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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185 &lt;br class='autobr' /&gt;
N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes... &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de 1871 K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Prolongements historiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Commune de 1871&lt;br class='autobr' /&gt;
K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prolongements historiques et th&#233;oriques de la Commune&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de l'&#201;tat&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 16-18 mars 1875&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le projet de programme de Gotha] a transform&#233; le libre &#201;tat populaire en &#201;tat libre. Du point de vue grammatical, un &#201;tat libre est celui qui est libre &#224; l'&#233;gard de ses citoyens, autrement dit un &#201;tat &#224; gouvernement despotique. Il faudrait laisser tomber un tel bavardage sur l'&#201;tat, surtout apr&#232;s la Commune qui n'&#233;tait plus un &#201;tat au sens propre. L'&#201;tat populaire, les anarchistes nous l'ont assez jet&#233; &#224; la t&#234;te, bien que l'ouvrage de Marx contre Proudhon et ensuite le Manifeste disent express&#233;ment qu'avec l'instauration du r&#233;gime socialiste l'&#201;tat se dissout de lui-m&#234;me et finit par dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &#201;tat &#187; n'&#233;tant qu'une institution transitoire, dont on se sert dans la lutte durant la r&#233;volution pour r&#233;primer de force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler de &#171; libre &#201;tat populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le prol&#233;tariat a besoin de l'&#201;tat, ce n'est point pour instaurer la libert&#233;, mais pour r&#233;primer ses adversaires, et sit&#244;t qu'il pourra &#234;tre question de libert&#233;, l'&#201;tat aura cess&#233; d'exister en tant que tel. En cons&#233;quence, nous proposerions de mettre partout &#224; la place du mot &#171; &#201;tat &#187; le mot &#171; communaut&#233; &#187;, (Gemeinwesen), excellent vieux mot allemand r&#233;pondant fort bien au mot fran&#231;ais &#171; Commune &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ph. Van Patten&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 avril 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; votre lettre du 2 avril sur la position de Karl Marx vis-&#224;-vis des anarchistes en g&#233;n&#233;ral et de Johann Most en particulier, je serai concis et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir, par la violence arm&#233;e, l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; travailleuse par la stricte minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette stricte minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233; d'oppression, ou &#201;tat. Mais, en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore de la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847, chapitre II, fin. [1] (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions. Mais, le d&#233;truire &#224; ce moment, ce serait d&#233;truire le seul organisme gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir, &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre la r&#233;volution &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il que je vous donne express&#233;ment l'assurance que Marx s'est oppos&#233; &#224; cette stupidit&#233; anarchiste d&#232;s l'instant o&#249; elle lui apparut sous la forme que lui donne actuellement Bakounine ? Toute l'histoire interne de l'Association internationale des travailleurs en t&#233;moigne. Les anarchistes tentent depuis 1867 avec les proc&#233;d&#233;s les plus inf&#226;mes de s'emparer de la direction de l'Internationale, et Marx fut l'obstacle principal &#224; leur projet. Le r&#233;sultat d'une lutte de cinq ans, ce fut, au Congr&#232;s de La Haye en septembre 1872, l'exclusion des anarchistes de l'Internationale, et l'homme qui fit le plus pour obtenir cette exclusion, ce fut Marx. &#192; ce propos, notre vieil ami, F.A. Sorge de Hoboken, qui y assista en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;, peut vous fournir des d&#233;tails, si vous le souhaitez...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eastbourne, 17 ao&#251;t 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Dans la lutte de classe entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, la monarchie bonapartiste (dont Marx a d&#233;fini les caract&#233;ristiques dans le 18-Brumaire, et moi-m&#234;me dans la Question du logement II, etc) joue un r&#244;le semblable &#224; celui de la monarchie absolue dans la lutte entre forces f&#233;odales et bourgeoisie. Or, ce combat ne peut &#234;tre livr&#233; jusqu'au bout sous l'ancienne monarchie absolue, mais seulement sous la monarchie constitutionnelle (Angleterre, France de 1789-1792 et 1815-1830). De m&#234;me, en ce qui concerne le combat entre bourgeoisie et prol&#233;tariat, c'est sous la R&#233;publique qu'il est men&#233; &#224; son terme. Comme des conditions favorables et les traditions r&#233;volutionnaires ont contribu&#233; &#224; ce que les Fran&#231;ais renversent le bonapartisme et instaurent la r&#233;publique bourgeoise, ils poss&#232;dent d&#233;j&#224; la forme o&#249; le combat doit &#234;tre men&#233; jusqu'&#224; son terme. Ils ont donc un avantage sur nous qui sommes embourb&#233;s dans un m&#233;lange de semi-f&#233;odalisme et de bonapartisme, puisque nous avons &#224; conqu&#233;rir la forme o&#249; se d&#233;roulera la lutte finale. Bref, du point de vue politique, ils nous devancent de toute une &#233;tape. Une restauration monarchiste aurait pour cons&#233;quence de remettre &#224; l'ordre du jour la lutte pour la restauration de la r&#233;publique bourgeoise, tandis que la poursuite de la r&#233;publique signifie une exacerbation croissante de la lutte de classe directe et non dissimul&#233;e. En cons&#233;quence, le premier r&#233;sultat imm&#233;diat de la r&#233;volution, pour ce qui est de la forme, peut et doit &#234;tre chez nous, la r&#233;publique bourgeoise [2]. Mais, ce ne peut &#234;tre alors qu'un bref point de passage, &#233;tant donn&#233; que nous avons la chance de ne pas avoir un parti bourgeois purement r&#233;publicain. La r&#233;publique bourgeoise, ayant &#224; sa t&#234;te le parti du progr&#232;s peut-&#234;tre, nous servira d'abord &#224; conqu&#233;rir la grande masse des ouvriers pour le socialisme r&#233;volutionnaire. C'est ce qui se r&#232;gle en un an ou deux, tous les partis de milieu encore possibles sans nous s'usant et se ruinant eux-m&#234;mes pendant ce laps de temps. C'est alors seulement que ce sera notre tour, et avec succ&#232;s. La grande erreur des Allemands, c'est de se repr&#233;senter la r&#233;volution comme quelque chose qui se r&#232;gle en une nuit [3]. En fait, c'est un processus de d&#233;veloppement des masses dans des conditions acc&#233;l&#233;r&#233;es, processus s'&#233;tendant sur des ann&#233;es. Chacune des r&#233;volutions qui s'est faite en une nuit (1830) s'est born&#233;e &#224; &#233;liminer une r&#233;action d'embl&#233;e sans espoir ou a conduit directement au contraire de ce qu'elle s'effor&#231;ait de r&#233;aliser (cf, 1848, France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er janvier 1894&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... En ce qui concerne votre question sur le passage de la Pr&#233;face du Manifeste se r&#233;f&#233;rant &#224; la Guerre civile en France *, vous serez sans doute d'accord avec la r&#233;ponse que j'en donne dans ma pr&#233;face de Mars 1891. [4] (165) Je vous en envoie un exemplaire pour le cas o&#249; vous n'en auriez pas. Il s'agit tout simplement de prouver que le prol&#233;tariat victorieux doit commencer par donner une forme nouvelle &#224; l'ancien &#201;tat et administration bureaucratiques et centralis&#233;s, avant de pouvoir utiliser l'&#201;tat &#224; ses fins. &#192; l'inverse, depuis 1848 tous les bourgeois r&#233;publicains, si violemment aient-ils attaqu&#233;s cette machine, tant qu'ils &#233;taient dans l'opposition - ont, sit&#244;t qu'ils sont parvenus au gouvernement, repris sans aucun changement cette machine pour l'utiliser, soit contre la r&#233;action, soit le plus souvent contre le prol&#233;tariat. Si, dans la Guerre civile en France 1871 nous avons port&#233; au compte de la Commune des plans plus ou moins conscients, alors que ses tendances lui &#233;taient plus ou moins inconscientes, ce n'est pas seulement parce que les circonstances le justifiaient, mais encore parce que c'est ainsi qu'il faut proc&#233;der. Les Russes ont fait preuve d'un grand bon sens, en mettant ce passage de la Guerre civile en annexe &#224; leur traduction du Manifeste. Si le cours des choses n'avait pas &#233;t&#233; aussi rapide, on aurait pu faire davantage encore &#224; l'&#233;poque...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 14 mars 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de d&#233;mocratie change avec chaque demos (peuple) donn&#233; &#224; chaque fois, et ne nous fait donc pas avancer d'un pas. Ce qu'il y avait &#224; dire, &#224; mon avis, c'est que le prol&#233;tariat a besoin de formes d&#233;mocratiques pour s'emparer du pouvoir politique, mais comme toutes les formes politiques, elles ne sont que des moyens. Cependant, si l'on veut aujourd'hui, en Allemagne, la d&#233;mocratie comme butil faut s'appuyer sur les paysans et les petits bourgeois, autrement dit des classes en voie de disparition, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires, par rapport au prol&#233;tariat, si l'on veut les maintenir artificiellement. En outre, il ne faut pas oublier que la forme cons&#233;quente de la domination bourgeoise est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;publique d&#233;mocratique, devenue trop risqu&#233;e &#224; la suite du d&#233;veloppement d&#233;j&#224; atteint par le prol&#233;tariat, mais qui reste une forme encore possible de la domination bourgeoise pure, comme le montrent la France et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe du lib&#233;ralisme comme &#171; un &#233;tat de choses d&#233;j&#224; atteint historiquement &#187; n'est en fait qu'une incons&#233;quence. La monarchie constitutionnelle lib&#233;rale est une forme ad&#233;quate de la domination bourgeoise : 1&#186; au d&#233;but, lorsque la bourgeoisie n'a pas encore r&#233;gl&#233; compl&#232;tement ses comptes avec la monarchie absolue ; 2&#186; &#224; la fin, lorsque le prol&#233;tariat rend d&#233;j&#224; trop risqu&#233;e la r&#233;publique d&#233;mocratique. Quoi qu'il en soit, la r&#233;publique d&#233;mocratique restera toujours la forme ultime de la domination bourgeoise, forme dans laquelle elle cr&#232;vera. Mais, il suffit sur cette salade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nim me prie de te saluer. Je n'ai pas vu Tussy hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 6 juin 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons d&#233;tourner les masses des partis lib&#233;raux, tant que ceux-ci n'ont pas eu l'occasion de se ridiculiser dans la pratique, en arrivant au pouvoir et en d&#233;montrant qu'ils sont des incapables. Nous sommes toujours, comme en 1848, l'opposition de l'avenir et nous devons donc avoir au gouvernement le plus extr&#234;me des partis actuels avant que nous puissions devenir vis-&#224;-vis de lui l'opposition actuelle. La stagnation politique c'est-&#224;-dire la lutte sans effet ni but des partis officiels telle qu'elle se pratique &#224; l'heure actuelle - ne peut pas nous servir &#224; la longue, comme le ferait un combat progressif de ces partis tendant au fur et &#224; mesure &#224; un glissement vers la gauche. C'est ce qui se produit en France, o&#249; la lutte politique se d&#233;roule comme toujours sous forme classique. Les gouvernements qui se succ&#232;dent sont de plus en plus orient&#233;s &#224; gauche ; le minist&#232;re Clemenceau est d&#233;j&#224; en vue, et ce ne sera pas le minist&#232;re de la bourgeoisie extr&#234;me. &#192; chaque glissement &#224; gauche, des concessions tombent en partage aux ouvriers (voir la derni&#232;re gr&#232;ve de Decazeville o&#249;, pour la premi&#232;re fois, la soldatesque n'est pas intervenue). Ce qui importe avant tout, c'est que le champ soit de plus en plus net pour la bataille d&#233;cisive et la position des partis claire et pure. Dans cette &#233;volution lente, mais irr&#233;sistible de la r&#233;publique fran&#231;aise, je tiens pour in&#233;vitable ce r&#233;sultat final : opposition entre les bourgeois radicaux jouant aux socialistes et les ouvriers vraiment r&#233;volutionnaires. Ce sera l'un des &#233;v&#233;nements les plus importants, et j'esp&#232;re qu'il ne sera pas interrompu. Je me r&#233;jouis de ce que nos gens ne soient pas encore assez forts &#224; Paris (et ils le sont d'autant plus en province) pour se laisser aller &#224; des putschs, par la force du verbe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, dans la confuse Allemagne, l'&#233;volution ne se poursuit pas d'une mani&#232;re aussi classiquement pure qu'en France. Elle a trop de retard pour cela, nous n'arrivons &#224; ce stade que quand les autres l'ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;. Mais, en d&#233;pit de la mesquinerie de nos partis officiels, la vie politique, quelle qu'elle soit, nous est bien plus favorable que l'actuel d&#233;sert politique o&#249; ne joue que le faisceau des intrigues de politique ext&#233;rieure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 11 d&#233;cembre 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Pour ce qui est de la d&#233;mocratie pure et de son r&#244;le &#224; l'avenir, je ne partage pas ton opinion. Il est &#233;vident qu'en Allemagne, elle jouera un r&#244;le bien plus insignifiant que dans les pays de d&#233;veloppement industriel plus ancien. Mais, cela n'emp&#234;che pas qu'elle acquerra, au moment de la r&#233;volution, une importance momentan&#233;e en tant que parti bourgeois extr&#234;me : c'est ce qui s'est d&#233;j&#224; pass&#233; en 1849 &#224; Francfort, du fait qu'elle repr&#233;sentait la derni&#232;re bou&#233;e de sauvetage de toute l'&#233;conomie bourgeoise et m&#234;me f&#233;odale. &#192; ce moment, toute la masse des r&#233;actionnaires se range derri&#232;re lui et le renforce : tout ce qui est r&#233;actionnaire se donne alors des allures d&#233;mocratiques. De mars &#224; septembre 1848, toute la masse f&#233;odale et bureaucratique renfor&#231;a ainsi les lib&#233;raux, afin de mater les masses r&#233;volutionnaires et, le coup r&#233;ussi, les lib&#233;raux furent &#233;conduits &#224; coups de pied, comme il fallait s'y attendre. C'est ainsi qu'en France, de mai 1848 aux &#233;lections de Bonaparte en d&#233;cembre, ce fut le parti r&#233;publicain pur du National, le parti le plus faible de tous, qui r&#233;gna du simple fait qu'il avait derri&#232;re lui toute la masse organis&#233;e de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui s'est pass&#233; &#224; chaque r&#233;volution : le parti le plus b&#233;nin qui puisse encore r&#233;gner, arrive au pouvoir, simplement parce que le vaincu voit en lui la derni&#232;re chance de salut. Or, on ne peut pas s'attendre &#224; ce qu'au moment de la crise, nous ayions derri&#232;re nous la majorit&#233; des &#233;lecteurs, c'est-&#224;-dire de la nation. Toute la classe bourgeoise et les vestiges des classes f&#233;odales poss&#233;dantes, une grande partie de la petite-bourgeoisie et de la population des campagnes se rangeront alors derri&#232;re le parti bourgeois extr&#234;me qui se donnera des allures r&#233;volutionnaires extr&#233;mistes, et je tiens pour tr&#232;s possible qu'il soit repr&#233;sent&#233; dans le gouvernement provisoire, voire qu'il en forme un moment la majorit&#233;. La minorit&#233; social-d&#233;mocrate du gouvernement parisien de F&#233;vrier a montr&#233; comment il ne fallait pas agir lorsqu'on est en majorit&#233;. Cependant, pour l'heure, c'est une question encore acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les &#233;v&#233;nements peuvent se d&#233;rouler tout autrement en Allemagne, et ce sont pour des raisons militaires. Dans l'&#233;tat actuel des choses, l'impulsion, si elle vient de l'ext&#233;rieur, ne peut venir que de Russie ; mais si elle vient de l'Allemagne elle-m&#234;me, la r&#233;volution ne peut alors partir que de l'arm&#233;e. Un peuple sans armes contre une arm&#233;e moderne est, du point de vue militaire, une grandeur purement &#233;vanescente. Dans ce cas, nos r&#233;servistes de 20 &#224; 25 ans, qui ne votent pas mais qui sont exerc&#233;s dans le maniement des armes, entreraient en action, et la d&#233;mocratie pure pourrait &#234;tre sauv&#233;e. Mais, pr&#233;sentement, cette question est &#233;galement acad&#233;mique, bien que je sois oblig&#233; de l'envisager, &#233;tant pour ainsi dire le repr&#233;sentant du Grand Quartier g&#233;n&#233;ral du Parti. En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l'ensemble de la r&#233;action group&#233;e autour de la d&#233;mocratie pure, et cela, me semble-t-il, ne doit pas &#234;tre perdu de vue...&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; F. Domela Nieuwenhuis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 22 f&#233;vrier 1881&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos du prochain Congr&#232;s de Zurich, la question que vous me posez [sur les mesures l&#233;gislatives &#224; prendre en vue d'assurer la victoire du socialisme en cas d'arriv&#233;e au pouvoir des socialistes] me semble des plus maladroites. Ce qu'il faut faire imm&#233;diatement &#224; un moment bien d&#233;termin&#233; de l'avenir d&#233;pend naturellement tout &#224; fait des circonstances historiques dans lesquelles il faut agir. Votre question se pose au pays des nuages et repr&#233;sente donc pratiquement un probl&#232;me fantasmagorique, auquel on ne peut r&#233;pondre qu'en faisant la critique de la question elle-m&#234;me. Nous ne pouvons r&#233;soudre une &#233;quation que si elle inclut d&#233;j&#224; dans ses donn&#233;es les &#233;l&#233;ments de sa solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, l'embarras dans lequel se trouve un gouvernement subitement form&#233; &#224; la suite d'une victoire populaire n'a rien de sp&#233;cifiquement &#171; socialiste &#187;. Au contraire. Les politiciens bourgeois victorieux se sentent aussit&#244;t g&#234;n&#233;s par leur &#171; victoire &#187;, quant aux socialistes, ils peuvent au moins intervenir sans se g&#234;ner et, vous pouvez &#234;tre s&#251;r d'une chose : un gouvernement socialiste n'arriverait jamais au pouvoir si les conditions n'&#233;taient pas d&#233;velopp&#233;es au point qu'il puisse avant toute chose prendre les mesures n&#233;cessaires &#224; intimider la masse des bourgeois de sorte qu'il conquiert ce dont il a le plus besoin : du temps pour une action durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me renverrez peut-&#234;tre &#224; la Commune de Paris. Mais, abstraction faite de ce qu'il s'agissait d'un simple soul&#232;vement d'une ville dans des conditions exceptionnelles, la majorit&#233; de la Commune n'&#233;tait pas socialiste, et ne pouvait pas l'&#234;tre. [5] Avec une faible dose de bon sens, elle aurait pu n&#233;anmoins obtenir avec Versailles un compromis utile &#224; toute la masse du peuple, seule chose qu'il &#233;tait possible d'atteindre &#224; ce moment-l&#224;. En mettant simplement la main sur la Banque de France, elle aurait pu effrayer les Versaillais et mettre fin &#224; leurs fanfaronnades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications g&#233;n&#233;rales de la bourgeoisie fran&#231;aise avant 1789 &#233;taient &#224; peu pr&#232;s &#233;tablies - mutatis mutandis - comme le sont de nos jours toutes les mesures &#224; prendre uniform&#233;ment par le prol&#233;tariat dans tous les pays &#224; production capitaliste, Mais, la fa&#231;on dont les revendications de la bourgeoisie fran&#231;aise ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es, un quelconque Fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle en avait-il la moindre id&#233;e a priori ? L'anticipation doctrinaire et n&#233;cessairement fantasmagorique du programme d'action d'une r&#233;volution future ne ferait que d&#233;voyer la lutte pr&#233;sente. Le r&#234;ve de la ruine tout &#224; fait imminente du r&#233;gime enflammait les Chr&#233;tiens primitifs dans leur lutte contre l'Empire romain et leur donnait la certitude de vaincre. La compr&#233;hension scientifique de la dissolution in&#233;luctable et toujours plus grave sous nos yeux de l'ordre social dominant et les masses pouss&#233;es &#224; coups de fouet &#224; la passion r&#233;volutionnaire par les vieux simulacres de gouvernements, en m&#234;me temps que par le prodigieux d&#233;veloppement positif de moyens de production, tout cela suffit &#224; garantir qu'au moment o&#249; &#233;clatera une v&#233;ritable r&#233;volution prol&#233;tarienne, nous aurons &#233;galement les conditions de leur modus operandi imm&#233;diat, qui ne s'av&#233;rera certainement pas idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis convaincu que la conjoncture de crise n'existe pas encore pour une nouvelle Association internationale des travailleurs. En cons&#233;quence, je consid&#232;re que tous les congr&#232;s ouvriers ou socialistes - pour autant qu'ils ne se pr&#233;occupent pas des conditions donn&#233;es imm&#233;diates de telle ou telle nation - ne sont pas seulement inutiles, mais encore nuisibles. Ils se perdront toujours en fum&#233;e, en rab&#226;chant mille fois des g&#233;n&#233;ralit&#233;s banales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;votre d&#233;vou&#233; Karl Marx&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; J. Mesa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 mars 1891&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cher Mesa,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'apprendre, par votre lettre du 2 courant, la publication imminente de votre traduction espagnole de la Mis&#232;re de la Philosophie de Marx. Il va sans dire que nous nous associons avec empressement &#224; cette oeuvre qui ne manquera pas de produire un effet des plus favorables sur le d&#233;veloppement du socialisme en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie proudhonienne, d&#233;molie dans ses bases par le livre de Marx, a certainement &#233;t&#233; balay&#233;e de la surface depuis la chute de la Commune de Paris. Mais, elle forme toujours le grand arsenal dans lequel les bourgeois radicaux pseudo-socialistes d'Europe occidentale puisent les formules propres &#224; endormir les ouvriers. Or, comme les ouvriers de ces m&#234;mes pays ont h&#233;rit&#233;, de leurs devanciers, de semblables phrases proudhoniennes, il arrive que, chez beaucoup d'entre eux, la phras&#233;ologie des radicaux trouve encore un &#233;cho. C'est le cas en France, o&#249; les seuls proudhoniens qu'il y ait encore, sont les bourgeois radicaux soi-disant socialistes. Et si je ne m'abuse, vous en avez aussi, dans vos Cort&#232;s et dans votre presse, de ces r&#233;publicains qui se pr&#233;tendent socialistes, parce qu'ils voient dans les id&#233;es proudhoniennes un moyen plausible tout trouv&#233; d'opposer au vrai socialisme, expression rationnelle et concise des aspirations du prol&#233;tariat, un socialisme bourgeois et de faux aloi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut fraternel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr. Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; N.F. Danielson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 17 octobre 1893&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Si l'Europe occidentale avait &#233;t&#233; pour une telle r&#233;volution (socialiste) entre 1860-1870, si un tel bouleversement social avait &#233;t&#233; entrepris &#224; ce moment en Angleterre, France, etc., alors c'e&#251;t &#233;t&#233; aux Russes de montrer ce qu'ils auraient pu faire de leurs communaut&#233;s (agraires), [6] qui &#233;taient encore plus ou moins intactes. Or, l'Occident resta immobile. Aucune r&#233;volution de ce genre n'ayant &#233;t&#233; entreprise, le capitalisme s'y d&#233;veloppa au contraire &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Ainsi donc, comme il &#233;tait manifestement impossible de hausser les communaut&#233;s &#224; une forme de production dont elles &#233;taient s&#233;par&#233;es par une s&#233;rie de stades historiques, il ne leur reste plus qu'&#224; se d&#233;velopper de mani&#232;re capitaliste, ce qui me semble-t-il, est leur seule &#233;volution possible...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Lafargue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Reproduite dans le Socialiste, le 24 novembre 1900]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ah, mais nous avons la r&#233;publique en France &#187;, nous diront les ex-radicaux, &#171; chez nous, c'est autre chose. Nous pouvons utiliser le gouvernement pour des mesures socialistes ! &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique toute faite pour la domination future du prol&#233;tariat. Vous avez sur nous l'avantage de l'avoir l&#224; ; nous autres, nous devrons perdre vingt-quatre heures pour la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;publique, comme toute autre forme de gouvernement, est d&#233;termin&#233;e par ce qu'elle contient ; tant qu'elle est la forme de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle nous est tout aussi hostile que n'importe quelle monarchie (sauf les formes de cette hostilit&#233;). C'est donc une illusion toute gratuite que de la prendre pour une forme socialiste par son essence ; que de lui confier, tant qu'elle est domin&#233;e par la bourgeoisie, des missions socialistes. Nous pourrons lui arracher des concessions, mais jamais la charger de l'ex&#233;cution de notre besogne &#224; nous. Encore si nous pouvions la contr&#244;ler par une minorit&#233; assez forte pour qu'elle p&#251;t se changer en majorit&#233; d'un jour &#224; l'autre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 avril 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liebknecht vient de me jouer un vilain tour. * Il a pris de mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique, &#224; tout prix paisible et anti-violente, qu'il lui pla&#238;t de pr&#234;cher depuis quelque temps, surtout en ce moment o&#249; on pr&#233;pare des lois coercitives &#224; Berlin. Mais cette tactique, je ne la pr&#234;che que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne r&#233;serve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait &#234;tre suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne elle pourra devenir inapplicable demain...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Richard Fischer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 8 mars 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Fischer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tenu compte autant qu'il &#233;tait possible de vos pr&#233;occupations, bien que, avec la meilleure volont&#233;, je ne comprenne pas pourquoi vos r&#233;ticences commencent &#224; la moiti&#233;. * Je ne peux tout de m&#234;me pas admettre que vous ayiez l'intention de prescrire, de tout votre corps et de toute votre &#226;me, la l&#233;galit&#233; absolue, la l&#233;galit&#233; en toutes circonstances, la l&#233;galit&#233; m&#234;me vis-&#224;-vis de ceux qui frisent la l&#233;galit&#233;, bref la politique qui consiste &#224; tendre la joue gauche &#224; celui qui vous a frapp&#233; la joue droite. Dans le Vorw&#228;rts, toutefois, certains pr&#234;chent parfois la r&#233;volution, avec la m&#234;me &#233;nergie que d'autres la repoussent, comme cela se faisait autrefois et se fera peut-&#234;tre encore &#224; l'avenir. Mais, je ne peux consid&#233;rer cela comme une position comp&#233;tente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime que vous n'avez rien &#224; gagner si vous pr&#234;chez le renoncement absolu &#224; l'intervention violente. Personne ne vous croira, et aucun parti d'aucun pays ne va aussi loin dans le renoncement au droit de recourir &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e, &#224; l'ill&#233;galit&#233;. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, je dois tenir compte des &#233;trangers - Fran&#231;ais, Anglais, Suisses, Autrichiens, Italiens, etc. - qui lisent ce que j'&#233;cris : je ne peux me compromettre aussi compl&#232;tement &#224; leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc accept&#233; vos modifications avec les exceptions suivantes- 1&#186; &#201;preuves, chez les masses, il est dit : &#171; elles doivent avoir compris pourquoi elles interviennent &#187; ; 2&#186; Le passage suivant : &#171; barrer toute la phrase de : &#171; le d&#233;clenchement sans pr&#233;paration de l'attaque &#187;, votre proposition contenant une inexactitude flagrante : le mot d'ordre &#171; d&#233;clenchement de l'attaque &#187; est utilis&#233; par les Fran&#231;ais, Italiens, etc. &#224; tout propos, mais ce n'est pas tellement s&#233;rieux ; 3&#186; &#201;preuve : &#171; Sur la r&#233;volution (Umsturz) sociale-d&#233;mocrate qui vit actuellement en s'en tenant &#224; la loi &#187;, vous voulez enlever &#171; actuellement &#187;, autrement dit transformer une tactique valable momentan&#233;ment et toute relative, en une tactique permanente et absolue. (168) Cela je ne peux pas le faire, sans me discr&#233;diter &#224; tout jamais. J'&#233;vite donc la formule de l'opposition, et je dis : &#171; Sur la r&#233;volution sociale-d&#233;mocrate, &#224; qui il convient si bien en ce moment pr&#233;cis&#233;ment de s'en tenir &#224; la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprends absolument pas pourquoi vous trouvez dangereuse ma remarque sur l'attitude de Bismarck en 1866, lorsqu'il viola la Constitution. Il s'agit d'un argument lumineux, comme aucun autre ne le serait. Mais, je veux cependant vous faire ce plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je ne peux absolument pas continuer de la sorte. J'ai fait mon possible pour vous &#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments dans le d&#233;bat. Mais vous feriez mieux de pr&#233;server le point de vue selon lequel l'obligation de respecter la l&#233;galit&#233; est de caract&#232;re juridique, et non moral, comme Bogoulavski vous l'a si bien montr&#233; dans le temps, et qu'elle cesse compl&#232;tement lorsque les d&#233;tenteurs du pouvoir violent la l&#233;gislation. Mais vous avez eu la faiblesse - ou du moins certains d'entre vous -de ne pas contrer comme il fallait les pr&#233;tentions de l'adversaire : reconna&#238;tre l'obligation l&#233;gale du point de vue moral, c'est-&#224;-dire obligatoire dans toutes les circonstances, au lieu de dire : vous avez le pouvoir et vous faites les lois, si nous les violons, vous pouvez nous traiter selon ces lois, cela nous devons le supporter, et c'est tout ; nous n'avons pas d'autre devoir, vous n'avez pas d'autre droit, C'est ce qu'ont fait les catholiques sous les lois de Mai, les vieux luth&#233;riens &#224; Meissen, le soldat mennonite qui figure dans tous les journaux, et vous ne devez pas d&#233;savouer cette position. Les projets anti-s&#233;ditieux sont de toute fa&#231;on vou&#233;s &#224; la ruine : ce genre de choses ne peut m&#234;me pas se formuler et, moins encore, se r&#233;aliser, lorsque ces gens sont au pouvoir, ils r&#233;priment et s&#233;vissent de toute fa&#231;on contre vous d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous voulez expliquer aux gens du gouvernement que vous n'attendez que parce que vous n'&#234;tes pas encore assez forts pour vous d&#233;brouiller tout seuls et parce que l'arm&#233;e n'est pas encore compl&#232;tement sap&#233;e, mais alors, mes braves, pourquoi ces vantardises quotidiennes dans la presse sur les progr&#232;s et succ&#232;s gigantesques du Parti ? Tout aussi bien que nous ces gens savent que nous avan&#231;ons puissamment vers la victoire, que nous serons irr&#233;sistibles dans quelques ann&#233;es, et c'est pour cela qu'ils veulent passer &#224; l'attaque maintenant, mais h&#233;las pour eux, ils ne savent pas comment s'y prendre. Nos discours ne peuvent rien changer &#224; cela : ils le savent aussi bien que nous et ils savent tout autant que, si nous avons le pouvoir, nous l'utiliserons comme cela nous servira &#224; nous, et non &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, si la question est d&#233;battue au Comit&#233; central, pensez un peu &#224; ceci : pr&#233;servez le droit de r&#233;sistance aussi bien que Bogouslavski nous l'a pr&#233;serv&#233; ; de vieux r&#233;volutionnaires -fran&#231;ais, italiens, espagnols, hongrois, anglais - figurent parmi ceux qui vous entendent, et que -sait-on jamais combien rapidement - le temps peut revenir o&#249; les choses deviennent s&#233;rieuses avec l'&#233;limination de la l&#233;galit&#233;, qui fut r&#233;alis&#233;e autrefois &#224; Wyden. Regardez donc les Autrichiens qui aussi ouvertement que possible menacent de la violence, si le suffrage universel n'est pas bient&#244;t instaur&#233;. Pensez &#224; vos propres ill&#233;galit&#233;s sous le r&#233;gime des lois anti-socialistes auquel on voudrait vous soumettre de nouveau. L&#233;galit&#233; aussi longtemps que cela nous arrange, mais pas de l&#233;galit&#233; &#224; tout prix, m&#234;me en paroles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F. E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de l'Adresse sur la guerre civile, Marx &#233;crit &#224; ce propos : &#171; Sur la base existante de son organisation militaire, Paris &#233;difia une f&#233;d&#233;ration politique, selon un plan tr&#232;s simple. Elle consistait en une association de toute la Garde nationale, unie en toutes ses parties par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie, d&#233;signant &#224; leur tour les d&#233;l&#233;gu&#233;s de bataillons, qui, &#224; leur tour, d&#233;signaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s g&#233;n&#233;raux, les g&#233;n&#233;raux de l&#233;gion - chacun d'eux devant repr&#233;senter un arrondissement et coop&#233;rer avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 19 autres arrondissements. Ces 20 d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus &#224; la majorit&#233; par les bataillons de la Garde nationale, composaient le Comit&#233; central, qui, le 18 mars, prit l'initiative de la plus grande r&#233;volution de notre si&#232;cle... &#187; (cf. &#201;d. Soc., p. 209).&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme prise d&#232;s le d&#233;but par la Commune confirme ainsi les id&#233;es de Marx et d'Engels sur la dictature du prol&#233;tariat, dont l'&#201;tat est une superstructure de force, violence concentr&#233;e de la classe au pouvoir : &#171; La r&#233;volution tout court - c'est-&#224;-dire le renversement du pouvoir existant et la d&#233;sagr&#233;gation des anciens rapports sociaux - est un acte politique. Le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans cette r&#233;volution. Il lui faut cet acte politique dans la mesure o&#249; il a besoin de d&#233;truire et de dissoudre. Mais le socialisme repousse l'enveloppe politique l&#224; o&#249; commence son activit&#233; organisatrice, l&#224; o&#249; il poursuit son but &#224; lui, l&#224; o&#249; il est lui-m&#234;me. &#187; (Marx, le 10 ao&#251;t 1844, in &#201;crits militaires, p. 175-176). La Commune repr&#233;sentant tout cela, n'est donc plus un &#201;tat au sens propre, cf. Engels &#224; Bebel, 16-18 mars 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La domination &#233;conomique de la bourgeoisie se compl&#232;te par une domination politique, qui &#233;tend le r&#232;gne de la bourgeoisie &#224; toute la nation et &#224; toutes les activit&#233;s. Les superstructures de l'&#201;tat bourgeois ont un caract&#232;re &#224; la fois historique et &#233;conomique : &#171; La violence (c'est-&#224;-dire le pouvoir &#233;tatique) est elle aussi une puissance &#233;conomique &#187;, &#233;crit Engels &#224; Schmidt, le 27 octobre 1890.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie n'est pleinement d&#233;velopp&#233;e qu'&#224; partir du moment o&#249; elle ne domine pas seulement la production sociale, mais a &#233;cart&#233; du pouvoir les classes f&#233;odales ou a cess&#233; de partager le pouvoir avec elles, autrement dit lorsqu'elle a instaur&#233; la R&#233;publique. Mais le mot de R&#233;publique pr&#234;te &#224; confusion. De nos jours, la bourgeoisie anglaise domine parfaitement avec la monarchie constitutionnelle et gouverne sans partage. Mais tant que l'&#201;tat bourgeois n'a pas atteint son plein &#233;panouissement, Marx et Engels admettaient que le prol&#233;tariat puisse utiliser l'&#201;tat faiblement d&#233;velopp&#233; de la bourgeoisie, &#171; le mouvement r&#233;publicain ne peut se d&#233;velopper sans transcro&#238;tre en mouvement de la classe ouvri&#232;re &#187; (cf. supra, p. 104). Autrement dit, il &#233;tait possible d'am&#233;nager l'&#201;tat bourgeois peu d&#233;velopp&#233;, en le modifiant dans le sens des int&#233;r&#234;ts ouvriers, en dictature du prol&#233;tariat. C'est dire qu'il &#233;tait possible de prendre pacifiquement le pouvoir. Cette hypoth&#232;se historique ne s'est pas v&#233;rifi&#233;e, et partout, il faut maintenant commencer &#224; briser par la violence l'appareil d'&#201;tat bourgeois, comme l'a enseign&#233; la Commune. L&#233;nine en explique les raisons : &#171; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, c'est la violence exerc&#233;e contre la bourgeoisie ; et cette violence est n&#233;cessit&#233;e surtout, comme Marx et Engels l'ont expliqu&#233; maintes fois et de la fa&#231;on la plus explicite (notamment dans la Guerre civile en France et dans la pr&#233;face de cet ouvrage), par l'existence du militarisme et de la bureaucratie. Or, ce sont justement ces institutions, justement en Angleterre et en Am&#233;rique, qui, justement dans les ann&#233;es 70, &#233;poque &#224; laquelle Marx fit sa remarque, n'existaient pas. Maintenant, elles existent et en Angleterre et en Am&#233;rique. Cf. la R&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky, in V. L&#233;nine, la Commune de Paris, p. 100. En effet, dans un discours tenu apr&#232;s le Congr&#232;s de La Haye en Septembre 1872, Marx avait fait la remarque qu'il &#233;tait possible de prendre le pouvoir pacifiquement en Hollande, Angleterre, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre le fascisme a &#233;t&#233; fauss&#233;e, en Italie et en Allemagne, par l'id&#233;e qu'il fallait d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise, en s'alliant avec les sociaux-d&#233;mocrates (qui avaient pourtant assassin&#233; Rosa Luxembourg et Liebknecht) ainsi que les d&#233;mocrates et r&#233;publicains bourgeois ou petits-bourgeois, qui furent en r&#233;alit&#233; les complices - conscients ou inconscients - du fascisme : sur une base aussi erron&#233;e, la lutte des communistes fut impuissante &#224; emp&#234;cher l'av&#232;nement des r&#233;gimes fascistes. Pour la d&#233;finition de la strat&#233;gie de lutte efficace contre le fascisme, cf. Communisme et fascisme, &#201;ditions &#171; Programme communiste &#187;, 1970, p. 35-158. La pr&#233;face &#224; ce choix de textes des ann&#233;es 20 est erron&#233;e, car elle cite p&#234;le-m&#234;le des d&#233;clarations et actes de la droite du centre et de la gauche du parti communiste allemand, dont elle exag&#232;re l'incoh&#233;rence, tandis qu'elle pr&#233;sente l'attitude du parti communiste italien comme infiniment plus coh&#233;rente en ne citant que des textes de la Gauche. Cette introduction d&#233;nigre ainsi syst&#233;matiquement les camarades et les ouvriers allemands, qui lutt&#232;rent les armes &#224; la main et furent soumis a une forte pression id&#233;ologique ext&#233;rieure (Zinoviev, Radek, Staline, etc.) qui changea sans arr&#234;t la direction du parti communiste allemand, en m&#234;me temps que sa politique et sa strat&#233;gie : cf. Trotsky, l'Internationale communiste apr&#232;s L&#233;nine, Paris, P.U.F. 1969, 2 vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. la traduction fran&#231;aise in la Guerre civile en France. 1871, op. cit., p. 291-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]Cf. plus haut &#224; la &#171; Pr&#233;face de 1872 au Manifeste Communiste &#187; o&#249; Marx et Engels affirment que l'une des le&#231;ons essentielles de la Commune a &#233;t&#233; qu'on ne peut utiliser l'appareil d'&#201;tat bourgeois : il faut le briser et cr&#233;er un &#201;tat prol&#233;tarien pour faire des transformations socialistes. Cela exclut la participation de communistes marxistes &#224; un gouvernement bourgeois. Engels le dit express&#233;ment, et ce dans deux hypoth&#232;ses : 1&#186; en cas de victoire de la d&#233;mocratie dans la r&#233;volution : &#171; Apr&#232;s la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques si&#232;ges au gouvernement - mais TOUJOURS en minorit&#233;. Cela est le plus grand danger. Apr&#232;s F&#233;vrier 1848, les d&#233;mocrates socialistes fran&#231;ais (&#171; R&#233;forme &#187;, Ledru-Rollin, L. Blanc, Flocon, etc.) ont commis la faute d'accepter de pareils si&#232;ges. Minorit&#233; au gouvernement des r&#233;publicains purs (&#171; National &#187;, Marrast, Bastide, Marie), ils ont partag&#233; volontairement la responsabilit&#233; de toutes les infamies vot&#233;es et commises par la majorit&#233;, de toutes les trahisons de la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvri&#232;re &#233;tait paralys&#233;e par la pr&#233;sence au gouvernement de ces messieurs, qui pr&#233;tendaient l'y repr&#233;senter. &#187; Engels, &#224; F. Turati, le 26 janvier 1894 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#186; En cas de victoire &#233;lectorale des seuls socialistes : &#171; Avant tout, je n'ai pas dit que &#171; le parti socialiste obtiendra la majorit&#233; et prendra ensuite le pouvoir &#187;. J'ai dit express&#233;ment, au contraire, qu'il y a dix probabilit&#233;s contre une que ceux qui sont au pouvoir utiliseront auparavant la force contre nous ; cela nous ram&#232;nerait du terrain de la majorit&#233; sur celui de la r&#233;volution. &#187; Fr. Engels, &#224; G. Bosio, le 6 f&#233;vrier 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marx estimait que la Commune &#233;tait fort &#233;loign&#233;e d'introduire le socialisme en France. En fait, elle inaugurait une longue phase de dictature du prol&#233;tariat et de luttes de classes farouches : telle &#233;tait aussi la conception de L&#233;nine pour lequel la r&#233;volution russe &#233;tait le premier acte de la r&#233;volution mondiale, contrairement &#224; Staline qui y vit le moyen de construire, dans un seul pays, le socialisme, au sens &#233;conomique et social. Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de la Guerre civile en France, Marx &#233;crit : &#171; La Commune ne supprime pas les luttes de classes, par lesquelles la classe ouvri&#232;re s'efforce d'abolir toutes les classes et, par suite, toute domination de classe.... mais elle cr&#233;e l'ambiance rationnelle dans laquelle cette lutte de classe peut passer par ses diff&#233;rentes phases de la fa&#231;on la plus rationnelle et la plus humaine. Elle peut &#234;tre le point de d&#233;part de r&#233;actions violentes et, de r&#233;volutions tout aussi violentes &#187; (op. cit., pp. 215-216).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Marx fait allusion &#224; l'intrusion d'&#233;l&#233;ments douteux et de tra&#238;tres dans le Comit&#233; central de la Garde nationale parisienne, qui comprenait des blanquistes, des n&#233;o-jacobins, des proudhoniens, etc. La composition disparate de ce Conseil fut &#224; l'origine d'h&#233;sitations, de mollesse et de diverses erreurs (par exemple : ne pas attaquer Versailles, au moment o&#249; la r&#233;action ne s'y &#233;tait pas encore organis&#233;e, etc.). Marx attribue ici ces erreurs &#224; la doctrine proudhonienne de l'abstention en mati&#232;re politique : on notera que Tolain, proudhonien de droite, ne craignit pas de si&#233;ger dans l'Assembl&#233;e versaillaise. La Commune, &#233;lue le 26 mars, fut encore plus disparate, et prit encore moins d'initiatives, cf. notes nos 104 et 105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans une lettre du 8 mars 1881 &#224; V&#233;ra Zassoulitch, Marx expliquait que le passage par le capitalisme n'&#233;tait une fatalit&#233; que pour les pays d'Europe occidentale. Les autres pays - et notamment la Russie - eussent pu, en th&#233;orie, sauter la phase capitaliste pour arriver directement au socialisme, si la r&#233;volution socialiste s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e en Europe occidentale, de sorte qu'elle aurait apport&#233; son aide technique, fraternelle aux pays non encore d&#233;velopp&#233;s, Cf. l'article Marx et la Russie et Lettres de Marx &#224; V&#233;ra Zassoulitch, in l'Homme et la Soci&#233;t&#233;, n&#186; 5, pp. 149-180.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec de la Commune aura donc eu pour cons&#233;quence de forcer la Russie &#224; passer par l'enfer capitaliste ; les communaut&#233;s rurales, au lieu de pouvoir se transformer en unit&#233;s de production socialistes, &#233;tant condamn&#233;es &#224; prendre des formes plus ou moins capitalistes d'oppression de la masse paysanne russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Vers la fin de 1893, les d&#233;put&#233;s marxistes de la Chambre fran&#231;aise se trouv&#232;rent subitement d&#233;bord&#233;s par l'arriv&#233;e du groupe Millerand-Jaur&#232;s, transfuges du groupe radical. Les millerandistes (qui furent pour la participation au gouvernement bourgeois et furent durement fustig&#233;s par Engels et L&#233;nine) eurent la majorit&#233; absolue dans le groupe socialiste et prirent la t&#234;te du seul quotidien &#171; socialiste &#187;. Outre les 12 marxistes, le groupe socialiste comptait aussi 3 ou 4 allemanistes, 2 broussistes et 4 ou 6 blanquistes contre environ 30 millerandistes. Cf. la lettre de Fr. Engels &#224; Sorge, 30 d&#233;cembre 1893, in Correspondance Fr. Engels, K. Marx et divers, publi&#233;e par F.-A. Sorge, &#201;ditions Costes, 2 vol., 1950, tome Il, pp. 307-311. Comme on le voit, l'id&#233;e de la participation de socialistes ou de communistes &#224; un gouvernement bourgeois est &#233;trang&#232;re &#224; Marx aussi bien qu'&#224; Engels et &#224; L&#233;nine ; elle contredit l'enseignement fondamental de la Commune : briser la machine d'&#201;tat bourgeoise comme premi&#232;re mesure de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#192; propos de la Pr&#233;face d'Engels (1895), &#224; Luttes de classes en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Engels fait allusion &#224; sa Pr&#233;face du 3 mars 1895, cf. les Luttes de classes en France, le 18-Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, &#201;d. Soc., 1948, pp. 21-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] M&#234;me au temps o&#249; le prol&#233;tariat pouvait prendre le pouvoir pacifiquement, il devait utiliser la violence pour transformer l'&#233;conomie capitaliste en &#233;conomie socialiste (cf. les mesures despotiques du Manifeste communiste de 1848). Mais il se trouve que les violences exerc&#233;es par l'&#201;tat sont l&#233;gales et, de ce fait, consid&#233;r&#233;es comme justes. M&#234;me si le grand nombre est de cet avis, le marxisme estime que l'&#201;tat est toujours violence concentr&#233;e, et la justice violence l&#233;galis&#233;e. M&#234;me la d&#233;mocratie n'est pas le but du communisme, puisqu'elle signifie que la minorit&#233; s'incline devant la majorit&#233;, dont le gouvernement s'appuie sur la force : cf. Marx-Engels, &#201;crits militaires, p. 127, Un parti &#233;tant un premier pas vers le gouvernement, forme concentr&#233;e de la violence, ne peut donc se taxer de parti de la paix et de la non-violence sans nier sa raison d'&#234;tre. Fid&#232;le disciple de Marx-Engels, L&#233;nine consid&#233;rait le communisme comme l'abolition des classes et de l'&#201;tat, et donc la fin de la d&#233;mocratie, cf L&#233;nine, l'&#201;tat et la r&#233;volution, chap. 6 : &#171; Engels et la suppression de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, L'Etat et la r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re pr&#233;face &#224; une nouvelle &#233;dition allemande du Manifeste communiste, sign&#233;e de ses deux auteurs, est dat&#233;e du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y d&#233;clarent que le programme du Manifeste communiste &#034;est aujourd'hui vieilli sur certains points&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, notamment, a d&#233;montr&#233;, poursuivent-ils, que la &#034;classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te et de la faire fonctionner pour son propre compte.&#034;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers mots de cette citation, mis entre guillemets, sont emprunt&#233;s par les auteurs &#224; l'ouvrage de Marx La Guerre civile en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et Engels attribuaient &#224; l'une des le&#231;ons principales, fondamentales, de la Commune de Paris une port&#233;e si grande qu'ils l'ont introduite, comme une correction essentielle, dans le Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose extr&#234;mement caract&#233;ristique : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette correction essentielle qui a &#233;t&#233; d&#233;natur&#233;e par les opportunistes, et les neuf dixi&#232;mes, sinon les quatre-vingt-dix-neuf centi&#232;mes des lecteurs du Manifeste communiste, en ignorent certainement le sens. Nous parlerons en d&#233;tail de cette d&#233;formation un peu plus loin, dans un chapitre sp&#233;cialement consacr&#233; aux d&#233;formations. Qu'il nous suffise, pour l'instant, de marquer que l'&#034;interpr&#233;tation&#034; courante, vulgaire, de la fameuse formule de Marx cit&#233;e par nous est que celui-ci aurait soulign&#233; l'id&#233;e d'une &#233;volution lente, par opposition &#224; la prise du pouvoir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est exactement le contraire. L'id&#233;e de Marx est que la classe ouvri&#232;re doit briser, d&#233;molir la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034;, et ne pas se borner &#224; en prendre possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril 1871, c'est-&#224;-dire justement pendant la Commune, Marx &#233;crivait &#224; Kugelmann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans le dernier chapitre de mon 18-Brumaire , je remarque, comme tu le verras si tu le relis, que la prochaine tentative de la r&#233;volution en France devra consister non plus &#224; faire passer la machine bureaucratique et militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais &#224; la briser. (Soulign&#233; par Marx ; dans l'original, le mot est zerbrechen ). C'est la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire sur le continent. C'est aussi ce qu'ont tent&#233; nos h&#233;ro&#239;ques camarades de Paris&#034; (Neue Zeit , XX, 1, 1901-1902, p. 709). Les lettres de Marx &#224; Kugelmann comptent au moins deux &#233;ditions russes, dont une r&#233;dig&#233;e et pr&#233;fac&#233;e par moi.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Briser la machine bureaucratique et militaire&#034; : en ces quelques mots se trouve bri&#232;vement exprim&#233;e la principale le&#231;on du marxisme sur les t&#226;ches du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de l'Etat au cours de la r&#233;volution. Et c'est cette le&#231;on qui est non seulement tout &#224; fait oubli&#233;e, mais encore franchement d&#233;natur&#233;e par l'&#034;interpr&#233;tation&#034; dominante du marxisme, due &#224; Kautsky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au passage du 18 Brumaire auquel se r&#233;f&#232;re Marx, nous l'avons int&#233;gralement reproduit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points surtout sont &#224; souligner dans ce passage de Marx. En premier lieu, il limite sa conclusion au continent. Cela se concevait en 1871, quand l'Angleterre &#233;tait encore un mod&#232;le du pays purement capitaliste, mais sans militarisme et, dans une large mesure, sans bureaucratie. Aussi Marx faisait-il une exception pour l'Angleterre, o&#249; la r&#233;volution et m&#234;me la r&#233;volution populaire paraissait possible, et l'&#233;tait en effet sans destruction pr&#233;alable de la &#034;machine d'Etat toute pr&#234;te&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en 1917, &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re grande guerre imp&#233;rialiste, cette restriction de Marx ne joue plus. L'Angleterre comme l'Am&#233;rique, les plus grands et les derniers repr&#233;sentants de la &#034;libert&#233;&#034; anglo-saxonne dans le monde entier (absence de militarisme et de bureaucratisme), ont gliss&#233; enti&#232;rement dans le marais europ&#233;en, fangeux et sanglant, des institutions militaires et bureaucratiques, qui se subordonnent tout et &#233;crasent tout de leur poids. Maintenant, en Angleterre comme en Am&#233;rique, &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution populaire r&#233;elle&#034;, c'est la d&#233;molition, la destruction de la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034; (port&#233;e en ces pays, de 1914 &#224; 1917, &#224; une perfection &#034;europ&#233;enne&#034;, commune d&#233;sormais &#224; tous les Etats imp&#233;rialistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, ce qui m&#233;rite une attention particuli&#232;re, c'est cette remarque tr&#232;s profonde de Marx que la destruction de la machine bureaucratique et militaire de l'Etat est &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire &#034;. Cette notion de r&#233;volution &#034;populaire&#034; para&#238;t surprenante dans la bouche de Marx : et, en Russie, les adeptes de Pl&#233;khanov ainsi que les mench&#233;viks, ces disciples de Strouv&#233; qui d&#233;sirent passer pour des marxistes, seraient bien capables de qualifier son expression de &#034;lapsus&#034;. Ils ont r&#233;duit le marxisme &#224; une doctrine si platement lib&#233;rale que, en dehors de l'antith&#232;se : r&#233;volution bourgeoise et r&#233;volution prol&#233;tarienne, rien n'existe pour eux ; encore con&#231;oivent-ils cette antith&#232;se d'une mani&#232;re on ne peut plus scolastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend, &#224; titre d'exemple, les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle, force sera de reconna&#238;tre que, de toute &#233;vidence, les r&#233;volutions portugaise et turque sont bourgeoises. Mais ni l'une, ni l'autre ne sont &#034;populaires&#034;, puisque la masse du peuple, son immense majorit&#233;, n'intervient d'une fa&#231;on visible, active, autonome, avec ses revendications &#233;conomiques et politiques propres, ni dans l'une, ni dans l'autre de ces r&#233;volutions. Par contre, la r&#233;volution bourgeoise russe de 1905-1907, sans avoir remport&#233; des succ&#232;s aussi &#034;&#233;clatants&#034; que ceux qui &#233;churent de temps &#224; autre aux r&#233;volutions portugaise et turque, a &#233;t&#233; sans conteste une r&#233;volution &#034;v&#233;ritablement populaire&#034;. Car la masse du peuple, sa majorit&#233;, ses couches sociales &#034;inf&#233;rieures&#034; les plus profondes, accabl&#233;es par le joug et l'exploitation, se sont soulev&#233;es spontan&#233;ment et ont laiss&#233; sur toute la marche de la r&#233;volution l'empreinte de leurs revendications, de leurs tentatives de construire &#224; leur mani&#232;re une soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; la place de l'ancienne en cours de destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, le prol&#233;tariat ne formait la majorit&#233; du peuple dans aucun pays du continent europ&#233;en. La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre &#034;populaire&#034; et entra&#238;ner v&#233;ritablement la majorit&#233; dans le mouvement qu'en englobant et le prol&#233;tariat et la paysannerie. Le &#034;peuple&#034; &#233;tait justement form&#233; de ces deux classes. Celles-ci sont unies par le fait que la &#034;machine bureaucratique et militaire de l'Etat&#034; les opprime, les &#233;crase, les exploite. Briser cette machine, la d&#233;molir , tel est v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t du &#034;peuple&#034;, de sa majorit&#233;, des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans ; telle est la &#034;condition premi&#232;re&#034; de la libre alliance des paysans pauvres et des prol&#233;taires ; et sans cette alliance, pas de d&#233;mocratie solide, pas de transformation socialiste possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers cette alliance, on le sait, que la Commune de Paris se frayait la voie. Elle n'atteignit pas son but pour diverses raisons d'ordre int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, en parlant d'une &#034;r&#233;volution v&#233;ritablement populaire&#034;, et sans oublier le moins du monde les traits particuliers de la petite bourgeoisie (dont il a beaucoup et souvent parl&#233;), Marx tenait compte avec la plus grande rigueur des v&#233;ritables rapports de classes dans la plupart des Etats continentaux d'Europe en 1871. D'autre part, il constatait que la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine de l'Etat est dict&#233;e par les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans, qu'elle les unit et leur assigne une t&#226;che commune : la suppression de ce &#034;parasite&#034; et son remplacement par quelque chose de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quoi pr&#233;cis&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. PAR QUOI REMPLACER LA MACHINE D'ETAT DEMOLIE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question Marx ne donnait encore, en 1847, dans le Manifeste communiste , qu'une r&#233;ponse tout &#224; fait abstraite, ou plut&#244;t une r&#233;ponse indiquant les probl&#232;mes, mais non les moyens de les r&#233;soudre. La remplacer par l'&#034;organisation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034;, par la &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;, telle &#233;tait la r&#233;ponse du Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans verser dans l'utopie, Marx attendait de l'exp&#233;rience du mouvement de masse la r&#233;ponse &#224; la question de savoir quelles formes concr&#232;tes prendrait cette organisation du prol&#233;tariat en tant que classe dominante, de quelle mani&#232;re pr&#233;cise cette organisation se concilierait avec la plus enti&#232;re, la plus cons&#233;quente &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi limit&#233;e qu'ait &#233;t&#233; l'exp&#233;rience de la Commune, Marx la soumet &#224; une analyse des plus attentives dans sa Guerre civile en France. Citons les principaux passages de cet &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle s'est d&#233;velopp&#233;, transmis par le moyen &#226;ge, &#034;le pouvoir centralis&#233; de l'Etat, avec ses organes, partout pr&#233;sents : arm&#233;e permanente, police, bureaucratie, clerg&#233; et magistrature&#034;. En raison du d&#233;veloppement de l'antagonisme de classe entre le Capital et le Travail, &#034;le pouvoir d'Etat prenait de plus en plus le caract&#232;re d'un pouvoir public organis&#233; aux fins de l'asservissement de la classe ouvri&#232;re, d'un appareil de domination de classe. Apr&#232;s chaque r&#233;volution qui marque un progr&#232;s de la lutte des classes, le caract&#232;re purement r&#233;pressif du pouvoir d'Etat appara&#238;t de fa&#231;on de plus en plus ouverte&#034;. Apr&#232;s la R&#233;volution de 1848-1849, le pouvoir d'Etat devient &#034;l'engin de guerre national du Capital contre le Travail&#034;. Le Second Empire ne fait que le consolider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'antith&#232;se directe de l'Empire fut la Commune&#034;. &#034;La Commune fut la forme positive&#034; &#034;d'une r&#233;publique qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-m&#234;me.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consistait pr&#233;cis&#233;ment cette forme &#034;positive&#034; de r&#233;publique prol&#233;tarienne socialiste ? Quel &#233;tait l'Etat qu'elle avait commenc&#233; de fonder ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le premier d&#233;cret de la commune fut... la suppression de l'arm&#233;e permanente, et son remplacement par le peuple en armes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revendication figure maintenant au programme de tous les partis qui se r&#233;clament du socialisme. Mais ce que valent leurs programmes, c'est ce qu'illustre au mieux l'attitude de nos socialistes-r&#233;volutionnaires et de nos mench&#233;viks qui, justement apr&#232;s la r&#233;volution du 27 f&#233;vrier, ont en fait refus&#233; de donner suite &#224; cette revendication !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune fut compos&#233;e des conseillers municipaux, &#233;lus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils &#233;taient responsables et r&#233;vocables &#224; tout moment. La majorit&#233; de ses membres &#233;taient naturellement des ouvriers ou des repr&#233;sentants reconnus de la classe ouvri&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de continuer d'&#234;tre l'instrument du gouvernement central, la police fut imm&#233;diatement d&#233;pouill&#233;e de ses attributs politiques et transform&#233;e en un instrument de la Commune, responsable et &#224; tout instant r&#233;vocable. Il en fut de m&#234;me pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'&#233;chelle, la fonction publique devait &#234;tre assur&#233;e pour des salaires d'ouvriers. Les b&#233;n&#233;fices d'usage et les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation des hauts dignitaires de l'Etat disparurent avec ces hauts dignitaires eux-m&#234;mes... Une fois abolies l'arm&#233;e permanente et la police, instruments du pouvoir mat&#233;riel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour t&#226;che de briser l'outil spirituel de l'oppression, le &#034;pouvoir des pr&#234;tres&#034;... Les fonctionnaires de la justice furent d&#233;pouill&#233;s de leur feinte ind&#233;pendance... ils devaient &#234;tre &#233;lectifs, responsables et r&#233;vocables.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la Commune semblait avoir remplac&#233; la machine d'Etat bris&#233;e en instituant une d&#233;mocratie &#034;simplement&#034; plus compl&#232;te : suppression de l'arm&#233;e permanente, &#233;lectivit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; de tous les fonctionnaires sans exception. Or, en r&#233;alit&#233;, ce &#034;simplement&#034; repr&#233;sente une oeuvre gigantesque : le remplacement d'institutions par d'autres fonci&#232;rement diff&#233;rentes. C'est l&#224; justement un cas de &#034;transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;&#034; : r&#233;alis&#233;e de cette fa&#231;on, aussi pleinement et aussi m&#233;thodiquement qu'il est possible de le concevoir, la d&#233;mocratie, de bourgeoise, devient prol&#233;tarienne ; d'Etat (=pouvoir sp&#233;cial destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e), elle se transforme en quelque chose qui n'est plus, &#224; proprement parler, un Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mater la bourgeoisie et briser sa r&#233;sistance n'en reste pas moins une n&#233;cessit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; s'imposait particuli&#232;rement &#224; la Commune, et l'une des causes de sa d&#233;faite est qu'elle ne l'a pas fait avec assez de r&#233;solution. Mais ici, l'organisme de r&#233;pression est la majorit&#233; de la population et non plus la minorit&#233;, ainsi qu'avait toujours &#233;t&#233; le cas au temps de l'esclavage comme au temps du servage et de l'esclavage salari&#233;. Or, du moment que c'est la majorit&#233; du peuple qui mate elle-m&#234;me ses oppresseurs, il n'est plus besoin d'un &#034;pouvoir sp&#233;cial&#034; de r&#233;pression ! C'est en ce sens que l'Etat commence &#224; s'&#233;teindre. Au lieu d'institutions sp&#233;ciales d'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e (fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s, chefs de l'arm&#233;e permanente), la majorit&#233; elle-m&#234;me peut s'acquitter directement de ces t&#226;ches ; et plus les fonctions du pouvoir d'Etat sont exerc&#233;es par l'ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, une des mesures prises par la Commune, et que Marx fait ressortir, est particuli&#232;rement remarquable : suppression de toutes les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation, de tous les privil&#232;ges p&#233;cuniaires attach&#233;s au corps des fonctionnaires, r&#233;duction des traitements de tous les fonctionnaires au niveau des &#034;salaires d'ouvriers &#034;. C'est l&#224; justement qu'appara&#238;t avec le plus de relief le tournant qui s'op&#232;re de la d&#233;mocratie bourgeoise &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, de la d&#233;mocratie des oppresseurs &#224; la d&#233;mocratie des classes opprim&#233;es, de l'Etat en tant que &#034;pouvoir sp&#233;cial &#034; destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e &#224; la r&#233;pression exerc&#233;e sur les oppresseurs par le pouvoir g&#233;n&#233;ral de la majorit&#233; du peuple, des ouvriers et des paysans. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce point, particuli&#232;rement frappant et le plus important peut-&#234;tre en ce qui concerne la question de l'Etat, que les enseignements de Marx sont le plus oubli&#233;s ! Les commentaires de vulgarisation - ils sont innombrables - n'en parlent pas. Il est &#034;d'usage&#034; de taire cela comme une &#034;na&#239;vet&#233;&#034; qui a fait son temps, &#224; la mani&#232;re des chr&#233;tiens qui, une fois leur culte devenu religion d'Etat, ont &#034;oubli&#233;&#034; les &#034;na&#239;vet&#233;s&#034; du christianisme primitif avec son esprit r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction du traitement des hauts fonctionnaires de l'Etat appara&#238;t &#034;simplement&#034; comme la revendication d'un d&#233;mocratisme na&#239;f, primitif. Un des &#034;fondateurs&#034; de l'opportunisme moderne, l'ex-social-d&#233;mocrate Ed. Bernstein, s'est maintes fois exerc&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les plates railleries bourgeoises contre le d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034;. Comme tous les opportunistes, comme les kautskistes de nos jours, il n'a pas du tout compris, premi&#232;rement, qu'il est impossible de passer du capitalisme au socialisme sans un certain &#034;retour&#034; au d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034; (car enfin, comment s'y prendre autrement pour faire en sorte que les fonctions de l'Etat soient exerc&#233;es par la majorit&#233;, par la totalit&#233; de la population ?) et, deuxi&#232;mement, que le &#034;d&#233;mocratisme primitif&#034; bas&#233; sur le capitalisme et la culture capitaliste n'est pas le d&#233;mocratisme primitif des &#233;poques anciennes ou pr&#233;capitalistes. La culture capitaliste a cr&#233;&#233; la grande production, les fabriques, les chemins de fer, la poste, le t&#233;l&#233;phone, etc. Et, sur cette base l'immense majorit&#233; des fonctions du vieux &#034;pouvoir d'Etat&#034; se sont tellement simplifi&#233;es, et peuvent &#234;tre r&#233;duites &#224; de si simples op&#233;rations d'enregistrement, d'inscription, de contr&#244;le, qu'elles seront parfaitement &#224; la port&#233;e de toute personne pourvue d'une instruction primaire, qu'elles pourront parfaitement &#234;tre exerc&#233;es moyennant un simple &#034;salaire d'ouvrier&#034; ; ainsi l'on peut (et l'on doit) enlever &#224; ces fonctions tout caract&#232;re privil&#233;gi&#233;, &#034;hi&#233;rarchique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Electivit&#233; compl&#232;te, r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les fonctionnaires sans exception, r&#233;duction de leurs traitements au niveau d'un normal &#034;salaire d'ouvrier&#034;, ces mesures d&#233;mocratiques simples et &#034;allant de soi&#034;, qui rendent parfaitement solidaires les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans, servent en m&#234;me temps de passerelle conduisant du capitalisme au socialisme. Ces mesures concernent la r&#233;organisation de l'Etat, la r&#233;organisation purement politique de la soci&#233;t&#233;, mais elles ne prennent naturellement tout leur sens et toute leur valeur que rattach&#233;es &#224; la r&#233;alisation ou &#224; la pr&#233;paration de l'&#034;expropriation des expropriateurs&#034;, c'est-&#224;-dire avec la transformation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste des moyens de production en propri&#233;t&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, a r&#233;alis&#233; ce mot d'ordre de toutes les r&#233;volutions bourgeoises, le gouvernement &#224; bon march&#233;, en abolissant ces deux grandes sources de d&#233;penses : l'arm&#233;e permanente et le fonctionnarisme d'Etat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une infime minorit&#233; de la paysannerie ainsi que des autres couches de la petite bourgeoisie s'&#034;&#233;l&#232;ve&#034;, &#034;arrive&#034; au sens bourgeois du mot, c'est-&#224;-dire que seuls quelques individus deviennent ou des gens ais&#233;s, des bourgeois, ou des fonctionnaires nantis et privil&#233;gi&#233;s. L'immense majorit&#233; des paysans, dans tout pays capitaliste o&#249; il existe une paysannerie (et ces pays sont en majorit&#233;), sont opprim&#233;s par le gouvernement et aspirent &#224; le renverser ; ils aspirent &#224; un gouvernement &#034;&#224; bon march&#233;&#034;. Le prol&#233;tariat peut seul, s'acquitter de cette t&#226;che et, en l'ex&#233;cutant, il fait du m&#234;me coup un pas vers la r&#233;organisation socialiste de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. SUPPRESSION DU PARLEMENTARISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de d&#233;cider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante &#034;devait repr&#233;senter&#034; et fouler aux pieds [ver-und zertreten] le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitu&#233; en communes, comme le suffrage individuel sert &#224; tout autre employeur en qu&#234;te d'ouvriers, de surveillants, de comptables pour ses entreprises.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarquable critique du parlementarisme, formul&#233;e en 1871, est elle aussi aujourd'hui, du fait de la domination du social-chauvinisme et de l'opportunisme, au nombre des &#034;paroles oubli&#233;es&#034; du marxisme. Les ministres et les parlementaires de profession, les tra&#238;tres au prol&#233;tariat et les socialistes &#034;pratiques&#034; d'&#224; pr&#233;sent ont enti&#232;rement laiss&#233; aux anarchistes le soin de critiquer le parlementarisme ; et, pour cette raison d'une logique surprenante, ils qualifient d'&#034;anarchiste&#034; toute critique du parlementarisme ! ! On ne saurait s'&#233;tonner que le prol&#233;tariat des pays parlementaires &#034;avanc&#233;s&#034;, &#233;coeur&#233; &#224; la vue de &#034;socialistes&#034; tels que les Scheidemann, David, Legien, Sembat, Renaudel, Henderson, Vandervelde, Stauning, Branting, Bissolati et Cie, ait de plus en plus souvent accord&#233; ses sympathies &#224; l'anarcho-syndicalisme, encore que celui-ci soit le fr&#232;re jumeau de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour Marx, la dialectique r&#233;volutionnaire n'a jamais &#233;t&#233; cette vaine phras&#233;ologie &#224; la mode, ce hochet qu'en ont fait Pl&#233;khanov, Kautsky et les autres. Marx a su rompre impitoyablement avec l'anarchisme pour son impuissance &#224; utiliser m&#234;me l'&#034;&#233;curie&#034; du parlementarisme bourgeois, surtout lorsque la situation n'est manifestement pas r&#233;volutionnaire ; mais il a su, en m&#234;me temps, donner une critique v&#233;ritablement prol&#233;tarienne et r&#233;volutionnaire du parlementarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider p&#233;riodiquement, pour un certain nombre d'ann&#233;es, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, &#233;crasera le peuple au Parlement, telle est l'essence v&#233;ritable du parlementarisme bourgeois, non seulement dans les monarchies constitutionnelles parlementaires, mais encore dans les r&#233;publiques les plus d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on pose la question de l'Etat, si l'on consid&#232;re le parlementarisme comme une de ses institutions, du point de vue des t&#226;ches du prol&#233;tariat dans ce domaine, quel est donc le moyen de sortir du parlementarisme ? Comment peut-on s'en passer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force nous est de le dire et redire encore : les enseignements de Marx, fond&#233;s sur l'&#233;tude de la Commune, sont si bien oubli&#233;s que le &#034;social-d&#233;mocrate&#034; actuel (lisez : l'actuel tra&#238;tre au socialisme) est tout simplement incapable de concevoir une autre critique du parlementarisme que la critique anarchiste ou r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le moyen de sortir du parlementarisme ne consiste pas &#224; d&#233;truire les organismes repr&#233;sentatifs et le principe &#233;lectif, mais &#224; transformer ces moulins &#224; paroles que sont les organismes repr&#233;sentatifs en assembl&#233;es &#034;agissantes&#034;. &#034;La Commune devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un organisme &#034;non parlementaire mais agissant&#034;, voil&#224; qui s'adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux &#034;toutous&#034; parlementaires de la social-d&#233;mocratie ! Consid&#233;rez n'importe quel pays parlementaire, depuis l'Am&#233;rique jusqu'&#224; la Suisse, depuis la France jusqu'&#224; l'Angleterre, la Norv&#232;ge, etc., la v&#233;ritable besogne d'&#034;Etat&#034; se fait dans la coulisse ; elle est ex&#233;cut&#233;e par les d&#233;partements, les chancelleries, les &#233;tats-majors. Dans le parlements, on ne fait que bavarder, &#224; seule fin de duper le &#034;bon peuple&#034;. Cela est si vrai que, m&#234;me dans la R&#233;publique russe, r&#233;publique d&#233;mocratique bourgeoise, tous ces vices du parlementarisme sont apparus aussit&#244;t, avant m&#234;me qu'elle ait eu le temps de constituer un v&#233;ritable parlement. Les h&#233;ros du philistinisme pourri - les Skob&#233;lev et les Ts&#233;r&#233;t&#233;li, les Tchernov et les Avksentiev - ont r&#233;ussi &#224; gangrener jusqu'aux Soviets, dont ils ont fait de st&#233;riles moulins &#224; paroles sur le mod&#232;le du plus &#233;coeurant parlementarisme bourgeois. Dans les Soviets, messieurs les ministres &#034;socialistes&#034; dupent les moujiks cr&#233;dules par leur phras&#233;ologie et leurs r&#233;solutions. Au sein du gouvernement, c'est un quadrille permanent, d'une part, pour faire asseoir &#224; tour de r&#244;le, autour de l'&#034;assiette au beurre&#034;, des sin&#233;cures lucratives et honorifiques, le plus possible de socialistes-r&#233;volutionnaires et de mench&#233;viks ; d'autre part, pour &#034;distraire l'attention&#034; du peuple. Pendant ce temps, dans les chancelleries, dans les &#233;tats-majors, on &#034;fait&#034; le travail &#034;d'Etat&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Di&#233;lo Naroda , organe des &#034;socialistes-r&#233;volutionnaires&#034;, parti dirigeant, avouait r&#233;cemment dans un &#233;ditorial, avec cette incomparable franchise des gens de la &#034;bonne soci&#233;t&#233;&#034;, o&#249; &#034;tous&#034; se livrent &#224; la prostitution politique, que m&#234;me dans les minist&#232;res appartenant aux &#034;socialistes&#034; (passez-moi le mot !), que m&#234;me l&#224; tout le vieil appareil bureaucratique reste en gros le m&#234;me, fonctionne comme par le pass&#233; et sabote en toute &#034;libert&#233;&#034; les mesures r&#233;volutionnaires ! Mais m&#234;me sans cet aveu, l'histoire de la participation des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks au gouvernement n'apporte-t-elle pas la preuve concr&#232;te qu'il en est ainsi ? Ce qui est caract&#233;ristique, en l'occurrence, c'est que, si&#233;geant au minist&#232;re en compagnie des cadets, MM. Tchernov, Roussanov, Zenzinov et autres r&#233;dacteurs du Di&#233;lo Naroda poussent l'impudence jusqu'&#224; raconter en public et sans rougir, comme une chose sans cons&#233;quence, que &#034;chez eux&#034;, dans leurs minist&#232;res, tout marche comme par le pass&#233; ! ! Phras&#233;ologie d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire pour duper Jacques Bonhomme, bureaucratisme et paperasserie pour &#034;combler d'aise&#034; les capitalistes : voil&#224; l'essence de l'&#034;honn&#234;te&#034; coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au parlementarisme v&#233;nal, pourri jusqu'&#224; la moelle, de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la Commune substitue des organismes o&#249; la libert&#233; d'opinion et de discussion ne d&#233;g&#233;n&#232;re pas en duperie, car les parlementaires doivent travailler eux-m&#234;mes, appliquer eux-m&#234;mes leurs lois, en v&#233;rifier eux-m&#234;mes les effets, en r&#233;pondre eux-m&#234;mes directement devant leurs &#233;lecteurs. Les organismes repr&#233;sentatifs demeurent, mais le parlementarisme comme syst&#232;me sp&#233;cial, comme division du travail l&#233;gislatif et ex&#233;cutif, comme situation privil&#233;gi&#233;e pour les d&#233;put&#233;s, n'est plus. Nous ne pouvons concevoir une d&#233;mocratie, m&#234;me une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, sans organismes repr&#233;sentatifs : mais nous pouvons et devons la concevoir sans parlementarisme, si la critique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est pas pour nous un vain mot, si notre volont&#233; de renverser la domination de la bourgeoisie est une volont&#233; s&#233;rieuse et sinc&#232;re et non une phrase &#034;&#233;lectorale&#034; destin&#233;e &#224; capter les voix des ouvriers, comme chez les mench&#233;viks et les socialistes-r&#233;volutionnaires, chez les Scheidemann et les Legien, les Sembat et les Vandervelde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est extr&#234;mement symptomatique que, parlant des fonctions de ce personnel administratif qu'il faut &#224; la Commune comme &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, Marx prenne comme terme de comparaison le personnel &#034;de tout autre employeur&#034;, c'est-&#224;-dire une entreprise capitaliste ordinaire avec ses &#034;ouvriers, surveillants et comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas un grain d'utopisme chez Marx ; il n'invente pas, il n'imagine pas de toutes pi&#232;ces une soci&#233;t&#233; &#034;nouvelle&#034;. Non, il &#233;tudie, comme un processus d'histoire naturelle, la naissance de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#224; partir de l'ancienne, les formes de transition de celle-ci &#224; celle-l&#224;. Il prend l'exp&#233;rience concr&#232;te du mouvement prol&#233;tarien de masse et s'efforce d'en tirer des le&#231;ons pratiques. Il &#034;se met &#224; l'&#233;cole&#034; de la Commune, de m&#234;me que tous les grands penseurs r&#233;volutionnaires n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole des grands mouvements de la classe opprim&#233;e, sans jamais les aborder du point de vue d'une &#034;morale&#034; p&#233;dantesque (comme Pl&#233;khanov disant : &#034;Il ne fallait pas prendre les armes&#034;, ou Ts&#233;r&#233;t&#233;li : &#034;Une classe doit savoir borner elle-m&#234;me ses aspirations&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne saurait &#234;tre question de supprimer d'embl&#233;e, partout et compl&#232;tement, le fonctionnarisme. C'est une utopie. Mais briser d'embl&#233;e la vieille machine administrative pour commencer sans d&#233;lai &#224; en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n'est pas une utopie, c'est l'exp&#233;rience de la Commune, c'est la t&#226;che urgente, imm&#233;diate, du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme simplifie les fonctions administratives &#034;&#233;tatiques&#034; ; il permet de rejeter les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; et de tout ramener &#224; une organisation des prol&#233;taires (classe dominante) qui embauche, au nom de toute la soci&#233;t&#233;, &#034;des ouvriers, des surveillants, des comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne &#034;r&#234;vons&#034; pas de nous passer d'embl&#233;e de toute administration, de toute subordination ; ces r&#234;ves anarchistes, fond&#233;s sur l'incompr&#233;hension des t&#226;ches qui incombent &#224; la dictature du prol&#233;tariat, sont fonci&#232;rement &#233;trangers au marxisme et ne servent en r&#233;alit&#233; qu'&#224; diff&#233;rer la r&#233;volution socialiste jusqu'au jour o&#249; les hommes auront chang&#233;. Nous, nous voulons la r&#233;volution socialiste avec les hommes tels qu'ils sont aujourd'hui, et qui ne se passeront pas de subordination, de contr&#244;le, &#034;surveillants et de comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est au prol&#233;tariat, avant-garde arm&#233;e de tous les exploit&#233;s et de tous les travailleurs, qu'il faut se subordonner. On peut et on doit d&#232;s &#224; pr&#233;sent, du jour au lendemain, commencer &#224; remplacer les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; propres aux fonctionnaires publics par le simple exercice d'une &#034;surveillance et d'une comptabilit&#233;&#034;, fonctions toutes simples qui, d&#232;s aujourd'hui, sont parfaitement &#224; la port&#233;e de la g&#233;n&#233;ralit&#233; des citadins, et dont ils peuvent parfaitement s'acquitter pour des &#034;salaires d'ouvriers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est nous-m&#234;mes, les ouvriers, qui organiserons la grande production en prenant pour point de d&#233;part ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le capitalisme, en nous appuyant sur notre exp&#233;rience ouvri&#232;re, en instituant une discipline rigoureuse, une discipline de fer maintenue par le pouvoir d'Etat des ouvriers arm&#233;s ; nous r&#233;duirons les fonctionnaires publics au r&#244;le de simples agents d'ex&#233;cution de nos directives, au r&#244;le &#034;de surveillants et de comptables&#034;, responsables, r&#233;vocables et modestement r&#233;tribu&#233;s (tout en conservant, bien entendu, les sp&#233;cialistes de tout genre, de toute esp&#232;ce et de tout rang) : voil&#224; notre t&#226;che prol&#233;tarienne, voil&#224; par quoi l'on peut et l'on doit commencer en accomplissant la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Ces premi&#232;res mesures, fond&#233;es sur la grande production, conduisent d'elles-m&#234;mes &#224; l'&#034;extinction&#034; graduelle de tout fonctionnarisme, &#224; l'&#233;tablissement graduel d'un ordre - sans guillemets et ne ressemblant point &#224; l'esclavage salari&#233; - o&#249; les fonctions de plus en plus simplifi&#233;es de surveillance et de comptabilit&#233; seront remplies par tout le monde &#224; tour de r&#244;le, pour ensuite devenir une habitude et dispara&#238;tre enfin en tant que fonctions sp&#233;ciales d'une cat&#233;gorie sp&#233;ciale d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un spirituel social-d&#233;mocrate allemand des ann&#233;es 70 a dit de la poste qu'elle &#233;tait un mod&#232;le d'entreprise socialiste. Rien n'est plus juste. La poste est actuellement une entreprise organis&#233;e sur le mod&#232;le du monopole capitaliste d'Etat. L'imp&#233;rialisme transforme progressivement tous les trusts en organisations de ce type. Les &#034;simples&#034; travailleurs, accabl&#233;s de besogne et affam&#233;s, y restent soumis &#224; la m&#234;me bureaucratie bourgeoise. Mais le m&#233;canisme de gestion sociale y est d&#233;j&#224; tout pr&#234;t. Une fois les capitalistes renvers&#233;s, la r&#233;sistance de ces exploiteurs mat&#233;e par la main de fer des ouvriers en armes, la machine bureaucratique de l'Etat actuel bris&#233;e, nous avons devant nous un m&#233;canisme admirablement outill&#233; au point de vue technique, affranchi de &#034;parasitisme&#034;, et que les ouvriers associ&#233;s peuvent fort bien mettre en marche eux-m&#234;mes en embauchant des techniciens, des surveillants, des comptables, en r&#233;tribuant leur travail &#224; tous, de m&#234;me que celui de tous les fonctionnaires &#034;publics&#034;, par un salaire d'ouvrier. Telle est la t&#226;che concr&#232;te, pratique, imm&#233;diatement r&#233;alisable &#224; l'&#233;gard de tous les trusts, et qui affranchit les travailleurs de l'exploitation en tenant compte de l'exp&#233;rience d&#233;j&#224; commenc&#233;e pratiquement par la Commune (surtout dans le domaine de l'organisation de l'Etat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;conomie nationale organis&#233;e comme la poste, de fa&#231;on que les techniciens, les surveillants, les comptables re&#231;oivent, comme tous les fonctionnaires, un traitement n'exc&#233;dant pas des &#034;salaires d'ouvriers&#034;, sous le contr&#244;le et la direction du prol&#233;tariat arm&#233; : tel est notre but imm&#233;diat. Voil&#224; l'Etat dont nous avons besoin, et sa base &#233;conomique. Voil&#224; ce que donneront la suppression du parlementarisme et le maintien des organismes repr&#233;sentatifs, - voil&#224; ce qui d&#233;barrassera les classes laborieuses de la corruption de ces organismes par la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. ORGANISATION DE L'UNITE DE LA NATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans une br&#232;ve esquisse d'organisation nationale que la Commune n'eut pas le temps de d&#233;velopper, il est dit express&#233;ment que la Commune devait &#234;tre la forme politique m&#234;me des plus petits hameaux de campagne...