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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Le prol&#233;tariat, les paysans, l'arm&#233;e, les femmes, les jeunes</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1936</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;LE PROLETARIAT, LES PAYSANS, L'ARMEE, LES FEMMES, LES JEUNES. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Plan de la C.G.T. et le Front unique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jouhaux a emprunt&#233; l'id&#233;e du Plan de Man [1]. Chez tous deux le but est le m&#234;me : masquer le dernier krach du r&#233;formisme et inspirer au prol&#233;tariat de nouveaux espoirs, pour le d&#233;tourner de la r&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ni de Man, ni Jouhaux n'ont invent&#233; leurs &#034;plans&#034;. Ils ont pris tout simplement les revendications fondamentales du programme de transition marxiste, la nationalisation des banques (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;LE PROLETARIAT, LES PAYSANS, L'ARMEE, LES FEMMES, LES JEUNES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Plan de la C.G.T. et le Front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jouhaux a emprunt&#233; l'id&#233;e du Plan de Man [1]. Chez tous deux le but est le m&#234;me : masquer le dernier krach du r&#233;formisme et inspirer au prol&#233;tariat de nouveaux espoirs, pour le d&#233;tourner de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni de Man, ni Jouhaux n'ont invent&#233; leurs &#034;plans&#034;. Ils ont pris tout simplement les revendications fondamentales du programme de transition marxiste, la nationalisation des banques et des industries cl&#233;s, ont jet&#233; par-dessus bord la lutte de classes et &#224; la place de l'expropriation r&#233;volutionnaire des expropriateurs ils ont mis une op&#233;ration financi&#232;re de rachat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir doit comme auparavant rester dans les mains du &#034;peuple&#034;, c'est-&#224;-dire de la bourgeoisie. Mais l'Etat rach&#232;te les plus importantes branches de l'industrie (on ne nous dit pas lesquelles exactement) &#224; leurs propri&#233;taires actuels, qui deviennent pour deux ou trois g&#233;n&#233;rations des rentiers parasitaires : la pure et simple exploitation priv&#233;e capitaliste fait place &#224; une exploitation indirecte, par l'interm&#233;diaire d'un capitalisme d'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Jouhaux comprend que m&#234;me ce programme &#233;mascul&#233; de nationalisation est absolument irr&#233;alisable sans lutte r&#233;volutionnaire, il d&#233;clare par avance qu'il est pr&#234;t &#224; changer son &#034;plan&#034; en petite monnaie de r&#233;formes parlementaires dans le style, &#224; la mode, de l'&#233;conomie dirig&#233;e. L'id&#233;al pour Jouhaux serait qu'au moyen d'arrangements dans les coulisses il r&#233;duise toute op&#233;ration &#224; ce que dans diff&#233;rents conseils &#233;conomiques et industriels si&#232;gent des bureaucrates syndicaux, sans pouvoir et sans autorit&#233;, mais avec des jetons de pr&#233;sence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas pour rien que le plan de Jouhaux-son plan r&#233;el, qu'il cache derri&#232;re le &#034;Plan&#034; de papier-a re&#231;u le soutien des n&#233;os et m&#234;me l'approbation de Herriot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sage id&#233;al du syndicalisme &#034;ind&#233;pendant&#034; ne sera pourtant r&#233;alis&#233;e que si le capitalisme se r&#233;g&#233;n&#232;re de nouveau et si les masses ouvri&#232;res retombent sous le joug. Mais si le d&#233;clin capitaliste se poursuit ? Alors le plan, lanc&#233; pour d&#233;tourner les ouvriers de &#034;mauvaises pens&#233;es&#034;, peut devenir le drapeau du mouvement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Belgique, ce danger existe d&#233;j&#224;. Le P.O.B. s'est trouv&#233; contraint de mener une agitation pour le plan de Man. Les ouvriers ont pris le plan tout &#224; fait au s&#233;rieux. Sous le drapeau du plan une aile gauche s'est mise &#224; se former, en particulier au sein de la jeunesse. Le falsificateur th&#233;orique de Man ressemble de plus en plus au sorcier qui a invoqu&#233; les esprits, mais qui ne sait pas comment les faire rentrer dans l'au-del&#224;. Les bolcheviks-l&#233;ninistes belges ont pleinement raison de se placer sur le terrain du mouvement de masse pour le plan pour, au moyen de la critique marxiste, le faire aller de l'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, effray&#233; par l'exemple belge, Jouhaux s'est empress&#233; de reculer. Le point le plus important de l'ordre du jour du Comit&#233; national de la C.G.T., au milieu de mars-la propagande pour le plan-s'est trouv&#233; inopin&#233;ment escamot&#233;. Si cette manoeuvre a plus ou moins r&#233;ussi, la faute en retombe enti&#232;rement sur la direction du Front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs de la C.G.T. ont lanc&#233; leur &#034;Plan&#034; pour avoir la possibilit&#233; de concurrencer les partis de la r&#233;volution. Par l&#224;, Jouhaux a montr&#233; qu'&#224; la suite de ses inspirateurs bourgeois il appr&#233;cie la situation comme r&#233;volutionnaire (dans le sens large du mot). Mais l'adversaire r&#233;volutionnaire n'est pas apparu sur l'ar&#232;ne. Jouhaux d&#233;cida de ne pas s'engager plus loin dans une voie pleine de risques. Il recula et maintenant il attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier, la C.A.P. du Parti socialiste proposa au Parti communiste une lutte commune pour le pouvoir au nom de la socialisation des banques et des branches concentr&#233;es de l'industrie. Si dans le Comit&#233; central du Parti communiste avaient si&#233;g&#233; des r&#233;volutionnaires, ils auraient d&#251; saisir cette proposition des deux mains. En ouvrant une large campagne pour le pouvoir, ils auraient acc&#233;l&#233;r&#233; la mobilisation r&#233;volutionnaire &#224; l'int&#233;rieur de la S.F.I.O. et en m&#234;me temps auraient contraint Jouhaux &#224; mener de l'agitation pour son &#034;Plan&#034;. En suivant cette voie, on aurait pu forcer la C.G.T. &#224; prendre sa place dans le Front unique. Le poids sp&#233;cifique du prol&#233;tariat fran&#231;ais se serait accru de plusieurs fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le Comit&#233; central du Parti communiste si&#232;gent non pas des r&#233;volutionnaires, mais des mandarins. &#034;Il n'y a pas de situation r&#233;volutionnaire&#034; r&#233;pondirent-ils, en contemplant leur nombril. Les r&#233;formistes de la S.F.I.O. respir&#232;rent de soulagement : le danger &#233;tait pass&#233;. Jouhaux se h&#226;ta de retirer de l'ordre du jour la question de la propagande pour le Plan. Le prol&#233;tariat est rest&#233; dans la grande crise sociale sans aucun programme. L'Internationale communiste a jou&#233; encore une fois un r&#244;le r&#233;actionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alliance r&#233;volutionnaire avec la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de l'agriculture constitue maintenant le principal r&#233;servoir des tendances bonapartistes et fascistes. Quand la mis&#232;re prendra le paysan &#224; la gorge, il est capable de faire les sauts les plus inattendus. Il regarde la d&#233;mocratie avec une m&#233;fiance croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le mot d'ordre de la d&#233;fense des libert&#233;s d&#233;mocratiques - &#233;crit Monmousseau (Cahiers du Bolchevisme, 1er septembre 1934, page 1017) - correspond parfaitement &#224; l'esprit de la paysannerie.&#034; Cette phrase remarquable montre que Monmousseau comprend aussi peu la question paysanne, que la question syndicale. Les paysans commencent &#224; tourner le dos aux partis de &#034;gauche&#034;, pr&#233;cis&#233;ment parce que ceux-ci sont incapables de leur proposer rien d'autre que des paroles en l'air sur la &#034;d&#233;fense de la d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun programme de &#034;revendications imm&#233;diates&#034; ne peut donner quelque chose de s&#233;rieux au village. Le prol&#233;tariat doit parler avec les paysans le langage de la r&#233;volution : il ne trouvera pas d'autre langue commune. Les ouvriers doivent &#233;laborer un programme de mesures r&#233;volutionnaires pour le salut de l'agriculture en commun avec les paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans craignent surtout la guerre. Peut-&#234;tre, avec Laval et Litvinov, allons-nous les leurrer d'espoirs en la Soci&#233;t&#233; des Nations et dans le &#034;d&#233;sarmement&#034; ? Le seul moyen d'&#233;viter la guerre, c'est de renverser sa propre bourgeoisie et de donner le signal de la transformation de l'Europe en Etats-Unis des R&#233;publiques Ouvri&#232;res et Paysannes. Sans r&#233;volution, point de salut contre la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans travailleurs souffrent des conditions usuraires du cr&#233;dit. Pour changer ces conditions, il n'y a qu'une voie : exproprier les banques, les concentrer dans les mains de l'Etat ouvrier et, sur le compte des requins financiers, cr&#233;er un cr&#233;dit de faveur pour les petits paysans, pour les coop&#233;ratives paysannes en particulier. Sur les banques de cr&#233;dit agricole doit &#234;tre instaur&#233; le contr&#244;le paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans souffrent de l'exploitation des trusts d'engrais et de la meunerie. Il n'y a pas d'autre voie que de nationaliser les trusts d'engrais et la grande meunerie et de les subordonner compl&#232;tement aux int&#233;r&#234;ts des paysans et des consommateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rentes cat&#233;gories de paysans (fermiers, m&#233;tayers) souffrent de l'exploitation des grands propri&#233;taires fonciers. Il n'y a pas d'autre moyen de lutte contre l'usure fonci&#232;re que l'expropriation des usuriers fonciers par les comit&#233;s de paysans sous le contr&#244;le de l'Etat ouvrier et paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces mesures n'est concevable sous la domination de bourgeoisie. De petites aum&#244;nes ne sauveront pas le paysan, des palliatifs ne lui serviront de rien. Il faut des mesures r&#233;volutionnaires hardies. Le paysan les comprendra, les approuvera et les soutiendra, si l'ouvrier lui propose s&#233;rieusement de lutter en commun pour le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas attendre que la petite bourgeoisie se d&#233;termine elle-m&#234;me, mais former sa pens&#233;e, forger sa volont&#233; - voil&#224; la t&#226;che du parti ouvrier. C'est seulement ainsi que pourra se r&#233;aliser l'union des ouvriers et des paysans.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat d'esprit de la majorit&#233; des officiers de l'arm&#233;e refl&#232;te l'&#233;tat d'esprit r&#233;actionnaire des classes dominantes du pays, mais sous une forme encore plus concentr&#233;e. L'&#233;tat d'esprit de la masse des soldats refl&#232;te l'&#233;tat d'esprit des ouvriers et des paysans, mais sous une forme affaiblie : la bourgeoisie sait beaucoup mieux maintenir la liaison avec les officiers que le prol&#233;tariat avec les soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fascisme en impose extr&#234;mement aux officiers, car ses mots d'ordre sont d&#233;cisifs et car il est pr&#234;t &#224; trancher les questions difficiles par le revolver et la mitraillette. On dispose de pas mal de renseignements dispers&#233;s sur la liaison entre les ligues fascistes et l'arm&#233;e, aussi bien par l'interm&#233;diaire d'officiers de r&#233;serve que d'active. Cependant, il ne nous parvient qu'une partie infime de ce qui se passe en fait. Maintenant doit grandir dans l'arm&#233;e le r&#244;le des rengag&#233;s. En eux la r&#233;action trouvera pas mal d'agents suppl&#233;mentaires. Le noyautage fasciste de l'arm&#233;e, sous la protection du grand &#233;tat-major, est en pleine marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes ouvriers conscients &#224; la caserne pourraient offrir avec succ&#232;s une r&#233;sistance &#224; la d&#233;moralisation fasciste. Mais le grand malheur est qu'eux-m&#234;mes sont politiquement d&#233;sarm&#233;s : ils n'ont pas de programme. Le jeune ch&#244;meur, le fils du petit paysan, du petit commer&#231;ant ou du petit fonctionnaire apportent dans l'arm&#233;e le m&#233;contentement des milieux sociaux d'o&#249; ils sortent. Que leur dira le communiste &#224; la caserne, sinon que &#034;la situation n est pas r&#233;volutionnaire&#034; ? Les fascistes pillent le programme marxiste, en changeant avec succ&#232;s certaines de ses parties en instrument de d&#233;magogie sociale. Les &#034;communistes&#034; (?) renient en fait leur programme, en lui substituant les d&#233;bris pourris du r&#233;formisme. Peut-on concevoir une banqueroute plus frauduleuse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; se concentre sur les &#034;revendications imm&#233;diates&#034; des soldats : c'est n&#233;cessaire, mais ce n'est qu'une centi&#232;me partie du programme. L'arm&#233;e vit maintenant plus que jamais d'une vie politique. Toute crise sociale est, n&#233;cessairement, une crise de l'arm&#233;e. Le soldat fran&#231;ais attend et cherche des r&#233;ponses claires. Il n'y a pas et il ne peut y avoir de meilleure r&#233;plique &#224; la d&#233;magogie des fascistes que le programme du socialisme. Il faut le d&#233;ployer hardiment dans le pays et par mille canaux il p&#233;n&#233;trera dans l'arm&#233;e !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise sociale, avec son cort&#232;ge de calamit&#233;s, p&#232;se le plus lourdement sur les femmes travailleuses. Elles sont opprim&#233;es doublement par la classe poss&#233;dante et par leur propre famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l se trouve des &#034;socialistes&#034; qui craignent que les femmes aient le droit de vote, vu l'influence qu'a sur elles l'Eglise. Comme si le sort du peuple d&#233;pendait du plus ou moins grand nombre des municipalit&#233;s de &#034;gauche&#034; en 1935, et non de la situation morale, sociale et politique de millions d'ouvri&#232;res et de paysannes &#224; l'&#233;poque prochaine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute crise r&#233;volutionnaire se caract&#233;rise par l'&#233;veil des meilleures qualit&#233;s de la femme des classes travailleuses : la passion, l'h&#233;ro&#239;sme, le d&#233;vouement. L'influence de l'Eglise sera balay&#233;e non pas par le rationalisme impuissant des &#034;libres-penseurs&#034;, ni par la fade cat&#233;gorie des francs-ma&#231;ons, mais par la lutte r&#233;volutionnaire pour l'&#233;mancipation de l'humanit&#233;, par cons&#233;quent, en premier lieu, de l'ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme de la r&#233;volution socialiste doit retentir de nos jours comme le tocsin pour les femmes de la classe ouvri&#232;re !&lt;br class='autobr' /&gt;
Les jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation la plus cruelle de la direction des organisations ouvri&#232;res, politiques et syndicales est la faiblesse des organisations de jeunes. Sur le terrain de la philanthropie, du divertissement et du sport, la bourgeoisie et l'Eglise sont incomparablement plus fortes que nous. On ne peut leur arracher la jeunesse ouvri&#232;re que par le programme socialiste et l'action r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la jeune g&#233;n&#233;ration du prol&#233;tariat, il faut une direction politique mais non une tutelle Importune. Le bureaucratisme conservateur &#233;touffe et repousse la jeunesse. Si le r&#233;gime des Jeunesses communistes avait exist&#233; en 1848, il n'y aurait pas eu de Gavroche. La politique de passivit&#233; et d'adaptation se refl&#232;te d'une fa&#231;on particuli&#232;rement funeste sur les cadres de la jeunesse. Les jeunes bureaucrates deviennent vieux avant l'&#226;ge : ils connaissent tous les genres de manoeuvres dans les coulisses mais ils ne connaissent pas l'ABC du marxisme. Ils se forment des convictions &#224; telle ou telle occasion, selon les exigences de la manoeuvre. Au dernier congr&#232;s de l'Entente de la Seine, on a pu observer d'assez pr&#232;s ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut poser devant la jeunesse ouvri&#232;re le probl&#232;me de la r&#233;volution dans toute son ampleur. En se tournant vers la nouvelle g&#233;n&#233;ration, il faut savoir faire appel &#224; son audace et &#224; son courage, sans lesquels rien de grand ne se fait dans l'histoire. La r&#233;volution ouvrira largement les portes &#224; la jeunesse. La jeunesse ne peut pas ne pas &#234;tre pour la r&#233;volution !&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En 1933, le socialiste belge Henri de Man avait fait adopter par le POB des th&#232;ses r&#233;formistes sur la planification (Plan de Man). Les id&#233;es planistes furent ensuite r&#233;pandues en France par les tendances de droite de la SFIO. Sur la proposilion de Jouhaux, le bureau d'&#233;tudes de la CGT &#233;tablit un plan adopt&#233; on octobre 1934 par le CCN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars 1935&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La contre-r&#233;volution stalinienne en Espagne</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6816</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;P. Brou&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution Espagnole - 1931-1939 &lt;br class='autobr' /&gt; - La &#034;contre-r&#233;volution&#034; stalinienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Historien de la bataille de Madrid, l'Am&#233;ricain Colodny d&#233;crit en ces termes ce qu'il appelle le &#171; tournant du si&#232;ge &#187;, apr&#232;s le mois de d&#233;cembre 1936 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sous la conduite des g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e rouge, la guerre, &#224; Madrid, se transforme, de guerre de comit&#233;s r&#233;volutionnaires en guerre conduite par les techniciens de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral. De l'exaltation des premi&#232;res semaines, la cit&#233; passe &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;P. Brou&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Espagnole - 1931-1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - La &#034;contre-r&#233;volution&#034; stalinienne&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Historien de la bataille de Madrid, l'Am&#233;ricain Colodny d&#233;crit en ces termes ce qu'il appelle le &#171; tournant du si&#232;ge &#187;, apr&#232;s le mois de d&#233;cembre 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous la conduite des g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e rouge, la guerre, &#224; Madrid, se transforme, de guerre de comit&#233;s r&#233;volutionnaires en guerre conduite par les techniciens de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral. De l'exaltation des premi&#232;res semaines, la cit&#233; passe &#224; la monotonie du si&#232;ge, compliqu&#233;e par le froid, la faim, et le spectacle familier de la mort venue des airs, et de la d&#233;solation. L'instant h&#233;ro&#239;que &#233;tait pass&#233; dans la l&#233;gende et dans l'histoire : avec l'ennemi accroch&#233; contre les fortifications, le danger mortel qui avait temporairement fondu toutes les &#233;nergies en une volont&#233; unique de r&#233;sister, semblait avoir disparu &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il s'est en r&#233;alit&#233; produit un tournant politique : &#224; la r&#233;volution a succ&#233;d&#233; le lent grignotage de la r&#233;action d&#233;mocratique qui doit maintenant c&#233;der la place &#224; la contre- r&#233;volution stalinienne dans toute sa crudit&#233;. L'illusion lyrique qui avait inspir&#233; pendant les mois d'&#233;t&#233; les militants de la CNT-FAI qui croyaient cr&#233;er de leurs mains une autre soci&#233;t&#233; se transforme en son contraire, fait place au cynisme et au d&#233;sespoir. Garcia Oliver est devenu &#171; el excelent&#237;simo se&#241;or maestro de Justicia &#187;, et nombre de ses camarades sont devenus officiers, chefs de police, gouverneurs, au nom des sacrifices n&#233;cessaires et de leur d&#233;termination &#224; &#171; renoncer &#224; tout, sauf &#224; la victoire &#187; comme le disait Durruti, tomb&#233; devant Madrid sous une balle tir&#233;e, sans doute, par un de ses miliciens qui n'admettait pas que son chef l'emp&#234;ch&#226;t de d&#233;serter comme il le voulait ! Le d&#233;sarroi des anarchistes les conduit &#224; des gestes de violence absurde comme l'exp&#233;dition punitive de la tristement c&#233;l&#232;bre Colonne de fer, quittant le front de Teruel pour aller saccager &#224; Valence le tribunal et les bo&#238;tes de nuit, comme les violences auxquelles se sont livr&#233;es &#224; Tarrancon sur les membres du cort&#232;ge officiel en route pour Valence quelques centaines de miliciens de la CNT. Violence aveugle, sans objectif autre que celui d'une protestation devant l'impasse qui est la leur, la r&#233;action des anarchistes vaincus par leurs propres contradictions et sous le poids de leurs propres pr&#233;jug&#233;s ne fait que renforcer l'autorit&#233; et le prestige de ceux qui, inlassablement, d&#233;noncent les &#171; incontr&#244;lables &#187; et leurs &#171; exc&#232;s &#187;, ces nouveaux champions de l'ordre que sont les communistes staliniens, forts de la peur qu'ont inspir&#233;e ces anarchistes, r&#233;volutionnaires du verbe incapables d'aller jusqu'au bout et de donner &#224; la r&#233;volution les moyens et la volont&#233; de vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le mois de Juillet, la direction du Parti communiste espagnol a re&#231;u de Moscou d'appr&#233;ciables renforts venus de Moscou : &#224; l'Argentin Codovilla, connu sous le nom de Medina, l'&#233;minence grise de la JSU, et au v&#233;t&#233;ran bulgare Minev dit Stepanov, s'ajoutent d'autres t&#234;tes, hommes de confiance de l'appareil stalinien international, le Hongrois Geroe, qu'on appelle Pedro &#224; Barcelone, l'Italien Vidali, un des chefs du 5 r&#233;giment sous le nom de Carlos Contreras, et, bient&#244;t, l'Italien Palmiro Togliatti qu'&#224; Moscou on appelle Ercoli et, ici, Alfredo tout court. Bien que la majorit&#233; des militants du parti se soient laiss&#233;s prendre par l'&#233;lan r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;poque des combats de rue, les dirigeants ont fermement tenu la barre et conserv&#233; la ligne. Il faut, d'abord, gagner la guerre, &#171; vaincre Franco d'abord &#187;, et pour cela, renforcer le &#171; bloc national et populaire &#187;, l'autorit&#233; du &#171; gouvernement de Front populaire &#187; contre ceux qu'ils appellent &#171; les ennemis du peuple &#187; et qu'ils d&#233;finissent ainsi : &#171; les fascistes, les trotskistes et les incontr&#244;lables &#187; . Forts du prestige r&#233;volutionnaire de l'Union sovi&#233;tique aur&#233;ol&#233;e de l'Octobre victorieux de 1917, disposant de fonds importants, et bient&#244;t de l'oreille du seul gouvernement susceptible d'apporter &#224; l'Espace en lutte une aide mat&#233;rielle, ils sont les seuls &#224; pouvoir engager de front la lutte contre les r&#233;volutionnaires qu'ils appellent &#171; trotskistes ou incontr&#244;lables &#187; quand ils ne les assimilent pas aux fascistes, les seuls &#224; s'opposer aux comit&#233;s, aux collectivisations, aux saisies, &#224; la justice de classe exp&#233;ditive, les seuls, en un mot, &#224; dire tout haut ce que pense la petite-bourgeoisie r&#233;publicaine terroris&#233;e par les initiatives des masses et qui commence tout juste &#224; se remettre de la grande peur qu'ont provoqu&#233;e chez elle les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'Espagne est devenue maintenant une carte importante dons la politique ext&#233;rieure de Staline, conscient du danger que repr&#233;sentent pour lui la volont&#233; d'expansion et l'antibolchevisme affich&#233; du gouvernement hitl&#233;rien. L'Espagne est pour lui, en m&#234;me temps qu'un champ d'exp&#233;riences n&#233;cessaires, un laboratoire pour la prochaine guerre, la terrain sur lequel il entend d&#233;montrer aux &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; qu'il est un alli&#233; solide, un d&#233;fenseur du statu quo, le rempart contre la subversion politique qu'ils craignent plus encore que les nazis ou les fascistes. Staline ne dissimule pas ses objectifs politiques en Espagne, dont le principal est la destruction des organisations r&#233;volutionnaires, au premier rang desquelles le POUM qui a vigoureusement d&#233;nonc&#233; les &#171; proc&#232;s de Moscou &#187; et proclame qu'il se bat sous le drapeau de L&#233;nine. Le 28 novembre, le consul g&#233;n&#233;ral d'URRS &#224; Barcelone, le vieux r&#233;volutionnaire Antonov-Ovseenko, n'h&#233;site pas &#224; remettre &#224; la presse une note qui d&#233;nonce dans La Batalla &#171; la presse vendue au fascisme international &#187; [2]. C'est sous sa pression, combin&#233;e &#224; celle des staliniens catalans du PSUC et de l'UGT que le POUM est &#233;cart&#233; du gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; avec le consentement de la CNT ; apr&#232;s quoi la Pravda commente, en ce langage particuli&#232;rement mena&#231;ant puisqu'il suit de tr&#232;s pr&#232;s l'ex&#233;cution des vieux bolcheviks qui ont figur&#233; au premier proc&#232;s de Moscou : &#171; En Catalogne, l'&#233;limination des trotskiste et des anarcho-syndicalistes a d&#233;j&#224; commenc&#233; : elle sera conduite avec la m&#234;me &#233;nergie qu'en URSS &#187; [3]. En d&#233;cembre, d'ailleurs, dans le cours d'une lettre transmise par l'ambassadeur Marcel Rosenberg, Staline donne &#224; Largo Caballero quelques &#171; conseils d'ami &#187; : tenir compte des paysans, et se les attacher &#171; par quelques d&#233;crets ayant trait &#224; la question agraire et aux imp&#244;ts &#187;, gagner au moins la neutralit&#233; de la petite bourgeoisie en la prot&#233;geant contre les expropriations et en lui assurant le libert&#233; du commerce, attirer dans le gouvernement des r&#233;publicains bourgeois &#171; pour emp&#234;cher les ennemis de l'Espagne de la consid&#233;rer comme une r&#233;publique communiste, ce qui constitue le plus grand danger pour 1'Espagne &#187;, enfin, d&#233;clarer solennellement qu'il ne &#171; tol&#233;rera pas qu'il soit port&#233; atteinte &#224; la propri&#233;t&#233; et aux int&#233;r&#234;ts l&#233;gitimes des &#233;trangers &#233;tablis en Espagne et des citoyens des pays qui ne soutiennent pas les rebelles &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette politique r&#233;solument mod&#233;r&#233;e et parfaitement contre-r&#233;volutionnaire dans les circonstances donn&#233;es qui assure en Espagne le d&#233;veloppement de l'audience des organisations staliniennes : c'est sous son contr&#244;le, par exemple, que s'organise en Catalogne le GEPCI., organisation de d&#233;fense des commer&#231;ants, artisans et petits industriels, et, au Levant, la f&#233;d&#233;ration paysanne, rassemblant les petits propri&#233;taires ennemis de la collectivisation. Magistrats, hauts fonctionnaires, officiers, policiers, trouvent en lui, en m&#234;me temps qu'une efficace protection, l'instrument de la politique qu'ils souhaitent. A ceux que pr&#233;occupe seulement la lutte militaire imm&#233;diate contre le fascisme - et ils sont nombreux - l'appui de Moscou et ses livraisons, le r&#244;le jou&#233; par les conseillers militaires russes, l'apport des Brigades Internationales, les capacit&#233;s d'organisation des cadres communistes, paraissent garantir l'efficacit&#233; n&#233;cessaire &#224; la victoire. Ce n'est pas par hasard que le 5 r&#233;giment sera l'un des principaux th&#232;mes de propagande et leviers d'action du Parti communiste : en deux mois, il passe de 8 000 &#224; 30 000 hommes, poss&#232;de des instructeurs, des armes modernes, recrute syst&#233;matiquement officiers et sous-officiers de carri&#232;re, se fait un mod&#232;le de discipline, un v&#233;ritable instrument militaire, en m&#234;me temps que l'objet d'une orchestration syst&#233;matique. De la m&#234;me fa&#231;on, les communistes sont les premiers et pratiquement les seuls &#224; saisir les possibilit&#233;s qu'offre le corps des commissaires de l'arm&#233;e dont le commissaire g&#233;n&#233;ral Alvarez del Vayo leur ouvre largement les portes. Intouchables &#224; cause de l'aide russe, les staliniens espagnols, &#171; d&#233;fenseurs cons&#233;quents du programme antifasciste de restauration de l'&#201;tat, organisateurs de l'arm&#233;e, deviennent ainsi les &#233;l&#233;ments les plus dynamiques de la coalition gouvernementale &#187; [5], et c'est &#224; eux que sont confi&#233;s les postes-cl&#233;s de la police et du maintien de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment ce succ&#232;s qui va provoquer la mont&#233;e contre eux des m&#233;contentements et m&#234;me des hostilit&#233;s. Les premiers signes d'un refroidissement &#233;vident des relations avec Largo Caballero apparaissent dans la s&#233;cheresse de la r&#233;ponse faite par ce dernier, le 12 janvier, &#224; la lettre de Staline. Ulc&#233;r&#233; de l'&#233;volution de ses anciens disciples qui dirigent la JSU et ont presque tous adh&#233;r&#233; au PC pendant les six derniers mois de 1936, Largo Caballero oppose une brutale fin de non-recevoir aux pressions de Staline en faveur de la fusion des partis socialiste et communiste, auxquelles son vieil adversaire Prieto pr&#234;te en revanche une oreille trop complaisante &#224; son go&#251;t. Le prestige dont jouit la Junte de d&#233;fense de Madrid dont il pense qu'elle lui m&#232;ne une opposition ouverte, l'alliance avec le PC, Alvarez del Vayo dont il commence &#224; douter s&#233;rieusement, contribuent &#224; l'irriter. C'est vraisemblablement en f&#233;vrier qu'il demande brutalement le rappel de l'ambassadeur Rosenberg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste, d&#232;s lors, lui d&#233;clare la guerre, et s'en prend d'abord &#224; son homme de confiance dans les questions militaires, le g&#233;n&#233;ral Asensio. L'occasion en sera la chute de M&#225;laga probablement in&#233;vitable dans la situation militaire donn&#233;e, mais dont les circonstances, particuli&#232;rement tragiques, bouleversent tous les Espagnols. S'alliant pour la circonstance &#224; la CNT, qui n'appr&#233;cie pas en Asensio le militaire de carri&#232;re, le PC lance une grande campagne de manifestations et meetings r&#233;clamant la mobilisation g&#233;n&#233;rale, l'&#233;puration du corps des officiers, un v&#233;ritable commandement unique. Les r&#233;publicains, les socialistes de droite, avec Prieto, se joignent &#224; la campagne CNT-UGT contre Asensio. Largo Caballero se r&#233;signe, la mort dans l'&#226;me, &#224; lui demander sa d&#233;mission. Mais il est d&#233;cid&#233; &#224; se battre et les &#171; milieux bien inform&#233;s &#187; parlent d&#233;j&#224; d'un nouveau minist&#232;re qui pourrait &#234;tre pr&#233;sid&#233; par le ministre des Finances, Juan Negr&#237;n, avec Prieto comme homme fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont peut-&#234;tre ces circonstances qui d&#233;cident la CNT &#224; tenter &#224; son tour de desserrer l'&#233;treinte du PC. Elle en trouve l'occasion dans l'affaire Cazorla, le jeune conseiller &#224; l'ordre public de la Junte de Madrid, qu'elle accuse de couvrir de son autorit&#233; l'existence et le fonctionnement &#224; Madrid de prisons priv&#233;es du PC &#171; pr&#233;ventoriums &#187; et &#171; tch&#233;kas &#187;. L'enqu&#234;te, finalement ouverte, d&#233;couvre dans son entourage l'existence d'un gang reposant sur des lib&#233;rations &#224; prix d'or de d&#233;tenus r&#233;guli&#232;rement inculp&#233;s. C'est l'occasion pour Largo Caballero de dissoudre la Junte de Madrid, puis, &#224; la suite d'un nouveau scandale des prisons priv&#233;es, cette fois &#224; Murcie, de restreindre les pouvoirs des commissaires politiques et de s'en r&#233;server les nominations. Le conflit est d&#232;s lors ouvert : le plan d'offensive des conseillers militaires de Caballero en direction de l'Estr&#233;madure doit &#234;tre abandonn&#233; parce que les Russes n'offrent que dix avions et parce que leur prot&#233;g&#233;, le g&#233;n&#233;ral Miaja, qui commande &#224; Madrid, refuse purement et simplement de d&#233;garnir la d&#233;fense de la capitale. Les d&#233;saccords au sein de la coalition antifasciste constituent le signe de l'approche d'une nouvelle crise. Une opposition r&#233;volutionnaire est en train de se ressaisir, n&#233;e au sein m&#234;me des partis qui, &#224; l'automne pr&#233;c&#233;dant, ont accept&#233; la politique de collaboration, mais en mesurent maintenant les cons&#233;quences. Le journal de la JCI, Juventud Ib&#233;rica, mentionne de fa&#231;on critique la participation de N&#237;n au gouvernement, alors que La Batalla m&#232;ne campagne depuis des mois pour la r&#233;int&#233;gration du POUM dans le conseil. La m&#234;me th&#232;se s'exprime peu apr&#232;s, dans La Batalla elle-m&#234;me, cette fois sous la plume d'Andrade, qui &#233;crit que la participation a &#233;t&#233; &#171; n&#233;gative et m&#234;me nocive &#187;. Se sentant d&#233;finitivement rejet&#233; de la coalition antifasciste et comprenant parfaitement le sort qui le guette, le POUM, attaque vigoureusement les &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187; du PCE et du PSUC, parle &#224; nouveau de &#171; comit&#233;s &#187; et de &#171; conseils &#187; analogues aux soviets qui devraient constituer la base d'un pouvoir v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire. Un mouvement semblable se dessine dans la CNT o&#249; un groupe de militants hostiles &#224; la militarisation ont constitu&#233; les &#171; Amis de Durruti &#187;, publient un petit journal et s'expriment m&#234;me, par l'interm&#233;diaire de leur animateur, Jajme Ballus, dans les colonnes du quotidien CNT du soir de Barcelone, La Noche. Le libertaire Italien Camillo Berneri, dans l'hebdomadaire Guerra di Classe, qualifie le PC de &#171; l&#233;gion &#233;trang&#232;re de la d&#233;mocratie et du lib&#233;ralisme italien &#187; et le compare &#224; Noske, le contre-r&#233;volutionnaire issu, lui aussi, du mouvement ouvrier, et contre-r&#233;volutionnaire au nom de la d&#233;mocratie. Il souligne le rapport qui existe entre la politique contre-r&#233;volutionnaire de Staline en URSS, les proc&#232;s de Moscou, et sa politique internationale, dont l'Espagne n'est que l'un des aspects. M&#234;mes th&#232;mes chez les Jeunesses libertaires et dans leur journal Ruta, qui affirme que l'alliance en Espagne des r&#233;publicains et du PC ne fait que refl&#233;ter l'alliance de l'URSS stalinienne avec la France et la Grande-Bretagne en vue d'&#171; &#233;trangler la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'initiative de la JCI que se constitue en Catalogne le &#171; Front de la Jeunesse r&#233;volutionnaire &#187; dont le militant libertaire Alfredo Martinez est le secr&#233;taire, et qui s'&#233;tend rapidement au Levant. Apr&#232;s la conf&#233;rence de Valence de la JSU, qui a vu l'alignement complet de cette organisation sur la politique stalinienne et la d&#233;nonciation, d&#233;sormais classique, des &#171; trotskistes &#187; et des &#171; incontr&#244;lables &#187; par Santiago Carrillo, deux des f&#233;d&#233;rations les plus importantes, celle des Asturies et celle du Levant, l&#232;vent l'&#233;tendard de l'opposition. Rafael Fern&#225;ndez, secr&#233;taire de la JSU asturienne, s'inscrit en faux contre l'affirmation selon laquelle la JSU combat pour &#171; une r&#233;publique d&#233;mocratique et parlementaire &#187;, d&#233;missionne du comit&#233; national, rejoint, avec sa f&#233;d&#233;ration, les Jeunesses libertaires asturiennes dans le Front de la Jeunesse r&#233;volutionnaire. Au printemps 1937, il est clair qu'un nouveau maximum de tension a &#233;t&#233; atteint. Les forces qui ont conduit ensemble la r&#233;action d&#233;mocratique sont en train de se disloquer. La croissance de l'opposition r&#233;volutionnaire qui se cherche exige des m&#233;thodes plus fermes, un gouvernement plus s&#251;r qui se d&#233;cide &#224; venir &#224; bout du POUM et de la CNT-FAI pour stabiliser de fa&#231;on plus d&#233;cisive le r&#233;gime r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve de force va se produire en Catalogne, o&#249; subsiste l'essentiel des conqu&#234;tes r&#233;volutionnaires et qui constitue le bastion de l'opposition. Le courant caballeriste y est pratiquement inexistant. En revanche, le PSUC, de Juan Comorera, tremp&#233; par les conflits avec les anarchistes depuis des mois, est pr&#234;t &#224; la bataille, et ce n'est pas pur hasard si on lui attribue g&#233;n&#233;ralement la formule fameuse : &#171; Avant de prendre Saragosse, il faut prendre Barcelone &#187;. Les premiers heurts sont provoqu&#233;s par l'envoi d'importantes forces de carabiniers venus sur ordre de Negrin reprendre le contr&#244;le des postes fronti&#232;res aux miliciens de la CNT qui s'y opposent les armes &#224; la main. Le 25 avril, Rold&#225;n Cortada, un ancien trentiste devenu dirigeant de l'UGT et membre du PSUC, est assassin&#233; par des inconnus &#224; Molins de Llobregat. La CNT condamne formellement ce meurtre, r&#233;clame une enqu&#234;te qui mettrait ses militants hors de cause. Mais le PSUC pousse son avantage, exploite &#224; fond l'&#233;motion provoqu&#233;e par cet assassinat. L'enterrement de Rold&#225;n Cortada est l'occasion d'une manifestation dont La Batalla &#233;crit qu'elle a pour but de &#171; cr&#233;er une ambiance de pogrom contre l'avant-garde du prol&#233;tariat catalan, la CNT, la FAI, le POUM &#187;. Les dirigeants anarchistes de Mollins de Llobregat sont arr&#234;t&#233;s, huit militants de la CNT sont abattus &#224; Puigcerda par les carabiniers. La tension est extr&#234;me a Barcelone o&#249; court le bruit d'un proche d&#233;sarmement de tous les ouvriers non int&#233;gr&#233;s &#224; la police d'&#201;tat. Le gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; interdit toute manifestation pour le 1 mai, et, ce jour-l&#224;, Solidaridad Obrera d&#233;nonce la &#171; croisade contre la CNT &#187;, tandis que La Batalla appelle les ouvriers &#224; monter la garde, &#171; l'arme aux pieds &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident qui va mettre le feu aux poudres &#233;clate le 3 mai, &#224; propos du contr&#244;le du central t&#233;l&#233;phonique. Depuis juillet 1936, les t&#233;l&#233;communications &#224; Barcelone sont &#171; syndicalis&#233;es &#187; sous la direction d'un comit&#233; CNT-UGT, situation intol&#233;rable &#224; bien des &#233;gards puisque les responsables de la CNT du syndicat des employ&#233;s du t&#233;l&#233;phone peuvent ainsi en permanence contr&#244;ler et m&#234;me interrompre les communications entre le gouvernement et l'&#233;tranger. C'est sur ce terrain favorable que le PSUC d&#233;cide de provoquer : sans ordres ni m&#234;me autorisation du gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233;, le commissaire &#224; l'ordre public, Rodr&#237;guez Salas, ex-membre du Bloc, devenu membre du PSUC, arrive au central avec trois camions de gardes et y p&#233;n&#232;tre, d&#233;sarmant les miliciens qui occupent le rez-de-chauss&#233;e. Les miliciens qui occupent les &#233;tages mettent une mitrailleuse en batterie et ouvrent le feu. Les dirigeants anarchistes de la police accourent et persuadent leurs camarades de ne pas s'obstiner dans leur r&#233;sistance. Mais le bruit de la bataille a alert&#233; les travailleurs de Barcelone qui y voient une tentative contre-r&#233;volutionnaire visant leurs organisations. Sans qu'aucun mot d'ordre ait &#233;t&#233; lanc&#233;, par aucune organisation, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;clate et Barcelone se couvre de barricades. Le soir, a lieu une r&#233;union commune des dirigeants de la CNT, de la FAI, des Jeunesses libertaires et du POUM. Le POUM consid&#232;re que les travailleurs ont spontan&#233;ment ripost&#233; &#224; une provocation contre-r&#233;volutionnaire et qu'il est n&#233;cessaire de se ranger &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Les dirigeants anarchistes pr&#233;f&#232;rent tenter de s'interposer. Le 4 mai, plusieurs organisations, le POUM, les Jeunesses libertaires, les Amis de Durruti, soutiennent le mouvement. Companys et la CNT s'entendent pour imposer un compromis. Le pr&#233;sident de la G&#233;n&#233;ralit&#233; d&#233;savoue l'initiative de Rodr&#237;guez Salas et lance un appel au calme, tandis que le comit&#233; r&#233;gional CNT appelle les travailleurs &#224; d&#233;poser les armes. C'est dans le m&#234;me sens que s'expriment &#224; la radio dans la soir&#233;e le caballeriste Hern&#225;ndez Zancajo et les deux ministres anarchistes Garcia Oliver et Federica Montseny. Le 5, un accord intervient sur la base du cessez-le-feu et du statu quo militaire, avec retrait simultan&#233; des policiers et des miliciens. Les dirigeants de la CNT. arr&#234;tent la 29ere division, command&#233;e par Gregorio Jover, qui marchait sur Barcelone Ils d&#233;savouent les &#171; Amis de Durruti &#187;. De nouvelles violences cependant compromettent le cessez-le-feu : agression de membres du PSUC contre la voiture de Federica Montseny, assassinat d'Antonio Ses&#233;, dirigeant UGT qui vient d'&#234;tre nomm&#233; au gouvernement. Des navires de guerre anglais sont arriv&#233;s dans la rade de Barcelone. Le gouvernement Largo Caballero prend en main l'ordre public en Catalogne et nomme commandant des troupes de Catalogne le g&#233;n&#233;ral Pozas, ancien officier de la Garde civile, membre du PC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6, tout semble rentr&#233; dans l'ordre. Le pr&#233;sident Companys proclame qu'il n'y a &#171; ni vainqueurs, ni vaincus &#187;, forme un nouveau gouvernement, qui ne comprend ni Comorera, le leader du PSUC, ni Rodriguez Salas. La colonne motoris&#233;e envoy&#233;e du front de Jarama pour r&#233;tablir l'ordre &#224; Barcelone entre dans la ville aux cris de &#171; Viva la FAI ! &#187; : elle est command&#233;e par un ouvrier anarchiste, Torres Iglesias. La partie semble donc bien se conclure par un match nul. Le bilan en vies humaines est pourtant lourd : au moins 500 tu&#233;s et 1 000 bless&#233;s. Parmi les victimes, du c&#244;t&#233; gouvernemental, Ses&#233; et un officier communiste, du c&#244;t&#233; ouvrier, Domingo Ascaso et le petit-fils de Francisco Ferrer. Mais il s'est pass&#233; bien des choses dans les rues de Barcelone, et, dans les jours qui suivent, on retrouvera les cadavres de deux des principaux animateurs et inspirateurs de l'opposition r&#233;volutionnaire : le libertaire Italien Camillo Berneri, qui a &#233;t&#233; enlev&#233; &#224; son domicile par des miliciens ug&#233;tistes, et Alfredo Martinez, le secr&#233;taire du Front de la Jeunesse r&#233;volutionnaire. Il est clair que les services secrets russes sont au travail. En r&#233;alit&#233;, les &#171; Journ&#233;es de Mai &#187; sonnaient le glas de la r&#233;volution. Cette explosion inachev&#233;e de guerre civile &#224; l'arri&#232;re, dans le cadre de la guerre civile elle-m&#234;me, va &#234;tre imm&#233;diatement exploit&#233;e par la coalition mod&#233;r&#233;e et son aile marchante, le PCE. Alors que la CNT a tout fait pour apaiser le conflit, alors que le POUM. s'est refus&#233; &#224; prendre le risque de d&#233;border la CNT dont i1 jugeait pourtant la prudence aveugle, la presse stalinienne se d&#233;cha&#238;ne contre cette &#171; insurrection &#187; qu'elle dit &#171; pr&#233;par&#233;e par les trotskistes du POUM &#187; avec l'aide de la police secr&#232;te allemande et italienne. Elle r&#233;clame, avec Jos&#233; Diaz, la mise hors d'&#233;tat de nuire des &#171; trotskistes &#187;, ces &#171; fascistes qui parlent de r&#233;volution pour semer la confusion &#187;. Le 15 mai, au conseil des ministres, les ministres communistes r&#233;clament la dissolution du POUM et l'arrestation de ses dirigeants. Largo Caballero refuse, les ministres communistes s'en vont, suivis des r&#233;publicains et des socialistes de Prieto. I1 ne reste plus &#224; Largo Caballero qu'&#224; d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'ancien ministre des Finances Juan Negrin, qu'il reviendra, au cours des semaines qui suivent, de consacrer la victoire de la contre-r&#233;volution stalinienne et bourgeoise. Grand bourgeois d'origine, socialiste r&#233;solument mod&#233;r&#233;, mari&#233; &#224; une Russe, l'homme est le candidat des staliniens espagnols au gouvernement, et il n'a pour le moment, rien &#224; leur refuser. La Batalla est interdite le 28 mai et son directeur politique, Gorkin, inculp&#233; par son &#233;ditorial du 1er mai. Le 16 juin, tous les dirigeants du POUM sont arr&#234;t&#233;s. Il leur est reproch&#233;, non seulement d'avoir &#233;t&#233; &#171; pour la suppression de la R&#233;publique par la violence et l'instauration d'une dictature du prol&#233;tariat &#187;, mais d'avoir &#171; calomni&#233; un pays ami dont l'appui moral et mat&#233;riels a permis au peuple espagnol de d&#233;fendre son ind&#233;pendance &#187;, d'avoir &#171; attaqu&#233; la justice sovi&#233;tique &#187; - allusion &#224; la campagne du POUM contre les proc&#232;s de Moscou - et enfin &#171; d'avoir &#233;t&#233; en contact avec les organisations internationales connues sous la d&#233;nomination g&#233;n&#233;rale de &#171; trotskistes &#187; et dont l'action au sein d'une puissance amie d&#233;montre qu'elles se trouvent au service du fascisme europ&#233;en &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t &#233;clate un &#233;norme scandale : Andr&#233;s N&#237;n, arr&#234;t&#233; en m&#234;me temps que ses camarades, a disparu. Les staliniens insinuent qu'il s'est &#233;vad&#233; et au questions pos&#233;es sur les murs : &#171; Ou est NIN ? &#187; r&#233;pondent par cette rime immonde : &#171; A Salamanque ou &#224; Berlin &#187;. Le ministre de l'Int&#233;rieur avoue son impuissance, Negrin se d&#233;clare pr&#234;t &#224; &#171; tout couvrir &#187;, mais exige d'&#234;tre inform&#233;. En fait Nm ne peut reparaitre, car il a &#233;t&#233; assassin&#233;. Livr&#233; par la police au chef de la NKVD en Espagne, Orlov, il a &#233;t&#233; enferm&#233; dans une prison priv&#233;e de Alcala de Henares, et tortur&#233; ai d'en obtenir des aveux sur le mod&#232;le de ceux des accus&#233;s des proc&#232;s de Moscou. Mais il a r&#233;sist&#233;, et ses ge&#244;liers, impuissants devant cet homme tortur&#233; qui refuse de &#171; collaborer &#187;, n'ont pu que s'en d&#233;barrasser. En fait, la r&#233;sistance de N&#237;n a jet&#233; bas l'&#233;difice pr&#233;par&#233; en Espagne sur le mod&#232;le de Moscou et probablement sauv&#233; bien d'autres militants [6]. Elle a en tout cas en grande partie d&#233;truit la fa&#231;ade &#171; l&#233;gale &#187; de la r&#233;pression stalinienne et l'a contrainte &#224; rev&#234;tir la forme d'un pur et simple gangst&#233;risme, en marge des formes judiciaires. Dans les semaines qui suivent se produisent, dans des conditions semblables, d'autres &#171; disparitions &#187; de militants r&#233;volutionnaires &#233;trangers &#171; enlev&#233;s &#187; par les m&#234;mes services et assassin&#233;s : Marc Rhein, le fils du dirigeant menchevique russe Rafael Abramovitch, les trotskistes Hans Freund, dit Moulin, et Erwin Wolf, ancien secr&#233;taire de Trotsky, le militant autrichien Kurt Landau, qui avait rejoint le POUM. Dans l'arm&#233;e, des militants du POUM sont fusill&#233;s apr&#232;s des parodies de jugement par des conseils de guerre. Parmi eux l'ancien commissaire de guerre de L&#233;rida, Marcial Mena, l'un des organisateurs des syndicats enseignants de Catalogne, Juan Hervas, tous deux anciens du BOC. La restauration de l'&#201;tat a certes supprim&#233; les &#171; tch&#233;kas &#187; des partis, des syndicats, et la &#171; dictature des comit&#233;s &#187; ; elle n'a pas supprim&#233; les &#171; tch&#233;kas &#187; staliniennes et laisse agir librement, quoique officieusement, une toute-puissante Gu&#233;p&#233;ou charg&#233;e de r&#233;gler sur le sol espagnol les comptes politiques de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ses adversaires ne sera en effet &#233;pargn&#233;, m&#234;me si tous ne sont pas frapp&#233;s avec la m&#234;me f&#233;rocit&#233; que le POUM, ennemi n&#176;1 du stalinisme en Espagne. En ao&#251;t, le Conseil d'Aragon est dissout, la division du communiste Enrique Lister p&#233;n&#232;tre dans la province, proc&#233;dant &#224; des arrestations en masse de militants anarchistes, et dissout de force les collectivit&#233;s rurales qu'ils avaient implant&#233;es. En septembre, c'est &#233;galement par la force que les troupes gouvernementales s'emparent &#224; Barcelone du si&#232;ge du comit&#233; de d&#233;fense CNT-FAI. En mai, les partisans de Largo Caballero ont &#233;t&#233; exclus du comit&#233; de r&#233;daction de Claridad, pass&#233; aux mains des gens de Prieto. C'est &#224; la demande du comit&#233; ex&#233;cutif du Parti socialiste que le ministre de l'Int&#233;rieur envole des gardes d'assaut occuper les locaux du journal Adelante, organe de la F&#233;d&#233;ration du Levant qui soutient Largo Caballero. Au sein de l'UGT, la coalition des amis de Prieto et des staliniens lance une vigoureuse campagne contre Largo Caballero. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur suspend le dernier journal qui lui ait donn&#233; asile, La Correspondencia de Valencia. Incapables de s'assurer r&#233;guli&#232;rement la majorit&#233;, la coalition des &#171; mod&#233;r&#233;s &#187; choisit d'organiser la scission, &#233;lit Gonz&#225;lez Pe&#241;a &#224; la pr&#233;sidence de la centrale. Sur l'ordre du gouvernement, courrier et ch&#232;ques &#224; destination de l'UGT sont achemin&#233;s vers l'organisme scissionniste que dirige Gonz&#225;lez Pe&#241;a. Il reste &#224; Largo Caballero &#224; tenter une campagne publique : d&#232;s sa premi&#232;re r&#233;union, au cin&#233;ma Pardi&#241;as &#224; Madrid, le gouvernement d&#233;cide de le museler : interpell&#233;, ramen&#233; &#224; son domicile valencien, il y est gard&#233; &#224; vue, vaincu d&#233;finitivement sans avoir pu m&#234;me se battre r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; gouvernement de la victoire &#187; prend toute une s&#233;rie de mesures visant &#224; une v&#233;ritable normalisation. Les juges si&#232;gent de nouveau en toge, le ministre de la Justice, le nationaliste basque et catholique Manuel de Irujo, veillant &#224; ce que les pr&#233;sidents soient effectivement choisis parmi les magistrats professionnels. De nombreux prisonniers, notamment des pr&#234;tres, sont lib&#233;r&#233;s. En revanche, on cr&#233;e un Tribunal d'espionnage et de haute trahison, destin&#233; &#224; &#171; juger &#187; les dirigeants du POUM : dans ces nouveaux tribunaux, les cinq juges, trois militaires et deux civils, sont nomm&#233;s par le gouvernement. Les crimes qu'ils ont &#224; juger comprennent l'accomplissement &#171; d'actes hostiles &#224; la R&#233;publique &#187;, la d&#233;fense ou la propagation de &#171; fausses nouvelles &#187;, la formulation de jugements &#171; d&#233;favorables &#224; la marche des op&#233;rations de guerre ou au cr&#233;dit et &#224; l'autorit&#233; de la R&#233;publique &#187;, les &#171; actes ou manifestations tendant &#224; affaiblir le moral public, &#224; d&#233;moraliser l'arm&#233;e ou affaiblir la discipline collective &#187;. Les peines pr&#233;vues, de six mois de prison &#224; la mort, sont applicables m&#234;me si le &#171; crime &#187; n'a pas &#233;t&#233; consomm&#233;, s'il s'est r&#233;duit &#224; une &#171; conspiration &#187;, une &#171; complicit&#233; &#187; ou une &#171; protection &#187;. Ainsi les dirigeants du POUM pourront-ils &#234;tre lourdement condamn&#233;s, sur la base de leur politique, apr&#232;s l'abandon des accusations reposant sur des faux policiers et staliniens. La censure est renforc&#233;e, et une circulaire du 14 ao&#251;t 1937 l'&#233;tend express&#233;ment &#224; toute critique de l'Union sovi&#233;tique. Une police sp&#233;cialis&#233;e dans le contre-espionnage, le Servicio de Investigaci&#243;n Militar (SIM), est cr&#233;&#233;e que contr&#244;lent membres du PC et &#171; techniciens &#187; russes. Le SIM, qui &#233;chappe tout de suite au contr&#244;le du ministre de la D&#233;fense nationale, compte plus de 6 000 agents, dirige sans contr&#244;le ses prisons et ses camps dits &#171; de travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;l&#233;bration du culte catholique est autoris&#233;e &#224; titre priv&#233;, comme premi&#232;re &#233;tape vers la restauration de la libert&#233; des cultes. Les propri&#233;taires ant&#233;rieurement &#171; disparus &#187; qui font la preuve qu'ils ne sont pas li&#233;s aux factieux, r&#233;cup&#232;rent leurs terres ; le d&#233;cret de collectivisation en Catalogne est suspendu, comme contraire &#224; l'esprit de la constitution. Le Times salue dans l'intervention de l'&#201;tat dans les entreprises industrielles un &#171; r&#233;tablissement du principe de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#187; et salue les efforts de Negrin dont il souhaite qu'il parvienne &#224; r&#233;concilier &#171; les partis oppos&#233;s &#224; l'heure actuelle de l'Espagne gouvernementale &#187;. Gouvernement &#171; de la victoire &#187; comme disent les staliniens espagnols, &#171; de la r&#233;conciliation nationale &#187;, comme le souhaitent les conservateurs anglais ? A la r&#233;union des Cortes, le 1octobre 1937, Largo Caballero est absent ; en revanche Miguel Maura est l&#224;, ainsi que le centriste Portela Valladares, et les critiques de la presse de la CNT contre leur pr&#233;sence sont supprim&#233;es par la censure. Au C&#225;rcel modelo, la prison de Barcelone, deux galeries et demie sur six sont r&#233;serv&#233;es aux d&#233;tenus de la CNT-FAI et du POUM. L'Espagne &#171; d&#233;mocratique &#187; est pourtant plus isol&#233;e encore que ne l'&#233;tait l'Espagne &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. C'est l'&#233;poque o&#249; l'aide russe commence &#224; se tarir lentement. La guerre civile se poursuit, mais la r&#233;volution est bel et bien vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] R. Golodny, The struggle for Madrid, p.93.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir document 32, en annexes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Pravda, 17 d&#233;cembre 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Voir document 31, en annexe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] P. Brou&#233; et E.T&#233;mime, op. cit. p. 214&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Les autres dirigeants du POUM seront jug&#233;s en octobre 1938 et condamn&#233;s &#224; de lourdes peines de prison pour leur r&#244;le en mai 1937. Mais l'accusation &#171; d'espionnage &#187; et de &#171; trahison &#187; a &#233;t&#233; abandonn&#233;e. Ces hommes, &#233;vad&#233;s lors de la d&#233;b&#226;cle, se r&#233;fugieront finalement en France. La majorit&#233; d'entre eux se retrouvera en 1941 devant le tribunal militaire de Montauban pour avoir diffus&#233; La V&#233;rit&#233;, journal trotskyste clandestin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Moscow Trial (1937)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;IN 1934, Kirov was assassinated. White Guards were at first said to be instrumental in it, and the Latvian Consul was implicated. But after a matter of six weeks, Zinoviev and Kamenev were found to be &#8220;indirectly&#8221; responsible, and Trotsky was brought in through a mysterious letter, though like a number of letters that Trotsky was later supposed to have written, this one was never produced. &lt;br class='autobr' /&gt;
Over a hundred communists were shot as a result of that assassination, Zinoviev and Kamenev sent into (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;IN 1934, Kirov was assassinated. White Guards were at first said to be instrumental in it, and the Latvian Consul was implicated. But after a matter of six weeks, Zinoviev and Kamenev were found to be &#8220;indirectly&#8221; responsible, and Trotsky was brought in through a mysterious letter, though like a number of letters that Trotsky was later supposed to have written, this one was never produced.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Over a hundred communists were shot as a result of that assassination, Zinoviev and Kamenev sent into exile in Siberia, and a great &#8220;purge&#8221; throughout the country took place, which meant more shooting and imprisonment of unknown men.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The trial in August &#8220;established&#8221; that Zinoviev and Kamenev were directly responsible for the shooting of Kirov, and that they planned to murder Stalin, Voroshilov and Kaganovich and then to seize power themselves. They had no political programme to put in the place of &#8220;Socialism in a Single Country,&#8221; they had no mass support, they could see that everybody loved Comrade Stalin's socialism, but, stupid fellows, they had a &#8220;lust for power&#8221; which led them to terrorism. The attempt to frame-up Trotsky was sharper. He arranged the assassination of Kirov, and attempted the assassinations (over a period of four years with innumerable &#8220;agents&#8221; to do the job) of Stalin and Vorolishov. But these two bore charmed lives, they were always too far away or their cars went too fast. Trotsky plotted with the secret Nazi police. All this was &#8220;established&#8221; at the August trial, only no evidence was brought forward except the bare statements of the accused, which were extraordinary fragmentary, often completely contradictory, and easily proved to be the fabrications of the G.P.U. [For a profound and derailed analysis of the &#8220;evidence&#8221; and testimony in the August trial, we strongly recommend to our readers Behind the Moscow Trial &#8211; The Greatest Frame-up in History, by Max Shachtman]. Zinoviev and Kamenev were shot and n other prisoners with them. Tomsky, implicated in the trial, committed suicide. A further purge took place ; more shootings, more imprisonments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now we have the present trial in which 13 more old revolutionaries, including Piatakov and Serebryakov have been murdered, and Sokolnikov and Radek and two lesser known revolutionaries imprisoned for ten years. The crimes put down to these men grow more extravagant. Not only terrorism now and working with the Gestapo, but working with Japan too, promising to give away large portions of territory at the end of the war, plotting with these enemies of the Soviet Union. These men with their long history as revolutionaries, what was it to them to help in the plans of a new imperialist slaughter to which the blood bath of 1914 would not compare ? Nothing at all ! To prove that, they are responsible for train wrecks (the Daily Worker tells you all about maimed girls and children they tried to murder) for industrial catastrophes, for ruined crops. Trotsky, of course, is the greatest monster of all. But we have no reasonable motive except &#8220;lust for power.&#8221; Yet it is well to note that among the accused in these trials, there is not to be found a single former kulak, manufacturer, banker, Czarist, White Guard, Menshevik, Social Revolutionary, anarchist, or any other one-time opponent of the Russian Revolution and the Soviet regime. All of them, except of course the obvious G.P.U. agents, were tried old Bolsheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The purge going on is more far-reaching than before. Everywhere according to the testimony of the Soviet press itself, in every big town, in every agricultural area, in big factories, in all industries, Trotskyists exist. Trotskyism has been liquidated &#8220;finally and irrevocably,&#8221; as &#8220;finally and irrevocably&#8221; as Socialism has been established time without number since Trotsky was expelled in 1927. A classless Society exists, according to the official reports, everyone is &#8220;happy and joyous&#8221; and singing anthems of praise to Stalin, yet everywhere the purge has to go on ; more shootings and more imprisonments. And this is not the end. Further frame-ups are being prepared. Bucharin and General Putna &#8211; and literally hundreds of lesser known communists &#8211; are now under arrest. Any breath of criticism against the system is Trotskyism, is terrorism. This state of affairs is what these shameless bureaucrats of the Soviet Union and their hirelings in the Comintern have the impudence to call socialism. The trial is an indictment not of the socialist system but of the rottenness of the regime of the Soviet bureaucrats. The wide discontent of the masses has been laid bare before the whole world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Daily Worker, brazen as ever, says the trial is a blow for peace, for socialism and democracy. For Peace ! By the trial and its attendant terrorism, Stalin attempts to wipe out in the Soviet Union any possible rallying centre for working class international action during the next war. That war for him is a war of national defence. He will keep faith with his imperialist allies, and no revolutionary flag will be borne on the bayonets of the Russian army.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotskyism stands for world revolution. It is the chief enemy to-day for the bourgeoisie and for the betraying Third International. &#8220;Turn imperialist war into civil war.&#8221; The Trotskyists alone raise Lenin's slogan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The brazen slanderers of the Comintern call Trotsky Fascist, Trotskyists, agents of Fascism. They bring forward no proof in their mock trials, because there is no proof. They know the true revolutionary character of Trotsky's writing and teaching. But they have to cover up their own vile treachery to the working class, and the further they go along the counter-revolutionary path, the louder they howl against Trotsky, the dirtier the slanders they hurl against him.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;They call Trotsky Fascist. They who in the U.S.A. are ready to ally themselves to &#8220;sprouting Fascists,&#8221; in France with &#8220;all sincere Frenchmen&#8221; including the Croix de Feu and the National Volunteers, in Italy with the &#8220;Old Guard&#8221; as well as young Fascists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The betrayal of the working class can only be done by the working class leaders. In 1914, the bourgeoisie used the Social Democracy. In the coming war, their chief manipulators will be the Communist Party leaders.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Every article in the Daily Worker on the trial ended with an incitement against Trotsky and Trotskyists. Trotsky's life is in danger from the official communists. We here are prepared for them to attempt the persecution of our comrades. They have done it elsewhere, they will do it here. In Spain today, with lies and slander and demagogy, they incite the workers to shoot the revolutionary fighters of P.O.U.M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The trials are a pledge from the Stalinists to the bourgeoisie of their good faith as allies in the coming war.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As soon as we have the official account of the trial we shall publish a detailed analysis. Unless one uses their own documents the Stalinists can always escape exposure by denial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C.L.R. James&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stalinism's condemnation to death of the revolutionary vanguard, first in Russia and then throughout the world, was the first act by which the Kremlin showed world imperialism how much it could count on it...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The heads that are rolling are those of the communist revolutionaries of the Bolshevik Party, not those of opponents of the revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;We will destroy every enemy, even an old Bolshevik, we will destroy his relatives, his family. Anyone who acts or thinks contrary to the socialist state will be destroyed without mercy.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV Stalin, November 1937 (Reported in &#8220;Stalin's Loyal Executioner : People's Commissar Nikolai Ezhov 1895-1940&#8221; by Marc Jansen and Nikita Petrov).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;All the former proletarian revolutionary leaders were transformed into bandits and puppets by Stalin's clique in order to definitively discredit any revolutionary tendency that claimed to challenge the bureaucracy that usurped power against the proletariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From 1935 onwards, all of Russia would be marked by endless trials, with investigations, denunciations, arrests, torture, and executions of men accused of the worst crimes. Yet, at the top, opposition had completely ceased. It was the working-class base that the bureaucracy began to fear again. This was first evident during the &#034;trade union crisis.&#034; Workers largely boycotted the union elections, believing that the unions were nothing more than transmission belts for company managers and that it was not worth the effort to vote for them. Stalin himself held numerous summit meetings to understand what was happening and how to deal with it. The union elections demonstrated this disavowal so strongly that the election results were annulled by Stalin. The Central Committee of the Communist Party was forced to convene a commission which declared : &#034;The trade unions are going through a crisis... Many union members express justified discontent with the activities of the trade unions. They wonder what their usefulness is and what use they can be to the proletarian state and the working masses.... Initiative from below must be allowed, because only the working masses will succeed in raising trade union activities to the necessary level.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is therefore necessary to launch a campaign against those who will be presented as the enemies of these masses and who will be the object of campaigns of denunciation. This is the preparation for a vast national campaign against those who destroy socialism and covertly attack the workers : hidden enemies !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is the basis for the upcoming Moscow trials and the campaign to eliminate so-called Trotskyists. It will involve blaming the difficulties suffered by the working masses on scapegoats presented as those responsible for having deceived the people...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The so-called &#034;Trotskyist-Zinovievist Terrorist Centre&#034; trial took place in Moscow from 19 August 1936 to 24 August 1936, with the most well-known defendants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Grigori Zinoviev, Lev Kamenev, Grigori Evdokimov, Ivan Bakayev, Sergei Mrachkovsky, Vagarshak Ter-Vaganyan and Ivan Smirnov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A second trial, known as the Trotskyist Reserve Anti-Soviet Centre, opened on 23 January 1937. This time, 17 people were accused, mainly&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georgy Piatakov, Karl Radek, Grigori Sokolnikov, Nikolai Muralov, Mikhail Boguslavsky and L. Serebriakov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A third trial opened in May-June 1937. Conducted in secret, it took place behind closed doors and targeted exclusively the highest-ranking generals of the Red Army. Among the accused were :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mikhail Tukhachevsky (Marshal and Deputy Commissar of Defense), Iona Yakir (Commander of the Kyiv Military District), Ieronim Uborevich (Commander of the Belarusian Military District), Robert Eideman (Head of the Civil Defense Organization), Avgust Kork (Head of the Military Academy), Vitovt Putna (Military Attach&#233; in London), Boris Feldman (Head of the Red Army Administration), and Vitali Primakov (Deputy Commander of the Leningrad Military District).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yan Gamarnik, head of the political administration of the Red Army, also indicted, committed suicide on May 31, 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The so-called Bloc of Anti-Soviet Rightists and Trotskyists trial took place from March 2 to 13, 1938. The 21 main defendants were :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexei Rykov, Nikolai Bukharin, Nikolai Krestinski, Christian Rakovsky, Genrikh Yagoda, and Arkady Rosengoltz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;They are all accused of treason, espionage, and conspiracy under the name of the Trotskyist Anti-Soviet Military Organization. The defendants allegedly confessed to their participation under torture. They are all sentenced to death by a military tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But these public trials were only conducted with those leaders who agreed to confess. The vast majority of the hundreds of thousands of victims received only a bullet in the back of the head without a public trial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky's view in 1936 : &#034;The spiciest dishes are yet to come&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What were the Moscow Trials of 1935-1938 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the first time, in 1935, the Stalinist leadership decided to hold a public trial of the old revolutionary leaders of the Bolshevik Party from October 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is what Isaac Deutscher reports in his work &#034;Trotsky, the Outlaw Prophet&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Moscow had just announced that Zinoviev, Kamenev, and fourteen other defendants would soon be tried for treason, conspiracy, and attempted murder of Stalin. A lengthy indictment was then circulated, in which Trotsky was branded the chief instigator&#8230; Zinoviev and Kamenev were accused of terrorism and also of collusion with the Gestapo&#8230; Later that day, the indictment alleged that it was from Norway that Trotsky was sending terrorists and assassins into the Soviet Union&#8230; That same day, August 15, 1936, Trotsky refuted the accusations, describing them in the press as &#8220;the greatest forgery in world political history&#8221; : &#8220;Stalin is staging this trial in order to stifle discontent and opposition. The ruling bureaucracy treats every criticism and every form of opposition as a conspiracy.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The accusation that he was using Norway as a base for terrorist activity was, he said, aimed at depriving him of asylum and the opportunity to defend himself...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From August 19 to 24, the wireless broadcast the trial transcripts. The prosecutor, the judges, and the accused performed a spectacle so hallucinatory in its masochism and sadism that it seemed beyond human imagination. From the very beginning, it became clear that the stakes in the trial were the heads of the sixteen accused, and with them, the heads of Trotsky and Lyova (in the indictment, Lyova played the role of her father's chief assistant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As the proceedings progressed, it became clear that this trial could only be the prelude to the destruction of an entire generation of revolutionaries. But what was even worse was the way the accused were dragged through the mud, forced to crawl to their deaths amidst sickening denunciations and self-denunciations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compared to all this, the nightmares of the French Revolution with their carts, the guillotines, the fratricidal struggles of the Jacobins now seemed a drama of sober and solemn dignity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robespierre had placed his adversaries in the dock, among thieves and scoundrels, and had overwhelmed them with fantastic charges ; but he had not prevented them from defending their honor and dying fighting, and Danton, at least, was free to exclaim : &#034;After me, it will be your turn, Robespierre !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But Stalin was driving his broken opponents into the unfathomable depths of self-humiliation, forcing the leaders and thinkers of Bolshevism to behave like miserable medieval women who had to report to the Inquisition all their acts of witchcraft and all the details of their debauchery with the devil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here, for example, is the dialogue between Prosecutor Vyshinsky and Kamenev, which took place in front of the whole world :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vyshinsky : How should we assess your articles and written statements in which you expressed your loyalty to the Party ? Was this a deception ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : No, it was even more serious than deception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vyshinsky : A perfidy then ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : Even worse than that.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vyshinsky : Worse than deception, worse than perfidy ? Then find the word. Was it treason ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Kamenev : You found the word.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Vyshinsky : Indicted Zinoviev, do you confirm this ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Zinoviev : Yes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And here is how Kamenev concludes his mea culpa :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Twice my life has been spared, but everything has its limits. There is a limit to the magnanimity of the proletariat, and we have reached that limit&#8230; We sit on this bench side by side with agents of foreign intelligence. Our weapons were the same, our hands joined before our destinies were united here at this bar. We served fascism, we organized the counterrevolution against socialism. This is the path we have followed, and this is the abyss of despicable perfidy into which we have fallen.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is the state Zinoviev was in when he appeared at the trial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zinoviev came next :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;I am guilty of having been the organizer, as Trotsky's second-in-command, of the Trotskyist-Zinovievist bloc which set itself the goal of assassinating Stalin, Voroshilov, and other leaders&#8230; I plead guilty to having been the principal organizer of Kirov's assassination. We made an alliance with Trotsky ; my deficient Bolshevism then transformed into anti-Bolshevism, and through Trotskyism I arrived at fascism. Trotskyism is a variety of fascism, and Zinovievism is a variety of Trotskyism.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ivan Smirnov, who had defeated Kolchak in the Civil War and had served alongside Trotsky on the Revolutionary Military Council, said :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;There is no other path for our country than the one it is currently following. There is not, and there can be no other direction than the one history has given us. Trotsky, who sends his directives and instructions to terrorists and considers our state a fascist state, is an enemy ; he is on the other side of the barricade.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mrachkovsky, another old companion of Trotsky, a hero of the Civil War, declared :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Why did I follow the counter-revolutionary path ? It was my connection with Trotsky that led me to do this. From the day this connection was established, I began to deceive the Party and its leaders.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bakayev, the fearless head of the Leningrad Cheka during the Civil War and the leader of the 1927 opposition demonstrations, confessed :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The facts revealed before this court show the whole world that the organizer of this... counter-revolutionary terrorist bloc, its inspirer and animator, is Trotsky... I have risked my life many times in the interests of Zinoviev and Kamenev ; I feel a deep anguish at the thought of having become a docile instrument in their hands, an agent of the counter-revolution, a man who raised his arm against Stalin.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For hours, Vyshinsky, the former Menshevik, who had only joined the Bolshevik procession well after the Civil War, and who now held the office of Prosecutor General, vented his fury and rage in a fit of cleverly affected hysteria :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;These rabid dogs of capitalism have tried to tear limb from limb the best of the best of our Soviet land. They have killed one of the men of the Revolution who was dearest to us, this wonderful, admirable man, as bright and as cheerful as the smile on his lips was always cheerful and as our life is bright and cheerful. They have killed our Kirov, they have wounded us close to the heart&#8230; Our enemy is cunning, a cunning enemy cannot be spared&#8230; Our entire people are quivering with indignation, and, as the State Prosecutor, I join my voice full of indignation and anger to the rumbling voices of the multitudes&#8230; I demand that these dogs who have become rabid be shot, all of them without exception.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After five days filled with gross vituperation and obscene insults, five days during which the prosecution did not present a single piece of evidence, the court delivered a verdict condemning all the accused to death, and which concluded with the following sentences :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Lev Davidovich Trotsky and his son Lev Lvovich Sedov... convicted of having directly prepared and personally directed the organization of terrorist activities in the USSR must, if discovered on the territory of the USSR, be immediately arrested and brought before the Military Tribunal of the Supreme Court of the USSR.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the second day of the trial, Trotsky gave a full interview to Arbeiderbladet, which published it the following day, August 21, on its front page under the headline &#034;Trotsky declares Moscow accusations false&#034; and which left its readers in no doubt that, in this matter, his sympathies were with Trotsky... The latter was suddenly and slyly deprived of this freedom and those who deprived him of it were the men who had just professed their friendship for him, honored him and flattered themselves with having given him refuge. On August 26, exactly one day after the Moscow trial had ended, two senior officers of the Norwegian police called on him to inform him, on orders from the Minister of Justice, that he had committed an offense against the conditions laid down by his residence permit ; and they asked him to sign an undertaking not to interfere in the future, directly or indirectly, orally or in writing, in current political matters relating to other countries&#8230;. On August 29, Yakubovich, the Soviet ambassador, had delivered to Oslo an official note demanding Trotsky's expulsion ; the note insisted that Trotsky was using Norway as a base for conspiracy and it invoked the verdict of the Supreme Court in Moscow&#8230; The Norwegian ministers, who were afraid of angering Moscow by allowing Trotsky to conduct his defense in public, therefore decided to intern him&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;By 1934, it seemed that Trotskyism had been wiped off the map for good. And yet, two or three years later, Stalin feared it more than ever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxically, the great purges and mass deportations that followed Kirov's assassination gave new life to Trotskyism. The Trotskyists, surrounded by tens and even hundreds of thousands of recently banished people, no longer felt isolated. They were joined by the mass of capitulators, who gloomily reflected that things would never have come to this point if they had stood firm alongside the Trotskyists. Oppositionists, members of younger age groups, Komsomltsy who had first opposed Stalinism long after the defeat of Trotskyism, deviationists of all kinds, ordinary workers deported for petty offenses against labor discipline, malcontents and grumblers who only began to think politically when they found themselves behind barbed wire&#8212;all these people formed an immense audience for the Trotskyist veterans. The regime in the concentration camps was becoming more and more cruel. The camp inhabitants had to toil ten or twelve hours a day, and they died of hunger and wasted away from disease, in indescribable filth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Once again, however, the camps became schools and training grounds for the opposition, and the Trotskyists became unequalled monitors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;They led the deportees in almost all the strikes and hunger strikes ; they demanded improvements in the conditions of life in the camps from the administration ; and, through their reckless, often heroic, conduct, they inspired others with the will to hold out.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Firmly organized, self-disciplined, and politically well-informed, they constituted the true elite of that enormous fraction of the nation that had been forced back behind the barbed wire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stalin realized that he would achieve nothing through further persecution. It was hardly possible to add to the torment and oppression, which had only surrounded the Trotskyists with the halo of martyrdom. As long as they lived, they would constitute a threat to him, and with war and its attendant dangers approaching, the potential threat could become real.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We have seen that, since he had seized power, he had had to constantly reconquer it. It was then that he decided to rid himself of the need to continue this reconquest. His goal was to secure it once and for all and against all risks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And there was only one way to succeed in this enterprise : the complete extermination of all opponents, and above all the Trotskyists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Moscow trials were staged to justify this plan, the greater part of which was then carried out, not under the spotlights of the courtrooms, but in the dungeons and camps of the East and the Far North.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;An eyewitness, a former inmate of the Vorkuta camp, who, however, was not himself a Trotskyist, describes the Trotskyists' final activities and their annihilation as follows.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;In this camp alone there were about a thousand long-time Trotskyists who called themselves Bolshevik-Leninists. About five hundred of them worked at the Vorkuta mine and for all the camps in the Pechora district. There were several thousand orthodox Trotskyists, deported since 1927, who remained faithful to their political platform and their leaders to the end&#8230; In addition to these genuine Trotskyists,&#8221; he continues, &#8220;there were at that time, in the camps at Vorkuta and elsewhere, more than a hundred thousand internees who, as members of the Party or Komsomoltsy, had joined the Trotskyist opposition, and then had been, at different times and for different reasons&#8230; forced to repent and abandon the ranks of the opposition. Many deportees who had never been members of the Party also considered themselves Trotskyists...&#034; He notes among their leaders VV Kossior, Posnansky, Vladimir Ivanov and other long-time Trotskyists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;They arrived at the mine in the summer of 1936 and were housed in two large barracks. They categorically refused to work in the shafts. They only did work at the pithead, for eight hours only, and not ten or twelve as required by the regulations and as the other inmates did. They openly ignored the camp regulations. Most of them had already been systematically sent to political isolation camps for almost ten years, first in cells, then to the camps on the Solovetsky Islands, and finally to Vorkuta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Trotskyists were the only group of political prisoners who openly criticized the general Stalinist line and who resisted the jailers no less openly and systematically.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the autumn of 1936, after the trial of Zinoviev and Kamenev, the Trotskyists organized demonstrations at the camp in honor of their executed leaders and comrades. Shortly after, on October 27, they began a hunger strike. And it was in this strike that, according to the account cited above, Trotsky's youngest son, Sergei, took part. Trotskyists from all the camps in the Pechora rayon joined in, and the strike lasted 132 days. The strikers protested their transfer from all previous places of deportation and the fact that they were being punished without a public trial. They demanded an eight-hour working day, the same diet for all prisoners, regardless of whether or not they met the standard of performance, the separation of political prisoners from common law prisoners, and the transport of invalids, women and the elderly out of the polar camps to regions with a more favourable climate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The decision to go on hunger strike was taken during a public meeting...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The administration, fearing that their example would spread, transferred the Trotskyists to deserted and half-demolished huts about forty kilometers from the camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Of a total of a thousand strikers, several died and only two voluntarily ended the hunger strike.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In March 1937, on orders from Moscow, the camp administration gave in on all points&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One morning, towards the end of March 1938, the roll call of the notorious Trotskyists was held, who received a kilo of bread and the order to prepare their belongings for a new convoy&#8230; After fifteen or twenty minutes, a salvo suddenly rang out half a kilometer from the barracks, near the steep bank of the small river called Upper Vorkuta. Then a few isolated shots were heard, as if fired at random, and again there was silence. Soon, near the barracks, the escort of the convoy passed again. And everyone understood in what sort of convoy the prisoners had been sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Moscow Trials by Brou&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It seems that 1935 was the year of preparation for the major trials against the old guard. The archives of the Society of Old Bolsheviks and the Association of Former Convicts were combed through by the commissions headed by Yezhov and Malenkov. Some of the future convicts, Zinoviev, Kamenev, Yenukidze, Smirnov, had already been in the hands of the NKVD for some time. Pravda of June 5, 1936, set the tone for what would be the new period : &#034;With a firm hand, we will continue to annihilate the enemies of the people, the monsters and Trotskyist furies, whatever their clever camouflage.&#034; On July 29, the secretariat sent a circular to local organizations, the text of which is still unknown, but the title of which is given in the Smolensk archives ; It deals with &#034;the terrorist activity of the counter-revolutionary Trotskyist-Zinovievist bloc&#034; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The machine is in motion, and, from August 1st, the press is filled with information reporting the discovery of counter-revolutionary plots and actions, all &#034;Trotskyist-Zinovievist&#034;, the arrest, in all the republics of the USSR, of students, journalists, young communists and workers, like this group of &#034;Trotskyists&#034; who are accused of having &#034;seized&#034; the organization of the party in the famous Vyborg district in Leningrad. On the 11th, the suicide of the first secretary of the Armenian party, Khandjian, is announced. On the 14th, the entire press simultaneously published the news that a new Zinoviev trial was about to open and a decree that seemed to somewhat reverse the draconian provisions of the December 1934 law, since it restored public hearings, the assistance of lawyers and allowed an appeal to the executive against sentences within three days of the pronouncement of the judgment. On August 19, the &#034;Trial of the Sixteen&#034; began, the first of the &#034;Moscow Trials.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Trial of the Sixteen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The indictment was published the same day. It was Prosecutor Vyshinsky who presented it before the military tribunal of the Supreme Court of the USSR, composed of three military judges and presided over by Ulrich. The sixteen accused formed, at first glance, a rather heterogeneous group. Among them were, in fact, four of the best-known representatives of the old guard, the former leaders of the &#034;new opposition,&#034; Zinoviev, Kamenev, Evdokimov, and Bakaiev. They had already been convicted several times, including once for complicity in the assassination of Kirov ; they could also include the lesser-known figures of the old leaders, such as Pickel, Zinoviev's former secretary, and Reingold, Sokolnikov's former financial collaborator, both, like the previous ones, former members of the United Opposition. The former Trotskyists of the 1923 Opposition, the United Opposition, and the Left Opposition constituted a second group :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ivan Nikitich Smirnov and Serge Mrachkovsky, former opposition leaders, renounced the struggle in 1928-29. Dreitser, a Red Army officer and close collaborator of Trotsky, whom he supported during the 1926-1927 struggle, and Ter Vaganian, a writer and journalist of the younger generation, also capitulated at this time. A senior official, Goltsmann, visited Trotsky during his deportation, but although he sympathized with the opposition, he was not a member. The last group, finally, was made up of unknown individuals whose interrogation revealed a dark past : Olberg, Berman-Yurin, Fritz David, Moses, and Nathan Lourie. All these men announced that they would plead guilty and refused the assistance of lawyers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The prosecution's case claims that at the end of 1932, Smirnov, Mrachkovsky, and Ter Vaganyan, &#034;reintegrated ex-Trotskyists,&#034; formed a &#034;center&#034; with Zinoviev and Kamenev to prepare and carry out terrorist attacks against the leaders of the party and the country. For this purpose, Trotsky and Sedov sent terrorists, the six unknown persons in the dock, to the USSR, with passports and visas provided by the Gestapo. It was the center that, through Zinoviev, transmitted Trotsky's order to kill Kirov. There is no material evidence : the indictment is based only on the confessions of the accused, obtained recently, since Kamenev only confessed on July 13, Mrachkovski on the 20th, Pickel on the 23rd and others on the very eve of the trial, Evdokimov on August 12, Smirnov on the 13th, Ter Vagaman on the 14th.