232;s vite peupler leurs prisons. Pour se d&#233;barrasser du r&#233;el parti communiste cor&#233;en, les russes vont avoir de grandes difficult&#233;s car il faut s'en d&#233;barrasser &#224; la fois au nord et au sud. Au nord cela se fera sous l'occupation militaire russe, les anciens dirigeants iront en prison ainsi qu'au fur et &#224; mesure tous les opposants &#224; Kim Il Sung. Au sud, ce sera beaucoup plus difficile d'autant que traditionnellement la direction du parti communiste r&#233;sidait au sud &#224; S&#233;oul et que le parti va rester un seul parti malgr&#233; la division du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, il y a la m&#234;me situation catastrophique pour la population qui se traduit tout de suite par une explosion sociale La mis&#232;re des travailleurs est catastrophique. Le nombre des morts est consid&#233;rable. Et, en plus la population sort de nombreuses ann&#233;es d'occupation japonaise o&#249; ils ont souffert atrocement. Ce n'est pas pour accepter facilement une autre occupation militaire. Enfin, tr&#232;s vite le probl&#232;me du partage du pays en deux qui semble &#234;tre du provisoire qui dure va devenir un probl&#232;me politique de premier ordre, emp&#234;chant les deux pouvoirs de se stabiliser et de gagner du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, sur ordre de Staline, Kim Il Sung au nord va d&#233;fendre la division du pays de la m&#234;me mani&#232;re qu'au sud le fantoche des am&#233;ricains Syngman Rhee, un dictateur d'extr&#234;me-droite corrompu et ultra-violent. Des deux c&#244;t&#233;s, la classe ouvri&#232;re va s'opposer &#224; cette division et en particulier les syndicats d'origine plut&#244;t anarcho-syndicalistes avec des militants d'extr&#234;me gauche et qui ne sont pas encore contr&#244;l&#233;s par le parti communiste. La pression est telle au sud que le parti communiste sud cor&#233;en prend son ind&#233;pendance politique de la direction du nord en ao&#251;t 46. Mais en m&#234;me temps il le fait sur des bases tout ce qu'il y a de moins r&#233;volutionnaire, du moins dans un sens prol&#233;tarien. La th&#232;se d'ao&#251;t qui souligne cette ind&#233;pendance politique &#224; la fois n'accepte plus la division du pays mais affirme qu'il faut mener une r&#233;volution bourgeoise en vue de la r&#233;unification, r&#233;volution qui aura pour base les campagnes et non les villes. Et cela signifie aussi que le PC du sud appelle les ouvriers et les paysans &#224; rejoindre les montagnes pour y organiser la gu&#233;rilla. Le syndicat des ouvriers du sud va s'opposer violemment &#224; ces propositions. En effet, les travailleurs sont tr&#232;s loin de se sentir impuissants dans leurs luttes dans les usines au point d'aller se retrancher dans les montagnes. La th&#232;se du caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution n'est pas mieux accept&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, dans les usines c'est &#224; une offensive ouvri&#232;re que l'on assiste en Cor&#233;e du sud. L'insurrection ouvri&#232;re part de deux villes : Taekou, grande ville du sud est et Busan le grand port du sud. C'est un soul&#232;vement spontan&#233; qui d&#233;bute par une gr&#232;ve des cheminots et qui se termine par de v&#233;ritables affrontements arm&#233;s, les travailleurs s'&#233;tant organis&#233;s en milice ouvri&#232;re. Partout des comit&#233;s de gr&#232;ve sont mis en place et la gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; de nombreuses autres villes. La r&#233;action des troupes am&#233;ricaines est tr&#232;s violente. La r&#233;pression s'&#233;tend &#224; tout le pays contre les syndicats et les militants radicaux. Le PC du sud qui n'&#233;tait pour rien dans le mouvement est interdit. La dictature de Syngman Rhee devient f&#233;roce. Des opposants politiques et des dirigeants syndicalistes sont assassin&#233;s comme le leader anarcho-syndicaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim Ku et le dirigeant social-d&#233;mocrate Yo Un Hyong. Le Parti communiste a &#233;t&#233; contraint de passer dans la clandestinit&#233; totale. La direction politique du PC du nord en profite pour r&#233;ussir pour la premi&#232;re fois &#224; &#233;tablir sa domination sur l'ensemble du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1946-47, loin de se stabiliser, le r&#233;gime de Cor&#233;e du sud est attaqu&#233; sur tous les fronts : mutineries militaires, insurrections paysannes, mouvements politiques dans les villes contre le r&#233;gime de Syngman Rhee et mouvements sociaux. Le pouvoir central de S&#233;oul est tellement affaibli qu'il est contraint de laisser les paysans occuper toute une r&#233;gion dite lib&#233;r&#233;e. Le PC du sud d&#233;cide de s'investir dans cette r&#233;volution paysanne et il appelle &#224; nouveau les ouvriers &#224; le suivre. La plupart des ouvriers et des militants intellectuels qui vont suivre cet appel sont massacr&#233;s avant m&#234;me qu'ils aient pu rejoindre la r&#233;gion ni s'armer. Le PC du sud va quand m&#234;me prendre la direction politique de ces paysans insurg&#233;s. Il leur conseille de quitter les terres agricoles pour rejoindre les montagnes et effectivement cette gu&#233;rilla va tenir l&#224; jusqu'&#224; la guerre de Cor&#233;e en 1950, o&#249; elle fera sa jonction avec l'arm&#233;e nord cor&#233;enne. Paradoxalement c'est cela qui lui sera fatal car le r&#233;gime de Cor&#233;e du nord n'avait nullement envie de soutenir les paysans du sud et va les abandonner en cessant de les armer d&#232;s l'offensive am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de la Lib&#233;ration, le placement de la Cor&#233;e sous la tutelle des Sovi&#233;tiques et des &#201;tasuniens, de part et d'autre du 38e parall&#232;le, fut l'occasion d'implanter les embryons des r&#233;gimes antagonistes que nous connaissons aujourd'hui. Au sud, les id&#233;es &#233;conomiques pr&#233;con&#231;ues de l'administration d'occupation am&#233;ricaine (l'USAMGIK) se traduisirent par une lib&#233;ralisation du march&#233; des c&#233;r&#233;ales qui provoqua une effrayante sp&#233;culation sur le march&#233; du riz. En effet, la Cor&#233;e du Sud, largement agricole, &#233;tait le grenier &#224; bl&#233; du Japon pendant la colonisation. Or la p&#233;nurie se faisant sentir dans l'archipel, certains producteurs renou&#232;rent les anciennes relations avec le Japon, qui manquait alors de riz, en raison de la mobilisation massive des paysans pour l'arm&#233;e et de la perte de son empire colonial. Le prix du riz flamba en Cor&#233;e, et les villes ne furent plus approvisionn&#233;es, car les sp&#233;culateurs pr&#233;f&#233;raient vendre au Japon, au prix le plus fort. Les autorit&#233;s am&#233;ricaines firent imm&#233;diatement machine arri&#232;re et impos&#232;rent des restrictions non seulement sur la vente du riz, mais aussi sur celle des autres c&#233;r&#233;ales, selon des normes si dures que certains producteurs regrett&#232;rent le temps des Japonais. &#192; Taegu, dans le sud du pays, une furieuse r&#233;volte mit aux prises les paysans et des sympathisants &#171; de gauche &#187; aux autorit&#233;s. Plusieurs centaines de policiers et de manifestants furent tu&#233;s avant que des troupes am&#233;ricaines ne r&#233;tablissent l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;gime stalinien de Cor&#233;e du Nord&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement soudain de l'administration coloniale japonaise entra&#238;na une explosion populaire. Sorti de la clandestinit&#233;, le Parti communiste constitua une coalition avec tous les mouvements nationalistes. Des comit&#233;s de pr&#233;paration &#224; l'ind&#233;pendance de la Cor&#233;e surgirent dans tout le pays. Le 6 septembre 1945, une conf&#233;rence nationale de ces comit&#233;s, r&#233;unie &#224; S&#233;oul, proclama la naissance de la R&#233;publique Populaire de Cor&#233;e (RPC).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant en cela la ligne d&#233;finie par Moscou, le Parti communiste cor&#233;en, qui &#233;tait de loin le courant le plus puissant dans ce mouvement, s'effor&#231;a de contenir l'explosion des revendications sociales parmi les masses exploit&#233;es. Pr&#233;tendant que l'heure &#233;tait &#224; l'&#233;mancipation nationale et non &#224; l'&#233;mancipation sociale, sous le pr&#233;texte fallacieux que toute autre politique diviserait la &#171; nation cor&#233;enne &#187;, le Parti communiste mit les masses pauvres de Cor&#233;e &#224; la remorque politique de leurs propres exploiteurs comme le firent d'ailleurs les partis communistes dans le monde entier durant cette p&#233;riode et utilisa leur mobilisation pour garantir la continuit&#233; de l'ordre capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce respect pour l'ordre capitaliste ne suffit pas au PC cor&#233;en &#224; gagner les faveurs de Washington. Certes, ce que redoutaient les &#201;tats-Unis, ce n'&#233;tait ni le programme politique de la RPC, avec son appel &#224; l'instauration du suffrage universel et &#224; la cr&#233;ation d'institutions d&#233;mocratiques, ni sa d&#233;fense des nationalisations et de la r&#233;forme agraire : apr&#232;s tout, la plupart des grandes entreprises et exploitations agricoles cor&#233;ennes n'avaient plus de propri&#233;taires depuis l'expulsion des colons japonais. Non, ce qui inqui&#233;tait le plus l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, c'&#233;tait que le r&#233;gime de la RPC avait &#233;t&#233; mis en place sans son accord pr&#233;alable, &#224; la faveur d'une mobilisation populaire, et qu'il n'avait donc nul besoin de l'imp&#233;rialisme pour se maintenir au pouvoir. Ce r&#233;gime ne serait donc pas docile vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts des &#201;tats-Unis. Aussi, lorsque le comit&#233; ex&#233;cutif de la RPC fit une offre de collaboration &#224; l'&#233;tat-major am&#233;ricain, celui-ci lui opposa une fin de non-recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants am&#233;ricains entreprirent alors de mettre en oeuvre leurs propres conceptions de la d&#233;mocratie dans leur zone d'occupation. L'ancienne force de police coloniale fut r&#233;tablie dans ses fonctions, avec pratiquement les m&#234;mes personnels (on ne changea m&#234;me pas leurs uniformes !) que sous l'occupation japonaise. Les postes de responsabilit&#233; dans les nouvelles institutions furent confi&#233;s &#224; des hommes politiques qui avaient collabor&#233; avec l'occupant japonais ou qui avaient trouv&#233; protection aupr&#232;s du dictateur nationaliste chinois et alli&#233; des USA, Tchang Ka&#239;-chek. Il s'agissait d'individus visc&#233;ralement anticommunistes qui avaient des liens &#233;troits avec la classe des propri&#233;taires fonciers cor&#233;ens. A la t&#234;te du nouveau r&#233;gime, Washington mit Syngman Rhee, un politicien nationaliste de droite bien connu, qui avait des amis tant aux &#201;tats-Unis qu'au sein du r&#233;gime de Tchang Ka&#239;-chek. En f&#233;vrier 1946, ils mirent en place un gouvernement provisoire de Cor&#233;e du Sud pr&#233;sid&#233; par Syngman Rhee, dont la moiti&#233; des membres furent nomm&#233;s directement par les autorit&#233;s am&#233;ricaines d'occupation et l'autre par les classes riches, selon le syst&#232;me &#233;lectoral censitaire en vigueur sous l'occupation japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'orientation politique du nouveau r&#233;gime se r&#233;v&#233;la aussi r&#233;actionnaire et socialement conservatrice qu'on pouvait l'escompter vu la composition sociale du gouvernement. Les appels &#224; une r&#233;forme agraire d'ensemble furent trait&#233;s par le m&#233;pris tandis que les dignitaires du r&#233;gime accumulaient des fortunes colossales en s'appropriant les terres des anciennes exploitations japonaises et que les paysans sans terre mouraient de faim. La corruption et le march&#233; noir devinrent la r&#232;gle. De sorte qu'au bout du compte, la population pauvre de la zone d'occupation am&#233;ricaine ne vit gu&#232;re de diff&#233;rence entre la nouvelle R&#233;publique de Cor&#233;e, qui y fut proclam&#233;e officiellement en ao&#251;t 1948, et l'ancienne administration coloniale japonaise, sinon dans la langue des troupes d'occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la r&#233;pression qui le visait au Sud, o&#249; il fut tr&#232;s vite interdit, le comit&#233; ex&#233;cutif de la RPC &#233;lu en septembre 1945 s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; dans la zone d'occupation sovi&#233;tique. L&#224;, les autorit&#233;s d'occupation accept&#232;rent ce comit&#233; ex&#233;cutif et les comit&#233;s de pr&#233;paration &#224; l'ind&#233;pendance comme partenaires dans l'administration quotidienne des affaires sur le terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux &#201;tats-Unis dans leur zone d'occupation, l'URSS appliqua &#224; la lettre le protocole de 1945 dans la sienne en s'abstenant de mettre en place des institutions permanentes susceptibles de pr&#233;juger de la forme d&#233;finitive de l'&#201;tat. Tout au moins c'est ce qu'elle fit jusqu'&#224; la cr&#233;ation d'institutions propres au Sud sous l'&#233;gide des USA. Un comit&#233; populaire provisoire fut alors constitu&#233; &#224; Pyongyang, cette fois sous la direction de Kim Il Sung, un jeune dirigeant du PC r&#233;cemment de retour dans le pays, qui semble avoir &#233;t&#233; choisi moins pour ses liens avec Moscou que pour la raison oppos&#233;e : contrairement &#224; nombre de dirigeants communistes, Kim Il Sung avait pass&#233; les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes non pas &#224; Moscou, mais dans un maquis cor&#233;en contre les Japonais en Mandchourie, en liaison avec la r&#233;sistance chinoise. Il pouvait &#234;tre ainsi pr&#233;sent&#233; comme un h&#233;ros de la r&#233;sistance nationale contre le Japon, sans qu'il puisse &#234;tre associ&#233;, comme les anciens leaders du PC clandestins, &#224; la mobilisation des masses de l'ann&#233;e 1945, &#224; laquelle il n'avait pas particip&#233;. A tous &#233;gards, Kim Il Sung &#233;tait le parfait porte-parole d'un gouvernement &#171; national &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'il fut form&#233;, le nouveau r&#233;gime mit en oeuvre un programme de deux ans pr&#233;voyant la nationalisation des industries auparavant accapar&#233;es par les Japonais et une r&#233;forme agraire radicale entra&#238;nant la confiscation sans compensation des grandes exploitations et leur redistribution gratuite aux paysans sans terre. Des lois sur les conditions de travail et un embryon de syst&#232;me social compl&#233;t&#232;rent l'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'apr&#232;s le tournant dans les relations am&#233;ricano-sovi&#233;tiques et les d&#233;buts de la &#171; guerre froide &#187; que, en septembre 1948, trois semaines apr&#232;s la proclamation de la R&#233;publique de Cor&#233;e dans le sud du pays, une R&#233;publique d&#233;mocratique populaire de Cor&#233;e fut proclam&#233;e dans le nord. Peu apr&#232;s, les troupes sovi&#233;tiques se retir&#232;rent de Cor&#233;e, ne laissant que quelques centaines de conseillers militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'en arriver l&#224;, le PC cor&#233;en avait fusionn&#233; en ao&#251;t 1946 avec diff&#233;rents groupes radicaux et nationalistes pour cr&#233;er le Parti des Travailleurs de Cor&#233;e du Nord. Les mouvements qui n'avaient pas rejoint le nouveau parti furent d'abord marginalis&#233;s, puis ceux qui tent&#232;rent de maintenir une existence politique firent l'objet de pers&#233;cutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime qui s'installait au Nord &#233;tait indubitablement r&#233;pressif, r&#233;unissant les traits de beaucoup de dictatures militaires du tiers monde &#224; l'&#233;poque. Comme dans les d&#233;mocraties populaires mises en place sous la protection de l'Arm&#233;e Rouge en Europe centrale et orientale, la premi&#232;re victime du nouveau r&#233;gime fut la classe ouvri&#232;re tant politiquement que physiquement, en raison des efforts surhumains exig&#233;s des travailleurs au nom des n&#233;cessit&#233;s de la reconstruction &#233;conomique. Mais en m&#234;me temps, le discours anti-imp&#233;rialiste de Pyongyang, ses nationalisations et surtout la r&#233;forme agraire radicale qu'il avait mise en place rendaient le r&#233;gime tr&#232;s populaire, non seulement au Nord mais &#233;galement au Sud, o&#249; montait le ressentiment contre l'oligarchie parasitaire des propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 1946 en Cor&#233;e du sud&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve des cheminots a commenc&#233; &#224; Busan le 23 septembre 1946 et a conduit au soul&#232;vement de Daegu le 1er octobre 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve &#233;tait contr&#244;l&#233;e par un Conseil national des travailleurs cor&#233;ens. La premi&#232;re gr&#232;ve du conseil a commenc&#233; le 23 septembre par plus de 7 000 cheminots &#224; Busan . Environ 40 000 cheminots ont rapidement particip&#233; &#224; la gr&#232;ve des cheminots, qui s'est rapidement propag&#233;e &#224; travers le pays. Entre 250 000 et 300 000 travailleurs en gr&#232;ve dans tous les secteurs industriels, y compris les m&#233;taux et les produits chimiques. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale a commenc&#233; avec des revendications telles que le rationnement du riz, les augmentations de salaire, l'opposition au licenciement, la libert&#233; du mouvement ouvrier et la lib&#233;ration des figures d&#233;mocratiques. Quinze mille &#233;tudiants des &#233;coles et lyc&#233;es professionnels de S&#233;oul sont &#233;galement descendues dans la rue le 27 septembre, exigeant l'abolition de l'enseignement colonial. Certaines forces de d&#233;fense sud-cor&#233;ennes (maintenant l' arm&#233;e de la R&#233;publique de Cor&#233;e ) et les forces de s&#233;curit&#233; maritime (maintenant la marine de la R&#233;publique de Cor&#233;e ) se sont jointes &#224; la gr&#232;ve, et &#224; S&#233;oul, des dizaines de membres du Parti communiste am&#233;ricain de l'arm&#233;e am&#233;ricaine en Cor&#233;e ont appel&#233; au retrait des troupes am&#233;ricaines de Joseon. La sixi&#232;me r&#233;union du Comit&#233; central du Comit&#233; populaire provisoire de Cor&#233;e du Nord a adopt&#233; une d&#233;claration affirmant la l&#233;gitimit&#233; de la gr&#232;ve et soutenant les gr&#233;vistes dans le sud, mais le comit&#233; n'a pas tol&#233;r&#233; la lutte violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'USAMGIK a envoy&#233; plus de 2 000 officiers arm&#233;s &#224; Seoul Railroad, le centre de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le 30 septembre. Environ 1 000 manifestants, dont la Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats (l'actuelle F&#233;d&#233;ration des syndicats cor&#233;ens ), le Bureau du peuple cor&#233;en et la presse de l'Assembl&#233;e nationale, ont &#233;galement rejoint la bataille de rue de huit heures men&#233;e par Kim Du-han. Trois personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es et des centaines ont &#233;t&#233; bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une manifestation organis&#233;e le 1er octobre par des gr&#233;vistes &#224; Daegu a &#233;t&#233; la cible de tirs de la police et un cheminot a &#233;t&#233; tu&#233;. Des milliers de manifestants (y compris des &#233;tudiants) ont transport&#233; son corps dans les rues de la ville le lendemain, malgr&#233; les tentatives de la police pour les arr&#234;ter. La gr&#232;ve a ensuite &#233;volu&#233; vers le soul&#232;vement d'automne plus large , au cours duquel des dizaines de personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es, des milliers ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es et la loi martiale a &#233;t&#233; impos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soul&#232;vement d'automne de 1946&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement de Daegu 10.1 de 1946 en Cor&#233;e &#233;tait un soul&#232;vement paysan dans les provinces du sud de la Cor&#233;e contre les politiques du gouvernement militaire de l'arm&#233;e am&#233;ricaine en Cor&#233;e dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral John R. Hodge et en faveur du r&#233;tablissement du pouvoir aux comit&#233;s populaires qui composaient la R&#233;publique populaire de Cor&#233;e . Le soul&#232;vement est &#233;galement appel&#233; &#171; r&#233;volte de Daegu &#187; ou de &#171; Mouvement de R&#233;sistance de Daegu &#187;. La Commission v&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation de Cor&#233;e du Sud choisit le nom neutre de &#171; Incident d'octobre de Daegu &#187;, en fait &lt;a href=&#034;https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Autumn_Uprising_of_1946?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=nui&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;un v&#233;ritable soul&#232;vement&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233; par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale cor&#233;enne en septembre, &#224; la fin de laquelle plus de 250 000 travailleurs avaient particip&#233;. La gr&#232;ve a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e ill&#233;gale par le gouvernement militaire am&#233;ricain et les gr&#233;vistes ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s par la police. Le 1er octobre, une manifestation de gr&#233;vistes &#224; Daegu a &#233;t&#233; la cible de tirs de la police et un cheminot a &#233;t&#233; tu&#233;. Le lendemain, des milliers de manifestants, dont des &#233;l&#232;ves d'&#233;coles et d'universit&#233;s, ont transport&#233; son corps dans les rues de la ville, malgr&#233; les tentatives de la police pour les arr&#234;ter. La gr&#232;ve a ensuite &#233;volu&#233; vers le soul&#232;vement d'automne plus g&#233;n&#233;ral (ou soul&#232;vement de Daegu 10.1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement lui-m&#234;me a commenc&#233; &#224; Busan et s'est finalement &#233;tendu &#224; S&#233;oul, Daegu, Gyeongsangbuk-do, Gyeongsangnam-do, Chungcheongnam-do et Jeollanam-do et s'est termin&#233; &#224; la mi-novembre. D'autres revendications exprim&#233;es pendant le soul&#232;vement concernaient de meilleures conditions de travail, des salaires plus &#233;lev&#233;s, le droit de s'organiser et la lib&#233;ration des prisonniers politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les conditions, le gouvernement militaire des &#201;tats-Unis a r&#233;pondu de diff&#233;rentes mani&#232;res, notamment en mobilisant des briseurs de gr&#232;ve , la police, des groupes de jeunes de droite, en envoyant des troupes et des chars am&#233;ricains, et en d&#233;clarant la loi martiale , et a r&#233;ussi &#224; r&#233;primer le soul&#232;vement. Le soul&#232;vement a entra&#238;n&#233; la mort de 92 policiers, 163 travailleurs civils, 116 civils et 240 &#233;meutiers. 2 609 personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es par la police et l'arm&#233;e. Certains analystes disent que le soul&#232;vement, qui &#233;tait en partie une r&#233;action aux &#233;lections d'octobre pour l'Assembl&#233;e l&#233;gislative int&#233;rimaire sud-cor&#233;enne, organis&#233;e par le gouvernement militaire des &#201;tats-Unis, est un meilleur indicateur de l'opinion publique que l'&#233;lection elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite du soul&#232;vement est consid&#233;r&#233;e comme un tournant dans l'&#233;tablissement d'un contr&#244;le politique sur la Cor&#233;e, car les comit&#233;s populaires et le Conseil national des syndicats cor&#233;ens ont &#233;t&#233; affaiblis par la r&#233;pression. Pour les Am&#233;ricains, la r&#233;bellion de la r&#233;colte d'automne a ajout&#233; une nouvelle urgence &#224; l'effort de trouver une formule pour unifier les deux zones d'occupation de la Cor&#233;e sous un gouvernement &#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2010, la Commission v&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation a pr&#233;sent&#233; ses conclusions, il y avait 60 victimes aux familles desquelles il a sugg&#233;r&#233; que le gouvernement devrait fournir une indemnisation, et il y avait environ 7 500 autres personnes qui ont souffert de l'incident. Certaines victimes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es et tortur&#233;es, puis la police et des groupes d' extr&#234;me droite ont endommag&#233; ou confisqu&#233; leurs maisons et leurs biens. Les familles des victimes ont d&#251; endurer la honte d'&#234;tre consid&#233;r&#233;es comme des criminels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement d'octobre, l'incident du 1er octobre, les &#233;meutes de Yeongnam et les &#233;meutes d'octobre, selon le point de vue historique. D'un point de vue partisan, cela s'appelle le soul&#232;vement d'octobre, une critique l'appelle &#233;meutes de Yeongnam et &#233;meutes d'octobre, et d'un point de vue neutre, il s'appelle l'incident du 1er octobre. Du point de vue de l'affirmation de l'agitation et de l'initiative du Parti communiste de Cor&#233;e, on l'appelle parfois l'&#233;meute d'Octobre. Dans le pass&#233;, les termes de l'&#233;meute d'octobre, de l'&#233;meute de Yeongnam et de l'&#233;meute d'octobre &#233;taient utilis&#233;s de mani&#232;re interchangeable, et officiellement, le terme &#233;tait d&#233;sign&#233; comme l'incident plus neutre du 1er octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la lib&#233;ration , la vie des Cor&#233;ens sous l' USAMGIK du commandement militaire am&#233;ricain en Cor&#233;e du Sud &#233;tait affam&#233;e. Parce que la politique de rationnement de riz de l' USAMGIK a &#233;chou&#233;. La faim &#224; Daegu , o&#249; des &#233;pid&#233;mies de chol&#233;ra au cours de cette p&#233;riode, &#233;tait particuli&#232;rement s&#233;v&#232;re. Apr&#232;s la survenue de 2 000 patients atteints de chol&#233;ra &#224; Daegu et Gyeongsangbuk-do, le gouvernement a bloqu&#233; Daegu sans prendre les mesures appropri&#233;es pour le traitement en disant qu'il pr&#233;venait la transmission. En cons&#233;quence, les v&#233;hicules et les personnes ne pouvaient pas traverser les limites de la ville et l'approvisionnement en r&#233;coltes et en produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; a &#233;t&#233; coup&#233;. Surtout, le riz &#233;tait rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la police de l'ancien pro-japonais qui a &#233;t&#233; embauch&#233; comme police nationale a vol&#233; des agriculteurs de riz de la m&#234;me mani&#232;re que pendant la Cor&#233;e sous la domination japonaise . La col&#232;re des citoyens contre les policiers pro-japonais a beaucoup augment&#233;, et la police a ripost&#233; contre eux ici et l&#224;. Au milieu de cela, le sentiment public de Daegu et de Gyeongsnabuk-do &#233;tait tr&#232;s chaotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, en mai 1946, dans le cas des faux billets de Jung Pan-sa, l' USAMGIK a annonc&#233; &#171; l'ill&#233;galisation des activit&#233;s communistes &#187; et a &#233;mis un mandat d'arr&#234;t massif contre les responsables du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agitation des ouvriers n'a pas d&#233;cru avec la r&#233;pression et ils ont organis&#233; une gr&#232;ve massive men&#233;e par les cheminots et les travailleurs des transports en septembre 1946, qui est la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de septembre s'est &#233;tendue &#224; tout le pays, en commen&#231;ant par la gr&#232;ve des cheminots dans la r&#233;gion de Busan. De cette fa&#231;on, le Parti communiste et Jeon-pyeong ont men&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en septembre et ont frapp&#233; de plein fouet l' USAMGIK pour de bon. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de septembre s'est rapidement &#233;tendue &#224; tout le pays et les travailleurs se sont mis en gr&#232;ve. L' USAMGIK a mis la police nationale et les groupes de jeunes anticommunistes pour &#233;craser la gr&#232;ve, mais il y avait une situation inattendue ici. Lorsque la police a tir&#233; sur les gr&#232;ves des travailleurs &#224; Daegu, la r&#233;action ouvri&#232;re et populaire s'est d&#233;velopp&#233;e en r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En avril 1960, le soul&#232;vement d'avril 1960 mettait fin au r&#233;gime Syngman Rhee&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution d'Avril 1960 en Cor&#233;e du Sud a marqu&#233; une &#233;tape d&#233;cisive dans la lutte contre l'autoritarisme. Si la victoire de la d&#233;mocratie n'a alors &#233;t&#233; qu'&#233;ph&#233;m&#232;re, suite au coup d'Etat militaire du 16 mai 1961, le soul&#232;vement du 19 avril 1960 a abattu le r&#233;gime Syngman Rhee et, plus fondamentalement encore, marqu&#233; l'irruption des masses dans l'histoire de la Cor&#233;e du Sud. La R&#233;volution d'Avril 1960 a aussi consacr&#233; l'alliance des jeunes et des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1959 : l'autocrate Syngman Rhee, au pouvoir depuis 1948 et alors &#226;g&#233; de 84 ans, pr&#233;pare sa troisi&#232;me r&#233;&#233;lection &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique, tandis que sa formation politique, le Parti lib&#233;ral, d&#233;signe Yi Gi-bung comme candidat &#224; la vice-pr&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1959, Syngman Rhee annonce son intention d'avancer au 15 mars 1960 la date de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, normalement pr&#233;vue en mai 1960, au motif d'&#233;viter la p&#233;riode charg&#233;e des r&#233;coltes... bien que le mois de mai ne corresponde &#224; aucune date de r&#233;colte. Ce choix &#233;tait en fait li&#233; &#224; l'&#233;tat de sant&#233; du candidat du Parti d&#233;mocrate (opposition) &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle : le 15 f&#233;vrier, huit jours apr&#232;s le d&#233;p&#244;t des candidatures, Jo Byeong-ok mourait, et les demandes de son parti de pr&#233;senter un nouveau candidat &#224; la pr&#233;sidence &#233;taient rejet&#233;es. Syngman Rhee devenait ainsi l'unique candidat au poste de pr&#233;sident de la R&#233;publique. Le 13 f&#233;vrier, le chef de l'Etat avait d&#233;clar&#233;, sans fondement constitutionnel, que le vice-pr&#233;sident devait appartenir au m&#234;me parti que le pr&#233;sident. D&#232;s lors, l'&#233;lection &#233;tait verrouill&#233;e, m&#234;me si le candidat du Parti d&#233;mocrate &#224; la vice-pr&#233;sidence (et vice-pr&#233;sident sortant, &#233;lu lors du pr&#233;c&#233;dent scrutin de 1956), Jang Myeon, devait obtenir &#224; nouveau plus de voix que Yi Gi-bung, choisi par Rhee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tincelle du mouvement r&#233;volutionnaire fut allum&#233;e par les &#233;tudiants de l'universit&#233; de Daegu qui d&#233;cid&#232;rent de manifester contre la d&#233;cision de fixer au 28 f&#233;vrier, jour d'un meeting dans leur ville de Jang Myeon, la date des examens de fin de semestre. Apr&#232;s les &#233;tudiants de Daegu, c'est au tour de ceux de S&#233;oul puis de Daejon de manifester, respectivement le 5 mars et le 8 mars, avant la g&#233;n&#233;ralisation des manifestations &#233;tudiantes, entre le 10 et le 14 mars. Deux revendications sont &#224; l'ordre du jour : aux demandes r&#233;currentes de respecter la libert&#233; des campus s'ajoute le refus de la supercherie &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 mars, les bourrages d'urnes, les votes publics par groupes de trois personnes ou encore les expulsions des superviseurs du Parti d&#233;mocrate donn&#232;rent les r&#233;sultats officiels attendus du pouvoir : Syngman Rhee remportait plus de 9,6 millions de voix (88,7 % des suffrages exprim&#233;s) et Yi Gi-bung obtenait un succ&#232;s &#233;crasant au poste de vice-pr&#233;sident (8,3 millions de voix, soit 79 % des suffrages exprim&#233;s, contre 1,8 million de voix et 21 % des suffrages exprim&#233;s pour Jang Myeon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'ampleur des fraudes, des manifestations violemment r&#233;prim&#233;es eurent lieu le jour m&#234;me du scrutin, en particulier &#224; Masan, pr&#232;s de Pusan, o&#249; le bilan parmi les manifestants entra&#238;na 8 morts et 70 bless&#233;s. Comme tout au long du soul&#232;vement, le gouvernement Syngman Rhee accusa les communistes d'&#234;tre derri&#232;re les &#233;v&#233;nements. A Masan, le soul&#232;vement avait conduit au sac de postes de police, d'un journal pro-gouvernemental et du si&#232;ge du comit&#233; de campagne du Parti lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 avril &#233;tait retrouv&#233; dans la baie de Masan le corps d'un &#233;tudiant de 17 ans port&#233; disparu, Kim Ju-yeol (photo ci-dessus, source : Korea Times). Le m&#234;me jour, &#224; 18 heures, une manifestation r&#233;unit 30 000 participants &#224; Masan. Durant la nuit, deux personnes furent abattues par la police. Les &#233;tudiants allaient d&#233;sormais prendre une part essentielle aux manifestations qui devaient causer la chute de Syngman Rhee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 avril, les &#233;tudiants de l'Universit&#233; de Goryo, &#224; S&#233;oul, organis&#232;rent un sit-in devant l'Assembl&#233;e nationale. Une attaque orchestr&#233;e par des voyous soutenus par le Parti lib&#233;ral causa une dizaine de bless&#233;s. Le lendemain, l'incident faisait la une des journaux. Les m&#233;dias se d&#233;solidarisaient du pouvoir, rendant d&#233;sormais compte en d&#233;tail des manifestations &#233;tudiantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle manifestation &#233;tudiante, le mardi 19 avril, eut une ampleur in&#233;gal&#233;e, rassemblant les &#233;tudiants en lettres, en sciences en droit et en art de l'Universit&#233; nationale de S&#233;oul, ceux en sciences de l'&#233;ducation et en gestion de l'Universit&#233; de Konkuk, les lyc&#233;ens de Dongsung, les &#233;tudiants des Universit&#233;s de Goryo, Dongguk, Yonsei et Chungang. A 11h50, une partie des &#233;tudiants marcha sur le Capitole, si&#232;ge du gouvernement, et le palais pr&#233;sidentiel, en conspuant le chef de l'Etat. Les forces de police du palais pr&#233;sidentiel ouvrirent le feu vers 13h40, entra&#238;nant 21 morts. Vers 14h30, les manifestants &#233;taient 200.000 &#224; S&#233;oul, s'opposant aux forces de police. Vingt-six b&#226;timents furent d&#233;truits, dont le si&#232;ge du Seoul Sinmun et la Maison de l'anticommunisme. Le bilan des combats &#224; S&#233;oul s'&#233;tablissait, au 21 avril, &#224; 104 morts (dont 3 policiers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, la loi martiale &#233;tait proclam&#233;e &#224; S&#233;oul &#224; 14h40 (avec effet r&#233;troactif &#224; 13h), puis &#233;tendue aux principales villes de province, o&#249; des manifestations de masse avaient entra&#238;n&#233; des morts &#224; Gwangju et Pusan. Le bilan total de la r&#233;pression atteignit 186 morts, dont 77 &#233;tudiants, coll&#233;giens et lyc&#233;ens et 66 paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la direction de Song Yo-chan, les troupes de la loi martiale engag&#232;rent des pourparlers avec les manifestants, conduisant &#224; la lib&#233;ration des &#233;tudiants emprisonn&#233;s. La tournure des &#233;v&#232;nements surprit Syngman Rhee et ses ministres, d'autant plus - fait unique dans l'histoire de la Cor&#233;e du Sud - qu'ils avaient perdu le soutien du gouvernement am&#233;ricain. Initialement, les Etats-Unis n'avaient pas critiqu&#233; les fraudes de l'&#233;lection du 15 mars, confirmant m&#234;me une visite officielle du pr&#233;sident Dwight D. Eisenhower. Mais au lendemain du soul&#232;vement du 19 avril, le minist&#232;re am&#233;ricain des Affaires &#233;trang&#232;res fit une d&#233;claration, le 20 avril, demandant une d&#233;mocratisation de la Cor&#233;e du Sud. Le 21 avril, le gouvernement et les dirigeants du Parti lib&#233;ral remirent collectivement leur d&#233;mission. Mais Syngman Rhee restait en place, d&#233;clarant se tenir &#224; l'&#233;cart des partis, en &#233;vitant d'aborder les questions de la fraude &#233;lectorale et de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 25 avril, 300 professeurs se r&#233;unirent &#224; l'Universit&#233; nationale de S&#233;oul et d&#233;clar&#232;rent que les manifestations traduisaient l'esprit de la nation. Ils demand&#232;rent la d&#233;mission du pr&#233;sident, des d&#233;put&#233;s et des juges de la Cour supr&#234;me. Prenant la t&#234;te d'une manifestation appelant &#224; venger les &#233;tudiants morts, ils furent rejoints par plus de 40.000 manifestants, alors que les troupes de la loi martiale attendaient des instructions. Syngman Rhee proc&#233;dait &#224; la nomination du Premier ministre par int&#233;rim Heo Jeong comme ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, appel&#233; &#224; exercer les fonctions de chef de l'Etat s'il d&#233;missionnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations du 26 avril commenc&#232;rent d&#232;s 5 heures du matin, &#224; la fin du couvre-feu. Les manifestants mont&#232;rent sur les chars des troupes de la loi martiale, tandis que la statue de bronze de Syngman Rhee au milieu du parc de la Pagode &#233;tait renvers&#233;e. Syngman Rhee n'avait plus d'autre choix que de remettre sa d&#233;mission, annonc&#233;e &#224; 10h20 par le Quartier g&#233;n&#233;ral de la loi martiale. Le 28 avril, Yi Gi-bung, sa femme, son fils a&#238;n&#233; - &#233;galement fils adoptif de Syngmann Rhee - et son fils cadet se suicid&#232;rent dans le palais pr&#233;sidentiel. Le 29 mai, Syngman Rhee partait en exil &#224; Hawa&#239;, o&#249; il mourrait en 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution d'avril 1960 avait eu raison de douze ans de r&#233;gime autoritaire. Il restait aux vainqueurs du jour &#224; s'organiser, divis&#233;s entre l'ancienne opposition de droite et la gauche d&#233;capit&#233;e apr&#232;s l'ex&#233;cution de Cho Bong-am, moins d'un an plus t&#244;t. Si dans ce contexte de dissensions le coup d'Etat militaire de mai 1961 devait bient&#244;t mettre fin &#224; la premi&#232;re p&#233;riode de d&#233;mocratie en Cor&#233;e du Sud, celle-ci n'en allait pas moins fa&#231;onner l'histoire de la Cor&#233;e contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sources :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Seo Joong-seok, La Cor&#233;e du Sud : 60 ans d'histoire contemporaine. Origines et &#233;tapes du mouvement d&#233;mocratique, Fondation cor&#233;enne pour la d&#233;mocratie, S&#233;oul, 2007, pp. 85-108.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Kang Man-gil, A History of contemporary Korea, Global oriental, 2005 pour la version anglaise, pp. 238-240.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement populaire contre la mis&#232;re, la dictature et la division du pays&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De la dictature de Park Chung Hee &#224; celle de Chun Doo Hwan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de la dictature de Park, malgr&#233; la r&#233;pression, de grands mouvements de protestation &#233;clatent chroniquement dans lesquels les &#233;tudiants jouent un r&#244;le de premier plan. C'est notamment le cas des grandes manifestations en 1965 contre la signature du trait&#233; entre le Japon et la Cor&#233;e et en 1972 contre la proclamation de la loi martiale et la nouvelle Constitution qui octroie au dictateur de rester en poste jusqu'&#224; sa mort. Des manifestations &#233;tudiantes durement r&#233;prim&#233;es dans la ville de Pusan, en octobre 1979, d&#233;clenchent une crise de r&#233;gime qui se solde par l'assassinat de Park Chung Hee, le 26 octobre. Park tombe sous les balles de son collaborateur le plus proche, Kim Jae Kyu, alors directeur de la KCIA (Agence centrale de renseignement sud-cor&#233;enne). Une grande manifestation &#233;tudiante dans la cit&#233; industrielle de Pusan, le 16 octobre, a d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; en affrontement avec la police le lendemain. Le gouvernement Park a aussit&#244;t proclam&#233; l'&#233;tat d'urgence dans cette ville, envoyant une division d'infanterie. Malgr&#233; cette mesure, les manifestations s'&#233;tendent &#224; d'autres villes comme Masan, une autre ville industrielle, o&#249; se trouvent de nombreuses entreprises exportatrices. De nombreux ouvriers se sont engag&#233;s dans des actions de rue. Park d&#233;clare aussi l'&#233;tat de si&#232;ge &#224; Masan. Pendant les quatre jours d'affrontement, ce sont 4 207 personnes qui sont arr&#234;t&#233;es. Les manifestations &#233;tudiantes s'&#233;tendent &#224; la capitale, S&#233;oul |25|. Le chef de la KCIA juge qu'en se d&#233;barrassant de Park, il est possible de sauver la situation. Au lendemain de la mort du g&#233;n&#233;ral Park, l'arm&#233;e est divis&#233;e : un secteur laisse miroiter la perspective d'une certaine &#171; lib&#233;ralisation &#187; du r&#233;gime. Les mobilisations se poursuivent. D&#233;but d&#233;cembre 1979, la plupart des d&#233;tenus politiques (dont certains purgeaient de tr&#232;s longues peines de prison) sont lib&#233;r&#233;s. Le 12 d&#233;cembre, coup de th&#233;&#226;tre, le major-g&#233;n&#233;ral Chun Doo Hwan r&#233;ussit un putsch au sein de l'arm&#233;e, il fait arr&#234;ter son principal rival le g&#233;n&#233;ral Ching et prend le contr&#244;le total de l'arm&#233;e. Les mobilisations se poursuivent. Le 14 avril 1980, Chun Doo Hwan qui conserve ses fonctions de chef de l'arm&#233;e est nomm&#233; directeur de la KCIA par le chef de l'Etat. Les mobilisations se poursuivent. Le retour &#224; la dictature militaire ouverte a lieu le 18 mai 1980. Une r&#233;pression brutale est d&#233;clench&#233;e : tous les dirigeants de l'opposition sont arr&#234;t&#233;s. Cela provoque de grandes explosions sociales dont l'insurrection urbaine de Kwangju est le point culminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement apr&#232;s la proclamation d'une nouvelle loi martiale, le 18 mai 1980, plusieurs milliers d'&#233;tudiants de l'universit&#233; de Chonam &#224; Kwangju descendent dans la rue. Des r&#233;giments de parachutistes sont envoy&#233;s et assassinent des manifestants, dont des jeunes filles, &#224; la ba&#239;onnette (voir encadr&#233; en bas d'article). Le lendemain, plus de 50 000 personnes commencent &#224; affronter les soldats. Au cours des combats, plus de 260 d'entre elles sont tu&#233;es. Apr&#232;s quatre jours de lutte acharn&#233;e, le nombre des insurg&#233;s atteint 200 000 dans une ville dont la population est d'environ 750 000. Ils prennent finalement le contr&#244;le de la ville toute enti&#232;re. Les stations de radio sont incendi&#233;es par les manifestants rendus furieux par le fait qu'aucune information n'a &#233;t&#233; donn&#233;e sur leur lutte en raison de la censure impos&#233;e par la loi martiale. Les insurg&#233;s se saisissent des armes abandonn&#233;es par les troupes repli&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur et s'organisent en comit&#233;s de contr&#244;le et d'administration de la ville. Le 23 mai, c'est la province de Cholla au sud de la Cor&#233;e qui est toute enti&#232;re aux mains des &#233;tudiants et de la population insurg&#233;e. Les &#233;tudiants de Kwangju s'emparent de bus et de camions et, les armes &#224; la main, se rendent d'une ville &#224; l'autre permettant ainsi l'extension du mouvement. Alors que de nouvelles troupes gouvernementales approchent de Kwangju, les insurg&#233;s constituent un comit&#233; de crise afin de n&#233;gocier avec les autorit&#233;s charg&#233;es d'imposer la loi martiale. Ils exigent de ces autorit&#233;s qu'elles pr&#233;sentent des excuses au peuple de Kwangju pour les atrocit&#233;s commises, qu'elles versent des indemnit&#233;s pour les bless&#233;s et les morts, qu'elles n'exercent pas de repr&#233;sailles apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, que les chefs militaires ne d&#233;placent pas les troupes avant qu'un r&#232;glement n'intervienne. Malgr&#233; ces n&#233;gociations, les troupes, environ 17 000 hommes, prennent d'assaut la ville &#224; l'aube du 27 mai et l'occupent. Le nombre des morts du c&#244;t&#233; des &#233;tudiants et des habitants de la ville d&#233;passe plusieurs centaines |26|. La r&#233;pression s'est faite avec la b&#233;n&#233;diction de l'arm&#233;e am&#233;ricaine et de Washington |27|. Dans les mois qui suivent, la r&#233;pression touche tout le pays. Selon un rapport officiel dat&#233; du 9 f&#233;vrier 1981, plus de 57 000 personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es &#224; l'occasion de la &#8216;Campagne de purification sociale' engag&#233;e depuis l'&#233;t&#233; 1980. Pr&#232;s de 39 000 d'entre elles ont &#233;t&#233; envoy&#233;es dans des camps militaires pour une &#8216;r&#233;&#233;ducation physique et psychologique' |28|. En f&#233;vrier 1981, le dictateur Chun Doo Hwan est re&#231;u &#224; la Maison Blanche par le nouveau pr&#233;sident des &#278;tats-Unis, Ronald Reagan |29|.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Treizi&#232;me constat : Un puissant mouvement social anti-dictatorial avec &#224; sa t&#234;te les &#233;tudiants affronte la dictature. Apr&#232;s l'assassinat de Park (octobre 1979) et un court interm&#232;de d&#233;mocratique, une nouvelle dictature f&#233;roce s'installe en d&#233;clenchant une r&#233;pression sanglante en mai 1980 soutenue par Washington et par Tokyo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique &#233;conomique du dictateur Chun Doo Hwan (1980-1987)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'assassinat du dictateur Park Chung Hee en 1979 et la mise en place de la dictature du g&#233;n&#233;ral Chun Doo Hwan, l'orientation &#233;conomique ne change pas fondamentalement. La Cor&#233;e qui s'est endett&#233;e fortement au cours des ann&#233;es 1970 aupr&#232;s des banques &#233;trang&#232;res, principalement japonaises, subit plus durement que les autres PED le choc de la hausse brutale des taux d'int&#233;r&#234;t car elle a largement emprunt&#233; &#224; taux variables. En 1983, la Cor&#233;e du Sud est quatri&#232;me sur la liste des pays les plus endett&#233;s en chiffres absolus (43 milliards de dollars), elle n'est pr&#233;c&#233;d&#233;e que par le Br&#233;sil (98 milliards), le Mexique (93 milliards) et l'Argentine (45 milliards). Mais, encore une fois, sa position g&#233;ostrat&#233;gique lui donne droit &#224; un traitement diff&#233;rent de celui des autres pays en d&#233;veloppement. Le Japon vient &#224; la rescousse en versant &#224; la Cor&#233;e 3 milliards de dollars (au titre des r&#233;parations de guerre) que celle-ci utilise pour maintenir le remboursement de la dette &#224; l'&#233;gard des banquiers japonais. Cela lui &#233;vite de devoir faire appel au FMI et de se plier &#224; ses conditions draconiennes |30|. De son c&#244;t&#233;, le gouvernement japonais &#233;vite ainsi la faillite de certaines de ses banques et obtient de la Cor&#233;e du Sud de plus grandes facilit&#233;s d'investissement. Quatorzi&#232;me constat : Contrairement &#224; la version de la Banque mondiale, le recours massif &#224; l'endettement externe aupr&#232;s des banques priv&#233;es a failli co&#251;ter tr&#232;s cher &#224; la Cor&#233;e du Sud. Si celle-ci n'avait pas occup&#233; une place g&#233;ostrat&#233;gique de toute premi&#232;re importance aux yeux des Etats-Unis et du Japon, elle aurait pu conna&#238;tre le sort de pays comme l'Argentine, le Br&#233;sil et le Mexique qui ont d&#251; se soumettre aux conditions du FMI. Comme on le verra dans la suite, elle a pu continuer &#224; suivre une voie partiellement ind&#233;pendante de d&#233;veloppement jusqu'aux ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e est aussi affect&#233;e par le second choc p&#233;trolier de 1979 (hausse du prix du p&#233;trole provoqu&#233;e par la r&#233;volution iranienne et le renversement du Shah) mais encaisse le coup. Le contr&#244;le autoritaire sur l'&#233;conomie est maintenu : le gouvernement impose aux industries de fabriquer tel produit plut&#244;t que tel autre. Il d&#233;cide de restructurer l'industrie de production de v&#233;hicules de transport et charge deux chaebols de produire des automobiles. La Banque mondiale s'oppose &#224; cette orientation et recommande au contraire &#224; la Cor&#233;e d'abandonner la production de v&#233;hicules finis en se concentrant sur la production de pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es destin&#233;es &#224; l'exportation. La Banque explique que les voitures cor&#233;ennes ne se vendront pas. Les autorit&#233;s cor&#233;ennes tiennent t&#234;te. R&#233;sultat : au milieu des ann&#233;es 1980, la firme cor&#233;enne Hyundai (contr&#244;l&#233;e &#224; 100% par du capital priv&#233; cor&#233;en soutenu par les pouvoirs publics) r&#233;ussit &#224; exporter ses voitures aux &#201;tats-Unis et &#224; y conqu&#233;rir de substantielles parts de march&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, la Banque a d&#233;finitivement tourn&#233; la page des concessions &#224; l'&#233;gard du mod&#232;le d'industrialisation par substitution d'importation. En 1981, sous l'administration Reagan, les derniers &#233;conomistes favorables &#224; une intervention de l'&#201;tat sont remplac&#233;s par des n&#233;olib&#233;raux purs et durs avec Anne Krueger comme &#233;conomiste en chef. Celle-ci a &#233;crit quelques ann&#233;es auparavant un livre sur la Cor&#233;e pour d&#233;montrer la sup&#233;riorit&#233; de la substitution d'exportation sur la substitution d'importation |31|. La volont&#233; de S&#233;oul de produire des automobiles pour l'exportation s'inscrit dans une d&#233;marche agressive de substitutions d'exportation et, en principe, elle devrait &#234;tre fermement soutenue par la Banque. Ce n'est pas le cas car la d&#233;cision de S&#233;oul menace l'industrie automobile des &#278;tats-Unis. La limite de la grande flexibilit&#233; des &#233;conomistes de la Banque est vite atteinte lorsque les int&#233;r&#234;ts des &#278;tats-Unis sont en jeu. Quinzi&#232;me constat : Le r&#233;gime de Chun Doo Hwan refuse une nouvelle fois de suivre les recommandations de la Banque mondiale et gagne son pari contre elle. La Banque maintient cependant son soutien &#224; la dictature car elle veut &#224; tout prix tenter de l'influencer. De leur c&#244;t&#233;, les &#278;tats-Unis commencent &#224; se m&#233;fier de l'app&#233;tit des entreprises sud-cor&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de la dictature de Chun Doo Hwan (1980-1987)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1979-1980, dans de nombreuses entreprises, des ouvriers cherchent &#224; se doter de syndicats. L'enjeu est la formation de nouveaux syndicats &#171; ind&#233;pendants &#187;, d&#233;fiant ouvertement la politique de collaboration de la direction de la FKTU, tout en &#233;tant oblig&#233;s de s'y affilier conform&#233;ment &#224; la loi. Suite &#224; la r&#233;pression d&#233;clench&#233;e par Chun Doo Hwan, une centaine de sections locales de la FKTU sont dissoutes, 191 permanents sont licenci&#233;s et certains sont envoy&#233;s dans des camps. Dans ce mouvement de cr&#233;ation des syndicats ind&#233;pendants, le r&#244;le moteur a &#233;t&#233; jou&#233; par des jeunes, ouvriers ou &#233;tudiants contestataires, qui ont choisi de s'&#233;tablir en usine pour poursuivre la lutte politique entam&#233;e &#224; l'universit&#233;. Le mouvement &#233;tudiant a commenc&#233; &#224; relever la t&#234;te en 1983-1984 et conna&#238;t un processus non seulement de radicalisation mais aussi de politisation en profondeur. De d&#233;but 1986 &#224; mai 1986, 166 000 &#233;tudiants ont particip&#233; &#224; des manifestations |32|. L'importance du mouvement dans les universit&#233;s |33| est refl&#233;t&#233;e par le fait que ce sont les &#233;tudiants qui constituent la grande majorit&#233; des prisonniers politiques (800 &#233;tudiants sur 1 300 d&#233;tenus politiques). Dans les usines, les ouvriers reprennent le combat &#224; partir de 1985. Pour la premi&#232;re fois, une gr&#232;ve importante &#233;clate dans un chaebol, l'entreprise Daewoo Motors. Elle est couronn&#233;e de succ&#232;s et un nouveau syndicat ind&#233;pendant est cr&#233;&#233;. Le 12 f&#233;vrier 1986, une campagne de p&#233;tition est lanc&#233;e &#224; S&#233;oul par le Nouveau Parti d&#233;mocratique de Cor&#233;e (NKDP) pour changer la Constitution (l'objectif est de permettre l'&#233;lection par suffrage direct du pr&#233;sident et non par un coll&#232;ge &#233;lectoral). Dans les mois suivants, une s&#233;rie de rassemblements mobilisent des dizaines de milliers de personnes dans les grandes villes du pays. Les &#233;tudiants participent de mani&#232;re autonome au mouvement d&#233;mocratique en mettant en avant des mots d'ordre radicaux tels que &#8216;A bas la dictature militaire', &#8216;Contre la pr&#233;sence dans le pays des 40.000 soldats US' et pour une &#8216;Constitution populaire'. Le 29 novembre 1986, le r&#233;gime fait investir la ville de S&#233;oul par 50 000 policiers afin d'emp&#234;cher la tenue d'un rassemblement du NKDP. Le r&#233;gime applique la force de l'&#201;tat contre l'opposition mais cette politique &#233;choue car une lame de fond traverse toutes les couches de la soci&#233;t&#233; pour les revendications d&#233;mocratiques. Les n&#233;gociations entre dictature et opposition sur les proc&#233;dures &#233;lectorales n'aboutissent pas. Le gouvernement est affaibli par les suites politiques de l'assassinat d'un &#233;tudiant dans un commissariat. Dans cette situation, toutes les forces d'opposition, dont la nouvelle coalition issue d'une scission du NKDP, appellent &#224; une manifestation le 10 juin 1987. La veille, la police a interpell&#233; 3 000 personnes, mis en r&#233;sidence surveill&#233;e 140 dirigeants de l'opposition, d&#233;ploy&#233; des dizaines de milliers de policiers. Rien n'y fait : le 10 juin et les jours suivants, la protestation s'&#233;tend &#224; tout le pays, des affrontements massifs atteignent un tel niveau que le r&#233;gime commence &#224; reculer : les &#233;lections pr&#233;sidentielles directes sont acquises |34|. Cette fois-ci, Washington a fini par mettre la pression sur la dictature pour qu'elle l&#226;che du lest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des usines, le mouvement ne se limite pas &#224; la perspective des urnes. Les travailleurs sud-cor&#233;ens s'engouffrent dans la br&#232;che ouverte par la victoire du mouvement de masse de juin 1987 dont le fer de lance fut constitu&#233; par les &#233;tudiants. L'&#233;t&#233; 1987 voit la Cor&#233;e du Sud secou&#233;e par une vague de gr&#232;ves sans pr&#233;c&#233;dent. Entre le 17 juillet et le 25 ao&#251;t, on d&#233;nombre 1 064 conflits du travail |35| alors que la moyenne annuelle des dix ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes s'&#233;tablit &#224; 200 conflits |36|. Tous les secteurs de l'&#233;conomie sont touch&#233;s, y compris les chaebols (24 000 ouvriers des chantiers navals de Hyundai, 15 000 mineurs de charbon, etc.). Les luttes sont marqu&#233;es par une forte combativit&#233; : occupation des entreprises et m&#234;me des locaux de direction, blocage des voies ferr&#233;es et occupation des gares, refus de la tactique du lock-out patronal... Les conflits aboutissent &#224; des augmentations de salaire significatives et la reconnaissance de syndicats ind&#233;pendants et d&#233;mocratiques. En 1988, on compte d&#233;j&#224; 2 799 syndicats d&#233;mocratiques. En 1989, on d&#233;passe les 7 000. En janvier 1990 est fond&#233; le Congr&#232;s des syndicats cor&#233;ens, qui devient quelques ann&#233;es plus tard la Conf&#233;d&#233;ration des syndicats cor&#233;ens (KCTU). Pourtant, jusque dans les ann&#233;es 2000, la cr&#233;ation d'une conf&#233;d&#233;ration syndicale est un acte ill&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Soul&#232;vement de Gwangju et r&#233;fugi&#233;s en Cor&#233;e du sud&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 18 mai 1980, un jour apr&#232;s l'application de l'&#233;tat de si&#232;ge dans la province de Gwangju, des &#233;tudiants manifestent dans le centre-ville de Gwangju (sud-ouest du pays) pour la d&#233;fense de la d&#233;mocratie apr&#232;s l'arriv&#233;e au pouvoir du dictateur Chun Doo-hwan lors d'un coup d'&#233;tat en 1979... Ce soul&#232;vement de Gwangju sera s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233; par l'arm&#233;e qui reprendra le contr&#244;le de la ville le 27 mai 1980. Le bilan officiel de ce massacre est incertain, entre 170 et 2000 morts suivant les sources...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville de Gwangju a &#233;t&#233; depuis surnomm&#233;e &#034;le m&#233;morial de la d&#233;mocratie cor&#233;enne&#034; et un cimeti&#232;re national y a &#233;t&#233; inaugur&#233; en 2002 pour rendre hommage aux victimes de cette tuerie. La poste cor&#233;enne a &#233;mis, le 18 mai 2010, une carte illustr&#233;e pr&#233;-affranchie (220 won) pour comm&#233;morer le 30&#232;me anniversaire de ce soul&#232;vement &#233;tudiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 d&#233;cembre 2000, l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies adoptait une r&#233;solution instituant une Journ&#233;e mondiale des r&#233;fugi&#233;s, c&#233;l&#233;br&#233;e depuis chaque ann&#233;e le 20 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette journ&#233;e internationale a pour but de sensibiliser le plus grand nombre &#224; la cause des populations r&#233;fugi&#233;es &#224; travers le monde (estim&#233;e &#224; 34 millions de personnes) qui ont fui leur pays apr&#232;s des conflits ou des pers&#233;cutions religieuses, ethniques, sociales, politiques... Les femmes et les enfants faisant partie de ces populations d&#233;plac&#233;es sont les plus vuln&#233;rables (privations, faim, viols, crimes...). Pour comm&#233;morer le 10&#232;me anniversaire de l'institution de cette Journ&#233;e mondiale des r&#233;fugi&#233;s, la poste cor&#233;enne a &#233;mis, le 18 juin 2010, le timbre sur le FDC ci-dessus (merci beaucoup Kim !), disponible en feuille de 12 timbres avec des marges illustr&#233;es. Sur ce timbre, des enfants et des femmes forment un toit avec leurs bras, rappelant l'embl&#232;me du HCR (Haut Commissariat des Nations Unies pour les R&#233;fugi&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la classe ouvri&#232;re sud-cor&#233;enne a d&#233;truit, gr&#226;ce &#224; des gr&#232;ves de masse remarquables au cours des ann&#233;es 1987-1990, les bases d'une dictature militaire qui s&#233;vissait depuis des d&#233;cennies. Pendant une br&#232;ve p&#233;riode (1990-1994), les gr&#232;ves ont abouti &#224; la cr&#233;ation de syndicats d&#233;mocratiques radicaux et donc &#224; des augmentations de salaires &#233;lev&#233;es et g&#233;n&#233;rales. Mais, comme dans les autres cas cit&#233;s ci-dessus, la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;e au r&#244;le de b&#233;lier facilitant un changement politique &#171; d&#233;mocratique &#187; qui a rapidement chant&#233; l'hymne de la mondialisation et du n&#233;olib&#233;ralisme en faveur de l'&#233;conomie de march&#233;. En fait, avant la vague de gr&#232;ves mais surtout apr&#232;s, le capital sud-cor&#233;en investissait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;tranger et cherchait &#224; imposer une politique d'aust&#233;rit&#233; n&#233;olib&#233;rale &#224; l'int&#233;rieur du pays. En 1997-98, la crise financi&#232;re asiatique for&#231;a la Cor&#233;e du Sud &#224; passer sous la tutelle du FMI, ce qui acc&#233;l&#233;ra consid&#233;rablement la pr&#233;carisation de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne, pr&#233;carisation qui avait &#233;t&#233; la principale riposte capitaliste aux avanc&#233;es de la fin des ann&#233;es 80. Aujourd'hui, au moins 60% de la main-d'&#339;uvre vivent dans la pr&#233;carit&#233; la plus brutale. Soumis aux licenciements instantan&#233;s, les travailleurs pr&#233;caires touchent des salaires et des avantages sociaux qui sont au moins inf&#233;rieurs de moiti&#233; au statut des 10% constitu&#233;s par les travailleurs fixes. Les vestiges bureaucratiques des syndicats d&#233;mocratiques radicaux du d&#233;but des ann&#233;es 90 ne sont plus aujourd'hui que des organisations corporatistes repr&#233;sentant cette &#233;lite de la classe ouvri&#232;re, et autant de luttes ont &#233;clat&#233; entre les travailleurs fixes et les travailleurs pr&#233;caris&#233;s qu'entre l'ensemble des ouvriers et le capital lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chronologie de la r&#233;volte d&#233;but&#233;e &#224; Gwangju&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;18 mai au 21 mai 1980&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 18 mai, les &#233;tudiants ont protest&#233; la porte de Universit&#233; de national de Chonnam contre sa fermeture, pierres de lancement &#224; parachutistes qui bloquaient la porte. Les parachutistes, qualifi&#233;s dans la guerre peu usuelle et la commande non civile d'&#233;meute, ont r&#233;pondu en battant les protestataires avec des ba&#239;onnettes et des b&#226;tons. Apr&#232;s l'incident, des &#233;tudiants entr&#233;s dans le centre-ville et continu&#233;s abolition pour protester, de la demande de loi martiale et le d&#233;gagement de Kim Dae-jung. Parachutistes bient&#244;t suivis et de nouveau oppos&#233;s avec des d&#233;monstrateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suppression a &#233;t&#233; marqu&#233;e par violence. Les t&#233;moins disent que les soldats ont matraqu&#233; des d&#233;monstrateurs et des spectateurs. La premi&#232;re fatalit&#233; connue &#233;tait un homme sourd de 29 ans appel&#233; Kim Gyeong-cheol, qui n'a jamais particip&#233; &#224; la protestation mais &#233;tait a matraqu&#233; &#224; la mort le 18 mai tout en passant par la sc&#232;ne. Quelques t&#233;moignages et photographies sugg&#232;rent m&#234;me l'utilisation des ba&#239;onnettes. Pendant que des citoyens &#233;taient f&#226;ch&#233;s par la violence, le nombre de protestataires a rapidement augment&#233; et a exc&#233;d&#233; 100.000 pour le 20 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait in&#233;vitable que les accidents se produiraient dans les militaires et la police pendant le conflit avec les d&#233;monstrateurs civils. Pendant que le conflit escaladait, l'arm&#233;e a soudainement commenc&#233; &#224; employer le tir, tuant des nombres inconnus de citoyens imm&#233;diatement pr&#232;s de la station de Gwangju le 20 mai. Que le m&#234;me jour, les protestataires irrit&#233;s ont br&#251;l&#233; en bas des gens du pays MBC postez qui a d&#233;nonc&#233; des civils de Gwangju comme rioters aussi bien que des faits fabriqu&#233;s sur la situation dans Gwangju &#224; ce moment. Quatre policiers ont &#233;t&#233; tu&#233;s &#224; une barricade de police pr&#232;s du b&#226;timent provincial de gouvernement apr&#232;s qu'une voiture enfonc&#233;e dans eux[1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit du 20 mai, les centaines de taxis ont men&#233; un grand d&#233;fil&#233; des autobus, des grands camions et des voitures vers l'Office provincial pour rencontrer la protestation. Pendant que les conducteurs conduisaient dans la d&#233;monstration, les troupes ont employ&#233; le gaz lacrymog&#232;ne, tir&#233; leur hors des voitures et les ont battues. Ces &#171; conducteurs de d&#233;mocratie &#187; ont montr&#233; jusqu'&#224; l'appui les citoyens et la d&#233;monstration en raison de la brutalit&#233; de troupe &#233;t&#233;e t&#233;moin de bonne heure, comme hors de la col&#232;re apr&#232;s que beaucoup de conducteurs de taxi aient &#233;t&#233; assaillis quand essayant d'aider bless&#233; et tout en portant des personnes &#224; l'h&#244;pital. Certains ont &#233;t&#233; m&#234;me tir&#233;s apr&#232;s les conducteurs essay&#233;s pour utiliser les v&#233;hicules pour bloquer des soldats ou comme armes. [2]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence a culmin&#233; le 21 mai. &#192; environ 1 P.M., l'arm&#233;e mise le feu &#224; une foule de protestation a recueilli devant l'Office provincial de Jeonnam, causant beaucoup d'accidents. Les citoyens ont commenc&#233; &#224; s'armer avec fusil M1 et carabines pris des arsenaux et des commissariats de police dans les villes voisines pour leur propre d&#233;fense. Plus tard cet apr&#232;s-midi, combats d'armes &#224; feu sanglants entre les milices civiles et l'arm&#233;e a &#233;clat&#233; dans la place provinciale d'Office. Par 5:30 P.M., les milices avaient acquis deux mitrailleuses l&#233;g&#232;res et les avaient employ&#233;es contre l'arm&#233;e, qui a commenc&#233; &#224; retraiter du centre-ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;22 mai au 25 mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce moment, toutes les troupes ont retrait&#233; aux secteurs suburbains, attendant des renforts. Pendant cette p&#233;riode l'arm&#233;e a bloqu&#233; tous les itin&#233;raires et communications menant dans et hors de la ville. Quoiqu'il ait y eu une accalmie dans le combat entre les milices et l'arm&#233;e, plus d'accidents ont &#233;t&#233; encourus quand des soldats mis le feu &#224; un autobus de d&#233;passement dans le Jiwon-coup, tuant 17 des 18 passagers le 23 mai. Les soldats suivants de jour mis le feu aux gar&#231;ons nageant dans le r&#233;servoir de Wonje et tu&#233; d'entre eux. Plus tard ce jour l'arm&#233;e a souffert ses accidents plus lourds, quand des troupes de mani&#232;re erron&#233;e mises le feu &#224; l'un l'autre dans le Songam-coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, dans la ville &#171; lib&#233;r&#233;e &#187; de Gwangju, le Comit&#233; du r&#232;glement des citoyens et le Comit&#233; du r&#232;glement des &#233;tudiants ont &#233;t&#233; form&#233;s. L'ancien s'est compos&#233; d'environ 20 pr&#233;dicateurs, avocats et professeurs. Ils &#233;taient en pourparlers avec l'arm&#233;e exigeant le d&#233;gagement des citoyens arr&#234;t&#233;s, la compensation pour des victimes et la prohibition de la revanche en &#233;change du d&#233;sarmement des milices. Le dernier a &#233;t&#233; constitu&#233; par des &#233;tudiants d'universit&#233;, et a pris la charge des enterrements, des campagnes publiques, de la commande de trafic, du retrait des armes, et de l'aide m&#233;dicale. L'ordre de la ville a &#233;t&#233; bien maintenu, mais les n&#233;gociations sont venues &#224; une impasse pendant que l'arm&#233;e invitait les milices &#224; se d&#233;sarmer imm&#233;diatement. Cette question a caus&#233; la division chez les comit&#233;s de r&#232;glement ; les colombes ont voulu la reddition imm&#233;diate, alors que les faucons r&#233;clamaient la r&#233;sistance continue jusqu'&#224; ce que leurs demandes aient &#233;t&#233; met. Apr&#232;s discussions houleuses, par la suite les faucons ont pris la commande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme les nouvelles de la diffusion de massacre de Gwangju, d'autres protestations contre le gouvernement ont &#233;clat&#233; dans des r&#233;gions voisines comprenant Hwasun, Naju, Haenam, Mokpo, Yeongam, Gangjin, et Muan. Tandis que les protestations finissaient paisiblement dans la plupart des r&#233;gions, dans Haenam il y avait des combats d'armes &#224; feu entre les protestataires et les troupes arm&#233;s. Pour le 24 mai, la plupart de ces protestations &#233;taient mortes vers le bas, except&#233; Mokpo o&#249; les protestations ont continu&#233; jusqu'au 28 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le 26 mai, l'arm&#233;e &#233;tait pr&#234;te &#224; r&#233;introduire la ville. Les membres du Comit&#233; du r&#232;glement des citoyens ont sans succ&#232;s essay&#233; de bloquer l'avance de l'arm&#233;e par le mensonge vers le bas sur la rue. Comme les nouvelles de la diffusion imminente d'attaque, les milices civiles ont recueilli dans l'Office provincial, se pr&#233;parant au dernier stand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 mai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez 4:00 heure du matin, troupes de cinq divisions entr&#233;es dans le centre-ville et d&#233;faites les milices civiles en seulement 90 minutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucun p&#233;age exact de la mort du soul&#232;vement 1980 de Gwangju. Les figures &#171; officielles &#187; ont lib&#233;r&#233; par la commande martiale de loi ont mis le p&#233;age de la mort &#224; 144 civils, &#224; 22 troupes et &#224; 4 polices tu&#233;s, avec 127 civils, 109 troupes et 144 polices enroul&#233;es. Les individus qui ont essay&#233; de contester ces figures &#233;taient responsables de l'arrestation pour &#171; des rumeurs fausses de propagation &#187;.[3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le 18 mai l'association priv&#233;e de famille, au moins 165 personnes est morte entre les 18 et 27 mai. Encore 65 manquent toujours et pr&#233;sum&#233; compl&#232;tement. 23 soldats et 4 policiers ont &#233;t&#233; tu&#233;s pendant le soul&#232;vement, y compris 13 soldats tu&#233;s dans l'incident du l'amical-feu entre les troupes dans le Songam-coup. Les figures pour des accidents de police sont susceptibles d'&#234;tre plus hautes, en raison des rapports de plusieurs policiers eux-m&#234;mes tu&#233; par des soldats pour lib&#233;rer des rioters captur&#233;s.[4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le film de 2007 Cor&#233;ens 18 mai (Hyuga de Hwaryeohan), dirig&#233; par le Ji-hun de Kim, &#171; l'incident a eu comme cons&#233;quence les 207 d&#233;c&#232;s, 2.392 enroul&#233;, et 987 personnes absentes, mais le nombre exact d'accidents a &#233;t&#233; sujet au conflit consid&#233;rable. Des membres du gouvernement militaire ont &#233;t&#233; accus&#233;s avec la r&#233;bellion mais le coupable de commander le feu ouvert contre les citoyens a pour &#234;tre identifi&#233; encore &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a d&#233;nonc&#233; le soul&#232;vement comme r&#233;bellion incit&#233;e par Kim Dae-jung et ses disciples. Dans des &#233;preuves suivantes, Kim a &#233;t&#233; condamn&#233; et condamn&#233; &#224; la mort, bien que sa punition plus tard ait &#233;t&#233; r&#233;duite en r&#233;ponse aux outcries internationaux. Des 1394 personnes globales ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es pour une certaine participation dans l'incident de Gwangju et 427 ont &#233;t&#233; accus&#233;s. Parmi eux, 7 phrases de mort et 12 re&#231;us ont re&#231;u des phrases de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de Gwangju a eu un impact profond sur la politique cor&#233;enne du sud et l'histoire. Chun Doo-hwan a souffert des probl&#232;mes de popularit&#233; parce qu'il a pris la puissance par un coup militaire, mais apr&#232;s l'autorisation de l'exp&#233;dition des forces sp&#233;ciales sur des citoyens, sa l&#233;gitimit&#233; a &#233;t&#233; sensiblement endommag&#233;e. Les Etats-Unis ont &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;demment vus en tant qu'un lib&#233;rateur et protecteur, mais le mouvement de d&#233;mocratisation de Gwangju a chang&#233; l'image des &#201;tats-Unis parce qu'on l'a suppos&#233; les Etats-Unis ont su en avant du temps au sujet de l'exp&#233;dition des troupes sp&#233;ciales et repos&#233;e &#224; vide pendant que des civils &#233;taient tu&#233;s. L'image am&#233;ricaine a &#233;t&#233; encore endommag&#233;e quand les &#201;tats-Unis suite pour soutenir Chun Doo-hwan par les ann&#233;es 80. Cependant, le mouvement a &#233;galement pr&#233;par&#233; le terrain pour les mouvements post&#233;rieurs dans les ann&#233;es 80 qui ont par la suite apport&#233; la d&#233;mocratie en Cor&#233;e du Sud. Le mouvement de d&#233;mocratisation de Gwangju est devenu un symbole de la lutte du sud des Cor&#233;ens contre des r&#233;gimes autoritaires et de leur combat pour la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cimeti&#232;re de Mangwol-coup dans Gwangju o&#249; les corps des victimes ont &#233;t&#233; enterr&#233;s, les survivants du massacre et les familles priv&#233;es ont tenu un service comm&#233;moratif annuel le 18 mai chaque ann&#233;e depuis 1983. Beaucoup de d&#233;monstrations pro-d&#233;mocratiques dans les ann&#233;es 80 ont exig&#233; l'identification officielle de la v&#233;rit&#233; du massacre et de la punition de Gwangju pour ceux responsables. La r&#233;&#233;valuation officielle a commenc&#233; apr&#232;s le r&#233;tablissement des &#233;lections pr&#233;sidentielles directes en 1987. En 1988, Assembl&#233;e nationale a tenu une audition publique sur le massacre de Gwangju, et a officiellement retir&#233; l'incident comme mouvement de d&#233;mocratisation de Gwangju.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, pendant que la pression publique montait, l'Assembl&#233;e nationale a pass&#233; le mouvement sp&#233;cial de d&#233;mocratisation de loi le 18 mai, qui a permis la poursuite de ceux responsables du coup d'&#233;tat du 12 d&#233;cembre et du massacre de Gwangju malgr&#233; le fait que le statut des limitations s'&#233;tait &#233;puis&#233;. Plus tard 8 politiciens ont &#233;t&#233; accus&#233;s pour la trahison &#233;lev&#233;e et le massacre en 1996. Leurs punitions ont &#233;t&#233; arrang&#233;es en 1997, y compris une phrase de la vie pour l'ancien Pr&#233;sident Chun Doo-hwan. Mais tout condamne a &#233;t&#233; pardonn&#233; au nom de la r&#233;conciliation nationale le 22 d&#233;cembre par le pr&#233;sident Jeune-SAM de Kim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1997, 18 mai a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; un jour comm&#233;moratif officiel. En 2002, une loi favorisant les familles priv&#233;es est entr&#233;e en vigueur, et le cimeti&#232;re de Mangwol-coup a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; au statut d'un cimeti&#232;re national.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de juin 1987 et de mani&#232;re significative jusqu'en 1990, la vague de gr&#232;ves que l'on appelle en cor&#233;en &#171; Nodongja Taettujaeng &#187;, la Grande Lutte des Travailleurs, repr&#233;sente un des principaux &#233;pisodes de la lutte de classe durant les ann&#233;es 80, de m&#234;me que Solidarnosc en Pologne (1980-81), les conseils ouvriers (shura) iraniens (1979-1981) et la vague br&#233;silienne de gr&#232;ves de 1978-1983. La vague de gr&#232;ves a &#233;branl&#233; les bases d'une dictature qui avait r&#233;gn&#233; fa&#231;on presque interrompue apr&#232;s la fin de la guerre de Cor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gr&#232;ves ont permis que des secteurs importants de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne b&#233;n&#233;ficient d'augmentations de salaire significatives, et qu'apparaissent, durant une br&#232;ve p&#233;riode (1990-1994), des syndicats d&#233;mocratiques radicaux qui form&#232;rent le Congr&#232;s national des syndicats (ChoNoHyop), regroupement qui d&#233;fendait une politique anticapitaliste, au moins verbalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que cette vague de gr&#232;ves eut triomph&#233;, ses gains commenc&#232;rent &#224; &#234;tre s&#233;rieusement attaqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ChoNoHyop fut d&#233;truit par la r&#233;pression gouvernementale qui frappa ses meilleurs militants. D'autre part, le gouvernement incita les militants plus conservateurs &#224; former la Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU) qui fut cr&#233;e en 1995 ; en d&#233;cembre 1996, le gouvernement essaya d'imposer par la force une loi de pr&#233;carisation du travail &#224; laquelle la KCTU s'opposa &#224; contrec&#339;ur durant la gr&#232;ve de janvier 1997. En automne 1997, la crise financi&#232;re asiatique obligea la Cor&#233;e du Sud &#224; passer sous la tutelle du FMI en &#233;change d'un renflouement de 57 milliards de dollars, et le FMI exigea explicitement la pr&#233;carisation de la force de travail et des licenciements de masse pour appliquer son programme de restructurations. En d&#233;cembre 1997, Kim Dae Jong, dirigeant de l'opposition d&#233;mocratique depuis des d&#233;cennies, fut &#233;lu pr&#233;sident de la R&#233;publique ; en f&#233;vrier 1998, il amena la KCTU &#224; signer un &#171; accord historique &#187; et &#224; accepter des centaines de milliers de licenciements et des plans sociaux avec r&#233;ductions d'effectifs en accord avec les demandes du FMI, le tout en &#233;change de la l&#233;galisation d&#233;finitive du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Premi&#232;re partie : Contexte historique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;butant en juin 1987 et se poursuivant de mani&#232;re significative jusqu'en 1990, la vague de gr&#232;ves connue en Cor&#233;e sous le nom de Grande Lutte Ouvri&#232;re (Nodongja Taettujaeng) se range aux c&#244;t&#233;s de Solidarnosc polonais (1980-81), des conseils ouvriers iraniens de (1979-1981) et du Vague de gr&#232;ve br&#233;silienne de 1978-1983 comme l'un des principaux &#233;pisodes de la lutte de la classe ouvri&#232;re des ann&#233;es 1980. La vague de gr&#232;ves a bris&#233; les fondements d'une dictature presque ininterrompue apr&#232;s la fin de la guerre de Cor&#233;e, a obtenu d'importantes augmentations de salaire pour de larges secteurs de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne et a bri&#232;vement &#233;tabli (de 1990 &#224; 1994) des syndicats d&#233;mocratiques radicaux au sein du Congr&#232;s national des syndicats. (ChoNoHyop), engag&#233; au moins verbalement dans l'anticapitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine cette vague de gr&#232;ves a-t-elle triomph&#233; que ses acquis commencent &#224; &#234;tre s&#233;rieusement compromis. Le ChoNoHyop a &#233;t&#233; d&#233;truit par la r&#233;pression gouvernementale de ses meilleurs militants. Le gouvernement &#233;tait en revanche pr&#234;t &#224; tol&#233;rer les militants plus conservateurs de la Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU), &#224; partir de 1995 ; en d&#233;cembre 1996, le gouvernement a tent&#233; de faire adopter une loi sur la pr&#233;carisation du travail &#224; laquelle la KCTU s'est oppos&#233;e du bout des l&#232;vres lors de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de janvier 1997. &#192; l'automne 1997, la crise financi&#232;re asiatique a plac&#233; la Cor&#233;e du Sud sous la tutelle du FMI en &#233;change d'un plan de sauvetage de 57 milliards de dollars, le FMI exigeant explicitement la pr&#233;carisation de la main-d'&#339;uvre et des licenciements massifs dans le cadre de son programme de restructuration. En d&#233;cembre 1997, l'opposant d&#233;mocratique de longue date Kim Dae Jong a &#233;t&#233; &#233;lu pr&#233;sident de la Cor&#233;e,et en f&#233;vrier 1998, il a fait entrer la KCTU dans &#171; l'accord historique &#187; pour accepter des centaines de milliers de licenciements et de r&#233;ductions d'effectifs conform&#233;ment aux exigences du FMI, en &#233;change d'une l&#233;galisation compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de fa&#231;ade, le gouvernement de Kim Dae Jong a &#233;galement cr&#233;&#233; en 1998 la Commission tripartite de l'&#201;tat, du capital et du travail selon des principes corporatistes, un organe d&#233;nu&#233; de sens qui n'a agi, bien s&#251;r, qu'au nom de l'&#201;tat et du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce tableau sombre et une s&#233;rie de revers presque interminables, la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne a d&#251; &#234;tre battue petit &#224; petit, avec de longues et am&#232;res gr&#232;ves, et les &#233;v&#233;nements r&#233;cents montrent que cette combativit&#233; est loin d'&#234;tre &#233;limin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, vingt ans apr&#232;s la Grande Lutte Ouvri&#232;re de 1987, la situation du travail en Cor&#233;e est devenue l'une des pr&#233;carisations capitalistes les plus r&#233;ussies au monde, certainement dans n'importe quel pays industriel avanc&#233;. Environ 10 % de la main-d'&#339;uvre cor&#233;enne est organis&#233;e dans des syndicats KCTU avec des emplois et des salaires r&#233;guliers, tandis que 60 % sont pr&#233;caris&#233;s, externalis&#233;s et r&#233;duits. Chez Hyundai Motor Company, par exemple, l'un des bastions du militantisme industriel de 1987-90, les travailleurs r&#233;guliers et les travailleurs occasionnels travaillent c&#244;te &#224; c&#244;te, faisant exactement les m&#234;mes travaux, les occasionnels gagnant 50% du salaire des travailleurs r&#233;guliers. (ce dernier gagnant entre 50 000 $ et 60 000 $ par an, plus les primes et les heures suppl&#233;mentaires). La KCTU est largement d&#233;test&#233;e dans la classe ouvri&#232;re pr&#233;caris&#233;e en tant que porte-parole corporatiste des travailleurs r&#233;guliers tr&#232;s bien pay&#233;s,et les travailleurs r&#233;guliers de leur c&#244;t&#233; ont m&#234;me agress&#233; physiquement des travailleurs occasionnels lorsque ces derniers se sont mis &#224; l'&#233;tat sauvage (comme cela s'est produit par exemple chez Kia Motor Company en ao&#251;t 2007). Lors des r&#233;centes &#233;lections (d&#233;cembre 2007), un grand nombre de travailleurs ont vot&#233; pour Lee Myoung Back, candidat d'extr&#234;me droite du parti One Nation Party (Hanaratang), ancien PDG de Hyundai et maire de S&#233;oul, dans le vain espoir d'un retour &#224; l'&#233;conomie expansive. des ann&#233;es 1970 et 1980.dans le vain espoir d'un retour &#224; l'&#233;conomie expansive des ann&#233;es 1970 et 1980.dans le vain espoir d'un retour &#224; l'&#233;conomie expansive des ann&#233;es 1970 et 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne est pass&#233;e de la lutte et de la victoire offensives &#224; la pr&#233;carit&#233; et &#224; la retraite en &#224; peine deux d&#233;cennies, c'est donc le sujet de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me partie : la d&#233;mocratie vend l'aust&#233;rit&#233; ; Lutte des classes dans un r&#233;gime de d&#233;veloppement autoritaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ferions bien de situer l'exp&#233;rience de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne dans le cycle plus large des transitions de la dictature &#224; la d&#233;mocratie (bourgeoise), commen&#231;ant en Espagne et au Portugal (1974-1976) et se poursuivant dans des pays comme la Pologne et le Br&#233;sil. On peut &#233;galement noter qu'apr&#232;s les &#171; transitions &#187; ib&#233;riques, les explosions qui ont suivi ont eu lieu pendant une p&#233;riode de recul et de recul des classes ouvri&#232;res nord-am&#233;ricaines et europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, elles ont eu lieu dans le contexte g&#233;n&#233;ral de crise &#233;conomique mondiale apr&#232;s la fin du boom de l'apr&#232;s-guerre. En Ib&#233;rie, en Pologne et au Br&#233;sil, comme en Cor&#233;e du Sud, une intervention majeure de la classe ouvri&#232;re dans la politique et la soci&#233;t&#233; a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une longue p&#233;riode de &#171; croissance &#233;conomique &#187; intensive (de qualit&#233; tr&#232;s variable) et de r&#233;pression intensive de l'activit&#233;, de l'organisation et les salaires. Dans chaque cas, les luttes ouvri&#232;res &#233;taient au c&#339;ur de la bataille de l'&#171; opposition d&#233;mocratique &#187; plus large contre la dictature, et dans chaque cas, l'&#171; opposition d&#233;mocratique &#187; plus large a pris le pouvoir et mis en &#339;uvre (toujours en &#233;troite collaboration avec&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;capital international) des programmes d'aust&#233;rit&#233; s&#233;v&#232;res qui ont fragment&#233; le mouvement ouvrier. On pourrait conclure que &#171; la d&#233;mocratie vend l'aust&#233;rit&#233; &#187; et c'est effectivement ma conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas cor&#233;en, bien s&#251;r, a de nombreux d&#233;tails qui ne devraient pas &#234;tre submerg&#233;s par une comparaison g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e &#233;tait, en 1960, consid&#233;r&#233;e comme un &#171; cas du panier &#187; &#233;conomique, aussi pauvre par habitant que l'Inde ou la Tanzanie. En 1996, en grande pompe, elle a &#233;t&#233; accueillie au sein de l'OCDE en tant qu'&#171; &#233;conomie avanc&#233;e &#187; et seulement un an plus tard (comme indiqu&#233;) est tomb&#233;e sous le contr&#244;le du FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la Cor&#233;e, l'un des &#171; tigres &#187; asiatiques aux c&#244;t&#233;s de Ta&#239;wan, Hong Kong et Singapour, s'est impos&#233;e dans la p&#233;riode 1960-1997 comme l'une des rares r&#233;ussites, face &#224; la centaine d'&#233;checs et de r&#233;gressions des pays du Tiers-Monde b&#233;n&#233;ficiaires. de l'&#171; aide &#187; occidentale et de la tutelle du FMI et de la Banque mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui rend la Cor&#233;e diff&#233;rente ? On peut tout de suite citer son statut particulier (comme les autres tigres) d'avant-poste &#171; vitrine &#187; de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, dont le succ&#232;s &#233;conomique fut un important contrepoids de propagande aux r&#233;gimes (dits) socialistes du voisinage imm&#233;diat, &#224; savoir la Cor&#233;e du Nord, la Chine. et l'Union sovi&#233;tique. Les &#201;tats-Unis, avec des dizaines de milliers de soldats en Cor&#233;e du Sud apr&#232;s la fin de la guerre de Cor&#233;e, ont tol&#233;r&#233; l&#224;-bas des politiques de d&#233;veloppement &#233;tatiques auxquelles ils s'opposaient ou renversaient r&#233;guli&#232;rement dans le reste du monde sous-d&#233;velopp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, la Cor&#233;e du Sud, comme Taiwan, se distingue de presque tous les autres pays du Tiers-Monde par la r&#233;forme agraire qui a d&#233;finitivement &#233;limin&#233; l'aristocratie pr&#233;capitaliste &#171; yangban &#187; entre 1945 et 1950. (Cette r&#233;forme a eu lieu sous la pression intense de la r&#233;forme agraire. au nord, l'un s'est &#233;tendu au sud lorsque les arm&#233;es de Kim il-sung ont bri&#232;vement captur&#233; presque toute la p&#233;ninsule dans les premiers mois de la guerre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, la Cor&#233;e du Sud, pauvre en ressources naturelles et &#233;cras&#233;e par les hostilit&#233;s de 1950-1953, est le pays par excellence du &#171; capital humain &#187;, avec une forte emphase, pour ne pas dire la folie de l'&#233;ducation. M&#234;me en 1960, le taux d'alphab&#233;tisation des adultes &#233;tait de 90 %, ce qui est &#224; peine le cas dans les pays comparables du tiers monde &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pays a &#233;t&#233; divis&#233; au 38e parall&#232;le en 1945 par les arm&#233;es d'occupation des &#201;tats-Unis et de l'Union sovi&#233;tique. La d&#233;faite du Japon lors de la Seconde Guerre mondiale a mis fin &#224; 35 ans de domination coloniale japonaise, cette derni&#232;re ayant &#233;t&#233; un moment important pour jeter les bases d'une &#233;conomie capitaliste moderne (l'h&#233;ritage exact de cette p&#233;riode est controvers&#233; &#224; ce jour).