<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
	<link>https://www.matierevolution.fr/</link>
	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?id_mot=54&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
		<url>https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L144xH69/siteon0-32cbc.jpg?1785034895</url>
		<link>https://www.matierevolution.fr/</link>
		<height>69</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Quand Rosa Luxemburg accusait les bolcheviks de reprendre des mots d'ordre petits bourgeois</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6827</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6827</guid>
		<dc:date>2025-06-08T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Paysans</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Rosa Luxemburg</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand Rosa Luxemburg accusait les bolcheviks de reprendre des mots d'ordre petits bourgeois, compl&#232;tement a contrario de la notion de r&#233;volution permanente qui am&#232;ne le prol&#233;tariat &#224; diriger y compris la r&#233;volution bourgeoise &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux mots d'ordre petit-bourgeois &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bolcheviks sont les h&#233;ritiers historiques des &#034;niveleurs&#034; anglais et des jacobins fran&#231;ais. Mais la t&#226;che qui leur incombait dans la R&#233;volution russe au lendemain de la prise du pouvoir &#233;tait incomparablement plus difficile que (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;2- la r&#233;volution permanente, strat&#233;gie du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Paysans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand Rosa Luxemburg accusait les bolcheviks de reprendre des mots d'ordre petits bourgeois, compl&#232;tement a contrario de la notion de r&#233;volution permanente qui am&#232;ne le prol&#233;tariat &#224; diriger y compris la r&#233;volution bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deux mots d'ordre petit-bourgeois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks sont les h&#233;ritiers historiques des &#034;niveleurs&#034; anglais et des jacobins fran&#231;ais. Mais la t&#226;che qui leur incombait dans la R&#233;volution russe au lendemain de la prise du pouvoir &#233;tait incomparablement plus difficile que celle de leurs devanciers [1]. Assur&#233;ment, le mot d'ordre de la prise et du partage des terres par les paysans &#233;tait la formule la plus br&#232;ve, la plus simple et la plus lapidaire pour atteindre un double but : d&#233;truire la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re ; lier les paysans au gouvernement r&#233;volutionnaire. Comme mesure politique pour renforcer le gouvernement socialiste-prol&#233;tarien, c'&#233;tait l&#224; une tactique excellente. Malheureusement, elle avait deux faces, et son revers, c'est que la prise directe des terres et leur partage entre les paysans n'a absolument rien de commun avec le socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation socialiste de l'&#233;conomie suppose, en ce qui concerne l'agriculture, deux choses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, la nationalisation de la grande propri&#233;t&#233;, comme pr&#233;sentant le degr&#233; techniquement le plus avanc&#233; de la concentration des moyens de production agricole, qui seule peut servir de base &#224; l'&#233;conomie socialiste dans les campagnes. Si, bien entendu, il n'est pas n&#233;cessaire d'enlever au petit cultivateur son lopin de terre et si on peut lui laisser tranquillement le soin de se convaincre par lui-m&#234;me des avantages de l'exploitation collective, pour le gagner d'abord au groupement coop&#233;ratif, puis au syst&#232;me de l'exploitation collective, toute transformation socialiste de l'&#233;conomie agricole doit commencer naturellement par la grande et la moyenne propri&#233;t&#233;. Elle doit transf&#233;rer, avant tout, le droit de propri&#233;t&#233; &#224; la nation, ou, ce qui revient au m&#234;me avec un gouvernement socialiste, &#224; l'Etat, car cela seul garantit la possibilit&#233; d'organiser la production agricole sur une base socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, deuxi&#232;mement, l'une des conditions indispensables de cette transformation, c'est de supprimer l'opposition entre l'agriculture et l'industrie, qui constitue le trait caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, pour faire place &#224; une p&#233;n&#233;tration et &#224; une fusion compl&#232;te de ces deux branches de production, &#224; une transformation, tant de la production agraire que de la production industrielle, selon un point de vue commun. De quelque fa&#231;on qu'en soit pratiquement organis&#233;e la gestion, qu'elle soit confi&#233;e aux municipalit&#233;s des villes, comme certains le proposent, ou &#224; l'Etat, en tout cas, la condition pr&#233;alable est une r&#233;forme r&#233;alis&#233;e d'une fa&#231;on unitaire et dirig&#233;e par le centre, cette reforme supposant elle-m&#234;me la nationalisation du sol. Nationalisation de la grande et moyenne propri&#233;t&#233;, union de l'industrie et de l'agriculture, telles sont les deux conditions fondamentales de toute transformation socialiste de l'&#233;conomie, sans lesquelles il n'y a pas de socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le gouvernement des soviets en Russie n'ait pas r&#233;alis&#233; ces r&#233;formes consid&#233;rables, qui pourrait le lui reprocher ? Ce serait une mauvaise plaisanterie d'exiger ou d'attendre de L&#233;nine et de ses amis que, dans le court intervalle de leur domination, dans le tourbillon vertigineux des luttes int&#233;rieures et ext&#233;rieures, press&#233;s de tous c&#244;t&#233;s par des ennemis sans nombre et des r&#233;sistances insurmontables, ils r&#233;solvent l'un des probl&#232;mes les plus difficiles, nous pouvons m&#234;me dire le plus difficile, de la transformation socialiste, ou seulement s'y attaquent. Quand nous serons au pouvoir, m&#234;me en Occident et dans les conditions les plus favorables, nous nous casserons plus d'une dent sur cette noix avant d'avoir r&#233;solu m&#234;me les plus simples parmi les mille difficult&#233;s complexes de cette t&#226;che gigantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une chose, en tout cas, qu'un gouvernement socialiste au pouvoir doit faire : c'est prendre des mesures qui aillent dans le sens de ces conditions fondamentales d'une transformation socialiste de l'agriculture. Il doit &#233;viter tout ce qui barrerait la route conduisant &#224; cette transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le mot d'ordre lanc&#233; par les bolcheviks : prise imm&#233;diate et partage des terres par les paysans, devait agir pr&#233;cis&#233;ment dans le sens inverse. Car non seulement ce n'est pas une mesure socialiste, mais elle barre la route qui y m&#232;ne, elle accumule devant la transformation socialiste de l'agriculture des difficult&#233;s insurmontables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de possession des terres par les paysans, conform&#233;ment au mot d'ordre bref et lapidaire de L&#233;nine et de ses amis : &#034;Allez et prenez la terre ! &#034; conduisait au passage subit et chaotique de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re non &#224; la propri&#233;t&#233; sociale, mais une nouvelle propri&#233;t&#233; priv&#233;e, et cela par l'&#233;miettement de la grande propri&#233;t&#233; en une foule de petites et moyennes propri&#233;t&#233;s, de la grande exploitation relativement avanc&#233;e en une quantit&#233; de petites exploitations primitives, travaillant, du point de vue technique, avec les m&#233;thodes de l'&#233;poque des pharaons. Mais ce n'est pas tout : par cette mesure et la fa&#231;on chaotique, purement arbitraire, dont elle fut appliqu&#233;e, les diff&#233;rences sociales dans les campagnes n'ont pas &#233;t&#233; supprim&#233;es, mais aggrav&#233;es au contraire. Quoique les bolcheviks aient recommand&#233; aux paysans de former des comit&#233;s pour faire de la prise de possession des terres de la noblesse en quelque sorte une action collective, il est clair que ce conseil d'un caract&#232;re tout &#224; fait g&#233;n&#233;ral ne pouvait rien changer &#224; la pratique v&#233;ritable et aux rapports de classes &#224; la campagne. Avec ou sans comit&#233;s, ce sont les paysans riches et les usuriers, lesquels repr&#233;sentent la bourgeoisie rurale et d&#233;tiennent, dans tous les villages russes, le pouvoir effectif, qui ont &#233;t&#233;, en r&#233;alit&#233;, les principaux profiteurs de la r&#233;volution agraire. Sans qu'il soit n&#233;cessaire de l'avoir vu de ses propres yeux, chacun peut se rendre compte que le r&#233;sultat du partage des terres n'a pas &#233;t&#233; de supprimer, mais d'accro&#238;tre au contraire l'in&#233;galit&#233; sociale et &#233;conomique au sein de la paysannerie et d'y aggraver les antagonismes de classes. Mais ce d&#233;placement de forces s'est fait au d&#233;triment des int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens et socialistes. Autrefois, une r&#233;forme socialiste &#224; la campagne se heurtait uniquement &#224; la r&#233;sistance d'une petite caste de grands propri&#233;taires fonciers, tant nobles que capitalistes, ainsi que d'une petite fraction de la bourgeoisie rurale, dont l'expropriation par une masse populaire r&#233;volutionnaire n'est qu'un jeu d'enfant. Maintenant, apr&#232;s la prise de possession de la terre par les paysans, l'ennemi se dresse devant toute socialisation de l'agriculture, c'est une masse &#233;norme et consid&#233;rablement grossie de paysans propri&#233;taires qui d&#233;fendront de toutes leurs forces leur propri&#233;t&#233; nouvellement acquise contre toutes les atteintes du pouvoir socialiste. Maintenant, la question de la socialisation future de l'agriculture, et par cons&#233;quent de la production, en Russie, est devenue une question de lutte entre le prol&#233;tariat des villes et la masse paysanne. A quel point cet antagonisme s'est aggrav&#233; aujourd'hui, c'est ce que prouve le boycottage des villes par les paysans, lesquels conservent par devers eux les denr&#233;es alimentaires, afin d'en tirer des profits usuraires, exactement comme font les hobereaux prussiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit paysan fran&#231;ais &#233;tait devenu le plus vaillant d&#233;fenseur de la R&#233;volution fran&#231;aise, qui lui avait donn&#233; la terre enlev&#233;e aux &#233;migr&#233;s. Il porta, comme soldat de Napol&#233;on, le drapeau fran&#231;ais &#224; la victoire, parcourut en tous sens l'Europe enti&#232;re et d&#233;truisit la f&#233;odalit&#233; dans un pays apr&#232;s l'autre. Il se peut que L&#233;nine et ses amis aient attendu un effet semblable de leur mot d'ordre agraire. Mais le paysan russe, ayant pris la terre de sa propre autorit&#233;, n'a pas song&#233; m&#234;me en r&#234;ve &#224; d&#233;fendre la Russie et la r&#233;volution, &#224; qui il la devait. Il s'est claquemur&#233; dans sa nouvelle propri&#233;t&#233;, abandonnant la r&#233;volution &#224; ses ennemis, l'Etat &#224; la ruine et la population des villes &#224; la famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme agraire de L&#233;nine a cr&#233;&#233; pour le socialisme dans les campagnes une nouvelle et puissante couche d'ennemis, dont la r&#233;sistance sera beaucoup plus dangereuse et plus opini&#226;tre que l'&#233;tait celle de l'aristocratie fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la d&#233;faite militaire a abouti &#224; l'effondrement et &#224; la ruine de la Russie, les bolcheviks en portent incontestablement une part de responsabilit&#233;. Les difficult&#233;s objectives de la situation, les bolcheviks les ont aggrav&#233;es eux-m&#234;mes par ce mot d'ordre, qu'ils ont mis au premier plan de leur politique, du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, ou ce qui se cachait en r&#233;alit&#233; derri&#232;re ce mot d'ordre : le d&#233;p&#232;cement de la Russie. Cette formule, proclam&#233;e sans cesse avec une obstination dogmatique, du droit des diff&#233;rentes nations de l'empire russe &#224; d&#233;cider elles-m&#234;mes de leur propre sort, &#034;jusque et y compris leur s&#233;paration compl&#232;te d'avec la Russie&#034;, &#233;tait un cri de guerre particulier de L&#233;nine et ses amis dans leur lutte contre l'imp&#233;rialisme, tant celui de Milioukov que celui de Kerensky. Elle fut l'axe de leur politique int&#233;rieure apr&#232;s le coup d'Etat d'octobre. Elle constitua toute la plate-forme des bolcheviks &#224; Brest-Litovsk, la seule arme qu'ils eussent &#224; opposer &#224; la puissance de l'imp&#233;rialisme allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe, tout d'abord, dans l'obstination et l'ent&#234;tement avec lesquels L&#233;nine et ses amis se sont tenus &#224; ce mot d'ordre, c'est qu'il est en contradiction flagrante, tant avec le centralisme, si souvent affirm&#233;, de leur politique, qu'avec leur attitude &#224; l'&#233;gard des autres principes d&#233;mocratiques. Tandis qu'ils faisaient preuve du m&#233;pris le plus glacial &#224; l'&#233;gard de l'Assembl&#233;e constituante, du suffrage universel, de la libert&#233; de la presse et de r&#233;union, bref de tout l'appareil des libert&#233;s d&#233;mocratiques fondamentales des masses populaires, libert&#233;s dont l'ensemble constituait le &#034;droit de libre d&#233;termination&#034; en Russie m&#234;me, ils faisaient de ce droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes un noyau de la politique d&#233;mocratique, pour l'amour duquel il fallait faire taire toutes les consid&#233;rations pratiques de la critique r&#233;aliste. Alors qu'ils ne s'en laissaient imposer en rien par le vote populaire pour l'Assembl&#233;e constituante en Russie, vote &#233;mis sur la base du suffrage le plus d&#233;mocratique du monde et dans la pleine libert&#233; d'une r&#233;publique populaire, et que, pour de froides consid&#233;rations critiques, ils en d&#233;claraient les r&#233;sultats simplement nuls et non avenus, ils d&#233;fendaient &#224; Brest-Litovsk le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes comme le vrai palladium de toute libert&#233; et de toute d&#233;mocratie, quintessence inalt&#233;r&#233;e de la volont&#233; des peuples, et comme l'instance d&#233;cisive supr&#234;me dans la question du sort politique des nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction, qui est ici flagrante, est d'autant plus incompr&#233;hensible que, dans les formes d&#233;mocratiques de la vie politique de tous les pays, il s'agit effectivement, comme nous le verrons encore plus loin, de bases extr&#234;mement pr&#233;cieuses et m&#234;me indispensables de la politique socialiste, alors que ce fameux droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes n'est qu'une phrase creuse, une foutaise petite-bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifie ce droit en effet ? C'est un principe &#233;l&#233;mentaire de la politique socialiste, qu'elle combat, comme toute sorte d'oppression, celle d'une nation par une autre. Si, malgr&#233; tout, des hommes politiques aussi r&#233;fl&#233;chis que L&#233;nine, Trotsky et leur amis, qui n'ont que haussements d'&#233;paules ironiques pour des mots d'ordre utopiques tels que &#034;d&#233;sarmement&#034;, &#034;soci&#233;t&#233; des nations&#034;, etc., ont fait cette fois leur cheval de bataille d'une phrase creuse du m&#234;me genre, cela est d&#251;, nous semble-t-il, &#224; une sorte de politique d'opportunit&#233;. L&#233;nine et ses amis comptaient manifestement sur le fait qu'il n'y avait pas de plus s&#251;r moyen de gagner &#224; la cause de la r&#233;volution les nombreuses nationalit&#233;s allog&#232;nes que comptait l'empire russe que de leur accorder, au nom de la r&#233;volution et du socialisme, le droit absolu de disposer de leur propre sort. C'&#233;tait une politique analogue &#224; celle que les bolcheviks adoptaient &#224; l'&#233;gard des paysans russes, qu'ils pensaient gagner &#224; l'aide du mot d'ordre de prise de possession directe des terres et lier ainsi au drapeau de la r&#233;volution et du gouvernement prol&#233;tarien. Malheureusement, dans un cas comme dans l'autre, le calcul s'est r&#233;v&#233;l&#233; enti&#232;rement faux : tandis que L&#233;nine et ses amis esp&#233;raient manifestement que, parce qu'ils avaient &#233;t&#233; les d&#233;fenseurs de la libert&#233; nationale, et cela jusqu'&#224; la s&#233;paration compl&#232;te, la Finlande, l'Ukraine, la Pologne, la Lituanie, les pays baltes, le Caucase, etc., deviendraient autant d'alli&#233;s fid&#232;les de la R&#233;volution russe, nous avons pr&#233;cis&#233;ment assist&#233; au spectacle inverse : l'une apr&#232;s l'autre, toutes ces &#034;nations&#034; utilis&#232;rent la libert&#233; qu'on venait de leur octroyer pour s'allier &#224; l'imp&#233;rialisme allemand contre la R&#233;volution russe. L'interm&#232;de avec l'Ukraine &#224; Brest-Litovsk, qui a amen&#233; un tournant d&#233;cisif des n&#233;gociations et de toute la situation politique, tant int&#233;rieure qu'ext&#233;rieure, des bolcheviks, en est un exemple frappant. L'attitude de la Finlande, de la Pologne, de la Lituanie, des pays baltes, et des nations du Caucase, montre de la fa&#231;on la plus convaincante que nous n'avons pas affaire ici &#224; une exception fortuite, mais &#224; un ph&#233;nom&#232;ne typique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment, dans tous les cas, ce ne sont pas les &#034;nations&#034; qui ont fait cette politique r&#233;actionnaire, mais seulement les classes bourgeoises et petites-bourgeoises, qui, en opposition compl&#232;te avec les masses prol&#233;tariennes de leur pays, ont fait de ce &#034;droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes&#034; un instrument de leur politique contre-r&#233;volutionnaire. Mais - et nous touchons ici au n&#339;ud du probl&#232;me -, le caract&#232;re utopique, petit-bourgeois, de ce mot d'ordre nationaliste consiste pr&#233;cis&#233;ment en ceci, que, dans la dure r&#233;alit&#233; de la soci&#233;t&#233; de classes, surtout dans une p&#233;riode d'antagonismes extr&#234;mes, il se transforme en un moyen de domination de la classe bourgeoise. Les bolcheviks devaient apprendre &#224; leurs d&#233;pens et &#224; ceux de la r&#233;volution que, sous le r&#232;gne du capitalisme, il n'y a pas de libre d&#233;termination des peuples, que, dans une soci&#233;t&#233; de classes, chaque classe de la nation cherche &#224; se&#034;d&#233;terminer&#034; d'une mani&#232;re diff&#233;rente, que, pour les classes bourgeoises, les consid&#233;rations de libert&#233; nationale passent compl&#232;tement apr&#232;s celles de la domination de classe. La bourgeoisie finlandaise, comme la petite-bourgeoisie ukrainienne, &#233;taient enti&#232;rement d'accord pour pr&#233;f&#233;rer la domination allemande &#224; la libert&#233; nationale, d&#232;s que celle-ci devait &#234;tre li&#233;e au danger du &#034;bolchevisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir de changer ces rapports r&#233;els de classes en leur contraire au moyen des &#034;pl&#233;biscites&#034;, qui constituaient le principal objet des d&#233;lib&#233;rations de Brest-Litovsk, et, en se basant sur les sentiments de la masse populaire, d'obtenir un vote en faveur du rattachement &#224; la R&#233;volution russe, cet espoir t&#233;moignait, s'il &#233;tait sinc&#232;re, d'un optimisme incompr&#233;hensible de la part de L&#233;nine et de Trotsky ; s'il n'&#233;tait qu'une man&#339;uvre tactique dans la lutte avec la politique de force allemande, c'&#233;tait un jeu dangereux. M&#234;me sans l'occupation militaire allemande, le fameux &#034;pl&#233;biscite&#034;, &#224; supposer qu'on en serait venu l&#224; dans les pays limitrophes, e&#251;t, vu l'&#233;tat d'esprit de la masse paysanne et des couches importantes de prol&#233;taires encore indiff&#233;rents, les tendances r&#233;actionnaires de la petite-bourgeoise et les mille moyens dont disposait la bourgeoisie pour influencer le vote, donn&#233; partout un r&#233;sultat dont les bolcheviks n'eussent pas eu lieu de se f&#233;liciter. On peut, dans ces probl&#232;mes de pl&#233;biscite sur la question nationale, admettre comme une r&#232;gle absolue que les classes dominantes s'arrangent ou bien pour l'emp&#234;cher, quand il ne fait pas leur jeu, ou, s'il y a lieu, pour en influencer les r&#233;sultats &#224; l'aide de toutes les man&#339;uvres qui font pr&#233;cis&#233;ment que nous ne pourrons jamais introduire le socialisme par voie de pl&#233;biscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que la question des revendications et tendances nationales ait &#233;t&#233; jet&#233;e en plein milieu des luttes r&#233;volutionnaires, et, par le trait&#233; de Brest-Litovsk, port&#233;e au premier plan et m&#234;me consid&#233;r&#233;e comme le &#034;schibboleth&#034; [2] de la politique socialiste et r&#233;volutionnaire, ce fait a jet&#233; le plus grand trouble dans les rangs du socialisme et a &#233;branl&#233; les positions du prol&#233;tariat pr&#233;cis&#233;ment dans les pays limitrophes. En Finlande, le prol&#233;tariat socialiste, aussi longtemps qu'il luttait en tant que partie int&#233;grante de la phalange r&#233;volutionnaire de Russie, avait d&#233;j&#224; conquis une position dominante. Il poss&#233;dait la majorit&#233; &#224; la Di&#232;te, dans l'arm&#233;e, il avait r&#233;duit la bourgeoisie &#224; une impuissance compl&#232;te, et &#233;tait ma&#238;tre de la situation dans le pays. L'Ukraine russe avait &#233;t&#233;, au d&#233;but du si&#232;cle, alors que les folies du &#034;nationalisme ukrainien&#034;, avec les &#034;Karbovantse&#034; et les &#034;Universals&#034; [3] de m&#234;me que le &#034;dada&#034; de L&#233;nine d'une &#034;Ukraine ind&#233;pendante&#034; n'avaient pas encore &#233;t&#233; invent&#233;s, la forteresse du mouvement r&#233;volutionnaire russe. C'est de l&#224;, de Rostov, d'Odessa, de la r&#233;gion du Don, qu'avaient jailli les premiers torrents de lave de la r&#233;volution (d&#232;s les ann&#233;es 1902-1904), qui embras&#232;rent rapidement toute la Russie du Sud, pr&#233;parant ainsi l'explosion de 1905. Le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne se reproduisit dans la r&#233;volution actuelle, o&#249; le prol&#233;tariat de la Russie du Sud fournit les troupes d'&#233;lite de la phalange prol&#233;tarienne. La Pologne et les Etats baltes &#233;taient, depuis 1905, les foyers les plus ardents et les plus s&#251;rs de la r&#233;volution, o&#249; le prol&#233;tariat socialiste joue un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comment se fait-il que, dans ces pays, la contre-r&#233;volution ait brusquement triomph&#233; ? C'est que, pr&#233;cis&#233;ment, le mouvement nationaliste a, en le d&#233;tachant de la Russie, paralys&#233; le prol&#233;tariat, et l'a livr&#233; &#224; la bourgeoisie nationale. Au lieu de viser, selon l'esprit m&#234;me de la nouvelle politique internationale de classe, qu'ils repr&#233;sentaient par ailleurs, &#224; grouper en une masse la plus compacte possible les forces r&#233;volutionnaires sur tout le territoire de l'empire russe, en tant que territoire de la r&#233;volution, d'opposer, en tant que commandement supr&#234;me de leur politique, la solidarit&#233; des prol&#233;taires de toutes les nationalit&#233;s &#224; l'int&#233;rieur de l'empire russe &#224; toutes les s&#233;parations nationalistes, les bolcheviks ont, par leur mot d'ordre nationaliste retentissant du &#034;droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, jusque et y compris la s&#233;paration compl&#232;te&#034;, fourni &#224; la bourgeoisie, dans tous les pays limitrophes, le pr&#233;texte le plus commode, on pourrait m&#234;me dire la banni&#232;re, pour leur politique contre-r&#233;volutionnaire. Au lieu de mettre en garde les prol&#233;taires dans les pays limitrophes contre tout s&#233;paratisme, comme pi&#232;ge de la bourgeoisie, ils ont, au contraire, par leur mot d'ordre, &#233;gar&#233; les masses, les livrant ainsi &#224; la d&#233;magogie des classes poss&#233;dantes. Ils ont, par cette revendication nationaliste, provoqu&#233;, pr&#233;par&#233; eux-m&#234;mes, le d&#233;p&#232;cement de la Russie, et mis ainsi aux mains de leurs propres ennemis le poignard qu'ils devaient plonger au c&#339;ur de la R&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, sans l'aide de l'imp&#233;rialisme allemand, sans &#034;les crosses allemandes dans les poings allemands&#034;, &#233;crivait la Neue Zeit de Kautsky, jamais les Lubinsky et autres canailles de l'Ukraine, jamais les Erich, les Mannerheim [4] en Finlande, et les barons baltes, ne seraient venus &#224; bout des masses prol&#233;tariennes socialistes de leur pays. Mais le s&#233;paratisme national fut le cheval de Troie, gr&#226;ce auquel les &#034;camarades&#034; allemands ont &#233;t&#233; introduits, fusil au poing, dans tous ces pays. Certes, ce sont les antagonismes de classes r&#233;els et les rapports de forces militaires qui ont amen&#233; l'intervention de l'Allemagne. Mais ce sont les bolcheviks qui ont fourni l'id&#233;ologie &#224; l'aide de laquelle on masque cette campagne de la contre-r&#233;volution, renfor&#231;ant ainsi les positions de la bourgeoisie et affaiblissant celles du prol&#233;tariat. La meilleure preuve en est l'Ukraine, qui devait jouer un r&#244;le si n&#233;faste dans les destin&#233;es de la R&#233;volution russe. Le nationalisme ukrainien &#233;tait en Russie quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent de ce qu'&#233;tait par exemple le nationalisme tch&#232;que, polonais ou finlandais, une simple lubie, une sorte de manie de quelques douzaines d'intellectuels petits-bourgeois, n'ayant aucune base dans les conditions &#233;conomiques, politiques ou intellectuelles du pays, ne s'appuyant sur aucune tradition historique, &#233;tant donn&#233; que l'Ukraine n'a jamais constitu&#233; une nation ou un Etat ind&#233;pendant, n'a jamais poss&#233;d&#233; une culture nationale, en dehors de quelques po&#233;sies romantico-r&#233;actionnaires, et n'e&#251;t par cons&#233;quent pas pu devenir un organisme politique sans le cadeau de bapt&#234;me du &#034;droit des peuples &#224; disposer d'eux m&#234;mes&#034; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette sorte de phras&#233;ologie a parfois dans l'histoire des luttes de classes une importance tr&#232;s r&#233;elle. C'est une v&#233;ritable fatalit&#233; pour le socialisme que, dans cette guerre mondiale, il lui ait &#233;t&#233; r&#233;serv&#233; de fournir des mots d'ordre &#224; la politique contre-r&#233;volutionnaire. Au moment de la d&#233;claration de guerre, la social-d&#233;mocratie allemande se h&#226;ta de couvrir le brigandage de l'imp&#233;rialisme allemand d'un manteau id&#233;ologique tir&#233; du magasin d'accessoires du marxisme, en d&#233;clarant qu'elle &#233;tait la guerre de lib&#233;ration contre le tsarisme russe que souhaitaient nos vieux ma&#238;tres. Avec le mot d'ordre du droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, il &#233;tait r&#233;serv&#233; aux adversaires des socialistes de gouvernement, aux bolcheviks, d'apporter de l'eau au moulin de la contre-r&#233;volution et de fournir ainsi un pr&#233;texte id&#233;ologique, non seulement pour l'&#233;crasement de la R&#233;volution russe elle-m&#234;me, mais pour la liquidation contre-r&#233;volutionnaire projet&#233;e de la guerre mondiale. Sous ce rapport, nous avons de bonnes raisons d'examiner de tr&#232;s pr&#232;s la politique des bolcheviks. Le &#034;droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes&#034;, accoupl&#233; &#224; la &#034;soci&#233;t&#233; des nations&#034; et au &#034;d&#233;sarmement&#034;, par la gr&#226;ce de Wilson, est le cri de guerre sous lequel se d&#233;roulera le conflit imminent entre le socialisme international et le monde bourgeois. Il est clair que ce mot d'ordre et toute l'id&#233;ologie nationale, qui constituent actuellement le plus grand danger pour le socialisme international, ont re&#231;u pr&#233;cis&#233;ment de la R&#233;volution russe et des n&#233;gociations de Brest-Litovsk un renforcement extraordinaire. Nous aurons encore &#224; nous occuper en d&#233;tail de cette plate-forme. Les cons&#233;quences tragiques de ce mot d'ordre dans la R&#233;volution russe, aux &#233;pines duquel les bolcheviks devaient se prendre et s'&#233;corcher jusqu'au sang, doivent servir au prol&#233;tariat international d'avertissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela est sortie la dictature de l'Allemagne. Du trait&#233; de Brest-Litovsk au &#034;trait&#233; annexe&#034; ! Les 200 victimes expiatoires de Moscou. C'est de l&#224; que sont venus la terreur et l'&#233;crasement de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Importance de la question agraire. D&#232;s 1905. Puis, dans la troisi&#232;me Douma, les paysans de droite ! Question paysanne et d&#233;fense nationale. Arm&#233;e. (Notes de R. Luxemburg non r&#233;dig&#233;es)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Mot de passe d'une secte juive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Les Karbovantse &#233;taient la monnaie frapp&#233;e en Ukraine. L'Universal &#233;tait l'assembl&#233;e nationale de toute l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Mannerheim, Karl-Gustav-Emil (1867-1951). Officier russe, il servit dans la guerre russo-japonaise puis dans la premi&#232;re guerre mondiale. Commandant en chef des arm&#233;es blanches dans la guerre civile finlandaise, il fut, de 1918 &#224; 1919, r&#233;gent de Finlande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] C'est absolument comme si, un beau matin les gens de la Wasserkante voulaient fonder sur Fritz Reuter une nouvelle nation et un Etat bas-allemand. Et ce sont ces bouffonneries insens&#233;es de quelques professeurs et &#233;tudiants d'universit&#233; que L&#233;nine et consorts ont, par leur agitation doctrinaire au nom du &#034;droit &#224; l'autod&#233;termination jusque et y compris, etc.&#034;, gonfl&#233;es artificiellement en un facteur politique. A ce qui n'&#233;tait au d&#233;but que farce, ils ont donn&#233; une telle importance qu'elle devint la plus sanglante des gravit&#233;s : non pas un mouvement national s&#233;rieux, qui n'a de toutes fa&#231;ons toujours pas de racines, mais une enseigne et un fanion de rassemblement pour la contre-r&#233;volution ! C'est de cette bulle d'air que les ba&#239;onnettes allemandes ont ramp&#233; jusqu'&#224; Brest-Litovsk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution russe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 !</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7642</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7642</guid>
		<dc:date>2025-03-11T23:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeoisie</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution permanente</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La contre-r&#233;volution, c'est bien entendu la r&#233;volte de la noblesse et son arm&#233;e europ&#233;enne en guerre contre la France, c'est la r&#233;volte du clerg&#233;, c'est la Vend&#233;e, la chouannerie, la r&#233;volte des grandes villes contre la r&#233;volution parisienne, etc. Mais il y a aussi la contre-r&#233;volution (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeoisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot317" rel="tag"&gt;r&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Daniel Gu&#233;rin : la contre-r&#233;volution qui s'est d&#233;velopp&#233;e au sein m&#234;me de la r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas attendu Thermidor 1794 et elle a pu &#234;tre offensive contre le petit peuple r&#233;volutionnaire d&#232;s 1793 !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution, c'est bien entendu la r&#233;volte de la noblesse et son arm&#233;e europ&#233;enne en guerre contre la France, c'est la r&#233;volte du clerg&#233;, c'est la Vend&#233;e, la chouannerie, la r&#233;volte des grandes villes contre la r&#233;volution parisienne, etc. Mais il y a aussi la contre-r&#233;volution qui grandit au sein m&#234;me de la r&#233;volution&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fraction de la r&#233;volution fran&#231;aise qui se retourne contre elle, ce sont les La Fayette, les Siey&#232;s, les Mirabeau, les Barnave, les Lameth, les Duport et bien d'autres personnages de d&#233;buts de la r&#233;volution qui se sont affol&#233;s quand elle a commenc&#233; &#224; d&#233;truire la royaut&#233;, condamner &#224; mort le roi et construire la r&#233;publique et surtout quand les masses populaires ont montr&#233; qu'elles pouvaient jouer un r&#244;le dirigeant elles aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me fraction, c'est celle de la bourgeoisie girondine qui s'affole de l'alliance entre le peuple travailleur (sans culottes, bras nus, femmes r&#233;volutionnaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me fraction, ce sont les dirigeants de l'appareil d'Etat et les chefs robespierristes. Ils sont en butte &#224; la mont&#233;e de la col&#232;re populaire devant la mis&#232;re. Ils sont contraints d'abord de rester li&#233;s au peuple r&#233;volutionnaire, de prendre des mesures de contrainte &#233;conomique pour combattre la mis&#232;re. Ils continuent &#224; soutenir la r&#233;volution &#224; son sommet en 1793 lors de l'attaque des Tuileries, de la commune de Paris, du deuxi&#232;me soul&#232;vement populaire de la R&#233;volution, mais ils combattent ensuite le mouvement populaire contre la pauvret&#233;, tentent de le d&#233;tourner en lutte de d&#233;christianisation, ils cassent et discr&#233;ditent les enrag&#233;s, les r&#233;publicaines r&#233;volutionnaires, les sections populaires, les comit&#233;s de piques et leurs dirigeants, les arr&#234;tent et les condamnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aboutissement de la contre-r&#233;volution, c'est Thermidor (27 juillet 1794). Mais ce n'est que son ach&#232;vement, pas son d&#233;but. Daniel Gu&#233;rin &#233;crit, dans &#171; La lutte de classes sous la Premi&#232;re R&#233;publique &#187; que nous citons largement dans la suite, &#171; La volte-face gouvernementale ne fut pas limit&#233;e &#224; la question religieuse (contre les d&#233;christianisateurs)&#8230; mais ce fut la R&#233;volution dans son ensemble qui commen&#231;a son mouvement de recul. Tridon l'a fort bien compris. Il a m&#234;me rep&#233;r&#233; tr&#232;s exactement les dates fatidiques de l'&#233;v&#232;nement : du 28 novembre au 12 d&#233;cembre 1793. &#171; Entre ces dates, &#233;crit-il, se d&#233;bat la crise supr&#234;me de la R&#233;volution. &#187; La R&#233;volution interrompit sa marche en avant, la r&#233;action commen&#231;a, non pas en germinal, &#224; la fin de mars 1794, comme le pensent Michelet et Becker, mais d&#232;s le soir du 1er frimaire, du 21 novembre 1793, quand Robespierre, du haut de la tribune des Jacobins, d&#233;clara la guerre aux d&#233;christianisateurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire iici quelques extraits :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17062 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/pdf/daniel_guerin.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 16.8 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1783342734' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Robespierre passait ainsi de principal dirigeant de la r&#233;volution &#224; principal organisateur de la contre-r&#233;volution au sein de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thermidor 1794 de la R&#233;volution fran&#231;aise ! Pourquoi la direction bourgeoise de la r&#233;volution s'est charg&#233;e de lancer la contre-r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4801&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre que la R&#233;volution fran&#231;aise, amoureuse de la libert&#233;, bascule dans &#171; la Terreur &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5543&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Montagnards, Robespierre et les Jacobins &#233;taient-ils l'aile marchante de la r&#233;volution fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3001&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;mocratie directe de 1793 et Etat bourgeois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1500&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maximilien Robespierre, dirigeant de la r&#233;volution bourgeoise fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2628&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2628&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre, d&#233;fenseur jusqu'au bout de la politique r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4127&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution fran&#231;aise n'a pas &#233;t&#233; qu'une r&#233;volution bourgeoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article232&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'expropriation de la population campagnarde, premi&#232;re &#233;tape du capitalisme en Angleterre</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6509</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6509</guid>
