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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Chili : pourquoi la &#034;voie pacifique vers le socialisme&#034; de Salvador Allende a men&#233; &#224; la contre-r&#233;volution sanglante</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Am&#233;rique du sud America del sur</dc:subject>
		<dc:subject>Chili Chile</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;LE COUP D'&#201;TAT DE PINOCHET POUR &#201;CRASER LA CLASSE OUVRI&#200;RE &lt;br class='autobr' /&gt;
SITE : Mati&#232;re et R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
Sommaire du site &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous &#233;crire, cliquez sur R&#233;pondre &#224; cet article &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Nous sommes partisans de faire avancer le processus r&#233;volutionnaire dans les limites de l'actuel Etat de droit, ce qui ne nous emp&#234;che pas de l'am&#233;liorer progressivement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le s&#233;nateur Corvalan du Parti communiste chilien &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je l'ai dit, je le soutiens et je le r&#233;affirme : le gouvernement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique58" rel="directory"&gt;10- Chili 1970-1973&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Am&#233;rique du sud America del sur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Chili Chile&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L180xH270/pinochet1-26040.jpg?1777504148' width='180' height='270' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;LE COUP D'&#201;TAT DE PINOCHET POUR &#201;CRASER LA CLASSE OUVRI&#200;RE&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L348xH230/d628fa2e1a53e640a350506a2799872f-9bd82.png?1777504148' width='348' height='230' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;SITE : Mati&#232;re et R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=107&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Nous sommes partisans de faire avancer le processus r&#233;volutionnaire dans les limites de l'actuel Etat de droit, ce qui ne nous emp&#234;che pas de l'am&#233;liorer progressivement. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Le s&#233;nateur Corvalan du Parti communiste chilien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je l'ai dit, je le soutiens et je le r&#233;affirme : le gouvernement populaire s'est engag&#233; &#8211; et il faut tenir parole face au pays &#8211; &#224; ce qu'il n'y ait pas d'autre force arm&#233;e au Chili que celle des institutions, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e de terre, la marine, l'aviation et les forces de police. Le peuple n'a pas besoin d'un autre moyen de d&#233;fense que son unit&#233; et son respect envers les Forces Arm&#233;es de la Patrie. &#187; &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Salvador Allende, pr&#233;sident de l'Unit&#233; Populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Expliquer que le rapport de forces actuel peut permettre un d&#233;veloppement stable, de longue dur&#233;e et tranquille du processus r&#233;volutionnaire rel&#232;ve moins de l'ing&#233;nuit&#233; que d'une position r&#233;formiste et aventuriste (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;claration du Comit&#233; central du Parti socialiste chilien en mars 1972&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;actionnaires (&#8230;) affirment que nous avons pour politique de remplacer l'arm&#233;e de m&#233;tier. Non messieurs ! Nous continuons et nous continuerons &#224; d&#233;fendre le caract&#232;re strictement professionnel de nos institutions militaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Corvalan, le dirigeant du PC, en juillet 1973, dans &#171; El Siglo &#187;, l'organe du Parti Communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;veloppement et la mise en &#339;uvre d'une strat&#233;gie arm&#233;e au cours du processus r&#233;volutionnaire &#233;tait une chose tr&#232;s difficile. (&#8230;) Mais la voie pacifique dans le Chili de 1970-73 &#233;tait, elle, impossible. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Carlos Altamirano, dirigeant du parti Socialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant trois ans, de 1970 &#224; 1973, l'Unit&#233; Populaire dirig&#233;e par Salvador Allende a gouvern&#233; le Chili. Les partis de la gauche r&#233;formiste avaient pr&#233;tendu transformer pacifiquement le Chili. Ils opposaient leur m&#233;thode &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne dite violente. Ce n'est pas leurs organisations qui faisaient peur &#224; la bourgeoisie chilienne ou am&#233;ricaine. C'est le prol&#233;tariat chilien. Il se trouve que la mont&#233;e r&#233;volutionnaire des opprim&#233;s du Chili a produit non seulement une mont&#233;e des luttes et de l'organisation mais aussi une augmentation des voix &#233;lectorales de la gauche. La crise sociale ne concernait pas seulement les travailleurs mais aussi la classe moyenne. C'&#233;tait une des raisons qui faisait de la crise sociale une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire. La base m&#234;me de la stabilit&#233; sociale &#233;tait menac&#233;e. La m&#233;thode dite pacifique, r&#233;formiste, a employ&#233; tous ses moyens pour convaincre les travailleurs de compter sur l'Etat pour obtenir les changements auxquels ils aspiraient. Non seulement, les plus d&#233;munis ont &#233;t&#233; d&#233;&#231;us par le gouvernement de gauche, non seulement, ils ont partiellement renonc&#233; &#224; obtenir par eux-m&#234;mes ce qu'ils voulaient, mais en acceptant de laisser dire que le gouvernement bourgeois de gauche repr&#233;sentait leurs aspirations, ils n'ont pas pu gagner le soutien de la petite bourgeoisie en crise. La &#171; m&#233;thode pacifique vers le socialisme &#187; n'allait pas vers le socialisme, cherchait m&#234;me &#224; sauver le capitalisme au Chili de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais, plus grave, elle allait mener au bain de sang orchestr&#233; sous l'&#233;gide de l'arm&#233;e chilienne, de la grande bourgeoisie et des USA. L'Unit&#233; Populaire n'a pas pu emp&#234;cher l'aggravation des luttes de classe ni leur radicalisation des deux c&#244;t&#233;s, de celui de la bourgeoisie comme de celui du prol&#233;tariat. L'affrontement &#233;tait in&#233;vitable. Cela n'avait rien de secret et pourtant les travailleurs n'y &#233;taient nullement pr&#233;par&#233;s. Parce que leurs organisations, fortes, nombreuses, puissantes &#224; la fois de leur place dans l'Etat et de leur cr&#233;dit dans le peuple travailleur et parmi les plus pauvres, avaient tout fait pour les d&#233;sarmer politiquement.&lt;br /&gt;
Ce n'est pas la pr&#233;sence d'un social-d&#233;mocrate au discours faussement radical qui a rendu in&#233;vitable l'affrontement. C'est la mont&#233;e r&#233;volutionnaire dans le prol&#233;tariat chilien que le r&#233;formisme n'a pu emp&#234;cher qui en est la cause. Le r&#233;gime d'Allende, &#224; partir du moment o&#249; il s'av&#233;rait incapable de calmer la classe ouvri&#232;re, ne pouvait qu'&#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re. M&#234;me si la bourgeoisie savait que le PC, le PS ou Allende n'avaient rien de dangereux r&#233;volutionnaires, dans le cadre d'une mont&#233;e sociale des opprim&#233;s, le simple fait de les laisser au pouvoir repr&#233;sentait un risque. &lt;br /&gt;
Devant la mont&#233;e des p&#233;rils, les r&#233;formistes ne se sont pas rapproch&#233;s bien entendu des opprim&#233;s, mais au contraire des oppresseurs et de leurs d&#233;fenseurs l'appareil d'Etat et les militaires. L'Unit&#233; populaire a donn&#233; des places au gouvernement aux g&#233;n&#233;raux chiliens, les m&#234;mes que l'on pouvait de plus en plus clairement soup&#231;onner de pr&#233;parer le coup d'Etat et le bain de sang, m&#234;me si Allende affirmait officiellement le contraire. &lt;br /&gt;
Tout ce que la spontan&#233;it&#233; des masses &#233;tait capable de produire au Chili, le prol&#233;tariat chilien l'a fait. Il a fond&#233; des organisations de masse, il a d&#233;velopp&#233; ses organismes de d&#233;fense, de ses int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, politiques et m&#234;mes militaires. La mont&#233;e de l'organisation autonome, r&#233;volutionnaire, de classe, est &#233;vidente. Mais l'absence d'une organisation sans lien avec l'Union populaire et ses mensonges &#233;tait elle aussi criante. Le MIR &#233;tait parfaitement conscient des limites de l'U.P, mais, en dehors d'articles d'analyse dans des revues, il apparaissait comme un appui politique au gouvernement, m&#234;me s'il menait localement des actions radicales qui le d&#233;rangeaient. Le MIR pr&#233;sentait le gouvernement de l'U.P, auquel il ne participait pas, comme une avanc&#233;e pour la population. La r&#233;alit&#233; est inverse. La mont&#233;e ouvri&#232;re et populaire, en croyant trouver un alli&#233; au pouvoir bourgeois, a &#233;t&#233; lourdement tromp&#233;e. Elle y a perdu son &#233;lan r&#233;volutionnaire, ses objectifs, ses m&#233;thodes pour r&#233;aliser elle-m&#234;me ses objectifs. &lt;br /&gt;
En faisant de l'Etat bourgeois un horizon ind&#233;passable, le r&#233;formisme, m&#234;me lorsqu'il se pare de mots tr&#232;s radicaux &#8211; Allende ne se disait-il pas marxiste - ne fait qu'encha&#238;ner les travailleurs. Loin d'emp&#234;cher l'affrontement, ce fameux &#171; pacifisme &#187; n'a fait que permettre aux classes dirigeantes de lancer sans risque leurs forces arm&#233;es. Aucun travail politique n'a &#233;t&#233; fait pour convaincre les exploit&#233;s de s'adresser aux soldats et de tenter de les gagner ou de les neutraliser. En se refusant d'appuyer par avance les soldats qui auraient voulu d&#233;sob&#233;ir, les organisations ouvri&#232;res se sont livr&#233;es &#224; leurs bourreaux. C'est Allende lui-m&#234;me qui a nomm&#233; chef d'Etat-major le chef de ces bourreaux. Eviter la r&#233;volution, tel est l'objectif du r&#233;formisme. Mais emp&#234;cher la contre-r&#233;volution n'est nullement son but. Le r&#233;formisme permet de d&#233;voyer, de calmer, de tromper le camp des travailleurs, avant que la contre-r&#233;volution ne se charge de la frapper et de l'assassiner. M&#234;me si la contre-r&#233;volution assassine &#233;galement les organisations r&#233;formistes, elle leur doit d'avoir en face d'elle un ennemi consid&#233;rablement affaibli et d&#233;sorient&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DOCUMENTS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'Unit&#233; populaire a cherch&#233; par une derni&#232;re man&#339;uvre (int&#233;grer les g&#233;n&#233;raux au gouvernement) &#224; sauver le pacte de tromperie liant la classe ouvri&#232;re &#224; l'Etat bourgeois, alors qu'il devient &#233;vident que l'on va &#224; l'affrontement final, le MIR, principale organisation d'extr&#234;me gauche chilienne, montre, malgr&#233; ses critiques, comment il a soutenu le gouvernement de l'Unit&#233; populaire d'Allende et contribu&#233; &#224; semer des illusions sur la pr&#233;tendue utilit&#233; d'un gouvernement de gauche :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&#171; R&#233;ponse aux attaques du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC &#187; &lt;/i&gt;( paru en f&#233;vrier 1973 &#8211; dans &#171; Le Rebelle &#187;)&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le pouvoir populaire autonome, ind&#233;pendant et alternatif &#224; l'Etat bourgeois n'est pas une fantasmagorie mais une r&#233;alit&#233; et une n&#233;cessit&#233;. &lt;br /&gt;
Dans sa lettre &#224; Carlos Altamirano, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC, Luis Corvalan, a &#233;crit : &#171; Mais force est de constater, comme on l'a d&#233;j&#224; dit, que l'imp&#233;rialisme et l'oligarchie des Jarpa et des Frei ne concentrent pas leurs feux sur le fantasmagorique pouvoir populaire ind&#233;pendant du gouvernement dont parle le MIR et qui n'existe que dans les cervelles &#233;chauff&#233;es de ses dirigeants, mais bien sur le gouvernement du pr&#233;sident Allende. &#187; (&#8230;) Ce que veulent la grande bourgeoisie et l'imp&#233;rialisme, c'est &#233;viter que la classe ouvri&#232;re et les masses populaires avancent dans une ind&#233;pendance de classe, vers la prise de pouvoir politique. C'est dans ce contexte que les classes r&#233;actionnaires et leurs partis se sont propos&#233;s d'emp&#234;cher le gouvernement actuel de mener une politique de v&#233;ritable gouvernement des travailleurs qui susciterait, encouragerait et appuierait la mobilisation et la lutte ind&#233;pendante des masses. C'est pourquoi, en octobre, la bourgeoisie a impos&#233; la solution du cabinet Union Populaire &#8211; g&#233;n&#233;raux afin pr&#233;cis&#233;ment de placer le gouvernement sous la garde d'une institution qui est un &#171; agent de l'Etat bourgeois &#187;, dans ce cas un &#171; agent restaurateur &#187;. C'est pourquoi aussi l'imp&#233;rialisme et la bourgeoisie recherchent la chute du gouvernement (&#8230;) C'est pr&#233;cis&#233;ment pour ces raisons que la mobilisation croissante des masses et leur structuration en organes de pouvoir, ind&#233;pendants de l'Etat bourgeois et autonomes, est la seule solution r&#233;elle pour que la classe ouvri&#232;re et les masses populaires puissent affronter, avec des chances de succ&#232;s, les forces de la r&#233;action bourgeoise. La bourgeoisie l'a parfaitement bien compris, et c'est pourquoi elle m&#232;ne la bataille pour subordonner &#224; l'&#233;tat bourgeois toute forme d'organisation de masse ind&#233;pendante, toute forme de pouvoir de masse. Elle b&#233;n&#233;ficie, dans cette entreprise, du concours du r&#233;formisme, de l'appui de la direction du PC, qui refuse d'encourager le d&#233;veloppement de formes de pouvoir populaire autonomes et contradictoires avec l'Etat bourgeois chilien. (&#8230;) En fait, la direction du PC est oppos&#233;e au d&#233;veloppement d'un pouvoir ouvrier et populaire alternatif et autonome parce qu'elle ne se propose pas, dans cette p&#233;riode, la prise du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, la substitution r&#233;volutionnaire de l'Etat actuel mais, comme le dit le s&#233;nateur Corvalan, &#171; Nous sommes partisans de faire avancer le processus r&#233;volutionnaire dans les limites de l'actuel Etat de droit, ce qui ne nous emp&#234;che pas de l'am&#233;liorer progressivement. &#187; (&#8230;) Cela veut dire que la direction du PC se propose une longue p&#233;riode de luttes pour apporter, par l'action parlementaire, des r&#233;formes au syst&#232;me capitaliste, &#224; l'Etat de droit bourgeois, et ainsi parvenir graduellement au socialisme. (&#8230;) Il faut dire clairement que la direction du PC veut une r&#233;forme du capitalisme et une d&#233;mocratisation de l'actuel Etat bourgeois, mais qu'il ne veut, dans la p&#233;riode ou l'&#233;tape actuelle, ni la prise de pouvoir politique ni le socialisme. Et non pas parce que les conditions n'y sont pas. Marx et L&#233;nine ont d&#233;fini les p&#233;riodes o&#249; le prol&#233;tariat pouvait se proposer la remise en question r&#233;elle du pouvoir de l'Etat : ce sont les p&#233;riodes de crise de la soci&#233;t&#233;, de crise de la domination bourgeoise et de mont&#233;e du mouvement de masse, p&#233;riode que nous vivons au Chili dans sa phase pr&#233;r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Le pouvoir populaire ind&#233;pendant est &#224; ce point r&#233;el qu'il est l'une des principales pr&#233;occupations de la direction du PC et que les masses qui reconnaissent encore en lui un guide, et m&#234;me les bases du parti, commencent &#224; lui &#233;chapper en menant une politique contraire &#224; sa ligne officielle. Jusqu'&#224; la gr&#232;ve d'octobre, la direction du PC s'est oppos&#233;e aux commandos et aux conseils municipaux de travailleurs. Mais octobre lui a montr&#233; qu'elle ne pouvait aller &#224; contre-courant de la lutte des classes. Elle a alors d&#233;cid&#233; d'accepter formellement les commandos et les conseils, mais elle a tent&#233; de leur &#244;ter tout leur contenu prol&#233;tarien en essayant de les transformer en instrument de lutte corporative et de d&#233;mocratisation de l'Etat bourgeois. Les commandos et les conseils, le d&#233;veloppement du pouvoir alternatif et autonome, constituent des organes fondamentaux pour ouvrir le chemin de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. &lt;br /&gt;
&#171; La v&#233;ritable position du MIR vis-&#224;-vis du gouvernement&lt;br /&gt;
&#171; Dans la lettre que nous avons d&#233;j&#224; cit&#233;e, le s&#233;nateur Corvalan d&#233;clare que &#171; Le MIR discr&#233;dite totalement le gouvernement actuel. Alors que vous (le PS) et nous (le PC) estimons que le gouvernement &#339;uvre en faveur de changements et veut ouvrir la voie au socialisme, le MIR soutient qu'il se propose la r&#233;affirmation de l'ordre bourgeois. &#187;&lt;br /&gt;
Ce n'est pas la position exacte du MIR. Nous pensons que, jusqu'&#224; la constitution du cabinet U.P-g&#233;n&#233;raux, le gouvernement a &#233;t&#233;, de fa&#231;on dominante, r&#233;formiste de gauche, qu'il a &#233;tendu les libert&#233;s d&#233;mocratiques au Chili et qu'il a mis en pratique un projet limit&#233; de r&#233;formes en faveur de la classe ouvri&#232;re. En ce sens, nous lui reconnaissons une certaine valeur, ce qui ne veut pas dire que nous ayons &#233;t&#233; absolument d'accord avec sa pratique, ni avec sa politique de subordonner la lutte ind&#233;pendante du prol&#233;tariat &#224; la capacit&#233; d'action et aux limites politiques du gouvernement. Au contraire, nous accordons une valeur &#224; un gouvernement de gauche dans la mesure o&#249; il repr&#233;sente r&#233;ellement un instrument et un levier important dans la lutte de la classe ouvri&#232;re et des masses. C'est pourquoi nous critiquons la politique r&#233;formiste qui, par ses h&#233;sitations et son manque de confiance dans les masses, a conduit par la suite &#224; rechercher la solution &#224; la crise d'octobre dans l'incorporation de quelques repr&#233;sentants du corps des officiers des forces arm&#233;es au cabinet. Cela a &#233;t&#233; le point de d&#233;part d'un processus graduel de r&#233;affirmation de l'ordre bourgeois &#224; l'int&#233;rieur du gouvernement et de l'appareil d'Etat. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'essence de la politique de la direction du PC est l'alliance des forces populaires avec la &#171; bourgeoisie nationale &#187;&lt;br /&gt;
&#171; (&#8230;) Devant l'&#233;chec de sa strat&#233;gie &#8211; d&#251; &#224; la crise de l'&#233;conomie, et par cons&#233;quent &#224; la crise de son mod&#232;le d'accumulation des forces qui se base sur des victoires &#233;conomiques &#8211; la direction du PC propose donc aujourd'hui une nouvelle alliance des classes qui non seulement donne des garanties &#224; la bourgeoisie, mais qui red&#233;finit l'alliance sociale , l'alliance de classes qui soutient le programme actuel de l'U.P, en donnant un r&#244;le plus important &#224; la bourgeoisie nationale. Selon Jos&#233; Caldemartoni, membre de la commission politique du PC, cette alliance exige une red&#233;finition des rapports entre la bourgeoisie nationale et le prol&#233;tariat, rapports qui, de lutte et d'opposition entre exploiteurs et exploit&#233;s, doivent se transformer en &#171; rapports de coop&#233;ration entre capital et travail salari&#233; &#187;. (&#8230;) En fait, nous pensons que la direction cherche plut&#244;t &#224; convaincre le prol&#233;tariat de collaborer &#224; la pleine restauration de la domination bourgeoise. On comprend ainsi parfaitement les r&#233;centes affirmations du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PC selon lesquelles &#171; nous sommes partisans de faire avancer le processus r&#233;volutionnaire dans les limites de l'actuel Etat de droit, ce qui ne nous emp&#234;che pas de l'am&#233;liorer progressivement. &#187; La direction du PC renonce donc &#224; impulser la lutte anti-capitaliste et socialiste du prol&#233;tariat. Dans la p&#233;riode actuelle, elle ne se fixe pas pour objectif la conqu&#234;te du pouvoir politique par la prol&#233;tariat, mais la r&#233;forme du capitalisme des monopoles, du latifundium et de la p&#233;n&#233;tration imp&#233;rialiste dans &#171; certains secteurs &#187; de l'&#233;conomie, ainsi que dans la d&#233;mocratisation de l'Etat bourgeois, par des am&#233;liorations progressives qui s'introduiront dans l'&#233;difice capitaliste et exploiteur de la soci&#233;t&#233; chilienne. &lt;br /&gt;
Les raisons invoqu&#233;es par la direction du PC pour mener cette politique se trouvent dans l'argument connu et fallacieux de sa conception du rapport des forces internes (fondamentalement &#233;lectorales pour la direction du PC) ne permettrait pas de se fixer des objectifs socialistes dans un pays situ&#233; dans l'arri&#232;re-cour coloniale de l'imp&#233;rialisme yankee.&lt;br /&gt;
Mais la contradiction, le paradoxe, sont que la direction du PC ne propose pas de politique pour briser ce rapport de forces internes, sauf de gagner la &#171; bataille de la production &#187; et, &#224; partir de la solution des probl&#232;mes &#233;conomiques, de gagner les masses et de modifier ce rapport. (&#8230;) Comme la direction du PC a vu qu'elle ne pouvait pas gagner la bataille de la production dans une &#233;conomie capitaliste sans le concours de la bourgeoisie, elle a d&#233;cid&#233; d'appeler la &#171; bourgeoisie nationale &#187; &#224; son secours. (&#8230;)&lt;br /&gt;
En r&#233;alit&#233;, le probl&#232;me est autre. Au Chili, il n'y a jamais eu de d&#233;but d'une quelconque transition du capitalisme au socialisme. Depuis le 4 septembre jusqu'&#224; maintenant, il n'y a eu qu'une transition vers un capitalisme d'Etat, sous la domination d'un gouvernement r&#233;formiste de gauche. (&#8230;) Tout le secret de la r&#233;volution prol&#233;tarienne r&#233;side dans l'activit&#233; ind&#233;pendante et autonome des masses. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Le Secr&#233;tariat national du Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR)&lt;br /&gt;
Santiago, le 20 f&#233;vrier 1973 &lt;br /&gt;
Signalons que, malgr&#233; le radicalisme de certaines formules et la justesse de certaines appr&#233;ciations concernant le PC (mais pas ses alli&#233;s r&#233;formistes comme le PS ou Allende), ce texte ne donne aucune perspective devant la situation : vers l'affrontement avec les forces arm&#233;es&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de l'exp&#233;rience chilienne de l'Unit&#233; populaire (1970-1973)&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette p&#233;riode 1970-1973, pendant laquelle la gauche &#233;tait au gouvernement, sous la pr&#233;sidence de Salvador Allende, a &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e &#224; l'&#233;poque comme la voie chilienne vers le socialisme. On sait qu'elle a en fait &#233;t&#233; la voie vers le putsch militaire de Pinochet. Depuis, Pinochet est mort et les socialistes sont &#224; nouveau aux manettes du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Chili aujourd'hui&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis janvier 2006, la R&#233;publique du Chili a une &#171; socialiste &#187; (elle &#233;tait officiellement candidate de la &#171; Concertation d&#233;mocratique &#187;, une coalition gouvernementale de centre-gauche.), Michelle Bachelet, pour pr&#233;sidente. Elle succ&#232;de &#224; un homme dit lui aussi de gauche, Ricardo Lagos, qui a gouvern&#233; de 2002 &#224; 2006. L'&#233;lection de 2006 n'a donc provoqu&#233; aucun remous sur les march&#233;s financiers. Ces derniers sont assur&#233;s que la politique qui sera men&#233;e sera conforme &#224; toutes les politiques &#233;conomiques du pass&#233; r&#233;cent : n&#233;o-lib&#233;ralisme affich&#233;, avec intervention de l'&#201;tat dans certains domaines, notamment le cuivre (secteur strat&#233;gique, dont le pays est le premier producteur mondial), politique mon&#233;taire orthodoxe, avec des comptes publics positifs et une dette publique qu'on s'attelle sagement &#224; rembourser. Le Chili est aussi un excellent partenaire de la Zone de Libre-&#201;change des Am&#233;riques (ZLEA) ainsi que du March&#233; commun du sud de l'Am&#233;rique (MERCOSUR), il multiplie les Accords de Libre &#201;change (ALE) avec ses voisins. Mais le plus gros de ses exportations se fait avec l'Asie, l'Union europ&#233;enne et les &#201;tats-Unis. Bref, une politique &#233;conomique parfaitement orthodoxe, dans un pays o&#249; les 20 % de la population les plus riches gagnent dix-sept fois plus que les 20 % les plus pauvres. Cette tranche inf&#233;rieure de la population, 3 millions de Chiliens, &#171; vit &#187; avec deux dollars par jour. Les &#233;conomistes bourgeois soulignent g&#233;n&#233;ralement la fragilit&#233; d'une &#233;conomie qui repose essentiellement sur l'exportation d'une mati&#232;re premi&#232;re. Ils indiquent aussi les risques &#233;conomiques graves issus de la progression de la d&#233;sertification de certaines r&#233;gions du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers aspects ach&#232;vent de situer le Chili comme un &#233;tat typiquement bourgeois, dans la norme, bon &#233;l&#232;ve du capitalisme. C'est l&#224; le r&#233;sultat d'ann&#233;es d'adaptation au march&#233; mondial, et de d&#233;faites ouvri&#232;res, dont la plus importante est celle des ann&#233;es Pinochet (1973-1990), &#232;re sanglante de r&#233;pression anti-ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les travailleurs chiliens d'aujourd'hui, les exp&#233;riences de politisation voire de luttes ne manquent pas dans le sous-continent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tr&#233;sors politiques de l'Am&#233;rique latine&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sous-continent am&#233;ricain est en effet d'une grande richesse dans le domaine des luttes politiques et sociales. Les mouvements de gauche et les mobilisations n'ont pas manqu&#233; depuis plus d'un si&#232;cle. La politisation de larges masses populaires y est actuellement consid&#233;rable, de grande qualit&#233; et multiforme : participations, souvent festives, aux mobilisations solidaires, grandes luttes sociales avec des victoires dans le cadre de soci&#233;t&#233;s o&#249; la fracture de classe est particuli&#232;rement visible et violente, traditions anti-imp&#233;rialistes des partis de gauche avec souvent une participation importante de femmes, influence de syndicats qui luttent plus souvent qu'en Europe pour des objectifs ouvertement politiques, mouvements gu&#233;rill&#233;ristes de gauche, poids du catholicisme social assez subversif, courage physique de g&#233;n&#233;rations de jeunes et de travailleurs pourchass&#233;s par toutes les polices du continent, et ces derni&#232;res ann&#233;es gouvernements ouvertement de gauche, parfois soutenus par les minorit&#233;s indiennes pauvres. Tout cela permet de saisir que les id&#233;es, la politique et l'engagement font un tout pour une large partie de la soci&#233;t&#233; sud am&#233;ricaine. Et il faut rajouter &#224; ces param&#232;tres le souvenir des luttes pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et celles du Chili y ont une place tr&#232;s importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine, la question des mati&#232;res premi&#232;res&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre 1965 et 1969, les r&#233;serves mini&#232;res nord-am&#233;ricaines de cuivre chutent de 60 %. Le sous-sol chilien (qui contient un tiers du cuivre mondial) est plus que jamais la plus importante source de profit pour les groupes miniers am&#233;ricains. L'autre avantage du Chili, c'est la modicit&#233; de ses salaires. En 1964, dans le domaine du cuivre, les ouvriers chiliens ne gagnent que 1/8i&#232;me de ce que gagnent les ouvriers des deux principaux groupes am&#233;ricains, l'Anaconda Copper Minning Co. et la Kennett Copper Co., qui ont la haute main sur le cuivre chilien. Ainsi que le rapporte Eduardo Galeano dans Les veines ouvertes de l'Am&#233;rique latine (Terre humaine, Plon, 1981), 80 % des gains de l'Anaconda viennent de ses mines chiliennes, mais l'entreprise place moins de 1/6i&#232;me de ses investissements &#233;trangers dans le pays m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, au Chili, la question du cours du cuivre et de sa production est centrale pour tous les partis politiques. Et la question de neutraliser la classe ouvri&#232;re qui y travaille est tout aussi importante...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie r&#233;formiste chilienne, version de droite&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1960 et pendant toute la d&#233;cennie, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne faute d'influencer les travailleurs du cuivre, tourne une partie de son activit&#233; propagandiste vers les paysans sans terre et le sous-prol&#233;tariat urbain. Quoique de droite, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne cherche &#224; influencer des couches populaires, et &#224; les isoler du prol&#233;tariat minier et industriel. En utilisant un langage populiste, Frei, le principal dirigeant du parti, parvient effectivement &#224; grossir l'&#233;lectorat d&#233;mocrate chr&#233;tien. Le Center for Latin-American Studies, de l'Universit&#233; de Liverpool, a montr&#233; (Mobilization and Socialist politics in Chile) que la base &#233;lectorale de l'Unit&#233; populaire (la version chilienne de l'Union de la gauche), ce sont les 18 % des salari&#233;s qui travaillent dans le secteur moderne, des mines et des grandes entreprises, tandis les 25 % des salari&#233;s qui travaillent dans des entreprises traditionnelles sont plut&#244;t tourn&#233;s vers la D&#233;mocratie chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;lu pr&#233;sident en septembre 1964, Frei promet une &#171; r&#233;volution dans la libert&#233; &#187;, s'attaque &#224; la question agraire et &#224; celle des mines de cuivre. Pour contr&#244;ler le secteur minier, domin&#233; par les capitaux am&#233;ricains, il prend quelques mesures pour associer ces entreprises am&#233;ricaines &#224; des entreprises chiliennes, en particulier dans les mines de cuivre. L'&#201;tat chilien n'aura en fait gu&#232;re plus qu'un droit de consultation dans ces entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux 500 000 familles sans logis, Frei promet de construire 60 000 logements par an. En fait, il en construit moiti&#233; moins et toutes de mauvaise qualit&#233;, sans eau courante, &#233;lectricit&#233; ni fosse d'aisance. D'ailleurs, en 1968, les sans logis se r&#233;voltent. En mai de cette ann&#233;e, il y a aussi des luttes estudiantines, et pendant toute la p&#233;riode Frei, les ouvriers du cuivre m&#232;nent des gr&#232;ves, parfois sanglantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que n'ayant pas h&#233;sit&#233; &#224; renationaliser le cuivre et &#224; distribuer quelques terres, le gouvernement Frei favorise les riches, et se favorise au passage, puisque beaucoup de dirigeants du parti sont li&#233;s aux grands patrons, banquiers et gros propri&#233;taires. Les scandales de pr&#233;varication augmentent d'autant le m&#233;contentement. L'arm&#233;e elle-m&#234;me, en octobre 1969, semble tent&#233;e par une voie plus autoritaire lorsque deux r&#233;giments se soul&#232;vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1970, Salvador Allende, le candidat de gauche, se pr&#233;sente contre un candidat de droite et un candidat d&#233;mocrate chr&#233;tien. Victorieux, il devient pr&#233;sident le 4 septembre, avec le soutien des d&#233;mocrates chr&#233;tiens, qui lui permettent de ne pas &#234;tre renvers&#233;, vu l'absence de majorit&#233; absolue pour la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mesures de r&#233;formes du gouvernement de gauche&lt;br class='autobr' /&gt;
Issu d'une famille bourgeoise, Allende aurait pu devenir m&#233;decin, mais, au contact de la mis&#232;re rencontr&#233;e chez ses patients dans les bidonvilles, il s'engage dans la politique, ce qui lui vaut plusieurs s&#233;jours en prison. Allende fonde le Parti socialiste chilien en 1933, et se pr&#233;sente aux &#233;lections pr&#233;sidentielles &#224; partir de 1952. En septembre 1964, les sociaux d&#233;mocrates et les staliniens constituent un Front populaire qui ne parvient pas &#224; gagner les &#233;lections, remport&#233;es par Frei (D&#233;mocratie chr&#233;tienne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e au pouvoir d'Allende en 1970 est accompagn&#233;e par une vague d'enthousiasme populaire. Des r&#233;formes sont lanc&#233;es : droit de vote aux plus de 18 ans et aux illettr&#233;s, d&#233;veloppement de la culture, augmentation des salaires entre 35 et 66 % et des aides dans la sant&#233;, l'&#233;ducation, le logement et l'assistance sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de 7 millions d'hectares de terres sont expropri&#233;es et distribu&#233;es &#224; 100 000 familles paysannes. Cette r&#233;forme agraire n'est d'ailleurs pas une mesure des socialistes : c'est la mise en place et l'acc&#233;l&#233;ration de mesures d&#233;cid&#233;es sous le pr&#233;c&#233;dent gouvernement de D&#233;mocratie chr&#233;tienne, en 1967. Pendant les six ans du gouvernement Frei, 3,4 millions d'hectares ont &#233;t&#233; expropri&#233;s ; 2,2 millions sont expropri&#233;s dans les huit premiers mois de gouvernement Allende. Il s'agit d'expropriations avec indemnit&#233;s de l'&#201;tat aux propri&#233;taires, des sommes souvent importantes d'ailleurs. Cette r&#233;forme agraire touche surtout les petits propri&#233;taires. Fran&#231;ois Buy, dans Un &#201;chec de l'Union populaire : le Chili socialiste (paru en 1973, aux &#201;ditions municipales), note que dans le d&#233;partement de Lautaro, le parti d'extr&#234;me gauche Mouvement de la gauche r&#233;volutionnaire (MIR), occupe 26 propri&#233;t&#233;s qui au total ne regroupent que 200 hectares. Et dans plusieurs r&#233;gions on occupe les terres qui avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; redistribu&#233;es sous Frei. Le but de ces occupations est plus politique que social. En France, la Ligue communiste montre dans une brochure intitul&#233;e &#171; Chili : le socialisme sans la r&#233;volution ? &#187; que la r&#233;forme agraire ne concerne pas les propri&#233;t&#233;s sup&#233;rieures &#224; 80 hectares, et que dans les faits, profitant de la lenteur de la mise en route de cette r&#233;forme, les propri&#233;taires s'arrangent pour redistribuer pr&#233;ventivement leurs terres en les divisant entre fr&#232;res, cousins et parents. Les propri&#233;taires de bestiaux font passer leurs animaux en Argentine, certains abattent leur b&#233;tail. Du coup, le gouvernement renonce &#224; les exproprier. Le b&#233;tail et les machines, qui ne sont pas concern&#233;s par la r&#233;forme agraire, sont transf&#233;r&#233;s sur les meilleurs terres, ce qui conduit &#224; la constitution d'une agriculture intensive et m&#233;canis&#233;e pour les plus riches, tandis que les paysans pauvres restent d&#233;laiss&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Parlement, la droite soutient la nationalisation compl&#232;te du cuivre, vot&#233;e &#224; l'unanimit&#233;. Au total, on estime que sur les trois ann&#233;es de gouvernement Allende, les nationalisations ont concern&#233; moins de 1 % des entreprises du pays, qui fabriquent 30 % des biens de consommation et emploient plus de 20 % des salari&#233;s du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Allende b&#233;n&#233;ficie &#233;videmment du soutien des partis de gauche et de leurs membres, et, au-del&#224;, de larges fractions des classes populaires. Le week-end, par exemple, beaucoup d'&#233;tudiants et de jeunes travailleurs vont b&#233;n&#233;volement dans les campagnes et les bidonvilles pour apporter leur aide aux plus d&#233;munis et accompagner, pensent-ils, les efforts du gouvernement. Dans la gauche latino-am&#233;ricaine, la figure chaleureuse d'Allende para&#238;t atypique, bien qu'il soit plus mod&#233;r&#233; que la majorit&#233; de son parti, lui-m&#234;me plus radical que le Parti communiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gauche et extr&#234;me gauche&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans un article du Monde d'octobre 1970, Marcel Niedergang d&#233;crit l'influence consid&#233;rable du Parti socialiste dans d'importantes couches populaires de la soci&#233;t&#233; chilienne. Chez les cheminots, les ouvriers du cuivre, les dockers, les travailleurs du p&#233;trole, les syndicats socialistes sont plus influents que les syndicats du Parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier, quant &#224; lui, ne s'est pas &#233;mancip&#233; de ses prises de position du pass&#233;. D&#232;s 1936, il pr&#244;ne une politique de Front populaire, alliance &#233;lectorale avec les socialistes qui lui permet d'entrer au gouvernement en 1938. Le PCC y reste et s'adapte parfaitement aux besoins de la bourgeoisie. A partir de 1942-43, il s'engage, vu l'&#233;tat de guerre, &#224; ne pas faire de gr&#232;ve, engagement qu&#8216;il r&#233;it&#232;re en f&#233;vrier 1947 aupr&#232;s du pr&#233;sident Gonzalez Videla. L'ann&#233;e suivante, cons&#233;quence de sa soumission, il est interdit par le m&#234;me pr&#233;sident. Au milieu des ann&#233;es 1950, le courant &#171; communiste &#187; (stalinien) s'allie aux socialistes au sein du Front d'action populaire (FRAP) et, avec l'industrialisation du pays, d&#233;veloppe une telle influence qu'Alberto J. Pla (&#171; La Politique des partis communistes latino-am&#233;ricains &#187; in Mat&#233;riaux pour l'histoire de notre temps, avril-juin 1999) &#233;crit que, de tous les partis communistes du sous-continent, c'est lui qui a le plus d'adh&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extr&#234;me gauche n'est pas absente du paysage chilien du d&#233;but des ann&#233;es 1970, elle est m&#234;me influente. Le MIR en est une des principales forces. N&#233; en 1965 de l'union d'un groupe castriste, de responsables d'un groupe trotskyste et de jeunes militants socialistes, il se d&#233;veloppe surtout &#224; partir de 1968, lorsqu'il milite en direction des paysans, des mineurs, des ouvriers du textile et des habitants des bidonvilles [Alain Labrousse L'Exp&#233;rience chilienne. R&#233;formisme ou r&#233;volution ?, Seuil, 1972]. Le MIR, parti de lutte de classe qui pr&#244;ne dans ses textes la gu&#233;rilla aussi bien dans les campagnes que dans les villes, loin d'organiser ces gu&#233;rillas sous le gouvernement Allende m&#234;le le radicalisme et l'opportunisme, essayant de pousser le gouvernement plus &#224; gauche, en en restant formellement &#224; l'&#233;cart tout en demandant aux travailleurs de le soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mouvement d'action populaire unitaire (MAPU) est une autre organisation politique d&#8216;extr&#234;me gauche influente. Dans une brochure parue en 1974, le MAPU &#233;voque son histoire peu banale : le Mouvement est une scission de gauche, en 1969, de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne. D&#232;s qu'il se constitue comme parti ind&#233;pendant, le MAPU, regroupant des Chr&#233;tiens favorables &#224; la r&#233;volution et au socialisme, se tourne vers l'Unit&#233; populaire, offrant au parti une base militante compos&#233;e d'&#233;tudiants, de techniciens, de petits bourgeois radicaux. A son premier congr&#232;s, en 1970, il se radicalise et adopte pour base programmatique le marxisme-l&#233;ninisme. Sous Allende, le MAPU joue le r&#244;le d'aile gauche du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise &#233;conomique favorise la crise politique&lt;br class='autobr' /&gt;
A mesure que le temps passe, la D&#233;mocratie chr&#233;tienne ren&#226;cle &#224; soutenir l'UP, l'arm&#233;e commence &#224; vouloir intervenir directement, tandis que la crise &#233;conomique mine la stabilit&#233; politique. Cette crise se traduit d'abord par l'inflation galopante. De juillet 1971 &#224; juillet 1972, le coup de la vie augmente de 46 %. L'inflation augmente de 90 % entre juillet et ao&#251;t 1972, de 130 % entre ao&#251;t et septembre. Le 21 ao&#251;t &#233;clate une gr&#232;ve des commer&#231;ants appuy&#233;s par l'extr&#234;me droite. Allende choisit la mani&#232;re forte, d&#233;cr&#232;te l'&#233;tat d'urgence dans la province de Santiago. De m&#234;me, lors de la premi&#232;re gr&#232;ve organis&#233;e par le puissant syndicat des camionneurs (de droite) en septembre 1972, l'&#233;tat d'urgence est d&#233;cr&#233;t&#233; dans 24 provinces sur 25. Cette gr&#232;ve des propri&#233;taires de camions est soutenue par des fonds de la CIA. Sepulveda, romancier chilien qui a &#233;t&#233; emprisonn&#233; jusqu'en 1976 du fait de son militantisme &#224; la jeunesse communiste du Chili, &#233;crit dans sa nouvelle Le maudit Mardi (Une Sale Histoire, M&#233;taili&#233;, 2005) que le D&#233;partement d'&#201;tat de Kissinger verse 250 000 dollars chaque jour aux camionneurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de nombreux travailleurs ne se laissent pas faire. Ils r&#233;quisitionnent les camions, ou rentrent de force dans les supermarch&#233;s ferm&#233;s par leurs propri&#233;taires. Les Comit&#233;s de ravitaillement et de contr&#244;le des prix (J.A.P.), form&#233;s par le minist&#232;re de l'&#201;conomie, sont investis par les travailleurs et les jeunes les plus combatifs. Ces comit&#233;s fonctionnent au niveau du quartier. On y proc&#232;de aux recensement des familles et de leurs besoins et on r&#233;partit les marchandises selon ces besoins. Ailleurs, on contr&#244;le les arriv&#233;es et la distribution de produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Chaque comit&#233; fonctionne selon les mobilisations du quartier. Pour Claire Tr&#233;an, qui a &#233;crit un remarquable petit livre sur le Chili de cette &#233;poque avec le militant r&#233;fugi&#233; en France David Munoz (L'Exil&#233; chilien), &#171; les J.A.P. sont l'expression de ce pouvoir populaire dans le domaine de la distribution, comme le sont les &#171; cordons industriels &#187; dans celui de la production. En ce sens, elles sont &#224; l'ordre du jour des partis, parmi les principales cibles de la droite, au point de divergence de diff&#233;rentes tendances de gauche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les buts des &#171; cordones industriales &#187; sous l'Unit&#233; populaire ? On en trouve une description dans une brochure du MAPU parue en 1977, &#171; Description historique du mouvement ouvrier du Chili &#187; aux &#201;ditions Pouvoir populaire. Ces cordons ont pour objectifs de soutenir les mesures du programme de l'UP, de construire la base d'un nouveau pouvoir et de d&#233;passer la centrale syndicale C.U.T., jug&#233;e trop bureaucratique, et de toute fa&#231;on absente des petites entreprises. Ces cordons r&#233;unissent les entreprises d'une m&#234;me zone ou localit&#233;. A leur t&#234;te, on retrouve des militants du PS, du MAPU ou du MIR. Le parti communiste, tr&#232;s droitier, n'y est pas repr&#233;sent&#233;. De ces cordons &#233;manent les &#171; comandos comunales &#187;, o&#249; l'on retrouve des dirigeants syndicaux, des d&#233;l&#233;gu&#233;s de quartier, des centres de m&#232;res, des d&#233;l&#233;gu&#233;s des J.A.P., des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;tudiants et parfois des d&#233;l&#233;gu&#233;s d'organisations paysannes. Ces &#171; comandos &#187; tendent de plus en plus &#224; devenir des organes de pouvoir populaire, ind&#233;pendants du Parlement et du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, aucune mesure ne se montre efficace contre l'inflation, et pendant l'ann&#233;e 1973, les prix sont multipli&#233;s par trois. Dans le cadre d'une situation &#233;conomique qui empire, la droite r&#233;siste s&#233;rieusement aux mesures du gouvernement, notamment les commer&#231;ants. La D&#233;mocratie chr&#233;tienne et l'extr&#234;me droite lancent contre les J.A.P. des campagnes acharn&#233;es de d&#233;nigrement, en les accusant de faire du march&#233; noir au service des communistes. Des attentats ont lieu contre les militants des J.A.P. et des responsables sont assassin&#233;s. Les m&#234;mes r&#233;actionnaires s'en prennent aux Cordons industriels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces ann&#233;es 1972-73, la bourgeoisie sp&#233;cule sur les prix et le march&#233; noir, op&#233;rations dont la petite bourgeoisie se retrouve exclue et m&#234;me victime. Face &#224; la crise &#233;conomique, les &#201;tats-Unis font couper les cr&#233;dits du pays aupr&#232;s des institutions financi&#232;res internationales pour faire pression, en particulier pour obtenir des indemnit&#233;s pour les mines de cuivre nationalis&#233;es. Le gouvernement Allende doit suspendre la convertibilit&#233; de la monnaie chilienne. La bourgeoisie nationale se met &#224; exporter ses capitaux. Le blocus financier international pousse encore plus la petite bourgeoisie vers la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pouvoir d'&#201;tat rest&#233; bourgeois&lt;br class='autobr' /&gt;
La droite et l'extr&#234;me droite se montrent donc ouvertement &#224; l'offensive, encourag&#233;es par les USA qui pr&#233;parent de leur c&#244;t&#233; une intervention putschiste. Les travailleurs, eux, loin d'entendre le mot d'ordre de dictature du prol&#233;tariat pour le d&#233;sarmement de la droite et de l'arm&#233;e, comptent sur l'&#201;tat bourgeois alors que, tandis que les menaces de coup d'&#201;tat militaire pleuvent, Allende appelle ces m&#234;mes militaires au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves et occupations de terres et d'usines ne sont pas suffisantes pour renverser le rapport de force dans la mesure o&#249; l'autonomie de la classe ouvri&#232;re dans la lutte n'est pas un objectif clair. Les travailleurs politis&#233;s et les jeunes ne mettent pas en avant la n&#233;cessit&#233; de ne s'appuyer que sur les mobilisations, y compris arm&#233;es, des masses, en d&#233;fiance ouverte envers le gouvernement. C'est une faiblesse politique d'autant plus grande que le gouvernement est de plus en plus paralys&#233; et incapable d'offensive. A partir de 1972, il est m&#234;me de plus en plus divis&#233; : il est certes form&#233; d'une coalition qui va du centre aux communistes, mais ce sont pr&#233;cis&#233;ment le Parti radical (4 % des voix) et les communistes (15 %) qui pr&#234;chent la mod&#233;ration, tandis que les socialistes (20 %) et le MAPU (&#224; la gauche du PC, 2 %) veulent pousser plus loin les r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gr&#232;ves se multiplient dans tout le pays. Le gouvernement proclame en septembre 1972 l'&#233;tat d'urgence. Le 9 octobre, il nomme le g&#233;n&#233;ral de division Augusto Pinochet commandant en chef par int&#233;rim en remplacement du g&#233;n&#233;ral Prats, nomm&#233; ministre de l'Int&#233;rieur. En novembre, Allende fait entrer deux autres militaires dans le gouvernement. Cela ne calme pas l'extr&#234;me droite, dont des commandos dans tout le pays assassinent des dizaines de militants de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces violences, l'ouverture du pouvoir vers les galonn&#233;s, la valse des prix qui d&#233;vore le niveau de vie et la crise du ravitaillement, l'&#233;lectorat reste encore fid&#232;le au gouvernement de gauche aux &#233;lections au Congr&#232;s de mars 1973. Des militaires tentent un premier coup d'&#201;tat le 29 juin 1973. En juillet, l'arm&#233;e entreprend des r&#233;quisitions d'armes entrepos&#233;es dans les usines et les locaux des partis de gauche. Mais en ao&#251;t, un mouvement de contestation anti-putschiste se propage dans la flotte &#224; Valparaiso et &#224; la base navale de Talcahuano, soutenu par le secr&#233;taire du PS, Altamirano, les socialistes ainsi que par l'extr&#234;me gauche, le MIR et le MAPU. Finalement les marins contestataires sont arr&#234;t&#233;s par centaines et m&#234;me tortur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 23 ao&#251;t, Pinochet est commandant en chef de l'arm&#233;e. Le pr&#233;sident Allende lui fait tellement confiance qu'il participe aux r&#233;unions restreintes visant &#224; faire face &#224; un &#233;ventuel coup d'&#201;tat. Pinochet, en fait, est d&#233;j&#224; en train de mettre au point les derniers pr&#233;paratifs de ce m&#234;me putsch, dont le v&#233;ritable chef est l'amiral Merino.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le putsch et le nouveau pouvoir&lt;br class='autobr' /&gt;
