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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185 &lt;br class='autobr' /&gt;
N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes... &lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de 1871 K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
Prolongements historiques et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot35" rel="tag"&gt;1871&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1871, &#224; Paris, le premier pouvoir aux travailleurs a montr&#233; que le prol&#233;tariat &#233;tait une classe opprim&#233;e capable de b&#226;tir une autre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1185&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;N'en d&#233;plaise &#224; la gauche bourgeoise, aux syndicats r&#233;formistes, aux anarchistes et &#224; certains gauches communistes, la Commune de Paris de 1871 &#233;tait un Etat ouvrier aux mains de travalleurs auto-organis&#233;s et en armes...&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Commune de 1871&lt;br class='autobr' /&gt;
K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prolongements historiques et th&#233;oriques de la Commune&lt;br class='autobr' /&gt;
La question de l'&#201;tat&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, 16-18 mars 1875&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le projet de programme de Gotha] a transform&#233; le libre &#201;tat populaire en &#201;tat libre. Du point de vue grammatical, un &#201;tat libre est celui qui est libre &#224; l'&#233;gard de ses citoyens, autrement dit un &#201;tat &#224; gouvernement despotique. Il faudrait laisser tomber un tel bavardage sur l'&#201;tat, surtout apr&#232;s la Commune qui n'&#233;tait plus un &#201;tat au sens propre. L'&#201;tat populaire, les anarchistes nous l'ont assez jet&#233; &#224; la t&#234;te, bien que l'ouvrage de Marx contre Proudhon et ensuite le Manifeste disent express&#233;ment qu'avec l'instauration du r&#233;gime socialiste l'&#201;tat se dissout de lui-m&#234;me et finit par dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#171; &#201;tat &#187; n'&#233;tant qu'une institution transitoire, dont on se sert dans la lutte durant la r&#233;volution pour r&#233;primer de force ses adversaires, il est parfaitement absurde de parler de &#171; libre &#201;tat populaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le prol&#233;tariat a besoin de l'&#201;tat, ce n'est point pour instaurer la libert&#233;, mais pour r&#233;primer ses adversaires, et sit&#244;t qu'il pourra &#234;tre question de libert&#233;, l'&#201;tat aura cess&#233; d'exister en tant que tel. En cons&#233;quence, nous proposerions de mettre partout &#224; la place du mot &#171; &#201;tat &#187; le mot &#171; communaut&#233; &#187;, (Gemeinwesen), excellent vieux mot allemand r&#233;pondant fort bien au mot fran&#231;ais &#171; Commune &#187;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ph. Van Patten&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 avril 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;ponse &#224; votre lettre du 2 avril sur la position de Karl Marx vis-&#224;-vis des anarchistes en g&#233;n&#233;ral et de Johann Most en particulier, je serai concis et clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1845, Marx et moi, nous avons pens&#233; que l'une des cons&#233;quences finales de la future r&#233;volution prol&#233;tarienne sera l'extinction progressive des organisations politiques appel&#233;es du nom d'&#201;tat. De tout temps, le but essentiel de cet organisme a &#233;t&#233; de maintenir et de garantir, par la violence arm&#233;e, l'assujettissement &#233;conomique de la majorit&#233; travailleuse par la stricte minorit&#233; fortun&#233;e. Avec la disparition de cette stricte minorit&#233; fortun&#233;e dispara&#238;t aussi la n&#233;cessit&#233; d'un pouvoir arm&#233; d'oppression, ou &#201;tat. Mais, en m&#234;me temps, nous avons toujours pens&#233; que, pour parvenir &#224; ce r&#233;sultat et &#224; d'autres, bien plus importants encore de la future r&#233;volution sociale, la classe ouvri&#232;re devait d'abord s'emparer du pouvoir politique de l'&#201;tat, afin d'&#233;craser gr&#226;ce &#224; lui la r&#233;sistance de la classe capitaliste et de r&#233;organiser les structures sociales. C'est ce que l'on peut lire d&#233;j&#224; dans le Manifeste communiste de 1847, chapitre II, fin. [1] (104)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes mettent les choses sens dessus dessous. Ils d&#233;clarent que la r&#233;volution prol&#233;tarienne doit commencer en abolissant l'organisation politique de l'&#201;tat. Or, la seule organisation dont le prol&#233;tariat dispose apr&#232;s sa victoire, c'est pr&#233;cis&#233;ment l'&#201;tat. Certes, cet &#201;tat doit subir des changements tr&#232;s consid&#233;rables avant de pouvoir remplir ses nouvelles fonctions. Mais, le d&#233;truire &#224; ce moment, ce serait d&#233;truire le seul organisme gr&#226;ce auquel le prol&#233;tariat victorieux puisse pr&#233;cis&#233;ment faire valoir la domination qu'il vient de conqu&#233;rir, &#233;craser ses adversaires capitalistes et entreprendre la r&#233;volution &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, faute de quoi toute victoire devra s'achever par une nouvelle d&#233;faite et par un massacre g&#233;n&#233;ral des ouvriers, comme ce fut le cas de la Commune de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il que je vous donne express&#233;ment l'assurance que Marx s'est oppos&#233; &#224; cette stupidit&#233; anarchiste d&#232;s l'instant o&#249; elle lui apparut sous la forme que lui donne actuellement Bakounine ? Toute l'histoire interne de l'Association internationale des travailleurs en t&#233;moigne. Les anarchistes tentent depuis 1867 avec les proc&#233;d&#233;s les plus inf&#226;mes de s'emparer de la direction de l'Internationale, et Marx fut l'obstacle principal &#224; leur projet. Le r&#233;sultat d'une lutte de cinq ans, ce fut, au Congr&#232;s de La Haye en septembre 1872, l'exclusion des anarchistes de l'Internationale, et l'homme qui fit le plus pour obtenir cette exclusion, ce fut Marx. &#192; ce propos, notre vieil ami, F.A. Sorge de Hoboken, qui y assista en tant que d&#233;l&#233;gu&#233;, peut vous fournir des d&#233;tails, si vous le souhaitez...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eastbourne, 17 ao&#251;t 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Dans la lutte de classe entre prol&#233;tariat et bourgeoisie, la monarchie bonapartiste (dont Marx a d&#233;fini les caract&#233;ristiques dans le 18-Brumaire, et moi-m&#234;me dans la Question du logement II, etc) joue un r&#244;le semblable &#224; celui de la monarchie absolue dans la lutte entre forces f&#233;odales et bourgeoisie. Or, ce combat ne peut &#234;tre livr&#233; jusqu'au bout sous l'ancienne monarchie absolue, mais seulement sous la monarchie constitutionnelle (Angleterre, France de 1789-1792 et 1815-1830). De m&#234;me, en ce qui concerne le combat entre bourgeoisie et prol&#233;tariat, c'est sous la R&#233;publique qu'il est men&#233; &#224; son terme. Comme des conditions favorables et les traditions r&#233;volutionnaires ont contribu&#233; &#224; ce que les Fran&#231;ais renversent le bonapartisme et instaurent la r&#233;publique bourgeoise, ils poss&#232;dent d&#233;j&#224; la forme o&#249; le combat doit &#234;tre men&#233; jusqu'&#224; son terme. Ils ont donc un avantage sur nous qui sommes embourb&#233;s dans un m&#233;lange de semi-f&#233;odalisme et de bonapartisme, puisque nous avons &#224; conqu&#233;rir la forme o&#249; se d&#233;roulera la lutte finale. Bref, du point de vue politique, ils nous devancent de toute une &#233;tape. Une restauration monarchiste aurait pour cons&#233;quence de remettre &#224; l'ordre du jour la lutte pour la restauration de la r&#233;publique bourgeoise, tandis que la poursuite de la r&#233;publique signifie une exacerbation croissante de la lutte de classe directe et non dissimul&#233;e. En cons&#233;quence, le premier r&#233;sultat imm&#233;diat de la r&#233;volution, pour ce qui est de la forme, peut et doit &#234;tre chez nous, la r&#233;publique bourgeoise [2]. Mais, ce ne peut &#234;tre alors qu'un bref point de passage, &#233;tant donn&#233; que nous avons la chance de ne pas avoir un parti bourgeois purement r&#233;publicain. La r&#233;publique bourgeoise, ayant &#224; sa t&#234;te le parti du progr&#232;s peut-&#234;tre, nous servira d'abord &#224; conqu&#233;rir la grande masse des ouvriers pour le socialisme r&#233;volutionnaire. C'est ce qui se r&#232;gle en un an ou deux, tous les partis de milieu encore possibles sans nous s'usant et se ruinant eux-m&#234;mes pendant ce laps de temps. C'est alors seulement que ce sera notre tour, et avec succ&#232;s. La grande erreur des Allemands, c'est de se repr&#233;senter la r&#233;volution comme quelque chose qui se r&#232;gle en une nuit [3]. En fait, c'est un processus de d&#233;veloppement des masses dans des conditions acc&#233;l&#233;r&#233;es, processus s'&#233;tendant sur des ann&#233;es. Chacune des r&#233;volutions qui s'est faite en une nuit (1830) s'est born&#233;e &#224; &#233;liminer une r&#233;action d'embl&#233;e sans espoir ou a conduit directement au contraire de ce qu'elle s'effor&#231;ait de r&#233;aliser (cf, 1848, France).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er janvier 1894&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... En ce qui concerne votre question sur le passage de la Pr&#233;face du Manifeste se r&#233;f&#233;rant &#224; la Guerre civile en France *, vous serez sans doute d'accord avec la r&#233;ponse que j'en donne dans ma pr&#233;face de Mars 1891. [4] (165) Je vous en envoie un exemplaire pour le cas o&#249; vous n'en auriez pas. Il s'agit tout simplement de prouver que le prol&#233;tariat victorieux doit commencer par donner une forme nouvelle &#224; l'ancien &#201;tat et administration bureaucratiques et centralis&#233;s, avant de pouvoir utiliser l'&#201;tat &#224; ses fins. &#192; l'inverse, depuis 1848 tous les bourgeois r&#233;publicains, si violemment aient-ils attaqu&#233;s cette machine, tant qu'ils &#233;taient dans l'opposition - ont, sit&#244;t qu'ils sont parvenus au gouvernement, repris sans aucun changement cette machine pour l'utiliser, soit contre la r&#233;action, soit le plus souvent contre le prol&#233;tariat. Si, dans la Guerre civile en France 1871 nous avons port&#233; au compte de la Commune des plans plus ou moins conscients, alors que ses tendances lui &#233;taient plus ou moins inconscientes, ce n'est pas seulement parce que les circonstances le justifiaient, mais encore parce que c'est ainsi qu'il faut proc&#233;der. Les Russes ont fait preuve d'un grand bon sens, en mettant ce passage de la Guerre civile en annexe &#224; leur traduction du Manifeste. Si le cours des choses n'avait pas &#233;t&#233; aussi rapide, on aurait pu faire davantage encore &#224; l'&#233;poque...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Ed. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 14 mars 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion de d&#233;mocratie change avec chaque demos (peuple) donn&#233; &#224; chaque fois, et ne nous fait donc pas avancer d'un pas. Ce qu'il y avait &#224; dire, &#224; mon avis, c'est que le prol&#233;tariat a besoin de formes d&#233;mocratiques pour s'emparer du pouvoir politique, mais comme toutes les formes politiques, elles ne sont que des moyens. Cependant, si l'on veut aujourd'hui, en Allemagne, la d&#233;mocratie comme butil faut s'appuyer sur les paysans et les petits bourgeois, autrement dit des classes en voie de disparition, c'est-&#224;-dire r&#233;actionnaires, par rapport au prol&#233;tariat, si l'on veut les maintenir artificiellement. En outre, il ne faut pas oublier que la forme cons&#233;quente de la domination bourgeoise est pr&#233;cis&#233;ment la r&#233;publique d&#233;mocratique, devenue trop risqu&#233;e &#224; la suite du d&#233;veloppement d&#233;j&#224; atteint par le prol&#233;tariat, mais qui reste une forme encore possible de la domination bourgeoise pure, comme le montrent la France et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe du lib&#233;ralisme comme &#171; un &#233;tat de choses d&#233;j&#224; atteint historiquement &#187; n'est en fait qu'une incons&#233;quence. La monarchie constitutionnelle lib&#233;rale est une forme ad&#233;quate de la domination bourgeoise : 1&#186; au d&#233;but, lorsque la bourgeoisie n'a pas encore r&#233;gl&#233; compl&#232;tement ses comptes avec la monarchie absolue ; 2&#186; &#224; la fin, lorsque le prol&#233;tariat rend d&#233;j&#224; trop risqu&#233;e la r&#233;publique d&#233;mocratique. Quoi qu'il en soit, la r&#233;publique d&#233;mocratique restera toujours la forme ultime de la domination bourgeoise, forme dans laquelle elle cr&#232;vera. Mais, il suffit sur cette salade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nim me prie de te saluer. Je n'ai pas vu Tussy hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F.E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; A. Bebel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 6 juin 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons d&#233;tourner les masses des partis lib&#233;raux, tant que ceux-ci n'ont pas eu l'occasion de se ridiculiser dans la pratique, en arrivant au pouvoir et en d&#233;montrant qu'ils sont des incapables. Nous sommes toujours, comme en 1848, l'opposition de l'avenir et nous devons donc avoir au gouvernement le plus extr&#234;me des partis actuels avant que nous puissions devenir vis-&#224;-vis de lui l'opposition actuelle. La stagnation politique c'est-&#224;-dire la lutte sans effet ni but des partis officiels telle qu'elle se pratique &#224; l'heure actuelle - ne peut pas nous servir &#224; la longue, comme le ferait un combat progressif de ces partis tendant au fur et &#224; mesure &#224; un glissement vers la gauche. C'est ce qui se produit en France, o&#249; la lutte politique se d&#233;roule comme toujours sous forme classique. Les gouvernements qui se succ&#232;dent sont de plus en plus orient&#233;s &#224; gauche ; le minist&#232;re Clemenceau est d&#233;j&#224; en vue, et ce ne sera pas le minist&#232;re de la bourgeoisie extr&#234;me. &#192; chaque glissement &#224; gauche, des concessions tombent en partage aux ouvriers (voir la derni&#232;re gr&#232;ve de Decazeville o&#249;, pour la premi&#232;re fois, la soldatesque n'est pas intervenue). Ce qui importe avant tout, c'est que le champ soit de plus en plus net pour la bataille d&#233;cisive et la position des partis claire et pure. Dans cette &#233;volution lente, mais irr&#233;sistible de la r&#233;publique fran&#231;aise, je tiens pour in&#233;vitable ce r&#233;sultat final : opposition entre les bourgeois radicaux jouant aux socialistes et les ouvriers vraiment r&#233;volutionnaires. Ce sera l'un des &#233;v&#233;nements les plus importants, et j'esp&#232;re qu'il ne sera pas interrompu. Je me r&#233;jouis de ce que nos gens ne soient pas encore assez forts &#224; Paris (et ils le sont d'autant plus en province) pour se laisser aller &#224; des putschs, par la force du verbe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, dans la confuse Allemagne, l'&#233;volution ne se poursuit pas d'une mani&#232;re aussi classiquement pure qu'en France. Elle a trop de retard pour cela, nous n'arrivons &#224; ce stade que quand les autres l'ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;. Mais, en d&#233;pit de la mesquinerie de nos partis officiels, la vie politique, quelle qu'elle soit, nous est bien plus favorable que l'actuel d&#233;sert politique o&#249; ne joue que le faisceau des intrigues de politique ext&#233;rieure...