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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>La parano&#239;a, Sigmund Freud</title>
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		<dc:date>2009-12-19T09:43:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>



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&lt;p&gt;Manuscrit H, 24-1-1895 PARANOIA &lt;br class='autobr' /&gt; En psychiatrie, les id&#233;es d&#233;lirantes doivent &#234;tre rang&#233;es &#224; c&#244;t&#233; des id&#233;es obsessionnelles, toutes deux &#233;tant des perturbations purement intellectuelles ; la parano&#239;a se place &#224; c&#244;t&#233; du trouble obsessionnel en tant que psychose intellectuelle. Si les obsessions sont attribuables &#224; quelque trouble affectif et si nous d&#233;montrons qu'elles doivent leur puissance &#224; quelque conflit, la m&#234;me explication doit &#234;tre valable pour les id&#233;es d&#233;lirantes. Ces (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique163" rel="directory"&gt;La parano&#239;a&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Manuscrit H, 24-1-1895&lt;br class='autobr' /&gt;
PARANOIA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En psychiatrie, les id&#233;es d&#233;lirantes doivent &#234;tre rang&#233;es &#224; c&#244;t&#233; des id&#233;es obsessionnelles, toutes deux &#233;tant des perturbations purement intellectuelles ; la parano&#239;a se place &#224; c&#244;t&#233; du trouble obsessionnel en tant que psychose intellectuelle. Si les obsessions sont attribuables &#224; quelque trouble affectif et si nous d&#233;montrons qu'elles doivent leur puissance &#224; quelque conflit, la m&#234;me explication doit &#234;tre valable pour les id&#233;es d&#233;lirantes. Ces id&#233;es d&#233;coulent d'une perturbation affective et leur force est due &#224; un processus psychologique. Les psychiatres sont d'un avis contraire, tandis que les profanes ont l'habitude d'attribuer la folie &#224; des chocs psychiques : &#034;Si quelqu'un, lors de certains &#233;v&#233;nements ne perd point la raison c'est qu'il n'en a point &#224; perdre.&#034; (Lessing, Emilia Galotti, act.IV).&lt;br class='autobr' /&gt; Le fait est l&#224; : la parano&#239;a chronique sous sa forme classique est un mode pathologique de d&#233;fense, comme l'hyst&#233;rie, la n&#233;vrose obsessionnelle et les &#233;tats de confusion hallucinatoire. Les gens deviennent parano&#239;aques parce qu'ils ne peuvent tol&#233;rer certaines choses - &#224; condition naturellement que leur psychisme y soit particuli&#232;rement pr&#233;dispos&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; En quoi consiste cette pr&#233;disposition ? En un penchant vers quelque chose qui poss&#232;de certaines caract&#233;ristiques de la parano&#239;a. Servons-nous d'un exemple.&lt;br class='autobr' /&gt; Une demoiselle d&#233;j&#224; m&#251;rissante (30 ans environ) vit avec son fr&#232;re et sa soeur [a&#238;n&#233;e]. Ils appartiennent &#224; la classe des travailleurs qualifi&#233;s. Son fr&#232;re veut arriver &#224; s'&#233;tablir &#224; son propre compte. Ils louent une chambre &#224; l'une de leurs connaissances, un gar&#231;on ayant beaucoup voyag&#233;, un peu myst&#233;rieux, tr&#232;s adroit et fort intelligent. Il demeure chez eux pendant un an et se montre le meilleur des camarades et des compagnons. Apr&#232;s les avoir quitt&#233;s pendant six mois, il revient. Cette fois, iul ne reste que relativement peu de temps et dispara&#238;t pour de bon. Les soeurs se lamentent souvent de son absence et n'en parlent qu'en termes &#233;logieux. Toutefois, la soeur cadette raconte &#224; son a&#238;n&#233;e qu'il voulut un jour la mettre &#224; mal. Elle faisait le m&#233;nage dans la chambre alors qu'il &#233;tait encore couch&#233;. Il la fit venir aupr&#232;s du lit et quand, sans rien soup&#231;onner, elle s'approcha, il lui mit son p&#233;nis dans la main. Cette sc&#232;ne n'eut pas de suite et, peu de temps apr&#232;s, l'&#233;tranger quitta la maison.