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The center's contacts with Trotsky are attested by Goltsmann, who says he had an interview with Sedov in November 1932 at the Bristol Hotel in Copenhagen, then with Trotsky himself in the same city, and received instructions from him to develop terrorism. Mrachkovsky states that in December 1934 he received, through Dreitser, who had met Sedov in Berlin, a letter from Trotsky written in invisible ink, setting as his task &#034;the assassination of Stalin and Voroshilov.&#034; Mo&#239;se Lourie admits to having received instructions from Trotsky in March 1933 in Berlin from Ruth Fischer and Maslow. Bakaiev accuses himself of having overseen the preparations for Kirov's assassination. Other defendants confessed to having prepared assassination attempts on the lives of various figures, including Stalin, Voroshilov, Kaganovich, Zhdanov, Ordzhonikidze, Kossior, and Postyshev. The leaders admitted to having personally participated in organizing these crimes. &#034;We were burning with hatred,&#034; [2] Zinoviev asserted, after Kamenev had said : &#034;What guided us was boundless hatred against the leadership of the party and the country, a thirst for power.&#034; [3]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prosecutor Vyshinsky demanded the death penalty for &#034;these clowns, these pygmies,&#034; &#034;these adventurers who tried to trample with their muddy feet the most fragrant flowers in our socialist garden&#034; [4] : &#034;These rabid dogs must be shot.&#034; The press orchestrated the indictment in the same style ; Izvestia of August 23 wrote : &#034;They have nothing in their souls, if not a bestial hatred matured over ten years against our sun Stalin and the victorious genius of counter-revolutionary impurity.&#034; On the 24th, all the accused were found guilty and sentenced to death. Izvestia celebrated &#034;humanism alone, [...] the defense of the regime which, under the leadership of the great Stalin, assures millions of men a new life, a free life.&#034; On the 25th, the sixteen condemned men were executed. Pravda writes : &#034;Since this has been done, we breathe better, the air is cleaner, our muscles acquire a new life, our machines work more happily, our hands are more nimble.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The problems posed by the confessions of the Sixteen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Although the official version of the trial, the prosecution's theory, was accepted with reservations by Stalin's supporters and &#034;friends of the USSR&#034; throughout the world, a careful reading of the official documents alone reveals a series of contradictions and impossibilities, not to mention improbabilities, which allow it to be considered one of the most poorly staged judicial mockeries of all time.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;First, there is the problem of the absentees. Vyshinsky speaks of twelve defendants who are the subject of a special investigation, but who will never appear in public before a tribunal : Dimitri Schmidt, one of the leaders of the Red Army, a legendary supporter of the civil war, who, according to him, was the organizer of the terrorist groups ; the old Bolshevik Gertik, already convicted in January 1935 and who is accused of having participated with Matorin, another of Zinoviev's secretary, in the preparation of Kirov's murder ; Gaven, a Latvian communist, a friend of Smilga, accused of having served as an intermediary and transmitted Trotsky's &#034;terrorist directives&#034; to Smirnov in 1932. These men died or will die without having been tried and without having confessed. The prosecution does not seem to be concerned with making its thesis coincide with that which it had defended at the trial of January 1935, in which only four defendants, out of nineteen convicted at that time, are again answerable for the murder of Kirov. No reference will be made, as would seem normal, to the other previous trials related to the case, that of the heads of the NKVD, of Leningrad or the second Kamenev trial. Nor is there any mention of the Latvian consul, Bisseneks, who, in 1934, allegedly gave 5,000 rubles to Nicolaiev, offering to put him in touch with Trotsky. In fact, any honest man, reading in 1936 the stenographed reports of the trial of the Sixteen, could, without waiting for Khrushchev's &#034;revelations&#034; in 1956, persuade himself of the innocence of all the defendants with regard to the murder of Kirov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moreover, the confessions themselves are full of contradictions regarding the terrorist acts and instructions. Dreitser admits to having made visible to the naked eye, before transmitting it to Mrachovsky, the message written by Trotsky in invisible ink. Mrachovsky in turn admits to having received it and made it visible. No one is concerned about this contradiction. The other attacks are, at most, &#034;crimes of intent&#034; : Berman-Yurin admits to having wanted to kill Stalin at the 18th plenary assembly of the International's executive, but was unable to enter the room. Fritz David was able to enter, but not approach Stalin. Vyshinsky, recalling these two confessions, maintains that they correspond to the truth since Trotsky had developed, in 1927, his &#034;Clemenceau thesis&#034;... Nathan Lourie wanted to shoot Voroshilov whose car went too far ; he also thought of assassinating Kaganovich and Ordzhonikidze at a meeting in Chelyabinsk, but, in the end, he did not go.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The &#034;material evidence&#034; invoked by the prosecution is no more solid than the confessions. The fact that Olberg, a Latvian citizen, has a Honduran passport obviously proves nothing, unless one firmly believes that only the Gestapo can issue such passports. Vyshinsky brandishes as evidence a letter from Trotsky, discovered according to him in a secret wall of Goltsmann's suitcase, in which the opposition leader says that Stalin must be &#034;removed.&#034; It is in fact an open letter, published worldwide in 1932, which contains the following sentence : &#034;We must, finally, carry out Lenin's last and urgent advice : remove Stalin,&#034; which at least proves that, if Trotsky gave &#034;terrorist directives,&#034; he was in good company. The prosecutor has great difficulty coordinating the indications provided by the confessions and making them coincide with the prosecution's. The act maintains that the center operated from 1932 to 1936. Now Zinoviev and Kamenev, who confessed, were in exile from 1932 to 1933, were arrested in December 1934 and have not been out of prison since. Mrachkovski, another member of the center, was during this time in Kazakhstan. As for Smirnov, he has not left prison since January 1, 1933. Vyshinsky will have to conclude that, &#034;if the center functioned, it was thanks to well-organized connections which allowed, even those who were not at liberty, [...] to participate in its direction&#034; [5] ; but he does not give the slightest indication of the nature of these &#034;connections.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The &#034;stenographic report&#034; certainly includes significant cuts : Vyshinsky's indictment declares inadmissible the comparisons made by the accused with the anti-Tsarist terrorism of the 19th century, while there is no trace of these comparisons in the text. The very thesis of &#034;confessions&#034; begins to waver as soon as one reads the &#034;summarized&#034; passages of the report. Thus, Ter Vaganian is said to have tried to trick by replacing (in Trotsky's instructions) the word &#034;terror&#034; with the phrase &#034;energetic struggle against the leaders of the Communist Party.&#034; Later, however, he had to admit that these were instructions whose &#034;content was terrorism, and terrorism only&#034; [6]. Similarly, &#034;Smirnov denies his direct participation in terrorist activities. [...] The accused confesses only when the prosecution has confused him with irrefutable facts&#034; [7]. Smirnov's interrogation lasted three hours : a brief dialogue shows that he is not confessing, since he denies having been part of the center :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VYSHINSKY : When did you leave the center ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SMIRNOV. - I had no intention of leaving, there was nowhere to go.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VYSHINSKY. - Did the center exist ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SMIRNOV. - Was this a center ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In his indictment, Vyshinsky returns to Smirnov's resistance, who ultimately confessed only as a joke, offering himself as leader to his co-accused since they insisted on it. He had previously denied for months &#034;His entire interrogation on May 20th is summed up in these words : 'I deny this, I deny it again, I deny everything'&#034; [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The most docile defendants hint at resistance in the use of double-edged language that ultimately casts doubt on the authenticity of their statements. What other meaning can there be in the last statements of Evdokimov, who has admitted everything he was accused of ? &#034;Who will believe,&#034; he cries, &#034;a single word we say ? [&#8230;] Who will believe us, who are before the tribunal as a counter-revolutionary gang of bandits, as allies of fascism and the Gestapo ?&#034; [9]. In the mouth of Kamenev, who in his later years studied Machiavelli and Loyola, some lines have curious resonances, as when, after having meekly answered, as Vyshinsky would have it, that the thirst for power had led him into the ranks of the counter-revolution, which the prosecutor immediately translates as &#034;fighting socialism&#034;, he eagerly agrees : &#034;You draw the conclusion of a historian and a prosecutor&#034; [10]. Even the crushed man that is Zinoviev asserts a surge of dignity by saying how much he suffers from being in the dock between an Olberg and a Nathan Louri&#233;, which makes no sense if one accepts with the prosecution that he is their leader.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soon, moreover, the precarious edifice collapses under the investigations of those who verify what is verifiable. We learn from Denmark that the Bristol Hotel, where Goltsmann confessed to having met Sedov at the end of December 1935, was demolished in 1917 and that there is no longer a hotel of that name in Copenhagen. Sedov proves, moreover, through testimonies as well as his visas from the time that he never went to Copenhagen. The depositions of the last days will be modified accordingly, Berman-Yurin and Fritz David no longer speaking of Sedov's presence in Copenhagen, and Olberg suddenly presenting a version in which Sedov's wife replaced her husband, who was unable to attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meaning and scope of the trial of the Sixteen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The political objective of this trial can be read between the lines of the prosecutor Vyshinsky, a lifelong political adversary of the accused, since he was a Menshevik before being a Stalinist. Thus he returns to the 1935 trial to press Zinoviev to make, this time, sufficient confessions : &#034;Zinoviev even had the effrontery to claim that he and his fifteen accomplices were subjectively loyal to the working class and did not want to embark on the path of counter-revolution, but that objectively things had turned out differently. [&#8230;] I would like Zinoviev, in his defense speech, to tell us how it happened that, subjectively loyal to the working class, he objectively turned to the other path. [...] Such things do not happen. [...] If, objectively, things actually took this turn, it is only because your subjective loyalty to the revolution, accused Zinoviev, was false and rotten. I ask you to tell us about this too&#034; [11]. This &#034;slumped old man&#034;, whom Ciliga glimpsed barefoot in a prison yard in 1935, is in fact asked to complete his condemnation by condemning all opposition, to dishonour it by dishonouring himself, to help Stalin reach Trotsky, to serve as an example and a warning, by his humiliation and his death, to all of Stalin's adversaries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the names of the men implicated in the &#034;confessions&#034; of the defendants in the August trial are those of the flower of the Bolshevik Party, &#034;all the surviving members of the Central Committee that made October,&#034; as Leon Sedov noted : Bukharin, Rykov, Tomsky, Shlyapnikov, Sokolnikov, Serebryakov, Smilga, Pyatakov, Karl Radek, the Civil War generals Putna, Schmidt, and others. With them and through them are threatened all the opponents of the past, even when they have since renounced and laid down their arms, in fact, all opposition, virtual, all alternative leadership. No member of the Left Opposition figures among the accused, all of whom had long ago broken with Trotsky and agreed to play the role of accusers against him on behalf of Stalin, Pickel even before the 15th Congress, Zinoviev, Kamenev, and Evdokimov since January 1928. The process of amalgamation, which would become familiar, consisted of presenting these men as if they were opponents, and judging them at the same time as others with highly suspect pasts who accused them. Mo&#239;se Louri&#233;, for several years, had become the specialist in anti-Trotskyist articles in the Correspondance internationale, under the name of Emel. Olberg had tried, in 1931, to become Trotsky's secretary, and had been sidelined precisely because of his dubious personality. Fritz David had been Wilhelm Pieck's secretary and, as such, involved in all the internal struggles of the German party. All these little-known men, docile instruments of the accusation, probably linked to the GPU or held by it, seem to have been chosen from circles close to the German Communist Party in order to support the theory of relations with the Gestapo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the prosecution's case to have political significance, it is obviously necessary for the traitors themselves to glorify Stalin and celebrate his victory. They do not fail to do so. Reingold declares : &#034;Zinoviev said : 'Stalin concentrates in himself the strength and firmness of the leadership. He must therefore be eliminated'&#034; [12]. Mrachkovsky affirms : &#034;The hope in the collapse of party policy must be considered doomed&#034; [13]. Smirnov : &#034;Our country has no other path than the one it is pursuing and there can be no other direction than that given to us by history&#034; [14]. Kamenev : &#034;The policy of the party, the policy of its leadership has triumphed in the only sense in which the victory of socialism is possible&#034; [15]. And, in his last statement : &#034;I adjure my sons to use their lives to defend the great Stalin&#034; [16].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The glorification of Stalin is accompanied by the litany against Trotsky, &#034;the man who pushed me to crime,&#034; says David [17], &#034;the soul and organizer of the terrorist bloc,&#034; says Bakaiev [18]. Mrachkovsky accuses him of having &#034;engaged him in the path of counter-revolution&#034; ; his old friend Smirnov says that he is an &#034;enemy [...] on the other side of the barricade&#034; [19]. Zinoviev affirms : &#034;Trotskyism is a variety of fascism and Zinovievism is a variety of Trotskyism&#034; [20]. There is more here than a rite, and more also than an operation for internal use intended to discredit Trotsky in the eyes of what remains of the workers' vanguard in the USSR and in the world.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On July 19, 1936, the Spanish military uprising triggered a workers' and peasants' revolution that triumphed in the Republican zone : at its head were Stalin's irreducible opponents, the revolutionary syndicalists of the CNT, the dissident communists led by the former Trotskyist Andres Nin. The Spanish revolution was a direct threat to the European status quo, an obstacle to the USSR's search for bourgeois allies, since, even more than the prospect of the extension of the German and Italian zone of influence into the Mediterranean, it frightened the capitalist political circles of England and France. Stalin, who, in the first weeks of the conflict, aligned himself with the policy of non-intervention advocated by France and demanded by England, would soon intervene in Spain. The Russian military aid that would allow the Republican army to hold out during the last months of 1936 was, politically, a counter-fire, because the Russian advisors supported the moderate forces in the Republican camp, allowing them to slow down and then stop the revolutionary momentum. Stalin killed two birds with one stone, simultaneously consecrating the communists as champions of anti-fascism, conceived as an alliance of &#034;all democrats&#034; against the fascists, a reflection in each country of the coalition he wanted to form in Europe between the Western democracies and the USSR against the Rome-Berlin axis. The fight against the revolutionary elements in Spain was both a guarantee given to future allies from the point of view of social and political conservation and an aspect of the Russian bureaucracy's struggle to maintain its monopoly on the advanced working-class sectors. From September 1936, military and political advisers, specialists from the NKVD, arrived in Spain to undertake the liquidation of all extremist revolutionary elements. Seen from this perspective, the trial of the Sixteen was an operation intended to facilitate Stalin's new foreign policy, at the same time as a psychological preparation for the war against fascism alongside the capitalist democracies, a perspective that not only excluded revolution, but obliged it to be fought as a direct threat to the USSR's alliance system [21].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The trial is therefore only the most spectacular aspect of a vast political campaign. In the USSR, it is the pretext and the cover for the new campaign of purging the party which is launched from the secret instruction of July 29. Since there are hardly any masked opponents left to unmask, they begin to exclude anyone in the past who had, with a Zinovievist or a Trotskyist, even a tenuous link, like, in Kozalsk, one of the Smolensk branches, a militant who, in 1927, had held the platform of the opposition in his hands, a second who &#034;had given a favorable description of a Trotskyist&#034; or a third who had simply been a student at the institute of the Red professors. All the meetings end with a tribute to &#034;the vigilance and sagacity of the beloved leader, Comrade Stalin&#034; [22].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is clear, however, that the Trial of the Sixteen missed its target. Kamenev and Zinoviev, by admitting the thirst for power as their motive, did Stalin a poisoned service : by denying having had a program different from his, they clearly implied that it was, on both sides, only about power : Pravda of September 12, 1936, recorded the blow and indicated the direction to follow for the trials to come : &#034;The accused tried to conceal the true aims of their action. They replied that they had no program. Yet they had one, that of the destruction of socialism and the restoration of capitalism.&#034; During the next trial, the accused would indeed admit to having had a &#034;program.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Towards the second trial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is likely, however, that the conditions of the first trial provoked resistance or hesitation in ruling circles, even those very close to Stalin, about which we have little information. After the accused indicted Bukharin, Rykov, and Tomsky, an investigation was opened against them. Vyshinsky, by announcing this before the tribunal, simultaneously triggered the traditional shower of resolutions and messages demanding their punishment. Hunted, sensing what awaited him, Tomsky committed suicide on August 23. However, on September 10, a statement published in Pravda announced that the investigation into Bukharin and Rykov had ended with a dismissal, &#034;no legal basis&#034; for accusation having been found against them. Most historians assume, rightly it seems, that such a conclusion of the investigation marked a step backward from the initial plans. For the moment, we must give up on the events that thus slowed down the repression already directed at the right-wingers at that date.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Schapiro believes that in any case it was this decision to dismiss the case concerning the two former leaders of the right that was at the origin of a strong reaction from Stalin and a worsening of the crisis. He relies on Khrushchev, who places the beginning of what he calls &#034;mass repression&#034; at the end of September. It was, in fact, on September 25, according to him, that Stalin and Zhdanov, on vacation in Sochi, on the shores of the Black Sea, telegraphed to &#034;Kaganovich, Molotov and other members of the Politburo&#034; that it was &#034;necessary and urgent to appoint Ezhov to the People's Commissariat for Internal Affairs&#034; (NKVD), and commented : &#034;Yagoda has shown himself definitively incapable of unmasking the Trotskyist-Zinovievist bloc. The GPU is four years behind&#034; [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Yezhov's appointment was announced in Pravda on the 27th : &#034;transferred&#034; to the PTT, Yagoda would in turn be purged a few months later. It was probably during this period that the leadership of the NKVD was reorganized under Yezhov's thumb and that the former Chekists who had led it since the time of the Civil War, Pauker, Trilisser, Agranov and others, disappeared : the only survivor of Yagoda's six deputies, Zakovsky, whose role in fabricating confessions at the trials was highlighted by Khrushchev in 1956, was also the only one whose first service in the political police was after the Civil War and who was thus able to escape suspicion of sympathizing with the Old Bolsheviks. Arrests among the latter multiplied, only a very small number of whom would appear at the second trial. It is worth noting that persistent rumors at the time attributed to Ordzhonikidze efforts to stop the coups threatening the old guard and to protect, in particular, his deputy Pyatakov, whose past as an opponent promised him a leading role in an upcoming trial. At the 22nd Congress, Khrushchev partially confirmed these rumors by revealing that Sergo Ordzhonikidze, whose death was to be announced on February 18, 1937, had in fact committed suicide because he &#034;no longer wanted to have anything to do with Stalin and share the responsibility for his abuses of power&#034; [24].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nor do we have much precise information about the trial for sabotage and terrorism that took place in Novosibirsk from 19 to 22 November 1936, in which, out of nine accused described as &#034;Trotskyists,&#034; six were sentenced to death and executed. The fact that the nine were presented as agents of Pyatakov, against whom the testimony of his friend Drobnis was produced, suggests a staged attack similar to that of July 1935 against Kamenev, designed to break the resistance and extract a confession from a man around whom the net was tightening, since his wife had already been arrested eight months before him, and since, according to the report of his trial, he only consented to the first confession in December 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second trial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second trial took place from January 23 to 30, 1937, before the same court, President Ulrich, and Prosecutor Vyshinsky. The eighteen defendants were chosen using the now classic method of amalgamation. Pyatakov was the main figure in the group of old Bolsheviks, along with Karl Radek : the former was still a member of the Central Committee, and the latter was an editor at Izvestia and co-author of the Constitution a few weeks earlier. Serebryakov, a former party secretary, a repentant oppositionist, and a railway administrator, and Sokolnikov, deputy commissar for the forest industry and deputy member of the Central Committee, were also from the old guard. The old Bolsheviks, former Decists, Drobnis and Boguslavsky, had also recanted their ideas, as had Livschitz, a former member of the United Opposition, and held important positions in the economic administration. Nikolai Muralov, Trotsky's old friend, is the only one of the former opponents who, before his last arrest, had never signed a declaration of repentance. A second group of accused is composed of economic officials, Kniazev and Turok, of the railways, Rataitchak and Shestov, of the chemical industry, all old communists, Norkin and Pushin, more recent communists and important administrators, the non-party Stroilov, chief engineer of the Ruznetsk coal trust. Finally, Arnold, a non-party &#034;chauffeur&#034; with multiple identities, and Hrasche, presented as a &#034;professor&#034; and a &#034;spy,&#034; form the now indispensable group of shady characters, probably playing the role of informers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The general outline of the trial differs little from the previous one. Pyatakov and his companions are accused of having organized a &#034;reserve center,&#034; a replacement leadership intended to eventually take over from the &#034;Trotskyist-Zinovievist center&#034; destroyed during the first trial. They acknowledge this and provide a wealth of detail about their relations with the leaders of the first &#034;center&#034; and with Trotsky. A former Izvestia correspondent, Romm, testifies that he met Trotsky in Paris at the end of July 1933 and that he received written instructions from him, which he brought back to Radek. Radek claims to have destroyed the texts, but gives their content : defeatism and terrorism were Trotsky's instructions. Pyatakov states that in December 1935, from Berlin, where he was on an official mission, he flew to Oslo, where he met Trotsky in his house : Trotsky gave him instructions for sabotage and terrorism and informed him of his talks with Rudolf Hess, the Nazi minister, Hitler's deputy, and of the agreements they had concluded for their common struggle against the USSR. Pyatakov and Radek further acknowledge their direct responsibility for all terrorist acts, committed or not, attributed to the action groups dependent on one or the other center, from the murder of Kirov to those - only planned - of Stalin, Voroshilov, Molotov, Kaganovich, Zhdanov, Kossior, Postychev, Eikhe, Chuhar and other lesser figures of the regime. The officials of the economic administration, from Serebryakov, the old Bolshevik, to Stroilov, the non-party man, confess to an impressive list of acts of sabotage that range from the systematic setting of very low labor standards for railway workers to the organization of derailments, including plans to reduce coal production by 80%, the organization of explosions in mines with the aim of killing as many Stakhanovite workers as possible, that of &#034;intoxications&#034; or &#034;mass poisonings,&#034; the squandering of public funds, the systematic delay, of up to three months, in the payment of workers' wages, the withdrawal from circulation of locomotives in good working order and their replacement by unrepaired machines. Kniazev, alone, admits to the organization of fifteen serious train accidents and 1,600 breakdowns. All declare that in this sabotage campaign, they have applied the directives given by Trotsky. The lesser-known of the accused also claim to have been agents of foreign intelligence services : Stroilov from Germany, Kniazev from Japan, Rataitchak being, according to Vyshinsky, &#034;perhaps a Polish and perhaps German spy&#034; [25] and Hrasche eating, like him, from several troughs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After this unveiling of turpitudes, Vyshinsky undertakes, in his indictment, to demonstrate, by going back to Trotsky's activity before the revolution, how the opposition was doomed to end in sabotage and treason. Thirteen defendants are sentenced to death, including Pyatakov, Muralov, Serebryakov, Boguslavsky, Drobnis. Arnold and Stroilov are sentenced to ten and five years in prison. Two of the stars of the trial, Sokolnikov and Radek, are spared, being sentenced only to ten years in prison. As after the first trial, before and after the execution, the press takes up in chorus Vyshinsky's vituperations against the condemned, &#034;professional criminals with the cold blood of a viper&#034; [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Problems posed by the second trial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second trial may not have been prepared by the same men ; it was undoubtedly prepared in the same offices, by specialists trained at the same school. Here too, it is clear that only those who confessed appear : all the files are numbered, Arnold has the number 36, which suggests that there are at least nineteen absentees. Their names are also cited during the proceedings, whether they are those responsible or those who carried out the crimes : Priobrazhensky is designated by Radek as a member of the center, Beloborodov, Boudou Mdivani, Kolziouhinski, to limit himself to the most well-known, are mentioned several times. Neither of them will ever appear in a public trial. The prosecution tries several times to have the accused confirm the confessions made by those convicted in the first trial, particularly with regard to the Kirov assassination. But the change of direction, the broadening of the range of &#034;confessed&#034; crimes forced the prosecutor to contest the confessions of those convicted in 1936, when he exclaimed : &#034;When we began to unravel more and more the abject skeins of their monstrous crimes, we discovered at every step the lies and deception of these men who were already one foot in the grave&#034; [27].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;None of the accused resisted, as Smirnov had attempted. Several, however, denied certain accusations and made ambiguous confessions. Pyatakov refused to admit that at the beginning of his &#034;Trotskyist&#034; activity, he knew it would lead him to treason and thus dealt a blow to the thesis of Trotskyism, a conscious betrayal. He denied any preparation for an attack on Stalin until too many other testimonies had been presented to him for him to continue without demolishing the entire edifice. Soon it would become known for certain that two testimonies, two major confessions, were false : the Oslo interview could not have taken place, if only because no foreign traveler had flown to Norway during the period indicated, and because the circumstances of Trotsky's stay did not allow him to receive such a visit in conditions of secrecy. Furthermore, he was under the surveillance of the French police in Saint-Palais at the time Romm claims to have met him in Paris. But the questionnaire drawn up by Trotsky to clarify Pyatakov's testimony was obviously not submitted to him : as the opposition leader feared, Pyatakov was executed on February 1, before world opinion could exert sufficient pressure to have him interrogated again.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, nothing remains today of the accusations and confessions from the second trial either. The &#034;Oslo trip&#034; does not exist any more than the Bristol Hotel. When, at the Nuremberg trials, the Russian prosecutor faced the principal leaders of Nazi Germany, and in particular Rudolf Hess, he did not ask any questions about the latter's interviews with Trotsky, the basis of the treason charge at the 1937 trial, despite the protests of Natalia Sedova and Trotsky's political friends. This silence and that of the German archives on this point clearly establish the falsification. In January 1937, Muralov, the Old Bolshevik, and Arnold, the adventurer, had confessed to a failed attack on Molotov's automobile in Prokopievsk in 1934. Muralov was executed. At the 22nd Congress, Shvernik, chairman of the Control Commission, said, speaking of Molotov's &#034;cynicism&#034; : &#034;During a trip to Prokopyevsk in 1934, the right wheels of his car slipped into a hollow in the road. None of the passengers were injured. This episode later served as a pretext for a version of an &#034;attack&#034; on Molotov's life, and a group of innocent people were convicted because of it.&#034; [28]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The meaning of the trial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, the key to the trial lies in the official stenographic report, and in particular in the interrogation and statements of Karl Radek, the true spokesman for the prosecution in the dock, one of the rare survivors of the trials, spared visibly as a reward for the role he had played in them. One of the most remarkable men of his generation for his intellectual abilities, close to the opposition from 1923 to 1926, an active member of it from 1926 to 1928, he had abandoned it in 1929 and would be, from that date, one of Trotsky's targets, who accused him in particular of having denounced Blumkin to the GPU and of having become a real informer. A highly talented actor, Radek is perfectly at ease in front of the court facing Vyshinsky, whom he occasionally puts in his place with a sharp word, nonchalantly denounces all the accomplices of the center, Bukharin and Rykov, exonerated four months earlier, Putna, a collaborator of Tukhachevsky, on whom he will leave a suspicion hanging, only to clear him of it the next day. Above all, he makes a final statement in which he humorously throws out some information on the conditions of the investigation and gives the trial its full political significance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Protesting against certain characterizations applied to the accused by the prosecutor, he begins by recalling that the entire trial is based on confessions. &#034;The trial,&#034; he says, &#034;has two central points. It has exposed the preparation for war and has shown that the Trotskyist organization has become the agency of those forces preparing the new world war. What is the evidence of this fact ? The evidence is the statements of two men : mine, in which I stated that I received directives and letters&#8212;which I burned, unfortunately&#8212;from Trotsky, and the statements of Pyatakov, who spoke with Trotsky. All other testimony is based on ours. If you are dealing only with mere common criminals, with informers, how can you be certain that what we have said is the truth, the unshakable truth ?&#034; [...] It goes without saying that the prosecutor and the court, who know the whole history of Trotskyism, who know us, have no reason to suspect us, who are dragging around this ball and chain that is terrorism, of having added to it for our own pleasure that of state treason. It is useless to try to persuade you. But we must first try to persuade the Trotskyist lunatics scattered and prowling around the country who have not yet laid down their arms, who are dangerous and must understand that we are telling here with deep emotion the truth and nothing but the truth,&#034; this truth which, according to him, Kamenev, Zinoviev and Mrachkovsky concealed, since &#034;Kamenev preferred to perish like a bandit without a political program&#034; [29].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radek therefore undertakes to demonstrate how Trotskyism leads to treason, because Stalin's power is too strong. &#034;The old Trotskyists,&#034; he says, &#034;maintained that it was impossible to build socialism in a single country : that is why it was necessary to accelerate the revolution in the West. Now this is what is offered to them : in the West, no revolution is possible ; for this reason, destroy socialism in the USSR. That socialism is being built in our country is a fact that no one can fail to see. &#187; Radek explains that, if he did not denounce the conspiracy, when he learned of the alliance between Trotsky and Hitler, it was on the one hand because &#034;Soviet justice is not a chopping machine&#034; and &#034;because there was a significant layer of people whom we had brought into this path of struggle who did not know, I would say, the essential principles of the organization, who wandered in the dark.&#034; Not without a certain black humor, he confesses : &#034;I must say that it was not me who was tortured, but that it was I who tortured the investigators by forcing them to do useless work. For two and a half months, I forced the investigating judge, through interrogations and by contrasting my statements with those of the other accused, to reveal the whole picture before me, so that I would know who had confessed, who had not confessed, to what extent the confessions were made by each. &#034;And he tells how, last of all, he &#034;confessed everything&#034;, making himself the director of the show : according to Krivitzki, it was an interview with Stalin that made him decide to &#034;continue the investigation against himself&#034; [30].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radek's conclusion is a political call for sacred union intended to disarm any virtual opposition : &#034;There are in this country half-Trotskyists, quarters of Trotskyists, eighths of Trotskyists, people who have helped us, unaware of the existence of the terrorist organization, having sympathy for us and who, out of liberalism or a rebellious spirit towards the party, have helped us. We say to these people : when there is a straw in the mass of a large hammer, the danger is not yet great ; but, when the straw is in a propeller, it can lead to a catastrophe. We are in a period of extreme tension, a pre-war period. To all these elements, [&#8230;] we say : anyone who feels in his relations with the party the slightest crack in his confidence must know that tomorrow he may become a diversionist, a traitor, if he does not apply himself to repairing this crack by total sincerity before the party. Secondly, we must tell the Trotskyist elements of France, Spain and other countries - there are such elements - that the experience of the Russian Revolution has shown that Trotskyism is the saboteur of the workers' movement. We must warn them that they will pay with their heads if they do not profit from our experience. Finally, we must tell the whole world, to all those who fight for peace, that Trotskyism is an instrument of the warmongers&#034; [31].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cynical Stalinist, Radek does not provide Stalin with free services. He intends to be rewarded for them and underlines their value : &#034;When Nicholas Ivanovich Muralov, the man closest to Trotsky, whom I believed was ready to die in prison without uttering a word, when this man made his declarations and justified them by saying that he did not want to die with the idea that his name could become the flag of all the counter-revolutionary rabble, well, that is the most profound result of this trial&#034; [32]. Through his mouth is expressed the necessity that is imposed on Stalin if he wants to preserve his threatened regime : it is necessary to overcome the diffuse opposition within the country, it is necessary to ensure the monopoly of the communist parties over the workers of France, Spain and elsewhere, it is necessary to win the alliance of the Western powers to ensure peace by maintaining the status quo. The condition of this victory is the prior destruction of the Trotskyist opposition, of the organization for the Fourth International, which must be annihilated because it threatens the dictatorship of the bureaucracy, both internally and externally : it is in this sense that the Muralov &#034;confession&#034; is &#034;the most profound result of the trial,&#034; because it, and it alone, is a real defeat for Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here too, however, the result appears slim, with the benefit of hindsight : while in Spain and France the NKVD killers are committed to the systematic liquidation of Trotsky's supporters and revolutionaries : anti-Stalinists in general, assassinating, in France, the Czechoslovak Klement and the Pole Reiss, then Leon Sedov himself, in Spain, the leader of the POUM Andres Nin, the Austrian Kurt Landau, the Czech Erwin Wolf, the German Moulin and many others, it is inevitably led to strike in the USSR even well beyond the numerically reduced core of the &#034;Trotskyists&#034; and to exterminate the entire old guard of Bolsheviks and foreign communists residing in the USSR, the very cadres of the party and the International.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Closed trial and liquidation without judgment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A whole series of arrests immediately followed the Pyatakov trial. Bukharin and Rykov were probably arrested at this time, as was the jurist Pashukanis, whom Pravda attacked on January 20. Ordzhonikidze's suicide on February 18 was another aspect of the struggle taking place within the apparatus, of which the plenary assembly of the Central Committee, which took place between February 23 and March 5, was only one episode. The Pravda communiqu&#233; of March 6 stated that &#034;the question of the anti-Party activity of Bukharin and Rykov was examined&#034; and that their expulsion from the party had been decided. Krivitsky and the authors of Stalinist assert that Bukharin and Rykov, taken from prison for the occasion, attended the assembly and pleaded not guilty in vain. The report made by Khrushchev in Moscow and published in Pravda on March 17 seems to confirm the presence of the two men at the Central Committee : &#034;They came to the assembly to deceive it, [...] they did not take the path of repentance&#034; and must be considered as &#034;enemies of the party and the working class.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;If Stalin were about to return to the path of revolution, he would not have exterminated and demoralized the revolutionaries. In the final analysis, Mussolini is right when he writes in the &#034;Giornale d'Italia&#034; that &#034;no one so far has dealt a harsher blow to the ideal of communism (of the proletarian revolution) nor exterminated communists with such ferocity as Stalin.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leon Trotsky &#8211; March 9, 1938&lt;br class='autobr' /&gt;
The Trial of the 21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trial report&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Even before it was over, the Moscow trial had already tired public opinion with the accumulation of incredible absurdities. It was possible for any average journalist to write in advance the text of the speech to be delivered the next day by Prosecutor Vyshinsky ; only, perhaps, the quantity of crude insults could be underestimated.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vyshinsky's case is linked to the political trial. During the revolution, he was in the White camp. Having changed his orientation after the final victory of the Bolsheviks, he long felt humiliated and watched. Today, he has his revenge. He can mock Bukharin, Rykov, Rakovsky, whose names he had to pronounce with exaggerated respect for many years. Meanwhile, ambassadors Troyanovsky, Maisky, Suritz, each of whom has a past as fraught as Vyshinsky, are explaining to the public opinion of civilized humanity that they followed the precepts of the October Revolution, while Bukharin, Rykov, Rakovsky, Trotsky, and many others betrayed these teachings, as they have always betrayed. Everything is turned upside down.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From the conclusions that Vyshinsky will have to deliver at the end of the last series of trials, it emerges that the Soviet state is a centralized apparatus of treason. The heads of government and the majority of the People's Commissars (Rykov, Kamenev, Rudzutak, Smirnov, Yakovlev, Rosengoltz, Chernov, Grinko, Ivanov, Ossinsky and others) ; the great Soviet diplomats (Rakovsky, Sokolnikov, Krestinsky, Kavatchan, Bogomolov, Yurenev and others) ; all the leaders of the Comintern (Zinoviev, Bukharin, Radek) ; the most important leaders of the economy (Pyatakov, Smirnov, Serebryakov, Lifshitz and others) ; the best captains and leaders of the Red Army (Chukhachevsky, Mrachkovsky, Alksnis, Admiral Orlov and others) ; the most outstanding worker-revolutionaries that Bolshevism has produced in the last 35 years (Tomsky, Evdokimov, Smirnov, Bakayev, Serebryakov, Bugulansky, Mrachkovsky) ; the leaders and members of the governments of the Russian Soviet Republics (Sulimov, Varvara Yakoleva) ; all the leaders without exception of the 30 Soviet Republics, that is, the leaders of the national liberation movements (Budu Midvani, Okudzhava, Kavtaradze, Chervyakov, Goloded, Skrypnik, Lyubshanko, Nestor Lakoba, Faisal Khodzaev, Ikramov and dozens of others) ; the leaders of the GPU of the last ten years (Yagoda and his collaborators) ; Last but not least, the members of the all-powerful Politburo, which is in fact the supreme power in the country : Trotsky, Zinoviev, Kamenev, Tomsky, Rykov, Bukharin, Rudzutak &#8211; all participated in the conspiracy against Soviet power even during the years when it was still in their hands. As agents of foreign powers, all of them tried to dismantle the Soviet federation they had created and to enslave to fascism the peoples for whose liberation they had fought for decades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In their criminal activities, ministers, marshals, and ambassadors invariably submitted to a single person. Not an official leader, but an outlaw. At his mere sign, veterans of the revolution became agents of Hitler and the Mikado. On Trotsky's &#034;instructions,&#034; transmitted through a casual correspondent from the Tass agency, the leaders of industry, transport, and agriculture destroyed the country's productive forces, as well as its cultural wealth. On an order sent from Norway or Mexico by the &#034;enemy of the people,&#034; Far Eastern railway workers destroyed military convoys, and venerated Kremlin doctors poisoned their patients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The revelations of the recent trials have led Vyshinsky to paint a very strange picture of the Soviet state ! But that's the difficulty. The totalitarian regime is the dictatorship of the apparatus. If all the key positions in the apparatus belonged to Trotskyists who were entirely devoted to me, why then is Stalin in the Kremlin and I in exile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Everything is turned upside down in this trial. The enemies of the October Revolution present themselves as its executors &#8211; the careerists boast of being the champions of its ideals, the specialists in falsification are the investigating judges, the prosecutors and the judges in court. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leon Trotsky &#8211; March 10, 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The rest&lt;br class='autobr' /&gt;
In the press&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the highly charged news of the summer of 1936, the first trial occupied a more than honorable place. A large number of newspapers devoted several columns to the event. However, journalists seemed disoriented when it came to commenting on the trial and generally relied on the widely reproduced Havas agency &#034;commentary&#034; : &#034;The proceedings progressed in a tangle of confessions and half-confessions, of partial denials concerning points of no interest... As in the previous proceedings, the accused defended themselves on nuances of interpretation, doctrine, and tones of intention that only those initiated into Russian revolutionary activity followed with interest... There seems no doubt that the accusation was partly founded. It is, however, impossible to say to what extent it was.&#034; A very small minority of newspapers, both right-wing and left-wing, expressed their conviction in the innocence of the accused. In general, the press maintained a certain reserve : &#034;Who knows ?&#034; &#034;We don't know, we can't know,&#034; wrote L'Intransigeant, summarizing the opinion of most observers. The press reaction was a little more lively in January 1937. The confessions of the accused aroused more skepticism : &#034;I am guilty, you are guilty, he is guilty... The series of confessions continues in Moscow,&#034; wrote Le Journal. But Le Temps, a respected news journal, considered, like many others, that the confessions of the accused prejudged their guilt &#034;even if some confessions do indeed seem implausible&#034; : &#034;The accused all agree in recognizing the accusations against them as well-founded. There is no doubt that the accused organized attacks against the current leaders of the Party and the Soviet government, that they wanted to clear the way to take power and that, between them and the Stalinist group, it was a fight to the death in which they made light of human lives.&#034; &#187; Albert Mousset, in the very &#034;respectable&#034; Journal des D&#233;bats, calls on Dostoyevsky to &#034;explain&#034; his inability to take sides : &#034;It is difficult to form an opinion on the innocence or guilt of those shot in Moscow. Let us again refer to Dostoyevsky who said... &#034;It is only among us that the most outspoken scoundrel can be fundamentally, even sublimely honest, without ceasing to be a scoundrel.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The majority of the press may acknowledge that the confessions are &#034;extravagant&#034;, &#034;strange&#034;, &#034;astonishing&#034;, &#034;confusing&#034;, but only six newspapers (39) consider the accused innocent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Read here&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charles Plisnier in &#8220;Fake Passports&#8221; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;What does this new trial mean ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Do we want the world to believe that all these Bolshevik leaders, who escaped from the Tsar's prisons and his gallows, who, around Lenin, facing civil war, foreign war, built the USSR, have gathered to betray it ? Do we want the world to believe that these Partisans who, for their Party, suffered prison, deportation, hunger and slander, have gathered to sell it out and destroy it ? Do we want the world to believe that these strategists and tacticians of the revolution have resolved to have Stalin assassinated, at the precise moment when their power becomes so strong and their star so close, that, in order to reduce them, it is necessary to arrest their comrades in struggle, by the thousands and tens of thousands, in all the Republics ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No. No. I knew these Zinovievs, these Smirnovs : it is through the reform of the Party that they want to save Russia and the Revolution&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Moscow trial is flooding the newspapers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;How is it that world opinion does not rise up ? What has become of this working-class conscience, which allows the survivors of its first revolution to be dishonored by officials ? (&#8230;) In the midst of these newspapers that I have read, crumpled, and re-read, it seems to me that an unhealthy emanation, a base madness, envelops me and debases me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These men, one after the other, renounce defending themselves against the most outrageous accusations, those of treason and assassination. One after the other, this one who was the leader of the first soviet of the first revolution, that one who was the organizer of the victory in Asia, all of them admit their crimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Accused, this statement proves that you have committed a serious crime. Do you confess guilt ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; - Yes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;So, all of you, you assassinated Stavrov ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; - Yes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;So, you all organized the assassination ?&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; - Yes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;How should we assess the articles and statements you wrote in 1933, in which you expressed your devotion to the Party ? A lie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; - Worse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;- A perfidy ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; - Worse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Worse than lies. Worse than perfidy. Say the word yourselves : betrayal ?&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;You found it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;- Treason, perfidy, duplicity !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; - Yes. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I'm living in a nightmare.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur les causes de la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6571</link>
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		<dc:date>2024-09-11T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les causes de la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole &lt;br class='autobr' /&gt;
(mars 1939) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les inventeurs du parapluie &lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieil humoriste fran&#231;ais a racont&#233; comment un petit bourgeois en est venu &#224; inventer le parapluie. Marchant dans la rue sous la pluie, il commen&#231;a &#224; se demander &#224; quel point ce serait beau si les rues &#233;taient couvertes de toits... Mais cela g&#234;nerait la libre circulation de l'air... Il faudrait qu'il soit d&#233;plac&#233; par le pi&#233;ton, tenant quelques sorte de levier dans ses mains, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;Sur les causes de la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(mars 1939)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les inventeurs du parapluie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieil humoriste fran&#231;ais a racont&#233; comment un petit bourgeois en est venu &#224; inventer le parapluie. Marchant dans la rue sous la pluie, il commen&#231;a &#224; se demander &#224; quel point ce serait beau si les rues &#233;taient couvertes de toits... Mais cela g&#234;nerait la libre circulation de l'air... Il faudrait qu'il soit d&#233;plac&#233; par le pi&#233;ton, tenant quelques sorte de levier dans ses mains, etc., etc. Enfin, notre inventeur s'est exclam&#233; : &#171; Bah ! Eh bien, c'est un parapluie ! &#187; Les inventeurs du parapluie se rencontrent aujourd'hui &#224; chaque pas parmi les &#171; gauchistes &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En son temps, le bolchevisme a discr&#233;dit&#233; la politique r&#233;formiste pendant plusieurs ann&#233;es. Mais avec l'av&#232;nement de la r&#233;action, les staliniens et tous leurs sous-fifres ont recommenc&#233; &#224; inventer le parapluie du r&#233;formisme : &#171; le Front populaire &#187; (coalition avec la bourgeoisie) ; le devoir du prol&#233;tariat de d&#233;fendre la patrie d&#233;mocratique (social-patriotisme) ; etc. Et ils le font avec toute la vigueur de l'ignorance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre parapluie nouvellement invent&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le journal mexicain El Popular , qui a acquis une renomm&#233;e presque internationale pour la profondeur de son &#233;rudition, son honn&#234;tet&#233; de pens&#233;e et le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de sa politique, Guillermo Vegas Le&#243;n, qui n'est pas tout &#224; fait inconnu de nos lecteurs, prend la d&#233;fense de la politique du Front populaire espagnol &#224; l'aide d'un parapluie nouvellement invent&#233;. La guerre d'Espagne, voyez-vous, n'est pas une guerre pour le socialisme mais plut&#244;t une guerre contre le fascisme. Dans la guerre contre le fascisme, il est interdit de s'engager dans des aventures telles que la saisie d'usines et de terres. Seuls les amis du fascisme sont capables de proposer de tels plans. Et ainsi de suite et donc pas. Les &#233;v&#233;nements historiques n'exercent &#233;videmment aucune influence sur les gens qui vivent au royaume de la copie de journaux bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Le&#243;n ne sait pas que le m&#234;me parapluie a &#233;t&#233; utilis&#233; dans leurs op&#233;rations par les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires russes (le parti de Kerensky). Ils ne se sont jamais lass&#233;s de r&#233;p&#233;ter que la R&#233;volution russe &#233;tait &#171; d&#233;mocratique &#187; et non socialiste ; que dans une guerre avec l'Allemagne, qui mena&#231;ait la jeune r&#233;publique d&#233;mocratique, toute tentative pour s'engager dans des aventures telles que l'expropriation des moyens de production devait porter secours &#224; Hohenzollern. Et dans la mesure o&#249; il n'y avait pas quelques sc&#233;l&#233;rats parmi eux, ils affirmaient &#233;galement que les bolcheviks avaient fait tout cela pour une raison secr&#232;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de classe de la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'une r&#233;volution soit &#171; antifasciste &#187; ou prol&#233;tarienne, bourgeoise ou socialiste, cela n'est pas d&#233;termin&#233; par des &#233;tiquettes politiques mais par la structure de classe d'une nation donn&#233;e. Pour Le&#243;n, l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; &#224; partir du milieu du XIXe si&#232;cle environ est pass&#233;e inaper&#231;ue. Pourtant, ce d&#233;veloppement dans les pays capitalistes a emport&#233; la petite et la moyenne bourgeoisie, les rejetant au second plan, les d&#233;gradant et les abaissant. Les principales classes de la soci&#233;t&#233; moderne &#8211; y compris l'Espagne &#8211; sont la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. La petite bourgeoisie ne peut pas &#8211; en tout cas, pour une longue p&#233;riode &#8211; exercer le pouvoir ; cela doit &#234;tre entre les mains de la bourgeoisie ou entre les mains du prol&#233;tariat. En Espagne, la bourgeoisie, pouss&#233;e par la peur de sa propri&#233;t&#233;, est pass&#233;e compl&#232;tement dans le camp du fascisme.La seule classe capable de mener une lutte s&#233;rieuse contre le fascisme est le prol&#233;tariat. Elle seule aurait pu rallier les masses opprim&#233;es, surtout la paysannerie espagnole. Mais le pouvoir ouvrier ne pouvait &#234;tre que le pouvoir socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la Chine et de la Russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, objecte M. Le&#243;n, le but imm&#233;diat est la lutte contre le fascisme. Toutes nos forces doivent &#234;tre centr&#233;es sur ce but imm&#233;diat, etc., etc. Bien s&#251;r, bien s&#251;r ! Mais dites-nous, priez, pourquoi dans une lutte contre le fascisme la terre doit-elle appartenir aux propri&#233;taires terriens et les usines et les moulins aux capitalistes, qui sont tous dans le camp de Franco ? Est-ce peut-&#234;tre parce que les paysans et les ouvriers &#171; n'ont pas m&#251;ri &#187; pour la saisie des terres et des usines ? Mais ils ont prouv&#233; leur maturit&#233; en s'emparant de leur propre initiative des terres et des usines. Les r&#233;actionnaires, qui se disent r&#233;publicains, sous la direction des staliniens, ont r&#233;ussi &#224; &#233;craser ce mouvement puissant pr&#233;tendument au nom de &#171; l'antifascisme &#187;, mais en r&#233;alit&#233; dans l'int&#233;r&#234;t des propri&#233;taires bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un autre exemple. Actuellement, la Chine est engag&#233;e dans une guerre contre le Japon, une guerre juste et d&#233;fensive contre les pillards et les oppresseurs. Sous pr&#233;texte de cette guerre, le gouvernement de Chiang Kai-shek, aid&#233; du gouvernement de Staline, a &#233;cras&#233; toute lutte r&#233;volutionnaire et surtout la lutte des paysans pour la terre. Les exploiteurs et les staliniens disent : &#171; Ce n'est pas le moment de r&#233;soudre la question agraire. Il s'agit maintenant d'une lutte commune contre le Mikado. Pourtant, il va de soi que si les paysans chinois poss&#233;daient pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'heure actuelle la terre, ils la d&#233;fendraient bec et ongles contre les imp&#233;rialistes japonais. Il faut rappeler une fois de plus que si la R&#233;volution d'Octobre a pu triompher dans une guerre de trois ans sur d'innombrables ennemis,y compris les corps exp&#233;ditionnaires des plus puissantes puissances imp&#233;rialistes, ce n'est que parce que cette victoire &#233;tait surtout assur&#233;e par le fait que pendant la guerre les paysans avaient pris possession de la terre tandis que les ouvriers tenaient les moulins et les usines. Seule la fusion du renversement socialiste avec la guerre civile rendit la R&#233;volution russe invincible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des messieurs comme M. Le&#243;n d&#233;terminent le caract&#232;re d'une r&#233;volution par le nom que lui donnent les lib&#233;raux bourgeois et non par la mani&#232;re dont elle s'exprime dans la lutte de classe r&#233;elle, ni par la fa&#231;on dont elle est ressentie - m&#234;me si elle n'est pas toujours clairement comprise - par les masses r&#233;volutionnaires. Mais nous regardons la r&#233;volution espagnole non pas &#224; travers les yeux du philistin lib&#233;ral Aza&#241;a, mais &#224; travers les yeux des ouvriers de Barcelone et des Asturies, et des paysans de S&#233;ville qui se battaient pour les moulins et les usines, pour la terre, pour un avenir meilleur. , et pas du tout pour l'ancienne ombrelle parlementaire du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction vide de &#171; l'antifascisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concepts m&#234;mes d'&#171; antifascisme &#187; et d'&#171; antifasciste &#187; sont des fictions et des mensonges. Le marxisme aborde tous les ph&#233;nom&#232;nes d'un point de vue de classe. Aza&#241;a n'est &#171; antifasciste &#187; que dans la mesure o&#249; le fascisme emp&#234;che les intellectuels bourgeois de se tailler une carri&#232;re parlementaire ou autre. Confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de choisir entre le fascisme et la r&#233;volution prol&#233;tarienne, Aza&#241;a se montrera toujours du c&#244;t&#233; des fascistes. Toute sa politique pendant les sept ann&#233;es de r&#233;volution le prouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le slogan &#171; Contre le fascisme, pour la d&#233;mocratie ! ne peut pas attirer des millions et des dizaines de millions de citoyens ne serait-ce que parce qu'en temps de guerre il n'y avait pas et il n'y a pas de d&#233;mocratie dans le camp des r&#233;publicains. Tant avec Franco qu'avec Aza&#241;a, il y a eu la dictature militaire, la censure, la mobilisation forc&#233;e, la faim, le sang et la mort. Le slogan abstrait &#171; Pour la d&#233;mocratie ! suffit aux journalistes lib&#233;raux mais pas aux ouvriers et aux paysans opprim&#233;s. Ils n'ont rien &#224; d&#233;fendre &#224; part l'esclavage et la pauvret&#233;. Ils n'orienteront toutes leurs forces vers l'&#233;crasement du fascisme que si, en m&#234;me temps, ils sont capables de r&#233;aliser des conditions d'existence nouvelles et meilleures. En cons&#233;quence, la lutte du prol&#233;tariat et des paysans les plus pauvres contre le fascisme ne peut au sens social &#234;tre d&#233;fensive mais seulement offensive.C'est pourquoi Le&#243;n fait fausse route quand, &#224; la suite des philistins les plus &#171; autoritaires &#187;, il nous fait la le&#231;on que le marxisme rejette les utopies, et que l'id&#233;e d'une r&#233;volution socialiste dans une lutte contre le fascisme est utopique. En fait,la pire et la plus r&#233;actionnaire forme d'utopisme est l'id&#233;e qu'il est possible de lutter contre le fascisme sans renverser l'&#233;conomie capitaliste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#233;tait possible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraiment &#233;tonnante est l'ignorance totale de ces gens. Ils n'ont aucune id&#233;e de l'existence, &#224; commencer par Marx et Engels, d'une litt&#233;rature mondiale dans laquelle le concept m&#234;me de la r&#233;volution d&#233;mocratique et son m&#233;canisme de classe interne ont &#233;t&#233; soumis &#224; l'analyse. Il est &#233;vident qu'ils n'ont jamais lu les documents de base des quatre premiers congr&#232;s de l'Internationale communiste ni les recherches th&#233;oriques de la Quatri&#232;me Internationale, qui prouvent et expliquent et permettent m&#234;me &#224; un enfant de dig&#233;rer le fait que la lutte contre le fascisme est impensable dans le monde moderne. conditions autres que par les m&#233;thodes de la lutte de classe prol&#233;tarienne pour le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs se repr&#233;sentent l'histoire comme pr&#233;parant minutieusement les conditions de la r&#233;volution socialiste, r&#233;partissant les r&#244;les, inscrivant en gros caract&#232;res sur un arc de triomphe : ENTREE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE, garantissant la victoire puis invitant poliment les honorables dirigeants &#224; assumer les postes importants de ministres, d'ambassadeurs , etc. Non. La question est quelque peu diff&#233;rente ; c'est beaucoup plus complexe, difficile et dangereux. Les opportunistes, les imb&#233;ciles r&#233;actionnaires et les l&#226;ches petits-bourgeois n'ont jamais reconnu et ne reconna&#238;tront jamais la situation qui met le renversement socialiste &#224; l'ordre du jour. Pour cela, il faut &#234;tre un marxiste r&#233;volutionnaire, un bolchevik ; pour ce faire, il faut pouvoir m&#233;priser l'opinion publique de la petite bourgeoisie &#171; &#233;duqu&#233;e &#187;, qui ne refl&#232;te que les peurs &#233;go&#239;stes de classe du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat &#233;tait assez fort&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de la CNT et de la FAI d&#233;clarent eux-m&#234;mes apr&#232;s le soul&#232;vement de mai 1937 : &#171; Si nous l'avions souhait&#233;, nous aurions pu prendre le pouvoir &#224; tout moment, car toutes les forces &#233;taient de notre c&#244;t&#233;, mais nous ne voulions pas de dictature &#187;, etc. , etc. Ce que les serviteurs anarchistes de la bourgeoisie ont voulu ou n'ont pas voulu est &#224; la longue une question secondaire. Ils admettaient cependant que le prol&#233;tariat insurrectionnel &#233;tait assez fort pour avoir conquis le pouvoir. S'il avait eu une direction r&#233;volutionnaire et non d&#233;loyale, il aurait purg&#233; l'appareil d'&#201;tat de tous les Aza&#241;as, institu&#233; le pouvoir des soviets, donn&#233; la terre aux paysans, les moulins et les usines aux ouvriers - et la r&#233;volution espagnole aurait sont devenus socialistes et invincibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parce qu'il n'y avait pas de parti r&#233;volutionnaire en Espagne, et parce qu'il y avait au contraire une multitude de r&#233;actionnaires s'imaginant socialistes et anarchistes, ils r&#233;ussirent sous l'&#233;tiquette du Front populaire &#224; &#233;trangler la r&#233;volution socialiste et &#224; assurer la victoire de Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout simplement ridicule de justifier la d&#233;faite par des r&#233;f&#233;rences &#224; l'intervention militaire des fascistes italiens et des nazis allemands, et &#224; la conduite perfide des &#171; d&#233;mocraties &#187; fran&#231;aise et britannique. Les ennemis resteront toujours des ennemis. La r&#233;action interviendra toujours chaque fois qu'elle le pourra. La &#171; d&#233;mocratie &#187; imp&#233;rialiste trahira toujours. Cela signifie que la victoire du prol&#233;tariat est impossible en g&#233;n&#233;ral ! Mais qu'en est-il de la victoire du fascisme en Italie et en Allemagne m&#234;me ? Aucune intervention l&#224;-bas. Au lieu de cela, nous avions l&#224;-bas un prol&#233;tariat puissant et un tr&#232;s grand parti socialiste et, dans le cas de l'Allemagne, un grand parti communiste &#233;galement. Pourquoi alors n'y a-t-il pas eu de victoire sur le fascisme ? Pr&#233;cis&#233;ment parce que les principaux partis ont essay&#233; de r&#233;duire la question dans ces deux pays &#224; une lutte &#171; contre le fascisme &#187; alors que seule une r&#233;volution socialiste peut vaincre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution espagnole &#233;tait l'&#233;cole supr&#234;me. Il est inadmissible de permettre la moindre frivolit&#233; envers ses le&#231;ons ch&#232;rement achet&#233;es. A bas le charlatanisme, le phras&#233;ologie, l'ignorance b&#233;ate et le parasitisme intellectuel ! Nous devons &#233;tudier s&#233;rieusement et honn&#234;tement et pr&#233;parer l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;La trag&#233;die de l'Espagne&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(janvier 1939)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des chapitres les plus tragiques de l'histoire moderne tire maintenant &#224; sa fin en Espagne. Du c&#244;t&#233; de Franco, il n'y a ni arm&#233;e fid&#232;le ni soutien populaire. Il n'y a que la cupidit&#233; des propri&#233;taires pr&#234;ts &#224; noyer dans le sang les trois quarts de la population ne serait-ce que pour maintenir leur domination sur le quart restant. Cependant, cette f&#233;rocit&#233; cannibale ne suffit pas &#224; remporter une victoire sur l'h&#233;ro&#239;que prol&#233;tariat espagnol. Franco avait besoin d'aide de l'autre c&#244;t&#233; du front. Et il a obtenu cette aide. Son principal assistant &#233;tait et est toujours Staline, le fossoyeur du Parti bolchevik et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La chute de la grande capitale prol&#233;tarienne, Barcelone, vient en repr&#233;sailles directes au massacre du soul&#232;vement du prol&#233;tariat barcelonais en mai 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi insignifiant que soit Franco lui-m&#234;me, si mis&#233;rable que soit sa clique d'aventuriers, sans honneur, sans conscience et sans talents militaires, la grande sup&#233;riorit&#233; de Franco r&#233;side dans ce qu'il a un programme clair et d&#233;fini : sauvegarder et stabiliser la propri&#233;t&#233; capitaliste, le r&#232;gne de les exploiteurs et la domination de l'&#233;glise ; et restaurer la monarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes poss&#233;dantes de tous les pays capitalistes &#8211; qu'elles soient fascistes ou d&#233;mocrates &#8211; se sont av&#233;r&#233;es, par la nature des choses, du c&#244;t&#233; de Franco. La bourgeoisie espagnole est pass&#233;e compl&#232;tement dans le camp de Franco. A la t&#234;te du camp r&#233;publicain, restaient les rebuts &#8211; hors d'armure &#171; d&#233;mocratiques &#187; &#8211; porteurs de la bourgeoisie. Ces messieurs ne pouvaient pas d&#233;serter du c&#244;t&#233; du fascisme, car les sources m&#234;mes de leur influence et de leurs revenus proviennent des institutions de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui n&#233;cessitent (ou exigeaient !) pour leur fonctionnement normal des avocats, des d&#233;put&#233;s, des journalistes, bref, les champions d&#233;mocrates du capitalisme. Le programme d'Aza&#241;a et de ses associ&#233;s est la nostalgie d'un jour r&#233;volu. C'est tout &#224; fait insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire a eu recours &#224; la d&#233;magogie et aux illusions pour faire basculer les masses derri&#232;re lui. Pendant une certaine p&#233;riode, cela s'est av&#233;r&#233; fructueux. Les masses qui avaient assur&#233; tous les succ&#232;s ant&#233;rieurs de la r&#233;volution continuaient &#224; croire que la r&#233;volution arriverait &#224; sa conclusion logique, c'est-&#224;-dire bouleverser les rapports de propri&#233;t&#233;, donner la terre aux paysans et transf&#233;rer les usines aux mains des ouvriers. La force dynamique de la r&#233;volution &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment log&#233;e dans cet espoir des masses pour un avenir meilleur. Mais les honorables r&#233;publicains ont tout fait pour pi&#233;tiner, salir ou simplement noyer dans le sang les espoirs ch&#233;ris des masses opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, nous avons assist&#233; au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es &#224; la m&#233;fiance et &#224; la haine croissantes des cliques r&#233;publicaines de la part des paysans et des ouvriers. Le d&#233;sespoir ou la morne indiff&#233;rence remplace peu &#224; peu l'enthousiasme r&#233;volutionnaire et l'esprit d'abn&#233;gation. Les masses ont tourn&#233; le dos &#224; ceux qui les avaient tromp&#233;s et pi&#233;tin&#233;s. C'est la principale raison de la d&#233;faite des troupes r&#233;publicaines. L'inspirateur de la tromperie et du massacre des ouvriers r&#233;volutionnaires d'Espagne &#233;tait Staline. La d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole tombe comme une nouvelle tache ind&#233;l&#233;bile sur le gang du Kremlin d&#233;j&#224; &#233;clabouss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasement de Barcelone porte un coup terrible au prol&#233;tariat mondial, mais il enseigne aussi une grande le&#231;on. La m&#233;canique du Front populaire espagnol en tant que syst&#232;me organis&#233; de tromperie et de trahison des masses exploit&#233;es a &#233;t&#233; compl&#232;tement expos&#233;e. Le mot d'ordre de &#171; d&#233;fense de la d&#233;mocratie &#187; a une fois de plus r&#233;v&#233;l&#233; son essence r&#233;actionnaire, et en m&#234;me temps, sa vacuit&#233;. La bourgeoisie veut perp&#233;tuer son r&#232;gne d'exploitation ; les travailleurs veulent se lib&#233;rer de l'exploitation. Telles sont les v&#233;ritables t&#226;ches des classes fondamentales de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cliques mis&#233;rables d'interm&#233;diaires petits-bourgeois, ayant perdu la confiance et les subsides de la bourgeoisie, ont cherch&#233; &#224; sauver le pass&#233; sans faire de concessions pour l'avenir. Sous l'&#233;tiquette du Front populaire, ils cr&#233;ent une soci&#233;t&#233; par actions. Sous la direction de Staline, ils ont assur&#233; la d&#233;faite la plus terrible alors que toutes les conditions de la victoire &#233;taient r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat espagnol fit preuve d'une extraordinaire capacit&#233; d'initiative et d'h&#233;ro&#239;sme r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution a &#233;t&#233; ruin&#233;e par des &#171; dirigeants &#187; mesquins, m&#233;prisables et totalement corrompus. La chute de Barcelone signifie avant tout la chute des IIe et IIIe Internationales, ainsi que de l'anarchisme, pourri jusqu'en son c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avant vers une nouvelle route, ouvriers ! En avant sur la route de la r&#233;volution socialiste internationale !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La politique dite de &#171; Front populaire &#187; en France</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7814</link>
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		<dc:date>2024-06-30T22:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La politique dite de &#171; Front populaire &#187; en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Origine et &#171; th&#233;orie &#187; des fronts populaires &lt;br class='autobr' /&gt;
Brusque tournant &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 9 octobre 1934, se tenait salle Bullier &#224; Paris un meeting du P.C.F. Thorez, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, lan&#231;ait le premier appel &#224; la constitution d'un &#171; front populaire du travail, de la libert&#233; et de la paix &#187;. Il s'agissait, selon Thorez et la direction du P.C.F., d'&#233;largir l'unit&#233; d'action r&#233;alis&#233;e entre le P.S. et le P.C.F. aux &#171; classes moyennes &#187;. Le m&#234;me jour, au comit&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;1-3 Le r&#233;formisme d'aujourd'hui, du syndicalisme &#224; l'altermondialisme et au d&#233;mocratisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La politique dite de &#171; Front populaire &#187; en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Origine et &#171; th&#233;orie &#187; des fronts populaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brusque tournant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 octobre 1934, se tenait salle Bullier &#224; Paris un meeting du P.C.F. Thorez, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, lan&#231;ait le premier appel &#224; la constitution d'un &#171; front populaire du travail, de la libert&#233; et de la paix &#187;. Il s'agissait, selon Thorez et la direction du P.C.F., d'&#233;largir l'unit&#233; d'action r&#233;alis&#233;e entre le P.S. et le P.C.F. aux &#171; classes moyennes &#187;. Le m&#234;me jour, au comit&#233; de coordination du P.S. et du P.C.F., des repr&#233;sentants du P.C.F. proposaient l'&#233;laboration d'un programme susceptible de servir de base &#224; la constitution de ce front populaire. Toujours selon les dirigeants du P.C.F., le parti radical &#233;tait la repr&#233;sentation politique des classes moyennes. Le 24 octobre, nouveau discours de Thorez &#224; Nantes, o&#249; allait se tenir le congr&#232;s du parti radical. Il s'adressait &#171; aux groupements radicaux hostiles &#224; la r&#233;action &#187;, proposant un programme qui comprenait jusqu'&#224; la d&#233;fense de la Constitution de la III&#176; R&#233;publique. La direction du P.C.F. s'emparait du manifeste lanc&#233; fin mars 1934 par le &#171; Comit&#233; de vigilance des intellectuels antifascistes &#187;, mais en lui donnant un contenu politique qui d&#233;passait consid&#233;rablement cet appel. Le nouveau cours politique, qui depuis quarante ans est constamment repris par les partis communistes, avait trouv&#233; sa formule : front populaire, rassemblement populaire, union populaire, unit&#233; populaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;claration et orientation &#233;tonnantes, au moins en apparence, si on les compare &#224; ce que le m&#234;me Maurice Thorez &#233;crivait encore quelques mois avant : les mouvements de f&#233;vrier &#171; ont permis &#224; ces m&#234;mes prol&#233;taires de juger et de condamner le parti socialiste dans son r&#244;le de principal soutien social de la bourgeoisie, dans sa pratique d'auxiliaire du fascisme &#187; (l'Humanit&#233; du 20 mars 1934).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non moins net &#233;tait l'appel de l'Association r&#233;publicaine des anciens combattants (A.R.A.C.) publi&#233; le 6 f&#233;vrier 1934 par L'Humanit&#233; sous le titre &#171; Manifestez... &#187; : &#171; Tous &#224; 20 heures au rond-point des Champs&#173;-Elys&#233;es [ ... ]. A la fois contre les bandes fascistes, contre le gouvernement et contre la social-d&#233;mocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naissance de la &#171; th&#233;orie &#187; du &#171; Social-fascisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le dernier &#233;cho de la &#171; th&#233;orie &#187; du &#171; social-fascisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons revenir l'origine de cette &#171; th&#233;orie &#187; du &#171; social-fascisme &#187; et suivre ses d&#233;veloppements. Quelques lecteurs pourraient s'&#233;tonner : formellement, en effet, les &#171; th&#233;ories &#187; du &#171; social-fascisme &#187; et des &#171; fronts populaires &#187; sont radicalement oppos&#233;es. En r&#233;alit&#233;, ainsi que nous allons le voir, l'une (celle des &#171; fronts populaires &#187;) est la cons&#233;quence de l'autre (celle du &#171; social&#173;-fascisme &#187;). Elles sont les deux faces d'une m&#234;me m&#233;daille. Elles r&#233;sultent d'une opposition grandissante de ceux qui les ont &#233;labor&#233;es, en l'occurrence la bureaucratie du Kremlin et des P.C. qui font partie de son appareil international, aux int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat et de la r&#233;volution. Cette continuit&#233; de contenu doit &#234;tre mise en &#233;vidence, pour bien appr&#233;hender les origines et la &#171; th&#233;orie &#187; des &#171; fronts populaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale communiste a commenc&#233; &#224; &#233;laborer la &#171; th&#233;orie &#187; du &#171; social-fascisme &#187; en fonction du cours de, la lutte des classes en Allemagne. La raison en est qu'au lendemain de la Premi&#232;re Guerre mondiale en Allemagne se sont concentr&#233;s tous les probl&#232;mes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne et conjointement de la contre-r&#233;volution, que les rapports politiques &#224; l'int&#233;rieur du mouvement ouvrier y ont atteint une sorte de puret&#233; classique : un parti communiste qui &#233;tait le plus puissant, apr&#232;s celui de l'U.R.S.S., de l'Internationale communiste ; un parti social-d&#233;mocrate (S.P.D.) qui &#233;tait encore beaucoup plus puissant que le parti communiste allemand (P.C.A.), et derri&#232;re lequel se regroupait la grande majorit&#233; de la classe ouvri&#232;re ; une centrale syndicale regroupant en son sein et derri&#232;re elle la quasi-totalit&#233; du prol&#233;tariat allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s janvier 1924, le pr&#233;sidium de l'Internationale communiste affirmait : &#171; Les couches dirigeantes de la social-d&#233;mocratie ne sont, au moment actuel, qu'une fraction du fascisme allemand sous le masque du socialisme. Entre Ebert, Secks, Ludendorff, il y a certes des nuances. Mais elles ne doivent pas faire oublier aux communistes que la t&#226;che principale est d'amener la classe ouvri&#232;re &#224; une conscience claire de ce qui est essentiel, &#224; savoir que dans la lutte entre le capital et le travail, les leaders du S.P.D. sont li&#233;s &#224; la mort aux g&#233;n&#233;raux blancs... Plus dangereux encore que les leaders sociaux-d&#233;mocrates de droite sont ceux de la gauche du S.P.D. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de l'ann&#233;e 1923 et au d&#233;but de l'ann&#233;e 1924, un chapitre capital de la lutte, des classes, de l'histoire de l'U.R.S.S., du parti bolchevique et de l'Internationale communiste se fermait. En janvier 1923, Poincar&#233; avait fait occuper la Ruhr par les troupes fran&#231;aises. Il voulait imposer le paiement des fantastiques r&#233;parations inflig&#233;es &#224; l'Allemagne par le trait&#233; de Versailles. L'&#233;conomie allemande d&#233;labr&#233;e, priv&#233;e de ses march&#233;s, &#233;tait incapable de supporter ce fardeau. L'inflation d&#233;j&#224; se d&#233;veloppait. Le gouvernement Cuno d&#233;cr&#233;ta la r&#233;sistance passive. La crise &#233;conomique, sociale, politique, disloquait la soci&#233;t&#233; allemande. L'inflation n'avait plus de limites. Pour 1 mark en 1914, il fallait 1,4 mark-papier en 1918, 2,1 en 1919, 14,4 en 1920 le jour de rentr&#233;e des troupes fran&#231;aises dans la Ruhr, 2 500 au milieu d'ao&#251;t 1923, 1 million le 4 octobre, 130 millions en novembre, 600 milliards le jour de la mise en circulation de la nouvelle monnaie... Evidemment, tous les rapports &#233;conomiques &#233;taient dissous. La petite bourgeoisie &#233;tait totalement ruin&#233;e. C'&#233;tait la famine pour des millions de travailleurs. Toutes les couches sociales se d&#233;composaient. Seul le capital financier &#233;tait gagnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses s'orientaient r&#233;solument &#224; gauche. En cette situation qui semblait d&#233;sesp&#233;r&#233;e, sans issue, par millions et par millions les prol&#233;taires se tournaient vers le P.C.A., tandis que les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates se radicalisaient et que la dissolution m&#234;me des rapports &#233;conomiques rendait impuissant l'appareil de la centrale syndicale allemande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une crise r&#233;volutionnaire s'ouvrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avenir de la r&#233;volution russe, du parti bolchevique, de l'Internationale communiste, se jouait en Allemagne. D&#233;j&#224;, l'isolement de l'U.R.S.S., l'&#233;puisement du prol&#233;tariat, la fatigue et l'usure du parti bolchevique apr&#232;s trois ans de guerre imp&#233;rialiste et quatre ans de guerre civile, avaient de redoutables cons&#233;quences : la bureaucratie s'installait dans tous les rouages de l'Etat et du parti. Elle en prenait le contr&#244;le, devenait omnipr&#233;sente. D&#232;s 1922, L&#233;nine s'inqui&#233;tait de la mar&#233;e montante de cette couche. En alliance avec Trotsky, il d&#233;cidait de pr&#233;parer et d'engager la lutte au XlI&#176; Congr&#232;s en avril 1923. Malheureusement, la maladie qui devait remporter le frappait pour la deuxi&#232;me fois, l'obligeant &#224; cesser toute activit&#233;. Trotsky diff&#233;rait la bataille &#224; l'int&#233;rieur du parti bolchevique. La crise r&#233;volutionnaire allemande revivifiait le parti bolchevique. Elle laissait esp&#233;rer la fin de l'isolement de l'U.R.S.S. et la concr&#233;tisation de la perspective de la r&#233;volution victorieuse en Europe, et par suite dans le monde. Tous les dirigeants du parti bolchevique et de l'I.C. consid&#233;raient alors que la r&#233;volution russe &#233;tait une composante de la r&#233;volution mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la direction du parti communiste allemand fut incapable d'utiliser la crise r&#233;volutionnaire. Elle ne comprit pas le tournant de la situation quand il se produisit. Lorsqu'elle rajusta sa politique, apr&#232;s que le comit&#233; ex&#233;cutif de l'I.C. eut pris position, des mois pr&#233;cieux avaient &#233;t&#233; perdus. Elle mit &#224; l'ordre du jour la pr&#233;paration de l'insurrection pour le mois d'octobre 1923, mais sans conviction et en h&#233;sitant. Finalement, elle d&#233;commanda l'action r&#233;volutionnaire. Par suite d'erreurs de transmission, seul le prol&#233;tariat de Hambourg engagea la lutte arm&#233;e. Pendant plusieurs jours des combats de rue se d&#233;roul&#232;rent avant que les communistes de Hambourg ne soient &#233;cras&#233;s. C'&#233;tait la d&#233;faite et la confusion. Le P.C.A. &#233;tait interdit pendant plusieurs mois (novembre 1923-mars 1924).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;faite a eu des cons&#233;quences catastrophiques pour l'U.R.S.S., le parti bolchevique et l'Internationale communiste. La d&#233;moralisation s'emparait du parti et de l'I.C. L'isolement de l'U.R.S.S. &#233;tait renforc&#233;, sans espoir qu'il soit bris&#233; avant de longues ann&#233;es. Le 21 janvier 1924, L&#233;nine mourait. Les conditions politiques de la victoire de la bureaucratie montante &#233;taient r&#233;unies. Trotsky engageait un combat devenu in&#233;luctable. En d&#233;cembre 1923, il publiait Cours nouveau et en octobre 1924 Le&#231;ons d'Octobre, qui analysent les erreurs de la direction du P.C.A. - Brandler, Thaelmann et d'autres mais aussi celles des dirigeants d'alors du bureau politique du parti bolchevique et de l'Internationale communiste : Staline, Zinoviev, Kamenev (la &#171; tro&#239;ka &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s janvier 1924, Staline, Zinoviev, Kamenev, tentaient de justifier leur politique et de r&#233;pondre &#224; Trotsky. La responsabilit&#233; des fautes et des erreurs du P.C.A. &#233;tait report&#233;e enti&#232;rement sur les &#233;paules de Brandler et de son &#233;quipe. Selon la direction de l'I.C., en Allemagne, la crise r&#233;volutionnaire n'en &#233;tait encore qu'&#224; ses d&#233;buts. Elle allait s'approfondir. En relation avec cette appr&#233;ciation, la &#171; th&#233;orie &#187; du &#171; social-&#173;fascisme &#187; &#233;tait pour la premi&#232;re fois formul&#233;e. Il s'agissait de justifier l'&#171; optimisme &#187; r&#233;volutionnaire, couverture d'une politique capitularde et ext&#233;rieure aux int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. Quelques mois plus tard, Staline formulait sa non moins fameuse &#171; th&#233;orie &#187; de la &#171; construction du socialisme dans un seul pays &#187;. La bureaucratie naissante se dotait empiriquement de &#171; justifications th&#233;oriques &#187; et mettait l'I.C. au pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; bolchevisation &#187; &#233;tait impos&#233;e aux diff&#233;rents P.C. Au nom de la &#171; bolchevisation &#187;, les dirigeants du Kremlin construisaient &#224; l'int&#233;rieur de chaque P.C. un appareil &#224; leur d&#233;votion. Brandler &#233;tait &#233;limin&#233; de la direction du P.C.A.