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 11 d&#233;cembre 1884&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Pour ce qui est de la d&#233;mocratie pure et de son r&#244;le &#224; l'avenir, je ne partage pas ton opinion. Il est &#233;vident qu'en Allemagne, elle jouera un r&#244;le bien plus insignifiant que dans les pays de d&#233;veloppement industriel plus ancien. Mais, cela n'emp&#234;che pas qu'elle acquerra, au moment de la r&#233;volution, une importance momentan&#233;e en tant que parti bourgeois extr&#234;me : c'est ce qui s'est d&#233;j&#224; pass&#233; en 1849 &#224; Francfort, du fait qu'elle repr&#233;sentait la derni&#232;re bou&#233;e de sauvetage de toute l'&#233;conomie bourgeoise et m&#234;me f&#233;odale. &#192; ce moment, toute la masse des r&#233;actionnaires se range derri&#232;re lui et le renforce : tout ce qui est r&#233;actionnaire se donne alors des allures d&#233;mocratiques. De mars &#224; septembre 1848, toute la masse f&#233;odale et bureaucratique renfor&#231;a ainsi les lib&#233;raux, afin de mater les masses r&#233;volutionnaires et, le coup r&#233;ussi, les lib&#233;raux furent &#233;conduits &#224; coups de pied, comme il fallait s'y attendre. C'est ainsi qu'en France, de mai 1848 aux &#233;lections de Bonaparte en d&#233;cembre, ce fut le parti r&#233;publicain pur du National, le parti le plus faible de tous, qui r&#233;gna du simple fait qu'il avait derri&#232;re lui toute la masse organis&#233;e de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui s'est pass&#233; &#224; chaque r&#233;volution : le parti le plus b&#233;nin qui puisse encore r&#233;gner, arrive au pouvoir, simplement parce que le vaincu voit en lui la derni&#232;re chance de salut. Or, on ne peut pas s'attendre &#224; ce qu'au moment de la crise, nous ayions derri&#232;re nous la majorit&#233; des &#233;lecteurs, c'est-&#224;-dire de la nation. Toute la classe bourgeoise et les vestiges des classes f&#233;odales poss&#233;dantes, une grande partie de la petite-bourgeoisie et de la population des campagnes se rangeront alors derri&#232;re le parti bourgeois extr&#234;me qui se donnera des allures r&#233;volutionnaires extr&#233;mistes, et je tiens pour tr&#232;s possible qu'il soit repr&#233;sent&#233; dans le gouvernement provisoire, voire qu'il en forme un moment la majorit&#233;. La minorit&#233; social-d&#233;mocrate du gouvernement parisien de F&#233;vrier a montr&#233; comment il ne fallait pas agir lorsqu'on est en majorit&#233;. Cependant, pour l'heure, c'est une question encore acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, les &#233;v&#233;nements peuvent se d&#233;rouler tout autrement en Allemagne, et ce sont pour des raisons militaires. Dans l'&#233;tat actuel des choses, l'impulsion, si elle vient de l'ext&#233;rieur, ne peut venir que de Russie ; mais si elle vient de l'Allemagne elle-m&#234;me, la r&#233;volution ne peut alors partir que de l'arm&#233;e. Un peuple sans armes contre une arm&#233;e moderne est, du point de vue militaire, une grandeur purement &#233;vanescente. Dans ce cas, nos r&#233;servistes de 20 &#224; 25 ans, qui ne votent pas mais qui sont exerc&#233;s dans le maniement des armes, entreraient en action, et la d&#233;mocratie pure pourrait &#234;tre sauv&#233;e. Mais, pr&#233;sentement, cette question est &#233;galement acad&#233;mique, bien que je sois oblig&#233; de l'envisager, &#233;tant pour ainsi dire le repr&#233;sentant du Grand Quartier g&#233;n&#233;ral du Parti. En tout cas, notre seul ennemi, le jour de la crise et le lendemain, ce sera l'ensemble de la r&#233;action group&#233;e autour de la d&#233;mocratie pure, et cela, me semble-t-il, ne doit pas &#234;tre perdu de vue...&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; F. Domela Nieuwenhuis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 22 f&#233;vrier 1881&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos du prochain Congr&#232;s de Zurich, la question que vous me posez [sur les mesures l&#233;gislatives &#224; prendre en vue d'assurer la victoire du socialisme en cas d'arriv&#233;e au pouvoir des socialistes] me semble des plus maladroites. Ce qu'il faut faire imm&#233;diatement &#224; un moment bien d&#233;termin&#233; de l'avenir d&#233;pend naturellement tout &#224; fait des circonstances historiques dans lesquelles il faut agir. Votre question se pose au pays des nuages et repr&#233;sente donc pratiquement un probl&#232;me fantasmagorique, auquel on ne peut r&#233;pondre qu'en faisant la critique de la question elle-m&#234;me. Nous ne pouvons r&#233;soudre une &#233;quation que si elle inclut d&#233;j&#224; dans ses donn&#233;es les &#233;l&#233;ments de sa solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au demeurant, l'embarras dans lequel se trouve un gouvernement subitement form&#233; &#224; la suite d'une victoire populaire n'a rien de sp&#233;cifiquement &#171; socialiste &#187;. Au contraire. Les politiciens bourgeois victorieux se sentent aussit&#244;t g&#234;n&#233;s par leur &#171; victoire &#187;, quant aux socialistes, ils peuvent au moins intervenir sans se g&#234;ner et, vous pouvez &#234;tre s&#251;r d'une chose : un gouvernement socialiste n'arriverait jamais au pouvoir si les conditions n'&#233;taient pas d&#233;velopp&#233;es au point qu'il puisse avant toute chose prendre les mesures n&#233;cessaires &#224; intimider la masse des bourgeois de sorte qu'il conquiert ce dont il a le plus besoin : du temps pour une action durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me renverrez peut-&#234;tre &#224; la Commune de Paris. Mais, abstraction faite de ce qu'il s'agissait d'un simple soul&#232;vement d'une ville dans des conditions exceptionnelles, la majorit&#233; de la Commune n'&#233;tait pas socialiste, et ne pouvait pas l'&#234;tre. [5] Avec une faible dose de bon sens, elle aurait pu n&#233;anmoins obtenir avec Versailles un compromis utile &#224; toute la masse du peuple, seule chose qu'il &#233;tait possible d'atteindre &#224; ce moment-l&#224;. En mettant simplement la main sur la Banque de France, elle aurait pu effrayer les Versaillais et mettre fin &#224; leurs fanfaronnades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les revendications g&#233;n&#233;rales de la bourgeoisie fran&#231;aise avant 1789 &#233;taient &#224; peu pr&#232;s &#233;tablies - mutatis mutandis - comme le sont de nos jours toutes les mesures &#224; prendre uniform&#233;ment par le prol&#233;tariat dans tous les pays &#224; production capitaliste, Mais, la fa&#231;on dont les revendications de la bourgeoisie fran&#231;aise ont &#233;t&#233; appliqu&#233;es, un quelconque Fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle en avait-il la moindre id&#233;e a priori ? L'anticipation doctrinaire et n&#233;cessairement fantasmagorique du programme d'action d'une r&#233;volution future ne ferait que d&#233;voyer la lutte pr&#233;sente. Le r&#234;ve de la ruine tout &#224; fait imminente du r&#233;gime enflammait les Chr&#233;tiens primitifs dans leur lutte contre l'Empire romain et leur donnait la certitude de vaincre. La compr&#233;hension scientifique de la dissolution in&#233;luctable et toujours plus grave sous nos yeux de l'ordre social dominant et les masses pouss&#233;es &#224; coups de fouet &#224; la passion r&#233;volutionnaire par les vieux simulacres de gouvernements, en m&#234;me temps que par le prodigieux d&#233;veloppement positif de moyens de production, tout cela suffit &#224; garantir qu'au moment o&#249; &#233;clatera une v&#233;ritable r&#233;volution prol&#233;tarienne, nous aurons &#233;galement les conditions de leur modus operandi imm&#233;diat, qui ne s'av&#233;rera