		<dc:date>2024-05-07T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Paysans</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeoisie</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme - capitalism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'expropriation de la population campagnarde &lt;br class='autobr' /&gt;
En Angleterre le servage avait disparu de fait vers la fin du XIV&#176; si&#232;cle. L'immense majorit&#233; de la population [1] se composait alors, et plus enti&#232;rement encore au XV&#176; si&#232;cle, de paysans libres cultivant leurs propres terres, quels que fussent les titres f&#233;odaux dont on affubla leur droit de possession. Dans les grands domaines seigneuriaux l'ancien bailli (bailiff), serf lui-m&#234;me, avait fait place au fermier ind&#233;pendant. Les salari&#233;s ruraux (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique50" rel="directory"&gt;1- Les lois &#233;conomiques font partie de la lutte des classes&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Paysans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeoisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Capitalisme - capitalism&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'expropriation de la population campagnarde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En Angleterre le servage avait disparu de fait vers la fin du XIV&#176; si&#232;cle. L'immense majorit&#233; de la population [1] se composait alors, et plus enti&#232;rement encore au XV&#176; si&#232;cle, de paysans libres cultivant leurs propres terres, quels que fussent les titres f&#233;odaux dont on affubla leur droit de possession. Dans les grands domaines seigneuriaux l'ancien bailli (bailiff), serf lui-m&#234;me, avait fait place au fermier ind&#233;pendant. Les salari&#233;s ruraux &#233;taient en partie des paysans - qui, pendant le temps de loisir laiss&#233; par la culture de leurs champs, se louaient au service des grands propri&#233;taires - en partie une classe particuli&#232;re et peu nombreuse, de journaliers. Ceux-ci m&#234;mes &#233;taient aussi dans une certaine mesure cultivateurs de leur chef, car en sus du salaire on leur faisait concession de champs d'au moins quatre acres, avec des cottages ; de plus, ils participaient, concurremment avec les paysans proprement dits, &#224; l'usufruit des biens communaux, o&#249; ils faisaient pa&#238;tre leur b&#233;tail et se pourvoyaient de bois, de tourbe, etc., pour le chauffage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous remarquerons en passant que le serf m&#234;me &#233;tait non seulement possesseur, tributaire, il est vrai, des parcelles attenant &#224; sa maison, mais aussi co-possesseur des biens communaux. Par exemple, quand Mirabeau publia son livre : De la monarchie prussienne, le servage existait encore dans la plupart des provinces prussiennes, entre autres en Sil&#233;sie. N&#233;anmoins les serfs y poss&#233;daient des biens communaux. &#171; On n'a pas pu encore, dit-il, engager les Sil&#233;siens au partage des communes, tandis que dans la nouvelle Marche, il n'y a gu&#232;re de village o&#249; ce partage ne soit ex&#233;cut&#233; avec le plus grand succ&#232;s [2] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait le plus caract&#233;ristique de la production f&#233;odale dans tous les pays de l'Europe occidentale, c'est le partage du sol entre le plus grand nombre possible d'hommes-liges. Il en &#233;tait du seigneur f&#233;odal comme de tout autre souverain ; sa puissance d&#233;pendait moins de la rondeur de sa bourse que du nombre de ses sujets, c'est-&#224;-dire du nombre des paysans &#233;tablis sur ses domaines. Le Japon, avec son organisation purement f&#233;odale de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et sa petite culture, offre donc, &#224; beaucoup d'&#233;gards, une image plus fid&#232;le du moyen &#226;ge europ&#233;en que nos livres d'histoire imbus de pr&#233;jug&#233;s bourgeois. Il est par trop commode d'&#234;tre &#171; lib&#233;ral &#187; aux d&#233;pens du moyen &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la conqu&#234;te normande e&#251;t constitu&#233; toute l'Angleterre en baronnies gigantesques - dont une seule comprenait souvent plus de neuf cent seigneuries anglo-saxonnes - le sol &#233;tait n&#233;anmoins parsem&#233; de petites propri&#233;t&#233;s rurales, interrompues &#231;&#224; et l&#224; par de grands domaines seigneuriaux. D&#232;s que le servage eut donc disparu et qu'au XV&#176; si&#232;cle la prosp&#233;rit&#233; des villes prit un grand essor, le peuple anglais atteignit l'&#233;tat d'aisance si &#233;loquemment d&#233;peint par le chancelier Fortescue dans : De Laudibus Legum Angliae. Mais cette richesse du peuple excluait la richesse capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution qui allait jeter les premiers fondements du r&#233;gime capitaliste eut son pr&#233;lude dans le dernier tiers du XV&#176; si&#232;cle et au commencement du XVI&#176;. Alors le licenciement des nombreuses suites seigneuriales - dont sir James Steuart dit pertinemment qu'elles &#171; encombraient la tour et la maison &#187; - lan&#231;a &#224; l'improviste sur le march&#233; du travail une masse de prol&#233;taires sans feu ni lieu. Bien que le pouvoir royal, sorti lui-m&#234;me du d&#233;veloppement bourgeois, f&#251;t, dans sa tendance &#224; la souverainet&#233; absolue, pouss&#233; &#224; activer ce licenciement par des mesures violentes, il n'en fut pas la seule cause. En guerre ouverte avec la royaut&#233; et le Parlement, les grands seigneurs cr&#233;&#232;rent un prol&#233;tariat bien autrement consid&#233;rable en usurpant les biens communaux des paysans et en les chassant du sol qu'ils poss&#233;daient au m&#234;me titre f&#233;odal que leurs ma&#238;tres. Ce qui en Angleterre donna surtout lieu &#224; ces actes de violence, ce fut l'&#233;panouissement des manufactures de laine en Flandre et la hausse des prix de la laine qui en r&#233;sulta. La longue guerre des Deux-Roses, ayant d&#233;vor&#233; l'ancienne noblesse, la nouvelle, fille de son &#233;poque, regardait l'argent comme la puissance des puissances. Transformation des terres arables en p&#226;turages, tel fut son cri de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa &#171; Description of England, prefixed to Holinshed's Chronicles &#187;, Harrison raconte comment l'expropriation des paysans a d&#233;sol&#233; le pays. &#171; Mais qu'importe &#224; nos grands usurpateurs ! &#187; (What care our great encroachers !) Les maisons des paysans et les cottages des travailleurs ont &#233;t&#233; violemment ras&#233;s ou condamn&#233;s &#224; tomber en ruines. Si l'on veut comparer les anciens inventaires de chaque manoir seigneurial, on trouvera que d'innombrables maisons ont disparu avec les petits cultivateurs qui les habitaient, que le pays nourrit beaucoup moins de gens, que beaucoup de villes sont d&#233;chues, bien que quelques-unes de nouvelle fondation prosp&#232;rent... A propos des villes et des villages d&#233;truits pour faire des parcs &#224; moutons et o&#249; l'on ne voit plus rien debout, sauf les ch&#226;teaux seigneuriaux, j'en aurais long &#224; dire [3]. &#187; Les plaintes de ces vieux chroniqueurs, toujours exag&#233;r&#233;es, d&#233;peignent pourtant d'une mani&#232;re exacte l'impression produite sur les contemporains par la r&#233;volution survenue dans l'ordre &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Que l'on compare les &#233;crits du chancelier Fortescue avec ceux du chancelier Thomas More, et l'on se fera une id&#233;e de l'ab&#238;me qui s&#233;pare le XV&#176; si&#232;cle du XVI&#176;. En Angleterre la classe travailleuse, dit fort justement Thornton, fut pr&#233;cipit&#233;e sans transition de son &#226;ge d'or dans son &#226;ge de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bouleversement fit peur &#224; la l&#233;gislature. Elle n'avait pas encore atteint ce haut degr&#233; de civilisation, o&#249; la richesse nationale (Wealth of the nation), c'est-&#224;-dire l'enrichissement des capitalistes, l'appauvrissement et l'exploitation effront&#233;e de la masse du peuple, passe pour l'ultima Thule de la sagesse d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers cette &#233;poque [1489], dit Bacon dans son histoire d'Henri VII, les plaintes &#224; propos de la conversion des terres arables en pacages qui n'exigent que la surveillance de quelques bergers devinrent de plus en plus nombreuses, et des fermes amodi&#233;es &#224; vie, &#224; long terme ou &#224; l'ann&#233;e, dont vivaient en grande partie des yeomen, furent ann&#232;x&#233;es aux terres domaniales. Il en r&#233;sulta un d&#233;clin de la population, suivi de la d&#233;cadence de beaucoup de villes, d'&#233;glises, d'une diminution des dimes, etc... Les rem&#232;des apport&#233;s &#224; cette funeste situation t&#233;moignent d'une sagesse admirable de la part du roi et du Parlement... lis prirent des mesures contre cette usurpation d&#233;populatrice des terrains communaux (depopulating inclosures) et contre l'extension des p&#226;turages d&#233;populateurs (depopulating pastures) qui la suivait de pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une loi d'Henri VII, 1489, c. 19, interdit la d&#233;molition de toute maison de paysan avec attenance d'au moins vingt acres de terre. Cette interdiction est renouvel&#233;e dans une loi de la vingt-cinqui&#232;me ann&#233;e du r&#232;gne d'Henri VIII, o&#249; il est dit entre autres que beaucoup de fermes et de grands troupeaux de b&#233;tail, surtout de moutons, s'accumulent en peu de mains, d'o&#249; il r&#233;sulte que les rentes du sol s'accroissent, mais que le labourage (tillage) d&#233;choit, que des maisons et des &#233;glises sont d&#233;molies et d'&#233;normes masses de peuple se trouvent dans l'impossibilit&#233; de subvenir &#224; leur entretien et &#224; celui de leurs familles. La loi ordonne par cons&#233;quent la reconstruction des maisons de ferme d&#233;molies, fixe la proportion entre les terres &#224; bl&#233; et les p&#226;turages, etc. Une loi de 1533 constate que certains propri&#233;taires poss&#232;dent 24.000 moutons, et leur impose pour limite le chiffre de 2.000, etc [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plaintes du peuple, de m&#234;me que les lois promulgu&#233;es depuis Henri VII, pendant cent cinquante ans, contre l'expropriation des paysans et des petits fermiers rest&#232;rent &#233;galement sans effet. Dans ses Essays, civil and moral, sect. 20, Bacon trahit &#224; son insu le secret de leur inefficacit&#233;. &#171; La loi d'Henri VII, dit-il, fut profonde et admirable, en ce sens qu'elle cr&#233;a des &#233;tablissements agricoles et des maisons rurales d'une grandeur normale d&#233;termin&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'elle assura aux cultivateurs une portion de terre suffisante pour les mettre &#224; m&#234;me d'&#233;lever des sujets jouissant d'une honn&#234;te aisance et de condition non servile, et pour maintenir la charrue entre les mains des propri&#233;taires et non de mercenaires (to keep the plough in the hands of the owners and not mere hirelings [5]). Ce qu'il fallait &#224; l'ordre de production capitaliste, c'&#233;tait au contraire la condition servile des masses, leur transformation en mercenaires et la conversion de leurs moyens de travail en capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;poque de transition, la l&#233;gislation, chercha aussi &#224; maintenir les quatre acres de terre aupr&#232;s du cottage du salari&#233; agricole, et lui interdit de prendre de sous-locataires. En 1627, sous Jacques I&#176;, Roger Crocker de Frontmill est condamn&#233; pour avoir b&#226;ti un cottage sur le domaine seigneurial de ce nom sans y avoir annex&#233; quatre acres de terre &#224; perp&#233;tuit&#233; ; en 1638, sous Charles I&#176;, on nomme une commission royale pour faire ex&#233;cuter les anciennes lois, notamment celles sur les quatre acres. Cromwell aussi, interdit de b&#226;tir pr&#232;s de Londres, &#224; quatre milles &#224; la ronde, aucune maison qui ne f&#251;t dot&#233;e d'un champ de quatre acres au moins. Enfin, dans la premi&#232;re moiti&#233; du XVIII&#176; si&#232;cle, on se plaint encore d&#232;s qu'il n'y a pas un ou deux acres de terre adjoints au cottage de l'ouvrier agricole. Aujourd'hui ce dernier se trouve fort heureux quand il a un petit jardin ou qu'il trouve &#224; louer, &#224; une distance consid&#233;rable, un champ de quelques m&#232;tres carr&#233;s. &#171; Landlords et fermiers, dit le Dr Hunter, se pr&#234;tent main-forte. Quelques acres ajout&#233;s &#224; son cottage rendraient le travailleur trop ind&#233;pendant. [6] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;forme, et la spoliation des biens d'&#233;glise qui en fut la suite, vint donner une nouvelle et terrible impulsion &#224; l'expropriation violente du peuple au XVI&#176; si&#232;cle. L'&#201;glise catholique &#233;tait &#224; cette &#233;poque propri&#233;taire f&#233;odale de la plus grande partie du sol anglais. La suppression des clo&#238;tres, etc., en jeta les habitants dans le prol&#233;tariat. Les biens m&#234;mes du clerg&#233; tomb&#232;rent entre les griffes des favoris royaux ou furent vendus &#224; vil prix &#224; des citadins, &#224; des fermiers sp&#233;culateurs, qui commenc&#232;rent par chasser en masse les vieux tenanciers h&#233;r&#233;ditaires. Le droit de propri&#233;t&#233; des pauvres gens sur une partie des d&#238;mes eccl&#233;siastiques fut tacitement confisqu&#233; [7]. &#171; Pauper ubique jacet [8] &#187; s'&#233;criait la reine &#201;lisabeth apr&#232;s avoir fait le tour de l'Angleterre. Dans la quarante-troisi&#232;me ann&#233;e de son r&#232;gne, on se voit enfin forc&#233; de reconna&#238;tre le paup&#233;risme comme institution nationale et d'&#233;tablir la taxe des pauvres. Les auteurs de cette loi eurent honte d'en d&#233;clarer les motifs, et la publi&#232;rent sans aucun pr&#233;ambule, contre l'usage traditionnel [9]. Sous Charles I&#176;, le Parlement la d&#233;clara perp&#233;tuelle, et elle ne fut modifi&#233;e qu'en 1834. Alors, de ce qui leur avait &#233;t&#233; originellement accord&#233; comme indemnit&#233; de l'expropriation subie, on fit aux pauvres un ch&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protestantisme est essentiellement une religion bourgeoise. Pour en faire ressortir l'&#171; esprit &#187; un seul exemple suffira. C'&#233;tait encore au temps d'&#201;lisabeth : quelques propri&#233;taires fonciers et quelques riches fermiers de l'Angleterre m&#233;ridionale se r&#233;unirent en conciliabule pour approfondir la loi sur les pauvres r&#233;cemment promulgu&#233;e. Puis ils r&#233;sum&#232;rent le r&#233;sultat de leurs &#233;tudes communes dans in &#233;crit, contenant dix questions raisonn&#233;es, qu'ils soumirent ensuite &#224; l'avis d'un c&#233;l&#232;bre jurisconsulte d'alors, le sergent Snigge, &#233;lev&#233; au rang de juge sous le r&#232;gne de Jacques I&#176;. En voici un extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Neuvi&#232;me question : Quelques-uns des riches fermiers de la paroisse ont projet&#233; un plan fort sage au moyen duquel on peut &#233;viter toute esp&#232;ce de trouble dans l'ex&#233;cution de la loi. Ils proposent de faire b&#226;tir dans la paroisse une prison. Tout pauvre qui ne voudra pas s'y laisser enfermer se verra refuser l'assistance. On fera ensuite savoir dans les environs que, si quelque individu d&#233;sire louer les pauvres de cette paroisse, il aura &#224; remettre, &#224; un terme fix&#233; d'avance, des propositions cachet&#233;es indiquant le plus bas prix auquel il voudra nous en d&#233;barrasser. Les auteurs de ce plan supposent qu'il y a dans les comt&#233;s voisins des gens qui n'ont aucune envie de travailler, et qui sont sans fortune ou sans cr&#233;dit pour se procurer soit ferme, soit vaisseau, afin de pouvoir vivre sans travail (so as to live without labour). Ces gens-l&#224; seraient tout dispos&#233;s &#224; faire &#224; la paroisse des propositions tr&#232;s avantageuses. Si &#231;&#224; et l&#224; des pauvres venaient &#224; mourir sous la garde du contractant, la faute en retomberait sur lui, la paroisse ayant rempli &#224; l'&#233;gard de ces pauvres tous ses devoirs. Nous craignons pourtant que la loi dont il s'agit ne permette pas des mesures de prudence (prudendial measures) de ce genre. Mais il vous faut savoir que le reste des freeholders (francs tenanciers) de ce comt&#233; et des comt&#233;s voisins se joindra &#224; nous pour engager leurs repr&#233;sentants &#224; la Chambre des Communes &#224; proposer une loi qui permette d'emprisonner les pauvres et de les contraindre au travail, afin que tout individu qui se refuse &#224; l'emprisonnement perde son droit &#224; l'assistance.. Ceci, nous l'esp&#233;rons, va emp&#234;cher les mis&#233;rables d'avoir besoin d'&#234;tre assist&#233;s (will prevent persons in distress from wanting relief) [10]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant ces cons&#233;quences imm&#233;diates de la R&#233;forme n'en furent pas les plus importantes. La propri&#233;t&#233; eccl&#233;siastique faisait &#224; l'ordre traditionnel de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re comme un boulevard sacr&#233;. La premi&#232;re emport&#233;e d'assaut, la seconde n'&#233;tait plus tenable [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les derni&#232;res ann&#233;es du XVIII&#176; si&#232;cle, la yeomanry, classe de paysans ind&#233;pendants, la proud peasantry de Shakespeare, d&#233;passait encore en nombre l'&#233;tat des fermiers. C'est elle qui avait constitu&#233; la force principale de la R&#233;publique anglaise. Ses ranc&#339;urs et ses habitudes formaient, de l'aveu m&#234;me de Macaulay, le contraste le plus frappant avec celles des hobereaux contemporains, Nemrods grotesques, grossiers, ivrognes, et de leurs valets, les cur&#233;s de village, &#233;pouseurs empress&#233;s des &#171; servantes favorites &#187; de la gentilhommerie campagnarde. Vers 1750 la yeomanry avait disparu [12].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissant de c&#244;t&#233; les influences purement &#233;conomiques qui pr&#233;paraient l'expropriation des cultivateurs, nous ne nous occupons ici que des leviers appliqu&#233;s pour en pr&#233;cipiter violemment la marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la restauration des Stuart, les propri&#233;taires fonciers vinrent &#224; bout de commettre l&#233;galement une usurpation, accomplie ensuite sur le continent sans le moindre d&#233;tour parlementaire. Ils abolirent la constitution f&#233;odale du sol, c'est-&#224;-dire qu'ils le d&#233;charg&#232;rent des servitudes qui le grevaient, en d&#233;dommageant l'&#201;tat par des imp&#244;ts &#224; lever sur les paysans et le reste du peuple, revendiqu&#232;rent &#224; titre de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, dans le sens moderne, des biens poss&#233;d&#233;s en vertu des titres f&#233;odaux, et couronn&#232;rent l'&#339;uvre en octroyant aux travailleurs ruraux ces lois sur le domicile l&#233;gal (laws of settlement) qui faisaient d'eux une appartenance de la paroisse, tout comme le fameux &#233;dit du Tartare, Boris Godounov, avait fait des paysans russes une appartenance de la gl&#232;be.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La glorieuse r&#233;volution (glorious revolution) amena au pouvoir avec Guillaume III, prince d'Orange [13], faiseurs d'argent, nobles terriens et capitalistes roturiers. Ils inaugur&#232;rent l'&#232;re nouvelle par un gaspillage vraiment colossal du tr&#233;sor public. Les domaines de l'&#201;tat que l'on n'avait pill&#233;s jusque-l&#224; qu'avec modestie, dans des limites conformes aux biens&#233;ances, furent alors extorqu&#233;s de vive force au roi parvenu comme pots-de-vin dus &#224; ses anciens complices, ou vendus &#224; des prix d&#233;risoires, ou enfin, sans formalit&#233; aucune, simplement annex&#233;s &#224; des propri&#233;t&#233;s priv&#233;es [14]. Tout cela &#224; d&#233;couvert, bruyamment, effront&#233;ment, au m&#233;pris m&#234;me des semblants de l&#233;galit&#233;. Cette appropriation frauduleuse du domaine public et le pillage des biens eccl&#233;siastiques, voil&#224; si l'on excepte ceux que la r&#233;volution r&#233;publicaine jeta dans la circulation, la base sur laquelle repose la puissance domaniale de l'oligarchie anglaise actuelle [15]. Les bourgeois capitalistes favoris&#232;rent l'op&#233;ration dans le but de faire de la terre un article de commerce, d'augmenter leur approvisionnement de prol&#233;taires campagnards, d'&#233;tendre le champ de la grande agriculture, etc. Du reste, la nouvelle aristocratie fonci&#232;re &#233;tait l'alli&#233;e naturelle de la nouvelle bancocratie, de la haute finance fraiche &#233;close et des gros manufacturiers, alors fauteurs du syst&#232;me protectionniste. La bourgeoisie anglaise agissait conform&#233;ment &#224; ses int&#233;r&#234;ts, tout comme le fit la bourgeoisie su&#233;doise en se ralliant au contraire aux paysans, afin d'aider les rois &#224; ressaisir par des mesures terroristes les terres de la couronne escamot&#233;es par l'aristocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; communale, tout &#224; fait distincte de la propri&#233;t&#233; publique dont nous venons de parler, &#233;tait une vieille institution germanique rest&#233;e en vigueur au milieu de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale. On a vu que les empi&#232;tements violents sur les communes, presque toujours suivis de la conversion des terres arables en p&#226;turages, commenc&#232;rent au dernier tiers du XV&#176; si&#232;cle et se prolong&#232;rent au del&#224; du XVI&#176;. Mais ces actes de rapine ne constituaient alors que des attentats individuels combattus, vainement, il est vrai, pendant cent cinquante ans par la l&#233;gislature. Mais au XVIII&#176; si&#232;cle - voyez le progr&#232;s ! - la loi m&#234;me devint l'instrument de spoliation, ce qui d'ailleurs n'emp&#234;cha pas les grands fermiers d'avoir aussi recours &#224; de petites pratiques particuli&#232;res et, pour ainsi dire extra-l&#233;gales [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La forme parlementaire du vol commis sur les communes est celle de &#171; lois sur la cl&#244;ture des terres communales &#187; (Bills for inclosures of commons). Ce sont en r&#233;alit&#233; des d&#233;crets au moyen desquels les propri&#233;taires fonciers se font eux-m&#234;mes cadeau des biens communaux, des d&#233;crets d'expropriation du peuple. Dans un plaidoyer d'avocat retors, sir F. M. Eden cherche &#224; pr&#233;senter la propri&#233;t&#233; communale comme propri&#233;t&#233; priv&#233;e, bien qu'indivise encore, les landlords modernes ayant pris la place de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, les seigneurs f&#233;odaux, mais il se r&#233;fute lui-m&#234;me en demandant que le Parlement vote un statut g&#233;n&#233;ral sanctionnant une fois pour toutes l'enclos des communaux. Et, non content d'avoir ainsi avou&#233; qu'il faudrait un coup d'&#201;tat parlementaire pour l&#233;galiser le transfert des biens communaux aux landlords, il consomme sa d&#233;route en insistant, par acquit de conscience, sur l'indemnit&#233; due aux pauvres cultivateurs [17]. S'il n'y avait pas d'expropri&#233;s, il n'y avait &#233;videmment personne &#224; indemniser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que la classe ind&#233;pendante des yeomen &#233;tait supplant&#233;e par celle des tenants at will, des petits fermiers dont le bail peut &#234;tre r&#233;sili&#233; chaque ann&#233;e, race timide, servile, &#224; la merci du bon plaisir seigneurial, - le vol syst&#233;matique des terres communales, joint au pillage des domaines de l'&#201;tat, contribuait &#224; enfler les grandes fermes appel&#233;es au XVIII&#176; si&#232;cle &#171; fermes &#224; capital [18] &#187; ou &#171; fermes de marchands [19] &#187;, et &#224; transformer la population des campagnes en prol&#233;tariat &#171; disponible &#187; pour l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le XVIII&#176; si&#232;cle ne comprit pas aussi bien que le XIX&#176; l'identit&#233; de ces deux termes : richesse de la nation, pauvret&#233; du peuple. De l&#224; la pol&#233;mique virulente sur l'enclos des communes que l'on rencontre dans la litt&#233;rature &#233;conomique de cette &#233;poque. Des mat&#233;riaux immenses qu'elle nous a laiss&#233;s sur ce sujet, il suffit d'extraire quelques passages qui feront fortement ressortir la situation d'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un grand nombre de paroisses du Hertfordshire, &#233;crit une plume indign&#233;e, vingt-quatre fermes renfermant chacune en moyenne de 50 &#224; 150 acres ont &#233;t&#233; r&#233;unies en trois [20]. Dans le Northamptonshire et le Lincolnshire il a &#233;t&#233; proc&#233;d&#233; en grand &#224; la cl&#244;ture des terrains communaux ; et la plupart des nouvelles seigneuries issues de cette op&#233;ration ont &#233;t&#233; converties en p&#226;turages, si bien que l&#224; o&#249; on labourait 1.500 acres de terre, on n'en laboure plus que 50... Des ruines de maisons, de granges, d'&#233;tables, etc., voil&#224; les seules traces laiss&#233;es par le anciens habitants. En maint endroit, (les centaines de demeures et de familles... ont &#233;t&#233; r&#233;duites &#224; huit ou dix... Dans la plupart des paroisses o&#249; les cl&#244;tures ne datent que des quinze ou vingt derni&#232;res ann&#233;es, il n'y a qu'un petit nombre de propri&#233;taires, compar&#233; &#224; celui qui cultivait le sol alors que les champs &#233;taient ouverts. Il n'est pas rare de voir quatre ou cinq riches &#233;leveurs de b&#233;tail usurper des domaines, nagu&#232;re enclos, qui se trouvaient auparavant entre les mains de vingt ou trente fermiers et d'un grand nombre de petits propri&#233;taires et de manants. Tous ces derniers et leurs familles sont expuls&#233;s de leurs possessions avec nombre d'autres familles qu'ils occupaient et entretenaient [21]. &#187; Ce n'est pas seulement les terres en friche, mais souvent m&#234;me celles qu'on avait cultiv&#233;es, soit en commun, soit en payant une certaine redevance &#224; la commune, que les propri&#233;taires limitrophes s'annex&#232;rent sous pr&#233;texte d'enclosure. Je parle ici de la cl&#244;ture de terrains et de champs d&#233;j&#224; cultiv&#233;s. Les &#233;crivains m&#234;mes qui soutiennent les cl&#244;tures conviennent que, dans ce cas, elles r&#233;duisent la culture, font hausser le prix des subsistances et am&#232;nent la d&#233;population... Et, lors m&#234;me qu'il ne s'agit que de terres incultes, l'op&#233;ration telle qu'elle se pratique aujourd'hui enl&#232;ve au pauvre une partie de ses moyens de subsistance et active le d&#233;veloppement de fermes qui sont d&#233;j&#224; trop grandes [22]. &#187; Quand le sol, dit le Dr Price, tombe dans les mains d'un petit nombre de grands fermiers, les petits fermiers [qu'il a, en un autre endroit, d&#233;sign&#233;s comme autant de petits propri&#233;taires et tenanciers vivant eux et leurs familles du produit de la terre qu'ils cultivent, des moutons, de la volaille, des porcs, etc. qu'ils envoient pa&#238;tre sur les communaux] - les petits fermiers seront transform&#233;s en autant de gens forc&#233;s de gagner leur subsistance en travaillant pour autrui et d'aller acheter au march&#233; ce qui leur est n&#233;cessaire. Il se fera plus de travail peut-&#234;tre, parce qu'il y aura plus de contrainte... Les villes et les manufactures grandiront, parce que l'on y chassera plus de gens en qu&#234;te d'occupation. C'est en ce sens que la concentration des fermes op&#232;re spontan&#233;ment et qu'elle a op&#233;r&#233; depuis nombre d'ann&#233;es dans ce royaume [23]. En somme, et c'est ainsi qu'il r&#233;sume l'effet g&#233;n&#233;ral des enclos, la situation des classes inf&#233;rieures du peuple a empir&#233; sous tous les rapports : les petits propri&#233;taires et fermiers ont &#233;t&#233; r&#233;duits &#224; l'&#233;tat de journaliers et de mercenaires, et en m&#234;me temps il est devenu plus difficile de gagner sa vie dans cette condition [24]. &#187; Par le fait, l'usurpation des communaux et la r&#233;volution agricole dont elle fut suivie se firent sentir si durement chez les travailleurs des campagnes que, d'apr&#232;s Eden lui-m&#234;me, de 1765 &#224; 1780, leur salaire commen&#231;a &#224; tomber au-dessous du minimum et dut &#234;tre compl&#233;t&#233; au moyen de secours officiels. &#171; Leur salaire ne suffisait plus, dit-il, aux premiers besoins de la vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;coutons encore un instant un apologiste des inclosures, adversaire du docteur Price : on aurait absolument tort de conclure que le pays se d&#233;peuple parce qu'on ne voit plus dans les campagnes tant de gens perdre leur temps et leur peine. S'il y en a moins dans les champs, il y en a davantage dans les villes... Si, apr&#232;s la conversion des petits paysans en journaliers oblig&#233;s de travailler pour autrui, il se fait plus de travail, n'est-ce pas l&#224; un avantage que la nation [dont les susdits &#171; convertis &#187; naturellement ne font pas partie] ne peut que d&#233;sirer ? Le produit sera plus consid&#233;rable, si l'on emploie dans une seule ferme leur travail combin&#233; : il se formera ainsi un exc&#233;dent de produit pour les manufactures, et celles-ci, vraies mines d'or de notre pays, s'accro&#238;tront proportionnellement &#224; la quantit&#233; de grains fournie [25].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la s&#233;r&#233;nit&#233; d'esprit, au sto&#239;cisme imperturbable, avec lesquels l'&#233;conomiste envisage la profanation la plus &#233;hont&#233;e du &#171; droit sacr&#233; de la propri&#233;t&#233; &#187;, et les attentats les plus scandaleux contre les personnes, d&#232;s qu'ils aident &#224; &#233;tablir le mode de production capitaliste, on en peut juger par l'exemple de Sir F.M. Eden, tory et philanthrope. Les actes de rapine, les atrocit&#233;s, les souffrances qui. depuis le dernier tiers du XV&#176; si&#232;cle jusqu'&#224; la fin du XVIII&#176;, forment le cort&#232;ge de l'expropriation violente des cultivateurs, le conduisent tout simplement &#224; cette conclusion r&#233;confortant.e : &#171; Il fallait &#233;tablir une juste proportion (due proportion) entre les terres de labour et les terres de pacage. Pendant tout le XIV&#176; si&#232;cle et la grande partie du XV&#176;, il y avait encore deux, trois et m&#234;me quatre acres de terre arable contre un acre de pacage. Vers le milieu du XVI&#176; si&#232;cle, cette proportion vint &#224; changer : il y eut d'abord trois acres de pacage sur deux de sol cultiv&#233;, puis deux de celui-l&#224; sur un seul de celui-ci, jusqu'&#224; ce qu'on arriv&#226;t enfin &#224; la juste proportion de trois acres de terres de pacage sur un seul acre arable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIX&#176; si&#232;cle, on a perdu jusqu'au souvenir du lien intime qui rattachait le cultivateur au sol communal : le peuple des campagnes a-t-il, par exemple, jamais obtenu un liard d'indemnit&#233; pour les 3.511.770 acres qu'on lui a arrach&#233;s de 1801 &#224; 1831 et que les landlords se sont donn&#233;s les uns aux autres par des bills de cl&#244;ture ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier proc&#233;d&#233; d'une port&#233;e historique qu'on emploie pour exproprier les cultivateurs s'appelle clearing of estates, litt&#233;ralement : &#171; &#233;claircissement de biens-fonds &#187;. En fran&#231;ais on dit &#171; &#233;claircir une for&#234;t &#187;, mais &#171; &#233;claircir des biens-fonds &#187;, dans le sens anglais, ne signifie pas une op&#233;ration technique d'agronomie ; c'est l'ensemble des actes de violence au moyen desquels on se d&#233;barrasse et des cultivateurs et de leurs demeures, quand elles se trouvent sur des biens-fonds destin&#233;s &#224; passer au r&#233;gime de la grande culture ou &#224; l'&#233;tat de p&#226;turage. C'est bien &#224; cela que toutes les m&#233;thodes d'expropriation consid&#233;r&#233;es jusqu'ici ont abouti en dernier lieu, et maintenant en Angleterre, l&#224; o&#249; il n'y a plus de paysans &#224; supprimer, on fait raser, comme nous l'avons vu plus haut, jusqu'aux cottages des salari&#233;s agricoles dont la pr&#233;sence d&#233;parerait le sol qu'ils cultivent. Mais le &#171; clearing of estates &#187;, que nous allons aborder, a pour th&#233;&#226;tre propre la contr&#233;e de pr&#233;dilection des romanciers modernes, les Highlands d'&#201;cosse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; l'op&#233;ration se distingue par son caract&#232;re syst&#233;matique, par la grandeur de l'&#233;chelle sur laquelle elle s'ex&#233;cute - en Irlande souvent un landlord fit raser plusieurs villages d'un seul coup ; mais dans la haute &#201;cosse, il s'agit de superficies aussi &#233;tendues que, plus d'une principaut&#233; allemande - et par la forme particuli&#232;re de la propri&#233;t&#233; escamot&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple des Highlands se composait de clans dont chacun poss&#233;dait en propre le sol sur lequel il s'&#233;tait &#233;tabli. Le repr&#233;sentant du clan, son chef ou &#171; grand homme &#187;, n'&#233;tait que le propri&#233;taire titulaire de ce sol, de m&#234;me que la reine d'Angleterre est propri&#233;taire titulaire du sol national. Lorsque le gouvernement anglais parvint &#224; supprimer d&#233;finitivement les guerres intestines de ces grands hommes et leurs incursions continuelles dans les plaines limitrophes de la basse &#201;cosse, ils n'abandonn&#232;rent point leur ancien m&#233;tier de brigand ; ils n'en chang&#232;rent que la forme. De leur propre autorit&#233; ils convertirent leur droit de propri&#233;t&#233; titulaire en droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, et, ayant trouv&#233; que les gens du clan dont ils n'avaient plus &#224; r&#233;pandre le sang faisaient obstacle &#224; leurs projets d'enrichissement, ils r&#233;solurent de les chasser de vive force. &#171; Un roi d'Angleterre e&#251;t pu tout aussi bien pr&#233;tendre avoir le droit de chasser ses sujets dans la mer &#187;, dit le professeur Newman [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut suivre les premi&#232;res phases de cette r&#233;volution, qui commence apr&#232;s la derni&#232;re lev&#233;e de boucliers du pr&#233;tendant, dans les ouvrages de James Anderson [27] et de James Stuart. Celui-ci nous informe qu'&#224; son &#233;poque, au dernier tiers du XVIII&#176; si&#232;cle, la haute &#201;cosse pr&#233;sentait encore en raccourci un tableau de l'Europe d'il y a quatre cents ans. &#171; La rente [il appelle ainsi &#224; tort le tribut pay&#233; au chef de clan] de ces terres est tr&#232;s petite par rapport &#224; leur &#233;tendue, mais, si vous la consid&#233;rez relativement au nombre des bouches que nourrit la ferme, vous trouverez qu'une terre dans les montagnes d'&#201;cosse nourrit peut-&#234;tre deux fois plus de monde qu'une terre de m&#234;me valeur dans une province fertile. Il en est de certaines terres comme de certains couvents de moines mendiants : plus il y a de bouches &#224; nourrir, mieux ils vivent [28]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on commen&#231;a, au dernier tiers du XVIII&#176; si&#232;cle, &#224; chasser les Ga&#235;ls, on leur interdit en m&#234;me temps l'&#233;migration &#224; l'&#233;tranger, afin de les forcer ainsi &#224; affluer &#224; Glasgow et autres villes manufacturi&#232;res [29].