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les occupants japonais ont fui en ao&#251;t 1945, un &#224; deux millions de travailleurs de la zone am&#233;ricaine ont construit des conseils ouvriers (Changpyong, ou Conseil national des travailleurs de Choson) dans les usines abandonn&#233;es, moins de tout engagement sp&#233;cifique envers l'autogestion des travailleurs ( la gauche cor&#233;enne &#233;tait majoritairement stalinienne) que par simple n&#233;cessit&#233; de produire les bases de la vie quotidienne. Ce syst&#232;me de conseils ouvriers a &#233;t&#233; d&#251;ment ferm&#233; par les autorit&#233;s d'occupation am&#233;ricaines en d&#233;cembre 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans les pays europ&#233;ens occup&#233;s par l'Allemagne nazie et dont les bourgeoisies avaient &#233;galement &#233;t&#233; des collaborateurs, le yangban cor&#233;en et la petite classe capitaliste &#233;taient politiquement et socialement discr&#233;dit&#233;s. &#192; partir de ces forces h&#233;t&#233;roclites, l'occupation am&#233;ricaine a d&#251; concocter un gouvernement viable capable de vaincre les ouvriers et les paysans &#233;veill&#233;s, dont beaucoup &#233;taient fortement favorables &#224; Kim il-Sung et &#224; ses forces de gu&#233;rilla, et g&#233;n&#233;ralement en faveur d'un changement radical. Les &#201;tats-Unis se sont empar&#233;s de la figure de Rhee Syngman et ont supervis&#233; et particip&#233; &#224; l'&#233;crasement sans merci de la gauche dans la zone sud au cours de cinq ann&#233;es de guerre partisane et de massacres avant le d&#233;clenchement de la guerre avec la Cor&#233;e du Nord en juin 1950.Ce qui restait d'une gauche s&#233;rieuse en 1950 a &#233;t&#233; physiquement &#233;limin&#233; pendant les ann&#233;es de guerre ou s'est enfui vers le Nord (o&#249; beaucoup d'entre eux ont &#233;galement &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s). La continuit&#233; avec la gauche cor&#233;enne d'avant 1945 dans le sud a &#233;t&#233; totalement rompue, un facteur qui a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans le r&#233;veil qui a commenc&#233; dans les ann&#233;es 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rhee Syngman a dirig&#233; une Cor&#233;e du Sud g&#233;n&#233;ralement inepte et &#233;conomiquement stagnante jusqu'en 1960, enti&#232;rement soutenue par le soutien et l'aide militaires am&#233;ricains. Il est finalement renvers&#233; lors d'&#233;meutes men&#233;es par des &#233;tudiants en 1960, et la Cor&#233;e du Sud profite d'une br&#232;ve ouverture d&#233;mocratique. Cette ouverture a &#233;t&#233; referm&#233;e par le coup d'&#201;tat de Park Chung-hee en 1961, et une nouvelle &#232;re a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Park Chung-hee n'&#233;tait pas, ou du moins pas seulement, le dictateur fantoche typique soutenu par les Am&#233;ricains de l'apr&#232;s-Seconde Guerre mondiale. Il est largement admis (bien qu'&#224; ma connaissance aucune preuve d&#233;finitive n'ait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e) pour avoir &#233;t&#233; communiste d&#232;s 1943, et en 1948, il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; dans le cadre d'un groupe d'&#233;tude communiste de jeunes officiers. Lorsqu'il a pris le pouvoir en 1961, les &#201;tats-Unis ont d'abord h&#233;sit&#233; &#224; le reconna&#238;tre, et &#224; plusieurs reprises au cours de son r&#233;gime dictatorial (1961-1979), les &#201;tats-Unis se sont m&#233;fi&#233;s de ses impulsions nationalistes (comme dans son programme nucl&#233;aire ind&#233;pendant) et de ses flirts diplomatiques occasionnels avec la Cor&#233;e du Nord. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Park avait fait ses &#233;tudes dans une acad&#233;mie militaire japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale et &#233;tait tr&#232;s amoureux du mod&#232;le de d&#233;veloppement &#233;conomique japonais, qu'il tenta rapidement d'imiter en Cor&#233;e du Sud, avec un certain succ&#232;s. Le mod&#232;le japonais ayant &#233;t&#233; &#224; son tour copi&#233; sur le mod&#232;le prussien &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, la Cor&#233;e du Sud a acquis un certain placage &#171; allemand &#187; qui est g&#233;n&#233;ralement occult&#233; par l'h&#233;ritage japonais tr&#232;s contest&#233; (et souvent occult&#233;). La constitution de Park, par exemple, a &#233;t&#233; &#233;crite par un juriste cor&#233;en qui a &#233;tudi&#233; le droit en Allemagne dans les ann&#233;es 50 et qui s'est &#233;pris des th&#233;ories de Carl Schmitt ; par cons&#233;quent, &#171; l'&#233;tat d'urgence &#187; &#233;tait la pierre angulaire de l'id&#233;ologie de Park. Ahn Ho Sang, qui avait &#233;t&#233; ouvertement pro-nazi dans les ann&#233;es 30 et avait &#233;tudi&#233; en Allemagne &#224; l'&#233;poque hitl&#233;rienne,a &#233;crit les manuels d'histoire du lyc&#233;e d'apr&#232;s-guerre avec le genre de mythe hyper-nationaliste h&#233;rit&#233; du populisme romantique allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, Park a r&#233;prim&#233; les capitalistes parasites de la p&#233;riode Rhee et les a soit &#233;limin&#233;s, soit entra&#238;n&#233;s dans l'investissement productif. Il a mis en &#339;uvre la politique du &#171; nouveau village &#187; (Se Maul) &#224; la campagne, con&#231;ue pour capitaliser pleinement l'agriculture et forcer de grandes populations rurales vers les villes et vers l'emploi industriel. Par le biais de la F&#233;d&#233;ration anticommuniste des syndicats cor&#233;ens de la guerre froide (FKTU), le r&#233;gime a exerc&#233; un contr&#244;le draconien sur le travail, avec des semaines de travail post&#233; de sept jours et 12 heures qui ne sont pas inhabituelles, et appliqu&#233;es si n&#233;cessaire avec la terreur et la torture polici&#232;res. A l'&#233;poque du Parc, les fameux chaebol (conglom&#233;rats) s'&#233;levaient &#224; la pr&#233;&#233;minence, sous contr&#244;le &#233;tatique du cr&#233;dit et s&#233;lection d'industries &#171; championnes nationales &#187;,cette pratique a ensuite &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e comme un &#171; capitalisme de copinage &#187; lorsque l'&#233;conomie cor&#233;enne a connu des difficult&#233;s dans les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e, comme les autres tigres et contrairement &#224; la plupart des pays du tiers monde &#224; cette &#233;poque, s'est d&#233;velopp&#233;e en progressant, avec une strat&#233;gie orient&#233;e vers l'exportation, vers le haut de la &#171; cha&#238;ne de produits &#187; internationale, en commen&#231;ant par les textiles et autres industries de consommation l&#233;g&#232;re, puis en proc&#233;dant &#224; la fabrication (automobile, construction navale) et enfin &#224; la haute technologie, capturant d'importants march&#233;s mondiaux pour les composants informatiques dans les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s &#233;conomique des d&#233;cennies Park chung-hee, &#233;videmment, ne peut &#234;tre s&#233;par&#233; ni de ses m&#233;thodes dictatoriales ni de la conjoncture internationale de l'&#233;poque (deux r&#233;alit&#233;s largement ignor&#233;es aujourd'hui dans les d&#233;bats sur les probl&#232;mes &#233;conomiques croissants de la Cor&#233;e du Sud ; la victoire en d&#233;cembre 2007 du l'extr&#234;me droite aux &#233;lections pr&#233;sidentielles s'inspire d'une vision nostalgique et ros&#233;e de l'&#233;poque du Parc). En plus de b&#233;n&#233;ficier de sa grande visibilit&#233; dans la strat&#233;gie g&#233;opolitique am&#233;ricaine de la guerre froide, l'&#233;conomie sud-cor&#233;enne a &#233;galement profit&#233; de la vague croissante d'investissements industriels qui, &#224; partir de ca. 1965, a commenc&#233; &#224; chercher des lieux en dehors de l'Am&#233;rique du Nord et de l'Europe. La r&#233;mun&#233;ration des Cor&#233;ens &#224; l'&#233;tranger a &#233;galement jou&#233; un r&#244;le important,alors que les troupes sud-cor&#233;ennes rapatriaient des millions de dollars de leur service pendant la guerre du Vietnam et que des dizaines de milliers de travailleurs sud-cor&#233;ens se rendaient au Moyen-Orient pour travailler sur des projets de construction pendant le boom p&#233;trolier d'apr&#232;s 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de la centralit&#233; de la fabrication l&#233;g&#232;re dans la p&#233;riode de &#171; d&#233;collage &#187; des ann&#233;es 1960, la renaissance du mouvement ouvrier cor&#233;en n'a donc pas commenc&#233; par hasard dans les industries textiles, et pas non plus par hasard (puisque la main-d'&#339;uvre &#233;tait principalement compos&#233;e de jeunes femmes) dirig&#233;e par des travailleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ouvrier cor&#233;en contemporain marque ses d&#233;buts symboliques le 13 novembre 1970, lorsque Jeon Tae-il, un jeune ouvrier du textile, s'est immol&#233; lors d'une petite manifestation dans l'un des quartiers des ateliers clandestins de S&#233;oul. Jeon avait auparavant poursuivi toutes les formes l&#233;gales de r&#233;paration pour la main-d'&#339;uvre des ateliers clandestins, en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des ann&#233;es 1970 s'est caract&#233;ris&#233; par un nombre croissant de gr&#232;ves men&#233;es dans les conditions les plus extr&#234;mes par des ouvri&#232;res du textile. Les revendications &#233;taient simples et directes, visaient les horaires de travail inhumains, les bas salaires, les contrema&#238;tres autoritaires et la vie de dortoir forc&#233;e des femmes, qui &#233;taient g&#233;n&#233;ralement recrut&#233;es directement &#224; la campagne et dans les bidonvilles qui surgissaient autour de S&#233;oul et d'autres villes. Les frappes se sont heurt&#233;es presque sans exception &#224; une r&#233;pression brutale de la part du personnel de s&#233;curit&#233; de l'usine, de la police, des soldats et des voyous de la p&#232;gre cor&#233;en. La lutte pour une union d&#233;mocratique &#224; la Dongil Textile Company &#224; Inchon de 1972 &#224; 1976 a &#233;t&#233; exemplaire &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1970 ont &#233;galement vu les d&#233;buts de l'implication dans le mouvement ouvrier de groupes religieux (principalement chr&#233;tiens) et d'&#233;tudiants radicaux (ces derniers appel&#233;s &#171; hakchul &#187;, ou &#171; venant de l'universit&#233; &#187;). Les groupes religieux s'inspiraient de la th&#233;ologie catholique de la lib&#233;ration et de doctrines sociales protestantes similaires. Les groupes religieux et les &#233;tudiants ont form&#233; des &#233;coles du soir pour les travailleurs du textile, enseignant l'alphab&#233;tisation et les comp&#233;tences de secr&#233;tariat, mais aussi les droits fondamentaux des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1970, enfin, virent l'essor du mouvement minjung (culture populaire), &#233;troitement li&#233; au mouvement religieux et hakchul. Le mouvement minjung en grande partie de la classe moyenne a atteint la culture populaire cor&#233;enne, s'effritant rapidement sous l'impact de la modernisation de la marche forc&#233;e, et a tent&#233; de l'utiliser dans la cr&#233;ation d'une &#171; contre-culture de la lutte &#187; utilisant la musique et la danse du chamanisme cor&#233;en et rural. des traditions paysannes, des cr&#233;ations qui ont r&#233;ussi &#224; solidifier la d&#233;termination du groupe &#224; lutter contre les vicissitudes et la r&#233;pression. &#192; ce jour, le chant, qui rappelle les IWW am&#233;ricains, reste une partie importante du mouvement ouvrier cor&#233;en, avec des manifestations et des gr&#232;ves chantant des dizaines de chansons que tout le monde conna&#238;t par c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement cor&#233;en des ann&#233;es 1970, qu'il soit ouvrier ou hakchul ou minjung ou religieux, restait tr&#232;s dans le cadre de l'id&#233;ologie d&#233;mocratique lib&#233;rale et avait tendance &#224; consid&#233;rer avec sympathie les &#201;tats-Unis comme une force qui orienterait la dictature cor&#233;enne vers la d&#233;mocratie. Tout cela a chang&#233; avec le soul&#232;vement de Kwangju et le massacre qui a suivi en mai 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e a &#233;t&#233; historiquement un pays de loyaut&#233;s r&#233;gionales intenses, loyaut&#233;s qui ont persist&#233; &#224; l'&#232;re du capitalisme moderne. La province de Cholla, au sud-ouest, est traditionnellement une r&#233;gion d'agriculture et de retard. Park chung-hee, quant &#224; lui, &#233;tait originaire de la province du sud-est du Gyeongsang, et ses politiques industrielles y &#233;taient principalement dirig&#233;es, donnant naissance aux grands centres d'Ulsan, Pohang et Pusan. Les habitants de la province de Cholla en voulaient &#224; cette n&#233;gligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1979, des manifestations de masse balayaient le pays, r&#233;clamant la d&#233;mocratie. Les travailleurs &#233;taient &#224; l'avant-garde de bon nombre de ces manifestations. En octobre de la m&#234;me ann&#233;e, Park chung-hee a &#233;t&#233; assassin&#233; par le chef de la Central Intelligence Agency cor&#233;enne, pr&#233;tendument apr&#232;s une dispute sur la mani&#232;re de contenir et de r&#233;primer les manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me partie : Le soul&#232;vement de Kwangju et le tournant vers le &#171; marxisme-l&#233;ninisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une br&#232;ve ouverture d&#233;mocratique, similaire &#224; 1960, a eu lieu, mais Park a &#233;t&#233; remplac&#233; par un autre dictateur militaire, Chun Doo Hwan. En mai 1980, l'arm&#233;e a tir&#233; sur une manifestation &#224; Kwangju, la plus grande ville de la province de Cholla. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233; un soul&#232;vement au cours duquel la population de Kwangju a pris le contr&#244;le de la ville, s'est arm&#233;e d'armes provenant d'un arsenal militaire et a combattu les forces de r&#233;pression, y compris une unit&#233; d'&#233;lite retir&#233;e de la DMZ avec la Cor&#233;e du Nord, pendant des jours. Les estimations du nombre total de morts des deux c&#244;t&#233;s (la plupart d'entre eux de toute &#233;vidence de la r&#233;pression de la r&#233;volte) &#224; Kwangju vont jusqu'&#224; 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwangju a &#233;t&#233; boucl&#233; et une censure extr&#234;me a emp&#234;ch&#233; toute fuite d'informations s&#233;rieuses. (La loi draconienne sur la s&#233;curit&#233; nationale de la Cor&#233;e, datant de 1948 et toujours en vigueur aujourd'hui, a fait un crime grave, jusque dans les ann&#233;es 1990, de discuter du soul&#232;vement de Kwangju en public.) . Cependant, il &#233;tait largement admis que le gouvernement am&#233;ricain, du r&#233;cent renversement du Shah d'Iran en 1979, au milieu de la crise des otages de T&#233;h&#233;ran, et ne voulant plus de mouvements radicaux de masse contre les dictateurs pro-am&#233;ricains, avait &#233;t&#233; profond&#233;ment impliqu&#233; dans la d&#233;cision d'utiliser la force extr&#234;me (une croyance consid&#233;rablement renforc&#233;e par la divulgation plus r&#233;cente de documents sur la communication de gouvernement &#224; gouvernement pendant la crise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment-l&#224;, le mouvement cor&#233;en s'est rapidement &#233;loign&#233; des id&#233;ologies lib&#233;rales d&#233;mocratiques et religieuses des ann&#233;es 1970 pour adopter une orientation r&#233;volutionnaire plus radicale, essentiellement &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournant id&#233;ologique montre l'importance de toute la p&#233;riode ant&#233;rieure : la discontinuit&#233; quasi totale avec la gauche qui a &#233;merg&#233; apr&#232;s l'effondrement du Japon en 1945 et qui a &#233;t&#233; d&#233;truite par la r&#233;pression gouvernementale et militaire am&#233;ricaine entre 1945 et 1953 ; les d&#233;cennies de dictature apr&#232;s la guerre de Cor&#233;e qui ont qualifi&#233; la critique sociale la plus mod&#233;r&#233;e d'inspiration nordiste ; l'isolement de la Cor&#233;e du Sud du bouillonnement mondial des ann&#233;es 1960 et au-del&#224;. (Lorsque des &#233;tudiants cor&#233;ens ont rejoint des groupes d'opposition clandestins dans les ann&#233;es 1970 et 1980, l'une des premi&#232;res t&#226;ches &#233;tait souvent d'apprendre le japonais, afin de lire tous les livres politiques (et particuli&#232;rement marxistes) qui ne pouvaient pas &#234;tre publi&#233;s en Cor&#233;e.) Ainsi les d&#233;cennies -longue &#233;rosion du stalinisme tel qu'il a &#233;t&#233; v&#233;cu en Europe et aux &#201;tats-Unis, l'impact de 1968 et de la Nouvelle Gauche occidentale, la critique radicale du l&#233;ninisme,la renaissance de Hegel et l'impact de la popularisation du Marx des ann&#233;es 1840 &#233;taient tous inconnus ou vus &#224; travers une vitre sombre en Cor&#233;e du Sud. (Au d&#233;but des ann&#233;es 1980, un groupe d'&#233;tude clandestin se forma pour lire les &#233;crits de Lukacs et Hegel sur l'esth&#233;tique - en allemand - et fut d&#233;couvert ; ses membres furent condamn&#233;s &#224; six mois de prison.) En cons&#233;quence, la radicalisation du mouvement cor&#233;en apr&#232;s Kwangju proc&#233;dait presque invariablement selon les lignes staliniennes, &#171; marxistes-l&#233;ninistes &#187;, pro-sovi&#233;tique, pro-Chine, pro-Cor&#233;e du Nord, mais stalinienne &#224; tous les niveaux. Trotsky &#233;tait peu connu jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.un groupe d'&#233;tude clandestin form&#233; pour lire les &#233;crits de Lukacs et Hegel sur l'esth&#233;tique &#8211; en allemand &#8211; fut d&#233;couvert ; ses membres ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; six mois de prison.) En cons&#233;quence, la radicalisation du mouvement cor&#233;en apr&#232;s Kwangju s'est d&#233;roul&#233;e presque invariablement selon les lignes staliniennes, &#171; marxistes-l&#233;ninistes &#187;, pro-sovi&#233;tique, pro-Chine, pro-Cor&#233;e du Nord, mais stalinien &#224; tous les niveaux. Trotsky &#233;tait peu connu jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.un groupe d'&#233;tude clandestin form&#233; pour lire les &#233;crits de Lukacs et Hegel sur l'esth&#233;tique &#8211; en allemand &#8211; fut d&#233;couvert ; ses membres ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; six mois de prison.) En cons&#233;quence, la radicalisation du mouvement cor&#233;en apr&#232;s Kwangju s'est d&#233;roul&#233;e presque invariablement selon les lignes staliniennes, &#171; marxistes-l&#233;ninistes &#187;, pro-sovi&#233;tique, pro-Chine, pro-Cor&#233;e du Nord, mais stalinien &#224; tous les niveaux. Trotsky &#233;tait peu connu jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 1980, sans parler des critiques de gauche de Trotsky.pour ne rien dire des critiques de gauche de Trotsky.pour ne rien dire des critiques de gauche de Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines des factions marxistes-l&#233;ninistes qui ont &#233;merg&#233; dans les ann&#233;es 1980 ont &#233;t&#233; le point de d&#233;part des deux tendances majeures du mouvement cor&#233;en organis&#233; aujourd'hui (&#224; la fois au sein de la KCTU mentionn&#233;e pr&#233;c&#233;demment et du Parti travailliste d&#233;mocrate cor&#233;en ou KDLP). Ces factions sont la &#171; Lib&#233;ration nationale &#187; pro-cor&#233;enne (NL, ou juche-istes, ainsi appel&#233;e en raison de la doctrine nord-cor&#233;enne du &#171; juche &#187; ou de l'autonomie) et de la grande minorit&#233; &#171; D&#233;mocratie populaire &#187; (PD, plus social-d&#233;mocrate) . &#192; l'approche de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de d&#233;cembre 2007, les juch&#233;istes ont pris le contr&#244;le total de l'appareil du KDLP et ont purg&#233; certains membres du PD. (Il est &#233;galement important de noter que les factions NL et PD ont leur base principalement dans les syndicats de cols blancs, tels que les banques, les enseignants et autres fonctionnaires, alors que les cols bleus sont largement indiff&#233;rents aux deux. Sous la direction de NL,le vote KDLP &#224; l'&#233;chelle nationale a chut&#233;, par rapport &#224; 2002, aux &#233;lections de d&#233;cembre 2007 de 5 &#224; 3%, et &#224; Ulsan, le bastion de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne, de 11 &#224; 8%.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme est end&#233;mique en Cor&#233;e, y compris dans le mouvement ouvrier. Les raisons en sont &#224; rechercher dans les si&#232;cles de domination &#233;trang&#232;re (chinoise, puis japonaise, puis am&#233;ricaine), la division du pays apr&#232;s 1945, et la position g&#233;opolitique de la Cor&#233;e au &#171; carrefour &#187; des Chinois, Japonais, Russes et Am&#233;ricains. sph&#232;res d'influence. La p&#233;ninsule cor&#233;enne, ou son h&#233;g&#233;monie, a &#233;t&#233; le prix des intrusions &#233;trang&#232;res il y a des si&#232;cles, et plus r&#233;cemment la guerre sino-japonaise de 1895, la guerre russo-japonaise de 1904-1905, et plus r&#233;cemment la guerre de Cor&#233;e. &#171; Quand les baleines se battent, les vairons se mettent &#224; l'abri &#187; est un vieux proverbe cor&#233;en exprimant cette r&#233;alit&#233;. La tentative japonaise, sur 35 ans (1910-1945) de domination coloniale, d'&#233;liminer pratiquement la culture cor&#233;enne a encore renforc&#233; cette impulsion nationaliste. Enfin, les mythes d'homog&#233;n&#233;it&#233; ethnique,renforc&#233;s par des manuels d'histoire populistes mythiques ou plus r&#233;cemment des drames historiques &#224; la t&#233;l&#233;vision sur les &#233;poques de la grandeur cor&#233;enne, compl&#232;tent le tableau. (Une version diff&#233;rente, encore plus virulente, de ce nationalisme est promue en Cor&#233;e du Nord.) Dans ce contexte, m&#234;me des &#233;v&#233;nements sportifs, comme les Jeux olympiques de S&#233;oul en 1988 ou les succ&#232;s de l'&#233;quipe cor&#233;enne lors des &#233;liminatoires de la Coupe du monde 2002, deviennent des &#233;v&#233;nements dans le forger une identit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#234;mes raisons g&#233;opolitiques, toute &#233;mergence d'une lutte de classe s&#233;rieuse en Cor&#233;e du Sud prend imm&#233;diatement une dimension internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme &#233;tait donc incontest&#233; dans le renouveau de la gauche dans les ann&#233;es 1970 et 1980. Alors qu'un &#171; marxisme &#187; stalinis&#233; repoussait les orientations d&#233;mocratiques lib&#233;rales d'avant Kwangju au cours des ann&#233;es 1980, les importations dominantes &#233;taient des variantes de la th&#233;orie de l'imp&#233;rialisme de L&#233;nine, de la th&#233;orie du capital monopoliste et de la th&#233;orie de la d&#233;pendance, popularis&#233;es par les groupes marxistes-l&#233;ninistes et par des journaux clandestins influents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 1980 ont &#233;galement vu l'acc&#233;l&#233;ration du mouvement hakchul dans les usines, aussi r&#233;pandu que n'importe quel &#171; tournant vers la classe ouvri&#232;re &#187; comparable dans les pays occidentaux par les radicaux de la classe moyenne apr&#232;s 1968. Au sommet du mouvement, des milliers d'anciens &#233;tudiants avaient pris des emplois d'usine, et &#224; l'occasion m&#234;me men&#233; des gr&#232;ves importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement cor&#233;en de la fin des ann&#233;es 1980 consid&#233;rait &#224; juste titre la Cor&#233;e du Sud comme un pays &#171; p&#233;riph&#233;rique &#187; du syst&#232;me imp&#233;rial am&#233;ricain, dont seuls le &#171; socialisme &#187; (au sens stalinien) et la r&#233;unification nationale pouvaient l'extirper. Il y avait ainsi une tendance &#224; sous-estimer la profondeur du d&#233;veloppement industriel cor&#233;en et surtout l'&#233;lasticit&#233; du syst&#232;me qui permettrait des salaires nettement plus &#233;lev&#233;s dans un cadre capitaliste apr&#232;s la r&#233;volte ouvri&#232;re de 1987-1990. De telles th&#233;ories ont &#233;t&#233; renforc&#233;es par le fait que la Cor&#233;e du Sud n'a rattrap&#233; et d&#233;pass&#233; la Cor&#233;e du Nord &#233;conomiquement qu'environ. 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convergence de tous ces facteurs signifiait que l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique en 1991, co&#239;ncidant avec le ralentissement des luttes ouvri&#232;res apr&#232;s 1990, a eu un impact psychologique bien plus lourd sur les militants en Cor&#233;e que partout ailleurs en Occident, o&#249; le prestige de l'Union sovi&#233;tique se d&#233;gonfle depuis au moins 1956 et certainement depuis 1968. L'ambiance &#233;tait d&#233;j&#224; devenue sombre au printemps 1991, lorsqu'un &#233;tudiant de S&#233;oul a &#233;t&#233; battu &#224; mort par la police et que les candidats de la gauche d&#233;mocrate ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s lors des &#233;lections municipales de juin 1991. &#233;lections, comme pour souligner un sentiment de d&#233;faitisme et de futilit&#233; apr&#232;s des ann&#233;es de mobilisation et de lutte. On peut ajouter que l'&#233;conomie cor&#233;enne, dans une phase de boom dans la p&#233;riode 1986-88 et la premi&#232;re phase de la Grande Lutte Ouvri&#232;re, &#233;tait entr&#233;e dans de nouvelles difficult&#233;s en 1990,difficult&#233;s dont il ne s'est jamais compl&#232;tement remis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme des d&#233;veloppements comparables en Occident apr&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, des milliers d'activistes ont abandonn&#233;, se sont retir&#233;s dans la vie priv&#233;e, ont tent&#233; de poursuivre des carri&#232;res dans la classe moyenne ou, dans le monde universitaire, ont succomb&#233; &#224; l'attrait du post-modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me partie : La politique nationale et la grande lutte des travailleurs, 1987-1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une discussion sur la toile de fond politique du cours de la lutte des classes est &#233;galement indispensable. &#192; partir des ann&#233;es 1980, les luttes des travailleurs pour des syndicats d&#233;mocratiques sont pass&#233;es (avec l'&#233;conomie cor&#233;enne elle-m&#234;me) de l'industrie l&#233;g&#232;re &#224; l'industrie lourde. La dictature militaire de Chun Doo Hwan qui a succ&#233;d&#233; &#224; Park chung-hee a &#233;t&#233; forc&#233;e d'assouplir les contr&#244;les au milieu des ann&#233;es 1980, sous la pression croissante de l'opposition d&#233;mocratique plus large &#224; l'approche des Jeux olympiques panasiatiques (1986) et des Jeux olympiques de S&#233;oul ( 1988). En particulier, la &#171; d&#233;claration de d&#233;mocratisation &#187; de juin 1987, faite en r&#233;ponse &#224; la menace que la classe ouvri&#232;re se joigne aux manifestations pro-d&#233;mocratie, a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur imm&#233;diat de la Grande Lutte Ouvri&#232;re de cet &#233;t&#233;. Pour la premi&#232;re fois, le mouvement s'est d&#233;plac&#233; de la r&#233;gion de S&#233;oul-Inchon vers les nouvelles zones industrielles du sud d'Ulsan,Masan et Changwon. Au total, il y a eu plus de 3 000 gr&#232;ves en 1987, gagnant la syndicalisation, 25 &#224; 30 % d'augmentations de salaire et l'abolition de la discipline militaire d&#233;test&#233;e (longueur de cheveux impos&#233;e, exercices matinaux obligatoires) dans les usines. Ulsan, en particulier, la ville de l'entreprise Hyundai, a connu une mobilisation de rue massive et des combats de rue qui ont dur&#233; jusqu'en 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de 128 jours (d&#233;cembre 1988-avril 1989) chez Hyundai Heavy Industries (HHI) a abouti &#224; une attaque militaire coordonn&#233;e contre le chantier naval occup&#233; de Hyundai par 9 000 soldats et policiers, venant de la mer, de l'air et de la terre. Cela a &#233;t&#233; suivi de dix jours de combats de rue (mobilisant non seulement les travailleurs mais leurs femmes et leurs enfants) dans les quartiers ouvriers d'Ulsan. Cette lutte a &#233;t&#233; &#224; son tour suivie en 1990 par la gr&#232;ve de Goliat, toujours &#224; HHI, et qui s'est sold&#233;e par une cuisante d&#233;faite. (Hyundai a construit de vastes immeubles de grande hauteur pour les travailleurs en r&#233;ponse &#224; ces luttes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me partie : D&#233;clin et d&#233;but du retour en arri&#232;re, 1990-1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reflux des luttes offensives de masse de la p&#233;riode 1987-1990, et l'atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale de d&#233;faite qui s'en est suivie, ont ouvert une nouvelle phase dans les organisations ouvri&#232;res cor&#233;ennes. Les augmentations salariales remport&#233;es &#224; la fin des ann&#233;es 1980 ont bri&#232;vement renforc&#233; l'illusion de la possibilit&#233; d'une cohabitation capital-travail, et donc les courants r&#233;formistes. En particulier, au sein du Congr&#232;s national des syndicats (ChoNoHyop), la faction de lib&#233;ration nationale de droite et ouvertement r&#233;formiste (pro-nord-cor&#233;en) a commenc&#233; &#224; prendre le dessus sur la faction radicale affaiblie. (Le nom cor&#233;en de la faction NL, Kukminpa, signifie litt&#233;ralement 'Travail avec la nation'). Cette faction a toujours &#233;t&#233; orient&#233;e vers les bureaucrates et les politiciens. Comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment,une politique gouvernementale de r&#233;pression visant les meilleurs militants de la NCTU et la tol&#233;rance des r&#233;formistes ouverts d&#233;truisirent la NCTU en 1995 et conduisirent au regroupement de la KCTU sous la direction de droite. (En effet, lors de la fondation m&#234;me de la NCTU en janvier 1990, la plupart de ses dirigeants &#233;taient en prison ou dans la clandestinit&#233;.) La longue exp&#233;rience de la dictature et du copinage a &#233;galement rendu certains travailleurs initialement sympathiques &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise et au n&#233;olib&#233;ralisme. Ulsan est cependant rest&#233; en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a &#233;t&#233; tu&#233; en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaqu&#233; la mairie d'Ulsan, la lutte ayant finalement dur&#233; un mois.la plupart de ses dirigeants &#233;taient en prison ou dans la clandestinit&#233;.) La longue exp&#233;rience de la dictature et du copinage a &#233;galement rendu certains ouvriers initialement sympathiques &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise et au n&#233;olib&#233;ralisme. Ulsan est cependant rest&#233; en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a &#233;t&#233; tu&#233; en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaqu&#233; la mairie d'Ulsan, la lutte ayant finalement dur&#233; un mois.la plupart de ses dirigeants &#233;taient en prison ou dans la clandestinit&#233;.) La longue exp&#233;rience de la dictature et du copinage a &#233;galement rendu certains ouvriers initialement sympathiques &#224; la d&#233;mocratie bourgeoise et au n&#233;olib&#233;ralisme. Ulsan est cependant rest&#233; en effervescence intense et en juin 1991, lorsque Park Chang Su, un dirigeant syndical, a &#233;t&#233; tu&#233; en prison, 20 000 travailleurs de HHI et 30 000 de HMC ont attaqu&#233; la mairie d'Ulsan, la lutte ayant finalement dur&#233; un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, la Cor&#233;e du Sud a rejoint l'Organisation internationale du travail (OIT), &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me moment o&#249; les capitalistes se regroupaient pour une r&#233;pression des gains salariaux. Au cours de cette p&#233;riode, les travailleurs &#224; bas salaires du secteur public ont commenc&#233; &#224; s'organiser, les travailleurs de Korea Telcom (KT) &#233;tant les plus militants, m&#234;me si leurs luttes avaient tendance &#224; &#234;tre principalement ax&#233;es sur les salaires, bien que li&#233;es &#224; une pouss&#233;e pour la d&#233;mocratie sur le lieu de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1993-1994, le d&#233;bat a fait rage dans le mouvement sur la voie &#224; suivre, y compris un besoin ressenti de gr&#232;ves politiques. Les courants les plus radicaux voulaient d&#233;placer les syndicats des syndicats d'entreprise (la forme dominante des syndicats cor&#233;ens &#224; ce jour) aux syndicats de l'industrie, et cr&#233;er une organisation fa&#238;ti&#232;re. Alors que la NCTU continuait de d&#233;cliner sous les coups de la r&#233;pression et les machinations de la faction NL, la voie &#233;tait ouverte &#224; la cr&#233;ation de la KCTU, officiellement cr&#233;&#233;e (mais pas l&#233;galis&#233;e avant la crise du FMI) en novembre 1995. Certaines gr&#232;ves r&#233;ussies se sont poursuivies en 1995. -96, notamment une gr&#232;ve chez KT, qui a remport&#233; d'importants gains salariaux. En raison de ces gr&#232;ves, les salaires des cols bleus d&#233;passaient les salaires de la fonction publique. Dans le m&#234;me temps, les employeurs cor&#233;ens passaient de plus en plus du mod&#232;le chaebol &#224; une orientation vers les avantages de la mondialisation.Les deux parties se pr&#233;paraient &#224; la confrontation de 1996-1997 sur la loi sur la pr&#233;carisation du travail. &#192; l'automne 1996, la pression de la base et la pr&#233;paration d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale se sont intensifi&#233;es. Sous cette pression, la KCTU a d&#251; se retirer des discussions menant &#224; la tristement c&#233;l&#232;bre Commission tripartite (&#201;tat-travail-capital) qui, une fois de plus, sera cr&#233;&#233;e au milieu de la crise du FMI au printemps 1998. -dossier de rejet du groupe NL. Une contre-mesure importante des militants radicaux a &#233;t&#233; la formation des &#171; hyung-jang jujik &#187;, ou organisations d'atelier, qui ont tent&#233; de lutter contre la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des syndicats et de la KCTU avec une organisation alternative, non pas &#171; en dehors &#187; des syndicats mais en tant que pouvoir de l'ombre &#224; la fois au sein des syndicats et avec des liens &#171; horizontaux &#187; avec les militants d'autres syndicats,lutter contre une tendance &#224; l'esprit de clocher d'entreprise. L'arc du hyung-jang jujik s'est &#233;tendu de 1990 &#224; 2005. Dans diff&#233;rentes circonstances, le hyungjang jujik a r&#233;ussi &#224; prendre le pouvoir dans les principaux syndicats et a alors souvent succomb&#233; &#224; la bureaucratisation ; au cours de leurs derni&#232;res ann&#233;es, ils sont devenus la proie de divers groupes cherchant une voie d&#233;tourn&#233;e vers le pouvoir dans les syndicats, et se sont finalement effondr&#233;s. Mais au mieux, dans une situation g&#233;n&#233;ralement d&#233;fensive, ils ont conserv&#233; une continuit&#233; avec l'&#233;lan radical de la p&#233;riode 1987-1990.et finalement effondr&#233;. Mais au mieux, dans une situation g&#233;n&#233;ralement d&#233;fensive, ils ont conserv&#233; une continuit&#233; avec l'&#233;lan radical de la p&#233;riode 1987-1990.et finalement effondr&#233;. Mais au mieux, dans une situation g&#233;n&#233;ralement d&#233;fensive, ils ont conserv&#233; une continuit&#233; avec l'&#233;lan radical de la p&#233;riode 1987-1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sixi&#232;me partie : La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la crise du FMI, 1997-1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s No&#235;l 1996, le gouvernement cor&#233;en de Kim Young-sam, lors d'une session sp&#233;ciale nocturne du parlement sans la pr&#233;sence de l'opposition, a fait adopter la premi&#232;re d'une s&#233;rie de lois sur la pr&#233;carisation du travail visant &#224; faire entrer pleinement l'&#233;conomie sud-cor&#233;enne dans l'&#232;re de &#171; mondialisation &#187; et faciliter les licenciements pour les employeurs, ainsi que l'introduction de contrats &#224; plusieurs niveaux. Les employeurs, comme indiqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, avaient r&#233;guli&#232;rement r&#233;duit les gains des travailleurs de la fin des ann&#233;es 1980, et l'&#233;conomie s'est encore affaiblie jusqu'en 1996 avec l'acc&#233;l&#233;ration des faillites, mais il s'agissait de la premi&#232;re confrontation directe avec le pouvoir ouvrier nouvellement conquis. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La KCTU, fermement aux mains des droitiers qui avaient vaincu et supplant&#233; la NCTU, a appel&#233; &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale imm&#233;diate sous une intense pression de la base, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui a &#233;t&#233; largement suivie. M&#234;me la FKTU &#171; jaune &#187; conservatrice de l'&#233;poque de la guerre froide s'y est jointe. Les cols blancs y ont &#233;galement adh&#233;r&#233;, et &#224; son apog&#233;e, trois millions de travailleurs &#233;taient en gr&#232;ve. (La l&#233;gislation initiale a &#233;t&#233; retir&#233;e, mais une loi pratiquement identique a &#233;t&#233; adopt&#233;e en mars 1997, sans r&#233;ponse significative de la KCTU.) Encore une fois, l'exp&#233;rience historique de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne et la nouveaut&#233; de la pr&#233;carisation ont rendu la gr&#232;ve plus &#171; antifasciste &#187; qu'anti-n&#233;o-lib&#233;ral. La KCTU a fait tout ce qui &#233;tait en son pouvoir pour &#233;viter une confrontation avec le gouvernement et s'est activement d&#233;mobilis&#233;e l&#224; o&#249; elle le pouvait. La base, pour sa part, a fait preuve d'une grande spontan&#233;it&#233;,comme chez Hyundai et Kia Motor Company. On disait que la KCTU avait rencontr&#233; secr&#232;tement les capitalistes pour leur assurer que la gr&#232;ve &#233;tait sous contr&#244;le et qu'elle diminuait. Ils ont propos&#233; la tactique impuissante de la &#171; gr&#232;ve du mercredi &#187;, une tactique r&#233;p&#233;t&#233;e encore et encore au cours des ann&#233;es suivantes. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'est arr&#234;t&#233;e fin janvier, avec (comme indiqu&#233;) rien de r&#233;solu. &#192; la suite de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a &#233;t&#233; fond&#233; au printemps 1997, avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de droite dominants dans la majorit&#233; KCTU. L'&#233;chec de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de janvier 1997 a cependant &#233;t&#233; &#224; son tour &#233;clips&#233; par la d&#233;vastation de l'&#233;conomie cor&#233;enne lors de la crise financi&#232;re asiatique de 1997-1998.et d&#233;croissant. Ils ont propos&#233; la tactique impuissante de la &#171; gr&#232;ve du mercredi &#187;, une tactique r&#233;p&#233;t&#233;e encore et encore au cours des ann&#233;es suivantes. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'est arr&#234;t&#233;e fin janvier, avec (comme indiqu&#233;) rien de r&#233;solu. &#192; la suite de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a &#233;t&#233; fond&#233; au printemps 1997, avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de droite dominants dans la majorit&#233; KCTU. L'&#233;chec de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de janvier 1997 a cependant &#233;t&#233; &#224; son tour &#233;clips&#233; par la d&#233;vastation de l'&#233;conomie cor&#233;enne lors de la crise financi&#232;re asiatique de 1997-1998.et d&#233;croissant. Ils ont propos&#233; la tactique impuissante de la &#171; gr&#232;ve du mercredi &#187;, une tactique r&#233;p&#233;t&#233;e encore et encore au cours des ann&#233;es suivantes. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'est arr&#234;t&#233;e fin janvier, avec (comme indiqu&#233;) rien de r&#233;solu. &#192; la suite de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en (KDLP, ou Minju Nodong Tang) a &#233;t&#233; fond&#233; au printemps 1997, avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de droite dominants dans la majorit&#233; KCTU. L'&#233;chec de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de janvier 1997 a cependant &#233;t&#233; &#224; son tour &#233;clips&#233; par la d&#233;vastation de l'&#233;conomie cor&#233;enne lors de la crise financi&#232;re asiatique de 1997-1998.ou Minju Nodong Tang) a &#233;t&#233; fond&#233;e au printemps 1997, avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de droite dominants dans la majorit&#233; KCTU. L'&#233;chec de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de janvier 1997 a cependant &#233;t&#233; &#224; son tour &#233;clips&#233; par la d&#233;vastation de l'&#233;conomie cor&#233;enne lors de la crise financi&#232;re asiatique de 1997-1998.ou Minju Nodong Tang) a &#233;t&#233; fond&#233;e au printemps 1997, avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de droite dominants dans la majorit&#233; KCTU. L'&#233;chec de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de janvier 1997 a cependant &#233;t&#233; &#224; son tour &#233;clips&#233; par la d&#233;vastation de l'&#233;conomie cor&#233;enne lors de la crise financi&#232;re asiatique de 1997-1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ant en Tha&#239;lande en juillet 1997 avec l'effondrement de la monnaie tha&#239;landaise, la crise s'est propag&#233;e &#224; travers l'Asie au cours des mois suivants, car chaque pays qui avait embrass&#233; le &#171; march&#233; libre &#187; et donc assoupli les contr&#244;les des capitaux a vu une fuite massive de capitaux et la chute de sa monnaie. , la Tha&#239;lande, l'Indon&#233;sie et la Cor&#233;e du Sud &#233;tant les plus durement touch&#233;es. Le won cor&#233;en a chut&#233; de 40 % en novembre 1997, lorsque le gouvernement de Kim Young Sam a obtenu un renflouement de 57 milliards de dollars du FMI. Les quatre candidats aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre 1997 ont d&#251; signer une acceptation de l'accord du FMI comme condition de d&#233;caissement. Ainsi Kim Dae Jong, finalement &#233;lu pr&#233;sident de la Cor&#233;e apr&#232;s des d&#233;cennies dans le d&#233;sert de l'opposition d&#233;mocratique, a d&#251; consacrer son mandat &#224; la mise en &#339;uvre du paquet draconien de licenciements, de coupes dans les services gouvernementaux, dele rachat &#224; effet de levier et d&#233;r&#233;glement&#233; d'industries et de banques cor&#233;ennes par des &#233;trangers et la pr&#233;carisation de la main-d'&#339;uvre. La d&#233;mocratie cor&#233;enne, comme le travail organis&#233; cor&#233;en avant elle, a triomph&#233; au moment m&#234;me o&#249; l'accomplissement de sa promesse apparente ant&#233;rieure est devenu impossible, et a triomph&#233; en tant que feuille de vigne n&#233;cessaire pour une m&#233;decine aussi dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en fl&#232;che. Le FMI a d'abord exig&#233; que les banques cor&#233;ennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite &#233;t&#233; abaiss&#233; &#224; 30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de ch&#244;mage a tripl&#233; en 1999 et des millions de personnes ont &#233;t&#233; replong&#233;es dans la pauvret&#233;.a triomph&#233; au moment m&#234;me o&#249; l'accomplissement de sa promesse apparente ant&#233;rieure est devenu impossible, et a triomph&#233; comme la feuille de vigne n&#233;cessaire pour une m&#233;decine si dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en fl&#232;che. Le FMI a d'abord exig&#233; que les banques cor&#233;ennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite &#233;t&#233; abaiss&#233; &#224; 30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de ch&#244;mage a tripl&#233; en 1999 et des millions de personnes ont &#233;t&#233; replong&#233;es dans la pauvret&#233;.a triomph&#233; au moment m&#234;me o&#249; l'accomplissement de sa promesse apparente ant&#233;rieure est devenu impossible, et a triomph&#233; comme la feuille de vigne n&#233;cessaire pour une m&#233;decine si dure. Les faillites se multiplient et les suicides montent en fl&#232;che. Le FMI a d'abord exig&#233; que les banques cor&#233;ennes licencient 50% de leur personnel (le chiffre a ensuite &#233;t&#233; abaiss&#233; &#224; 30%) et un nombre similaire de fonctionnaires. Le taux de ch&#244;mage a tripl&#233; en 1999 et des millions de personnes ont &#233;t&#233; replong&#233;es dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, Kim Dae Jong et la KCTU ont jou&#233; leur r&#244;le. Comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, Kim a entra&#238;n&#233; la direction de la KCTU dans les accords tripartites de f&#233;vrier 1998, la KCTU approuvant des licenciements massifs d'urgence. La base de la KCTU s'est r&#233;volt&#233;e contre une reddition aussi abjecte et a renvers&#233; la direction qui avait sign&#233; l'accord. Il y a eu quelques gr&#232;ves &#224; grande &#233;chelle contre les licenciements en 1998, comme la gr&#232;ve de la Hyundai Motor Company (HMC), mais les nouveaux dirigeants de la KCTU ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s et les gr&#232;ves ont g&#233;n&#233;ralement &#233;t&#233; d&#233;faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la crise de la FIOM, de nombreuses petites usines ont &#233;t&#233; an&#233;anties, y compris celles avec une main-d'&#339;uvre militante originaire de la vague de gr&#232;ves de la fin des ann&#233;es 1980 et auparavant sympathique &#224; la NCTU. Pour la premi&#232;re fois, conform&#233;ment aux exigences de la FIOM, les travailleurs int&#233;rimaires sont devenus un ph&#233;nom&#232;ne majeur dans la main-d'&#339;uvre cor&#233;enne. En r&#233;ponse &#224; la vente impos&#233;e des actions de Korea Telcom aux investisseurs de Wall Street, par exemple, une gr&#232;ve a &#233;clat&#233;. Cette gr&#232;ve montra de plus en plus le foss&#233; qui se d&#233;veloppait entre les travailleurs r&#233;guliers et occasionnels. En plus de toucher un salaire plus &#233;lev&#233; pour moins de travail, les travailleurs r&#233;guliers plus &#226;g&#233;s n'avaient pas les comp&#233;tences informatiques des jeunes occasionnels et ressentaient une ins&#233;curit&#233; d'emploi croissante. Les dirigeants syndicaux ont parl&#233; dur mais n'ont rien fait. En fin de compte, les travailleurs r&#233;guliers et occasionnels ont fait gr&#232;ve, mais pas en m&#234;me temps. La gr&#232;ve de KT s'est termin&#233;e par le licenciement de 10,000 travailleurs occasionnels. L'accord de f&#233;vrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit &#224; une r&#233;volte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a &#233;t&#233; &#233;vinc&#233;e apr&#232;s que des militants ouvriers eurent occup&#233; les bureaux de la KCTU arm&#233;s de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contr&#244;le, comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, et a tent&#233; de relancer une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L'ancienne direction est rest&#233;e enracin&#233;e dans les syndicats de l'industrie lourde et s'est oppos&#233;e &#224; l'action militante. En juin-ao&#251;t 1998, une gr&#232;ve de 28 jours a eu lieu chez HMC, entra&#238;nant le licenciement de 10 000 travailleurs r&#233;guliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient &#233;t&#233; embauch&#233;s pour faire leur travail. KT et diverses banques ont &#233;galement licenci&#233; des travailleurs r&#233;guliers et les ont r&#233;embauch&#233;s comme occasionnels.L'accord de f&#233;vrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit &#224; une r&#233;volte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a &#233;t&#233; &#233;vinc&#233;e apr&#232;s que des militants ouvriers eurent occup&#233; les bureaux de la KCTU arm&#233;s de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contr&#244;le, comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, et a tent&#233; de relancer une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L'ancienne direction est rest&#233;e enracin&#233;e dans les syndicats de l'industrie lourde et s'est oppos&#233;e &#224; l'action militante. En juin-ao&#251;t 1998, une gr&#232;ve de 28 jours a eu lieu chez HMC, entra&#238;nant le licenciement de 10 000 travailleurs r&#233;guliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient &#233;t&#233; embauch&#233;s pour faire leur travail. KT et diverses banques ont &#233;galement licenci&#233; des travailleurs r&#233;guliers et les ont r&#233;embauch&#233;s comme occasionnels.L'accord de f&#233;vrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU pour des licenciements massifs a conduit &#224; une r&#233;volte de la base au sein de la KCTU, et toute la direction a &#233;t&#233; &#233;vinc&#233;e apr&#232;s que des militants ouvriers eurent occup&#233; les bureaux de la KCTU arm&#233;s de tuyaux en acier. . Une nouvelle direction de gauche a pris le contr&#244;le, comme mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, et a tent&#233; de relancer une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet, mais en vain. L'ancienne direction est rest&#233;e enracin&#233;e dans les syndicats de l'industrie lourde et s'est oppos&#233;e &#224; l'action militante. En juin-ao&#251;t 1998, une gr&#232;ve de 28 jours a eu lieu chez HMC, entra&#238;nant le licenciement de 10 000 travailleurs r&#233;guliers. En deux ans, 10 000 occasionnels avaient &#233;t&#233; embauch&#233;s pour faire leur travail. KT et diverses banques ont &#233;galement licenci&#233; des travailleurs r&#233;guliers et les ont r&#233;embauch&#233;s comme occasionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septi&#232;me partie : Post-1998 : les travailleurs r&#233;guliers contre les travailleurs occasionnels deviennent l'enjeu du mouvement ouvrier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la crise de la FIOM, la question des travailleurs occasionnels est devenue de plus en plus importante dans le mouvement cor&#233;en, ainsi que l'antagonisme entre les travailleurs r&#233;guliers et occasionnels, les travailleurs r&#233;guliers consid&#233;rant les travailleurs occasionnels comme sapant leur emploi. (En 2000, un syndicat national des travailleurs occasionnels a &#233;t&#233; fond&#233; et est maintenant une organisation fa&#238;ti&#232;re avec plus de 50 000 membres.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1999, une gr&#232;ve nationale de 32 jours de 4000 tuteurs des &#233;coles Jaenung (hakwon, ou acad&#233;mies priv&#233;es pour l'enseignement apr&#232;s les heures de cours) a obtenu le droit de n&#233;gociation collective. Le gouvernement avait ni&#233; qu'il s'agissait de travailleurs, les qualifiant plut&#244;t d'&#171; entrepreneurs ind&#233;pendants &#187;. La gr&#232;ve a &#233;t&#233; importante pour montrer que l'organisation des travailleurs occasionnels &#233;tait possible, contre la r&#233;sistance de l'&#201;tat et des employeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000-2002, une nouvelle gr&#232;ve de KT a dur&#233; 517 jours. Au lendemain de la d&#233;faite, le syndicat des travailleurs occasionnels KT a &#233;t&#233; dissous. Les travailleurs r&#233;guliers de KT &#233;taient g&#233;n&#233;ralement hostiles aux travailleurs irr&#233;guliers. Apr&#232;s la gr&#232;ve, KT a embauch&#233; des personnes en tant que &#171; travailleurs sous contrat indirect &#187;. En 2002, 49 % des actions de KT ont &#233;t&#233; vendues &#224; des investisseurs am&#233;ricains, avec une augmentation des indemnit&#233;s de d&#233;part en contrepartie, ainsi que des actions remises aux travailleurs r&#233;guliers. En 2000-2001, une gr&#232;ve d'une usine de climatisation a dur&#233; plus d'un mois et a &#233;t&#233; trahie par les travailleurs r&#233;guliers, contre et contre le militantisme des travailleurs occasionnels. Un contre-exemple, cependant, a &#233;t&#233; la campagne d'organisation des travailleurs de Lotte Hotel en 2000, qui a montr&#233; qu'un syndicat de travailleurs r&#233;guliers pouvait, dans certaines circonstances, organiser des travailleurs irr&#233;guliers. Apr&#232;s une terrible r&#233;pression des h&#244;teliers et l'incarc&#233;ration des gr&#233;vistes,l'h&#244;tel a accept&#233; de r&#233;gulariser les travailleurs sur une p&#233;riode de deux ans. Au cours de ces m&#234;mes ann&#233;es, cependant, le KDLP se d&#233;pla&#231;ait vers la droite, et la domination de la ligne NL, orient&#233;e vers les bureaucrates de la KCTU et les politiciens du KDLP, emp&#234;chait d'organiser les travailleurs occasionnels. (En 2004, la KCTU a m&#234;me aid&#233; un PDG de Hyundai dans sa campagne &#233;lectorale en tant qu'ind&#233;pendant.) De l'avis de certains militants, la KCTU faisait partie int&#233;grante du n&#233;olib&#233;ralisme, presque au point d'imposer l'externalisation. En 2003, par exemple, les chauffeurs de camion de Pusan &#8203;&#8203;ont r&#233;ussi &#224; faire gr&#232;ve, mais le gouvernement, les employeurs, la KCTU et le KDLP l'ont sabot&#233;e. La m&#234;me ann&#233;e, une grande gr&#232;ve a &#233;clat&#233; &#224; la raffinerie LG Caltex (aujourd'hui GS Caltex), mais la KCTU n'a rien fait pour aider les gr&#233;vistes. En 2005, 10,000 travailleurs occasionnels du p&#233;trole et de la chimie &#224; Ulsan ont fait gr&#232;ve pendant 83 jours &#224; cause des conditions de travail. La structure d'embauche compliqu&#233;e impos&#233;e par les lois du travail et la strat&#233;gie de l'entreprise a entrav&#233; la gr&#232;ve. Un &#171; comit&#233; pour la r&#233;gion d'Ulsan &#187; a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour s'installer, comprenant des capitalistes, des PDG, des hommes d'affaires plus petits, des ONG et la branche d'Ulsan de la KCTU. Un accord se limitait &#224; la reconnaissance du syndicat. Les ouvriers ont repris le travail pendant six mois de &#171; discussions &#187; en comit&#233; qui n'ont abouti &#224; rien. Le retour au travail a &#233;t&#233; provoqu&#233; par des concessions de petites entreprises, mais apr&#232;s le retrait de la KCTU et du KDLP, aucune partie de l'accord n'a jamais &#233;t&#233; mise en &#339;uvre. Au cours de l'&#233;t&#233; 2005, une bataille a de nouveau fait rage &#224; Ulsan HMC au sujet de la pr&#233;carisation. Un travailleur s'est immol&#233; en signe de protestation et le syndicat a refus&#233; de lier sa mort &#224; la situation du travail.Les travailleurs occasionnels ont essay&#233; d'arr&#234;ter la cha&#238;ne de montage, mais les travailleurs r&#233;guliers ont refus&#233; de collaborer. Les chefs d'entreprise et les briseurs de gr&#232;ve ont red&#233;marr&#233; la ligne pendant que les travailleurs r&#233;guliers se tenaient debout, ne faisant rien. Tous les travailleurs occasionnels impliqu&#233;s dans la lutte ont &#233;t&#233; licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 2006, le syndicat des m&#233;tallurgistes a vot&#233; pour former un syndicat industriel pour tenter de surmonter la fragmentation des travailleurs dans la myriade de filiales d&#233;riv&#233;es avec des contrats diff&#233;rents, mais HMC n&#233;gocie toujours avec le syndicat d'entreprise HMC. De nombreux travailleurs militants se sont oppos&#233;s &#224; l'initiative du syndicat industriel en raison de son programme corporatiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard cet &#233;t&#233;-l&#224;, les ouvriers occasionnels du b&#226;timent de l'aci&#233;rie g&#233;ante POSCO &#224; Pohang se sont &#233;chapp&#233;s et ont &#233;t&#233; vaincus. En ao&#251;t 2007, les travailleurs occasionnels de la Kia Motor Company ont pill&#233; et occup&#233; une partie de l'usine, o&#249; ils ont &#233;t&#233; physiquement agress&#233;s par les travailleurs r&#233;guliers de Kia et contraints de reprendre le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fait positif, en novembre 2007, les travailleurs r&#233;guliers et irr&#233;guliers de Hyundai Motor Company &#224; Ulsan ont organis&#233; pour la premi&#232;re fois un mouvement de base ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huiti&#232;me partie : La gr&#232;ve E-Land illumine l'horizon social&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve E-Land toujours en cours (au moment d'&#233;crire ces lignes, mars 2008) est la derni&#232;re et &#224; certains &#233;gards la lutte la plus importante de toutes pour placer la question des travailleurs occasionnels au premier plan dans la soci&#233;t&#233; sud-cor&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2006, le gouvernement cor&#233;en a adopt&#233; une autre s&#233;rie de lois sur le travail occasionnel, appel&#233;e &#224; la mani&#232;re orwellienne Loi sur la protection des travailleurs occasionnels. La loi a &#233;t&#233; con&#231;ue pour cr&#233;er l'illusion de &#171; faire quelque chose &#187; au sujet d'une condition affectant maintenant plus de 60 % de la population active de la Cor&#233;e du Sud. La loi pr&#233;voyait qu'apr&#232;s deux ans de travail, tous les travailleurs deviendraient automatiquement des travailleurs r&#233;guliers. La loi est entr&#233;e en vigueur sept mois plus tard, le 1er juillet 2007, et a laiss&#233; d'&#233;normes lacunes pour les employeurs qui voulaient licencier les occasionnels avant la date limite. Certaines entreprises se sont conform&#233;es &#224; la loi, mais beaucoup d'autres ne l'ont pas fait et ont licenci&#233; leurs travailleurs occasionnels en juin. L'ensemble du processus a &#233;t&#233; mis au point dans une cha&#238;ne de grands magasins connue sous le nom d'E-Land, avec une lutte connexe dans une cha&#238;ne similaire connue sous le nom de New Core. E-Land avait commenc&#233; comme une petite entreprise familiale,sous un propri&#233;taire chr&#233;tien fondamentaliste, et &#233;tait devenue une entreprise annuelle de 58 milliards de dollars avec 61 points de vente &#224; travers le pays. Elle avait repris les magasins de la cha&#238;ne fran&#231;aise Carrefour. L'entreprise &#233;tait connue pour ses conditions d'emploi particuli&#232;rement difficiles, avec principalement des travailleuses occasionnelles gagnant 800 $ par mois pendant 36 heures par semaine, souvent oblig&#233;es de travailler des quarts de 12 heures sans m&#234;me aller aux toilettes. De plus, l'entreprise exigeait que tous les employ&#233;s, chr&#233;tiens ou non, fr&#233;quentent la chapelle sur place. Le PDG d'E-Land a vers&#233; 10 millions de dollars &#224; son &#233;glise en 2006. Juste avant l'entr&#233;e en vigueur de la nouvelle loi, E-Land et New Core ont licenci&#233; 1 000 travailleurs qui seraient consid&#233;r&#233;s comme des travailleurs r&#233;guliers en vertu de ses dispositions. La r&#233;ponse imm&#233;diate a &#233;t&#233; une gr&#232;ve maintenant (mars 2008) dans son 9&#232;me mois, et maintenant face &#224; une d&#233;faite presque certaine. Mais dans les premiers jours de la gr&#232;ve,Partout en Cor&#233;e du Sud, des milliers de travailleurs occasionnels d'autres secteurs sont venus aider &#224; fermer les magasins E-Land. La KCTU est pass&#233;e &#224; l'action, faisant tout pour &#233;touffer la gr&#232;ve sous une rh&#233;torique abondante tout en d&#233;tournant les &#233;nergies de la base et de ses partisans &#171; de l'ext&#233;rieur &#187; dans des actions symboliques d&#233;nu&#233;es de sens. Le 20 juillet, cependant, 200 employ&#233;s d'E-Land ont occup&#233; un point de vente &#224; S&#233;oul et l'ont ferm&#233;. La r&#233;ponse du gouvernement a &#233;t&#233; d'envoyer 7 000 soldats, policiers et hommes de main embauch&#233;s pour expulser et arr&#234;ter violemment 200 personnes. Le gouvernement en d&#233;clin de Noh Moon Yon (tr&#232;s impopulaire et qui devait quitter ses fonctions en f&#233;vrier 2008) a beaucoup profit&#233; du succ&#232;s de la nouvelle loi. Mais il n'&#233;tait gu&#232;re le seul &#224; percevoir l'importance de la gr&#232;ve. De nombreux grands chaebols sont venus en aide &#224; E-Land avec des millions de dollars de pr&#234;ts. La KCTU, pour sa part,a promis de pr&#234;ter de l'argent aux syndicats E-Land et New Core lorsque leurs fonds de gr&#232;ve seraient &#233;puis&#233;s &#224; la fin de l'&#233;t&#233;, puis a reni&#233; son offre. La KCTU a constamment fait pression sur les syndicats de l'entreprise pour qu'ils viennent &#224; la table de n&#233;gociation tandis que la direction d'E-Land n'a offert aucune concession. A Pohang, en novembre, E-Land a m&#234;me tent&#233; d'ouvrir un nouveau point de vente avec uniquement des travailleurs occasionnels. 500 employ&#233;s d'E-Land et autres occasionnels ont non seulement bloqu&#233; l'entr&#233;e du magasin, mais ont &#233;galement attaqu&#233; et d&#233;sarm&#233; la police et les voyous qui le prot&#233;geaient. Des actions similaires, y compris des blocages et des occupations de magasins, se sont produites par intermittence tout au long de l'automne. Peut-&#234;tre le plus remarquable dans la gr&#232;ve E-Land, contrairement &#224; de nombreuses gr&#232;ves ant&#233;rieures avec le travail occasionnel comme principal probl&#232;me, &#233;tait la large sympathie et le soutien de la gr&#232;ve parmi les travailleurs dans la m&#234;me situation pr&#233;caire.Un boycott &#224; l'&#233;chelle nationale avait r&#233;duit les ventes de 30 % &#224; l'&#233;chelle nationale en d&#233;cembre 2007, et m&#234;me les m&#233;dias avaient accord&#233; une couverture g&#233;n&#233;ralement favorable &#224; la gr&#232;ve, au moins dans les premi&#232;res semaines. Que la gr&#232;ve d'E-Land r&#233;cup&#232;re ou non les emplois des gr&#233;vistes (&#224; ce stade, il semble que ce ne sera pas le cas), ce sera une victoire pour le mouvement ouvrier dans son ensemble en faisant enfin de la pr&#233;carisation du travail en Cor&#233;e du Sud une question qui ne peut plus &#234;tre ignor&#233;. En d&#233;cembre 2007, le candidat d'extr&#234;me droite Hanaratang (One Nation Party) Lee Myoung Back a remport&#233; les &#233;lections pr&#233;sidentielles avec un soutien important de la classe ouvri&#232;re, une &#233;volution politique qui a probablement scell&#233; le sort de la gr&#232;ve d'E-Land, puisque le nouveau gouvernement (aujourd'hui en place) soutiendrait la gestion d'E-Land encore plus ouvertement que le gouvernement de centre-gauche sortant, largement m&#233;pris&#233;, qui avait d&#233;&#231;u tant de gens.La direction d'E-Land continue de b&#233;n&#233;ficier du soutien financier d'autres grands chaebols cor&#233;ens, alors que les gr&#233;vistes d'E-Land ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s par la quasi-totalit&#233; de leurs alli&#233;s, KCTU en t&#234;te. Le nouveau gouvernement promet une offensive totale de privatisations et de &#171; r&#233;formes de march&#233; libre &#187; et doit n&#233;cessairement d&#233;cevoir ses partisans de la classe ouvri&#232;re, qui exprimaient plus de d&#233;go&#251;t pour l'ancien gouvernement que de soutien au nouveau, ainsi que des r&#234;ves vains que l'ex-PDG de Hyundai Lee Myoung Back ram&#232;nerait les jours de gloire du capitalisme cor&#233;en, qui a pris fin il y a 20 ans. On sait que les gr&#232;ves perdues en Cor&#233;e durent depuis des ann&#233;es avec un noyau dur en diminution tandis que la plupart des gr&#233;vistes trouvent d'autres emplois ou retournent aux anciens. Mais, encore une fois, &#224; cause de la gr&#232;ve d'E-Land,la crise croissante repr&#233;sent&#233;e par le travail pr&#233;caire en Cor&#233;e du Sud ne peut plus &#234;tre rel&#233;gu&#233;e au silence. S&#233;oul, Cor&#233;e du Sud Mars 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(J'ai appris beaucoup plus dans les conversations et la collaboration avec des militants cor&#233;ens et des intellectuels pro-ouvriers pour l'article ci-dessus que dans n'importe quel livre, &#224; l'exception de Korean Workers (2001), le seul point de vue complet disponible dans une langue occidentale de Histoire de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne. Je suis bien s&#251;r grandement g&#234;n&#233; par le manque de ma&#238;trise du cor&#233;en. Ce qui suit est une bibliographie sommaire des ouvrages que j'ai trouv&#233;s utiles.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bae, Kichan. La Cor&#233;e &#224; la crois&#233;e des chemins. L'histoire et l'avenir de l'Asie de l'Est. S&#233;oul, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brzezinski, Zbigniew. Le grand &#233;chiquier. La primaut&#233; am&#233;ricaine et ses imp&#233;ratifs g&#233;ostrat&#233;giques. New-York, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cho, Lee-Jay et al. &#233;d. R&#233;formes institutionnelles et politiques pour am&#233;liorer l'efficacit&#233; des entreprises en Cor&#233;e. S&#233;oul, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cho, Lee-Jay et al. &#233;d. R&#233;formes r&#233;glementaires &#224; l'&#232;re de la consolidation financi&#232;re. S&#233;oul, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Clifford, M. Tigre troubl&#233;. Hommes d'affaires, bureaucrates et g&#233;n&#233;raux en Cor&#233;e du Sud. Armon, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuming, Bruce. Les origines de la guerre de Cor&#233;e. Vol. I : Princeton, 1981. Vol. II : Princeton, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis, M. et al. Su&#232;de : Kein Land fuer friedliche Spiele. Reinbek bei Hambourg, 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graham, E. R&#233;former les conglom&#233;rats industriels cor&#233;ens. Washington DC 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harris, N. La fin du tiers-monde. Londres, 1986.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hart-Landsberg, M. et al. Perspectives marxistes sur la Cor&#233;e du Sud dans l'&#233;conomie mondiale. Hampshire (Royaume-Uni), 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hart-Landsberg, M. La ru&#233;e vers le d&#233;veloppement : changement &#233;conomique et lutte politique en Cor&#233;e du Sud. New-York, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hwang, BD. Nachholende Industrialisierung und autoritaerer Staat. Berlin, 1989.&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt;Kim, S./Shin, DC Crise &#233;conomique et double transition en Cor&#233;e. S&#233;oul, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, W./Kim, Administration publique cor&#233;enne du PS. S&#233;oul, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Institut de d&#233;veloppement de Jeju/Fondation de l'Asie de l'Est. Construire une communaut&#233; d'Asie du Nord-Est. Vol. II. S&#233;oul, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeong, Seongjin et Shin, Jo-Young. &#171; D&#233;bats sur la crise &#233;conomique au sein de la gauche cor&#233;enne. dans Repenser le marxisme, vol. II, n&#176; 2, printemps 1999.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jomo, KS Tigers en difficult&#233;. Gouvernance financi&#232;re, lib&#233;ralisation et crises en Asie de l'Est. Londres, 1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Johnson, Chalmers. Retour de flamme. 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, Kyeong-won. Transformation post-crise de l'&#233;conomie cor&#233;enne. Une revue de 1998 &#224; 2002. S&#233;oul, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirk, D./Choe, SH Cor&#233;e T&#233;moin. S&#233;oul, 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirk, Donald. Dynastie cor&#233;enne. Hyundai et Chung Ju Yung. Hong-Kong, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Koo, Hagen. Travailleurs cor&#233;ens. La culture et la politique de la formation des classes. Ithaque, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission nationale cor&#233;enne pour l'UNESCO. L'&#233;conomie cor&#233;enne : R&#233;flexions au mill&#233;naire. S&#233;oul, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lee, BH. Verfassungs- und gesellschaftspolitische Konzeptionen und ihre Verwirklicung in der Dritten Republik Koreas (1963-1972).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacobs, Normand. La route cor&#233;enne vers la modernisation et le d&#233;veloppement. Urbaine, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moon, C. et Steinberg, D. La Cor&#233;e en transition. Trois ans sous le gouvernement de Kim Dae-Jung. S&#233;oul, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogle, G. Cor&#233;e du Sud : la dissidence dans le miracle &#233;conomique. Londres, 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parc, Min-na. Naissance de la R&#233;sistance. Histoires de huit militantes ouvri&#232;res. S&#233;oul, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scalapino, R. et Lee, Chong-sik. Le communisme en Cor&#233;e. Vol. I. Berkeley, 1972.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soleil, Hak Tae. L'&#233;conomie politique de la consolidation d&#233;mocratique. Politique dynamique du travail en Cor&#233;e du Sud. Kwangju, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alliance politique socialiste. Marx/ R&#233;volution. Documents de la conf&#233;rence internationale SPA &#224; S&#233;oul et Ulsan, octobre 2006. S&#233;oul 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euh, DS. Le mouvement communiste cor&#233;en, 1918-1948. Princeton, 1967.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;West, J. Un discours critique sur le droit et l'&#233;conomie cor&#233;ens. Pusan, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Woronoff, J. Les &#233;conomies &#171; miracles &#187; de l'Asie. S&#233;oul, 1986.. Loren Goldner&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui &#233;tait Lech Walesa ? </title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1600</link>
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		<dc:date>2010-02-27T11:23:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Mon destin m'a plac&#233; &#224; la t&#234;te des gens. Ce que j'appelle marcher &#224; la t&#234;te du troupeau. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lech Walesa &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son autobiographie intitul&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Un chemin d'espoir &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Luttes ouvri&#232;res dans la Pologne des ann&#233;es 70-80 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Etat polonais des ann&#233;es 1970-80 fait partie de ce que l'on a appel&#233; les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, traduisez dictature anti-ouvri&#232;re sous la domination de la bureaucratie et de l'arm&#233;e russes. La mise en place de ce r&#233;gime ne doit rien &#224; une intervention des masses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique63" rel="directory"&gt;15- Pologne-Turquie-Cor&#233;e-Ethiopie : luttes ouvri&#232;res ann&#233;es 70-80&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon destin m'a plac&#233; &#224; la t&#234;te des gens. Ce que j'appelle marcher &#224; la t&#234;te du troupeau. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Lech Walesa&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Dans son autobiographie intitul&#233;e &lt;br /&gt;
&#171; Un chemin d'espoir &#187;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttes ouvri&#232;res dans la Pologne des ann&#233;es 70-80&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;L'Etat polonais des ann&#233;es 1970-80 fait partie de ce que l'on a appel&#233; les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, traduisez dictature anti-ouvri&#232;re sous la domination de la bureaucratie et de l'arm&#233;e russes. La mise en place de ce r&#233;gime ne doit rien &#224; une intervention des masses populaires de Pologne et encore moins &#224; une r&#233;volution communiste, en Pologne ou nulle part ailleurs. Ce r&#233;gime a &#233;t&#233; mis en place avec l'accord de l'imp&#233;rialisme et non contre lui. C'est ainsi que s'est constitu&#233; toute la zone sous domination russe &#8211; et pas communiste &#8211; &#224; l'Est. L'&#233;tatisme polonais ne d&#233;coule nullement d'une perspective communiste, de renversement du capitalisme &#224; l'&#233;chelle mondiale, mais de la lutte mondiale de l'imp&#233;rialisme uni au stalinisme contre les risques r&#233;volutionnaires de l'apr&#232;s-guerre. C'est donc un Etat qui est dirig&#233; de A &#224; Z et d&#232;s le d&#233;but contre la classe ouvri&#232;re. Sa mise en place a n&#233;cessit&#233; la destruction d'anciennes structures mais ni celles des anciennes classes, ni des anciens appareils de l'Etat. Non, il s'agit de celles des anciens partis et syndicats ouvriers, qui sont enti&#232;rement d&#233;truits et reconstruits par le nouvel Etat, y compris l'ancien Parti communiste (comme dans tous les &#171; Pays de l'Est &#187;). La mise en place du parti unique et du syndicat unique &#224; partir de la guerre froide en 1947 ne sont nullement des mesures en faveur des travailleurs, au contraire. C'est la dictature politique et sociale qui s'abat sur les travailleurs qui sont priv&#233;s de tout droit d&#233;mocratique. &lt;br /&gt;
D&#232;s que la classe ouvri&#232;re a tent&#233; de protester, de revendiquer, elle a subi la r&#233;pression violente de cet Etat. En 1956, alors que la r&#233;volution se d&#233;roulait en Hongrie, les ouvriers polonais sont &#233;galement entr&#233;s en lutte. En juin 1956, ce sont notamment les 15.000 ouvriers des usines Staline de Pozna'n qui se mobilisent. Pour les &#233;craser, le pouvoir envoie l'arm&#233;e avec 200 tanks. Elle fait 53 morts et 400 bless&#233;s. Puis, en octobre 1956, tout le pays se couvre de conseils ouvriers, suivant l'exemple des ouvriers de l'usine Z&#233;ran de Varsovie. Le pouvoir parvient &#224; d&#233;tourner la col&#232;re des travailleurs, en faisant venir au pouvoir un pr&#233;tendu r&#233;formateur, en fait un stalinien momentan&#233;ment &#233;cart&#233; : Gomulka. Il r&#233;ussit &#224; calmer les esprits. &lt;br /&gt;
C'est en 1970 qu'un nouveau mouvement massif de la classe ouvri&#232;re contre le pouvoir reprend. L'annonce d'une hausse des prix de 30% met le feu aux poudres. Des arr&#234;ts de travail spontan&#233;s dans toutes les villes du littoral de la Baltique, &#224; Gdynia, Gdansk et Szczecin, sont suivies de manifestations o&#249; les travailleurs vont demander des comptes aux dirigeants des localit&#233;s et du parti unique. A Gdynia, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve qui ont n&#233;goci&#233; avec la direction des chantiers sont arr&#234;t&#233;s. A cette nouvelle, une v&#233;ritable foule ouvri&#232;re en col&#232;re attaque et met le feu &#224; la direction du parti unique et fait le si&#232;ge des commissariats. Il en va de m&#234;me ensuite &#224; Gdansk et Szczecin. Il en r&#233;sulte des arrestations, des tortures et des assassinats dans les commissariats. Des ouvriers des chantiers de Gdansk sont fusill&#233;s pr&#232;s de l'entr&#233;e. L'arm&#233;e fait &#233;vacuer les chantiers de Gdansk. A Gdynia, les travailleurs sont battus au cours d'une offensive d'une grande violence, &#224; la mitrailleuse et par des attaques d'h&#233;licopt&#232;res, le 16 d&#233;cembre. Le lendemain, c'est Szczecin qui est le th&#233;&#226;tre d'une terrible bataille de rue. L'arm&#233;e et la milice tirent sur les gr&#233;vistes qui occupent le chantier Warski. &lt;br /&gt;
Le r&#233;gime a vaincu, mais il est discr&#233;dit&#233;. Gomulka est d&#233;missionn&#233;. Il doit laisser la place &#224; un nouveau chef d'Etat, Gierek, qui s'adresse aux ouvriers, leur fait des excuses, retire les mesures anti-ouvri&#232;res, supprime les mesures de r&#233;pression, annonce un nouveau type de relations avec les travailleurs, fait de nombreuses promesses et fait appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs. Avec succ&#232;s. &lt;br /&gt;
Six ans plus tard, la classe ouvri&#232;re polonaise retrouve la voie de la lutte. Le 24 juin 1976, &#224; l'annonce d'une hausse des prix de 39% d&#233;cid&#233;e par Gierek, un mouvement de gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; tout le pays. C'est &#224; Ursus dans la banlieue de Varsovie et &#224; Radom que le mouvement est le plus dur. A Radom, la milice tire sur la foule et 17 personnes sont tu&#233;es. Le gouvernement prend peur. 24 heures apr&#232;s l'annonce des hausses de prix, elles sont annul&#233;es. Mais il craint que cette victoire ouvri&#232;re entra&#238;ne une mont&#233;e irr&#233;pressible de la mobilisation et de l'organisation de la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire par une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Il accompagne donc ce recul d'une s&#233;rieuse r&#233;pression. Des centaines de gr&#233;vistes sont arr&#234;t&#233;s, tabass&#233;s dans les locaux de la police. Certains travailleurs subissent des proc&#232;s publics o&#249; ils sont contraints de faire leur autocritique. Des intellectuels s'organisent alors pour d&#233;fendre les travailleurs qui subissent la r&#233;pression et les licenciements. Ils fondent le KOR, comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers. Des dirigeants politiques apparaissent alors, qui vont jouer un r&#244;le dirigeant dans la mobilisation qui suivra en 1980. Certains sont des fondateurs des &#171; syndicats libres &#187; comme Lech Walesa, Anna Walentynowicz, les fr&#232;res Kaczinski, Jack Kuron, Modzlewski, ou Adam Michnik. La conception qu'ils ont tir&#233;e des &#233;v&#233;nements des ann&#233;es 70 est nationaliste et r&#233;formiste. En r&#233;sum&#233; : pas question d'attaquer ou m&#234;me de menacer le pouvoir stalinien, il fait cr&#233;er un rapport de forces pour n&#233;gocier, revendiquer des droits syndicaux hors des &#171; syndicats &#187; du pouvoir et, sans affrontement, viser au d&#233;veloppement d'une opinion nationale, chr&#233;tienne, pro-occidentale. En somme, leurs conceptions sont tout sauf r&#233;volutionnaires. Leur mod&#232;le est souvent l'ancienne Pologne, que gouvernait le g&#233;n&#233;ral Pilsudski, un dictateur anti-communiste et pro-occidental, meneur de pogromes anti-s&#233;mites, mis au pouvoir par les puissances imp&#233;rialistes pour contrer la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il s'agit m&#234;me de convaincre le pouvoir que la transformation de la soci&#233;t&#233; devient la seule mani&#232;re d'&#233;viter la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La mobilisation de la classe ouvri&#232;re est le moyen de n&#233;gocier la sortie de crise, en obtenant progressivement la mise en place d'un r&#233;gime bourgeois. Adam Michnik &#233;crit ainsi, cit&#233; par Lech Walesa dans &#171; Un chemin d'espoir &#187; : &lt;i&gt;&#171; La v&#233;rit&#233; est que sans entente entre le pouvoir et le peuple, on ne peut gouverner ce pays. (&#8230;) La v&#233;rit&#233; est la suivante : le seul gouvernement polonais accept&#233; par les dirigeants de l'URSS est celui des communistes, et rien ne permet de penser que cet &#233;tat de chose puisse changer du jour au lendemain. Qu'est-ce qu'il en r&#233;sulte ? (&#8230;) Il en r&#233;sulte que toute tentative de renversement du pouvoir communiste en Pologne porte directement atteinte aux int&#233;r&#234;ts de l'URSS. (&#8230;) Prenons bien soin de ne pas mettre en lambeaux ce qu'est l'Etat polonais d&#233;pouill&#233; de sa souverainet&#233;, mais toujours l'Etat, sans lequel notre sort serait infiniment plus p&#233;nible. &#187; &lt;/i&gt; De 1976 &#224; 1978, leur groupe est pass&#233; de 6 &#224; 600 militants en faveur de syndicats libres. La mont&#233;e de la classe ouvri&#232;re continuant, ils sont plusieurs milliers en 1979 et diffusent massivement leur journal, &#171; L'ouvrier du littoral &#187;. Lorsque Anna Walentynowicz, militante des syndicats libres, est licenci&#233;e &#224; six mois de la retraite, trois jeunes ouvriers des chantiers naval de Gdansk d&#233;cident de mettre les chantiers en gr&#232;ve et vont chercher Lech Walesa, licenci&#233; depuis des ann&#233;es, mais qu'ils font rentrer dans les lieux. Malgr&#233; un d&#233;but du mouvement tr&#232;s difficile, ils parviennent finalement &#224; mettre les chantiers de Gdansk en gr&#232;ve, un mouvement qui va gagner tout le pays, et contraindre le pouvoir aux n&#233;gociations qu'esp&#233;rait Lech Walesa et ses amis. Il a fallu non seulement mobiliser les travailleurs mais aussi les emp&#234;cher de s'en prendre au pouvoir et canaliser leur &#233;nergie dans un sens qui ne menace pas le pouvoir. Il a fallu que ces dirigeants issus du mouvement se montrent capables de prendre la t&#234;te des luttes ouvri&#232;res pour les calmer et s'imposer ainsi comme la force la plus importante face au pouvoir. Ils ont re&#231;u pour cette t&#226;che d&#233;licate un appui important : celui de L'Eglise et de la papaut&#233;. Ils ont &#233;galement eu l'appui de la petite bourgeoisie nationaliste de Pologne. Le meilleur compte-rendu de cette strat&#233;gie r&#233;formiste est certainement son auteur, Lech Walesa lui-m&#234;me. Si son pass&#233; est celui d'un leader ouvrier d&#233;cid&#233;, combatif qui comprend que le prol&#233;tariat est la principale force politique, il est aussi oppos&#233; &#224; toute forme r&#233;elle de pouvoir ouvrier. Il sait n&#233;gocier dans le dos d'un mouvement, imposer quand il ne convainc pas, effectuer un chantage avec succ&#232;s, faire appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs pour les faire reculer. Dans ses m&#233;moires, il ne s'en cache nullement et, comme tout bon leader nationaliste, il reconna&#238;t volontiers qu'il n'est pas un d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts des opprim&#233;s, mais un d&#233;fenseur de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur du pays, c'est-&#224;-dire des perspectives nationales bourgeoises. Il est fier de s'&#234;tre fait le pompier des gr&#232;ves qui parcoure tout le pays dans un v&#233;hicule fourni par le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, Walesa parvient &#224; se faire &#233;lire au comit&#233; de gr&#232;ve bien qu'il ne soit plus ouvrier des chantiers, &#233;tant parvenu &#224; &#233;tablir le lien entre la revendication de la r&#233;int&#233;gration d'Anna Walentynowicz et la sienne. Walesa s'av&#232;re un tacticien tr&#232;s habile dans les discussions avec les travailleurs, plus encore que dans celles avec les membres du pouvoir. Il sait parfaitement &#234;tre radical quand c'est n&#233;cessaire pour garder son cr&#233;dit et il sait aussi prendre compl&#232;tement &#224; rebrousse-poil toute une assembl&#233;e ouvri&#232;re. Mais ces grandes capacit&#233;s personnelles sont mises au service d'une strat&#233;gie qui vise certes dans un premier temps &#224; augmenter le rapport de forces des travailleurs, mais, ensuite, &#224; pr&#233;parer la mise en place d'un nouveau nationalisme polonais qui n'a que faire des revendications ouvri&#232;res. Walesa se consid&#232;re comme l'un des piliers de la &#171; nouvelle Pologne &#187;, les deux autres piliers &#233;tant le pouvoir et l'Eglise. C'est un partisan de l'ordre et un ennemi ouvert de la r&#233;volution, il l'affirme lui-m&#234;me. Sans cesse, il pr&#233;dit que, si on ne suit pas ses propositions, c'est la r&#233;volution, avec comme cons&#233;quence imm&#233;diate le bain de sang et, surtout, l'intervention de l'arm&#233;e russe. Les leaders radicaux, il ne craint pas de les &#233;carter de fa&#231;on radicale, en se servant directement et grossi&#232;rement parfois de sa popularit&#233;. La r&#233;volution lui sert autant d'&#233;pouvantail que l'&#233;crasement par l'Etat russe. Le pacifisme, une fois de plus, sert &#224; rendre les opprim&#233;s pacifiques c'est-&#224;-dire &#224; les d&#233;sarmer, mais pas &#224; contraindre le pouvoir &#224; &#234;tre pacifique, en entra&#238;nant les petits soldats aux c&#244;t&#233;s des travailleurs. Loin d'avoir pr&#233;par&#233; les travailleurs, qui &#233;taient pourtant massivement mobilis&#233;s et organis&#233;s, au risque d'intervention arm&#233;e de l'Etat polonais, il les a ainsi compl&#232;tement d&#233;sarm&#233; politiquement et ils seront compl&#232;tement pris par surprise par le coup d'Etat militaire de Jaruzelski en 1981 parce qu'il &#233;tait organis&#233; par l'arm&#233;e polonaise et non par la Russie, situation qu'ils refusaient politiquement d'envisager, par nationalisme. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La mobilisation ouvri&#232;re de 1980&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;D&#232;s que la gr&#232;ve appara&#238;t comme massive et qu'elle d&#233;montre qu'elle a une direction d&#233;cid&#233;e &#224; aller jusqu'au bout, elle gagne la totalit&#233; des Chantiers de Gdansk, car la seule chose qui retenait les travailleurs &#233;tait la crainte d'une gr&#232;ve faible qui terminerait rapidement par un &#233;chec. D&#232;s que la gr&#232;ve prend solidement, le 15 ao&#251;t 1980, toutes les entreprises travaillant pour l'industrie navale s'y joignent. Les Chantiers sont occup&#233;s et gard&#233;s nuit et jour. Le comit&#233; de gr&#232;ve choisit de faire des Chantiers un bastion de la lutte, plut&#244;t que de se confronter aux forces de l'ordre dans les rues. Les leaders y dorment, y mangent et ne les quittent pas, pour &#233;viter arrestations et intimidations. Au lieu d'aller chercher des soutiens dans la r&#233;gion et le reste du pays, il font des chantiers le point de rencontre de toutes le forces du pays oppos&#233;es au pouvoir, et particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re. &lt;br /&gt;
Devant le d&#233;but de g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve, de sa radicalisation et de la menace sociale dans une Pologne &#233;conomiquement et politiquement dans l'impasse, la direction des chantiers c&#232;de le 16 ao&#251;t. Elle accepte une partie des revendications des travailleurs mais ne donne que 1500 zlotys au lieu des 2000 revendiqu&#233;s. Cependant, malgr&#233; la mont&#233;e de la lutte, ou &#224; cause de celle-ci, Lech Walesa signe pr&#233;cipitamment le compromis propos&#233; par la direction des Chantiers en ne consultant pas les salari&#233;s. Les travailleurs conspuent Lech Walesa revenu de sa signature aux cris de &#171; 2000 ! 2000 ! &#187;. Dans la nuit suivante, tous les chantiers se couvrent d'inscriptions &#171; Walesa tra&#238;tre ! &#187;, &#171; Walesa vendu ! &#187;. Le lendemain, Walesa revient sur ses positions en disant : la gr&#232;ve des chantiers pour les alaires est termin&#233;e mais la gr&#232;ve de solidarit&#233; commence. Les autres salari&#233;s qui nous ont fait confiance et nous ont suivi doivent &#234;tre soutenus par nous. Ce terme de &#171; Solidarit&#233; &#187;, qui va donner son nom au mouvement puis au syndicat et qui est connu aux quatre coins du monde, provient seulement de la pirouette de Walesa pour garder la t&#234;te du mouvement, faute d'&#234;tre parvenu &#224; l'arr&#234;ter. &lt;br /&gt;
Le 18 ao&#251;t, l'occupation des Chantiers de Gdansk reprend donc et Walesa a &#233;t&#233; maintenu &#224; sa t&#234;te. Walesa a d&#251; accepter que le mouvement prenne un caract&#232;re nouveau. La direction du mouvement change de caract&#232;re et Walesa s'adapte &#224; cette nouvelle situation. Pour garder sa place et la transformer en une direction de l'ensemble de la lutte, il doit convaincre ses anciens camarades, nationalistes et r&#233;formistes, de laisser les leaders radicaux du mouvement participer &#224; la direction du mouvement. Le comit&#233; de gr&#232;ve des chantiers s'&#233;largit &#224; des d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les entreprises de Gdansk qui seront bient&#244;t rejoints par ceux d'entreprises de la r&#233;gion et au-del&#224;. C'est la fondation du MKS, comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises, de Gdansk qui sera imit&#233; par d'autres MKS dans le reste du pays quelques jours plus tard. Le MKS se dote d'un programme : les fameuses 21 revendications bien plus ax&#233;es sur les libert&#233;s publiques que sur la lutte pour les revendications ouvri&#232;res. Cependant, ce programme a le m&#233;rite de placer la classe ouvri&#232;re en position de direction pour la transformation du pays, puisqu'elle met en avant des transformations politiques et sociales qui vont dans le sens des aspirations de toute la population, y compris la petite bourgeoisie et la bureaucratie elle-m&#234;me. La Pologne toute enti&#232;re, et bient&#244;t le monde entier, a alors les yeux fix&#233;s sur les ouvriers du Littoral. Toute la capacit&#233; de Walesa va &#234;tre de transformer ce potentiel r&#233;volutionnaire, qui est encore sur des bases de classe, en un capital pour la transformation bourgeoise de la Pologne. Il ne va pas &#234;tre seul, loin de l&#224;, pour r&#233;aliser ce retournement impressionnant. La petite bourgeoisie afflue &#224; Gdansk est Walesa saura en faire un contrepoids politique contre la classe ouvri&#232;re. C'est notamment l'instauration du syst&#232;me des &#171; experts &#187; qui remplacent les d&#233;l&#233;gu&#233;s de gr&#233;vistes dans les n&#233;gociations. C'est encore les conseillers dont il s'entoure et qui ne le quittent plus. C'est enfin la mise en place d'un r&#233;seau de journalistes et de militants de la petite bourgeoisie qui donnent le ton dans la presse de la gr&#232;ve. Mais l'Eglise, y compris sa haute hi&#233;rarchie li&#233;e au pouvoir, et le pape lui-m&#234;me, a &#233;t&#233; le point principal qui a permis &#224; Walesa de l'emporter sur les leaders ouvriers radicaux et surtout sur le caract&#232;re imp&#233;tueux de la lutte des classes elle-m&#234;me. Non seulement, la pri&#232;re, l'&#233;vocation religieuse des morts de 1970 a servi &#224; Walesa de donner un caract&#232;re solennel au mouvement, de le calmer, de donner un drapeau religieux &#224; la lutte, drapeau sens&#233; d&#233;passer les revendications sociales de la classe ouvri&#232;re. Mais, surtout, la religion permet de donner un caract&#232;re nationaliste &#224; la lutte. Les ouvriers des Chantiers sont ainsi transform&#233;s en d&#233;fenseurs des droits des chr&#233;tiens contre un pouvoir ath&#233;e ! La lutte qui pouvait devenir un affrontement menant au renversement du r&#233;gime devient un combat moral pour r&#233;former le pouvoir ! L'objectif premier, la transformation des conditions mat&#233;rielles d'existence des travailleurs est remis &#224; plus tard et le renforcement de la classe ouvri&#232;re face &#224; ses ennemis bureaucrates et bourgeois, est devenu, miraculeusement, le renforcement des nationalistes, des religieux et des bourgeois, ainsi que des bureaucrates dits r&#233;formateurs. Ce coup de baguette magique de Walesa s'appuie sur des aspirations l&#233;gitimes des ouvriers eux-m&#234;mes : &#233;viter le d&#233;ferlement de violence que produirait, selon lui, une &#233;volution vers un conflit direct avec le pouvoir, r&#233;aliser l'entente de tous les Polonais, obtenir leurs droits en tant que religieux catholiques, transformer le pays de mani&#232;re pacifique et consensuelle en entra&#238;nant y compris les membres du r&#233;gime. Ce r&#234;ve r&#233;formiste va petit &#224; petit l'emporter parmi les gr&#233;vistes, transformant une vague ouvri&#232;re de port&#233;e r&#233;volutionnaire en un mouvement syndical r&#233;formiste, qui va devenir tr&#232;s vite un syndicat dont la direction freine les gr&#232;ves. Religion, nationalisme, pacifisme et r&#233;formisme syndical ont constitu&#233; un v&#233;ritable programme politique national b&#233;n&#233;ficiant d'un grand nombre d'appuis, de militants, y compris au plus haut sommet de l'Etat. &lt;br /&gt;