certainement pas idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis convaincu que la conjoncture de crise n'existe pas encore pour une nouvelle Association internationale des travailleurs. En cons&#233;quence, je consid&#232;re que tous les congr&#232;s ouvriers ou socialistes - pour autant qu'ils ne se pr&#233;occupent pas des conditions donn&#233;es imm&#233;diates de telle ou telle nation - ne sont pas seulement inutiles, mais encore nuisibles. Ils se perdront toujours en fum&#233;e, en rab&#226;chant mille fois des g&#233;n&#233;ralit&#233;s banales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Amicalement&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;votre d&#233;vou&#233; Karl Marx&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; J. Mesa&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 24 mars 1891&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cher Mesa,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'apprendre, par votre lettre du 2 courant, la publication imminente de votre traduction espagnole de la Mis&#232;re de la Philosophie de Marx. Il va sans dire que nous nous associons avec empressement &#224; cette oeuvre qui ne manquera pas de produire un effet des plus favorables sur le d&#233;veloppement du socialisme en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie proudhonienne, d&#233;molie dans ses bases par le livre de Marx, a certainement &#233;t&#233; balay&#233;e de la surface depuis la chute de la Commune de Paris. Mais, elle forme toujours le grand arsenal dans lequel les bourgeois radicaux pseudo-socialistes d'Europe occidentale puisent les formules propres &#224; endormir les ouvriers. Or, comme les ouvriers de ces m&#234;mes pays ont h&#233;rit&#233;, de leurs devanciers, de semblables phrases proudhoniennes, il arrive que, chez beaucoup d'entre eux, la phras&#233;ologie des radicaux trouve encore un &#233;cho. C'est le cas en France, o&#249; les seuls proudhoniens qu'il y ait encore, sont les bourgeois radicaux soi-disant socialistes. Et si je ne m'abuse, vous en avez aussi, dans vos Cort&#232;s et dans votre presse, de ces r&#233;publicains qui se pr&#233;tendent socialistes, parce qu'ils voient dans les id&#233;es proudhoniennes un moyen plausible tout trouv&#233; d'opposer au vrai socialisme, expression rationnelle et concise des aspirations du prol&#233;tariat, un socialisme bourgeois et de faux aloi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut fraternel&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr. Engels&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; N.F. Danielson&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 17 octobre 1893&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Si l'Europe occidentale avait &#233;t&#233; pour une telle r&#233;volution (socialiste) entre 1860-1870, si un tel bouleversement social avait &#233;t&#233; entrepris &#224; ce moment en Angleterre, France, etc., alors c'e&#251;t &#233;t&#233; aux Russes de montrer ce qu'ils auraient pu faire de leurs communaut&#233;s (agraires), [6] qui &#233;taient encore plus ou moins intactes. Or, l'Occident resta immobile. Aucune r&#233;volution de ce genre n'ayant &#233;t&#233; entreprise, le capitalisme s'y d&#233;veloppa au contraire &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Ainsi donc, comme il &#233;tait manifestement impossible de hausser les communaut&#233;s &#224; une forme de production dont elles &#233;taient s&#233;par&#233;es par une s&#233;rie de stades historiques, il ne leur reste plus qu'&#224; se d&#233;velopper de mani&#232;re capitaliste, ce qui me semble-t-il, est leur seule &#233;volution possible...&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Lafargue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Reproduite dans le Socialiste, le 24 novembre 1900]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ah, mais nous avons la r&#233;publique en France &#187;, nous diront les ex-radicaux, &#171; chez nous, c'est autre chose. Nous pouvons utiliser le gouvernement pour des mesures socialistes ! &#187; [7]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;publique, vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat, ne diff&#232;re de la monarchie qu'en ceci qu'elle est la forme politique toute faite pour la domination future du prol&#233;tariat. Vous avez sur nous l'avantage de l'avoir l&#224; ; nous autres, nous devrons perdre vingt-quatre heures pour la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;publique, comme toute autre forme de gouvernement, est d&#233;termin&#233;e par ce qu'elle contient ; tant qu'elle est la forme de la d&#233;mocratie bourgeoise, elle nous est tout aussi hostile que n'importe quelle monarchie (sauf les formes de cette hostilit&#233;). C'est donc une illusion toute gratuite que de la prendre pour une forme socialiste par son essence ; que de lui confier, tant qu'elle est domin&#233;e par la bourgeoisie, des missions socialistes. Nous pourrons lui arracher des concessions, mais jamais la charger de l'ex&#233;cution de notre besogne &#224; nous. Encore si nous pouvions la contr&#244;ler par une minorit&#233; assez forte pour qu'elle p&#251;t se changer en majorit&#233; d'un jour &#224; l'autre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 avril 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liebknecht vient de me jouer un vilain tour. * Il a pris de mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848-1850 tout ce qui a pu lui servir pour soutenir la tactique, &#224; tout prix paisible et anti-violente, qu'il lui pla&#238;t de pr&#234;cher depuis quelque temps, surtout en ce moment o&#249; on pr&#233;pare des lois coercitives &#224; Berlin. Mais cette tactique, je ne la pr&#234;che que pour l'Allemagne d'aujourd'hui et encore sous bonne r&#233;serve. Pour la France, la Belgique, l'Italie, l'Autriche, cette tactique ne saurait &#234;tre suivie dans son ensemble, et pour l'Allemagne elle pourra devenir inapplicable demain...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. E.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Richard Fischer&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 8 mars 1895&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Fischer,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tenu compte autant qu'il &#233;tait possible de vos pr&#233;occupations, bien que, avec la meilleure volont&#233;, je ne comprenne pas pourquoi vos r&#233;ticences commencent &#224; la moiti&#233;. * Je ne peux tout de m&#234;me pas admettre que vous ayiez l'intention de prescrire, de tout votre corps et de toute votre &#226;me, la l&#233;galit&#233; absolue, la l&#233;galit&#233; en toutes circonstances, la l&#233;galit&#233; m&#234;me vis-&#224;-vis de ceux qui frisent la l&#233;galit&#233;, bref la politique qui consiste &#224; tendre la joue gauche &#224; celui qui vous a frapp&#233; la joue droite. Dans le Vorw&#228;rts, toutefois, certains pr&#234;chent parfois la r&#233;volution, avec la m&#234;me &#233;nergie que d'autres la repoussent, comme cela se faisait autrefois et se fera peut-&#234;tre encore &#224; l'avenir. Mais, je ne peux consid&#233;rer cela comme une position comp&#233;tente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime que vous n'avez rien &#224; gagner si vous pr&#234;chez le renoncement absolu &#224; l'intervention violente. Personne ne vous croira, et aucun parti d'aucun pays ne va aussi loin dans le renoncement au droit de recourir &#224; la r&#233;sistance arm&#233;e, &#224; l'ill&#233;galit&#233;. [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui plus est, je dois tenir compte des &#233;trangers - Fran&#231;ais, Anglais, Suisses, Autrichiens, Italiens, etc. - qui lisent ce que j'&#233;cris : je ne peux me compromettre aussi compl&#232;tement &#224; leurs yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc accept&#233; vos modifications avec les exceptions suivantes- 1&#186; &#201;preuves, chez les masses, il est dit : &#171; elles doivent avoir compris pourquoi elles interviennent &#187; ; 2&#186; Le passage suivant : &#171; barrer toute la phrase de : &#171; le d&#233;clenchement sans pr&#233;paration de l'attaque &#187;, votre proposition contenant une inexactitude flagrante : le mot d'ordre &#171; d&#233;clenchement de l'attaque &#187; est utilis&#233; par les Fran&#231;ais, Italiens, etc. &#224; tout propos, mais ce n'est pas tellement s&#233;rieux ; 3&#186; &#201;preuve : &#171; Sur la r&#233;volution (Umsturz) sociale-d&#233;mocrate qui vit actuellement en s'en tenant &#224; la loi &#187;, vous voulez enlever &#171; actuellement &#187;, autrement dit transformer une tactique valable momentan&#233;ment et toute relative, en une tactique permanente et absolue. (168) Cela je ne peux pas le faire, sans me discr&#233;diter &#224; tout jamais. J'&#233;vite donc la formule de l'opposition, et je dis : &#171; Sur la r&#233;volution sociale-d&#233;mocrate, &#224; qui il convient si bien en ce moment pr&#233;cis&#233;ment de s'en tenir &#224; la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprends absolument pas pourquoi vous trouvez dangereuse ma remarque sur l'attitude de Bismarck en 1866, lorsqu'il viola la Constitution. Il s'agit d'un argument lumineux, comme aucun autre ne le serait. Mais, je veux cependant vous faire ce plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, je ne peux absolument pas continuer de la sorte. J'ai fait mon possible pour vous &#233;pargner des d&#233;sagr&#233;ments dans le d&#233;bat. Mais vous feriez mieux de pr&#233;server le point de vue selon lequel l'obligation de respecter la l&#233;galit&#233; est de caract&#232;re juridique, et non moral, comme Bogoulavski vous l'a si bien montr&#233; dans le temps, et qu'elle cesse compl&#232;tement lorsque les d&#233;tenteurs du pouvoir violent la l&#233;gislation. Mais vous avez eu la faiblesse - ou du moins certains d'entre vous -de ne pas contrer comme il fallait les pr&#233;tentions de l'adversaire : reconna&#238;tre l'obligation l&#233;gale du point de vue moral, c'est-&#224;-dire obligatoire dans toutes les circonstances, au lieu de dire : vous avez le pouvoir et vous faites les lois, si nous les violons, vous pouvez nous traiter selon ces lois, cela nous devons le supporter, et c'est tout ; nous n'avons pas d'autre devoir, vous n'avez pas d'autre droit, C'est ce qu'ont fait les catholiques sous les lois de Mai, les vieux luth&#233;riens &#224; Meissen, le soldat mennonite qui figure dans tous les journaux, et vous ne devez pas d&#233;savouer cette position. Les projets anti-s&#233;ditieux sont de toute fa&#231;on vou&#233;s &#224; la ruine : ce genre de choses ne peut m&#234;me pas se formuler et, moins encore, se r&#233;aliser, lorsque ces gens sont au pouvoir, ils r&#233;priment et s&#233;vissent de toute fa&#231;on contre vous d'une mani&#232;re ou d'une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si vous voulez expliquer aux gens du gouvernement que vous n'attendez que parce que vous n'&#234;tes pas encore assez forts pour vous d&#233;brouiller tout seuls et parce que l'arm&#233;e n'est pas encore compl&#232;tement sap&#233;e, mais alors, mes braves, pourquoi ces vantardises quotidiennes dans la presse sur les progr&#232;s et succ&#232;s gigantesques du Parti ? Tout aussi bien que nous ces gens savent que nous avan&#231;ons puissamment vers la victoire, que nous serons irr&#233;sistibles dans quelques ann&#233;es, et c'est pour cela qu'ils veulent passer &#224; l'attaque maintenant, mais h&#233;las pour eux, ils ne savent pas comment s'y prendre. Nos discours ne peuvent rien changer &#224; cela : ils le savent aussi bien que nous et ils savent tout autant que, si nous avons le pouvoir, nous l'utiliserons comme cela nous servira &#224; nous, et non &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, si la question est d&#233;battue au Comit&#233; central, pensez un peu &#224; ceci : pr&#233;servez le droit de r&#233;sistance aussi bien que Bogouslavski nous l'a pr&#233;serv&#233; ; de vieux r&#233;volutionnaires -fran&#231;ais, italiens, espagnols, hongrois, anglais - figurent parmi ceux qui vous entendent, et que -sait-on jamais combien rapidement - le temps peut revenir o&#249; les choses deviennent s&#233;rieuses avec l'&#233;limination de la l&#233;galit&#233;, qui fut r&#233;alis&#233;e autrefois &#224; Wyden. Regardez donc les Autrichiens qui aussi ouvertement que possible menacent de la violence, si le suffrage universel n'est pas bient&#244;t instaur&#233;. Pensez &#224; vos propres ill&#233;galit&#233;s sous le r&#233;gime des lois anti-socialistes auquel on voudrait vous soumettre de nouveau. L&#233;galit&#233; aussi longtemps que cela nous arrange, mais pas de l&#233;galit&#233; &#224; tout prix, m&#234;me en paroles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ton F. E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de l'Adresse sur la guerre civile, Marx &#233;crit &#224; ce propos : &#171; Sur la base existante de son organisation militaire, Paris &#233;difia une f&#233;d&#233;ration politique, selon un plan tr&#232;s simple. Elle consistait en une association de toute la Garde nationale, unie en toutes ses parties par les d&#233;l&#233;gu&#233;s de chaque compagnie, d&#233;signant &#224; leur tour les d&#233;l&#233;gu&#233;s de bataillons, qui, &#224; leur tour, d&#233;signaient des d&#233;l&#233;gu&#233;s g&#233;n&#233;raux, les g&#233;n&#233;raux de l&#233;gion - chacun d'eux devant repr&#233;senter un arrondissement et coop&#233;rer avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des 19 autres arrondissements. Ces 20 d&#233;l&#233;gu&#233;s, &#233;lus &#224; la majorit&#233; par les bataillons de la Garde nationale, composaient le Comit&#233; central, qui, le 18 mars, prit l'initiative de la plus grande r&#233;volution de notre si&#232;cle... &#187; (cf. &#201;d. Soc., p. 209).&lt;br class='autobr' /&gt;
La forme prise d&#232;s le d&#233;but par la Commune confirme ainsi les id&#233;es de Marx et d'Engels sur la dictature du prol&#233;tariat, dont l'&#201;tat est une superstructure de force, violence concentr&#233;e de la classe au pouvoir : &#171; La r&#233;volution tout court - c'est-&#224;-dire le renversement du pouvoir existant et la d&#233;sagr&#233;gation des anciens rapports sociaux - est un acte politique. Le socialisme ne peut se r&#233;aliser sans cette r&#233;volution. Il lui faut cet acte politique dans la mesure o&#249; il a besoin de d&#233;truire et de dissoudre. Mais le socialisme repousse l'enveloppe politique l&#224; o&#249; commence son activit&#233; organisatrice, l&#224; o&#249; il poursuit son but &#224; lui, l&#224; o&#249; il est lui-m&#234;me. &#187; (Marx, le 10 ao&#251;t 1844, in &#201;crits militaires, p. 175-176). La Commune repr&#233;sentant tout cela, n'est donc plus un &#201;tat au sens propre, cf. Engels &#224; Bebel, 16-18 mars 1875.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] La domination &#233;conomique de la bourgeoisie se compl&#232;te par une domination politique, qui &#233;tend le r&#232;gne de la bourgeoisie &#224; toute la nation et &#224; toutes les activit&#233;s. Les superstructures de l'&#201;tat bourgeois ont un caract&#232;re &#224; la fois historique et &#233;conomique : &#171; La violence (c'est-&#224;-dire le pouvoir &#233;tatique) est elle aussi une puissance &#233;conomique &#187;, &#233;crit Engels &#224; Schmidt, le 27 octobre 1890.