&lt;br class='autobr' /&gt; Quelques ann&#233;es plus tard, l'h&#233;ro&#239;ne de cette aventure tomba malade. Elle se plaignait et d'ind&#233;niables sympt&#244;mes de d&#233;lires d'observation et de pers&#233;cution apparurent : les voisines la plaignaient parce qu'elle &#233;tait un laiss&#233; pour compte et qu'elle attendait le retour de cet homme. On lui faisait sans cesse des allusions de ce genre, on jasait &#224; propos de cette histoire, etc. Naturellement, tout cela &#233;tait faux. Depuis lors, la malade ne reste dans cet &#233;tat que pendant des p&#233;riodes de quelques semaines, puis retrouve la raison et d&#233;clare que tout cela ne r&#233;sulte que d'un &#233;tat d'excitation, mais m&#234;me dans les intervalles, elle souffre d'une n&#233;vrose dont il serait difficile de contester le caract&#232;re sexuel. Elle ne tarde pas &#224; subir un nouvel acc&#232;s de parano&#239;a.&lt;br class='autobr' /&gt; La soeur a&#238;n&#233;e s'&#233;tonne de constater que si l'on vient &#224; parler de la sc&#232;ne de s&#233;duction, la malade la nie chaque fois. Breuer entendit parler de ce cas qui me fut adress&#233;. J'essayai sans succ&#232;s de supprimer la tendance &#224; la parano&#239;a en restaurant dans ses droits le souvenir de la sc&#232;ne de s&#233;duction. J'eus avec elle deux entretiens et l'invitai, alors qu'elle &#233;tait dans un &#233;tat de &#034;concentration hypnotique&#034;, &#224; me raconter tout ce qui se rapportait &#224; son locataire. L'ayant press&#233;e de questions pour savoir si rien &#034;d'embarrassant&#034; ne lui &#233;tait arriv&#233;, elle le nia de la fa&#231;on la plus formelle - et je ne la revis plus. Elle me fit dire que tout cela l'&#233;nervait trop. D&#233;fense ! Evidemment, elle ne voulait pas qu'on rappel&#226;t ses souvenirs et les refoulait intentionnellement.&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;fense &#233;tait ind&#233;niable, mais aurait tout aussi bien pu aboutir &#224; un sympt&#244;me hyst&#233;rique ou &#224; une obsession. Quel &#233;tait donc le caract&#232;re particulier de cette d&#233;fense parano&#239;aque ?&lt;br class='autobr' /&gt; La malade voulait &#233;viter quelque chose, le refoulait. Nous devinons ce que c'&#233;tait ; il est probable qu'elle avait vraiment &#233;t&#233; troubl&#233;e par ce qu'elle avait vu, et par le souvenir de ce qu'elle avait vu. Elle tentait d'&#233;chapper au reproche d'&#234;tre une vilaine femme. Mais ce reproche lui vint du dehors et ainsi le contenu r&#233;el resta intact alors que l'emplacement de toute la chose changea. Le reproche int&#233;rieur fut repouss&#233; au dehors : les gens disaient ce qu'elle se serait, sans cela, dit &#224; elle-m&#234;me. Elle aurait &#233;t&#233; forc&#233;e d'accepter le jugement formul&#233; int&#233;rieurement, mais pouvait bien rejeter celui qui lui venait de l'ext&#233;rieur. C'est ainsi que jugement et reproche &#233;taient maintenus loin de son moi.&lt;br class='autobr' /&gt; Le but de la parano&#239;a est donc de se d&#233;fendre d'une repr&#233;sentation inconciliable avec le moi, en projetant son contenu dans le monde ext&#233;rieur. Deux questions se posent : 1&#176; Comment un pareil d&#233;placement peut-il se produire ? 2&#176; Tout se passe-t-il de la m&#234;me fa&#231;on dans d'autres cas de la parano&#239;a ?