Le seul mot d'ordre qu'ont entendu les soldats depuis quatre ans n'a pas &#233;t&#233; de contr&#244;ler les faits et gestes de leurs officiers, ni de d&#233;sob&#233;ir aux ordres qui leur auraient paru suspects. L'Unit&#233; populaire demande aux soldats de rester fid&#232;les &#224; leurs officiers. Elle maintient au pouvoir les g&#233;n&#233;raux, futurs artisans de la terreur. Pourtant, ces m&#234;mes g&#233;n&#233;raux commencent &#224; fuir le navire : ils d&#233;missionnent du gouvernement quelques semaines avant le coup d'&#201;tat. En fait, rassur&#233;e par la timidit&#233; du gouvernement, et inqui&#232;te de la combativit&#233; vivace et multiforme de la classe ouvri&#232;re, la bourgeoisie, soutenue par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, se pr&#233;pare &#224; prendre les choses en main avec s&#233;v&#233;rit&#233; et r&#233;solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victimes de la crise &#233;conomique, les travailleurs et les jeunes chiliens se sont alors aussi retrouv&#233;s victimes de la crise politique. Pour contrer cela, il leur aurait fallu pr&#233;alablement se dissocier de la social-d&#233;mocratie toujours fid&#232;le &#224; ses vieux reniements et &#224; ses h&#233;sitations et inerte face &#224; la nervosit&#233; des forces de la petite bourgeoisie, petits commer&#231;ants et militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins la capacit&#233; de r&#233;sistance des travailleurs et des jeunes r&#233;prim&#233;s dans les mois et les ann&#233;es qui viendront confirme a posteriori la d&#233;termination politique de ceux-ci. Dans une nouvelle intitul&#233;e La Brune et la Blonde, extraite du recueil Les Roses de l'Atamaca (M&#233;taili&#233;, 2001), Sepulveda d&#233;crit le courage de deux femmes tortur&#233;es &#224; la Villa Grimaldi et qu'il a pu croiser : &#171; Elles pleur&#232;rent, c'est certain, mais peu, parce que les femmes glorieuses de ma g&#233;n&#233;ration et de mon histoire ne permirent pas &#224; la douleur de supplanter les devoirs, qui &#233;taient : organiser le silence, tromper les salauds en uniforme, r&#233;sister. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le putsch du 11 septembre 1973 marque l'offensive de la bourgeoisie au Chili, c'est l'avant dernier pays du sous-continent &#224; devenir un r&#233;gime militaire anti-ouvrier. En 1976, trois ans plus tard, l'Argentine conna&#238;t un putsch du m&#234;me genre. La vague &#233;conomique lib&#233;rale peut commencer, et cette fois concerner aussi l'Europe et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Chili devient un havre pour les riches et les grands groupes. Sur le march&#233; de Londres la livre de cuivre est pass&#233;e de 59,53 centimes de dollar en moyenne pendant les ann&#233;es 1971-1973, &#224; 71,19 centimes de dollar en 1974-1976. Sous Pinochet, en mars 1976, 24,5 % des terres expropri&#233;es sous Frei et Allende sont restitu&#233;s &#224; leurs anciens propri&#233;taires. Apparemment, certains ne reprennent pas tout de suite le chemin de leurs exploitations : c'est un gros propri&#233;taire terrien expropri&#233; sous Allende qui a tortur&#233; Sepulveda, qui en fait le r&#233;cit dans Le Neveu d'Am&#233;rique (M&#233;taili&#233;, 1996). Des centaines de millions de dollars sont vers&#233;s &#224; diverses entreprises am&#233;ricaines qui avaient &#233;t&#233; nationalis&#233;es sous Allende, &#224; savoir surtout Anaconda et Kennecott. [A qui profite la politique &#233;conomique de Pinochet ?, de Pedro Felipe Ramirez, ancien ministre d'Allende, &#201;ditions &#171; Les Amiti&#233;s franco-chiliennes &#187;]. Les travailleurs et les jeunes politis&#233;s entrent dans une p&#233;riode de survie, mais pas de renoncement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t 2007&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Lepic&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de &#171; Les causes de la d&#233;faite &#187; de Miguel Enriquez, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral et principal dirigeant du MIR (interview pour le journal trotskyste fran&#231;ais &#171; Rouge &#187; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le gouvernement de l'U.P &#233;tait un gouvernement petit-bourgeois de gauche. Son axe &#233;tait l'alliance du r&#233;formisme ouvrier avec le r&#233;formisme petit-bourgeois. Il mena pendant trois ans une politique r&#233;formiste caract&#233;ris&#233;e par sa soumission &#224; l'ordre bourgeois et ses tentatives constantes de concr&#233;tiser un projet de collaboration de classes. &lt;br /&gt;
Le r&#233;formisme n'a pas compris le caract&#232;re de la p&#233;riode pendant son gouvernement, ce qui l'a emp&#234;ch&#233; de d&#233;velopper son projet de collaboration de classes avec succ&#232;s. Le syst&#232;me de domination capitaliste &#233;tait entr&#233; en crise. Le mouvement de masse, dont les mobilisations et l'activit&#233; avaient augment&#233; depuis 67, entra en &#233;bullition avec l'arriv&#233;e de l'U.P au gouvernement. Pendant les trois derni&#232;re ann&#233;es, les masses multipli&#232;rent leurs mobilisations et d&#233;velopp&#232;rent leur niveau d'organisation et de conscience au-del&#224; de tout ce qu'on avait vu auparavant au Chili. &lt;br /&gt;
En m&#234;me temps, et en partie comme cons&#233;quence de ce qui pr&#233;c&#232;de, la crise interbourgeoise a continu&#233; &#224; s'approfondir. C'est ce qui a &#233;gar&#233; le r&#233;formisme. (&#8230;) Les deux fractions de la bourgeoisie avaient clairement avaient clairement saisi, et d&#232;s le d&#233;but, que l'ascension du mouvement de masse, par son caract&#232;re, allait au-del&#224; des timides r&#233;formes que l'U.P proposait et qu'elle mena&#231;ait le syst&#232;me de domination capitaliste lui-m&#234;me. (&#8230;) L'accentuation et la polarisation de la lutte des classes a historiquement ferm&#233; toute possibilit&#233; de succ&#232;s aux projets de collaboration de classes du r&#233;formisme. &lt;br /&gt;
S'appuyant toujours sur cet illusoire projet de collaboration de classes et sur l'illusion d'avoir conquis le pouvoir, l'U.P mena une politique &#233;conomique qui op&#233;rait essentiellement sur la consommation et non sur la propri&#233;t&#233; des moyens de production : redistribution drastique des revenus, donc augmentation de la consommation, en augmentant la production uniquement par l'utilisation maximum de la capacit&#233; de production existante, ce qui &#233;tait atteint vers le milieu de 1972. L'U.P a aussi agi sur les moyens de production, mais de mani&#232;re limit&#233;e : nationalisation des grandes mines de cuivre et des banques, projet de ne faire passer &#224; l'aire de propri&#233;t&#233; sociale que 91 des grandes entreprises (dont le nombre total oscille entre 500 et 800), prot&#233;geant toutes les grandes entreprises de la construction et de la distribution. D'autre part, dans le domaine agricole, pendant l'ann&#233;e 71, l'U.P limita l'expropriation des fundos &#224; un peu plus de mille, allant ensuite jusqu'&#224; trois mille. Toutefois, l'expropriation ne touchait que les fundos de 80 hectares, les latifundistes avaient droit &#224; une r&#233;serve de 80 hectares et pouvaient choisir les meilleures terres. C'est ainsi que l'U.P fut conduite &#224; prot&#233;ger explicitement les grandes entreprises agricoles, dont la surface est justement comprise entre 40 et 80 hectares (celles-ci produisaient en 73 pr&#232;s de 50% de toute la production agricole du Chili, leur nombre a augment&#233; de 4500 en 1970 &#224; 9000 en 1973).&lt;br /&gt;
Sur le terrain politique, son projet de collaboration de classes s'est exprim&#233; non seulement dans sa subordination &#224; l'institutionnalit&#233; bourgeoise, mais aussi dans la l&#233;gitimation de cette derni&#232;re devant les masses, alors que la classe dominante, ayant la &#171; l&#233;galit&#233; &#187; de son c&#244;t&#233;, contr&#244;lait de puissantes institutions de l'appareil d'Etat (pouvoir judiciaire, parlement, majorit&#233; du corps des officiers des forces arm&#233;es, etc). A travers ces institutions, dans les faits, elle cogouvernait le Chili en soumettant le gouvernement &#224; une constante hostilit&#233; (blocus parlementaire, accusations contre les ministres, proc&#232;s contre les fonctionnaires du gouvernement, etc). &lt;br /&gt;
Toutes ces concessions et vacillations n'&#233;taient pas gratuites ni indiff&#233;rentes pour le mouvement de masse, unique source r&#233;elle de force possible pour le gouvernement. Toutes ces concessions (la protection donn&#233;e aux grands entrepreneurs, les promesses de paiement de la dette ext&#233;rieure aux Am&#233;ricains, la l&#233;gitimation des hauts officiers des forces arm&#233;es, etc) ont renforc&#233; les classes dominantes, lesquelles, appuy&#233;es par le blocus financier am&#233;ricain, ont r&#233;ussi &#224; conserver entre leurs mains d'&#233;normes marges de pouvoir et de richesses qu'elles n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; lancer avec violence contre le gouvernement et contre la classe ouvri&#232;re et le peuple : sabotage de la production &#224; partir d'entreprises qu'ils conservaient, accaparement, sp&#233;culation et march&#233; noir, inflation, pressions militaires, etc.&lt;br /&gt;
En plus, toutes ces concessions du r&#233;formisme ont conduit &#224; l&#233;ser et frapper des secteurs du peuple : protection donn&#233;e aux grands entrepreneurs industriels, agricoles, distributeurs, etc., qui barraient le chemin &#224; la lutte des travailleurs, manque d'appui aux mobilisations directes des travailleurs, attaques contre ces derni&#232;res, incluant m&#234;me des actions r&#233;pressives ponctuelles, combat contre le travail politique au sein des forces arm&#233;es. Tout cela &#224; la fois fragmentait la gauche, divisait et confondait les travailleurs qui voyaient dans le gouvernement un instrument de leurs luttes. &lt;br /&gt;
Sur le terrain politique, l'U.P d&#233;veloppa la voie parlementaire, les tentatives avort&#233;es d'alliance avec le parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien et, &#224; chaque fois que ces derni&#232;res &#233;chouaient, non seulement l'U.P se refusait &#224; faire appel aux masses, mais en plus elle se r&#233;fugiait dans l'appareil d'Etat et de l'institutionnalit&#233;, en particulier celui du corps des hauts officiers r&#233;actionnaires des forces arm&#233;es. &lt;br /&gt;
Mais, perdu dans ses vacillations, le r&#233;formisme a d&#251; reculer devant les pressions du mouvement de masse, sa large base populaire, et devant la force des mobilisations directes du peuple. Ce sont les masses qui ont occup&#233; plus de 300 grandes entreprises et oblig&#233; le gouvernement &#224; les prendre sous son contr&#244;le. Ce sont elles qui ont fait irruption dans les forteresses de la bourgeoisie agraire par les prises de fundos entre 40 et 80 hectares, qui ont occup&#233; de nombreuses entreprises de construction, des vignes et quelques centres de distribution. (&#8230;.)&lt;br /&gt;
Ainsi le gouvernement, soumis &#224; l'ordre bourgeois et cherchant &#224; sceller une alliance avec une fraction de la bourgeoisie, a fait toutes sortes de concessions aux institutions et &#224; la classe dominante, en blessant les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re et du peuple, ainsi d&#233;sorient&#233;s. Pendant ce temps-l&#224;, les classes dominantes n'ont jamais perdu de vue le caract&#232;re r&#233;volutionnaire et anticapitaliste que prenait le mouvement des masses et elles ont ouvert les hostilit&#233;s contre le gouvernement d&#232;s le d&#233;but, malgr&#233; toutes les promesses et limitations des projets r&#233;formistes de celui-ci. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Tout cela s'est vu multipli&#233; apr&#232;s l'&#233;chec de la tentative de coup d'Etat militaire du 29 juin 73 et la menace putschiste d&#233;coulant de celui-ci. D'un c&#244;t&#233;, le gouvernement n'a pris aucune mesure contre les v&#233;ritables conspirateurs, il n'a pas op&#233;r&#233; de changements parmi les cadres de l'arm&#233;e, se bornant &#224; arr&#234;ter ceux qui &#233;taient directement impliqu&#233;s, etc.&lt;br /&gt;
Le mouvement de masse, avec &#224; sa t&#234;te la classe ouvri&#232;re, a atteint un formidable niveau de conscience et d'organisation : il occupa des centaines d'usines, il s'organisa en cordons industriels (semblables &#224; des conseils ouvriers) et, en quelques endroits, en commandos communaux (o&#249; s'organisaient ouvriers, pobladores, &#233;tudiants et paysans), parvenant m&#234;me &#224; d&#233;velopper massivement des formes organiques et mat&#233;rielles d'autod&#233;fense. &lt;br /&gt;
La classe dominante a utilis&#233; une double tactique. D'un c&#244;t&#233;, elle a d&#233;velopp&#233; avec force son offensive (gr&#232;ve des camionneurs, attentats, accusations contre les ministres au parlement, blocage de la Contraloria, d&#233;clarations du pr&#233;sident du s&#233;nat et de la chambre des d&#233;put&#233;s, etc) et d'un autre c&#244;t&#233; elle a laiss&#233; faire un secteur du parti d&#233;mocrate-chr&#233;tien qui ouvrait le dialogue avec le gouvernement en exigeant d'abord des concessions, ensuite le consensus, puis la capitulation et finalement la d&#233;mission. &lt;br /&gt;
Avec l'illusion de ce dialogue, le gouvernement commen&#231;a la capitulation et scella ainsi son sort en ces semaines : il constitua un cabinet du dialogue, puis le cabinet civico-militaire et frappa les travailleurs, il rendit des dizaines d'usines conquises par les travailleurs. Il combattit le pouvoir populaire (commandos et cordons industriels), r&#233;alisa des op&#233;rations r&#233;pressives ponctuelles pour faire &#233;vacuer des usines, r&#233;prima dans les rues les ouvriers de certains cordons industriels et pobladores, combattit furieusement la gauche r&#233;volutionnaire en l'accusant d'&#234;tre subversive ; il permit et finalement donna sa caution &#224; des dizaines de perquisitions militaires dans des usines &#224; la recherche d'armes, dans quelques unes desquelles on tortura sauvagement des ouvriers et des paysans (Nentehue, Sumar, etc), il poursuivit p&#233;nalement les marins de la flotte qui pr&#233;paraient des mesures d'autod&#233;fense en cas de coup militaire, donnant ainsi sa caution aux tortures brutales auxquels ils furent soumis par les officiers de la marine et permettant la poursuite p&#233;nale et la pers&#233;cution par la justice militaire de la marine des secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux du PS et du MAPU. &lt;br /&gt;
Avec cela, le gouvernement renfor&#231;ait l'offensive de la classe dominante, de m&#234;me que les officiers sup&#233;rieurs r&#233;actionnaires ; il frustra, d&#233;concerta et d&#233;sarticula les secteurs de base de l'arm&#233;e antiputschistes et divisa la gauche, ouvrant le chemin du putschisme. &lt;br /&gt;
Voil&#224; la responsabilit&#233; de la politique r&#233;formiste et c'est cela que certains tentent de cacher et d'obscurcir. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Les extraits qui suivent sont tir&#233;s de l'ouvrage &#171; Les passions politiques au Chili durant l'Unit&#233; populaire (1970-1973) &#187; de la sociologue Ingrid Seguel-Boccara, adepte des th&#232;ses de Bourdieu comme elle le signale abondamment dans ce texte et, en particulier, de celle selon laquelle le marxisme a tort de souligner l'importance de la lutte des classes comme clef de la compr&#233;hension des situations sociales et historiques. Cependant, les &#233;l&#233;ments de son r&#233;cit qui suit vont &#224; l'encontre de ses conclusions (cit&#233;es ensuite). Ils montrent la mont&#233;e in&#233;vitable (malgr&#233; tous les efforts de l'Unit&#233; populaire) d'une lutte de classe sans merci. Malgr&#233; le discours &#171; marxiste &#187; d'Allende, sa politique a toujours &#233;t&#233; l'alliance de classes, le soutien &#224; l'Etat bourgeois et non son renversement. La n&#233;cessit&#233; de conserver l'influence sur des masses ouvri&#232;res et populaires de plus en plus r&#233;volutionnaires explique le caract&#232;re verbalement radical s'alliant &#224; une politique de collaboration avec la D&#233;mocratie chr&#233;tienne, avec l'arm&#233;e et la bourgeoisie chilienne. Pour Seguel-Boccara, l'&#233;chec chilien provient de la conception fausse du marxisme qui enferme dans un cadre classiste une r&#233;alit&#233; qui d&#233;passerait ce cadre trop &#233;triqu&#233;. Il faudrait r&#233;habiliter l'individu, ses passions, ses utopies qui le sortiraient du cadre trop &#233;troit de l'affrontement prol&#233;tariat/bourgeoisie. On a donc affaire &#224; une adepte du courant actuel qui veut en finir avec la notion de lutte des classes menant &#224; la r&#233;volution. Le texte a donc un double int&#233;r&#234;t : l'&#233;tude de la r&#233;alit&#233; des affrontements de classe au Chili et l'&#233;tude du courant de pens&#233;e li&#233; &#224; Bourdieu et de sa capacit&#233; (ou non) &#224; appr&#233;hender des situations o&#249; l'affrontement de classe prend un tour ouvert et violent. Pour Seguel-Boccara, l'&#233;chec de l'unit&#233; populaire est celui de la capacit&#233; de la conception marxiste de lutte de classes &#224; appr&#233;hender le monde r&#233;el et les aspirations complexes des masses populaires. Il faut dire que le marxisme est repr&#233;sent&#233; &#224; ses yeux par le social-d&#233;mocrate Allende et le Parti communiste stalinien ! Pour une sociologue comme Seguel-Boccara, diviser la soci&#233;t&#233; en peuple et exploiteurs est identique &#224; la diviser en classes sociales ! D&#233;fendre les pr&#233;rogatives de l'Etat bourgeois, c'est la m&#234;me chose que le pouvoir aux travailleurs ! La conception lutte de classes ne reconna&#238;t pas ce fameux &#171; syst&#232;me dual &#187; que Seguel-Boccara assimile au marxisme. Il exprimer que l'enjeu de la r&#233;volution est, au contraire, quelle classe d&#233;terminante (prol&#233;tariat ou bourgeoisie) pourra gagner les masses petites-bourgeoises pauvres, les plus nombreuses. Contrairement &#224; l'id&#233;ologie de l'Unit&#233; populaire, le marxisme ne se propose nullement de construire une alliance avec la bourgeoisie nationale. Pourtant, ce gouvernement &#171; de gauche &#187; ne rompait pas avec la droite d&#233;mocrate-chr&#233;tienne, avec l'arm&#233;e, avec la hi&#233;rarchie religieuse, avec la grande bourgeoisie. Il cherchait, au contraire de toute conception r&#233;volutionnaire, de concilier les termes inconciliables. L'Unit&#233; populaire ne donnait pas le pouvoir &#171; au peuple &#187;, contrairement &#224; ce qu'elle pr&#233;tendait. Seguel-Boccara affirme dans ce texte que : &lt;i&gt;&#171; Nous devons penser la soci&#233;t&#233; en termes de groupes, de communaut&#233;s, de minorit&#233;s, plut&#244;t qu'en termes de classes et penser les relations selon une dichotomie plus ouverte entre &#233;ventuellement &#233;tablis et marginaux, moins vague et moins g&#233;n&#233;rale que dominants et domin&#233;s. &#187; &lt;/i&gt;Cet ouvrage est donc int&#233;ressant &#224; la fois parce qu'il montre que, malgr&#233; un point de vue hostile &#224; la lutte des classes, les faits historiques s'y conforment m&#234;me si les aspirations des gens et leur conscience n'est pas aussi claire et parce qu'il d&#233;montre que cette conception est incapable d'interpr&#233;ter les r&#233;volutions. C'est Seguel-Boccara elle-m&#234;me qui conclue ainsi :&lt;i&gt; &#171; Et si P. Bourdieu a montr&#233; en une th&#233;orie synth&#233;tique la pertinence du va-et-vient des deux (marxisme et psychosociologie) &#224; travers la construction du concept d'habitus, il n'en reste pas moins qu'il ne nous a pas fourni les &#233;l&#233;ments pour une analyse des p&#233;riodes r&#233;volutionnaires, p&#233;riodes durant lesquelles tout semble basculer et o&#249; les agents semblent livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au Chili, en 1970, soit une ann&#233;e apr&#232;s le triomphe de la r&#233;volution cubaine, un pr&#233;sident socialiste, Salvador Allende, anim&#233; d'un projet r&#233;volutionnaire, arrive au pouvoir par les voies d&#233;mocratiques. Son intention &#233;tait alors de mettre en &#339;uvre une politique de transition pacifique vers le socialisme. Tout le pays est dans l'expectative. Dans l'ancien et dans le nouveau monde, on s'interroge sur l'avenir de cette r&#233;volution. Le terme m&#234;me de r&#233;volution suscite des interrogations et des pol&#233;miques, qu'elles se situent sur le plan strictement politique ou plus sp&#233;cifiquement scientifique. Peut-on concevoir, imaginer et comprendre une r&#233;volution l&#233;gale ? (&#8230;)&lt;br /&gt;
Ce gouvernement d&#233;limitait clairement l'espace social dual dans lequel le jeu allait se d&#233;rouler en d&#233;signant d'un c&#244;t&#233; l'alli&#233; &#8211; le peuple -, et de l'autre l'ennemi &#8211; la bourgeoisie &#8211; ainsi que le cadre g&#233;n&#233;ral : la r&#233;volution. (&#8230;) On peut dire que ce gouvernement qui eut pour effet de rendre conscientes et &#233;videntes les divisions et les haines, occasionna un traumatisme dans la soci&#233;t&#233; chilienne. (&#8230;)&lt;br /&gt;
L'&#233;v&#233;nement de 1907 qui aura pour nous valeur de premi&#232;re marque, et non des moindres puisqu'au sujet de celui-ci il serait plus ad&#233;quat de parler de rupture, c'est la gr&#232;ve des mineurs &#224; l'Ecole Santa Maria de Iquique qui se solda par un massacre. Si nous avons port&#233; un int&#233;r&#234;t &#224; cet &#233;v&#233;nement, c'est parce que se situant dans la p&#233;riode de crise que connut le Chili au d&#233;but du si&#232;cle (passage d'une &#233;conomie rurale &#224; une &#233;conomie industrielle), il exprimait et illustrait le mieux cette recherche de nouveaux rep&#232;res, de nouvelles identifications, de nouvel &#233;quilibre des agents sociaux en pr&#233;sence &#224; une &#233;poque o&#249; naissait le mouvement ouvrier. Le mouvement ouvrier se constituant &#224; partir de cette histoire r&#233;pressive, le massacre de l'Ecole Santa Maria de Iquique devint, au moment de l'arriv&#233;e au pouvoir de l'U.P, le symbole de cette lutte et de cette r&#233;pression syst&#233;matique dans l'appropriation et la reconstruction d'une identit&#233; de lutte. En second lieu, la &#171; toma &#187; (l'occupation ill&#233;gale) de la Victoria exprime quant &#224; elle les nouvelles formes de revendication d'une population &#8211; les pobladores (les habitants des quartiers populaires) &#8211; qui demande &#224; ce moment-l&#224; (en 1957) le droit &#224; la parole et qui va se forger une identit&#233; de lutte particuli&#232;re, donnant naissance &#224; cette forme g&#233;n&#233;ralis&#233;e de revendication que constitu&#232;rent durant les ann&#233;es 1960-1970 les tomas de terrains. (&#8230;) On peut dire que l'esprit r&#233;volutionnaire qui va caract&#233;riser le Chili vers la fin des ann&#233;es soixante et aboutir &#224; l'Unit&#233; Populaire commence &#224; germer et &#224; prendre forme au d&#233;but du si&#232;cle, au moment o&#249; le Chili remet en cause ses anciennes structures et conna&#238;t un d&#233;but d'industrialisation. De cette situation va na&#238;tre une nouvelle population ouvri&#232;re qui, se trouvant au point de rupture d'une soci&#233;t&#233; qui n'est plus f&#233;odale et pas encore capitaliste, conna&#238;tra une perte d'identit&#233; et de rep&#232;res. (&#8230;)&lt;br /&gt;
C'est en cela que le massacre de Santa Maria de Iquique nous int&#233;resse (&#8230;) La cantate populaire de Santa Maria de Iquique, de Luis Advis qui sera pr&#233;sent&#233;e au public se reconnaissant et s'identifiant &#224; cette lutte et ce massacre et cela moins d'un mois avant les &#233;lections pr&#233;sidentielles de septembre 1970 qui donn&#232;rent la victoire &#224; l'Unit&#233; populaire. (&#8230;) La gr&#232;ve d'Iquique se terminant par un massacre sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire du Chili agira dans le sens d'une prise de conscience des ouvriers dans la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er d'autres formes d'organisations, plus structur&#233;es, ouvrant ainsi la voie au syndicalisme moderne. Les soci&#233;t&#233;s de r&#233;sistance, inspir&#233;es de l'anarchisme, se d&#233;veloppent &#233;galement au d&#233;but du si&#232;cle dans les trois principales villes du Chili &#8211; Santiago, Valparaiso et Antofagasta. Leur opposition au Capital est cat&#233;gorique et elles rejettent toute forme de lutte passant par une action politique l&#233;gale, pr&#233;conisant une action directe allant de la gr&#232;ve &#8211; non l&#233;gale au d&#233;but du si&#232;cle &#8211; au boycott et au sabotage. Elles cherch&#232;rent le d&#233;veloppement d'une conscience libertaire parmi les travailleurs, plus &#224; partir d'un affrontement direct avec l'Etat bourgeois oppresseur qu'&#224; travers des revendications partielles. L'action directe permettrait selon ses id&#233;ologues et gr&#226;ce au moyen privil&#233;gi&#233; de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, d'aboutir &#224; une r&#233;volution sociale. (&#8230;) Ces mouvements anarchistes participeront &#224; la gr&#232;ve d'Iquique, r&#233;ussissant &#224; faire de ce processus, malgr&#233; les diff&#233;rences existantes, un mouvement massif et g&#233;n&#233;ral dans toute la r&#233;gion du nord du pays. &lt;br /&gt;
Les diff&#233;rents mouvements de protestation dans les mines de salp&#234;tre se constitu&#232;rent principalement sur la base de revendications salariales et d'am&#233;lioration des conditions de travail (&#8230;) C'est dans le moment o&#249; la gr&#232;ve de la gr&#232;ve que l'ouvrier allait prendre conscience de la nouvelle &#232;re dans laquelle lui et le patron &#233;tait entr&#233;s, troublant les cadres de son exp&#233;rience sociale structur&#233;e jusqu'alors autour du paternalisme. (&#8230;) Le Nord du Chili conna&#238;t, durant les premiers jours du mois de d&#233;cembre 1907, une effervescence particuli&#232;re. (&#8230;) Plus de trois cents ouvriers du chemin de fer salp&#234;trier se mettent en gr&#232;ve, r&#233;clamant l'accomplissement promis du r&#233;ajustement de leurs salaires. (&#8230;) Plusieurs autres mouvements eurent lieu durant ces jours, comportant eux aussi comme demande principale la r&#233;&#233;valuation des salaires. Parmi ces mouvements on peut noter celui, important, des travailleurs maritimes d'Iquique qui sollicit&#232;rent une r&#233;&#233;valuation &#224; compter du 9 d&#233;cembre, au m&#234;me titre que les ouvriers du chemin de fer salp&#234;trier. N'obtenant pas gain de cause &#224; la date qu'ils avaient fix&#233;e, ils se d&#233;clar&#232;rent en gr&#232;ve le jour m&#234;me. (&#8230;) L'aboutissement positif de nombreuses mobilisations fit en quelque sorte boule de neige. Le 10 d&#233;cembre, c'est au tour des travailleurs du salp&#234;tre de la pampa de se mettre en gr&#232;ve. La mine de San Lorenzo initiait ainsi le mouvement revendicatif des travailleurs du salp&#234;tre. Le g&#233;rant de cette mine leur faisant part de son impossibilit&#233; &#224; prendre une d&#233;cision sans en r&#233;f&#233;rer d'abord au si&#232;ge social d'Iquique, les ouvriers allaient alors commencer &#224; parcourir les autres mines se situant dans la m&#234;me zone. Ils r&#233;ussirent &#224; paralyser, en quatre ou cinq jours, presque tous les &#233;tablissements miniers de la pampa. &lt;br /&gt;
Le treize et le quatorze d&#233;cembre, les ouvriers de la pampa s'&#233;tant regroup&#233;s &#224; San Antonio, village le plus proche avant Iquique, et n'ayant toujours pas obtenu de r&#233;ponse, d&#233;cid&#232;rent d'aller massivement &#224; Iquique pour parlementer directement avec les responsables et les autorit&#233;s locales. S'initiait alors une longue marche. (&#8230;) La ville d'Iquique, quasiment paralys&#233;e, est entre les mains des gr&#233;vistes, certains commerces ferment par solidarit&#233;, d'autres par peur des pillages. (&#8230;) Le lundi 17, apr&#232;s avoir formul&#233; leurs revendications aux patrons, les gr&#233;vistes les adressent au Pr&#233;sident de la R&#233;publique dans une lettre sign&#233;e par des ouvriers du salp&#234;tre, des commer&#231;ants, des ouvriers des chemins de fer salp&#234;triers et urbains et des ouvriers d'autres branches. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A partir du mercredi 18, une tension commence &#224; r&#233;gner dans la ville avec l'arriv&#233;e du vaisseau de guerre Esmeralda duquel d&#233;barquent 130 soldats, pour la plupart de la marine. (&#8230;) Le lendemain un autre bateau de guerre le Zenteno arrive au port d'Iquique avec &#224; bord 330 hommes dont l'intendant Carlos Eastman, le g&#233;n&#233;ral Roberto Silva Renard, chef militaire de cette zone et le colonel Simforoso Ledesma. Alors qu'une v&#233;ritable structure militaire se met en place, d'autres mineurs venus de la pampa continuent d'arriver en grand nombre, ce qui fait que ce m&#234;me jour on peut comptabiliser selon les sources de 10.000 &#224; 15.000 pampinos dans la ville d'Iquique. (&#8230;) La gr&#232;ve prenait des allures de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, la ville &#233;tant alors compl&#232;tement paralys&#233;e, tous les transports (trains, tramways, charrettes) ainsi que le commerce &#224; l'exception des banques, s'&#233;taient arr&#234;t&#233;s. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le d&#233;ploiement d'un v&#233;ritable arsenal de guerre, comptabilisant en tout la veille de l'intervention de l'arm&#233;e : trois bateaux de guerre, quatre r&#233;giments d'infanterie et un grand nombre de policiers, ne laissait pas supposer seulement l'intention du gouvernement de faire maintenir l'ordre durant la gr&#232;ve, mais aussi la possible intervention de l'arm&#233;e en cas d'insoumission. (&#8230;)&lt;br /&gt;
C'est ainsi et presque logiquement que cette gr&#232;ve &#8211; mot encore inconnu dans sa dimension actuelle du moins &#8211; se termina par un massacre. (&#8230;) Les ouvriers, quant &#224; eux, s'ils se doutaient du non aboutissement de leurs revendications, n'avaient pas clairement conscience de la configuration que prendraient les &#233;v&#233;nements. (&#8230;) Ce pacifisme des ouvriers n'emp&#234;cha cependant pas l'intervention des forces de l'ordre puisque le matin du 21 d&#233;cembre, la ville se r&#233;veilla en Etat de si&#232;ge. (&#8230;) Selon un t&#233;moin, plus de deux mille personnes seraient mortes cet apr&#232;s-midi-l&#224;, parmi elles des femmes et des enfants et des ouvriers. Les corps furent rapidement enterr&#233;s dans des fosses communes, les autorit&#233;s publiant bien &#233;videmment les chiffres inexacts. (&#8230;) &lt;br /&gt;
La Victoria (&#8230;) repr&#233;sentait la premi&#232;re toma d'Am&#233;rique latine, autrement dit la premi&#232;re occupation ill&#233;gale de terrain organis&#233;e. (&#8230;) Deux incendies successifs (&#8230;) se produisirent le 26 octobre 1957 et toucha pr&#232;s de 1100 personnes. (&#8230;) Dans la nuit du 29 au 30 octobre, soit quatre jours apr&#232;s l'incendie, les femmes sont pr&#233;venues que le grand jour est arriv&#233;. (&#8230;) La Tercera, journal populaire, (&#8230;) estimait le nombre des occupants &#224; plus de deux mille familles (&#8230;) Si, dans un premier temps la police tenta de d&#233;loger les gens avec plus ou moins de succ&#232;s, le nombre d'occupants finit par l'en dissuader. (&#8230;) Ce fut alors la Victoire, nom que les habitants donn&#232;rent, ce jour m&#234;me, &#224; un terrain qu'ils avaient gagn&#233; au prix d'une lutte qu'ils apprirent &#224; mener et qui allait rester dans la m&#233;moire de ces hommes et femmes, leur victoire. (&#8230;) La capacit&#233; d'organisation de ces habitants a rendu c&#233;l&#232;bre ce quartier o&#249; diverses organisations et associations sont n&#233;es de leur propre initiative dans le but de leur faciliter la vie. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1964 oblig&#232;rent deux fois la droite &#224; se red&#233;finir (&#8230;) obligeant la droite h&#233;g&#233;monique jusque l&#224; &#224; remettre en cause, pour la premi&#232;re fois depuis 1938 sa candidature. Jamais la peur du &#171; spectre communiste &#187; ne s'&#233;tait r&#233;v&#233;l&#233;e avec autant de force qu'apr&#232;s cette &#233;lection qui acquit une importance singuli&#232;re dans l'histoire publique du Chili. (&#8230;) La droite retira sa candidature pour appuyer celle du d&#233;mocrate chr&#233;tien E. Frei. (&#8230;) Le parti DC &#233;tait pr&#233;sent&#233; comme &#171; l'unique alternative r&#233;elle au marxisme &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La Phalange nationale, devenue la D&#233;mocratie chr&#233;tienne en 1957 &#8211; par la fusion des conservateurs, sociaux-chr&#233;tiens et phalangistes &#8211; (&#8230;) se caract&#233;risa d&#232;s le d&#233;but par son attachement &#224; la religion catholique, son corporatisme, son nationalisme et son anticommunisme. (&#8230;) Le slogan de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne, &#171; R&#233;volution dans la libert&#233; &#187;, lorsqu'elle entama sa campagne &#233;lectorale pour les &#233;lections de 1964, correspondait en premier lieu &#224; la volont&#233; de changement exprim&#233;e par une grande majorit&#233; de la population chilienne. Elle r&#233;pondait en second lieu au contexte international o&#249; la guerre du Vietnam et le triomphe de la r&#233;volution cubaine questionnaient la l&#233;gitimit&#233; de l'intervention am&#233;ricaine, ouvrant par l&#224; de nouvelles perspectives d'&#233;mancipation dans le continent sud-am&#233;ricain. (&#8230;) La D&#233;mocratie chr&#233;tienne opposait la bonne &#224; la mauvaise r&#233;volution. (&#8230;) Se d&#233;finissant comme un anti-fid&#233;iste, &#171; la r&#233;volution dans la libert&#233; &#187; &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme un d&#233;fi lanc&#233; &#224; celle de Castro. Elle pr&#233;tendait transformer cette soci&#233;t&#233; injuste au travers d'une &#171; troisi&#232;me voie &#187; dont E. Frei se faisait le porte-parole. (&#8230;) Avec 55,6% des voix, E. Frei obtenait le meilleur r&#233;sultat qu'aucun pr&#233;sident chilien n'ait jamais obtenu depuis 1931. Ce r&#233;sultat &#233;tait en effet significatif au Chili, si l'on consid&#232;re qu'en raison du syst&#232;me pr&#233;sidentiel et du multipartisme, un parti n'obtenait que tr&#232;s rarement une majorit&#233; absolue, obligeant la plupart du temps le congr&#232;s &#224; faire ratifier l'&#233;lection. (&#8230;) Salvador Allende, bien que vaincu, obtenait 38,6% des voix, soit dix points de plus qu'en 1958. (&#8230;)&lt;br /&gt;
E. Frei, qui avait promis de donner des terres &#224; 100.000 familles, n'accomplit en fait qu'un cinqui&#232;me de ce &#224; quoi il s'&#233;tait engag&#233;. Le projet de r&#233;forme agraire allait, avant d'aboutir, rencontrer une r&#233;sistance tenace. La droite et les secteurs patronaux de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale s'oppos&#232;rent fermement &#224; ce projet. (&#8230;) La DC n'ayant pu mettre en application la r&#233;forme agraire que trois ans apr&#232;s son arriv&#233;e au gouvernement, des probl&#232;mes se pos&#232;rent dans l'application concr&#232;te de ce projet dans les campagnes. (&#8230;) Cette situation correspondait en fait &#224; la volont&#233; de la DC de d&#233;velopper dans les campagnes une classe moyenne dynamique et vigoureuse au m&#234;me titre que l'avait &#233;t&#233; la classe moyenne urbaine dont les d&#233;mocrates chr&#233;tiens &#233;taient issus. (&#8230;) En m&#234;me temps que la Loi de R&#233;forme Agraire, la DC fit voter la Loi de Syndicalisation Paysanne accordant aux paysans chiliens &#8211; apr&#232;s de longues ann&#233;es de lutte &#8211; la libert&#233; syndicale et le droit de gr&#232;ve (&#8230;) Cette l&#233;gislation fut &#224; l'origine d'une intense mobilisation paysanne. (&#8230;) De 22 syndicats en 1960, on passa &#224; pr&#232;s de 500 &#224; la fin du mandat de E. Frei. Ainsi, &#224; la fin des ann&#233;es soixante, l'organisation syndicale de la paysannerie est une r&#233;alit&#233; qui s'&#233;tend &#224; tout le pays, s'int&#233;grant dans la lutte d'un mouvement populaire plus vaste. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Il se produisit au sein du processus de changement qu'&#233;tait en train de vivre le pays, une transformation de l'attitude d'attente dans laquelle la population se trouvait au moment o&#249; E. Frei entama son mandat pr&#233;sidentiel. Cette attitude se convertit en une demande imm&#233;diate et pressante, provoquant une agitation sociale de moins en moins contr&#244;lable. A partir de la fin de l'ann&#233;e 1967, une mobilisation revendicative des secteurs populaires les plus divers se fait jour. Paysans, ouvriers, sans logis, &#233;tudiants se mobilisent et demandent, en utilisant tous les moyens, y compris non l&#233;gaux, &#224; cette &#171; r&#233;volution &#187; de rendre ses promesses effectives (&#8230;) Les diff&#233;rents mouvements de gr&#232;ves, de r&#233;voltes qui caract&#233;ris&#232;rent la fin du mandat de la DC mettaient en question le projet r&#233;formiste et faisaient appara&#238;tre la r&#233;volution comme une solution tout &#224; fait envisageable. &lt;br /&gt;
Dans les campagnes, cette situation se traduisit par une division des paysans et par une dynamique qui allait se g&#233;n&#233;raliser chez ceux qui n'avaient pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la r&#233;forme agraire : l'appropriation ill&#233;gale des terres &#8211; &#171; tomas &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, les propri&#233;taires se radicalis&#232;rent, fermement d&#233;cid&#233;s &#224; ne pas se laisser faire. (&#8230;) La r&#233;gion du Sud du Chili sera ainsi le lieu de confrontations violentes entre paysans et propri&#233;taire terriens qui employ&#232;rent tous les moyens pour parvenir &#224; leurs fins : blocages des routes, menaces d'interruption des semailles, etc. Deux dirigeants syndicaux mourront lors de confrontations violentes. (&#8230;) On peut dire que la DC r&#233;ussit &#224; susciter l'&#233;veil des masses paysannes en perdant le contr&#244;le sur elles, en m&#234;me temps qu'elle affermit les propri&#233;taires terriens dans leurs positions. La droite et la gauche se radicalisant, on assistait &#224; l'agrandissement du foss&#233; d&#233;j&#224; existant, conduisant ainsi vers ce que le vocabulaire marxiste nommait commun&#233;ment la &#171; lutte des classes &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
L&#233;gale ou ill&#233;gale, la gr&#232;ve devint un outil fondamental. L'ann&#233;e 1967 verra une augmentation consid&#233;rable du nombre de gr&#232;ves, cette ann&#233;e &#233;tant le point culminant des conflits pendant le gouvernement d&#233;mocrate chr&#233;tien.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Ann&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Nombre de gr&#232;ves&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Nombre de gr&#233;vistes&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;1964&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;433&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;114 342&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;1965&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;792&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;234 189&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;1966&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;737&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;140 667&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;1967&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;2177&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;314 987&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;1968&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;913&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;203 360&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;1969&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;977&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;275 406&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;1970&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;1303&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;396 711&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
L'atmosph&#232;re de violence qui r&#233;gnait &#224; la fin du mandat de E. Frei nuisait consid&#233;rablement &#224; le DC, incapable de ma&#238;triser ces mouvements spontan&#233;s ou organis&#233;s. Cependant, l'utilisation de la violence par le gouvernement en r&#233;ponse aux diff&#233;rentes revendications, lui fit perdre d&#233;finitivement son prestige et mit en question son autorit&#233;. A quatre reprises, le gouvernement fit appel aux forces de police pour r&#233;pondre &#224; des revendications de mineurs, de familles sans logis ou mal log&#233;s, d'ouvriers et enfin d'&#233;tudiants. (&#8230;) Quasiment chaque gouvernement ayant pr&#233;c&#233;d&#233; celui-ci avait &#224; son actif au moins un fait de r&#233;pression sociale s'&#233;tant sold&#233; par la mort d'un ou plusieurs de ses participants. (&#8230;) Cependant, le contexte &#233;tait diff&#233;rent. Tout d'abord, il s'agissait d'un gouvernement qui &#233;tait arriv&#233; au pouvoir soutenu par une grande majorit&#233; avec un projet pour le moins progressiste (&#8230;) D&#232;s 1966, le gouvernement d&#233;mocrate chr&#233;tien employa la violence pour r&#233;gler des conflits sociaux. Cette ann&#233;e-l&#224;, la CUT avait appel&#233; &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des mineurs, en solidarit&#233; avec les mineurs des mines El Teniente qui, apr&#232;s trois mois de gr&#232;ves, n'avaient pas obtenu satisfaction. (&#8230;) Le gouvernement d&#233;clare cette gr&#232;ve de solidarit&#233; ill&#233;gale (&#8230;) Une partie des mineurs des mines de El Salvador, se regroupe dans le local, refuse de reprendre le travail. (&#8230;) L'intervention de l'arm&#233;e causera la mort de huit mineurs et fera de nombreux bless&#233;s. (&#8230;) Le 23 d&#233;cembre 1967 eut lieu une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale convoqu&#233;e par la CUT pour protester contre le projet du gouvernement de payer en bons une partie du r&#233;ajustement des pensions et salaires. (&#8230;) Il y eut cinq morts et plus de cinquante bless&#233;s. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La r&#233;pression qui suivit l'appropriation par des familles de terrains &#224; Puerto Montt et qui se solda par neuf morts et plus de quarante bless&#233;s, hommes, femmes et enfants, eut une r&#233;percussion plus vaste, bouleversant la population dans son ensemble. Cet &#233;v&#233;nement reste dans les m&#233;moires comme le massacre de Puerto Montt et est associ&#233; &#224; la DC et &#224; Edmundo P&#233;rez Zujovic, alors ministre de l'int&#233;rieur. &lt;br /&gt;
Dans cette atmosph&#232;re de frustration des promesses de &#171; la r&#233;volution dans la libert&#233; &#187;, les habitants des quartiers populaires mal log&#233;s ou d&#233;pourvus de logement, s'organisent, souvent soutenus et organis&#233;s par des militants de gauche, et d&#233;cident de rendre effectives les promesses non r&#233;alis&#233;es par le gouvernement. Les &#171; tomas &#187; de terrain prirent une telle proportion que 10% de la population de Santiago eut acc&#232;s &#224; des terrains par le biais de cette voie. (&#8230;) A Puerto Montt, ville situ&#233;e &#224; plus de mille kilom&#232;tres au sud de Santiago, 70 familles de sans-logis s'installent le 9 mars 1969 sur des terrains laiss&#233;s &#224; l'abandon et situ&#233;s &#224; trois kilom&#232;tres du centre-ville. Le lendemain, un groupe de carabiniers lance, dans les baraquements o&#249; s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;es les familles, des bombes lacrymog&#232;nes afin d'obliger les occupants &#224; quitter les lieux. Le feu est mis aux baraques et les familles contraintes par la force &#224; abandonner les lieux. Un certain nombre d'entre elles se d&#233;fendirent et firent face aux forces de l'ordre, arm&#233;es de b&#226;tons. Les habitants d'un bidonville voisin, ameut&#233;s par les cris et le feu, se joignirent aux familles. Les carabiniers ouvrirent alors le feu. Neuf personnes furent tu&#233;es, parmi lesquelles un nouveau-n&#233; qui mourut asphyxi&#233;, et une trentaine d'autres bless&#233;es. (&#8230;) Quatre jours apr&#232;s les &#233;v&#233;nements eut lieu &#224; Santiago une grande manifestation de protestation. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le MAPU, cette aile gauche de la DC constitu&#233;e en parti, allait s'unir aux partis de gauche dans la construction de ce que sera l'Unit&#233; Populaire. (&#8230;) Apr&#232;s les &#233;lections l&#233;gislatives de 1966, o&#249; la droite connut une baisse consid&#233;rable, les Partis conservateur et Lib&#233;ral fusionn&#232;rent pour former le Parti National, int&#233;grant les membres d'un petit parti, l'Alliance Nationale. La constitution de ce parti constitua la marque de la radicalisation de la droite. (&#8230;) &#187;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Aux &#233;lections l&#233;gislatives de mars 1969, la polarisation politique donne les r&#233;sultats suivants :&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric virgule'&gt;&lt;i&gt;1965&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric virgule'&gt;&lt;i&gt;1969&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Droite&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric virgule'&gt;&lt;i&gt;12,5&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric virgule'&gt;&lt;i&gt;20&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Centre&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric virgule'&gt;&lt;i&gt;58,8&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric virgule'&gt;&lt;i&gt;43,7&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;tr class='row_even even'&gt;
&lt;td&gt;&lt;i&gt;Gauche&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric virgule'&gt;&lt;i&gt;22,7&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;
&lt;td class='numeric virgule'&gt;&lt;i&gt;26,1&lt;/i&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&#171; La gauche, qui s'&#233;tait maintenue unie au sein du FRAP, vit une grande partie de ses forces se radicaliser : le dilemme principal se jouant alors entre voie pacifique et lutte arm&#233;e. Le parti communiste &#233;tait en fait le parti le plus mod&#233;r&#233; dans ses options quant aux moyens &#224; employer. Il s'alignait sur le 20&#232;me congr&#232;s de l'Union sovi&#233;tique, qui consid&#233;rait la voie pacifique vers une r&#233;volution socialiste comme la forme la plus probable de transition du capitalisme au socialisme. Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti, Luis Corvalan, avait fortement critiqu&#233; certaines fractions de gauche accus&#233;es d'inciter les masses &#224; la violence, se r&#233;f&#233;rant en particulier aux tomas de terrains. (&#8230;) Le parti communiste est contre un passage direct au socialisme et pour une collaboration avec tous les secteurs progressistes de la soci&#233;t&#233;. (Luis Corvalan, &#171; Les chemins de la libert&#233; &#187;) (&#8230;)&lt;br /&gt;