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie n'est pleinement d&#233;velopp&#233;e qu'&#224; partir du moment o&#249; elle ne domine pas seulement la production sociale, mais a &#233;cart&#233; du pouvoir les classes f&#233;odales ou a cess&#233; de partager le pouvoir avec elles, autrement dit lorsqu'elle a instaur&#233; la R&#233;publique. Mais le mot de R&#233;publique pr&#234;te &#224; confusion. De nos jours, la bourgeoisie anglaise domine parfaitement avec la monarchie constitutionnelle et gouverne sans partage. Mais tant que l'&#201;tat bourgeois n'a pas atteint son plein &#233;panouissement, Marx et Engels admettaient que le prol&#233;tariat puisse utiliser l'&#201;tat faiblement d&#233;velopp&#233; de la bourgeoisie, &#171; le mouvement r&#233;publicain ne peut se d&#233;velopper sans transcro&#238;tre en mouvement de la classe ouvri&#232;re &#187; (cf. supra, p. 104). Autrement dit, il &#233;tait possible d'am&#233;nager l'&#201;tat bourgeois peu d&#233;velopp&#233;, en le modifiant dans le sens des int&#233;r&#234;ts ouvriers, en dictature du prol&#233;tariat. C'est dire qu'il &#233;tait possible de prendre pacifiquement le pouvoir. Cette hypoth&#232;se historique ne s'est pas v&#233;rifi&#233;e, et partout, il faut maintenant commencer &#224; briser par la violence l'appareil d'&#201;tat bourgeois, comme l'a enseign&#233; la Commune. L&#233;nine en explique les raisons : &#171; la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat, c'est la violence exerc&#233;e contre la bourgeoisie ; et cette violence est n&#233;cessit&#233;e surtout, comme Marx et Engels l'ont expliqu&#233; maintes fois et de la fa&#231;on la plus explicite (notamment dans la Guerre civile en France et dans la pr&#233;face de cet ouvrage), par l'existence du militarisme et de la bureaucratie. Or, ce sont justement ces institutions, justement en Angleterre et en Am&#233;rique, qui, justement dans les ann&#233;es 70, &#233;poque &#224; laquelle Marx fit sa remarque, n'existaient pas. Maintenant, elles existent et en Angleterre et en Am&#233;rique. Cf. la R&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky, in V. L&#233;nine, la Commune de Paris, p. 100. En effet, dans un discours tenu apr&#232;s le Congr&#232;s de La Haye en Septembre 1872, Marx avait fait la remarque qu'il &#233;tait possible de prendre le pouvoir pacifiquement en Hollande, Angleterre, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre le fascisme a &#233;t&#233; fauss&#233;e, en Italie et en Allemagne, par l'id&#233;e qu'il fallait d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise, en s'alliant avec les sociaux-d&#233;mocrates (qui avaient pourtant assassin&#233; Rosa Luxembourg et Liebknecht) ainsi que les d&#233;mocrates et r&#233;publicains bourgeois ou petits-bourgeois, qui furent en r&#233;alit&#233; les complices - conscients ou inconscients - du fascisme : sur une base aussi erron&#233;e, la lutte des communistes fut impuissante &#224; emp&#234;cher l'av&#232;nement des r&#233;gimes fascistes. Pour la d&#233;finition de la strat&#233;gie de lutte efficace contre le fascisme, cf. Communisme et fascisme, &#201;ditions &#171; Programme communiste &#187;, 1970, p. 35-158. La pr&#233;face &#224; ce choix de textes des ann&#233;es 20 est erron&#233;e, car elle cite p&#234;le-m&#234;le des d&#233;clarations et actes de la droite du centre et de la gauche du parti communiste allemand, dont elle exag&#232;re l'incoh&#233;rence, tandis qu'elle pr&#233;sente l'attitude du parti communiste italien comme infiniment plus coh&#233;rente en ne citant que des textes de la Gauche. Cette introduction d&#233;nigre ainsi syst&#233;matiquement les camarades et les ouvriers allemands, qui lutt&#232;rent les armes &#224; la main et furent soumis a une forte pression id&#233;ologique ext&#233;rieure (Zinoviev, Radek, Staline, etc.) qui changea sans arr&#234;t la direction du parti communiste allemand, en m&#234;me temps que sa politique et sa strat&#233;gie : cf. Trotsky, l'Internationale communiste apr&#232;s L&#233;nine, Paris, P.U.F. 1969, 2 vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Cf. la traduction fran&#231;aise in la Guerre civile en France. 1871, op. cit., p. 291-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]Cf. plus haut &#224; la &#171; Pr&#233;face de 1872 au Manifeste Communiste &#187; o&#249; Marx et Engels affirment que l'une des le&#231;ons essentielles de la Commune a &#233;t&#233; qu'on ne peut utiliser l'appareil d'&#201;tat bourgeois : il faut le briser et cr&#233;er un &#201;tat prol&#233;tarien pour faire des transformations socialistes. Cela exclut la participation de communistes marxistes &#224; un gouvernement bourgeois. Engels le dit express&#233;ment, et ce dans deux hypoth&#232;ses : 1&#186; en cas de victoire de la d&#233;mocratie dans la r&#233;volution : &#171; Apr&#232;s la victoire commune, on pourrait nous offrir quelques si&#232;ges au gouvernement - mais TOUJOURS en minorit&#233;. Cela est le plus grand danger. Apr&#232;s F&#233;vrier 1848, les d&#233;mocrates socialistes fran&#231;ais (&#171; R&#233;forme &#187;, Ledru-Rollin, L. Blanc, Flocon, etc.) ont commis la faute d'accepter de pareils si&#232;ges. Minorit&#233; au gouvernement des r&#233;publicains purs (&#171; National &#187;, Marrast, Bastide, Marie), ils ont partag&#233; volontairement la responsabilit&#233; de toutes les infamies vot&#233;es et commises par la majorit&#233;, de toutes les trahisons de la classe ouvri&#232;re &#224; l'int&#233;rieur. Et pendant que tout cela se passait, la classe ouvri&#232;re &#233;tait paralys&#233;e par la pr&#233;sence au gouvernement de ces messieurs, qui pr&#233;tendaient l'y repr&#233;senter. &#187; Engels, &#224; F. Turati, le 26 janvier 1894 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#186; En cas de victoire &#233;lectorale des seuls socialistes : &#171; Avant tout, je n'ai pas dit que &#171; le parti socialiste obtiendra la majorit&#233; et prendra ensuite le pouvoir &#187;. J'ai dit express&#233;ment, au contraire, qu'il y a dix probabilit&#233;s contre une que ceux qui sont au pouvoir utiliseront auparavant la force contre nous ; cela nous ram&#232;nerait du terrain de la majorit&#233; sur celui de la r&#233;volution. &#187; Fr. Engels, &#224; G. Bosio, le 6 f&#233;vrier 1892.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Marx estimait que la Commune &#233;tait fort &#233;loign&#233;e d'introduire le socialisme en France. En fait, elle inaugurait une longue phase de dictature du prol&#233;tariat et de luttes de classes farouches : telle &#233;tait aussi la conception de L&#233;nine pour lequel la r&#233;volution russe &#233;tait le premier acte de la r&#233;volution mondiale, contrairement &#224; Staline qui y vit le moyen de construire, dans un seul pays, le socialisme, au sens &#233;conomique et social. Dans sa premi&#232;re &#233;bauche de la Guerre civile en France, Marx &#233;crit : &#171; La Commune ne supprime pas les luttes de classes, par lesquelles la classe ouvri&#232;re s'efforce d'abolir toutes les classes et, par suite, toute domination de classe.... mais elle cr&#233;e l'ambiance rationnelle dans laquelle cette lutte de classe peut passer par ses diff&#233;rentes phases de la fa&#231;on la plus rationnelle et la plus humaine. Elle peut &#234;tre le point de d&#233;part de r&#233;actions violentes et, de r&#233;volutions tout aussi violentes &#187; (op. cit., pp. 215-216).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Marx fait allusion &#224; l'intrusion d'&#233;l&#233;ments douteux et de tra&#238;tres dans le Comit&#233; central de la Garde nationale parisienne, qui comprenait des blanquistes, des n&#233;o-jacobins, des proudhoniens, etc. La composition disparate de ce Conseil fut &#224; l'origine d'h&#233;sitations, de mollesse et de diverses erreurs (par exemple : ne pas attaquer Versailles, au moment o&#249; la r&#233;action ne s'y &#233;tait pas encore organis&#233;e, etc.). Marx attribue ici ces erreurs &#224; la doctrine proudhonienne de l'abstention en mati&#232;re politique : on notera que Tolain, proudhonien de droite, ne craignit pas de si&#233;ger dans l'Assembl&#233;e versaillaise. La Commune, &#233;lue le 26 mars, fut encore plus disparate, et prit encore moins d'initiatives, cf. notes nos 104 et 105.