&#034; Ce sont les Communes qui auraient &#233;galement &#233;lu la &#034;d&#233;l&#233;gation nationale&#034; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les fonctions, peu nombreuses, mais importantes, qui restaient encore &#224; un gouvernement central, ne devaient pas &#234;tre supprim&#233;es, comme on l'a dit faussement, de propos d&#233;lib&#233;r&#233;, mais devaient &#234;tre confi&#233;es &#224; des&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fonctionnaires communaux, autrement dit strictement responsables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'unit&#233; de la nation ne devait pas &#234;tre bris&#233;e, mais au contraire organis&#233;e par la Constitution communale ; elle devait devenir une r&#233;alit&#233; gr&#226;ce &#224; la destruction du pouvoir d'Etat qui pr&#233;tendait &#234;tre l'incarnation de cette unit&#233;, mais voulait &#234;tre ind&#233;pendant de la nation m&#234;me, et sup&#233;rieur &#224; elle, alors qu'il n'en &#233;tait qu'une excroissance parasitaire. Tandis qu'il importait d'amputer les organes purement r&#233;pressifs de l'ancien pouvoir gouvernemental, ses fonctions l&#233;gitimes devaient &#234;tre arrach&#233;es &#224; une autorit&#233; qui pr&#233;tendait se placer au-dessus de la soci&#233;t&#233;, et rendues aux serviteurs responsables de la soci&#233;t&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel point les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine n'ont pas compris - il serait peut-&#234;tre plus juste de dire : n'ont pas voulu comprendre-ces consid&#233;rations de Marx - c'est ce que montre on ne peut mieux le livre : Les Pr&#233;misses du socialisme et les t&#226;ches de le social-d&#233;mocratie, par lequel le ren&#233;gat Bernstein s'est acquis une c&#233;l&#233;brit&#233; &#224; la mani&#232;re d'Erostrate. Pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du passage de Marx, que nous venons de citer, Bernstein &#233;crivait que ce programme, &#034;par son contenu politique, accuse, dans tous ses traits essentiels, une ressemblance frappante avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon... En d&#233;pit de toutes les divergences existant, par ailleurs, entre Marx et le &#034;petit-bourgeois&#034; Proudhon (Bernstein &#233;crit &#034;petit-bourgeois&#034; entre guillemets, entendant y mettre de l'ironie), leur fa&#231;on de voir est sur ces points, semblable au possible&#034;. Sans doute, continue Bernstein, l'importance des municipalit&#233;s grandit, mais &#034;il me para&#238;t douteux que la premi&#232;re t&#226;che de la d&#233;mocratie soit cette suppression (&#034;Aufl&#246;sung&#034;, litt&#233;ralement : dissolution au sens propre comme au sens figur&#233;) des Etats modernes et ce changement complet (Umwandlung, m&#233;tamorphose) de leur organisation qu'imaginent Marx et Proudhon : formation d'une assembl&#233;e nationale de d&#233;l&#233;gu&#233;s des assembl&#233;es provinciales ou d&#233;partementales, lesquelles se composeraient &#224; leur tour de d&#233;l&#233;gu&#233;s des communes, de sorte que toute la forme ant&#233;rieure des repr&#233;sentations nationales dispara&#238;trait compl&#232;tement.&#034; (Bernstein, ouvr. cit&#233;, pp. 134 et 136, &#233;dit. allemande de 1899).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est tout simplement monstrueux : confondre les vues de Marx sur la &#034;destruction du pouvoir d'Etat parasite&#034; avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon ! Mais ce n'est pas un effet du hasard, car il ne vient m&#234;me pas &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que Marx, loin de traiter ici du f&#233;d&#233;ralisme par opposition au centralisme, parle de la d&#233;molition de la vieille machine d'Etat bourgeoise existant dans tous les pays bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vient &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que ce qu'il voit autour de lui, dans son milieu de philistinisme petit-bourgeois et de stagnation &#034;r&#233;formiste&#034;, &#224; savoir, uniquement les &#034;municipalit&#233;s&#034; ! Quant &#224; la r&#233;volution du prol&#233;tariat, l'opportuniste a d&#233;sappris m&#234;me d'y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est ridicule. Mais il est remarquable que, sur ce point, on n'ait pas discut&#233; avec Bernstein. Beaucoup l'ont r&#233;fut&#233;, en particulier Pl&#233;khanov parmi les auteurs russes, et Kautsky parmi les auteurs d'Europe occidentale ; cependant, ni l'un ni l'autre n'ont rien dit de cette d&#233;formation de Marx par Bernstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opportuniste a si bien d&#233;sappris &#224; penser r&#233;volutionnairement et &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la r&#233;volution qu'il voit du &#034;f&#233;d&#233;ralisme&#034; chez Marx, ainsi confondu avec le fondateur de l'anarchisme, Proudhon. Et Kautsky, et Pl&#233;khanov, qui pr&#233;tendent &#234;tre des marxistes orthodoxes et vouloir d&#233;fendre la doctrine du marxisme r&#233;volutionnaire, se taisent l&#224;-dessus. On d&#233;couvre ici l'une des racines de cette extr&#234;me indigence de vues sur la diff&#233;rence entre le marxisme et l'anarchisme, qui caract&#233;rise les kautskistes aussi bien que les opportunistes et dont nous aurons encore &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les consid&#233;rations d&#233;j&#224; cit&#233;es de Marx sur l'exp&#233;rience de la Commune, il n'y a pas trace de f&#233;d&#233;ralisme. Marx s'accorde avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment sur un point que l'opportuniste Bernstein n'aper&#231;oit pas. Marx est en d&#233;saccord avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; Bernstein les voit s'accorder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx s'accorde avec Proudhon en ce sens que tous deux sont pour la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine d'Etat actuelle. Cette similitude du marxisme avec l'anarchisme (avec Proudhon comme avec Bakounine), ni les opportunistes, ni les kautskistes ne veulent l'apercevoir, car, sur ce point, ils se sont &#233;loign&#233;s du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx est en d&#233;saccord et avec Proudhon et avec Bakounine pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du f&#233;d&#233;ralisme (sans parler de la dictature du prol&#233;tariat). Les principes du f&#233;d&#233;ralisme d&#233;coulent des conceptions petites-bourgeoises de l'anarchisme. Marx est centraliste. Et, dans les passages cit&#233;s de lui, il n'existe pas la moindre d&#233;rogation au centralisme. Seuls des gens imbus d'une &#034;foi superstitieuse&#034; petite-bourgeoise en l'Etat peuvent prendre la destruction de la machine bourgeoise pour la destruction du centralisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le prol&#233;tariat et la paysannerie pauvre prennent en main le pouvoir d'Etat, s'organisent en toute libert&#233; au sein des communes et unissent l'action de toutes les communes pour frapper le Capital, &#233;craser la r&#233;sistance des capitalistes, remettre &#224; toute la nation, &#224; toute la soci&#233;t&#233;, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des chemins de fer, des fabriques, de la terre, etc., ne sera-ce pas l&#224; du centralisme ? Ne sera-ce pas l&#224; le centralisme d&#233;mocratique le plus cons&#233;quent et, qui plus est, un centralisme prol&#233;tarien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernstein est tout simplement incapable de concevoir la possibilit&#233; d'un centralisme librement consenti, d'une libre union des communes en nation, d'une fusion volontaire des communes prol&#233;tariennes en vue de d&#233;truire la domination bourgeoise et la machine d'Etat bourgeoise. Comme tout philistin, Bernstein se repr&#233;sente le centralisme comme une chose qui ne peut &#234;tre impos&#233;e et maintenue que d'en haut, par la bureaucratie et le militarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s'il avait pr&#233;vu la possibilit&#233; d'une d&#233;formation de sa doctrine, Marx souligne &#224; dessein que c'est commettre sciemment un faux que d'accuser la Commune d'avoir voulu d&#233;truire l'unit&#233; de la nation et supprimer le pouvoir central. Marx emploie intentionnellement cette expression : &#034;organiser l'unit&#233; de la nation&#034;, pour opposer le centralisme prol&#233;tarien conscient, d&#233;mocratique, au centralisme bourgeois, militaire, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais... il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ne veulent justement pas entendre parler de la destruction du pouvoir d'Etat, de l'amputation de ce parasite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. DESTRUCTION DE L'ETAT PARASITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; cit&#233; les passages correspondants de Marx sur ce point ; nous allons les compl&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles, &#233;crivait Marx, d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique de formes plus anciennes, et m&#234;me &#233;teintes, de la vie sociale, avec lesquelles elles peuvent offrir une certaine ressemblance. Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise [bricht] le pouvoir d'Etat moderne, on a voulu voir un rappel &#224; la vie des communes m&#233;di&#233;vales... une f&#233;d&#233;ration de petits Etats, conforme aux r&#234;ves de Montesquieu et des Girondins... une forme excessive de la vieille lutte contre la surcentralisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Constitution communale aurait restitu&#233; au corps social toutes les forces jusqu'alors absorb&#233;es par l'Etat parasite qui se nourrit sur la soci&#233;t&#233; et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle e&#251;t &#233;t&#233; le point de d&#233;part de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;...la Constitution communale aurait mis les producteurs ruraux sous la direction intellectuelle des chefs-lieux de d&#233;partement et leur y e&#251;t assur&#233;, chez les ouvriers des villes, les d&#233;positaires naturels de leurs int&#233;r&#234;ts. L'existence m&#234;me de la Commune impliquait, comme quelque chose d'&#233;vident, l'autonomie municipale ; mais elle n'&#233;tait plus dor&#233;navant un contrepoids au pouvoir d'Etat, d&#233;sormais superflu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Destruction du pouvoir d'Etat&#034;, cette &#034;excroissance parasitaire&#034; ; &#034;amputation&#034;, &#034;d&#233;molition&#034; de ce pouvoir ; &#034;le pouvoir d'Etat d&#233;sormais aboli&#034; - c'est en ces termes que Marx, jugeant et analysant l'exp&#233;rience de la Commune, parle de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci fut &#233;crit il y a moins d'un demi-si&#232;cle, et il faut aujourd'hui se livrer &#224; de v&#233;ritables fouilles pour retrouver et faire p&#233;n&#233;trer dans la conscience des larges masses un marxisme non frelat&#233;. Les conclusions tir&#233;es par Marx de ses observations sur la derni&#232;re grande r&#233;volution qu'il ait v&#233;cue ont &#233;t&#233; oubli&#233;es juste au moment o&#249; s'ouvrait une nouvelle &#233;poque de grandes r&#233;volutions du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La multiplicit&#233; des interpr&#233;tations auxquelles la Commune a &#233;t&#233; soumise, et la multiplicit&#233; des int&#233;r&#234;ts qui se sont r&#233;clam&#233;s d'elle montrent que c'&#233;tait une forme politique tout &#224; fait susceptible d'expansion, tandis que toutes les formes ant&#233;rieures de gouvernement avaient &#233;t&#233; essentiellement r&#233;pressives. Son v&#233;ritable secret, le voici : c'&#233;tait essentiellement un gouvernement de la classe ouvri&#232;re, le r&#233;sultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopistes se sont efforc&#233;s de &#034;d&#233;couvrir&#034; les formes politiques sous lesquelles devait s'op&#233;rer la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;. Les anarchistes ont &#233;lud&#233; en bloc la question des formes politiques. Les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ont accept&#233; les formes politiques bourgeoises de l'Etat d&#233;mocratique parlementaire comme une limite que l'on ne saurait franchir et ils se sont fendu le front &#224; se prosterner devant ce &#034;mod&#232;le&#034;, en taxant d'anarchisme toute tentative de briser ces formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute l'histoire du socialisme et de la lutte politique, Marx a d&#233;duit que l'Etat devra dispara&#238;tre et que la forme transitoire de sa disparition (passage de l'Etat au non-Etat) sera &#034;le prol&#233;tariat organis&#233; en classe dominante&#034;. Quant aux formes politiques de cet avenir, Marx n'a pas pris sur lui de les d&#233;couvrir. Il s'est born&#233; &#224; observer exactement l'histoire de la France, &#224; l'analyser et &#224; tirer la conclusion &#224; laquelle l'a conduit l'ann&#233;e 1851 : les choses s'orientent vers la destruction de la machine d'Etat bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand &#233;clata le mouvement r&#233;volutionnaire de masse du prol&#233;tariat, malgr&#233; l'&#233;chec de ce mouvement, malgr&#233; sa courte dur&#233;e et sa faiblesse &#233;vidente, Marx se mit &#224; &#233;tudier les formes qu'il avait r&#233;v&#233;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la forme, &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui permet de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la premi&#232;re tentative faite par la r&#233;volution prol&#233;tarienne pour briser la machine d'Etat bourgeoise ; elle est la forme politique &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par quoi l'on peut et l'on doit remplacer ce qui a &#233;t&#233; bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin que les r&#233;volutions russes de 1905 et de 1917, dans un cadre diff&#233;rent, dans d'autres conditions, continuent l'oeuvre de la Commune et confirment la g&#233;niale analyse historique de Marx.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Quand Karl Marx et Friedrich Engels pr&#233;voyaient la premi&#232;re guerre mondiale</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6348</link>
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		<dc:date>2026-02-12T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme - capitalism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction &#224; la brochure de Sigismund Borkheim &#034;&#192; la m&#233;moire des patriotards assassins allemands. 1806-1807&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
15 d&#233;cembre 1887 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur de la brochure suivante, Sigismund Borkheim, est n&#233; le 29 mars 1825 &#224; Glogau. Apr&#232;s avoir obtenu son dipl&#244;me d'&#233;tudes secondaires &#224; Berlin en 1844, il &#233;tudie successivement &#224; Breslau, Greifswald et Berlin. En 1847, afin de remplir ses devoirs militaires, trop pauvre pour supporter les frais d'un an de service, il dut rejoindre l'artillerie &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Capitalisme - capitalism&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction &#224; la brochure de Sigismund Borkheim &#034;&#192; la m&#233;moire des patriotards assassins allemands. 1806-1807&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 d&#233;cembre 1887&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur de la brochure suivante, Sigismund Borkheim, est n&#233; le 29 mars 1825 &#224; Glogau. Apr&#232;s avoir obtenu son dipl&#244;me d'&#233;tudes secondaires &#224; Berlin en 1844, il &#233;tudie successivement &#224; Breslau, Greifswald et Berlin. En 1847, afin de remplir ses devoirs militaires, trop pauvre pour supporter les frais d'un an de service, il dut rejoindre l'artillerie &#224; Glogau comme volontaire pour trois ans. Apr&#232;s la r&#233;volution de 1848, il participe aux r&#233;unions d&#233;mocratiques et est donc passible de la cour martiale, &#224; laquelle il &#233;chappe en s'enfuyant &#224; Berlin. Il reste l&#224;, non rep&#233;r&#233; au d&#233;part, actif dans le mouvement et prend part directement &#224; l'assaut de l'arsenal de Berlin [14 juin 1848]. Il &#233;chappe &#224; la menace d'arrestation en s'enfuyant une nouvelle fois, vers la Suisse. Lorsque Struve organise sa marche de la libert&#233; vers la For&#234;t-Noire &#224; Baden en septembre 1848, Borkheim le rejoint, est captur&#233; et reste emprisonn&#233; jusqu'&#224; ce que la r&#233;volution badoise de mai 1849 lib&#232;re les prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borkheim se rend alors &#224; Karlsruhe pour offrir &#224; la r&#233;volution ses services de soldat. Lorsque Johann Philipp Becker est nomm&#233; colonel-commandant de l'ensemble de l'arm&#233;e populaire, il confie &#224; Borkheim la formation d'une batterie, pour laquelle le gouvernement ne fournissait initialement que les canons sans servants. Les pi&#232;ces ne sont pas encore en place lorsque le Mouvement du 6 juin &#233;clate, et les &#233;l&#233;ments les plus d&#233;termin&#233;s cherchent &#224; donner plus de vigueur au gouvernement provisoire amolli, et dont certains membres sont des tra&#238;tres av&#233;r&#233;s. Borkheim, avec Becker, a &#233;galement particip&#233; &#224; la manifestation, qui n'a eu cependant comme succ&#232;s imm&#233;diat que le retrait de Becker de Karlsruhe avec toutes ses troupes libres et sa milice populaire et leur envoi sur le th&#233;&#226;tre de la guerre sur le Neckar. Jusqu'&#224; ce qu'on lui donne des chevaux pour ses canons, Borkheim ne peut pas suivre avec sa batterie. Quand il les re&#231;oit finalement - parce que Herr Brentano, le chef du gouvernement, est maintenant pleinement int&#233;ress&#233; &#224; se d&#233;barrasser de cette batterie r&#233;volutionnaire - les Prussiens ont entretemps conquis le Palatinat, et la premi&#232;re action de la batterie de Borkheim est de prendre position au pont Knielinger, pour couvrir le transfert de l'arm&#233;e du Palatinat sur le territoire de Bade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les troupes palatines et les troupes badoises toujours dans la r&#233;gion de Karlsruhe, la batterie de Borkheim avance alors en direction du nord. Elle entre en action le 21 juin pr&#232;s de Blankenloch et prend une part honorable aux mouvements pr&#232;s d'Ubstadt (25 juin). Lorsque l'arm&#233;e est r&#233;organis&#233;e pour le d&#233;ploiement sur la Murg, Borkheim et ses canons sont affect&#233;s &#224; la division Oborski et se distinguent dans les batailles de Kuppenheim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le retrait de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire sur le territoire suisse, Borkheim se rend &#224; Gen&#232;ve. L&#224;, il retrouve son ancien patron et ami J. Ph. Becker ainsi que quelques jeunes camarades de guerre qui, au milieu de la mis&#232;re de la vie de r&#233;fugi&#233;s, se r&#233;unissent en une compagnie aussi gaie que possible. &#192; l'automne de 1849, passant par l&#224; je connais avec eux quelques jours heureux. C'est cette m&#234;me compagnie qui a atteint une renomm&#233;e posthume hautement imm&#233;rit&#233;e sous le nom de &#034;Schwefelbande&#034; [gang du soufre] gr&#226;ce aux &#233;normes mensonges de M. Karl Vogt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces plaisirs ne devaient cependant pas durer longtemps. Au cours de l'&#233;t&#233; 1850, le bras du s&#233;v&#232;re Conseil f&#233;d&#233;ral atteignit &#233;galement l'inoffensif &#171; gang du soufre &#187;, et la plupart de ces jeunes et joyeux gentilshommes durent quitter la Suisse parce qu'ils appartenaient aux classes de r&#233;fugi&#233;s expulsables. Borkheim alla &#224; Paris, et plus tard &#224; Strasbourg. Mais m&#234;me l&#224;, il ne put pas rester. En f&#233;vrier 1851, il est arr&#234;t&#233;. Pendant trois mois, il fut tra&#238;n&#233; d'un endroit &#224; l'autre, dans 25 prisons diff&#233;rentes, la plupart du temps encha&#238;n&#233;. Mais o&#249; qu'il aille, les r&#233;publicains &#233;taient pr&#233;venus &#224; l'avance, allaient &#224; la rencontre du d&#233;tenu, lui fournissaient de la nourriture en abondance, bousculaient et soudoyaient les gendarmes et les fonctionnaires, et veillaient sur le transfert dans la mesure du possible. Il est finalement conduit &#224; Calais et embarqu&#233; pour l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, bien s&#251;r, la mis&#232;re des r&#233;fugi&#233;s &#233;tait bien plus aigu&#235; qu'&#224; Gen&#232;ve ou m&#234;me qu'en France, mais l&#224; aussi, sa r&#233;sistance ne le quitta pas. &#192; la recherche d'un emploi, co&#251;te que co&#251;te, il en trouva d'abord un dans une agence d'&#233;migration de Liverpool o&#249; des employ&#233;s allemands devaient servir d'interpr&#232;tes aux nombreux &#233;migrants allemands qui disaient adieu &#224; leur ancienne patrie, qui avait &#233;t&#233; heureusement ramen&#233;e &#224; la vie. En m&#234;me temps, cependant, il chercha &#224; s'impliquer dans d'autres d'affaires, avec succ&#232;s puisqu'apr&#232;s le d&#233;clenchement de la guerre [de Crim&#233;e], il r&#233;ussit, &#224; Balaklava, &#224; charger un vapeur avec toutes sortes de marchandises et &#224; envoyer la cargaison en Crim&#233;e et &#224; la vendre un bon prix, partie &#224; l'administration de l'arm&#233;e et partie aux officiers anglais. &#192; son retour, il avait un b&#233;n&#233;fice net de 15.000 &#163;. (300.000 marks). Mais ce succ&#232;s ne fit que l'inciter &#224; de nouvelles sp&#233;culations. Il accepta un nouveau contrat avec le gouvernement britannique. Comme les n&#233;gociations de paix &#233;taient d&#233;j&#224; en cours, le gouvernement stipulait dans le trait&#233; qu'il pouvait refuser d'accepter les marchandises si les pourparlers de paix &#233;taient conclus &#224; l'arriv&#233;e. Borkheim fut pris dans ce pi&#232;ge. Lorsqu'il arriva sur le Bosphore sur son bateau &#224; vapeur, c'&#233;tait la paix. Le capitaine du navire, qui n'avait trait&#233; que pour l'aller et qui pouvait d&#233;sormais recevoir en abondance un fret int&#233;ressant pour le retour, exigea un d&#233;chargement imm&#233;diat, et comme Borkheim ne pouvait trouver dans le port encombr&#233; aucun emplacement pour sa cargaison abandonn&#233;e, le capitaine a tout fait d&#233;charger au beau milieu de la plage. L&#224;, maintenant, assis avec ses bo&#238;tes, ses balles et ses tonneaux inutiles, Borkheim devait regarder, impuissant, la racaille de tous les coins de la Turquie et de toute l'Europe rassembl&#233;e au bord du Bosphore, qui pillait ses marchandises. Quand il revint en Angleterre comme un pauvre diable, les quinze mille livres avaient disparu. Mais pas sa r&#233;sistance &#224; la destruction. Il avait perdu son argent, mais avait acquis des connaissances commerciales et dans le monde des affaires. Il a d&#233;couvert aussi &#224; ce moment qu'il avait un nez &#339;nologique extr&#234;mement fin et il est devenu un repr&#233;sentant efficace de diverses maisons d'exportation de vin de Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, cependant, il &#233;tait rest&#233; dans le mouvement politique autant qu'il le pouvait. Il avait connu W. Liebknecht &#224; Karlsruhe et &#224; Gen&#232;ve. Avec Marx, il a surmont&#233; le scandale Vogt et, gr&#226;ce &#224; cela, je me suis retrouv&#233; en contact avec lui. Sans &#234;tre li&#233; &#224; un programme pr&#233;cis, Borkheim a toujours soutenu le parti de la r&#233;volution la plus extr&#234;me. Sa principale pr&#233;occupation politique &#233;tait de combattre le fort soutien de la r&#233;action europ&#233;enne &#224; l'absolutisme russe. Afin de mieux suivre les intrigues russes d'assujettissement des pays des Balkans et pour la domination indirecte de l'Europe occidentale, il apprit le russe et &#233;tudia la presse quotidienne russe et la litt&#233;rature de l'&#233;migration pendant des ann&#233;es. Il traduisit entre autres le pamphlet de Serno-Solovievitch : &#171; Unsere Russischen Angelegenheiten &#187; [Nos affaires russes], dans lequel l'hypocrisie venue du fond des c&#339;urs - et d&#233;velopp&#233;e plus tard par Bakounine - est fustig&#233;e : les r&#233;fugi&#233;s russes en Europe occidentale n'auraient pas r&#233;pandu ce qu'ils connaissaient de v&#233;rit&#233; sur la Russie, mais plut&#244;t une l&#233;gende conventionnelle appropri&#233;e &#224; leurs sentiments nationaux et panslaves. Il &#233;crivit &#233;galement de nombreux essais sur la Russie dans le &#171; Zukunft &#187; [Futur] de Berlin, le &#171; Volksstaat &#187; [&#201;tat populaire], etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 1876, lors d'un voyage en Allemagne, &#224; Badenweiler, il fut frapp&#233; par une attaque qui le laisse paralys&#233; sur la moiti&#233; gauche de son corps pour le reste de sa vie. Il d&#251;t laisser tomber ses affaires. Quelques ann&#233;es plus tard, sa femme mourut. Comme il souffrait de probl&#232;mes pulmonaires, il d&#251;t d&#233;m&#233;nager &#224; Hastings, dans l'air marin doux de la c&#244;te sud anglaise. Ni la paralysie, ni la maladie, ni les moyens de subsistance rares et pas toujours s&#251;rs ne purent briser son indestructible r&#233;silience mentale. Ses lettres &#233;taient toujours pleines d'exub&#233;rance, et quand on allait le voir, il fallait rire avec lui. Sa lecture pr&#233;f&#233;r&#233;e &#233;tait le &#171; Social-d&#233;mocrate &#187; de Zurichois. Atteint d'une pneumonie, il est d&#233;c&#233;d&#233; le 16 d&#233;cembre 1885.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; Patriotards assassins &#187; sont parus dans le &#171; Volksstaat &#187; imm&#233;diatement apr&#232;s la guerre de France et peu apr&#232;s celle-ci en r&#233;impression s&#233;par&#233;e. Ils se sont av&#233;r&#233;s &#234;tre un antidote tr&#232;s efficace &#224; la course &#224; la victoire bien trop patriotique dans laquelle se d&#233;lectait et se compla&#238;t encore l'Allemagne officielle et bourgeoise. En effet, il n'y avait pas de meilleur moyen de se d&#233;sillusionner que de se rem&#233;morer le temps o&#249; la Prusse, d&#233;sormais &#233;lev&#233;e au firmament, s'effondrait honteusement devant l'attaque de ces m&#234;mes Fran&#231;ais qui sont maintenant m&#233;pris&#233;s comme vaincus. Et ce moyen devait fonctionner d'autant plus puissamment que le r&#233;cit de cette occurence fatale pouvait &#234;tre tir&#233; d'un livre dans lequel un g&#233;n&#233;ral prussien - Eduard von H&#246;pfner - &#233;galement directeur de l'&#233;cole de guerre g&#233;n&#233;rale, avait d&#233;crit ces temps de disgr&#226;ce d'apr&#232;s les documents officiels prussiens - et il faut le reconna&#238;tre - impartialement et sans maquillage. Une grande arm&#233;e, comme toute autre grande organisation sociale, n'est jamais meilleure que lorsque, apr&#232;s une grande d&#233;faite, elle se retire en elle-m&#234;me et se repent de ses p&#233;ch&#233;s pass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en fut ainsi pour les Prussiens apr&#232;s I&#233;na, et encore &#224; nouveau apr&#232;s 1850, quand ils n'ont pas subi une grande d&#233;faite, mais o&#249; leur d&#233;cadence militaire compl&#232;te fut rendue manifestement claire, &#224; leurs yeux et aux yeux du monde entier, dans une s&#233;rie de campagnes plus petites - au Danemark et dans le sud de l'Allemagne - et pendant la premi&#232;re grande mobilisation de 1850. Eux-m&#234;mes n'avaient &#233;chapp&#233; &#224; une v&#233;ritable d&#233;faite que par la disgr&#226;ce politique de Varsovie et d'Olm&#252;tz. Ils furent forc&#233;s de critiquer impitoyablement leur propre pass&#233; afin d'apprendre &#224; progresser. Leur litt&#233;rature militaire, qui avait produit une &#233;toile de premi&#232;re grandeur en la personne de Clausewitz, mais qui depuis lors &#233;tait descendue infiniment bas, s'&#233;leva &#224; nouveau par cette fatalit&#233; de l'examen de conscience. Et l'un des fruits de cet examen de conscience a &#233;t&#233; le livre de H&#246;pfner, dont Borkheim a tir&#233; la mati&#232;re de sa brochure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore aujourd'hui il faudra encore et encore, dans cette &#233;poque d'arrogance et de d&#233;faite, l'incomp&#233;tence royale, la b&#234;tise diplomatique prussienne pi&#233;g&#233;e dans sa propre duplicit&#233;, la gueule de la noblesse de l'administration d&#233;couverte plong&#233;e dans la l&#226;che trahison, l'effondrement g&#233;n&#233;ral du peuple, pour se souvenir de cet &#233;tat ali&#233;n&#233; bas&#233; sur le mensonge et la tromperie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie philistine allemande (qui comprend &#233;galement la noblesse et les princes) est peut-&#234;tre encore plus outrecuidante et chauvine qu'&#224; l'&#233;poque ; l'action diplomatique se d&#233;masque beaucoup plus, mais elle garde toujours sa vieille duplicit&#233; ; la noblesse a suffisamment progress&#233;, &#224; la fois naturellement et artificiellement, pour imposer &#224; peu pr&#232;s partout l'ancienne r&#232;gle des officiers dans l'arm&#233;e, et l'&#201;tat s'&#233;loigne de plus en plus des int&#233;r&#234;ts des grandes masses populaires pour se transformer en un consortium d'agriculteurs, d'agents de change et de grands industriels exploitant le peuple. Bien entendu, si la guerre revenait, l'arm&#233;e prussienne-allemande, ne serait-ce que parce qu'elle est un mod&#232;le d'organisation pour toutes les autres, aurait encore des avantages significatifs sur ses adversaires comme sur ses alli&#233;s ; mais plus jamais comme lors des deux derni&#232;res guerres. L'unit&#233; du commandement supr&#234;me, par exemple, telle qu'elle existait &#224; cette &#233;poque, gr&#226;ce &#224; des circonstances heureuses particuli&#232;res, et l'ob&#233;issance inconditionnelle correspondante des sous-commandants, n'auront plus gu&#232;re cours. Les provisions de l'arm&#233;e sur le terrain peuvent rapidement manquer dramatiquement, &#233;puis&#233;es par le m&#233;c&#233;nat d'affaires qui r&#232;gne d&#233;sormais entre la noblesse agraire et militaire - dont l'adjudant imp&#233;rial - et les grossistes boursiers. L'Allemagne aura des alli&#233;s, mais ils l'abandonneront &#224; la premi&#232;re occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, il n'y aura plus pour la Prusse-Allemagne d'autre guerre possible qu'une guerre mondiale, et, &#224; la v&#233;rit&#233;, une guerre mondiale d'une ampleur et d'une violence encore jamais vues. Huit &#224; dix millions de soldats s'entr'&#233;gorgeront ; ce faisant, ils d&#233;voreront toute l'Europe comme jamais encore ne le fit encore une nu&#233;e de sauterelles. Ce sera les d&#233;vastations de la guerre de Trente ans, condens&#233;es en trois ou quatre ann&#233;es et r&#233;pandues sur tout le continent : la famine, les &#233;pid&#233;mies, la f&#233;rocit&#233; g&#233;n&#233;rale, tant des arm&#233;es que des masses populaires, provoqu&#233;e par l'&#226;pret&#233; du besoin, la d&#233;sesp&#233;rante confusion de fonctionnement du m&#233;canisme artificiel r&#233;gissant notre commerce, notre industrie et notre cr&#233;dit ; et enfin la banqueroute g&#233;n&#233;rale. L'effondrement des vieux &#201;tats et de leur sagesse politique routini&#232;re sera tel que les couronnes rouleront par douzaines sur le pav&#233; et qu'il ne se trouvera personne pour les ramasser. Il est absolument impossible de pr&#233;voir comment tout cela finira et qui sortira vainqueur de la lutte ; un seul r&#233;sultat est absolument certain : l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et la cr&#233;ation des conditions n&#233;cessaires &#224; la victoire finale de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la perspective si la course aux armements pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me porte &#224; la fin ses fruits in&#233;vitables. Voil&#224;, Messieurs les princes et les hommes d'&#201;tat, o&#249; votre sagesse a men&#233; la vieille Europe. Et s'il ne vous reste rien d'autre &#224; faire que d'ouvrir cette derni&#232;re grande sarabande guerri&#232;re, ce n'est pas pour nous d&#233;plaire. La guerre va peut-&#234;tre nous rejeter momentan&#233;ment en arri&#232;re, elle pourra nous enlever maintes positions d&#233;j&#224; conquises. Mais, si vous d&#233;cha&#238;nez des forces que vous ne pourrez ensuite plus ma&#238;triser, quelque tour que prennent les choses, &#224; la fin de la trag&#233;die vous ne serez plus qu'une ruine et la victoire du prol&#233;tariat sera d&#233;j&#224; acquise, ou, au moins, in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Londres, 15 d&#233;cembre 1887&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand Karl Marx et Friedrich Engels pr&#233;voyaient la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx a expos&#233;, d&#232;s la fin de la guerre franco-allemande de 1870, qu'une nouvelle guerre opposant la France alli&#233;e &#224; la Russie d'un c&#244;t&#233; et l'Allemagne de l'autre en d&#233;coulait n&#233;cessairement et que cette guerre serait cette fois mondiale. Engels a expliqu&#233; ensuite dans de multiples articles et courriers que la perspective de la guerre mondiale se couplait avec la mont&#233;e du mouvement ouvrier et des r&#233;volutions (r&#233;volutions sociales comme r&#233;volutions des nationalit&#233;s contre les empires).&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#233;crit ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quiconque n'est pas compl&#232;tement abruti par les criailleries du moment ou n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; duper le peuple allemand, doit reconna&#238;tre que la guerre de 1870 porte tout aussi n&#233;cessairement dans son sein une guerre entre l'Allemagne et la Russie alli&#233;e &#224; la France que la guerre de 1870 est elle-m&#234;me n&#233;e de celle de 1866. Je dis fatalement, sauf dans le cas peu probable o&#249; une r&#233;volution &#233;claterait auparavant en Russie. &#187; (lettre de fin ao&#251;t 1870 au comit&#233; social-d&#233;mocrate de Brunswick)&lt;br class='autobr' /&gt;
On remarquera dans ce courrier comme dans les textes qui suivent que Marx et Engels, loin de pr&#233;dire que la r&#233;volution europ&#233;enne allait d&#233;buter forc&#233;ment dans les pays les plus d&#233;velopp&#233;s d'Europe comme on leur pr&#234;te &#224; tort, ont parfaitement analys&#233; le r&#244;le r&#233;volutionnaire de la situation en Russie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels affirmait d&#233;j&#224;, d&#233;but 1886, concernant la perspective de guerre europ&#233;enne, que :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La guerre, si elle &#233;clate, ne sera men&#233;e que dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;volution&#8230; Une guerre mondiale d'une ampleur et d'une violence encore jamais vues. Huit &#224; dix millions de soldats s'entr&#233;gorgeront ; ce faisant, ils d&#233;voreront toutes l'Europe comme jamais ne le fit encore une nu&#233;e de sauterelles. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels reprend plus en d&#233;tails ces id&#233;es dans une lettre &#224; Lafargue repoduite par le journal Le Socialiste, organe du Parti ouvrier, le 6 novembre 1886, article r&#233;&#233;dit&#233; ensuite en Am&#233;rique par le journal Der Socialist et le journal Sozial-demokrat ainsi que la Revista Socialista en Roumanie en d&#233;cembre 1886 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sous Napol&#233;on III, la rive gauche du Rhin avait servi &#224; d&#233;tourner vers l'ext&#233;rieur les passions r&#233;volutionnaires ; de m&#234;me, le gouvernement russe montra au peuple inquiet et remuant la conqu&#234;te de Constantinople, la &#171; d&#233;livrance &#187; des Slaves opprim&#233;s par les Turcs, et leur r&#233;union en une grande f&#233;d&#233;ration sous la pr&#233;sidence de la Russie&#8230; Le chauvinisme grandissait de jour en jour et devenait mena&#231;ant pour le gouvernement russe&#8230; Le chauvinisme slavophile est plus puissant que le tsar, il faut qu'il c&#232;de par peur d'une r&#233;volution, les slavophiles s'allieraient aux constitutionnels, aux nihilistes, enfin &#224; tous les m&#233;contents. La d&#233;tresse financi&#232;re complique la situation. Personne ne veut plus pr&#234;ter &#224; ce gouvernement qui a d&#233;j&#224; emprunt&#233; 1 milliard 750.000 francs &#224; Londres et qui menace la paix europ&#233;enne&#8230; La r&#233;volution en Russie changerait imm&#233;diatement la situation en Allemagne : elle d&#233;truirait d'un coup cette foi aveugle en la toute-puissance de Bismarck, qui lui assure le concours des classes dirigeantes ; elle murirait la r&#233;volution en Allemagne&#8230; Pour se sauver de la r&#233;volution, le pauvre tsar est oblig&#233; de faire un nouveau pas en avant. Mais chaque pas devient plus dangereux ; car il ne se fait qu'au risque d'une guerre europ&#233;enne, ce que la diplomatie russe a toujours cherch&#233; &#224; &#233;viter. Il est certain que, s'il y a intervention directe du gouvernement russe en Bulgarie et qu'elle am&#232;ne des complications ult&#233;rieures, il arrivera un moment o&#249; l'hostilit&#233; des int&#233;r&#234;ts russes et autrichiens &#233;clatera ouvertement. Il sera alors impossible de localiser la guerre ; elle deviendra g&#233;n&#233;rale&#8230; Il est plus que probable que, si la guerre &#233;clate entre la Russie et l'Autriche, l'Allemagne viendra au secours de cette derni&#232;re pour emp&#234;cher son complet &#233;crasement&#8230; Afin d'&#233;chapper &#224; une r&#233;volution en Russie, il faut au tsar Constantinople ; Bismarck h&#233;site, il voudrait le moyen d'&#233;viter l'une et l'autre &#233;ventualit&#233;. Et la France ? Les Fran&#231;ais patriotes, qui depuis seize ans r&#234;vent de revanche, croient qu'il n'y a rien de plus naturel que de saisir l'occasion qui peut-&#234;tre s'offrira. Mais, pour notre parti, la question n'est pas aussi simple ; elle ne l'est pas m&#234;me pour messieurs les chauvins. Une guerre de revanche, faite avec l'alliance et sous l'&#233;gide de la Russie, pourrait amener une r&#233;volution ou une contre-r&#233;volution en France&#8230; La force qui, en Europe, pousse &#224; une guerre est grande&#8230; Une guerre g&#233;n&#233;rale nous rejetterait en arri&#232;re&#8230; La r&#233;volution en Russie et en France serait retard&#233;e : notre parti subirait le sort de la Commune de 1871. Sans doute, les &#233;v&#233;nements finiraient par tourner en notre faveur ; mais quelle perte de temps, quels sacrifices, quels nouveaux obstacles &#224; surmonter !... Cette guerre qui nous menace jetterait dix millions de soldats sur le champ de bataille&#8230; Si guerre il y a, elle ne se fera que dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;volution ; en Russie, pour pr&#233;venir l'action commune de tous les m&#233;contents, slavophiles, constitutionnalistes, nihilistes, paysans ; en Allemagne, pour maintenir Bismarck ; en France, pour refouler le mouvement victorieux des socialistes et pour r&#233;tablir la monarchie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les courriers d'Engels continuent ce type d'analyse. Par exemple, le 13 septembre 1886, Engels &#233;crit &#224; Bebel :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour Bismarck et l'Empereur, l'alternative est la suivante : d'une part, r&#233;sister &#224; la Russie et avoir alors la perspective d'une alliance franco-russe et d'une guerre mondiale, ou la certitude d'une r&#233;volution russe gr&#226;ce &#224; l'alliance des panslavistes et des nihilistes ; d'autre part, c&#233;der &#224; la Russie, autrement dit trahir l'Autriche&#8230; En tout cas, l'antagonisme entre l'Autriche et la Russie s'est aiguis&#233; dans les Balkans, au point que la guerre semble plus vraisemblable que la paix. Et ici, il n'y a plus de localisation possible de la guerre&#8230; Bref, il y aura un chaos et la seule certitude est : boucherie et massacre d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; &#233;puisement de toute l'Europe &#224; un degr&#233; inou&#239; jusqu'ici, enfin effondrement de tout le vieux syst&#232;me&#8230; La meilleure solution serait la r&#233;volution russe, que l'on ne peut escompter qu'apr&#232;s de tr&#232;s lourdes d&#233;faites de l'arm&#233;e russe. Ce qui est certain, c'est que la guerre aurait pour premier effet de rejeter notre mouvement &#224; l'arri&#232;re-plan dans toute l'Europe, voire le disloquerait totalement dans de nombreux pays, attiserait le chauvinisme et la haine entre les peuples, et parmi les nombreuses possibilit&#233;s n&#233;gatives nous assurerait seulement d'avoir &#224; recommencer apr&#232;s la guerre par le commencement, bien que le terrain lui-m&#234;me serait alors bien plus favorable qu'aujourd'hui. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 23 octobre 1886, il rajoutait, dans une lettre &#224; Bebel :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les Russes ont dit &#224; Bismarck, et il sait que c'est vrai, que &#171; Nous avons besoin de grands succ&#232;s du c&#244;t&#233; de Constantinople ou bien, alors, c'est la r&#233;volution &#187;&#8230; Or ce que Bismarck redoute le plus, c'est une r&#233;volution russe, car la chute du tsarisme russe entra&#238;ne avec elle celle du r&#232;gne prusso-bismarckien. Et c'est pour cela qu'il met tout en &#339;uvre pour emp&#234;cher l'effondrement de la Russie &#8211; malgr&#233; l'Autriche, malgr&#233; l'indignation des bourgeois allemands, malgr&#233; que Bismarck sache qu'il enterre lui aussi en fin de compte son syst&#232;me&#8230; Nul ne peut pr&#233;voir quel sera le regroupement des combattants : avec qui l'un s'alliera et contre qui il s'alliera. Il est clair que l'issue finale sera la r&#233;volution. Mais avec quels sacrifices ! Avec quelle d&#233;perdition des forces &#8211; et apr&#232;s combien de tourments et de zigzags ! (&#8230;) Qu'il y ait la guerre ou la paix, l'h&#233;g&#233;monie allemande est an&#233;antie depuis quelques mois, et l'on redevient le laquais servile de la Russie. Or, ce n'&#233;tait que cette satisfaction chauvine, &#224; savoir &#234;tre l'arbitre de l'Europe, qui cimentait tout le syst&#232;me politique allemand. La crainte du prol&#233;tariat fait certainement le reste&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Insistons, durant toutes les ann&#233;es 1880, Engels r&#233;p&#232;te que &#171; La Russie est &#224; l'avant-garde du mouvement r&#233;volutionnaire en Europe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour quelle raison, la guerre mondiale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels reliait la n&#233;cessit&#233;, pour les classes dirigeantes, de la guerre mondiale et la mont&#233;e en force du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parlant du d&#233;veloppement du mouvement ouvrier, pr&#233;sent&#233; comme une arm&#233;e qui pr&#233;parait l'affrontement avec la bourgeoisie mondiale ou la guerre mondiale, Engels &#233;crivait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous menons une guerre de si&#232;ge contre notre ennemi, et tant que nos tranch&#233;es ne cessent de progresser et de resserrer l'&#233;tau, tout va bien. Nous sommes maintenant tout pr&#232;s du second parall&#232;le, o&#249; nous dresserons nos batteries d&#233;montables et pourrons bient&#244;t faire taire l'artillerie adverse. Or, nous sommes d&#233;j&#224; assez avanc&#233;s pour que les assi&#233;g&#233;s ne puissent &#234;tre d&#233;gag&#233;s momentan&#233;ment de ce blocus que par une guerre mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Lettre d'Engels &#224; H. Schl&#252;ter, o&#249; il reprend des arguments de son article &#171; La future guerre mondiale et la r&#233;volution &#187; &#8211; 19/03/1887)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&#034;&gt;La premi&#232;re guerre mondiale en Europe n'&#233;tait nullement une surprise pour Marx, Engels et les r&#233;volutionnaires marxistes qui estimaient que le monde entrait dans l'&#232;re des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La guerre civile aux &#201;tats-Unis, vue par Marx et Engels</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7744</link>
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		<dc:date>2025-08-27T22:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis - USA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine &lt;br class='autobr' /&gt; https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre civile aux &#201;tats-Unis &lt;br class='autobr' /&gt;
par K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;Etats-Unis - USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre civile aux &#201;tats-Unis
&lt;p&gt;par K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx : LA QUESTION AM&#201;RICAINE EN ANGLETERRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;New York Daily Tribune, 11 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que puissent &#234;tre ses qualit&#233;s intrins&#232;ques, la lettre de Mrs Beecher-Stowe &#224; lord Shaftesbury [1] a eu le grand m&#233;rite de contraindre les organes anti-nordistes de la presse londonienne &#224; exposer au grand public les pr&#233;tendues raisons de leur hostilit&#233; au Nord et de leurs sympathies mal dissimul&#233;es pour le Sud. Notons, en passant, que c'est l&#224; une attitude &#233;trange chez des gens qui affectent la plus grande horreur pour l'esclavage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle guerre am&#233;ricaine cause un bien gros tourment &#224; cette presse, car &#171; ce n'est pas un conflit pour l'abolition de l'esclavage &#187;, d'o&#249; il s'ensuit qu'on ne peut demander au citoyen britannique, &#226;me noble, rompue &#224; mener ses propres guerres et &#224; ne s'int&#233;resser &#224; celle des autres peuples que sous l'angle des &#171; grands principes humanitaires &#187;, d'&#233;prouver la moindre sympathie pour ses cousins du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'Economist affirme : &#171; D'abord, il est tout aussi impudent que faux de pr&#233;tendre que le conflit entre le Nord et le Sud soit une querelle pour la libert&#233; des n&#232;gres d'une part, et pour l'esclavage des n&#232;gres de l'autre. &#187; La Saturday Review d&#233;clare que le Nord &#171; ne proclame pas l'abolition, et n'a jamais pr&#233;tendu lutter contre l'esclavage. Le Nord n'a jamais inscrit sur ses drapeaux le symbole sacr&#233; de la justice envers les n&#232;gres. Son cri de guerre n'est pas l'abolition inconditionnelle de l'esclavage. &#187; Enfin, l'Examiner &#233;crit : &#171; Si nous avons &#233;t&#233; tromp&#233;s sur la signification r&#233;elle de ce sublime mouvement, qui en est responsable, sinon les f&#233;d&#233;ralistes eux-m&#234;mes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut bien reconna&#238;tre que, dans le premier cas, le point de d&#233;part est juste. La guerre n'a donc pas &#233;t&#233; commenc&#233;e pour abolir l'esclavage, et le gouvernement des &#201;tats-Unis s'est donne lui-m&#234;me le plus grand mal pour rejeter toute id&#233;e de ce genre. Mais alors, il faudrait se souvenir que ce n'est pas le Nord, mais le Sud, qui a commenc&#233; cette guerre, le premier ne faisant que se d&#233;fendre. En effet le Nord, apr&#232;s de longues h&#233;sitations et apr&#232;s avoir fait preuve d'une patience sans &#233;gale dans les annales de l'histoire europ&#233;enne, a fini par tirer l'&#233;p&#233;e, non pas pour briser l'esclavage, mais pour pr&#233;server l'Union. Le Sud, en revanche, a commenc&#233; la guerre en proclamant bien haut que l' &#171; institution particuli&#232;re &#187; &#233;tait le seul et principal but de la r&#233;bellion, mais, en m&#234;me temps, il confessait qu'il luttait pour la libert&#233; de r&#233;duire d'autres hommes en esclavage, libert&#233; qu'en d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations du Nord, il pr&#233;tend menac&#233;e par la victoire du Parti r&#233;publicain [2] et par l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence. Le Congr&#232;s des conf&#233;d&#233;r&#233;s s'est vant&#233; que la, nouvelle Constitution [3] - &#224; la diff&#233;rence de celle de Washington, Jefferson et Adams - a reconnu pour la premi&#232;re fois l'esclavage comme une chose bonne en soi et pour soi, un rempart de la civilisation et une institution divine. Alors que le Nord professe qu'il combat simplement pour pr&#233;server l'Union, le Sud se glorifie d'&#234;tre en r&#233;bellion pour faire triompher l'esclavage. M&#234;me si l'Angleterre anti-esclavagiste et id&#233;aliste ne se sent pas attir&#233;e par la d&#233;claration du Nord, comment se fait-il donc qu'elle n'ait pas &#233;prouv&#233; la plus vive r&#233;pulsion pour les aveux cyniques du Sud ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Saturday Review se tire de ce cruel dilemme, en refusant purement et simplement de croire aux d&#233;clarations des &#201;tats sudistes. Elle voit plus loin et d&#233;couvre &#171; que l'esclavage n'a pas grand-chose &#224; voir avec la s&#233;cession &#187; ; quant aux d&#233;clarations contraires de Jefferson Davis et compagnie, ce ne sont l&#224; que des &#171; poncifs &#187; &#224; peu pr&#232;s aussi d&#233;nu&#233;s de sens que ceux qui sont de r&#232;gle dans les proclamations, &#171; quand il est question d'autels viol&#233;s et de foyers d&#233;shonor&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arsenal des arguments des journaux anti-nordistes est extr&#234;mement r&#233;duit, et on s'aper&#231;oit qu'ils reprennent tous &#224; peu de chose pr&#232;s les m&#234;mes phrases, comme dans les formules d'une s&#233;rie math&#233;matique, qui reviennent &#224; intervalles r&#233;guliers avec de faibles variations ou combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist s'exclame : &#171; Hier encore, au moment o&#249; le mouvement de s&#233;cession commen&#231;ait &#224; prendre une forme s&#233;rieuse &#224; l'annonce de l'&#233;lection de M. Lincoln, le Nord offrit au Sud, s'il voulait demeurer dans l'Union, toutes les assurances possibles pour que continuent de fonctionner dans l'inviolabilit&#233; ses ha&#239;ssables institutions. Le Nord ne proclama-t-il pas solennellement qu'il renon&#231;ait &#224; s'immiscer dans ses affaires, tandis que les dirigeants nordistes proposaient au Congr&#232;s compromis sur compromis, bas&#233;s tous sur la concession qu'ils ne se m&#234;leraient pas de la question de l'esclavage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment se fait-il, dit l'Examiner, que le Nord f&#251;t pr&#234;t &#224; r&#233;aliser un compromis, en faisant au Sud les plus larges concessions en mati&#232;re d'esclavagisme ? Comment se fait-il qu'au Congr&#232;s certains aient propos&#233; une zone g&#233;ographique au sein de laquelle l'esclavage devait &#234;tre reconnu comme une institution n&#233;cessaire ? Les &#201;tats du Sud n'&#233;taient pas satisfaits pour autant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'Economist et l'Examiner eussent d&#251; demander, c'est non pas tant pourquoi le compromis Crittenden [4] et d'autres avaient &#233;t&#233; propos&#233;s au Congr&#232;s, mais pourquoi ils n'avaient pas &#233;t&#233; vot&#233;s. En fait ils font mine de croire que le Nord a accept&#233; ces propositions de compromis et que le Sud les a rejet&#233;es, alors qu'en r&#233;alit&#233; elles ont &#233;t&#233; vou&#233;es &#224; l'&#233;chec par le parti du Nord, qui avait assur&#233; l'&#233;lection de Lincoln. Ces propositions n'&#233;tant jamais devenues des r&#233;solutions, du fait qu'elles rest&#232;rent &#224; l'&#233;tat de v&#339;ux pieux, le Sud n'eut jamais l'occasion, et pour cause, de les rejeter ou les accepter. La remarque suivante de l'Examiner nous m&#232;ne au c&#339;ur de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mrs Stowe pr&#233;tend que le parti esclavagiste d&#233;cida d'en finir avec l'Union lorsqu'il constata qu'il ne pouvait plus l'utiliser &#224; ses fins. Elle admet donc que le parti esclavagiste avait utilis&#233; jusque-l&#224; l'Union pour ses fins, mais il serait bon que Mrs Stowe montre clairement quand le Nord a commenc&#233; &#224; se dresser contre l'esclavagisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu croire que l'Examiner et autres oracles de l'opinion publique en Angleterre s'&#233;taient assez familiaris&#233;s avec l'histoire la plus r&#233;cente pour ne pas recourir aux informations de Mrs Stowe sur un point d'aussi grande importance. L'usurpation croissante de l'Union par les puissances esclavagistes &#224; la suite de leur alliance avec le Parti d&#233;mocrate du Nord [5] est pour ainsi dire la formule g&#233;n&#233;rale de l'histoire des &#201;tats-Unis depuis le d&#233;but de ce si&#232;cle. Aux mesures successives de compromis correspond une mainmise progressive sur l'Union transform&#233;e de la sorte en esclave des propri&#233;taires du Sud. Chacun de ces compromis marque une nouvelle pr&#233;tention du Sud et une nouvelle concession du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, aucune des victoires successives du Sud ne fut remport&#233;e sans une chaude bataille pr&#233;alable contre l'une des forces adverses du Nord, qui se pr&#233;sentent sous divers noms de parti, avec de multiples mots d'ordre et sous toutes sortes de couleurs. Si le r&#233;sultat effectif et final de chacun de ces combats singuliers favorisait le Sud, un observateur attentif de l'histoire ne pouvait pas ne pas remarquer que chaque nouvelle avance de la puissance esclavagiste &#233;tait un pas de plus vers sa d&#233;faite finale. M&#234;me au temps du compromis du Missouri [6], les forces en lutte se contrebalan&#231;aient si &#233;troitement que Jefferson craignit - comme il ressort de ses M&#233;moires - que l'Union f&#251;t menac&#233;e d'&#233;clatement &#224; la suite de ce fatal antagonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;tentions des puissances esclavagistes ne cess&#232;rent d'augmenter, lorsque le Kansas-Nebraska bill [7] d&#233;truisit pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis - comme M. Douglas le reconna&#238;t lui-m&#234;me - toute barri&#232;re l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavagisme dans les territoires des &#201;tats-Unis ; lorsqu'un candidat du Nord [8] acheta sa nomination pr&#233;sidentielle en promettant que l'Union se soumettrait ou ach&#232;terait Cuba pour en faire un nouveau champ de domination des esclavagistes ; lorsque ensuite la d&#233;cision de Dred Scott [9] proclama que l'extension de l'esclavagisme par le pouvoir f&#233;d&#233;ral &#233;tait la loi de la Constitution am&#233;ricaine [10], et qu'enfin le commerce d'esclaves africains &#233;tait rouvert de facto &#224; une &#233;chelle plus vaste qu'&#224; l'&#233;poque de son existence l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, concurremment &#224; ces coupables faiblesses du Parti d&#233;mocrate du Nord fade aux pires usurpations du Sud, on constata, &#224; des signes ind&#233;niables, que le combat des forces oppos&#233;es devenait si intense que le rapport de force devait bient&#244;t se renverser. La guerre du Kansas [11], la formation du Parti r&#233;publicain et les nombreuses voix en faveur de M. Fr&#233;mont &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1856 [12] &#233;taient autant de preuves tangibles que le Nord avait accumul&#233; assez d'&#233;nergie pour corriger les aberrations que l'histoire des &#201;tats-Unis connaissait depuis un demi-si&#232;cle par la faute des esclavagistes, et pour la ramener aux v&#233;ritables principes de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ces ph&#233;nom&#232;nes politiques, il y a un fait manifeste, d'ordre statistique et &#233;conomique, qui montre que l'usurpation de l'Union f&#233;d&#233;rale, au profit des esclavagistes avait atteint le point o&#249; ils devaient reculer de gr&#233; ou de force. Ce fait est le d&#233;veloppement du Nord-Ouest, les immenses efforts r&#233;alis&#233;s par sa population de 1850 &#224; 1860 [13], et l'influence nouvelle et revigorante qui en r&#233;sultait pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela repr&#233;sente-t-il un chapitre secret de l'histoire ? Fallait-il l' &#171; aveu &#187; de Mrs Beecher-Stowe pour faire d&#233;couvrir &#224; l'Examiner et autres lumi&#232;res politiques de la presse londonienne la v&#233;rit&#233; cach&#233;e, &#224; savoir que jusqu'ici, &#171; le parti esclavagiste avait utilis&#233; l'Union &#224; ses fins &#187; ? Est-ce la faute du Nord am&#233;ricain si les journalistes anglais ont &#233;t&#233; surpris par le heurt violent de forces antagoniques, dont la lutte &#233;tait la force motrice de l'histoire depuis un demi-si&#232;cle ? [14] Est-ce la faute des Am&#233;ricains si la presse anglaise tient pour un caprice &#233;lucubr&#233; en un jour ce qui est le r&#233;sultat venu &#224; maturation apr&#232;s de longues ann&#233;es de lutte ? Le simple fait que la formation et le d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain en Am&#233;rique aient &#224; peine &#233;t&#233; remarqu&#233;s par la presse londonienne montre &#224; l'&#233;vidence que ses tirades contre l'esclavage ne sont que du vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, les deux antipodes de la presse londonienne, le Times de Londres et le Reynold's Weekly Newspaper, le plus grand organe des classes respectables, et le seul organe de la classe ouvri&#232;re qui subsiste actuellement. juste avant que M. Buchanan n'ach&#232;ve sa carri&#232;re, le premier publia une apologie d&#233;taill&#233;e de son administration et une pol&#233;mique diffamatoire contre le mouvement r&#233;publicain. Pour sa part, le Reynold's, pendant le s&#233;jour &#224; Londres de Buchanan, en fit sa cible favorite et depuis lors n'a pas manqu&#233; une seule occasion de le mettre sur la sellette et de d&#233;noncer en lui un adversaire [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer au Nord la victoire du Parti r&#233;publicain, dont le programme se fonde sur l'opposition ouverte aux empi&#233;tements du syst&#232;me esclavagiste et &#224; l'utilisation abusive que font de l'Union les tenants de l'esclavagisme ? En outre, comment se fait-il que la grande majorit&#233; du Parti d&#233;mocrate du Nord se d&#233;tourne de ses liens traditionnels avec les chefs de l'esclavagisme, passe sur des traditions vieilles d'un demi-si&#232;cle et sacrifie de grands int&#233;r&#234;ts commerciaux et des pr&#233;jug&#233;s politiques plus grands encore pour voler au secours de l'actuelle administration r&#233;publicaine et lui offrir hommes et argent avec g&#233;n&#233;rosit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de r&#233;pondre &#224; ces questions, l'Economist s'exclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pouvons-nous oublier que les abolitionnistes sont d'habitude aussi f&#233;rocement pers&#233;cut&#233;s et maltrait&#233;s au Nord et &#224; l'Ouest qu'au Sud ? Peut-on nier que l'ent&#234;tement et l'indiff&#233;rence - pour ne pas dire la mauvaise foi - du gouvernement de Washington ont &#233;t&#233; pendant des ann&#233;es le principal obstacle &#224; nos efforts pour supprimer effectivement le commerce des esclaves sur la c&#244;te africaine ; qu'une partie consid&#233;rable des clippers actuellement engag&#233;s dans ce commerce est construite avec les capitaux du Nord, et exploit&#233;e par des marchands du Nord avec des &#233;quipages du Nord ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, en v&#233;rit&#233;, un chef-d'&#339;uvre de logique. L'Angleterre anti-esclavagiste ne peut sympathiser avec le Nord, qui s'attaque &#224; l'influence n&#233;faste des esclavagistes, parce qu'elle ne peut oublier que le Nord - tant qu'il &#233;tait soumis &#224; l'influence esclavagiste et que ses institutions d&#233;mocratiques &#233;taient souill&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s des bourreaux d'esclaves - soutenait le commerce des esclaves et d&#233;criait les abolitionnistes. L'Angleterre ne peut sympathiser avec l'administration de M. Lincoln, parce qu'elle a d&#233;sapprouv&#233; l'administration de M. Buchanan ! En toute &#171; logique &#187;, elle doit fl&#233;trir l'actuel mouvement de renouveau du Nord et encourager ceux qui, au Nord, sympathisent avec le commerce des esclaves stigmatis&#233; par la plate-forme r&#233;publicaine [16], elle doit flirter avec la clique esclavagiste du Sud, qui &#233;difia un empire s&#233;par&#233;, parce que l'Angleterre ne pouvait oublier que le Nord d'hier n'&#233;tait pas le Nord d'aujourd'hui ! S'il. lui faut justifier son attitude par des faux-fuyants &#224; la Old Bailey [17], cela d&#233;montre avant tout que la fraction anti-nordiste de la presse anglaise est pouss&#233;e par des motifs cach&#233;s, c'est-&#224;-dire trop bas et trop inf&#226;mes pour &#234;tre exprim&#233;s ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des man&#339;uvres favorites de la presse anglaise &#233;tant de reprocher &#224; l'actuelle administration r&#233;publicaine les agissements des pr&#233;c&#233;dentes qui furent pro-esclavagistes, elle s'efforce dans la mesure du possible de persuader le peuple anglais que le New York Herald est le seul organe qui expose authentiquement l'opinion du Nord. Apr&#232;s que le Times de Londres eut ouvert la voie dans cette direction, le noyau esclavagiste des autres organes anti-nordistes, qu'ils soient grands ou petits, lui embo&#238;te le pas. Ainsi, l'Economist pr&#233;tend : &#171; Au plus fort de la guerre civile, il ne manque ni journaux ni politiciens &#224; New York pour exhorter les combattants, maintenant qu'ils ont de grandes arm&#233;es en campagne, &#224; ne pas lutter les uns contre les autres, mais contre la Grande-Bretagne, &#224; cesser toute querelle int&#233;rieure - y compris sur la question esclavagiste - pour envahir sans pr&#233;avis le territoire britannique avec des forces d'une sup&#233;riorit&#233; &#233;crasante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist sait parfaitement que les efforts du New York Herald, qui sont vivement encourag&#233;s par le Times de Londres et visent &#224; entra&#238;ner les &#201;tats-Unis dans une guerre avec l'Angleterre, ont pour seul but d'assurer la victoire de la s&#233;cession et de ruiner le mouvement de renaissance du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la presse anti-nordiste d'Angleterre fait une concession. Et la snob Saturday Review annonce : &#171; Ce qui est contestable dans l'&#233;lection de Lincoln et a pr&#233;cipit&#233; la crise, c'est purement et simplement la limitation de l'esclavage aux &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224;. &#187; Et l'Economist de remarquer : &#171; En effet, il est vrai que le but du Parti r&#233;publicain qui &#233;lut M. Lincoln, est d'emp&#234;cher l'extension de l'esclavage aux territoires non encore colonis&#233;s... Il est peut-&#234;tre vrai qu'un succ&#232;s complet et inconditionnel du Nord lui permettrait de limiter l'esclavage aux quinze &#201;tats dans lesquels il existe d&#233;j&#224;, ce qui pourrait &#233;ventuellement conduire &#224; sa disparition - mais ceci est plus vraisemblable que certain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1859 - &#224; l'occasion de l'exp&#233;dition de John Brown &#224; Harper's Ferry [18] - le m&#234;me Economist publiait une s&#233;rie d'articles d&#233;taill&#233;s afin de prouver qu'en raison d'une loi &#233;conomique, l'esclavage am&#233;ricain &#233;tait vou&#233; &#224; s'&#233;teindre graduellement d&#232;s lors qu'il ne serait plus en mesure de cro&#238;tre. Cette loi &#233;conomique fut parfaitement comprise par la clique esclavagiste. &#171; Si d'ici quinze ans, nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement de terres &#224; esclaves, dit Toombs, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limitation de l'esclavage &#224; son territoire l&#233;gal, telle qu'elle fut proclam&#233;e par les r&#233;publicains, constitue le point de d&#233;part &#233;vident de la menace de s&#233;cession formul&#233;e pour la premi&#232;re fois &#224; la Chambre des repr&#233;sentants le 19 d&#233;cembre 1859. M. Singleton (Mississippi) demanda alors &#224; M. Curtis (Iowa) &#171; si le Parti r&#233;publicain n'admettrait plus que le Sud obtienne un pouce de territoire esclavagiste nouveau, tant que l'Union subsisterait &#187;. M. Curtis lui ayant r&#233;pondu que si, M. Singleton lui r&#233;pliqua que, dans ces conditions, l'Union serait dissoute. Il conseilla &#224; l'administration du Mississippi de sortir au plus t&#244;t de l'Union : &#171; Ces messieurs devraient se souvenir que Jefferson Davis a conduit nos forces arm&#233;es au Mexique ; or, il vit toujours, et pourrait fort bien commander l'arm&#233;e du Sud. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstraction faite de la loi &#233;conomique, selon laquelle l'extension de l'esclavage est une condition vitale pour son maintien dans son territoire l&#233;gal, les leaders du Sud ne se sont jamais fait d'illusion sur la n&#233;cessit&#233; absolue de maintenir leur h&#233;g&#233;monie politique aux &#201;tats-Unis. Pour justifier ses propositions au S&#233;nat le 19 f&#233;vrier 1847, John Calhoun d&#233;clara sans ambages que &#171; le S&#233;nat &#233;tait le seul moyen d'assurer l'&#233;quilibre de pouvoir, laiss&#233; au Sud dans le gouvernement &#187; et que la formation d'&#201;tats esclavagistes nouveaux &#233;tait, devenue n&#233;cessaire &#171; pour conserver l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat &#187; [19]. Au reste, l'oligarchie des trois cent mille propri&#233;taires d'esclaves ne pourrait maintenir son pouvoir sur la pl&#232;be blanche sans l'app&#226;t de futures conqu&#234;tes et l'&#233;largissement de leurs territoires tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur des &#201;tats-Unis. Si d&#233;sormais -.selon l'oracle de la presse anglaise - le Nord a pris la ferme d&#233;cision de confiner l'esclavage dans ses limites actuelles et de le liquider ainsi par la voie l&#233;gale, cela ne devrait-il pas suffire &#224; lui assurer les sympathies de l'Angleterre &#171; anti-esclavagiste &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que les puritains anglais ne puissent vraiment &#234;tre content&#233;s que par une guerre abolitionniste expresse. L'Economist affirme : &#171; Comme il ne s'agit pas v&#233;ritablement d'une guerre pour l'&#233;mancipation de la race n&#232;gre, sur quelle base veut-on que nous sympathisions si chaleureusement avec la cause des f&#233;d&#233;r&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fut un temps, dit l'Examiner, o&#249; nos sympathies allaient au Nord, parce que nous pensions qu'il s'opposait s&#233;rieusement aux empi&#233;tements des &#201;tats esclavagistes et d&#233;fendait l'&#233;mancipation comme une mesure de justice pour la race noire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les m&#234;mes num&#233;ros o&#249; ces journaux racontent qu'ils ne peuvent sympathiser avec le Nord parce que sa guerre ne tend pas &#224; une v&#233;ritable abolition, nous lisons : &#171; Le moyen radical de proclamer l'&#233;mancipation des n&#232;gres, c'est d'appeler les esclaves &#224; une insurrection g&#233;n&#233;rale. &#187; Or, c'est l&#224; quelque chose &#171; dont la simple id&#233;e, est r&#233;pugnante et affreuse &#187; ; c'est pourquoi &#171; un compromis est bien pr&#233;f&#233;rable &#224; un succ&#232;s conquis &#224; un tel prix et souill&#233; d'un tel crime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, les ardeurs anglaises pour une guerre abolitionniste sont purement hypocrites. Mais, on aper&#231;oit le pied fourchu du diable dans les phrases suivantes : &#171; Finalement, dit l'Economist, le tarif Morrill m&#233;rite notre gratitude et notre sympathie ; mais la certitude qu'en cas de triomphe du Nord, le tarif sera &#233;tendu &#224; toute la r&#233;publique est-elle une raison pour que nous aidions bruyamment &#224; son succ&#232;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Am&#233;ricains du Nord, dit l'Examiner, ne prennent rien d'autre au s&#233;rieux que leur tarif douanier qui les prot&#232;ge &#233;go&#239;stement... Les &#201;tats du Sud en ont assez d'&#234;tre d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par les tarifs protectionnistes du Nord. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Examiner et l'Economist se compl&#232;tent l'un l'autre. Ce dernier est assez honn&#234;te pour reconna&#238;tre finalement que, pour lui et les siens, la sympathie n'est d&#233;termin&#233;e que par une simple question de tarif douanier, tandis que le premier r&#233;duit la guerre entre le Sud et le Nord &#224; un simple conflit tarifaire, une guerre entre syst&#232;me protectionniste et libre-&#233;changiste. Peut-&#234;tre l'Examiner ne sait-il pas que m&#234;me ceux qui voulurent abroger l'acte de la Caroline du Sud en 1832 - comme le g&#233;n&#233;ral Jackson en t&#233;moigne - n'us&#232;rent du protectionnisme que comme d'un pr&#233;texte [20]. Quoi qu'il en soit, m&#234;me l'Examiner devrait savoir que l'actuelle r&#233;bellion n'a pas attendu l'adoption du tarif Morrill [21] pour &#233;clater. En fait, les sudistes ne pouvaient se plaindre de ce qu'ils &#233;taient d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par le syst&#232;me protectionniste du Nord, puisque le syst&#232;me libre-&#233;changiste &#233;tait en vigueur de 1846 &#224; 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier num&#233;ro, le Spectator caract&#233;rise d'une mani&#232;re frappante la pens&#233;e secr&#232;te d'un certain nombre d'organes anti-nordistes : &#171; Que souhaitent donc v&#233;ritablement ces organes anti-nordistes pour justifier la pr&#233;tention qu'ils ont de ne s'appuyer que sur l'inexorable logique ? Ils affirment que la s&#233;cession est d&#233;sirable, parce qu'elle est la seule fa&#231;on possible de faire cesser ce &#171; conflit fratricide qui n'a aucune raison d'&#234;tre. &#187; Mais voil&#224; qu'ils d&#233;couvrent ensuite d'autres raisons adapt&#233;es aux exigences morales du pays, maintenant que l'issue des &#233;v&#233;nements est claire. Bien s&#251;r, ces raisons ne sont mentionn&#233;es, r&#233;flexion faite, que comme humble apologie de la Providence et &#171; justification des voies du Seigneur envers l'homme &#187;, d&#232;s lors que la n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable est devenue manifeste aux yeux de tous. On d&#233;couvre ainsi qu'il serait d'un grand avantage pour les &#201;tats d'&#234;tre coup&#233;s en deux groupes rivaux. Chacun tiendrait en &#233;chec les ambitions de l'autre et neutraliserait sa force. Si l'Angleterre entrait en conflit avec l'un d'eux, la simple d&#233;fiance de chaque groupe adverse lui serait d'un grand secours. Et de remarquer qu'il s'ensuivrait une situation tr&#232;s favorable, qui nous lib&#233;rerait de la crainte et encouragerait la &#171; concurrence &#187; politique, cette grande sauvegarde de l'honn&#234;tet&#233; et de la franchise entre &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la situation express&#233;ment mise en &#233;vidence par la th&#233;orie de ceux qui commencent, chez nous, &#224; sympathiser avec le Sud. Traduit en bon anglais - et nous d&#233;plorons qu'un argument anglais ait besoin d'une traduction dans un tel sujet - cela signifie que si nous regrettons que cette &#171; guerre fratricide &#187; ait pris une telle ampleur, c'est pour esp&#233;rer qu'&#224; l'avenir elle continuera de susciter de redoutables convulsions, une s&#233;rie de petites guerres chroniques, de passions et de rivalit&#233;s entre les groupes d'&#201;tats rivaux. La v&#233;rit&#233; effective - et pr&#233;cis&#233;ment ce mode non anglais de ressentir cache cette v&#233;rit&#233;, bien qu'elle f&#251;t voil&#233;e de formules d&#233;centes - est cependant tr&#232;s nette : les groupes rivaux d'&#201;tats am&#233;ricains ne pourront vivre ensemble en paix et en harmonie. La situation d'inimiti&#233;, due aux causes m&#234;mes qui ont suscit&#233; le conflit actuel, deviendrait chronique. On a affirm&#233; que les diff&#233;rents groupes d'&#201;tats avaient des int&#233;r&#234;ts douaniers diff&#233;rents. Non seulement ces diff&#233;rents int&#233;r&#234;ts tarifaires seraient la source de petites guerres permanentes, d&#232;s lors, que les &#201;tats seraient s&#233;par&#233;s les uns des autres, mais encore l'esclavage - racine de tout le conflit - aggraverait les innombrables inimiti&#233;s, discordes et man&#339;uvres. Bref, il ne serait plus possible de r&#233;tablir un &#233;quilibre stable entre les &#201;tats rivaux. Et pourtant, on affirme que la perspective d'un conflit long et ininterrompu serait l'issue la plus favorable de la grande question qui est en train de se d&#233;cider actuellement. Au fond, ce que l'on juge le plus favorable dans le vaste conflit actuel, qui pourrait r&#233;tablir une unit&#233; politique nouvelle et plus puissante c'est l'alternative d'un grand nombre de petits conflits et d'un continent divis&#233; et affaibli que l'Angleterre n'aurait plus &#224; craindre. Nous ne nions pas que les Am&#233;ricains aient sem&#233; eux-m&#234;mes les germes de cette situation lamentable et regrettable par l'attitude inamicale et fanfaronne, qu'ils adoptent si souvent vis-&#224;-vis de l'Angleterre ; quoi qu'il en soit, nous devons bien avouer que nos propres sentiments sont vils et m&#233;prisables. Nous voyons bien qu'il n'existe aucun espoir d'une paix profonde et durable pour l'Am&#233;rique dans une solution boiteuse, puisqu'elle signifie involution et d&#233;sagr&#233;gation de la nation am&#233;ricaine en peuples et pays hostiles, et cependant nous levons les bras au ciel comme si nous &#233;tions effray&#233;s de l'actuelle guerre &#171; fratricide &#187;, alors qu'elle renferme la perspective d'une solution stable. Nous, souhaitons aux Am&#233;ricains un avenir fait d'innombrables et incessants conflits, qui seraient tout aussi fratricides, mais certainement bien plus d&#233;moralisants : nous le souhaitons uniquement pour &#234;tre lib&#233;r&#233;s de l'aiguillon de la concurrence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La femme de lettres am&#233;ricaine Beecher-Stowe participa activement au mouvement pour l'abolition de l'esclavage. En septembre 1861, elle adressa une lettre ouverte &#224; lord Shaftesbury pour d&#233;noncer les conf&#233;d&#233;r&#233;s et exprimer son indignation devant l'attitude de l'Angleterre, qu'elle invitait &#224; prendre fait et cause pour les unionistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le Parti r&#233;publicain fut fond&#233; en r&#233;action aux empi&#233;tements de l'oligarchie esclavagiste. Il repr&#233;sentait les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie industrielle du Nord et jouit de l'appui des populations laborieuses. Pour &#233;liminer la puissance politique et sociale des esclavagistes, il limita l'esclavage &#224; ce qu'il &#233;tait, ce qui signifiait l'&#233;liminer progressivement. Quant aux terres non encore colonis&#233;es de l'Ouest, il en d&#233;cida l'attribution gratuite aux fermiers libres. Le Parti whig disparaissant peu &#224; peu &#224; la suite des &#233;lections de 1852, le champ &#233;tait dangereusement ouvert &#224; l'extension du Parti d&#233;mocrate pro-esclavagiste. L'abrogation du compromis du Missouri en 1854, rendit ce danger plus &#233;vident. D'&#233;normes meetings de protestation contre l'action du Congr&#232;s se tinrent d'un bout &#224; l'autre du Nord. Il en sortit le Parti r&#233;publicain, qui tint sa premi&#232;re convention &#224; Jackson, dans le Michigan, le 6 juillet 1854. Il se d&#233;veloppa rapidement &#224; l'&#233;chelle nationale par suite des &#233;v&#233;nements du Kansas (1854-1856), aggrav&#233;s par l'indignation suscit&#233;e dans le Nord par le manifeste d'Ostende (1854). En 1856, le nouveau parti entreprit sa premi&#232;re campagne pr&#233;sidentielle avec Fr&#233;mont en t&#234;te de liste. Quatre ans plus tard, il remportait l'&#233;lection de Lincoln, avec le mot d'ordre &#171; Libert&#233; d'expression ; libert&#233; d'acc&#232;s &#224; la terre ; libert&#233; du travail ; libert&#233; humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La Constitution provisoire fut adopt&#233;e au Congr&#232;s de Montgomery (Alabama) du 4 f&#233;vrier 1861 par six &#201;tats esclavagistes du Sud - Caroline du Sud, G&#233;orgie, Floride, Alabama, Mississippi et Louisiane - qui &#233;taient sortis de l'Union am&#233;ricaine. Ce congr&#232;s proclama la cr&#233;ation de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et choisit Jefferson Davis comme pr&#233;sident provisoire. Le Texas rejoignit la Conf&#233;d&#233;ration le 2 mars, les quatre &#201;tats fronti&#232;res esclavagistes, Virginie, Arkansas, Caroline du Nord et Tennessee, y adh&#233;r&#232;rent le 4 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#192; la veille de la guerre de S&#233;cession, certains membres du Congr&#232;s tent&#232;rent de pr&#233;venir le conflit, en se livrant &#224; une s&#233;rie de man&#339;uvres parlementaires. En d&#233;cembre 1860, Crittenden, du Kentucky, proposa : 1) le vote d'un amendement constitutionnel qui remettrait en vigueur &#171; la ligne de compromis du Missouri &#187;, et 2) la promulgation d'une loi qui garantirait la protection de l'esclavage dans la r&#233;gion de &#171; Columbia &#187;. En ouvrant largement le vaste Sud-Ouest &#224; l'implantation de l'esclavage et en le prot&#233;geant au sein de la capitale f&#233;d&#233;rale, ce plan donnait satisfaction - en grande partie du moins - aux esclavagistes. Ce sont surtout les partisans de l&#224; distribution g&#233;n&#233;rale de la terre libre aux colons, qui s'oppos&#232;rent au projet de Crittenden. Finalement, priv&#233; du soutien n&#233;cessaire de ce groupement d&#233;cisif du Nord, le projet &#233;choua. Les projets de compromis propos&#233;s par Corwin, Weed et MeKean connurent le m&#234;me sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Parti d&#233;mocrate, fond&#233; en 1828, rassemblait les planteurs, certains groupes de la bourgeoisie ainsi qu'une partie importante de fermiers et de petits-bourgeois des villes. Dans les ann&#233;es 1830 et 1840, il repr&#233;senta de plus en plus les int&#233;r&#234;ts des planteurs et de la grande bourgeoisie financi&#232;re du Nord, qui d&#233;fendait l'esclavage. Lorsque, apr&#232;s l'adoption du Kansas-Nebraska bill en 1854, l'esclavage mena&#231;a de submerger toute l'Union, il y eut une scission au sein du Parti d&#233;mocrate, qui permit la victoire de Lincoln en 1860.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] A titre d'ambassadeur des USA &#224; Londres, Buchanan publia le manifeste d'Ostende conjointement aux repr&#233;sentants diplomatiques de la France et de l'Espagne. Ce manifeste conseillait au gouvernement des USA d'acqu&#233;rir d'une mani&#232;re ou d'une autre l'&#238;le de Cuba qui appartenait &#224; l'Espagne. En 1856, Buchanan devint pr&#233;sident des USA, sous l'&#233;tiquette du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Malgr&#233; l'interdiction l&#233;gale du trafic d'esclaves africains, les planteurs sudistes n'en continuaient pas moins &#224; importer ces &#171; biens meubles &#187; apr&#232;s 1808. En d&#233;pit de l'absence de statistiques pr&#233;cises, des sources de l'&#233;poque montrent que la traite des Noirs &#233;tait plus importante que jamais. En 1840, on n'envoya pas moins de cent cinquante mille esclaves vers le Nouveau-Monde, contre quarante-cinq mille vers la fin du XVIII&#176; si&#232;cle. &#201;videmment, la plupart &#233;taient destin&#233;es aux &#201;tats-Unis. Au cours des ann&#233;es cinquante, on arma ouvertement des vaisseaux n&#233;griers &#224; New York et dans, le Maine ; selon le t&#233;moignage de Du Bois, quatre-vingt-cinq navires se livraient &#224; ce &#171; trafic illicite &#187;. Pendant ce temps, la Grande-Bretagne et les &#201;tats-Unis se livraient &#224; des tentatives hypocrites pour faire cesser le trafic d'esclaves en postant quelques navires au large de la c&#244;te d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Quand la loi Kansas-Nebraska fut vot&#233;e, un groupement anti-esclavagiste du Nord, dirig&#233; par Thayer, du Massachusetts, fonda une Soci&#233;t&#233; d'Aide aux &#233;migr&#233;s. Celle-ci se proposait d'envoyer au Kansas des sympathisants de la th&#233;orie de la terre libre, pour veiller &#224; ce que ce territoire entr&#226;t dans l'Union, en tant qu'&#201;tat libre. Pendant ce temps, les esclavagistes organis&#232;rent des bandes d'hommes de main recrut&#233;s dans la p&#232;gre du Missouri occidental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces bandes envahirent le Kansas en octobre 1854, mais elles furent repouss&#233;es. Cependant, elles revinrent et impos&#232;rent par la terreur l'&#171; &#233;lection &#187; d'un d&#233;l&#233;gu&#233; pro-esclavagiste au Congr&#232;s. Dans les m&#234;mes conditions, on &#233;lit, en mars 1855, des magistrats favorables aux esclavagistes, mais les partisans de la terre libre refus&#232;rent de les reconna&#238;tre. Ils cr&#233;&#232;rent donc leur propre assembl&#233;e, r&#233;dig&#232;rent une constitution et demand&#232;rent &#224; &#234;tre admis dans l'Union. Entre-temps, Shannon, valet des int&#233;r&#234;ts esclavagistes, fut nomm&#233; gouverneur du territoire. La guerre civile &#233;clata en 1856 : les partisans de la terre libre (free soilers), conduits par le militant abolitionniste John Brown, organis&#232;rent des sections militaires et se mirent &#224; d&#233;sagr&#233;ger les forces esclavagistes. Le gouverneur Shannon fut remplac&#233; par un partisan plus fougueux de l'esclavagisme, un certain Woodson, qui en appela &#224; tous les &#171; bons citoyens &#187; pour &#233;craser l' &#171; insurrection &#187;. De toute &#233;vidence, cet appel s'adressait &#224; la p&#232;gre qui, saisissant l'allusion, envahit de nouveau le Kansas et, cette fois, pilla le pays jusqu'&#224; Ossawattomie. Les partisans de la terre, libre se dirig&#232;rent alors sur Lecompton et ne furent emp&#234;ch&#233;s de prendre la ville que par l'arriv&#233;e des troupes f&#233;d&#233;rales. Entre-temps, fut nomm&#233; un nouveau gouverneur : Geary, de Pennsylvanie ; gr&#226;ce &#224; une man&#339;uvre rapide, il put repousser les bandits hors du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En 1856, Fr&#233;mont, le candidat r&#233;publicain, recueillit 1341264 voix, et Buchanan, le candidat d&#233;mocrate, 1 838 169 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] En 1850, l'Illinois, l'Indiana, l'Iowa, l'Ohio, le Michigan et le territoire du Minnesota groupaient une population de 4 721 551 &#226;mes. Dix ans plus tard, il y avait 7 773 820 habitants dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Dans la Mis&#232;re de la Philosophie, Marx s'en prend &#224; Proudhon qui, dans toute cat&#233;gorie &#233;conomique, s'efforce de s&#233;parer le bon c&#244;t&#233; du mauvais, afin de ne retenir que le bon. Or, dit Marx, &#171; ce qui constitue le mouvement dialectique, c'est pr&#233;cis&#233;ment la coexistence de deux c&#244;t&#233;s contradictoires, leur lutte et leur fusion en une cat&#233;gorie nouvelle : rien qu'&#224; poser le probl&#232;me d'&#233;liminer le mauvais c&#244;t&#233;, on coupe court au mouvement dialectique &#187;. C'est ainsi que, d&#232;s 1847, Marx montre que la lutte f&#233;conde entre l'esclavage et le travail libre donne naissance &#224; une cat&#233;gorie nouvelle : le travail salari&#233; (libre et forc&#233;), qui permet l'industrialisation &#224; une &#233;chelle immense et la lutte pour le socialisme, Cf. Mis&#232;re de la Philosophie, chap. II, &#167;2, 4&#176; observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Dans le texte publi&#233; par la New York Daily Tribune, nous lisons cette phrase qui contredit directement l'opposition qu'&#233;tablit Marx entre l'attitude du Times et du Reynold's en ce qui concerne Buchanan ; &#171; Pour sa part, Reynold's, durant le s&#233;jour de Buchanan &#224; Londres, &#233;tait l'un de ses favoris, et depuis lors n'a pas manqu&#233; une. seule occasion pour le mettre sur la sellette et d&#233;noncer ses adversaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que la New York Tribune ne se g&#234;nait pas pour modifier des passages entiers ou les supprimer, etc., si bien que Marx dut interrompre sa collaboration &#224; ce journal progressiste en mars 1862. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] En ce qui concerne la condamnation du trafic d'esclaves par le Parti r&#233;publicain, cf. le programme r&#233;publicain de 1860, neuvi&#232;me r&#233;solution, in : E. Stanwood, A History of President Elections, Boston 1888, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Old Bailey, nom donn&#233; &#224; la citadelle de la prison de Newgate &#224; Londres, o&#249; si&#233;geait le tribunal criminel central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le 16 octobre 1859, John Brown, &#224; la t&#234;te d'une troupe de vingt-deux hommes, dont cinq Noirs, tenta de s'emparer de l'arsenal f&#233;d&#233;ral et de l'armurerie de Harper's Ferry en Virginie, afin de provoquer un soul&#232;vement des esclaves dont les &#201;tats esclavagistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le colonel E. Lee, futur chef militaire des forces sudistes, fit prisonnier John Brown ainsi qu'un certain nombre de ses hommes. Au milieu de l'agitation populaire, ils furent jug&#233;s pour trahison et d&#233;clar&#233;s coupables. En d&#233;cembre 1859, Brown fut pendu. Le Nord protesta avec v&#233;h&#233;mence contre son ex&#233;cution. Brown encouragea les Noirs dans leur lutte contre l'esclavage et favorisa le rassemblement des forces abolitionnistes du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Cf. J. C. Calhoun, Works, ed. R. K. Crall&#233; (New York 1854), vol. IV, pp. 340, 341, 343.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] En juillet 1832, Jackson signa &#171; un tarif syst&#233;matiquement protectionniste &#187;, qui provoqua un large m&#233;contentement en Caroline du Sud. John C. Calhoun cristallisa dans son &#201;tat le sentiment qu'il fallait annuler le tarif protectionniste et faire s&#233;cession. Une session sp&#233;ciale des magistrats de la Caroline du Sud se r&#233;unit et ordonna la convocation d'une assembl&#233;e. Celle-ci adopta le 24 novembre 1832 une ordonnance annulant le tarif, appelant les citoyens de l'&#201;tat &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du pouvoir f&#233;d&#233;ral et mena&#231;ant de faire s&#233;cession. Cette ordonnance devait prendre effet &#224; dater de f&#233;vrier 1833. Entre-temps, le pr&#233;sident Jackson agit en toute h&#226;te. Apr&#232;s avoir annonc&#233; son intention de faire appliquer par la force toutes les lois f&#233;d&#233;rales en Caroline du Sud, il envoya des troupes et des navires &#224; Charleston. Comme aucun des autres &#201;tats sudistes ne r&#233;agit, la Caroline du Sud plia bient&#244;t. Pour la d&#233;claration de Jackson sur le tarif consid&#233;r&#233; comme un pr&#233;texte pour faire s&#233;cession, cf. sa lettre au r&#233;v&#233;rend Andrew J. Crawford, dat&#233;e du 1er mai 1833, in : A. Jackson, Correspondance, ed. J. S. Bassett and J. F. Jameson, Washington 1931, vol. V, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le tarif Morrill est un droit douanier de caract&#232;re protectionniste, pr&#233;sent&#233; au Congr&#232;s par le r&#233;publicain Morrill et adopt&#233; en mai 1860. Les taxes douani&#232;res augment&#232;rent sensiblement &#224; la suite de ce tarif. D&#232;s le 4 f&#233;vrier, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des six &#201;tats se concert&#232;rent &#224; Montgomery pour former la Conf&#233;d&#233;ration sudiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