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ses Observations sur la &#171; Richesse des nations &#187; d'Adam Smith, publi&#233;es en 1814, David Buchanan nous donne une id&#233;e des progr&#232;s faits par le &#171; clearing of estates. &#187; Dans les Highlands, dit-il, le propri&#233;taire foncier, sans &#233;gards pour les tenanciers h&#233;r&#233;ditaires (il applique erron&#233;ment ce mot aux gens du clan qui en poss&#233;daient conjointement le sol), offre la terre au plus fort ench&#233;risseur, lequel, s'il est arn&#233;liorateur (improver), n'a rien de plus press&#233; que d'introduire un syst&#232;me nouveau. Le sol, parsem&#233; ant&#233;rieurement de petits paysans, &#233;tait tr&#232;s peupl&#233; par rapport &#224; son rendement. Le nouveau syst&#232;me de culture perfectionn&#233;e et de rentes grossissantes fait obtenir le plus grand produit net avec le moins de frais possible, et dans ce but en se d&#233;barrasse des colons devenus d&#233;sormais inutiles... Rejet&#233;s ainsi du sol natal, ceux-ci vont chercher leur subsistance dans les villes manufacturi&#232;res, etc [30]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;George Ensor dit dans un livre publi&#233; en 1818 : les grands d'&#201;cosse ont expropri&#233; des familles comme ils feraient sarcler de mauvaises herbes ; ils ont trait&#233; des villages et leurs habitants comme les Indiens ivres de vengeance traitent les b&#234;tes f&#233;roces et leurs tani&#232;res. Un homme est vendu pour une toison de brebis, pour un gigot de mouton et pour moins encore... Lors de l'invasion de la Chine septentrionale, le grand conseil des Mongols discuta s'il ne fallait pas extirper du pays tous les habitants et le convertir en un vaste p&#226;turage. Nombre de landlords &#233;cossais ont mis ce dessein &#224; ex&#233;cution dans leur propre pays, contre leurs propres compatriotes [31]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; tout seigneur tout honneur. L'initiative la plus mongolique revient &#224; la duchesse de Sutherland. Cette femme, dress&#233;e de bonne main, avait &#224; peine pris les r&#234;nes de l'administration qu'elle r&#233;solut d'avoir recours aux grands moyens et de convertir en p&#226;turage tout le comt&#233;, dont la population, gr&#226;ce &#224; des exp&#233;riences analogues, mais faites sur une plus petite &#233;chelle, se trouvait d&#233;j&#224; r&#233;duite au chiffre de quinze mille. De 1814 &#224; 1820, ces quinze mille individus, formant environ trois mille familles, furent syst&#233;matiquement expuls&#233;s. Leurs villages furent d&#233;truits et br&#251;l&#233;s, leurs champs convertis en p&#226;turages. Des soldats anglais, command&#233;s pour pr&#234;ter main-forte, en vinrent aux prises avec les indig&#232;nes. Une vieille femme qui refusait d'abandonner sa hutte p&#233;rit dans les flammes. C'est ainsi que la noble dame accapara 794.000 acres de terres qui appartenaient au clan de temps imm&#233;morial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie des d&#233;poss&#233;d&#233;s fut absolument chass&#233;e ; &#224; l'autre on assigna environ 6.000 acres sur le bord de la mer, terres jusque-l&#224; incultes et n'ayant jamais rapport&#233; un denier. Madame la duchesse poussa la grandeur d'&#226;me jusqu'&#224; les affermer, &#224; une rente moyenne de 2 sh. 6 d. par acre, aux membres du clan qui avait depuis des si&#232;cles vers&#233; son sang au service des Sutherland. Le terrain ainsi conquis, elle le partagea en vingt-neuf grosses fermes &#224; moutons, &#233;tablissant sur chacune une seule famille compos&#233;e presque toujours de valets de ferme anglais. En 1825, les quinze mille proscrits avaient d&#233;j&#224; fait place &#224; 131.000 moutons. Ceux qu'on avait jet&#233;s sur le rivage de la mer s'adonn&#232;rent &#224; la p&#234;che et devinrent, d'apr&#232;s l'expression d'un &#233;crivain anglais, de vrais amphibies, vivant &#224; demi sur terre, &#224; demi sur eau, mais avec tout cela, ne vivant qu'&#224; moiti&#233; [32].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il &#233;tait &#233;crit que les braves Ga&#235;ls auraient &#224; expier plus s&#233;v&#232;rement encore leur idol&#226;trie romantique et montagnarde pour les &#171; grands hommes de clan &#187;. L'odeur de leur poisson vint chatouiller les narines de ces grands hommes, qui y flair&#232;rent des profits &#224; r&#233;aliser et ne tard&#232;rent pas &#224; affermer le rivage aux gros mareyeurs de Londres. Les Ga&#235;ls furent une seconde fois chass&#233;s [33].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin une derni&#232;re m&#233;tamorphose s'accomplit. Une portion des terres converties en p&#226;turages va &#234;tre reconvertie en r&#233;serves de chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que l'Angleterre n'a plus de for&#234;ts s&#233;rieuses. Le gibier &#233;lev&#233; dans les parcs des grands n'est qu'une sorte-de b&#233;tail domestique et constitutionnel, gras comme les aldermen de Londres. L'&#201;cosse est donc forc&#233;ment le dernier asile de la noble passion de la chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les Highlands &#187;, dit Robert Somers, en 1848, &#171; on a beaucoup &#233;tendu les for&#234;ts r&#233;serv&#233;es aux fauves (deer forests) [34]. Ici, du c&#244;t&#233; de Gaick, vous avez la nouvelle for&#234;t de Glenfeshie, et l&#224;, de l'autre c&#244;t&#233;, la nouvelle for&#234;t d'Ardverikie. Sur la m&#234;me ligne, vous rencontrez le Black-Mount, immense d&#233;sert de cr&#233;ation nouvelle. De l'Est &#224; l'Ouest, depuis les environs d'Aberdeen jusqu'aux rochers d'Oban, il y a maintenant une longue file de for&#234;ts, tandis que dans d'autres parties des Highlands se trouvent les for&#234;ts nouvelles de Loch Archaig, de Glengarry, de Glenmoriston, etc. La conversion de leurs champs en p&#226;turages... a chass&#233; les Ga&#235;ls vers des terres moins fertiles ; maintenant que le gibier fauve commence &#224; remplacer le mouton, leur mis&#232;re devient plus &#233;crasante... Ce genre de for&#234;ts improvis&#233;es et le peuple ne peuvent point exister c&#244;te &#224; c&#244;te ; il faut que l'un des deux c&#232;de la place &#224; l'autre. Qu'on laisse cro&#238;tre le chiffre et l'&#233;tendue des r&#233;serves de chasse dans le prochain quart de si&#232;cle comme cela s'est fait dans le dernier, et l'on ne trouvera plus un seul Ga&#235;l sur sa terre natale. D'un c&#244;t&#233; cette d&#233;vastation artificielle des Highlands est une affaire de mode qui flatte l'orgueil aristocratique des landlords et leur passion pour la chasse, mais de l'autre, ils se livrent au commerce du gibier dans un but exclusivement mercantile. Il n'y a pas de doute que souvent un espace de pays montagneux rapporte bien moins comme pacage que comme r&#233;serve de chasse... L'amateur &#224; la recherche d'une chasse ne met, en g&#233;n&#233;ral, d'autre limite &#224; ses offres que la longueur de sa bourse [35]... Les Highlands ont subi des souffrances tout aussi cruelles que celles dont la politique des rois normands a frapp&#233; l'Angleterre. Les b&#234;tes fauves ont eu le champ de plus en plus libre, tandis que les hommes ont &#233;t&#233; refoul&#233;s dans un cercle de plus en plus &#233;troit... Le peuple s'est vu ravir toutes ses libert&#233;s l'une apr&#232;s l'autre... Aux yeux des landlords, c'est un principe fixe, une n&#233;cessit&#233; agronomique que de purger le sol de ses indig&#232;nes, comme l'on extirpe arbres et broussailles dans les contr&#233;es sauvages de l'Am&#233;rique ou de l'Australie, et l'op&#233;ration va son train tout tranquillement et r&#233;guli&#232;rement [36]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de M. Robert Somers, dont nous venons de citer quelques extraits, parut d'abord dans les colonnes du Times sous forme de lettres sur la famine que les Ga&#235;ls, succombant devant la concurrence du gibier, eurent &#224; subir en 1847. De savants &#233;conomistes anglais en tir&#232;rent la sage conclusion qu'il y avait trop de Ga&#235;ls, ce qui faisait qu'ils ne pouvaient qu'exercer une &#171; pression &#187; &#224; malsaine sur leurs moyens de subsistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt ans apr&#232;s, cet &#233;tat de choses avait bien empir&#233;, comme le constate entre autres le professeur Leone Levi dans un discours, prononc&#233; en avril 1866, devant la Soci&#233;t&#233; des Arts. &#171; D&#233;peupler le pays, dit-il, et convertir les terres arables en pacages, c'&#233;tait en premier lieu le moyen le plus commode d'avoir des revenus sans avoir de frais... Bient&#244;t la substitution des deer forests aux pacages devint un &#233;v&#233;nement ordinaire dans les Highlands. Le daim en chassa le mouton comme le mouton en avait jadis chass&#233; l'homme... En partant des domaines du comte de Dalhousie dans le Foriarshire, on peut monter jusqu'&#224; ceux de John O'Groats sans jamais quitter les pr&#233;tendues for&#234;ts. Le renard, le chat sauvage, la martre, le putois, la fouine, la belette et le li&#232;vre des Alpes s'y sont naturalis&#233;e il y a longtemps ; le lapin ordinaire, l'&#233;cureuil et le rat en ont r&#233;cemment trouv&#233; le chemin. D'&#233;normes districts, qui figuraient dans la statistique de l'Ecosse comme des prairies d'une fertilit&#233; et d'une &#233;tendue exceptionnelles, sont maintenant rigoureusement exclus de toute sorte de culture et d'am&#233;lioration et consacr&#233;s aux plaisirs d'une poign&#233;e de chasseurs, et cela ne dure que quelques mois de l'ann&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la fin de mai 1866, une feuille &#233;cossaise rappelait le fait suivant dans ses nouvelles du jour : &#171; Une des meilleures fermes &#224; moutons du Sutherlandshire, pour laquelle, &#224; l'expiration du bail courant, on avait tout r&#233;cemment offert une rente de douze cent mille l. st., va &#234;tre convertie en deer forest. L'Economist de Londres, du 2 juin 1866, &#233;crit &#224; cette occasion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les instincts f&#233;odaux se donnent libre carri&#232;re aujourd'hui comme au temps o&#249; le conqu&#233;rant. Normand d&#233;truisait trente-six villages pour cr&#233;er la For&#234;t Nouvelle (New Forest)... Deux millions d'acres comprenant les terres les plus fertiles de l'&#201;cosse, sont tout &#224; fait d&#233;vast&#233;s. Le fourrage naturel de Glen Tilt passait pour un des plus succulents du comt&#233; de Perth ; la deer forest de Ben Aulden &#233;tait la meilleure prairie naturelle dans le vaste district de Badenoch ; une partie de la for&#234;t de Black-Mount &#233;tait le meilleur p&#226;turage d'&#201;cosse pour les moutons &#224; laine noire. Le sol ainsi sacrifi&#233; au plaisir de la chasse s'&#233;tend sur une superficie plus grande que le comt&#233; de Perth de beaucoup. La perte en sources de production que cette d&#233;vastation artificielle a caus&#233;e au pays peut s'appr&#233;cier par le fait que le sol de la for&#234;t de Ben Aulden, capable de nourrir quinze mille moutons, ne forme que le trenti&#232;me du territoire de chasse &#233;cossais. Tout ce terrain est devenu improductif... On l'aurait pu tout aussi bien engloutir au fond de la mer du Nord. Il faut que le bras de la loi intervienne pour donner le coup de gr&#226;ce &#224; ces solitudes, &#224; ces d&#233;serts improvis&#233;s. &#187; Toutefois, ce m&#234;me Economist de Londres publie aussi des plaidoyers en faveur de cette fabrication de d&#233;serts. On y prouve, &#224; l'aide de calculs rigoureux, que le revenu net des landlords s'en est accru et, partant, la richesse nationale des Highlands [37].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La spoliation des biens d'&#233;glise, l'ali&#233;nation frauduleuse des domaines de l'&#201;tat, le pillage des terrains communaux, la transformation usurpatrice et terroriste de la propri&#233;t&#233; f&#233;odale ou m&#234;me patriarcale en propri&#233;t&#233; moderne priv&#233;e, la guerre aux chaumi&#232;res, voil&#224; les proc&#233;d&#233;s idylliques de l'accumulation primitive. Ils ont conquis la terre &#224; l'agriculture capitaliste, incorpor&#233; le sol au capital et livr&#233; &#224; l'industrie des villes les bras dociles d'un prol&#233;tariat sans feu ni lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Jusque vers la fin du XVII&#176; si&#232;cle, plus des 4/5 du peuple anglais &#233;taient encore agricoles. V. Macaulay : The History of England, Lond., 1858, vol. I, p. 413. Je cite ici Macaulay parce qu'en sa qualit&#233; de falsificateur syst&#233;matique, il taille et rogne &#224; sa fantaisie les faits de ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Mirabeau publia son livre : De la Monarchie prussienne, Londres, 1778, t. II, p. 125-126.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'&#233;dition originale des Chroniques de Holinshed a &#233;t&#233; publi&#233;e en 1577, en deux volumes. C'est un livre rare ; l'exemplaire qui se trouve au British Museum est d&#233;fectueux. Son titre est : The firste volume of the Chronicles of England, Scoltande, and Irelande, etc. Faithfully gathered and set forth, by Raphael Holinshed, at London, imprinted for John Harrison. M&#234;me titre pour . The Laste volume. La deuxi&#232;me &#233;dition en trois volumes, augment&#233;e et continu&#233;e jusqu'&#224; 1586, fut publi&#233;e par J. Hooker, etc., en 1587.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans son Utopie, Thomas More parle de l'&#233;trange pays &#171; o&#249; les moutons mangent les hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Bacon fait tr&#232;s bien ressortir comment l'existence d'une paysannerie libre et ais&#233;e est la condition d'une bonne infanterie : &#171; Il &#233;tait, dit-il, d'une merveilleuse importance pour la puissance et la force virile du royaume d'avoir des fermes assez consid&#233;rables pour entretenir dans l'aisance des hommes solides et habiles, et pour fixer une grande partie du sol dans la possession de la yeomanry ou de gens d'une condition interm&#233;diaire entre les nobles et les cottagers et valets de ferme... C'est en effet l'opinion g&#233;n&#233;rale des hommes de guerre les plus comp&#233;tents... que la force principale d'une arm&#233;e r&#233;side dans l'infanterie ou gens de pied. Mais, pour former une bonne infanterie, il faut des gens qui n'aient pas &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e dans une condition servile ou n&#233;cessiteuse, mais dans la libert&#233; et une certaine aisance. Si donc un &#201;tat brille surtout par ses gentilshommes et beaux messieurs, tandis que les cultivateurs et laboureurs restent simples journaliers et valets de ferme, o&#249; bien cottagers, c'est-&#224;-dire mendiants domicili&#233;s, il sera possible d'avoir une bonne cavalerie, mais jamais des corps de fantassins solides... C'est ce que l'on voit en France et en Italie et dans d'autres pays, o&#249; il n'y a en r&#233;alit&#233; que des nobles et des paysans mis&#233;rables... &#224; tel point que ces pays sont forc&#233;s d'employer pour leurs bataillons d'infanterie des bandes de mercenaires suisses et autres. De l&#224; vient qu'ils ont beaucoup d'habitants et peu de soldats. &#187; (The Reign of Henry VII, etc. Verbatim Reprint from Kennet's England, &#233;d. 1719, Lond., 1870, p. 308.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dr Hunter, Public Health, 7th Report, London 1865, p. 134. &#171; La quantit&#233; de terrain assign&#233;e (par les anciennes lois) serait aujourd'hui jug&#233;e trop grande pour des travailleurs, et tendant plut&#244;t &#224; les convertir en petits fermiers. &#187; (George Roberts : The social History of the People of the Southern Counties of England in past Centuries. Lond., 1856, p. 184, 185.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] &#171; Le droit du pauvre &#224; avoir sa part des d&#238;mes est &#233;tabli par la teneur des anciens statuts. &#187; (Tuckett, l. c., vol. II, p. 804, 805.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Il y a partout des pauvres. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] William Cobbet : A History of the protestant reformation. &#167;. 471.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] R. Blakey : The History of political literature front the earliest times ; Lond., 1855, vol. Il, p. 84, 85. - En &#201;cosse, l'abolition du servage a eu lieu quelques si&#232;cles plus tard qu'en Angleterre. Encore en 1698, Fletcher de Salhoun fit &#224; la Chambre des Communes d'&#201;cosse cette d&#233;claration : &#171; On estime qu'en &#201;cosse le nombre des mendiants n'est pas au-dessous de deux cent mille. Le seul rem&#232;de que moi, r&#233;publicain par principe, je connaisse &#224; cette situation, c'est de r&#233;tablir l'ancienne condition du servage et de faire autant d'esclaves de tous ceux qui sont incapables de pourvoir &#224; leur subsistance. &#187; De m&#234;me Eden, l. c., vol. I, ch. I : &#171; Le paup&#233;risme date du jour o&#249; l'ouvrier agricole a &#233;t&#233; libre... Les manufactures et le commerce, voil&#224; les vrais parents qui ont engendr&#233; notre paup&#233;risme national. &#187; Eden, de m&#234;me que notre &#201;cossais r&#233;publicain par principe, se trompe sur ce seul point : ce n'est pas l'abolition du servage, mais l'abolition du droit au sol, qu'il accordait aux cultivateurs, qui en a fait des prol&#233;taires, et en dernier lieu des paupers. - En France, o&#249; l'expropriation s'est accomplie d'une autre mani&#232;re, l'ordonnance de Moulins en 1571 et l'&#233;dit de 1656 correspondent aux lois des pauvres de l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Il n'est pas jusqu'&#224; M. Rogers, ancien professeur d'&#233;conomie politique &#224; l'Universit&#233; d'Oxford, si&#232;ge de l'orthodoxie protestante, qui ne rel&#232;ve dans la pr&#233;face de son Histoire de l'agriculture le fait que le paup&#233;risme anglais provient de la R&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] A letter to sir T. C. Banbury, Brt : On the High Price of Provisions, by a Suffolk gentleman, Ipswich, 1795, p. 4. L'avocat fanatique du syst&#232;me des grandes fermes, l'auteur de l'Inquiry into the Connection of large farms, etc., Lond., 1773, dit lui-m&#234;me, p. 133 : &#171; Je suis profond&#233;ment afflig&#233; de la disparition de notre yeomanry, de cette classe d'hommes qui a en r&#233;alit&#233; maintenu l'ind&#233;pendance de notre nation ; je suis attrist&#233; de voir leurs terres &#224; pr&#233;sent entre les mains de lords monopoleurs et de petits fermiers, tenant leurs baux &#224; de telles conditions qu'ils ne sont gu&#232;re mieux que des vassaux toujours pr&#234;ts &#224; se rendre &#224; premi&#232;re sommation d&#232;s qu'il y a quelque mal &#224; faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] De la morale priv&#233;e de ce h&#233;ros bourgeois on peut juger par l'extrait suivant : &#171; Les grandes concessions de terres faites en Irlande &#224; lady Orknev en 1695 sont une marque publique de l'affection du roi et de l'influence de la dame... Les bons et loyaux services de Lady Orkney paraissent avoir &#233;t&#233; f&#339;da laborium ministeria. &#187; Voy. la Sloane manuscript collection, au British Museum, n&#176; 4224 ; le manuscrit est intitul&#233; : The character and behaviour of king William Sunderland, etc., as represented in original Letters to the Duke of Shrewsbury, from Somers Halilax, Oxford, secretary Vernon, etc. Il est plein de faits curieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] &#171; L'ali&#233;nation ill&#233;gale des biens de la couronne, soit par vente, soit par donation, forme un chapitre scandaleux de l'histoire anglaise... une fraude gigantesque commise sur la nation (gigantic fraud on the nation). &#187; (F. W. NEWMAN : Lectures on political econ., Lond., 1851, p. 129, 130.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Qu'on lise, par exemple, le pamphlet d'Edmond Burke sur la maison ducale de Bedford, dont le rejeton est lord John Russel : The tomtit of liberalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] &#171; Les fermiers d&#233;fendirent aux cottagers de nourrir, en dehors d'eux-m&#234;mes, aucune cr&#233;ature vivante, b&#233;tail, volaille, etc., sous le pr&#233;texte que s'ils avaient du b&#233;tail ou de la volaille, ils voleraient dans les granges du fermier de quoi les nourrir. Si vous voulez que les cottagers restent laborieux, dirent-ils, maintenez-les dans la pauvret&#233;. Le fait r&#233;el, c'est que les fermiers s'arrogent ainsi tout droit sur les terrains communaux et en font ce que bon leur semble. &#187; (A Political Enquiry into the consequences of enclosing waste Lands, Lond., 1785, p. 75.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Eden, l. c., Pr&#233;face. - Les lois sur la cl&#244;ture des communaux ne se font qu'en d&#233;tail de sorte que sur la p&#233;tition de certains landlords, la Chambre des Communes vote un bill sanctionnant la cl&#244;ture en tel endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Capital-farms. (Two Letters on the Flour Trade and the Dearness of Corn, by a Person in business. Londres, 1767, p. 19, 20.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Merchant-farms. (An Inquiry into the present High Prices of Provisions, Lond., 1767, p. 11, nota.) Cet excellent &#233;crit a pour auteur le R&#233;v. Nathaniel Forster.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Thomas Wright : A short address to the public on the monopoly of large farms, 1779, p. 2, 3.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Rev. Addington : Inquiry into the Reasons for and against enclosing open fields ; Lond. 1772, p. 37-43, passim&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Dr R. Price, l. c., 60 id, London 1805, t. II, p. 155. Qu'on lise Forster, Addington, Kent, Price et James Anderson, et que l'on compare le mis&#233;rable bavardage du sycophante Mac Culloch dans son catalogue : The Litterature of Political Economy, Lond., 1845.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] L. c., p. 147.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] L. c., p. 159. On se rappelle les conflits de l'ancienne Rome. &#171; Les riches s'&#233;taient empar&#233;s de la plus grande partie des terres indivises. Les circonstances d'alors leur inspir&#232;rent la confiance qu'on ne les leur reprendrait plus, et ils s'appropri&#232;rent les parcelles voisines appartenant aux pauvres, partie en les achetant avec acquiescement de ceux-ci, partie par voies de fait, en sorte qu'au lieu de champs isol&#233;e, ils n'eurent plus &#224; faire cultiver que de vastes domaines. A la culture et &#224; l'&#233;levage du b&#233;tail, ils employ&#232;rent des esclaves, parce que les hommes libres pouvaient en cas de guerre &#234;tre enlev&#233;s au travail par la conscription. La possession d'esclaves leur &#233;tait d'autant plus profitable que ceux-ci, gr&#226;ce &#224; l'immunit&#233; du service militaire, &#233;taient &#224; m&#234;me de se multiplier tranquillement et qu'ils faisaient en effet une masse d'enfants. C'est ainsi que les puissants attir&#232;rent &#224; eux toute la richesse, et tout le pays fourmilla d'esclaves. Les Italiens, au contraire, devinrent de jour en jour moins nombreux, d&#233;cim&#233;e qu'ils &#233;taient par la pauvret&#233;, les imp&#244;ts et le service militaire. Et m&#234;me lorsque arrivaient des temps de paix, ils se trouvaient condamn&#233;s &#224; une inactivit&#233; compl&#232;te, parce que les riches &#233;taient en possession du sol et employaient &#224; l'agriculture des esclaves au lieu d'hommes libres. &#187; (Appien : la Guerres civiles romaines, I, 7.) Ce passage se rapporte &#224; l'&#233;poque qui pr&#233;c&#232;de la loi licinienne. Le service militaire, qui a tant acc&#233;l&#233;r&#233; la ruine du pl&#233;b&#233;ien romain, fut aussi le moyen principal dont se servit Charlemagne pour r&#233;duire &#224; la condition de serfs les paysans libres d'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] An Inquiry into the Connection between the present Prices of Provisions and the size of Farms, p. 124, 129. Un &#233;crivain contemporain constate les m&#234;mes faits, mais avec une tendance oppos&#233;e : &#171; Des travailleurs sont chass&#233;s de leurs cottages et forc&#233;s d'aller chercher de l'emploi dans les villes, mais alors on obtient un plus fort produit net, et par l&#224; m&#234;me le capital est augment&#233;. &#187; (The Perils of the Nation, 2&#176; &#233;d. Lond., 1843, p. 14.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] F. W. Newman, Lectures on polit. Economy. London, 1851, p. 132.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] James Anderson : Observations on the means of exciting a spirit of national Industry, etc., Edimburgh, 1777.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] L. c., t. I, ch. XVI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] En 1860, des gens violemment expropri&#233;s furent transport&#233;s au Canada sous de fausses promesses. Quelques-uns s'enfuirent dans les montagnes et dans les &#238;les voisines. Poursuivis par des agents de police, ils en vinrent aux mains avec eux et finirent par leur &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] David Buchanan : Observations on, etc., A. Smith's Wealth of Nations, Edimb., 1814, t. IV, p. 144.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] George Ensor : An Inquiry concerning the Population of Nations, Lond., 1818, p. 215, 216.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] &gt; Lorsque Mme Beecher Stowe, l'auteur de la Case de l'oncle Tom, fut re&#231;ue &#224; Londres avec une v&#233;ritable magnificence par l'actuelle duchesse de Sutherland, heureuse de cette occasion d'exhaler sa haine contre la R&#233;publique am&#233;ricaine et d'&#233;taler son amour pour les esclaves noirs, - amour qu'elle savait prudemment suspendre plus tard, au temps de la guerre du Sud, quand tout c&#339;ur de noble battait en Angleterre pour les esclavagistes, je pris la libert&#233; de raconter dans la New-York Tribune [Edition du 9 f&#233;vrier 1853. Article intitul&#233; : The Duchess of Sutherland and Slavery. (N. R.)] l'histoire des esclaves sutherlandais. Cette esquisse (Carey l'a partiellement reproduite dans son Slave Trade, Domatic and Foreign... Philadelphie, 1853, p. 202, 203) fut r&#233;imprim&#233;e par un journal &#233;cossais. De l&#224; une pol&#233;mique agr&#233;able entre celui-ci et les sycophantes des Sutherland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] On trouve des d&#233;tails int&#233;ressants sur ce commerce de poissons dans le Portfolio de M. David Urquhart, New Series. - Nassau W. Senior, dans son ouvrage posthume d&#233;j&#224; cit&#233;, signale l'ex&#233;cution des Ga&#235;ls dans le Sutherlandshire comme un des clearings les plus bienfaisants que l'on ait vu de m&#233;moire d'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] Il faut remarquer que les &#171; deer forests &#187; de la haute &#201;cosse ne contiennent pas d'arbres. Apr&#232;s avoir &#233;loign&#233; les moutons des montagnes, on y pousse les daims et les cerfs, et l'on nomme cela une &#171; deer forest &#187;. Ainsi pas m&#234;me de culture foresti&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt;
Deer forests : mot &#224; mot : for&#234;ts de cerfs. En d'autres termes . for&#234;ts r&#233;serv&#233;es &#224; la chasse. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Et la bourse de l'amateur anglais est longue ! Ce ne sont pas seulement des membres de l'aristocratie qui louent ces chasses, mais le premier parvenu enrichi ne croit un M'Callum More lorsqu'il peut vous donner &#224; entendre qu'il a son &#171; lodge &#187; dans les highlands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Robert Somers : Letters from the Highlands or the Famine of 1847, Lond., 1848, p. 12-28, passim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] En Allemagne, c'est surtout apr&#232;s la guerre de Trente ans que les propri&#233;taires nobles se mirent &#224; exproprier leurs paysans de vive force. Ce proc&#233;d&#233;, qui provoqua plus d'une r&#233;volte (dont une des derni&#232;res &#233;clata encore en 1790 dans la Hesse-Electorale), infestait principalement l'Allemagne orientale. Dans la plupart des provinces de la Prusse proprement dite, Fr&#233;d&#233;ric Il fut le premier &#224; prot&#233;ger les paysans contre ces entreprises. Apr&#232;s la conqu&#234;te de la Sil&#233;sie, il for&#231;a les propri&#233;taires fonciers &#224; r&#233;tablir les huttes, les granges qu'ils avaient d&#233;molies et &#224; fournir aux paysans le b&#233;tail et l'outillage agricole. Il avait besoin de soldats pour son arm&#233;e, et de contribuables pour son tr&#233;sor. Du reste, il ne faut pas s'imaginer que les paysans men&#232;rent une vie agr&#233;able sous son r&#233;gime, m&#233;lange de despotisme militaire, de bureaucratie, de f&#233;odalisme et d'exaction financi&#232;re. Qu'on lise, par exemple, le passage suivant, emprunt&#233; &#224; son admirateur, le grand Mirabeau : &#171; Le lin, dit-il, fait donc une des grandes richesses du cultivateur dans le nord de l'Allemagne. Malheureusement pour l'esp&#232;ce humaine, ce n'est qu'une ressource contre la mis&#232;re, et non un moyen de bien-&#234;tre. Les imp&#244;ts directs, les corv&#233;es, les servitudes de tout genre, &#233;crasent le cultivateur allemand, qui paie encore les imp&#244;ts indirecte dans tout ce qu'il ach&#232;te... et, pour comble de ruine, il n'ose pas vendre ses productions o&#249; et comme il le veut il n'ose pas acheter ce dont il a besoin aux marchands qui pourraient le lui livrer au meilleur prix. Toutes ces causes le minent insensiblement, et il se trouverait hors d'&#233;tat de payer les imp&#244;ts directs &#224; l'&#233;ch&#233;ance, sans la filerie ; elle lui offre une ressource, en occupant utilement sa femme, ses enfants, ses servantes, ses valets, et lui-m&#234;me mais quelle p&#233;nible vie, m&#234;me aid&#233;e de ce secours !&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;t&#233;, il travaille comme un for&#231;at au labourage et &#224; la r&#233;colte ; il se couche &#224; neuf heures et se l&#232;ve &#224; deux, pour suffire aux travaux ; en hiver, il devrait r&#233;parer ses forces par un plus grand repos ; mais il manquera de grains pour le pain et pour les semailles, s'il se d&#233;fait des denr&#233;es qu'il faudrait vendre pour payer les imp&#244;ts. Il faut donc filer pour suppl&#233;er &#224; ce vide ; et comme la nature de la chose rend ce travail peu lucratif, il y faut apporter la plus grande assiduit&#233;. Aussi le paysan se couche-t-il en hiver &#224; minuit, une heure, et se l&#232;ve &#224; cinq ou six ; ou bien il se couche &#224; neuf, et se l&#232;ve &#224; deux, et cela tous les jours de sa vie, si ce n'est le dimanche. Ces exc&#232;s de veille et de travail usent la nature humaine, et de l&#224; vient qu'hommes et femmes vieillissent beaucoup plus t&#244;t dans les campagnes que dans les villes. &#187; (Mirabeau : De la Monarchie prussienne, Londres, &#233;d. 1788, t. III, p. 212 et suiv.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx, Le Capital, Livre premier&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le prol&#233;tariat a-t-il des raisons d'esp&#233;rer en l'avenir ?</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7657</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7657</guid>