Cependant, au d&#233;but, rien de tout cela n'est jou&#233;. Jusqu'au 18 ao&#251;t, la force de la classe ouvri&#232;re grandit par l'&#233;largissement du mouvement, en particulier l'extension &#224; l'autre grand port du Littoral de la Baltique, Szczecin. Le pouvoir a tent&#233; d'abord de proposer aux entreprises de n&#233;gocier s&#233;par&#233;ment, mais tr&#232;s peu d'entreprises l'acceptent. La direction politique du mouvement de la classe ouvri&#232;re est unanimement reconnue aux Chantiers de Gdansk. Le MKS refuse de rencontrer le pouvoir en dehors du contr&#244;le des travailleurs eux-m&#234;mes. Si bien que le Vice-premier ministre Jagielski est contraint de n&#233;gocier dans les chantiers eux-m&#234;mes, au beau milieu du chantier L&#233;nine, fer de lance du mouvement ! Cela donne la mesure du rapport de forces &#224; ce moment l&#224;. Les travailleurs, de nombreuses fois flou&#233;s, ont exig&#233; la publicit&#233; compl&#232;te des n&#233;gociations, avec diffusion en direct des d&#233;bats &#224; l'ext&#233;rieur et avec enregistrements. Et les travailleurs seront massivement pr&#233;sents pour suivre la teneur des discussions. Cela n'emp&#234;chera pas les man&#339;uvres bien entendu, mais l&#224; aussi les travailleurs imposent encore leur marque &#224; la situation et emp&#234;chent l'essentiel des tromperies. Multipliant les tentatives de division, les calomnies, les menaces et les op&#233;rations pour acheter des d&#233;l&#233;gu&#233;s, Jagielski esp&#232;re encore que les ouvriers se d&#233;couragent et fait tra&#238;ner les n&#233;gociations pendant 9 jours.&lt;br /&gt;
Le 26 ao&#251;t, Jagielski est contraint de supplier Walesa de signer vite fait les accords. Il recule sur le droit de gr&#232;ve mais refuse toujours le droit &#224; des syndicats ind&#233;pendants. Les &#233;v&#234;ques, dirigeants de l'Eglise polonaise et soutiens en r&#233;alit&#233; du pouvoir, appellent alors publiquement les gr&#233;vistes &#224; faire preuve de sagesse et &#224; reprendre le travail. Le 26 ao&#251;t, le Primat de Pologne donnait le ton &#224; cette politique de l'Eglise qui peut se r&#233;sumer ainsi : emp&#234;cher tout risque de d&#233;rapage vers une r&#233;volution ouvri&#232;re. Il d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Je consid&#232;re que parfois il ne faut pas r&#233;clamer, exiger, revendiquer beaucoup, pourvu que l'ordre r&#232;gne. &#187;&lt;/i&gt; Comme on le voit, l'Eglise n'est absolument pas une force de transformation radicale de la soci&#233;t&#233; polonaise. Parmi les travailleurs de chantiers, c'est l'indignation et il faut tout le poids acquis par Walesa pour les d&#233;fendre et t&#226;cher de r&#233;tablir la fiction selon laquelle l'Eglise serait du c&#244;t&#233; des travailleurs. Walesa, une nouvelle fois s'adapte &#224; la situation, reconna&#238;t que la gr&#232;ve doit continuer et affirme qu'il sera le dernier &#224; reprendre le travail. A ce moment, le principal appui de Walesa n'est d&#233;j&#224; plus l'ancien groupe de militants en faveur des syndicats libres du Littoral, de militants du KOR et de jeunes ouvriers radicaux avec lesquels il avait commenc&#233; &#224; militer et qui le suivait jusqu'au d&#233;marrage de la gr&#232;ve. Ces anciens amis lui deviennent hostiles et pensent qu'il n'est pas &#224; la hauteur ou qu'il trahit, comme Anna Walentynowycz avec laquelle il a d&#233;marr&#233; la gr&#232;ve et qui lui demande de se retirer de ses responsabilit&#233;s &#224; la t&#234;te du mouvement. Il est devenu le militant de l'appareil de l'Eglise (comme il l'affirme dans &#171; un chemin d'espoir &#187; en exposant qu'il suit la ligne du Primat de Pologne), appuy&#233; compl&#232;tement par ce grand appareil tr&#232;s puissant en Pologne. On peut le voir au fait qu'il ne se d&#233;place plus sans les deux mentors politiques que l'Eglise lui a envoy&#233; : Mazowiecki et Geremek. Si Walesa pr&#233;tend faire accepter pacifiquement au pouvoir des syndicats libres, c'est avec l'id&#233;e que ceux-ci joueront un r&#244;le d'interm&#233;diaire, de pompiers des gr&#232;ves, r&#244;le qu'il va jouer r&#233;ellement d&#232;s que l'occasion lui en sera offerte, r&#244;le qu'il a toujours consid&#233;r&#233; comme le sien depuis les gr&#232;ves de 1970, n'&#233;tant absolument pas l'ouvrier radicalement oppos&#233; au pouvoir que la presse a voulu fabriquer. Il a toujours pr&#233;tendu chercher au contraire le terrain d'un accord qui convienne &#233;galement au pouvoir. Il a toujours dit qu'il ne se consid&#233;rait pas comme repr&#233;sentant politique de la classe ouvri&#232;re mais comme d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la Pologne, int&#233;r&#234;ts face auxquels n'importe quel haut bureaucrate &#233;tait aussi important que les travailleurs. Et l'Etat polonais, loin d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un adversaire, repr&#233;sente l'id&#233;al de Lech Walesa. Le mouvement se confronte aux dirigeants politique du pays mais, selon lui, il ne vise pas m&#234;me &#224; l'affaiblissement de l'Etat, et m&#234;me au contraire &#224; son renforcement. Lorsqu'il expose en quoi il a suivi le m&#234;me programme que le Primat de Pologne, pourtant tr&#232;s inf&#233;od&#233; au pouvoir, il explique qu'il s'agit de s'opposer aux risques d'explosion d'une r&#233;volution ouvri&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Mon objectif &#171; &#233;tait que la population ne s'oppose pas au pouvoir les armes &#224; la main et prenne le pouvoir &#224; sa place. Je d&#233;fendais la m&#234;me position que le Primat de Pologne, du haut de sa chaire, quand il disait qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; solliciter &#224; genoux le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but, j'ai fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise de mani&#232;re publique (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Pour imposer son programme, Walesa n'a pas peur d'utiliser au sein du mouvement des m&#233;thodes de commandement bien peu d&#233;mocratiques. Il s'appuie sur une fraction de la base qui lui est acquise sur la base d'un militantisme ouvertement religieux avec messes, croix et g&#233;nuflexions. Il fait taire les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui le d&#233;rangent, en les faisant siffler et couvrir leur voix par ses adeptes. Il se fait proclamer chef sup&#233;rieur et seul v&#233;ritable porte parole du mouvement. Il cultive son propre mythe et pr&#233;tend que seuls ceux qui ont des ambitions personnelles peuvent y &#234;tre oppos&#233;s !&lt;br /&gt;
Fin ao&#251;t, le rapport de forces s'est consid&#233;rablement accru en faveur des ouvriers. La gr&#232;ve a fait t&#226;che d'huile dans tout le pays : &#224; Wroclaw, &#224; Varsovie, parmi les mineurs de Sil&#233;sie. La production de charbon est bloqu&#233;e. &lt;br /&gt;
Le 30 ao&#251;t, le Vice-premier ministre signe, devant des dizaines de milliers d'ouvriers assembl&#233;s, un accord qui restera dans les annales comme &#171; Accords de Gdansk &#187; qui, en principe, accepte les 21 conditions pos&#233;es par les gr&#233;vistes. Cette signature est une v&#233;ritable victoire arrach&#233;e par les travailleurs de tout le pays. Mais en m&#234;me temps, et c'est tout le probl&#232;me, la signature de Walesa, obtenue &#224; l'arrach&#233;e, au chantage, par Walesa contre la plupart des autres d&#233;l&#233;gu&#233;s des gr&#233;vistes, est une trahison du mouvement. Et ce d'abord parce que le pouvoir est au bord du gouffre et que la signature de Walesa le sauve. Dans la pratique, les travailleurs constateront que les formulations, concoct&#233;es par les &#171; experts &#187; du MKS et le pouvoir, n'engagent &#224; pas grand-chose. Par exemple, le MKS de Gdansk obtient le droit &#224; des syndicats libres, mais seulement &#224; Gdansk ! Les militants ouvriers emprisonn&#233;s dans tout le pays ne sont pas lib&#233;r&#233;s, alors que c'&#233;tait une condition r&#233;p&#233;t&#233;e sans cesse lors des n&#233;gociations. Le fait que les militants du KOR, des dirigeants importants du mouvement ne soient m&#234;me pas lib&#233;r&#233;s fait scandale. Walesa, hu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; La Commune &#187; de Gdansk, fait marche arri&#232;re &#224; nouveau : il exige du pouvoir la lib&#233;ration des membres du KOR. En apprenant que les troupes de Lublin, mobilis&#233;es pour se rendre &#224; Gdansk se sont mutin&#233;es, le pouvoir recule et lib&#232;re ces militants. On peut voir ainsi que le pouvoir est sur la corde raide : le cr&#233;dit &#233;norme des ouvriers de Gdansk est tel qu'ils pourraient appeler le pays tout entier &#224; constituer des comit&#233;s d'un nouveau pouvoir. Ils auraient alors non seulement la participation des travailleurs, mais le soutien de la majorit&#233; de la jeunesse, de la petite bourgeoisie et l'appareil d'Etat serait impuissant &#224; enrayer le mouvement. C'est justement de ce danger que Walesa est parfaitement conscient et le r&#244;le qu'il s'attribue est justement de sauver ce pouvoir polonais. Le pr&#233;texte avanc&#233; est qu'il vaut mieux &#234;tre opprim&#233; par un pouvoir polonais que de subir une occupation militaire russe, comme la Hongrie en 1956 ou comme la Tch&#233;coslovaquie en 1968. L'&#233;pouvantail russe est, autant que le bain de sang avec les forces de l'ordre, un leitmotiv de Lech Walesa au nom duquel il affirme que toute la difficult&#233; consiste &#224; &#8230; ne pas gagner, et, m&#234;me quand on a gagn&#233;, &#224; ne pas en tirer profit. Il faut redonner du cr&#233;dit &#224; l'Etat, calmer les travailleurs et remettre le pays au travail, tel est le projet de Walesa !&lt;br /&gt;
C'est ce Walesa l&#224; que le pouvoir accepte de diffuser pour la premi&#232;re fois &#224; la t&#233;l&#233;vision nationale, lors de la diffusion de la signature des accords de Gdansk. Il est propuls&#233; ainsi dirigeant national reconnu du mouvement ouvrier. &lt;br /&gt;
Le premier probl&#232;me auquel se heurte alors Walesa, c'est de freiner l'aspiration qu'il a lui-m&#234;me suscit&#233;e : la cr&#233;ation de syndicats libres. Au d&#233;but, c'&#233;tait une mani&#232;re de dire que l'objectif n'&#233;tait pas le renversement du pouvoir, ni m&#234;me l'obtention d'augmentations de salaires que le gouvernement ne pouvait pas accepter. Mais le mouvement en faveur des syndicats libres se heurte &#224; nombre d'int&#233;r&#234;ts locaux des bureaucrates et suscite du coup des confrontations qui, m&#234;me si elles ont un caract&#232;re local, menacent de ramener sur le devant de la sc&#232;ne la n&#233;cessit&#233; de renverser ce pouvoir honni. Walesa demande alors, et obtient, un service de voiturage permanent et gratuit, pour se propulser aux quatre coins du pays, et &#8230; y calmer tous les conflits ! Il d&#233;clare fi&#232;rement &#171; je suis le pompier des gr&#232;ves ! &#187; En quelques jours, Lech Walesa avait obtenu la reprise du travail. Maintenant, il s'acharne efficacement &#224; arr&#234;ter pr&#233;ventivement les mouvements explosifs qui &#233;clatent un peu partout pour des motifs multiples, g&#233;n&#233;ralement sur des provocations de l'appareil bureaucratique local qui n'accepte ni ne comprend la nouvelle situation.&lt;br /&gt;
Mais la classe ouvri&#232;re aspire &#224; s'organiser. Elle ne fait pas sur le terrain politique parce ses militants lui affirment que le seul objectif est revendicatif et de r&#233;forme. Elle a commenc&#233; &#224; constituer partout des MKS, des comit&#233;s interentreprises de la gr&#232;ve. Ces comit&#233;s avaient tendance &#224; se constituer en un double pouvoir politique mais, avec la fin de la gr&#232;ve, sous l'&#233;gide de Walesa, ils sont transform&#233;s en mouvement pour la constitution de syndicats libres qui s'intituleront &#171; Solidarit&#233; &#187; en souvenir du mouvement de gr&#232;ve, que Walesa a affirm&#233; &#234;tre un mouvement &#171; de solidarit&#233; &#187;. Mais, comment parvenir &#224; donner une place &#224; ces nouveaux syndicats alors que la bureaucratie s'est octroy&#233; de multiples petits privil&#232;ges au nom de sa &#171; repr&#233;sentation &#187; pr&#233;tendue la classe ouvri&#232;re dans un Etat o&#249; officiellement les travailleurs ont le pouvoir ? Le mouvement est tellement explosif que le contenir est une gageure. En quelques jours, dix millions de travailleurs adh&#232;rent aux syndicats Solidarnosc. Il ne s'agit plus seulement des grandes entreprises, mais de toute la classe ouvri&#232;re. Les autres cat&#233;gories de la population suivent : des gar&#231;ons de caf&#233; aux pompiers et des &#233;tudiants aux chauffeurs de taxis. Les artisans veulent leurs syndicats. Les paysans aussi et c'est m&#234;me d'eux que vont venir plusieurs situations explosives parce que le pouvoir leur refuse le droit de se syndiquer ! &lt;br /&gt;
Cette explosion syndicale change &#224; nouveau la donne pour Walesa qui comprend parfaitement le danger. De nouveaux leaders ouvriers vont se constituer partout dans le pays, qui ne seront sous le contr&#244;le de personne, &#224; part la population travailleuse. Mais, d&#233;sormais, il a des moyens et un cr&#233;dit personnel pour intervenir partout et calmer ou &#233;carter les leaders radicaux. Walesa &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Les gens d&#233;barquaient au syndicat en tr&#232;s grand nombre avec des rapports, des d&#233;clarations, des plaintes, des demandes d'intervention dans tous les milieux o&#249; on emp&#234;chait la cr&#233;ation des nouvelles organisations. (&#8230;) Les dix premiers jours, ce fut une tornade. (&#8230;) Ce n'&#233;tait plus comme avant, quand chacun pouvait presque m'attraper par la moustache et me parler de tout ce qui lui passait par la t&#234;te. Quant aux membres des comit&#233;s inter-entreprises qui &#233;taient sous la pression des travailleurs, j'essayais en un sens de les prot&#233;ger. &#187; &lt;/i&gt; Walesa, une protection des dirigeants ouvriers contre la pression des travailleurs ! Il l'a toujours &#233;t&#233;, m&#234;me durant la gr&#232;ve de 1970 ou la gr&#232;ve de 1980. Il expliquait ainsi qu'heureusement en 1970 c'&#233;tait la derni&#232;re fois que les travailleurs s'inspiraient de notions comme la lutte des classes ! Il affirmait qu'en 1980, c'est lui qui est parvenu &#224; faire en sorte qu'&#224; la lutte des classes, on substitue la religion, le nationalisme et le pacifisme ! Il &#233;crit cependant : &lt;i&gt;&#171; Je dois reconna&#238;tre que flottait encore en permanence un air de r&#233;volution ouvri&#232;re que l'irresponsabilit&#233; de bien des leaders entretenait et qu'il fallait combattre quasi continuellement. Ma chance, c'&#233;tait mon contact personnel. Les ouvriers pr&#233;f&#233;raient les discours des leaders les plus radicaux qui poussaient les flammes de la col&#232;re et s'appuyaient sur le fait que les ouvriers voulaient absolument en d&#233;coudre avec le pouvoir. Mais personnellement, ils me pr&#233;f&#233;raient moi et c&#233;daient &#224; mon sens des r&#233;alit&#233;s. &#187; &lt;/i&gt; &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Le comit&#233; de Gdansk devient un centre de d&#233;cision pour tout le pays, aussi puissant politiquement que le pouvoir du gouvernement. Mais, c'est pour mieux contr&#244;ler les luttes et les initiatives politiques des leaders ouvriers. Walesa demande et obtient que les comit&#233;s, que les travailleurs le consultent avant toute d&#233;cision d'action et d'organisation. Mais, en m&#234;me temps, il transforme la signification de l'ancien comit&#233; dirigeant du MKS de Gdansk. Il produit un organisme de collaboration avec le pouvoir qui sera cens&#233; &#224; la fois diriger la classe ouvri&#232;re et diriger aussi les n&#233;gociations avec le pouvoir. C'est le praesidium de la Commission Nationale. &lt;br /&gt;
Le pouvoir va accepter cette intervention du nouveau pouvoir de Lech Walesa tant qu'il ne sera pas parvenu &#224; calmer l'essentiel du potentiel explosif de la classe ouvri&#232;re. C'est seulement alors que viendra la r&#233;pression, sous la forme du &#171; coup d'Etat militaire &#187; du g&#233;n&#233;ral Jaruzelski en 1981. Durant tout cet interm&#232;de, on est sans cesse &#224; la limite de l'explosion populaire. Le pouvoir ouvrier, une esp&#232;ce de double pouvoir, est une r&#233;alit&#233;, puisque c'est du c&#244;t&#233; des organisations de travailleurs que tout le peuple polonais attend son avenir. C'est &#224; elles qu'il pose toutes ses questions quotidiennes. Mais la direction de la classe ouvri&#232;re n'a en fait aucunement l'objectif de faire triompher ce bras de fer de la lutte des classes en faveur du prol&#233;tariat. Walesa le r&#233;p&#232;tera &#224; qui veut l'entendre : il n'est pas pour la lutte des classes qui se r&#233;sume selon lui &#224; l'id&#233;ologie de la bureaucratie stalinienne. Il est hostile &#224; la r&#233;volution qui ne m&#232;ne, selon lui, qu'&#224; un bain de sang inutile. Il expose ouvertement sa strat&#233;gie : &lt;i&gt;&#171; Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport des forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Mon objectif &#233;tait non pas l'affrontement, mais de durer le plus longtemps possible face au pouvoir pour montrer un aper&#231;u de ce que pouvait &#234;tre la Pologne. Bien s&#251;r, au fur et &#224; mesure, je me rendais compte que notre marge de man&#339;uvre se r&#233;duisait ainsi que notre cr&#233;dit parmi les travailleurs, parce que la volont&#233; de coop&#233;rer du pouvoir atteignait ses limites. Mais mon objectif n'&#233;tait nullement de le souligner. Au contraire, je cherchais toutes les possibilit&#233;s de coop&#233;rations. (&#8230;) D'ao&#251;t 1980 &#224; 1981, on m'a surnomm&#233; Lech-le-pompier. J'ai jou&#233; le r&#244;le de celui qui allait partout &#233;teindre les foyers de gr&#232;ves. Et cela dans tout le pays que je parcourais en tous sens en voiture. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
En septembre 1980, la temp&#233;rature sociale monte &#224; nouveau dans la classe ouvri&#232;re. La confrontation ne peut plus &#234;tre retard&#233;e. Lech Walesa affirme qu'il se pr&#233;pare &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais il la retarde sans cesse. Et finalement, le 31 janvier 1981, le syndicat Solidarnosc signe un compromis pour d&#233;commander la lutte. Il pr&#233;texte qu'il a obtenu la semaine de cinq jours alors que le pouvoir voulait imposer les &#171; samedis libres &#187;. Libre veut dire pr&#233;tendus volontaires mais surtout gratis : pay&#233;s z&#233;ro ! &lt;br /&gt;
Ce recul du syndicat emp&#234;che la classe ouvri&#232;re de construire son rapport de forces, mais n'emp&#234;che pas les affrontements. Des militants sont arr&#234;t&#233;s, matraqu&#233;s. Si bien que Solidarnosc est contraint d'appeler le 27 mars &#224; une gr&#232;ve d'avertissement de quatre heures contre les brutalit&#233;s polici&#232;res. Malgr&#233; les efforts de Walesa, il ne parvient pas &#224; emp&#234;cher le syndicat Solidarnosc d'appeler toute la classe ouvri&#232;re de Pologne pour le 30 mars. Par contre, le 29, il r&#233;ussit &#224; signer un nouvel accord avec le gouvernement et d&#233;commande la gr&#232;ve &#8230; du lendemain ! &lt;br /&gt;
A nouveau, le 17 avril, le pays tout entier est &#224; la limite de la confrontation du fait d'un affrontement entre les paysans qui veulent leur syndicat et le pouvoir qui ne veut pas d'un syndicat libre paysan. On assiste de nouveau aux op&#233;rations de Walesa et &#224; sa strat&#233;gie d&#233;mobilisation/conciliation. &lt;br /&gt;
Le 25 juillet, les p&#233;nuries alimentaires provoquent cependant des marches de la faim dans plusieurs villes, et la capitale Varsovie est bloqu&#233;e pendant trois jours. &lt;br /&gt;
D&#232;s fin juillet, il devient clair que la politique de Walesa est morte, que le pouvoir se pr&#233;pare &#224; la confrontation violente afin de d&#233;truire les formes d'organisation n&#233;es de la gr&#232;ve. Des g&#233;n&#233;raux d'active entrent au gouvernement. La pr&#233;paration du pouvoir &#224; l'offensive, qu'on appellera &#171; coup d'Etat &#187; bien que ceux qui le r&#233;aliseront avaient d&#233;j&#224; le pouvoir, les travailleurs vont en avoir maintes preuves du 31 juillet 1981 au 13 d&#233;cembre, date du &#171; coup d'Etat &#187;. Pourtant, rien ne va &#234;tre pr&#233;vu pour que les organisations ouvri&#232;res s'y pr&#233;parent et y pr&#233;parent les travailleurs. Et surtout rien pour en avertir la classe ouvri&#232;re car cela aurait risqu&#233; de provoquer l'explosion ouvri&#232;re, la r&#233;volution que Walesa craignait plus que tout, plus que l'&#233;chec, plus que la r&#233;pression, plus que l'&#233;crasement du syndicat ou sa propre arrestation. Les jeunes soldats eux-m&#234;mes viennent pr&#233;venir la direction du syndicat Solidarnosc, mais ils ne veulent surtout pas tenir compte de cet avertissement. S'adresser aux soldats, risquer de diviser l'arm&#233;e, demander aux soldats de ne pas tirer sur le peuple, c'est risquer que la classe ouvri&#232;re casse l'Etat polonais. Pour le nationaliste, r&#233;formiste, pacifiste Lech Walesa, il n'y aurait pas de pire danger ! &lt;br /&gt;
Il expose lui-m&#234;me tr&#232;s clairement que le pire a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de sa politique et pas seulement la duret&#233; de la r&#233;pression : &lt;i&gt;&#171; le choc &#233;prouv&#233; a &#233;t&#233; terrible, sans commune mesure avec la force de la r&#233;pression. Et cela parce que personne ne nous avait fait part de cette &#233;ventualit&#233;. Les responsables du mouvement ne l'ont pas fait. Peut-on dire que leur devoir avait &#233;t&#233; accompli ? Personne n'&#233;tait pr&#233;par&#233;. Personne n'avait envisag&#233; cette hypoth&#232;se. (&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; totalement livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes. Plus que la r&#233;pression, ce sentiment &#233;tait la v&#233;ritable cause de la d&#233;faite de Solidarnosc. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Pourtant, tous les &#233;l&#233;ments montraient clairement ce qui se pr&#233;parait. En septembre, une liste des dirigeants ouvriers &#224; arr&#234;ter &#233;tait &#233;tablie. En octobre, le g&#233;n&#233;ral Jaruzelski, d&#233;j&#224; chef de l'arm&#233;e, prenait la t&#234;te de l'Etat. En novembre, il se faisait donner les pleins pouvoirs. &lt;br /&gt;
Le 13 d&#233;cembre, en une nuit, c'est le raz de mar&#233;e. Des milliers de militants et la plupart des ouvriers combatifs sont arr&#234;t&#233;s. Et pourtant, malgr&#233; l'absence de la moindre pr&#233;paration, la classe ouvri&#232;re r&#233;agit. Il va falloir cinq jours &#224; l'arm&#233;e pour r&#233;duire la r&#233;sistance spontan&#233;e des travailleurs qui s'est d&#233;velopp&#233;e malgr&#233; un appel de Lech Walesa &#224; ne pas r&#233;agir, pas m&#234;me par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pacifique. Les mineurs, &#224; bout, exasp&#233;r&#233;s, se sont enferm&#233;s et menacent de tout faire sauter si on donne l'assaut&#8230; &lt;br /&gt;
La violence de la r&#233;pression est &#224; la mesure de la crainte d'explosion r&#233;volutionnaire qu'a connu le pouvoir pendant tous ces mois. Il s'agit d'&#233;radiquer tous les sentiments de la force de la classe ouvri&#232;re qui sont mont&#233;s depuis 1980. On arr&#234;te des familles enti&#232;res. On frappe. On torture. On tue. Les prisonniers sont emmen&#233;s par fourgons entiers dans les camps de d&#233;tention &#233;parpill&#233;s dans tout le pays. &lt;br /&gt;
Le nouveau r&#233;gime s'intitule lui-m&#234;me &#171; l'&#233;tat de guerre &#187; ! L'Eglise, elle, appelle au calme et signe tout ce que veut le pouvoir. Glemp, le nouveau Primat de Pologne, est le seul appui d'un pouvoir compl&#232;tement isol&#233;. La population est d&#233;moralis&#233;e, mais pas r&#233;sign&#233;e. Pendant des mois, les v&#233;hicules militaires sont hu&#233;s &#224; chaque fois qu'ils passent dans les quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1981, le r&#233;formisme a nouvelle fois produit ses effets : d&#233;sarmer politiquement, moralement, mat&#233;riellement la classe opprim&#233;e, donner &#224; la classe dirigeante le temps de se pr&#233;parer et de r&#233;agir. C'est encore une fois dans le sang des ouvriers que se sont pay&#233;es les illusions sur une possibilit&#233; de collaboration entre une classe ouvri&#232;re mobilis&#233;e et un pouvoir dictatorial. La dictature mise en place en d&#233;cembre 1981, les travailleurs polonais vont la subir jusqu'en 1988. &lt;br /&gt;
Cette fois, ce ne sera pas la mobilisation de la classe ouvri&#232;re qui d&#233;mant&#232;lera le r&#233;gime, mais l'accord entre le pouvoir, la direction de la bureaucratie russe et les chefs de l'imp&#233;rialisme. L'avertissement de 1980 en Pologne, comme celui des luttes ouvri&#232;res d'Afrique du sud, de Cor&#233;e du sud, de Turquie auront permis aux classes dirigeantes de mesurer que le mode de domination du monde devait changer et d'organiser, pour &#233;viter la r&#233;volution ouvri&#232;re, la fin de l'ancienne politique des blocs, la &#171; chute du mur de Berlin &#187;. La fin du stalinisme ne s'est pas r&#233;alis&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la Hongrie de 1956 pouvait le faire esp&#233;rer, mais au b&#233;n&#233;fice politique et social de la bourgeoisie. &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOCUMENTS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les gr&#232;ves de 1970&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de &lt;strong&gt;Jean-Yves Potel &lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; E : A Gdansk, le travail d&#233;marre dans une ambiance tendue. Vers neuf heures, &#224; l'heure de la pause, les ouvriers commencent &#224; se rassembler devant les bureaux de la direction du chantier. Ils exigent l'annulation de la hausse des prix. A part les postes de t&#233;l&#233; ou les frigo, tout a augment&#233; de 30%, &#224; quinze jours de No&#235;l : le saucisson, la farine, la semoule, la confiture, les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. La direction s'avoue incomp&#233;tente. (&#8230;) Nous nous dirigeons donc vers le si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vode du POUP. L&#224;, tr&#232;s spontan&#233;ment, une d&#233;l&#233;gation est d&#233;sign&#233;e (&#8230;) On les a balad&#233;s de bureau en bureau pour les &#233;coeurer. Cette premi&#232;re d&#233;l&#233;gation est, en fait, arr&#234;t&#233;e. (&#8230;) Exasp&#233;r&#233;e pat l'attitude des autorit&#233;s, la foule s'empare d'une voiture-radio de la milice qui appelait les gens &#224; se disperser et utilise le haut-parleur pour diffuser slogans et revendications. Un cort&#232;ge se forme derri&#232;re la voiture et traverse ainsi une partie de la ville, du chantier naval au chantier de r&#233;parations, puis vers le chantier Nord. Avant de rentrer, il s'arr&#234;te devant l'institut polytechnique de Gdansk. (&#8230;) Certains ouvriers ont pris des b&#226;tons, d'autres des outils bien lourds, pour faire face &#224; la milice en cas d'affrontement. Ouvriers et employ&#233;s des bureaux marchent c&#244;te &#224; c&#244;te. (&#8230;) Soudain, on les aper&#231;oit. Ils sont l&#224;, pr&#232;s de l'h&#244;tel Monopole ; plusieurs rang&#233;es de miliciens v&#234;tus de cuir noir et leurs v&#233;hicules blind&#233;s dont d&#233;passent ici ou l&#224; le nez d'une mitrailleuse ou d'autres engins. &#171; C'est la Brigade noire &#187; crie quelqu'un. (&#8230;) Devant la maison de la presse, la Brigade noire disperse les manifestants &#224; coups de grenades. Les gens refluent, mais s'emparent au passage de pierres qui jonchent le sol du chantier de construction d'une banque. (&#8230;) Notre haut-parleur annonce : &#171; Nous revenons vers le comit&#233;. &#187; Devant le b&#226;timent, aucun milicien. Les cris montent vers la fa&#231;ade vide : &#171; Du pain ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : Subitement, le ciel s'&#233;claire autour du comit&#233;. On aper&#231;oit de la fum&#233;e, puis des flammes qui montent derri&#232;re l'immeuble. Cette fois, les miliciens sont au rendez-vous. (&#8230;) Ils courent en file indienne et cognent &#224; la matraque. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 15 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
(&#8230;)&lt;br /&gt;
E : Dans les rues, l'atmosph&#232;re s'est durcie par rapport &#224; la veille. Les ouvriers des chantiers ne sont plus seuls. Les travailleurs d'autres entreprises moins importantes se sont mis en gr&#232;ve et nous les retrouvons devant le b&#226;timent du comit&#233;. La foule qui s'y rassemble est consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : J'ai l'impression, au d&#233;but, qu'il s'agit d'une v&#233;ritable insurrection nationale. (&#8230;) On entend des coups de feu. &#199;a vient de la rue Swierczewski ; je cours dans cette direction. Sur le pont qui nous s&#233;pare du si&#232;ge de la milice et des b&#226;timents de la prison, miliciens et ouvriers se battent au corps &#224; corps. (&#8230;) Un instant plus tard, l'immeuble de la milice et la prison sont pris d'assaut par des groupes d'ouvriers. (...) Entre-temps, les autorit&#233;s ont barr&#233; les routes d'acc&#232;s &#224; la ville. Aucun train ne peut rentrer &#224; Gdansk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La ligne de front se stabilise &#224; la hauteur du pont qui enjambe les voies de chemin de fer, rue Swierczewski. Vingt mille personnes, environ, sont mass&#233;s dans les art&#232;res du centre ville, dont les ouvriers du chantier qui restent group&#233;s ensemble et tentent de s'organiser. (&#8230;) Sur le pont, l'affrontement dure d&#233;j&#224; depuis pus d'une heure. Exc&#233;d&#233;e de ne pouvoir se frayer le passage jusqu'aux b&#226;timents gouvernementaux de la rue Swierczewski, la foule s'en prend au si&#232;ge des syndicats, rue Kaliniovski. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : Devant la gare, les voitures de la milice flambent. Pr&#232;s du comit&#233;, c'est une voiture officielle. Deux tramways sont renvers&#233;s. Rue Hewelisz, les barricades commencent &#224; prendre une taille respectable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W : Ce m&#234;me jour, mardi 16 d&#233;cembre, on commence au chantier de r&#233;paration &#224; organiser un peu mieux la gr&#232;ve. Des comit&#233;s sont form&#233;s dans chaque atelier. Des personnes sont d&#233;sign&#233;es pour prot&#233;ger les installations contre des tentatives de sabotage et des provocations &#233;ventuelles : six environ par comit&#233; de gr&#232;ve d'atelier. Sur la base de ces comit&#233;s, un comit&#233; de gr&#232;ve d'entreprise est constitu&#233; dont je fais partie. J'en fais partie. J'ai, comme les autres coll&#232;gues &#233;lus, la confiance des travailleurs de ma boite. Nous prenons des dispositions pour assurer un service de sant&#233; en maintenant ouvert le dispensaire du chantier. (&#8230;) On d&#233;cide de suspendre de ses fonctions le directeur g&#233;n&#233;ral du chantier de r&#233;parations, Mr Zbigniew Gryglewski. (&#8230;) Nous sommes en gr&#232;ve, donc tous les ordres doivent &#233;maner du comit&#233; de gr&#232;ve ; ainsi, c'est &#224; nous de prendre la responsabilit&#233; des personnes et des biens sur tout le chantier. (&#8230;) Le Vice-premier ministre (&#8230;) a cri&#233; &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision : &#171; les ouvriers des Chantiers sont des hooligans, l'avant-garde des voyous et des bandits. &#187; &lt;br /&gt;
(&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; re&#231;us par le camarade Hajer, ou par Starzewski, je ne sais plus lequel des deux. (&#8230;) Quand les chars quadrillent les rues qui grouillent de miliciens et de soldats, une chose et une seule : annoncer nos revendications. J'ai d&#233;clar&#233; que si elles n'&#233;taient pas satisfaites d'ici 48 heures, nous proclamerions la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et qu'ainsi le monde entier apprendrait leurs crimes. Il a r&#233;pondu que ce n'est pas nous qui disposions de la force. &#171; Notre force, ai-je dit, ne r&#233;side pas dans l'arm&#233;e mais dans la classe ouvri&#232;re. Nous sommes 14 millions, vous ne pourrez tous nous abattre. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 16 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
E : Plusieurs heures avant l'aube, les chars passent (&#8230;) Nous trouvons le chantier encercl&#233; par les chars. Devant le b&#226;timent de la direction, o&#249; tout le monde s'&#233;tait d'abord rendu, un cort&#232;ge se forme pour sortir en ville. Au moment o&#249; les rangs de t&#234;te atteignent la porte du chantier, on entend des rafales de mitraillettes. On pense au d&#233;but qu'il s'agit d'intimidations, en l'air ou &#224; blanc, mais cette illusion est de courte dur&#233;e. Des personnes tombent, tu&#233;es sur le coup ou gri&#232;vement bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : La gr&#232;ve avec occupation est proclam&#233;e au chantier L&#233;nine. On &#233;lit le comit&#233; de gr&#232;ve. (&#8230;) Soudain, les lignes t&#233;l&#233;phoniques sont coup&#233;es. Par haut-parleur, les voitures-radio de la milice diffusent un communiqu&#233; nous appelant &#224; quitter les lieux, affirmant aussi que nous ne courrons aucun danger si nous obtemp&#233;rons. Personne ne bouge. (&#8230;) Dans la soir&#233;e, nous apprenons que Stanislas Kociolek, ex secr&#233;taire du comit&#233; de vo&#239;vodie du POUP &#224; Gdansk et Vice-Premier ministre, est apparu devant les cam&#233;ras de t&#233;l&#233;vision. Il nous a trait&#233;s de &#171; provocateurs &#187; et de &#171; fauteurs de troubles &#187; et a appel&#233; &#224; la reprise du travail pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 17 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
S : Nous entamons notre deuxi&#232;me nuit de veille au chantier. La nourriture manque ; nous partageons ce que nous avons. (&#8230;) La nouvelle nous parvient que l'arm&#233;e va p&#233;n&#233;trer dans le chantier pour nous r&#233;gler notre compte. (&#8230;) les autorit&#233;s ont lanc&#233; un ultimatum d&#233;finitif. (&#8230;) Il se peut m&#234;me que le chantier soit bombard&#233; par l'aviation. (&#8230;) La d&#233;cision est prise d'arr&#234;ter la gr&#232;ve avec occupation et de quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : En janvier 1971, nos comit&#233;s de gr&#232;ve ont repris vie. Des d&#233;l&#233;gations sont all&#233;es voir Gierek. J'y &#233;tais. Nous avons demand&#233; que la liste des victimes soit rendue publique. Quand on nous a dit qu'il n'y avait eu que 45 morts, nous ne savions plus s'il fallait rire ou pleurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de &lt;strong&gt;Lech Walesa &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt; &#171; Lorsque j'eus franchi pour la premi&#232;re fois l'entr&#233;e des Chantiers (les chantiers navals de Gdansk), moi, la &#171; main d'or &#187; du Parc national des Machines agricoles, je me sentis terriblement perdu. Apr&#232;s avoir pass&#233; plusieurs ann&#233;es au milieu des vieilles carcasses de voitures que, par esprit de curiosit&#233;, je d&#233;montais jusqu'au dernier rivet, j'avais fini par devenir un bon technicien. Aux Chantiers, &#224; peine grimpai-je pour la premi&#232;re fois sur un navire en construction que je me fourvoyai parmi les &#233;tages des &#233;chafaudages des cales sans pouvoir retrouver par o&#249; j'&#233;tais venu, et je dus convenir que je n'&#233;tais l&#224; rien de plus qu'un ouvrier parmi des milliers d'autres. C'&#233;tait fort d&#233;sagr&#233;able, mais je ne pouvais plus faire marche arri&#232;re : j'ai horreur de reculer. (..)&lt;br /&gt;
J'ai fait mes d&#233;buts &#224; la brigade de Mosinski, une &#233;quipe d'&#233;lectriciens charg&#233;e de poser les c&#226;bles &#224; bord des navires-usines de p&#234;che. Poser des dizaines de m&#232;tres de c&#226;bles de la grosseur d'un avant-bras depuis le g&#233;n&#233;rateur jusqu'au tableau g&#233;n&#233;ral de commandes, sur une hauteur pouvant aller jusqu'&#224; 60 m&#232;tres, n'est pas chose facile. La longueur du c&#226;ble, ses coudes, ses ondulations et d&#233;rivations devaient tomber pile. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La plupart des ouvriers des Chantiers souffraient de maux d'estomac. Au d&#233;but, je n'arrivais pas &#224; comprendre pourquoi. Mais il pouvait difficilement en &#234;tre autrement. Se levant t&#244;t le matin sans absorber le moindre petit d&#233;jeuner, on travaillait jusqu'&#224; 9 heures, grillant une cigarette de temps en temps, alors que l'effort fourni &#233;tait consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les deux premi&#232;res ann&#233;es de travail aux Chantiers constituaient une p&#233;riode d'essai. Tous ceux qui tenaient ces deux ans avaient des chances de pouvoir continuer. Les d&#233;pressions et les d&#233;parts survenaient surtout durant la premi&#232;re ann&#233;e, au bout de quelques mois. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La production sur les Chantiers est r&#233;gie par le syst&#232;me du travail aux pi&#232;ces. C'est un merveilleux moyen, pour la direction, de se d&#233;charger de ses responsabilit&#233;s. Dans un tel syst&#232;me, tout un chacun est int&#233;ress&#233; &#224; gagner le maximum. Personne, cependant, n'est l&#224; pour livrer l&#224; o&#249; il faut les mat&#233;riaux n&#233;cessaires. Les Chantiers sont en mouvement perp&#233;tuel. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Peu &#224; peu, je parvins &#224; cerner la diff&#233;rence essentielle entre l'activit&#233; dans une entreprise aussi dispers&#233;e que le Parc national des Machines agricoles et le travail aux Chantiers. (&#8230;) Les Chantiers &#233;taient r&#233;gis par des lois radicalement diff&#233;rentes : chacun y apparaissait comme une petite vis, fraction infime d'une &#233;norme m&#233;canique, tout en repr&#233;sentant une certaine force dont il fallait tenir compte. De cela, tout le monde &#233;tait conscient. Quand les choses ne tournaient pas rond &#8211; et, &#224; ma connaissance, c'&#233;tait en permanence -, on travaillait dans une atmosph&#232;re morose, en &#233;tat de tension perp&#233;tuelle. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans les ann&#233;es 60, le r&#233;gime serra la vis. Cette fois, compte tenu des &#233;v&#233;nements de Poznan de 1956, le pouvoir se garda de mettre son plan en &#339;uvre de fa&#231;on directe, en r&#233;duisant les salaires horaires : il pr&#233;f&#233;ra faire donner ses &#171; cerveaux &#187; : &#233;conomistes, ing&#233;nieurs, financiers. Pour faire des &#233;conomies, ils mirent sur pied le syst&#232;me suivant : d&#233;sormais, l'ouvrier n'&#233;tait pas simplement charg&#233; de fabriquer une table, par exemple, mais le temps qui lui &#233;tait imparti pour la fabriquer lui &#233;tait impos&#233;. Il n'&#233;tait plus pay&#233; pour fabriquer une table, mais pour consacrer un certain nombre d'heures &#224; cette t&#226;che. (&#8230;) Conform&#233;ment aux dispositions prises en haut lieu, cette politique d'&#233;conomies se traduisit aux Chantiers par une diminution globale d'environ un million d'heures de travail par an. L'ing&#233;nieur, qui ne devait pas d&#233;passer les co&#251;ts de production du navire &#8211; chiffr&#233;s en heures -, &#233;tait ainsi amen&#233; &#224; r&#233;duire le temps pr&#233;vu pour chaque t&#226;che. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Je commen&#231;ais &#224; bien m'en rendre compte et &#224; le comprendre quand la mort de 22 ouvriers vint alourdir le climat des Chantiers. Ils furent br&#251;l&#233;s vifs en faisant des heures suppl&#233;mentaires dans une cale, dans la fi&#232;vre de l'ach&#232;vement d'un navire qui devait &#224; tout prix &#234;tre pr&#234;t plus t&#244;t que pr&#233;vu. (&#8230;) L&#224; encore se reproduisait le m&#234;me sc&#233;nario qu'&#224; l'&#233;cole, &#224; l'arm&#233;e, au Parc de Machines agricoles : de jour en jour, j'avais autour de moi un peu plus de gens pour m'&#233;couter et me souffler ce que j'ignorais encore. Au sein de mon &#233;quipe, je me liai d'amiti&#233; avec Henryk Lenarciak, (&#8230;) amiti&#233; qui ne s'&#233;tait pas d&#233;mentie en ao&#251;t 1980, quand Lenarciak prit la t&#234;te du Comit&#233; pour l'&#233;dification du monument aux ouvriers des Chantiers tomb&#233;s en 1970. Avant 1970, les Chantiers vivaient encore sous le coup de la r&#233;volte estudiantine de mars 1968, pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re d&#233;form&#233;e par la propagande officielle. (&#8230;) Au lendemain des affrontements entre &#233;tudiants et forces de l'ordre, quelqu'un remarqua dans les vestiaires un stagiaire couvert d'ecchymoses caus&#233;es par des coups de matraques. Nous l'avons promen&#233;, le dos nu, &#224; travers les Chantiers en scandant : &#171; Laisserons-nous tabasser nos enfants, enfants d'ouvriers et de paysans ? &#187; Le m&#234;me jour, les forces de l'ordre furent mises &#224; mal &#224; Wrzeszcz, dans la banlieue de Gdansk. (&#8230;) L'&#233;meute n'&#233;tait plus le fait d'intellectuels, mais d'ouvriers qui avaient pris le parti des &#233;tudiants. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1970&lt;br /&gt;
Nous avons d&#233;bray&#233; &#224; l'annonce par le gouvernement de l'augmentation des prix des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, y compris les denr&#233;es alimentaires. Juste avant les f&#234;tes, on avait d&#233;cr&#233;t&#233; cette hausse des prix &#224; la consommation alors que l'ouvrier n'arrivait d&#233;j&#224; pas &#224; joindre les deux bouts et n'avait plus les moyens de se procurer certains produits de base. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve sur les Chantiers navals a d&#233;marr&#233; le lundi, aux ateliers de m&#233;canique et aux &#171; coques &#187;. Les ouvriers qui y travaillaient avaient fait des stages chez Zulzer, en Suisse, et chez Baumeistr, au Danemark. C'&#233;tait le sel des Chantiers, l'&#233;lite, et ils &#233;taient tr&#232;s unis. Nantis d'un bon bagage de connaissances et d'exp&#233;rience, ils formaient une &#233;quipe parfaitement organis&#233;e. Devant les cuisines se retrouvaient les conducteurs d'une trentaine d'engins qui servaient aussi, pendant la pause casse-cro&#251;te, &#224; distribuer le caf&#233; dans les ateliers. Ces conducteurs qui gagnaient un salaire de mis&#232;re, &#233;taient &#224; la pointe du mouvement. En m&#234;me temps que le caf&#233;, ils servirent &#224; tous le mot d'ordre de la gr&#232;ve&#8230; &lt;br /&gt;
Nous avons rejoint ceux des &#171; coques &#187; pour nous rendre devant le b&#226;timent de la direction. Nous &#233;tions environ quatre mille, peut-&#234;tre d'avantage. (&#8230;) Tr&#232;s vite, la foule rassembl&#233;e s'est mise &#224; scander ses revendications &#224; l'adresse du directeur qui, en compagnie du secr&#233;taire du Parti pour les Chantiers, r&#233;pondait depuis sa fen&#234;tre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Finalement, nous r&#233;sol&#251;mes &#224; quelques-uns d'aller trouver le directeur. Une fois chez lui, nous nous sommes plac&#233;s contre la fen&#234;tre afin qu'on nous voie et nous entende d'en bas. (&#8230;) J'ai demand&#233; au directeur s'il &#233;tait &#224; m&#234;me d'obtenir la lib&#233;ration des ouvriers arr&#234;t&#233;s la veille, et s'il &#233;tait en mesure de faire rapporter l'augmentation des prix des denr&#233;es alimentaires. (&#8230;) Sa r&#233;ponse fut n&#233;gative. Dans son bureau, il y avait un porte-voix. Je m'en suis empar&#233; pour faire part &#224; la foule de ce que je venais d'entendre. Et j'ai demand&#233; : &#171; Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? &#187; Ceux d'en bas se sont &#233;cri&#233;s : &#171; On y va ! &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Un groupe s'est dirig&#233; vers le commissariat de police de la rue Svierczewskiego (&#8230;) je me retrouve devant le commissariat de police. (&#8230;) Je demande &#224; le voir (le commissaire). (&#8230;) Je d&#233;clare que je suis venu chercher les n&#244;tre : s'ils sont lib&#233;r&#233;s sur le champ, tout va se passer dans le calme, car nous ne cherchons pas la bagarre. (&#8230;) Un moment je parviens &#224; calmer la foule. Je dis que la milice est d'accord pour rel&#226;cher les n&#244;tres sans affrontement. (&#8230;) La milice se met &#224; charger des deux c&#244;t&#233;s, encerclant carr&#233;ment la foule. J'entend crier &#224; mon adresse : &#171; Tra&#238;tre ! Salaud ! &#171; Les gars sont persuad&#233;s que je les ai men&#233;s en bateau. (&#8230;) J'entends les gens crier que je les ai tromp&#233;s, que je ne suis qu'un mouchard, un espion. (&#8230;) Je retourne au commissariat de police dont je me suis esquiv&#233; une heure plus t&#244;t. La milice a r&#233;ussi &#224; disperser la foule, &#224; moins que les gens ne soient partis d'eux-m&#234;mes. Le b&#226;timent est en feu&#8230; Je r&#233;alise que la situation devient dangereuse. (&#8230;) le premier venu n'aura aucun mal &#224; les inciter (les ouvriers) &#224; la violence. Il faut faire quelque chose. Je vais voir ce que fabrique la milice. Je retourne rue Svierczewskiego, au commissariat, et y rencontre un commandant. Je lui demande ce que comptent faire les autorit&#233;s : &#171; Les magasins sont pill&#233;s, les gens se saoulent. S'ils continuent &#224; picoler, &#231;a va faire du vilain. &#187; Il me r&#233;pond qu'il n'en sait trop rien, mais qu'&#224; l'int&#233;rieur se trouve quelqu'un qui peut me r&#233;pondre. C'est un civil. Je lui repose ma question sur ce que comptent faire les autorit&#233;s. (&#8230;) &#171; Nous nous en occupons &#187;, me r&#233;pond-il. Il me montre du doigt les munitions qu'il est en train de distribuer. Des &#233;tuis en carton contenant une vingtaine de balles.&lt;br /&gt;
Qu'est-ce que vous &#234;tes en train de mijoter ? Mais c'est un &#8230; Des Polonais tirer sur des Polonais ?&lt;br /&gt;
Comment s'en sortir autrement ? Vous voyez une autre solution ?&lt;br /&gt;
Je pense en avoir une&lt;br /&gt;
Laquelle ? &lt;br /&gt;
J'essaie d'en improviser une &#224; toute allure et lui r&#233;pond :&lt;br /&gt;
On ne pourra s'en sortir qu'en s'organisant. Il faut faire le tour de la ville &#224; pied ou &#224; bord d'une voiture d&#233;couverte. Il faut que ce soient des ouvriers des Chantiers, des copains, des anciens. Qu'ils disent aux ouvriers de se r&#233;unir sur leur lieu de travail et d'y choisir des d&#233;l&#233;gu&#233;s avec lesquels pourront s'ouvrir des n&#233;gociations.&lt;br /&gt;
J'arr&#234;te tout, dit le civil apr&#232;s m'avoir &#233;cout&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
D&#232;s mon arriv&#233;e dans l'atelier, mes copains me choisissent comme d&#233;l&#233;gu&#233;. Avec ceux des autres ateliers, nous nous retrouvons dans le bureau de la direction pour constituer un comit&#233; de gr&#232;ve. Nous sommes plut&#244;t nombreux. Ma candidature est avanc&#233;e pour faire partie de ce comit&#233; qui ne doit compter que trois membres. (&#8230;) Me voici &#233;lu pr&#233;sident. (&#8230;) Je refusais de prendre seul la direction de cette gr&#232;ve. Elle fut dirig&#233;e par une &#233;quipe qui changea sans cesse, qui n'avait pas de conception coh&#233;rente et se montrait trop molle dans les pourparlers. Ce fut un &#233;chec. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le mercredi matin, (&#8230;) les Chantiers &#233;taient boucl&#233;s par l'arm&#233;e. (&#8230;) les gens r&#233;agissaient diversement, mais la plupart sifflaient les soldats. Une femme s'est approch&#233;e d'eux en criant : &#171; Alors les enfants, commen&#231;a vous allez nous tirer dessus ? &#187; Quelque chose en nous venait de se briser. (&#8230;) Dans notre atelier, nous faisions tout ce qui &#233;tait en notre pouvoir pour emp&#234;cher les ouvriers de descendre. Ailleurs, il n'en allait pas toujours ainsi. Certains se regroupaient d&#233;j&#224; pour d&#233;bouler dans le rue, ce qui &#233;tait d'ailleurs impossible, les grilles d'entr&#233;e, bien qu'ouvertes, &#233;tant bloqu&#233;es par l'arm&#233;e. Le chef de notre atelier, Lesinievski, Lenarciak, Suzko et moi-m&#234;me nous nous rend&#238;mes chez Zaczek, le directeur. Nous voulions n&#233;gocier avec les responsables r&#233;gionaux de la S&#233;curit&#233; afin d'&#233;viter que la troupe n'ouvre le feu. (&#8230;) c'est en revenant dans l'atelier que j'entendis les premiers coups de feu. (&#8230;) Un meeting houleux s'&#233;tait tenu sur l'esplanade devant le b&#226;timent directorial. On racontait que les ouvriers, curieux d'apprendre ce qui se passait, serr&#232;rent de pr&#232;s les premiers rangs (&#8230;) Un ouvrier se d&#233;tacha alors de la foule et s'adressa aux soldats. (&#8230;) Des sommations furent lanc&#233;es mais la foule continua d'avancer. Un officier donna alors l'ordre de charger. (&#8230;) Oui, c'&#233;tait bien l'arme et la police polonaise, ce sont nos soldats qui ont tir&#233;. Nous ignorons combien ont &#233;t&#233; tu&#233;s. (&#8230;) Nous avons tent&#233; de nous organiser. Un comit&#233; a &#233;t&#233; &#233;lu, puis un autre, compos&#233; de sept &#224; dix membres, lui a succ&#233;d&#233;. (&#8230;) Les chars piaffaient d'impatience devant les grilles d'entr&#233;e (&#8230;) Les blind&#233;s, les cordons de la milice, ceux de l'arm&#233;e avaient &#233;galement pris position autour des autres Chantiers. Les canons des chars &#233;taient point&#233;s sur nos ateliers. (&#8230;) Les gars de l'atelier de soudure se mirent alors &#224; r&#233;fl&#233;chir au moyen de faire sauter un char &#224; l'aide d'une bombe &#224; ac&#233;tyl&#232;ne. .. Nous avons d&#251; abandonner la place. (&#8230;) Lorsque nous quitt&#226;mes les Chantiers, l'arm&#233;e et la milice nous c&#233;d&#232;rent le passage. Nous f&#251;mes ainsi vingt mille &#224; sortir, et non pas six mille, chiffre que l'on nous avait communiqu&#233; peu auparavant. L'immense cohorte n'en finissait pas de se d&#233;rouler&#8230; &lt;br /&gt;
C'est &#224; Gdynia que les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre se sont le plus fortement grav&#233;s dans les m&#233;moires. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. C'est l&#224; qu'il y eut le plus de victimes, que le parjure du pouvoir bouleversa le plus les gens. (&#8230;) Le mardi 15 d&#233;cembre, la foule des salari&#233;s des entreprises de Gdynia, apr&#232;s avoir attendu en vain devant le Comit&#233; de ville du Parti, s'&#233;tait regroup&#233;e devant le si&#232;ge du PMRN (Conseil national pour la ville de Gdynia). Jan Marianski, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de ce conseil, (&#8230;) apr&#232;s avoir sign&#233; avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers un protocole d'accord, (&#8230;) fit arr&#234;ter le Comit&#233; inter-entreprises de gr&#232;ve de la ville de Gdynia. Vint ensuite cette dramatique journ&#233;e du jeudi : le feu des mitrailleuses ouvert sur les ouvriers qui se rendaient au travail. (&#8230;) Et, pour finir, les enterrements de nuit op&#233;r&#233;s par la milice. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A Szcecin, le 17 d&#233;cembre, les ouvriers du chantier &#171; Waeski &#187; descendirent dans la rue sans s'&#234;tre fix&#233; de but bien pr&#233;cis. Une heure plus tard se forma un autre rassemblement constitu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; Gryfia &#187;, s&#233;par&#233; du premier par un canal. Mis au courant, le Premier secr&#233;taire du Parti pour la r&#233;gion, Walasek, prit ses cliques et ses claques et d&#233;guerpit du Comit&#233; r&#233;gional. Ses coll&#232;gues lui embo&#238;t&#232;rent le pas, si bien que les ouvriers trouv&#232;rent le b&#226;timent vide. Ils le mirent &#224; sac et l'incendi&#232;rent. Puis, ils prirent d'assaut le Commissariat r&#233;gional de la Milice et le si&#232;ge du Conseil r&#233;gional des syndicats ouvriers, mettant le feu &#224; ces deux b&#226;timents qui ne br&#251;l&#232;rent pas compl&#232;tement. (&#8230;) Durant cette m&#234;me nuit, les chars prirent position aux points n&#233;vralgiques de la ville, y compris devant le chantier &#171; Warski &#187;. Le 18 d&#233;cembre, la gr&#232;ve avec occupation fut proclam&#233;e sur les deux chantiers navals. Des comit&#233;s de gr&#232;ve furent &#233;lus. D'un commun accord, ils r&#233;dig&#232;rent 21 revendications dont voici quelques-unes :&lt;br /&gt;
1&#176;) dissolution du Conseil central des syndicats &lt;br /&gt;
2&#176;) cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants&lt;br /&gt;
3&#176;) baisse des prix &#224; leur valeur ant&#233;rieure&lt;br /&gt;
4&#176;) augmentation des salaires de 30%.&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale gagna alors toute la ville. Le chantier naval &#171; Warszava &#187; devint le centre de ralliement des gr&#233;vistes et de tous les gens solidaires du mouvement. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 20 d&#233;cembre furent sign&#233;es les &#171; r&#233;solutions &#187; qui &#233;taient cens&#233;es mettre fin &#224; la gr&#232;ve. Mais lesdites &#171; r&#233;solutions &#187; avaient &#233;t&#233; si bien vid&#233;es de leur substance qu'elles furent rejet&#233;es par la majorit&#233; des gr&#233;vistes et le mouvement repartit de plus belle. Au chantier &#171; Warski &#187; eut lieu une scission : environ mille ouvriers rentr&#232;rent chez eux. Dans la nuit du 20 au 21, le comit&#233; de gr&#232;ve coopta 5 nouveaux membres, dont Edmunt Baluka. Le 22, &#224; dix heures du matin, la gr&#232;ve dut &#234;tre interrompue &#224; cause de l'&#233;puisement des gr&#233;vistes. (&#8230;) Le 22 janvier, au chantier &#171; Warski &#187;, la gr&#232;ve &#233;clate &#224; nouveau, aussit&#244;t suivie par la ville enti&#232;re. (&#8230;) Des tracts lanc&#233;s par h&#233;licopt&#232;re informent qu'un petit groupe de terroriste retient le personnel de force. (&#8230;) Au quatri&#232;me jour de gr&#232;ve, les autorit&#233;s c&#232;dent : les prix d'avant le 12 d&#233;cembre 1970 sont r&#233;tablis. (&#8230;) L'ordre de licencier tous ceux qui &#233;taient descendus dans la rue arriva aux Chantiers navals de Gdansk et de Gdynia. Aux Chantiers &#171; Commune de Paris &#187; de Gdynia, on licencia jusqu'&#224; 800 personnes. A ceux de Gdansk, on n'en vira que 18 (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1976, voyant que les choses allaient de mal en pis, que de nouveaux soul&#232;vements &#233;taient in&#233;vitables, je d&#233;cidai de faire une d&#233;claration en mon nom propre, mettant &#224; profit la campagne des &#233;lections syndicales sur les Chantiers (&#8230;) Je ne fus pas licenci&#233; sur le champ, on m'a seulement donn&#233; cong&#233;. &lt;br /&gt;
Tout cela co&#239;ncida avec l'annonce, en juin 1971, de la hausse des prix des denr&#233;es alimentaires de base. Aux Chantiers, le temps vira &#224; l'orage. Pourtant, cette fois, ce ne fut pas Gdansk, mais Radom et Ursus qui infl&#233;chirent le cours des &#233;v&#233;nements en Pologne. L&#224;-bas, tout se passa selon le sc&#233;nario qu'avait connu Gdansk en 1970. (&#8230;) C'est dans cette atmosph&#232;re que, peu apr&#232;s les &#233;v&#232;nements de Radon et Ursus, fut fond&#233; le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers (KOR). Les intellectuels essay&#232;rent de faire ce que nous n'&#233;tions pas parvenus &#224; faire aux Chantiers : nous organiser pour nous d&#233;fendre nous-m&#234;mes et enrayer une catastrophe en marche. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Apr&#232;s mon d&#233;part des Chantiers, les soucis financiers commenc&#232;rent &#224; pleuvoir sur nous et je me fis embaucher sans tarder dans une entreprise de r&#233;parations m&#233;caniques, la &#171; Zremb &#187;, situ&#233;e non loin de chez nous. (&#8230;) Durant le premier semestre de 1978 commenc&#232;rent &#224; circuler les premiers num&#233;ros d'un journal bimensuel des Syndicats libres, Robotnik (&#171; L'Ouvrier &#187;). Il &#233;tait r&#233;dig&#233; par une petit groupe de gens qui affichaient bien haut leurs id&#233;es : le journal comportait un encadr&#233; avec les noms et adresses de toute la r&#233;daction. (&#8230;) Je n'&#233;tais pas l&#224; quand fut &#233;labor&#233;e la d&#233;claration annon&#231;ant la cr&#233;ation des syndicats libres &#224; Gdansk. (&#8230;) La m&#234;me id&#233;e avait fait son chemin en diff&#233;rents endroits de Pologne : Kazimierz Switon et ses amis avaient organis&#233; les premiers Syndicats libres dans la r&#233;gion industrielle de Sil&#233;sie. (&#8230;) J'attends qu'un groupe se constitue, auquel je puisse me joindre. Je tombe alors (&#8230;) sur un num&#233;ro de &#171; L'ouvrier du Littoral &#187;. (&#8230;) Un autre groupe form&#233; d'anciens lyc&#233;es et connu comme le Mouvement de la Jeune Pologne consacre son action &#224; la comm&#233;moration des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre 70 &#224; Gdansk. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Alors que je travaillais &#224; la &#171; Zremb &#187;, je fus &#233;lu d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la KSR (Conf&#233;rence pour l'Autogestion des Travailleurs, organisation fond&#233;e par le gouvernement pour r&#233;pondre au besoin d'organisation des travailleurs). (&#8230;) A une conf&#233;rence (&#8230;) : &#171; J'ai l&#224; un recueil de pens&#233;es, une brochure de Jacek Kuron, o&#249; il &#233;crit que ce que vous dites l&#224; est une pure absurdit&#233;. &#187; (&#8230;) peu apr&#232;s, je suis licencie. (&#8230;) &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Sur les gr&#232;ves de 1976&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Extraits de &#171; La r&#233;volte ouvri&#232;re de juin 1976 &#187; par le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers KOR, tir&#233; de &#171; La Pologne, une soci&#233;t&#233; en dissidence &#187; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le gouvernement annonce le 25 juin la hausse des prix de la plupart des produits alimentaires, bloqu&#233;s depuis la fin de 1970. La viande et les charcuteries vont augmenter de 60%, le sucre de 100%, le beurre et les fromages de 50%, le poisson de 69%, les l&#233;gumes de 30% et les volailles de 30%. Seuls restent bloqu&#233;s les prix du pain et du lait. Les ouvriers de Radom et Ursus et autres villes industrielles arr&#234;tent, le 25 juin, le travail et sortent dans la rue.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ursus&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Dans les premi&#232;res heures du vendredi 25 juin, presque tout le personnel des Ateliers m&#233;caniques d'Ursus (fabrique de tracteurs) se met en gr&#232;ve. Vers neuf heures, les ouvriers quittent les ateliers et se rassemblent devant les b&#226;timents de la direction. Ils demandent que les repr&#233;sentants des instances les plus &#233;lev&#233;es viennent n&#233;gocier avec eux. Cette revendication ayant &#233;t&#233; rejet&#233;e par la direction, les ouvriers sortent sur les voies de chemin de fer voisines et bloquent les lignes Varsovie-Kultno (c'est-&#224;-dire la ligne internationale Moscou-Varsovie-Berlin-Paris) et Varsovie-Skiernievice. Des trains sont bloqu&#233;s ; parmi eux un train international. Des rails sont d&#233;mont&#233;s. Une locomotive est pouss&#233;e sur le ballast. Un wagon de marchandises contenant des &#339;ufs est saisi et son contenu r&#233;parti entre gr&#233;vistes et passants. Un autre wagon contenant du sucre est arr&#234;t&#233; et une partie de son chargement distribu&#233;e. Vers vingt heures, le Premier ministre, dans une allocution radiodiffus&#233;e, annonce l'annulation de la hausse des prix. Des ouvriers commencent &#224; rentrer chez eux. C'est &#224; ce moment que les d&#233;tachements de la milice les attaquent avec des grenades offensives et des gaz lacrymog&#232;nes ; ils se frayent un chemin &#224; coups de matraques, assomment &#224; coups de pieds ceux qui gisent &#224; terre. Un total de deux &#224; trois cent personnes sont arr&#234;t&#233;s cette nuit-l&#224;. (&#8230;) Ceux qui, &#224; la suite des mauvais traitements subis, &#233;taient hors d'&#233;tat de marcher, sont tra&#238;n&#233;s par les pieds et jet&#233;s dans une voiture de police. (&#8230;) Les personnes arr&#234;t&#233;es sont accus&#233;es d'avoir attaqu&#233; les miliciens, d'avoir d&#233;sob&#233;i aux ordres de dispersion et d'avoir gravement endommag&#233; des boutiques et des wagons de chemin de fer &#8211; accusations non fond&#233;es dans la plupart des cas. (&#8230;) Quelques jours plus tard, tous les ouvriers qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s sont cong&#233;di&#233;s sans pr&#233;avis (&#8230;) Ceux qui habitaient dans des logements ouvriers appartenant &#224; l'usine doivent d&#233;camper le jour m&#234;me de leur licenciement. (&#8230;) Les 16 et 17 juillet, le tribunal de la vo&#239;vodie de Varsovie juge sept ouvriers accus&#233;s d'avoir fait d&#233;railler une locomotive &#233;lectrique. Aucun d'entre eux n'avait de condamnation ant&#233;rieure &#224; son casier. (&#8230;) Les accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; des peines de trois, quatre, quatre et demi et cinq ans de emprisonnement. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Radom&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Vers dix heures du matin, nous sortons pour aller &#224; l'usine de conserves de viande. A l'ext&#233;rieur se forme un cort&#232;ge de camions charg&#233;s de viande pour montrer qu'il y en avait beaucoup. Personne n'en vole. Les camions sont ramen&#233;s &#224; l'int&#233;rieur aussi pleins qu'ils &#233;taient sortis. Vers onze heures, le cort&#232;ge descend dans la rue, chantant &#171; L'Internationale &#187; et l'hymne national. On crie : &#171; Non &#224; la hausse des prix ! &#187; La plupart des manifestants sont des jeunes. Le cort&#232;ge est tout &#224; fait ordonn&#233; et pacifique. (&#8230;) Puis on arrive au si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti. Les ouvriers envahissent le b&#226;timent. (&#8230;) Il y a alors une esquisse de n&#233;gociation : les manifestants exigent des n&#233;gociations avec le Comit&#233; central et l'annulation de la hausse des prix. Une r&#233;ponse est attendue dans les deux heures. Vers midi, la direction du parti &#233;tablit un pont a&#233;rien. Les effectifs de l'&#233;cole de sous-officiers de la milice et des services de s&#233;curit&#233; de Pila arrivent &#224; l'a&#233;roport militaire de Radom avec un armement sp&#233;cial pour combats de rue. Les unit&#233;s sp&#233;ciales arrivent avec des appareils de l'arm&#233;e, des quadrimoteurs du type Ukraine et des bimoteurs. Des unit&#233;s de milice de Lublin, Rzesrow, Tarnobzeg et d'autres villes foncent sur Radom, phares allum&#233;s, &#224; cent &#224; l'heure. Beaucoup plus tard arrive aussi l'unit&#233; sp&#233;ciale de milice de Golendzinow. Les unit&#233;s de la milice arrivent par compagnie, en formation d'assaut, en tout mille hommes environ, casqu&#233;s, arm&#233;s de gourdins de 85 centim&#232;tres et de lance-grenades lacrymog&#232;nes. Des fus&#233;es &#233;clairantes sont &#233;galement tir&#233;es sur la foule. (&#8230;) Vers cinq heures, la milice arrive avec des lances d'incendie et des tubes lance-grenades &#224; gaz. Ils progressent en rangs serr&#233;s par la rue Slowacki en direction du comit&#233; de vo&#239;vodie. Les manifestants mettent le feu aux voitures qui servent de barricade, se dispersent sur les c&#244;t&#233;s et commencent &#224; attaquer la milice sur ses arri&#232;res. Une fois dispers&#233;e la manifestation devant l'immeuble du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti, on commence &#224; se rassembler autour du si&#232;ge des bureaux de la vo&#239;vodie. Vers cinq heures de l'apr&#232;s-midi, deux morts, couverts de sang, sont transport&#233;s sur des voitures de trolleybus le long des rues. Les gens serrent les poings et tiennent bon. Vers vingt-trois heures, les forces de s&#233;curit&#233; et le parti restent ma&#238;tres du terrain &#224; Radom. Quelques milliers de personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es. (&#8230;) Toutes les personnes arr&#234;t&#233;es furent brutalement maltrait&#233;es au moment de leur arrestation ou de leur interrogatoire par la milice. Un ouvrier est mort des tortures subies lors de son interrogatoire. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Plock&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Vers dix-sept heures, un cort&#232;ge compos&#233; de quelques dizaines de manifestants est parti des Etablissements de raffinerie et de p&#233;trochimie de Mazovie. Au cours du trajet de quelques kilom&#232;tres pour arriver &#224; la ville, des gens se sont m&#234;l&#233;s aux manifestants. (&#8230;) la foule a fait le si&#232;ge du b&#226;timent de vo&#239;vodie du parti. (&#8230;) Une voiture fut envoy&#233;e, avec un m&#233;gaphone annon&#231;ant que la hausse avait &#233;t&#233; annul&#233;e. Personne ne crut &#224; cette nouvelle et, dans un mouvement de col&#232;re, les gens renvers&#232;rent la voiture et malmen&#232;rent le conducteur. Une partie de la foule se mit &#224; lancer des pierres dans les vitres. D'autres se ru&#232;rent dans le hall, d'o&#249;, au bout d'un instant, ils furent repouss&#233;s. Des divisions de la milice, probablement venues de Lodz, entr&#232;rent en action et dispers&#232;rent la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Gdansk&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;partement W4 des &#233;lectriciens fut le premier &#224; envoyer une d&#233;l&#233;gation d'ouvriers &#224; la direction. Le directeur des docks accepta de rencontrer les travailleurs. (&#8230;) Les ouvriers demand&#232;rent l'annulation de la hausse des prix ou sa r&#233;duction ; ils firent remarquer que le probl&#232;me du logement n'&#233;tait toujours pas r&#233;gl&#233;. En r&#233;ponse, le directeur les mena&#231;a de licenciement, mais on ne lui permit pas de terminer son intervention et on lui reprit le micro. (&#8230;) Le groupe de repr&#233;sentants des travailleurs des docks, qui s'&#233;tait form&#233; spontan&#233;ment, alla au micro et lan&#231;a le mot d'ordre de gr&#232;ve si le lendemain &#224; sept heures la direction n'avait pas accord&#233; satisfaction aux exigences des travailleurs. Cela dura donc jusqu'&#224; quatorze heures. On ne travailla plus, jusqu'&#224; la fin de la journ&#233;e, sur les chantiers navals. &lt;br /&gt;
Le 26, au soir, Piotr Jaroszovicz, Premier ministre annonce dans une br&#232;ve allocution radiot&#233;l&#233;vis&#233;e qu'il s'est adress&#233; au Parlement de la R&#233;publique pour lui demander d'annuler la hausse des prix. &lt;br /&gt;
Le comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers victimes de la r&#233;pression cons&#233;cutive aux &#233;v&#233;nements du 25 juin 1976 lance l'appel suivant :&lt;br /&gt;
&#171; La protestation des ouvriers contre l'augmentation des prix refl&#232;te l'attitude de la population tout enti&#232;re ; elle a entra&#238;n&#233; des poursuites brutales. A Ursus, &#224; Radom et dans d'autres villes de Pologne, on a battu, frapp&#233; &#224; coups de pied, emprisonn&#233; les manifestants. Des licenciements ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;s sur une grande &#233;chelle, ce qui, en plus des arrestations, a frapp&#233; les familles des victimes de la r&#233;pression. (&#8230;) Les victimes de la r&#233;pression actuelle ne peuvent compter sur aucune aide ou d&#233;fense de la part des organismes dont ce devrait &#234;tre la t&#226;che, par exemple les syndicats, dont le r&#244;le est lamentable. Les agents de la protection sociale, eux aussi, refusent toute aide. Dans cette situation, c'est la population, au service de laquelle les personnes victimes de la r&#233;pression se sont expos&#233;es, qui doit assumer ce r&#244;le. En effet, la population n'a d'autres moyens de d&#233;fense contre l'arbitraire que la solidarit&#233; et l'aide mutuelle. C'est pourquoi les personnes soussign&#233;es d&#233;cident de constituer le pr&#233;sent &#171; Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers &#187;, afin de prendre l'initiative de toutes les formes de d&#233;fense et de soutien. &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Des th&#233;oriciens de la r&#233;forme de la Pologne :&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Leszek Kolakowski dans des extraits de &#171; Th&#232;ses sur l'espoir le d&#233;sespoir &#187; (octobre 1966) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; R&#233;sumons, tout d'abord, les principaux arguments avanc&#233;s d'ordinaire par ceux qui soutiennent que le syst&#232;me communiste sous forme actuelle est irr&#233;formable. Les tenants de cette th&#232;se affirment que la principale fonction sociale de ce syst&#232;me est le maintien du pouvoir incontr&#244;l&#233; monopolis&#233; par l'appareil dirigeant (&#8230;) Le monopole d'un pouvoir despotique ne peut pas &#234;tre supprim&#233; partiellement. (&#8230;) Seules des catastrophes brutales et p&#233;riodiques peuvent conduire &#224; des modifications (&#8230;) Les fonctions fondamentales de ce syst&#232;me social sont dirig&#233;es contre la soci&#233;t&#233; qui se trouve d&#233;munie de toute forme institutionnelle d'autod&#233;fense. D&#232;s lors, l'unique transformation concevable est une r&#233;volution violente. Qui plus est, cette r&#233;volution ne peut &#234;tre envisag&#233;e qu'&#224; l'&#233;chelle du syst&#232;me socialiste mondial, puisque la sup&#233;riorit&#233; militaire sovi&#233;tique, comme le montre l'exp&#233;rience, sera toujours mise &#224; profit pour &#233;touffer toute tentative r&#233;volutionnaire locale. Une telle r&#233;volution aurait pour cons&#233;quence &#8211; selon les espoirs des uns &#8211; une soci&#233;t&#233; socialiste, au sens d&#233;fini par la tradition marxiste (c'est-&#224;-dire la gestion sociale des processus de production et de r&#233;partition, impliquant un syst&#232;me repr&#233;sentatif), ou &#8211; selon l'espoir des autres &#8211; le passage au mod&#232;le occidental de capitalisme qui, face &#224; la faillite &#233;conomique et id&#233;ologique du socialisme, serait l'unique voie de d&#233;veloppement digne de confiance. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Si je me prononce pour l'id&#233;e &#171; r&#233;formiste &#187;, je n'entends nullement par l&#224; qu'on peut identifier le r&#233;formisme avec l'emploi des moyens &#171; l&#233;gaux &#187; oppos&#233;e aux moyens &#171; ill&#233;gaux &#187;. Cette distinction est proprement impossible dans une situation o&#249; ce n'est pas le droit qui d&#233;cide de la l&#233;galit&#233; mais l'interpr&#233;tation arbitraire de lois confuses par la police et les autorit&#233;s du parti. L&#224; o&#249; les dirigeants peuvent, s'ils le veulent, arr&#234;ter et condamner des citoyens pour d&#233;tention d'un livre &#171; ill&#233;gal &#187;, pour une conversation en petit cercle sur des sujets politiques ou pour des opinions exprim&#233;es dans une lettre priv&#233;e, la notion de l&#233;galit&#233; politique n'a aucun sens. Le meilleur moyen de r&#233;agir contre les poursuites pour ces genres de &#171; d&#233;lits &#187; est de les commettre en tr&#232;s grand nombre. Si je parle d'orientation r&#233;formiste, c'est au sens d'une foi dans la possibilit&#233; de pressions partielles et progressives efficaces exerc&#233;es dans une perspective de longue dur&#233;e, c'est-&#224;-dire dans la perspective de la lib&#233;ration sociale et nationale. Le socialisme despotique n'est pas un syst&#232;me absolument rigide, de tels syst&#232;mes n'existent pas. Des indices de souplesse sont apparus au cours des derni&#232;res ann&#233;es dans des domaines o&#249; r&#233;gnait nagu&#232;re l'id&#233;ologie officielle : les fonctionnaires du parti ne pr&#233;tendent plus conna&#238;tre mieux la m&#233;decine que les professeurs de m&#233;decine, bien qu'ils continuent &#224; conna&#238;tre la litt&#233;rature mieux que les &#233;crivains. (&#8230;) Le principe de la nature irr&#233;formable du syst&#232;me peut donc servir d'absolution anticip&#233;e &#224; la l&#226;chet&#233; et &#224; la passivit&#233;. Le fait qu'une grande partie de l'intelligentsia polonaise se soit laiss&#233;e convaincre de la totale rigidit&#233; du syst&#232;me honteux dans lequel elle vit est s&#251;rement en grande partie responsable de la passivit&#233; dont elle a fait preuve au moment du combat dramatique livr&#233; par les ouvriers polonais en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Adam Michnik dans des extraits de &#171; Une strat&#233;gie dans l'opposition polonaise &#187; (1977) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les &#233;v&#233;nements historiques que nous d&#233;signons sous le nom d'Octobre polonais ont &#233;t&#233; la source principale d'un espoir d'&#233;volution du syst&#232;me communiste. Cet espoir d'exprimait par deux visions ou concepts d'&#233;volution, que nous appellerons &#171; &#171; r&#233;visionniste &#187; et &#171; n&#233;o-positiviste &#187;.&lt;br /&gt;
La conception r&#233;visionniste reconnaissait une certaine possibilit&#233; d'&#233;volution &#224; l'int&#233;rieur du parti. Jamais formul&#233;e sous forme de programme politique, elle impliquait la possibilit&#233; d'humanisation et de d&#233;mocratisation du syst&#232;me d'exercice du pouvoir, ainsi que la capacit&#233; d'assimilation par la doctrine marxiste officielle de certaines notions des sciences humaines et sociales actuelles. Les r&#233;visionnistes d&#233;siraient agir dans la cadre du parti communiste et de la doctrine marxiste. (&#8230;)&lt;br /&gt;
L'autre concept d'&#233;volution, Stanislaw Stomma, l'un de ses meilleurs repr&#233;sentants l'appelait orientation &#171; n&#233;opositiviste &#187;. C'&#233;tait une tentative d'appliquer la strat&#233;gie que Roman Dniowski avait pr&#233;conis&#233;e, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, aux conditions politiques nouvelles. Dirigeant du groupe catholique Znak, Stalinaw Stomma prenait en consid&#233;ration les facteurs g&#233;opolitiques du pays, comme son catholicisme, partie int&#233;grante et indispensable de la vie publique polonaise. (&#8230;) La conception &#233;volutionniste de Stomma diff&#233;rait consid&#233;rablement du r&#233;visionnisme. Son n&#233;opositivisme impliquait surtout la loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de l'URSS, consid&#233;r&#233; comme la puissance russe d'autrefois, tout en rejetant la doctrine marxiste et l'id&#233;ologie socialiste. (&#8230;) Cependant, r&#233;visionnistes et n&#233;opositivistes se rejoignaient : pour r&#233;aliser leurs projets, les uns et les autres, comptaient sur des changements venant d'en haut ; ils s'attendaient &#224; une &#233;volution du parti, r&#233;sultat de la politique r&#233;aliste de dirigeants intelligents. Ils n'envisageaient pas de forcer cette &#233;volution par une pression sociale continue et organis&#233;e ; ils misaient sur la raison du prince communiste plut&#244;t que sur la lutte pour l'&#233;tablissement d'institutions souveraines aptes &#224; contr&#244;ler le pouvoir. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Les &#233;v&#233;nements du mois de mars 1968 ont marqu&#233; la limite du r&#233;visionnisme. A ce moment-l&#224;, le lien qui unissait l'intelligentsia r&#233;visionniste du parti fut d&#233;finitivement coup&#233; : on ne pouvait plus compter sur une d&#233;mocratisation de la direction du parti. (&#8230;) Penser jusqu'au bout le r&#233;visionnisme et le n&#233;opositivisme m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; accepter lors du conflit le point de vue du pouvoir. En effet, toute solidarit&#233; avec les ouvriers en gr&#232;ve, avec les &#233;tudiants qui manifestent, avec les intellectuels contestataires remet en question les strat&#233;gies r&#233;visionnistes, cherchant &#224; agir &#224; l'int&#233;rieur du parti, et celles des n&#233;opositivistes, qui pr&#233;conisent la politique de l'entente. Le conflit ouvert, les deux strat&#233;gies se trouvent brusquement priv&#233;es d'une composante essentielle : la r&#233;f&#233;rence au pouvoir.&lt;br /&gt;
Le dilemme des mouvements de gauche du 20e si&#232;cle &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187; n'est pas un dilemme pour l'opposition polonaise. Postuler un renversement r&#233;volutionnaire de la dictature du parti, s'organiser dans ce but, serait aussi irr&#233;aliste que dangereux : on ne peut pas compter sur le renversement du r&#233;gime tant que la structure politique de l'URSS est ce qu'elle est. Dans un pays o&#249; la culture politique et les normes d&#233;mocratiques sont presque absentes, des activit&#233;s conspiratrices ne peuvent qu'aggraver les maux de la soci&#233;t&#233; sans apporter des r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques. (&#8230;) A mon avis, la seule voie &#224; prendre pour les dissidents des pays de l'Est est celle d'une lutte incessante pour les r&#233;formes en faveur d'une &#233;volution qui &#233;largira les libert&#233;s civiques et garantira le respect des droits de l'homme. L'exemple polonais d&#233;montre que la pression exerc&#233;e sur le pouvoir apporte des concessions non n&#233;gligeables. L'opposition polonaise (&#8230;) compte sur des changements progressifs et partiels plus que sur un renversement violent du syst&#232;me en place. (&#8230;) La nouvelle strat&#233;gie de l'opposition implique des changements lents et progressifs. Cela ne signifie pourtant pas que ce mouvement sera toujours pacifique ni qu'il pourra &#233;viter de faire des victimes. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de Jacek Kuron dans &#171; Pour une plate-forme unique de l'opposition &#187; (1976) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Nous commencerons par d&#233;finir le syst&#232;me en termes g&#233;n&#233;raux. Ensuite, nous proc&#233;derons &#224; une discussion des buts de l'opposition et &#224; une analyse des conditions dans lesquelles elle doit travailler. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans un syst&#232;me totalitaire, le pouvoir et le peuple sont s&#233;par&#233;s. Tout le pouvoir de proposer, de r&#233;fl&#233;chir et de d&#233;cider r&#233;side exclusivement dans le gouvernement. Les gens sont destin&#233;s &#224; former une masse amorphe, d&#233;pourvue de droits personnels quels qu'ils soient. Ce syst&#232;me met en danger notre survie nationale et si, par souverainet&#233; nationale nous entendons la capacit&#233; pour la nation &#224; d&#233;cider de son propre destin, le syst&#232;me est contraint de la d&#233;truire. Le syst&#232;me totalitaire a &#233;t&#233; impos&#233; en Pologne il y a quelques trente ans par les forces arm&#233;es de l'Union sovi&#233;tique avec l'approbation des puissances occidentales, en particulier, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La stabilit&#233; du syst&#232;me est garantie par la propension d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233;e trois fois par l'Union sovi&#233;tique &#224; se r&#233;imposer par la force &#224; toute nation qui tenterait de se lib&#233;rer. Nous ajouterons que ce sont l&#224; des raisons s&#233;rieuses pour penser que le gouvernement polonais doit se pr&#234;ter &#224; toutes les d&#233;cisions importantes prises par la direction sovi&#233;tique. L'Etat polonais n'est pas souverain et, dans l'esprit de notre peuple, c'est l&#224; le mal qui est &#224; la racine de notre vie politique. (&#8230;) L'opposition lutte pour la souverainet&#233; du peuple et de l'Etat polonais. Retenons pour le moment cette d&#233;finition, quoique je suis d'accord avec ceux qui pensent que nos objectifs ne peuvent &#234;tre pleinement r&#233;alis&#233;s dans notre situation g&#233;ographique et politique actuelle. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le mouvement paysan est n&#233; de besoins personnels et particuliers. Mais, en d&#233;fendant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il prenait &#233;galement position pour l'ind&#233;pendance de la vie villageoise et il pr&#233;servait l'agriculture d'une d&#233;vastation plus grave. C'est ainsi qu'il b&#233;n&#233;ficia &#224; la totalit&#233; de la communaut&#233;. Je consid&#232;re &#233;galement le mouvement de protestation des travailleurs pour la d&#233;fense de leurs salaires en termes de pouvoir d'achat r&#233;el comme socialement b&#233;n&#233;fique. Des gr&#232;ves locales &#233;clatent assez souvent (&#8230;) Ces gr&#232;ves sont bris&#233;es avec une grande promptitude par la police d&#233;p&#234;ch&#233;e par le parti, l'administration et les syndicats. (&#8230;) A trois occasions durant les trente derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves ont donn&#233; toute sa dimension &#224; un mouvement social : en 1956-57, en 1970-71 et en 1976. Les travailleurs ont pay&#233; un prix tr&#232;s lourd, mais ces trois mouvements se sont termin&#233;s par une victoire. (&#8230;) Le troisi&#232;me exemple de mouvements de protestation sociale est l'activit&#233; des fid&#232;les dans la d&#233;fense de l'Eglise catholique. Je pense ici aux participations massives aux processions, aux p&#232;lerinages, aux activit&#233;s paroissiales et &#233;galement aux d&#233;monstrations et m&#234;me aux manifestations pour la d&#233;fense des constructions d'&#233;glises (&#8230;) &lt;br /&gt;
L'opposition doit imm&#233;diatement commencer &#224; organiser un certain nombre de groupes li&#233;s exprimant une vari&#233;t&#233; de points de vue la plus large possible. En premier lieu, il faut une repr&#233;sentation organis&#233;e des travailleurs industriels, en particulier ceux qui sont employ&#233;s dans les tr&#232;s grandes entreprises. L'organisation devrait commencer au niveau de l'usine et s'&#233;tendre ensuite. Ses revendications devraient s'entourer des avis de professionnels de l'&#233;conomie, d'ing&#233;nieurs, d'hommes de loi et de sociologues. (&#8230;) Le plus important, et peut-&#234;tre le plus sp&#233;cifique, des revendications actuelles concerne la pleine r&#233;int&#233;gration des travailleurs licenci&#233;s apr&#232;s le 25 juin et une amnistie pour ceux qui ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour des actes en relation avec les &#233;v&#233;nements de juin. Pour que cette demande soit entendue et accept&#233;e, il est n&#233;cessaire de disposer du soutien uni d'une organisation de travailleurs de l'industrie. &#187; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Sur la gr&#232;ve de 1980&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de &lt;strong&gt;Jean-Yves Potel &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Un des gars a coll&#233; des affiches dans les vestiaires entre cinq et six heures du matin. Les gens surent ainsi que la gruti&#232;re Anna Walentynowicz avait &#233;t&#233; licenci&#233;e, cinq mois avant la retraite, pour avoir d&#233;fendu les ouvriers. C'&#233;tait cela la &#171; faute grave &#187; dont la direction l'accusait. D&#233;cor&#233;e des croix du M&#233;rite de bronze, d'argent et d'or, elle avait derri&#232;re elle trente ans de travail irr&#233;prochable. Le tribunal avait annul&#233; le licenciement, mais le directeur refusait de la r&#233;int&#233;grer. Anna Walentynowicz avait fait partie du comit&#233; de gr&#232;ve en 1970. Ici, sur le Littoral, ce sont les choses qui comptent. &lt;br /&gt;
C'est la gr&#232;ve. Ce seul mot a suffi pour faire sortir du monde de la cale des constructions, des nefs de montage et des autres ateliers. Certains ont h&#233;sit&#233;, mais au bout d'une demi-heure la plupart ont laiss&#233; tomber leurs outils et se sont rendus sur la grande place du chantier, pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une banderole o&#249; l'on venait d'inscrire &#171; 2000 zlotys d'augmentation &#8211; Une prime de vie ch&#232;re &#8211; R&#233;int&#233;grez la gruti&#232;re Walentinowicz ! &#187; Sur la place, tous se sont tus pour une minute de silence en hommage aux ouvriers du chantier tomb&#233;s en 1970. Lech Walesa a fait son apparition. Ouvrier &#233;lectricien, licenci&#233; lui aussi pour faits de gr&#232;ve en 1976, participant actif des gr&#232;ves de 1970-1971, il a escalad&#233; les grilles pour rejoindre les gr&#233;vistes. On a cri&#233; &#171; Hourrah ! &#187;. Un discours a &#233;t&#233; improvis&#233; du hait d'une excavatrice. Le directeur principal, Gniech, y est mont&#233; &#224; son tour pour tenter de convaincre les gens de reprendre le travail. Sans succ&#232;s ; les cris ont couvert sa voix. Lech Walesa a propos&#233; une gr&#232;ve avec occupation. Chacun avait ses raisons de la faire, tous l'ont soutenue. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve a d&#233;ferl&#233; comme une vague, chacun y a adh&#233;r&#233; de son c&#244;t&#233; en compagnie des coll&#232;gues de l'atelier. (&#8230;) On buvait beaucoup trop au chantier des derniers temps (&#8230;) Les piquets de gr&#232;ve brisaient les bouteilles de bi&#232;re et de vodka aux portes du chantier. Cette mesure, d'ailleurs, a impressionn&#233; tout le monde. La direction de la gr&#232;ve n'a fait aucune exception. Apr&#232;s trois jours de gr&#232;ve, les n&#233;gociations avec la direction ont abouti &#224; un accord. En son propre nom, le directeur a accord&#233; une augmentation de 1500 zlotys, sur les 2000 demand&#233;s. Cet apr&#232;s-midi l&#224;, nous &#233;tions devant la grille de l'entr&#233;e quand Lech Walesa annon&#231;a que la gr&#232;ve prenait fin. La nouvelle que les revendications seraient satisfaites avait d&#233;j&#224; fait le tour de la ville. Pour les d&#233;l&#233;gu&#233;s des autres usines, l'arr&#234;t du mouvement au chantier &#233;tait catastrophique. On ne leur avait rien promis, &#224; eux. Les repr&#233;sentants de 21 entreprises en gr&#232;ve sont venus au chantier L&#233;nine pour faire pression sur les ouvriers : &#171; Nous vous avons apport&#233; notre appui. A vous maintenant de nous donner le v&#244;tre. &#187; Un d&#233;l&#233;gu&#233; de WPK a demand&#233; que la gr&#232;ve continue, ici comme ailleurs, et pas mal de gens l'ont applaudi. Dans ce cas, a dit Walesa, je reste avec vous. Je vous ai promis de sortir le dernier. Entre-temps, la plupart des travailleurs du chantier, &#224; l'appel du directeur, avaient quitt&#233; les lieux. &lt;br /&gt;