En 1967, au 22&#232;me congr&#232;s de Chillan, le parti socialiste proclame la l&#233;gitimit&#233; de la voie arm&#233;e comme unique voie vers la r&#233;volution socialiste : &#171; La violence r&#233;volutionnaire est in&#233;vitable et l&#233;gitime. Elle r&#233;sulte du caract&#232;re r&#233;pressif et arm&#233; d'un gouvernement de classe, elle constitue la seule voie conduisant &#224; la prise du pouvoir politique et &#233;conomique, &#224; sa d&#233;fense et &#224; sa consolidation ult&#233;rieure. Ce n'est qu'en d&#233;truisant l'appareil bureaucratique et militaire de l'Etat bourgeois que l'on peut consolider la r&#233;volution socialiste. (&#8230;) Nous affirmons l'ind&#233;pendance de classe du Front des travailleurs, consid&#233;rant que la bourgeoisie nationale est l'alli&#233;e de l'imp&#233;rialisme et, dans les faits, son instrument. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Parall&#232;lement na&#238;t, en 1963 &#224; l'Universit&#233; de Concepcion, le MIR. Ce Mouvement de la Gauche R&#233;volutionnaire regroupe trotskystes, mao&#239;stes, dissidents du PS et dans une moindre mesure anciens militants du PC. Il adopte des positions castristes et vise, &#224; ses d&#233;buts, la constitution de foyers de gu&#233;rillas. (&#8230;) Le MIR fit un travail constant au sein de la base en &#233;tant constamment sur le terrain dans tous les lieux de luttes et de r&#233;voltes populaires. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Malgr&#233; les d&#233;cisions du congr&#232;s de Chillan, le PS restera fid&#232;le &#224; une tradition &#233;lectoraliste, s'alignant sur les positions du PC. C'est la tendance de la &#171; voie pacifique vers le socialisme &#187;, repr&#233;sent&#233;e par Salvador Allende, qui l'emportera sur celle de Carlos Altamirano, partisan de la voie arm&#233;e directe. Six partis de gauche se regrouperont autour de ce qui sera l'Unit&#233; populaire dans le but de pr&#233;senter un m&#234;me programme et un m&#234;me candidat aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1970. En dehors du PS et du PC, &#233;taient dans cette coalition les dissidents &#171; rebelles &#187; de la DC qui s'&#233;taient regroup&#233;s autour du MAPU, le PR s&#233;par&#233; de sa fraction droite et deux petits partis de centre-gauche, le Parti Social-D&#233;mocrate et l'Action Populaire Ind&#233;pendante. Apr&#232;s de longues n&#233;gociations, Salvador Allende sera d&#233;sign&#233; comme candidat de l'U.P. &lt;br /&gt;
Il se pr&#233;sentait alors &#224; une &#233;lection pour la quatri&#232;me fois.&lt;br /&gt;
Le programme de l'Unit&#233; Populaire, adopt&#233; en d&#233;cembre 1969 par tous les partis constituant l'U.P, propose une transformation profonde des structures &#233;conomiques et sociales du capitalisme chilien. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Personne ne s'attendait &#224; la victoire de la gauche, &#224; commencer par la gauche elle-m&#234;me. (&#8230;) La capitale et toutes les villes du pays connurent d'importantes manifestations spontan&#233;es de foule. (&#8230;) En dehors d'une simple victoire &#233;lectorale, cette victoire repr&#233;sentait un triomphe d'une classe sur une autre. On peut dire que ce fut une lutte de classes qui se profila lors de ces &#233;lections. &lt;br /&gt;
(&#8230;) Pour les plus d&#233;munis, (&#8230;) c'&#233;tait une victoire des pauvres sur les riches. Si l'on s'en tient maintenant au langage populaire, c'&#233;tait tout simplement celle des &#171; pueblos &#187; sur les &#171; nomios &#187;. (&#8230;) Le prol&#233;tariat contre la bourgeoisie, les pauvres contre les riches, le pueblo contre les nomios. La notion d'opposition, y compris et surtout apr&#232;s la victoire, avait toute sa pertinence. (&#8230;) Santiago vivra une nuit historique, entrem&#234;l&#233;e de chants, de danses, de rires et de pleurs t&#233;moignant de l'euphorie que cette victoire avait provoqu&#233;e (&#8230;) A l'euphorie du peuple, s'opposait l'angoisse et la terreur que l'on pouvait percevoir dans les quartiers riches. (&#8230;) Dans ces quartiers o&#249; l'espace marquait fortement l'appartenance sociale, on percevait toute la dimension de cette victoire. Les notions d'opposition, de lutte et de confrontation avaient toute leur pertinence. (&#8230;) Ici, ce qui &#233;tait clair, c'est que les &#171; rotos &#187; prenaient le pouvoir. (&#8230;) Roto d&#233;signait clairement et uniquement l'homme du peuple. (&#8230;) Cette crainte ou plut&#244;t cette terreur se traduisit dans les faits, tr&#232;s rapidement, par une panique financi&#232;re. La panique s'installa dans les milieux financiers, provoquant, imm&#233;diatement apr&#232;s l'&#233;lection, des fuites de capitaux. Le lundi 7 septembre, premier jour ouvrable apr&#232;s les &#233;lections, la Bourse n'ouvrit pas ses portes. La Banque Edwards &#8211; appartenant &#224; une des principales fortunes chiliennes et poss&#233;dant, entre autres, le c&#233;l&#232;bre journal El Mercurio &#8211; incita &#224; la fuite des capitaux en autorisant les retraits de d&#233;p&#244;ts. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La victoire &#233;tait historique mais faible num&#233;riquement. S. Allende arrivait, en effet, au pouvoir avec 1.075.616 voix (36,3%) contre 1.036.278 (34,9%) pour le deuxi&#232;me, soit une diff&#233;rence de seulement 39.338 voix (1,4%).(&#8230;) Lorsqu'aucun des candidats n'a obtenu de majorit&#233; absolue, il appartient au Congr&#232;s National &#8211; Chambre des d&#233;put&#233;s et S&#233;nat r&#233;unis &#8211; de choisir, cinquante jours plus tard, soit le 24 octobre, entre les deux premi&#232;res majorit&#233;s relatives. (&#8230;) Le Congr&#232;s pouvait opter pour une d&#233;cision exceptionnelle (choisir le second) en choisissant J. Alessandri plut&#244;t que S. Allende. C'&#233;tait d'autant plus plausible que la gauche &#233;tait minoritaire au Parlement. Elle n'avait en effet que 90 d&#233;put&#233;s et s&#233;nateurs sur 200. Il appartenait &#224; la DC avec ses 75 parlementaires, contre 45 pour la droite (Parti National et D&#233;mocratie Radicale) d'arbitrer ces &#233;lections. (&#8230;) La DC d&#233;cidera d'appuyer la candidature de S. Allende, &#224; la condition d'entamer, au pr&#233;alable, des n&#233;gociations avec l'U.P sur la base d'un &#171; Statut de Garanties Constitutionnelles &#187;. (&#8230;) Parmi les garanties constitutionnelles exig&#233;es par la DC figuraient essentiellement la pr&#233;servation de l'institutionnalit&#233; politique et juridique, (&#8230;) le maintien du syst&#232;me des trois pouvoirs (ex&#233;cutif, l&#233;gislatif et judiciaire), le maintien du caract&#232;re professionnel des forces arm&#233;es et enfin la libert&#233; de l'Education (ind&#233;pendance de l'Universit&#233; et reconnaissance de l'enseignement priv&#233;) (&#8230;) Apr&#232;s quelques jours de discussion entre la DC et l'U.P, les deux parties arriv&#232;rent &#224; un accord. (&#8230;) Cet accord r&#233;sultait d'une unanimit&#233; de ces deux tendances, alors majoritaires dans la soci&#233;t&#233; chilienne sur les points essentiels (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Une pause dans le texte. Les travailleurs pensaient avoir &#171; pris le pouvoir &#187; et c'est, en fait, &#171; une tendance &#187; de la bourgeoisie qui venait d'y acc&#233;der, tendance dite &#171; de gauche &#187; qui d&#233;butait par une d&#233;cision fondamentale sur laquelle elle &#233;tait parfaitement en accord avec la DC : l'Etat doit rester un Etat bourgeois. La victoire &#233;lectorale ne signifie pas un changement radical dans l'appareil militaire, judiciaire, bureaucratique de l'Etat. C'est en accord profond sur ce point que se produisit l'accord entre la DC et l'U.P Il n'y a pas eu de chantage sur cette question par la DC contre l'U.P car la &#171; gauche &#187; n'&#233;tait, &#224; son sommet, qu'une &#171; tendance &#187; de la bourgeoisie. A partir de l&#224;, la gauche va mobiliser le peuple pour soutenir Allende et non pas pour combattre la bourgeoisie et l'Etat bourgeois. &lt;br /&gt;
Redonnons la parole &#224; Seguel-Boccara :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; La gauche, au travers du plus grand syndicat, la CUT, menace de d&#233;clencher une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale si l'&#233;lection de S. Allende n'est pas reconnue par le parlement. C'est ainsi que le 13 septembre, Allende d&#233;clare lors d'un rassemblement dans le centre de la capitale : &#171; Le peuple saura maintenant d&#233;fendre sa victoire. (&#8230;) S'ils pr&#233;tendent dans leur folie provoquer une situation que nous refusons, qu'ils sachent que le pays sera paralys&#233;, qu'entreprises, industries, ateliers, &#233;coles, culture des champs s'arr&#234;teront : ce sera notre premi&#232;re manifestation de force. Qu'ils sachent que les ouvriers occuperont les usines et qu'ils sachent que les paysans occuperont les terres. (&#8230;.) Qu'ils mesurent ce que repr&#233;sente un peuple disciplin&#233; et organis&#233;. &#187;&lt;br /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, l'extr&#234;me gauche, qui ne croyait pas &#224; la voie pacifique vers le socialisme, s'exprimait maintenant en faveur de la d&#233;fense de la victoire &#233;lectorale de l'U.P. Le MIR mobilisait ses troupes en mena&#231;ant le pays d'une lutte arm&#233;e : (&#8230;) &#171; Comme nous l'avons dit en mai et en ao&#251;t, nous avons d&#233;velopp&#233; notre appareil militaire naissant, et nous l'avons mis au service d'une &#233;ventuelle victoire &#233;lectorale de la gauche. C'est ce que nous avons fait en 1970, le 4 septembre, et ce que nous faisons actuellement&#8230; Nous soutenons que la majorit&#233; &#233;lectorale de la gauche et un gouvernement d'Unit&#233; populaire sont un excellent point de d&#233;part en vue de la lutte directe pour la conqu&#234;te du pouvoir par les travailleurs. &#187; (Revue Punto Final du 29-9-1970) (&#8230;)&lt;br /&gt;
Par ailleurs, se produisait un processus de l&#233;gitimation de l'&#233;lection de S. Allende dans de nombreux secteurs de la soci&#233;t&#233; chilienne, en particulier au sein de l'Eglise qui eut une importance consid&#233;rable dans ce processus. (&#8230;) En effet, le 18 septembre, jour de la f&#234;te nationale, qui c&#233;l&#233;brait comme chaque ann&#233;e l'ind&#233;pendance du Chili, l'Eglise appela la population, lors du Te Deum traditionnel, &#224; &#171; ne pas se cantonner dans le pass&#233; et &#224; ne pas craindre les changements &#187; (allocution de Monseigneur Vicente Ahumada). D'un autre c&#244;t&#233;, l'Ev&#234;que de Puerto Montt appela lui aussi, publiquement, &#224; respecter le triomphe de S. Allende. (&#8230;) D'autre part, un certain nombre d'associations, d'organisations, de clubs, centres, comit&#233;s, syndicats ou corporations reconnurent la victoire de l'Unit&#233; populaire (&#8230;) L'arm&#233;e eut enfin, et ce n'est pas n&#233;gligeable, un r&#244;le important (comme nous le verrons ult&#233;rieurement) &#224; travers les d&#233;clarations du Commandant en chef des Forces Arm&#233;es, le g&#233;n&#233;ral R. Schneider. Ce dernier s'engagea, au nom de ce corps, &#224; respecter et &#224; faire respecter la d&#233;cision constitutionnelle du Congr&#232;s et cela quelque soit le r&#233;sultat. (&#8230;) &lt;br /&gt;
De plus S. Allende &#233;tait somme toute quelqu'un de conciliant et de diplomate qui &#233;tait surtout la personne (&#8230;) &#224; avoir d&#233;fendu et &#224; d&#233;fendre fermement la voie pacifique vers le socialisme. (&#8230;) Il &#233;tait d'autre part issu d'une famille ais&#233;e. M&#233;decin de profession, il alliait ses interventions dans les milieux les plus d&#233;favoris&#233;s avec ses loisirs, qui &#233;taient ceux d'une personne correspondant &#224; son rang social. Ce qui veut dire qu'il fr&#233;quentait par exemple les plages d'Algarrobo, sur les c&#244;tes chiliennes, o&#249; il poss&#233;dait une villa et o&#249; toute la haute bourgeoisie chilienne se retrouvait en famille durant les p&#233;riodes estivales. (&#8230;) Allende venait de garantir constitutionnellement la pr&#233;servation des droits les plus &#233;l&#233;mentaires de la d&#233;mocratie chilienne. &#187; &lt;/i&gt;(L&#224;, je suis oblig&#233; de traduire qu'il s'agit des droits les plue &#233;l&#233;mentaires de la bourgeoisie chilienne, en particulier ses privil&#232;ges et sa mainmise sur l'Etat)&lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&#171; Le 19 octobre, J. Alessandri, qui repr&#233;sentait la droite, retira publiquement sa candidature devant le Congr&#232;s et reconnut en la personne de S. Allende le pr&#233;sident l&#233;gitime. (&#8230;) Cependant (&#8230;) toute la droite r&#233;unie &#233;tait loin de l'admettre. (&#8230;) Cette situation de tension extr&#234;me cr&#233;a les conditions pour que les positions les plus antagonistes de la soci&#233;t&#233; chilienne trouvent alors un terrain pour exprimer leurs radicales diff&#233;rences et pour se confronter dans l'action. (&#8230;) La situation de compromis politique concernant la ratification de l'&#233;lection au Congr&#232;s National de S. Allende, cr&#233;a l'espace pour le surgissement d'une extr&#234;me droite, critiquant fortement l'attitude r&#233;sign&#233;e et soumise de ces deux tendances (droite et centre). (&#8230;) Le 10 septembre, soit six jours apr&#232;s les &#233;lections, se cr&#233;ait le mouvement nationaliste Patria et Libertad. C'&#233;tait un groupe arm&#233; d'extr&#234;me droite qui &#233;tait dirig&#233; par un avocat nomm&#233; Pablo Rodriguez G. Ce mouvement, qui d&#233;butera ses activit&#233;s extr&#233;mistes quelques jours apr&#232;s l'&#233;lection de S. Allende sera pr&#233;sent durant toute la p&#233;riode du gouvernement d'U.P dans les exactions violentes contre ce dernier. (&#8230;) Le r&#233;sultat du surgissement de l'extr&#234;me droite fut une multiplication des attentats durant les 50 jours qui suivirent l'&#233;lection de S. Allende, jusqu'&#224; la ratification de cette &#233;lection par le Congr&#232;s national. (&#8230;) Le 6 octobre, le nombre d'explosions des premiers jours du mois d'octobre s'&#233;levait &#224; quatorze. (&#8230;) &lt;br /&gt;
La complicit&#233; de la droite s'exprimera au travers de la justice. (&#8230;) Sur les neuf individus arr&#234;t&#233;s et accus&#233;s des attentats terroristes commis durant les mois de septembre et octobre, sept seront rel&#226;ch&#233;s. Le groupe d'extr&#234;me droite trouvait des sympathies &#224; la Cour supr&#234;me, chez les carabiniers charg&#233;s du maintien de l'ordre, la police et l'arm&#233;e. (&#8230;) &lt;br /&gt;
D&#232;s l'&#233;lection du 4 septembre, les USA laiss&#232;rent entrevoir leur r&#233;solution &#224; l'&#233;gard de leur politique au Chili. (&#8230;) Le sous-secr&#233;taire d'Etat, Henry Kissinger, fit la d&#233;claration suivante le 15 septembre, soit quelques jours seulement apr&#232;s les &#233;lections :&lt;br /&gt;
&#171; L'&#233;lection d'Allende est grave pour les int&#233;r&#234;ts nord-am&#233;ricains au Chili et pour les int&#233;r&#234;ts de la s&#233;curit&#233; des Etats-Unis. &#187; (&#8230;) L'option propos&#233;e est alors l'&#233;tranglement &#233;conomique. Les suggestions de E.J Gerrity, &#224; la date du 29 septembre, sont les suivantes : les banques ne doivent pas renouveler les cr&#233;dits ou doivent tarder &#224; le faire, les compagnies doivent tra&#238;ner avant d'envoyer de l'argent, de faire des livraisons, d'envoyer des pi&#232;ces de rechange, les compagnies d'&#233;pargne et d'emprunt devraient fermer leurs portes, cr&#233;ant ainsi une plus grande tension. Il faut retirer toute aide technique et ne promettre aucune assistance technique dans l'avenir. Les compagnies capables de le faire doivent fermer leurs portes. &#187; (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le 22 octobre, soit deux jours avant que le Congr&#232;s national ne se prononce, le Commandant en chef de l'arm&#233;e, R. Schneider &#233;tait victime d'un attentat par balle, au moment o&#249; il se dirigeait &#224; son bureau au Minist&#232;re de la D&#233;fense. (&#8230;) Alors que la gauche s'appr&#234;tait &#224; f&#234;ter sa victoire, les informations annon&#231;aient, le lendemain, le d&#233;c&#232;s du g&#233;n&#233;ral Schneider, mort des suites de ses blessures. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le pays se trouve, au moment de la passation des pouvoirs, enferm&#233; dans un processus inflationniste galopant. Les indicateurs &#233;conomiques sont pour la plupart inqui&#233;tants : augmentation du ch&#244;mage, d&#233;ficit budg&#233;taire, augmentation de la dette externe, paralysie partielle de la production, etc. (&#8230;) Le gouvernement d'U.P compensa, dans un premier temps, la hausse des prix de l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente en augmentant les traitements et salaires de 35% (&#8230;) Le salaire minimum fut, quant &#224; lui, relev&#233; de 66% (&#8230;) Ces mesures furent accompagn&#233;es parall&#232;lement d'un blocage partiel des prix. (&#8230;) &lt;br /&gt;
S. Allende nomma dans son premier cabinet minist&#233;riel trois ouvriers. On peut dire que ce geste eut une r&#233;percussion importante. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La r&#233;forme agraire&lt;br /&gt;
La terre &#233;tait un probl&#232;me national. En 1970, et ce malgr&#233; la r&#233;forme agraire entam&#233;e par le gouvernement E. Frei, la presque totalit&#233; de la terre &#233;tait encore entre les mains de 5.000 grands propri&#233;taires terriens, poss&#233;dant des &#171; fondos &#187; d'une moyenne de 12.000 hectares. Le gouvernement de E. Frei n'ayant pas appliqu&#233; la r&#233;forme agraire de mani&#232;re syst&#233;matique comme il se l'&#233;tait propos&#233;, provoqua une r&#233;volte grandissante dans les campagnes. (&#8230;.) &lt;br /&gt;
S. Allende avait un programme pr&#233;voyant d'approfondir la r&#233;forme agraire, le projet &#233;tant la r&#233;cup&#233;ration totale de la terre, autrement dit d'en terminer avec le syst&#232;me traditionnel du latifundium. (&#8230;) (Plut&#244;t que d'appliquer son propre programme) le gouvernement de l'U.P entreprit de se servir de la loi de R&#233;forme agraire vot&#233;e par le gouvernement pr&#233;c&#233;dent, celui de E. Frei. (&#8230;) Cette loi stipulait que l'ancien patron devait avoir un droit de r&#233;serve de 80 hectares maximum et un droit de pr&#233;emption sur les meilleures terres. Les animaux, la machinerie et toute l'infrastructure n'&#233;tant pas, quant &#224; elles, expropriables. (&#8230;) Cette loi supposait, d'un autre c&#244;t&#233;, la naissance de nouveaux petits propri&#233;taires. (&#8230;) Cette situation contribua, d'autre part, &#224; diviser la paysannerie qui voyait surgir en son sein de nouveaux patrons et, par cons&#233;quent, de nouveaux exploiteurs. &lt;br /&gt;
Les nationalisations&lt;br /&gt;
L'U.P avait d&#233;fini, dans son programme, le processus de transformation de l'&#233;conomie chilienne (&#8230;.) : &#171; La premi&#232;re mesure sera la nationalisation des richesses de base qui, comme les grandes mines de cuivre, fer, salp&#234;tre et autres, sont aux mains de capitaux &#233;trangers et des monopoles int&#233;rieurs. &#187; (&#8230;) Ce projet (de nationalisation du cuivre d&#233;tenu par deux entreprises nord-am&#233;ricaines) qui sera approuv&#233;e au Congr&#232;s &#224; l'unanimit&#233;, le 11 juillet 1971, sera, cependant, sensiblement modifi&#233; par rapport au projet de d&#233;part, l'opposition lui donnant un tout autre contenu. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les efforts de l'U.P pour ma&#238;triser l'&#233;conomie furent particuli&#232;rement ax&#233;s vers la formation d'un secteur de propri&#233;t&#233; sociale de la production. Pour le gouvernement, la nationalisation des monopoles chiliens et du syst&#232;me financier &#233;tait une &#233;tape indispensable pour sortir l'&#233;conomie de sa stagnation et de lutter contre l'inflation. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 11 janvier 1971, le gouvernement cr&#233;a une commission CUT-Gouvernement, avec l'objet d'&#233;tudier les formes de participation dans les entreprises de l'APS (secteur nationalis&#233;) et APM (secteur mixte). (&#8230;) On peut parler de cogestion entre repr&#233;sentants de l'Etat, syndicats et travailleurs. (&#8230;) L'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des travailleurs (&#8230;) avait comme r&#244;le d'&#233;lire et de contr&#244;ler ses repr&#233;sentants au Conseil d'administration, de discuter les plans et la politique de production de l'entreprise propos&#233;s par le gouvernement (&#8230;.) &lt;br /&gt;
Agitation dans la province de Cautin : les Indiens en r&#233;volte&lt;br /&gt;
Le mois de d&#233;cembre 1970, soit un mois apr&#232;s l'installation du gouvernement au Palais Pr&#233;sidentiel de La Moneda, sera particuli&#232;rement dense dans les campagnes. Les tomas se produiront essentiellement dans la province de Cautin. (&#8230;) Il convient de pr&#233;ciser ici que la plus grande minorit&#233; indienne peuplant le Chili, les mapuches, sont en majorit&#233; concentr&#233;s dans la neuvi&#232;me r&#233;gion du pays et, en particulier, dans cette province. (&#8230;) Apr&#232;s leur ultime d&#233;faite face aux arm&#233;es chiliennes lors de la dite &#171; pacification de l'Araucanie &#187; (qui fut en r&#233;alit&#233; un massacre) les mapuches se trouv&#232;rent rel&#233;gu&#233;s dans ces r&#233;ductions, chaque famille ne poss&#233;dant en moyenne que deux hectares. (&#8230;) Les Indiens furent dans les r&#233;gions agricoles les principaux instigateurs des &#171; tomas &#187; de terrains agricoles. (&#8230;) Ces actions, en fait, d&#233;bordaient le gouvernement d'U.P, ce dernier se trouvant la plupart du temps dans des situations tr&#232;s d&#233;licates. (&#8230;) S. Allende rejeta cat&#233;goriquement ces occupations ill&#233;gales en r&#233;affirmant sa volont&#233; de voir la r&#233;forme agraire se r&#233;aliser dans le cadre de la loi. (&#8230;) La contradiction de ce gouvernement commen&#231;a &#224; appara&#238;tre. L'U.P se disait &#234;tre un gouvernement du peuple, avec le pouvoir au peuple et &#233;tait d&#233;sireuse en m&#234;me temps de respecter la l&#233;galit&#233;. (&#8230;) Dans la province de Cautin, dont la revendication principale &#233;tait l'habitat, les tomas de fondos se transform&#232;rent, en effet, tr&#232;s souvent en occupations de maisons et de terrains fiscaux. (&#8230;) Ces formes d'appropriation se g&#233;n&#233;ralis&#232;rent dans tout le pays. (&#8230;) La capitale connut elle aussi une vague de tomas. (&#8230;) Le peuple se sentait propri&#233;taire de tous les espaces. (&#8230;) Le peuple associait expropriation l&#233;gale et gouvernement du peuple. C'est dans ces circonstances que la paysannerie, les ouvriers et les pobladores useront massivement de cette forme de revendication, non pas en tant que moyen de pression que comme &#233;tant consid&#233;r&#233; alors comme un droit. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le secr&#233;tariat du Minist&#232;re de l'Habitation et de l'Urbanisme publiait le 1er d&#233;cembre 1970, une d&#233;claration &#171; sur l'occupation ill&#233;gale des habitations &#187;. Le troisi&#232;me point disait tr&#232;s clairement sa volont&#233; de l&#233;gif&#233;rer sur ces occupations ill&#233;gales :&lt;br /&gt;
&#171; Dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;p&#233;tition d'occupations ill&#233;gales, le gouvernement est en train de veiller &#224; ce que soit approuv&#233; par la l&#233;gislation un projet de loi, moyennant lequel seront sanctionn&#233;es avec des peines de travaux forc&#233;s les personnes participants &#224; l'ex&#233;cution de tels actes, que ce soit comme instigateur, collaborateur ou occupant. &#187;&lt;br /&gt;
Au mois de janvier, dans la ville de Talca, les tomas de terrain conduisirent l'intendant de cette province &#224; intervenir avec forces de l'ordre afin d'&#233;viter un affrontement arm&#233; entre propri&#233;taires et paysans. Au mois de mars, les tomas continuent et s'&#233;tendent dans les villes de Concepcion, Parral et Linares amenant ainsi une g&#233;n&#233;ralisation du conflit. (&#8230;) On peut dire que les pressions des tomas agricoles ont forc&#233; le gouvernement &#224; acc&#233;l&#233;rer le processus de r&#233;forme agraire dans la mesure o&#249; elles se conclurent, dans leur grande majorit&#233;, par l'expropriation effective des terrains. (&#8230;) En fait, le gouvernement fut d&#233;bord&#233; par l'organisation de la paysannerie qui, d'un c&#244;t&#233; exigeaient que la terre soit &#224; ceux qui la travaillent, et de l'autre &#8211; en particulier, les paysans mapuche &#8211; exigeaient la r&#233;cup&#233;ration des terres dont ils avaient &#233;t&#233; spoli&#233;s. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Alors que dans les campagnes c'&#233;tait les paysans qui s'imposaient sur les propri&#233;taires terriens, dans les villes c'&#233;tait les ouvriers qui d&#233;cidaient et qui dictaient &#224; leurs patrons le comportement qu'ils devaient avoir. Les ouvriers s'emparaient de leur lieu de travail lorsqu'un conflit se produisait, amenait de nouveaux sujets de conflits. (&#8230;) Le climat &#233;tait diff&#233;rent. Les ouvriers avaient vraiment l'impression que l'entreprise leur appartenait. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Dans le but de r&#233;pondre et de canaliser les probl&#232;mes dans les campagnes, S. Allende annon&#231;a le 21 d&#233;cembre 1971 la cr&#233;ation du Conseil National Paysan. (&#8230;) C'&#233;tait une mani&#232;re de faire participer tous les paysans, qu'ils soient organis&#233;s dans des syndicats, des coop&#233;ratives, des associations diverses (&#8230;) Ces paysans devaient ainsi participer &#224; l'&#233;laboration des plans de d&#233;veloppement et discuter directement avec les fonctionnaires des probl&#232;mes les concernant. (&#8230;) Il s'agissait pour l'U.P de ma&#238;triser les conflits dans les campagnes (&#8230;.) Il s'agissait &#233;galement de prot&#233;ger les couches paysannes moyennes propri&#233;taires ayant entre 40 et 80 hectares, victimes des tomas de terrains et des d&#233;bordements du cadre l&#233;gal de la r&#233;forme agraire (&#8230;) &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;S. Allende d&#233;clarait sur la Place de la Constitution le 21-12-1970 : &lt;i&gt;&#171; Pour pouvoir r&#233;aliser cette t&#226;che (la r&#233;forme agraire), (&#8230;) le peuple doit comprendre (&#8230;) que c'est une t&#226;che qui ne peut se r&#233;aliser que sur la base d'une grande conscience des masses populaires, de la volont&#233; irr&#233;vocable d'un peuple &#224; produire plus, &#224; produire plus, &#224; travailler plus et &#224; se sacrifier plus si c'est n&#233;cessaire pour le Chili (&#8230;.) Hier, je me suis rendu dans la province de Cautin o&#249; il r&#232;gne une atmosph&#232;re extr&#234;mement tendue. (&#8230;) J'y ai apport&#233; la parole responsable d'un gouvernant du peuple, pour dire aux travailleurs de la terre, pour dire aux mapuche que, reconnaissant le bien-fond&#233; de leur aspiration et de leur avidit&#233; pour la terre, j'exigeais de leur part de ne plus participer &#224; l'occupation de propri&#233;t&#233;s agricoles, et de ne plus repousser les cl&#244;tures (&#8230;) Si nous exigeons du mapuche, de l'indig&#232;ne et du travailleur de la terre de respecter la loi, nous l'exigerons implacablement de ceux qui ont, encore plus, l'obligation de la respecter en raison de leur culture et de leur &#233;ducation. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Ce m&#234;me discours paternaliste &#233;tait employ&#233; lorsqu'Allende s'adressait aux pobladores ayant r&#233;alis&#233; des tomas de terrains, revendiquant l'acc&#232;s au logement promis par les gouvernements pr&#233;c&#233;dents et par l'U.P. En fait, S. Allende fut d&#233;bord&#233; par une population r&#233;clamant tout ce qui avait &#233;t&#233; promis de mani&#232;re imm&#233;diate. (&#8230;) S. Allende leur d&#233;clarait : &#171; Je me suis d&#233;plac&#233; pour voir les poblaciones dans lesquelles vivent les travailleurs et je leur ai dit que, tout comme je ne vais pas permettre que quelqu'un vienne s'installer dans ma maison, je ne vais pas accepter non plus que les gens des quartiers marginaux aillent envahir les maisons des gens qui vivent tout comme moi dans le quartier riche (&#8230;.) &#187; &lt;br /&gt;
(&#8230;.) Les &#233;lections municipales du mois d'avril 1971 constitu&#232;rent la premi&#232;re &#233;preuve de force politique pour l'U.P apr&#232;s les &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1970. (&#8230;) L'U.P l'emportait avec 49,8% (&#8230;) Une des caract&#233;ristiques importantes de ces &#233;lections fut l'accentuation de la polarisation entre les deux extr&#234;mes, le PN connaissant lui aussi un net progr&#232;s par rapport aux &#233;lections pr&#233;c&#233;dentes. D&#232;s la premi&#232;re ann&#233;e, et ce malgr&#233; des r&#233;sultats &#233;conomiques positifs, on peut parler de radicalisation. Ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le centre &#8211; le PR et la DC - tendait sensiblement &#224; dispara&#238;tre. (&#8230;) Cette nouvelle configuration politique issue de ces &#233;lections entra&#238;na in&#233;vitablement une perte du r&#244;le strat&#233;gique du centre, dont la DC &#233;tait le plus grand repr&#233;sentant. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A la fin de l'ann&#233;e 1971, on commen&#231;a &#224; parler pour la premi&#232;re fois de p&#233;nurie en biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Ce probl&#232;me s'aggrava &#224; partir de cette date pour devenir un des traits majeurs du gouvernement d'U.P. L'inflation fut le premier indicateur &#233;conomique de cette d&#233;gradation. Alors qu'elle &#233;tait de 22,1% pour l'ann&#233;e 1971, elle passa brusquement &#224; 45,9% en juillet 1972, pour finir &#224; la fin de l'ann&#233;e &#224; 163%. En ao&#251;t 1973, elle atteignit le chiffre impressionnant de 323,2%. L'inflation devint, avec celui de la p&#233;nurie, un probl&#232;me insoluble pour le gouvernement et une obsession pour la population dans son ensemble qui en subissait les cons&#233;quences. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les r&#233;sultats n&#233;gatifs de l'&#233;conomie chilienne se r&#233;percut&#232;rent sur la consommation. (&#8230;) La p&#233;nurie et le rationnement seront tous deux des probl&#232;mes qui, apparaissant au mois de juillet 1971, deviendront la pr&#233;occupation essentielle de tous les chiliens. (&#8230;) Ces probl&#232;mes furent d'autant plus traumatisants qu'ils apparurent durant les deux mois o&#249; l'hiver est le plus rigoureux au Chili : juillet-ao&#251;t. La population manque de biens de consommation de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. La viande dut alors &#234;tre rationn&#233;e. (&#8230;) Le ministre de l'&#233;conomie, tout en reconnaissant les erreurs du gouvernement, rappela que l'augmentation des salaires et du pouvoir d'achat avaient conduit la population &#224; consommer beaucoup plus. Il appela les femmes pr&#233;sentes &#224; s'organiser dans leur quartier pour lutter contre les probl&#232;mes de p&#233;nurie et les mit en garde contre les campagnes alarmistes de la droite. C'est &#224; l'issue de cette rencontre, comme nous le verrons, que na&#238;tront les JAP (Juntes d'Approvisionnement et de Contr&#244;le des Prix), sources de conflits et cristallisateurs des haines et des rejets.(&#8230;) Il est bien &#233;vident que ce ne sont pas les groupes des classes ais&#233;es et moyennes qui manqu&#232;rent le plus des produits essentiels que ceux des classes populaires. Mais le sentiment qu'en avait cette population (ais&#233;e) est tr&#232;s diff&#233;rent. (&#8230;) Le journal &#171; La Tercera &#187;, exprimant les tendances centristes et qui s'&#233;tait jusqu'alors maintenu dans l'expectative, publia dans son int&#233;gralit&#233; le discours du dirigeant du mouvement d'extr&#234;me droite Patria y libertad (&#8230;) La p&#233;nurie y est mise en avant pour montrer qu'il est d&#251; au d&#233;sordre et au chaos (&#8230;) et ce qui est propos&#233; en face, se nomme &#171; la lib&#233;ration du Chili &#187; , envisag&#233;e comme &#171; le r&#233;tablissement de l'ordre, de la discipline &#187;, au travers d' &#171; un Etat int&#233;grateur et autoritaire &#187;. Toute cette rh&#233;torique fascisante trouvera progressivement une l&#233;gitimit&#233; dans ce contexte de d&#233;sordre et de chaos. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au mois d'ao&#251;t 1971, le PC lan&#231;a la consigne des JAP. (&#8230;) Les agents et les d&#233;l&#233;gu&#233;s des JAP remplissaient une double fonction : utilitaire et r&#233;pressive. D'un c&#244;t&#233;, ils veillaient &#224; ce que dans le quartier o&#249; ils agissaient, les petits et moyens commer&#231;ants soient suffisamment approvisionn&#233;s en produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; afin que le quartier dans son ensemble soit approvisionn&#233; et, d'un autre c&#244;t&#233;, ils devaient surveiller minutieusement les commer&#231;ants afin que les produits soient vendus aux prix en vigueur. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Interrompons un peu le r&#233;cit de Seguel-Boccara pour un commentaire qu'elle se garde de faire. En somme, l'&#233;conomie attaqu&#233;e par les USA et le grand capital, s'effondre et les plus d&#233;munis en sont victimes. Le gouvernement r&#233;pond au m&#233;contentement et au d&#233;sir des milieux populaires de s'organiser pour trouver une issue : il organise les travailleurs, les milieux populaires, les femmes en particulier, contre les commer&#231;ants et les milieux plut&#244;t pauvres de la petite bourgeoisie ! Voil&#224; ce que Seguel-Boccara appelle de la lutte des classes. Alors que l'U.P se d&#233;brouille pour d&#233;tourner la volont&#233; des classes populaires de s'attaquer aux v&#233;ritables responsables de la mis&#232;re (prix &#233;lev&#233;s et p&#233;nurie) : la grande bourgeoisie. En agissant ainsi, les dirigeants de la gauche gouvernementale permettaient non seulement &#224; la grande bourgeoisie de ne pas &#234;tre attaqu&#233;e, mais ils leur permettaient de prendre la direction de la petite bourgeoisie contre les travailleurs. L'auteur continue &#224; consid&#233;rer que le gouvernement repr&#233;sente les travailleurs ou veut vraiment repr&#233;senter la classe prol&#233;tarienne. (&#8230;)&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le mois de d&#233;cembre 1971 mit en &#233;vidence, d'un c&#244;t&#233;, un virage de l'opposition qui d&#233;cida de passer d&#232;s lors &#224; l'offensive, et de l'autre un durcissement de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne qui, en se joignant &#224; cette manifestation, marquait son premier pas de protestation contre le gouvernement d'Unit&#233; Populaire et son premier rapprochement direct et public avec la droite traditionnelle. (&#8230;) Le 14 octobre 1971, la DC pr&#233;sente au s&#233;nat un projet de r&#233;forme constitutionnelle visant &#224; d&#233;limiter le secteur de l'APS (&#8230;) qui sera vot&#233; au mois de d&#233;cembre 1971. Elle l&#233;gif&#233;rait sur la notion de propri&#233;t&#233;s priv&#233;es en visant &#224; prot&#233;ger les propri&#233;taires. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A la fin du mois de d&#233;cembre 1971, &#224; l'occasion d'&#233;lections parlementaires compl&#233;mentaires dans la province de Linares (&#8230;) un conflit &#233;clata au sein de l'U.P &#224; propos du &#171; Manifeste de Linares &#187; (&#8230;) auquel souscrivaient le comit&#233; politique r&#233;gional, l'U.P de Linares, le MIR et le Conseil Provincial Paysan. (&#8230;) dans ce manifeste &#233;tait critiqu&#233;e la faiblesse de l'U.P Il consid&#233;rait que le gouvernement &#233;tait en train d'entamer un recul dans les processus r&#233;volutionnaires, permettant le renforcement des forces r&#233;actionnaires ou des nomios dans leur opposition.&lt;br /&gt;
Extraits du Manifeste de Linares (19 d&#233;cembre 1971) :&lt;br /&gt;
&#171; Aujourd'hui, au Chili, la lutte des classes a atteint un haut niveau d'affrontement. (&#8230;) L'attitude agressive de la droite et les succ&#232;s qu'elle a obtenus sont dus, dans une grande mesure, &#224; une s&#233;rie de faiblesses qui ont &#233;t&#233; mises en &#233;vidence sur le plan id&#233;ologique, politique, face &#224; nos ennemis de classe. Les faiblesses n'ont pas eu pour effet de calmer ou de neutraliser les r&#233;actionnaires, bien au contraire, elles les encouragent&#8230; &lt;br /&gt;
C'est pour toutes ces raisons que le Conseil Provincial Paysan de Linares, le Comit&#233; Politique Provincial de l'Unit&#233; Populaire et le comit&#233; r&#233;gional du MIR lancent maintenant des mots d'ordre de lutte (&#8230;) :&lt;br /&gt;
&#233;limination imm&#233;diate du latifundio&lt;br /&gt;
Expropriation des fundos &#224; portes ferm&#233;es (c'est-&#224;-dire y compris b&#234;tes, machines et installations) (&#8230;)&lt;br /&gt;
Rabaisser de 80 &#224; 40 hectares la limite d'expropriation des domaines&lt;br /&gt;
La terre expropri&#233;e ne doit pas &#234;tre pay&#233;e (&#8230;)&lt;br /&gt;
Non &#224; la r&#233;serve du patron (&#8230;)&lt;br /&gt;
Fin des conditions de vie mis&#233;rables dans lesquelles se trouvent les paysans sans statut (&#8230;)&lt;br /&gt;
Donner une impulsion aux centres de r&#233;forme agraire (&#8230;)&lt;br /&gt;
Inexpropriabilit&#233; de toute terre de moins de 4O hectares (&#8230;.)&lt;br /&gt;
Donner une impulsion aux formes d'organisations coop&#233;ratives (&#8230;)&lt;br /&gt;
10- Appui technique et cr&#233;dit r&#233;el et permanent aux moyens et petits agriculteurs (&#8230;)&lt;br /&gt;
11- Impulser les Conseils Paysans, organismes du pouvoir ouvrier-paysan, &#233;lus d&#233;mocratiquement par la base. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le PC s'opposera vivement &#224; ce manifeste en d&#233;clarant publiquement, en pleine campagne &#233;lectorale, ne pas &#234;tre d'accord avec le contenu de ce projet. Le PR se joindra au PC. Lors des &#233;lections du 16 janvier, l'U.P connut une nouvelle d&#233;faite &#233;lectorale dans les trois provinces. (&#8230;) Suite &#224; la d&#233;faite &#233;lectorale dans les trois provinces, S ; Allende se r&#233;unira le 31 janvier 1972 avec tous ses ministres et tous les dirigeants politiques des partis composant l'U.P dans la commune de El Arroyan. (&#8230;) Le PC critiquait fortement l'extr&#234;me gauche, mettant en cause notamment les d&#233;bordements caus&#233;s par le MIR. (&#8230;) ce qui ressortit de cette r&#233;union, c'est l'aspect publique des divisions au sein de l'U.P (&#8230;) Parmi les plus &#171; durs &#187;, il y a les socialistes, le MAPU et la Gauche chr&#233;tienne, qui a eu jusqu'&#224; pr&#233;sent d'importants contacts avec le MIR. De l'autre c&#244;t&#233;, il y a les partis les plus importants avec le Parti Communiste et le Parti de la Gauche Radicale, qui s'est depuis peu incorpor&#233; &#224; l'U.P (&#8230;) Dans ce contexte r&#233;volutionnaire, la soci&#233;t&#233; dans son ensemble se radicalisait, opposant nomios et apelientos. On l'avait vu pour la DC et le PR qui, n'ayant plus de l&#233;gitimit&#233; en tant que centre &#8211; le consensus n'&#233;tant plus la r&#232;gle &#8211; avaient d&#251; se scinder selon les lignes dures et mod&#233;r&#233;e. Il en allait de m&#234;me pour le PS o&#249; s'opposaient et se d&#233;chiraient dirigeants et militants entre les deux tendances d&#233;j&#224; mentionn&#233;es. (&#8230;) Pour aller vite, il y avait une dichotomie entre r&#233;volution et r&#233;formisme. (&#8230;) Les diff&#233;rences entre ces deux lignes qui s'&#233;taient exprim&#233;es publiquement et de mani&#232;re verbale &#224; la fin de l'ann&#233;e 1971 s'exprim&#232;rent cette fois-ci le 12 mai 1972 par des actes violents dans les rues de la ville de Concepcion. L'intendant r&#233;gional de cette ville &#8211; Vladimir Chavez, membre du PC &#8211; qui avait dans un premier temps autoris&#233; pour le m&#234;me jour trois manifestations politiques, d&#233;cida finalement, afin d'emp&#234;cher des affrontements, de n'autoriser que celle de l'opposition. Malgr&#233; cette interdiction, le comit&#233; r&#233;gional de l'Unit&#233; Populaire conjointement au comit&#233; r&#233;gional du MIR &#8211; &#224; l'exception du PC et du PR &#8211; d&#233;cid&#232;rent de r&#233;aliser la manifestation. Les cons&#233;quences furent un affrontement avec les forces de l'ordre qui tent&#232;rent d'emp&#234;cher la manifestation se concluant par la mort d'un &#233;tudiant et de nombreux bless&#233;s.&lt;br /&gt;
Une autre r&#233;union avec tous les partis au sein de l'U.P fut alors organis&#233;e le 29 mai 1972, dans le but de r&#233;gler les nouveaux conflits au sein du gouvernement. Lors de cette r&#233;union, les membres de l'U.P discut&#232;rent et tent&#232;rent de se mettre d'accord sur la tactique &#224; adopter. L&#224; c'est la ligne d&#233;fendue grosso modo par la PC et par la tendance conciliante dont le repr&#233;sentant &#233;tait S. Allende, qui l'emporta sur la tendance la plus dure d&#233;fendue par le MIR et par l'autre tendance au sein du PS repr&#233;sent&#233;e par C. Altamirano. &lt;br /&gt;
L'id&#233;e &#233;tait de consolider les acquis et de chercher un terrain d'entente, non pas avec toute l'opposition mais avec les tendances les plus progressistes au sein de la DC. (&#8230;) Il s'agissait de s'appuyer sur une l&#233;gitimit&#233; parlementaire et d'&#233;viter toute confrontation avec l'opposition qui ne se situerait pas sur le terrain l&#233;gal. Pour cela certaines concessions &#233;taient &#224; faire, en particulier concernant les acquis de l'APS, o&#249; il &#233;tait pr&#233;vu que quelques entreprises r&#233;quisitionn&#233;es, se trouvant dans une situation juridique transitoire, retourneraient au secteur priv&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A la suite de la manifestation dans la ville de Concepcion, &#224; laquelle le PC refusa de participer, un groupe dit &#171; groupe de cinq &#187; se constitua dans cette m&#234;me ville. Il s'agissait de membres appartenant aux PR, PS, MAPU, JC et MIR, autrement dit aux partis les plus radicaux. Ils appel&#232;rent &#224; une Assembl&#233;e du Peuple pr&#233;vue le 27 juillet 1972. C'&#233;tait la deuxi&#232;me tentative de la gauche r&#233;volutionnaire, apr&#232;s le &#171; Manifeste de Linares &#187;, pour former conjointement avec le MIR et en parall&#232;le avec la ligne adopt&#233;e par le gouvernement, un front r&#233;volutionnaire ayant pour but explicite une radicalisation du processus. Lors de cette assembl&#233;e, ce qui fut clairement propos&#233;, c'&#233;tait la dissolution du parlement pour &#234;tre remplac&#233; par une Assembl&#233;e du peuple comme seul organe l&#233;gislatif repr&#233;sentatif. (&#8230;) S. Allende, en tant que repr&#233;sentant du gouvernement, condamnera &#233;nergiquement, au travers d'une lettre adress&#233;e &#224; tous les repr&#233;sentants de chaque parti de l'U.P les postulats de l'Assembl&#233;e du peuple (&#8230;) :&lt;br /&gt;
&#171; Dans la province de Concepcion, il s'est produit pour la deuxi&#232;me fois en trois mois, un ph&#233;nom&#232;ne tendant &#224; diviser qui porte atteinte &#224; l'homog&#233;n&#233;it&#233; du mouvement de l'Unit&#233; Populaire. Je n'h&#233;site pas &#224; le qualifier de processus d&#233;formant servant les ennemis de la cause r&#233;volutionnaire. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 5 ao&#251;t 1972, un fort d&#233;tachement de carabiniers et de policiers &#224; la recherche, selon eux, de d&#233;linquants, fit irruption dans la poblacion nomm&#233;e La Hermida causant la mort d'un homme et faisant de nombreux bless&#233;s. Il y eut plus d'une centaine d'arrestations. Cette poblacion &#233;tait un campement de l'extr&#234;me gauche, et, devant l'aspect violent et r&#233;pressif de l'intervention muscl&#233;e, le MIR mit directement en cause le gouvernement (&#8230;) : &lt;br /&gt;