LA GUERRE CIVILE NORD-AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 25.10.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 20 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des mois, les quotidiens et hebdomadaires qui donnent le ton au reste de la presse londonienne, ressassent la m&#234;me litanie sur la guerre civile am&#233;ricaine. Tout en insultant les libres &#201;tats du Nord, ils se d&#233;fendent anxieusement du soup&#231;on de sympathiser avec les &#201;tats esclavagistes du Sud. En fait, ils &#233;crivent toujours deux types d'articles : l'un pour attaquer le Nord, l'autre pour excuser leurs attaques contre le Nord. Qui s'excuse s'accuse. (Fr.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs arguments sont par essence l&#233;nifiants : la guerre entre le Nord et le Sud est un simple conflit tarifaire. Elle n'a donc rien &#224; voir avec les principes, ni avec la question de l'esclavage ; en fait, il s'agit de la soif de pouvoir qu'&#233;prouve le Nord. En outre, m&#234;me si le bon droit &#233;tait du c&#244;t&#233; des nordistes, c'est en vain que l'on tenterait de mettre sous le joug par la violence huit millions d'Anglo-Saxons. Enfin, la s&#233;paration d'avec le Sud n'affranchirait-elle pas le Nord de tout rapport avec l'esclavage des Noirs et ne lui assurerait-elle pas - &#233;tant donn&#233; ses vingt millions d'habitants et son immense territoire - un d&#233;veloppement sup&#233;rieur, dont il ne soup&#231;onne m&#234;me pas l'ampleur ? En cons&#233;quence, le Nord devrait saluer la s&#233;cession comme un &#233;v&#233;nement heureux, au lieu d'essayer de la mater au moyen d'une guerre civile sanglante et inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons consid&#233;rer point par point le plaidoyer de la presse anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre le Nord et le Sud - telle est la premi&#232;re excuse - n'est qu'une simple guerre tarifaire, une guerre entre syst&#232;mes protectionniste et libre-&#233;changiste, l'Angleterre se tenant &#233;videmment du c&#244;t&#233; de la libert&#233; commerciale. Le propri&#233;taire d'esclaves peut-il jouir pleinement des fruits du travail de ses esclaves, ou doit-il en &#234;tre partiellement frustr&#233; par les protectionnistes du Nord ? Telle est la question qui se pose dans cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait r&#233;serv&#233; au Times de faire cette brillante d&#233;couverte, l'Economist, l'Examiner, la Saturday Review et tutti quanti s'attachant &#224; exposer ce th&#232;me en d&#233;tail. Il vaut d'&#234;tre not&#233; que cette d&#233;couverte n'a pas &#233;t&#233; faite &#224; Charleston, mais &#224; Londres. Naturellement, chacun sait en Am&#233;rique que le syst&#232;me du libre-&#233;change pr&#233;valait de 1846 &#224; 1861, et qu'il fallut attendre 1861 pour que le repr&#233;sentant Morrill fasse voter son syst&#232;me de protection tarifaire par le Congr&#232;s, apr&#232;s que la r&#233;bellion eut &#233;clat&#233;. Il n'y a donc pas eu de s&#233;cession parce que le Congr&#232;s avait vot&#233; le syst&#232;me tarifaire de Morrill, mais, dans le meilleur des cas, ce syst&#232;me fut adopt&#233; au Congr&#232;s parce que la s&#233;cession avait &#233;clat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Caroline du Sud eut en 1831 sa premi&#232;re crise de s&#233;cession, les lois protectionnistes de 1828 lui servirent certes de pr&#233;texte, mais seulement de pr&#233;texte, comme on l'a su par la d&#233;claration du g&#233;n&#233;ral Jackson [1]. En fait, on n'a pas repris cette fois-ci ce vieux pr&#233;texte. Au Congr&#232;s de la s&#233;cession de Montgomery, on a &#233;vit&#233; toute allusion &#224; la question tarifaire, parce que la culture sucri&#232;re de la Louisiane - l'un des &#201;tats les plus influents du Sud - d&#233;pend enti&#232;rement de la protection tarifaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la presse londonienne soutient dans son plaidoyer que la guerre des &#201;tats-Unis vise uniquement au maintien de l'Union par la force. Les nordistes ne peuvent se r&#233;soudre &#224; effacer quinze &#233;toiles de leur drapeau. Les Yankees veulent se tailler une place &#233;norme sur la sc&#232;ne mondiale. Certes, il en serait tout autrement si cette guerre &#233;tait men&#233;e pour l'abolition de l'esclavage ! Mais, comme la Saturday Review le d&#233;clare cat&#233;goriquement, cette guerre n'a rien &#224; voir avec la question de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, il faut rappeler que la guerre n'a pas &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le Nord, mais par le Sud. Le Nord se trouve sur la d&#233;fensive. Pendant des mois, il a regard&#233; sans broncher les s&#233;cessionnistes s'emparer des forts, des arsenaux militaires, des installations portuaires, des b&#226;timents de douane, des bureaux de paierie, des navires et d&#233;p&#244;ts d'armes de l'Union, insulter son drapeau et faire prisonniers des corps de troupe entiers. Finalement, les s&#233;cessionnistes d&#233;cid&#232;rent de contraindre le gouvernement de l'Union &#224; sortir de sa passivit&#233; par un acte de guerre retentissant, et c'est pour cette seule raison qu'ils bombard&#232;rent Fort Sumter pr&#232;s de Charleston. Le 11 avril (1861), leur g&#233;n&#233;ral Beauregard avait appris, lors d'une rencontre avec le commandant de Fort Sumter, le major Anderson, que la place disposait seulement de trois jours de vivres et devait donc rendre les armes, pass&#233; ce d&#233;lai. Afin de h&#226;ter la reddition, les s&#233;cessionnistes ouvrirent aux premi&#232;res heures du lendemain (12 avril) le bombardement, qui devait aboutir &#224; la chute de la place en quelques heures. A peine cette nouvelle parvint-elle par t&#233;l&#233;graphe &#224; Montgomery, le si&#232;ge du Congr&#232;s de la s&#233;cession, que le ministre de la Guerre Walker d&#233;clara publiquement au nom de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration : &#171; Nul ne peut dire o&#249; finira la guerre commenc&#233;e aujourd'hui. &#187; [2] En m&#234;me temps, il proph&#233;tisa &#171; qu'avant le 1&#176; mai le drapeau de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud flotterait sur le d&#244;me du vieux Capitole de Washington et sous peu sans doute aussi sur le Faneuil Hall de Boston &#187;, [3] C'est seulement apr&#232;s qu'il y eut la proclamation, dans laquelle Lincoln rappela soixante quinze mille hommes pour la protection de l'Union. Le bombardement de Fort Sumter coupa la seule voie constitutionnelle possible, &#224; savoir la convocation d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple am&#233;ricain, comme Lincoln l'avait propos&#233; dans son adresse inaugurale [4]. Il ne restait plus &#224; Lincoln d'autre choix que de s'enfuir de. Washington, d'&#233;vacuer le Maryland et le Delaware, d'abandonner le Missouri et la Virginie, ou de r&#233;pondre &#224; la guerre par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question de savoir quel est le principe de la guerre civile am&#233;ricaine, le Sud lui-m&#234;me r&#233;pond par le cri de guerre lanc&#233; au moment de la rupture de la paix. Stephens, le vice-pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, d&#233;clara au Congr&#232;s de la s&#233;cession que ce qui distinguait essentiellement la Constitution nouvellement tram&#233;e &#224; Montgomery de celle de Washington et Jefferson, c'&#233;tait que, d&#233;sormais et pour la premi&#232;re fois, l'esclavage &#233;tait reconnu comme une institution bonne en soi et comme le fondement de tout l'&#233;difice de l'&#201;tat, alors que les p&#232;res de la r&#233;volution, emp&#234;tr&#233;s qu'ils &#233;taient dans les pr&#233;jug&#233;s du XVIII&#176; si&#232;cle, avaient trait&#233; l'esclavage comme un mal import&#233; d'Angleterre et devant &#234;tre &#233;limin&#233; progressivement. Un autre matamore du Sud, M. Speeds, s'&#233;cria, &#171; Il s'agit pour nous de fonder une grande r&#233;publique esclavagiste (a great slave republic). &#187; Comme on le voit, le Nord a tir&#233; l'&#233;p&#233;e simplement pour d&#233;fendre l'Union, et le Sud n'a-t-il pas d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; que le maintien de l'esclavage n'&#233;tait plus compatible pour longtemps avec l'existence de l'Union ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le bombardement de Fort Sumter donna le signal de l'ouverture des hostilit&#233;s, la victoire &#233;lectorale du Parti r&#233;publicain du Nord - l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence - donna le signal de la s&#233;cession. Lincoln fut &#233;lu le 6 novembre 1860. Le 8 novembre 1860, c'&#233;tait le t&#233;l&#233;gramme de la Caroline du Sud : &#171; La s&#233;cession est consid&#233;r&#233;e ici comme un fait accompli. &#187; Le 10 novembre, l'Assembl&#233;e l&#233;gislative de G&#233;orgie mit en chantier ses plans de s&#233;cession, et le 15 novembre une session sp&#233;ciale d&#233; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative du Mississippi &#233;tait convoqu&#233;e pour d&#233;battre de la s&#233;cession. A vrai dire, la victoire de Lincoln elle-m&#234;me n'&#233;tait que le r&#233;sultat d'une scission dans le camp d&#233;mocrate. Durant la bataille &#233;lectorale, les d&#233;mocrates du Nord avaient concentr&#233; leurs voix sur Douglas, et ceux du Sud sur Breckinridge, et cet &#233;parpillement des voix d&#233;mocrates permit la victoire du Parti r&#233;publicain. D'o&#249; provient, d'une part, la sup&#233;riorit&#233; du Parti r&#233;publicain dans le Nord , et, d'autre part, la division au sein du Parti d&#233;mocrate, dont les membres, au Nord et au Sud, op&#233;raient de concert depuis plus d'un demi-si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence de Buchanan repr&#233;senta le point culminant de la domination sur l'Union que le Sud avait fini par usurper gr&#226;ce &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Le dernier Congr&#232;s continental de 1787 et le premier Congr&#232;s constitutionnel de 1789-1790 avaient l&#233;galement banni l'esclavage de tous les territoires de la R&#233;publique au nord-ouest de l'Ohio. (Comme on le sait, les territoires sont les noms donn&#233;s aux colonies situ&#233;es &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des &#201;tats-Unis, tant qu'elles n'ont pas atteint le niveau de population constitutionnellement prescrit pour la formation d'&#201;tats autonomes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compromis dit du Missouri (1820) [5], &#224; la suite duquel le Missouri est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis en tant qu'&#201;tat esclavagiste, exclut l'esclavage de tout le territoire au-del&#224; du 360&#176; 30' de latitude nord, et &#224; l'ouest du Missouri. Ce compromis fit avancer la zone de l'esclavage de plusieurs degr&#233;s de longitude, tandis que par ailleurs on assignait des limites g&#233;ographiques tr&#232;s pr&#233;cises &#224; sa propagation future. Cette barri&#232;re g&#233;ographique fut &#224; son tour renvers&#233;e en 1854 par ce que l'on appelle le Kansas-Nebraska bill [6], dont. le promoteur fut Stephen A. Douglas, alors leader de la d&#233;mocratie du Nord. Le bill adopt&#233; par les deux chambres du Congr&#232;s abolit le compromis du Missouri, pla&#231;a sur le m&#234;me pied esclavage et libert&#233;, ordonna au gouvernement de l'Union de les traiter avec la m&#234;me indiff&#233;rence, et laissa &#224; la souverainet&#233; populaire le soin de d&#233;cider s'il fallait ou non introduire l'esclavage dans un territoire. Ainsi, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis, on abolissait toute limitation g&#233;ographique et l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavage dans les territoires. De par cette nouvelle l&#233;gislation, tout le territoire, jusque-l&#224; libre du Nouveau-Mexique et cinq fois plus grand que l'&#201;tat de New York, fut transform&#233; en pays d'esclavage, et la zone esclavagiste fut prolong&#233;e, de la fronti&#232;re de la R&#233;publique mexicaine, jusqu'au 381&#176; de latitude nord. En 1859, le Nouveau-Mexique fut dot&#233; d'un Code de l'esclavage qui rivalisait de barbarie avec les l&#233;gislations du Texas et de l'Alabama. Cependant, comme le recensement de 1860 l'indique, le Nouveau-Mexique compte &#224; peine une cinquantaine d'esclaves sur environ cent mille habitants. Il a donc suffit au Sud d'envoyer au-del&#224; de la fronti&#232;re une poign&#233;e d'aventuriers avec quelques esclaves pour rassembler, avec l'aide du gouvernement central de Washington, de ses fonctionnaires et fournisseurs du Nouveau-Mexique, un semblant de repr&#233;sentation populaire en vue d'octroyer &#224; ce territoire l'esclavage et d'imposer partout la domination des esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette m&#233;thode commode ne s'av&#233;ra pas efficace dans les autres territoires. C'est pourquoi, le Sud fit un pas de plus, et le Congr&#232;s en appela &#224; la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis. Cette cour, compos&#233;e de neuf juges, dont cinq appartenant au Sud, &#233;tait depuis longtemps l'instrument le plus docile des esclavagistes. Elle d&#233;cida, en 1857, dans le m&#233;morable cas Dred Scott [7], que chaque citoyen am&#233;ricain avait le droit d'emporter avec lui sur n'importe quel territoire toute propri&#233;t&#233; reconnue par la Constitution. Or, la Constitution reconnaissait la propri&#233;t&#233; d'esclaves ; on obligea ainsi le gouvernement de l'Union &#224; prot&#233;ger cette propri&#233;t&#233;. En cons&#233;quence, sur une base constitutionnelle, les esclaves pouvaient &#234;tre contraints par leurs ma&#238;tres &#224; travailler dans tous les territoires, et il &#233;tait loisible &#224; chaque, esclavagiste en particulier d'introduire l'esclavage - m&#234;me contre la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - dans tous les territoires libres jusque-l&#224;. On d&#233;nia ainsi aux assembl&#233;es l&#233;gislatives locales le droit d'interdire l'esclavage, et on imposa au Congr&#232;s et au gouvernement de l'Union le devoir de favoriser les promoteurs de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le compromis du Missouri de 1820 avait &#233;tendu la limite g&#233;ographique de l'esclavagisme dans les territoires, si le Kansas-Nebraska bill de 1854 avait effac&#233; toute fronti&#232;re g&#233;ographique et l'avait remplac&#233;e par une barri&#232;re politique - la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis, par sa d&#233;cision de 1857, abattait toute entrave politique et transformait tous les territoires de la R&#233;publique, pr&#233;sents et futurs, de libres &#201;tats en serres chaudes de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, sous le gouvernement de Buchanan, on aggrava en 1850 la l&#233;gislation sur l'extradition des esclaves en fuite ; et on l'appliqua impitoyablement dans les &#201;tats du Nord [8]. Il apparut que le vocation constitutionnelle du Nord &#233;tait de rattraper les esclaves pour les ma&#238;tres du Sud. D'autre part, en vue de freiner autant que possible la colonisation des territoires par de libres colons, le parti esclavagiste mit en &#233;chec toute la l&#233;gislation sur la libert&#233; du sol, c'est-&#224;-dire les r&#232;glements assurant aux colons une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de terres d'&#201;tat libres de charges [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique int&#233;rieure aussi bien qu'ext&#233;rieure des &#201;tats-Unis se mit au service des esclavagistes. De fait, Buchanan avait acc&#233;d&#233; &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle gr&#226;ce au manifeste d'Ostende, o&#249; il proclamait que l'acquisition de Cuba, soit &#224; titre on&#233;reux soit par la force des armes, &#233;tait la grande t&#226;che de la politique nationale [10]. Sous son gouvernement, le Nord du Mexique fut d&#233;j&#224; distribu&#233; aux sp&#233;culateurs fonciers am&#233;ricains, qui attendaient avec impatience le signal pour envahir Chihuahua, Coahuila et Sonora [11]. Les continuelles exp&#233;ditions de pirates et de flibustiers contre les &#201;tats d'Am&#233;rique centrale [12] &#233;taient dirig&#233;es, s'il vous pla&#238;t, de la Maison-Blanche de Washington. En liaison intime avec cette politique ext&#233;rieure, qui se proposait ouvertement de conqu&#233;rir des territoires nouveaux afin d'y introduire l'esclavage et la domination des esclavagistes, se situait la r&#233;ouverture du commerce des esclaves secr&#232;tement appuy&#233;e par le gouvernement de l'Union [13]. Stephen A. Douglas lui-m&#234;me d&#233;clara le 20 ao&#251;t 1859 au S&#233;nat am&#233;ricain : &#171; L'an dernier, nous avons import&#233; plus de n&#232;gres d'Afrique que jamais auparavant au cours d'une ann&#233;e, m&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; le commerce des esclaves &#233;tait encore l&#233;gal. Le nombre des esclaves import&#233;s l'ann&#233;e derni&#232;re se serait &#233;lev&#233; &#224; quinze mille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagation par la force arm&#233;e de l'esclavage &#224; l'ext&#233;rieur, tel &#233;tait le but avou&#233; de la politique nationale. De fait, l'Union &#233;tait devenue l'esclave des trois cent mille esclavagistes, qui dominaient le. Sud. Ce r&#233;sultat d&#233;coulait d'une s&#233;rie de compromis que le Sud devait &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Toutes les tentatives renouvel&#233;es p&#233;riodiquement, depuis 1817, pour r&#233;sister aux empi&#233;tements croissants des esclavagistes &#233;chou&#232;rent devant cette alliance. Enfin, ce fut le tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que fut vot&#233; le Kansas-Nebraska bill qui effa&#231;ait la ligne fronti&#232;re de l'esclavage et en soumettait l'application &#224; la volont&#233; des colons dans les territoires nouveaux, les &#233;missaires arm&#233;s des esclavagistes - voyous des r&#233;gions fronti&#232;res du Missouri et de l'Arkansas - se pr&#233;cipit&#232;rent sur le Kansas, le couteau de chasse dans une main et le revolver dans l'autre, afin d'en chasser les colons et les traitant avec une cruaut&#233; sans nom. Ces raids de brigandage trouvaient appui aupr&#232;s du gouvernement central de Washington. D'o&#249; l'immense r&#233;action. Dans tout le nord, et notamment dans le nord-ouest, il se forma une organisation auxiliaire pour apporter au Kansas un soutien en hommes, armes et argent [14]. De cette organisation auxiliaire, naquit le Parti r&#233;publicain, qui doit donc son existence &#224; la lutte pour d&#233;fendre le Kansas. Apr&#232;s l'&#233;chec de la tentative pour transformer par la force le Kansas en un territoire &#224; esclaves, le Sud s'effor&#231;a d'aboutir au m&#234;me r&#233;sultat au moyen d'intrigues politiques. Le gouvernement de Buchanan, en particulier, mit tout en oeuvre pour rel&#233;guer le Kansas parmi les &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis, en lui imposant une constitution pro-esclavagiste. D'o&#249; une lutte nouvelle, conduite cette fois pour l'essentiel au Congr&#232;s de Washington. M&#234;me Stephen A. Douglas, le chef des d&#233;mocrates du Nord intervint alors (1857-1858) contre le gouvernement et ses alli&#233;s du Sud, parce que l'octroi d'une constitution esclavagiste contredisait le principe de la souverainet&#233; des colons garantie par le Nebraska bill de 1854. Douglas, s&#233;nateur de l'Illinois, un &#201;tat du nord-ouest, e&#251;t naturellement perdu toute son influence, s'il avait voulu conc&#233;der au Sud le droit de d&#233;poss&#233;der, par la force des armes ou par des actes du Congr&#232;s, les territoires colonis&#233;s par le Nord [15]. Apr&#232;s avoir cr&#233;&#233; le Parti r&#233;publicain, la lutte pour le Kansas provoquait maintenant la premi&#232;re scission au sein du Parti d&#233;mocrate lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti r&#233;publicain se donna une premi&#232;re plate-forme, &#224; l'occasion des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1856. Bien que son candidat - John Fr&#233;mont - ne f&#251;t pas victorieux, le nombre consid&#233;rable de voix qu'il remporta prouva en tout cas que le parti croissait rapidement notamment au nord-ouest [16]. Lors de leur seconde Convention nationale pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles (17 mai 1860), les r&#233;publicains enrichirent leur programme de 1856 de quelques additions seulement. Il contenait essentiellement les points suivants : il ne faut plus c&#233;der le moindre pouce de terrain aux esclavagistes ; il faut que cesse la politique de banditisme vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur ; il faut stigmatiser la r&#233;ouverture du commerce des esclaves ; enfin, il faut &#233;dicter des lois sur la libert&#233; de la terre, afin de promouvoir la libre colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point d&#233;cisif et vital de ce programme &#233;tait qu'on ne c&#233;derait plus un pouce de terrain nouveau &#224; l'esclavagisme ; au contraire on devait le tenir cantonn&#233; dans les limites des &#201;tats o&#249; il subsistait d&#233;j&#224; l&#233;galement [17]. Ainsi, l'esclavage devait-il formellement &#234;tre confin&#233;. Or, l'extension progressive du territoire et du domaine de l'esclavagisme au-del&#224; de leurs limites anciennes est une loi vitale pour les &#201;tats esclavagistes de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture des articles d'exportation du sud - coton, tabac, sucre, etc. - pratiqu&#233;e par les esclaves, est r&#233;mun&#233;ratrice, aussi longtemps seulement qu'elle s'effectue avec de larges apports d'esclaves, sur une vaste &#233;chelle et d'immenses espaces de terres naturellement fertiles, qui n'exigent qu'un travail simple. La culture intensive qui ne d&#233;pend pas tant de la fertilit&#233; du sol que des placements de capitaux, de l'intelligence et de l'&#233;nergie du travailleur, est contraire &#224; la nature de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; une rapide transformation d'&#201;tats, tels que le Maryland et la Virginie, qui utilisaient autrefois des esclaves pour produire des articles d'exportation, en &#201;tats qui &#233;l&#232;vent des esclaves pour les exporter ensuite vers les &#201;tats situ&#233;s plus au sud. M&#234;me en Caroline du Sud, o&#249; les esclaves repr&#233;sentent les quatre-septi&#232;mes de la population, la production de coton est rest&#233;e enti&#232;rement stationnaire depuis des ann&#233;es du fait de l'&#233;puisement du sol. Et effectivement, de par la seule force des choses, la Caroline du Sud s'est d&#233;j&#224; partiellement transform&#233;e en un &#201;tat d'&#233;levage des esclaves, puisque chaque ann&#233;e elle vend d&#233;j&#224; pour quatre millions de dollars d'esclaves aux &#201;tats de l'extr&#234;me sud et du sud-ouest. Sit&#244;t que ce point est atteint, il devient indispensable d'acqu&#233;rir des territoires nouveaux pour qu'une partie des ma&#238;tres d'esclaves occupent de nouvelles bandes de terres fertiles, la partie abandonn&#233;e derri&#232;re eux se transformant en territoire d'&#233;levage d'esclaves destin&#233;s &#224; la vente sur le march&#233;. Il ne fait donc aucun doute que, sans l'acquisition de la Louisiane, du Missouri et de l'Arkansas par les &#201;tats-Unis, l'esclavage se serait &#233;teint depuis longtemps en Virginie et au Maryland. Au Congr&#232;s s&#233;cessionniste de Montgomery, l'un des porte-parole du Sud - le s&#233;nateur Toombs - a formul&#233; d'une mani&#232;re frappante la loi &#233;conomique qui commande l'extension continuelle du territoire de l'esclavage : &#171; Si d'ici quinze ans nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement des terres &#224; esclaves, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le sait, les mandats des. diff&#233;rents &#201;tats &#224; la Chambre des repr&#233;sentants du Congr&#232;s d&#233;pendent du nombre d'habitants de leur population respective. Comme la population des &#201;tats libres cro&#238;t infiniment plus vite que celle des &#201;tats esclavagistes, le nombre des repr&#233;sentants du Nord doit bient&#244;t d&#233;passer de loin celui des repr&#233;sentants. du Sud. Le v&#233;ritable si&#232;ge de la puissance politique du Sud se d&#233;place toujours plus vers le S&#233;nat am&#233;ricain, o&#249; chaque &#201;tat - que sa population soit forte ou faible - dispose de deux postes de s&#233;nateurs. Pour maintenir son influence au S&#233;nat et, par ce truchement, son h&#233;g&#233;monie sur les &#201;tats-Unis, le Sud a donc besoin de cr&#233;er sans cesse de nouveaux &#201;tats esclavagistes. Or, de n'est possible qu'en gagnant des pays &#233;trangers - le Texas par exemple - ou en transformant les territoires appartenant aux &#201;tats-Unis, d'abord en territoires &#224; esclaves, puis en &#201;tats esclavagistes, comme c'est le cas du Missouri, de l'Arkansas, etc. John Calhoun - adul&#233; par les esclavagistes et consid&#233;r&#233; comme leur homme d'&#201;tat par excellence - d&#233;clarait d&#233;j&#224; le 19 f&#233;vrier 1847 au S&#233;nat, que seule cette Chambre mettait la balance du pouvoir aux mains du Sud, que, l'extension du territoire esclavagiste &#233;tait indispensable pour pr&#233;server cet &#233;quilibre entre le Sud et le Nord au S&#233;nat, et que les tentatives de cr&#233;ation par la force de nouveaux &#201;tats esclavagistes se justifiaient donc pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le nombre des actuels, esclavagistes dans le sud de l'Union atteint &#224; peine trois cent mille, soit une oligarchie tr&#232;s mince &#224; laquelle font face des millions de &#171; pauvres Blancs &#187; (poor Whites), dont la masse cro&#238;t sans cesse en raison de la concentration de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, et dont les conditions ne sont comparables qu'&#224; celles des pl&#233;b&#233;iens romains &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin extr&#234;me de Rome. C'est seulement par l'acquisition - ou la perspective d'acquisition - de territoires nouveaux, ou par des exp&#233;ditions de flibusterie qu'il est possible d'accorder les int&#233;r&#234;ts de ces &#171; pauvres Blancs &#187; &#224; ceux des esclavagistes, et de donner &#224; leur turbulent besoin d'activit&#233; une direction qui ne soit pas dangereuse, puisqu'elle fait miroiter &#224; leurs yeux l'espoir qu'ils peuvent devenir un jour eux-m&#234;mes des propri&#233;taires d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un strict confinement de l'esclavage dans son ancien domaine devrait donc - de par les lois &#233;conomiques de l'esclavagisme - conduire &#224; son extinction progressive, puis - du point de vue politique - ruiner l'h&#233;g&#233;monie exerc&#233;e par les &#201;tats esclavagistes du Sud gr&#226;ce au S&#233;nat, et enfin exposer, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de leurs &#201;tats, l'oligarchie esclavagiste &#224; des dangers de plus en plus mena&#231;ants de la part des &#171; pauvres Blancs &#187;. Bref, les r&#233;publicains attaquaient &#224; la racine la domination des esclavagistes, en proclamant le principe qu'ils s'opposeraient par la loi &#224; toute extension future des territoires &#224; esclaves. La victoire &#233;lectorale des r&#233;publicains devait donc pousser &#224; la lutte ouverte entre le Nord et le Sud. Toutefois, cette victoire &#233;tait elle-m&#234;me conditionn&#233;e par la scission dans le camp d&#233;mocrate, ainsi que nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le Kansas avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; une coupure entre le Parti esclavagiste et ses alli&#233;s d&#233;mocrates du Nord. Lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1860, le m&#234;me conflit &#233;clatait sous une forme encore plus g&#233;n&#233;rale. Les d&#233;mocrates du Nord, avec leur candidat Douglas, firent d&#233;pendre l'introduction de l'esclavage dans les territoires de la volont&#233; de la majorit&#233; des colons. Le parti esclavagiste - avec son candidat Breckinridge - soutint que la Constitution des &#201;tats-Unis - comme la Cour supr&#234;me l'avait d&#233;clar&#233; - entra&#238;nait l&#233;galement l'esclavage dans son sillage ; en soi et pour soi, l'esclavage &#233;tait d&#233;j&#224; l&#233;gal sur tout le territoire et n'exigeait aucune naturalisation particuli&#232;re. Ainsi donc, tandis que les r&#233;publicains interdisaient tout &#233;largissement des territoires esclavagistes, le parti sudiste pr&#233;tendait que tous les territoires de la r&#233;publique &#233;taient ses domaines r&#233;serv&#233;s. Et, de fait, il tenta, par exemple au Kansas, d'imposer de force &#224; un territoire l'esclavage, gr&#226;ce au gouvernement central, contre la volont&#233; des colons. Bref, il faisait maintenant de l'esclavage la loi de tous les territoires de l'Union. Cependant, faire cette concession n'&#233;tait pas au pouvoir des chefs d&#233;mocrates : elle aurait simplement fait d&#233;serter leur arm&#233;e dans le camp r&#233;publicain. Au reste, la &#171; souverainet&#233; des colons &#187; &#224; la Douglas ne pouvait satisfaire le parti des esclavagistes. Ce qu'ils voulaient r&#233;aliser devait se faire dans les quatre ann&#233;es suivantes sous le nouveau pr&#233;sident et par le gouvernement central : aucun d&#233;lai n'&#233;tait permis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;chappait pas aux esclavagistes qu'une nouvelle puissance &#233;tait n&#233;e, le Nord-ouest, dont la population avait presque doubl&#233; de 1850 &#224; 1860 et qui &#233;tait maintenant sensiblement &#233;gale &#224; la population blanche des &#201;tats esclavagistes [18]. Or, cette puissance n'&#233;tait pas encline, de par ses traditions, son temp&#233;rament et son mode de vie, &#224; se laisser tra&#238;ner de compromis en compromis, comme l'avaient fait les vieux &#201;tats du nord-est. L'Union n'avait d'int&#233;r&#234;t pour le Sud que si elle lui donnait le pouvoir f&#233;d&#233;ral pour r&#233;aliser sa politique esclavagiste. Si ce n'&#233;tait plus le cas, il valait mieux rompre maintenant plut&#244;t que d'assister pendant encore quatre ans au d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain et &#224; l'essor du Nord-Ouest, pour engager la lutte sous des auspices plus d&#233;favorables. Le parti esclavagiste joua donc son va-tout. Lorsque les d&#233;mocrates du Nord refus&#232;rent de jouer plus longtemps le r&#244;le de &#171; pauvres Blancs &#187; du Sud, le Sud donna la victoire &#224; Lincoln en &#233;parpillant ses voix ; il tira ensuite l'&#233;p&#233;e, en prenant cette victoire pour pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, tout le mouvement reposait - et repose encore - sur la question des esclaves. Certes, il ne s'agit pas directement d'&#233;manciper - ou non - les esclaves au sein des &#201;tats esclavagistes existants ; il s'agit bien plut&#244;t de savoir si vingt millions d'hommes libres du Nord vont se laisser dominer plus longtemps par une oligarchie de trois cent mille esclavagistes, si les immenses territoires de la R&#233;publique serviront de serres chaudes au d&#233;veloppement d'&#201;tats libres ou d'&#201;tats esclavagistes, si, enfin, la politique nationale de l'Union aura pour devise la propagation arm&#233;e de l'esclavage au Mexique et en Am&#233;rique centrale et m&#233;ridionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre article, nous examinerons ce. que vaut l'assertion de la presse londonienne, selon laquelle le Nord devrait approuver la s&#233;cession comme la solution la plus favorable et au demeurant, la seule possible du conflit en cours [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Comme l'indiquent les deux notes pr&#233;c&#233;dentes, la d&#233;claration de Jackson relative au tarif servit de simple pr&#233;texte pour faire s&#233;cession. D&#232;s 1828, la Caroline du Sud fit une premi&#232;re offensive pour son annulation : ses assembl&#233;es nomm&#232;rent un comit&#233; de sept membres pour contester la constitutionnalit&#233; du tarif protectionniste de 1828. Ce comit&#233; mit au point, un rapport, r&#233;dig&#233; en fait par John C. Calhoun, alors vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis. Ce document, connu par la suite sous le nom de D&#233;claration de la Caroline du Sud, proclamait que la loi sur les tarifs de 1828 &#233;tait inconstitutionnelle et demandait au Congr&#232;s de l'annuler. Les Chambres donn&#232;rent leur accord &#224; ce projet qui fut ensuite envoy&#233; au S&#233;nat o&#249; il fut accept&#233; (f&#233;vrier 1829). Si la Caroline du Sud n'agita pas dans sa D&#233;claration de 1828 une action plus &#233;nergique (c'est-&#224;-dire proclamation publique du droit &#224; la s&#233;cession), c'est parce qu'elle croyait qu'on adopterait un tarif moins &#233;lev&#233; d&#232;s que le pr&#233;sident &#233;lu Jackson serait au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. Times du 27 avril 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Faneuil Hall, connu sous le nom de &#171; Berceau de la libert&#233; &#187; &#233;tait le lieu de rendez-vous des r&#233;volutionnaires de Boston au cours de la guerre d'Ind&#233;pendance. Un riche marchand, Peter Faneuil, en avait fait don &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans son discours inaugural, Lincoln d&#233;clara nettement qu'il &#233;tait d'avis que les populations pouvaient amender la Constitution si elles le d&#233;siraient : &#171; Sans recommander que l'on fasse des amendements, dit-il, je reconnais sans arri&#232;re-pens&#233;e que le peuple exerce pleinement le contr&#244;le sur toute cette question... Je me risquerais m&#234;me &#224; ajouter qu'&#224; mes yeux le syst&#232;me conventionnel est pr&#233;f&#233;rable, en cela m&#234;me qu'il permet au peuple de faire des amendements. &#187; Cf. A. Lincoln, Inaugural Address, March 4, 1861, reproduit dans : H. Greeley, The American Conflict, Hartford 1864, vol I. p. 425.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les suffrages exprim&#233;s lors de l'&#233;lection de 1860 se r&#233;partissent comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de voix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voix au colll&#232;ge &#233;lectoral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lincoln&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 866 452&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;180&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 376 957&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;112&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Breckinridge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;849 781&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;588 879&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi donc, si l'on ajoute les voix de Douglas &#224; celles de Breckinridge on obtient 360 286 de plus que celles de Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La loi sur les esclaves en fuite, adopt&#233;e par le Congr&#232;s de 1850, compl&#233;tait la loi de 1793 sur l'extradition des esclaves en fuite. La loi de 1850 pr&#233;voyait en effet que tous les &#201;tats disposeraient de fonctionnaires charg&#233;s de livrer les esclaves fugitifs. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral devait employer tous les moyens dont il disposait pour reprendre possession des esclaves fugitifs, et il d&#233;niait aux esclaves le, droit d'&#234;tre jug&#233;s par un jury ou de t&#233;moigner pour leur d&#233;fense. Pour chaque Noir captur&#233; et renvoy&#233; &#224; l'esclavage, la r&#233;compense se montait &#224; dix dollars. La loi pr&#233;voyait une peine de mille dollars et six mois de prison pour quiconque s'opposait &#224; l'application de la loi. Les masses populaires furent exasp&#233;r&#233;es par cette loi, et le mouvement abolitionniste s'en trouva renforc&#233;. La loi devint pratiquement inapplicable au d&#233;but de la guerre civile, et fut abolie d&#233;finitivement en 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'attribution gratuite de parcelles de terre libres dans l'Ouest consid&#233;r&#233; comme domaine d'&#201;tat &#233;tait la revendication essentielle des free soilers, membres d'un parti abolitionniste fond&#233; en 1848 et demandant la libert&#233; des terres. Ces free soilers, qui &#233;taient tout naturellement en comp&#233;tition avec les esclavagistes dans la colonisation des territoires nouveaux devaient exiger l'interdiction de l'esclavage dans les r&#233;gions &#224; coloniser et l'annulation des ventes de terres aux gros propri&#233;taires et sp&#233;culateurs. Le Congr&#232;s et le gouvernement de Washington oppos&#232;rent une vive r&#233;sistance &#224; ces revendications. En 1854, une loi sur la libert&#233; du sol vint en discussion au S&#233;nat ; les d&#233;mocrates du Sud s'y oppos&#232;rent aussit&#244;t, parce qu'elle &#233;tait &#171; teint&#233;e &#187; d'abolitionnisme. Bien qu'ayant &#233;t&#233; adopt&#233;e par la Chambre des repr&#233;sentants, le S&#233;nat refusa de ratifier cette loi. Ce n'est qu'en 1860 qu'elle fut vot&#233;e avec cette restriction cependant : la terre n'&#233;tait pas attribu&#233;e gratuitement, mais contre paiement de vingt-cinq dollars par acre. Pourtant, le pr&#233;sident Buchanan lui opposa son veto. Ce n'est qu'en 1862, apr&#232;s la victoire r&#233;publicaine et la d&#233;faite des &#201;tats esclavagistes, que la loi fut d&#233;finitivement adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Pour s'assurer de nouveaux territoires &#224; esclaves, le Sud chercha &#224; s'agrandir non seulement en direction de l'ouest, mais encore du sud. Apr&#232;s avoir spoli&#233; le Mexique de certaines r&#233;gions, les esclavagistes se tourn&#232;rent vers l'Espagne, en vue d'acheter Cuba ou de s'en emparer par les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] De 1857 &#224; 1859, des capitalistes am&#233;ricains, sous la direction de Charles P. Stone, manifest&#232;rent un grand int&#233;r&#234;t pour les mines et les terres tr&#232;s fertiles de Sonora. Ils commenc&#232;rent par y installer des soci&#233;t&#233;s d'aide aux &#233;migrants : c'&#233;tait le premier pas vers l'annexion. La politique mexicaine du pr&#233;sident Buchanan servait parfaitement ces int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques particuliers. Aussit&#244;t apr&#232;s son entr&#233;e en fonction. Buchanan autorisa le paiement au Mexique d'une somme de douze &#224; quinze millions pour la Basse-Californie et une large portion de Sonora et de Chihuahua. En 1858, il recommanda au Congr&#232;s que le Gouvernement am&#233;ricain assum&#226;t un protectorat temporaire sur Sonora et Chihuahua et y &#233;tablisse des postes militaires. Dans son article sur l'Intervention au Mexique, Marx &#233;voque le fait que Palmerston expropria les cr&#233;anciers anglais de l'&#201;tat mexicain et fit c&#233;der le Texas aux esclavagistes nord-am&#233;ricains. Il &#233;claire ainsi les v&#233;ritables mobiles de l'exp&#233;dition au Mexique de 1860 et le contenu r&#233;el de la collusion imp&#233;rialiste entre les sudistes et l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Au cours des ann&#233;es 1850, les puissances esclavagistes ne convoitaient pas seulement Cuba, et le Nord du Mexique, mais encore l'Am&#233;rique centrale. Des exp&#233;ditions de flibustiers furent organis&#233;es notamment contre le Nicaragua pour en faire la base d'un immense empire esclavagiste. William Walker joua un r&#244;le essentiel dans cette entreprise. En 1855, il s'empara de Grenade ; les esclavagistes du Sud appuy&#232;rent sa proclamation instaurant et l&#233;galisant l'esclavage dans ces pays. Mais, l'aide des esclavagistes ne fut pas assez forte pour le maintenir contre la coalition des &#201;tats d'Am&#233;rique centrale. En 1857, Walker fut renvers&#233;, et ses tentatives ult&#233;rieures de reconqu&#234;te &#233;chou&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] La Constitution am&#233;ricaine de 1787 l&#233;galisa l'esclavage des Noirs dans les &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224; et y permit l'achat de Noirs dans d'autres &#201;tats. C'est en mars 1807 seulement que le Congr&#232;s interdit d'importer des esclaves d'Afrique ou d'autres &#201;tats, par une loi qui entra en vigueur le 1er janvier 1808 et pr&#233;voyait certaines mesures contre la traite des Noirs, et notamment la confiscation des navires et chargements transportant les Noirs. En fait, cette loi fut continuellement tourn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on l'a vu dans la note 10, le commerce des esclaves, quoique interdit d'une certaine mani&#232;re refleurit au cours des ann&#233;es 1850. Malgr&#233; les efforts de la Convention commerciale du Sud de 1859, la traite ne fut pas l&#233;galis&#233;e ; toutes les lois en ce sens &#233;chou&#232;rent m&#234;me en G&#233;orgie, Alabama, Louisiane et au Texas. L'&#233;chec en &#233;tait d&#251; en grande partie &#224; une contradiction au sein m&#234;me de la classe esclavagiste : les &#201;tats fronti&#232;res et orientaux qui pratiquaient l'&#233;levage des Noirs pour les vendre aux &#201;tats esclavagistes en expansion redoutaient la concurrence africaine et une d&#233;pression du prix des esclaves par suite d'une &#171; offre &#187; trop abondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Des organisations d'aide aux colons du Kansas furent cr&#233;&#233;es en 1854-1855 dans une s&#233;rie d'&#201;tat du Nord et du Nord-Ouest (Massachusetts, New York, Pennsylvanie, Ohio, Illinois, etc.). La premi&#232;re connut le jour en avril 1854 au Massachusetts. Ces organisations se proposaient de lutter contre l'expansion de l'esclavagisme et d'installer des petits, colons au Kansas. Elles s'occupaient du recrutement de colons, du soutien financier, du transport d'appareils agricoles au Kansas, du logement des colons et de leur approvisionnement. Enfin, elles envoy&#232;rent des armes au Kansas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce mouvement atteignit son apog&#233;e en &#233;t&#233; 1856 avec la guerre du Kansas. En juillet 1856, le Congr&#232;s de Buffalo d&#233;cida la cr&#233;ation d'un comit&#233; national d'aide au Kansas. Des divergences de vues emp&#234;ch&#232;rent d'organiser cette aide selon un plan unitaire. N&#233;anmoins, cette activit&#233; eut une grande influence sur l'opinion publique et contribua &#224; soutenir les forces qui cr&#233;eront le Parti r&#233;publicain. &#192; la fin de la guerre civile, cette organisation s'occupa de la colonisation de l'Or&#233;gon et de la Floride. Elle exista jusqu'en 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ainsi, le 9 d&#233;cembre 1857, Douglas, sous la pression de ses &#233;lecteurs d&#233;clara au S&#233;nat : &#171; ... si cette constitution devait nous &#234;tre impos&#233;e de force, en violation aux principes fondamentaux de libre gouvernement, et d'une mani&#232;re qui serait un simulacre et une insulte, je r&#233;sisterais jusqu'au bout... Je tiens au-grand principe de la souverainet&#233; populaire... et je m'efforcerai de le d&#233;fendre contre les assauts de quiconque, &#187; CI. S. A. Douglas, Speech on the President's Message delivered in the Senate of the United States, December 9, 1857, Washington 1857, P. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Sur les 1 341 264 voix obtenues par Fr&#233;mont en 1856, 559 864 provenaient des &#201;tats du Nord-Ouest (Ohio, Michigan, Indiana, Illinois, Wisconsin et Iowa), soit 41,7 % du total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] &#192; cet &#233;gard, la plate-forme r&#233;publicaine de 1860 affirmait : &#171; La condition normale sur tout le territoire des &#201;tats-Unis est celle de la libert&#233; ; nos anc&#234;tres r&#233;publicains, lorsqu'ils ont aboli l'esclavage sur tout notre territoire national, ont ordonn&#233; que personne ne puisse sans proc&#232;s l&#233;gal et jug&#233;, &#234;tre d&#233;pouill&#233; de sa vie, de sa libert&#233; ou de sa propri&#233;t&#233;. Il est donc de notre devoir... de maintenir ces stipulations de la Constitution contre toute les tentatives de violation. Nous d&#233;nions au Congr&#232;s, aux assembl&#233;es locales ou &#224; quiconque le droit de donner une existence l&#233;gale &#224; l'esclavage en quelque territoire que ce soit des &#201;tats-Unis. &#187; Cf. E. Stanwood, History of Presidential Elections, Boston 1888, pp. 220-230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] En 1860, les sept &#201;tats du Nord-Ouest (Indiana, Illinois, Iowa, Michigan, Minnesota, Ohio et Wisconsin) avaient une population de 7 773 820 habitants, tandis que la population blanche des quinze &#201;tats esclavagistes du Sud s'&#233;levait &#224; 8 036 940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] On trouvera cet article dans la partie militaire, sous le titre : &#171; La guerre civile aux &#201;tats-Unis &#187;, in Die Presse, 7 novembre 1861, pp. 76-88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE DU COTON&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 14 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 21 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La continuelle hausse de prix du coton brut commence &#224; avoir des effets s&#233;rieux sur l'industrie cotonni&#232;re, dont la consommation a diminu&#233; maintenant de vingt-cinq pour cent par rapport &#224; la normale. Ce r&#233;sultat signifie que le taux de production diminue quotidiennement, que les fabriques ne travaillent que trois ou quatre jours par semaine et qu'une partie des machines a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, soit dans les entreprises qui pratiquent la journ&#233;e de travail raccourcie, soit dans celles qui jusqu'ici travaillaient &#224; plein temps, mais sont ferm&#233;es temporairement. Dans certaines localit&#233;s, par exemple &#224; Blackburn, la journ&#233;e de travail raccourcie s'accompagne d'une r&#233;duction de salaires. Quoi qu'il en soit, la tendance &#224; diminuer la journ&#233;e de travail n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, et nous pouvons pr&#233;dire avec certitude que d'ici quelques semaines on passera, dans cette branche de production tout enti&#232;re, aux trois jours de travail par semaine, en m&#234;me temps qu'on arr&#234;tera une grande partie des machines dans la plupart des entreprises. En g&#233;n&#233;ral, les fabricants et n&#233;gociants anglais n'ont pris connaissance que fort lentement et avec r&#233;ticence de l'&#233;tat pr&#233;caire de leur approvisionnement en coton. Ils disaient : &#171; Toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; achemin&#233;e vers l'Europe depuis longtemps. Le travail pour la nouvelle r&#233;colte vient tout juste de commencer. Nous n'aurions pas pu obtenir une balle de coton de plus, m&#234;me si nous n'avions pas entendu parler de guerre et de blocus. La saison de. la navigation ne commence pas avant fin novembre, et il faut g&#233;n&#233;ralement attendre fin d&#233;cembre pour qu'aient lieu de larges exportations. Jusque-l&#224;, il est sans grande importance que le coton reste dans les plantations ou qu'il soit achemin&#233; vers les ports sit&#244;t qu'il est mis en balles. Si le blocus s'arr&#234;te &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, nous serons certainement approvisionn&#233;s normalement en coton en mars ou avril, comme si le blocus n'avait pas exist&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tr&#233;fonds de leur &#226;me de boutiquier, les fabricants nourrissaient l'espoir qu'avant la fin de l'ann&#233;e toute la crise am&#233;ricaine serait termin&#233;e et le blocus avec elle, ou bien que lord Palmerston forcerait le blocus par la violence. Cependant, on a plus ou moins abandonn&#233; cette derni&#232;re id&#233;e, lorsqu'on s'est aper&#231;u &#224; Manchester, entre autres circonstances,- que si le Gouvernement britannique prenait l'offensive sans y avoir &#233;t&#233; provoqu&#233;, il se heurterait &#224; la force unie de deux gigantesques groupes d'int&#233;r&#234;ts, &#224; savoir les capitalistes de la finance qui ont investi un &#233;norme capital dans les entreprises industrielles d'Am&#233;rique du Nord, et les marchands de c&#233;r&#233;ales qui trouvent en Am&#233;rique du Nord leur principale source d'approvisionnement. L'espoir que le blocus serait lev&#233; &#224; temps pour satisfaire les exigences de Liverpool et de Manchester ou que la guerre am&#233;ricaine s'ach&#232;verait par un compromis avec les s&#233;cessionnistes a fait place &#224; un ph&#233;nom&#232;ne inconnu jusqu'ici sur le march&#233; cotonnier anglais, &#224; savoir les op&#233;rations cotonni&#232;res am&#233;ricaines &#224; Liverpool, qui se manifestent soit par des sp&#233;culations, soit par des r&#233;exp&#233;ditions en Am&#233;rique. En cons&#233;quence, le march&#233; cotonnier de Liverpool connaissait une agitation f&#233;brile au cours des deux derni&#232;res semaines, les placements sp&#233;culatifs de capitaux des n&#233;gociants de Liverpool &#233;tant soutenus par les placements sp&#233;culatifs de capitaux des fabricants de Manchester et d'ailleurs, qui cherchaient &#224; s'approvisionner en r&#233;serves de mati&#232;res premi&#232;res pour l'hiver. On constate quelle est, en gros, l'ampleur de ces transactions dans le fait qu'une partie consid&#233;rable des hangars de stockage de Manchester sont d&#233;j&#224; bourr&#233;s de ces r&#233;serves et qu'au cours de la semaine du 15 au 22 septembre la vari&#233;t&#233; du coton de qualit&#233; moyenne est mont&#233;e de trois huiti&#232;mes de dollar par livre et la vari&#233;t&#233; la meilleure de cinq huiti&#232;mes de dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter, cependant que le d&#233;s&#233;quilibre fatal entre le prix des mati&#232;res premi&#232;res et celui du fil et du tissu ne devint manifeste qu'au cours des derni&#232;res semaines d'ao&#251;t. Jusque-l&#224;, chaque hausse s&#233;rieuse du prix du coton manufactur&#233; qui devait r&#233;sulter de la diminution consid&#233;rable de l'offre am&#233;ricaine, &#233;tait compens&#233;e par une augmentation des r&#233;serves stock&#233;es en premi&#232;re main et par des consignations sp&#233;culatives vers la Chine et l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ces march&#233;s asiatiques furent bient&#244;t engorg&#233;s. Ainsi, le Calcutta Price Current du 7 ao&#251;t 1861 &#233;crit : &#171; Les r&#233;serves en stock s'accumulent ; depuis notre derni&#232;re parution, les arrivages n'atteignent pas moins de vingt-quatre millions de yards de coton lisse. Les rapports en provenance de la m&#233;tropole nous apprennent que les approvisionnements par bateaux vont se poursuivre bien au-del&#224; de nos besoins. Tant que cela durera, nous ne pourrons esp&#233;rer d'am&#233;lioration... Le. march&#233; de Bombay est, lui aussi, largement satur&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres circonstances contribu&#232;rent aussi &#224; la contraction du march&#233; indien. La derni&#232;re famine dans les provinces du nord-ouest fut suivie des ravages du chol&#233;ra, tandis que dans tout le Bengale inf&#233;rieur les chutes de pluie ininterrompues endommag&#232;rent gravement la r&#233;colte de riz. Des lettres de Calcutta, arriv&#233;es cette semaine en Angleterre, nous apprennent que les ventes donn&#232;rent le prix net de neuf dollars et quart par livre de fil n&#176; 40, alors qu'on ne le trouve pas &#224; moins de onze dollars et trois huiti&#232;mes &#224; Manchester ; de m&#234;me, les ventes de toile de quarante pouces marqu&#232;rent par pi&#232;ce des pertes de sept dollars et demi, neuf dollars et douze dollars, par rapport aux prix pratiqu&#233;s &#224; Manchester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sur le march&#233; chinois, on assiste &#224; une d&#233;pression des prix due &#224; l'accumulation des stocks de marchandises import&#233;es. Dans ces conditions et la demande de coton manufactur&#233;, britannique diminuant, les prix ne peuvent, certes, aller de pair avec l'augmentation croissante des prix du coton brut ; au contraire, dans de nombreux cas, le filage, le tissage et l'impression du coton cessent de payer les frais de production. Prenons par exemple le cas suivant que nous communique l'un des plus grands fabricants de Manchester, pour ce qui concerne le filage brut :&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1860 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 6 1/4 d. 4 d. 3 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 10 1/4 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Profit : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 d. par livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1861 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 9 d. 2 d. 3 1/2 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 11 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Perte : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 1/2 d. par livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien augmente rapidement Si les prix continuent de monter, les approvisionnements indiens augmenteront. Cependant, il est impossible de changer, en quelques mois, toutes les conditions de production et de modifier le cours des &#233;changes commerciaux. L'Angleterre est ainsi en train de payer tr&#232;s cher sa longue et odieuse administration du vaste empire indien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux obstacles auxquels se heurteront ses tentatives de remplacer le coton am&#233;ricain par l'indien, sont le manque de moyens de transport et de communication sur tout le territoire indien, et la situation mis&#233;rable du paysan indien, qui le rend inapte &#224; exploiter les conditions favorables. Les Anglais eux-m&#234;mes sont &#224; l'origine de ces deux difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie moderne de l'Angleterre repose en g&#233;n&#233;ral sur deux axes &#233;galement mis&#233;rables. L'un est la pomme de terre, qui &#233;tait le seul moyen d'alimentation de la population irlandaise et d'une grande partie de la classe ouvri&#232;re anglaise. Cet axe se brisa, lors de la maladie de la pomme de terre et de la catastrophe qui en r&#233;sulta pour l'Irlande [1]. Il faut trouver maintenant une base plus large pour la reproduction et la conservation de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second axe de l'industrie anglaise &#233;tait le coton cultiv&#233; par les esclaves des &#201;tats-Unis. L'actuelle crise am&#233;ricaine force l'industrie anglaise &#224; &#233;largir le champ de son approvisionnement et &#224; lib&#233;rer le coton des oligarchies productrices et consommatrices d'esclaves. Aussi longtemps que les fabricants de coton anglais d&#233;pendaient du coton cultiv&#233; par des esclaves, on pouvait affirmer en v&#233;rit&#233; qu'ils s'appuyaient sur un double esclavage : l'esclavage indirect de l'homme blanc en Angleterre, et l'esclavage direct de l'homme noir de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Marx fait allusion ici &#224; la disette de pommes de terre en 1845-1847. A la suite de cette catastrophe, les petits tenanciers irlandais, incapables de payer les m&#233;tayages, furent chass&#233;s en masse par leurs propri&#233;taires. La col&#232;re paysanne &#233;clata lors de la r&#233;volte de 1848. La r&#233;pression de ce soul&#232;vement entra&#238;na une &#233;migration massive vers les &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le IV&#176; chapitre in&#233;dit du Capital, Marx montre que cette &#233;migration a eu un double effet : en Angleterre, la production augmenta beaucoup plus vite que la population ; l'Am&#233;rique b&#233;n&#233;ficia d'une force vitale qui lui permit de d&#233;passer bient&#244;t l'Angleterre. Dans le Capital, Marx affirme que le capitalisme est un mode de production social historiquement transitoire. &#192; l'exemple de son mod&#232;le anglais, il d&#233;montre donc que le capital na&#238;t, se d&#233;veloppe, d&#233;cline et meurt. Cette loi, Marx l'illustre, dans le VI&#176; chapitre, par l'&#233;migration irlandaise, qui suscite la cr&#233;ation d'un rival capitaliste en Am&#233;rique, et marque le d&#233;clin du capital anglais dans le monde : &#171; La population irlandaise a baiss&#233; de huit &#224; cinq millions et demi environ, au cours de ces quinze derni&#232;res ann&#233;es. Toutefois la production de b&#233;tail s'est quelque peu accrue, et lord Dufferin qui veut convertir l'Irlande en un simple p&#226;turage &#224; moutons, se trouve confirm&#233; dans ses vues lorsqu'il affirme que les Irlandais sont encore trop nombreux. En attendant, ils ne transportent pas seulement leurs os en Am&#233;rique, mais encore leur chair : leur vengeance sera terrible outre-Atlantique. &#187; (Pages &#233;parses). Marx citait l'impr&#233;cation de Didon mourante de Virgile (En&#233;ide) : Exoriare nostris ex ossibus ultor (Qu'un vengeur naisse un jour de nos cendres). Marx notait &#233;galement que l'&#233;migration des capitaux vers les colonies et l'Am&#233;rique eu &#233;gard au fonds annuel d'accumulation d&#233;passait nettement le nombre des &#233;migr&#233;s eu &#233;gard &#224; l'augmentation annuelle de la population : l'imp&#233;rialisme anglais creusait sa propre tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA CRISE EN ANGLETERRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 6 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il y a quinze ans, l'Angleterre est maintenant confront&#233;e &#224; une crise &#233;conomique, qui menace d'attaquer &#224; la racine tout son syst&#232;me &#233;conomique. Comme on sait, la pomme de terre repr&#233;sentait la nourriture exclusive de l'Irlande et d'une partie consid&#233;rable de la classe ouvri&#232;re anglaise, lorsque la maladie de la pomme de terre de 1845 et de 1846 frappa de consomption la racine de vie irlandaise. Les r&#233;sultats de cette grande catastrophe sont connus. La population irlandaise diminua de deux millions, dont une moiti&#233; p&#233;rit de faim et l'autre s'enfuit de l'autre c&#244;t&#233; de l'oc&#233;an Atlantique. En m&#234;me temps, cet affreux malheur contribua &#224; la victoire du parti libre-&#233;changiste anglais ; l'aristocratie fonci&#232;re anglaise fut contrainte de c&#233;der l'un de ses monopoles les plus lucratifs, et l'abolition des lois c&#233;r&#233;ali&#232;res assura une base plus large et plus saine &#224; la reproduction et &#224; la vie de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coton est pour la branche d'industrie dominante de la Grande-Bretagne ce que la pomme de terre a &#233;t&#233; pour l'agriculture irlandaise. La subsistance d'une masse de population plus grande que celle de l'&#201;cosse tout enti&#232;re, ou &#233;gale aux deux tiers de l'actuelle population d'Irlande, d&#233;pend du travail de transformation du coton. En effet, d'apr&#232;s le recensement de 1861, la population de l'&#201;cosse s'&#233;l&#232;ve &#224; 3 061 117 habitants, celle de l'Irlande &#224; 5 764 543, tandis que plus de quatre millions de personnes vivent directement ou indirectement de l'industrie cotonni&#232;re en Angleterre et en &#201;cosse. Cette fois, ce n'est certes pas le plant de coton qui est malade. Sa production n'est pas le monopole de certaines r&#233;gions du monde. Au contraire, il n'existe pas une seule plante fournissant le tissu des v&#234;tements qui pousse en des lieux aussi vari&#233;s d'Am&#233;rique, d'Asie et d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monopole cotonnier des &#201;tats esclavagistes de l'Union am&#233;ricaine n'est pas un produit de la nature, mais de l'histoire. Il naquit et se d&#233;veloppa parall&#232;lement au monopole de l'industrie cotonni&#232;re anglaise sur le march&#233; mondial. En 1793 - vers l'&#233;poque o&#249; se firent les grandes d&#233;couvertes m&#233;caniques en Angleterre - un quaker du Connecticut, Ely Whitney, inventa le cotton gin, une machine &#224; s&#233;parer le duvet de la graine de coton. Avant cette invention, le travail le plus intensif de toute une journ&#233;e d'un Noir ne suffisait pas pour s&#233;parer une livre de duvet de ses graines. Apr&#232;s l'invention de la machine &#224; &#233;grener le coton, une vieille femme noire pouvait facilement fournir en un jour cinquante livres de duvet de coton, et des am&#233;liorations progressives eurent t&#244;t fait de doubler le rendement de cette machine. D&#232;s lors, il n'y eut plus d'entraves &#224; la culture du coton aux &#201;tats-Unis. Il poussa rapidement main dans la main avec l'industrie cotonni&#232;re anglaise qui devint une grande puissance commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette &#233;volution, il y eut des moments o&#249; l'Angleterre sembla prendre peur, du danger que pouvait repr&#233;senter ce monopole am&#233;ricain du coton. Ce fut le cas, par exemple : lorsque l'&#233;mancipation des Noirs dans les colonies anglaises fut achet&#233;e pour vingt millions de livres anglaises. On prit conscience que l'industrie du Lancashire et du Yorkshire reposait sur la souverainet&#233; du fouet esclavagiste en Georgie et en Alabama, au moment m&#234;me o&#249; le peuple anglais s'imposait de grands sacrifices pour abolir l'esclavage dans ses propres colonies. Cependant, la philanthropie ne fait pas l'histoire, et moins que tout l'histoire commerciale. De tels doutes surgirent chaque fois qu'il y eut une disette de coton aux &#201;tats-Unis, d'autant qu'un tel fait naturel &#233;tait exploit&#233; par les esclavagistes pour faire monter au maximum le prix du coton par toutes sortes d'artifices. Les fileurs de coton et les tisserands anglais mena&#231;aient alors de se r&#233;volter contre le &#171; roi du coton. &#187; On &#233;chafauda diff&#233;rents projets pour s'approvisionner en coton dans les pays d'Asie et d'Afrique, par exemple en 1850. Cependant, il suffit &#224; chaque fois qu'une disette soit suivie d'une bonne r&#233;colte aux &#201;tats-Unis pour mettre en pi&#232;ces ces vell&#233;it&#233;s d'&#233;mancipation. Qui plus est, le monopole cotonnier de l'Am&#233;rique atteignit, au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, une ampleur jusqu'ici insoup&#231;onn&#233;e, partie en raison de la l&#233;gislation libre-&#233;changiste, qui abolit le droit de douane suppl&#233;mentaire frappant le coton cultiv&#233; par des esclaves, partie en raison des gigantesques progr&#232;s effectu&#233;s simultan&#233;ment par l'industrie cotonni&#232;re anglaise et la culture du coton en Am&#233;rique au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. D&#233;j&#224; en 1857, la consommation de coton s'&#233;leva en Angleterre &#224; environ un milliard et demi de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici qu'&#224; pr&#233;sent la guerre civile am&#233;ricaine menace soudain ce grand pilier de l'industrie anglaise. L'Union bloque les ports des &#201;tats sudistes, afin de couper la principale. source de revenus de la s&#233;cession, en emp&#234;chant l'exportation de sa derni&#232;re r&#233;colte de coton ; mais, la Conf&#233;d&#233;ration a donn&#233; &#224; ce blocus sa v&#233;ritable force contraignante lorsqu'elle d&#233;cida de ne pas exporter elle-m&#234;me la moindre balle de coton, afin d'obliger l'Angleterre &#224; venir chercher directement son coton dans les ports du Sud. Il s'agissait d'amener l'Angleterre &#224; rompre le blocus par la force, puis &#224; d&#233;clarer la guerre &#224; l'Union, en jetant son &#233;p&#233;e dans la balance en faveur des &#201;tats esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre civile am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter en Angleterre, quoique pendant longtemps &#224; un degr&#233; moindre qu'on ne s'y attendait. Dans l'ensemble, le monde des affaires anglais semblait consid&#233;rer avec beaucoup de flegme la crise am&#233;ricaine. La raison de cette attitude pleine de sang-froid est &#233;vidente. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine se trouve en Europe. Le produit de la nouvelle r&#233;colte n'est jamais embarqu&#233; avant la fin novembre, et ce n'est que fin d&#233;cembre que les exp&#233;ditions prennent vraiment de l'ampleur. Jusqu'ici, il est donc relativement indiff&#233;rent que les balles de coton restent dans les plantations ou soient exp&#233;di&#233;es dans les ports du Sud aussit&#244;t apr&#232;s que le coton soit mis en balles. De la sorte, si, &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, le blocus prenait fin, l'Angleterre pouvait &#234;tre assur&#233;e qu'elle recevrait en mars ou en avril son approvisionnement normal en coton, comme s'il n'y avait jamais eu de blocus.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des affaires anglais, dans une large mesure abus&#233; par la presse anglaise, se ber&#231;a de l'illusion folle que le spectacle d'une guerre de six mois s'ach&#232;verait par la reconnaissance de la Conf&#233;d&#233;ration de la part des &#201;tats-Unis. Vers la fin du mois d'ao&#251;t cependant, on vit appara&#238;tre des Am&#233;ricains sur le march&#233; de Liverpool afin d'y acheter du coton, soit en vue de sp&#233;culations en Europe, soit en vue de le r&#233;exp&#233;dier en Am&#233;rique du Nord. Ce fait extraordinaire ouvrit les yeux des Anglais. Ils commenc&#232;rent &#224; comprendre le s&#233;rieux de la situation. Depuis, le march&#233; de Liverpool se trouve en un &#233;tat d'excitation f&#233;brile. Bient&#244;t, le prix du coton monta de cent pour cent au-del&#224; de son niveau moyen. La sp&#233;culation cotonni&#232;re prit le m&#234;me caract&#232;re fr&#233;n&#233;tique que la sp&#233;culation ferroviaire de 1845. Les usines de filage et de tissage du Lancashire et d'autres centres de l'industrie du coton britannique ramen&#232;rent leur temps de travail &#224; trois jours par semaine, une partie arr&#234;ta compl&#232;tement ses machines, et l'in&#233;vitable r&#233;action sur les autres branches d'industrie ne se fit pas attendre. Toute l'Angleterre tremble en ce moment, &#224; l'approche de la plus grande catastrophe &#233;conomique qui l'ait menac&#233;e &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien est naturellement en train d'augmenter, et les prix &#233;lev&#233;s assureront encore une augmentation ult&#233;rieure des importations de la patrie originelle du coton. Cependant, il est impossible de r&#233;volutionner les conditions de production et le cours des &#233;changes commerciaux pour ainsi dire en quelques mois. L'Angleterre paie maintenant sa longue et catastrophique administration de l'Inde. Ses tentatives d&#233;sordonn&#233;es de remplacer le coton am&#233;ricain par du coton indien se heurtent &#224; deux grands obstacles. Le manque de moyens de communication et de transport en Inde, et la mis&#233;rable condition du paysan indien qui l'emp&#234;che d'exploiter &#224; son profit les circonstances favorables du moment [1]. En outre, il faudrait que la culture du coton indien passe par tout un processus d'am&#233;liorations pour prendre la place du coton am&#233;ricain. M&#234;me dans les conditions les plus favorables, il faudrait des ann&#233;es pour que l'Inde puisse produire la quantit&#233; de coton requise pour l'exportation. Or, il est statistiquement &#233;tabli que le stock de coton de Liverpool sera &#233;puis&#233; d'ici quatre mois. Il ne tiendra jusque-l&#224; que si l'on continue d'appliquer la limitation du temps de travail &#224; trois jours par semaine et l'arr&#234;t total d'une partie plus importante encore des machines. Or, les districts manufacturiers souffrent d&#233;j&#224; des pires maux sociaux. Mais, si le blocus am&#233;ricain se poursuit au-del&#224; de janvier, que se passera-t-il alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le lecteur a constat&#233; sans doute que ce passage de l'article de Die Presse correspond litt&#233;ralement &#224; un passage final de l'article pr&#233;c&#233;dent de la New York Tribune. Lorsque deux articles se recoupent presque enti&#232;rement nous n'en reproduirons qu'un seul, quitte &#224; ajouter en note les passages qui diff&#232;rent et apportent un &#233;claircissement int&#233;ressant pour le sujet trait&#233;. Lorsqu'un article renferme des passages sans aucun rapport avec notre th&#232;me, nous n'en reproduisons que le parties qui int&#233;ressent directement notre sujet. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 23 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 2 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, l'Angleterre ne suit aucune ligne politique g&#233;n&#233;rale. Tout le monde, jusqu'au moindre citoyen, est enti&#232;rement absorb&#233; par ses affaires et la crise am&#233;ricaine. Dans un article pr&#233;c&#233;dent, j'ai attir&#233; votre attention sur l'&#233;tat f&#233;brile du march&#233; cotonnier de Liverpool. Au cours des deux derni&#232;res semaines, il a manifest&#233; tous les sympt&#244;mes de la mode, des chemins de fer de 1845. M&#233;decins, dentistes, avocats, cuisini&#232;res, ouvriers, employ&#233;s, lords, com&#233;diens, pasteurs, soldats, marins, journalistes, institutrices, hommes et femmes, tous sp&#233;culent sur le coton. Souvent les op&#233;rations d'achat et de vente, de rachat et de revente ne portent que sur une, deux, trois ou quatre balles. Les quantit&#233;s plus consid&#233;rables restent dans le m&#234;me hangar, mais changent parfois vingt fois de propri&#233;taire. On peut acheter du coton &#224; dix heures, le revendre &#224; onze heures, et faire un b&#233;n&#233;fice d'un demi-penny par livre. Les m&#234;mes balles passent ainsi par plusieurs mains en l'espace, de douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il s'est produit cette semaine une sorte de r&#233;action. Il faut l'attribuer au seul fait que le shilling forme un chiffre rond, puisqu'il se compose de douze pence, et que la plupart des sp&#233;culateurs ont d&#233;cid&#233; de vendre sit&#244;t que le prix de la balle de coton atteindrait le shilling. En cons&#233;quence, il y a eu un accroissement subit des offres de coton, et donc une r&#233;action sur son prix. Mais, ce ne peut &#234;tre qu'un ph&#233;nom&#232;ne passager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les Britanniques se seront faits &#224; l'id&#233;e qu'une livre de coton puisse co&#251;ter quinze pence, cette limite passag&#232;re &#224; la sp&#233;culation aura disparu, et la fi&#232;vre de sp&#233;culation redoublera de violence. Cette &#233;volution contient un moment favorable aux &#201;tats-Unis et d&#233;favorable a ceux qui voudraient rompre le blocus [1]. D&#233;j&#224; les sp&#233;culateurs ont publi&#233; des protestations disant, non sans fondement, que tout acte belliqueux du Gouvernement britannique serait un acte d'injustice &#224; l'&#233;gard des hommes d'affaires qui, ayant plac&#233; leur confiance dans le respect du principe de non-intervention proclam&#233; et revendiqu&#233; par le Gouvernement britannique, ont fait leurs calculs sur cette base, ont sp&#233;cul&#233; &#224; l'int&#233;rieur, abandonn&#233; leurs commandes &#224; l'ext&#233;rieur et achet&#233; le coton d'apr&#232;s l'&#233;valuation d'un prix qu'ils comptent obtenir apr&#232;s le d&#233;roulement de processus naturels, probables et pr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist d'aujourd'hui publie un article insens&#233; dans lequel les statistiques sur la population et l'extension g&#233;ographique des &#201;tats-Unis l'am&#232;nent &#224; la conclusion qu'on y trouve assez d'espace pour fonder au moins sept empires gigantesques et qu'en cons&#233;quence les unionistes devaient chasser de leur c&#339;ur &#171; le r&#234;ve d'un domaine o&#249; ils r&#233;gneraient sans limites &#187;. La seule conclusion rationnelle que l'Economist e&#251;t pu tirer de ses propres donn&#233;es statistiques, &#224; savoir que les partisans du Nord, m&#234;me s'ils le voulaient, ne pourraient abandonner leurs revendications sans livrer &#224; l'esclavagisme des &#201;tats et des territoires gigantesques, &#171; o&#249; l'esclavage survivrait artificiellement et ne pourrait s'affirmer comme institution permanente &#187;, cette conclusion, la seule rationnelle, ce journal est m&#234;me incapable de l'aborder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans l'article intitul&#233; &#171; Notes &#233;conomiques &#187; (Die Presse, 3.11.1861), o&#249; Marx reprend pour le journal viennois certains arguments d&#233;velopp&#233;s dans la New York Tribune, il en vient aussi &#224; la conclusion que l'&#233;volution &#233;conomique joue en faveur des &#201;tats-Unis et restreint en cons&#233;quence les moyens de pression de l'imp&#233;rialisme de I'Angleterre de Palmerston : &#171; Il ressort un fait Important des derni&#232;res statistiques sur le commerce ext&#233;rieur anglais. Alors qu'au cours des neuf premiers mois de cette ann&#233;e, les exportations anglaises vers les &#201;tats-Unis ont baiss&#233; de plus de 25 %, le port de New York * &#224; lui tout seul a augment&#233; de plus de 6 millions de livres ses exportations vers l'Angleterre au cours des huit premiers mois de cette ann&#233;e. Pendant cette m&#234;me p&#233;riode, l'exportation de l'or am&#233;ricain vers l'Angleterre a pratiquement cess&#233;, alors qu'&#224; l'inverse depuis quelques semaines l'or anglais afflue vers New York. En fait, le d&#233;ficit am&#233;ricain est couvert par les achats de l'Angleterre et de la France &#224; la suite des mauvaises r&#233;coltes de ces pays. Par ailleurs, le tarif Morrill et les &#233;conomies ins&#233;parables d'une guerre civile ont ruin&#233; en m&#234;me temps la consommation de produits anglais et fran&#231;ais en Am&#233;rique du Nord. Que l'on compare ces faits statistiques avec les j&#233;r&#233;miades du Times sur la ruine financi&#232;re de l'Am&#233;rique du Nord ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* New York est au centre du compromis final entre le Sud et le Nord pour deux raisons : c'est le si&#232;ge de la traite des esclaves, du march&#233; de la monnaie, des capitaux et des cr&#233;ances hypoth&#233;caires des plantations du Sud, et ensuite l'interm&#233;diaire de l'Angleterre. C'est donc, tout naturellement, la place forte des d&#233;mocrates li&#233;s au Sud. Dans l'article &#171; Affaires am&#233;ricaines &#187; (in Die Presse, 17.12.1861), Marx &#233;crit : &#171; Le lord-maire de Londres n'est un homme d'&#201;tat que dans l'imagination des &#233;crivains de vaudeville et de faits divers parisiens. En revanche, le maire de New York est une v&#233;ritable puissance. Au d&#233;but de la s&#233;cession, le sinistre Fernando Wood, a &#233;chafaud&#233; un plan pour proclamer l'ind&#233;pendance de New York, en tant que r&#233;publique urbaine, en accord bien s&#251;r avec Jefferson Davis. Son plan &#233;choua en raison de l'opposition &#233;nergique du Parti r&#233;publicain de l'Empire City. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels : LES LE&#199;ONS DE LA GUERRE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