		<dc:date>2024-02-20T23:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Waraa</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Paysans</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Voix des Travailleurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat a-t-il des raisons d'esp&#233;rer en l'avenir ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Travailleuses, travailleurs, Le monde va mal. !&#034; : tel est le cri de d&#233;tresse pouss&#233; par N. Arthaud, enseignante et porte-parole de Lutte Ouvri&#232;re (LO), dans sa derni&#232;re brochure destin&#233;e &#224; faire voter les ouvriers pour sa liste. Une seule chose va bien pour N. Arthaud, ce sont les &#233;lections : &lt;br class='autobr' /&gt; &#187;comme toutes les &#233;lections, celles du 9 juin seront une occasion de s'exprimer, de d&#233;noncer la catastrophe vers laquelle le capitalisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Paysans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot321" rel="tag"&gt;Voix des Travailleurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le prol&#233;tariat a-t-il des raisons d'esp&#233;rer en l'avenir ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Travailleuses, travailleurs, Le monde va mal. !&#034; : tel est le cri de d&#233;tresse pouss&#233; par N. Arthaud, enseignante et porte-parole de Lutte Ouvri&#232;re (LO), dans sa derni&#232;re brochure destin&#233;e &#224; faire voter les ouvriers pour sa liste. Une seule chose va bien pour N. Arthaud, ce sont les &#233;lections :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#187;comme toutes les &#233;lections, celles du 9 juin seront une occasion de s'exprimer, de d&#233;noncer la catastrophe vers laquelle le capitalisme entra&#238;ne la soci&#233;t&#233; et de d&#233;fendre un autre avenir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est un programme bourgeois car &#233;lectoraliste que propose N . Arthaud. Or c'est ce monde bourgeois qui va mal, et ce monde n'est pas le n&#244;tre. Si on voit ce monde d'un point de vue r&#233;volutionnaire, prol&#233;tarien et r&#233;ellement socialiste, c'est-&#224;-dire donnant comme perspective la dictature du prol&#233;tariat se fondant sur des soviets, perspective qui estd&#233;fendue en p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire par un parti de type bolch&#233;vique comme celui fond&#233; par L&#233;nine en 1903, ce m&#234;me monde en contient en fait&#8230; deux antagonistes, l'un bourgeois, l'autre prol&#233;tarien, et donne plus que jamais des raisons d'&#234;tre optimiste car son auto-destruction, la destruction du monde bourgeois par la r&#233;volution prol&#233;tarienne qu'il porte en lui depuis 1848, semble plus que jamais accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sept traits g&#233;n&#233;raux qui caract&#233;risent cette p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire sont les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) M&#234;me dans les pays que l'on croyait &#233;cras&#233;s par des dictatures f&#233;roces ont connu &#224; partir des printemps de 2011 des vagues de r&#233;volutions dans lesquelles les masses populaires se sont r&#233;v&#233;l&#233;es pleines de combativit&#233;, de capacit&#233;s et d'espoirs dans la lutte et ont commenc&#233; de faire trembler la domination du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) Le prol&#233;tariat mondial est une classe qui existe d&#233;sormais dans le monde entier et son poids social est au plus haut niveau. L'effondrement du capitalisme n'a pas affaibli fondamentalement le prol&#233;tariat. Les transformations du capitalisme n'ont rien chang&#233; &#224; un point fondamental du prol&#233;tariat : celui-ci n'est toujours pas attach&#233; au syst&#232;me et ne peut que chercher &#224; le renverser m&#234;me si ce n'est nullement le cas de l'essentiel de ses organisations ou plut&#244;t des organisations qui se revendiquent mensong&#232;rement de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) De nombreuses luttes ouvri&#232;res dans le monde tentent de se mener de mani&#232;re auto-organis&#233;e et la perspective prol&#233;tarienne, celle des soviets, reste d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) Le capitalisme, lui, est &#224; l'agonie. Il parvient &#224; durer, mais plus il fait trainer sa mort, plus les causes de celle-ci s'aggravent et en particulier la chute relative des investissements productifs par rapport &#224; la masse total des capitaux qui a atteint des sommets vertigineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176;) Ce qui est pr&#233;sent&#233; comme &#171; l'&#233;chec du communisme &#187; est une fiction puisque le stalinisme n'&#233;tait en rien une exp&#233;rience socialiste ni ne d&#233;coulait de la politique r&#233;volutionnaire de L&#233;nine et Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176;) L'absence dans le monde de partis r&#233;volutionnaires est certes un facteur d&#233;favorable pour le prol&#233;tariat mais nullement un obstacle majeur. Rappelons que des partis r&#233;volutionnaires sont souvent n&#233;s au cours des r&#233;volutions, notamment dans les r&#233;volutions bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176;) Les connaissances politiques dont les r&#233;volutionnaires peuvent s'emparer comme d'outils de combat sont &#224; un niveau plus &#233;lev&#233; que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces grandes tendances n'aboutiront que si nous y contribuons activement et radicalement. Que le monde aille mieux d&#233;pend maintenant bien plus que de pr&#233;tendus &#034;facteurs objectifs&#034; qui sont d&#233;j&#224; bien &#224; l'oeuvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pessimisme des pseudo-r&#233;volutionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des groupuscules m&#233;diatis&#233;s qui en France parlent au nom de la classe ouvri&#232;re, de la r&#233;volution, de renversement du capitalisme. Les plus connus en France sont Lutte Ouvri&#232;re (LO) et le Nouveau Parti Anticapitaliste (les NPAs). Quelles machines &#224; d&#233;moraliser sont devenues ces organisations ! Caricaturant le marxisme, ces partis s'appuient sur &#034;des faits&#034; : &#233;chec des gr&#232;ves, mont&#233;e de l'extr&#234;me-droite etc pour diffuser leur &#034;pessimisme&#034; ... et justifier leur ralliement aux organisations r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais les &#034;faits&#034; n'existent pas en eux-m&#234;mes, ils ne sont qu'une partie de la r&#233;alit&#233; que nous percevons au travers d'une certaine mani&#232;re de voir. Il en est une qui est abandonn&#233;e par les pseudo-r&#233;volutionnaires convertis au &#034;progressisme&#034;, c'est la dialectique mat&#233;rialiste. Tout cela est bien abstrait ? Pourtant La Commune de Paris (1871) et la R&#233;volution d'Octobre (1917) sont deux occasions qui ne furent pas manqu&#233;es par le prol&#233;tariat, cette classe sociale prit le pouvoir avec succ&#232;s. Or c'est en p&#233;riode de guerre, apr&#232;s des reculs brutaux, que ces succ&#232;s exemplaires furent remport&#233;s ! Les marches vers les guerres de 1870 et 1914 furent des marches acc&#233;l&#233;r&#233;es vers des r&#233;volutions. Beaucoup de pseudo-r&#233;volutionnaires c&#233;l&#232;brent L&#233;nine cette ann&#233;e, mais ils se gardent bien de rappeler sa fa&#231;on de voir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les faux amis de L&#233;nine enterrent ses id&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 100 ans en janvier 1924 mourrait L&#233;nine, qui fut l'artisan de la victoire d'Octobre. La meilleure fa&#231;on de comprendre comment &#234;tre victorieux pour la prochaine r&#233;volution est donc de lire le premier discours que L&#233;nine adressa apr&#232;s la victoire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Camarades, la r&#233;volution des ouvriers et des paysans, dont les bolch&#233;viks n'ont cess&#233; de montrer la n&#233;cessit&#233;, est r&#233;alis&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette seule phrase, aujourd'hui m&#234;me en France, pourrait &#233;tonner bien des travailleurs, d&#233;chirer bien des voiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution d'Octobre fut celle de deux classes sociales, les ouvriers et les paysans, et non d'une seule, la classe ouvri&#232;re. Cette r&#233;alit&#233;, illustr&#233;e par l'embl&#232;me du communisme qui comprend la faucille des paysans et le marteau des ouvriers, met d&#233;j&#224; N. Arthaud hors-jeu, car jamais elle ne s'adresse aux paysans ! Oui N. Arthaud a raison de penser que &#034;Le monde va mal&#034;, mais ce qui va mal, c'est quand sa brochure qui se pr&#233;tend l&#233;niniste ne comporte m&#234;me pas le mot &#034;paysan&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci alors que nous sommes en plein mouvement paysan en France, en Europe ! Oui les paysans qui manifestent aujourd'hui, comme r&#233;guli&#232;rement depuis des d&#233;cennies, comportent des bataillons de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne ! &#034;&lt;i&gt;Ouvriers paysans nous sommes le grand parti des travailleurs&lt;/i&gt;&#034; dit l'hymne des travailleurs l'Internationale. Des partis comme le NPA ou LO se r&#233;clament les h&#233;ritiers de cette chanson, pourtant ils sont en d&#233;saccord complet, sans le dire, avec ce couplet de l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement paysan actuel est donc une de ces r&#233;alit&#233;s qui quotidiennement mettent diff&#233;rents aspects de la future r&#233;volution &#224; l'ordre du jour. N. Arthaud, d&#233;prim&#233;e, r&#233;p&#232;te que &#034;Le monde va mal&#034; car elle voit ce mouvement paysan comme un mouvement enti&#232;rement r&#233;actionnaire. Elle s'appuie pour cela sur &#034;les faits&#034; : un mouvement dirig&#233; par la FNSEA ne peut pas &#234;tre r&#233;volutionnaire, c'est tr&#232;s juste. C'est cette vision fataliste, anti-dialectique qui d&#233;moralise N. Arthaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour un militant r&#233;volutionnaire disciple de L&#233;nine, ayant compris que l'affirmation de L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; la r&#233;volution des ouvriers et des paysans, dont les bolch&#233;viks n'ont cess&#233; de montrer la n&#233;cessit&#233;, est r&#233;alis&#233;e &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;indique que pendant des ann&#233;es, le parti bolch&#233;vik de L&#233;nine r&#233;p&#233;ta &lt;i&gt;une r&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne sera n&#233;cessaire !&lt;/i&gt;. La reprise de ce slogan-programme donnerait au mouvement paysan qui se d&#233;roule sous nos yeux une nouvelle perspective. Cette seule phrase, imprim&#233;e &#224; des centaines de milliers d'exemplaires, distribu&#233;e en priorit&#233; aux paysans (la classe la plus combattive actuellement), puis aux ouvriers et &#224; toute la population exploit&#233;e, est bien un programme en elle-m&#234;me. Elle est r&#233;volutionnaire bien qu'elle ne contienne aucune revendication, car elle ouvre des perspectives bien nouvelles, et qu'aucune organisation politique ou syndicale ne la diffuse. Elle d&#233;clencherait des discussions interminables comme sur les ronds-points des Gilets jaunes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir la r&#233;volution comme un &lt;i&gt;mouvement inter-classe&lt;/i&gt;, au moins ouvrier et paysan ne rend ni plus ni moins radical le mouvement paysan actuel, mais changerait toute la vision du monde des quelques milliers de militants r&#233;volutionnaires du mouvement ouvrier. Car alors que le &#034;tout va mal&#034; de N. Arthaud n'est qu'un programme de d&#233;moralisation, un militant ouvrier voit alors en France des raisons de se dire que &#034;tout va mal&#034;, non pas parce que ce mouvement paysan serait r&#233;actionnaire, mais parce qu'il prendrait la mesure du retard que le mouvement ouvrier a pris en France sur cette question : qu'ont les militants r&#233;volutionnaires &#224; dire aux paysans, quels textes sont-ils pr&#234;ts &#224; &#234;tre distribu&#233;s ? On n'en est plus &#224; se lamenter sur une r&#233;volution qui ne vient pas, mais sur le retard du parti ouvrier face &#224; la r&#233;volution qui viendra. Ce qui va mal n'est que le r&#233;sultat de ce qui d&#233;pend enti&#232;rement de nous. Une t&#226;che r&#233;volutionnaire immense se pr&#233;sente aux militants ouvriers, et ils sont bien en retard &#224; cause des choix politiques ant&#233;rieurs. Il y a tout &#224; coup trop &#224; faire pour une future r&#233;volution !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut-il dire que les paysans, ne serait-ce que les plus pauvres, viendront &#224; nous gr&#226;ce &#224; un appel &#224; eux ? Non, dans le m&#234;me discours, L&#233;nine explique ce qui s'est pass&#233; en Russie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; A l'int&#233;rieur de la Russie, une &#233;norme partie de la paysannerie a dit : c'est assez jouer avec les capitalistes, -nous marchons avec les ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements paysans en France de fa&#231;on r&#233;currente, comme ce fut le cas en Russie avant 1917, &#034;jouent avec les capitalistes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre avec des fourches que seraient accueillis les r&#233;volutionnaires en 2024 par les cort&#232;ges paysans, comme ce fut le cas pour les jeunes populistes russes qui il y a 150 ans, en 1874, &#034;all&#232;rent au paysans&#034;, ou &#224; coup de fusils comme les ouvriers partisans de L&#233;nine qui se faisaient fusiller par les paysans-soldats du Tsar en 1905. La m&#234;me paysannerie qui a suivi pendant des ann&#233;es la bourgeoisie russe, a d&#233;cid&#233; de suivre la classe ouvri&#232;re russe. Des m&#234;mes causes peuvent produire des effets contradictoires. C'est cette vision r&#233;volutionnaire du monde qui a permis &#224; L&#233;nine de forger en 1917 l'alliance entre les ouvriers et les paysans, pas un id&#233;alisme na&#239;f.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord L&#233;nine avait un programme, qu'il rappelle dans cette m&#234;me d&#233;claration en 1917 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous gagnerons la confiance des paysans seulement par le d&#233;cret qui abolira la propri&#233;t&#233; des propri&#233;taires fonciers. Les paysans comprendront que le salut de la paysannerie ne se trouve que dans l'alliance avec les ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le mouvement ouvrier ne s'est pas adress&#233; aux paysans en France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;tendre comme le fait N. Arthaud que la coupure entre les mouvements paysans et ouvriers en France est due &#224; des &#034;diff&#233;rences de classe&#034; est une caricature du marxisme. Lorsque les occasions se sont pr&#233;sent&#233;es, ce sont les dirigeants du mouvement ouvriers qui ont fait des choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'alliance r&#233;volutionnaire entre les ouvriers et les paysans en France, la liste des occasions manqu&#233;es contient au moins les ann&#233;es 1907, 1936, 1945 et 1953. &#034;Le monde va mal en France&#034; en grande partie &#224; cause de choix politiques qui auraient pu &#234;tre diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un historien acad&#233;mique et peu au fait des id&#233;es de L&#233;nine d&#233;crit tr&#232;s bien le foss&#233; de classe qui a toujours exist&#233; dans la paysannerie en France, fournissant un point d'appui au mouvement ouvrier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par exemple apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les ann&#233;es du redressement agricole de l'apr&#232;s-guerre avaient en fait agrandi le foss&#233; entre les r&#233;gions d'exploitation modernis&#233;es et celles d'exploitations sous-d&#233;velopp&#233;es, entre ce que l'on commen&#231;ait &#224; appeler &#8220;les deux agricultures de la France&#8221; (..) Les producteurs du &#034;secteur libre&#034; (viande, ait, fruits et l&#233;gumes) se trouvaient expos&#233;s &#224; tous les hasards d'un march&#233; fluctuant, tandis que les producteurs de c&#233;r&#233;ales et de betteraves sucri&#232;re se pr&#233;lassaient &#224; l'ombre protectrice des organismes gouvernementaux de r&#233;gulation du march&#233;. (...) La plus grande partie des c&#233;r&#233;ales et des betteraves &#233;taient produite par de grandes exploitations modernis&#233;es du Basin parisien et du Nords-Est &#8212; c'est-&#224;-dire justement par ces producteurs qui avaient jou&#233; un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant &#224; la FNSEA. Comme le foss&#233; entre les &#034;deux agricultures&#034; ne faisait que se creuser, beaucoup de petits paysans commenc&#232;rent &#224; croire qu'ils &#233;taient en train de devenir les victimes non seulement de leurs ennemis citadins, mais aussi de leurs dirigeants syndicaux. Les dirigeants de la FNSEA niaient que le syndicat f&#251;t un outils au main des gros exploitants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution rurale en France&lt;/i&gt; Gordon Wright (1967)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Or la direction de la FNSEA dans la paysannerie n'est qu'&#224; l'image de la direction de la bourgeoisie dans toute la soci&#233;t&#233; : embrigader une partie de la petite bourgeoisie et des prol&#233;taires contre les autres :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les d&#233;tracteurs de de la FNSEA r&#233;pliquaient qu'une puissante minorit&#233; avait appris comment dominer l'organisation &#224; ses propres fins. L'un des instruments de cette minorit&#233; &#233;tait la F&#233;d&#233;ration du Nord et du Bassin parisien, organisation regroupant environ une douzaine de d&#233;partements de grande exploitation dont le si&#232;ge &#233;tait &#224; Paris et o&#249; les repr&#233;sentants de la FNSEA dans les d&#233;partements affili&#233;s se retrouvaient pour concerter leur strat&#233;gie avant l'ouverture des r&#233;unions du Conseil ou des congr&#232;s annuels de la FNSEA. Les gros producteurs disposaient de finances bien meilleures et avaient su mettre en place des dirigeants plus tenaces et plus adroits que la petite paysannerie, beaucoup plus diss&#233;min&#233;e. De plus (...) leurs dirigeants excellaient &#224; diviser la petite paysannerie contre elle-m&#234;me, en particulier en persuadant les d&#233;l&#233;gu&#233;s de l'Ouest, catholiques et conservateurs, de s'opposer aux d&#233;l&#233;gu&#233;s des d&#233;partements du Centre et du Midi, beaucoup plus &#224; gauche, au nom de la foi, de la propri&#233;t&#233; et de l'ordre social. Et en effet on eut l'occasion de voir ces d&#233;l&#233;gu&#233;s petits paysans de l'Ouest, proposer bel et bien le programme des gros exploitants, le soutenir et le voter. En fin de compte, la poign&#233;e de petits exploitants occupant de hautes fonctions syndicales n'&#233;taient que des pions mis en place par les gros cultivateurs pour couper court aux critiques (...) les dirigeants de la FNSEA concentraient leurs principaux efforts de pression sur des objectifs destin&#233;s &#224; profiter plus directement aux gros producteurs qu'aux petits paysans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est une crise typique du capitalisme, la surproduction de marchandises, qui aboutit peu apr&#232;s au &#034;soul&#232;vement paysan de 1953&#034;. Ce soul&#232;vement se place dans la lign&#233;e de celui de 1907, et voit naitre un mode d'action plein d'avenir : le d&#233;fil&#233; des tracteurs :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#187;En 1953, les prix du vin avaient baiss&#233; de 50 % et les viticulteurs, au moment o&#249; la nouvelle r&#233;colte commen&#231;ait &#224; murir, avaient encore leur chais &#224; moiti&#233; pleins de la production de la campagne pr&#233;c&#233;dente. Leur m&#233;contentement les fit passer aux actes ; en juillet et en ao&#251;t, le Midi fut le th&#233;&#226;tre des manifestations les plus violentes qu'il e&#251;t connues depuis Marcellin Albert. Les vieilles techniques &#8212; la d&#233;mission en masse des maires ruraux &#8212; furent combin&#233;es avec une nouvelle, la pratique des barrages de route au moyen de tracteurs. Bient&#244;t l'agitation gagna le Centre de la France. (...) Bien que le si&#232;ge de la FNSEA e&#251;t assur&#233; publiquement les manifestants de son soutien moral, ses dirigeants ne peuvent gu&#232;re avoir r&#233;ellement approuv&#233; un soul&#232;vement de telles proportions. Leurs succ&#232;s aux &#233;lections de 1951 les avait plac&#233; devant un dilemme. (...) apr&#232;s les &#233;lections , ils &#233;taient eux-m&#234;mes les politiciens, avec leur propre t&#234;te de pont au Parlement et leurs amis politiques au minist&#232;re de l'agriculture. La manifestation &#233;tait dirig&#233;e contre un gouvernement auquel la FNSEA participait effectivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La R&#233;volution rurale en France&lt;/i&gt; Gordon Wright(1967)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Or le Parti communiste avait &#224; cette &#233;poque une large audience &#224; travers son journal &lt;i&gt;La Terre&lt;/i&gt; &#034;qui continuait &#224; &#234;tre le journal agricole le plus lu en France&#034; dit le m&#234;me historien, qui d&#233;crit comment le PC s'opposa &#224; un syndicalisme de classe dans la paysannerie :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quand le Comit&#233; Viel-Mamour entreprit de cr&#233;er un syndicat de petits et moyens exploitants en 1953-1954, les dirigeants communistes s'attaqu&#232;rent &#224; cette entreprise en la d&#233;non&#231;ant comme une manoeuvre politique aux fins &#233;go&#239;stes. Nous en convenons, d&#233;clarait Waldeck-Rochet, l'on doit s'opposer &#224; la domination de Blondelle, mais cette activit&#233; oppositionnelle devrait &#234;tre men&#233;e &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la FNSEA, et non de l'ext&#233;rieur ; une division de la paysannerie entra&#238;nerait in&#233;vitablement un affaiblissement de l'action paysanne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le PC soutint la ligne de la FNSEA d&#232;s ses d&#233;buts, malgr&#233; ses bons r&#233;sultats &#233;lectoraux qui lui auraient permis de d&#233;fendre un programme ouvrier pour les paysans, comme le fit L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; tant en 1951 qu'en 1953, les r&#233;sultats &#233;lectoraux du parti dans les campagnes furent remarquablement satisfaisants en d&#233;pit de la torpeur de son organisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette politique du PCF en 1953 est dans la continuit&#233; de celle de 1945, o&#249; le PCF sauva la bourgeoise fran&#231;aise en participant au gouvernement de De Gaulle en 1945. Combattre la lutte des classes en pr&#234;chant l'union des classes dans les campagnes &#233;tait le programme du PCF. Le 1er novembre 1944, le stalinien Jean Laurenti, principal organisateur des 2000 CDAP (Comit&#233;s d'action paysanne cr&#233;&#233;s et dirig&#233;s par le PC fin 1944), &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il ne faut plus parler de blancs ni de rouges , de catholiques, de protestants et d'ath&#233;es. Il n'y a plus de place pour des termes tels que grand, moyen, petit ou prol&#233;taire ; il ne peut plus y avoir que des paysans fran&#231;ais, associ&#233;s ensemble dans une union fructueuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le PCF fit cadeau de ses troupes &#224; une organisation du PS, la CGA (destin&#233;e &#224; &#234;tre le pendant agricole de la CGT), dont la FNSEA n'&#233;tait qu'une des sept f&#233;d&#233;rations, celle qui prit la t&#234;te du monde agricole ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche r&#233;formiste, PS et PCF n'a fait que soutenir, dans sa politique envers les paysans la m&#234;me politique que les radicaux bourgeois avaient mise en place apr&#232;s l'&#233;crasement de la Commune de Paris en 1871 : maintenir artificiellement par le soutien de l'Etat (prix garantis, tarifs douaniers protectionnistes) une petite paysannerie qui politiquement et &#233;conomiquement soit embrigad&#233;e derri&#232;re les grands capitalistes de l'agriculture. La bourgeoisie a une politique envers les paysans petits et moyens, la gauche r&#233;formiste soutient la m&#234;me. Quoi que fasse le prol&#233;tariat pour lui-m&#234;me, il restera incapable de prendre le pouvoir s'il reste indiff&#233;rent &#224; cette alliance politique entre petits paysans et gros capitalistes de l'agriculture et de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette petite paysannerie que la grande bourgeoisie groupe derri&#232;re elle pour l'utiliser contre le prol&#233;tariat fut incarn&#233;e par le paysan Jean qui dans le roman de Zola &lt;i&gt;La d&#233;b&#226;cle&lt;/i&gt;, est enr&#244;l&#233; dans l'arm&#233;e versaillaise et tue son cousin le communard Maurice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette propagande r&#233;publicaine exaltant en paroles le petit paysan contre l'ouvrier ne s'adresse pas seulement aux paysans mais &#224; toute la population &#224; travers l'&#233;cole :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Cette mythologie doit beaucoup &#224; l'&#233;cole qui la propagea non seulement dans les campagnes mais aussi dans les villes. (...) [le] manuel de Bouillot &lt;i&gt;Le Fran&#231;ais par les textes&lt;/i&gt;, pour le cours moyen, &#233;dition de 1912, qui fut utilis&#233;, pendant 30 ans, dans la quasi-totalit&#233; des &#233;coles de France : sur 128 textes qu'il contient, 52 ont trait &#224; l'agriculture et &#224; la vie des paysans, 12 sont destin&#233;s &#224; pr&#233;parer les &#233;coliers &#224; une mort glorieuse sur le champ de bataille &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;ologie &#034;paysanniste&#034;, outre son r&#244;le anti-prol&#233;tarien, &#233;tait, et reste un outil patriotique et militariste. L'anti-patriotisme, l'antimilitarisme, le r&#244;le d'embrigadement id&#233;ologique assign&#233; &#224; l'&#233;cole par la bourgeoisie sont donc li&#233;s &#224; la question paysanne. N. Arthaud, qui est enseignante, pr&#233;sente comme toute la gauche l'&#233;cole comme un outil de &#034;lib&#233;ration&#034;, et n'a aucun programme anti-patriotique et anti-militariste ! Oui, le monde va mal lorsque les r&#233;volutionnaires se rallient aux programmes bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la fin de la III&#232;me R&#233;publique en 1945, suite &#224; la guerre, c'est cette protection de l'Etat au profit d'une petite et moyenne paysannerie qui s'effondrait. Un des repr&#233;sentants de ces couches, qui devint dirigeant de la FNSEA, explique comment ce syndicat a &#233;t&#233; l'outil trouv&#233; par des paysans moyen pour ne pas disparaitre au profit des grandes exploitation :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; ce sont les agriculteurs les plus riches et les plus d&#233;velopp&#233;s qui comprennent d&#232;s le lendemain de la guerre la n&#233;cessit&#233; d'accro&#238;tre la taille de leurs exploitation. Ils se portent acqu&#233;reurs. Ils ont les moyens de payer et d'emprunter. Donc, ils accaparent. Et le ph&#233;nom&#232;ne se d&#233;roule dans toutes les r&#233;gions fran&#231;aises (...) au carrefour des ann&#233;es 50, emprunter pour les petits agriculteurs est presque impossible. (...) Il faut dire la v&#233;rit&#233;. Le conflit secoue les organisations agricoles elles-m&#234;mes. La vielle id&#233;e (...) c'est-&#224;-dire la lutte entre petits et grands agriculteurs, est &#224; l'&#233;poque vraie. L'enjeu : la redistribution des terres lib&#233;r&#233;es par l'exode. Iront-elles agrandir les fermes de 100 &#224; 200 hectares ? Permettront-elles aux petites entreprises de devenir des exploitations modernes ? c'est tout le mod&#232;le am&#233;ricain qui se joue alors. Si la France bascule dans la premi&#232;re voie, l'exode rural s'acc&#233;l&#232;rera encore, le salariat agricole se d&#233;veloppera. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Debatisse &lt;i&gt;Le Projet paysan&lt;/i&gt; (1983)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la FNSEA, contrairement aux apparences, ne s'est pas mise au service exclusif de la grande agriculture capitaliste, mais garde un discours &#034;anti-capitaliste&#034; port&#233; par une paysannerie petite et moyenne qui lutte en permanence contre sa prol&#233;tarisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction de la FNSEA est certes une organisation syndicale au service de la grande bourgeoisie, mais c'est &#233;galement le cas de celle de la CGT qui a pourtant une base ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait d&#233;j&#224; cette peur des &#034;bl&#233;s am&#233;ricains&#034;, c'est-&#224;-dire de la grande agriculture capitaliste, qui avait d&#233;clench&#233; la mise en place de la politique agricole de la R&#233;publique bourgeoise &#224; ses d&#233;buts :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; des quantit&#233;s accrues de bl&#233;s am&#233;ricains, produits &#224; bas prix sur les terres vierges de la Prairie, se pr&#233;sentaient sur les march&#233;s europ&#233;ens. Une grande partie du monde paysan fut brusquement terroris&#233;e &#224; l'id&#233;e que, dans un avenir proche, ce bl&#233; viendrait ruiner la production nationale si on le laissait entrer librement. &lt;br class='autobr' /&gt;
(...) Le radicalisme &#233;tait d&#233;finitivement coup&#233;, depuis le sang de la Commune, d'une grande partie de la population urbaine, d'ailleurs suspect&#233;e de n'avoir pas renonc&#233; aux id&#233;aux socialistes. (...) Il &#233;tait donc essentiel pour lui de conserver une solide base &#233;lectorale dans la paysannerie. Une nouvelle politique allait se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier acte fut, en 1881, la cr&#233;ation par Gambetta d'un minist&#232;re de l'Agriculture, distinct de celui de l'Industrie et du Commerce.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) le ministre de l'agriculture de Jules Ferry s'appelait M&#233;line (...) il se fit le d&#233;fenseur des th&#232;ses protectionnistes (...) fit voter les premi&#232;res lois protectionnistes (1884, 1892). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une France sans Paysans&lt;/i&gt; (1965)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette politique de protections des petits paysans ne fit pas l'unanimit&#233;, Jules Ferry lui-m&#234;me n'y &#233;tait pas favorable : &lt;i&gt;Je ne dis pas qu'il n'y ait pas, dans un juste remaniement des tarifs, un adoucissement &#224; apporter aux maux de l'agriculture ... Mais je r&#233;p&#232;te que ce serait une souveraine imprudence, et qu'on r&#233;pandrait dans l'esprit public et dans la pens&#233;e de nos paysans une erreur funeste, en les persuadant qu'il suffirait d'un d&#233;cret relevant les droits de quelques francs pour rendre la prosp&#233;rit&#233; &#224; l'agriculture&lt;/i&gt;. Or si Ferry laissa faire son ministre M&#233;line, ce n'est pas un hasard s'il fut &#233;galement le promoteur des colonies, sur le territoire desquelles c'est l'agriculture capitaliste &#224; grande &#233;chelle qui put s'&#233;panouir (caoutchouc d'Indochine, vins et bl&#233;s d'Alg&#233;rie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui &#034;le monde va mal&#034;, mais une partie de ses maux vient du fait que les organisations pseudo-r&#233;volutionnaires ne font pas le lien entre la situation des petits paysans ici et celle des ouvriers agricoles de pays domin&#233;s par l'imp&#233;rialisme. La situation de la classe ouvri&#232;re relativement aux autres est loin d'&#234;tre le seul r&#233;sultat du &#034;d&#233;veloppement des forces productives&#034;, mais est due au r&#233;formisme et au stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche de la gauche ne fait donc que reprendre le programme du syndicalisme bourgeois en accord avec la R&#233;publique bourgeoise qu'incarne la FNSEA, car ce syndicalisme a son aile &#034;anticapitaliste&#034;, protectionniste, port&#233;e par des petits paysans. Ainsi le NPA a une politique agricole faussement radicale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Cela exige de changer radicalement les politiques publiques agricoles : fixer des prix plancher (les agriculteurs/trices souffrent de prix d'achat non r&#233;mun&#233;rateurs impos&#233;s par les grands groupes de la distribution) ; imposer aux banques un moratoire sur les dettes ; favoriser les mod&#232;les bio paysans ; d&#233;velopper et soutenir la fili&#232;re bio. La mise en place de la s&#233;curit&#233; sociale alimentaire assurerait une alimentation de qualit&#233; pour tous&#8226;tes, faciliterait de nouvelles installations, et permettrait une juste r&#233;mun&#233;ration des paysanNEs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompre avec l'agriculture intensive, productiviste, industrielle, dop&#233;e &#224; la chimie, pour qu'une autre agriculture soit possible ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(NPA) Le mardi 30 janvier 2024&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le NPA sous des airs radicaux ne fait que reprendre la politique de la III&#232;me r&#233;publique , &#034;l'autre agriculture&#034; &#233;tant celle des petits et moyens paysans. Le programme du NPA, ce n'est pas du L&#233;nine, c'est du M&#233;line ! ... qui s'appuierait sur l'aide du Cr&#233;dit Agricole !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels avait d&#233;j&#224; pouss&#233; les socialistes de France &#224; ne pas reprendre le programme de M&#233;line comme programme ouvrier pour l'agriculture : &lt;i&gt;&#034; Du paysan qui nous demande de maintenir la propri&#233;t&#233; parcellaire, nous ne pourrons jamais faire un camarade, pas plus que du petit patron qui veut rester &#233;ternellement patron&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'emp&#234;cha pas L&#233;nine en 1917, apr&#232;s la prise du pouvoir du prol&#233;tariat, de gagner l'appui des paysans petits et moyens, non pas, contre le point de vue d'Engels, en les transformant en petits propri&#233;taires comme la R&#233;volution fran&#231;aise, mais en donnant la terre aux paysans, tout en en supprimant la propri&#233;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; D&#233;cret sur la terre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La propri&#233;t&#233; des propri&#233;taires fonciers sur la terre est abolie imm&#233;diatement sans aucune indemnit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) La confiscation du cheptel ne frappe pas les petits paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tous les citoyens (sans distinction de sexe) de l'Etat russe qui d&#233;sirent exploiter la terre par leur travail, avec l'aide de leur famille ou en soci&#233;t&#233;, est accord&#233;e la jouissance de la terre, seulement, tant qu'ils sont capables de l'exploiter. Le travail salari&#233; est interdit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;cret n'est-il pas d'actualit&#233; en France, o&#249; la plupart des exploitants agricoles sont des fermiers, pas des propri&#233;taires ? C'est en discutant avec les petits paysans que les militants du mouvement ouvrier s'en rendront compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le mouvement ouvrier va mal, car on voit qu'un petit mouvement paysan pose la question de la politique du prol&#233;tariat envers les classes interm&#233;diaires, la question de l'Ecole, du militarisme, du patriotisme, du colonialisme, et que nous sommes en retard sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que les organisations r&#233;formistes se sont ralli&#233;es au programme agricole de la bourgeoisie que les ouvriers n'ont rien pu faire aux grandes occasions qui se sont pr&#233;sent&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes enferment les ouvriers dans la question du partage des richesses, en demandant un salaire &#034;digne et &#233;quitable&#034; tout comme les petits paysans demandent un revenu &#034;digne et &#233;quitable&#034;. Or c'est la question du pouvoir politique que doivent se poser les travailleurs pour am&#233;liorer leur sort, leur alliance avec des exploit&#233;s d'autres classes sociales. La classe ouvri&#232;re est potentiellement une classe dirigeante, c'est ce qui fait sa force, bien plus que la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ne d&#233;fendant que leur salaire, les travailleurs sont une classe parmi d'autres, qui se battent comme des petits bourgeois pour une plus grosse part, face &#224; des classes qui lui seront n&#233;cessairement toutes hostiles, car le capitalisme, c'est la lutte de toute contre tous pour se r&#233;partir les profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se donnant comme objectif l'abolition du salariat qui mettra fin au capitalisme, le prol&#233;tariat peut par contre transformer en alli&#233;s la partie exploit&#233;e des autres classes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me monde, vu de ces deux points de vue diff&#233;rents, paraitra tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le monde va mal !&#034; de N. Arthaud est la conclusion logique du point de vue bourgeois qu'elle adopte : augmenter les salaires. Les prol&#233;taires n'ont &#224; perdre que leurs cha&#238;nes, un monde &#224; gagner ! est la conclusion &#224; laquelle arrive au contraire tout militant du mouvement ouvrier capable de voir dans chaque mouvement, pas seulement une gr&#232;ve pour les augmentations de salaires, mais un germe de la &#034;r&#233;volution ouvri&#232;re et paysanne&#034; qu'accomplit L&#233;nine !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vive l'union du Travail des villes et des campagnes, contre le Capital des villes et des campagnes</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7628</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7628</guid>