&#171; L'affaire de La Hermida n'a rien fait d'autre que de d&#233;voiler la face la plus laide du r&#233;formisme, sa cons&#233;quence la plus sinistre : pour faire des r&#233;formes, il faut r&#233;primer, pour freiner une r&#233;volution, il faut de la r&#233;pression, pour emp&#234;cher le peuple des travailleurs, les sans-logis, de progresser, il faut tuer et torturer. &#187; (conf&#233;rence de presse du MIR le 11-08-1972) (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le mois d'ao&#251;t se caract&#233;risa par une s&#233;rie de violences en cha&#238;ne dans tout le pays. (&#8230;) A plusieurs reprises, la droite ou des groupes d'extr&#234;me droite, en particulier Patria y Libertad, furent mis en cause par le gouvernement lors d'attentats ou d'affrontements s'&#233;tant conclus par mort d'homme. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au mois d'ao&#251;t, le gouvernement mit en application sa nouvelle politique &#233;conomique : le plan Millas, du nom du nouveau ministre de l'Economie. Afin de lutter contre les fluctuations excessives des prix et de contr&#244;ler les pouss&#233;es inflationnistes d&#233;sordonn&#233;es, le gouvernement proc&#233;da &#224; une augmentation des prix dans le but de revenir &#224; &#171; des prix r&#233;alistes &#187;. Il en r&#233;sulta une l&#233;g&#232;re baisse du pouvoir d'achat qui, ajout&#233;e au probl&#232;me de plus en plus grave de la p&#233;nurie alimentaire, renfor&#231;a le m&#233;contentement de la population, en particulier des couches moyennes. Celles-ci commenc&#232;rent &#224; s'organiser contre le gouvernement. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Interrompons un peu la narration de Seguel-Boccara. La lutte des classes s'exacerbe malgr&#233; la pr&#233;tention du gouvernement de la calmer. Elle ne fait que d&#233;montrer aux classes moyennes la faiblesse de la classe ouvri&#232;re, puisque le gouvernement cens&#233; repr&#233;senter les travailleurs, recule. D'autre part, pour ne pas attaquer la grande bourgeoisie, le gouvernement d&#233;signe du doigt la petite bourgeoisie comme responsable pr&#233;tendu de la mis&#232;re. La petite bourgeoisie, perdant confiance dans la force du gouvernement et sa capacit&#233; &#224; r&#233;soudre la crise, se mobilisa contre lui. Loin de chercher &#224; gagner la petite bourgeoisie frapp&#233;e par la crise, le gouvernement fit alors preuve de fausse fermet&#233;, en r&#233;pondant par la r&#233;pression d'Etat. Loin de calmer la situation, loin de gagner les couches petites bourgeoises, comme le pr&#233;tendaient le PC et Allende, cette politique jeta la petite bourgeoisie dans les bras de la r&#233;action. La gauche ayant annonc&#233; par avance qu'elle ne comptait pas sur la lutte des classes prol&#233;tarienne pour combattre la lutte des classes patronales, elle se retrouvait &#224; devoir faire la d&#233;monstration que l'Etat bourgeois &#233;tait parfaitement capable de servir &#224; combattre la bourgeoisie, d&#233;monstration qui ne pouvait qu'amener cet Etat bourgeois &#224; faire la d&#233;monstration inverse et m&#234;me &#224; se retourner contre se pr&#233;tendus chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le gouvernement se trouva de cette mani&#232;re attaqu&#233; sur l'autre front par les commer&#231;ants qui appel&#232;rent &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour le 21 ao&#251;t 1972. (&#8230;) Le gouvernement se voyant attaqu&#233; sur tous les fronts, r&#233;pondit &#224; cette gr&#232;ve avec une extr&#234;me fermet&#233;. Tout d'abord, il opposa la Loi de S&#233;curit&#233; Int&#233;rieure &#224; tous les dirigeants du mouvement. D'un autre c&#244;t&#233;, les inspecteurs de la Direction de l'Industrie et du Commerce forc&#232;rent les serrures des magasins concern&#233;s. Enfin, le gouvernement intimida les commer&#231;ants &#233;trangers m&#234;l&#233;s &#224; cette gr&#232;ve en les mena&#231;ant d'appliquer la loi sur les &#233;trangers qui pr&#233;voyait l'interdiction de tout acte d'ing&#233;rence dans la politique int&#233;rieure. Ce geste symboliquement violent de la part du gouvernement et pour le moins inhabituel r&#233;v&#233;lait son embarras et le malaise qui r&#233;gnait au sein des membres composant l'U.P. (&#8230;) Les commer&#231;ants s'affront&#232;rent alors directement aux inspecteurs de la Direction de l'Industrie et de l'Economie (&#8230;) qui forc&#232;rent les serrures sous la protection de la police (qui se d&#233;fendit des manifestants &#224; coups de lacrymog&#232;nes). (&#8230;) Apr&#232;s ces faits de violence, le gouvernement d&#233;cr&#233;ta le soir m&#234;me l'Etat d'urgence pour toute la province de Santiago. Le lendemain, il &#233;tait revenu sur un certain nombre de points &#8211; en particulier concernant les commer&#231;ants &#233;trangers qui ne furent pas sanctionn&#233;s pour avoir particip&#233; &#224; la gr&#232;ve et il s'&#233;tait engag&#233; &#224; restituer les commerces qu'il avait r&#233;quisitionn&#233; aux commer&#231;ants (&#8230;)&lt;br /&gt; Le genre de manifestations de femmes des &#171; casseroles vides &#187; du mois de d&#233;cembre 1971, qui n'avait alors concern&#233; pour ainsi dire que les femmes d'un milieu &#233;conomique ais&#233;, se g&#233;n&#233;ralisa dans les couches moyennes qui sortirent elles aussi dans la rue pour protester, en tant que ma&#238;tresses de maison, contre le gouvernement. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Apr&#232;s les incidents &#224; la suite de l'intervention du gouvernement concernant la gr&#232;ve du commerce, la DC appela &#224; une manifestation pour le 30 ao&#251;t, afin de protester contre la n&#233;faste politique &#233;conomique ayant conduit &#224; une augmentation des prix. (&#8230;) S'il est vrai que la DC se rapprochait de la droite, il reste qu'elle ne s'accordait pas &lt;/i&gt;(pas encore)&lt;i&gt; avec elle sur le plan extral&#233;gal pour mettre fin au gouvernement d'U.P. Alors que la droite pr&#233;parait un plan visant &#224; d&#233;tr&#244;ner par le biais de la force le gouvernement d'U.P, (&#8230;) la DC entendait se maintenir et mener la bataille politique dans le cadre l&#233;gal des institutions. (&#8230;) Pour la droite, la solution, c'&#233;tait l'intervention arm&#233;e. L'arm&#233;e, principale int&#233;ress&#233;e dans cette solution ne s'&#233;tait pas encore prononc&#233;e&lt;/i&gt;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;A partir du mois d'octobre 1972, le conflit va conna&#238;tre une toute autre configuration. Les diff&#233;rentes corporations, ou ce qu'on nomme au Chili &#171; gremios &#187; (entrepreneurs) (&#8230;) vont s'organiser et surtout s'unir pour lutter contre le gouvernement d'U.P. Cette union, qui n'&#233;tait pas m&#234;me envisageable quelques mois plus t&#244;t, va s'effectuer &#224; partir du conflit camionneurs-gouvernement. En plus de permettre l'union entre diff&#233;rents corps de m&#233;tier, sur la base du rejet du gouvernement d'U.P, le conflit va obliger les diff&#233;rentes institutions s'&#233;tant jusqu'alors maintenues &#224; l'&#233;cart, en particulier l'Arm&#233;e, &#224; se d&#233;finir sur ce conflit politique. De cette mani&#232;re, les divisions et les dissidences se d&#233;placeront progressivement du cadre institutionnel au cadre ill&#233;gal, conduisant au coup d'Etat du 11 septembre 1973. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le premier octobre, dans la province d'Ays&#233;n, des propri&#233;taires de soci&#233;t&#233;s de transport entam&#232;rent une gr&#232;ve pour protester contre le projet dans cette r&#233;gion d'&#233;tatiser les entreprises de transport ainsi que pour protester contre le non respect des compromis concernant les pi&#232;ces de rechange. Pr&#233;cisions ici que le transport des marchandises se fait dans tout le pays &#224; travers des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es. (&#8230;) Une gr&#232;ve des transporteurs de la r&#233;gion centrale du Chili fut annonc&#233;e en solidarit&#233; avec les transporteurs d'Ays&#232;n. Cette association regroupait plus de 30.000 membres qui poss&#233;daient environ 45.000 camions. Dans la plupart des cas, il s'agissait de petits et moyens entrepreneurs. (&#8230;) Le gouvernement adopta une attitude ferme, refusant cat&#233;goriquement tout compromis (&#8230;) Le 8 octobre &#224; minuit, en raison de l'absence de toute r&#233;ponse du gouvernement, une gr&#232;ve illimit&#233;e &#233;tait entam&#233;e par les propri&#233;taires de camions dans les provinces situ&#233;es entre O'Higgins et Malleco. (&#8230;) Comme dans la gr&#232;ve du commerce, le gouvernement r&#233;agit avec une extr&#234;me brutalit&#233;. Tout d'abord, l'Etat d'urgence est d&#233;clar&#233; dans dix provinces. Ensuite, se basant sur l'ill&#233;galit&#233; de la gr&#232;ve, le gouvernement proc&#232;de &#224; l'arrestation des principaux dirigeants de celle-ci en vertu de la Loi de S&#233;curit&#233; Int&#233;rieure de l'Etat ainsi qu'&#224; la r&#233;quisition des camions. (&#8230;) Cette r&#233;action eut l'effet d'un d&#233;tonateur, facilitant l'extension du mouvement de gr&#232;ve et conduisant &#224; une paralysie quasi-totale du pays. (&#8230;) les commer&#231;ants qui ferm&#232;rent leur commerce en guise de solidarit&#233; avec les camionneurs furent rapidement suivis par d'autres corporations qui elles aussi se d&#233;clar&#232;rent en gr&#232;ve. Parmi elles, des petits industriels et artisans, des patrons de bus et de taxis, des employ&#233;s bancaires, des professions lib&#233;rales, des f&#233;d&#233;rations paysannes, des m&#233;decins, etc. (&#8230;) C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que se cr&#233;&#232;rent les liens et les identifications entre les diff&#233;rents gremios et que se consolida un mouvement au d&#233;part tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;ne. &lt;br /&gt;
Les deux plus anciens corps de m&#233;tiers, la SNA et la SOFOFA (organisations patronales), (&#8230;) la Chambre Nationale du Commerce, la Chambre Chilienne de la Construction, et la Soci&#233;t&#233; Nationale Mini&#232;re, ce qui avait uni ces cinq grands groupes avec les autres corporations, en particulier les petits et moyens entrepreneurs, c'&#233;tait uniquement la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et du commerce (&#8230;).&lt;br /&gt;
La droite dans ce processus se renfor&#231;a consid&#233;rablement. Chaque jour, elle se radicalisait davantage et rencontrait une l&#233;gitimit&#233; chaque fois plus importante. (&#8230;) On &#233;tait loin de la terreur et de l'acceptation forc&#233;e dans laquelle la droite avait sombr&#233; apr&#232;s la victoire du 4 septembre 1970. (&#8230;) Sept jours apr&#232;s le d&#233;but du conflit, se constituait sous la pr&#233;sidence du dirigeant des propri&#233;taires des entreprises de transport, L&#233;on Vilarin, r&#233;cemment lib&#233;r&#233;, un groupe nomm&#233; &#171; Commando National de D&#233;fense gremiale &#187;. Son but &#233;tait l'&#233;laboration d'un document regroupant et unissant les demandes de toutes les organisations, corporations ou associations pr&#233;sentes dans le conflit. Ce document intitul&#233; &#171; Pliego de Chile &#187; fut pr&#233;sent&#233; le 21 octobre 1972. Il &#233;tait une expression de ce qui se laissait entrevoir de l'union de ces gremios et qui allait &#234;tre d&#233;nomm&#233; le &#171; pouvoir gremial &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Consid&#233;rant la gravit&#233; de la crise, R. Tomic, repr&#233;sentant de la ligne progressiste au sein de la DC, dans la perspective de r&#233;gler le conflit dans le cadre institutionnel, sugg&#233;ra que l'arm&#233;e soit l'arbitre de ce conflit. (&#8230;) De cette mani&#232;re, le 2 novembre, trois militaires int&#233;gr&#232;rent le gouvernement d'U.P. le g&#233;n&#233;ral Carlos Prats qui, tout en conservant ses pr&#233;rogatives de Chef des Arm&#233;es, devint Ministre de l'Int&#233;rieur. L'amiral Isma&#235;l Huerta prit la charge du Minist&#232;re des Transports et des &#338;uvres Publiques et le g&#233;n&#233;ral Claudio Sepulveda eut, quant &#224; lui, la responsabilit&#233; du Minist&#232;re des Mines. Tous les trois avaient &#224; charge de r&#233;tablir l'ordre dans ce conflit et de garantir l'impartialit&#233; lors des prochaines &#233;lections parlementaires. (&#8230;) D&#232;s le lendemain de l'entr&#233;e dans ses nouvelles fonctions de Ministre de l'Int&#233;rieur, le g&#233;n&#233;ral C. Prats entama des discussions avec les dirigeants des gremios, visant &#224; n&#233;gocier la fin du conflit. (&#8230;) Le &#171; Commando gremial &#187;, confiant dans le nouveau m&#233;diateur, annon&#231;a le 6 novembre la fin de la gr&#232;ve. L'Arm&#233;e apparut ainsi, dans ce contexte conflictuel, comme un acteur consensuel. (&#8230;)&lt;br /&gt;
En fait, l'U.P eut envers l'Arm&#233;e, et ce d&#232;s le d&#233;but, une politique conciliante, le maintien de la neutralit&#233; des Forces Arm&#233;es &#233;tant pour S. Allende une condition sine qua non pour l'application de son programme. Dans ce sens l'U.P am&#233;liora consid&#233;rablement le niveau de vie des militaires en &#233;levant les salaires. De plus, en comparaison des gouvernements pr&#233;c&#233;dents, elle rehaussa de fait le statut de l'Arm&#233;e en augmentant le budget de cette institution. (&#8230;) L'int&#233;gration des membres de l'Arm&#233;e au sein du gouvernement (&#8230;) se fondait sur ce que l'on nommait l' &#187;id&#233;ologie constitutionnaliste de l'arm&#233;e &#187;. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Les &#233;lections parlementaires du 4 mars 1973, comme il &#233;tait pr&#233;visible, n'apport&#232;rent pas de solution &#224; la crise politique que vivait le pays. L'opposition &#233;tait loin du r&#233;sultat esp&#233;r&#233; car non seulement elle n'obtenait pas les deux tiers des voix mais elle perdait six d&#233;put&#233;s et deux s&#233;nateurs au profit de l'U.P. L'U.P, pour sa part, tout en augmentant sa repr&#233;sentation au Congr&#232;s, restait une coalition minoritaire au Parlement avec ses 43,9%, en comparaison avec les 54,2% obtenus par l'opposition. (&#8230;) Ce furent les positions les plus radicales au sein de chaque tendance qui se virent renforc&#233;es. (&#8230;)&lt;br /&gt;
L'opposition, voyant les solutions l&#233;gales frustr&#233;es, commen&#231;a &#224; envisager plus s&#233;rieusement une solution extral&#233;gale. Le noyau dirigeant des gremios, quelques jours seulement apr&#232;s l'annonce des r&#233;sultats, laissa entrevoir clairement cette nouvelle ligne. Le 13 mars 1973, le pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration de la Production et du Commerce, lors d'un discours radiodiffus&#233; dans tout le pays, fit appel &#224; tous les partis politiques d'opposition, &#224; l'arm&#233;e et au &#171; pouvoir gremial &#187; pour assumer un r&#244;le d&#233;cisif dans une nouvelle organisation politique et sociale : &#171; La p&#233;riode des harangues politiques est termin&#233;e. Il est l'heure de r&#233;tablir la hi&#233;rarchie et la discipline. &#187;&lt;br /&gt;
La d&#233;cision de la droite de sortir de la l&#233;galit&#233; provoqua un processus de mobilisation du c&#244;t&#233; des sympathisants de l'U.P qui commenc&#232;rent &#224; s'organiser efficacement pour contrer les forces de l'opposition. Cette organisation se manifesta d'abord de mani&#232;re d&#233;fensive, notamment lors de la gr&#232;ve des camionneurs, o&#249; de nombreux groupes (ouvriers, jeunes, etc.) se port&#232;rent volontaires pour organiser eux-m&#234;mes le r&#233;approvisionnement en marchandises. Ils purent contribuer de cette mani&#232;re &#224; all&#233;ger les cons&#233;quences d'une gr&#232;ve qui, touchant &#224; la distribution et dans un pays de plus de 4000 km de long, o&#249; le principal des transports s'effectuait par voie routi&#232;re, ne pouvait qu'&#234;tre catastrophique. &lt;br /&gt;
Apr&#232;s la gr&#232;ve d'octobre, cette mobilisation spontan&#233;e se mat&#233;rialisa dans la constitution d'organisations nouvelles ayant des caract&#233;ristiques paramilitaires. Ouvriers, paysans et pobladores s'unirent et s'organis&#232;rent pour d&#233;fendre leurs usines, leurs terrains agricoles et leurs quartiers. Il s'agissait respectivement des &#171; cordons industriels &#187;, des &#171; commandos &#187; paysans et des &#171; commandos communaux &#187;. &lt;br /&gt;
Les cordons industriels &#233;taient des organisations regroupant des ouvriers appartenant &#224; une entreprise ou &#224; une concentration industrielle d&#233;termin&#233;e. Elles naquirent au moment de la crise d'octobre, alors que les conflits &#233;taient &#224; leur point culminant. Ces organisations qui exprim&#232;rent une nette radicalisation du mouvement ouvrier vinrent remplir le vide laiss&#233; par les syndicats, en particulier par la CUT qui, dirig&#233;e par le PC soucieux de maintenir une ligne consensuelle, ne r&#233;pondait plus attentes et aux pr&#233;occupations des ouvriers. Elles constitu&#232;rent dans un premier temps des organisations non bureaucratis&#233;es et non hi&#233;rarchis&#233;es o&#249; la participation des ouvriers &#233;tait directe. Critiquant fortement la bureaucratisation et l'&#233;loignement des masses de la CUT, elles se situaient dans le secteur le plus radical de l'U.P et constitu&#232;rent, du moins jusqu'au soul&#232;vement militaire du 29 juin 1973, un pouvoir ouvrier parall&#232;le. Apr&#232;s juin 1973, ce pouvoir ouvrier r&#233;pondant aux nouvelles n&#233;cessit&#233;s d'organisations ouvri&#232;res devant &#234;tre capables de s'opposer efficacement aux forces de l'opposition, la CUT tendit &#224; formaliser et int&#233;grer les cordons industriels au sein de la structure organisationnelle officielle du mouvement syndical.(&#8230;)&lt;br /&gt;
Du c&#244;t&#233; de l'opposition, le th&#232;me central de protestation, apr&#232;s les &#233;lections, fut le projet de r&#233;forme de l'Education, l' &#171; Edication Nationale Unifi&#233;e &#187; (&#8230;) Ce projet pr&#233;voyait &#224; terme la nationalisation du syst&#232;me scolaire en partie priv&#233; au Chili en vue, selon le gouvernement, d'une d&#233;mocratisation de l'enseignement (&#8230;) remettant en cause de fait le pouvoir de l'Eglise dans l'enseignement. (&#8230;) L'Eglise, qui s'&#233;tait jusqu'alors content&#233;e de jouer un r&#244;le plut&#244;t conciliant dans les affaires politiques, se rallia ici &#224; l'opposition dans le rejet du projet. Elle reprocha &#224; l'U.P de porter atteintes aux valeurs chr&#233;tiennes fondamentales (&#8230;). Devant la mobilisation et les violences que suscita ce projet, (&#8230;) le gouvernement recula et il fut de plus confront&#233; &#224; la mort par balles d'un ouvrier appartenant au PC lors d'une manifestation de soutien au gouvernement. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 29 juin 1973, des troupes du r&#233;giment blind&#233; n&#176;2, Le Tancazo, attaqu&#232;rent le Minist&#232;re de la D&#233;fense et le Palais de la Moneda. (&#8230;) Le r&#233;sultat de ce coup d'Etat frustr&#233; fut de 22 morts. ( &#8230;) La CUT appela les travailleurs &#224; se concentrer sur leur lieu de travail afin d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; recevoir les consignes du gouvernement. Ce que d&#233;montra cette journ&#233;e, c'&#233;tait certes une mobilisation r&#233;ussie au sein des usines, mais c'&#233;tait aussi que le peuple n'&#233;tait pas arm&#233;, il &#233;tait tr&#232;s difficile d'esp&#233;rer un affrontement &#233;gal en cas d'intervention arm&#233;e r&#233;ussie.&lt;br /&gt;
Le parlement, s'opposant &#224; la demande du gouvernement, refusa de d&#233;cr&#233;ter l'Etat de si&#232;ge apr&#232;s cette journ&#233;e du 29 juin. La majorit&#233; de l'opposition approuva par contre au parlement un projet laissant carte blanche &#224; l'Arm&#233;e pour appliquer la Loi de Contr&#244;le des Armes. Cela lui permit d'intervenir dans les groupes d'extr&#234;me gauche, seuls mouvements de gauche alors arm&#233;s. Le 16 juillet, le mouvement d'extr&#234;me droite Patria y Libertad d&#233;clara passer &#224; l'offensive et &#224; la clandestinit&#233;. Les attentats terroristes se multipli&#232;rent. La situation se d&#233;gradait de jour en jour. Le 25 juillet 1973, les transporteurs routiers se d&#233;clar&#232;rent &#224; nouveau en gr&#232;ve dans tout le pays. Le 27 juillet le Chef de la Maison Militaire de S. Allende, le capitaine de vaisseau Arturo Araya est assassin&#233;. (&#8230;) Le 21 ao&#251;t, 300 femmes parmi lesquelles se trouvaient des femmes de hauts grad&#233;s en service actif et en retraite se rendirent au domicile du commandant en chef des Arm&#233;e C. Prats (&#8230;) d&#233;non&#231;ant l'attitude conciliante du g&#233;n&#233;ral C. Prats avec le gouvernement, qui, n'ayant plus aucune l&#233;gitimit&#233; dans l'arm&#233;e, proposa une nouvelle fois sa d&#233;mission. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique l'accepta et nomma le g&#233;n&#233;ral Augusto Pinocher, sous commandant en chef des Arm&#233;es depuis le 10 ao&#251;t Il avait alors la confiance du pr&#233;sident de la r&#233;publique. (&#8230;) Le 4 septembre 1973, trois ans apr&#232;s les &#233;lections pr&#233;sidentielles qui donn&#232;rent la victoire &#224; l'U.P, pr&#232;s d'un million de personnes manifest&#232;rent leur appui au gouvernement. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le matin du 11 septembre, la population chilienne se r&#233;veilla de bonne heure avec l'annonce d'un coup d'Etat militaire. (&#8230;) L'arm&#233;e dans son ensemble &#233;tait impliqu&#233;e dans ce coup d'Etat : A. Pinochet (arm&#233;e de terre), G. Leigh G&#249;zman (arm&#233;e de l'air), J.T Merino (marine), J.R Mendoza (carabineirs). (&#8230;) La terreur allait &#224; partir de ce jour r&#233;gner durant sept ans sur le Chili. &#171; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;La sociologue Seguel-Boccara pense conna&#238;tre la cause de cet &#233;chec sanglant : le marxisme ! Elle &#233;crit en conclusion de son ouvrage :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; L'Unit&#233; Populaire a fond&#233; sa tactique politique sur le concept de luttes de classes. Elle a d&#233;nonc&#233; le syst&#232;me capitaliste sans r&#233;aliser qu'une telle d&#233;nonciation, lorsqu'elle &#233;tait accompagn&#233;e d'une dynamique r&#233;volutionnaire, passait in&#233;vitablement pas une exacerbation des passions et pas forc&#233;ment par une n&#233;gation et par un rejet du syst&#232;me dans son ensemble. (&#8230;) C'est en r&#233;alit&#233; un probl&#232;me inh&#233;rent &#224; la th&#233;otie r&#233;volutionnaire marxiste qui dans son volontarisme politique projette la fin de l'exploitation sans r&#233;aliser qu'il ne met pas pour autant fin aux lieux objectifs et subjectifs qui la l&#233;gitiment et d'o&#249; celle-ci s'exerce, autrement dit aux cat&#233;gories mentales d'exploiteur et d'exploit&#233;, ainsi qu'aux m&#233;canismes de domination qui sont &#224; la racine de cette relation. (&#8230;) C'est tout autant une utopie pour l'ouvrier de s'imaginer dans le r&#244;le du patron que d'imaginer une soci&#233;t&#233; sans classe et sans exploitation. Les projets diff&#232;rent en ce que le premier correspond &#224; une pr&#233;occupation individuelle alors que le deuxi&#232;me r&#233;pond &#224; une pr&#233;occupation collective. N&#233;anmoins le premier existe. Si on peut le nier et le d&#233;noncer dans un cadre politico-id&#233;ologique partisan, il n'en va pas de m&#234;me dans celui d'une analyse socio-historique. Ce que nous avons voulu montrer tout au long de ce travail, c'est qu'il n'est pas suffisant de parler des repr&#233;sentations communes,, il fauta aussi les prendre en compte et aussi les int&#233;grer r&#233;ellement &#224; l'analyse sociologique. Il nous emble &#224; ce propos que le concept d' &#187;habitus &#187; d&#233;velopp&#233; par P. Bourdieu et celui d' &#187;&#233;conomie morale de la multitude &#187; employ&#233; par E.P Thomson redonnent toute son importance &#224; la construction de la r&#233;alit&#233; par la multitude ou les masses. (&#8230;) Ce que nous appelons les &#171; constructions utopiques des masses &#187; sont une des composantes &#224; prendre en consid&#233;ration lorsqu'on s'int&#233;resse &#224; la sociologie des r&#233;volutions. L' &#187;utopie conservatrice &#187; et l' &#187;utopie r&#233;volutionnaire &#187; doivent &#234;tre toutes deux prises en compte pour comprendre aussi bien les r&#233;sistances que les soumissions affectives qui associent et/ou se diff&#233;rencient lorsqu'est mise en question la pr&#233;servation ou la transformation d'un syst&#232;me &#233;tabli. &lt;br /&gt;
Lorsque nous parlions d'utopie conservatrice dans le cas de l'ouvrier s'imaginant &#224; la place du patron, nous entendions montrer l'importance de ce que l'on pourrait nommer l' &#187;imagination sociale &#187; comme &#233;l&#233;ment reproducteur et producteur d'imaginaires conservateur et r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Malheureusement, la sociologue Seguel-Boccara est contrainte, pour conna&#238;tre l'imaginaire des ouvriers, d'interroger des dirigenats syndicalistes CFDT qui ont visit&#233; le Chili et qui trouvent que les ouvriers chiliens exag&#232;rent, ne veulent plus travailler, s'absentent trop pour manifester, ne tiennent pas compte des n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques de l'entreprise, etc.. Seguel-Boccara affirme alors que l'opprim&#233; devient le patron &lt;i&gt;&#171; L'insoumis, le r&#233;volt&#233; n'&#233;tait plus l'ouvrier, mais le patron que l'on pouvait d&#233;noncer, voire m&#234;me renvoyer &#187; (sic !) &lt;/i&gt; Dans une interview men&#233;e par Seguel-Boccara, un patron d&#233;clare : &lt;i&gt;&#171; A l'&#233;poque, j'avais un petit atelier de m&#233;tallurgie, j'avais alors cinq employ&#233;s. Du jour o&#249; Allende est arriv&#233; au pouvoir, ils ont commenc&#233; &#224; se prendre pour le patron. Ils arrivaient &#224; l'heure qui leur plaisait. Ils ne venaient pas quand l'U.P organisait des manifestations ou des r&#233;unions et on n'avait pas int&#233;r&#234;t &#224; dire quelque chose, c'&#233;atit eux qui commandaient, quoi c'&#233;tait le monde &#224; l'envers. &#187; &lt;/i&gt; La sociologue, qui interview des patrons, ne donne pas la parole &#224; des ouvriers d'usine.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Pourtant, dans la situation r&#233;volutionnaire du Chili, la classe ouvri&#232;re est l'&#233;l&#233;ment essentiel. Le radicalisme de la situation sociale et politique n'est pas &#224; chercher dans le discours soi disant marxiste d'un S. Allende ou du PS ni m&#234;me dans celui du MIR. Aucun d'entre eux n'est la source de la situation exceptionnelle que conna&#238;t le Chili, mais plut&#244;t une cons&#233;quence plus ou moins d&#233;form&#233;e de cette radicalisation sociale. D&#233;form&#233;e du c&#244;t&#233; d'Allende parce qu'il n'entend nullement renverser le syst&#232;me capitaliste mais seulement le r&#233;former, qu'il ne s'appuie sur le mouvement ouvrier que pour imposer des r&#233;formes qu'il estime utiles au capital national chilien et non indispensable au renversement du capitalisme. D&#233;form&#233;e du c&#244;t&#233; de la gauche chilienne parce qu'elle tente de surfer sur une r&#233;volution sans qu'aucune des ses fractions ne cherche r&#233;ellement &#224; dire cr&#251;ment que le pire ennemi du prol&#233;tariat est le r&#233;formisme car il d&#233;sarme politiquement, moralement et physiquement la classe ouvri&#232;re et est indispensable pour chloroformer les travailleurs en attendant que les fascistes et l'arm&#233;e les assassinent. Cela n'a rien &#224; voir avec les intentions ou la bonne volont&#233; des participants, ni avec leurs &#171; affects &#187; r&#233;el ou suppos&#233;s. Cela n'a rien &#224; voir avec les envies r&#233;elles ou imaginaires (dans l'imagination de la sociologue) des ouvriers de devenir ou pas des patrons. Cela a surtout &#224; voir avec l'imagination des travailleurs qui voient dans le Parti Communiste et dans Allende des amis des travailleurs alors qu'ils sont politiquement, en ce qui concerne les dirigeants et la politique d&#233;fendue, des dangereux ennemis, les plus dangereux m&#234;me dans la situation de crise r&#233;volutionnaire montante. Quant &#224; la fraction d'extr&#234;me gauche de cette Unit&#233; Populaire, elle n'a pas r&#233;ellement pr&#233;par&#233; la classe ouvri&#232;re &#224; ses t&#226;ches. Rappelons une fois de plus comment le MIR r&#233;sumait son action le 13-10-1970 dans la revue &#171; Punto Final &#187; : &lt;i&gt;&#171; Comme nous l'avions dit en mai et en ao&#251;t, nous avons d&#233;velopp&#233; notre appareil militaire naissant, et nous l'avons mis au service d'une &#233;ventuelle victoire &#233;lectorale de la gauche. C'est ce que nous avons fait en 1970, le 4 septembre, et ce que nous faisons actuellement. Nous soutenons que la majorit&#233; &#233;lectorale de la gauche et un gouvernement d'Unit&#233; Populaire sont un excellent point de d&#233;part en vue de la lutte directe pour al conqu&#234;te du pouvoir par les travailleurs. &#187; &lt;/i&gt;Non, le gouvernement bourgeois de gauche, m&#234;me s'il est amen&#233; par la crise sociale &#224; prendre des mesures radicales, est d'abord et avant tout le dernier moyen de la bourgeoisie pour emp&#234;cher les travailleurs de se donner les moyens d'aller vers la conqu&#234;te du pouvoir. Il permet &#224; la bourgeoisie d'avoir le temps de rassembler ses forces en vue de l'&#233;crasement du prol&#233;tariat. Et, dans le temps qui s&#233;pare ce prol&#233;tariat de l'affrontement direct avec la bourgeoisie, ce gouvernement de gauche d&#233;tourne les travailleurs de la conscience de l'affrontement in&#233;vitable avec l'Etat bourgeois. La nature de classe de l'Etat, un des &#233;l&#233;ments clefs du marxisme qui a sans doute &#233;chapp&#233; aux sociologues comme Seguel-Boccara et que Marx d&#233;veloppe notamment &#224; propos de la Commune de Paris de 1871, dans &#171; La guerre civile en France &#187;, suppose que le prol&#233;tariat ne peut pas reprendre telle quelle la machine d'Etat et doit d'abord d&#233;truire l'Etat bourgeois avant de mettre en place le sien, l'Etat ouvrier, comme le soulignait L&#233;nine dans &#171; L'Etat et la r&#233;volution &#187;. C'est l'un des points principaux et non le seul par lesquels le pr&#233;tendu marxiste Allende ou les pr&#233;tendus marxistes staliniens n'ont rien &#224; voir avec la th&#233;orie communiste de Karl Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;chec d'Allende est celui du r&#233;formisme. Et cela sur tous les plans. C'est l'id&#233;e que l'Etat est un organisme neutre entre les classes sociales. C'est l'id&#233;e que le pays arri&#233;r&#233; et opprim&#233; peut se lib&#233;rer &#224; l'&#233;chelle nationale de l'emprise imp&#233;rialiste sans renverser l'imp&#233;rialisme et le capitalisme &#224; l'&#233;chelle mondiale. Cet &#233;chec n'est pas celui du marxisme, m&#234;me si Allende s'en revendiquait. Seguel-Boccara a pris &#224; la lettre l'affirmation &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et &#171; marxiste &#187; d'Allende, tout en reconnaissant que les actes sont loin de ces paroles mais pr&#233;tend que ce qui le limitait &#233;tait essentiellement sa conception &#171; lutte de classes &#187; :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Si Allende avait compt&#233; sur une avant-garde r&#233;volutionnaire pour conscientiser et diriger le peuple, en aucun cas il n'avait pr&#233;vu que le peuple puisse se conduire seul. (&#8230;) Allende parlait de conscience de classe sans tenir compte des diff&#233;rences fondamentales qui pouvaient exister par exemple entre un paysan et un ouvrier, ou encore entre un paysan mapuche et un paysan non mapuche, entre un mapuche vivant en communaut&#233; et un mapuche vivant en ville. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Seguel-Boccara &#233;crit ainsi :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) C'est le probl&#232;me pos&#233;, dans l'analyse marxiste traditionnelle, des conflits de la soci&#233;t&#233; en termes de classe. Celle-ci donna naissance &#224; un probl&#232;me d'interpr&#233;tation auquel marxistes et non-marxistes furent confront&#233;s, &#224; savoir le probl&#232;me de la conscience ou non-conscience des individus. Celle-ci reposait essentiellement sur l'analyse en classes o&#249; K. Marx apr&#232;s avoir d&#233;fini le syst&#232;me capitaliste comme un syst&#232;me reposant sur l'extension de la plus-value, d&#233;finissait l'id&#233;ologie comme une mystification des capitalistes visant &#224; maintenir le syst&#232;me en place. Le &#171; prol&#233;tariat &#187;, victime d'une fausse conscience, devait donc prendre conscience de cette ali&#233;nation qui lui masquait l'exploitation afin de s'en &#233;manciper. (&#8230;) L'ethnom&#233;thodologie, l'analyse institutionnelle et de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale la psychosociologie se sont pos&#233;es autant contre l'analyse marxiste ou structuraliste que ces derni&#232;res contre la nouvelle venue. L'ancienne &#233;vacuait l'homme ; l'autre le r&#233;int&#233;grait en niant la soci&#233;t&#233;. Et si P. Bourdieu a montr&#233; en une th&#233;orie synth&#233;tique la pertinence du va-et-vient des deux &#224; travers la construction du concept d'habitus, il n'en reste pas moins qu'il ne nous a pas fourni les &#233;l&#233;ments pour une analyse des p&#233;riodes r&#233;volutionnaires, p&#233;riodes durant lesquelles tout semble basculer et o&#249; les agents semblent livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. Mais p&#233;riode durant laquelle l'histoire faite corps et choses appara&#238;t dans toute sa nettet&#233; et violence (&#8230;)&lt;br /&gt;
Nous pensons que les logiques de r&#233;sistance ou d'adh&#233;sions au changement r&#233;pondent aussi &#224; ce genre de sentiments d'appartenance ou de marginalit&#233;. Ce qui importe, c'est tout autant la situation objective que le sentiments subjectif, autrement dit le sentiment d' &#187;appartenir &#224; &#187;, de &#171; se sentir exclu de &#187;, les &#171; nous &#187;, les &#171; ils &#187;, autrement dit le processus qui conduit non plus les classes mais les groupes sociaux &#224; agir d'une certaine mani&#232;re et qui n'est pas forc&#233;ment fonction de ce que l'on nomme commun&#233;ment et souvent confus&#233;ment une &#171; classe sociale &#187;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
La sociologie du type Seguel-Boccara ou Bourdieu est certainement int&#233;ressante dans ce qu'elle &#233;tudie certains m&#233;canismes en relation entre l'individu et la collectivit&#233;, les exclusions, les sentiments, etc. Elle est absolument inop&#233;rante lorsque l'affrontement des classes sociales est port&#233; &#224; son point extr&#234;me, dans la mont&#233;e r&#233;volutionnaire.&lt;i&gt; &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;D&#232;s le d&#233;but, l'ouvrage &#171; Les passions politiques au Chili durant l'Unit&#233; populaire (1970-1973) &#187; de la sociologue Ingrid Seguel-Boccara expose son point de vue en d&#233;butant son livre par une citation de Pierre Bourdieu dans &#171; Le&#231;on sur la le&#231;on &#187; :&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&#171; On n'entre pas en sociologie sans d&#233;chirer les adh&#233;rences et les adh&#233;sions par lesquelles on tient d'ordinaire &#224; des groupes, sans abjurer les croyances qui sont constitutives de l'appartenance et renier tout lien d'affiliation ou de filiation. Ainsi, le sociologue issu de ce qu'on appelle le peuple et parvenu &#224; ce qu'on appelle l'&#233;lite ne peut acc&#233;der &#224; la lucidit&#233; sp&#233;ciale qui est associ&#233;e &#224; toute esp&#232;ce de d&#233;paysement social qu'&#224; condition de d&#233;noncer et la repr&#233;sentation populiste du peuple, qui ne trompe que ses auteurs, et la repr&#233;sentation &#233;litiste des &#233;lites, bien faite pour tromper &#224; la fois ceux qui en sont et ceux qui n'en sont pas. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;En somme, pour Bourdieu, en s'exprimant en termes plus crus, pas de sociologie engag&#233;e dans la lutte des classes. C'est dans cette lign&#233;e que Seguel-Boccara &#233;crit dans l'ouvrage pr&#233;c&#233;demment cit&#233; :&lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&#171; Ce qui est questionn&#233; c'est tout ce que Pierre Bourdieu nomme &#171; habitus &#187; et qui rend compte des pratiques sociales et des relations entre les individus. (&#8230;) La confrontation qui eut lieu dans les trois ann&#233;es de gouvernement mit en conflit des sentiments ou ce que Pierre Ansart nomme &#171; affects politiques &#187;, autrement dit des adh&#233;rences et des rejets, que l'on consid&#232;re, par exemple, l'euphorie des classes populaires ou la terreur des classes ais&#233;es. A partir de l&#224;, l'objet du pr&#233;sent travail est d'analyser les repr&#233;sentations sociales au Chili durant ces trois ann&#233;es du gouvernement d'Unit&#233; populaire (1970-1973). Cette recherche trouve son origine dans un objectif de d&#233;part qui visait &#224; rendre compte, &#224; travers le v&#233;cu social des individus en pr&#233;sence, du climat politique afin de comprendre les diff&#233;rents conflits et tensions ayant conduit &#224; un affrontement. (&#8230;) Nous nous sommes ainsi attel&#233;s &#224; rechercher, &#224; partir de la naissance du mouvement ouvrier, ce qui avait pu, dans la perception et la construction de la r&#233;alit&#233; sociale des diff&#233;rents groupes sociaux, pr&#233;parer le terrain &#224; un tel s&#233;isme social. (&#8230;) L'impossibilit&#233; d'utiliser la grille de lecture en classes vient du fait que celle-ci ne convient que dans une situation donn&#233;e. Les termes de &#171; bourgeoisie &#187; et &#171; peuple &#187; sont, qu'on le veuille ou non, associ&#233;s &#224; exploiteurs/exploit&#233;s et/ou dominants/domin&#233;s (en tant que situation objective). Une fois le syst&#232;me modifi&#233; &#8211; comme c'est le cas lors d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire, du moins dans les intentions explicites &#8211; ces cat&#233;gories ne sont plus utilisables, du moins pas de la m&#234;me mani&#232;re. On imagine mal, en effet, les termes de bourgeoisie et de peuple associ&#233;s inversement et respectivement &#224; exploit&#233;s/exploiteurs et/ou domin&#233;s/dominants. La r&#233;volution socialiste, comme c'est le cas ici, se propose justement de mettre fin &#224; l'exploitation et donc de d&#233;truire le sch&#233;ma exploiteur/exploit&#233;. (&#8230;) En effet, comment interpr&#233;ter les sentiments de groupes qui de dominants vont devenir non pas domin&#233;s objectivement (&#8230;) mais domin&#233;s subjectivement dans la mesure o&#249; cette transformation va forc&#233;ment passer par un sentiment d'exclusion ou de mise &#224; l'&#233;cart. (&#8230;) C'est pourquoi il nous para&#238;t important de d&#233;finir le niveau d'int&#233;gration et d'exclusion afin de mieux comprendre le niveau de r&#233;sistance et d'acceptation lors d'une p&#233;riode r&#233;volutionnaire. (&#8230;) Comme nous le verrons au cours de ce travail, la notion de &#171; peuple &#187; ayant acquis une forte l&#233;gitimit&#233; dans le d&#233;bat politique et social, elle sera l'objet durant la p&#233;riode de l'U.P d'appropriations s&#233;mantiques diverses &#224; travers des divers signifi&#233;s. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Il est certain que, tout comme le dit P. Bourdieu : &#171; Porter &#224; la conscience des m&#233;canismes qui rendent la vie douloureuses, voire invivable, ce n'est pas les neutraliser. Porter au jour les contradictions, ce n'est pas les r&#233;soudre. Mais, pour si sceptiques que l'on puisse &#234;tre sur l'efficacit&#233; sociale du message sociologique, on ne peut tenir pour nul l'effet qu'il peut exercer en permettant &#224; ceux qui souffrent de d&#233;couvrir la possibilit&#233; d'imputer leur souffrance &#224; des causes sociales et se sentir ainsi disculp&#233;s (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;On avait d&#233;but&#233; par une citation de Bourdieu, selon laquelle le sociologue ne doit pas &#234;tre engag&#233;. Puis, il en vient &#224; dire qu'il ne faut pas que la sociologie permette de changer la soci&#233;t&#233;. Enfin, il lui donne l'objectif de consoler les pauvres ! En passant, il a transform&#233; l'exploit&#233; en exclus. On est pass&#233; d'une action d'une classe (l'exploitation) en un &#233;tat dont il faut prendre passivement la mesure : l'exclusion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous devons, &#233;crit Seguel-Boccare, penser la soci&#233;t&#233; en termes de groupes, de communaut&#233;s, de minorit&#233;s, plut&#244;t que de classes et penser les relations selon une dichotomie plus ouverte, entre &#233;ventuellement &#233;tablis et marginaux, moins vague et moins g&#233;n&#233;rale qu'entre dominants et domin&#233;s. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Mis &#224; part que l'opposition pr&#233;tendue entre &#171; &#233;tablis et marginaux &#187; n'a rien de &#171; moins vague &#187;, elle a l'int&#233;r&#234;t (ou le d&#233;faut, selon le point de vue o&#249; l'on se place) de ne pas s'attaquer aux &#171; dominants &#187;, et de proposer comme interpr&#233;tation objective une opposition au sein m&#234;me des travailleurs, entre ceux qui sont les plus pr&#233;caires et les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seguel-Boccara r&#233;cuse les classes sociales :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Lorsqu'on parle de classe moyenne, il est entendu que l'on se situe dans le cadre d'une analyse marxiste. Ce qui signifie qu'elle est d&#233;finie en fonction de la place que les individus qui la constituent ont dans le processus de production. Or, si nous avons constamment tent&#233; d'&#233;viter l'usage de ce terme lorsque ceci &#233;tait n&#233;cessaire et possible, c'est notamment en raison des limites &#233;troites dans lesquelles aussit&#244;t cette terminologie nous enfermait. Les individus ne se classent pas forc&#233;ment en fonction de ces crit&#232;res &#233;conomiques. Ce qui veut dire qu'ils n'agissent pas non plus seulement en fonction de ces classements. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Quant au caract&#232;re de classe du pouvoir, Seguel-Boccara propose sa mani&#232;re de l'&#233;vacuer :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Si l'on pr&#233;tend faire la sociologie d'une r&#233;volution, on ne peut faire l'impasse sur les diff&#233;rents m&#233;canismes d'exercice du pouvoir et sur ce que M. Foucault nomma &#171; micropouvoirs &#187;. Ses travaux ont sans doute le mieux montr&#233;, au travers de l'examen des m&#233;canismes punitifs, les m&#233;canismes de l'exercice du pouvoir. Ils conduisent bon gr&#233; mal gr&#233; &#224; &#233;vincer ou en tout cas &#224; &#233;viter les &#233;cueils de la pens&#233;e en termes de classes. Le pouoir, ou plut&#244;t les r&#233;seaux de pouvoir, dans la perspective de Foucault, conduisent &#224; percevoir les luttes dans une perspective s&#233;rielle, o&#249; des liaisons horizontales entre les diff&#233;rents points de lutte sont plus ais&#233;ment envisageables. C'est ce que M. Foucault nomme une &#171; microphysique du pouvoir &#187;. Nous devons penser la transversalit&#233; pour comprendre les alliances et les dissidences, et pas seulement durant les p&#233;riodes r&#233;volutionnaires. C'est parce que l'U.P n'avait pas pris en consid&#233;ration la nature socio-historique m&#234;me du peuple et des diff&#233;rents groupes le composant, dont elle se disait le porte-parole qu'elle se trouva, et ce d&#232;s les premiers mois, d&#233;pass&#233;e par ce m&#234;me peuple. (&#8230;) L'homme du peuple, ou bas peuple, ce qu'il voulait c'&#233;tait de devenir riche. Dans le contexte r&#233;volutionnaire, il fallait avant toute chose tuer l'image du riche, du nomio, avec tout ce que cela englobait. (&#8230;) Il fallait de m&#234;me d&#233;truire le statut du patron qui lui donnait ce regard et cette attitude arrogante et hautaine. (&#8230;) Casser du nomio ou du riche, c'&#233;tait &#231;a le sentiment g&#233;n&#233;ral. (&#8230;) La violence qui &#233;tait en train de prendre le pas, laissait derri&#232;re, &#224; chaque pas suppl&#233;mentaire accompli par l'U.P, l'harmonie et le consensus r&#233;gnant &#224; la fin des ann&#233;es soixante sur la n&#233;cessit&#233; de recourir &#224; un gouvernement r&#233;volutionnaire pour entamer les changements consid&#233;r&#233;s alors comme n&#233;cessaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;La philosophie de ces sociologues-l&#224; est effectivement tr&#232;s loin de s'engager aux c&#244;t&#233;s du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, pas plus au Chili qu'ailleurs !&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le 11 septembre 1973, la junte militaire pr&#233;sid&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Pinochet renversait le gouvernement de gauche du pr&#233;sident Salvador Allende et commen&#231;ait l'une des plus sanglantes r&#233;pressions que la gauche et la classe ouvri&#232;re aient eu &#224; souffrir ces derni&#232;res ann&#233;es. L'un des membres de cette junte, le g&#233;n&#233;ral d'aviation Augusto Leigh, expliquait froidement : &#171; Nous agissons ainsi, car c'est pr&#233;f&#233;rable qu'il y ait 100.000 morts en trois jours, et non un million en trois ans, comme en Espagne. &#187; La r&#233;f&#233;rence &#233;tait claire. Et l'objectif parfaitement d&#233;fini. L'un des premiers d&#233;crets de la junte fut d'ailleurs celui qui pronon&#231;ait la dissolution de toutes les organisations de gauche ainsi que la dissolution des syndicats. (&#8230;) Il n'y eut pas les 100.000 morts en trois jours annonc&#233;s par Leigh, mais il y en eut tout de m&#234;me 30.000 dans un pays de 10 millions d'habitants. A ces assassinats, il fallait ajouter ceux que l'on emprisonna dans les casernes, les commissariats, dans les stades, le plus souvent apr&#232;s qu'on les ait tortur&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le commandant du stade &#171; Chile &#187; &#224; Santiago, qui regroupait de 5000 &#224; 7000 prisonniers, s'adressait ainsi aux prisonniers : &#171; Vous &#234;tes des prisonniers de guerre. Vous n'&#234;tes pas des Chiliens, mais des marxistes, des &#233;trangers. Aussi sommes-nous d&#233;cid&#233;s &#224; vous tuer jusqu'au dernier. En ce qui me concerne, je le ferais avec grand plaisir, avec une joie particuli&#232;re. Ne croyez pas que j'aurais des remords de conscience, si aucun de vous ne sort vivant de ce camp de prisonniers. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Oui, la junte avait frapp&#233; fort et vite. Elle frappait surtout les pauvres, les travailleurs, les paysans. Les ouvriers &#233;taient les premiers vis&#233;s, mais aussi les paysans, comme en t&#233;moigne ce r&#233;cit publi&#233; dans le &#171; Nouvel Observateur &#187; qui montre que l'arm&#233;e ne l&#233;sinait pas sur les moyens : &#171; Trois mille soldats ont ratiss&#233; le secteur. Du haut des h&#233;licopt&#232;res, ils ont tir&#233; les paysans comme des lapins. L'aviation a fini le travail au napalm. Six jours apr&#232;s, c'&#233;tait fini. Il y a eu des centaines de victimes. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie chilienne, grande, moyenne ou petite, faisait payer de cette mani&#232;re la grande peur qu'elle avait eue devant la mont&#233;e des gr&#232;ves, devant les nationalisations, devant la r&#233;forme agraire, applaudissant aux d&#233;bordements d'une soldatesque ivre de vengeance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, derri&#232;re tout cela, il y avait un choix politique, un plan lucide des militaires et des milieux d'affaires. Ce choix, c'&#233;tait celui de briser la classe ouvri&#232;re, en lui interdisant toute possibilit&#233; de s'organiser. Les g&#233;n&#233;raux ne se contentaient pas d'interdire le Parti Socialiste, le Parti Communiste, le MAPU, le MIR ou la CUT (la centrale syndicale) : il ne leur suffisait d'emprisonner ou m&#234;me d'assassiner les dirigeants, les militants politiques. Il leur fallait s'attaquer &#224; l'ensemble de la classe ouvri&#232;re, &#233;liminer les plus d&#233;termin&#233;s, intimider les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux assassinats, aux tortures, aux emprisonnements s'ajout&#232;rent des licenciements. Il y en eut 300.000 dans les douze premiers mois de la dictature. Un travailleur chilien sur dix. Il y eut une v&#233;ritable mise en fiches de la classe ouvri&#232;re. Chaque employeur, chaque industriel ou commer&#231;ant devait envoyer une copie du certificat de travail de chacun de ses employ&#233;s aux autorit&#233;s militaires. Tout nouveau demandeur d'emploi devait remplir un questionnaire dans lequel il devait faire &#233;tat de ses ant&#233;c&#233;dents politiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, la junte mit en tutelle tout le pays. On expulsa de l'enseignement 40% des instituteurs et des professeurs de lyc&#233;e, 20 &#224; 30% des professeurs de l'enseignement sup&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette dictature a cr&#233;&#233; les conditions d'une surexploitation de la classe ouvri&#232;re chilienne. En quelques ann&#233;es, le pouvoir d'achat des salari&#233;s a &#233;t&#233; r&#233;duit de 40%. Le taux du ch&#244;mage a vite atteint 15 &#224; 20%. Des dizaines de milliers de ch&#244;meurs ont &#233;t&#233; contraints de prendre des emplois dans des travaux d'utilit&#233; publique, sorte d'ateliers nationaux, o&#249; ils ne touchaient que le tiers du minimum vital. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;faite du prol&#233;tariat chilien est survenue par les m&#234;mes m&#233;canismes fondamentaux que ceux qui ont abouti &#224; la d&#233;faite du prol&#233;tariat italien en 1922, du prol&#233;tariat allemand en 1933 et du prol&#233;tariat espagnol en 1939. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Au milieu des ann&#233;es soixante, le d&#233;mocrate-chr&#233;tien Eduardo Frei, en se pr&#233;sentant aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1964, se d&#233;clara &#171; pr&#234;t &#224; rompre avec les forces traditionnelles &#187; et &#224; &#171; passer dans le camp populaire &#187;. &#171; Il faut, disait-il, mettre l'accent sur le mot r&#233;volution, parce que, aujourd'hui, il n'est plus temps de recourir &#224; l'&#233;volution. &#187; Tout cela ne l'emp&#234;chait d'ailleurs pas de recevoir, durant toute sa campagne, un million de dollars par mois des Etats-Unis. En 1964, Frei fut &#233;lu avec plus de 56% des voix. Le candidat de la gauche, Allende, en recueillit 39%. &lt;br class='autobr' /&gt;