The Volunteer journal for Lancashire and Cheshire [1], n&#176; 66 du 6.12.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, nous avons attir&#233; l'attention du public sur le proc&#232;s d'&#233;puration qui s'impose dans l'arm&#233;e am&#233;ricaine de volontaires [2]. Nous n'avons alors nullement &#233;puis&#233; les le&#231;ons pr&#233;cieuses que cette guerre donne aux volontaires de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. Nous nous permettons donc de revenir sur ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont on a conduit la guerre jusqu'ici en Am&#233;rique, est effectivement sans pr&#233;c&#233;dent. Du Missouri &#224; la baie de Chesapeake, on trouve face &#224; face un million de soldats divis&#233;s presque dans la m&#234;me proportion entre les deux camps adverses. Or, cette situation dure depuis plus de six mois sans qu'il y ait eu une seule action importante. Dans le Missouri, les deux arm&#233;es avancent tour &#224; tour, se retirent, livrent une bataille, avancent et reculent de nouveau, sans en venir &#224; un r&#233;sultat tangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, apr&#232;s sept mois de marches en avant et en arri&#232;re, &#224; l'occasion de quoi le pays a sans doute &#233;t&#233; atrocement ravag&#233;, les choses paraissent plus &#233;loign&#233;es que jamais d'une d&#233;cision. Apr&#232;s une p&#233;riode assez longue d'une apparente neutralit&#233; - en r&#233;alit&#233;, de pr&#233;paration - la situation semble analogue au Kentucky ; en Virginie occidentale, nous assistons constamment &#224; de petits accrochages sans r&#233;sultat notable ; et, sur les deux rives du Potomac, le gros des deux arm&#233;es est concentr&#233; &#224; port&#233;e de vue sans que personne n'ait l'intention d'attaquer, prouvant par l&#224; que, dans l'&#233;tat actuel des choses, il serait sans int&#233;r&#234;t de remporter une victoire. De fait, cette mani&#232;re st&#233;rile de conduire la guerre peut encore durer des mois, si certaines circonstances, qui n'ont rien a voir avec cette situation, ne provoquent pas de changements majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, les Am&#233;ricains ne disposent pratiquement que de volontaires. Le petit noyau de l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis, ou bien a &#233;t&#233; dissous, ou bien est trop faible pour agir sur les masses &#233;normes de recrues non encore form&#233;es qui sont r&#233;unies sur le th&#233;&#226;tre de guerre. Pour faire de tous ces hommes des soldats, on ne dispose m&#234;me pas d'un nombre suffisant de sergents instructeurs. C'est pourquoi, l'entra&#238;nement des troupes est fort long, et on ne saurait dire combien il faudra de temps pour que l'excellent mat&#233;riel de soldats concentr&#233; sur les deux rives du Potomac soit en &#233;tat d'avancer en masse, afin de livrer ou d'accepter la bataille avec des forces combin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les soldats pouvaient &#234;tre form&#233;s &#224; l'art militaire, il n'y aurait pas assez d'officiers pour les commander. On manque notamment d'officiers de compagnie - qui &#233;videmment ne peuvent sortir tout pr&#234;ts des rangs des civils - voire d'officiers pour commander les bataillons, m&#234;me si on voulait nommer &#224; un tel poste les lieutenants ou cornettes. Il faut donc un nombre consid&#233;rable de commandants du civil ; mais quiconque est tant soit peu au courant de la situation de nos propres volontaires pensera aussit&#244;t que McClellan ou Beauregard ne font. pas preuve d'une prudence exag&#233;r&#233;e, lorsqu'ils refusent de faire ex&#233;cuter des actions offensives ou des man&#339;uvres strat&#233;giques compliqu&#233;es par des commandants du civil, qui ne sont &#224; ce poste que depuis six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons cependant que cette difficult&#233; soit pour l'essentiel aplanie, que les commandants du civil aient acquis, en m&#234;me temps que leurs uniformes, les connaissances, l'exp&#233;rience et l'assurance n&#233;cessaires &#224; l'ex&#233;cution de leur service, du moins en ce qui concerne l'infanterie. Mais, qu'en est-il de la cavalerie ? Former militairement un r&#233;giment de cavalerie exige plus de temps et d'exp&#233;rience de la part des officiers instructeurs qu'il n'en faut pour former un r&#233;giment d'infanterie. Admettons que tous les hommes qui rejoignent leur corps sachent d&#233;j&#224; monter &#224; cheval - c'est-&#224;-dire s'y tenir correctement, ma&#238;triser la monture, la nourrir et la soigner - il n'en reste pas moins que cela raccourcira a peine le temps qu'il faut pour les instruire. L'&#233;quitation militaire, une ma&#238;trise telle que le cheval se laisse conduire pour tous les mouvements exig&#233;s par les &#233;volutions de la cavalerie, tout cela diff&#232;re enti&#232;rement de l'&#233;quitation propre aux civils. La cavalerie de Napol&#233;on que sir William Napier (History of the Peninsular War) estimait presque plus que la cavalerie anglaise d'aujourd'hui, se composait - comme chacun sait - des cavaliers les plus pi&#232;tres qui aient jamais orn&#233; une selle. Or, beaucoup de nos cavaliers d'occasion trouvent qu'ils ont encore un certain nombre de choses &#224; apprendre, lorsqu'ils entrent dans un corps mont&#233; de volontaires. Il n'est donc pas &#233;tonnant de constater que les Am&#233;ricains n'aient qu'une cavalerie tr&#232;s m&#233;diocre, et que le peu dont ils disposent - quelques troupes d'irr&#233;guliers (rangers) &#224; la mani&#232;re cosaque ou indienne est incapable d'une attaque en ordre compact. En ce qui concerne l'artillerie et les troupes du g&#233;nie, leur situation est sans doute pire encore. Ces deux armes ont un caract&#232;re hautement scientifique et exigent une instruction longue et minutieuse des officiers ainsi que des sous-officiers, instruction plus pouss&#233;e encore que dans l'infanterie. Au surplus, l'artillerie est une arme plus complexe que la cavalerie elle-m&#234;me ; elle exige des batteries de canons, et donc des chevaux dress&#233;s pour leur man&#339;uvre, et deux groupes d'hommes exp&#233;riment&#233;s, les canonniers et les conducteurs. En outre, il faut de nombreux fourgons &#224; munitions, de grands laboratoires pour la poudre, des forges et autres ateliers : tout cela doit &#234;tre &#233;quip&#233; de machines compliqu&#233;es. On dit que les f&#233;d&#233;r&#233;s ont six cents batteries en campagne, mais on s'imagine comment elles sont servies, car on sait qu'en partant de z&#233;ro il est absolument impossible de mettre sur pied, en six mois, cent batteries compl&#232;tes, convenablement &#233;quip&#233;es et bien servies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, admettons une fois de plus que toutes ces difficult&#233;s aient &#233;t&#233; aplanies et que les &#233;l&#233;ments combattants des deux camps ennemis soient pr&#234;ts &#224; entrer en action. Encore faudrait-il qu'ils puissent se d&#233;placer. En outre, il faut approvisionner une arm&#233;e, et dans un pays relativement peu peupl&#233; comme la Virginie, le Kentucky et le Missouri, une grande arm&#233;e doit &#234;tre approvisionn&#233;e essentiellement gr&#226;ce au syst&#232;me des d&#233;p&#244;ts. Il faut constituer des r&#233;serves de munitions ; l'arm&#233;e doit &#234;tre accompagn&#233;e de forgerons militaires, de selliers, de menuisiers et autres artisans, afin de tenir le mat&#233;riel de guerre en bon &#233;tat de fonctionnement. Or, toutes ces choses indispensables faisaient d&#233;faut en Am&#233;rique ; il fallut d'abord commencer par organiser tout cela, et rien ne prouve qu'au moins l'intendance et les transports de l'une des deux arm&#233;es aient d&#233;pass&#233; aujourd'hui le stade pr&#233;paratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique - le Nord aussi bien que le Sud, la F&#233;d&#233;ration aussi bien que la Conf&#233;d&#233;ration - ne disposait pour ainsi dire d'aucune organisation militaire. L'arm&#233;e de ligne &#233;tait absolument insuffisante, ne serait-ce que du point de vue quantitatif, pour faire campagne contre un adversaire s&#233;rieux. Il n'y avait gu&#232;re de milice. Les guerres pr&#233;c&#233;dentes de l'Union n'exig&#232;rent jamais un gros effort des forces militaires du pays. Dans les ann&#233;es 1812 &#224; 1814, l'Angleterre ne disposait plus gu&#232;re de soldats, et le Mexique se d&#233;fendit surtout avec des bandes d&#233;pourvues de discipline. C'est un fait que l'Am&#233;rique, en raison de sa situation g&#233;ographique, n'avait pas d'ennemi qui e&#251;t pu l'attaquer d'o&#249; que ce soit avec plus de trente &#224; quarante mille soldats, et, pour cette force num&#233;rique, l'immense &#233;tendue du pays repr&#233;sente un obstacle bien plus terrible que toute arm&#233;e que l'Am&#233;rique pourrait lui opposer. Cependant, son arm&#233;e suffisait &#224; constituer le noyau pour quelque cent mille volontaires et &#224; leur assurer une formation militaire en un d&#233;lai appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d&#232;s lors que la guerre civile oppose entre eux plus d'un million d'hommes, tout le syst&#232;me s'effondre, et il faut tout reprendre par le d&#233;but. Le fait est l&#224;. Deux corps de troupe gigantesques et patauds, chacun craignant l'autre et redoutant presque autant une victoire qu'une d&#233;faite, se font face et cherchent &#224; grands frais &#224; se transformer en une organisation &#224; peu pr&#232;s r&#233;guli&#232;re. Aussi terrible que soit le prix, il doit &#234;tre pay&#233; du fait de l'absence totale d'une base organis&#233;e sur laquelle on pourrait &#233;difier l'arm&#233;e. Il ne peut en &#234;tre autrement, &#233;tant donn&#233; l'ignorance et l'inexp&#233;rience qui r&#232;gnent dans tous les domaines militaires ! Certes, ces d&#233;penses &#233;normes n'apportent qu'un avantage extr&#234;mement faible d'efficacit&#233; et d'organisation, mais peut-il en &#234;tre autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volontaires britanniques peuvent remercier leur bonne &#233;toile, car ils disposent d&#232;s le commencement d'une importante arm&#233;e de m&#233;tier bien disciplin&#233;e et exp&#233;riment&#233;e, qui les prend sous son aile. Abstraction faite des pr&#233;juges propres &#224; tout corps de m&#233;tier, cette arm&#233;e a bien accueilli et convenablement trait&#233; les volontaires. Nous voulons esp&#233;rer que nul ne pense qu'une organisation de volontaires peut, d'une mani&#232;re ou d'une autre, rendre superflue l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Si certains volontaires le pensaient, il leur suffirait de jeter un coup d'&#339;il sur l'&#233;tat des deux arm&#233;es am&#233;ricaines de volontaires pour constater leur ignorance et leur pr&#233;somption. Aucune arm&#233;e nouvellement form&#233;e de civils ne peut &#234;tre efficace, si elle n'est pas soutenue et aid&#233;e par les gigantesques ressources intellectuelles et mat&#233;rielles qui se trouvent entre les mains d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re relativement forte, en ce qui concerne surtout l'organisation, cette force principale des arm&#233;es r&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que l'Angleterre soit menac&#233;e d'une invasion, et comparons ce qui s'y produirait avec ce qui se passe en Am&#233;rique. En Angleterre, tout le travail suppl&#233;mentaire qu'entra&#238;ne la formation d'une ann&#233;e de volontaires de trois cent mille hommes serait pris en charge par le minist&#232;re de la Guerre, avec l'aide de quelques fonctionnaires qu'il serait facile de trouver parmi les experts militaires bien entra&#238;nes. Il existe assez d'officiers en demi-solde, qui pourraient sans doute prendre sous leur contr&#244;le trois ou quatre bataillons de volontaires, et, avec un peu de peine, chaque bataillon pourrait &#234;tre flanqu&#233; d'un adjudant et d'un commandant. Bien s&#251;r, la cavalerie ne pourrait pas &#234;tre organis&#233;e aussi rapidement, mais une r&#233;organisation &#233;nergique des volontaires de l'artillerie avec des officiers et des conducteurs de l'artillerie royale pourrait doter de nombreuses batteries de campagne d'hommes capables. Les ing&#233;nieurs du pays n'attendent qu'une occasion pour recevoir la formation de l'&#233;l&#233;ment militaire de leur m&#233;tier, de sorte qu'ils seraient des officiers du g&#233;nie de tout premier plan. Les services de l'intendance et des transports sont d&#233;j&#224; sur pied et peuvent facilement &#234;tre am&#233;lior&#233;s pour couvrir les besoins de quatre cent mille hommes aussi bien que ceux de cent mille. Rien ne serait laiss&#233; au hasard, en d&#233;sordre ; partout on aiderait et on soutiendrait les volontaires, qui ne doivent pas aller &#224; t&#226;tons dans l'obscurit&#233;. D&#232;s lors, si l'Angleterre se pr&#233;cipite dans une guerre - abstraction faite des fautes qui sont in&#233;vitables - nous ne voyons aucune raison pour que l'organisation militaire ne soit pas au point en l'espace de six semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de consid&#233;rer l'Am&#233;rique pour se rendre compte de la valeur d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re pour l'organisation d'une arm&#233;e de volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les articles de Marx et d'Engels, m&#234;me s'ils paraissent dans la &#171; presse bourgeoise &#187;, ont une grande, port&#233;e pratique. En effet, chaque sujet est choisi pour telle presse, am&#233;ricaine ou europ&#233;enne, suivant les probl&#232;mes locaux et imm&#233;diats qui int&#233;ressent directement les acteurs du drame. Ainsi, Marx et Engels font-ils profiter leur &#171; camp &#187; de leur exp&#233;rience &#233;conomique, sociale, politique et militaire, en intervenant avec les moyens dont Ils disposent dans le cours br&#251;lant des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article ci-dessus a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par Engels pour le mouvement des volontaires qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; en Angleterre en 1859, au moment de la menace bonapartiste d'invasion. Engels tire, pour ces volontaires, l'exp&#233;rience de la guerre civile am&#233;ricaine. C'est sous cet angle particulier que seront donc analys&#233;s ici les probl&#232;mes militaires am&#233;ricains&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'il soit partisan de la mani&#232;re radicale, Engels explique qu'aux &#201;tats-Unis il est recommandable que les op&#233;rations militaires &#171; tra&#238;nent &#187; tout d'abord pendant un temps assez long, et ce pour des raisons qui ne sont pas purement techniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels du 1 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 43, 44 (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Engels fait allusion au passage suivant de l'article du 22 novembre 1861 sur les Officiers volontaires : &#171; Lieutenant A. B., chass&#233; de l'arm&#233;e pour conduite d&#233;shonorante ; C. D., ray&#233; des cadres ; capitaine E. F., renvoy&#233; du service des &#201;tats-Unis &#187; - tels sont quelques &#233;chantillons des derni&#232;res nouvelles militaires qui nous parviennent en quantit&#233; d'Am&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les &#201;tats-Unis ont envoy&#233; en campagne une tr&#232;s importante arm&#233;e de volontaires au cours de ces huit derniers mois ; ils n'ont &#233;pargn&#233; ni leur peine ni leur argent pour rendre cette arm&#233;e combative ; en outre, cette arm&#233;e avait l'avantage d'&#234;tre presque tout le temps en contact &#233;troit avec les positions avanc&#233;es de l'ennemi, qui n'osa jamais attaquer en masse ni exploiter &#224; fond une victoire. Ces conditions favorables compensent en r&#233;alit&#233; dans une large mesure les difficult&#233;s que conna&#238;t l'organisation des volontaires am&#233;ricains du fait qu'ils ne b&#233;n&#233;ficient que d'un tr&#232;s faible soutien de la part du tout Petit noyau de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et manquent d'adjudants exp&#233;riment&#233;s et d'instructeurs. Par chance, il y a en Am&#233;rique beaucoup d'hommes qui sont &#224; la fois qualifi&#233;s et dispos&#233;s &#224; aider les volontaires &#224; s'organiser. Il s'agit, soit de soldats et officiers allemands, qui ont subi un entra&#238;nement militaire r&#233;gulier et ont d&#233;j&#224; combattu lors des campagnes r&#233;volutionnaires de 1848-1849, soit de soldats anglais, qui ont &#233;migr&#233; au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si, dans ces conditions, il a fallu proc&#233;der malgr&#233; tout &#224; une v&#233;ritable &#233;puration parmi les officiers ; c'est qu'il existe une faiblesse non pas dans le syst&#232;me m&#234;me des volontaires, mais dans le mode de nomination des officiers de volontaires, qui, sans exception, ont &#233;t&#233; choisis par les soldats dans leurs propres rangs. C'est seulement apr&#232;s huit mois de campagne face &#224; l'ennemi que le gouvernement des &#201;tats-Unis se risque &#224; exiger que les officiers volontaires aient une certaine qualification pour la t&#226;che qu'ils ont entrepris de remplir lorsqu'ils ont accept&#233; leur fonction. Or, la cons&#233;quence en est de tr&#232;s nombreux licenciements, volontaires ou forc&#233;s, sans parler des innombrables renvois pour des motifs plus ou moins d&#233;shonorants, Il ne fait pas de doute que si l'arm&#233;e du Potomac faisait face &#224; une troupe bien organis&#233;e et renforc&#233;e d'un nombre appropri&#233; de soldats de m&#233;tier, elle e&#251;t &#233;t&#233; bient&#244;t mise en d&#233;route, malgr&#233; son importance num&#233;rique et l'indubitable courage personnel de ses soldats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont constamment d&#233;fendu l'id&#233;e qu'il fallait organiser les forces r&#233;volutionnaires spontan&#233;es pour vaincre dans une r&#233;volution, et l'exp&#233;rience de dizaines de r&#233;volutions malheureuses a confirm&#233; ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AUX &#201;TATS-UNIS&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Laisse-le courir, il ne m&#233;rite pas ta col&#232;re ! &#187; Encore et toujours, la sagesse d'&#201;tat anglaise par la bouche de lord John Russell - adresse au Nord des &#201;tats-Unis ce conseil de Leporello &#224; l'amante d&#233;laiss&#233;e par Don Juan [1]. Si le Nord laisse le champ libre au Sud, il se d&#233;barrasse de toute liaison avec l'esclavage - son p&#233;ch&#233; originel historique - et pose les bases d'un d&#233;veloppement nouveau et sup&#233;rieur [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, si le Nord et le Sud &#233;taient deux pays aussi nettement distincts que l'Angleterre et le Hanovre, par exemple, leur s&#233;paration ne serait pas plus difficile que celle de ces deux &#201;tats [3]. Mais, il se trouve que, par rapport au Nord, le &#171; Sud &#187; ne forme ni un territoire g&#233;ographiquement bien d&#233;limit&#233;, ni une unit&#233; morale. Ce n'est pas un pays, mais un mot d'ordre de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil d'une s&#233;paration &#224; l'amiable impliquerait que la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, au lieu d'avoir pris l'offensive dans la guerre civile, se batte pour le moins dans un but d&#233;fensif. On fait mine de croire qu'il ne s'agit pour le parti esclavagiste que d'unifier les territoires qu'il dominait jusqu'ici, afin d'en faire un groupe d'&#201;tats ind&#233;pendants, en les soustrayant &#224; l'autorit&#233; de l'Union. Rien n'est plus faux. &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'avoir. &#187; C'est en poussant ce cri de guerre que les s&#233;cessionnistes ont envahi le Kentucky. Par &#171; territoire tout entier &#187;, ils entendent d'abord tout ce que l'on appelle les &#201;tats fronti&#232;res (border states) : Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Kentucky, Tennessee, Missouri et Arkansas. Ensuite, ils revendiquent tout le territoire situ&#233; au sud de la ligne, qui va de l'angle nord-ouest du Missouri &#224; l'oc&#233;an Pacifique. En cons&#233;quence, ce que les esclavagistes appellent &#171; le Sud &#187;, c'est plus des trois quarts de l'actuel territoire de l'Union. Une large fraction du territoire ainsi revendiqu&#233; se trouve encore en possession de l'Union et devrait d'abord &#234;tre conquise &#224; ses d&#233;pens. Mais, tous les territoires que l'on appelle &#201;tats fronti&#232;res - et m&#234;me ceux qui se trouvent en la possession de la Conf&#233;d&#233;ration - n'ont jamais &#233;t&#233; de v&#233;ritables &#201;tats esclavagistes. Ils constituent bien plut&#244;t le territoire des &#201;tats-Unis, dans lequel les syst&#232;mes de l'esclavage et du travail libre existent c&#244;te &#224; c&#244;te et luttent pour l'h&#233;g&#233;monie ; en fait c'est l&#224; o&#249; se d&#233;roule la bataille entre le Sud et le Nord, entre l'esclavage et la libert&#233;. La Conf&#233;d&#233;ration du Sud ne m&#232;ne donc pas une guerre de d&#233;fense, mais une guerre de conqu&#234;te en vue d'&#233;tendre et de perp&#233;tuer l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cha&#238;ne de montagnes qui commence en Alabama et s'&#233;tend vers le nord jusqu'au fleuve Hudson - v&#233;ritable colonne vert&#233;brale des &#201;tats-Unis - divise le soi-disant Sud en trois parties. La r&#233;gion montagneuse, form&#233;e par les montagnes d'Alleghany avec leurs deux cha&#238;nes parall&#232;les, le Cumberland Range &#224; l'ouest et les Blue Ridge Mountains &#224; l'est, s&#233;pare, tel un coin, les plaines basses de la c&#244;te ouest de l'Atlantique de celles des vall&#233;es m&#233;ridionales du Mississippi. Les deux plaines basses s&#233;par&#233;es par la zone montagneuse, avec leurs immenses marais &#224; riz et leurs vastes plantations de coton, repr&#233;sentent actuellement l'aire proprement dite de l'esclavagisme. Le long coin enfonc&#233; par la zone montagneuse jusqu'au c&#339;ur de l'esclavagisme - avec l'espace libre qui lui correspond, le climat revigorant et un sous-sol riche en charbon, en sel, en calcaire, en minerai de fer, en or, bref en toutes les mati&#232;res. premi&#232;res n&#233;cessaires &#224; un d&#233;veloppement industriel diversifi&#233; - est d&#233;j&#224; en majeure partie une terre de libert&#233;. De par sa nature physique, le sol ne peut &#234;tre cultiv&#233; ici avec profit que par de petits fermiers libres. Ici, le syst&#232;me esclavagiste ne v&#233;g&#232;te que sporadiquement et n'a jamais pris racine Dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, les habitants des hauts plateaux forment le noyau de la libre population qui prend parti pour le Nord, ne serait-ce que dans un but d'autopr&#233;servation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons en d&#233;tail les territoires contest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Delaware, l'&#201;tat fronti&#232;re qui se situe le plus au nord-est, est, en fait et moralement, en la possession de l'Union. Tous les efforts des s&#233;cessionnistes pour former ne serait-ce qu'une fraction qui leur soit favorable ont &#233;chou&#233; depuis le d&#233;but de la guerre, face &#224; une population unanime. La fraction esclavagiste de cet &#201;tat est depuis fort longtemps en d&#233;cadence. Entre les seules ann&#233;es 1850 et 1860, le nombre des esclaves a diminu&#233; de moiti&#233; : la population totale de 112 218 n'en compte plus maintenant que 1798. Malgr&#233; cela, le Delaware est revendiqu&#233; par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, et, de fait, le Nord ne pourrait plus le tenir militairement, si le Sud s'emparait du Maryland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Maryland, on assiste au m&#234;me conflit entre les hauts plateaux et les basses plaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un total de 687 034 habitants, il y a 87 188 esclaves. Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales les plus r&#233;centes ont prouv&#233; de mani&#232;re frappante que la majorit&#233; &#233;crasante du peuple &#233;tait en faveur de l'Union. L'arm&#233;e, forte de trente mille hommes, qui occupe actuellement le Maryland, ne doit pas seulement servir de r&#233;serve &#224; l'arm&#233;e du Potomac, mais encore tenir en &#233;chec la r&#233;bellion esclavagiste &#224; l'int&#233;rieur du pays. On constate ici le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne que dans les &#201;tats fronti&#232;res, o&#249; la grande masse du peuple est pour le Nord, tandis qu'un parti esclavagiste num&#233;riquement insignifiant est pour le Sud. Le parti esclavagiste compense cette faiblesse num&#233;rique par les moyens de force que lui assurent un long exercice du pouvoir dans tous les services de l'&#201;tat, des habitudes h&#233;r&#233;ditaires de l'intrigue politique et la concentration de grands moyens financiers entre quelques mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Virginie repr&#233;sente actuellement le plus grand cantonnement militaire : le gros des forces de la s&#233;cession et de l'arm&#233;e de l'Union s'y font face. Dans les hauts plateaux du nord-ouest de la Virginie, la masse des esclaves s'&#233;l&#232;ve &#224; quinze mille, tandis qu'une population libre, vingt fois plus nombreuse, est constitu&#233;e de paysans autonomes. Les basses plaines de l'est de la Virginie, en revanche, comptent environ un demi-million d'esclaves. L'&#233;levage et la vente des Noirs dans les &#201;tats du sud repr&#233;sentent sa principale source de revenus. A peine les chefs de bandes des basses plaines eurent-ils fait passer l'ordonnance de s&#233;cession &#224; l'assembl&#233;e l&#233;gislative d'&#201;tat de Richmond et ouvert en toute h&#226;te les portes de la Virginie &#224; l'arm&#233;e sudiste, que le nord-ouest de la Virginie se d&#233;tacha de la s&#233;cession, s'&#233;rigea en &#201;tat nouveau et &#224; pr&#233;sent elle d&#233;fend son territoire les armes &#224; la main sous le drapeau de l'Union, contre les envahisseurs sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tennessee, avec 1 109 847 habitants, dont 275 784 esclaves se trouvent entre les mains de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, qui applique &#224; tout le pays la loi martiale et un syst&#232;me de proscription &#233;voquant l'&#233;poque du triumvirat romain. Lorsque, au cours de l'hiver 1861, les esclavagistes voulurent convoquer une assembl&#233;e populaire pour ratifier la s&#233;cession, la majorit&#233; de la population refusa cette convocation, afin de couper court &#224; tout pr&#233;texte au mouvement de s&#233;cession [4]. Plus tard, lorsque le Tennessee fut conquis militairement par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et soumis &#224; un r&#233;gime de terreur, un tiers du corps &#233;lectoral continua de se d&#233;clarer en faveur de l'Union [5]. Comme dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, le v&#233;ritable centre de la r&#233;sistance contre le parti esclavagiste se trouve dans la r&#233;gion montagneuse, dans l'est du pays. Le 17 juin 1861, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple du Tennessee oriental se r&#233;unit &#224; Greenville et se d&#233;clara pour l'Union. Elle d&#233;l&#233;gua au S&#233;nat de Washington l'ancien gouverneur Andrew Johnson, l'un des plus fervents Unionistes et publia une declaration of grievances, un cahier de dol&#233;ances, qui d&#233;voilait tous les moyens d'escroquerie, d'intrigue et de terreur utilis&#233;s pour faire sortir le Tennessee de l'Union lors des &#171; &#233;lections &#187;. Depuis, l'est du Tennessee est tenu en &#233;chec par les forces arm&#233;es des s&#233;cessionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nord de l'Alabama, le nord-ouest de la G&#233;orgie et le nord de la Caroline du Nord, on trouve les m&#234;mes conditions que dans l'ouest de la Virginie et l'est du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#224; l'ouest, dans l'&#201;tat fronti&#232;re du Missouri, avec 1 173 317 habitants et 114 965 esclaves - dont la plupart sont concentr&#233;s dans la partie nord-ouest de l'&#201;tat - l'assembl&#233;e populaire s'est prononc&#233;e en faveur de l'Union en ao&#251;t 1861 [6]. Jackson - gouverneur de l'&#201;tat et instrument du parti esclavagiste - s'&#233;tant rebell&#233; contre l'assembl&#233;e l&#233;gislative du Missouri, fut d&#233;clar&#233; hors la loi et se trouve maintenant &#224; la t&#234;te de hordes arm&#233;es. Celles-ci envahirent le Missouri &#224; partir du Texas, de l'Arkansas et du Tennessee, afin de lui faire plier le genou devant la Conf&#233;d&#233;ration et de briser ses liens avec l'Union par l'&#233;p&#233;e. A c&#244;t&#233; de la Virginie, le Missouri constitue actuellement le th&#233;&#226;tre principal de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nouveau-Mexique n'est pas un &#201;tat, mais un simple territoire. Sous la pr&#233;sidence de Buchanan, les sudistes y envoy&#232;rent vingt-cinq esclaves &#224; la suite desquels ils introduisirent une constitution esclavagiste confectionn&#233;e &#224; Washington. Comme le Sud l'admet lui-m&#234;me, cet &#201;tat ne lui a rien demand&#233;. Mais, le Sud veut le Nouveau-Mexique, et vomit en cons&#233;quence une bande d'aventuriers du Texas par-del&#224; ses fronti&#232;res. Le Nouveau-Mexique a implor&#233; la protection du gouvernement de l'Union contre ces &#171; lib&#233;rateurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a not&#233; que nous avons soulign&#233; le rapport num&#233;rique entre esclaves et hommes libres dans les diff&#233;rents &#201;tats fronti&#232;res. De fait, ce rapport est d&#233;cisif. C'est le thermom&#232;tre d'apr&#232;s lequel il faut mesurer le feu vital du syst&#232;me esclavagiste. L'&#226;me de tout le mouvement s&#233;cessionniste est la Caroline du Sud. Elle compte 402 541 esclaves contre 301 271 hommes libres. En second vient le Mississippi qui a donn&#233; &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud son dictateur Jefferson Davis. Il compte 436 696 esclaves contre 354 699 hommes libres. En troisi&#232;me, vient l'Alabama avec 435 132 esclaves contre 529 164 hommes libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier des &#201;tats fronti&#232;res contest&#233;s qu'il nous reste &#224; mentionner est le Kentucky. Son histoire la plus r&#233;cente est particuli&#232;rement caract&#233;ristique de la politique de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. Sur 1 135 713 habitants, le Kentucky compte 225 490 esclaves. Dans les trois &#233;lections g&#233;n&#233;rales successives - en hiver 1861, pour le Congr&#232;s des &#201;tats fronti&#232;res ; en juin 1861, pour le Congr&#232;s de Washington, et enfin en ao&#251;t 1861 pour les l&#233;gislatives de l'&#201;tat du Kentucky - une majorit&#233; toujours croissante se pronon&#231;a pour l'Union. En revanche, Mageffin, le gouverneur du Kentucky, et tous les dignitaires de l'&#201;tat sont de fanatiques partisans du parti esclavagiste, tout comme Breckinridge, le repr&#233;sentant du Kentucky au S&#233;nat de Washington, vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis sous Buchanan et candidat du parti esclavagiste en 1860 lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles. Trop faible pour gagner le Kentucky &#224; la s&#233;cession, l'influence du parti esclavagiste &#233;tait cependant assez forte pour l'amener &#224; une d&#233;claration de neutralit&#233; lorsque la guerre &#233;clata. La Conf&#233;d&#233;ration reconnut la neutralit&#233;, tant qu'elle servait ses int&#233;r&#234;ts et qu'il lui fallait abattre la r&#233;sistance du Tennessee oriental. A peine ce but fut-il atteint, qu'elle frappa aux portes du Kentucky &#224; coups de crosse, en proclamant : &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'obtenir ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le sud-ouest et le sud-est, ses corps de francs-tireurs envahirent simultan&#233;ment cet &#201;tat &#171; neutre &#187;. Le Kentucky s'&#233;veilla ainsi de son r&#234;ve de neutralit&#233;, son assembl&#233;e l&#233;gislative prit ouvertement parti pour l'Union, encadra le gouverneur f&#233;lon d'un comit&#233; de salut public, appela le peuple aux armes, d&#233;clara Breckinridge hors la loi et ordonna aux s&#233;cessionnistes d'&#233;vacuer imm&#233;diatement le territoire envahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le signal de la guerre. Une arm&#233;e de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud fait mouvement vers Louisville, tandis que des volontaires accourent de l'Illinois, de l'Indiana et de l'Ohio pour sauver le Kentucky des &#233;missaires arm&#233;s de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives de la Conf&#233;d&#233;ration pour annexer le Missouri et le Kentucky, par exemple, contre la volont&#233; de la population d&#233;montrent l'inanit&#233; du pr&#233;texte selon lequel elle lutte pour d&#233;fendre les droits des divers &#201;tats, face aux empi&#233;tements de l'Union. Certes, elle reconna&#238;t le droit aux diff&#233;rents &#201;tats formant - d'apr&#232;s elle - le &#171; Sud &#187; de se s&#233;parer de l'Union, mais leur d&#233;nie celui d'y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique la guerre contre l'ext&#233;rieur, la dictature militaire &#224; l'int&#233;rieur, et l'esclavage partout, leur donnent pour l'heure un semblant d'harmonie, les &#201;tats esclavagistes eux-m&#234;mes ne manquent pas d'&#233;l&#233;ments r&#233;calcitrants. Un exemple frappant en est le Texas avec 180 388 esclaves contre 601 039 habitants. La loi de 1845 en vertu de laquelle le Texas est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis, en tant qu'&#201;tat esclavagiste, lui donnait le droit de former de son territoire non seulement un, mais cinq &#201;tats. Ainsi, le Sud e&#251;t gagn&#233; dix nouvelles voix, au lieu de deux, au S&#233;nat am&#233;ricain ; or, l'augmentation du nombre de ses voix au S&#233;nat &#233;tait l'un des buts principaux de sa politique d'alors. Cependant, de 1845 &#224; 1860, les esclavagistes ne r&#233;ussirent m&#234;me pas &#224; d&#233;couper en deux &#201;tats le Texas, o&#249; la population allemande joue un r&#244;le important, car, dans le second &#201;tat, le parti du travail libre l'e&#251;t emport&#233; sur le parti esclavagiste [7]. Est-il meilleure preuve de la force de l'opposition contre l'oligarchie esclavagiste au Texas m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Georgie est le plus grand et le plus peupl&#233; des &#201;tats esclavagistes. On y compte 462 230 esclaves sur un total de 1 057 327 habitants, soit environ la moiti&#233; de la population. Malgr&#233; cela, le parti esclavagiste ne parvint pas jusqu'ici &#224; faire sanctionner par un vote g&#233;n&#233;ral de la population la Constitution octroy&#233;e au Sud &#224; Montgomery [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'assembl&#233;e d'&#201;tat de la Louisiane, qui se r&#233;unit le 21 mars 1861 &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans, Roselius, le v&#233;t&#233;ran politique de l'&#201;tat d&#233;clara : &#171; La Constitution de Montgomery n'est pas une constitution, mais une conspiration. Elle n'instaure pas un gouvernement du peuple, mais une oligarchie d&#233;testable qui ne conna&#238;t pas de limites. Il ne fut pas permis au peuple d'intervenir &#224; cette occasion. L'assembl&#233;e de Montgomery a creus&#233; la tombe de la libert&#233; politique, et l'on nous invite aujourd'hui &#224; assister &#224; ses obs&#232;ques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes n'utilisa pas seulement l'assembl&#233;e de Montgomery pour proclamer la s&#233;paration du Sud d'avec le Nord, mais l'exploita encore pour bouleverser la constitution interne des &#201;tats esclavagistes et compl&#233;ter l'asservissement de la partie blanche de la population, qui entendait conserver encore quelque ind&#233;pendance sous la protection et la constitution d&#233;mocratique de l'Union. D&#233;j&#224;, entre 1856 et 1860, les porte-parole politiques, les juristes, les autorit&#233;s morales et religieuses du parti esclavagiste n'avaient pas tant cherch&#233; &#224; d&#233;montrer que l'esclavage des Noirs &#233;tait justifi&#233;, mais que la couleur de la peau n'y faisait rien, la classe ouvri&#232;re &#233;tant partout n&#233;e pour l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, au sens le plus plein, la guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud est une guerre de conqu&#234;te, destin&#233;e &#224; l'extension et &#224; la perp&#233;tuation de l'esclavage. La plus grande partie des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires ne se trouve pas encore aux mains de l'Union, bien qu'ils aient pris parti pour elle par le moyen des urnes, puis par celui des armes. Cependant, la Conf&#233;d&#233;ration les compte dans le &#171; Sud &#187; et cherche &#224; les arracher de force &#224; l'Union. Dans les &#201;tats fronti&#232;res qu'elle occupe pour le moment, la Conf&#233;d&#233;ration tient en &#233;chec par la loi martiale les r&#233;gions montagneuses en grande partie favorables au mode de vie libre. A l'int&#233;rieur des &#201;tats esclavagistes proprement dits, elle supplante la d&#233;mocratie existant jusqu'ici en instaurant le pouvoir sans bornes de l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abandonnant ses plans de conqu&#234;te, la Conf&#233;d&#233;ration du Sud renoncerait &#224; son principe vital et au but de la s&#233;cession. De fait, la s&#233;cession ne s'est produite que parce qu'au sein de l'Union la transformation des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires en &#201;tats esclavagistes ne semble pas r&#233;alisable ind&#233;finiment. Au reste, s'il c&#233;dait pacifiquement &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud les territoires contest&#233;s, le Nord abandonnerait &#224; la r&#233;publique esclavagiste plus des trois quarts de tout le territoire des &#201;tats-Unis. Le Nord perdrait enti&#232;rement le golfe du Mexique, l'oc&#233;an Atlantique, &#224; l'exception d'une mince bande de terre s'&#233;tendant de la baie de Pensacola &#224; celle du Delaware, et se couperait elle-m&#234;me de l'oc&#233;an Pacifique. Le Missouri, le Kansas, le Nouveau-Mexique, l'Arkansas et le Texas entra&#238;neraient &#224; leur suite la Californie [9]. Incapables d'arracher &#224; la R&#233;publique esclavagiste ennemie l'embouchure du Mississippi au sud, les grands &#201;tats agricoles, situ&#233;s dans le bassin entre les Montagnes-Rocheuses et les Alleghanys, dans les vall&#233;es du Mississippi, du Missouri et de l'Ohio, seraient contraints, de par leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, &#224; se d&#233;tacher du Nord et &#224; entrer dans la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. A leur tour, ces &#201;tats du nord-ouest entra&#238;neraient, dans la m&#234;me ronde de la s&#233;cession, tous les &#201;tats nordistes situ&#233;s plus &#224; l'est, &#224; l'exception peut-&#234;tre de la Nouvelle-Angleterre [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce ne serait pas la dissolution de l'Union, mais sa r&#233;organisation sur la base de l'esclavage, sous le contr&#244;le reconnu de l'oligarchie esclavagiste. Le plan d'une telle r&#233;organisation a &#233;t&#233; ouvertement proclam&#233; par les principaux porte-parole du Sud au Congr&#232;s de Montgomery. Il explique le paragraphe de la nouvelle constitution, qui ouvre la porte de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration &#224; tout &#201;tat de l'ancienne Union. Le syst&#232;me esclavagiste empesterait toute l'Union. Dans les &#201;tats du Nord, o&#249; l'esclavage est pratiquement irr&#233;alisable, la classe ouvri&#232;re blanche serait progressivement abaiss&#233;e &#224; la condition d'ilote. Ce serait purement et simplement l'application du principe hautement proclam&#233;, selon lequel seules certaines races seraient aptes &#224; &#234;tre libres : comme, dans le Sud, le travail proprement dit est r&#233;serv&#233; aux Noirs, il serait r&#233;serv&#233; dans le Nord aux Allemands et aux Irlandais, ou &#224; leurs descendants directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle lutte entre le Sud et le Nord est donc essentiellement un conflit entre deux syst&#232;mes sociaux, entre le syst&#232;me de l'esclavage et celui du travail libre. La lutte a &#233;clat&#233;, parce que les deux syst&#232;mes ne peuvent pas coexister plus longtemps en paix sur le continent nord-am&#233;ricain. Elle ne peut finir qu'avec la victoire de l'un ou de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#201;tats fronti&#232;res et les territoires contest&#233;s, o&#249; les deux syst&#232;mes sont en lutte pour l'h&#233;g&#233;monie, sont comme une &#233;pine dans la chair du Sud, il ne faut pas m&#233;conna&#238;tre, par ailleurs, qu'au cours de la guerre ils ont repr&#233;sent&#233; jusqu'ici le point faible du Nord. Sur ordre des conjur&#233;s du Sud, une fraction des esclavagistes de ces districts a simul&#233; hypocritement sa loyaut&#233; au Nord, tandis qu'une autre fraction trouvait que ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et ses id&#233;es traditionnelles la rapprochaient de l'Union. Ces deux fractions ont pareillement paralys&#233; le Nord. La crainte d'alt&#233;rer l'humeur des esclavagistes &#171; loyaux &#187; des &#201;tats fronti&#232;res et de les jeter dans les bras de la s&#233;cession, en d'autres termes : les m&#233;nagements empreints de prudence vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts, pr&#233;jug&#233;s et sentiments de ces alli&#233;s douteux, c'est ce qui a frapp&#233; l'Union depuis le d&#233;but de la guerre d'une faiblesse incurable, en la poussant dans la voie des demi-mesures, en l'amenant &#224; manquer hypocritement aux principes inh&#233;rents &#224; la guerre, en &#233;pargnant le point le plus vuln&#233;rable de l'ennemi, la racine du mal : l'esclavage lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, r&#233;cemment encore, Lincoln a r&#233;voqu&#233; pusillanimement la proclamation du Missouri de Fr&#233;mont sur l'&#233;mancipation des Noirs appartenant aux rebelles [11], c'est uniquement en &#233;gard aux violentes protestations des esclavagistes &#171; loyaux &#187; du Kentucky. Quoi qu'il en soit, un tournant a &#233;t&#233; atteint en cette mati&#232;re. Avec le Kentucky, le dernier &#201;tat fronti&#232;re a pris rang parmi les champs de bataille entre Sud et Nord. D&#232;s lors qu'il s'agit d'une v&#233;ritable guerre pour les &#201;tats fronti&#232;res dans les &#201;tats fronti&#232;res eux-m&#234;mes, leur perte ou leur conqu&#234;te est soustraite &#224; la sph&#232;re des d&#233;bats diplomatiques ou parlementaires. Une fraction des esclavagistes jettera bas le masque de la loyaut&#233;, l'autre se satisfera de la perspective d'une indemnisation mon&#233;taire, telle que la Grande-Bretagne en versa aux planteurs de l'Inde occidentale [12]. Les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes poussent &#224; la proclamation du mot d'ordre d&#233;cisif : l'&#233;mancipation des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les plus but&#233;s parmi les d&#233;mocrates et diplomates du Nord se sentent attir&#233;s par cette formule, comme le montrent diverses manifestations tout &#224; fait r&#233;centes. Dans une lettre ouverte, le g&#233;n&#233;ral Cass, ministre de la Guerre sous Buchanan et, jusqu'ici, l'un des alli&#233;s les plus z&#233;l&#233;s du Sud, a proclam&#233; que l'&#233;mancipation des esclaves &#233;tait la condition sine qua non du salut de l'Union. Dans sa derni&#232;re &#171; revue &#187; d'octobre, le Dr Brownson - le porte-parole du parti catholique du Nord et, selon son propre aveu, l'adversaire le plus d&#233;cid&#233; de l'&#233;mancipation des esclaves de 1836 &#224; 1860 - publie un article en faveur de l'abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous avons combattu l'abolition, dit-il entre autres, tant que nous estimions qu'elle mena&#231;ait l'Union, il nous faut lutter aujourd'hui d'autant plus &#233;nergiquement contre le maintien de l'esclavage que nous sommes persuad&#233;s qu'il est d&#233;sormais incompatible avec la continuation de l'Union ou de la nation comme libre &#201;tat r&#233;publicain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le World, organe new-yorkais des diplomates du cabinet de Washington, conclut l'un de ses derniers articles &#224; sensation contre les abolitionnistes par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le jour o&#249; l'on d&#233;cidera que c'est, ou bien l'esclavage, ou bien l'Union qui doit dispara&#238;tre, on aura prononc&#233; la sentence de mort de l'esclavage. Si le Nord ne peut vaincre sans l'&#233;mancipation, il vaincra avec l'&#233;mancipation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. l'op&#233;ra Don Juan de Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels des 3 et 5 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 47-48 et 50-56. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#192; la mort du dernier repr&#233;sentant de la dynastie des Hanovre en 1837, ce fut la fin de l'union personnelle entre l'Angleterre et le Hanovre, qui subsistait depuis 1714.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Au d&#233;but 1861, le peuple du Tennessee s'opposa &#224; la convocation d'une assembl&#233;e devant d&#233;lib&#233;rer du probl&#232;me de la s&#233;cession, par 69 673 voix contre 57 798. Le bastion de l'Union qu'&#233;tait le Tennessee oriental vota contre ce projet par une majorit&#233; de 25 611, tandis que le Tennessee central ne r&#233;unit qu'une faible majorit&#233; et que le Tennessee occidental l'accepta par 15 118 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le 16 juin 1861, le peuple du Tennessee vota comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee oriental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 780&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee central&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 265&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 198&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee occidental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 117&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camps militaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 741&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;104 913&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 238&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] En mars 1861, une convention, r&#233;unie au Missouri, s'opposa &#224; la s&#233;cession par 89 voix contre 1. Cependant, les esclavagistes dominaient l'administration d'&#201;tat au point que le Missouri fut lentement, mais s&#251;rement aiguill&#233; dans l'orbite de la Conf&#233;d&#233;ration. Pour r&#233;agir contre *cette &#233;volution, une convention refl&#233;tant les v&#233;ritables sentiments de la population, se r&#233;unit &#224; Jefferson City fin juillet. Le gouverneur Jackson, chef du parti esclavagiste, y fut d&#233;pos&#233;, et remplac&#233; par un partisan de l'Union, Gambie. Ainsi, en ao&#251;t 1861, le gouvernement de l'&#201;tat du Missouri passa d&#233;finitivement aux c&#244;t&#233;s de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Avant 1848, un nombre consid&#233;rable d'Allemands, esp&#233;rant instaurer un &#201;tat ind&#233;pendant, arriv&#232;rent eu Texas o&#249; ils furent bien accueillis par l'administration., Ils furent suivis, en 1848 et 1849, par des milliers de r&#233;volutionnaires allemands. En 1850, la population de souche allemande formait environ le cinqui&#232;me de la population blanche de cet &#201;tat ; &#201;videmment, les anciens r&#233;volutionnaires allemands &#233;taient en grande majorit&#233; anti-esclavagistes. En 1853, ils organis&#232;rent une soci&#233;t&#233; abolitionniste, le Prier Verein. Un an plus tard, une convention r&#233;unie &#224; San Antonio r&#233;clama la fin de l'esclavagisme. Au moment o&#249; &#233;clata la guerre civile, la plupart des Allemands se s&#233;par&#232;rent de l'&#201;tat esclavagiste et rest&#232;rent fid&#232;les au gouvernement de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Plut&#244;t que de courir le risque d'un rejet de la Constitution de Montgomery par la population, les esclavagistes la soumirent pour ratification &#224; l'assembl&#233;e d'&#201;tat. Cette derni&#232;re, sous le contr&#244;le esclavagiste, l'accepta sans autre forme de proc&#232;s, le 16 mars 1861. Cette m&#233;thode fut reprise par d'autres &#201;tats du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En 1860-1861, les partisans des &#201;tats sudistes s'efforc&#232;rent de s&#233;parer la Californie de l'Union nord-am&#233;ricaine en cr&#233;ant une r&#233;publique &#171; neutre &#187; sur l&#224; c&#244;te du Pacifique. Le gouvernement de Lincoln sut d&#233;jouer &#224; temps ces intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] La Nouvelle-Angleterre, situ&#233;e au nord-est des USA, &#233;tait constitu&#233;e par un groupe de six &#201;tats fortement industrialis&#233;s (Maine, Massachusetts Connecticut, Rhode Island, Vermont, New Hampshire). C'&#233;tait le centre du mouvement abolitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Apr&#232;s le soul&#232;vement des esclaves noirs de la Jama&#239;que, le parlement anglais adopta en 1833 la loi sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies. En Inde occidentale, le gouvernement versa aux propri&#233;taires deux livres sterling par esclave affranchi. Les sommes vers&#233;es devaient &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;es par des imp&#244;ts ult&#233;rieurs frappant la population, et en premier les Noirs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA DESTITUTION DE FR&#201;MONT&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destitution de Fr&#233;mont du poste de commandant en chef du Missouri marque un tournant historique dans le cours de la guerre civile am&#233;ricaine. Fr&#233;mont a expi&#233; deux p&#233;ch&#233;s graves. Il fut le premier candidat du Parti r&#233;publicain &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle (1856), et c'est le premier g&#233;n&#233;ral du Nord, qui (le 30 ao&#251;t 1861) mena&#231;a les esclavagistes de l'&#233;mancipation des esclaves [1]. Il reste donc un rival pour les futurs candidats &#224; la pr&#233;sidence et un obstacle pour les actuels faiseurs de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux derni&#232;res d&#233;cennies, une singuli&#232;re pratique s'est d&#233;velopp&#233;e aux &#201;tats-Unis : &#233;viter de faire &#233;lire &#224; la pr&#233;sidence un homme ayant occup&#233; une place d&#233;cisive dans son propre parti. Certes, on utilise le nom de ces personnalit&#233;s au cours de la campagne &#233;lectorale, mais sit&#244;t qu'on aborde l'affaire elle-m&#234;me, on les laisse choir pour les remplacer par des m&#233;diocrit&#233;s inconnues et d'influence purement locale. C'est de cette fa&#231;on que Polk, Pierce, Buchanan, etc., devinrent pr&#233;sidents. Il en fut de m&#234;me de A. Lincoln. En fait, le g&#233;n&#233;ral Andrew Jackson fut le dernier pr&#233;sident des &#201;tats-Unis &#224; devoir sa dignit&#233; &#224; son importance personnelle, alors que tous ses successeurs la doivent au contraire &#224; l'insignifiance de leur personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e &#233;lectorale de 1860, les noms les plus distingu&#233;s du Parti r&#233;publicain &#233;taient Fr&#233;mont et Seward. Connu pour ses aventures durant la guerre du Mexique [2], son audacieuse exp&#233;dition de Californie et sa candidature de 1856, Fr&#233;mont &#233;tait un personnage trop repr&#233;sentatif pour entrer en consid&#233;ration, sit&#244;t qu'il s'agissait non plus d'effectuer une d&#233;monstration r&#233;publicaine, mais de viser un succ&#232;s r&#233;publicain. C'est pourquoi, il ne fut pas candidat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement de Seward, s&#233;nateur r&#233;publicain au Congr&#232;s de Washington, gouverneur de l'&#201;tat de New York et, depuis la naissance du Parti r&#233;publicain, indiscutablement son meilleur orateur. Il fallut toute une s&#233;rie de d&#233;faites mortifiantes pour amener M. Seward &#224; renoncer &#224; sa propre candidature et &#224; patronner de sa voix celui qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait encore plus ou moins un inconnu, A. Lincoln. Cependant, d&#232;s qu'il s'aper&#231;ut de l'&#233;chec de sa propre candidature, il s'imposa lui-m&#234;me, en tant que Richelieu r&#233;publicain, &#224; un homme qu'il tenait lui-m&#234;me pour un Louis XIII r&#233;publicain. Il contribua donc &#224; faire de Lincoln le pr&#233;sident, &#224; condition qu'il f&#238;t de lui le secr&#233;taire d'&#201;tat, dignit&#233; que l'on peut comparer dans une certaine mesure &#224; celle d'un premier ministre anglais. De fait, &#224; peine Lincoln &#233;tait-il &#233;lu pr&#233;sident, que Seward fut assur&#233; du secr&#233;tariat d'&#201;tat. On assista aussit&#244;t &#224; un curieux changement d'attitude du D&#233;mosth&#232;ne du Parti r&#233;publicain, devenu c&#233;l&#232;bre, parce qu'il proph&#233;tisa un &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; entre le syst&#232;me du travail libre et celui de l'esclavage. Bien s&#251;r qu'il f&#251;t &#233;lu le 6 novembre 1860, Lincoln ne devait acc&#233;der &#224; la fonction pr&#233;sidentielle que le 4 mars 1861. Dans l'intervalle, au cours de la session d'hiver du Congr&#232;s, Seward se fit le centre de toutes les tentatives de compromis. Les organes sudistes dans le Nord - par exemple le New York Herald, dont la b&#234;te noire avait &#233;t&#233; jusqu'ici Seward - se mirent soudain &#224; vanter ses m&#233;rites d'homme d'&#201;tat de la r&#233;conciliation et, effectivement, ce ne fut pas sa faute si la paix a tout prix ne fut pas conclue. Manifestement, Seward utilisait le secr&#233;tariat d'&#201;tat comme tremplin et se pr&#233;occupait moins du pr&#233;sent &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; [3] que de la future pr&#233;sidence. Il a prouv&#233; une fois de plus que les virtuoses de la langue &#233;taient des hommes d'&#201;tat dangereux auxquels on ne peut faire confiance. Qu'on lise ses d&#233;p&#234;ches d'&#201;tat ! C'est un m&#233;lange ignoble de grands mots et de petit esprit, de force apparente et de faiblesse r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Seward, Fr&#233;mont &#233;tait un rival dangereux qu'il fallait perdre. Cette entreprise apparut d'autant plus facile que, conform&#233;ment &#224; ses habitudes d'avocat, Lincoln a une aversion pour tout ce qui est g&#233;nial, s'accroche anxieusement &#224; la lettre de la Constitution et redoute tout pas qui pourrait d&#233;cevoir les &#171; loyaux &#187; esclavagistes des &#201;tats fronti&#232;res. Le caract&#232;re de Fr&#233;mont offrit un autre pr&#233;texte. C'est manifestement un homme de pathos, quelque peu excessif et hyperbolique, port&#233; aux envol&#233;es m&#233;lodramatiques. Le gouvernement l'incita tout d'abord &#224; d&#233;missionner volontairement en l'accablant de toutes sortes de chicanes. Lorsque cette m&#233;thode &#233;choua, il lui enleva son commandement, au moment pr&#233;cis o&#249; l'arm&#233;e qu'il avait organis&#233;e lui-m&#234;me se trouvait face &#224; face avec l'ennemi dans le sud-ouest du Missouri et qu'il fallait livrer la bataille d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;mont est l'idole des &#201;tats du nord-ouest qui le c&#233;l&#232;brent comme pathfinder (&#233;claireur). Ils consid&#232;rent sa destitution comme une injure personnelle. Si le gouvernement de l'Union subit encore quelques revers comme ceux de Bull Run et de Balls Bluff [4], il aura donn&#233; lui-m&#234;me John Fr&#233;mont pour chef &#224; l'opposition, qui se dressera alors contre lui et brisera l'actuel syst&#232;me diplomatique de conduite de la guerre. Nous reviendrons plus tard sur les accusations publi&#233;es par le minist&#232;re de la Guerre de Washington contre le g&#233;n&#233;ral destitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les &#201;tats-Unis firent la guerre au Mexique, de 1846 &#224; 1848 ; les &#201;tats-Unis conquirent pr&#232;s de la moiti&#233; du pays, notamment tout le Texas, la Nouvelle-Californie et le Nouveau-Mexique. Les planteurs du Sud et la bourgeoisie financi&#232;re furent &#224; l'origine de cette campagne de brigandage imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'expression est de Seward, cf. son discours du 25 octobre 1858 &#224; Rochester, in : W.H. Seward, Works, ed. G.E. Baker, Boston 1884, vol. IV, pp. 289-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la bataille de Balls Bluff, au nord-ouest de Washington, les arm&#233;es sudistes an&#233;antirent le 21 octobre 1861 plusieurs r&#233;giments de l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Stone qui avaient travers&#233; le Potomac sans renforts. Ces deux batailles mirent en &#233;vidence les lacunes s&#233;rieuses au sein de l'organisation et de la direction des arm&#233;es nordistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : AFFAIRES AM&#201;RICAINES&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 f&#233;vrier 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 mars 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Lincoln n'ose pas faire un pas en avant tant que le cours des &#233;v&#233;nements et l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de l'opinion publique permettent de temporiser. Mais, une fois qu' &#171; Old Abe &#187; s'est convaincu lui-m&#234;me qu'un tel tournant s'est produit, il surprend autant ses amis que ses ennemis par la soudainet&#233; d'une op&#233;ration men&#233;e avec le moins de bruit possible. Ainsi, de la mani&#232;re la moins voyante, il vient d'ex&#233;cuter un coup, qui, six mois auparavant, e&#251;t pu lui co&#251;ter le si&#232;ge de pr&#233;sident et qui, il y a peu de mois encore e&#251;t suscit&#233; une temp&#234;te de protestations. Nous parlons de l'&#233;limination de McClellan de son poste de commandant en chef de toutes les arm&#233;es de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, Lincoln avait remplac&#233; le ministre de la Guerre Cameron par un juriste &#233;nergique et implacable, Mr Edwin Stanton. Celui-ci lan&#231;a aussit&#244;t un ordre du jour aux g&#233;n&#233;raux Buell, Halleck, Sherman et autres commandants de services entiers ou de chefs d'exp&#233;ditions, leur enjoignant d'attendre &#224; l'avenir que leur parviennent directement tous les ordres, publics et secrets, du minist&#232;re de la Guerre, et, de m&#234;me, de r&#233;pondre directement a ce minist&#232;re. Enfin, Lincoln donna quelques ordres qu'il signa lui-m&#234;me en tant que &#171; commandant en chef de l'arm&#233;e et de la marine &#187;, titre qui lui revenait de par la Constitution. De cette mani&#232;re &#171; tranquille &#187;, le &#171; jeune Napol&#233;on &#187; [1] fut d&#233;pouill&#233; du commandement supr&#234;me qu'il exer&#231;ait jusque-l&#224; sur toutes les arm&#233;es et fut r&#233;duit &#224; la seule direction de l'arm&#233;e du Potomac, bien qu'il gard&#226;t le titre de &#171; commandant en chef &#187; [2]. Les succ&#232;s remport&#233;s au Kentucky, au Tennessee et sur la c&#244;te Atlantique ont inaugur&#233; favorablement la prise en main du commandement supr&#234;me par le pr&#233;sident Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poste de commandant en chef, occup&#233; jusque-l&#224; par McClellan, a &#233;t&#233; l&#233;gu&#233; aux &#201;tats-Unis par l'Angleterre et correspond &#224; peu pr&#232;s a la dignit&#233; de grand conn&#233;table dans l'arm&#233;e fran&#231;aise de l'ancien r&#233;gime. Pendant la guerre de Crim&#233;e, l'Angleterre elle-m&#234;me d&#233;couvrit que cette vieille institution &#233;tait d&#233;sormais inad&#233;quate. Elle r&#233;alisa donc un compromis gr&#226;ce auquel une partie des attributs du commandant en chef fut transmise au minist&#232;re de la Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour juger de la tactique fabienne, [3] de McClellan, nous manquons encore du mat&#233;riel voulu. Mais, il ne fait pas de doute que son action entravait la conduite des op&#233;rations militaires en, g&#233;n&#233;ral. On peut dire de McClellan ce que Macaulay disait d'Essex : &#171; Les fautes militaires d'Essex d&#233;coulent essentiellement de ses sentiments politiques timor&#233;s. Certes, il est honn&#234;te, mais il n'est nullement attach&#233; &#224; la cause du Parlement : en dehors d'une grande d&#233;faite, il ne craint rien davantage qu'une grande victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des officiers form&#233;s &#224; West Point et appartenant &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, McClellan est plus ou moins li&#233; par l'esprit de corps &#224; ses anciens camarades qui se trouvent dans le camp ennemi. Il jalouse, lui aussi, les parvenus que sont &#224; ses yeux les &#171; soldats du civil &#187;. Pour lui, la guerre doit &#234;tre men&#233;e de mani&#232;re purement technique, comme une affaire, en ayant toujours en vue de restaurer l'Union sur sa base ancienne, et c'est pourquoi il convient avant tout de se tenir en dehors de toute tendance et principe r&#233;volutionnaires. En v&#233;rit&#233;, c'est l&#224; une bien curieuse conception d'une guerre qui est essentiellement une guerre de principes ! Les premiers g&#233;n&#233;raux du Parlement anglais partageaient la m&#234;me erreur. &#171; Mais, dit Cromwell dans son adresse au parlement-croupion du 4 juillet 1653, comme tout cela a chang&#233; lorsque la direction a &#233;t&#233; assum&#233;e par des hommes p&#233;n&#233;tr&#233;s de l'esprit de religiosit&#233; et de foi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Star de Washington, l'organe particulier de McClellan, d&#233;clare encore dans son dernier num&#233;ro : &#171; Le but de toutes les combinaisons militaires du g&#233;n&#233;ral McClellan est le r&#233;tablissement de l'Union sous la forme exacte o&#249; elle existait avant que n'&#233;clat&#226;t la r&#233;bellion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant donc si, sur le Potomac, l'arm&#233;e &#233;tait employ&#233;e sous les yeux du commandant en chef &#224; la chasse aux esclaves ! Tout r&#233;cemment encore, McClellan fit expulser du camp par ordre expr&#232;s la famille des musiciens Kutchinson, qui y chantait des chansons... anti-esclavagistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part de telles manifestations &#171; contre les tendances &#187;, McClellan prenait sous sa haute protection les tra&#238;tres de l'arm&#233;e unioniste. Par exemple, il promut Maynard &#224; un grade sup&#233;rieur, bien que ce f&#251;t un agent des s&#233;cessionnistes, comme le prouvent les documents officiels du comit&#233; d'enqu&#234;te de la Chambre des repr&#233;sentants. Du g&#233;n&#233;ral Patterson, dont la trahison provoqua la d&#233;faite de Manassas, jusqu'au g&#233;n&#233;ral Stone, qui organisa la d&#233;faite de Balls Bluff en connivence directe avec l'ennemi. McClellan savait soustraire tout tra&#238;tre militaire &#224; la cour martiale, voire le plus souvent l'emp&#234;cher d'&#234;tre renvoy&#233; de son poste. A ce sujet, le comit&#233; d'enqu&#234;te du Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; les faits les plus surprenants. Lincoln r&#233;solut de d&#233;montrer par une mesure &#233;nergique, que lorsqu'il assumait le commandement supr&#234;me, l'heure des tra&#238;tres &#224; &#233;paulettes avait sonn&#233;, et qu'un tournant s'&#233;tait produit dans la politique de guerre. Sur son ordre, le g&#233;n&#233;ral Stone fut arr&#234;t&#233; dans son lit le 10 f&#233;vrier &#224; deux heures du matin et conduit au fort Lafayette. Quelques heures plus tard, parvint l'ordre de son arrestation, sign&#233; de Stanton et contenant l'accusation de haute trahison passible de la cour martiale. L'arrestation de Stone et sa mise en accusation ont eu lieu sans que le g&#233;n&#233;ral McClellan en f&#251;t inform&#233; au pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'il restait inactif et portait les lauriers tress&#233;s &#224; l'avance, McClellan &#233;tait manifestement r&#233;solu &#224; ne pas permettre qu'un autre g&#233;n&#233;ral le devan&#231;&#226;t. Les g&#233;n&#233;raux Halleck et Pope avaient pr&#233;par&#233; un mouvement combin&#233; pour contraindre &#224; une bataille d&#233;cisive le g&#233;n&#233;ral Price, qui avait d&#233;j&#224; &#233;chapp&#233; une fois &#224; Fr&#233;mont par suite d'une intervention de Washington. Un t&#233;l&#233;gramme de McClellan leur interdit de mener &#224; bien leur entreprise. Un t&#233;l&#233;gramme semblable, adress&#233; au g&#233;n&#233;ral Halleck, &#171; annula l'ordre &#187; d'enlever le fort Columbus, &#224; un moment o&#249; ce fort se trouvait &#224; moiti&#233; sous l'eau. McClellan avait express&#233;ment d&#233;fendu aux g&#233;n&#233;raux de l'Ouest de correspondre entre eux. Chacun devait commencer par s'adresser &#224; Washington, s'il voulait combiner un mouvement. Le pr&#233;sident Lincoln vient de leur rendre leur indispensable libert&#233; d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de, lire le pan&#233;gyrique que le New York Herald dresse sans arr&#234;t au g&#233;n&#233;ral McClellan pour juger de la qualit&#233; de sa politique militaire. C'est le h&#233;ros, selon le c&#339;ur du Herald. Le fameux Bennett, propri&#233;taire et r&#233;dacteur en chef du Herald, r&#233;gnait dans le temps sur les administrations de Pierce et de Buchanan par l'entremise de ses &#171; repr&#233;sentants sp&#233;ciaux &#187;, alias correspondants &#224; Washington. Sous l'administration Lincoln, il essaya de reconqu&#233;rir ce m&#234;me pouvoir par un d&#233;tour gr&#226;ce &#224; son &#171; repr&#233;sentant sp&#233;cial &#187;, le Dr Ives, sudiste notoire et fr&#232;re d'un officier ayant d&#233;sert&#233; pour la Conf&#233;d&#233;ration et qui avait r&#233;ussi &#224; gagner la faveur de McClellan. Sous le patronage de McClellan, il semble que cet Ives ait joui de grandes privaut&#233;s, notamment &#224; l'&#233;poque o&#249; Cameron fut &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de la Guerre. Il attendait manifestement que Stanton lui accord&#226;t les m&#234;mes privil&#232;ges et, en cons&#233;quence, il se pr&#233;senta le 8 f&#233;vrier au bureau militaire, o&#249; le ministre de la Guerre, son secr&#233;taire en chef et quelques membres du Congr&#232;s d&#233;lib&#233;raient sur des mesures militaires &#224; prendre. On le mit &#224; la porte, mais il se dressa sur ses ergots et, en battant en retraite, il mena&#231;a de faire ouvrir le feu par le Herald sur l'actuel minist&#232;re de la Guerre, s'il lui retirait son &#171; privil&#232;ge particulier &#187;, &#224; savoir &#234;tre dans la confidence des d&#233;lib&#233;rations de cabinet, des t&#233;l&#233;grammes, informations g&#233;n&#233;rales et nouvelles de guerre. Le lendemain 9 f&#233;vrier, le Dr Ives avait r&#233;uni tout l'&#233;tat-major de McClellan pour un d&#238;ner au champagne. Mais, la malchance vient vite. Un sous-officier suivi de six hommes, qui s'empara du puissant Ives et l'emmena au fort MacHenry, o&#249; - comme l'ordre du ministre de la Guerre le dit express&#233;ment - il est tenu sous surveillance &#233;troite en tant qu'espion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nom donn&#233; &#224; McClellan par ses partisans d&#233;mocrates, parce qu'il avait &#233;t&#233; nomm&#233; commandant en chef des troupes de l'Union d&#232;s l'&#226;ge de trente-quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En mars 1862, Lincoln lan&#231;a &#224; l'arm&#233;e l' &#171; ordre du jour g&#233;n&#233;ral n&#176; 3 &#187; dans lequel il enjoignait &#224; McClellan de prendre &#171; la t&#234;te de l'arm&#233;e du Potomac jusqu'&#224; nouvel ordre &#187; et l'informait qu'il &#233;tait &#171; relev&#233; du commandement des autres d&#233;partements militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le g&#233;n&#233;ral romain Quintus Fabius Maximus surnomm&#233; Cunctator (temporiseur), s'effor&#231;a au cours de la seconde guerre punique (218-201 av. J.-C.) d'utiliser les immenses avantages et r&#233;serves d'ordre militaire dont il disposait pour s'attirer les bonnes gr&#226;ces de l'arm&#233;e. Son plan consistait &#224; &#233;viter toute bataille d&#233;cisive et &#224; se d&#233;fendre dans des camps retranch&#233;s. Chaque erreur de l'adversaire &#233;tait utilis&#233;e pour remonter le moral de l'arm&#233;e romaine par de petites victoires et effacer l'effet d&#233;primant des d&#233;faites pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 et 27 mars 1862.&lt;br class='autobr' /&gt;
I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous quelque angle qu'on la consid&#232;re, la guerre civile am&#233;ricaine pr&#233;sente un spectacle sans parall&#232;le dans les annales de l'histoire militaire. L'immense &#233;tendue du territoire disput&#233;, l'ampleur des lignes d'op&#233;ration et du front, la puissance num&#233;rique des arm&#233;es ennemies, dont la cr&#233;ation n'a pu pratiquement s'appuyer sur aucune base d'organisation ant&#233;rieure, le co&#251;t fabuleux de ces arm&#233;es, leur mode de direction et les principes g&#233;n&#233;raux de tactique et de strat&#233;gie r&#233;gissant cette guerre, tout cela est nouveau pour l'observateur europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conspiration s&#233;cessionniste, organis&#233;e, patronn&#233;e et soutenue bien avant qu'elle n'&#233;clat&#226;t par l'administration de Buchanan, a donn&#233; au Sud un avantage initial, gr&#226;ce auquel seule elle pouvait esp&#233;rer atteindre ses buts. Menac&#233; par sa population d'esclaves [1] et par d&#233; forts &#233;l&#233;ments unionistes parmi les Blancs, disposant d'un nombre d'hommes libres trois fois moins &#233;lev&#233; que le Nord, mais plus prompt &#224; l'attaque gr&#226;ce &#224; ses innombrables oisifs, assoiff&#233;s d'aventures, tout d&#233;pendait pour le Sud d'une offensive rapide, audacieuse, voire t&#233;m&#233;raire. Si les sudistes parvenaient &#224; s'emparer de Saint-Louis, de Cincinnati, de Washington, de Baltimore et peut-&#234;tre de Philadelphie, ils pouvaient soulever un mouvement de panique, cependant que la diplomatie et la corruption eussent assur&#233; &#224; tous les &#201;tats esclavagistes la reconnaissance de leur ind&#233;pendance. En revanche, si cette premi&#232;re offensive &#233;chouait - du moins sur ses points d&#233;cisifs - leur situation devait empirer de jour en jour, parall&#232;lement au d&#233;veloppement des forces du Nord. C'est ce que comprirent parfaitement les hommes qui, dans un esprit v&#233;ritablement bonapartiste, organis&#232;rent la conspiration s&#233;cessionniste, puis ouvrirent la campagne. Leurs bandes d'aventuriers submerg&#232;rent le Missouri et le Tennessee, tandis que les troupes plus r&#233;guli&#232;rement organis&#233;es envahirent la Virginie orientale et pr&#233;par&#232;rent un coup de main en direction de Washington. Ce coup ayant &#233;chou&#233;, la campagne sudiste &#233;tait perdue du point de vue militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nord entra en guerre &#224; contrec&#339;ur dans un demi-sommeil, comme il fallait s'y attendre &#233;tant donn&#233; le d&#233;veloppement plus &#233;lev&#233; de son industrie et de son commerce. Le m&#233;canisme social &#233;tait infiniment plus complexe ici qu'au Sud, et il fallut bien plus de temps pour imprimer &#224; son appareil une direction aussi inhabituelle. L'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois s'av&#233;ra &#234;tre une grave erreur, encore qu'elle f&#251;t sans doute in&#233;vitable [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du Nord devait consister d'abord &#224; se tenir sur la d&#233;fensive sur tous les points d&#233;cisifs, afin d'organiser ses forces, les exercer et les pr&#233;parer &#224; des batailles d&#233;cisives par des op&#233;rations de faible envergure et peu risqu&#233;es ; puis - d&#232;s que l'organisation se trouvait quelque peu renforc&#233;e et que les &#233;l&#233;ments f&#233;lons &#233;taient plus ou moins &#233;cart&#233;s de son arm&#233;e - &#224; passer &#224; une offensive &#233;nergique et ininterrompue, en vue de reconqu&#233;rir avant tout le Kentucky, le Tennessee, la Virginie et la Caroline du Nord. La transformation des civils en soldats devait co&#251;ter plus de temps au Nord qu'au Sud. Mais, une fois cela achev&#233;, on pouvait se fier &#224; la sup&#233;riorit&#233; individuelle du nordiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, si nous faisons abstraction des erreurs qui ont une source plus politique que militaire, le Nord a agi conform&#233;ment &#224; ces principes : la petite guerre au Missouri et en Virginie occidentale, tandis qu'elle prot&#233;geait les populations unionistes, accoutumait les troupes au service de campagne et au feu, sans les exposer &#224; des d&#233;faites d&#233;cisives. La grave humiliation de Bull Run [3] &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, la cons&#233;quence d'une erreur ant&#233;rieure : l'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois. Il est absurde de demander &#224; de nouvelles recrues d'attaquer de front une puissante position, situ&#233;e sur un terrain difficile et occup&#233;e par un adversaire &#224; peine inf&#233;rieur en nombre. La panique qui s'empara au moment d&#233;cisif de l'arm&#233;e unioniste, et dont la cause n'a toujours pas &#233;t&#233; clarifi&#233;e, ne pouvait surprendre quiconque est tant soit peu familiaris&#233; avec l'histoire des guerres populaires. De tels incidents se produisirent fr&#233;quemment chez les troupes fran&#231;aises de 1792-1795 [4], mais n'emp&#234;ch&#232;rent aucunement ces m&#234;mes soldats de gagner les batailles de Jemappes et de Fleurus, de Montenotte, Castiglione et Rivoli. Les railleries de la presse europ&#233;enne sur la panique de Bull Run n'ont qu'une seule excuse &#224; leur sottise : les fanfaronnades d'une partie de la presse nord-am&#233;ricaine avant le d&#233;clenchement de la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;pit de six mois cons&#233;cutif &#224; la d&#233;faite de Manassas fut exploit&#233; plus efficacement par le Nord que par le Sud. Non seulement les rangs nordistes grossirent bien plus que les rangs sudistes, mais leurs officiers re&#231;urent une meilleure instruction ; la discipline et l'entra&#238;nement des troupes ne se heurt&#232;rent pas aux m&#234;mes obstacles qu'au Sud. Les tra&#238;tres et les incapables furent en grande partie &#233;cart&#233;s : le temps de la panique de Bull Run appartient au pass&#233;. Certes, il ne faut pas juger les deux arm&#233;es selon les crit&#232;res propres aux principales arm&#233;es europ&#233;ennes, voire &#224; l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis. En fait, Napol&#233;on r&#233;ussit &#224; parfaire en un mois, dans ses casernes, l'entra&#238;nement des bataillons de nouvelles recrues, puis &#224; les entra&#238;ner &#224; la marche dans le second, et les conduire &#224; l'ennemi le troisi&#232;me. Mais, alors, chaque bataillon recevait un compl&#233;ment suffisant d'officiers et de sous-officiers &#233;prouv&#233;s ; et, enfin, on attribuait &#224; chaque compagnie de vieux soldats, pour qu'au jour de la bataille les jeunes troupes fussent entour&#233;es, ou mieux encadr&#233;es par les v&#233;t&#233;rans. Or, toutes ces conditions font d&#233;faut &#224; l'Am&#233;rique. Sans la masse consid&#233;rable de l'exp&#233;rience militaire de ceux qui ont &#233;migr&#233; en Am&#233;rique, &#224; la suite des convulsions r&#233;volutionnaires de 1848-1849, l'organisation des arm&#233;es de l'Union e&#251;t exig&#233; un temps plus long encore [5]. Le nombre tr&#232;s r&#233;duit des morts et des bless&#233;s par rapport au nombre total des troupes engag&#233;es (habituellement de un sur vingt) d&#233;montre que la plupart des engagements, m&#234;me les plus r&#233;cents, au Kentucky et au Tennessee, ont &#233;t&#233; effectu&#233;s principalement en utilisant des armes &#224; feu &#224; longue distance, et que les rares charges &#224; la ba&#239;onnette s'arr&#234;taient bient&#244;t devant le feu de l'ennemi, ou bien mettaient l'adversaire en fuite avant m&#234;me qu'on en v&#238;nt au corps &#224; corps. Dans l'intervalle, la nouvelle campagne s'est ouverte sous des auspices plus favorables, avec l'avance de Buell et Halleck &#224; travers le Kentucky en direction du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir reconquis le Missouri et la Virginie occidentale, l'Union ouvrit la campagne en avan&#231;ant en direction du Kentucky [6]. Les s&#233;cessionnistes tenaient l&#224; trois fortes positions ou camps retranch&#233;s : Columbus sur le Mississippi &#224; leur gauche ; Bowling Green au centr&#233; ; Mill Springs sur la rivi&#232;re de Cumberland &#224; leur droite. Leur ligne s'&#233;tendait d'ouest en est, sur plus de trois cents milles. L'ampleur de cette ligne enlevait aux trois corps engag&#233;s toute possibilit&#233; de se soutenir mutuellement, et offrait aux troupes de l'Union la chance de pouvoir attaquer chacun d'eux isol&#233;ment et avec des forces sup&#233;rieures. La grande erreur des s&#233;cessionnistes fut, dans la disposition de leurs forces, de vouloir tenir tout le terrain occup&#233;. Le Kentucky e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;fendu avec bien plus d'efficacit&#233; au moyen d'un seul camp puissamment fortifi&#233;, au centre du pays, pr&#233;par&#233; comme champ de bataille pour un engagement d&#233;cisif et tenu par le gros de l'arm&#233;e : ou bien il aurait attir&#233; le gros des forces unionistes, ou bien il les aurait mises dans une position p&#233;rilleuse, d&#232;s lors qu'elles eussent tent&#233; d'attaquer une concentration de troupes aussi forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions donn&#233;es, les unionistes r&#233;solurent d'attaquer les trois camps l'un apr&#232;s l'autre, en cherchant &#224; en faire sortir l'ennemi par une s&#233;rie de man&#339;uvres en vue de l'obliger &#224; accepter le combat en rase campagne. Ce plan correspondant &#224; toutes les r&#232;gles de l'art militaire fut ex&#233;cut&#233; avec d&#233;cision et rapidit&#233;. Vers la mi-janvier, un corps d'environ quinze mille unionistes marcha sur Mill Springs [7], tenu par vingt mille s&#233;cessionnistes. Les unionistes man&#339;uvr&#232;rent si bien qu'ils firent croire &#224; leurs adversaires qu'ils n'avaient affaire qu'&#224; un faible d&#233;tachement. Le g&#233;n&#233;ral Zollicoffer tomba aussit&#244;t dans le pi&#232;ge : il sortit de son camp retranch&#233; et attaqua les unionistes. Trop tard, il se rendit compte qu'il avait en face de lui une force sup&#233;rieure. Il fut tu&#233;, et ses troupes subirent une d&#233;faite aussi compl&#232;te que les unionistes &#224; Bull Run. Mais, cette fois-ci, la victoire fut tout autrement exploit&#233;e. L'arm&#233;e vaincue fut &#233;troitement talonn&#233;e jusqu'&#224; ce que, &#233;puis&#233;e, d&#233;moralis&#233;e, ayant perdu son artillerie de campagne et ses trains d'&#233;quipage, elle parvint &#224; son camp de Mill Springs. Ce camp ayant &#233;t&#233; &#233;difi&#233; sur le c&#244;t&#233; nord de la rivi&#232;re de Cumberland, en cas d'une nouvelle d&#233;faite, la garnison avait la retraite coup&#233;e, hormis par le fleuve, au moyen de quelques navires a vapeur ou de barques de rivi&#232;re. Nous avons not&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral les camps s&#233;cessionnistes sont &#233;difi&#233;s sur la rive ennemie des fleuves. Il n'est pas seulement de r&#232;gle, mais encore pratique de s'aligner de la sorte, mais &#224; condition d'avoir un pont &#224; dos. Dans ce cas, le camp sert de t&#234;te de pont et donne &#224; ceux qui le tiennent le privil&#232;ge de jeter leurs forces &#224; volont&#233; sur l'une ou l'autre rive du fleuve, c'est-&#224;-dire de dominer compl&#232;tement le cours d'eau. En revanche, un camp sur le c&#244;t&#233; ennemi du fleuve, sans pont &#224; dos, coupe toute voie de retraite apr&#232;s un engagement malheureux, et force les troupes &#224; capituler ou les expose au massacre et &#224; la noyade, comme ce fut le cas pour les unionistes pr&#232;s de Ball's Bluff sur la rive ennemie du Potomac o&#249; la trahison du g&#233;n&#233;ral Stone les avait envoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les s&#233;cessionnistes vaincus eurent atteint leur camp de Mill Springs, ils comprirent aussit&#244;t qu'il leur fallait ou bien repousser l'attaque de l'ennemi contre leurs retranchements, ou bien capituler sous peu. Or apr&#232;s l'exp&#233;rience du matin, ils avaient perdu confiance en leur capacit&#233; de r&#233;sistance. En cons&#233;quence, lorsque les unionistes avanc&#232;rent le lendemain pour attaquer le camp, ils s'aper&#231;urent que l'ennemi avait mis la nuit &#224; profit pour traverser le fleuve, en leur abandonnant le camp, les trains d'&#233;quipage, l'artillerie et l'approvisionnement. De cette mani&#232;re, l'extr&#233;mit&#233; droite de la ligne s&#233;cessionniste &#233;tait repouss&#233;e vers le Tennessee, et le Kentucky oriental, o&#249; la masse de la population est hostile au parti esclavagiste, fut reconquis par l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment - vers la mi-janvier - les unionistes commenc&#232;rent les pr&#233;paratifs pour d&#233;loger les s&#233;cessionnistes de Columbus et de Bowling Green. Une puissante flotte de vaisseaux &#224; mortiers et de canonni&#232;res blind&#233;es &#233;tait tenue pr&#234;te, et la nouvelle fut lanc&#233;e aux quatre vents qu'elle servirait &#224; convoyer une nombreuse arm&#233;e le long du Mississippi, de Cairo &#224; Memphis et &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans. En fait, toutes les d&#233;monstrations sur le Mississippi n'&#233;taient que de simples man&#339;uvres de diversion. Au moment d&#233;cisif, les canonni&#232;res furent achemin&#233;es sur l'Ohio, puis de l&#224; sur le Tennessee qu'elles remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Henry. Avec Fort Donelson sur la rivi&#232;re de Cumberland, cette place forte constituait la seconde ligne de d&#233;fense des s&#233;cessionnistes au Tennessee. La position avait &#233;t&#233; bien choisie, car, en cas de retraite derri&#232;re le Cumberland, ce cours d'eau couvrirait leur front tout comme le Tennessee prot&#233;geait leur flanc gauche, l'&#233;troite bande de terre entre les deux fleuves &#233;tant suffisamment couverte par les deux forts ci-dessus mentionn&#233;s. Cependant, gr&#226;ce &#224; une action rapide, les unionistes enfonc&#232;rent m&#234;me la seconde ligne, avant qu'ils aient attaqu&#233; l'aile gauche et le centre de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re semaine de f&#233;vrier, les canonni&#232;res unionistes firent leur apparition devant Fort Henry, qui fut enlev&#233; apr&#232;s un court bombardement. La garnison put s'&#233;chapper et rejoindre Fort Donelson, car les forces terrestres, dont disposait l'exp&#233;dition n'&#233;taient pas assez nombreuses pour encercler la place. Les canonni&#232;res redescendirent donc le Tennessee jusqu'&#224; l'Ohio et, de l&#224; par le Cumberland, remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Donelson. Une canonni&#232;re isol&#233;e remonta hardiment le Tennessee, en plein c&#339;ur de l'&#201;tat du m&#234;me nom, en fr&#244;lant l'&#201;tat du Missouri ; elle progressa jusqu'&#224; Florence dans le nord de l'Alabama, o&#249; une s&#233;rie de marais et de bancs (connus sous le nom de Muscle Shoals) interdit toute