		<dc:date>2024-01-31T23:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Waraa</dc:creator>


		<dc:subject>Paysans</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Voix des Travailleurs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vive l'union du Travail des villes et des campagnes, contre le Capital des villes et des campagnes &lt;br class='autobr' /&gt;
La &#034;col&#232;re paysanne&#034; s'est transform&#233;e en mouvement qui menace de &#034;faire le si&#232;ge&#034; de Paris, et des mouvements analogues touchent de nombreux pays d'Europe : Belgique, Italie, Hollande, Roumanie et d'autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mouvements paysans co&#239;ncident avec le 100&#232;me anniversaire de la mort de L&#233;nine. Quelques partis qui se disent r&#233;volutionnaires (NPA, LO), rendent de pseudo-hommages &#224; L&#233;nine, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot50" rel="tag"&gt;Paysans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot321" rel="tag"&gt;Voix des Travailleurs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_17059 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/pottier_-_chants_revolutionnaires.djvu.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/pottier_-_chants_revolutionnaires.djvu.jpg' width=&#034;1023&#034; height=&#034;1594&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17072 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/421969969_704088648576312_2213783351812578635_n.jpg' width=&#034;417&#034; height=&#034;593&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17073 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/424585086_704088585242985_8643672115691698810_n.jpg' width=&#034;580&#034; height=&#034;326&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17074 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/421919959_704058075246036_4517368945643531849_n.jpg' width=&#034;509&#034; height=&#034;720&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vive l'union du Travail des villes et des campagnes, contre le Capital des villes et des campagnes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La &#034;col&#232;re paysanne&#034; s'est transform&#233;e en mouvement qui menace de &#034;faire le si&#232;ge&#034; de Paris, et des mouvements analogues touchent de nombreux pays d'Europe : Belgique, Italie, Hollande, Roumanie et d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mouvements paysans co&#239;ncident avec le 100&#232;me anniversaire de la mort de L&#233;nine. Quelques partis qui se disent r&#233;volutionnaires (NPA, LO), rendent de pseudo-hommages &#224; L&#233;nine, pr&#233;tendant s'en inspirer. Pourtant, la r&#233;volution d'Octobre 1917 dont L&#233;nine fut le principal dirigeant, fut une r&#233;volution paysanne autant que prol&#233;tarienne, et prit la forme de la prise du pouvoir par des soviets compos&#233;s de quatre groupes bien distincts : ouvriers, paysans, soldats et cosaques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or aucun parti qui se r&#233;clame vaguement de L&#233;nine en France ne se r&#233;clame des soviets, ne propose aux ouvriers un programme s'adressant aux paysans, aux soldats, ou aux policiers, comme le fit L&#233;nine en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive donc aux id&#233;es de L&#233;nine ce que L&#233;nine &#233;crivit &#224; propos de celles de Marx :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Il arrive aujourd'hui &#224; la doctrine de Marx ce qui est arriv&#233; plus d'une fois dans l'histoire aux doctrines des penseurs r&#233;volutionnaires et des chefs des classes opprim&#233;es en lutte pour leur affranchissement. Du vivant des grands r&#233;volutionnaires, les classes d'oppresseurs les r&#233;compensent par d'incessantes pers&#233;cutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcen&#233;es de mensonges et de calomnies. Apr&#232;s leur mort, on essaie d'en faire des ic&#244;nes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine aur&#233;ole afin de &#034;consoler&#034; les classes opprim&#233;es et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine r&#233;volutionnaire de son contenu , on l'avilit et on en &#233;mousse le tranchant r&#233;volutionnaire. C'est sur cette fa&#231;on d'&#034;accommoder&#034; le marxisme que se rejoignent aujourd'hui la bourgeoisie et les opportunistes du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur seul v&#233;ritable hommage qu'on puisse rendre &#224; L&#233;nine, c'est donc de rappeler comment il proposa aux ouvriers un programme s'adressant aux paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet les ouvriers de Russie d'Octobre 1917 prirent le pouvoir car ils prirent la t&#234;te de toute la nation opprim&#233;e, ne d&#233;fendant pas seulement &#034;leurs int&#233;r&#234;ts&#034;, mais attirant &#224; eux les couches r&#233;volutionnaires de classes sociales qui comme les paysans, les cosaques &#233;taient fondamentalement r&#233;actionnaires, mais purent dans une situation r&#233;volutionnaire s'allier au prol&#233;tariat contre la grande bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mouvements paysans r&#233;currents sont donc l'occasion pour les travailleurs conscients d'&#233;laborer un programme pour s'adresser aux paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le march&#233; mondial des c&#233;r&#233;ales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture est une branche de l'&#233;conomie capitaliste mondialis&#233;e, &#224; l'&#233;poque de l'imp&#233;rialisme, c'est &#224; dire du r&#232;gne des monopoles des grandes multinationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production et le commerce mondiaux portent sur les produits manufactur&#233;s et mati&#232;res premi&#232;res. Avec les min&#233;raux et combustibles, les produits agricoles constituent les mati&#232;res premi&#232;res. Parmi les produits agricole alimentaires, les quatre c&#233;r&#233;ales principales sont le bl&#233;, le ma&#239;s, le riz et l'orge ; les quatre c&#233;r&#233;ales secondaires sont l'avoine le seigle, le ma&#239;s et l'orge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomiste marxiste Louis Gill &#233;crivait d&#233;j&#224; en 1983 &#224; propos de ces huit c&#233;r&#233;ales et des mati&#232;res premi&#232;res :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Les prix des mati&#232;res premi&#232;res sont d&#233;termin&#233;es dans les &lt;i&gt;Bourses&lt;/i&gt; des m&#233;taux et denr&#233;es des grandes m&#233;tropoles imp&#233;rialistes que sont par exemple Londres, New York Paris, Chicago, o&#249; les principaux op&#233;rateurs sont les grands trusts internationaux. Les associations de producteurs de divers m&#233;taux et denr&#233;es interviennent sur ces march&#233;s mais leur influence, relativement faible, n'a rien &#224; voir avec celle de l'OPEP sur la fixation du prix du p&#233;trole. Les prix mondiaux sont l'objet de fluctuations entretenues et amplifi&#233;es par la sp&#233;culation sur les march&#233;s. (...) Chicago (&lt;i&gt;Chicago Board of Trade&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Chicago Mercantile Exchange&lt;/i&gt; est le principal march&#233; des c&#233;r&#233;ales devant New York, Londres, Winnipeg et Sydney.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Le site &#233;cologiste Mediaterre confirme qu'aujourd'hui plus que jamais un march&#233; comme celui du bl&#233; a gard&#233; les traits de tout secteur du commerce mondial &#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; La plan&#232;te bl&#233; se caract&#233;rise par un oligopole : les dix plus importants producteurs repr&#233;sentent plus de 80 % de la production mondiale. Il s'agit en 2021 et selon la FAO, dans l'ordre d'importance de leur production de bl&#233;, de la Chine, de l'Inde, de la Russie, des &#201;tats-Unis, de la France, de l'Ukraine, de l'Australie, du Pakistan, du Canada et de l'Allemagne. De m&#234;me, dix pays seulement r&#233;alisent 80 % des exportations mondiales : la Russie (13,8 % des exportations mondiales &#224; elle seule), l'Australie, les &#201;tats-Unis, le Canada, l'Ukraine, la France, l'Argentine, l'Allemagne, la Roumanie et le Kazakhstan. Le bl&#233;, dont un quart de la production mondiale est export&#233;e, est tr&#232;s ins&#233;r&#233; dans la mondialisation. En 2021, un peu plus de 500 Mt de c&#233;r&#233;ales sont plac&#233;es sur les march&#233;s internationaux : le bl&#233; en repr&#233;sente la plus grande part avec 198 Mt, soit un march&#233; de 54,9 milliards de dollars . En 2010 ce chiffre &#233;tait de 145 Mt, et de 117 Mt en l'an 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Hyper-concentr&#233;, le commerce mondial est &#224; 80 % le fait de quelques grands n&#233;gociants, les &#171; ABCD &#187;, pour Archer Daniels Midland, Bunge, Cargill et Louis-Dreyfus. Ces g&#233;ants, relativement peu connus du grand public, ont par ailleurs r&#233;alis&#233; des b&#233;n&#233;fices tr&#232;s importants en 2022, ann&#233;e de la guerre russo-ukrainienne, &#224; l'image de l'am&#233;ricain ADM qui affiche un b&#233;n&#233;fice net record de 4,34 milliards de dollars (en hausse de 60 %)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'International Grain Council (IGC), qui regroupe les principaux pays importateurs et exportateurs de la plan&#232;te, table pour 2023, hors riz, sur une production de 2,3 milliards de tonnes de c&#233;r&#233;ales. Sachant qu'une tonne de c&#233;r&#233;ales peut nourrir quatre &#234;tres humains par an, le probl&#232;me de la famine est r&#233;gl&#233; concernant la production. C'est le caract&#232;re capitaliste du commerce qui est responsable des famines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bl&#233; repr&#233;sente 220 millions d'hectares dans le monde pour une production de 760 millions de tonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France est le 5&#232;me producteur mondial de bl&#233;, derri&#232;re la Chine l'Inde, la Russie et les USA. Parmi ces 5 pays c'est la France qui a une production la plus grande ramen&#233;e relativement au nombre d'habitants : 540 kg par an et par personne ! contre seulement 136 aux USA. Un &#234;tre humain ayant besoin par an de seulement 250 kg de c&#233;r&#233;ales comme le bl&#233; pour se nourrir, la &#034;souverainet&#233;&#034; alimentaire est largement assur&#233;e en France, avec 17 millions de tonnes disponibles &#224; l'exportation pour la campagne 2023-2024, sur 34,8 millions de tonnes qui devraient &#234;tre produites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand dans son tract &#034;Mobilisation - Synth&#232;se des revendications&#034;, la FNSEA se permet pourtant d'&#233;crire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; En France, tous les indicateurs de souverainet&#233; alimentaire montrent que nous&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;crochons, des d&#233;cisions de relance de la production sont imp&#233;ratives !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.fnsea.fr/wp-content/uploads/2024/01/2024-01-24-MOBILISATION_2024-Synthese_des_revendications_FNSEA_JA_vdef_002.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.fnsea.fr/wp-content/uploads/2024/01/2024-01-24-MOBILISATION_2024-Synthese_des_revendications_FNSEA_JA_vdef_002.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;ce n'est donc que la voix des gros producteurs qui veulent plus de profits ! Ou alors les politiciens qui utilisent ce terme vague de &#034;souverainet&#233;&#034;, devraient le d&#233;finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des chiffres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s les Tableaux de l'&#233;conomie fran&#231;aise (2020) de l'INSEE, la &lt;i&gt;Surface agricole utilis&#233;e&lt;/i&gt; (SAU) en m&#233;tropole est de pr&#232;s de 28 millions d'hectares (280 000 kilom&#232;tres carr&#233;s, soit plus de la moiti&#233; du territoire). Les 2/3 de cette SAU se r&#233;partissent entre les quelque 100 000 grandes exploitations (plus de 100 hectares) qui repr&#233;sentent moins du quart du nombre total d'exploitations , environ 435 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 175 000 petites exploitations (moins de 20 ha) qui repr&#233;sentent donc pr&#232;s de 40% du nombre, ne regroupent qu'un million d'hectares, moins de 4 % de la SAU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les syndicats d'exploitants agricoles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans sont une des professions les plus syndiqu&#233;es, avec en t&#234;te la FNSEA.&lt;br class='autobr' /&gt;
En f&#233;vrier dernier le journal patronal La Tribune faisait l'&#233;loge du grand capitaliste qui prit la t&#234;te de la FNSEA, le pr&#233;sentant comme l'un des siens :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Les administrateurs de la puissante f&#233;d&#233;ration, interlocutrice privil&#233;gi&#233;e des pouvoirs publics en mati&#232;re agricole, ont &#233;lu ce jeudi le nouveau bureau de cette organisation cr&#233;&#233;e en 1946, qui revendique 210.000 adh&#233;rents (anciens exploitants inclus).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement de style est spectaculaire entre Christiane Lambert, l'&#233;leveuse de truies du Maine-et-Loire, militante chaleureuse pass&#233;e par la pr&#233;sidence des Jeunes Agriculteurs, et ce grand c&#233;r&#233;alier d'Ile-de-France, pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise des producteurs d'ol&#233;agineux et prot&#233;agineux et pr&#233;sident du groupe Avril, qui brasse 7 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans cette fili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera facile de pr&#233;senter Arnaud Rousseau, ancien militaire, dipl&#244;m&#233; de l'European Business School de Paris comme un repr&#233;sentant du complexe agro-industriel, mais le nouveau pr&#233;sident va s'attacher &#224; temp&#233;rer cet aspect gr&#226;ce &#224; une nouvelle gouvernance du syndicat majoritaire, repr&#233;sentative de tous les m&#233;tiers et ancr&#233;e dans les territoires.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le journal &#233;cologiste Mediaterre cit&#233; plus haut, d&#233;nonce par contre &#224; juste titre les dirigeants de la FNSEA :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Le syndicat agricole et son pr&#233;sident Arnaud Rousseau se positionnent en t&#234;te de pont de la mobilisation des paysans. Mais ce riche patron n'est pas le mieux plac&#233; pour d&#233;fendre les manifestants.&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) les manifestations, parties d'Occitanie, n'ont pas &#233;t&#233; initi&#233;es par les dirigeants nationaux de la FNSEA. Dans les cort&#232;ges, les agriculteurs sont de toutes ob&#233;diences ou non syndiqu&#233;s. &#171; La FNSEA et la Coordination rurale ne ma&#238;trisent plus grand-chose, estime le paysan-agronome Beno&#238;t Biteau. Arnaud Rousseau ne sert pas les int&#233;r&#234;ts de celles et ceux qui manifestent. C'est pour &#231;a qu'ils ont &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;s. En v&#233;rit&#233;, tout ce que les agriculteurs d&#233;noncent, ce sont les r&#233;alisations des gouvernements successifs auxquels la FNSEA est associ&#233;e depuis longtemps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des sources du m&#233;contentement des agriculteurs est la disparition progressive, d'ici &#224; 2030, de l'all&#233;gement fiscal dont ils b&#233;n&#233;ficient sur le gazole non routier (GNR). Cette mesure a &#233;t&#233; annonc&#233;e en juin par le gouvernement. S'en &#233;tait suivi des n&#233;gociations avec la FNSEA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne, le syndicat se montrait satisfait d'avoir obtenu des compensations. Lors de ses v&#339;ux &#224; la presse, le 10 janvier, Arnaud Rousseau se f&#233;licitait encore que les n&#233;gociations avec le gouvernement aient permis d'&#233;viter une r&#233;volte comme en l'Allemagne. Cela fait dire &#224; Frank Olivier, responsable de la section bio de la Coordination rurale, qu'Arnaud Rousseau est &#171; un pompier pyromane &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les compensations dont se f&#233;licite M. Rousseau, il y a en particulier un rehaussement du plafond d'exon&#233;ration sur les plus-values, qui va passer de 250 000 &#224; 350 000 euros de chiffres d'affaires. &#171; On parle ici de grosses exploitations, avec des chiffres d'affaires &#233;lev&#233;s. Quelles sont les compensations pour les petits agriculteurs ? &#187; fustige Frank Olivier.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#034;Contre les Imp&#244;t indirects comme la taxe sur l'essence !&#034; c'est un type de revendications de la petite-bourgeoisie au bord de la ruine qui a mis le feu aux poudre, comme pour les Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident de la FNSEA a de son c&#244;t&#233; une grande exploitation qui lui permet de toucher des aides europ&#233;ennes :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Dipl&#244;m&#233; de l'European Business School de Paris, Arnaud Rousseau, 50 ans, a travaill&#233; pour l'Union nationale des coop&#233;ratives agricoles et dans le courtage agricole, avant de reprendre l'exploitation familiale en 2002. Avec sa femme, ils cultivent colza, bl&#233;, tournesol, betterave, ma&#239;s, orge et l&#233;gumes sur 700 hectares. En comparaison, la taille moyenne des exploitations de c&#233;r&#233;ales et ol&#233;oprot&#233;agineux est de 96 hectares en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela permet &#224; l'exploitation de percevoir pr&#232;s de 170 000 euros d'aides de la PAC [politique agricole commune], environ 243 euros &#224; l'hectare,&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Aux &#233;lections professionnelles la FNSEA obtient environ la moiti&#233; des voix, ses concurrents Coordination rurale et Conf&#233;d&#233;ration paysanne un quart chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La caract&#233;ristique principale qui &#233;touffe la lutte de classes chez les paysans est justement le &lt;i&gt;syndicalisme unitaire&lt;/i&gt; pr&#244;n&#233; par la FNSEA jusqu'ici avec succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Michel Debatisse, qui fut secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral entre 1966 et 1970, puis pr&#233;sident, de 1971 &#224; 1978 de la FNSEA, secr&#233;taire d'&#201;tat aux Industries agricoles et alimentaires du gouvernement Raymond Barre de 1979 &#224; 1981 pr&#233;sident de la Sodiaal (coop&#233;rative d&#233;tentrice des marques Yoplait et Candia) de 1986 &#224; 1995, fut un dirigeant typique de la FNSEA. Il justifiait la collaboration des classes entre paysans riches et pauvres &#224; la campagne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Que nous ne soyons pas tous identiques, que suivant les r&#233;gions o&#249; nous nous trouvons, les productions auxquelles nous nous consacrons, les probl&#232;mes soient tr&#232;s diff&#233;rents, cela nous le savons. Que ces situations diff&#233;rentes entra&#238;nent des tensions est l'&#233;vidence. Mais il faut avoir le courage de dire que ce n'est pas en nous divisant que nous r&#233;soudrons nos probl&#232;mes. (...) Il y a dans ce pays une organisation agricole et une seule. Il n'y a pas de monopole syndical en agriculture, mais il y a un syndicalisme unitaire parce que les agriculteurs le veulent ainsi. (...) L'unicit&#233; de l'agriculture est un mythe mais son unit&#233; est une r&#233;alit&#233;.(...) Je ne pense pas qu'un futur ministre de l'agriculture puisse &#234;tre communiste.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le fait que cet unitarisme, cet anti-communisme cachent une lutte de classe qui existe r&#233;ellement dans les campagnes fut bien expliqu&#233; ... par ce m&#234;me Michel Debatisse ! Car dans sa jeunesse, en 1963, il d&#233;non&#231;ait dans son livre &#034;R&#233;volution silencieuse&#034; ce &#224; quoi il se rallia plus tard :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Combien, parmi les dirigeants syndicaux, ont d&#233;fendu l'exploitation familiale en esp&#233;rant que leur voisin, petit exploitant, ne tarderait pas &#224; dispara&#238;tre et que ses terres viendraient agrandir la surface de son exploitation. (...) Nos dirigeants ont la hantise du collectivisme (...) Par m&#233;fiance pour toute solution qui repose sur le groupe, ils exaltent la libert&#233; du paysan dans l'entreprise individuelle. Parce qu'ils craignent tout ce qui peut ressembler &#224; la lutte des classes, ils se refusent &#224; voir les diff&#233;rentes situations qui peuvent exister &#224; l'int&#233;rieur de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que... ne pas faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mythe du syndicalisme unitaire est de fa&#231;on mensong&#232;re justifi&#233;e avec des arguments pseudo-marxistes par N. Arthaud qui pr&#233;sente dans son &#233;ditorial du 29 janvier le petit paysan comme un petit propri&#233;taire incorrigible :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;L'ironie de la situation veut que les petits agriculteurs, victimes de la loi du plus fort qui est au c&#339;ur du capitalisme, en sont les d&#233;fenseurs, car ils aspirent &#224; conforter leur propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;N. Arthaud ne propose aux ouvriers aucun programme &#224; destination des paysans. Il n'y a donc rien de L&#233;niniste, de marxiste dans son programme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant plus que cette image d'Epinal reprise par N. Arthaud, cette image du petit paysan propri&#233;taire, qui fut une r&#233;alit&#233; pendant des d&#233;cennies en France, n'est plus une r&#233;alit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe militant &lt;i&gt;Terre de liens&lt;/i&gt; a r&#233;cemment tent&#233;, chose difficile, de d&#233;terminer qui poss&#232;de en France la terre dans son rapport &lt;i&gt;La propri&#233;t&#233; des terres agricoles en France&lt;/i&gt;, et sa conclusion est sans ambigu&#239;t&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Le jour o&#249; nos anc&#234;tres ont fait de la terre une marchandise&lt;br class='autobr' /&gt;
est un jour noir pour l'humanit&#233;. Ce jour-l&#224;, ils ont oubli&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
que la terre est essentielle &#224; la vie et l'ont abandonn&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; la privatisation, &#224; l'individualisme et &#224; l'exclusion.(...) Contrairement &#224; l'imaginaire collectif, seuls 35 % des&lt;br class='autobr' /&gt;
terres cultiv&#233;es - soit 9 millions d'hectares - appartiennent&lt;br class='autobr' /&gt;
aux agriculteurs qui les travaillent. (...)Un agriculteur louant des terres&lt;br class='autobr' /&gt;
avait trois ou quatre propri&#233;taires en 1980, il en a&lt;br class='autobr' /&gt;
quatorze aujourd'hui. (...)La location&lt;br class='autobr' /&gt;
de terres s'est en effet fortement d&#233;velopp&#233;e&lt;br class='autobr' /&gt;
depuis 1946, gr&#226;ce au droit du fermage qui donne&lt;br class='autobr' /&gt;
assez de garanties aux agriculteurs pour d&#233;velopper&lt;br class='autobr' /&gt;
leur activit&#233; sans qu'ils aient besoin d'acheter&lt;br class='autobr' /&gt;
les terres. Cela leur permet notamment de consacrer&lt;br class='autobr' /&gt;
leurs fonds en priorit&#233; pour des investissements productifs&lt;br class='autobr' /&gt;
comme les machines. Aujourd'hui, la majorit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
des agriculteurs cultive &#224; la fois des terres dont ils&lt;br class='autobr' /&gt;
ont la propri&#233;t&#233; et des terres lou&#233;es. Ce sont donc&lt;br class='autobr' /&gt;
17 millions d'hectares agricoles qui sont lou&#233;s &#224; des&lt;br class='autobr' /&gt;
tiers. (...) En 1992, les agriculteurs retrait&#233;s poss&#233;daient 25 %&lt;br class='autobr' /&gt;
des terres, en progression de huit points sur la d&#233;cennie&lt;br class='autobr' /&gt;
pr&#233;c&#233;dente. Vingt ans plus tard, un tiers de&lt;br class='autobr' /&gt;
la SAU appartient &#224; des agriculteurs retrait&#233;s qui&lt;br class='autobr' /&gt;
conservent la propri&#233;t&#233; de leurs terres bien qu'ils ne&lt;br class='autobr' /&gt;
les cultivent plus.(...) Les soci&#233;t&#233;s d'exploitation agricole cultivent d&#233;sormais&lt;br class='autobr' /&gt;
deux tiers des terres agricoles fran&#231;aises et commencent&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; en devenir propri&#233;taires. Parmi elles, certaines sont&lt;br class='autobr' /&gt;
des soci&#233;t&#233;s financiaris&#233;es, ouvertes &#224; des investisseurs&lt;br class='autobr' /&gt;
ne prenant pas part aux travaux agricoles. En prenant&lt;br class='autobr' /&gt;
des parts dans ces soci&#233;t&#233;s financiaris&#233;es, il est donc&lt;br class='autobr' /&gt;
possible de prendre le contr&#244;le de terres agricoles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un march&#233; des terres parall&#232;le et non r&#233;gul&#233; s'est ainsi&lt;br class='autobr' /&gt;
d&#233;velopp&#233;, favorisant la concentration des terres&lt;br class='autobr' /&gt;
et l'agrandissement des fermes. (...) La pr&#233;sence d'acteurs non agricoles, tels que des acteurs financiers ou agroalimentaires au capital de ces soci&#233;t&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
augure d'une nouvelle &#232;re dans l'agriculture, o&#249; le travail&lt;br class='autobr' /&gt;
de la terre doit &#234;tre en mesure de r&#233;mun&#233;rer ses&lt;br class='autobr' /&gt;
investisseurs et o&#249; la rentabilit&#233; financi&#232;re pr&#233;side&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; l'orientation des usages de la terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que des millions d'hectares vont changer de main&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les dix prochaines ann&#233;es, le secteur agricole risque&lt;br class='autobr' /&gt;
de suivre le sillon du secteur industriel, au d&#233;triment&lt;br class='autobr' /&gt;
des agriculteurs et agricultrices, des territoires&lt;br class='autobr' /&gt;
et de notre alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, d'apr&#232;s ce rapport, la propri&#233;t&#233; de la terre agricole en France n'est pas un facteur qui &#233;loignerait les exploitants agricoles des travailleurs de l'industrie, contrairement &#224; ce qu'affirme N. Arthaud, car c'est le statut de fermier qui prend de l'importance. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Le quart Nord-Est de la France est la zone o&#249; le fermage s'est le&lt;br class='autobr' /&gt;
plus d&#233;velopp&#233;. La propri&#233;t&#233; y est particuli&#232;rement morcel&#233;e par rapport &#224; la taille des fermes&lt;br class='autobr' /&gt;
(18 propri&#233;taires par ferme en&lt;br class='autobr' /&gt;
moyenne). Ce morcellement donne l'avantage aux fermiers&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le rapport de force avec les&lt;br class='autobr' /&gt;
propri&#233;taires&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En 1930, 60 % des terres cultiv&#233;es l'&#233;taient par leur propri&#233;taire, en 2020 seulement 30%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que faire ? Pour le prol&#233;tariat de l'industrie, un alli&#233; naturel est constitu&#233; depuis toujours par le prol&#233;tariat des campagnes, les ouvriers agricoles. Aucun syndicat ou parti de gauche ne cherche &#224; mobiliser ce prol&#233;tariat agricole &#224; l'occasion du mouvement paysans : aucune de ces organisations ne souhaite soutenir la lutte des classes &#224; la campagne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le prol&#233;tariat agricole a une importance majeure dans l'agriculture en France. Le travail sur une exploitation agricole est compt&#233; par l'INSEE en unit&#233;s de travail annuel (UTA). Or dans un rapport de 2018, l'INSEE &#233;value la part de ces UTA fournies par les salari&#233;s permanents, saisonniers ou occasionnels &#224; 36 %, soit plus du tiers ! La premi&#232;re t&#226;che, la porte d'entr&#233;e incontournable dans le champ de la lutte des classes &#224; la campagne pour les ouvriers conscients et les militants r&#233;volutionnaires est de s'adresser &#224; eux, comme le faisait L&#233;nine au II&#232;me Congr&#232;s de l'Internationale communiste qu'il fonda en 1919 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La masse des paysans laborieux que l'on exploite et que le prol&#233;tariat des villes doit conduire au combat, ou, tout au moins, gagner &#224; sa cause, est repr&#233;sent&#233;e, dans tous les pays capitalistes, par :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Le prol&#233;tariat agricole compos&#233; de journaliers ou valets de ferme, embauch&#233;s &#224; l'ann&#233;e, &#224; terme ou &#224; la journ&#233;e, et qui gagnent leur vie par leur travail salari&#233; dans les diverses entreprises capitalistes d'&#233;conomie rurale et industrielle. L'organisation de ce prol&#233;tariat en une cat&#233;gorie distincte et ind&#233;pendante des autres groupes de la population des campagnes (au point de vue politique, militaire, professionnel, coop&#233;ratif, etc.), une propagande intense dans ce milieu, destin&#233;e &#224; l'amener au pouvoir sovi&#233;tique et &#224; la dictature du prol&#233;tariat, telle est la t&#226;che fondamentale des partis communistes dans tous les pays&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me couche sociale &#233;tait pour L&#233;nine celle des demi-prol&#233;taires :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;2) Les demi-prol&#233;taires ou les paysans, travaillant en qualit&#233; d'ouvriers embauch&#233;s, dans diverses entreprises agricoles, industrielles ou capitalistes, ou cultivant le lopin de terre qu'ils poss&#232;dent ou louent et qui ne leur rapporte que le minimum n&#233;cessaire pour assurer l'existence de leur famille. Cette cat&#233;gorie de travailleurs ruraux est tr&#232;s nombreuse dans les pays capitalistes ; les repr&#233;sentants de la bourgeoisie et les &#171; socialistes &#187; jaunes de la II&#176; Internationale, cherchent &#224; dissimuler ses conditions d'existence v&#233;ritables, particuli&#232;rement la situation &#233;conomique ; tant&#244;t en trompant sciemment les ouvriers, tant&#244;t par suite de leur propre aveuglement, qui provient des id&#233;es routini&#232;res de la bourgeoisie ; ils confondent volontiers ce groupe avec la grande masse des &#171; paysans &#187;. Cette man&#339;uvre, fonci&#232;rement bourgeoise, en vue de duper les ouvriers, est surtout pratiqu&#233;e en Allemagne, en France, en Am&#233;rique, et dans quelques autres pays. En organisant bien le travail du Parti communiste, ce groupe social pourra devenir un fid&#232;le soutien du communisme, car la situation de ces demi-prol&#233;taires est tr&#232;s pr&#233;caire et l'adh&#233;sion leur vaudra des avantages &#233;normes et imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans certains pays, il n'existe pas de distinction claire entre ces deux premiers groupes ; il serait donc loisible, suivant les circonstances, de leur donner une organisation commune&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la question des fermiers, qui prend, comme on l'a vu, une importance centrale en France, &#233;tait d&#233;j&#224; pos&#233;e par L&#233;nine en des termes qui sont encore d'actualit&#233; en France aujourd'hui. Les partis qui ne mettent pas ces revendications au programme des &#233;lections europ&#233;ennes ne m&#233;ritent pas le vote des travailleurs conscients :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;3) Les petits propri&#233;taires, les petits fermiers qui poss&#232;dent ou louent de petits lopins de terre et peuvent satisfaire aux besoins de leur m&#233;nage et de leur famille sans embaucher des travailleurs salari&#233;s. Cette cat&#233;gorie de ruraux a beaucoup &#224; gagner &#224; la victoire du prol&#233;tariat ; le triomphe de la classe ouvri&#232;re donne aussit&#244;t &#224; chaque repr&#233;sentant de ce groupe les biens et les avantages qui suivent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Non-paiement du prix du bail et abolition du m&#233;tayage (il en serait ainsi en France, en Italie, etc.) pay&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent aux grands propri&#233;taires fonciers ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Abolition des dettes hypoth&#233;caires ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) Emancipation de l'oppression &#233;conomique exerc&#233;e par les grands propri&#233;taires fonciers, laquelle se pr&#233;sente sous les aspects les plus divers (droit d'usage des bois et forets, de friches, etc.) ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) Secours agricole sp&#233;cial et financier imm&#233;diat du pouvoir prol&#233;tarien, notamment secours en outillage agricole ; octroi de constructions se trouvant sur le territoire de vastes domaines capitalistes expropri&#233;s par le prol&#233;tariat, transformation imm&#233;diate par le gouvernement prol&#233;tarien de toutes les coop&#233;ratives rurales et des compagnies agricoles, qui n'&#233;taient avantageuses sous le r&#233;gime capitaliste qu'aux paysans riches et ais&#233;s, en organisations &#233;conomiques ayant pour but de secourir, en premier lieu, la population pauvre, c'est-&#224;-dire les prol&#233;taires, les demi-prol&#233;taires et les paysans pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5&#232;me couplet du chant d'Eug&#232;ne Pottier &lt;i&gt;L'Internationale&lt;/i&gt; portait sur l'union n&#233;cessaire des ouvriers et de paysans :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Ouvriers, Paysans, nous sommes&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand parti des travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