Frei faisait voter la loi de r&#233;forme agraire promise qui pr&#233;voyait l'expropriation des domaines au-dessus de 80 hectares. Dans les villes, et surtout dans les bidonvilles de leur p&#233;riph&#233;rie, il favorisait la cr&#233;ation de toutes sortes d'associations. Dans la classe ouvri&#232;re, mais aussi dans les campagnes, la lib&#233;ralisation du droit syndical s'accompagnait d'un accroissement consid&#233;rable du nombre de syndiqu&#233;s. En 1967, le gouvernement Frei n&#233;gociait avec les trusts am&#233;ricains du cuivre le rachat de 51% de leurs actifs. C'&#233;tait la &#171; chil&#233;nisation &#187; du cuivre promise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les limites de sa politique apparurent rapidement. La tentative de desserrer l'emprise am&#233;ricaine sur le cuivre aboutit au r&#233;sultat inverse. L'Etat chilien accepta d'indemniser les trusts am&#233;ricains bien au-del&#224; de la valeur de leurs biens. Et payer au prix fort tout cela, cela voulait dire pour l'Etat chilien s'endetter encore plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'inflation se d&#233;veloppait. Le ch&#244;mage grandissait. Et Frei se heurta &#224; l'agitation des couches sociales qu'il avait tent&#233; de s&#233;duire, ou au moins de calmer. Dans la classe ouvri&#232;re, les mouvements de gr&#232;ve se multipli&#232;rent. D&#232;s octobre et novembre 1965, les mines de cuivre &#233;taient paralys&#233;es pendant plus d'un mois, malgr&#233; l'instauration de l'&#233;tat d'urgence et l'arrestation des dirigeants syndicaux. En mars 1966, l'arm&#233;e tirait sur les mineurs en gr&#232;ve &#224; El Salvador, faisant dix morts et plus de 60 bless&#233;s. Le d&#233;tachement militaire &#233;tait command&#233; par un certain colonel Pinochet. L'agitation gagna aussi les bidonvilles. A Puerto Montt, dans le sud du pays, en 1969, l'intervention des carabiniers contre des sans-logis qui occupaient ill&#233;galement un terrain, fit sept morts. Dans la capitale m&#234;me, &#224; Santiago, &#224; la fin du mandat de Frei, des sans-logis s'installaient sur des terrains promis &#224; la sp&#233;culation immobili&#232;re. Dans les campagnes, l'impatience devant la lenteur de la r&#233;forme agraire se d&#233;veloppait. Et en 1970, les occupations de grandes propri&#233;t&#233;s se comptaient par centaines. M&#234;me l'arm&#233;e revendiquait. En octobre 1969, un r&#233;giment de blind&#233;s occupait sa caserne, &#224; Tacna, et exigeait une augmentation des commandes d'armement et des soldes. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dans une situation de relative agitation populaire qu'eurent lieu les &#233;lections pr&#233;sidentielles de novembre 1970. Ce fut le candidat de l'Unit&#233; Populaire, Salvador Allende, qui arriva en t&#234;te. L'Unit&#233; Populaire s'&#233;tait form&#233;e en 1969 de l'alliance du Parti Communiste, le parti le plus implant&#233; dans la classe ouvri&#232;re, qui dirigeait la conf&#233;d&#233;ration syndicale unique, la CUT ; du Parti Socialiste qui avait d&#233;j&#224;, &#224; la fois une longue exp&#233;rience de participation minist&#233;rielle et une phras&#233;ologie tr&#232;s r&#233;volutionnaire ; du Parti Radical &#8211; ou du moins ce qui restait de cet ancien parti des classes moyennes qui avait fondu au profit de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Et puis, il y avait aussi le MAPU, scission de gauche des d&#233;mocrates chr&#233;tiens. Enfin, deux petits partis du centre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le programme de l'Unit&#233; Populaire &#233;tait radical dans le ton, d&#233;non&#231;ant vigoureusement le pillage du pays, l'exploitation des masses populaires, stigmatisant le r&#233;formisme &#171; incapable de r&#233;soudre les probl&#232;mes du peuple &#187; et pr&#233;conisant &#171; les transformations r&#233;volutionnaires dont le pays avait besoin. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, s'engageant &#224; achever rapidement la r&#233;forme agraire de Frei, &#224; nationaliser les mines de cuivre, ce programme restait pratiquement identique &#224; celui de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Les quarante mesures &#224; prendre allaient du contr&#244;le des prix et de l'inflation &#224; la distribution d'un demi-litre de lait par jour aux enfants, en passant par des augmentations de salaire, la m&#233;decine gratuite et des logements corrects. Les libert&#233;s d&#233;mocratiques &#171; devaient &#234;tre &#233;tendues &#187;, une nouvelle constitution devait &#233;tablir une assembl&#233;e du peuple unique comme organe supr&#234;me du pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Salvador Allende, repr&#233;sentant du Parti Socialiste, &#233;tait un vieux routier du Parlement : n&#233; en 1908, Salvador Allende &#233;tait issu d'une famille de tradition radicale et franc-ma&#231;onne. (&#8230;) Ministre de la Sant&#233; &#224; 30 ans dans le gouvernement de Front Populaire en 1938, s&#233;nateur depuis 1945 et pr&#233;sident du S&#233;nat depuis 1968. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 octobre 1970, Allende &#233;tait proclam&#233; pr&#233;sident par l'immense majorit&#233; du congr&#232;s : 153 voix contre 35% &#224; Alessandri et 7 abstentions. C'est donc de la quasi-totalit&#233; de la classe politique qu'Allende tenait son pouvoir. (&#8230;) Le 5 novembre, Allende affirmait dans son discours inaugural : &#171; C'est la victoire des travailleurs. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire acc&#233;l&#233;ra le rythme de la r&#233;forme agraire, mais il s'en tint aux cadres d&#233;finis par Frei. En ce qui concerne les banques, l'industrie et le commerce, le gouvernement d'Unit&#233; Populaire, conform&#233;ment &#224; son programme, s'employa d&#232;s son arriv&#233;e au pouvoir &#224; nationaliser les grandes entreprises &#233;trang&#232;res ou chiliennes qui lui paraissaient d&#233;cisives pour le contr&#244;le de l'&#233;conomie. Mais il s'agissait souvent de racheter les actions au prix fort. Il fit adopter par le Parlement la nationalisation des mines de cuivre. Aucun parti ne voulut voter contre, et la loi fut donc adopt&#233;e &#224; l'unanimit&#233;, le 11 juillet 1971. Ce fut la seule loi nouvelle importante qu'Allende obtint du Parlement, o&#249; la majorit&#233; appartenait &#224; l'opposition de la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne et du Parti National. (&#8230;) Allende estima &#224; 774 millions de dollars les b&#233;n&#233;fices excessifs r&#233;alis&#233;s. Une fois ceux-ci d&#233;duits des indemnit&#233;s dues par l'Etat chilien, il restait 310 millions de dollars dus par Kennecott au gouvernement chilien 68 millions de dollars dus par Anaconda. Toutefois, Allende reprenait les dettes &#224; son compte : 700 millions de dollars. Cela n'emp&#234;cha pas les compagnies et le gouvernement des Etats-Unis de pousser les hauts cris. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans toutes les entreprises nationalis&#233;es, dans APS (le secteur de la propri&#233;t&#233; sociale), le gouvernement instaura un syst&#232;me de participation des travailleurs &#224; la gestion de l'entreprise. Car pour l'Unit&#233; Populaire, le gros probl&#232;me, c'&#233;tait d'augmenter la production. Dans les entreprises nationalis&#233;es, les cadences furent augment&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, fin 1971, le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire a plac&#233; sous son contr&#244;le la quasi-totalit&#233; des ressources mini&#232;res : cuivre, nitrate, charbon, ainsi que la sid&#233;rurgie. Il contr&#244;lait &#233;galement 90% du secteur financier et bancaire, 80% des exportations et 55% des importations.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1971, la production int&#233;rieure augmenta de 8,5% alors qu'elle stagnait &#224; la fin du gouvernement Frei.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le plan social, en dehors de l'attribution gratuite d'un demi-litre de lait quotidien &#224; chaque enfant qui fut l'une des mesures les plus populaires, les salaires furent augment&#233;s de 35% (correspondant &#224; la hausse du co&#251;t de la vie en 1970) pour les employ&#233;s, 70% pour les militaires et les fonctionnaires, 100% pour les ouvriers et les paysans. Pr&#232;s de 200.000 emplois furent cr&#233;&#233;s en un an. Par ailleurs, les prix furent bloqu&#233;s. L'augmentation des prix, qui atteignait 35% en 1970, tomba &#224; 20%, et le ch&#244;mage dans le grand Santiago passa de 8,3% fin 1970 &#224; 3,8% fin 1971. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s mars 1971, les r&#233;sultats des &#233;lections municipales constitu&#232;rent un premier succ&#232;s puisque l'Unit&#233; Populaire y recueillit la majorit&#233; absolue, 50,9% des voix exactement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, Allende et l'Unit&#233; Populaire ne s'appuy&#232;rent pas sur les premiers succ&#232;s pour pousser leur avantage. Bien au contraire. L'Unit&#233; Populaire renon&#231;a &#224; briser la r&#233;sistance du Parlement en utilisant la voie du r&#233;f&#233;rendum pour op&#233;rer les nationalisations et la r&#233;vision de la constitution. La promesse d'une assembl&#233;e unique et de la r&#233;forme des institutions fut abandonn&#233;e. Allende respecta sa promesse de ne pas toucher aux fonctionnaires d'une administration d&#233;mocrate-chr&#233;tienne ou de droite qui lui &#233;tait hostile. Il respecta &#233;galement le pouvoir judiciaire. Apr&#232;s avoir sign&#233; un projet de loi destin&#233; &#224; mettre sur pied des tribunaux de quartiers et avoir demand&#233;, fin janvier 1971, au Parlement d'en discuter d'urgence, il retira finalement d&#233;but mars le projet, devant le toll&#233; qu'il suscita de la part de la droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et alors que la Cour Supr&#234;me refusa d&#233;but janvier la lev&#233;e de l'immunit&#233; parlementaire d'un s&#233;nateur compromis dans le complot qui aboutit &#224; l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Schneider. Allende (&#8230;) ordonna de faire effacer toutes les inscriptions murales hostiles &#224; la Cour Supr&#234;me que les militants de gauche, indign&#233;s, d&#233;non&#231;aient avec vigueur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La police elle-m&#234;me est rest&#233;e intacte. Cela signifiait tout simplement que la police et la justice poursuivaient leur travail habituel, intervenant en d&#233;fendant des propri&#233;taires contre les paysans qui occupaient les terres ou les ouvriers qui occupaient leurs usines, expulsant, condamnant, incarc&#233;rant par dizaines les gens du peuple. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que le 22 octobre 1971, les bandes arm&#233;es des propri&#233;taires attaqu&#232;rent les paysans qui occupaient un de leurs domaines. Ils ouvrirent le feu, tu&#232;rent un paysan, militant du MIR, une organisation d'extr&#234;me-gauche castriste, qui ne faisait pas partie de l'Unit&#233; Populaire, mais soutenait le gouvernement, ils en bless&#232;rent d'autres et parvinrent &#224; d&#233;loger les paysans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lors des obs&#232;ques du paysan assassin&#233;, le dirigeant du MIR, Miguel Enriquez raconta : &#171; Trois carabiniers pr&#234;t&#232;rent main forte aux propri&#233;taires ; le gouverneur (&#8230;) fut appel&#233; trois fois dans l'espoir qu'il s'entremettrait. Mais il n'en fit rien, il s'abstint, il ne bougea pas. Il accepta que les propri&#233;taires tiraillent pendant trois heures contre les paysans (&#8230;) Un paysan a &#233;t&#233; assassin&#233;, et le ministre de l'Int&#233;rieur, apr&#232;s avoir laiss&#233; faire des heures, en profita pour condamner les occupations des grands domaines par les paysans. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne l'arm&#233;e, le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire fit tous ses efforts pour convaincre l'&#233;tat-major que l'Unit&#233; Populaire ne lui voulait que du bien. Les achats de mat&#233;riel militaire aux Etats-Unis pass&#232;rent de 3,2 millions de dollars en 1970 &#224; 13,5 millions de dollars en 1972. C'est d'ailleurs bien le seul domaine o&#249; l'aide am&#233;ricaine ne fut pas r&#233;duite. Les officiers continu&#232;rent &#224; faire des stages aupr&#232;s des instructeurs nord-am&#233;ricains, les man&#339;uvres conjointes entre l'arm&#233;e am&#233;ricaine et l'arm&#233;e chilienne dans le cadre des pactes militaires furent maintenus, etc. On confia aux officiers sup&#233;rieurs des postes de responsabilit&#233;s dans les conseils d'administration de dizaines d'entreprises d'Etat, dans les mines, dans le complexe de l'acier, &#224; la commission de l'&#233;nergie nucl&#233;aire, au conseil de la recherche et du d&#233;veloppement scientifique, etc&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, rien ne fut tent&#233; pour s'adresser aux soldats ou aux sous-officiers. Au contraire, le minist&#232;re de la D&#233;fense, un radical, RIos Valdivia, affirma d'embl&#233;e la couleur : &#171; je ne permettrai pas que les partis politiques s'introduisent dans les rangs des Forces Arm&#233;es, quelles que soient les circonstances. &#187; Le journal du MIR, &#171; El Rebelde &#187;, fut saisi en septembre 1971 pour avoir r&#233;clam&#233; des droits d&#233;mocratiques pour les soldats. Promis dans le programme de l'Unit&#233; Populaire qui incluait le droit de vote pour les soldats et les sous-officiers, ils ne furent jamais octroy&#233;s. Seuls les officiers conserv&#232;rent le droit de voter. Sous pr&#233;texte que l'arm&#233;e devait rester apolitique, les partis de l'Unit&#233; Populaire s'abstinrent de toute tentative d'organiser et de se rallier les soldats. Carlos Altamirano, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti Socialiste, reconna&#238;t d'ailleurs fort justement : &#171; Socialement, l'apolitisme de l'arm&#233;e est un ph&#233;nom&#232;ne &#224; sens unique. Dans la mesure o&#249; il dresse une muraille face &#224; toute influence id&#233;ologique de la gauche, il la livre sans contre-poids aux id&#233;es r&#233;actionnaires. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Allende ne tarissait pas de flatteries &#224; l'&#233;gard de l'arm&#233;e : &#171; Nous sommes fiers du r&#244;le rempli par nos Forces Arm&#233;es. La caract&#233;ristique majeure des Forces Arm&#233;es du Chili a &#233;t&#233; l'ob&#233;issance au pouvoir civil, l'acceptation sans conteste de la volont&#233; populaire exprim&#233;e aux &#233;lections, l'acceptation des lois du Chili, de la constitution chilienne. Et il est de ma volont&#233; et de celle de l'Unit&#233; Populaire d'assurer le maintien de la conscience professionnelle des Forces Arm&#233;es. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se d&#233;fendit vigoureusement de la &#171; calomnie qu'on a voulu propager &#187; que le gouvernement tol&#233;rait la formation des groupes arm&#233;s. &#171; Je l'ai dit, je le soutiens et je le r&#233;affirme : le gouvernement populaire s'est engag&#233; &#8211; et il faut tenir parole face au pays &#8211; &#224; ce qu'il n'y ait pas d'autre force arm&#233;e au Chili que celle des institutions, c'est-&#224;-dire l'arm&#233;e de terre, la marine, l'aviation et les forces de police. Le peuple n'a pas besoin d'un autre moyen de d&#233;fense que son unit&#233; et son respect envers les Forces Arm&#233;es de la Patrie. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le d&#233;but, il est visible qu'Allende, non seulement tient &#224; se montrer parfaitement respectueux des forces arm&#233;es, mais compte sur elles pour ma&#238;triser l'ordre et d&#233;fendre son propre pouvoir. En juin 1971, &#224; la suite de l'assassinat, par un petit groupe terroriste de l'ancien ministre de l'Int&#233;rieur d&#233;mocrate chr&#233;tien, responsable de r&#233;pression f&#233;roce sous le gouvernement Frei, il proclama &#224; Santiago, pour la premi&#232;re fois, l'&#233;tat d'urgence qui consistait &#224; donner des pouvoirs de police exceptionnels aux militaires, car il craignait des troubles de la part de l'opposition. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le chef de la garnison de Santiago s'empressa de r&#233;pondre de sa fid&#233;lit&#233; au gouvernement : &#171; Pr&#233;sident, l'arm&#233;e r&#233;pond du contr&#244;le de la situation. Et vous pouvez &#234;tre assur&#233; de sa discipline. Le premier colonel qui bouge, je l'abats moi-m&#234;me. &#187; Ce g&#233;n&#233;ral s'appelait Augusto Pinochet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est significatif que, d&#232;s le d&#233;but, &#224; la premi&#232;re difficult&#233;, par peur d'affrontements sociaux qui n'existaient pas vraiment encore, Allende se soit empress&#233; de recourir &#224; l'&#233;tat d'urgence, c'est-&#224;-dire &#224; se r&#233;fugier derri&#232;re l'autorit&#233; de l'arm&#233;e, de faire d'elle l'unique sauveur possible. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s d&#233;cembre 1971, la droite fit descendre ses troupes dans la rue, lors de la manifestation dite des &#171; casseroles vides &#187;. Une dizaine de milliers de femmes des beaux quartiers manifest&#232;rent, leurs casseroles vides &#224; la main, pour protester contre les difficult&#233;s d'approvisionnement qui n'&#233;taient encore que mineures et ne les touchaient pas : elles pouvaient toujours recourir au march&#233; noir. Les femmes &#233;taient encadr&#233;es par les groupes de choc de &#171; Patrie et Libert&#233; &#187;, une organisation fasciste. Allende proclama &#224; nouveau l'&#233;tat d'urgence. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de l'Unit&#233; Populaire avait cherch&#233; &#224; s&#233;duire les classes moyennes, mais il n'a pas fallu longtemps &#224; celles-ci pour comprendre que (&#8230;) l'Unit&#233; Populaire &#233;tait d'autant plus timor&#233;e, prudente et l&#226;che dans ses actes qu'elle &#233;tait r&#233;volutionnaire en paroles. (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Force est de constater que l'Unit&#233; Populaire a davantage tent&#233; de renforcer et de satisfaire une couche de paysans moyens que de satisfaire les plus pauvres. Le r&#233;sultat, c'est que ceux-ci s'agit&#232;rent, r&#233;clam&#232;rent une r&#233;forme plus radicale, tandis que les paysans b&#233;n&#233;ficiaires de la r&#233;forme n'en &#233;taient pas toujours reconnaissants &#224; l'Unit&#233; Populaire et songeaient d'abord &#224; leurs propres int&#233;r&#234;ts en se livrant au march&#233; noir. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'incapacit&#233; de l'Unit&#233; Populaire d'emp&#234;cher le d&#233;veloppement du chaos &#233;conomique &#233;tait en fait une incapacit&#233; politique &#224; se faire craindre des poss&#233;dants, grands et petits. Elle ne voulut pas contraindre, sous menace d'expropriation, les capitalistes &#224; investir, elle ne les emp&#234;cha pas de mettre leurs capitaux &#224; l'abri &#224; l'&#233;tranger, elle ne voulut pas se donner les moyens de juguler le march&#233; noir. Il aurait fallu, pour mettre la bourgeoisie hors d'&#233;tat de nuire, s'appuyer r&#233;solument sur la mobilisation des classes populaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Allende ne voulait pas de cette guerre de classe. Il voulait effectuer certaines r&#233;formes dans le cadre du syst&#232;me, ce qui &#233;tait impossible. Le simple fait d'avoir augment&#233; les salaires entra&#238;nait la paralysie de l'&#233;conomie dont la structure n'&#233;tait pas destin&#233;e &#224; satisfaire les besoins des couches populaires. Et sans une action r&#233;volutionnaire, &#233;nergique contre les int&#233;r&#234;ts particuliers de la bourgeoisie, sans la prise en mains de l'ensemble de l'&#233;conomie, Allende ne pouvait ni enrayer le chaos &#233;conomique, ni emp&#234;cher les classes moyennes de se dresser de plus en plus r&#233;solument contre un gouvernement qui paraissait, lui, irr&#233;solu et incapable.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dire que ce n'est pas la crise &#233;conomique qui a perdu Allende mais bien sa politique qui refusait de s'appuyer sur la force de la classe ouvri&#232;re et des classes pauvres pour briser la r&#233;sistance des poss&#233;dants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autant dire que la droite en profita &#224; fond avec de plus en plus d'audace. (&#8230;) Dans l'arm&#233;e, une nouvelle tentative de coup d'Etat fut d&#233;jou&#233;e en mars 1972, et on apprit qu'un officier consid&#233;r&#233; comme loyaliste, le g&#233;n&#233;ral Canales, y &#233;tait impliqu&#233;. Il fut mut&#233;, mais conserva son grade. C'est &#224; cette p&#233;riode qu'Allende trouva bon de faire entrer un militaire dans son cabinet avec le portefeuille des Mines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le comit&#233; central du Parti socialiste, en mars 1972, d&#233;clara : &#171; Expliquer que le rapport de forces actuel peut permettre un d&#233;veloppement stable, de longue dur&#233;e et tranquille du processus r&#233;volutionnaire rel&#232;ve moins de l'ing&#233;nuit&#233; que d'une position r&#233;formiste et aventuriste (&#8230;) Si la r&#233;volution implique, &#224; telle ou telle &#233;tape, un affrontement violent, la position correcte n'est pas de refuser la r&#233;volution au nom du moindre co&#251;t, mais d'aborder de fa&#231;on organis&#233;e l'affrontement. &#187; Le PS chilien &#233;tait donc conscient de la situation. Cela ne le rend que plus coupable de n'avoir fait que des d&#233;clarations. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 12 mai, la droite appelait &#224; une manifestation &#171; pour la libert&#233; &#187; &#224; Valparaiso. La CUT, le MIR, les partis de gauche locaux appel&#232;rent cette fois &#224; une contre-manifestation le jour m&#234;me. Alors que la manifestation de droite fut autoris&#233;e, celle de gauche fut interdite. Le pr&#233;sident lui-m&#234;me intervint pour la d&#233;commander. En fait, elle eut tout de m&#234;me lieu, et la police l'attaqua violemment. Un &#233;tudiant fut tu&#233; par balle et un p&#234;cheur, militant du MAPU, poursuivi par la police dans un immeuble et jet&#233; par une fen&#234;tre, restera paralys&#233; &#224; vie. Il y eut une quarantaine de bless&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ce contexte de difficult&#233;s &#233;conomiques croissantes et de provocations incessantes de la droite, la population laborieuse se mobilisait de plus en plus et cherchait les moyens d'imposer sa volont&#233;. Les gr&#232;ves se multipliaient. Il y eut dix fois plus de gr&#233;vistes dans l'industrie priv&#233;e en mai 1972 qu'en mai 1971. Les occupations d'entreprises se multipliaient aussi, avec pour objectif que le gouvernement intervienne pour les placer dans le secteur public (l'APS) afin d'&#233;viter des licenciements ou leur fermeture, y compris quand il s'agissait d'entreprises auxquelles le gouvernement n'avait pas l'intention de toucher. Et le gouvernement se laissait souvent forcer la main. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en juin 1972 que se forma le premier cordon industriel Cerillos-Maipu. Cerillos &#233;tait le principal faubourg industriel de Santiago, comprenant deux cent cinquante usines et 46.000 ouvriers. El Maipa, une r&#233;gion agricole qui le jouxte. Les paysans occup&#232;rent plus de cent cinquante domaines et r&#233;clam&#232;rent la nationalisation de tous les domaines de la province de Santiago, furieux qu'ils &#233;taient que quarante-quatre d'entre eux aient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et condamn&#233;s par la justice pour avoir occup&#233; un vaste domaine que le gouvernement pr&#233;voyait d'exproprier. Dans la zone industrielle, plusieurs conflits et gr&#232;ves &#233;taient en cours, et une manifestation unique des paysans et des ouvriers des faubourgs eut lieu devant le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les travailleurs se donn&#232;rent une organisation r&#233;unissant les repr&#233;sentants des diff&#233;rentes usines, qui adopta un programme &#224; la fois radical et concret pour faire face aux probl&#232;mes de l'heure. Dans ce programme, ils affirmaient &#171; soutenir le gouvernement dans la mesure o&#249; il exprimait les luttes et la mobilisation des travailleurs. &#187; Mais ils r&#233;clamaient l'expropriation de toutes les entreprises pr&#233;vues dans le programme de l'Unit&#233; Populaire et de tous les patrons qui boycottaient l'&#233;conomie ou qui ne remplissaient pas leurs engagements vis-&#224;-vis des travailleurs ; le contr&#244;le sur l'ensemble des entreprises, exerc&#233; par des conseils ouvriers &#233;lus et r&#233;vocables par les travailleurs eux-m&#234;mes ; des augmentations de salaire automatiques chaque fois que le co&#251;t de la vie augmente de 5%. Ils affirmaient qu'il fallait se d&#233;barrasser des bourgeois qui avaient trouv&#233; refuge dans les tribunaux et au parlement. Ils demandaient la cr&#233;ation d'un organisme national de la construction, des pauvres et des ch&#244;meurs ; enfin le remplacement du Parlement bourgeois par une Assembl&#233;e du peuple. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; la mobilisation populaire se d&#233;veloppait qu'Allende d&#233;cida en juin 1972 de reculer, expliquant, tout comme le Parti communiste, que pour enrayer la crise il fallait une pause pour consolider l'alliance avec les classes moyennes. (&#8230;) Le gouvernement, remani&#233; pour appliquer la pause, prit des d&#233;crets restituant aux patrons des entreprises occup&#233;es par les travailleurs et demanda aux carabiniers de les faire appliquer. L'accent fut mis plus que jamais sur la &#171; bataille de la production &#187;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 5 ao&#251;t, sous pr&#233;texte de faire une perquisition pour rechercher quelqu'un dans un bidonville, celui de la Hermida, tenu par le MIR : &#171; A six heures un quart du matin, arriv&#232;rent au camp trente deux camionnettes des Renseignements, quatre bus du Groupe Mobile, deux blind&#233;s, deux camions de transports de chevaux et trois ambulances. Ils coup&#232;rent l'&#233;lectricit&#233; du secteur et avec une camionnette &#224; hauts parleurs, ils nous appelaient &#224; sortir dans la rue pour d&#233;fendre le gouvernement populaire qui avait &#233;t&#233; renvers&#233;. Les pobladores commenc&#232;rent &#224; sortir dans les rues sombres ; &#224; ce moment, la police tirant des feux de bengale qui &#233;clairaient quelque peu le secteur se mit &#224; mitrailler les pobladores. Ils entraient dans les maisons, donnant des coups de pieds, criaient que les dirigeants devaient se rendre et continuaient de tirer. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En ao&#251;t, le gouvernement releva les prix (&#8230;) D'un jour &#224; l'autre, les prix augment&#232;rent de 60%, 90%, 150%, voire plus. Cela suscita la panique, une extension du march&#233; noir. Les boutiques &#233;taient vides et les commer&#231;ants se mirent en gr&#232;ve. (&#8230;) &#171; Le ministre de l'Economie, Carlos Matus, socialiste, annon&#231;a qu'on ferait valoir la loi de s&#251;ret&#233; interne de l'Etat envers les commer&#231;ants qui n'auraient pas ouvert dans la demi-heure. (&#8230;) Les bandes de paramilitaires et d'extr&#234;me-droite de Patria y Libertad avaient pris la rue d'assaut et emp&#234;chaient les autorit&#233;s d'agir. (&#8230;) Vers huit heures, (&#8230;) Allende &#233;tait en r&#233;union avec les chefs du commerce (&#8230;) en leur promettant de n'appliquer aucune sanction (&#8230;) Ceux de Patria y Libertad ont incendi&#233; des cars, ont entour&#233; la maison du ministre du Travail, qu'ils ont frapp&#233; &#224; coups de b&#226;tons et injuri&#233;. (&#8230;) Et, comble de tout, ils ont tu&#233; deux paysans socialistes. Mais lundi, bien entendu, tous les interpell&#233;s &#233;taient rel&#226;ch&#233;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est dire &#224; quel point les reculs du gouvernement, sa l&#226;chet&#233;, non seulement ne lui ralliait pas les classes moyennes, mais encourageait leurs violences. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un nouveau coup d'&#233;tat &#233;tait en pr&#233;paration. Et, cette fois-ci le g&#233;n&#233;ral Canales qui en tirait les ficelles fut effectivement mis &#224; la retraite. (&#8230;) Le 4 septembre, anniversaire de la victoire d'Allende, se d&#233;roula une immense manifestation populaire de 800.000 &#224; un million de personnes, m&#233;contentes du gouvernement mais d&#233;cid&#233;es &#224; le soutenir contre la violence de la droite. Une pancarte significative : &#171; Le gouvernement est une merde, mais c'est le mien et je le d&#233;fend &#187;. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 10 octobre, au cours d'une manifestation de pr&#232;s de 300.000 personnes, les dirigeants de la droite lanc&#232;rent un appel &#224; &#171; lutter par tous les moyens &#187; contre le gouvernement accus&#233; d'ill&#233;galit&#233;. D&#232;s le lendemain, la corporation des transporteurs routiers d&#233;cid&#233; d'une gr&#232;ve illimit&#233;e. Les commer&#231;ants de d&#233;tail, les m&#233;decins, les architectes, les avocats, les employ&#233;s de banque, les propri&#233;taires des moyens de transport en commun, bref toutes les associations professionnelles des classes moyennes leur embo&#238;t&#232;rent le pas. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'offensive de la droite et des classes poss&#233;dantes suscita une profonde r&#233;action des classes populaires. (&#8230;) Des comit&#233;s d'autod&#233;fense et de vigilance se mirent en place. Pour assurer toutes les t&#226;ches, des cordons industriels surgirent dans les principales banlieues industrielles de Santiago, form&#233;s de repr&#233;sentants de toutes les entreprises (&#8230;) Les travailleurs avaient pris des initiatives qui d&#233;bordaient les consignes de la CUT et du gouvernement. (&#8230;) La classe ouvri&#232;re prenait conscience de sa force. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement avait, d&#232;s les premiers jours, proclam&#233; une nouvelle fois l'&#233;tat d'urgence. Le pouvoir civil &#233;tait transf&#233;r&#233; aux militaires. Et Allende laissa passer une loi sur le contr&#244;le des armes vot&#233;e par la droite. Cette loi permettait aux militaires, sous le contr&#244;le du sous-secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense, d'aller, suite &#224; une simple d&#233;nonciation, perquisitionner n'importe o&#249; et chez n'importe qui pour r&#233;cup&#233;rer les armes d&#233;tenues ill&#233;galement. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la semaine qui suivit, la contre-offensive ouvri&#232;re l'emportait sur la gr&#232;ve patronale, et chaque jour qui passait renfor&#231;ait la confiance de la classe ouvri&#232;re en elle-m&#234;me. (&#8230;) Mais le gouvernement n'avait qu'une h&#226;te : le retour au calme. Il s'agissait non pas de permettre &#224; la classe ouvri&#232;re de pousser jusqu'au bout son avantage ; mais de mettre fin, le plus vite possible, &#224; la mobilisation. Il se fit d'autant plus conciliant avec la droite. Il promit aux camionneurs qu'aucune sanction ne serait prise contre les gr&#233;vistes, que les droits des petits et moyens bourgeois seraient garantis, et que des entreprises, occup&#233;es par les travailleurs, seraient rendues &#224; leurs propri&#233;taires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, en accord avec la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne, il fit entrer, le 3 novembre, les trois principaux g&#233;n&#233;raux au gouvernement, dont le g&#233;n&#233;ral Prats, commandant en chef de l'arm&#233;e, qui devint ministre de l'Int&#233;rieur. Ainsi, face &#224; l'exacerbation de la lute de classe, Allende se servait de l'arm&#233;e comme arbitre. Il fit &#233;galement entrer au gouvernement le pr&#233;sident et le secr&#233;taire de la CUT. Le 6 novembre, la gr&#232;ve s'arr&#234;ta.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Parti Communiste approuva la d&#233;cision d'Allende. &#171; El Siglo &#187;, le quotidien du PC &#233;crivait : &#171; Le peuple chilien a raison de faire une confiance totale aux Forces Arm&#233;es de la patrie et &#224; la conduite strictement professionnelle qui les distingue. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#226;che du nouveau cabinet &#233;tait d'endiguer le mouvement populaire, de ramener l'ordre et d'accomplir la promesse faite par Allende de rendre les usines &#224; leurs anciens propri&#233;taires. (&#8230;) Depuis octobre, dans une centaine d'entreprises, les travailleurs r&#233;clamaient leur int&#233;gration au secteur nationalis&#233;. Le nouveau gouvernement, lui, d&#233;cida d'en rendre imm&#233;diatement une vingtaine &#224; leurs propri&#233;taires. Mais les travailleurs n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; rendre les usines. Menac&#233;s d'expulsion par les tribunaux, mais prot&#233;g&#233;s par la solidarit&#233; de leur cordon industriel, ils se refus&#232;rent &#224; &#233;vacuer les entreprises, d&#233;cid&#233;s &#224; rester fermes jusqu'au bout. De leur c&#244;t&#233;, les propri&#233;taires, encourag&#233;s par les promesses du gouvernement, s'adressaient aux tribunaux pour r&#233;cup&#233;rer des usines qui &#233;taient d&#233;j&#224; plac&#233;es sous le contr&#244;le du gouvernement. En janvier 1973, Milas, le ministre des Finances (communiste) pr&#233;senta un projet de loi pr&#233;voyant de rendre quarante-trois entreprises &#224; leurs propri&#233;taires, et, pour cent vingt trois autres entreprises, d&#233;j&#224; sous le contr&#244;le de l'Etat ou autog&#233;r&#233;es depuis octobre, la mise en place d'une commission qui d&#233;ciderait et pourrait rendre aux patrons les entreprises consid&#233;r&#233;es non strat&#233;giques. Le plan Milas d&#233;clencha la col&#232;re des travailleurs et les 25 et 26 janvier, la zone du cordon de Cerillos-Maipu se h&#233;rissa de barricades symboliques. Milas dut retirer son projet de loi. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne les probl&#232;mes de ravitaillement, la population laborieuse, les JAP des quartiers pauvres (organisation de masse pour l'approvisionnement et contre les hausses de prix) r&#233;clamaient l'&#233;tablissement de cartes de rationnement et le droit de continuer &#224; distribuer eux-m&#234;mes les denr&#233;es. Des magasins populaires avaient &#233;t&#233; organis&#233;s en octobre et avaient d&#233;montr&#233; leur efficacit&#233;. Le ministre de l'Economie, Fernando Flores, se d&#233;clara publiquement en faveur de la carte de rationnement. La r&#233;action de la droite fut vigoureuse. Non seulement Flores dut faire marche arri&#232;re, mais Allende chargea le 21 janvier un militaire, le g&#233;n&#233;ral Bachelet, assist&#233; de quatre autres officiers sup&#233;rieurs, de s'occuper de la distribution. La politique du gouvernement &#233;tait de freiner le mouvement populaire. Les partis de gauche s'en rendaient compte, mais ne voulaient pas rompre leur solidarit&#233; avec lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, tous les partis, de la droite &#224; l'extr&#234;me-gauche n'avaient qu'une seul souci : le r&#233;sultat des l&#233;gislatives du mois de mars. Y compris le MIR qui soutint le PS dans ces &#233;lections. Le Parti National et la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne avaient pour objectif d'obtenir la majorit&#233; des deux tiers au Parlement afin de pouvoir renverser Allende. Mais le 4 mars 1973, l'Unit&#233; Populaire obtint pr&#232;s de 44% des voix et doubla son nombre de repr&#233;sentants au Congr&#232;s. La droite avait perdu son pari.&lt;br class='autobr' /&gt;
A partir de mars 1973, les &#233;v&#233;nements se pr&#233;cipitent. Appel&#233;s au secours par la droite, utilis&#233;s par la gauche comme b&#233;quille &#224; chaque crise, les militaires se convainquirent qu'eux seuls pouvaient sauver le pays du chaos, et plut&#244;t que de le sauver &#171; &#224; la petite semaine &#187;, en s'&#233;vertuant sous les quolibets de la droite, &#224; accomplir les basses besognes d'un gouvernement impuissant, autant le sauver une bonne fois pour toutes en tirant gloire et profits. C'est &#224; cette &#233;poque que Pinochet et d'autres officiers g&#233;n&#233;raux d&#233;cid&#232;rent de pr&#233;parer le plan du coup d'Etat. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, il &#233;tait &#233;vident qu'un nouveau putsch se pr&#233;parait et le gouvernement eut confirmation, fin mai, d'un projet de coup d'Etat pour le 27 juin. Face &#224; cette nouvelle offensive des patrons, de la droite, aux attaques fascistes, les cordons industriels et les organisations populaires se mobilisent de nouveau pour combattre le march&#233; noir, assurer le ravitaillement, mettre sur pied des groupes d'autod&#233;fense. La classe ouvri&#232;re est pr&#234;te &#224; agir pour peu qu'on le lui demande. Mais les dirigeants des partis de gauche ne lui proposent rien. Allende avait r&#233;sum&#233; ainsi sa politique dans un message au Congr&#232;s en mai 1973 : &#171; Le r&#233;gime d&#233;mocratique et la paix civile s'appuient l'un sur l'autre de mani&#232;re r&#233;ciproque et qui porte atteinte &#224; l'un, porte atteinte &#224; l'autre. &#187; (&#8230;) le Parti communiste lan&#231;a une campagne de p&#233;titions &#171; Non &#224; la guerre civile &#187;. Le Parti socialiste avait le verbe plus radical. Sepuvelda, l'un des dirigeants nationaux, expliquait (en mai 1973) : &#171; Il faut d'abord &#233;tablir clairement le caract&#232;re de cette guerre civile : c'est une guerre de classe. &#187; (&#8230;) Que proposait-il ? &#171; Tous les organes de masse (CUT, syndicats, cordons industriels, commandos ruraux, juntes de voisins, conseils paysans, front s patriotiques, jeunesse, femmes, etc&#8230;) doivent se maintenir en &#233;tat d'alerte et de vigilance r&#233;volutionnaire et d&#233;velopper des initiatives qui viennent en aide &#224; la d&#233;fense du gouvernement, comme par exemple des forces organiques civiles qui collaborent avec la force publique dans le maintien de l'ordre et la d&#233;fense du patrimoine national &#8230;. &#187; (&#8230;) Cela signifie en clair, du verbiage tr&#232;s radical, pas de mesure concr&#232;te, on verra plus tard.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au MIR, son leader Miguel Enriquez s'exprimait ainsi : &#171; Nous soutenons que la t&#226;che fondamentale est d'accumuler une force suffisante &#224; partir des masses pour pouvoir emp&#234;cher la guerre civile, ou pour la gagner, si par hasard elle est d&#233;clanch&#233;e par une d&#233;cision de la r&#233;action. On n'arrivera &#224; cette accumulation de force qu'en dressant un programme r&#233;volutionnaire du peuple qui surgirait de la discussion au sein de la classe ouvri&#232;re et du peuple, et dans le d&#233;veloppement et le renforcement des organes de masse. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, de grandes g&#233;n&#233;ralit&#233;s pseudo-r&#233;volutionnaires, alors que le danger est l&#224;, imm&#233;diat, concret et que la classe ouvri&#232;re n'a pas besoin de discussion sur un programme, mais de se pr&#233;parer &#224; affronter ce danger. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la marine, tout un r&#233;seau de marins et de sous-officiers informaient depuis 1972, les dirigeants de l'Unit&#233; Populaire des plans de coups d'Etat et ils s'&#233;taient pr&#233;par&#233;s &#224; prendre de vitesse les putschistes. Ils avaient un plan pour s'emparer des bateaux et se servir de la puissance de feu de la marine contre les unit&#233;s putschistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce r&#233;seau de marins rencontra des responsables des partis de gauche.Voici ce que Juan Cardenas, l'un des organisateurs de ce r&#233;seau de marins raconte :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous sommes all&#233;s, un camarade et moi, &#224; une r&#233;union &#224; laquelle assistaient plusieurs dirigeants de l'Unit&#233; Populaire. L&#224;, nous avons donn&#233; tous les renseignements concernant le coup d'Etat. (&#8230;) A ce moment-l&#224;, un membre de la commission politique du Parti Communiste nous discr&#233;dita d'embl&#233;e en disant que nous &#233;tions en train de monter l'&#233;tat-major et le gouvernement l'un contre l'autre, que l'&#233;tat-major &#233;tait en train de travailler avec le gouvernement, de le suivre, et que pour cela c'&#233;tait un &#233;tat-major progressiste. (&#8230;) Aupr&#232;s des camarades du MIR, nous avons suscit&#233; plus d'int&#233;r&#234;t (&#8230;.) mais l&#224; non plus, bien qu'ils nous aient &#233;cout&#233; plus que les autres, nous n'avons pas obtenu ce que nous voulions. (&#8230;) J'en arrive au camarade Garreton (dirigeant du MAPU). Il nous demanda : &#171; Et qu'est-ce que vous allez faire, vous ? &#187; (&#8230;) &#171; Eh bien, nous allons d&#233;truire toute l'infanterie de marine. &#187; Quand je lui ai parl&#233; comme &#231;a, ce monsieur ne voulut pas en entendre plus, cela ne lui plaisait plus du tout. Il nous dit que cela ne pouvait se faire, que cela allait entacher le prestige de la gauche chilienne (&#8230;.) Malgr&#233; tout cela, nous avons ensuite essay&#233; du c&#244;t&#233; des socialistes. (&#8230;) L&#224;, un compagnon nous dit que notre plan &#233;tait bon mais que nous pourrions le mettre en pratique apr&#232;s que les militaires aient fait le coup d'Etat. &#187; (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plan des putschistes ayant &#233;t&#233; une nouvelle fois &#233;vent&#233;, le g&#233;n&#233;ral Prats proc&#233;da les 25 et 26 juin &#224; l'arrestation de quelques g&#233;n&#233;raux, le gouvernement proclama l'&#233;tat d'urgence et le coup d'Etat dut &#234;tre report&#233;. Mais le 29 juin, un r&#233;giment de blind&#233;s se souleva et attaqua le Palais pr&#233;sidentiel. &lt;br class='autobr' /&gt;
La CUT appela imm&#233;diatement les travailleurs &#224; occuper leurs usines. (&#8230;) Mais ce fut le g&#233;n&#233;ral Prats qui prit la t&#234;te des troupes fid&#232;les et obtint personnellement la reddition des mutins. Quelques coups de feu furent &#233;chang&#233;s. Il y eut tout de m&#234;me une trentaine de morts, surtout parmi les civils accourus sans armes &#224; la rescousse. Un vaste rassemblement eut lieu ensuite au Palais pr&#233;dsidentiel o&#249; Allende fit acclamer l'arm&#233;e loyale par la foule. (&#8230;) Comme en octobre 1972, mieux qu'en octobre, la mobilisation ouvri&#232;re r&#233;pondit &#224; la tentative de putsch. Plusieurs centaines d'entreprises furent ainsi occup&#233;es &#224; Santiago. La r&#233;sistance fut organis&#233;e par les cordons. Une coordination de tous les cordons de Santiago fut mise sur pied. La CUT se fit repr&#233;senter dans tous les cordons &#8211; qu'elle reconnaissait pour la premi&#232;re fois - . Dans les campagnes, les paysans commenc&#232;rent &#224; s'emparer des terres qui n'avaient pas &#233;t&#233; touch&#233;es par la r&#233;forme agraire. Partout, les travailleurs aspiraient &#224; briser la puissance des classes poss&#233;dantes en s'emparant des moyens de production. Partout, les travailleurs se pr&#233;paraient &#224; r&#233;sister. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la pr&#233;occupation d'Allende &#233;tait une nouvelle fois de tenter un rapprochement avec la D&#233;mocratie Chr&#233;tienne. Il chercha m&#234;me &#224; faire entrer des d&#233;mocrates-chr&#233;tiens dans son gouvernement. La D&#233;mocratie Chr&#233;tienne s'y opposa. Il proposa un plan de redressement &#233;conomique et, une nouvelle fois, Allende r&#233;clama que les travailleurs rendent les usines. Cette fois, il lui fallut plusieurs jours pour le faire admettre &#224; la CUT. Mais, finalement, le 10 juillet, celle-ci c&#233;da. La d&#233;moralisation fut grande parmi les travailleurs. (&#8230;) Malgr&#233; le l&#226;chage de la CUT, les travailleurs tiennent bon dans une centaine d'usines. N&#233;anmoins, beaucoup commencent &#224; se sentir trahis. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les commandos de &#171; Patrie et Libert&#233; &#187; (fasciste) recommenc&#232;rent des attentats. L'aide de camp d'Allende fut assassin&#233;. Les actions terroristes, les sabotages se multipliaient dans tout le pays &#224; un rythme qui s'acc&#233;l&#233;ra au cours du mois d'ao&#251;t, jusqu'&#224; atteindre une moyenne d'un attentat par heure ! Le nombre de morts se compta par dizaines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Parall&#232;lement, utilisant la loi de contr&#244;le des armes vot&#233;e en octobre 1972, des d&#233;tachements militaires perquisitionnaient partout, aux si&#232;ges des partis de gauche, des syndicats, dans les usines, les fermes, les &#233;coles, les universit&#233;s, les quartiers ouvriers. Partout sauf du c&#244;t&#233; des groupes fascistes. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces op&#233;rations &#233;taient partie int&#233;grante de la pr&#233;paration du putsch. Elles permettaient d'intimider et en m&#234;me temps de s'assurer que les travailleurs ne disposeraient pas d'armes, et de r&#233;cup&#233;rer le peu d'armes qui tra&#238;naient. Enfin, c'&#233;tait une esp&#232;ce de r&#233;p&#233;tition g&#233;n&#233;rale qui permettait de d&#233;celer les r&#233;ticences &#224; l'int&#233;rieur de l'arm&#233;e elle-m&#234;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;but ao&#251;t, le r&#233;seau des marins anti-putschsites fut d&#233;mantel&#233; par les officiers de la marine. Des centaines d'hommes furent arr&#234;t&#233;s &#224; Valparaiso, &#224; Talcahuano, une centaine gard&#233;s en prison par leurs officiers et sauvagement tortur&#233;s. (&#8230;) Les putschistes agissaient d&#233;j&#224; comme en pays conquis et ce sont les hommes loyaux au gouvernement qui &#233;taient arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, emprisonn&#233;s. Et cela se savait publiquement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Eh bien, Allende resta solidaire &#8230; de l'&#233;tat-major !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il laissa la justice militaire inculper les marins pour &#171; manquement au devoir militaire &#187;, et il les pr&#233;senta comme des gauchistes manipul&#233;s par l'extr&#234;me droite. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 9 ao&#251;t, Allende appela, &#224; nouveau, les militaires au gouvernement. Les travailleurs furent surpris et d&#233;sorient&#233;s. Mais cette fois, la pr&#233;sence des militaires-ministres n'arr&#234;ta pas l'agitation des classes moyennes. Le ministre des Transports, le g&#233;n&#233;ral Ruiz, chef de l'arm&#233;e de l'air, refusa d'ailleurs tout net d'intervenir contre les camionneurs. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les deux mois qui s&#233;parent le coup d'Etat manqu&#233; du 29 juin et le coup d'Etat r&#233;ussi du 11 septembre, alors que l'arm&#233;e se pr&#233;parait quasi ouvertement &#224; renverser le gouvernement et qu'il &#233;tait manifeste qu'Allende avait choisi d'attendre l'in&#233;luctable coup d'Etat sans rien tenter pour l'emp&#234;cher, que tent&#232;rent les partis de l'Unit&#233; Populaire, quelle politique propos&#232;rent-ils &#224; leurs militants et &#224; la classe ouvri&#232;re ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Corvalan, le dirigeant du PC, se d&#233;fendait explicitement de vouloir armer les travailleurs. En juillet, il &#233;crivait dans &#171; El Siglo &#187;, l'organe du Parti Communiste : &#171; Les r&#233;actionnaires (&#8230;) affirment que nous avons pour politique de remplacer l'arm&#233;e de m&#233;tier. Non messieurs ! Nous continuons et nous continuerons &#224; d&#233;fendre le caract&#232;re strictement professionnel de nos institutions militaires. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Parti Socialiste comprenait fort bien que l'on allait &#224; la catastrophe. Son leader Carlos Altamirano, s'affirmait partisan &#224; la fois de l'armement des travailleurs et de l'appel &#224; la d&#233;sob&#233;issance dans l'arm&#233;e. Il pensait m&#234;me que c'&#233;tait la seule chance d'&#233;viter le massacre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il &#233;crira plus tard, mais il en &#233;tait d&#233;j&#224; convaincu &#224; l'&#233;poque : &#171; Le d&#233;veloppement et la mise en &#339;uvre d'une strat&#233;gie arm&#233;e au cours du processus r&#233;volutionnaire &#233;tait une chose tr&#232;s difficile. (&#8230;) Mais la voie pacifique dans le Chili de 1970-73 &#233;tait, elle, impossible. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il ne fit rien, hormis des discours combatifs. Et plus tard, il justifiera le PS en disant : &#171; Le PS fit ce qu'il put pour d&#233;velopper une strat&#233;gie qui assure l'autod&#233;fense du processus r&#233;volutionnaire (&#8230;) Aller plus loin aurait mis en p&#233;ril l'unit&#233; de la coalition gouvernementale et la stabilit&#233; du r&#233;gime. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au MIR, il a depuis des mois adapt&#233; sa politique &#224; l'&#233;mergence de courants plus radicaux au sein de l'Unit&#233; Populaire et en particulier du PS, et il n'a de ce fait pas non plus propos&#233; &#224; la classe ouvri&#232;re une politique s'opposant clairement &#224; la politique gouvernementale. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 ao&#251;t, le g&#233;n&#233;ral Prats qui refusait d'entrer dans le jeu des putschistes d&#233;missionna du gouvernement et de son commandement en chef de l'arm&#233;e, pour ne pas porter atteinte &#224; l'unit&#233; de l'arm&#233;e. Allende nomma le g&#233;n&#233;ral Pinochet commandant en chef &#224; la place de Prats. Pour renverser Allende, l'arm&#233;e n'aurait m&#234;me pas &#224; s'insurger. Il lui suffirait d'ob&#233;ir &#224; son commandant en chef. &lt;br class='autobr' /&gt;