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans une lettre du 8 mars 1881 &#224; V&#233;ra Zassoulitch, Marx expliquait que le passage par le capitalisme n'&#233;tait une fatalit&#233; que pour les pays d'Europe occidentale. Les autres pays - et notamment la Russie - eussent pu, en th&#233;orie, sauter la phase capitaliste pour arriver directement au socialisme, si la r&#233;volution socialiste s'&#233;tait r&#233;alis&#233;e en Europe occidentale, de sorte qu'elle aurait apport&#233; son aide technique, fraternelle aux pays non encore d&#233;velopp&#233;s, Cf. l'article Marx et la Russie et Lettres de Marx &#224; V&#233;ra Zassoulitch, in l'Homme et la Soci&#233;t&#233;, n&#186; 5, pp. 149-180.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;chec de la Commune aura donc eu pour cons&#233;quence de forcer la Russie &#224; passer par l'enfer capitaliste ; les communaut&#233;s rurales, au lieu de pouvoir se transformer en unit&#233;s de production socialistes, &#233;tant condamn&#233;es &#224; prendre des formes plus ou moins capitalistes d'oppression de la masse paysanne russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Vers la fin de 1893, les d&#233;put&#233;s marxistes de la Chambre fran&#231;aise se trouv&#232;rent subitement d&#233;bord&#233;s par l'arriv&#233;e du groupe Millerand-Jaur&#232;s, transfuges du groupe radical. Les millerandistes (qui furent pour la participation au gouvernement bourgeois et furent durement fustig&#233;s par Engels et L&#233;nine) eurent la majorit&#233; absolue dans le groupe socialiste et prirent la t&#234;te du seul quotidien &#171; socialiste &#187;. Outre les 12 marxistes, le groupe socialiste comptait aussi 3 ou 4 allemanistes, 2 broussistes et 4 ou 6 blanquistes contre environ 30 millerandistes. Cf. la lettre de Fr. Engels &#224; Sorge, 30 d&#233;cembre 1893, in Correspondance Fr. Engels, K. Marx et divers, publi&#233;e par F.-A. Sorge, &#201;ditions Costes, 2 vol., 1950, tome Il, pp. 307-311. Comme on le voit, l'id&#233;e de la participation de socialistes ou de communistes &#224; un gouvernement bourgeois est &#233;trang&#232;re &#224; Marx aussi bien qu'&#224; Engels et &#224; L&#233;nine ; elle contredit l'enseignement fondamental de la Commune : briser la machine d'&#201;tat bourgeoise comme premi&#232;re mesure de la r&#233;volution socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* &#192; propos de la Pr&#233;face d'Engels (1895), &#224; Luttes de classes en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* Engels fait allusion &#224; sa Pr&#233;face du 3 mars 1895, cf. les Luttes de classes en France, le 18-Brumaire de Louis Bonaparte, Paris, &#201;d. Soc., 1948, pp. 21-38.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] M&#234;me au temps o&#249; le prol&#233;tariat pouvait prendre le pouvoir pacifiquement, il devait utiliser la violence pour transformer l'&#233;conomie capitaliste en &#233;conomie socialiste (cf. les mesures despotiques du Manifeste communiste de 1848). Mais il se trouve que les violences exerc&#233;es par l'&#201;tat sont l&#233;gales et, de ce fait, consid&#233;r&#233;es comme justes. M&#234;me si le grand nombre est de cet avis, le marxisme estime que l'&#201;tat est toujours violence concentr&#233;e, et la justice violence l&#233;galis&#233;e. M&#234;me la d&#233;mocratie n'est pas le but du communisme, puisqu'elle signifie que la minorit&#233; s'incline devant la majorit&#233;, dont le gouvernement s'appuie sur la force : cf. Marx-Engels, &#201;crits militaires, p. 127, Un parti &#233;tant un premier pas vers le gouvernement, forme concentr&#233;e de la violence, ne peut donc se taxer de parti de la paix et de la non-violence sans nier sa raison d'&#234;tre. Fid&#232;le disciple de Marx-Engels, L&#233;nine consid&#233;rait le communisme comme l'abolition des classes et de l'&#201;tat, et donc la fin de la d&#233;mocratie, cf L&#233;nine, l'&#201;tat et la r&#233;volution, chap. 6 : &#171; Engels et la suppression de la d&#233;mocratie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, L'Etat et la r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re pr&#233;face &#224; une nouvelle &#233;dition allemande du Manifeste communiste, sign&#233;e de ses deux auteurs, est dat&#233;e du 24 juin 1872. Karl Marx et Friedrich Engels y d&#233;clarent que le programme du Manifeste communiste &#034;est aujourd'hui vieilli sur certains points&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, notamment, a d&#233;montr&#233;, poursuivent-ils, que la &#034;classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te et de la faire fonctionner pour son propre compte.&#034;&#034;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers mots de cette citation, mis entre guillemets, sont emprunt&#233;s par les auteurs &#224; l'ouvrage de Marx La Guerre civile en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Marx et Engels attribuaient &#224; l'une des le&#231;ons principales, fondamentales, de la Commune de Paris une port&#233;e si grande qu'ils l'ont introduite, comme une correction essentielle, dans le Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chose extr&#234;mement caract&#233;ristique : c'est pr&#233;cis&#233;ment cette correction essentielle qui a &#233;t&#233; d&#233;natur&#233;e par les opportunistes, et les neuf dixi&#232;mes, sinon les quatre-vingt-dix-neuf centi&#232;mes des lecteurs du Manifeste communiste, en ignorent certainement le sens. Nous parlerons en d&#233;tail de cette d&#233;formation un peu plus loin, dans un chapitre sp&#233;cialement consacr&#233; aux d&#233;formations. Qu'il nous suffise, pour l'instant, de marquer que l'&#034;interpr&#233;tation&#034; courante, vulgaire, de la fameuse formule de Marx cit&#233;e par nous est que celui-ci aurait soulign&#233; l'id&#233;e d'une &#233;volution lente, par opposition &#224; la prise du pouvoir, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est exactement le contraire. L'id&#233;e de Marx est que la classe ouvri&#232;re doit briser, d&#233;molir la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034;, et ne pas se borner &#224; en prendre possession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 avril 1871, c'est-&#224;-dire justement pendant la Commune, Marx &#233;crivait &#224; Kugelmann :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans le dernier chapitre de mon 18-Brumaire , je remarque, comme tu le verras si tu le relis, que la prochaine tentative de la r&#233;volution en France devra consister non plus &#224; faire passer la machine bureaucratique et militaire en d'autres mains, comme ce fut le cas jusqu'ici, mais &#224; la briser. (Soulign&#233; par Marx ; dans l'original, le mot est zerbrechen ). C'est la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire sur le continent. C'est aussi ce qu'ont tent&#233; nos h&#233;ro&#239;ques camarades de Paris&#034; (Neue Zeit , XX, 1, 1901-1902, p. 709). Les lettres de Marx &#224; Kugelmann comptent au moins deux &#233;ditions russes, dont une r&#233;dig&#233;e et pr&#233;fac&#233;e par moi.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Briser la machine bureaucratique et militaire&#034; : en ces quelques mots se trouve bri&#232;vement exprim&#233;e la principale le&#231;on du marxisme sur les t&#226;ches du prol&#233;tariat &#224; l'&#233;gard de l'Etat au cours de la r&#233;volution. Et c'est cette le&#231;on qui est non seulement tout &#224; fait oubli&#233;e, mais encore franchement d&#233;natur&#233;e par l'&#034;interpr&#233;tation&#034; dominante du marxisme, due &#224; Kautsky !