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bloc constitu&#233; du centre et de la gauche en prenait la direction. Un texte du courant centriste du P.C.A. apportait une contribution &#224; la nouvelle ligne, Il affirmait : &#171; La d&#233;mocratie bourgeoise a &#233;t&#233; abandonn&#233;e par ses propres partisans. C'est ainsi que le S.P.D. est pass&#233; ouvertement du c&#244;t&#233; du fascisme... Le S.P.D. dans sa totalit&#233; s'est plac&#233; du c&#244;t&#233; de la dictature de la bourgeoisie. La social-d&#233;mocratie dans sa totalit&#233; s'est ainsi d&#233;marqu&#233;e si nettement qu'une collaboration m&#234;me provisoire avec les leaders et les instances sociales-d&#233;mocrates est exclue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette orientation r&#233;pondait au gauchisme latent &#224; l'int&#233;rieur du P.C.A. et elle y avait de profonds &#233;chos. En effet, depuis les groupes spartakistes, le &#171; gauchisme &#187; a &#233;t&#233; une maladie r&#233;currente du mouvement communiste en Allemagne. Cependant, la direction de l'I.C. jouait de cette tendance pour imposer son contr&#244;le total sur le P.C.A. Peu de temps s'&#233;coulait avant que l'I.C. prenne un nouveau tournant, et que le P.C.A. suive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de &#171; stabilisation &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, une fois encore, la direction de l'I.C. modifiait son appr&#233;ciation de la p&#233;riode : fini l'approfondissement de la crise r&#233;volutionnaire, une p&#233;riode de longue dur&#233;e de stabilisation mondiale du capitalisme s'ouvrait. En cons&#233;quence, la tactique de l'I.C. et des P.C. devait &#234;tre boulevers&#233;e. Cette nouvelle appr&#233;ciation du moment se fondait sur une base r&#233;elle. La crise r&#233;volutionnaire de 1923 en Allemagne avort&#233;e, la dette publique &#233;pong&#233;e et l'endettement des grandes soci&#233;t&#233;s capitalistes liquid&#233; par la faillite mon&#233;taire qui ruinait des millions d'&#233;pargnants, le paiement des r&#233;parations report&#233;, une nouvelle monnaie, le retenmark, &#233;tait mise en circulation. D'un autre c&#244;t&#233;, le putsch de Ludendorff appuy&#233; par Hitler les 8 et 9 novembre 1923 &#233;chouait lamentablement. Une certaine stabilisation politique se produisait en Allemagne. Le r&#244;le de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain s'affirmait. Il mettait au point le plan Dawes qui injectait d'importants cr&#233;dits en Allemagne et qui devait garantir le paiement des r&#233;parations. Un compromis &#233;tait impos&#233; &#224; l'Allemagne et &#224; la France : l'Allemagne avait repris en partie ses livraisons en nature &#224; la France et &#224; l'Angleterre d&#232;s ao&#251;t 1923. Le pacte de Locarno garantissait les fronti&#232;res fran&#231;aises et belges. L'homme malade de l'Europe d'alors, l'Allemagne, semblait retrouver une certaine stabilit&#233; et la R&#233;publique de Weimar se renfor&#231;ait. Aux &#233;lections pr&#233;sidentielles du 29 mars 1925, le social-d&#233;mocrate Braun obtenait 8 millions de voix. En revanche, aux &#233;lections au Reichstag le P.C.A. ne recueillait plus que 1 872 000 voix, alors que le 4 mai 1924 il avait obtenu 3 693 000 voix. Partout en Europe, l'influence des partis sociaux-d&#233;mocrates et des dirigeants r&#233;formistes des syndicats se raffermissait. En France, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;tente internationale s'affirmait : le 8 septembre 1926, l'Allemagne entrait &#224; la S.D.N. En avril 1926, le gouvernement fran&#231;ais invitait Stresemann &#224; signer le pacte Briand-Kellogg qui mettait &#171; la guerre hors la loi &#187;. En septembre 1929, les troupes fran&#231;aises &#233;vacuaient la Rh&#233;nanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un boom &#233;conomique mondial se d&#233;veloppait et le red&#233;marrage de l'&#233;conomie allemande semblait impressionnant. Pendant l'inflation galopante, la production &#233;tait tomb&#233;e &#224; 55 % de celle de 1913, en 1927 elle atteignait 122 %. Les ch&#244;meurs n'&#233;taient plus que 650 000 &#224; l'&#233;t&#233; 1928. Le pouvoir d'achat des travailleurs s'am&#233;liorait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; ex&#233;cutif &#233;largi de l'I.C. de mars 1925 rectifia officiellement l'appr&#233;ciation de la situation internationale. Zinoviev &#233;tait encore dirigeant du Komintern. En juillet 1925, il &#233;crivait au X&#176; Congr&#232;s du P.C.A. une lettre o&#249; on lisait : &#171; Nous avions enti&#232;rement raison quand nous caract&#233;risions la social-d&#233;mocratie en g&#233;n&#233;ral et l'allemande en particulier de troisi&#232;me parti de la bourgeoisie, d'aile du fascisme moderne. &#187; D'o&#249; il tirait l'&#233;tonnante, au moins &#224; premi&#232;re vue, conclusion suivante : &#171; Le X&#176; Congr&#232;s du P.C.A. doit reconna&#238;tre &#034; ouvertement &#034; que le parti avait commis une faute en refusant de suivre le conseil que le C.E. de l'Internationale nationale communiste lui avait donn&#233; apr&#232;s le premier tour de scrutin de s'adresser &#224; la social-d&#233;mocratie pour lui proposer sous certaines conditions de retirer la candidature communiste en faveur de la candidature sociale-d&#233;mocrate. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons qu'au deuxi&#232;me tour, le S.P.D. s'&#233;tait d&#233;sist&#233; pour Marx, candidat du centre, mais que c'&#233;tait Hindenburg qui avait &#233;t&#233; &#233;lu. Le P.C.A. maintenait son candidat qui recueillait un peu plus de voix qu'au premier tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la nouvelle direction du P.C.A. ait &#233;pous&#233; les virages de l'I.C., peu apr&#232;s le X&#176; Congr&#232;s, Ruth Fischer et Maslow &#233;taient &#233;cart&#233;s de la direction, et plus tard exclus du P.C.A. Le r&#232;gne de Thaelmann commen&#231;ait. L'&#233;viction des &#171; gauchistes &#187; pr&#233;c&#233;dait de peu l'&#233;viction par Staline de Zinoviev de la direction de l'I.C. &#224; la suite de la rupture de la tro&#239;ka. Boukharine devenait pr&#233;sident de l'I.C. et succ&#233;dait en octobre 1926 &#224; Zinoviev. Le cours droitier de l'I.C. s'accentuait. Il allait durer jusqu'au VI&#176; Congr&#232;s de l'I.C., en juillet 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pas vers la politique des fronts populaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle analyse de la p&#233;riode ainsi que la ligne politique suivie par l'I.C. et impos&#233;e aux P.C. n'&#233;taient pas moins erron&#233;es que l'analyse et la ligne politique pr&#233;c&#233;dentes. La &#171; stabilisation &#187; &#233;tait fond&#233;e sur le renouvellement des moyens de production, sur une politique de cr&#233;dit et de pr&#234;ts, la vocation de banquier du monde de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain s'affirmait. Le march&#233; mondial et la division internationale du travail restaient pr&#233;caires. Les dettes des pays d'Europe aux U.S.A. croissaient. Une fois encore, l'Allemagne pr&#233;sentait un tableau saisissant de cette situation. Le plan Dawes am&#233;nageait le paiement des r&#233;parations impos&#233;es &#224; l'Allemagne. Un emprunt souscrit par les banques am&#233;ricaines permettait au gouvernement allemand de payer une premi&#232;re tranche de 800 millions de mark-or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste des annuit&#233;s devait &#234;tre couvert par pr&#233;l&#232;vement sur les recettes des chemins de fer et sur les imp&#244;ts. Entre septembre 1924 et ao&#251;t 1929, l'Allemagne paya ainsi 8 970 millions de mark-or. Mais, en 1927, on estimait la dette allemande &#224; 120 milliards de mark-or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu du paiement des int&#233;r&#234;ts fix&#233;s &#224; 5 %, jamais l'Allemagne ne s'acquitterait de ses dettes. Au cours d'une intervention &#224; la Chambre des communes le 24 mars 1926, Churchill, alors chancelier de l'Echiquier, d&#233;montrait qu'il existait &#171; une situation extraordinaire... La pression exerc&#233;e [par les U.S.A.] pour le paiement de la dette [des pays victorieux contract&#233;e aux U.S.A. pendant et apr&#232;s la guerre] enl&#232;verait les r&#233;parations aux pays d'Europe d&#233;vast&#233;s et passerait en flots ininterrompus au travers de l'Atlantique &#224; cette grande r&#233;publique riche et prosp&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces quelques indications d&#233;montrent suffisamment la fragilit&#233; et le caract&#232;re artificiel de cette p&#233;riode de boom &#233;conomique. En outre, il n'emp&#234;chait pas que la lutte des classes dans le monde connaisse de nouveaux et puissants d&#233;veloppements. En Chine, au cours des ann&#233;es 1924, 1925, 1926, 1927, se d&#233;roulait la Deuxi&#232;me R&#233;volution chinoise. En Angleterre, 1926 devait &#234;tre l'ann&#233;e de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale (4-12 mai) qui &#233;branlait la vieille puissance imp&#233;rialiste. La politique suivie par l'Internationale communiste, tant en Chine qu'en Angleterre, &#233;tait profond&#233;ment opportuniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats de l'U.R.S.S. et la direction des Trade-Unions anglais (T.U.C.) avaient conclu un accord et form&#233; un comit&#233; pour la r&#233;unification syndicale et la d&#233;fense de l'U.R.S.S. En 1926, les mineurs britanniques se mettaient en gr&#232;ve pour imposer la nationalisation des mines. L'&#233;preuve de force entre les mineurs et le gouvernement mobilisa la classe ouvri&#232;re et posa le probl&#232;me de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. La direction des T.U.C. man&#339;uvra pour tenter d'&#233;viter la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Contrainte de donner l'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, elle le rapporta au bout de huit jours, laissant les mineurs isol&#233;s poursuivre leur gr&#232;ve qui se termina par une d&#233;faite. L'I.C. soutint enti&#232;rement la direction des T.U.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, le P.C. anglais embo&#238;ta le pas &#224; l'I.C. Ce sont les dirigeants des T.U.C. qui rompirent le comit&#233; anglo-russe sous pr&#233;texte qu'il s'immis&#231;ait dans les probl&#232;mes de la centrale syndicale anglaise. Le comit&#233; avait servi de couverture aux dirigeants opportunistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine, l'I.C. pratiqua la politique dite du &#171; bloc des quatre classes &#187; : la bourgeoisie nationale, la petite bourgeoisie, la paysannerie, la classe ouvri&#232;re. La r&#233;volution &#233;tait caract&#233;ris&#233;e comme nationale et anti-&#173;imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de 1927, la r&#233;solution du Vil&#176; Pl&#233;num de l'I.C. d&#233;clarait : &#171; Le gouvernement de Canton, en d&#233;pit de son caract&#232;re d&#233;mocratique-bourgeois, contient essentiellement et objectivement l'embryon d'une dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et de la paysannerie, et de la petite bourgeoisie urbaine. Le mouvement d&#233;mocratico-petit-bourgeois de Chine devient r&#233;volutionnaire parce qu'il est un mouvement anti-imp&#233;rialiste. Le gouvernement de Canton est un &#233;tat r&#233;volutionnaire avant tout &#224; cause de son caract&#232;re anti-imp&#233;rialiste. Etant donc avant tout anti-imp&#233;rialistes, la r&#233;volution chinoise et le gouvernement qui en est issu doivent d&#233;raciner l'imp&#233;rialisme en Chine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de Canton &#233;tait le gouvernement de Tchang Ka&#239;-chek qui d&#233;j&#224;, le 20 mars 1926, s'&#233;tait livr&#233; &#224; un coup de force en arr&#234;tant de nombreux communistes et en chassant la gauche de la direction du Kuomintang. Ce qui n'emp&#234;chait pas l'I.C. de qualifier ce parti de la bourgeoisie de &#171; parlement r&#233;volutionnaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1927, l'&#171; Etat r&#233;volutionnaire &#187; laissait massacrer &#224; Changhai les travailleurs par les troupes des seigneurs de la guerre. Etant entr&#233; &#224; la t&#234;te de son arm&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de la ville, Tchang achevait le massacre le 12 avril 1927.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'I.C. se rabattait alors sur le &#171; Kuomintang de gauche &#187; qui avait form&#233; &#224; Hankheou un gouvernement auquel participaient les communistes. Le 15 juillet, le &#171; Kuomintang de gauche &#187; massacrait &#224; son tour les communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, l'I.C. tournait &#224; 180 degr&#233;s, elle d&#233;cidait que la bourgeoisie avait &#171; trahi &#187;. Elle lan&#231;ait le mot d'ordre de la constitution de soviets. Un &#171; soviet &#187; artificiellement constitu&#233; appelait le 10 d&#233;cembre les travailleurs de Canton &#224; l'insurrection. Le 13, l'insurrection &#233;tait termin&#233;e, noy&#233;e dans le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de l'I.C. &#233;tait &#233;videmment reli&#233;e &#224; la politique int&#233;rieure de Staline-Boukharine qui, de 1924 &#224; 1928, rejetaient les plans d'industrialisation de l'Opposition de gauche. Ils pr&#233;tendaient &#171; aller au socialisme au pas de tortue &#187; et &#171; int&#233;grer le koulak au socialisme &#187; : &#171; Le paysan n'a que faire d'un gramophone &#187;, affirmait Staline. La lutte contre l'Opposition de gauche battait son plein, et la &#171; th&#233;orie &#187; de la &#171; construction du socialisme dans un seul pays &#187; prenait son essor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique concr&#233;tis&#233;e par le soutien des dirigeants des T.U.C. et l'alliance avec Tchang Ka&#239;-Check montre que l'I.C. se transformait d&#233;j&#224; en instrument que le Kremlin maniait en fonction de la recherche d'appuis diplomatiques, d'alliances avec les dirigeants opportunistes et bourgeois. La politique dite du &#171; bloc des quatre classes &#187;, politique d'union nationale, contenait d&#233;j&#224; les &#233;l&#233;ments de celle du front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, en Chine, se posaient des probl&#232;mes sociaux et politiques sp&#233;cifiques, ceux de l'ind&#233;pendance et de l'unit&#233; nationale, de l'expropriation de l'imp&#233;rialisme, de la r&#233;forme agraire, de la liquidation de l'h&#233;ritage f&#233;odal, communs aux pays arri&#233;r&#233;s et soumis &#224; l'imp&#233;rialisme. Mais la &#171; th&#233;orie &#187; du bloc des quatre classes ali&#233;nait l'ind&#233;pendance de classe du prol&#233;tariat, le soumettant aux int&#233;r&#234;ts et &#224; la direction de la bourgeoisie dite nationale. L'essence de cette th&#233;orie devait se retrouver dans la &#171; th&#233;orie &#187; des fronts populaires : l'heure reste celle de la bourgeoisie, le prol&#233;tariat soutient l'aile r&#233;put&#233;e d&#233;mocratique et nationale. L'alliance est celle du cavalier et de sa monture. La bourgeoisie &#171; d&#233;mocratique et nationale &#187; chevauche le prol&#233;tariat, C'est d&#233;j&#224;, encore inachev&#233;e, la politique qui immole la r&#233;volution prol&#233;tarienne au profit de l'alliance avec la bourgeoisie. C'est d&#233;j&#224; un barrage &#233;rig&#233; contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne montante et mena&#231;ante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; social-fascisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au IX&#176; Pl&#233;num de l'Internationale communiste, en f&#233;vrier 1928, la th&#233;orie de la troisi&#232;me p&#233;riode est pour la premi&#232;re fois avanc&#233;e. C'est Boukharine qui pr&#233;sente le rapport, mais il n'est pas de son inspiration. En quoi consiste la &#171; troisi&#232;me p&#233;riode &#187; ? La premi&#232;re p&#233;riode s'&#233;tendait de 1918 &#224; 1923. Elle avait &#233;t&#233; celle d'une crise r&#233;volutionnaire aigu&#235;. La deuxi&#232;me p&#233;riode allait de 1923 &#224; 1928. Elle avait &#233;t&#233; celle de la stabilisation du capitalisme et de la reconstruction des bases de l'&#233;conomie de l'U.R.S.S. La troisi&#232;me p&#233;riode &#233;tait celle de la crise g&#233;n&#233;rale du capitalisme et de crises r&#233;volutionnaires sans pr&#233;c&#233;dent se succ&#233;dant &#224; un rythme rapide. En ce d&#233;but d'ann&#233;e 1928, la r&#233;alit&#233; ne correspondait en rien &#224; cette analyse. Le boom &#233;conomique atteignait son maximum. Les dures d&#233;faites en Angleterre et en Chine pesaient sur le prol&#233;tariat mondial. Les P.C. dans le monde entier &#233;taient en perte de vitesse. En revanche, la social-d&#233;mocratie se renfor&#231;ait. Le 20 mai 1928, aux &#233;lections pour le Reichstag elle remportait un succ&#232;s et Hermann M&#252;ller formait un gouvernement de &#171; grande coalition &#187; qui s'&#233;tendait jusqu'aux catholiques et qui devait durer jusqu'en mars 1930.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une fois encore, au sein de l'I.C. de plus en plus domin&#233;e par Staline et son appareil, la &#171; th&#233;orie &#187; et les analyses ne sont que des couvertures destin&#233;es &#224; justifier la politique pratique et les zigzags.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; se fait sentir de couvrir les &#233;checs et les d&#233;faites de l'Internationale communiste et de faire taire toute critique. De 1924 &#224; 1928, la lutte a &#233;t&#233; men&#233;e contre l'Opposition de gauche en U.R.S.S. et au sein de l'I.C. Mais &#233;checs et d&#233;faites se multiplient. Une fois encore, le nouveau cours de l'I.C. est &#233;troitement d&#233;pendant de la situation en U.R.S.S. Au cours de l'hiver 1927-1928, c'est la crise du bl&#233; : les koulaks stockent le bl&#233;, la famine r&#233;appara&#238;t. L'industrie est incapable de fournir la campagne en produits manufactur&#233;s, en instruments agricoles. Dans ces conditions, au lieu de &#171; s'int&#233;grer au socialisme &#187;, ainsi que le pr&#233;voyait Boukharine, la couche des paysans riches qui s'est form&#233;e et qui contr&#244;le la production agricole garde son bl&#233;. A la ville, le &#171; nepman &#187; r&#232;gne. Il est l'alter ego du koulak et contr&#244;le une importante partie de la production et du commerce. L'&#233;conomie de l'U.R.S.S. est en p&#233;ril. Non sans h&#233;sitations, Staline s'engage dans un cours ultra-gauche, qui va s'affirmer en 1929. Ce sera : la collectivisation forc&#233;e, le plan quinquennal qui doit permettre de &#171; rattraper et d&#233;passer l'industrialisation des pays capitalistes dans les plus courts d&#233;lais &#187;, et enfin &#171; le plan quinquennal r&#233;alis&#233; en quatre ans &#187;. On est loin de la &#171; r&#233;alisation du socialisme au pas de tortue &#187;. La &#171; th&#233;orie &#187; et la pratique sont d&#233;sormais : &#171; feu sur le koulak et le nepman &#187;. En r&#233;alit&#233;, des millions de paysans et d'ouvriers seront baptis&#233;s &#171; koulaks &#187;, &#171; nepman &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline rejette sur la droite du parti bolchevique la responsabilit&#233; de la mont&#233;e du koulak et du nepman, ainsi que celle des d&#233;faites des P.C. et de l'I.C. Apr&#232;s la gauche, la droite du parti bolchevique est &#233;cras&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gu&#233;p&#233;ou, la bureaucratie, commandent et se renforcent. Boukharine est &#233;cart&#233; du bureau politique et de l'I.C., o&#249; Molotov le remplace. La caract&#233;risation de la social-d&#233;mocratie ainsi que social-fasciste est compl&#233;mentaire &#224; toute cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie &#233;tant caract&#233;ris&#233;e ainsi que l'&#171; aile gauche du fascisme &#187;, il n'est plus question naturellement d'accords entre les dirigeants &#171; social-fascistes &#187; et ceux des P.C. : &#171; le front unique doit se r&#233;aliser &#224; la base &#187;. En d'autres termes, les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates doivent se mettre sous la direction des P.C., sans quoi ce sont aussi des &#171; social-fascistes &#187;. Cet &#233;chafaudage reposait sur l'identification de la d&#233;mocratie bourgeoise et du fascisme, car ce sont deux formes de domination de classe de la bourgeoisie. A quoi L&#233;on Trotsky r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le syst&#232;me parlementaire d&#233;mocratique et le syst&#232;me fasciste s'appuient sur diff&#233;rentes combinaisons des classes opprim&#233;es et exploit&#233;es et ils se heurtent in&#233;vitablement et d'une fa&#231;on aigu&#235; l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La social-d&#233;mocratie qui, aujourd'hui, est le repr&#233;sentant principal du r&#233;gime parlementaire bourgeois, s'appuie sur les ouvriers. Le fascisme, lui, s'appuie sur la petite bourgeoisie. La social-d&#233;mocratie ne peut avoir d'influence sans les organisations ouvri&#232;res de masse. Le fascisme, lui, ne peut pas consolider son pouvoir autrement qu'en d&#233;truisant les organisations ouvri&#232;res. L'ar&#232;ne principale de la social&#173;-d&#233;mocratie est le Parlement. Le syst&#232;me fasciste est fond&#233; sur la destruction du parlementarisme. Pour la bourgeoisie monopoliste, le r&#233;gime parlementaire et le r&#233;gime fasciste ne repr&#233;sentent que diff&#233;rents instruments de domination : elle recourt &#224; l'un ou &#224; l'autre selon les conditions historiques. Mais pour la social-d&#233;mocratie, de m&#234;me que pour le fascisme, le choix de l'un ou de l'autre instrument a une importance propre ; bien plus, c'est une question de vie ou de mort politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et encore : &#171; Pendant de nombreuses d&#233;cades, &#224; l'int&#233;rieur de la d&#233;mocratie bourgeoise, se servant d'elle et luttant contre elle, les ouvriers &#233;difi&#232;rent leurs bases, leurs foyers de d&#233;mocratie prol&#233;tarienne : syndicats, partis, clubs d'&#233;ducation, organisations sportives, coop&#233;ratives, etc. Le prol&#233;tariat peut arriver au pouvoir non dans les cadres formels de la d&#233;mocratie bourgeoise, mais seulement par la voie r&#233;volutionnaire, cela est d&#233;montr&#233; en m&#234;me temps par la th&#233;orie et par l'exp&#233;rience. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pour la voie r&#233;volutionnaire, que le prol&#233;tariat a besoin des bases d'appui de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur de l'Etat bourgeois. C'est dans la cr&#233;ation de telles bases que s'est exprim&#233; le travail de la II&#176; Internationale &#224; l'&#233;poque o&#249; elle remplissait encore un travail historiquement progressif. Le fascisme a comme fonction essentielle et unique la destruction jusqu'&#224; leur fondement de toutes les institutions de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne. &#187; Et Trotsky pose l'am&#232;re question : &#171; Ce fait a-t-il une &#034;importance de classe&#034;, oui ou non ? &#187; (Et maintenant.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; social-fascisme &#187; en action&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne des ann&#233;es 1930-1933 a &#233;t&#233; le tragique champ d'exp&#233;rience de la &#171; th&#233;orie &#187; du &#171; social-fascisme &#187;. Conjugu&#233;e au cr&#233;tinisme parlementaire de la social-d&#233;mocratie, elle allait contribuer &#224; la paralysie de la classe ouvri&#232;re et &#224; la venue au pouvoir d'Hitler. En 1929, c'est la fin du boom &#233;conomique. Le 24 octobre, la Bourse de New York s'effondre : la pyramide sp&#233;culative, de cr&#233;dits, qui avait aliment&#233; le boom, s'effondre. Pour l'Allemagne, c'est la catastrophe. L'essor &#233;conomique a &#233;t&#233; financ&#233; par des emprunts &#224; court et moyen terme aupr&#232;s des banques am&#233;ricaines, et reconvertis par les banques allemandes en emprunts &#224; long terme. Le retrait des capitaux am&#233;ricains entra&#238;ne la crise bancaire. Le 13 juillet 1931, la Darmstader und National Bank suspend ses paiements, la Dresdner Bank est en difficult&#233;. Le 14 juillet, le gouverne. ment ordonne la fermeture des guichets et vient au secours des banques priv&#233;es qu'il couvre avec les r&#233;serves de la Reichbank.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 juin 1929, le plan Young avait &#233;t&#233; sign&#233;. Bien qu'il r&#233;duis&#238;t la somme des r&#233;parations, les Alli&#233;s r&#233;clamaient encore 132 milliards de mark-or &#224; l'Allemagne. Celle-ci s'engageait &#224; payer pendant cinquante-neuf ans 2 050 millions chaque ann&#233;e. Seule une formidable ncroissance des exportations allemandes pouvait &#233;quilibrer les &#233;changes. Or, le march&#233; mondial se disloquait. La production industrielle allait baisser de 42 % entre d&#233;but 1930 et d&#233;but 1933. En septembre 1929, il y avait 1 320 000 ch&#244;meurs. En septembre 1930, 3 millions. En septembre 1931, 4 350 000 ; en septembre 1932, 5 102 000 ; au d&#233;but 1933, plus de 6 millions. A ces chiffres, il faut ajouter 2 millions de ch&#244;meurs non inscrits. A nouveau, la petite bourgeoisie, la paysannerie, &#233;taient ruin&#233;es. Au total, il y eut pr&#232;s de 12 millions de sans-travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salaires de ceux qui continuaient &#224; travailler avaient baiss&#233; du tiers. Le d&#233;ficit budg&#233;taire s'&#233;levait en 1932 &#224; 6,6 milliards de mark. L'Allemagne d&#251;t suspendre unilat&#233;ralement le paiement des r&#233;parations, A nouveau, tous les rapports sociaux se d&#233;composaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au gouvernement que le social-d&#233;mocrate M&#252;ller dirigeait, succ&#233;dait en mars 1930 le gouvernement Br&#252;ning. Mis en minorit&#233; au Reichstag sur son plan de redresse-ment &#233;conomique et financier, le gouvernement Br&#252;ning est maintenu au pouvoir par le pr&#233;sident de la R&#233;publique Hindenburg au nom des pouvoirs d'urgence que lui accorde l'article 48 de la Constitution de Weimar. Le Reichstag ayant proclam&#233; cet acte ill&#233;gal, Hindenburg le dissout. Les &#233;lections de septembre marqueront la polarisation politique qui commen&#231;ait : en 1928, les nazis n'obtenaient que 810 000 voix, en septembre 1930, ils obtenaient 6 409 000 voix ; le P.C.A. passa de 3 265 000 voix &#224; 4 592 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le S.P.D. reculait : de 9 millions, il descendait &#224; 8,5 millions de voix, mais restait de loin le grand parti ouvrier et le plus grand parti d'Allemagne, d'autant que le gouvernement de Prusse, dirig&#233; par Severing, restait aux mains du S.P.D.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le score &#233;lectoral n'enregistrait que faiblement l'alignement et les affrontements entre le parti nazi et les partis ouvriers dans le, pays. Financ&#233; par le capital financier, Hitler montait une formidable machine de guerre civile. De quelques milliers mal organis&#233;s en 1930, les S.A. passaient &#224; 100 000 hommes en janvier 1931 et 300 000 un an plus tard, organis&#233;s militairement. De son c&#244;t&#233;, le S.P.D. organisait le &#171; Front de fer &#187;, mais qui n'avait ni les moyens ni la discipline des nazis, et le P.C.A. Io &#171; Front rouge &#187;. Peu de jours se passaient sans combats qui ne fissent morts et bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du S.P.D. &#233;tait fond&#233;e sur le respect de la Constitution de Weimar. Pendant un temps, il soutint m&#234;me le gouvernement Br&#252;ning. Il comptait sur l'appareil d'Etat, la Reichswehr, la police, pour d&#233;fendre la l&#233;galit&#233;. Aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1932, il alla jusqu'&#224; appeler &#224; voter pour Hindenburg. L'un des bastions de la S.D. &#233;tait le gouvernement de Prusse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette politique, la &#171; th&#233;orie &#187; du &#171; social-fascisme &#187; et ses applications se d&#233;cha&#238;naient. Thaelmann au moment de la formation du &#171; Front de fer &#187; tonnait : &#171; La cr&#233;ation du pr&#233;tendu &#034; Front de fer &#034; social-d&#233;mocrate [ ... ] est la tentative d'une plus grande activit&#233; fasciste. &#187; Il &#233;crivait : &#171; Sans la victoire de notre lutte contre la social-d&#233;mocratie, nous ne pourrons vaincre le fascisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le C.C. de mai 1931 d&#233;clarait dans une r&#233;solution : &#171; Le fascisme ne repr&#233;sente nullement une contradiction de principe avec la d&#233;mocratie, sous laquelle se r&#233;alise aussi la dictature du capital financier [ ... ] uniquement un changement dans les formes, une transition organique. &#187; Et en f&#233;vrier 1932 : &#171; D&#233;mocratie et dictature fasciste sont non seulement deux formes qui cachent le m&#234;me contenu [...] mais elles se rapprochent l'une de l'autre en ce qui concerne les m&#233;thodes ext&#233;rieures et s'entrelacent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pratique &#233;tait au niveau de la &#171; th&#233;orie &#187;. Le gouvernement de Prusse, le plus important des L&#228;nder, &#233;tait dirig&#233; par le S.P.D. Au cours de l'&#233;t&#233; 1931, les nazis, les nationaux allemands, les Casques d'acier, introduisaient une demande de r&#233;f&#233;rendum du Landstag de Prusse. Le P.C.A. se joignit au r&#233;f&#233;rendum qu'il baptisa &#171; r&#233;f&#233;rendum rouge &#187;. 9,8 millions d'&#233;lecteurs, soit 37 %, r&#233;pondirent &#171; oui &#187; au r&#233;f&#233;rendum du 9 ao&#251;t 1931. Le Landstag et le gouvernement prussiens rest&#232;rent dirig&#233;s par le S.P.D. jusqu'au coup d'Etat du gouvernement von Papen de juillet 1932 qui d&#233;posa le gouvernement social-d&#233;mocrate de Prusse. C'&#233;tait une sanction significative de la politique l&#233;galiste du S.P.D. et de celle du &#171; social-fascisme &#187; du P.C.A. En 1932, le groupe communiste alla jusqu'&#224; d&#233;poser au Landstag badois une demande de dissolution de l'organisation sociale-d&#233;mocrate de combat, le &#171; Front de fer &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nationalsozialist &#233;crivait non sans une cynique ironie : &#171; Mais ce qui est plus comique et grotesque que toutes les injures est [ ...] l'hommage tout &#224; fait injustifi&#233; fait aux sociaux-d&#233;mocrates d&#233;sign&#233;s comme des fascistes. Pr&#233;senter la masse petite-bourgeoise de la Ile Internationale, la bande juive, les ennemis mortels du fascisme italien, comme fascistes, il faut pour cela une gymnastique c&#233;r&#233;brale peu ordinaire... Mais patience ! Communistes et socialistes, autrement dit marxistes, auront bient&#244;t l'occasion d'apprendre ce que signifie le fascisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait l&#233;galement appel&#233; par Hindenburg &#233;lu un an plus t&#244;t pr&#233;sident de la R&#233;publique avec l'appui des voix social-d&#233;mocrates, Hitler acc&#233;dait le 30 janvier 1933 au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans discrimination, il broyait les os au P.C.A. et au S.P.D., et d&#233;truisait le mouvement ouvrier organis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naissance de la &#171; th&#233;orie &#187; des fronts populaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers &#233;chos de la &#171; th&#233;orie &#187; du &#171; social-fascisme &#187; se faisaient encore entendre en France au d&#233;but de l'ann&#233;e 1934. Mais ils allaient s'&#233;teindre. La politique des &#171; fronts populaires &#187; leur succ&#233;dait. Le VII&#176; Congr&#232;s de l'I.C. se tenait en juillet 1935. Dimitrov, devenu &#224; son tour pr&#233;sident de l'I.C., allait officialiser et fourbir la nouvelle &#171; th&#233;orie &#187;. Au pr&#233;alable, il rejetait sur le dos de la classe ouvri&#232;re allemande la responsabilit&#233; de la d&#233;faite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La victoire du fascisme &#233;tait-elle in&#233;vitable en Allemagne ? Non. La classe ouvri&#232;re allemande pouvait la conjurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mais pour cela, elle aurait d&#251; parvenir &#224; r&#233;aliser le front unique prol&#233;tarien antifasciste, obliger les chefs de la social-d&#233;mocratie &#224; cesser leurs campagnes contre les communistes et accepter les propositions r&#233;p&#233;t&#233;es du parti communiste sur l'unit&#233; d'action contre les fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Lors de l'offensive du fascisme et de la liquidation dation graduelle des libert&#233;s d&#233;mocratiques, elle n'aurait pas d&#251; se contenter des r&#233;solutions verbales de la social-d&#233;mocratie, mais r&#233;pondre par une v&#233;ritable lutte de masse qui e&#251;t entrav&#233; les plans fascistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; [ ... ] Elle aurait d&#251; contraindre les leaders sociaux-d&#233;mocrates plac&#233;s &#224; la t&#234;te du gouvernement de Prusse &#224; prendre des mesures de d&#233;fense contre le fascisme, &#224; arr&#234;ter les chefs fascistes, &#224; interdire leur presse, &#224; confisquer leurs ressources mat&#233;rielles et les ressources des capitalistes finan&#231;ant le mouvement fasciste, &#224; dissoudre les organisations fascistes, &#224; leur enlever leurs armes, etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible d'&#234;tre plus cynique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois cette &#171; autocritique &#187; faite sur le dos du prol&#233;tariat allemand &#233;cras&#233; sous la botte fasciste, Dimitrov s'appuyait sur l'exemple du P.C.F. pour illustrer la politique dite de &#171; front populaire &#187; : &#171; La France est le pays o&#249;, comme on le sait, la classe ouvri&#232;re donne l'exemple &#224; tout le prol&#233;tariat international de la fa&#231;on dont il faut combattre le fascisme. Le parti communiste fran&#231;ais donne &#224; toutes les sections de l'Internationale l'exemple de la fa&#231;on dont il faut r&#233;aliser la tactique du front unique ; les ouvriers socialistes donnent l'exemple de ce que les ouvriers sociaux-d&#233;mocrates des autres pays capitalistes doivent faire aujourd'hui dans la lutte contre le fascisme. La d&#233;monstration antifasciste d'un demi-million de manifestants qui s'est d&#233;roul&#233;e le 14 juillet de cette ann&#233;e &#224; Paris, et les nombreuses manifestations dans les autres villes de France ont une port&#233;e &#233;norme. Ce n'est plus seulement le front unique ouvrier, c'est le d&#233;but d'un vaste front populaire contre le fascisme en France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, apr&#232;s avoir pendant des ann&#233;es pr&#233;conis&#233; le front unique &#224; la base, &#224; l'exclusion des accords de sommet, c'est-&#224;-dire la n&#233;gation du front unique, l'I.C. &#171; d&#233;passait &#187; le front unique qui se transformait en front populaire. Apr&#232;s la n&#233;gation de gauche, c'&#233;tait la n&#233;gation de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Duclos commente : &#171; Le choix &#224; faire n'&#233;tait pas, comme l'auraient voulu les fascistes (sic), entre le fascisme et le communisme, mais entre le fascisme et la d&#233;mocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, le fascisme et la d&#233;mocratie bourgeoise, c'&#233;tait bonnet blanc et blanc bonnet. D&#233;sormais, seuls les &#171; fascistes &#187; pouvaient estimer que la d&#233;mocratie bourgeoise n'&#233;tait pas immortelle. Hier, la &#171; social-&#173;d&#233;mocratie &#187; &#233;tait &#171; social-fasciste &#187;. D&#233;sormais, le parti radical devient le parti des classes moyennes et un des remparts contre le fascisme. Les exigences de la nouvelle orientation sont clairement exprim&#233;es par le m&#234;me Duclos : le 14 juillet 1935, un Comit&#233; national du rassemblement populaire &#233;tait constitu&#233; &#224; la suite du meeting de Buffalo. Il se fixait l'objectif d'&#233;laborer un programme. Mais, &#233;crit Duclos : &#171; Nous avions nettement discern&#233; d&#232;s le d&#233;but les difficult&#233;s aux. quelles nous allions avoir &#224; faire face. Ces difficult&#233;s se pr&#233;sentent sous la forme de propositions de nationalisation faites par le parti socialiste, moins semblait-il pour nationaliser les monopoles de fait que pour d&#233;terminer un mouvement de recul de la part du parti radical. &#187; Duclos poursuit : &#171; Une telle situation &#233;tait d'autant plus dangereuse que les oligarchies financi&#232;res tendaient visiblement &#224; mettre tout en oeuvre pour miner l'alliance de la classe ouvri&#232;re et des classes moyennes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maquillage politique est un art que Duclos cultive sans vergogne. Le parti radical &#233;tait, et est toujours, un des partis classiques de l'oligarchie financi&#232;re. L'&#233;limination du &#171; programme &#187; du Front populaire de toute nationalisation, et de toute r&#233;forme importante, n'avait d'autre raison que de subordonner la classe ouvri&#232;re &#224; l'alliance avec le Parti de l'&#171; oligarchie financi&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysant les travaux du congr&#232;s du parti radical qui venait de confirmer la participation de ce parti au Front populaire, Duclos &#233;crivait le 1er novembre 1935 : &#171; D'aucuns misaient sur la rupture de l'unit&#233; radicale, ce qui aurait eu comme cons&#233;quence de rejeter sur la droite d'importantes masses de radicaux et de modifier le rapport des forces dans la lutte pour la d&#233;fense de la paix et de la libert&#233; ; mais cette rupture a &#233;t&#233; attendue en vain. Mieux, l'unit&#233; du parti s'est affirm&#233;e avec un &#233;clat rarement &#233;gal&#233;. &#187; La conclusion d&#233;gag&#233;e par Duclos est &#224; la hauteur de l'analyse : &#171; En somme, le gouvernement Laval, s'il n'&#233;tait pas frapp&#233; imm&#233;diatement, &#233;tait dangereusement menac&#233;. A la rentr&#233;e parlementaire, il obtint la confiance de la Chambre des d&#233;put&#233;s. &#187; Mais (splendeur du Front populaire, d'un &#171; parti uni pour la d&#233;fense de la paix et de la libert&#233; &#187;) : &#171; Sur 156 d&#233;put&#233;s [radicaux], 56 avaient vot&#233; contre lui, et 19 s'&#233;taient abstenus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du parti radical est ici &#171; affirm&#233;e avec un &#233;clat rarement &#233;gal&#233; &#187; : parti du capital financier, soutenant et participant au gouvernement Laval - le gouvernement qui diminuera les salaires des fonctionnaires de 10 % ; parti du capital financier, se pr&#233;parant &#224; s'orienter &#171; &#224; gauche &#187; selon les int&#233;r&#234;ts de celui-ci et les exigences des &#233;lections l&#233;gislatives proches. Avec non moins d'&#233;clat, le contenu du front populaire est ainsi d&#233;montr&#233; : le front populaire, c'est la soumission des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re aux int&#233;r&#234;ts du grand capital ; c'est la d&#233;fense de la soci&#233;t&#233; bourgeoise dans le cadre parlementaire ; c'est la th&#233;orie du bloc des &#171; classes d&#233;mocratiques &#187; d&#233;j&#224; mise en avant pendant la r&#233;volution chinoise de 1924-1927, &#224; la diff&#233;rence, toutefois, que la bourgeoisie fran&#231;aise est une composante importante du syst&#232;me imp&#233;rialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
1929 : vers des affrontements d&#233;cisifs entre les classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit bien, en vue de d&#233;fendre les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, d'un tournant tactique &#224; 180 degr&#233;s de la politique de l'Internationale communiste. Les raisons en sont profondes. La crise &#233;conomique de 1929 a &#224; nouveau mis &#224; l'ordre du jour la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Dans toute l'Europe, aux U.S.A., sans parler des pays &#233;conomiquement arri&#233;r&#233;s, c'est un effondrement : de 1929 &#224; 1932, le revenu national de l'Allemagne baisse de 40 %, des U.S.A. de 40%, de la France de 16 %, du Royaume-Uni de 12%. Ce sont les pays les plus d&#233;velopp&#233;s qui supportent le choc le plus rude ; la part respective de ces pays dans la production industrielle mon&#173;diale &#233;tait en 1928 de : 44,8 % pour les U.S.A. ; 11,3 % pour l'Allemagne ; 9,3% pour l'Angle&#173;terre ; 7 % pour la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, les cons&#233;quences de la crise sont les plus lourdes en Allemagne. Seconde puissance industrielle du monde, elle est lourdement endett&#233;e, elle est &#233;cras&#233;e par le poids des &#171; r&#233;parations &#187;, ses d&#233;bouch&#233;s sont fragiles et pourtant, plus qu'aucun autre pays, elle d&#233;pend du march&#233; mondial. Or, de 1929 &#224; 1933, la valeur des importations tombait de 13 447 millions de mark &#224; 4 204 millions, et la valeur des exportations de 13 483 millions de mark &#224; 4 871 millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fantastique crise &#233;conomique se r&#233;percuta sur une classe ouvri&#232;re europ&#233;enne et mondiale qui depuis 1919 avait subi de dures d&#233;faites, mais qui &#233;tait loin d'&#234;tre &#233;cras&#233;e. Trotsky &#233;crivait en 1928 : &#171; Nous ne doutons pas [ ...] du caract&#232;re in&#233;vitable de la crise. Nous pensons m&#234;me que celle qui va se produire peut &#234;tre d&#233;j&#224; tr&#232;s aigu&#235; et tr&#232;s profonde &#224; cause de la puissance mondiale que poss&#232;de aujourd'hui le capitalisme am&#233;ricain. &#187; Trotsky tirait la conclusion : &#171; Si au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie les situations r&#233;volutionnaires &#233;taient les cons&#233;quences imm&#233;diates de la guerre imp&#233;rialiste, en revanche, dans la prochaine d&#233;cennie, les secousses r&#233;volutionnaires viendront surtout des rapporte existants entre l'Europe et l'Am&#233;rique. Une grande crise aux U.S.A. ferait &#224; nouveau retentir le tocsin des guerres et des r&#233;volutions. Nous le r&#233;p&#233;tons, les situations r&#233;volutionnaires ne manqueront pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, en effet, au cours de la d&#233;cennie qui suivit, les situations r&#233;volutionnaires ne manqu&#232;rent pas en Allemagne, en France, en Espagne, et jusqu'&#224; la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine qui allait engager de puissantes luttes de classe, constituer le syndicalisme d'industrie, la centrale C.I.O. (Congress Industrials Organisations) en opposition au vieux syndicalisme de m&#233;tier repr&#233;sent&#233; par l'A.F.L. (American Federation of Labour) - les deux centrales ont aujourd'hui fusionn&#233; et form&#233; le C.I.O.-A.F.L. - et conqu&#233;rir le droit de cit&#233; dans les grandes entreprises am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nazisme n'&#233;tait pas fatal&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les d&#233;faites de 1919 et de 1923, la crise &#233;conomique, sociale, politique et m&#234;me culturelle qui d&#233;chirait l'Allemagne de 1929 &#224; 1933 pouvait &#234;tre transform&#233;e en crise r&#233;volutionnaire. Il suffit de consid&#233;rer les r&#233;sultats &#233;lectoraux pour s'en convaincre. Le Reichstag a &#233;t&#233; dissous &#224; plusieurs reprises. En d&#233;pit de la politique du S.P.D. et du P.C.A., de l'appui fantastique du capital financier allemand &#224; Hitler, les nazis firent leur meilleur score, &#233;lectoral en juillet 1932. Ils totalis&#232;rent 13 745 000 voix, mais le S.P.D. obtenait plus de 8 millions de voix et le P.C.A. 5 370 000 ; le total S.P.D. + P.C.A. &#233;tait 13 370 000 voix. Le Reichstag &#233;lu le 31 juillet si&#233;gea deux jours : le 30 ao&#251;t o&#249; Goering &#233;tait &#233;lu pr&#233;sident du Reichstag, et le 12 septembre o&#249; un d&#233;cret du gouvernement von Papen le dissout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections du 6 novembre 1932 aboutirent &#224; une perte de 2 millions de voix pour les nazis et &#224; une augmentation de plus de 500 000 voix pour le P.C.A. : au total environ 1 1750 000 voix pour les nazis et 14 millions de voix pour les partis ouvriers. Et encore, apr&#232;s qu'Hitler eut &#233;t&#233; appel&#233; au pouvoir par Hindenburg, que la provocation de l'incendie du Reichstag eut &#233;t&#233; mont&#233;e, que les troupes fascistes et l'appareil policier eurent traqu&#233; le P.C.A. et le S.P.D., truqu&#233; le scrutin, le total des voix S.P.D. + P.C.A. &#233;tait de : 7 181 000 + 4 848 000 = 12 029 000. Il n'est pas vrai que le prol&#233;tariat allemand ait c&#233;d&#233; devant les S.A. et les S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats &#233;lectoraux ne donnent qu'une image d&#233;form&#233;e de la r&#233;alit&#233;. La force du prol&#233;tariat allemand &#233;tait beaucoup plus consid&#233;rable. Si on additionne les ch&#244;meurs de toutes origines en 1932-1933, il y avait en Allemagne 12 millions de sans-travail. Pourtant, des gr&#232;ves avaient lieu. En r&#233;ponse aux d&#233;crets de von Papen qui r&#233;duisaient les salaires de la mi-septembre, d&#233;but octobre 1932, il y eut plus de 280 gr&#232;ves ; en novembre 1932, les travailleurs des transports de Berlin faisaient gr&#232;ve. Rien qu'en Prusse, par exemple, en un mois les S.A. tuaient 99 militants ouvriers et en blessaient 125 gri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne peut juger s&#233;rieusement des possibilit&#233;s qui existaient sans tenir compte des politiques suicidaires des dirigeants du S.P.D. et du P.C.A. qui d&#233;routaient totalement la classe ouvri&#232;re allemande, exasp&#233;raient par leur impuissance la petite bourgeoisie, laissaient la rue aux S.A. et &#224; la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front unique des partis ouvriers e&#251;t boulevers&#233; la situation en 1931-1932. Toute d&#233;faite inflig&#233;e au parti nazi, que ce soit sur le terrain &#233;lectoral, sur celui de la rue, ou par toute autre forme de la lutte des classes, aurait contribu&#233; &#224; sa d&#233;sagr&#233;gation. La coh&#233;sion de ce parti, form&#233; d'aventuriers, de petits bourgeois, de mercenaires pay&#233;s, n'&#233;tait faite que de son impunit&#233;. Celle des partis ouvriers &#233;tait faite de ce qu'ils &#233;taient les organisations politiques du prol&#233;tariat, seule classe coh&#233;rente de la soci&#233;t&#233; bourgeoise par sa place dans la production. Et c'est sur cette classe que Dimitrov faisait reposer la responsabilit&#233; de la d&#233;faite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti nazi, l'appui qu'il re&#231;ut du capital financier, le pouvoir que celui-ci lui donna, prouvent a contrario la peur que la bourgeoisie allemande avait du prol&#233;tariat. Le capital financier, et la bourgeoisie en g&#233;n&#233;ral, pr&#233;f&#232;rent un syst&#232;me de domination souple et huil&#233;. Ce n'est qu'en dernier recours qu'ils abandonnent les rouages de l'Etat aux bandes arm&#233;es, &#224; la dictature de fer des partis fascistes ; car ceux-ci s'y installent et y d&#233;fendent leurs int&#233;r&#234;ts de chevaliers de la politique, faussant le jeu normal &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des couches du capital. En Allemagne, &#224; partir de 1930-1931-1932, un probl&#232;me dominait tout : &#233;craser la classe ouvri&#232;re et ses organisations. C'est cette t&#226;che que la bourgeoisie a d&#233;volue au nazisme, et c'est pour la r&#233;aliser qu'elle a appel&#233; Hitler au pouvoir en janvier 1933. L'alternative &#233;tait : ou l'&#233;crasement du prol&#233;tariat, ou la r&#233;volution prol&#233;tarienne. En dernier ressort, et apr&#232;s de longues h&#233;sitations, la bourgeoisie appela Hitler au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix de Staline&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, au d&#233;but de ces ann&#233;es 1930, une situation r&#233;volutionnaire pouvait r&#233;sulter de la crise de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la lutte des classes n'est pas donn&#233;e d'avance. Elle met aux prises des classes qui ont leurs partis, leurs organisations. Or, la politique et l'intervention de ces partis et organisations, fond&#233;e sur les donn&#233;es objectives de la situation, loin d'en &#234;tre le reflet passif, modifie &#224; leur tour la situation et change le cours des &#233;v&#233;nements. L'action politique des partis ouvriers est finalement d&#233;terminante dans la lutte des classes. Trotsky, aux lignes d&#233;j&#224; cit&#233;es, ajoute : &#171; Leur issue [aux situations r&#233;volutionnaires] d&#233;pend du parti international du prol&#233;tariat [en l'occurrence l'I.C.], de la maturit&#233; et de la capacit&#233; de lutte de l'Internationale communiste, de la justesse de sa strat&#233;gie et de ses m&#233;thodes tactiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En combattant pour le front unique du S.P.D. et du P.C.A., la direction de l'I.C. et le P.C.A. pouvaient unifier en un m&#234;me combat le prol&#233;tariat allemand, et infliger des d&#233;faites &#233;crasantes au parti nazi d&#232;s 1930-&#173;1931. Du m&#234;me coup, la dynamique de l'unit&#233; du prol&#233;tariat ouvrait la perspective d'un gouvernement des partis ouvriers appuy&#233; sur la classe ouvri&#232;re pour des solutions ouvri&#232;res &#224; la crise. Le prol&#233;tariat entra&#238;nait &#224; sa suite les masses petites-bourgeoises &#224; la recherche d'une solution que la division de la classe ouvri&#232;re ne leur ouvrait pas. L'herbe &#233;tait coup&#233;e sous les pieds d'Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de L'I.C. et du P.C.A. semble aberrante. Sans doute. Cependant ce &#171; gauchisme &#187; avait des racines, des raisons. Il n'&#233;tait pas seulement le produit d'erreurs th&#233;oriques et d'incapacit&#233;s politiques. Il faut bien le dire, &#224; partir de 1924-1925, la bureaucratie prenait conscience d'elle-m&#234;me. Ses int&#233;r&#234;ts se s&#233;paraient de plus en plus de ceux du prol&#233;tariat. La condition de son existence, c'&#233;tait avant tout la prostration et ensuite l'&#233;crasement politique du prol&#233;tariat d'U.R.S.S. Inconsciemment, semi-consciemment, et finalement tr&#232;s consciemment, elle redoutait la victoire du prol&#233;tariat allemand. Elle savait que la prise du pouvoir par le prol&#233;tariat allemand bouleverserait l'&#233;quilibre entre les classes en Europe &#224; son d&#233;savantage et sonnerait le r&#233;veil du prol&#233;tariat de l'U.R.S.S. C'est pourquoi elle imposa &#224; l'I.C. et au P.C.A. de tels dirigeants, et une telle politique. En r&#233;sum&#233;, sa politique, dict&#233;e par ses int&#233;r&#234;ts de caste parasitaire et contre-r&#233;volutionnaire, fut : plut&#244;t Hitler que la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne, en quoi elle rejoignait non seulement la bourgeoisie allemande, mais l'imp&#233;rialisme mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler au pouvoir en Allemagne, la crise &#233;conomique n'&#233;tait pas r&#233;solue en Europe et dans le monde. Elle nourrissait la crise de tous les rapports sociaux, politiques, culturels, de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Combin&#233;e &#224; la venue au pouvoir des nazis, elle avait de profondes r&#233;percussions sur les rapports entre les classes, &#224; l'int&#233;rieur des classes, et entre les puissances europ&#233;ennes et mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s Mussolini, Salazar, Pilsudski, Hitler. Dollfuss, qui avait pris le pouvoir en mai 1932, supprim&#233; le Parlement le 4 mars 1933, dissous le Schutzbund (organisation paramilitaire sociale-d&#233;mocrate) le 31 mars, dissous le parti communiste autrichien le 26 mai, cr&#233;ait les camps d'internement politique le 23 septembre, destituait les dirigeants syndicaux le 1er janvier 1934, interdisait la vente de l'Arbeiterzeitung, journal de la social-d&#233;mocratie, le 23 janvier. Au d&#233;but f&#233;vrier, la direction de la S.D. se r&#233;signait finalement &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e. Du 1er au 16 f&#233;vrier, les travailleurs socialistes qui formaient le Schutzbund de la banlieue de Vienne se battaient h&#233;ro&#239;quement, mais ils &#233;taient &#233;cras&#233;s par l'artillerie de Dollfuss. En r&#233;alit&#233;, ils payaient les cons&#233;quences de la politique de capitulations successives de la direction S.D. qui les avait isol&#233;s et accul&#233;s &#224; cette r&#233;sistance d&#233;sesp&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Raisons de la politique des fronts populaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re ne pouvait plus tol&#233;rer longtemps la division des rangs du prol&#233;tariat, que celle-ci soit impos&#233;e au nom du respect de la l&#233;galit&#233;, de l'Etat bourgeois, ou du &#171; social-fascisme &#187;. En cette premi&#232;re quinzaine de f&#233;vrier 1934, travailleurs et militants imposaient aux dirigeants du P.S. et du P.C.F., de la C.G.T. et de la C.G.T.U., le front unique en r&#233;plique &#224; la tentative fasciste du 6 f&#233;vrier. C'&#233;tait le point de d&#233;part du profond et puissant mouvement qui allait aboutir &#224; juin 1936. En Espagne, la crise politique de la bourgeoisie, le mouvement des masses, conduisaient &#224; la guerre civile. Le spectre de la r&#233;volution hantait encore l'Europe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle politique d&#233;finie par l'I.C. &#224; l'usage des P.C., dite des &#171; fronts populaires &#187;, &#233;tait principalement appliqu&#233;e en France et en Espagne. Les P.S. allaient l'adopter. La bourgeoisie, confront&#233;e aux masses, allait l'utiliser. C'&#233;tait la r&#233;ponse de la bureaucratie aux nouveaux d&#233;veloppements de la lutte des classes. Elle correspondait &#233;galement aux nouveaux rapports politiques en Europe et dans le monde entre grandes puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hitler au pouvoir en Allemagne, la pr&#233;paration de la Seconde Guerre mondiale commen&#231;ait. Les nazis ne pouvaient garder le pouvoir que s'ils r&#233;sorbaient le ch&#244;mage, que s'ils ouvraient au capital allemand la perspective de briser l'&#233;tau de Versailles, que s'ils tentaient de redonner &#224; l'imp&#233;rialisme allemand la premi&#232;re place en Europe, une place &#224; sa mesure dans le monde : &#224; l'Ouest, r&#233;duire l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; un r&#244;le secondaire, &#233;liminer l'influence anglaise en Europe ; &#224; l'Est, subordonner les petites puissances de l'Europe centrale &#224; l'imp&#233;rialisme allemand, &#233;craser l'U.R.S.S., faire de l'Ukraine et de la Russie le Lebensraum du capital allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s janvier 1933, Hitler proposait &#224; Hindenburg un plan de quatre ans qui &#233;tait le plan de r&#233;armement de l'Allemagne ; les grands travaux s'int&#233;graient aux exigences de la pr&#233;paration &#224; la guerre. Il d&#233;clarait en 1939 : &#171; Nous avons consacr&#233; 90 milliards de mark entre 1932-1937 au r&#233;armement. &#187; Le 14 octobre 1933, l'Allemagne quittait la S.D.N. Les revendications sur l'Autriche, les Sud&#232;tes, le corridor de Dantzig, etc., se pr&#233;cisaient. Le 21 mai 1935, Hitler publiait la loi sur &#171; la reconstruction de la Wehrmacht &#187; : cr&#233;ation d'une arm&#233;e allemande unique ; institution d'un service militaire obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique internationale de la bureaucratie du Kremlin devait &#234;tre modifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s avril 1934, le ministre fran&#231;ais des Affaires &#233;trang&#232;res Barthou a &#233;t&#233; &#224; Prague et &#224; Varsovie, il y retourne en juin. Il s'agit d'encercler l'Allemagne. &#171; Coup de th&#233;&#226;tre &#187;, le Kremlin demande l'admission de l'U.R.S.S. &#224; la S.D.N., que L&#233;nine consid&#233;rait comme une &#171; caverne de brigands &#187;, et, appuy&#233;e par la France, il l'obtient en septembre 1934. Litvinov d&#233;clare : &#171; Je tiens tout d'abord &#224; rappeler avec reconnaissance l'initiative qui a &#233;t&#233; prise par le gouvernement fran&#231;ais ainsi que les efforts sinc&#232;res qui ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s par son mInIstre des Affaires &#233;trang&#232;res, M. Barthou, ainsi que le pr&#233;sident du Conseil de la S.D.N., M. Ben&#232;s, pour faire admettre l'U.R.S.S. &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tournant est pris. La bureaucratie du Kremlin s'efforce de nouer une alliance politique et militaire d'abord avec la France et la Tch&#233;coslovaquie, et ensuite avec les &#171; pays d&#233;mocratiques &#187;. Les n&#233;gociations sont engag&#233;es en vue de la conclusion d'un pacte franco-sovi&#233;tique. Il est sign&#233; le 2 mai 1935 par Potemkine, ambassadeur d'U.R.S.S. en France, et Pierre Laval, qui est devenu ministre des Affaires &#233;trang&#232;res apr&#232;s l'assassinat de Barthou. Ce pacte pr&#233;voit qu' &#171; au cas o&#249; la France ou l'U.R.S.S. serait l'objet d'une menace ou d'un danger d'agression de la part d'un Etat europ&#233;en, l'U.R.S.S. et r&#233;ciproquement la France s'engagent &#224; proc&#233;der &#224; une consultation imm&#233;diate, en vue des mesures &#224; prendre [ ...]. L'U.R.S.S. et r&#233;ciproquement la France se pr&#234;teront aide et assistance &#187;. La signature du pacte est assorti d'une d&#233;claration :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le devoir [des contractants] tout d'abord leur incombe, dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me du maintien de la paix, de ne pas laisser affaiblir en rien leur d&#233;fense nationale. M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de d&#233;fense nationale faite par la France pour maintenir ses forcbes arm&#233;es au niveau de sa s&#233;curit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement, le P.C.F. approuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pacte semblable est sign&#233; entre l'U.R.S.S. et la Tch&#233;coslovaquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tournant radical. La position classique du P.C.F. &#233;tait jusqu'alors : &#171; il ne peut y avoir de d&#233;fense nationale en r&#233;gime capitaliste &#187;. D&#233;sormais, il n'est plus possible de dire &#224; la classe ouvri&#232;re que &#171; la d&#233;mocratie bourgeoise et le fascisme, c'est bonnet blanc et blanc bonnet &#187;, ni que &#171; la social&#173;-d&#233;mocratie et le fascisme sont fr&#232;res jumeaux &#187;. La classe ouvri&#232;re ne pourrait ni comprendre ni accepter. La bourgeoisie exige que le P.C.F. ne &#171; laisse affaiblir en rien &#187; son r&#233;gime et les formes politiques du moment qui assurent sa domination de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique des &#171; fronts populaires &#187; est devenue n&#233;cessaire. Non seulement la social-d&#233;mocratie n'est plus la s&#339;ur jumelle du fascisme, mais les partis bourgeois, tel le parti radical, deviennent des partis &#171; d&#233;mocratiques &#187; et des alli&#233;s privil&#233;gi&#233;s. Il faut les soutenir et m&#234;me emp&#234;cher les ruptures en leur sein, ainsi que le dit Duclos. Les &#171; fronts populaires &#187; ne sont d'ailleurs qu'une transition. D&#232;s ao&#251;t 1936, Maurice Thorez proposait la constitution du &#171; front des Fran&#231;ais &#187;, de Paul Reynaud &#224; Thorez...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, le &#171; contenu &#187; de la &#171; th&#233;orie &#187; des fronts populaires est nul sur le plan th&#233;orique proprement dit, mais par contre tr&#232;s concret sur celui de la pratique politique. C'est un retour aux vieilles lunes de la collaboration de classe, des vertus du parlementarisme et de la d&#233;mocratie bourgeoise. La lutte des classes est ni&#233;e. Le caract&#232;re de classe de l'Etat est ni&#233;. I'exp&#233;rience de plus d'un si&#232;cle du mouvement ouvrier est effac&#233;. La crise de la soci&#233;t&#233; bourgeoise parvenue au stade supr&#234;me du capitalisme est gomm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France 1934 - juin 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, la France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1935 : Hitler parle haut et fort &#224; toute l'Europe, ses S.S. exterminent physiquement dans les premiers camps de concentration plus d'un million de militants socialistes et communistes d'Allemagne. C'est du prix du sang que la classe ouvri&#232;re doit payer la politique de Staline de lutte contre les &#171; social-fascistes &#187;, de refus du front unique ouvrier... A Rome, le dictateur fasciste Mussolini plastronne le mouvement ouvrier &#233;cras&#233; est dans l'ill&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chemises brunes, Chemises noires, le fascisme montre quelles sont les &#171; solutions &#187; du syst&#232;me capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1935 : Le Populaire, quotidien de la S.F.I.O., publie un dessin : des militants socialistes et communistes sont enferm&#233;s dans un camp gard&#233; par des S.S. L'un d'entre eux d&#233;clare : &#171; Cette fois, l'unit&#233; est r&#233;alis&#233;e... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1935 , la France accuse le choc de la crise mondiale d&#233;clench&#233;e en 1929.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production industrielle baisse de mani&#232;re spectaculaire : en 1913, l'indice de la production est 100 ; en 1930, il est &#224; 140 ; en 1935, il est &#224; 94.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une population de 41 millions d'habitants, il y a officiellement plus de 500 000 ch&#244;meurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salaires diminuent avec la dur&#233;e de la semaine de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1930, la dur&#233;e moyenne du travail est de 47 heures trois quarts par semaine, en 1934, elle est de 44 heures et demie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine de travail l&#233;gale est de 48 heures ; dans certaines branches d'industrie, on travaille 52 &#224; 56 heures par semaine. Dans d'autres, c'est quasiment le ch&#244;mage total. Quant aux prix, ils galopent : les prix agricoles &#224; la production baissent, ruinant des milliers de petits paysans, et ceux des denr&#233;es alimentaires augmentent de 25 % entre ao&#251;t 1925 et mai 1936. Pour des millions d'ouvriers, de petits bourgeois des villes et des campagnes, la mis&#232;re devient une r&#233;alit&#233;. Dans les usines, le patronat organise la chasse aux militants syndicaux, aux militants politiques. On r&#233;prime le droit de gr&#232;ve, licencie pour activit&#233;s syndicales : le mouvement ouvrier doit s'accrocher dans une situation de semi&#8209;l&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en bas la situation du prol&#233;tariat et des classes laborieuses s'aggrave brutalement, en haut, ministres et d&#233;put&#233;s bourgeois s'ab&#238;ment dans le luxe insolent, la corruption : c'est la R&#233;publique des pots&#8209;de&#8209;vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais est sorti &#171; vainqueur &#187; de la Premi&#232;re Guerre mondiale. Il est et restera jusqu'au r&#233;armement allemand la plus grande puissance militaire en Europe. Mais il est sorti de la guerre exsangue : une partie du capital accumul&#233; a d&#251; &#234;tre liquid&#233; ; toutes les r&#233;gions du Nord d&#233;vast&#233;es ; plus de 1 800 000 morts ; des millions de bless&#233;s et d'invalides. C'est toute une g&#233;n&#233;ration qui est saign&#233;e &#224; blanc. Du seul point de vue de sa population, la France mettra plusieurs ann&#233;es pour s'en remettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais est &#171; victorieux &#187;, mais incapable de dominer l'Europe, et m&#234;me l'Allemagne d&#233;faite, en l'absence de l'appui de ses &#171; alli&#233;s &#187;, l'Angleterre et les U.S.A., et encore bien moins contre eux. La crise de 1923 l'a prouv&#233;. La bourgeoisie fran&#231;aise a d&#251; se contenter d'une partie des &#233;normes r&#233;parations de guerre qu'elle voulait imposer &#224; l'Allemagne. Elle a d&#251; laisser l'industrie allemande, b&#233;n&#233;ficiant entre 1923 et 1929 de cr&#233;dits am&#233;ricains massifs, redevenir la premi&#232;re d'Europe, envahir les march&#233;s. Elle se r&#233;fugie dans les limites de son empire. Le capital financier fran&#231;ais est plus que jamais un capital de rentiers, de &#171; tondeurs de coupons &#187;, bien que la masse et l'importance de ceux&#8209;ci ne soient plus ce qu'elles &#233;taient sur le plan international, si la dette d'Etat s'est consid&#233;rablement accrue. Le renouvellement et la concentration de l'appareil de production, malgr&#233; l'apport de l'Alsace-Lorraine, le charbon de la Ruhr, la reconstruction du Nord d&#233;vast&#233;, dont pas eu lieu, et de loin, &#224; la dimension o&#249; il s'est renouvel&#233; et concentr&#233; en Allemagne. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais est irr&#233;m&#233;diablement le plus d&#233;cadent des grandes puissances imp&#233;rialistes d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il garde le statut et le r&#244;le d'une grande puissance imp&#233;rialiste &#224; l'&#233;chelle mondiale, celui de la plus grande puissance imp&#233;rialiste sur le continent europ&#233;en, gardien vigilant et jaloux de l'&#171; ordre &#187; europ&#233;en que le trait&#233; de Versailles et les trait&#233;s annexes ont institu&#233; en amputant l'Allemagne et en morcelant l'Europe. Cette charge, il doit la porter et elle l'&#233;crase. In&#233;luctablement, les &#233;ch&#233;ances devront &#234;tre honor&#233;es. La classe ouvri&#232;re, la petite paysannerie, la petite bourgeoisie, devront les acquitter. In&#233;luctablement, l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais devra &#234;tre r&#233;duit &#224; sa juste place en Europe et dans le monde. La crise &#233;conomique n'a pas en France la m&#234;me acuit&#233; qu'en Allemagne, en raison du caract&#232;re relativement arri&#233;r&#233; de l'&#233;conomie fran&#231;aise, et de son isolement du march&#233; mondial. Mais ses cons&#233;quences, surtout &#224; partir de 1933, seront n&#233;anmoins tr&#232;s lourdes &#224; supporter pour les masses. De plus, elle annonce de nouveaux bouleversements internationaux qui, obligatoirement, r&#233;v&#233;leront la faiblesse organique, la d&#233;cadence tr&#232;s avanc&#233;e de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, et qui le mettront &#224; sa juste place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La venue d'Hitler au pouvoir, jouant de la politique d'&#233;quilibre de l'imp&#233;rialisme anglais en Europe, de la distance, &#224; ce moment, de l'imp&#233;rialisme U.S. aux prises avec une crise &#233;conomique sains pr&#233;c&#233;dent, par rapport &#224; l'Europe, va r&#233;v&#233;ler ces donn&#233;es. Il d&#233;noue en se jouant l'&#233;treinte de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais sur l'Allemagne, met en &#233;chec la politique d'encerclement, et s'engage dans une course aux armements que l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais n'est pas en mesure ni politiquement ni &#233;conomiquement de soutenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que s'exasp&#232;rent les contradictions entre les classes, s'ouvre une crise interne de la bourgeoisie fran&#231;aise. La R&#233;publique parlementaire, que le parti radical incarne, entre en convulsions. Elle louvoie et recule devant les ligues fascistes, se r&#233;v&#232;le incapable d'&#233;craser la classe ouvri&#232;re, d'ouvrir &#224; la bourgeoisie comme classe une quelconque perspective internationale qui puisse pr&#233;server ses positions de premi&#232;re puissance imp&#233;rialiste sur le continent europ&#233;en, et de grande puissance mondiale. La France, &#171; vainqueur de la Premi&#232;re Guerre mondiale &#187;, est incapable de tenir t&#234;te &#224; l'expansionnisme de la bourgeoisie allemande, &#224; la vitalit&#233; de son industrie : la bourgeoisie fran&#231;aise qui n'a pu &#171; faire payer l'Allemagne &#187; tente de faire payer aux travailleurs les cons&#233;quences de la crise &#233;conomique et financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que s'exacerbent les contradictions entre les classes, la R&#233;publique parlementaire agonise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire Stavisky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, l'affaire Stavisky &#233;clate, et &#233;clabousse l'ensemble du syst&#232;me parlementaire, r&#233;v&#233;lant au grand jour la corruption du personnel politique de la bourgeoisie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintes fois condamn&#233;, le petit escroc Stavisky va en quelques ann&#233;es faire fortune, achetant &#171; relations &#187; politiques et polici&#232;res. Arm&#233; de l'impunit&#233;, il fait &#233;diter des bons du Cr&#233;dit municipal de Bayonne pour plusieurs dizaines de millions... sans couverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix&#8209;neuf fois inscrit au r&#244;le, le proc&#232;s est dix neuf fois remis. Le 7 janvier 1934, le d&#233;put&#233;&#8209;maire radical de Bayonne, Garat, est arr&#234;t&#233;. D&#233;put&#233;s, ministres, pr&#233;fets, hommes de cabinets, policiers, sont impliqu&#233;s dans cette gigantesque affaire d'escroquerie qui masque toutes les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire Stavisky d&#233;montre l'affairisme du personnel politique au service du grand capital. C'est trop, c'est trop dangereux. Stavisky ne parlera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 janvier, le corps de Stavisky est d&#233;couvert. Le Canard encha&#238;n&#233; titre : &#171; Stavisky a &#233;t&#233; suicid&#233; d'une balle tir&#233;e &#224; bout portant ! &#187; ; Le Figaro enregistre le &#171; tr&#233;pas opportun &#187; de Stavisky...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant tout le mois de janvier, inculpations et arrestations se poursuivent, mettant en cause d&#233;put&#233;s et journalistes en majorit&#233; membres du parti radical. Le gouvernement est atteint : Dalimier, ministre radical, d&#233;missionne. Il est intervenu &#224; plusieurs reprises pour faire ajourner le proc&#232;s... Le pr&#233;sident du Conseil, le radical Chautemps, s'oppose farouchement &#224; la constitution d'une commission parlementaire d'enqu&#234;te. Mais l'indignation est &#224; son comble dans le pays. Le 27 janvier, le cabinet Chautemps d&#233;missionne collectivement : le leader de &#171; l'aile gauche &#187; du parti radical, Daladier, constitue imm&#233;diatement un nouveau minist&#232;re : le parti radical, toujours lui...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crise politique ouverte par l'affaire Stavisky mobilise les lignes fascistes contre le &#171; parlementarisme &#187; et la &#171; R&#233;publique pourrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ligues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ligues fascistes en France sont &#224; la mesure de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Elles vivent sur la grandeur pass&#233;e, la &#171; Victoire &#187;. L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais ne peut ouvrir aux &#171; anciens combattants &#187;, &#224; la petite bourgeoisie d&#233;class&#233;e, de &#171; grandes perspectives &#187;. &#8209;C'est une des donn&#233;es fondamentales qui diff&#233;renciera les ligues fascistes fran&#231;aises du fascisme brun, des hordes hitl&#233;riennes. Bien que les ligues soient organis&#233;es militairement et qu'elles regroupent peut&#8209;&#234;tre plusieurs dizaines de milliers d'hommes plus ou moins bien arm&#233;s que finance le grand capital, ce ne sont pas les S.A. et les S.S. Mais il est vrai &#233;galement que le mouvement ouvrier fran&#231;ais n'est pas comparable &#224; son homologue allemand, avec ses millions de combattants regroup&#233;s au sein du S.P.D., du P.C.A., de la centrale syndicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces ligues : l'Action fran&#231;aise avec Charles Maurras et L&#233;on Daudet ; la Solidarit&#233; fran&#231;aise du parfumeur Coty ; les Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger ; et surtout, organisant une partie des anciens combattants, les Croix&#8209;de&#8209;Feu dirig&#233;s par le colonel de La Rocque, homme de confiance d'Ernest Mercier, directeur de la Compagnie g&#233;n&#233;rale d'&#233;lectricit&#233;. En exergue de leur journal Le Flambeau, Un slogan : &#171; Ni blanc ni rouge : bleu, blanc, rouge &#187; Leur programme : &#171; L'ordre fran&#231;ais a toujours repos&#233; sur trois &#233;l&#233;ments : travail, famille, patrie. &#187; Leur objectif : chasser la &#171; Gueuse &#187; et instaurer en France un Etat fasciste corporatiste &#224; l'image de l'Italie ou de l'Allemagne. &#171; S'il le faut, nous prendrons des fouets et des b&#226;tons pour balayer cette Chambre d'incapables &#187; (28 janvier 1933, meeting de la F&#233;d&#233;rations des Contribuables).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ligues rassemblent anciens combattants, &#224; qui l'Allemagne &#171; n'a rien pay&#233; &#187;, aventuriers fascistes, petits bourgeois d&#233;class&#233;s qui d&#233;filent b&#233;ret sur la t&#234;te et drapeaux tricolores au vent, &#224; la mani&#232;re des S.A. d'Allemagne, des Fascis de Mussolini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Financ&#233;es par les grandes banques, soutenues par l'Eglise, les ligues vomissent l'antis&#233;mitisme, la lutte contre les &#171; rouges &#187;, contre les ouvriers, contre leurs partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais leur nationalisme est &#233;triqu&#233;, conservateur et sans envergure. Elles sont incapables d'offrir autre chose que les &#171; fruits de la victoire &#187;, or ceux&#8209;ci sont d'ores et d&#233;j&#224; pourris ! Cela va donner un certain c&#244;t&#233; lamentable aux ligues, &#224; l'image de la bourgeoisie fran&#231;aise. Le danger n'en est pas moins consid&#233;rable. La f&#233;rocit&#233; des ligues contre le mouvement ouvrier et la classe ouvri&#232;re, si elles parvenaient au pouvoir, ne serait pas moins grande que dans tous les pays o&#249; le fascisme a vaincu (cf. l'Espagne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du scandale Stavisky, le Pr&#233;fet de Police de Paris, Chiappe, est d&#233;plac&#233;. C'est un ami des bandes fascistes, c'est szurtout une occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 f&#233;vrier, les ligues appellent leurs adh&#233;rents &#224; manifester contre cette d&#233;cision sur le Palais&#8209;Bourbon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 au matin, L'Humanit&#233; annonce que le parti communiste et l'A.R.A.C. seront &#233;galement pr&#233;sents : &#171; Tous &#224; 20 heures rond&#8209;point des Champs&#173;-Elys&#233;es pour manifester aujourd'hui vigoureusement &#224; la fois contre les bandes fascistes et contre le gouvernement qui les prot&#232;ge et les d&#233;veloppe, contre la social&#8209;d&#233;mocratie qui par sa division de la classe ouvri&#232;re s'efforce de l'affaiblir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les dirigeants du P.C.F., la ligne est claire : coude &#224; coude avec les ligues, contre les fascistes et la social&#8209;d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'&#233;meute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bandes fascistes tirent, la police r&#233;plique, la place de la Concorde est un v&#233;ritable champ de bataille. Croix&#8209;de&#8209;Feu et militants communistes manifestent, et La Marseillaise se m&#234;le &#224; L'Internationale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 f&#233;vrier au matin, le pays apprend avec stupeur que cette nuit de violences a fait vingt morts et plusieurs centaines de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; du 7 f&#233;vrier &#233;crit : &#171; Contre les fascistes, contre la d&#233;mocratie qui se fascise, Paris ouvrier a ripost&#233; ; tandis que les balles des gardes mobiles couchaient douze morts et pr&#232;s de deux cents bless&#233;s sur le pav&#233;, le parti socialiste donne sa confiance au gouvernement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky &#233;crit : &#171; C'est maintenant le tour de la France, le 6 f&#233;vrier 1934 y constitua la premi&#232;re r&#233;p&#233;tition du banditisme fasciste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morts de peur, les d&#233;put&#233;s des partis bourgeois refusent de dissoudre les ligues, de d&#233;fendre les libert&#233;s, d'&#233;craser la vermine fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 f&#233;vrier &#224; 14 heures, Daladier qui vient d'obtenir la confiance de la Chambre... d&#233;missionne imm&#233;diatement pour laisser la place &#224; un &#171; sauveur &#187;, &#224; un homme fort : Gaston Doumergue. Ce dernier accourt de sa retraite et forme un gouvernement de combat avec P&#233;tain, Tardieu, Laval, Herriot, Adrien Marquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;gime politique b&#226;tard s'&#233;tablit de fait. Le Parlement se dessaisit au profit du gouvernement d'une partie importante de ses pouvoirs : Doumergue et ses successeurs gouvernent par d&#233;crets&#8209;lois. Le capital financier l'exige, le Parlement ob&#233;it. L'axe du gouvernement se d&#233;place, de plus en plus consti&#173;tu&#233; par l'appareil d'Etat, la police, l'arm&#233;e, tandis que le capital financier utilise les bandes fascistes en tant que moyens de pression. La Chambre des d&#233;put&#233;s s'efface devant l'ex&#233;cutif. Le gouvernement a un caract&#232;re bonapartiste, mais &#224; la mesure d'un imp&#233;rialisme d&#233;cadent et dont l'orientation est h&#233;sitante, zigzagante. Le pr&#233;sident de la R&#233;publique confie le soin de former le gouvernement &#224; un homme d&#233;termin&#233;, mais c'est le Parlement qui investit ou d&#233;savoue le gouvernement. Mis en minorit&#233; &#224; la Chambre, celui&#8209;ci doit d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parlementarisme moribond s'efface devant un gouvernement de type bonapartiste qui obtient les pleins pouvoirs, laisse au second plan l'Assembl&#233;e, s'appuie sur l'arm&#233;e et la police. Appuy&#233; par le parti radical, Doumergue va gouverner par d&#233;crets-lois. Le parti radical, toujours lui...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe ouvri&#232;re r&#233;agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier 1934 : la r&#233;plique de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain du 6 f&#233;vrier, militants et travailleurs se mobilisent spontan&#233;ment, exigeant des dirigeants des partis et des syndicats qu'ils agissent, qu'ils r&#233;agissent. Le 9 f&#233;vrier, le parti communiste fran&#231;ais, qui a &#171; oubli&#233; &#187; son appel &#224; la manifestation du 6, organise &#224; la R&#233;publique une manifestation contre les ligues fascistes. Des milliers de militants socialistes s'y joignent. Toute la nuit, du faubourg du Temple aux rues de Belleville, quelques dizaines de milliers de militants s'accrochent au terrain et font face &#224; la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police a h&#233;sit&#233; devant les ligues, elle charge et tire sans sommation contre les militants ouvriers. Cette nuit, le sang des travailleurs va couler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants descendent des quartiers nord et est de Paris, de la banlieue. Un puissant contingent vient du rayon de Saint&#8209;Denis que dirige alors Jacques Doriot, partisan de l'unit&#233; avec la S.F.I.O. et qui n'est pas encore exclu du P.C.F. Ce sont principalement les militants qui descendent de Saint-Denis et de la banlieue nord qui tentent de forcer les barrages des forces de police &#224; la hauteur de la gare du Nord et de celle de l'Est pour descendre le boulevard Magenta, sur la place de la R&#233;publique : neuf morts, des dizaines de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout le pays, militants socialistes et communistes exigent vengeance, harc&#232;lent leurs dirigeants, pour que s'organise la riposte unitaire aux ligues fascistes soutenues par Doumergue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 f&#233;vrier au matin, la commission administrative de la C.G.T. se r&#233;unit. Elle d&#233;cide d'appeler &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 24 heures pour le lundi 12 f&#233;vrier. Dans la soir&#233;e, elle convoque les organisations suivantes : la S.F.I.O., le parti socialiste de France (n&#233;o&#8209;socialiste), le parti r&#233;publicain socialiste, le parti d'unit&#233; prol&#233;tarienne (n&#233; d'une rupture au sein du P.C.F.), l'Union anarchiste, la Ligne des droits de l'homme, la F&#233;d&#233;ration ouvri&#232;re et paysanne (anciens combattants). Elle leur demande d'appuyer la gr&#232;ve du 12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les f&#233;d&#233;rations S.F.I.O. de la Seine et de la Seine&#8209;et&#8209;Oise se prononcent dans la nuit du 6 au 7 f&#233;vrier pour l'unit&#233; d'action avec le P.C.F. et la C.G.T.U. Une d&#233;l&#233;gation que conduisent Zyromski, Pivert, Descourtieu, a &#233;t&#233; proposer dans la nuit du 6 au 7 apr&#232;s minuit une manifestation commune d&#232;s le 7 f&#233;vrier. Elle n'est pas re&#231;ue. La lettre qu'elle d&#233;pose &#224; la C.G.T.U. et au P.C.F. dit notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous vous demandons une entrevue, afin de fixer les bases d'un accord loyal et de r&#233;aliser l'unit&#233; d'action des travailleurs. Pri&#232;re de nous r&#233;pondre au plus t&#244;t. Nous nous tiendrons dans notre permanence jusqu'&#224; minuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Toutes les organisations du prol&#233;tariat doivent former une barricade infranchissable au p&#233;ril fasciste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse du P.C.F. &#224; l'offre des f&#233;d&#233;rations S.F.I.O. de la Seine et de la Seine&#8209;et&#8209;Oise est publi&#233;e le 8, en m&#234;me temps que le P.C.F. convoque la manifestation du 9. C'est une fin de non&#8209;recevoir sous pr&#233;texte que : &#171; Votre parti a vot&#233; la confiance &#224; Daladier. Vos chefs L&#233;on Blum et Frossard ont conseill&#233; la d&#233;mission &#224; Daladier pour faire venir un gouvernement de tr&#234;ve des partis. &#187; Assertion absolument fausse : L&#233;on Blum a au contraire demand&#233; express&#233;ment &#224; Daladier de ne pas d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l'appel classique aux ouvriers socialistes, par&#8209;dessus la t&#234;te des dirigeants S.F.I.O. accus&#233;s de trahison, &#224; se joindre &#224; la manifestation du 9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; des militants, l'&#233;cho que rencontre Doriot, alors pour le front unique du P.S. et du P.C.F., de la C.G.T.U. et de la C.G.T., contraignent les dirigeants de la C.G.T.U. et du P.C.F. &#224; appeler de leur c&#244;t&#233; &#224; la gr&#232;ve du 12 f&#233;vrier. Mais L'Humanit&#233; du 11 f&#233;vrier titrait : &#171; Le parti socialiste avec la R&#233;publique des fusilleurs &#187;, et &#233;crivait : &#171; La classe ouvri&#232;re condamnera et rejettera avec d&#233;go&#251;t les chefs socialistes qui ont le cynisme et l'audace de pr&#233;tendre entra&#238;ner les ouvriers &#224; la lutte contre le fascisme au chant de La Marseillaise et de L'Internationale [1]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La C.G.T. et la C.G.T.U. ayant donn&#233; toutes deux le mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour le 12 f&#233;vrier, la gr&#232;ve est massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, deux manifestations sont convoqu&#233;es. La premi&#232;re &#224; l'appel de la S.F.I.O. et de la C.G.T., la seconde, par le P.C.F. et la C.G.T.U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux cort&#232;ges, forts de plusieurs dizaines de milliers de travailleurs s'avancent... l'un vers l'autre. Qui va l'emporter ? Les dirigeants du P.C.F. et de la S.F.I.O. qui refusent l'unit&#233; d'action contre le fascisme, ou la grande masse des militants qui exigent le front unique ouvrier contre les fascistes et contre le capitalisme ? De part et d'autre, un cri jaillit : &#171; Unit&#233; ! Unit&#233; ! &#187; Les deux cort&#232;ges fusionnent dans l'enthousiasme et une gigantesque manifestation rassemble au coude &#224; coude ouvriers socialistes, communistes, militants de la C.G.T. et de la C.G.T.U. et travailleurs inorganis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tout le pays, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est suivie et les manifestations sont imposantes. Le 12 f&#233;vrier 1934, la classe ouvri&#232;re a impos&#233; &#224; ses chefs, et notamment &#224; ceux du P.C.F., le front unique ouvrier. Cette action donne la mesure de la disponibilit&#233; au combat de la classe ouvri&#232;re contre la bourgeoisie et son Etat, et r&#233;v&#232;le cette &#171; ardente aspiration &#224; l'unit&#233; des ouvriers &#187; (L&#233;nine) qui se refl&#232;te dans la S.F.I.O. et dans le parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;plique du 12 f&#233;vrier tourne une page de l'histoire du mouvement ouvrier et des rapports entre les classes en France. Un nouveau chapitre s'ouvre, militants et masses ont r&#233;ussi &#224; imposer aux dirigeants, pour un moment, le front unique ouvrier. Partant de l&#224;, le mouvement ouvrier fran&#231;ais, la lutte de classe du prol&#233;tariat, vont conna&#238;tre une v&#233;ritable renaissance. Jamais depuis la Commune un mouvement ouvrier de masse n'&#233;tait parvenu &#224; se construire en France. La S.F.I.O. avait certes, d&#232;s avant la guerre, une grande surface parlementaire : aux &#233;lections du printemps 1914 il y avait eu plus de cent d&#233;put&#233;s socialistes &#233;lus. Mais les militants de la S.F.I.O. &#233;taient tout au plus quelques dizaines de milliers. Quant &#224; la C.G.T. d'avant la guerre de 1914, elle organisait seulement &#8209; et c&#233;tait d&#233;j&#224; une puissance &#8209; dans ses syndicats quelques centaines de milliers de travailleurs. Dans l'imm&#233;diat apr&#232;s&#8209;guerre un puissant flux de militants entrait &#224; la S.F.I.O., des centaines de milliers de travailleurs se syndiquaient &#224; la C.G.T. dont les effectifs d&#233;passaient le million. La scission syndicale de 1920, la scission au sein de la S.F.I.O., allaient briser et faire reculer tr&#232;s loin en arri&#232;re ce mouvement. La politique du P.C.F. et de la C.G.T.U. passant du plus plat opportunisme au &#171; social&#8209;fascisme &#187; ramenait &#224; quelques milliers de militants les effectifs du P.C.F., et &#224; quelques dizaines de milliers de syndiqu&#233;s ceux de la C.G.T.U. La S.F.I.O. et la C.G.T. &#233;taient beaucoup plus fortes, mais leurs effectifs ne d&#233;passaient pas quelques dizaines de milliers de militants pour l'une, quelques centaines de milliers pour l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier commence la constitution d'un mouvement ouvrier de masse en France. Rapidement, la S.F.I.O. va d&#233;passer la centaine de milliers de militants, le P.C.F. approcher de la centaine de milliers, les deux centrales syndicales b&#233;n&#233;ficient d'un afflux de centaines de milliers de nouveaux syndiqu&#233;s, avant que la r&#233;unification en 1936 et juin 36 n'apportent &#224; la C.G.T. r&#233;unifi&#233;e des millions de syndiqu&#233;s. Et, ce qui va de pair, la disponibilit&#233; de la classe ouvri&#232;re en tant que classe, sa volont&#233; d'action, sa fermentation politique faisaient un saut qualitatif. Le prol&#233;tariat dans son ensemble se rassemblait et se levait. Ainsi s'annon&#231;aient de grands affrontements de classes. La situation posait encore confus&#233;ment la question &#224; la classe ouvri&#232;re : fascisme ou socialisme ? bourgeoisie ou prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le du parti radical&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais arr&#234;tons&#8209;nous sur le parti radical, ses relations avec le grand capital, les &#171; classes moyennes &#187;, sa politique, en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti radical se d&#233;finit en 1907, lors de son congr&#232;s de Nancy, comme &#171; r&#233;solument attach&#233; aux principes de la propri&#233;t&#233; individuelle dont il ne veut ni commencer ni m&#234;me pr&#233;parer la suppression &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disposant d'une influence dans les couches de la petite bourgeoisie des villes et des campagnes, il entretient l'anticommunisme, les ressentiments &#224; l'&#233;gard de la classe ouvri&#232;re, et ce, au compte du grand capital. Ainsi, ses repr&#233;sentants, toujours partisans de l'expansion coloniale et de la rapine imp&#233;rialiste, obtiendront en retour quelques miettes en faveur des classes moyennes. Depuis 1885, il a fait partie de toutes les combinaisons gouvernementales de la III&#176; R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de 1929 aura pour cons&#233;quence de pr&#233;cipiter &#224; la faillite et &#224; la ruine des centaines de milliers de petits commer&#231;ants, de petits paysans, de petits &#233;pargnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette couche sociale ne peut avoir de politique et de perspective propre. Elle est coinc&#233;e entre le prol&#233;tariat et la grande bourgeoisie. Elle est stable seulement dans les moments de stabilit&#233; &#233;conomique et politique. Mais les p&#233;riodes de crise la bouleversent, font qu'elle passe &#224; une instabilit&#233; totale, fi&#233;vreuse, capable de positions les plus extr&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il apparaisse, elle est toujours &#224; la remorque d'une des classes fondamentales : prol&#233;tariat et grande bourgeoisie. En 1934, les &#171; classes moyennes &#187; amorcent un mouvement contradictoire : la plus grande partie d&#233;laisse le parti radical et se tourne vers les partis ouvriers, le P.C.F. et le P.S. ; une autre partie d&#233;laisse le parti radical, mais pour s'orienter &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ruin&#233;e par le grand capital, la grande industrie, les gros propri&#233;taires terriens, une grande partie de la client&#232;le du parti radical se retrouve dans les faits pouss&#233;e vers la classe ouvri&#232;re et ses organisations. D&#232;s les ann&#233;es 1930, &#233;cras&#233;s par la crise, des secteurs entiers de la petite bourgeoisie commencent &#224; se d&#233;tourner du parti radical. Mais celui&#8209;ci s'adapte aux situations politiques et &#224; la crise &#233;conomique naissante. C'est le parti &#224; l'aide duquel la grande bourgeoise entretenait les espoirs de la petite bourgeoisie en une am&#233;lioration de sa situation. Les radicaux dont pu jouer ce r&#244;le qu'aussi longtemps que la situation &#233;conomique restait supportable pour la petite bourgeoisie. A partir du moment o&#249; le grand capital subit les cons&#233;quences de la crise mondiale de 1929, la petite bourgeoisie cherche d'autres voies, alors que le parti radical reste fid&#232;le &#224; ses liens avec le grand capital, avec la Bourse, les conseils d'administration, l'appareil d'Etat. Parti du grand capital, exer&#231;ant une influence dans la petite bourgeoisie, le parti radical voit sa force et sa r&#233;alit&#233; &#233;lectorale d&#233;cro&#238;tre au fur et &#224; mesure que la crise se d&#233;veloppe. C'est dans cette situation que Daladier va devenir au sein du parti radical leader d'une &#171; aile gauche &#187;. Mais l'aile gauche d'un parti attach&#233; au maintien de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, &#224; la d&#233;fense de l'Etat, n'a de gauche que le nom. Le r&#244;le du parti radical ira en diminuant avec le d&#233;veloppement de la lutte des classes, mais, nous le verrons plus loin, la politique de front populaire pr&#244;n&#233;e par les dirigeants du P.C.F. et de la S.F.I.O. permettra &#224; ce parti d'&#233;viter la d&#233;b&#226;cle totale en le pr&#233;sentant comme le parti repr&#233;sentatif des &#171; classes moyennes &#187;, d&#233;fendant leurs int&#233;r&#234;ts. En r&#233;alit&#233;, la grande bourgeoisie, dont le parti radical est un instrument, ne peut en p&#233;riode de crise que ruiner davantage les classes moyennes, la petite bourgeoisie des villes et des campagnes, et le Daladier &#171; de gauche &#187; de 1936 se retrouvera en 1938 avec Reynaud pour s'engager &#224; fond dans une politique de lutte contre la classe ouvri&#232;re et la petite bourgeoisie, toujours au compte du grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du parti radical en ces journ&#233;es de f&#233;vrier 1934 &#233;claire de fa&#231;on &#233;blouissante la nature et la fonction de ce parti. Donc, le 7 f&#233;vrier, Daladier qui a obtenu la confiance le 6 d&#233;missionne, et le 7, le pr&#233;sident de la R&#233;publique fait appel &#224; un sauveur, Doumergue. En se remettant au &#171; sauveur &#187; Doumergue, la bourgeoisie fran&#231;aise d&#233;montre qu'elle est pr&#234;te &#224; se d&#233;faire du parlementarisme si les circonstances l'exigent... et le permettent. En ob&#233;issant servilement aux ordres du capital financier, en reculant devant les bandes fascistes, le Parlement, ses d&#233;put&#233;s, ses partis, et notamment son parti, le parti radical, ont d&#233;montr&#233; leur incapacit&#233; &#224; d&#233;fendre y compris la d&#233;mocratie bourgeoise, les libert&#233;s qu'elle suppose, et que les ligues fascistes menacent. Tous craignent cependant un prol&#233;tariat qui se regroupe et se l&#232;ve, ce qui a des cons&#233;quences contradictoires : il faut en finir avec les libert&#233;s et en m&#234;me temps temporiser par peur de la r&#233;plique des masses. Les partis bourgeois, et d'abord le parti radical, administrent la preuve qu'ils placent les int&#233;r&#234;ts du capital au&#8209;dessus de la d&#233;mocratie bourgeoise et du parlementarisme. Ils craignent un prol&#233;tariat qui pourtant ne s'est pas encore regroup&#233; et unifi&#233; pour combattre, m&#234;me si cela ne va pas tarder. Le 9 f&#233;vrier, le minist&#232;re Doumergue est form&#233; et obtient la confiance &#224; la Chambre, dont celle des parlementaires radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky &#233;crira : &#171; En la personne de Doumergue, nous avons le bonapartisme s&#233;nile &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin capitaliste. Le gouvernement Doumergue est le premier degr&#233; du passage du parlementarisme. Pour maintenir son &#233;quilibre, il lui faut &#224; sa droite les bandes fascistes et autres qui l'ont port&#233; au pouvoir. R&#233;clamer de lui qu'il dissolve &#8209; non sur le papier, mais dans la r&#233;alit&#233;, les Jeunesses patriotes, les Croix&#8209;de&#173;Feu, les Camelots du roy et autres, c'est r&#233;clamer qu'il coupe la branche sur laquelle il se tient. Des oscillations temporaires d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre restent, bien entendu, possibles. Ainsi, une offensive pr&#233;matur&#233;e du fascisme pourrait provoquer dans les sommets gouvernementaux un &#034;&#233;cart&#034; &#224; gauche. Doumergue ferait place pour un temps, non &#224; Tardieu, mais &#224; Herriot Mais il n'est d'abord pas dit que les fascistes feront une tentative pr&#233;matur&#233;e, et ensuite un &#233;cart temporaire &#224; gauche dans les sommets ne modifierait pas la direction g&#233;n&#233;rale du d&#233;veloppement et h&#226;terait plut&#244;t le d&#233;nouement. Il n'existe aucune voie pour retourner &#224; la d&#233;mocratie pacifique. Le d&#233;veloppement conduit in&#233;vitablement, infailliblement, &#224; un conflit entre le prol&#233;tariat et le fascisme. &#187; (Octobre 1934, O&#249; va la France ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du P.C.F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 f&#233;vrier, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, la manifestation du cours de Vincennes, la fusion des deux cort&#232;ges aux cris de &#171; Unit&#233; ! Unit&#233; ! &#187;, ont engag&#233; un processus politique. Le mouvement de la classe ouvri&#232;re s'ordonne sur un axe, qui m&#232;ne in&#233;vitablement &#224; l'affrontement. Dans des d&#233;lais rapides mais que nul ne peut d&#233;terminer, les masses exigeront par l'action satisfaction &#224; leurs revendications. Pourtant il faut que le processus politique se d&#233;veloppe, ce qui n'est pas donn&#233; d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans aucun doute, au cours de l'ann&#233;e 1934, on assiste &#224; une remont&#233;e des luttes ouvri&#232;res, et ce sont l&#224; des signes ind&#233;niables de la volont&#233; des travailleurs d'obtenir satisfaction &#224; leurs revendications. Pourtant, le d&#233;veloppement de l'action gr&#233;viste reste difficile et d&#233;licat : d'abord, en raison de la situation &#233;conomique. Alors qu'en 1930&#8209;1931&#8209;1932 les cons&#233;quences de la crise &#233;conomique mondiale ne se sont pas faites pleinement sentir en France, c'est seulement durant les ann&#233;es 1933&#8209;1934&#8209;1935 que la France est touch&#233;e. Les ch&#244;meurs commencent &#224; se compter par millions dans un pays qui reste alors un pays principalement rural. Cela p&#232;se lourdement pour engager des luttes revendicatives. L&#224; n'est pas n&#233;anmoins l'essentiel : la bourgeoisie n'a pas perdu pied et c'est elle qui continue &#224; la surface des choses de mener l'offensive ; le probl&#232;me n'est pas celui de la lutte gr&#233;viste d'abord et avant tout, mais d'un processus politique qui permette de r&#233;aliser les conditions du combat de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pol&#233;miquant avec les staliniens, Trotsky &#233;crit en 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le comit&#233; central du parti communiste accuse de cette stagnation tout le monde, sauf lui. Nous ne nous disposons &#224; blanchir personne. Nos points de vue sont connus. Mais nous pensons que le principal obstacle sur la voie du d&#233;veloppement de la lutte r&#233;volutionnaire est actuellement le programme unilat&#233;ral, contredisant toute la situation, presque maniaque, des &#171; revendications imm&#233;diates &#187;. Nous voulons ici faire la lumi&#232;re sur les consid&#233;rations et les arguments du comit&#233; central du parti communiste avec toute l'ampleur n&#233;cessaire. Non pas que ces arguments soient s&#233;rieux et profonds : au contraire, ils sont mis&#233;rables. Mais il s'agit d'une question dont d&#233;pend le sort du prol&#233;tariat fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;solution du comit&#233; central du parti communiste sur les &#171; revendications imm&#233;diates &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le document le plus autoris&#233; sur la question des &#171; revendications imm&#233;diates &#187; est la r&#233;solution programmatique du comit&#233; central du parti communiste. (Voir L'Humanit&#233; du 24 f&#233;vrier.) Nous nous arr&#234;terons &#224; ce document.