(&#8230;) Le samedi, tard dans la soir&#233;e, les d&#233;l&#233;gations pr&#233;sentes au chantier constituent un comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises. Ce comit&#233;, le MKS, &#233;labore une liste de revendications qui, dans sa version finale, comportera 21 points. Le premier est essentiel : c'est l'acceptation des syndicats libres, ind&#233;pendants du parti et des employeurs. La deuxi&#232;me, c'est le droit de gr&#232;ve. Voil&#224; les garanties pour lesquelles la lutte continue. Ce sont les seules qui, si elles sont acquises, pourront donner aux travailleurs la certitude que les &#233;checs, les pi&#232;ges du pass&#233; ne se r&#233;p&#232;teront pas. Suivent ensuite, jusqu'au point 6, les revendications relevant du domaine de la d&#233;mocratie : la libert&#233; d'expression, la r&#233;int&#233;gration des licenci&#233;s pour faits de gr&#232;ve ou d&#233;lit d'opinion et la lib&#233;ration des prisonniers politiques ; une information compl&#232;te et permanente sur la situation socio-&#233;conomique du pays et une discussion publique sur les programmes de r&#233;formes. (&#8230;) Les points suivants mis en avant par le MKS concernent justement ce socialisme-l&#224; : l'acc&#232;s aux logements, aux cr&#232;ches et aux maternelles, le droit &#224; la sant&#233;, aux jours de repos, &#224; un salaire convenable pour un travail honorable, &#224; une retraite m&#233;rit&#233;e. L'exigence, &#233;galement, que se r&#233;duise le foss&#233; entre les tr&#232;s pauvres et les tr&#232;s riches, entre les spoli&#233;s et les privil&#233;gi&#233;s, que tous puissent vivre d&#233;cemment. (&#8230;) Au fil des heures pass&#233;es ici, se renforce l'impression que la gr&#232;ve s'est donn&#233;e un groupe de leaders solides d&#233;cid&#233;s &#224; aller jusqu'au bout. La liste des &#171; 21 Tak &#187; - &#171; oui aux 21 revendication &#187; - est colport&#233;e d'une rue &#224; l'autre dans les Trois-Villes. On la colle partout, sur les poteaux, les murs et les palissades. Ses formules nettes, carr&#233;es, peuvent sembler provocantes &#224; certains, car les gens n'en ont gu&#232;re l'habitude. Aucune r&#233;action de la part des autorit&#233;s. Cependant, l'atmosph&#232;re, on le sent, est devenue pesante. Il fait lourd, l'air est charg&#233; d'&#233;lectricit&#233;. &lt;br /&gt;
Premier dimanche, premi&#232;re messe aux grilles du chantier. Le pr&#234;tre qui fait l'office prononce des paroles d'apaisement. Il appelle au calme, &#224; la dignit&#233;. Quelques milliers de personnes sont agenouill&#233;es. Beaucoup ont pleur&#233;. (&#8230;) La nuit pr&#233;c&#233;dente, les gr&#233;vistes ont construit une croix en bois. Apr&#232;s la messe, ils l'ont emmen&#233;e au-del&#224; de la porte principale, l&#224; o&#249; devra s'&#233;lever un monument aux ouvriers tomb&#233;s en d&#233;cembre 1970. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans la salle du praesidium du comit&#233; de gr&#232;ve, on a install&#233; la maquette (du futur monument aux morts) et les dons ont commenc&#233; &#224; affluer pour la r&#233;alisation du projet. Un extraordinaire &#233;lan de g&#233;n&#233;rosit&#233; du littoral, puis de toute la Pologne. &lt;br /&gt;
Lundi 18 ao&#251;t, nombre de ceux qui avaient quitt&#233; le chantier samedi y sont revenus. (&#8230;) Au chantier Commune de Paris &#224; Gdynia, ce sont les jeunes qui tiennent la barre de la gr&#232;ve. Les principes ont &#233;t&#233; plus s&#233;v&#232;res, les divisions plus rigoureuses. (&#8230;) Les ti&#232;des, les h&#233;sitants, on ne les a pas laiss&#233; entrer. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le directeur emp&#234;che le MKS d'acc&#233;der &#224; la radio int&#233;rieure. Il fait &#233;galement couper le circuit d'alimentation des hauts-parleurs de la porte num&#233;ro 2 pour contrer la popularisation de la gr&#232;ve vers l'ext&#233;rieur. D'un avion, on lance des tracts : &#171; La gr&#232;ve au chantier s'est conclue sur un accord. Elle est poursuivie par des irresponsables, alors qu'une large majorit&#233; entend reprendre le travail. &#187; (&#8230;) Un coup tr&#232;s dur, c'est la coupure des lignes t&#233;l&#233;phoniques qui isole les Trois-Villes du reste du pays. Pendant ce temps-l&#224;, la milice s'active. Elle arr&#234;te les voitures qui se dirigent vers le chantier et celles qui en viennent, fouille les passagers, rel&#232;ve l'identit&#233; des conducteurs, et ceux qu'ils transportent. Les miliciens ne sont pas arm&#233;s mais multiplient les intimidations. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Bient&#244;t, toutes les entreprises de la vo&#239;vode ont rejoint le MKS. Le mouvement est irr&#233;sistible et cependant les man&#339;uvres de derni&#232;re heure ne manquent pas. (...) Samedi 23 ao&#251;t, dixi&#232;me jour de gr&#232;ve. Lech Walesa se met derri&#232;re la table du praesidium. (&#8230;) Les n&#233;gociations pr&#233;paratoires commencent, pour le moment &#224; l'&#233;chelon du vo&#239;vode. (&#8230;) Le 28 ao&#251;t s'engage le troisi&#232;me tour des n&#233;gociations avec la commission gouvernementale. Le vice Premier ministre Jagielski a l'air ma&#238;tre de lui. (&#8230;) On discute ici de libert&#233; d'expression et de conscience garantie par la constitution ; on parle beaucoup de la situation morale et sociale des croyants. Monsieur Jagielski souligne que la dialogue entre l'Etat et l'Eglise se d&#233;veloppe bien&#8230; (&#8230;) La discussion est tr&#232;s anim&#233;e. &#171; En gros, nous sommes d'accord &#187; dit Monsieur Jagielski. Mais, de fait, le d&#233;bat n'a gu&#232;re avanc&#233;. (&#8230;) Au dessus de la porte num&#233;ro 2 du chantier L&#233;nine, les ouvriers ont suspendu une longue banderole &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous ! &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) La finale est &#226;prement disput&#233;e. Vendredi 29, par deux fois les n&#233;gociations sont report&#233;es &#224; plus tard. (&#8230;) L'&#233;nervement cro&#238;t d'heure en heure, l'agressivit&#233; remonte &#224; la surface. Car, si le travail reprend, on va se retrouver du jour au lendemain face au directeur, au secr&#233;taire de cellule, ou m&#234;me &#8230; Demain, la moiti&#233; de cette salle peut se retrouver en taule, s'est &#233;cri&#233; quelqu'un sur un ton hyst&#233;rique. De nouvelles d&#233;l&#233;gations font leur entr&#233;e, venant d'autres vo&#239;vodes. (&#8230;) Le nouvel arrivant est embarrass&#233;. Il ne sait pas o&#249; s'installer. Il vient du bassin du cuivre et repr&#233;sente 20.000 travailleurs. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Samedi 30 ao&#251;t. La commission gouvernementale vient pour la quatri&#232;me fois au chantier. &#171; Il me semble, dit le vice Premier ministre Jagielski, que le moment est venu de terminer nos travaux &#187; &lt;br /&gt;
Dimanche. La signature des accords de Gdansk entre le MKS et Jagielski est retransmise &#224; la t&#233;l&#233;vision. &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Compte-rendu de Henrika Dobisz et Andrej Zianecki&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt; &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de &lt;strong&gt;Lech Walesa &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le moment d&#233;cisif survint apr&#232;s le 3 mai 1980, date de l'arrestation de repr&#233;sentants du Mouvement de la Jeune Pologne et du Mouvement pour la D&#233;fense des Droits de l'Homme &#8211; Dariusz Robzdej et Tadeusz Szczudlowski -, &#224; la suite de leur discours prononc&#233; devant le monument au roi Jan II Sobieski. On se lance quasi ouvertement dans une large diffusion de tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve&lt;br /&gt;
Je descendis devant les Chantiers et le dirigeai vers l'entr&#233;e. Le matin, avant l'embauche, des tracts et le bulletin &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187; avaient pu &#234;tre distribu&#233;s dans le train de banlieue et dans les tramways qu'empruntent la plupart des ouvriers pour se rendre au travail. L'information essentielle concernait le licenciement disciplinaire d'Anna Walentynowicz, survenu le 7 ao&#251;t, cinq mois avant qu'elle ne prenne sa retraite Le texte des tracts &#233;tait le suivant : &lt;br /&gt;
&#171; Aux ouvriers des Chantiers navals de Gdansk !&lt;br /&gt;
&#171; Nous nous adressons &#224; vous, coll&#232;gues d'Anna Walentynowicz. Elle travaillait aux Chantiers depuis 1950 : 16 ans comme soudeur, puis comme conducteur d'un pont-roulant &#224; l'atelier n&#176;2. Elle s'est vue d&#233;cerner la m&#233;daille de bronze, celle d'argent, puis en 1979, la Croix d'or du M&#233;rite. Elle a toujours &#233;t&#233; une ouvri&#232;re irr&#233;prochable. Elle s'est toujours insurg&#233;e contre toute injustice, toute in&#233;galit&#233;. C'est pourquoi elle a d&#233;cid&#233; de s'engager dans l'action qui avait pour but la mise sur pied d'un syndicat libre. C'est l&#224; que commenc&#232;rent pour elle les ennuis : elle a &#233;t&#233; mut&#233;e &#224; deux reprises dans une autre unit&#233; pour avoir distribu&#233; &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187;, et elle s'est vue infliger un bl&#226;me. (&#8230;) En arr&#234;t-maladie, Anna Walentynowicz a re&#231;u une lettre de licenciement prenant effet le 7 ao&#251;t pour avoir enfreint le r&#232;glement&#8230;.&lt;br /&gt;
(&#8230;) C'est pourquoi nous vous lan&#231;ons cet appel : d&#233;fendez Anna Walentynowicz ! Si vous ne le faites pas, nombreux sont ceux qui risquent de se retrouver dans une situation semblable. Nous signalons d'autre part &#224; la direction qu'un pareil acte, en cette p&#233;riode o&#249; une vague de gr&#232;ves d&#233;ferle sur notre pays, para&#238;t un d&#233;fi au bon sens.&lt;br /&gt;
Sign&#233; : comit&#233; de fondation des syndicats libres &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois gar&#231;ons de vingt ans, Jurek Borowczyk, Ludwig Pradzynski et Bogdan Felski, affiches, tracts et bulletins en mains, avaient su mettre en gr&#232;ve l'ensemble des Chantiers. (&#8230;) A la revendication en faveur d'Anna Walentynowicz, j'ajoutai ma propre r&#233;int&#233;gration et l'&#233;rection d'un monument (&#8230;) aux trois ouvriers abattus devant l'entr&#233;e des Chantiers en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) Ce qui concernait tout le monde, c'&#233;tait la hausse individuelle de 2000 zlotys. Nous nous cramponn&#226;mes donc &#224; cette derni&#232;re exigence comme pr&#233;alable &#224; toute n&#233;gociation (&#8230;) Au d&#233;but, nous branch&#226;mes des micros dans la salle du Service Hygi&#232;ne et de la S&#233;curit&#233; du Travail o&#249; se d&#233;roulaient les n&#233;gociations, ainsi qu'un autre &#224; l'ext&#233;rieur de la salle. Nous pouvions diffuser dans tous les ateliers, les halls de production. Par la suite, le n&#233;cessaire fut fait pour que les d&#233;bats soient entendus dans les chantiers voisins et dans les entreprises de la rue Walowa. Plus tard encore, nos d&#233;l&#233;gu&#233;s emport&#232;rent les enregistrements pour les faire &#233;couter en d'autres entreprises. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Non, la gr&#232;ve n'a rien d'un &#233;pisode harmonieux, elle passe par des phases de vive exaltation auxquelles succ&#232;dent des p&#233;riodes de compromis, voire des moments de peur. (&#8230;) Personne n'a trouv&#233; de sc&#233;nario id&#233;al pour le d&#233;roulement d'une chose comme la gr&#232;ve, ni ne saurait d'ailleurs en concevoir. La gr&#232;ve, c'est la foule qui r&#233;agit &#224; sa mani&#232;re, diverse et changeante. Moi, je n'avais pas de sc&#233;nario, mais je sentais la foule. Quand je me retrouve au milieu d'une foule, je sais toujours ce que les gens veulent. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Notre gr&#232;ve &#224; nous arrivait &#224; son terme : en ce troisi&#232;me jour, le samedi apr&#232;s-midi, elle avait pris fin ; tout son &#233;lan, toutes ses motivations essentielles s'&#233;taient &#233;vanouis. Comme j'avais affaire &#224; un directeur qui avait su faire face &#224; la situation (&#8230;), je m'&#233;tais senti oblig&#233; de contenir notre conflit dans certaines limites. &#199;a n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution s'appuyant sur le d&#233;sordre, mais un mouvement o&#249; chaque objectif &#233;tait soumis &#224; un jugement public. Je ne pouvais et ne voulais personnellement exprimer que CELA. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Voici un t&#233;moignage :&lt;br /&gt;
&#171; A peu pr&#232;s au moment m&#234;me o&#249; Walesa s'appr&#234;tait &#224; mettre fin &#224; la gr&#232;ve (&#8230;), un repr&#233;sentant des employ&#233;s des transports se trouva propuls&#233; sur le podium, devant le micro, et exposa leur cause. Son discours se termina par une demande de soutien. Au bout d'un moment, des employ&#233;s des tramways, sortant du b&#226;timent, se joignirent &#224; lui. Des jeunes entour&#232;rent le podium &#8211; cent, deux cents, cinq cents gar&#231;ons : &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187; (&#8230;) Sur les murs, la nuit, des inscriptions avaient fait leur apparition : &#171; Walesa, tra&#238;tre ! &#187;. D&#233;j&#224;, le samedi apr&#232;s-midi, (&#8230;) deux &#233;missaires femmes des gr&#233;vistes de Gdansk avaient eu des mots tr&#232;s durs contre Walesa (&#8230;) Le dimanche 17 ao&#251;t, Walesa, tel Simon de Cyr&#232;ne, prit sur ses &#233;paules une croix en bois et la porta devant l'entr&#233;e, jusqu'au lieu o&#249; l'on pr&#233;voyait d'&#233;lever &#224; l'avenir le Monument. La croix fut ciment&#233;e dans le sol (&#8230;) Dans la nuit de dimanche &#224; lundi, on fit dispara&#238;tre les inscriptions diffamant (ou d&#233;non&#231;ant) Walesa. La m&#234;me nuit, Walesa affermit sa position en prenant officiellement la t&#234;te du Comit&#233; de gr&#232;ve cr&#233;&#233; solidairement pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des entreprises de Gdansk, Gdynia, Elblag, Pruszcz, Tczew, Lebork, &#8230; entre beaucoup d'autres. Le lundi matin, le directeur avait co-sign&#233; avec Walesa, le samedi, les accords concernant les Chantiers, s'effor&#231;a &#224; nouveau de faire appel au loyalisme du personnel, et reprocha &#224; Walesa d'avoir rompu leurs accords. Walesa ne sut que lui donner raison. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, j'exer&#231;ai un certain ascendant sur les gens, par exemple au sein du Comit&#233; inter-entreprises qui se rassemblait dans la grand-salle de r&#233;union des Chantiers. Je me rendais compte d'embl&#233;e que les gars &#233;taient beaucoup trop excit&#233;s, que les passions &#233;taient &#224; leur comble, ce qui excluait toute discussion s&#233;rieuse et interdisait qu'on prenne aucune d&#233;cision. J'avais &#233;tabli le rituel suivant : je p&#233;n&#233;trai dans la salle, la traversais d'un pas assur&#233;, et, parvenu jusqu'au petit podium, je me retournai brusquement face &#224; l'auditoire, gardais le silence une seconde, puis d&#233;clarais ouverte la session du Comit&#233; en proposant d'entonner l'hymne national. Tout le monde se levait, et les gars se mettaient &#224; chanter &#224; l'unisson. Les gens qui, dix minutes avant la r&#233;union, &#233;taient venus avec la ferme r&#233;solution de donner libre cours &#224; leur col&#232;re, ne contestaient plus les d&#233;cisions prises, se contentant de conciliabules en petits cercles. Et le moment o&#249; je me levais signifiait irr&#233;vocablement la cl&#244;ture de la r&#233;union : les gens embo&#238;taient le pas. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au moment-cl&#233; o&#249; furent formul&#233;es les 21 revendications du mouvement et o&#249; l'on discuta avec passion de leur version d&#233;finitive, la direction des syndicats libres n'&#233;tait pas unanime. Dans leur hi&#233;rarchie informelle, je ne suis alors que le num&#233;ro trois ou quatre, peut-&#234;tre m&#234;me cinq. C'est &#224; ce moment difficile que je me retrouve propuls&#233; &#224; la premi&#232;re place, que je me sens avancer seul dans le r&#244;le de dirigeant, que je suis amen&#233; &#224; imposer ma volont&#233;, en d&#233;pit de l'amertume justifi&#233;e de certains, que je ne peux pas ne pas percevoir. (&#8230;) je sais que, pour l'heure, il faut nous montrer mod&#233;r&#233;s, contr&#244;ler et limiter certaines revendications irr&#233;alistes, si fond&#233;es qu'elles soient, afin de gagner plus tard. (&#8230;) Il s'agissait de pouvoir dire en toute confiance aux repr&#233;sentants du gouvernement, d&#232;s leur arriv&#233;e chez nous : &#171; A l'exemple de l'ordre qui r&#232;gne ici et qui est accept&#233; par tous, instaurons ensemble un ordre nouveau dans notre pays, dans toute la Pologne. &#187; C'&#233;tait un ordre sans vodka : &#224; l'entr&#233;e des Chantiers, nous brisions les bouteilles apport&#233;es par ceux qui n'&#233;taient pas encore au courant. C'&#233;tait un ordre avec le Pape : son portrait fut suspendu &#224; l'entr&#233;e d&#232;s le premier jour de gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le programme comprenant nos &#171; 21 revendications &#187; vit rapidement le jour (&#8230;) :&lt;br /&gt;
reconnaissance des syndicats libres, ind&#233;pendants du Parti et des employeurs (&#8230;)&lt;br /&gt;
garantie du droit de gr&#232;ve, de la s&#233;curit&#233; des gr&#233;vistes et des personnes qui leur viennent en aide&lt;br /&gt;
respect des libert&#233;s d'expression et de publication (&#8230;)&lt;br /&gt;
r&#233;tablissement dans leurs droits des personnes licenci&#233;es (&#8230;) des &#233;tudiants exclus de l'enseignement sup&#233;rieur (&#8230;), lib&#233;ration des prisonniers politiques (&#8230;)&lt;br /&gt;
rendre publique le comit&#233; inter-entreprises et ses revendications&lt;br /&gt;
information de toute la population sur la situation &#233;conomique et sociale&lt;br /&gt;
paiement des jours de gr&#232;ve (&#8230;)&lt;br /&gt;
augmentation mensuelle du salaire de base de chaque travailleur de 2100 zlotys (&#8230;)&lt;br /&gt;
Instauration de l'&#233;chelle mobile des salaires&lt;br /&gt;
Approvisionnement en produits alimentaires (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Le 22 ao&#251;t au soir, la d&#233;l&#233;gation du praesidium du MKS a rencontr&#233; le pr&#233;sident de la Commission gouvernementale, Monsieur le vice-premier ministre Mieczyslaw Jagielski, et lui a remis le message suivant : &#171; Le MKS informe la D&#233;l&#233;gation gouvernementale dirig&#233;e par le vice-Premier ministre qu'il est pr&#234;t &#224; entreprendre des pourparlers sur la base des 21 revendications, qui pourraient mettre un terme &#224; la gr&#232;ve. &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) Tadeusz Mazowiecki et Borislav Geremek sont venus de Varsovie en voiture par un chemin d&#233;tourn&#233;. Ils vont travailler en temps qu'experts aupr&#232;s du Comit&#233;. Ils ont re&#231;u un accueil tr&#232;s chaleureux. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Gdansk devient alors une sorte de Mecque o&#249; affluent les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'entreprises de l'ensemble du pays, venus apporter leur soutien et pr&#234;ts &#224; se joindre &#224; la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le tournant d&#233;cisif de la gr&#232;ve est le vendredi 22 ao&#251;t, marqu&#233; par la venue &#224; Gdansk de Mieczyslaw Jagielski, vice-premier ministre, nomm&#233; &#224; la place de Pyka qui vient d'&#234;tre r&#233;voqu&#233;. La rencontre avec nos d&#233;l&#233;gu&#233;s a eu lieu le soir m&#234;me (&#8230;) De retour, avant m&#234;me d'avoir franchi la grille, ceux-ci crient d&#233;j&#224; victoire : cette victoire r&#233;side dans la d&#233;cision d'entamer des pourparlers entre le gouvernement et le Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises sur la base de nos 21 revendications. Un combat difficile nous attend alors. &#171; Nous savons ce que nous voulons &#187; ai-je dit &#224; Mazowwicki et &#224; Geremek lors de notre premi&#232;re entrevue sur le coup de minuit. (&#8230;) Comme tant d'autres, ils &#233;taient venus avec un texte de soutien. Le voyant, je m'&#233;tais dit que ce n'&#233;tait l&#224; qu'une motion de plus. Je leur ai demand&#233; ce qu'ils avaient concr&#232;tement &#224; nous proposer, car nous avions vraiment besoin d'aide. &#171; Comme intellectuels, nous ne pouvons faire grand-chose, hormis vous servir de conseillers, d'experts. &#187; Excellente id&#233;e ! Nous venions de trouver le maillon manquant &#224; notre cha&#238;ne. Tout le monde s'accorda sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;signer une commission d'experts, &#224; d&#233;faut desquels nous aurions bien &#233;t&#233; incapables de faire se rencontrer la &#171; dialectique &#187; du pouvoir et la c&#244;t&#233; un peu fruste et &#233;l&#233;mentaire de nos revendications. (&#8230;) Cette base de d&#233;part nous convenait tout &#224; fait et n'&#233;tait pas non plus pour d&#233;plaire aux autorit&#233;s : non sans raison, celles-ci redoutaient les formulations trop radicales de gens simples, &#224; bout de nerfs, qui mettent &#224; mal respectabilit&#233;s et convenances, et usent parfois d'un vocabulaire &#224; rester pantois. Les uns comme les autres, nous avions besoin d'&#234;tre assur&#233;s qu'il serait possible de trouver une r&#233;ponse commune. Autrement, la situation &#233;tait sans issue. Le fait de nommer une commission d'experts ouvrit cette perspective d'entente. Dans le courant de la nuit, ils d&#233;finirent la marche &#224; suivre : dans un premier temps, nous ne devions pas aller plus loin que le quatre premi&#232;res revendications. (&#8230;) En cette journ&#233;e du 23 ao&#251;t, (&#8230;) les gens se pressent de part et d'autre de la seconde grille d'entr&#233;e des Chantiers. Devant, sont assembl&#233;es plusieurs milliers de personnes inform&#233;es de l'arriv&#233;e tant attendue de la Commission gouvernementale. (&#8230;) Hostiles, les gens reculent &#224; contrec&#339;ur. (&#8230;) Le car ne peut avancer : devant lui, se dresse un mur d'ouvriers en bleus de travail us&#233;s. Ils se tiennent l&#224;, bras crois&#233;s, visages ferm&#233;s. (&#8230;) Je m'avance en compagnie de Gniech, le directeur, et du Comit&#233; inter-entreprises. Jagielski descend du car. P&#226;le, les traits tir&#233;s, dossier noir sous le bras, le vice-premier ministre met pied &#224; terre, suivi de Fizbach et des autres. Je m'approche, lui tends la main pour lui souhaiter la bienvenue aux Chantiers. (&#8230;) &#171; Les-zek ! Les-zek ! &#187; se met &#224; scander d'une seule voix la foule - c'est son vote de confiance, le rappel &#224; la partie adverse que le Comit&#233; est mandataire pleinement reconnu par tous les gr&#233;vistes. Ceux-ci forment une v&#233;ritable for&#234;t humaine. Une frondaison de bras lev&#233;s aux poings serr&#233;s. (&#8230;) Un hors d'&#339;uvre aux pourparlers de la force et de la discipline sur lesquelles reposent notre attachement &#224; la d&#233;mocratie &#8211; et qui seront essentielles au moment o&#249; il faudra ent&#233;riner l'accord intervenu. En cas de contestation, il y a bien s&#251;r l'instance d'appel que constituent les Chantiers, ces milliers d'ouvriers qui attendent rassembl&#233;s autour du b&#226;timent et qui suivent le d&#233;roulement des n&#233;gociations &#224; travers les baies vitr&#233;es. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, pr&#233;sents dans la grand-salle, sont pour moi un appui consid&#233;rable, de m&#234;me que les experts, ou encore l'Eglise dont le soutien se fait de plus en plus ouvert. En ce qui concerne les syndicats libres, c'est d&#233;j&#224; moins &#233;vident ; les relations les plus confuses existent entre le Praesidium du Comit&#233; de gr&#232;ve et moi : ce dernier compte en son sein une tendance radicale qui s'oppose aux vues &#171; r&#233;alistes &#187;. On y consid&#232;re d'un mauvais &#339;il toute tentative de contact direct avec les repr&#233;sentants du pouvoir, contacts pourtant n&#233;cessaires &#224; la r&#233;ussite de toute n&#233;gociation. Ces &#171; Jacobins &#187; d'ao&#251;t 1980 &#233;pient les moindres faits et gestes de chacun. Ils sont obs&#233;d&#233;s par la crainte d'une manipulation politique et leur m&#233;fiance n'&#233;pargne pas les experts. En l'occurrence, j'ai d&#251; me montrer intransigeant et ne pas c&#233;der aux pressions visant leur &#233;limination. J'ai &#233;galement cherch&#233; &#224; &#233;viter que ces divergences n'apparaissent en cours de n&#233;gociations. Elles ont &#233;t&#233; tenues secr&#232;tes jusqu'&#224; la fin de la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Walesa : &#171; Monsieur le vice-Pr&#233;sident, nous vous accueillons au nom du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises repr&#233;sentant pr&#232;s de 370 entreprises de la r&#233;gion de Gdansk et un certain nombre de celles d'Eblag et de Slupsk. Conscients de repr&#233;senter des centaines de milliers d'hommes, nous sommes tout aussi convaincus de lutter pour la bonne cause. Vous avez la possibilit&#233; de visiter aujourd'hui un chantier naval autog&#233;r&#233; par les ouvriers. Vous pouvez constater que l'ordre y r&#232;gne. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Jagielski : (&#8230;) Je pense en premier lieu &#224; un changement de la loi sur les syndicats (..) Il faudra &#224; mon avis que le personnel des Chantiers et que les travailleurs des autres entreprises du Littoral participent &#224; l'&#233;laboration de cette loi (&#8230;) Le second facteur, &#224; mon sens, concerne l'analyse et l'appr&#233;ciation de l'&#233;volution du pouvoir d'achat des diverses cat&#233;gories professionnelles, qui devrait &#234;tre &#233;valu&#233;e et suivie par les syndicats ind&#233;pendamment de l'administration d'Etat. (&#8230;) Si j'ai bien compris, le deuxi&#232;me point porte sur la garantie du droit de gr&#232;ve, ainsi que sur la s&#233;curit&#233; des personnes en gr&#232;ve et de ceux qui leur viennent en aide. (&#8230;) J'en suis &#224; me demander s'il est bien opportun de prendre une telle d&#233;cision aujourd'hui (&#8230;) A ce propos, il serait peut &#234;tre utile d'&#233;couter ce qu'en pense l'opinion publique. (&#8230;) Si nous laissions ce probl&#232;me ouvert &#224; la discussion. Pour ce qui est de la s&#233;curit&#233; des personnes qui font gr&#232;ve, ainsi que pour celles qui les soutiennent, cette s&#233;curit&#233; n'est pas menac&#233;e. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Florian Wisnievski : Florian Wisnievski, je viens d'Elektromontaz. (&#8230;) Nous ne sommes pas du m&#234;me bord : nous autres, nous sommes en contact des travailleurs, au sein des entreprises. Cela fait longtemps que je travaille dans les syndicats, et les choses sont loin de se passer aussi simplement. (&#8230;) Le Code du travail autorise l'entreprise &#224; licencier sur le champ toute personne qui fait gr&#232;ve. (&#8230;) ici, sur le Littoral, &#233;tant donn&#233; l'atmosph&#232;re que vous savez (&#8230;) ce n'est plus le moment de consulter l'opinion publique. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Jagielski : S'il s'agit du troisi&#232;me point, &#224; savoir : &#171; respecter les libert&#233;s d'expression &#187; (&#8230;) la Constitution garantit les libert&#233;s d'expression, d'&#233;dition, de publication, n'est-ce pas ? Le probl&#232;me se pose, comment dire, au niveau de l'application de ces textes. (&#8230;) L'ouverture des m&#233;dias aux repr&#233;sentants de toutes les confessions est une revendication &#224; examiner. (&#8230;) Si quelqu'un me pose des conditions, je voudrai r&#233;pondre ceci. Moi, je n'ai pos&#233; aucune condition. J'ai seulement exprim&#233; mes souhaits. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Walesa : (&#8230;) Je prose d'&#233;laborer ensemble un communiqu&#233; commun. (&#8230;) Nous demandons au surplus une retransmission radiophonique au moins sur Gdansk. (&#8230;) Je propose de chanter ensemble l'hymne national. (Ils chantent.) Nous attendrons gentiment, sagement, sans aucune &#8230; Mesdames, Messieurs, je voudrai que nous saluions courtoisement la d&#233;l&#233;gation avant de nous s&#233;parer. Nos finirons sans doute par nous entendre. &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) Nous avons trouv&#233; une formule nouvelle, r&#233;sultant de la fusion de plusieurs &#233;l&#233;ments : religion, patriotisme, st&#233;r&#233;otype de la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; - oui, cette tradition-l&#224; aussi &#8230; C'&#233;tait une mani&#232;re de &#171; r&#233;volution &#224; genoux &#187;, avec pri&#232;re, chapelet et messe. La pri&#232;re nous prot&#233;geait, mais nous avons magnifi&#233; son importance, cela n'avait plus rien &#224; voir avec la d&#233;votion. &lt;br /&gt;
(&#8230;) On joua contre nous le contenu du sermon prononc&#233; &#224; Jasna-Gora par Mgr Stefan Wyzynski. (&#8230;) Les gars qui priaient sur les Chantiers, eux, accueillirent avec incr&#233;dulit&#233; et d&#233;sarroi les propos du Primat. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Arrive la derni&#232;re s&#233;ance de pourparlers avec la Commission gouvernementale, le samedi 30 ao&#251;t. Le climat de la discussion n'est plus le m&#234;me. Jagielski est press&#233; d'aboutir, fait pression pour que des solutions rapides soient trouv&#233;es, sans trop ergoter sur les formulations de d&#233;tail : &#171; les points num&#233;ro un et deux des revendications &#8230; nous les paraphons ! &#187; Puis, de but en blanc, il d&#233;clare qu'il souhaite revenir aux Chantiers avec ces textes rev&#234;tus de l'aval &#8211; donc de l'approbation &#8211; du plenum du Comit&#233; central. Il sugg&#232;re d&#233;j&#224; les termes du communiqu&#233; final. (&#8230;) Le pl&#233;num du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises exige que je transforme l'affaire des prisonniers en ultimatum. Aucun accord ne doit &#234;tre sign&#233; avant leur lib&#233;ration. (&#8230;) Aussi bien parmi l'assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s qu'au sein du Pr&#230;sidium du Comit&#233; de gr&#232;ve, commencent &#224; s'exacerber les points de vue. (&#8230;) Nous convenons qu'un accord existe bel et bien pour le moment et que, pour le reste, nous ferons au mieux&#8230; Le lendemain, la c&#233;l&#233;bration de la messe ram&#232;ne le calme dans la grand-salle. (&#8230;) L'affaire s'&#233;ternisa pour des raisons pratiques. (&#8230;) Jagielski, tendu, bl&#234;mit et d&#233;clare : &#171; je vous en prie&#8230; Je ne sais pas si, dans une heure, je pourrai encore signer cet accord&#8230; &#187; (&#8230;) Nous avons appos&#233; nos signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je veux &#233;voquer la p&#233;riode qui a suivi les &#233;v&#233;nements qui se sont alors d&#233;roul&#233;s dans notre pays, et que je cherche une image qui r&#233;sume &#224; la fois le climat et l'&#233;tat d'esprit des gens (&#8230;) je compare volontiers la soci&#233;t&#233; polonaise d'apr&#232;s ao&#251;t 80 &#224; un pauvre qui occupait jusque l&#224; un petit coin dans une belle maison dont il n'&#233;tait pas propri&#233;taire. Et voici que subitement, il devient clair que la maison est son ancienne propri&#233;t&#233; et qu'en r&#233;alit&#233;, tout lui appartient ! (&#8230;) Psychologiquement parlant, une telle situation n'est commode ni pour l'ancien ni pour le nouveau gestionnaire, et force est d'admettre que le temp&#233;rament de chacun commande ses actions. (&#8230;) Mais les Accords de Gdansk avaient lanc&#233; des ponts, ouvert des possibilit&#233;s d'entrer dans une nouvelle &#233;tape de coexistence, fait appara&#238;tre la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; convivialit&#233; du pouvoir &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le lundi matin, ouverture des premiers locaux du Syndicat, rue Marchlewskiego, dans le vieux Wrescz. (&#8230;) Bient&#244;t, la file d'attente s'&#233;tend jusqu'&#224; la rue. (&#8230;) Gdansk devait expliquer, d&#233;fendre, organiser, conf&#233;rer son label. La capitale de la Pologne avait d&#233;m&#233;nag&#233; sur le Littoral. (&#8230;) La p&#233;riode difficile venait de commencer. De jour en jour, une force r&#233;elle se constituait ; les maillons syndicaux se multipliaient &#224; une vitesse vertigineuse dans toutes les entreprises, les &#233;coles, les h&#244;pitaux, et cette force cherchait naturellement &#224; s'exercer : elle entendait influencer les d&#233;cisions concernant le Plan, les questions salariales, celles de la productivit&#233;, les cas individuels. Les directions d'entreprise lui refusaient g&#233;n&#233;ralement ce r&#244;le. Il n'existait pas de jurisprudence indiquant avec pr&#233;cision comment comprendre les Accords d'ao&#251;t 80, dont les formulations &#233;taient souvent trop g&#233;n&#233;rales. Les controverses se multipliaient (...) Toutes affaires devaient &#234;tre r&#233;gl&#233;es par le MKZ : le Comit&#233; inter-entreprises de fondation des syndicats ind&#233;pendants autog&#233;r&#233;s. Nous n'&#233;tions que 18 et il nous revenait d'accomplir sur le champ la r&#233;forme du syst&#232;me. (&#8230;) Quand il devin manifeste que toute notre exp&#233;rience acquise dans les Syndicats libres n'y suffirait pas (&#8230;) je d&#233;couvris la voie menant &#224; moi-m&#234;me par l'Eglise, par la foi, qui m'avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans les moments difficiles de la gr&#232;ve. (&#8230;) Durant les premiers jours de septembre nous parvint un signal de Varsovie : le Primat souhaitait rencontrer Walesa et l'&#233;quipe des dirigeants de la gr&#232;ve. Ainsi allait donc avoir lieu ce contact personnel, cette rencontre en t&#234;te &#224; t&#234;te avec celui qui personnifiait la majest&#233; de l'Eglise polonaise, qui repr&#233;sentait le lien principal entre la tradition nationale, toujours vivante, et le pr&#233;sent. (&#8230;) Nous avons commenc&#233; par une messe matinale au cours de laquelle le cardinal Wyszynski, s'adressant &#224; nous, d&#233;clara : &#171; (&#8230;) Les plus grandes &#233;nergies doivent se d&#233;ployer afin de donner des fruits pour le bien des travailleurs qui entreprennent dans notre Patrie un immense effort. Mais comme il faut &#234;tre sage ! Comme il faut savoir embrasser &#224; la fois le pr&#233;sent et l'avenir de cette nation (&#8230;) &#187; Il d&#233;clara un peu plus tard : &#171; Il ne faut pas vouloir changer les gens en place, ce sont eux qui doivent changer, devenir autres. &#187; (&#8230;) Je me sentais tr&#232;s proche du primat sur tous ces sujets ! (...) Le Primat surprenait parfois par son indulgence et sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, si &#233;loign&#233;s d'une tactique sommaire et plus ais&#233;e &#224; adopter, tentante m&#234;me. Il en avait &#233;t&#233; ainsi en 1970, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre, quand l'Eglise &#233;tait &#224; m&#234;me d'exiger beaucoup d'un pouvoir affaibli par les r&#233;cents bouleversements&#8230; Le Primat d&#233;clara alors qu'on ne pouvait &#171; gagner &#187; gr&#226;ce qu sang ouvrier qui avait &#233;t&#233; r&#233;pandu, que l'Eglise devait &#234;tre forte de sa propre force, non de la faiblesse de l'adversaire. (&#8230;) Novice comme je l'&#233;tais &#224; l'&#233;poque, ce sont l&#224; des &#233;l&#233;ments qui me permirent de construire ce qu'on a plus tard appel&#233; la &#171; ligne Walesa &#187;, qui ne faisait alors que s'esquisser. (&#8230;) En ao&#251;t, ce but &#233;tait clair aux yeux de tous, tout &#233;tait simple : il fallait arr&#234;ter la gr&#232;ve, formuler nos revendications, amener le pouvoir &#224; les accepter. (&#8230;) Prendre le pouvoir, r&#233;tablir l'ordre par un nouveau pouvoir install&#233; par nous ? Non ! Plut&#244;t, un profond changement int&#233;rieur du pouvoir en place, puisque rien ne garantissait qu'un autre serait meilleur (&#8230;)&lt;br /&gt;
Ce pendait, pr&#232;s du feu, l&#224; o&#249; tout se d&#233;cidait, les affaires se r&#233;v&#233;laient beaucoup plus complexes. J'&#233;tais celui qui choisissait les &#233;l&#233;ments de l'alliage, mais, parall&#232;lement, d'autres &#233;l&#233;ments s'y infiltraient &#224; mon insu : par les c&#244;t&#233;s, par en haut, par derri&#232;re&#8230; Il y avait m&#234;me des gens qui agissaient de leur propre initiative, sans demander la moindre autorisation. La temp&#233;rature montait constamment. Situation nouvelle : dans la gr&#232;ve, nous &#233;tions la force motrice, nous dosions les probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, le mouvement ob&#233;issait &#224; un programme, donnait lui-m&#234;me le tempo des &#233;v&#233;nements qui, cette fois, se d&#233;roulaient ind&#233;pendamment de nous. L'aiguillage avait &#233;t&#233; d&#233;vi&#233; : il fallait redoubler de force pour contr&#244;ler le cours de l'actualit&#233;, proposer &#224; temps des corrections de trajectoires, &#233;viter les catastrophes, servir de butoir l&#224; o&#249; des revendications d&#233;cha&#238;n&#233;es mena&#231;aient directement l'existence de certaines structures concr&#232;tes du pouvoir. Au cours de dizaines de r&#233;unions, il me fallut combattre la tendance g&#233;n&#233;rale au r&#232;glement de comptes avec des chefs de services, des directeurs compromis dans leurs entreprises, des repr&#233;sentants du pouvoir &#224; divers niveaux. Les gens &#233;taient emport&#233;s par la fureur de tout nettoyer tout de suite. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Quelques jours apr&#232;s la gr&#232;ve, je re&#231;us la visite d'Anna Walentynowicz, dans notre nouvel appartement, rue Pilotow, dans le quartier neuf de Zaspa. (&#8230;) Mme Anna vint me voir avec une proposition amicale bien concr&#232;te : &#171; Donne ta d&#233;mission du Comit&#233; inter-entreprises ! &#187; Je n'avais pas les &#233;paules assez larges, &#224; ce qu'elle disait, il fallait un type dans le genre d'Andrej Gwiazda, de Kuron, de Modzelewski ou de tel autre encore&#8230; Le candidat n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;, mais l'intention n'en &#233;tait pas moins claire : d'apr&#232;s elle, j'&#233;tais trop faible, pas assez &#171; r&#233;volutionnaire &#187; dans mes revendications, trop mou avec les autorit&#233;s. Cette id&#233;e n'&#233;manait pas uniquement de madame Anna, il y avait derri&#232;re elle une fraction pas tr&#232;s nombreuse mais influente des syndicats libres du Littoral. (&#8230;) Il &#233;tait devenu &#233;vident que le Comit&#233; inter-entreprises de Gdansk s'employait sans cesse &#224; contester la position que j'avais acquise, il faut le reconna&#238;tre, gr&#226;ce &#224; la gr&#232;ve. Aux yeux de certains, je pouvais encore appara&#238;tre comme un &#171; usurpateur &#187;. (&#8230;) Ainsi Jacek Kuron &#233;tait indiscutablement un homme aux id&#233;es bien arr&#234;t&#233;es, initiateur de conceptions assez radicales. C'&#233;tait le m&#234;me homme avec qui j'avais eu une discussion interminable &#224; l'&#233;poque o&#249; je faisais mes tout premiers pas dans les syndicats libres. C'est &#224; lui que j'&#233;tais redevable de l'aide que le KOR (Comit&#233; de D&#233;fense des Ouvriers) avait apport&#233;e &#224; moi-m&#234;me et &#224; beaucoup d'autres en p&#233;riode de ch&#244;mage ou de difficult&#233;s personnelles. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Sous le label Solidarnosc, les Comit&#233;s inter-entreprises r&#233;gionaux iront tous ensemble se faire enregistrer au tribunal. (&#8230;) A pr&#233;sent, le groupe de conseillers et d'experts varsoviens travaillait &#224; nos statuts qui devaient refl&#233;ter &#224; la fois notre exp&#233;rience syndicale, la signification d'ao&#251;t 80, la tradition polonaise. (&#8230;) Dans le m&#234;me temps, une &#233;quipe de t&#233;l&#233;vision polonaise m'interroge sur le sort de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement annonc&#233;e par Solidarnosc. Ils ont du mal &#224; comprendre que la proclamation de cette gr&#232;ve d'avertissement canalise toutes les gr&#232;ves sauvages qui explosent comme des p&#233;tards dans tout le pays contre les autorit&#233;s qui s'opposent &#224; divers &#233;chelons aux in&#233;vitables revendications de la population. A cela s'ajoute encore en arri&#232;re-plan la cr&#233;ation de l'organisation syndicale rurale qui est en train de se mettre pr&#233;cipitamment en place. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Sur les &#171; gr&#232;ves de solidarit&#233; ouvri&#232;re &#187;, notamment aux revendications des agriculteurs, Walesa cite la bande son d'un film :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Walesa : (&#8230;) C'est &#224; Gdansk que &#231;a se passe. Poznan a d&#233;bray&#233; aussi, j'ai stopp&#233;. J'ai tout de m&#234;me stopp&#233; deux gr&#232;ves ! (&#8230;) Ce serait pire s'ils faisaient gr&#232;ve sans nous. Ce serait la r&#233;volution. (&#8230;) Je pense donc que ce que nous avons fait constituait l'issue la plus logique. (&#8230;) Nous &#233;tions oblig&#233;s de nous prononcer, et nous nous sommes prononc&#233;s pour la ma&#238;trise de ce mouvement. Le pire aurait &#233;t&#233; qu'il &#233;chappe &#224; notre contr&#244;le. Nous ne souhaitons pas la gr&#232;ve, parce qu'il en viendra alors sans cesse de nouveaux pour multiplier les revendications, et tout risque alors de mal tourner. C'est pourquoi nous n'en voulons pas. (&#8230;) Bien s&#251;r que nous pouvons y aller, mais nous sommes bien plac&#233;s pour savoir que, d'ici une heure, il peut aussi bien &#233;clater une r&#233;volution. (&#8230;) Nous for&#231;ons les choses, pouss&#233;s par des hourrah, de telle mani&#232;re qu'il n'y ait plus de solution du tout ! &#187;&lt;br /&gt;
&#171; Walesa : &#171; Walesa &#224; l'appareil. Monsieur le directeur, il y a deux affaires dont je voudrais vous parler. (&#8230;) En ce qui concerne cette gr&#232;ve. Vous savez, nous ne tenons pas &#224; ce qu'il y ait des gr&#232;ves en ce moment&#8230; (&#8230;) C'est pourquoi il serait bien que vous fassiez en sorte que (&#8230;) je m'entretienne avec eux (les gr&#233;vistes), ou pour qu'ils viennent chez nous&#8230; Nous leur expliquerions en quoi &#231;a fait probl&#232;me. (&#8230;) R&#233;ponse de l'assistant du vo&#239;vode : nous enverrons des voitures vous chercher. &#187;&lt;br /&gt;
Les voitures sont bien arriv&#233;es, mais l'annulation de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement d'apr&#232;s ao&#251;t n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233;e pour autant pour la simple raison qu'elle ne pouvait pas l'&#234;tre. (&#8230;) De toute fa&#231;on, j'allais mettre fin &#224; ces gr&#232;ves (&#8230;) &lt;br /&gt;
La c&#233;sure dans la br&#232;ve existence officielle du syndicat se situe &#224; mon avis en mars 1981. Elle correspond &#224; la crise de Bydgoszcz, engendr&#233;e par l'agression perp&#233;tr&#233;e par la milice contre Rulewski, responsable de Solidarnosc pour cette r&#233;gion, et d'autres qui tentaient de pr&#233;senter &#224; la session du conseil r&#233;gional de Bydgoszcz le probl&#232;me de la reconnaissance du syndicat des agriculteurs priv&#233;s. Cette crise de mars a &#233;t&#233; surmont&#233;e, mais nous avions d&#233;j&#224; presque atteint le point limite. J'ai eu le plus grand mal &#224; apaiser le climat de mobilisation g&#233;n&#233;rale qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; autour de la raison d'&#234;tre de Solidarnosc, et qui, &#233;tant donn&#233; l'attitude du pouvoir, mena&#231;ait de conduire &#224; la catastrophe. J'eus alors le sentiment d'avoir d&#233;samorc&#233; une &#233;norme charge de dynamite et d'avoir men&#233; &#224; bien quelque chose d'irr&#233;versible. A partir de ce moment-l&#224;, Solidarnosc ne b&#233;n&#233;ficierait certes plus jamais d'une conjoncture aussi favorable, mais, d'un autre c&#244;t&#233;, jamais une confrontation g&#233;n&#233;rale avec ce pouvoir aux abois n'avait &#233;t&#233; aussi lourde de dangers. &lt;br /&gt;
L'affaire de mars est en effet une date cl&#233; pour comprendre l'histoire du syndicat. Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport de forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Je tablais sur une issue &#233;volutive. Malheureusement, le pouvoir ne tira de la mobilisation qu'une seule conclusion : qu'il &#233;tait tr&#232;s menac&#233; et, qu'en l'espace d'une journ&#233;e, l'ensemble de la population pouvait se dresser contre lui. Apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements, j'&#233;tais n&#233;anmoins certain d'une chose : tant que nous pourrions naviguer, tant que Solidarnosc continuerait d'exister, il serait possible, ne f&#251;t-ce que tr&#232;s lentement, de consolider les changements, de donner aux gens ne f&#251;t-ce qu'un aper&#231;u de ce que pourrait &#234;tre la vraie vie en Pologne. (&#8230;) Parfois, on pr&#233;f&#232;rerait presque que tout nous tombe dessus : on verra bien, &#231;a nous tranchera peut-&#234;tre pas la t&#234;te, si nous savons rester raisonnables ; le cas &#233;ch&#233;ant, nous reviendrons alors sur nos pas&#8230; Je me repr&#233;sentais toujours l'avenir comme une marche par &#233;tapes, jamais comme une course d'une seule traite. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Si l'espoir &#233;tait immense, les chances de r&#233;ussir ici et maintenant n'&#233;taient vraiment pas &#233;normes. J'&#233;tais au contraire d'avis qu'elles &#233;taient infimes. Elles r&#233;sidaient dans le simple fait que la cause d'ao&#251;t 80 &#233;tait commune &#224; tous les Polonais. Elles reposaient sur l'espoir que le pouvoir repr&#233;senterait le peuple dans cette mesure au moins o&#249; il serait capable de comprendre ses aspirations et il accepterait de participer &#224; ce difficile processus. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Quoiqu'on puisse en penser, &#224; aucun moment l'attitude de Solidarnosc n'avait abouti &#224; aggraver les difficult&#233;s &#233;conomiques, m&#234;me si telle &#233;tait alors la version des faits la plus courante parmi ceux qui d&#233;fendaient les int&#233;r&#234;ts gouvernementaux. En voici une illustration : c'est la cr&#233;ation des syndicats ind&#233;pendants qui constituait la revendication principale des gr&#233;vistes d'ao&#251;t 80, bien que les revendications salariales eussent domin&#233; dans un premier temps. Les ouvriers des Chantiers c&#233;d&#232;rent sur ces derni&#232;res jusqu'&#224; y renoncer pour ainsi dire totalement. On en eut termin&#233; avec une augmentation de quelques centaines de zlotys, et plut&#244;t pour le principe, afin d'en finir avec l'aspect purement &#233;conomique de la gr&#232;ve. Il y avait de notre part une grande compr&#233;hension des difficult&#233;s du pays. Les gens &#233;taient pr&#234;ts &#224; consentir des sacrifices. Il y eut m&#234;me des propositions comme quoi ceux qui en avaient encore les moyens allaient se cotiser pour rembourser ne f&#251;t-ce qu'une toute petite partie de la dette polonaise ? &lt;br /&gt;
(&#8230;) Novembre 80 &#233;largit dangereusement le champ de confrontation avec le pouvoir. Deux incidents y contribu&#232;rent : le premier, li&#233; &#224; l'enregistrement du syndicat ; le second, concernant l'affaire Jan Narozniak, un math&#233;maticien de l'Universit&#233; de Varsovie qui avait rendu public un texte confidentiel du procureur g&#233;n&#233;ral. (...) Dans le m&#234;me temps d&#233;ferle une vague de revendications plus g&#233;n&#233;rales : dans la r&#233;gion montagneuse, &#224; Bielsko-Biala, &#224; Jelenia-Gora. Un puissant mouvement social se d&#233;veloppe, exigeant que soient restitu&#233;s de nombreux centres de loisirs luxueusement &#233;quip&#233;s, des maisons de repos, des b&#226;timents publics appartenant jusqu'alors aux diff&#233;rents organes gouvernementaux et inaccessibles au reste de la population. (&#8230;) D'o&#249; une vague de gr&#232;ves dans toutes les r&#233;gions de Pologne. Je passe cette p&#233;riode &#224; voyager sans cesse pour participer aux n&#233;gociations entre gr&#233;vistes et autorit&#233;s. Les conseillers et experts du syndicat ne me quittent pas un instant. Ils sont partout o&#249; les conflits se propagent. (&#8230;) L'Eglise jouait avec succ&#232;s le r&#244;le de m&#233;diateur entre les gr&#233;vistes et le pouvoir. L'image en est devenue classique et restera longtemps dans les m&#233;moires : trois &#233;v&#234;ques assis &#224; la table des pourparlers entre repr&#233;sentants des autorit&#233;s et de Solidarnosc. C'est le moment o&#249; la tension &#224; Bielsko-Biala &#233;tait &#224; son comble. (&#8230;) Je me suis mis en route en janvier 1981. A Rome m'attendait un grand Polonais, le pape Jean Paul II, et cette rencontre fut pour moi le temps fort de mon s&#233;jour en Italie. Nous apportions au Pape le message de Solidarnosc, et j'avais grandement conscience de l'importance de ce que nous re&#231;&#251;mes de lui qui, publiquement, &#224; la face du monde, approuva nos id&#233;aux. (...) J'avais re&#231;u une invitation &#224; me rendre &#224; Gen&#232;ve pour participer, au d&#233;but de juin, &#224; la prochaine session annuelle de l'Organisation Internationale du Travail. (&#8230;) Nous sommes partis en juin de Varsovie avec le ministre Jerzy Obodowski et un petit groupe de ses conseillers repr&#233;sentant la &#171; sph&#232;re des employeurs &#187;. Pour ma part, j'&#233;tais accompagn&#233; par Bronislaw Geremek, Andrej Stelmachowski et Ryszard Kalinowski qui avait, au sein de son syndicat, la responsabilit&#233; des contacts avec l'&#233;tranger. D&#232;s le d&#233;collage de l'avion se cr&#233;a entre nous une bonne atmosph&#232;re : apr&#232;s tout nous partions repr&#233;senter conjointement la Pologne &#224; une assembl&#233;e internationale o&#249; on ne se priva pas de nous scruter attentivement. (&#8230;) L'appui de la France se r&#233;v&#233;la alors essentiel, dissipant les malentendus auxquels se heurtait l'id&#233;al de Solidarnosc et &#233;clairant par contrecoup le malaise de l'&#233;quipe dirigeante polonaise. Il fit mieux comprendre &#224; l'opinion politique internationale le sens et la port&#233;e r&#233;els de l' &#187;&#233;t&#233; polonais &#187;. (&#8230;) Les cinq grandes organisations syndicales repr&#233;sent&#233;es ce jour-l&#224; refl&#233;taient &#224; elles seules tout l'&#233;ventail des tendances existantes, depuis le mouvement d'inspiration chr&#233;tienne jusqu'aux communistes. Toutes soulign&#232;rent n&#233;anmoins &#8211; et cette unanimit&#233; &#233;tait capitale &#8211; l'importance de l'exp&#233;rience polonaise pour le mouvement syndical mondial. (&#8230;) Ce sont les chr&#233;tiens de la CFTC qui percevaient le mieux la nature de notre attachement &#224; la religion et &#224; l'Eglise. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Mes d&#233;placements en Pologne m&#234;me commenc&#232;rent &#224; compter d'octobre 1980. (&#8230;) Je devais enfourcher ce cheval l&#224; &#8211; exprimer certaines choses en usant de la langue de bois de la politique &#8211; afin de ne pas permettre &#224; ce cheval de me d&#233;sar&#231;onner, et pour mieux le freiner ensuite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage de Mieczyslaw Wachoowski cit&#233; par Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Il faut commencer par dire que Lech avait une passion pour les voyages et les foules. (&#8230;) D&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, on le surnommait &#171; Lech-le-pompier &#187;, il jouait le r&#244;le de celui qui allait partout &#233;teindre les foyers de gr&#232;ves. (&#8230;) A Jelenia-Gora, c'&#233;taient Wielowieyski et Sila-Nowicki qui menaient les pourparlers. (&#8230;) Lech arrive et explique que vouloir aujourd'hui confisquer quoi que ce soit &#224; la milice est une pure b&#234;tise, qu'on se faire briser les reins pour des futilit&#233;s. (...) R&#233;sultat : le b&#226;timent fut conc&#233;d&#233;, les gens rentr&#232;rent chez eux, le probl&#232;me &#233;tait r&#233;gl&#233;. Lech eut ce mot de la fin : &#171; Encore une gr&#232;ve d'&#233;teinte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage d'Anna Kowalczyk cit&#233; par Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Leszek n'aimait d&#233;cid&#233;ment pas ce d&#233;ferlement de gr&#232;ves. Pr&#233;tendre qu'il les soutenait n'est que calomnie. Il y allait plut&#244;t en tant que &#171; pompier &#187;, pour &#233;touffer l'incendie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&#171; En f&#233;vrier 1981 survient un changement important. Pietkowski est remplac&#233; &#224; son poste par le g&#233;n&#233;ral Wojciech Jaruzelski qui devient Premier ministre tout en conservant le portefeuille de la D&#233;fense qu'il d&#233;tient depuis 1968. (&#8230;) Dans sa premi&#232;re allocution, le g&#233;n&#233;ral-Premier ministre appelle &#224; 90 jours de tr&#234;ve, tout en exposant un programme anti-crise en dix points. A peine nomm&#233; vice-Premier ministre Rokowski entreprend des n&#233;gociations avec Solidarnosc. On note alors de rapides progr&#232;s dans l'action visant &#224; apaiser les menaces de gr&#232;ve dans l'ensemble du pays (&#8230;) Tous ces acquis peuvent para&#238;tre bien minces. Mais l'opinion pr&#233;vaut que le G&#233;n&#233;ral fait montre de bonne volont&#233; et qu'il convient donc de l'aider. Le 18 f&#233;vrier 1981, une semaine apr&#232;s l'entr&#233;e en fonctions de Jaruzelski comme Premier ministre, les gr&#232;ves ont cess&#233; et le calme r&#232;gne partout dans le pays. Mais, dans le m&#234;me temps, une r&#232;gle arbitraire, limitant consid&#233;rablement le droit de gr&#232;ve, est introduite par d&#233;cret : le pouvoir se r&#233;serve de d&#233;cider de la conformit&#233; d'une gr&#232;ve aux conditions pr&#233;vues dans les conventions, et il exige que la dur&#233;e de pr&#233;avis soit port&#233;e &#224; au moins sept jours. (&#8230;) On assiste &#224; une nouvelle vague de repr&#233;sailles &#224; l'encontre de militants de Solidarnosc. (&#8230;) &lt;br /&gt;
En d&#233;pit de tout cela, on parvient &#224; m'organiser un premier entretien en t&#234;te &#224; t&#234;te avec Jaruzelski. (&#8230;) Je ne me dissimule pas pour autant l'estime instinctive que je voue &#224; l'uniforme. Le fait que le G&#233;n&#233;ral ait rev&#234;tu l'uniforme pour cette rencontre si attendue n'est d'ailleurs pas d&#233;nu&#233; de signification&#8230; (&#8230;) La rencontre elle-m&#234;me se d&#233;roule dans un climat qu'il serait exag&#233;r&#233; de qualifier de chaleureux, mais, entre nous, le courant passe qui avait &#233;t&#233; compl&#232;tement absent de ma premi&#232;re rencontre avec Kania (&#8230;) Je nourris en revanche une certaine estime pour Jaruzelski, probablement li&#233;e au port de l'uniforme, mais pas seulement. (&#8230;) Tout donne alors &#224; croire qu'il existe un langage commun, susceptible d'&#234;tre employ&#233; et compris par l'un et par l'autre. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Quelle est la situation au moment o&#249; &#233;clate l'incident de Bydgoszcz ? Dans le Nored de la Pologne se d&#233;roulent de grandes man&#339;uvres du Pacte de Varsovie. On nous signale que plane sur le pays la menace d'une instauration de l'&#233;tat d'urgence. On sait &#233;galement que sont constitu&#233;es des listes de militants que les autorit&#233;s ont &#224; l'&#339;il. (&#8230;) Nous n'&#233;tions pas &#224; m&#234;me de nous battre. J'avais confiance en la sagesse de notre population, je ne concevais pas qu'on en arriverait &#224; une telle situation, m&#234;me au cas o&#249; une certaine &#171; aide &#187; ext&#233;rieure viendrait nous tomber dessus. Les &#233;v&#233;nements ne pouvaient tourner au tragique, puisque la population n'&#233;tait pas arm&#233;e, n'&#233;tait nullement pr&#233;par&#233;e et ne souhaitait pas lutter de cette fa&#231;on-l&#224;. (&#8230;) Bydgoszcz ouvrit cette faille si contraire &#224; ma conception : je savais que si nous commencions et si nous nous r&#233;v&#233;lions incapables de nous arr&#234;ter, ceux d'en haut n'auraient plus le choix. C'est pourquoi je ne tenais pas &#224; aborder ainsi ce genre de probl&#232;mes. Il fallait y faire face, mais pour leur trouver une solution toujours possible, et non de mani&#232;re offensive, comme l'on se pr&#233;pare &#224; un conflit. Je misais sur une longue et patiente obstination (&#8230;) &lt;br /&gt;
A la veille du Congr&#232;s de Solidarnosc, je me rendais bien compte que de nos trois courants : pragmatique, repr&#233;sent&#233; en principe par notre groupe d'experts, organisationnel, repr&#233;sent&#233; par les d&#233;l&#233;gu&#233;s arriv&#233;s &#224; Gdansk, c'&#233;tait le troisi&#232;me, celui de l'action pratique, qui devait se voir accorder la plus grande importance : pour ce courant, la question &#233;tait de savoir si et comment nous pourrions arriver &#224; passer avec le pouvoir un compromis permettant d'ins&#233;rer Solidarnosc dans le paysage politique polonais en tant que force populaire ind&#233;pendante, non soumise au Parti. (...) Le probl&#232;me &#233;tait que les membres de cette assembl&#233;e voulaient &#224; tout prix briller, voler plus haut que leurs ailes ne le leur permettaient. (&#8230;) La mode &#233;tait aux slogans, on en braillait pour un oui, pour un non. (&#8230;) L'ensemble des d&#233;cisions et motions adopt&#233;es n'avait &#224; mes yeux qu'une valeur toute th&#233;orique car, en v&#233;rit&#233;, une seule chose comptait d&#233;sormais : savoir si on parviendrait &#224; cr&#233;er en Pologne un syst&#232;me tripartite entre le pouvoir, l'Eglise et Solidarnosc. Prenant part &#224; la discussion pour soutenir ce point de vue, j'eus plusieurs fois l'occasion de perdre patience, et ne pus le dissimuler jusqu'&#224; la cl&#244;ture des d&#233;bats. Quelqu'un se d&#233;clara m&#234;me scandalis&#233; lorsque j'avouai ne pas conna&#238;tre dans le d&#233;tail l'assez volumineux projet de plate-forme soumis au vote des congressistes&#8230;&lt;br /&gt;
Voici le t&#233;moignage d'un participant au Congr&#232;s sur son d&#233;roulement :&lt;br /&gt;
&#171; Au cours des d&#233;bats du Congr&#232;s de Solidarnosc, Walesa n'est apparemment attentif qu'&#224; une chose : il essaie et finit par obtenir une composition des instances dirigeantes qui lui assure un plein contr&#244;le sur le syndicat. (&#8230;) Il r&#233;clame au Congr&#232;s les pleins pouvoirs. Cette proposition ne soul&#232;ve gu&#232;re l'enthousiasme. (&#8230;) La motion pr&#233;sent&#233;e par Karol Modzlewski, mise aux voix, est adopt&#233;e, de m&#234;me que le projet de loi pour l'autogestion ouvri&#232;re. Celui-ci balaie le projet gouvernemental adress&#233; &#224; la Di&#232;te : au lieu de faire nommer les directeurs par un organe d'Etat, il r&#233;clame leur d&#233;signation par voix d'&#233;lections. Cette autogestion ouvri&#232;re s'inscrit ainsi comme une contestation radicale de la nomenklatura. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; A la conf&#233;rence de presse cl&#244;turant les longs et orageux d&#233;bats du Congr&#232;s, j'expose &#224; nouveau mon id&#233;e de &#171; triple entente &#187; entre le gouvernement, l'Eglise et Solidarnosc. C'est au cours des derniers mois de l'ann&#233;e 1981, les plus tendus, lors de la rencontre du &#171; grand trio &#187; Jaruzelski-Glemp-Walesa, que sera formul&#233;e officiellement la proposition suivante ; pour Solidarnosc, non pas une voix sur trois, mais tout au plus une voix dans un ch&#339;ur de sept. Dans le projet de cr&#233;ation d'un Front d'Entente nationale, le grand syndicat ne disposera que d'un strapontin aux c&#244;t&#233;s de multiples autres organisations sociales. (&#8230;) Quelques jours avant la rencontre du &#171; grand trio &#187; se d&#233;cha&#238;ne une violente campagne contre Solidarnosc (&#8230;) Le g&#233;n&#233;ral Jaruzelski y parle de la folie des gr&#232;ves, de la campagne de haine d&#233;clench&#233;e contre le pays, le socialisme et ses alli&#233;s naturels. (&#8230;) Le 4 novembre dans l'apr&#232;s-midi, Lech Walesa est accueilli par le primat Jozef Glemp. C'est bient&#244;t l'heure de la rencontre avec Wojzech Jaruzelski. (&#8230;) Le texte de proposition d'&#233;laboration d'une ligne commune entre Solidarnosc et le pouvoir, r&#233;dig&#233; par Tadeuz Mazowiecki n'est m&#234;me pas examin&#233; lors de cette rencontre. &#187; (&#8230;) La rencontre du &#171; trio &#187; a finalement abouti &#224; une impasse, elle n'a donn&#233; aucun r&#233;sultat. Ce qui ne veut pas dire que je suis rest&#233; sourd aux arguments du pouvoir. Apr&#232;s cette rencontre et jusqu'au 12 septembre, tous les foyers de gr&#232;ve furent &#233;touff&#233;s ; la derni&#232;re gr&#232;ve, objet de discussion entre le Primat et moi - , celle des &#233;tudiants, allait se terminer par une messe solennelle au sanctuaire de Jasna Gora, &#224; Czestochova. Les autorit&#233;s en furent elles aussi inform&#233;es. Je d&#233;clarai &#233;galement que la meilleure solution au probl&#232;me des gr&#232;ves serait la cr&#233;ation de commissions paritaires : une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ou r&#233;gionale ne pourrait &#234;tre d&#233;clench&#233;e qu'apr&#232;s qu'on ait &#233;puis&#233; toute possibilit&#233; de m&#233;diation. Cela vaudrait aussi bien &#224; l'&#233;chelon local, jusqu'au niveau des entreprises ; interdit de d&#233;clencher une gr&#232;ve sans m&#233;diation pr&#233;alable, sauf peut-&#234;tre en cas d'attaque directe contre le syndicat&#8230; (&#8230;) J'ai pr&#233;sent&#233; tout un catalogue de propositions semblables, la principale, sciemment pass&#233;e sous silence par les autorit&#233;s, devait contribuer &#224; changer le fonctionnement de la Commission Nationale (&#8230;) lui permettant de s'occuper d'avan&#231;age de solutions pratiques aux probl&#232;mes au lieu de se sentir investie de la mission de formuler en permanence une litanie de revendications embl&#233;matiques. (&#8230;) Une modification fut apport&#233;e en toute connaissance de cause, pendant le Congr&#232;s, &#224; la liste des membres de l'instance dirigeante du mouvement, autrement dit du Praesidium de la Commission Nationale. N'y figurait plus aucune &#171; personnalit&#233; &#187; dont le cas eut risqu&#233; de para&#238;tre politiquement &#171; &#233;pineux &#187; aux yeux du pouvoir. On me reprocha d'ailleurs d'avoir ainsi cr&#233;&#233; un &#171; praesidium-croupion &#187;, mais, en ces temps de transition difficile, ce n'&#233;tait pas une mauvaise chose. Qui en &#233;tait membre ? Des gens comp&#233;tents, non plus des meneurs de gr&#232;ves, mais des hommes capables de travailler. (&#8230;) je pouvais compter sur l'&#233;quipe qui m'entourait et sur moi-m&#234;me. Ayant d&#233;j&#224; une certaine exp&#233;rience, je pensais que nous pourrions maintenir les choses le plus longtemps possible et que nous serions capables d'emp&#234;cher ce qui s'&#233;tait pass&#233; avec les conseils ouvriers apr&#232;s 1956, avec l'autogestion apr&#232;s 1970. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 13 d&#233;cembre 1981, le g&#233;n&#233;ral Wojciech Jaruzelski fait sa rentr&#233;e sur la sc&#232;ne nationale dans un tout nouveau r&#244;le. (&#8230;) L'&#233;tat de guerre (&#8230;) ressemble &#224; une action militaire de grande envergure. (&#8230;) J'ai compris que, pour le moment, notre mouvement est stopp&#233;. Il faut l'accepter, de m&#234;me qu'on a accept&#233; les r&#232;gles du jeu. Quand vient le tour du joueur qu nous fait face, il faut savoir se retirer, r&#233;fl&#233;chir &#224; t&#234;te repos&#233;e, garder bon moral et refaire ses forces pour affronter la suite. (&#8230;) &lt;br /&gt;
A Gdansk et sur les Chantiers, la situation durant ces journ&#233;es critique est la suivante : &lt;br /&gt;
&#171; D&#233;cret instaurant l'Etat de guerre et toutes les dispositions qui en d&#233;coulent : couvre-feu, interdiction de voyager, coupure des liaisons t&#233;l&#233;phoniques et du telex, suppression de la libert&#233; d'expression, r&#233;duction des programmes de la radio et de la t&#233;l&#233;vision, suspension des cours dans les &#233;coles et les universit&#233;s, contribution obligatoire au profit des forces arm&#233;es, militarisation de nombreuses entreprises, service de d&#233;fense civile, suspension des activit&#233;s des organisations &#233;tudiantes et des associations, blocage des retraits d'argent polonais et &#233;tranger. (&#8230;) Les gens accourus devant le b&#226;timent de la Direction r&#233;gionale du syndicat forment une foule consid&#233;rable. Un jeune homme a plant&#233; sur le toit le drapeau de Solidarnosc. (&#8230;) De l'int&#233;rieur, on annonce par hauts-parleurs : &#171; Nous nous attendons &#224; une intervention de la milice, nous vous prions de ne pas rester devant l'entr&#233;e. &#187; (&#8230;) Il est terrible le coup de massue re&#231;u par les militants de Solidarnosc. Comme tout le monde, ils ne s'y attendaient pas. Puis la stupeur laisse place &#224; la r&#233;flexion : &#171; n'aurait-on pas d&#251; pr&#233;parer l'opinion &#224; cette &#233;ventualit&#233; ? Si les responsables du mouvement ne l'ont pas fait, peut-on dire que leur devoir a &#233;t&#233; rempli ? &#187; Il est exact que le syndicat avait &#233;labor&#233; un plan pr&#233;cis, mais qui ne s'appliquait qu'au cas o&#249; la Di&#232;te se serait appr&#234;t&#233;e &#224; voter des pouvoirs sp&#233;ciaux au gouvernement. &#171; &lt;br /&gt;
(&#8230;) Une r&#233;union a lieu &#224; laquelle participent les membres des trois comit&#233;s de gr&#232;ve : national, r&#233;gional et celui des Chantiers. (&#8230;) Le pr&#233;sident de la r&#233;union passe le micro au P&#232;re Jankowski qui affirme s'&#234;tre entretenu avec Lech, intern&#233; pour le moment &#224; Varsovie :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il nous demande d'attendre sa d&#233;cision. Ce soir ou demain matin, Lech parlera avec les repr&#233;sentants du gouvernement. &lt;br /&gt;
A peine le P&#232;re Jankowski a-t-il termin&#233; sa phrase qu'un homme se presse en s'&#233;criant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A quoi bon attendre ? (&#8230;) Les dirigeants de Solidarnosc sont-ils arr&#234;t&#233;s ? Ils le sont ! Il ne reste donc qu'une seule r&#233;ponse face &#224; ces &#233;v&#233;nements : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale !&lt;br /&gt;
Madame Walesa a demand&#233; la parole : (&#8230;) Lech vous demande de ne pas prendre de d&#233;cisions irr&#233;fl&#233;chies&#8230;. &lt;br /&gt;
La salle est parcourue par des mouvements divers. Quelqu'un lance :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Walesa n'est pas le syndicat &#224; lui tout seul ! (&#8230;)&lt;br /&gt;
La d&#233;termination des gens est telle que plus personne ne veut entendre parler de vote : la d&#233;cision est d&#233;j&#224; prise (la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale).&lt;br /&gt;
(&#8230;) Au fond, je savais bien qu'il n'&#233;tait pas dans la tradition de ce pays que sa population s'oppose par la force, les armes &#224; la main, au pouvoir en face ; notre chemin n'&#233;tait pas celui-l&#224;. C'&#233;tait &#233;galement la fa&#231;on de penser du Primat qui appelait en chaire &#224; l'ouverture de pourparlers, disant qu'il &#233;tait dispos&#233; &#224; aller les solliciter &#224; genoux. Sur ce point, il n'y avait gu&#232;re de divergences entre nous et j'ai clairement fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise. (&#8230;) Je ne suis pas candidat au suicide. Je ne vais pas me lancer dans des histoires stupides, je n'ai nulle intention d'ameuter les foules ni d'organiser des gr&#232;ves. Je veux aider &#224; une sortie progressive de la gr&#232;ve, car je sais qu'on ne peut impun&#233;ment plonger la soci&#233;t&#233; dans le chaud pour brusquement l'exposer au froid... (&#8230;) La p&#233;riode de l'&#233;tat de guerre, m&#234;me si elle doit durer une ann&#233;e, pourrait &#234;tre mise &#224; profit pour changer progressivement de mod&#232;le en en discutant en commun ; je la consid&#232;re &#233;galement comme une solution pr&#233;f&#233;rable &#224; toute intervention ext&#233;rieure. J'ai moi-m&#234;me connu des difficult&#233;s &#224; ma&#238;triser certaines tendances. (&#8230;) &lt;br /&gt;
La d&#233;cision de dissoudre Solidarnosc n'ayant pas &#233;t&#233; prise d&#232;s le d&#233;but, tout pouvait encore s'arranger ; il fallait simplement attendre : un jour, une semaine, un mois&#8230; &lt;br /&gt;
(&#8230;) La Vistule d&#233;borde. Des milliers d'hommes et de femmes se retrouvent coup&#233;s du monde. (&#8230;) Les gens se r&#233;voltent. Les rues sont le th&#233;&#226;tre de manifestations, d'affrontements. (&#8230;) Des dizaines, des centaines de bulletins et d'&#233;ditoriaux clandestins voient le jour (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le 11 novembre 1982, pour le 64e anniversaire de l'ind&#233;pendance de la Pologne, la Commission (de ccordination provisoire du syndicat Solidarnosc) lance un appel &#224; une manifestation massive. Pour ma part, j'&#233;tais plut&#244;t sceptique sur les chances de r&#233;ussite &#224; grande &#233;chelle d'une telle manifestation. Je craignais que ces impulsions successives ne rapportent rien, sauf un regain de rafles et d'arrestations pr&#233;ventives de nos syndicalistes. (&#8230;) Je d&#233;cidai de risquer une ouverture. (&#8230;) j'&#233;cris au g&#233;n&#233;ral Jaruzelski (&#8230;) Le lendemain, la presse publia le texte de cette lettre assorti du commentaire suivant : &#171; (&#8230;) Le ministre de l'Int&#233;rieur a ordonn&#233; au commandant de la Milice de Gdansk de lever la d&#233;cision d'internement de Lech Walesa. &#187; Le climat est alors le suivant : j'apprend que la Commission de Coordination provisoire, apr&#232;s avoir lanc&#233; un appel &#224; la population, annonce des manifestations pour le 11 novembre. Je suis persuad&#233; que ce sera un &#233;chec. (&#8230;) En ces circonstances, j'essaie de pr&#233;venir un &#233;ventuel &#233;chec de la manifestation. J'ai &#233;galement pr&#233;sent &#224; l'esprit, d'apr&#232;s ce que j'ai pu entendre, que l'arm&#233;e risque de passer &#224; l'action, ce qui ne peut me laisser indiff&#233;rent. Voil&#224; comment j'ai l'id&#233;e de r&#233;diger cette lettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage de Jan Mur, cit&#233; par Walesa :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) La clandestinit&#233; lance un appel &#224; une gr&#232;ve d'avertissement d'une dur&#233;e de huit heures. (&#8230;) La t&#233;l&#233;vision nous montre la lettre manuscrite de Walesa adress&#233;e au g&#233;n&#233;ral Jaruzelski (&#8230;) Cette lettre annon&#231;ait une certaine ouverture. (&#8230;) Mais les dirigeants de la clandestinit&#233;, que deviennent-ils dans tout cela ? La lettre place-t-elle Walesa en retrait par rapport &#224; leur d&#233;cision ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa lors de son premier discours le 16 d&#233;cembre :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Notre cause n'est pas dirig&#233;e contre quoi que ce soit. Nous ne cherchons pas &#224; renverser le pouvoir, nous acceptons les r&#233;alit&#233;s politiques cr&#233;es par l'environnement mondial et par l'Histoire. C'est dans ces conditions que nous entendons servir notre patrie. (&#8230;) je vous demande, &#224; vous qui attendez la concr&#233;tisation de ces espoirs, de rentrer chez vous dans le calme. (&#8230;) Ne nous laissons pas &#233;carter de la voie pacifique que nous avons choisie (&#8230;) &#187; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Luttes ouvri&#232;res des ann&#233;es 1970-80 dans le monde</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article98</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article98</guid>
		<dc:date>2008-05-13T15:51:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Turquie</dc:subject>
		<dc:subject>Ha&#239;ti</dc:subject>
		<dc:subject>Europe de l'Est</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e Korea</dc:subject>
		<dc:subject>Cor&#233;e du sud South Korea</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Site : Mati&#232;re et r&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Sommaire du site &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ce site ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous &#233;crire, cliquez sur R&#233;pondre &#224; cet article &lt;br class='autobr' /&gt; Turquie, Cor&#233;e du sud, Pologne, Tha&#239;lande, Afrique du sud ... Qu'y a-t-il de commun entre les luttes ouvri&#232;res de ces pays aussi divers politiquement que socialement ? Le fait que tous ces pays aient &#233;t&#233; d&#233;stabilis&#233;s par des luttes ouvri&#232;res parce qu'ils &#233;taient des r&#233;gimes issus de la politique des blocs, ce qui emp&#234;chait toute &#233;volution et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique63" rel="directory"&gt;15- Pologne-Turquie-Cor&#233;e-Ethiopie : luttes ouvri&#232;res ann&#233;es 70-80&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot116" rel="tag"&gt;Turquie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot119" rel="tag"&gt;Ha&#239;ti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot137" rel="tag"&gt;Europe de l'Est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot141" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Cor&#233;e Korea&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot180" rel="tag"&gt;Cor&#233;e du sud South Korea&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Site : Mati&#232;re et r&#233;volution&lt;/strong&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;
&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi ce site ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=98&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_60 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L155xH250/resize.php-d147f.jpg?1777606548' width='155' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Turquie, Cor&#233;e du sud, Pologne, Tha&#239;lande, Afrique du sud ... Qu'y a-t-il de commun entre les luttes ouvri&#232;res de ces pays aussi divers politiquement que socialement ? Le fait que tous ces pays aient &#233;t&#233; d&#233;stabilis&#233;s par des luttes ouvri&#232;res parce qu'ils &#233;taient des r&#233;gimes issus de la politique des blocs, ce qui emp&#234;chait toute &#233;volution et contraignait les blocs &#224; les maintenir en place malgr&#233; une impopularit&#233; croissante, qui amenait des dangers sociaux : celui que ce soit la classe ouvri&#232;re qui les renverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4-15-3 Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi le chapitre trente du m&#234;me livre sur un si&#232;cle de luttes en Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;Chronologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1950, le pouvoir met en place la centrale T&#252;rk-Is comme m&#233;diateur obligatoire entre les ouvriers et le patronat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1960 : coup d'Etat militaire&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1961, fondation par des syndicalistes du Parti ouvrier de Turquie (TIP, parti de gauche r&#233;formiste qui reconna&#238;t la revendication kurde)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 13 f&#233;vrier 1967, suite &#224; une mont&#233;e des gr&#232;ves dans les ann&#233;es 60, un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir, la DISK, est fond&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1968 : mont&#233;e des luttes et de la contestation, dans la jeunesse (en juin) puis dans la classe ouvri&#232;re. La premi&#232;re occupation d'usine &#224; Istanbul, celle de Derby, un mois apr&#232;s le d&#233;but de mai 1968, &#233;tait le d&#233;but d'un processus historique. L'occupation de l'usine de fer-forg&#233;, l'une des citadelles de l'&#233;poque, la tentative de r&#233;pression de la police et la d&#233;fense h&#233;ro&#239;que des ouvriers et de leurs familles marqua l'histoire du mouvement ouvrier. L'arm&#233;e intervient pour r&#233;tablir l'ordre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1969, fondation de la &#171; Dev-Genc &#187; (F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires, anc&#234;tre de Dev-Yol), qui regroupe des tendances mao&#239;stes, castristes et trotskistes et affirme le droit du peuple kurde &#224; la lutte arm&#233;e.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; juin 1970, manifestation de masse contre un projet de loi syndicale r&#233;pressive : 100 000 ouvriers descendaient dans la rue, s'affontaient avec la police, &#233;rigeaient des barricades, interdiction de la Disk et manifestations de protestations contre cette interdiction les 15 et 16 juin. Le mouvement kurde se d&#233;veloppe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 mars 1971, coup d'Etat militaire : des officiers renversent Demirel et installent la loi martiale. Pendant des ann&#233;es, des milliers d'opposants et de syndicalistes sont souvent assassin&#233;s par des milices, des fascistes, des &#233;l&#233;ments des forces arm&#233;es et polici&#232;res.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1er mai 1977, fusillade de la place Taksim &#224; Istanbul (37 morts parmi les centaines de milliers de manifestants ouvriers). En deux ans, des centaines de milliers de personnes furent arr&#234;t&#233;es et plus de 98000 jug&#233;es, 21700 condamn&#233;es &#224; des peines de prison, cinquante ex&#233;cut&#233;es &#224; l'issue de proc&#232;s politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de 1979 &#224; 1983, les prix sont multipli&#233;s par 12, les salaires par 8 seulement. La baisse des salaires r&#233;els est tr&#232;s forte dans les ann&#233;es 1980.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; janvier 1980, plan gouvernemental soi-disant &#171; contre l'inflation &#187; : restriction du cr&#233;dit, diminution des investissements publics, blocage des salaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 1980, le complexe agro-industriel d'Izmir licencie des militants actifs et provoque la mobilisation des travailleurs, qui occupent les locaux. C'est l'intervention de l'arm&#233;e, de l'extr&#234;me droite qui intervient en force suppl&#233;tive du pouvoir d'&#201;tat et des patrons, en pratiquant l'assassinat de syndicalistes et de militants d'extr&#234;me gauche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de janvier &#224; septembre 1980, 2 000 personnes sont ainsi assassin&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 septembre 1980, coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Evren. Les organosations syndicales sont interdites pendant trois ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1983, la langue kurde est interdite jusque dans les discussions priv&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1986-1987 : reprise des gr&#232;ves ouvri&#232;res&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; printemps 1989, vague de gr&#232;ves et de manifestations, avec une grosse mobilisation des travailleurs du secteur public, notamment ceux des chantiers navals. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en 1990-1991, une seconde vague de gr&#232;ve, en, particulier dans les mines, contraint les patrons &#224; c&#233;der des augmentations allant de 150 &#224; 250 % &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1994, la crise &#233;conomique plonge &#224; nouveau les salaires vers le bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1998, les m&#233;tallurgistes de Renault et Tofas (filiale de Fiat) entrent en lutte aussi bien contre leur patron que contre le syndicat Metal-Is, filiale de T&#252;rk-Is (la plus importante conf&#233;d&#233;ration) qui a accept&#233; une augmentation des salaires de 43 %, alors que l'inflation annuelle est de l'ordre de 100 %. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1999, contre le recul de l'&#226;ge de la retraite et la baisse du pouvoir d'achat, des manifestations qui regroupent des centaines de milliers de travailleurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 2001, crise &#233;conomique et d&#233;valuation de la livre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pologne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&#171; Mon destin m'a plac&#233; &#224; la t&#234;te des gens. Ce que j'appelle marcher &#224; la t&#234;te du troupeau. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Lech Walesa&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Dans son autobiographie intitul&#233;e &lt;br /&gt;
&#171; Un chemin d'espoir &#187;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luttes ouvri&#232;res dans la Pologne des ann&#233;es 70-80&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;L'Etat polonais des ann&#233;es 1970-80 fait partie de ce que l'on a appel&#233; les &#171; d&#233;mocraties populaires &#187;, traduisez dictature anti-ouvri&#232;re sous la domination de la bureaucratie et de l'arm&#233;e russes. La mise en place de ce r&#233;gime ne doit rien &#224; une intervention des masses populaires de Pologne et encore moins &#224; une r&#233;volution communiste, en Pologne ou nulle part ailleurs. Ce r&#233;gime a &#233;t&#233; mis en place avec l'accord de l'imp&#233;rialisme et non contre lui. C'est ainsi que s'est constitu&#233; toute la zone sous domination russe &#8211; et pas communiste &#8211; &#224; l'Est. L'&#233;tatisme polonais ne d&#233;coule nullement d'une perspective communiste, de renversement du capitalisme &#224; l'&#233;chelle mondiale, mais de la lutte mondiale de l'imp&#233;rialisme uni au stalinisme contre les risques r&#233;volutionnaires de l'apr&#232;s-guerre. C'est donc un Etat qui est dirig&#233; de A &#224; Z et d&#232;s le d&#233;but contre la classe ouvri&#232;re. Sa mise en place a n&#233;cessit&#233; la destruction d'anciennes structures mais ni celles des anciennes classes, ni des anciens appareils de l'Etat. Non, il s'agit de celles des anciens partis et syndicats ouvriers, qui sont enti&#232;rement d&#233;truits et reconstruits par le nouvel Etat, y compris l'ancien Parti communiste (comme dans tous les &#171; Pays de l'Est &#187;). La mise en place du parti unique et du syndicat unique &#224; partir de la guerre froide en 1947 ne sont nullement des mesures en faveur des travailleurs, au contraire. C'est la dictature politique et sociale qui s'abat sur les travailleurs qui sont priv&#233;s de tout droit d&#233;mocratique. &lt;br /&gt;
D&#232;s que la classe ouvri&#232;re a tent&#233; de protester, de revendiquer, elle a subi la r&#233;pression violente de cet Etat. En 1956, alors que la r&#233;volution se d&#233;roulait en Hongrie, les ouvriers polonais sont &#233;galement entr&#233;s en lutte. En juin 1956, ce sont notamment les 15.000 ouvriers des usines Staline de Pozna'n qui se mobilisent. Pour les &#233;craser, le pouvoir envoie l'arm&#233;e avec 200 tanks. Elle fait 53 morts et 400 bless&#233;s. Puis, en octobre 1956, tout le pays se couvre de conseils ouvriers, suivant l'exemple des ouvriers de l'usine Z&#233;ran de Varsovie. Le pouvoir parvient &#224; d&#233;tourner la col&#232;re des travailleurs, en faisant venir au pouvoir un pr&#233;tendu r&#233;formateur, en fait un stalinien momentan&#233;ment &#233;cart&#233; : Gomulka. Il r&#233;ussit &#224; calmer les esprits. &lt;br /&gt;
C'est en 1970 qu'un nouveau mouvement massif de la classe ouvri&#232;re contre le pouvoir reprend. L'annonce d'une hausse des prix de 30% met le feu aux poudres. Des arr&#234;ts de travail spontan&#233;s dans toutes les villes du littoral de la Baltique, &#224; Gdynia, Gdansk et Szczecin, sont suivies de manifestations o&#249; les travailleurs vont demander des comptes aux dirigeants des localit&#233;s et du parti unique. A Gdynia, les membres du comit&#233; de gr&#232;ve qui ont n&#233;goci&#233; avec la direction des chantiers sont arr&#234;t&#233;s. A cette nouvelle, une v&#233;ritable foule ouvri&#232;re en col&#232;re attaque et met le feu &#224; la direction du parti unique et fait le si&#232;ge des commissariats. Il en va de m&#234;me ensuite &#224; Gdansk et Szczecin. Il en r&#233;sulte des arrestations, des tortures et des assassinats dans les commissariats. Des ouvriers des chantiers de Gdansk sont fusill&#233;s pr&#232;s de l'entr&#233;e. L'arm&#233;e fait &#233;vacuer les chantiers de Gdansk. A Gdynia, les travailleurs sont battus au cours d'une offensive d'une grande violence, &#224; la mitrailleuse et par des attaques d'h&#233;licopt&#232;res, le 16 d&#233;cembre. Le lendemain, c'est Szczecin qui est le th&#233;&#226;tre d'une terrible bataille de rue. L'arm&#233;e et la milice tirent sur les gr&#233;vistes qui occupent le chantier Warski. &lt;br /&gt;
Le r&#233;gime a vaincu, mais il est discr&#233;dit&#233;. Gomulka est d&#233;missionn&#233;. Il doit laisser la place &#224; un nouveau chef d'Etat, Gierek, qui s'adresse aux ouvriers, leur fait des excuses, retire les mesures anti-ouvri&#232;res, supprime les mesures de r&#233;pression, annonce un nouveau type de relations avec les travailleurs, fait de nombreuses promesses et fait appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs. Avec succ&#232;s. &lt;br /&gt;