La terre n'appartient qu'aux hommes.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'oisif ira loger ailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est de nos chairs qu'ils se repaissent !&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les corbeaux si les vautours&lt;br class='autobr' /&gt;
Un de ces matins disparaissent &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La Terre tournera toujours.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La seule r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse fut celle de 1917 en Russie, car c'est l&#224; que les ouvriers d'usines prirent la t&#234;te de la r&#233;volte des paysans pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons le programme des ouvriers russes de 1917 en nous adressant au prol&#233;tariat des campagnes, aux paysans pauvres, moyens contre les riches paysans capitalistes, incarn&#233;s aujourd'hui par les dirigeant de la FNSEA ! C'est en cr&#233;ant des soviets d'ouvriers et de paysans que les ouvriers purent faire vivre cette alliance r&#233;volutionnaire avec les paysans. Les soi-disant concurrents de la FNSEA, la Conf&#233;d&#233;ration paysanne et la Coordination rurale ont abandonn&#233; toute lutte contre le capitalisme, l'intervention des travailleurs des villes dans les luttes de classe &#224; la campagne est une urgence vitale ! Prol&#233;taires de tous les pays, des villes ou des campagnes, unissons nous et entrainons les paysans pauvres !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faucille et marteau unis, nous vaincrons !&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et les buts de l'organisation du prol&#233;tariat</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7325</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7325</guid>
		<dc:date>2023-07-23T22:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution bourgeoise</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution permanente</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Adresse du Comit&#233; Central &#224; la Ligue des communistes &lt;br class='autobr' /&gt;
K. Marx- F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
LE COMIT&#201; CENTRAL A LA LIGUE &lt;br class='autobr' /&gt; Fr&#232;res [1], &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires 1848-49, la Ligue [2] s'est doublement affirm&#233;e ; une fois par le fait que ses membres ont en tous lieux &#233;nergiquement pris part au mouvement ; que dans la presse, sur les barricades et les champs de bataille ils ont &#233;t&#233; au premier rang du prol&#233;tariat, la seule classe vraiment r&#233;volutionnaire. La Ligue s'est encore affirm&#233;e en ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot112" rel="tag"&gt;R&#233;volution bourgeoise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot317" rel="tag"&gt;r&#233;volution permanente&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Adresse du Comit&#233; Central &#224; la Ligue des communistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;K. Marx- F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE COMIT&#201; CENTRAL A LA LIGUE&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fr&#232;res [1],&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des deux ann&#233;es r&#233;volutionnaires 1848-49, la Ligue [2] s'est doublement affirm&#233;e ; une fois par le fait que ses membres ont en tous lieux &#233;nergiquement pris part au mouvement ; que dans la presse, sur les barricades et les champs de bataille ils ont &#233;t&#233; au premier rang du prol&#233;tariat, la seule classe vraiment r&#233;volutionnaire. La Ligue s'est encore affirm&#233;e en ce sens que sa conception du mouvement, telle qu'elle &#233;tait expos&#233;e dans les circulaires des congr&#232;s et du Comit&#233; central de 1847, ainsi que dans le Manifeste communiste, est apparue comme la seule vraie ; que les espoirs formul&#233;s dans ces documents se sont enti&#232;rement v&#233;rifi&#233;s, et le point de vue sur la situation actuelle que la Ligue ne propageait auparavant qu'en secret, est maintenant dans la bouche de tous les hommes et est pr&#234;ch&#233; sur la place publique. En m&#234;me temps, l'ancienne et solide organisation de la Ligue s'est sensiblement affaiblie. Un grand nombre de membres, directement engag&#233;s dans le mouvement r&#233;volutionnaire, ont cru que le temps des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes &#233;tait pass&#233; et que l'action publique pouvait seule suffire. Certains cercles et communes ont laiss&#233; leurs relations avec le Comit&#233; central se rel&#226;cher et s'assoupir peu &#224; peu. Tandis que le parti d&#233;mocratique, le parti de la petite bourgeoisie, s'organisait de plus en plus en Allemagne, le parti ouvrier perdait son seul appui solide ; c'est tout au plus s'il conservait, dans quelques localit&#233;s, son organisation pour des buts locaux ; et c'est ainsi que, dans le mouvement g&#233;n&#233;ral, il est tomb&#233; compl&#232;tement sous la domination et la direction des d&#233;mocrates petits-bourgeois. Il faut mettre fin &#224; un tel &#233;tat de choses ; l'ind&#233;pendance des ouvriers doit &#234;tre r&#233;tablie. Le Comit&#233; central a compris cette n&#233;cessit&#233; et c'est pourquoi, d&#232;s l'hiver 1848-49, il a envoy&#233; en Allemagne un &#233;missaire, Joseph Moll, afin d'y r&#233;organiser la Ligue. La mission de Moll resta cependant sans effet durable, soit que les ouvriers allemands n'eussent pas encore acquis &#224; l'&#233;poque assez d'exp&#233;rience, soit que l'activit&#233; de Moll f&#251;t interrompue par l'insurrection de mai dernier [3], Moll prit lui-m&#234;me le fusil, entra dans l'arm&#233;e de Bade-Palatinat et tomba le 29 juillet au combat de la Murg. En lui, la Ligue perdait un de ses membres les plus anciens, les plus actifs et les plus s&#251;rs, qui avait pris une part active &#224; tous les congr&#232;s et Comit&#233;s centraux et avait ant&#233;rieurement d&#233;j&#224; accompli avec grand succ&#232;s une s&#233;rie de voyages-missions. Apr&#232;s la d&#233;faite des partis r&#233;volutionnaires d'Allemagne et de France en juillet 1849, presque tous les membres du Comit&#233; central se sont retrouv&#233;s &#224; Londres, ont compl&#233;t&#233; leurs rangs par de nouvelles forces r&#233;volutionnaires et poursuivi avec une nouvelle ardeur la r&#233;organisation de la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;organisation ne peut s'op&#233;rer que par un &#233;missaire, et le Comit&#233; central estime &#233;minemment important que l'&#233;missaire parte pr&#233;cis&#233;ment &#224; cette heure o&#249; une nouvelle r&#233;volution est imminente, o&#249; le parti ouvrier doit se pr&#233;senter avec le plus d'organisation, le plus d'unit&#233; et le plus d'ind&#233;pendance possible, s'il ne veut pas &#224; nouveau, comme en 1848, &#234;tre pris &#224; la remorque et exploit&#233; par la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#232;res ! Nous vous avons d&#233;j&#224; dit, en 1848, que les bourgeois lib&#233;raux allemands allaient acc&#233;der au pouvoir et tourneraient aussit&#244;t leur puissance nouvellement acquise contre les ouvriers. Vous avez vu comment la chose s'est faite. Ce furent, en effet, les bourgeois qui, apr&#232;s le mouvement de mars 1848, s'empar&#232;rent imm&#233;diatement du pouvoir d'&#201;tat et s'en servirent aussit&#244;t pour refouler tout de suite les ouvriers, leurs alli&#233;s de la veille au combat, dans leur ancienne situation d'opprim&#233;s. Si la bourgeoisie n'a pu atteindre ce but sans faire alliance avec le parti f&#233;odal &#233;cart&#233; en mars et sans m&#234;me, en fin de compte, abandonner &#224; nouveau le pouvoir &#224; ce parti f&#233;odal absolutiste, elle s'est du moins assur&#233;e des conditions qui, par suite des embarras financiers du gouvernement, mettraient enfin tout le pouvoir entre ses mains et lui garantiraient tous ses int&#233;r&#234;ts, si le mouvement r&#233;volutionnaire se trouvait &#224; m&#234;me, d&#232;s &#224; pr&#233;sent, de s'engager dans une &#233;volution dite pacifique. La bourgeoisie n'aurait m&#234;me pas besoin, pour asseoir sa domination, de se rendre odieuse par des mesures de violence dirig&#233;es contre le peuple, toutes ces mesures de violence ayant d&#233;j&#224; &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;es par la contre-r&#233;volution f&#233;odale. Mais l'&#233;volution ne suivra pas cette voie pacifique. La r&#233;volution qui doit la pr&#233;cipiter est, au contraire, imminente, qu'elle soit provoqu&#233;e par le soul&#232;vement autonome du prol&#233;tariat fran&#231;ais, ou par l'invasion de la Babel moderne r&#233;volutionnaire [4] par la Sainte-Alliance [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le r&#244;le que les bourgeois lib&#233;raux allemands ont, en 1848, jou&#233; vis-&#224;-vis du peuple ce r&#244;le si perfide, sera, dans la r&#233;volution prochaine, assum&#233; par les petits bourgeois d&#233;mocrates, qui occupent actuellement dans l'opposition la m&#234;me place que les bourgeois lib&#233;raux avant 1848. Ce parti, le parti d&#233;mocratique, bien plus dangereux pour les ouvriers que l'ancien parti lib&#233;ral, se compose de trois &#233;l&#233;ments :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Les fractions les plus avanc&#233;es de la grande bourgeoisie qui se proposent comme but la subversion imm&#233;diate et totale du f&#233;odalisme et de l'absolutisme. Cette tendance a pour repr&#233;sentants les conciliateurs de Berlin qui pr&#233;conisaient autrefois le refus de l'imp&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. Les petits bourgeois d&#233;mocrates-constitutionnels qui ont surtout poursuivi, pendant le dernier mouvement, l'&#233;tablissement d'un Etat f&#233;d&#233;ral plus ou moins d&#233;mocratique, tel que le voulaient leurs repr&#233;sentants, la gauche de l'Assembl&#233;e de Francfort et, plus tard, le Parlement de Stuttgart, et aussi eux-m&#234;mes dans leur campagne en faveur d'une constitution d'empire [6] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Les petits bourgeois r&#233;publicains dont l'id&#233;al est une r&#233;publique f&#233;d&#233;rative allemande dans le genre de la Suisse, et qui se donnent aujourd'hui le nom de rouges et de sociaux-d&#233;mocrates, parce qu'ils se bercent de la douce illusion de supprimer l'oppression du petit capital par le gros capital, du petit bourgeois par le gros bourgeois. Les repr&#233;sentants de cette fraction furent membres des congr&#232;s et comit&#233;s d&#233;mocratiques, dirigeants des associations d&#233;mocratiques, r&#233;dacteurs des journaux d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, apr&#232;s leur d&#233;faite, toutes ces fractions s'intitulent r&#233;publicaines ou rouges, tout comme en France les petits bourgeois r&#233;publicains se donnent aujourd'hui le nom de socialistes. L&#224; o&#249;, comme au Wurtemberg, en Bavi&#232;re, etc., la possibilit&#233; s'offre encore &#224; eux de poursuivre leurs buts dans la voie constitutionnelle, ils profitent de l'occasion pour s'en tenir leur ancienne phras&#233;ologie et d&#233;montrer dans les faits qu'ils n'ont pas le moins du monde chang&#233;. Il va de soi d'ailleurs que le changement de nom de ce parti ne modifie nullement son attitude &#224; l'&#233;gard des ouvriers, mais prouve simplement qu'il est actuellement oblig&#233; de faire front contre la bourgeoisie alli&#233;e &#224; l'absolutisme et de prendre appui sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti petit-bourgeois d&#233;mocratique est tr&#232;s puissant en Allemagne, il n'embrasse pas seulement la grande majorit&#233; des habitants bourgeois des villes, les petits commer&#231;ants industriels et les ma&#238;tres-artisans ; il compte parmi ses adh&#233;rents les paysans et le prol&#233;tariat rural, tant que ce dernier n'a pas encore trouv&#233; d'appui dans le prol&#233;tariat autonome des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude du parti ouvrier r&#233;volutionnaire vis-&#224;-vis de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise est la suivante : il marche avec elle contre la fraction dont il poursuit la chute ; il la combat sur tous les points dont elle veut se servir pour s'&#233;tablir elle-m&#234;me solidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits bourgeois d&#233;mocratiques, bien loin de vouloir bouleverser toute la soci&#233;t&#233; au profit des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires, tendent &#224; modifier l'ordre social de fa&#231;on &#224; leur rendre la soci&#233;t&#233; existante aussi supportable et aussi commode que possible. Ils r&#233;clament donc avant tout que l'on r&#233;duise les d&#233;penses publiques en limitant la bureaucratie et en reportant les principales impositions sur les grands propri&#233;taires fonciers et les bourgeois. Ils r&#233;clament ensuite que la pression exerc&#233;e par le grand capital sur le petit soit abolie par la cr&#233;ation d'&#233;tablissements de cr&#233;dit publics et des lois contre l'usure, ce qui leur permettrait, &#224; eux et aux paysans, d'obtenir, &#224; des conditions favorables des avances de l'Etat, au lieu de les obtenir des capitalistes. Ils r&#233;clament enfin que, par la suppression compl&#232;te du syst&#232;me f&#233;odal, le r&#233;gime de propri&#233;t&#233; bourgeois soit partout introduit &#224; la campagne. Pour r&#233;aliser tout cela, il leur faut un mode de gouvernement d&#233;mocratique, soit constitutionnel ou r&#233;publicain, qui leur assure la majorit&#233;, &#224; eux-m&#234;mes et &#224; leurs alli&#233;s, les paysans, et une autonomie administrative, qui mettrait entre leurs mains le contr&#244;le direct de la propri&#233;t&#233; communale et une s&#233;rie de fonctions actuellement exerc&#233;es par les bureaucrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la domination et &#224; l'accroissement rapide du capital, on aura soin de faire obstacle, soit en limitant le droit de succession, soit en remettant &#224; 1'Etat autant de travaux que possible. Pour ce qui est des ouvriers, il est avant tout bien &#233;tabli qu'ils resteront, comme avant, des salari&#233;s ; mais ce que les petits bourgeois d&#233;mocratiques souhaitent aux ouvriers, c'est un meilleur salaire et une existence plus assur&#233;e ; ils esp&#232;rent y arriver soit au moyen de l'occupation des ouvriers par l'Etat, soit par des actes de bienfaisance ; bref, ils esp&#232;rent corrompre les ouvriers par des aum&#244;nes plus ou moins d&#233;guis&#233;es et briser leur force r&#233;volutionnaire en leur rendant leur situation momentan&#233;ment supportable. Les revendications r&#233;sum&#233;es ici ne sont pas d&#233;fendues en m&#234;me temps par toutes les fractions de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, et rares sont ceux pour qui elles apparaissent, dans leur ensemble, comme des buts bien d&#233;finis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus des individus ou des fractions vont loin, et plus ils feront leur une grande partie de ces revendications ; et les rares personnes qui voient, dans ce qui pr&#233;c&#232;de, leur propre programme, se figureraient avoir ainsi &#233;tabli le maximum de ce qu'on peut r&#233;clamer de la r&#233;volution. Ces revendications toutefois ne sauraient en aucune mani&#232;re suffire au parti du prol&#233;tariat. Tandis que les petits bourgeois d&#233;mocratiques veulent terminer la r&#233;volution au plus vite et apr&#232;s avoir tout au plus r&#233;alis&#233; les revendications ci-dessus, il est de notre int&#233;r&#234;t et de notre devoir de rendre la r&#233;volution permanente, jusqu'&#224; ce que toutes les classes plus ou moins poss&#233;dantes aient &#233;t&#233; &#233;cart&#233;es du pouvoir, que le prol&#233;tariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays r&#233;gnants du monde l'association des prol&#233;taires ait fait assez de progr&#232;s pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prol&#233;taires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives d&#233;cisives. Il ne peut s'agir pour nous de transformer la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais Seulement de 1'an&#233;antir ; ni de masquer les antagonismes de classes, mais d'abolir les classes ; ni d'am&#233;liorer la soci&#233;t&#233; existante, mais d'en fonder une nouvelle. Que la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, au fur et &#224; mesure du d&#233;veloppement incessant de la r&#233;volution, exerce pour un temps une influence pr&#233;pond&#233;rante en Allemagne, ceci ne laisse subsister aucun doute. Il s'agit donc de savoir quelle sera, &#224; son &#233;gard, la position du prol&#233;tariat et sp&#233;cialement de la Ligue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. pendant que durera la situation actuelle o&#249; les d&#233;mocrates petits-bourgeois sont &#233;galement opprim&#233;s ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2. dans la prochaine lutte r&#233;volutionnaire qui leur donnera la pr&#233;pond&#233;rance ;&lt;br class='autobr' /&gt;
3. apr&#232;s cette lutte, aussi longtemps que durera cette pr&#233;pond&#233;rance des d&#233;mocrates petits-bourgeois sur les classes d&#233;chues et sur le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. En ce moment o&#249; les petits bourgeois d&#233;mocratiques sont partout opprim&#233;s, ils pr&#234;chent en g&#233;n&#233;ral au prol&#233;tariat l'union et la r&#233;conciliation ; ils lui tendent la main et s'efforcent de mettre sur pied un grand parti d'opposition, qui embrasserait toutes les nuances du parti d&#233;mocratique ; en d'autres termes, ils s'efforcent de prendre les ouvriers au pi&#232;ge d'une organisation de parti o&#249; pr&#233;domine la phras&#233;ologie social-d&#233;mocrate g&#233;n&#233;rale, qui sert de paravent &#224; leurs int&#233;r&#234;ts particuliers et o&#249;, pour ne pas troubler la bonne entente, les revendications particuli&#232;res du prol&#233;tariat ne doivent pas &#234;tre formul&#233;es. Une telle union tournerait au seul avantage des petits bourgeois d&#233;mocratiques et absolument tout au d&#233;savantage du prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat perdrait toute sa position ind&#233;pendante, conquise au prix de tant de peines, et retomberait au rang de simple appendice de la d&#233;mocratie bourgeoise officielle. Cette union doit donc &#234;tre repouss&#233;e de la fa&#231;on la plus cat&#233;gorique. Au lieu de se ravaler une fois encore &#224; servir de claque aux d&#233;mocrates bourgeois, les ouvriers, et surtout la Ligue, doivent travailler &#224; constituer, &#224; c&#244;t&#233; des d&#233;mocrates officiels, une organisation distincte, secr&#232;te et publique du parti ouvrier, et faire de chaque communaut&#233; le centre et le noyau de groupements ouvriers o&#249; la position et les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat seraient discut&#233;s ind&#233;pendamment des influences bourgeoises. Combien peu les d&#233;mocrates bourgeois prennent au s&#233;rieux une alliance o&#249; les prol&#233;taires auraient la m&#234;me puissance et les m&#234;mes droits qu'eux-m&#234;mes, c'est ce que montrent par exemple les d&#233;mocrates de Breslau qui, dans leur organe, la Neue Oder-Zeitung [7], attaquent furieusement les ouvriers qu'ils appellent socialistes, group&#233;s en organisations distinctes. S'il s'agit de livrer combat &#224; un adversaire commun, point n'est besoin d'union particuli&#232;re. D&#232;s qu'il faut combattre directement un tel adversaire, les int&#233;r&#234;ts des deux partis co&#239;ncident momentan&#233;ment ; et dans l'avenir, comme jusqu'&#224; ce jour, cette alliance pr&#233;vue simplement pour l'heure s'&#233;tablira d'elle-m&#234;me. Il va de soi que, dans les conflits sanglants imminents, ce sont surtout les ouvriers qui devront remporter, comme autrefois, la victoire par leur courage, leur r&#233;solution et leur esprit de sacrifice. Comme par le pass&#233;, dans cette lutte, les petits bourgeois se montreront en masse, et aussi longtemps que possible, h&#233;sitants, ind&#233;cis et inactifs. Mais, d&#232;s que la victoire sera remport&#233;e, ils l'accapareront, inviteront les ouvriers &#224; garder le calme, &#224; rentrer chez eux et &#224; se remettre &#224; leur travail ; ils &#233;viteront les pr&#233;tendus exc&#232;s et frustreront le prol&#233;tariat des fruits de la victoire. Il n'est pas au pouvoir des ouvriers d'emp&#234;cher les d&#233;mocrates petits-bourgeois d'agir ainsi ; mais il est en leur pouvoir de rendre difficile cette mont&#233;e des d&#233;mocrates en face du prol&#233;tariat en armes, et de leur dicter des conditions telles que la domination des d&#233;mocrates bourgeois renferme, d&#232;s son origine, le germe de sa d&#233;ch&#233;ance et que son &#233;viction ult&#233;rieure par la domination du prol&#233;tariat s'en trouve singuli&#232;rement facilit&#233;e. Il importe surtout que les ouvriers, pendant le conflit et imm&#233;diatement apr&#232;s le combat, r&#233;agissent autant que faire se peut contre l'apaisement pr&#233;conis&#233; par les bourgeois et forcent les d&#233;mocrates &#224; mettre &#224; ex&#233;cution leurs pr&#233;sentes phrases terroristes. Leurs efforts doivent tendre &#224; ce que l'effervescence r&#233;volutionnaire directe ne soit pas une nouvelle fois r&#233;prim&#233;e aussit&#244;t apr&#232;s la victoire. Il faut, au contraire, qu'ils la maintiennent le plus longtemps possible. Bien loin de s'opposer aux pr&#233;tendus exc&#232;s, aux exemples de vengeance populaire contre des individus ha&#239;s ou des &#233;difices publics auxquels ne se rattachent que des souvenirs odieux, il faut non seulement tol&#233;rer ces exemples, mais encore en assumer soi-m&#234;me la direction. Pendant et apr&#232;s la lutte, les ouvriers doivent en toute occasion formuler leurs propres revendications &#224; c&#244;t&#233; de celles des d&#233;mocrates bourgeois. Ils doivent exiger des garanties pour les ouvriers, d&#232;s que les bourgeois d&#233;mocratiques se disposent &#224; prendre le gouvernement en main. Il faut au besoin qu'ils obtiennent ces garanties de haute lutte et s'arrangent en somme pour obliger les nouveaux gouvernants &#224; toutes les concessions et promesses possibles ; c'est le plus s&#251;r moyen de les compromettre. Il faut qu'ils s'efforcent, par tous les moyens et autant que faire se peut, de contenir la jubilation suscit&#233;e par le nouvel &#233;tat de choses et l'&#233;tat d'ivresse, cons&#233;quence de toute victoire remport&#233;e dans une bataille de rue, en jugeant avec calme et sang-froid la situation et en affectant &#224; l'&#233;gard du nouveau gouvernement une m&#233;fiance non d&#233;guis&#233;e. Il faut qu'&#224; c&#244;t&#233; des nouveaux gouvernements officiels ils &#233;tablissent aussit&#244;t leurs propres gouvernements ouvriers r&#233;volutionnaires, soit sous forme d'autonomies administratives locales ou de conseils municipaux, soit sous forme de clubs ou comit&#233;s ouvriers, de fa&#231;on que les gouvernements d&#233;mocratiques bourgeois non seulement s'ali&#232;nent aussit&#244;t l'appui des ouvriers, mais se voient, d&#232;s le d&#233;but, surveill&#233;s et menac&#233;s par des autorit&#233;s qui ont derri&#232;re elles toute la masse des ouvriers. En un mot, sit&#244;t la victoire acquise, la m&#233;fiance du prol&#233;tariat ne doit plus se tourner contre le parti r&#233;actionnaire vaincu, mais contre ses anciens alli&#233;s, contre le parti qui veut exploiter seul la victoire commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Mais, pour pouvoir affronter de fa&#231;on &#233;nergique et mena&#231;ante ce parti dont la trahison envers les ouvriers commencera d&#232;s la premi&#232;re heure de la victoire, il faut que les ouvriers soient arm&#233;s et bien organis&#233;s. Il importe de faire imm&#233;diatement le n&#233;cessaire pour que tout le prol&#233;tariat soit pourvu de fusils, de carabines, de canons et de munitions et il faut s'opposer au r&#233;tablissement de l'ancienne garde nationale dirig&#233;e contre les ouvriers. L&#224; o&#249; ce r&#233;tablissement ne peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;, les ouvriers doivent essayer de s'organiser eux-m&#234;mes en garde prol&#233;tarienne, avec des chefs de leur choix, leur propre &#233;tat-major et sous les ordres non pas des autorit&#233;s publiques, mais des conseils municipaux r&#233;volutionnaires form&#233;s par les ouvriers. L&#224; o&#249; les ouvriers sont occup&#233;s au compte de l'Etat, il faut qu'ils soient arm&#233;s et organis&#233;s en uni corps sp&#233;cial avec des chefs &#233;lus ou en un d&#233;tachement de la garde prol&#233;tarienne. Il ne faut, sous aucun pr&#233;texte, se dessaisir des armes et munitions, et toute tentative de d&#233;sarmement doit &#234;tre repouss&#233;e, au besoin, par la force. Annihiler l'influence des d&#233;mocrates bourgeois sur les ouvriers, proc&#233;der imm&#233;diatement &#224; l'organisation propre des ouvriers et &#224; leur armement et opposer &#224; la domination, pour le moment in&#233;luctable, de la d&#233;mocratie bourgeoise les conditions les plus dures et les plus compromettantes : tels sont les points principaux que le prol&#233;tariat et par suite la Ligue ne doivent pas perdre de vue pendant et apr&#232;s l'insurrection imminente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. D&#232;s que les nouveaux gouvernements se seront quelque peu consolid&#233;s, ils engageront imm&#233;diatement leur lutte contre les ouvriers. Pour pouvoir alors affronter avec force les petits bourgeois d&#233;mocratiques, il faut avant tout que les ouvriers soient organis&#233;s et centralis&#233;s dans leurs propres clubs. Apr&#232;s la chute des gouvernements existants, le Comit&#233; central se rendra, d&#232;s que possible, en Allemagne, convoquera sans retard un congr&#232;s auquel il soumettra les propositions indispensables concernant la centralisation des clubs ouvriers sous une direction &#233;tablie au si&#232;ge du mouvement. La rapide organisation, au moins d'une f&#233;d&#233;ration provinciale de clubs ouvriers, est un des points les plus importants pour renforcer et d&#233;velopper le parti ouvrier. La subversion des gouvernements existants aura pour cons&#233;quence imm&#233;diate l'&#233;lection d'une repr&#233;sentation nationale. Ici le prol&#233;tariat doit veiller :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. A ce qu'un nombre important d'ouvriers ne soient sous aucun pr&#233;texte &#233;cart&#233;s du vote par suite d'intriguer des autorit&#233;s locales ou des commissaires du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. A ce que partout, &#224; c&#244;t&#233; des candidats d&#233;mocratiques bourgeois, soient propos&#233;s des candidats ouvriers, choisis autant que possible parmi les membres de la Ligue, et dont il faudra, pour assurer leur &#233;lection, utiliser tous les moyens possibles, M&#234;me l&#224; o&#249; il n'y a pas la moindre chance de succ&#232;s, les ouvriers doivent pr&#233;senter leurs propres candidats, afin de sauvegarder leur ind&#233;pendance, de d&#233;nombrer leurs forces et de faire conna&#238;tre publiquement leur position r&#233;volutionnaire et les points de vue de leur parti. Ils ne doivent pas en l'occurrence se laisser s&#233;duire par la phras&#233;ologie des d&#233;mocrates pr&#233;tendant, par exemple, que l'on risque de la sorte de diviser le parti d&#233;mocratique et d'offrir &#224; la r&#233;action la possibilit&#233; de la victoire. Toutes ces phrases ne poursuivent finalement qu'un but : mystifier le prol&#233;tariat. Les progr&#232;s que le parti prol&#233;tarien doit r&#233;aliser par une telle attitude ind&#233;pendante sont infiniment plus importants que le pr&#233;judice qu'apporterait la pr&#233;sence de quelques r&#233;actionnaires dans la repr&#233;sentation populaire. Si, d&#232;s le d&#233;but, la d&#233;mocratie prend une attitude d&#233;cid&#233;e et terroriste &#224; l'&#233;gard de la r&#233;action, l'influence de celle-ci aux &#233;lections sera d'avance r&#233;duite &#224; n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point sur lequel les d&#233;mocrates bourgeois entreront en conflit avec les ouvriers portera sur l'abolition du r&#233;gime f&#233;odal. Comme dans la premi&#232;re R&#233;volution fran&#231;aise, les petits bourgeois remettront aux paysans les terres f&#233;odales &#224; titre de libre propri&#233;t&#233; ; en d'autres termes, ils voudront laisser subsister le prol&#233;tariat rural et former une classe paysanne petite-bourgeoise, qui devra parcourir le m&#234;me cycle d'appauvrissement et d'endettement croissant, o&#249; le paysan fran&#231;ais se trouve encore &#224; l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat rural et dans leur propre int&#233;r&#234;t, les ouvriers doivent contrecarrer ce plan. Ils doivent exiger que la propri&#233;t&#233; f&#233;odale confisqu&#233;e reste propri&#233;t&#233; de l'Etat et soit transform&#233;e en colonies ouvri&#232;res que le prol&#233;tariat rural group&#233; en associations exploite avec tous les avantages de la grande culture. Par l&#224;, dans le cadre des rapports d&#233;s&#233;quilibr&#233;s de la propri&#233;t&#233; bourgeoise, le principe de la propri&#233;t&#233; commune va acqu&#233;rir aussit&#244;t une base solide. De m&#234;me que les d&#233;mocrates font alliance avec les cultivateurs, de m&#234;me les ouvriers doivent faire alliance avec le prol&#233;tariat rural. Ensuite, les d&#233;mocrates chercheront directement soit &#224; instaurer la r&#233;publique f&#233;d&#233;rative, soit, s'ils ne peuvent &#233;viter la r&#233;publique une et indivisible, &#224; paralyser au moins le gouvernement central en donnant aux communes [8] et aux provinces le maximum d'ind&#233;pendance et d'autonomie. A l'oppos&#233; de ce plan, les ouvriers doivent non seulement poursuivre l'&#233;tablissement de la r&#233;publique allemande une et indivisible, mais encore essayer de r&#233;aliser, dans cette r&#233;publique, la centralisation la plus absolue de la puissance entre les mains de l'Etat. Ils ne doivent pas se laisser induire en erreur par tout ce que les d&#233;mocrates leur racontent de la libert&#233; des communes, de l'autonomie administrative, etc. Dans un pays comme l'Allemagne, o&#249; il reste encore &#224; faire dispara&#238;tre de si nombreux vestiges du moyen &#226;ge et &#224; briser tant de particularisme local et provincial, on ne saurait en aucune circonstance tol&#233;rer que chaque village, chaque ville, chaque province oppose un nouvel obstacle &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire, dont toute la puissance ne peut &#233;maner que du centre. On ne saurait tol&#233;rer que se renouvelle l'&#233;tat de choses actuel qui fait que les Allemands sont oblig&#233;s, pour un seul et m&#234;me progr&#232;s, de livrer une bataille particuli&#232;re dans chaque ville, dans chaque province. On ne saurait tol&#233;rer surtout qu'une forme de propri&#233;t&#233;, qui se situe encore derri&#232;re la propri&#233;t&#233; priv&#233;e moderne avec laquelle, de toute n&#233;cessit&#233;, elle finit par se confondre, c'est-&#224;-dire la propri&#233;t&#233; communale avec ses querelles in&#233;vitables entre communes riches et communes pauvres, ainsi que le droit du citoyen de l'Etat coexistant avec le droit du citoyen de la commune avec ses chicanes, se perp&#233;tue au pr&#233;judice des ouvriers, par une r&#233;glementation communale soi-disant libre. Comme en France en 1793, la r&#233;alisation de la centralisation la plus rigoureuse est aujourd'hui, en Allemagne, la t&#226;che du parti vraiment r&#233;volutionnaire [9] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu comment les d&#233;mocrates acc&#233;deront au pouvoir lors du prochain mouvement et comment ils seront contraints de proposer des mesures plus ou moins socialistes. La question est de savoir quelles mesures y seront oppos&#233;es par les ouvriers. Il va de soi qu'au d&#233;but du mouvement les ouvriers ne peuvent encore proposer des mesures directement communistes. Mais ils peuvent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Forcer les d&#233;mocrates &#224; intervenir, sur autant de points que possible, dans l'organisation sociale existante, &#224; en troubler la marche r&#233;guli&#232;re, &#224; se compromettre eux-m&#234;mes, &#224; concentrer entre les mains de l'Etat le plus possible de forces productives, de moyens de transport, d'usines, de chemins de fer, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ils doivent pousser &#224; l'extr&#234;me les propositions des d&#233;mocrates qui, en tout cas, ne se montreront pas r&#233;volutionnaires, mais simplement r&#233;formistes, et transformer ces propositions en attaques directes contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Si, par exemple, les petits bourgeois proposent de racheter les chemins de fer et les usines, les ouvriers doivent exiger que ces chemins de fer et ces usines soient simplement et sans indemnit&#233; confisqu&#233;s par l'Etat en tant que propri&#233;t&#233; de r&#233;actionnaires. Si les d&#233;mocrates proposent l'imp&#244;t proportionnel, les ouvriers r&#233;clament l'imp&#244;t progressif. Si les d&#233;mocrates proposent eux-m&#234;mes un imp&#244;t progressif mod&#233;r&#233;, les ouvriers exigent un imp&#244;t dont les &#233;chelons montent assez vite pour que le gros capital s'en trouve compromis. Si les d&#233;mocrates r&#233;clament la r&#233;gularisation de la dette publique, les ouvriers r&#233;clament la faillite de l'Etat. Les revendications des ouvriers devront donc se r&#233;gler partout sur les concessions et les mesures des d&#233;mocrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les ouvriers allemands ne peuvent s'empaler du pouvoir et faire triompher leurs int&#233;r&#234;ts de classe sans accomplir en entier une &#233;volution r&#233;volutionnaire assez longue, ils ont cette fois du moins la certitude que le premier acte de ce drame r&#233;volutionnaire imminent co&#239;ncide avec la victoire directe de leur propre classe en France et s'en trouve acc&#233;l&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils contribueront eux-m&#234;mes &#224; leur victoire d&#233;finitive bien plus par le fait qu'ils prendront conscience de leurs int&#233;r&#234;ts de classe, se poseront d&#232;s que possible en parti ind&#233;pendant et ne se laisseront pas un instant d&#233;tourner&#8212;par les phrases hypocrites des petits bourgeois d&#233;mocratiques&#8212;de l'organisation autonome du parti du prol&#233;tariat. Leur cri de guerre doit &#234;tre : La r&#233;volution en permanence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, mars 1850.