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;nonc&#233; des revendications imm&#233;diates est fait tr&#232;s g&#233;n&#233;ralement : d&#233;fense des salaires, am&#233;lioration des assurances sociales, conventions collectives, &#171; contre la vie ch&#232;re &#187;, etc. On ne dit pas un mot sur le caract&#232;re que peut et doit prendre dans les conditions de crise sociale actuelle la lutte pour ces revendications. Pourtant, tout ouvrier comprend qu'avec deux millions de ch&#244;meurs complets ou partiels, la lutte syndicale ordinaire pour des conventions collectives est une utopie. Pour contraindre dans les conditions actuelles les capitalistes &#224; faire des concessions s&#233;rieuses, il faut briser leur volont&#233; ; on ne peut y parvenir que par une offensive r&#233;volutionnaire. Mais une offensive r&#233;volutionnaire qui oppose une classe &#224; une classe ne peut se d&#233;velopper uniquement sous des mots d'ordre &#233;conomiques partiels. On tombe dans un cercle vicieux. C'est l&#224; qu'est la principale cause de la stagnation du front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La th&#232;se marxiste g&#233;n&#233;rale : les r&#233;formes sociales ne sont que sous&#8209;produits de la lutte r&#233;volutionnaire, prend &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin capi&#173;taliste l'importance la plus imm&#233;diate et la plus br&#251;lante. Les capitalistes ne peuvent c&#233;der aux ouvriers quelque chose que s'ils sont menac&#233;s du danger de perdre tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais m&#234;me les plus grandes &#171; concessions &#187; dont est capable le capitalisme contemporain, lui-m&#234;me accul&#233; dans l'impasse, resteront absolument insignifiantes en comparaison avec la mis&#232;re des masses et la profondeur de la crise sociale. Voil&#224; pourquoi la plus imm&#233;diate de toutes les revendications doit &#234;tre de revendiquer l'expropriation des capitalistes et la nationalisation (socialisation) des moyens de production. Cette revendication est irr&#233;alisable sous la domination de la bourgeoisie ? Evidemment. C'est pourquoi il faut conqu&#233;rir le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pourquoi les masses ne font&#8209;elles pas &#233;cho aux appels du parti communiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;solution du comit&#233; central reconna&#238;t en passant que &#171; le parti n'a pas encore r&#233;ussi &#224; organiser et &#224; d&#233;velopper la r&#233;sistance &#224; l'offensive du capital &#187;. Mais la r&#233;solution ne s'arr&#234;te pas du tout sur la question de savoir pourquoi donc, malgr&#233; les efforts du P.C. et de la C.G.T.U., les succ&#232;s dans le domaine de la lutte &#233;conomique d&#233;fensive sont absolument insignifiants. A la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 12 f&#233;vrier, qui ne poursuivait aucune &#171; revendication imm&#233;diate &#187;, particip&#232;rent des millions d'ouvriers et d'employ&#233;s. Cependant, &#224; la d&#233;fense contre l'offensive du capital n'a particip&#233; jusqu'&#224; maintenant qu'une fraction infime de ce m&#234;me chiffre. Est&#8209;ce que ce fait &#233;tonnamment clair ne conduit les &#171; chefs &#187; du parti communiste &#224; aucune conclusion ? Pourquoi des millions d'ouvriers se risquent&#8209;ils &#224; participer &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, &#224; des manifestations de rue agit&#233;es, &#224; des conflits avec les bandes fascistes, mais se refusent&#8209;ils &#224; participer &#224; des gr&#232;ves &#233;conomiques dispers&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il faut comprendre &#8209; dit la r&#233;solution - les sentiments qui agitent les ouvriers d&#233;sireux de passer &#224; l'action. &#187; Il faut comprendre... Mais le malheur est que les auteurs eux&#8209;m&#234;mes de la r&#233;solution ne comprennent rien. Quiconque fr&#233;quente les r&#233;unions ouvri&#232;res sait comme nous que les discours g&#233;n&#233;raux sur les &#171; revendications imm&#233;diates &#187; laissent le plus souvent les auditeurs dans un &#233;tat d'indiff&#233;rence renfrogn&#233;e ; par contre, les mots d'ordre r&#233;volutionnaires clairs et pr&#233;cis provoquent en r&#233;ponse une vague de sympathie. Cette diff&#233;rence de r&#233;action de la masse caract&#233;rise de la fa&#231;on la plus claire la situation politique de votre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans la p&#233;riode pr&#233;sente &#8209; remarque inopin&#233;ment la r&#233;solution &#8209; la lutte &#233;conomique n&#233;cessite de la part des ouvriers de lourds sacrifices. &#187; Il faudrait encore ajouter : et ce n'est que par exception qu'elle promet des r&#233;sultats positifs. Et, pourtant, la lutte, pour les revendications imm&#233;diates a pour t&#226;che d'am&#233;liorer la situation des ouvriers. En mettant cette lutte au premier plan, en renon&#231;ant pour elle aux mots d'ordre r&#233;volutionnaires, les staliniens consid&#232;rent, sans doute, que c'est pr&#233;cis&#233;ment la lutte &#233;conomique partielle qui est le plus capable de soulever de larges masses. Il s'av&#232;re justement le contraire :les masses ne font presque aucun &#233;cho aux appels pour des gr&#232;ves &#233;conomiques. Comment peut&#8209;on donc en politique ne pas tenir compte des faits ? Les masses comprennent ou sentent que dans les conditions de la crise et du ch&#244;mage des conflits &#233;conomiques partiels exigent des sacrifices inou&#207;s, que ne justifieront en aucun cas les r&#233;sultats obtenus. Les masses attendent et r&#233;clament d'autres m&#233;thodes, plus efficaces. Messieurs les strat&#232;ges, apprenez chez les masses : elles sont guid&#233;es par un s&#251;r instinct r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La conjoncture &#233;conomique et la lutte gr&#233;viste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; S'appuyant sur des citations mal assimil&#233;es de L&#233;nine, les staliniens r&#233;p&#232;tent : &#171; La lutte gr&#233;viste est possible m&#234;me en temps de crise. &#187; Ils ne comprennent pas qu'il y a crise et crise. A l'&#233;poque du capitalisme ascendant, &#224; la fois industriels et ouvriers, m&#234;me pendant une crise aigu&#235;, regardent en avant, vers la nouvelle r&#233;animation prochaine. La crise actuelle est la r&#232;gle, non l'exception. Dans le domaine purement &#233;conomique, le prol&#233;tariat, par la terrible pression de la catastrophe &#233;conomique, est rejet&#233; dans une retraite d&#233;sordonn&#233;e. D'autre part, le d&#233;clin du capitalisme pousse de tout son poids le prol&#233;tariat sur la voie de la lutte politique r&#233;volutionnaire de masse. Pourtant, la direction du parti communiste tend, de toutes ses forces &#224; barrer cette voie. Ainsi, dans les mains des staliniens, le programme des &#171; revendications imm&#233;diates &#187; devient un instrument de d&#233;sorientation et de d&#233;sorganisation du prol&#233;tariat. Cependant, une offensive politique (lutte pour le pouvoir) avec une d&#233;fense arm&#233;e active (milice) renverserait d'un seul coup le rapport des forces des classes, et, chemin faisant, ouvrirait, pour les couches ouvri&#232;res les plus retardataires, la possibilit&#233; d'une lutte &#233;conomique victorieuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1934 : Le pacte d'unit&#233; d'action&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tendance des masses et des militants va dans ce sens. L'aspiration des masses et des militants au front unique des organisations ouvri&#232;res, partis et syndicats, devient irr&#233;pressible. Les dirigeants de la S.F.I.O., mais surtout ceux du P.C.F., s'y opposent encore pendant quelques mois apr&#232;s le 12 f&#233;vrier 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on en juge : le 7 f&#233;vrier 1934, L'Humanit&#233; &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Travailleurs ! Camarades !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le gouvernement sanglant Daladier&#8209;Frot, soutenu par le parti socialiste, a pr&#233;par&#233; la venue au pouvoir de l'union nationale. Il vient de lui c&#233;der la place. C'est ainsi que parti radical et parti socialiste font le lit du fascisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; [...] A bas l'union nationale r&#233;actionnaire et fasciste pr&#233;par&#233;e par le parti radical et le parti socialiste. Vive le gouvernement ouvrier et paysan ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;solution du C.C. du P.C.F. du 15 mars se prononce toujours pour l'&#171; unit&#233; &#224; la base &#187; sur le terrain &#171; de la lutte r&#233;volutionnaire &#187;, en d'autres termes, derri&#232;re le P.C.F. et son appareil dirigeant. Le 11 mars, le conseil national de la S.F.I.O. avait affirm&#233; : &#171; La lutte contre le fascisme ne peut &#234;tre conduite que sous l'action socialiste et dans le sens de la doctrine socialiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article paru dans La V&#233;rit&#233; en juillet 1934 t&#233;moigne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Depuis le 6 f&#233;vrier, l'unit&#233; d'action a &#233;t&#233; la revendication fondamentale des travailleurs qui y voyaient une des conditions pr&#233;alables du succ&#232;s de leurs luttes. Sous toutes les formes, et dans les diff&#233;rents partis et organisations centristes et d&#233;mocratiques, une pression dans ce sens s'est exerc&#233;e, venue des profondeurs de la masse populaire. L'exp&#233;rience allemande n'avait pas &#233;t&#233; vaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans le parti socialiste, le mouvement &#224; gauche s'amplifia, domina enti&#232;rement dam la Seine et dans une s&#233;rie de f&#233;d&#233;rations de province (Est, Midi, surtout). Dans le P.C., la lutte de Doriot refl&#233;ta le m&#234;me &#233;tat d'esprit. Dans les syndicats, un mouvement tout aussi large se fit sentir en faveur de l'unit&#233; organique. D'autre part, les multiples comit&#233;s de vigilance, d'alliance ouvri&#232;re, etc., virent le jour. Dans des millions de localit&#233;s, ils maintinrent la liaison entre les diverses organisations qui s'&#233;taient trouv&#233;es litt&#233;ralement jet&#233;es les unes contre les autres le 12 f&#233;vrier. Le mouvement d'Amsterdam fut lui&#8209;m&#234;me contraint d'envisager une modification de structure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pendant des semaines et des mois (particuli&#232;rement en avril et en mai) l'action des bureaucrates dirigeants s'exer&#231;a contre la r&#233;alisation du front unique des organisations, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire contre les masses. Avec plus ou moins d'habilet&#233;, l'action &#233;tait la m&#234;me, &#224; la t&#234;te des organisations centristes qui n'ont de communiste ou de socialiste que le nom. Mais l'action &#224; la base ne cessait de rapprocher contre le fascisme les combattants des diff&#233;rentes tendances et couches sociales. En juin, ces manifestations se firent plus amples, plus serr&#233;es, plus fr&#233;quentes : l'heure &#233;tait proche o&#249; les bureaucrates devraient c&#233;der [2]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, la pression se fait si forte qu'il est difficile aux dirigeants de r&#233;sister. Les premiers &#224; &#171; tourner &#187; seront les dirigeants du P.C.F. apr&#232;s que l'autorisation en fut venue du Kremlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 mai, Maurice Thorez &#233;crit dans L'Humanit&#233; : &#171; Nous avons toujours exprim&#233; notre d&#233;sir d'action commune et imm&#233;diate [avec les socialistes]. Nous voulons lutter au coude &#224; coude tout de suite contre l'ennemi capitaliste et ses bandes fascistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, pour la premi&#232;re fois, L'Humanit&#233; s'adresse, non pas &#224; la &#171; base &#187; du parti socialiste, &#171; tromp&#233;e par ses chefs &#187;, mais &#224; la direction de la S.F.I.O. pour lui proposer un accord de parti &#224; parti pour d&#233;fendre Thaelmann emprisonn&#233; par les nazis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur ouvrage Juin 36, Danos et Gibelin citent L'Humanit&#233; du 31 mai qui reproduit un article de la Pravda : &#171; L'I.C. estime que rappel au front unique devant la menace fasciste [...] est n&#233;cessaire dans certaines conditions [...]. Un pareil appel est possible dans un pays comme la France o&#249; la social-d&#233;mocratie n'a pas encore &#233;t&#233; au pouvoir, o&#249; [...] les ouvriers socialistes pensent que leur parti ne suivra pas le chemin de la social&#8209;d&#233;mocratie allemande. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.C.F. r&#233;unit une &#171; conf&#233;rence nationale &#187; le 23 juin, en vue de prendre le &#171; tournant &#187; et de mandater le C.C. et le B.P. afin qu'ils proposent &#224; la direction de la S.F.I.O. un pacte d'unit&#233; d'action contre le fascisme et la guerre. Le 25, le bureau politique du P.C.F. propose &#224; la commission administrative permanente de la S.F.I.O. un tel pacte d'unit&#233; d'action. La direction de la S.F.I.O. tente de maintenir sa position anti&#8209;unitaire. Mais les masses et les militants veulent ardemment l'unit&#233; des deux partis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le 2 juillet, les f&#233;d&#233;rations socialistes de la Seine et de la Seine&#8209;et&#8209;Oise et la r&#233;gion parisienne du P.C. organisent en commun un grand meeting. La profonde volont&#233; des travailleurs socialistes et communistes s'y manifeste puissamment. En effet, la salle Bullier, pr&#233;vue pour le meeting, n'est pas assez grande pour contenir les auditeurs, qui se pressent &#224; la porte, et il faut improviser une deuxi&#232;me r&#233;union au gymnase Huyghens. Des applaudissements enthousiastes ponctuent les discours des orateurs : Jacques Duclos, Cachin, Maurice Lampe (secr&#233;taire de la r&#233;gion parisienne) pour le parti communiste ; Zyromski, Claude Just, Farinet (secr&#233;taire de la f&#233;d&#233;ration de la Seine) pour le parti socialiste. &#034; Voil&#224; douze ans que j'attends cette soir&#233;e, s'&#233;crie Claude Just, et maintenant j'esp&#232;re qu'elle ne sera pas sans lendemain. &#034; Maurice Lampe lui fait &#233;cho : &#034; Ce que nous avons r&#233;alis&#233; r&#233;gionalement sera r&#233;alis&#233; demain sur le plan national. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La gauche de la S.F.I.O. m&#232;ne campagne pour l'acceptation des propositions communistes, et &#224; la veille du conseil national, Marceau Pivert &#233;crit : &#034; Nous souhaitons que le conseil national dise avec le maximum de nettet&#233; : camarades du parti communiste, pour l'action commune &#224; l'&#233;chelle nationale, voici notre signature, voici nos mains fraternelles. &#034; Le 16 juillet 1934, le conseil national de la S.F.I.O. d&#233;cide &#224; une &#233;crasante majorit&#233; d'accepter le pacte d'unit&#233; d'action qui est sign&#233; par les repr&#233;sentants des deux partis le 27. D&#232;s le mois d'ao&#251;t, une premi&#232;re manifestation r&#233;unit socialistes et communistes pour l'anniversaire de la mort de Jaur&#232;s [3]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum &#233;crira le 25 f&#233;vrier 1935 dans Le Populaire : &#171; Nous nous serions refus&#233;s &#224; cette premi&#232;re unification des forces prol&#233;tariennes au moment o&#249; l'int&#233;r&#234;t et la volont&#233; populaire l'exigeaient [ ... ] une m&#233;sintelligence, une d&#233;saffection populaire se seraient d&#233;velopp&#233;es autour de nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait dire plus clairement que ce sont les masses et les militants qui ont impos&#233; l'unit&#233; entre la S.F.I.O. et le P.C.F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les principales dispositions du pacte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; d&#233;sarmement et dissolution des ligues fascistes ;&lt;br class='autobr' /&gt; d&#233;fense des libert&#233;s d&#233;mocratiques ;&lt;br class='autobr' /&gt; dissolution de la Chambre et repr&#233;sentation proportionnelle ;&lt;br class='autobr' /&gt; lutte contre les pr&#233;paratifs de guerre ;&lt;br class='autobr' /&gt; lutte contre les d&#233;crets&#8209;lois ;&lt;br class='autobr' /&gt; contre la terreur fasciste en Allemagne et en Autriche ;&lt;br class='autobr' /&gt; lib&#233;ration de tous les antifascistes emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pacte d'unit&#233; d'action entre le P.S. et le P C.F. est un fait d'une consid&#233;rable port&#233;e politique en soi, et qui r&#233;pondait aux aspirations irr&#233;pressibles des masses et des militants. Son contenu n'en a pas moins une signification politique tout aussi importante : les dirigeants du P.S. et du P.C.F. ont fait l'unit&#233;, mais d&#233;j&#224; ils dressent une digue contre le mouvement des masses pour le contenir dans le cadre de l'ordre, de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, le contraindre &#224; respecter la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, l'Etat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au gouvernement, &#224; l'Etat bourgeois, de dissoudre et de d&#233;sarmer les ligues fascistes que le capital financier organise, subventionne et arme. La d&#233;fense des libert&#233;s d&#233;mocratiques s'entend comme d&#233;fense du syst&#232;me parlementaire. La dissolution de la Chambre et la repr&#233;sentation proportionnelle sont les revendications les plus audacieuses de ce pacte, mais elles restent n&#233;anmoins dans le cadre pr&#233;cis du parlementarisme, et de toute fa&#231;on, elles ne feront l'objet d'aucune action politique et resteront des clauses de style. &#171; Lutte contre les pr&#233;paratifs de guerre &#187; est une formule &#233;vasive qui en soi ne veut rien dire. &#171; Lutte contre les d&#233;crets-lois &#187; est une formule tout aussi platonique, et le reste est &#224; l'avenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est absolument pas question de chasser le gouvernement Doumergue. Mais celui&#8209;ci, pendant ce temps, publie d&#233;cret&#8209;loi sur d&#233;cret&#8209;loi qui font reporter ter sur les masses le poids de la crise qui s'aggrave, et multiplie contre les masses les actes r&#233;pressifs en juillet 1934, 5 000 instituteurs sont mis d'office &#224; la retraite pour fait de gr&#232;ve. Paul Faure, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la S.F.I.O., se d&#233;clare &#171; &#233;treint d'anxi&#233;t&#233; &#187;. Jean Longuet, lui, conclut &#224; &#171; l'impossibilit&#233; de s'abstenir sans se condamner &#224; mort &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contenu du pacte d'unit&#233; d'action ne fait pas de doute, ce n'est qu'une transition de la politique du &#171; social&#8209;fascisme &#187; &#224; une autre, celle des &#171; fronts populaires &#187;. D&#233;sormais, le P.C.F. va tout faire pour mettre sur pied cette nouvelle politique. Il devient l'aile marchante de l'Internationale communiste et du Kremlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des clauses les plus importantes du pacte d'unit&#233; d'action consiste dans le renoncement &#224; toute critique entre les deux partis. Les divergences seront examin&#233;es par les repr&#233;sentants des deux partis qui formeront une commission bipartite sp&#233;ciale. Ainsi chacune des directions des deux partis laisse les mains libres &#224; l'autre par rapport aux masses et aux militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; des masses est de chasser Doumergue, d&#233;fenseur du grand capital, protecteur des ligues fascistes. C'est pour cela qu'elles veulent l'unit&#233; de la S.F.I.O. et du P.C.F. Le pacte d'unit&#233; d'action r&#233;pond &#224; cette aspiration des masses qui subissent la politique r&#233;actionnaire du gouvernement. Mais les dirigeants de ces partis se mettent d'accord pour interdire aux masses le combat pour chasser Doumergue, ce qui in&#233;luctablement poserait la question : quel gouvernement sinon un gouvernement des partis ouvriers signataires du pacte d'unit&#233; d'action, du P.S. et du P.C.F., un gouvernement Blum&#8209;Cachin, comme Trostky le dira ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La marche du Front populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contradiction n'en subsiste pas moins. Ind&#233;pendamment du contenu de ce pacte, la simple r&#233;alisation du front unique du P.C.F. et du P.S., en unifiant les masses ouvri&#232;res, alors que la crise s'accentue, a une dynamique r&#233;volutionnaire. Objectivement et subjectivement, la question du pouvoir, du gouvernement, se trouve pos&#233;e : quel gouvernement porter au pouvoir, sinon un gouvernement du P.S. et du P.C.F., un gouvernement des partis ouvriers sans repr&#233;sentants des organisations et partis bourgeois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky &#233;crit en octobre 1934 : &#171; D&#232;s que les deux partis ouvriers qui se concurren&#231;aient vivement dans le pass&#233; ont renonc&#233; &#224; se critiquer l'un l'autre, et &#224; se conqu&#233;rir l'un &#224; l'autre des adh&#233;rents, par cela m&#234;me ils ont cess&#233; d'exister en tant que partis distincts... Le front unique agit comme un parti inachev&#233;, construit sur le principe f&#233;d&#233;raliste [...]. Le bloc d&#233;fensif contre le fascisme ne pourrait &#234;tre suffisant que si pour tout le reste les deux partis conservaient une compl&#232;te ind&#233;pendance. Mais non, nous avons un front unique qui embrasse presque toute l'activit&#233; publique des deux partis et exclut leur lutte r&#233;ciproque pour conqu&#233;rir la majorit&#233; du prol&#233;tariat. De cette situation, il faut tirer toutes les cons&#233;quences. La premi&#232;re et la plus importante, c'est la lutte pour le pouvoir. Le but de ce front unique ne peut &#234;tre qu'un gouvernement socialiste&#8209;communiste, un minist&#232;re Blum&#8209;Cachin. Il faut le dire ouvertement, si le front unique se prend au s&#233;rieux &#8209; et c'est &#224; cette seule condition que les masses populaires le prendront au s&#233;rieux - il ne peut se d&#233;rober au mot d'ordre de conqu&#234;te du pouvoir. Par quels moyens ? Par tous les moyens qui m&#232;nent au but. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses prennent au s&#233;rieux le front unique : le front unique du P.S. et du P.C.F. est une invite &#224; l'action politique, &#224; l'action centre le capital, le gouvernement, les bandes fascistes, et au combat pour porter au pouvoir un gouvernement des partis du front unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tout prix, il faut &#233;viter que se cr&#233;e une situation semblable. D'autant plus qu'en cons&#233;quence de la venue au pouvoir d'Hitler &#8209; &#233;crasement du P.C.A., menace que constitue une Allemagne &#233;cras&#233;e sous la botte nazie, o&#249; Hitler pr&#233;pare ouvertement la guerre contre l'U.R.S.S. &#8209; la bureaucratie du Kremlin est oblig&#233;e de chercher &#224; nouer des alliances avec d'autres puissances imp&#233;rialistes dites &#171; d&#233;mocratiques &#187;. Il faut tourner &#224; 180 degr&#233;s. Le P.C.F. va devenir le h&#233;raut du &#171; front populaire &#187;. Il va tout faire pour noyer l'unit&#233; d'action entre les partis ouvriers en un rassemblement int&#233;grant le parti radical qui reste au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; la veille des &#233;lections cantonales, Marcel Cachin &#233;crit dans L'Humanit&#233; du 10 octobre 1934 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans l'&#233;tat o&#249; la d&#233;faite &#233;lectorale tant avou&#233; ou masqu&#233; du fascisme obtenue par le d&#233;sistement naturel communiste et du candidat socialiste d'un repr&#233;sentant avou&#233; ou masqu&#233; du fascisme ne peut &#234;tre obtenue par le d&#233;sistement du candidat communiste et du candidat socialiste, le parti communiste est m&#234;me pr&#234;t &#224; envisager le d&#233;sistement en faveur d'un candidat radical. A la condition qu'il se prononce nettement contre le fascisme, contre sa pr&#233;paration, contre les d&#233;crets&#8209;lois et contre la politique gouvernementale de pr&#233;fascisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats des &#233;lections cantonales du 14 octobre 1934 sont significatifs du profond mouvement politique qui a commenc&#233;. Le P.C.F. gagne 100 000 voix, ses &#233;lus passent de 10 &#224; 28. Le P.S. maintient ses suffrages, mais le jeu des d&#233;sistements porte ses &#233;lus, de 105 &#224; 109. D&#233;j&#224;, le parti radical perd consid&#233;rablement de voix, et 21 &#233;lus. D&#232;s le 7 octobre, Maurice Thorez a lanc&#233; la fameuse formule du &#171; front populaire &#187; au cours d'un grand meeting &#224; la salle Bullier, qui sera suivi de la proposition faite au comit&#233; de coordination du P.S. et du P.C.F. d'&#233;laborer un programme qui permette d'inclure au sein d'un front populaire le parti radical. Le 24 octobre &#224; Nantes o&#249; se tient le congr&#232;s du parti radical, nouveau discours. Bien que le parti radical continue &#224; participer au gouvernement Doumergue, Maurice Thorez, au C.C. du P.C.F. de novembre, se d&#233;clare satisfait de l'&#233;volution de ce parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce virage &#224; droite surprend la S.F.I.O. qui h&#233;site avant de se rallier au front populaire que propose le P.C.F. Le gouvernement Doumergue tombe le 8 novembre, la Chambre refusant d'adopter son projet de r&#233;forme de la Constitution. La situation &#233;conomique ne cesse de s'aggraver. Mais la situation n'est pas telle qu'il apparaisse n&#233;cessaire au capital financier de liquider le parlementarisme, ainsi que le proposait Doumergue. Le tournant du P.C.F. vers le front populaire lui donne la garantie que celui&#8209;ci se dressera contre les masses au cas o&#249; celles&#8209;ci deviendraient mena&#231;antes. De son c&#244;t&#233;, la S.F.I.O., si elle h&#233;site &#224; se prononcer clairement pour le front populaire, n'en montre pas moins ses dispositions &#224; adopter cette politique. La commission adminis&#173;trative permanente vote une r&#233;solution o&#249; on lit : &#171; Si devant le p&#233;ril couru par les libert&#233;s publiques et les libert&#233;s ouvri&#232;res, devant le ravage de plus en plus douloureux exerc&#233; par le ch&#244;mage et la d&#233;tresse paysanne, des r&#233;publicains, sentant &#224; leur tour le caract&#232;re exceptionnel des circonstances, se d&#233;terminent &#224; opposer a la violence fasciste la force r&#233;publicaine et constituent un gouvernement de combat pour la sauvegarde des libert&#233;s d&#233;mocra&#173;tiques et contre la crise, elle d&#233;clare ne poser d'avance aucune limite au concours que leur apporterait le parti. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de dire mieux. C'est &#224; juste titre que Trotsky &#233;crira : &#171; L'Humanit&#233; r&#233;p&#232;te que c'est le front unique qui a chass&#233; Doumergue. Mais c'est pour parler mod&#233;r&#233;ment une fanfaronnade creuse, Au contraire, si le grand capital a jug&#233; raisonnable, possible, de remplacer Doumergue par Flandrin, c'est uniquement parce que le front unique, comme la bourgeoisie s'en est convaincue par l'exp&#233;rience, ne repr&#233;sente pas encore un danger r&#233;volutionnaire imm&#233;diat... Les v&#233;ritables ma&#238;tres de la situation [... ] maintiennent l'union nationale et ses d&#233;crets bonapartistes, ils mettent le Parlement dans la terreur, mais ils laissent se reposer Doumergue. Les chefs du capital ont apport&#233; une certaine correction &#224; leur appr&#233;ciation primitive, en reconnaissant que la situation n'est pas r&#233;volutionnaire, mais pr&#233;-r&#233;volutionnaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Flandrin constitu&#233; le 8 novembre continue la politique de Doumergue au point de vue &#233;conomique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement politique de regroupement des masses derri&#232;re les partis ouvriers ne s'en poursuit pas moins. Une fois encore, les &#233;lections vont traduire ce mouvement et permettre aux masses une expression nationale. L'avance du P.C.F. aux &#233;lections municipales est impressionnante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ces &#233;lections qui eurent lieu le 5 et le 12 mai (1935) furent un grand succ&#232;s pour notre parti. Huit conseillers municipaux communistes &#233;taient &#233;lus &#224; Paris, alors que pr&#233;c&#233;demment il n'y en avait qu'un seul. Dans la banlieue (d&#233;partement de la Seine), le nombre des municipalit&#233;s communistes passaient de 9 &#224; 26 et parmi elles on comptait de grandes villes comme Montreuil, Drancy, Issy&#8209;les&#8209;Moulineaux, Aubervilliers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En Seine&#8209;et&#8209;Oise le nombre des municipalit&#233;s communistes passait de 6 &#224; 29, parmi lesquelles la grande cit&#233; industrielle d Argenteuil, et Villeneuve&#8209;Saint&#8209;Georges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans le Nord et le Pas&#8209;de&#8209;Calais, les municipalit&#233;s communistes passaient de 17 &#224; plus de 50, tandis qu'une vingtaine de municipalit&#233;s communistes &#233;taient &#233;lues dans le Gard, une trentaine dans l'Allier et beaucoup d'autres dans la Corr&#232;ze, la Creuse, le Lot&#8209;et&#8209;Garonne, la Haute&#8209;Vienne. Dans la banlieue de Lyon, nous enlevions Villeurbanne. De m&#234;me nous gagnions Concarneau sur la c&#244;te bretonne. Le nombre de nos municipalit&#233;s dans les communes de plus de 5 000 habitants &#233;tait pass&#233; de 38 &#224; 90 &#187;, &#233;crit Jacques Duclos [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin : &#171; Dans les communes de banlieue du d&#233;partement de la Seine, les &#233;lections municipales avaient &#233;t&#233; suivies des &#233;lections cantonales qui donn&#232;rent au parti 25 si&#232;ges sur 50, alors qu'il n'en avait que 4 auparavant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre de voix qui se portent sur la S.F.I.O. se maintient, ainsi que le nombre de ses &#233;lus. Le grand perdant est encore le parti radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Duclos &#233;crit encore : &#171; A Aubervilliers, Laval fut battu par une liste qui avait &#224; sa t&#234;te les camarades Charles Tillon et Emile Dubois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ironie de l'histoire : le 2 mai, le m&#234;me Laval, alors ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, signait le pacte franco&#8209;sovi&#233;tique et le 15 mai, &#224; l'issue d'un entretien &#224; Moscou avec Staline, il obtenait la fameuse d&#233;claration de ce dernier : &#171; M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de d&#233;fense nationale faite par la France pour maintenir sa force arm&#233;e au niveau de sa s&#233;curit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imm&#233;diatement, le P.C.F. embo&#238;te le pas et publie une affiche o&#249; on lit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour faire face au danger mena&#231;ant, l'Union sovi&#233;tique, dont l'int&#233;r&#234;t permanent est la paix, a raison d'agir de concert avec les puissances qui ont un int&#233;r&#234;t momentan&#233; &#224; maintenir la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ainsi s'exprime la politique r&#233;aliste des communistes qui veulent de toutes leurs forces : la sauvegarde de la paix. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais, le P.C.F. devient tricolore et ses dirigeants entonneront La Marseillaise &#224; tout propos et hors de propos. Finie la politique des &#171; gueules de vaches &#187;, du &#171; drapeau dans le fumier &#187;, de l'affirmation d'Aragon : &#171; Je conchie l'arm&#233;e fran&#231;aise &#187; ; la d&#233;claration de Staline a r&#233;ussi une magnifique m&#233;tamorphose : l'arm&#233;e fran&#231;aise, son corps d'officiers, sont devenus l' &#171; arm&#233;e r&#233;publicaine &#187;. La politique de front populaire prend son plein essor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le pacte franco&#8209;sovi&#233;tique, la d&#233;claration de Staline, n'ont pu sauver de la faillite le gouvernement Flandrin&#8209;Laval : l'inflation commence, la fuite de l'or &#233;galement, le ch&#244;mage continue &#224; s'accro&#238;tre. Flandrin ne peut obtenir les pleins pouvoirs le 31 mai &#224; la Chambre. Les &#233;lections municipales lui ont port&#233; un coup fatal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laval, l'homme des accords avec Mussolini, et qui vient d'obtenir la magique d&#233;claration de Staline, apr&#232;s l'interm&#232;de d'un gouvernement Bouisson qui dure deux jours, obtient l'investiture de la Chambre le 7 juin, assortie de &#171; pouvoirs exceptionnels &#187;. Les radicaux dont Herriot participent &#224; ce gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le front populaire ne peut vraiment na&#238;tre et prendre son essor que si la S.F.I.O. donne son accord et y participe. De ce point de vue, le congr&#232;s de Mulhouse va avoir une importance d&#233;cisive. Il se tient du 9 au 12 juin 1935. La situation &#224; la S.F.I.O. est bien particuli&#232;re. A l'instigation de Trotsky, les trotskystes sont entr&#233;s en ao&#251;t 1934 &#224; l'int&#233;rieur de la S.F.I.O. ouvertement, en y d&#233;fendant leur programme. Le mode de fonctionnement, le droit de tendance reconnu &#224; la S.F.I.O. donnent cette possibilit&#233;. L'appr&#233;ciation de Trotsky est qu'apr&#232;s la capitulation de l'I.C. en Allemagne et la politique de la troisi&#232;me p&#233;riode, dans les pays o&#249; se produira une nouvelle mont&#233;e des masses, cela se traduira en un premier temps par un afflux de travailleurs r&#233;volutionnaires &#224; l'int&#233;rieur des partis sociaux&#8209;d&#233;mocrates. Se constitueront alors de puissants courants cherchant la voie de la r&#233;volution, cherchant un programme r&#233;volutionnaire, cherchant &#224; constituer un parti r&#233;volutionnaire. Il faut &#234;tre avec eux, d&#233;gager, armer politiquement, organiser ces courants qui deviendront alors l'&#233;l&#233;ment premier du parti r&#233;volutionnaire qu'il faut construire et que ne peuvent pr&#233;tendre &#234;tre, ni m&#234;me ne peuvent construire ind&#233;pendamment de ces militants, les faibles organisations trotskystes. Aucune illusion cependant les partis sociaux&#8209;d&#233;mocrates sont et resteront des partis ouvriers&#8209;bourgeois, &#224; un certain stade la rupture avec eux ne sera pas moins indispensable que ne l'a &#233;t&#233; l'entr&#233;e en leur sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes ont rapidement obtenu dans la f&#233;d&#233;ration de la Seine, parmi les jeunesses socialistes, et en province, d'importants succ&#232;s. Ils vont combattre au congr&#232;s de Mulhouse contre la politique du front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Marceau Pivert amorce sa rupture avec la &#171; Bataille socialiste &#187; que dirige Zyromski. Cette tendance est depuis plusieurs ann&#233;es consid&#233;r&#233;e comme l'aile gauche de la S.F.I.O., partisan de l'unit&#233; d'action avec le P.C.F. En cette ann&#233;e 1935, Zyromski l'aligne enti&#232;rement sur les positions du P.C.F. &#8209; du front populaire au soutien &#224; la d&#233;fense nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marceau Pivert repousse la d&#233;fense nationale mais ne s'oppose pas au front populaire. Plus tard, il adoptera le mot d'ordre de &#171; front populaire de combat &#187;. Il ne m&#232;nera pas bataille au congr&#232;s de Mulhouse contre la politique de &#171; front populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats du congr&#232;s de Mulhouse seront les suivants : la r&#233;solution Molinier&#8209;Rous qui pr&#233;conise la lutte pour le pouvoir, un gouvernement du P.S. et du P.C.F., un programme de revendications transitoires, obtient 105 mandats ; celle de la &#171; Bataille socialiste &#187; (&#224; laquelle Pivert s'est ralli&#233;) obtient 777 mandats. Celle de Blum obtient 2025 mandats. Les deux derni&#232;res motions se situent sur l'orientation de la politique de front populaire. Aucun obstacle n'existe plus sur la voie qui m&#232;ne au Front populaire, il suffira que le parti radical s'y rallie en temps opportun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 juin se constitue le &#171; Comit&#233; du rassemblement populaire &#187;. Sa t&#226;che imm&#233;diate sera de pr&#233;parer les manifestations populaires du 14 juillet 1935. La date de la &#171; f&#234;te nationale &#187; est &#233;videmment politiquement significative. Le matin se tient au stade Buffalo un immense meeting o&#249; parlent les repr&#233;sentants des organisations et partis qui constituent le Comit&#233; du rassemblement populaire. Duclos nous apprend que &#171; le serment que les manifestants pr&#234;t&#232;rent dans la matin&#233;e du 14 juillet 1935 au stade Buffalo, apr&#232;s qu'Octave Rabat&#233; en eut donn&#233; lecture, &#233;tait ainsi formul&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Au nom de tous les partis et groupements de libert&#233; et des organisations ouvri&#232;res et paysannes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au nom du peuple de France rassembl&#233; aujourd'hui sur toute l'&#233;tendue du territoire,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous, repr&#233;sentants mandat&#233;s ou membres du Rassemblement populaire du 14 juillet 1935,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Anim&#233;s de la m&#234;me volont&#233; de donner du pain aux travailleurs, du travail &#224; la jeunesse et la paix au monde,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous faisons le serment solennel de rester unis pour d&#233;sarmer et dissoudre les ligues factieuses, pour d&#233;fendre et d&#233;velopper les libert&#233;s d&#233;mocratiques et pour assurer la grande paix humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours selon la m&#234;me source : &#171; En conclusion, les manifestants d&#233;claraient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dans cette journ&#233;e du 14 juillet, ils saluent dans les arm&#233;es de Terre, de Mer, de l'Air &#8209; officiers, sous&#8209;officiers, soldats et marins les forces nationales constitu&#233;es pour la d&#233;fense des libert&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Duclos, ce m&#234;me 14 juillet, d&#233;clare au nom du parti communiste : &#171; Nous voyons dans le drapeau tricolore le symbole des luttes du pass&#233; et dans notre drapeau rouge le symbole des luttes et des victoires futures. Et si l'immense foule chante notre hymne d'esp&#233;rance et de lutte, L'Internationale, mais aussi La Marseillaise, nous n'oublierons pas que La Marseillaise est un chant r&#233;volutionnaire dont nous reprenons volontiers l'appel vibrant : Libert&#233;, libert&#233; ch&#233;rie, combats avec tes d&#233;fenseurs. &#187; L'apr&#232;s&#8209;midi, des centaines de milliers de travailleurs d&#233;filent de la Bastille &#224; la Nation derri&#232;re Thorez, L&#233;on Blum et Daladier venu &#224; titre personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des premi&#232;res n&#233;gociations pour d&#233;finir le programme du Front populaire, les dirigeants de la S.F.I.O. n'en croient pas leurs oreilles : le parti communiste refuse toutes mesures qui peuvent sembler porter atteinte au capital et que met en avant l'aile gauche du parti socialiste, telle la nationalisation des banques, des chemins de fer et des mines, en expliquant que de telles exigences ne pourraient qu'&#233;pouvanter le parti radical, d&#233;fenseur de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et pourtant, les nationalisations, comme l'explique L&#233;on Blum, &#171; ce n'est pas la r&#233;volution &#187; : &#171; Les nationalisations sont aux socialisations ce que l'exercice du pouvoir est &#224; sa conqu&#234;te. Les nationalisations se placent dans le cadre du r&#233;gime capitaliste. Elles sont ex&#233;cutables sans conqu&#234;te pr&#233;alable de l'appareil politique de la bourgeoisie. Elles sont un moment de l'&#233;volution capitaliste et non pas un moment de la r&#233;volution sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe ! Les dirigeants du P.C.F. entendent dresser un barrage contre la mont&#233;e des masses. D&#233;monstrativement, ils s'allient au parti parlementaire classique de la bourgeoisie fran&#231;aise : ils veulent &#233;largir sans limites &#224; droite le Rassemblement Populaire. Leur objectif est de d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et, bien s&#251;r, l'Etat bourgeois instrument politique de la domination de classe de la bourgeoisie sur la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la manifestation du 14 juillet 1935, Jacques Duclos explique devant les militants communistes de la r&#233;gion parisienne la signification de cette politique : &#171; Nous ne repoussons pas les hommes qui sont &#224; la droite du parti radical, qui veulent avec nous d&#233;fendre la libert&#233;. Pour notre part, nous n'avons jamais demand&#233; au parti radical d'accepter nos mots d'ordre et notre Programme. Mieux, nous avons eu l'occasion, aussi bien dans le comit&#233; d'action &#224; Paris qu'&#224; Lyon, de nous &#233;lever contre certaines exigences mises en avant par d'aucuns pour amener la rupture avec les radicaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes s'aiguise. Expuls&#233;s du processus de production, travailleurs et jeunes manifestent. Les heurts avec la police se multiplient. Le cabinet Laval au sein duquel si&#232;gent six ministres du parti radical, dont Edouard Herriot, son pr&#233;sident, se livre &#224; une attaque forcen&#233;e contre la classe ouvri&#232;re et les masses au moyen des d&#233;crets-lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 juillet 1934, d&#233;crets-lois qui r&#233;duisent de 10% toutes les d&#233;penses Publiques (sauf les pensions militaires) de l'Etat et des collectivit&#233;s locales (dont les salaires des fonctionnaires et assimil&#233;s) ; r&#233;duction des prestations des assurances sociales et des rentes, majoration de 20 &#224; 25 % de l'imp&#244;t sur le revenu, baisse de 10 % sur le prix de l'&#233;lectri&#173;cit&#233;, du gaz et des loyers professionnels. La somme des &#233;conomies devait permettre, de retirer 11 milliards de l'&#233;poque de la circulation. Le 8 ao&#251;t, nouvelle s&#233;rie de d&#233;crets&#8209;lois, et encore le 30 octobre&#173;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re subit toujours les attaques du capital, mais elle se pr&#233;pare incontestablement &#224; prendre l'offensive. D&#232;s lors et jusqu'&#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;&#173;rale de juin 1936, le mouvement va se pr&#233;parer, mettre ses conditions en place. De puissantes mani&#173;festations toujours plus impressionnantes se succ&#232;dent. Les militants des partis ouvriers, et singuli&#232;rement ceux du parti socialiste, encadr&#233;s par le service d'ordre des T.P.P.S. que dirige Marceau Pivert, vont chasser des quartiers ouvriers les ligues fascistes. Ils mettent en fuite Camelots du roy, Volontaires nationaux, Croix&#8209;de&#8209;Feu. Ceux&#8209;ci s'accrochent : ils organisent de grandes manifestations paramilitaires le jour de la f&#234;te de Jeanne d'Arc &#224; Paris par exemple. Ils organisent &#233;galement d'imposants rallyes au cours desquels des centaines d'automobiles convergent vers une ville de province o&#249; les &#171; chefs &#187; viennent inspecter leurs troupes. A diff&#233;rentes occasions, la parade motoris&#233;e se termine en d&#233;route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#224; Limoges o&#249; les T.P.P.S. leur organisent une &#171; chaleureuse r&#233;ception &#187;. Le prol&#233;tariat utilise l'en&#173;semble des formes de lutte politique dont il dispose malgr&#233; l'entrave des appareils. La mar&#233;e monte, et les masses s'ordonnent politiquement. Depuis la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 12 f&#233;vrier et plus encore la conclusion du pacte d'unit&#233; d'action entre la S.F.I.O. et le P.C.F., in&#233;luctable : se pose la question de l'unit&#233; syndicale, d'une centrale unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 1934, les dirigeants de la C.G.T., Jouhaux, Dumoulin, Bothereau, etc., modifient leur position : jusqu'alors ils exigeaient des dirigeants de la C.G.T.U. qu'ils rentrent &#224; la C.G.T. en dissolvant la C.G.T.U. et ses syndicats. Ils acceptent que des discussions s'engagent sur la r&#233;alisation de l'unit&#233; organique des deux centrales. Mais les &#171; unitaires &#187; ne tiennent pas &#224; l'unit&#233; organique, et les &#171; conf&#233;d&#233;raux &#187; exigent la dissolution des fractions au sein des conf&#233;d&#233;rations. Lefranc signale un article que Les Cahiers du communisme publient le 1er novembre, o&#249; on lit : &#171; L'unit&#233; du mouvement syndical assure la possibilit&#233; au parti communiste d'exercer son influence sur des masses plus larges que ce n'est le cas actuellement. C'est pourquoi les camarades fran&#231;ais ont agi avec juste raison en ne faisant pas d&#233;pendre la question de l'unit&#233; de la question de l'ind&#233;pendance du mouvement syndical. Que signifie cette ind&#233;pendance ? Les communistes renoncent&#8209;ils &#224; avoir des fractions communistes dans les syndicats ? Renoncent&#8209;ils &#224; y poursuivre leur politique ? Bien entendu que non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 mars 1935, les comit&#233;s conf&#233;d&#233;raux nationaux avaient constat&#233; l'&#233;chec des pourparlers sur l'unit&#233; organique. Apr&#232;s le pacte franco&#8209;sovi&#233;tique, brusque tournant du P.C.F. Le 6 juin, Gitton dans L'Humanit&#233; annonce que le P.C.F. renonce aux fractions dans les syndicats. Les pourparlers sont repris. Le 27 septembre 1935, les congr&#232;s de la C.G.T. et de la C.G.T.U. fixent une proc&#233;dure de r&#233;unification syndicale : au sommet, une commission mixte ; fusion des syndicats, des f&#233;d&#233;rations et des unions d&#233;partementales ; un comit&#233; conf&#233;d&#233;ral national enregistrera ces fusions et d&#233;signera un bureau national provisoire ; r&#233;union d'un congr&#232;s conf&#233;d&#233;ral national qui se tint &#224; Toulouse du 2 au 5 mars 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, l'unification syndicale &#233;tait devenue in&#233;vitable, bien avant que l'unit&#233; soit d&#233;cid&#233;e de nombreux syndicats fusionnaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ex&#8209;conf&#233;d&#233;r&#233;s &#233;taient largement majoritaires au congr&#232;s de Toulouse, 5 500 mandats contre 2 500 environ. En juillet 1935, les effectifs de la C.G.T. &#233;taient &#233;valu&#233;s &#224; 700 000 membres, ceux de la C.G.T.U. &#224; 200 000. En 1937, le nombre de cartes plac&#233;es sera de 4 936 025 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois d'ao&#251;t 1935, les travailleurs des arsenaux r&#233;agissent contre les cons&#233;quences des d&#233;crets Laval qui les frappent durement. A Brest et &#224; Toulon, les ouvriers font gr&#232;ve. Ils hissent le drapeau rouge sur les arsenaux de ces deux villes. Du 5 au 9 ao&#251;t se d&#233;roulent de violentes manifestations au cours desquelles il y a trois morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps apr&#232;s, L&#233;on Trotsky &#233;crit : &#171; Le danger imm&#233;diat en France consiste en ce que l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire des masses, d&#233;pens&#233;e morceau par morceau dans des explosions isol&#233;es comme &#224; Toulon, &#224; Brest, &#224; Limoges, fasse place &#224; l'apathie... La t&#226;che des partis prol&#233;tariens consiste non pas &#224; freiner et &#224; paralyser ces mouvements, mais &#224; les unifier et &#224; leur donner la plus grande place. &#187; (O&#249; va la France ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats des &#233;lections municipales sont significatifs, des batailles de classe comme celles de Brest et de Toulon ne le sont pas moins, l'unifica&#173;tion syndicale que la base impose l'est &#233;galement. Manifestement, une crise r&#233;volutionnaire se pr&#233;pare. A tout prix, il faut dresser un barrage qui endigue la mont&#233;e des masses et les d&#233;tourne de leurs objectifs de classe. L'alliance ouverte, proclam&#233;e, au nom de la d&#233;fense de la d&#233;mocratie contre le fascisme, est indispensable pour que les masses sachent bien qu'au moment les plus extr&#234;mes de la crise, il faut, il faudra respecter le syst&#232;me capitaliste et l'Etat bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Kremlin et les dirigeants du P.C.F. ont &#233;labor&#233; contre le mouvement des masses qui monte la politique du front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Duclos ne s'y trompe pas, dans le discours d&#233;j&#224; cit&#233; du 23 juillet 1935, il d&#233;clare : &#171; La secte des trotskystes qui s'intitule bolchevique&#8209;l&#233;niniste, alors qu'ils sont aussi &#233;loign&#233;s du bolchevisme-l&#233;ninisme que le socialisme national de Jean Hennessy du socialisme, n'a qu'un objectif : consommer la rupture entre les masses populaires group&#233;es derri&#232;re le parti radical et celles qui suivent les autres groupements du Front populaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front populaire exige la chasse aux trotskystes. mais tenter de contenir et de faire refluer le mouvement des masses exige qu'&#224; la S.F.I.O. aussi s'organise la chasse aux sorci&#232;res. D&#233;j&#224;, au congr&#232;s de Mulhouse, Blum a annonc&#233; qu'il faudrait en finir avec la tendance trotskyste des bolcheviques&#8209;l&#233;ninistes. Ce sont d'abord les militants dans les J.S. qui sont frapp&#233;s. A la conf&#233;rence nationale de Lille, le 29 juillet, douze membres de la commission ex&#233;cutive de la Seine des J.S., trotskystes et sympathisants trotskystes, sont exclus. Le 1er octobre, ce sont quinze dirigeants trotskystes que la commission administrative permanente exclura. C'est au m&#234;me moment que Marceau Pivert rompt d&#233;finitivement avec la &#171; Bataille socialiste &#187; de Zyromski. Le 26 septembre, la 15&#176; section du P.S., qui est la section de Pivert, organise une r&#233;union de militants socialistes de gauche de la Seine, &#224; laquelle mille militants participent. Le 30 septembre, la &#171; Gauche r&#233;volutionnaire &#187; est constitu&#233;e : l'orientation affirm&#233;e est celle de la lutte des classes, elle d&#233;marque souvent l'orientation que Trotsky d&#233;fend dans ses &#233;crits, mais elle se prononce (point 1) pour le front populaire en le gauchissant sous l'appellation de &#171; front populaire de combat &#187; ; et elle se conclut ainsi au point 7 : &#171; Notre but est de gagner la majorit&#233; des militants S.F.I.O. &#224; ces points de vue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;il est difficile de ne pas voir que la constitution de, la &#171; Gauche r&#233;volutionnaire &#187; survient &#224; propos pour couper les militants r&#233;volutionnaires de la S.F.I.O. des &#171; bolcheviques&#8209;l&#233;ninistes &#187; qui viennent d'en &#234;tre exclus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; du capital financier, une politique complexe contre la mont&#233;e du mouvement des masses s'&#233;labore. D'un c&#244;t&#233;, les ligues continuent &#224; &#234;tre g&#233;n&#233;reusement arros&#233;es financi&#232;rement, le gouvernement Laval poursuit ses attaques contre les masses ; de l'autre, le parti radical va accepter, tout en continuant &#224; &#234;tre au gouvernement Laval et &#224; le soutenir au Parlement, de participer au Front populaire. L'op&#233;ration se r&#233;alise en octobre 1935 o&#249; le congr&#232;s du parti radical qui se tient &#224; la salle Wagram d&#233;cide d'adh&#233;rer au Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Laval tiendra jusqu'au 22 janvier. Auparavant, un &#233;pisode significatif a &#233;clair&#233; le sens de la politique de front populaire. Le 6 d&#233;cembre, lbarriegaray d&#233;clare &#224; la Chambre que les Croix&#8209;de&#8209;Feu consentiraient &#224; leur d&#233;sarmement. Par sa bouche, c'est le grand capital, lequel arme et entretient les ligues fascistes, qui parle. Le d&#233;sarmement r&#233;el est une chose. L'op&#233;ration politique en est une autre. Imm&#233;diatement Blum et Thorez prennent, l'un au nom de la S.F.I.O., l'autre du P.C.F., un engagement parall&#232;le. Le gouvernement d&#233;pose trois projets de loi qui renvoient devant une juridiction criminelle les auteurs de provocations au meurtre, prononcent la dissolution des milices priv&#233;es, &#233;dictent des peines de prison pour ceux qui seront trouv&#233;s porteurs d'armes prohib&#233;es. Tout cela n'aura pas d'efficacit&#233; pratique. L&#233;on Blum lui-m&#234;me sera le jeudi 13 f&#233;vrier 1936 victime d'une agression fasciste. Ce qui importe, c'est l'op&#233;ration politique qui se pr&#233;pare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite de divergences au comit&#233; ex&#233;cutif du parti radical, Herriot, ministre du gouvernement Laval, d&#233;missionne de la pr&#233;sidence du parti. La politique &#233;trang&#232;re de Laval est mise en cause &#224; la Chambre, car il a soutenu l'Italie fasciste qui a occup&#233; l'Ethiopie en torpillant les sanctions. Le 10 janvier 1936, l'accord sur le programme de Front populaire se r&#233;alise entre le P.C.F., la S.F.I.O., le parti radical. Le 18 janvier, 88 d&#233;put&#233;s du parti radical votent contre la confiance au gouvernement Laval, 45 ont vot&#233; pour, 10 se sont abstenus. Le 19 janvier, Daladier est &#233;lu pr&#233;sident du parti radical. Les ministres radicaux vont d&#233;missionner du gouvernement Laval, qui &#224; son tour d&#233;missionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sarraut, radical &#171; de droite &#187;, forme le nouveau gouvernement. Un gouvernement de transition jusqu'aux &#233;lections l&#233;gislatives. De nombreux radicaux occupent d'importants minist&#232;res, mais R&#233;gnier, ministre des Finances de Laval, garde son poste. Les d&#233;put&#233;s S.F.I.O. votent pour la confiance, ceux du P.C.F. s'abstiennent. C'est certainement le premier gouvernement de front populaire, et m&#234;me, au&#8209;del&#224;, il anticipe sur le &#171; front des Fran&#231;ais &#187; de &#171; Thorez &#224; Paul Reynaud &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cor est pos&#233;. Le programme de Front populaire, dont l'objectif est &#171; la d&#233;fense de la R&#233;publique &#187;, exclut toute atteinte &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, assure la d&#233;fense des institutions, de la Police, du corps des magistrats, des hauts fonctionnaires : de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'une alliance qui subordonne les int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re au maintien du syst&#232;me capitaliste &#224; un moment extr&#234;me de crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ralliement du parti radical s'explique ais&#233;ment : la radicalisation des &#171; classes moyennes &#187; jet&#233;es dans la mis&#232;re par la crise du syst&#232;me capitaliste aboutit &#224; une polarisation classe contre classe dont la premi&#232;re cons&#233;quence serait la liquidation quasi totale sur le plan &#233;lectoral du parti radical. Pour sa propre d&#233;fense comme parti bourgeois, le parti radical, port&#233; aux nues par les dirigeants du P.C.F., adh&#232;re sur sa politique comme parti de la grande bourgeoisie au Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la participation du parti radical au Front populaire doit &#234;tre analys&#233;e plus fondamentalement. Y compris en Allemagne, le capital financier a longtemps h&#233;sit&#233; avant de confier le pouvoir &#224; Hitler et &#224; ses s&#233;ides. Longtemps, il les a utilis&#233;s pour attaquer le prol&#233;tariat, faire contrepoids &#224; la classe ouvri&#232;re. Ce n'est qu'avec l'&#233;clatement de la crise &#233;conomique qu'il a procur&#233; aux nazis les moyens qui leur ont permis de d&#233;velopper leur propagande, leur agitation, leur organisation, de payer des dizaines de milliers de S.A., de S.S., de fonctionnaires, de s'appuyer sur l'appareil d'Etat, la police, l'arm&#233;e, etc. Ce n'est que devant l'impossibilit&#233; de r&#233;soudre la crise &#233;conomique, autrement qu'au moyen d'un vaste plan de r&#233;armement, et la certitude qu'en fin de compte s'ouvrirait une crise r&#233;volutionnaire si une solution n'&#233;tait pas apport&#233;e aux crises politiques et &#233;conomiques, que le capital financier a confi&#233; le pouvoir &#224; Hitler. Le capital financier allemand pouvait avoir de tout autres perspectives que son homologue fran&#231;ais pendant ces ann&#233;es 30. Jouant de la division des puissances imp&#233;rialistes europ&#233;ennes &#171; victorieuses &#187; en 1918, de la crise qui secouait l'imp&#233;rialisme, U.S., en raison de sa puissance et de sa place en Europe, le capital financier allemand peut tenter l'aventure de l'hitl&#233;risme : subordonner l'Europe au cours d'une seconde guerre mondiale. Le risque est &#233;norme, mais l'imp&#233;rialisme allemand a les moyens de cette fuite en avant, et ne pas la pratiquer est pour lui tout aussi aventureux. Il en va tout autrement du capital financier fran&#231;ais. Tout conserver, maintenir les choses en l'&#233;tat, c'est son credo. Pour le reste, il est pouss&#233; par l'&#233;v&#233;nement. Trotsky souligne qu'en f&#233;vrier 1934 le capital financier fran&#231;ais n'a pas voulu aller plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mont&#233;e des masses, la faiblesse des ligues, conjugu&#233;es &#224; son incapacit&#233; &#224; ouvrir &#224; la fa&#231;on hitl&#233;rienne de &#171; grandioses perspectives &#187;, la difficult&#233; de &#171; radicaliser &#187;, d'&#171; &#233;lectriser &#187; dans ces conditions la petite bourgeoisie d&#233;sesp&#233;r&#233;e, la peur du lendemain, de l' &#187; aventure &#187;, am&#232;nent le capital financier &#224; pratiquer une politique d'&#233;quilibre : d'un c&#244;t&#233;, appui aux ligues fascistes, &#224; la &#171; droite &#187; de l'autre, par parti radical interpos&#233;, appui &#224; la politique de Front populaire qui dresse un barrage contre la mont&#233;e r&#233;volutionnaire des masses. Le choix du parti radical est fondamentalement celui que le capital financier fait pour lui, le r&#244;le qu'il lui dicte. Trois ans plus tard, ce m&#234;me parti sera celui qui en terminera avec le Front populaire pour passer &#224; une politique de r&#233;pression ouverte contre les masses et leurs organisations, de remise en cause des conqu&#234;tes sociales de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de juin 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections d'avril 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne &#233;lectorale s'ouvre le 7 avril. Les &#233;lections l&#233;gislatives auront lieu au scrutin uninominal &#224; deux tours. Le premier tour le 26 avril, le second le 3 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Innovation : pour la premi&#232;re fois, les principaux partis pourront utiliser les ondes de la radiodiffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ch&#244;mage s'est d&#233;velopp&#233;, la situation internationale fait peser sur les masses le risque de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les candidats socialistes font campagne sur le th&#232;me : &#171; Imposition des deux cents familles, organisation de grands travaux pour r&#233;sorber le ch&#244;mage, r&#233;duction de la semaine de travail &#224; quarante heures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes, eux, proposent d'&#233;largir le front populaire en front national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Thorez d&#233;clare &#224; la radio le 7 avril :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous te tendons la main, catholique, ouvrier, employ&#233;, artisan, paysan, nous qui sommes des la&#239;ques, parce que tu es notre fr&#232;re et que tu es comme nous accabl&#233; par les m&#234;mes soucis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous te tendons la main, volontaire national, ancien combattant devenu Croix&#8209;de&#8209;Feu, parce que tu es fils de notre peuple, que tu souffres comme nous du d&#233;sordre et de la corruption, parce que tu veux comme nous &#233;viter que le pays ne glisse &#224; la ruine et &#224; la catastrophe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mauriac, &#233;tonn&#233; par les propos de Thorez, les commente en ces termes dans Le Figaro : &#171; Or, dans ce vieux salon o&#249; j'&#233;tais seul, attentif &#224; la voix du rossignol qui essayait de chanter bien que la nuit f&#251;t froide, une autre voix s'&#233;leva, presque aussi douce, une voix tendre et b&#234;lante, plus persuasive que celle de Philom&#232;ne, la voix du communiste Thorez. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daladier, s'appuyant sur les d&#233;clarations de Maurice Thorez, assure &#224; la grande bourgeoisie que la victoire du Front populaire, c'est la victoire de la France et de la &#171; s&#233;curit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite, elle, va &#224; la bataille en ordre dispers&#233;, Un argument domine tous les autres : l'anticommunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier tour exprime dans ses r&#233;sultats une formidable pouss&#233;e &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s forte participation d'&#233;lecteurs (84%), 174 &#233;lus, 424 ballottages. Communistes et socialiste progressent, quant aux radicaux, ils s'effondrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublions pas qu'en 1936 la classe ouvri&#232;re est num&#233;riquement beaucoup moins nombreuse en France qu'elle ne l'est aujourd'hui, que la population des campagnes reste sup&#233;rieure &#224; celle des villes, que le nombre et la proportion des salari&#233;s sont beaucoup plus faibles. La force organis&#233;e, les positions que la classe ouvri&#232;re occupe en tant que classe &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sont &#233;galement bien moindres que celles d'aujour&#173;d'hui. Mais le r&#244;le politique du prol&#233;tariat, lui, est le m&#234;me qu'aujourd'hui. Bien que minoritaire, mal organis&#233;e, n'occupant que de faibles positions, la classe ouvri&#232;re entra&#238;ne dans son mouvement la population laborieuse, jusqu'&#224; des fractions importantes de la petite bourgeoisie, et de la petite et moyenne paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lundi 27, Daladier, au nom du parti radical, S&#233;verac pour la S.F.I.O., et Thorez au nom du parti communiste, lancent un appel commun de d&#233;sistement en faveur du candidat &#171; de la gauche &#187; le mieux plac&#233;. Cette politique va sauver le parti radical du d&#233;sastre : d&#232;s le premier tour, une partie des petits bourgeois des villes et des campagnes, des paysans, bref, de la client&#232;le &#233;lectorale du parti radical, a vot&#233; pour les candidats de la S.F.I.O. et du P.C.F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les usines et les entreprises, on sent que la victoire est &#224; la port&#233;e de la main. Bien que le 1er Mai ne soit pas ch&#244;m&#233;, des d&#233;brayages importants et spontan&#233;s ont lieu : les r&#233;sultats du second tour donnent la victoire absolue en majorit&#233; et en si&#232;ges au Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats &#233;lectoraux sont les suivants [5] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de voix (premier tour) 1932 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radicaux et apparent&#233;s 2 315 000 1 745 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialistes et apparent&#233;s 2 094 000 2 206 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Communistes et apparent&#233;s 783 000 1 468 000&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis appel&#233;s &#171; de droite &#187; n'avaient d&#233;j&#224; en 1932 recueilli que 37,5 % des suffrages. Ils tombent &#224; seulement 35,38 %o. Le grand perdant est le parti radical. Le, P.C.F. d'abord, la S.F.I.O. ensuite, sont en voix comme en si&#232;ges les grands gagnants. Les si&#232;ges, les pertes et les gains se r&#233;partissent ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partis du Front populaire 1932 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PCF 10 72 +62&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PUP 11 10 -1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SFIO 97 146 +49&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;USR (scission SFIO 1933) 45 26 -19&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radicaux 159 116 -43&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOTAL 322 370 +48&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TOTAL partis non-membres du FP 222&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;sultats expriment la polarisation, la division de la soci&#233;t&#233; : d'un c&#244;t&#233;, les masses s'alignent derri&#232;re le P.C.F. et le P.S. et les poussent en avant ; de l'autre, tous ceux qui redoutent la r&#233;volution s'alignent et s'abritent derri&#232;re les partis bourgeois les plus r&#233;actionnaires. Ajoutons que m&#234;me sur le plan &#233;lectoral, l'effondrement en voix et en &#233;lus du parti radical devait &#234;tre infiniment plus consid&#233;rable s'il n'avait b&#233;n&#233;fici&#233; de la couverture des partis ouvriers, du manteau de No&#233; que le Front Populaire a jet&#233; sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultats impressionnants. Pourtant , ils ne transcrivent pas les rapports de force r&#233;els. Premi&#232;rement, le poids social d'un &#233;lecteur n'&#233;gale pas le poids social d'un autre &#233;lecteur. Les producteurs sont la force sociale d&#233;terminante d'une soci&#233;t&#233;, et non les douairi&#232;res du XVI&#176; arrondissement, les bonnes s&#339;urs, les cur&#233;s, les patrons, les parasites sociaux de toutes origines. Mais m&#234;me les producteurs n'ont pas tous le m&#234;me poids social : la classe ouvri&#232;re exerce les fonctions productives vitales de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Les &#233;lections atomisent la soci&#233;t&#233; : chaque &#233;lecteur n'est plus qu'un individu. Or, ce sont les classes sociales qui fondamentalement s'affrontent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'image du rapport entre les classes que donnent les &#233;lections est une image d&#233;form&#233;e, elle ne montre pas la dynamique de ces rapports. La victoire de la classe ouvri&#232;re dans sa lutte contre le capital, la soci&#233;t&#233; bourgeoise, l'Etat bourgeois, d&#233;pend uniquement de la conscience qu'elle acquiert de sa puissance sociale, et que seuls les rapports politiques permettent d'exprimer vraiment et pleinement. Les r&#233;sultats des &#233;lections de 1936 doivent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme un moment du mouvement politique de la classe ouvri&#232;re contre la soci&#233;t&#233; et l'Etat bourgeois. La classe ouvri&#232;re, s'appuyant sur ces r&#233;sultats qui lui permettent de v&#233;rifier sa force politique, va aller plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Populaire en date du 5 mai titre : &#171; Apr&#232;s le triomphe &#233;lectoral de dimanche, le parti socialiste est pr&#234;t &#224; former le gouvernement de Front Populaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, imm&#233;diatement, dirigeants socialistes, communistes et radicaux de rassurer la bourgeoisie sur la signification de la victoire du Front populaire. Waldeck Rochet &#233;crit dans L'Humanit&#233; : &#171; Les &#233;lecteurs ne se sont pas prononc&#233;s pour la r&#233;volu&#173;tion. Nous ne sommes ni des putschistes ni des partisans du tout ou rien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Thorez, interrog&#233; le 6 mai lors d'une conf&#233;rence de presse par un journaliste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Que ferez&#8209;vous de la Banque de France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#8209; Nous, rien. Ce sera l'affaire du gouvernement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blum constate : &#171; Il n'y a pas de majorit&#233; socialiste, il n'y a pas de majorit&#233; prol&#233;tarienne, il y a la majorit&#233; du Front populaire dont le programme de Front populaire est le lieu g&#233;om&#233;trique. Notre mandat, notre devoir, c'est d'accomplir et d'ex&#233;cuter ce programme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doucement, constitutionnellement, le Front populaire s'appr&#234;te &#224; former un gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] G. Lefranc, Histoire du Front Populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Extrait du recueil publi&#233; par Pierre Naville : L'entre&#8209;deux deux&#8209;guerres. Ed. Edi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Danos et Gibelin, Juin 36.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] M&#233;moires, 1935-1939, &#171; Aux jours ensoleill&#233;s du Front Populaire &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Lefranc, Histoire du Front populaire, Payot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;France : juin 1936&#173; - 30 novembre 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la gr&#232;ve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re, elle, n'attend pas. Prenant appui sur sa victoire &#233;lectorale, elle exige imm&#233;diatement et dans un mouvement spontan&#233; que ses revendications, que d&#233;gage son propre mouvement et qu'aucun programme n'a ant&#233;rieurement formul&#233;es, soient satisfaites. A cet &#233;gard, le programme du Front populaire est enti&#232;rement vide, il ne contient pas grand-chose et surtout pas les revendications de la classe ouvri&#232;re. Mais la classe ouvri&#232;re a vot&#233; P.C.F.-P.S. pour des raisons pr&#233;cises : en finir avec les gouvernements du capital et que ses revendications soient satisfaites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, ce qu'il est convenu d'appeler le &#171; programme social du Front populaire &#187; est tr&#232;s modeste et tr&#232;s abstrait. Il se r&#233;duit en tout et pour tout &#224; cela :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; 1. - RESTAURATION DE LA CAPACIT&#201; DACHAT SUPPRIM&#201;E OU R&#201;DUITE PAR LA CRISE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contre le ch&#244;mage et la crise industrielle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Institution d'un fonds national de ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;duction de la semaine de travail sans r&#233;duction du salaire hebdomadaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Appel des jeunes au travail par l'&#233;tablissement d'un r&#233;gime de retraites suffisantes pour les vieux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ex&#233;cution rapide d'un plan de grands travaux d'utilit&#233; publique, citadine et rurale, en associant &#224; l'effort de l'Etat et des collectivit&#233;s l'effort de l'&#233;pargne locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Contre la crise agricole et commerciale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Revalorisation des produits de la terre, combin&#233;e avec une lutte contre la sp&#233;culation et la vie ch&#232;re, de mani&#232;re &#224; r&#233;duire l'&#233;cart entre les prix de gros et les prix de d&#233;tail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour supprimer la d&#238;me pr&#233;lev&#233;e par la sp&#233;culation sur les producteurs et les consommateurs : cr&#233;ation d'un office national interprofessionnel des c&#233;r&#233;ales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Soutien aux coop&#233;ratives agricoles, livraison des engrais au prix de revient par les offices nationaux de l'azote et des potasses, contr&#244;le et ratification de la vente des superphosphates et autres engrais, d&#233;veloppement du cr&#233;dit agricole, r&#233;duction des baux &#224; ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Suspension des saisies et am&#233;nagement des dettes. Mise au point de la r&#233;vision des billets de fonds de commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En attendant l'abolition compl&#232;te et aussi rapide que possible de toutes les injustices que les d&#233;crets-lois comportent, suppression imm&#233;diate des mesures frappant les cat&#233;gories les plus touch&#233;es dans leurs conditions d'existence par ces d&#233;crets. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re ne respecte pas le programme du Front populaire. Elle engage rapidement le combat pour ses revendications qui vont se pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi 11 mai, la gr&#232;ve &#233;clate &#224; l'usine Br&#233;guet du Havre : les travailleurs exigent qu'on revienne sur le licenciement de deux ouvriers qui ont fait gr&#232;ve le 1er Mai. La direction refuse de n&#233;gocier : les travailleurs occupent l'usine, organisent un service de ravitaillement. Le lendemain, la direction c&#232;de : le droit de gr&#232;ve du 1er Mai est admis, les deux ouvriers r&#233;int&#233;gr&#233;s, les jours de gr&#232;ve pay&#233;s. Pour les m&#234;mes motifs, une gr&#232;ve &#233;clate aux usines Lat&#233;co&#232;re de Toulouse : l&#224; aussi, les ateliers sont occup&#233;s, et les travailleurs obtiennent satisfaction sur toutes les revendications. Le 14 mai, gr&#232;ve avec occupation des locaux aux usines Bloch &#224; Courbevoie : la direction avait refus&#233; d'examiner un cahier de revendications comportant un rel&#232;vement des salaires et l'am&#233;nagement des horaires de travail. Le lendemain, elle c&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; comme Le Populaire minimisent ces &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Comit&#233; du rassemblement populaire, l'id&#233;e d'une grande manifestation c&#233;l&#233;brant la victoire du Front populaire est retenue. Mais les radicaux s'opposent &#224; ce que la date retenue soit le 24 mai et le lieu le mur des F&#233;d&#233;r&#233;s. La &#171; Commune de Paris &#187; et le &#171; Front populaire &#187;, ce sont en effet deux termes qui s'excluent l'un l'autre. La S.F.I.O. et le P.C.F. le reconnaissent pleinement : la manifestation est donc pr&#233;vue pour le 14 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la tradition des partis ouvriers ne leur permet pas d'annuler la manifestation du 24 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exprimant les v&#233;ritables rapports de force, le 24 mai, au P&#232;re-Lachaise, des centaines de milliers de travailleurs manifestent pour comm&#233;morer la Commune. La classe ouvri&#232;re se sent forte : un formidable mouvement d'une ampleur inconnue commence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 mai, les 33 000 ouvriers de chez Renault partent en gr&#232;ve, occupent l'usine, hissent le drapeau rouge. Dans les heures qui suivent, la gr&#232;ve fait tache d'huile dans toute la m&#233;tallurgie parisienne : Fiat, Chausson, Talbot, Citro&#235;n, Gnome et Rh&#244;ne...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Lehideux, administrateur de chez Renault, commente en ces termes la signification de ce mouvement : &#171; La gr&#232;ve est le r&#233;sultat d'une contagion qui a pour d&#233;terminante un probl&#232;me politique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Intervenant au S&#233;nat, pour s'expliquer sur son action, Sarraut, pr&#233;sident du Conseil, d&#233;crira en ces termes la r&#233;ponse des patrons &#224; une &#233;ventuelle intervention de la troupe pour faire &#233;vacuer les usines : &#171; Non, surtout pas cela... Pas d'usage de la police... Nous risquons le conflit sanglant... C'est du sang qui rejaillira sur nous et cela nous interdira peut-&#234;tre de reprendre la direction de nos usines. &#187; (S&#233;nat, 7 juillet 1936.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 27 mai, Marceau Pivert &#233;crit dans Le Populaire son c&#233;l&#232;bre article : &#171; Tout est possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Tout est possible. &#187; Quoi, tout ? La satisfaction des revendications, un gouvernement des partis ouvriers, l'expropriation du capital ? Marceau Pivert est extr&#234;mement vague. Tout est possible, certes, mais &#224; quelques conditions cependant. Briser le carcan du Front populaire, s'orienter vers la construction d'un parti r&#233;volutionnaire, ne distiller nulle illusion tant &#224; l'&#233;gard de la S.F.I.O. que du P.C.F. Ce n'est pas l'orientation de la &#171; Gauche r&#233;volutionnaire &#187; et de Marceau Pivert. Il affirme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; TOUT EST POSSIBLE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'on ne vienne pas nous chanter des airs de berceuse : tout un peuple est d&#233;sormais en marche, d'un pas assur&#233;, vers un magnifique destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans l'atmosph&#232;re de victoire, de confiance et de discipline qui s'&#233;tend sur le pays, oui TOUT EST POSSIBLE aux audacieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout est possible, et notre parti a ce privil&#232;ge et cette responsabilit&#233;, tout &#224; la fois, d'&#234;tre port&#233; &#224; la pointe du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qu'il marche ! Qu'il entra&#238;ne ! Qu'il tranche ! Qu'il ex&#233;cute ! Qu'il entreprenne ! Et aucun obstacle ne lui r&#233;sistera !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'est pas vrai que nos amis radicaux puissent, ou m&#234;me d&#233;sirent s'opposer &#224; certaines revendications d'ordre &#233;conomique, comme la nationalisation du cr&#233;dit, de l'&#233;nergie &#233;lectrique ou des trusts. Il n'est pas vrai qu'ils soient destin&#233;s &#224; servir de terre-neuve aux compagnies d'assurances ! Le go&#251;t du suicide politique n'est pas tellement d&#233;velopp&#233; sous la pression croissante des masses vigilantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'est pas vrai que nos fr&#232;res communistes puissent, ou m&#234;me d&#233;sirent retarder l'heure de la r&#233;volution sociale en France pour r&#233;pondre &#224; des consid&#233;rations diplomatiques d'ailleurs dignes d'examen. On ne freinera pas, on ne trahira pas la pouss&#233;e invincible du Front populaire de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si, par hasard, des personnes trop prudentes voulaient nous mettre en garde, sous pr&#233;texte de ne pas g&#234;ner le gouvernement, nous leur r&#233;pondrions que c'est l&#224; m&#233;conna&#238;tre la volont&#233; de combat qui inspire le parti, depuis le plus modeste militant jusqu'&#224; ses chefs les plus &#233;minents. Cette volont&#233; de combat, &#224; elle seule, est un &#233;l&#233;ment dynamique dans la bataille qui s'engage ; il faudra que le congr&#232;s l'exprime en termes cat&#233;goriques et concrets. Les mauvais serviteurs du socialisme ne seraient pas ceux qui, quoi qu'il arrive, entendent conserver leur franc-parler, mais ceux qui voudraient transformer en couvent silencieux un grand parti de d&#233;mocratie prol&#233;tarienne ouvert &#224; toutes les id&#233;es, et tout entier dress&#233; dans un d&#233;cisif combat de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; CAR TOUT EST POSSIBLE, avec un tel parti fid&#232;le &#224; son objet, &#224; sa structure et &#224; ses principes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Jouhaux, Frachon, Blum et Thorez, ils ne veulent absolument pas que tout ce qui est possible soit fait, que soit port&#233; au pouvoir un gouvernement des partis ouvriers sans ministre repr&#233;sentant les partis bourgeois, que toutes les revendications soient satisfaites, que le capital soit expropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 juin, plus de 100 000 m&#233;tallos parisiens sont en gr&#232;ve, le mouvement se d&#233;veloppe en province. De nouvelles corporations entrent dans l'action : travailleurs de l'Exposition universelle, mineurs, ouvriers boulangers, chauffeurs de taxi. Le 4 juin, les vendeurs de journaux entrent &#224; leur tour dans la gr&#232;ve et d&#233;cident de ne diffuser que Le Populaire, L'Humanit&#233; et L'&#338;uvre, quotidien du parti radical...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de la C.G.T. r&#233;formistes et staliniens sont submerg&#233;s par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, mais l'appareil n'est pas &#233;branl&#233;. La gr&#232;ve par son ampleur et son contenu soul&#232;ve les questions politiques du gouvernement, du pouvoir, de qui est le ma&#238;tre, dans le pays, dans les entreprises, sans pourtant leur donner une claire r&#233;ponse et encore moins les r&#233;soudre. La digue des appareils syndicaux submerg&#233;e par la vague sert n&#233;anmoins de brise-lames.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jouhaux reconna&#238;tra que l'appareil a &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;, lorsque, faisant l'historique de la gr&#232;ve, il d&#233;clarera le 16 juin devant le C.N. de la C.G.T. : &#171; Le mouvement s'est d&#233;clench&#233; sans qu'on s&#251;t ni comment ni o&#249;... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Lerbettes, leader de droite, &#233;crit : &#171; Ce qui est &#224; nos portes, c'est la r&#233;volution communiste dont les tentatives d'installation en France ont d&#233;j&#224; fait couler des flots de sang, dans les trois printemps tragiques de 1794, 1848 et 1871. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, pour la premi&#232;re fois depuis la Commune de Paris, la classe ouvri&#232;re entre nationalement et dans tous les secteurs dans l'action, avec ses revendications, ses d&#233;l&#233;gu&#233;s, ses comit&#233;s de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage politique vire au rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 juin, on d&#233;nombre plus de 12 000 gr&#232;ves, dont 9 000 avec occupation d'usine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve est calme et ordonn&#233;e. Elle est aussi &#171; fra&#238;che et joyeuse &#187;. La bourgeoisie est, quant &#224; elle, plus qu'inqui&#232;te, angoiss&#233;e. La gr&#232;ve, son ampleur, l'ont surprise. La classe ouvri&#232;re, en cessant le travail, paralyse le pays. Les travailleurs occupent les usines. Les militants ouvriers chassent les vendeurs de journaux d'extr&#234;me droite. L'ordre bourgeois est remis en cause. Un nouvel ordre ne va-t-il pas surgir : l'ordre ouvrier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; C'est la gr&#232;ve, c'est le rassemblement au grand jour des opprim&#233;s contre les oppresseurs, c'est le d&#233;but classique de la r&#233;volution &#187; a &#233;crit Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des milliers d'ouvriers &#171; anonymes &#187; sortent du rang, &#233;lus par leurs camarades, ils se font organisateurs, orateurs, parlent haut et fort au patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques jours, tout a chang&#233; : les opprim&#233;s prennent conscience de leur force, de la puissance de l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la gr&#232;ve est aussi pleine d'illusions : illusions dans les dirigeants ouvriers, illusions dans le fait que la puissance du mouvement, l'occupation des usines, suffisent... La victoire est au bout, contre les patrons et leur gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La C.G.T. s'efforce de reprendre le contr&#244;le du mouvement. Elle appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale l&#224; o&#249; elle est d&#233;j&#224; d&#233;clench&#233;e : dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais ; dans le b&#226;timent. Les dirigeants de la C.G.T. courent apr&#232;s le mouvement pour tenter de le &#171; coiffer &#187;, de le canaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en ces termes que le comit&#233; r&#233;gional du Nord et du Pas-de-Calais des mineurs appelle &#224; la gr&#232;ve : &#171; Pour maintenir l'ordre et le calme, et faciliter la t&#226;che du gouvernement... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement ? Quel gouvernement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;galement, le gouvernement Sarraut doit continuer son &#171; action &#187; jusqu'&#224; ce que la Chambre ait accord&#233; l'investiture au gouvernement que doit former L&#233;on Blum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 juin, Sarraut remet sa d&#233;mission au pr&#233;sident de la R&#233;publique, Lebrun, qui imm&#233;diatement supplie L&#233;on Blum de constituer son gouvernement pour se mettre au travail. Blum proteste : il faut respecter les usages et la Constitution, et convoquer la Chambre pour obtenir l'investiture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Lebrun insiste : l'heure n'est pas &#224; ce l&#233;galisme. Le 4 juin &#224; 18 h 15, le minist&#232;re Blum est constitu&#233;. Salengro, ministre de l'Int&#233;rieur, et Lebas, ministre du Travail, entrent imm&#233;diatement en fonctions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A ce moment, dans la bourgeoisie et en particulier dans le monde patronal, on me consid&#233;rait, on m'attendait comme un sauveur. Les circonstances &#233;taient si angoissantes, on &#233;tait si pr&#232;s de quelque chose qui ressemblait &#224; la guerre civile, qu'on n'esp&#233;rait plus que dans une sorte d'intervention providentielle, je veux dire l'arriv&#233;e au pouvoir de l'homme auquel on attribuait sur la classe ouvri&#232;re un pouvoir suffisant de persuasion pour qu'il lui f&#238;t entendre raison et qu'il la d&#233;cid&#226;t &#224; ne pas user, &#224; ne pas abuser de sa force. &#187; (L&#233;on Blum au proc&#232;s de Riom.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la pr&#233;sentation du gouvernement, Lebrun entra&#238;ne L&#233;on Blum &#224; l'&#233;cart et lui demande d'intervenir imm&#233;diatement &#224; la radio : &#171; Dites-leur que le Parlement va se r&#233;unir, que d&#232;s qu'il sera r&#233;uni vous allez lui demander le vote rapide et sans d&#233;lai de lois sociales... Ils vous croiront et alors peut-&#234;tre le mouvement s'arr&#234;tera-t-il ? &#187;(L&#233;on Blum au proc&#232;s de Riom.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 juin, Blum s'adresse par trois fois aux gr&#233;vistes : le gouvernement n'a toujours pas &#171; eu le temps &#187; d'obtenir l'investiture de la Chambre. C'est l'ill&#233;galit&#233; au service des int&#233;r&#234;ts de... la l&#233;galit&#233; du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 6 et 7 juin, la gr&#232;ve gagne la plupart des villes de province, les &#171; cols blancs &#187; se joignent aux travailleurs manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La panique du grand patronat est directement proportionnelle avec l'ampleur du mouvement ; oui, Trotsky a raison : la r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point, Lebrun, Blum, Thorez, Daladier, Jouhaux, sont d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc enrayer le processus, faire rentrer la gr&#232;ve, faire accepter &#224; la classe ouvri&#232;re qu'elle reprenne la vie quotidienne, respecte la propri&#233;t&#233;, la l&#233;galit&#233;, l'ordre bourgeois. En un mot, c&#233;der quelque chose pour &#233;viter le pire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les accords Matignon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale de la production fran&#231;aise (anc&#234;tre du C.N.P.F.) n'y va pas par quatre chemins. Vendredi 5 au matin, Alexandre Lambert-Ribot, d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral du Comit&#233; des Forges, coll&#232;gue de Blum au Conseil d'Etat, le fait pr&#233;venir qu'il souhaite lui parler. Lambert-Ribot d&#233;clare au chef du gouvernement que la C.G.P.F. d&#233;sire que &#171; sans perdre une minute &#187; soit organis&#233;e une rencontre entre repr&#233;sentants des syndicats et ceux du patronat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout va aller tr&#232;s vite. Le 7 juin, &#224; 15 heures, L&#233;on Blum, Jouhaux, Frachon, Belin, Serrat, Cordier, Milain pour la C.G.T. Duchemin, Richemond, Dalbonge, Lambert-Ribot pour la C.G.P.F. s'assoient &#224; la table des n&#233;gociation..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re discussion dure jusqu'&#224; 20 heures. Puis reprend &#224; 23 heures. A 0h40, l' &#171; accord Matignon &#187; est sign&#233; et communiqu&#233; &#224; la presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ils ont c&#233;d&#233; sur tous les points &#187;, dira Frachon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Mais pour maintenir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, pour maintenir l'ETAT, pour &#233;viter l'explosion, l'affrontement direct &#224; un niveau sup&#233;rieur entre les masses ouvri&#232;res et le grand capital, le patronat &#171; l&#226;che &#187; en cette journ&#233;e plus qu'en trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats sont loin d'&#234;tre n&#233;gligeables :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#233;tablissement imm&#233;diat de contrats collectifs de travail ;&lt;br class='autobr' /&gt; reconnaissance du droit de se syndiquer - majoration des salaires de 7 &#224; 15 %&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications arrach&#233;es n'ont rien de commun avec les formules creuses du programme de Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patronat conc&#232;de des revendications consid&#233;rables pour conserver l'essentiel : la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Les tendances fondamentales du mouvement des masses vont vers l'appropriation des moyens de production. Spontan&#233;es mais confuses, elles trouvent &#231;&#224; et l&#224; une expression plus claire. Les m&#233;tallos sont &#224; l'avant-garde du mouvement. C'est eux qui d&#233;gagent le plus clairement la tendance du mouvement. Un d&#233;l&#233;gu&#233; de Rateau d&#233;clare : &#171; Les camarades sauront bien organiser le travail sans les patrons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers de l'a&#233;ronautique proposent &#224; Cot, ministre de l'Air, de nationaliser les usines d'armement et d'en prendre le contr&#244;le direct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#233;vistes se tournent vers &#171; leurs &#187; ministres du Front populaire en disant : &#171; Nous sommes pr&#234;ts ! Donnez les consignes, les directives, nous agirons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Usines occup&#233;es, grands magasins, banques, compagnies d'assurances, le temple du profit, la Bourse elle-m&#234;me, est menac&#233;e par la gr&#232;ve...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe de la profondeur de la crise : la police est atteinte dans son &#171; moral &#187;. L'Etat bourgeois dont elle est une composante va-t-il tenir ? Comme toujours en ces cas-l&#224;, elle perd sa superbe, son assurance, sa certitude d'&#234;tre la force, donc le droit. Elle se sent &#171; plus pr&#232;s du peuple &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords Matignon sont salu&#233;s par la presse des organisations et partis ouvriers comme une formidable victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; titre : &#171; La victoire est acquise. &#187; Le Populaire &#233;crit : &#171; Victoire ! Victoire ! Les patrons ont capitul&#233; !... Les patrons ? Quels patrons ? Tous ! [...] Victorieux, les ouvriers peuvent reprendre le travail... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8, Jouhaux d&#233;clare &#224; la radio, apr&#232;s avoir analys&#233; la port&#233;e des &#171; accords &#187; : &#171; Dans chaque entreprise la gr&#232;ve doit cesser si le patron d&#233;clare adh&#233;rer &#224; l'accord du 7 juin [...]. La C.G.T. s'est formellement engag&#233;e &#224; favoriser ce processus d'apaisement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs en gr&#232;ve comprennent que ce que le patronat l&#226;che t&#233;moigne de sa peur de perdre beaucoup plus, sinon tout. Mais les accords Matignon sont l'accord de la trahison, le n&#339;ud coulant que l'on veut passer autour de la gorge de la classe ouvri&#232;re pour faire cesser la gr&#232;ve. Les travailleurs en ont l'intuition : ils refusent de cesser la gr&#232;ve, de reprendre le travail, la vie quotidienne de l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la gr&#232;ve ne cesse pas, mais de nouvelles corporations vont entre le 7 et le 12 juin entrer dans l'action, encourag&#233;es par les accords sign&#233;s &#224; Matignon. Dans le Nord, le Midi, en Afrique du Nord, des centaines de milliers de prol&#233;taires faites passent &#224; l'action, &#171; relevant &#187; ceux qui rentrent dans la r&#233;gion parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la banlieue, les m&#233;tallos ren&#226;clent. Confus&#233;ment, la classe ouvri&#232;re sent qu'elle peut aller plus loin. Le mardi 9 juin, 700 d&#233;l&#233;gu&#233;s des usines en gr&#232;ve se r&#233;unissent salle Mathurin-Moreau. Les dirigeants de la C.G.T. demandent aux travailleurs de se prononcer sur la fin de la gr&#232;ve : les d&#233;l&#233;gu&#233;s interviennent et exigent que toutes leurs revendications - d&#233;passant l'accord de Matignon - soient honor&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;tallos ne reprendront pas le travail : la C.G.T. s'incline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 juin, apr&#232;s avoir enregistr&#233; le refus de, patrons, la C.G.T. fait son compte rendu devant une nouvelle assembl&#233;e de d&#233;l&#233;gu&#233;s : la col&#232;re gronde et les travailleurs commencent &#224; envisager une manifestation de rue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils d&#233;cident de continuer la gr&#232;ve : la CGT s'incline &#224; nouveau...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11, apr&#232;s de nouvelles n&#233;gociations, o&#249; le patronat recule, nouvelle assembl&#233;e pr&#233;sid&#233;e par Frachon. Malgr&#233; les concessions enregistr&#233;es, les d&#233;l&#233;gu&#233;s exigent au nom de leurs camarades que toutes les traites soient pay&#233;es. Les m&#233;tallos ne c&#232;dent pas, malgr&#233; les appels de Frachon et d'Henaff. Certains d&#233;l&#233;gu&#233;s reprennent les propositions d'organiser une manifestation pour &#171; descendre sur Paris &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12, le patronat c&#232;de sur tous les points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, malgr&#233; les illusions, les incertitudes de la classe ouvri&#232;re, Trotsky a-t-il raison d'&#233;crire : &#171; La r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez : &#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis sa fondation en 1921, le parti communiste fran&#231;ais a connu jusqu'en 1934 bien des vicissitudes, Au moment de la scission, il &#233;tait largement majoritaire et comptait plus de 100 000 membres. En revanche, la C.G.T.U., n&#233;e de la scission que l'appareil r&#233;formiste avait impos&#233;e afin le courant r&#233;volutionnaire ne devienne majoritaire, &#233;tait rest&#233;e minoritaire. La politique tour &#224; tour opportuniste, puis sectaire et aventuriste, que l'I.C. stalinis&#233;e devait imposer jusqu'en 1934 au P.C.F. l'avait r&#233;duit &#224; quelque dix &#224; vingt mille adh&#233;rents en 1933, la C.G.T.U. n'&#233;tant plus qu'un squelette. 1934 va voir se modifier cette tendance. Si la grande masse des travailleurs regarde du c&#244;t&#233; de la S.F.I.O., si celle-ci voit cro&#238;tre ses effectifs, si par milliers les ouvriers d'avant-garde y entrent et cherchent &#224; se constituer en courant r&#233;volutionnaire, aux yeux des masses l'U.R.S.S. reste le pays de la r&#233;volution d'Octobre, l'I.C. et le P.C.F. ses repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure o&#249; de 1934 &#224; 1936 s'affirme la marche &#224; la crise r&#233;volutionnaire, les masses et les militants se tournent de plus en plus nombreux vers le parti qui leur semble &#234;tre celui de la r&#233;volution. De 1934 &#224; 1936, le P.C.F. reconstitue son cadre militant. Il reste minoritaire par rapport au P.S., mais ce sont d&#233;j&#224; plusieurs dizaines de milliers de militants qui le rejoignent. Ils vont &#234;tre les cadres organisateurs des couches profondes et d&#233;cisives du prol&#233;tariat en mouvement en juin 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Lefranc, les effectifs du P.S. et du P.C.F. &#233;voluent de la fa&#231;on suivante : &#171; En avril 1936, les effectifs de la S.F.I.O. d&#233;passent ceux de la S.F.I.C. (114 000 contre 106 000). En mai 1936, la S.F.I.O. est distanc&#233; : elle compte 127 000 adh&#233;rents contre 131 000 au parti communiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les mois suivants, la S.F.I.O. atteindra 200 000 adh&#233;rents environ. Au comit&#233; central du 22 f&#233;vrier 1937, la direction du P.C.F. affirme son parti est pass&#233; de 80 000 adh&#233;rents au congr&#232;s de Villeurbanne en janvier 1936 &#224; 220 000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande masse de travailleurs adh&#232;rent &#224; la section fran&#231;aise de la III&#176; Internationale, voyant dans le P.C.F. le parti h&#233;ritier de la r&#233;volution d'Octobre, de L&#233;nine, du combat pour le socialisme. Les masses le chargent de leurs espoirs, de leurs esp&#233;rances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du P.C.F. n'est pas identique &#224; celle de la S.F.I.O. L'un et l'autre sont des partis ouvriers. bourgeois contre-r&#233;volutionnaires. Mais la S.F.I.O. est directement li&#233;e &#224; sa bourgeoisie, au syst&#232;me imp&#233;rialiste. Le P.C.F. d&#233;pend enti&#232;rement de la bureaucratie du Kremlin : il est un rouage de son appareil international, et c'est par sa m&#233;diation qu'il est li&#233; &#224; l'imp&#233;rialisme au maintien du capitalisme, de l'ordre bourgeois international. Les masses, malgr&#233; sa politique, sentent que ce parti n'est pas identique &#224; la vieille S.F.I.O.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.C.F. ne participe pas au gouvernement de L&#233;on Blum, il se borne a le soutenir. Ce qui contribue &#224; le faire appara&#238;tre comme un parti &#171; diff&#233;rent &#187; de la S.F.I.O. pass&#233;e depuis 1914 du c&#244;t&#233; de l'ordre bourgeois avec toute la social-d&#233;mocractie internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, en r&#233;alit&#233;, c'est le P.C.F. qui va en 1936 s'opposer le plus f&#233;rocement, le plus directement, et d&#233;j&#224; le plus efficacement, au mouvement des masses, &#224; leurs aspirations r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez prononce en 1936 toute une s&#233;rie de discours au cours desquels il &#171; tend la main aux catholiques et aux Croix-de-Feu &#187;. Le 6 ao&#251;t, il concr&#233;tise au cours d'un discours au gymnase Huyghens ce que cela signifie, il appelle &#224; la &#171; consti&#173;tution du Front des Fran&#231;ais &#187; de Thorez &#224; Paul Reynaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Malheureusement, nos partenaires du Front populaire n'accept&#232;rent pas nos propositions du Front des Fran&#231;ais, et il fallut les retirer &#187;, &#233;crit Jacques Duclos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore Thorez qui m&#232;ne l'offensive, au premier rang, contre le processus r&#233;volutionnaire en cours ; c'est que la pouss&#233;e des masses place les militants du P.C.F. dans les entreprises dans une situation contradictoire : suivre le bureau politique qui freine les gr&#232;ves et les occupations, ou les masses qui combattent et cherchent une direction, et se tournent naturellement vers les militants du P.C.F., consid&#233;r&#233;s comme des militants d'un parti r&#233;volutionnaire. A. Ferrat, ancien dirigeant des J.C., membre du C.C., proteste contre la politique suivie depuis le pacte d'unit&#233; d'action de 1934 et propose au C.C. que le P.C.F. prenne la t&#234;te des mouvements pour d&#233;passer le Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferrat ne fait qu'exprimer de mani&#232;re assez confuse la position de nombreux militants du rang qui esp&#232;rent que le processus r&#233;volutionnaire engag&#233; par des millions d'ouvriers ira jusqu'&#224; son terme : la prise du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. Ferrat est imm&#233;diatement exclu du P.C.F. Thorez, Duclos, Frachon, Gitton, ne badinent pas avec la d&#233;fense de l' &#171; ordre social &#187;, c'est-&#224;-dire l'ordre du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse au c&#233;l&#232;bre article de Marceau Pivert &#171; Tout est possible &#187;, Marcel Gitton &#233;crit dans L'Humanit&#233; du 26 mai : &#171; Tout n'est pas possible [...]. Il n'est nullement question de chambardement ni d'anarchie [...]. Non ! Non ! Marceau Pivert, il n'est pas question pour le gouvernement de demain d' &#034;op&#233;rations chirurgicales&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les positions sont claires, la puissance du mouvement, le d&#233;bordement de la C.G.T. conduisent Maurice Thorez, lors du rassemblement des militants du P.C.F. au gymnase Jean-Jaur&#232;s &#224; Paris, &#224; pr&#233;ciser la politique contre-r&#233;volutionnaire dict&#233;e par Moscou : &#171; Notre but reste le pouvoir des soviets, mais ce n'est pas pour ce soir, ni pour demain matin [...]. Alors, il faut savoir terminer une gr&#232;ve d&#232;s que satisfaction a &#233;t&#233; obtenue. Il faut m&#234;me savoir consentir un compromis si toutes les revendications n'ont pas encore &#233;t&#233; accept&#233;es, mais que l'on a obtenu la victoire sur les plus essentielles des revendications. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant &#171; en main &#187; les militants qui se laissent aller aux &#171; tendances gauchistes &#187;, Thorez prend l'exemple des m&#233;tallos parisiens. Il jette toute la force du P.C.F., aur&#233;ol&#233; de la gloire du parti de la r&#233;volution victorieuse en U.R.S.S. dans la lutte contre la r&#233;volution montante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de ce c&#233;l&#232;bre discours, un mot d'ordre, revient dans tous les discours, toutes les interventions des dirigeants du P.C.F. : &#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'offensive contre les masses est men&#233;e par les dirigeants du P.C.F., en liaison avec le gouverne. ment de Front populaire, qui le 12 juin au soir fait saisir &#224; l'imprimerie le journal des trotskystes Lutte ouvri&#232;re qui titre : &#171; Dans les usines et dans les rues, le pouvoir aux ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 juin, le groupe parlementaire radical fait savoir par Daladier qu'il est &#171; tr&#232;s inquiet &#187; devant les &#233;v&#233;nements. Le gouvernement enregistre, et engage des poursuites contre les dirigeants trotskystes. Salengro affirme que le cas &#233;ch&#233;ant, l'ordre sera maintenu par la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les radicaux sont inquiets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Duclos, qui est partisan du langage clair, les rassure dans un article publi&#233; le 27 juin dans L'Humanit&#233;, sous le titre &#171; Les radicaux ont raison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citation suivante exprime le v&#233;ritable contenu du Front populaire, comme programme et comme alliance au service des int&#233;r&#234;ts du grand capital. En lisant ces lignes, on s'&#233;tonne m&#234;me du cynisme de Duclos qui, au m&#233;pris des plus &#233;l&#233;mentaires principes d'ind&#233;pendance de classe du prol&#233;tariat, crie &#224; tue-t&#234;te : &#171; Nous sommes l&#224; pour maintenir l'ordre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les radicaux ont raison, quand ils proclament que ce qu'ils ont voulu en prenant place dans les rangs du Front populaire, c'est faire cesser le ch&#244;mage d&#233;moralisant, assurer aux ouvriers dans la s&#233;curit&#233; qui garantit l'avenir un salaire suffisant pour mener une vie digne, calme et heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les radicaux ont raison, quand ils d&#233;clarent avoir voulu, en adh&#233;rant au Front populaire, r&#233;aliser une union nationale capable de faire face &#224; la menace que fait peser sur nous l'ardeur guerri&#232;re des dirigeants d'un grand pays voisin. Cette pr&#233;occupation est en somme identique &#224; celle qui nous a pouss&#233;s, nous, communistes, &#224; lutter pour l'union du peuple fran&#231;ais, pour une France libre, forte et heureuse, dont le destin sera digne de son pass&#233; glorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les radicaux ont raison quand ils d&#233;clarent n'accepter aucune menace contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et nous n'h&#233;sitons pas, nous, communistes, &#224; proclamer que c'est l&#224; &#233;galement notre souci en ajoutant que ce qui menace aujourd'hui la propri&#233;t&#233;, c'est la puissante domination &#233;conomique des deux cents familles contre laquelle nous nous dressons de toutes nos forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En r&#233;sum&#233;, les radicaux ont raison de rappeler que les r&#233;formes sur lesquelles se sont mis d'accord les partis du Front populaire ne sont, somme toute, en gros, que la reproduction du vieux Programme du Parti radical-socialiste [1] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re r&#233;siste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ce matraquage politique, cette mobilisation forcen&#233;e des dirigeants du P.C.F. et de la S.F.I.O. le mouvement de gr&#232;ve conna&#206;t encore de redoutables flamb&#233;es. Si la gr&#232;ve d&#233;cro&#206;t dans la m&#233;tallurgie parisienne et dans les grands centres industriels, elle s'&#233;tend dans les campagnes : les ouvriers agricoles de, grosses fermes occupent les propri&#233;t&#233;s des hobereaux et montent le drapeau rouge. Au S&#233;nat, c'est l'indignation ; Salengro, socialiste, ministre de l'Int&#233;rieur, vient faire amende honorable et rassurer les &#171; pairs &#187; de la R&#233;publique : &#171; Si demain, des occupations de magasins, de bureaux, de chantiers, d'usines, de fermes, &#233;taient tent&#233;es, le gouvernement, par tous les moyens appropri&#233;s, saurait y mettre un terme. &#187; (S&#233;nat, 7 juillet 1936.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; la politique du P.C.F. et de la S.F.I.O., la droite rel&#232;ve la t&#234;te et commence, notamment, au S&#233;nat, &#224; se manifester. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, les &#171; B.L. &#187; (bolcheviques-l&#233;ninistes) ayant &#233;t&#233; exclus de la S.F.I.O., la &#171; Gauche r&#233;volutionnaire &#187; avait canalis&#233; les aspirations r&#233;volutionnaires de milliers d'adh&#233;rents de ce parti. Marceau Pivert &#233;tait devenu colla&#173;borateur du gouvernement L&#233;on Blum en tant que d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; l'Information &#224; la pr&#233;sidence du Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, &#224; la S.F.I.O., les courants gauche commen&#231;aient &#224; &#234;tre menac&#233;s de sanction pour leurs prises de position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mois de juillet voit la gr&#232;ve s'&#233;tioler, se diviser, se fragmenter. Le patronat respire : le pire a &#233;t&#233; &#233;vit&#233;. Au moment o&#249; &#171; tout &#233;tait possible &#187;, les dirigeants du P.C.F. et de la S.F.I.O. ont mobilis&#233; leurs &#233;nergies pour faire appliquer le &#171; vieux programme du parti radical-socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons vu, le Comit&#233; du rassemblement populaire avait pr&#233;vu une manifestation le 14 juin pour c&#233;l&#233;brer la victoire du Front populaire. Mais, &#224; cette date, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est au plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A l'initiative du comit&#233; de gr&#232;ve des usines Hotchkiss se sont r&#233;unis une premi&#232;re fois des d&#233;l&#233;gu&#233;s de 33, puis de 250 entreprises de la r&#233;gion parisienne : les 350 pr&#233;sents &#224; la r&#233;union du 12 juin &#034; jugent tr&#232;s utile de former un comit&#233; d'entente entre les usines qui permette d'envisager demain de nouvelles victoires &#034;. Qu'est-ce donc sinon l'embryon d'un soviet [2] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les m&#233;tallos de la r&#233;gion parisienne qui devant le refus du patronat d'accorder satisfaction &#224; leurs revendications, qui d&#233;passent de beaucoup les &#171; accords Matignon &#187;, parlent de &#171; marcher sur Paris &#187;. Dans ces conditions, la manifestation est report&#233;e au 14 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 juillet 1936, des centaines de milliers de travailleurs d&#233;filent devant la tribune dress&#233;e place de la Nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont submerg&#233;s par leurs illusions, ils croient &#171; &#224; la victoire &#187;. Alors que cette tribune est la tribune o&#249; si&#232;ge l'&#233;tat-major du Front populaire, barrage &#224; la r&#233;volution. Daladier d&#233;clare : &#171; Le parti radical&#173;socialiste m'a donn&#233; mandat de d&#233;clarer ici qu'aucune r&#233;forme ne saurait l'inqui&#233;ter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le moins qu'on puisse dire.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Espagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi 17 juillet, une r&#233;bellion militaire &#233;clate au Maroc espagnol. Le gouvernement Blum, soutenu par le P.C.F., va montrer son &#171; sens des responsabilit&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'Etat fasciste est pr&#233;par&#233; et r&#233;alis&#233; pour tenter de pr&#233;venir la r&#233;volution qui monte, renverser le gouvernement de Front populaire, jug&#233; incapable de la juguler, et instaurer une dictature militaire. Il va provoquer la r&#233;volution et disloquer l'Etat bourgeois espagnol. Le prol&#233;tariat, les masses paysannes d'Espagne font &#233;chouer le coup d'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre civile commence. Les masses espagnoles appellent &#224; l'aide. En un premier temps, Blum va livrer quelques armes au gouvernement r&#233;publicain d&#233;liquescent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement anglais proteste imm&#233;diatement, alors que l'Allemagne et l'Italie commencent &#224; acheminer ouvertement armes et troupes pour aider Franco dans sa croisade anticommuniste. L'Eglise se mobilise contre les &#171; rouges &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ministres radicaux menacent de d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le Front populaire osera-t-il armer le Front populaire espagnol ? &#187; demande Raymond Cartier - d&#233;j&#224; lui... - dans L'Echo de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, malgr&#233; les cris qui fusent des rassemblements populaires, le 7 ao&#251;t le gouvernement fait savoir qu'il se rallie &#224; la th&#232;se de la &#171; non-intervention &#187;, &#224; une attitude de neutralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurras exulte dans L'Action fran&#231;aise : &#171; Blum-la-guerre a recul&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La non-intervention est &#224; n'en pas douter une machination bourgeoise internationale contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne que le coup d'Etat militaire de Franco a d&#233;clench&#233;e en r&#233;action. Certes, les gouvernements r&#233;publicains en place et qui vont se succ&#233;der sont des gouvernements bourgeois, mais ils sont par rapport aux masses d'une extr&#234;me faiblesse ; l'Etat bourgeois est disloqu&#233;, partout ont surgi des embryons plus ou moins d&#233;velopp&#233;s d'un pouvoir ouvrier, le gouvernement r&#233;publicain ne tient que directement appuy&#233; sur les appareils des organisations syndicales U.G.T., C.N.T., et des partis ouvriers P.S.O.E., P.C.E., de la F.A.I., du P.O.U.M., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements des partis bourgeois &#171; d&#233;mocratiques &#187; d'Europe n'ont aucune confiance dans la capacit&#233; des gouvernements r&#233;publicains &#224; r&#233;tablir et &#224; assurer l'ordre bourgeois en Espagne en cas de victoire sur Franco. Malgr&#233; les rapport de Franco, Hitler et Mussolini, ils pr&#233;f&#232;rent la victoire de Franco, garantie certaine du maintien de l'ordre bourgeois en Espagne &#224; partir de l'&#233;crasement du prol&#233;tariat et des masses d'Espagne. Les gouvernements &#171; d&#233;mocratiques &#187; qui ont invent&#233; la &#171; non-intervention &#187; laissent Hitler et Mussolini, qui ont sign&#233; le pacte de non-intervention, accro&#238;tre leur aide militaire &#224; Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un premier temps, la bureaucratie du Kremlin approuve la non-intervention. La cha&#238;ne de la contre-r&#233;volution enserre l'Espagne r&#233;volutionnaire. Comment le gouvernement de Front populaire n'aurait-il pas &#233;t&#233; un des maillons de cette cha&#238;ne ? Secondairement, l'Espagne sera un terrain d'exp&#233;rience du mat&#233;riel militaire que mettent au point Hitler et Mussolini, une occasion de roder les troupes fascistes. Il en est ainsi d'ailleurs pour le mat&#233;riel militaire de l'U.R.S.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants du P.C.F., apr&#232;s avoir mollement protest&#233; lorsque le Kremlin participait &#224; la non-intervention, vont par la suite mener grand tapage sur les mots d'ordre : &#171; Des canons, des avions pour l'Espagne. &#187; Ce ne sera qu'une couverture &#171; gauche &#187; qui les aidera &#224; mieux &#233;touffer la crise r&#233;volution en France et &#224; faire taire les voix qui s'&#233;l&#232;vent contre l'assassinat l&#233;gal des dirigeants de la r&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 ao&#251;t, s'ouvre &#224; Moscou le premier proc&#232;s des dirigeants bolcheviques. Ils sont 16, parmi lesquels Zinoviev et Kamenev. Tous les accus&#233;s, r&#233;volutionnaires chevronn&#233;s, vont s'accuser des pires crimes contre-r&#233;volutionnaires, des complots les plus invraisemblables. La technique stalinienne pour obtenir les &#171; aveux &#187; est d&#233;sormais parfaitement rod&#233;e. Les glapissements de Vichinsky sont repris par L'Humanit&#233;. A travers les accus&#233;s, la bureaucratie stalinienne juge et condamne la r&#233;volution d'Octobre, le parti bolchevique, l'internationalisme prol&#233;tarien, et Trotsky qui symbolise par son action politique cet h&#233;ritage que Staline doit d&#233;truire. Le 23 ao&#251;t, les 16 accus&#233;s sont condamn&#233;s &#224; mort. La droite exulte. Thorez et Duclos approuvent. Pivert proteste, Trotsky d&#233;nonce Thermidor et ses assassinats. C'est dans cette situation internationale que Thorez lance rid&#233;e du &#171; Front des Fran&#231;ais &#187;, de &#171; Thorez &#224; Paul Reynaud &#187;, des communistes aux Croix-de-Feu... La signification politique de cette prise de position est de viser &#224; r&#233;aliser l' &#171; union nationale &#187; par-del&#224; les classes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-offensive&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septembre 1936. Les masses sont rentr&#233;es ; la gr&#232;ve n'a pu d&#233;boucher politiquement gr&#226;ce aux chefs de la S.F.I.O. et du P.C.F. La classe ouvri&#232;re a conquis des droits et des positions, mais l'ordre social n'est pas modifi&#233;. Le canon tonne en Espagne, et les masses fran&#231;aises sont d&#233;sarm&#233;es devant cette situation. Le d&#233;senchantement est perceptible. Si elles ne savent pas o&#249; elles veulent aller, en l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire qui exprime en un programme leurs aspirations et leurs besoins, et le traduise en termes d'action et d'organisation politiques, les masses sentent que l'essentiel leur a &#233;chapp&#233;. La droite recommence &#224; agir. La Cagoule se manifeste. Les patrons s'organisent pour la contre-offensive. La hausse des prix r&#233;duit jour apr&#232;s jour les &#171; conqu&#234;tes &#187; des accords Matignon. La fuite des capitaux organis&#233;e par le grand capital aggrave les cons&#233;quences du d&#233;ficit de la balance du commerce ext&#233;rieur. Le 25 septembre, le franc est d&#233;valu&#233;. Le gouvernement de Front populaire refuse de mobiliser les masses, d'instituer le contr&#244;le des changes et des mouvements de capitaux. Il s'aligne sur les int&#233;r&#234;ts de la classe dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blum propose l'&#233;chelle mobile des salaires pour lutter contre les cons&#233;quences de la d&#233;valuation. Mais l'opposition se d&#233;cha&#238;ne, soutenue par de nombreux d&#233;put&#233;s radicaux. Le Front populaire se d&#233;sagr&#232;ge. Blum recule. Finalement, cette capitulation est sanctionn&#233;e par un vote, les radicaux &#171; de droite &#187; votent contre le gouvernement, les communistes acceptent de voter le texte gouvernemental...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patronat qui s'est organis&#233; lance le mot d'ordre : &#171; Patrons, soyez des patrons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fonds importants sont mis &#224; la disposition des journaux, des partis de droite, pour orchestrer une campagne dans tout le pays contre la classe ouvri&#232;re et la C.G.T.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque occasion, Blum tergiverse, louvoie et donne finalement gain de cause au patronat. La hi&#233;rarchie catholique entre en sc&#232;ne, les cinq cardinaux fran&#231;ais d&#233;clarent le 31 octobre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Notre pays, il faut l'avouer, a connu peu d'heures aussi graves [...]. Les principes naturels du droit &#224; la propri&#233;t&#233;, du droit &#224; la libert&#233;, du respect de la parole donn&#233;e et des contrats consentis qui constituent les fondements de la civilisation, nous les voyons aujourd'hui syst&#233;matiquement viol&#233;s, et, ce qui est plus grave encore, on les regarde comme des pr&#233;jug&#233;s qu'il faut d&#233;finitivement &#233;carter [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La vraie cause, nous ne le redirons jamais assez, c'est l'ath&#233;isme pratique auquel notre pays semblait s'&#234;tre r&#233;sign&#233; pour la vie nationale. Car, Dieu, chass&#233; officiellement de partout, est devenu pour les masses le &#034; Dieu inconnu &#034;, et du m&#234;me coup l'ordre moral et social dont il est le n&#233;cessaire fondement devait chanceler et tomber [... ].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Oui, il faut chasser de nos &#233;coles ces virus r&#233;volutionnaires [...] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Eglise et la droite, main dans la main, entretiennent une campagne de haine, d&#233;non&#231;ant la guerre civile que selon elles le Front populaire veut provoquer, alors que toute la France bourgeoise applaudit aux victoires de la soldatesque fasciste de Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 octobre, pour la premi&#232;re fois, une entreprise - la Chocolaterie des Gourmets - occup&#233;e par des gr&#233;vistes est &#171; lib&#233;r&#233;e &#187; par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec stupeur, les masses voient le gouvernement qu'elles consid&#233;raient comme le &#171; leur &#187;, apr&#232;s avoir limit&#233; et contenu leurs revendications, finalement s'y opposer brutalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s des radicaux, &#224; Biarritz, les d&#233;l&#233;gu&#233;s condamnent &#171; l'occupation des usines, des magasins et des fermes qui constitue une atteinte &#224; la libert&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes leurs forces, les radicaux invitent le gouvernement de Front populaire, les partis ouvriers du Front populaire, le P.S. et le P.C.F., &#224; r&#233;aliser la politique du Front populaire et de passer de la phase o&#249; le mouvement des masses a &#233;t&#233; contenu &#224; celle o&#249; il faut le faire reculer et commencer &#224; le r&#233;primer. Ils se pr&#233;parent d&#232;s cet instant, lorsque le Front populaire aura rempli sa fonction, &#224; le liquider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Thorez continue &#224; souhaiter un gouvernement &#171; de tous les Fran&#231;ais &#187;, alors que les 40 heures, vot&#233;es par la Chambre, ne sont toujours pas appliqu&#233;es et que le ch&#244;mage n'est toujours pas r&#233;sorb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enferm&#233;es dans le carcan du Front populaire, les masses ouvri&#232;res, la jeunesse, sont neutralis&#233;es, bloqu&#233;es, sans initiative, sans parti en mesure de leur ouvrir la voie de la solution ouvri&#232;re, alors que la bourgeoisie attaque dans tous les domaines et cherche &#224; reconqu&#233;rir politiquement le terrain gagn&#233; par l'action du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse bourgeoise et fasciste tire &#224; boulets rouges sur les ministres socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blum est le &#171; You-pain-cher &#187; pour L'Action fran&#231;aise, et mange dans de la vaisselle d'or. Mais l'attaque se concentre contre Roger Salengro, ministre de l'Int&#233;rieur, accus&#233; par L'Action fran&#231;aise d'avoir d&#233;sert&#233; en 1914-1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le matin du 18 novembre, Salengro est trouv&#233; mort dans son appartement : il s'est suicid&#233;. Une foule &#233;norme assiste &#224; son enterrement ; le gouvernement envisage de... r&#233;primer la diffamation par voie de presse. L&#233;on Blum avait &#233;t&#233; plus rapide &#224; faire saisir Lutte ouvri&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1936 s'ach&#232;ve dans la grisaille. La classe ouvri&#232;re r&#233;siste &#224; l'offensive de la bourgeoisie, qui n'a &#233;t&#233; rendue possible que par la politique de collaboration des partis ouvriers avec le parti radical et les autres partis bourgeois du Front populaire sur un accord de d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1937, &#224; la conf&#233;rence nationale du parti communiste &#224; Montreuil, Maurice Thorez c&#233;l&#232;bre les vertus du Front populaire et affirme : &#171; Nous resterons les animateurs et les meilleurs d&#233;fenseurs du Front populaire. Le mot d'ordre des communistes a &#233;t&#233;, reste et restera : tout pour le Front populaire, tout par le Front populaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En clair, et ce langage nous rappelle d'autres formules - &#171; Tout pour le programme commun, tout par le programme commun ! &#187; - Thorez .r&#233;affirme : tout pour la d&#233;fense de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et du grand capital, tout pour la d&#233;fense de l'Etat...&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; pause &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e commence bien pour le patronat. Le 24 f&#233;vrier 1937, le bulletin quotidien du Comit&#233; des Forges &#233;crit : &#171; La production a continu&#233;, dans les derni&#232;res semaines, &#224; b&#233;n&#233;ficier du regain d'activit&#233; qui depuis l'automne s'est manifest&#233; dans les branches essentielles... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;valuation favorise la reprise, donc le patronat, mais rend plus difficile les conditions d'existence des masses laborieuses, alors que les capitalistes continuent &#224; exporter les capitaux, sp&#233;culant contre le franc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie sent son heure venir, de toutes parts, les &#171; &#233;conomistes &#187; du grand capital &#171; expliquent &#187; la n&#233;cessit&#233; de restreindre la consommation int&#233;rieure, d'accro&#238;tre la productivit&#233;, de remettre en cause les 40 heures...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 f&#233;vrier, L&#233;on Blum s'adresse aux fonctionnaires, il admet que leurs revendications sont l&#233;gitimes, mais estime qu' &#171; un temps de pause est n&#233;cessaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au conseil national de la S.F.I.O., Blum s'explique plus clairement : &#171; Nous sommes oblig&#233;s d'agir avec prudence, d'avancer pas &#224; pas. D&#233;sormais s'affirme la n&#233;cessit&#233; d'une pause ; nous allons traverser la p&#233;riode la plus difficile, au bout de laquelle nous repartirons, s'il y a lieu, avec un nouveau programme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; pause &#187;, c'est la mise au rancart des revendications des travailleurs des villes et des campagnes, la &#171; pause &#187;, c'est tout simplement l'arr&#234;t des mesures minimales que le programme du Front populaire s'&#233;tait engag&#233; &#224; r&#233;aliser pour les vieux et contre le ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants du P.C.F. appuient, avec des r&#233;serves de forme, cette politique, et proposent qu'&#224; l'occasion de la &#171; pause &#187;, on &#233;largisse le gouvernement vers la droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pivert refuse cette politique et d&#233;missionne de ses fonctions au secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral &#224; la pr&#233;sidence du Conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'organe de la &#171; Gauche r&#233;volutionnaire &#187; qu'il anime, Marceau Pivert &#233;crit : &#171; Le rassemblement populaire n'a pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour faire avaler la pilule des cr&#233;dits militaires et de l'union nationale. Non ! Je ne serai pas un complice silencieux et timor&#233;. Non ! Je n'accepte pas de capituler devant le militarisme et les banques. Non ! Je ne consens ni &#224; la paix sociale ni &#224; l' &#034; union sacr&#233;e &#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, si : le rassemblement populaire a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour faire avaler la pilule des cr&#233;dits militaires et de l'union nationale, pour faire barrage &#224; la r&#233;volution sociale, la faire refluer, et l'&#233;craser. Il faudrait rompre avec la bourgeoisie, la politique des fronts populaires, ouvrir la perspective d'un gouvernement des partis ouvriers sans repr&#233;sentants des organisations et partis bourgeois, et Pivert maintient le cordon ombilical qui l'attache au Front populaire et &#224; sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marceau Pivert s'indigne des r&#233;sultats d'une politique, sans aller aux origines extirper ses racines, et contribue de cette fa&#231;on &#224; sa poursuite. On ne peut cautionner comme courant r&#233;volutionnaire une politique qui vise &#224; maintenir la &#171; paix sociale &#187;, la paix du capital. Cautionner m&#234;me de fa&#231;on &#171; critique &#187;, le Front populaire, c'est finalement le renforcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prix grimpent en fl&#232;che, les salaires ne suivent pas. A Moscou, les proc&#232;s se suivent et se ressemblent - la lutte contre le &#171; centre trotskyste anti-sovi&#233;tique &#187; bat son plein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe ouvri&#232;re tente de pr&#233;server les positions acquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs de l'Exposition des arts et des techniques se mettent en gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum, L&#233;on Jouhaux et Marcel Gitton secr&#233;taire du P.C.F. se rendent sur le chantier, pour convaincre les ouvriers de reprendre le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers les re&#231;oivent aux cris de : &#171; Nos 15 % ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum d&#233;clare : &#171; L'Exposition sera le triomphe de la classe ouvri&#232;re, du Front populaire et de la libert&#233; ; elle d&#233;montrera que le r&#233;gime de la libert&#233; est sup&#233;rieur &#224; la dictature [...]. Ni le retard ni encore moins l'&#233;chec ! La bonne renomm&#233;e du Front populaire est en jeu. Et, maintenant, je vous le dis franchement : le travail du samedi et du dimanche est n&#233;cessaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cris dans la foule : &#171; Non ! Non ! Nos 15 % ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 mars, L&#233;on Blum place &#224; la t&#234;te du Fonds d'&#233;galisation des changes le gouverneur de la Banque de France, Emile Labeyrie, qui r&#233;duit les cr&#233;dits consacr&#233;s aux grands travaux, d&#233;cide de financer les d&#233;penses d'armement par un emprunt sp&#233;cial de la D&#233;fense nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, les capitaux seront &#224; l'abri des fluctuations de la monnaie, alors que l'&#233;chelle mobile des salaires a &#233;t&#233; refus&#233;e aux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Temps commente : &#171; On ne peut qu'approuver. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Reynaud jubile : &#171; Le gouvernement sacrifie la th&#233;orie du pouvoir d'achat &#224; l'&#233;quilibre budg&#233;taire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massacre de Clichy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 mars 1937, le parti social fran&#231;ais (ex-Croix-de-Feu) d&#233;cide d'organiser une r&#233;union &#224; Clichy. Le gouvernement de Front populaire se refuse &#224; l'interdire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'appel du maire S.F.I.O. de Clichy, Charles Auffray, du conseiller g&#233;n&#233;ral Naile, communiste, et du d&#233;put&#233; &#233;galement communiste Honel, une contre-manifestation est organis&#233;e. La police du ministre socialiste Marx Dormoy ouvre le feu. Bilan : 5 morts et des centaines de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me Internationale de mars 1937 rapporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Dormoy et Blum accourus en smoking du gala de l'Op&#233;ra sont conspu&#233;s avec violence par les travailleurs : &#034;Dormoy assassin ! Dormoy d&#233;mission !&#034; Des dizaines de barricades ont &#233;t&#233; dress&#233;es, puis d&#233;cim&#233;es par la garde mobile de Dormoy et Daladier. Thorez, accouru &#224; l'appel du d&#233;put&#233; de Clichy Honel, n'ose dire mot. &#034;Sales trotskystes&#034;, lance-t-il seulement aux travailleurs qui se d&#233;fendent avec acharnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; A Asni&#232;res, tout proche, des mouvements analogues se produisent. Sous les coups de feu des fascistes et de la police deux travailleurs sont gri&#232;vement bless&#233;s. Dans la nuit m&#234;me du 16 au 17, la nouvelle se r&#233;pand dans le prol&#233;tariat. Une &#233;motion profonde souleva tout le prol&#233;tariat parisien &#224; l'annonce par les journaux du massacre de Clichy. Il comprit que c'&#233;tait son avant-garde, son corps m&#234;me qui avait &#233;t&#233; mitraill&#233; par l'ordre de M. Blum. Dans la journ&#233;e du mercredi 17 une s&#233;rie d'entreprises commenc&#232;rent la gr&#232;ve. Dans une s&#233;rie d'usines (Renault, entre autres), les ouvriers arr&#234;t&#233;s arr&#234;taient le travail, pr&#233;paraient des r&#233;unions pour le midi et le soir, exigeaient la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et commen&#231;aient &#224; chasser les fascistes (surtout des contrema&#238;tres et des chefs de service). Les directions syndicales d'usine se r&#233;unirent d'urgence. Dans la soir&#233;e, l'union r&#233;gionale du bureau conf&#233;d&#233;ral &#233;tait saisie de centaines de r&#233;solutions exigeant une r&#233;ponse foudroyante. Mais l'objectif de la gr&#232;ve restait incertain. Et c'est l&#224;-dessus que jou&#232;rent les chefs r&#233;formistes pour briser le mouvement.[3] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum prend la d&#233;fense du ministre de l'Int&#233;rieur : il argumente. Le gouvernement d&#233;fend les libert&#233;s, il a prot&#233;g&#233; la r&#233;union du P.S.F., il condamne l'initiative des &#233;lus du Front populaire de Clichy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune sanction ne sera prise contre les responsables de la fusillade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;motion dans la classe ouvri&#232;re est immense&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Comment est-il possible que le gouvernement de Front populaire puisse faire tirer sur les travailleurs que les &#233;lus du P.S. et du P.C.F ont mobilis&#233;e pour protester sinon emp&#234;cher la tenue d'une r&#233;union fasciste dans une ville ouvri&#232;re ? &#187; L'union des syndicats de la r&#233;gion parisienne d&#233;cide une gr&#232;ve qui est limit&#233;e &#224; la matin&#233;e du jeudi 18 mars. Le 21 mars, un immense cort&#232;ge suit les corps des victimes de la fusillade dans la plus pure r&#233;conciliation, sous l'&#233;gide du Front populaire qui les a assassin&#233;es. Mais l'U.D. C.G.T. de la r&#233;gion parisienne, que dirigent les militants du P.C.F., laisse d&#233;ployer le drapeau de la IV&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la Chambre, Jacques Duclos, le 23 mars, propose un ordre du jour de confiance. Les d&#233;put&#233;s communistes sont bien s&#251;r parmi les 362 d&#233;put&#233;s qui votent la confiance au gouvernement des fusilleurs de Clichy !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls les pivertistes et les trotskystes d&#233;noncent les &#171; assassins de Clichy &#187;. La Jeune Garde, organe des jeunesses S.F.I.O. dirig&#233;es par des militants gagn&#233;s en partie au trotskysme, sort un num&#233;ro sp&#233;cial sous le titre : &#171; Huit milliards pour l'emprunt - Cinq morts &#224; Clichy - L'argent de la bourgeoisie se paie avec le sang des ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt-deux militants dirigeants des J.S. sont exclus, et l'organisation de jeunesse dissoute. Quant &#224; la &#171; Gauche r&#233;volutionnaire &#187;, elle est dissoute lors du conseil national du 18 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants du P.C.F. continuent leur travail de matraquage politique, avec cynisme et obstination. Alors que le capital, utilisant les &#233;lus de droite qui se regroupent, se pr&#233;pare &#224; frapper, Thorez conforte, r&#233;conforte la bourgeoisie, d&#233;mobilisant le prol&#233;tariat :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous sommes les partisans d&#233;cid&#233;s de la tranquillit&#233; et de la concorde. Nous l'avons montr&#233; dans des circonstances o&#249; personne n'a os&#233; prendre les responsabilit&#233;s que nous avons prises. Nous avons eu le courage de dire, nous, aux ouvriers en gr&#232;ve tout n'est pas possible !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous nous refusons, surtout en consid&#233;rant les &#233;v&#233;nements d'Espagne, &#224; accepter la perspective de deux blocs dress&#233;s irr&#233;ductiblement l'un contre l'autre et aboutissant &#224; une guerre civile dans des conditions qui seraient pour notre pays encore plus redoutables que pour l'Espagne, ne serait-ce qu'en raison des menaces d'Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous aimons la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous le d&#233;clarons tr&#232;s nettement : la plupart des dirigeants des ligues fascistes sont devenus les hommes de l'&#233;tranger. En eux, revit l'esprit de Coblenz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le parti communiste a quelques titres, en effet, &#224; la reconnaissance des classes moyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le front unique, c'&#233;tait le rassemblement des forces du prol&#233;tariat. C'est le parti communiste qui a lanc&#233;, &#224; Ivry, le mot d'ordre d'&#233;largissement du front unique antifasciste afin que celui-ci englobe les classes moyennes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stalinien Maurice Thorez a raison : s'opposant au front unique ouvrier - l'unit&#233; des partis ouvriers contre les partis bourgeois - le P.C.F. a dress&#233; le front populaire oppos&#233; aux int&#233;r&#234;ts des masses, obstacle &#224; la marche de la r&#233;volution socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chute&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;sistance confuse mais farouche des masses, en l'absence d'un parti r&#233;volutionnaire, la politique des chef, de la S.F.I.O. et du P.C.F. a sauv&#233; la bourgeoisie et d&#233;sarm&#233; la classe ouvri&#232;re. La r&#233;volution n'a pas &#233;t&#233; vaincue par la bourgeoisie, mais disloqu&#233;e de l'int&#233;rieur du mouvement ouvrier par les Blum et les Thorez. La classe ouvri&#232;re a cherch&#233; obstin&#233;ment une voie pour changer la soci&#233;t&#233;. Elle s'est, naturellement, tourn&#233;e vers les partis se r&#233;clamant du socialisme, du communisme. Ces partis l'ont conduite, de recul en recul, jusqu'&#224; la d&#233;moralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 juin, le gouvernement Blum tombe, battu, mis en minorit&#233; au S&#233;nat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Blum va-t-il faire appel aux masses pour chasser le S&#233;nat r&#233;actionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Le gouvernement d&#233;missionne dans une relative indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radical Chautemps - membre du gouvernement Blum - forme un nouveau gouvernement de Front populaire. Le P.C.F. qui avait refus&#233; d'entrer dans le gouvernement Blum offre cette fois d'y participer... Chautemps refuse. Son cabinet est constitu&#233; par des radicaux et par des socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement qui a explos&#233; en juin 36 reste cependant vivant &#224; la fin 1937, et d&#233;but 1938 il va resurgir, mais bien diff&#233;rent de ce qu'il &#233;tait en juin 36. C'est, apr&#232;s quelques mouvements en septembre, la gr&#232;ve de d&#233;cembre 1937. Voici quelques extraits d'un rapport fait par Marceau Pivert sur la gr&#232;ve de l'entreprise Goodrich :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La goutte d'eau ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 9 d&#233;cembre, on chasse, pour &#171; faute professionnelle &#187;, un ouvrier &#233;lectricien (communiste) sous pr&#233;texte qu'un brouillage sur une ligne t&#233;l&#233;phonique n'a pas &#233;t&#233; r&#233;par&#233;. La section syndicale r&#233;agit vigoureusement et obtient, le vendredi, l'assurance que la sanction ne serait pas appliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais, entre le vendredi et le lundi, on trouve un autre pr&#233;texte : l'ing&#233;nieur-conseil Gaestel, fasciste forcen&#233;, obtient et annonce le maintien du licenciement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors, le 15 d&#233;cembre, les ouvriers occupent l'entreprise. Ils sont appuy&#233;s par la section syndicale, par la f&#233;d&#233;ration des produits chimiques, par l'union des syndicats. Les ouvriers ont raison &#224; cent pour cent. Ils marchent &#224; cent pour cent pendant huit jours, on ne pr&#234;te gu&#232;re attention &#224; cette occupation dans la presse ouvri&#232;re. Une nouvelle erreur de calcul en r&#233;sulte pour le gouvernement. C'est ici que l'affaire r&#233;v&#232;le tr&#232;s exactement, comme un r&#233;actif sensible et s&#251;r, la position r&#233;elle des forces sociales antagonistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La journ&#233;e du 23 : les gardes mobiles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les gr&#233;vistes se sont parfaitement organis&#233;s les trente membres du comit&#233; de gr&#232;ve se partagent les t&#226;ches ; le contr&#244;le du roulement des &#233;quipes est rigoureux : chacun passe deux nuits sur trois chez lui, mais revient &#224; 6 heures &#224; l'usine. Cartes blanches, cartes jaunes, cartes roses, &#233;tats de pointage, services de garde, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A 5 heures, ce matin-l&#224; (une heure avant le retour des &#233;quipes ext&#233;rieures), cent gardes mobiles entourent l'usine. Aussit&#244;t, les sir&#232;nes sont actionn&#233;es : elles appelleront, deux heures durant, &#224; l'aide, et la solidarit&#233; ouvri&#232;re sera imm&#233;diate et formidable. Toutes les usines qui tournent jour et nuit, celles qui commencent &#224; ouvrir, toutes, sans exception, d&#233;braient dans toute la r&#233;gion et envoient des d&#233;l&#233;gations. Comme les gardes mobiles emp&#234;chent tout contact avec les gr&#233;vistes, les &#233;quipes ext&#233;rieures (accourues d&#232;s le premier signal) passent dans les usines voisines, Alsthom, Erikson, Gnome et Rh&#244;ne, Lobstein, Lorraine, et, par-dessus les murs, regagnent leur poste de combat au milieu de l'usine Goodrich. Celle-ci est mise en &#233;tat de d&#233;fense, jets de vapeur pr&#234;ts, et tout ce qu'on peut imaginer... Les d&#233;l&#233;gations arrivent bient&#244;t de chez Renault, Nieuport, Lior&#233;-Ollivier... toute la m&#233;tallurgie est sous pression. L'&#233;vacuation par la force devait avoir lieu &#224; midi : elle est retard&#233;e &#224; 5 heures ; 30 000 personnes sont sur les lieux et l'op&#233;ration s'av&#232;re difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Politique syndicale (suite)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un mot... et toute la r&#233;gion parisienne est dress&#233;e... un autre mot et tout le territoire se met &#224; l'unisson... et cette fois il est possible de parler clair au patronat provocateur, d'en finir avec les trusts spoliateurs, de reprendre la suite du mouvement de juin 36...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Non. L'esprit d'offensive et la volont&#233; de victoires r&#233;volutionnaire sont absents (du moins chez les &#171; responsables &#187;, quant aux masses, elles n'ont pas dit leur dernier mot). Les autorit&#233;s syndicales donnent l'ordre de reprendre le travail dans les usines occup&#233;es par solidarit&#233;, cela sans m&#234;me demander le retrait pr&#233;alable des forces de police hors de la ville...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les d&#233;l&#233;gations aupr&#232;s du gouvernement se multiplient. On sait la suite : il faut toute l'autorit&#233; des responsables syndicaux pour arracher la d&#233;cision de l'&#233;vacuation. La neutralisation de l'usine est obtenue jusqu'au r&#232;glement du conflit. Mais quel sera le r&#233;sultat de l'arbitrage Chautemps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'attitude du parti communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La direction des syndicats est sous l'influence du parti communiste (f&#233;d&#233;ration et union des syndicats) ; la solidarit&#233; dans la lutte joue incontestablement au d&#233;part : le d&#233;clenchement s'effectue en plein accord avec les militants communistes. Mais les ouvriers observent avec amertume qu'au moment o&#249; l'extension du conflit devenait consid&#233;rable, au moment o&#249; la contagion analogue &#224; celle de juin 1936 allait se d&#233;velopper &#224; une allure vertigineuse, le coup de frein brutal a &#233;t&#233; donn&#233;. Il est apparu avec la proposition d'&#233;vacuation : &#171; Prenez la responsabilit&#233; de ce qui arrivera ensuite, a-t-on dit au comit&#233; de gr&#232;ve, nous, nous ne le pouvons pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or, une bataille de classe ne peut pas s'engager victorieusement dans de telles conditions. La ligne g&#233;n&#233;rale du P.C. est &#224; la pause, &#224; la main tendue et &#224; la d&#233;fense de la d&#233;mocratie... capitaliste... Tout le reste s'explique facilement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'attitude du gouvernement dit de Front populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les ministres socialistes ont promis aux d&#233;l&#233;gations de ne pas utiliser la force contre les ouvriers. Mais comment les gardes mobiles sont. ils venus ? Il y a un pr&#233;fet de police, un ministre de l'Int&#233;rieur responsables de ce &#171; contact &#187; possible, et particuli&#232;rement insupportable aux militants, entre la police et les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A-t-on mesur&#233;, du c&#244;t&#233; des ministres socialistes, les r&#233;percussions d'une attitude de compromis &#224; l'&#233;gard d'un conflit de cet ordre ? Sans doute, ils ont d&#251; mettre en garde leurs coll&#232;gues radicaux, mais dans quel langage ? Il n'y en a qu'un qui soit efficace : &#171; Ou bien la police restera hors de cause, ou bien les ministres socialistes s'en iront. &#187; Nous avons le droit d'affirmer que ce langage n'a pas &#233;t&#233; tenu ; qu'on a accept&#233; volontiers tiers de &#171; passer la main &#187; au pr&#233;sident Chautemps pour prendre les mesures impopulaires et prononcer les menaces les plus graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Observons qu'on n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; demander des camions militaires &#224; Daladier pour briser la gr&#232;ve des transports ! D'ailleurs, les d&#233;l&#233;gations ouvri&#232;res qui ont vu Chautemps et F&#233;vrier en audience n'ont &#224; aucun moment eu l'impression que le ministre socialiste d&#233;fendait la position des ouvriers... il &#233;tait au contraire utilis&#233; par Chautemps peut faire admettre par les ouvriers la position &#171; d'arbitrage et de respect de la l&#233;galit&#233; &#187; du pr&#233;sident du Conseil. Celui-ci invoqua naturellement la &#171; paix sociale &#187;. les pertes &#233;normes caus&#233;es au Tr&#233;sor public... il accusa les ouvriers de &#171; poignarder la patrie &#187; (!). Le gouvernement charg&#233; des int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante &#233;tait dans son r&#244;le. NOS CAMARADES MINISTRES &#201;TAIENT-ILS DANS LE LEUR ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'attitude du parti socialiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle souligne d'abord le r&#244;le essentiel que devrait avoir le secr&#233;taire &#224; la coordination pour les Amicales rattach&#233;es &#224; une section. Aucune liaison, en effet, n'a &#233;t&#233; &#233;tablie avec la f&#233;d&#233;ration avant le jeudi apr&#232;s-midi, et encore par un de nos camarades, G.R., sans mandat. Pourtant, Boyer, adjoint socialiste au maire de Colombes, et Daniel Mayer, du Populaire, &#233;taient dans l'usine d&#232;s le matin. Mieux - d&#232;s que Just, envoy&#233; par la f&#233;d&#233;ration, arrive sur les lieux, les ouvriers lui refusent l'entr&#233;e... Nous ne commentons pas : ce geste mesure le degr&#233; de consid&#233;ration des travailleurs &#224; l'&#233;gard du permanent des Amicales. On imagine les commentaires qui peuvent circuler au sein des entreprises contre le parti socialiste associ&#233; &#224; une telle politique : derri&#232;re les gardes mobiles on voit nos ministres ! Et la propagande antisocialiste en est singuli&#232;rement renforc&#233;e ; d'o&#249; la difficult&#233; de d&#233;velopper notre organisation dans de telles conditions... On ne peut pas tout avoir - les &#171; avantages &#187; ( ? !) des d&#233;l&#233;gations au gouvernement et les avantages, r&#233;els ceux-ci, d'une position de classe devant la prol&#233;tariat en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Comprendra-t-on maintenant un peu mieux pourquoi nous voulons d&#233;gager notre parti d'une coalition minist&#233;rielle de plus en plus au service du sauvetage du r&#233;gime ? Et pourquoi aussi nous voulons prendre en main la direction dune f&#233;d&#233;ration o&#249; peut se jouer l'avenir du parti et du prol&#233;tariat, selon que nous y d&#233;ploierons largement le rouge drapeau du socialisme ou que celui-ci sera bafou&#233; et ridiculis&#233; par les radicaux &#171; nationaux &#187; et les forces capitalistes tirant les ficelles d&#233; Georges Bonnet ?[4] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 9 janvier, les dirigeants de l'U.D. de la r&#233;gion parisienne imposent aux gr&#233;vistes une instance arbitrale qui rejette la plupart de leurs revendications : &#171; Le licenciement pr&#233;vu est confirm&#233;. La question des cadences et du syst&#232;me Bedeau est renvoy&#233;e &#224; un arbitrage ult&#233;rieur.[5] &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort dans l'&#226;me, les travailleurs de chez Goodrich reprennent le travail le 10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le seul conflit. Le 29 d&#233;cembre, se d&#233;clenche &#224; l'improviste la gr&#232;ve des services publics qui ne sont pas entr&#233;s en gr&#232;ve en juin 36 : Paris est priv&#233; de gaz, d'eau, d'&#233;lectricit&#233;, de transports. Ce mouvement est condamn&#233; par le gouvernement qui affirme sa volont&#233; de &#171; remplir son devoir et d'assurer en d&#233;pit de toute r&#233;sistance la reprise des services publics et le maintien de l'ordre &#187;. Daniel Mayer dans Le Populaire condamne &#233;galement le mouvement. Mais le gouvernement recule et accorde l'indemnit&#233; de vie ch&#232;re de 1200 F que les travailleurs des services publics r&#233;clament ; le travail reprend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le premier gouvernement Chautemps est en crise. Le P.C.F. d&#233;cide de s'abstenir au Parlement. Chautemps r&#233;plique : &#171; M. Ramette demande sa libert&#233;. C'est son droit. Quant &#224; moi, je la lui donne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe socialiste d&#233;cide dans ces conditions de retirer ses ministres ; le gouvernement d&#233;missionne. La S.F.I.O. refusera de participer &#224; un gouvernement que Georges Bonnet aurait pr&#233;sid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blum va s'efforcer de r&#233;pondre aux v&#339;ux du P.C.F. en constituant un gouvernement d' &#171; union nationale &#187;, sinon sous sa direction, au moins sous celle d'Herriot. Le projet &#233;choue. Paul Reynaud veut qu'il s'&#233;tende encore plus loin... &#224; droite, jusqu'aux fascistes av&#233;r&#233;s. Chautemps forme alors un nouveau gouvernement auquel la S.F.I.O. ne participe pas. Au conseil national de la S.F.I.O., la proposition Blum-Paul Faure d'y participer a &#233;t&#233; rejet&#233;e. A la chute de ce gouvernement, Blum fera une nouvelle tentative pour constituer un gouvernement d'union nationale qui &#233;chouera. Pour r&#233;pondre &#224; l'Anschluss, il constitue alors un gouvernement qui ne durera que vingt-six jours, du 13 mars au 10 avril 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle vague de gr&#232;ves prend naissance dans la m&#233;tallurgie. Elle d&#233;bute le 24 mars aux usines Citro&#235;n, elle va s'&#233;tendre, &#224; l'initiative des cellules du P.C.F., &#224; de nombreuses entreprises de la m&#233;tallurgie parisienne au cours de la fin du mois de mars. Mais bient&#244;t, la direction du P.C.F. freine. L'article de Pierre Brou&#233; et Nicole Dorey qui rapporte ces informations cite : &#171; Andr&#233; Blumel dit aux responsables des amicales socialistes d'entreprise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si lundi 28 mars la gr&#232;ve n'est pas termin&#233;e, Blum s'en va et vous aurez P&#233;tain&#034; ; Doury et Timbaud, dirigeants communistes des m&#233;taux, r&#233;pondent &#224; la section d'Alsthom-Lecourbe qu'ils tiennent de Vincent Auriol que le gouvernement d&#233;missionnerait si la f&#233;d&#233;ration des m&#233;taux lan&#231;ait elle-m&#234;me la gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes rapportent : &#171; Le 7 avril, sous la signature de Marceau Vigny, militant du P.C.F. et secr&#233;taire de la section C.G.T. Renault, L'Humanit&#233; affirme : &#034;Les ouvriers sentent nettement la volont&#233; du patronat d'imposer la gr&#232;ve chez Renault. Des milliers et des milliers de tracts sign&#233;s de la IV&#176; Internationale appelant les ouvriers &#224; l'action sont distribu&#233;s chaque jour aux portes de l'usine.&#034; Et de conclure que la section &#034;fera le maximum pour lutter contre la d&#233;magogie fasciste&#034; et que ses d&#233;l&#233;gu&#233;s ont demand&#233; au gouvernement&#034; de prendre, les mesures n&#233;cessaires&#034;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le mouvement commence &#224; refluer, apr&#232;s chute du gouvernement Blum, la section syndicale fera d&#233;brayer le 13 avril Renault pour bien prendre le mouvement en main. Tr&#232;s rapidement, morceau par morceau, la gr&#232;ve est liquid&#233;e sans obtenir de revendications substantielles : quelques rajustements du taux horaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re politiquement battue par le Front populaire assiste impuissante &#224; l'irr&#233;sistible mont&#233;e de la r&#233;action. L'Espagne r&#233;publicaine agonise, les arm&#233;es allemandes sont entr&#233;es &#224; Vienne, la Cagoule multiplie les attentats et les complots. A Moscou, Staline continue &#224; briser le parti de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blum est accueilli au S&#233;nat aux cris de &#171; Voleurs ! &#187;, &#224; l'Assembl&#233;e nationale, Xavier Vallat lance : &#171; A bas les juifs, la France aux Fran&#231;ais. &#187; Les radicaux d&#233;noncent le P.C.F., qui n'est plus un parti national... C'est l'hallali. Le 8 avril, Blum d&#233;missionne mis en minorit&#233; au S&#233;nat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le Front populaire continue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 avril, Daladier constitue un gouvernement de radicaux, de centristes catholiques et de &#171; mod&#233;r&#233;s &#187;. La pr&#233;sence de Paul Reynaud, Sarraut, Ramadier, a une signification politique pr&#233;cise : c'est le minist&#232;re de la &#171; revanche &#187; sur la classe ouvri&#232;re. Faire payer &#224; la classe ouvri&#232;re la &#171; grande peur &#187; de mai-juin 1936, voil&#224; l'objectif de ce gouvernement qui se pr&#233;sente avec un programme bien d&#233;fini :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; augmenter la production&lt;br class='autobr' /&gt; bloquer les salaires&lt;br class='autobr' /&gt; restaurer l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire continue : fait sans pr&#233;c&#233;dent, le gouvernement Daladier-Reynaud est investi par 575 voix contre 5. Les groupes S.F.I.O. et P.C.F. ont vot&#233; la confiance...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle d&#233;valuation, retour &#224; la politique des d&#233;crets-lois, blocage des salaires, augmentation des imp&#244;ts atteintes au droit de gr&#232;ve et &#224; l'exercice de l'activit&#233; syndicale. Daladier ne l&#232;ve plus le poing, il l'abat, contre la classe ouvri&#232;re, au nom du Front populaire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La S.F.I.O. s'&#233;pure. La f&#233;d&#233;ration de la Seine est dirig&#233;e par la &#171; Gauche r&#233;volutionnaire &#187; qui y a gagn&#233; la majorit&#233;. Elle distribue en mars un tract qui soutient les gr&#233;vistes contre Le Populaire et la direction du parti. Le 18 mars, elle envoie aux autres f&#233;d&#233;rations un texte qui d&#233;clare &#171; le parti en danger &#187;. Le 11 avril, la commission des conflits suspend pour trois ans Marceau Pivert, pour deux ans tous les autres membres du bureau f&#233;d&#233;ral. La direction de la f&#233;d&#233;ration de la Seine se maintient et ses militants occupent ses locaux. La scission est in&#233;vitable. Le congr&#232;s de Royan (4-7 juin) exclura la &#171; Gauche r&#233;volutionnaire &#187; qui constituera le parti socialiste ouvrier et paysan (P.S.O.P.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au P.C.F., c'est &#233;galement l'&#233;puration. A la v&#233;rit&#233;, l'&#233;puration est permanente depuis les ann&#233;es 1924-1925 dites de la &#171; bolchevisation &#187;, c'est-&#224;-dire de l'asservissement du P.C.F. au Kremlin par la construction et la s&#233;lection d'un appareil enti&#232;rement subordonn&#233; &#224; Moscou. L'histoire de ces &#233;purations ne rentre pas dans le cadre de cet ouvrage. Depuis 1934, apr&#232;s Doriot et le rayon de Saint-Denis qui allaient compl&#232;tement d&#233;g&#233;n&#233;rer pour finir par constituer le Parti Populaire fran&#231;ais, mais qui en 1934 se pronon&#231;aient pour le front unique du P.C. et du P.S., jusqu'&#224; Ferrat exclu du C.C. du P.C. F. en juin 1936 pour s'&#234;tre oppos&#233; &#224; la politique de liquidation de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, pour aboutir en 1938 &#224; l'exclusion de nombreux militants de la m&#233;tallurgie qui n'acceptent pas la liquidation de la gr&#232;ve de mars-avril Le 19 mai, L'Humanit&#233; publie une lettre du d&#233;put&#233; de Clichy Honel, lequel fait &#233;cho au malaise des militants du P.C.F. de l'usine Citro&#235;n qui r&#233;clament un &#171; front ouvrier &#187;, ou un &#171; front r&#233;volutionnaire &#187;. C'est l'abc&#232;s de fixation qui va permettre l'&#233;puration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, tout n'est pas encore dit. En septembre, Daladier tente, sans succ&#232;s, d'obtenir l'accord de la f&#233;d&#233;ration des m&#233;taux C.G.T. et du bureau conf&#233;d&#233;ral pour en finir officiellement avec les 40 heures. Il d&#233;cide de passer outre, mais Frossard et Ramadier (U.S.R.) y sont hostiles, ils d&#233;missionnent. Anatole de Monzie et Pomaret les remplacent. La crise qu'Hitler a ouverte en exigeant l'incorporation des Sud&#232;tes au III&#176; Reich &#233;volue vers son d&#233;nouement : Munich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords de Munich sont sign&#233;s entre Hitler, Mussolini, Chamberlain et Daladier le 30 septembre : le territoire des Sud&#232;te, dont la population est allemande est rattach&#233; &#224; l'Allemagne. Les accords de Munich laissent les mains libres &#224; Hitler contre la Tch&#233;coslovaquie. Un jeu politique s'affirme qui va se poursuivre jusque pendant la &#171; dr&#244;le de guerre &#187; : les imp&#233;rialismes fran&#231;ais et anglais s'efforcent d'engager Hitler sur la voie d'une guerre contre l'U.R.S.S., de rester en dehors de la guerre pour finalement arbitrer. A son retour, Daladier obtient la confiance de la Chambre : 535 voix pour, les 78 d&#233;put&#233;s du P.C.F. votent contre. L'orientation de la politique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais devient inacceptable pour le P.C.F.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Daladier demande les pleins pouvoirs : il n'obtient plus que 331 voix contre 78, celles des d&#233;put&#233;s du P.C.F. Il y a 203 abstentions, dont celles des d&#233;put&#233;s S.F.I.O. La majorit&#233; gouvernementale n'a donc plus rien &#224; voir avec celle de juin 1936. Le congr&#232;s annuel du parti radical se tient le 28 octobre &#224; Marseille, il vote la r&#233;solution suivante : &#171; Le parti communiste, par l'agitation qu'il entretient &#224; travers le pays, par les difficult&#233;s qu'il a cr&#233;&#233;es aux gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233;s depuis 1936, par son opposition agressive et injurieuse de ces derniers mois, a rompu la solidarit&#233; qui l'unissait aux autres partis du Rassemblement populaire. Le parti radical donne mandat &#224; ses d&#233;l&#233;gu&#233;s au comit&#233; national de prendre acte de cette rupture, dont le parti communiste porte seul la responsabilit&#233;, et d'indiquer sa volont&#233; de continuer sa collaboration avec les partis de la d&#233;mocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er novembre, Paul Reynaud est devenu ministre des Finances &#224; la place de Marchandeau. Le 13 novembre, il publie une premi&#232;re s&#233;rie de d&#233;crets-lois. Il d&#233;clare : &#171; C'en est fini de la semaine des deux dimanches. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re doit produire le plus de jours possible, le plus d'heures qui soient. Les cheminots sont tenus d'effectuer des travaux relevant de la D&#233;fense nationale. Paul Reynaud commente : &#171; Le r&#233;gime capitaliste &#233;tant ce qu'il est, pour qu'il fonctionne, il faut ob&#233;ir aux lois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien se faire comprendre, le gouvernement recrute 1500 gendarmes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout n'est cependant pas jou&#233;. En septembre et octobre, des gr&#232;ves ont eu lieu. La classe ouvri&#232;re reste disponible et mobilisable. Justement, le congr&#232;s de la C.G.T. se tient du 14 au 17 novembre &#224; Nantes. Ce congr&#232;s ne d&#233;cide d'aucune riposte, ne lance aucun mot d'ordre d'action. Il donne seulement mandat &#224; la C.A. et au bureau conf&#233;d&#233;ral &#171; de pr&#233;parer sans retard toute l'action n&#233;cessaire, y compris la cessation collective du travail dans le cas o&#249; celle-ci s'av&#233;rerait indispensable &#224; la d&#233;fense des r&#233;formes sociales &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirigeants ex-conf&#233;d&#233;r&#233;s et ex-C.G.T.U. se mettent d'accord sur toutes les r&#233;solutions. Le fait d&#233;montre que les uns et les autres m&#232;nent par rapport &#224; la classe ouvri&#232;re la m&#234;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d&#232;s le 21 novembre, des gr&#232;ves se produisent, surtout dans la r&#233;gion parisienne. Le 23, les travailleurs de chez Renault d&#233;braient, occupent les usines de Billancourt qu'ils organisent militairement. Le maire S.F.I.O. Morizot et le d&#233;put&#233; du P.C.F. Costes les appellent &#224; &#233;vacuer l'usine. Le gouvernement a mass&#233; d'&#233;normes forces de police autour de chez Renault : 200 pelotons de gardes mobiles, plus de 1500 policiers. Profitant des flottements, la police attaque l'usine et la fait &#233;vacuer : 285 ouvriers sont condamn&#233;s pour &#171; violences &#187;. Ce n'est que le 25 novembre que le bureau conf&#233;d&#233;ral d&#233;cide une gr&#232;ve de 24 heures... pour le 30, sans occupations d'usine ni manifestation. Le travail, pr&#233;cise le communiqu&#233;, devra reprendre le 1er d&#233;cembre. Lefranc affirme que le bureau de la C.G.T. estimait que &#171; des conversations demeuraient possibles. Elles s'engageront entre un membre du bureau conf&#233;d&#233;ral et les deux ministres U.S.R. de Monzie et Pomaret qui eux-m&#234;mes agissaient pr&#232;s de Daladier. Un compromis &#233;tait en vue. Le mardi soir 29 novembre, il fut abandonn&#233; devant le refus de Paul Reynaud d'y consentir &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le gouvernement amusait la galerie tandis qu'il mettait au point toutes les mesures pour casser la gr&#232;ve. Les fonctionnaires et les travailleurs des services publics sont r&#233;quisitionn&#233;s. Paris est mis en &#233;tat de si&#232;ge.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve du 30 novembre : les masses sont responsables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le combat demeure possible. Il faut mobiliser, galvaniser, organiser. Mais dirigeants r&#233;formistes et staliniens tergiversent, reculent, zigzaguent. Ils donnent l'impression &#224; la classe ouvri&#232;re de ne pas vouloir combattre tout en donnant l'ordre de gr&#232;ve. Les soldats occupent les carrefours, ba&#239;onnettes au canon, le gouvernement a mass&#233; &#224; Paris des troupes consid&#233;rables, et cherche l'affrontement avec la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve est in&#233;galement suivie. Mais militants et travailleurs, dans les secteurs d&#233;cisifs du prol&#233;tariat, combattent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patronat et le gouvernement frappent : les militants sont licenci&#233;s, arr&#234;t&#233;s, pourchass&#233;s. La r&#233;pression est extr&#234;mement dure : des milliers et des milliers de licenciements. L'ordre patronal r&#232;gne &#224; nouveau dans les usines et les entreprises, comme en 1934&#173;-1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CETTE DEFAITE, LA CLASSE OUVRI&#200;RE N'EN PORTE PAS LA RESPONSABILIT&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs du P.C.F. et de la S.F.I.O. sont responsables de cette situation. C'est la conclusion classique et normale des fronts populaires, alliance des partis ouvriers et des partis bourgeois contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les radicaux ont parfaitement tenu leur r&#244;le. Garantie dans le Front populaire que l'ordre serait respect&#233;, ils constituent le relais, le pont entre la collaboration avec les partis ouvriers, quand les conditions l'exigent, et l'instrument de lutte contre les partis ouvriers quand les conditions le permettent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le Frente Popular en Espagne, la r&#233;volution fran&#231;aise est frapp&#233;e par le Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 septembre 1939, Daladier, qui d&#233;filait le 14 juillet 1936 aux c&#244;t&#233;s de Maurice Thorez et de L&#233;on Blum, d&#233;cide la dissolution du parti communiste fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 juillet 1940, la Chambre de Front populaire amput&#233;e des d&#233;put&#233;s communistes vote avec le S&#233;nat les pleins pouvoirs &#224; P&#233;tain, par 569 voix pour, 80 contre et 17 abstentions : bien s&#251;r, les deux tiers des radicaux ont vot&#233; pour P&#233;tain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tirant le bilan de son action &#224; la t&#234;te du gouvernement, L&#233;on Blum d&#233;clarera au proc&#232;s de Riom intent&#233; par le r&#233;gime de Vichy : &#171; J'ai &#233;t&#233; le g&#233;rant loyal des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Termin&#233; par la d&#233;faite du 30 novembre1938, le Front populaire de 1935 prend aujourd'hui sa v&#233;ritable signification - non pas politique, mais historique : c'est la premi&#232;re fois que dirigeants de la S.F.I.O et du P.C.F s'unissent avec des partis bourgeois, sur un programme bourgeois, contre la classe ouvri&#232;re, qui ouvre par son action les conditions de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pas de savoir si &#171; la r&#233;volution &#233;tait possible &#187;. La crise r&#233;volutionnaire &#233;tait ouverte - il fallait tout mettre en &#339;uvre pour qu'elle aboutisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'adressant en 1935 aux bolcheviques-l&#233;ninistes, Trotsky &#233;crit &#224; propos du Front populaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il est parfaitement explicable qu'au cours des premi&#232;res semaines, certaines oscillations se soient &#233;galement manifest&#233;es dans nos propres rangs : la situation est complexe, le Front populaire &#233;tait pour beaucoup d'entre nous un ph&#233;nom&#232;ne nouveau et par cons&#233;quent un probl&#232;me nouveau. Mais le fait que certains camarades, aujourd'hui encore, apr&#232;s une exp&#233;rience relativement importante du Front populaire et les importants articles qui ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans notre presse, se r&#233;v&#232;lent partisans de la politique du Front populaire, me para&#238;t un sympt&#244;me extr&#234;mement inqui&#233;tant. Sur cette question, il faut &#233;lever &#224; temps la protestation la plus s&#233;v&#232;re, car il ne s'agit ni plus ni moins que de la ligne de clivage entre le bolchevisme et le menchevisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; On dit qu'il serait faux d'exiger l'&#233;limination des radicaux du Front populaire : les masses devraient d'abord faire leur exp&#233;rience des radicaux. C'est pourquoi il serait pr&#233;f&#233;rable d'exiger la prise du pouvoir par le Front populaire dont la seule carence inciterait les masses &#224; accepter nos enseignements, etc. Cette fa&#231;on de penser est int&#233;gralement mencheviste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menchevisme ou bolchevisme, socialisme ou barbarie, tels sont les probl&#232;mes pos&#233;s par la politique de front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] C'est nous qui soulignons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Article de Pierre Brou&#233; et Nicole Dorey dans Le Mouvement social en France, janvier-mars 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cit&#233; par Pierre Naville, in L'Entre-deux-guerres, &#233;d. EDI..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marceau Pivert, sur observations directes des militants socialistes de Goodrich, Les Cahiers rouges, janvier 1938.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] P. Brou&#233; et N. Dorey, op. cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/just/front_pop/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/just/front_pop/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LIRE AUSSI :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf6.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf6.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/11/lt19351126.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/11/lt19351126.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf7.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf7.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf9.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf9.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1966/01/broue_dorey_frpop.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1966/01/broue_dorey_frpop.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7810&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7810&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7751&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7751&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1836&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1836&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3251&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3251&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ce n'est pas le Front populaire &#233;lectoral qui vaincra l'extr&#234;me droite, le fascisme, la dictature, ni la marche &#224; la guerre, ni les agressions sociales et politiques du capitalisme en plein effondrement ! </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex, Waraa</dc:creator>