Six ans plus tard, la classe ouvri&#232;re polonaise retrouve la voie de la lutte. Le 24 juin 1976, &#224; l'annonce d'une hausse des prix de 39% d&#233;cid&#233;e par Gierek, un mouvement de gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; tout le pays. C'est &#224; Ursus dans la banlieue de Varsovie et &#224; Radom que le mouvement est le plus dur. A Radom, la milice tire sur la foule et 17 personnes sont tu&#233;es. Le gouvernement prend peur. 24 heures apr&#232;s l'annonce des hausses de prix, elles sont annul&#233;es. Mais il craint que cette victoire ouvri&#232;re entra&#238;ne une mont&#233;e irr&#233;pressible de la mobilisation et de l'organisation de la classe ouvri&#232;re, c'est-&#224;-dire par une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. Il accompagne donc ce recul d'une s&#233;rieuse r&#233;pression. Des centaines de gr&#233;vistes sont arr&#234;t&#233;s, tabass&#233;s dans les locaux de la police. Certains travailleurs subissent des proc&#232;s publics o&#249; ils sont contraints de faire leur autocritique. Des intellectuels s'organisent alors pour d&#233;fendre les travailleurs qui subissent la r&#233;pression et les licenciements. Ils fondent le KOR, comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers. Des dirigeants politiques apparaissent alors, qui vont jouer un r&#244;le dirigeant dans la mobilisation qui suivra en 1980. Certains sont des fondateurs des &#171; syndicats libres &#187; comme Lech Walesa, Anna Walentynowicz, les fr&#232;res Kaczinski, Jack Kuron, Modzlewski, ou Adam Michnik. La conception qu'ils ont tir&#233;e des &#233;v&#233;nements des ann&#233;es 70 est nationaliste et r&#233;formiste. En r&#233;sum&#233; : pas question d'attaquer ou m&#234;me de menacer le pouvoir stalinien, il fait cr&#233;er un rapport de forces pour n&#233;gocier, revendiquer des droits syndicaux hors des &#171; syndicats &#187; du pouvoir et, sans affrontement, viser au d&#233;veloppement d'une opinion nationale, chr&#233;tienne, pro-occidentale. En somme, leurs conceptions sont tout sauf r&#233;volutionnaires. Leur mod&#232;le est souvent l'ancienne Pologne, que gouvernait le g&#233;n&#233;ral Pilsudski, un dictateur anti-communiste et pro-occidental, meneur de pogromes anti-s&#233;mites, mis au pouvoir par les puissances imp&#233;rialistes pour contrer la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Il s'agit m&#234;me de convaincre le pouvoir que la transformation de la soci&#233;t&#233; devient la seule mani&#232;re d'&#233;viter la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La mobilisation de la classe ouvri&#232;re est le moyen de n&#233;gocier la sortie de crise, en obtenant progressivement la mise en place d'un r&#233;gime bourgeois. Adam Michnik &#233;crit ainsi, cit&#233; par Lech Walesa dans &#171; Un chemin d'espoir &#187; : &lt;i&gt;&#171; La v&#233;rit&#233; est que sans entente entre le pouvoir et le peuple, on ne peut gouverner ce pays. (&#8230;) La v&#233;rit&#233; est la suivante : le seul gouvernement polonais accept&#233; par les dirigeants de l'URSS est celui des communistes, et rien ne permet de penser que cet &#233;tat de chose puisse changer du jour au lendemain. Qu'est-ce qu'il en r&#233;sulte ? (&#8230;) Il en r&#233;sulte que toute tentative de renversement du pouvoir communiste en Pologne porte directement atteinte aux int&#233;r&#234;ts de l'URSS. (&#8230;) Prenons bien soin de ne pas mettre en lambeaux ce qu'est l'Etat polonais d&#233;pouill&#233; de sa souverainet&#233;, mais toujours l'Etat, sans lequel notre sort serait infiniment plus p&#233;nible. &#187; &lt;/i&gt; De 1976 &#224; 1978, leur groupe est pass&#233; de 6 &#224; 600 militants en faveur de syndicats libres. La mont&#233;e de la classe ouvri&#232;re continuant, ils sont plusieurs milliers en 1979 et diffusent massivement leur journal, &#171; L'ouvrier du littoral &#187;. Lorsque Anna Walentynowicz, militante des syndicats libres, est licenci&#233;e &#224; six mois de la retraite, trois jeunes ouvriers des chantiers naval de Gdansk d&#233;cident de mettre les chantiers en gr&#232;ve et vont chercher Lech Walesa, licenci&#233; depuis des ann&#233;es, mais qu'ils font rentrer dans les lieux. Malgr&#233; un d&#233;but du mouvement tr&#232;s difficile, ils parviennent finalement &#224; mettre les chantiers de Gdansk en gr&#232;ve, un mouvement qui va gagner tout le pays, et contraindre le pouvoir aux n&#233;gociations qu'esp&#233;rait Lech Walesa et ses amis. Il a fallu non seulement mobiliser les travailleurs mais aussi les emp&#234;cher de s'en prendre au pouvoir et canaliser leur &#233;nergie dans un sens qui ne menace pas le pouvoir. Il a fallu que ces dirigeants issus du mouvement se montrent capables de prendre la t&#234;te des luttes ouvri&#232;res pour les calmer et s'imposer ainsi comme la force la plus importante face au pouvoir. Ils ont re&#231;u pour cette t&#226;che d&#233;licate un appui important : celui de L'Eglise et de la papaut&#233;. Ils ont &#233;galement eu l'appui de la petite bourgeoisie nationaliste de Pologne. Le meilleur compte-rendu de cette strat&#233;gie r&#233;formiste est certainement son auteur, Lech Walesa lui-m&#234;me. Si son pass&#233; est celui d'un leader ouvrier d&#233;cid&#233;, combatif qui comprend que le prol&#233;tariat est la principale force politique, il est aussi oppos&#233; &#224; toute forme r&#233;elle de pouvoir ouvrier. Il sait n&#233;gocier dans le dos d'un mouvement, imposer quand il ne convainc pas, effectuer un chantage avec succ&#232;s, faire appel au sens des responsabilit&#233;s des travailleurs pour les faire reculer. Dans ses m&#233;moires, il ne s'en cache nullement et, comme tout bon leader nationaliste, il reconna&#238;t volontiers qu'il n'est pas un d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts des opprim&#233;s, mais un d&#233;fenseur de l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur du pays, c'est-&#224;-dire des perspectives nationales bourgeoises. Il est fier de s'&#234;tre fait le pompier des gr&#232;ves qui parcoure tout le pays dans un v&#233;hicule fourni par le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, Walesa parvient &#224; se faire &#233;lire au comit&#233; de gr&#232;ve bien qu'il ne soit plus ouvrier des chantiers, &#233;tant parvenu &#224; &#233;tablir le lien entre la revendication de la r&#233;int&#233;gration d'Anna Walentynowicz et la sienne. Walesa s'av&#232;re un tacticien tr&#232;s habile dans les discussions avec les travailleurs, plus encore que dans celles avec les membres du pouvoir. Il sait parfaitement &#234;tre radical quand c'est n&#233;cessaire pour garder son cr&#233;dit et il sait aussi prendre compl&#232;tement &#224; rebrousse-poil toute une assembl&#233;e ouvri&#232;re. Mais ces grandes capacit&#233;s personnelles sont mises au service d'une strat&#233;gie qui vise certes dans un premier temps &#224; augmenter le rapport de forces des travailleurs, mais, ensuite, &#224; pr&#233;parer la mise en place d'un nouveau nationalisme polonais qui n'a que faire des revendications ouvri&#232;res. Walesa se consid&#232;re comme l'un des piliers de la &#171; nouvelle Pologne &#187;, les deux autres piliers &#233;tant le pouvoir et l'Eglise. C'est un partisan de l'ordre et un ennemi ouvert de la r&#233;volution, il l'affirme lui-m&#234;me. Sans cesse, il pr&#233;dit que, si on ne suit pas ses propositions, c'est la r&#233;volution, avec comme cons&#233;quence imm&#233;diate le bain de sang et, surtout, l'intervention de l'arm&#233;e russe. Les leaders radicaux, il ne craint pas de les &#233;carter de fa&#231;on radicale, en se servant directement et grossi&#232;rement parfois de sa popularit&#233;. La r&#233;volution lui sert autant d'&#233;pouvantail que l'&#233;crasement par l'Etat russe. Le pacifisme, une fois de plus, sert &#224; rendre les opprim&#233;s pacifiques c'est-&#224;-dire &#224; les d&#233;sarmer, mais pas &#224; contraindre le pouvoir &#224; &#234;tre pacifique, en entra&#238;nant les petits soldats aux c&#244;t&#233;s des travailleurs. Loin d'avoir pr&#233;par&#233; les travailleurs, qui &#233;taient pourtant massivement mobilis&#233;s et organis&#233;s, au risque d'intervention arm&#233;e de l'Etat polonais, il les a ainsi compl&#232;tement d&#233;sarm&#233; politiquement et ils seront compl&#232;tement pris par surprise par le coup d'Etat militaire de Jaruzelski en 1981 parce qu'il &#233;tait organis&#233; par l'arm&#233;e polonaise et non par la Russie, situation qu'ils refusaient politiquement d'envisager, par nationalisme. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La mobilisation ouvri&#232;re de 1980&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;D&#232;s que la gr&#232;ve appara&#238;t comme massive et qu'elle d&#233;montre qu'elle a une direction d&#233;cid&#233;e &#224; aller jusqu'au bout, elle gagne la totalit&#233; des Chantiers de Gdansk, car la seule chose qui retenait les travailleurs &#233;tait la crainte d'une gr&#232;ve faible qui terminerait rapidement par un &#233;chec. D&#232;s que la gr&#232;ve prend solidement, le 15 ao&#251;t 1980, toutes les entreprises travaillant pour l'industrie navale s'y joignent. Les Chantiers sont occup&#233;s et gard&#233;s nuit et jour. Le comit&#233; de gr&#232;ve choisit de faire des Chantiers un bastion de la lutte, plut&#244;t que de se confronter aux forces de l'ordre dans les rues. Les leaders y dorment, y mangent et ne les quittent pas, pour &#233;viter arrestations et intimidations. Au lieu d'aller chercher des soutiens dans la r&#233;gion et le reste du pays, il font des chantiers le point de rencontre de toutes le forces du pays oppos&#233;es au pouvoir, et particuli&#232;rement de la classe ouvri&#232;re. &lt;br /&gt;
Devant le d&#233;but de g&#233;n&#233;ralisation de la gr&#232;ve, de sa radicalisation et de la menace sociale dans une Pologne &#233;conomiquement et politiquement dans l'impasse, la direction des chantiers c&#232;de le 16 ao&#251;t. Elle accepte une partie des revendications des travailleurs mais ne donne que 1500 zlotys au lieu des 2000 revendiqu&#233;s. Cependant, malgr&#233; la mont&#233;e de la lutte, ou &#224; cause de celle-ci, Lech Walesa signe pr&#233;cipitamment le compromis propos&#233; par la direction des Chantiers en ne consultant pas les salari&#233;s. Les travailleurs conspuent Lech Walesa revenu de sa signature aux cris de &#171; 2000 ! 2000 ! &#187;. Dans la nuit suivante, tous les chantiers se couvrent d'inscriptions &#171; Walesa tra&#238;tre ! &#187;, &#171; Walesa vendu ! &#187;. Le lendemain, Walesa revient sur ses positions en disant : la gr&#232;ve des chantiers pour les alaires est termin&#233;e mais la gr&#232;ve de solidarit&#233; commence. Les autres salari&#233;s qui nous ont fait confiance et nous ont suivi doivent &#234;tre soutenus par nous. Ce terme de &#171; Solidarit&#233; &#187;, qui va donner son nom au mouvement puis au syndicat et qui est connu aux quatre coins du monde, provient seulement de la pirouette de Walesa pour garder la t&#234;te du mouvement, faute d'&#234;tre parvenu &#224; l'arr&#234;ter. &lt;br /&gt;
Le 18 ao&#251;t, l'occupation des Chantiers de Gdansk reprend donc et Walesa a &#233;t&#233; maintenu &#224; sa t&#234;te. Walesa a d&#251; accepter que le mouvement prenne un caract&#232;re nouveau. La direction du mouvement change de caract&#232;re et Walesa s'adapte &#224; cette nouvelle situation. Pour garder sa place et la transformer en une direction de l'ensemble de la lutte, il doit convaincre ses anciens camarades, nationalistes et r&#233;formistes, de laisser les leaders radicaux du mouvement participer &#224; la direction du mouvement. Le comit&#233; de gr&#232;ve des chantiers s'&#233;largit &#224; des d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les entreprises de Gdansk qui seront bient&#244;t rejoints par ceux d'entreprises de la r&#233;gion et au-del&#224;. C'est la fondation du MKS, comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises, de Gdansk qui sera imit&#233; par d'autres MKS dans le reste du pays quelques jours plus tard. Le MKS se dote d'un programme : les fameuses 21 revendications bien plus ax&#233;es sur les libert&#233;s publiques que sur la lutte pour les revendications ouvri&#232;res. Cependant, ce programme a le m&#233;rite de placer la classe ouvri&#232;re en position de direction pour la transformation du pays, puisqu'elle met en avant des transformations politiques et sociales qui vont dans le sens des aspirations de toute la population, y compris la petite bourgeoisie et la bureaucratie elle-m&#234;me. La Pologne toute enti&#232;re, et bient&#244;t le monde entier, a alors les yeux fix&#233;s sur les ouvriers du Littoral. Toute la capacit&#233; de Walesa va &#234;tre de transformer ce potentiel r&#233;volutionnaire, qui est encore sur des bases de classe, en un capital pour la transformation bourgeoise de la Pologne. Il ne va pas &#234;tre seul, loin de l&#224;, pour r&#233;aliser ce retournement impressionnant. La petite bourgeoisie afflue &#224; Gdansk est Walesa saura en faire un contrepoids politique contre la classe ouvri&#232;re. C'est notamment l'instauration du syst&#232;me des &#171; experts &#187; qui remplacent les d&#233;l&#233;gu&#233;s de gr&#233;vistes dans les n&#233;gociations. C'est encore les conseillers dont il s'entoure et qui ne le quittent plus. C'est enfin la mise en place d'un r&#233;seau de journalistes et de militants de la petite bourgeoisie qui donnent le ton dans la presse de la gr&#232;ve. Mais l'Eglise, y compris sa haute hi&#233;rarchie li&#233;e au pouvoir, et le pape lui-m&#234;me, a &#233;t&#233; le point principal qui a permis &#224; Walesa de l'emporter sur les leaders ouvriers radicaux et surtout sur le caract&#232;re imp&#233;tueux de la lutte des classes elle-m&#234;me. Non seulement, la pri&#232;re, l'&#233;vocation religieuse des morts de 1970 a servi &#224; Walesa de donner un caract&#232;re solennel au mouvement, de le calmer, de donner un drapeau religieux &#224; la lutte, drapeau sens&#233; d&#233;passer les revendications sociales de la classe ouvri&#232;re. Mais, surtout, la religion permet de donner un caract&#232;re nationaliste &#224; la lutte. Les ouvriers des Chantiers sont ainsi transform&#233;s en d&#233;fenseurs des droits des chr&#233;tiens contre un pouvoir ath&#233;e ! La lutte qui pouvait devenir un affrontement menant au renversement du r&#233;gime devient un combat moral pour r&#233;former le pouvoir ! L'objectif premier, la transformation des conditions mat&#233;rielles d'existence des travailleurs est remis &#224; plus tard et le renforcement de la classe ouvri&#232;re face &#224; ses ennemis bureaucrates et bourgeois, est devenu, miraculeusement, le renforcement des nationalistes, des religieux et des bourgeois, ainsi que des bureaucrates dits r&#233;formateurs. Ce coup de baguette magique de Walesa s'appuie sur des aspirations l&#233;gitimes des ouvriers eux-m&#234;mes : &#233;viter le d&#233;ferlement de violence que produirait, selon lui, une &#233;volution vers un conflit direct avec le pouvoir, r&#233;aliser l'entente de tous les Polonais, obtenir leurs droits en tant que religieux catholiques, transformer le pays de mani&#232;re pacifique et consensuelle en entra&#238;nant y compris les membres du r&#233;gime. Ce r&#234;ve r&#233;formiste va petit &#224; petit l'emporter parmi les gr&#233;vistes, transformant une vague ouvri&#232;re de port&#233;e r&#233;volutionnaire en un mouvement syndical r&#233;formiste, qui va devenir tr&#232;s vite un syndicat dont la direction freine les gr&#232;ves. Religion, nationalisme, pacifisme et r&#233;formisme syndical ont constitu&#233; un v&#233;ritable programme politique national b&#233;n&#233;ficiant d'un grand nombre d'appuis, de militants, y compris au plus haut sommet de l'Etat. &lt;br /&gt;
Cependant, au d&#233;but, rien de tout cela n'est jou&#233;. Jusqu'au 18 ao&#251;t, la force de la classe ouvri&#232;re grandit par l'&#233;largissement du mouvement, en particulier l'extension &#224; l'autre grand port du Littoral de la Baltique, Szczecin. Le pouvoir a tent&#233; d'abord de proposer aux entreprises de n&#233;gocier s&#233;par&#233;ment, mais tr&#232;s peu d'entreprises l'acceptent. La direction politique du mouvement de la classe ouvri&#232;re est unanimement reconnue aux Chantiers de Gdansk. Le MKS refuse de rencontrer le pouvoir en dehors du contr&#244;le des travailleurs eux-m&#234;mes. Si bien que le Vice-premier ministre Jagielski est contraint de n&#233;gocier dans les chantiers eux-m&#234;mes, au beau milieu du chantier L&#233;nine, fer de lance du mouvement ! Cela donne la mesure du rapport de forces &#224; ce moment l&#224;. Les travailleurs, de nombreuses fois flou&#233;s, ont exig&#233; la publicit&#233; compl&#232;te des n&#233;gociations, avec diffusion en direct des d&#233;bats &#224; l'ext&#233;rieur et avec enregistrements. Et les travailleurs seront massivement pr&#233;sents pour suivre la teneur des discussions. Cela n'emp&#234;chera pas les man&#339;uvres bien entendu, mais l&#224; aussi les travailleurs imposent encore leur marque &#224; la situation et emp&#234;chent l'essentiel des tromperies. Multipliant les tentatives de division, les calomnies, les menaces et les op&#233;rations pour acheter des d&#233;l&#233;gu&#233;s, Jagielski esp&#232;re encore que les ouvriers se d&#233;couragent et fait tra&#238;ner les n&#233;gociations pendant 9 jours.&lt;br /&gt;
Le 26 ao&#251;t, Jagielski est contraint de supplier Walesa de signer vite fait les accords. Il recule sur le droit de gr&#232;ve mais refuse toujours le droit &#224; des syndicats ind&#233;pendants. Les &#233;v&#234;ques, dirigeants de l'Eglise polonaise et soutiens en r&#233;alit&#233; du pouvoir, appellent alors publiquement les gr&#233;vistes &#224; faire preuve de sagesse et &#224; reprendre le travail. Le 26 ao&#251;t, le Primat de Pologne donnait le ton &#224; cette politique de l'Eglise qui peut se r&#233;sumer ainsi : emp&#234;cher tout risque de d&#233;rapage vers une r&#233;volution ouvri&#232;re. Il d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; Je consid&#232;re que parfois il ne faut pas r&#233;clamer, exiger, revendiquer beaucoup, pourvu que l'ordre r&#232;gne. &#187;&lt;/i&gt; Comme on le voit, l'Eglise n'est absolument pas une force de transformation radicale de la soci&#233;t&#233; polonaise. Parmi les travailleurs de chantiers, c'est l'indignation et il faut tout le poids acquis par Walesa pour les d&#233;fendre et t&#226;cher de r&#233;tablir la fiction selon laquelle l'Eglise serait du c&#244;t&#233; des travailleurs. Walesa, une nouvelle fois s'adapte &#224; la situation, reconna&#238;t que la gr&#232;ve doit continuer et affirme qu'il sera le dernier &#224; reprendre le travail. A ce moment, le principal appui de Walesa n'est d&#233;j&#224; plus l'ancien groupe de militants en faveur des syndicats libres du Littoral, de militants du KOR et de jeunes ouvriers radicaux avec lesquels il avait commenc&#233; &#224; militer et qui le suivait jusqu'au d&#233;marrage de la gr&#232;ve. Ces anciens amis lui deviennent hostiles et pensent qu'il n'est pas &#224; la hauteur ou qu'il trahit, comme Anna Walentynowycz avec laquelle il a d&#233;marr&#233; la gr&#232;ve et qui lui demande de se retirer de ses responsabilit&#233;s &#224; la t&#234;te du mouvement. Il est devenu le militant de l'appareil de l'Eglise (comme il l'affirme dans &#171; un chemin d'espoir &#187; en exposant qu'il suit la ligne du Primat de Pologne), appuy&#233; compl&#232;tement par ce grand appareil tr&#232;s puissant en Pologne. On peut le voir au fait qu'il ne se d&#233;place plus sans les deux mentors politiques que l'Eglise lui a envoy&#233; : Mazowiecki et Geremek. Si Walesa pr&#233;tend faire accepter pacifiquement au pouvoir des syndicats libres, c'est avec l'id&#233;e que ceux-ci joueront un r&#244;le d'interm&#233;diaire, de pompiers des gr&#232;ves, r&#244;le qu'il va jouer r&#233;ellement d&#232;s que l'occasion lui en sera offerte, r&#244;le qu'il a toujours consid&#233;r&#233; comme le sien depuis les gr&#232;ves de 1970, n'&#233;tant absolument pas l'ouvrier radicalement oppos&#233; au pouvoir que la presse a voulu fabriquer. Il a toujours pr&#233;tendu chercher au contraire le terrain d'un accord qui convienne &#233;galement au pouvoir. Il a toujours dit qu'il ne se consid&#233;rait pas comme repr&#233;sentant politique de la classe ouvri&#232;re mais comme d&#233;fenseur des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la Pologne, int&#233;r&#234;ts face auxquels n'importe quel haut bureaucrate &#233;tait aussi important que les travailleurs. Et l'Etat polonais, loin d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un adversaire, repr&#233;sente l'id&#233;al de Lech Walesa. Le mouvement se confronte aux dirigeants politique du pays mais, selon lui, il ne vise pas m&#234;me &#224; l'affaiblissement de l'Etat, et m&#234;me au contraire &#224; son renforcement. Lorsqu'il expose en quoi il a suivi le m&#234;me programme que le Primat de Pologne, pourtant tr&#232;s inf&#233;od&#233; au pouvoir, il explique qu'il s'agit de s'opposer aux risques d'explosion d'une r&#233;volution ouvri&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Mon objectif &#171; &#233;tait que la population ne s'oppose pas au pouvoir les armes &#224; la main et prenne le pouvoir &#224; sa place. Je d&#233;fendais la m&#234;me position que le Primat de Pologne, du haut de sa chaire, quand il disait qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; solliciter &#224; genoux le pouvoir. D&#232;s le d&#233;but, j'ai fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise de mani&#232;re publique (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Pour imposer son programme, Walesa n'a pas peur d'utiliser au sein du mouvement des m&#233;thodes de commandement bien peu d&#233;mocratiques. Il s'appuie sur une fraction de la base qui lui est acquise sur la base d'un militantisme ouvertement religieux avec messes, croix et g&#233;nuflexions. Il fait taire les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui le d&#233;rangent, en les faisant siffler et couvrir leur voix par ses adeptes. Il se fait proclamer chef sup&#233;rieur et seul v&#233;ritable porte parole du mouvement. Il cultive son propre mythe et pr&#233;tend que seuls ceux qui ont des ambitions personnelles peuvent y &#234;tre oppos&#233;s !&lt;br /&gt;
Fin ao&#251;t, le rapport de forces s'est consid&#233;rablement accru en faveur des ouvriers. La gr&#232;ve a fait t&#226;che d'huile dans tout le pays : &#224; Wroclaw, &#224; Varsovie, parmi les mineurs de Sil&#233;sie. La production de charbon est bloqu&#233;e. &lt;br /&gt;
Le 30 ao&#251;t, le Vice-premier ministre signe, devant des dizaines de milliers d'ouvriers assembl&#233;s, un accord qui restera dans les annales comme &#171; Accords de Gdansk &#187; qui, en principe, accepte les 21 conditions pos&#233;es par les gr&#233;vistes. Cette signature est une v&#233;ritable victoire arrach&#233;e par les travailleurs de tout le pays. Mais en m&#234;me temps, et c'est tout le probl&#232;me, la signature de Walesa, obtenue &#224; l'arrach&#233;e, au chantage, par Walesa contre la plupart des autres d&#233;l&#233;gu&#233;s des gr&#233;vistes, est une trahison du mouvement. Et ce d'abord parce que le pouvoir est au bord du gouffre et que la signature de Walesa le sauve. Dans la pratique, les travailleurs constateront que les formulations, concoct&#233;es par les &#171; experts &#187; du MKS et le pouvoir, n'engagent &#224; pas grand-chose. Par exemple, le MKS de Gdansk obtient le droit &#224; des syndicats libres, mais seulement &#224; Gdansk ! Les militants ouvriers emprisonn&#233;s dans tout le pays ne sont pas lib&#233;r&#233;s, alors que c'&#233;tait une condition r&#233;p&#233;t&#233;e sans cesse lors des n&#233;gociations. Le fait que les militants du KOR, des dirigeants importants du mouvement ne soient m&#234;me pas lib&#233;r&#233;s fait scandale. Walesa, hu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; La Commune &#187; de Gdansk, fait marche arri&#232;re &#224; nouveau : il exige du pouvoir la lib&#233;ration des membres du KOR. En apprenant que les troupes de Lublin, mobilis&#233;es pour se rendre &#224; Gdansk se sont mutin&#233;es, le pouvoir recule et lib&#232;re ces militants. On peut voir ainsi que le pouvoir est sur la corde raide : le cr&#233;dit &#233;norme des ouvriers de Gdansk est tel qu'ils pourraient appeler le pays tout entier &#224; constituer des comit&#233;s d'un nouveau pouvoir. Ils auraient alors non seulement la participation des travailleurs, mais le soutien de la majorit&#233; de la jeunesse, de la petite bourgeoisie et l'appareil d'Etat serait impuissant &#224; enrayer le mouvement. C'est justement de ce danger que Walesa est parfaitement conscient et le r&#244;le qu'il s'attribue est justement de sauver ce pouvoir polonais. Le pr&#233;texte avanc&#233; est qu'il vaut mieux &#234;tre opprim&#233; par un pouvoir polonais que de subir une occupation militaire russe, comme la Hongrie en 1956 ou comme la Tch&#233;coslovaquie en 1968. L'&#233;pouvantail russe est, autant que le bain de sang avec les forces de l'ordre, un leitmotiv de Lech Walesa au nom duquel il affirme que toute la difficult&#233; consiste &#224; &#8230; ne pas gagner, et, m&#234;me quand on a gagn&#233;, &#224; ne pas en tirer profit. Il faut redonner du cr&#233;dit &#224; l'Etat, calmer les travailleurs et remettre le pays au travail, tel est le projet de Walesa !&lt;br /&gt;
C'est ce Walesa l&#224; que le pouvoir accepte de diffuser pour la premi&#232;re fois &#224; la t&#233;l&#233;vision nationale, lors de la diffusion de la signature des accords de Gdansk. Il est propuls&#233; ainsi dirigeant national reconnu du mouvement ouvrier. &lt;br /&gt;
Le premier probl&#232;me auquel se heurte alors Walesa, c'est de freiner l'aspiration qu'il a lui-m&#234;me suscit&#233;e : la cr&#233;ation de syndicats libres. Au d&#233;but, c'&#233;tait une mani&#232;re de dire que l'objectif n'&#233;tait pas le renversement du pouvoir, ni m&#234;me l'obtention d'augmentations de salaires que le gouvernement ne pouvait pas accepter. Mais le mouvement en faveur des syndicats libres se heurte &#224; nombre d'int&#233;r&#234;ts locaux des bureaucrates et suscite du coup des confrontations qui, m&#234;me si elles ont un caract&#232;re local, menacent de ramener sur le devant de la sc&#232;ne la n&#233;cessit&#233; de renverser ce pouvoir honni. Walesa demande alors, et obtient, un service de voiturage permanent et gratuit, pour se propulser aux quatre coins du pays, et &#8230; y calmer tous les conflits ! Il d&#233;clare fi&#232;rement &#171; je suis le pompier des gr&#232;ves ! &#187; En quelques jours, Lech Walesa avait obtenu la reprise du travail. Maintenant, il s'acharne efficacement &#224; arr&#234;ter pr&#233;ventivement les mouvements explosifs qui &#233;clatent un peu partout pour des motifs multiples, g&#233;n&#233;ralement sur des provocations de l'appareil bureaucratique local qui n'accepte ni ne comprend la nouvelle situation.&lt;br /&gt;
Mais la classe ouvri&#232;re aspire &#224; s'organiser. Elle ne fait pas sur le terrain politique parce ses militants lui affirment que le seul objectif est revendicatif et de r&#233;forme. Elle a commenc&#233; &#224; constituer partout des MKS, des comit&#233;s interentreprises de la gr&#232;ve. Ces comit&#233;s avaient tendance &#224; se constituer en un double pouvoir politique mais, avec la fin de la gr&#232;ve, sous l'&#233;gide de Walesa, ils sont transform&#233;s en mouvement pour la constitution de syndicats libres qui s'intituleront &#171; Solidarit&#233; &#187; en souvenir du mouvement de gr&#232;ve, que Walesa a affirm&#233; &#234;tre un mouvement &#171; de solidarit&#233; &#187;. Mais, comment parvenir &#224; donner une place &#224; ces nouveaux syndicats alors que la bureaucratie s'est octroy&#233; de multiples petits privil&#232;ges au nom de sa &#171; repr&#233;sentation &#187; pr&#233;tendue la classe ouvri&#232;re dans un Etat o&#249; officiellement les travailleurs ont le pouvoir ? Le mouvement est tellement explosif que le contenir est une gageure. En quelques jours, dix millions de travailleurs adh&#232;rent aux syndicats Solidarnosc. Il ne s'agit plus seulement des grandes entreprises, mais de toute la classe ouvri&#232;re. Les autres cat&#233;gories de la population suivent : des gar&#231;ons de caf&#233; aux pompiers et des &#233;tudiants aux chauffeurs de taxis. Les artisans veulent leurs syndicats. Les paysans aussi et c'est m&#234;me d'eux que vont venir plusieurs situations explosives parce que le pouvoir leur refuse le droit de se syndiquer ! &lt;br /&gt;
Cette explosion syndicale change &#224; nouveau la donne pour Walesa qui comprend parfaitement le danger. De nouveaux leaders ouvriers vont se constituer partout dans le pays, qui ne seront sous le contr&#244;le de personne, &#224; part la population travailleuse. Mais, d&#233;sormais, il a des moyens et un cr&#233;dit personnel pour intervenir partout et calmer ou &#233;carter les leaders radicaux. Walesa &#233;crit : &lt;i&gt;&#171; Les gens d&#233;barquaient au syndicat en tr&#232;s grand nombre avec des rapports, des d&#233;clarations, des plaintes, des demandes d'intervention dans tous les milieux o&#249; on emp&#234;chait la cr&#233;ation des nouvelles organisations. (&#8230;) Les dix premiers jours, ce fut une tornade. (&#8230;) Ce n'&#233;tait plus comme avant, quand chacun pouvait presque m'attraper par la moustache et me parler de tout ce qui lui passait par la t&#234;te. Quant aux membres des comit&#233;s inter-entreprises qui &#233;taient sous la pression des travailleurs, j'essayais en un sens de les prot&#233;ger. &#187; &lt;/i&gt; Walesa, une protection des dirigeants ouvriers contre la pression des travailleurs ! Il l'a toujours &#233;t&#233;, m&#234;me durant la gr&#232;ve de 1970 ou la gr&#232;ve de 1980. Il expliquait ainsi qu'heureusement en 1970 c'&#233;tait la derni&#232;re fois que les travailleurs s'inspiraient de notions comme la lutte des classes ! Il affirmait qu'en 1980, c'est lui qui est parvenu &#224; faire en sorte qu'&#224; la lutte des classes, on substitue la religion, le nationalisme et le pacifisme ! Il &#233;crit cependant : &lt;i&gt;&#171; Je dois reconna&#238;tre que flottait encore en permanence un air de r&#233;volution ouvri&#232;re que l'irresponsabilit&#233; de bien des leaders entretenait et qu'il fallait combattre quasi continuellement. Ma chance, c'&#233;tait mon contact personnel. Les ouvriers pr&#233;f&#233;raient les discours des leaders les plus radicaux qui poussaient les flammes de la col&#232;re et s'appuyaient sur le fait que les ouvriers voulaient absolument en d&#233;coudre avec le pouvoir. Mais personnellement, ils me pr&#233;f&#233;raient moi et c&#233;daient &#224; mon sens des r&#233;alit&#233;s. &#187; &lt;/i&gt; &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Le comit&#233; de Gdansk devient un centre de d&#233;cision pour tout le pays, aussi puissant politiquement que le pouvoir du gouvernement. Mais, c'est pour mieux contr&#244;ler les luttes et les initiatives politiques des leaders ouvriers. Walesa demande et obtient que les comit&#233;s, que les travailleurs le consultent avant toute d&#233;cision d'action et d'organisation. Mais, en m&#234;me temps, il transforme la signification de l'ancien comit&#233; dirigeant du MKS de Gdansk. Il produit un organisme de collaboration avec le pouvoir qui sera cens&#233; &#224; la fois diriger la classe ouvri&#232;re et diriger aussi les n&#233;gociations avec le pouvoir. C'est le praesidium de la Commission Nationale. &lt;br /&gt;
Le pouvoir va accepter cette intervention du nouveau pouvoir de Lech Walesa tant qu'il ne sera pas parvenu &#224; calmer l'essentiel du potentiel explosif de la classe ouvri&#232;re. C'est seulement alors que viendra la r&#233;pression, sous la forme du &#171; coup d'Etat militaire &#187; du g&#233;n&#233;ral Jaruzelski en 1981. Durant tout cet interm&#232;de, on est sans cesse &#224; la limite de l'explosion populaire. Le pouvoir ouvrier, une esp&#232;ce de double pouvoir, est une r&#233;alit&#233;, puisque c'est du c&#244;t&#233; des organisations de travailleurs que tout le peuple polonais attend son avenir. C'est &#224; elles qu'il pose toutes ses questions quotidiennes. Mais la direction de la classe ouvri&#232;re n'a en fait aucunement l'objectif de faire triompher ce bras de fer de la lutte des classes en faveur du prol&#233;tariat. Walesa le r&#233;p&#232;tera &#224; qui veut l'entendre : il n'est pas pour la lutte des classes qui se r&#233;sume selon lui &#224; l'id&#233;ologie de la bureaucratie stalinienne. Il est hostile &#224; la r&#233;volution qui ne m&#232;ne, selon lui, qu'&#224; un bain de sang inutile. Il expose ouvertement sa strat&#233;gie : &lt;i&gt;&#171; Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport des forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Mon objectif &#233;tait non pas l'affrontement, mais de durer le plus longtemps possible face au pouvoir pour montrer un aper&#231;u de ce que pouvait &#234;tre la Pologne. Bien s&#251;r, au fur et &#224; mesure, je me rendais compte que notre marge de man&#339;uvre se r&#233;duisait ainsi que notre cr&#233;dit parmi les travailleurs, parce que la volont&#233; de coop&#233;rer du pouvoir atteignait ses limites. Mais mon objectif n'&#233;tait nullement de le souligner. Au contraire, je cherchais toutes les possibilit&#233;s de coop&#233;rations. (&#8230;) D'ao&#251;t 1980 &#224; 1981, on m'a surnomm&#233; Lech-le-pompier. J'ai jou&#233; le r&#244;le de celui qui allait partout &#233;teindre les foyers de gr&#232;ves. Et cela dans tout le pays que je parcourais en tous sens en voiture. &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
En septembre 1980, la temp&#233;rature sociale monte &#224; nouveau dans la classe ouvri&#232;re. La confrontation ne peut plus &#234;tre retard&#233;e. Lech Walesa affirme qu'il se pr&#233;pare &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais il la retarde sans cesse. Et finalement, le 31 janvier 1981, le syndicat Solidarnosc signe un compromis pour d&#233;commander la lutte. Il pr&#233;texte qu'il a obtenu la semaine de cinq jours alors que le pouvoir voulait imposer les &#171; samedis libres &#187;. Libre veut dire pr&#233;tendus volontaires mais surtout gratis : pay&#233;s z&#233;ro ! &lt;br /&gt;
Ce recul du syndicat emp&#234;che la classe ouvri&#232;re de construire son rapport de forces, mais n'emp&#234;che pas les affrontements. Des militants sont arr&#234;t&#233;s, matraqu&#233;s. Si bien que Solidarnosc est contraint d'appeler le 27 mars &#224; une gr&#232;ve d'avertissement de quatre heures contre les brutalit&#233;s polici&#232;res. Malgr&#233; les efforts de Walesa, il ne parvient pas &#224; emp&#234;cher le syndicat Solidarnosc d'appeler toute la classe ouvri&#232;re de Pologne pour le 30 mars. Par contre, le 29, il r&#233;ussit &#224; signer un nouvel accord avec le gouvernement et d&#233;commande la gr&#232;ve &#8230; du lendemain ! &lt;br /&gt;
A nouveau, le 17 avril, le pays tout entier est &#224; la limite de la confrontation du fait d'un affrontement entre les paysans qui veulent leur syndicat et le pouvoir qui ne veut pas d'un syndicat libre paysan. On assiste de nouveau aux op&#233;rations de Walesa et &#224; sa strat&#233;gie d&#233;mobilisation/conciliation. &lt;br /&gt;
Le 25 juillet, les p&#233;nuries alimentaires provoquent cependant des marches de la faim dans plusieurs villes, et la capitale Varsovie est bloqu&#233;e pendant trois jours. &lt;br /&gt;
D&#232;s fin juillet, il devient clair que la politique de Walesa est morte, que le pouvoir se pr&#233;pare &#224; la confrontation violente afin de d&#233;truire les formes d'organisation n&#233;es de la gr&#232;ve. Des g&#233;n&#233;raux d'active entrent au gouvernement. La pr&#233;paration du pouvoir &#224; l'offensive, qu'on appellera &#171; coup d'Etat &#187; bien que ceux qui le r&#233;aliseront avaient d&#233;j&#224; le pouvoir, les travailleurs vont en avoir maintes preuves du 31 juillet 1981 au 13 d&#233;cembre, date du &#171; coup d'Etat &#187;. Pourtant, rien ne va &#234;tre pr&#233;vu pour que les organisations ouvri&#232;res s'y pr&#233;parent et y pr&#233;parent les travailleurs. Et surtout rien pour en avertir la classe ouvri&#232;re car cela aurait risqu&#233; de provoquer l'explosion ouvri&#232;re, la r&#233;volution que Walesa craignait plus que tout, plus que l'&#233;chec, plus que la r&#233;pression, plus que l'&#233;crasement du syndicat ou sa propre arrestation. Les jeunes soldats eux-m&#234;mes viennent pr&#233;venir la direction du syndicat Solidarnosc, mais ils ne veulent surtout pas tenir compte de cet avertissement. S'adresser aux soldats, risquer de diviser l'arm&#233;e, demander aux soldats de ne pas tirer sur le peuple, c'est risquer que la classe ouvri&#232;re casse l'Etat polonais. Pour le nationaliste, r&#233;formiste, pacifiste Lech Walesa, il n'y aurait pas de pire danger ! &lt;br /&gt;
Il expose lui-m&#234;me tr&#232;s clairement que le pire a &#233;t&#233; le r&#233;sultat de sa politique et pas seulement la duret&#233; de la r&#233;pression : &lt;i&gt;&#171; le choc &#233;prouv&#233; a &#233;t&#233; terrible, sans commune mesure avec la force de la r&#233;pression. Et cela parce que personne ne nous avait fait part de cette &#233;ventualit&#233;. Les responsables du mouvement ne l'ont pas fait. Peut-on dire que leur devoir avait &#233;t&#233; accompli ? Personne n'&#233;tait pr&#233;par&#233;. Personne n'avait envisag&#233; cette hypoth&#232;se. (&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; totalement livr&#233;s &#224; nous-m&#234;mes. Plus que la r&#233;pression, ce sentiment &#233;tait la v&#233;ritable cause de la d&#233;faite de Solidarnosc. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Pourtant, tous les &#233;l&#233;ments montraient clairement ce qui se pr&#233;parait. En septembre, une liste des dirigeants ouvriers &#224; arr&#234;ter &#233;tait &#233;tablie. En octobre, le g&#233;n&#233;ral Jaruzelski, d&#233;j&#224; chef de l'arm&#233;e, prenait la t&#234;te de l'Etat. En novembre, il se faisait donner les pleins pouvoirs. &lt;br /&gt;
Le 13 d&#233;cembre, en une nuit, c'est le raz de mar&#233;e. Des milliers de militants et la plupart des ouvriers combatifs sont arr&#234;t&#233;s. Et pourtant, malgr&#233; l'absence de la moindre pr&#233;paration, la classe ouvri&#232;re r&#233;agit. Il va falloir cinq jours &#224; l'arm&#233;e pour r&#233;duire la r&#233;sistance spontan&#233;e des travailleurs qui s'est d&#233;velopp&#233;e malgr&#233; un appel de Lech Walesa &#224; ne pas r&#233;agir, pas m&#234;me par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pacifique. Les mineurs, &#224; bout, exasp&#233;r&#233;s, se sont enferm&#233;s et menacent de tout faire sauter si on donne l'assaut&#8230; &lt;br /&gt;
La violence de la r&#233;pression est &#224; la mesure de la crainte d'explosion r&#233;volutionnaire qu'a connu le pouvoir pendant tous ces mois. Il s'agit d'&#233;radiquer tous les sentiments de la force de la classe ouvri&#232;re qui sont mont&#233;s depuis 1980. On arr&#234;te des familles enti&#232;res. On frappe. On torture. On tue. Les prisonniers sont emmen&#233;s par fourgons entiers dans les camps de d&#233;tention &#233;parpill&#233;s dans tout le pays. &lt;br /&gt;
Le nouveau r&#233;gime s'intitule lui-m&#234;me &#171; l'&#233;tat de guerre &#187; ! L'Eglise, elle, appelle au calme et signe tout ce que veut le pouvoir. Glemp, le nouveau Primat de Pologne, est le seul appui d'un pouvoir compl&#232;tement isol&#233;. La population est d&#233;moralis&#233;e, mais pas r&#233;sign&#233;e. Pendant des mois, les v&#233;hicules militaires sont hu&#233;s &#224; chaque fois qu'ils passent dans les quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1981, le r&#233;formisme a nouvelle fois produit ses effets : d&#233;sarmer politiquement, moralement, mat&#233;riellement la classe opprim&#233;e, donner &#224; la classe dirigeante le temps de se pr&#233;parer et de r&#233;agir. C'est encore une fois dans le sang des ouvriers que se sont pay&#233;es les illusions sur une possibilit&#233; de collaboration entre une classe ouvri&#232;re mobilis&#233;e et un pouvoir dictatorial. La dictature mise en place en d&#233;cembre 1981, les travailleurs polonais vont la subir jusqu'en 1988. &lt;br /&gt;
Cette fois, ce ne sera pas la mobilisation de la classe ouvri&#232;re qui d&#233;mant&#232;lera le r&#233;gime, mais l'accord entre le pouvoir, la direction de la bureaucratie russe et les chefs de l'imp&#233;rialisme. L'avertissement de 1980 en Pologne, comme celui des luttes ouvri&#232;res d'Afrique du sud, de Cor&#233;e du sud, de Turquie auront permis aux classes dirigeantes de mesurer que le mode de domination du monde devait changer et d'organiser, pour &#233;viter la r&#233;volution ouvri&#232;re, la fin de l'ancienne politique des blocs, la &#171; chute du mur de Berlin &#187;. La fin du stalinisme ne s'est pas r&#233;alis&#233;e par la r&#233;volution prol&#233;tarienne comme la Hongrie de 1956 pouvait le faire esp&#233;rer, mais au b&#233;n&#233;fice politique et social de la bourgeoisie. &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOCUMENTS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les gr&#232;ves de 1970&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de &lt;strong&gt;Jean-Yves Potel &lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; E : A Gdansk, le travail d&#233;marre dans une ambiance tendue. Vers neuf heures, &#224; l'heure de la pause, les ouvriers commencent &#224; se rassembler devant les bureaux de la direction du chantier. Ils exigent l'annulation de la hausse des prix. A part les postes de t&#233;l&#233; ou les frigo, tout a augment&#233; de 30%, &#224; quinze jours de No&#235;l : le saucisson, la farine, la semoule, la confiture, les produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. La direction s'avoue incomp&#233;tente. (&#8230;) Nous nous dirigeons donc vers le si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vode du POUP. L&#224;, tr&#232;s spontan&#233;ment, une d&#233;l&#233;gation est d&#233;sign&#233;e (&#8230;) On les a balad&#233;s de bureau en bureau pour les &#233;coeurer. Cette premi&#232;re d&#233;l&#233;gation est, en fait, arr&#234;t&#233;e. (&#8230;) Exasp&#233;r&#233;e pat l'attitude des autorit&#233;s, la foule s'empare d'une voiture-radio de la milice qui appelait les gens &#224; se disperser et utilise le haut-parleur pour diffuser slogans et revendications. Un cort&#232;ge se forme derri&#232;re la voiture et traverse ainsi une partie de la ville, du chantier naval au chantier de r&#233;parations, puis vers le chantier Nord. Avant de rentrer, il s'arr&#234;te devant l'institut polytechnique de Gdansk. (&#8230;) Certains ouvriers ont pris des b&#226;tons, d'autres des outils bien lourds, pour faire face &#224; la milice en cas d'affrontement. Ouvriers et employ&#233;s des bureaux marchent c&#244;te &#224; c&#244;te. (&#8230;) Soudain, on les aper&#231;oit. Ils sont l&#224;, pr&#232;s de l'h&#244;tel Monopole ; plusieurs rang&#233;es de miliciens v&#234;tus de cuir noir et leurs v&#233;hicules blind&#233;s dont d&#233;passent ici ou l&#224; le nez d'une mitrailleuse ou d'autres engins. &#171; C'est la Brigade noire &#187; crie quelqu'un. (&#8230;) Devant la maison de la presse, la Brigade noire disperse les manifestants &#224; coups de grenades. Les gens refluent, mais s'emparent au passage de pierres qui jonchent le sol du chantier de construction d'une banque. (&#8230;) Notre haut-parleur annonce : &#171; Nous revenons vers le comit&#233;. &#187; Devant le b&#226;timent, aucun milicien. Les cris montent vers la fa&#231;ade vide : &#171; Du pain ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : Subitement, le ciel s'&#233;claire autour du comit&#233;. On aper&#231;oit de la fum&#233;e, puis des flammes qui montent derri&#232;re l'immeuble. Cette fois, les miliciens sont au rendez-vous. (&#8230;) Ils courent en file indienne et cognent &#224; la matraque. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 15 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
(&#8230;)&lt;br /&gt;
E : Dans les rues, l'atmosph&#232;re s'est durcie par rapport &#224; la veille. Les ouvriers des chantiers ne sont plus seuls. Les travailleurs d'autres entreprises moins importantes se sont mis en gr&#232;ve et nous les retrouvons devant le b&#226;timent du comit&#233;. La foule qui s'y rassemble est consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : J'ai l'impression, au d&#233;but, qu'il s'agit d'une v&#233;ritable insurrection nationale. (&#8230;) On entend des coups de feu. &#199;a vient de la rue Swierczewski ; je cours dans cette direction. Sur le pont qui nous s&#233;pare du si&#232;ge de la milice et des b&#226;timents de la prison, miliciens et ouvriers se battent au corps &#224; corps. (&#8230;) Un instant plus tard, l'immeuble de la milice et la prison sont pris d'assaut par des groupes d'ouvriers. (...) Entre-temps, les autorit&#233;s ont barr&#233; les routes d'acc&#232;s &#224; la ville. Aucun train ne peut rentrer &#224; Gdansk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S : La ligne de front se stabilise &#224; la hauteur du pont qui enjambe les voies de chemin de fer, rue Swierczewski. Vingt mille personnes, environ, sont mass&#233;s dans les art&#232;res du centre ville, dont les ouvriers du chantier qui restent group&#233;s ensemble et tentent de s'organiser. (&#8230;) Sur le pont, l'affrontement dure d&#233;j&#224; depuis pus d'une heure. Exc&#233;d&#233;e de ne pouvoir se frayer le passage jusqu'aux b&#226;timents gouvernementaux de la rue Swierczewski, la foule s'en prend au si&#232;ge des syndicats, rue Kaliniovski. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : Devant la gare, les voitures de la milice flambent. Pr&#232;s du comit&#233;, c'est une voiture officielle. Deux tramways sont renvers&#233;s. Rue Hewelisz, les barricades commencent &#224; prendre une taille respectable. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;W : Ce m&#234;me jour, mardi 16 d&#233;cembre, on commence au chantier de r&#233;paration &#224; organiser un peu mieux la gr&#232;ve. Des comit&#233;s sont form&#233;s dans chaque atelier. Des personnes sont d&#233;sign&#233;es pour prot&#233;ger les installations contre des tentatives de sabotage et des provocations &#233;ventuelles : six environ par comit&#233; de gr&#232;ve d'atelier. Sur la base de ces comit&#233;s, un comit&#233; de gr&#232;ve d'entreprise est constitu&#233; dont je fais partie. J'en fais partie. J'ai, comme les autres coll&#232;gues &#233;lus, la confiance des travailleurs de ma boite. Nous prenons des dispositions pour assurer un service de sant&#233; en maintenant ouvert le dispensaire du chantier. (&#8230;) On d&#233;cide de suspendre de ses fonctions le directeur g&#233;n&#233;ral du chantier de r&#233;parations, Mr Zbigniew Gryglewski. (&#8230;) Nous sommes en gr&#232;ve, donc tous les ordres doivent &#233;maner du comit&#233; de gr&#232;ve ; ainsi, c'est &#224; nous de prendre la responsabilit&#233; des personnes et des biens sur tout le chantier. (&#8230;) Le Vice-premier ministre (&#8230;) a cri&#233; &#224; la radio et &#224; la t&#233;l&#233;vision : &#171; les ouvriers des Chantiers sont des hooligans, l'avant-garde des voyous et des bandits. &#187; &lt;br /&gt;
(&#8230;) Nous avons &#233;t&#233; re&#231;us par le camarade Hajer, ou par Starzewski, je ne sais plus lequel des deux. (&#8230;) Quand les chars quadrillent les rues qui grouillent de miliciens et de soldats, une chose et une seule : annoncer nos revendications. J'ai d&#233;clar&#233; que si elles n'&#233;taient pas satisfaites d'ici 48 heures, nous proclamerions la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et qu'ainsi le monde entier apprendrait leurs crimes. Il a r&#233;pondu que ce n'est pas nous qui disposions de la force. &#171; Notre force, ai-je dit, ne r&#233;side pas dans l'arm&#233;e mais dans la classe ouvri&#232;re. Nous sommes 14 millions, vous ne pourrez tous nous abattre. &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 16 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
E : Plusieurs heures avant l'aube, les chars passent (&#8230;) Nous trouvons le chantier encercl&#233; par les chars. Devant le b&#226;timent de la direction, o&#249; tout le monde s'&#233;tait d'abord rendu, un cort&#232;ge se forme pour sortir en ville. Au moment o&#249; les rangs de t&#234;te atteignent la porte du chantier, on entend des rafales de mitraillettes. On pense au d&#233;but qu'il s'agit d'intimidations, en l'air ou &#224; blanc, mais cette illusion est de courte dur&#233;e. Des personnes tombent, tu&#233;es sur le coup ou gri&#232;vement bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J : La gr&#232;ve avec occupation est proclam&#233;e au chantier L&#233;nine. On &#233;lit le comit&#233; de gr&#232;ve. (&#8230;) Soudain, les lignes t&#233;l&#233;phoniques sont coup&#233;es. Par haut-parleur, les voitures-radio de la milice diffusent un communiqu&#233; nous appelant &#224; quitter les lieux, affirmant aussi que nous ne courrons aucun danger si nous obtemp&#233;rons. Personne ne bouge. (&#8230;) Dans la soir&#233;e, nous apprenons que Stanislas Kociolek, ex secr&#233;taire du comit&#233; de vo&#239;vodie du POUP &#224; Gdansk et Vice-Premier ministre, est apparu devant les cam&#233;ras de t&#233;l&#233;vision. Il nous a trait&#233;s de &#171; provocateurs &#187; et de &#171; fauteurs de troubles &#187; et a appel&#233; &#224; la reprise du travail pour le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 17 d&#233;cembre&lt;br /&gt;
S : Nous entamons notre deuxi&#232;me nuit de veille au chantier. La nourriture manque ; nous partageons ce que nous avons. (&#8230;) La nouvelle nous parvient que l'arm&#233;e va p&#233;n&#233;trer dans le chantier pour nous r&#233;gler notre compte. (&#8230;) les autorit&#233;s ont lanc&#233; un ultimatum d&#233;finitif. (&#8230;) Il se peut m&#234;me que le chantier soit bombard&#233; par l'aviation. (&#8230;) La d&#233;cision est prise d'arr&#234;ter la gr&#232;ve avec occupation et de quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E : En janvier 1971, nos comit&#233;s de gr&#232;ve ont repris vie. Des d&#233;l&#233;gations sont all&#233;es voir Gierek. J'y &#233;tais. Nous avons demand&#233; que la liste des victimes soit rendue publique. Quand on nous a dit qu'il n'y avait eu que 45 morts, nous ne savions plus s'il fallait rire ou pleurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de &lt;strong&gt;Lech Walesa &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt; &#171; Lorsque j'eus franchi pour la premi&#232;re fois l'entr&#233;e des Chantiers (les chantiers navals de Gdansk), moi, la &#171; main d'or &#187; du Parc national des Machines agricoles, je me sentis terriblement perdu. Apr&#232;s avoir pass&#233; plusieurs ann&#233;es au milieu des vieilles carcasses de voitures que, par esprit de curiosit&#233;, je d&#233;montais jusqu'au dernier rivet, j'avais fini par devenir un bon technicien. Aux Chantiers, &#224; peine grimpai-je pour la premi&#232;re fois sur un navire en construction que je me fourvoyai parmi les &#233;tages des &#233;chafaudages des cales sans pouvoir retrouver par o&#249; j'&#233;tais venu, et je dus convenir que je n'&#233;tais l&#224; rien de plus qu'un ouvrier parmi des milliers d'autres. C'&#233;tait fort d&#233;sagr&#233;able, mais je ne pouvais plus faire marche arri&#232;re : j'ai horreur de reculer. (..)&lt;br /&gt;
J'ai fait mes d&#233;buts &#224; la brigade de Mosinski, une &#233;quipe d'&#233;lectriciens charg&#233;e de poser les c&#226;bles &#224; bord des navires-usines de p&#234;che. Poser des dizaines de m&#232;tres de c&#226;bles de la grosseur d'un avant-bras depuis le g&#233;n&#233;rateur jusqu'au tableau g&#233;n&#233;ral de commandes, sur une hauteur pouvant aller jusqu'&#224; 60 m&#232;tres, n'est pas chose facile. La longueur du c&#226;ble, ses coudes, ses ondulations et d&#233;rivations devaient tomber pile. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La plupart des ouvriers des Chantiers souffraient de maux d'estomac. Au d&#233;but, je n'arrivais pas &#224; comprendre pourquoi. Mais il pouvait difficilement en &#234;tre autrement. Se levant t&#244;t le matin sans absorber le moindre petit d&#233;jeuner, on travaillait jusqu'&#224; 9 heures, grillant une cigarette de temps en temps, alors que l'effort fourni &#233;tait consid&#233;rable. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les deux premi&#232;res ann&#233;es de travail aux Chantiers constituaient une p&#233;riode d'essai. Tous ceux qui tenaient ces deux ans avaient des chances de pouvoir continuer. Les d&#233;pressions et les d&#233;parts survenaient surtout durant la premi&#232;re ann&#233;e, au bout de quelques mois. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La production sur les Chantiers est r&#233;gie par le syst&#232;me du travail aux pi&#232;ces. C'est un merveilleux moyen, pour la direction, de se d&#233;charger de ses responsabilit&#233;s. Dans un tel syst&#232;me, tout un chacun est int&#233;ress&#233; &#224; gagner le maximum. Personne, cependant, n'est l&#224; pour livrer l&#224; o&#249; il faut les mat&#233;riaux n&#233;cessaires. Les Chantiers sont en mouvement perp&#233;tuel. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Peu &#224; peu, je parvins &#224; cerner la diff&#233;rence essentielle entre l'activit&#233; dans une entreprise aussi dispers&#233;e que le Parc national des Machines agricoles et le travail aux Chantiers. (&#8230;) Les Chantiers &#233;taient r&#233;gis par des lois radicalement diff&#233;rentes : chacun y apparaissait comme une petite vis, fraction infime d'une &#233;norme m&#233;canique, tout en repr&#233;sentant une certaine force dont il fallait tenir compte. De cela, tout le monde &#233;tait conscient. Quand les choses ne tournaient pas rond &#8211; et, &#224; ma connaissance, c'&#233;tait en permanence -, on travaillait dans une atmosph&#232;re morose, en &#233;tat de tension perp&#233;tuelle. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans les ann&#233;es 60, le r&#233;gime serra la vis. Cette fois, compte tenu des &#233;v&#233;nements de Poznan de 1956, le pouvoir se garda de mettre son plan en &#339;uvre de fa&#231;on directe, en r&#233;duisant les salaires horaires : il pr&#233;f&#233;ra faire donner ses &#171; cerveaux &#187; : &#233;conomistes, ing&#233;nieurs, financiers. Pour faire des &#233;conomies, ils mirent sur pied le syst&#232;me suivant : d&#233;sormais, l'ouvrier n'&#233;tait pas simplement charg&#233; de fabriquer une table, par exemple, mais le temps qui lui &#233;tait imparti pour la fabriquer lui &#233;tait impos&#233;. Il n'&#233;tait plus pay&#233; pour fabriquer une table, mais pour consacrer un certain nombre d'heures &#224; cette t&#226;che. (&#8230;) Conform&#233;ment aux dispositions prises en haut lieu, cette politique d'&#233;conomies se traduisit aux Chantiers par une diminution globale d'environ un million d'heures de travail par an. L'ing&#233;nieur, qui ne devait pas d&#233;passer les co&#251;ts de production du navire &#8211; chiffr&#233;s en heures -, &#233;tait ainsi amen&#233; &#224; r&#233;duire le temps pr&#233;vu pour chaque t&#226;che. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Je commen&#231;ais &#224; bien m'en rendre compte et &#224; le comprendre quand la mort de 22 ouvriers vint alourdir le climat des Chantiers. Ils furent br&#251;l&#233;s vifs en faisant des heures suppl&#233;mentaires dans une cale, dans la fi&#232;vre de l'ach&#232;vement d'un navire qui devait &#224; tout prix &#234;tre pr&#234;t plus t&#244;t que pr&#233;vu. (&#8230;) L&#224; encore se reproduisait le m&#234;me sc&#233;nario qu'&#224; l'&#233;cole, &#224; l'arm&#233;e, au Parc de Machines agricoles : de jour en jour, j'avais autour de moi un peu plus de gens pour m'&#233;couter et me souffler ce que j'ignorais encore. Au sein de mon &#233;quipe, je me liai d'amiti&#233; avec Henryk Lenarciak, (&#8230;) amiti&#233; qui ne s'&#233;tait pas d&#233;mentie en ao&#251;t 1980, quand Lenarciak prit la t&#234;te du Comit&#233; pour l'&#233;dification du monument aux ouvriers des Chantiers tomb&#233;s en 1970. Avant 1970, les Chantiers vivaient encore sous le coup de la r&#233;volte estudiantine de mars 1968, pr&#233;sent&#233;e de mani&#232;re d&#233;form&#233;e par la propagande officielle. (&#8230;) Au lendemain des affrontements entre &#233;tudiants et forces de l'ordre, quelqu'un remarqua dans les vestiaires un stagiaire couvert d'ecchymoses caus&#233;es par des coups de matraques. Nous l'avons promen&#233;, le dos nu, &#224; travers les Chantiers en scandant : &#171; Laisserons-nous tabasser nos enfants, enfants d'ouvriers et de paysans ? &#187; Le m&#234;me jour, les forces de l'ordre furent mises &#224; mal &#224; Wrzeszcz, dans la banlieue de Gdansk. (&#8230;) L'&#233;meute n'&#233;tait plus le fait d'intellectuels, mais d'ouvriers qui avaient pris le parti des &#233;tudiants. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cembre 1970&lt;br /&gt;
Nous avons d&#233;bray&#233; &#224; l'annonce par le gouvernement de l'augmentation des prix des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, y compris les denr&#233;es alimentaires. Juste avant les f&#234;tes, on avait d&#233;cr&#233;t&#233; cette hausse des prix &#224; la consommation alors que l'ouvrier n'arrivait d&#233;j&#224; pas &#224; joindre les deux bouts et n'avait plus les moyens de se procurer certains produits de base. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve sur les Chantiers navals a d&#233;marr&#233; le lundi, aux ateliers de m&#233;canique et aux &#171; coques &#187;. Les ouvriers qui y travaillaient avaient fait des stages chez Zulzer, en Suisse, et chez Baumeistr, au Danemark. C'&#233;tait le sel des Chantiers, l'&#233;lite, et ils &#233;taient tr&#232;s unis. Nantis d'un bon bagage de connaissances et d'exp&#233;rience, ils formaient une &#233;quipe parfaitement organis&#233;e. Devant les cuisines se retrouvaient les conducteurs d'une trentaine d'engins qui servaient aussi, pendant la pause casse-cro&#251;te, &#224; distribuer le caf&#233; dans les ateliers. Ces conducteurs qui gagnaient un salaire de mis&#232;re, &#233;taient &#224; la pointe du mouvement. En m&#234;me temps que le caf&#233;, ils servirent &#224; tous le mot d'ordre de la gr&#232;ve&#8230; &lt;br /&gt;
Nous avons rejoint ceux des &#171; coques &#187; pour nous rendre devant le b&#226;timent de la direction. Nous &#233;tions environ quatre mille, peut-&#234;tre d'avantage. (&#8230;) Tr&#232;s vite, la foule rassembl&#233;e s'est mise &#224; scander ses revendications &#224; l'adresse du directeur qui, en compagnie du secr&#233;taire du Parti pour les Chantiers, r&#233;pondait depuis sa fen&#234;tre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Finalement, nous r&#233;sol&#251;mes &#224; quelques-uns d'aller trouver le directeur. Une fois chez lui, nous nous sommes plac&#233;s contre la fen&#234;tre afin qu'on nous voie et nous entende d'en bas. (&#8230;) J'ai demand&#233; au directeur s'il &#233;tait &#224; m&#234;me d'obtenir la lib&#233;ration des ouvriers arr&#234;t&#233;s la veille, et s'il &#233;tait en mesure de faire rapporter l'augmentation des prix des denr&#233;es alimentaires. (&#8230;) Sa r&#233;ponse fut n&#233;gative. Dans son bureau, il y avait un porte-voix. Je m'en suis empar&#233; pour faire part &#224; la foule de ce que je venais d'entendre. Et j'ai demand&#233; : &#171; Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? &#187; Ceux d'en bas se sont &#233;cri&#233;s : &#171; On y va ! &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Un groupe s'est dirig&#233; vers le commissariat de police de la rue Svierczewskiego (&#8230;) je me retrouve devant le commissariat de police. (&#8230;) Je demande &#224; le voir (le commissaire). (&#8230;) Je d&#233;clare que je suis venu chercher les n&#244;tre : s'ils sont lib&#233;r&#233;s sur le champ, tout va se passer dans le calme, car nous ne cherchons pas la bagarre. (&#8230;) Un moment je parviens &#224; calmer la foule. Je dis que la milice est d'accord pour rel&#226;cher les n&#244;tres sans affrontement. (&#8230;) La milice se met &#224; charger des deux c&#244;t&#233;s, encerclant carr&#233;ment la foule. J'entend crier &#224; mon adresse : &#171; Tra&#238;tre ! Salaud ! &#171; Les gars sont persuad&#233;s que je les ai men&#233;s en bateau. (&#8230;) J'entends les gens crier que je les ai tromp&#233;s, que je ne suis qu'un mouchard, un espion. (&#8230;) Je retourne au commissariat de police dont je me suis esquiv&#233; une heure plus t&#244;t. La milice a r&#233;ussi &#224; disperser la foule, &#224; moins que les gens ne soient partis d'eux-m&#234;mes. Le b&#226;timent est en feu&#8230; Je r&#233;alise que la situation devient dangereuse. (&#8230;) le premier venu n'aura aucun mal &#224; les inciter (les ouvriers) &#224; la violence. Il faut faire quelque chose. Je vais voir ce que fabrique la milice. Je retourne rue Svierczewskiego, au commissariat, et y rencontre un commandant. Je lui demande ce que comptent faire les autorit&#233;s : &#171; Les magasins sont pill&#233;s, les gens se saoulent. S'ils continuent &#224; picoler, &#231;a va faire du vilain. &#187; Il me r&#233;pond qu'il n'en sait trop rien, mais qu'&#224; l'int&#233;rieur se trouve quelqu'un qui peut me r&#233;pondre. C'est un civil. Je lui repose ma question sur ce que comptent faire les autorit&#233;s. (&#8230;) &#171; Nous nous en occupons &#187;, me r&#233;pond-il. Il me montre du doigt les munitions qu'il est en train de distribuer. Des &#233;tuis en carton contenant une vingtaine de balles.&lt;br /&gt;
Qu'est-ce que vous &#234;tes en train de mijoter ? Mais c'est un &#8230; Des Polonais tirer sur des Polonais ?&lt;br /&gt;
Comment s'en sortir autrement ? Vous voyez une autre solution ?&lt;br /&gt;
Je pense en avoir une&lt;br /&gt;
Laquelle ? &lt;br /&gt;
J'essaie d'en improviser une &#224; toute allure et lui r&#233;pond :&lt;br /&gt;
On ne pourra s'en sortir qu'en s'organisant. Il faut faire le tour de la ville &#224; pied ou &#224; bord d'une voiture d&#233;couverte. Il faut que ce soient des ouvriers des Chantiers, des copains, des anciens. Qu'ils disent aux ouvriers de se r&#233;unir sur leur lieu de travail et d'y choisir des d&#233;l&#233;gu&#233;s avec lesquels pourront s'ouvrir des n&#233;gociations.&lt;br /&gt;
J'arr&#234;te tout, dit le civil apr&#232;s m'avoir &#233;cout&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
D&#232;s mon arriv&#233;e dans l'atelier, mes copains me choisissent comme d&#233;l&#233;gu&#233;. Avec ceux des autres ateliers, nous nous retrouvons dans le bureau de la direction pour constituer un comit&#233; de gr&#232;ve. Nous sommes plut&#244;t nombreux. Ma candidature est avanc&#233;e pour faire partie de ce comit&#233; qui ne doit compter que trois membres. (&#8230;) Me voici &#233;lu pr&#233;sident. (&#8230;) Je refusais de prendre seul la direction de cette gr&#232;ve. Elle fut dirig&#233;e par une &#233;quipe qui changea sans cesse, qui n'avait pas de conception coh&#233;rente et se montrait trop molle dans les pourparlers. Ce fut un &#233;chec. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le mercredi matin, (&#8230;) les Chantiers &#233;taient boucl&#233;s par l'arm&#233;e. (&#8230;) les gens r&#233;agissaient diversement, mais la plupart sifflaient les soldats. Une femme s'est approch&#233;e d'eux en criant : &#171; Alors les enfants, commen&#231;a vous allez nous tirer dessus ? &#187; Quelque chose en nous venait de se briser. (&#8230;) Dans notre atelier, nous faisions tout ce qui &#233;tait en notre pouvoir pour emp&#234;cher les ouvriers de descendre. Ailleurs, il n'en allait pas toujours ainsi. Certains se regroupaient d&#233;j&#224; pour d&#233;bouler dans le rue, ce qui &#233;tait d'ailleurs impossible, les grilles d'entr&#233;e, bien qu'ouvertes, &#233;tant bloqu&#233;es par l'arm&#233;e. Le chef de notre atelier, Lesinievski, Lenarciak, Suzko et moi-m&#234;me nous nous rend&#238;mes chez Zaczek, le directeur. Nous voulions n&#233;gocier avec les responsables r&#233;gionaux de la S&#233;curit&#233; afin d'&#233;viter que la troupe n'ouvre le feu. (&#8230;) c'est en revenant dans l'atelier que j'entendis les premiers coups de feu. (&#8230;) Un meeting houleux s'&#233;tait tenu sur l'esplanade devant le b&#226;timent directorial. On racontait que les ouvriers, curieux d'apprendre ce qui se passait, serr&#232;rent de pr&#232;s les premiers rangs (&#8230;) Un ouvrier se d&#233;tacha alors de la foule et s'adressa aux soldats. (&#8230;) Des sommations furent lanc&#233;es mais la foule continua d'avancer. Un officier donna alors l'ordre de charger. (&#8230;) Oui, c'&#233;tait bien l'arme et la police polonaise, ce sont nos soldats qui ont tir&#233;. Nous ignorons combien ont &#233;t&#233; tu&#233;s. (&#8230;) Nous avons tent&#233; de nous organiser. Un comit&#233; a &#233;t&#233; &#233;lu, puis un autre, compos&#233; de sept &#224; dix membres, lui a succ&#233;d&#233;. (&#8230;) Les chars piaffaient d'impatience devant les grilles d'entr&#233;e (&#8230;) Les blind&#233;s, les cordons de la milice, ceux de l'arm&#233;e avaient &#233;galement pris position autour des autres Chantiers. Les canons des chars &#233;taient point&#233;s sur nos ateliers. (&#8230;) Les gars de l'atelier de soudure se mirent alors &#224; r&#233;fl&#233;chir au moyen de faire sauter un char &#224; l'aide d'une bombe &#224; ac&#233;tyl&#232;ne. .. Nous avons d&#251; abandonner la place. (&#8230;) Lorsque nous quitt&#226;mes les Chantiers, l'arm&#233;e et la milice nous c&#233;d&#232;rent le passage. Nous f&#251;mes ainsi vingt mille &#224; sortir, et non pas six mille, chiffre que l'on nous avait communiqu&#233; peu auparavant. L'immense cohorte n'en finissait pas de se d&#233;rouler&#8230; &lt;br /&gt;
C'est &#224; Gdynia que les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre se sont le plus fortement grav&#233;s dans les m&#233;moires. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela. C'est l&#224; qu'il y eut le plus de victimes, que le parjure du pouvoir bouleversa le plus les gens. (&#8230;) Le mardi 15 d&#233;cembre, la foule des salari&#233;s des entreprises de Gdynia, apr&#232;s avoir attendu en vain devant le Comit&#233; de ville du Parti, s'&#233;tait regroup&#233;e devant le si&#232;ge du PMRN (Conseil national pour la ville de Gdynia). Jan Marianski, &#224; l'&#233;poque pr&#233;sident de ce conseil, (&#8230;) apr&#232;s avoir sign&#233; avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers un protocole d'accord, (&#8230;) fit arr&#234;ter le Comit&#233; inter-entreprises de gr&#232;ve de la ville de Gdynia. Vint ensuite cette dramatique journ&#233;e du jeudi : le feu des mitrailleuses ouvert sur les ouvriers qui se rendaient au travail. (&#8230;) Et, pour finir, les enterrements de nuit op&#233;r&#233;s par la milice. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A Szcecin, le 17 d&#233;cembre, les ouvriers du chantier &#171; Waeski &#187; descendirent dans la rue sans s'&#234;tre fix&#233; de but bien pr&#233;cis. Une heure plus tard se forma un autre rassemblement constitu&#233; par les ouvriers du chantier &#171; Gryfia &#187;, s&#233;par&#233; du premier par un canal. Mis au courant, le Premier secr&#233;taire du Parti pour la r&#233;gion, Walasek, prit ses cliques et ses claques et d&#233;guerpit du Comit&#233; r&#233;gional. Ses coll&#232;gues lui embo&#238;t&#232;rent le pas, si bien que les ouvriers trouv&#232;rent le b&#226;timent vide. Ils le mirent &#224; sac et l'incendi&#232;rent. Puis, ils prirent d'assaut le Commissariat r&#233;gional de la Milice et le si&#232;ge du Conseil r&#233;gional des syndicats ouvriers, mettant le feu &#224; ces deux b&#226;timents qui ne br&#251;l&#232;rent pas compl&#232;tement. (&#8230;) Durant cette m&#234;me nuit, les chars prirent position aux points n&#233;vralgiques de la ville, y compris devant le chantier &#171; Warski &#187;. Le 18 d&#233;cembre, la gr&#232;ve avec occupation fut proclam&#233;e sur les deux chantiers navals. Des comit&#233;s de gr&#232;ve furent &#233;lus. D'un commun accord, ils r&#233;dig&#232;rent 21 revendications dont voici quelques-unes :&lt;br /&gt;
1&#176;) dissolution du Conseil central des syndicats &lt;br /&gt;
2&#176;) cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants&lt;br /&gt;
3&#176;) baisse des prix &#224; leur valeur ant&#233;rieure&lt;br /&gt;
4&#176;) augmentation des salaires de 30%.&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale gagna alors toute la ville. Le chantier naval &#171; Warszava &#187; devint le centre de ralliement des gr&#233;vistes et de tous les gens solidaires du mouvement. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 20 d&#233;cembre furent sign&#233;es les &#171; r&#233;solutions &#187; qui &#233;taient cens&#233;es mettre fin &#224; la gr&#232;ve. Mais lesdites &#171; r&#233;solutions &#187; avaient &#233;t&#233; si bien vid&#233;es de leur substance qu'elles furent rejet&#233;es par la majorit&#233; des gr&#233;vistes et le mouvement repartit de plus belle. Au chantier &#171; Warski &#187; eut lieu une scission : environ mille ouvriers rentr&#232;rent chez eux. Dans la nuit du 20 au 21, le comit&#233; de gr&#232;ve coopta 5 nouveaux membres, dont Edmunt Baluka. Le 22, &#224; dix heures du matin, la gr&#232;ve dut &#234;tre interrompue &#224; cause de l'&#233;puisement des gr&#233;vistes. (&#8230;) Le 22 janvier, au chantier &#171; Warski &#187;, la gr&#232;ve &#233;clate &#224; nouveau, aussit&#244;t suivie par la ville enti&#232;re. (&#8230;) Des tracts lanc&#233;s par h&#233;licopt&#232;re informent qu'un petit groupe de terroriste retient le personnel de force. (&#8230;) Au quatri&#232;me jour de gr&#232;ve, les autorit&#233;s c&#232;dent : les prix d'avant le 12 d&#233;cembre 1970 sont r&#233;tablis. (&#8230;) L'ordre de licencier tous ceux qui &#233;taient descendus dans la rue arriva aux Chantiers navals de Gdansk et de Gdynia. Aux Chantiers &#171; Commune de Paris &#187; de Gdynia, on licencia jusqu'&#224; 800 personnes. A ceux de Gdansk, on n'en vira que 18 (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1976, voyant que les choses allaient de mal en pis, que de nouveaux soul&#232;vements &#233;taient in&#233;vitables, je d&#233;cidai de faire une d&#233;claration en mon nom propre, mettant &#224; profit la campagne des &#233;lections syndicales sur les Chantiers (&#8230;) Je ne fus pas licenci&#233; sur le champ, on m'a seulement donn&#233; cong&#233;. &lt;br /&gt;
Tout cela co&#239;ncida avec l'annonce, en juin 1971, de la hausse des prix des denr&#233;es alimentaires de base. Aux Chantiers, le temps vira &#224; l'orage. Pourtant, cette fois, ce ne fut pas Gdansk, mais Radom et Ursus qui infl&#233;chirent le cours des &#233;v&#233;nements en Pologne. L&#224;-bas, tout se passa selon le sc&#233;nario qu'avait connu Gdansk en 1970. (&#8230;) C'est dans cette atmosph&#232;re que, peu apr&#232;s les &#233;v&#232;nements de Radon et Ursus, fut fond&#233; le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers (KOR). Les intellectuels essay&#232;rent de faire ce que nous n'&#233;tions pas parvenus &#224; faire aux Chantiers : nous organiser pour nous d&#233;fendre nous-m&#234;mes et enrayer une catastrophe en marche. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Apr&#232;s mon d&#233;part des Chantiers, les soucis financiers commenc&#232;rent &#224; pleuvoir sur nous et je me fis embaucher sans tarder dans une entreprise de r&#233;parations m&#233;caniques, la &#171; Zremb &#187;, situ&#233;e non loin de chez nous. (&#8230;) Durant le premier semestre de 1978 commenc&#232;rent &#224; circuler les premiers num&#233;ros d'un journal bimensuel des Syndicats libres, Robotnik (&#171; L'Ouvrier &#187;). Il &#233;tait r&#233;dig&#233; par une petit groupe de gens qui affichaient bien haut leurs id&#233;es : le journal comportait un encadr&#233; avec les noms et adresses de toute la r&#233;daction. (&#8230;) Je n'&#233;tais pas l&#224; quand fut &#233;labor&#233;e la d&#233;claration annon&#231;ant la cr&#233;ation des syndicats libres &#224; Gdansk. (&#8230;) La m&#234;me id&#233;e avait fait son chemin en diff&#233;rents endroits de Pologne : Kazimierz Switon et ses amis avaient organis&#233; les premiers Syndicats libres dans la r&#233;gion industrielle de Sil&#233;sie. (&#8230;) J'attends qu'un groupe se constitue, auquel je puisse me joindre. Je tombe alors (&#8230;) sur un num&#233;ro de &#171; L'ouvrier du Littoral &#187;. (&#8230;) Un autre groupe form&#233; d'anciens lyc&#233;es et connu comme le Mouvement de la Jeune Pologne consacre son action &#224; la comm&#233;moration des &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre 70 &#224; Gdansk. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Alors que je travaillais &#224; la &#171; Zremb &#187;, je fus &#233;lu d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la KSR (Conf&#233;rence pour l'Autogestion des Travailleurs, organisation fond&#233;e par le gouvernement pour r&#233;pondre au besoin d'organisation des travailleurs). (&#8230;) A une conf&#233;rence (&#8230;) : &#171; J'ai l&#224; un recueil de pens&#233;es, une brochure de Jacek Kuron, o&#249; il &#233;crit que ce que vous dites l&#224; est une pure absurdit&#233;. &#187; (&#8230;) peu apr&#232;s, je suis licencie. (&#8230;) &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Sur les gr&#232;ves de 1976&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Extraits de &#171; La r&#233;volte ouvri&#232;re de juin 1976 &#187; par le Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers KOR, tir&#233; de &#171; La Pologne, une soci&#233;t&#233; en dissidence &#187; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le gouvernement annonce le 25 juin la hausse des prix de la plupart des produits alimentaires, bloqu&#233;s depuis la fin de 1970. La viande et les charcuteries vont augmenter de 60%, le sucre de 100%, le beurre et les fromages de 50%, le poisson de 69%, les l&#233;gumes de 30% et les volailles de 30%. Seuls restent bloqu&#233;s les prix du pain et du lait. Les ouvriers de Radom et Ursus et autres villes industrielles arr&#234;tent, le 25 juin, le travail et sortent dans la rue.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Ursus&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Dans les premi&#232;res heures du vendredi 25 juin, presque tout le personnel des Ateliers m&#233;caniques d'Ursus (fabrique de tracteurs) se met en gr&#232;ve. Vers neuf heures, les ouvriers quittent les ateliers et se rassemblent devant les b&#226;timents de la direction. Ils demandent que les repr&#233;sentants des instances les plus &#233;lev&#233;es viennent n&#233;gocier avec eux. Cette revendication ayant &#233;t&#233; rejet&#233;e par la direction, les ouvriers sortent sur les voies de chemin de fer voisines et bloquent les lignes Varsovie-Kultno (c'est-&#224;-dire la ligne internationale Moscou-Varsovie-Berlin-Paris) et Varsovie-Skiernievice. Des trains sont bloqu&#233;s ; parmi eux un train international. Des rails sont d&#233;mont&#233;s. Une locomotive est pouss&#233;e sur le ballast. Un wagon de marchandises contenant des &#339;ufs est saisi et son contenu r&#233;parti entre gr&#233;vistes et passants. Un autre wagon contenant du sucre est arr&#234;t&#233; et une partie de son chargement distribu&#233;e. Vers vingt heures, le Premier ministre, dans une allocution radiodiffus&#233;e, annonce l'annulation de la hausse des prix. Des ouvriers commencent &#224; rentrer chez eux. C'est &#224; ce moment que les d&#233;tachements de la milice les attaquent avec des grenades offensives et des gaz lacrymog&#232;nes ; ils se frayent un chemin &#224; coups de matraques, assomment &#224; coups de pieds ceux qui gisent &#224; terre. Un total de deux &#224; trois cent personnes sont arr&#234;t&#233;s cette nuit-l&#224;. (&#8230;) Ceux qui, &#224; la suite des mauvais traitements subis, &#233;taient hors d'&#233;tat de marcher, sont tra&#238;n&#233;s par les pieds et jet&#233;s dans une voiture de police. (&#8230;) Les personnes arr&#234;t&#233;es sont accus&#233;es d'avoir attaqu&#233; les miliciens, d'avoir d&#233;sob&#233;i aux ordres de dispersion et d'avoir gravement endommag&#233; des boutiques et des wagons de chemin de fer &#8211; accusations non fond&#233;es dans la plupart des cas. (&#8230;) Quelques jours plus tard, tous les ouvriers qui ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s sont cong&#233;di&#233;s sans pr&#233;avis (&#8230;) Ceux qui habitaient dans des logements ouvriers appartenant &#224; l'usine doivent d&#233;camper le jour m&#234;me de leur licenciement. (&#8230;) Les 16 et 17 juillet, le tribunal de la vo&#239;vodie de Varsovie juge sept ouvriers accus&#233;s d'avoir fait d&#233;railler une locomotive &#233;lectrique. Aucun d'entre eux n'avait de condamnation ant&#233;rieure &#224; son casier. (&#8230;) Les accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; des peines de trois, quatre, quatre et demi et cinq ans de emprisonnement. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Radom&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Vers dix heures du matin, nous sortons pour aller &#224; l'usine de conserves de viande. A l'ext&#233;rieur se forme un cort&#232;ge de camions charg&#233;s de viande pour montrer qu'il y en avait beaucoup. Personne n'en vole. Les camions sont ramen&#233;s &#224; l'int&#233;rieur aussi pleins qu'ils &#233;taient sortis. Vers onze heures, le cort&#232;ge descend dans la rue, chantant &#171; L'Internationale &#187; et l'hymne national. On crie : &#171; Non &#224; la hausse des prix ! &#187; La plupart des manifestants sont des jeunes. Le cort&#232;ge est tout &#224; fait ordonn&#233; et pacifique. (&#8230;) Puis on arrive au si&#232;ge du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti. Les ouvriers envahissent le b&#226;timent. (&#8230;) Il y a alors une esquisse de n&#233;gociation : les manifestants exigent des n&#233;gociations avec le Comit&#233; central et l'annulation de la hausse des prix. Une r&#233;ponse est attendue dans les deux heures. Vers midi, la direction du parti &#233;tablit un pont a&#233;rien. Les effectifs de l'&#233;cole de sous-officiers de la milice et des services de s&#233;curit&#233; de Pila arrivent &#224; l'a&#233;roport militaire de Radom avec un armement sp&#233;cial pour combats de rue. Les unit&#233;s sp&#233;ciales arrivent avec des appareils de l'arm&#233;e, des quadrimoteurs du type Ukraine et des bimoteurs. Des unit&#233;s de milice de Lublin, Rzesrow, Tarnobzeg et d'autres villes foncent sur Radom, phares allum&#233;s, &#224; cent &#224; l'heure. Beaucoup plus tard arrive aussi l'unit&#233; sp&#233;ciale de milice de Golendzinow. Les unit&#233;s de la milice arrivent par compagnie, en formation d'assaut, en tout mille hommes environ, casqu&#233;s, arm&#233;s de gourdins de 85 centim&#232;tres et de lance-grenades lacrymog&#232;nes. Des fus&#233;es &#233;clairantes sont &#233;galement tir&#233;es sur la foule. (&#8230;) Vers cinq heures, la milice arrive avec des lances d'incendie et des tubes lance-grenades &#224; gaz. Ils progressent en rangs serr&#233;s par la rue Slowacki en direction du comit&#233; de vo&#239;vodie. Les manifestants mettent le feu aux voitures qui servent de barricade, se dispersent sur les c&#244;t&#233;s et commencent &#224; attaquer la milice sur ses arri&#232;res. Une fois dispers&#233;e la manifestation devant l'immeuble du comit&#233; de vo&#239;vodie du parti, on commence &#224; se rassembler autour du si&#232;ge des bureaux de la vo&#239;vodie. Vers cinq heures de l'apr&#232;s-midi, deux morts, couverts de sang, sont transport&#233;s sur des voitures de trolleybus le long des rues. Les gens serrent les poings et tiennent bon. Vers vingt-trois heures, les forces de s&#233;curit&#233; et le parti restent ma&#238;tres du terrain &#224; Radom. Quelques milliers de personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es. (&#8230;) Toutes les personnes arr&#234;t&#233;es furent brutalement maltrait&#233;es au moment de leur arrestation ou de leur interrogatoire par la milice. Un ouvrier est mort des tortures subies lors de son interrogatoire. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Plock&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Vers dix-sept heures, un cort&#232;ge compos&#233; de quelques dizaines de manifestants est parti des Etablissements de raffinerie et de p&#233;trochimie de Mazovie. Au cours du trajet de quelques kilom&#232;tres pour arriver &#224; la ville, des gens se sont m&#234;l&#233;s aux manifestants. (&#8230;) la foule a fait le si&#232;ge du b&#226;timent de vo&#239;vodie du parti. (&#8230;) Une voiture fut envoy&#233;e, avec un m&#233;gaphone annon&#231;ant que la hausse avait &#233;t&#233; annul&#233;e. Personne ne crut &#224; cette nouvelle et, dans un mouvement de col&#232;re, les gens renvers&#232;rent la voiture et malmen&#232;rent le conducteur. Une partie de la foule se mit &#224; lancer des pierres dans les vitres. D'autres se ru&#232;rent dans le hall, d'o&#249;, au bout d'un instant, ils furent repouss&#233;s. Des divisions de la milice, probablement venues de Lodz, entr&#232;rent en action et dispers&#232;rent la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Gdansk&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;partement W4 des &#233;lectriciens fut le premier &#224; envoyer une d&#233;l&#233;gation d'ouvriers &#224; la direction. Le directeur des docks accepta de rencontrer les travailleurs. (&#8230;) Les ouvriers demand&#232;rent l'annulation de la hausse des prix ou sa r&#233;duction ; ils firent remarquer que le probl&#232;me du logement n'&#233;tait toujours pas r&#233;gl&#233;. En r&#233;ponse, le directeur les mena&#231;a de licenciement, mais on ne lui permit pas de terminer son intervention et on lui reprit le micro. (&#8230;) Le groupe de repr&#233;sentants des travailleurs des docks, qui s'&#233;tait form&#233; spontan&#233;ment, alla au micro et lan&#231;a le mot d'ordre de gr&#232;ve si le lendemain &#224; sept heures la direction n'avait pas accord&#233; satisfaction aux exigences des travailleurs. Cela dura donc jusqu'&#224; quatorze heures. On ne travailla plus, jusqu'&#224; la fin de la journ&#233;e, sur les chantiers navals. &lt;br /&gt;
Le 26, au soir, Piotr Jaroszovicz, Premier ministre annonce dans une br&#232;ve allocution radiot&#233;l&#233;vis&#233;e qu'il s'est adress&#233; au Parlement de la R&#233;publique pour lui demander d'annuler la hausse des prix. &lt;br /&gt;
Le comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers victimes de la r&#233;pression cons&#233;cutive aux &#233;v&#233;nements du 25 juin 1976 lance l'appel suivant :&lt;br /&gt;
&#171; La protestation des ouvriers contre l'augmentation des prix refl&#232;te l'attitude de la population tout enti&#232;re ; elle a entra&#238;n&#233; des poursuites brutales. A Ursus, &#224; Radom et dans d'autres villes de Pologne, on a battu, frapp&#233; &#224; coups de pied, emprisonn&#233; les manifestants. Des licenciements ont &#233;t&#233; pratiqu&#233;s sur une grande &#233;chelle, ce qui, en plus des arrestations, a frapp&#233; les familles des victimes de la r&#233;pression. (&#8230;) Les victimes de la r&#233;pression actuelle ne peuvent compter sur aucune aide ou d&#233;fense de la part des organismes dont ce devrait &#234;tre la t&#226;che, par exemple les syndicats, dont le r&#244;le est lamentable. Les agents de la protection sociale, eux aussi, refusent toute aide. Dans cette situation, c'est la population, au service de laquelle les personnes victimes de la r&#233;pression se sont expos&#233;es, qui doit assumer ce r&#244;le. En effet, la population n'a d'autres moyens de d&#233;fense contre l'arbitraire que la solidarit&#233; et l'aide mutuelle. C'est pourquoi les personnes soussign&#233;es d&#233;cident de constituer le pr&#233;sent &#171; Comit&#233; de d&#233;fense des ouvriers &#187;, afin de prendre l'initiative de toutes les formes de d&#233;fense et de soutien. &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Des th&#233;oriciens de la r&#233;forme de la Pologne :&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Leszek Kolakowski dans des extraits de &#171; Th&#232;ses sur l'espoir le d&#233;sespoir &#187; (octobre 1966) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; R&#233;sumons, tout d'abord, les principaux arguments avanc&#233;s d'ordinaire par ceux qui soutiennent que le syst&#232;me communiste sous forme actuelle est irr&#233;formable. Les tenants de cette th&#232;se affirment que la principale fonction sociale de ce syst&#232;me est le maintien du pouvoir incontr&#244;l&#233; monopolis&#233; par l'appareil dirigeant (&#8230;) Le monopole d'un pouvoir despotique ne peut pas &#234;tre supprim&#233; partiellement. (&#8230;) Seules des catastrophes brutales et p&#233;riodiques peuvent conduire &#224; des modifications (&#8230;) Les fonctions fondamentales de ce syst&#232;me social sont dirig&#233;es contre la soci&#233;t&#233; qui se trouve d&#233;munie de toute forme institutionnelle d'autod&#233;fense. D&#232;s lors, l'unique transformation concevable est une r&#233;volution violente. Qui plus est, cette r&#233;volution ne peut &#234;tre envisag&#233;e qu'&#224; l'&#233;chelle du syst&#232;me socialiste mondial, puisque la sup&#233;riorit&#233; militaire sovi&#233;tique, comme le montre l'exp&#233;rience, sera toujours mise &#224; profit pour &#233;touffer toute tentative r&#233;volutionnaire locale. Une telle r&#233;volution aurait pour cons&#233;quence &#8211; selon les espoirs des uns &#8211; une soci&#233;t&#233; socialiste, au sens d&#233;fini par la tradition marxiste (c'est-&#224;-dire la gestion sociale des processus de production et de r&#233;partition, impliquant un syst&#232;me repr&#233;sentatif), ou &#8211; selon l'espoir des autres &#8211; le passage au mod&#232;le occidental de capitalisme qui, face &#224; la faillite &#233;conomique et id&#233;ologique du socialisme, serait l'unique voie de d&#233;veloppement digne de confiance. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Si je me prononce pour l'id&#233;e &#171; r&#233;formiste &#187;, je n'entends nullement par l&#224; qu'on peut identifier le r&#233;formisme avec l'emploi des moyens &#171; l&#233;gaux &#187; oppos&#233;e aux moyens &#171; ill&#233;gaux &#187;. Cette distinction est proprement impossible dans une situation o&#249; ce n'est pas le droit qui d&#233;cide de la l&#233;galit&#233; mais l'interpr&#233;tation arbitraire de lois confuses par la police et les autorit&#233;s du parti. L&#224; o&#249; les dirigeants peuvent, s'ils le veulent, arr&#234;ter et condamner des citoyens pour d&#233;tention d'un livre &#171; ill&#233;gal &#187;, pour une conversation en petit cercle sur des sujets politiques ou pour des opinions exprim&#233;es dans une lettre priv&#233;e, la notion de l&#233;galit&#233; politique n'a aucun sens. Le meilleur moyen de r&#233;agir contre les poursuites pour ces genres de &#171; d&#233;lits &#187; est de les commettre en tr&#232;s grand nombre. Si je parle d'orientation r&#233;formiste, c'est au sens d'une foi dans la possibilit&#233; de pressions partielles et progressives efficaces exerc&#233;es dans une perspective de longue dur&#233;e, c'est-&#224;-dire dans la perspective de la lib&#233;ration sociale et nationale. Le socialisme despotique n'est pas un syst&#232;me absolument rigide, de tels syst&#232;mes n'existent pas. Des indices de souplesse sont apparus au cours des derni&#232;res ann&#233;es dans des domaines o&#249; r&#233;gnait nagu&#232;re l'id&#233;ologie officielle : les fonctionnaires du parti ne pr&#233;tendent plus conna&#238;tre mieux la m&#233;decine que les professeurs de m&#233;decine, bien qu'ils continuent &#224; conna&#238;tre la litt&#233;rature mieux que les &#233;crivains. (&#8230;) Le principe de la nature irr&#233;formable du syst&#232;me peut donc servir d'absolution anticip&#233;e &#224; la l&#226;chet&#233; et &#224; la passivit&#233;. Le fait qu'une grande partie de l'intelligentsia polonaise se soit laiss&#233;e convaincre de la totale rigidit&#233; du syst&#232;me honteux dans lequel elle vit est s&#251;rement en grande partie responsable de la passivit&#233; dont elle a fait preuve au moment du combat dramatique livr&#233; par les ouvriers polonais en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Adam Michnik dans des extraits de &#171; Une strat&#233;gie dans l'opposition polonaise &#187; (1977) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les &#233;v&#233;nements historiques que nous d&#233;signons sous le nom d'Octobre polonais ont &#233;t&#233; la source principale d'un espoir d'&#233;volution du syst&#232;me communiste. Cet espoir d'exprimait par deux visions ou concepts d'&#233;volution, que nous appellerons &#171; &#171; r&#233;visionniste &#187; et &#171; n&#233;o-positiviste &#187;.&lt;br /&gt;
La conception r&#233;visionniste reconnaissait une certaine possibilit&#233; d'&#233;volution &#224; l'int&#233;rieur du parti. Jamais formul&#233;e sous forme de programme politique, elle impliquait la possibilit&#233; d'humanisation et de d&#233;mocratisation du syst&#232;me d'exercice du pouvoir, ainsi que la capacit&#233; d'assimilation par la doctrine marxiste officielle de certaines notions des sciences humaines et sociales actuelles. Les r&#233;visionnistes d&#233;siraient agir dans la cadre du parti communiste et de la doctrine marxiste. (&#8230;)&lt;br /&gt;
L'autre concept d'&#233;volution, Stanislaw Stomma, l'un de ses meilleurs repr&#233;sentants l'appelait orientation &#171; n&#233;opositiviste &#187;. C'&#233;tait une tentative d'appliquer la strat&#233;gie que Roman Dniowski avait pr&#233;conis&#233;e, au d&#233;but du 20e si&#232;cle, aux conditions politiques nouvelles. Dirigeant du groupe catholique Znak, Stalinaw Stomma prenait en consid&#233;ration les facteurs g&#233;opolitiques du pays, comme son catholicisme, partie int&#233;grante et indispensable de la vie publique polonaise. (&#8230;) La conception &#233;volutionniste de Stomma diff&#233;rait consid&#233;rablement du r&#233;visionnisme. Son n&#233;opositivisme impliquait surtout la loyaut&#233; &#224; l'&#233;gard de l'URSS, consid&#233;r&#233; comme la puissance russe d'autrefois, tout en rejetant la doctrine marxiste et l'id&#233;ologie socialiste. (&#8230;) Cependant, r&#233;visionnistes et n&#233;opositivistes se rejoignaient : pour r&#233;aliser leurs projets, les uns et les autres, comptaient sur des changements venant d'en haut ; ils s'attendaient &#224; une &#233;volution du parti, r&#233;sultat de la politique r&#233;aliste de dirigeants intelligents. Ils n'envisageaient pas de forcer cette &#233;volution par une pression sociale continue et organis&#233;e ; ils misaient sur la raison du prince communiste plut&#244;t que sur la lutte pour l'&#233;tablissement d'institutions souveraines aptes &#224; contr&#244;ler le pouvoir. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Les &#233;v&#233;nements du mois de mars 1968 ont marqu&#233; la limite du r&#233;visionnisme. A ce moment-l&#224;, le lien qui unissait l'intelligentsia r&#233;visionniste du parti fut d&#233;finitivement coup&#233; : on ne pouvait plus compter sur une d&#233;mocratisation de la direction du parti. (&#8230;) Penser jusqu'au bout le r&#233;visionnisme et le n&#233;opositivisme m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; accepter lors du conflit le point de vue du pouvoir. En effet, toute solidarit&#233; avec les ouvriers en gr&#232;ve, avec les &#233;tudiants qui manifestent, avec les intellectuels contestataires remet en question les strat&#233;gies r&#233;visionnistes, cherchant &#224; agir &#224; l'int&#233;rieur du parti, et celles des n&#233;opositivistes, qui pr&#233;conisent la politique de l'entente. Le conflit ouvert, les deux strat&#233;gies se trouvent brusquement priv&#233;es d'une composante essentielle : la r&#233;f&#233;rence au pouvoir.&lt;br /&gt;