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diffus&#233; sous forme de tract en 1850.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L'Adresse du Comit&#233; central &#224; la Ligue des communistes fut r&#233;dig&#233;e par Marx et Engels fin mars 1850 lorsqu'ils esp&#233;raient encore voir remonter la r&#233;volution et travaillaient &#224; l'&#233;laboration de la th&#233;orie et de la tactique du prol&#233;tariat. Ils y soulign&#232;rent la n&#233;cessit&#233; pour le prol&#233;tariat de cr&#233;er un parti ind&#233;pendant, de s'isoler des d&#233;mocrates petits-bourgeois. L'id&#233;e fondamentale de l'Adresse est celle de la r&#233;volution ininterrompue amenant la suppression de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des classes, la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; nouvelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Adresse fut r&#233;pandue secr&#232;tement parmi les membres de la Ligue des communistes. En 1851, la police se vit en possession d'un document trouv&#233; sur des membres de la Ligue des communistes arr&#234;t&#233;s ; il fut publi&#233; dans des journaux bourgeois allemands et dans le livre &#233;crit par deux fonctionnaires de police Wermuth et Stieber. (Note de l'&#233;diteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ligue des communistes, premi&#232;re organisation communiste internationale cr&#233;&#233;e par Marx et Engels. Elle exista de 1847 &#224; 1852. (Note de l'&#233;diteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Il s'agit des insurrections populaires qui &#233;clat&#232;rent en Allemagne en mai-juillet 1849 pour d&#233;fendre la Constitution imp&#233;riale (adopt&#233;e par l'Assembl&#233;e nationale de Francfort le 28 mars 1849, mais rejet&#233;e par plusieurs &#201;tats allemands). Ces insurrections, isol&#233;es et spontan&#233;es, furent &#233;cras&#233;es en juillet 1849. (Note de l'&#233;diteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Il s'agit de Paris consid&#233;r&#233; depuis la r&#233;volution fran&#231;aise de 1789 comme foyer de la r&#233;volution. (Note de l'&#233;diteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] La Sainte-Alliance, pacte r&#233;actionnaire des monarques de Russie, d'Autriche et de Prusse form&#233; en 1815 pour r&#233;primer les mouvements r&#233;volutionnaires et maintenir des r&#233;gimes f&#233;odaux et monarchiques. (Note de l'&#233;diteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] La gauche de l'Assembl&#233;e de Francfort, l'aile petite-bourgeoise de l'Assembl&#233;e nationale r&#233;unie en premi&#232;re s&#233;ance, apr&#232;s la r&#233;volution de mars en Allemagne, le 18 mai 1848 &#224; Francfort-sur-le-Main. Elle se posa pour but principal la liquidation du morcellement du pays et l'&#233;laboration d'une constitution pour toute l'Allemagne. Cependant, l'Assembl&#233;e h&#233;sita &#224; assumer le pouvoir supr&#234;me et ne sut prendre une position r&#233;solue dans les principales questions de la r&#233;volution allemande de 1848-49, par suite des h&#233;sitations et de la l&#226;chet&#233; de sa majorit&#233; lib&#233;rale, et de l'ind&#233;cision de son aile gauche. Le 30 mai 1849, l'Assembl&#233;e dut se transporter &#224; Stuttgart ; le 18 juin 1849, elle fut d&#233;mantel&#233;e. (Note de l'&#233;diteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Neue Oder-Zeitung (Nouvelle Gazette de l'Oder), quotidien de la bourgeoisie d&#233;mocratique allemande paraissant sous ce titre de 1849 &#224; 1855 &#224; Breslau (Wroclaw). En 1855, Marx en fut le correspondant &#224; Londres. (Note de l'&#233;diteur)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Le terme s'emploie ici dans un sens large ; il d&#233;signe &#233;galement les municipalit&#233;s des villes. (N.R)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Il faut rappeler aujourd'hui que ce passage repose sur un malentendu. A ce moment-l&#224; il &#233;tait admis &#8212; gr&#226;ce aux faussaires bonapartistes et lib&#233;raux de l'histoire &#8212; que la machine administrative centralis&#233;e fran&#231;aise avait &#233;t&#233; introduite par la grande R&#233;volution et mani&#233;e notamment par la Convention comme une arme indispensable et d&#233;cisive pour vaincre la r&#233;action royaliste et f&#233;d&#233;raliste et l'ennemi ext&#233;rieur. Mais c'est actuellement un fait connu que pendant toute la r&#233;volution, jusqu'au 18-Brumaire, l'administration g&#233;n&#233;rale des d&#233;partements, arrondissements et communes se composait d'autorit&#233;s &#233;lues par les administr&#233;s eux-m&#234;mes qui, dans le cadre des lois g&#233;n&#233;rales de l'Etat, jouissaient d'une libert&#233; compl&#232;te ; que cette auto-administration provinciale et locale, semblable &#224; ce qui se passe en Am&#233;rique, devint pr&#233;cis&#233;ment le plus puissant levier de la r&#233;volution, et cela &#224; un point tel que Napol&#233;on, imm&#233;diatement apr&#232;s son coup d'&#201;tat du 18-Brumaire, s'empressa de la remplacer par le r&#233;gime pr&#233;fectoral encore en vigueur de nos jours, et qui fut d&#232;s le debout un instrument de r&#233;action. Mais tout aussi peu que l'auto-administration provinciale et locale est en contradiction avec la centralisation politique nationale, tout aussi peu elle est li&#233;e n&#233;cessairement &#224; cet &#233;go&#239;sme born&#233; cantonal ou communal qui nous choque tellement en Suisse et qu'en 1849 tous les r&#233;publicains f&#233;d&#233;ratifs de l'Allemagne du Sud voulaient &#233;tablir comme r&#232;gle en Allemagne. (Note d'Engels pour l'&#233;dition de 1885.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le socialisme r&#233;formiste &#171; &#224; la Louis Blanc &#187;, agent de la contre-r&#233;volution</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6477</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6477</guid>
		<dc:date>2022-04-09T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>1848</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Louis Blanc, prenant position contre la Commune de Paris de 1871, d&#233;clare &#224; l'Assembl&#233;e nationale qui a rejoint la contre-r&#233;volution de Thiers &#224; Versailles, le 20 mars 1871 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Je ne serais pas &#224; cette tribune, si je reconnaissais une autre volont&#233; que la v&#244;tre. La diff&#233;rence de nos opinions est couverte ici, ce me semble, par la communaut&#233; de nos int&#233;r&#234;ts, et un beau jour, peut &#234;tre, vous comprendrez qu'en combattant votre proposition (le d&#233;part de l'assembl&#233;e &#224; Versailles), je (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;1848&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Louis Blanc, prenant position contre la Commune de Paris de 1871, d&#233;clare &#224; l'Assembl&#233;e nationale qui a rejoint la contre-r&#233;volution de Thiers &#224; Versailles, le 20 mars 1871 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne serais pas &#224; cette tribune, si je reconnaissais une autre volont&#233; que la v&#244;tre. La diff&#233;rence de nos opinions est couverte ici, ce me semble, par la communaut&#233; de nos int&#233;r&#234;ts, et un beau jour, peut &#234;tre, vous comprendrez qu'en combattant votre proposition (le d&#233;part de l'assembl&#233;e &#224; Versailles), je combattrais pour notre propre cause. (...) Je pense que la Commune a viol&#233; la l&#233;galit&#233; pour laquelle je suis je r&#233;prouve tes actes de la Commune. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/grands-discours-parlementaires/louis-blanc-10-mars-1871&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un autre discours de Louis Blanc contre le d&#233;part de l'Assembl&#233;e de Paris, le 10 mars 1871&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le socialisme r&#233;formiste &#171; &#224; la Louis Blanc &#187;, agent de la contre-r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc (1811-1882)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste et socialiste r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T&#233;moin des conditions de vie du prol&#233;tariat, il abandonne d&#233;finitivement ses positions l&#233;gitimistes (royaliste et d&#233;fenseur de l'ordre social) en s'approchant des id&#233;es socialistes. Revenu &#224; Paris, il devient journaliste, collaborant au quotidien Le Bon Sens, journal d'opposition &#224; la Monarchie de Juillet. Puis il collabore tout d'abord avec le quotidien National (journal d&#233;mocrate mod&#233;r&#233;), mais c'est surtout &#224; La R&#233;forme (social-d&#233;mocrate avanc&#233;) qu'il gagne sa notori&#233;t&#233; politique et o&#249; il essaie de gagner la petite et moyenne bourgeoisie &#224; la prise de conscience de sa propre perte au profit de la haute bourgeoisie financi&#232;re dans un sch&#233;ma concurrentiel. Il y d&#233;veloppe l'id&#233;e d'un v&#233;ritable suffrage universel. L'insurrection lyonnaise de 1834 voit l'&#233;crasement du mouvement r&#233;publicain par le gouvernement. Louis Blanc s'associe &#224; cette d&#233;marche et publie des articles en faveur des accus&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1839, il fonde la Revue du Progr&#232;s, publiant la m&#234;me ann&#233;e L'Organisation du travail2, dans lequel il pr&#233;sente l'Association comme r&#233;ponse &#224; la question sociale. Il s'y attaque en effet &#224; la concurrence anarchique, pr&#233;conisant un syst&#232;me d'associations &#224; but lucratif contr&#244;l&#233;es par l'&#201;tat d&#233;mocratique la premi&#232;re ann&#233;e seulement. Selon lui, ce syst&#232;me est n&#233;cessaire car la concurrence entre entrepreneurs m&#232;ne in&#233;luctablement au monopole et, parall&#232;lement, &#224; la paup&#233;risation de la collectivit&#233;, tandis que la concurrence sur le march&#233; du travail cr&#233;e une spirale appauvrissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la Revue du Progr&#232;s, Louis Blanc ambitionne d'en faire une tribune ouverte aux diverses tendances de l'opinion r&#233;publicaine, mais il ne parvient pas &#224; avoir une large audience dans les classes populaires. Les doctrines d&#233;fendues par la Revue sont tr&#232;s avanc&#233;es, Louis Blanc d&#233;fendant un syst&#232;me parlementaire d&#233;mocratique (suffrage universel s'exprimant annuellement) et monocam&#233;ral (l'Assembl&#233;e nationale repr&#233;sentant fid&#232;lement la Nation). Il se fonde sur le mode de scrutin proportionnel &#233;labor&#233; par Hare, d&#233;fend la responsabilit&#233; politique de l'Assembl&#233;e qui nomme en son sein les membres de l'ex&#233;cutif, ainsi que le double examen en mati&#232;re l&#233;gislative (double lecture et vote par l'Assembl&#233;e). Globalement, il d&#233;fend dans son &#339;uvre un projet de social-d&#233;mocratie en pr&#233;conisant la r&#233;organisation du travail et le partage &#233;quitable des profits, certes, mais &#233;galement des pertes le cas &#233;ch&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rencontre d'ailleurs Louis Napol&#233;on Bonaparte emprisonn&#233; au fort de Ham et, pensant l'avoir convaincu de la pertinence de ses id&#233;es, va le d&#233;fendre devant la chambre des pairs apr&#232;s sa tentative putschiste de Boulogne en 1840.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc se fait aussi une r&#233;putation d'historien pamphl&#233;taire en publiant en 1841 L'histoire de dix ans (1830 &#224; 1840), tr&#232;s critique &#224; l'&#233;gard des premi&#232;res ann&#233;es de r&#232;gne de Louis-Philippe et encensant au contraire les R&#233;publicains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1843 il entre au comit&#233; de direction du journal La R&#233;forme aux c&#244;t&#233;s de r&#233;publicains tels que Ledru-Rollin, Lamennais, Sch&#339;lcher ou Cavaignac. Il y d&#233;veloppe ses deux id&#233;es centrales, l'Association et le Suffrage universel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication en 1840 de son &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Organisation_du_travail/1847&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Organisation du travail &#187;&lt;/a&gt; le fit conna&#238;tre et le mit au premier rang des th&#233;oriciens socialistes. De plus, Louis Blanc se fit une r&#233;putation d'historien en publiant, en 1841, son &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_dix_ans/Tome_1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Histoire de dix ans &#187;&lt;/a&gt;, l'histoire de la France de 1830 &#224; 1840.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis Blanc critique l'&#233;conomie lib&#233;rale, qui fait du travail une marchandise qu'on cherche &#224; payer le moins cher possible : les salaires ont toujours tendance &#224; baisser jusqu'au minimum vital n&#233;cessaire &#224; l'ouvrier. Le prol&#233;taire est donc accul&#233; &#224; la r&#233;volte pour &#233;viter la mis&#232;re. Ce seul fait condamnerait le syst&#232;me capitaliste. La solution est dans la libre association des travailleurs qui, avec l'aide de l'&#201;tat, formeront des ateliers de production autog&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;forme et Le National esp&#232;rent voir s'ouvrir les cercles du pouvoir jalousement gard&#233;s par le gouvernement Guizot dont la majorit&#233; est confirm&#233;e par les &#233;lections de 1846 gr&#226;ce &#224; un mode de scrutin sp&#233;cifique ; d'o&#249; une propagande accrue pour revendiquer la r&#233;forme &#233;lectorale &#224; travers la Campagne des Banquets. Ces r&#233;unions dans toute la France r&#233;unissent diff&#233;rents courants : Louis Blanc est &#224; la t&#234;te des n&#233;gociateurs radicaux, d&#233;fendant le suffrage universel et la repr&#233;sentation proportionnelle de la Nation par l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les talents d'orateur de Louis Blanc sont c&#233;l&#233;br&#233;s durant le banquet de Dijon o&#249; il d&#233;clare : &#171; Quand les fruits sont pourris, ils n'attendent que le passage du vent pour se d&#233;tacher de l'arbre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne des Banquets prend alors une allure que nombre de ses fondateurs n'a pas pr&#233;vue. Un banquet doit avoir lieu &#224; Paris le 22 f&#233;vrier 1848 mais le gouvernement l'interdit. Sous l'impulsion de Louis Blanc, les membres les plus engag&#233;s se r&#233;unissent n&#233;anmoins, et le banquet se prolonge le jour suivant, renforc&#233; par l'appui de la garde nationale. Guizot d&#233;missionne. Le soir m&#234;me &#233;clate une fusillade devant le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res. Les barricades gagnent toute la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Louis-Philippe Ier abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris et part en Normandie. Un gouvernement provisoire compos&#233; de Dupont de l'Eure, Ledru-Rollin, Flocon, Marie, Garnier-Pag&#232;s, Lamartine et Louis Blanc est form&#233;. Cette liste r&#233;sulte d'un compromis avec les membres du journal Le National et de La R&#233;forme. Ils se rendent &#224; l'H&#244;tel de ville et proclament la R&#233;publique souhait&#233;e par les insurg&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D&#232;s le 25 f&#233;vrier 1848, Louis Blanc r&#233;digea une proclamation qui d&#233;finissait le droit au travail, que l'&#201;tat devait assurer, et le droit d'association des travailleurs, que l'&#201;tat devait respecter. Il organisa, le 27 f&#233;vrier, les Ateliers nationaux, qui furent transform&#233;s, malgr&#233; lui, en chantiers de charit&#233; sans int&#233;r&#234;t &#233;conomique. Le 28 f&#233;vrier, il fut nomm&#233; pr&#233;sident d'une commission du gouvernement pour les travailleurs, sorte de Conseil &#233;conomique et social qui d&#233;lib&#233;ra sans rien d&#233;cider. Apr&#232;s l'&#233;meute du 15 mai 1848, Louis Blanc, qui n'y avait pas pris part, fut soup&#231;onn&#233;. Il gagna l'Angleterre, et son exil dura jusqu'en 1870. &#201;lu &#224; son retour &#224; l'Assembl&#233;e nationale, il condamna la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rappelons que Louis Blanc, socialiste petit-bourgeois bien connu, entra au gouvernement fran&#231;ais en 1848 et se rendit aussi tristement c&#233;l&#232;bre en 1871. Louis Blanc se consid&#233;rait comme le chef de la &#171; d&#233;mocratie laborieuse &#187; ou de la &#171; d&#233;mocratie socialiste &#187; (ce dernier mot fut aussi souvent employ&#233; en France en 1848 qu'il l'est dans la litt&#233;rature des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks en 1917), alors qu'il &#233;tait en r&#233;alit&#233; &#224; la remorque de la bourgeoisie et n'&#233;tait qu'un jouet entre ses mains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx dans &#171; Le 18 Brumaire &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands &#233;v&#233;nements et personnages historiques se r&#233;p&#232;tent pour ainsi dire deux fois. Il a oubli&#233; d'ajouter : la premi&#232;re fois comme &lt;br class='autobr' /&gt;
trag&#233;die, la seconde fois comme farce Causidi&#232;re pour Danton, Louis Blanc pour Robespierre, la Montagne de 1848 &#224; 1951 pour la Montagne de 1793 &#224; 1795, le neveu pour l'oncle. Et nous &lt;br class='autobr' /&gt;
constatons la m&#234;me caricature dans les circonstances o&#249; parut la deuxi&#232;me &#233;dition du 18 Brumaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanqui dans &#171; Le toast de Londres &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quel &#233;cueil menace la r&#233;volution de demain ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;cueil o&#249; s'est bris&#233;e celle d'hier : la d&#233;plorable popularit&#233; de bourgeois d&#233;guis&#233;s en tribuns. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ledru-Rollin, Louis Blanc, Cr&#233;mieux, Lamartine, Garnier-Pag&#232;s, Dupont de l'Eure, Flocon, Albert, Arago, Marrast ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Liste fun&#232;bre ! Noms sinistres, &#233;crits en caract&#232;res sanglants sur tous les pav&#233;s de l'Europe d&#233;mocratique. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le gouvernement provisoire qui a tu&#233; la R&#233;volution. C'est sur sa t&#234;te que doit retomber la responsabilit&#233; de tous les d&#233;sastres, le sang de tant de milliers de victimes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;action n'a fait que son m&#233;tier en &#233;gorgeant la d&#233;mocratie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le crime est aux tra&#238;tres que le peuple confiant avait accept&#233;s pour guides et qui l'ont livr&#233; &#224; la r&#233;action. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mis&#233;rable gouvernement ! Malgr&#233; les cris et les pri&#232;res, il lance l'imp&#244;t des 45 centimes qui soul&#232;ve les campagnes d&#233;sesp&#233;r&#233;es, il maintient les &#233;tats-majors royalistes, la magistrature royaliste, les lois royalistes. Trahison ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lafargue/works/1880/00/lafargue_18800000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La r&#233;ponse de Lafargue au droit du travail int&#233;gr&#233; au capitalisme de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/04/vil19170408b.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L&#233;nine montre que le socialisme r&#233;formiste &#224; la Russe ne vaut pas plus cher que Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Louis_Blanc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les &#338;uvres de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&amp;version=1.2&amp;collapsing=disabled&amp;rk=171674;4&amp;query=%28dc.title%20all%20%22M.%20Louis%20Blanc%22%29%20and%20dc.relation%20all%20%22cb301104287%22#resultat-id-1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de la R&#233;volution fran&#231;aise de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56676270.r=Louis%20blanc%201848?rk=85837;2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoire de dix ans&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k94481q.image&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Etat et la commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/dommanget/works/1928/La%20Revolution%20de%201848%20et%20le%20drapeau%20rouge.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire sur la r&#233;volution de 1848&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien apr&#232;s l'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire et contre-r&#233;volutionnaire de 1848, le socialisme r&#233;formiste reste le plat avec sauce &#171; &#224; la Louis Blanc &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5901&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5901&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6101&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3392&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3392&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article586&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://comptoir.org/2014/09/29/louis-blanc-la-faillite-du-socialisme-bourgeois/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biographie de Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Francis Demier rappelle que, &#171; l'id&#233;e d'une r&#233;volution de classe, d'un sc&#233;nario qui pousserait une avant-garde ouvri&#232;re &#224; s'emparer du pouvoir pour transformer la soci&#233;t&#233; est compl&#232;tement &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e de Louis Blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut le lire dans ce texte qui montre &lt;a href=&#034;https://publication-theses.unistra.fr/public/theses_doctorat/2008/CHARRUAUD_Benoit_2008.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comment l'Histoire acad&#233;mique bourgeoise rend hommage &#224; Louis Blanc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des romans de Balzac</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5755</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5755</guid>
		<dc:date>2020-06-25T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Bourgeoisie</dc:subject>
		<dc:subject>Aristocrates</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme - capitalism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des romans de Balzac &lt;br class='autobr' /&gt;
Lafargue : &lt;br class='autobr' /&gt;
Balzac se r&#233;clame de Geoffroy Saint-Hilaire, l'&#233;l&#232;ve et le successeur de Lamarck, le repr&#233;sentant g&#233;nial de la th&#233;orie du milieu, th&#233;orie qui met en lumi&#232;re l'action du monde ext&#233;rieur sur les &#234;tres qui se d&#233;veloppent dans son sein ; il est partisan de la loi de corr&#233;lation des organes, &#224; laquelle se ralliait &#233;galement Goethe. Chaque changement du monde ext&#233;rieur trouve pour ainsi dire un &#233;cho dans une modification correspondante chez les animaux et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique114" rel="directory"&gt;13- Livre Treize : ART ET REVOLUTION&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeoisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot52" rel="tag"&gt;Aristocrates&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Capitalisme - capitalism&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des romans de Balzac&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lafargue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac se r&#233;clame de Geoffroy Saint-Hilaire, l'&#233;l&#232;ve et le successeur de Lamarck, le repr&#233;sentant g&#233;nial de la th&#233;orie du milieu, th&#233;orie qui met en lumi&#232;re l'action du monde ext&#233;rieur sur les &#234;tres qui se d&#233;veloppent dans son sein ; il est partisan de la loi de corr&#233;lation des organes, &#224; laquelle se ralliait &#233;galement Goethe. Chaque changement du monde ext&#233;rieur trouve pour ainsi dire un &#233;cho dans une modification correspondante chez les animaux et les plantes et toute modification survenue dans l'organe d'un animal agit n&#233;cessairement sur ses autres organes. S'il &#233;tait possible, par exemple, de modifier la forme des dents du lion, cela entra&#238;nerait un changement dans la forme de ses m&#226;choires, en m&#234;me temps que se modifieraient ses autres organes et les particularit&#233;s de son caract&#232;re, comme le courage, la cruaut&#233;, etc. Les m&#234;mes ph&#233;nom&#232;nes se reproduisent quand on transporte des animaux de leur milieu naturel dans un milieu artificiel, comme cela se produit, par exemple, pour les animaux domestiques. Le changement entra&#238;ne n&#233;cessairement une modification des organes, de l'esprit et du caract&#232;re de l'animal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, qui &#233;tait p&#233;n&#233;tr&#233; de la justesse de cette th&#233;orie, s'est appliqu&#233;, avec un soin infini, &#224; d&#233;crire les conditions dans lesquelles vivaient et agissaient ses personnages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas esquiv&#233; l'analyse des &#034; mille causes complexes &#034; qui effraient Zola, et qui pourtant d&#233;terminent les actes des hommes et influent sur leurs passions. Bien plus, Balzac les a analys&#233;es avec tant de plaisir qu'il semble parfois ennuyeux au lecteur qui cherche dans la lecture du roman une distraction et non un enseignement. Flaubert, Zola, les Goncourt, la plupart des romanciers qui pr&#233;tendent jouer un r&#244;le important dans la litt&#233;rature, se plaisent &#224; des descriptions brillantes qui rappellent les prouesses des virtuoses au piano. Ce sont la plupart du temps des tableaux de genre, travaill&#233;s souvent &#224; l'avance et conserv&#233;s soigneusement dans un tiroir pour un usage &#233;ventuel. Ces descriptions sont introduites dans le roman comme des images ou des vignettes &#224; la fin des chapitres. Elles prouvent le grand art d'exposition de l'auteur, elles ne sont en elles-m&#234;mes qu'un accessoire laborieux et inutile qui nuit &#224; l'int&#233;r&#234;t du livre. Si l'on saute ces descriptions, les &#339;uvres n'en souffrent pas, au contraire, souvent elles y gagnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, les descriptions magistrales et profondes de Balzac nous font mieux comprendre le caract&#232;re et l'action qu'il d&#233;crit ; parce que ses h&#233;ros et ses h&#233;ro&#239;nes vivent dans telles ou telles conditions, ils doivent d&#233;velopper en eux des passions d&#233;termin&#233;es, qui correspondent &#224; ces conditions, et agir en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les personnages de Balzac sont, sans exception, domin&#233;s par une passion qui devient pour eux un destin physiologique. M&#234;me quand ils ont apport&#233; en venant au monde le germe de cette passion, elle ne se d&#233;veloppe que lentement, sous l'influence du milieu. Mais sit&#244;t qu'elle a atteint son apog&#233;e, comme l'amour chez Goriot, l'avarice chez Grandet, la recherche scientifique chez Balthazar Cla&#235;s, la vanit&#233; chez Crevel, la sexualit&#233; chez le baron Hulot, elle devient souveraine, elle &#233;crase et &#233;touffe, tour &#224; tour, les autres sentiments et fait de sa victime un monomane. Les romans de Balzac sont des &#233;pop&#233;es de la passion triomphante : l'homme y est le jouet d'une passion qui le domine et le martyrise comme il &#233;tait, dans la trag&#233;die grecque, le jouet d'une divinit&#233; qui le poussait tant&#244;t au crime, tant&#244;t &#224; l'action h&#233;ro&#239;que. Depuis Eschyle et Shakespeare, &#8211; ce dernier fait aussi de ses h&#233;ros les victimes d'une passion et les laisse d&#233;chirer par elle, &#8211; aucun &#233;crivain n'a montr&#233;, comme Balzac, avec cette rigueur inexorable et cette puissance dans la description, les passions pouss&#233;es jusqu'&#224; leur paroxysme, jusqu'&#224; la folie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zola pr&#233;tend continuer Balzac, mais il diff&#232;re de lui en tout : par sa philosophie, sa langue, la mani&#232;re dont il fait ses observations, travaille ses romans, introduit et fait agir ses h&#233;ros, d&#233;crit leurs passions. Il en diff&#232;re encore par un trait nouveau, caract&#233;ristique pour son &#339;uvre et qu'il a le premier introduit dans le roman, ce qui lui donne une ind&#233;niable sup&#233;riorit&#233; sur les autres romanciers modernes, bien qu'il le c&#232;de parfois &#224; quelques-uns, &#224; Daudet dans l'art de la description et &#224; Hal&#233;vy pour l'esprit et la finesse. L'originalit&#233; de Zola r&#233;side en ce qu'il montre comment l'homme est jet&#233; &#224; terre et broy&#233; par une force sociale. Balzac avait eu, pour parler comme Zola,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la grande originalit&#233; de donner &#224; l'argent en litt&#233;rature son terrible r&#244;le moderne [6] ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais Zola est le seul &#233;crivain moderne qui ait os&#233; consciemment montrer comment l'homme est domin&#233; et an&#233;anti par une n&#233;cessit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du temps de Balzac (il mourut en 1850), la colossale concentration des capitaux qui caract&#233;rise notre &#233;poque n'en &#233;tait encore en France qu'&#224; ses d&#233;buts. On ne connaissait pas les magasins g&#233;ants dont les couloirs se prolongent sur des kilom&#232;tres, dont les vendeurs et les vendeuses se chiffrent par milliers, ces magasins g&#233;ants o&#249; les marchandises les plus diverses sont centralis&#233;es et expos&#233;es, par rayons, de sorte qu'on y trouve des garnitures de bureau et de la parfumerie, des ustensiles de m&#233;nage, des chapeaux, des costumes, des gants, des bottines, du linge et des articles de sellerie. Il n'y avait pas de filatures, de tissages, d'usines m&#233;tallurgiques, de hauts fourneaux occupant un peuple entier d'ouvriers et d'ouvri&#232;res. On ne connaissait pas ces soci&#233;t&#233;s financi&#232;res qui manipulent des dizaines et des centaines de millions. Certes, la lutte pour la vie existait alors comme elle a toujours exist&#233;, &#8211; bien qu'elle n'e&#251;t pas encore ni sa th&#233;orie ni son nom, &#8211; mais cette lutte pr&#233;sentait d'autres formes, d'autres aspects que de nos jours, o&#249; les organismes &#233;conomiques g&#233;ants dont il vient d'&#234;tre question l'ont essentiellement modifi&#233;e. La lutte pour la vie n'&#233;tait pas d&#233;moralisante, elle ne d&#233;gradait pas l'homme, mais d&#233;veloppait en lui certaines qualit&#233;s, le courage, la t&#233;nacit&#233;, l'intelligence, l'attention et la pr&#233;voyance, l'esprit d'ordre, etc. Balzac observait et par cons&#233;quent d&#233;crivait des hommes qui luttaient les uns contre les autres, n'ayant recours qu'&#224; leurs forces, physiques ou spirituelles. La lutte pour la vie que les hommes menaient alors ressemblait beaucoup &#224; la lutte pour la vie entre les fauves qui cherchent &#224; vaincre avec leurs griffes et leurs dents, par agilit&#233; et par ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nos jours, la lutte pour la vie a pris un autre caract&#232;re, plus &#226;pre et plus accus&#233; &#224; mesure que la civilisation capitaliste se d&#233;veloppait. La lutte des individus entre eux est remplac&#233;e par la lutte des organismes &#233;conomiques (banques, usines, mines, magasins g&#233;ants). La force et l'intelligence de l'individu disparaissent devant leur puissance irr&#233;sistible, aveugle comme une force de la nature. L'homme est pris dans leur engrenage, projet&#233;, secou&#233;, lanc&#233; de tous c&#244;t&#233;s comme une balle, aujourd'hui au sommet du bonheur, demain au fond de l'ab&#238;me, emport&#233; comme un f&#233;tu de paille, sans qu'il puisse offrir la moindre r&#233;sistance, malgr&#233; son intelligence et son &#233;nergie. La n&#233;cessit&#233; &#233;conomique l'&#233;crase. Les efforts qui permettaient aux hommes, du temps de Balzac, de parvenir &#8211; en grimpant sur les &#233;paules de leurs concurrents et en enjambant leurs cadavres, &#8211; ne leur servent qu'&#224; v&#233;g&#233;ter mis&#233;rablement. L'ancien caract&#232;re de la lutte pour la vie a chang&#233;, et avec lui s'est modifi&#233;e la nature humaine, elle est devenue plus vile, plus mesquine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme n'est plus qu'un estropi&#233; et tin nain, et cela se refl&#232;te dans le roman moderne. Le roman n'est plus rempli de folles aventures dans lesquelles le h&#233;ros se pr&#233;cipite, comme un animal furieux dans l'ar&#232;ne, pour affronter en vainqueur les &#233;v&#233;nements les plus merveilleux et les plus extraordinaires ; le lecteur ravi admire alors le courage audacieux, l'ardeur passionn&#233;e des personnages magiquement &#233;voqu&#233;s devant lui : rien ne les effraie, aucune des difficult&#233;s en apparence insurmontables, sem&#233;es &#224; dessein sur leur route. Quand les romanciers modernes veulent satisfaire l'int&#233;r&#234;t que les lecteurs de certaines classes portent aux p&#233;rip&#233;ties de la lutte d'un individu, ils choisissent leurs h&#233;ros dans le monde des escrocs et des filous, o&#249;, par les conditions du milieu, l'homme civilis&#233; est oblig&#233; de lutter pour sa vie avec toute la ruse, le courage et la cruaut&#233; du sauvage. Ailleurs, la lutte est &#224; ce point grise et uniforme qu'elle manque de tout int&#233;r&#234;t. Les romanciers qui &#233;crivent pour les classes soi-disant sup&#233;rieures et cultiv&#233;es, sont oblig&#233;s de bannir de leurs &#339;uvres toute situation dramatique ; le dernier mot de l'art pour la nouvelle &#233;cole est de renoncer &#224; l'action, et comme ses repr&#233;sentants n'ont ni sens critique, ni sens philosophique, leurs &#339;uvres ne sont que des exercices d'acrobatie verbale et eux-m&#234;mes ne sont que des &#233;l&#232;ves de rh&#233;torique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, dans &#171; Eug&#233;nie Grandet &#187;, 1833 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les avares ne croient point &#224; une vie &#224; venir, le pr&#233;sent est tout pour eux. Cette r&#233;flexion jette une horrible clart&#233; sur l'&#233;poque actuelle, o&#249;, plus qu'en aucun autre temps, l'argent domine les lois, la politique et les m&#339;urs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire &#224; miner la croyance d'une vie future sur laquelle l'&#233;difice social est appuy&#233; depuis dix-huit cents ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redout&#233;e. L'avenir, qui nous attendait par del&#224; le requiem, a &#233;t&#233; transpos&#233; dans le pr&#233;sent. Arriver per fas et nefas au paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, p&#233;trifier son c&#339;ur et se mac&#233;rer le corps en vue de possessions passag&#232;res, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vue de biens &#233;ternels, est la pens&#233;e g&#233;n&#233;rale ! pens&#233;e d'ailleurs &#233;crite partout, jusque dans les lois, qui demandent au l&#233;gislateur : Que payes-tu ? au lieu de lui dire : Que penses-tu ? Quand cette doctrine aura pass&#233; de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac dans &#171; B&#233;atrix &#187;, 1839 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand l'avarice se propose un but, elle cesse d'&#234;tre un vice, elle est un moyen d'une vertu, ses privations excessives deviennent de continuelles offrandes, elle a enfin la grandeur de l'intention cach&#233;e sous ses petitesses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La galerie des bourgeois est sans fin dans l'oeuvre de Balzac :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple-type est le baron de Nucingen dans la Maison Nucingen. Pitoyable en amour, il appartient au cercle de la Haute Banque qui fait la pluie et le beau temps dans le monde de la finance. On peut citer aussi Keller fr&#232;res dans C&#233;sar Birotteau et dans le Cabinet des Antiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute inspir&#233; par les aventures du banquier Beer L&#233;on Fould, p&#232;re d'Achille Fould, qui &#233;vita le d&#233;shonneur et se tira haut la main d'une situation douteuse, Balzac a compos&#233; un type de banquier, qui r&#233;unit aussi les aspects de grandes figures de la finance de son &#233;poque : Jacques Laffitte, Georges Humann et les Rothschild. Il existe d'ailleurs une &#233;trange similitude entre Beer L&#233;on Fould et baron de Nucingen, d&#233;montr&#233; par les minutieuses recherches aux archives nationales d'Anne-Marie Meininger Il &#233;voque leurs exploits notamment dans : la Maison Nucingen, Une fille d'&#200;ve, Eug&#233;nie Grandet, la Duchesse de Langeais. L'auteur a aussi d&#233;voil&#233; au lecteur n&#233;ophyte les calculs et les extravagances d'un milieu dont on retrouve les caract&#233;ristiques presque identiques moins de deux si&#232;cles plus tard...