		<dc:subject>1936</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce n'est pas le Front populaire &#233;lectoral qui vaincra l'extr&#234;me droite, le fascisme, ni la marche &#224; la guerre ni les agressions sociales et politiques du capitalisme en plein effondrement ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; la victoire de l'extr&#234;me droite aux &#233;lections europ&#233;ennes en France et &#224; la dissolution de l'Assembl&#233;e nationale le 9 juin dernier, un nouveau Front populaire, cartel &#233;lectoral, s'est form&#233;. C'est pour nous faire accepter une guerre et une union sacr&#233;e, qu'&#224; nouveau un Front populaire s'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique150" rel="directory"&gt;16- EDITORIAUX DE LA VOIX DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce n'est pas le Front populaire &#233;lectoral qui vaincra l'extr&#234;me droite, le fascisme, ni la marche &#224; la guerre ni les agressions sociales et politiques du capitalisme en plein effondrement ! &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la victoire de l'extr&#234;me droite aux &#233;lections europ&#233;ennes en France et &#224; la dissolution de l'Assembl&#233;e nationale le 9 juin dernier, un nouveau Front populaire, cartel &#233;lectoral, s'est form&#233;. C'est pour nous faire accepter une guerre et une union sacr&#233;e, qu'&#224; nouveau un Front populaire s'est form&#233;, comme en 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Front populaire de 1936 : une politique guerri&#232;re d'Union sacr&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#233;nement qui permit au Front populaire (alliance PC-PS-CGT-Parti Radical) de na&#238;tre, le 17 juin 1935, est la d&#233;claration commune Laval-Staline, parue deux jours plus t&#244;t &#224; Moscou suite &#224; la signature d'un accord politique et militaire entre la France et l'URSS :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le devoir incombe aux signataires de ne laisser en rien affaiblir leur d&#233;fense nationale. A cet &#233;gard monsieur Staline comprend et approuve pleinement la politique de d&#233;fense nationale faite par la France pour maintenir sa force au niveau de sa s&#233;curit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste fran&#231;ais, stalinis&#233;, r&#233;formiste depuis 1924, fit alors, ob&#233;issant &#224; Staline et Laval, un pas de plus dans sa d&#233;g&#233;n&#233;rescence en devenant officiellement patriote, colonialiste, pro-imp&#233;rialisme fran&#231;ais, tendant m&#234;me la main aux troupes fascistes des Croix de feu. Le PC tel qu'on le connait jusqu'&#224; aujourd'hui, &#233;tait n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;volutionnaire D. Gu&#233;rin commentait ainsi cette d&#233;claration :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les socialistes &#233;taient aux anges. Ce rustre de Staline avait bien s&#251;r manqu&#233; de tact en d&#233;cernant &#224; un Premier ministre de droite un certificat de bonne conduite ; mais Blum clama que la d&#233;claration de Moscou lui donnait raison, que le foss&#233; avec les communistes sur la d&#233;fense nationale &#233;tait combl&#233;, qu'un pont venait d'&#234;tre jet&#233; vers l'unit&#233; ouvri&#232;re. Les syndicalistes r&#233;formistes, Jouhaux en t&#234;te, n'exult&#232;rent pas moins et cess&#232;rent comme par enchantement, d'opposer leur ancien veto &#224; l'unit&#233; syndicale. Quant aux radicaux-socialistes, qui la veille encore s'&#233;taient faits les complices de l'op&#233;ration issue du 6 f&#233;vrier et avaient accept&#233; servilement le r&#244;le d'otages dans un gouvernement d'union nationale, ils se d&#233;couvrirent soudain pour les communistes, devenus nationaux, des tr&#233;sors d'indulgence, en attendant l'accolade de Daladier et de Thorez, place de la nation, le 14 juillet 1935. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les media bourgeois ont eu bien raison de mettre en valeur lors des manifestations du 15 juin dernier, les pancartes avec les &#034;serments&#034; qui reprenaient ceux de la manifestation monstre du 14 juillet 1935, triomphe du Front populaire, o&#249; PS et PC, derri&#232;re ces serments d&#233;mocratiques et quelques revendications salariales (comme le Front populaire de 2024) pr&#233;paraient les travailleurs &#224; servir de nouveau de chair &#224; canon &#224; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. C'&#233;tait confier &#224; l'arm&#233;e fran&#231;aise, c'est &#224; dire en fin de compte au Mar&#233;chal P&#233;tain, la d&#233;fense des travailleurs contre le fascisme et la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier gouvernement de la III&#232;me R&#233;publique r&#233;unit d'ailleurs le Parti socialiste de L&#233;on Blum et le mar&#233;chal P&#233;tain, pr&#233;sident du conseil. Le PS a gouvern&#233; avec le mar&#233;chal P&#233;tain en 1940, avant la d&#233;faite militaire, avant de lui donner, avec la complicit&#233; du Parti radical, les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de Front populaire, tout comme aujourd'hui, ne concernait pas que la France en 1936. Outre le cas connu de l'Espagne o&#249; la plus vaste r&#233;volution prol&#233;tarienne a &#233;t&#233; vaincue par la gauhe au pouvoir menant une politique de d&#233;sarmement des travailleurs r&#233;volutionnaires et livrant ainsi le pays &#224; Franco, ce sont les 65 partis communistes alors membres de la III&#232;me internationale qui officiellement devaient mettre en place cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Partout les partis communistes avaient pour mission de ne plus pr&#233;parer une r&#233;volution prol&#233;tarienne, de l'emp&#234;cher, pour se mettre au service de leur bourgeoisie nationale. Des PCs du monde entier devinrent de purs partis bourgeois, m&#234;me avec drapeau rouge, comme le parti communiste chinois dont Mao prit la direction justement en 1935 gr&#226;ce &#224; cette justification politique donn&#233;e par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement pro-palestinien en France, on voit le Front Populaire de Lib&#233;ration de la Palestine, qui n'est qu'un avatar de cette politique, un drapeau &#034;progressiste&#034; servant &#224; masquer une politique bourgeoise nationaliste avec des m&#233;thodes staliniennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple de front populaire est celui du Chili d'Allende qui a mis Pinochet &#224; la t&#234;te de l'Etat-major des forces arm&#233;es et l'a mis au gouvernement avant de chuter sous l'action du m&#234;me Pinochet, Allende livrant pieds et poings li&#233;s le peuple travailleur du Chili au couperet du bourreau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Front populaire se rallie &#224; Macron et l'OTAN sur la question ukrainienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le volet europ&#233;en de la guerre mondiale qui se met en marche a pris la forme de la guerre en Ukraine. Or le programme du nouveau Front populaire sur cette question est un soutien pur et simple &#224; la politique de Macron et de l'OTAN :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; D&#233;fendre l'Ukraine et la paix sur le continent europ&#233;en&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour faire &#233;chec &#224; la guerre d'agression de Vladimir Poutine, et qu'il r&#233;ponde de ses crimes devant la justice internationale : d&#233;fendre ind&#233;fectiblement la souverainet&#233; et la libert&#233; du peuple ukrainien ainsi que l'int&#233;grit&#233; de ses fronti&#232;res, par la livraison d'armes n&#233;cessaires, l'annulation de sa dette ext&#233;rieure, la saisie des avoirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des oligarques qui contribuent &#224; l'effort de guerre russe dans le cadre permis par le droit international, l'envoi de casques bleus pour s&#233;curiser les centrales nucl&#233;aires, dans un contexte international de tensions et de guerre sur le continent europ&#233;en et &#339;uvrer au retour de la paix . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouveau Front Populaire - Contrat de L&#233;gislature &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Aucune d&#233;nonciation de l' &#034;Accord entre la France et l'Ukraine&#034; du 16 f&#233;vrier dernier. Le NPA, LFI et le PC rentrent dans le rang, dans l'Union sacr&#233;e. Il y &#233;taient d&#233;j&#224;, mais Macron les a forc&#233;s &#224; passer sous les fourches caudines de l'OTAN au grand jour, dans leur programme de gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point du programme du Front populaire concernant la guerre, est peut-&#234;tre la raison principale expliquant la dissolution de l'Assembl&#233;e par Macron. Un point analogue apparaitra dans le programme du RN, n'en doutons-pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lecteurs qui voteront pour le Front populaire, pensant voter contre Macron voteront sans s'en apercevoir pour la politique de ce m&#234;me Macron, celle de la bourgeoisie fran&#231;aise, dans la question de la guerre mondiale qui se pr&#233;pare. Voter Front populaire, c'est voter pour Macron et l'OTAN dans la question essentielle pour la classe ouvri&#232;re &#224; l'&#233;chelle mondiale aujourd'hui : celle de la marche &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lecteurs qui voteront pour le RN, pensant &#233;galement voter contre Macron, voteront sans s'en apercevoir pour la politique de Macron dans la question de la guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de Macron, en excitant la lutte de tous contre tous, r&#233;partis en &#034;trois blocs&#034; (gauche, centre et droite) est que le taux de participation soit sup&#233;rieur &#224; 50%, au moins de 60%, car puisque les trois blocs sont maintenant officiellement sur la m&#234;me ligne dans la question de l'Ukraine, Macron pourra fi&#232;rement annoncer &#224; son ami et donneur d'ordre, l'imp&#233;rialisme nord-am&#233;ricain, au conseil de l'OTAN du 9 juillet : &#171; la majorit&#233; absolue des Fran&#231;ais &#224; vot&#233; pour le soutien de notre politique guerri&#232;re de l'OTAN en Ukraine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne doutons pas que d&#232;s les lendemains du 7 juillet, Macron remerciera cyniquement les &#233;lecteurs du Front populaire et du RN d'avoir vot&#233; pour lui sur cette question. Merci &#224; ceux qui ont vot&#233;, certains pour, d'autre contre ma petite personne, mais tous pour la politique de l'OTAN &#224; laquelle l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais a accroch&#233; son wagon ! Qui m'aime me suive, et qui ne m'aime pas me suive aussi : Macron peut remercier le FP et le RN d'avoir autant personnalis&#233; cette &#233;lection pour ou contre Macron, pour ou contre Bardella, pour ou contre M&#233;lenchon, afin que les questions politiques les plus importantes soient masqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question de la guerre en Ukraine, de la guerre mondiale qui se pr&#233;pare a disparu des unes des media bourgeois de masse ces jours derniers. Mais elle reprendra la premi&#232;re place par la force des choses d&#232;s les &#233;lections pass&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lecteurs anti-Macron des deux blocs, RN et Front populaire, comprendront l'entourloupe : alors qu'ils &#233;taient en majorit&#233; contre l' &#034;envoi de troupes&#034; annonc&#233; par Macron, ils auront vot&#233;, manifest&#233; le 15 juin &#034;pour&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotsky d&#233;crivait ainsi la politique du PC fran&#231;ais, &#224; la veille de la r&#233;volution qui s'annon&#231;ait et &#233;clata en 1936, analyse valable aujourd'hui :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Staline a sign&#233;, avec le ren&#233;gat Laval, l'acte de d&#233;c&#232;s de la III&#232;me internationale. Alors que la classe ouvri&#232;re se mobilise dans la voie r&#233;volutionnaire, alors que les couches paysannes s'&#233;branlent et interviennent vigoureusement dans la lutte politique, alors que la petite bourgeoisie, directement atteinte par crise &#233;conomique qui ne cesse de s'aggraver, se radicalise dans son ensemble, ce bureaucrate a l'audace d'&#233;crire qu'il n'y a plus d&#233;sormais de place pour l'activit&#233; ind&#233;pendante du prol&#233;tariat dans sa lutte r&#233;volutionnaire contre sa propre bourgeoisie et que pour parer &#224; l'invasion de l'URSS, il ne reste plus qu'&#224; placer sa confiance dans l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Placer sa confiance dans l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais : c'est le vrai programme commun, au-del&#224; des disputes apparentes, du F, RN et du pr&#233;sident Macron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;La CGT et Solidaires soutiennent sans r&#233;serves le nouveau Front populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis la campagne &#233;lectorale et les appels aux votes par les partis, les travailleurs sont appel&#233;s &#224; se r&#233;unir, manifester, comme le 15 juin par leurs organisations syndicales, mis &#224; part FO.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or tous ces appels sont purement et simplement des appels plus ou moins ouverts &#224; voter pour le Front populaire, c'est &#224; dire pour les candidats qui se pr&#233;senteront le 30 juin avec cette &#233;tiquette sur le bulletin de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple la CGT &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Face &#224; l'extr&#234;me droite, le front populaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'abstention et l'extr&#234;me droite ont atteint un record lors des &#233;lections europ&#233;ennes de ce 9 juin (...) Sans sursaut imm&#233;diat, l'extr&#234;me droite arrivera au pouvoir. Notre R&#233;publique et notre d&#233;mocratie sont en danger. Pour emp&#234;cher la catastrophe organis&#233;e par Emmanuel Macron et Marine Le Pen d'advenir, l'unit&#233; de la gauche est indispensable. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un d&#233;bat en profondeur doit &#234;tre men&#233; pour que les le&#231;ons soient vraiment tir&#233;es pour b&#226;tir une alternative durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quant au gouvernement, il doit imm&#233;diatement renoncer &#224; sa r&#233;forme de l'assurance ch&#244;mage et &#224; toutes les contre-r&#233;formes en cours et notamment la r&#233;forme de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (...) La CGT appelle tous les travailleuses et travailleurs &#224; prendre d'ores et d&#233;j&#224; leurs dispositions pour pouvoir voter les 30 juin et 7 juillet prochains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Communiqu&#233; de presse du 10 juin&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Solidaires, l'organisation syndicale de JP Mercier et G. Quirante, porte-parole de LO et NPA-r&#233;volutionnaire, va dans le m&#234;me sens :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour la d&#233;mocratie et la justice sociale, faire front contre l'extr&#234;me-droite !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'Union syndicale Solidaires est depuis 25 ans de tous les combats contre les r&#233;gressions sociales, (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'extr&#234;me droite est fondamentalement &#224; l'oppos&#233; de nos valeurs d'&#233;galit&#233;, de justice et de solidarit&#233;. Nous l'avons toujours combattu et sa &#171; banalisation &#187; de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es ne nous fait pas oublier ni son origine : le fascisme, ni son socle : le racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons alert&#233; ce gouvernement &#224; de nombreuses reprises, et publiquement que sa politique socialement injuste et son ent&#234;tement &#224; conduire une r&#233;forme des retraites massivement rejet&#233;e, conduirait au renforcement d'un vote en faveur de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'arriv&#233;e de l'extr&#234;me droite au pouvoir c'est le contr&#244;le du minist&#232;re de l'int&#233;rieur, de la justice, de l'&#233;ducation, c'est la possibilit&#233; de nommer les dirigeant&#183;es des m&#233;dias publics. C'est la possibilit&#233; de modifier les r&#232;gles du jeu pour se maintenir au pouvoir. C'est des attaques encore plus nombreuses envers les militant&#183;es du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'arriv&#233;e de l'extr&#234;me droite au pouvoir serait synonyme de fragilisation des plus pr&#233;caires, d'exclusion des &#233;trangers et &#233;trang&#232;res, de stigmatisation des personnes racis&#233;es, de r&#233;gression des droits des femmes et des minorit&#233;s, d'une acc&#233;l&#233;ration des r&#233;gressions sociales pour les plus pr&#233;caires, d'un d&#233;ni de l'ampleur du d&#233;r&#232;glement climatique, sans parler d'une acc&#233;l&#233;ration de l'autoritarisme, et du b&#226;illonnement voire de la suppression des contre-pouvoirs dont les syndicats. Ce n'est pas de cette soci&#233;t&#233; l&#224; que nous voulons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pourquoi, l'Union syndicale Solidaires appelle &#224; s'organiser sur les lieux de travail et &#224; participer aux manifestations unitaires qui se multiplient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons depuis de nombreuses ann&#233;es &#233;crit et port&#233; &#171; pas une voix pour l'extr&#234;me droite &#187; lors des &#233;lections. Nous r&#233;it&#233;rons plus que jamais cette consigne que nous assumons comme la suite logique des valeurs que nous portons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Solidaires, le 12 juin 2024&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tous ces appels syndicaux vont dans le m&#234;me sens : ils sont favorables au Front populaire pour les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dirigeante de la CGT, C&#233;line Verzeletti, a &#233;t&#233; choise par LFI comme candidate du Front populaire, et s'adresse aux syndicqu&#233;s CGT&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Croyez bien ch&#232;res et chers camarades que je suis honor&#233;e de pouvoir porter haut et fort les couleurs et valeurs du programme du Nouveau Front Populaire, qui sont celles de la CGT, avec et gr&#226;ce aux apprentissages effectu&#233;s dans notre CGT aupr&#232;s de vous toutes et tous. Je sais que notre CGT saura apporter une contribution essentielle &#224; un tel front. Unies et unis nous gagnerons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#233;line Verzeletti, Lettre interne aux organisations de la CGT, le 17 juin 2024&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, le programme du Front Populaire, dont le soutien total de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en Ukraine, est quasi-officiellement celui de la CGT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le NPA de Poutou est participationniste et rejoint F. Hollande dans le Front populaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les partis politiques qui se r&#233;clament parfois de Trotsky : LO, NPA-anticapiltaliste, Parti des Travaileurs, NPA-r&#233;volutionnaire, POI, il y a d'abord les participationnistes : le NPA-anticapitaliste de Besancenot et Poutou, ce dernier &#233;tant candidat du Front Populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le 13 juin, dans sa presse, ce NPA annon&#231;ait son ralliement ouvert &#224; la gauche bourgeoise :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Lundi soir, sept organisations de gauche ont publi&#233; un communiqu&#233; unitaire pour les prochaines l&#233;gislatives. Elles r&#233;pondent &#224; l'aspiration unitaire qui s'exprime contre la menace du fascisme et contre les &#173;politiques autoritaires, racistes et anti&#173;sociales de Macron, qui lui ont ouvert la voie. Nous saluons ce positionnement et sommes favorables &#224; une telle d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour gagner contre Macron et le RN, un accord entre appareils ne peut suffire : il faut rassembler les classes populaires, leurs organisations ; les forces politiques mais aussi le mouvement social. Nous ne voulons pas renouer avec les reniements de la gauche au pouvoir, de Mitterrand &#224; Hollande, qui ont tant d&#233;moralis&#233; et contribu&#233; &#224; ce que l'extr&#234;me droite se renforce. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anticapitaliste, 13 juin&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le plus comique est que ce Fran&#231;ois Hollande que Poutou, le 13 juin, pr&#233;tend combattre, annon&#231;ait deux jours plus tard le 15 juin au journal r&#233;gional La Montagne, le jour de la manifestations, sa candidature Front populaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Fran&#231;ois Hollande s'est expliqu&#233; ce samedi &#224; 16 h 30, &#224; Tulle, devant un parterre de journalistes sur sa d&#233;cision de se pr&#233;senter aux l&#233;gislatives. Pour lui, l'heure est grave face au danger de l'extr&#234;me- droite. Sollicit&#233; par des &#233;lus locaux pour se lancer dans la bataille, il prend donc ses responsabilit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais &#034;prenant ses responsabilit&#233;s&#034; comme Hollande, le NPA avait d&#233;j&#224; la veille, le 14 juin, oubli&#233; ses critiques de F. Hollande du 13 juin, dans le communiqu&#233; qui annon&#231;ait la candidature de Poutou :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le NPA-L'Anticapitaliste prend toute sa place dans le combat du Front populaire contre l'extr&#234;me droite et contre Macron qui lui ouvre la voie. Dans tous les quartiers, les entreprises et les lieux d'&#233;tudes, nous construisons des comit&#233;s afin de r&#233;unir dans la rue et dans les urnes toutes les &#233;nergies et les volont&#233;s de battre le RN et ses alli&#233;s, ainsi que les derniers amis de Macron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout o&#249; il est pr&#233;sent, le NPA participera &#224; la campagne pour faire gagner les candidatures du Front Populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces candidatEs, Le Front Populaire a choisi d'investir nos camarades Philippe Poutou et Pauline Salingue en suppl&#233;ante dans la premi&#232;re circonscription de l'Aude. Nous nous r&#233;jouissons par avance de cette campagne que nous construirons avec l'ensemble des militantEs des diff&#233;rentes composantes du Front Populaire. (...) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://npa-lanticapitaliste.org/communique/pour-combattre-lextreme-droite-philippe-poutou-candidat-du-front-populaire-dans-laude&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Montreuil, le vendredi 14 juin 2024&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les militants du NPA-anticapitaliste vont donc &#224; Tulle faire campagne pour Fran&#231;ois Hollande ! La fronti&#232;re entre la &#034;gauche de combat&#034; et la &#034;gauche des reniements&#034; que pr&#233;tendait voir le NPA le 13 juin, n'existait plus pour le NPA le 14 juin, et c'est bien vrai : car ces deux gauches ont une unit&#233; enracin&#233;e dans la classe au service de laquelle ils se sont mis d&#233;finitivement depuis 1914 : la bourgeoisie. Et c'est au service de cette classe que ce met ouvertement le NPA en rejoignant le Front populaire. Pauline Salingue, candidate NPA-Front populaire, fait &#233;galement partie de la bureaucratie de la CGT, elle est une de ces militantes de la CGT &#224; propos de laquelle C&#233;line Verzeletti affirmait : &#034;notre CGT saura apporter une contribution essentielle &#224; un tel front. Unies et unis nous gagnerons.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA s'est d'ailleurs d&#233;j&#224; transform&#233; en chien de garde de l'Union sacr&#233;e le 13 juin, en d&#233;non&#231;ant l'attitude de LFI dans la question ukrainienne :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vendredi 7 juin, le pr&#233;sident Zelensky &#233;tait invit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e nationale. L'instrumentalisation de l'anniversaire du D&#233;barquement en Normandie par un pr&#233;sident fran&#231;ais aux abois tentant, &#224; quelques jours des &#233;lections europ&#233;ennes, de se positionner en d&#233;fenseur des libert&#233;s, &#233;tait bien s&#251;r &#233;c&#339;urante. De l&#224; &#224; ce que les d&#233;put&#233;Es de LFI apparaissent comme boycottant un pr&#233;sident ukrainien, certes n&#233;olib&#233;ral mais repr&#233;sentant son peuple menac&#233; dans son existence m&#234;me par la Russie de Poutine, il y a un pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale explication de l'absence de ces d&#233;put&#233;Es apparue est celle de J&#233;r&#244;me Legavre, affili&#233; par ailleurs au POI, affirmant que Zelensky n'&#233;tait pas le bienvenu : il serait autant un tortionnaire de son peuple que Poutine, et il ne faudrait surtout pas fournir des armes aux UkrainienNEs. Il nous para&#238;t catastrophique que des &#233;luEs de gauche, de cette gauche qui s'est lev&#233;e contre le massacre et les injustices sans nom que subit le peuple palestinien, pratique ici un tel &#171; deux poids, deux mesures &#187; dans la lutte anticoloniale, la d&#233;fense du droit des peuples &#224; r&#233;sister, y compris militairement, aux &#201;tats oppresseurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anticapitaliste, 13 juin&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le NPA se fait le porte-parole des oligarques d'Ukraine et de l'OTAN dans cette critique de LFI, pas d'un internationalisme ouvrier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que le NPA-anticapitaliste qui a fait volte-face &#224; propos de F. Hollande se rassure, le POI a fait volte-face &#224; propos de l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le POI et LFI font volte-face sur la question de l'Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 juin J. Legarve, d&#233;put&#233; LFI issu du parti d'extr&#234;me gauche POI se rallie fi&#232;rement au Front populaire, validant donc la politique de Macron envers l'Ukraine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le combat continue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis candidat dans la 12&#232;me circonscription de Seine-Saint-Denis pour bloquer l'extr&#234;me droite et donner une majorit&#233; qui prendra des mesures d'urgence sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://x.com/LegavreJerome/status/1801995618480468143?ref_src=twsrc%5Egoogle%7Ctwcamp%5Eserp%7Ctwgr%5Etweet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;J. Legavre le 15 juin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce d&#233;put&#233; POI-LFI boycottait, le 5 juin la visite de Zelensky &#224; l'Assembl&#233;e nationale :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Non Zelensky n'est pas bienvenu en France. (...) Arr&#234;t des livraisons d'armes &#224; l'Ukraine ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://infos-ouvrieres.fr/2024/06/05/le-poi-non-zelensky-nest-pas-bienvenu-en-france-et-poutine-ne-le-serait-pas-plus/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Communiqu&#233; du POI du 5 juin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le POI-LFI &#233;tait fier de d&#233;noncer dans ce m&#234;me communiqu&#233; que &#034;Macron avait tent&#233; de transformer les &#233;lections du 9 juin en un pl&#233;biscite pour la guerre en Europe&#034;. Mais c'est bien le 30 juin qui est transform&#233; en un tel referendum car aux &#233;lections L&#233;gislatives les partis doivent pr&#233;senter un programme de gouvernement alors que les &#233;lections europ&#233;ennes laissaient beaucoup plus de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LFI et le POI votent pour Macron &#224; ce referendum du 30 juin rien qu'en cautionnant le programme guerrier du Front populaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 5 juin le POI &#233;tait contre les livraison d'armes &#224; l'Ukraine, le 15 juin il &#233;tait pour !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Le PT, LO et le NPA-r&#233;volutionnaire sont soutiens critiques et rejoignent le Front populaire syndical&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Parti des travailleurs (PT) se &#034;pose&#034; des questions :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pour satisfaire les revendications du plus grand nombre, il ne suffit pas d'&#233;voquer la &#171; rupture &#187; dans un texte, encore faut-il la mettre en &#339;uvre : chasser Macron, balayer les institutions, convoquer une Assembl&#233;e constituante par laquelle le peuple pourra mettre en place un r&#233;gime authentiquement d&#233;mocratique. Bref, mettre sur pied de nouvelles institutions capables de r&#233;pondre aux exigences du peuple travailleur et non pas, comme c'est le cas avec la Ve R&#233;publique, &#224; la botte d'une petite minorit&#233; d'exploiteurs, de profiteurs, de sp&#233;culateurs qui l'emportent toujours sur la volont&#233; de la majorit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://parti-des-travailleurs.fr/2024/06/15/barrer-la-route-a-la-reaction-en-finir-avec-macron-unite-ouvriere-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Communiqu&#233; du Bureau national &#8211; vendredi 14 juin 2024&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est plus une r&#233;volution bourgeoise de 1789 qui est &#224; l'ordre du jour, c'est un Octobre 1917 avec les pouvoir des soviets. Des embryons de soviets pourraient prendre la forme de comit&#233;s locaux du Front populaire, des comit&#233;s d'actions. Mais le PT comme LO ou le NPA-r&#233;volutionnaire, ne parle pas de soviets car c'est avec les bureaucraties syndicales, que le PT veut agir :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'heure est la construction d'un authentique plan de lutte qui, dans l'unit&#233;, rassemblera travailleurs et organisations, un plan coordonn&#233; reliant l'exigence de la satisfaction de chaque revendication au combat d'ensemble pour la d&#233;mocratie, pour les droits ouvriers &#171; &lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le PT n'appelle pas &#224; voter Front populaire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le 30 juin et le 7 juillet, pas une voix ne doit aller &#224; l'extr&#234;me droite raciste et r&#233;actionnaire ! Pas une voix &#224; la droite qui en est l'alli&#233;e ! Pas une voix &#224; Macron et aux partis de sa coalition qui ouvrent la voie &#224; la pire des r&#233;actions ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;mais devrait avertir les &#233;lecteurs : le Front populaire est un programme bourgeois d'Union sacr&#233;e, voter Front populaire, c'est voter pour la Guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le NPA-r&#233;volutionnaire et les autres &#034;soutiens critiques&#034; cherchent surtout &#224; prot&#233;ger leur vie tranquille dans les syndicats, o&#249; ils se retrouvent tous c&#244;te &#224; c&#244;te dans diverses f&#233;d&#233;rations. Ces soi-disant r&#233;volutionnaires qui pr&#233;tendent &#233;lever la conscience des travailleurs ne voient pas l'importance qu'ont certaines &#233;victions des d&#233;put&#233;s sortant. Commentant le remplacement de Danielle Simonet &#224; Paris 15, par la dirigeante de la CGT C&#233;line Verzeletti mentionn&#233;e plus haut, le NPA-r&#233;volutionnaire n'y voit qu'un incident politicien :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Quelques heures apr&#232;s la signature des accords du Nouveau Front populaire en vue des &#233;lections l&#233;gislatives, la France insoumise a d&#233;cid&#233; de ne pas accorder son investiture &#224; plusieurs d&#233;put&#233;s sortants, par ailleurs figures connues du mouvement. Il s'agit notamment de deux d&#233;put&#233;s de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbi&#232;re et Raquel Garrido, de la d&#233;put&#233;e de Paris, Danielle Simonnet, du d&#233;put&#233; de Marseille Hendrik Davi ou celui de la Somme, Guillaume Ancelet. (...) &#192; LFI, l'union est un combat o&#249; tous les coups sont permis ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le NPA-r&#233;volutionnaire n'a &#171; pas remarqu&#233; &#187; que la rempla&#231;ante de Danielle Simonet est C&#233;line Verzeletti une dirigeante dirigeante de la CGT ! Qu'elle est co-secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de l'UFSE-Cgt (syndicats de l'Etat) et membre du bureau conf&#233;d&#233;ral de la CGT. La direction de la CGT, Sophie Binet, cautione au travers de C&#233;line Verzeletti le programme imp&#233;rialiste guerrier du Front populaire. Les militants r&#233;volutionnaires form&#233;s le savent depuis longtemps, mais ce fait devient patent pour des milliers de syndiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette UFSE-CGT appelle sans vergogne ses adh&#233;rents &#224; voter pour le Front populaire, sans pr&#233;ciser que la dirigeante de leur union est candidate, transformant les militants syndicaux en &#233;quipe &#233;lectorale, sans le dire :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Faire front dans les urnes : en votant pour les candidat.es du Front populaire lors des &#233;lections l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendante, l'UFSE-CGT ne saurait &#234;tre neutre face au p&#233;ril fasciste contre lequel la CGT a lutt&#233; au cours de son histoire, lutte et luttera toujours &#8211; &#224; un moment o&#249; nous c&#233;l&#233;brons la victoire remport&#233;e contre le nazisme mais aussi le programme du Conseil national de la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec une exigence d'unit&#233; et de contenus, que l'UFSE-CGT appelle le monde du travail &#224; battre l'extr&#234;me droite dans la rue, dans les urnes et par nos revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout &#233;tat de cause, l'UFSE-CGT et plus largement la CGT poursuivront, apr&#232;s les &#233;lections, le processus de mobilisations pour le progr&#232;s social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensemble, dans le champ syndical et au-del&#224;, nous pouvons gagner ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cgtetat.fr/societe-959/autres/article/declaration-ufse-cgt-battre-l-extreme-droite-dans-la-rue-dans-les-urnes-et-par?var_mode=calcul&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;claration UFSE-CGT : Battre l'extr&#234;me-droite dans la rue, dans les urnes et par nos revendications ! (le 13 juin 2024)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#171; dans la rue &#187;, c'est une politique r&#233;formiste qui en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#034;soutiens critiques&#034; qui ne jurent que par &#171; la rue &#187;, &#171; la lutte &#187;, promettent d'en appeler aux &#034;organisations&#034;, refusent d'introduire le front de la lutte des classes dans ces &#034;organisations&#034;. Ils parlent des &#034;plans de bataille&#034; que les syndicats manqueraient d'apporter, d&#233;non&#231;ant leur mollesse, alors qu'en l'occurrence la CGT sugg&#232;re elle-m&#234;me ce plan de bataille : planter le drapeau du syndicalisme r&#233;volutionnaire d&#233;nonciateur des h&#233;ritiers de Jouhaux qui font un pas de plus dans l'Union sacr&#233;e. D&#233;noncer les C&#233;line Verzeletti et Sophie Binet, h&#233;riti&#232;res de L&#233;on Jouhaux qui, anarcho-syndicaliste devint en 1914 du jour au lendemain patriote et &#034;Commissaire de la Nation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Enseignement, Culture, H&#244;pitaux, Recherche, Finances publiques sont les secteurs que l'Union des syndicats de l'Etat CGT dirig&#233;e par C&#233;line Verzeletti qui englobe donc les syndicats o&#249; sont pr&#233;sents une grande partie des militants non ouvriers des organisations comme le POI, LO, le NPA-r&#233;volutionnaire, le PT, RP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C&#233;line Verzeletti est ouvertement dans l'Union sacr&#233;e pour la guerre en Ukraine, les r&#233;volutionnaires membres de ces syndicats des salari&#233;s de l'Etat qui gardent le silence dans leurs syndicats qu'elle a sous sa responsabilit&#233;, sont de fait dans l'Union sacr&#233;e s'ils n'&#233;l&#232;vent pas la voix comme le firent Monatte et Rosmer contre L&#233;on Jouhaux en 1914, puis en 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pseudo-r&#233;volutionnaires de l'extr&#234;me gauche &#233;lectoraliste sont des &#034;soutiens critiques&#034; du Front populaire, qui cautionnent les directions jaunes des organisations syndicale par leur silence, dans le but de garder leurs postes syndicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son communiqu&#233; d'appel &#224; la manifestation du samedi 15 juin, LO ne mentionne pas la CGT, mais seulement les partis politiques :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Communiqu&#233; de Lutte ouvri&#232;re sur la manifestation du samedi 15 juin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Par solidarit&#233; avec une partie importante de la classe ouvri&#232;re, notamment de sa composante immigr&#233;e, inqui&#232;te devant l'&#233;ventualit&#233; d'associer au pouvoir le Rassemblement national, Lutte ouvri&#232;re appelle &#224; participer &#224; la manifestation de samedi 15 juin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle ne participe cependant pas &#224; l'op&#233;ration intitul&#233;e &#171; Front populaire &#187;, mont&#233;e par des partis dits de gauche qui, chaque fois au pouvoir, ont gouvern&#233; dans l'int&#233;r&#234;t de la grande bourgeoisie contre les classes populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Leur responsabilit&#233; est &#233;crasante dans la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite, de ses id&#233;es et de ses hommes politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En refusant leur confiance dans les politiciens de la bourgeoisie, quelle que soit leur &#233;tiquette, Lutte ouvri&#232;re appelle &#224; une reprise de conscience de la classe ouvri&#232;re dans ses int&#233;r&#234;ts de classe contre la bourgeoisie, les actionnaires de la grande industrie, de la grande distribution et de la finance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lutte-ouvriere.org/portail/communiques/communique-lutte-ouvriere-manifestation-samedi-15-juin-167535.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LO : communiqu&#233; du 12 juin sur le Front populaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sous-entendu : LO ne refuse pas sa confiance aux dirigeants syndicaux de la bourgeoise, inclus par LO dans &#034;le camp des travailleurs&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT, le PS, le PC stalinien, en brandissant le slogan de Front populaire, sont fid&#232;les &#224; leur politique bourgeoise d&#233;guis&#233;e en politique de gauche, de &#034;rupture&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;ralli&#233;s&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;participationnistes&lt;/i&gt;, comme le NPA-anticapitaliste et le POI, offrent &#224; la bourgeoisie l'&#233;tiquette de &#034;trotskistes&#034;, qui leur est coll&#233;e &#224; tort, pour cautionner ce nouveau Front populaire, et exclure par avance toute autre politique ouvri&#232;re r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;i&gt;soutiens critiques&lt;/i&gt;, comme Lutte Ouvri&#232;re, R&#233;volution permanente, le Parti des travailleurs (ex-POID) ne sont pas mieux que les participationnistes. Ils se cachent dans les syndicats. Ils apparaissent comme boycottant le nouveau Front populaire, alors qu'un boycott dans le sens du mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire implique une d&#233;nonciation de tous les Fronts populaire, en France comme en Palestine, comme politique contre r&#233;volutionnaire mise en place par les politiciens de gauche et les syndicalistes, staliniens et socio-d&#233;mocrates : Hollande, Roussel, M&#233;lenchon, Binet, les h&#233;ritiers de Staline, Thorez et L&#233;on Blum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces soutiens critiques font croire que la seule alternative au Front populaire, le &#034;vrai trotskisme&#034; consiste &#224; pr&#233;senter des candidats concurrents aux &#233;lections ! Votez pour nous, est la r&#233;ponse du NPA-r&#233;volutionnaire et de LO &#224; la mont&#233;e de l'extr&#234;me droite et &#224; la guerre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT, les participationnistes et les soutiens critiques &#233;voquent tous la n&#233;cessit&#233; de la poursuite des luttes, mais ils ne parlent jamais de lutte arm&#233;e. Or si l'extr&#234;me droite prend le pouvoir, et qu'un passage au fascisme s'acc&#233;l&#232;re, c'est l'armement du prol&#233;tariat qui sera &#224; l'ordre du jour. La lutte d&#233;fensive contre le fascisme impliquera non pas un Front populaire, mais un Front unique ouvrier, dans lequel les r&#233;volutionnaires seront amen&#233;s &#224; proposer des actions communes avec les r&#233;formistes. Car il ne faut pas croire que ceux-ci excluent la lutte arm&#233;e, mais ils se limitent aux luttes arm&#233;es qui ne vise qu'&#224; pr&#233;server l'ordre bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barrer la route de la contre-r&#233;volution fasciste, dictatoriale ou guerri&#232;re, aucun front populaire &#233;lectoral et r&#233;formiste (de la France de 1936 au Chili) ne l'a fait, mais le front ouvrier r&#233;volutionnaire l'a r&#233;ussi maintes fois (du putsch de Kornilov &#224; celui de Kapp en passant par les r&#233;volutions allemande et russe de 1917-1918 arr&#234;tant la guerre mondiale)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple &#224; m&#233;diter est donc, par exemple, le succ&#232;s de la lutte des travailleurs allemands contre le coup d'Etat d'extr&#234;me droite de Kapp en Allemagne en 1921, d&#233;crit par l'historien trotskiste P. Brou&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pendant que le gouvernement prend la fuite, la r&#233;sistance s'organise pourtant. D&#232;s le matin, Legien r&#233;unit la commission g&#233;n&#233;rale des syndicats : &#224; 11 heures, celle-ci lance de mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. De son c&#244;t&#233;, Wels, un des rares dirigeants social-d&#233;mocrates &#224; &#234;tre rest&#233; sur place, fait r&#233;diger et imprimer une affiche, qu'il fait suivre des signatures des ministres sociald&#233;mocrates - qu'il n'a &#233;videmment pas consult&#233;s - et qui appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale sur le th&#232;me de l'union contre la contre-r&#233;volution et pour la d&#233;fense de la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti social-d&#233;mocrate ind&#233;pendant appelle aussi les ouvriers &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#171; pour la libert&#233;, pour le socialisme r&#233;volutionnaire, contre la dictature militaire et le r&#233;tablissement de la monarchie &#187;. Des pourparlers s'engagent, &#224; l'initiative de Legien, pour la constitution d'un comit&#233; central de gr&#232;ve qui serait constitu&#233; &#224; partir de toutes les organisations ouvri&#232;res et dont l'autorit&#233; d&#233;borderait largement celle de la seule commission g&#233;n&#233;rale. Mais l'accord ne peut se faire, puisque les majoritaires, Wels et ses camarades, entendent d&#233;fendre ce qui est pour eux le &#171; gouvernement de la r&#233;publique &#187; alors que les ind&#233;pendants ont bien pr&#233;cis&#233; qu'il ne s'agisse en aucun cas de d&#233;fendre le &#171; gouvernement Ebert-Noske &#187;. Il y aura donc deux &#171; comit&#233;s centraux de gr&#232;ve &#187; &#224; Berlin, l'un autour de Legien, avec les syndicats, A.D.G.B., A.f.A. et Ligue des fonctionnaires, ainsi que le parti social-d&#233;mocrate, l'autre qui rassemble les dirigeants des syndicats berlinois, Rusch et ses camarades, et les dirigeants du parti ind&#233;pendant , que le K.P.D. (S) rejoindra plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Legien qui a pris l'initiative de la lutte. A l'aube du 13 mars, il a refus&#233; de fuir, stigmatis&#233; l'attitude des dirigeants social-d&#233;mocrates, jet&#233; dans la balance en faveur de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale toute son autorit&#233; et son poids d'homme d'appareil. Lui, le vieil adversaire de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, le r&#233;formiste prudent, patriarche des r&#233;visionnistes, l'homme qui incarne des d&#233;cennies de collaboration de classes, d&#233;cide de passer dans la clandestinit&#233; et de prendre tous les contacts - y compris avec les communistes pour assurer la d&#233;faite du putsch. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Gr&#232;ve de masse &#233;tendue et dirig&#233;e par la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me auto-organis&#233;e en comit&#233;s et conseils, en assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales souveraines, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique avec armement du prol&#233;tariat, d&#233;sarmement de la bourgeoise, suppression des dettes capitalistes, occupation des usines, contr&#244;le des travailleurs, suppressions de toutes les lois et d&#233;crets anti-ouvriers et anti-populaires, union des ouvriers et des paysans, des travailleurs et des ch&#244;meurs, des entreprises et des banlieues, de la classe ouvri&#232;re, de la jeunesse et des femmes : c'est d&#232;s aujourd'hui que les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens, qu'ils se pr&#233;sentent aux &#233;lections ou pas, doivent mettre en avant de tels slogans pour pr&#233;parer la riposte &#224; tous ceux qui mettraient en place un r&#233;gime policier, dictatorial, anti-ouvrier et fasciste ! &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;ai&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La terreur contre-r&#233;volutionnaire de la bureaucratie stalinienne</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7072</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7072</guid>
		<dc:date>2024-05-31T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.google.fr/search?q=stalinisme+1935+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;hl=fr&amp;ei=zDKwY6mLBYDAkdUP1IiY-AE&amp;ved=0ahUKEwipoeqY9aP8AhUAYKQEHVQEBh8Q4dUDCA8&amp;uact=5&amp;oq=stalinisme+1935+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQA0oECEEYAUoECEYYAFDuBFi8JmC3K2gBcAB4AIABJogB7AOSAQIx&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve890&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=stalinisme+1935+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;hl=fr&amp;ei=zDKwY6mLBYDAkdUP1IiY-AE&amp;ved=0ahUKEwipoeqY9aP8AhUAYKQEHVQEBh8Q4dUDCA8&amp;uact=5&amp;oq=stalinisme+1935+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQA0oECEEYAUoECEYYAFDuBFi8JmC3K2gBcAB4AIABJogB7AOSAQIxNZgBAKABAcABAQ&amp;sclient=gws-wiz-serp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.google.fr/search?q=stalinisme+1935+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;hl=fr&amp;ei=zDKwY6mLBYDAkdUP1IiY-AE&amp;ved=0ahUKEwipoeqY9aP8AhUAYKQEHVQEBh8Q4dUDCA8&amp;uact=5&amp;oq=stalinisme+1935+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_lcp=Cgxnd3Mtd2l6LXNlcnAQA0oECEEYAUoECEYYAFDuBFi8JmC3K2gBcAB4AIABJogB7AOSAQIxNZgBAKABAcABAQ&amp;sclient=gws-wiz-serp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La terreur de l'auto-conservation bureaucratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;26 septembre 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tarov [1], un bolchevik-l&#233;niniste, un ouvrier m&#233;canicien qui, conduit par les caprices du sort, se trouve actuellement hors d'Union Sovi&#233;tique, constitue un docu&#173;ment politique remarquable. Tarov a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en tant que membre de l'Opposition de gauche. Il a pass&#233; trois ans en d&#233;portation, quatre en prison dans d'atroces conditions d'isole&#173;ment, puis, de nouveau, plusieurs mois en exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel crime Tarov a-t-il commis contre la r&#233;volution ? Apparemment, d&#232;s 1923, il a estim&#233; que la r&#233;volution d'Octobre avait cr&#233;&#233; la possibilit&#233; d'une industrialisation infiniment plus rapide que cela n'avait &#233;t&#233; le cas dans les pays capitalistes. Avec d'autres Tarov, il avait pr&#233;venu que la politique qui misait sur le koulak devait conduire &#224; une crise l'ensemble du syst&#232;me sovi&#233;tique. Il exigeait qu'on se pr&#233;occup&#226;t du paysan pauvre, il r&#233;clamait la transformation syst&#233;matique de l'agriculture dans le sens de la collectivisation. Tels furent ses principaux crimes au cours des ann&#233;es 1923-1926. Il voyait plus clair et plus loin que la couche sup&#233;rieure dirigeante. En tout cas, tels &#233;taient les crimes de la tendance dont Tarov &#233;tait responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926 tous les Tarov exig&#232;rent que les syndicats sovi&#233;&#173;tiques mettent un terme &#224; leur amiti&#233; politique avec le conseil g&#233;n&#233;ral des trade-unions britanniques qui &#233;tait en train de trahir en m&#234;me temps la gr&#232;ve des mineurs et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale c'est pr&#233;cis&#233;ment pour ce service que Citrine, le chef du conseil g&#233;n&#233;ral, l'ancien alli&#233; de Staline et de Tomsky, a &#233;t&#233; anobli par Sa Royale Majest&#233; &#224; l'occasion des manifestations du jubil&#233; [2]. Avec d'autres l&#233;ninistes, Tarov protesta en 1926 contre la th&#233;orie stalinienne d'un &#171; &#201;tat d&#233;mocratique ouvrier et paysan &#187; - une th&#233;orie qui d&#233;termina le parti communiste polonais &#224; soutenir le coup d'&#201;tat de Pilsudski. Mais les crimes de Tarov ne s'arr&#234;tent pas l&#224;. En tant qu'internationaliste, il portait le plus vif int&#233;r&#234;t au sort de la r&#233;volution chinoise. Il estimait criminelle la d&#233;cision du Kremlin qui avait oblig&#233; le jeune et h&#233;ro&#239;que parti communiste chinois &#224; entrer dans le Kuomintang et &#224; se soumettre &#224; sa discipline ; en outre, le Kuomintang lui-m&#234;me, un parti purement bourgeois, fut admis dans l'Internationale communiste en tant qu'organisation &#171; sym&#173;pathisante &#187;. Le moment arriva o&#249; Staline, Molotov et Boukharine [3] t&#233;l&#233;graphi&#232;rent de Moscou pour ordonner aux commu&#173;nistes chinois de mettre fin au mouvement agraire des paysans afin de ne pas &#171; effaroucher &#187; Chang Ka&#239;-chek et ses officiers [4]. Avec d'autres disciples de L&#233;nine, Tarov consid&#233;rait une telle politique comme une trahison de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Tarov ont plusieurs autres crimes semblables &#224; leur actif. A partir de 1923, ils ont r&#233;clam&#233; le d&#233;but de l'&#233;laboration d'un plan quinquennal et quand, en 1927, l'&#233;bauche du premier plan fut enfin achev&#233;e, ils d&#233;montr&#232;rent que la croissance ne devait pas &#234;tre fix&#233;e comme l'avait fait le bureau politique &#224; 5,9 %, mais deux ou trois fois plus haut. Il est vrai que tout cela fut bient&#244;t enti&#232;rement confirm&#233;. Mais comme les Tarov, par leur p&#233;n&#233;tration, avaient r&#233;v&#233;l&#233; l'arri&#233;ration de l'oligarchie dirigeante, ils &#233;taient donc coupables d'avoir port&#233; pr&#233;judice &#224; la r&#233;volution - c'est-&#224;-dire au prestige de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Tarov accordaient beaucoup d'attention &#224; la jeunesse ouvri&#232;re. Ils estimaient qu'il fallait lui donner la possibilit&#233; de penser par elle-m&#234;me, d'&#233;tudier, de se tromper, d'apprendre &#224; se tenir sur ses jambes. Ils protestaient contre le fait que la direction r&#233;volutionnaire avait fait place &#224; un r&#233;gime caporaliste. Ils pr&#233;disaient que l'&#233;touffement policier de la jeunesse conduirait &#224; la d&#233;moraliser et &#224; d&#233;velopper dans ses rangs des tendances franchement r&#233;actionnaires et simplement le &#171; hooliganisme &#187;. Leurs mises en garde furent stigmatis&#233;es comme des tentatives pour dresser la jeune g&#233;n&#233;ration contre la vieille, comme une mutinerie contre la &#171; Vieille Garde &#187; - cette m&#234;me Vieille Garde que Staline, aid&#233; de ses pr&#233;toriens, a calomni&#233;e, &#233;cras&#233;e et jet&#233;e en prison ou d&#233;moralis&#233;e [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont les crimes de Tarov. Il faut y ajouter que les bolcheviks-l&#233;ninistes, y compris Tarov, n'ont jamais essay&#233; d'imposer leurs id&#233;es par la force. Ils n'ont pas appel&#233; &#224; un soul&#232;vement contre la bureaucratie. Pendant une p&#233;riode de presque neuf ans, ils ont voulu et esp&#233;r&#233; convaincre le parti. Ils ont combattu avant tout pour leur droit de faire conna&#238;tre au parti leurs critiques et leurs propositions. Mais la bureaucratie, qui s'est &#233;lev&#233;e au pouvoir autocratique sur les d&#233;faites du pro&#173;l&#233;tariat, a oppos&#233; aux bolcheviks-l&#233;ninistes non la force de ses arguments, mais les d&#233;tachements arm&#233;s du G.P.U. Tarov se trouva parmi les plusieurs milliers de militants arr&#234;t&#233;s au cours de l'&#233;crasement thermidorien de l'Opposition en 1928 [6]. Par la suite, il passa plus de trois ann&#233;es en d&#233;portation et environ quatre en prison. Par son bref r&#233;cit, le lecteur pourra conna&#238;tre les conditions qui r&#232;gnent dans ces prisons : injures, passages &#224; tabac, une p&#233;nible gr&#232;ve de la faim de quatorze jours et, en r&#233;ponse, l'alimentation forc&#233;e et de nouvelles injures. Tout cela parce que les bolcheviks-l&#233;ninistes ont pos&#233; avant Staline le probl&#232;me de la collectivisation, parce qu'ils avaient &#224; temps mis en garde contre les cons&#233;quences de la perfide alliance avec Chang Ka&#239;-chek et le futur Lord Citrine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis &#233;clata un nouveau coup de tonnerre : Hitler arriva au pouvoir en Allemagne. La politique de l'Internationale commu&#173;niste lui avait fray&#233; la voie. Quand Hitler se hissa en selle, c'&#233;tait Staline, et personne d'autre, qui lui tenait l'&#233;trier. Tous les flots d'&#233;loquence du 7&#186; congr&#232;s ne laveront jamais ces messieurs les chefs des t&#226;ches de ce crime historique. D'autant plus enrag&#233;e fut la haine de la clique stalinienne contre ceux qui avaient pr&#233;vu et pr&#233;venu &#224; temps. Les l&#233;ninistes emprisonn&#233;s devaient payer de leur peau pour cette politique meurtri&#232;re qui alliait l'ignorance &#224; la perfidie : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette combi&#173;naison qui constitue l'essence du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, alarm&#233; par la victoire du national-socialisme, Tarov fit aux autorit&#233;s de Moscou la proposition suivante : il s'engageait &#224; abandonner son activit&#233; d'Oppositionnel, en &#233;change de quoi lui, Tarov, aurait le droit de revenir dans les rangs du parti en tant que soldat disciplin&#233; et d'y mener le combat contre le danger fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas difficile de comprendre les raisons psycholo&#173;giques de cette initiative prise par Tarov. Il n'est pas pour un r&#233;volutionnaire position pire que de rester pieds et poings li&#233;s pendant que la r&#233;action imp&#233;rialiste enl&#232;ve une tranch&#233;e prol&#233;&#173;tarienne apr&#232;s l'autre. Mais, sur le plan politique, cette propo&#173;sition de Tarov &#233;tait doublement irr&#233;aliste. Premi&#232;rement, soutenir de fa&#231;on non critique la &#171; lutte &#187; de Staline contre le fascisme, c'est en derni&#232;re analyse aider le fascisme - toute l'histoire des douze derni&#232;res ann&#233;es l'a d&#233;montr&#233; de fa&#231;on irr&#233;futable ; deuxi&#232;mement, la proposition de Tarov n'a pas &#233;t&#233; accept&#233;e et ne pouvait pas &#234;tre accept&#233;e par la bureaucratie. Le fait qu'un seul l&#233;niniste remplisse avec d&#233;sint&#233;ressement et courage les t&#226;ches qu'on lui assigne, aux yeux de tous, sans renier ses opinions, aurait constitu&#233; une r&#233;futation muette de la l&#233;gende du &#171; trotskysme en tant que d&#233;tachement d'avant-garde de la contre-r&#233;volution bourgeoise &#187;. Cette l&#233;gende stupide repose sur des bases branlantes qui doivent &#234;tre quoti&#173;diennement &#233;tay&#233;es. En outre, l'exemple de Tarov, en cas de succ&#232;s, aurait in&#233;vitablement suscit&#233; des &#233;mules. On ne pouvait l'admettre. Il est impossible de r&#233;int&#233;grer dans le parti des hommes courageux qui n'ont renonc&#233; qu'&#224; exprimer publique&#173;ment leurs opinions. Non, ils doivent renoncer et &#224; ce qu'ils pensent et &#224; leur droit de penser en g&#233;n&#233;ral. Ils doivent cracher sur des id&#233;es qui ont &#233;t&#233; confirm&#233;es par tout le cours des &#233;v&#233;ne&#173;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne caract&#233;rise aussi bien le r&#233;gime stalinien, sa corruption interne et son hypocrisie que son incapacit&#233; totale &#224; assimiler un r&#233;volutionnaire sinc&#232;re qui est pr&#234;t &#224; servir avec ob&#233;issance mais refuse de mentir. Non ! Staline a besoin de p&#233;nitents, de ren&#233;gats braillards, de gens qui soient pr&#234;ts &#224; dire sans vergogne que ce qui est blanc est noir, &#224; frapper path&#233;&#173;tiquement leurs poitrines vides, alors qu'en r&#233;alit&#233; ils pensent &#224; la carte de ravitaillement, &#224; l'automobile et &#224; la station bal&#173;n&#233;aire. L'appareil du parti et celui de l'&#201;tat regorgent de semblables roublards, de faux jetons et de cyniques corrompus. On ne peut pas compter sur eux, mais ils sont indispensables : l'absolutisme bureaucratique, qui est entr&#233; en contradiction absolue avec les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et culturels de l'&#201;tat ouvrier, a un besoin pressant de filous pr&#234;ts &#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la tentative de Tarov pour r&#233;int&#233;grer les rangs du &#171; parti &#187; officiel fut un &#233;chec total. Tarov ne trouva pas d'autre issue que de fuir l'Union sovi&#233;tique. Cette exp&#233;rience, qu'il a si ch&#232;rement pay&#233;e, constitue une le&#231;on pr&#233;cieuse, tant pour le prol&#233;tariat sovi&#233;tique que pour le prol&#233;tariat mondial. La &#171; Lettre ouverte &#187; des organisations qui se sont plac&#233;es sous le drapeau de la IV&#186; Internationale trouve dans l'affaire Tarov une nouvelle confirmation plus nette encore. La &#171; Lettre ouverte &#187; d&#233;clare : &#171; Par les pers&#233;cutions, les falsifications, les amalgames et une sanglante r&#233;pression, la clique dirigeante s'ef&#173;force d'&#233;touffer dans l'&#339;uf toute manifestation de pens&#233;e marxiste. Nulle part au monde le l&#233;ninisme v&#233;ritable n'est per&#173;s&#233;cut&#233; aussi bestialement qu'en U.R.S.S. &#187; [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vues de fa&#231;on superficielle, ces lignes peuvent para&#238;tre exag&#233;r&#233;es. Le l&#233;ninisme n'est-il pas impitoyablement pourchass&#233; en Italie et en Allemagne ? En fait, il n'y a aucune exag&#233;ration dans la &#171; Lettre ouverte &#187;. Dans les pays fascistes, les l&#233;ni&#173;nistes sont pers&#233;cut&#233;s en m&#234;me temps que les autres ennemis du r&#233;gime. Hitler, comme on sait, a fait preuve de la plus grande cruaut&#233; vis-&#224;-vis des opposants qui &#233;taient de vieux compagnons de parti, la &#171; gauche &#187;, qui lui rappelait son propre pass&#233; [8]. C'est avec la m&#234;me cruaut&#233; bestiale que la bureaucratie stali&#173;nienne traite les bolcheviks-l&#233;ninistes, les r&#233;volutionnaires authentiques qui incarnent les traditions du parti et de la r&#233;volution d'Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conclusions politiques qu'il faut tirer de l'affaire Tarov sont tout &#224; fait claires. Ce serait pure folie que de songer &#224; &#171; r&#233;former &#187; ou &#224; &#171; r&#233;g&#233;n&#233;rer &#187; le parti communiste d'Union Sovi&#233;tique d'aujourd'hui. Une machine bureaucratique qui sert avant tout &#224; maintenir le prol&#233;tariat dans un &#233;tau ne peut pas &#234;tre contrainte &#224; servir les int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat. La terreur r&#233;volutionnaire qui, pendant la p&#233;riode h&#233;ro&#239;que de la r&#233;volu&#173;tion, &#233;tait l'arme des masses en mouvement, contre leurs oppresseurs, et la sauvegarde directe du pouvoir du prol&#233;tariat, cette terreur r&#233;volutionnaire a &#233;t&#233; compl&#232;tement supplant&#233;e par la terreur froide et cruelle de la bureaucratie qui se bat avec acharnement pour ses postes et ses rations, pour son r&#232;gne autocratique incontr&#244;l&#233; et contre l'avant-garde prol&#233;tarienne. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi le stalinisme est condamn&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 f&#233;vrier 1889, Engels &#233;crivait &#224; Kautsky une lettre absolument remarquable - qui n'a &#233;t&#233; publi&#233;e que r&#233;cem&#173;ment - au sujet des rapports de classes &#224; l'&#233;poque de la grande r&#233;volution fran&#231;aise. Il y disait entre autres : &#171; En ce qui concerne la Terreur, dans la mesure o&#249; elle avait un sens, c'&#233;tait au fond une mesure de guerre. Elle servait non seulement &#224; maintenir &#224; la barre la classe, ou la fraction de la classe qui seule pouvait assurer la victoire de la r&#233;volution, mais lui assurait aussi la libert&#233; de mouvement, les coud&#233;es franches [9], la possibilit&#233; de concentrer ses forces en un point d&#233;cisif, c'est-&#224;-dire aux fronti&#232;res. &#187; Mais, une fois les fronti&#232;res pr&#233;&#173;serv&#233;es, gr&#226;ce aux victoires militaires, et apr&#232;s la destruction de cette folle Commune qui avait voulu apporter la libert&#233; aux autres peuples &#224; la pointe des ba&#239;onnettes, la terreur en tant qu'arme de la r&#233;volution se survivait &#224; elle-m&#234;me. Il est vrai que Robespierre[10] &#233;tait alors au fa&#238;te de sa puissance, mais, dit Engels, &#171; d&#233;sormais la terreur devint pour lui un moyen de sa propre pr&#233;servation, et, du coup, elle devenait une absurdit&#233; &#187; (soulign&#233; par Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces lignes sont remarquables de simplicit&#233; et de profon&#173;deur. Il est inutile de s'&#233;tendre ici sur les diff&#233;rences entre le pass&#233; et le pr&#233;sent : elles sont suffisamment connues. La diff&#233;&#173;rence entre le r&#244;le historique de Robespierre et celui de Staline n'est pas moins claire ; le premier a assur&#233; la victoire de la r&#233;volution sur ses ennemis de l'int&#233;rieur et de l'ext&#233;rieur pen&#173;dant la p&#233;riode la plus critique de son existence tandis qu'en Russie c'est sous la direction de L&#233;nine que ce travail fut accompli. Staline n'est venu au premier plan qu'apr&#232;s la fin de cette p&#233;riode. Il est la vivante incarnation d'un Thermidor bureaucratique. Entre ses mains, la terreur a &#233;t&#233; et reste avant tout un instrument pour &#233;craser le parti, les syndicats et les soviets et pour instaurer une dictature personnelle &#224; laquelle il ne manque que... la couronne imp&#233;riale. La terreur, qui a rempli sa mission r&#233;volutionnaire et est devenue un instrument des usurpateurs pour leur propre pr&#233;servation se transforme ainsi en une &#171; absurdit&#233; &#187; pour employer l'expression d'Engels. Dans le langage de la dialectique, cela signifie qu'elle est vou&#233;e &#224; un effondrement in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les atrocit&#233;s insens&#233;es qui ont &#233;t&#233; engendr&#233;es par les m&#233;thodes bureaucratiques de collectivisation comme les l&#226;ches repr&#233;sailles et les violences exerc&#233;es contre les meilleurs &#233;l&#233;&#173;ments de l'avant-garde prol&#233;tarienne provoquent in&#233;vitablement l'exasp&#233;ration, la haine, le d&#233;sir de vengeance. Cette atmosph&#232;re engendre chez les jeunes des tendances au terrorisme individuel. Le petit Bonaparte ukrainien S. Kossior [11], c&#233;l&#232;bre pour son impudence, a dit il n'y a pas longtemps que &#171; Trotsky appelle dans la presse &#224; assassiner les dirigeants sovi&#233;tiques &#187;, alors que Zinoviev et Kamenev - comme cela a &#233;t&#233; prouv&#233;, &#224; ce qu'il dit, par l'affaire Enoukidz&#233; - ont particip&#233; directement &#224; la pr&#233;paration de l'assassinat de Kirov. Comme tout un chacun qui a acc&#232;s aux &#233;crits de Trotsky peut facilement v&#233;rifier s'il a ou non appel&#233; &#224; &#171; assassiner les dirigeants sovi&#233;tiques &#187; - si toutefois l'on admet qu'il puisse exister des adultes qui aient besoin de v&#233;rifier pareilles inepties - cela jette une lumi&#232;re suffisante sur la seconde partie du mensonge de Kossior, celle qui a trait &#224; Zinoviev et Kamenev. Nous ignorons si l'on est en train aujourd'hui de fabriquer quelque document frauduleux avec l'aide de &#171; consuls lettons &#187; ou d' &#171; officiers de Wrangel &#187; [12]. Les Kossior du r&#233;gime bonapartiste peuvent encore traquer, &#233;trangler et fusiller bien des r&#233;volutionnaires irr&#233;pro&#173;chables, mais cela ne changera pas l'essentiel : leur terreur est une absurdit&#233; historique. Elle sera balay&#233;e avec ses organisa&#173;teurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appelons-nous &#224; assassiner les dirigeants sovi&#233;tiques ? Si les bureaucrates, qui se sont d&#233;ifi&#233;s eux-m&#234;mes, s'imaginent sinc&#232;rement qu'ils font l'histoire, pour notre part, nous ne partageons absolument pas cette illusion. Staline n'a pas cr&#233;&#233; l'appareil, c'est l'appareil qui a cr&#233;&#233; Staline - &#224; sa propre image. Le remplacement de Kirov par Jdanov n'a absolu&#173;ment rien chang&#233; &#224; la nature des choses. Contrairement aux &#171; biens de consommation &#187;, il existe un assortiment illimit&#233; de Kossior : ils se distinguent les uns des autres par un ou deux centim&#232;tres de hauteur et quelques-uns de largeur. C'est tout ! Pour le reste, ils se ressemblent autant que leurs dithyrambes respectifs de Staline. Le remplacement de Staline lui-m&#234;me par des Kaganovitch am&#232;nerait aussi peu de nouveaut&#233; que le remplacement de Kirov par Jdanov. Mais un Kaganovitch aurait-il assez d' &#171; autorit&#233; &#187; ? Ne vous inqui&#233;tez pas : tous les Kossior, - le premier, le quinzi&#232;me comme le mille et uni&#232;me - lui procureraient tout de suite l'autorit&#233; n&#233;cessaire au moyen de la cha&#238;ne bureaucratique exactement comme ils ont cr&#233;&#233; l'&#171; autorit&#233; &#187; de Staline, c'est-&#224;-dire leur &#171; autorit&#233; &#187;, leur r&#232;gne incontr&#244;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi la terreur individuelle nous appara&#238;t &#224; ce point pitoyable et impuissante. Non, nous n'avons pas oubli&#233; l'A B C du marxisme. Non seulement le destin de la bureau&#173;cratie sovi&#233;tique, mais aussi le destin du r&#233;gime sovi&#233;tique dans son ensemble d&#233;pendent de facteurs d'une envergure historique mondiale. Seuls des succ&#232;s du prol&#233;tariat international peuvent ,rendre au prol&#233;tariat sovi&#233;tique sa confiance en soi. La condi&#173;tion fondamentale de la victoire de la r&#233;volution est l'unification de l'avant-garde prol&#233;tarienne mondiale autour du drapeau de la IV&#186; Internationale. La lutte pour ce drapeau doit &#234;tre &#233;gale&#173;ment men&#233;e en U.R.S.S. avec prudence, mais avec intransi&#173;geance. L'absurdit&#233; historique d'une bureaucratie autocratique dans une soci&#233;t&#233; &#171; sans classes &#187; ne peut pas durer et ne durera pas &#233;ternellement. Le prol&#233;tariat qui a accompli trois r&#233;volu&#173;tions redressera une fois de plus la t&#234;te. Mais l' &#171; absurdit&#233; &#187; bureaucratique ne va-t-elle pas r&#233;sister ? Le prol&#233;tariat trouvera un balai assez grand. Et nous l'aiderons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] A. TAROV &#233;tait le pseudonyme d'un ouvrier arm&#233;nien, ancien officier de l'Arm&#233;e rouge, Arpen TAVITIAN ou DAVITIAN, (1892-1944), dit &#233;galement MANOUKIAN, qui venait de s'&#233;vader d'U.R.S.S. et se trouvait en Iran d'o&#249; il avait adress&#233; au Biulleten un premier t&#233;moignage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lettre de Tarov : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/divers/tarov.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/divers/tarov.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Trotsky fait allusion &#224; l'&#233;pisode du &#171; comit&#233; syndical anglo-russe &#187;. Walter Citrine &#233;tait devenu Sir Walter, en r&#233;compense de ses bons et loyaux services, au lendemain de la dissolution de ce comit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] A l'&#233;poque de la deuxi&#232;me r&#233;volution chinoise, Staline, Molotov et Boukharine &#233;taient les dirigeants de l'I.C.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Chang Ka&#239;-chek, chef de l'arm&#233;e nationaliste du gouvernement de Canton et v&#233;ritable patron du Kuomintang &#233;tait, comme la plupart de ses officiers, li&#233; &#224; la classe des propri&#233;taires fonciers, directement menac&#233;s par la r&#233;volution &#224; la campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Les paragraphes ci-dessus constituent un r&#233;sum&#233; des positions d&#233;fendues depuis 1923 par l'Opposition de gauche russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] C'est en 1928 que la masse des militants de l'Opposition de gauche avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, certains condamn&#233;s &#224; la prison et la majo&#173;rit&#233; d'entre eux d&#233;port&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Cf. &#338;uvres 5, janvier-juin 1935, p. 351.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Trotsky fait allusion au massacre des cadres des S.A. - dont leur chef d'&#233;tat-major Ernst R&#246;hm - et de l'aile &#171; pl&#233;b&#233;ienne &#187; du parti nazi, pendant la &#171; Nuit des Longs Couteaux &#187; du 30 juin 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'expression du texte original russe est anglaise : &#171; elbow &#173;room &#187;. (N.d.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Maximilien de ROBESPIERRE (1758-1795) dirigea le Comit&#233; de Salut public - gouvernement r&#233;volutionnaire - en France de juillet 1793 &#224; 1794 et prolongea la Terreur, m&#234;me apr&#232;s avoir assur&#233; la situation militaire qui l'avait initialement justifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Stanislas V. Kossior (1889-1938), stalinien de choc, avait jou&#233; un r&#244;le important dans l'&#233;limination de l'Opposition de gauche en Ukraine et avait une r&#233;putation de f&#233;rocit&#233;. Son fr&#232;re, Vladimir V. Kossior (1891-1938), m&#233;tallo, membre de l'Opposition de gauche, &#233;tait en prison depuis 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Le &#171; consul &#233;tranger &#187; - vraisemblablement le consul de Lettonie Georg BISSENIEKS (1885-194 ?) - avait &#233;t&#233; introduit par le G.P.U. dans les &#171; aveux &#187; de Nikolaiev, l'assassin de Kirov, afin de &#171; d&#233;montrer &#187; qu'il existait un lien entre Trotsky et les terroristes. Trotsky avait d&#233;montr&#233; que le &#171; consul &#187; ne pouvait &#234;tre qu'un agent du G.P.U. L'&#171; officier de Wrangel &#187; &#233;tait un autre agent du G.P.U., Stroilov, ancien officier de l'arm&#233;e blanche pendant la guerre, qui avait propos&#233; en 1927 ses services &#224; un jeune militant de l'Opposition, Chtcherbakov, afin de &#171; d&#233;montrer &#187; que l'Opposition &#233;tait li&#233;e aux Blancs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Le front populaire en France n'a pas combattu contre la mont&#233;e fasciste</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7751</link>
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		<dc:date>2024-05-24T22:19:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le front populaire de 1936 en France est n&#233; soi-disant pour barrer la route au fascisme mais, une fois au gouvernement, il n'a rien fait de s&#233;rieux contre lui et a fini par lui servir de marche-pied&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt; &#192; la suite des &#233;meutes d'extr&#234;me droite de f&#233;vrier 1934, un grand mouvement ouvrier tente de s'organiser pour r&#233;pondre aux provocations de la R&#233;action... &lt;br class='autobr' /&gt;
Le foss&#233; entre la pr&#233;tention et l'engagement du Front populaire de d&#233;molir le fascisme en France et la r&#233;alit&#233; de l'inaction fondamentale (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique191" rel="directory"&gt;8- La contre-r&#233;volution&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le front populaire de 1936 en France est n&#233; soi-disant pour barrer la route au fascisme mais, une fois au gouvernement, il n'a rien fait de s&#233;rieux contre lui et a fini par lui servir de marche-pied&#8230;&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_17113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titre-5.jpg' width=&#034;290&#034; height=&#034;174&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite des &#233;meutes d'extr&#234;me droite de f&#233;vrier 1934, un grand mouvement ouvrier tente de s'organiser pour r&#233;pondre aux provocations de la R&#233;action...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le foss&#233; entre la pr&#233;tention et l'engagement du Front populaire de d&#233;molir le fascisme en France et la r&#233;alit&#233; de l'inaction fondamentale de son gouvernement face au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler en 1933 en Allemagne puis le mouvement fasciste en France en 1934 mettent en branle toute la classe ouvri&#232;re et les milieux populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.retronews.fr/politique/bonne-feuille/2018/06/15/les-journees-ouvrieres-de-1934-les-premisses-du-front-populaire&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.retronews.fr/politique/bonne-feuille/2018/06/15/les-journees-ouvrieres-de-1934-les-premisses-du-front-populaire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17112 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/456_defile_500000_1.jpg' width=&#034;640&#034; height=&#034;480&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin conclut sa chronique du Populaire par un avertissement &#224; ses lecteurs fran&#231;ais : la peste brune n'est pas une affaire de &#171; boches &#187;, mais une id&#233;ologie et un syst&#232;me international : &#171; Si nous ne p&#233;n&#233;trons pas jusqu'au fond de ses redoutables doctrines, si nous n'apprenons pas &#224; lui r&#233;pondre, nous subirons le sort des Italiens et des Allemands25. &#187; Quelques rapports de police, comme &#224; Lens (Pas-de-Calais) indiquent que &#171; la classe ouvri&#232;re suit avec la plus vive attention et non sans inqui&#233;tude la politique du gouvernement Hitler &#187; : &#171; Au cours du meeting tenu le premier mai, quelques orateurs, inquiets de l'an&#233;antissement du socialisme et du syndicalisme en Allemagne, demand&#232;rent &#224; l'orateur conf&#233;d&#233;r&#233; si le m&#234;me sort ne leur &#233;tait pas r&#233;serv&#233; un jour en France ; il leur fut r&#233;pondu que le r&#233;gime fasciste ne pourrait s'implanter dans notre pays. &#187; Mais, de mani&#232;re plus g&#233;n&#233;rale, l'ensemble des rapports pr&#233;fectoraux insistent sur &#171; l'&#233;moi &#187; (f&#233;vrier 1933, Doubs), la &#171; pr&#233;occupation &#187; (mars 1933, Dr&#244;me), &#171; l'attention &#187; (avril 1933, Finist&#232;re) que suscite la situation en Allemagne. Aux deux extr&#233;mit&#233;s du pays, dans deux d&#233;partements aussi rural pour le premier que le second est urbanis&#233;, le rapport du pr&#233;fet de Dordogne fait &#233;cho &#224; celui du commissaire de Feignies (Pas-de-Calais) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont toujours les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulent en Allemagne qui retiennent toute l'attention du public et l'on peut dire que tout ce qui s'y passe est aussit&#244;t comment&#233; par tout le monde&#8230; L'incendie du Reichstag est mis sur le compte des nazis qui ont profit&#233; de cette catastrophe pour s&#233;vir contre les r&#233;publicains, les socialistes et les communistes. Bien que la population s'attende &#224; tout de la part d'Hitler et de ses troupes d'assaut, les arrestations en masse ont provoqu&#233; un mouvement d'indignation &#224; l'&#233;gard des dirigeants du Reich &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crit le premier le 4 avril, alors que le second constate le 31 mai :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pendant le mois &#233;coul&#233;, l'attention du public a &#233;t&#233; plus particuli&#232;rement retenue par les &#233;v&#233;nements de politique ext&#233;rieure et principalement par ceux qui se d&#233;roul&#232;rent en Allemagne. Les manifestations tapageuses de ces derniers mois auxquelles la majorit&#233; de ce peuple exalt&#233; a pris part, n'ont pas manqu&#233; de laisser une profonde impression et le r&#233;cent discours du chancelier Hitler a &#233;t&#233; tr&#232;s comment&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la presse des partis de gauche, particuli&#232;rement &#224; l'&#233;chelle locale, plus sensible aux aspirations et inqui&#233;tudes des militants, plusieurs articles vont dans le m&#234;me sens. Un &#233;ditorial du Travailleur de l'Ain, hebdomadaire socialiste, souligne ainsi que &#171; depuis l'av&#232;nement de Hitler, l'hypnose du fascisme se r&#233;pand dans tous les esprits, surtout en France &#187;. &#171; Les fascismes varient : raciste, brutal, &#224; base socialiste en Allemagne. Corporatif, plus mod&#233;r&#233;, r&#233;actionnaire &#233;conomiquement, antisocialiste en Italie. Le cachet fasciste porte des initiales diff&#233;rentes. &#187; En France, o&#249; &#171; le d&#233;go&#251;t de l'hitl&#233;risme a impr&#233;gn&#233; tous les c&#339;urs &#187;, l'impuissance gouvernementale, l'hostilit&#233; envers les fonctionnaires, le d&#233;sarroi des esprits font peser le risque d'une &#171; dictature pacifique &#187;. Le Travailleur alpin, hebdomadaire communiste de la r&#233;gion de Grenoble, publie en d&#233;cembre 1933 une &#171; Lettre ouverte et anonyme &#224; Paul Faure et Maurice Thorez &#187; sign&#233;e &#171; d'un de ces nombreux prolos qui ne veulent pas &#234;tre fascistes &#187;. L'auteur en appelle &#224; l'unit&#233; devant la menace d'un fascisme qui vient &#171; soit &#224; faisceaux d&#233;couverts, soit &#8211; et c'est bien pire &#8211; envelopp&#233; dans le n&#233;o-socialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/103880?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pur/103880?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aggravation de la lutte de classes et surtout l'entr&#233;e en sc&#232;ne des bandes arm&#233;es de la r&#233;action n'ont pas moins profond&#233;ment r&#233;volutionn&#233; les organisations ouvri&#232;res. Le parti socialiste, qui jouait paisiblement le r&#244;le de la cinqui&#232;me roue du carrosse dans la III&#176; R&#233;publique, s'est vu contraint de r&#233;pudier &#224; moiti&#233; ses traditions cartellistes et m&#234;me de rompre avec son aile droite (n&#233;os). Dans le m&#234;me temps, les communistes accomplissaient l'&#233;volution inverse, mais sur une &#233;chelle infiniment plus vaste. Pendant des ann&#233;es ces messieurs avaient r&#234;v&#233; de barricades, de conqu&#234;te de la rue, etc. (ce r&#234;ve, il est vrai ; avait surtout un caract&#232;re litt&#233;raire). Apr&#232;s le 6 f&#233;vrier, comprenant que l'affaire &#233;tait s&#233;rieuse, les partisans des barricades se jet&#232;rent &#224; droite. Le r&#233;flexe spontan&#233; de ces phraseurs apeur&#233;s co&#239;ncidait d'une fa&#231;on frappante avec la nouvelle orientation de la diplomatie sovi&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant le danger que repr&#233;sente l'Allemagne hitl&#233;rienne, le Kremlin se tourna vers la France. Statu quo dans les rapports internationaux ! Statu quo dans le r&#233;gime int&#233;rieur de la France ! Espoirs de r&#233;volution socialiste ? Chim&#232;res ! Les milieux dirigeants du Kremlin ne parlent qu'avec m&#233;pris du communisme fran&#231;ais. Il faut donc garder ce qui existe pour ne pas risquer d'avoir pire. La d&#233;mocratie parlementaire en France ne se concevant pas sans les radicaux, faisons en sorte que les socialistes les soutiennent ; ordonnons aux communistes de ne pas g&#234;ner le bloc Blum-Herriot ; s'il est possible, faisons-les entrer eux-m&#234;mes dans ce bloc. Ni secousses, ni menaces ! Telle est l'orientation du Kremlin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Staline r&#233;pudie la r&#233;volution mondiale, les partis bourgeois fran&#231;ais ne veulent pas le croire. Ils ont bien tort ! En politique, une confiance aveugle n'est &#233;videmment pas une vertu sup&#233;rieure. Mais une m&#233;fiance aveugle ne vaut gu&#232;re mieux. Il faut savoir confronter les paroles avec les actes et discerner la tendance g&#233;n&#233;rale de l'&#233;volution pour plusieurs ann&#233;es. La politique de Staline, qui est d&#233;termin&#233;e par les int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie sovi&#233;tique privil&#233;gi&#233;e, est devenue fonci&#232;rement conservatrice. La bourgeoisie fran&#231;aise a tout lieu de faire confiance &#224; Staline. Le prol&#233;tariat fran&#231;ais a les m&#234;mes raisons de se m&#233;fier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s d'unit&#233; de Toulouse [2] , le &#034;communiste&#034; Racamond a donn&#233; de la politique du Front populaire une formule digne de passer &#224; la post&#233;rit&#233; : &#034;Comment vaincre la timidit&#233; du parti radical ?&#034; Comment vaincre la peur qu'a la bourgeoisie du prol&#233;tariat ? Tr&#232;s simplement : les farouches r&#233;volutionnaires doivent jeter le couteau qu'ils serraient entre leurs dents, se pommader les cheveux et arborer le sourire de la plus charmante des odalisques ; Vaillant-Couturier derni&#232;re mani&#232;re en sera le prototype. Sous la pression des &#034;communistes&#034; pommad&#233;s, que de toutes leurs forces poussaient &#224; droite les socialistes en train d'&#233;voluer vers la gauche, Blum a d&#251; changer une fois de plus de cap. Il le fit, heureusement, dans le sens habituel. Ainsi se constitua le Front populaire : compagnie d'assurance de banqueroutiers radicaux aux frais du capital des organisations ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le radicalisme est ins&#233;parable de la franc-ma&#231;onnerie. C'est tout dire. Lors des d&#233;bats qui eurent lieu &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s sur les Ligues, M. Xavier-Vallat rappela que Trotsky avait, &#224; une &#233;poque, &#034;interdit&#034; aux communistes d'adh&#233;rer aux loges ma&#231;onniques. M. Jammy Schmidt, qui est, para&#238;t-il, une autorit&#233; en la mati&#232;re, s'empressa d'expliquer cette interdiction par l'incompatibilit&#233; du bolchevisme despotique avec l'&#034;esprit de libert&#233;&#034;. Nous ne voyons pas la n&#233;cessit&#233; de pol&#233;miquer sur ce th&#232;me avec le d&#233;put&#233; radical. Mais aujourd'hui encore nous estimons que le repr&#233;sentant ouvrier qui va chercher son inspiration ou sa consolation dans la fade religion ma&#231;onnique de la collaboration des classes ne m&#233;rite pas la moindre confiance. Ce n'est pas par hasard si le Cartel s'est accompagn&#233; d'une large participation des socialistes aux loges ma&#231;onniques. Mais le temps est venu pour les communistes repentis d'en faire autant. Au demeurant, ces nouveaux initi&#233;s n'en seront que plus &#224; l'aise, en tablier, pour servir les vieux patrons du Cartel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire, nous dit-on non sans indignation, n'est nullement un cartel, mais un mouvement de masse. Les d&#233;finitions pompeuses ne manquent pas, certes, mais elles ne changent rien aux choses. Le but du Cartel a toujours &#233;t&#233; de freiner le mouvement de masse en l'orientant vers la collaboration de classe. Le Front populaire a exactement le m&#234;me but. La diff&#233;rence entre eux-et elle est de taille-, c'est que le Cartel traditionnel a vu le jour au cours des &#233;poques de stabilit&#233; et de calme du r&#233;gime parlementaire. Aujourd'hui que les masses sont impatientes et pr&#234;tes &#224; exploser, il est n&#233;cessaire de disposer d'un frein plus solide, avec la participation des &#034;communistes&#034;. Les meetings communs, les cort&#232;ges &#224; grand spectacle, les serments, le mariage du drapeau de la Commune avec le drapeau de Versailles, le tintamarre, la d&#233;magogie, tout cela n'a qu'un but : contenir et d&#233;moraliser le mouvement de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour se justifier devant les droites, Sarraut a d&#233;clar&#233; &#224; la Chambre que ses inoffensives concessions au Front populaire ne constituent rien de plus que la soupape de s&#251;ret&#233; du r&#233;gime. Cette franchise aurait pu para&#238;tre imprudente. Mais l'extr&#234;me-gauche la couvrit d'applaudissements. Sarraut n'avait donc aucune raison de se g&#234;ner. De toute fa&#231;on, il a r&#233;ussi &#224; donner, peut-&#234;tre sans le vouloir, une d&#233;finition du Front populaire : une soupape de s&#251;ret&#233; contre le mouvement de masse. En g&#233;n&#233;ral, M. Sarraut a la main heureuse pour les aphorismes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique ext&#233;rieure est la continuation de la politique int&#233;rieure. Ayant compl&#232;tement abandonn&#233; le point de vue du prol&#233;tariat, Blum, Cachin et Cie adoptent-sous le masque de la &#034;s&#233;curit&#233; collective&#034; et du &#034;droit international&#034;-le point de vue de l'imp&#233;rialisme national. Ils nous pr&#233;parent la m&#234;me politique d'abdication qu'ils ont suivie de 1914 &#224; 1918 en y ajoutant seulement : &#034;pour la d&#233;fense de l'U.R.S.S.&#034;. Quand, de 1918 &#224; 1923, la diplomatie sovi&#233;tique s'est fr&#233;quemment vue oblig&#233;e de louvoyer et de passer des accords, il ne vint jamais &#224; l'esprit d'une seule section de l'Internationale communiste qu'elle pourrait faire bloc avec sa bourgeoisie ! A elle seule, cette chose n'est-elle pas une preuve suffisante de la sinc&#233;rit&#233; de Staline quand il r&#233;pudie la r&#233;volution mondiale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#234;mes motifs qui poussent les chefs actuels de l'Internationale communiste &#224; se coller aux mamelles de la &#034;d&#233;mocratie&#034; dans la p&#233;riode de son agonie, ils d&#233;couvrent le radieux visage de la Soci&#233;t&#233; des Nations alors que la parcourt d&#233;j&#224; le hoquet de la mort. Ainsi s'est cr&#233;e une plate-forme de politique ext&#233;rieure commune entre les radicaux et l'Union sovi&#233;tique. Le programme int&#233;rieur du Front populaire est un assemblage de lieux communs qui permettent une interpr&#233;tation aussi libre que le Covenant de Gen&#232;ve. Le sens g&#233;n&#233;ral du programme est celui-ci : pas de changement. Or, les masses veulent du changement et c'est en cela que r&#233;side le fond de la crise politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;sarmant politiquement le prol&#233;tariat, les Blum, Paul Faure, Cachin, Thorez tiennent surtout &#224; ce qu'il ne s arme pas physiquement. La propagande de ces messieurs ne se diff&#233;rencie pas des sermons religieux sur la sup&#233;riorit&#233; des principes moraux. Engels qui enseignait que la possession du pouvoir d'Etat est une question de bandes arm&#233;es, Marx qui regardait l'insurrection comme un art, apparaissent aux d&#233;put&#233;s, aux s&#233;nateurs et maires actuels du Front populaire comme des sauvages du Moyen-Age. Le Populaire passe pour la centi&#232;me fois un dessin repr&#233;sentant un ouvrier d&#233;sarm&#233; avec cette l&#233;gende : &#034;Vous comprendrez que nos poings nus sont plus solides que toutes vos matraques.&#034; Quel splendide m&#233;pris pour la technique militaire ! A cet &#233;gard, le N&#233;gus lui-m&#234;me a des vues plus avanc&#233;es. Pour ces gens, les coups d'Etat en Italie, en Allemagne, en Autriche n'existent pas. Cesseront-ils de vanter les &#034;poings nus&#034;, quand La Rocque leur passera les menottes ? Par moment, on en arrive presque &#224; regretter de ne pouvoir faire subir cette exp&#233;rience &#224; messieurs les chefs, sans que les masses aient &#224; en souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu sous l'angle du r&#233;gime bourgeois, le Front populaire est un &#233;pisode de la rivalit&#233; entre le radicalisme et le fascisme pour gagner l'attention et les faveurs du grand capital. En fraternisant d'une fa&#231;on th&#233;&#226;trale avec les socialistes et les communistes, les radicaux veulent montrer au patron que le r&#233;gime n'est pas aussi malade que les droites le pr&#233;tendent ; que le danger de r&#233;volution est exag&#233;r&#233; ; que Vaillant-Couturier lui-m&#234;me a troqu&#233; son couteau contre un collier ; que par les &#034;r&#233;volutionnaires&#034; apprivois&#233;s on peut dissiper les masses ouvri&#232;res et, par cons&#233;quent, sauver le syst&#232;me parlementaire de la faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les radicaux ne croient pas &#224; cette manoeuvre ; les plus s&#233;rieux et les plus influents, Herriot en t&#234;te, pr&#233;f&#232;rent adopter une attitude d'attente. Mais en fin de compte eux-m&#234;mes ne peuvent pas proposer autre chose. La crise du parlementarisme est avant tout une crise de confiance de l'&#233;lecteur &#224; l'&#233;gard du radicalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'on n'aura pas d&#233;couvert le moyen de rajeunir le capitalisme il n'existera pas de recette pour sauver le parti radical. Celui-ci n'a le choix qu'entre diff&#233;rents genres de mort politique. Un succ&#232;s relatif aux prochaines &#233;lections n'emp&#234;cherait pas et m&#234;me ne retarderait pas bien longtemps son effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs du parti socialiste, les politiciens les plus insouciants de France, ne s'embarrassent pas de la sociologie du front populaire : personne ne peut rien tirer d'int&#233;ressant des interminables monologues de L&#233;on Blum. Quant aux communistes, qui sont extr&#234;mement fiers d'avoir pris l'initiative de la collaboration avec la bourgeoisie, ils pr&#233;sentent le Front populaire comme l'alliance du prol&#233;tariat avec les classes moyennes. Quelle parodie du marxisme ! Non, le parti radical n'est pas le parti de la petite bourgeoisie Il n'est pas davantage un &#034;bloc de la moyenne et de la petite bourgeoisie&#034;, selon la d&#233;finition absurde de la Pravda. Non seulement la moyenne bourgeoisie exploite la petite bourgeoisie sur le plan &#233;conomique comme sur le plan politique, mais elle est elle-m&#234;me une agence du capital financier. D&#233;signer, sous le terme neutre de &#034;bloc&#034;, des rapports politiques hi&#233;rarchiques fond&#233;s sur l'exploitation, c'est se moquer de la r&#233;alit&#233;. Un cavalier n'est pas un bloc homme-cheval. Si le parti Herriot-Daladier a des racines dans les masses petites-bourgeoises et, dans une certaine mesure, jusque dans les milieux ouvriers, c'est uniquement pour les duper dans l'int&#233;r&#234;t du r&#233;gime capitaliste. Les radicaux sont le parti d&#233;mocratique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Toute autre d&#233;finition est un leurre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du syst&#232;me capitaliste d&#233;sarme les radicaux en leur enlevant les moyens traditionnels qui leur permettaient d'endormir la petite bourgeoisie. Les classes moyennes commencent &#224; sentir, sinon &#224; comprendre, qu'on ne sauvera pas la situation par de mis&#233;rables r&#233;formes et qu'une refonte hardie du r&#233;gime actuel est devenue n&#233;cessaire. Mais radicalisme et hardiesse vont ensemble comme l'eau et le feu. Le fascisme se nourrit avant tout de la m&#233;fiance croissante de la petite bourgeoisie &#224; l'&#233;gard du radicalisme. On peut dire sans exag&#233;rer que le sort de la politique de la France ne tardera pas &#224; se d&#233;cider dans une large mesure selon la mani&#232;re dont sera liquid&#233; le radicalisme et selon que ce sera le fascisme ou le parti du prol&#233;tariat qui prendra sa succession, c'est-&#224;-dire qui h&#233;ritera de son influence sur les masses petites-bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un principe &#233;l&#233;mentaire de la strat&#233;gie marxiste est que l'alliance du prol&#233;tariat avec les petites gens des villes et des campagnes doit se r&#233;aliser uniquement dans la lutte irr&#233;ductible contre la repr&#233;sentation parlementaire traditionnelle de la petite-bourgeoisie. Pour gagner le paysan &#224; l'ouvrier, il faut le d&#233;tacher du politicien radical qui l'asservit au capital financier. Contrairement &#224; cela, le Front populaire, complot de la bureaucratie ouvri&#232;re avec les pires exploiteurs politiques des classes moyennes, est tout simplement capable de tuer la foi des masses dans les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires et de les jeter dans les bras de la contre-r&#233;volution fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi invraisemblable que cela paraisse, quelques cyniques essayent de justifier la politique du Front populaire en se r&#233;f&#233;rant &#224; L&#233;nine, qui, para&#238;t-il, a d&#233;montr&#233; qu'on ne pouvait pas se passer de &#034;compromis&#034; et notamment d'accords avec d'autres partis. Pour les chefs de l'Internationale communiste d'aujourd'hui, outrager L&#233;nine est devenu une r&#232;gle ; ils pi&#233;tinent la doctrine du fondateur du parti bolchevique et vont ensuite s'incliner a Moscou devant son mausol&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine a commenc&#233; sa t&#226;che dans la Russie tsariste, o&#249; non seulement les ouvriers, les paysans, les intellectuels, mais de larges milieux bourgeois combattaient l'ancien r&#233;gime. Si, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la politique du Front populaire avait pu avoir sa justification, il semblerait que ce f&#251;t avant tout dans un pays qui n'avait pas encore fait sa r&#233;volution bourgeoise. Messieurs les falsificateurs feraient bien d'indiquer dans quelle phase, &#224; quel moment et dans quelles circonstances le parti bolchevique a r&#233;alis&#233; en Russie un semblant de Front populaire ? Qu'ils fassent travailler leurs m&#233;ninges et fouillent dans les documents historiques !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks ont pass&#233; des accords d'ordre pratique avec les organisations r&#233;volutionnaires petites-bourgeoises pour le transport clandestin en commun des &#233;crits r&#233;volutionnaires, parfois pour l'organisation en commun d'une manifestation dans la rue ou pour riposter aux bandes de pogromistes. Lors des &#233;lections &#224; la Douma, ils ont eu recours, dans certaines circonstances et au deuxi&#232;me degr&#233; [3] , &#224; des blocs &#233;lectoraux avec les mench&#233;viks ou avec les socialistes r&#233;volutionnaires. C'est tout. Ni &#034;programmes&#034; communs ni organismes permanents, ni renoncement &#224; critiquer les alli&#233;s du moment. Ce genre d'accords et de compromis &#233;pisodiques, strictement limit&#233;s &#224; des buts pr&#233;cis-L&#233;nine n'avait en vue que ceux-l&#224;-n'avait rien de commun avec le Front populaire, qui repr&#233;sente un conglom&#233;rat d'organisations h&#233;t&#233;rog&#232;nes, une alliance durable de classes diff&#233;rentes li&#233;es pour toute une p&#233;riode-et quelle p&#233;riode !