De fait, fin ao&#251;t &#8211; d&#233;but septembre, l'arm&#233;e menait d&#233;j&#224; des actions de grande ampleur contre le gouvernement populaire et s'assurait le contr&#244;le de r&#233;gions enti&#232;res. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 5 septembre, six jours avant ke coup d'Etat, les cordons industriels envoient une lettre &#224; Allende qui est un appel dramatique &#224; agit tant qu'il est encore temps : (&#8230;) s'ils ne sont pas entendus &#171; il n'y aura pas de guerre civile dans le pays, mais un massacre, froid, planifi&#233;, de la classe ouvri&#232;re la plus consciente et la mieux organis&#233;e de toute l'Am&#233;rique latine. &#187; Leur lettre resta sans r&#233;ponse. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 10, les unit&#233;s de la marine quittent comme pr&#233;vu le port de Valparaiso, pour des man&#339;uvres avec la flotte am&#233;ricaine. Mais, dans la nuit du 10 au 11, la flotte chilienne regagne les ports apr&#232;s avoir jet&#233; &#224; la mer tous les marins et les officiers en d&#233;saccord avec le coup d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 11, peu apr&#232;s 6H30, Allende apprend que la marine s'est soulev&#233;e. (&#8230;) 1 8 heures, Allende, &#224; la radio, annonce qu'il y a un soul&#232;vement et appelle les travailleurs &#224; se rendre &#224; leurs postes de travail et &#224; conserver &#171; calme et s&#233;r&#233;nit&#233; &#187; : &#171; (&#8230;) Dans ces circonstances, j'ai la conviction que les soldats sauront remplir leur devoir. &#187; (&#8230;) Entre 8H et 9H30, Allende s'adresse cinq fois &#224; la population, mais jamais il ne l'appelle &#224; combattre les Forces Arm&#233;es. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Corvalan expliquera plus tard que : &#171; Pour lutter contre les putschistes, il n'avait pas manqu&#233; de combattants. Il y avait une volont&#233; de se battre. Mais une avant-garde responsable ne peut pas tenir compte de ce seul facteur. La v&#233;rit&#233; est que cette d&#233;termination &#224; se battre &#233;tait limit&#233;e par une impuissance r&#233;elle. &#187; (&#8230;.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les banlieues ouvri&#232;res, dans les entreprises, les travailleurs &#233;taient mobilis&#233;s, conform&#233;ment aux plans que les comit&#233;s de d&#233;fense avaient mis au point, et ils attendaient les consignes et surtout les armes. (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais jusqu'au bout, Allende a refus&#233; de s'appuyer sur la mobilisation de la classe ouvri&#232;re pour d&#233;truire l'arm&#233;e. (&#8230;) Et c'est en toute conscience qu'il a fait ce choix. D&#232;s 1971, il affirmait : &#171; Si certains croient qu'au Chili, un coup d'Etat de l'arm&#233;e se r&#233;duirait, comme dans d'autres pays latino-am&#233;ricains, &#224; un simple &#233;change de la garde, &#224; la Moneda, ils se trompent grossi&#232;rement. Chez nous, si l'arm&#233;e sort de la l&#233;galit&#233;, c'est la guerre civile. C'est l'Indon&#233;sie. Croyez-vous que les ouvriers se laisseront enlever leurs industries ? Et les paysans leurs terres ? Il y aura cent mille morts, ce sera un bain de sang. &#187; (&#8230;)&lt;br class='autobr' /&gt;
Blanqui au si&#232;cle dernier, qui, lui, fut un chef r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien (&#8230;) &#233;crivait : &#171; La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. Le crime aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233; comme guides et qui ont livr&#233; le peuple &#224; la r&#233;action. (&#8230;) Tra&#238;tres seraient les gouvernements qui, &#233;lev&#233;s sur le pouvoir populaire, ne feraient pas op&#233;rer &#224; l'instant m&#234;me le d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral des gardes bourgeoises, l'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Extraits du CLT de LO de septembre 1985&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de conclusion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de meilleure d&#233;monstration que les &#233;v&#233;nements du Chili pour prouver que le r&#233;formisme est incapable de se battre contre la bourgeoisie, qu'elle refuse toute action visant &#224; renverser l'ordre social, qu'elle ne fait que d&#233;sarmer la v&#233;ritable force de transformation de la soci&#233;t&#233;, le prol&#233;tariat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;formisme n'est pas seulement irr&#233;solu, contradictoire, passif, sans consistance. Il est aussi fondamentalement hostile &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne que la droite, ou que l'extr&#234;me droite. Ce n'est pas une question de personnalit&#233;s, de pays, de traditions, de circonstances. C'est une question de choix de classe. La gauche r&#233;formiste n'est pas dans le camp du prol&#233;tariat communiste r&#233;volutionnaire. Elle s'accroche &#224; une perspective &#171; d&#233;mocratique &#187; qui suppose que la bourgeoisie et son Etat soient d'accord. C'est une utopie. Quant au pacifisme pr&#233;tendu de cette gauche r&#233;formiste, elle n'est ferme qu'en direction des opprim&#233;s. Elle n'impose nullement le pacifisme aux classes oppresseuses et &#224; leur appareil d'Etat. Elle d&#233;sarme les travailleurs mais pas les militaires, les policiers, les forces paramilitaires et fascistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les militants de gauche, les militants r&#233;formistes politiques, syndicaux ou associatifs sont de bonne foi, ne veulent pas trahir leur classe, mais ils propagent une id&#233;ologie qui doit &#234;tre combattue, qui pi&#232;ge les travailleurs. Plus ces r&#233;formistes sont radicaux en parole, plus ils sont un danger pour les masses populaires. Quand celles-ci se mobilisent, les classes dirigeantes ne s'illusionnent pas. Elles savent que la guerre civile est in&#233;vitable. Ce sont les travailleurs qui ne le savent pas, auxquelles on sert des faux discours de l&#233;galisme, de professionnalisme et de neutralit&#233; de l'arm&#233;e, de traditions d&#233;mocratiques du pays et autres balivernes &#171; d&#233;mocratiques &#187;. La bourgeoisie n'a cure de respecter les &#233;lections, les lois, la d&#233;mocratie, les traditions, les neutralit&#233;s. Elle se sert g&#233;n&#233;ralement de tous ces pi&#232;ges et, d&#232;s que cela lui est n&#233;cessaire, elle balaie tous ces mensonges et d&#233;truit violemment tous les droits d&#233;mocratiques du prol&#233;tariat. On ne peut pas &#233;viter les confrontations de classe. Quand la situation les impose, le pire est de se d&#233;tourner devant ses responsabilit&#233;s ou de renoncer &#224; mettre en avant les perspectives r&#233;volutionnaires potentielles du prol&#233;tariat. Loin d'&#233;viter ainsi la confrontation, on ne fait que faciliter la violence fasciste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le respect des martyrs, chiliens et autres, ne consiste pas &#224; s'incliner devant les tromperies qui ont men&#233; &#224; la mort ces militants, ces travailleurs. Au contraire, il est indispensable qu'ils ne soient pas morts pour rien, que les le&#231;ons de leur combat courageux et h&#233;ro&#239;que soient diffus&#233;s aux nouvelles g&#233;n&#233;rations qui ne manqueront pas, un jour ou l'autre, de reprendre le combat contre les exploiteurs. Il n'y a pas de t&#226;che plus urgente que de diffuser ces le&#231;ons des luttes r&#233;volutionnaires du prol&#233;tariat ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Parti communiste, le MIR, le Parti Socialiste et Allende se sont, plus ou moins, revendiqu&#233;s du marxisme. Pourtant, l'un des axes les plus marquants de Marx comme de L&#233;nine est la nature de classe de l'Etat. L&#233;nine a rappel&#233; dans l'ouvrage fameux &#171; L'Etat et la r&#233;volution &#187; que l'Etat est au service de la classe dominante. Au service de quelle classe &#233;tait l'Etat &#224; l'&#233;poque o&#249; Allende gouvernait ? Poser la question, c'est d&#233;j&#224; y r&#233;pondre ! Et le terme de pouvoir populaire est l&#224; pour le cacher comme le terme de peuple camoufle des oppositions de classe. Il est remarquable que des &#171; marxistes &#187; expliquaient que l'appareil d'Etat est &#171; neutre &#187;, &#171; professionnel &#187;, &#171; l&#233;galiste &#187;, ou encore &#171; au service du peuple &#187; ! Cela signifie qu'ils s'interdisaient de toucher au principal rempart des classes dirigeantes. Cela veut dire que ces hommes &#171; de gauche &#187; n'&#233;taient pas des dirigeants du prol&#233;tariat. Et, dans ces circonstances de crise, l'opportunisme se transforme en trahison. Faire croire que le futur bourreau est un d&#233;fenseur, c'est lier les mains du prisonnier avant que le bourreau le tue ! Et c'est le r&#244;le que se sont attribu&#233;s les dirigeants de la gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit pas d'une erreur, d'un accident, d'une particularit&#233; locale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partout dans le monde, quand la crise devient r&#233;volutionnaire, quand les camps en pr&#233;sence, que leurs dirigeants le veuillent ou pas, doivent s'affronter et que l'une des classes, prol&#233;tariat ou bourgeoisie, doit &#233;craser l'autre, dans ce cas extr&#234;me, les r&#233;formistes ne sont JAMAIS dans la camp du prol&#233;tariat et TOUJOURS dans celui des exploiteurs. Il ne faut pas oublier cette le&#231;on sous peine de payer une fois de plus par des centaines ou milliers de morts cette le&#231;on essentielle. Les r&#233;volutionnaires ne sont pas des ennemis des travailleurs et des militants r&#233;formistes. Ils appartiennent &#224; la m&#234;me classe. Ils sont victimes des m&#234;mes exploiteurs, et &#233;ventuellement des m&#234;mes bourreaux. Mais ils ne d&#233;fendent pas les m&#234;mes perspectives et il ne sert &#224; rien de le cacher. R&#233;former le capitalisme, lui chercher des &#171; solutions &#187;, des &#171; accords &#187;, des &#171; compromis &#187;, des programmes de gouvernement bourgeois, des &#171; solutions &#187;, c'est proposer l'entente du renard et du poulailler. Cette politique aura toujours les m&#234;mes victimes. Ne pas en pr&#233;venir les travailleurs et les peuples, c'est se rendre complice des assassins. Se pr&#233;parer &#224; ces tromperies, c'est pr&#233;parer la victoire du prol&#233;tariat. Il faut choisir. C'est aujourd'hui, bien avant que le probl&#232;me de la r&#233;volution soit pos&#233;, qu'il faut former des militants r&#233;volutionnaires. Les programmes des organisations ont d'abord pour but la formation des militants. Les organisations qui ne visent pas au renversement de l'Etat bourgeois, au d&#233;sarmement des forces de r&#233;pression de la dictature de classe (m&#234;me quand elle se camoufle derri&#232;re les &#233;lections, la l&#233;galit&#233; et la d&#233;mocratie), nous pr&#233;parent des lendemains du m&#234;me type que celui du Chili en 1973, m&#234;me si par ailleurs elles ont un discours radical ou m&#234;me marxiste. Toutes les organisations qui, au nom du fait qu'il faut tenir compte de la situation, des reculs des masses, des reculs des organisations, des reculs de la conscience, pour modifier leur programme r&#233;volutionnaire et l'adapter, pr&#233;tendument, &#224; la situation, nous pr&#233;parent, en cas de d&#233;veloppement de crises sociales, &#224; des trahisons du m&#234;me type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de le&#231;on du pass&#233; qui aurait pu servir aux prol&#233;taires chiliens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le toast de Londres (Blanqui, 1851)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast ! Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui l'ont livr&#233; &#224; la r&#233;action. Mis&#233;rable gouvernement ! Malgr&#233; les cris et les pri&#232;res, il lance l'imp&#244;t des 45 centimes qui soul&#232;ve les campagnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es, il maintient les &#233;tats-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il court sus aux ouvriers de Paris ; le 15 avril, il emprisonne ceux de Limoges, il mitraille ceux de Rouen le 27 ; il d&#233;cha&#238;ne tous leurs bourreaux, il berne et traque tous les sinc&#232;res r&#233;publicains. Trahison ! Trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A lui seul, le fardeau terrible de toutes les calamit&#233;s qui ont presque an&#233;anti la R&#233;volution. Oh ! Ce sont l&#224; de grands coupables et entre tous les plus coupables, ceux en qui le peuple tromp&#233; par des phrases de tribun voyait son &#233;p&#233;e et son bouclier ; ceux qu'il proclamait avec enthousiasme, arbitres de son avenir. Malheur &#224; nous, si, au jour du prochain triomphe populaire, l'indulgence oublieuse des masses laissait monter au pouvoir un de ces hommes qui ont forfait &#224; leur mandat ! Une seconde fois, c'en serait fait de la R&#233;volution. Que les travailleurs aient sans cesse devant les yeux cette liste de noms maudits ! Et si un seul apparaissait jamais dans un gouvernement sorti de l'insurrection, qu'ils crient tous, d'une voix : trahison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discours, sermons, programmes ne seraient encore que piperies et mensonges ; les m&#234;mes jongleurs ne reviendraient que pour ex&#233;cuter le m&#234;me tour, avec la m&#234;me gibeci&#232;re ; ils formeraient le premier anneau d'une cha&#238;ne nouvelle de r&#233;action plus furieuse ! Sur eux, anath&#232;me, s'ils osaient jamais repara&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honte et piti&#233; sur la foule imb&#233;cile qui retomberait encore dans leurs filets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas assez que les escamoteurs de F&#233;vrier soient &#224; jamais repouss&#233;s de l'H&#244;tel de Ville, il faut se pr&#233;munir contre de nouveaux tra&#238;tres. Tra&#238;tres seraient les gouvernements qui, &#233;lev&#233;s sur les pavois prol&#233;taires, ne feraient pas op&#233;rer &#224; l'instant m&#234;me :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; - Le d&#233;sarmement des gardes bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; - L'armement et l'organisation en milice nationale de tous les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, il est bien d'autres mesures indispensables, mais elles sortiraient naturellement de ce premier acte qui est la garantie pr&#233;alable, l'unique gage de s&#233;curit&#233; pour le peuple. Il ne doit pas rester un fusil aux mains de la bourgeoisie. Hors de l&#224;, point de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les doctrines diverses qui se disputent aujourd'hui les sympathies des masses, pourront un jour r&#233;aliser leurs promesses d'am&#233;lioration et de bien-&#234;tre, mais &#224; la condition de ne pas abandonner la proie pour l'ombre. Les armes et l'organisation, voil&#224; l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif de progr&#232;s, le moyen s&#233;rieux d'en finir avec la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui a du fer, a du pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se prosterne devant les ba&#239;onnettes, on balaye les cohues d&#233;sarm&#233;es. La France h&#233;riss&#233;e de travailleurs en armes, c'est l'av&#232;nement du socialisme. En pr&#233;sence des prol&#233;taires arm&#233;s, obstacles, r&#233;sistances, impossibilit&#233;s, tout dispara&#238;tra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour les prol&#233;taires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la libert&#233;, par des phrases sonores d'avocat, il y aura de l'eau b&#233;nite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la mis&#232;re toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le peuple choisisse !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les beaux jours de l' &#171; Unit&#233; populaire &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soixante jours qui s&#233;parent l'&#233;lection du 4 septembre de l'installation d'Allende au palais de la Moneda sont donc essentiellement occup&#233;s par l'am&#233;nagement entre les partis bourgeois battus aux &#233;lections pr&#233;sidentielles et l'&#171; Unit&#233; populaire &#187; de la d&#233;fense de l'Etat bourgeois. L'&#171; Unit&#233; populaire &#187; n'a d'armes et de bagages que pour contenir et faire refluer les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, par crainte du processus r&#233;volutionnaire, affirme son respect de la l&#233;galit&#233;, elle ne baisse pas pour autant les bras : le patronat pendant ces deux mois d&#233;sorganise la production jusqu'&#224; la paralyser, par des lock&#8209;out g&#233;n&#233;ralis&#233;s. Les banques stoppent le cr&#233;dit, transf&#232;rent des sommes &#233;normes &#224; l'&#233;tranger, accentuent la hausse des prix, d&#233;clenchant panique et sp&#233;culation. On a calcul&#233; qu'en quelques semaines les latifundiaires ont vendu &#224; l'&#233;tranger &#8209; ill&#233;galement quelque 200 000 t&#234;tes de b&#233;tail. La caste des officiers li&#233;e au parti national et aux groupes complote et commence &#224; faire parler la poudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 22 octobre, le g&#233;n&#233;ral Schneider, commandant en chef de l'arm&#233;e, est tu&#233; dans un attentat ; El Mercurio, journal &#224; gros tirage de la bourgeoisie, insinue que c'est l'oeuvre du M.I.R., or le M.I.R. avait quelques jours auparavant d&#233;nonc&#233; la pr&#233;paration de l'attentat par les groupes fascistes. L'Unit&#233; populaire de son c&#244;t&#233; pleure le g&#233;n&#233;ral &#171; r&#233;publicain &#187; victime des groupes d'extr&#234;me droite. L'assassinat de Schneider permet notamment aux dirigeants du P.C.C. de c&#233;l&#233;brer le &#171; loyalisme &#187; des forces arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands secteurs de la bourgeoisie s'opposent &#224; la politique de l'extr&#234;me droite : l'heure n'est pas encore venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'issue d'un entretien avec Salvador Allende, le cardinal Silva Enriquez s'exclame : &#171; Vous pouvez compter sur moi, Pr&#233;sident. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 novembre, Allende pr&#234;te serment comme chef de l'Etat et assiste &#224; un Te Deum &#224; la cath&#233;drale de Santiago. Dieu est avec l'Unit&#233; populaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est soutenu par les masses exploit&#233;es et opprim&#233;es du Chili que le premier gouvernement de l'U.P, compos&#233; de quatre socialistes, trois communistes, trois radicaux, deux sociaux&#8209;d&#233;mocrates, un M.A.P.U., un A.P.I. et un ind&#233;pendant, entre en fonctions. Ce premier gouvernement va b&#233;n&#233;ficier d'un soutier. sans faille de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie pauvre. Les masses consid&#232;rent ce gouvernement comme &#171; leur &#187; gouvernement, Allende comme leur pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des couches illettr&#233;es, analphab&#232;tes, &#224; la ville mais surtout &#224; la campagne, vont &#234;tre gagn&#233;es par le microbe de la r&#233;volution. Des si&#232;cles de r&#233;action et d'obscurantisme se brisent. &#199;a va changer, pensent l'ouvrier et le paysan sans terre. Et ils attendent le changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les six premiers mois de la crise r&#233;volutionnaire chilienne, loin d'&#234;tre un round d'observation entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie, sont marqu&#233;s par un lent mais puissant d&#233;veloppement de l'action politique de la classe ouvri&#232;re. L'ouvrier fait confiance au &#171; camarade Allende &#187;, et se tourne vers le paysan pauvre, le petit commer&#231;ant, l'enseignant, l'&#233;tudiant et les entra&#238;ne vers la r&#233;volution pour la r&#233;alisation des t&#226;ches d&#233;mocratiques, la satisfaction des revendications. Les premi&#232;res mesures prises par le gouvernement de l'Unit&#233; populaire traduisent cette pression politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En novembre, c'est l'amnistie pour les prisonniers politiques qui profite aux militants gauchistes du M.I.R., qui sont lib&#233;r&#233;s. La hausse des tarifs d'&#233;lectricit&#233; est annul&#233;e. La S&#233;curit&#233; sociale est &#233;largie &#224; tous les travailleurs ; le programme de construction de 120 000 logements est mis en route, le gouvernement accorde des pr&#234;ts &#224; 8 000 petits propri&#233;taires de mines... et d&#233;cide la dissolution du &#171; Groupe mobile &#187; ha&#239; pour le transformer... en &#171; Unit&#233; des services sp&#233;ciaux &#187;, dont le r&#244;le consistera... &#224; venir en aide aux habitants des bidonvilles Ce qui en France signifierait changer le sigle des C.R.S., en leur fixant comme t&#226;che de prot&#233;ger la jeunesse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre, le gouvernement exproprie l'entreprise textile Bellavista&#8209;Tom&#233;, dont la production &#233;tait paralys&#233;e par le patron et qui &#233;tait occup&#233;e par les ouvriers ; des mesures de m&#234;me type sont prises dans quelques grands domaines latifundiaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est encore en d&#233;cembre que la C.U.T. signe un protocole d'accord avec le gouvernement qui annonce la participation des travailleurs &#224; l'int&#233;rieur des Caisses de pr&#233;vision sociale, et la constitution d'une Commission centrale des r&#233;mun&#233;rations, tripartite : gouvernement, travailleurs, patrons...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, c'est enfin en d&#233;cembre que le gouvernement souhaite bon No&#235;l aux actionnaires de la Compagnie des aciers du Pacifique, en signant avec eux un accord qui pr&#233;voit le rachat, &#224; bon prix, de 57 millions d'actions...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des dizaines de milliers d'&#233;tudiants volontaires partent dans le Sud pour alphab&#233;tiser les paysans, construire, donner des soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Augmentation des salaires, des retraites, blocage du prix du pain, du lait, les mesures ponctuelles du gouvernement se multiplient ; nul ne s'y trompe, ni les dirigeants de l'U.P. ni la bourgeoisie chilienne : c'est le moins qu'on puisse faire, face &#224; une mobilisation aussi large, aussi profonde. Calmement, mais sans attendre, les paysans sans terre occupent les domaines, convaincus qu'ils appliquent la volont&#233; politique du gouvernement : le ministre de l'Agriculture, Jacques Chonchol, doit monter en premi&#232;re ligne et s'installe dans la province du Cantin, zone mapuche, pour tenter de canaliser, de freiner le processus. Mais rien n'y fait, la campagne bascule tout d'un bloc dans la r&#233;volution. Le gouvernement recule. Dans les villes, la situation est identique. La classe ouvri&#232;re se sent forte ; le gouvernement acc&#233;l&#232;re les op&#233;rations de rachat d'actions et de nationalisations. En janvier, ce sont les mines de charbon, en avril, les mines de fer, en mars, les fabriques de ciment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections municipales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril. C'est le premier rendez&#8209;vous &#233;lectoral depuis l'&#233;lection d'Allende, avec les &#233;lections municipales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, l'U.P. obtenait 36,3 % des suffrages. Le 4 avril, l'U.P. obtient la majorit&#233; absolue avec 50,87 % des suffrages !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etudions de plus pr&#232;s ces r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le P.S. passe de 12,2 % des voix qu'il avait obtenues en 1969 &#224; 22,89 %. Le P.C. passe de 15.9 % &#224; 17,36 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'inverse, les partis bourgeois de la coalition de l'U.P. s'effritent au feu de la lutte des classes. Les radicaux perdent 80 000 &#233;lecteurs, soit plus de 5 % des suffrages avec 8,18 %. Le parti de l'Eglise avait obtenu 24,8 % aux &#233;lections de 1969, son candidat Tomic 27,8 % aux pr&#233;sidentielles ; le 4 avril, les d&#233;mocrates&#8209;chr&#233;tiens se retrouvent avec 26,28 % et la m&#234;me d&#233;saffection marque le parti national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kissinger avait d&#233;clar&#233; en octobre 1970 : &#171; Les &#233;lections, en pla&#231;ant au pouvoir Allende, vont poser les probl&#232;mes majeurs pour nous et pour les forces d&#233;mocratiques en Am&#233;rique latine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secr&#233;taire d'Etat am&#233;ricain ne croyait pas si bien dire, et le r&#233;sultat des &#233;lections municipales effraie les dirigeants des partis bourgeois chiliens, comme ceux de l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvriers, paysans, petits bourgeois des villes et des campagnes, ont vot&#233; contre les partis bourgeois, y compris ceux qui se r&#233;fugient dans l'U.P. gr&#226;ce au P.S. et au P.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors que le P.C. et le P.S. avaient abord&#233; ces &#233;lections sans agitation particuli&#232;re, ils obtiennent plus de 40 % des voix, alors que l'U.P. a la majorit&#233; absolue. Au m&#234;me moment, une &#233;lection s&#233;natoriale partielle se d&#233;roule dans le Sud, traditionnellement favorable &#224; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne : le candidat du P.S. obtient 52 % contre 31 % au candidat cl&#233;rical. Les paysans votent en occupant les domaines et se rallient aux partis ouvriers, qui leur promettent la r&#233;forme agraire. Les ouvriers votent pour les partis ouvriers qui affirment vouloir Marcher au socialisme, &#224; l'exclusion des partis bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tension commence &#224; monter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de ces &#233;lections qui marquent la premi&#232;re phase de la crise r&#233;volutionnaire chilienne, la bourgeoisie chilienne resserre ses rangs, et le parti national lance un appel &#224; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, &#171; pour l'union des forces d'opposition &#187;, alors que l'imp&#233;rialisme U.S. commence &#224; brandir la menace du blocus &#233;conomique. Le 11 juillet, le Parlement vote &#224; l'unanimit&#233; la nationalisation des grandes mines de cuivre par une loi r&#233;formant la Constitution. Sept jours plus tard &#8209; lors d'une nouvelle &#233;lection partielle &#8209; le parti national et la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, unis, l'emportent. Alors que les dirigeants de l'U.P. contiennent la mobilisation des masses dans le cadre de la l&#233;galit&#233;, la bourgeoisie refait son unit&#233; et se pr&#233;pare &#224; combattre la r&#233;volution, min&#233;e de l'int&#233;rieur par le front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais o&#249; en est l'&#233;conomie chilienne en 1971 ? Le pays s'est remis an travail, et s&#233;rieusement. Les hausses de salaire ont donn&#233; un coup de fouet &#224; la consommation int&#233;rieure qui s'&#233;largit consid&#233;rablement. La production des biens de consommation monte en fl&#232;che :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+ 30 % pour les p&#226;tes ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+ 9 % pour le lait condens&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;+ 81,3 %. pour le sucre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me pour la production mini&#232;re qui, de 1970 &#224; 1971, cro&#238;t dans d'importantes proportions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cuivre : + 10,3 %&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;charbon : + 6,3 %&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;salp&#234;tre : + 50 % ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;plus le p&#233;trole : + 5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1971 est une bonne ann&#233;e pour le patronat qui conserve la majeure partie de ses positions et dont l'U.P. garantit la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Pedro Vuskovic, ministre de l'Economie, peut annoncer pour l'ann&#233;e 1971 une augmentation de 8 % du produit national brut, soit le chiffre le plus &#233;lev&#233; des derni&#232;res quinze ann&#233;es, et une croissance industrielle sup&#233;rieure &#224; 10 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alain Joxe, dans son livre Le Chili sous Allende, peut &#233;crire : &#171; Le bilan de la premi&#232;re ann&#233;e, sur le plan &#233;conomique, est donc l'un des plus positifs que l'on ait enregistr&#233; depuis dix ans au Chili. La relance profite &#224; la fois aux salari&#233;s et aux industriels, aux ouvriers et aux bourgeois, aux producteurs et aux commer&#231;ants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En fait, c'est une vue superficielle : l'inflation donne cette apparence trompeuse. Il va falloir que l'une ou l'autre des classes paie. Pour l'instant : la classe ouvri&#232;re a arrach&#233; droits et positions. La bourgeoisie, elle, a maintenu la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, l'Etat bourgeois, sous l'impulsion et le contr&#244;le de l'Unit&#233; populaire, en m&#234;me temps qu'elle a accru son taux de profit. En outre, les &#233;ch&#233;ances sont diff&#233;r&#233;es. Cela ne peut durer ainsi. Dans les mois et les ann&#233;es qui viennent, les &#233;ch&#233;ances devront &#234;tre acquitt&#233;es par l'une ou l'autre classe tant sur le plan &#233;conomique que sur le plan politique. Ce sont seulement les classes exploit&#233;es qui peuvent avoir des illusions &#224; ce sujet, que l'Unit&#233; populaire entretient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe dominante n'a aucune illusion sur a signification politique de la situation qui ne peut durer. D&#232;s cette &#233;poque, elle s'oriente vers la pr&#233;paration d'un affrontement direct avec la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 juillet, 6 000 m&#233;nag&#232;res se r&#233;unissent au stade &#171; Chile &#187; et exigent des mesures contre les sp&#233;culateurs et les pr&#233;varicateurs qui organisent hausse des prix alimentaires et march&#233; noir. Le ministre de l'Economie Vuskovic lance l'id&#233;e des J.A.P., collectifs populaires de contr&#244;le du ravitaillement et des prix. Pour le ministre, il s'agit d'une &#171; id&#233;e &#187;, les masses, elles, vont s'emparer de la forme et lui donner un contenu d'organismes &#171; ad hoc &#187; charg&#233;s d'organiser le ravitaillement, de contr&#244;ler les prix, de chasser sp&#233;culateurs et organisateurs du march&#233; noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De part et d'autre, pour le prol&#233;tariat et pour la bourgeoisie, la lutte s'intensifie, traversant toutes les organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 juillet, une scission affecte la d&#233;mocratie chr&#233;tienne en r&#233;action &#224; son rapprochement avec le parti national. La Gauche chr&#233;tienne rallie l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les &#171; sceptiques &#187; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le m&#234;me jour, le parti radical fait scission. L'aile centriste forme le P.I.R. qui demeure dans l'U.P. alors que le parti radical rejoint la d&#233;mocratie chr&#233;tienne. Quant au M.I.R., qui forme la garde personnelle d'Allende, il d&#233;nonce le &#171; r&#233;formisme de l'U.P. &#187; qu'il soutient, tout en critiquant telle ou telle mesure jug&#233;e par lui insuffisante : il n'emp&#234;che, les faits sont t&#234;tus, le M.I.R. critique l'U.P., mais il y participe et c'est bien l&#224; l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Note :Comme l'a remarqu&#233; le lecteur, nous n'&#233;voquons pas l'action du M.I.R. Dans un autre chapitre consacr&#233; &#224; l'analyse du &#171; Front populaire de combat &#187; nous analyserons son action.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t, septembre, la tension monte au Chili, alors que le gouvernement am&#233;ricain coupe certains cr&#233;dits. Les compagnies am&#233;ricaines et la C.I.A. s'engagent ouvertement sur la voie du sabotage &#233;conomique, du sabotage tout court en finan&#231;ant des groupes d'extr&#234;me droite, en multipliant les provocations. Au Parlement, les partis bourgeois majoritaires s'opposent aux projets gouvernementaux, et s'attaquent au ministre de l'Economie Vuskovic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende dans une adresse au Parlement expose avec lucidit&#233; l'enjeu de la bataille dans laquelle son gouvernement est engag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir fait r&#233;f&#233;rence &#224; la r&#233;volution d'Octobre de 1917 et y avoir oppos&#233; le mod&#232;le &#171; chilien vers le socialisme &#187;, il s'attaque d'abord aux &#171; sceptiques &#187;, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire aux militants, travailleurs et jeunes qui commencent &#224; s'interroger sur l'unit&#233; populaire&#8209;front populaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les sceptiques disent que cela est impossible. Ils disent qu'un Parlement qui a si bien servi les int&#233;r&#234;ts des classes dominantes ne pourra pas changer et devenir le Parlement du peuple chilien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'apr&#232;s eux, les forces arm&#233;es et les carabiniers, soutiens de l'ordre institutionnel que nous avons d&#233;pass&#233;, n'accepteraient pas de garantir la volont&#233; du peuple et de construire le socialisme dans notre pays. Ils oublient la conscience patriotique, la tradition professionnelle, et la soumission au pouvoir qui sont propres &#224; nos forces arm&#233;es et &#224; notre police [ ... ]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s avoir garanti le Parlement, l'arm&#233;e et la police, d&#233;nonc&#233; les &#171; sceptiques &#187;, Allende se tourne vers les commis parlementaires de la bourgeoisie pour les mettre en garde contre toute &#171; irresponsabilit&#233; &#187; qui pourrait d&#233;cha&#238;ner la temp&#234;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il est de mon devoir de lancer un avertissement face aux dangers qui peuvent menacer notre &#233;mancipation. Le chemin qui nous est trac&#233; par notre tradition et notre conscience collective pourrait &#234;tre radicalement boulevers&#233;. Le danger, c'est la violence d&#233;cha&#238;n&#233;e contre la d&#233;cision du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si notre gouvernement suit son cours normal et que les conqu&#234;tes des travailleurs sont menac&#233;es par la violence interne ou externe, par n'importe quelle sorte de violence physique, &#233;conomique, sociale ou politique, la continuit&#233; institutionnelle, l'Etat de droit, les libert&#233;s politiques et le pluralisme courraient un tr&#232;s grave danger. Dans ce cas, le combat pour l'&#233;mancipation sociale et pour la libre d&#233;termination de notre peuple adopterait obligatoirement des formes autres que celles que nous nommons, avec un r&#233;alisme historique et un l&#233;gitime orgueil, la voie chilienne vers le socialisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Prenez garde, messieurs de la bourgeoisie, la classe ouvri&#232;re et la paysannerie peuvent balayer l'Etat de droit si vous vous opposez frontalement &#224; nous qui tentons de les canaliser...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Classique discours d'un social&#8209;d&#233;mocrate &#224; la t&#234;te de la contre&#8209;r&#233;volution de l'unit&#233; populaire&#8209;front Populaire. La bourgeoisie comprend l'avertissement : elle augmente sa pression, combat, mais &#224; l'abri de l'unit&#233; populaire&#8209;front populaire. Elle ne s'affronte pas encore directement aux masses : sa presse, ses partis, ses parlementaires aiguillonnent du geste et de la voix les dirigeants de l'U.P. pour qu'&#171; ils &#187; s'acquittent de cette t&#226;che : leur t&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re ann&#233;e est consacr&#233;e par la bourgeoisie &#224; refaire son unit&#233;, &#224; surmonter sa frayeur, testant les dirigeants de l'U.P., appr&#233;ciant leur capacit&#233; &#224; contenir la r&#233;volution, &#224; prot&#233;ger l'Etat bourgeois, r&#233;organisant ses troupes, se disposant, prot&#233;g&#233;e par le gouvernement Allende, &#224; croiser &#224; une deuxi&#232;me &#233;tape le fer avec la classe ouvri&#232;re et les masses opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la classe ouvri&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, elle, a fortifi&#233; ses positions, &#233;largi son intervention politique, multipli&#233; ses liens avec la paysannerie pauvre, for&#231;ant les barrages de la division plac&#233;s par les dirigeants du P.C. et du P.S. L'ann&#233;e 1971 pour la classe ouvri&#232;re, c'est le temps n&#233;cessaire pour appr&#233;cier l'attitude exacte des dirigeants de l'U.P. en qui elle a plac&#233; sa confiance. L'ann&#233;e 1971, c'est &#233;galement l'ann&#233;e des illusions : les masses veulent le changement radical. Les dirigeants de l'U.P. le promettent dans leurs discours, ils ne peuvent pas faire autrement, mais dans la r&#233;alit&#233; tendent la main &#224; la bourgeoisie d&#233;s&#233;quilibr&#233;e par l'irruption des masses dans la vie politique, et prot&#232;gent l'Etat de droit, l'Etat de fait, A la fin de cette ann&#233;e, la classe ouvri&#232;re s'impatiente. D&#233;j&#224;, les prix flambent, la sp&#233;culation fait rage, la hausse des prix attaque les salaires... Quelque chose ne va pas, se dit l'ouvrier ; Allende est depuis un an &#224; la Moneda, et les patrons sont toujours au pouvoir. Que se passe&#8209;t&#8209;il ? s'inqui&#232;te le paysan, ils parlent de r&#233;forme agraire, et l'essentiel de la terre reste aux mains des gros propri&#233;taires terriens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le gouvernement de l'U.P. tente de coiffer la r&#233;volution &#224; la campagne, pour la freiner, et forme des conseils paysans charg&#233;s d'appliquer la r&#233;forme agraire. Les conseils dans bien des cas s'&#171; &#233;cartent &#187; de la loi et exproprient purement et simplement les fundos. Dans certains secteurs, les paysans &#233;lisent directement les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#224; ces conseils. J.A.P. &#224; la ville, conseils &#224; la campagne : pour r&#233;soudre les probl&#232;mes de la r&#233;volution, les masses tentent de se doter de comit&#233;s qui les rassemblent pour agir. Dans la r&#233;gion du Cantin, 72 % de la population est mapuche, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire indienne. La r&#233;forme agraire est ici doublement souhait&#233;e : pour vivre il faut la terre, et les propri&#233;taires latifundiaires viennent du Nord et sont ressentis comme des &#233;trangers colonisateurs. Les paysans pauvres d&#233;bordent le cadre de la loi qui permet le rachat ou l'expropriation jusqu'&#224; concurrence de 80 hectares de terres irrigu&#233;es. Les terres du Sud ne sont pas irrigu&#233;es. L'&#233;quivalent de 80 hectares de terres irrigu&#233;es est dans cette r&#233;gion des domaines de centaines d'hectares. Les Mapuches oublient la loi et exproprient &#224; l'appel de leurs conseils paysans. Les propri&#233;taires se r&#233;clament de la loi, tirent, tuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 octobre, le militant paysan mapuche Huentelaf, membre du M.I.R., est abattu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'Int&#233;rieur condamne... les occupations de domaine. Les faits entrent en contradiction avec les illusions que l'Unit&#233; populaire entretient parmi les masses. Mais, en l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire, ces illusions subsistent comme un brouillard trou&#233; de temps en temps par des &#233;claircies niais qui rapidement s'obscurcissent. D'autant que le parti le plus radical situe son action dans le cadre de l'Unit&#233; populaire source des illusions des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la ville, dans les entreprises, l'ann&#233;e se termine mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 1er d&#233;cembre, les ma&#238;tresses de maison organisent une &#171; marche des casseroles vides &#187; &#224; Santiago. La bourgeoisie descend dans la rue en mobilisant les femmes des beaux quartiers et les domestiques. Elles sont 20 000, encadr&#233;es et prot&#233;g&#233;es par les groupes fascistes et les milices arm&#233;es de &#171; Patrie et Libert&#233; &#187;. Le cort&#232;ge se heurte aux carabiniers. La droite organise une campagne nationale de d&#233;nonciation. Le gouvernement se tait. Le 22 d&#233;cembre, le Congr&#232;s vote un projet de r&#233;forme de la Constitution pr&#233;sent&#233; par la d&#233;mocratie chr&#233;tienne dont l'objet est de d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 d&#233;cembre, les mineurs de cuivre de Chiquicainata exigent un rajustement des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette atmosph&#232;re tendue que s'ouvre l'ann&#233;e 1972. Crises parlementaires et extra&#8209;parlementaires succ&#233;deront &#224; des p&#233;riodes de d&#233;tente. Sans rel&#226;che, la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, le parti national, l'oligarchie terrienne, soutenue par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, attaquent, exigeant toujours plus de soumission des dirigeants de l'U.P. Mais cette ann&#233;e marque l'entr&#233;e d'un nouvel acteur sur la sc&#232;ne de la r&#233;volution chilienne. L'arm&#233;e intervient, via la caste des officiers, dans les affaires civiles : en mars, &#224; l'appel de l'U.P., un g&#233;n&#233;ral devient ministre. Ministre des Mines. Plus qu'un symbole, cette nomination &#233;claire avec quel cynisme les b&#226;tisseurs de l'U.P. sont pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre l'Etat de droit, en faisant appel contre les travailleurs des mines, contre le prol&#233;tariat chilien, &#224; la caste des officiers r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de janvier, le 16, des &#233;lections partielles se d&#233;roulent dans les provinces de Colchagua, O'Higgins et Linar&#232;s : elles sont favorables &#224; l'opposition de droite. Ouvriers et paysans s'inqui&#232;tent de ce qui leur appara&#238;t comme des &#171; fautes &#187;, des &#171; erreurs &#187; du gouvernement devant l'offensive de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la base dans les entreprises, les partis, les syndicats, les discussions se multiplient. Que font&#8209;ils dans les &#233;tats&#8209;majors ? Qu'attendent&#8209;ils pour pousser plus loin la r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les campagnes, l'&#233;veil de la conscience politique de milliers de paysans pauvres se manifeste par une pression directe sur les organisations de l'U.P., par des tendances tr&#232;s nettes &#224; d&#233;border le cadre de la pseudo-r&#233;forme agraire du gouvernement. Dans la province de Linar&#232;s, un manifeste est adopt&#233;, sign&#233; par tous les partis de l'U.P., le M.I.R. et le conseil provincial paysan. Ce document ne remet pas en cause la politique de l'U.P. sur la question d&#233;terminante de l'Etat, mais manifeste tr&#232;s nettement la radicalisation politique de la lutte des classes &#224; la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les mots d'ordre mis en avant, relevons :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*l'&#233;limination imm&#233;diate des latifundiaires ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*rabais de 80 &#224; 40 hectares pour la limite d'expropriation des domaines ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* la terre expropri&#233;e ne doit pas &#234;tre pay&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*impulser les conseils paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manifeste qui se conclut par la formule &#171; A L'ATTAQUE &#187;, est imm&#233;diatement d&#233;savou&#233; par la direction nationale du P.C. : il n'emp&#234;che que le repr&#233;sentant du P.C. &#224; Linar&#232;s l'a sign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les dirigeants de l'U.P. d&#233;cident d'agir... et se r&#233;unissent en s&#233;minaire dans une maison de campagne, &#224; El Arrayan, au pied de la Cordill&#232;re des Andes. Le texte connu comme &#171; Document d'El Arrayan &#187; est une sorte d'autocritique de l'action de l'U.P. depuis le 4 septembre 1970. Loin de d&#233;cider de rompre la coalition avec les partis bourgeois, de s'engager dans la voie que veulent et que cherchent les masses, le document est en r&#233;alit&#233; un document de critique des masses par les appareils du P.C. et du P.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;nonc&#233; p&#234;le&#8209;m&#234;le le &#171; sectarisme &#187;, le &#171; bureaucratisme &#187; qui r&#232;gnent dans l'appareil d'Etat, le document adopt&#233; s'oppose nettement &#224; l'action des masses r&#233;volutionnaires : &#171; Nous r&#233;affirmons notre politique contraire &#224; l'occupation sans discrimination de domaines qui met en difficult&#233; le processus de la r&#233;forme agraire et ne r&#233;sout pas les probl&#232;mes des paysans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir ainsi douch&#233; les paysans en lutte contre les latifundiaires, les dirigeants de l'U.P. mettent l'accent sur l'insuffisante &#171; mobilisation et niveau de conscience des masses &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, il suffit de traduire ces formulations pour trouver l&#224; un leitmotiv des dirigeants des partis ouvriers engag&#233;s dans la d&#233;sastreuse politique de l'unit&#233; populaire&#8209;front populaire : les masses sont insuffisamment mobilis&#233;es lorsqu'elles agissent concr&#232;tement contre le pouvoir du capital &#224; la ville et &#224; la campagne ; leur action est marqu&#233;e par un &#171; niveau de conscience &#187; d'autant plus d&#233;testable qu'il pose les probl&#232;mes politiques les plus &#233;lev&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende en personne descend dans l'ar&#232;ne, tan&#231;ant certains dirigeants du P.S. sensibles aux critiques de la base, soutenu et f&#233;licit&#233; par Corvalan, qui ne bouge pas d'un pouce et s'oppose avec fermet&#233; &#224; tout ce qu'il nomme des actions &#171; gauchistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d'une rencontre entre le pr&#233;sident Allende et les repr&#233;sentants de cinq f&#233;d&#233;rations paysannes, Anselmo Cancino, d&#233;l&#233;gu&#233; &#233;lu du conseil paysan de la province de Linar&#232;s, se fait prendre &#224; partie en ces termes par le pr&#233;sident :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ALLENDE : Occuper des terres, c'est violer un droit. Et les travailleurs doivent comprendre qu'ils font partie d'un processus r&#233;volutionnaire, que nous sommes en train de r&#233;aliser avec le mini. muni de souffrances, le minimum de morts, le minimum de faim. Pensez&#8209;y. Si on agissait de la m&#234;me fa&#231;on avec les entreprises importantes que nous voulons nationaliser &#8209; il y a 35 000 entreprises &#8209; qu'est&#8209;ce qui se passerait si nous avions l'intention de les contr&#244;ler toutes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; CANCINO : Le changement, companero presidente...