poursuite de la navigation. Le fait qu'une seule canonni&#232;re ait pu accomplir cette longue croisi&#232;re d'au moins cent cinquante milles et revenir ensuite sans avoir subi la moindre attaque prouve que les sentiments unionistes pr&#233;valent le long du fleuve et seront fort utiles le jour o&#249; les troupes de l'Union avanceront jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;dition fluviale sur le Cumberland combinait cependant ses mouvements avec ceux des forces terrestres, sous le g&#233;n&#233;ral Halleck et Grant. Les s&#233;cessionnistes stationn&#233;s &#224; Bowling Green furent induits en erreur par la d&#233;monstration des unionistes. Ils rest&#232;rent tranquillement dans leur camp pendant la semaine qui suivit la chute de Fort Henry, tandis que Fort Donelson &#233;tait encercl&#233; c&#244;t&#233; terre par quarante mille unionistes et que le c&#244;t&#233; fleuve &#233;tait menac&#233; par une puissante flotte de canonni&#232;res. Comme le camp de Mill Springs et Fort Henry, Fort Donelson a le cours d'eau &#224; dos, sans disposer d'un pont pour la retraite. C'est la place la plus forte que les unionistes aient attaqu&#233;e jusqu'ici. Les travaux de fortification avaient &#233;t&#233; effectu&#233;s avec le plus grand soin ; en outre, la place &#233;tait assez vaste pour contenir et loger vingt mille hommes. Au premier jour de l'attaque, les canonni&#232;res r&#233;duisirent au silence les batteries, dont le feu &#233;tait dirig&#233; sur le c&#244;t&#233; du fleuve, et bombard&#232;rent l'int&#233;rieur du p&#233;rim&#232;tre fortifi&#233;, tandis que les troupes terrestres repoussaient les avant-postes ennemis et for&#231;aient le gros des s&#233;cessionnistes &#224; chercher protection juste sous les canons de leurs propres travaux fortifi&#233;s. Le second jour, il semble que les canonni&#232;res, qui avaient &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;prouv&#233;es la veille, n'aient pas r&#233;alis&#233; grand-chose. En revanche, les troupes terrestres eurent &#224; mener une bataille longue et chaude par endroits avec les colonnes de la garnison, qui tentaient de percer l'aile droite de l'ennemi pour s'assurer une ligne de retraite en direction de Nashville. Cependant, une attaque &#233;nergique de l'aile droite des unionistes sur l'aile gauche des s&#233;cessionnistes et d'importants renforts au profit de l'aile gauche unioniste d&#233;cid&#232;rent de la victoire des assaillants. Diff&#233;rents postes fortifi&#233;s ext&#233;rieurs furent pris d'assaut. Coinc&#233;e dans sa ligne de d&#233;fense int&#233;rieure, sans aucune voie de retraite et manifestement hors d'&#233;tat de r&#233;sister &#224; un nouvel assaut, la garnison se rendit sans condition le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Fort Donelson, l'artillerie, le train d'&#233;quipage et le mat&#233;riel de guerre de la garnison tomb&#232;rent entre les mains des unionistes ; trente mille s&#233;cessionnistes se rendirent le jour de la capitulation ; mille autres le lendemain, et sit&#244;t que l'avant-garde des vainqueurs parut devant Clarksville, cette ville situ&#233;e sur le cours sup&#233;rieur du Cumberland ouvrit ses portes. Les s&#233;cessionnistes y avaient &#233;galement stock&#233; d'importantes r&#233;serves de vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de Fort Donelson cache cependant un petit myst&#232;re : la fuite du g&#233;n&#233;ral Floyd avec cinq mille hommes le second jour du bombardement. Ces fuyards &#233;taient trop nombreux pour dispara&#238;tre comme par enchantement durant la nuit, sur les bateaux &#224; vapeur. Quelques mesures de pr&#233;caution de la part des assaillants eussent pu pr&#233;venir leur fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept jours apr&#232;s la reddition de Fort Donelson, les f&#233;d&#233;r&#233;s occup&#232;rent Nashville. La distance entre ces deux localit&#233;s est d'environ cent milles anglais. Il leur a donc fallu faire quinze milles par jour, sur des routes d&#233;fonc&#233;es et durant la saison la plus mauvaise de l'ann&#233;e : cela fait honneur aux troupes unionistes. A la nouvelle de la chute de Fort Donelson, les s&#233;cessionnistes &#233;vacu&#232;rent Bowling Green ; une semaine plus tard, ils abandonn&#232;rent Columbus et se retir&#232;rent sur une &#238;le du Mississippi, quarante-cinq milles plus au sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union avait ainsi enti&#232;rement reconquis le Kentucky. Il se trouve que les s&#233;cessionnistes ne pourront tenir le Tennessee que s'ils livrent et gagnent une grande bataille [8]. Il semble qu'ils aient concentr&#233; plus de soixante-cinq mille hommes dans ce but. Cependant, rien n'emp&#234;che les unionistes de leur opposer une force encore bien sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite des op&#233;rations dans la campagne du Kentucky m&#233;rite les plus vifs &#233;loges. La reconqu&#234;te d'un territoire aussi vaste, l'avance en direction de l'Ohio jusqu'au Cumberland en un seul mois, tout cela r&#233;v&#232;le une &#233;nergie, une d&#233;cision et une rapidit&#233; d'ex&#233;cution que les arm&#233;es r&#233;guli&#232;res d'Europe ont rarement &#233;gal&#233;es. Que l'on compare, par exemple, la lente progression des Alli&#233;s de Magenta &#224; Solferino en 1859, sans poursuite de l'ennemi en retraite, sans tentative d'isoler les tra&#238;nards ou de d&#233;border et d'encercler des corps de troupe entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halleck et Grant en particulier donnent de bons exemples de conduite militaire &#233;nergique. En laissant compl&#232;tement de c&#244;t&#233; Columbus et Bowling Green, ils concentr&#232;rent leurs forces aux points d&#233;cisifs - Fort Henry et Fort Donelson - qu'ils attaqu&#232;rent rapidement et avec &#233;nergie, rendant ainsi Columbus et Bowling Green intenables. Ensuite, ils se mirent aussit&#244;t en marche vers Clarksville et Nashville, sans laisser le temps aux s&#233;cessionnistes en retraite d'occuper de nouvelles positions, dans le nord du Tennessee. Durant cette rapide poursuite, le corps d'arm&#233;e s&#233;cessionniste de Columbus resta compl&#232;tement coup&#233; du centre et de l'aile droite de son arm&#233;e. Des journaux anglais ont injustement critiqu&#233; cette op&#233;ration. M&#234;me si l'attaque de Fort Donelson e&#251;t &#233;chou&#233;, les s&#233;cessionnistes pouvaient &#234;tre retenus pr&#232;s de Bowling Green par le g&#233;n&#233;ral Buell : ils n'eussent donc pu d&#233;tacher une troupe suffisante pour permettre &#224; la. garnison de poursuivre les unionistes en rase campagne et menacer leur retraite. Par ailleurs, Columbus est si &#233;loign&#233; qu'ils ne pouvaient en aucun cas intervenir dans les op&#233;rations conduites par Grant. De fait, lorsque les unionistes eurent nettoy&#233; le Missouri des s&#233;cessionnistes, Columbus n'&#233;tait plus pour ces derniers qu'un poste d&#233;pourvu de tout int&#233;r&#234;t. Les troupes de sa garnison durent se retirer en toute h&#226;te sur Memphis ou m&#234;me l'Arkansas, afin de ne pas &#234;tre oblig&#233;s de rendre leurs armes sans gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du nettoyage du Missouri et de la reconqu&#234;te du Kentucky, le th&#233;&#226;tre de guerre s'est r&#233;tr&#233;ci au point que les diff&#233;rentes arm&#233;es peuvent coop&#233;rer dans une certaine mesure sur toute la ligne d'op&#233;ration et s'entraider pour atteindre certains r&#233;sultats. En d'autres termes, c'est maintenant seulement que la guerre prend un caract&#232;re strat&#233;gique et que la configuration g&#233;ographique du pays rev&#234;t un int&#233;r&#234;t nouveau. C'est &#224; pr&#233;sent aux g&#233;n&#233;raux nordistes de d&#233;couvrir le talon d'Achille des &#201;tats cotonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la prise de Nashville, il ne pouvait y avoir d'op&#233;ration strat&#233;gique commune aux arm&#233;es du Kentucky et &#224; celles du Potomac, s&#233;par&#233;es par de trop longues distances. Certes, elles se trouvaient sur la m&#234;me ligne de front, mais leurs lignes d'op&#233;ration &#233;taient compl&#232;tement diff&#233;rentes. C'est seulement avec l'avance victorieuse dans le Tennessee que les mouvements des arm&#233;es du Kentucky prennent de l'importance pour le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux am&#233;ricains influenc&#233;s par McClellan ont fait grand bruit de la th&#233;orie &#171; anaconda &#187; d'enveloppement, qui pr&#233;conise qu'une immense ligne d'arm&#233;es encercle la r&#233;bellion, resserre progressivement ses membres et &#233;trangle finalement l'ennemi. C'est pur enfantillage. C'est un r&#233;chauff&#233; du soi-disant syst&#232;me de cordon invent&#233; en Autriche vers 1770, utilis&#233; contre les Fran&#231;ais de 1792 &#224; 1797 avec tant d'obstination et marqu&#233; par les &#233;checs incessants que l'on sait. A Jemappes, Fleurus et, tout particuli&#232;rement &#224; Montenotte, Millesimo, Dego, Castiglione et Rivoli, le syst&#232;me de l'&#233;tranglement a fait long feu. Les Fran&#231;ais coupaient en deux l' &#171; anaconda &#187;, en concentrant leur attaque sur un point avec des forces sup&#233;rieures, puis ils mettaient en pi&#232;ces, l'un apr&#232;s l'autre, les morceaux de l' &#171; anaconda &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#201;tats plus ou moins peupl&#233;s et centralis&#233;s, il existe toujours un centre, dont l'occupation par l'ennemi brise le plus souvent la r&#233;sistance nationale. Paris en est un exemple frappant. Cependant, les &#201;tats esclavagistes ne poss&#232;dent pas un tel centre. Ils sont peu peupl&#233;s et ne poss&#232;dent gu&#232;re de grandes villes, sauf &#231;&#224; et l&#224; sur la c&#244;te. Cependant, il faut se demander s'il existe au moins un centre de gravit&#233; militaire, dont la capture briserait les reins de la r&#233;sistance, ou bien - comme ce fut le cas de la Russie jusqu'en 1812 - faut-il, pour remporter la victoire, occuper chaque village et chaque localit&#233;, en un mot : occuper toute la p&#233;riph&#233;rie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetons donc un coup d'&#339;il sur la configuration g&#233;ographique de Secessia, avec sa longue bande c&#244;ti&#232;re sur l'Atlantique et sur le golfe du Mexique. Aussi longtemps que les conf&#233;d&#233;r&#233;s tenaient le Kentucky et le Tennessee, son territoire formait un ensemble bien compact. La perte de ces deux &#201;tats a enfonc&#233; dans leur territoire un gigantesque coin qui s&#233;pare les &#201;tats situ&#233;s sur la c&#244;te nord de l'oc&#233;an Atlantique des &#201;tats situ&#233;s sur le golfe du Mexique. La route directe de la Virginie et des deux Carolines au Texas &#224; la Louisiane, au Mississippi et m&#234;me, en partie, &#224; l'Alabama, passe par le Tennessee que les unionistes viennent d'occuper. La seule route qui, apr&#232;s la conqu&#234;te totale du Tennessee par l'Union, relie les deux sections des &#201;tats esclavagistes, passe par la G&#233;orgie. Cela d&#233;montre que la G&#233;orgie est la cl&#233; de Secessia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perdant la G&#233;orgie, la Conf&#233;d&#233;ration a &#233;t&#233; coup&#233;e en deux sections qui ne disposent plus d'aucune communication entre elles. Or, il est impensable que les s&#233;cessionnistes puissent reconqu&#233;rir la G&#233;orgie, car les forces militaires unionistes y seraient concentr&#233;es en une position centrale, tandis que leurs adversaires, divis&#233;s en deux camps, auraient &#224; peine suffisamment de forces pour mener une attaque conjointe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il conqu&#233;rir toute la G&#233;orgie, y compris la c&#244;te sud de Floride, pour mener &#224; bien une telle op&#233;ration ? Nullement. Dans un pays ou les communications, notamment entre deux points &#233;loign&#233;s, d&#233;pendent bien plus du chemin de fer que des routes terrestres, il suffit d'enlever la voie ferr&#233;e. La ligne de chemin de fer la plus m&#233;ridionale entre les &#201;tats du golfe du Mexique et ceux de la c&#244;te nord de l'Atlantique passe par Macon et Gordon, pr&#232;s de Milledgeville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation de ces deux points couperait donc Secessia en deux et permettrait aux unionistes de battre une partie apr&#232;s l'autre. Il ressort de ce que nous venons de dire qu'aucune r&#233;publique sudiste n'est viable sans la possession du Tennessee. En effet, sans le Tennessee, le point vital de la G&#233;orgie ne se trouve qu'&#224; huit ou dix jours de marche de la fronti&#232;re. Le Nord tient donc sans cesse le Sud &#224; la gorge : &#224; la moindre pression de son poing, le Sud doit c&#233;der ou reprendre la lutte pour survivre, dans des conditions o&#249; une seule d&#233;faite lui enl&#232;ve toute perspective de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;coule de ces consid&#233;rations que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Potomac n'est pas la position la plus importante du th&#233;&#226;tre de guerre. La prise de Richmond et l'avance de l'arm&#233;e du Potomac vers le sud - difficiles &#224; cause des nombreux cours d'eau qui coupent la ligne de marche - pourraient avoir un terrible effet psychologique, mais du point de vue purement militaire, elles ne d&#233;cideraient rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de la campagne repose sur l'arm&#233;e du Kentucky, qui occupe actuellement le Tennessee, territoire sans lequel la s&#233;cession ne peut vivre. Il faudrait donc renforcer cette arm&#233;e, aux d&#233;pens des autres et en sacrifiant toutes les op&#233;rations mineures. Ses prochains points d'attaque seraient Chattanooga et Dalton sur le Tennessee sup&#233;rieur, ces villes &#233;tant les n&#339;uds ferroviaires les plus importants de tout le Sud. Apr&#232;s leur occupation, les &#201;tats de l'est et de l'ouest de Secessia ne seraient plus reli&#233;s que par les lignes de communication de G&#233;orgie. Il ne resterait plus qu'&#224; couper la ligne de chemin de fer suivante de l'Atlanta en G&#233;orgie, et enfin de d&#233;truire la derni&#232;re liaison entre les deux sections, en occupant Macon et Gordon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, si le plan &#171; anaconda &#187; &#233;tait poursuivi, en d&#233;pit de tous les succ&#232;s remport&#233;s localement et m&#234;me sur le Potomac, la guerre pourrait se prolonger &#224; l'infini, cependant que les difficult&#233;s financi&#232;res et les complications diplomatiques pourraient cr&#233;er une nouvelle marge de man&#339;uvre pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En 1860, l'Alabama, la G&#233;orgie, la Louisiane, le Mississippi, la Floride, la Caroline du Sud et le Texas avaient au total 4 969 141 habitants, dont 46,5 %, soit 2 312 350, &#233;taient des esclaves. Dans deux de ces &#201;tats - la Caroline du Sud et le Mississippi - les esclaves &#233;taient plus nombreux que l'ensemble des Blancs et Noirs libres. La Virginie, le Tennessee, la Caroline du Nord et l'Arkansas comptaient 4 134 191 habitants en 1860, dont 29,2 % d'esclaves soit 1208 758. Ne serait-ce que du point de vue militaire, une politique radicalement abolitionniste e&#251;t cass&#233; les reins aux sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En r&#233;ponse aux actes de guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, le gouvernement de Lincoln avait appel&#233;, le 15 avril 1861, soixante-quinze mille volontaires au service arm&#233;, croyant pouvoir r&#233;gler le conflit en trois mois. En fait, la guerre de S&#233;cession tra&#238;na jusqu'en 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans sa lettre &#224; Marx du 26.9.1851, Engels explique que la premi&#232;re phase d'une r&#233;volution implique toujours la spontan&#233;it&#233; et l'anarchie, qui affectent et dissolvent l'ancien r&#233;gime : &#171; Il est &#233;vident que la d&#233;sorganisation des arm&#233;es et le rel&#226;chement absolu de la discipline furent aussi bien la condition que le r&#233;sultat de toute r&#233;volution qui ait triomph&#233; jusqu'ici. La France dut attendre 1792 pour r&#233;organiser une petite arm&#233;e de soixante &#224; quatre-vingt mille hommes, celle de Dumouriez, qui cependant se d&#233;composa bient&#244;t. On peut donc dire qu'il n'y eut pratiquement aucune arm&#233;e organis&#233;e en France jusqu'&#224; la fin 1793. &#187; Et de montrer que la discipline d&#233;pend des buts politiques poursuivis, et non de la dictature militaire, du moins en p&#233;riodes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Comme durant la premi&#232;re r&#233;volution am&#233;ricaine, des forces progressives de plusieurs nations europ&#233;ennes aid&#232;rent l&#232;s Am&#233;ricains dans leur lutte au cours de la guerre anti-esclavagiste. parmi les r&#233;volutionnaires allemands de 1848 qui avaient &#233;migr&#233; aux &#201;tats-Unis, il y avait des bourgeois lib&#233;raux tels que Schurz et Kapp, et des amis communistes de Marx et d'Engels tels que Weydemeyer et Anneke (cf. Correspondance Marx-Engels, des 29.5. et 4.6.1862, l. c., pp. 113-116 : Anneke informait directement Engels de ce qui se passait sur le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations am&#233;ricain). On estime &#224; deux cent mille le nombre des Allemands qui se port&#232;rent volontaires pour aider le Nord &#224; combattre les esclavagistes. Ils firent profiter de leur exp&#233;rience les arm&#233;es nordistes peu aguerries et mal organis&#233;es au d&#233;but des hostilit&#233;s.. Certains r&#233;volutionnaires de 1848 organis&#232;rent leurs propres d&#233;tachements, par exemple le 8&#176; r&#233;giment de volontaires allemands. L'action de Marx et d'Engels en faveur du Nord anti-esclavagiste se relie &#233;videmment &#224; ce mouvement concret aux &#201;tats-Unis. Comme on le sait, Marx avait envisag&#233;, &#224; un moment donn&#233;, d'&#233;migrer aux &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par comparaison, voici les chiffres en ce qui concerne la participation des Noirs (ou esclaves) &#224; la lutte aux c&#244;t&#233;s du Nord : on n'a compt&#233; que 186 017 hommes de couleur ayant servi dans les arm&#233;es nordistes durant la guerre. Sur ce chiffre, 123 156 &#233;taient en service en juillet 1865 (on sait que les Noirs furent tardivement accept&#233;s de mani&#232;re officielle dans l'arm&#233;e). Les Noirs se battirent avec un courage extraordinaire, et perdirent 68 178 hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Du point de vue militaire et politique, la campagne du Kentucky de 1862 fut d'une importance d&#233;cisive. La ligne de d&#233;fense des conf&#233;d&#233;r&#233;s, de Columbus &#224;, Bowling Green, avait deux centres vitaux au Tennessee, Fort Henry et Fort Donelson. Ces places fortes d&#233;fendaient deux importants passages au c&#339;ur du Sud, les rivi&#232;res Cumberland et Tennessee. Leur prise ne permit pas seulement aux nordistes d'ouvrir une br&#232;che profonde dans la Conf&#233;d&#233;ration sudiste, mais encore de rendre intenable la position des sudistes au Kentucky. C'est pourquoi, ces deux forts furent l'objectif imm&#233;diat de la campagne de l'Union, et Grant les occupa les 6 et 15.2.1862. La prise de Fort Donelson entra&#238;na l'&#233;vacuation des positions de Bowling Green, de Columbus et de Nashville (au Tennessee).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces victoires de l'Union eurent de grandes cons&#233;quences militaires. Par le fleuve du Tennessee, les nordistes purent p&#233;n&#233;trer jusqu'au nord de l'Alabama et m&#234;me en G&#233;orgie. Ce fut la premi&#232;re amorce pour enfoncer un coin jusqu'au golfe du Mexique et couper la Conf&#233;d&#233;ration sudiste en deux parties isol&#233;es l'une de l'autre. En outre, ces succ&#232;s permirent d'occuper le Kentucky, &#201;tat fronti&#232;re vital, et de r&#233;cup&#233;rer une partie du Tennessee. Les nordistes avanc&#232;rent en tout de deux cents milles. Par ailleurs, ces victoires eurent un grand retentissement politique. Elles montr&#232;rent &#224; l'Europe - et notamment &#224; l'Angleterre - que le Sud n'&#233;tait pas invincible sur les champs de bataille. Enfin, elles enlev&#232;rent les derniers doutes qui pouvaient subsister sur le r&#244;le du Kentucky dans le conflit, et permirent d'entreprendre une guerre plus r&#233;volutionnaire contre les esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] En ce qui concerne l'&#233;tude d&#233;taill&#233;e du rapport des forces arm&#233;es lors des diff&#233;rentes op&#233;rations, aux divers moments de la guerre de S&#233;cession am&#233;ricaine, cf. The War of the Rebellion : A Compilation of the Official Records of the Union en cinquante-six volumes. La s&#233;rie I traite particuli&#232;rement de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] De fait, les conf&#233;d&#233;r&#233;s engag&#232;rent une double campagne au Kentucky et au Maryland en septembre 1862, mais ils furent battus. Cf. les articles ci-apr&#232;s : &#171; La situation en Am&#233;rique du Nord &#187; (10 novembre 1862), et &#171; Les &#233;v&#233;nements d'Am&#233;rique du Nord &#187; (12 octobre 1862). Comme Marx et Engels l'ont mis en &#233;vidence, le Sud devait attaquer en raison de la nature m&#234;me de ses conditions sociales, tandis que le Nord, en raison de ses. h&#233;sitations essentiellement politiques, se tenait sur la d&#233;fensive, bien qu'il jou&#238;t d'une sup&#233;riorit&#233; sociale et militaire incontestable. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'individu pour Marx/Engels</title>
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		<dc:date>2025-07-25T22:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique : &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Production &lt;br class='autobr' /&gt;
a) L'objet de cette &#233;tude est tout d'abord la production mat&#233;rielle. Des individus produi&#173;sant en soci&#233;t&#233; - donc une production d'individus socialement d&#233;termin&#233;e, tel est naturelle&#173;ment le point de d&#233;part. Le chasseur et le p&#234;cheur individuels et isol&#233;s, par lesquels commen&#173;cent Smith et Ricardo, font partie des plates fictions du XVIII&#176; si&#232;cle. Robinsonades qui n'expriment nullement, comme se l'imaginent certains (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) L'objet de cette &#233;tude est tout d'abord la production mat&#233;rielle. Des individus produi&#173;sant en soci&#233;t&#233; - donc une production d'individus socialement d&#233;termin&#233;e, tel est naturelle&#173;ment le point de d&#233;part. Le chasseur et le p&#234;cheur individuels et isol&#233;s, par lesquels commen&#173;cent Smith et Ricardo, font partie des plates fictions du XVIII&#176; si&#232;cle. Robinsonades qui n'expriment nullement, comme se l'imaginent certains historiens de la civilisation, une simple r&#233;action contre des exc&#232;s de raffinement et un retour &#224; un &#233;tat de nature mal compris. De m&#234;me, le contrat social de Rousseau qui, entre des sujets ind&#233;pendants par nature, &#233;tablit des relations et des liens au moyen d'un pacte, ne repose pas davantage sur un tel naturalisme. Ce n'est qu'apparence, apparence d'ordre purement esth&#233;tique dans les petites et grandes robinso&#173;nades. Il s'agit, en r&#233;alit&#233;, d'une anticipation de la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187; qui se pr&#233;parait depuis le XVI&#176; si&#232;cle et qui, au XVIII&#176; marchait &#224; pas de g&#233;ant vers sa maturit&#233;. Dans cette soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne la libre concurrence, l'individu appara&#238;t d&#233;tach&#233; des liens naturels, etc., qui font de lui &#224; des &#233;poques historiques ant&#233;rieures un &#233;l&#233;ment d'un conglom&#233;rat humain d&#233;termin&#233; et d&#233;limit&#233;. Pour les proph&#232;tes du XVIII&#176; si&#232;cle, - Smith et Ricardo se situent encore compl&#232;tement sur leurs positions, - cet individu du XVIII&#176; si&#232;cle - produit, d'une part, de la d&#233;composition des formes de soci&#233;t&#233; f&#233;odales, d'autre part, des forces de production nouvelles qui se sont d&#233;velopp&#233;es depuis le XVI&#176; si&#232;cle - appara&#238;t comme un id&#233;al qui aurait exist&#233; dans le pass&#233;. Ils voient en lui non un aboutissement historique, mais le point de d&#233;part de l'histoire, parce qu'ils consid&#232;rent cet individu comme quelque chose de naturel, conforme &#224; leur conception de la nature humaine, non comme un produit de l'histoire, mais comme une donn&#233;e de la nature. Cette illusion a &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant partag&#233;e par toute &#233;poque nou&#173;velle. Steuart, qui, &#224; plus d'un &#233;gard, s'oppose au XVIII&#176; si&#232;cle et, en sa qualit&#233; d'aristo&#173;crate, se tient davantage sur le terrain historique, a &#233;chapp&#233; &#224; cette illusion na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on remonte dans le cours de l'histoire, plus l'individu &#8211; et par suite l'individu produc&#173;teur, lui aussi, - appara&#238;t dans un &#233;tat de d&#233;pendance, membre d'un ensemble plus grand : cet &#233;tat se manifeste tout d'abord de fa&#231;on tout &#224; fait naturelle dans la famille et dans la famille &#233;largie jusqu'&#224; former la tribu ; puis dans les diff&#233;rentes formes de communaut&#233;s, issues de l'opposition et de la fusion des tribus. Ce n'est qu'au XVIII&#176; si&#232;cle, dans la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;, que les diff&#233;rentes formes de l'ensemble social se pr&#233;sentent &#224; l'individu com&#173;me un simple moyen de r&#233;aliser ses buts particuliers, comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure. Mais l'&#233;poque qui engendre ce point de vue, celui de l'individu isol&#233;, est pr&#233;cis&#233;ment celle o&#249; les rapports sociaux (rev&#234;tant de ce point de vue un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral) ont atteint le plus grand d&#233;veloppement qu'ils aient connu. L'homme est, au sens le plus litt&#233;ral, un [...] [1], non seule&#173;ment un animal sociable, mais un animal qui ne peut s'isoler que dans la soci&#233;t&#233;. La production r&#233;alis&#233;e en dehors de la soci&#233;t&#233; par l'individu isol&#233; - fait exceptionnel qui peut bien arriver &#224; un civilis&#233; transport&#233; par hasard dans un lieu d&#233;sert et qui poss&#232;de d&#233;j&#224; en puissance les forces propres &#224; la soci&#233;t&#233; - est chose aussi absurde que le serait le d&#233;veloppe&#173;ment du langage sans la pr&#233;sence d'individus vivant et parlant ensemble. Inutile de s'y arr&#234;ter plus longtemps. Il n'y aurait aucune raison d'aborder ce point si cette niaiserie, qui avait un sens et une raison d'&#234;tre chez les gens du XVIII&#176; si&#232;cle, n'avait &#233;t&#233; r&#233;introduite tr&#232;s s&#233;rieuse&#173;ment par Bastiat, Carey, Proudhon etc., en pleine &#233;conomie politique moderne. Pour Proudhon entre autres, il est naturellement bien commode de faire de la mythologie pour donner une explication historico-philosophique d'un rapport &#233;conomique dont il ignore l'ori&#173;gine historique : l'id&#233;e de ce rapport serait venue un beau jour toute pr&#234;te &#224; l'esprit d'Adam ou de Prom&#233;th&#233;e, qui l'ont alors introduite dans le monde, etc... Rien de plus fastidieux et de plus plat que le locus communis [lieu commun] en proie au d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;TERNISATION DES RAPPORTS DE PRODUCTION HISTORIQUES. PRODUCTION ET DISTRIBUTION EN G&#201;N&#201;RAL. PROPRI&#201;T&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc nous parlons de production, c'est toujours de la production &#224; un stade d&#233;ter&#173;mi&#173;n&#233; du d&#233;veloppement social qu'il s'agit - de la production d'individus vivant en soci&#233;t&#233;. Aussi pourrait-il sembler que, pour parler de la production en g&#233;n&#233;ral, il faille, soit suivre le proc&#232;s historique de son d&#233;veloppement dans ses diff&#233;rentes phases, soit d&#233;clarer de prime abord que l'on s'occupe d'une &#233;poque historique d&#233;termin&#233;e, par exemple de la production bourgeoise moderne, qui est, en fait, notre v&#233;ritable sujet. Mais toutes les &#233;poques de la production ont certains caract&#232;res communs, certaines d&#233;terminations communes. La production en g&#233;n&#233;ral est une abstraction, mais une abstraction rationnelle, dans la mesure o&#249;, soulignant et pr&#233;cisant bien les traits communs, elle nous &#233;vite la r&#233;p&#233;tition. Cepen&#173;dant, ce caract&#232;re g&#233;n&#233;ral, ou ces traits communs, que permet de d&#233;gager la comparaison, forment eux-m&#234;mes un ensemble tr&#232;s complexe dont les &#233;l&#233;ments divergent pour rev&#234;tir des d&#233;termi&#173;nations diff&#233;rentes. Certains de ces caract&#232;res appartiennent &#224; toutes les &#233;poques, d'autres sont communs &#224; quelques-unes seulement. [Certaines] de ces d&#233;terminations appara&#238;tront communes &#224; l'&#233;poque la plus moderne comme &#224; la plus ancienne. Sans elles, on ne peut concevoir aucune production. Mais, s'il est vrai que les langues les plus &#233;volu&#233;es ont en commun avec les moins &#233;volu&#233;es certaines lois et d&#233;terminations, ce qui constitue leur &#233;volution, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui les diff&#233;rencie de ces caract&#232;res g&#233;n&#233;raux et communs ; aussi faut-il bien distinguer les d&#233;terminations qui valent pour la production en g&#233;n&#233;ral, afin que l'unit&#233; - qui d&#233;coule d&#233;j&#224; du fait que le sujet, l'humanit&#233;, et l'objet, la nature, sont identi&#173;ques - ne fasse pas oublier la diff&#233;rence essentielle. C'est de cet oubli que d&#233;coule, par exemple, toute la sagesse des &#233;conomistes modernes qui pr&#233;tendent prouver l'&#233;ternit&#233; et l'harmonie des rapports sociaux existant actuellement. Par exemple, pas de production possible sans un instrument de production, cet instrument ne serait-il que la main. Pas de production possible sans travail pass&#233; accumul&#233;, ce travail ne serait-il que l'habilet&#233; que l'exe&#173;r&#173;cice r&#233;p&#233;t&#233; a d&#233;velopp&#233;e et fix&#233;e dans la main du sauvage. Entre autres choses, le capital est, lui aussi, un instrument de production, c'est, lui aussi, du travail pass&#233;, objectiv&#233;. Donc le capital est un rapport naturel universel et &#233;ternel ; oui, mais &#224; condition de n&#233;gliger pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;l&#233;ment sp&#233;cifique, ce qui seul transforme en capital l'&#171; instrument de produc&#173;tion &#187;, le &#171; travail accumul&#233; &#187;. Toute l'histoire des rapports de production appara&#238;t ainsi, par exemple chez Carey, comme une falsification provoqu&#233;e par la malveillance des gouverne&#173;ments. S'il n'y a pas de production en g&#233;n&#233;ral, il n'y a pas non plus de production g&#233;n&#233;rale. La production est toujours une branche particuli&#232;re de la production - par exemple l'agriculture, l'&#233;levage du b&#233;tail, la manufacture, etc., ou bien elle constitue un tout. Mais l'&#233;conomie politique n'est pas la technologie. Il faudra expliquer ailleurs (plus tard) le rapport entre les d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales de la production &#224; un stade social donn&#233; et les formes particuli&#232;res de la production. Enfin la production n'est pas non plus uniquement une production particuli&#232;re, elle appara&#238;t toujours sous la forme d'un certain corps social d'un sujet social, qui exerce son activit&#233; dans un ensemble plus ou moins grand et riche de branches de la production. Il n'y a pas encore lieu non plus d'&#233;tudier ici le rapport existant entre l'expos&#233; scientifique et le mouvement r&#233;el. Production en g&#233;n&#233;ral. Branches particuli&#232;res de la production. Production consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de mode en &#233;conomie politique de faire pr&#233;c&#233;der toute &#233;tude d'une partie g&#233;n&#233;rale, - celle, pr&#233;cis&#233;ment, qui figure sous le titre de Production (cf., par exemple, J. Stuart Mill), - dans laquelle on traite des conditions g&#233;n&#233;rales de toute production. Cette partie g&#233;n&#233;rale comprend ou est cens&#233;e comprendre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'&#233;tude des conditions sans lesquelles la production n'est pas possible, et qui se borne donc en fait &#224; la mention des facteurs essentiels communs &#224; toute production. Mais, en r&#233;alit&#233;, cela se r&#233;duit, comme nous le verrons, &#224; quelques d&#233;terminations tr&#232;s simples rab&#226;ch&#233;es en plates tautologies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'&#233;tude des conditions qui favorisent plus ou moins le d&#233;veloppement de la produc&#173;tion, comme, par exemple, l'&#233;tat social progressif ou stagnant d'Adam Smith. Pour donner un caract&#232;re scientifique &#224; ce qui, chez lui, a sa valeur comme aper&#231;u, il faudrait &#233;tudier les p&#233;riodes de divers degr&#233;s de productivit&#233; au cours du d&#233;veloppement de diff&#233;rents peuples - &#233;tude qui d&#233;passe les limites proprement dites de notre sujet, mais qui, dans la mesure o&#249; elle y entre, doit &#234;tre expos&#233;e dans la partie expliquant la concurrence, l'accumu&#173;lation, etc. Sous sa forme g&#233;n&#233;rale, la conclusion aboutit &#224; cette g&#233;n&#233;ralit&#233; qu'un peuple industriel est &#224; l'apog&#233;e de sa production au moment m&#234;me o&#249;, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il atteint son apog&#233;e historique. Et, de fait, un peuple est &#224; son apog&#233;e industrielle tant que ce n'est pas encore le profit, mais la recherche du gain qui est pour lui l'essentiel. Sup&#233;riorit&#233;, en ce sens, des Yankees sur les Anglais. Ou bien, aussi, on aboutit &#224; ceci, que certaines races, certaines dispositions, certains climats, certaines conditions naturelles, comme la situation au bord de la mer, la fertilit&#233; du sol, etc., sont plus favorables que d'autres &#224; la production. Ce qui donne de nouveau cette tautologie : la richesse se cr&#233;e d'autant plus facilement que ses &#233;l&#233;ments subjectifs et objectifs existent &#224; un degr&#233; plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans cette partie g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; pour les &#233;conomistes. Il s'agit bien plut&#244;t, comme le montre l'exemple de Mill, de repr&#233;senter la production, &#224; la diff&#233;rence de la distribution, etc., comme enclose dans des lois naturelles, &#233;ternelles, ind&#233;pendantes de l'histoire, et &#224; cette occasion de glisser en sous-main cette id&#233;e que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la soci&#233;t&#233; con&#231;ue in abstracto [dans l'abstrait]. Tel est le but auquel tend plus ou moins consciemment tout ce proc&#233;d&#233;. Dans la distribution, au contraire, les hommes se seraient permis d'agir en fait avec beaucoup d'arbitraire. Abstraction faite de cette disjonction brutale de la production et la distribution et de la rupture de leur rapport r&#233;el, on peut d&#232;s l'abord voir au moins ceci clairement : si diverse que puisse &#234;tre la distribution aux diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233;, il doit &#234;tre possible, tout aussi bien que pour la production, de d&#233;gager des caract&#232;res communs, et possible aussi d'effacer ou de supprimer toutes les diff&#233;rences historiques pour &#233;noncer des lois s'appliquant &#224; l'homme en g&#233;n&#233;ral. Par exemple, l'esclave, le serf, le travailleur salari&#233; re&#231;oivent tous une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de nourriture qui leur permet de subsister en tant qu'esclave, serf, salari&#233;. Qu'ils vivent du tribut, de l'imp&#244;t, de la rente fonci&#232;re, de l'aum&#244;ne ou de la d&#238;me, le conqu&#233;rant, le fonctionnaire, le propri&#233;taire foncier, le moine ou le l&#233;vite re&#231;oivent tous une quote-part de la production sociale qui est fix&#233;e suivant d'autres lois que celle des esclaves, etc. Les deux principaux points que tous les &#233;conomistes placent sous cette rubrique sont : 1&#176; propri&#233;t&#233; ; 2&#176; garantie de cette derni&#232;re par la justice, la police, etc. On peut r&#233;pondre &#224; cela tr&#232;s bri&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point : Toute production est appropriation de la nature par l'individu dans le cadre et par l'interm&#233;diaire d'une forme de soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e. En ce sens, c'est une tautologie de dire que la propri&#233;t&#233; (appropriation) est une condition de la production. Mais il est ridicule de partir de l&#224; pour passer d'un saut &#224; une forme d&#233;termin&#233;e de la propri&#233;t&#233;, par exemple &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. (Ce qui, de plus, suppose &#233;galement comme condition une forme oppos&#233;e, la non-propri&#233;t&#233;.)L'histoire nous montre bien plut&#244;t dans la propri&#233;t&#233; commune (par exemple chez les Indiens, les Slaves, les anciens Celtes, etc.) la forme primitive, forme qui, sous l'aspect de propri&#233;t&#233; communale, jouera longtemps encore un r&#244;le important. Quant &#224; savoir si la richesse se d&#233;veloppe mieux sous l'une ou l'autre forme de propri&#233;t&#233;, il n'en est encore nullement question ici. Mais, dire qu'il ne puisse &#234;tre question d'aucune production, ni par cons&#233;quent d'aucune soci&#233;t&#233; o&#249; n'existe aucune forme de propri&#233;t&#233;, est pure tautologie. Une appropriation qui ne s'approprie rien est une contradictio in subjecto [une contradiction dans les termes].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le deuxi&#232;me point : Mise en s&#251;ret&#233; des biens acquis, etc. Si l'on r&#233;duit ces banalit&#233;s &#224; leur contenu r&#233;el, elles expriment beaucoup plus que ne s'en doutent ceux qui les pr&#234;chent. A savoir que toute forme de production engendre ses propres rapports juridiques, sa propre forme de gouvernement, etc. C'est manquer de finesse et de perspicacit&#233; que d'&#233;tablir entre des choses formant un tout organique des rapports contingents, que d'&#233;tablir seulement entre elles un lien de la r&#233;flexion. C'est ainsi que les &#233;conomistes bourgeois ont le sentiment vague que la production est plus facile avec la police moderne qu'&#224; l'&#233;poque par exemple du &#171; droit du plus fort &#187;. Ils oublient seulement que le &#171; droit du plus fort &#187; est &#233;galement un droit, et qui survit sous une autre forme dans leur &#171; &#201;tat juridique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les conditions sociales r&#233;pondant &#224; un stade d&#233;termin&#233; de la production sont seulement en voie de formation ou, au contraire, quand elles sont d&#233;j&#224; en voie de disparition, des perturbations se produisent naturellement dans la production, bien qu'elles soient d'un degr&#233; et d'un effet variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer : tous les stades de la production ont des d&#233;terminations communes auxquelles la pens&#233;e pr&#234;te un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral ; mais les pr&#233;tendues conditions g&#233;n&#233;rales de toute production ne sont rien d'autre que ces facteurs abstraits, qui ne r&#233;pondent &#224; aucun stade historique r&#233;el de la production. II. Rapport g&#233;n&#233;ral entre la production et la distribution, l'&#233;change, la consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous engager plus avant dans l'analyse de la production, il est n&#233;cessaire d'examiner les diff&#233;rentes rubriques dont l'accompagnent les &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'id&#233;e telle qu'elle se pr&#233;sente d'elle-m&#234;me : dans la production, les membres de la soci&#233;t&#233; adaptent (produisent, fa&#231;onnent) les produits de la nature conform&#233;ment &#224; des besoins humains ; la distribution d&#233;termine la proportion dans laquelle l'individu participe &#224; la r&#233;partition de ces produits ; l'&#233;change lui procure les produits particuliers en lesquels il veut convertir la quote-part qui lui est d&#233;volue par la distribution ; dans la consommation enfin les produits deviennent objets de jouissance, d'appropriation individuelle. La production cr&#233;e les objets qui r&#233;pondent aux besoins ; la distribution les r&#233;partit suivant des lois sociales ; l'&#233;chan&#173;ge r&#233;partit de nouveau ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;parti, mais selon les besoins individuels ; dans la consommation enfin, le produit s'&#233;vade de ce mouvement social, il devient directement objet et serviteur du besoin individuel, qu'il satisfait dans la jouissance. La production appara&#238;t ainsi comme le point de d&#233;part, la consommation comme le point final, la distribution et l'&#233;change comme le moyen terme, lequel a, &#224; son tour, un double caract&#232;re, la distribution &#233;tant le moment ayant pour origine la soci&#233;t&#233; et l'&#233;change le moment ayant l'individu pour origine. Dans la production la personne s'objective et dans la personne [2] se subjectivise la chose ; dans la distribution c'est la soci&#233;t&#233;, sous forme de d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales domi&#173;nantes, qui fait office d'interm&#233;diaire entre la production et la consommation ; dans l'&#233;change, le passage de l'une &#224; l'autre est assur&#233; par la d&#233;termination contingente de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution d&#233;termine la proportion (la quantit&#233;) des produits qui &#233;choient &#224; l'individu ; l'&#233;change d&#233;termine les produits que chaque individu r&#233;clame en tant que part qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production, distribution, &#233;change, consommation forment ainsi [suivant la doctrine des &#233;conomistes [3]]un syllogisme dans les r&#232;gles ; la production constitue le g&#233;n&#233;ral, la distribu&#173;tion et l'&#233;change le particulier, la consommation le singulier, &#224; quoi aboutit l'ensemble. Sans doute, c'est bien l&#224; un encha&#238;nement, mais fort superficiel. La production est d&#233;termin&#233;e par des lois naturelles g&#233;n&#233;rales ; la distribution par la contingence sociale, et celle-ci peut, par suite, exercer sur la production une action plus ou moins stimulante ; l'&#233;change se situe entre les deux comme un mouvement social de caract&#232;re formel, et l'acte final de la consommation, con&#231;u non seulement comme abou&#173;tis&#173;se&#173;ment, mais comme but final, est, &#224; vrai dire, en dehors de l'&#233;conomie, sauf dans la mesure o&#249; il r&#233;agit &#224; son tour sur le point de d&#233;part, o&#249; il ouvre &#224; nouveau tout le proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires des &#233;conomistes - adversaires de l'int&#233;rieur ou du dehors, - qui leur reprochent de dissocier d'une fa&#231;on barbare des choses formant un tout, se placent ou bien sur le m&#234;me terrain qu'eux, ou bien au-dessous d'eux. Rien de plus banal que le reproche fait aux &#233;conomistes de consid&#233;rer la production trop exclusivement comme une fin en soi et all&#233;guant que la distribution a tout autant d'importance. Ce reproche repose pr&#233;cis&#233;ment sur la conception &#233;conomique suivant laquelle la distribution existe en tant que sph&#232;re autonome, ind&#233;pendante, &#224; c&#244;t&#233; de la production. Ou bien [on leur reproche] de ne pas consid&#233;rer dans leur unit&#233; ces diff&#233;rentes phases. Comme si cette dissociation n'&#233;tait pas pass&#233;e de la r&#233;alit&#233; dans les livres, mais au contraire des livres dans la r&#233;alit&#233;, et comme s'il s'agissait ici d'un &#233;quilibre dialectique de concepts et non pas de la conception [4] des rapports r&#233;els ! a) La production est aussi consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double caract&#232;re de la consommation, subjectif et objectif : d'une part, l'individu qui d&#233;ve&#173;&#173;lop&#173;pe ses facult&#233;s en produisant les d&#233;pense &#233;galement, les consomme dans l'acte de la produc&#173;tion, tout comme la procr&#233;ation naturelle est consommation des forces vitales. Deuxi&#232;mement : consommation des moyens de production que l'on emploie, qui s'usent, et qui se dissolvent en partie (comme par exemple lors de la combustion) dans les &#233;l&#233;ments de l'univers. De m&#234;me pour la mati&#232;re premi&#232;re, qui ne conserve pas sa forme et sa constitution naturelles, mais qui se trouve consomm&#233;e. L'acte de production est donc lui-m&#234;me dans tous ses moments un acte de consommation &#233;galement. Les &#233;conomistes, du reste, l'admettent. La production consid&#233;r&#233;e comme imm&#233;diatement identique &#224; la consommation et la consomma&#173;tion comme co&#239;ncidant de fa&#231;on imm&#233;diate avec la production, c'est ce qu'ils appellent la consommation productive. Cette identit&#233; de la production et de la consommation revient &#224; la proposition de Spinoza : Determinatio est negatio [Toute d&#233;termination est n&#233;gation].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;termination de la consommation productive n'est pr&#233;cis&#233;ment &#233;tablie que pour distinguer la consommation qui s'identifie &#224; la production, de la consommation propre&#173;ment dite, qui est plut&#244;t con&#231;ue comme antith&#232;se destructrice de la production. Consid&#233;rons donc la consommation proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation est de mani&#232;re imm&#233;diate &#233;galement production, de m&#234;me que dans la nature la consommation des &#233;l&#233;ments et des substances chimiques est production de la plante. Il est &#233;vident que dans l'alimen&#173;tation, par exemple, qui est une forme particuli&#232;re de la consommation, l'homme produit son propre corps. Mais cela vaut &#233;galement pour tout autre genre de consommation qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, contribue par quelque c&#244;t&#233; &#224; la production de l'homme. Production consommatrice. Mais, objecte l'&#233;conomie, cette produc&#173;tion qui s'identifie &#224; la consommation est une deuxi&#232;me production, issue de la destruction du premier produit. Dans la premi&#232;re le producteur s'objectivait ; dans la seconde, au contraire, c'est l'objet qu'il a cr&#233;&#233; qui se person&#173;nifie. Ainsi, cette production consommatrice - bien qu'elle constitue une unit&#233; imm&#233;diate de la production et de la consommation - est essen&#173;tiel&#173;le&#173;&#173;ment diff&#233;rente de la production propre&#173;ment dite. L'unit&#233; imm&#233;diate, dans laquelle la produc&#173;tion co&#239;ncide avec la consommation et la consommation avec la production, laisse subsis&#173;ter leur dualit&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production est donc imm&#233;diatement consommation, la consommation imm&#233;diatement production. Chacune est imm&#233;diatement son contraire. Mais il s'op&#232;re en m&#234;me temps un mouvement m&#233;diateur entre les deux termes. La production est m&#233;diatrice de la consom&#173;mation, dont elle cr&#233;e les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et qui, sans elle, n'aurait point d'objet. Mais la consommation est aussi m&#233;diatrice de la production en procurant aux produits le sujet pour lequel ils sont des produits. Le produit ne conna&#238;t son ultime accomplissement que dans la consommation. Un chemin de fer sur lequel on ne roule pas, qui donc ne s'use pas, n'est pas consomm&#233;, n'est un chemin de fer que dans le domaine de la possibilit&#233; [...] et non dans celui de la r&#233;alit&#233;. Sans production, pas de consommation ; mais, sans consommation, pas de production non plus, car la production serait alors sans but. La consommation produit la production doublement. 1&#186; C'est dans la consommation seulement que le produit devient r&#233;ellement produit. Par exemple, un v&#234;tement ne devient v&#233;ritablement v&#234;tement que par le fait qu'il est port&#233; ; une maison qui n'est pas habit&#233;e n'est pas, en fait, une v&#233;ritable maison ; le produit donc, &#224; la diff&#233;rence du simple objet naturel, ne s'affirme comme produit, ne devient produit que dans la consommation. C'est la consommation seulement qui, en absor&#173;bant le produit, lui donne la derni&#232;re touche (finishing stroke) ; carla production n'est pas produit en tant qu'activit&#233; objectiv&#233;e, mais seulement en tant qu'objet pour le sujet agissant [la consommation produit la production] [5]. 2&#186; La consommation cr&#233;e le besoin d'une nouvelle production, par cons&#233;quent la raison id&#233;ale, le mobile interne de la production, qui en est la condition pr&#233;alable. La consommation cr&#233;e le mobile de la production ; elle cr&#233;e aussi l'objet qui agit dans la production en d&#233;terminant sa fin. S'il est clair que la production offre, sous sa forme mat&#233;rielle, l'objet de la consommation, il est donc tout aussi clair que la consommation pose id&#233;alement l'objet de la production, sous forme d'image int&#233;rieure, de besoin, de mobile et de fin. Elle cr&#233;e les objets de la production sous une forme encore subjective. Sans besoin, pas de production. Mais la consommation reproduit le besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce double caract&#232;re correspond du c&#244;t&#233; de la production : 1&#186; Elle fournit &#224; la consom&#173;ma&#173;tion sa mati&#232;re, son objet. Une consommation sans objet n'est pas une consommation ; &#224; cet &#233;gard donc la production cr&#233;e, produit la consommation. 2&#186; Mais ce n'est pas seulement l'objet que la production procure &#224; la consommation. Elle lui donne aussi son aspect d&#233;termin&#233;, son caract&#232;re, son fini (finish). Tout comme la consommation donnait la derni&#232;re touche au produit en tant que produit, la production le donne &#224; la consommation. D'abord l'objet n'est pas un objet en g&#233;n&#233;ral, mais un objet d&#233;termin&#233;, qui doit &#234;tre consomm&#233; d'une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e, &#224; laquelle la production elle-m&#234;me doit servir [6] d'interm&#233;diaire. La faim est la faim, mais la faim qui se satisfait avec de la viande cuite, mang&#233;e avec fourchette et couteau, est une autre faim que celle qui avale de la chair crue en se servant des mains, des ongles et des dents. Ce n'est pas seulement l'objet de la consommation, mais aussi le mode de consommation qui est donc produit par la production, et ceci non seulement d'une mani&#232;re objective, mais aussi subjective. La production cr&#233;e donc le consommateur. 3&#186; La production ne fournit donc pas seulement un objet mat&#233;riel au besoin, elle fournit aussi un besoin &#224; l'objet mat&#233;riel. Quand la consommation se d&#233;gage de sa grossi&#232;ret&#233; primitive et perd son caract&#232;re imm&#233;diat - et le fait m&#234;me de s'y attarder serait encore le r&#233;sultat d'une production rest&#233;e &#224; un stade de grossi&#232;ret&#233; primitive -, elle a elle-m&#234;me, en tant qu'instinct, l'objet pour m&#233;diateur. Le besoin qu'elle &#233;prouve de cet objet est cr&#233;&#233; par la perception de celui-ci. L'objet d'art - comme tout autre produit - cr&#233;e un public apte &#224; comprendre l'art et &#224; jouir de la beaut&#233;. La production ne produit donc pas seulement un objet pour le sujet, mais aussi un sujet pour l'objet. La production produit donc la consommation 1&#186; en lui fournissant la mati&#232;re ; 2&#186; en d&#233;terminant le mode de consommation ; 3&#186; en faisant na&#238;tre chez le consom&#173;ma&#173;teur le besoin de produits pos&#233;s d'abord simplement par elle sous forme d'objets. Elle pro&#173;duit donc l'objet de la consommation, le mode de consommation, l'instinct de la consom&#173;mation. De m&#234;me la consommation engendre l'aptitude du producteur en le sollicitant sous la forme d'un besoin d&#233;terminant le but de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; entre la consommation et la production appara&#238;t donc sous un triple aspect :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Identit&#233; imm&#233;diate. La production est consommation ; la consommation est produc&#173;tion. Production consommatrice. Consommation productive. Toutes deux sont appel&#233;es consommation productive par les &#233;cono&#173;mis&#173;tes. Mais ils font encore une diff&#233;rence. La premi&#232;re prend la forme de reproduction ; la seconde, de consommation productive. Toutes les recherches sur la premi&#232;re sont l'&#233;tude du travail productif ou improductif ; les recherches sur la seconde sont celle de la consommation productive ou improductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Chacune appara&#238;t comme le moyen de l'autre ; elle est m&#233;di&#233;e par l'autre ; ce qui s'expri&#173;me par leur interd&#233;pendance, mouvement qui les rapporte l'une &#224; l'autre et les fait appara&#238;tre comme indispensables r&#233;ciproquement, bien qu'elles restent cependant ext&#233;rieures l'une &#224; l'autre. La production cr&#233;e la mati&#232;re de la consommation en tant qu'objet ext&#233;rieur ; la consommation cr&#233;e pour la production le besoin en tant qu'objet interne, en tant que but. Sans production, pas de consommation ; sans consommation, pas de production. Ceci figure dans l'&#233;conomie politique sous de nombreuses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La production n'est pas seulement imm&#233;diatement consommation, ni la consommation imm&#233;diatement production ; la production n'est pas non plus seulement moyen pour la consommation, ni la consommation but pour la production, en ce sens que chacune d'elles fournit &#224; l'autre son objet, la production l'objet ext&#233;rieur de la consommation, la consom&#173;ma&#173;tion l'objet figur&#233; de la production. En fait, chacune d'elles n'est pas seulement imm&#233;diate&#173;ment l'autre, ni seulement m&#233;diatrice de l'autre, mais chacune d'elles, en se r&#233;alisant, cr&#233;e l'autre ; se cr&#233;e sous la forme de l'autre. C'est la consommation qui accomplit pleinement l'acte de la production en donnant au produit son caract&#232;re achev&#233; de produit, en le dissolvant en consommant la forme objective ind&#233;pendante qu'il rev&#234;t, en &#233;levant &#224; la dext&#233;rit&#233;, par le besoin de la r&#233;p&#233;tition, l'aptitude d&#233;velopp&#233;e dans le premier acte de la production ; elle n'est donc pas seulement l'acte final par lequel le produit devient v&#233;ritablement produit, mais celui par lequel le producteur devient &#233;galement v&#233;ritablement producteur. D'autre part, la production produit la consommation en cr&#233;ant le mode d&#233;termin&#233; de la consommation, et ensuite en faisant na&#238;tre l'app&#233;tit de la consommation, la facult&#233; de consommation, sous forme de besoin. Cette derni&#232;re identit&#233;, que nous avons pr&#233;cis&#233;e au paragraphe 3, est com&#173;men&#173;t&#233;e en &#233;conomie politique sous des formes multiples, &#224; propos des rapports entre l'offre et la demande, les objets et les besoins, les besoins cr&#233;&#233;s par la soci&#233;t&#233; et les besoins naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus simple alors, pour un h&#233;g&#233;lien, que de poser la production et la consomma&#173;tion comme identiques. Et cela n'a pas &#233;t&#233; seulement le fait d'hommes de lettres socialistes, mais de prosa&#239;ques &#233;conomistes m&#234;me ; par exemple de Say, sous la forme suivante : quand on consid&#232;re un peuple, ou bien l'humanit&#233; in abstracto, on voit que sa production est sa consommation. Storch a montr&#233; l'erreur de Say : un peuple, par exemple, ne consomme pas purement et simplement sa production, mais cr&#233;e aussi des moyens de production, etc., du capital fixe, etc. Consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; comme un sujet unique, c'est au surplus la consid&#233;rer d'un point de vue faux - sp&#233;culatif. Chez un sujet, production et con&#173;som&#173;ma&#173;tion apparaissent comme des moments d'un m&#234;me acte. L'important ici est seulement de souligner ceci : que l'on consid&#232;re la production et la consommation comme des activit&#233;s d'un sujet ou de nom&#173;breux individus [7], elles apparaissent en tout cas comme les moments d'un proc&#232;s dans lequel la production est le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite aussi le facteur qui l'emporte. La consommation en tant que n&#233;cessit&#233;, que besoin, est elle-m&#234;me un facteur interne de l'activit&#233; productive ; maiscette derni&#232;re est le point de d&#233;part de la r&#233;alisa&#173;tion et par suite aussi son facteur pr&#233;dominant, l'acte dans lequel tout le proc&#232;s se d&#233;roule &#224; nouveau. L'individu produit un objet et fait retour en soi-m&#234;me par la consommation de ce dernier, mais il le fait en tant qu'individu productif et qui se reproduit lui-m&#234;me. La consom&#173;ma&#173;tion appara&#238;t ainsi comme moment de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la soci&#233;t&#233;, le rapport entre le producteur et le produit, d&#232;s que ce dernier est achev&#233;, est un rapport ext&#233;rieur,- et le retour du produit au sujet d&#233;pend des relations de celui-ci avec d'autres individus. Il n'en devient pas imm&#233;diatement possesseur. Aussi bien, l'appropriation imm&#233;diate du produit n'est-elle pas la fin que se propose le producteur quand il produit dans la soci&#233;t&#233;. Entre le producteur et les produits intervient la distribution, qui par des lois sociales d&#233;termine la part qui lui revient dans la masse des produits et se place ainsi entre la production et la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, alors, la distribution constitue-t-elle une sph&#232;re autonome &#224; c&#244;t&#233; et en dehors de la production ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Distribution et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe n&#233;cessairement tout d'abord, quand on consid&#232;re les trait&#233;s ordinaires d'&#233;conomie politique, c'est que toutes les cat&#233;gories y sont pos&#233;es sous une double forme. Par exemple, dans la distribution figurent : rente fonci&#232;re, salaire, int&#233;r&#234;t et profit, tandis que dans la production terre, travail, capital figurent comme agents de la production. Or, en ce qui concerne le capital, il appara&#238;t clairement d&#232;s l'abord qu'il est pos&#233; sous deux formes : 1&#176; comme agent de production ; 2&#176; comme source de revenus : comme formes de distribution d&#233;termin&#233;es et d&#233;terminantes. Par suite, int&#233;r&#234;t et profit figurent aussi en tant que tels dans la production, dans la mesure o&#249; ils sont des formes sous lesquelles le capital augmente, s'accro&#238;t, donc des facteurs de sa production m&#234;me. Int&#233;r&#234;t et profit, en tant que formes de distribution, supposent le capital consid&#233;r&#233; comme agent de la production. Ce sont des modes de distribution qui ont pour postulat le capital comme agent de la production. Ce sont &#233;galement des modes de reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le salaire est le travail salari&#233;, que les &#233;conomistes consid&#232;rent sous une autre rubrique : le caract&#232;re d&#233;termin&#233; d'agent de production que poss&#232;de ici le travail appara&#238;t l&#224; comme d&#233;termination de la distribution. Si le travail n'&#233;tait pas d&#233;fini comme travail salari&#233;, le mode suivant lequel il participe &#224; la r&#233;partition des produits n'appara&#238;trait pas sous la forme de salaire : c'est le cas par exemple dans l'esclavage. Enfin la rente fonci&#232;re, pour prendre tout de suite la forme la plus d&#233;velopp&#233;e de la distribution, par laquelle la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re participe &#224; la r&#233;partition des produits, suppose la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re (&#224; vrai dire la grande agriculture) comme agent de production, et non tout simplement la terre, pas plus que le salaire ne suppose le travail tout court. Les rapports et les modes de distribution apparais&#173;sent donc simplement comme l'envers des agents de production. Un individu qui participe &#224; la production sous la forme du travail salari&#233; participe sous la forme du salaire &#224; la r&#233;partition des produits, r&#233;sultats de la production. La structure de la distribution est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par la structure de la production. La distribution est elle-m&#234;me un produit de la production non seulement en ce qui concerne l'objet, le r&#233;sultat de la production seul pouvant &#234;tre distribu&#233;, mais aussi en ce qui concerne la forme, le mode pr&#233;cis de participation &#224; la production d&#233;terminant les formes particuli&#232;res de la distribution, c'est-&#224;-dire d&#233;terminant sous quelle forme le producteur participera &#224; la distribution. Il est absolu&#173;ment illusoire de placer la terre dans la production, la rente fonci&#232;re dans la distribution, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;conomistes comme Ricardo, auxquels on a le plus reproch&#233; de n'avoir en vue que la production, ont par suite d&#233;fini la distribution comme l'objet exclusif de l'&#233;conomie politique, parce qu'instinctivement ils voyaient dans les formes de distribution l'expression la plus nette des rapports fixes des agents de production dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; l'individu isol&#233;, la distribution appara&#238;t naturellement comme une loi sociale qui conditionne sa position &#224; l'int&#233;rieur de la production dans le cadre de laquelle il produit, et qui pr&#233;c&#232;de donc la production. De par son origine, l'individu n'a pas de capital, pas de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. D&#232;s sa naissance, il est r&#233;duit au travail salari&#233; par la distribution sociale. Mais le fait m&#234;me qu'il y soit r&#233;duit r&#233;sulte de l'existence du capital, de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re comme agents de production ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res, la distribution, &#224; un autre point de vue encore, semble pr&#233;c&#233;der la production et la d&#233;terminer ; pour ainsi dire comme un fait pr&#233;&#173;&#233;cono&#173;mique. Un peuple conqu&#233;rant partage le pays entre les conqu&#233;rants et impose ainsi une certaine r&#233;partition et une certaine forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re : Il d&#233;termine donc la production. Ou bien il fait des peuples conquis des esclaves et fait ainsi du travail servile la base de la production. Ou bien un peuple, par la r&#233;volution, brise la grande propri&#233;t&#233; et la morcelle ; il donne donc ainsi par cette nouvelle distribution un nouveau caract&#232;re &#224; la production. Ou bien enfin la l&#233;gislation perp&#233;tue la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re dans certaines familles, ou fait du travail un privil&#232;ge h&#233;r&#233;ditaire et lui imprime ainsi un caract&#232;re de caste. Dans tous ces cas, et tous sont historiques, la distribution ne semble pas &#234;tre organis&#233;e et d&#233;termin&#233;e par la production, mais inversement la production semble l'&#234;tre par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception la plus banale, la distribution appara&#238;t comme distribution des produits, et ainsi comme plus &#233;loign&#233;e de la production et pour ainsi dire ind&#233;pendante de celle-ci. Mais, avant d'&#234;tre distribution des produits, elle est : 1&#176; distribution des instruments de production, et 2&#176;, ce qui est une autre d&#233;termination du m&#234;me rapport, distribution des membres de la soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rents genres de production. (Subordination des individus &#224; des rapports de production d&#233;termin&#233;s.) La distribution des produits n'est manifestement que le r&#233;sultat de cette distribution, qui est incluse dans le proc&#232;s de production lui-m&#234;me et d&#233;termine la structure de la production. Consid&#233;rer la production sans tenir compte de cette distribution, qui est incluse en elle, c'est manifestement abstraction vide, alors qu'au contraire la distribution des produits est impliqu&#233;e par cette distribution, qui constitue &#224; l'origine un facteur m&#234;me de la production. Ricardo, &#224; qui il importait de concevoir la production moderne dans sa structure sociale d&#233;termin&#233;e et qui est l'&#233;conomiste de la production par excellence [8], affirme pour cette raison que ce n'estpas la production, mais la distribution qui constitue le sujet v&#233;ritable de l'&#233;conomie politique moderne. D'o&#249; l'absurdit&#233; des &#233;conomistes qui traitent de la production comme d'une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle, tandis qu'ils rel&#232;guent l'histoire dans le domaine de la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir quel rapport s'&#233;tablit entre la distribution et la production qu'elle d&#233;termine rel&#232;ve manifestement de la production m&#234;me. Si l'on pr&#233;tendait qu'alors, du fait que la production a n&#233;cessairement son point de d&#233;part dans une certaine distribution des instruments de production, la distribution, au moins dans ce sens, pr&#233;c&#232;de la production, en constitue la condition pr&#233;alable, on pourrait r&#233;pondre &#224; cela que la production a effectivement ses propres conditions et pr&#233;misses, qui en constituent des facteurs. Ces derniers peuvent appara&#238;tre tout au d&#233;but comme des donn&#233;es naturelles. Le proc&#232;s m&#234;me de la production transforme ces donn&#233;es naturelles en donn&#233;es historiques et, s'ils apparaissent pour une p&#233;riode comme des pr&#233;misses naturelles de la production, ils en ont &#233;t&#233; pour une autre p&#233;riode le r&#233;sultat historique. Dans le cadre m&#234;me de la production, ils sont constamment modifi&#233;s. Par exemple, le machinisme a modifi&#233; aussi bien la distribution des instruments de production que celle des produits. La grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re moderne elle-m&#234;me est le r&#233;sultat aussi bien du commerce moderne et de l'industrie moderne que de l'application de cette derni&#232;re &#224; l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les, questions soulev&#233;es plus haut se ram&#232;nent toutes en derni&#232;re instance &#224; celle de savoir comment des conditions historiques g&#233;n&#233;rales interviennent dans la production et quel est le rapport de celle-ci avec le mouvement historique en g&#233;n&#233;ral. La question rel&#232;ve manifestement de la discussion et de l'analyse de la production elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sous la forme triviale o&#249; elles ont &#233;t&#233; soulev&#233;es plus haut, on peut les r&#233;gler &#233;galement d'un mot. Dans toutes les conqu&#234;tes, il y a trois possibilit&#233;s. Le peuple conqu&#233;rant impose au peuple conquis son propre mode de production (par exemple les Anglais en Irlande dans ce si&#232;cle, en partie dans l'Inde) ; ou bien il laisse subsister l'ancien mode de production et se contente de pr&#233;lever un tribut (par exemple les Turcs et les Romains) ; ou bien il se produit une action r&#233;ciproque qui donne naissance &#224; quelque chose de nouveau, &#224; une synth&#232;se (en partie dans les conqu&#234;tes germaniques). Dans tous les cas, le mode de production, soit celui du peuple conqu&#233;rant ou celui du peuple conquis, ou encore celui qui provient de la fusion des deux pr&#233;c&#233;dents, est d&#233;terminant pour la distribution nouvelle qui appara&#238;t. Bien que celle-ci se pr&#233;sente comme condition pr&#233;alable de la nouvelle p&#233;riode de production, elle est ainsi elle-m&#234;me &#224; son tour un produit de la production, non seulement de la production historique en g&#233;n&#233;ral, mais de telle ou telle production historique d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mongols, par leurs d&#233;vastations en Russie par exemple, agissaient conform&#233;ment &#224; leur mode de production fond&#233; sur le p&#226;turage, qui exigeait comme condition essentielle de grands espaces inhabit&#233;s. Les barbares germaniques, dont le mode de production traditionnel comportait la culture par les serfs et la vie isol&#233;e &#224; la campagne, purent d'autant plus facile&#173;ment soumettre les provinces romaines &#224; ces conditions, que la concentration de la propri&#233;t&#233; terrienne qui s'y &#233;tait op&#233;r&#233;e avait d&#233;j&#224; compl&#232;tement boulevers&#233; l'ancien r&#233;gime de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une image traditionnelle que dans certaines p&#233;riodes on n'aurait v&#233;cu que de pillage. Mais, pour pouvoir piller, il faut qu'il existe quelque chose &#224; piller, donc une production. Et le mode de pillage est lui-m&#234;me &#224; son tour d&#233;termin&#233; par le mode de production. Une stock-jobbing nation [nation de sp&#233;culateurs en Bourse] par exemple ne peut pas &#234;tre pill&#233;e comme une nation de vachers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la personne de l'esclave, l'instrument de production est directement ravi. Mais alors la production du pays, au profit duquel il est ravi, doit &#234;tre organis&#233;e de telle sorte qu'elle permette le travail d'esclave, ou (comme dans l'Am&#233;rique du Sud, etc.) il faut que l'on cr&#233;e un mode de production conforme &#224; l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lois peuvent perp&#233;tuer dans certaines familles un instrument de production, par exemple la terre. Ces lois ne prennent une importance &#233;conomique que lorsque la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est en harmonie avec la production sociale, comme en Angleterre par exemple. En France, on a pratiqu&#233; la petite culture malgr&#233; l'existence de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, aussi cette derni&#232;re fut-elle d&#233;truite par la R&#233;volution. Mais qu'advient-il si l'on pr&#233;tend perp&#233;tuer par des lois le morcellement par exemple. Malgr&#233; ces lois, la propri&#233;t&#233; se concentre de nouveau. Il y a lieu de d&#233;terminer &#224; part quelle influence les lois exercent sur le maintien des rapports de distribution et par suite quelle est leur influence sur la production. c) &#201;change et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation elle-m&#234;me n'est qu'un moment d&#233;termin&#233; de l'&#233;change ou encore l'&#233;change consid&#233;r&#233; dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'&#233;change n'est qu'un facteur servant d'interm&#233;diaire entre la produc&#173;tion et la distribution qu'elle d&#233;termine ainsi que la consommation ; dans la mesure d'autre part o&#249; cette derni&#232;re appara&#238;t elle-m&#234;me comme un facteur de la production, l'&#233;change est manifestement aussi inclus dans cette derni&#232;re en tant que moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il est &#233;vident que l'&#233;change d'activit&#233;s et de capacit&#233;s qui s'effectue dans la production elle-m&#234;me en fait directement partie et en est un &#233;l&#233;ment essentiel. Deuxi&#232;me&#173;ment, cela est vrai de l'&#233;change des produits pour autant que cet &#233;change est l'instrument qui sert &#224; fournir le produit achev&#233; destin&#233; &#224; la consommation imm&#233;diate. Dans cette mesure, l'&#233;change lui-m&#234;me est un acte inclus dans la production. Troisi&#232;mement, l'&#233;change (exchange) entre marchands (dealers) est, de par son organisation, &#224; la fois d&#233;termin&#233; enti&#232;&#173;re&#173;ment par la production et lui-m&#234;me activit&#233; productive. L'&#233;change n'appara&#238;t comme ind&#233;pendant &#224; c&#244;t&#233; de la production, comme indiff&#233;rent vis-&#224;-vis d'elle, que dans le dernier stade, o&#249; le produit est &#233;chang&#233; imm&#233;diatement pour &#234;tre consomm&#233;. Mais, 1&#176; il n'y a pas d'&#233;change sans division du travail, que celle-ci soit naturelle ou m&#234;me d&#233;j&#224; un r&#233;sultat historique ; 2&#176; l'&#233;change priv&#233; suppose la production priv&#233;e ; 3&#176; l'intensit&#233; de l'&#233;change comme son extension et son mode sont d&#233;termin&#233;s par le d&#233;veloppement et la structure de la production. Par exemple, l'&#233;change entre la ville et la campagne ; l'&#233;change &#224; la campagne, &#224; la ville, etc. Dans tous ces moments, l'&#233;change appara&#238;t donc comme directement compris dans la production, ou d&#233;termin&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat auquel nous arrivons n'est pas que la production, la distribution, l'&#233;change, la consommation sont identiques, mais qu'ils sont tous des &#233;l&#233;ments d'une totalit&#233;, des diff&#233;renciations &#224; l'int&#233;rieur d'une unit&#233;. La production d&#233;borde aussi bien son propre cadre dans sa d&#233;termination antith&#233;tique d'elle-m&#234;me que les autres moments. C'est &#224; partir d'elle que recommence sans cesse le proc&#232;s. Il va de soi qu'&#233;change et consommation ne peuvent &#234;tre ce qui l'emporte. Il en est de m&#234;me de la distribution en tant que distribution des produits. Mais, en tant que distribution des agents de production, elle est elle-m&#234;me un moment de la production. Une production d&#233;termin&#233;e d&#233;termine donc une consommation, une distribution, un &#233;change d&#233;termin&#233;s, elle r&#232;gle &#233;galement les rapports r&#233;ciproques d&#233;termin&#233;s de ces diff&#233;rents moments. A vrai dire, la production, elle aussi, sous sa forme exclusive, est, de son c&#244;t&#233;, d&#233;termin&#233;e par les autres facteurs. Par exemple quand le march&#233;, c'est-&#224;-dire la sph&#232;re de l'&#233;change, s'&#233;tend, le volume de la production s'accro&#238;t et il s'op&#232;re en elle une division plus profonde. Une transformation de la distribution entra&#238;ne une transformation de la production ; c'est le cas, par exemple, quand il y a concentration du capital, ou r&#233;partition diff&#233;rente de la population &#224; la ville et &#224; la campagne, etc. Enfin les besoins inh&#233;rents &#224; la consommation d&#233;terminent la production. Il y a action r&#233;ciproque entre les diff&#233;rents moments. C'est le cas pour n'importe quelle totalit&#233; organique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le concret, qui constituent la condition pr&#233;alable effective, donc en &#233;conomie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier. Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, on s'aper&#231;oit que c'est l&#224; une erreur. La population est une abstraction si l'on n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont &#224; leur tour un mot creux si l'on ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salari&#233;, le capital etc. Ceux-ci supposent l'&#233;change, la division du travail, les prix, etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salari&#233;, sans la valeur, l'argent, le prix, etc. Si donc on commen&#231;ait ainsi par la population, on aurait une repr&#233;sentation chaotique du tout et, par une d&#233;termination plus pr&#233;cise, par l'analyse, on aboutirait &#224; des concepts de plus en plus simples ; du concret figur&#233; ou passerait &#224; des abstractions de plus en plus minces, jusqu'&#224; ce que l'on soit arriv&#233; aux d&#233;terminations les plus simples. Partant de l&#224;, il faudrait refaire le chemin &#224; rebours jusqu'&#224; ce qu'enfin on arrive de nouveau &#224; la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la repr&#233;sentation chaotique d'un tout, mais une riche totalit&#233; de d&#233;termi&#173;na&#173;tions et de rapports nombreux. La premi&#232;re voie est celle qu'a prise tr&#232;s historiquement l'&#233;conomie politique &#224; sa naissance. Les &#233;conomistes du XVII&#176; si&#232;cle, par exemple, commen&#173;cent toujours par une totalit&#233; vivante : population, nation, &#201;tat, plusieurs &#201;tats ; mais ils finissent toujours par d&#233;gager par l'analyse quelques rapports g&#233;n&#233;raux abstraits d&#233;terminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. D&#232;s que ces facteurs isol&#233;s ont &#233;t&#233; plus ou moins fix&#233;s et abstraits, les syst&#232;mes &#233;conomiques ont commenc&#233;, qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'&#233;change, pour s'&#233;lever jusqu'&#224; l'&#201;tat, les &#233;changes entre nations et le march&#233; mondial. Cette derni&#232;re m&#233;thode est manifeste&#173;ment la m&#233;thode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations, donc unit&#233; de la diversit&#233;. C'est pourquoi il appara&#238;t dans la pens&#233;e comme proc&#232;s de synth&#232;se, comme r&#233;sultat, non comme point de d&#233;part, bien qu'il soit le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite &#233;galement le point de d&#233;part de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. La premi&#232;re d&#233;marche a r&#233;duit la pl&#233;nitude de la repr&#233;sentation &#224; une d&#233;termination abstraite ; avec la seconde, les d&#233;terminations abstraites conduisent &#224; la repro&#173;duc&#173;tion du concret par la voie de la pens&#233;e. C'est pourquoi Hegel est tomb&#233; dans l'illusion de concevoir le r&#233;el comme le r&#233;sultat de la pens&#233;e, qui se concentre en elle-m&#234;me, s'approfon&#173;dit en elle-m&#234;me, se meut par elle-m&#234;me, alors que la m&#233;thode qui consiste &#224; s'&#233;lever de l'abstrait au concret n'est pour la pens&#233;e que la mani&#232;re de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pens&#233;. Mais ce n'est nullement l&#224; le proc&#232;s de la gen&#232;se du concret lui-m&#234;me. Par exemple, la cat&#233;gorie &#233;conomique la plus simple, mettons la valeur d'&#233;change, suppose la population, une population produisant dans des conditions d&#233;termin&#233;es ; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'&#201;tat, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous forme de relation unilat&#233;rale et abstraite d'un tout concret, vivant, d&#233;j&#224; donn&#233;. Comme cat&#233;gorie, par contre, la valeur d'&#233;change m&#232;ne une existence ant&#233;diluvienne. Pour la conscience - et la conscience philosophique est ainsi faite que pour elle la pens&#233;e qui con&#231;oit constitue l'homme r&#233;el et, par suite, le monde n'appara&#238;t comme r&#233;el qu'une fois con&#231;u - pour la conscience, donc, le mouvement des cat&#233;gories appara&#238;t comme l'acte de production r&#233;el - qui re&#231;oit une simple impulsion du dehors et on le regrette - dont le r&#233;sultat est le monde ; et ceci (mais c'est encore l&#224; une tautologie) est exact dans la mesure o&#249; la totalit&#233; concr&#232;te en tant que totalit&#233; pens&#233;e, en tant que repr&#233;sentation mentale du concret, est en fait un produit de la pens&#233;e, de la conception ; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-m&#234;me, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation, mais un produit de l'&#233;laboration de concepts &#224; partir de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible, d'une fa&#231;on qui diff&#232;re de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique. Apr&#232;s comme avant, le sujet r&#233;el subsiste dans son ind&#233;pendance en dehors de l'esprit ; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activit&#233; purement sp&#233;culative, purement th&#233;orique. Par cons&#233;quent, dans l'emploi de la m&#233;thode th&#233;orique aussi, il faut que le sujet, la soci&#233;t&#233;, reste constamment pr&#233;sent &#224; l'esprit comme donn&#233;e premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cat&#233;gories simples n'ont-elles pas aussi une existence ind&#233;pendante, de caract&#232;re historique ou naturel, ant&#233;rieure &#224; celle des cat&#233;gories plus concr&#232;tes ? &#199;a d&#233;pend [9]. Hegel, par exemple, a raison de commencer la philosophie du droit par la possession, celle-ci constituant le rapport juridique le plus simple du sujet. Mais il n'existe pas de possession avant que n'existe la famille, ou les rapports entre ma&#238;tres et esclaves, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. Par contre, il serait juste de dire qu'il existe des familles, des communaut&#233;s de tribus, qui ne sont encore qu'au stade de la possession, et non &#224; celui de la propri&#233;t&#233;. Par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;, la cat&#233;gorie la plus simple appara&#238;t donc comme le rapport de communaut&#233;s simples de familles ou de tribus. Dans la soci&#233;t&#233; parvenue &#224; un stade sup&#233;rieur, elle appara&#238;t comme le rapport plus simple d'une organisation plus d&#233;velop&#173;p&#233;e. Mais on pr&#233;suppose toujours le substrat concret qui s'exprime par un rapport de posses&#173;sion. On peut se repr&#233;senter un sauvage isol&#233; qui poss&#232;de. Mais la possession ne constitue pas alors un rapport juridique. Il n'est pas exact qu'historiquement la possession &#233;volue jusqu'&#224; la forme familiale. Elle suppose au contraire toujours l'existence de cette &#171; cat&#233;gorie juridique plus concr&#232;te &#187;. Cependant il n'en demeurerait pas moins que les cat&#233;gories simples sont l'expression de rapports dans lesquels le concret non encore d&#233;velopp&#233; a pu s'&#234;tre r&#233;alis&#233; sans avoir encore pos&#233; la relation ou le rapport plus complexe qui trouve son expression mentale dans la cat&#233;gorie plus concr&#232;te ; tandis que le concret plus d&#233;velopp&#233; laisse subsister cette m&#234;me cat&#233;gorie comme un rapport subordonn&#233;. L'argent peut exister et a exist&#233; historiquement avant que n'exist&#226;t le capital, que n'existassent les banques, que n'exist&#226;t le travail salari&#233;, etc. A cet &#233;gard, on peut donc dire que la cat&#233;gorie plus simple peut exprimer des rapports dominants d'un tout moins d&#233;velopp&#233; ou, au contraire, des rapports subordonn&#233;s d'un tout plus d&#233;velopp&#233; qui existaient d&#233;j&#224; historiquement avant que le tout ne se d&#233;velopp&#226;t dans le sens qui trouve son expression dans une cat&#233;gorie plus concr&#232;te. Dans cette mesure, la marche de la pens&#233;e abstraite, qui s'&#233;l&#232;ve du plus simple au plus complexe, correspondrait au processus historique r&#233;el. D'autre part, on peut dire qu'il y a des formes de soci&#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, mais qui historiquement manquent assez de maturit&#233;, dans lesquelles on trouve les formes les plus &#233;lev&#233;es de l'&#233;conomie, comme par exemple la coop&#233;ration, une division du travail d&#233;velopp&#233;e, etc., sans qu'existe aucune sorte de monnaie, par exemple le P&#233;rou. Chez les Slaves aussi, l'argent et l'&#233;change qui le conditionne n'apparaissent pas ou peu &#224; l'int&#233;rieur de chaque communaut&#233;, mais ils apparais&#173;sent &#224; leurs fronti&#232;res, dans leur trafic avec d'autres communaut&#233;s. C'est d'ailleurs une erreur que de placer l'&#233;change au centre des communaut&#233;s, d'en faire l'&#233;l&#233;ment qui les constitue &#224; l'origine. Au d&#233;but, il appara&#238;t au contraire dans les relations des diverses communaut&#233;s entre elles, bien plut&#244;t que dans les relations des membres &#224; l'int&#233;rieur d'une seule et m&#234;me communaut&#233;. De plus, quoique l'argent apparaisse tr&#232;s t&#244;t et joue un r&#244;le multiple, il est dans l'antiquit&#233;, en tant qu'&#233;l&#233;ment dominant, l'apanage de nations d&#233;termin&#233;es unilat&#233;ralement, de nations commer&#231;antes. Et m&#234;me dans l'antiquit&#233; la plus cultiv&#233;e, chez les Grecs et les Romains, il n'atteint son complet d&#233;veloppement, postulat de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, que dans la p&#233;riode de leur dissolution. Donc cette cat&#233;gorie pourtant toute simple n'appara&#238;t historiquement avec toute sa vigueur que dans les &#201;tats les plus d&#233;velopp&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Elle ne se fraie nullement un chemin &#224; travers tous les rapports &#233;conomiques. Dans l'Empire romain, par exemple, &#224; l'&#233;poque de son plus grand d&#233;veloppement, l'imp&#244;t en nature et les prestations en nature demeur&#232;rent le fondement. Le syst&#232;me mon&#233;taire &#224; proprement parler n'y &#233;tait compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; que dans l'arm&#233;e. Il ne s'est jamais saisi non plus de la totalit&#233; du travail. Ainsi, bien qu'historiquement la cat&#233;gorie la plus simple puisse avoir exist&#233; avant la plus concr&#232;te, elle peut appartenir dans son complet d&#233;veloppement - en compr&#233;hen&#173;sion et en extension - pr&#233;cis&#233;ment &#224; une forme de soci&#233;t&#233; complexe [10], alors que la cat&#233;gorie plus concr&#232;te se trouvait plus compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e dans une forme de soci&#233;t&#233; qui, elle, l'&#233;tait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail semble &#234;tre une cat&#233;gorie toute simple. L'id&#233;e du travail dans cette universalit&#233; - comme travail en g&#233;n&#233;ral - est, elle aussi, des plus anciennes. Cependant, con&#231;u du point de vue &#233;conomique sous cette forme simple, le &#171; travail &#187; est une cat&#233;gorie tout aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction simple. Le syst&#232;me mon&#233;taire, par exemple, place encore d'une fa&#231;on tout &#224; fait objective, comme une chose en dehors de soi, la richesse dans l'argent. Par rapport &#224; ce point de vue, ce fut un grand progr&#232;s quand le syst&#232;me manu&#173;fac&#173;turier ou commercial transposa la source de la richesse de l'objet &#224; l'activit&#233; subjective le travail commercial et manufacturier -, tout en ne concevant encore cette activit&#233; elle-m&#234;me que sous la forme limit&#233;e de productrice d'argent. En face de ce syst&#232;me, le syst&#232;me des physiocrates pose une forme d&#233;termin&#233;e du travail - l'agriculture - comme la forme de travail cr&#233;atrice de richesse et pose l'objet lui-m&#234;me non plus sous la forme d&#233;guis&#233;e de l'argent, mais comme produit en tant que tel, comme r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail. Ce produit, en raison du caract&#232;re limit&#233; de l'activit&#233;, reste encore un produit d&#233;termin&#233; par la nature - produit de l'agriculture, produit de la terre par excellence [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;norme progr&#232;s fut fait par Adam Smith quand il rejeta toute d&#233;termination particuli&#232;re de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse pour ne consid&#233;rer que le travail tout court, c'est-&#224;-dire ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni le travail agricole, mais toutes ces formes de travail dans leur caract&#232;re commun. Avec la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse appara&#238;t alors &#233;galement la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'objet dans la d&#233;ter&#173;mi&#173;nation de richesse, le produit consid&#233;r&#233; absolument, ou encore le travail en g&#233;n&#233;ral, mais en tant que travail pass&#233;, objectiv&#233; dans un objet. L'exemple d'Adam Smith, qui retombe lui-m&#234;me de temps &#224; autre dans le syst&#232;me des physiocrates, montre combien &#233;tait difficile et important le passage &#224; cette conception nouvelle. Il pourrait alors sembler que l'on e&#251;t par l&#224; simplement trouv&#233; l'expression abstraite de la relation la plus simple et la plus ancienne qui s'&#233;tablit - dans quelque forme de soci&#233;t&#233; que ce soit - entre les hommes consid&#233;r&#233;s en tant que producteurs. C'est juste en un sens. Dans l'autre, non. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un genre d&#233;termin&#233; de travail pr&#233;suppose l'existence d'une totalit&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e de genres de travaux r&#233;els dont aucun n'est plus absolument pr&#233;dominant. Ainsi, les abstractions les plus g&#233;n&#233;rales ne prennent somme toute naissance qu'avec le d&#233;veloppement concret le plus riche, o&#249; un caract&#232;re appara&#238;t comme commun &#224; beaucoup, comme commun &#224; tous. On cesse alors de pouvoir le penser sous une forme particuli&#232;re seulement. D'autre part, cette abstraction du travail en g&#233;n&#233;ral n'est pas seulement le r&#233;sultat dans la pens&#233;e d'une totalit&#233; concr&#232;te de travaux. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tel travail d&#233;termin&#233; correspond &#224; une forme de soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus passent avec facilit&#233; d'un travail &#224; l'autre et dans laquelle le genre pr&#233;cis de travail est pour eux fortuit, donc indiff&#233;rent. L&#224; le travail est devenu non seulement sur le plan des cat&#233;gories, mais dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, un moyen de cr&#233;er la richesse en g&#233;n&#233;ral et a cess&#233;, en tant que d&#233;termination, de ne faire qu'un avec les individus, sous quelque aspect particulier. Cet &#233;tat de choses a atteint son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement dans la forme d'existence la plus moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, aux &#201;tats-Unis. C'est donc l&#224; seulement que l'abstraction de la cat&#233;gorie &#171; travail &#187;, &#171; travail en g&#233;n&#233;ral &#187;, travail &#171; sans phrase &#187; [12], point de d&#233;part de l'&#233;conomie moderne, devient v&#233;rit&#233; pratique. Ainsi l'abstraction la plus simple, que l'&#233;conomie politique moderne place au premier rang et qui exprime un rapport tr&#232;s ancien et valable pour toutes les formes de soci&#233;t&#233;, n'appara&#238;t pourtant sous cette forme abstraite comme v&#233;rit&#233; pratique qu'en tant que cat&#233;gorie de la soci&#233;t&#233; la plus moderne. On pourrait dire que cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'une forme d&#233;termin&#233;e de travail, qui se pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis comme produit historique, appara&#238;t chez les Russes par exemple comme une disposition naturelle. Mais, d'une part, quelle sacr&#233;e diff&#233;rence entre des barbares qui ont des disposi&#173;tions naturelles &#224; se laisser employer &#224; tous les travaux et des civilis&#233;s qui s'y emploient eux-m&#234;mes. Et, d'autre part, chez les Russes, &#224; cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un travail d&#233;termin&#233; correspond dans la pratique leur assujettissement traditionnel &#224; un travail bien d&#233;termin&#233;, auquel ne peuvent les arracher que des influences ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple du travail montre d'une fa&#231;on frappante que m&#234;me les cat&#233;gories les plus abstraites, bien que valables - pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur nature abstraite - pour toutes les &#233;poques, n'en sont pas moins sous la forme d&#233;termin&#233;e de cette abstraction m&#234;me le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables que pour ces conditions et dans le cadre de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; bourgeoise est l'organisation historique de la production la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus vari&#233;e qui soit. De ce fait, les cat&#233;gories qui expriment les rapports de cette soci&#233;t&#233; et qui permettent d'en comprendre la structure permettent en m&#234;me temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de soci&#233;t&#233; disparues avec les d&#233;bris et les &#233;l&#233;ments desquelles elle s'est &#233;difi&#233;e, dont certains vestiges, partiellement non encore d&#233;pass&#233;s, continuent &#224; subsister en elle, et dont certains simples signes, en se d&#233;velop&#173;pant, ont pris toute leur signification, etc. L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les esp&#232;ces animales inf&#233;rieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme sup&#233;rieure que lorsque la forme sup&#233;rieure est elle-m&#234;me d&#233;j&#224; connue. Ainsi l'&#233;conomie bourgeoise nous donne la clef de l'&#233;conomie antique, etc. Mais nullement &#224; la mani&#232;re des &#233;conomistes qui effacent toutes les diff&#233;rences historiques et voient dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; celles de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la d&#238;me, etc., quand on conna&#238;t la rente fonci&#232;re. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est elle-m&#234;me qu'une forme antith&#233;tique du d&#233;veloppement historique, il est des rapports appartenant &#224; des formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures que l'on pourra ne rencon&#173;trer en elle que tout &#224; fait &#233;tiol&#233;s, ou m&#234;me travestis. Par exemple, la propri&#233;t&#233; communale. Si donc il est vrai que les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise poss&#232;dent une certaine v&#233;rit&#233; valable pour toutes les autres formes de soci&#233;t&#233;, cela ne peut &#234;tre admis que cum grano, salis [avec un grain de sel]. Elles peuvent receler ces formes d&#233;velopp&#233;es, &#233;tiol&#233;es, caricatur&#233;es, etc., mais toujours avec une diff&#233;rence essentielle. Ce que l'on appelle d&#233;veloppement histori&#173;que repose somme toute sur le fait que la derni&#232;re forme consid&#232;re les formes pass&#233;es comme des &#233;tapes menant &#224; son propre degr&#233; de d&#233;veloppement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien d&#233;termin&#233;es, de faire sa propre critique - il n'est naturellement pas question ici des p&#233;riodes historiques qui se consid&#232;rent elles-m&#234;mes comme des &#233;poques de d&#233;cadence - elle les con&#231;oit toujours sous un aspect unilat&#233;ral. La religion chr&#233;tienne n'a &#233;t&#233; capable d'aider &#224; comprendre objectivement les mythologies ant&#233;rieures qu'apr&#232;s avoir achev&#233; jusqu'&#224; un certain degr&#233;, pour ainsi dire [...] [virtuellement], sa propre critique. De m&#234;me l'&#233;conomie politique bourgeoise ne parvint &#224; comprendre les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, antiques, orientales que du jour o&#249; eut commenc&#233; l'autocri&#173;ti&#173;que de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour autant que l'&#233;conomie politique bourgeoise, cr&#233;ant une nouvelle mythologie, ne s'est pas purement et simplement identifi&#233;e au pass&#233;, sa critique des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, en particulier de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, contre laquelle elle avait encore &#224; lutter directement, a ressembl&#233; &#224; la critique du paganisme par le christianisme, ou encore &#224; celle du catholicisme par le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que dans toute science historique ou sociale en g&#233;n&#233;ral, il ne faut jamais oublier, &#224; propos de la marche des cat&#233;gories &#233;conomiques, que le sujet, ici la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, est donn&#233;, aussi bien dans la r&#233;alit&#233; que dans le cerveau, que les cat&#233;go&#173;ries expriment donc des formes d'existence, des conditions d'existence d&#233;termin&#233;es, souvent de simples aspects particuliers de cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, de ce sujet, et que par cons&#233;quent cette soci&#233;t&#233; ne commence nullement &#224; exister, du point de vue scientifique aussi, &#224; partir du moment seulement o&#249; il est question d'elle en tant que telle. C'est une r&#232;gle &#224; retenir, car elle fournit des indications d&#233;cisives pour le choix du plan &#224; adopter. Rien ne semble plus naturel, par exemple, que de commencer par la rente fonci&#232;re, par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#233;tant donn&#233; qu'elle est li&#233;e &#224; la terre, source de toute production et de toute existence, et par elle &#224; la premi&#232;re forme de production de toute soci&#233;t&#233; parvenue &#224; une certaine stabilit&#233; - &#224; l'agri&#173;culture. Or rien ne serait plus erron&#233;. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233;, c'est une produc&#173;tion d&#233;termin&#233;e et les rapports engendr&#233;s par elle qui assignent &#224; toutes les autres productions et aux rapports engendr&#233;s par celles-ci leur rang et leur importance. C'est comme un &#233;clairage g&#233;n&#233;ral o&#249; sont plong&#233;es toutes les couleurs et qui en modifie les tonalit&#233;s particuli&#232;res. C'est comme un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toutes les formes d'existence qui y font saillie. Voici, par exemple, des peuples de bergers. (De simples peuples de chasseurs et de p&#234;cheurs sont en de&#231;&#224; du point o&#249; commence le v&#233;ritable d&#233;veloppement.) Chez eux appara&#238;t une certaine forme d'agriculture, une forme sporadique. C'est ce qui d&#233;termine chez eux la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est une propri&#233;t&#233; collective et elle conserve plus ou moins cette forme selon que ces peuples restent plus ou moins attach&#233;s &#224; leur tradition : exemple, la propri&#233;t&#233; communale des Slaves. Chez les peuples &#224; agriculture solidement implant&#233;e - cette implanta&#173;tion constitue d&#233;j&#224; une &#233;tape importante - o&#249; pr&#233;domine cette forme de culture, comme dans les soci&#233;t&#233;s antiques et f&#233;odales, l'industrie elle-m&#234;me, ainsi que son organisation et les formes de propri&#233;t&#233; qui lui correspondent, a plus ou moins le caract&#232;re de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ou bien l'industrie d&#233;pend compl&#232;tement de l'agriculture, comme chez les anciens Romains, ou bien, comme au moyen &#226;ge, elle imite &#224; la ville et dans ses rapports l'organisation rurale. Le capital lui-m&#234;me au moyen &#226;ge - dans la mesure o&#249; il ne s'agit pas purement de capital mon&#233;taire - a, sous la forme d'outillage de m&#233;tier traditionnel, etc., ce caract&#232;re de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est l'inverse. L'agricul&#173;ture devient de plus en plus une simple branche de l'industrie et elle est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Il en est de m&#234;me de la rente fonci&#232;re. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; o&#249; domine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le rapport avec la nature reste pr&#233;pond&#233;rant. Dans celles o&#249; domine le capital, c'est l'&#233;l&#233;ment social cr&#233;&#233; au cours de l'histoire qui pr&#233;vaut. On ne peut comprendre la rente fonci&#232;re sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente fonci&#232;re. Le capital est la force &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui domine tout. Il constitue n&#233;cessairement le point de d&#233;part comme le point final et doit &#234;tre expliqu&#233; avant la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Apr&#232;s les avoir &#233;tudi&#233;s chacun en particulier, il faut examiner leur rapport r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait donc impossible et erron&#233; de ranger les cat&#233;gories &#233;conomiques dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; historiquement d&#233;terminantes. Leur ordre est au contraire d&#233;termin&#233; par les relations qui existent entre elles dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne et il est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse de ce qui semble &#234;tre leur ordre naturel ou correspondre &#224; leur ordre de succession au cours de l'&#233;volution historique. Il ne s'agit pas de la relation qui s'&#233;tablit historiquement entre les rapports &#233;conomiques dans la succession des diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Encore moins de leur ordre de succession &#171; dans l'id&#233;e &#187; (Proudhon) (conception n&#233;buleuse du mouvement historique). Il s'agit de leur hi&#233;rarchie dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de puret&#233; (d&#233;termination abstraite) dans lequel apparurent dans le monde antique les peuples commer&#231;ants - Ph&#233;niciens, Carthaginois - est d&#233;termin&#233; par la pr&#233;dominance m&#234;me des peuples agriculteurs. Le capital en tant que capital commercial ou capital mon&#233;&#173;taire appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme abstraite l&#224; o&#249; le capital n'est pas encore l'&#233;l&#233;ment dominant des soci&#233;t&#233;s. Les Lombards, les Juifs occupent la m&#234;me position &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s du moyen &#226;ge pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de la place diff&#233;rente qu'occupent ces m&#234;mes cat&#233;gories &#224; diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233; : une des derni&#232;res formes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : les joint stock-companies [soci&#233;t&#233;s par actions]. Mais elles apparaissent aussi &#224; ses d&#233;buts dans les grandes compagnies de commerce privil&#233;gi&#233;es et jouissant d'un monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de richesse nationale lui-m&#234;me s'insinue chez les &#233;conomistes du XVIII&#176; si&#232;cle - l'id&#233;e subsiste encore en partie chez ceux du XVIII&#176; - sous cette forme ; la richesse est cr&#233;&#233;e pour l'&#201;tat seulement, mais la puissance de celui-ci se mesure &#224; cette richesse. C'&#233;tait l&#224; la forme encore inconsciemment hypocrite qui annonce l'id&#233;e faisant de la richesse elle-m&#234;me et de sa production le but final des &#201;tats modernes, consid&#233;r&#233;s alors uniquement comme moyens de produire la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#224; adopter doit manifestement &#234;tre le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. les d&#233;terminations abstraites g&#233;n&#233;rales, convenant donc plus ou moins &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233;, mais dans le sens expos&#233; plus haut ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. les cat&#233;gories constituant la structure interne de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. Capital, travail salari&#233;, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Leurs rapports r&#233;ciproques. Ville et campagne. Les trois grandes classes sociales. L'&#233;change entre celles-ci. Circulation. Cr&#233;dit (priv&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Concentration de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sous la forme de l'&#201;tat. Consid&#233;r&#233; dans sa relation avec lui-m&#234;me. Les classes &#171; improductives &#187;. Imp&#244;ts. Dette publique. Cr&#233;dit public. La population. Les colonies. &#201;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Rapports internationaux de production. Division internationale du travail. &#201;change international. Exportation et importation. Cours des changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le march&#233; mondial et les crises. IV. Production. Moyens de production et rapports de production. Rapports de production et rapports de circulation. Formes de l'&#201;tat et de la conscience par rapport aux conditions de production et de circulation. Rapports juridiques. Rapports familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota bene, en ce qui concerne des points &#224; mentionner ici et a ne pas oublier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La guerre d&#233;velopp&#233;e ant&#233;rieurement &#224; la paix : montrer comment par la guerre et dans les arm&#233;es, etc., certains rapports &#233;conomiques, comme le travail salari&#233;, le machinisme, etc., se sont d&#233;velopp&#233;s plus t&#244;t qu'&#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. De m&#234;me le rapport entre la force productive et les rapports de circulation particuli&#232;rement manifeste dans l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Rapport entre l'histoire id&#233;aliste telle qu'on l'a &#233;crite jusqu'ici et l'histoire r&#233;elle. En particulier celles qui se disent histoires de la civilisation, et qui sont toutes histoires de la religion et des &#201;tats [13]. (A cette occasion, on peut aussi parler des diff&#233;rents genres d'histoire &#233;crite jusqu'&#224; maintenant. L'histoire dite objective. La subjective (morale, etc.). La philosophique [14].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ph&#233;nom&#232;nes secondaires et tertiaires. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, rapports de production d&#233;riv&#233;s, transf&#233;r&#233;s, non originaux. Ici entr&#233;e en jeu de rapports internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Reproches au sujet du mat&#233;rialisme de cette conception. Rapport avec le mat&#233;rialisme naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Dialectique des concepts force productive (moyens de production) et rapports de production, dialectique dont les limites sont &#224; d&#233;terminer et qui ne supprime pas la diff&#233;rence r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le rapport in&#233;gal entre le d&#233;veloppement de la production mat&#233;rielle et celui de la production artistique par exemple. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ne pas prendre l'id&#233;e de progr&#232;s sous la forme abstraite habituelle. Art moderne, etc. [15]. Cette disproportion est loin d'&#234;tre aussi importante, ni aussi difficile &#224; saisir que celle qui se produit &#224; l'int&#233;rieur des rapports sociaux pratiques. Par exemple, de la culture. Rapport des &#201;tats-Unis avec l'Europe [16]. Mais la vraie difficult&#233; &#224; discuter ici est celle-ci : comment les rapports de production, en prenant la forme de rapports juridiques, suivent un d&#233;veloppement in&#233;gal. Ainsi, par exemple, le rapport entre le droit priv&#233; romain (pour le droit criminel et le droit public c'est moins le cas) et la production moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Cette conception appara&#238;t comme un d&#233;veloppement n&#233;cessaire. Mais justification du hasard. Comment [17]. (La libert&#233; notamment aussi.) (Influence des moyens de communication. L'histoire universelle n'a pas toujours exist&#233; ; l'histoire consid&#233;r&#233;e comme histoire universelle est un r&#233;sultat [18].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le point de d&#233;part naturellement dans les d&#233;terminations naturelles ; subjectivement et objectivement. Tribus, races, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour l'art, on sait que certaines &#233;poques de floraison artistique ne sont nullement en rapport avec le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, ni par cons&#233;quent avec celui de sa base mat&#233;rielle, qui est pour ainsi dire l'ossature de son organisation. Par exemple les Grecs compar&#233;s aux modernes, ou encore Shakespeare. Pour certaines formes de l'art, l'&#233;pop&#233;e par exemple, il est m&#234;me reconnu qu'elles ne peuvent jamais &#234;tre produites dans la forme classique o&#249; elles font &#233;poque, d&#232;s que la production artistique appara&#238;t en tant que telle ; que donc, dans le domaine de l'art lui-m&#234;me, certaines de ses cr&#233;ations importantes ne sont possibles qu'&#224; un stade inf&#233;rieur du d&#233;veloppement artistique. Si cela est vrai du rapport des diff&#233;rents genres artistiques &#224; l'int&#233;rieur du domaine de l'art lui-m&#234;me, Il est d&#233;j&#224; moins surprenant que cela soit &#233;galement vrai du rapport du domaine artistique tout entier au d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;. La difficult&#233; ne r&#233;side que dans la mani&#232;re g&#233;n&#233;rale de saisir ces contradictions. D&#232;s qu'elles sont sp&#233;cifi&#233;es, elles sont par l&#224; m&#234;me expliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, le rapport de l'art grec d'abord, puis de l'art de Shakespeare avec notre temps. On sait que la mythologie grecque n'a pas &#233;t&#233; seulement l'arsenal de l'art grec, mais la terre m&#234;me qui l'a nourri. La fa&#231;on de voir la nature et les rapports sociaux qui inspire l'imagination grecque et constitue de ce fait le fondement de [la mythologie [19]] grecque est-elle compatible avec les Selfactors [machines &#224; filer automatiques], les chemins de fer, les locomotives et le t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique ? Qu'est-ce que Vulcain aupr&#232;s de Roberts and Co, Jupiter aupr&#232;s du paratonnerre et Herm&#232;s aupr&#232;s du Cr&#233;dit mobilier ? Toute mythologie ma&#238;trise, domine les forces de la nature dans le domaine de l'imagination et par l'imagination et leur donne forme : elle dispara&#238;t donc quand ces forces sont domin&#233;es r&#233;ellement. Que devient Fama &#224; c&#244;t&#233; de Printing-house square [20] ? L'art grec suppose la mythologie grecque, c'est-&#224;-dire l'&#233;laboration artistique mais inconsciente de la nature et des formes sociales elles-m&#234;mes par l'imagination populaire. Ce sont l&#224; ses mat&#233;riaux. Ce qui ne veut pas dire n'importe quelle mythologie, c'est-&#224;-dire n'importe quelle &#233;laboration artistique inconsciente de la nature (ce mot sous-entendant ici tout ce qui est objectif, donc y compris la soci&#233;t&#233;). Jamais la mythologie &#233;gyptienne n'aurait pu fournir un terrain favorable &#224; l'&#233;closion de l'art grec. Mais il faut en tout cas une mythologie. Donc en aucun cas une soci&#233;t&#233; arriv&#233;e &#224; un stade de d&#233;veloppement excluant tout rapport mythologique avec la nature, tout rapport g&#233;n&#233;rateur de mythes, exigeant donc de l'artiste une imagination ind&#233;pendante de la mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, Achille est-il compatible avec la poudre et le plomb ? Ou, somme toute, l'Iliade avec la presse ou encore mieux la machine &#224; imprimer ? Est-ce que le chant, le po&#232;me &#233;pique, la Muse ne disparaissent pas n&#233;cessairement devant la barre du typographe, est-ce que ne s'&#233;vanouissent pas les conditions n&#233;cessaires de la po&#233;sie &#233;pique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la difficult&#233; n'est pas de comprendre que l'art grec et l'&#233;pop&#233;e sont li&#233;s &#224; certaines formes du d&#233;veloppement social. La difficult&#233; r&#233;side dans le fait qu'ils nous procurent encore une jouissance esth&#233;tique et qu'ils ont encore pour nous, &#224; certains &#233;gards, la valeur de normes et de mod&#232;les inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme ne peut redevenir enfant, sous peine de tomber dans la pu&#233;rilit&#233;. Mais ne prend-il pas plaisir &#224; la na&#239;vet&#233; de l'enfant et, ayant acc&#233;d&#233; &#224; un niveau sup&#233;rieur, ne doit-il pas aspirer lui-m&#234;me &#224; reproduire sa v&#233;rit&#233; ? Dans la nature enfantine, chaque &#233;poque ne voit-elle pas revivre son propre caract&#232;re dans sa v&#233;rit&#233; naturelle ? Pourquoi l'enfance historique de l'humanit&#233;, l&#224; o&#249; elle a atteint son plus bel &#233;panouissement, pourquoi ce stade de d&#233;veloppement r&#233;volu &#224; jamais n'exercerait-il pas un charme &#233;ternel ? Il est des enfants mal &#233;lev&#233;s et des enfants qui prennent des airs de grandes personnes. Nombre de peuples de l'antiquit&#233; appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie. Les Grecs &#233;taient des enfants normaux. Le charme qu'exerce sur nous leur art n'est pas en contradiction avec le caract&#232;re primitif de la soci&#233;t&#233; o&#249; il a grandi. Il en est bien plut&#244;t le produit et il est au contraire indissolublement li&#233; au fait que les conditions sociales insuffisamment m&#251;res o&#249; cet art est n&#233;, et o&#249; seulement il pouvait na&#238;tre, ne pourront jamais revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Animal politique. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans la version Kautsky : dans la consommation. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Addition de Kautsky &#224; l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Kautsky a lu tel Aufl&#245;sung (analyse) au lieu de Aufjassung (Conception). (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cette phrase n'existe pas dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans le texte de Kautsky : sert. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans le texte de Kautsky : d'individus isol&#233;s. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. Dans le texte de Kautsky : grade nur kombinierten gesellschaftsformen (pr&#233;cis&#233;ment &#224; des formes de soci&#233;t&#233; complexes seulement) au lieu de : grade einer kombinierten Gesellschaftsform. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Chez Kautsky ; l'ancienne histoire de la religion et des &#201;tats. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Les parenth&#232;ses dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Toute la ponctuation de ce passage, pleine d'erreurs dans le premier d&#233;chiffrage, est r&#233;tablie tel d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Parenth&#232;ses d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dans l'original, le mot est sant&#233;. Nous reprenons le mot &#171; mythologie &#187; donn&#233; dans l'&#233;dition de Moscou (1939) et qui nous parait plus satisfaisant que le mot &#171; art &#187; de l'&#233;dition Kautsky. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Imprimerie du Times. (N. R.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#034;L'Id&#233;ologie Allemande&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique de la philosophie allemande moderne selon ses repr&#233;sentants Feuerbach, B. Bauer et Stirner, et du socialisme allemand selon ses divers proph&#232;tes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...Feuerbach r&#233;sout l'essence religieuse en l'essence humaine. Mais l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inh&#233;rente &#224; l'individu isol&#233;. Dans sa r&#233;alit&#233;, elle est l'ensemble des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach, qui n'entreprend pas la critique de cet &#234;tre r&#233;el, est par cons&#233;quent oblig&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De faire abstraction du cours de l'histoire et de faire de l'esprit religieux une chose immuable, existant pour elle-m&#234;me, en supposant l'existence d'un individu humain abstrait, isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De consid&#233;rer, par cons&#233;quent, l'&#234;tre humain [8] uniquement en tant que &#034;genre&#034;, en tant qu'universalit&#233; interne, muette, liant d'une fa&#231;on purement naturelle les nombreux individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi Feuerbach ne voit pas que l'&#034;esprit religieux&#034; est lui-m&#234;me un produit social et que l'individu abstrait qu'il analyse appartient en r&#233;alit&#233; [9] &#224; une forme sociale d&#233;termin&#233;e....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Individualit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition premi&#232;re de toute histoire humaine est naturellement l'existence d'&#234;tres humains vivants. Le premier acte historique de ces individus, par lequel ils se distinguent des animaux, n'est pas qu'ils pensent, mais qu'ils se mettent &#224; produire leurs moyens d'existence. Le premier &#233;tat de fait &#224; constater est donc la complexion corporelle de ces individus et les rapports qu'elle leur cr&#233;e avec le reste de la nature. Nous ne pouvons naturellement pas faire ici une &#233;tude approfondie de la constitution physique de l'homme elle-m&#234;me, ni des conditions naturelles que les hommes ont trouv&#233;es toutes pr&#234;tes, conditions g&#233;ologiques, orographiques, hydrographiques, climatiques et autres. Or cet &#233;tat de choses ne conditionne pas seulement l'organisation qui &#233;mane de la nature ; l'organisation primitive des hommes, leurs diff&#233;rences de race notamment ; il conditionne &#233;galement tout leur d&#233;veloppement ou non d&#233;veloppement ult&#233;rieur jusqu'&#224; l'&#233;poque actuelle. Toute histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification par l'action des hommes au cours de l'histoire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont les hommes produisent leurs moyens d'existence, d&#233;pend d'abord de la nature des moyens d'existence d&#233;j&#224; donn&#233;s et qu'il leur faut reproduire. Il ne faut pas consid&#233;rer ce mode de production de ce seul point de vue, &#224; savoir qu'il est la reproduction de l'existence physique des individus. Il repr&#233;sente au contraire d&#233;j&#224; un mode d&#233;termin&#233; de l'activit&#233; de ces individus, une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e de manifester leur vie, un mode de vie d&#233;termin&#233;. La fa&#231;on dont les individus manifestent leur vie refl&#232;te tr&#232;s exactement ce qu'ils sont. Ce qu'ils sont co&#239;ncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu'ils produisent qu'avec la fa&#231;on dont ils le produisent. Ce que sont les individus d&#233;pend donc des conditions mat&#233;rielles de leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette production n'appara&#238;t qu'avec l'accroissement de la population. Elle-m&#234;me pr&#233;suppose pour sa part des relations des individus entre eux. La forme de ces relations est &#224; son tour conditionn&#233;e par la production...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, du fait de la division du travail &#224; l'int&#233;rieur des diff&#233;rentes branches, on voit se d&#233;velopper &#224; leur tour diff&#233;rentes subdivisions parmi les individus coop&#233;rant &#224; des travaux d&#233;termin&#233;s. La position de ces subdivisions particuli&#232;res les unes par rapport aux autres est conditionn&#233;e par le mode d'exploitation du travail agricole, industriel et commercial (patriarcat, esclavage, ordres et classes). Les m&#234;mes rapports apparaissent quand les &#233;changes sont plus d&#233;velopp&#233;s dans les relations des diverses nations entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique : &#171; les humains se cr&#233;ent &#224; partir de rien &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin qu'il soit vrai que &#171; &#224; partir de rien &#187; je me fasse, par exemple, un &#171; orateur [public] &#187;, le rien qui fonde ici est un quelque chose de tr&#232;s multiple, l'individu r&#233;el, ses organes de parole, une sc&#232;ne d&#233;finie du d&#233;veloppement physique, une langue et des dialectes existants, des oreilles capables d'entendre et un environnement humain &#224; partir duquel il est possible d'entendre quelque chose, etc., etc. Par cons&#233;quent, dans le d&#233;veloppement d'une propri&#233;t&#233;, quelque chose est cr&#233;&#233; par quelque chose &#224; partir de quelque chose, et ne vient nullement, comme dans la Logique de Hegel, de rien, par rien &#224; rien. [E. I. Env. 2 de Hegel]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individualisme dans une perspective de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le bourgeois born&#233; dit aux communistes : en abolissant la propri&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire mon existence de capitaliste, de propri&#233;taire terrien, de propri&#233;taire d'usine, et votre existence d'ouvrier, vous avez aboli mon individualit&#233; et la v&#244;tre ; en m'emp&#234;chant de vous exploiter, vous les ouvriers, pour engranger mon profit, mon int&#233;r&#234;t ou ma rente, vous m'emp&#234;chez d'exister en tant qu'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc le bourgeois dit aux communistes : en abolissant mon existence de bourgeois , vous abolissez mon existence d'individu ; quand ainsi il s'identifie comme bourgeois &#224; lui-m&#234;me comme individu, il faut au moins reconna&#238;tre sa franchise et son impudeur. Pour le bourgeois c'est effectivement le cas, il ne se croit individu qu'en tant qu'il est bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand les th&#233;oriciens de la bourgeoisie s'avancent et donnent une expression g&#233;n&#233;rale &#224; cette affirmation, quand ils assimilent la propri&#233;t&#233; du bourgeois &#224; l'individualit&#233; en th&#233;orie aussi et veulent donner une justification logique &#224; cette &#233;quation, alors ce non-sens commence &#224; devenir solennel et sacr&#233;. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport des int&#233;r&#234;ts individuels aux int&#233;r&#234;ts de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Sancho demande :] Comment se fait-il que les int&#233;r&#234;ts personnels se d&#233;veloppent toujours, contre la volont&#233; des individus, en int&#233;r&#234;ts de classe, en int&#233;r&#234;ts communs qui acqui&#232;rent une existence ind&#233;pendante par rapport aux personnes individuelles, et dans leur ind&#233;pendance prennent la forme d' int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux ? Comment se fait-il qu'en tant que tels ils entrent en contradiction avec les individus r&#233;els et dans cette contradiction, par laquelle ils sont d&#233;finis comme int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux , ils peuvent &#234;tre con&#231;us par la conscience comme id&#233;al et m&#234;me en tant qu'int&#233;r&#234;ts religieux et saints ? Comment se fait-il que dans ce processus o&#249; les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s acqui&#232;rent une existence ind&#233;pendante en tant qu'int&#233;r&#234;ts de classe, le comportement personnel de l'individu est forc&#233;ment objectiv&#233; [sich versachlichen], ali&#233;n&#233; [sich entfremden], et existe en m&#234;me temps comme un pouvoir ind&#233;pendant de lui et sans lui, cr&#233;&#233; par les relations sexuelles, et transform&#233; en relations sociales, en une s&#233;rie de pouvoirs qui d&#233;terminent et subordonnent l'individu, dans lesquels, par cons&#233;quent, apparaissent dans l'imagination comme des pouvoirs &#171; saints &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Sancho avait compris que dans le cadre de modes de production d&#233;finis , qui, bien entendu, ne d&#233;pendent pas de la volont&#233;, des forces pratiques &#233;trang&#232;res, ind&#233;pendantes non seulement d'individus isol&#233;s, mais m&#234;me de tous ensemble, viennent toujours &#224; se tenir au-dessus des gens &#8212; alors il pourrait &#234;tre assez indiff&#233;rent &#224; savoir si ce fait est conserv&#233; sous la forme religieuse ou d&#233;form&#233; dans la fantaisie de l'&#233;go&#239;ste, au-dessus duquel tout est plac&#233; dans l'imagination, de telle mani&#232;re qu'il ne place rien au-dessus de lui-m&#234;me. Sancho serait alors descendu du domaine de la sp&#233;culation dans le domaine de la r&#233;alit&#233;, de ce que les gens imaginent &#224; ce qu'ils sont r&#233;ellement, de ce qu'ils imaginent &#224; comment ils agissent et sont tenus d'agir dans des circonstances d&#233;finies. Ce qui lui semble un produit de la pens&#233;e, il aurait compris &#234;tre un produit de la vie . Il ne serait pas alors arriv&#233; &#224; l'absurdit&#233; digne de lui - d'expliquer la division entre les int&#233;r&#234;ts personnels et g&#233;n&#233;raux en disant que les gens imaginent cette division aussi d'une mani&#232;re religieuse et se semblent &#234;tre tels et tels, ce qui n'est pourtant que un autre mot pour &#034;imaginer&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incidemment, m&#234;me sous la forme banale et petite-bourgeoise allemande dans laquelle Sancho per&#231;oit la contradiction des int&#233;r&#234;ts personnels et g&#233;n&#233;raux, il devrait se rendre compte que les individus sont toujours partis d'eux-m&#234;mes, et ne pouvaient pas faire autrement, et que donc les deux aspects qu'il a not&#233;s sont aspects du d&#233;veloppement personnel des individus ; tous deux sont &#233;galement engendr&#233;s par les conditions empiriques dans lesquelles vivent les individus, tous deux ne sont que l'expression d' un seul et m&#234;me d&#233;veloppement personnel des personnes et ne sont donc qu'en apparence en contradiction l'un avec l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la volont&#233; dans les d&#233;sirs d'un individu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'un d&#233;sir devienne fixe ou non, c'est-&#224;-dire qu'il obtienne [un pouvoir exclusif sur nous] - ce qui n'exclut [pas] [de nouveaux progr&#232;s] - d&#233;pend de la question de savoir si les circonstances mat&#233;rielles, les &#034;mauvaises&#034; conditions mondaines permettent la satisfaction normale de ce d&#233;sir et, d'autre part, le d&#233;veloppement d'un ensemble de d&#233;sirs. Ce dernier d&#233;pend, &#224; son tour, de savoir si nous vivons dans des circonstances qui permettent une activit&#233; globale et ainsi le plein d&#233;veloppement de toutes nos potentialit&#233;s. Des conditions r&#233;elles, et de la possibilit&#233; de d&#233;veloppement qu'elles donnent &#224; chaque individu, d&#233;pend aussi de savoir si les pens&#233;es se fixent ou non &#8212; tout comme, par exemple, les id&#233;es fixes des philosophes allemands, ces &#171; victimes de la soci&#233;t&#233; &#187;, qui nous font piti&#233; . pour qui nous avons piti&#233;], sont ins&#233;parables des conditions allemandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avare n'est pas un propri&#233;taire, mais un serviteur, et il ne peut rien faire pour lui-m&#234;me sans le faire en m&#234;me temps pour son ma&#238;tre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne peut rien faire sans le faire &#224; la fois pour l'un ou l'autre de ses besoins et pour l'organe de ce besoin &#8212; pour Stirner cela signifie que ce besoin et son organe sont rendus ma&#238;tres de lui. , tout comme plus t&#244;t il a fait les moyens pour satisfaire un besoin en un ma&#238;tre sur lui. Stirner ne peut pas manger sans manger en m&#234;me temps pour le bien de son estomac. Si les conditions du monde l'emp&#234;chent de satisfaire son estomac, alors son estomac devient ma&#238;tre sur lui, le d&#233;sir de manger devient un d&#233;sir fixe, et la pens&#233;e de manger devient une id&#233;e fixe - ce qui lui donne en m&#234;me temps un exemple de la influence des conditions du monde et fixant ses d&#233;sirs et ses id&#233;es. La &#171; r&#233;volte &#187; de Sancho contre la fixation des d&#233;sirs et des pens&#233;es se r&#233;duit ainsi &#224; une impuissante injonction morale sur la ma&#238;trise de soi et fournit une nouvelle preuve qu'il ne fait qu'exprimer id&#233;ologiquement haut les sentiments les plus triviaux du petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Les deux paragraphes suivants sont barr&#233;s dans le manuscrit (des crochets sont utilis&#233;s pour les mots illisibles)] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'ils s'attaquent &#224; la base mat&#233;rielle sur laquelle reposait la fixit&#233; jusque-l&#224; in&#233;vitable des d&#233;sirs et des id&#233;es, les communistes sont le seul peuple par l'activit&#233; historique duquel la liqu&#233;faction des d&#233;sirs et des id&#233;es fixes est en fait r&#233;alis&#233;e et cesse d'&#234;tre une injonction morale impuissante, comme jusqu'&#224; pr&#233;sent chez tous les moralistes &#171; jusqu'&#224; &#187; Stirner. L'organisation communiste a un double effet sur les d&#233;sirs produits chez l'individu par les relations actuelles ; certains de ces d&#233;sirs &#8212; &#224; savoir les d&#233;sirs qui existent sous toutes les relations, et ne changent de forme et de direction que sous diff&#233;rentes relations sociales &#8212; sont simplement modifi&#233;s par le syst&#232;me social communiste, car ils ont la possibilit&#233; de se d&#233;velopper normalement ; mais d'autres - &#224; savoir ceux qui proviennent uniquement d'une soci&#233;t&#233; particuli&#232;re,dans des conditions particuli&#232;res de [production] et de relations sexuelles &#8212; sont totalement priv&#233;s de leurs conditions d'existence. Lequel [des d&#233;sirs] sera simplement chang&#233; et [qui sera &#233;limin&#233;] dans une [soci&#233;t&#233;] communiste ne peut [se produire que de mani&#232;re pratique], en [changeant les conditions r&#233;elles], r&#233;elles [de production et de relations.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;sir est d&#233;j&#224; par sa simple existence quelque chose de &#171; fixe &#187;, et il ne peut arriver qu'&#224; saint Max et &#224; ses semblables de ne pas permettre &#224; son instinct sexuel, par exemple, de se &#171; fixer &#187; ; c'est cela d&#233;j&#224; et ne cessera de se fixer qu'&#224; la suite de la castration ou de l'impuissance. Chaque besoin, qui est &#224; la base d'un &#034;d&#233;sir&#034;, est aussi quelque chose de &#034;fixe&#034;, et tant qu'il essaie, saint Max ne peut abolir cette &#034;fixit&#233;&#034; et par exemple s'arranger pour se lib&#233;rer de la n&#233;cessit&#233; de manger dans le &#034;fixe&#034;. p&#233;riodes. Les communistes n'ont nullement l'intention d'abolir la fixit&#233; de leurs d&#233;sirs et de leurs besoins, intention que Stirner, plong&#233; dans son monde de fantaisie, leur attribue ainsi qu'&#224; tous les autres hommes ;ils ne cherchent qu'&#224; r&#233;aliser une organisation de la production et des relations qui rende possible la satisfaction normale de tous les besoins, c'est-&#224;-dire une satisfaction qui n'est limit&#233;e que par les besoins eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Individualit&#233; dans la pens&#233;e et le d&#233;sir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne d&#233;pend pas de la conscience , mais de l' &#234;tre ; pas sur la pens&#233;e, mais sur la vie ; cela d&#233;pend du d&#233;veloppement empirique de l'individu et de la manifestation de la vie, qui &#224; son tour d&#233;pend des conditions existant dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les circonstances dans lesquelles vit l'individu ne lui permettent que le d&#233;veloppement unilat&#233;ral d'une qualit&#233; aux d&#233;pens de toutes les autres, [si] elles lui donnent le mat&#233;riel et le temps pour d&#233;velopper uniquement cette qualit&#233; unique, alors cet individu atteint seulement un d&#233;veloppement unilat&#233;ral et paralys&#233;. Aucune pr&#233;dication morale ne sert ici. Et la mani&#232;re dont se d&#233;veloppe cette qualit&#233; &#233;minemment privil&#233;gi&#233;e d&#233;pend encore, d'une part, du mat&#233;riel disponible pour son d&#233;veloppement et, d'autre part, du degr&#233; et de la mani&#232;re dont les autres qualit&#233;s sont supprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment parce que la pens&#233;e, par exemple, est la pens&#233;e d'un individu particulier, d&#233;fini, elle reste sa pens&#233;e d&#233;finie, d&#233;termin&#233;e par son individualit&#233; dans les conditions o&#249; il vit. L'individu pensant n'a donc pas besoin de recourir &#224; une r&#233;flexion prolong&#233;e sur la pens&#233;e en tant que telle pour d&#233;clarer que sa pens&#233;e est sa propre pens&#233;e, sa propri&#233;t&#233; ; d&#232;s le d&#233;but, c'est sa propre pens&#233;e particuli&#232;rement d&#233;termin&#233;e et c'est pr&#233;cis&#233;ment sa particularit&#233; qui [dans le cas de saint] Sancho [s'est av&#233;r&#233;e] l'&#171; oppos&#233; &#187; de celle-ci, la particularit&#233; qui est particuli&#232;re &#171; en tant que telle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'un individu, par exemple, dont la vie embrasse un large cercle d'activit&#233;s vari&#233;es et de relations pratiques avec le monde, et qui, par cons&#233;quent, m&#232;ne une vie plurielle, la pens&#233;e a le m&#234;me caract&#232;re d'universalit&#233; que toute autre manifestation de sa vie. Par cons&#233;quent, elle ne se fixe pas sous la forme d'une pens&#233;e abstraite et n'a pas besoin d'astuces compliqu&#233;es de r&#233;flexion lorsque l'individu passe de la pens&#233;e &#224; une autre manifestation de la vie. Elle est toujours d'embl&#233;e un facteur de la vie totale de l'individu, qui dispara&#238;t et se reproduit au fur et &#224; mesure des besoins .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'un ma&#238;tre d'&#233;cole ou d'un auteur paroissial berlinois, cependant, dont l'activit&#233; se limite au travail ardu d'une part et au plaisir de la pens&#233;e d'autre part, dont le monde s'&#233;tend des [les petites limites de leur ville], dont les relations avec ce monde sont r&#233;duits au minimum par sa pitoyable position dans la vie, lorsqu'un tel individu &#233;prouve le besoin de penser, il est en effet in&#233;vitable que sa pens&#233;e devienne aussi abstraite que lui-m&#234;me et que sa vie, et que cette pens&#233;e se confronte &#224; lui, qui est tout &#224; fait incapable de r&#233;sistance, sous la forme d'un pouvoir fixe, dont l'activit&#233; offre &#224; l'individu la possibilit&#233; d'une &#233;vasion momentan&#233;e de son &#034;mauvais monde&#034;, d'un plaisir momentan&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'un tel individu, les quelques d&#233;sirs restants, qui d&#233;coulent non pas tant des relations avec un monde que de la constitution du corps humain, ne se sont exprim&#233;s que par r&#233;percussion , c'est-&#224;-dire qu'ils assument leur d&#233;veloppement &#233;troit de la m&#234;me mani&#232;re unilat&#233;rale et caract&#232;re grossier comme le fait sa pens&#233;e, ils n'apparaissent que par intervalles, stimul&#233;s par le d&#233;veloppement excessif du d&#233;sir pr&#233;dominant (fortifi&#233; par des causes physiques imm&#233;diates, par exemple, les spasmes [de l'estomac]) et se manifestent de mani&#232;re turbulente et forc&#233;e, avec la suppression la plus brutale du le d&#233;sir ordinaire [naturel] [&#8212; cela conduit &#224; davantage] de domination sur [la pens&#233;e.] Naturellement, la [pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et sp&#233;cul&#233;e sur] du ma&#238;tre d'&#233;cole est empirique [le fait dans une &#233;cole] de fa&#231;on magistrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doit &#234;tre la vocation de tous les &#234;tres humains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour saint Sancho, la vocation a une double forme ; d'abord comme vocation que d'autres choisissent pour moi - dont nous avons d&#233;j&#224; eu des exemples plus haut dans le cas des journaux pleins de politique et des prisons que notre Saint a prises pour des maisons de correction morale. Apr&#232;s la vocation appara&#238;t aussi comme une vocation &#224; laquelle l'individu lui-m&#234;me croit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le moi est s&#233;par&#233; de toutes ses conditions empiriques de vie, de son activit&#233;, des conditions de son existence, s'il est s&#233;par&#233; du monde qui le fonde et de son propre corps, alors, bien s&#251;r, il n'a pas d'autre vocation et pas d'autre d&#233;signation que celle de repr&#233;senter l'&#234;tre humain de la proposition logique et d'aider saint Sancho &#224; arriver aux &#233;quations donn&#233;es ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde r&#233;el, en revanche, o&#249; les individus ont des besoins, ils ont donc d&#233;j&#224; une vocation et une t&#226;che ; et au d&#233;part il est encore indiff&#233;rent qu'ils en fassent aussi leur vocation dans leur imagination. Il est clair, cependant, que parce que les individus poss&#232;dent une conscience, ils se font une id&#233;e de cette vocation que leur a donn&#233;e leur existence empirique et, ainsi, fournissent &#224; saint Sanche l'occasion de saisir le mot vocation, l'expression de leurs conditions de vie r&#233;elles, et de faire abstraction de ces conditions de vie elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;taire, par exemple, qui comme tout &#234;tre humain a vocation &#224; satisfaire ses besoins et qui n'est pas en mesure de satisfaire m&#234;me les besoins qu'il a en commun avec tous les &#234;tres humains, le prol&#233;taire que la n&#233;cessit&#233; de travailler 14 heures jour s'abaisse au niveau de la b&#234;te de somme, que la concurrence abaisse &#224; une simple chose, un article de commerce, qui de sa position de simple force productive, la seule position qui lui reste, est &#233;vinc&#233;e par d'autres producteurs plus puissants. forces &#8212; ce prol&#233;taire est, ne serait-ce que pour ces raisons, confront&#233; &#224; la t&#226;che r&#233;elle de r&#233;volutionner ses conditions. Il peut, bien s&#251;r, imaginer que c'est sa &#171; vocation &#187;, il peut aussi, s'il aime faire de la propagande, exprimer sa &#171; vocation &#187; en disant que faire ceci ou cela est la vocation humaine du prol&#233;taire,d'autant plus que sa position ne lui permet m&#234;me pas de satisfaire les besoins d&#233;coulant directement de sa nature humaine. Saint Sancho ne se pr&#233;occupe pas de la r&#233;alit&#233; qui sous-tend cette id&#233;e, avec le nom pratique de ce prol&#233;taire &#8212; il s'accroche au mot &#171; vocation &#187; et d&#233;clare que c'est le saint, et le prol&#233;taire &#234;tre un serviteur du saint &#8212; le moyen le plus simple de se consid&#233;rer comme sup&#233;rieur et de &#171; proc&#233;der plus loin &#187;.aller plus loin&#034;.aller plus loin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Particuli&#232;rement dans les relations qui ont exist&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, quand une classe r&#233;gnait toujours, quand les conditions de vie d'un individu co&#239;ncidaient toujours avec les conditions de vie d'une classe, quand, par cons&#233;quent, la t&#226;che pratique de chaque classe nouvellement &#233;mergente devait n&#233;cessairement appara&#238;tre. &#224; chacun de ses membres comme une t&#226;che universelle , et lorsque chaque classe ne pouvait r&#233;ellement renverser son pr&#233;d&#233;cesseur qu'en lib&#233;rant les individus de toutes les classes de certaines cha&#238;nes qui les avaient jusque-l&#224; entrav&#233;s - dans ces circonstances, il &#233;tait essentiel que la t&#226;che des membres individuels de une classe luttant pour la domination devrait &#234;tre d&#233;crite comme une t&#226;che humaine universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, quand par exemple le bourgeois dit au prol&#233;taire que sa t&#226;che humaine, au prol&#233;taire, est de travailler 14 heures par jour, le prol&#233;taire a tout &#224; fait raison de r&#233;pondre dans le m&#234;me langage qu'au contraire sa t&#226;che est de renverser l'ensemble syst&#232;me bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vocation, d&#233;signation, t&#226;che, id&#233;al &#187; sont soit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'id&#233;e des t&#226;ches r&#233;volutionnaires impos&#233;es &#224; une classe opprim&#233;e par les conditions mat&#233;rielles ; ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. De simples paraphrases id&#233;alistes, ou encore l'expression consciente des modes d'activit&#233; des individus qui, en raison de la division du travail, ont assum&#233; une existence ind&#233;pendante en tant que professions diverses ; ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'expression consciente de la n&#233;cessit&#233; qui se pr&#233;sente &#224; chaque instant aux individus, aux classes et aux nations d'affirmer leur position par une activit&#233; bien d&#233;finie ; ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les conditions d'existence de la classe dominante (telles que d&#233;termin&#233;es par le d&#233;veloppement pr&#233;c&#233;dent de la production), id&#233;alement exprim&#233;es en droit, morale, etc., auxquelles [conditions] les id&#233;ologues de cette classe ont plus ou moins consciemment donn&#233; une sorte de ind&#233;pendance ; ils peuvent &#234;tre con&#231;us par des individus distincts de cette classe comme une vocation, etc. . Il est &#224; noter ici, comme en g&#233;n&#233;ral chez les id&#233;ologues, qu'ils mettent in&#233;vitablement une chose &#224; l'envers et consid&#232;rent leur id&#233;ologie &#224; la fois comme la force cr&#233;atrice et comme la finalit&#233; de toutes les relations sociales, alors qu'elle n'est qu'une expression et un sympt&#244;me de celles-ci. rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la volont&#233; individuelle dans la fondation de l'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire actuelle, ces th&#233;oriciens qui consid&#233;raient le pouvoir comme la base du droit &#233;taient en contradiction directe avec ceux qui consid&#233;raient la volont&#233; comme la base du droit... Si le pouvoir est pris comme base du droit, comme Hobbes, etc., le font, alors le droit, la loi, etc., ne sont que le sympt&#244;me, l'expression d' autres relations sur lesquelles repose le pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie mat&#233;rielle des individus, qui ne d&#233;pend nullement de leur seule &#171; volont&#233; &#187;, de leur mode de production et de leur forme de relations, qui se d&#233;terminent mutuellement &#8212; c'est la base r&#233;elle de l'&#201;tat et le resta &#224; tous les stades o&#249; la division du travail et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sont encore n&#233;cessaires, tout &#224; fait ind&#233;pendamment de la volont&#233; des individus. Ces relations r&#233;elles ne sont nullement cr&#233;&#233;es par le pouvoir d'&#201;tat ; au contraire, ils sont la puissance qui le cr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus qui gouvernent dans ces conditions &#8212; abstraction faite du fait que leur pouvoir doit rev&#234;tir la forme de l' &#201;tat &#8212; doivent donner &#224; leur volont&#233;, qui est d&#233;termin&#233;e par ces conditions d&#233;finies, une expression universelle comme volont&#233; de l'&#201;tat, comme loi, une expression dont le contenu est toujours d&#233;termin&#233; par les relations de cette classe, comme le droit civil et p&#233;nal le d&#233;montre de la mani&#232;re la plus claire possible. De m&#234;me que le poids de leur corps ne d&#233;pend pas de leur volont&#233; id&#233;aliste ou de leur d&#233;cision arbitraire, de m&#234;me le fait qu'ils imposent leur propre volont&#233; sous forme de loi, et en m&#234;me temps pour la rendre ind&#233;pendante de l'arbitraire personnel de chacun d'entre eux ne d&#233;pend pas de sa volont&#233; id&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur r&#232;gle personnelle doit en m&#234;me temps prendre la forme d'une r&#232;gle moyenne. Leur pouvoir personnel est fond&#233; sur des conditions de vie qui, au fur et &#224; mesure qu'elles se d&#233;veloppent, sont communes &#224; de nombreux individus, et dont ils, en tant qu'individus dominants, doivent maintenir contre les autres et, en m&#234;me temps, maintenir qu'ils tiennent bon pour Tout le monde. L'expression de cette volont&#233;, qui est d&#233;termin&#233;e par leurs int&#233;r&#234;ts communs, est la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que des individus ind&#233;pendants les uns des autres s'affirment eux-m&#234;mes et affirment leur propre volont&#233;, et parce que, sur cette base, leur attitude les uns envers les autres est forc&#233;ment &#233;go&#239;ste, que l'abn&#233;gation est rendue n&#233;cessaire en droit et en droit, l'abn&#233;gation en le cas exceptionnel, en auto-affirmation de leurs int&#233;r&#234;ts dans le cas moyen (que, donc, non pas eux , mais seulement &#171; l'&#233;go&#239;ste en accord avec lui-m&#234;me &#187; consid&#232;re comme une abn&#233;gation). Il en est de m&#234;me des classes gouvern&#233;es, dont la volont&#233; joue un r&#244;le tout aussi minime dans la d&#233;termination de l'existence de la loi et de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, tant que les forces productives seront encore insuffisamment d&#233;velopp&#233;es pour rendre la concurrence superflue, et par cons&#233;quent susciteraient toujours la concurrence, tant les classes gouvern&#233;es voudraient &#234;tre impossibles si elles avaient la &#171; volont&#233; &#034; abolir la concurrence et avec elle l'&#201;tat et la loi. Incidemment aussi, ce n'est que dans l'imagination des id&#233;ologues que cette &#171; volont&#233; &#187; surgit avant que les relations ne soient suffisamment d&#233;velopp&#233;es pour rendre possible l'&#233;mergence d'une telle volont&#233;. Une fois que les relations se sont suffisamment d&#233;velopp&#233;es pour la produire, l'id&#233;ologue peut imaginer cette volont&#233; comme purement arbitraire et donc concevable &#224; tout moment et en toutes circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le droit, le crime, c'est-&#224;-dire la lutte de l'individu isol&#233; contre les rapports dominants, n'est pas le r&#233;sultat d'un pur arbitraire. Au contraire, elle d&#233;pend des m&#234;mes conditions que cette domination. Les m&#234;mes visionnaires qui voient dans le droit et la loi la domination de quelque g&#233;n&#233;ral existant ind&#233;pendamment verront dans le crime la simple violation du droit et de l'ensemble. L'&#201;tat n'existe donc pas en raison de la volont&#233; dominante, mais l'&#201;tat, qui na&#238;t du mode de vie mat&#233;riel des individus, a aussi la forme d'une volont&#233; dominante. Si cette derni&#232;re perd sa domination, cela signifie que non seulement la volont&#233; a chang&#233; mais aussi l'existence mat&#233;rielle et la vie des individus, et c'est seulement pour cette raison que leur volont&#233; a chang&#233;. Il est possible que des droits et des lois soient &#171; h&#233;rit&#233;s &#187;, mais dans ce cas ils ne sont plus dominants, mais nominaux,dont des exemples frappants sont fournis par l'histoire du droit romain antique et du droit anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu plus haut comment une th&#233;orie et une histoire de la pens&#233;e pure pouvaient na&#238;tre chez des philosophes tenant &#224; la s&#233;paration des id&#233;es des individus et des relations empiriques qui servent de base &#224; ces id&#233;es. De la m&#234;me mani&#232;re, l&#224; aussi on peut s&#233;parer le droit de sa base r&#233;elle, par quoi on obtient une &#171; volont&#233; dominante &#187; qui &#224; diff&#233;rentes &#233;poques subit diverses modifications et a sa propre histoire ind&#233;pendante dans ses cr&#233;ations, les lois. De ce fait, l'histoire politique et civile se confond id&#233;ologiquement dans une histoire de la domination des lois successives... L'examen le plus superficiel de la l&#233;gislation, par exemple pour les lois et pour tous les pays, montre jusqu'o&#249; sont all&#233;s les gouvernants lorsqu'ils s'imaginaient qu'ils pourrait r&#233;aliser quelque chose par le seul moyen de sa &#171; volont&#233; dominante &#187;, c'est-&#224;-dire simplement en exer&#231;ant sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus et leurs relations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ce qui constitue l'avantage d'un individu en tant que tel sur les autres individus, est de nos jours en m&#234;me temps un produit de la soci&#233;t&#233; et dans sa r&#233;alisation est tenu de s'affirmer comme privil&#232;ge, comme nous l'avons d&#233;j&#224; montr&#233; Sancho &#224; propos de la concurrence . De plus, l'individu en tant que tel, consid&#233;r&#233; par lui-m&#234;me, est subordonn&#233; &#224; la division du travail, qui le rend unilat&#233;ral, paralyse et d&#233;termine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus ont toujours et en toutes circonstances &#034;proc&#233;d&#233; d'eux-m&#234;mes &#034;, mais puisqu'ils n'&#233;taient pas uniques au sens de n'avoir besoin d'aucune connexion les uns avec les autres, et que leurs besoins , par cons&#233;quent leur nature, et la mani&#232;re de satisfaire leurs besoins, les reliaient entre eux (rapports entre les sexes, &#233;change, division du travail), ils devaient entrer en relation les uns avec les autres. De plus, puisqu'ils sont entr&#233;s en rapport les uns avec les autres non pas en tant qu'ego purs, mais en tant qu'individus &#224; un stade d&#233;fini de d&#233;veloppement de leurs forces productives et de leurs besoins, et puisque ces rapports, &#224; leur tour, d&#233;terminaient la production et les besoins, il &#233;tait donc pr&#233;cis&#233;ment le comportement personnel et individuel des individus, leur comportement les uns envers les autres en tant qu'individus, qui a cr&#233;&#233; les relations existantes et les reproduit quotidiennement &#224; nouveau. Ils entraient en relation les uns avec les autres tels qu'ils &#233;taient, ils proc&#233;daient &#171; d'eux-m&#234;mes &#187;, tels qu'ils &#233;taient, ind&#233;pendamment de leur &#171; vision de la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; vision de la vie &#187; &#8212; m&#234;me celle d&#233;form&#233;e des philosophes [id&#233;alistes] &#8212; ne pouvait, bien entendu, &#234;tre d&#233;termin&#233;e que par leur vie r&#233;elle. Il s'ensuit certainement que le d&#233;veloppement d'un individu est d&#233;termin&#233; par le d&#233;veloppement de tous les autres avec lesquels il est directement ou indirectement associ&#233;, et que les diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations d'individus entrant en relation les uns avec les autres sont li&#233;es les unes aux autres, que les l'existence des derni&#232;res g&#233;n&#233;rations est d&#233;termin&#233;e par celle de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, et que ces derni&#232;res h&#233;ritent des forces productives et des formes de relations accumul&#233;es par leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, leurs propres relations mutuelles &#233;tant ainsi d&#233;termin&#233;es. En bref,il est clair qu'il y a d&#233;veloppement et que l'histoire de l'individu ne peut &#234;tre s&#233;par&#233;e de l'histoire des individus pr&#233;c&#233;dents ou contemporains, mais est d&#233;termin&#233;e par cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation de la relation individuelle en son contraire, une relation purement mat&#233;rielle, la distinction de l'individualit&#233; et de la fortune par les individus eux-m&#234;mes est un processus historique, comme nous l'avons d&#233;j&#224; montr&#233; ( Chapitre 1, Partie IV, &#167; 6 ), et &#224; diff&#233;rentes &#233;tapes de d&#233;veloppement, elle prend des formes diff&#233;rentes, toujours plus nettes et plus universelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque actuelle, la domination des relations mat&#233;rielles sur les individus et la suppression de l'individualit&#233; par des circonstances fortuites ont pris sa forme la plus aigu&#235; et la plus universelle, fixant ainsi aux individus existants une t&#226;che bien d&#233;finie. Elle leur a assign&#233; la t&#226;che de remplacer la domination des circonstances et du hasard sur les individus par la domination des individus sur le hasard et les circonstances. Il n'a pas, comme Sancho l'imagine, mis en avant l'exigence que &#171; je me d&#233;veloppe moi-m&#234;me &#187;, ce que tout individu a fait jusqu'&#224; pr&#233;sent sans les bons conseils de Sancho ; elle a au contraire appel&#233; &#224; s'affranchir d'un mode de d&#233;veloppement bien d&#233;fini. Cette t&#226;che, dict&#233;e par les relations actuelles, co&#239;ncide avec la t&#226;che d'organiser la soci&#233;t&#233; &#224; la mani&#232;re communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; montr&#233; plus haut que l'abolition d'un &#233;tat de choses dans lequel les relations deviennent ind&#233;pendantes des individus, o&#249; l'individualit&#233; est subordonn&#233;e au hasard et les relations personnelles des individus sont subordonn&#233;es aux relations g&#233;n&#233;rales de classe, etc. des affaires est d&#233;termin&#233; en derni&#232;re analyse par l'abolition de la division du travail. Nous avons &#233;galement montr&#233; que l'abolition de la division du travail est d&#233;termin&#233;e par le d&#233;veloppement des relations et des forces productives &#224; un tel degr&#233; d'universalit&#233; que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la division du travail en deviennent les entraves. Nous avons en outre montr&#233; que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne peut &#234;tre abolie qu'&#224; la condition d'un d&#233;veloppement global des individus,pr&#233;cis&#233;ment parce que la forme existante des relations sexuelles et les forces productives existantes sont toutes englobantes et que seuls les individus qui se d&#233;veloppent de mani&#232;re globale peuvent se les approprier, c'est-&#224;-dire les transformer en manifestations libres de leur vie. Nous avons montr&#233; qu'&#224; l'heure actuelle les individus doit abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, parce que les forces productives et les formes de relations se sont tellement d&#233;velopp&#233;es que, sous la domination de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, elles sont devenues des forces destructrices, et parce que la contradiction entre les classes a atteint son extr&#234;me limite. Enfin, nous avons montr&#233; que l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dans la division du travail est elle-m&#234;me l'association des individus sur la base cr&#233;&#233;e par les forces productives modernes et les relations du monde. [Voir le chapitre un]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la soci&#233;t&#233; communiste, la seule soci&#233;t&#233; dans laquelle le d&#233;veloppement authentique et libre des individus cesse d'&#234;tre une simple phrase, ce d&#233;veloppement est d&#233;termin&#233; pr&#233;cis&#233;ment par le lien des individus, lien qui consiste en partie dans les pr&#233;requis &#233;conomiques et en partie dans la n&#233;cessaire solidarit&#233; de le libre d&#233;veloppement de tous, et enfin le caract&#232;re universel de l'activit&#233; des individus sur la base des forces productives existantes. Il s'agit donc ici d'individus &#224; un stade historique d&#233;termin&#233; de leur d&#233;veloppement et nullement d'individus choisis au hasard, m&#234;me en faisant abstraction de l'indispensable r&#233;volution communiste, qui est elle-m&#234;me une condition g&#233;n&#233;rale de leur libre d&#233;veloppement. La conscience des individus de leurs relations mutuelles sera, bien s&#251;r, &#233;galement compl&#232;tement chang&#233;e, et,par cons&#233;quent, ne sera plus le &#034;principal de l'amour&#034; ou d&#233;votion que ce sera l'&#233;go&#239;sme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Le Capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manufacture proprement dite ne soumet pas seulement le travailleur aux ordres et &#224; la discipline du capital, mais &#233;tablit encore une gradation hi&#233;rarchique parmi les ouvriers eux-m&#234;mes. Si, en g&#233;n&#233;ral, la coop&#233;ration simple n'affecte gu&#232;re le mode de travail individuel, la manufacture le r&#233;volutionne de fond en comble et attaque &#224; sa racine la force de travail. Elle estropie le travailleur, elle fait de lui quelque chose de monstrueux en activant le d&#233;veloppement factice de sa dext&#233;rit&#233; de d&#233;tail, en sacrifiant tout un monde de dispositions et d'instincts producteurs, de m&#234;me que dans les Etats de la Plata, on immole un taureau pour sa peau et son suif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le travail qui est divis&#233;, subdivis&#233; et r&#233;parti entre divers individus, c'est l'individu lui-m&#234;me qui est morcel&#233; et m&#233;tamorphos&#233; en ressort automatique d'une op&#233;ration exclusive, de sorte que l'on trouve r&#233;alis&#233;e la fable absurde de Menennius Agrippa, repr&#233;sentant un homme comme fragment de son propre corps....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la manufacture l'enrichissement du travailleur collectif, et par suite du capital, en forces productives sociales a pour condition l'appauvrissement du travailleur en forces productives individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ignorance est la m&#232;re de l'industrie aussi bien que de la superstition. La r&#233;flexion et l'imagination sont sujettes &#224; s'&#233;garer ; mais l'habitude de mouvoir le pied ou la main ne d&#233;pend ni de l'une, ni de l'autre. Aussi pourrait on dire, que la perfection, &#224; l'&#233;gard des manufactures, consiste &#224; pouvoir se passer de l'esprit, de mani&#232;re que, sans effort de t&#234;te, l'atelier puisse &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une machine dont les parties sont des hommes. &#187; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme la p&#233;riode manufacturi&#232;re pousse beaucoup plus loin cette division sociale en m&#234;me temps que par la division qui lui est propre elle attaque l'individu &#224; la racine m&#234;me de sa vie, c'est elle qui la premi&#232;re fournit l'id&#233;e et la mati&#232;re d'une pathologie industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Subdiviser un homme, c'est l'ex&#233;cuter, s'il a m&#233;rit&#233; une sentence de mort ; c'est l'assassiner s'il ne la m&#233;rite pas. La subdivision du travail est l'assassinat d'un peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5068&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5068&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5068&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5068&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5561&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5561&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5559&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5559&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4963&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4963&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Mouvement ouvrier en Am&#233;rique en 1887</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7385</link>
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		<dc:date>2025-05-11T22:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis - USA</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le Mouvement ouvrier en Am&#233;rique [1] &lt;br class='autobr' /&gt;