-par une politique et un programme communs-une politique de parade, de d&#233;clamation et de poudre aux yeux. A la premi&#232;re &#233;preuve s&#233;rieuse, le Front populaire se brisera et toutes ses parties constitutives en sortiront avec de profondes l&#233;zardes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du Front populaire est une politique de trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle du bolchevisme en ce qui concerne les blocs &#233;tait la suivante : Marcher s&#233;par&#233;ment, vaincre ensemble ! La r&#232;gle des chefs de l'Internationale communiste aujourd'hui est devenue : Marcher ensemble pour &#234;tre battus s&#233;par&#233;ment. Que ces messieurs se cramponnent &#224; Staline et &#224; Dimitrov, mais qu'ils s'arrangent pour laisser L&#233;nine en paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de ne pas s'indigner quand un lit les d&#233;clarations de chefs vantards qui pr&#233;tendent que le Front populaire a &#034;sauv&#233;&#034; la France du fascisme ; en r&#233;alit&#233;, cela veut tout simplement dire que nos h&#233;ros affol&#233;s se sont &#233;pargn&#233;s par leurs encouragements mutuels une frayeur plus grande encore. Pour combien de temps ? Entre le premier soul&#232;vement de Hitler et son arriv&#233;e au pouvoir, il s'est &#233;coul&#233; dix ann&#233;es, marqu&#233;es par des alternances de flux et de reflux. A l'&#233;poque, les Blum et les Cachin allemands ont maintes fois proclame leur &#034;victoire&#034; sur le national-socialisme. Nous ne les avons pas crus et nous n'avons pas eu tort. N&#233;anmoins, cette exp&#233;rience n'a rien appris aux cousins fran&#231;ais de Wels et de Thaelmann. Certes, en Allemagne, les communistes n'ont pas particip&#233; au Front populaire qui groupait la social-d&#233;mocratie, la bourgeoisie de gauche et le Centre catholique (&#034;alliance du prol&#233;tariat avec les classes moyennes&#034; !). En ce temps-l&#224;, l'Internationale communiste repoussait m&#234;me les accords de combat entre organisations ouvri&#232;res contre le fascisme. Les r&#233;sultats, on les conna&#238;t. Notre sympathie la plus chaleureuse pour Thaelmann, en tant que prisonnier des bourreaux, ne peut pas nous emp&#234;cher de dire que sa politique, c'est-&#224;-dire la politique de Staline, a plus fait pour la victoire de Hitler que la politique de Hitler lui m&#234;me. Ayant tourn&#233; casaque, l'Internationale communiste applique aujourd'hui en France la politique suffisamment connue de la social-d&#233;mocratie allemande. Est-il vraiment si difficile d'en pr&#233;voir les r&#233;sultats ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les prochaines &#233;lections parlementaires, quelle que soit leur issue, n'apporteront pas, par elles-m&#234;mes, de changements s&#233;rieux dans la situation : en d&#233;finitive, les &#233;lecteurs sont pri&#233;s de choisir entre un arbitre genre Laval et un arbitre genre Herriot-Daladier. Mais comme Herriot a tranquillement collabor&#233; avec Laval et que Daladier les a soutenus tous les deux la diff&#233;rence qui les s&#233;pare, si on la mesure &#224; l'&#233;chelle des probl&#232;mes historiques qui sont pos&#233;s, est insignifiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire croire que Herriot-Daladier sont capables de d&#233;clarer la guerre aux &#034;deux cents familles&#034; qui gouvernent la France, c'est duper impudemment le peuple. Les deux cents familles ne sont pas suspendues entre ciel et terre, elles constituent le couronnement organique du syst&#232;me du capital financier. Pour avoir raison des deux cents familles, il faut renverser le r&#233;gime &#233;conomique et politique au maintien duquel Herriot et Daladier ne sont pas moins int&#233;ress&#233;s que Tardieu et La Rocque. Il ne s'agit pas de la lutte de la &#034;nation&#034; contre quelques f&#233;odaux, comme la pr&#233;sente L'Humanit&#233; mais de la lutte du prol&#233;tariat contre la bourgeoisie, de la lutte des classes qui ne peut &#234;tre tranch&#233;e que par la r&#233;volution. Le complot anti-ouvrier des chefs du Front populaire est devenu le principal obstacle dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas dire d'avance combien de temps encore des minist&#232;res semi-parlementaires, semi-bonapartistes continueront &#224; se succ&#233;der en France et par quelles phases pr&#233;cises le pays passera au cours de la prochaine p&#233;riode. Cela d&#233;pendra de la conjoncture &#233;conomique nationale et mondiale, de l'atmosph&#232;re internationale, de la situation en U.R.S.S., du degr&#233; de stabilit&#233; du fascisme italien et allemand, de la marche des &#233;v&#233;nements en Espagne, enfin-et ce n'est pas le facteur le moins important-de la clairvoyance et de l'activit&#233; des &#233;l&#233;ments avanc&#233;s du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Les convulsions du franc peuvent h&#226;ter le d&#233;nouement. Une coop&#233;ration plus &#233;troite de la France avec l'Angleterre est de nature &#224; le retarder. De toute fa&#231;on, l'agonie de la &#034;d&#233;mocratie&#034; peut durer beaucoup plus longtemps en France que la p&#233;riode pr&#233;fasciste Br&#252;ning-Papen-Schleicher n'a dur&#233; en Allemagne ; mais elle ne cessera pas pour cela d'&#234;tre une agonie. La d&#233;mocratie sera balay&#233;e. La question est uniquement de savoir qui la balayera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre les deux cents familles, contre le fascisme et la guerre-pour la paix, le pain, la libert&#233; et autres belles choses-est, ou bien un leurre, ou bien une lutte pour renverser le capitalisme. Le probl&#232;me de la conqu&#234;te r&#233;volutionnaire du pouvoir se pose devant les travailleurs fran&#231;ais non pas comme un objectif lointain, mais comme la t&#226;che de la p&#233;riode qui s'ouvre. Or, les chefs socialistes et communistes non seulement se refusent &#224; proc&#233;der &#224; la mobilisation r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, mais ils s'y opposent de toutes leurs forces. En m&#234;me temps qu'ils fraternisent avec la bourgeoisie, ils traquent et expulsent les bolcheviks [4] . Telle est la violence de leur haine de la r&#233;volution et de la peur qu'elle leur inspire ! Dans cette situation, le plus mauvais r&#244;le est jou&#233; par les pseudo-r&#233;volutionnaires du type Marceau Pivert qui promettent de renverser la bourgeoisie, mais avec la permission de L&#233;on Blum !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8315&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article8315&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meilleur t&#233;moin de cette trahison est, malgr&#233; lui, le ministre &#171; socialiste &#187; Jules Moch, bras droit de L&#233;on Blum, cit&#233; ici dans son ouvrage &#171; Le front populaire, grande esp&#233;rance&#8230; &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avertissement : les remarques entre parenth&#232;ses dans le texte de Jules Moch sont celles de Mati&#232;re et R&#233;volution, pas de ce leader r&#233;formiste et bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s le soir du 6 f&#233;vrier 1934, alors que la bataille fait encore rage au centre de Paris, les deux f&#233;d&#233;rations de la Seine et de la Seine-et-Oise du Parti socialiste font porter un pli aux f&#233;d&#233;rations communistes correspondantes. &#171; Lees formations, y lit-on, tiennent la rue et leur audace cro&#238;t chaque jour. Les libert&#233;s de la classe ouvri&#232;re sont menac&#233;es. L'heure n'est plus aux divisions&#8230; La d&#233;mission de Daladier, le 7 f&#233;vrier 1934, est salu&#233;e avec enthousiasme par les &#233;meutiers d'extr&#234;me-droite et par les partis de droite&#8230; Le 7 et 8 f&#233;vrier, les communistes ne se pr&#233;occupent que de la manifestation qu'ils organisent seuls le 9 f&#233;vrier. (les communistes ne proposent encore pas du tout aux socialistes de manifester avec eux et les socialistes se gardent d'y participer) Elle sera brutale et sanglante. (les socialistes accusent encore les communistes de leurs violences antifascistes) Ainsi que l'&#233;crit L&#233;on Blum &#171; ils lancent dans les faubourgs du Nord et de l'Est de Paris l'&#233;trange attaque de la soir&#233;e et de la nuit du 9 f&#233;vrier, qui reste encore, elle aussi, l'un des points obscurs de l'histoire de cette p&#233;riode, dont l'objectif &#233;tait peut-&#234;tre une prise de pouvoir r&#233;volutionnaire par les troupes de choc communistes, mais qui n'avait en tout cas rien de commun avec la d&#233;monstration de force et de vigilance r&#233;publicaine que nous pr&#233;parions. &#187; (certes, le parti socialiste n'avait aucun objectif r&#233;volutionnaire et n'en aura certainement pas davantage quand partis socialistes et communistes seront unis au parti radical !) Malgr&#233; le refus des communistes d'organiser une d&#233;monstration en commun, les socialistes entendent r&#233;pliquer aux fascistes&#8230; La C.G.T. de L&#233;on Jouhaux r&#233;agit &#224; l'unisson du Parti socialiste. Ses militants pensent que la gr&#232;ve constitue la meilleure r&#233;plique au fascisme ; ils savent que, lorsque en 1920, un g&#233;n&#233;ral et un fonctionnaire allemands, von Luttwitz et Kapp, oblig&#232;rent le pr&#233;sident Ebert &#224; lui abandonner Berlin (notons que le socialiste Jules Moch ne s'&#233;tonne pas que le socialiste allemand Ebert ait &#233;t&#233; aussi facilement &#171; oblig&#233; &#187; de c&#233;der la capitale sans aucune r&#233;action de sa part), les syndicats eurent raison du coup d'Etat en cinq jours de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. (dire ici &#171; les syndicats eurent raison &#187; est une mani&#232;re social-d&#233;mocrate de cacher que la classe ouvri&#232;re n'a pas laiss&#233; faire le coup d'Etat militaire d'extr&#234;me droite et anti-ouvrier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une telle r&#233;plique jaillit d'ailleurs dans tous les milieux syndicaux&#8230; Press&#233;s par les militants, Jouhaux et ses amis d&#233;cid&#232;rent de lancer, le 12 f&#233;vrier, une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale indicative de la volont&#233; des travailleurs. (au lieu de la &#171; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#187; qui est &#224; dur&#233;e illimit&#233;e, on notera que celle de Jouhaux n'est rien de plus qu'une journ&#233;e d'inaction ! Rien de pr&#233;vu au-del&#224; du 12 ! Les dirigeants de la CGT pr&#233;textent qu'une &#171; gr&#232;ve avec la perte d'un seul jour de salaire sera beaucoup plus suivie qu'une action de dur&#233;e illimit&#233;e &#187; explique Moch)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux id&#233;es &#8211; gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et puissante manifestation &#8211; sont jumel&#233;es le 7 f&#233;vrier au soir. Ces d&#233;monstrations auront lieu le 12 f&#233;vrier&#8230; Que feront la CGTU (syndicat du parti communiste) et le Parti communiste ? Conseilleront-ils l'abstention ou organiseront-ils des contre-manifestations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGTU s'y ralli&#233;e&#8230; et elle a &#233;t&#233; un succ&#232;s, ni autobus, ni taxis, seules quelques rames de m&#233;tro, la totalit&#233; des ouvriers des manufactures d'Etat, la g&#233;n&#233;ralit&#233; de ceux du B&#226;timent, les quatre conqui&#232;mes des enseignants, les trois quart des m&#233;tallos, les deux tiers des fonctionnaires, etc. L'arr&#234;t des chemins de fer n'a &#233;t&#233; que symbolique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au dernier moment, les communistes d&#233;cident de se joindre au d&#233;fil&#233; socialiste&#8230; (on se souvient que le parti stalinien sort d'une p&#233;riode o&#249; il affirmait que l'ennemi social-d&#233;mocrate est pire que l'ennemi fasciste et avait refus&#233; en Allemagne toute action commune contre Hitler et Trotsky &#233;tait l'un des rares dirigeants &#224; pr&#244;ner en Allemagne l'unit&#233; ouvri&#232;re contre le fascisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important est que, sit&#244;t, les deux masses humaines (derri&#232;re les socialistes et la CGT et derri&#232;re les staliniens et la CGTU), c'est une immense et joyeuse fraternisation, avec les m&#234;mes cris repris d'une colonne &#224; l'autre, les m&#234;mes refrains entonn&#233;s. L'unit&#233; d'action se r&#233;alise spontan&#233;ment par la base (bel aveu de la part d'un des plus grands dirigeants socialistes !), sous les yeux des dirigeants boulevers&#233;s : L&#233;on Blum, L&#233;on Jouhaux, venus participer &#224; la manifestation socialiste, et des militants des F&#233;d&#233;rations de la Seine et de la Seine-et-Oise d'un c&#244;t&#233; ; de l'autre, Marcel Cachin et Jacques Duclos&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par une sorte de vague de fond, l'instinct populaire, la volont&#233; populaire avaient impos&#233; l'unit&#233; d'action des travailleurs organis&#233;s, pour la d&#233;fense de la R&#233;publique &#187;, &#233;crit encore L&#233;on Blum (en donnant comme unique objectif &#171; la d&#233;fense de la R&#233;publique &#187;, cette fameuse r&#233;publique bourgeoise qui r&#233;primait dans le sang les travailleurs et laissait prosp&#233;rer les fascistes !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En province comme &#224; Paris, l'unit&#233; d'action se r&#233;alise &#224; la base&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mai 1934, le Parti socialiste tient &#224; Toulouse son 31&#232;me congr&#232;s national&#8230; et adopte un plan d'action&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pr&#233;server contre les agressions fascistes sa propre existence &#187; (celle du Parti socialiste seul ?)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Organiser la d&#233;fense de tout ce que le fascisme menace : libert&#233;s civiques, libert&#233;s personnelles, libert&#233;s ouvri&#232;res et paix &#187; (on remarquera que cette &#171; d&#233;fense &#187; ne pr&#233;voit nullement l'auto-organisation des travailleurs par des comit&#233;s, des conseils, des assembl&#233;es souveraines de salari&#233;s)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; et, d'autre part, un programme offensif d'action contre la crise &#233;conomique &#187; (une politique gouvernementale qui, elle, serait offensive alors que l'action des travailleurs pour la d&#233;mocratie serait&#8230; d&#233;fensive !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Suite au 6 f&#233;vrier 34 fut conclu un pacte d'Unit&#233; d'action entre le PC et le PS, il devait aboutir au front Populaire. Or d&#232;s ce point de d&#233;part ces deux partis emmenaient la classe ouvri&#232;re &#224; la d&#233;faite, car dans leur accord les deux partis s'engageaient &#224; ce que des &#171; Comit&#233;s d'action &#187; &#233;lus par la base soient remplac&#233;s par des &#171; Comit&#233;s de coordination &#187; r&#233;unissant quelques &#171; responsables &#187; des deux partis. Le PC et le PS ne cherchaient qu'&#224; d&#233;fendre la place qu'ils occupaient dans un r&#233;gime au service de la bourgeoisie, contre les concurrents fascistes qui se pr&#233;sentaient. Un des buts de ce pacte &#233;tait de &#171; mobiliser la population laborieuse contre les organisations fascistes &#187;, de demander leur d&#233;sarmement et leur dissolution &#8230; &#224; l'Etat bourgeois. En &#233;touffant la voix des travailleurs organis&#233;s dans des comit&#233;s souverains qui se seraient coordonn&#233;s &#224; l'&#233;chelle du pays, d&#232;s le d&#233;part, le PC et le PS rendaient illusoire leur programme de lutte anti-fasciste, tout comme le fit la gauche r&#233;publicaine en Espagne contre Franco.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 septembre 1935, les partis socialistes et communistes signent &#171; une plate-forme d'action commune &#187;&#8230; qui r&#233;clame notamment la dissolution des ligues factieuses (extr&#234;me-droite fasciste)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Radicaux d&#233;cident &#224; leur congr&#232;s d'octobre 1935 de participer &#224; l'&#233;laboration du Programme du Rassemblement populaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un chapitre est consacr&#233; &#224; la libert&#233; et comprend le d&#233;sarmement et la dissolution des formations paramilitaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Vient ensuite la venue au pouvoir du Rassemblement et la vague des gr&#232;ves.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ligues factieuses sont dissoutes par d&#233;crets des 18 et 23 juin 1936. Puis des poursuites sont entam&#233;es contre La Rocque et son Parti Social Fran&#231;ais (P.S.F.) dans lequel le Gouvernement voit une tentative de reconstitution de ligue dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres mesures sont prises dans le m&#234;me esprit : &#233;puration dans la police, la garde mobile, les postes diplomatiques, le personnel dirigeant de la radio, des mises &#224; la retraite sans attribution de l'honorariat sont prononc&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ligues, consid&#233;r&#233;es comme factieuses, sont dissoutes en application d'une loi du 11 janvier 1936, donc ant&#233;rieure &#224; la victoire &#233;lectorale du Rassemblement populaire, qui vise les formations &#224; structure paramilitaire. Ce sont l'Association des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque, forte alors, disent ses dirigeants, de 400 000 membres, les Jeunesses patriotes, de Pierre Taittinger, la Solidarit&#233; fran&#231;aise, de Jean Renaud et les Francistes de Marcel Bucard&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'extr&#234;me droite ne peut pas r&#233;agir dans un premier temps. Face &#224; la vague grandissante des gr&#232;ves et des occupations d'usines, le patronat fran&#231;ais, apeur&#233;, ne souhaite aucune provocation et exige le calme et pas d'attaques anti-ouvri&#232;res.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez affirme en juin 1936 : &#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve ! &#187; et, s'opposant &#224; Marceau Pivert, auteur du fameux &#171; D&#233;sormais, tout est possible ! &#187;, il &#233;crit : &#171; Tout n'est pas possible ! &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la raison de cette attitude, elle contribue &#224; &#171; d&#233;r&#233;volutionnariser &#187; la gauche, &#224; la faire plus songer au pain, &#224; la libert&#233; et &#224; la paix, selon la devise du front populaire, qu'&#224; l'&#233;ventualit&#233; du &#171; Grand Soir &#187; (qu'&#224; la r&#233;volution sociale en somme, alors qu'elle est en germe dans les gr&#232;ves).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(En fait, en suivant la gauche r&#233;formiste, stalninienne comme social-d&#233;mocrate ou syndicale, qui d&#233;r&#233;volutionnarise tout combat des travailleurs, rien n'est jamais possible pour la classe ouvri&#232;re et m&#234;me pas de baillonner l'extr&#234;me droite. La classe ouvri&#232;re mobilis&#233;e en avait pourtant tout &#224; fait les moyens et l'envie. On se souvient que le point de d&#233;part de la mobilisation ouvri&#232;re de 1936 a &#233;t&#233; la lutte contre le fascisme. En l'absence de menace ouvri&#232;re r&#233;volutionnaire, l'extr&#234;me droite redresse rapidement la t&#234;te, sans r&#233;action gouvernementale ni de la gauche.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Onze jours apr&#232;s cette offensive gouvernementale contre les ligues vient la r&#233;plique. Le 29 juin, trois nouveaux partis politiques se cr&#233;ent : le Parti Social Fran&#231;ais (P.S.F.) du colonel de La Rocque, le Parti R&#233;publicain national et social de Pierre Taittinger et le Parti Populaire Fran&#231;ais (P.P.F.) de Jacques Doriot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit jours plus tard, contrattaque gouvernementale : une information est ouverte contre ces nouvelles formations, le 7 juillet, pour reconstitution de ligue dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(En fait, rien de sort dans l'imm&#233;diat de cette &#171; information &#187; et le parquet n'a m&#234;me communication du dossier que le 1er mars 1937. L'extr&#234;me droite ne sera jamais &#171; dissoute &#187; comme le proclamait le front populaire ! Pire m&#234;me, une partie de la gauche et du Rassemblement va progressivement rejoindre l'extr&#234;me droite et mener ainsi au pouvoir vichyste.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Doriot est le premier dirigeant fasciste issu de la gauche.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;quipe fondatrice du P.P.F. est form&#233;e d'ex-communistes, tels son pr&#233;sident, Jacques Doriot, et son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, Henri Barb&#233;, associ&#233;s &#224; des conservateurs et &#224; des fascistes. Le P.P.F. aurait compt&#233; 100 000 adh&#233;rents lors de son premier congr&#232;s en novembre 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Les autres groupes fascistes peuvent se mobiliser eux aussi, sans susciter de r&#233;elle r&#233;action du gouvernement, des syndicats, du parti socialiste et du parti communiste.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres du P.S.F. seraient (apr&#232;s l'interdiction gouvernementale) au nombre de 600 000. Le mouvement de Pierre Taittinger est de moindre importance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces trois mouvements nationaux d'agitation (expression du &#171; socialiste &#187; Moch pour parler des fascistes !), s'en ajoutent trois autres : les autonomistes alsaciens, le mouvement paysan et poujadiste de Dorg&#232;res, et enfin un mouvement clandestin, celui de la &#171; Cagoule &#187;, regroupe deux r&#233;seaux clandestins (le Comit&#233; social d'action r&#233;volutionnaire de Deloncle et le r&#233;seau Gorvignoles) sous la direction d'un ancien ing&#233;nieur du G&#233;nie Maritime, Eug&#232;ne Deloncle. Il s'est livr&#233; et se livrera encore &#224; divers attentats. A son exemple, les Francistes se r&#233;organisent clandestinement, apr&#232;s leur dissolution, sans adh&#233;rer &#224; aucun autre mouvement et sans attiter s&#233;rieusement l'attention. (Du moins l'attention tr&#232;s faible de la gauche, occup&#233;e &#224; imposer &#224; la classe ouvri&#232;re d'arr&#234;ter ses gr&#232;ves&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un regroupement de l'extr&#234;me droite unit le PPF de Doriot, le parti de Taittinger, la F&#233;d&#233;ration r&#233;publicaine de Louis Marin, un parti agraire dirig&#233; par Fleurant-Agricola, qui forment un &#171; Front de la libert&#233; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(L'extr&#234;me-droite ne se cache pas de ne pas ob&#233;ir aux ordres de dissolution du gouvernement qui ne s'appuie contre elle ni sur une vraie lutte l&#233;gale ni sur la mobilisation populaire.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 juillet 1936, apr&#232;s avoir ranim&#233; la flamme sur la tombe du Soldat inconnu &#224; l'Arc de Triomphe, un nombre assez imposant d'ex Croix de Feu, d'anciens membres des Jeunesses patriotes et les adh&#233;rents &#224; l'Union Nationale des Combattants se forment en cort&#232;ge sur les Champs-Elys&#233;es en scandant des slogans antis&#233;mites&#8230; La police a des ordres : elle les laisse descendre l'avenue des Champs-Elys&#233;es&#8230; (Et surtout, elle n'arr&#234;te personne !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 septembre 1936, les ex-Croix de Feu se regroupent &#224; l'Etoile pour faire face au rassemblement socialiste de porte Maillot et &#224; la grande f&#234;te socialiste de Luna-Park. La police les emp&#234;che de perturber Luna-Park. (sans nullement chercher &#224; les arr&#234;ter ni les inculper pour ligue dissoute.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Pendant qu'on constate l'absence de r&#233;pression polici&#232;re du gouvernement de front populaire &#224; l'&#233;gard des fascistes, les premi&#232;res attaques polici&#232;res contre les ouvriers qui poursuivent la gr&#232;ve et l'occupation des usines malgr&#233; les ordres de reprise du travail du gouvernement, du parti communiste, du parti socialiste et des syndicats.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette &#233;poque que Marx Dormoy, successeur de Salengro comme ministre de l'Int&#233;rieur, fait proc&#233;der &#224; la premi&#232;re expulsion polici&#232;re d'ouvriers occupant leur lieu de travail, la Chocolaterie des Gourmets. (Jusque-l&#224;, face &#224; la mar&#233;e montante des gr&#232;ves, le patronat avait demand&#233; au gouvernement de ne jamais r&#233;primer ouvertement de peut d'&#233;tendre l'incendie social.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'usine Sautter-Harl&#233;, &#224; Paris dans le 15e arrondissement, est occup&#233;e par les ouvriers depuis un mois&#8230; Le ministre Gasnier-Duparc arr&#234;te la gr&#232;ve en r&#233;quisitionnant l'usine au nom de la D&#233;fense nationale : son arr&#234;t compromet une fourniture d'appareils d'optique &#224; la Marine&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Le 16 mars 1937, la police de Blum ouvre le feu &#224; Clichy sur des contre-manifestants de gauche qui veulent s'opposer &#224; la tenue d'une r&#233;union publique d'une ligue pr&#233;tendument dissoute par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ici : &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusillade_de_Clichy&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusillade_de_Clichy&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Voici comment Jules Moch rapporte ce crime de son gouvernement : )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, h&#233;las, une trag&#233;die &#224; Clichy nous bouleverse et cr&#233;e de nouvelles difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le P.S.F. de La Rocque tient, ce soir-l&#224;, une r&#233;union dans une salle de cin&#233;ma de cette cit&#233; de banlieue de Paris ; le bruit court que La Rocque y viendra&#8230; Les &#233;lus (socialistes, communistes et socialistes-communistes) qui se partagent les mandats de maire, consieller g&#233;n&#233;ral et d&#233;put&#233;, sont d'accord pour r&#233;clamer l'interdiction de la r&#233;union. Le gouvernement s'y refuse. Les partis de gauche organisent le m&#234;me jour et &#224; la m&#234;me heure une r&#233;union de protestation devant la mairie. Les autorit&#233;s ont r&#233;clam&#233; que la manifestation n'aille pas vers le cin&#233;ma o&#249; sont les fascistes&#8230; Mais un millier de manifestants, ob&#233;issant peut-&#234;tre &#224; un mot d'ordre, foncent vers le cin&#233;ma. Le service d'ordre s'interpose&#8230; Des coups de feu sont tir&#233;s. (Moch essaie de ne pas dire que la police a tir&#233; mais tout le monde le sait aujourd'hui. Il reconnait ensuite que des balles &#171; ont &#233;t&#233; tir&#233;es par deux policiers abrit&#233;s derri&#232;re un camion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rel&#232;ve, h&#233;las, cinq morts, poursuit Moch !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rajoute : Qui a tir&#233; les premiers coups de feu, sans qu'aucun ordre ait &#233;t&#233; donn&#233;, aucune sommation effectu&#233;e ? Des policiers &#233;nerv&#233;s ou des provocateurs. (Et il lance ensuite quelques allusions laissant croire que le cort&#232;ge de gauche que le gouvernement venait de faire mitrailler aurait &#233;t&#233; infest&#233; d'agents provocateurs et de fascistes ! )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Les travailleurs ne sont pas dupes : le gouvernement de gauche a fait tirer sur une manifestation antifasciste de travailleurs de gauche !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enterrement des cinq victimes, le 19 mars, est suivi par une foule estim&#233;e &#224; 300 000 personnes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Blum a dit qu'il voulait d&#233;missionner, sans qu'on sache si cette d&#233;mission signifiait le moins du monde un d&#233;saveu pour le crime de la police. Mais il d&#233;missionne peu apr&#232;s, le 21 juin 1937, sur un d&#233;saccord qu'il estime sans doute bien plus important : le d&#233;bat sur les pouvoirs financiers.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Il n'y a pas eu de vote, pas de perte de voix de la gauche. Pourtant, Blum ne se contente pas de quitter la t&#234;te du gouvernement, il refuse qu'un socialiste ou dirigeant de gauche lui succ&#232;de, il veut que ce soit un du parti radical qui, soi-disant, est cens&#233; continuer l'&#339;uvre du Rassemblement populaire et du front populaire ! Blum a donn&#233; le signal de la faillite : d&#233;sormais, la d&#233;rive vers la droite ne va plus cesser. Et elle est cautionn&#233;e par la gauche puisque le gouvernement Chautemps est soutenu par le parti socialistes et le Rassemblement populaire. Mais en fait le front populaire est d&#233;j&#224; mort. Il a jou&#233; son r&#244;le : &#233;viter l'explosion ouvri&#232;re. Et maintenant, l'extr&#234;me droite peut se d&#233;chainer.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 septembre 1937, deux explosions ont lieu dans l'ouest de Paris&#8230; L'enqu&#234;te de police montre que les coupables appartiennent au Comit&#233; Secret d'Action R&#233;volutionnaire, dit CSAR ou encore Cagoule&#8230; Son chef, Eug&#232;ne Deloncle, pr&#233;vient l'&#233;tat-major de l'Arm&#233;e qu'un coup de main communiste aurait lieu dans la nuit du 25 novembre. Le g&#233;n&#233;ral de l'arm&#233;e de l'Air, Dusseigneur, de la deuxi&#232;me section depuis 1936 et cagoulard tente d'alerter ses coll&#232;gues en activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ce petit coup d'Etat d&#233;montre que la pr&#233;tendue purge des forces de r&#233;pression n'a nullement fait partir tous les fascistes ni de l'arm&#233;e ni de la police, et on verra par la suite que les fasciste P&#233;tain et Laval n'auront pas besoin de purger la police &#224; nouveau, cette fois des &#233;l&#233;ments de gauche, pour lui faire mener des actions d'extr&#234;me-droite tr&#232;s violentes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Mais on voit aussi que la classe ouvri&#232;re, elle, peut damer le pion des forces de r&#233;pression et aux fascistes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moch le reconnait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan social, on constate un renouveau sensible de gr&#232;ves avec occupation, depuis la d&#233;mission de L&#233;on Blum. Une tentative d'&#233;vacuation de l'usine de pneus Goodrich, men&#233;e par des forces de l'ordre avec des effectifs insuffisants, &#233;choue devant l'afflux d'ouvriers de toute la r&#233;gion et entraine en repr&#233;sailles une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d'une demi-journ&#233;e qui paralyse Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 13 janvier 1938, Chautemps, exposant &#224; la Chambre les raisons de l'aggravation sociale telles qu'il les voit, demande les pleins pouvoirs financiers. Il a une phrase malheureuse : &#171; Il est possible que certains hommes, que certains groupes donnant &#224; la classe ouvri&#232;re des conseils de violence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Cette fois le front populaire est publiquement mort, Chautemps appelant le Parti communiste &#224; se retirer du Rassemblement populaire avant de d&#233;missionner.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le minist&#232;re Chautemps, les gr&#232;ves se multiplient et, pour la premi&#232;re fois, une sentence rendue en application de la loi sur l'arbitrage obligatoire, est viol&#233;e par les ouvriers ; &#231;a et l&#224; des occupations d'usines sont signal&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Le parti socialiste accorde ses voix au gouvernement Daladier en avril 1938.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Les d&#233;crets-lois de Paul Reynaud vont d&#233;chirer les avanc&#233;es arrach&#233;es par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autoritarisme se d&#233;veloppe en France. Le 24 ao&#251;t 1939, un d&#233;cret-loi permet la saisie de toutes publications &#171; de nature &#224; nuire &#224; la d&#233;fense nationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(De nombreux dirigeants socialistes vont maintenant basculer dans le fascisme comme Paul Faure, le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du parti socialiste.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moch d&#233;plore : &#171; les plus venimeux seront les anciens socialistes pass&#233;s &#224; la collaboration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin des extraits de Jules Moch&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte qui se d&#233;roula dans les ann&#233;es 30 de la part des organisations ne f&#251;t donc pas celle de la d&#233;mocratie contre le fascisme, ni celle des partis de gauche contre l'extr&#234;me-droite. Toutes les organisations politiques ou syndicales qui faisaient le choix de servir l'Etat bourgeois, fournirent des personnalit&#233;s qui sont passeront au service du fascisme. Et les travailleurs ne doivent pas &#234;tre troubl&#233;s par ces volte-face qui n'en sont pas. Le 6 f&#233;vrier 1934 l'Association R&#233;publicaine de Anciens Combattants, proche du PC, participa &#224; la manifestation, &#224; laquelle L'Humanit&#233; avait appel&#233;e ! Le Parti socialiste connut d&#232;s 1933 une scission aboutissant au d&#233;part des &#171; n&#233;o-socialistes &#187; dont la devise &#233;tait &#171; Ordre, autorit&#233;, nation &#187;. Son chef M. D&#233;at finira dans les bras du fascisme. Le PCF vit le d&#233;part de J. Doriot, qui finira &#233;galement fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum a pr&#233;sent&#233; P&#233;tain dans, Le Populaire, organe du PS, en mars 1939, comme &#171; le plus noble, le plus humain de nos chefs militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du vote des pleins-pouvoirs &#224; P&#233;tain en juillet 1940, un socialiste ancien ministre du Front Populaire s'exprimait en des termes que nos militaires et policiers semblent reprendre aujourd'hui : &#171; Le Parlement va se charger des fautes communes. Ce crucifiement est n&#233;cessaire pour que le pays ne tombe pas dans les violences de l'anarchie. Retrouvons un orgueil national. Nous avons cru &#224; la libert&#233; individuelle, &#224; l'ind&#233;pendance de l'homme. Ce n'&#233;tait qu'une anticipation sur un avenir qui n'&#233;tait pas &#224; notre port&#233;e. &#187; Le PCF ne f&#251;t pas en reste. Entre la signature du pacte germano-sovi&#233;tique et l'offensive de l'Allemagne contre l'URSS qui y mit fin, le PCF, bien qu'interdit, sur ordre de Staline, offrit ses services &#224; P&#233;tain et &#224; l'occupant nazi, marchant sur les traces de Doriot. Seuls des militants &#233;trangers, souvent juifs, de la CGT-MOI, comme Krasucki et Manouchian, furent des r&#233;sistants de la premi&#232;re heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6254&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6254&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta en 1944 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une classe ouvri&#232;re prisonni&#232;re de la politique bourgeoise (Front Populaire, R&#233;sistance, etc...) qui pr&#233;tend lutter contre le fascisme dans le cadre du r&#233;gime capitaliste ne peut pas attirer &#224; elle les couches exploit&#233;es de la petite-bourgeoisie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les politiciens bourgeois et social-tra&#238;tres pr&#233;tendent que pour lutter contre le fascisme, il faut abandonner le programme r&#233;volutionnaire et faire front avec la bourgeoisie et la petite-bourgeoisie pour la d&#233;fense de la &#034;d&#233;mocratie&#034;. Mais ce qui int&#233;resse les couches exploit&#233;es de la petite-bourgeoisie ce n'est pas tant la &#034;d&#233;mocratie&#034;, qu'une issue &#224; leurs conditions de vie intol&#233;rables. Quant aux ouvriers, la d&#233;mocratie c'est le droit d'association, de presse, de gr&#232;ve, etc... pour mieux se d&#233;fendre contre les capitalistes. Or le syst&#232;me bourgeois &#034;d&#233;mocratique&#034; et ses politiciens maintiennent pour les petits-bourgeois aussi bien que pour les ouvriers l'exploitation et la mis&#232;re, tandis qu'ils s'efforcent le plus possible de limiter les v&#233;ritables droits d&#233;mocratiques. Si bien qu'&#224; la longue les couches exploit&#233;es de la petite-bourgeoisie cherchent une issue hors du r&#233;gime &#034;d&#233;mocratique&#034; (capitaliste) ; mais cette issue elles ne peuvent pas la trouver du c&#244;t&#233; du prol&#233;tariat si celui-ci, &#224; cause de la politique de ses dirigeants, est cramponn&#233; aux &#034;d&#233;mocrates&#034; c'est-&#224;-dire aux repr&#233;sentants de &#034;g&#244;che&#034; du capitalisme ; elles la chercheront alors du c&#244;t&#233; fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout ceci il r&#233;sulte que le principe fondamental de la lutte contre le fascisme est le suivant : pas d'union avec la bourgeoisie de &#034;gauche&#034; sur un programme &#034;d&#233;mocratique&#034; capitaliste, mais union de tous les d&#233;mocrates v&#233;ritables autour de la lutte prol&#233;tarienne contre la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite-bourgeoisie craint-elle cette action, comme le disent les bureaucrates ouvriers ? Rappelons seulement qu'entre le 12 f&#233;vrier 1934 et juin 1936, la classe ouvri&#232;re, ayant fait montre d'une grande d&#233;cision d'action qui laissait esp&#233;rer &#224; l'ensemble de la population laborieuse la lutte d&#233;cisive pour un r&#233;gime nouveau, la petite-bourgeoisie fit bloc (surtout dans la lutte) autour de l'action ouvri&#232;re. Ce n'est qu'&#224; partir du &#034;il faut savoir finir une gr&#232;ve&#034; de Thorez, pendant les gr&#232;ves de juin 1936, que l'espoir des masses fut d&#233;&#231;u. Les bureaucrates ouvriers ayant trahi le Front Unique prol&#233;tarien en faveur d'un front avec Daladier (Front Populaire), ce &#034;front&#034; sombra dans le marasme parlementaire et la d&#233;sillusion des masses ouvrit la voie &#224; la r&#233;action &#224; partir de 1937.&lt;br class='autobr' /&gt;
La v&#233;ritable lutte contre le fascisme est seulement la lutte anti-capitaliste. C'est donc, comme nous le disions au d&#233;but, par leur position de classe que les ouvriers se trouvent &#234;tre les vrais champions de la lutte anti-fasciste. Mais pour que la classe ouvri&#232;re constitue pour les couches exploit&#233;es petites-bourgeoises un p&#244;le d'attraction dans cette lutte, elle doit r&#233;aliser son unit&#233; de combat, pour devenir assez forte pour renverser la bourgeoisie. D'autre part elle doit pouvoir d&#233;fendre un programme capable de satisfaire les revendications de la petite-bourgeoisie, sur le terrain de la lutte r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2993&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2993&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Barta en 1944 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DIX ANNEES DE GUERRE CIVILE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le 6 f&#233;vrier 1934, sous pr&#233;texte de lutter contre la &#034;corruption&#034;, les bandes fascistes faillirent s'emparer du Palais Bourbon, une grande &#233;motion s'empara des ouvriers et des milieux populaires de Paris et de province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille encore de soi-disant chefs r&#233;p&#233;taient : &#034;La France n'est pas l'Allemagne&#034;. Mais en Allemagne aussi les ouvriers avaient &#233;t&#233; bern&#233;s par de pareils leaders qui leur disaient, en pr&#233;sence des bandes de Hitler, que &#034;l'Allemagne n'est pas l'Italie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'&#233;chec en ce qui concerne le but principal, la tentative fasciste du colonel de la Rocque et des diff&#233;rentes ligues paramilitaires ouvrait en France une &#233;poque de guerre civile qui ne pouvait se terminer que par la victoire du capitalisme sur les masses r&#233;duites &#224; l'impuissance et &#224; un niveau de vie inf&#233;rieur (&#034;vaincre la crise&#034;) ou par la victoire du socialisme, c'est-&#224;-dire l'expropriation des capitalistes par le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e en sc&#232;ne des bandes fascistes pour soutenir le capitalisme ouvrit la s&#233;rie des gouvernements extra-parlementaires, les gouvernements des d&#233;crets-lois et des mesures anti-d&#233;mocratiques, qui eurent ce caract&#232;re sans exception de Doumergue, en passant par L&#233;on Blum, jusqu'&#224; Daladier et Reynaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au coup fasciste les masses prol&#233;tariennes ripost&#232;rent par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 12 f&#233;vrier, qu'elles impos&#232;rent &#224; la direction capitularde de la CGT et de la SFIO, et au PC qui avait manifest&#233; seul le 9 f&#233;vrier. Par une politique instinctive et par une volont&#233; puissante de combat, les masses prol&#233;tariennes r&#233;alisaient ainsi l'unit&#233; prol&#233;tarienne de combat, par dessus la t&#234;te des vieilles organisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire des ann&#233;es qui suivirent peut se r&#233;sumer ainsi : les masses, et non seulement les masses ouvri&#232;res mais l'immense majorit&#233; de la population pauvre des villes et des campagnes, voulaient en finir avec un r&#233;gime qui les vouait &#224; la mis&#232;re et &#224; l'ins&#233;curit&#233;. Mais leur pouss&#233;e se heurta &#224; la politique des organisations ouvri&#232;res officielles (CGT, CGTU, SFIO, SFIC) qui, elles, s'accroch&#232;rent au cadavre pourrissant du parlementarisme. Les masses entr&#232;rent en lutte d'une fa&#231;on d&#233;cisive en juin 1936. Mais au lieu de pousser la lutte, &#224; travers les &#233;tapes n&#233;cessaires jusqu'au renversement de la bourgeoisie, le parti &#034;communiste&#034; donna le signal de la retraite sur la base des accords Matignon : &#034;il faut savoir finir une gr&#232;ve&#034;, tel est le &#034;bolch&#233;visme&#034; qu'enseigne Thorez aux travailleurs de France au moment-m&#234;me o&#249; la r&#233;volution espagnole se transformait en LUTTE ARMEE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'histoire de la classe ouvri&#232;re montre que si l'on n'ose pas aller jusqu'au bout, toute demi-victoire m&#232;ne &#224; une grande d&#233;faite. Juin 1936 fut une demi-victoire que le Front Populaire (alliance des partis ouvriers avec les agents &#034;d&#233;mocratiques&#034; de l'imp&#233;rialisme : Daladier, Sarraut, Cot, etc...) transforma en une grande d&#233;faite. A juin succ&#233;d&#232;rent les fusillades de Clichy en 1937, quand le &#034;socialiste&#034; Dormoy fit tirer sur les manifestants ouvriers. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de novembre 1938 &#224; laquelle les masses particip&#232;rent avec d&#233;vouement sous le coup des sanctions impitoyables prises par le gouvernement Daladier, &#233;choua parce qu'&#224; la t&#234;te des organisations se trouvaient les m&#234;mes chefs bons &#224; encaisser les cotisations, mais non &#224; se battre contre la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est la guerre imp&#233;rialiste &#224; l'ext&#233;rieur qui permit &#224; la bourgeoisie de porter le coup d&#233;cisif aux masses. De novembre 1939 &#224; juin 1940 Daladier et Reynaud introduisirent le syst&#232;me des camps de concentration, de la chasse &#224; l'&#233;tranger, des emprisonnements, des tortures et de la peine de mort contre les militants de la classe ouvri&#232;re adversaires de leur politique, montrant ainsi ce que cachait v&#233;ritablement l'&#233;cran du parlementarisme : l'Etat bourgeois, c'est-&#224;-dire &#034;des hommes arm&#233;s et des prisons&#034; (Engels).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s juin 1940, avec l'Occupation, ce syst&#232;me prit une ampleur exceptionnelle, sa violence d&#233;cupla, centupla le nombre des victimes. Mais en aurait-il &#233;t&#233; autrement si Reynaud &#233;tait rest&#233; au pouvoir derri&#232;re des troupes se battant sur le front ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agonie du capitalisme arriv&#233; au stade imp&#233;rialiste, ne laisse pas d'autre issue aux masses qu'une guerre civile men&#233;e jusqu'au bout, jusqu'au renversement du capitalisme. Sans cette volont&#233; du prol&#233;tariat d'aller jusqu'au bout dans sa guerre civile contre la bourgeoisie c'est la bourgeoisie qui m&#232;ne jusqu'au bout sa guerre imp&#233;rialiste &#224; l'ext&#233;rieur et sa guerre civile &#224; l'int&#233;rieur contre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIVE LA GUERRE CIVILE CONTRE LA BOURGEOISIE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/ldc24_020644.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1944/02/ldc24_020644.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POURQUOI LES OUVRIERS ONT-ILS FAIT LA GREVE GENERALE DU 12 FEVRIER 1934 ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous reproduisons une affiche publi&#233;e le 11 f&#233;vrier 1934 par l'union d&#233;partementale des syndicats du Haut-Rhin, le P.S. et le P.C. (&#224; l'&#233;poque S.F.I.C.), et qui rappellera aux ouvriers la signification de leur mouvement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GREVE GENERALE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action se lance au choc d&#233;cisif contre la classe ouvri&#232;re. Les amis et les protecteurs des Staviski et autres voleurs, les Chiappe et Tardieu, royalistes, fascistes de toutes sortes, fils d'une bourgeoisie engraiss&#233;e de la peine des ouvriers, veulent r&#233;tablir le r&#233;gime de la dictature, de la poigne, pour an&#233;antir avec la d&#233;mocratie et la r&#233;publique toutes les libert&#233;s p&#233;niblement arrach&#233;es par la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;tourner l'attention de sa responsabilit&#233; dans la crise, le ch&#244;mage et la mis&#232;re g&#233;n&#233;rale, la f&#233;odalit&#233; des banques et de l'industrie excite les masses contre le r&#233;gime.&lt;br class='autobr' /&gt;
On est sur le point d'&#233;tablir un Directoire compos&#233; d'une poign&#233;e de politiciens et g&#233;n&#233;raux aveugl&#233;ment soumis aux banques et au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les traitements et salaires de tous les travailleurs seront encore r&#233;duits et des lois d'exception &#233;toufferont dans l'oeuf toute r&#233;sistance. La dictature fasciste veut sauver une soci&#233;t&#233; capitaliste compl&#232;tement pourrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le peuple fran&#231;ais ne veut pas de dictature &#224; la Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re saura d&#233;fendre les libert&#233;s publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'ajoutera pas foi &#224; la campagne mensong&#232;re d'une presse &#224; la solde des capitalistes et des fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la meute d&#233;cha&#238;n&#233;e de la dictature doit s'opposer l'unanime refus de tous les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re en a assez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez de scandales, assez de ces fourberies et escroqueries qui ne seront pas arr&#234;t&#233;es par une dictature, mais simplement tenues secr&#232;tes. Assez de l'exploitation, du refus des poss&#233;dants de prendre les mesures r&#233;clam&#233;es par le peuple pour lutter contre le ch&#244;mage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les travailleurs, employ&#233;s et fonctionnaires doivent, par une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 24 heures, donner un premier avertissement aux puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cheminots, postiers, fonctionnaires, ouvriers et employ&#233;s des services publics, tramways, gaz, &#233;lectricit&#233;, employ&#233;s de banques, ouvriers des ateliers, usines et mines, vous cesserez le travail le 12 f&#233;vrier pour 24 heures !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montrez au fascisme pr&#234;t &#224; prendre le pouvoir que vous vous opposerez &#224; sa domination, par tous les moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/vdt06_012746.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1946/01/vdt06_012746.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front populaire de 1936 en France &#233;tait le pire ennemi de la gr&#232;ve ouvri&#232;re de masse contre la mis&#232;re, le fascisme et la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Luttes de classes en France en 1935, avant le front populaire</title>
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		<dc:date>2024-04-02T22:42:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>Fascisme</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Luttes de classes en France en 1935, avant le front populaire &lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte des travailleurs n'a pas &#233;t&#233; enclench&#233;e par la mise en place du gouvernement de front populaire, contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; souvent dit. C'est plut&#244;t l'inverse : la bourgeoisie n'a eu besoin du faux espoir, du d&#233;rivatif, de la tromperie et de l'encadrement, n&#233;s de l'alliance de la gauche (SFIO, PCF et CGT essentiellement) et du centre (parti radical), que parce que la classe ouvri&#232;re &#233;tait en pleine mont&#233;e des luttes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Luttes de classes en France en 1935, avant le front populaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La lutte des travailleurs n'a pas &#233;t&#233; enclench&#233;e par la mise en place du gouvernement de front populaire, contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; souvent dit. C'est plut&#244;t l'inverse : la bourgeoisie n'a eu besoin du faux espoir, du d&#233;rivatif, de la tromperie et de l'encadrement, n&#233;s de l'alliance de la gauche (SFIO, PCF et CGT essentiellement) et du centre (parti radical), que parce que la classe ouvri&#232;re &#233;tait en pleine mont&#233;e des luttes face &#224; la mis&#232;re, au ch&#244;mage, au fascisme et &#224; la marche &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des comit&#233;s de base antifascistes naissent parmi les travailleurs de France qui manifestent massivement contre l'extr&#234;me droite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1998_num_58_1_3744&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/xxs_0294-1759_1998_num_58_1_3744&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/pur/103880?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/pur/103880?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le front populaire sera arriv&#233; au pouvoir, il se chargera rapidement de d&#233;cevoir les espoirs mis en lui et de mener la France au pouvoir fasciste. Le front populaire de 1936 en France &#233;tait le pire ennemi de la gr&#232;ve ouvri&#232;re de masse contre la mis&#232;re, le fascisme et la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir ici : &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; va la France en fin 1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, certes, on s'est longtemps berc&#233; de l'id&#233;e que le fascisme n'avait rien &#224; voir avec ce pays. Car la France est une r&#233;publique, o&#249; toutes les questions sont tranch&#233;es par le peuple souverain au moyen du suffrage universel. Mais, le 6 f&#233;vrier, quelques milliers de fascistes et de royalistes, arm&#233;s de revolvers, de matraques et de rasoirs, ont impos&#233; au pays le r&#233;actionnaire gouvernement Doumergue, sous la protection duquel les bandes fascistes continuent &#224; grandir et &#224; s'armer. Que nous pr&#233;pare demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, certes, comme dans d'autres pays d'Europe -l'Angleterre, la Belgique, la Hollande, la Suisse, les pays scandinaves -, il existe encore un Parlement, des &#233;lections, des libert&#233;s d&#233;mocratiques ou tout au moins leurs d&#233;bris. Mais dans tous ces pays, la lutte des classes s'exacerbe dans le m&#234;me sens qu'auparavant en Allemagne et en Italie. Celui qui se console avec l'affirmation que &#034;la France n'est pas l'Allemagne&#034; est un imb&#233;cile sans espoir. Dans tous les pays agissent aujourd'hui des lois identiques, celles de la d&#233;cadence du capitalisme. Si les moyens de production demeurent entre les mains d'un petit nombre de capitalistes, il n'existe pas de salut pour la soci&#233;t&#233; qui est condamn&#233;e &#224; aller de crise en crise, de mis&#232;re en mis&#232;re, de mal en pis. Selon les pays, les cons&#233;quences de la d&#233;cr&#233;pitude et de la d&#233;cadence du capitalisme s'expriment sous des formes diverses et se d&#233;veloppent &#224; des rythmes in&#233;gaux. Mais le fond du processus est partout le m&#234;me. La bourgeoisie a conduit sa soci&#233;t&#233; &#224; la faillite. Elle n'est capable d'assurer au peuple ni le pain ni la paix. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi elle ne peut plus d&#233;sormais supporter l'ordre d&#233;mocratique. Elle est contrainte d'&#233;craser les ouvriers par la violence physique. Or il est impossible de venir &#224; bout du m&#233;contentement des ouvriers et des paysans au moyen de la seule police ; il est trop souvent impossible de faire marcher l'arm&#233;e contre le peuple, car elle commence &#224; se d&#233;composer et cela se termine par le passage d'une grande partie des soldats du c&#244;t&#233; du peuple. C'est pour ces raisons que le grand capital est contraint de constituer des bandes arm&#233;es sp&#233;cialis&#233;es, dress&#233;es &#224; la lutte contre les ouvriers, comme certaines races de chiens contre le gibier. La signification historique du fascisme est qu'il doit &#233;craser la classe ouvri&#232;re, d&#233;truire ses organisations, &#233;touffer la libert&#233; politique, et cela pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; les capitalistes sont incapables de continuer &#224; dominer et &#224; diriger par l'interm&#233;diaire du m&#233;canisme d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son mat&#233;riel humain, le fascisme le recrute surtout au sein de la petite bourgeoisie. Celle-ci est finalement ruin&#233;e par le grand capital et il n'existe pas pour elle d'issue dans la structure sociale actuelle : mais elle n'en conna&#238;t pas d'autre. Son m&#233;contentement, sa r&#233;volte, son d&#233;sespoir, les fascistes les d&#233;tournent du grand capital pour les diriger contre les ouvriers : On peut dire du fascisme qu'il est une op&#233;ration de &#034;luxation&#034; des cerveaux de la petite bourgeoisie dans l'int&#233;r&#234;t de ses pires ennemis. Ainsi, le grand capital ruine d'abord les classes moyennes puis, &#224; l'aide de ses mercenaires, les d&#233;magogues fascistes, il tourne contre le prol&#233;tariat la petite bourgeoisie sombrant dans le d&#233;sespoir. Ce n'est que par de tels proc&#233;d&#233;s de brigand que le r&#233;gime bourgeois parvient encore &#224; se maintenir Jusqu'&#224; quand ? Jusqu'&#224; ce qu'il soit renvers&#233; par la r&#233;volution prol&#233;tarienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti radical est le parti &#224; l'aide duquel la grande bourgeoisie entretenait les espoirs de la petite bourgeoisie en une am&#233;lioration progressive et pacifique de sa situation. Les radicaux n'ont pu jouer ce r&#244;le qu'aussi longtemps que la situation &#233;conomique de la petite bourgeoisie restait supportable, qu'elle n'&#233;tait pas v&#233;ritablement ruin&#233;e, qu'elle gardait espoir en l'avenir. Le programme des radicaux a toujours &#233;t&#233;, certes, un simple chiffon de papier. Ils n'ont accompli et ne pouvaient accomplir aucune r&#233;forme sociale s&#233;rieuse en faveur des travailleurs : la grande bourgeoisie qui d&#233;tient tous les v&#233;ritables leviers du pouvoir, les banques et la Bourse, la grande presse, les hauts fonctionnaires, la diplomatie, l'Etat-major, ne le leur e&#251;t pas permis. Mais ils obtenaient de temps &#224; autre, en faveur de leur client&#232;le, surtout en province, quelques petites aum&#244;nes et entretenaient par l&#224; les illusions des masses populaires. Ainsi en allait-il jusqu'&#224; la derni&#232;re crise. Actuellement, il devient clair, m&#234;me pour le paysan le plus arri&#233;r&#233;, qu'il ne s'agit pas d'une crise ordinaire passag&#232;re comme il y en eut un certain nombre avant la guerre, mais d'une crise de l'ensemble du syst&#232;me social. Il faut des mesures hardies et d&#233;cisives. Lesquelles ? Le paysan ne le sait pas. Personne ne le lui a dit comme il e&#251;t fallu le lui dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Alfred Rosmer, dans sa pr&#233;face au Journal d'exil de Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans les premiers jours de 1934, le pr&#233;texte d'une agitation contre le minist&#232;re radical alors au pouvoir, et contre le parlementarisme en g&#233;n&#233;ral, avait &#233;t&#233; fourni par un scandale financier dans lequel des hommes politiques &#233;taient plus ou moins compromis. De tels scandales &#233;clatent de temps &#224; autre dans tous les pays et sous tous les r&#233;gimes (en Angleterre, Lloyd George lui-m&#234;me...) et la guerre et l'apr&#232;s-guerre &#233;taient des temps particuli&#232;rement favorables &#224; leur &#233;closion. Durant tout un mois, des manifestations bruyantes s'&#233;taient d&#233;roul&#233;es chaque soir dans les alentours du Palais-Bourbon. Jeunesses patriotes profascistes, camelots de l'Action fran&#231;aise royaliste, Croix de feu, association nationaliste d'anciens combattants, occupaient rues et boulevards aux cris de : &#034; A bas les voleurs !&#034; La police, sous les ordres du pr&#233;fet Chiappe, complice des manifestants, les favorisait. Bien qu'il y e&#251;t, parmi ces d&#233;fenseurs de l'honn&#234;tet&#233;, des hommes qui avaient re&#231;u des subsides de l'escroc (l'enqu&#234;te ult&#233;rieure r&#233;v&#233;la que celui-ci avait distribu&#233; deux millions &#224; la &#034;grande&#034; et &#224; la &#034;petite&#034; presse, journaux de gauche et de droite avaient &#034; touch&#233; &#034;) ces d&#233;monstrations r&#233;p&#233;t&#233;es trouv&#232;rent un &#233;cho dans cette partie du public qu'il est toujours facile en France d'enr&#244;ler sous la banni&#232;re de l'antiparlementarisme &#8211; un antiparlementarisme loquace mais tout de surface &#8211; et furent encourag&#233;es par un premier succ&#232;s : le minist&#232;re pr&#233;sid&#233; par le radical Chautemps, dont un des membres se trouva impliqu&#233; dans l'affaire, se retira. Un autre radical, Daladier, reprenait le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour former le nouveau gouvernement, il proc&#233;da avec une telle h&#226;te et une si incroyable maladresse qu'il s'ali&#233;na les socialistes dont le concours lui &#233;tait pourtant indispensable. Le minist&#232;re, &#224; peine form&#233;, semblait peu viable. Cependant Daladier prit une s&#233;ri&#233; de mesures impr&#233;vues qui chang&#232;rent aussit&#244;t la situation. Pour reprendre les socialistes, il retire Chiappe de la pr&#233;fecture de police ; alors, ce sont les ministres du centre qui d&#233;missionnent. La confusion est compl&#232;te, et cette incoh&#233;rence n'est certes pas de nature &#224; renforcer la position du gouvernement ni celle des gauches, en g&#233;n&#233;ral. Par contre, elle favorise et encourage les hommes qui, de la coulisse, dirigent l'agitation. Et c'est alors qu'ils d&#233;cident d'en appeler &#224; un assaut g&#233;n&#233;ral dirig&#233; contre le Palais-Bourbon au jour o&#249; le nouveau minist&#232;re doit se pr&#233;senter devant les Chambres : c'est le Six F&#233;vrier 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Excit&#233;s par les dirigeants des Ligues, les manifestants attaqu&#232;rent furieusement en direction du Palais-Bourbon ; seule la r&#233;sistance des gardes mobiles les emp&#234;cha de franchir le pont de la Concorde, mais il y eut, cette fois, dix-neuf morts et de nombreux bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daladier parut d'abord r&#233;solu &#224; tenir t&#234;te aux Ligues r&#233;actionnaires, responsables directement de l'&#233;meute et de ses victimes. Sa r&#233;sistance ne dura qu'un matin ; dans l'apr&#232;s-midi du 7 f&#233;vrier, il porta sa d&#233;mission &#224; l'Elys&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation &#233;tait grave ; par leurs h&#233;sitations, leurs faiblesses, leur incoh&#233;rence, les radicaux avaient perdu tout cr&#233;dit, ils avaient vainement dilapid&#233; le capital de confiance que les &#233;lecteurs leur avaient, &#224; deux reprises, accord&#233;. Mais les dirigeants des Ligues, et leurs inspirateurs, n'&#233;taient pas moins impopulaires ni moins impuissants, et il n'y eut, chez quelques-uns d'entre eux, que des vell&#233;it&#233;s de coup d'Etat et de renversement du r&#233;gime. Pour l'instant, ils &#233;taient satisfaits d'avoir chass&#233; le minist&#232;re radical, et semblaient vouloir s'en contenter. Mais comment en sortir ? Et &#224; qui faire appel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'&#233;tait pas nouvelle pour le pr&#233;sident de la R&#233;publique, Albert Lebrun. Cette danse de minist&#232;res qui ne durent que quelques mois mais sont dirig&#233;s toujours par les m&#234;mes &#233;quipes, et la difficult&#233; d'assurer une certaine stabilit&#233; gouvernementale quand ce sont les hommes d'ordre qui se font &#233;meutiers, l'obligent &#224; chercher &#224; une situation exceptionnelle une solution exceptionnelle. Il est amen&#233; ainsi &#224; s'orienter vers une sorte d'union nationale qui mettrait fin &#224; ces querelles, d&#233;sormais pleines de p&#233;ril comme l'&#233;meute vient de le montrer. Pour cette politique, il tient un homme en r&#233;serve : son pr&#233;d&#233;cesseur &#224; l'Elys&#233;e, Doumergue. Il n'est rien de plus qu'un politicien habile, mais s'&#233;tant retir&#233; discr&#232;tement, son septennat achev&#233;, dans un village m&#233;ridional, il est en mesure de se placer, tel un arbitre, au-dessus des partis et de favoriser la formation d'un rassemblement national. D&#232;s avant le 6 f&#233;vrier, le pr&#233;sident Lebrun l'avait pressenti ; il avait alors refus&#233; de jouer ce r&#244;le, pr&#233;f&#233;rant demeurer dans son village, loin de l'agitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de l'&#233;meute, Lebrun se fit pressant ; les ouvriers se dressaient contre les Ligues, la crise &#233;conomique persistait, le nombre grandissant des ch&#244;meurs approchait cinq cent mille ; il dit &#224; Doumergue : &#034; Si vous refusez, je d&#233;missionne... Nous devons l'un et l'autre faire des sacrifices. &#034; D'autres influences agirent dans le m&#234;me sens et, finalement, Doumergue consentit &#224; quitter son village et &#224; rentrer dans la m&#234;l&#233;e politique, mais cette fois avec le prestige exceptionnel de l'homme jug&#233; indispensable. Pour former son gouvernement, il prend avec lui les chefs des deux formations politiques hostiles, Herriot et Tardieu ; Laval devient ministre pour la premi&#232;re fois, le n&#233;o-socialisme entre au minist&#232;re avec Marquet ; un des radicaux qui acceptent de donner leur caution &#224; cette op&#233;ration, Sarraut, est &#224; l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chambre lui donne une majorit&#233; massive : quatre cent deux d&#233;put&#233;s votent la confiance, et il n'y a que cent vingt-cinq opposants. Doumergue ne d&#233;daigne pas pour autant les manoeuvres famili&#232;res aux politiciens ; par un artifice de proc&#233;dure, L&#233;on Blum se trouve emp&#234;ch&#233; de faire entendre &#224; la tribune la voix de l'opposition ; il est r&#233;duit &#224; publier dans le Populaire le discours qu'il n'a pu prononcer ; l'apostrophe par laquelle il voulait saluer le nouveau gouvernement : &#034; Vous &#234;tes le minist&#232;re de l'&#233;meute ! &#034; est ainsi priv&#233;e du retentissement que lui aurait donn&#233; la tribune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa voix reste, d'ailleurs, isol&#233;e ; c'est, dans la quasi-unanimit&#233; de la presse, un concert de louanges d&#233;mesur&#233;es : &#034; Grand Fran&#231;ais ! Grand patriote ! &#034; &#034; Quelle joie d'avoir un tel pr&#233;sident ! &#034; &#034; Chef id&#233;al d'un gouvernement sauveur et r&#233;parateur ! L'homme dont la nation a besoin ! &#034; Le Figaro voudrait des ministres pris hors du Parlement. La Bourse est favorable, les rentes montent, le franc est solide. Tout y est, m&#234;me le chantage : &#034; Si Doumergue tombe, c'est la guerre civile &#034;, s'&#233;crie de K&#233;rillis dans l'Echo de Paris. &#034; Nous verrions repara&#238;tre ce Cartel qui vient de s'effondrer dans le sang et la boue, et qui, ivre de col&#232;re et de revanche, nous conduirait tout droit &#224; la guerre civile. &#034; Parlant &#224; la Radio, Doumergue demande la collaboration du pays tout entier : &#034; Il faut l'aider. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce minist&#232;re d'union nationale dura neuf mois (9 f&#233;vrier-8 novembre 1934). Son prestige initial avait &#233;t&#233; progressivement d&#233;clinant ; malgr&#233; les pleins pouvoirs qu'il s'&#233;tait fait octroyer, on le voyait tout aussi incapable que ses pr&#233;d&#233;cesseurs, aussi impuissant &#224; dominer les probl&#232;mes, qui depuis la fin de la guerre, angoissaient les Fran&#231;ais ; les acclamations des premiers jours &#233;taient oubli&#233;es ; son d&#233;part ne fut pas le signal de la guerre civile : c'est dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale qu'il repartit vers son village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le qu'il avait &#233;t&#233; appel&#233; &#224; jouer &#233;tait termin&#233; ; il avait &#233;t&#233; celui de l'arbitre d'une bataille o&#249; les combattants ne veulent ou ne peuvent s'engager &#224; fond. Au 6 f&#233;vrier des Ligues avait r&#233;pondu une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d'un jour, rassemblant dans la r&#233;gion parisienne une masse ouvri&#232;re num&#233;riquement consid&#233;rable, et il en avait &#233;t&#233; de m&#234;me dans toute la France. Et les choses en &#233;taient rest&#233;es l&#224;. Mais il ne s'agissait que d'une pause ; les conditions qui avaient favoris&#233; l'appel &#224; l'&#233;meute restaient aussi imp&#233;rieuses ; la flamb&#233;e r&#233;actionnaire qui avait atteint son point culminant au 6 f&#233;vrier pouvait para&#238;tre &#233;teinte ; il n'en &#233;tait rien. Si les hommes qui l'avaient pr&#233;par&#233;e se contentaient, provisoirement, d'avoir &#233;cart&#233; les radicaux du pouvoir, ils n'oubliaient pas que c'&#233;tait par l'&#233;meute qu'ils avaient atteint leur but et l'&#233;meute faisait d&#233;sormais partie de leur programme d'action. Un colonel des Isnards, conseiller municipal de Paris, membre du clan qui avait dirig&#233; l'&#233;meute, formula publiquement la pens&#233;e de ses partenaires : &#034; Il y a des cas o&#249; l'&#233;meute est un devoir sacr&#233;... Il &#233;tait utile de descendre dans la rue. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils tiraient la le&#231;on des &#233;v&#233;nements mieux que ne le faisaient les ouvriers, demeuraient agressifs, s'organisaient pour l'action clandestine, cr&#233;aient de nouvelles ligues dont les membres s'armaient ; leurs journaux &#233;taient d'une violence extr&#234;me ; par peur du communisme, la bourgeoisie fran&#231;aise glissait vers le fascisme et le national-socialisme : Mussolini et Hitler avaient montr&#233; comment on mate la classe ouvri&#232;re et comment on chasse le spectre de la r&#233;volution socialiste ; ils &#233;taient pour elle des mod&#232;les, m&#234;me quand l'un revendiquait Nice et la Tunisie, et quand l'autre d&#233;chirait le trait&#233; de Versailles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; va la France ? C'est la question qui s'impose. Trotsky la pose &#224; son tour, mais il indique tout de suite que pour pouvoir y r&#233;pondre il faut placer les &#233;v&#233;nements du jour dans une juste perspective que l'&#233;tude de situations identiques qui se sont d&#233;velopp&#233;es r&#233;cemment ailleurs permettra de pr&#233;ciser. Mais d'abord que sont ces r&#233;gimes nouveaux qu'on voit surgir ici et l&#224;, dans divers pays d'Europe ; ils s'&#233;difient sur les d&#233;combres des d&#233;mocraties que la guerre mondiale a affaiblies ou d&#233;truites &#8211; momentan&#233;ment ou pour toujours ? Ils sapent d&#233;lib&#233;r&#233;ment les bases traditionnelles de la d&#233;mocratie bourgeoise ou parlementaire ; ils triomphent et s'imposent par une grossi&#232;re d&#233;magogie qu'appuie une violence raisonn&#233;e m&#233;thodiquement appliqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La persistance de la crise &#233;conomique d&#233;clench&#233;e par l'effondrement de Wall Street en octobre 1929 dont les r&#233;percussions se font sentir &#224; travers le monde contribue &#224; compliquer une situation g&#233;n&#233;rale d&#233;j&#224; difficile. En France, o&#249; ses effets ne se sont manifest&#233;s qu'avec un assez long retard mais sont maintenant au plus haut point, elle se double d'une crise financi&#232;re que les cabinets radicaux tentent vainement de r&#233;soudre ; elle rend leur existence pr&#233;caire en les exposant aux coups d'adversaires sans scrupules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;normes d&#233;couverts qui gr&#232;vent les finances publiques facilitent les attaques des r&#233;actionnaires fascisants. Cependant les d&#233;ficits sont &#224; la fois le fait de la guerre et de leur politique ; ils ont &#233;t&#233; au pouvoir depuis la fin de la guerre &#8211; sauf deux br&#232;ves p&#233;riodes. Le budget de 1935 se soldera par un d&#233;ficit de six milliards auquel il faut ajouter celui des chemins de fer &#8211; quatre milliards, et les &#233;ch&#233;ances financi&#232;res s'&#233;l&#232;vent &#224; dix milliards. La sp&#233;culation a beau jeu ; elle s'exerce du dehors mais elle trouve des complicit&#233;s &#224; l'int&#233;rieur, et pr&#233;cis&#233;ment chez les ultra-nationalistes. Pour dominer cette situation, il faudrait proposer et imposer des mesures exceptionnelles, ne pas tol&#233;rer la dictature des banques. Quand Herriot demande des pouvoirs sp&#233;ciaux, le Parlement les lui refuse &#8211; comme il les a refus&#233;s lui-m&#234;me aux autres ministres radicaux qui se sont succ&#233;d&#233; au pouvoir depuis 1932 &#8211; et comme en 1926 il s'est born&#233; &#224; constater l'existence d'un &#034; mur d'argent &#034;, il ne fera que d&#233;noncer en paroles les &#034; naufrageurs de la monnaie &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si la bourgeoisie fran&#231;aise devient accueillante aux conceptions fascistes et nazies, si on peut voir ses journaux sacrifier d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'int&#233;r&#234;t national &#224; la d&#233;fense de ses privil&#232;ges, les organisations prol&#233;tariennes n'&#233;chappent pas &#224; une double contamination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#034; plan de travail &#034; imagin&#233; par le socialiste belge Henri de Man pour r&#233;soudre la crise, et d&#233;fendu par lui avec pers&#233;v&#233;rance, trouve un &#233;cho dans beaucoup de pays. En France, il favorise la formation, au sein du Parti socialiste, d'une tendance &#034; n&#233;o-socialiste &#034; sur les bases de ce planisme ; aux formules socialistes classiques qu'elle juge d&#233;su&#232;tes elle en oppose une autre o&#249; il n'y a plus rien de socialiste : &#034; Ordre, autorit&#233;, nation &#034; ; elle fait siennes les th&#232;ses du socialiste belge inspir&#233;es, selon ses propres paroles, &#034; de principes autoritaires et corporatistes nettement oppos&#233;s aux conceptions traditionnelles de la social-d&#233;mocratie &#034; et qui demandent la substitution &#224; l'Etat politique actuel d'un &#034; Etat &#233;conomique nouveau &#034;. Accentuant sa formule de &#034; l'Etat fort &#034;, de Man aboutissait &#224; cette conclusion : &#034; Ce n'est pas par la r&#233;volution qu'on peut arriver au pouvoir ; c'est par le pouvoir qu'on peut arriver &#224; la r&#233;volution. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce planisme et ce n&#233;o-socialisme, qui correspondent d&#233;j&#224; si exactement au soi-disant marxisme-l&#233;ninisme stalinien, trouvent un puissant renfort dans le brusque &#034; tournant &#034; que prend alors la politique de Staline, un de ces zigzags qui la jettent d'un coup d'un infantilisme gauchiste vers l'extr&#234;me-droite. L'arriv&#233;e de Hitler au pouvoir, puis le retrait de l'Allemagne de la Soci&#233;t&#233; des Nations, d'autres craquements dans l'Europe non viable fabriqu&#233;e &#224; Versailles, ont boulevers&#233; la situation internationale. Le gouvernement britannique, conservateur, s'efforcera d'apaiser l'inqui&#233;tude que ces &#233;v&#233;nements ont fait na&#238;tre. Eden ira &#224; Berlin, tentera de ramener Hitler sur une position conciliante : en vain. Mais il poursuivra son voyage jusqu'&#224; Moscou, o&#249; il trouvera le terrain d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233; pour un accord. La Russie a pris, &#224; Gen&#232;ve, la place abandonn&#233;e par l'Allemagne ; Litvinov, ministre de rechange des Affaires &#233;trang&#232;res, y tr&#244;ne, pronon&#231;ant des discours antifascistes ; les n&#233;gociations aboutiront &#224; la conclusion d'un pacte de s&#233;curit&#233; mutuelle ; Laval sera &#224; Moscou le 15 mai, et le lendemain les journaux publieront l'&#233;tonnant communiqu&#233; : &#034; ... M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de d&#233;fense nationale faite par la France pour maintenir sa force arm&#233;e au niveau de sa s&#233;curit&#233;. &#034; Du jour au lendemain, les chefs communistes de tous les pays feront une nouvelle mais totale conversion. Ainsi, tandis que hant&#233;e par le spectre du communisme la bourgeoisie fran&#231;aise s'est d&#233;compos&#233;e, parall&#232;lement, le prol&#233;tariat a &#233;t&#233; d&#233;moralis&#233; par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/journal/journal_preface.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/journal/journal_preface.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Journal d'exil de L&#233;on Trotsky s&#233;journant en France &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile d'imaginer une occupation plus p&#233;nible que la lecture de L&#233;on Blum. Cet homme cultiv&#233;, et intelligent &#224; sa mani&#232;re, on dirait qu'il s'est donn&#233; pour but dans la vie de ne rien dire d'autre que de plates inanit&#233;s et de pr&#233;tentieuses sottises. La cl&#233; de l'&#233;nigme, c'est qu'il est, politiquement, depuis longtemps p&#233;rim&#233;. Toute l'&#233;poque actuelle d&#233;passe sa taille. Son tout petit talent, valable pour les couloirs, prend un air pitoyable et nul dans l'effrayant tourbillon de nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le num&#233;ro d'aujourd'hui, il consacre un article au 6 f&#233;vrier. Bien s&#251;r, le fascisme n'a pas eu sa journ&#233;e ! Mais Flandin n'est tout de m&#234;me pas &#224; la hauteur : Les &#233;meutiers fascistes se fortifient contre sa faiblesse. Blum le fort reproche &#224; Flandin sa faiblesse. Blum pose &#224; Flandin un ultimatum : Pour ou contre l'&#233;meute fasciste ! Mais Flandin n'est nullement oblig&#233; de choisir. Toute sa &#034; force &#034; est dans le fait qu'il est entre l'&#233;meute fasciste et la d&#233;fense ouvri&#232;re. La r&#233;sultante tend d'autant plus vers le fascisme que Blum et Cachin sont plus faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a un jour laiss&#233; tomber cet aphorisme : La social-d&#233;mocratie et le fascisme sont jumeaux ! Les jumeaux, maintenant, ce sont la social-d&#233;mocratie et le stalinisme, Blum et Cachin. Ils font tout ce qu'il faut pour assurer la victoire du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me manchette triomphante dans l'Humanit&#233; : &#034; Ils n'ont pas eu leur journ&#233;e ! &#034; Ce triomphe du puissant &#034; Front Uni &#034;, c'est le faible Flandin qui l'a assur&#233;. La menace du Front Uni, de faire descendre les ouvriers sur la place de la Concorde, c'est-&#224;-dire d'exposer les masses sans armes et sans organisation aux revolvers et aux casse-t&#234;te de bandes militaris&#233;es, serait un criminel aventurisme, si c'&#233;tait une menace s&#233;rieuse. Mais il n'y a l&#224; qu'un bluff arrang&#233; d'avance avec le &#034; faible &#034; Flandin. Victor Adler (o&#249; est son parti ?) fut au bon vieux temps un ma&#238;tre in&#233;gal&#233; de cette tactique-l&#224;. Les invectives d'aujourd'hui contre Flandin dans le Popu aussi bien que dans l'Huma, ne sont que le camouflage de l'accord conclu hier avec lui. Ces Messieurs croient tromper l'histoire. Ils ne trompent qu'eux-m&#234;mes. Et le Temps, pendant ce temps-l&#224;, part en guerre contre la corruption et le d&#233;clin des m&#339;urs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur a interdit les contre-manifestations ouvri&#232;res pr&#233;vues pour le 11 f&#233;vrier. Du moment o&#249; Cachin-Blum exigent du &#034; faible &#034; Flandin la dissolution des ligues fascistes, ils le rendent par l&#224; m&#234;me suffisamment fort contre les organisations ouvri&#232;res. C'est typiquement le m&#233;canisme du n&#233;o-bonapartisme. Cachin-Blum, naturellement, vont dans leur presse maudire Flandin : c'est &#233;galement utile et &#224; Flandin et &#224; eux-m&#234;mes. Mais en leur for int&#233;rieur ces messieurs se r&#233;jouiront de l'interdiction des manifestations ouvri&#232;res : tout, Dieu aidant, va rentrer dans l'ordre, et ils pourront continuer leur utile activit&#233; d'opposition...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre des ch&#244;meurs recevant un secours est mont&#233; pendant ce temps &#224; quatre cent quatre-vingt-trois mille. Sur la question des ch&#244;meurs, Blum a fait intervenir Frossard au parlement. Cela signifie, &#224; l'adresse de la bourgeoisie : &#034; Ne vous inqui&#233;tez pas, Cette affaire de ch&#244;meurs ne vous menace en rien, conservez-nous seulement le parlement et nos libert&#233;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui le Popu et l'Huma s'&#233;tranglent d'enthousiasme parce que cent mille &#034; antifascistes &#034; ont d&#233;fil&#233; Place de la R&#233;publique. &#034; Quel admirable peuple ! &#034; &#233;crit Blum. Ces gens sont toujours &#233;tonn&#233;s quand les masses r&#233;pondent &#224; leur appel. Et ils ont raison d'&#234;tre &#233;tonn&#233;s, car depuis des dizaines d'ann&#233;es ils n'ont fait qu'abuser de la confiance de la masse. Cent mille ! Mais les condottieri du fascisme savent que ce n'est qu'une foule, rassembl&#233;e aujourd'hui et qui demain se sera dispers&#233;e. Vaillant-Couturier, ce snob qui a perverti la conception marxiste de la morale en un cynique d&#233;braill&#233;, tire la conclusion de la manifestation de la Place de la R&#233;publique : &#034; Sans d&#233;lai ! Les ligues fascistes doivent &#234;tre d&#233;sarm&#233;es et dissoutes ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ne pas se souvenir, &#224; ce propos, que le g&#233;n&#233;ral Gr&#246;ner, alors ministre de l'Int&#233;rieur, interdit les S.A., l'arm&#233;e de Hitler, par un d&#233;cret du 13 avril 1932. Et R&#246;hm &#233;crit &#224; ce sujet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aber nur die Uniformen und Abzeichen waren verschwunden. Nach wie vor &#252;bte die S.A. auf dem Truppen&#252;bungsplatz Doeberitz sowie auf anderen reichseigenen Pl&#228;tzen. Nur tr&#228;t sie jetzt nicht mehr als S.A. auf, sondern als Verein Deutscher Volkssport. (S. 184.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que le g&#233;n&#233;ral Gr&#246;ner n'&#233;tait pas seulement ministre de l'Int&#233;rieur, mais aussi ministre de la Reichswehr. En sa premi&#232;re fonction, et selon la conception de l'opportunisme parlementaire, il &#034; interdisait &#034; les S.A., et en sa seconde fonction il leur fournissait, aux frais de l'&#201;tat, toutes les commodit&#233;s n&#233;cessaires pour qu'elles continuassent de se d&#233;velopper. Cet &#233;pisode politique lourd de signification &#233;claire &#224; fond la sottise d&#233;sesp&#233;r&#233;e de cette revendication : d&#233;sarmer les fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction des ligues para-militaires, si le gouvernement fran&#231;ais jugeait n&#233;cessaire de recourir &#224; cette mesure &#8211; ce qui n'est pas exclu en principe &#8211; signifierait simplement que les fascistes seraient contraints, pour ce qui est de leur armement, de recourir &#224; un certain camouflage de surface, tandis que les ouvriers seraient effectivement priv&#233;s de la moindre possibilit&#233; l&#233;gale de pr&#233;parer leur d&#233;fense. Le mot d'ordre central du &#034; front unique &#034; est comme fait expr&#232;s pour aider la r&#233;action bourgeoise &#224; acculer l'avant-garde prol&#233;tarienne &#224; la clandestinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier Conseil National du parti socialiste fran&#231;ais atteste la force de la pression qui s'exerce sur l'&#233;tat-major parlementaire. L&#233;on Blum a reconnu qu'&#224; Tours, en 1920, il ne comprenait pas tout &#224; fait correctement le probl&#232;me de la prise du pouvoir, quand il soutenait qu'il fallait d'abord cr&#233;er les conditions de la socialisation, et ensuite... mais pourquoi ensuite lutter pour le pouvoir si les conditions de la socialisation peuvent &#234;tre cr&#233;&#233;es sans lui ! Ou alors B. a en vue les conditions &#233;conomiques, et non pas politiques. Mais ces conditions ne sont pas cr&#233;&#233;es, mais d&#233;truites au contraire par une lutte pour le pouvoir qui tra&#238;ne en longueur : le capitalisme ne se d&#233;veloppe pas, il se d&#233;compose. B. ne comprend pas davantage la situation maintenant. La lutte r&#233;volutionnaire pour le pouvoir, il y est contraint selon lui non par la situation g&#233;n&#233;rale du capitalisme, mais par la menace venant des fascistes, lesquels apparaissent &#224; ses yeux non comme le produit de la d&#233;composition du capitalisme, mais comme un danger ext&#233;rieur suspendu sur la paisible socialisation de la d&#233;mocratie (c'&#233;tait aussi la vieille illusion de Jaur&#232;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les chefs de la bourgeoisie soient aveugles devant les lois du d&#233;clin du capitalisme, c'est compr&#233;hensible : le mourant ne veut pas, ni ne peut, se rendre compte des &#233;tapes de sa propre agonie. Mais l'aveuglement de BIum et Cie, je crois bien qu'il d&#233;montre mieux que tout que ces messieurs sont, non pas l'avant-garde du prol&#233;tariat, mais tout au plus le flanc gauche, et le plus apeur&#233;, de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre mondiale, Blum consid&#233;rait (et il consid&#232;re en fait encore) que les conditions n'&#233;taient pas m&#251;res pour le socialisme. Quels na&#239;fs r&#234;veurs &#233;taient donc Marx et Engels, qui d&#232;s la seconde moiti&#233; du XIX&#232;me si&#232;cle attendaient la r&#233;volution sociale et s'y pr&#233;paraient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Blum il existe (pour autant qu'il existe quoi que ce soit pour lui dans ce domaine) on ne sait quelle &#034; maturit&#233; &#034; &#233;conomique absolue de la soci&#233;t&#233; pour le socialisme, une maturit&#233; qui se d&#233;termine d'elle-m&#234;me, par ses seuls sympt&#244;mes objectifs... J'ai men&#233; la lutte contre cette conception m&#233;caniquement fataliste d&#232;s 1905 (Voir &#034; Bilans et Perspectives &#034;). Apr&#232;s cela, il y a eu la R&#233;volution d'Octobre (sans parler de tout le reste), mais ces dilettantes parlementaires n'ont rien appris !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant que j'en puis juger par les journaux qu'on m'envoie, les laquais de Staline en France &#8211; Thorez et Cie &#8211; ont tram&#233; un v&#233;ritable complot avec les chefs social-d&#233;mocrates de droite pour mener campagne contre les &#034; trotskystes &#034;, en commen&#231;ant par les organisations de jeunesses. Pendant combien de temps Staline et Boukharine nous ont-ils qualifi&#233;s &#034; d&#233;viation social-d&#233;mocrate &#034;, puis social-fasciste ! En d&#233;pit de toute la diff&#233;rence de circonstances historiques, le bloc Blum-Cachin et leur lutte en commun contre le &#034; trotskysme &#034; rappellent &#233;tonnamment le bloc Kerensky-Tseretelli de 1912 et sa chasse &#224; courre au bolchevisme. Leurs points de ressemblance, c'est l'esprit born&#233; du petit-bourgeois &#034; radical &#034;, c'est sa terreur devant une situation mena&#231;ante, c'est son &#233;garement quand il sent le sol se d&#233;rober sous lui, c'est son horreur de ceux qui lui disent tout haut ses v&#233;rit&#233;s et lui pr&#233;disent son sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences &#8211; et des diff&#233;rences qui ne sont malheureusement pas minces &#8211; c'est :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) que les organisations ouvri&#232;res conservatrices (S.F.I.O., C.G.T.) jouent en France un r&#244;le incomparablement plus grand qu'en 1917 en Russie ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) que le bolch&#233;visme a &#233;t&#233; honteusement compromis par la caricature du parti stalinien ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) que toute l'autorit&#233; de l'Etat sovi&#233;tique a &#233;t&#233; mise en oeuvre pour d&#233;sorganiser et d&#233;moraliser l'avant-garde prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille historique en France n'est pas encore perdue. Mais le fascisme a en la personne de Blum et des laquais de Staline d'inestimables auxiliaires. Thorez a retourn&#233; sens dessus dessous tous les raisonnements, les arguments et les m&#233;thodes de Thaelmann. Mais m&#234;me retourn&#233;e sens dessus dessous, la politique du stalinisme reste essentiellement la m&#234;me. En Allemagne les deux appareils &#8211; social-d&#233;mocrate et communiste &#8211; en menant une lutte de parade foraine, d&#233;sax&#233;e, ignorant les proportions, charlatanesque, ont d&#233;tourn&#233; l'attention des travailleurs du p&#233;ril qui montait ; en France aussi les deux appareils se sont mis d'accord sur les illusions par lesquelles il est possible de d&#233;tourner les travailleurs de la r&#233;alit&#233;. Le r&#233;sultat est le m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la presse bourgeoise s&#233;rieuse soutient, couvre, prot&#232;ge les ligues arm&#233;es. La bourgeoisie s'est d&#233;finitivement p&#233;n&#233;tr&#233;e de la conscience de ce qu'elles ont de n&#233;cessaire et de salutaire. Les difficult&#233;s &#233;conomiques sont trop grandes. Une effervescence r&#233;volutionnaire est possible, in&#233;vitable m&#234;me. Il n'y a pas assez de police. Faire intervenir la troupe, surtout avec le service d'un an, c'est trop risqu&#233; : la troupe peut flancher. Que peut-il y avoir de plus s&#251;r que des d&#233;tachements fascistes sp&#233;cialement recrut&#233;s et entra&#238;n&#233;s ? Ceux-l&#224; ne flancheront pas et ne laisseront pas flancher l'arm&#233;e. Faut-il s'&#233;tonner que la bourgeoisie se cramponne des deux mains &#224; ses ligues arm&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Blum, il demande au gouvernement bourgeois un tout petit service : qu'il se d&#233;sarme. Rien de plus. Quotidiennement les Paul Faure, les Vaillant-Couturier, les Zyromsky r&#233;p&#232;tent cette stupide et ignominieuse &#034; exigence &#034;, qui ne peut que renforcer la confiance des fascistes en leur propre lendemain. Pas un seul de ces h&#233;ros d'op&#233;rette qui comprenne le s&#233;rieux de la situation. Ils sont condamn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#034; chefs &#034; du prol&#233;tariat continuent de d&#233;montrer &#224; l'envi leur l&#226;chet&#233; devant la r&#233;action, leur pourriture, leur aptitude v&#233;ritablement canine &#224; l&#233;cher la main qui leur a donn&#233; le fouet. La palme revient bien entendu &#224; Blum. Quelle magnifique tenue a &#233;t&#233; le 10 celle du peuple de Paris ! Quel calme ! quelle discipline ! Le gouvernement devrait comprendre de quel c&#244;t&#233; &#233;tait la volont&#233; populaire ! Flandin a &#233;t&#233; insult&#233; &#224; Notre-Dame, tandis que nous, nous n'avons pas offens&#233; R&#233;gnier d'un mot. Etc. En bref : &#034; De notre part, rien ne vous menace : pouvez-vous nous refuser le d&#233;sarmement des fascistes ? &#034; Mais a-t-on jamais vu la bourgeoisie faire des concessions &#224; ceux de la part de qui rien ne la menace ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la manchette de l'Humanit&#233; du 4 avril :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Coupure de journal coll&#233;e]&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Le gouvernement doit interdire la mobilisation rouge du 7 avril. &#034; (Ami du Peuple, ler avril.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, le ministre RADICAL R&#233;gnier ob&#233;it.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre protestation a &#233;t&#233; entendue. &#034; (Ami du Peuple, 3 avril.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Conclusion : LE GOUVERNEMENT EST AUX ORDRES DES FASCISTES !&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#201;crit &#224; la main, puis biff&#233; : ALORS ?]&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est pas leur derni&#232;re &#034; conclusion &#034; : ils en ont encore une autre : &#034; Exigeons plus que jamais la dissolution et le d&#233;sarmement des Ligues fascistes... &#034; par le gouvernement qui est aux ordres des fascistes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces gens-l&#224;, personne ne les sauvera !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[En marge du manuscrit, trois coupures de journaux fran&#231;ais ; premi&#232;re coupure]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. HENRI DORGERES SE DEFEND D'AVOIR, DANS SES PROPOS TENUS EN PUBLIC, OFFENSE LE CODE. IL RESTE D'AILLEURS TRES CONFIANT DANS L'ISSUE DES POURSUITES ENGAGEES CONTRE LUI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rouen, 11 avril. &#8211; M. Henri Dorg&#232;res, pr&#233;sident du comit&#233; de d&#233;fense paysanne du Nord-Ouest, est arriv&#233; &#224; Rouen ce matin, et a comparu devant M. Leroy, juge d'instruction.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci a proc&#233;d&#233;, en pr&#233;sence de M. Dorg&#232;res, &#224; la lev&#233;e des scell&#233;s et a commenc&#233; le d&#233;pouillement des dossiers saisis. M. Dorg&#232;res a &#233;t&#233; interrog&#233; sur les faits. Il a r&#233;pondu qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; r&#233;p&#233;ter les paroles prononc&#233;es par lui dans les r&#233;unions publiques, car elles n'avaient rien qui puisse motiver son inculpation.