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ALLENDE : Non, le chaos. J'ai l'obligation de vous montrer que vous vous trompez. Le probl&#232;me ne r&#233;side pas seulement dans la forme de propri&#233;t&#233;, mais aussi dans la production. Il y a des pays socialistes comme la Bulgarie dans lesquels un grand pourcentage de la terre appartient au secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union populaire et la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dialogue illustre parfaitement l'opposition naissante entre les sommets de l'U.P, et la base ; entre l'unit&#233; populaire&#8209;front populaire qui bavarde sur le socialisme pour mieux prot&#233;ger le capital&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et les masses exploit&#233;es et opprim&#233;es qui tentent de faire des pas significatifs dans la voie du succ&#232;s contre la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Face &#224; un tel soutien de l'U.P., la bourgeoisie soutenue par l'imp&#233;rialisme s'enhardit, accentuant sa pression au Parlement mondial o&#249; elle est majoritaire, et dans les conseils d'administration, o&#249; elle I'est &#233;galement : sabotage, stockage des produits alimentaires, campagne men&#233;e par les grands groupes en direction des petits industriels et commer&#231;ants qui h&#233;sitent... Le 3 f&#233;vrier s'ouvrent &#224; Paris les n&#233;gociations sur le Paiement de la dette chilienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La tension monte. Sous la pression conjugu&#233;e de la lutte des masses et du combat de la bourgeoisie, la coalition de l'U.P. commence &#224; se disloquer. A l'int&#233;rieur de l'U.P.&#8209;F.P., l'A.P.I., le P.I.R. (radicaux), les sociaux&#8209;d&#233;mocrates se regroupent face au P.C. et au P.S., lorgnant ouvertement vers la d&#233;mocratie chr&#233;tienne. C'est ainsi que le ministre de la Justice, leader du P.I.R., engage des n&#233;gociations avec la D.C. Les concessions faites sont telles que l'U.P. le d&#233;savoue : il d&#233;missionne... et le P.I.R. quitte l'U.P. Au m&#234;me moment, un complot militaire foment&#233; par deux officiers &#224; la retraite, le major Marshal et le g&#233;n&#233;ral Comboa, est d&#233;masqu&#233;. Le Washington Post r&#233;v&#232;le dans une s&#233;rie d'articles l'existence d'un plan de &#171; d&#233;stabilisation &#187; d&#233;fini par le trust I.T.T.. en liaison avec le C.I.A., mis en pratique avec la b&#233;n&#233;diction du prix Nobel de la paix... Henry Kissinger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La tension monte : la presse est pleine de rumeurs de complots, de coups d'Etat militaires. C'est &#224; ce moment qu'Allende modifie son cabinet et y fait entrer, pour la premi&#232;re fois, un militaire. L'Unit&#233; populaire s'&#233;largit &#224; la caste des officiers r&#233;actionnaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite plastronne et appelle la bourgeoisie et la petite bourgeoisie &#224; descendre dans la rue pour d&#233;fendre la &#171; d&#233;mocratie &#187;. Le 11 avril, ils sont 200 000 &#224; manifester devant une tribune o&#249; si&#232;gent les chefs de la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, dont Frei, ceux du parti national, de la d&#233;mocratie radicale et de &#171; Patrie et Libert&#233; &#187;. La particularit&#233; de cette manifestation ? La pr&#233;sence visible, spectaculaire, de groupes militaires du parti fasciste &#171; Patrie et Libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pression des militants, le gouvernement d&#233;cide une riposte. Le 18 avril, 400 000 manifestants d&#233;filent dans une marche de la Patrie, en lieu et place, de la manifestation fasciste... La presse bourgeoise s'inqui&#232;te : c'est la plus imposante manifestation ouvri&#232;re depuis l'accession d'Allende &#224; la Pr&#233;sidence. Allende parle longuement. I.T.T. est la cible de son discours. Il annonce la mise sous s&#233;questre des biens du groupe nord&#8209;am&#233;ricain, et Puis... rien. L'U.P. se poursuit ; &#224; la tribune, le Ministre des Mines, g&#233;n&#233;ral de l'Aviation salue les manifestants...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la Pression conjointe des forces r&#233;actionnaires traditionelles, de l'U.P., malgr&#233; l'unit&#233; du P.C. et du P.S. contre les masses, malgr&#233; la r&#233;pression des propri&#233;tairezs latifundiaires qui ne cesse pas, ouvriers et paysans accentue leur action. T&#233;moin cette lettre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au camarade Allende,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous vous adressons cette demande, camarade Pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous avons demand&#233; l'expropriation du fundo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous sommes huit camarades qu'ils ont menac&#233;s de mort. Nous sommes p&#232;res de famille et n'avons plus rien pour vivre que d'aller par les chemins, vie douloureuse et triste pour nos enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous voulions l'expropriation &#171; &#224; portes ferm&#233;es &#187; sans paiement d'indemnit&#233; au patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jeudi 20, &#224; 5 heures du matin, avec le sang que nous avons vers&#233; , nous avons bien assez pay&#233; le fundo. Ils nous ont attach&#233; les pieds et les mains avec du fil de fer barbel&#233;, pui &#224; 6 heures du matin, ils ont amen&#233; notre drapeau chilien, nous avons vu comment ils le pi&#233;tinaient. Ils finirent par le br&#251;ler jusqu'&#224; ce qu'il n'en reste ni feu, ni cendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment les momios peuvent-ils brandir des armes de toutes esp&#232;ces, et nous, avec nos mains nues, lutter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Signent les inquilinos et les afuerinos U.C.R. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la ville, la classe ouvri&#232;re accentue &#233;galement sa pression , cherchant les moyens politiques d'approfondir son action, de maintenir ses conqu&#234;tes en allant de l'avant ; les J.A.P. se chargent &#224; cette p&#233;riode d'un contenu r&#233;volutionnaire pr&#233;sovi&#233;tique. Les attributions vagues et mal d&#233;finies de ces comit&#233;s dont l'horizon se limite aux quartiers, &#224; la lutte pour le contr&#244;le des prix, sont dans la pratique largement &#233;largies et modifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre de l'Economie le reconna&#238;t et d&#233;clare&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au cours de ce d&#233;veloppement, les J.A.P. sont en train de prendre la signification suivante : en d&#233;finitive c'est le pouvoir populaire qui est en train de surgir de la base et &#224; partir duquel la nature m&#234;me de l'Etat ira en se transformant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233; est diff&#233;rente. Les J.A.P. ne modifient pas la nature de l'Etat bourgeois, mais posent le probl&#232;me d'un autre Etat, d'un autre pouvoir. En fait les J.A.P. vont pendant cette p&#233;riode cristalliser la tendance des masses &#224; l'auto-organisation. Dans les J.A.P. se d&#233;veloppe &#224; travers l'exp&#233;rience pratique &#8209; lutte contre les sp&#233;culations, contr&#244;le des commer&#231;ants, chasse au stockage des marchandises, saisies &#8209; comme &#224; travers les d&#233;bats politiques qui sont men&#233;s essentiellement par les militants de la C.U.T., du P.C. et du P.S. et du M.I.R., la n&#233;cessit&#233; pour la classe ouvri&#232;re de la date(???) de comit&#233;s &#171; ad hoc &#187;, pour r&#233;gler les t&#226;ches de la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;. Les J.A.P. annoncent en fait les &#171; cordons industriels &#187; qui se formeront dans quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de conscience dans la classe ouvri&#232;re du fait que l'U.P.&#8209;front populaire tourne le dos au socialisme ne s'effectue pas de fa&#231;on id&#233;ologique : confront&#233;s &#224; l'inflation, &#224; la hausse des prix, militants et ouvriers s'interrogent, cherchent des solutions, utilisant les J.A.P. pour agir contre la r&#233;action, s'adressant dans le m&#234;me temps aux &#171; sommets &#187;, au gouvernement de Salvador Allende. Ainsi, cette lettre du dirigeant J.A.P. de la Granja :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous voulons demander, avec tout notre respect, aux autorit&#233;s, qu'elles nous expliquent l'origine de ces hausses, car dans le programme de l'Unit&#233; populaire, il est dit que si hausse il doit y avoir, il faut qu'elle soit tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment justifi&#233;e et qu'on consulte d'abord les travailleurs, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire les syndicats, les pobladores, les centres de m&#232;res, et la v&#233;rit&#233;, camarades, c'est qu'ici personne n'a rien expliqu&#233; &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous croyons qu'on ne peut pas continuer dans cette voie. Un balai dans notre quartier, &#231;a vaut 70 escudos, &#199;a monte &#224; des prix incroyables. Les sp&#233;culateurs veulent faire leur pelote. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrogations, critiques, suggestions... L'ann&#233;e 1972 est celle de la maturation dans la classe ouvri&#232;re et la paysannerie pauvre. L'euphorie n'est plus de mise, pas plus que la confiance inconditionnelle dans l'U.P. Cette tension politique se manifeste par une vague de gr&#232;ves que le gouvernement, malgr&#233; l'accord. pass&#233; avec la C.U.T., ne parvient pas &#224; enrayer : ainsi, 1763 gr&#232;ves &#233;clateront le premier semestre de 1972, contre 1261 pendant le premier semestre de 1971...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au sein de la C.U.T. elle&#8209;m&#234;me, ces processus politiques s'expriment lors des &#233;lections de juin. Le P.S. et surtout le P.C. cherchent &#224; rallier &#224; l'U.P. les quelques syndicats ind&#233;pendants de la d&#233;mocratie chr&#233;tienne. Le scrutin a lieu par listes pr&#233;sent&#233;es directement par les partis. Les r&#233;sultats sont signifi&#173;catifs des processus interne &#224; la classe ouvri&#232;re. Le P.C. passe de 50 % &#224; 30 % des voix. le P.S. progresse et obtient 26.5% ; quant &#224; la D.C., elle gagne plus de 50 % des voix avec 26.1% des suffrages exprim&#233;s. Le M.I.R. alli&#233; &#224; la Gauche chr&#233;tienne n'obtient que... 3 % et un &#233;lu sur les trente&#8209;cinq membres du conseil g&#233;n&#233;ral qui constitue la direction nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces r&#233;sultats indiquent que la crise r&#233;volutionnaire est &#224; la crois&#233;e des chemins. Les secteurs les plus combatifs syndicalement se d&#233;tournent du P.C. qui, dans les usines, est la force d'&#171; ordre &#187; la plus marqu&#233;e politiquement : ces travailleurs votent P.S. dont l'aile gauche, et, particulier, leur appara&#238;t plus en mesure de r&#233;aliser leurs aspirations. En revanche, les nouveaux venus &#224; la C.U.T., d&#233;&#231;us par l'U.P., amorcent un mouvement vers la droite en votant pour la D.C. Quant au M.I.R., sa politique de soutien gauchiste &#224; l'U.P. l'am&#232;ne &#224; intervenir essentiellement dans les secteurs marginaux au prol&#233;tariat et &#224; ses organisations : paysans pauvres, bidonvilles, jeunes, pobladores... Pour le M.I.R. ces &#233;lections donnent l'exacte mesure de son influence dans la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces r&#233;sultats, li&#233;s &#224; la tentative du M.I.R., du P.S., de la C.U.T., de Concepci&#244;n, de constituer une &#171; assembl&#233;e populaire &#187;, provoquent une r&#233;union des dirigeants de l'U.P. en conclave d'une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'assembl&#233;e populaire de Concepci&#244;n tente confus&#233;ment, de poser le probl&#232;me des &#171; organismes populaires &#187;... Apr&#232;s avoir particip&#233; aux premi&#232;res discussions, le P.C. brise net et d&#233;nonce cette &#171; assembl&#233;e du peuple &#187; qui aurait la pr&#233;tention de vouloir d&#233;signer l'intendant, pouvoir du seul ressort du gouvernement provincial ! &#171; Pour les communistes, il est clair que toute action tendant &#224; br&#251;ler les &#233;tapes du processus r&#233;volutionnaire va &#224; l'encontre du programme de l'U.P., va contre le gouvernement du camarade Allende. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du conclave de &#171; Lo Curro &#187;, les dirigeants de l'U.P. s'engagent r&#233;solument dans une offensive... contre la classe ouvri&#232;re. C'est toujours la m&#234;me orientation : celle de l'union populaire&#8209;front populaire sans rivage &#224; droite. Mais la pression de la coalition contre&#8209;r&#233;volutionnaire se fait plus forte. Ainsi, Vuskovic, ministre de l'Economie, &#171; coupable &#187;d'avoir lanc&#233; les J.A.P., est d&#233;mis de ses fonctions. A la ligne &#171; avancer pour consolider &#187; est substitu&#233;e celle pr&#233;conis&#233;e par le P.C. : &#171; consolider pour avancer &#187;. C'est la &#171; pause &#187; chilienne. Le conclave de &#171; Lo Curro &#187; marque la volont&#233; de faire refluer plus fort, , plus vite, la r&#233;volution qui s'avance. Dans le quotidien du P.C., El Siglo, on peut lire le 5 juin sous la plume d'Orlando Millas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; [...] Le gouvernement populaire r&#233;sulte de la politique patriotique de rattachement du processus r&#233;volutionnaire au d&#233;veloppement d&#233;mocratique ; dans l'application de cette politique, la classe ouvri&#232;re inspir&#233;e par les enseignements du l&#233;ninisme a pris entre ses mains les revendications l&#233;gitimes de toutes les classes et couches sociales anti&#8209;imp&#233;rialistes et anti&#8209;oligarchiques. Les ennemis ont parfaitement pris conscience que cette corr&#233;lation de forces leur est nuisible, et c'est pourquoi ils se proposent de r&#233;duire la base sociale d'appui du gouvernement populaire et d'isoler la classe ouvri&#232;re. Ils profitent de toutes les concessions faites &#224; l'opportunisme d'extr&#234;me gauche. Ils font de la publicit&#233; &#224; la phras&#233;ologie r&#233;volutionnaire [ ... ]. Ils jubilent chaque fois qu'il y a des occupations sauvages qui portent atteinte aux droits des moyens et petits propri&#233;taires et ils crient au scandale contre les actes arbitraires dans lesquels tombent parfois certains fonctionnaires. Toutes ces transgressions au programme de l'Unit&#233; populaire aident les contre&#8209;r&#233;volutionnaires &#224; former une plate&#8209;forme &#224; une &#233;chelle de masse pour le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; [ ... ] Il faut regretter que l'indiscipline et le volontarisme qui, en mati&#232;re agraire, ont conduit &#224; la transgression du programme de base de l'U.P., aient &#233;loign&#233; de nous de grandes masses paysannes et les agriculteurs moyens ; on observe la m&#234;me chose dans l'industrie et le commerce. Tout cela apporte aux monopolistes l'appui d'une grande masse de la bourgeoisie petite et moyenne et m&#234;me un pourcentage important de la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; [...] Notre situation est diff&#233;rente de celle de l'Union sovi&#233;tique en 1921. Il serait absurde de comparer des circonstances historiques aussi diff&#233;rentes [...]. Mais l'attitude l&#233;niniste est une source d'enseignements profonds qui transcende les conjonctures particuli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La corr&#233;lation de forces a &#233;t&#233; affect&#233;e aux d&#233;pens de la classe ouvri&#232;re par une s&#233;rie d'erreurs politiques et &#233;conomiques qui [...] constituent des transgressions au programme de l'Unit&#233; populaire. Il convient donc de mettre l'accent sur la d&#233;fense du gouvernement populaire, et le maintien de la continuit&#233; de son oeuvre Il serait funeste de continuer &#224; augmenter le nombre des ennemis, et, bien au contraire, on devra faire des concessions et tout au moins neutraliser certaines couches sociales et certains groupes en corrigeant des erreurs tactiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ces conditions, cela n'est d'aucune utilit&#233; pour le processus r&#233;volutionnaire de mettre l'accent sur l'annonce de ce que nous ferons dans l'avenir lorsque des conditions plus favorables se seraient d&#233;velopp&#233;es [...]. Cela pourrait contribuer &#224; r&#233;veiller des soup&#231;ons, des incompr&#233;hensions et des r&#233;sistances absolument inutiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Consolider &#187;, c'est tout faire pour &#233;largir l'U.P. &#224; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne ; sur ce point le P.C. ne m&#226;che pas ses mots. Dans une interview, Diaz, dirigeant du P.C., d&#233;clare : &#171; Consolider [cette partie de l'A.P.S.], c'est avancer, et dans cette mesure m&#234;me, un accord avec la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, &#233;ventualit&#233; qui devient possible, est un fait positif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une police &#171; populaire &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette politique se traduit brutalement : le 5 ao&#251;t, la police dirig&#233;e par un &#171; socialiste &#187; tire sur les habitants de la poblacion de Lo Hermida ; bilan : un mort et plusieurs bless&#233;s. Il ne s'agit pas d'une &#171; bavure &#187;, mais d'une v&#233;ritable provocation. Francisco Herrera, l'un des dirigeants pobladores, raconte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A 6 h 15 du matin, arriv&#232;rent au camp 32 camionnettes des Renseignements, 4 bus du Groupe mobile, 2 blind&#233;s, 2 camions de transport de chevaux et 3 ambulances. Ils coup&#232;rent l'&#233;lectricit&#233; du secteur et avec une camionnette &#224; haut&#8209;parleurs, ils nous appelaient &#224; sortir dans la rue pour d&#233;fendre le gouvernement populaire qui avait &#233;t&#233; renvers&#233;. Les pobladores commenc&#232;rent &#224; sortir dans les rues sombres. A ce moment, la police tirant des feux de Bengale qui &#233;clairaient quelque peu le secteur, se mit &#224; mitrailler les pobladores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ils entraient dans les maisons, donnant des coups de pied, criaient que les dirigeants devaient se rendre et continuaient de tirer. C'&#233;tait fou et personne ne comprenait rien. Les femmes couraient, mais elles &#233;taient aussi battues, ils ne respectaient personne et d&#233;truisaient tout. Ils continuaient &#224; entrer dans d'autres camps, les gens qui sortaient &#233;taient arr&#234;t&#233;s m&#234;me s'ils &#233;taient bless&#233;s. On aurait dit une guerre, mais une guerre qui signifiait un massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bon, je ferais mieux de ne plus rien dire ; on conna&#238;t le r&#233;sultat : un mort, trois bless&#233;s graves, quatre bless&#233;s l&#233;g&#232;rement, cent soixante&#8209;huit arrestations et plusieurs disparus... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interrog&#233; de son c&#244;t&#233;, le chef &#171; socialiste &#187; de la police donne &#233;videmment une autre version des faits et, &#224; la question : &#171; Existe&#8209;t&#8209;il une politique de l'U.P. pour orienter des actions comme celleci ? &#187;, il r&#233;pond froidement : &#171; L'Unit&#233; populaire dans son ensemble n'a jamais d&#233;fini une politique polici&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces fusillades, malgr&#233; les gages donn&#233;s par les dirigeants de l'U.P. &#224; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, celle&#8209;ci rompt les n&#233;gociations... et tente de pousser son avantage en organisant rassemblements et manifestations de rue. Encadr&#233;s par le parti national et les groupes fascistes de &#171; Patrie et Libert&#233; &#187;, ces rassemblements et manifestations prennent un caract&#232;re ouvertement provocateur. Des bombes explosent et les attentats contre les si&#232;ges de partis ouvriers se multiplient. A la campagne, les propri&#233;taires fonciers font &#233;galement parler la poudre. Dans les faubourgs ouvriers et dans les quartiers populaires, la hausse des prix tend la situation. Des rumeurs de coup d'Etat circulent ; la crainte du golpe hante les militants des syndicats et des partis ouvriers. L'aile fascisante de la d&#233;mocratie chr&#233;tienne exige, par la bouche du s&#233;nateur Juan Hamilton, la &#171; d&#233;mission &#187; d'Allende. Le parti national fait monter les ench&#232;res et d&#233;clare le gouvernement &#171; hors la loi &#187;. A ces d&#233;clarations r&#233;pondent celles de la caste r&#233;actionnaire des officiers ; parmi eux, l'ex&#8209;g&#233;n&#233;ral Canales, limog&#233; par l'U.P. pour son activisme anti-gouvernemental, indique dans une interview au journal Chile Hoy que des pr&#233;paratifs contre&#8209;r&#233;volutionnaires sont en cours dans les sommets de l'arm&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; CANALES : Mais il y a par moments, dans la vie des pays, des situations de crise politique, sociale, &#233;conomique et morale qui, si elles donnaient la preuve qu'il existe une situation de chaos nationale, une possibilit&#233; d'affrontement arm&#233;, de guerre civile, obligent l'arm&#233;e &#224; entrer dans une phase transitoire, qui est une phase d'analyse profonde du probl&#232;me, pour constater elle&#8209;m&#234;me l'existence prouv&#233;e du chaos et ne pas se baser sur les sp&#233;culations journalistiques sur ce chaos. A partir de cette profonde analyse, les forces arm&#233;es doivent tirer des conclusions et cr&#233;er leurs propres sch&#233;mas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile Hoy : Mais cette doctrine dont vous parlez n'a pas d'expression dans la Constitution chilienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; CANALES : C'est logique, quand la Constitution est d&#233;pass&#233;e, les forces arm&#233;es ne peuvent continuer &#224; ob&#233;ir &#224; une Constitution qui n'existe plus. Il faut comprendre ce que c'est qu'une situation de chaos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile Hoy : Et qu'est-ce que c'est que cette situation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; CANALES : Le chaos existe &#224; partir du moment o&#249; il y a un affrontement arm&#233;. Il y a des forces arm&#233;es qui sont intervenues avant l'affrontement pour l'&#233;viter. Il y en a d'autres qui l'ont fait pendant l'affrontement et il y en a d'autres, et je ne suis pas d'accord avec elles, qui interviennent apr&#232;s un affrontement qui aura co&#251;t&#233; des milliers de vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut &#234;tre plus clair... Relevons pour la petite histoire la non moins &#233;difiante conclusion de cette interview qui donne la pleine mesure du cynisme &#8209; mais aussi de la compr&#233;hension politique &#8209; de ce g&#233;n&#233;ral quant &#224; l'oeuvre de l'union populaire&#8209;front populaire, en mati&#232;re de soutien &#224; l'arm&#233;e bourgeoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile Hoy : Ce gouvernement a pris beaucoup de mesures, plus que d'autres, pour incorporer les forces arm&#233;es au d&#233;veloppement &#233;conomique du pays. Quelle opinion avez&#8209;vous de cet effort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; CANALES : je serais infiniment injuste si je ne reconnaissais pas en premier lieu au pr&#233;sident de la R&#233;publique son comportement inn&#233; de soldat. J'ai pu le voir par mes propres yeux. Quand il est parmi nous, c'est un soldat comme les autres. On a parl&#233; beaucoup de cette premi&#232;re r&#233;union avec les g&#233;n&#233;raux. Elle a &#233;t&#233; tr&#232;s cordiale. C'est la r&#233;union la plus cordiale que j'aurai pu avoir avec un pr&#233;sident. J'ai &#233;cout&#233; sa fa&#231;on de penser. Il respecte les forces arm&#233;es. Les forces arm&#233;es n'avaient jamais &#233;t&#233; aussi respect&#233;es et consid&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans cette ambiance que le gouvernement d&#233;cide d'appeler la classe ouvri&#232;re &#224; se mobiliser contre les menaces de &#171; coup d'Etat &#187;. En r&#233;ponse aux manifestations de la droite dans le centre de Santiago, pr&#232;s d'un million de personnes d&#233;filent le 4 septembre dans les rues... C'est la plus puissante manifestation de l'ann&#233;e 1972. Les forces de la classe ouvri&#232;re sont l&#224;, intactes. Tout est encore possible, mais sur une autre politique que celle de l'unit&#233; populaire-front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les &#171; cordons industriels &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; au moins de juin 1972, le 27 s'est constitu&#233; &#224; Cerrillos (zone industrielle) le premier &#171; cordon industriel &#187;. Les travailleurs des entreprises de ce secteur se mettent en gr&#232;ve en exigeant la nationalisation de leurs usines. Le gouvernement alors en pourparlers avec la d&#233;mocratie chr&#233;tienne refuse... et envoie les carabiniers dans cette zone. La r&#233;action est imm&#233;diate : dix&#8209;huit usines se mettent en gr&#232;ve, &#233;lisent leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s qui constituent le &#171; commandement communal &#187;, tandis que les travailleurs d&#233;cident de se constituer en assembl&#233;e permanente...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; commandement communal &#187; n&#233;gociera avec le ministre du Travail sous le contr&#244;le de l'assembl&#233;e permanente. Effray&#233;, le gouvernement recule, et la gr&#232;ve se termine par un compromis &#224; l'avantage des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le travail reprend, mais le cordon industriel demeure, les travailleurs ne d&#233;sarment pas. Au contraire, cette forme d'organisation va se d&#233;velopper dans un grand nombre d'entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cordon industriel, forme d'organisation autonome du prol&#233;tariat, rassemble les travailleurs contre le patronat... mais &#233;galement contre le gouvernement de l'U.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J.A.P, comit&#233;s de vigilance, juntes des voisins &#224; la campagne, cordons industriels ..., la multiplication de ces comit&#233;s plus ou moins structur&#233;s, plus ou moins actifs, voil&#224; ce qui va marquer ce que l'on a &#224; juste titre qualifi&#233; d'&#171; Octobre chilien &#187;, extraordinaire mobilisation politique - donc pratique -des masses pour tenter de franchir victorieusement l'obstacle dress&#233; par les dirigeants du P.C. et du P.S. dans la lutte pour le pouvoir. Mais les cordons industriels, parce qu'ils se constituent dans les usines et qu'ils tendent &#224; prendre en charge les t&#226;ches concr&#232;tes de la lutte pour le pouvoir seront les formes d'organisation les plus &#233;lev&#233;es que le prol&#233;tariat chilien se donnera. L'absence d'une organisation marxiste digne de ce nom, combattant contre l'Unit&#233; Populaire pour la victoire de la r&#233;volution chilienne, interdira leur centralisation, qui aurait alors pos&#233; le probl&#232;me de la dualit&#233; de pouvoirs dans les conditions o&#249; la victoire pouvait &#234;tre emport&#233;e par le prol&#233;tariat et la paysannerie pauvre. La crise d'Octobre va r&#233;v&#233;ler la profonde maturit&#233; politique qui caract&#233;rise de larges secteurs de la classe ouvri&#232;re. Parce qu'il produit des documents d'un int&#233;r&#234;t exceptionnel l'ouvrage d'Alain JOXE, Le Chili sous Allende, m&#233;rite d'&#234;tre mentionn&#233;, malgr&#233; l'orientation de l'auteur de soutien critique &#224; l'Unit&#233; populaire. Ainsi, cette lettre d'un dirigeant syndical d'une petite entreprise t&#233;moigne de l'extraordinaire r&#233;flexion politique qui s'op&#232;re, m&#234;me si de nombreuses illusions demeurent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je dis ce que je pense parce que je l'ai vu et v&#233;cu. J'ai manqu&#233; de beaucoup de choses pendant longtemps et souffert de l'exploitation pendant une quinzaine d'ann&#233;es. A tout hasard, j'&#233;tais de gauche. Avec ce gouvernement, je pensais que nous allions y aller fort, jusqu'&#224; toucher au but. Au d&#233;but, on y a &#233;t&#233; fort pendant huit mois, un an, puis nous avons ralenti. Je pense que nous avons perdu beaucoup de terrain et que nous nous sommes moqu&#233;s du pl&#233;biscite au moment o&#249; nous &#233;tions les plus forts, et maintenant, en ce moment, la droite r&#233;actionnaire, antipatriotique, fait ce qu'elle veut. je pense que cela est la faute des faiblesses que l'on a vues appara&#238;tre dans la gauche, de la Constitution, de la l&#233;galit&#233; dont on parle beaucoup, et d'un secteur de l'U.P. qui met des b&#226;tons dans les roues des travailleurs dans leurs luttes et leurs d&#233;cisions, parce qu'ils ont s&#251;rement des int&#233;r&#234;ts nouveaux depuis qu'ils sont en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme travailleur conscient, je sens que nous sommes en train de reculer au lieu de renforcer le processus vers le vrai socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je veux aussi me r&#233;f&#233;rer au fait qu'on dit aux travailleurs : &#034;non aux gr&#232;ves&#034;, &#034;non aux occupations&#034;, qu'on ne les acceptera pas et qu'on appliquera la loi avec rigueur. Et je me demande : quelle autre arme avons&#8209;nous, nous les travailleurs pour frapper l'ennemi qui a toujours refus&#233; de n&#233;gocier les contrats ? Je me souviens d'un camarade qui fit un discours dans une assembl&#233;e de dirigeants le 10 ao&#251;t et qui dit : &#034; On ne peut pas faire de gr&#232;ves, occuper les entreprises et les fundos, parce qu'on fait le jeu de la droite. Nous r&#233;soudrons les probl&#232;mes ici. &#034; Moi, je crois que les probl&#232;mes ne s'arrangent pas derri&#232;re un bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ceux qui disaient cela &#233;taient des camarades du P.C., mais il y a deux ans, un an, ils poussaient fortement en avant et maintenant ils traitent de gauchistes les camarades qui occupent une industrie ou un fundo et les traitent en ennemis. O&#249; veut&#8209;on exactement en venir avec &#231;a ? C'est ce qui m'&#233;nerve avec les camarades de ma propre classe qui ne savent pas penser avec leur propre t&#234;te et qui transmettent ce qu'on leur dit. Sommes&#8209;nous l&#224; pour avancer ou pour pratiquer le sectarisme ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tir&#233;e du m&#234;me livre d'Alain Joxe, livrons cette r&#233;flexion d'un responsable de comit&#233; de vigilance qui pose le probl&#232;me de la centralisation de l'action du prol&#233;tariat en un front des comit&#233;s de vigilance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense qu'il faudrait former un comit&#233; d&#233;partemental qui s'occuperait exclusivement de r&#233;pondre aux pr&#233;occupations des comit&#233;s de vigilance et de les coordonner. Qu'il y ait une participation r&#233;elle des travailleurs, car actuellement, il n'y a pas de participation dans le secteur priv&#233;, mais si ce gouvernement est bien celui des travailleurs, il est logique que nous participions. D'abord, toutes les entreprises priv&#233;es devraient avoir des comit&#233;s de vigilance. M&#234;me si les camarades savent que la leur ne va pas passer au secteur nationalis&#233;, il est important qu'ils aient quelque chose en haut sur quoi s'appuyer. Deuxi&#232;mement, il faudrait constituer, par d&#233;partements ou par communes, des organismes propres aux travailleurs qui canaliseraient tous les probl&#232;mes du secteur priv&#233; en m&#234;me temps que du secteur nationalis&#233;. Dans ce comit&#233;, il y aurait des repr&#233;sentants de la C.O.R.F.O., de la C.U.T., et des travailleurs des entreprises priv&#233;es de la localit&#233;. &#199;a pourrait s'appeler un front de comit&#233;s de vigilance. Peu importe le nom qu'on leur donnerait ; et puis que fonctionnent des assembl&#233;es d&#233;partementales auxquelles participeraient tous les travailleurs du secteur. Il faudrait leur donner une grande publicit&#233;, que les comit&#233;s soient tout le temps en train de donner des informations &#224; la presse, &#224; la radio, et que le publie et le gouvernement lui&#8209;m&#234;me soient ainsi au courant de tous les probl&#232;mes. De cette fa&#231;on, beaucoup d'autres travailleurs auraient l'id&#233;e de faire la m&#234;me chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la manifestation du 4 septembre, la bourgeoisie chilienne recule... pour mieux combattre. La puissance de la manifestation ouvri&#232;re, la combativit&#233; manifeste &#224; la ville comme dans la campagne, l'am&#232;nent &#224; &#233;viter l'affrontement direct avec la r&#233;volution. La bourgeoisie d&#233;cide de frapper un grand coup en provoquant la paralysie totale de l'&#233;conomie chilienne ; par la gr&#232;ve du patronat, tentative de lock&#8209;out &#224; l'&#233;chelle du pays, la bourgeoisie esp&#232;re pr&#233;cipiter le cours des choses et cr&#233;er une situation irr&#233;m&#233;diable pour les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L' &#171; Octobre chilien &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#171; Octobre chilien &#187; commence... &#224; Paris. Le 4 octobre, un tribunal fran&#231;ais d&#233;cide de donner droit &#224; la Kennecott Cie qui exige l'embargo sur une cargaison de cuivre en r&#233;ponse &#224; la nationalisation des entreprises de cuivre par le gouvernement Allende. Cette d&#233;cision est accueillie au Chili comme un v&#233;ritable d&#233;fi... Le 9, la C.U.T. appelle les travailleurs &#224; se mobiliser. L'opposition, vert&#233;br&#233;e par la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, organise le lendemain une manifestation contre le gouvernement accus&#233; d'&#171; ill&#233;galit&#233; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 11, le syndicat des transporteurs routiers appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e... Les commer&#231;ants de d&#233;tail, l'ordre des architectes, celui des m&#233;decins, des avocats, entrent dans la &#171; gr&#232;ve &#187; qui devient une mobilisation de la petite bourgeoisie et des professions lib&#233;rales &#224; l'initiative du grand capital chilien... Le patronat entre alors directement dans la danse et multiplie provocations et sabotages pour arr&#234;ter la production et rendre effectif le lock&#8209;out.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La riposte du gouvernement est timide et limit&#233;e r&#233;quisition de camions, r&#233;ouverture des commerces, saisie de stocks. Prompt &#224; se mobiliser contre les organes de &#171; fait &#187; constitu&#233;s par les paysans et les ouvriers, le gouvernement de l'U.P. recule devant la tentative de sabotage quasi insurrectionnel foment&#233;e par la bourgeoisie chilienne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aux mobilisations des pobladores, Allende r&#233;pond en envoyant les carabiniers ; aux manifestations du Barrio Alto (le &#171; Neuilly &#187; de Santiago), le m&#234;me Allende r&#233;pond par des mesures sans efficacit&#233; ni contraignantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais la classe ouvri&#232;re, elle, riposte avec force et promptitude. Spontan&#233;ment, dans les usines et les quartiers, la classe ouvri&#232;re s'organise, se l&#232;ve en masse. A Santiago et dans la proche banlieue surgissent et se multiplient les &#171; cordons industriels &#187;. Des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales &#233;lisent leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s d'usines qui se coordonnent par quartier, constituent des &#171; coordinations ouvri&#232;res locales &#187;. Il ne s'agit pas de l'oeuvre d'une avant&#8209;garde : la caract&#233;ristique de l'&#171; Octobre chilien &#187;, c'est la mobilisation en masse de toute la classe ouvri&#232;re rassembl&#233;e en comit&#233;s, en v&#233;ritables soviets. Ouvriers du P.C., du P.S., du M.I.R., syndiqu&#233;s, non syndiqu&#233;s, du secteur priv&#233; ou nationalis&#233;, tous participent au &#171; cordon &#187;, &#224; ses actions. Mieux, les ouvriers influenc&#233;s par la d&#233;mocratie chr&#233;tienne participent &#224; l'action de ces comit&#233;s. A partir du 15 octobre, les cordons s'institutionnalisent, bousculant les pr&#233;visions patronales et... des dirigeants de l'U.P. Les cordons prennent la production en main dans les usines et organisent la lutte contre les attentats terroristes que le patronat provoque contre les zones industrielles. Prenant contact avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des juntes des voisins, des J.A.P., des centres de m&#232;res et volontaires de la junte, les organes ouvriers assurent l'ensemble des activit&#233;s n&#233;cessaires au maintien de la production, au ravitaillement et aux services de sant&#233;. Les commandements communaux centralisent les activit&#233;s au niveau de plusieurs quartiers... Le mouvement gagne la campagne qui, gr&#226;ce aux conseils communaux paysans, assure la r&#233;alisation du bon ravitaillement des villes, brisant net la gr&#232;ve des &#171; circuits commerciaux &#187;. Les &#233;tudiants viennent &#224; la rescousse et &#233;lisent &#233;galement leurs comit&#233;s de vigilance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques jours, le tableau de la situation politique est boulevers&#233;. A l'action de la r&#233;action, &#224; l'inertie du gouvernement de l'U.P., a r&#233;pondu avec force et d&#233;termination l'action ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re et de ses alli&#233;s naturels les paysans pauvres, les travailleurs agricoles, au travers de leurs comit&#233;s, v&#233;ritables organes embryonnaires de double pouvoir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A travers ce foisonnement de comit&#233;s, c'est &#224; un niveau &#233;lev&#233;, tr&#232;s &#233;lev&#233;, le front unique ouvrier, le rassemblement des exploit&#233;s dans leurs comit&#233;s, qui s'organise contre l'Etat bourgeois, prot&#233;g&#233; par le gouvernement de l'unit&#233; populaire&#8209;front populaire. La crise r&#233;volutionnaire est devenue r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La crise d'octobre marque la rupture entre la classe ouvri&#232;re et les sommets des partis ouvriers qui mettent tout en oeuvre pour soutenir une bourgeoisie fragile dont le pouvoir chancelle. A la base, toutes les tendances de la classe ouvri&#232;re se rassemblent dans les &#171; cordons &#187;. T&#233;moin cette discussion dans une entreprise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Que s'est&#8209;il pass&#233; ici dans l'usine pendant la gr&#232;ve patronale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Ils avaient l'intention de tout arr&#234;ter, finalement ils n'ont pas os&#233; quand ils ont vu notre fermet&#233;. Ils ont voulu stopper les ventes, mais les camarades l'ont appris et les ont oblig&#233;s &#224; rouvrir et &#224; vendre. Nous avions form&#233; une commission de vigilance charg&#233;e de veiller &#224; ce que les prix restent normaux et de ravitailler les entreprises, comme la C.O.R.V.I. et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Quels changements se sont produits &#224; partir de l'occupation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Bien, la le&#231;on que tous les ouvriers ont apprise est la suivante : sans patrons et sans employ&#233;s, tout marche tr&#232;s bien et m&#234;me mieux ; nous avons un sens plus grand de la responsabilit&#233; ; nous produisons davantage et meilleur march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Avez&#8209;vous eu l'appui d'autres camarades, d'autres usines ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Non seulement des usines, mais des centres de m&#232;res, des juntes de voisins, de travailleurs de la sant&#233;, des &#233;tudiants, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire du syst&#232;me de coordination de ce secteur, du secteur nord qui comprend Conchali. Il y a ici environ 39 usines : Ceresita, Ferriloza, Nobis, etc. Ah, et il y a aussi les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Tout d'abord, que les patrons ne reviennent pas, ensuite que nous passions au &#171; secteur social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; La d&#233;cision d'occuper l'usine a&#8209;t&#8209;elle &#233;t&#233; appuy&#233;e par les ouvriers de tous les partis politiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; La direction ici est entre les mains des camarades du F.T.R. (M.I.R.). Je suis socialiste, mais nous sommes tous unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;( La conversation se d&#233;roule dans un des bureaux de l'usine o&#249; d'autres ouvriers &#233;coutent le dialogue. L'un d'entre eux, une femme, demande &#224; intervenir.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Cette occupation n'est pas une occupation des partis politiques, camarades, c'est une occupation d'un groupe d'ouvriers exploit&#233;s qui luttent pour une cause juste. Depuis un an, je suis &#224; la cr&#232;che, mais cela fait huit ans que je travaille &#224; l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Quel &#226;ge avez&#8209;vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Quarante&#8209;trois ans et je suis militante du parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Depuis combien de temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Trois ans, mais depuis que j'ai commenc&#233; &#224; travailler en usine dans une fabrique de sacs, cela fait de nombreuses ann&#233;es, j'ai toujours &#233;t&#233; sympathisante du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Et vous &#234;tes d'accord avec la direction F.T.R. ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Oui, les camarades repr&#233;sentent l'expression de tous les travailleurs ; ici, il n'y a pas de sectarisme, que cela reste bien clair, il n'y a qu'unit&#233; des exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Mais ne pensez&#8209;vous pas que le F.T.R. soit extr&#233;miste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8209; Non, et je ne crois pas non plus qu'il cr&#233;era des probl&#232;mes au gouvernement ; les communistes d'ici luttent aussi pour que les patrons ne reviennent pas, et bien que nous ayons re&#231;u l'ordre d'&#233;vacuer, nous resterons fermes jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient d'ajouter que, si pr&#233;cieux que soient ces t&#233;moignages, l'histoire des &#171; cordons industriels &#187; dont les documents et journaux furent emport&#233;s par la r&#233;action fasciste de Pinochet reste &#224; &#233;crire. Ce qui est &#233;vident, c'est la signification politique du d&#233;veloppement de ces &#171; comit&#233;s &#187; face &#224; la r&#233;action bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque vingt jours apr&#232;s le d&#233;but de l'attaque patronale, la bourgeoisie recule en d&#233;sordre, terroris&#233;e par la classe ouvri&#232;re et ses comit&#233;s. Que va faire le gouvernement de l'U.P. ? S'appuyer sur la force de la classe ouvri&#232;re, sur ses comit&#233;s, pour en finir une fois pour toutes avec l'Etat bourgeois chilien, les Chambres domin&#233;es par les partis r&#233;actionnaires et putschistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort de ce nouveau rapport de force, le gouvernement de l'U.P. va&#8209;t&#8209;il prendre la t&#234;te des comit&#233;s pour les coordonner et les unifier &#224; l'&#233;chelle du pays ? Non. L'unit&#233; populaire&#8209;front populaire va, au contraire, mobiliser toutes ses &#233;nergies pour faire contre&#8209;feu... &#224; la mobilisation de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on en juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 octobre, Tomic adresse au nom de la d&#233;mocratie chr&#233;tienne une lettre ouverte ait gouvernement, proposant la constitution d'un nouveau cabinet d' &#171; union nationale &#187; ! Le lendemain, Allende annonce la constitution d'un nouveau gouvernement ouvert aux militaires de haut rang et aux dirigeants de la... C.U.T. Rassur&#233;s, les patrons annoncent que leur &#171; gr&#232;ve &#187; prend fin...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi sur le contr&#244;le des armements&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus. Plus grave &#8209; si l'on peut &#233;crire &#8209; plus infamant encore pour ceux qui se r&#233;clament du &#171; communisme &#187; ou du &#171; socialisme &#187;. Le 21 octobre, en pleine effervescence contre&#8209;r&#233;volutionnaire, para&#238;t au Journal officiel une loi sur le contr&#244;le des armements. Elabor&#233;e et pr&#233;sent&#233;e par le s&#233;nateur d&#233;mocrate&#8209;chr&#233;tien Juan de Dios Carmona, cette loi sera vot&#233;e gr&#226;ce au P.C. et au P.S. Si l'on en croit les journalistes, les parlementaires du P.C. et du P.S. furent pris &#171; de court &#187; par le projet de loi et arriv&#232;rent... en retard &#224; la s&#233;ance qui discutait de cette question. Laissons l&#224; les na&#239;fs int&#233;ress&#233;s, ou tout simplement inconscients. Le P.C. et le P.S. sont des partis parlementaires qui connaissent tous les arcanes de la d&#233;mocratie parlementaire et qui, selon les cas, arrivent en retard pour si&#233;ger, ou non... Arriv&#233;s en retard pour repousser par veto ce projet anti&#8209;ouvrier, le P.C. et le P.S. furent pr&#233;sents et bien pr&#233;sents pour amender un projet qui, sous couvert de lutter contre ceux qui poss&#232;dent des armes, laissait &#224; l'autorit&#233; militaire le soin et le pouvoir, sur simple d&#233;nonciation, de perquisitionner chez des particuliers et dans les entreprises, pour y chercher armes &#224; feu, armes coupantes ou contondantes qui demeurent interdites &#171; sauf autorisation de l'autorit&#233; comp&#233;tente &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alit&#233;, si am&#232;re soit&#8209;elle, c'est que le P.C. et le P.S. ont particip&#233; &#224; l'&#233;laboration et au vote d'une loi qui, en pleine action r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, &#233;tait directement dirig&#233;e contre lui. En admettant l'hypoth&#232;se selon laquelle les groupes parlementaires de l'U.P. furent mis en d&#233;faut par la rapidit&#233; du vote de cette loi, il suffisait que le gouvernement, le P.C., le P.S. et la C.U.T. appellent travailleurs et jeunes &#224; se mobiliser contre le S&#233;nat et l'Assembl&#233;e nationale. Nul doute que cette loi e&#251;t alors &#233;t&#233; promptement abrog&#233;e... et le Parlement bourgeois avec. En fait, la loi du 21 octobre vot&#233;e, la participation de militaires de haut niveau au nouveau gouvernement de l'U.P. s'&#233;claire d'un jour particulier. Le g&#233;n&#233;ral Prats, ministre de l'Int&#233;rieur, devient vice&#8209;pr&#233;sident de la R&#233;publique d&#232;s que le pr&#233;sident est en voyage &#224; l'&#233;tranger...