Le dilemme des mouvements de gauche du 20e si&#232;cle &#171; r&#233;forme ou r&#233;volution &#187; n'est pas un dilemme pour l'opposition polonaise. Postuler un renversement r&#233;volutionnaire de la dictature du parti, s'organiser dans ce but, serait aussi irr&#233;aliste que dangereux : on ne peut pas compter sur le renversement du r&#233;gime tant que la structure politique de l'URSS est ce qu'elle est. Dans un pays o&#249; la culture politique et les normes d&#233;mocratiques sont presque absentes, des activit&#233;s conspiratrices ne peuvent qu'aggraver les maux de la soci&#233;t&#233; sans apporter des r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques. (&#8230;) A mon avis, la seule voie &#224; prendre pour les dissidents des pays de l'Est est celle d'une lutte incessante pour les r&#233;formes en faveur d'une &#233;volution qui &#233;largira les libert&#233;s civiques et garantira le respect des droits de l'homme. L'exemple polonais d&#233;montre que la pression exerc&#233;e sur le pouvoir apporte des concessions non n&#233;gligeables. L'opposition polonaise (&#8230;) compte sur des changements progressifs et partiels plus que sur un renversement violent du syst&#232;me en place. (&#8230;) La nouvelle strat&#233;gie de l'opposition implique des changements lents et progressifs. Cela ne signifie pourtant pas que ce mouvement sera toujours pacifique ni qu'il pourra &#233;viter de faire des victimes. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de Jacek Kuron dans &#171; Pour une plate-forme unique de l'opposition &#187; (1976) :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Nous commencerons par d&#233;finir le syst&#232;me en termes g&#233;n&#233;raux. Ensuite, nous proc&#233;derons &#224; une discussion des buts de l'opposition et &#224; une analyse des conditions dans lesquelles elle doit travailler. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans un syst&#232;me totalitaire, le pouvoir et le peuple sont s&#233;par&#233;s. Tout le pouvoir de proposer, de r&#233;fl&#233;chir et de d&#233;cider r&#233;side exclusivement dans le gouvernement. Les gens sont destin&#233;s &#224; former une masse amorphe, d&#233;pourvue de droits personnels quels qu'ils soient. Ce syst&#232;me met en danger notre survie nationale et si, par souverainet&#233; nationale nous entendons la capacit&#233; pour la nation &#224; d&#233;cider de son propre destin, le syst&#232;me est contraint de la d&#233;truire. Le syst&#232;me totalitaire a &#233;t&#233; impos&#233; en Pologne il y a quelques trente ans par les forces arm&#233;es de l'Union sovi&#233;tique avec l'approbation des puissances occidentales, en particulier, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. La stabilit&#233; du syst&#232;me est garantie par la propension d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233;e trois fois par l'Union sovi&#233;tique &#224; se r&#233;imposer par la force &#224; toute nation qui tenterait de se lib&#233;rer. Nous ajouterons que ce sont l&#224; des raisons s&#233;rieuses pour penser que le gouvernement polonais doit se pr&#234;ter &#224; toutes les d&#233;cisions importantes prises par la direction sovi&#233;tique. L'Etat polonais n'est pas souverain et, dans l'esprit de notre peuple, c'est l&#224; le mal qui est &#224; la racine de notre vie politique. (&#8230;) L'opposition lutte pour la souverainet&#233; du peuple et de l'Etat polonais. Retenons pour le moment cette d&#233;finition, quoique je suis d'accord avec ceux qui pensent que nos objectifs ne peuvent &#234;tre pleinement r&#233;alis&#233;s dans notre situation g&#233;ographique et politique actuelle. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le mouvement paysan est n&#233; de besoins personnels et particuliers. Mais, en d&#233;fendant la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, il prenait &#233;galement position pour l'ind&#233;pendance de la vie villageoise et il pr&#233;servait l'agriculture d'une d&#233;vastation plus grave. C'est ainsi qu'il b&#233;n&#233;ficia &#224; la totalit&#233; de la communaut&#233;. Je consid&#232;re &#233;galement le mouvement de protestation des travailleurs pour la d&#233;fense de leurs salaires en termes de pouvoir d'achat r&#233;el comme socialement b&#233;n&#233;fique. Des gr&#232;ves locales &#233;clatent assez souvent (&#8230;) Ces gr&#232;ves sont bris&#233;es avec une grande promptitude par la police d&#233;p&#234;ch&#233;e par le parti, l'administration et les syndicats. (&#8230;) A trois occasions durant les trente derni&#232;res ann&#233;es, les gr&#232;ves ont donn&#233; toute sa dimension &#224; un mouvement social : en 1956-57, en 1970-71 et en 1976. Les travailleurs ont pay&#233; un prix tr&#232;s lourd, mais ces trois mouvements se sont termin&#233;s par une victoire. (&#8230;) Le troisi&#232;me exemple de mouvements de protestation sociale est l'activit&#233; des fid&#232;les dans la d&#233;fense de l'Eglise catholique. Je pense ici aux participations massives aux processions, aux p&#232;lerinages, aux activit&#233;s paroissiales et &#233;galement aux d&#233;monstrations et m&#234;me aux manifestations pour la d&#233;fense des constructions d'&#233;glises (&#8230;) &lt;br /&gt;
L'opposition doit imm&#233;diatement commencer &#224; organiser un certain nombre de groupes li&#233;s exprimant une vari&#233;t&#233; de points de vue la plus large possible. En premier lieu, il faut une repr&#233;sentation organis&#233;e des travailleurs industriels, en particulier ceux qui sont employ&#233;s dans les tr&#232;s grandes entreprises. L'organisation devrait commencer au niveau de l'usine et s'&#233;tendre ensuite. Ses revendications devraient s'entourer des avis de professionnels de l'&#233;conomie, d'ing&#233;nieurs, d'hommes de loi et de sociologues. (&#8230;) Le plus important, et peut-&#234;tre le plus sp&#233;cifique, des revendications actuelles concerne la pleine r&#233;int&#233;gration des travailleurs licenci&#233;s apr&#232;s le 25 juin et une amnistie pour ceux qui ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour des actes en relation avec les &#233;v&#233;nements de juin. Pour que cette demande soit entendue et accept&#233;e, il est n&#233;cessaire de disposer du soutien uni d'une organisation de travailleurs de l'industrie. &#187; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Sur la gr&#232;ve de 1980&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Extraits de &#171; Gdansk, la m&#233;moire ouvri&#232;re &#187; de &lt;strong&gt;Jean-Yves Potel &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Un des gars a coll&#233; des affiches dans les vestiaires entre cinq et six heures du matin. Les gens surent ainsi que la gruti&#232;re Anna Walentynowicz avait &#233;t&#233; licenci&#233;e, cinq mois avant la retraite, pour avoir d&#233;fendu les ouvriers. C'&#233;tait cela la &#171; faute grave &#187; dont la direction l'accusait. D&#233;cor&#233;e des croix du M&#233;rite de bronze, d'argent et d'or, elle avait derri&#232;re elle trente ans de travail irr&#233;prochable. Le tribunal avait annul&#233; le licenciement, mais le directeur refusait de la r&#233;int&#233;grer. Anna Walentynowicz avait fait partie du comit&#233; de gr&#232;ve en 1970. Ici, sur le Littoral, ce sont les choses qui comptent. &lt;br /&gt;
C'est la gr&#232;ve. Ce seul mot a suffi pour faire sortir du monde de la cale des constructions, des nefs de montage et des autres ateliers. Certains ont h&#233;sit&#233;, mais au bout d'une demi-heure la plupart ont laiss&#233; tomber leurs outils et se sont rendus sur la grande place du chantier, pr&#233;c&#233;d&#233;s d'une banderole o&#249; l'on venait d'inscrire &#171; 2000 zlotys d'augmentation &#8211; Une prime de vie ch&#232;re &#8211; R&#233;int&#233;grez la gruti&#232;re Walentinowicz ! &#187; Sur la place, tous se sont tus pour une minute de silence en hommage aux ouvriers du chantier tomb&#233;s en 1970. Lech Walesa a fait son apparition. Ouvrier &#233;lectricien, licenci&#233; lui aussi pour faits de gr&#232;ve en 1976, participant actif des gr&#232;ves de 1970-1971, il a escalad&#233; les grilles pour rejoindre les gr&#233;vistes. On a cri&#233; &#171; Hourrah ! &#187;. Un discours a &#233;t&#233; improvis&#233; du hait d'une excavatrice. Le directeur principal, Gniech, y est mont&#233; &#224; son tour pour tenter de convaincre les gens de reprendre le travail. Sans succ&#232;s ; les cris ont couvert sa voix. Lech Walesa a propos&#233; une gr&#232;ve avec occupation. Chacun avait ses raisons de la faire, tous l'ont soutenue. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La gr&#232;ve a d&#233;ferl&#233; comme une vague, chacun y a adh&#233;r&#233; de son c&#244;t&#233; en compagnie des coll&#232;gues de l'atelier. (&#8230;) On buvait beaucoup trop au chantier des derniers temps (&#8230;) Les piquets de gr&#232;ve brisaient les bouteilles de bi&#232;re et de vodka aux portes du chantier. Cette mesure, d'ailleurs, a impressionn&#233; tout le monde. La direction de la gr&#232;ve n'a fait aucune exception. Apr&#232;s trois jours de gr&#232;ve, les n&#233;gociations avec la direction ont abouti &#224; un accord. En son propre nom, le directeur a accord&#233; une augmentation de 1500 zlotys, sur les 2000 demand&#233;s. Cet apr&#232;s-midi l&#224;, nous &#233;tions devant la grille de l'entr&#233;e quand Lech Walesa annon&#231;a que la gr&#232;ve prenait fin. La nouvelle que les revendications seraient satisfaites avait d&#233;j&#224; fait le tour de la ville. Pour les d&#233;l&#233;gu&#233;s des autres usines, l'arr&#234;t du mouvement au chantier &#233;tait catastrophique. On ne leur avait rien promis, &#224; eux. Les repr&#233;sentants de 21 entreprises en gr&#232;ve sont venus au chantier L&#233;nine pour faire pression sur les ouvriers : &#171; Nous vous avons apport&#233; notre appui. A vous maintenant de nous donner le v&#244;tre. &#187; Un d&#233;l&#233;gu&#233; de WPK a demand&#233; que la gr&#232;ve continue, ici comme ailleurs, et pas mal de gens l'ont applaudi. Dans ce cas, a dit Walesa, je reste avec vous. Je vous ai promis de sortir le dernier. Entre-temps, la plupart des travailleurs du chantier, &#224; l'appel du directeur, avaient quitt&#233; les lieux. &lt;br /&gt;
(&#8230;) Le samedi, tard dans la soir&#233;e, les d&#233;l&#233;gations pr&#233;sentes au chantier constituent un comit&#233; de gr&#232;ve interentreprises. Ce comit&#233;, le MKS, &#233;labore une liste de revendications qui, dans sa version finale, comportera 21 points. Le premier est essentiel : c'est l'acceptation des syndicats libres, ind&#233;pendants du parti et des employeurs. La deuxi&#232;me, c'est le droit de gr&#232;ve. Voil&#224; les garanties pour lesquelles la lutte continue. Ce sont les seules qui, si elles sont acquises, pourront donner aux travailleurs la certitude que les &#233;checs, les pi&#232;ges du pass&#233; ne se r&#233;p&#232;teront pas. Suivent ensuite, jusqu'au point 6, les revendications relevant du domaine de la d&#233;mocratie : la libert&#233; d'expression, la r&#233;int&#233;gration des licenci&#233;s pour faits de gr&#232;ve ou d&#233;lit d'opinion et la lib&#233;ration des prisonniers politiques ; une information compl&#232;te et permanente sur la situation socio-&#233;conomique du pays et une discussion publique sur les programmes de r&#233;formes. (&#8230;) Les points suivants mis en avant par le MKS concernent justement ce socialisme-l&#224; : l'acc&#232;s aux logements, aux cr&#232;ches et aux maternelles, le droit &#224; la sant&#233;, aux jours de repos, &#224; un salaire convenable pour un travail honorable, &#224; une retraite m&#233;rit&#233;e. L'exigence, &#233;galement, que se r&#233;duise le foss&#233; entre les tr&#232;s pauvres et les tr&#232;s riches, entre les spoli&#233;s et les privil&#233;gi&#233;s, que tous puissent vivre d&#233;cemment. (&#8230;) Au fil des heures pass&#233;es ici, se renforce l'impression que la gr&#232;ve s'est donn&#233;e un groupe de leaders solides d&#233;cid&#233;s &#224; aller jusqu'au bout. La liste des &#171; 21 Tak &#187; - &#171; oui aux 21 revendication &#187; - est colport&#233;e d'une rue &#224; l'autre dans les Trois-Villes. On la colle partout, sur les poteaux, les murs et les palissades. Ses formules nettes, carr&#233;es, peuvent sembler provocantes &#224; certains, car les gens n'en ont gu&#232;re l'habitude. Aucune r&#233;action de la part des autorit&#233;s. Cependant, l'atmosph&#232;re, on le sent, est devenue pesante. Il fait lourd, l'air est charg&#233; d'&#233;lectricit&#233;. &lt;br /&gt;
Premier dimanche, premi&#232;re messe aux grilles du chantier. Le pr&#234;tre qui fait l'office prononce des paroles d'apaisement. Il appelle au calme, &#224; la dignit&#233;. Quelques milliers de personnes sont agenouill&#233;es. Beaucoup ont pleur&#233;. (&#8230;) La nuit pr&#233;c&#233;dente, les gr&#233;vistes ont construit une croix en bois. Apr&#232;s la messe, ils l'ont emmen&#233;e au-del&#224; de la porte principale, l&#224; o&#249; devra s'&#233;lever un monument aux ouvriers tomb&#233;s en d&#233;cembre 1970. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans la salle du praesidium du comit&#233; de gr&#232;ve, on a install&#233; la maquette (du futur monument aux morts) et les dons ont commenc&#233; &#224; affluer pour la r&#233;alisation du projet. Un extraordinaire &#233;lan de g&#233;n&#233;rosit&#233; du littoral, puis de toute la Pologne. &lt;br /&gt;
Lundi 18 ao&#251;t, nombre de ceux qui avaient quitt&#233; le chantier samedi y sont revenus. (&#8230;) Au chantier Commune de Paris &#224; Gdynia, ce sont les jeunes qui tiennent la barre de la gr&#232;ve. Les principes ont &#233;t&#233; plus s&#233;v&#232;res, les divisions plus rigoureuses. (&#8230;) Les ti&#232;des, les h&#233;sitants, on ne les a pas laiss&#233; entrer. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le directeur emp&#234;che le MKS d'acc&#233;der &#224; la radio int&#233;rieure. Il fait &#233;galement couper le circuit d'alimentation des hauts-parleurs de la porte num&#233;ro 2 pour contrer la popularisation de la gr&#232;ve vers l'ext&#233;rieur. D'un avion, on lance des tracts : &#171; La gr&#232;ve au chantier s'est conclue sur un accord. Elle est poursuivie par des irresponsables, alors qu'une large majorit&#233; entend reprendre le travail. &#187; (&#8230;) Un coup tr&#232;s dur, c'est la coupure des lignes t&#233;l&#233;phoniques qui isole les Trois-Villes du reste du pays. Pendant ce temps-l&#224;, la milice s'active. Elle arr&#234;te les voitures qui se dirigent vers le chantier et celles qui en viennent, fouille les passagers, rel&#232;ve l'identit&#233; des conducteurs, et ceux qu'ils transportent. Les miliciens ne sont pas arm&#233;s mais multiplient les intimidations. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Bient&#244;t, toutes les entreprises de la vo&#239;vode ont rejoint le MKS. Le mouvement est irr&#233;sistible et cependant les man&#339;uvres de derni&#232;re heure ne manquent pas. (...) Samedi 23 ao&#251;t, dixi&#232;me jour de gr&#232;ve. Lech Walesa se met derri&#232;re la table du praesidium. (&#8230;) Les n&#233;gociations pr&#233;paratoires commencent, pour le moment &#224; l'&#233;chelon du vo&#239;vode. (&#8230;) Le 28 ao&#251;t s'engage le troisi&#232;me tour des n&#233;gociations avec la commission gouvernementale. Le vice Premier ministre Jagielski a l'air ma&#238;tre de lui. (&#8230;) On discute ici de libert&#233; d'expression et de conscience garantie par la constitution ; on parle beaucoup de la situation morale et sociale des croyants. Monsieur Jagielski souligne que la dialogue entre l'Etat et l'Eglise se d&#233;veloppe bien&#8230; (&#8230;) La discussion est tr&#232;s anim&#233;e. &#171; En gros, nous sommes d'accord &#187; dit Monsieur Jagielski. Mais, de fait, le d&#233;bat n'a gu&#232;re avanc&#233;. (&#8230;) Au dessus de la porte num&#233;ro 2 du chantier L&#233;nine, les ouvriers ont suspendu une longue banderole &#171; Prol&#233;taires de tous les pays, unissez-vous ! &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) La finale est &#226;prement disput&#233;e. Vendredi 29, par deux fois les n&#233;gociations sont report&#233;es &#224; plus tard. (&#8230;) L'&#233;nervement cro&#238;t d'heure en heure, l'agressivit&#233; remonte &#224; la surface. Car, si le travail reprend, on va se retrouver du jour au lendemain face au directeur, au secr&#233;taire de cellule, ou m&#234;me &#8230; Demain, la moiti&#233; de cette salle peut se retrouver en taule, s'est &#233;cri&#233; quelqu'un sur un ton hyst&#233;rique. De nouvelles d&#233;l&#233;gations font leur entr&#233;e, venant d'autres vo&#239;vodes. (&#8230;) Le nouvel arrivant est embarrass&#233;. Il ne sait pas o&#249; s'installer. Il vient du bassin du cuivre et repr&#233;sente 20.000 travailleurs. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Samedi 30 ao&#251;t. La commission gouvernementale vient pour la quatri&#232;me fois au chantier. &#171; Il me semble, dit le vice Premier ministre Jagielski, que le moment est venu de terminer nos travaux &#187; &lt;br /&gt;
Dimanche. La signature des accords de Gdansk entre le MKS et Jagielski est retransmise &#224; la t&#233;l&#233;vision. &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Compte-rendu de Henrika Dobisz et Andrej Zianecki&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt; &lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Un chemin d'espoir &#187;, autobiographie de &lt;strong&gt;Lech Walesa &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le moment d&#233;cisif survint apr&#232;s le 3 mai 1980, date de l'arrestation de repr&#233;sentants du Mouvement de la Jeune Pologne et du Mouvement pour la D&#233;fense des Droits de l'Homme &#8211; Dariusz Robzdej et Tadeusz Szczudlowski -, &#224; la suite de leur discours prononc&#233; devant le monument au roi Jan II Sobieski. On se lance quasi ouvertement dans une large diffusion de tracts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve&lt;br /&gt;
Je descendis devant les Chantiers et le dirigeai vers l'entr&#233;e. Le matin, avant l'embauche, des tracts et le bulletin &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187; avaient pu &#234;tre distribu&#233;s dans le train de banlieue et dans les tramways qu'empruntent la plupart des ouvriers pour se rendre au travail. L'information essentielle concernait le licenciement disciplinaire d'Anna Walentynowicz, survenu le 7 ao&#251;t, cinq mois avant qu'elle ne prenne sa retraite Le texte des tracts &#233;tait le suivant : &lt;br /&gt;
&#171; Aux ouvriers des Chantiers navals de Gdansk !&lt;br /&gt;
&#171; Nous nous adressons &#224; vous, coll&#232;gues d'Anna Walentynowicz. Elle travaillait aux Chantiers depuis 1950 : 16 ans comme soudeur, puis comme conducteur d'un pont-roulant &#224; l'atelier n&#176;2. Elle s'est vue d&#233;cerner la m&#233;daille de bronze, celle d'argent, puis en 1979, la Croix d'or du M&#233;rite. Elle a toujours &#233;t&#233; une ouvri&#232;re irr&#233;prochable. Elle s'est toujours insurg&#233;e contre toute injustice, toute in&#233;galit&#233;. C'est pourquoi elle a d&#233;cid&#233; de s'engager dans l'action qui avait pour but la mise sur pied d'un syndicat libre. C'est l&#224; que commenc&#232;rent pour elle les ennuis : elle a &#233;t&#233; mut&#233;e &#224; deux reprises dans une autre unit&#233; pour avoir distribu&#233; &#171; L'Ouvrier du Littoral &#187;, et elle s'est vue infliger un bl&#226;me. (&#8230;) En arr&#234;t-maladie, Anna Walentynowicz a re&#231;u une lettre de licenciement prenant effet le 7 ao&#251;t pour avoir enfreint le r&#232;glement&#8230;.&lt;br /&gt;
(&#8230;) C'est pourquoi nous vous lan&#231;ons cet appel : d&#233;fendez Anna Walentynowicz ! Si vous ne le faites pas, nombreux sont ceux qui risquent de se retrouver dans une situation semblable. Nous signalons d'autre part &#224; la direction qu'un pareil acte, en cette p&#233;riode o&#249; une vague de gr&#232;ves d&#233;ferle sur notre pays, para&#238;t un d&#233;fi au bon sens.&lt;br /&gt;
Sign&#233; : comit&#233; de fondation des syndicats libres &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois gar&#231;ons de vingt ans, Jurek Borowczyk, Ludwig Pradzynski et Bogdan Felski, affiches, tracts et bulletins en mains, avaient su mettre en gr&#232;ve l'ensemble des Chantiers. (&#8230;) A la revendication en faveur d'Anna Walentynowicz, j'ajoutai ma propre r&#233;int&#233;gration et l'&#233;rection d'un monument (&#8230;) aux trois ouvriers abattus devant l'entr&#233;e des Chantiers en d&#233;cembre 1970. (&#8230;) Ce qui concernait tout le monde, c'&#233;tait la hausse individuelle de 2000 zlotys. Nous nous cramponn&#226;mes donc &#224; cette derni&#232;re exigence comme pr&#233;alable &#224; toute n&#233;gociation (&#8230;) Au d&#233;but, nous branch&#226;mes des micros dans la salle du Service Hygi&#232;ne et de la S&#233;curit&#233; du Travail o&#249; se d&#233;roulaient les n&#233;gociations, ainsi qu'un autre &#224; l'ext&#233;rieur de la salle. Nous pouvions diffuser dans tous les ateliers, les halls de production. Par la suite, le n&#233;cessaire fut fait pour que les d&#233;bats soient entendus dans les chantiers voisins et dans les entreprises de la rue Walowa. Plus tard encore, nos d&#233;l&#233;gu&#233;s emport&#232;rent les enregistrements pour les faire &#233;couter en d'autres entreprises. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Non, la gr&#232;ve n'a rien d'un &#233;pisode harmonieux, elle passe par des phases de vive exaltation auxquelles succ&#232;dent des p&#233;riodes de compromis, voire des moments de peur. (&#8230;) Personne n'a trouv&#233; de sc&#233;nario id&#233;al pour le d&#233;roulement d'une chose comme la gr&#232;ve, ni ne saurait d'ailleurs en concevoir. La gr&#232;ve, c'est la foule qui r&#233;agit &#224; sa mani&#232;re, diverse et changeante. Moi, je n'avais pas de sc&#233;nario, mais je sentais la foule. Quand je me retrouve au milieu d'une foule, je sais toujours ce que les gens veulent. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Notre gr&#232;ve &#224; nous arrivait &#224; son terme : en ce troisi&#232;me jour, le samedi apr&#232;s-midi, elle avait pris fin ; tout son &#233;lan, toutes ses motivations essentielles s'&#233;taient &#233;vanouis. Comme j'avais affaire &#224; un directeur qui avait su faire face &#224; la situation (&#8230;), je m'&#233;tais senti oblig&#233; de contenir notre conflit dans certaines limites. &#199;a n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution s'appuyant sur le d&#233;sordre, mais un mouvement o&#249; chaque objectif &#233;tait soumis &#224; un jugement public. Je ne pouvais et ne voulais personnellement exprimer que CELA. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Voici un t&#233;moignage :&lt;br /&gt;
&#171; A peu pr&#232;s au moment m&#234;me o&#249; Walesa s'appr&#234;tait &#224; mettre fin &#224; la gr&#232;ve (&#8230;), un repr&#233;sentant des employ&#233;s des transports se trouva propuls&#233; sur le podium, devant le micro, et exposa leur cause. Son discours se termina par une demande de soutien. Au bout d'un moment, des employ&#233;s des tramways, sortant du b&#226;timent, se joignirent &#224; lui. Des jeunes entour&#232;rent le podium &#8211; cent, deux cents, cinq cents gar&#231;ons : &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187;, &#171; Solidarit&#233; ! &#187; (&#8230;) Sur les murs, la nuit, des inscriptions avaient fait leur apparition : &#171; Walesa, tra&#238;tre ! &#187;. D&#233;j&#224;, le samedi apr&#232;s-midi, (&#8230;) deux &#233;missaires femmes des gr&#233;vistes de Gdansk avaient eu des mots tr&#232;s durs contre Walesa (&#8230;) Le dimanche 17 ao&#251;t, Walesa, tel Simon de Cyr&#232;ne, prit sur ses &#233;paules une croix en bois et la porta devant l'entr&#233;e, jusqu'au lieu o&#249; l'on pr&#233;voyait d'&#233;lever &#224; l'avenir le Monument. La croix fut ciment&#233;e dans le sol (&#8230;) Dans la nuit de dimanche &#224; lundi, on fit dispara&#238;tre les inscriptions diffamant (ou d&#233;non&#231;ant) Walesa. La m&#234;me nuit, Walesa affermit sa position en prenant officiellement la t&#234;te du Comit&#233; de gr&#232;ve cr&#233;&#233; solidairement pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts des entreprises de Gdansk, Gdynia, Elblag, Pruszcz, Tczew, Lebork, &#8230; entre beaucoup d'autres. Le lundi matin, le directeur avait co-sign&#233; avec Walesa, le samedi, les accords concernant les Chantiers, s'effor&#231;a &#224; nouveau de faire appel au loyalisme du personnel, et reprocha &#224; Walesa d'avoir rompu leurs accords. Walesa ne sut que lui donner raison. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
D&#232;s le d&#233;but de la gr&#232;ve, j'exer&#231;ai un certain ascendant sur les gens, par exemple au sein du Comit&#233; inter-entreprises qui se rassemblait dans la grand-salle de r&#233;union des Chantiers. Je me rendais compte d'embl&#233;e que les gars &#233;taient beaucoup trop excit&#233;s, que les passions &#233;taient &#224; leur comble, ce qui excluait toute discussion s&#233;rieuse et interdisait qu'on prenne aucune d&#233;cision. J'avais &#233;tabli le rituel suivant : je p&#233;n&#233;trai dans la salle, la traversais d'un pas assur&#233;, et, parvenu jusqu'au petit podium, je me retournai brusquement face &#224; l'auditoire, gardais le silence une seconde, puis d&#233;clarais ouverte la session du Comit&#233; en proposant d'entonner l'hymne national. Tout le monde se levait, et les gars se mettaient &#224; chanter &#224; l'unisson. Les gens qui, dix minutes avant la r&#233;union, &#233;taient venus avec la ferme r&#233;solution de donner libre cours &#224; leur col&#232;re, ne contestaient plus les d&#233;cisions prises, se contentant de conciliabules en petits cercles. Et le moment o&#249; je me levais signifiait irr&#233;vocablement la cl&#244;ture de la r&#233;union : les gens embo&#238;taient le pas. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au moment-cl&#233; o&#249; furent formul&#233;es les 21 revendications du mouvement et o&#249; l'on discuta avec passion de leur version d&#233;finitive, la direction des syndicats libres n'&#233;tait pas unanime. Dans leur hi&#233;rarchie informelle, je ne suis alors que le num&#233;ro trois ou quatre, peut-&#234;tre m&#234;me cinq. C'est &#224; ce moment difficile que je me retrouve propuls&#233; &#224; la premi&#232;re place, que je me sens avancer seul dans le r&#244;le de dirigeant, que je suis amen&#233; &#224; imposer ma volont&#233;, en d&#233;pit de l'amertume justifi&#233;e de certains, que je ne peux pas ne pas percevoir. (&#8230;) je sais que, pour l'heure, il faut nous montrer mod&#233;r&#233;s, contr&#244;ler et limiter certaines revendications irr&#233;alistes, si fond&#233;es qu'elles soient, afin de gagner plus tard. (&#8230;) Il s'agissait de pouvoir dire en toute confiance aux repr&#233;sentants du gouvernement, d&#232;s leur arriv&#233;e chez nous : &#171; A l'exemple de l'ordre qui r&#232;gne ici et qui est accept&#233; par tous, instaurons ensemble un ordre nouveau dans notre pays, dans toute la Pologne. &#187; C'&#233;tait un ordre sans vodka : &#224; l'entr&#233;e des Chantiers, nous brisions les bouteilles apport&#233;es par ceux qui n'&#233;taient pas encore au courant. C'&#233;tait un ordre avec le Pape : son portrait fut suspendu &#224; l'entr&#233;e d&#232;s le premier jour de gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le programme comprenant nos &#171; 21 revendications &#187; vit rapidement le jour (&#8230;) :&lt;br /&gt;
reconnaissance des syndicats libres, ind&#233;pendants du Parti et des employeurs (&#8230;)&lt;br /&gt;
garantie du droit de gr&#232;ve, de la s&#233;curit&#233; des gr&#233;vistes et des personnes qui leur viennent en aide&lt;br /&gt;
respect des libert&#233;s d'expression et de publication (&#8230;)&lt;br /&gt;
r&#233;tablissement dans leurs droits des personnes licenci&#233;es (&#8230;) des &#233;tudiants exclus de l'enseignement sup&#233;rieur (&#8230;), lib&#233;ration des prisonniers politiques (&#8230;)&lt;br /&gt;
rendre publique le comit&#233; inter-entreprises et ses revendications&lt;br /&gt;
information de toute la population sur la situation &#233;conomique et sociale&lt;br /&gt;
paiement des jours de gr&#232;ve (&#8230;)&lt;br /&gt;
augmentation mensuelle du salaire de base de chaque travailleur de 2100 zlotys (&#8230;)&lt;br /&gt;
Instauration de l'&#233;chelle mobile des salaires&lt;br /&gt;
Approvisionnement en produits alimentaires (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;) Le 22 ao&#251;t au soir, la d&#233;l&#233;gation du praesidium du MKS a rencontr&#233; le pr&#233;sident de la Commission gouvernementale, Monsieur le vice-premier ministre Mieczyslaw Jagielski, et lui a remis le message suivant : &#171; Le MKS informe la D&#233;l&#233;gation gouvernementale dirig&#233;e par le vice-Premier ministre qu'il est pr&#234;t &#224; entreprendre des pourparlers sur la base des 21 revendications, qui pourraient mettre un terme &#224; la gr&#232;ve. &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) Tadeusz Mazowiecki et Borislav Geremek sont venus de Varsovie en voiture par un chemin d&#233;tourn&#233;. Ils vont travailler en temps qu'experts aupr&#232;s du Comit&#233;. Ils ont re&#231;u un accueil tr&#232;s chaleureux. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Gdansk devient alors une sorte de Mecque o&#249; affluent les d&#233;l&#233;gu&#233;s d'entreprises de l'ensemble du pays, venus apporter leur soutien et pr&#234;ts &#224; se joindre &#224; la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le tournant d&#233;cisif de la gr&#232;ve est le vendredi 22 ao&#251;t, marqu&#233; par la venue &#224; Gdansk de Mieczyslaw Jagielski, vice-premier ministre, nomm&#233; &#224; la place de Pyka qui vient d'&#234;tre r&#233;voqu&#233;. La rencontre avec nos d&#233;l&#233;gu&#233;s a eu lieu le soir m&#234;me (&#8230;) De retour, avant m&#234;me d'avoir franchi la grille, ceux-ci crient d&#233;j&#224; victoire : cette victoire r&#233;side dans la d&#233;cision d'entamer des pourparlers entre le gouvernement et le Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises sur la base de nos 21 revendications. Un combat difficile nous attend alors. &#171; Nous savons ce que nous voulons &#187; ai-je dit &#224; Mazowwicki et &#224; Geremek lors de notre premi&#232;re entrevue sur le coup de minuit. (&#8230;) Comme tant d'autres, ils &#233;taient venus avec un texte de soutien. Le voyant, je m'&#233;tais dit que ce n'&#233;tait l&#224; qu'une motion de plus. Je leur ai demand&#233; ce qu'ils avaient concr&#232;tement &#224; nous proposer, car nous avions vraiment besoin d'aide. &#171; Comme intellectuels, nous ne pouvons faire grand-chose, hormis vous servir de conseillers, d'experts. &#187; Excellente id&#233;e ! Nous venions de trouver le maillon manquant &#224; notre cha&#238;ne. Tout le monde s'accorda sur la n&#233;cessit&#233; de d&#233;signer une commission d'experts, &#224; d&#233;faut desquels nous aurions bien &#233;t&#233; incapables de faire se rencontrer la &#171; dialectique &#187; du pouvoir et la c&#244;t&#233; un peu fruste et &#233;l&#233;mentaire de nos revendications. (&#8230;) Cette base de d&#233;part nous convenait tout &#224; fait et n'&#233;tait pas non plus pour d&#233;plaire aux autorit&#233;s : non sans raison, celles-ci redoutaient les formulations trop radicales de gens simples, &#224; bout de nerfs, qui mettent &#224; mal respectabilit&#233;s et convenances, et usent parfois d'un vocabulaire &#224; rester pantois. Les uns comme les autres, nous avions besoin d'&#234;tre assur&#233;s qu'il serait possible de trouver une r&#233;ponse commune. Autrement, la situation &#233;tait sans issue. Le fait de nommer une commission d'experts ouvrit cette perspective d'entente. Dans le courant de la nuit, ils d&#233;finirent la marche &#224; suivre : dans un premier temps, nous ne devions pas aller plus loin que le quatre premi&#232;res revendications. (&#8230;) En cette journ&#233;e du 23 ao&#251;t, (&#8230;) les gens se pressent de part et d'autre de la seconde grille d'entr&#233;e des Chantiers. Devant, sont assembl&#233;es plusieurs milliers de personnes inform&#233;es de l'arriv&#233;e tant attendue de la Commission gouvernementale. (&#8230;) Hostiles, les gens reculent &#224; contrec&#339;ur. (&#8230;) Le car ne peut avancer : devant lui, se dresse un mur d'ouvriers en bleus de travail us&#233;s. Ils se tiennent l&#224;, bras crois&#233;s, visages ferm&#233;s. (&#8230;) Je m'avance en compagnie de Gniech, le directeur, et du Comit&#233; inter-entreprises. Jagielski descend du car. P&#226;le, les traits tir&#233;s, dossier noir sous le bras, le vice-premier ministre met pied &#224; terre, suivi de Fizbach et des autres. Je m'approche, lui tends la main pour lui souhaiter la bienvenue aux Chantiers. (&#8230;) &#171; Les-zek ! Les-zek ! &#187; se met &#224; scander d'une seule voix la foule - c'est son vote de confiance, le rappel &#224; la partie adverse que le Comit&#233; est mandataire pleinement reconnu par tous les gr&#233;vistes. Ceux-ci forment une v&#233;ritable for&#234;t humaine. Une frondaison de bras lev&#233;s aux poings serr&#233;s. (&#8230;) Un hors d'&#339;uvre aux pourparlers de la force et de la discipline sur lesquelles reposent notre attachement &#224; la d&#233;mocratie &#8211; et qui seront essentielles au moment o&#249; il faudra ent&#233;riner l'accord intervenu. En cas de contestation, il y a bien s&#251;r l'instance d'appel que constituent les Chantiers, ces milliers d'ouvriers qui attendent rassembl&#233;s autour du b&#226;timent et qui suivent le d&#233;roulement des n&#233;gociations &#224; travers les baies vitr&#233;es. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, pr&#233;sents dans la grand-salle, sont pour moi un appui consid&#233;rable, de m&#234;me que les experts, ou encore l'Eglise dont le soutien se fait de plus en plus ouvert. En ce qui concerne les syndicats libres, c'est d&#233;j&#224; moins &#233;vident ; les relations les plus confuses existent entre le Praesidium du Comit&#233; de gr&#232;ve et moi : ce dernier compte en son sein une tendance radicale qui s'oppose aux vues &#171; r&#233;alistes &#187;. On y consid&#232;re d'un mauvais &#339;il toute tentative de contact direct avec les repr&#233;sentants du pouvoir, contacts pourtant n&#233;cessaires &#224; la r&#233;ussite de toute n&#233;gociation. Ces &#171; Jacobins &#187; d'ao&#251;t 1980 &#233;pient les moindres faits et gestes de chacun. Ils sont obs&#233;d&#233;s par la crainte d'une manipulation politique et leur m&#233;fiance n'&#233;pargne pas les experts. En l'occurrence, j'ai d&#251; me montrer intransigeant et ne pas c&#233;der aux pressions visant leur &#233;limination. J'ai &#233;galement cherch&#233; &#224; &#233;viter que ces divergences n'apparaissent en cours de n&#233;gociations. Elles ont &#233;t&#233; tenues secr&#232;tes jusqu'&#224; la fin de la gr&#232;ve. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Walesa : &#171; Monsieur le vice-Pr&#233;sident, nous vous accueillons au nom du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises repr&#233;sentant pr&#232;s de 370 entreprises de la r&#233;gion de Gdansk et un certain nombre de celles d'Eblag et de Slupsk. Conscients de repr&#233;senter des centaines de milliers d'hommes, nous sommes tout aussi convaincus de lutter pour la bonne cause. Vous avez la possibilit&#233; de visiter aujourd'hui un chantier naval autog&#233;r&#233; par les ouvriers. Vous pouvez constater que l'ordre y r&#232;gne. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Jagielski : (&#8230;) Je pense en premier lieu &#224; un changement de la loi sur les syndicats (..) Il faudra &#224; mon avis que le personnel des Chantiers et que les travailleurs des autres entreprises du Littoral participent &#224; l'&#233;laboration de cette loi (&#8230;) Le second facteur, &#224; mon sens, concerne l'analyse et l'appr&#233;ciation de l'&#233;volution du pouvoir d'achat des diverses cat&#233;gories professionnelles, qui devrait &#234;tre &#233;valu&#233;e et suivie par les syndicats ind&#233;pendamment de l'administration d'Etat. (&#8230;) Si j'ai bien compris, le deuxi&#232;me point porte sur la garantie du droit de gr&#232;ve, ainsi que sur la s&#233;curit&#233; des personnes en gr&#232;ve et de ceux qui leur viennent en aide. (&#8230;) J'en suis &#224; me demander s'il est bien opportun de prendre une telle d&#233;cision aujourd'hui (&#8230;) A ce propos, il serait peut &#234;tre utile d'&#233;couter ce qu'en pense l'opinion publique. (&#8230;) Si nous laissions ce probl&#232;me ouvert &#224; la discussion. Pour ce qui est de la s&#233;curit&#233; des personnes qui font gr&#232;ve, ainsi que pour celles qui les soutiennent, cette s&#233;curit&#233; n'est pas menac&#233;e. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Florian Wisnievski : Florian Wisnievski, je viens d'Elektromontaz. (&#8230;) Nous ne sommes pas du m&#234;me bord : nous autres, nous sommes en contact des travailleurs, au sein des entreprises. Cela fait longtemps que je travaille dans les syndicats, et les choses sont loin de se passer aussi simplement. (&#8230;) Le Code du travail autorise l'entreprise &#224; licencier sur le champ toute personne qui fait gr&#232;ve. (&#8230;) ici, sur le Littoral, &#233;tant donn&#233; l'atmosph&#232;re que vous savez (&#8230;) ce n'est plus le moment de consulter l'opinion publique. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Jagielski : S'il s'agit du troisi&#232;me point, &#224; savoir : &#171; respecter les libert&#233;s d'expression &#187; (&#8230;) la Constitution garantit les libert&#233;s d'expression, d'&#233;dition, de publication, n'est-ce pas ? Le probl&#232;me se pose, comment dire, au niveau de l'application de ces textes. (&#8230;) L'ouverture des m&#233;dias aux repr&#233;sentants de toutes les confessions est une revendication &#224; examiner. (&#8230;) Si quelqu'un me pose des conditions, je voudrai r&#233;pondre ceci. Moi, je n'ai pos&#233; aucune condition. J'ai seulement exprim&#233; mes souhaits. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Walesa : (&#8230;) Je prose d'&#233;laborer ensemble un communiqu&#233; commun. (&#8230;) Nous demandons au surplus une retransmission radiophonique au moins sur Gdansk. (&#8230;) Je propose de chanter ensemble l'hymne national. (Ils chantent.) Nous attendrons gentiment, sagement, sans aucune &#8230; Mesdames, Messieurs, je voudrai que nous saluions courtoisement la d&#233;l&#233;gation avant de nous s&#233;parer. Nos finirons sans doute par nous entendre. &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) Nous avons trouv&#233; une formule nouvelle, r&#233;sultant de la fusion de plusieurs &#233;l&#233;ments : religion, patriotisme, st&#233;r&#233;otype de la &#171; classe ouvri&#232;re &#187; - oui, cette tradition-l&#224; aussi &#8230; C'&#233;tait une mani&#232;re de &#171; r&#233;volution &#224; genoux &#187;, avec pri&#232;re, chapelet et messe. La pri&#232;re nous prot&#233;geait, mais nous avons magnifi&#233; son importance, cela n'avait plus rien &#224; voir avec la d&#233;votion. &lt;br /&gt;
(&#8230;) On joua contre nous le contenu du sermon prononc&#233; &#224; Jasna-Gora par Mgr Stefan Wyzynski. (&#8230;) Les gars qui priaient sur les Chantiers, eux, accueillirent avec incr&#233;dulit&#233; et d&#233;sarroi les propos du Primat. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Arrive la derni&#232;re s&#233;ance de pourparlers avec la Commission gouvernementale, le samedi 30 ao&#251;t. Le climat de la discussion n'est plus le m&#234;me. Jagielski est press&#233; d'aboutir, fait pression pour que des solutions rapides soient trouv&#233;es, sans trop ergoter sur les formulations de d&#233;tail : &#171; les points num&#233;ro un et deux des revendications &#8230; nous les paraphons ! &#187; Puis, de but en blanc, il d&#233;clare qu'il souhaite revenir aux Chantiers avec ces textes rev&#234;tus de l'aval &#8211; donc de l'approbation &#8211; du plenum du Comit&#233; central. Il sugg&#232;re d&#233;j&#224; les termes du communiqu&#233; final. (&#8230;) Le pl&#233;num du Comit&#233; de gr&#232;ve inter-entreprises exige que je transforme l'affaire des prisonniers en ultimatum. Aucun accord ne doit &#234;tre sign&#233; avant leur lib&#233;ration. (&#8230;) Aussi bien parmi l'assembl&#233;e des d&#233;l&#233;gu&#233;s qu'au sein du Pr&#230;sidium du Comit&#233; de gr&#232;ve, commencent &#224; s'exacerber les points de vue. (&#8230;) Nous convenons qu'un accord existe bel et bien pour le moment et que, pour le reste, nous ferons au mieux&#8230; Le lendemain, la c&#233;l&#233;bration de la messe ram&#232;ne le calme dans la grand-salle. (&#8230;) L'affaire s'&#233;ternisa pour des raisons pratiques. (&#8230;) Jagielski, tendu, bl&#234;mit et d&#233;clare : &#171; je vous en prie&#8230; Je ne sais pas si, dans une heure, je pourrai encore signer cet accord&#8230; &#187; (&#8230;) Nous avons appos&#233; nos signatures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je veux &#233;voquer la p&#233;riode qui a suivi les &#233;v&#233;nements qui se sont alors d&#233;roul&#233;s dans notre pays, et que je cherche une image qui r&#233;sume &#224; la fois le climat et l'&#233;tat d'esprit des gens (&#8230;) je compare volontiers la soci&#233;t&#233; polonaise d'apr&#232;s ao&#251;t 80 &#224; un pauvre qui occupait jusque l&#224; un petit coin dans une belle maison dont il n'&#233;tait pas propri&#233;taire. Et voici que subitement, il devient clair que la maison est son ancienne propri&#233;t&#233; et qu'en r&#233;alit&#233;, tout lui appartient ! (&#8230;) Psychologiquement parlant, une telle situation n'est commode ni pour l'ancien ni pour le nouveau gestionnaire, et force est d'admettre que le temp&#233;rament de chacun commande ses actions. (&#8230;) Mais les Accords de Gdansk avaient lanc&#233; des ponts, ouvert des possibilit&#233;s d'entrer dans une nouvelle &#233;tape de coexistence, fait appara&#238;tre la n&#233;cessit&#233; d'une &#171; convivialit&#233; du pouvoir &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le lundi matin, ouverture des premiers locaux du Syndicat, rue Marchlewskiego, dans le vieux Wrescz. (&#8230;) Bient&#244;t, la file d'attente s'&#233;tend jusqu'&#224; la rue. (&#8230;) Gdansk devait expliquer, d&#233;fendre, organiser, conf&#233;rer son label. La capitale de la Pologne avait d&#233;m&#233;nag&#233; sur le Littoral. (&#8230;) La p&#233;riode difficile venait de commencer. De jour en jour, une force r&#233;elle se constituait ; les maillons syndicaux se multipliaient &#224; une vitesse vertigineuse dans toutes les entreprises, les &#233;coles, les h&#244;pitaux, et cette force cherchait naturellement &#224; s'exercer : elle entendait influencer les d&#233;cisions concernant le Plan, les questions salariales, celles de la productivit&#233;, les cas individuels. Les directions d'entreprise lui refusaient g&#233;n&#233;ralement ce r&#244;le. Il n'existait pas de jurisprudence indiquant avec pr&#233;cision comment comprendre les Accords d'ao&#251;t 80, dont les formulations &#233;taient souvent trop g&#233;n&#233;rales. Les controverses se multipliaient (...) Toutes affaires devaient &#234;tre r&#233;gl&#233;es par le MKZ : le Comit&#233; inter-entreprises de fondation des syndicats ind&#233;pendants autog&#233;r&#233;s. Nous n'&#233;tions que 18 et il nous revenait d'accomplir sur le champ la r&#233;forme du syst&#232;me. (&#8230;) Quand il devin manifeste que toute notre exp&#233;rience acquise dans les Syndicats libres n'y suffirait pas (&#8230;) je d&#233;couvris la voie menant &#224; moi-m&#234;me par l'Eglise, par la foi, qui m'avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e dans les moments difficiles de la gr&#232;ve. (&#8230;) Durant les premiers jours de septembre nous parvint un signal de Varsovie : le Primat souhaitait rencontrer Walesa et l'&#233;quipe des dirigeants de la gr&#232;ve. Ainsi allait donc avoir lieu ce contact personnel, cette rencontre en t&#234;te &#224; t&#234;te avec celui qui personnifiait la majest&#233; de l'Eglise polonaise, qui repr&#233;sentait le lien principal entre la tradition nationale, toujours vivante, et le pr&#233;sent. (&#8230;) Nous avons commenc&#233; par une messe matinale au cours de laquelle le cardinal Wyszynski, s'adressant &#224; nous, d&#233;clara : &#171; (&#8230;) Les plus grandes &#233;nergies doivent se d&#233;ployer afin de donner des fruits pour le bien des travailleurs qui entreprennent dans notre Patrie un immense effort. Mais comme il faut &#234;tre sage ! Comme il faut savoir embrasser &#224; la fois le pr&#233;sent et l'avenir de cette nation (&#8230;) &#187; Il d&#233;clara un peu plus tard : &#171; Il ne faut pas vouloir changer les gens en place, ce sont eux qui doivent changer, devenir autres. &#187; (&#8230;) Je me sentais tr&#232;s proche du primat sur tous ces sujets ! (...) Le Primat surprenait parfois par son indulgence et sa g&#233;n&#233;rosit&#233;, si &#233;loign&#233;s d'une tactique sommaire et plus ais&#233;e &#224; adopter, tentante m&#234;me. Il en avait &#233;t&#233; ainsi en 1970, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de d&#233;cembre, quand l'Eglise &#233;tait &#224; m&#234;me d'exiger beaucoup d'un pouvoir affaibli par les r&#233;cents bouleversements&#8230; Le Primat d&#233;clara alors qu'on ne pouvait &#171; gagner &#187; gr&#226;ce qu sang ouvrier qui avait &#233;t&#233; r&#233;pandu, que l'Eglise devait &#234;tre forte de sa propre force, non de la faiblesse de l'adversaire. (&#8230;) Novice comme je l'&#233;tais &#224; l'&#233;poque, ce sont l&#224; des &#233;l&#233;ments qui me permirent de construire ce qu'on a plus tard appel&#233; la &#171; ligne Walesa &#187;, qui ne faisait alors que s'esquisser. (&#8230;) En ao&#251;t, ce but &#233;tait clair aux yeux de tous, tout &#233;tait simple : il fallait arr&#234;ter la gr&#232;ve, formuler nos revendications, amener le pouvoir &#224; les accepter. (&#8230;) Prendre le pouvoir, r&#233;tablir l'ordre par un nouveau pouvoir install&#233; par nous ? Non ! Plut&#244;t, un profond changement int&#233;rieur du pouvoir en place, puisque rien ne garantissait qu'un autre serait meilleur (&#8230;)&lt;br /&gt;
Ce pendait, pr&#232;s du feu, l&#224; o&#249; tout se d&#233;cidait, les affaires se r&#233;v&#233;laient beaucoup plus complexes. J'&#233;tais celui qui choisissait les &#233;l&#233;ments de l'alliage, mais, parall&#232;lement, d'autres &#233;l&#233;ments s'y infiltraient &#224; mon insu : par les c&#244;t&#233;s, par en haut, par derri&#232;re&#8230; Il y avait m&#234;me des gens qui agissaient de leur propre initiative, sans demander la moindre autorisation. La temp&#233;rature montait constamment. Situation nouvelle : dans la gr&#232;ve, nous &#233;tions la force motrice, nous dosions les probl&#232;mes &#224; r&#233;soudre, le mouvement ob&#233;issait &#224; un programme, donnait lui-m&#234;me le tempo des &#233;v&#233;nements qui, cette fois, se d&#233;roulaient ind&#233;pendamment de nous. L'aiguillage avait &#233;t&#233; d&#233;vi&#233; : il fallait redoubler de force pour contr&#244;ler le cours de l'actualit&#233;, proposer &#224; temps des corrections de trajectoires, &#233;viter les catastrophes, servir de butoir l&#224; o&#249; des revendications d&#233;cha&#238;n&#233;es mena&#231;aient directement l'existence de certaines structures concr&#232;tes du pouvoir. Au cours de dizaines de r&#233;unions, il me fallut combattre la tendance g&#233;n&#233;rale au r&#232;glement de comptes avec des chefs de services, des directeurs compromis dans leurs entreprises, des repr&#233;sentants du pouvoir &#224; divers niveaux. Les gens &#233;taient emport&#233;s par la fureur de tout nettoyer tout de suite. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Quelques jours apr&#232;s la gr&#232;ve, je re&#231;us la visite d'Anna Walentynowicz, dans notre nouvel appartement, rue Pilotow, dans le quartier neuf de Zaspa. (&#8230;) Mme Anna vint me voir avec une proposition amicale bien concr&#232;te : &#171; Donne ta d&#233;mission du Comit&#233; inter-entreprises ! &#187; Je n'avais pas les &#233;paules assez larges, &#224; ce qu'elle disait, il fallait un type dans le genre d'Andrej Gwiazda, de Kuron, de Modzelewski ou de tel autre encore&#8230; Le candidat n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;, mais l'intention n'en &#233;tait pas moins claire : d'apr&#232;s elle, j'&#233;tais trop faible, pas assez &#171; r&#233;volutionnaire &#187; dans mes revendications, trop mou avec les autorit&#233;s. Cette id&#233;e n'&#233;manait pas uniquement de madame Anna, il y avait derri&#232;re elle une fraction pas tr&#232;s nombreuse mais influente des syndicats libres du Littoral. (&#8230;) Il &#233;tait devenu &#233;vident que le Comit&#233; inter-entreprises de Gdansk s'employait sans cesse &#224; contester la position que j'avais acquise, il faut le reconna&#238;tre, gr&#226;ce &#224; la gr&#232;ve. Aux yeux de certains, je pouvais encore appara&#238;tre comme un &#171; usurpateur &#187;. (&#8230;) Ainsi Jacek Kuron &#233;tait indiscutablement un homme aux id&#233;es bien arr&#234;t&#233;es, initiateur de conceptions assez radicales. C'&#233;tait le m&#234;me homme avec qui j'avais eu une discussion interminable &#224; l'&#233;poque o&#249; je faisais mes tout premiers pas dans les syndicats libres. C'est &#224; lui que j'&#233;tais redevable de l'aide que le KOR (Comit&#233; de D&#233;fense des Ouvriers) avait apport&#233;e &#224; moi-m&#234;me et &#224; beaucoup d'autres en p&#233;riode de ch&#244;mage ou de difficult&#233;s personnelles. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Sous le label Solidarnosc, les Comit&#233;s inter-entreprises r&#233;gionaux iront tous ensemble se faire enregistrer au tribunal. (&#8230;) A pr&#233;sent, le groupe de conseillers et d'experts varsoviens travaillait &#224; nos statuts qui devaient refl&#233;ter &#224; la fois notre exp&#233;rience syndicale, la signification d'ao&#251;t 80, la tradition polonaise. (&#8230;) Dans le m&#234;me temps, une &#233;quipe de t&#233;l&#233;vision polonaise m'interroge sur le sort de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement annonc&#233;e par Solidarnosc. Ils ont du mal &#224; comprendre que la proclamation de cette gr&#232;ve d'avertissement canalise toutes les gr&#232;ves sauvages qui explosent comme des p&#233;tards dans tout le pays contre les autorit&#233;s qui s'opposent &#224; divers &#233;chelons aux in&#233;vitables revendications de la population. A cela s'ajoute encore en arri&#232;re-plan la cr&#233;ation de l'organisation syndicale rurale qui est en train de se mettre pr&#233;cipitamment en place. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Sur les &#171; gr&#232;ves de solidarit&#233; ouvri&#232;re &#187;, notamment aux revendications des agriculteurs, Walesa cite la bande son d'un film :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Walesa : (&#8230;) C'est &#224; Gdansk que &#231;a se passe. Poznan a d&#233;bray&#233; aussi, j'ai stopp&#233;. J'ai tout de m&#234;me stopp&#233; deux gr&#232;ves ! (&#8230;) Ce serait pire s'ils faisaient gr&#232;ve sans nous. Ce serait la r&#233;volution. (&#8230;) Je pense donc que ce que nous avons fait constituait l'issue la plus logique. (&#8230;) Nous &#233;tions oblig&#233;s de nous prononcer, et nous nous sommes prononc&#233;s pour la ma&#238;trise de ce mouvement. Le pire aurait &#233;t&#233; qu'il &#233;chappe &#224; notre contr&#244;le. Nous ne souhaitons pas la gr&#232;ve, parce qu'il en viendra alors sans cesse de nouveaux pour multiplier les revendications, et tout risque alors de mal tourner. C'est pourquoi nous n'en voulons pas. (&#8230;) Bien s&#251;r que nous pouvons y aller, mais nous sommes bien plac&#233;s pour savoir que, d'ici une heure, il peut aussi bien &#233;clater une r&#233;volution. (&#8230;) Nous for&#231;ons les choses, pouss&#233;s par des hourrah, de telle mani&#232;re qu'il n'y ait plus de solution du tout ! &#187;&lt;br /&gt;
&#171; Walesa : &#171; Walesa &#224; l'appareil. Monsieur le directeur, il y a deux affaires dont je voudrais vous parler. (&#8230;) En ce qui concerne cette gr&#232;ve. Vous savez, nous ne tenons pas &#224; ce qu'il y ait des gr&#232;ves en ce moment&#8230; (&#8230;) C'est pourquoi il serait bien que vous fassiez en sorte que (&#8230;) je m'entretienne avec eux (les gr&#233;vistes), ou pour qu'ils viennent chez nous&#8230; Nous leur expliquerions en quoi &#231;a fait probl&#232;me. (&#8230;) R&#233;ponse de l'assistant du vo&#239;vode : nous enverrons des voitures vous chercher. &#187;&lt;br /&gt;
Les voitures sont bien arriv&#233;es, mais l'annulation de la premi&#232;re gr&#232;ve d'avertissement d'apr&#232;s ao&#251;t n'a pas &#233;t&#233; prononc&#233;e pour autant pour la simple raison qu'elle ne pouvait pas l'&#234;tre. (&#8230;) De toute fa&#231;on, j'allais mettre fin &#224; ces gr&#232;ves (&#8230;) &lt;br /&gt;
La c&#233;sure dans la br&#232;ve existence officielle du syndicat se situe &#224; mon avis en mars 1981. Elle correspond &#224; la crise de Bydgoszcz, engendr&#233;e par l'agression perp&#233;tr&#233;e par la milice contre Rulewski, responsable de Solidarnosc pour cette r&#233;gion, et d'autres qui tentaient de pr&#233;senter &#224; la session du conseil r&#233;gional de Bydgoszcz le probl&#232;me de la reconnaissance du syndicat des agriculteurs priv&#233;s. Cette crise de mars a &#233;t&#233; surmont&#233;e, mais nous avions d&#233;j&#224; presque atteint le point limite. J'ai eu le plus grand mal &#224; apaiser le climat de mobilisation g&#233;n&#233;rale qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; autour de la raison d'&#234;tre de Solidarnosc, et qui, &#233;tant donn&#233; l'attitude du pouvoir, mena&#231;ait de conduire &#224; la catastrophe. J'eus alors le sentiment d'avoir d&#233;samorc&#233; une &#233;norme charge de dynamite et d'avoir men&#233; &#224; bien quelque chose d'irr&#233;versible. A partir de ce moment-l&#224;, Solidarnosc ne b&#233;n&#233;ficierait certes plus jamais d'une conjoncture aussi favorable, mais, d'un autre c&#244;t&#233;, jamais une confrontation g&#233;n&#233;rale avec ce pouvoir aux abois n'avait &#233;t&#233; aussi lourde de dangers. &lt;br /&gt;
L'affaire de mars est en effet une date cl&#233; pour comprendre l'histoire du syndicat. Je soutenais qu'on ne pouvait absolument pas proc&#233;der &#224; une op&#233;ration aussi complexe que l'inversion du rapport de forces en Pologne dans un climat d'extr&#234;me tension, au bord de l'explosion sociale. Je tablais sur une issue &#233;volutive. Malheureusement, le pouvoir ne tira de la mobilisation qu'une seule conclusion : qu'il &#233;tait tr&#232;s menac&#233; et, qu'en l'espace d'une journ&#233;e, l'ensemble de la population pouvait se dresser contre lui. Apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements, j'&#233;tais n&#233;anmoins certain d'une chose : tant que nous pourrions naviguer, tant que Solidarnosc continuerait d'exister, il serait possible, ne f&#251;t-ce que tr&#232;s lentement, de consolider les changements, de donner aux gens ne f&#251;t-ce qu'un aper&#231;u de ce que pourrait &#234;tre la vraie vie en Pologne. (&#8230;) Parfois, on pr&#233;f&#232;rerait presque que tout nous tombe dessus : on verra bien, &#231;a nous tranchera peut-&#234;tre pas la t&#234;te, si nous savons rester raisonnables ; le cas &#233;ch&#233;ant, nous reviendrons alors sur nos pas&#8230; Je me repr&#233;sentais toujours l'avenir comme une marche par &#233;tapes, jamais comme une course d'une seule traite. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Si l'espoir &#233;tait immense, les chances de r&#233;ussir ici et maintenant n'&#233;taient vraiment pas &#233;normes. J'&#233;tais au contraire d'avis qu'elles &#233;taient infimes. Elles r&#233;sidaient dans le simple fait que la cause d'ao&#251;t 80 &#233;tait commune &#224; tous les Polonais. Elles reposaient sur l'espoir que le pouvoir repr&#233;senterait le peuple dans cette mesure au moins o&#249; il serait capable de comprendre ses aspirations et il accepterait de participer &#224; ce difficile processus. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Quoiqu'on puisse en penser, &#224; aucun moment l'attitude de Solidarnosc n'avait abouti &#224; aggraver les difficult&#233;s &#233;conomiques, m&#234;me si telle &#233;tait alors la version des faits la plus courante parmi ceux qui d&#233;fendaient les int&#233;r&#234;ts gouvernementaux. En voici une illustration : c'est la cr&#233;ation des syndicats ind&#233;pendants qui constituait la revendication principale des gr&#233;vistes d'ao&#251;t 80, bien que les revendications salariales eussent domin&#233; dans un premier temps. Les ouvriers des Chantiers c&#233;d&#232;rent sur ces derni&#232;res jusqu'&#224; y renoncer pour ainsi dire totalement. On en eut termin&#233; avec une augmentation de quelques centaines de zlotys, et plut&#244;t pour le principe, afin d'en finir avec l'aspect purement &#233;conomique de la gr&#232;ve. Il y avait de notre part une grande compr&#233;hension des difficult&#233;s du pays. Les gens &#233;taient pr&#234;ts &#224; consentir des sacrifices. Il y eut m&#234;me des propositions comme quoi ceux qui en avaient encore les moyens allaient se cotiser pour rembourser ne f&#251;t-ce qu'une toute petite partie de la dette polonaise ? &lt;br /&gt;
(&#8230;) Novembre 80 &#233;largit dangereusement le champ de confrontation avec le pouvoir. Deux incidents y contribu&#232;rent : le premier, li&#233; &#224; l'enregistrement du syndicat ; le second, concernant l'affaire Jan Narozniak, un math&#233;maticien de l'Universit&#233; de Varsovie qui avait rendu public un texte confidentiel du procureur g&#233;n&#233;ral. (...) Dans le m&#234;me temps d&#233;ferle une vague de revendications plus g&#233;n&#233;rales : dans la r&#233;gion montagneuse, &#224; Bielsko-Biala, &#224; Jelenia-Gora. Un puissant mouvement social se d&#233;veloppe, exigeant que soient restitu&#233;s de nombreux centres de loisirs luxueusement &#233;quip&#233;s, des maisons de repos, des b&#226;timents publics appartenant jusqu'alors aux diff&#233;rents organes gouvernementaux et inaccessibles au reste de la population. (&#8230;) D'o&#249; une vague de gr&#232;ves dans toutes les r&#233;gions de Pologne. Je passe cette p&#233;riode &#224; voyager sans cesse pour participer aux n&#233;gociations entre gr&#233;vistes et autorit&#233;s. Les conseillers et experts du syndicat ne me quittent pas un instant. Ils sont partout o&#249; les conflits se propagent. (&#8230;) L'Eglise jouait avec succ&#232;s le r&#244;le de m&#233;diateur entre les gr&#233;vistes et le pouvoir. L'image en est devenue classique et restera longtemps dans les m&#233;moires : trois &#233;v&#234;ques assis &#224; la table des pourparlers entre repr&#233;sentants des autorit&#233;s et de Solidarnosc. C'est le moment o&#249; la tension &#224; Bielsko-Biala &#233;tait &#224; son comble. (&#8230;) Je me suis mis en route en janvier 1981. A Rome m'attendait un grand Polonais, le pape Jean Paul II, et cette rencontre fut pour moi le temps fort de mon s&#233;jour en Italie. Nous apportions au Pape le message de Solidarnosc, et j'avais grandement conscience de l'importance de ce que nous re&#231;&#251;mes de lui qui, publiquement, &#224; la face du monde, approuva nos id&#233;aux. (...) J'avais re&#231;u une invitation &#224; me rendre &#224; Gen&#232;ve pour participer, au d&#233;but de juin, &#224; la prochaine session annuelle de l'Organisation Internationale du Travail. (&#8230;) Nous sommes partis en juin de Varsovie avec le ministre Jerzy Obodowski et un petit groupe de ses conseillers repr&#233;sentant la &#171; sph&#232;re des employeurs &#187;. Pour ma part, j'&#233;tais accompagn&#233; par Bronislaw Geremek, Andrej Stelmachowski et Ryszard Kalinowski qui avait, au sein de son syndicat, la responsabilit&#233; des contacts avec l'&#233;tranger. D&#232;s le d&#233;collage de l'avion se cr&#233;a entre nous une bonne atmosph&#232;re : apr&#232;s tout nous partions repr&#233;senter conjointement la Pologne &#224; une assembl&#233;e internationale o&#249; on ne se priva pas de nous scruter attentivement. (&#8230;) L'appui de la France se r&#233;v&#233;la alors essentiel, dissipant les malentendus auxquels se heurtait l'id&#233;al de Solidarnosc et &#233;clairant par contrecoup le malaise de l'&#233;quipe dirigeante polonaise. Il fit mieux comprendre &#224; l'opinion politique internationale le sens et la port&#233;e r&#233;els de l' &#187;&#233;t&#233; polonais &#187;. (&#8230;) Les cinq grandes organisations syndicales repr&#233;sent&#233;es ce jour-l&#224; refl&#233;taient &#224; elles seules tout l'&#233;ventail des tendances existantes, depuis le mouvement d'inspiration chr&#233;tienne jusqu'aux communistes. Toutes soulign&#232;rent n&#233;anmoins &#8211; et cette unanimit&#233; &#233;tait capitale &#8211; l'importance de l'exp&#233;rience polonaise pour le mouvement syndical mondial. (&#8230;) Ce sont les chr&#233;tiens de la CFTC qui percevaient le mieux la nature de notre attachement &#224; la religion et &#224; l'Eglise. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Mes d&#233;placements en Pologne m&#234;me commenc&#232;rent &#224; compter d'octobre 1980. (&#8230;) Je devais enfourcher ce cheval l&#224; &#8211; exprimer certaines choses en usant de la langue de bois de la politique &#8211; afin de ne pas permettre &#224; ce cheval de me d&#233;sar&#231;onner, et pour mieux le freiner ensuite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage de Mieczyslaw Wachoowski cit&#233; par Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Il faut commencer par dire que Lech avait une passion pour les voyages et les foules. (&#8230;) D&#233;j&#224;, &#224; cette &#233;poque, on le surnommait &#171; Lech-le-pompier &#187;, il jouait le r&#244;le de celui qui allait partout &#233;teindre les foyers de gr&#232;ves. (&#8230;) A Jelenia-Gora, c'&#233;taient Wielowieyski et Sila-Nowicki qui menaient les pourparlers. (&#8230;) Lech arrive et explique que vouloir aujourd'hui confisquer quoi que ce soit &#224; la milice est une pure b&#234;tise, qu'on se faire briser les reins pour des futilit&#233;s. (...) R&#233;sultat : le b&#226;timent fut conc&#233;d&#233;, les gens rentr&#232;rent chez eux, le probl&#232;me &#233;tait r&#233;gl&#233;. Lech eut ce mot de la fin : &#171; Encore une gr&#232;ve d'&#233;teinte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage d'Anna Kowalczyk cit&#233; par Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Leszek n'aimait d&#233;cid&#233;ment pas ce d&#233;ferlement de gr&#232;ves. Pr&#233;tendre qu'il les soutenait n'est que calomnie. Il y allait plut&#244;t en tant que &#171; pompier &#187;, pour &#233;touffer l'incendie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa&lt;i&gt; &lt;/i&gt; : &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&#171; En f&#233;vrier 1981 survient un changement important. Pietkowski est remplac&#233; &#224; son poste par le g&#233;n&#233;ral Wojciech Jaruzelski qui devient Premier ministre tout en conservant le portefeuille de la D&#233;fense qu'il d&#233;tient depuis 1968. (&#8230;) Dans sa premi&#232;re allocution, le g&#233;n&#233;ral-Premier ministre appelle &#224; 90 jours de tr&#234;ve, tout en exposant un programme anti-crise en dix points. A peine nomm&#233; vice-Premier ministre Rokowski entreprend des n&#233;gociations avec Solidarnosc. On note alors de rapides progr&#232;s dans l'action visant &#224; apaiser les menaces de gr&#232;ve dans l'ensemble du pays (&#8230;) Tous ces acquis peuvent para&#238;tre bien minces. Mais l'opinion pr&#233;vaut que le G&#233;n&#233;ral fait montre de bonne volont&#233; et qu'il convient donc de l'aider. Le 18 f&#233;vrier 1981, une semaine apr&#232;s l'entr&#233;e en fonctions de Jaruzelski comme Premier ministre, les gr&#232;ves ont cess&#233; et le calme r&#232;gne partout dans le pays. Mais, dans le m&#234;me temps, une r&#232;gle arbitraire, limitant consid&#233;rablement le droit de gr&#232;ve, est introduite par d&#233;cret : le pouvoir se r&#233;serve de d&#233;cider de la conformit&#233; d'une gr&#232;ve aux conditions pr&#233;vues dans les conventions, et il exige que la dur&#233;e de pr&#233;avis soit port&#233;e &#224; au moins sept jours. (&#8230;) On assiste &#224; une nouvelle vague de repr&#233;sailles &#224; l'encontre de militants de Solidarnosc. (&#8230;) &lt;br /&gt;
En d&#233;pit de tout cela, on parvient &#224; m'organiser un premier entretien en t&#234;te &#224; t&#234;te avec Jaruzelski. (&#8230;) Je ne me dissimule pas pour autant l'estime instinctive que je voue &#224; l'uniforme. Le fait que le G&#233;n&#233;ral ait rev&#234;tu l'uniforme pour cette rencontre si attendue n'est d'ailleurs pas d&#233;nu&#233; de signification&#8230; (&#8230;) La rencontre elle-m&#234;me se d&#233;roule dans un climat qu'il serait exag&#233;r&#233; de qualifier de chaleureux, mais, entre nous, le courant passe qui avait &#233;t&#233; compl&#232;tement absent de ma premi&#232;re rencontre avec Kania (&#8230;) Je nourris en revanche une certaine estime pour Jaruzelski, probablement li&#233;e au port de l'uniforme, mais pas seulement. (&#8230;) Tout donne alors &#224; croire qu'il existe un langage commun, susceptible d'&#234;tre employ&#233; et compris par l'un et par l'autre. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Quelle est la situation au moment o&#249; &#233;clate l'incident de Bydgoszcz ? Dans le Nored de la Pologne se d&#233;roulent de grandes man&#339;uvres du Pacte de Varsovie. On nous signale que plane sur le pays la menace d'une instauration de l'&#233;tat d'urgence. On sait &#233;galement que sont constitu&#233;es des listes de militants que les autorit&#233;s ont &#224; l'&#339;il. (&#8230;) Nous n'&#233;tions pas &#224; m&#234;me de nous battre. J'avais confiance en la sagesse de notre population, je ne concevais pas qu'on en arriverait &#224; une telle situation, m&#234;me au cas o&#249; une certaine &#171; aide &#187; ext&#233;rieure viendrait nous tomber dessus. Les &#233;v&#233;nements ne pouvaient tourner au tragique, puisque la population n'&#233;tait pas arm&#233;e, n'&#233;tait nullement pr&#233;par&#233;e et ne souhaitait pas lutter de cette fa&#231;on-l&#224;. (&#8230;) Bydgoszcz ouvrit cette faille si contraire &#224; ma conception : je savais que si nous commencions et si nous nous r&#233;v&#233;lions incapables de nous arr&#234;ter, ceux d'en haut n'auraient plus le choix. C'est pourquoi je ne tenais pas &#224; aborder ainsi ce genre de probl&#232;mes. Il fallait y faire face, mais pour leur trouver une solution toujours possible, et non de mani&#232;re offensive, comme l'on se pr&#233;pare &#224; un conflit. Je misais sur une longue et patiente obstination (&#8230;) &lt;br /&gt;
A la veille du Congr&#232;s de Solidarnosc, je me rendais bien compte que de nos trois courants : pragmatique, repr&#233;sent&#233; en principe par notre groupe d'experts, organisationnel, repr&#233;sent&#233; par les d&#233;l&#233;gu&#233;s arriv&#233;s &#224; Gdansk, c'&#233;tait le troisi&#232;me, celui de l'action pratique, qui devait se voir accorder la plus grande importance : pour ce courant, la question &#233;tait de savoir si et comment nous pourrions arriver &#224; passer avec le pouvoir un compromis permettant d'ins&#233;rer Solidarnosc dans le paysage politique polonais en tant que force populaire ind&#233;pendante, non soumise au Parti. (...) Le probl&#232;me &#233;tait que les membres de cette assembl&#233;e voulaient &#224; tout prix briller, voler plus haut que leurs ailes ne le leur permettaient. (&#8230;) La mode &#233;tait aux slogans, on en braillait pour un oui, pour un non. (&#8230;) L'ensemble des d&#233;cisions et motions adopt&#233;es n'avait &#224; mes yeux qu'une valeur toute th&#233;orique car, en v&#233;rit&#233;, une seule chose comptait d&#233;sormais : savoir si on parviendrait &#224; cr&#233;er en Pologne un syst&#232;me tripartite entre le pouvoir, l'Eglise et Solidarnosc. Prenant part &#224; la discussion pour soutenir ce point de vue, j'eus plusieurs fois l'occasion de perdre patience, et ne pus le dissimuler jusqu'&#224; la cl&#244;ture des d&#233;bats. Quelqu'un se d&#233;clara m&#234;me scandalis&#233; lorsque j'avouai ne pas conna&#238;tre dans le d&#233;tail l'assez volumineux projet de plate-forme soumis au vote des congressistes&#8230;&lt;br /&gt;
Voici le t&#233;moignage d'un participant au Congr&#232;s sur son d&#233;roulement :&lt;br /&gt;
&#171; Au cours des d&#233;bats du Congr&#232;s de Solidarnosc, Walesa n'est apparemment attentif qu'&#224; une chose : il essaie et finit par obtenir une composition des instances dirigeantes qui lui assure un plein contr&#244;le sur le syndicat. (&#8230;) Il r&#233;clame au Congr&#232;s les pleins pouvoirs. Cette proposition ne soul&#232;ve gu&#232;re l'enthousiasme. (&#8230;) La motion pr&#233;sent&#233;e par Karol Modzlewski, mise aux voix, est adopt&#233;e, de m&#234;me que le projet de loi pour l'autogestion ouvri&#232;re. Celui-ci balaie le projet gouvernemental adress&#233; &#224; la Di&#232;te : au lieu de faire nommer les directeurs par un organe d'Etat, il r&#233;clame leur d&#233;signation par voix d'&#233;lections. Cette autogestion ouvri&#232;re s'inscrit ainsi comme une contestation radicale de la nomenklatura. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; A la conf&#233;rence de presse cl&#244;turant les longs et orageux d&#233;bats du Congr&#232;s, j'expose &#224; nouveau mon id&#233;e de &#171; triple entente &#187; entre le gouvernement, l'Eglise et Solidarnosc. C'est au cours des derniers mois de l'ann&#233;e 1981, les plus tendus, lors de la rencontre du &#171; grand trio &#187; Jaruzelski-Glemp-Walesa, que sera formul&#233;e officiellement la proposition suivante ; pour Solidarnosc, non pas une voix sur trois, mais tout au plus une voix dans un ch&#339;ur de sept. Dans le projet de cr&#233;ation d'un Front d'Entente nationale, le grand syndicat ne disposera que d'un strapontin aux c&#244;t&#233;s de multiples autres organisations sociales. (&#8230;) Quelques jours avant la rencontre du &#171; grand trio &#187; se d&#233;cha&#238;ne une violente campagne contre Solidarnosc (&#8230;) Le g&#233;n&#233;ral Jaruzelski y parle de la folie des gr&#232;ves, de la campagne de haine d&#233;clench&#233;e contre le pays, le socialisme et ses alli&#233;s naturels. (&#8230;) Le 4 novembre dans l'apr&#232;s-midi, Lech Walesa est accueilli par le primat Jozef Glemp. C'est bient&#244;t l'heure de la rencontre avec Wojzech Jaruzelski. (&#8230;) Le texte de proposition d'&#233;laboration d'une ligne commune entre Solidarnosc et le pouvoir, r&#233;dig&#233; par Tadeuz Mazowiecki n'est m&#234;me pas examin&#233; lors de cette rencontre. &#187; (&#8230;) La rencontre du &#171; trio &#187; a finalement abouti &#224; une impasse, elle n'a donn&#233; aucun r&#233;sultat. Ce qui ne veut pas dire que je suis rest&#233; sourd aux arguments du pouvoir. Apr&#232;s cette rencontre et jusqu'au 12 septembre, tous les foyers de gr&#232;ve furent &#233;touff&#233;s ; la derni&#232;re gr&#232;ve, objet de discussion entre le Primat et moi - , celle des &#233;tudiants, allait se terminer par une messe solennelle au sanctuaire de Jasna Gora, &#224; Czestochova. Les autorit&#233;s en furent elles aussi inform&#233;es. Je d&#233;clarai &#233;galement que la meilleure solution au probl&#232;me des gr&#232;ves serait la cr&#233;ation de commissions paritaires : une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ou r&#233;gionale ne pourrait &#234;tre d&#233;clench&#233;e qu'apr&#232;s qu'on ait &#233;puis&#233; toute possibilit&#233; de m&#233;diation. Cela vaudrait aussi bien &#224; l'&#233;chelon local, jusqu'au niveau des entreprises ; interdit de d&#233;clencher une gr&#232;ve sans m&#233;diation pr&#233;alable, sauf peut-&#234;tre en cas d'attaque directe contre le syndicat&#8230; (&#8230;) J'ai pr&#233;sent&#233; tout un catalogue de propositions semblables, la principale, sciemment pass&#233;e sous silence par les autorit&#233;s, devait contribuer &#224; changer le fonctionnement de la Commission Nationale (&#8230;) lui permettant de s'occuper d'avan&#231;age de solutions pratiques aux probl&#232;mes au lieu de se sentir investie de la mission de formuler en permanence une litanie de revendications embl&#233;matiques. (&#8230;) Une modification fut apport&#233;e en toute connaissance de cause, pendant le Congr&#232;s, &#224; la liste des membres de l'instance dirigeante du mouvement, autrement dit du Praesidium de la Commission Nationale. N'y figurait plus aucune &#171; personnalit&#233; &#187; dont le cas eut risqu&#233; de para&#238;tre politiquement &#171; &#233;pineux &#187; aux yeux du pouvoir. On me reprocha d'ailleurs d'avoir ainsi cr&#233;&#233; un &#171; praesidium-croupion &#187;, mais, en ces temps de transition difficile, ce n'&#233;tait pas une mauvaise chose. Qui en &#233;tait membre ? Des gens comp&#233;tents, non plus des meneurs de gr&#232;ves, mais des hommes capables de travailler. (&#8230;) je pouvais compter sur l'&#233;quipe qui m'entourait et sur moi-m&#234;me. Ayant d&#233;j&#224; une certaine exp&#233;rience, je pensais que nous pourrions maintenir les choses le plus longtemps possible et que nous serions capables d'emp&#234;cher ce qui s'&#233;tait pass&#233; avec les conseils ouvriers apr&#232;s 1956, avec l'autogestion apr&#232;s 1970. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 13 d&#233;cembre 1981, le g&#233;n&#233;ral Wojciech Jaruzelski fait sa rentr&#233;e sur la sc&#232;ne nationale dans un tout nouveau r&#244;le. (&#8230;) L'&#233;tat de guerre (&#8230;) ressemble &#224; une action militaire de grande envergure. (&#8230;) J'ai compris que, pour le moment, notre mouvement est stopp&#233;. Il faut l'accepter, de m&#234;me qu'on a accept&#233; les r&#232;gles du jeu. Quand vient le tour du joueur qu nous fait face, il faut savoir se retirer, r&#233;fl&#233;chir &#224; t&#234;te repos&#233;e, garder bon moral et refaire ses forces pour affronter la suite. (&#8230;) &lt;br /&gt;
A Gdansk et sur les Chantiers, la situation durant ces journ&#233;es critique est la suivante : &lt;br /&gt;
&#171; D&#233;cret instaurant l'Etat de guerre et toutes les dispositions qui en d&#233;coulent : couvre-feu, interdiction de voyager, coupure des liaisons t&#233;l&#233;phoniques et du telex, suppression de la libert&#233; d'expression, r&#233;duction des programmes de la radio et de la t&#233;l&#233;vision, suspension des cours dans les &#233;coles et les universit&#233;s, contribution obligatoire au profit des forces arm&#233;es, militarisation de nombreuses entreprises, service de d&#233;fense civile, suspension des activit&#233;s des organisations &#233;tudiantes et des associations, blocage des retraits d'argent polonais et &#233;tranger. (&#8230;) Les gens accourus devant le b&#226;timent de la Direction r&#233;gionale du syndicat forment une foule consid&#233;rable. Un jeune homme a plant&#233; sur le toit le drapeau de Solidarnosc. (&#8230;) De l'int&#233;rieur, on annonce par hauts-parleurs : &#171; Nous nous attendons &#224; une intervention de la milice, nous vous prions de ne pas rester devant l'entr&#233;e. &#187; (&#8230;) Il est terrible le coup de massue re&#231;u par les militants de Solidarnosc. Comme tout le monde, ils ne s'y attendaient pas. Puis la stupeur laisse place &#224; la r&#233;flexion : &#171; n'aurait-on pas d&#251; pr&#233;parer l'opinion &#224; cette &#233;ventualit&#233; ? Si les responsables du mouvement ne l'ont pas fait, peut-on dire que leur devoir a &#233;t&#233; rempli ? &#187; Il est exact que le syndicat avait &#233;labor&#233; un plan pr&#233;cis, mais qui ne s'appliquait qu'au cas o&#249; la Di&#232;te se serait appr&#234;t&#233;e &#224; voter des pouvoirs sp&#233;ciaux au gouvernement. &#171; &lt;br /&gt;
(&#8230;) Une r&#233;union a lieu &#224; laquelle participent les membres des trois comit&#233;s de gr&#232;ve : national, r&#233;gional et celui des Chantiers. (&#8230;) Le pr&#233;sident de la r&#233;union passe le micro au P&#232;re Jankowski qui affirme s'&#234;tre entretenu avec Lech, intern&#233; pour le moment &#224; Varsovie :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Il nous demande d'attendre sa d&#233;cision. Ce soir ou demain matin, Lech parlera avec les repr&#233;sentants du gouvernement. &lt;br /&gt;
A peine le P&#232;re Jankowski a-t-il termin&#233; sa phrase qu'un homme se presse en s'&#233;criant :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; A quoi bon attendre ? (&#8230;) Les dirigeants de Solidarnosc sont-ils arr&#234;t&#233;s ? Ils le sont ! Il ne reste donc qu'une seule r&#233;ponse face &#224; ces &#233;v&#233;nements : la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale !&lt;br /&gt;
Madame Walesa a demand&#233; la parole : (&#8230;) Lech vous demande de ne pas prendre de d&#233;cisions irr&#233;fl&#233;chies&#8230;. &lt;br /&gt;
La salle est parcourue par des mouvements divers. Quelqu'un lance :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Walesa n'est pas le syndicat &#224; lui tout seul ! (&#8230;)&lt;br /&gt;
La d&#233;termination des gens est telle que plus personne ne veut entendre parler de vote : la d&#233;cision est d&#233;j&#224; prise (la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale).&lt;br /&gt;
(&#8230;) Au fond, je savais bien qu'il n'&#233;tait pas dans la tradition de ce pays que sa population s'oppose par la force, les armes &#224; la main, au pouvoir en face ; notre chemin n'&#233;tait pas celui-l&#224;. C'&#233;tait &#233;galement la fa&#231;on de penser du Primat qui appelait en chaire &#224; l'ouverture de pourparlers, disant qu'il &#233;tait dispos&#233; &#224; aller les solliciter &#224; genoux. Sur ce point, il n'y avait gu&#232;re de divergences entre nous et j'ai clairement fait part de mon alignement sur la position de l'Eglise. (&#8230;) Je ne suis pas candidat au suicide. Je ne vais pas me lancer dans des histoires stupides, je n'ai nulle intention d'ameuter les foules ni d'organiser des gr&#232;ves. Je veux aider &#224; une sortie progressive de la gr&#232;ve, car je sais qu'on ne peut impun&#233;ment plonger la soci&#233;t&#233; dans le chaud pour brusquement l'exposer au froid... (&#8230;) La p&#233;riode de l'&#233;tat de guerre, m&#234;me si elle doit durer une ann&#233;e, pourrait &#234;tre mise &#224; profit pour changer progressivement de mod&#232;le en en discutant en commun ; je la consid&#232;re &#233;galement comme une solution pr&#233;f&#233;rable &#224; toute intervention ext&#233;rieure. J'ai moi-m&#234;me connu des difficult&#233;s &#224; ma&#238;triser certaines tendances. (&#8230;) &lt;br /&gt;
La d&#233;cision de dissoudre Solidarnosc n'ayant pas &#233;t&#233; prise d&#232;s le d&#233;but, tout pouvait encore s'arranger ; il fallait simplement attendre : un jour, une semaine, un mois&#8230; &lt;br /&gt;
(&#8230;) La Vistule d&#233;borde. Des milliers d'hommes et de femmes se retrouvent coup&#233;s du monde. (&#8230;) Les gens se r&#233;voltent. Les rues sont le th&#233;&#226;tre de manifestations, d'affrontements. (&#8230;) Des dizaines, des centaines de bulletins et d'&#233;ditoriaux clandestins voient le jour (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le 11 novembre 1982, pour le 64e anniversaire de l'ind&#233;pendance de la Pologne, la Commission (de ccordination provisoire du syndicat Solidarnosc) lance un appel &#224; une manifestation massive. Pour ma part, j'&#233;tais plut&#244;t sceptique sur les chances de r&#233;ussite &#224; grande &#233;chelle d'une telle manifestation. Je craignais que ces impulsions successives ne rapportent rien, sauf un regain de rafles et d'arrestations pr&#233;ventives de nos syndicalistes. (&#8230;) Je d&#233;cidai de risquer une ouverture. (&#8230;) j'&#233;cris au g&#233;n&#233;ral Jaruzelski (&#8230;) Le lendemain, la presse publia le texte de cette lettre assorti du commentaire suivant : &#171; (&#8230;) Le ministre de l'Int&#233;rieur a ordonn&#233; au commandant de la Milice de Gdansk de lever la d&#233;cision d'internement de Lech Walesa. &#187; Le climat est alors le suivant : j'apprend que la Commission de Coordination provisoire, apr&#232;s avoir lanc&#233; un appel &#224; la population, annonce des manifestations pour le 11 novembre. Je suis persuad&#233; que ce sera un &#233;chec. (&#8230;) En ces circonstances, j'essaie de pr&#233;venir un &#233;ventuel &#233;chec de la manifestation. J'ai &#233;galement pr&#233;sent &#224; l'esprit, d'apr&#232;s ce que j'ai pu entendre, que l'arm&#233;e risque de passer &#224; l'action, ce qui ne peut me laisser indiff&#233;rent. Voil&#224; comment j'ai l'id&#233;e de r&#233;diger cette lettre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;T&#233;moignage de Jan Mur, cit&#233; par Walesa :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) La clandestinit&#233; lance un appel &#224; une gr&#232;ve d'avertissement d'une dur&#233;e de huit heures. (&#8230;) La t&#233;l&#233;vision nous montre la lettre manuscrite de Walesa adress&#233;e au g&#233;n&#233;ral Jaruzelski (&#8230;) Cette lettre annon&#231;ait une certaine ouverture. (&#8230;) Mais les dirigeants de la clandestinit&#233;, que deviennent-ils dans tout cela ? La lettre place-t-elle Walesa en retrait par rapport &#224; leur d&#233;cision ? (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Walesa lors de son premier discours le 16 d&#233;cembre :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Notre cause n'est pas dirig&#233;e contre quoi que ce soit. Nous ne cherchons pas &#224; renverser le pouvoir, nous acceptons les r&#233;alit&#233;s politiques cr&#233;es par l'environnement mondial et par l'Histoire. C'est dans ces conditions que nous entendons servir notre patrie. (&#8230;) je vous demande, &#224; vous qui attendez la concr&#233;tisation de ces espoirs, de rentrer chez vous dans le calme. (&#8230;) Ne nous laissons pas &#233;carter de la voie pacifique que nous avons choisie (&#8230;) &#187; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;4-15-3 Turquie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Chronologie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1950, le pouvoir met en place la centrale T&#252;rk-Is comme m&#233;diateur obligatoire entre les ouvriers et le patronat.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1960 : coup d'Etat militaire&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1961, fondation par des syndicalistes du Parti ouvrier de Turquie (TIP, parti de gauche r&#233;formiste qui reconna&#238;t la revendication kurde)&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 13 f&#233;vrier 1967, suite &#224; une mont&#233;e des gr&#232;ves dans les ann&#233;es 60, un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir, la DISK, est fond&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1968 : mont&#233;e des luttes et de la contestation, dans la jeunesse (en juin) puis dans la classe ouvri&#232;re. La premi&#232;re occupation d'usine &#224; Istanbul, celle de Derby, un mois apr&#232;s le d&#233;but de mai 1968, &#233;tait le d&#233;but d'un processus historique. L'occupation de l'usine de fer-forg&#233;, l'une des citadelles de l'&#233;poque, la tentative de r&#233;pression de la police et la d&#233;fense h&#233;ro&#239;que des ouvriers et de leurs familles marqua l'histoire du mouvement ouvrier. L'arm&#233;e intervient pour r&#233;tablir l'ordre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1969, fondation de la &#171; Dev-Genc &#187; (F&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants r&#233;volutionnaires, anc&#234;tre de Dev-Yol), qui regroupe des tendances mao&#239;stes, castristes et trotskistes et affirme le droit du peuple kurde &#224; la lutte arm&#233;e.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; juin 1970, manifestation de masse contre un projet de loi syndicale r&#233;pressive : 100 000 ouvriers descendaient dans la rue, s'affontaient avec la police, &#233;rigeaient des barricades, interdiction de la Disk et manifestations de protestations contre cette interdiction les 15 et 16 juin. Le mouvement kurde se d&#233;veloppe.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 mars 1971, coup d'Etat militaire : des officiers renversent Demirel et installent la loi martiale. Pendant des ann&#233;es, des milliers d'opposants et de syndicalistes sont souvent assassin&#233;s par des milices, des fascistes, des &#233;l&#233;ments des forces arm&#233;es et polici&#232;res.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1er mai 1977, fusillade de la place Taksim &#224; Istanbul (37 morts parmi les centaines de milliers de manifestants ouvriers). En deux ans, des centaines de milliers de personnes furent arr&#234;t&#233;es et plus de 98000 jug&#233;es, 21700 condamn&#233;es &#224; des peines de prison, cinquante ex&#233;cut&#233;es &#224; l'issue de proc&#232;s politiques.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de 1979 &#224; 1983, les prix sont multipli&#233;s par 12, les salaires par 8 seulement. La baisse des salaires r&#233;els est tr&#232;s forte dans les ann&#233;es 1980.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; janvier 1980, plan gouvernemental soi-disant &#171; contre l'inflation &#187; : restriction du cr&#233;dit, diminution des investissements publics, blocage des salaires. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 1980, le complexe agro-industriel d'Izmir licencie des militants actifs et provoque la mobilisation des travailleurs, qui occupent les locaux. C'est l'intervention de l'arm&#233;e, de l'extr&#234;me droite qui intervient en force suppl&#233;tive du pouvoir d'&#201;tat et des patrons, en pratiquant l'assassinat de syndicalistes et de militants d'extr&#234;me gauche. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; de janvier &#224; septembre 1980, 2 000 personnes sont ainsi assassin&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 12 septembre 1980, coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Evren. Les organosations syndicales sont interdites pendant trois ans. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1983, la langue kurde est interdite jusque dans les discussions priv&#233;es.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1986-1987 : reprise des gr&#232;ves ouvri&#232;res&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; printemps 1989, vague de gr&#232;ves et de manifestations, avec une grosse mobilisation des travailleurs du secteur public, notamment ceux des chantiers navals. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en 1990-1991, une seconde vague de gr&#232;ve, en, particulier dans les mines, contraint les patrons &#224; c&#233;der des augmentations allant de 150 &#224; 250 % &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1994, la crise &#233;conomique plonge &#224; nouveau les salaires vers le bas.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1998, les m&#233;tallurgistes de Renault et Tofas (filiale de Fiat) entrent en lutte aussi bien contre leur patron que contre le syndicat Metal-Is, filiale de T&#252;rk-Is (la plus importante conf&#233;d&#233;ration) qui a accept&#233; une augmentation des salaires de 43 %, alors que l'inflation annuelle est de l'ordre de 100 %. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1999, contre le recul de l'&#226;ge de la retraite et la baisse du pouvoir d'achat, des manifestations qui regroupent des centaines de milliers de travailleurs. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; f&#233;vrier 2001, crise &#233;conomique et d&#233;valuation de la livre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4-15-4 Cor&#233;e du sud&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
En Cor&#233;e, au cours d'une succession impressionnante de mouvements durant vingt ans, la classe ouvri&#232;re a constitu&#233; d'imposantes forces militantes combatives et d&#233;termin&#233;es, des organisations de masse consid&#233;rables par rapport &#224; celles de nombreux pays, et notamment un syndicat, le KCTU, qui a &#233;t&#233; construit malgr&#233; l'opposition violente du pouvoir refusant toute autre organisation que le syndicat officiel KFTU (le KCTU revendique aujourd'hui 500.000 adh&#233;rents et le KFTU en a un million). On se souvient encore des combats du syndicat KCTU en 1997-98, combats violents qui ont finalement men&#233; &#224; sa reconnaissance en mars 1998. Pendant quatre d&#233;cennies, la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne a eu en face d'elle un des r&#233;gimes militaires les plus f&#233;roces, r&#233;pressif et r&#233;actionnaire d&#233;veloppant une id&#233;ologie violemment anticommuniste. La dictature a &#233;t&#233; n&#233;cessit&#233;e, pour les classes dirigeantes cor&#233;ennes comme pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qui l'a parrain&#233;e, &#224; la fois par le besoin du r&#233;gime d'imposer une exploitation f&#233;roce sur la classe ouvri&#232;re (ni droit d'association, ni droit syndical libre, ni droit de gr&#232;ve) et par le fait que le pays a &#233;t&#233; le point le plus chaud de la guerre froide entre les deux blocs, avec la guerre de Cor&#233;e. Et encore aujourd'hui, non seulement le rideau de fer entre les deux Cor&#233;es n'est pas tomb&#233;, non seulement le Nord maintient une id&#233;ologie stalinienne avec une dictature qui proclame p&#233;riodiquement sa volont&#233; d'imposer la r&#233;unification des deux Cor&#233;es mais au sud l'anti-communisme est toujours aussi fort. Il suffit pour aller en prison de se dire communiste ou m&#234;me simplement de pr&#233;tendre &#233;tudier le marxisme comme universitaire. Il suffit m&#234;me d'avoir fait un voyage en Cor&#233;e du nord ou m&#234;me d'entretenir une correspondance avec sa famille l&#224;-bas. En Cor&#233;e du sud, non seulement il n'est pas autoris&#233; de s'intituler parti communiste mais m&#234;me les termes d'ouvrier et de social sont interdits dans le nom d'un parti. La police politique reste un pouvoir &#224; part au sein de l'Etat et loin de s'effacer avec l'&#233;loignement de la dictature militaire, la KCIA est de plus en plus riche et puissante. &lt;br /&gt;