par Friedrich Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Dix mois se sont &#233;coul&#233;s depuis que, pour r&#233;pondre au d&#233;sir du traducteur, j'&#233;crivis &#171; l'Appendice &#187; de ce livre ; et pendant ces dix mois, il s'est accompli dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ri&#173;caine, une r&#233;volution qui aurait demand&#233; au moins dix ann&#233;es dans tout autre pays. En f&#233;vrier 1886, l'opinion publique am&#233;ricaine &#233;tait presque unanime sur ce point : c'est qu'il n'existait pas en Am&#233;rique de classe ouvri&#232;re, au sens europ&#233;en du mot ; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique83" rel="directory"&gt;6- L'organisation du prol&#233;tariat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;Etats-Unis - USA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le Mouvement ouvrier en Am&#233;rique [1]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix mois se sont &#233;coul&#233;s depuis que, pour r&#233;pondre au d&#233;sir du traducteur, j'&#233;crivis &#171; l'Appendice &#187; de ce livre ; et pendant ces dix mois, il s'est accompli dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ri&#173;caine, une r&#233;volution qui aurait demand&#233; au moins dix ann&#233;es dans tout autre pays. En f&#233;vrier 1886, l'opinion publique am&#233;ricaine &#233;tait presque unanime sur ce point : c'est qu'il n'existait pas en Am&#233;rique de classe ouvri&#232;re, au sens europ&#233;en du mot ; que, par suite, aucune lutte de classes entre travailleurs et capitalistes, comme celle qui d&#233;chire la soci&#233;t&#233; europ&#233;enne, n'&#233;tait possible dans la R&#233;publique am&#233;ricaine ; et que le socialisme &#233;tait donc un fait d'importation &#233;trang&#232;re, incapable de prendre racine dans le sol am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, &#224; ce moment m&#234;me, la lutte de classes en marche projetait devant elle son ombre gigantesque dans les gr&#232;ves des mineurs pensylvaniens et d'autres corps de m&#233;tiers, et surtout dans l'&#233;laboration, par tout le pays, du grand mouvement des huit heures qui devait &#233;clater et a &#233;clat&#233; en mai suivant. Que j'ai alors appr&#233;ci&#233; exactement ces sympt&#244;mes et pr&#233;dit le mouvement de classe qui s'est produit dans le cadre national : c'est ce que montre mon &#171; Appendice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais personne ne pouvait pr&#233;voir qu'en si peu de temps le mouvement &#233;claterait avec une force aussi irr&#233;sistible ; qu'il se propagerait avec la rapidit&#233; d'un incendie de prairie et qu'il &#233;branlerait la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine jusque dans ses fondements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est l&#224;, patent et incontestable ; quant &#224; la terreur dont il a frapp&#233; les classes diri&#173;gean&#173;tes d'Am&#233;rique, j'ai pu, &#224; mon grand amusement, m'en rendre compte par les journalistes am&#233;ricains qui m'ont honor&#233; de leur visite au printemps dernier ; ce &#171; nouveau d&#233;part &#187; les avait jet&#233;s dans un &#233;tat d'angoisse et de perplexit&#233; d&#233;sesp&#233;r&#233;es. A cette &#233;poque pourtant, le mouvement n'&#233;tait encore qu'&#224; son d&#233;but. Il n'y avait qu'une s&#233;rie d'explosions confuses, et sans lien apparent, de la classe qui, par la suppression de l'esclavage noir et le rapide d&#233;veloppement des manufactures, est devenue la derni&#232;re couche de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine. Mais l'ann&#233;e n'&#233;tait pas termin&#233;e que ces convulsions sociales d&#233;sordonn&#233;es commenc&#232;rent &#224; prendre une direction bien d&#233;finie. Les mouvements spontan&#233;s et instinctifs de ces grandes masses du peuple travailleur, sur une vaste &#233;tendue de territoire ; l'explosion simultan&#233;e de leur com&#173;mun m&#233;contentement contre une mis&#233;rable situation sociale, la m&#234;me partout et due aux m&#234;mes causes, tout donna &#224; ces masses la conscience qu'elles formaient une nouvelle classe et une classe distincte dans la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, une classe - &#224; proprement parler - de salari&#233;s plus ou moins h&#233;r&#233;ditaires, de prol&#233;taires. Et, avec un v&#233;ritable instinct am&#233;ricain, cette conscience les conduisit imm&#233;diatement au premier pas vers leur &#233;mancipation : autrement dit &#224; la formation d'un parti ouvrier politique, avec un programme &#224; lui et, pour but, la conqu&#234;te du Capitole et de la Maison-Blanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai, la lutte pour la journ&#233;e de huit heures, les troubles de Chicago, de Milwaukee, etc., les efforts de la classe dominante pour &#233;craser le mouvement naissant du travail par la force brutale et une brutale justice de classe. En novembre, le nouveau parti du travail d&#233;j&#224; organis&#233; dans tous les grands centres, et les &#233;lections socialistes de New-York, de Chicago et de Milwaukee. Mai et novembre n'avaient jusqu'alors rappel&#233; &#224; la bourgeoisie am&#233;ricaine que le paiement des coupons de la dette publique des &#201;tats-Unis ; mais &#224; l'avenir, mai et novembre lui rappelleront en plus d'autres coupons, ceux que le prol&#233;tariat am&#233;ricain lui a pr&#233;sent&#233;s en paiement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays europ&#233;ens, il a fallu &#224; la classe des travailleurs, des ann&#233;es et encore des ann&#233;es pour comprendre pleinement qu'elle forme une classe distincte, et dans les conditions existantes, une classe permanente de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il lui a fallu de nouvelles ann&#233;es encore pour que cette conscience de classe l'amen&#226;t &#224; se former en un parti politique distinct, ind&#233;pendant et ennemi de tous les anciens partis politiques form&#233;s par les fractions diverses de la classe dominante. Sur le sol plus favoris&#233; de l'Am&#233;rique, o&#249; aucune ruine moyen-&#226;gienne n'obstrue la route, o&#249; l'histoire commence avec les &#233;l&#233;ments de la moderne soci&#233;t&#233; bourgeoise &#233;labor&#233;e au XVIIe si&#232;cle, la classe des travailleurs a pass&#233; &#224; travers ces deux phases de son d&#233;veloppement en dix mois seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, tout cela n'est encore qu'un commencement. Que les masses laborieuses sentent la communaut&#233; de leurs griefs et de leurs int&#233;r&#234;ts, leur solidarit&#233; comme classe en opposition avec toutes les autres classes ; qu'&#224; l'effet de donner expression et port&#233;e &#224; ce sentiment, elles songent &#224; mettre en mouvement la machinerie politiquement organis&#233;e &#224; cette fin dans tout pays libre - il n'y a l&#224; qu'un premier pas. Le second pas consiste &#224; trouver le rem&#232;de commun aux communs griefs et &#224; l'incorporer dans le programme du nouveau parti du travail. Et ce pas - le plus important et le plus difficile - est encore &#224; faire en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nouveau parti doit avoir un programme positif distinct ; un programme qui peut varier dans les d&#233;tails, avec les circonstances et le d&#233;veloppement du parti lui-m&#234;me, mais pro&#173;gramme unique, sur lequel, pour le temps pr&#233;sent, le parti est d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'un pareil programme n'a pas &#233;t&#233; &#233;labor&#233;, ou n'existe que dans une forme rudimentaire, le nouveau parti lui-m&#234;me n'aura qu'une existence rudimentaire ; il peut exister localement, mais non pas nationalement ; il pourra devenir un parti ; il ne l'est pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce programme, quelle que puisse &#234;tre sa premi&#232;re forme initiale, doit se d&#233;velopper dans une direction qui peut se d&#233;terminer &#224; l'avance. Les causes qui ont creus&#233; l'ab&#238;me entre la classe travailleuse et la classe capitaliste sont les m&#234;mes en Am&#233;rique et en Europe ; les moyens de combler cet ab&#238;me sont &#233;galement les m&#234;mes partout. Cons&#233;quemment le programme du prol&#233;tariat am&#233;ricain devra &#224; la longue co&#239;ncider, quant au dernier but &#224; atteindre, avec celui qui est devenu, apr&#232;s soixante ans de dissensions et de d&#233;bats, le pro&#173;gram&#173;me adopt&#233; par la grande masse du prol&#233;tariat militant d'Europe. Il devra proclamer, comme le but dernier, la conqu&#234;te du pouvoir politique par la classe ouvri&#232;re, &#224; l'effet d'effectuer l'appropriation directe de tous les moyens de production - sol, chemins de fer, mines, machines, etc. - par la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, et leur mise en oeuvre par tous, pour le compte et au b&#233;n&#233;fice de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le nouveau parti am&#233;ricain, comme tous les partis politiques de partout, par le simple fait de sa formation aspire &#224; la conqu&#234;te du pouvoir politique, il est encore loin de s'entendre sur l'usage &#224; faire de ce pouvoir une fois conquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A New-York, et dans les autres grandes villes de l'est, l'organisation de la classe ouvri&#232;re s'est faite sur le terrain corporatif formant dans chaque ville une puissante Union centrale du travail. A New-York, en novembre dernier, le Central Labor Union a choisi pour porte-drapeau Henry George [2] et, par suite, son programme &#233;lectoral temporaire s'est fortement impr&#233;gn&#233; des principes de ce dernier. Dans les grandes villes du nord-ouest, la bataille &#233;lectorale s'est engag&#233;e sur un programme ouvrier plus ind&#233;termin&#233; encore, dans lequel l'influence des th&#233;ories de Henry George &#233;tait ou nulle ou &#224; peine visible. Et pendant que, dans ces grands centres de population et d'industrie le nouveau mouvement de classe avait un aboutissant politique, nous trouvons se d&#233;veloppant par tout le pays, deux organisations ouvri&#232;res : Les Chevaliers du Travail [3] et le Parti Socialiste du Travail, ce dernier poss&#233;dant seul un programme en harmonie avec le moderne point de vue europ&#233;en r&#233;sum&#233; plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces trois formes plus ou moins d&#233;finies sous lesquelles le mouvement ouvrier am&#233;ricain se pr&#233;sente &#224; nous, la premi&#232;re - le mouvement que personnifie Henry George &#224; New-York - n'a pour le moment qu'une importance locale. Certes, New-York est de beaucoup la ville la plus importante des &#201;tats-Unis, mais New York n'est pas Paris et les &#201;tats-Unis ne sont pas la France. Et il me semble que le programme de Henry George, dans sa teneur actuelle, est trop &#233;troit pour servir de base &#224; autre chose qu'&#224; un mouvement local, ou, au plus, &#224; une phase tr&#232;s limit&#233;e du mouvement g&#233;n&#233;ral. Pour Henry George la grande et universelle cause de la division de l'humanit&#233; en riches et en pauvres consiste en ce que la masse du peuple est expropri&#233;e du sol. Or, historiquement, cela n'est pas exact. Dans l'antiquit&#233; asiatique et classique, la forme pr&#233;dominante de l'oppression de classe &#233;tait l'esclavage, c'est-&#224;-dire non pas tant l'expropriation des masses du sol, que l'appropriation de leurs personnes. Lorsque, au d&#233;clin de la r&#233;publique romaine, les libres paysans italiens furent expropri&#233;s de leurs fermes, ils form&#232;rent une classe de &#171; pauvres blancs &#187; semblables aux noirs des &#201;tats esclavagistes du sud avant 1861 ; et entre les esclaves et les pauvres blancs, deux classes &#233;galement incapables de s'&#233;manciper elles-m&#234;mes, l'ancien monde s'en alla en pi&#232;ces. Au moyen &#226;ge, ce n'&#233;tait pas leur expropriation du sol, mais bien plut&#244;t leur appropriation au sol qui devint pour ces masses la source de l'oppression f&#233;odale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan conservait son morceau de terre, mais il y &#233;tait attach&#233; comme serf ou vilain et contraint de fournir au seigneur un tribut en travail ou en produits. Ce ne fut qu'&#224; l'aurore des temps nouveaux, vers la fin du XV&#176; si&#232;cle, que l'expropriation des paysans, op&#233;r&#233;e sur une grande &#233;chelle, posa les premi&#232;res assises de la classe moderne des travailleurs salari&#233;s, ne poss&#233;dant rien en dehors de leur force-travail et ne pouvant vivre que de la vente de cette force-travail &#224; autrui. Mais si l'expropriation du sol donna naissance &#224; cette classe, ce fut le d&#233;veloppement de la production capitaliste, de la moderne industrie, et de l'agriculture en grand qui la perp&#233;tua, l'accr&#251;t et la transforma en une classe distincte avec des int&#233;r&#234;ts distincts et une mission historique distincte. Tout cela a &#233;t&#233; pleinement expos&#233; par Marx (Le Capital, livre premier, section VIII ; la soi-disant accumulation primitive) [4] . Selon Marx, la cause de l'antagonisme actuel des classes et de la d&#233;gradation sociale de la classe laborieuse, git dans son expropriation de tous les moyens de production, dans lesquels le sol est naturellement compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant d&#233;clar&#233; que la monopolisation du sol est la cause unique de la pauvret&#233; et de la mis&#232;re, Henry George, naturellement, trouve le rem&#232;de dans la reprise du sol par la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Or, les socialistes de l'&#233;cole de Marx demandent eux aussi cette reprise du sol par la soci&#233;t&#233;, mais ils ne la limitent pas au sol, ils l'&#233;tendent &#224; tous les moyens de production quels qu'ils soient. Ce n'est d'ailleurs pas sur ce point seul qu'existe la divergence. Que doit-on faire du sol ? Les socialistes modernes, repr&#233;sent&#233;s par Marx, demandent qu'il soit conserv&#233; et travaill&#233; en commun pour le b&#233;n&#233;fice commun ; ils demandent qu'il en soit de m&#234;me de tous les autres moyens de production sociale, mines, chemins de fer, fabriques, etc. Henry George, lui, se contenterait de l'affermer individuellement comme aujourd'hui, en r&#233;gularisant sa distribution et en en appliquant la vente &#224; des services publics, et non plus, comme &#224; pr&#233;sent, &#224; des fins priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que demandent les socialistes implique une r&#233;volution totale de tout le syst&#232;me de production sociale. Ce que demande Henry George laisse intact le pr&#233;sent mode de produc&#173;tion sociale et a &#233;t&#233; d'ailleurs pr&#233;conis&#233; il y a des ann&#233;es par les plus avanc&#233;s des &#233;conomistes bourgeois de l'&#233;cole de Ricardo, lesquels demandaient eux aussi, la confiscation de la rente fonci&#232;re par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il serait injuste de supposer que Henry George a dit, une fois pour toutes, son dernier mot. Mais je suis oblig&#233; de prendre sa th&#233;orie telle que je la trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Chevaliers du Travail forment la deuxi&#232;me grande section du mouvement am&#233;ricain et cette section semble &#234;tre la plus typique de l'&#233;tat actuel du mouvement, en m&#234;me temps qu'elle en est, sans aucun doute, de beaucoup la plus forte. Une immense association r&#233;pan&#173;due sur une immense &#233;tendue de pays en innombrables Assembl&#233;es, repr&#233;sentant toutes les nuances d'opinions individuelles et locales de la classe ouvri&#232;re ; tous les membres r&#233;unis sous le couvert d'un programme d'une ind&#233;termination correspondante, et tenus ensemble bien moins par leur impraticable constitution que par le sentiment instinctif que le simple fait de leur union pour une aspiration commune en fait une grande puissance dans le pays, un paradoxe bien am&#233;ricain [5] qui rev&#234;t les efforts les plus modernes des m&#244;meries les plus moyen-&#226;giennes et qui cache l'esprit le plus d&#233;mocratique et m&#234;me le plus insurgen&#173;tionnel derri&#232;re un despotisme apparent, mais impuissant en r&#233;alit&#233; - tel est le spectacle que les Chevaliers du Travail pr&#233;sentent &#224; un observateur europ&#233;en. Mais si nous ne nous laissons pas arr&#234;ter par de simples extravagances ext&#233;rieures, nous ne pouvons manquer de voir, dans cette vaste agglom&#233;ration, une somme &#233;norme d'&#233;nergie latente, &#233;voluant lente&#173;ment, mais s&#251;rement en force r&#233;elle. Les Chevaliers du Travail sont la premi&#232;re organisation nationale cr&#233;&#233;e par l'ensemble de la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine. Peu importe leur origine et leur histoire, leurs d&#233;fauts et leurs petites absurdit&#233;s, leur programme et leur constitution ; ils sont l'&#339;uvre pratiquement [6] de toute la classe am&#233;ricaine des salari&#233;s, le seul lien national qui les unisse, qui leur fasse sentir leur puissance en m&#234;me temps qu'il la fait sentir &#224; leur ennemi et les remplisse d'une fi&#232;re esp&#233;rance en la victoire future. Car il ne serait pas exact de dire que les Chevaliers du Travail sont susceptibles de d&#233;veloppement. Ils sont constamment en pleine voie de d&#233;veloppement et de r&#233;volution ; c'est une masse plastique [7] de mati&#232;re humai&#173;ne en fermentation &#224; la recherche de la forme appropri&#233;e &#224; sa propre nature. Et cette forme elle l'obtiendra aussi s&#251;rement que l'&#233;volution historique a, comme l'&#233;volution naturelle, ses propres lois immanentes. Que les chevaliers du travail conservent alors ou non leur nom actuel, c'est ce qui importe peu ; mais &#224; qui les observe du dehors, il para&#238;t &#233;vident que l&#224; est l'&#233;l&#233;ment premier d'o&#249; aura &#224; sortir l'avenir du mouvement ouvrier am&#233;ricain et par cons&#233;quent, l'avenir de la soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me section constitue le Parti Socialiste du Travail. C'est un parti qui n'existe que de nom, car nulle part en Am&#233;rique il n'a jusqu'ici &#233;t&#233; actuellement en &#233;tat de s'affirmer comme parti politique. Il est, en outre, dans une certaine mesure, &#233;tranger &#224; l'Am&#233;rique, ayant &#233;t&#233; jusque tout r&#233;cemment form&#233; presque exclusivement par les immigrants alle&#173;mands [8] , employant leur propre langue et, pour la plus grande part, peu familiers avec la langue ordinaire du pays. Mais s'il est de souche &#233;trang&#232;re, il arrive en m&#234;me temps arm&#233; de toute l'exp&#233;rience acquise par de longues ann&#233;es de lutte de classes en Europe, et avec une notion des conditions g&#233;n&#233;rales de l'&#233;mancipation de la classe des travailleurs bien sup&#233;rieure &#224; celle que poss&#232;dent les travailleurs am&#233;ricains. C'est un bonheur pour le prol&#233;tariat am&#233;ricain, qui est ainsi mis en &#233;tat de s'approprier et d'utiliser l'acquis intellectuel et moral de quarante ans de lutte de ses compagnons de classe en Europe, et d'acc&#233;l&#233;rer ainsi sa propre victoire. Car, comme je l'ai dit, il ne peut y avoir aucun doute &#224; ce sujet. Le programme der&#173;nier de la classe ouvri&#232;re am&#233;ricaine doit &#234;tre et sera essentiellement le m&#234;me que celui actuellement accept&#233; par tout le prol&#233;tariat militant d'Europe, le m&#234;me que celui du Parti Socialiste du Travail allemand-am&#233;ricain. Ce Parti est donc appel&#233; &#224; jouer un r&#244;le tr&#232;s important dans le mouvement. Mais pour cela, il lui faudra d&#233;pouiller tout vestige de son costume &#233;tranger. Il aura &#224; devenir am&#233;ricain jusqu'aux moelles. Il ne peut demander que les Am&#233;ricains viennent &#224; lui : c'est &#224; lui, minorit&#233; - et minorit&#233; immigr&#233;e - d'aller aux Am&#233;ri&#173;cains, qui sont &#224; la fois l'immense majorit&#233; - et majorit&#233; d'indig&#232;nes. Et, &#224; cet effet, il doit, avant tout, apprendre l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#339;uvre de fusion de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments de la vaste masse en mouvement - &#233;l&#233;ments qui ne sont pas r&#233;ellement discordants, mais sont mutuellement isol&#233;s par la diversit&#233; de leur point de d&#233;part - prendra un certain temps et ne s'accomplira pas sans maints chocs qui sont d&#233;j&#224; visibles sur diff&#233;rents points. Les Chevaliers du Travail, par exemple, sont ici et l&#224;, dans les villes de l'est, localement en guerre avec les unions de m&#233;tier [9] . Mais ce m&#234;me choc existe entre les Chevaliers du Travail eux-m&#234;mes, parmi lesquels la paix et l'harmonie sont loin de r&#233;gner. Ce ne sont pas l&#224; cependant des sympt&#244;mes de dissolution dont les capitalistes aient le droit de se r&#233;jouir. Ce sont simplement des signes que les innombrables arm&#233;es de travailleurs, pour la premi&#232;re fois mises en marche dans une commune direction, n'ont trouv&#233; jusqu'ici ni une expression ad&#233;quate &#224; leurs int&#233;r&#234;ts communs, ni la forme d'organisation la mieux adapt&#233;e &#224; la lutte, ni la discipline requise pour assurer la victoire. Ce ne sont encore que les premi&#232;res lev&#233;es en masse de la grande guerre r&#233;volutionnaire, recrut&#233;es et &#233;quip&#233;es localement et ind&#233;pendantes les unes des autres tendant toutes &#224; la formation d'une arm&#233;e commune, mais encore sans organisation r&#233;guli&#232;re et sans plan commun de campagne. Les colonnes convergentes se heurtent ici et l&#224; ; il en r&#233;sulte de la confusion, des disputes violentes, des menaces m&#234;me de conflit. Mais la communaut&#233; du but dernier finit par avoir raison de toutes ces difficult&#233;s ; avant peu, les bataillons &#233;pars et tumultueux se formeront en une longue ligne de bataille, pr&#233;sentant &#224; l'ennemi un front bien ordonn&#233;, silencieux sous l'&#233;clat de leurs armes, couverts par de hardis tirailleurs et appuy&#233;s sur des r&#233;serves inentamables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver &#224; ce r&#233;sultat, l'unification des divers corps ind&#233;pendants en une seule Arm&#233;e Nationale du Travail avec un programme commun - si provisoire que soit ce programme, pourvu seulement qu'il soit un v&#233;ritable programme de classe ouvri&#232;re, - est le premier grand pas &#224; accomplir en Am&#233;rique. A cet effet, et pour rendre ce programme digne de la cause, le Parti Socialiste du Travail peut &#234;tre d'un grand secours s'il agit seulement comme ont agi les socialistes europ&#233;ens &#224; l'&#233;poque o&#249; ils n'&#233;taient encore qu'une petite minorit&#233; de la classe ouvri&#232;re. Cette ligne de conduite a &#233;t&#233; expos&#233;e pour la premi&#232;re fois en 1847 dans le Manifeste du Parti Communiste dans les termes suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les communistes - c'&#233;tait le nom que nous avions alors adopt&#233; et que nous som&#173;mes aujourd'hui encore tr&#232;s loin de r&#233;pudier - les communistes ne forment pas un parti distinct oppos&#233; aux autres partis ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils n'ont pas d'int&#233;r&#234;ts s&#233;par&#233;s et distincts des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils n'arrivent pas avec des principes de leur cru, &#224; imposer au mouvement prol&#233;&#173;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1&#186; dans les luttes nationales des prol&#233;taires de diff&#233;rents pays ils &#233;voquent et mettent au premier plan les int&#233;r&#234;ts communs de tout le prol&#233;tariat, int&#233;r&#234;ts ind&#233;pendants de toute nationalit&#233; ; 2&#186; dans les diff&#233;rentes phases de d&#233;veloppement par lesquelles a &#224; passer la lutte de la classe ouvri&#232;re contre la classe capitaliste, toujours et partout ils repr&#233;sentent des int&#233;r&#234;ts du mouvement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pratiquement, les communistes sont donc la section la plus avanc&#233;e et la plus r&#233;solue des partis ouvriers de tous les pays ; th&#233;oriquement, d'autre part, ils ont cet avantage sur la grande masse des prol&#233;taires, d'avoir une vue claire des conditions, de la marche et du r&#233;sultat final du mouvement prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils combattent pour la r&#233;alisation des objectifs imm&#233;diats, pour la satisfaction des int&#233;r&#234;ts momentan&#233;s de la classe ouvri&#232;re ; mais dans le mouvement du pr&#233;sent, ils repr&#233;sentent et sauvegardent l'avenir du mouvement [10] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la tactique qui a &#233;t&#233; suivie depuis plus de quarante ann&#233;es par le grand fondateur du socialisme moderne, Karl Marx, et par moi-m&#234;me, ainsi que par les socialistes de toutes les nations qui travaillent en accord avec nous [11] . C'est elle qui partout, nous a conduits &#224; la victoire ; c'est gr&#226;ce &#224; elle qu'aujourd'hui la masse des socialistes europ&#233;ens en Allemagne comme en France, en Belgique et en Hollande comme en Suisse, en Danemark et en Su&#232;de comme en Espagne et au Portugal, combat comme une seule et commune arm&#233;e sous un seul et m&#234;me drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 26 janvier 1887.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte surlign&#233; : en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Publi&#233;e sous le titre &#171; Le Mouvement ouvrier en Am&#233;rique &#187; les 16 et 23 juillet 1887 par Le Socialiste dans une traduction qui avait re&#231;u l'approbation d'Engels et dont nous nous sommes born&#233;s &#224; corriger les erreurs manifestes, d'apr&#232;s l'original anglais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Socialiste : Hebdomadaire dirig&#233; par Guesde et Lafargue , paraissant &#224; Paris avec des interruptions &#224; partir de 1885. Ici 3&#176; ann&#233;e, 2&#176; s&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Henry GEORGE (1838-1897) : Publiciste am&#233;ricain, &#233;tabli &#224; New York depuis 1880, auteur d'un ouvrage d'&#233;conomie politique, critiqu&#233; par Marx : Progress and Poverty. En 1886, George a &#233;t&#233; candidat au poste de maire de New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#171; Knights of Labor &#187; : organisation qui exista en Am&#233;rique entre 1870 et 1890 ; elle recrutait ses membres surtout parmi les ouvriers non qualifi&#233;s. A son apog&#233;e, elle comptait en 1886, 700.000 membres. Sur les Chevaliers du Travail et Henry George, voir lettre d'Engels &#224; Laura Lafargue in Correspondance Engels-Lafargue, &#201;ditions Sociales, Paris, 1956, I, p. 410.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Le Capital , &#201;ditions Sociales, Livre I, tome III, p. 153 et suiv. Bien entendu, dans Le Capital, la Section VIII s'intitule tout simplement &#171; L'accumulation primitive &#187;. Il faut comprendre &#171; soi-disant &#187;, comme &#171; ce que Marx d&#233;signe par le terme de &#187;. Ce soi-disant est ici probablement un germanisme (sogennant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Socialiste disait : &#171; Une &#233;nigme de contradiction v&#233;ritablement am&#233;ricaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Texte corrig&#233;. Le Socialiste &#233;crivait &#171; l'&#339;uvre pratique de toute la classe am&#233;ricaine des salari&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Texte corrig&#233;. Le Socialiste traduisait &#171; une masse de mati&#232;re humaine en fermentation, en travail de la forme appropri&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Texte corrig&#233;. Le Socialiste disait &#171; les &#233;migrants allemands &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Engels dit : &#171; Trade-Unions &#187; (syndicats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le Manifeste communiste. La citation est extraite du chapitre II et du chapitre IV. Nous avons respect&#233; le texte du Socialiste. On retrouvera les passages cit&#233;s dans une traduction l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente. Le Manifeste..., &#201;ditions Sociales, 1957, p. 27 et p. 46.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Texte corrig&#233;. Le Socialiste disait &#171; travaillent pour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massacre de Haymarket Square, survenu &#224; Chicago le 4 mai 18861, constitue le point culminant de la lutte pour la journ&#233;e de huit heures aux &#201;tats-Unis. Initi&#233; par les gr&#233;vistes des usines McCormick de Chicago, l'&#233;v&#233;nement se r&#233;pand rapidement &#224; travers tout le pays et devient un &#233;l&#233;ment majeur de l'histoire de la journ&#233;e internationale des travailleurs du 1er mai2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la proc&#233;dure judiciaire qui fut m&#233;diatis&#233;e dans le monde entier, huit anarchistes ont &#233;t&#233; reconnus coupables de complot. Ils sont accus&#233;s d'avoir confectionn&#233; une bombe artisanale pour commettre un attentat sur des policiers de Chicago pendant la manifestation sur Haymarket Square, en repr&#233;sailles aux &#233;v&#233;nements du 1er mai 1886 (trois jours plus t&#244;t, deux manifestants sont tu&#233;s par la police). Lors du proc&#232;s, aucun d'entre eux n'a avou&#233; l'avoir lanc&#233;e, ni &#234;tre au courant de la conspiration, et seuls deux des huit anarchistes se trouvaient sur Haymarket Square au moment des faits3,4,5,6. Cinq ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; mort et un &#224; une peine de 15 ans de prison7,8. Le gouverneur de l'Illinois de l'&#233;poque, Richard J. Oglesby, a commu&#233; deux des condamnations &#224; mort en peines de prison &#224; vie ; un autre s'est suicid&#233; en prison avant son ex&#233;cution pr&#233;vue9.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site o&#249; s'est d&#233;roul&#233; l'incident a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; Chicago Landmark (&#171; monuments et lieux historiques de Chicago &#187;) par la ville de Chicago en 199210, et une sculpture y a &#233;t&#233; &#233;rig&#233;e en 2004. De plus, le Haymarket Martyrs' Monument (&#171; monument des martyrs de Haymarket &#187;) a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; National Historic Landmark par le National Park Service en 199711 sur le lieu de s&#233;pulture des accus&#233;s &#224; Forest Park, pr&#232;s de Chicago12,13.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contexte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre de S&#233;cession, et plus particuli&#232;rement apr&#232;s la longue d&#233;pression qui dura de 1873 &#224; 1896, on assiste &#224; une expansion rapide de la production industrielle aux &#201;tats-Unis. Chicago &#233;tait un grand centre industriel et des dizaines de milliers d'immigrants allemands et irlandais &#233;taient employ&#233;s &#224; environ 1,50 dollar par jour. Les travailleurs am&#233;ricains travaillaient en moyenne un peu plus de 60 heures, au cours d'une semaine de travail de six jours14.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, la ville devient un centre majeur pour de nombreuses organisations tentant d'organiser des revendications des travailleurs pour de meilleures conditions de travail15. Les employeurs de la ville r&#233;pondent par des mesures antisyndicales, telles que le licenciement et la mise sur liste noire de membres influents des syndicats, le verrouillage des travailleurs, le recrutement de briseurs de gr&#232;ve, l'emploi d'espions, de voyous et de forces de s&#233;curit&#233; priv&#233;es et l'exacerbation des tensions ethniques pour diviser les travailleurs16. Les int&#233;r&#234;ts des entreprises ont &#233;t&#233; soutenus par les journaux grand public et ont &#233;t&#233; combattus par la presse syndicale et immigr&#233;e17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commence lors du rassemblement du 3 mai 1886 &#224; l'usine McCormick de Chicago. Cet &#233;v&#233;nement s'int&#233;grait dans la revendication pour la journ&#233;e de huit heures de travail quotidien, pour laquelle une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale mobilisant 340 000 travailleurs avait &#233;t&#233; lanc&#233;e. August Spies, militant anarchiste, est le dernier &#224; prendre la parole devant la foule des manifestants. Entre 600 et 3 000 personnes &#233;taient pr&#233;sentes pour &#233;couter le discours d'August Spies selon les autorit&#233;s18.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; la foule se disperse, 200 policiers de Chicago font irruption et chargent les ouvriers. Il y a deux morts et une dizaine de bless&#233;s. Spies r&#233;dige alors dans le journal Arbeiter Zeitung un appel &#224; un rassemblement de protestation contre la violence polici&#232;re, qui se tient le 4 mai sur Randolph Street, &#224; l'angle de Desplaines Street et Halsted Street (&#224; Fulton River District, un quartier du secteur de Near West Side). Ce rassemblement se voulait avant tout pacifiste. Un appel dans le journal The Alarm appelait les travailleurs &#224; venir arm&#233;s, mais dans un seul but d'autod&#233;fense, pour emp&#234;cher des carnages comme il s'en &#233;tait produit lors de bien d'autres gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour venu, Spies, ainsi que deux autres anarchistes, Albert Parsons et Samuel Fielden, prennent la parole. Le maire de Chicago Carter Harrison, Sr. assiste aussi au rassemblement. Lorsque la manifestation s'ach&#232;ve, Harrison, convaincu que rien ne va se passer, appelle le chef de la police, l'inspecteur John Bonfield, pour qu'il renvoie chez eux les policiers post&#233;s &#224; proximit&#233;. Il est 10 heures du soir, les manifestants se dispersent, il n'en reste plus que quelques centaines dans Haymarket Square, quand 180 policiers de Chicago chargent la foule encore pr&#233;sente. Quelqu'un jette une bombe sur la masse de policiers, en tuant un sur le coup. Dans le chaos qui en r&#233;sulte, sept agents sont tu&#233;s, et les pr&#233;judices subis par la foule &#233;lev&#233;s, la police ayant &#171; tir&#233; pour tuer &#187;. John Benjamin Murphy, un m&#233;decin et chirurgien r&#233;put&#233; de la ville, est d&#233;p&#234;ch&#233; sur place pour s'occuper des bless&#233;s19. L'&#233;v&#233;nement devait stigmatiser &#224; jamais le mouvement anarchiste comme violent et faire de Chicago un point chaud des luttes sociales de la plan&#232;te. On soup&#231;onne l'agence de d&#233;tectives priv&#233;s Pinkerton de s'&#234;tre introduite dans le rassemblement pour le perturber, comme elle avait l'habitude de le faire contre les mouvements ouvriers, engag&#233;e par les barons de l'industrie20.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'attentat, sept hommes sont arr&#234;t&#233;s, accus&#233;s des meurtres de Haymarket. August Spies, George Engel, Adolph Fischer, Louis Lingg, Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fielden. Un huiti&#232;me nom s'ajoute &#224; la liste quand Albert Parsons se livre &#224; la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s s'ouvre le 21 juin 1886 &#224; la cour criminelle du comt&#233; de Cook (Cook County Criminal Court Building) dans le centre de Chicago. C'est avant tout le proc&#232;s des anarchistes et du mouvement ouvrier21. Des douze jur&#233;s, aucun n'&#233;tait ouvrier, quatre d&#233;claraient ha&#239;r les radicaux et tous reconnurent ult&#233;rieurement &#234;tre d&#233;j&#224; convaincus de la culpabilit&#233; des accus&#233;s avant le d&#233;but du proc&#232;s. Le gouverneur de l'Illinois, John Peter Altgeld, indiquera &#224; la suite de son enqu&#234;te que &#171; la plupart des preuves pr&#233;sent&#233;es devant le proc&#232;s &#233;taient des faux purs et simples &#187; et que les t&#233;moignages avaient &#233;t&#233; extorqu&#233;s &#224; des hommes &#171; terroris&#233;s &#187; que la police avait &#171; menac&#233; de tortures s'ils refusaient de signer ce qu'on leur dirait &#187;22. La s&#233;lection du jury compte par exemple un parent du policier tu&#233;. Le procureur Julius Grinnel d&#233;clare ainsi lors de ses instructions au jury :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Il n'y a qu'un pas de la R&#233;publique &#224; l'anarchie. C'est la loi qui subit ici son proc&#232;s en m&#234;me temps que l'anarchisme. Ces huit hommes ont &#233;t&#233; choisis parce qu'ils sont des meneurs. Ils ne sont pas plus coupables que les milliers de personnes qui les suivent.&lt;br class='autobr' /&gt; Messieurs du jury : condamnez ces hommes, faites d'eux un exemple, faites-les pendre et vous sauverez nos institutions et notre soci&#233;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt; C'est vous qui d&#233;ciderez si nous allons faire ce pas vers l'anarchie, ou non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 ao&#251;t, tous sont condamn&#233;s &#224; mort, &#224; l'exception d'Oscar Neebe qui &#233;cope de 15 ans de prison. Un vaste mouvement de protestation international se d&#233;clenche. Les peines de mort de Michael Schwab, Oscar Neebe et Samuel Fielden sont commu&#233;es en prison &#224; perp&#233;tuit&#233; (ils seront tous les trois graci&#233;s le 26 juin 1893). Louis Lingg se suicide en prison. Quant &#224; August Spies, George Engel, Adolph Fischer et Albert Parsons, ils sont pendus le vendredi 11 novembre 1887. L'&#233;v&#233;nement est connu comme &#233;tant le Black Friday litt&#233;ralement le &#171; Vendredi noir &#187;. Les capitaines d'industrie sont convi&#233;s &#224; assister &#224; la pendaison sur invitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ex&#233;cut&#233;s sont r&#233;habilit&#233;s par la justice en 1893. Le gouverneur de l'Illinois John Peter Altgeld d&#233;clara que le climat de r&#233;pression brutale instaur&#233; depuis plus d'un an par l'officier John Bonfield &#233;tait &#224; l'origine de la trag&#233;die :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Alors que certains hommes se r&#233;signent &#224; recevoir des coups de matraque et voir leurs fr&#232;res se faire abattre, il en est d'autres qui se r&#233;volteront et nourriront une haine qui les poussera &#224; se venger, et les &#233;v&#233;nements qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la trag&#233;die de Haymarket indiquent que la bombe a &#233;t&#233; lanc&#233;e par quelqu'un qui, de son propre chef, cherchait simplement &#224; se venger personnellement d'avoir &#233;t&#233; matraqu&#233;, et que le capitaine Bonfield est le v&#233;ritable responsable de la mort des agents de police23. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#232;nement connut une intense r&#233;action internationale et fit l'objet de manifestation dans la plupart des capitales europ&#233;ennes. George Bernard Shaw d&#233;clara &#224; cette occasion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Si le monde doit absolument pendre huit de ses habitants, il serait bon qu'il s'agisse des huit juges de la Cour supr&#234;me de l'Illinois24. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les condamnations pour complot, aucun responsable r&#233;el n'a jamais &#233;t&#233; traduit en justice pour avoir lanc&#233; la bombe, et &#171; aucune explication juridique ne pourrait jamais faire para&#238;tre tout &#224; fait l&#233;gitime un proc&#232;s pour complot sans l'auteur principal &#187; selon l'historien Timothy Messer-Kruse25. Les historiens James Joll et Timothy Messer-Kruse affirment que les preuves d&#233;signent Rudolph Schnaubelt, beau-fr&#232;re de Michael Schwab, comme l'auteur probable de l'attentat26.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en admettant qu'aucun des accus&#233;s n'&#233;tait impliqu&#233; dans l'attentat de Haymarket Square, l'accusation a avanc&#233; l'argument selon lequel Louis Lingg avait confectionn&#233; la bombe, et deux t&#233;moins de l'accusation (Harry Gilmer et Malvern Thompson) ont tent&#233; d'insinuer que l'individu ayant lanc&#233; la bombe avait &#233;t&#233; aid&#233; par August Spies, Adolph Fischer et Michael Schwab27,6. Les accus&#233;s ont affirm&#233; ne pas conna&#238;tre le responsable. D'apr&#232;s l'historien Matthew Carr, sept ans apr&#232;s les &#233;v&#233;nements, le gouverneur de l'Illinois a d&#233;clar&#233; en 1893 que l'attentat avait &#233;t&#233; commandit&#233; par la police, et a dans la foul&#233; innocent&#233; (&#224; titre posthume pour la plupart) les anarchistes condamn&#233;s sans preuves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pendus de Haymarket deviennent le symbole du mouvement ouvrier mondial. L'&#233;v&#233;nement est devenu un symbole de la r&#233;pression organis&#233;e par les autorit&#233;s patronales et politiques et de la combativit&#233; des militants ouvriers28. Il s'inscrit dans le contexte de l'essor rapide de la grande industrie &#224; partir des ann&#233;es 1860, qui eut pour cons&#233;quence un accroissement consid&#233;rable de la main-d'oeuvre ouvri&#232;re peu qualifi&#233;e et g&#233;n&#233;ralement immigr&#233;e. Ces ouvriers n'&#233;taient pas encore organis&#233;s syndicalement28 : leur mouvement revendicatif prit la forme de gr&#232;ves et d'&#233;meutes parfois violentes, comme pendant la grande gr&#232;ve des chemins de fer le 24 juillet 1877 &#224; Chicago, au cours de laquelle vingt cheminots furent tu&#233;s. Comme la gr&#232;ve &#233;tait le fait de la fraction du monde ouvrier la plus fragile socialement et professionnellement, la r&#233;pression fut d'autant plus ais&#233;e pour les classes dirigeantes 28.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; Originally at the corner of Des Plaines and Randolph &#187; [archive du 6 mai 2009], Cityofchicago.org (consult&#233; le 18 mars 2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
2. (en) Encyclop&#230;dia Britannica : &#171; Haymarket Riot &#187; [archive].&lt;br class='autobr' /&gt;
3. Timothy Messer-Kruse, The Haymarket Conspiracy : Transatlantic Anarchist Networks (2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
4. Carl Smith, &#171; Act III : Toils of the Law &#187; [archive], sur The Dramas of Haymarket, Chicago Historical Society and Northwestern University (consult&#233; le 30 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
5. See generally, Harry L. Gilmer, &#171; Testimony of Harry L. Gilmer, Illinois vs. August Spies et al. &#187; [archive], sur Haymarket Affair Digital Collection, Chicago Historical Society, 28 juillet 1886 (consult&#233; le 30 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
6. Malvern M. Thompson, &#171; Testimony of Malvern M. Thompson, Illinois vs. August Spies et al. &#187; [archive], sur Haymarket Affair Digital Collection, Chicago Historical Society, 27 juillet 1886 (consult&#233; le 30 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
7. &#171; Meet the Haymarket Defendants &#187; [archive] (consult&#233; le 5 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
8. Timothy Messer-Kruse, The Trial of the Haymarket Anarchists, New York, Palgrave Macmillan, 2011, 21&#8211;22 p. (ISBN 978-0-230-12077-8), &#171; The Investigation &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
9. &#171; Biography of Louis Lingg &#187; [archive]&lt;br class='autobr' /&gt;
10. &#171; Site of the Haymarket Tragedy &#187; [archive du 14 juillet 2006], City of Chicago Department of Planning and Development, Landmarks Division, 2003 (consult&#233; le 19 janvier 2008)&lt;br class='autobr' /&gt;
11. &#171; Lists of National Historic Landmarks &#187; [archive du 9 juillet 2008], sur National Historic Landmarks Program, National Park Service, mars 2004 (consult&#233; le 19 janvier 2008)&lt;br class='autobr' /&gt;
12. The American Resting Place [archive]&lt;br class='autobr' /&gt;
13. Haymarket Scrapbook [archive]&lt;br class='autobr' /&gt;
14. Huberman, Michael, &#171; Working Hours of the World Unite ? New International Evidence of Worktime, 1870&#8211;1913 &#187;, The Journal of Economic History, vol. 64, no 4,&#8206; d&#233;cembre 2004, p. 971 (DOI 10.1017/s0022050704043050, JSTOR 3874986, S2CID 154536906, lire en ligne [archive])&lt;br class='autobr' /&gt;
15. James R. Barrett, &#171; Unionization &#187;, dans Encyclopedia of Chicago (lire en ligne [archive]) (consult&#233; le 2 avril 2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
16. David Moberg, &#171; Antiunionism &#187;, dans Encyclopedia of Chicago (lire en ligne [archive]) (consult&#233; le 2 avril 2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
17. Janice L. Reiff, &#171; The Press and Labor in the 1880s &#187;, dans Encyclopedia of Chicago (lire en ligne [archive]) (consult&#233; le 2 avril 2012)&lt;br class='autobr' /&gt;
18. Bruce C. Nelson, Beyond the Martyrs : A Social History of Chicago's Anarchists, 1870&#8211;1900, New Brunswick, N.J., Rutgers University Press, 1988 (ISBN 0-8135-1345-6), p. 189&lt;br class='autobr' /&gt;
19. &lt;a href=&#034;https://www.goodreads.com/book/show/4167892-the-remarkable-surgical-practice-of-john-benjamin-murphy&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.goodreads.com/book/show/4167892-the-remarkable-surgical-practice-of-john-benjamin-murphy&lt;/a&gt; [archive]&lt;br class='autobr' /&gt;
20. (en) Howard Zinn, A popular history of the united states.&lt;br class='autobr' /&gt;
21. Normand Baillargeon, L'ordre moins le pouvoir, Agone, p. 100.&lt;br class='autobr' /&gt;
22. Frank Browning et John Gerassi, Histoire criminelle des &#201;tats-Unis, Nouveau monde, 2015, p. 306-308.&lt;br class='autobr' /&gt;
23. &#171; While some men may tamely submit to being clubbed and seeing their brothers shot down, there are some who will resent it and will nurture a spirit of hatred and seek revenge for themselves, and the occurrences that preceded the Haymarket tragedy indicate that the bomb was thrown by some one who, instead of acting on the advice of anybody, was simply seeking personal revenge for having been clubbed, and that Capt. Bonfield is the man who is really responsible for the death of the police officers. &#187; Cit&#233; dans Reasons for pardoning Fielden, Neebe and Schwab (1893) [archive], p. 49, Mus&#233;e d'histoire de Chicago.&lt;br class='autobr' /&gt;
24. Howard Zinn, Une histoire populaire des &#201;tats-Unis, Agone 1980, trad.fr. 2002, p. 314.&lt;br class='autobr' /&gt;
25. Messer-Kruse (2011). p. 181.&lt;br class='autobr' /&gt;
26. (en) John J. Miller, &#034;What Happened at Haymarket ? A historian challenges a labor-history fable&#034; [archive], National Review, February 11, 2013. Retrieved September 6, 2017.&lt;br class='autobr' /&gt;
27. (en) Harry L. Gilmer, &#171; Testimony of Harry L. Gilmer, Illinois vs. August Spies et al. &#187; [archive], sur Haymarket Affair Digital Collection, Chicago Historical Society, 28 juillet 1886 (consult&#233; le 30 d&#233;cembre 2017)&lt;br class='autobr' /&gt;
28. Pap Ndiaye, Les &#171; martyrs de haymarket &#187; [archive], lhistoire.fr, mensuel 404, octobre 2014&lt;br class='autobr' /&gt;
29. Version en ligne [archive] disponible en anglais.&lt;br class='autobr' /&gt;
30. Frank Harris [trad. Anne-Sylvie Homassel, La Bombe, La derni&#232;re goutte, 2015 (ISBN 9782918619239), notice &#233;diteur [archive].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Engels et la guerre de 1870-1871</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7115</link>
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		<dc:date>2025-05-09T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>1871</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire aussi : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/ait/1870/07/km18700723.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/ait/1870/09/km18700909.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom02.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1870/09/km18700916.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L&#233;on TROTSKY &lt;br class='autobr' /&gt;
Les notes de Friedrich ENGELS sur la guerre de 1870-1871 &lt;br class='autobr' /&gt;
19 mars 1924 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le livre de Fr&#233;d&#233;ric Engels est constitu&#233; dans sa majeure partie, par une chronique analytique de la guerre franco-allemande (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/07/km18700723.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/07/km18700723.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/09/km18700909.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/ait/1870/09/km18700909.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom02.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/commune/kmfecom02.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1870/09/km18700916.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1870/09/km18700916.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on TROTSKY
&lt;p&gt;Les notes de Friedrich ENGELS sur la guerre de 1870-1871&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;19 mars 1924&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Fr&#233;d&#233;ric Engels est constitu&#233; dans sa majeure partie, par une chronique analytique de la guerre franco-allemande de 1870-1871. Ce sont des articles qui furent publi&#233;s dans le journal anglais &#034;Pall Mall Gazette&#034; pendant le d&#233;roulement de la guerre. Il s'ensuit d&#233;j&#224; que le lecteur ne doit pas s'attendre &#224; trouver dans ces notes une sorte de monographie sur la guerre ou un quelconque expos&#233; syst&#233;matique de la th&#233;orie de l'art militaire. Non, la t&#226;che d'Engels consistait &#224; partir de l'estimation g&#233;n&#233;rale des forces et des moyens des deux adversaires et &#224; suivre au jour le jour le mode d'emploi de ces forces et moyens, afin d'aider le lecteur &#224; s'orienter dans le d&#233;roulement des op&#233;rations militaires et m&#234;me de soulever un peu, de temps &#224; autre, ce qu'on appelle le voile de l'avenir. Les articles militaires de cette sorte emplissent au moins les deux tiers du livre. Le dernier tiers consiste en notes consacr&#233;es aux divers domaines sp&#233;cialis&#233;s du m&#233;tier de la guerre, toujours en rapport &#233;troit avec le d&#233;roulement de la guerre franco-allemande : &#034;Comment combattre les Prussiens&#034;, &#034;Analyse raisonn&#233;e du syst&#232;me de l'arm&#233;e prussienne&#034;, &#034; Saragosse-Paris &#034;, &#034;L'apologie de l'Empereur &#034;, entre autres. Il est &#233;vident que l'on ne peut lire et &#233;tudier un livre de ce genre comme les autres &#339;uvres purement th&#233;oriques d'Engels. Pour comprendre enti&#232;rement les id&#233;es et estimations de caract&#232;re concret, positif, contenues dans ce livre, il faut suivre pas &#224; pas toutes les op&#233;rations de la guerre franco-allemande sur la carte et avec cela, tenir compte aussi des consid&#233;rations de la litt&#233;rature d'histoire militaire la plus r&#233;cente. Un tel travail de critique scientifique ne peut &#233;videmment &#234;tre la t&#226;che du lecteur moyen : il exige des notions militaires pr&#233;liminaires, beaucoup de temps et un int&#233;r&#234;t particulier pour ce domaine. Mais un tel int&#233;r&#234;t serait-il justifi&#233; ? Nous sommes d'avis que si. Il se justifie avant tout du point de vue de l'appr&#233;ciation correcte du niveau militaire et de la perspicacit&#233; militaire d'Engels lui-m&#234;me. Une &#233;tude approfondie du texte extr&#234;mement mince d'Engels, la comparaison de ses jugements et pronostics avec les jugements et pronostics contemporains des auteurs militaires de l'&#233;poque serait certainement tr&#232;s int&#233;ressante. Ce serait non seulement une contribution importante &#224; la biographie d'Engels &#8211; encore que sa biographie soit un chapitre important dans l'histoire du socialisme &#8211; mais aussi une illustration particuli&#232;rement frappante du probl&#232;me des rapports r&#233;ciproques entre le marxisme et le m&#233;tier de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De marxisme ou de dialectique, Engels ne souffle mot dans tous ces articles : cela n'a rien d'&#233;tonnant, vu qu'il &#233;crivait anonymement pour un journal archi-bourgeois et cela &#224; une &#233;poque o&#249; le nom de Marx &#233;tait encore peu connu. Mais ces causes ext&#233;rieures n'amen&#232;rent pas seules Engels &#224; s'abstenir de toute argumentation de th&#233;orie g&#233;n&#233;rale. Nous pouvons &#234;tre persuad&#233;s que m&#234;me si Engels avait eu alors la possibilit&#233; de traiter des p&#233;rip&#233;ties de la guerre dans un journal marxiste-r&#233;volutionnaire &#8211; avec une libert&#233; largement plus grande dans l'expression de ses sympathies et antipathies politiques &#8211; il aurait cependant abord&#233; &#224; peine diff&#233;remment l'analyse et l'appr&#233;ciation du d&#233;roulement de la guerre qu'il ne l'a fait dans la &#034; Pall Mall Gazette &#034;. Engels n'introduisit pas de l'ext&#233;rieur une doctrine abstraite dans le domaine de la science militaire et n'&#233;rigea point des recettes tactiques par lui d&#233;couvertes en crit&#232;res universels. En d&#233;pit de toute la bri&#232;vet&#233; de l'expos&#233; nous voyons tout de m&#234;me avec quel soin l'auteur examine tous les &#233;l&#233;ments du m&#233;tier militaire, depuis l'&#233;tendue du territoire et le chiffre de population des pays concern&#233;s jusqu'&#224; des recherches biographiques sur le pass&#233; du g&#233;n&#233;ral Trochu dans le but de mieux conna&#238;tre les m&#233;thodes et les habitudes de celui-ci. On sent derri&#232;re ces notes un travail &#233;norme, pass&#233; et en cours. Engels, qui &#233;tait non seulement un profond penseur mais aussi un excellent &#233;crivain, ne servait pas au lecteur des mat&#233;riaux bruts. Cela pourrait donner l'impression de superficiel pour certaines de ses remarques et g&#233;n&#233;ralisations. En r&#233;alit&#233;, il n'en est rien. L'&#233;laboration critique &#224; laquelle il a soumis les mat&#233;riaux empiriques est extr&#234;mement pouss&#233;e. Cela ressort d&#233;j&#224; du fait que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des p&#233;rip&#233;ties de la guerre a confirm&#233; de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e les pronostics d'Engels. Il n'y a pas lieu de douter qu'une &#233;tude approfondie dans le sens indiqu&#233; de ce travail d'Engels de la part de nos jeunes th&#233;oriciens de la guerre montrerait encore davantage avec quel s&#233;rieux Engels traitait la conduite de la guerre en tant que telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi chez ceux qui pr&#233;cis&#233;ment liront et n'&#233;tudieront pas le livre &#8211; et ce sera la majorit&#233;, y compris chez les militaires &#8211; l'&#339;uvre d'Engels suscitera un grand int&#233;r&#234;t, non pas &#224; cause de son expos&#233; analytique des diverses op&#233;rations militaires, mais par l'appr&#233;ciation g&#233;n&#233;rale du d&#233;roulement de la guerre et par les jugements dans divers domaines militaires, abord&#233;s de fa&#231;on &#233;parse en beaucoup d'endroits de sa chronique de guerre et en partie, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, aussi dans des articles entiers. La vieille id&#233;e des Pythagoriciens, que le monde serait r&#233;gi par le nombre &#8211; au sens r&#233;aliste et non mystique de ce terme &#8211;, peut &#234;tre particuli&#232;rement bien appliqu&#233;e &#224; la guerre. Avant tout &#8211; le nombre des bataillons. Ensuite le nombre de fusils, le nombre de canons s'exprime quantitativement par la port&#233;e des armes &#224; feu, par leur pr&#233;cision. Les qualit&#233;s morales des soldats s'expriment dans la capacit&#233; d'endurer de longues marches, de tenir un temps prolong&#233; sous le feu ennemi, etc. Cependant, plus on va dans ce domaine, plus le probl&#232;me se complique. Le nombre et le caract&#232;re de l'&#233;quipement d&#233;pendent de l'&#233;tat des forces productives du pays. La composition de l'arm&#233;e et de son commandement est conditionn&#233;e par la structure sociale de la soci&#233;t&#233;. Le service administratif d'intendance d&#233;pend de l'appareil &#233;tatique g&#233;n&#233;ral qui est d&#233;termin&#233; par la nature de la classe dominante. Le moral de l'arm&#233;e d&#233;pend du rapport r&#233;ciproque des classes, de la capacit&#233; de la classe dirigeante de faire des t&#226;ches de la guerre des buts subjectifs de l'arm&#233;e. Le degr&#233; de capacit&#233; et de talent du commandement d&#233;pend, pour sa part, du r&#244;le historique de la classe dirigeante, de sa capacit&#233; de concentrer sur ses objectifs les meilleures forces cr&#233;atrices du pays, ce qui, &#224; nouveau, diff&#233;rera, selon que la classe dominante joue un r&#244;le historique progressif ou qu'elle se survit et lutte simplement pour son existence. Seuls les rapports fondamentaux ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;s ici, et encore sch&#233;matiquement. En r&#233;alit&#233;, la d&#233;pendance des diff&#233;rents domaines de la conduite de la guerre entre eux et de tous ces domaines dans leur ensemble &#224; l'&#233;gard des divers aspects de l'ordre social est bien plus complexe et plus ramifi&#233;e. Sur le champ de bataille tout cela se r&#233;sume, en fin de compte, dans le nombre des simples soldats, des commandants, des morts et bless&#233;s, prisonniers et d&#233;serteurs, dans les dimensions du territoire conquis et dans le nombre des troph&#233;es. Mais comment peut-on pr&#233;voir le r&#233;sultat final ? S'il &#233;tait possible de relever et de d&#233;terminer &#224; l'avance tous les &#233;l&#233;ments d'une bataille et d'une guerre avec pr&#233;cision, alors il n'y aurait m&#234;me pas de guerre, car personne n'aurait l'id&#233;e d'aller au-devant d'une d&#233;faite &#233;tablie d'avance. Mais il ne peut &#234;tre question d'une telle pr&#233;vision exacte de tous les facteurs. Seuls les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels les plus imm&#233;diats de la guerre sont susceptibles d'une expression chiffr&#233;e. Pour autant qu'il s'agit, cependant, de la d&#233;pendance des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de l'arm&#233;e &#224; l'&#233;gard de l'&#233;conomie du pays dans son ensemble, une &#233;valuation et, par cons&#233;quent, les pr&#233;visions &#233;galement, auront une valeur d&#233;j&#224; bien plus limit&#233;e. Cela s'applique particuli&#232;rement &#224; ce que l'on appelle les facteurs moraux : de l'&#233;quilibre politique dans le pays, de l'endurance de l'arm&#233;e, de l'attitude des arri&#232;res, du travail coordonn&#233; de l'appareil d'Etat, du talent des commandants, etc. Laplace dit qu'un cerveau qui serait en &#233;tat d'embrasser tous les processus se d&#233;roulant dans l'univers, pourrait infailliblement pr&#233;dire tout ce qui se produira &#224; l'avenir. Cela d&#233;coule incontestablement, du principe du d&#233;terminisme : point de ph&#233;nom&#232;ne sans cause. Mais, comme l'on sait, il n'y a pas de pareil cerveau, ni individuel ni collectif. C'est pourquoi il est possible que m&#234;me les hommes les mieux inform&#233;s et les plus g&#233;niaux se trompent tr&#232;s souvent dans leurs pr&#233;visions. Mais il est clair que l'on approche d'autant plus la pr&#233;vision juste, que l'on conna&#238;t mieux les &#233;l&#233;ments du processus, que la capacit&#233; est plus grande de les articuler, de les &#233;valuer et de les combiner, que l'exp&#233;rience scientifique cr&#233;atrice est plus grande, l'horizon plus vaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa chronique militaire, si modeste dans son objet, Engels reste toujours lui-m&#234;me : il apporte dans son travail le regard p&#233;n&#233;trant d'un homme capable de combiner analyse et synth&#232;se dans l'art militaire et qui a pass&#233; par la grande &#233;cole de th&#233;orie sociale de Marx-Engels et l'&#233;cole pratique de la R&#233;volution de 1848 et de la Premi&#232;re Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Comparons les forces, dit Engels, que les deux parties peuvent mettre en ligne pour leur extermination r&#233;ciproque et, pour simplifier les choses, ne nous occupons que de l'infanterie, car c'est elle qui d&#233;cide de l'issue de la bataille ; des diff&#233;rences sans importance dans la force num&#233;rique de la cavalerie et de l'artillerie, y compris les mitrailleuses et tous autres engins faisant des merveilles, ne compteront pas beaucoup. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci, qui &#233;tait grosso modo juste pour la France et l'Allemagne en 1870, ne le serait incontestablement plus pour notre &#233;poque. A pr&#233;sent, il est impossible de ne d&#233;terminer le rapport des forces militaires que d'apr&#232;s le nombre des bataillons. Sans doute, aujourd'hui encore l'infanterie reste le facteur principal dans les batailles. Mais le r&#244;le du coefficient technique dans l'infanterie a cr&#251; consid&#233;rablement, et cela dans une mesure in&#233;gale suivant les arm&#233;es : nous n'avons pas seulement en vue les mitrailleuses, qui &#233;taient encore des &#034;miracle working&#034; en 1870 ; pas seulement l'artillerie, fortement accrue en nombre et en importance, mais aussi des ressources tout &#224; fait nouvelles : l'automobile, tant pour des fins militaires que pour les transports en g&#233;n&#233;ral, l'aviation et la chimie de guerre. Sans tenir compte de ces &#034; coefficients &#034;, une statistique qui ne concernerait que le nombre des bataillons, serait aujourd'hui compl&#232;tement irr&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de ses calculs, Engels aboutit &#224; la conclusion : l'Allemagne dispose d'un nombre de loin plus grand de soldats form&#233;s que la France, et la sup&#233;riorit&#233; des Allemands appara&#238;tra de plus en plus avec le temps &#8211; &#224; moins que d&#232;s le d&#233;but Louis Napol&#233;on ne devance l'ennemi et ne lui inflige des coups d&#233;cisifs, avant que ce dernier ne puisse utiliser sa sup&#233;riorit&#233; potentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Engels aboutit d&#233;j&#224; &#224; la strat&#233;gie, &#224; ce domaine ind&#233;pendant le plus &#233;lev&#233; de l'art militaire, qui est cependant en rapport, &#224; travers un syst&#232;me compliqu&#233; de leviers et de courroies de transmission, avec la politique, l'&#233;conomie, la culture et l'administration. Concernant la strat&#233;gie, Engels tient pour indispensable de faire d&#232;s le d&#233;but les r&#233;serves r&#233;alistes in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Il faut garder &#224; l'esprit qu'on ne peut attendre un succ&#232;s d&#233;cisif d'un plan strat&#233;gique &#224; lui seul. Tels ou tels emp&#234;chements inattendus peuvent toujours intervenir : un contingent de troupes n'arrive pas &#224; temps, au moment o&#249; l'on en a le plus besoin ; ou bien l'adversaire fait une man&#339;uvre impr&#233;vue, ou encore il prend des mesures de s&#233;curit&#233; impr&#233;vues ; et enfin inversement : une r&#233;sistance tenace des troupes ou l'initiative heureuse d'un g&#233;n&#233;ral peuvent, le cas &#233;ch&#233;ant, pr&#233;server une arm&#233;e vaincue des pires cons&#233;quences de sa d&#233;faite &#8211; c'est-&#224;-dire de la perte de la liaison avec sa base. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est indubitablement exact. Contre une telle conception r&#233;aliste de la strat&#233;gie, tout au plus feu Pfuel ou l'un de ses admirateurs attard&#233;s pourraient trouver des objections prise en consid&#233;ration de l'essentiel dans tout le plan de guerre, et cela de la fa&#231;on la plus compl&#232;te que les circonstances permettent ; consid&#233;ration des &#233;l&#233;ments qui ne peuvent &#234;tre d&#233;termin&#233;s &#224; l'avance ; formulation des ordres d'une fa&#231;on suffisamment souple pour qu'ils puissent s'adapter &#224; chaque situation et &#224; ses variantes impr&#233;vues ; et le principal &#8211; d&#233;termination &#224; temps de toute modification fondamentale dans la situation et modification correspondante du plan, voire sa refonte totale &#8211; c'est pr&#233;cis&#233;ment en cela que r&#233;side le v&#233;ritable art de la conduite de la guerre. Si l'on pouvait conf&#233;rer au plan strat&#233;gique un caract&#232;re d&#233;finitif, tenir compte &#224; l'avance de l'&#233;tat du temps, des estomacs et des jambes des soldats et des intentions de l'adversaire, alors un automate connaissant les quatre op&#233;rations pourrait &#234;tre un capitaine victorieux. Par bonheur ou par malheur, il n'en est rien. Le plan de guerre n'a nullement un caract&#232;re absolu, et l'existence du plan le meilleur est encore loin, comme Engels l'indique &#224; juste titre, de garantir la victoire. Par contre, toute faillite du plan rend la perte in&#233;luctable. Tout commandant m&#233;ritant passablement d'&#234;tre pris au s&#233;rieux, qui pour cette raison rejetterait tout plan, devrait &#234;tre intern&#233; dans une maison d'ali&#233;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il donc du plan strat&#233;gique de Napol&#233;on III ? Nous savons d&#233;j&#224; que l'&#233;norme sup&#233;riorit&#233; potentielle de l'Allemagne r&#233;sidait dans sa pr&#233;pond&#233;rance en quantit&#233; de mat&#233;riel humain form&#233;. Comme le rel&#232;ve Engels, la t&#226;che de Bonaparte consistait &#224; rendre impossible &#224; l'ennemi, gr&#226;ce &#224; des op&#233;rations rapides et d&#233;cid&#233;es, de tirer profit de cette sup&#233;riorit&#233;. On pourrait croire que la tradition napol&#233;onienne aurait d&#251; pr&#233;cis&#233;ment jouer en faveur d'une telle d&#233;marche. Mais malheureusement, la r&#233;alisation de plans de guerre aussi audacieux d&#233;pend aussi, toutes choses &#233;gales par ailleurs, du travail exact de l'intendance ; or, tout le r&#233;gime du Second Empire, avec sa bureaucratie effr&#233;n&#233;e et incapable, n'&#233;tait en aucune mani&#232;re apte &#224; assurer les soins et l'entretien des troupes. D'o&#249; les frictions et les perte de temps d&#232;s les tout premiers jours de la guerre, l'abandon g&#233;n&#233;ral, l'impossibilit&#233; d'appliquer un plan quelconque et, en cons&#233;quence de cela, l'effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En certains endroits, Engels &#233;voque en passant l'effet n&#233;faste que peut avoir l'irruption de la &#034; politique &#034; dans le d&#233;roulement des op&#233;rations militaires. A premi&#232;re vue, cette remarque semble en opposition avec la conception selon laquelle la guerre n'est tout compte fait rien d'autre qu'une continuation de la politique. En r&#233;alit&#233;, il n'y a pas ici de contradiction. La guerre prolonge la politique, mais avec des moyens et des m&#233;thodes propres. Lorsque la politique, pour la solution de ses taches fondamentales, est contrainte de recourir &#224; l'aide de la guerre, cette m&#234;me politique ne doit pas d&#233;ranger le d&#233;roulement des op&#233;rations de guerre pour ses t&#226;ches secondaires. Si Bonaparte effectua des actions manifestement inopportunes du point de vue militaire pour, selon l'avis d'Engels, influencer favorablement l' &#034; opinion publique &#034; avec des succ&#232;s &#233;ph&#233;m&#232;res, il fallait voir l&#224; incontestablement une irruption inadmissible de la politique dans la conduite de la guerre, rendant celle-ci incapable de dominer les t&#226;ches fondamentales pos&#233;es par la politique. Dans la mesure o&#249; dans la lutte pour la conservation de son r&#233;gime, Bonaparte se vit oblig&#233; d'admettre une telle intervention de la politique, la condamnation manifeste du r&#233;gime par lui-m&#234;me &#233;tait d&#233;j&#224; impliqu&#233;e, qui devait rendre in&#233;luctable le prochain effondrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le pays vaincu, apr&#232;s la d&#233;faite et la capture totales de ses forces arm&#233;es, tente sous la direction de Gambetta de construire une nouvelle arm&#233;e, Engels suit ce travail avec une compr&#233;hension &#233;tonnante pour les affaires de l'organisation militaire. Il caract&#233;rise parfaitement les jeunes troupes indisciplin&#233;es qui se constituent de mani&#232;re improvis&#233;e. &#034; De telles troupes, dit-il, sont tr&#232;s rapidement dispos&#233;es &#224; crier &#224; la trahison si l'on ne les m&#232;ne pas imm&#233;diatement contre l'ennemi, et sont aussi rapidement dispos&#233;es &#224; prendre une fuite &#233;perdue, lorsque la pr&#233;sence de ce dernier se fait sentir s&#233;rieusement. &#034; Il est impossible ici de ne pas penser &#224; nos premiers contingents et r&#233;giments dans les ann&#233;es 1917-1918. Engels sait parfaitement o&#249; r&#233;sident, une fois toutes les autres conditions remplies, les principales difficult&#233;s de la transformation d'un amas humain en une compagnie ou un bataillon. &#034; Qui a jamais eu l'occasion, dit-il, de voir des arm&#233;es populaires improvis&#233;es sur un terrain d'entra&#238;nement ou au feu &#8211; qu'il s'agisse de corps francs badois, de &#034; Bull-Rum Yankees &#034;, de &#034; mobiles &#034; fran&#231;ais, ou de volontaires anglais &#8211; aura imm&#233;diatement not&#233; que la cause principale du manque de savoir-faire et de r&#233;sistance de ces troupes r&#233;side dans le fait que leurs officiers ne connaissent pas leur devoir. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est instructif au plus haut point de voir avec quel s&#233;rieux Engels traite des troupes de carri&#232;re d'une arm&#233;e. Combien ce grand r&#233;volutionnaire est &#233;loign&#233; de tout bavardage pseudo-r&#233;volutionnaire, qui pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#233;poque en France &#233;tait tr&#232;s populaire &#8211; sur la vertu salvatrice d'une lev&#233;e en masse, d'une nation arm&#233;e (en toute h&#226;te), etc. Engels sait tr&#232;s bien quelle importance les officiers et les sous-officiers ont dans un bataillon. Il proc&#232;de &#224; des calculs rigoureux sur les ressources en officiers qui sont rest&#233;es &#224; la R&#233;publique apr&#232;s la d&#233;faite des forces r&#233;guli&#232;res de l'Empire. Il suit avec une attention extr&#234;me la naissance dans la nouvelle arm&#233;e, dite de la Loire, de tels traits qui la distinguent d'une foule arm&#233;e. Ainsi, par exemple, il constate avec satisfaction que la nouvelle arm&#233;e non seulement s'applique &#224; marcher avec unit&#233; et &#224; ob&#233;ir aux ordres, mais qu'encore elle &#034; a compris une chose tr&#232;s importante, que l'arm&#233;e de Louis Napol&#233;on avait totalement oubli&#233;e : les services de s&#233;curit&#233;, l'art de garantir les ailes et les arri&#232;res contre des attaque subites, de d&#233;tecter l'ennemi, d'attaquer par surprise certaines de ses sections, pour obtenir des informations et des prisonniers. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Engels appara&#238;t-il partout dans ces articles &#034; de journal &#034; : audacieux dans sa largesse d'esprit, r&#233;aliste dans la m&#233;thode, perspicace dans les grandes et les petites choses et toujours consciencieux dans l'&#233;laboration des mat&#233;riaux. Il compte la quantit&#233; de canons de fusils ray&#233;s et lisses chez les Fran&#231;ais, examine de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e l'artillerie allemande, pense aux propri&#233;t&#233;s du cheval de la cavalerie prussienne et ne perd jamais de vue les qualit&#233;s du sous-officier prussien. Plac&#233; par la marche des &#233;v&#233;nements devant le probl&#232;me du si&#232;ge et de la d&#233;fense de Paris, il explore la qualit&#233; cl&#233; ses fortifications, la puissance de l'artillerie chez les Allemands et les Fran&#231;ais et examine de fa&#231;on tr&#232;s critique la question de savoir s'il y a dans l'enceinte de Paris des troupes r&#233;guli&#232;res que l'on pourrait qualifier d'aptes au combat. Quel dommage que nous n'eussions pas ce travail d'Engels en 1918 : Il nous e&#251;t certes aid&#233; &#224; surmonter plus rapidement et plus facilement le pr&#233;jug&#233; alors largement r&#233;pandu, avec lequel on tentait d'opposer l' &#034;enthousiasme r&#233;volutionnaire&#034; et l' &#034;esprit prol&#233;tarien&#034; &#224; une organisation &#233;tablie par des professionnels, &#224; la discipline impeccable et au commandement de formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode de critique militaire d'Engels s'exprime tr&#232;s clairement, par exemple, dans la 13&#232;me lettre, qui s'occupe de la rumeur lanc&#233;e de Berlin concernant &#034;une marche r&#233;solue sur Paris&#034;. L'article sur le camp retranch&#233; de Paris (lettre 16) suscite l'approbation enthousiaste de Marx. Un bon exemple de la mani&#232;re d'Engels de traiter les probl&#232;mes militaires nous est offert par la 24&#232;me lettre, traitant du si&#232;ge de Paris. D'embl&#233;e, Engels pose deux donn&#233;es : &#034; La premi&#232;re est que Paris ne peut pas esp&#233;rer &#234;tre secouru, en cas de n&#233;cessit&#233;, par une arm&#233;e fran&#231;aise venant de dehors... Le second point est que la garnison de Paris est inapte &#224; des op&#233;rations offensives de grand style &#034;. Tous les autres &#233;l&#233;ments de son analyse s'appuient sur ces deux points. Fort int&#233;ressants sont deux jugements sur la guerre de francs-tireurs et ses possibilit&#233;s d'application, une question qui m&#234;me &#224; l'avenir ne perdra pas de son importance pour nous. Le ton d'Engels gagne en assurance &#224; chaque lettre. Cette assurance est justifi&#233;e dans la mesure o&#249; elle est confirm&#233;e par d'une part par la comparaison r&#233;elle avec ce que de &#034;v&#233;ritables&#034; militaires ont &#233;crit sur ces questions et d'autre part par une &#233;preuve encore plus effective par les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proscrivant sans scrupule de son analyse toute abstraction, consid&#233;rant la guerre comme une cha&#238;ne mat&#233;rielle d'op&#233;rations, consid&#233;rant chaque op&#233;ration du point de vue des forces et moyens r&#233;ellement existants et de leurs possibilit&#233;s de combinaison, ce grand r&#233;volutionnaire proc&#232;de comme... un sp&#233;cialiste de la guerre, c'est-&#224;-dire comme un homme qui, ne serait-ce qu'en vertu de sa profession ou de sa vocation, raisonne avec les facteurs internes de la conduite de la guerre. Il n'est pas &#233;tonnant que les articles d'Engels aient &#233;t&#233; attribu&#233;s aux c&#233;l&#233;brit&#233;s militaires de l'&#233;poque, ce qui fit que dans le cercle de ses amis on donnait &#224; Engels le surnom de &#034; g&#233;n&#233;ral &#034;. Oui, c'est comme un &#034; g&#233;n&#233;ral &#034; qu'il traitait les questions militaires, peut-&#234;tre non sans d'importantes faiblesses dans certains domaines militaires ni sans l'indispensable exp&#233;rience pratique, mais en revanche &#224; l'aide d'une t&#234;te, comme il n'est pas donn&#233; &#224; n'importe quel g&#233;n&#233;ral d'en porter une sur ses &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pourrait-on demander, que devient finalement l&#224;-dedans le marxisme ? A cela, il y aurait lieu de r&#233;pondre que, jusqu'&#224; un certain degr&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment ici qu'il trouve son expression. L'une des pr&#233;misses philosophiques fondamentales du marxisme veut que la v&#233;rit&#233; soit toujours concr&#232;te. Cela signifie que l'on ne doit pas dissoudre le m&#233;tier de la guerre et ses probl&#232;mes en cat&#233;gories sociales et politiques. La guerre est la guerre, et le marxiste qui veut porter des jugements dans ce domaine, doit se souvenir que la v&#233;rit&#233; de la guerre aussi est concr&#232;te. C'est ce que le livre d'Engels enseigne au premier chef. Mais pas seulement cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on n'a pas le droit de dissoudre des probl&#232;mes militaires dans des probl&#232;mes politiques g&#233;n&#233;raux, il est tout aussi inadmissible de s&#233;parer les premiers des derniers. Comme nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;, la guerre est une continuation de la politique par des moyens particuliers. Cette pens&#233;e dialectique profonde a &#233;t&#233; formul&#233;e par Clausewitz. La guerre est une continuation de la politique : qui veut saisir le &#034; prolongement &#034;, doit conna&#238;tre ce qui le pr&#233;c&#232;de. Mais la continuation &#034; par d'autres moyens &#034; signifie : il ne suffit d'&#234;tre bien orient&#233; politiquement, pour pouvoir aussi par l&#224;-m&#234;me appr&#233;cier correctement les &#034; autres moyens &#034; de la guerre. Le plus grand et incomparable avantage d'Engels r&#233;sidait en ceci, qu'en m&#234;me temps qu'il saisissait profond&#233;ment le caract&#232;re propre de la guerre &#8211; avec sa technique interne, ses m&#233;thodes, traditions et pr&#233;jug&#233;s &#8211; il &#233;tait aussi le plus grand connaisseur de cette politique &#224; laquelle, en derni&#232;re instance, la guerre est subordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de dire que cet avantage &#233;norme ne pouvait pas &#233;pargner &#224; Engels des erreurs dans ses jugements et pronostics militaires concrets. Durant la guerre civile des Etats-Unis, Engels avait surestim&#233; les avantages purement militaires manifest&#233;s par les Sudistes dans la premi&#232;re p&#233;riode et inclinait, pour cela, &#224; croire en leur victoire. Pendant la guerre austro-allemand de 1866, peu de temps avant la bataille d&#233;cisive de K&#339;niggratz, qui posa la premi&#232;re pierre de la pr&#233;pond&#233;rance prussienne, Engels escomptait une mutinerie dans le Landwehr (arm&#233;e territoriale) prussienne. De m&#234;me dans la chronique de la guerre franco-allemande on pourra sans doute trouver des erreurs dans des questions de d&#233;tail, quoique le pronostic d'ensemble d'Engels &#233;tait incomparablement plus juste dans ce cas que dans les deux exemples cit&#233;s. Seuls des gens tr&#232;s na&#239;fs peuvent penser que la grandeur d'un Marx, Engels ou L&#233;nine r&#233;side dans une infaillibilit&#233; automatique. Non, eux aussi se sont tromp&#233;s. Mais dans les jugements qu'ils portent sur les questions les plus importantes et les plus compliqu&#233;es ils commettent habituellement moins d'erreurs que tous les autres. Et c'est en cela que se manifeste la grandeur de leur pens&#233;e. Et aussi en ceci, que leurs erreurs, quand on en examine s&#233;rieusement les motifs, s'av&#232;rent souvent bien plus profondes et instructives que l'opinion de ceux qui, fortuitement ou non, ont eu raison contre eux dans tel ou tel cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des abstractions dans le genre de celle que chaque classe doit poss&#233;der une tactique et une strat&#233;gie propres, ne trouvent pas de soutien chez Engels. Il sait trop bien que le fondement de tous les fondements d'une organisation militaire et d'une guerre est d&#233;termin&#233;e par le niveau de d&#233;veloppement des forces productives et non par la volont&#233; de classe toute nue. Naturellement, on peut dire que l'&#233;poque f&#233;odale avait sa tactique propre et m&#234;me une s&#233;rie de tactiques connexes, que l'&#233;poque bourgeoise de m&#234;me conna&#238;t non pas une, mais plusieurs tactiques, et le socialisme lui aussi conduira certainement &#224; l'&#233;laboration d'une nouvelle tactique de guerre, s'il conna&#238;t le sort p&#233;nible de devoir exister pendant une p&#233;riode prolong&#233;e &#224; c&#244;t&#233; du capitalisme. Dans cette formulation g&#233;n&#233;rale, cela est exact, dans la mesure o&#249; le niveau des forces productives de la soci&#233;t&#233; capitaliste est sup&#233;rieur &#224; celui de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale et o&#249; celui de la soci&#233;t&#233; socialiste sera encore plus &#233;lev&#233;. Mais rien de plus. Car il n'en d&#233;coule nullement que le prol&#233;tariat, arriv&#233; au pouvoir, ne disposant que d'un niveau de production tr&#232;s bas, puisse forger imm&#233;diatement une nouvelle tactique qui &#8211; par principe &#8211; ne peut r&#233;sulter que du d&#233;veloppement accru des forces productives de la future soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois, nous avons tr&#232;s souvent compar&#233; des processus et des ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques avec des processus et ph&#233;nom&#232;nes militaires. A pr&#233;sent, peut-&#234;tre ne sera-t-il pas sans profit pour nous d'opposer quelques probl&#232;mes militaires aux probl&#232;mes &#233;conomiques, car nous avons d&#233;j&#224; acquis dans ce dernier domaine une assez grande exp&#233;rience. La part la plus importante de l'industrie travaille chez nous dans les conditions de l'&#233;conomie socialiste, en &#233;tant la propri&#233;t&#233; de l'Etat ouvrier et en travaillant pour le compte, et sous la direction de ce dernier. En vertu de cette circonstance, la structure socio-juridique de notre industrie se distingue profond&#233;ment de celle de l'industrie capitaliste. Ceci se manifeste dans le syst&#232;me de gestion de l'industrie, dans l'&#233;lection du personnel de direction, dans les rapports entre l'administration de l'entreprise et les ouvriers, etc. Mais dans le processus de production lui-m&#234;me ? Aurions-nous donc cr&#233;&#233; nos propres m&#233;thodes de production socialistes, oppos&#233;es aux m&#233;thodes capitalistes ? Nous en sommes encore tr&#232;s loin. Les m&#233;thodes de production d&#233;pendent de la technique mat&#233;rielle et du niveau culturel et productif des ouvriers. Avec l'usure de l'&#233;quipement et l'insuffisante occupation de nos entreprises, le processus de production se trouve maintenant &#224; un niveau incomparablement plus bas qu'avant la guerre. Dans ce domaine non seulement nous n'avons cr&#233;&#233; rien de nouveau, mais nous n'avons qu'&#224; esp&#233;rer nous assimiler au bout d'une s&#233;rie d'ann&#233;es les m&#233;thodes actuellement introduites dans les pays capitalistes les plus avanc&#233;s et qui leur assurent une productivit&#233; du travail bien plus &#233;lev&#233;e. Mais s'il en est ainsi dans le domaine de l'&#233;conomie, comment saurait-il, par principe, en &#234;tre autrement dans celui de l'arm&#233;e ? La tactique d&#233;pend de la technique de guerre existante et du niveau militaire et culturel du soldat. Bien s&#251;r, la structure politique et socio-juridique de notre arm&#233;e est radicalement diff&#233;rente de celle des arm&#233;es bourgeoises. Cela se manifeste dans la composition du commandement, dans les rapports entre celui-ci et la masse des soldats et avant tout dans les objectifs politiques qui enthousiasment notre arm&#233;e. Mais de l&#224; il ne d&#233;coule nullement que nous puissions cr&#233;er d&#232;s &#224; pr&#233;sent, dans notre bas niveau technique et culturel, une tactique nouvelle dans ses principes et plus parfaite que celle qu'ont atteinte les b&#234;tes de proie les plus civilis&#233;es de l'Occident. Il ne faut pas confondre &#8211; comme l'enseigne le m&#234;me Engels &#8211; les premiers pas du prol&#233;tariat qui a conquis le pouvoir &#8211; et ces premiers pas se mesurent apr&#232;s des ann&#233;es &#8211; avec la soci&#233;t&#233; socialiste, qui se trouve d&#233;j&#224; &#224; un degr&#233; &#233;lev&#233; de d&#233;veloppement. Dans la mesure de la croissance des forces productives sur la base de la propri&#233;t&#233; socialiste notre processus de production lui-m&#234;me prendra forc&#233;ment un autre caract&#232;re que sous le capitalisme. Pour transformer qualitativement le caract&#232;re de la production, nous n'avons pas besoin d'un renversement de la propri&#233;t&#233;, etc. : il nous faut seulement un d&#233;veloppement des forces productives sur la base d&#233;j&#224; &#233;tablie. La m&#234;me chose s'applique &#224; l'arm&#233;e. Dans l'Etat sovi&#233;tique sur la base d'une communaut&#233; de travail entre ouvriers et paysans, sous la conduite d'ouvriers avanc&#233;s, nous cr&#233;erons certainement une tactique nouvelle. Mais quand ? Lorsque nos forces productives d&#233;passeront ou au moins atteindront approximativement celles du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que pour le cas de collisions militaires avec des Etats capitalistes nous disposons d'un avantage, tout petit il est vrai, mais un avantage tout de m&#234;me, qu'il peut en co&#251;ter la t&#234;te &#224; nos &#233;ventuels ennemis. Cet avantage r&#233;side en ceci que nous n'avons pas d'antagonisme entre la classe qui gouverne et celle dont se compose la masse des soldats. Nous sommes l'Etat des ouvriers et des paysans, et l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans tout &#224; la fois. Mais ceci est une sup&#233;riorit&#233; non pas militaire, mais politique. Il serait parfaitement injustifi&#233; de tirer de cet avantage politique des conclusions menant &#224; l'orgueil et &#224; la pr&#233;somption militaires. Au contraire, mieux nous reconna&#238;trons notre retard, plus nous nous abstiendrons de toute fanfaronnade, plus assid&#251;ment nous apprendrons de la technique et de la tactique des pays capitalistes avanc&#233;s, d'autant plus fond&#233; sera notre espoir dans le cas d'un conflit militaire, de nous enfoncer, pareils &#224; un coin tranchant, de nature pas simplement militaire mais aussi r&#233;volutionnaire, entre la bourgeoisie et les masses de soldats de ses arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande s'il est &#224; propos d'&#233;voquer ici la fameuse d&#233;couverte du non moins fameux Tchernov sur le &#034; nationalisme &#034; de Marx et d'Engels. Le pr&#233;sent livre donne une r&#233;ponse claire &#224; cette question aussi, ne modifiant nullement notre jugement ant&#233;rieur, mais le renfor&#231;ant au contraire de fa&#231;on tout &#224; fait concluante. Les int&#233;r&#234;ts de la R&#233;volution &#233;taient pour Engels le crit&#232;re supr&#234;me. Il soutenait les int&#233;r&#234;ts nationaux de l'Allemagne contre l'Empire de Bonaparte, parce que les int&#233;r&#234;ts de l'unification de la nation allemande dans les conditions historiques concr&#232;tes d'alors repr&#233;sentaient une force progressive, potentiellement r&#233;volutionnaire. Nous sommes guid&#233;s par la m&#234;me m&#233;thode, lorsque aujourd'hui nous soutenons les int&#233;r&#234;ts nationaux des peuples coloniaux contre l'imp&#233;rialisme. Cette prise de position d'Engels a trouv&#233; son expression, d'ailleurs tr&#232;s r&#233;serv&#233;e, dans les notes de la premi&#232;re p&#233;riode de la guerre. Et comment aurait-il pu en &#234;tre autrement : il &#233;tait tout de m&#234;me impossible &#224; Engels, pour faire plaisir &#224; Louis Napol&#233;on et &#224; Tchernov, d'appr&#233;cier la guerre franco-allemande autrement, en contradiction avec son sens historique, uniquement parce qu'il &#233;tait lui-m&#234;me allemand. Mais sit&#244;t atteinte la t&#226;che historique progressive de la guerre, l'unit&#233; nationale allemande assur&#233;e et, encore, de surcro&#238;t, le Second Empire renvers&#233; &#8211; Engels modifie radicalement ses &#034; sympathies &#034; &#8211; si nous voulons exprimer ses penchants politiques &#224; l'aide de ce mot sentimental. Pourquoi cela ? Du fait qu'au-del&#224; de l'acquis il s'agissait d&#233;j&#224; de garantir la pr&#233;pond&#233;rance des Junkers prussiens en Allemagne et de l'Allemagne prussifi&#233;e en Europe. Dans ces circonstances la d&#233;fense de la France d&#233;membr&#233;e devint ou pouvait devenir un facteur r&#233;volutionnaire. Engels se place ici enti&#232;rement du c&#244;t&#233; de la guerre de d&#233;fense fran&#231;aise. Mais de m&#234;me que dans la premi&#232;re moiti&#233; de la guerre, il ne permet pas &#224; ses &#034; sympathies &#034; &#8211; ou du moins il s'efforce de ne pas le leur permettre &#8211; d'influencer l'appr&#233;ciation objective de la situation militaire. Dans les deux p&#233;riodes de la guerre il part de l'examen des facteurs mat&#233;riels et moraux de la guerre et recherche une base objective solide pour ses pr&#233;visions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne sera pas superflu de signaler au moins rapidement, comment, dans son article sur la fortification et le renforcement de la capitale fran&#231;aise, le &#034; patriote &#034; et &#034; nationaliste &#034; Engels p&#232;se avec sympathie les chances d'une intervention anglaise, italienne, autrichienne et scandinave en faveur de la France. Ses sp&#233;culations d&#233;velopp&#233;es dans les colonnes d'un journal anglais ne sont rien d'autre qu'une tentative de provoquer l'immixtion d'une puissance &#233;trang&#232;re dans la guerre contre la patrie ch&#233;rie des Hohenzollern. Ceci p&#232;se assur&#233;ment plus lourd qu'un wagon plomb&#233; m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t d'Engels pour les questions militaires avait des sources non pas nationales, mais purement r&#233;volutionnaires. Sorti des &#233;v&#233;nements de 1848 en r&#233;volutionnaire m&#251;ri, ayant derri&#232;re lui le &#034; Manifeste Communiste &#034; et des combats r&#233;volutionnaires, Engels consid&#233;rait la question de la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat comme une question tout &#224; fait pratique, dont la solution ne d&#233;pend pas en dernier lieu des probl&#232;mes militaires. Dans les mouvements nationaux et les &#233;v&#233;nements militaires des ann&#233;es 1859, 1864, 1866, 1870-1871, Engels est &#224; la recherche des leviers imm&#233;diats pour une action r&#233;volutionnaire. Il examine chaque nouvelle guerre, d&#233;couvre ses rapports possibles avec la R&#233;volution et cherche des voies pour assurer par la force des armes la R&#233;volution &#224; venir. C'est l&#224; que se trouve l'explication de la fa&#231;on vivante et active, nullement acad&#233;mique et pas seulement agitative de traiter les probl&#232;mes de l'arm&#233;e et de la guerre, que nous trouvons chez Engels. Chez Marx la position de principe &#233;tait la m&#234;me. Mais Marx ne s'occupait pas sp&#233;cialement des questions militaires ; pour cela, il faisait enti&#232;rement confiance &#224; son &#034; deuxi&#232;me violon &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque de la Deuxi&#232;me Internationale, cet int&#233;r&#234;t r&#233;volutionnaire pour les questions militaires, comme du reste pour bien d'autres questions, se perdit presque enti&#232;rement. Mais l'opportunisme trouvait peut-&#234;tre son expression la plus nette dans l'attitude superficielle et hautaine &#224; l'&#233;gard du militarisme, comme d'une institution barbare, indigne de l'attention social-d&#233;mocrate &#233;clair&#233;e. La guerre imp&#233;rialiste de 1914-1918 remit en m&#233;moire &#8211; et avec un manque d'&#233;gards combien inexorable &#8211; que le militarisme n'est pas qu'un objet d'agitation et de discours parlementaires routiniers. La guerre surprit les partis socialistes et transforma leur attitude d'opposition toute formelle &#224; l'&#233;gard du militarisme en attitude d'humble agenouillement. C'est seulement &#224; la R&#233;volution d'Octobre qu'il &#233;chut, non seulement de r&#233;tablir l'attitude r&#233;volutionnaire active &#224; l'&#233;gard des probl&#232;mes de la guerre, dans les principes, mais aussi de retourner dans les faits la pointe du militarisme contre les classes dirigeantes. La R&#233;volution mondiale m&#232;nera cette t&#226;che &#224; son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 mars 1924.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Barbarie et civilisation &#187; de Friedrich Engels</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7370</link>