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Joachim Goriot dans le P&#232;re Goriot, profiteur de guerre, rou&#233; en affaire, aveugl&#233; par son amour paternel, ruin&#233; par ses filles, il est le seul exemplaire de ce type dans la Com&#233;die humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Rouget dans la Rabouilleuse-Un m&#233;nage de gar&#231;on. Malin et tyrannique, il a su profiter de la R&#233;volution fran&#231;aise pour s'enrichir. Il a, de plus, &#233;pous&#233; l'a&#238;n&#233;e de la famille Descoings, n&#233;gociants qui se sont enrichis gr&#226;ce &#224; l'achat de biens nationaux, comme de nombreux personnages de la Com&#233;die humaine, qui ont sp&#233;cul&#233; pendant les troubles sociaux, (Le p&#232;re Grandet dans Eug&#233;nie Grandet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Guillaume, marchand drapier de Paris dans la Maison du chat-qui-pelote, C&#233;sar Birotteau et F&#233;lix Gaudissart dans Histoire de la Grandeur et de la d&#233;cadence de C&#233;sar Birotteau. Ils ont en commun le bon sens et une vision r&#233;aliste des choses. Mais, tandis que Monsieur Guillaume reste &#224; sa place de drapier prosp&#232;re et se m&#233;fie de toute manifestation de l'imagination, C&#233;sar Birotteau, qui est aussi un inventeur et poss&#232;de un certain g&#233;nie, sombre dans des chim&#232;res sp&#233;culatives et se ruine parce qu'il a voulu se hausser au dessus de sa condition. Birotteau est le type-m&#234;me du n&#233;gociant probe, qui d&#233;clar&#233; en faillite, tiendra &#224; rembourser int&#233;gralement sa dette int&#233;r&#234;ts et capital.Il sera pour cette raison applaudi par ses pairs en bourse. Il en meurt, devenant une sorte de saint martyr du n&#233;goce. C&#233;sar Birotteau n'est pas unique en son genre dans La Com&#233;die humaine. Nombreux sont les inventifs qui r&#234;vent de d&#233;couvertes fulgurantes et qui laissent leur fortune dans l'aventure, tel Balthazar Cla&#235;s dans La Recherche de l'absolu qui a plut&#244;t sa place dans les scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, La Com&#233;die humaine, Avant-propos :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La soci&#233;t&#233; ne fait-elle pas de l'homme, suivant les milieux o&#249; son action se d&#233;ploie, autant d'hommes diff&#233;rents qu'il y a de vari&#233;t&#233;s en zoologie ? [...] Il a donc exist&#233;, il existera de tout temps des esp&#232;ces sociales comme il y a des esp&#232;ces zoologiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, La messe de l'Ath&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A Paris, quand certaines gens vous voient mettre le pied &#224; l'&#233;trier, les uns vous tirent par le pan de votre habit, les autres l&#226;chent la boucle de la sous-ventri&#232;re pour que vous vous cassiez la t&#234;te en tombant ; celui-ci vous deferre le cheval, celui-l&#224; vous vole le fouet : le moins tra&#238;tre est celui que vous voyez venir pour vous tirer un coup de pistolet &#224; bout portant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, La Rabouilleuse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'&#233;picier est entra&#238;n&#233; vers son commerce par une force attractive &#233;gale a la force de r&#233;pulsion qui en &#233;loigne les artistes&#8230; Ses malheurs au Texas, son s&#233;jour &#224; New-York, pays o&#249; la sp&#233;culation et l'individualisme sont port&#233;s au plus haut degr&#233;, o&#249; la brutalit&#233; des int&#233;r&#234;ts arrive au cynisme, o&#249; l'homme, essentiellement isol&#233;, se voit contraint de marcher dans sa force et de se faire &#224; chaque instant juge dans sa propre cause, o&#249; la politesse n'existe pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, Les com&#233;diens sans le savoir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A Paris, un nom devient une propri&#233;t&#233; commerciale, et finit par constituer une sorte de noblesse d'enseigne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, Illusions perdues :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les gens g&#233;n&#233;reux font de mauvais commer&#231;ants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, La maison Nucingen :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les lois sont des toiles d'araign&#233;es &#224; travers lesquelles passent les grosses mouches et o&#249; restent les petites. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, Melmoth r&#233;concili&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Notre civilisation [...] a remplac&#233; le principe honneur par le principe argent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Balzac, Sc&#232;nes de la vie parisienne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'usurier des pauvres, semblable aux &#233;goutiers, trouvait enfin des diamants dans la fange o&#249; il barbottait depuis quatre ans en y &#233;piant un de ces hasards qui, dit-on, se rencontrent au milieu de ces faubourgs d'o&#249; sortent quelques h&#233;riti&#232;res en sabots. Tel &#233;tait le secret de sa mansu&#233;tude avec l'homme de qui la ruine &#233;tait jur&#233;e. On peut imaginer en quelle anxi&#233;t&#233; il fut en attendant le retour de la veuve Cardinal, &#224; qui ce profond ourdisseur de trames t&#233;n&#233;breuses avait donn&#233; les moyens de v&#233;rifier ses soup&#231;ons sur l'existence du tr&#233;sor, et &#224; qui sa derni&#232;re phrase avait promis tout, si elle voulait s'en remettre &#224; lui du soin de recueillir cette moisson. Il n'&#233;tait pas homme &#224; reculer devant un crime, surtout quand il voyait chance &#224; le faire commettre par autrui, tout en s'en appliquant les b&#233;n&#233;fices. Et il achetait alors la maison de la rue Geoffroy-Marie et il se voyait enfin bourgeois de Paris, capitaliste en &#233;tat d'entreprendre de belles affaires ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; - Assur&#233;ment, disait le jeune homme, je suis loin d'appartenir &#224; l'opinion dynastique, et je suis loin d'approuver l'av&#232;nement de la Bourgeoisie au pouvoir. La Bourgeoisie ne doit pas plus qu'autrefois l'aristocratie &#234;tre tout l'Etat. Mais enfin, la Bourgeoisie fran&#231;aise a pris sur elle de faire une dynastie nouvelle, une royaut&#233; pour elle, et voil&#224; comment elle la traite ! Quand le peuple a laiss&#233; Napol&#233;on s'&#233;lever, il en a cr&#233;&#233; quelque chose de splendide, de monumental, il &#233;tait fier de sa grandeur, et il a noblement donn&#233; son sang et ses sueurs pour construire l'&#233;difice de l'Empire. Entre les magnificences du Tr&#244;ne aristocratique et celles de la pourpre imp&#233;riale, entre les grands et le peuple, la Bourgeoisie est mesquine, elle ravale le pouvoir jusqu'&#224; elle au lieu de s'&#233;lever jusqu'&#224; lui. Les &#233;conomies de bout de chandelle de ses comptoirs, elle les exerce sur ses princes. Ce qui est vertu dans ses magasins est faute et crime l&#224;-haut. J'aurais voulu bien des choses pour le peuple, mais je n'aurais pas retranch&#233; six millions &#224; la nouvelle liste civile. En devenant presque tout, en France, la Bourgeoisie nous devait le bonheur du peuple, de la splendeur sans faste, et de la grandeur sans privil&#232;ge&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Vous avez raison, monsieur, dit le jeune magistrat. Mais avant de parader, la Bourgeoisie a des devoirs &#224; remplir envers la France. Le luxe dont vous parlez passe apr&#232;s les devoirs. Ce qui vous semble si fort reprochable a &#233;t&#233; la n&#233;cessit&#233; du moment. La Chambre est loin d'avoir sa part dans les affaires, les ministres sont moins &#224; la France qu'&#224; la Couronne, et le parlement a voulu que le minist&#232;re e&#251;t, comme en Angleterre, une force qui lui f&#251;t propre et non pas une force d'emprunt. Le jour o&#249; le minist&#232;re agira par lui-m&#234;me et repr&#233;sentera dans le pouvoir ex&#233;cutif la chambre comme la chambre repr&#233;sente le pays, le parlement sera tr&#232;s-lib&#233;ral envers la Couronne. L&#224; se trouve la question, je l'expose sans dire mon opinion, car les devoirs de mon minist&#232;re emportent, en politique, une esp&#232;ce de f&#233;aut&#233; &#224; la Couronne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels propose, dans une c&#233;l&#232;bre lettre &#224; une &#233;crivaine anglaise, Miss Harkness, en avril 1888, l'analyse suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Balzac, que j'estime &#234;tre un ma&#238;tre du r&#233;alisme infiniment plus grand que tous les Zolas, pass&#233;s, pr&#233;sents et &#224; venir, nous donne dans sa Com&#233;die humaine l'histoire la plus merveilleusement r&#233;aliste de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, en d&#233;crivant [&#8230;] la pression de plus en plus grande que la bourgeoise ascendante a exerc&#233; sur la noblesse qui s'&#233;tait reconstitu&#233; apr&#232;s 1815 [&#8230;]. Il d&#233;crit comment les derniers restes de cette soci&#233;t&#233;, exemplaire pour lui, ont peu &#224; peu succomb&#233; devant l'intrusion du parvenu vulgaire de la finance ou furent corrompus par lui [&#8230;]. J'ai plus appris [chez Balzac], m&#234;me en ce qui concerne les d&#233;tails &#233;conomiques (par exemple la redistribution de la propri&#233;t&#233; r&#233;elle et personnelle apr&#232;s la r&#233;volution), que dans tous les livres des historiens, &#233;conomistes, statisticiens professionnels de l'&#233;poque, pris ensemble. Sans doute, en politique, Balzac &#233;tait l&#233;gitimiste ; sa grande oeuvre est une &#233;l&#233;gie perp&#233;tuelle qui d&#233;plore la d&#233;composition irr&#233;m&#233;diable de la haute soci&#233;t&#233; ; ses sympathies sont du c&#244;t&#233; de la classe condamn&#233;e &#224; mourir. Mais malgr&#233; tout cela, sa satire n'est jamais plus tranchante, son ironie plus am&#232;re que quand il fait agir ces aristocrates [&#8230;] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, Le Capital, Livre III :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans une soci&#233;t&#233; capitaliste, tout producteur, m&#234;me s'il n'est pas producteur capitaliste, est domin&#233; par les id&#233;es de l'organisation sociale au sein de laquelle il vit. Balzac, qui se distingue par une observation p&#233;n&#233;trante de la vie r&#233;elle, montre avec une grande v&#233;rit&#233;, dans son dernier roman &#171; Les Paysans &#187;, que pour s'assurer la bienveillance de l'usurier, le petit paysan lui rend gratuitement quantit&#233; de services, se figurant qu'il ne lui donne rien, parce que son travail ne repr&#233;sente pour lui aucune d&#233;pense d'argent. L'usurier fait ainsi d'une pierre deux coups : il r&#233;alise une &#233;conomie de salaire et il se rend maitre du paysan, qui se ruine de plus en plus &#224; mesure qu'il ne travaille plus sur son propre champ, et qui s'emp&#234;tre tous les jours davantage dans la toile de l'araign&#233;e qui le guette. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lafargue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Marx pla&#231;ait Cervant&#232;s et Balzac au-dessus de tous les autres romanciers. Et il avait une telle admiration pour Balzac qu'il se proposait d'&#233;crire un ouvrage critique sur la Com&#233;die humaine d&#232;s qu'il aurait termin&#233; son &#339;uvre &#233;conomique. Balzac, l'historien de la soci&#233;t&#233; de son temps, fut aussi le cr&#233;ateur de types qui, &#224; l'&#233;poque de Louis-Philippe, n'existaient encore qu'&#224; l'&#233;tat embryonnaire et ne se d&#233;velopp&#232;rent compl&#232;tement que sous Napol&#233;on III, apr&#232;s la mort de l'&#233;crivain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Employ%C3%A9s&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les employ&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Histoire_de_la_grandeur_et_de_la_d%C3%A9cadence_de_C%C3%A9sar_Birotteau&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C&#233;sar Birotteau&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Petits_Bourgeois&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les petits bourgeois&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Un_%C3%A9pisode_sous_la_Terreur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Un &#233;pisode sous la terreur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/La_Peau_de_chagrin&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Peau de chagrin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Une_rue_de_Paris_et_son_habitant&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une rue de Paris et son habitant&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/La_Femme_de_trente_ans&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Femme de trente ans&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Eug%C3%A9nie_Grandet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eug&#233;nie Grandet&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Illusions_perdues&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les illusions perdues&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Illustre_Gaudissart&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'Illustre Gaudissart&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Cousin_Pons&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le cousin Pons&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Une_t%C3%A9n%C3%A9breuse_affaire&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une t&#233;n&#233;breuse affaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Une_Esquisse_d%E2%80%99homme_d%E2%80%99affaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Esquisse d'homme d'affaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Une_Esquisse_d%E2%80%99homme_d%E2%80%99affaires&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Esquisse d'homme d'affaires&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Honor%C3%A9_de_Balzac&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les autres&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ne pas craindre de changer le monde</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5679</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5679</guid>
		<dc:date>2020-04-21T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous n'avons que nos cha&#238;nes &#224; perdre et un monde &#224; gagner &lt;br class='autobr' /&gt;
Le monde capitaliste n'a pas de belles perspectives devant lui. On est loin de l'&#233;poque o&#249; il clamait l'&#232;re du &#171; nouvel ordre mondial &#187; au point que le terme lui-m&#234;me s'est perdu, oubli&#233;, loin des pr&#233;occupations de l'heure. Aucun analyste ne se permettrait de d&#233;velopper un vaste optimisme historique sur le capitalisme, seul horizon de la soci&#233;t&#233; humaine, comme lors de ce que l'on a appel&#233; &#171; la chute du mur de Berlin &#187; et qui &#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nous n'avons que nos cha&#238;nes &#224; perdre et un monde &#224; gagner&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde capitaliste n'a pas de belles perspectives devant lui. On est loin de l'&#233;poque o&#249; il clamait l'&#232;re du &#171; nouvel ordre mondial &#187; au point que le terme lui-m&#234;me s'est perdu, oubli&#233;, loin des pr&#233;occupations de l'heure. Aucun analyste ne se permettrait de d&#233;velopper un vaste optimisme historique sur le capitalisme, seul horizon de la soci&#233;t&#233; humaine, comme lors de ce que l'on a appel&#233; &#171; la chute du mur de Berlin &#187; et qui &#233;tait le tournant de la politique des blocs de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons donc ce qu'&#233;taient les proclamations de cet ordre mondial qui pr&#233;tendait succ&#233;der &#224; la pr&#233;tendue &#171; division en monde libre et monde communiste &#187;. On nous annon&#231;ait une domination unifi&#233;e, une entente de toutes les puissances pour en finir avec les dictatures, les guerres et les affrontements de toutes sortes. Il s'agissait d'une nouvelle &#232;re de prosp&#233;rit&#233; sans limite et d'entr&#233;e des peuples du tiers monde dans le d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, on voit les peuples des pays riches entrer progressivement dans le sous-d&#233;veloppement, la dictature du capital devenir de plus en plus violente sur le monde, et le pays du stalinisme triomphant, bien loin de l'image de la d&#233;mocratie bourgeoise, la Chine, devenir le plus dynamique des pays capitalistes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'en finir avec les crises, le capitalisme est entr&#233; dans une phase nouvelle o&#249; la crise syst&#233;mique est en permanence suspendue au dessus de la t&#234;te du monde &#224; coups de centaines de milliards des Etats et des banques centrales, mena&#231;ant de s'effondrer si on arr&#234;te de faire marcher les distributions de fonds publics massifs et m&#234;me &#8230; si on continue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le grand capital mondial n'a pas eu &#224; combattre les bureaucraties de l'Est pour battre le stalinisme dans ces pays d'Europe et en Russie, s'il a b&#233;n&#233;fici&#233; m&#234;me du soutien des bureaucraties pour tourner la page de la politique des blocs, s'il en profit&#233; pour annoncer le grand march&#233; capitaliste mondialis&#233;, pour donner un nouveau souffle apparent &#224; l'&#233;conomie et supprimer, apparemment aussi, toute autre perspective pour le prol&#233;tariat, il faut se rappeler que cela a eu un co&#251;t. Il a fallu, pour donner de l'&#233;lan au capitalisme qui n'en avait plus depuis longtemps, fausser massivement les signaux &#233;conomiques capitalistes en instaurant mondialement une &#233;conomie factice, celle des march&#233;s financiers lib&#233;r&#233;s et mondialis&#233;s. La financiarisation de l'&#233;conomie a &#233;t&#233; une &#233;tape indispensable pour relancer le syst&#232;me, comme l'ouverture du march&#233; mondial &#224; de nouvelles puissances, permettant des pays d'entrer dans la sph&#232;re de l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit rebond que le capitalisme en a tir&#233; sur tous les plans, politique, social, &#233;conomique a vite montr&#233; ses limites. En d&#233;samor&#231;ant les risques d'affrontement li&#233;s &#224; la politique des blocs, l'imp&#233;rialisme a pu g&#233;rer la fin de l'Apartheid en Afrique du sud qui mena&#231;ait de se terminer en r&#233;volution prol&#233;tarienne, les explosions sociales en Cor&#233;e du sud, en Pologne, en Indon&#233;sie et en Turquie, dans tous les pays o&#249; les blocs se confrontaient et o&#249; la classe ouvri&#232;re marquait par ses luttes que le mod&#232;le de domination &#233;tait p&#233;rim&#233; et ne jouait plus son r&#244;le.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais l'effondrement &#233;conomique, momentan&#233;ment retard&#233;, a repris aux Etats-Unis m&#234;me : des trusts comme Worldcom, Vivendi Universal et Enron l'ont bien montr&#233; comme l'a montr&#233; &#233;galement la chute de la zone dollar face &#224; la zone euro dans le d&#233;but des ann&#233;es 2000. Cela a contraint l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain de relancer les guerres en inventant cette fois la guerre contre le terrorisme pour remplacer la guerre froide&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Irak et l'Afghanistan ont &#233;t&#233; des pr&#233;textes pour ce tournant de la politique mondiale qui marque la n&#233;cessit&#233; pour l'imp&#233;rialisme de trouver de nouveaux d&#233;rivatifs, de nouvelles mani&#232;re d'imposer des sacrifices aux peuples, &#224; commencer par le peuple am&#233;ricain, de recr&#233;diter l'Etat capitaliste en pr&#233;tendant qu'il est l&#224; pour d&#233;fendre le peuple d'ennemis qui menacent sa vie, le terrorisme islamique rempla&#231;ant le stalinisme comme ennemi num&#233;ro un factice, comme pr&#233;texte &#224; un monde sans cesse le doigt sur la g&#226;chette.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et tout d'abord la pr&#233;tendue &#171; guerre au terrorisme &#187; a &#233;t&#233; charg&#233; de suppl&#233;er aux capacit&#233;s insuffisantes des trusts de l'armement, de l'aviation, de la chimie, etc, de d&#233;velopper leurs march&#233;s &#224; la hauteur de leurs investissements productifs industriels, de transformer aussi les risques d'effondrement de la zone dollar en transf&#233;rant les risques sur le reste du monde, le Japon puis l'Europe. Alors que la bourse de New York voyait venir septembre 2011 comme un mur pour les sp&#233;culateurs et le march&#233; dollar, les attentats du onze septembre d&#233;truisant le World Trade Center ont d&#233;truit cette &#233;ch&#233;ance dangereuse, en la rempla&#231;ant par un &#233;lan patriotique am&#233;ricain et mondial et en pla&#231;ant l'ensemble des puissances sous son &#233;gide pour la premi&#232;re guerre de l'anti-terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique a aujourd'hui atteint ses limites. Le retardement de l'essoufflement du syst&#232;me a &#233;t&#233; de courte dur&#233;e. L'alliance mondiale derri&#232;re l'imp&#233;rialisme US lui aussi puisqu'aujourd'hui on assiste au contraire &#224; la formation d'un nouveau bloc imp&#233;rialiste contre les USA form&#233; des nouveaux pays imp&#233;rialistes comme la Chine et la Russie, aux c&#244;t&#233;s de l'Iran, de la Cor&#233;e du Nord, de la Syrie, de l'Afrique du sud, ou m&#234;me du Br&#233;sil ou de l'Inde &#233;ventuellement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du pr&#233;tendu monde sans guerre, on est pass&#233; au monde sans cesse en guerre : de l'Irak &#224; l'Afghanistan, de la Libye &#224; la Syrie en passant par la C&#244;te d'Ivoire, le Mali et bien d'autres&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'&#232;re du progr&#232;s et de la paix, de la fin des dictatures et du d&#233;veloppement mondial dans la libert&#233;, le capitalisme est pass&#233; &#224; l'&#232;re de la terreur mondiale. Sans arr&#234;t, on menace les peuples d'attaques terroristes, vraies ou suppos&#233;es. Sans arr&#234;t, les imp&#233;rialismes interviennent aux quatre coins du monde comme la France au Centrafrique, au Soudan, au Mali, au Tchad et au Niger&#8230; Le nombre de pays frapp&#233;s par des attaques de bandes arm&#233;es grandit sans cesse. Le territoire de la guerre s'&#233;tend, passant du Mali au Niger, de la Syrie au Liban, de la Libye &#224; tout le Sahel, de l'Afghanistan au Pakistan, etc&#8230;De nouvelles r&#233;gions sont menac&#233;es par la guerre, notamment en Mer de Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'effondrement de 2007, momentan&#233;ment suspendu, le monde est &#233;galement suspendu &#224; une guerre mondiale en cours de pr&#233;paration dont l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s p&#232;se au dessus de nos t&#234;tes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les mesures d'injections massives de centaines de milliards de tous les Etats et les banques centrales du monde entier y compris la Russie et la Chine ont permis d'emp&#234;cher tous les trusts et toutes les grandes banques de faire faillite, cela signifie surtout que le m&#233;canisme normal de respiration cyclique du capitalisme ne peut plus fonctionner sans entra&#238;ner dans la tombe le syst&#232;me entier. &#171; Trop gros pour faire faillite &#187; est devenu le slogan de la politique mondial qui indique que l'on ne doit laisser chuter aucune soci&#233;t&#233; du grand capital au risque d'entra&#238;ner une chute en cha&#238;ne de l'ensemble. C'est la le&#231;on tir&#233;e de la chute de la banque Lehman Brothers en 2007 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me est rest&#233; en place mais cela a eu un prix exorbitant pour le syst&#232;me et pour les Etats capitalistes. Les Etats ont d&#251; d&#233;penser ce que des dizaines de g&#233;n&#233;rations seraient bien incapables de rembourser. Le syst&#232;me est devant un gouffre de dettes plus b&#233;ant que jamais. La finance est plus favoris&#233;e que jamais aux d&#233;pens des investissements productifs et elle entra&#238;ne tous les capitaux vers des profits faciles mais en m&#234;me temps des profits qui ne renouvellent nullement la plus-value extraite du travail humain. L'effondrement se nourrit donc lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention &#233;tatique est arriv&#233;e &#224; tel point qu'aucun trust et aucune banque ne serait en place sans l'arriv&#233;e des capitaux tir&#233;s des fonds publics. C'est dire que l'&#233;conomie mondiale est de fait &#233;tatis&#233;e m&#234;me si le choix social et politique des Etats bourgeois est de conserver la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et m&#234;me d'accro&#238;tre sans cesse les profits priv&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est in&#233;vitable pour le syst&#232;me de s'attaquer aux travailleurs des pays riches comme des pays pauvres d'une mani&#232;re inconnue jusque l&#224;. Il est in&#233;vitable que l'on voie r&#233;appara&#238;tre des luttes de classe violentes, des dictatures, des fascismes et des guerres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc hautement improbable que le monde capitaliste soit capable de se tirer de l'impasse o&#249; il est arriv&#233; m&#234;me si nous ne pouvons pas pr&#233;tendre deviner enti&#232;rement d'avance de quoi demain sera fait. Il est plus que probable qu'un syst&#232;me mesurant que l'effondrement &#233;conomique deviendra in&#233;vitable &#224; court terme choisisse de transformer le risque r&#233;volutionnaire mondial en guerre mondiale inter-imp&#233;rialiste. Il le montre en s'y pr&#233;parant activement, en entourant par des forces arm&#233;es ses futurs adversaires : Chine, Russie, Iran, en mena&#231;ant la Cor&#233;e du Nord et en attaquant la Syrie. En m&#234;me temps que monte les menaces fascistes et guerri&#232;res, montent aussi les luttes de classe dans le monde. Il y a donc une course de vitesse entre les attaques capitalistes et le r&#233;veil de la conscience et de l'organisation communiste du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au capitalisme ayant atteint ses limites d'accumulation, il est inutile de n&#233;gocier des am&#233;nagements, des arrangements, des r&#233;formes. Les dirigeants actuels du prol&#233;tariat pr&#233;tendent demander aux Etats de comprendre la col&#232;re des masses. C'est parfaitement ridicule : les classes dirigeantes et leurs responsables politiques comprennent tr&#232;s bien qu'ils font souffrir les peuples et savent encore mieux que ceux-ci qu'ils comptent les faire souffrir encore beaucoup plus. La plainte, m&#234;me massive est parfaitement inutile si elle ne se couple pas avec la pr&#233;paration des masses &#224; exercer elles-m&#234;mes le pouvoir, c'est-&#224;-dire &#224; leur direction par elles-m&#234;mes de leurs propres luttes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cantonner la classe ouvri&#232;re dans un r&#244;le d&#233;fensif, revendicatif, apolitique, comme le font les centrales syndicales, c'est amener la classe ouvri&#232;re sur un plateau d'argent &#224; tous les sacrifices, l'offrir aussi &#224; la d&#233;magogie des fascistes car c'est refuser de lui donner une perspective politique propre ind&#233;pendante de la classe dirigeante et se d&#233;tachant consciemment de l'absence de perspectives de cette classe finissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chemin des r&#233;formistes n'est pas &#224; soutenir pour le radicaliser comme le pr&#233;tendent les extr&#234;mes gauche officielles. Il faut que la classe ouvri&#232;re intervienne sur le plan politique et de classe pour offrir non seulement des voies de ne pas faire les frais de l'effondrement capitaliste mais pour pr&#233;parer un autre avenir &#224; l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A remarquer : nous avons &#233;crit ce texte en juin 2013 !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article3465&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La Commune r&#233;volutionnaire de Paris (1871) l'affiche bien</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5627</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5627</guid>
		<dc:date>2019-12-15T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>Bourgeoisie</dc:subject>
		<dc:subject>Petits bourgeois</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La Commune r&#233;volutionnaire de Paris (1871) l'affiche bien&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot51" rel="tag"&gt;Bourgeoisie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot54" rel="tag"&gt;Petits bourgeois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
La Commune r&#233;volutionnaire de Paris (1871) l'affiche bien&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_13870 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/discover-1431504418271-2.jpg' width=&#034;460&#034; height=&#034;460&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13871 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ad092_023fi_0377-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ad092_023fi_0377-2.jpg' width=&#034;2835&#034; height=&#034;2275&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13872 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/bdic_aff_011138_1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/bdic_aff_011138_1-2.jpg' width=&#034;1536&#034; height=&#034;1245&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13873 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/250px-71com_affconscript-2.jpg' width=&#034;250&#034; height=&#034;187&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13874 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Commune_de_Paris_Proclamation_du_29_mars_1871-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Commune_de_Paris_Proclamation_du_29_mars_1871-2.jpg' width=&#034;2232&#034; height=&#034;3435&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13875 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/affiche_commune_de_paris-2.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13876 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/discover-1426257777047-2.jpg' width=&#034;380&#034; height=&#034;460&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13877 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ob_2d1a17_la-commune-de-paris-n-2.jpg' width=&#034;480&#034; height=&#034;621&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13878 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/lpdp_190510-9-2.jpg' width=&#034;395&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13880 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/index-41.jpg' width=&#034;186&#034; height=&#034;271&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13881 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Affiche_de_la_Commune_de_Paris_0-2.jpg' width=&#034;365&#034; height=&#034;572&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13882 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/arton4210-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/arton4210-2.jpg' width=&#034;670&#034; height=&#034;1000&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13883 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/arton4208-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/arton4208-2.jpg' width=&#034;639&#034; height=&#034;1000&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13884 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/CommuneDeParis-AfficheFournituresGratuites-1871-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/CommuneDeParis-AfficheFournituresGratuites-1871-2.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;1114&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ob_0d9152_bdic-aff-011159-2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ob_0d9152_bdic-aff-011159-2-2.jpg' width=&#034;771&#034; height=&#034;971&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13886 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/lpdp_84356-7-2.jpg' width=&#034;408&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13887 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/lpdp_144428-17-2.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;387&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/CfgG-sAW8AEuU5T-2.jpg' width=&#034;477&#034; height=&#034;720&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13889 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ob_534060_20160114-143824-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ob_534060_20160114-143824-2.jpg' width=&#034;506&#034; height=&#034;900&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/3_81-2.jpg' width=&#034;386&#034; height=&#034;600&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_13891 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/arton8700-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/arton8700-2.jpg' width=&#034;711&#034; height=&#034;1000&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