&lt;br class='autobr' /&gt; Le d&#233;placement se r&#233;alise tr&#232;s simplement. Il s'agit du m&#233;susage d'un m&#233;canisme psychique tr&#232;s courant, celui du d&#233;placement ou de la projection. Toutes les fois que se produit une transformation int&#233;rieure, nous pouvons l'attribuer soit &#224; une cause int&#233;rieure, soit &#224; une cause ext&#233;rieure. Si quelque chose nous emp&#234;che de choisir le motif int&#233;rieur, nous optons en faveur du motif ext&#233;rieur. En second lieu, nous sommes accoutum&#233;s &#224; voir nos &#233;tats int&#233;rieurs se r&#233;v&#233;ler &#224; autrui (par l'expression de nos &#233;mois). C'est ce qui donne lieu &#224; l'id&#233;e normale d'&#234;tre observ&#233; et &#224; la projection normale. Car ces r&#233;actions demeurent normales tant que nous restons conscients de nos propres modifications int&#233;rieures. Si nous les oublions, si nous ne tenons compte que du terme du syllogisme qui aboutit au dehors, nous avons une parano&#239;a avec ses exag&#233;rations relatives &#224; ce que les gens savent sur nous et &#224; ce qu'ils nous font - ce qu'ils connaissent de nous et que nous ignorons, ce que nous ne pouvons admettre. Il s'agit d'un m&#233;susage du m&#233;canisme de projection utilis&#233; en tant que d&#233;fense.&lt;br class='autobr' /&gt; Pour les obsessions, les choses sont tout &#224; fait les m&#234;mes. Ici encore le m&#233;canisme de substitution est un m&#233;canisme normal. Quand une vieille fille poss&#232;de un chien ou qu'un vieux c&#233;libataire collectionne des tabati&#232;res, la premi&#232;re compense son besoin de vie conjugale, le second son envie de multiples conqu&#234;tes. Tous les collectionneurs sont des r&#233;pliques de Don Juan Tenorio, et il en va de m&#234;me pour les alpinistes, les sportifs, etc. Il s'agit d'&#233;quivalents de l'&#233;rotisme, &#233;quivalents familiers &#233;galement aux femmes. Les traitements gyn&#233;cologiques entrent dans cette cat&#233;gorie. Il y a deux sortes de patientes, celles qui sont aussi fid&#232;les &#224; leur m&#233;decin qu'&#224; leur mari et celles qui en changent comme elles changent d'amants. Ce m&#233;canisme normal de substitution est mal utilis&#233; dans les obsessions - toujours dans un but d&#233;fensif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette mani&#232;re de voir s'applique-t-elle aussi &#224; d'autres cas de parano&#239;a ? Je devrais dire &#224; tous les cas. Prenons un exemple. Le parano&#239;aque revendicateur ne peut tol&#233;rer l'id&#233;e d'avoir agi injustement ou de devoir partager ses biens. En cons&#233;quence, il trouve que la sentence n'a aucune validit&#233; l&#233;gale ; c'est lui qui a raison, etc. (Le cas est trop clair, peut-&#234;tre pas tout &#224; fait pr&#233;cis. On pourrait peut-&#234;tre l'expliquer autrement.)&lt;br class='autobr' /&gt; Une grande nation ne peut supporter l'id&#233;e d'avoir &#233;t&#233; battue. Ergo, elle n'a pas &#233;t&#233; vaincue ; la victoire ne compte pas. Voil&#224; un exemple de parano&#239;a collective o&#249; se cr&#233;e un d&#233;lire de trahison.&lt;br class='autobr' /&gt; L'alcoolique ne s'avoue jamais que la boisson l'a rendu impuissant. Quelle que soit la quantit&#233; d'alcool qu'il supporte, il rejette cette notion intol&#233;rable. C'est la femme qui est responsable, d'o&#249; d&#233;lire de jalousie, etc.&lt;br class='autobr' /&gt; L'hypocondriaque lutte longtemps avant de d&#233;couvrir pourquoi il se sent gravement malade. Il n'admet jamais que cette impression soit d'origine sexuelle, mais &#233;prouve la plus vive satisfaction &#224; se dire que ses souffrances sont, non pas endog&#232;nes (comme le dit Moebius), mais exog&#232;nes, donc, il a &#233;t&#233; empoisonn&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; Le fonctionnaire qui ne figure pas au tableau d'avancement a besoin de croire que des pers&#233;cuteurs ont foment&#233; un complot contre lui et qu'on l'espionne dans sa chambre. Sinon, il devrait admettre son propre naufrage.