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; J'ai demand&#233; notamment aux paysans, a dit M. Dorg&#232;res : &#034; Nous pourrions &#234;tre appel&#233;s &#224; vous demander de faire la gr&#232;ve de l'imp&#244;t. Seriez-vous pr&#234;ts &#224; r&#233;pondre oui ? &#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'interrogatoire a &#233;t&#233; suspendu &#224; midi pour reprendre &#224; 14 heures, mais &#224; ce moment M. Dorg&#232;res a mandat&#233; son secr&#233;taire, M. Lefebvre, pour assister &#224; l'ouverture des scell&#233;s, lui-m&#234;me devant se rendre &#224; Paris, o&#249; il prendra part, ce soir, &#224; une conf&#233;rence au Faubourg.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Dorg&#232;res, que nous avons rencontr&#233; au moment o&#249; il quittait le Palais de justice, accompagn&#233; de M. Suplice, pr&#233;sident du comit&#233; de d&#233;fense paysanne de la Seine-Inf&#233;rieure, et de M. Lefebvre, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du m&#234;me comit&#233;, nous a d&#233;clar&#233; :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je suis tr&#232;s tranquille sur l'issue de l'instruction car on ne peut trouver dans les dossiers saisis ou dans les paroles que j'ai prononc&#233;es dans les r&#233;unions publiques, rien qui puisse motiver des poursuites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Deuxi&#232;me coupure]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE CONFERENCE DE M. HENRI DORGERES SUR LA PAYSANNERIE FRAN&#199;AISE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, 5 avril. &#8211; Au th&#233;&#226;tre des Ambassadeurs, M. Henri Dorg&#232;res donnait, cet apr&#232;s-midi, une conf&#233;rence sur la paysannerie fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt;
On conna&#238;t la campagne que m&#232;ne M. Dorg&#232;res dans les milieux paysans, campagne illustr&#233;e par sa candidature &#224; la r&#233;cente &#233;lection l&#233;gislative de Blois. &#034; Le paysan sauvera la France &#034;, tel est le th&#232;me qu'a d&#233;velopp&#233; le conf&#233;rencier en s'attachant &#224; d&#233;montrer que les paysans repr&#233;sentent la partie de la nation qui est rest&#233;e saine, &#034; celle qui n'a pas connu dans la p&#233;riode d'apr&#232;s-guerre les plaisirs faciles, les dancings et les huit heures &#034;, et pour laquelle rien n'a &#233;t&#233; fait, assure-t-il, par les gouvernements successifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
M. Dorg&#232;res a fait l'apologie de la classe paysanne et une critique acerbe du r&#233;gime parlementaire, des parlementaires et de l'Etat, dont il demande la r&#233;forme au nom du corporatisme et de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Troisi&#232;me coupure]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE PROGRAMME AGRICOLE DU FRONT PAYSAN&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tours, 6 avril. &#8211; A l'issue d'une r&#233;union organis&#233;e cet apr&#232;s-midi, &#224; Tours, par le Front Paysan, sous la pr&#233;sidence de M. Dorg&#232;res, un ordre du jour a &#233;t&#233; vot&#233;, disant notamment :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Six mille agriculteurs r&#233;unis &#224; Tours, devant l'aggravation persistante de la crise, proclament leur volont&#233; de poursuivre une politique bas&#233;e sur le programme suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; 1&#186; D&#233;fense et extension de la propri&#233;t&#233; individuelle et sp&#233;cialement de la petite propri&#233;t&#233; paysanne ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; 2&#186; Lutte contre l'exc&#232;s de mesures &#233;tatistes et des charges fiscales ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; 3&#186; Lutte contre les trusts ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; 4&#186; Organisation professionnelle solidement charpent&#233;e ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; 5&#186; Revalorisation des produits agricoles.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Ils demandent aux pouvoirs publics :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; a) D'avoir une politique &#233;conomique qui permette &#224; tous les travailleurs, y compris ceux de la terre, de vivre de leur labeur ;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; b) De consulter la repr&#233;sentation agricole, chaque fois que les int&#233;r&#234;ts de la profession seront en jeu et sp&#233;cialement lors des n&#233;gociations des trait&#233;s de commerce, et protestent contre les r&#233;centes lois dites d'assainissement des march&#233;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse bourgeoise fait de la publicit&#233; &#224; Dorg&#232;res. Le chemin sur lequel il s'engage est le plus s&#251;r chemin de la pr&#233;paration d'une dictature fasciste. Les Dorg&#232;res minent l'impuissant parlementarisme des messieurs Chautemps en province, et quelqu'un, peut-&#234;tre de la Rocque lui-m&#234;me, qui n'est pas plus mal que Badinguet &#8211; portera ensuite le coup de gr&#226;ce &#224; la r&#233;publique parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le localisme correspond &#224; la diversit&#233; des conditions agraires en France. Les programmes fascistes et pr&#233;-fascistes provinciaux seront divers et contradictoires comme sont contradictoires les int&#233;r&#234;ts des diff&#233;rentes cat&#233;gories (vignerons, mara&#238;chers, c&#233;r&#233;aliers, etc.) et des diff&#233;rentes couches sociales de la paysannerie. Mais ce que tous ces programmes auront de commun, ce sera leur haine de la banque, du fisc, du trust et des l&#233;gislateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les idiots et les poltrons du Komintern opposent &#224; ce profond mouvement le programme des &#034; revendications partielles &#034;, mal recopi&#233;es de vieux cahiers d'&#233;colier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accord franco-sovi&#233;tique est sign&#233;. Tous les commentaires de la presse fran&#231;aise, sans consid&#233;rations de tendances, se rencontrent sur un point : l'importance de l'accord r&#233;side en ce qu'il lie l'U.R.S.S. et ne lui permet pas de jouer avec l'Allemagne ; mais nos vrais &#034; amis &#034; sont toujours l'Italie et l'Angleterre, plus la Petite Entente et la Pologne. L'U.R.S.S. est consid&#233;r&#233;e plut&#244;t comme un otage que comme un alli&#233;. Le Temps brosse un s&#233;duisant tableau de la parade militaire du 1er mai &#224; Moscou, mais ajoute tr&#232;s significativement : la force r&#233;elle d'une arm&#233;e se juge non d'apr&#232;s des parades, mais d'apr&#232;s la puissance industrielle, les coefficients de transport, de ravitaillement et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Potemkine a &#233;chang&#233; des t&#233;l&#233;grammes avec Herriot &#034; ami de mon pays &#034;. Au d&#233;but de la guerre civile, Potemkine &#233;choua au front, sans doute du fait d'une des innombrables mobilisations. Le front sud &#233;tait alors assign&#233; &#224; Staline, qui nomma Potemkine chef de la section politique d'une des arm&#233;es (ou des divisions ?). Au cours d'une tourn&#233;e je visitai cette section politique. Potemkine, que je voyais pour la premi&#232;re fois, me fit un discours d'accueil extraordinairement obs&#233;quieux et cauteleux. Les militants bolch&#233;viks, les commissaires, &#233;taient visiblement g&#234;n&#233;s. J'&#233;cartai presque Potemkine de la table, et, sans r&#233;pondre &#224; sa harangue, je me mis &#224; parler de la situation du front... Au bout d'un certain temps, le Politburo, Staline pr&#233;sent, prit en examen l'effectif des militants du front sud... Vint le tour de Potemkine. &#034; Un type insupportable, dis-je &#8211; visiblement pas du tout des n&#244;tres. &#034; &#8211; Staline prit sa d&#233;fense : il avait, &#224; l'entendre, ramen&#233; je ne sais quelle division du front sud &#034; &#224; la foi orthodoxe &#034; (c'est-&#224;-dire &#224; la discipline). Zinoviev, qui avait quelque peu connu Potemkine &#224; Piter [P&#233;tersbourg], se joignit &#224; moi : &#034; Potemkine, dit-il, ressemble au professeur Reisner, mais encore en pire. &#034; C'est l&#224;, me semble-t-il, que j'appris pour la premi&#232;re fois que Potemkine &#233;tait aussi un ancien professeur. &#8211; Et en quoi, au fait, est-il mauvais ? demanda L&#233;nine. &#8211; Un courtisan, r&#233;pondis-je. L&#233;nine, apparemment, comprit que je faisais allusion &#224; la servilit&#233; de Potemkine envers Staline. Mais c'est une id&#233;e qui ne m'&#233;tait m&#234;me pas venue. Je pensais simplement &#224; l'inconvenant discours d'accueil que Potemkine m'avait adress&#233;. Je ne me rappelle plus si j'ai dissip&#233; le malentendu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er mai s'est d&#233;roul&#233; en France sous le signe de l'humiliation et de la faiblesse. Le ministre de l'Int&#233;rieur avait interdit les manifestations, m&#234;me au bois de Vincennes, et effectivement, malgr&#233; les rodomontades et les menaces de l'Humanit&#233;, il n'y a pas eu de manifestations. Le 1er mai n'est que la continuation et l'illustration de tout le d&#233;roulement de la lutte. Si en mars et en avril les organisations dirigeantes ne font que retenir, freiner, d&#233;sorienter, d&#233;moraliser, il n'y a &#233;videmment pas de miracle qui puisse susciter &#224; une date d&#233;termin&#233;e du calendrier, le 1er mai, une explosion de r&#233;solution offensive. L&#233;on Blum et Marcel Cachin continuent comme auparavant de frayer la route au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier les journaux ont publi&#233; le communiqu&#233; officiel relatif aux n&#233;gociations de Laval &#224; Moscou. En voici le passage le plus essentiel, le seul essentiel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Coupure de journal fran&#231;ais coll&#233;e ; la deuxi&#232;me et la troisi&#232;me phrase mises entre guillemets et soulign&#233;es &#224; la main]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont &#233;t&#233; pleinement d'accord pour reconna&#238;tre dans l'&#233;tat actuel de la situation internationale les obligations qui s'imposent aux Etats sinc&#232;rement attach&#233;s &#224; la cause de la paix et qui ont clairement manifest&#233; cette volont&#233; de paix par leur participation &#224; toute recherche de garanties mutuelles, dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me du maintien de la paix. &#034; Le devoir, tout d'abord, leur incombe de ne laisser affaiblir en rien les moyens de leur d&#233;fense nationale. A cet &#233;gard, M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de d&#233;fense nationale faite par la France pour maintenir sa force arm&#233;e au niveau de sa s&#233;curit&#233;. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beau bien conna&#238;tre le cynisme politique de Staline, son m&#233;pris des principes, son pragmatisme &#224; courte vue, je n'en croyais tout de m&#234;me pas mes yeux en lisant ces lignes. Le rus&#233; Laval a su par o&#249; prendre le bureaucrate vaniteux et born&#233; ; Staline s'est sans aucun doute senti flatt&#233; par la pri&#232;re que lui a adress&#233;e le ministre fran&#231;ais, d'&#233;mettre son jugement sur l'armement de la France : il ne s'est m&#234;me pas g&#234;n&#233; de s&#233;parer sur ce point son nom de ceux de Molotov et Litvinov. Le commissaire du peuple aux Affaires &#233;trang&#232;res &#233;tait certainement enchant&#233; de ce franc et irr&#233;parable coup de pied au Komintern. Molotov &#233;tait peut-&#234;tre un peu g&#234;n&#233;, mais qu'importe Molotov ? Derri&#232;re lui se tient d&#233;j&#224; la &#034; rel&#232;ve &#034; en la personne de Tchoubar. Quant &#224; Boukharine et Radek, journalistes officiels, ils expliqueront tout comme il convient pour &#034; le peuple &#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant le communiqu&#233; du 15 mai ne passera pas impuni. La question est trop aigu&#235;, et trop impudique la trahison. Car c'est une trahison !... Apr&#232;s la capitulation du parti communiste allemand devant Hitler, j'&#233;crivais : C'est le 4 ao&#251;t (1914) de la Troisi&#232;me Internationale. Quelques amis objectaient alors : le 4 ao&#251;t &#233;tait une trahison, et ici il n'y a eu &#034; que &#034; capitulation. Mais c'est bien l&#224; le point : la capitulation sans combat mettait &#224; nu une pourriture int&#233;rieure d'o&#249; d&#233;coulait in&#233;vitablement l'effondrement qui devait suivre. Le communiqu&#233; du 15 mai est, lui, dans le plein sens du mot, l'acte notari&#233; de la trahison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti communiste fran&#231;ais re&#231;oit un coup mortel. Ses pitoyables &#034; chefs &#034; r&#233;pugnaient &#224; adopter ouvertement la plate-forme du social-patriotisme ; ils comptaient amener les masses &#224; la capitulation progressivement et insensiblement. Leur man&#339;uvre perfide est maintenant mise &#224; nu. Le prol&#233;tariat ne pourra qu'y gagner. La cause de la nouvelle Internationale va avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne caract&#233;rise mieux le r&#233;formisme de gauche et gauchisant que son attitude &#224; l'&#233;gard de la Soci&#233;t&#233; des Nations. La direction de la S.F.I.O. (Blum et Cie) a adopt&#233; (en paroles) un programme o&#249; il est d&#233;clar&#233; indispensable de d&#233;truire l'armature bourgeoise du pouvoir et de la remplacer par un Etat ouvrier-paysan. En m&#234;me temps Blum voit dans la Soci&#233;t&#233; des Nations le commencement d'une organisation internationale &#034; d&#233;mocratique &#034;. Comment il entend &#034; d&#233;truire &#034; l'armature nationale de la bourgeoisie et en m&#234;me temps conserver ses organismes internationaux - voil&#224; qui serait une &#233;nigme - si v&#233;ritablement Blum avait l'intention de &#034; d&#233;truire &#034; quoi que ce soit. En r&#233;alit&#233; son intention est d'attendre humblement que la bourgeoisie veuille bien d&#233;truire elle-m&#234;me son &#034; armature &#034;... Il faut d&#233;velopper cette id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Suit, coll&#233;e et repli&#233;e, une revue de presse extraite (sans r&#233;f&#233;rence) d'un journal fran&#231;ais]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DANS LES JOURNAUX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES COMMUNISTES FRAN&#199;AIS OB&#201;IRONT-ILS A STALINE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le communiqu&#233; final, qui a cl&#244;tur&#233; les entretiens de M. Laval avec Staline, Litvinoff et Molotoff &#034; approuve pleinement la politique de d&#233;fense nationale faite par la France pour maintenir sa force arm&#233;e au niveau de sa s&#233;curit&#233; &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de reproduire &#224; ce sujet les commentaires des journaux du front commun. On remarquera que les explications de L'Humanit&#233; n'expliquent rien et que finalement, tr&#232;s embarrass&#233;s, les communistes fran&#231;ais restent contre l'arm&#233;e fran&#231;aise...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; (M. Magnien) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a justement dit approuver les mesures de d&#233;fense prises &#224; l'&#233;gard des forces hitl&#233;riennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; peut venir le danger d'agression ? Du fascisme hitl&#233;rien qui refuse de participer &#224; toute mesure de paix, multiplie les efforts vers Memel, vers l'Autriche, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assistance mutuelle implique les mesures appropri&#233;es de d&#233;fense de la paix. D'ailleurs, la politique de paix de l'Union sovi&#233;tique, orient&#233;e vers les int&#233;r&#234;ts des masses travailleuses de l'U.R.S.S. comme de tous les pays, tend constamment au d&#233;sarmement. L'organisation collective de la paix postule le d&#233;sarmement, car la s&#233;curit&#233; assur&#233;e pour tous, les conditions du d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral et simultan&#233; seront &#233;galement assur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; nous, communistes fran&#231;ais, notre ligne de conduite n'en est pas modifi&#233;e. L'U.R.S.S. traite avec des gouvernements bourgeois, puisqu'elle est entour&#233;e de gouvernements bourgeois. Mais les travailleurs savent pertinemment qu'ils ne peuvent se fier &#224; leur bourgeoisie pour d&#233;fendre la paix. [Soulign&#233; &#224; la main par Tr.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes fran&#231;ais, les travailleurs fran&#231;ais ne peuvent pas avoir confiance dans les dirigeants de l'arm&#233;e de la bourgeoisie fran&#231;aise. Parmi les officiers de Weygand sont de nombreux fascistes, des hommes des Croix de feu et des hitl&#233;riens fran&#231;ais. Tous les actes des fascistes fran&#231;ais - que couvre le gouvernement fran&#231;ais - prouvent que leurs sympathies vont &#224; Hitler, au fascisme allemand, principal fauteur de guerre en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communistes et les travailleurs fran&#231;ais qui m&#232;nent la lutte acharn&#233;e contre le fascisme, savent que ces hommes sont pr&#234;ts &#224; trahir le pacte franco-sovi&#233;tique pour s'allier &#224; Hitler contre l'U.R.S.S. La force que la France peut mettre au service de la d&#233;fense de la paix, elle ne peut &#234;tre s&#251;re que sous la puissance de l'action des masses travailleuses, combattant sans r&#233;pit contre le fascisme et la bourgeoisie, pour chasser de l'arm&#233;e les officiers fascistes et r&#233;actionnaires. [Soulign&#233; &#224; la main par Tr.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous mettrons tout en &#339;uvre pour d&#233;fendre la paix, ainsi que son rempart, l'Union sovi&#233;tique. C'est pourquoi nous continuerons &#224; mettre tout en &#339;uvre pour combattre les ennemis int&#233;rieurs de la paix et de l'U.R.S.S. contre les excitations chauvines qui sont le contraire de la d&#233;fense de la paix et qui poussent &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout pour la d&#233;fense de la libert&#233; et de la paix, tout pour la d&#233;fense de l'U.R.S.S., pour le soutien de sa ferme politique de paix. Tout pour que le socialisme triomphant sur un sixi&#232;me du globe soit victorieux du fascisme dans le monde. Voil&#224; la lutte pour la paix poursuivie par les communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Populaire (L&#233;on Blum) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline donne raison contre nous au gouvernement que nous avons combattu et dont le repr&#233;sentant &#224; Moscou va revenir muni de son certificat de bonne conduite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il donne raison contre nous aux adversaires dont nous venons de soutenir le choc dans la r&#233;cente bataille &#233;lectorale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre position &#224; nous, socialistes, qui, sans nier le devoir de d&#233;fendre contre l'invasion le sol national [soulign&#233; &#224; la main par Tr.], refusons cependant de nous solidariser avec les conceptions et l'organisation militaires de la bourgeoisie, est l'objet d'une condamnation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette condamnation est implicite, mais elle est &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crains que Staline n'ait pas, de Moscou, mesur&#233; les r&#233;percussions que ses paroles [soulign&#233; par Tr.] exerceraient sur la situation politique en France, sur la situation prol&#233;tarienne en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Peuple (organe de la C.G.T.) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir que M. Laval a &#233;t&#233; exigeant et que Staline se moque &#233;perdument du parti communiste fran&#231;ais. Car celui-ci est aujourd'hui dans une position franchement ridicule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous allons voir si les communistes sont des hommes libres ou si leur d&#233;pendance &#224; l'endroit de Moscou est aussi int&#233;grale que nous l'avons toujours dit. Nous tenons, pour notre part, qu'ils vont s'incliner platement devant l'ukase stalinien. D&#233;j&#224;, leur campagne contre les deux ans est radicalement stopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; ce jour, Mussolini, Weygand, Lavai et Staline sont d'accord pour affirmer publiquement que la s&#233;curit&#233; des peuples repose, au premier chef, sur la qualit&#233; de leur arm&#233;e. C'est au nom de cette politique r&#233;volutionnaire que les prol&#233;taires fran&#231;ais seront invit&#233;s, l'un de ces jours, &#224; rev&#234;tir l'uniforme pour la d&#233;fense commune des privil&#232;ges de la bourgeoisie fran&#231;aise et de la bureaucratie russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les prol&#233;taires fran&#231;ais, et surtout les communistes fran&#231;ais, marcheront-ils pour cette politique ? Tol&#233;reront-ils qu'on se moque impun&#233;ment d'eux, avec une d&#233;sinvolture aussi caract&#233;ristique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici maintenant deux autres commentaires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Temps :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre le dictateur r&#233;volutionnaire de Moscou, symbole et incarnation vivante du parti communiste russe, du communisme international, le parti socialiste se fait le champion du d&#233;faitisme, car le d&#233;faitisme consiste aussi &#224; s'&#233;lever contre les moyens reconnus indispensables pour assurer la d&#233;fense nationale et pour maintenir la force arm&#233;e au niveau de la s&#233;curit&#233;. Il s'agit de savoir si le parti radical peut tol&#233;rer d&#233;sormais le moindre contact avec le d&#233;faitisme socialiste, avec l'antipatriotisme. Le pav&#233; dans la mare aux grenouilles marxiste est aussi un pav&#233; dans l'&#233;tang du cartel...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris-Midi (Marcel Lucain) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissons sans passion et en toute impartialit&#233; que Staline vient de rendre le m&#233;tier bien difficile aux r&#233;volutionnaires de chez nous. La France, certes, n'avait nul besoin de l'approbation d'un chef &#233;tranger, f&#251;t-il le dictateur des Soviets, pour comprendre son propre droit et son devoir de s&#233;curit&#233;. Mais personne ne s'est tromp&#233; sur l'objectif exclusif du communiqu&#233; visant essentiellement &#224; d&#233;savouer l'antimilitarisme et &#224; infliger aux Blum et Cachin un d&#233;menti si cinglant &#224; la face du monde que le front commun en serait d&#233;sarticul&#233;. Cette intention a d'ailleurs fait passer quelque peu sur le caract&#232;re insolite d'une telle immixtion [soulign&#233; par Tr.] du chef du bolchevisme dans nos affaires les plus sacr&#233;es : une amiti&#233;, surtout lorsqu'elle est neuve, avec l'ardeur des premiers contacts, peut expliquer certains audaces. [Soulign&#233; par Tr.] Quoi qu'il en soit, M. Blum est &#224; la fois d&#233;sol&#233; et indign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Front Populaire et Comit&#233;s d'action &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;26 novembre 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#8220; Front Populaire &#8221; est une alliance du prol&#233;tariat avec la bourgeoisie imp&#233;rialiste repr&#233;sent&#233;e par le parti radical et d'autres d&#233;bris, plus petits, de la m&#234;me esp&#232;ce. Cette alliance s'&#233;tend au domaine parlementaire. Dans tous les domaines, le parti radical qui conserve, lui, sa libert&#233; d'action, limite brutalement celle du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti radical est lui m&#234;me en train de se d&#233;composer : chaque &#233;lection nouvelle montre que les &#233;lecteurs l'abandonnent &#224; droite et &#224; gauche. Au contraire, les partis socialiste et communiste en l'absence d'un v&#233;ritable parti r&#233;volutionnaire se renforcent. La tendance g&#233;n&#233;rale des masses travailleuses, y compris des masses petites-bourgeoises, est &#233;vidente : elles vont &#224; gauche. L'orientation des chefs des partis ouvriers n'est pas moins &#233;vidente : ils vont &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les masses montrent aussi bien par leurs votes que par leur lutte qu'elles veulent renverser le parti radical, les chefs du Front unique aspirent au contraire &#224; le sauver. Apr&#232;s avoir gagn&#233; la confiance des masses ouvri&#232;res sur la base d'un programme &#8220; socialiste &#8221;, les chefs des partis ouvriers c&#232;dent volontairement la meilleure part de cette confiance aux radicaux, en qui les masses ouvri&#232;res n'ont pr&#233;cis&#233;ment aucune confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire, dans son aspect actuel, foule aux pieds non seulement la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, mais la d&#233;mocratie formelle, bourgeoise. La plupart des &#233;lecteurs radicaux ne participent pas &#224; la lutte des travailleurs, ni, par cons&#233;quent, au Front populaire. Pourtant le parti radical occupe dans ce Front une position non seulement &#233;gale &#224; celle des autres, mais encore privil&#233;gi&#233;e : l'activit&#233; des partis ouvriers est forc&#233;ment limit&#233;e par le programme m&#234;me du parti radical, constatation qui d&#233;veloppent sans se g&#234;ner le moins du monde les cyniques r&#233;dacteurs de l'Humanit&#233;. Les derni&#232;res &#233;lections s&#233;natoriales ont manifest&#233; en outre tr&#232;s clairement la situation privil&#233;gi&#233;e qui est celle des radicaux dans le Front populaires [1]. Les chefs du parti communiste se vantent ouvertement d'avoir renonc&#233; en faveur des partis non prol&#233;tariens &#224; des si&#232;ges qui appartenaient de plein droit aux ouvriers. Cela signifie tout simplement que le Front unique a partiellement r&#233;tabli en faveur de la bourgeoisie le sens &#233;lectoral bas&#233; sur la fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front est par d&#233;finition l'organisation directe et imm&#233;diate de la lutte. Quand il s'agit de lutter, chaque ouvrier vaut bien une dizaine de bourgeois, m&#234;me membres du Front populaire. Si l'on se pla&#231;ait au point de vue de la combativit&#233; r&#233;volutionnaire du Front, il faudrait donner des privil&#232;ges &#233;lectoraux aux ouvriers et non aux bourgeois radicaux. Mais est il bien n&#233;cessaire, au fond, d'accorder des privil&#232;ges ? Le Front populaire d&#233;fend la &#8220; d&#233;mocratie &#8221; ? Qu'il commence donc par l'appliquer dans ses propres rangs. En d'autres termes : la direction du Front populaire doit directement et imm&#233;diatement refl&#233;ter la volont&#233; des masses en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la refl&#233;ter ? De la fa&#231;on la plus simple qui soit, par des &#233;lections. Le prol&#233;tariat n'interdit &#224; personne de lutter &#224; c&#244;t&#233; de lui contre le fascisme, le gouvernement bonapartiste de Laval, le complot militaire des imp&#233;rialistes et toutes les autres formes ignobles d'oppression. Tout ce que les ouvriers conscients exigent de leurs alli&#233;s, r&#233;els ou potentiels, est qu'ils luttent effectivement. Chacun des groupes qui participe r&#233;ellement &#224; la lutte &#224; une &#233;tape donn&#233;e et qui est pr&#234;t &#224; se soumettre &#224; la discipline commune doit pouvoir influencer la direction du Front populaire avec des droits &#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque groupe de deux cents, cinq cents ou mille citoyens qui adh&#233;rent au Front populaire dans la ville, le quartier, l'usine, la caserne, la campagne doit, pendant les actions de combat, &#233;lire son repr&#233;sentant dans les comit&#233;s d'action locaux. Tous ceux qui participent &#224; la lutte s'engagent &#224; reconna&#238;tre leur discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier congr&#232;s de l'Internationale communiste, dans sa r&#233;solution sur le rapport de Dimitrov, s'est prononc&#233; pour la cr&#233;ation de comit&#233;s d'action &#233;lus qui devraient constituer la base de masse du Front populaire. C'est l&#224; la seule id&#233;e progressive de toute la r&#233;solution. Mais c'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi les staliniens ne font rien pour la r&#233;aliser ; car ils ne peuvent s'y d&#233;cider sans rompre du m&#234;me coup la collaboration de classe avec la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que peuvent prendre part aux &#233;lections des comit&#233;s d'action non seulement les ouvriers, mais les employ&#233;s, les fonctionnaires, les anciens combattants, les artisans, les petits commer&#231;ants et les petits paysans. C'est ainsi que les comit&#233;s d'action peuvent le mieux remplir leur t&#226;che qui est de lutter pour conqu&#233;rir une influence d&#233;cisive sur la petite bourgeoisie. En revanche, ils rendent tr&#232;s difficile de la collaboration de la bureaucratie ouvri&#232;re avec la bourgeoisie. Or le Front populaire, sous sa forme actuelle, n'est rien d'autre que l'organisation de la collaboration de classe, entre les exploiteurs politiques du prol&#233;tariat r&#233;formistes et staliniens et les exploiteurs de la petite bourgeoisie radicaux. De v&#233;ritables &#233;lections de masse pour les comit&#233;s d'action chasseraient automatiquement les affairistes bourgeois radicaux du Front populaire et feraient ainsi sauter la criminelle politique dict&#233;e par Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait n&#233;anmoins erron&#233; de croire que l'on peut simplement, &#224; un jour et une heure donn&#233;s, faire appel aux masses prol&#233;tariennes et petites bourgeoises pour &#233;lire des comit&#233;s d'action sur la base de statuts d&#233;termin&#233;s. Ce serait une fa&#231;on purement bureaucratique et par cons&#233;quent st&#233;rile d'aborder la question. Les ouvriers ne peuvent &#233;lire les comit&#233;s d'action que lorsqu'ils participent eux m&#234;mes &#224; une action et &#233;prouvent donc la n&#233;cessit&#233; d'avoir une direction r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas d'une repr&#233;sentation d&#233;mocratique de toutes et de n'importe quelles masses, mais d'une repr&#233;sentation r&#233;volutionnaire des masses en lutte. Le comit&#233; d'action est l'appareil de la lutte. Il est inutile de chercher &#224; d&#233;terminer d'avance les couches de travailleurs qui seront associ&#233;es &#224; la formation des comit&#233;s d'action : les contours des masses qui luttent se traceront au cours de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;norme danger en France actuellement consiste en ce que l'&#233;nergie r&#233;volutionnaire des masses, d&#233;pens&#233;e par &#224; coups successifs dans des explosions isol&#233;es, comme &#224; Toulon, &#224; Brest, &#224; Limoges, finisse par faire place &#224; l'apathie [2]. Seuls les tra&#238;tres conscients ou des cerveaux obtus peuvent croire ou faire croire que l'on peut, dans la situation actuelle, maintenir les masses dans l'immobilit&#233; jusqu'&#224; ce que l'on puisse d'en haut leur faire cadeau d'un gouvernement de Front populaire. Les gr&#232;ves, les protestations, les escarmouches dans les rues, les r&#233;voltes ouvertes sont tout &#224; fait in&#233;vitables. La t&#226;che du parti prol&#233;tarien consiste non &#224; freiner et &#224; paralyser ces mouvements, mais &#224; les unifier et &#224; leur donner le plus de vigueur possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes et plus encore les staliniens craignent les radicaux. L'appareil du front unique joue tout &#224; fait consciemment le r&#244;le qui consiste &#224; d&#233;sorganiser syst&#233;matiquement les mouvements spontan&#233;s des masses. Et les &#8220; gauchistes &#8221; du type Marceau Pivert ne font que prot&#233;ger cet appareil de la col&#232;re des masses. On ne peut sortir de cette situation que si l'on aide les masses en lutte, et, dans le processus m&#234;me de la lutte, &#224; cr&#233;er un appareil nouveau qui r&#233;ponde aux n&#233;cessit&#233;s de l'heure. C'est pr&#233;cis&#233;ment en cela que r&#233;side la fonction des comit&#233;s d'action [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la lutte &#224; Toulon et &#224; Brest, les ouvriers auraient sans h&#233;sitation cr&#233;&#233; une organisation locale de combat si on les avait appel&#233;s &#224; le faire. Au lendemain de la sanglante r&#233;pression de Limoges, les ouvriers et une fraction importante de la petite bourgeoisie auraient sans aucun doute manifest&#233; leur disposition &#224; &#233;lire des comit&#233;s pour enqu&#234;ter sur les &#233;v&#233;nements sanglants et les emp&#234;cher &#224; l'avenir. Pendant le mouvement qui a eu lieu dans les casernes cet &#233;t&#233;, contre le &#8220; rabiot &#8221;, les soldats auraient sans h&#233;siter &#233;lu des comit&#233;s d'action de compagnie, de r&#233;giment et de garnison si on leur avait indiqu&#233; cette voie. De tels cas se pr&#233;sentent et se pr&#233;senteront &#224; chaque pas, plus souvent &#224; l'&#233;chelle locale, plus rarement &#224; l'&#233;chelle nationale. Il ne faut pas manquer une seule de ces occasions. La premi&#232;re condition pour ce faire est comprendre soi m&#234;me clairement la signification des comit&#233;s d'action contre les &#8220; provocateurs &#8221;, les appels r&#233;it&#233;r&#233;s au gouvernement pour une action contre les factieux contribuaient &#224; limiter la port&#233;e de ces &#233;v&#233;nements et, d'une certaine mani&#232;re, &#224; emp&#234;cher leur renouvellement comme l'unique moyen de briser la r&#233;sistance anti r&#233;volutionnaire des appareils des partis et des syndicats [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie t il que les comit&#233;s d'action doivent remplacer les organisations des partis et des syndicats ? Il serait absurde de poser ainsi la question. Les masses entrent en lutte avec toutes leurs id&#233;es, leurs groupements, leurs traditions, leurs organisations. Les partis continuent de vivre et de lutter. Au cours des &#233;lections aux comit&#233;s d'action, chaque parti essaiera naturellement de faire passer les siens. Les comit&#233;s d'action prendront leurs d&#233;cisions &#224; la majorit&#233;, avec enti&#232;re libert&#233; pour les partis et les fractions de s'y grouper. Les comit&#233;s d'action, par rapport aux partis, peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des parlements r&#233;volutionnaires : les partis ne sont pas exclus, bien au contraire puisqu'ils sont suppos&#233;s n&#233;cessaires ; mais en m&#234;me temps, ils sont contr&#244;l&#233;s dans l'action et les masses apprennent &#224; se lib&#233;rer de l'influence des partis pourris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie t il que les comit&#233;s d'action sont des soviets ? Dans certaines conditions, les comit&#233;s d'action peuvent devenir des soviets. Il serait n&#233;anmoins erron&#233; de d&#233;signer de ce nom les comit&#233; d'action. Aujourd'hui en effet, en 1935, les masses populaires sont habitu&#233;es &#224; associer au nom de soviet l'id&#233;e du pouvoir d&#233;j&#224; conquis. Et nous n'en sommes pas encore pr&#232;s en France. En Russie, les soviets n'ont pas du tout &#233;t&#233; pendant leurs premiers pas ce qu'ils devaient devenir par la suite, ils ont m&#234;me souvent, &#224; l'&#233;poque, port&#233; le nom modeste de comit&#233;s ouvriers ou de comit&#233;s de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les comit&#233;s d'action, dans leur stade actuel, ont pour t&#226;che d'unifier la lutte d&#233;fensive des masses travailleuses en France, et aussi de leur donner la conscience de leur propre force pour l'offensive &#224; venir. Cela aboutira t il aux soviets v&#233;ritables ? Cela d&#233;pend de la r&#233;ponse &#224; la question de savoir si l'actuelle situation critique en France se d&#233;veloppera ou non jusqu'&#224; sa conclusion r&#233;volutionnaire. Or cela ne d&#233;pend pas uniquement de la volont&#233; de l'avant garde r&#233;volutionnaire, mais aussi de nombre de conditions objectives. En tout cas, le mouvement de masses qui se heurte actuellement &#224; la barri&#232;re du Front populaire n'avancera pas sans les comit&#233;s d'action [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#226;ches telles que la cr&#233;ation de la milice ouvri&#232;re, l'armement des ouvriers, la pr&#233;paration de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, resteront sur le papier si la masse ne s'attelle pas elle m&#234;me &#224; la lutte, par des organes responsables. Seuls ces comit&#233;s d'action n&#233;s de la lutte peuvent r&#233;aliser la v&#233;ritable milice, comptant non des milliers, mais des dizaines de milliers de combattants. Seuls les comit&#233;s d'action couvrant les principaux centres du pays pourront choisir le moment de passer &#224; des m&#233;thodes de lutte plus d&#233;cid&#233;es, dont la direction leur appartiendra de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;coule des consid&#233;rations expos&#233;es plus haut un certain nombre de conclusions pour l'activit&#233; politique des r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens en France. La premi&#232;re concerne la pr&#233;tendue &#8220; gauche r&#233;volutionnaire &#8221;. Ce groupe se caract&#233;rise par sa totale incompr&#233;hension des lois du mouvement des masses. Les centristes ont beau bavarder sur &#8220; les masses &#8221;, c'est toujours sur l'appareil r&#233;formiste qu'ils s'orientent. En r&#233;p&#233;tant tels ou tels mots d'ordre r&#233;volutionnaires, Marceau Pivert continue &#224; les subordonner au principe abstrait de l' &#8220; unit&#233; organique &#8221;, qui se r&#233;v&#232;le en fait l'unit&#233; avec les patriotes contre les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la question de vie ou de mort pour les masses r&#233;volutionnaires est de briser la r&#233;sistance des appareils social-patriotes unis, les centristes de gauche consid&#232;rent l' &#8220; unit&#233; &#8221; de ces appareils comme un bien absolu, situ&#233; au dessus des int&#233;r&#234;ts de la lutte r&#233;volutionnaire. Ne peut b&#226;tir des comit&#233;s d'action que celui qui a compris jusqu'au bout la n&#233;cessit&#233; de lib&#233;rer les masses de la direction des tra&#238;tres des social patriotes. Cependant, Pivert s'accroche &#224; Zyromski, qui s'accroche &#224; Blum, qui, de concert avec Thorez, s'accroche &#224; Herriot, qui s'accroche &#224; Laval. Pivert entre dans le syst&#232;me du Front populaire ce n'est pas pour rien que la &#8220; gauche r&#233;volutionnaire &#8221; a vot&#233; au dernier conseil national la honteuse r&#233;solution de Blum et le Front populaire entre aussi, comme son &#8220; aile &#8221;, dans le r&#233;gime bonapartiste de Laval. Si la direction du Front populaire (Herriot-Blum-Cachin-Thorez-Zyromski-Pivert) parvient &#224; se maintenir au cours de la proche p&#233;riode d&#233;cisive, alors le r&#233;gime bonapartiste c&#233;dera in&#233;vitablement sa place au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition de la victoire du prol&#233;tariat est la liquidation de la direction actuelle. Le mot d'ordre de l' &#8220; unit&#233; &#8221; devient, dans ces conditions, non seulement une b&#234;tise, mais un crime. Aucune unit&#233; avec les agents de l'imp&#233;rialisme tran&#231;ais et de la Soci&#233;t&#233; des Nations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A leur direction perfide, il faut opposer les comit&#233;s d'action r&#233;volutionnaires. On ne peut construire ces comit&#233;s qu'en d&#233;masquant impitoyablement la politique antir&#233;volutionnaire de la pr&#233;tendue &#8220;, gauche r&#233;volutionnaire &#8221;, Marceau Pivert en t&#234;te. Des illusions et des doutes &#224; cet &#233;gard ne peuvent, bien entendu, avoir place dans nos rangs [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les candidats socialistes et communistes s'&#233;taient, dans de nombreux cas, d&#233;sist&#233;s au second tour pour le candidat radical, g&#233;n&#233;ralement mieux plac&#233; du fait m&#234;me du mode de scrutin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les bagarres de Limoges, le 17 novembre 1935, avaient rev&#234;tu le m&#234;me caract&#232;re r&#233;volutionnaire que celles de Brest et Toulon au d&#233;but d'ao&#251;t. Cependant, la propagande des partis socialiste et communiste, les mises en garde contre les &#8220; provocateurs &#8221;, les appels r&#233;it&#233;r&#233;s au gouvernement pour une action contre les factieux contribuaient &#224; limiter la port&#233;e de ces &#233;v&#233;nements et, d'une certaine mani&#232;re, &#224; emp&#234;cher leur renouvellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le 13 novembre, Trotsky &#233;crivait &#224; Jean Rous : &#8220; On r&#233;p&#232;te qu'entre le fascisme et nous, c'est une course de vitesse. Mais il faut bien analyser le contenu de cette formule du point de vue du parti r&#233;volutionnaire. Saurions nous donner aux masses une armature r&#233;volutionnaire avant que le fascisme ne les &#233;crase ? Ce serait absurde de croire que nous aurons suffisamment de temps pour cr&#233;er un parti omnipotent qui pourrait &#233;liminer toutes les autres organisations avant les conflits d&#233;cisifs avec le fascisme ou avant le d&#233;clenchement de la guerre ; mais il est tout &#224; fait possible, dans un bref d&#233;lai les &#233;v&#233;nements aidant de gagner les larges masses non &#224; notre programme, non &#224; la IV&#176; Internationale, mais &#224; ces comit&#233;s d'action. Et, une fois cr&#233;&#233;s, ces comit&#233;s d'action deviendraient un tremplin magnifique pour un parti r&#233;volutionnaire. &#8221; (Cit&#233; par Nicolle Braun, L'organe de masse, p. 44.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans la m&#234;me lettre &#224; Jean Rous, Trotsky &#233;crivait : &#8220; S'il y avait eu &#224; Toulon un groupe suffisamment orient&#233; pour lancer au moment de l'explosion le mot d'ordre simple et clair &#8220; Chaque centaine d'ouvriers envoie un d&#233;l&#233;gu&#233; pour le comit&#233; d'action toulonnais &#8221;, la masse aurait certainement suivi cet appel. Ce comit&#233; d'action aurait une tout autre autorit&#233;, non seulement aux yeux de la masse elle m&#234;me, mais aussi aux yeux de la France enti&#232;re, que les organisations traditionnelles et apeur&#233;es &#8221; (Op. cit., p. 45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Les bolcheviks l&#233;ninistes avaient pr&#233;sent&#233; dans la S.F.I.O. une motion pour la constitution de comit&#233;s d'action &#8220;dirig&#233;s par les masses &#8221;. Trotsky avait &#233;crit &#224; Rous (lettre cit&#233;e) : &#8220; La relation r&#233;elle est renvers&#233;e. Les comit&#233;s d'action sont n&#233;cessaires pr&#233;cis&#233;ment pour diriger les masses. Vous n'indiquez pas que ces comit&#233;s doivent &#233;maner de la masse en lutte, &#234;tre &#233;lus par elle, et que les d&#233;l&#233;gu&#233;s doivent &#234;tre responsables et r&#233;vocables &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Allusion br&#232;ve, mais directe, &#224; la discussion qui est en train de se d&#233;rouler &#224; l'int&#233;rieur du G.B.L. au moment o&#249; Trotsky r&#233;dige ce texte. Pendant toute cette p&#233;riode, le groupe est engag&#233; dans une s&#233;v&#232;re lutte interne et n'engage pas la lutte contre les exclusions ni la pol&#233;mique contre Marceau Pivert, qui paraissaient &#224; Trotsky les t&#226;ches les plus urgentes. Collaborateur de Trotsky et son porte parole en cette occasion, Nicolle Braun signale que la V&#233;rit&#233; ne parut que quinze jours apr&#232;s la motion d'exclusion par la commission nationale des conflits et qu'elle &#233;tait consacr&#233;e... &#224; la question paysanne. (&#8220; L'Organe de masse &#8221;, p. 12). Il affirme qu'aucun des dirigeants B.L. ne voulait attaquer Pivert ouvertement (p. 16) et qu'un article de Trotsky sur les causes de la victoire de Staline fut syst&#233;matiquement &#233;cart&#233; de la V&#233;rit&#233; (p. 28). Il &#233;crit, au sujet des diff&#233;rentes tendances qui se partagent le G.B.L. : &#8220; Indubitablement, la politique dont nous venons de parler est l'&#339;uvre de Molinier- Frank. Mais les deux autres fractions sont, elles aussi, pleinement responsables, parce qu'elles ont tol&#233;r&#233; cette politique ; non seulement Rous, par son manque de pers&#233;v&#233;rance, mais aussi Naville, dont les &#8220; notes &#8221; n'ont pas d'autre sens que celui d'un &#8220; alibi &#233;crit &#8221; (p. 26). Au moment o&#249; il &#233;crivait son article, Trotsky savait donc pertinemment que l'ensemble des dirigeants fran&#231;ais avaient sur cette question soit des illusions, soit des doutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/11/lt19351126.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/11/lt19351126.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en mars 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf35.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf35.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf33.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf33.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en juin 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350610a.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/06/lt19350610a.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en novembre 1935&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf4.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du plan de la CGT &#224; la conqu&#234;te du pouvoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/lt19350405.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1935/04/lt19350405.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Emeute ouvri&#232;re en ao&#251;t 1935 &#224; Brest et Toulon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bourrasque-info.org/spip.php?article102&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bourrasque-info.org/spip.php?article102&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://larotative.info/aout-1935-emeutes-ouvrieres-a-1131.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://larotative.info/aout-1935-emeutes-ouvrieres-a-1131.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_d%27ao%C3%BBt_1935&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meutes_d%27ao%C3%BBt_1935&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://actu.fr/bretagne/brest_29019/brest-les-trois-journees-sanglantes-daout-1935_49518270.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://actu.fr/bretagne/brest_29019/brest-les-trois-journees-sanglantes-daout-1935_49518270.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://doc.rero.ch/record/54160/files/1935-08-10.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://doc.rero.ch/record/54160/files/1935-08-10.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volte d'ouvriers agricoles en Martinique en f&#233;vrier 1935&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/la-marche-de-la-faim-du-11-fevrier-1935-donnera-naissance-a-la-1ere-union-syndicale-de-martinique-923449.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/la-marche-de-la-faim-du-11-fevrier-1935-donnera-naissance-a-la-1ere-union-syndicale-de-martinique-923449.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://m.facebook.com/martiniquela1ere/videos/histoire-de-martiniqueil-y-a-86-ans-le-11-f%C3%A9vrier-1935-des-ouvriers-agricoles-se/154796669640175/?locale=ms_MY&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://m.facebook.com/martiniquela1ere/videos/histoire-de-martiniqueil-y-a-86-ans-le-11-f%C3%A9vrier-1935-des-ouvriers-agricoles-se/154796669640175/?locale=ms_MY&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.unioncommunistelibertaire.org/1935-La-marche-de-la-faim-en-Martinique-6213&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.unioncommunistelibertaire.org/1935-La-marche-de-la-faim-en-Martinique-6213&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition ouvri&#232;re en 1935 par Simone Weil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/playlist?list=PLXYSaU75asXr6OkZpDlcTNcrzGSwtBoV8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/playlist?list=PLXYSaU75asXr6OkZpDlcTNcrzGSwtBoV8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le front populaire de 1936 en France &#233;tait le pire ennemi de la gr&#232;ve ouvri&#232;re de masse contre la mis&#232;re, le fascisme et la guerre</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7670</guid>
		<dc:date>2024-03-03T23:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>1936</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le front populaire de 1936 en France &#233;tait le pire ennemi de la gr&#232;ve ouvri&#232;re de masse contre la mis&#232;re, le fascisme et la guerre &lt;br class='autobr' /&gt;
Ou les lendemains qui d&#233;chantent... &lt;br class='autobr' /&gt;
La popularit&#233; du front &#171; populaire &#187; est due &#224; un double contresens : il est pris comme un gouvernement qui appuyait la r&#233;volte ouvri&#232;re contre le fascisme et les capitalistes. Il est tout le contraire. Il n'a pas lev&#233; le petit doigt ni contre les uns ni contre les autres. Deuxi&#232;me contresens : la vague de gr&#232;ve n'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_17077 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/rassemblement-populaire-14-juillet-1936_cropped.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/rassemblement-populaire-14-juillet-1936_cropped.png' width=&#034;1366&#034; height=&#034;546&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17078 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17079 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/111083998_m.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;333&#034; alt='' /&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17080 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/llqffjjctauqws277zkvz32mte.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/llqffjjctauqws277zkvz32mte.jpg' width=&#034;932&#034; height=&#034;582&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17081 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/111045127.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/111045127.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;445&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17082 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/111045174.jpg' width=&#034;550&#034; height=&#034;294&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le front populaire de 1936 en France &#233;tait le pire ennemi de la gr&#232;ve ouvri&#232;re de masse contre la mis&#232;re, le fascisme et la guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ou les lendemains qui d&#233;chantent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La popularit&#233; du front &#171; populaire &#187; est due &#224; un double contresens : il est pris comme un gouvernement qui appuyait la r&#233;volte ouvri&#232;re contre le fascisme et les capitalistes. Il est tout le contraire. Il n'a pas lev&#233; le petit doigt ni contre les uns ni contre les autres. Deuxi&#232;me contresens : la vague de gr&#232;ve n'est nullement un des &#233;l&#233;ments du &#171; front populaire &#187; au sens o&#249; ce ne sont pas du tout ses organisations politiques et syndicales qui y ont pouss&#233;, qui y ont particip&#233; m&#234;me, sauf pour faire reprendre le travail !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les secteurs qui n'ont pas fait gr&#232;ve du tout sont les secteurs tr&#232;s syndiqu&#233;s, tr&#232;s organis&#233;s politiquement aussi, notamment tout le secteur public. Les secteurs les plus gr&#233;vistes sont ceux qui n'ont pas du tout d'organisation syndicale et politique de gauche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que la gauche et les syndicats voudraient faire croire aujourd'hui, les revendications obtenues l'ont &#233;t&#233; gr&#226;ce &#224; la gr&#232;ve de masse, pas gr&#226;ce au gouvernement &#171; de gauche &#187; (d'ailleurs, Blum et Thorez expliquaient que le front populaire n'&#233;tait m&#234;me pas un gouvernement de gauche mais un pacte avec les partis bourgeois, notamment un parti classique de la bourgeoisie anti-ouvri&#232;re, le parti radical. A peine la gr&#232;ve termin&#233;e, les attaques anti-sociales ont repris de plus belle et les revendications ont vite &#233;t&#233; enterr&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de 1936 est un r&#233;sultat de l'auto-organisation ouvri&#232;re, sa d&#233;faite finale est un produit de l'action des partis et syndicats de gauche (CGT, PCF, SFIO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PCF-CGT-SFIO contre les gr&#232;ves, un film documentaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=YXJsV3buWDQ&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=YXJsV3buWDQ&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum au proc&#232;s de Riom :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai consid&#233;r&#233; la vague de gr&#232;ves comme une giffle personnelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y avait violation du droit de propri&#233;t&#233;, cela ne fait aucun doute. Ce qui &#233;tait menac&#233;, c'&#233;tait les formes du respect d&#251; &#224; la propri&#233;t&#233; et &#224; l'autorit&#233; patronale ( &#8230; ) Je crois que c'&#233;tait le samedi 30 mai. Le mouvement des occupations &#233;tait d&#232;s ce moment-l&#224; extr&#234;mement alarmant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je vous demande messieurs de vous souvenir. Rappelez-vous que le 4 et 5 juin, il y avait 1 million de gr&#233;vistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la r&#233;gion parisienne &#233;taient occup&#233;es. Rappelez-vous que le mouvement gagnait d'heure en heure et de proche en proche la France enti&#232;re&#8230; La panique, la terreur &#233;tait g&#233;n&#233;rale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blum rappelle alors les propos du pr&#233;sident Lebrun, un homme assur&#233;ment soucieux de l'int&#233;r&#234;t du capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les ouvriers ont confiance en vous &#8230; vous allez leur promettre le vote imm&#233;diat des lois qu'ils r&#233;clament &#8230; ils vous croiront &#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accus&#233; d'avoir c&#233;d&#233; aux revendications ouvri&#232;res, Blum rappelle que c'est le grand patronat qui l'y a pouss&#233; : &#171; Je dois &#224; la v&#233;rit&#233; de dire que l'initiative premi&#232;re est venue du grand patronat &#187;. M. Lambert-Ribot (dirigeant patronal) fait amende honorable ; le voici qui &#171; revendique &#187; des hausses de salaires ! &#171; M. Lambert-Ribot me faisait toucher pour me demander le plus vite le contact sur la base du rel&#232;vement g&#233;n&#233;ral des salaires, avec l'&#233;vacuation des usines en contrepartie &#187;. Bien s&#251;r, de tous temps, en tous lieux, le patronat pr&#233;tend que l'augmentation des salaires &#8211; l'augmentation du co&#251;t du travail comme ils disent &#8211; va g&#233;n&#233;rer du ch&#244;mage et serait donc contraire aux int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s et des patrons. Menac&#233;s de tout perdre, les patrons font mine de r&#233;viser leur jugement. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout le monde consid&#233;rait cela (l'augmentation des salaires) comme une chose naturelle, n&#233;cessaire, in&#233;vitable, dans les circonstances o&#249; l'on se trouvait &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mort de trouille, le patronat exige du gouvernement de Front populaire des mesures imm&#233;diates. Blum rappelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fallait aller vite, tr&#232;s vite, afin de liquider cette situation redoutable, cette situation que j'ai qualifi&#233;e non pas de r&#233;volutionnaire, mais de quasi r&#233;volutionnaire &#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, qu'est-ce que je devais faire pour apaiser les ouvriers ? &#187; Envoyer la troupe ? Personne n'y songeait, pas m&#234;me les plus exalt&#233;s de la &#171; concurrence libre et non fauss&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blum ajoute : &#171; La loi sur les 40 heures, elle m'a &#233;t&#233; impos&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impos&#233;e par qui ? Par les patrons eux-m&#234;mes, affol&#233;s de voir les ouvriers contester tout autre chose : leur sacro-sainte mainmise sur les entreprises !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je leur ai demand&#233; (&#224; la CGT et &#224; la CGPF, c'est-&#224;-dire le patronat) de conclure par accord amiable, comme je l'aurais fait &#224; Matignon, une entente sur un syst&#232;me de conciliation et d'arbitrage permettant d'exclure et la gr&#232;ve et le lock-out. Les ouvriers y consentent. Au bout de quelques s&#233;ances, le patronat rompt la conversation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 juin 1936, L&#233;on Blum a condamn&#233; publiquement les occupations d'usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rajoute : &#171; Je vous rappellerais que, chaque fois que la R&#233;publique a &#233;t&#233; menac&#233;e, elle a &#233;t&#233; sauv&#233;e par cette union de la bourgeoisie et du peuple r&#233;publicains, et de la masse des travailleurs et des paysans. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aussi : &#171; Nous sommes un Gouvernement de Front populaire, et non pas un Gouvernement socialiste. Notre but n'est pas de transformer le r&#233;gime social, ce n'est m&#234;me pas d'appliquer le programme sp&#233;cifique du parti socialiste&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 juin 1936, Maurice Thorez, chef du PCF qui soutient le gouvernement Blum et pousse &#224; la reprise du travail, prononce la c&#233;l&#232;bre phrase :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut savoir terminer une gr&#232;ve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;nonce ceux qui veulent transformer les gr&#232;ves en r&#233;volution : les trotskistes qu'il qualifie de &#171; vulgaires assassins &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur02010/discours-de-maurice-thorez-a-garches-en-1936.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fresques.ina.fr/memoires-de-mines/fiche-media/Mineur02010/discours-de-maurice-thorez-a-garches-en-1936.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thorez rajoute : &#171; Les militants du Parti doivent &#234;tre en mesure de r&#233;agir contre les tendances gauchistes dans le mouvement. La lutte sur les deux fronts, ce n'est pas seulement une lutte int&#233;rieure, cela doit &#234;tre, et souvent, une lutte portant sur toute la politique du Parti, l&#224; o&#249; s'exprime une tendance gauchiste. Je veux prendre un exemple. Si toutes les revendications essentielles des camarades m&#233;tallurgistes sont satisfaites, si les salaires les plus bas ont &#233;t&#233; augment&#233;s dans des proportions suffisantes de l'avis des couches salari&#233;es qui &#233;taient jusqu'alors les plus frapp&#233;es, si les cat&#233;gories qui &#233;taient les mieux pay&#233;es sont augment&#233;es dans la norme pr&#233;vue, si le cong&#233; pay&#233; est inclus dans le contrat, on peut et on doit signer l'accord qui met fin au mouvement actuel et pr&#233;parer des am&#233;liorations ult&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut attirer l'attention sur ces deux tendances gauchistes. Il faut aussi tenir compte des r&#233;percussions de certaines gr&#232;ves. Il y a eu la gr&#232;ve des camionneurs. Imm&#233;diatement, nos camarades se sont efforc&#233;s de faire obtenir satisfaction le plus rapidement possible aux gr&#233;vistes. Supposez, en effet, camarades, que les camionneurs soient en gr&#232;ve pendant plusieurs jours : c'est le ravitaillement de Paris qui serait compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un autre aspect. Les camionneurs ont fait la gr&#232;ve, et les marchandises sont rest&#233;es plusieurs heures dans les gares ; et nous avons re&#231;u un t&#233;l&#233;gramme de petits paysans de localit&#233;s du Midi disant : &#171; Attention, nos cerises vont se g&#226;ter. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est-&#224;-dire que l&#224; encore une couche de gens pouvait voir sa confiance dans la classe ouvri&#232;re et le Front populaire plus ou moins atteinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r que la gr&#232;ve peut, pour certaines couches sociales, pr&#233;senter des inconv&#233;nients, mais puisqu'en l'occurrence il s'agit d'alli&#233;s de la classe ouvri&#232;re, dans la mesure o&#249; nous pouvons att&#233;nuer ou faire dispara&#238;tre ces inconv&#233;nients, nous devons le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas, non plus, que nous laissions s'accr&#233;diter l'id&#233;e que le Front populaire, c'est le d&#233;sordre, c'est la d&#233;sorganisation. On ne peut pas dire, non plus, que maintenant les questions revendicatives passent au second plan et qu'il s'agit de prendre possession des usines et de placer la production sous le contr&#244;le direct des ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://clioweb.free.fr/dossiers/1936/thorez-terminer.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://clioweb.free.fr/dossiers/1936/thorez-terminer.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu l'engagement de Thorez le 11 juin ; L'Humanit&#233; des jours suivants est sans &#233;quivoque. D'autre part, la th&#232;se du complot communiste se heurte &#224; deux invraisemblances majeures. La premi&#232;re est d'ordre strat&#233;gique : le P.C.F. &#233;tait beaucoup trop docile aux injonctions du Komintern pour entreprendre de d&#233;stabiliser un pays dont la force, face &#224; l'Allemagne hitl&#233;rienne, importait &#224; la diplomatie stalinienne. La seconde est d'ordre tactique : s'il avait lanc&#233; les gr&#232;ves, pourquoi le P.C.F. l'aurait-il fait dans l'industrie o&#249; il &#233;tait relativement faible, et non dans les services publics o&#249; il &#233;tait plus fort ? Il faut chercher ailleurs l'origine du mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
La responsabilit&#233; ne peut &#234;tre imput&#233;e &#224; l'extr&#234;me gauche : la C.G.T. syndicaliste r&#233;volutionnaire comme les trotskystes &#233;taient beaucoup trop faibles pour avoir pu peser. Reste la C.G.T., &#224; laquelle la r&#233;unification syndicale donne alors un dynamisme nouveau. Mais tous les t&#233;moignages la d&#233;crivent prise de court par le mouvement, comme le reconna&#238;t lui-m&#234;me son secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral, L&#233;on Jouhaux, le 15 juin : &#171; le mouvement s'est d&#233;clench&#233; sans qu'on s&#251;t exactement comment et o&#249; &#187;. En outre, les gr&#232;ves correspondent ici moins encore que dans le cas du P.C.F. &#224; des secteurs de forte implantation : les taux de syndicalisation sont particuli&#232;rement faibles dans les secteurs &#224; fortes gr&#232;ves, comme la m&#233;tallurgie (4 %), le textile (5 %), les industries alimentaires (3 %), alors qu'ils sont de 22,44,36 et 35 % dans les chemins de fer, la poste, les services publics et l'enseignement o&#249; il n'y a pas de gr&#232;ve. Le cas limite est les grands magasins, qui connaissent une gr&#232;ve particuli&#232;rement spectaculaire, alors qu'ils ne comptent pas de section syndicale, ni d'ailleurs de cellule communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc clair qu'aucune force politique ou syndicale nationale n'a voulu ces gr&#232;ves. Elles sont venues d'en bas, de la base, et non du sommet, des &#233;tats-majors. C'est pourquoi on peut les dire spontan&#233;es. Ce qu'il ne faudrait pas caricaturer en imaginant que les ouvriers auraient ob&#233;i &#224; une sorte d'impulsion soudaine et irrationnelle. Dire que les gr&#232;ves ont &#233;t&#233; spontan&#233;es, c'est souligner qu'elles ont r&#233;pondu &#224; des initiatives locales, mais ces initiatives ont &#233;t&#233; souvent prises par des militants, notamment des unitaires qui, depuis parfois plusieurs ann&#233;es, se consacraient &#224; cr&#233;er les conditions d'un nouveau rapport de force dans l'entreprise. C'est au cours de cette &#171; pr&#233;histoire &#187; des gr&#232;ves (J. Jackson) que se sont nou&#233;s les r&#233;seaux militants sur lesquels repose dans certaines grandes usines le succ&#232;s de 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-33.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2002-3-page-33.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re reprend confiance en elle et c'est bien ce que veut emp&#234;cher le front populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf6.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf6.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le front populaire ? Le contraire du front ouvrier de classe ! L'alliance des organisations politiques et syndicales de gauche se r&#233;clamant de la classe ouvri&#232;re avec celles de la grande bourgeoisie pour museler politiquement les travailleurs alors que la domination capitaliste est en crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3610&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3610&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comit&#233;s d'action &#224; l'&#233;poque du Front populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1530&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1530&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Blum, son dirigeant principal, explique comment le Front Populaire de 1936 consistait, face &#224; la menace de r&#233;volution prol&#233;tarienne, &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1248&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le PCF, par la voix de Maurice Thorez, savait comment &#034;terminer une gr&#232;ve&#034; avant qu'elle ne se transforme en r&#233;volution et ne renverse la bourgeoisie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1351&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1936 : La r&#233;volution fran&#231;aise a commenc&#233; et elle est bloqu&#233;e par les organisations de gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article795&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article795&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jules Moch, ministre du gouvernement de front populaire et proche de Blum, expose que la gauche politique et syndicale n'a nullement pouss&#233; au mouvement gr&#233;viste et l'a m&#234;me frein&#233; et bloqu&#233; partout o&#249; elle &#233;tait influente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les occupations d'usine, comment est n&#233;e cette tactique ? Trois explications avanc&#233;es &#224; l'&#233;poque sont &#224; &#233;liminer. Il faut rejeter tout d'abord l'hypoth&#232;se d'initiatives syndicales : il n'y en eut pas, au d&#233;but. Les dirigeants syndicalistes, nationaux ou locaux, furent d&#233;bord&#233;s par des mouvements qu'ils n'avaient pas pr&#233;vus et qu'ils n'approuvaient que du bout des l&#232;vres. Les occupations furent d'autant plus compl&#232;tes et rapides que les syndicats &#233;taient moins implant&#233;s. J'ai constat&#233;, par exemple, en r&#233;quisitionnant, pour les h&#244;pitaux et les boulangeries, du mazout dans des d&#233;p&#244;ts occup&#233;s, que nul syndiqu&#233; ne figurait parmi les occupants ! En ce d&#233;but de mai, l'action syndicale ne s'est pas exerc&#233;e, ou n'a agi que dans les formes classiques de revendications, non en faveur des occupations&#8230; Il semble donc qu'il faille, objectivement, &#233;liminer l'action syndicale des causes des premi&#232;res occupations de lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi compl&#232;tement rejeter l'action de groupuscules r&#233;volutionnaires occultes&#8230; De tels mouvements existaient, avec des effectifs encore plus r&#233;duits qu'aujourd'hui. Mais ils &#233;taient essentiellement form&#233;s de jeunes intellectuels&#8230; On n'a trouv&#233; aucun signe d'une influence notable de trotskystes ou d'anarchistes dans les usines occup&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me cause &#224; &#233;liminer sans discussion : la presse de droite a tent&#233; de voir dans les occupations les mains de l'&#233;tranger&#8230; aucune influence germanique, sovi&#233;tique ou germano-soci&#233;tique ne s'est manifest&#233;e nulle part au cours de ces semaines&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On admet que deux millions de travailleurs se sont mis en gr&#232;ve entre le 12 mai, date de la premi&#232;re occupation, et le 6 juin, jour de la pr&#233;sentation du minist&#232;re L&#233;on Blum,. Dans ce total ne figure pratiquement aucun fonctionnaire, ni aucun employ&#233; des services publics qui tous ont fonctionn&#233; normalement. La CGT a indiscutablement jou&#233; un r&#244;le mod&#233;rateur en ce qui concerne les services publics. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(extraits de &#171; Le front populaire, grande esp&#233;rance&#8230; &#187; de Moch)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#233;on Blum expose sa politique face aux gr&#232;ves : ne pas provoquer de radicalisation, d&#233;samorcer de mani&#232;re prudente, isoler les gr&#232;ves dures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blum : &#171; &#8230;quiconque a l'exp&#233;rience de la vie ouvri&#232;re sait aussi que pour les masses ouvri&#232;res, il n'est jamais possible de dissocier compl&#232;tement leur action directe de leur action politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les causes que je veux indiquer &#224; la Chambre. Il est possible qu'il y en ait d'autres. Je n'en connais pas d'autre pour ma part, ou je n'en connais pas d'une fa&#231;on certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sent depuis quelques jours, d'apr&#232;s les indications qui me sont fournies, que certaines man&#339;uvres assez suspectes chercheraient &#224; modifier le caract&#232;re du mouvement. Si nous les saisissons, vous pouvez &#234;tre assur&#233;s, messieurs, que nous y mettrons un terme, et sans aucun d&#233;lai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'est &#233;tendu. Il a pris un caract&#232;re de masse. Il a parfois d&#233;bord&#233; les cadres des organisations syndicales. Il a pris une forme particuli&#232;re, qui n'est peut-&#234;tre pas aussi compl&#232;tement nouvelle qu'on l'a suppos&#233;, car il y a dix-huit mois que se produisaient d&#233;j&#224; dans la r&#233;gion du Nord ces premiers ph&#233;nom&#232;nes qu'on a qualifi&#233;s, pas tr&#232;s exactement &#224; mon avis, d'occupation d'usine, car aucune usine n'a &#233;t&#233; occup&#233;e du dehors, mais qui sont plut&#244;t l'installation dans l'usine des ouvriers y restant, m&#234;me apr&#232;s la cessation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m'a reproch&#233; de m'&#234;tre trop souci&#233; de l'ordre public, ou d'avoir trop parl&#233; de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se peut qu'au point de vue de l'ordre ces faits pr&#233;sentent des dangers moins graves que ces batailles de portes et de rues que nous avons connues dans la g&#233;n&#233;ralit&#233; des revendications ouvri&#232;res, que ces conflits entre les piquets de gr&#232;ve et les ouvriers voulant reprendre le travail, ou les forces de police assurant la libert&#233; du travail, tout cela autour des portes cadenass&#233;es des usines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les ouvriers protestent contre ces actes de violences personnelles dont il a &#233;t&#233; question tout &#224; l'heure et que personne ici ne songerait &#224; justifier. &lt;br class='autobr' /&gt;
On m'a demand&#233; si je consid&#233;rais ces occupations d'usines comme quelque chose de l&#233;gal. Je ne les consid&#232;re pas comme quelque chose de l&#233;gal. Vous me posez la question. J'y r&#233;ponds avec franchise, comme &#224; toutes les questions qu'on me pose, et je dis toute ma pens&#233;e. Ces occupations ne sont pas conformes aux r&#232;gles et aux principes de la loi civile fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelles cons&#233;quences tirez-vous, ou pr&#233;tendez-vous que je tire, de cette constatation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patrons, les propri&#233;taires d'usines n'ont pas demand&#233; qu'on us&#226;t de la force pour faire &#233;vacuer les usines. Bien loin de l&#224; : dans les premi&#232;res lettres adress&#233;es par eux au Gouvernement, ils excluaient formellement cette hypoth&#232;se ; ils n'ont m&#234;me pas fait de l'&#233;vacuation pr&#233;alable des usines la condition sine qua non des conversations engag&#233;es par eux avec les repr&#233;sentants des organisations ouvri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que vous voulez, aujourd'hui, me demander de faire &#233;vacuer les usines par la force ? Est-ce cela que vous voulez dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suppose pas et je ne le concevrais pas &#8212; ceci n'est pas une pr&#233;caution oratoire, j'exclus tr&#232;s sinc&#232;rement cette hypoth&#232;se &#8212; que les dispositions que je viens de rappeler aient chang&#233; parce qu'un Gouvernement en a remplac&#233; un autre, et qu'apr&#232;s avoir admis, il y a huit jours, les faits que je viens de rappeler, on v&#238;nt aujourd'hui nous mettre en demeure, au nom de la l&#233;galit&#233;, d'user de la force pour obtenir l'application de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut voir les choses comme elles sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agit-il aujourd'hui de faire &#233;vacuer les usines par la force, ce qu'&#224; ma connaissance, personne ne nous a encore demand&#233; ? On a parl&#233; de r&#233;quisitions adress&#233;es par des patrons au Gouvernement. Je ne sais pas ce que le mot signifie. Je sais qu'en droit fran&#231;ais il y a des cas o&#249; le Gouvernement poss&#232;de le droit de r&#233;quisition vis-&#224;-vis des citoyens. Je n'en connais pas o&#249; les citoyens ont un droit de r&#233;quisition vis-&#224;-vis du Gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il s'agit de mettre en action les forces de police, puis peut-&#234;tre, le lendemain, l'arm&#233;e et, qui sait, messieurs ! peut-&#234;tre aussi certaines de ces ligues qui, en ce moment, contribuent &#224; exciter le mouvement, mais qui, peut-&#234;tre, s'offriraient demain pour la r&#233;pression, comme un corps auxiliaire et volontaire&#8230; Si c'est cela que vous attendez du Gouvernement, eh bien ! je vous d&#233;clare que vous l'attendrez en vain, et je vais vous dire ce que peut, ce que doit &#234;tre en ce moment, selon moi, l'action du Gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son devoir, bien entendu, c'est d'abord de parer aux situations les plus pressantes, les plus urgentes, et nous l'avons fait depuis deux jours en ce qui concerne les besoins ayant un caract&#232;re de n&#233;cessit&#233;, soit par la nature des denr&#233;es, soit par la nature des services. Nous l'avons fait et nous continuerons &#224; le faire. Voil&#224; le premier devoir, le devoir &#233;l&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second, et peut-&#234;tre, &#224; cet &#233;gard, un Gouvernement comme le n&#244;tre est-il assez qualifi&#233; pour remplir cette t&#226;che &#8212; nous pouvons, nous devons le faire &#8212; c'est de servir de compositeurs, d'arbitres ; c'est d'employer toute l'autorit&#233; du Gouvernement &#224; la conciliation ; c'est d'insister aupr&#232;s des patrons pour les rapprochements et les conversations n&#233;cessaires. C'est de persuader, d'autre part, les ouvriers que l'&#339;uvre de ce Gouvernement qu'ils ont voulu, de ce Gouvernement qu'ils ont contribu&#233; &#224; porter au pouvoir, ne peut s'accomplir que dans l'ordre, dans la discipline et dans la s&#233;curit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin &#8212; et peut-&#234;tre surtout &#8212; ce que peut et ce que doit le Gouvernement, c'est acc&#233;l&#233;rer le vote des projets r&#233;glant les questions essentielles qui sont aujourd'hui d&#233;battues entre le patronat et les organisations ouvri&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre obtiendrons-nous ainsi l'effet de d&#233;tente indispensable ; peut-&#234;tre r&#233;ussirons-nous &#8212; c'est certainement votre v&#339;u &#224; tous &#8212; &#224; apporter dans ce grave conflit l'apaisement que l'int&#233;r&#234;t collectif, que l'int&#233;r&#234;t national appellent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Exercice_du_pouvoir/Partie_II/6_juin_1936&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Exercice_du_pouvoir/Partie_II/6_juin_1936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit d'obtenir, r&#233;troactivement, pour les conflits en cours, quels qu'ils soient, les r&#233;sultats que la loi nous aurait procur&#233;s si elle avait &#233;t&#233; vot&#233;e il y a quelques semaines. Nous d&#233;clarons que cette premi&#232;re cons&#233;quence du retard de la loi &#8212; l'occupation, la neutralisation directe ou indirecte &#8212; doit cesser. Nous touchons ici &#224; un point dont M. Pernot a tr&#232;s bien compris l'importance. C'est qu'en effet si la loi avait &#233;t&#233; appliqu&#233;e plus t&#244;t, le travail aurait continu&#233; ; et le patron ne pourrait pas dire, comme il le dit dans certains conflits en cours, vous le savez aussi bien que moi monsieur Pernot : &#171; Oui, je veux bien aller &#224; l'arbitrage ; mais, en vertu de la jurisprudence de la Cour de cassation, tous les contrats individuels de mes ouvriers avec moi sont rompus. J'ai, par cons&#233;quent, le droit d'op&#233;rer par r&#233;embauchage individuel, en proc&#233;dant &#224; tous les filtrages que je veux et en &#233;liminant tous les ouvriers que je consid&#232;re, pour des raisons dont je suis seul juge, comme dangereux dans mon &#233;tablissement. &#187; Si la loi avait &#233;t&#233; vot&#233;e plus t&#244;t, si la conciliation et l'arbitrage avaient &#233;t&#233; organis&#233;s plus t&#244;t, cette &#233;limination n'aurait pas &#233;t&#233; possible et, en admettant que le patron e&#251;t, contre tel ou tel ouvrier, tel motif l&#233;gitime de licenciement, c'est la conciliation et l'arbitrage qui auraient permis de trancher ce litige comme tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y a-t-il l&#224;, messieurs, quelque chose de monstrueux ? N'est-ce pas, au contraire, quelque chose de parfaitement pratique et raisonnable ? Allons au fond des choses. Vous savez que j'ai l'habitude de dire directement ce que je pense et je croirais vous faire injure en rusant avec vous. Nous avons, en ce moment m&#234;me, des conflits d'une gravit&#233; particuli&#232;re et sur lesquels l'application ou la non-application de cette disposition de l'article 2 porterait de la fa&#231;on la plus directe. Il y a de graves conflits ouvriers dans le Nord. Pendant longtemps, ils se sont prolong&#233;s parce que l'arbitrage n'a pas &#233;t&#233; accept&#233;. Gr&#226;ce &#224; vous, il a &#233;t&#233; accept&#233;. C'est le soir de l'intervention de M. Mahieu, intervention qui avait produit sur tous les bancs du S&#233;nat un effet que vous n'avez pas oubli&#233;, que j'ai pu obtenir et du c&#244;t&#233; patronal et du c&#244;t&#233; ouvrier l'adh&#233;sion au principe de l'arbitrage et l'accord sur le nom d'un arbitre que j'avais propos&#233;. &#192; pr&#233;sent, le principe de l'arbitrage &#233;tant admis, l'assentiment sur la personne de l'arbitre &#233;tant obtenu, par quoi sommes-nous arr&#234;t&#233;s ? Par le fait que, invoquant la jurisprudence de la Cour de cassation, le patronat entend soustraire &#224; l'arbitrage le cas d'un certain nombre de licenciements individuels&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que ce sont des conflits qui, comme tous les autres cas de litiges entre ouvriers et patrons, doivent, le cas &#233;ch&#233;ant, &#234;tre r&#233;solus par la conciliation et par la sentence d'un arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur Desjardins, vous connaissez l'histoire des conflits ouvriers de ce pays, vous savez tr&#232;s bien que si nous en prenions la liste depuis cinquante ans, &#224; commencer par les plus longs et les plus c&#233;l&#232;bres, comme la gr&#232;ve de Carmaux en 1893, nous constaterions que, dans la moiti&#233; des cas, et dans les cas les plus graves, c'est pour des questions de licenciements individuels que les conflits ouvriers ont &#233;clat&#233; dans le pays. Vous savez bien que c'est l'&#233;ternel litige, le patron disant : &#171; J'ai renvoy&#233; l'ouvrier pour des fautes professionnelles &#187; ; les ouvriers disant : &#171; Non, on l'a renvoy&#233; parce qu'il &#233;tait un des chefs de l'organisation syndicale &#187; ; vous savez bien, ce litige, qu'il est &#233;ternel dans la vie ouvri&#232;re, et que vous entretiendriez sans fin les conflits ouvriers dans ce pays si vous vouliez, a priori, l'excepter des proc&#233;dures arbitrales. Eh bien, si vous votez l'article 2, ce sont ces conflits-l&#224; qui sont r&#233;gl&#233;s tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir, en effet, du moment o&#249; vous dites aux ouvriers : &#171; Plus d'occupations, plus de neutralisations &#187;, &#224; partir du moment o&#249; vous dites aux patrons : &#171; Plus de cong&#233;diements, plus de r&#233;embauchages &#187;, &#224; partir du moment o&#249; vous dites aux uns et aux autres : &#171; tout est remis &#224; l'arbitrage &#187;, alors personne n'a plus int&#233;r&#234;t &#224; continuer la gr&#232;ve, et la reprise du travail &#8212; c'est-&#224;-dire ce que vous souhaitez tous en ce moment &#8212; est la solution naturelle et n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je supplie le S&#233;nat de voter ce texte dans ses dispositions essentielles, parce que, de ce vote, d&#233;pendra peut-&#234;tre, &#224; partir de demain, la solution de conflits dont vous savez tous la gravit&#233; et dont vous savez quelles peuvent &#234;tre les r&#233;percussions pour la vie &#233;conomique du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car enfin, nous d&#233;lib&#233;rons en ce moment sur une loi de conciliation et d'arbitrage. Voil&#224; six mois que nous essayons de concilier et d'arbitrer. Voil&#224; six mois que des centaines et des centaines de conflits ont pass&#233; entre nos mains. Vous connaissez ceux qui ont &#233;clat&#233;, mais vous ignorez tous ceux que nous avons pu pr&#233;venir. Vous connaissez ceux dont le r&#232;glement a rencontr&#233; des difficult&#233;s, mais vous ne connaissez pas ceux qui ont pu &#234;tre r&#233;gl&#233;s &#224; l'amiable. Nous avons acquis tout de m&#234;me une sorte d'exp&#233;rience professionnelle dans une profession qui n'&#233;tait certes pas la n&#244;tre ! Je vous le dis tr&#232;s franchement, s'il devait &#234;tre entendu que l'on excepte de l'arbitrage, par voie directe ou par voie d&#233;tourn&#233;e, sous pr&#233;texte d'attentat &#224; l'autorit&#233; patronale, tous les conflits r&#233;sultant de cong&#233;diements individuels, toute l&#233;gislation de conciliation et d'arbitrage devrait &#234;tre &#233;cart&#233;e ; et, pour ma part, j'aimerais mieux y renoncer tout de suite, plut&#244;t que d'entrer dans cette esp&#232;ce de fiction hypocrite, car, pour la classe ouvri&#232;re et pour le patronat &#224; la fois, ce serait cela que nous leur offririons, au lieu d'un rem&#232;de r&#233;el, efficace, &#224; un mal que nous voulons tous gu&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voulez-vous que je vous dise, par exemple, comment des questions ont pu se poser dans telle ou telle usine que je pourrais vous d&#233;signer ? Voil&#224; une usine qui licencie une portion consid&#233;rable de son personnel. Elle a des commandes de l'&#201;tat et les ouvriers viennent dire : &#171; Nous affirmons qu'avec les commandes qui viennent d'&#234;tre donn&#233;es &#224; cette usine elle pourrait conserver une fraction plus importante de son personnel. &#187; La question a &#233;t&#233; arbitr&#233;e &#224; la satisfaction des ouvriers et des patrons &#8212; non pas peut-&#234;tre &#224; leur enti&#232;re satisfaction, car, vous le savez bien, un bon arbitrage laisse tout le monde insatisfait ; mais en fait, cette question a &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;e dans des conditions telles que et les ouvriers et les patrons se sont inclin&#233;s et que le travail a &#233;t&#233; repris. &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#234;me chose s'est produite tout r&#233;cemment encore, il y a quelques jours, dans le conflit des raffineries Lebaudy. L&#224; aussi des questions de personnel, des questions individuelles ont &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;es sur l'arbitrage de M. le contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral Guinand, aujourd'hui Premier Pr&#233;sident de la Cour des comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres affaires, des questions plus d&#233;licates encore, touchant encore plus &#224; ce que vous appelez la direction de l'entreprise, ont &#233;t&#233; soulev&#233;es. Voil&#224;, par exemple, une usine qui, pour monter une fabrication, a embauch&#233; un grand nombre de techniciens et de dessinateurs. Elle entre maintenant dans le stade de la fabrication en s&#233;rie et elle d&#233;clare ne pouvoir garder que tel ou tel nombre de ces dessinateurs et techniciens qu'elle a embauch&#233;s. Voil&#224; un arbitrage sur la question de savoir quel est le nombre de dessinateurs et de techniciens que les patrons de l'usine peuvent conserver, &#224; partir du moment o&#249; ils commencent &#224; fabriquer en s&#233;rie. L'arbitrage a eu lieu et il a abouti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le r&#233;p&#232;te, si vous voulez que les conflits ouvriers ne se perp&#233;tuent pas dans ce pays, il faut que vous acceptiez l'id&#233;e de renvoyer &#224; la conciliation et &#224; l'arbitrage des conflits comme ceux-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au S&#233;nat d'en juger. Mais ce que je lui demande avec instance, ce dont je l'adjure, c'est de ne prendre aucune disposition dont on pourrait, a contrario, tirer cette conclusion que les questions de licenciements individuels ne peuvent pas &#234;tre soumises &#224; l'arbitrage. Si le texte doit &#234;tre remani&#233;, j'adjure le S&#233;nat de n'y rien introduire qui puisse avoir cette signification, car vous auriez alors dans ce pays des conflits ouvriers inextricables et insolubles. On entre ou non dans la voie de l'arbitrage. Ce n'est pas moi qui y suis entr&#233;, c'est le S&#233;nat, vous le savez bien, et vous vous rappelez dans quelles conditions. Mais si on y entre, il faut y entrer franchement, d&#233;lib&#233;r&#233;ment, courageusement, et avec la volont&#233; d'aboutir et de r&#233;ussir. &lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est possible que, d&#232;s &#224; pr&#233;sent &#8212; je n'en sais rien, c'est possible &#8212; les patrons du Nord, de Lille et de Maubeuge aient signifi&#233; &#224; tout leur personnel un certain nombre de formules de licenciement. Peut-&#234;tre l'ont-ils d&#233;j&#224; fait. Peut-&#234;tre m&#234;me, allant jusqu'au bout de la th&#233;orie de la r&#233;solution du contrat de travail par la gr&#232;ve, ont-ils envoy&#233; des significations de ce genre &#224; tout leur personnel. S'ils ne l'ont pas fait hier, qu'est-ce qui les emp&#234;chera de le faire demain et ne voyez-vous pas que votre projet de loi va les y inciter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'arrivera-t-il ? En vertu de votre texte, tous ces licenciements auront force et vigueur jusqu'&#224; la d&#233;cision ult&#233;rieure de l'arbitre, c'est-&#224;-dire que vous allez prescrire la reprise du travail pr&#233;cis&#233;ment apr&#232;s cette &#233;limination et ce tri que les patrons de Lille et de Maubeuge veulent en ce moment op&#233;rer parmi leur personnel et qu'ils entendent soustraire &#224; l'appr&#233;ciation de l'arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs, de bonne foi, vous croyez que la reprise du travail aura lieu dans des conditions pareilles ? Vous croyez qu'apr&#232;s que 200, 300, 500 ouvriers, consid&#233;r&#233;s par leurs camarades comme leurs chefs et leurs repr&#233;sentants naturels, auront &#233;t&#233; &#233;limin&#233;s par voie de licenciement individuel et except&#233;s de la reprise collective du travail, cette reprise collective pourra s'op&#233;rer ? Qui peut le croire et qui, dans son for int&#233;rieur, trouvera le courage de bl&#226;mer les ouvriers qui manifesteraient leur solidarit&#233; &#224; leurs camarades ainsi atteints et ainsi frapp&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Messieurs, prenez-y garde, au lieu d'apaiser le conflit, vous allez l'aviver et le prolonger par une disposition comme celle-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le S&#233;nat me permettra-t-il, quelques r&#233;flexions d'un caract&#232;re un peu plus g&#233;n&#233;ral. Sans nul doute, dans une partie du patronat fran&#231;ais, se r&#233;v&#232;le en ce moment, non pas seulement un esprit de r&#233;sistance devant nos efforts de conciliation, mais quelque chose que je trouve plus s&#233;rieux et plus grave : la conviction qu'au moment du trouble et de la crise de Juin, des concessions excessives leur ont &#233;t&#233; arrach&#233;es, soit au point de vue des avantages mat&#233;riels, soit surtout, car pour beaucoup d'entre eux ces avantages mat&#233;riels ne passent qu'au second plan, soit surtout au point de vue de leur autorit&#233;. Et ces concessions, ils jugent le moment opportun pour en reprendre une partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est hors de doute que nous nous trouvons en pr&#233;sence de cet &#233;tat d'esprit et que, dans des conflits, dont nous avons eu les uns ou les autres &#224; essayer de procurer la conciliation, nous nous sommes sentis en face de cet &#233;tat d'esprit. Permettez-moi, messieurs, de vous le dire, je n'ai ni conseil, ni avertissement &#224; donner &#224; une assembl&#233;e comme la v&#244;tre, mais j'ai le droit et le devoir de vous parler franchement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous commettriez, je crois, une grande et redoutable erreur si vous permettiez, dans une mesure quelconque, &#224; cette r&#233;sistance patronale de s'appuyer en quoi que ce soit sur vous, sur ce que l'on peut pr&#233;sumer, soit de vos sentiments &#224; l'&#233;gard du Gouvernement, ce qui est peu de chose, soit de votre position vis-&#224;-vis des r&#233;formes sociales, ce qui est infiniment plus grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me permets de le dire au S&#233;nat, un texte comme celui qu'on lui propose serait de nature &#224; &#233;veiller ou &#224; fortifier un tel soup&#231;on contre lequel, j'en suis s&#251;r, il n'est pas un seul d'entre vous qui ne veuille se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, messieurs, je le dis d&#232;s &#224; pr&#233;sent au S&#233;nat, je ne serai pas en &#233;tat de soutenir devant la Chambre une disposition comme celle-l&#224;, parce que je la crois inapplicable et parce que, m&#234;me, j'en suis convaincu, si elle &#233;tait appliqu&#233;e ou si l'on tentait de l'appliquer, elle produirait un effet exactement contraire &#224; celui que vous souhaitez tous avec la m&#234;me sinc&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Gouvernement, qui vit maintenant depuis un peu plus de six mois, a une t&#226;che assez lourde &#224; remplir. On nous disait hier que les choses n'ont pas beaucoup chang&#233; depuis six mois. Si ! messieurs, elles ont chang&#233; malgr&#233; tout ! Je vous en donnerai la preuve explicite si vous le voulez, en vous faisant le tableau exact de ce qui subsiste actuellement de conflits sociaux et de tous ceux que nous avons r&#233;solus, soit par la conciliation, soit m&#234;me, ce que chacun de vous ignore sans doute, par des mesures de fermet&#233;. En effet, quand nous les prenons, ce sont toujours celles qui sont le plus complaisamment ignor&#233;es. Mais la situation a chang&#233;, croyez-moi. Laissez-moi vous le dire, si elle n'avait pas chang&#233;, si elle &#233;tait encore aujourd'hui ce qu'elle a &#233;t&#233; au mois de juin dernier, quand nous avons pris le pouvoir, nous rencontrerions, sans doute, moins de r&#233;sistances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous trouvez notre &#339;uvre insuffisante ; c'est possible. Mais personne ne peut nier que nous ayons, malgr&#233; tout, depuis six mois, &#224; l'int&#233;rieur de ce pays, introduit un peu plus de concorde&#8230; Comparez la situation d'aujourd'hui &#224; celle que nous avons trouv&#233;e quand nous avons pris le pouvoir, M. Sarraut ou moi-m&#234;me, et voyez s'il y a un changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet effort-l&#224; nous voulons le continuer, et nous vous en demandons les moyens. Nous, responsables de la s&#233;curit&#233; de ce pays, d&#233;clarons que nous ne pouvons pas l'assurer si vous ne nous donnez pas les moyens d'y maintenir la concorde civique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vous d&#233;clarons &#8212; c'est l&#224; la raison de ce que vous nous avez tant reproch&#233;, de ce que vous appelez notre faiblesse &#8212; que laisser se perp&#233;tuer les conflits ou les &#233;teindre par l'application de la force, ce sont des moyens diff&#233;rents de ruiner ou d'atteindre la concorde civique, la concorde nationale, et c'est parce que nous avons voulu ramener cette concorde et que nous en avons besoin plus que jamais dans les conditions fran&#231;aises et dans les conditions europ&#233;ennes de l'heure, c'est pour cela que nous avons agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous demande de consid&#233;rer cela, je vous demande de consid&#233;rer que la paix int&#233;rieure en France est aujourd'hui une des conditions de la paix dans le monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le S&#233;nat, dans sa tr&#232;s grande majorit&#233;, je crois, peut-&#234;tre m&#234;me dans son unanimit&#233;, cela est possible, &#233;prouve de la sympathie et serait pr&#234;t peut-&#234;tre &#224; marquer un assentiment &#224; l'effort que nous avons fait depuis des mois pour pr&#233;server la paix de l'Europe. Cet effort est vain, ou du moins compromis, nous en sommes convaincus, si nous ne parvenons pas &#224; maintenir en France tout &#224; la fois l'ordre public et la concorde civique. C'est de cela que nous vous demandons les moyens. Nous n'avons pas d'autres pens&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le S&#233;nat nous suspecte de je ne sais quelles intentions partiales. Il pense que, par des proc&#233;dures de ce genre, nous voulons consolider dans le pays, ou le pouvoir, ou le monopole, de telle ou telle organisation ouvri&#232;re. Messieurs, l&#224;-dessus, je veux m'expliquer tout de suite. Nous n'avons jamais entendu, soit par le projet de loi que nous vous avons soumis, soit par la demande de pouvoirs que nous vous pr&#233;sentons, installer le monopole en France de l'organisation conf&#233;d&#233;r&#233;e. Elle est puissante, elle est l'organisation la plus puissante, elle est l'organisation la plus repr&#233;sentative. C'est un fait, le Conseil national &#233;conomique compos&#233; de patrons et d'ouvriers l'a lui-m&#234;me reconnu sans discussion. &#192; quoi sert de fermer les yeux devant les faits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'adresse &#224; mes amis radicaux de cette Assembl&#233;e. N'ai-je pas le droit de rappeler que le Parti Radical participe au m&#234;me titre que la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail &#224; la formation du Rassemblement Populaire qui a emport&#233; la majorit&#233;, qu'on le veuille ou non, aux derni&#232;res &#233;lections l&#233;gislatives ? N'ai-je pas le droit de leur rappeler que les congr&#232;s du Parti Radical, &#224; maintes reprises, et je crois bien encore le congr&#232;s de Biarritz, ont adh&#233;r&#233; au programme de la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail ? J'ai le droit de rappeler des faits comme ceux-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nom de conf&#233;d&#233;ration a-t-il donc, je le demande, quelque chose qui br&#251;le les l&#232;vres quand on le prononce ? Et d'ailleurs, messieurs, depuis quelques mois, si je vous rappelais toutes les circonstances o&#249;, en pr&#233;sence de tel ou tel conflit d&#233;licat, on est venu nous dire, &#8212; nos coll&#232;gues de la Chambre et parfois aussi nos coll&#232;gues du S&#233;nat &#8212; : &#171; Ici ou l&#224;, il y a un incident p&#233;nible ; ne pouvez-vous pas faire intervenir la Conf&#233;d&#233;ration G&#233;n&#233;rale du Travail pour y mettre un terme ? &#187; Combien de fois nous a-t-on demand&#233; cela et combien de fois l'avons-nous obtenu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, il faut envisager cette question aussi franchement. Il est impossible de faire r&#233;ussir en France une proc&#233;dure de conciliation et d'arbitrage, si les organisations ouvri&#232;res et patronales ne se sentent pas &#233;galement int&#233;ress&#233;es &#224; la faire r&#233;ussir, si elles ne s'y trouvent pas engag&#233;es, si elles ne s'en jugent pas responsables. C'est l&#224; l'intention, l'explication v&#233;ritable des textes que nous vous proposons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait au S&#233;nat un appel plus long et plus complet que celui que je voulais lui adresser. Mais je l'assure qu'il est en pr&#233;sence d'une d&#233;cision s&#233;rieuse. Ni pour vous, ni pour nous, ni pour personne il ne faudrait qu'on e&#251;t l'impression qu'une loi de ce genre, dont l'intention ne peut &#234;tre douteuse, dont les effets sont attendus et r&#233;clam&#233;s de tous, devient vaine ou inop&#233;rante parce que, dans ces va-et-vient interminables entre les deux Assembl&#233;es, elle a perdu quelque chose de sa vertu propre, de la confiance qu'elle peut inspirer, ou bien parce que des modifications continuelles de textes auront paralys&#233; d'avance l'application qu'il sera possible d'en faire. Nous ne vous demandons pas autre chose que des moyens d'agir pour cr&#233;er entre le capital et le travail, dans ce pays, une collaboration active, de fa&#231;on &#224; recr&#233;er une concorde civique, &#224; ranimer une activit&#233; de production. C'est cela que nous voulons. Nous avons la chance d'avoir avec nous, dans cet effort, des organisations ouvri&#232;res qui, pendant de longues ann&#233;es, ont combattu des mesures comme celle que nous vous proposons. Et vous allez n&#233;gliger cet avantage ? Vous allez le consid&#233;rer comme vain ou comme suspect ? Vous allez mettre en doute la bonne foi d'hommes pr&#234;ts &#224; travailler avec nous dans une &#339;uvre comme celle que je viens de d&#233;finir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous en supplie, ne commettez pas cette faute, elle serait funeste pour la R&#233;publique elle-m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Exercice_du_pouvoir/Partie_II/D%C3%A9cembre_1936&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Exercice_du_pouvoir/Partie_II/D%C3%A9cembre_1936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre lanc&#233; par Maurice Thorez, le 11 juin, d'en terminer avec les gr&#232;ves n'avait &#233;t&#233; que tr&#232;s incompl&#232;tement suivi. Pendant la seconde quinzaine de juin et tout le mois de juillet, les &#034;gr&#232;ves sur le tas&#034; continu&#232;rent &#224; faire boule de neige. Apr&#232;s l'accalmie du mois d'ao&#251;t, pendant lequel l'application des cong&#233;s pay&#233;s provoqua, pour la premi&#232;re fois, la fermeture de nombreuses entreprises, les &#034;occupations&#034; reprirent de plus belle. (...) le ministre de l'Int&#233;rieur, le socialiste Salengro, avait jur&#233; d'y mettre un terme &#034;par tous les moyens appropri&#233;s&#034;. (...) Le 7 octobre, Blum passa des g&#233;missements aux actes : deux cent cinquante gardiens de la paix forc&#232;rent la porte de la Chocolaterie des Gourmets, rue Violet, &#224; paris, et, apr&#232;s une dure bagarre, en expuls&#232;rent les &#034;occupants&#034;. (...) Au d&#233;but de juin 1937, la crise financi&#232;re s'est aggrav&#233;e (...) ,Blum annonce soudain qu'il d&#233;missionne et passe la main au radical Camille Chautemps. (...) Le 2&#034; d&#233;cembre 1937, &#224; Colombes, la gigantesque usine Goodrich fut occup&#233;e par son tr&#232;s nombreux personnel. (...) Le 30, &#224; l'aube, le camarade Max Dormoy, toujours ministre de l'Int&#233;rieur, fit encercler l'entreprise par six cents gardes mobiles, avec mission de d&#233;loger les gr&#233;vistes. (...) En fin de journ&#233;e, quelque trente mille ouvriers, accourus, entouraient le &#034;fort&#034; Goodrich. (...) les sbires de Dormoy durent battre en retraite. Mais les staliniens de l'Union des Syndicats de la r&#233;gion parisienne, Eug&#232;ne H&#233;naff en t&#234;te, exig&#232;rent, le 9 janvier, le respect d'une sentence arbitrale de compromis, qui &#233;quivalait &#224; une capitulation.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin dans &#034;Le Front Populaire, r&#233;volution manqu&#233;e&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le front populaire en 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1966/01/broue_dorey_frpop_3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1966/01/broue_dorey_frpop_3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute du front populaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/2013/04/blum-a16.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.wsws.org/fr/articles/2013/04/blum-a16.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves de mai-juin 1936 sont la derni&#232;re occasion r&#233;volutionnaire pour le prol&#233;tariat en France pour casser la d&#233;rive vers le fascisme et la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000881/les-greves-de-mai-juin-1936-en-region-parisienne-et-dans-le-nord.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000881/les-greves-de-mai-juin-1936-en-region-parisienne-et-dans-le-nord.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai-Juin 1936 : de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; la r&#233;volution ou &#224; la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article525&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article525&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trahison de la gr&#232;ve et de la r&#233;volution m&#232;ne au fascisme et &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf9.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf9.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le front populaire a fait passer en quatre ans la classe ouvri&#232;re d'une confiance en ses propres forces &#224; une d&#233;moralisation profonde et la France d'une majorit&#233; de gauche &#224; une majorit&#233; profasciste&#8230;&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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