La dictature qui a gouvern&#233; la Cor&#233;e du sud depuis la deuxi&#232;me guerre mondiale, si elle a &#233;cras&#233; bien des mouvements, n'est jamais parvenue &#224; mettre au pas la fraction radicale des dirigeants ouvriers : elle les a au contraire pouss&#233; &#224; se radicaliser. Cette confrontation violente continuelle a donn&#233; au mouvement ouvrier ce caract&#232;re ultra-combatif et militant qui a impressionn&#233; le monde lors des grands &#233;pisodes de lutte. La Cor&#233;e a connu une s&#233;rie de rebondissements politiques, de crises du pouvoir, la dictature militaire &#233;tant r&#233;guli&#232;rement secou&#233;e par des coups d'Etat et par des contestations violentes des &#233;tudiants et des ouvriers, crises qui l'ont contraint de passer d'un pouvoir dictatorial de l'arm&#233;e intervenant sans cesse pour r&#233;primer les mouvements populaires &#224; un r&#233;gime bourgeois plus classique domin&#233; par la droite qui a lui-m&#234;me croul&#233; sous les scandales pour finalement laisser la place &#224; un gouvernement de centre-gauche : celui de Kim Dae Jung . Le caract&#232;re combatif, explosif et quasi r&#233;volutionnaire des luttes ouvri&#232;res qu'a connu la Cor&#233;e n'est pas d&#251; seulement &#224; l'affrontement sur le terrain &#233;conomique et social entre ouvriers et patrons (avec des revendications comme les salaires, le refus de la flexibilit&#233; ou la reconnaissance d'un syndicat libre) mais li&#233; tout autant &#224; cette situation politique et au combat men&#233; avec les &#233;tudiants pour contester la dictature et reposer le probl&#232;me de l'unification du pays. C'est ce contexte qui donne ce caract&#232;re explosif du mouvement social, mais aussi son caract&#232;re ultra politique dans lequel la revendication d&#233;mocratique et la question nationale ont &#233;t&#233; des questions d&#233;terminantes chez les ouvriers comme chez les &#233;tudiants. C'est ce qui explique le poids des dirigeants nationalistes sur les militants ouvriers. D'ailleurs nombre de militants de l'ancien mouvement &#233;tudiant sont devenus des dirigeants des syndicats ouvriers et des associations populaires et une majorit&#233; d'entre eux sont des nationalistes qui consid&#232;rent que l'unification du pays est &#224; mettre en premi&#232;re place, avant les int&#233;r&#234;ts de classe des travailleurs.&lt;br /&gt;
Loin d'&#234;tre le repr&#233;sentant de ce mouvement social, le soi-disant homme de gauche Kim Dae Jung a choisi comme premier ministre Kim Jong Pil, un des officiers putschistes de 1961, ancien chef de la police politique, la KCIA, d&#233;test&#233;e des milieux populaires et qui rappelle les pires moments de la dictature du g&#233;n&#233;ral Park. M&#234;me s'il a obtenu les voix des ouvriers, s'il a &#233;t&#233; &#233;lu en grande partie gr&#226;ce au soutien militant du syndicat KFTU et &#224; celui d'une partie du mouvement social, en r&#233;alit&#233; Kim Dae Jung n'est pas de ce bord. Il a un discours &#224; double sens d&#233;clarant ainsi : &#171; &lt;i&gt; la d&#233;mocratie et l'&#233;conomie de march&#233; sont les deux facettes de la m&#234;me pi&#232;ce&lt;/i&gt; &#187;, ce qui signifie &#224; la fois soutien au capitalisme mais est interpr&#233;t&#233; par ceux qui le soutiennent comme l'opposition entre lib&#233;ralisme et chaebols, synonymes de dictature politique et sociale. Le pr&#233;sident social-d&#233;mocrate n'avait pas encore officiellement pris ses fonctions que d&#233;j&#224; il se d&#233;clarait en faveur de licenciements massifs, justifiant son retournement en pr&#233;tendant qu'il venait de d&#233;couvrir l'&#233;tendue des d&#233;g&#226;ts &#233;conomiques. Et le 11 janvier 1998, le porte parole du parti de Kim Dae Jung d&#233;clarait &#224; la presse : &#171; &lt;i&gt;nous devons sacrifier 30% de ce que nous avons pour ne pas avoir &#224; perdre 100%&lt;/i&gt; &#187;. C'est avec un discours catastrophiste que Kim Dae Jung, a d&#233;but&#233; : &#171; &lt;i&gt;nous ignorons si nous serons en faillite demain ou apr&#232;s-demain&lt;/i&gt; &#187; et il s'en est servi pour mettre au pied du mur les organisations ouvri&#232;res, leur imposer des n&#233;gociations tripartites : &#233;tat/patronat/syndicat et leur faire signer un accord autorisant les licenciements collectifs. Aujourd'hui l'homme de gauche a m&#234;me pour conseiller le financier Georges Soros ! &lt;br /&gt;
On pourrait penser que ce n'est pas ce lib&#233;ral &#224; peine color&#233; &#224; gauche qui va r&#233;ussir &#224; tromper ou &#224; app&#226;ter des organisations ouvri&#232;res qui ont derri&#232;re elles un pass&#233; fait de bien autres engagements contre le pouvoir. On pourrait se dire que les dirigeants ouvriers cor&#233;ens qui, dans le pass&#233;, ont su lutter dans la clandestinit&#233;, tenir devant la r&#233;pression, l'emprisonnement et m&#234;me la torture, ne pas c&#233;der aux pressions politiques ni aux menaces, seront capables de ne pas c&#233;der &#224; une politique anti-ouvri&#232;re m&#234;me pr&#233;sent&#233;e par un social-d&#233;mocrate. Pourtant, on assiste &#224; une volte face de la direction du KCTU qui ne peut &#234;tre comprise comme une faiblesse face aux patrons ou &#224; la r&#233;pression mais comme un choix politique de la direction ultra-nationaliste du courant syndical dite &#171; djouch&#233;iste &#187;, celle qui soutient le r&#233;gime de Cor&#233;e du Nord. En effet, cet alignement sur la politique de Kim Dae Jung ne peut qu'&#234;tre mise en parall&#232;le avec la politique de celui-ci de dialogue avec la Cor&#233;e du nord et de collaboration avec le mouvement nationaliste, jusque l&#224; non seulement &#233;cart&#233; totalement par les diff&#233;rents r&#233;gimes mais dont les militants &#233;taient condamn&#233;s &#224; mourir en prison. Non seulement Kim Dae Jung en a lib&#233;r&#233; quelques uns mais certains anciens leaders djouch&#233;istes ont pu recevoir des postes et on a eu le spectacle &#233;tonnant d'anciens leaders radicaux du mouvement nationaliste participant &#224; la collecte d'or pour soutenir la monnaie nationale et aussi ... la propagande de Kim Dae Jung, sous pr&#233;texte de soutien n&#233;cessaire au pays face &#224; la crise qui est attribu&#233;e au FMI et aux financiers &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La bourgeoisie cor&#233;enne : de l'expansion &#224; la crise&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La crise &#233;conomique a frapp&#233; la Cor&#233;e d&#232;s 1995 mais elle n'a &#233;t&#233; reconnue officiellement qu'en novembre 1997, &#224; partir du moment o&#249; l'Etat cor&#233;en a &#233;t&#233; contraint de se d&#233;clarer au bord de la faillite et de faire la demande humiliante d'un pr&#234;t du FMI. Malgr&#233; l'accord du FMI obtenu rapidement pour une aide financi&#232;re massive et dont une partie donn&#233;e imm&#233;diatement, la Cor&#233;e a plong&#233; dans la crise en d&#233;cembre 97, le pays n'&#233;tant plus capable de faire face &#224; ses dettes et la monnaie chutant irr&#233;m&#233;diablement. La Cor&#233;e, qui se voyait dans le peloton de t&#234;te des pays riches en appartenant au cercle ferm&#233; de l'OCDE, pouvait &#234;tre trait&#233;e comme n'importe quel pays sous-d&#233;velopp&#233; comme le soulignait Camdessus, directeur g&#233;n&#233;ral du FMI, interrog&#233; en d&#233;cembre 97 par le journal &#171; le Monde &#187; : &#171; &lt;i&gt;Le FMI n'a pas assorti son plan de redressement de la Cor&#233;e de conditions plus dures que dans le cas du Mexique.(...) Il nous faut passer du mythe du &#171; miracle asiatique &#187; qui n'a jamais exist&#233; &#224; une vision plus r&#233;aliste&lt;/i&gt; &#187;. Et depuis, le FMI y dicte sa loi qui se traduit en fermetures massives d'entreprises, destructions massives de moyens de production, r&#233;ductions drastiques des investissements et licenciements massifs et d&#233;clare &#224; qui veut l'entendre que le gouvernement cor&#233;en est un &#233;l&#232;ve bien ob&#233;issant. Bien des commentateurs financiers ont tenu &#224; se rassurer en disant que la crise asiatique ne faisait que ramener &#224; leur vraie valeur les &#233;conomies de ces pays gonfl&#233;es par une sp&#233;culation effr&#233;n&#233;e. Certains allaient jusqu'&#224; pr&#233;senter leurs &#233;conomies comme de simples cr&#233;ations fictives de la finance. C'&#233;tait bien entendu une mani&#232;re de ne pas accuser le capitalisme mondial de cette nouvelle crise qui le frappe.&lt;br /&gt;
Il est certain que la revue am&#233;ricaine &#171; fortune &#187; qui mettait la Cor&#233;e en t&#234;te pour ses chances de succ&#232;s n'a pas fait le bon pari mais peut-on, avec Camdessus, qualifier de mythe ce &#171; nouveau pays industriel &#187; alors que l'industrie occupe 13 millions d'ouvriers parmi lesquels un million travaillent dans des unit&#233;s de plus de 1000 salari&#233;s ? Il n'y a certes pas de &#171; miracle &#187; dans le d&#233;veloppement du capitalisme cor&#233;en, comme le dit Camdessus mais pas au sens o&#249; il l'entend : les profits g&#233;n&#233;r&#233;s l'ont &#233;t&#233; non par le miracle des op&#233;rations financi&#232;res qui ne font que transvaser des capitaux d'une forme du capital dans une autre mais par l'exploitation des travailleurs. Ce qui a rendu ce pays attractif pour les capitaux internationaux, c'est que la dictature militaire en a fait un terrain d'exploitation f&#233;roce de la classe ouvri&#232;re tout en garantissant une certaine s&#251;ret&#233; des investissements par la r&#233;pression. Et ces profits se sont faits d'abord dans l'industrie et pas dans la sp&#233;culation boursi&#232;re. &lt;br /&gt;
C'est vers des investissements productifs massifs dans l'industrie que s'est tourn&#233; l'Etat cor&#233;en &#224; partir des ann&#233;es 60, quand la dictature militaire du g&#233;n&#233;ral Park a impos&#233; ce que l'on a appel&#233; &#171; la dictature du d&#233;veloppement &#187;. C'est un r&#233;gime &#233;conomique dirigiste o&#249; l'Etat se porte l'organisateur et le garant des investissements dans des grandes firmes industrielles priv&#233;es : les chaebols. Le KMF (f&#233;d&#233;ration des managers cor&#233;ens), l'&#233;quivalent du CNPF, est le symbole mme de la force des chaebols car il regroupe les 50 plus importantes soci&#233;t&#233;s capitalistes du pays en une organisation politique et &#233;conomique. Ces trusts n'ont pas &#233;t&#233; de simples officines financi&#232;res mais d'abord et avant tout des grands conglom&#233;rats industriels dont les 5 principales sont : Samsung dans le commerce, la distribution et la micro&#233;lectronique, Hyundai dans l'automobile, la construction navale, le b&#226;timent et la p&#233;trochimie, Lucky-Goldstar dans la chimie, l'&#233;lectronique et la p&#233;trochimie, Daewoo dans l'&#233;lectronique, l'automobile et le commerce, SK dans le p&#233;trole et les t&#233;l&#233;communications. Si la bourgeoisie cor&#233;enne se gonfle d'orgueil en nommant ses trusts : trois &#233;toiles (Samsung), modernit&#233; (Hyundai) grand cosmos (Daewoo) ou encore l'excellence pour SK, c'est &#224; l'Etat qu'elle doit tout. C'est lui qui a concentr&#233; la quasi totalit&#233; des investissements priv&#233;s et des subventions &#233;tatiques vers ces conglom&#233;rats et c'est encore l'Etat qui a trouv&#233; les d&#233;bouch&#233;s, qui a cr&#233;&#233; le protectionnisme n&#233;cessaire &#224; leur d&#233;veloppement, et a donn&#233; les garanties et su int&#233;resser les capitaux internationaux &#224; de tels investissements. Il a b&#233;n&#233;fici&#233; pour cela de la situation politique : la guerre froide amenant les USA &#224; le soutenir &#224; grands coups de dollars. Il a aussi b&#233;n&#233;fici&#233; de l'aide technologique du Japon et de ses investissements car ce dernier a pu ainsi exporter vers les USA. Se situer d'embl&#233;e &#224; l'&#233;chelle internationale, la bourgeoisie cor&#233;enne n'en &#233;tait pas capable et c'est seulement la cr&#233;dibilit&#233; du r&#233;gime militaire cor&#233;en aupr&#232;s des japonais et des am&#233;ricains qui pouvait permettre ce d&#233;veloppement tr&#232;s particulier, &#224; la fois national et sur des bases internationales.&lt;br /&gt;
Ces conditions politiques ont &#233;t&#233; d&#233;terminantes, et c'est ce qui rend ridicule l'expression de &#171; mod&#232;le cor&#233;en de d&#233;veloppement &#187;, mais la condition premi&#232;re c'est que la Cor&#233;e du sud est devenue dans les ann&#233;es 70 l'un des pays au taux d'exploitation le plus &#233;lev&#233; au monde ! Selon un rapport de la banque mondiale, la valeur ajout&#233;e par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par six dans l'industrie de 1966 &#224; 1990 et le m&#234;me rapport indique que la valeur ajout&#233;e dans l'industrie est pass&#233;e de 1,8 milliards de dollars en 1970 &#224; 85,4 milliards de dollars en 1992 ! Et ces profits industriels, c'est bien sur le dos d'une classe ouvri&#232;re en chair et en os qu'ils se sont r&#233;alis&#233;s. Une seule statistique en dit long : dans la seule ann&#233;e 1993, il y a eu deux mille ouvriers morts par accident du travail sur les chantiers. Le prix du &#171; miracle &#187; est une longue litanie : 101 ouvriers morts dans la construction du m&#233;tro &#224; Taegu, 500 morts dans le grand magasin Sampoong de S&#233;oul, etc ...sans compter les victimes des massacres du r&#233;gime militaire. Et &#224; ce prix, le patronat a eu une main d'oeuvre durement exploit&#233;e. Si dans les luttes des ann&#233;es 80-90, la classe ouvri&#232;re de certains grands conglom&#233;rats a impos&#233; des reculs importants au patronat, notamment de fortes augmentations de salaires, l'exploitation est rest&#233;e f&#233;roce pour l'essentiel des travailleurs, en particulier ceux des petits ateliers (3,5 millions d'ouvriers y travaillent dans des conditions atroces) et pour les travailleurs immigr&#233;s. &lt;br /&gt;
De cette exploitation a &#233;t&#233; tir&#233;e non seulement une fortune pour la bourgeoisie cor&#233;enne mais aussi pour les USA et le Japon qui sont propri&#233;taires respectivement de 18 et de 24% de l'&#233;conomie cor&#233;enne. Et ces capitaux &#233;trangers ne sont pas venus en Cor&#233;e simplement pour sp&#233;culer. L'accroissement de la fortune de la Cor&#233;e du sud de 1960 &#224; 1998 est loin d'une simple cr&#233;ation artificielle de la finance mondiale, d'un capital purement virtuel comme on dit en langage informatique, d'un simple jeu de cavalerie mon&#233;taire, ou d'une bulle sp&#233;culative qui n'aurait correspondu &#224; aucun d&#233;veloppement ni &#224; aucune cr&#233;ation de richesses r&#233;elles. La croissance &#233;conomique cor&#233;enne a &#233;t&#233; due &#224; un taux d'investissement productif record par rapport au reste du monde : en dix ans, 35% du PIB a &#233;t&#233; r&#233;investi dans la production. Le passage de la Cor&#233;e au onzi&#232;me rang mondial a correspondu &#224; un accroissement important et rapide de la production et des &#233;changes. Dans un monde capitaliste dont le d&#233;veloppement s'est ralenti, la croissance cor&#233;enne &#233;tait plut&#244;t impressionnante : de 1963 &#224; 1997, le produit int&#233;rieur brut a &#233;t&#233; multipli&#233; par 15 et la production industrielle a augment&#233; en quinze ans de 450 %. En trois d&#233;cennies, la Cor&#233;e est pass&#233;e au deuxi&#232;me rang mondial pour la construction navale, au troisi&#232;me pour l'&#233;lectronique grand public, au cinqui&#232;me pour l'automobile, au sixi&#232;me pour la sid&#233;rurgie et au douzi&#232;me rang mondial pour l'importation et l'exportation de marchandises. En 97, la Cor&#233;e a produit par exemple 43 millions de tonnes d'acier, supplantant l'Allemagne de sa place de 5e producteur mondial et les chantiers navals cor&#233;ens ont atteint le m&#234;me niveau que ceux du Japon. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233; un enrichissement important touchant aussi le niveau de vie de la population et permettant de constituer une petite bourgeoisie nombreuse et consommatrice. Le revenu moyen par habitant est pass&#233; de 100 dollars en 1965 &#224; 10000 dollars en 1997. &lt;br /&gt;
Lorsque la crise &#233;conomique a d&#233;but&#233; en Cor&#233;e du sud, en 1995, son &#233;conomie &#233;tait lanc&#233;e dans une expansion sans frein, alors qu'il n'en &#233;tait pas de m&#234;me du reste du monde et la croissance cor&#233;enne s'est donc arr&#234;t&#233;e, butant sur les limites d'absorption du march&#233; mondial. Or en r&#233;gime capitaliste, on ne peut pas s'arr&#234;ter : c'est la spirale ascendante ou la spirale descendante. Le taux de croissance qui &#233;tait de 15,2 % par an en 76 est pass&#233; &#224; 9,2% en 95 et n'a cess&#233; de chuter brutalement depuis atteignant 7% en 96 et 5,3% au moment de la crise de 97. D&#233;j&#224; en 95, 14.000 PME ont fait faillite. Les chaebols ont trouv&#233; une issue provisoire dans la fuite en avant, le fait d'&#234;tre chaebol et de justifier de nouveaux investissements massifs entra&#238;nant des aides massives de l'Etat. Si les d&#233;bouch&#233;s de la production se sont restreints et avec eux les b&#233;n&#233;fices industriels, la Cor&#233;e est rest&#233;e un investissement rentable relativement sur le march&#233; des capitaux internationaux avec un taux de croissance de 7% relativement &#224; un taux de 2% dans les pays occidentaux. C'est l&#224; que le ph&#233;nom&#232;ne sp&#233;culatif a pris son envol. Le maintien d'apports importants en capitaux internationaux a permis aux entreprises, aux banques et &#224; l'&#233;tat cor&#233;en de tenir momentan&#233;ment, de payer leurs dettes gr&#226;ce &#224; la fameuse fuite en avant. Ils ont ainsi pu, pendant deux ans, continuer &#224; distribuer des profits alors que la machine &#233;conomique &#233;tait gripp&#233;e. C'&#233;tait reculer pour mieux sauter. En effet la crise a r&#233;v&#233;l&#233; la fragilit&#233; de la structure financi&#232;re de ces conglom&#233;rats cor&#233;ens qui ont toujours fonctionn&#233; sur une faible part de capitaux propres (Hyundai, le plus grand des conglom&#233;rats, appartient &#224; une famille qui ne d&#233;tient que 5% des capitaux). Les chaebols, litt&#233;ralement la maffia du capital, n'ont jamais &#233;t&#233; propri&#233;taires d'une part importante des capitaux de leurs entreprises. L'essentiel des fonds qu'elles font tourner provient des banques, de l'Etat et des financiers japonais et am&#233;ricains. Tout allait bien tant que la rentabilit&#233; &#233;tait assur&#233;e et que l'on ne leur demandait pas de rembourser mais seulement de verser de copieux b&#233;n&#233;fices. Pour satisfaire leurs actionnaires, elles ont d&#251; distribuer plus que ce qu'elles poss&#233;daient : 25 des 30 plus grandes compagnies cor&#233;ennes se sont r&#233;v&#233;l&#233;es avoir des dettes trois fois sup&#233;rieures &#224; leur actif et dix ont des dettes plus de cinq fois sup&#233;rieures d'apr&#232;s &#171; l'&#233;conomiste &#187; de novembre 1998. Ainsi la firme Halla de construction navale, fond&#233;e par l'un des fr&#232;res du patron d'Hyundai, a chut&#233; avec 5,3 millions de dollars de dettes soit vingt fois son actif sans m&#234;me qu'Hyundai ose intervenir pour emp&#234;cher la faillite ! Cela a fait un choc pour tous ceux qui pensaient que du moment qu'on &#233;tait chaebol puissant, rien ne pouvait vous arriver... &lt;br /&gt;
En janvier 1997, le premier signe de la crise des chaebols a &#233;t&#233; la faillite du trust Hanbo travaillant dans l'acier et l'industrie pharmaceutique. Puis en mars 97, Sammi, n&#176;3 mondial des aciers sp&#233;ciaux a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; en cessation de paiement suivi en ao&#251;t par Jinro, trust de la distribution et le premier pour l'alcool et par le constructeur automobile Kia en septembre. Cette derni&#232;re faillite a &#233;t&#233; le signal que tout le syst&#232;me &#233;tait en train de s'effondrer, Kia mena&#231;ant d'entra&#238;ner la Korean First Bank dans sa chute. Seuls neuf des trente premiers chaebols sont rest&#233;s b&#233;n&#233;ficiaires en 1997. En octobre, le krach des bourses asiatiques a entra&#238;n&#233; la faillite des soci&#233;t&#233;s de courtage cor&#233;ennes. Les chaebols &#233;taient tr&#232;s implant&#233;es dans ce domaine du courtage afin de s'assurer de l'utilisation imm&#233;diate des fonds internationaux. Le syst&#232;me consistait en des pr&#234;ts &#224; tr&#232;s courts terme (un &#224; deux jours avec d'&#233;normes pourcentages de b&#233;n&#233;fices) mais garantis par les banques nationalis&#233;e et en dernier ressort par l'Etat. L'Etat, qui &#233;tait le garant &#224; la fois des banques, nationalis&#233;es pour la plupart, et des trusts, s'est retrouv&#233; menac&#233; de faillite et la monnaie, le won, a chut&#233; brutalement de 50%. Les capitaux internationaux ont engag&#233; un retrait massif, les chaebols n'ont plus eu de fonds pour poursuivre leur production. La production a chut&#233; de 4% par mois. Et la Cor&#233;e s'est retrouv&#233;e contrainte de faire appel au FMI. En cas d'effondrement, l'imp&#233;rialisme a craint une crise g&#233;n&#233;rale incontr&#244;lable et a pr&#233;f&#233;r&#233; intervenir. La Cor&#233;e a obtenu le r&#233;&#233;chelonnement de sa dette et des fonds pour tenir.&lt;br /&gt;
Si le &#171; plan de sauvetage &#187; pour la Cor&#233;e est le plus important de l'histoire du FMI avec 330 milliards de dollars (le FMI va jusqu'&#224; dire qu'il ne lui restait plus que 30 milliards en caisse !), la contrepartie a &#233;t&#233; un plan d'aust&#233;rit&#233; draconien pour l'Etat, les banques et toute l'industrie. La Cor&#233;e s'est engag&#233;e &#224; ouvrir aux investisseurs &#233;trangers son march&#233; mon&#233;taire et obligataire et le capital de ses entreprises jusqu'&#224; 55% et le Figaro s'est f&#233;licit&#233;e : &lt;i&gt;&#171; la crise aura &#233;t&#233; le vecteur de l'acc&#233;l&#233;ration de r&#233;formes indispensables&lt;/i&gt; &#187;. Imm&#233;diatement, le gouvernement a ferm&#233; cinq banques, licenciant 10.000 salari&#233;s, annonc&#233; la fermeture de 55 entreprises et des plans de licenciements dans tous les trusts. D&#232;s l'annonce des plans de licenciements, il y a eu 10 000 salari&#233;s licenci&#233;s par jour ! Le ch&#244;mage a atteint les 10% avec 3 millions de ch&#244;meurs et il s'achemine &#224; grande vitesse vers les 15%. Les prix ont subi des hausses vertigineuses &#224; partir de la crise de janvier : jusqu'&#224; 100% en dix jours alors que les salaires sont en baisse, pour ceux qui en ont encore un &#8230; Les 400 000 &#233;tudiant en fin d'&#233;tude et demandeurs d'emploi ont 1000 postes &#224; se partager ! Mais la police cor&#233;enne leur propose 5.000 postes sur deux ans ! Les soupes populaires ont repris dans les rues de S&#233;oul comme &#224; l'&#233;poque de la guerre de Cor&#233;e. Bien des salari&#233;s ne sont m&#234;me pas licenci&#233;s mais ... renvoy&#233;s volontaires (on les appelle des &#171; retrait&#233;s d'honneur &#187; et ils re&#231;oivent une petit prime !). Des salari&#233;s qui ont conserv&#233; leur emploi se voient demander de remplir des lettres de d&#233;mission, &#224; utiliser au cas o&#249; ...&lt;br /&gt;
Devant cette catastrophe g&#233;n&#233;ralis&#233;e pour la population, une seule question : le gouvernement du social-d&#233;mocrate Kim Dae Jung parviendra-t-il &#224; faire passer les sacrifices en &#233;vitant une crise politique et sociale majeure ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La social-d&#233;mocratie peut-elle r&#233;soudre la crise politique ?&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Son arriv&#233;e au pouvoir est l'aboutissement d'une s&#233;rie de crises politiques et de scandales &#224; c&#244;t&#233; desquels les scandales des politiciens fran&#231;ais sont des enfantillages. Le pouvoir militaire a &#233;t&#233; n&#233;cessaire aux classes dirigeantes cor&#233;ennes car, apr&#232;s le d&#233;part de l'occupant japonais, les poss&#233;dants n'&#233;taient pas capables d'organiser l'Etat. En 1945, comme au Vietnam et dans toute l'Indochine, des soul&#232;vements ont suivi le d&#233;part des troupes japonaises. Des comit&#233;s du peuple se sont form&#233;s partout, organis&#233;s sous forme sovi&#233;tique et se pr&#233;parant en vue du pouvoir. L'arm&#233;e am&#233;ricaine a d&#251; les &#233;craser dans le sang avant de mettre &#224; la t&#234;te d'une dictature militaire au sud son homme de paille Sungman Rhee (qui s'est tout de suite distingu&#233; en &#233;crasant lui aussi dans le sang les puissantes gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales de 1946 et 48) alors que le nord &#233;tait occup&#233; par les troupes russes qui ont plac&#233; &#224; la t&#234;te du pays Kim Il Sung, un leader de gu&#233;rilla militaire contre le Japon. Au sud, les militaires ont remis sur pied &#224; la fois l'Etat et l'&#233;conomie et ils ont instaur&#233; des relations privil&#233;gi&#233;es avec les trusts, les chaebols, relations qui institutionnalisent la corruption : un v&#233;ritable syst&#232;me d'aide mutuelle qui a permis aux chaebols comme aux g&#233;n&#233;raux de prosp&#233;rer. Samsung doit tout au premier pr&#233;sident le f&#233;roce dictateur Sungman Rhee et Daewoo ne serait rien sans le pr&#233;sident Park. En contrepartie, certains ont fait fortune comme Roh qui a constitu&#233; la modeste cagnotte de 650 millions de dollars ! Ce pays qui a &#233;t&#233; gouvern&#233; dictatorialement par des &#233;quipes de chefs militaires s'est vu contraint de les retirer de la sc&#232;ne politique : les g&#233;n&#233;raux Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo qui ont gouvern&#233; respectivement de 80 &#224; 87 et de 88 &#224; 92 ont &#233;t&#233; contraints de d&#233;missionner de l'arm&#233;e. Le g&#233;n&#233;ral Roh a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; 22 ans et demi de prison pour corruption. Le g&#233;n&#233;ral Chun a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; la peine capitale (commu&#233;e en prison &#224; vie) pour avoir conduit le putsch militaire de 79 et r&#233;prim&#233; dans le sang une manifestation &#233;tudiante. Tous les deux ont &#233;t&#233; &#233;galement d&#233;clar&#233;s responsables du massacre de la commune de Kwanju en mai 80. C'est dire &#224; quel point actuellement l'arm&#233;e est sur le plan politique compl&#232;tement mise &#224; l'&#233;cart de la direction des affaires. &lt;br /&gt;
C'est dans les ann&#233;es 80 que la bourgeoisie cor&#233;enne a commenc&#233; &#224; trouver le prix de la dictature militaire trop co&#251;teux. Le pays devenant riche et d&#233;velopp&#233;, elle pr&#233;f&#233;rait une autre forme de direction politique, sans coups d'Etat, sans r&#233;pression et r&#233;voltes permanentes. Et c'est aussi de l&#224; que vient l'explosion de 87. En effet, les militaires se sont accroch&#233;s au pouvoir et on a vu pendant des ann&#233;es non seulement les classes pauvres et les travailleurs mais toute une partie des fils de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie se battre pour en finir avec la dictature militaire, participant &#224; des manifestations, arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, assassin&#233;s, choisissant une vie militante dans des organisations clandestines plut&#244;t que l'int&#233;gration sociale, pour lutter contre ce pouvoir d&#233;test&#233;. De l&#224; est n&#233; le mouvement d&#233;mocratique radical de masse des ouvriers et des &#233;tudiants. &lt;br /&gt;
Mais il a encore fallu de nombreuses luttes pour que la dictature militaire c&#232;de la place puisque c'est seulement &#224; partir de 1993 qu'il n'y a plus eu de militaires au pouvoir. Le probl&#232;me n'&#233;tait pas pour autant r&#233;gl&#233; car le pouvoir civil qui a tent&#233; de r&#233;gler la crise de l'Etat s'est lui m&#234;me effondr&#233;, victime des scandales, de la corruption d'une soci&#233;t&#233; aux mains de maffias capitalistes qui ne valent pas mieux que les clans militaires.&lt;br /&gt;
En 1992, Kim Jun San, premier civil arriv&#233; au pouvoir a promis de nettoyer le pays de la corruption. Il a instaur&#233; la frugalit&#233; &#224; la pr&#233;sidence : une soupe de nouilles &#224; d&#233;jeuner ! Il a contraint les fonctionnaires &#224; d&#233;voiler leur patrimoine. Il a profit&#233; d'une &#233;poque de prosp&#233;rit&#233; o&#249; une partie de la population a un peu b&#233;n&#233;fici&#233; du d&#233;veloppement &#233;conomique et c'est sous sa pr&#233;sidence que la Cor&#233;e est entr&#233;e &#224; l'OCDE. Sa loi sur la flexibilit&#233; de la dur&#233;e du travail (alors que la dur&#233;e moyenne est de 49 heures par semaine), vot&#233;e comme un cadeau aux chaebols et en l'absence des d&#233;put&#233;s de l'opposition, a relanc&#233; l'agitation sociale. En d&#233;cembre 1996, les travailleurs se sont mobilis&#233;s pour la premi&#232;re grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale que le pays ait connu. Le mouvement dirig&#233; par la KCTU syndicat ind&#233;pendant non reconnu par le pouvoir et il a &#233;t&#233; suivi aussi par le syndicat KFTU, la mesure du gouvernement r&#233;ussissant &#224; r&#233;unir pour la premi&#232;re fois toutes les organisations syndicales et le KFTU s'est m&#234;me r&#233;ellement radicalis&#233;. Le gouvernement a r&#233;pondu par une r&#233;pression violente mais a d&#251; finalement n&#233;gocier avec le KCTU et lui reconna&#238;tre une existence l&#233;gale. Kim Jun San a renforc&#233; les pouvoirs et les finances de la police politique, la KCIA. Il est ainsi apparu comme celui qui n'a r&#233;gl&#233; ni la question sociale ni la question de la d&#233;mocratie. Les relations avec la Cor&#233;e du nord se sont elles aussi d&#233;grad&#233;es faisant resurgir la crainte d'une intervention militaire du nord. Et loin d'en finir avec la corruption, Kim Jun San a lui m&#234;me &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; du doigt et son fils momentan&#233;ment emprisonn&#233;. A peine plus d'un mois apr&#232;s le grand mouvement de gr&#232;ve contre la loi sur la flexibilit&#233;, Hanbo Steel, l'un des principaux groupes sid&#233;rurgiques et filiale du chaebol Hanbo, a annonc&#233; en janvier sa cessation de paiement avec 6 milliards de dettes et le gouvernement est accus&#233; d'avoir re&#231;u des pots de vin pour &#233;touffer l'affaire. Les fondateurs du groupe Hanbo ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s ainsi que plusieurs banquiers et politiciens Le ministre de l'int&#233;rieur, un des dirigeants du parti pr&#233;sidentiel ont &#233;t&#233; mis en cause. Kim Jun San, qui risquait d'&#234;tre inculp&#233;, a d&#251; se retirer en faisant ses excuses &#224; la nation... &lt;br /&gt;
Cet &#233;chec retentissant de la droite a amen&#233; la gauche au pouvoir alors qu'aux &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes la gauche r&#233;unissait royalement ... 1% des voix ! Pour Kim Dae Jung, le premier pr&#233;sident de gauche de toute l'histoire de la r&#233;publique de Cor&#233;e du sud, les gongs et les torchent qui ont marqu&#233; l'&#233;v&#233;nement &#233;taient &lt;i&gt;&#171; le son de la r&#233;conciliation et la flamme de l'espoir vers un nouveau bond en avant&lt;/i&gt; &#187;. L'espoir en question c'est que l'Etat cor&#233;en parvienne &#224; se stabiliser car rien ne serait plus redoutable pour la bourgeoisie qu'un Etat faible face &#224; une classe ouvri&#232;re forte et ... face aussi &#224; la Cor&#233;e du nord.&lt;br /&gt;
C'est l&#224; que Kim Dae Jung peut leur &#234;tre utile car, lui peut trouver moyen d'allier nationalistes de droite et de gauche et m&#234;me les nationalistes radicaux djouch&#233;istes. Ces derniers n'oublient pas qu'il a fr&#244;l&#233; l'ex&#233;cution capitale &#224; une &#233;poque pour avoir os&#233; pr&#244;ner le dialogue avec le nord. Mais s'il a fait appel &#224; des djouch&#233;istes, il s'est surtout uni au parti de Kim Jong Pil, homme de droite de l'&#233;poque du g&#233;n&#233;ral Park devenu leader d'un parti d'opposition avec lequel il a remport&#233; les &#233;lections et qu'il a choisi comme premier ministre. Sa volont&#233; de jouer sur tous les tableaux a &#233;t&#233; indiqu&#233;e d&#232;s le d&#233;but par la lib&#233;ration d'un c&#244;t&#233; de quelques prisonniers - pas tous - parmi les anciens leaders &#233;tudiants et syndicalistes ouvriers mais &#233;galement celle des g&#233;n&#233;raux emprisonn&#233;s : Roh et Chun qui a choqu&#233; la population ! La marge &#233;troite du social-d&#233;mocrate est l&#224; : composer avec des dirigeants d'un mouvement social puissant sans incommoder ses commanditaires capitalistes eux aussi puissants et un secteur ultra-r&#233;actionnaire li&#233; &#224; l'arm&#233;e et &#224; la police politique qui s'est mis en r&#233;serve mais reste puissant. La venue au pouvoir de la gauche dans ce pays tr&#232;s &#224; droite est le t&#233;moignage que les classes dirigeantes ont peur et craignent la classe ouvri&#232;re.&lt;br /&gt;
Car la classe ouvri&#232;re repr&#233;sente une menace politique. Elle a men&#233; des mobilisations sur le terrain politique de nombreuses fois. M&#234;me son combat pour un syndicat ind&#233;pendant du pouvoir avait un contenu politique. Le KCTU apparaissait comme la premi&#232;re &#233;tape vers la constitution d'un parti ouvrier. C'&#233;tait r&#233;guli&#232;rement formul&#233; par les militants. Le retournement du KCTU a d'autant plus surpris les militants radicaux de la classe ouvri&#232;re qu'ils ne le consid&#233;raient pas du tout comme un syndicat r&#233;formiste classique mais comme une opposition politique au r&#233;gime, ouvri&#232;re et radicale. &lt;br /&gt;
La liaison entre luttes gr&#233;vistes et luttes politiques, luttes ouvri&#232;res et luttes &#233;tudiantes a exist&#233; d&#232;s le d&#233;but. Ainsi, apr&#232;s l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Park en 79, les luttes &#233;tudiantes d&#233;clenchent des gr&#232;ves ouvri&#232;res massives en 1980. C'est le combat pour la d&#233;mocratie qui est &#224; l'origine de la r&#233;volution de Kwangju, ville d'une r&#233;gion pauvre et peu ouvri&#232;re. Favorable &#224; Kim Dae jung, elle s'est battue contre son arrestation. Les militaires ont d&#233;cid&#233; d'y faire un exemple, entourant la ville et la massacrant avec un fort appui militaire am&#233;ricain. Ensuite la r&#233;pression a touch&#233; les ouvriers dans tout le pays et le syndicat libre &#233;t&#233; &#233;cras&#233;. En 85, &#224; nouveau les ouvriers parviennent &#224; la suite de la gr&#232;ve de Daewoo &#224; Inchon (4&#232;me ville du pays et important centre industriel) &#224; fonder deux syndicats ind&#233;pendants qui manifestent en 86 &#224; S&#233;oul avec les &#233;tudiants et un parti d'opposition (le nouveau parti d&#233;mocratique cor&#233;en qui donnera naissance &#224; deux formations politiques : celle de Kim Yong-sam et celle de Kim Dae-jung) aux cris de &#171; Minjok, Minjou, Minjung &#187; (nation, d&#233;mocratie, peuple). D&#233;j&#224; les nationalistes et la gauche cherchaient &#224; s'appuyer sur la force des travailleurs avec leurs propres vis&#233;es &lt;br /&gt;
Le mouvement ouvrier a &#233;t&#233; d&#233;termin&#233; par sa tendance politique d&#232;s 1987 qui est l'ann&#233;e de l'explosion sociale. D&#232;s ce moment, deux courants politiques ont marqu&#233; les militants ouvriers : l'un nationaliste soutenant Kim Dae Jung et l'autre pour un front populaire o&#249; la classe ouvri&#232;re jouerait un r&#244;le dirigeant (c'est cette derni&#232;re qui sera &#224; l'origine de groupes d'extr&#234;me gauche). Le premier courant s'appellera le NL (National Liberation) et l'autre le PD (People's Democracy).&lt;br /&gt;
En 1990, le Chonohyop (alliance des syndicats authentiques) qui &#233;tait l'anc&#234;tre ill&#233;gal et clandestin du KCTU a &#233;t&#233; fond&#233; comme un syndicat charg&#233; de fonder un parti ouvrier et d&#233;clarait dans sa r&#233;solution de fondation &#234;tre &#171; pour une r&#233;forme sociale et &#233;conomique, pour un changement de la situation des travailleurs, pour la d&#233;mocratie, l'ind&#233;pendance et la r&#233;unification nationale politique &#187;. Mais ce parti ouvrier n'a finalement pas &#233;t&#233; fond&#233; &#224; l'&#233;poque par les militants syndicalistes, une partie du mouvement syndical ayant jug&#233; qu'il valait mieux mettre toutes ses forces uniquement dans la lutte syndicale. Non par apolitisme mais en pensant que le syndicat pouvait &#234;tre une meilleure arme politique. &lt;br /&gt;
Aujourd'hui, le KCTU est encore une organisation politique autant que syndicale. Les djouch&#233;istes ou anciens djouch&#233;istes y ont un poids important. C'est entre autres eux qui dans la gr&#232;ve de 97 ont pouss&#233; le syndicat &#224; ne pas aller &#224; l'affrontement et &#224; accepter le compromis pourri qui n'annulait pas r&#233;ellement la flexibilit&#233;. Pour pr&#233;senter le dirigeant du KCTU comme candidat aux &#233;lections pr&#233;sidentielles, les nationalistes ont en effet fait alliance avec l'extr&#234;me gauche et d'autres secteurs de l'opposition. Mais il n'a eu qu'environ 1% des voix (soit beaucoup moins que le nombre d'adh&#233;rents du syndicat), le succ&#232;s de l'op&#233;ration politique de Kim Dae Jung ayant drain&#233; toutes les voix de gauche. Et &#224; la suite des &#233;lections, les nationalistes ont cass&#233; leur alliance avec l'extr&#234;me gauche. Des dirigeants du KCTU, qui appartiennent au mouvement nationaliste dont le slogan &#233;tait jusque l&#224; &#171; victoire du peuple &#187;, ont fond&#233; une organisation politique nomm&#233;e : &#171; victoire nationale 21 &#187; (21 repr&#233;sente le 21&#232;me si&#232;cle qui doit consacrer le triomphe du parti...) qui vise &#224; regrouper non seulement les travailleurs et les &#233;tudiants ou paysans mais &#171; tous les acteurs sociaux &#187;. Et par ce terme, le mouvement nationaliste a toujours entendu les patrons pas chaebols, ceux en somme qui seraient d&#233;mocrates et auraient le sens de l'int&#233;r&#234;t national. Cette tentative du courant djouch&#233;iste (pro-Cor&#233;e du nord) se fait cependant au nom du parti ouvrier cor&#233;en car il est &#233;vident que la classe ouvri&#232;re est la principale force. Ce courant essaie donc de capitaliser politiquement la r&#233;volte et les combats de la classe ouvri&#232;re. Ainsi il appelle &#224; manifester le 8 novembre dans la capitale. En Cor&#233;e du sud, le djouch&#233;isme est l'expression du rejet de la politique de la petite minorit&#233; dirigeante par l'immense majorit&#233; qui comprend aussi bien les ouvriers que bien des couches petites bourgeoises. Pour ce courant, si le mouvement ouvrier peut &#234;tre un moyen, il n'est certes pas la direction des luttes sociales et politiques. Les djouch&#233;istes ne se pr&#233;sentent que rarement au grand jour, notamment &#224; cause de l'interdiction au sud de faire de la propagande en faveur du r&#233;gime du nord, mais ils sont tr&#232;s influents dans les organisations militantes sud cor&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le djouch&#233;imse, une id&#233;ologie nationaliste r&#233;actionnaire &lt;br /&gt;
et faussement anti-imp&#233;rialiste&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;La djouch&#233; est la philosophie qui a &#233;t&#233; mise en avant par le r&#233;gime du nord en 1960, quand celui-ci a eu besoin de se distinguer de ses deux &#171; grands fr&#232;res &#187; chinois et russe. C'est une id&#233;ologie qui affirme la capacit&#233; de la Cor&#233;e &#224; se d&#233;brouiller seule. Litt&#233;ralement djouch&#233; veut dire : se suffire &#224; soi-m&#234;me. Le d&#233;veloppement autarcique, c'est en somme le socialisme dans un seul pays... moins le socialisme ! La djouch&#233; est expos&#233;e dans l'&#233;quivalent du petit livre rouge : 50 volumes de justifications th&#233;oriques ! A peu pr&#232;s la taille de l'autoglorification de Kim Il Sung, son &#171; &lt;i&gt; chef g&#233;nial, bien-aim&#233; et soleil de la Cor&#233;e&lt;/i&gt; &#187; qui a d'ailleurs eu pour successeur son propre fils (apparemment, se revendiquer du marxisme n'emp&#234;che pas de l&#233;guer le pouvoir de p&#232;re en fils !). Mais la djouch&#233; a un autre objectif que la m&#233;galomanie : donner une base apparemment intellectuelle au courant qui se revendique de la r&#233;unification en Cor&#233;e du sud, ce qui permettait de p&#233;n&#233;trer au sud malgr&#233; la fermeture de la fronti&#232;re et d'y exercer une pression politique.&lt;br /&gt;
Au sud o&#249; la question de la r&#233;unification a toujours &#233;t&#233; une question br&#251;lante, les djouch&#233;istes ont &#233;t&#233; le courant largement dominant dans toutes les luttes &#233;tudiantes et ils ont fait en sorte qu'elles se polarisent sur la question de la r&#233;unification avec le nord. Ils ont &#233;t&#233; le courant le plus important parmi les militants ouvriers, d&#233;passant g&#233;n&#233;ralement les social-d&#233;mocrates, les autres nationalistes qui n'&#233;taient pas pro-Cor&#233;e du nord, les religieux...&lt;br /&gt;
En Cor&#233;e du sud de nombreuses organisations du mouvement social sont anim&#233;es par des djouch&#233;istes dont les principales apr&#232;s le KCTU sont Kyung Sil Yun (l'organisation civile pour la justice &#233;conomique), association d&#233;mocratique contre la dictature et Chamyou Younde, c'est-&#224;-dire l'alliance des ouvriers et de la soci&#233;t&#233; civile, bien qu'il n'y ait pas d'ouvriers dans cette organisation qui programme des manifestations sur le th&#232;me tr&#232;s vague de la d&#233;mocratie. Toutes les deux permettent au mouvement nationaliste d'avoir une base militante de masse en dehors de la classe ouvri&#232;re. Ces associations ont appuy&#233; &#224; fond Kim Dae Jung. Les djouch&#233;istes ont un poids pr&#233;pond&#233;rant dans bien d'autres milieux comme le milieu &#233;tudiant avec la conf&#233;d&#233;ration des &#233;tudiants cor&#233;ens. Le principal slogan des djouch&#233;istes est Ja Min Tong (Autonomie, d&#233;mocratie, r&#233;unification) mais avant tout ce qui les distingue est le soutien au r&#233;gime du nord.&lt;br /&gt;
Depuis la partition de la Cor&#233;e en 1953, apr&#232;s la fin de la guerre entre les USA, la Chine et les deux Cor&#233;es, les cor&#233;ens vivent continuellement dans la hantise d'un nouveau conflit. Aucune des deux Cor&#233;e n'a admis la partition et les populations ne l'acceptent pas non plus. Chacun des deux pays est rest&#233; symbolique des deux camps de l'&#233;poque : pro-stalinien et pro-imp&#233;rialisme am&#233;ricain. En effet, la Cor&#233;e du nord reste domin&#233;e par l'une des derni&#232;res dictatures du bloc stalinien et la Cor&#233;e du sud reste d&#233;pendante des USA selon le statut de 1953. Cela signifie 40 000 marines en permanence, une base militaire en plein milieu de S&#233;oul et de nombreuses autres sur tout le territoire, financ&#233;es par la Cor&#233;e et un statut de d&#233;pendance militaire et politique. Les n&#233;gociations entre les deux Cor&#233;es, par exemple, ne peuvent se d&#233;rouler qu'en pr&#233;sence des USA. Et cette opposition nord-sud est la base y compris de la politique int&#233;rieure des deux pays. Au nord, l'arm&#233;e repr&#233;sente environ un tiers du budget et occupe deux millions de soldats sur une population de 26 millions ! Au sud, c'est aussi un tiers du budget pour le budget de l'arm&#233;e et au moindre conflit social ou politique, les classes dirigeantes et les USA font planer la menace d'une intervention militaire de la Cor&#233;e du nord qui profiterait du d&#233;sordre au sud. De l&#224; &#224; accuser de trahison nationale quiconque s'agite ou fait gr&#232;ve, c'est tr&#232;s facile. C'est ce qui a justifi&#233; l'intervention militaire am&#233;ricaine lors de la r&#233;volte populaire du Kwangju en mai 1980 quand la population s'est r&#233;volt&#233;e contre le coup d'Etat du g&#233;n&#233;ral Chun et l'arrestation du leader de la r&#233;gion qui n'&#233;tait autre que Kim Dae Jung. La menace du nord a &#233;t&#233; pour les am&#233;ricains un pr&#233;texte pour &#233;craser une r&#233;volution populaire dans le sang et soutenir la dictature militaire.&lt;br /&gt;
Ces derni&#232;res ann&#233;es, l'isolement de la Cor&#233;e du nord s'est accentu&#233; du fait du blocus am&#233;ricain et des liens un peu distendus avec la Chine (compl&#232;tement avec la Russie). Ses relations &#233;conomiques &#233;tant r&#233;duites, son d&#233;veloppement &#233;conomique s'est effondr&#233; et une grave crise le frappe faisant revenir la famine. La Cor&#233;e du nord est un pays montagneux et c'est moins d'un quart du territoire qui peut &#234;tre cultiv&#233;, si bien que la question de l'alimentation y a toujours &#233;t&#233; une question difficile. Pyongyang a longtemps d&#233;pendu sur ce plan de l'aide de la Chine, aide qui est devenue moins avantageuse &#224; partir de 1989 pour se tarir en 1995 du fait de difficult&#233;s internes de la Chine, au moment m&#234;me o&#249; les inondations entra&#238;naient en Cor&#233;e du nord une catastrophe alimentaire. Du fait du blocus des informations et de la propagande des deux c&#244;t&#233;s, personne ne peut dire quelle est la gravit&#233; r&#233;elle de cette catastrophe subie par 26 millions de nord cor&#233;ens. Les USA et les Nations Unies pr&#233;tendent que c'est en grande partie du bluff et affirment que les aides alimentaires des organisations humanitaires sont revendues par le r&#233;gime &#224; la Chine mais en m&#234;me temps les organisations caritatives am&#233;ricaines pr&#233;tendent que la Cor&#233;e du nord est au bord du gouffre. Les occidentaux refusent de lever le blocus, la Cor&#233;e du Nord ayant &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233;e &#171; ennemi de l'Am&#233;rique &#187; et pr&#233;voient des sanctions contre toute entreprise qui ne s'y conformerait pas. Les conditions mises par les USA pour une reprise des relations sont l'ouverture du pays, le renoncement &#224; l'arme nucl&#233;aire, le paiement des dettes de 3,2 milliards de dollars et l'&#233;volution du r&#233;gime. C'est bien les USA qui bloquent et pas la Cor&#233;e du nord puisqu'&#224; chaque fois que les USA ont lev&#233; la sanction, des &#233;changes ont pu se r&#233;aliser : par exemple l'exportation de magn&#233;site ou encore la cr&#233;ation des communications t&#233;l&#233;phoniques par AT et T, l'&#233;change de c&#233;r&#233;ales contre des min&#233;raux avec le trust am&#233;ricain Cargill. L'accord conclu en octobre 94 avec General Motors pour un investissement en Cor&#233;e du Nord a &#233;t&#233; bloqu&#233; par les USA. Les 280 000 tonnes de p&#233;trole qui devaient &#234;tre livr&#233;es par les USA ne l'ont pas &#233;t&#233; en raison d'un refus du congr&#232;s am&#233;ricain. La construction de centrales &#224; eau l&#233;g&#232;re accept&#233;e par les USA en 1994 en &#233;change d'un gel du programme nucl&#233;aire nord cor&#233;en n'est toujours pas &#233;t&#233; achev&#233;e. La Cor&#233;e du nord a cr&#233;&#233; une zone franche pour que les capitalistes &#233;trangers puissent investir, &#224; Raijin-Sonbong, &#224; l'extr&#233;mit&#233; nord-est du pays. Certains chaebols du sud ont m&#234;me pu investir au nord comme Daewoo pour une centrale et une usine automobile. Le seul chaebol qui a pu r&#233;ellement investir &#224; la fois au nord et au sud est un chaebol dont la base est aux USA : c'est la secte Moon !&lt;br /&gt;
Cependant les conditions d'investissement au nord ont &#233;t&#233; consid&#233;rablement assouplies et de nombreux patrons du sud l'ont fait ou y sont tr&#232;s int&#233;ress&#233;s. Ainsi Hyundai envisage d'y investir. Le nord comme le sud ont leur strat&#233;gie, chacun pr&#233;tendant que le d&#233;veloppement d'investissements crois&#233;s, qui va rapprocher les deux pays, va le faire en faveur de son propre r&#233;gime. C'est la strat&#233;gie de la r&#233;unification dite pacifique que pr&#244;ne Kim Dae Jung. Il n'emp&#234;che que pour la population, il n'y a rien de chang&#233; : toujours pas moyen de traverser pour aller voir des membres de sa famille. Pire m&#234;me, il est interdit de chercher &#224; &#233;changer des courrier avec sa famille de l'autre c&#244;t&#233; du 38&#232;me parall&#232;le ! Jim Dae Jung a m&#234;me d&#233;clar&#233; que l' &#171; &lt;i&gt;on ne doit pas confondre &#233;conomie et politique&lt;/i&gt; &#187; pour justifier que pour lui l'essentiel n'est pas que les cor&#233;ens retrouvent leur famille mais que le nord s'ouvre aux capitaux du sud et ce n'est pas les chaebols qui le contrediront ! C'est d'ailleurs l'un d'entre eux, le patron de Hyundai, qui a servi d'ambassadeur aupr&#232;s de la Cor&#233;e du nord pour le pr&#233;sident Kim Dae Jung ! L'ouverture du march&#233; reste un espoir de tous les patrons sud cor&#233;ens en mal d'acheteurs et aussi de main d'oeuvre bon march&#233;. Ces pas en avant dans les bonnes relations n'ont pas emp&#234;ch&#233; les incidents de se multiplier entre la Cor&#233;e du nord et la Cor&#233;e du sud. En juin 98, un sous-marin nord cor&#233;en a coul&#233; pr&#232;s des c&#244;tes sud cor&#233;ennes. Et fin ao&#251;t, la Cor&#233;e du nord a lanc&#233; un satellite que le Japon a d&#233;clar&#233; &#234;tre un missile, mettant ainsi la r&#233;gion &#224; la limite de la confrontation militaire et les USA d&#233;ployant imm&#233;diatement six bombardiers strat&#233;giques !&lt;br /&gt;
Depuis 25 ans, des n&#233;gociations ont commenc&#233; sous l'&#233;gide des USA pour signer enfin la paix, mais sans succ&#232;s. Un dernier &#233;pisode de ce feuilleton &#224; rebondissements multiples a encore eu lieu le 27 octobre o&#249; le nord s'est dit dispos&#233; &#224; n&#233;gocier ... &#224; condition que les USA retirent leurs troupes de Cor&#233;e du sud.&lt;br /&gt;
Si Kim Dae Jung a sembl&#233; attacher de l'importance au rapprochement nord-sud, a m&#234;me accept&#233; de reconna&#238;tre le r&#233;gime du nord, il a fait bien plus que des pas vers un autre rapprochement : celui avec le Japon, ce qui est tr&#232;s contradictoire. Ainsi le pr&#233;sident sud-cor&#233;en en visite au Japon a annonc&#233; que les productions artistiques japonaises seront d&#233;sormais autoris&#233;es en Cor&#233;e et vice versa. Il n'y a pas que les spice girls qui pourront chanter dans les deux langues : Kim Dae Jung a accept&#233; les excuses du Japon pour les souffrances subies par le peuple cor&#233;en pendant l'occupation coloniale japonaise, sujet pourtant aussi brulant que la division du pays ! Et bien s&#251;r, tout cela n'a pas que des buts culturels et moraux mais &#233;conomiques, les deux &#233;conomies &#233;tant de longue date tr&#232;s interp&#233;n&#233;tr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nationalisme, un danger mortel pour la classe ouvri&#232;re&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Cette orientation du gouvernement signifie que la question nationale risque fort de rester encore longtemps explosive en Cor&#233;e. Et la crise &#233;conomique n'a fait qu'aggraver les choses. &lt;br /&gt;
Elle a favoris&#233; la mont&#233;e de la x&#233;nophobie et peu apr&#232;s l'annonce de l'effondrement &#233;conomique, une campagne anti-&#233;trangers a d&#233;but&#233;. Pour bien des gens la crise est synonyme de FMI. Ils consid&#232;rent que le capital &#233;tranger a fait expr&#232;s de couler l'&#233;conomie cor&#233;enne. Partir en voyage &#224; l'&#233;tranger est devenu comme un acte de trahison nationale. Des campagnes nationalistes ont &#233;t&#233; lanc&#233;es comme &lt;i&gt;&#171; 100% cor&#233;en &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;achetez des produits de notre pays&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;ne vous chaussez pas en dollars&lt;/i&gt; &#187; et des associations, qui ont un &#233;norme succ&#232;s, se sont d&#233;velopp&#233;es dans la petite bourgeoisie uniquement sur ces bases. On a d&#233;j&#224; cit&#233; la campagne de collecte de l'or pour soutenir le pays : l'or des bijoux de famille est revendu pour fournir le pays en devises. Dans ces conditions, la politique de Kim Dae Jung risque plus de faire grandir le nationalisme que de le discr&#233;diter. Le nationalisme radical risque fort d'&#234;tre le principal danger politique pour la classe ouvri&#232;re. Et une strat&#233;gie d&#233;courageante pour les luttes gr&#233;vistes peut tr&#232;s bien se coupler avec un radicalisme politique nationaliste et m&#234;me avec des affrontements r&#233;guliers avec les forces de l'ordre sans chercher r&#233;ellement &#224; renverser par la lutte le rapport des forces. On en a eu r&#233;cemment une d&#233;monstration avec les gr&#232;ves de juillet-ao&#251;t.&lt;br /&gt;
Le probl&#232;me des luttes &#224; venir de la classe ouvri&#232;re n'est pas une simple question de combativit&#233;, c'est un probl&#232;me politique, celui des perspectives politiques que se sont donn&#233;es ses dirigeants et ses militants. Pour nombre d'entre eux, le combat principal est celui de l'unification avec la Cor&#233;e du nord et souvent sous la forme d'un soutien direct et sans critique au r&#233;gime du nord. Le pr&#233;sident Kim Dae Jung joue sur ce nationalisme auquel il laisse des espoirs en faisant croire qu'il serait pr&#234;t &#224; faire des pas en vue d'un rapprochement avec le nord. Il se sert aussi du nationalisme pour mettre de son c&#244;t&#233; une partie du mouvement social. Il s'en sert m&#234;me pour faire accepter les sacrifices &#224; la population pour la reconstruction d'une &#233;conomie forte et faire reculer les syndicats comme on l'a vu avec le KCTU. M&#234;me si ce jeu est un peu de la corde raide, m&#234;me s'il &#233;choue et ne peut emp&#234;cher l'explosion sociale, c'est d'abord au nationalisme radical que cela risque de profiter dans une situation o&#249; il est facile de tout axer sur la responsabilit&#233; dans la crise cor&#233;enne des financiers &#233;trangers, du FMI, des puissances imp&#233;rialistes, notamment l'Am&#233;rique et le Japon. &lt;br /&gt;
Et ce nationalisme radical, en cas de grave crise sociale, risque d'&#234;tre la derni&#232;re issue pour la bourgeoisie cor&#233;enne. Que ce soit en Pologne avec Lech Walesa ou en Iran avec Khomeiny, on a vu que des nationalistes radicaux n'h&#233;sitaient pas &#224; s'appuyer sur la r&#233;volte sociale, sur la classe ouvri&#232;re m&#234;me, pour parvenir au pouvoir mais certainement pas pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des opprim&#233;s ni pour jouer le r&#244;le de transformation sociale qui est celui du prol&#233;tariat. M&#234;me si, jusqu'&#224; pr&#233;sent c'est le mouvement nationaliste pro-Cor&#233;e du nord au sein des &#233;tudiants, des ouvriers et des milieux populaires qui a &#233;t&#233; le plus r&#233;prim&#233; par les diff&#233;rents r&#233;gimes, ce n'est pas lui qui est socialement le plus &#224; craindre pour la bourgeoisie mais un courant ouvrier r&#233;volutionnaire qui prendrait la t&#234;te de l'ensemble des aspirations populaires et d&#233;mocratiques, en ne craignant pas de combattre &#224; la fois la dictature capitaliste du sud et la dictature n&#233;o-stalinienne du nord. Face &#224; la crise, il ne suffit pas que les travailleurs cor&#233;ens descendent dans la rue, fassent une nouvelle fois preuve de leur combativit&#233;. Il leur faut une politique r&#233;volutionnaire. Il leur faut une strat&#233;gie des luttes qui se fonde sur l'extension des luttes plut&#244;t que sur la n&#233;gociation secteur par secteur qui les divise et les maintient sur la d&#233;fensive. Il leur faut un programme de revendications qui fasse de la classe ouvri&#232;re le centre de toutes les luttes des opprim&#233;s et qui souligne l'opposition avec tous les poss&#233;dants, m&#234;me ceux qui se disent purement nationaux ou d&#233;mocrates. Il leur faut un parti qui lie leur combat &#224; celui de leurs fr&#232;res du nord comme &#224; ceux de tous les pays, et notamment ceux aujourd'hui en r&#233;volte comme l'Indon&#233;sie et la Malaisie. Si la crise a montr&#233; quelque chose, c'est qu'il n'y a pas de protection possible derri&#232;re des fronti&#232;res nationales. Il leur faut un parti qui ne se laisse pas arr&#234;ter par des consid&#233;rations nationalistes, qui ne craigne pas de faire payer la crise &#224; ses responsables : les capitalistes, et d'abord les patrons cor&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;gr&#232;ve de 1997 en Cor&#233;e du sud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Un vote d&#233;cisif par une Assembl&#233;e croupion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 d&#233;cembre, le parti au pouvoir en Cor&#233;e du Sud (le Parti de la Cor&#233;e Nouvelle - PCN) n'a pu faire passer devant l'Assembl&#233;e nationale deux ensembles de lois qui &#233;taient d&#233;battues depuis plusieurs mois. L'un avait trait &#224; une r&#233;organisation des organes de s&#233;curit&#233; (National Security Planning Agency qui devait remplacer l'ancienne KCIA, c'est-&#224;-dire la CIA de Cor&#233;e du Sud). L'autre concernait une modification importante de la loi sur le travail.Face &#224; cet &#233;chec, le 26 d&#233;cembre &#224; 6 heures du matin le PCN organise une r&#233;union &#034;sp&#233;ciale&#034; de l'Assembl&#233;e nationale, pr&#233;sid&#233;e par le vice-pr&#233;sident de cette Assembl&#233;e (Ho Se-eung). Au total, 11 lois sont vot&#233;es en bloc en 6 minutes. Le PCN dispose de 157 si&#232;ges &#224; l'Assembl&#233;e nationale qui r&#233;unit 299 d&#233;put&#233;s. Seuls 154 d&#233;put&#233;s du PCN &#233;taient pr&#233;sents lors de cette r&#233;union &#034;sp&#233;ciale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Des lois antisyndicales&lt;br class='autobr' /&gt;
Parmi les modifications de la nouvelle loi sur le travail, on peut mentionner :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Seul un syndicat peut exister dans une entreprise ou une branche industrielle (art. 3, paragraphe 5 du Trade Union Act). Ce syndicat doit &#234;tre enregistr&#233; aupr&#232;s des autorit&#233;s administratives (art. 13). Cette l&#233;gislation a pour but d'emp&#234;cher la reconnaissance l&#233;gale de syndicats qui ne sont pas reconnus, c'est-&#224;-dire qui ne sont pas membres de la F&#233;d&#233;ration des syndicats de Cor&#233;e (FKTU, Nochong), seule centrale syndicale autoris&#233;e &#224; l'&#233;chelle nationale par le gouvernement. Une telle d&#233;cision est en opposition avec l'art. 2 de la Convention n&#176;ree ; 87 de l'Organisation internationale du travail et du Bureau international du travail (OIT/BIT) ayant trait au pluralisme syndical. La fonction essentielle de ces articles est d'emp&#234;cher l'implantation syndicale d'organisations li&#233;es &#224; la Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats (KCTU, Minjunochong) dans des secteurs ou des entreprises o&#249; existent d&#233;j&#224; des organisations rattach&#233;es &#224; la FKTU. De plus, la KCTU n'est pas reconnue (donc est ill&#233;gale) en tant que conf&#233;d&#233;ration repr&#233;sentative &#224; l'&#233;chelle nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) La Constitution cor&#233;enne, dans son art. 21, reconna&#238;t le droit et la libert&#233; d'association et, dans son art. 33, reconna&#238;t le droit et la libert&#233; des salari&#233;(e)s &#224; des n&#233;gociations collectives et &#224; entreprendre des actions collectives dans le cadre de ces n&#233;gociations. Toutefois, une restriction importante existe dans le m&#234;me article : les employ&#233;s du service public (fonctionnaires) ne peuvent s'organiser et engager une action collective que dans cadre de ce qui est strictement permis par la loi. Or, le statut des fonctionnaires - &#224; l'&#233;chelle nationale et &#224; l'&#233;chelle locale - nie les droits d'action collective de l'essentiel des fonctionnaires. Des exceptions existent pour une partie des &#034;travailleurs manuels&#034; du secteur m&#233;dical, des chemins de fer et des t&#233;l&#233;communications, qui disposent de droits syndicaux. Les amendements &#224; la loi confirment ces restrictions du droit d'organisation et de n&#233;gociations collectives dans le secteur public. L'interdiction la plus forte touche le secteur des enseignants. Lorsque les enseignants ont cr&#233;&#233; en 1989 la F&#233;d&#233;ration des enseignants et des travailleurs de l'&#233;ducation (KTU), 45 enseignants ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s et 831 ont &#233;t&#233; expuls&#233;s des &#233;coles publiques. La KTU reste une organisation non reconnue au plan l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) La l&#233;gislation (art. 12.2 du Trade Union Act et 13.2 du Labour Dispute Adjustment Act - qui font partie de l'ensemble de la l&#233;gislation sur le travail) emp&#234;che l'intervention d'un tiers. Autrement dit, une conf&#233;d&#233;ration syndicale ou un syndicat d'une autre entreprise ne peuvent agir comme conseil, interm&#233;diaire ou organiser des actions de solidarit&#233; &#224; l'occasion d'un conflit entre un employeur et le syndicat reconnu l&#233;galement. Cela vise &#224; emp&#234;cher l'activit&#233; de la KCTU et les actions de solidarit&#233;. Ces dispositions facilitent les arrestations de militants syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'art. 12 du Trade Union Act interdit toute activit&#233; qualifi&#233;e de politique par les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;e) La nouvelle l&#233;gislation du travail pr&#233;voit de m&#234;me la possibilit&#233; : 1&#176;ree ; de licencier sans restriction en invoquant des modifications technologiques, des n&#233;cessit&#233;s de restructuration, la d&#233;t&#233;rioration de la situation financi&#232;re de l'entreprise ou une modification de la gestion pour accro&#238;tre la productivit&#233; ; or, un syst&#232;me d'allocation de ch&#244;mage est tout &#224; fait embryonnaire en Cor&#233;e du Sud ; il n'existe que depuis un an sous la forme d'une assurance de type priv&#233; ; pour toucher des allocations, il faut avoir cotiser dix ans ; d&#232;s lors, la perte d'un emploi a des cons&#233;quences tr&#232;s graves, d'autant plus dans une situation &#233;conomique qui se p&#233;jore ; 2&#176;ree ; de pouvoir remplacer par des travailleurs int&#233;rimaires les travailleurs en gr&#232;ve ; 3&#176;ree ; de permettre &#224; des soci&#233;t&#233;s de travail temporaire (qui sont contr&#244;l&#233;es par les grands conglom&#233;rats sud-cor&#233;ens appel&#233;s chaebol) d'entrer sur le march&#233; du travail plus stable des grandes entreprises ; 4&#176;ree ; d'introduire une flexibilit&#233; maximale dans l'horaire de travail avec un maximum de 56 heures hebdomadaires sans que soient pay&#233;es des heures suppl&#233;mentaires (dans l'industrie, hors heures suppl&#233;mentaires, le temps de travail hebdomadaire &#233;tait de 48,7 heures en 1995, ce qui est sup&#233;rieur au temps de travail de Ta&#239;wan... et de l'ensemble des pays membres de l'OCDE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ensemble de ces mesures ont pour but de modifier les relations de forces sur le march&#233; du travail et de tendre &#224; freiner la hausse salariale. Depuis 1992, l'effort principal des chaebols et de la Conf&#233;d&#233;ration des employeurs cor&#233;ens vise &#224; r&#233;duire au maximum la hausse du salaire minimum mensuel dont le niveau influence le revenu de l'essentiel des salari&#233;(e)s de Cor&#233;e du Sud travaillant dans les petites et moyennes entreprises. &lt;br class='autobr' /&gt;
La dimension d&#233;mocratique et politique du mouvement social qui a pris son essor depuis fin d&#233;cembre s'explique par la conjonction de trois facteurs : 1&#176;ree ; les modalit&#233;s choisies par le gouvernement de Kim Young-sam pour imposer les deux ensembles de lois et le renforcement des organes de r&#233;pression ; 2&#176;ree ; les restrictions &#224; l'activit&#233; syndicale, plus sp&#233;cifiquement &#224; l'action du mouvement syndical ind&#233;pendant et d&#233;mocratique ; 3&#176;ree ; la tentative de d&#233;grader les conditions salariales et de travail, conditions qui &#233;taient la contrepartie d'un travail tr&#232;s intensif et de longue dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Premi&#232;re &#233;tape d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 26 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le vote par l'Assembl&#233;e des deux ensembles de lois, la KCTU a appel&#233; &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e jusqu'au retrait de la nouvelle loi sur le travail. C'&#233;tait le premier appel &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale depuis 1948.Les huit syndicats membres de la F&#233;d&#233;ration des syndicats du groupe Hyundai (Hyonchongnyon) - syndicats repr&#233;sentant les plus de 70'000 travailleurs de huit grandes entreprises du conglom&#233;rat (chaebol) Hyundai dans la ville de Ulsan - soutiennent l'appel de la KCTU. Un premier meeting de protestation est organis&#233; devant la Cath&#233;drale Myongdong &#224; Seoul. La FKTU annonce qu'elle rejoindra la gr&#232;ve. Les partis d'opposition - le Congr&#232;s national pour une nouvelle politique (dirig&#233; par Kim Dae-jung) l'Union des d&#233;mocrates lib&#233;raux (dirig&#233; par Kim Jong-pil) - d&#233;clarent de m&#234;me la loi nulle et non avenue. La Conf&#233;d&#233;ration des employeurs de Cor&#233;e (KEF) soutient la loi et r&#233;clame du gouvernement une attitude ferme. Elle d&#233;clare que les jours de gr&#232;ve ne doivent pas &#234;tre pay&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 27 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque 210'000 travailleurs rejoignent la gr&#232;ve. La mobilisation est particuli&#232;rement forte, dans cette phase, au sein de l'industrie automobile, des chantiers navals, des entreprises de la p&#233;trochimie. De grands conglom&#233;rats sont touch&#233;s par la gr&#232;ve ou par des mobilisations de protestation : Kia (automobiles), Deawoo (automobiles), Ssangyong (automobiles). Des travailleurs du secteur hospitalier entrent en gr&#232;ve dans des h&#244;pitaux de Seoul, Inchon, Suwon, etc. Le gouvernement d&#233;clare les gr&#232;ves ill&#233;gales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 28 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
220'000 travailleurs continuent la gr&#232;ve. Les travailleurs du m&#233;tro de Seoul rejoignent le mouvement. D'importantes manifestations ont lieu &#224; Seoul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 29 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
214 entreprises doivent suspendre leur production. Les travailleurs du m&#233;tro de Pusan entrent en gr&#232;ve des 4 heures du matin. Les autorit&#233;s judiciaires menacent de poursuivre et d'arr&#234;ter les dirigeants syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 30 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
215'000 travailleurs sont en gr&#232;ve. Le syndicat des t&#233;l&#233;communications vote son adh&#233;sion &#224; la gr&#232;ve. La police anti-&#233;meute intervient pour bloquer l'acc&#232;s aux centres de t&#233;l&#233;communications. &lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU d&#233;clarera la suspension temporaire de la gr&#232;ve durant les f&#234;tes de fin d'ann&#233;e. Un mouvement de soutien aux gr&#233;vistes se d&#233;veloppe parmi les professeurs de diverses universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 31 d&#233;cembre&lt;br class='autobr' /&gt;
La direction de la KCTU organise devant la Cath&#233;drale de Myongdong un sit-in permanent. Le parvis de la cath&#233;drale devient le &#034;quartier g&#233;n&#233;ral&#034; de la mobilisation sociale et d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Deuxi&#232;me &#233;tape de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 3 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement est relanc&#233; le vendredi 3 janvier. Les secteurs de l'industrie lourde continuent &#224; jouer un r&#244;le d&#233;cisif. Pour la premi&#232;re fois, des syndicats de salari&#233;s de la presse participent &#224; la mobilisation. Les menaces de r&#233;pression de la part des autorit&#233;s s'accentuent ; ces derni&#232;res annoncent que des mesures strictes seront prises &#224; l'encontre de gr&#232;ves qui se d&#233;velopperaient dans le secteur public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 4 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#232;ves s'affaiblissent dans le secteur de l'industrie lourde. Toutefois les manifestations de rue sont importantes le samedi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 5 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La FKTU organise d'importants rassemblements dans les principales villes, entre autres &#224; Seoul et Pussan. Les salari&#233;s de la radio et de la t&#233;l&#233;vision d&#233;cident de soutenir la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 6 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La mobilisation repart. Quelque 200'000 travailleurs entrent en gr&#232;ve. Les secteurs de l'automobile se remobilisent et le mouvement de gr&#232;ve touche pour la premi&#232;re fois les banques et les assurances (les employ&#233;s des banques craignent des restructurations avec les pertes d'emplois &#224; la cl&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#232;ves dans le m&#233;tro et les transports sont suspendues par les syndicats, &#233;tant donn&#233; les conditions tr&#232;s difficiles de d&#233;placement &#224; cause d'un hiver rigoureux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le procureur du district de Seoul &#233;met des mandats de comparution &#224; l'encontre de 50 leaders syndicaux, y compris le pr&#233;sident de la KCTU, Kwon Jong-gil. Des mesures identiques &#224; l'encontre de responsables syndicaux sont prises dans les villes de Ulsan, Chanwon, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 7 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La mobilisation s'&#233;tend au secteur public. 4000 salari&#233;s des quatre principales compagnies de radio et t&#233;l&#233;vision entrent en gr&#232;ve : Corean Broadcasting System (CBS), Munhwa Broadcasting Corp. (MBC), Education Broadcasting System (EBS) et Christian Broadcasting System (CBS). Quelque 17'000 salari&#233;s syndiqu&#233;s des centres hospitaliers et m&#233;dicaux de Seoul participent &#224; la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 8 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant le succ&#232;s de la mobilisation du 7, la direction de la KCTU envisage une accentuation des gr&#232;ves et des mobilisations. En effet, pour la premi&#232;re fois depuis la flamb&#233;e de gr&#232;ves de 1987, les syndicats du tertiaire (f&#233;d&#233;ration des employ&#233;s, des assurances maladie, de la presse, des employ&#233;s de l'universit&#233;, des enseignants, etc.) manifestent une claire volont&#233; de se joindre au mouvement. Les repr&#233;sentants de ces syndicats se r&#233;unissent &#224; Seoul. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les autorit&#233;s judiciaires d&#233;cident de reporter l'application des mesures l&#233;gales prises &#224; l'encontre des dirigeants syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 9 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travailleurs des entreprises du groupe Hyundai reprennent le travail. La police accro&#238;t sa pression autour du parvis de la Cath&#233;drale Myongdong &#224; Seoul, o&#249; est toujours install&#233;e la direction de la gr&#232;ve. Le si&#232;ge de la KCTU est occup&#233; par la police, ainsi que le si&#232;ge de trois f&#233;d&#233;rations, celles de la m&#233;tallurgie, du secteur hospitalier et de l'automobile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 10 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mouvement de gr&#232;ve continue. Selon la KCTU, 200'000 travailleurs y participent. La soci&#233;t&#233; Hyundai Motor Co., le plus grand fabricant d'automobiles de Cor&#233;e de Sud, d&#233;cide un lock-out (fermeture de l'entreprise). Une manifestation de protestation de 20'000 salari&#233;s a lieu dans la ville de Ulsan. Un travailleur de 32 ans, Chong Chae-song, s'immole par le feu. Universitaires, artistes, professeurs, repr&#233;sentants des &#233;glises chr&#233;tiennes et bouddhistes multiplient les p&#233;titions demandant l'abrogation des lois vot&#233;es le 26 d&#233;cembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident du Parti de la Nouvelle Cor&#233;e, au cours d'un entretien avec le pr&#233;sident de la FKTU (Park In-sang), cherche &#224; ce que cette f&#233;d&#233;ration se d&#233;solidarise du mouvement de gr&#232;ve. Le pr&#233;sident de la FKTU rejette cette proposition, ce qui traduit la pression populaire en faveur de l'abrogation des lois &#034;adopt&#233;es&#034; le 26 d&#233;cembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le BIT et le TUAC (organe de consultation sur les questions du travail de l'OCDE) font conna&#238;tre leur opposition &#224; la l&#233;gislation impos&#233;e par le gouvernement de Kim Young-sam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 11 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;l&#233;gation de la CISL (Conf&#233;d&#233;ration internationale des syndicats libres) participe &#224; un grand meeting dans le parc Chong-Myo &#224; Seoul. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Marcello Malentacchi de la F&#233;d&#233;ration internationale de la m&#233;tallurgie, membre de la CISL, y d&#233;clare : &#034;Votre lutte est la n&#244;tre&#034;. Les dirigeants de la KCTU et de la FKTU refusent de d&#233;battre &#224; la t&#233;l&#233;vision avec le pr&#233;sident du parti au pouvoir. Ils r&#233;clament de rencontrer et de d&#233;battre directement avec le pr&#233;sident Kim Young-sam qui a impos&#233; les lois &#034;sc&#233;l&#233;rates&#034;. Une v&#233;ritable n&#233;gociation, selon eux, ne peut commencer qu'apr&#232;s l'abrogation de ces lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche 12 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU indique que les actions de gr&#232;ve et de mobilisation continueront jusqu'&#224; l'abrogation des lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 13 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La FKTU annonce la participation de ses membres pour une gr&#232;ve de 39 heures d&#232;s le mardi 14 janvier. Une r&#233;union a eu lieu entre la KCTU et la FKTU afin d'&#233;tablir un plan d'unit&#233; d'action. Une manifestation convoqu&#233;e par l'Eglise catholique se tient sur le parvis de la Cath&#233;drale et affirme son soutien aux salari&#233;s en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 14 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
L'appel conjoint de la KCTU et de la FKTU &#224; la mobilisation n'a pas le r&#233;sultat escompt&#233;, malgr&#233; un &#233;cho dans les secteurs de la chimie, de la m&#233;tallurgie, des transports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Troisi&#232;me &#233;tape de la gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 15 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors d'une rencontre entre les pr&#233;sidents de la FKTU et de la KCTU sur le parvis de la Cath&#233;drale Myongdong, un accord en 5 points est intervenu : 1&#176;ree ; demande d'abrogation de la loi sur le travail ; 2&#176;ree ; poursuite des mobilisations jusqu'&#224; ce que cette revendication soit accept&#233;e ; 3&#176;ree ; prolongation de la mobilisation jusqu'aux &#233;lections pr&#233;sidentielles du 8 d&#233;cembre si satisfaction n'est pas obtenue ; 4&#176;ree ; organisation commune de manifestations ; 5&#176;ree ; demande &#224; la population de soutenir la lutte, tout en s'excusant pour les inconv&#233;nients que les gr&#232;ves peuvent provoquer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 15 janvier marque un des hauts moments de la mobilisation au plan quantitatif. Les manifestations sont massives dans 15 villes. Le procureur g&#233;n&#233;ral laisse entendre que ces mobilisations participent d'une &#034;propagande communiste&#034;, ce qui en Cor&#233;e du Sud ouvre la porte &#224; une r&#233;pression s&#233;rieuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Minist&#232;re du travail publie des annonces publicitaires dans toute la presse afin d'expliquer combien la nouvelle loi est n&#233;cessaire &#224; la comp&#233;titivit&#233; au plan mondial de la Cor&#233;e du Sud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Kim Young-sam affirme que certains r&#233;glements d&#233;coulant de la loi peuvent &#234;tre revus, mais que la loi ne peut pas &#234;tre abrog&#233;e, car cela constituerait un acte anticonstitutionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 16 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Les salari&#233;s de Hyundai Motor Co., apr&#232;s la r&#233;ouverture de l'entreprise suite au lock-out, reprennent le travail en accord avec les directions syndicales. Le syndicat des travailleurs de Asia Motor &#224; Kwangju (ville o&#249; la dictature militaire avait exerc&#233; une r&#233;pression f&#233;roce faisant des milliers de morts, en mai 1980) d&#233;cident de reprendre le travail. Il en va de m&#234;me &#224; Ssanjyong Motor Co. La Cour de justice du district de Changwon dans la province de Kyongsang demande &#224; la Cour constitutionnelle de statuer sur la l&#233;galit&#233; de la loi sur le travail. Un jour plus tard, la Cour de district de Taejon de la province de Chungchong. La Cour constitutionnelle est cens&#233;e donner une r&#233;ponse &#224; la question qui lui a &#233;t&#233; pos&#233;e au plus t&#244;t au cours du mois de f&#233;vrier. Un enqu&#234;te d'opinion (effectu&#233;e par Hang-gil Research's survey) est publi&#233;e par un des principaux journaux de Cor&#233;e du Sud : 65,3% des personnes interrog&#233;es demande l'annulation de la loi sur le travail ; 93,8% s'oppose &#224; l'utilisation de la force pour r&#233;soudre le conflit. Cela confirme l'&#233;cho public et la dynamique d&#233;mocratique de la mobilisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;orientation de la mobilisation&lt;br class='autobr' /&gt;
Vendredi 17 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors d'une r&#233;union de la direction de la KCTU, la d&#233;cision est prise de r&#233;duire le niveau de mobilisation apr&#232;s 23 jours de gr&#232;ves et de manifestations. D&#233;cision est prise d'organiser des gr&#232;ves chaque mercredi et des mobilisations de masse dans les principales villes chaque samedi. Une date butoir est fix&#233;e au 18 f&#233;vrier 1997. A cette date, le gouvernement doit avoir retir&#233; les lois &#034;sc&#233;l&#233;rates&#034; sans quoi la mobilisation sera &#224; nouveau accentu&#233;e, entre autres sous la forme de gr&#232;ves. Cette loi est cens&#233;e entrer en vigueur d&#232;s le 1er mars. Cette d&#233;cision a &#233;t&#233; prise par la KCTU sur la base de deux consid&#233;rations : d'un c&#244;t&#233;, le soutien dans l'opinion publique, parmi les partis d'opposition, dans les milieux universitaires et religieux s'est renforc&#233; ; de l'autre, des difficult&#233;s importantes apparaissaient dans la poursuite de la gr&#232;ve au sein des entreprises les plus importantes, dont les directions d&#233;claraient que les pertes financi&#232;res subies impliquaient l'impossibilit&#233; de faire face &#224; leurs obligations salariales. &lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU et la FKTU soulignent que la mobilisation pour les droits syndicaux et d&#233;mocratiques doit s'inscrire dans la dur&#233;e. La direction de la KCTU propose un d&#233;bat avec le pr&#233;sident du Parti de la Cor&#233;e Nouvelle (PCN) &#224; condition que la s&#233;curit&#233; du pr&#233;sident de la KCTU Kwon Yong-gil soit assur&#233;e et que la libert&#233; du d&#233;bat soit assur&#233;e. La KCTU avait refus&#233; dans un premier temps un tel d&#233;bat. Cette fois, c'est le PCN qui rejette la suggestion de la KCTU, affirmant que le pr&#233;sident de la KCTU ne pouvait participer &#224; un d&#233;bat puisqu'un mandat d'amener avait &#233;t&#233; lanc&#233; &#224; son encontre et que d&#232;s lors d&#233;battre avec lui impliquait une violation de la loi. Pour le PCN un probl&#232;me se pose : tous les principaux dirigeants de la KCTU sont poursuivis par la &#034;justice&#034; et donc aucun n'est susceptible de d&#233;battre &#224; la TV... si les conditions &#233;nonc&#233;e par le pr&#233;sident du PCN sont maintenues.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail reprend aussi dans les chantiers navals et dans les stations de radio-t&#233;l&#233;vision. Le cardinal Kim Sou-hwan de l'Eglise catholique romaine de Cor&#233;e rencontre le pr&#233;sident Kim Young-sam afin que le dialogue s'instaure. Il fait conna&#238;tre l'opposition de l'Eglise &#224; l'usage de la force pour arr&#234;ter les dirigeants syndicaux install&#233;s sur le parvis de la Cath&#233;drale Myongdong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 18 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors d'un rassemblement au parc Chong-Myo &#224; Seoul, la KCTU annonce la reprise du travail et la strat&#233;gie de la gr&#232;ve du mercredi et des manifestations du samedi. La FKTU annonce des mobilisations conjointes pour le 25 janvier. La date ultimatum du 18 f&#233;vrier pour l'abrogation de la loi sur le travail est r&#233;affirm&#233;e.Des affrontements ont lieu autour de la Cath&#233;drale Myongdong, la police anti-&#233;meute augmentant sa pression.Dans la ville de Ulsan (ville du conglom&#233;rat Hyundai), un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical important est arr&#234;t&#233;, Kim Im-chik. C'est le sixi&#232;me syndicaliste arr&#234;t&#233; durant la semaine du 13 au 18 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 21 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le pr&#233;sident Kim Young-sam rencontre les dirigeants des deux partis d'opposition (Kim Dae-jung et Kim Jong-pil). Le d&#233;saccord est explicite : si les trois leaders politiques affirment que la &#034;crise doit &#234;tre r&#233;solue dans le cadre de l'Assembl&#233;e nationale&#034;, les deux leaders de l'opposition exigent - comme le demandent les deux conf&#233;d&#233;ration syndicales - que les deux lois (loi sur le travail et loi sur la s&#233;curit&#233;) soient abrog&#233;es avant toute r&#233;ouverture du d&#233;bat parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU affirme que la rencontre des partis politiques a abouti &#224; une complet &#233;chec. La KCTU r&#233;affirme sa volont&#233; de poursuivre la mobilisation tant que ne sont pas obtenus : 1&#176;ree ; abrogation des deux lois ; 2&#176;ree ; retrait de l'ensemble des poursuites judiciaires lanc&#233;es contre les militants et responsables syndicaux (410 personnes au total) ; suppression des licenciements punitifs prononc&#233;s au cours des gr&#232;ves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque 500 repr&#233;sentants des &#233;glises bouddhistes, catholiques, protestantes et Won-Bul Kyo (une branche de l'Eglise bouddhiste) se sont r&#233;unis le 21 janvier, dans le temple Cho-Gae &#224; Chong-ro (&#224; Seoul). Ils r&#233;clament l'abrogation des deux lois. Ils demandent que la nouvelle loi garantisse les droits sociaux, syndicaux et politiques de l'ensemble des salari&#233;(e)s. Apr&#232;s cette r&#233;union, les repr&#233;sentants des diff&#233;rentes &#233;glises se sont rendus &#224; la cath&#233;drale Myongdong pour rencontrer les repr&#233;sentants de la KCTU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 22 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelque 140'000 gr&#233;vistes ont particip&#233; &#224; la premi&#232;re gr&#232;ve du mercredi. Des membres de 135 syndicats de branches et d'entreprises ont particip&#233; &#224; ce mouvement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un meeting r&#233;unissant quelque 15'000 personnes s'est tenu sur la place Chong-Myo. La suspension des mandats d'arr&#234;t &#224; l'encontre des dirigeants de la KCTU ayant &#233;t&#233; prononc&#233;e par le pr&#233;sident Kim Young-sam, pour la premi&#232;re fois le pr&#233;sident de la KCTU (Kwon jung-gil) a particip&#233; &#224; ce meeting, venant de la Cath&#233;drale de Myongdong. Dans son discours, il insista sur l'ambigu&#239;t&#233; de la proposition d'une simple rediscussion de la loi au Parlement, en soulignant qu'elle visait &#224; &#233;touffer la mobilisation. La revendication d'annulation et de r&#233;vision doit &#234;tre maintenue. Apr&#232;s le meeting de Chong-Myo, les participants se sont rendus en cort&#232;ge, sans intervention de la police, jusqu'&#224; la Cath&#233;drale Myondong&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 23 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Les dirigeants de la KCTU d&#233;cident de quitter le parvis de la Cath&#233;drale de Myongdong et de r&#233;int&#233;grer les bureaux de la Conf&#233;d&#233;ration syndicale. Une conf&#233;rence de presse est organis&#233;e pour le 24. L'Eglise protestante organise une manifestation &#224; l'Eglise Yang Lin &#224; Seoul. Elle r&#233;clame la d&#233;mission du pr&#233;sident Kim Young-sam pour ses crimes &#224; l'encontre de la d&#233;mocratie et se prononce pour l'annulation des lois ainsi que la dissolution de l'Agence nationale de s&#233;curit&#233; (ex-CIA sud-cor&#233;enne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 24 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement, apr&#232;s suspension des mandats d'arr&#234;t &#224; l'encontre des dirigeants de la KCTU, les l&#232;ve. Toutefois, des mesures r&#233;pressives continuent &#224; l'encontre des syndicalistes, entre autres sous l'impulsion de la F&#233;d&#233;ration des employeurs de Cor&#233;e et de la F&#233;d&#233;ration des industries de Cor&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les bureaux de la KCTU, une conf&#233;rence de presse se tient. Les objectifs pr&#233;c&#233;dents sont confirm&#233;s (annulation des lois, lev&#233;e des mesures r&#233;pressives, etc.). Pour la premi&#232;re fois, une r&#233;union de repr&#233;sentants de toutes les r&#233;gions de la KCTU se fait afin d'envisager les &#233;tapes suivantes de la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samedi 25 janvier - Dimanche 26 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
Des rassemblements r&#233;unissant des dizaines de milliers de salari&#233;s, qui reprennent les revendications centrales du mouvement syndical, se tiennent &#224; travers le pays, entre autres &#224; Seoul, Ulsan, Pohang (ville sid&#233;rurgique). La manifestation de Seoul &#233;tait la premi&#232;re manifestation publique unitaire entre la KCTU et la FKTU. Elle a r&#233;uni sur la place Yoido quelque 85'000 personnes. Le 1er mai devient un objectif de mobilisation dans le calendrier fix&#233;, la date du 18 f&#233;vrier restant toujours un objectif important.Parall&#232;lement &#224; la lib&#233;ration de syndicalistes accus&#233;s d'avoir &#034;men&#233; des gr&#232;ves ill&#233;gales&#034; s'ouvrent des poursuites judiciaires &#224; l'encontre de syndicalistes dans l'ensemble du pays, poursuites engag&#233;es &#224; la demande d'entreprises (ces poursuites concernent 420 salari&#233;s membres de 55 diff&#233;rents syndicats). &lt;br class='autobr' /&gt;
La F&#233;d&#233;ration des entreprises de Cor&#233;e et la F&#233;d&#233;ration des employeurs de Cor&#233;e demandent &#224; leurs adh&#233;rents de ne pas payer les jours de gr&#232;ve. Au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, les jours de gr&#232;ve &#233;taient pay&#233;s. Le refus de les payer est conforme &#224; un des nouveaux articles introduits dans la nouvelle loi sur le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 27 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La faillite du second producteur d'acier de Cor&#233;e - Hanbo Steel - sert de r&#233;v&#233;lateur du syst&#232;me de corruption financi&#232;re propre au r&#233;gime de Cor&#233;e du Sud : parti au pouvoir, administration, syst&#232;me bancaire et grandes entreprises sont les acteurs permanents de scandales financiers et industriels. Sous la pression des autorit&#233;s gouvernementales, l'entreprise Hanbo a re&#231;u des cr&#233;dits de la Banque d'Etat Korea Development Bank et de la banque priv&#233;e Korea First Bank. Le d&#233;couvert officiel s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de 6 milliards de dollars et la faillite de Hanbo serait susceptible d'&#233;branler le syst&#232;me financier de Cor&#233;e. Le gouvernement envisage une reprise de cette soci&#233;t&#233; par le conglom&#233;rat d'Etat Pohang Iron and Steel, deuxi&#232;me producteur d'acier &#224; l'&#233;chelle mondiale. Toutefois, ce scandale industriel et financier r&#233;v&#232;le une fois de plus la nature de la classe dominante cor&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 28 janvier&lt;br class='autobr' /&gt;