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiral Huerta obtient le portefeuille des Travaux publics, quant au g&#233;n&#233;ral Sepulveda, il devient ministre des Mines. D'abord Tomic, puis toute la droite, c&#233;l&#232;brent la victoire du 21 octobre et du 3 novembre. Loi sur les armements et entr&#233;e en force des militaires au gouvernement forment en effet... un tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoutons le g&#233;n&#233;ral Prats interview&#233; apr&#232;s sa nomination au gouvernement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile. Hoy : Comment expliquez&#8209;vous le fait que vous conserviez le poste de commandant en chef de l'arm&#233;e de terre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PRATS : C'est un poste qui a la confiance du pr&#233;sident de la R&#233;publique. Si je l'abandonnais, je devrais partir &#224; la retraite, et ainsi, en tant que militaire je n'aurais plus de repr&#233;sentativit&#233; institutionnelle. En cons&#233;quence, l'actuel chef d'&#233;tat. major, le g&#233;n&#233;ral Augusto Pinochet, me remplace dans mes fonctions de commandant en chef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile Hoy : Vous avez d&#233;fini la participation des forces arm&#233;es au gouvernement comme un &#171; devoir patriotique &#187;, pour contribuer &#224; la paix sociale au Chili. Quelles mesures concr&#232;tes pensez&#8209;vous adopter pour atteindre ce but ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PRATS : Appliquer avec autorit&#233; et sans discrimination les normes l&#233;gales en vigueur, de fa&#231;on que tous les secteurs r&#233;affirment leur conviction et leur confiance dans le fait que les changements structuraux se feront dans la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, comme l'&#233;tablit fermement le programme du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile Hoy : Le gouvernement pr&#233;pare un projet de nouvelle Constitution, qui correspondrait &#224; une &#233;tape de &#171; transition au socialisme &#187;. Quel r&#244;le, croyez&#8209;vous, devrait &#234;tre attribu&#233; aux forces arm&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PRATS : Une nouvelle charte fondamentale devrait pr&#233;ciser leur mission permanente de protection de la souverainet&#233; nationale dans le cadre g&#233;o&#8209;&#233;conomique et leur mission &#233;ventuelle de participation dans le maintien de l'ordre, tout cela sous la direction du pouvoir ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile Hoy : R&#233;cemment a &#233;t&#233; promulgu&#233;e une loi qui donne aux forces arm&#233;es le contr&#244;le des armes dans les mains des particuliers. Au cours de la gr&#232;ve ont eu lieu Plus de, deux cents attentats de tout genre, ex&#233;cut&#233;s par des groupes arm&#233;s d'extr&#234;me droite. En tant que ministre de l'Int&#233;rieur, appliquerez&#8209;vous contre ces groupes la nouvelle l&#233;gislation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PRATS : je ne fais pas de distinction parmi les groupes arm&#233;s. L'esprit de la loi sur le contr&#244;le des armes est de garantir la tranquillit&#233; publique. Il s'agit de confisquer les armes interdites par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile Hoy : Certains secteurs de la gauche pensent que la pr&#233;sence des forces arm&#233;es dans le gouvernement risque de freiner le d&#233;veloppement du mouvement des masses. Que pensez&#8209;vous de ce jugement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PRATS : Le d&#233;veloppement du mouvement des masses est l&#233;gitime dans la dynamique du monde actuel, canalis&#233; par la l&#233;galit&#233; qui lui est consubstantielle. Les dirigeants populaires chiliens comprennent par ailleurs que l'arm&#233;e n'est pas au service des structures sociales particuli&#232;res, mais que son r&#244;le est de prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts permanents de la patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chile Hoy : Une des caract&#233;ristiques du nouveau cabinet est la pr&#233;sence des dirigeants les plus importants de la C.U.T., &#224; c&#244;t&#233; des repr&#233;sentants des forces arm&#233;es. Quelle signification a ceci pour vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PRATS : C'est une r&#233;ponse tr&#232;s ad&#233;quate aux circonstances politiques actuelles. Les travailleurs du pays ont donn&#233; un exemple de grande responsabilit&#233; civique pendant le d&#233;veloppement du mouvement de gr&#232;ves, et leur conscience sociale du sens de l'ordre et de la volont&#233; productrice m&#233;rite le respect de tous les militaires. L'arm&#233;e n'a pas de complexes de classe ; ses cadres refl&#232;tent la r&#233;alit&#233; sociale du Chili, parce qu'ils sont issus proportionnellement des diff&#233;rents niveaux de la communaut&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette interview est int&#233;ressante &#224; plus d'un titre. Le g&#233;n&#233;ral Pinochet, l&#233;galement nomm&#233; par le gouvernement de l'U.P., s'y voit d&#233;cerner un brevet de &#171; constitutionnalisme &#187;, alors que le g&#233;n&#233;ral Prats, &#233;voquant les &#171; &#233;v&#233;nements d'octobre &#187;, r&#233;affirme la n&#233;cessit&#233; de restaurer l'autorit&#233; de l'Etat, donnant toute sa signification au r&#244;le de l'arm&#233;e &#224; la t&#234;te du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; Octobre chilien &#187;, c'est d'abord une offensive politique de la classe ouvri&#232;re, &#224; laquelle l'unit&#233; populaire&#8209;front populaire oppose le nouveau gouvernement C.U.T.&#173;militaires disposant de pouvoirs consid&#233;rables par la loi sur les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En confiant aux militaires l'Int&#233;rieur, le Ravitaillement et les Mines, Allende les place en premi&#232;res lignes... l&#224; m&#234;me o&#249; la classe ouvri&#232;re s'est dot&#233;e d'organismes sovi&#233;tiques. L'objectif du gouvernement est de disloquer le r&#233;seau d' &#171; organes de fait &#187; que le prol&#233;tariat a b&#226;ti en r&#233;ponse &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e se termine sur cette situation. La classe ouvri&#232;re campe sur les positions conquises en octobre. La bourgeoisie met tous ses espoirs dans les ministres&#8209;g&#233;n&#233;raux du gouvernement et pr&#233;pare une nouvelle bataille... En attendant, le 12 d&#233;cembre, &#8209;une cour martiale ram&#232;ne en appel de vingt ans &#224; deux ans la peine inflig&#233;e au g&#233;n&#233;ral Viane pour l'assassinat du g&#233;n&#233;ral Schneider... D&#233;cid&#233;ment, l'arm&#233;e n'oublie pas les siens...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militaires au gouvernement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1973 s'ouvre sur une situation intol&#233;rable pour l'imp&#233;rialisme mondial et la bourgeoisie compradore chilienne : la derni&#232;re offensive d'octobre de la r&#233;action a &#233;t&#233; d&#233;faite par la magnifique riposte des cordons et des diff&#233;rents comit&#233;s, mais une fois encore le gouvernement de l'U.P.&#8209;F.P. a prot&#233;g&#233; la retraite de la bourgeoisie, lui &#233;vitant la destruction compl&#232;te. L'absence au Chili d'une organisation r&#233;volutionnaire implant&#233;e dans la lutte des classes, combattant pour la rupture des partis ouvriers d'avec les partis bourgeois, intervenant dans les diff&#233;rents comit&#233;s de type sovi&#233;tique, agissant pour leur centralisation, a interdit &#224; l'action d'octobre de porter les coups mortels &#224; la bourgeoisie qui s'imposaient. Effray&#233;e par les cons&#233;quences politiques de sa tentative de lock&#8209;out &#233;conomique, la bourgeoisie chilienne va se replier, et se pr&#233;parer au coup d'Etat, laissant au gouvernement de l'U.P. le soin d'affronter les masses, de d&#233;sorganiser ses conseils, de les d&#233;moraliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but janvier, Allende agit. Le secr&#233;tariat national &#224; la distribution et &#224; la commercialisation passe des mains d'un militant socialiste &#224; celles d'un militaire, le g&#233;n&#233;ral Bachelet. Il s'agit pour lui de briser l'obstacle des J.A.P., de r&#233;affirmer dans ce secteur l'action de l'Etat. Ce g&#233;n&#233;ral d'aviation fait une d&#233;couverte &#233;conomique fondamentale : on r&#232;gle d'autant plus vite le probl&#232;me du ravitaillement que travailleurs et paysans... consomment moins...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si l'on fume moins, il n'y a plus de gr&#232;ves, surtout que la cigarette donne le cancer &#187;, explique le nouveau responsable charg&#233; de mater les J.A.P.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action du g&#233;n&#233;ral Bachelet n'est pas isol&#233;e. Le 24 janvier, un projet de loi est transmis au Congr&#232;s. Son objet : &#171; clarifier &#187; la situation d'octobre, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire expulser les cordons des entreprises d'o&#249; les patrons ont &#233;t&#233; chass&#233;s durant la crise. Contre la r&#233;trocession aux patrons des industries concern&#233;es, les ouvriers de la zone industrielle de Maipu se mobilisent &#224; l'appel de leurs cordons. Les 25 et 26 janvier, ils occupent le quartier et dressent des barricades. Le gouvernement recule, retire son projet et le sous&#8209;secr&#233;taire (P.S.) &#224; l'Economie d&#233;missionne. Au mois de f&#233;vrier, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des cordons de Santiago se r&#233;unissent et adoptent une plate&#8209;forme. V&#233;ritable programme d'action de la classe ouvri&#232;re, cette plate&#8209;forme en douze points atteste de la formidable maturation politique que la crise d'octobre a engendr&#233;e. Et ce d'autant plus &#8209; r&#233;p&#233;tons&#8209;le &#8209; en l'absence de toute organisation marxiste digne de ce nom. Ce document adopt&#233; par les d&#233;l&#233;gu&#233;s des cordons de Santiago stipule :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous, travailleurs des cordones industriels, avan&#231;ons comme programme d'action de classe imm&#233;diate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La lutte pour le passage aux mains des travailleurs du secteur socialis&#233; de toutes les entreprises qui produisent des biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, du secteur alimentaire et des usines de mat&#233;riaux de construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La lutte pour l'expropriation imm&#233;diate des grandes entreprises priv&#233;es de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'expropriation des exploitations de plus de 40 hectares (irrigu&#233;s) ; confiscation de la terre et nationalisation de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Constituer un contr&#244;le ouvrier de la production et un contr&#244;le populaire de la distribution. Les travailleurs d&#233;cideront de ce qu'on produira pour le peuple, de l'utilisation des profits, et des lieux o&#249; l'on entreposera les aliments. Pour cela, nous appelons &#224; la constitution imm&#233;diate de comit&#233;s de vigilance ouvri&#232;re dans toutes les entreprises du secteur priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. La lutte pour implanter une direction ouvri&#232;re dans toutes les entreprises du secteur socialis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Qu'on ne rende aucune entreprise, ni celles du secteur de la construction, ni les autres entreprises qui sont aux mains des travailleurs. Retrait imm&#233;diat du projet Millas. [ ... ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Pouvoir de sanction des J.A.P. et des commandos dos communaux. Contr&#244;le de ce qui est fourni aux commer&#231;ants, et ch&#226;timent pour ceux qui ne vendent pas, accaparent et sp&#233;culent. Fermeture de leurs commerces et vente directe aux pobladores. Les ouvriers des cordones industriels se mobiliseront pour rendre ce pouvoir effectif. [ ... ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 12. Nous appelons tous les travailleurs &#224; constituer les commandos industriels par cordones et les commandos communaux, unique moyen pour la classe ouvri&#232;re de disposer d'un organisme d'action, efficace, capable de la mobiliser et de lui proposer de nouvelles t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous croyons que, contr&#244;ler les moyens de production et la distribution, c'est consolider le processus, c'est cr&#233;er une nouvelle &#233;conomie aux mains de la classe ouvri&#232;re, c'est d'aller de l'avant. C'est pour cela que nous nous opposons &#224; tout type de concession &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous comprenons l'immense responsabilit&#233; qui nous incombe comme travailleurs, mais nous exigeons que nos propositions soient &#233;cout&#233;es et accept&#233;es ; nous exigeons que l'on nous ouvre les portes pour participer directement &#224; la recherche des solutions aux probl&#232;mes du processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t de ce document est &#233;vident : non seulement il s'oppose en tous points &#224; la politique de l'U.P.&#8209;F.P., visant &#224; remettre en cause les positions conquises par la classe ouvri&#232;re depuis le d&#233;but de la r&#233;volution chilienne, mais encore, int&#232;gre comme une revendication de la classe ouvri&#232;re &#8209; point 3 - la question d'une v&#233;ritable r&#233;forme agraire. Cette question est fondamentale, l'alliance de la classe ouvri&#232;re et de la paysannerie pauvre est dress&#233;e ici contre la politique de collaboration de classe &#224; la ville comme &#224; la campagne men&#233;e par l'U.P.&#8209;F.P. La d&#233;claration de Santiago est sans nul doute le manifeste politique le plus &#233;lev&#233; de l'avant&#8209;garde ouvri&#232;re se heurtant &#224; l'U.P.&#8209;F.P. et tentant de s'y opposer victorieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin de se borner &#224; riposter &#224; l'offensive de la bourgeoisie, les cordons tentent de se coordonner, d'exercer une activit&#233; permanente d&#233;finissant des t&#226;ches qui remettent en cause la politique du P.C. et du P.S. de d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, &#224; travers la protection de l'Etat bourgeois. Ajoutons que la forme de la plate&#8209;forme de Santiago manifeste tout autant une maturation politique sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de la classe ouvri&#232;re chilienne arrive &#224; un tournant. Une avant&#8209;garde qui s'est d&#233;gag&#233;e dans ces trois ann&#233;es de temp&#234;te r&#233;volutionnaire bande toutes ses forces pour aller de l'avant et d&#233;gager des objectifs politiques. Que l'on en juge ; les 22 et 23 mars, un congr&#232;s populaire sur le ravitaillement se r&#233;unit. Si la composition de ce congr&#232;s est h&#233;t&#233;rog&#232;ne, la r&#233;solution adopt&#233;e stipule : &#171; Nous devons unir les efforts de tous les camarades dans une seule organisation, les commandements de travailleurs, capables de repr&#233;senter leurs int&#233;r&#234;ts et de faire que nous nous levions comme un seul homme dans la lutte contre nos ennemis de classe, contre la bureaucratie et contre la conciliation gouvernementale, pour la d&#233;fense de nos int&#233;r&#234;ts. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, une avant&#8209;garde de la classe ouvri&#232;re tente de centraliser l'activit&#233; des comit&#233;s, face &#224; la &#171; conciliation gouvernementale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie chilienne en &#233;troite liaison avec la C.I.A. et Kissinger entreprend de &#171; d&#233;stabiliser &#187; &#233;conomiquement et politiquement le Chili. Economiquement d'abord : fuite des capitaux, sp&#233;culation, organisation du march&#233; noir... l'inflation fait rage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de l'U.P. &#171; riposte &#187; par une bataille constitutionnelle et parlementaire pour tenter d'imposer le capital... ce qui permettrait de financer une augmentation des salaires les plus bas... Mais, en quelques mois, l'inflation et la hausse des prix ont r&#233;duit &#224; n&#233;ant les augmentations de salaires arrach&#233;es ou conc&#233;d&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces se regroupent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce climat que vont se d&#233;rouler les derni&#232;res &#233;lections au Chili avant le coup d'Etat. Et, d&#233;j&#224;, la bourgeoisie s'aligne sur la solution du coup d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 f&#233;vrier 1973, Roberto Thiene, dirigeant de &#171; Patrie et Libert&#233; &#187;, d&#233;clare dans une interview : &#171; Il se pourrait que le gouvernement actuel de M. Allende doive transgresser d&#233;finitivement la loi et la Constitution apr&#232;s les &#233;lections de mars. Il est probable que cette transgression soit suivie d'un coup d'Etat ou d'une intervention militaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut &#234;tre plus clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les cercles dirigeants de la bourgeoisie s'alignent sur la solution fasciste, la classe ouvri&#232;re, elle, se regroupe politiquement pour la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces se regroupent, alors que le Chili s'avance vers la guerre civile. A la veille des &#233;lections l&#233;gislatives du 4 mars, la presse am&#233;ricaine comme les observateurs &#171; avertis &#187; de la politique chilienne annoncent une victoire des partis de droite... Las ! l'imp&#233;rialisme mondial d&#233;chante : malgr&#233; l'U.P.&#8209;front populaire, malgr&#233; les conditions extraordinairement difficiles pour la classe ouvri&#232;re chilienne, le r&#233;sultat des &#233;lections l&#233;gislatives manifeste la volont&#233;, l'acharnement des classes laborieuses de garantir les droits et positions arrach&#233;s &#224; la bourgeoisie contre la r&#233;action qui rel&#232;ve la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union populaire obtient 45,4 % des voix, soit 10 % de plus que lors de l'&#233;lection d'Allende &#224; la pr&#233;sidence, et 6 % de moins que lors des &#233;lections municipales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses votent U.P., &#224; d&#233;faut de pouvoir voter selon leurs aspirations classe contre classe, P.C.&#8209;P.S. La r&#233;partition des voix m&#233;rite d'&#234;tre indiqu&#233;e. Les classes moyennes, d&#233;sorient&#233;es par l'inaction du gouvernement face &#224; la r&#233;action, apr&#232;s avoir ralli&#233; la classe ouvri&#232;re, op&#232;rent un mouvement de repli vers les partis bourgeois qui leur promettent une solution. En revanche, l'immense majorit&#233; des ouvriers et des paysans pauvres votent pour la coalition (les partis ouvriers et bourgeois. Encore faut&#8209;il tenir compte du fait que les jeunes de dix&#8209;huit ans n'ont pu voter, alors que les sondages indiquent qu'une &#233;crasante majorit&#233; aurait vot&#233; pour les partis se r&#233;clamant du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le camp de la bourgeoisie, c'est la consternation. Les partis bourgeois, D.C. en t&#234;te, esp&#233;raient une victoire &#233;lectorale leur permettant de d&#233;mettre &#171; l&#233;galement &#187; Allende et de reprendre directement les r&#234;nes du pouvoir. Mais la classe ouvri&#232;re r&#233;siste. Malgr&#233; la politique du front populaire, elle combat, campe sur ses positions, radicalise sa lutte : la presse chilienne analyse le vote du 4 mars comme un &#171; vote de classe &#187;. Dans leur immense majorit&#233;, travailleurs et paysans pauvres ont vot&#233; P.C.&#8209;P.S... contre la &#171; conciliation gouvernementale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au point que d&#232;s le lendemain des &#233;lections, Allende recule et forme un nouveau gouvernement de F.P., mais compos&#233; uniquement de civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.C. contre la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La pression des travailleurs et, comme reflet de cette activit&#233;, la pression des militants du P.S., du P.C. et du M.I.R. se manifestent. Les dirigeants du P.C.C. qui jusqu'alors, nous l'avons vu, s'opposaient frontalement &#224; la construction de comit&#233;s, tournent, tenant compte de cette nouvelle situation. Corvalan d&#233;clare &#224; Chile Hoy :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. &#8209; Dans votre rapport, tout en maintenant l'id&#233;e qu'il faut remplacer l'appareil d'Etat bourgeois, il semble qu'on &#233;carte le d&#233;veloppement d'organes de pouvoir populaire ind&#233;pendants du gouvernement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R. &#8209; La n&#233;cessit&#233; de remplacer l'appareil bourgeois est indiscutable, mais le probl&#232;me est le suivant : qu'allons&#8209;nous faire ? Est&#8209;ce que nous le rempla&#231;ons aujourd'hui ? Comment le remplacer, en comptant un, deux, trois ? Il me semble qu'en posant les pieds sur terre, si v&#233;h&#233;ments que soient nos d&#233;sirs, nous devons nous rendre compte qu'il n'existe pas de conditions pour le mat&#233;rialiser imm&#233;diatement. Nous devons donc profiter, comme nous le faisons, de l'appareil d'Etat [ ... ] et d&#233;velopper parall&#232;lement, simultan&#233;ment, tous les types d'organisation populaire qui peuvent remplir les t&#226;ches que l'appareil bureaucratique bourgeois est incapable de g&#233;rer... Nous sommes donc partisans des commandos communaux, des conseils paysans, des cordons industriels, des J.A.P., etc., mais nous estimons que ces nouvelles organisations, qui sont des formes de pouvoir populaire, tout en maintenant leur ind&#233;pendance, ne peuvent n&#233;anmoins &#234;tre con&#231;ues et orient&#233;es contre la politique du gouvernement Allende. Dans le cas particulier des cordons industriels, nous les concevons comme partie int&#233;grante de la C.U.T., comme organisation de base de la C.U.T., et non comme organisations parall&#232;les et divisionnistes du mouvement syndical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants du P.C. reculent dans la forme, pour mieux affirmer l'essentiel de la politique du F.P. : &#171; Nous devons profiter, comme nous le faisons, de l'appareil d'Etat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est dit : Corvalan maintient int&#233;gralement la lutte pour la d&#233;fense de l'Etat bourgeois, pierre de touche de toute politique contre&#8209;r&#233;volutionnaire quelle que soit la combinaison exacte qui l'incarne, en fonction des d&#233;veloppements vivants de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, moins de six mois avant le tragique d&#233;nouement du coup d'Etat de Pinochet, les &#233;lections l&#233;gislatives indiquent que, contrairement &#224; tous les espoirs de la bourgeoisie chilienne, des cercles dirigeants de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, la classe ouvri&#232;re est debout, pr&#234;te &#224; r&#233;pondre &#224; l'appel des dirigeants des partis ouvriers. Malgr&#233; l'opposition du gouvernement Allende &#224; une authentique r&#233;forme agraire, de larges secteurs de la paysannerie pauvre &#8209; totalement analphab&#232;te &#8209; ont vot&#233; contre les partis de l'imp&#233;rialisme ; malgr&#233; le refus de l'U.P. de faire droit aux revendications des travailleurs qui exigent l'expropriation des saboteurs capitalistes, l'immense majorit&#233; des travailleurs a vot&#233; contre les partis de la bourgeoisie. La classe ouvri&#232;re, entra&#238;nant toujours de larges secteurs de la petite bourgeoisie, donne une fois encore l'avantage &#233;lectoral au P.C. et au P.S... en vain : le nouveau gouvernement Allende ne s'&#233;carte pas de la ligne de l'U.P.&#8209;front populaire. Forte de cette certitude, la bourgeoisie chilienne poursuit l'application de son plan de &#171; d&#233;stabilisation &#187;... en prenant garde cette fois de se heurter frontalement &#224; la classe ouvri&#232;re. Mieux. Alors que les mineurs d'El Teniente &#8209; fer de lance de la classe ouvri&#232;re &#8209; se mettent en gr&#232;ve pour d&#233;fendre leurs salaires, la d&#233;mocratie chr&#233;tienne se paie le luxe de soutenir &#8209; verbalement &#8209; les gr&#233;vistes des mines de cuivre... contre le gouvernement qui pr&#233;tend les repr&#233;senter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mineurs d'El Teniente ont massivement vot&#233; pour le P.C. et le P.S., et ces partis, au gouvernement coalis&#233; avec les partis bourgeois, s'opposent &#8209; une fois le r&#233;sultat des &#233;lections proclam&#233; aux travailleurs de cette corporation. Pour le gouvernement de l'Unit&#233; populaire, il s'agit de faire un exemple. En refusant de c&#233;der aux mineurs d'El Teniente, le gouvernement d'Allende entend mettre un terme &#224; l'&#171; escalade &#187; des revendications, dans toute la classe ouvri&#232;re. Commenc&#233;e le 17 avril, la gr&#232;ve ne se terminera que le 2 juillet. Elle donnera l'occasion &#224; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne de d&#233;noncer &#8209; &#224; bon compte &#8209; la politique du gouvernement, isolant ainsi l'avant&#8209;garde de la classe ouvri&#232;re du pays...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 26 juin, une manifestation des gr&#233;vistes &#224; Santiago d&#233;g&#233;n&#232;re et se heurte &#224; la police. Le P.C. et le P.S. d&#233;noncent la rencontre entre Salvador Allende et le comit&#233; de gr&#232;ve d'El Teniente comme inopportune...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message annuel que le pr&#233;sident de la R&#233;publique adresse au Congr&#232;s, &#224; la fin mai, illustre cette politique qui se heurte directement &#224; la classe ouvri&#232;re, &#224; ses int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive de la bourgeoisie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le titre &#171; Pour la d&#233;mocratie et la r&#233;volution, contre la guerre civile &#187;, Allende met en garde... la bourgeoisie contre les risques d'un affrontement avec la classe ouvri&#232;re. En m&#234;me temps, il signale &#171; que l'affrontement quotidien entre conservation et r&#233;volution a accumul&#233; une charge intense de violence sociale qu'il a &#233;t&#233; possible de contenir jusqu'&#224; pr&#233;sent dans les limites raisonnables ou d'&#233;touffer en cas de d&#233;bordement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir ainsi nettement &#233;tabli le bilan positif de l'unit&#233; populaire&#8209;front populaire ( d&#233;fense de l'Etat ), il proclame : &#171; Contrairement &#224; ce qui se passait autrefois, l'ordre publie a cess&#233; d'&#234;tre au service du syst&#232;me capitaliste et il est aujourd'hui un facteur qui contribue &#224; l'avance du processus r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Arr&#234;tons&#8209;nous un instant ; ce discours a son importance politique. Le pr&#233;sident du front populaire chilien affirme que &#171; l'ordre public a cess&#233; d'&#234;tre au service du syst&#232;me capitaliste &#187;, alors que le gouvernement refuse satisfaction aux ouvriers, aux paysans pauvres, aux comit&#233;s qui se dressent pour lutter contre le sabotage capitaliste, aux m&#233;nag&#232;res qui combattent contre le march&#233; noir... Un mois &#224; peine apr&#232;s qu'&#224; Santiago un militant communiste eut &#233;t&#233; abattu par un franc&#8209;tireur devant le si&#232;ge du parti d&#233;mocrate&#8209;chr&#233;tien...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors que la bourgeoisie appelle ouvertement &#224; la guerre civile, qu'elle arme les groupes fascistes, fait tirer sur la classe ouvri&#232;re, le pr&#233;sident de l'Unit&#233; populaire se dresse et avec son autorit&#233; s'affirme une fois encore garant des institutions bourgeoises, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; ce discours, la droite se d&#233;cha&#238;ne au Congr&#232;s pour faire obstacle au gouvernement, et passe de la gu&#233;rilla parlementaire &#224; la guerre ouverte. Appel&#233; &#224; la rescousse par Allende, le Tribunal constitutionnel se d&#233;clare incomp&#233;tent : toutes les forces de la bourgeoisie se rassemblent pour l'assaut. La presse &#233;voque ouvertement les pr&#233;paratifs de coup d'Etat militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 juin, la C.U.T. mobilise : 700 000 manifestants viennent assurer Allende de leur soutien contre la racaille fasciste et la camarilla des officiers sup&#233;rieurs. Les masses en alerte sont l&#224;, pr&#234;tes &#224; agir pour d&#233;faire la r&#233;action. Allende, qui subit cette pression, n'en refuse pas moins d'armer la classe ouvri&#232;re, et pour la premi&#232;re fois, il pr&#233;conise le renforcement du &#171; pouvoir populaire &#187; &#224; travers les cordons. Une fois encore, les chefs du front populaire maintiennent, avec les variations verbales n&#233;cessaires, la &#171; l&#233;galit&#233; &#187;, l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre ? Il faut pr&#233;cis&#233;ment le restaurer, affirme la bourgeoisie. Le 27 juin, le g&#233;n&#233;ral Prats est agress&#233; par un groupe d'officiers &#171; de droite &#187;. Le gouvernement r&#233;agit... en faisant arr&#234;ter quelques officiers trop compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24, &#233;clate le Tancazo (&#171; coup des tanks &#187;). Le 2&#232;me r&#233;giment blind&#233; se soul&#232;ve et, entra&#238;nant quelques unit&#233;s, encercle le palais de la Moneda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration est limit&#233;e, plus qu'un coup d'Etat, c'est en fait un ballon d'essai. La hi&#233;rarchie militaire divis&#233;e sur l'opportunit&#233;, la possibilit&#233; d'un succ&#232;s, &#171; t&#226;te &#187; les d&#233;fenses de l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Prats, &#224; la t&#234;te des troupes fid&#232;les au gouvernement, obtient la reddition des mutins ; quelques coups de feu sont &#233;chang&#233;s, mais l'affaire se termine sans dommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le gouvernement d'Allende laisse aux militaires fid&#232;les le soin de le d&#233;fendre, le Tancazo est pour l'avant&#8209;garde de la classe ouvri&#232;re l'occasion d'affirmer sa propre organisation militaire, comme instrument de ses aspirations : le commando communal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La signification des &#171; commandos communaux &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ecoutons ce que dit Manuel Dinamarca, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la C.U.T., &#224; propos des commandos : &#171; Le commando communal est une organisation nouvelle qui tend &#224; r&#233;aliser un transfert de pouvoir de l'institutionnalit&#233; prol&#233;tarienne. Il faut que cela d&#233;bouche sur un exercice concret du pouvoir. Par exemple, dans le nord de Santiago, les commandos ont [ ... ] fait appliquer des d&#233;cisions en mati&#232;re de sant&#233; et de transports en commun (prolongation ou modification d'itin&#233;raires). Il va arriver un moment o&#249; le commando va donner des ordres sur l'affectation des cr&#233;dits d'une succursale bancaire locale, d&#233;cider de l'implantation d'une industrie dans la zone et finalement va donner des ordres aux autres types d'organismes comme les municipalit&#233;s. Les commandos vont agir avec ou sans l'accord du Congr&#232;s, et se fortifieront comme organes de pouvoir populaire par la r&#233;solution de probl&#232;mes concrets et la capacit&#233; de mobilisation de la population dans cette recherche de solutions. Ce qu'il faut entendre par &#034;ind&#233;pendance id&#233;ologique&#034; de ces organismes, c'est la chose suivante : les cordones comme la C.U.T. sont des organisations de travailleurs ind&#233;pendants du gouvernement, des partis, des institutions du pays. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'appr&#233;ciation officielle par les dirigeants de la C.U.T. du r&#244;le des cordons et des commandos communaux. Voyons maintenant quelle fut la riposte de la classe ouvri&#232;re an coup d'Etat militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. &#8209; Quelle fut la riposte du cordon Vieuna&#8209;Mackenna aux &#233;v&#233;nements de vendredi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. (Un dirigeant de Easton&#8209;Chile.) &#8209; A 9 h 15 nous avions convoqu&#233; une r&#233;union g&#233;n&#233;rale. On a d&#233;cid&#233; de rester pour garder l'usine et d'envoyer les brigades de choc se joindre aux brigades des autres entreprises. Nous avons eu des probl&#232;mes avec certains camarades qui consid&#233;raient que sortir les mains nues, c'&#233;tait aller au massacre. Les sympathisants de la D.C. ne voulaient pas sortir, ils disaient qu'il fallait suivre les instructions du cordon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. &#8209; Quelles &#233;taient ces instructions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. &#8209; Envoyer les brigades de choc &#224; Fabrilana, o&#249; elles devaient se concentrer. La premi&#232;re t&#226;che de ces brigades &#233;tait de trouver &#224; tout prix les moyens de locomotion et les amener &#224; l'usine afin de ne pas rester paralys&#233;s si la situation devenait critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. &#8209; Comment &#234;tes&#8209;vous organis&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. &#8209; En voyant l'activit&#233; du cordon, d'autres entreprises ont d&#233;cid&#233; de s'y int&#233;grer. Nous nous sommes divis&#233;s en quatre secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Q. &#8209; Quand vous &#234;tes&#8209;vous divis&#233;s en quatre secteurs ? Lors des &#233;v&#233;nements ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. Non. Nous avions organis&#233; le cordon bien avant de cette mani&#232;re, il est plus souple, plus structur&#233;, plus efficace, parce que ce cordon est tr&#232;s long. Apr&#232;s nos premi&#232;res exp&#233;riences, nous avons pens&#233; que pour qu'il devienne op&#233;rationnel en cas d'urgence, lors d'&#233;v&#233;nements comme ceux de vendredi par exemple, il fallait le diviser en quatre secteurs et choisir les entreprises qui prendraient la t&#234;te de chacun des secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une entreprise du cordon O'Higgins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. &#8209; Qu'avez&#8209;vous fait vendredi quand la nouvelle des &#233;v&#233;nements vous est parvenue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. &#8209; Nous &#233;tions en train de travailler. Vers 9 h 15, nous connaissions les &#233;v&#233;nements. Les camarades dirigeants &#233;taient au minist&#232;re, mais nous ici (car selon moi, m&#234;me si les dirigeants ne sont pas l&#224;, on peut commencer &#224; s'organiser), nous avons arr&#234;t&#233; le travail, ob&#233;issant &#224; l'appel du gouvernement qui disait que nous devions &#234;tre organis&#233;s &#224; l'int&#233;rieur des entreprises. Nous &#233;tions dispos&#233;s &#224; d&#233;fendre le camarade Allende jusqu'aux derni&#232;res cons&#233;quences. Je veux aussi dire quelque chose sur les militaires. C'est bien qu'une partie des forces arm&#233;es ait d&#233;fendu le gouvernement, mais pour moi, l'arm&#233;e est l&#224; pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie, et personne ne me convaincra du contraire, ni le camarade Allende, ni le parti auquel j'appartiens. Voil&#224; ce que je pense. Nous les ouvriers, nous devons nous pr&#233;parer. Quand nous sommes all&#233;s &#224; la manifestation, j'ai eu l'impression que le camarade Allende n'avait pas confiance dans les travailleurs [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. &#8209; Apr&#232;s cette nouvelle exp&#233;rience, que pensez&#8209;vous qu'il faille faire dans l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R. &#8209; Il faut s'organiser encore mieux. Il faut prendre les armes et d&#233;fendre le gouvernement &#224; tout prix. Quant aux militaires, il faut les tenir &#224; l'oeil, parce qu'en fait, ils sont tous des fils de riches, ils ne sont pas comme nous, qui b&#226;tissons l'avenir. Ils d&#233;fendent le droit de leurs p&#232;res et de tous les millionnaires. Je crois que la C.I.A. a tremp&#233; dans cette histoire et maintenant, nous voyons comment les messieurs de Patria y libertad vont sonner aux portes pour s'&#233;chapper du pays. Je crois qu'ils pensaient que d'autres militaires allaient aussi se mutiner, mais il semblerait que &#231;a ait rat&#233;, je ne suis pas s&#251;r... Les militaires sont divis&#233;s. Il y a des militaires honn&#234;tes comme le g&#233;n&#233;ral Prats. Mais la droite a essay&#233; de le provoquer. Il faut pas oublier que quand un capitaliste veut s&#233;duire un ouvrier, il lui donne des tapes sur le dos, rigole avec lui, lui dit qu'il est un bon travailleur ; mais quand l'ouvrier vieillit et qu'il ne sert plus, alors il le renvoie. C'est la m&#234;me chose qui est arriv&#233;e avec le g&#233;n&#233;ral Prats. Les journaux de droite ne tarissaient pas d'&#233;loges lorsqu'il fut nomm&#233; ministre de l'Int&#233;rieur ; mais apr&#232;s, quand ils ont vu qu'il ne d&#233;fendait pas ce qu'ils voulaient, ils l'ont trait&#233; de l&#226;che, de femmelette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. &#8209; Pour revenir au probl&#232;me du pouvoir populaire, comment l'imaginez&#8209;vous ? Croyez&#8209;vous qu'il existe d&#233;j&#224; un embryon de ce pouvoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. &#8209; Bien entendu, pour moi le pouvoir populaire, c'est lorsque les travailleurs sont au pouvoir. En ce sens, ici, par exemple, il y a un comit&#233; d'administration. Avant, l'entreprise &#233;tait administr&#233;e par le patron ou le g&#233;rant, maintenant les camarades du gouvernement sont l&#224; pour cr&#233;er ce pouvoir populaire. Du moins, c'est &#231;a que je comprends, peut&#8209;&#234;tre je me trompe. La nationalisation des mines du Teniente... tout &#231;a a cr&#233;&#233; un pouvoir populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que tant qu'on n'&#233;liminera pas la classe dominante, la classe domin&#233;e n'aura pas le pouvoir populaire. Pour moi, la guerre est in&#233;vitable. Je la vois venir depuis que le &#171; Chicho &#187; est au pouvoir. La classe dominante ne va pas se laisser emporter comme &#231;a ; elle va d&#233;fendre ses privil&#232;ges [ ... ].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Q. &#8209; Quel fut l'impact des &#233;v&#233;nements de vendredi sur les travailleurs ? Croyez&#8209;vous qu'ils aient servi &#224; leur faire prendre conscience ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R. &#8209; Vendredi, tout le monde a compris qui &#233;taient les types qui provoquent des situations de ce genre et donc je crois que la gauche en sort renforc&#233;e, et les travailleurs ont compris une fois pour toutes qu'il est difficile de continuer avec la &#171; voie chilienne &#187;, cette voie pacifique, et le camarade Allende devra peut&#8209;&#234;tre renoncer &#224; ce prix de la Paix qu'on lui a donn&#233;, pas &#224; cause de lui, mais &#224; cause des conditions qui se sont cr&#233;&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques citations emprunt&#233;es &#224; l'ouvrage d'Alain Joxe, Le Chili sous Allende, indiquent les forces et les faiblesses du prol&#233;tariat chilien, seul, sans parti r&#233;volutionnaire, face &#224; la r&#233;action imp&#233;rialiste prot&#233;g&#233;e par la politique de l'unit&#233; populaire-front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une avant&#8209;garde commence &#224; r&#233;gler son compte &#224; la notion de &#171; pouvoir populaire &#187; englobant, nous l'avons vu, la participation de partis bourgeois aux c&#244;t&#233;s des partis ouvriers au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense que tant qu'on n'&#233;liminera pas la classe dominante, la classe domin&#233;e n'aura pas le pouvoir populaire. Pour moi, la guerre est in&#233;vitable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Trois ann&#233;es d'unit&#233; populaire&#8209;front populaire forgent l'exp&#233;rience pratique des masses ; les id&#233;es se d&#233;gagent lentement, mais s&#251;rement, des illusions distill&#233;es par les chefs de l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est bien qu'une partie des forces arm&#233;es ait d&#233;fendu le gouvernement, mais pour moi, l'arm&#233;e est l&#224; pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie, et personne ne me convaincra du contraire, ni le camarade Allende, ni le parti auquel j'appartiens &#187;, d&#233;clare ce travailleur probablement militant du P.C. qui s'inqui&#232;te et s'interroge sur l'absence de confiance manifest&#233;e par Allende dans la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tancazo fouette la r&#233;flexion politique de l'avant&#8209;garde de la classe ouvri&#232;re, qui cherche un moyen de r&#233;sister victorieusement &#224; l'offensive de la r&#233;action face &#224; l'incurie manifeste et &#233;vidente de l'Unit&#233; populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, loin d'amener les dirigeants du P.C. et du P.S. &#224; s'appuyer &#224; fond sur l'organisation de la classe ouvri&#232;re en cordons et en commandos, le coup d'Etat rat&#233; du 29 juin d&#233;clenche un tir de barrage des chefs de l'U.P... pour prot&#233;ger l'arm&#233;e chilienne et vanter ses m&#233;rites. La classe ouvri&#232;re cherche &#224; s'organiser politiquement et militairement pour faire front &#224; la r&#233;action foment&#233;e par la bourgeoisie &#224; travers l'arm&#233;e chilienne, et les chefs du P.C. et du P.S. se pr&#233;cipitent pour d&#233;sarmer la classe ouvri&#232;re et... chanter les louanges de l'arm&#233;e &#171; r&#233;publicaine &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L' &#171; estime des militaires &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jorge Godoy, pr&#233;sident de la C.U.T., dirigeant du P.C.C., d&#233;clare : &#171; Les forces arm&#233;es sont toujours, en fait, tr&#232;s proches des travailleurs, et je dirais qu'elles ont une grande estime pour les travailleurs, et appr&#233;cient notre fonction peut&#8209;&#234;tre mieux que ne le fait aucun autre secteur, parce que leur fonction propre, qui consiste &#224; d&#233;fendre et a prot&#233;ger le pays, est ins&#233;parable de ce que les travailleurs font dans l'&#233;conomie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; estime des militaires &#187; pour la classe ouvri&#232;re chilienne ne va pas, h&#233;las ! tarder &#224; se manifester. Relevons ici avec quel cynisme, avec quelle ind&#233;cence, des chefs se r&#233;clamant du &#171; communisme &#187; ont pu jusqu'au dernier moment fouler aux pieds les principes d'ind&#233;pendance de classe du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forte de ce soutien, la bourgeoisie poursuit son action. Le 8 juillet, Frei d&#233;nonce la formation de milices ouvri&#232;res, et le lendemain... le quotidien Mercurio lance un appel &#224; la formation de milices pour appuyer la gr&#232;ve des transporteurs routiers ! Le m&#234;me jour commence l'application par l'arm&#233;e de la &#171; loi de contr&#244;le des armements &#187; vot&#233;e en octobre 1972 gr&#226;ce au P.C. et au P.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque jour, un quartier ouvrier, un groupe d'usines... sont perquisitionn&#233;s, &#171; l&#233;galement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont de v&#233;ritables op&#233;rations militaires, on fouille, parque, frappe travailleurs et militants. A l'occasion de ces manifestations de force, la hi&#233;rarchie militaire restaure la discipline, reprend la troupe en main, l'habitue &#224; quadriller usines et quartiers ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que fait le gouvernement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lance&#8209;t&#8209;il un appel &#224; la classe ouvri&#232;re, rompt&#8209;il avec la bourgeoisie et ses partis, distribue&#8209;t&#8209;il des armes aux &#171; cordons &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Il augmente les salaires... de l'arm&#233;e ; 60 % pour un soldat, 28 % pour un adjudant&#8209;chef, 38 % pour un sous&#8209;lieutenant, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au P.C., il engage une campagne pour la dissolution des cordons et le retour &#224; une activit&#233; &#171; normale &#187; d&#233;termin&#233;e par la C.U.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actes terroristes des groupes fascistes se multiplient. En toute impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 juillet commence une nouvelle et longue gr&#232;ve des transporteurs routiers, directement organis&#233;e par la C.I.A. Cette gr&#232;ve fait mal, dans un pays o&#249; la quasi&#173;totalit&#233; du trafic de marchandises se fait par camions. Le m&#234;me jour, l'attach&#233; naval du gouvernement d'Allende est assassin&#233;. La r&#233;action frappe &#224; visage d&#233;couvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;moralis&#233;e, la classe ouvri&#232;re recule. Elle attendait des ordres et des armes, le gouvernement lui a envoy&#233; l'arm&#233;e, les coups, la r&#233;pression, en m&#234;me temps que dirigeants du P.C. et de la C.U.T. s'employaient &#224; disloquer les &#171; cordons &#187; et les &#171; commandos communaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende reprend la n&#233;gociation avec la d&#233;mocratie chr&#233;tienne et le 9 ao&#251;t un nouveau cabinet est form&#233;. Il comprend les chefs militaires des trois armes et des carabiniers : c'est le &#171; cabinet de s&#233;curit&#233; nationale &#187;. Les &#171; cordons &#187; qui attendaient au contraire un gouvernement civil, de combat contre la r&#233;action, manifestent contre Allende. Rien n'y fait : l'Unit&#233; populaire suit son cours. Un cours brutal, sanguinaire pour les centaines de marins et de sous&#8209;officiers de la marine connus pour leurs liens avec les partis ouvriers et arr&#234;t&#233;s &#224; Valparaiso et &#224; Talcahuano. Arr&#234;t&#233;s et tortur&#233;s &#224; mort. L'arm&#233;e se &#171; pr&#233;pare &#187;. Dans tous les r&#233;giments, c'est la chasse aux soldats et sous&#8209;officiers qui sympathisaient avec le gouvernement l&#233;gal ! La terreur est instaur&#233;e au sein des troupes, pour mieux l'imposer demain &#224; la classe ouvri&#232;re... La bourgeoisie, la presse, les officiers sup&#233;rieurs entreprennent une offensive dirig&#233;e contre le g&#233;n&#233;ral loyaliste Prats, coupable d'avoir combattu le Tancazo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 ao&#251;t, la Chambre des d&#233;put&#233;s d&#233;clare le gouvernement ill&#233;gal, et invite l'arm&#233;e &#224; choisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24, le g&#233;n&#233;ral Prats d&#233;missionne de ses postes de ministre de l'Int&#233;rieur et de commandant en chef de l'arm&#233;e de terre. Allende accepte cette d&#233;mission et nomme le g&#233;n&#233;ral Pinochet. La justice militaire ouvre une instruction contre les secr&#233;taires g&#233;n&#233;raux du P.S., du M.I.R. et du M.A.P.U., &#171; coupables &#187; d'avoir pris la d&#233;fense des marins et de leurs officiers antiputschistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 septembre, ils sont encore 800 000 travailleurs, paysans, jeunes, &#224; manifester pour le troisi&#232;me anniversaire de l'arriv&#233;e d'Allende au pouvoir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, les femmes des beaux quartiers organisent une marche des casseroles vides...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 septembre, Valparaiso est occup&#233; militairement par la marine. Allende lance un appel radio-diffus&#233; &#224; la r&#233;sistance. Il rejette un ultimatum des chefs des trois armes et des carabiniers. L'aviation attaque le palais de la Moneda &#224; la roquette...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allende sera retrouv&#233; mort, assassin&#233; les armes &#224; la main ; 50 000 militants, travailleurs, paysans, jeunes, allaient &#234;tre assassin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, la politique du front populaire permettait &#224; la bourgeoisie de d&#233;faire la classe ouvri&#232;re, son action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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