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		<dc:date>2025-04-07T22:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Engels</dc:subject>

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&lt;p&gt;Barbarie et civilisation &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons maintenant suivi la dissolution de l'organisation gentilice dans trois grands exemples particuliers : chez les Grecs, les Romains et les Germains. Examinons, pour finir, les conditions &#233;conomiques g&#233;n&#233;rales qui, d&#232;s le stade sup&#233;rieur de la barbarie, sap&#232;rent l'organisation gentilice de la soci&#233;t&#233; et l'&#233;limin&#232;rent tout &#224; fait avec l'av&#232;nement de la civilisation. Ici Le Capital de Marx nous sera tout aussi n&#233;cessaire que le livre de Morgan. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;e au stade (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique24" rel="directory"&gt;1er chapitre : La marque sociale des r&#233;volutions&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Barbarie et civilisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons maintenant suivi la dissolution de l'organisation gentilice dans trois grands exemples particuliers : chez les Grecs, les Romains et les Germains. Examinons, pour finir, les conditions &#233;conomiques g&#233;n&#233;rales qui, d&#232;s le stade sup&#233;rieur de la barbarie, sap&#232;rent l'organisation gentilice de la soci&#233;t&#233; et l'&#233;limin&#232;rent tout &#224; fait avec l'av&#232;nement de la civilisation. Ici Le Capital de Marx nous sera tout aussi n&#233;cessaire que le livre de Morgan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e au stade moyen, continuant &#224; se d&#233;velopper au stade sup&#233;rieur de l'&#233;tat sauvage, la gens, autant que nos sources nous permettent d'en juger, atteint son apog&#233;e au stade inf&#233;rieur de la barbarie. C'est donc par ce stade de d&#233;veloppement que nous commencerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, o&#249; les Peaux-Rouges d'Am&#233;rique devront nous servir d'exemple, nous trouvons l'organisation gentilice compl&#232;tement &#233;labor&#233;e. Une tribu s'est divis&#233;e en plusieurs gentes, g&#233;n&#233;ralement en deux ; chacune de ces gentes primitives se subdivise, avec l'accroissement de la population, en plusieurs gentes-filles, vis-&#224;-vis desquelles la gens-m&#232;re fait office de phratrie ; la tribu elle-m&#234;me se divise en plusieurs tribus et, dans chacune d'elles, nous retrouvons en grande partie les anciennes gentes ; une conf&#233;d&#233;ration unit, au moins dans certains cas, les tribus parentes. Cette organisation simple satisfait compl&#232;tement aux conditions sociales dont elle est issue. Elle n'en est que le groupement propre et spontan&#233; ; elle est capable de r&#233;gler tous les conflits qui peuvent na&#238;tre dans une soci&#233;t&#233; organis&#233;e de la sorte. Les conflits ext&#233;rieurs, c'est la guerre qui les r&#233;sout ; elle peut se terminer par l'an&#233;antissement de la tribu, mais jamais par son asservissement. La grandeur, mais aussi l'&#233;troitesse de l'organisation gentilice, c'est qu'elle n'a point de place pour la domination et la servitude. A l'int&#233;rieur, il n'y a encore nulle diff&#233;rence entre les droits et les devoirs ; pour l'Indien, la question de savoir si la participation aux affaires publiques, &#224; la vendetta ou autres pratiques expiatoires est un droit ou un devoir, ne se pose pas ; elle lui para&#238;trait aussi absurde que de se demander si manger, dormir, chasser est un droit ou un devoir. Une division de la tribu et de la gens en diff&#233;rentes classes ne peut pas davantage se produire. Et ceci nous m&#232;ne &#224; examiner la base &#233;conomique de cet &#233;tat de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population est extr&#234;mement clairsem&#233;e ; plus dense seulement au lieu de r&#233;sidence de la tribu, autour duquel s'&#233;tend tout d'abord, sur un vaste rayon, le territoire de chasse, puis la for&#234;t protectrice neutre (Schutzwald), qui le s&#233;pare des autres tribus. La division du travail est toute spontan&#233;e ; elle n'existe qu'entre les deux sexes. L'homme fait la guerre, va &#224; la chasse et &#224; la p&#234;che, procure la mati&#232;re premi&#232;re de l'alimentation et les instruments que cela n&#233;cessite. La femme s'occupe de la maison, pr&#233;pare la nourriture et les v&#234;tements ; elle fait la cuisine, elle tisse, elle coud. Chacun des deux est ma&#238;tre en son domaine : l'homme dans la for&#234;t, la femme dans la maison. Chacun d'eux est propri&#233;taire des instruments qu'il fabrique et utilise : l'homme des armes, des engins de chasse et de p&#234;che ; la femme des objets de m&#233;nage. L'&#233;conomie domestique est commune &#224; plusieurs familles, souvent &#224; un grand nombre de familles [1]. Ce qui se fait et s'utilise en commun est propri&#233;t&#233; commune : la maison, le jardin, la pirogue. C'est donc ici, et ici seulement, qu'est encore valable la notion de &#171; propri&#233;t&#233;, fruit du travail personnel &#187;, que les juristes et les &#233;conomistes pr&#234;tent faussement &#224; la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e, dernier pr&#233;texte juridique mensonger sur lequel s'appuie encore la propri&#233;t&#233; capitaliste actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les hommes ne s'arr&#234;t&#232;rent pas partout &#224; ce stade. En Asie, ils trouv&#232;rent des animaux aptes &#224; l'apprivoisement, puis, une fois apprivois&#233;s, &#224; l'&#233;levage. Il fallait capturer &#224; la chasse la femelle du buffle sauvage ; mais, une fois apprivois&#233;e, elle donnait chaque ann&#233;e un veau, et du lait par surcro&#238;t. Un certain nombre des tribus les plus avanc&#233;es, - les Aryens, les S&#233;mites, peut-&#234;tre m&#234;me, d&#233;j&#224;, les Touraniens, - firent de l'apprivoisement d'abord, [de l'&#233;levage et] de la garde du b&#233;tail ensuite, leur principale branche de travail. Des tribus pastorales s'isol&#232;rent du reste des Barbares : premi&#232;re grande division sociale du travail. Les tribus pastorales produisaient non seulement davantage, mais elles produisaient aussi d'autres aliments que le reste des Barbares. Elles n'avaient pas seulement l'avantage du lait, des produits lact&#233;s et de la viande en plus grandes quantit&#233;s ; elles avaient aussi des peaux, de la laine, du poil de ch&#232;vre, ainsi que les fils et les tissus dont la production augmentait en m&#234;me temps que les mati&#232;res premi&#232;res. C'est ainsi que, pour la premi&#232;re fois, un &#233;change r&#233;gulier devint possible. Aux stades ant&#233;rieurs, seuls des &#233;changes occasionnels peuvent avoir lieu ; une habilet&#233; particuli&#232;re dans la fabrication d'armes et d'instruments peut amener une &#233;ph&#233;m&#232;re. division du travail. C'est ainsi qu'on a retrouv&#233;, en bien des endroits, les vestiges certains d'ateliers pour la fabrication d'instruments en silex, datant de la derni&#232;re p&#233;riode de l'&#226;ge de pierre ; les artistes qui y perfectionnaient leur habilet&#233; travaillaient sans doute, comme le font encore les artisans &#224; demeure des groupes gentilices indiens, pour le compte de la communaut&#233;. Un autre &#233;change que celui qui s'effectuait &#224; l'int&#233;rieur de la tribu ne pouvait se produire en aucun cas, &#224; ce stade, et cet &#233;change m&#234;me restait un fait exceptionnel. Ici, par contre, apr&#232;s que les tribus pastorales se furent s&#233;par&#233;es, nous trouvons pr&#234;tes toutes les conditions pour l'&#233;change entre les membres de tribus diff&#233;rentes, pour le d&#233;veloppement et la consolidation de cet &#233;change qui devient une institution r&#233;guli&#232;re. A l'origine, l'&#233;change se faisait de tribu &#224; tribu, par l'entremise des chefs gentilices r&#233;ciproques ; mais quand les troupeaux commenc&#232;rent &#224; passer &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'&#233;change individuel l'emporta de plus en plus et finit par devenir la forme unique. Cependant l'article principal que les tribus pastorales c&#233;daient en &#233;change &#224; leurs voisins, c'&#233;tait le b&#233;tail ; le b&#233;tail devint la marchandise en laquelle toutes les autres furent &#233;valu&#233;es et qui partout fut volontiers accept&#233;e en &#233;change de celles-ci ; - bref, le b&#233;tail re&#231;ut la fonction de monnaie et il en tint lieu d&#232;s ce stade : tant le besoin d'une monnaie marchandise fut indispensable et pressant, d&#232;s le d&#233;but de l'&#233;change des marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;c&#233;dant l'agriculture, la culture des jardins, sans doute inconnue aux barbares, asiatiques du stade inf&#233;rieur, apparut chez eux au plus tard pendant le stade moyen. Le climat des hauts plateaux touraniens ne permet pas la vie pastorale sans provisions de fourrage pour l'hiver long et rigoureux ; l'am&#233;nagement des pr&#233;s et la culture des c&#233;r&#233;ales &#233;taient donc, ici, condition n&#233;cessaire. Il en est de m&#234;me pour les steppes au nord de la mer Noire. Mais du moment o&#249; l'on produisit des c&#233;r&#233;ales pour le b&#233;tail, elles devinrent bient&#244;t un aliment pour l'homme. Les terres cultiv&#233;es rest&#232;rent encore propri&#233;t&#233; de la tribu, l'utilisation en &#233;tant confi&#233;e d'abord &#224; la gens, puis plus tard, par celle-ci, aux communaut&#233;s domestiques et enfin aux individus ; ceux-ci avaient peut-&#234;tre certains droits de possession, mais rien de plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les conqu&#234;tes industrielles de ce stade, il en est deux particuli&#232;rement importantes. La premi&#232;re est le m&#233;tier &#224; tisser, la seconde, la fonte des minerais et le travail des m&#233;taux. Le cuivre et l'&#233;tain, ainsi que le bronze form&#233; par leur alliage, &#233;taient de beaucoup plus importants ; le bronze fournit des instruments et des armes efficaces, mais ne put supplanter les outils de silex ; seul, le fer en &#233;tait capable, et l'on ne savait pas encore l'extraire. On commen&#231;a &#224; employer pour l'ornement et la parure l'or et l'argent qui, sans doute, avaient d&#233;j&#224; une grande valeur par rapport au cuivre et au bronze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accroissement de la production dans toutes les branches - &#233;levage du b&#233;tail, agriculture, artisanat domestique - donna &#224; la force de travail humaine la capacit&#233; de produire plus qu'il ne lui fallait pour sa subsistance. Elle accrut en m&#234;me temps la somme quotidienne de travail qui incombait &#224; chaque membre de la gens, de la communaut&#233; domestique ou de la famille conjugale. Il devint souhaitable de recourir &#224; de nouvelles forces de travail. La guerre les fournit : les prisonniers de guerre furent transform&#233;s en esclaves. En accroissant la productivit&#233; du travail, donc la richesse, et en &#233;largissant le champ de la production, la premi&#232;re grande division sociale du travail, dans les conditions historiques donn&#233;es, entra&#238;na n&#233;cessairement l'esclavage. De la premi&#232;re grande division sociale du travail naquit la premi&#232;re grande division de la soci&#233;t&#233; en deux classes : ma&#238;tres et esclaves, exploiteurs et exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand et comment les troupeaux pass&#232;rent-ils de la propri&#233;t&#233; commune de la tribu ou de la gens &#224; la propri&#233;t&#233; des chefs de famille individuels ? Nous n'en savons rien jusqu'&#224; pr&#233;sent. Mais, pour l'essentiel, cela doit s'&#234;tre produit &#224; ce stade. Avec les troupeaux et les autres richesses nouvelles, la famille subit alors une r&#233;volution. Gagner la subsistance avait toujours &#233;t&#233; l'affaire de l'homme ; c'est lui qui produisait les moyens n&#233;cessaires &#224; cet effet et qui en avait la propri&#233;t&#233;. Les troupeaux constituaient les nouveaux moyens de gain ; &#231;'avait &#233;t&#233; l'ouvrage de l'homme que de les apprivoiser d'abord, de les garder ensuite. Aussi le b&#233;tail lui appartenait-il, tout comme les marchandises et les -esclaves troqu&#233;s contre du b&#233;tail. Tout le b&#233;n&#233;fice que procurait maintenant la production revenait &#224; l'homme ; la femme en profitait, elle aussi, mais elle n'avait point de part &#224; la propri&#233;t&#233;. Le &#171; sauvage &#187; guerrier et chasseur s'&#233;tait content&#233; de la seconde place &#224; la maison, apr&#232;s la femme ; le p&#226;tre &#171; aux m&#339;urs plus paisibles &#187;, se pr&#233;valant de sa richesse, se poussa au premier rang et rejeta la femme au second. Et elle ne pouvait pas se plaindre. La division du travail dans la famille avait r&#233;gl&#233; le partage de la propri&#233;t&#233; entre l'homme et la femme ; il &#233;tait rest&#233; le m&#234;me et, pourtant, il renversait maintenant les rapports domestiques ant&#233;rieurs uniquement parce qu'en dehors de la famille la division du travail s'&#233;tait modifi&#233;e. La m&#234;me cause qui avait assur&#233; &#224; la femme sa supr&#233;matie ant&#233;rieure dans la maison : le fait qu'elle s'adonnait exclusivement aux travaux domestiques, cette m&#234;me cause assurait maintenant dans la maison la supr&#233;matie de l'homme : les travaux m&#233;nagers de la femme ne comptaient plus, maintenant, &#224; c&#244;t&#233; du travail productif de l'homme ; celui-ci &#233;tait tout ; ceux-l&#224; n'&#233;taient qu'un appoint n&#233;gligeable. Ici d&#233;j&#224;, il appara&#238;t que l'&#233;mancipation de la femme, son &#233;galit&#233; de condition avec l'homme est et demeure impossible tant que la femme restera exclue du travail social productif et qu'elle devra se borner au travail priv&#233; domestique. Pour que l'&#233;mancipation de la femme devienne r&#233;alisable, il faut d'abord que la femme puisse participer &#224; la production sur une large &#233;chelle sociale et que le travail domestique ne l'occupe plus que dans une mesure insignifiante. Et cela n'est devenu possible qu'avec la grande industrie moderne qui non seulement admet sur une grande &#233;chelle le travail des femmes, mais aussi le requiert formellement et tend de plus en plus &#224; faire du travail domestique priv&#233; une industrie publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la supr&#233;matie effective de l'homme &#224; la maison, le dernier obstacle &#224; son pouvoir absolu s'&#233;croulait. Ce pouvoir absolu fut confirm&#233; et s'&#233;ternisa par la chute du droit maternel, l'instauration du droit paternel, le passage graduel du mariage appari&#233; &#224; la monogamie. Mais, du m&#234;me coup, une br&#232;che se produisit dans le vieil ordre gentilice : la famille conjugale devint une puissance et se dressa, mena&#231;ante, en face de la gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pas encore, et nous voici au stade sup&#233;rieur de la barbarie, p&#233;riode durant laquelle tous les peuples civilis&#233;s passent par leurs temps h&#233;ro&#239;ques : l'&#226;ge de l'&#233;p&#233;e de fer, mais aussi de la charrue et de la hache de fer. Le fer &#233;tait entr&#233; au service de l'homme, la derni&#232;re et la plus importante de toutes les mati&#232;res premi&#232;res qui jou&#232;rent dans l'histoire un r&#244;le r&#233;volutionnaire, la derni&#232;re ... jusqu'&#224; la pomme de terre. Le fer permit la culture des champs sur de plus vastes surfaces, le d&#233;frichement de plus grandes &#233;tendues foresti&#232;res ; il donna &#224; l'artisan un outil d'une duret&#233; et d'un tranchant auxquels ne r&#233;sistaient aucune pierre, ni aucun autre m&#233;tal connu. Tout cela petit &#224; petit : souvent encore, le premier fer &#233;tait moins dur que le bronze. Aussi l'arme de silex ne disparut-elle que lentement ; ce n'est pas seulement dans La Chanson de Hildebrand [2], mais aussi &#224; Hastings, en l'an 1066 que des haches de pierre livr&#232;rent encore bataille. Mais le progr&#232;s, moins souvent interrompu et plus rapide, chemina d&#232;s lors irr&#233;sistiblement. La ville, enfermant dans des murailles, dans des tours et des cr&#233;neaux de pierre, des maisons de pierre ou de brique, devint le si&#232;ge central de la tribu ou de la conf&#233;d&#233;ration de tribus ; progr&#232;s capital en architecture, mais signe aussi du danger accru et du besoin accru de protection. La richesse augmenta rapidement, mais en tant que richesse individuelle ; le tissage, le travail des m&#233;taux et les autres m&#233;tiers qui se diff&#233;renciaient de plus en plus donnaient &#224; la production une vari&#233;t&#233; et un perfectionnement croissants ; d&#233;sormais, &#224; c&#244;t&#233; des c&#233;r&#233;ales, des l&#233;gumineuses et des fruits, l'agriculture fournissait aussi l'huile et le vin, qu'on avait appris &#224; pr&#233;parer. Une activit&#233; si diverse ne pouvait plus &#234;tre pratiqu&#233;e par un seul et m&#234;me individu : la seconde grande division du travail s'effectua : l'artisanat se s&#233;para de l'agriculture. L'accroissement constant de la production et, avec elle, de la productivit&#233; du travail accrut la valeur de la force de travail humaine ; l'esclavage qui, au stade ant&#233;rieur, &#233;tait encore &#224; l'origine et restait sporadique, devient maintenant un composant essentiel du syst&#232;me social ; les esclaves cessent d'&#234;tre de simples auxiliaires ; c'est par douzaines qu'on les pousse au travail, dans les champs et &#224; l'atelier. Par la scission de la production en ses deux branches principales : agriculture et artisanat, na&#238;t la production directe pour l'&#233;change ; c'est la production marchande. Avec elle na&#238;t le commerce non seulement &#224; l'int&#233;rieur et aux fronti&#232;res de la tribu, mais aussi, d&#233;j&#224;, outre-mer. Tout cela, pourtant, sous une forme encore embryonnaire ; les m&#233;taux pr&#233;cieux commencent &#224; devenir monnaie-marchandise pr&#233;pond&#233;rante et universelle, mais on ne les frappe pas encore, on les &#233;change seulement d'apr&#232;s leur poids que rien encore ne travestit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre riches et pauvres s'&#233;tablit &#224; c&#244;t&#233; de la diff&#233;rence entre hommes libres et esclaves : nouvelle scission de la soci&#233;t&#233; en classes qui accompagne la nouvelle division du travail. Les diff&#233;rences de propri&#233;t&#233; entre les chefs de famille individuels font &#233;clater l'ancienne communaut&#233; domestique communiste partout o&#249; elle s'&#233;tait maintenue jusqu'alors et, avec elle, la culture en commun de la terre pour le compte de cette communaut&#233;. Les terres arables sont attribu&#233;es aux familles conjugales afin qu'elles les exploitent, d'abord &#224; temps, plus tard une fois pour toutes ; le passage &#224; la compl&#232;te propri&#233;t&#233; priv&#233;e s'accomplit peu &#224; peu, parall&#232;lement au passage du mariage appari&#233; &#224; la monogamie. La famille conjugale commence &#224; devenir l'unit&#233; &#233;conomique dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population plus dense oblige &#224; une coh&#233;sion plus &#233;troite, &#224; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur. ]Partout, la conf&#233;d&#233;ration de tribus apparent&#233;es devient une n&#233;cessit&#233; ; bient&#244;t aussi, leur fusion et, du m&#234;me coup, la fusion des territoires de tribus s&#233;par&#233;s en un territoire collectif du peuple. Le chef militaire du peuple - rex, basileus, thiudans - devient un fonctionnaire indispensable, permanent. L'assembl&#233;e du peuple surgit l&#224; o&#249; elle n'existait pas encore. Chef militaire, conseil, assembl&#233;e du peuple, tels sont les organes de la soci&#233;t&#233; gentilice qui a &#233;volu&#233; pour devenir une d&#233;mocratie militaire. Militaire - car la guerre et l'organisation pour la guerre sont maintenant devenues fonctions r&#233;guli&#232;res de la vie du peuple. Les richesses des voisins excitent la cupidit&#233; des peuples auxquels l'acquisition des richesses semble d&#233;j&#224; l'un des buts principaux de la vie. Ce sont des barbares : piller leur semble plus facile et m&#234;me plus honorable que gagner par le travail. La guerre, autrefois pratiqu&#233;e seulement pour se venger d'usurpations ou pour &#233;tendre un territoire devenu insuffisant, est maintenant pratiqu&#233;e en vue du seul pillage et devient une branche permanente d'industrie. Ce n'est pas sans motif que les murailles mena&#231;antes se dressent autour des nouvelles villes fortifi&#233;es ; dans leurs foss&#233;s s'ouvre la tombe b&#233;ante de l'organisation gentilice et leurs tours d&#233;j&#224; s'&#233;l&#232;vent dans la civilisation. Il en est de m&#234;me &#224; l'int&#233;rieur. Les guerres de rapine accroissent le pouvoir du chef militaire supr&#234;me comme celui des chefs subalternes ; le choix habituel de leurs successeurs dans les m&#234;mes familles devient peu &#224; peu, en particulier depuis l'introduction du droit paternel, une h&#233;r&#233;dit&#233; d'abord tol&#233;r&#233;e, puis revendiqu&#233;e et finalement usurp&#233;e ; le fondement de la royaut&#233; h&#233;r&#233;ditaire et de la noblesse h&#233;r&#233;ditaire est &#233;tabli. Ainsi, les organes de l'organisation gentilice se d&#233;tachent peu &#224; peu de leur racine dans le peuple, dans la gens, la phratrie, la tribu, et l'organisation gentilice tout enti&#232;re se convertit en son contraire : d'une organisation de tribus, ayant pour objet le libre r&#232;glement de leurs propres affaires, elle devient une organisation pour le pillage et l'oppression des voisins ; et par suite ses organismes, d'abord instruments de la volont&#233; populaire, deviennent des organismes autonomes de domination et d'oppression envers leur propre peuple. Mais cela n'e&#251;t jamais &#233;t&#233; possible si la soif des richesses n'avait pas divis&#233; les gentiles en riches et pauvres, si &#171; la diff&#233;rence de propri&#233;t&#233; &#224; l'int&#233;rieur de la m&#234;me gens n'avait point transform&#233; l'unit&#233; des int&#233;r&#234;ts en antagonisme des membres de la gens &#187; (Marx) [3], et si l'extension de l'esclavage n'avait d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; faire consid&#233;rer le fait de gagner sa vie par le travail comme une activit&#233; digne seulement des esclaves et plus d&#233;shonorante que la rapine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s maintenant au seuil de la civilisation. Elle s'ouvre par un nouveau progr&#232;s dans la division du travail. Au stade le plus bas, les hommes ne produisaient que directement pour leurs besoins personnels ; les &#233;changes qui se produisaient &#224; l'occasion &#233;taient isol&#233;s, ne portaient que sur le superflu dont on disposait par hasard. Au stade moyen de la barbarie, nous constatons que, chez des peuples pasteurs, le b&#233;tail est d&#233;j&#224; une propri&#233;t&#233; qui, si le troupeau prend une certaine importance, fournit r&#233;guli&#232;rement un exc&#233;dent sur les besoins personnels ; nous trouvons en m&#234;me temps une division du travail entre les peuples pasteurs et les tribus retardataires ne poss&#233;dant pas de troupeaux : d'o&#249; deux stades de production diff&#233;rents, existant l'un &#224; c&#244;t&#233; de l'autre ; d'o&#249; encore les conditions d'un &#233;change r&#233;gulier. Le stade sup&#233;rieur de la barbarie nous apporte une nouvelle division du travail entre l'agriculture et l'artisanat, et par suite la production directe pour l'&#233;change d'une portion toujours croissante des produits du travail ; d'o&#249; encore, &#233;l&#233;vation de l'&#233;change entre producteurs individuels au rang d'une n&#233;cessit&#233; vitale de la soci&#233;t&#233;. La civilisation consolide et accro&#238;t toutes ces divisions du travail d&#233;j&#224; existantes, notamment en accentuant l'antagonisme entre la ville et la campagne (la ville pouvant dominer &#233;conomiquement la campagne, comme dans l'antiquit&#233;, ou la campagne dominer la ville, comme au Moyen Age), et elle y ajoute une troisi&#232;me division du travail qui lui est propre et dont l'importance est d&#233;cisive : elle engendre une classe qui ne s'occupe plus de la production, mais seulement de l'&#233;change des produits - les marchands. jusqu'alors, tous les rudiments de la formation des classes se rattachaient exclusivement &#224; la production ; ils divisaient ceux qui participaient &#224; la production en dirigeants et ex&#233;cutants, ou encore en producteurs sur une &#233;chelle plus ou moins vaste. Ici, pour la premi&#232;re fois, entre en sc&#232;ne une classe qui, sans participer de quelque mani&#232;re &#224; la production en conquiert la direction dans son ensemble [et s'assujettit] [4] &#233;conomiquement les producteurs ; une classe qui s'&#233;rige en interm&#233;diaire indispensable entre -deux producteurs et les exploite tous les deux. Sous pr&#233;texte d'enlever aux producteurs la peine et le risque de l'&#233;change, sous pr&#233;texte d'&#233;tendre la vente de leurs produits &#224; des march&#233;s plus lointains et de devenir ainsi la classe la plus utile de la population, il se forme une classe de profiteurs, de v&#233;ritables parasites sociaux, qui &#233;cr&#232;me aussi bien la production indig&#232;ne que la production &#233;trang&#232;re, comme salaire pour des services r&#233;els tr&#232;s minimes, qui acquiert rapidement d'&#233;normes richesses et l'influence sociale correspondante et qui, justement pour cela, est appel&#233;e pendant la p&#233;riode de la civilisation &#224; des honneurs toujours nouveaux et &#224; une domination toujours plus grande de la production, jusqu'&#224; ce qu'elle engendre finalement, elle aussi, un produit qui lui est propre - les crises commerciales p&#233;riodiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'au stade de d&#233;veloppement dont nous nous occupons, la classe toute neuve des commer&#231;ants ne soup&#231;onne pas encore les hauts destins qui lui sont r&#233;serv&#233;s. Mais elle se constitue et se rend indispensable, cela suffit. Avec elle se forme aussi la monnaie m&#233;tallique, la monnaie frapp&#233;e, et, avec elle, un nouveau moyen de domination du non-producteur sur le producteur et sa production. La marchandise des marchandises &#233;tait trouv&#233;e, celle qui renferme secr&#232;tement toutes les autres, le talisman qui peut &#224; volont&#233; se transformer en tout objet convoitable et convoit&#233;. Quiconque le poss&#233;dait dominait le monde de la production, et qui donc l'avait plus que tout autre ? Le marchand. Dans sa main, le culte de l'argent &#233;tait bien gard&#233;. Il se chargea de rendre manifeste &#224; quel point toutes les marchandises, et aussi tous leurs producteurs, devaient se prosterner dans la poussi&#232;re pour adorer l'argent. Il prouva par la pratique que toutes les autres formes de la richesse ne sont que de simples apparences, en face de cette incarnation de la richesse comme telle. jamais, comme dans cette p&#233;riode de sa jeunesse, la puissance de l'argent ne s'est manifest&#233;e depuis lors avec une telle rudesse, une telle brutalit&#233; primitives. Apr&#232;s l'achat de marchandises pour de l'argent, vint le pr&#234;t d'argent et, avec lui, l'int&#233;r&#234;t et l'usure. Aucune l&#233;gislation des &#233;poques ult&#233;rieures ne jette aussi impitoyablement, aussi irr&#233;missiblement le d&#233;biteur aux pieds du cr&#233;ancier-usurier que la l&#233;gislation de l'ancienne Ath&#232;nes et de l'ancienne Rome - et toutes deux naquirent spontan&#233;ment, &#224; titre de droit coutumier sans contrainte autre qu'&#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la richesse en marchandises et en esclaves, &#224; c&#244;t&#233; de la fortune en argent, apparut aussi la richesse en propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Le droit de possession des particuliers sur les parcelles de terre, qui leur avaient &#233;t&#233; c&#233;d&#233;es &#224; l'origine par la gens ou la tribu, s'&#233;tait maintenant consolid&#233; &#224; tel point que ces parcelles leur -appartenaient comme bien h&#233;r&#233;ditaire. Dans les derniers temps, ils s'&#233;taient efforc&#233;s surtout de se lib&#233;rer du droit que la communaut&#233; gentilice avait sur la parcelle et qui leur &#233;tait une entrave. Ils furent d&#233;barrass&#233;s de l'entrave - mais bient&#244;t apr&#232;s, ils le furent aussi de la nouvelle propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. L'enti&#232;re et libre propri&#233;t&#233; du sol, cela ne signifiait pas seulement la facult&#233; de poss&#233;der le sol sans restriction ni limite, cela signifiait aussi la facult&#233; de l'ali&#233;ner. Tant que le sol &#233;tait propri&#233;t&#233; gentilice, cette facult&#233; n'existait pas. Mais quand le nouveau propri&#233;taire foncier rejeta d&#233;finitivement les entraves de la propri&#233;t&#233; &#233;minente de la gens et de la tribu, il d&#233;chira aussi le lien qui l'avait jusqu'alors rattach&#233; indissolublement au sol. Ce que cela signifiait, il l'apprit par l'invention de la monnaie, contemporaine de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re priv&#233;e. D&#233;sormais, le sol pouvait devenir une marchandise qu'on vend et qu'on met en gage. A peine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re &#233;tait-elle instaur&#233;e que l'hypoth&#232;que &#233;tait invent&#233;e, elle aussi (voyez Ath&#232;nes). Tout comme l'h&#233;ta&#239;risme et la prostitution se cramponnent &#224; la monogamie, l'hypoth&#232;que, d&#233;sormais, marche sur les talons de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Vous avez voulu la propri&#233;t&#233; du sol compl&#232;te, libre, ali&#233;nable : fort bien, vous l'avez ... &#171; Tu l'as voulu, Georges Dandin ! &#187; [5].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'avec l'extension du commerce, avec l'argent et l'usure, avec la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re et l'hypoth&#232;que, la concentration et la centralisation de la richesse dans les mains d'une classe peu nombreuse s'op&#233;ra rapidement, en m&#234;me temps que l'appauvrissement croissant des masses et l'augmentation de la foule des pauvres. La nouvelle aristocratie de la richesse, dans la mesure o&#249; elle ne se confondait pas de prime abord avec l'ancienne noblesse de tribu, repoussa d&#233;finitivement celle-ci &#224; l'arri&#232;re-plan (&#224; Ath&#232;nes, &#224; Rome, chez les Germains). Et &#224; c&#244;t&#233; de cette division des hommes libres en classes selon leur fortune, il se produisit, surtout en Gr&#232;ce, une &#233;norme augmentation du nombre des esclaves [6], dont le travail forc&#233; formait la base sur laquelle s'&#233;levait la superstructure de toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ce qu'il &#233;tait advenu de l'organisation gentilice, au cours de cette r&#233;volution sociale. En face des &#233;l&#233;ments nouveaux qui avaient surgi sans son concours, elle &#233;tait impuissante. La condition premi&#232;re de son existence, c'&#233;tait que les membres d'une gens ou d'une tribu fussent r&#233;unis sur le m&#234;me territoire, qu'ils habitaient exclusivement. Il y avait longtemps que cela avait cess&#233; d'exister. Partout, gentes et tribus &#233;taient m&#234;l&#233;es, partout, esclaves, m&#233;t&#232;ques, &#233;trangers vivaient parmi les citoyens. La fixit&#233; de la r&#233;sidence, obtenue seulement vers la fin du stade moyen de la barbarie, &#233;tait sans cesse rompue par la mobilit&#233; et la variabilit&#233; du domicile, conditionn&#233;es par le commerce, les changements d'activit&#233; et la mutation de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Les membres de la gens ne pouvaient plus s'assembler pour r&#233;gler leurs propres affaires communes ; seules, des bagatelles comme les solennit&#233;s religieuses &#233;taient encore assur&#233;es tant bien que mal. A c&#244;t&#233; des besoins et des int&#233;r&#234;ts que la gens &#233;tait appel&#233;e et habilit&#233;e &#224; d&#233;fendre, la r&#233;volution des conditions dans lesquelles on se subvenait et le changement de structure sociale qui en r&#233;sultait avaient fait na&#238;tre de nouveaux besoins et de nouveaux int&#233;r&#234;ts qui &#233;taient non seulement &#233;trangers &#224; l'ancien ordre gentilice, mais le contrecarraient de toutes les fa&#231;ons. Les int&#233;r&#234;ts des groupes de m&#233;tiers n&#233;s de la division du travail, les besoins particuliers de la ville en opposition &#224; la campagne exigeaient des organismes nouveaux ; mais chacun de ces groupes &#233;tait compos&#233; de membres des gentes, des phratries et des tribus les plus diverses, il comprenait m&#234;me des &#233;trangers ; ces organismes devaient donc se former en dehors de l'organisation gentilice, &#224; c&#244;t&#233; d'elle et, par suite, contre elle. - A son tour, dans chaque corps gentilice, ce conflit des int&#233;r&#234;ts se faisait sentir ; il atteignait son point culminant dans la r&#233;union de riches et de pauvres, d'usuriers et de d&#233;biteurs dans la m&#234;me gens et la m&#234;me tribu. - A cela s'ajoutait la masse de la nouvelle population, &#233;trang&#232;re aux corps gentilices, qui pouvait, comme &#224; Rome, devenir une force dans le pays et qui &#233;tait trop nombreuse pour pouvoir se r&#233;sorber peu &#224; peu dans les lign&#233;es et les tribus consanguines. En face de cette masse, les associations gentilices se dressaient comme des corps ferm&#233;s, privil&#233;gi&#233;s ; la d&#233;mocratie primitive et spontan&#233;e s'&#233;tait transform&#233;e en une aristocratie odieuse. Enfin l'organisation gentilice &#233;tait issue d'une soci&#233;t&#233; qui ne connaissait pas de contradictions internes, et elle n'&#233;tait adapt&#233;e qu'&#224; une soci&#233;t&#233; de cette nature. Elle n'avait aucun moyen de coercition, sauf l'opinion publique. Mais voici qu'une soci&#233;t&#233; &#233;tait n&#233;e qui, en vertu de l'ensemble des conditions &#233;conomiques de son existence, avait d&#251; se diviser [7] en hommes libres et en esclaves, en exploiteurs riches et en exploit&#233;s pauvres ; une soci&#233;t&#233; qui, non seulement ne pouvait plus concilier &#224; nouveau ces antagonismes, mais &#233;tait oblig&#233;e de les pousser de plus en plus &#224; l'extr&#234;me. Une telle soci&#233;t&#233; ne pouvait subsister que dans une lutte continuelle et ouverte de ces classes entre elles, ou sous la domination d'une tierce puissance qui, plac&#233;e apparemment au-dessus des classes antagonistes, &#233;touffait leur conflit ouvert et laissait tout au plus la lutte de classes se livrer sur le terrain &#233;conomique, sous une forme dite l&#233;gale. L'organisation gentilice avait cess&#233; d'exister. Elle avait &#233;t&#233; bris&#233;e par la division du travail [et par son r&#233;sultat, la scission de la soci&#233;t&#233; en classes] [8]. Elle fut remplac&#233;e par l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons pr&#233;c&#233;demment examin&#233; en d&#233;tail les trois formes principales sous lesquelles l'&#201;tat s'&#233;l&#232;ve des ruines de l'organisation gentilice. Ath&#232;nes pr&#233;sente la forme la plus pure, la plus classique : ici l'&#201;tat, prenant la pr&#233;pond&#233;rance, na&#238;t directement des antagonismes de classes qui se d&#233;veloppent &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de la soci&#233;t&#233; gentilice. A Rome, la soci&#233;t&#233; gentilice devient une aristocratie ferm&#233;e, au milieu d'une pl&#232;be nombreuse qui reste en dehors d'elle et qui est priv&#233;e de droits, mais surcharg&#233;e de devoirs ; la victoire de la pl&#232;be brise l'ancienne organisation gentilice ; elle &#233;rige sur ses ruines l'&#201;tat, dans lequel l'aristocratie gentilice et la pl&#232;be bient&#244;t dispara&#238;tront totalement. Enfin, chez les Germains [vainqueurs] [9] de l'Empire romain, l'&#201;tat na&#238;t directement de la conqu&#234;te de vastes territoires &#233;trangers que l'organisation gentilice n'offre aucun moyen de dominer. Mais comme cette conqu&#234;te n'est li&#233;e ni &#224; une lutte s&#233;rieuse avec l'ancienne population, ni &#224; une division du travail plus avanc&#233;e, comme le stade de d&#233;veloppement &#233;conomique des vaincus et des conqu&#233;rants est presque le m&#234;me, que la base &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; reste donc inchang&#233;e, l'organisation gentilice peut se maintenir pendant de longs si&#232;cles sous une forme modifi&#233;e, territoriale, dans la constitution de la Marche (Markverfassung), et peut m&#234;me se rajeunir pour un temps, sous une forme affaiblie, dans les familles nobles et patriciennes ult&#233;rieures, et m&#234;me dans les familles de paysans, comme ce fut le cas dans le Dithmarschen [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat n'est donc pas un pouvoir impos&#233; du dehors &#224; la soci&#233;t&#233; ; il n'est pas davantage &#171; la r&#233;alit&#233; de l'id&#233;e morale &#187;, &#171; l'image et la r&#233;alit&#233; de la raison &#187;, comme le pr&#233;tend Hegel [11]. Il est bien plut&#244;t un produit de la soci&#233;t&#233; &#224; un stade d&#233;termin&#233; de son d&#233;veloppement ; il est l'aveu que cette soci&#233;t&#233; s'emp&#234;tre dans une insoluble contradiction avec elle-m&#234;me, s'&#233;tant scind&#233;e en oppositions inconciliables qu'elle est impuissante &#224; conjurer. Mais pour que les antagonistes, les classes aux int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques oppos&#233;s, ne se consument pas, elles et la soci&#233;t&#233;, en une lutte st&#233;rile, le besoin s'impose d'un pouvoir qui, plac&#233; en apparence au-dessus de la soci&#233;t&#233;, doit estomper le conflit, le maintenir dans les limites de l'&#171; ordre &#187; ; et ce pouvoir, n&#233; de la soci&#233;t&#233;, mais qui se place au-dessus d'elle et lui devient de plus en plus &#233;tranger, c'est l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; l'ancienne organisation gentilice, l'&#201;tat se caract&#233;rise en premier lieu par la r&#233;partition de ses ressortissants d'apr&#232;s le territoire. Comme nous l'avons vu, les anciennes associations gentilices, form&#233;es et maintenues par les liens du sang, &#233;taient devenues insuffisantes, en grande partie parce qu'elles impliquaient que leurs membres fussent attach&#233;s &#224; un territoire d&#233;termin&#233; et que, depuis longtemps, ces attaches avaient cess&#233; d'&#234;tre. Le territoire demeurait, mais les gens &#233;taient devenus mobiles. On prit donc la division territoriale comme point de d&#233;part, et on laissa les citoyens exercer leurs droits et leurs devoirs publics l&#224; o&#249; ils s'&#233;tablissaient, sans &#233;gard &#224; la gens et &#224; la tribu. Cette organisation des ressortissants de l'&#201;tat d'apr&#232;s leur appartenance territoriale est commune &#224; tous les &#201;tats. Aussi nous semble-t-elle naturelle ; mais nous avons vu quels rudes et longs combats il fallut avant qu'elle p&#251;t supplanter, &#224; Ath&#232;nes et &#224; Rome, l'ancienne organisation selon les liens du sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu vient l'institution d'une force publique qui ne co&#239;ncide plus directement avec la population s'organisant ellem&#234;me en force arm&#233;e. Cette force publique particuli&#232;re est n&#233;cessaire, parce qu'une organisation arm&#233;e autonome de la population est devenue impossible depuis la scission en classes. Les esclaves font aussi partie de la population ; en face des 365 000 esclaves, les 90 000 citoyens d'Ath&#232;nes ne constituent qu'une classe privil&#233;gi&#233;e. L'arm&#233;e populaire de la d&#233;mocratie ath&#233;nienne &#233;tait une force publique aristocratique, vis-&#224;-vis des esclaves qu'elle tenait en respect ; mais, pour pouvoir aussi tenir en respect les citoyens, une gendarmerie devint n&#233;cessaire, comme nous l'avons relat&#233; pr&#233;c&#233;demment. Cette force publique existe dans chaque &#201;tat ; elle ne se compose pas seulement d'hommes arm&#233;s, mais aussi d'annexes mat&#233;rielles, de prisons et d'&#233;tablissements p&#233;nitentiaires de toutes sortes, qu'ignorait la soci&#233;t&#233; gentilice. Elle peut &#234;tre tr&#232;s insignifiante, quasi inexistante dans des soci&#233;t&#233;s o&#249; les antagonismes de classes ne sont pas encore d&#233;velopp&#233;s et dans des r&#233;gions &#233;cart&#233;es, comme c'est le cas &#224; certaines &#233;poques et en certains lieux des &#201;tats-Unis d'Am&#233;rique. Mais elle se renforce &#224; mesure que les contradictions de classes s'accentuent &#224; l'int&#233;rieur de l'&#201;tat et que les &#201;tats limitrophes deviennent plus grands el plus peupl&#233;s ; - consid&#233;rons plut&#244;t notre Europe actuelle, o&#249; la lutte des classes et la rivalit&#233; de conqu&#234;tes ont fait cro&#238;tre &#224; te) point la force publique qu'elle menace de d&#233;vorer la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, et m&#234;me l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour maintenir cette force publique, il faut les contribution des citoyens de l'&#201;tat, - les imp&#244;ts. Ceux-ci &#233;taient absolument inconnus &#224; la soci&#233;t&#233; gentilice. Mais, aujourd'hui, nous pouvons en parler savamment. Eux-m&#234;mes ne suffisent plus, avec les pro gr&#232;s de la civilisation ; l'&#201;tat tire des traites sur l'avenir, fait de., emprunts, des dettes d'&#201;tat. Sur ce point encore, la vieille Europe sait &#224; quoi s'en tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disposant de la force publique et du droit de faire rentrer les imp&#244;ts, les fonctionnaires, comme organes de la soci&#233;t&#233;, sont plac&#233;s au-dessus de la soci&#233;t&#233;. La libre estime qu'on t&#233;moignait de plein gr&#233; aux organes de l'organisation gentilice ne leur suffit point, m&#234;me en supposant qu'ils pourraient en jouir ; piliers d'un pouvoir qui devient &#233;tranger &#224; la soci&#233;t&#233;, il faut assurer leur autorit&#233; par des lois d'exception, gr&#226;ce auxquelles ils jouissent d'une saintet&#233; et d'une inviolabilit&#233; particuli&#232;res. Le plus vil policier de l'&#201;tat civilis&#233; a plus d'&#171; autorit&#233; &#187; que tous les organismes r&#233;unis de la soci&#233;t&#233; gentilice ; mais le prince le plus puissant, le plus grand homme d'&#201;tat ou le plus grand chef militaire de la civilisation peuvent envier au moindre chef gentilice l'estime spontan&#233;e et incontest&#233;e dont il jouissait. C'est que l'un est au sein m&#234;me de la soci&#233;t&#233;, tandis que l'autre est oblig&#233; de vouloir repr&#233;senter quelque chose en dehors et au-dessus d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'&#201;tat est n&#233; du besoin de refr&#233;ner des oppositions de classes, mais comme il est n&#233;, en m&#234;me temps, au milieu du conflit de ces classes, il est, dans la r&#232;gle, l'&#201;tat de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue &#233;conomique et qui, gr&#226;ce &#224; lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprim&#233;e. C'est ainsi que l'&#201;tat antique &#233;tait avant tout l'&#201;tat des propri&#233;taires d'esclaves pour mater les esclaves, comme l'&#201;tat f&#233;odal fut l'organe de la noblesse pour mater les paysans serfs et corv&#233;ables, et comme l'&#201;tat repr&#233;sentatif moderne est l'instrument de l'exploitation du travail salari&#233; par le capital. Exceptionnellement, il se pr&#233;sente pourtant des p&#233;riodes o&#249; les classes en lutte sont si pr&#232;s de s'&#233;quilibrer que le pouvoir de l'&#201;tat, comme pseudo-m&#233;diateur, garde pour un temps une certaine ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'une et de l'autre. Ainsi, la monarchie absolue du XVIIe et du XVIIIe si&#232;cle maintint la balance &#233;gale entre la noblesse et la bourgeoisie ; ainsi, le bonapartisme du Premier, et notamment celui du Second Empire fran&#231;ais, faisant jouer le prol&#233;tariat contre la bourgeoisie, et la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat. La nouvelle performance en la mati&#232;re, o&#249; dominateurs et domin&#233;s font une figure &#233;galement comique, c'est le nouvel Empire allemand de nation bismarckienne : ici, capitalistes et travailleurs sont mis en balance les uns contre les autres, et sont &#233;galement grug&#233;s pour le plus grand bien des hobereaux prussiens d&#233;prav&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart des &#201;tats que conna&#238;t l'histoire, les droits accord&#233;s aux citoyens sont en outre gradu&#233;s selon leur fortune et, de ce fait, il est express&#233;ment d&#233;clar&#233; que l'&#201;tat est une organisation de la classe poss&#233;dante, pour la prot&#233;ger contre la classe non poss&#233;dante. C'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas pour les classes d'Ath&#232;nes et de Rome &#233;tablies selon la richesse. C'&#233;tait le cas aussi dans l'&#201;tat f&#233;odal du Moyen Age, o&#249; le pouvoir politique se hi&#233;rarchise selon la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est le cas dans le cens &#233;lectoral des &#201;tats repr&#233;sentatifs modernes. Pourtant, cette reconnaissance politique de la diff&#233;rence de fortune n'est pas du tout essentielle. Au contraire, elle d&#233;note un degr&#233; inf&#233;rieur du d&#233;veloppement de l'&#201;tat. La forme d'&#201;tat la plus &#233;lev&#233;e, la r&#233;publique d&#233;mocratique, qui devient de plus en plus une n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable dans nos conditions sociales modernes, et qui est la forme d'&#201;tat sous laquelle peut seule &#234;tre livr&#233;e jusqu'au bout l'ultime bataille d&#233;cisive entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, la r&#233;publique d&#233;mocratique ne reconna&#238;t plus officiellement, les diff&#233;rences de fortune. La richesse y exerce son pouvoir d'une fa&#231;on indirecte, mais d'autant plus s&#251;re. D'une part, sous forme de corruption directe des fonctionnaires, ce dont l'Am&#233;rique offre un exemple classique, d'autre part, sous forme d'alliance entre le gouvernement et la Bourse ; cette alliance se r&#233;alise d'autant plus facilement que les dettes de l'&#201;tat augmentent davantage et que les soci&#233;t&#233;s par actions concentrent de plus en plus entre leurs mains non seulement le transport, mais aussi la production elle-m&#234;me, et trouvent &#224; leur tour leur point central dans la Bourse. En dehors de l'Am&#233;rique, la toute r&#233;cente R&#233;publique fran&#231;aise en offre un exemple frappant, et la brave Suisse, elle non plus, ne reste pas en arri&#232;re, sur ce terrain-l&#224;. Mais qu'une r&#233;publique d&#233;mocratique ne soit pas indispensable &#224; cette fraternelle alliance entre le gouvernement et la Bourse, c'est ce que prouve, &#224; part l'Angleterre, le nouvel Empire allemand, o&#249; l'on ne saurait dire qui le suffrage universel a &#233;lev&#233; plus haut, de Bismarck ou de Bleichr&#246;der [12]. Et enfin, la classe poss&#233;dante r&#232;gne directement au moyen du suffrage universel. Tant que la classe opprim&#233;e, c'est-&#224;-dire, en l'occurrence, le prol&#233;tariat, ne sera pas encore assez m&#251;r pour se lib&#233;rer lui-m&#234;me, il consid&#233;rera dans sa majorit&#233; le r&#233;gime social existant comme le seul possible et formera, politiquement parlant, la queue de la classe capitaliste, son aile gauche extr&#234;me. Mais, dans la mesure o&#249; il devient plus capable de s'&#233;manciper lui-m&#234;me, il se constitue en parti distinct, &#233;lit ses propres repr&#233;sentants et non ceux des capitalistes. Le suffrage universel est donc l'index qui permet de mesurer la maturit&#233; de la classe ouvri&#232;re. Il ne peut &#234;tre rien de plus, il ne sera jamais rien de plus dans l'&#201;tat actuel ; mais cela suffit. Le jour o&#249; le thermom&#232;tre du suffrage universel indiquera pour les travailleurs le point d'&#233;bullition, ils sauront, aussi bien que les capitalistes, ce qu'il leur reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat n'existe donc pas de toute &#233;ternit&#233;. Il y a eu des soci&#233;t&#233;s qui se sont tir&#233;es d'affaire sans lui, qui n'avaient aucune id&#233;e de l'&#201;tat et du pouvoir d'&#201;tat. A un certain stade du d&#233;veloppement &#233;conomique, qui &#233;tait n&#233;cessairement li&#233; &#224; la division de la soci&#233;t&#233; en classes, cette division fit de l'&#201;tat une n&#233;cessit&#233;. Nous nous rapprochons maintenant &#224; pas rapides d'un stade de d&#233;veloppement de la production dans lequel l'existence de ces classes a non seulement cess&#233; d'&#234;tre une n&#233;cessit&#233;, mais devient un obstacle positif &#224; la production. Ces classes tomberont aussi in&#233;vitablement qu'elles ont surgi autrefois. L'&#201;tat tombe in&#233;vitablement avec elles. La soci&#233;t&#233;, qui r&#233;organisera la production sur la base d'une association libre et &#233;galitaire des producteurs, rel&#233;guera toute la machine de l'&#201;tat l&#224; o&#249; sera dor&#233;navant sa place : au mus&#233;e des antiquit&#233;s, &#224; c&#244;t&#233; du rouet et de la hache de bronze.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s ce que nous avons expos&#233; pr&#233;c&#233;demment, la civilisation est donc le stade de d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; o&#249; la division du travail, l'&#233;change qui en r&#233;sulte entre les individus et la production marchande qui englobe ces deux faits parviennent &#224; leur plein d&#233;ploiement et bouleversent toute la soci&#233;t&#233; ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tous les stades ant&#233;rieurs de la soci&#233;t&#233;, la production &#233;tait essentiellement une production commune, de m&#234;me que la consommation se faisait par une r&#233;partition directe des Produits au sein de collectivit&#233;s communistes plus ou moins vastes. Cette communaut&#233; de la production avait lieu dans les limites les plus &#233;troites ; mais elle impliquait la ma&#238;trise des producteurs sur le processus de production et sur leur produit. Ils savent ce qu'il advient du produit : ils le consomment, il ne sort pas de leurs mains ; et tant que la production est &#233;tablie sur cette base, son contr&#244;le ne peut &#233;chapper aux producteurs, elle ne peut faire surgir devant eux le spectre de forces &#233;trang&#232;res, comme c'est le cas, r&#233;guli&#232;rement et in&#233;luctablement, dans la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la division du travail s'infiltre lentement dans ce processus de production. Elle sape la communaut&#233; de production et d'appropriation, elle &#233;rige en r&#232;gle pr&#233;dominante l'appropriation individuelle et fait na&#238;tre ainsi l'&#233;change entre individus, - nous avons examin&#233; pr&#233;c&#233;demment de quelle fa&#231;on. Peu &#224; peu, la production marchande devient la forme dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la production marchande, la production non plus pour la consommation personnelle, mais pour l'&#233;change, les produits changent n&#233;cessairement de mains. Le producteur se dessaisit de son produit dans l'&#233;change, il ne sait plus ce qu'il en advient. D&#232;s qu'intervient la monnaie, et, avec la monnaie, le marchand comme interm&#233;diaire entre les producteurs, le processus d'&#233;change devient encore plus embrouill&#233;, le destin final des produits plus incertain encore. Les marchands sont l&#233;gion, et aucun d'eux ne sait ce que fait l'autre. D&#233;sormais, les marchandises ne passent plus seulement de main en main, elles passent aussi de march&#233; en march&#233; ; les producteurs ont perdu la ma&#238;trise sur l'ensemble de la production dans leur cercle vital et les marchands ne l'ont pas re&#231;ue. Produits et production sont livr&#233;s au hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le hasard n'est que l'un des p&#244;les d'un ensemble dont l'autre p&#244;le s'appelle n&#233;cessit&#233;. Dans la nature, o&#249; le hasard aussi semble r&#233;gner, nous avons d&#233;montr&#233; depuis longtemps, dans chaque domaine particulier, la n&#233;cessit&#233; immanente et la loi interne qui s'imposent dans ce hasard. [Et ce qui est vrai de la nature ne l'est pas moins de la soci&#233;t&#233;.] [13] Plus une activit&#233; sociale, une s&#233;rie de faits sociaux &#233;chappent au contr&#244;le conscient des hommes et les d&#233;passent, plus ils semblent livr&#233;s au pur hasard, et plus leurs lois propres, inh&#233;rentes, s'imposent dans ce hasard, comme par une n&#233;cessit&#233; de la nature. Des lois analogues r&#233;gissent aussi les hasards de la production marchande et de l'&#233;change des marchandises ; elles se dressent en face du producteur et de l'&#233;changiste isol&#233;s comme des forces &#233;trang&#232;res qu'on ne reconna&#238;t pas tout d'abord et dont il faut encore p&#233;niblement &#233;tudier et approfondir la nature. Ces lois &#233;conomiques de la production marchande se modifient avec les diff&#233;rents degr&#233;s de d&#233;veloppement de cette forme de production ; mais toute la p&#233;riode de la civilisation est plac&#233;e, dans son ensemble, sous leur d&#233;pendance. Et, de nos jours encore, le produit domine les producteurs ; de nos jours encore, la production totale de la soci&#233;t&#233; est r&#233;gl&#233;e non d'apr&#232;s un plan &#233;labor&#233; en commun, mais par des lois aveugles qui s'imposent avec la violence d'un cataclysme naturel, en dernier ressort dans les orages des crises commerciales p&#233;riodiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu plus haut comment, &#224; un degr&#233; assez primitif du d&#233;veloppement de la production, la force de travail humaine devient capable de fournir un produit bien plus consid&#233;rable que ce qui est n&#233;cessaire &#224; la subsistance des producteurs, et comment ce degr&#233; de d&#233;veloppement est, pour l'essentiel, le m&#234;me que celui o&#249; apparaissent la division du travail et l'&#233;change entre individus. Il ne fallut plus bien longtemps pour d&#233;couvrir cette grande &#171; v&#233;rit&#233; &#187; : que l'homme aussi peut &#234;tre une marchandise, que la force humaine est mati&#232;re &#233;changeable et exploitable, si l'on transforme l'homme en esclave. A peine les hommes avaient-ils commenc&#233; &#224; pratiquer l'&#233;change que d&#233;j&#224;, eux-m&#234;mes, furent &#233;chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'esclavage, qui prit sous la civilisation son d&#233;veloppement le plus ample, s'op&#233;ra la premi&#232;re grande scission de la soci&#233;t&#233; en une classe exploitante et une classe exploit&#233;e. Cette scission se maintint pendant toute la p&#233;riode civilis&#233;e. L'esclavage est la premi&#232;re forme de l'exploitation, la forme propre au monde antique ; le servage lui succ&#232;de au Moyen Age, le salariat dans les temps modernes. Ce sont l&#224; les trois grandes formes de la servitude qui caract&#233;risent les trois grandes &#233;poques de la civilisation ; l'esclavage, d'abord avou&#233;, et depuis peu d&#233;guis&#233;, subsiste toujours &#224; c&#244;t&#233; d'elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le stade de la production marchande avec lequel commence la civilisation est caract&#233;ris&#233;, au point de vue &#233;conomique, par l'introduction : 1. de la monnaie m&#233;tallique et, avec elle, du capital-argent, de l'int&#233;r&#234;t et de l'usure ; 2. des marchands, en tant que classe m&#233;diatrice entre les producteurs ; 3. de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re priv&#233;e et de l'hypoth&#232;que et 4. du travail des esclaves comme forme dominante de la production. La forme de famille correspondant &#224; la civilisation et qui s'instaure d&#233;finitivement avec elle est la monogamie, la supr&#233;matie de l'homme sur la femme et la famille conjugale comme unit&#233; &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Le compendium de la soci&#233;t&#233; civilis&#233;e est l'&#201;tat qui, dans toutes les p&#233;riodes typiques, est exclusivement l'&#201;tat de la classe dominante et qui reste essentiellement, dans tous les cas, une machine destin&#233;e &#224; maintenir dans la suj&#233;tion la classe opprim&#233;e, exploit&#233;e. Sont &#233;galement caract&#233;ristiques pour la civilisation : d'une part, la consolidation de l'opposition entre la ville et la campagne, comme base de toute la division sociale du travail ; d'autre part, l'introduction des testaments, en vertu desquels le propri&#233;taire peut disposer de ses biens, m&#234;me au-del&#224; de la mort. Cette institution, qui est contraire &#224; l'antique organisation gentilice, &#233;tait inconnue &#224; Ath&#232;nes jusqu'&#224; l'&#233;poque de Solon ; elle fut introduite &#224; Rome de bonne heure, mais nous ne savons pas &#224; quelle &#233;poque [14] ; chez les Allemands, ce sont les pr&#234;tres qui l'ont introduite, afin que le brave Allemand puisse ais&#233;ment l&#233;guer &#224; l'&#201;glise son h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cette organisation pour base, la civilisation a accompli des choses dont l'ancienne soci&#233;t&#233; gentilice n'&#233;tait pas capable le moins du monde. Mais elle les a accomplies en mettant en branle les instincts et les passions les plus ignobles de l'homme, et en les d&#233;veloppant au d&#233;triment de toutes ses autres aptitudes. La basse cupidit&#233; fut l'&#226;me de la civilisation, de son premier jour &#224; nos jours, la richesse, encore la richesse et toujours la richesse, non pas la richesse de la soci&#233;t&#233;, mais celle de ce pi&#232;tre individu isol&#233;, son unique but d&#233;terminant. Si elle a connu, d'aventure, le d&#233;veloppement croissant de la science et, en des p&#233;riodes r&#233;p&#233;t&#233;es, la plus splendide floraison de l'art, c'est uniquement parce que, sans eux, la pleine conqu&#234;te des richesses de notre temps n'e&#251;t pas &#233;t&#233; possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le fondement de la civilisation est l'exploitation d'une classe par une autre classe, tout son d&#233;veloppement se meut dans une contradiction permanente. Chaque progr&#232;s de la production marque en m&#234;me temps un recul dans la situation de la classe opprim&#233;e, c'est-&#224;-dire de la grande majorit&#233;. Ce qui est pour les uns un bienfait est n&#233;cessairement un mal pour les autres, chaque lib&#233;ration nouvelle de l'une des classes est une oppression nouvelle pour une autre classe. L'introduction du machinisme, dont les effets sont universellement connus aujourd'hui, en fournit la preuve la plus frappante. Et si, comme nous l'avons vu, la diff&#233;rence pouvait encore &#224; peine &#234;tre &#233;tablie chez les Barbares entre les droits et les devoirs, la civilisation montre clairement, m&#234;me au plus inepte, la diff&#233;rence et le contraste qui existe entre les deux, en accordant &#224; l'une des classes &#224; peu pr&#232;s tous les droits, et &#224; l'autre, par contre, &#224; peu pr&#232;s tous les devoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne doit pas &#234;tre. Ce qui est bon pour la classe dominante doit &#234;tre bon pour toute la soci&#233;t&#233; avec laquelle s'identifie la classe dominante. Donc, plus la civilisation progresse, plus elle est oblig&#233;e de couvrir avec le manteau de la charit&#233; les maux qu'elle a n&#233;cessairement engendr&#233;s, de les farder ou de les nier, bref, d'instituer une hypocrisie conventionnelle que ne connaissaient ni les formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures, ni m&#234;me les premiers stades de la civilisation, et qui culmine finalement dans l'affirmation suivante : l'exploitation de la classe opprim&#233;e serait pratiqu&#233;e par la classe exploitante uniquement dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de la classe exploit&#233;e ; et si cette derni&#232;re n'en convient pas, si elle va m&#234;me jusqu'&#224; se rebeller, c'est la plus noire des ingratitudes envers ses bienfaiteurs, ses exploiteurs [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici maintenant, pour finir, le jugement de Morgan sur la civilisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Depuis l'av&#232;nement de la civilisation, l'accroissement de la richesse est devenu si &#233;norme, ses formes si diverses, son application si vaste et son administration si habile dans l'int&#233;r&#234;t des propri&#233;taires que cette richesse, en face du peuple, est devenue une force impossible &#224; ma&#238;triser. L'esprit humain s'arr&#234;te, perplexe et interdit, devant sa Propre cr&#233;ation. Mais cependant, le temps viendra o&#249; la raison humaine sera assez forte pour dominer la richesse, o&#249; elle fixera aussi bien les rapports de l'&#201;tat et de la propri&#233;t&#233; qu'il prot&#232;ge, que les limites des droits des propri&#233;taires. Les int&#233;r&#234;ts de la soci&#233;t&#233; passent absolument avant les int&#233;r&#234;ts particuliers, et les uns et les autres doivent &#234;tre mis dans un rapport juste et harmonieux. La simple chasse &#224; la richesse n'est pas le destin final de l'humanit&#233;, si toutefois le progr&#232;s reste la loi de l'avenir, comme il a &#233;t&#233; celle du pass&#233;. Le temps &#233;coul&#233; depuis l'aube de la civilisation n'est qu'une infime fraction de l'existence pass&#233;e de l'humanit&#233;, qu'une infime fraction du temps qu'elle a devant elle. La dissolution de la soci&#233;t&#233; se dresse devant nous, mena&#231;ante, comme le terme d'une p&#233;riode historique dont l'unique but final est la richesse ; car une telle p&#233;riode renferme les &#233;l&#233;ments de sa propre ruine. La d&#233;mocratie dans l'administration, la fraternit&#233; dans la soci&#233;t&#233;, l'&#233;galit&#233; des droits, l'instruction universelle inaugureront la prochaine &#233;tape sup&#233;rieure de la soci&#233;t&#233;, &#224; laquelle travaillent constamment l'exp&#233;rience, la raison et la science. Ce sera une reviviscence - mais sous une forme sup&#233;rieure - de la libert&#233;, de l'&#233;galit&#233; et de la fraternit&#233; des antiques gentes. &#187; (MORGAN, Ancient Society, p. 552.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En particulier sur la c&#244;te nord-ouest de l'Am&#233;rique (voir BANCROFT). Chez les Haidabs, dans les &#238;les de la Reine Charlotte, on trouve des &#233;conomies domestiques r&#233;unissant sous un m&#234;me toit jusqu'&#224; 700 personnes. Chez les Nootkas, des tribus enti&#232;res vivaient sous le m&#234;me toit. (Remarque d'Engels.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir p. 144, note 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Archiv, p. 154&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans la premi&#232;re &#233;dition : sait s'assujettir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cette citation de MOLI&#200;RE (Georges Dandin, Acte V, sc&#232;ne 9) est en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Voir ci-dessus, p. 127, les chiffres pour Ath&#232;nes. A Corinthe, aux temps florissants de cette ville, le total &#233;tait de 460 000 ; &#224; &#201;gine, 470 000 ; dans les deux cas, le d&#233;cuple de la population des citoyens libres. (Note d'Engels.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans la premi&#232;re &#233;dition, ce membre de phrase est r&#233;dig&#233; comme suit : dont les conditions &#233;conomiques de son existence avaient d&#251; diviser la soci&#233;t&#233; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dans la premi&#232;re &#233;dition : qui divisait la soci&#233;t&#233; en classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Dans la premi&#232;re &#233;dition : conqu&#233;rants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Le premier historien qui eut, de la nature de la gens, une id&#233;e au moins approximative fut Niebuhr ; il le doit - aussi bien que les erreurs qu'il colporte sans contr&#244;le - &#224; sa connaissance des familles dithmarses*. (Note d'Engels.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Le Dithmarschen est l'un des quatre bailliages de l'ancien duch&#233; de Holstein. Cette r&#233;gion de la c&#244;te occidentale du Slesvig-Holstein, appel&#233;e &#233;galement pays des Dithmarses, a connu un d&#233;veloppement original. Vers le milieu du XIIe si&#232;cle, ses habitants, des paysans libres pour la plupart, conquirent peu &#224; peu leur ind&#233;pendance et la gard&#232;rent pratiquement du d&#233;but du XIIIe si&#232;cle jusqu'au milieu du XVIe si&#232;cle. La noblesse locale disparut en fait au XIIIe si&#232;cle. Le pays &#233;tait constitu&#233; de communaut&#233;s paysannes se gouvernant elles-m&#234;mes dont la base &#233;tait souvent les anciennes gentes. En 1559 les troupes du roi de Danemark et des dues de Holstein r&#233;ussirent &#224; briser l&#224; r&#233;sistance en Dithmarses, mais la constitution des communes et leur administration autonome persist&#232;rent jusque dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] HEGEL : Principes de la Philosophie du droit, &#167;&#167; 257 et 360.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Bleichr&#246;der &#233;tait le directeur de la banque berlinoise qui portait son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Dans la premi&#232;re &#233;dition : Il en est de m&#234;me dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Le syst&#232;me des droits acquis, de Lassalle, roule essentiellement [dans sa seconde partie] sur l'affirmation selon laquelle le testament romain serait aussi ancien que Rome m&#234;me ; il n'y aurait jamais eu, pour l'histoire romaine, &#171; une &#233;poque sans testament &#187; ; mieux encore : le testament serait n&#233; du culte des morts, avant l'&#233;poque romaine. Lassalle, en sa qualit&#233; d'h&#233;g&#233;lien de vieille observance, ne fait pas d&#233;river les dispositions juridiques romaines des conditions sociales des Romains, mais du &#171; concept sp&#233;culatif &#187; de la volont&#233; ; ce qui l'am&#232;ne &#224; cette affirmation que contredit l'histoire. On ne saurait s'en &#233;tonner dans un livre qui, se fondant sur ce m&#234;me concept sp&#233;culatif, en vient &#224; affirmer que, dans l'h&#233;ritage romain, la transmission des biens aurait &#233;t&#233; chose secondaire. Lassalle ne croit pas seulement aux illusions des juristes romains, surtout de ceux des temps recul&#233;s ; il rench&#233;rit encore sur elles. (Note d'Engels.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] J'avais d'abord l'intention de placer la brillante critique de la civilisation qui se trouve, &#233;parse, dans les oeuvres de Charles Fourier, &#224; c&#244;t&#233; de celle de Morgan et de la mienne. Malheureusement, le temps me manque. Je noterai seulement que, d&#233;j&#224; chez Fourier, la monogamie et la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re sont consid&#233;r&#233;es comme les caract&#233;ristiques principales de la civilisation et qu'il appelle celle-ci une guerre du riche contre le pauvre. De m&#234;me, on trouve d&#233;j&#224; chez lui cette vue profonde que dans toutes les soci&#233;t&#233;s d&#233;fectueuses, d&#233;chir&#233;es en antagonismes, les familles conjugales (&#171; les familles incoh&#233;rentes &#187;) sont les unit&#233;s &#233;conomiques. (Note d'Engels.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000o.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1884/00/fe18840000o.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques citations remarquables de Marx et Engels</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7698</link>
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		<dc:date>2025-01-19T23:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avertissement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me... &lt;br class='autobr' /&gt; Ecrits peu connus de Marx et Engels (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique192" rel="directory"&gt;9 - Le marxisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/marx_and_engels_at_hague_congress-300x275.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;275&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ecrits peu connus de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait Friedrich Engels, le compagnon de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, d&#233;crits et comment&#233;s par eux-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ath&#233;isme selon Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, journalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits sur les r&#233;volutions de 1848 en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres de Marx et Engels sur les sciences de la nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport dialectique de Marx et Engels, v&#233;ritable pierre de touche du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Marx et Engels concevaient leur activit&#233; militante en direction de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesv-2.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesop.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesnj.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;250&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesio-2.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesyu-3.jpg' width=&#034;244&#034; height=&#034;207&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/imagesfg.png' width=&#034;275&#034; height=&#034;183&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesaz.jpg' width=&#034;310&#034; height=&#034;162&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesqs-5.jpg' width=&#034;314&#034; height=&#034;160&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titreop.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titrelm.jpg' width=&#034;277&#034; height=&#034;182&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titreui.jpg' width=&#034;327&#034; height=&#034;154&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titrekl.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titrejk.jpg' width=&#034;318&#034; height=&#034;159&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titredd.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;168&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titreqs.jpg' width=&#034;310&#034; height=&#034;163&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ba827604a28dbd29777f85ae9d16c94f.jpg' width=&#034;600&#034; height=&#034;600&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et le communisme</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7475</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7475</guid>
		<dc:date>2024-09-27T22:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Communisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Marx et le communisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx r&#233;pond par ses &#233;crits &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833 &lt;br class='autobr' /&gt;
Principes du communisme, par Friedrich Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot284" rel="tag"&gt;Communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx et le communisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#233;pond par ses &#233;crits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principes du communisme, par Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme pour Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611aa.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611aa.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ac.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ac.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ad.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ad.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ae.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ae.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est-il un &#233;galitarisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1586&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de Marx, vu par L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article367&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de Marx, un &#233;tatisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Manifeste communiste &#187; de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article86&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article86&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6125&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6125&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/societe_communiste/societe_communiste_presentation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/societe_communiste/societe_communiste_presentation.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc008.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc008.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx/ Engels sur les syndicats</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7141</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7141</guid>
		<dc:date>2024-09-07T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Marx/ Engels sur les syndicats &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1865, ils &#233;crivaient : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de r&#233;sistance aux empi&#233;tements du capital. Elles manquent en partie leur but d&#232;s qu'elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent enti&#232;rement leur but d&#232;s qu'elles se bornent &#224; une guerre d'escarmouches contre les effets du r&#233;gime existant, au lieu de travailler en m&#234;me temps &#224; sa transformation et de se servir de leur force organis&#233;e comme d'un levier (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Marx/ Engels sur les syndicats &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1865, ils &#233;crivaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les trade-unions agissent utilement en tant que centres de r&#233;sistance aux empi&#233;tements du capital. Elles manquent en partie leur but d&#232;s qu'elles font un emploi peu judicieux de leur puissance. Elles manquent enti&#232;rement leur but d&#232;s qu'elles se bornent &#224; une guerre d'escarmouches contre les effets du r&#233;gime existant, au lieu de travailler en m&#234;me temps &#224; sa transformation et de se servir de leur force organis&#233;e comme d'un levier pour l'&#233;mancipation d&#233;finitive de la classe travailleuse, c'est-&#224;-dire pour l'abolition d&#233;finitive du salariat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1866, ils &#233;crivaient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Syndicats : leur pass&#233;, pr&#233;sent et futur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A. Leur pass&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital est une force sociale concentr&#233;e, tandis que l'ouvrier ne dispose que de sa force de travail individuelle. Le contrat entre le capital et le travail ne peut donc jamais &#234;tre &#233;tabli sur des bases &#233;quitables, m&#234;me en donnant au mot &#171; &#233;quitable &#187; le sens alt&#233;r&#233; qu'on lui conna&#238;t dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les conditions mat&#233;rielles sont d'un c&#244;t&#233; et l'&#233;nergie productive vitale de l'autre. La seule puissance sociale que poss&#232;dent les ouvriers, c'est leur nombre. Mais la force du nombre est annul&#233;e par la d&#233;sunion. Cette d&#233;sunion des ouvriers est engendr&#233;e et perp&#233;tu&#233;e par la concurrence in&#233;vitable qu'ils se font les uns aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats sont n&#233;s des efforts spontan&#233;s d'ouvriers luttant contre les ordres despotiques du capital, pour emp&#234;cher ou, du moins, att&#233;nuer les effets de cette concurrence que se font les ouvriers entre eux. Ils voulaient changer les termes du contrat de telle sorte qu'ils pussent au moins s'&#233;lever au-dessus de la condition de simples esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet imm&#233;diat des syndicats &#233;tait toutefois limit&#233; aux n&#233;cessit&#233;s des luttes journali&#232;res, &#224; des exp&#233;dients contre les empi&#233;tements incessants du capital, en un mot aux questions de salaire et d'heures de travail. Cette activit&#233; n'est pas seulement l&#233;gitime, elle est n&#233;cessaire. On ne peut y renoncer tant que dure le syst&#232;me actuel ; qui plus est, les syndicats ouvriers doivent g&#233;n&#233;raliser leur action en s'unissant dans tous les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, les syndicats ouvriers ont form&#233;, sans m&#234;me en &#234;tre vraiment conscients, des centres d'organisation de la classe ouvri&#232;re, de m&#234;me que les communes et les municipalit&#233;s du Moyen &#194;ge en avaient constitu&#233; jadis pour la classe bourgeoise. Si les syndicats sont indispensables dans la guerre de gu&#233;rilla du travail et du capital, ils sont encore plus importants comme force organis&#233;e pour supprimer le syst&#232;me du travail salari&#233; et la domination du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Leur pr&#233;sent&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats s'occupent trop exclusivement des luttes locales et imm&#233;diates contre le capital, et ne sont pas encore tout &#224; fait conscients de la force qu'ils repr&#233;sentent contre le syst&#232;me lui-m&#234;me de l'esclavage salari&#233;. Ils se sont trop tenus &#224; l'&#233;cart des mouvements sociaux et politiques plus g&#233;n&#233;raux. N&#233;anmoins, dans ces derniers temps, ils semblent s'&#233;veiller &#224; la conscience de leur grande mission historique, comme on peut en conclure, par exemple, de leur participation aux r&#233;cents mouvements politiques en Angleterre 79 et de l'id&#233;e plus haute qu'ils se font de leur fonction aux &#201;tats-Unis 80, ainsi que de la r&#233;solution suivante, adopt&#233;e par la grande conf&#233;rence des d&#233;l&#233;gu&#233;s des syndicats &#224; Sheffield&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette conf&#233;rence, appr&#233;ciant &#224; leur juste valeur les efforts faits par l'Association internationale des travailleurs pour unir dans une conf&#233;d&#233;ration fraternelle les ouvriers de tous les pays, recommande avec force &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s repr&#233;sent&#233;es ici de s'affilier &#224; cette organisation, dans la conviction que l'Association internationale forme un &#233;l&#233;ment n&#233;cessaire au progr&#232;s et &#224; la prosp&#233;rit&#233; de toute la communaut&#233; ouvri&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C. Leur futur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; part leur &#339;uvre imm&#233;diate de r&#233;action contre les man&#339;uvres tracassi&#232;res du capital, ils doivent agir maintenant comme foyers d'organisation de la classe ouvri&#232;re dans le grand but de son &#233;mancipation compl&#232;te. Ils doivent soutenir tout mouvement politique et social tendant dans cette direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se consid&#233;rant et en agissant eux-m&#234;mes comme les champions et les repr&#233;sentants de toute la classe ouvri&#232;re, ils r&#233;ussiront &#224; regrouper dans leur sein tous ceux qui ne sont pas organis&#233;s. Ils doivent s'occuper avec le plus grand soin des int&#233;r&#234;ts des m&#233;tiers les plus mal pay&#233;s, notamment des ouvriers agricoles que des circonstances particuli&#232;rement d&#233;favorables emp&#234;chent d'organiser une r&#233;sistance organis&#233;e. Ils doivent faire na&#238;tre ainsi la conviction dans les grandes masses ouvri&#232;res qu'au lieu d'&#234;tre circonscrites dans des limites &#233;troites et &#233;go&#239;stes, leur but tend &#224; l'&#233;mancipation des millions de prol&#233;taires foul&#233;s aux pieds. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1881/05/fe_28%20mai%201881.htm#toppage&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1881/05/fe_21%20mai%201881.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/marx/works/subject/trade-unions/index.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5829&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3423&#034;&gt;Texte 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4709&#034;&gt;Texte 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4236&#034;&gt;Texte 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/subject/workers/index.htm?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/syndicalisme_t1/syndicalisme_t1_intro.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/syndicalisme_t1/syndicalisme_t1_tdm.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/syndicalisme/syndicalisme_t1.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/syndicalisme/syndicalisme_t2.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 12&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.wsws.org/fr/articles/1998/01/marx-j10.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 13&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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