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais ce n'est pas toujours un d&#233;lire de pers&#233;cution qui se produit. La m&#233;galomanie r&#233;ussit peut-&#234;tre mieux encore &#224; &#233;liminer du moi l'id&#233;e p&#233;nible. Pensons, par exemple, &#224; cette cuisini&#232;re dont l'&#226;ge a fl&#233;tri les charmes et qui doit s'habituer &#224; penser que le bonheur d'&#234;tre aim&#233;e n'est pas fait pour elle. Voil&#224; le moment venu de d&#233;couvrir que le patron montre clairement son d&#233;sir de l'&#233;pouser et le lui a fait entendre, avec une remarquable timidit&#233;, mais n&#233;anmoins de fa&#231;on indiscutable.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans tous ces cas, la t&#233;nacit&#233; avec laquelle le sujet s'accroche &#224; son id&#233;e d&#233;lirante est &#233;gale &#224; celle qu'il d&#233;ploie pour chasser hors de son moi quelque autre id&#233;e intol&#233;rable. Ces malades aiment leur d&#233;lire comme ils s'aiment eux-m&#234;mes. Voil&#224; tout le secret [de ces r&#233;actions].&lt;br class='autobr' /&gt; Maintenant, comparons cette forme de d&#233;fense &#224; celles que nous connaissons d&#233;j&#224; dans : 1&#176; l'hyst&#233;rie ; 2&#176; l'obsession ; 3&#176; la confusion hallucinatoire ; et 4&#176; la parano&#239;a. Nous avons &#224; consid&#233;rer l'affect, le contenu de la repr&#233;sentation et les hallucinations (v. fig.4).&lt;br class='autobr' /&gt; 1&#176; HYSTERIE. La repr&#233;sentation intol&#233;rable ne peut parvenir &#224; s'associer au moi. Le contenu reste d&#233;tach&#233;, hors du conscient ; son affect se trouve d&#233;plac&#233;, report&#233; dans le somatique, par conversion...&lt;br class='autobr' /&gt; 2&#176; IDEES OBSESSIONNELLES. L&#224; encore la repr&#233;sentation intol&#233;rable est maintenue hors de l'association avec le moi. L'affect demeure mais le contenu se trouve remplac&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; 3&#176; CONFUSION HALLUCINATOIRE. Tout l'ensemble de la repr&#233;sentation intol&#233;rable (affect et contenu) est maintenu &#233;loign&#233; du moi, ce qui ne devient possible que par un d&#233;tachement partiel du monde ext&#233;rieur. Des hallucinations agr&#233;ables au moi et qui favorisent la d&#233;fense surviennent.&lt;br class='autobr' /&gt; 4&#176; PARANO&#207;A. Contrairement au 3&#176;, contenu et affect de l'id&#233;e intol&#233;rable sont maintenus, mais se trouvent alors projet&#233;s dans le monde ext&#233;rieur. Les hallucinations qui se produisent, dans certaines formes de cette maladie, sont d&#233;sagr&#233;ables au moi tout en favorisant aussi la d&#233;fense.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans les psychoses hyst&#233;riques, au contraire, c'est la repr&#233;sentation chass&#233;e qui prend le dessus. Le type en est l'acc&#232;s et l'&#233;tat secondaire. Les hallucinations sont d&#233;sagr&#233;ables au moi. Les id&#233;es d&#233;lirantes sont soit la copie, soit le contraire de la repr&#233;sentation repouss&#233;e (m&#233;galomanie). La parano&#239;a et la confusion hallucinatoire sont les deux psychoses d'obstination et de suspicion. Les &#034;relations avec soi-m&#234;me&#034; dans la parano&#239;a sont analogues aux hallucinations des &#233;tats confusionnels o&#249; le sujet affirme le contraire du fait qu'il a repouss&#233;. De cette fa&#231;on, &#034;les relations avec soi-m&#234;me&#034; tendent &#224; d&#233;montrer l'exactitude de la projection.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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