La KCTU organise une r&#233;union nationale pour d&#233;finir sa strat&#233;gie. La KCTU affirme que si elle n'obtient pas satisfaction sur ses revendications, elle ouvrira ce qu'elle nomme la quatri&#232;me &#233;tape de gr&#232;ves &#224; l'&#233;chelle nationale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une vaste campagne de signatures demandant l'abrogation de la loi est lanc&#233;e avec l'objection de r&#233;unir 1 million de signatures dans un laps de temps tr&#232;s bref. Des mesures sont prises pour obtenir le paiement des jours de gr&#232;ve dans les grandes entreprises. Enfin, la KCTU d&#233;clare que les activit&#233;s immorales et injustes li&#233;es &#224; la crise de Hanbo, activit&#233;s ruinant l'&#233;conomie nationale, soient l'objet d'une enqu&#234;te compl&#232;te et impartiale. La KCTU sugg&#232;re que les responsables soient punis pour activit&#233;s ill&#233;gales. Enfin, le syndicat souligne que la gestion du groupe Hanbo met en question non seulement l'emploi du groupe lui-m&#234;me, mais celui de l'ensemble des soci&#233;t&#233;s sous-traitantes. La KCTU propose la mise en place d'un comit&#233; sp&#233;cial qui enqu&#234;te sur la corruption r&#233;gnant dans la gestion de nombreuses soci&#233;t&#233;s dont les dirigeants se sont fait les supporters de la nouvelle loi sur le travail et ont soutenu la nouvelle loi sur la s&#233;curit&#233;. La KCTU d&#233;cide de suspendre pour l'instant les gr&#232;ves du mercredi. Les difficult&#233;s d'organisation et la pression exerc&#233;e dans les grandes entreprises sur les travailleurs rendaient cette strat&#233;gie difficile &#224; maintenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4-15-6 Ha&#239;ti&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six ann&#233;es d'insurrection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 f&#233;vrier 1986, apr&#232;s des semaines de manifestations antigouvernementales, le &#171; pr&#233;sident &#224; vie &#187; Jean-Claude Duvalier, dit B&#233;b&#233; Doc, est chass&#233; du pouvoir et se r&#233;fugie en France. Le g&#233;n&#233;ral Namphy devient pr&#233;sident d'un Conseil national de gouvernement (CNG) compos&#233; de quatre militaires et de deux civils. &lt;br /&gt;
Le 9 f&#233;vrier, cinq mille manifestants r&#233;clament la formation d'un gouvernement civil.&lt;br /&gt;
Le 17 novembre 1986, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale se d&#233;clenche pour obtenir la dissolution du CNG&lt;br /&gt;
Le 29 novembre 1987, les &#233;lections sont annul&#233;es.&lt;br /&gt;
Le 17 janvier 1988, des &#233;lections sont organis&#233;es sous l'&#233;gide de l'arm&#233;e. L'abstention est massive. Leslie Manigat devient pr&#233;sident. &lt;br /&gt;
Le 18 juin 1988, Namphy reprend le pouvoir et nomme, le 22 juin, un gouvernement de militaires.&lt;br /&gt;
Le 10 septembre 1988, massacre au cours d'une messe &#224; Port-au-Prince&lt;br /&gt;
Le 18 septembre, le g&#233;n&#233;ral Prosper Avril, chef de la garde pr&#233;sidentelle et ancien homme de confiance de B&#233;b&#233;Doc renverse Namphy. Durant toute l'ann&#233;e qui suit, le g&#233;n&#233;ral Avril &#233;chappe &#224; plusieurs tentatives de coup d'&#233;tat et ne peut r&#233;tblir la paix sociale. &lt;br /&gt;
En 1990, les anciens &#171; tontons macoutes &#187; font r&#233;gner la terreur dans les rues de la capitale. Les n&#233;o-duvali&#233;ristes cr&#233;ent l'Union pour la r&#233;conciliation nationale dirig&#233;e par Roger lafontant. La vague de protestation populaire emp&#234;che que ce parti soit admis &#224; participer aux &#233;lections. &lt;br /&gt;
Le 16 d&#233;cembre 1990, le p&#232;re Jean Bertrand Aristide, partisan de la &#171; th&#233;ologie de la lib&#233;ration &#187;, remporte haut la main l'&#233;lection pr&#233;sidentielle et devient pr&#233;sident le 7 f&#233;vrier 1991. Il est renvers&#233; le 30 septembre 1991 par un coup d'&#233;tat dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Raoul C&#233;dras, commandnat en chef de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ANNEXE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans patrie ni fronti&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La classe ouvri&#232;re cor&#233;enne : de la gr&#232;ve de masse &#224; la pr&#233;carisation et au reflux, 1987-2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment au mod&#232;le que l'on a pu observer en Espagne et au Portugal (1974-76), mais aussi au Br&#233;sil (1978-83) &#224; partir du milieu des ann&#233;es 70, la classe ouvri&#232;re sud-cor&#233;enne a d&#233;truit, gr&#226;ce &#224; des gr&#232;ves de masse remarquables au cours des ann&#233;es 1987-1990, les bases d'une dictature militaire qui s&#233;vissait depuis des d&#233;cennies. Pendant une br&#232;ve p&#233;riode (1990-1994), les gr&#232;ves ont abouti &#224; la cr&#233;ation de syndicats d&#233;mocratiques radicaux et donc &#224; des augmentations de salaires &#233;lev&#233;es et g&#233;n&#233;rales. Mais, comme dans les autres cas cit&#233;s ci-dessus, la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;e au r&#244;le de b&#233;lier facilitant un changement politique &#171; d&#233;mocratique &#187; qui a rapidement chant&#233; l'hymne de la mondialisation et du n&#233;olib&#233;ralisme en faveur de l'&#233;conomie de march&#233;. En fait, avant la vague de gr&#232;ves mais surtout apr&#232;s, le capital sud-cor&#233;en investissait d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;tranger et cherchait &#224; imposer une politique d'aust&#233;rit&#233; n&#233;olib&#233;rale &#224; l'int&#233;rieur du pays. En 1997-98, la crise financi&#232;re asiatique for&#231;a la Cor&#233;e du Sud &#224; passer sous la tutelle du FMI, ce qui acc&#233;l&#233;ra consid&#233;rablement la pr&#233;carisation de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne, pr&#233;carisation qui avait &#233;t&#233; la principale riposte capitaliste aux avanc&#233;es de la fin des ann&#233;es 80. Aujourd'hui, au moins 60% de la main-d'&#339;uvre vivent dans la pr&#233;carit&#233; la plus brutale. Soumis aux licenciements instantan&#233;s, les travailleurs pr&#233;caires touchent des salaires et des avantages sociaux qui sont au moins inf&#233;rieurs de moiti&#233; au statut des 10% constitu&#233;s par les travailleurs fixes. Les vestiges bureaucratiques des syndicats d&#233;mocratiques radicaux du d&#233;but des ann&#233;es 90 ne sont plus aujourd'hui que des organisations corporatistes repr&#233;sentant cette &#233;lite de la classe ouvri&#232;re, et autant de luttes ont &#233;clat&#233; entre les travailleurs fixes et les travailleurs pr&#233;caris&#233;s qu'entre l'ensemble des ouvriers et le capital lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I - Le contexte historique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; partir de juin 1987 et de mani&#232;re significative jusqu'en 1990, la vague de gr&#232;ves que l'on appelle en cor&#233;en &#171; Nodongja Taettujaeng &#187;, la Grande Lutte des Travailleurs, repr&#233;sente un des principaux &#233;pisodes de la lutte de classe durant les ann&#233;es 80, de m&#234;me que Solidarnosc en Pologne (1980-81), les conseils ouvriers (shura) iraniens (1979-1981) et la vague br&#233;silienne de gr&#232;ves de 1978-1983. La vague de gr&#232;ves a &#233;branl&#233; les bases d'une dictature qui avait r&#233;gn&#233; fa&#231;on presque interrompue apr&#232;s la fin de la guerre de Cor&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces gr&#232;ves ont permis que des secteurs importants de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne b&#233;n&#233;ficient d'augmentations de salaire significatives, et qu'apparaissent, durant une br&#232;ve p&#233;riode (1990-1994), des syndicats d&#233;mocratiques radicaux qui form&#232;rent le Congr&#232;s national des syndicats (ChoNoHyop), regroupement qui d&#233;fendait une politique anticapitaliste, au moins verbalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que cette vague de gr&#232;ves eut triomph&#233;, ses gains commenc&#232;rent &#224; &#234;tre s&#233;rieusement attaqu&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ChoNoHyop fut d&#233;truit par la r&#233;pression gouvernementale qui frappa ses meilleurs militants. D'autre part, le gouvernement incita les militants plus conservateurs &#224; former la Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats (Minju Nochong ou KCTU) qui fut cr&#233;e en 1995 ; en d&#233;cembre 1996, le gouvernement essaya d'imposer par la force une loi de pr&#233;carisation du travail &#224; laquelle la KCTU s'opposa &#224; contrec&#339;ur durant la gr&#232;ve de janvier 1997. En automne 1997, la crise financi&#232;re asiatique obligea la Cor&#233;e du Sud &#224; passer sous la tutelle du FMI en &#233;change d'un renflouement de 57 milliards de dollars, et le FMI exigea explicitement la pr&#233;carisation de la force de travail et des licenciements de masse pour appliquer son programme de restructurations. En d&#233;cembre 1997, Kim Dae Jong, dirigeant de l'opposition d&#233;mocratique depuis des d&#233;cennies, fut &#233;lu pr&#233;sident de la R&#233;publique ; en f&#233;vrier 1998, il amena la KCTU &#224; signer un &#171; accord historique &#187; et &#224; accepter des centaines de milliers de licenciements et des plans sociaux avec r&#233;ductions d'effectifs en accord avec les demandes du FMI, le tout en &#233;change de la l&#233;galisation d&#233;finitive du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la galerie, le gouvernement de Kim Dae Jong cr&#233;a &#233;galement en 1998 une Commission tripartite entre l'Etat, le Capital et le Travail, sur des positions corporatistes. Et cette institution sans signification n'a bien s&#251;r agi qu'au service de l'Etat et du Capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce sombre tableau et une s&#233;rie de reculs presque syst&#233;matiques, les capitalistes et l'Etat ont d&#251; combattre la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne, secteur apr&#232;s secteur, au cours de longues gr&#232;ves aux r&#233;sultats amers, et les &#233;v&#233;nements r&#233;cents prouvent que la combativit&#233; des travailleurs est loin d'avoir &#233;t&#233; &#233;limin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, vingt ans apr&#232;s la Grande Lutte des Travailleurs de 1987, les prol&#233;taires cor&#233;ens subissent l'un des programmes de pr&#233;carisation les plus r&#233;ussis du monde capitaliste, en tout cas certainement parmi les pays industriels avanc&#233;s. Approximativement 10% de la main-d'&#339;uvre cor&#233;enne sont organis&#233;s dans les syndicats de la KCTU, disposant d'un travail et d'un salaire fixes, tandis que 60% sont pr&#233;caris&#233;s, externalis&#233;s et victimes de &#171; plans sociaux &#187; &#224; r&#233;p&#233;tition. &#192; la Hyundai Motor Company, par exemple, l'un des bastions du militantisme industriel des ann&#233;es 1987-90, travailleurs fixes et travailleurs pr&#233;caires bossent c&#244;te &#224; c&#244;te, effectuant exactement les m&#234;mes t&#226;ches, alors que les seconds gagnent moiti&#233; moins que les premiers qui touchent entre 50 000 et 60 000 dollars par an, sans compter les primes et les heures suppl&#233;mentaires. Les travailleurs pr&#233;caires ha&#239;ssent g&#233;n&#233;ralement la KCTU, car ils la consid&#232;rent comme le porte-parole corporatiste des salari&#233;s fixes les mieux pay&#233;s. Les travailleurs fixes ont m&#234;me agress&#233; physiquement des travailleurs pr&#233;caires lorsque ces derniers ont lanc&#233; des gr&#232;ves sauvages (comme cela s'est produit &#224; l'usine de la Kia Motor Company en ao&#251;t 2007). Lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre 2007, un grand nombre d'ouvriers ont vot&#233; pour le candidat de la droite dure, Lee Myoung Back, dirigeant du Hanaratang (Parti d'une seule nation), ex-PDG de Hyundai et maire de S&#233;oul, dans le vain espoir d'un retour &#224; l'expansion &#233;conomique des ann&#233;es 70 et 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article tente d'expliquer comment la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne est pass&#233;e d'une lutte offensive et victorieuse &#224; la pr&#233;carisation et aux reculs, en l'espace de seulement deux d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II - La d&#233;mocratie sert &#224; imposer l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la lutte de classe dans un r&#233;gime autoritaire de d&#233;veloppement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut situer l'exp&#233;rience de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne dans le cycle plus large des transitions de la dictature &#224; la d&#233;mocratie (bourgeoise), qui a commenc&#233; en Espagne et au Portugal (1974-1976), et a continu&#233; dans des pays tels que la Pologne et le Br&#233;sil. Nous pouvons &#233;galement noter que, apr&#232;s les &#171; transitions &#187; de la P&#233;ninsule ib&#233;rique, les explosions suivantes ont eu lieu pendant une p&#233;riode de r&#233;gression et de reflux pour les classes ouvri&#232;res am&#233;ricaine et nord-europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, elles se sont d&#233;roul&#233;es dans le contexte de la crise &#233;conomique mondiale survenue apr&#232;s la fin du boom qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Dans la P&#233;ninsule ib&#233;rique, en Pologne et au Br&#233;sil, comme en Cor&#233;e du Sud, l'intervention de la classe ouvri&#232;re dans la vie politique et sociale a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e par une p&#233;riode prolong&#233;e &#171; de croissance &#233;conomique &#187; intensive (de qualit&#233; fortement variable) et la r&#233;pression violente de l'activit&#233; ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fois, les luttes des travailleurs ont jou&#233; un r&#244;le central dans la bataille plus large de &#171; l'opposition d&#233;mocratique &#187; contre la dictature, et &#224; chaque fois, &#171; l'opposition d&#233;mocratique &#187; a pris le pouvoir et a mis en application (toujours en collaboration &#233;troite avec le capital international) des programmes tr&#232;s stricts d'aust&#233;rit&#233; qui ont fragment&#233; le mouvement ouvrier. On pourrait en conclure que la &#171; d&#233;mocratie sert &#224; imposer l'aust&#233;rit&#233; &#187; - et telle est, en effet, ma conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas cor&#233;en, naturellement, comporte beaucoup de particularit&#233;s qui ne doivent pas &#234;tre dilu&#233;s ou dissimul&#233;es par une comparaison g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e &#233;tait, en 1960, consid&#233;r&#233;e comme un &#171; cas sans espoir &#187; sur le plan &#233;conomique, aussi pauvre - en ce qui concerne la consommation par t&#234;te - que l'Inde ou la Tanzanie. En 1996, elle fut accueillie en fanfare dans l'OCDE comme une &#171; &#233;conomie avanc&#233;e &#187; et tomba sous le contr&#244;le du FMI &#224; peine un an plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, la Cor&#233;e, l'un des quatre &#171; tigres &#187; asiatiques aux c&#244;t&#233;s de Ta&#239;wan, Hong Kong et Singapour, apparut entre 1960 et 1997 comme l'une des rares r&#233;ussistes parmi les centaines d'&#233;checs et de retours en arri&#232;re que connurent les pays du tiers monde qui b&#233;n&#233;ficiaient de l' &#171; aide &#187; occidentale et de la tutelle de la Banque mondiale et du FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui a rendu donc la Cor&#233;e si diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord son statut sp&#233;cial (comme les autres &#171; tigres &#187; d'Asie) : avant-poste et vitrine pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, son succ&#232;s &#233;conomique fournissait un contrepoids important pour la propagande des Etats-Unis face aux (soi-disant) r&#233;gimes socialistes voisins, &#224; savoir la Cor&#233;e du Nord, la Chine et l'Union sovi&#233;tique. Des dizaines de milliers de soldats am&#233;ricains stationnaient dans le pays depuis la fin de la guerre de Cor&#233;e et les Etats-Unis y ont tol&#233;r&#233; une politique &#233;tatiste de d&#233;veloppement &#224; laquelle ils s'opposaient habituellement dans le reste du tiers monde, allant jusqu'&#224; renverser les gouvernements qui voulaient appliquer ce type de mesures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, la Cor&#233;e du Sud, comme Taiwan, diff&#233;rait de presque tous les autres pays du tiers monde parce que la r&#233;forme agraire y avait d&#233;finitivement &#233;limin&#233; l'aristocratie pr&#233;capitaliste &#171; yangban &#187; entre 1945 et 1950. (Cette r&#233;forme avait eu lieu sous la pression intense de la r&#233;forme agraire men&#233;e dans le Nord et qui s'&#233;tait &#233;tendue au Sud quand les arm&#233;es de Kim il-sung avaient bri&#232;vement occup&#233; presque toute la p&#233;ninsule durant les premiers mois de la guerre.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, la Cor&#233;e du Sud, pauvre en ressources naturelles et ruin&#233;e lors des hostilit&#233;s de 1950-1953, &#233;tait le pays par excellence &#171; du capital humain &#187;. Elle a toujours accord&#233; une importance &#233;norme, quasi maniaque, &#224; l'&#233;ducation. M&#234;me en 1960, il n'y avait que 10 % d'illetrisme chez les adultes, pourcentage exceptionnel dans les pays &#233;quivalents du tiers monde, &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fronti&#232;re qui divisait le pays en deux fut fix&#233;e le long du trente-huiti&#232;me parall&#232;le, en 1945, par les arm&#233;es d'occupation am&#233;ricaines et et sovi&#233;tiques. La d&#233;faite du Japon pendant la Seconde Guerre mondiale mit fin &#224; 35 ann&#233;es de domination coloniale japonaise. Cette domination repr&#233;senta un moment important de l'histoire cor&#233;enne car elle cr&#233;a les bases d'une &#233;conomie capitaliste moderne (le bilan exact de cette p&#233;riode est encore l'objet de controverses).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les occupants japonais s'enfuirent en ao&#251;t 1945, un &#224; deux millions d'ouvriers cr&#233;&#232;rent des conseils ouvriers (Cheonpyong, ou Conseil des ouvriers nationaux &#224; Choson) dans les usines abandonn&#233;es de la zone occup&#233;e par l'arm&#233;e am&#233;ricaine. Ils n'&#233;taient pas sp&#233;cialement motiv&#233;s par l'autogestion (la gauche cor&#233;enne &#233;tait alors domin&#233;e totalement par le stalinisme), mais ils avaient besoin de produire de quoi satisfaire leurs besoins &#233;l&#233;mentaires quotidiens. Les autorit&#233;s am&#233;ricaines d'occupation mirent fin &#224; ce syst&#232;me de conseils ouvriers en d&#233;cembre 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans les pays europ&#233;ens occup&#233;s par l'Allemagne nazie et dont les bougeoisies avaient collabor&#233;, l'aristocratie pr&#233;capitaliste yangban et la petite classe capitaliste &#233;taient politiquement et socialement discr&#233;dit&#233;es. &#192; partir de ces forces h&#233;t&#233;rog&#232;nes, la puissance occupante (les Etats-Unis) dut installer un gouvernement viable capable de liquider le soul&#232;vement des ouvriers et des paysans, dont beaucoup &#233;taient fortement favorables &#224; Kim il-Sung et &#224; ses forces de gu&#233;rilla, et g&#233;n&#233;ralement favorables &#224; un changement radical. Les Etats-Unis choisirent Rhee Syngman comme chef du gouvernement. Ils supervis&#232;rent (et particip&#232;rent &#224;) l'&#233;crasement impitoyable de la gauche dans la zone m&#233;ridionale durant les cinq ann&#233;es de guerre de partisans et de massacres qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent le d&#233;but la guerre avec la Cor&#233;e du Nord en juin 1950. En 1950, tous les militants de gauche du Sud soit avaient &#233;t&#233; physiquement &#233;limin&#233;s soit avaient fui au Nord (o&#249; bon nombre d'entre eux furent &#233;galement liquid&#233;s). Dans le Sud, la continuit&#233; avec la gauche cor&#233;enne d'avant 1945 fut totalement bris&#233;e, facteur qui joua un r&#244;le non n&#233;gligeable lorsque le r&#233;veil politique de la gauche et du mouvement social eut lieu dans les ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Solidement &#233;paul&#233; par le soutien militaire et l'aide des Etats-Unis, Rhee Syngman dirigea un pays &#224; l'&#233;conomie faible et stagnante jusqu'en 1960. Il fut finalement renvers&#233; par des &#233;meutes men&#233;es par les &#233;tudiants en 1960, et la Cor&#233;e du Sud connut une br&#232;ve ouverture d&#233;mocratique, close par le coup d'Etat de Park chung-hee en 1961, qui ouvrit une nouvelle &#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Park chung-hee n'&#233;tait pas, du moins pas seulement, le dictateur typique, la marionette minable soutenue par les Am&#233;ricains, apr&#232;s la fin de la Seconde Guerre mondiale. On pr&#233;tend qu'il aurait adh&#233;r&#233; au Parti communiste d&#232;s 1943 (&#224; ma connaissance aucune preuve d&#233;finitive n'en a jusqu'ici &#233;t&#233; fournie), et qu'en 1948 il aurait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; car il appartenait &#224; un groupe de discussion du PC regroupant de jeunes officiers. Quand il prit le pouvoir en 1961, les Etats-Unis h&#233;sit&#232;rent &#224; reconna&#238;tre son gouvernement, et, pendant son r&#232;gne autoritaire (1961-1979), les Am&#233;ricains se m&#233;fi&#232;rent plusieurs fois de ses tendances nationalistes (par exemple de son programme nucl&#233;aire militaire ind&#233;pendant et de ses flirts diplomatiques pr&#233;caires avec la Cor&#233;e du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, Park chung-hee avait &#233;t&#233; form&#233; dans une acad&#233;mie militaire japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Il admirait tant le mod&#232;le nippon de d&#233;veloppement &#233;conomique qu'il essaya rapidement de l'imiter en Cor&#233;e du Sud, avec un certain succ&#232;s. Puisque le mod&#232;le japonais avait lui-m&#234;me &#233;t&#233; copi&#233; du mod&#232;le prussien &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, la Cor&#233;e du Sud acquit un certain vernis &#171; allemand &#187;. Ce vernis est g&#233;n&#233;ralement dissimul&#233; par l'h&#233;ritage nippon, lui-m&#234;me souvent cach&#233; et objet de pol&#233;miques. La Constitution cor&#233;enne, par exemple, fut r&#233;dig&#233;e par un juriste cor&#233;en qui avait &#233;tudi&#233; le droit en Allemagne dans les ann&#233;es 50, et s'&#233;tait entich&#233; des th&#233;ories de Carl Schmitt ; raison pour laquelle l' &#171; &#233;tat d'urgence &#187; &#233;tait l'une des pierres angulaires de l'id&#233;ologie de Park chung-hee. Ahn Ho Sang, personnage ouvertement pro-nazi dans les ann&#233;es 30 et qui avait &#233;tudi&#233; en Allemagne sous Hitler, r&#233;digea les manuels scolaires d'histoire pour le secondaire en y introduisant, apr&#232;s-guerre, le genre de mythes hyper-nationalistes que ch&#233;rissait le populisme romantique allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, Park chung-hee s'attaqua aux capitalistes parasites du r&#233;gime Rhee soit en les &#233;liminant, soit en les for&#231;ant &#224; se lancer dans des investissements productifs. Il lan&#231;a la politique du &#171; nouveau village &#187; (Se Maul) dans les campagnes, con&#231;ue pour capitaliser enti&#232;rement l'agriculture et pour forcer une partie importante de la population rurale &#224; &#233;migrer vers les villes et &#224; chercher du travail en usine. Gr&#226;ce &#224; la F&#233;d&#233;ration des syndicats cor&#233;ens (FKTU), tr&#232;s anticommuniste et marqu&#233;e par la guerre froide, le r&#233;gime exer&#231;a un contr&#244;le draconien sur la classe ouvri&#232;re. Les prol&#233;taires travaillaient fr&#233;quemment 7 jours sur 7, par &#233;quipes de 12 heures, et le r&#233;gime n'h&#233;sitait pas, si n&#233;cessaire, &#224; utiliser la terreur polici&#232;re et la torture. Pendant l'&#232;re de Park chung-hee, les c&#233;l&#232;bres chaebol (conglom&#233;rats) s'impos&#232;rent, l'Etat contr&#244;lant le cr&#233;dit et choisissant les industries qui devaient &#234;tre de v&#233;ritables &#171; championnes nationales &#187;, pratique qui fut plus tard d&#233;nonc&#233;e comme un &#171; capitalisme de copinage &#187; quand l'&#233;conomie cor&#233;enne commen&#231;a &#224; avoir des rat&#233;s pendant les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cor&#233;e, comme les autres &#171; tigres &#187; asiatiques et &#224; la diff&#233;rence de la plupart des pays du tiers monde &#224; la m&#234;me &#233;poque, se d&#233;veloppa gr&#226;ce &#224; une strat&#233;gie orient&#233;e vers l'exportation. Elle se fraya un chemin vers le sommet de la &#171; cha&#238;ne de production &#187; internationale, commen&#231;ant par le textile et d'autres industries l&#233;g&#232;res de consommation, puis passant &#224; la fabrication (automobile, construction navale) et terminant par la haute technologie, en s'emparant de parts importantes du march&#233; mondial pour les composants d'ordinateur durant les ann&#233;es 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s &#233;conomique des ann&#233;es Park chung-hee ne peut &#233;videmment pas &#234;tre s&#233;par&#233; de ses m&#233;thodes autoritaires ou de la conjoncture internationale de l'&#233;poque (deux r&#233;alit&#233;s largement ignor&#233;es aujourd'hui dans les discussions au sujet des probl&#232;mes &#233;conomiques croissants en Cor&#233;e du Sud ; la victoire, en d&#233;cembre 2007, de la droite dure aux &#233;lections pr&#233;sidentielles a donn&#233; une aura nostalgique, teint&#233;e de rose, &#224; la dictature de Park chung-hee). Non seulement l'&#233;conomie sud-cor&#233;enne a tir&#233; profit de sa place priviligi&#233;e dans la strat&#233;gie g&#233;opolitique am&#233;ricaine durant la guerre froide, mais elle chevaucha &#233;galement la vague croissante d'investissements industriels qui, d&#233;marrant vers 1965, commen&#231;a &#224; rechercher des d&#233;bouch&#233;s en dehors de l'Am&#233;rique du Nord et de l'Europe. Les revenus des Cor&#233;ens &#224; l'&#233;tranger jou&#232;rent &#233;galement un r&#244;le significatif, car les soldats sud-cor&#233;ens rapatri&#232;rent des millions de dollars durant la guerre du Vietnam et des dizaines de milliers d'ouvriers sud-cor&#233;ens all&#232;rent au Moyen-Orient travailler sur des chantiers de construction, au cours du boom p&#233;trolier qui eut lieu apr&#232;s 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; la centralit&#233; de l'industrie l&#233;g&#232;re pendant la p&#233;riode de &#171; d&#233;collage &#187; des ann&#233;es 60, ce n'est donc pas par hasard que la renaissance du mouvement ouvrier sud-cor&#233;en se produisit dans l'industrie textile, ni qu'elle se d&#233;roula parmi les travailleuses, puisque la main-d'&#339;uvre &#233;tait majoritairement compos&#233;e de jeunes femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 novembre 1970 marque la naissance symbolique du mouvement ouvrier sud-cor&#233;en contemporain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour-l&#224;, Jeon Tae-il, un jeune ouvrier du textile, s'immola au cours d'une petite manifestation dans l'une des zones industrielles de S&#233;oul qui regroupent des sweatshops (entreprises o&#249; les syndicats sont, de fait, interdits et les ouvriers surexploit&#233;s). Jeon avait auparavant essay&#233; toutes les d&#233;marches l&#233;gales possibles pour obtenir r&#233;paration, mais en vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des ann&#233;es 70 fut caract&#233;ris&#233; par un nombre croissant de gr&#232;ves men&#233;es, dans les conditions les plus difficiles, par des ouvri&#232;res du textile. Les revendications &#233;taient simples et claires ; elles concernaient la longueur inhumaine des journ&#233;es de travail, les bas salaires, l'autoritarisme des chefs et le fait que les femmes &#233;taient oblig&#233;es de vivre dans des dortoirs. Elles &#233;taient g&#233;n&#233;ralement recrut&#233;es directement dans les campagnes et les bidonvilles qui fleurissaient autour de S&#233;oul et d'autres villes. Les gr&#232;ves furent presque toujours brutalement r&#233;prim&#233;es par les gardiens d'usines, la police, les soldats et des nervis recrut&#233;s dans les bas-fonds. La lutte pour la cr&#233;ation d'un syndicat d&#233;mocratique &#224; l'usine de la soci&#233;t&#233; textile Dongil &#224; Inchon, entre 1972 et 1976, fut exemplaire &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement durant les ann&#233;es 70 que des groupes religieux (principalement chr&#233;tiens) et des &#233;tudiants radicaux (les &#171; hakchul &#187;, &#171; venant de l'universit&#233; &#187;) commenc&#232;rent &#224; nouer des liens avec le mouvement ouvrier. Les groupes religieux &#233;taient inspir&#233;s par la th&#233;ologie de lib&#233;ration catholique et des doctrines sociales protestantes similaires. Les groupes religieux et les &#233;tudiants radicaux cr&#233;&#232;rent des &#233;coles du soir pour les ouvriers et ouvri&#232;res du textile, pour leur apprendre &#224; lire et &#233;crire, leur enseigner des rudiments de secr&#233;tariat et aussi leurs droits fondamentaux en tant que salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 70 virent aussi &#233;clore le mouvement minjung (impr&#233;gn&#233; par la culture populaire), &#233;troitement li&#233; au mouvement religieux et au mouvement hakchul. N&#233; dans la classe moyenne, le mouvement minjung p&#233;n&#233;tra la culture populaire, qui subissait une &#233;rosion rapide sous l'impact de la modernisation de la Cor&#233;e &#224; marche forc&#233;e. Il essaya d'utiliser cette culture populaire afin de cr&#233;er une &#171; contre-culture de lutte &#187;. &#192; cette fin, il utilisa la musique et les danses du chamanisme cor&#233;en et des traditions paysannes rurales : il r&#233;ussit ainsi &#224; consolider la d&#233;termination collective des travailleurs pour lutter contre tous les mauvais coups et la r&#233;pression. Encore aujourd'hui, les chansons, comme chez les IWW am&#233;ricains, demeurent une tradition importante du mouvement ouvrier cor&#233;en : lors des manifestations et des gr&#232;ves les travailleurs chantent des dizaines de chansons que tout le monde conna&#238;t par c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement cor&#233;en des ann&#233;es 70 - que ce soit le mouvement ouvrier ou les mouvements hakchul, minjung ou religieux - ne d&#233;passa pas le cadre de l'id&#233;ologie d&#233;mocratique lib&#233;rale et eut tendance &#224; regarder avec sympathie les Etats-Unis qu'il consid&#233;rait comme une force qui orienterait la dictature cor&#233;enne vers la d&#233;mocratie. Tout cela changea avec le soul&#232;vement de Kwangju et le massacre qui s'ensuivit en mai 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, la Cor&#233;e a toujours &#233;t&#233; un pays caract&#233;ris&#233; par des fid&#233;lit&#233;s r&#233;gionales intenses, et ce ph&#233;nom&#232;ne a persist&#233; &#224; l'&#232;re du capitalisme moderne. La province de Cholla, dans le sud-ouest, &#233;tait traditionnellement une r&#233;gion agricole arri&#233;r&#233;e. Park chung-hee, quant &#224; lui , &#233;tait originaire de Gyeongsang, une province du sud-est, et sa politique &#233;conomique favorisa surtout cette r&#233;gion, donnant naissance &#224; des centres industriels importants (Ulsan, Pohang, et Pusan). Les habitants de la province de Cholla &#233;taient m&#233;contents d'&#234;tre tenus &#224; l'&#233;cart par le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1979, des manifestations de masse balay&#232;rent le pays, exigeant l'instauration de la d&#233;mocratie. Les ouvriers prirent la t&#234;te de plusieurs manifestations. En octobre 1979, Park chung-hee fut assassin&#233; par le chef des services de renseignements cor&#233;ens (la KCIA), qui pr&#233;tendit que cela s'&#233;tait produit &#224; l'issue d'une discussion concernant la fa&#231;on de contenir et r&#233;primer les manifestations en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III - Le soul&#232;vement de Kwangju&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une br&#232;ve ouverture d&#233;mocratique, semblable &#224; celle de 1960, eut lieu, mais Park chung-hee fut remplac&#233; par un autre dictateur militaire, Chun Doo Hwan. En mai 1980, l'arm&#233;e tira sur une manifestation &#224; Kwangju, la plus grande ville dans la province de Cholla. Il s'ensuivit un soul&#232;vement durant lequel la population de Kwangju prit le contr&#244;le de la ville, d&#233;valisa une armurerie militaire, et combattit pendant onze jours les forces de r&#233;pression, y compris une unit&#233; d'&#233;lite venue sp&#233;cialement de la zone fronti&#232;re (DMZ) avec la Cor&#233;e du Nord. Au total, on estime qu'il y eut environ 2 000 morts des deux c&#244;t&#233;s (la plupart d'entre eux &#233;videmment au moment de la r&#233;pression de la r&#233;volte) &#224; Kwangju.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwangju fut coup&#233;e du reste du pays et la censure emp&#234;cha toute information de filtrer. (Draconienne, la &#171; loi sur la s&#233;curit&#233; nationale &#187;, adopt&#233;e en 1948 et toujours en vigueur aujourd'hui, interdisait, sous peine de graves condamnations, de discuter publiquement du soul&#232;vement de Kwangju jusqu'au milieu des ann&#233;es 90.) On croit cependant que le gouvernement des Etats-Unis (qui venait de subir le renversement du Shah d'Iran en 1979 et se trouvait au milieu de la crise des otages &#224; T&#233;h&#233;ran) d&#233;cida qu'il ne voulait plus assister &#224; des mouvements radicaux de masse contre des dictateurs amis des Etats-Unis. Il a donc peut-&#234;tre &#233;t&#233; profond&#233;ment impliqu&#233; dans la d&#233;cision d'&#233;craser violemment le mouvement (hypoth&#232;se consid&#233;rablement renforc&#233;e par la r&#233;cente publication de documents concernant les rapports entre les deux gouvernements pendant la crise de 1980).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de ce moment-l&#224;, le mouvement cor&#233;en se d&#233;tacha rapidement des id&#233;ologies lib&#233;rales d&#233;mocratiques et religieuses des ann&#233;es 70 et prit une orientation plus radicale, essentiellement vers une r&#233;volution &#224; la sauce &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tournant id&#233;ologique montre l'importance de toute la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente qui fut marqu&#233; par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la discontinuit&#233; pratiquement totale avec la gauche qui avait &#233;merg&#233; apr&#232;s l'effondrement de l'occupation japonaise en 1945, gauche qui fut d&#233;truite par la r&#233;pression du gouvernement cor&#233;en et de l'arm&#233;e am&#233;ricaine entre 1945 et 1953 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; les d&#233;cennies de dictature apr&#232;s la guerre de Cor&#233;e qui avaient stigmatis&#233; toute critique sociale comme &#233;tant inspir&#233;e par la Cor&#233;e du Nord ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; l'isolement de la Cor&#233;e du Sud par rapport aux mouvements internationaux et &#224; la fermentation politique des ann&#233;es 60 et suivantes. &lt;br class='autobr' /&gt; (Quand les &#233;tudiants cor&#233;ens rejoignirent les groupes clandestins d'opposition dans les ann&#233;es 70 et 80, une de leurs premi&#232;res t&#226;ches fut souvent d'apprendre le japonais, afin de lire tous les livres politiques - et particuli&#232;rement marxistes - qui ne pouvaient pas &#234;tre &#233;dit&#233;s en Cor&#233;e. Par cons&#233;quent les Cor&#233;ens du Sud ne connurent ni la longue &#233;rosion du stalinisme qui dura plusieurs d&#233;cennies en Europe et aux Etats-Unis, ni l'impact de 1968 et de la Nouvelle Gauche occidentale, ni la critique radicale du l&#233;ninisme, ni la red&#233;couverte de Hegel et des &#233;crits de Marx durant les ann&#233;es 1840. Ils ignor&#232;rent tout cela, ou alors ils en prirent connaissance de fa&#231;on tr&#232;s d&#233;form&#233;e. Au d&#233;but des ann&#233;es 80, la police arr&#234;ta les membres d'un groupe d'&#233;tude clandestin qui souhaitaient lire en allemand les &#233;crits de Lukacs et de Hegel sur l'esth&#233;tique ; ils furent condamn&#233;s &#224; six mois de prison.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la radicalisation du mouvement cor&#233;en, apr&#232;s l'&#233;crasement de l'insurrection de Kwangju, suivit presque toujours une orientation profond&#233;ment stalinienne, qu'elle se dise &#171; marxiste-l&#233;niniste &#187;, prosovi&#233;tique, prochinoise ou pro-Cor&#233;e du Nord. Trotsky &#233;tait tr&#232;s peu connu jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 80, et les critiques de gauche de Trotsky encore plus ignor&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des groupes marxistes-l&#233;ninistes qui &#233;merg&#232;rent dans les ann&#233;es 80 sont &#224; l'origine des deux tendances principales du mouvement ouvrier cor&#233;en actuel (dans la KCTU et dans le Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en ou KDLP). Il s'agit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; d'un c&#244;t&#233;, de la tendance &#171; lib&#233;ration nationale &#187;, favorable &#224; la Cor&#233;e du Nord : on les appelle les &#171; NL &#187;, ou &#171; juche-istes &#187;, en raison de la doctrine nord-cor&#233;enne du &#171; juche &#187; ou &#171; autosuffisance &#187; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; et, de l'autre, de la tendance &#171; D&#233;mocratie du peuple &#187; (ou PD) qui est en fait proche de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la pr&#233;paration de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de d&#233;cembre 2007, les &#171; Juche-istes &#187; s'empar&#232;rent de l'appareil du KDLP, et purg&#232;rent une partie des membres de &#171; D&#233;mocratie du peuple &#187;. (Il faut &#233;galement noter que ces deux courants sont implant&#233;s principalement dans les syndicats de cols blancs, tels ceux des banques, les professeurs et d'autres fonctionnaires, tandis que la plupart des cols bleus ne s'int&#233;ressent &#224; aucune de ces deux tendances. Sous la direction du courant NL, le KDLP a perdu des voix dans tout le pays, puisque, entre les &#233;lections de 2002 et celles de 2007, il est pass&#233; de 5 &#224; 3% &#224; l'&#233;chelle nationale, et qu'&#224; Ulsan, le bastion de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne, son score a chut&#233; de 11 &#224; 8%.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nationalisme est end&#233;mique en Cor&#233;e, y compris dans le mouvement ouvrier. Cela est d&#251; aux si&#232;cles de domination &#233;trang&#232;re (chinoise, japonaise, puis am&#233;ricaine) qu'a subis le pays, &#224; la division de la Cor&#233;e apr&#232;s 1945, et &#224; sa position g&#233;opolitique au &#171; carrefour &#187; des sph&#232;res d'influence chinoise, japonaise, russe et am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;ninsule cor&#233;enne, ou l'h&#233;g&#233;monie dans cette r&#233;gion, a &#233;t&#233; la cible des intrusions &#233;trang&#232;res pendant des si&#232;cles, et plus r&#233;cemment, de la guerre sino-japonaise de 1895, russo-japonaise de 1904- 1905, et enfin de la guerre de Cor&#233;e. &#171; Quand les baleines se battent, les vairons s'enfuient pour se mettre &#224; l'abri &#187; - ce vieux proverbe cor&#233;en exprime bien cette r&#233;alit&#233;. Pendant 35 ans (de 1910 &#224; 1945) la domination coloniale japonaise tenta d'&#233;liminer presque enti&#232;rement la culture cor&#233;enne, ce qui ne fit que renforcer cette tendance nationaliste. Enfin, les mythes sur l'homog&#233;n&#233;it&#233; ethnique, promus par les manuels d'histoire remplis de mythes populistes ou, plus r&#233;cemment, les t&#233;l&#233;films historiques au sujet de la grandeur cor&#233;enne pass&#233;e ont jou&#233; aussi leur r&#244;le. (La Cor&#233;e du Nord a propag&#233;, elle aussi, une version diff&#233;rente de ce nationalisme, et bien plus virulente.) Dans ce contexte, m&#234;me les &#233;v&#233;nements sportifs, comme les Jeux Olympiques de S&#233;oul en 1988 ou les succ&#232;s de l'&#233;quipe cor&#233;enne en 2002 lors de la demi-finale de la coupe du monde de football, deviennent des &#233;v&#233;nements qui contribuent &#224; forger l'identit&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#234;mes raisons g&#233;opolitiques, toute lutte de classe s&#233;rieuse en Cor&#233;e du Sud prend imm&#233;diatement une dimension internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la renaissance de la gauche et du mouvement social dans les ann&#233;es 70 et les ann&#233;es 80, personne ne remit donc en cause le nationalisme. Durant les ann&#233;es 80 un &#171; marxisme &#187; stalinis&#233; &#233;carta les orientations d&#233;mocratiques lib&#233;rales qui avaient domin&#233; durant la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant l'insurrection de Kwangju. &#192; travers leurs publications clandestines influentes, les groupes marxistes-l&#233;ninistes import&#232;rent surtout en Cor&#233;e du Sud des variantes de la th&#233;orie l&#233;niniste de l'imp&#233;rialisme, de la th&#233;orie du capitalisme de monopoles et des th&#233;ories de la d&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es 80 le mouvement hakchul s'implanta aussi dans les usines, exactement comme les &#171; tournants ouvriers &#187; et autres politiques d' &#171; &#233;tablissement &#187; que pr&#244;n&#232;rent les petits bourgeois radicaux dans les pays occidentaux apr&#232;s 1968. &#192; la cr&#234;te du mouvement, des milliers d'ex-&#233;tudiants se firent embaucher en usine, et parfois men&#232;rent des gr&#232;ves importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 80, la gauche et l'extr&#234;me gauche cor&#233;ennes consid&#233;raient tout naturellement la Cor&#233;e du Sud comme un pays &#171; p&#233;riph&#233;rique &#187; du syst&#232;me imp&#233;rial am&#233;ricain, qui ne pourrait &#234;tre lib&#233;r&#233; que par le &#171; socialisme &#187; (au sens stalinien) et la r&#233;unification nationale avec le Nord. Elles avaient ainsi tendance &#224; sous-estimer la profondeur du d&#233;veloppement industriel cor&#233;en et surtout l'&#233;lasticit&#233; du syst&#232;me qui allait pouvoir accorder des augmentations de salaires significatives, dans un cadre capitaliste, apr&#232;s la r&#233;volte ouvri&#232;re des ann&#233;es 1987-1990. De telles th&#233;ories furent renforc&#233;es par le fait que la Cor&#233;e du Sud ne rattrapa, puis d&#233;passa &#233;conomiquement, la Cor&#233;e du Nord qu'aux alentours de 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La convergence de tous ces facteurs signifia que l'effondrement de l'Union sovi&#233;tique en 1991, co&#239;ncidant avec la diminution des luttes ouvri&#232;res apr&#232;s 1990, eut un impact psychologique bien plus fort sur les militants en Cor&#233;e que n'importe o&#249; en Occident, o&#249; le prestige de l'Union sovi&#233;tique avait commenc&#233; &#224; s'effondrer &#224; partir de 1956 au moins, en tout cas certainement apr&#232;s 1968. Le climat politique devint d&#233;j&#224; particuli&#232;rement morose au printemps 1991, quand un &#233;tudiant de S&#233;oul fut battu &#224; mort par la police et que les candidats de la gauche d&#233;mocratique furent &#233;cras&#233;s lors des &#233;lections municipales de juin 1991. Tout cela contribua &#224; cr&#233;er un certain d&#233;faitisme et un sentiment de futilit&#233; de la lutte politique apr&#232;s des ann&#233;es de la mobilisation et de luttes. Il faut ajouter que l'&#233;conomie cor&#233;enne, qui avait connu une phase d'expansion dans la p&#233;riode 1986-88 et durant la premi&#232;re phase de la Grande Lutte des Travailleurs, connut de nouvelles difficult&#233;s &#224; partir de 1990, difficult&#233;s dont elle n'a pas encore enti&#232;rement r&#233;cup&#233;r&#233; jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des ph&#233;nom&#232;nes comparables se produisirent en Occident apr&#232;s la fin des ann&#233;es 70, lorsque des milliers de militants arr&#234;t&#232;rent leurs activit&#233;s politiques, d&#233;cid&#232;rent de ne plus se consacrer qu'&#224; leur vie priv&#233;e, tent&#232;rent de poursuivre une carri&#232;re dans une des professions de la classe moyenne ou, dans les milieux universitaires, succomb&#232;rent &#224; l'attrait du post-modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV - La politique nationale &lt;br class='autobr' /&gt;
et la Grande Lutte des Travailleurs (1987-1990)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut &#233;galement &#233;voquer le contexte politique qui sous-tend le cours de la lutte de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir des ann&#233;es 80, les luttes ouvri&#232;res pour des syndicats d&#233;mocratiques pass&#232;rent (tout comme l'&#233;conomie cor&#233;enne elle-m&#234;me) de l'industrie l&#233;g&#232;re &#224; l'industrie lourde. La dictature militaire de Chun Doo Hwan, qui succ&#232;da &#224; celle de Park chung-hee, fut oblig&#233;e de rel&#226;cher son contr&#244;le sur la soci&#233;t&#233; au milieu des ann&#233;es 80, sous la pression croissante de l'opposition d&#233;mocratique au cours de la pr&#233;paration des Jeux olympiques panasiatiques (en 1986) et des Jeux olympiques de S&#233;oul (en 1988). En particulier, le gouvernement dut l&#226;cher une &#171; d&#233;claration sur la d&#233;mocratisation &#187; en juin 1987, face &#224; la menace que la classe ouvri&#232;re s'associe aux protestations en faveur de la d&#233;mocratie. Et cette d&#233;claration d&#233;clencha imm&#233;diatement la Grande Lutte des Travailleurs durant l'&#233;t&#233; 1987. Pour la premi&#232;re fois, le mouvement passa de la r&#233;gion de S&#233;oul-Inchon aux nouvelles zones industrielles m&#233;ridionales d'Ulsan, Masan et Changwon. En tout, il y eut plus de 3 000 gr&#232;ves en 1987, qui obtinrent le droit de cr&#233;er des sections syndicales, de 25 &#224; 30% d'augmentation de salaire, et l'abolition de la discipline militaire, particuli&#232;rement d&#233;test&#233;e dans les usines : les patrons imposaient aux ouvriers de porter des cheveux courts, de faire de la gym tous les matins, etc. &#192; Ulsan, la ville de la soci&#233;t&#233; Hyundai, on assista &#224; des mobilisations massives et &#224; des combats de rues qui dur&#232;rent jusqu'en 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve de 128 jours (d&#233;cembre 1988-avril 1989) chez Hyundai Heavy Industries (HHI) se termina par une attaque militaire coordonn&#233;e contre le chantier naval de Hyundai, occup&#233; par les travailleurs. Le gouvernement l&#226;cha contre eux 9 000 soldats et policiers, au cours d'une offensive terrestre, maritime et a&#233;rienne. Il s'ensuivit dix jours de combats de rues (mobilisant les ouvriers mais aussi leurs &#233;pouses et leurs enfants) dans les quartiers ouvriers d'Ulsan. Cette lutte fut suivie en 1990 par la gr&#232;ve de Goliath, encore &#224; Hyundai Heavy Industries, conflit qui se termina par une d&#233;faite am&#232;re. (En r&#233;ponse &#224; ces luttes Hyundai construisit de nombreux immeubles de grande hauteur pour y loger ses ouvriers.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V - 1990-1997 : le d&#233;clin des luttes &lt;br class='autobr' /&gt;
et le reflux du mouvement commencent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reflux des luttes offensives de masse de la p&#233;riode 1987-1990, et l'atmosph&#232;re g&#233;n&#233;rale de d&#233;faite qui s'ensuivit ouvrirent une nouvelle phase dans les organisations ouvri&#232;res cor&#233;ennes. Les augmentations de salaires obtenues &#224; la fin des ann&#233;es 80 renforc&#232;rent bri&#232;vement l'illusion de la possibilit&#233; d'une cohabitation entre le Capital et le Travail, et renforc&#232;rent donc les courants r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, au sein de la Conf&#233;d&#233;ration nationale des syndicats (ChoNoHyop), la tendance de droite et ouvertement r&#233;formiste (dite NL, pour la lib&#233;ration nationale, et favorable &#224; la Cor&#233;e du Nord) commen&#231;a &#224; prendre le dessus sur la tendance radicale affaiblie. (En cor&#233;en, la tendance NL s'appelle Kukminpa, ce qui signifie litt&#233;ralement &#171; Les Travailleurs unis avec la Nation &#187;.) Cette tendance a toujours courtis&#233; les bureaucrates et les politiciens. Comme nous l'avons dit pr&#233;c&#233;demment, le gouvernement pers&#233;cuta les meilleurs militants de la NCTU et soutint les r&#233;formistes, ce qui d&#233;truisit la NCTU en 1995 et conduisit au regroupement des syndicats dans la KCTU sous la direction de son aile droite. (En effet, &#224; la fondation de la NCTU en janvier 1990, la plupart de ses dirigeants &#233;taient en prison ou dans la clandestinit&#233;.) La longue exp&#233;rience de la dictature et du client&#233;lisme poussa &#233;galement une partie des ouvriers &#224; accueillir favorablement la d&#233;mocratie bourgeoise et le n&#233;o-lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant Ulsan resta un centre de fermentation sociale intense et, en juin 1991, quand Park Chang Su, un dirigeant syndical, fut tu&#233; en prison, 20 000 ouvriers de Hyundai Heavy Industries et 30 000 ouvriers de Hyundai Motor Company attaqu&#232;rent la mairie d'Ulsan, et leur lutte dura finalement un mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992, la Cor&#233;e du Sud adh&#233;ra &#224; l'Organisation internationale du travail (l'OIT), &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me moment o&#249; les capitalistes se concertaient pour attaquer leurs gains salariaux. &#192; cette p&#233;riode, les travailleurs du secteur public, qui touchaient de bas salaires, commenc&#232;rent &#224; s'organiser, les travailleurs des T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT) &#233;tant les plus militants. M&#234;me si leurs luttes tendaient &#224; &#234;tre principalement centr&#233;es sur la question des salaires, ils se battaient aussi pour davantage de d&#233;mocratie dans les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1993-1994, la discussion fit rage dans le mouvement &#224; propos des perspectives, y compris le besoin de lancer des gr&#232;ves politiques. Les courants les plus radicaux voulaient transformer les syndicats d'entreprises (les plus r&#233;pandus &#224; ce jour) en syndicats de branches, et cr&#233;er une conf&#233;d&#233;ration. Tandis que la NCTU d&#233;clinait encore sous les coups de la r&#233;pression et les magouilles de la tendance NL, la voie &#233;tait ouverte pour la cr&#233;ation de la KCTU, qui fut formellement fond&#233;e en novembre 1995, m&#234;me si elle ne fut pas l&#233;galis&#233;e avant que n'&#233;clate la crise du FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques gr&#232;ves r&#233;ussies eurent lieu en 1995-96, notamment une gr&#232;ve chez KT (les T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e), qui obtint des augmentations de salaires importantes. En raison de gr&#232;ves comme celles-ci, les salaires des ouvriers tendaient &#224; d&#233;passer ceux des fonctionnaires. En m&#234;me temps, les employeurs cor&#233;ens d&#233;cid&#232;rent d'abandonner progressivement le mod&#232;le des chaebol pour profiter des avantages de la mondialisation. Les deux camps s'&#233;chauffaient en vue de l'affrontement &#224; propos de la loi sur la pr&#233;carisation du travail, affrontement qui allait se produire en 1996-1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne 1996, la mobilisation de la base et la pr&#233;paration de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'accentu&#232;rent. Sous cette pression, la KCTU dut se retirer des discussions pour la cr&#233;ation de l'inf&#226;me Commission tripartite (Etat-Travail-Capital) qui sera lanc&#233;e au milieu de la crise du FMI, au printemps 1998. La base des syndicats commen&#231;a &#224; rejeter de plus en plus la tendance NL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contre-mesures importantes prises par les militants les plus radicaux de cr&#233;er des &#171; hyung-jang jojik &#187;, structures de base qui essay&#232;rent de combattre la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des syndicats et de la KCTU &#224; l'aide d'une organisation alternative, qui n'&#233;tait pas &#171; ext&#233;rieure &#187; aux syndicats mais un contre-pouvoir interne ayant en m&#234;me temps des liens &#171; horizontaux &#187; avec les militants d'autres syndicats, pour lutter contre les tendances corporatistes fond&#233;es sur le patriotisme d'entreprise. Les hyung-jang jojik ont eu de l'influence pendant une quinzaine d'ann&#233;es, de 1990 &#224; 2005. Dans diff&#233;rentes circonstances, les hyung-jang jojik r&#233;ussirent &#224; prendre le pouvoir dans des syndicats importants, &#224; la suite de quoi ils se bureaucratis&#232;rent le plus souvent ; au cours des derni&#232;res ann&#233;es, ils sont devenus la proie de divers groupes qui cherchaient un moyen discret d'influencer les syndicats, et ils se sont finalement effondr&#233;s. Mais durant leur meilleure p&#233;riode, dans une situation g&#233;n&#233;ralement d&#233;fensive, ils ont pr&#233;serv&#233; une certaine continuit&#233; avec la pouss&#233;e radicale de la p&#233;riode 1987-1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI - La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la crise du FMI, 1997-1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s No&#235;l 1996, le gouvernement cor&#233;en de Kim Jung-sam, au cours d'une session sp&#233;ciale de nuit et en l'absence des d&#233;put&#233;s de l'opposition, fit adopter la premi&#232;re d'une s&#233;rie de lois sur la pr&#233;carisation du travail destin&#233;es &#224; faire p&#233;n&#233;trer l'&#233;conomie sud-cor&#233;enne dans l'&#232;re de la &#171; mondialisation &#187;, &#224; faciliter les licenciements pour les employeurs, et &#224; introduire des contrats temporaires (diff&#233;renci&#233;s selon le statut). Les employeurs avaient r&#233;guli&#232;rement rogn&#233; les conqu&#234;tes des travailleurs acquises &#224; la fin des ann&#233;es 80, et l'&#233;conomie s'affaiblit davantage durant l'ann&#233;e 1996 avec des faillites de plus en plus nombreuses, mais ce fut la premi&#232;re confrontation directe avec la nouvelle puissance de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'intense pression de la base, la KCTU, fermement contr&#244;l&#233;e par l'aile droite qui avait battu et d&#233;truit la NCTU, appela &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale imm&#233;diate qui fut largement suivie. M&#234;me la FKTU, syndicat conservateur, jaune, perp&#233;tuant l'esprit de la guerre froide, rejoignit le mouvement. Les cols blancs se mirent en gr&#232;ve eux aussi, et, &#224; l'apog&#233;e de la lutte, trois millions de travailleurs firent gr&#232;ve. (Le gouvernement retira la l&#233;gislation initiale, mais une loi pratiquement identique fut adopt&#233;e en mars 1997, sans r&#233;action significative de la KCTU.) &#192; nouveau, l'exp&#233;rience historique de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne et la nouveaut&#233; des mesures de pr&#233;carisation donn&#232;rent &#224; la gr&#232;ve une tonalit&#233; plus &#171; antifasciste &#187; qu'anti-n&#233;olib&#233;rale. La KCTU fit tout ce qui &#233;tait en son pouvoir pour &#233;viter une confrontation avec le gouvernement, et d&#233;mobiliser les travailleurs partout o&#249; elle le put. La base, quant &#224; elle, fit preuve d'une grande spontan&#233;it&#233;, comme chez Hyundai et &#224; la Kia Motor Company. On raconte que la KCTU se r&#233;unit secr&#232;tement avec les patrons pour leur assurer qu'ils contr&#244;laient la gr&#232;ve et que celle-ci faiblissait. Ils lanc&#232;rent la tactique inefficace de la &#171; gr&#232;ve du mercredi &#187;, proposition r&#233;p&#233;t&#233;e &#224; plusieurs reprises au cours des ann&#233;es suivantes. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'arr&#234;ta &#224; la fin janvier, sans avoir rien r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en (KDLP, ou Minju Nodong TanG) fut fond&#233; au printemps 1997, avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments de droite qui dominaient la majorit&#233; de la KCTU. L'&#233;chec de la gr&#232;ve de janvier 1997, cependant, fut &#224; son tour &#233;clips&#233; par la d&#233;vastation de l'&#233;conomie cor&#233;enne pendant la crise financi&#232;re asiatique de 1997-1998.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise commen&#231;a en Tha&#239;lande, en juillet 1997, par l'effondrement de la devise tha&#239;landaise, puis elle frappa une bonne partie de l'Asie au cours des mois suivants, alors tous les pays qui avaient d&#233;fendu &#171; la libert&#233; du commerce &#187; et par cons&#233;quent all&#233;g&#233; les contr&#244;les sur les mouvements de capitaux connurent une fuite massive des capitaux et l'effondrement de leur devise. La Tha&#239;lande, l'Indon&#233;sie et la Cor&#233;e furent les plus touch&#233;es. Le won cor&#233;en chuta de 40% en novembre 1997, tandis que le gouvernement de Kim Jung Sam &#233;tait renflou&#233; par le FMI qui promit de lui verser 57 milliards de dollars. Les quatre candidats aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre 1997 durent tous s'engager par &#233;crit &#224; respecter l'accord avec le FMI, sinon la Cor&#233;e ne pourrait pas recevoir l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Kim Dae Jong, repr&#233;sentant de l'opposition d&#233;mocratique, qui fut finalement &#233;lu pr&#233;sident de la Cor&#233;e apr&#232;s une tr&#232;s longue travers&#233;e du d&#233;sert, dut consacrer son mandat &#224; faire appliquer le paquet de mesures draconiennes pr&#244;n&#233;es par le FMI : licenciements, coupes dans le budget des services publics, d&#233;r&#233;gulation, rachat des industries cor&#233;ennes et des banques par des soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res, et pr&#233;carisation du travail. La d&#233;mocratie cor&#233;enne, tout comme le mouvement ouvrier cor&#233;en avant elle, triompha au moment m&#234;me o&#249; la r&#233;alisation de ses promesses ant&#233;rieures &#233;tait devenue impossible, et son triomphe servit &#224; cacher l'application d'un programme &#233;conomique et social extr&#234;mement dur. Les faillites se succ&#233;d&#232;rent en cascade et les suicides augment&#232;rent en fl&#232;che. Le FMI exigea au d&#233;but que les banques cor&#233;ennes cong&#233;dient 50% de leur personnel (le chiffre fut ensuite abaiss&#233; &#224; 30%) et que l'Etat fasse de m&#234;me pour ses fonctionnaires. Le taux de ch&#244;mage tripla en moins de deux ans, et des millions de gens retomb&#232;rent &#224; nouveau dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation, Kim Dae Jong et la KCTU jou&#232;rent chacun leur r&#244;le, fix&#233; &#224; l'avance. Kim poussa la direction de la KCTU &#224; signer les accords tripartites de f&#233;vrier 1998, donc &#224; approuver les licenciements de masse pr&#233;sent&#233;s comme des mesures d'urgence indispensables. La base de la KCTU se r&#233;volta contre cette capitulation abjecte et chassa la direction qui avait conclu et sign&#233; les accords. Quelques gr&#232;ves importantes &#233;clat&#232;rent contre des licenciements en 1998, comme &#224; la Hyundai Motor Company (HMC), mais les nouveaux dirigeants de la KCTU furent emprisonn&#233;s et les gr&#232;ves se termin&#232;rent g&#233;n&#233;ralement par des d&#233;faites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la crise du FMI, beaucoup de petites usines furent liquid&#233;es, y compris celles regroupant des travailleurs particuli&#232;rement militants depuis la vague de gr&#232;ves de la fin des ann&#233;es 80 et qui auparavant sympathisaient avec la NCTU. Pour la premi&#232;re fois, en accord avec les exigences du FMI, la &#171; main d'&#339;uvre occasionnelle &#187; devint un ph&#233;nom&#232;ne important au sein de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne. Une gr&#232;ve &#233;clata contre la vente des actions des T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT) aux investisseurs de Wall Street, par exemple. Cette gr&#232;ve montra le foss&#233; croissant qui se formait entre la &#171; main-d'&#339;uvre r&#233;guli&#232;re &#187; et la &#171; main-d'&#339;uvre occasionnelle &#187;. Non seulement les travailleurs fixes, plus &#226;g&#233;s, touchaient un salaire plus &#233;lev&#233; et travaillaient moins que les jeunes en CDD, mais ils n'avaient pas, ou manquaient, de connaissances informatiques, ce qui cr&#233;ait chez eux un sentiment d'ins&#233;curit&#233; croissante au travail. Les chefs des syndicats employaient un langage radical mais ne faisaient rien. Finalement, les travailleurs fixes et pr&#233;caires firent gr&#232;ve, mais pas en m&#234;me temps. La gr&#232;ve des T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT) se termina par le renvoi de 10 000 salari&#233;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord de f&#233;vrier 1998 entre Kim Dae Jong et la direction de droite de la KCTU concernant les licenciements de masse provoqua une r&#233;volte de la base de la KCTU, et toute la direction fut chass&#233;e apr&#232;s que des militants ouvriers, arm&#233;s avec barres de fer, eurent occup&#233; le si&#232;ge du syndicat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle direction de gauche s'installa &#224; la t&#234;te du syndicat et essaya de relancer une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre la nouvelle loi du travail en mai, juin et juillet 1998, mais en vain. La vieille direction conserva le pouvoir dans les syndicats de l'industrie lourde, et s'opposa &#224; toute action militante. Entre juin et ao&#251;t 1998, une gr&#232;ve de 28 jours eut lieu &#224; la Hyundai Motor Company, qui se termina par le licenciements de 10 000 travailleurs fixes. En l'espace de deux ans, 10 000 ouvriers pr&#233;caires furent embauch&#233;s pour faire leur boulot. Les T&#233;l&#233;coms cor&#233;ens et diverses banques licenci&#232;rent aussi une partie de leur personnel fixe et le remplac&#232;rent par des salari&#233;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII - Apr&#232;s 1998 : le conflit entre travailleurs &#171; fixes &#187; et &#171; pr&#233;caires &#187; devient une question centrale pour le mouvement ouvrier cor&#233;en&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la crise du FMI, la question de la &#171; main-d'&#339;uvre occsionnelle &#187; a pris de plus en plus de place au sein du mouvement ouvrier cor&#233;en, ainsi que l'antagonisme entre travailleurs fixes et pr&#233;caires, les salari&#233;s fixes voyant les salari&#233;s pr&#233;caires comme un danger pour leur emploi. (En l'an 2000, un syndicat national des salari&#233;s pr&#233;caires a &#233;t&#233; fond&#233;, et cette conf&#233;d&#233;ration compte maintenant plus de 50 000 membres.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1999, une gr&#232;ve nationale de 32 jours de 4 000 tuteurs des &#233;coles Jaenung (les &#171; hakwon &#187;, ou cours priv&#233;s du soir) leur permit d'acqu&#233;rir le droit de mener des n&#233;gociations collectives. Le gouvernement avait ni&#233; leur statut de salari&#233;s, les consid&#233;rant comme des &#171; entrepreneurs ind&#233;pendants &#187;. La gr&#232;ve fut importante parce qu'elle prouva que les travailleurs pr&#233;caires pouvaient s'organiser, contre la r&#233;sistance de l'Etat et des employeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000-2002, une gr&#232;ve dura 517 jours chez les T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT). Au lendemain de la d&#233;faite, le syndicat des travailleurs pr&#233;caires de KT fut dissous. Les travailleurs fixes de KT &#233;taient g&#233;n&#233;ralement hostiles aux travailleurs pr&#233;caires. Apr&#232;s la gr&#232;ve, les T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e embauch&#232;rent des gens en tant que &#171; salari&#233;s &#224; contrat indirect &#187;, c'est-&#224;-dire ayant un statut d'int&#233;rimaires. En 2002, 49% des actions des T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e (KT) furent vendus &#224; des investisseurs am&#233;ricains, et on distribua des indemnit&#233;s substantielles de licenciement aux travailleurs licenci&#233;s ainsi que des actions aux salari&#233;s fixes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000-2001, une gr&#232;ve dura plus d'un mois dans une usine de climatiseurs, et fut trahie par les travailleurs fixes, pour contrecarrer l'action des militants des syndicats de salari&#233;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000, cependant, les salari&#233;s du Lotte Hotel fournirent un contre-exemple : ils prouv&#232;rent qu'un syndicat de travailleurs fixes pouvait, dans certaines circonstances, organiser les salari&#233;s pr&#233;caires. Apr&#232;s que les propri&#233;taires d'h&#244;tel eurent men&#233; une violente r&#233;pression et que les gr&#233;vistes eurent &#233;t&#233; emprisonn&#233;s, l'h&#244;tel accepta de r&#233;gulariser les pr&#233;caires sur une p&#233;riode de deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces m&#234;mes ann&#233;es, cependant, le KDLP vira &#224; droite, et la domination de la ligne du courant NL, orient&#233;e vers les bureaucrates de la KCTU et les politiciens du KDLP, emp&#234;cha l'organisation des travailleurs pr&#233;caires. (En 2004, la KCTU aida m&#234;me un P-DG de Hyundai &#224; mener sa campagne &#233;lectorale en tant que candidat ind&#233;pendant.) La KCTU d&#233;fendait une politique n&#233;olib&#233;rale qui imposait l'externalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2003, par exemple, les conducteurs de camions de Pusan d&#233;clench&#232;rent une gr&#232;ve avec succ&#232;s, mais le gouvernement, les patrons, la KCTU et le KDLP la sabot&#232;rent. La m&#234;me ann&#233;e, une grande gr&#232;ve &#233;clata &#224; la raffinerie LG Caltex (aujourd'hui GS Caltex), mais la KCTU ne fit rien pour aider les gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2005, 10 000 travailleurs pr&#233;caires du p&#233;trole et de la chimie &#224; Ulsan lutt&#232;rent pendant 83 jours &#224; propos de leurs conditions de travail. La structure d'embauche compliqu&#233;e impos&#233;e par les lois du travail et la strat&#233;gie des entreprises affaiblirent la gr&#232;ve. Un &#171; Comit&#233; pour la r&#233;gion d'Ulsan &#187; fut cr&#233;&#233; pour r&#233;gler le conflit, y compris des capitalistes, des P-DG, des patrons de PME, des ONG, et la section d'Ulsan de la KCTU. L'accord se limita &#224; la reconnaissance du syndicat. Les ouvriers retourn&#232;rent au travail pendant les six mois que dur&#232;rent les &#171; discussions &#187; au sein du comit&#233;, et celles-ci n'aboutirent &#224; rien. Les gr&#233;vistes reprirent le travail suite aux concessions accord&#233;es par les PME, mais lorsque la KCTU et le KDLP se retir&#232;rent de la sc&#232;ne, aucune clause de l'accord ne fut jamais appliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'&#233;t&#233; 2005, une bataille &#233;clata de nouveau chez la Hyundai Motor Company, &#224; Ulsan, &#224; propos de la pr&#233;carisation. Un travailleur s'immola en signe de protestation, mais le syndicat refusa de lier sa mort &#224; la situation dans l'usine. Les travailleurs pr&#233;caires essay&#232;rent d'arr&#234;ter la cha&#238;ne, mais les salari&#233;s fixes refus&#232;rent de collaborer &#224; leur action. Les cadres de l'entreprise et les jaunes remirent la cha&#238;ne en marche tandis que les ouvriers fixes refusaient d'agir. Tous les travailleurs pr&#233;caires impliqu&#233;s dans la lutte furent licenci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 2006, le syndicat des m&#233;tallos vota pour former un syndicat de branche afin de tenter de surmonter la fragmentation des ouvriers entre une multitude de filiales secondaires ayant chacune des contrats diff&#233;rents, mais HMC n&#233;gocie toujours avec le syndicat-maison de HMC. Beaucoup d'ouvriers militants s'oppos&#232;rent &#224; la cr&#233;ation d'un syndicat de branche en raison de son programme corporatiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, cet &#233;t&#233;-l&#224;, les travailleurs pr&#233;caires de la construction des gigantesques usines sid&#233;rurgiques de POSCO &#224; Pohang d&#233;clench&#232;rent une gr&#232;ve sauvage et furent battus. En ao&#251;t 2007, les ouvriers pr&#233;caires de la Kia Motor Company entam&#232;rent une gr&#232;ve sauvage et occup&#232;rent une partie de l'usine, o&#249; ils furent physiquement attaqu&#233;s par les travailleurs fixes de Kia et forc&#233;s &#224; reprendre le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII - La gr&#232;ve d'E-Land &#233;claire l'horizon social&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve d'E-Land qui se poursuit &#224; l'heure o&#249; nous &#233;crivons (6 janvier 2008) est la lutte la plus r&#233;cente et, par certains c&#244;t&#233;s, la plus importante de toutes celles qui ont plac&#233; les travailleurs pr&#233;caires au centre et sur le devant de la sc&#232;ne sociale sud-cor&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre 2006, le gouvernement cor&#233;en fit adopter la plus r&#233;cente d'une s&#233;rie de mesures sur le travail pr&#233;caire, qu'il appela, dans un style bien orwellien, la &#171; loi pour la protection de la main-d'&#339;uvre occasionnelle &#187;. Elle a &#233;t&#233; con&#231;ue pour cr&#233;er l'illusion que le pouvoir &#171; faisait quelque chose &#187; &#224; propos d'un probl&#232;me affectant maintenant plus de 60% de la population active sud-cor&#233;eenne. La loi stipule, qu'au bout de deux ans dans la m&#234;me entreprise, tous les salari&#233;s pr&#233;caires acqui&#232;rent automatiquement le statut de travailleurs fixes. La loi entra en application sept mois plus tard, le 1er juillet 2007, mais ses &#233;normes lacunes offraient la possibilit&#233; aux employeurs de cong&#233;dier leurs salari&#233;s pr&#233;caires avant la date-limite des 2 ann&#233;es de pr&#233;sence dans l'entreprise. Quelques soci&#233;t&#233;s se sont conform&#233;es &#224; la loi, mais de nombreuses autres ne l'ont pas fait et ont licenci&#233; leurs travailleurs pr&#233;caires en juin 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation a &#233;t&#233; mise le plus clairement en &#233;vidence dans deux cha&#238;nes de grands magasins E-Land et, en second plan, New Core.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; E-Land a commenc&#233; comme une petite affaire de famille, sous la f&#233;rule d'un propri&#233;taire chr&#233;tien fondamentaliste, et est d&#233;sormais une soci&#233;t&#233; qui fait 58 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel avec 61 succursales dans le pays. Elle s'est empar&#233; des magasins de la cha&#238;ne fran&#231;aise Carrefour. Cette soci&#233;t&#233; impose des conditions de travail particuli&#232;rement dures. Elle embauche surtout des femmes avec des contrats pr&#233;caires ; celles-ci gagnent 800 dollars par mois pour des semaines de 40 heures, et sont souvent oblig&#233;es de travailler 12 heures d'affil&#233;e sans m&#234;me le droit (l&#233;gal) de se rendre aux toilettes. De plus, la soci&#233;t&#233; fait pression sur tous ses employ&#233;s, qu'ils soient chr&#233;tiens ou pas, pour qu'ils fr&#233;quentent la chapelle de l'entreprise. Le P-DG d'E-Land a vers&#233; 15 millions de dollars &#224; son &#233;glise en 2006. Juste avant que la nouvelle loi sur la pr&#233;carisation entre en application, les soci&#233;t&#233;s E-Land et New Score ont licenci&#233; 1 000 salari&#233;s qui travaillaient depuis suffisamment de temps pour acqu&#233;rir le statut de travailleurs fixes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salari&#233;s ont r&#233;agi imm&#233;diatement par une gr&#232;ve qui en est maintenant (en janvier 2008) &#224; son septi&#232;me mois, et ils tiennent toujours bon. Au d&#233;but de la gr&#232;ve, partout en Cor&#233;e du Sud, des milliers de travailleurs pr&#233;caires d'autres branches sont venus pour aider &#224; fermer les magasins d'E-Land. Sous la pression de cet important soutien des salari&#233;s, la KCTU est entr&#233;e dans le mouvement. Elle a d&#233;ploy&#233; tout son arsenal pour &#233;touffer la gr&#232;ve sous une rh&#233;torique pseudo-radicale tout en d&#233;tournant l'&#233;nergie de la base et des soutiens &#171; ext&#233;rieurs &#187; vers des actions symboliques sans signification. Le 30 juin, cependant, 200 employ&#233;s d'E-Land ont occup&#233; une succursale &#224; S&#233;oul et l'ont ferm&#233;e. Le 20 juillet, le gouvernement a r&#233;agi en envoyant 7 000 soldats, policiers et nervis embauch&#233;s par la soci&#233;t&#233; pour expulser et arr&#234;ter 200 personnes. Le gouvernement Noh Moon Yon, en pleine d&#233;cr&#233;pitude (fortement inpopulaire, il ne durera de toute fa&#231;on que jusqu'en f&#233;vrier 2008), a mis tout son prestige en jeu pour faire accepter la nouvelle loi. Mais il n'&#233;tait pas le seul &#224; comprendre l'importance de la gr&#232;ve. De nombreux grands chaebols ont aid&#233; E-Land en lui pr&#234;tant des millions de dollars. La KCTU, pour sa part, promit de pr&#234;ter des sommes importantes aux syndicats d'E-Land et de New Core quand leur caisse de gr&#232;ve serait vide, vers la fin de l'&#233;t&#233; 2007, puis elle revint sur son offre. La KCTU a constamment fait pression sur les syndicats-maison pour qu'ils acceptent de venir &#224; la table des n&#233;gociations tandis que la direction d'E-Land n'a pour le moment l&#226;ch&#233; aucune concession. A Pohang, en novembre, E-Land a m&#234;me essay&#233; d'ouvrir une nouvelle succursale avec seulement des employ&#233;s pr&#233;caires. 500 travailleurs d'E-Land et d'autres salari&#233;s pr&#233;caires ont non seulement bloqu&#233; l'entr&#233;e du magasin, mais attaqu&#233; et d&#233;sarm&#233; les flics et les nervis qui le prot&#233;geaient. Des actions semblables, y compris des blocages et des occupations de magasins, se sont produites par intermittence tout au long de l'automne 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contrairement &#224; beaucoup d'autres gr&#232;ves pr&#233;c&#233;dentes autour de la question du travail pr&#233;caire, ce qui est peut-&#234;tre le plus remarquable dans la gr&#232;ve d'E-Land, c'est la large sympathie et l'appui dont b&#233;n&#233;ficie la gr&#232;ve parmi les salari&#233;s pr&#233;caires qui vivent dans la m&#234;me situation. Un boycott national a r&#233;ussi, jusqu'au mois de d&#233;cembre 2007, &#224; r&#233;duire les ventes de 30%, et m&#234;me les m&#233;dias, du moins dans les premi&#232;res semaines, se sont montr&#233; plut&#244;t favorables &#224; la gr&#232;ve. Que la gr&#232;ve d'E-Land permette - ou pas - aux gr&#233;vistes de r&#233;cup&#233;rer leur boulot, ce mouvement repr&#233;sente d&#233;j&#224; une victoire pour le mouvement ouvrier dans son ensemble car d&#233;sormais on ne peut plus ignorer le probl&#232;me de la pr&#233;carisation du travail en Cor&#233;e du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loren Goldner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(traduit de l'anglais pour le n&#176; 22-23 de Ni patrie ni fronti&#232;res, &#224; para&#238;tre en mars 2008)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bibliographie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pr&#233;parer cet article, j'ai appris bien davantage en discutant et collaborant avec des militants et des intellectuels cor&#233;ens partisans de la lutte de classe qu'en lisant n'importe quel livre, &#224; l'exception de Korean Workers, The Culture and Politics of Class Formation de Koo Hagen publi&#233; en 2001. Ce livre constitue l'unique ouvrage disponible dans une langue occidentale et qui offre une analyse compl&#232;te de l'histoire de la classe ouvri&#232;re cor&#233;enne. J'ai bien s&#251;r &#233;t&#233; consid&#233;rablement limit&#233; par ma ma&#238;trise insuffisante de la langue cor&#233;enne. La liste r&#233;capitulative ci-dessous rassemble les ouvrages que j'ai n&#233;anmoins trouv&#233;s utiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bae, Kichan, Korea at the Crossroads. The History and Future of East Asia, S&#233;oul, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brzezinski, Zbigniew, The Grand Chessboard. American Primacy and Its Geostrategic Imperatives, New York, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cho, Lee-Jay et al., (sous la direction de), Institutional and Policy Reforms to Enhance Corporate Efficiency in Korea, S&#233;oul, 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cho, Lee-Jay et al. (sous la direction de), Regulatory Reforms in the Age of Financial Consolidation, S&#233;oul, 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cumings, Bruce, The Origins of the Korean War, vol. I : Princeton, 1981 ; vol. II : Princeton, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Denis, M. et al., S&#252;dkorea : Kein Land fuer friedliche Spiele, Reinbek bei Hamburg, 1988&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Graham, E., Reforming Korea's Industrial Conglomerates, Washington DC, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Harris, N., The End of the Third World, London, 1986&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hart-Landsberg, M. et al. (sous la direction de), Marxist Perspectives on South Korea in the Global Economy, Hampshire (Grande-Bretagne), 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hart-Landsberg, M., The rush to development : economic change and political struggle in South Korea, New York, 1993&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hwang, B-D., Nachholende Industrialisierung und autorit&#228;rer Staat, Berlin, 1989&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kang, Su-Dol, Fordismus und Hyundaismus, Francfort, 1995&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, San/Wales, N., Song of Ariran, New York, 1941&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, S./Shin, D.C., Economic Crisis and Dual Transition in Korea, S&#233;oul, 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, W./Kim, P.S., Korean Public Administration, S&#233;oul, 1997&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeju Development Institute/ East Asia Foundation, Building a Northeast Asian Community, vol. II, S&#233;oul, 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeong, Seongjin et Shin, Jo-Yung, &#171; Debates on the Economic Crisis within the Korean Left &#187;, in Rethinking Marxism, vol. II, n&#176; 2, printemps 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jomo, K.S., Tigers in Trouble, Financial Governance, Liberalisation and Crises in East Asia, London, 1998&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Johnson, Chalmers, Blowback, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim, Kyeong-won, Post-Crisis Transformation of the Korean Economy, A Review from 1998 to 2002, S&#233;oul, 2003&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirk, D./Choe, S.H., Korea Witness, S&#233;oul, 2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kirk, Donald, Korean Dynasty, Hyundai and chung Ju Yung, Hong Kong, 2000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Koo, Hagen, Korean Workers, The Culture and Politics of Class Formation, Ithaca, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Korean National Commission for UNESCO, The Korean Economy : Reflections at the Millennium, S&#233;oul, 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lee, B-H., Verfassungs- und gesellschaftspolitische Konzeptionen und ihre Verwirklicung in der Dritten Republik Koreas (1963-1972)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacobs, Norman, The Korean Road to Modernization and Development., Urbana, 1985&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moon, C. et Steinberg, D., Korea in Transition, Three Years under the Kim Dae-Jung Government, S&#233;oul, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ogle, G., South Korea : Dissent Within the Economic Miracle, Londres, 1990&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Park, Min-na, Birth of Resistance, Stories of Eight Women Worker Activists, S&#233;oul, 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scalapino, R. et Lee, Chong-sik, Communism in Korea, vol. I. Berkeley, 1972&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sun, Hak Tae, The Political Economy of Democratic Consolidation. Dynamic Labour Politics in South Korea, Kwangju, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialist Political Alliance, Marx/ Revolution, Papers of the SPA International Conference in S&#233;oul and Ulsan, octobre 2006, S&#233;oul&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suh, D-S., The Korean Communist Movement, 1918-1948, Princeton, 1967&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;West, J., A Critical Discourse on Korean Law and Economy, Pusan, 2002&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Woronoff, J., Asia's &#8220;Miracle&#8221; Economies, S&#233;oul, 1986&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Glossaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cheonpyong : Conseil national des travailleurs &#224; Choson ; conseils ouvriers qui se sont empar&#233;s de l'industrie cor&#233;enne entre ao&#251;t et d&#233;cembre 1945. Dissous par les forces d'occupation am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chun Doo-hwan ; dictateur militaire sud-cor&#233;en entre 1980 et 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commission Tripartite : organisme corporatiste r&#233;unissant des repr&#233;sentants de l'Etat, du Capital et du travail, et qui s'inspire du mod&#232;le n&#233;erlandais et de son &#8220;Conseil &#233;conomique et social' tripartite. Elle fut cr&#233;&#233;e en 1998 pour donner au gouvernment sud-cor&#233;en une aura sociale-d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crise du FMI (1997-98) : une fuite massive de capitaux obligea la Cor&#233;e du Sud &#224; qu&#233;mander au FMI un pr&#234;t de 57 milliards de dollars qui lui fut accord&#233; avec des conditions draconiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;FKTU (Syndicats libres cor&#233;ens) : syndicat anticommuniste, de l'&#233;poque de la guerre froide. Contribua &#224; r&#233;primer les luttes des travailleurs sous la dictature et devint un syndicat conservateur de cols blancs apr&#232;s la transition &#224; la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grande Lutte des Travailleurs (Nodongja Taetujeang) : mouvement de gr&#232;ve qui toucha 3 000 entreprises durant l'&#233;t&#233; 1987.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grand Parti national (Hanaratang, litt&#233;ralement &#171; parti pour une nation unie &#187;) : parti de la droite dure qui a gagn&#233; les &#233;lections pr&#233;sidentielles en d&#233;cembre 2007 ; rassemble les nostalgique du r&#233;gime Park Chung-hee&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Guerre de Cor&#233;e (1950-1953) : important affrontement de la guerre froide entre la Cor&#233;e du Sud (soutenue par les Etats-Unis),et la Cor&#233;e du Nord, soutenue par la Chine et l'Union sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hakchul (litt&#233;ralement &#171; venant de l'universit&#233; &#187;) : &#233;tudiants qui se firent embaucher en usine pour faire de l'agitation &#224; la fin des ann&#233;es 70 et surtout dans les ann&#233;es 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HMC (Hyundai Motor Company) : chantier naval au centre de l'agitation ouvri&#232;re dans la ville d'Ulsan, ainsi que HHI (Hyundai Heavy Industry). En 1990, 9000 policiers et soldats men&#232;rent une attaque a&#233;rienne, terrestre et maritime contre l'occupation par les travailleurs de l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;hyung-jang jojik : organisation dans les ateliers, qui vise &#224; contrebalancer celle des bureaucraties syndicales en entretenant des liens horizontaux avec les travailleurs des autres branches d'industrie (1990-2005).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeon tae-il (1948-1970) : jeune ouvrier textile qui s'immola par le feu et dont le sacrifice provoqua la renaissance du mouvement ouvrier sud-cor&#233;en en 1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KCTU (Minju Nochong) : Conf&#233;d&#233;ration cor&#233;enne des syndicats. Fond&#233;e en 1995, l&#233;galis&#233;e en 1998 ; syndicat r&#233;formiste-corporatiste n&#233; sur les ruines de la NCTU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KDLP (Parti travailliste d&#233;mocratique cor&#233;en) : parti social-d&#233;mocrate fond&#233; au printemps 1997. &#192; obtenu 5% des voix aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 2002, puis 3% en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kim Dae-jung : politicien d&#233;mocratique lib&#233;ral, &#233;lu pr&#233;sident de la Cor&#233;e du Sud apr&#232;s des d&#233;cennies de travers&#233;e du d&#233;sert&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KT (T&#233;l&#233;coms de Cor&#233;e) : entreprise publique de t&#233;l&#233;communications qui connut de nombreuses gr&#232;ves entre 1994 et 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kwangju (insurrection de) : soul&#232;vement qui se produisit en mai 1980 dans la plus grande ville de la province de Cholla dans le sud-ouest du pays. Ecras&#233;e par le gouvernement militaire de Chun Doo-hwan. On estime le bilan de la r&#233;pression &#224; environ 2 000 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lee Myung Bak : pr&#233;sident de la Cor&#233;e du Sud &#233;lu en d&#233;cembre 2007 ; ancien PDG de Hyundai et ancien maire de S&#233;oul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;minjung : mouvement culturel des ann&#233;es 70, inspir&#233; par des chr&#233;tiens de gauche. Il puisa dans la culture cor&#233;enne populaire pour cr&#233;er une nouvelle culture d'opposition dans le domaine de la musique, de la danse et des arts graphiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NCTU (ChoNoHyop) : Conf&#233;d&#233;ration nationale des syndicats. Conf&#233;d&#233;ration d&#233;mocratique radicale dans la p&#233;riode 1990-1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NL (Lib&#233;ration nationale) tendance favorable &#224; la Cor&#233;e du Nord majoritaire &#224; la fois dans le syndicat KCTU et le parti KDLP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Park Chung-hee : dictateur militaire de la Cor&#233;e du Sud, 1961-1979. Assassin&#233; par le chef des services secrets cor&#233;ens (KCIA) en octobre 1979.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PD (D&#233;mocratie du peuple) : tendance sociale-d&#233;mocrate minoritaire dans le syndicat KCTU et le parti KDLP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se Maul (Nouveau Village) : programme lanc&#233; sous la dictature de Park Chung-hee, au d&#233;but des ann&#233;es 70. Il visait &#224; moderniser l'agriculture et vider les campagnes pour acc&#233;l&#233;rer l'industrialisation du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Syngman Rhee : pr&#233;sident de la Cor&#233;e du Sud (1948-1960). Cette marionnette des Etats-Unis fut renvers&#233;e par les &#233;meutes &#233;tudiantes de 1960.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ulsan : principale ville industrielle de Cor&#233;e du Sud et lieu des plus intenses luttes de classe particuli&#232;rement en 1987-1990, mais aussi dans les ann&#233;es suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;yangban : ce terme d&#233;signe la classe dirigeante du royaume de Cor&#233;e durant la derni&#232;re dynastie (celle des Choson) entre 1390 et 1910, classe compos&#233;e d'une caste de guerriers et de lettr&#233;s confuc&#233;ens.&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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