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au passage du 18 Brumaire auquel se r&#233;f&#232;re Marx, nous l'avons int&#233;gralement reproduit plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points surtout sont &#224; souligner dans ce passage de Marx. En premier lieu, il limite sa conclusion au continent. Cela se concevait en 1871, quand l'Angleterre &#233;tait encore un mod&#232;le du pays purement capitaliste, mais sans militarisme et, dans une large mesure, sans bureaucratie. Aussi Marx faisait-il une exception pour l'Angleterre, o&#249; la r&#233;volution et m&#234;me la r&#233;volution populaire paraissait possible, et l'&#233;tait en effet sans destruction pr&#233;alable de la &#034;machine d'Etat toute pr&#234;te&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, en 1917, &#224; l'&#233;poque de la premi&#232;re grande guerre imp&#233;rialiste, cette restriction de Marx ne joue plus. L'Angleterre comme l'Am&#233;rique, les plus grands et les derniers repr&#233;sentants de la &#034;libert&#233;&#034; anglo-saxonne dans le monde entier (absence de militarisme et de bureaucratisme), ont gliss&#233; enti&#232;rement dans le marais europ&#233;en, fangeux et sanglant, des institutions militaires et bureaucratiques, qui se subordonnent tout et &#233;crasent tout de leur poids. Maintenant, en Angleterre comme en Am&#233;rique, &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution populaire r&#233;elle&#034;, c'est la d&#233;molition, la destruction de la &#034;machine de l'Etat toute pr&#234;te&#034; (port&#233;e en ces pays, de 1914 &#224; 1917, &#224; une perfection &#034;europ&#233;enne&#034;, commune d&#233;sormais &#224; tous les Etats imp&#233;rialistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, ce qui m&#233;rite une attention particuli&#232;re, c'est cette remarque tr&#232;s profonde de Marx que la destruction de la machine bureaucratique et militaire de l'Etat est &#034;la condition premi&#232;re de toute r&#233;volution v&#233;ritablement populaire &#034;. Cette notion de r&#233;volution &#034;populaire&#034; para&#238;t surprenante dans la bouche de Marx : et, en Russie, les adeptes de Pl&#233;khanov ainsi que les mench&#233;viks, ces disciples de Strouv&#233; qui d&#233;sirent passer pour des marxistes, seraient bien capables de qualifier son expression de &#034;lapsus&#034;. Ils ont r&#233;duit le marxisme &#224; une doctrine si platement lib&#233;rale que, en dehors de l'antith&#232;se : r&#233;volution bourgeoise et r&#233;volution prol&#233;tarienne, rien n'existe pour eux ; encore con&#231;oivent-ils cette antith&#232;se d'une mani&#232;re on ne peut plus scolastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend, &#224; titre d'exemple, les r&#233;volutions du XXe si&#232;cle, force sera de reconna&#238;tre que, de toute &#233;vidence, les r&#233;volutions portugaise et turque sont bourgeoises. Mais ni l'une, ni l'autre ne sont &#034;populaires&#034;, puisque la masse du peuple, son immense majorit&#233;, n'intervient d'une fa&#231;on visible, active, autonome, avec ses revendications &#233;conomiques et politiques propres, ni dans l'une, ni dans l'autre de ces r&#233;volutions. Par contre, la r&#233;volution bourgeoise russe de 1905-1907, sans avoir remport&#233; des succ&#232;s aussi &#034;&#233;clatants&#034; que ceux qui &#233;churent de temps &#224; autre aux r&#233;volutions portugaise et turque, a &#233;t&#233; sans conteste une r&#233;volution &#034;v&#233;ritablement populaire&#034;. Car la masse du peuple, sa majorit&#233;, ses couches sociales &#034;inf&#233;rieures&#034; les plus profondes, accabl&#233;es par le joug et l'exploitation, se sont soulev&#233;es spontan&#233;ment et ont laiss&#233; sur toute la marche de la r&#233;volution l'empreinte de leurs revendications, de leurs tentatives de construire &#224; leur mani&#232;re une soci&#233;t&#233; nouvelle &#224; la place de l'ancienne en cours de destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1871, le prol&#233;tariat ne formait la majorit&#233; du peuple dans aucun pays du continent europ&#233;en. La r&#233;volution ne pouvait &#234;tre &#034;populaire&#034; et entra&#238;ner v&#233;ritablement la majorit&#233; dans le mouvement qu'en englobant et le prol&#233;tariat et la paysannerie. Le &#034;peuple&#034; &#233;tait justement form&#233; de ces deux classes. Celles-ci sont unies par le fait que la &#034;machine bureaucratique et militaire de l'Etat&#034; les opprime, les &#233;crase, les exploite. Briser cette machine, la d&#233;molir , tel est v&#233;ritablement l'int&#233;r&#234;t du &#034;peuple&#034;, de sa majorit&#233;, des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans ; telle est la &#034;condition premi&#232;re&#034; de la libre alliance des paysans pauvres et des prol&#233;taires ; et sans cette alliance, pas de d&#233;mocratie solide, pas de transformation socialiste possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers cette alliance, on le sait, que la Commune de Paris se frayait la voie. Elle n'atteignit pas son but pour diverses raisons d'ordre int&#233;rieur et ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, en parlant d'une &#034;r&#233;volution v&#233;ritablement populaire&#034;, et sans oublier le moins du monde les traits particuliers de la petite bourgeoisie (dont il a beaucoup et souvent parl&#233;), Marx tenait compte avec la plus grande rigueur des v&#233;ritables rapports de classes dans la plupart des Etats continentaux d'Europe en 1871. D'autre part, il constatait que la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine de l'Etat est dict&#233;e par les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans, qu'elle les unit et leur assigne une t&#226;che commune : la suppression de ce &#034;parasite&#034; et son remplacement par quelque chose de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quoi pr&#233;cis&#233;ment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. PAR QUOI REMPLACER LA MACHINE D'ETAT DEMOLIE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette question Marx ne donnait encore, en 1847, dans le Manifeste communiste , qu'une r&#233;ponse tout &#224; fait abstraite, ou plut&#244;t une r&#233;ponse indiquant les probl&#232;mes, mais non les moyens de les r&#233;soudre. La remplacer par l'&#034;organisation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034;, par la &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;, telle &#233;tait la r&#233;ponse du Manifeste communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans verser dans l'utopie, Marx attendait de l'exp&#233;rience du mouvement de masse la r&#233;ponse &#224; la question de savoir quelles formes concr&#232;tes prendrait cette organisation du prol&#233;tariat en tant que classe dominante, de quelle mani&#232;re pr&#233;cise cette organisation se concilierait avec la plus enti&#232;re, la plus cons&#233;quente &#034;conqu&#234;te de la d&#233;mocratie&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi limit&#233;e qu'ait &#233;t&#233; l'exp&#233;rience de la Commune, Marx la soumet &#224; une analyse des plus attentives dans sa Guerre civile en France. Citons les principaux passages de cet &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIXe si&#232;cle s'est d&#233;velopp&#233;, transmis par le moyen &#226;ge, &#034;le pouvoir centralis&#233; de l'Etat, avec ses organes, partout pr&#233;sents : arm&#233;e permanente, police, bureaucratie, clerg&#233; et magistrature&#034;. En raison du d&#233;veloppement de l'antagonisme de classe entre le Capital et le Travail, &#034;le pouvoir d'Etat prenait de plus en plus le caract&#232;re d'un pouvoir public organis&#233; aux fins de l'asservissement de la classe ouvri&#232;re, d'un appareil de domination de classe. Apr&#232;s chaque r&#233;volution qui marque un progr&#232;s de la lutte des classes, le caract&#232;re purement r&#233;pressif du pouvoir d'Etat appara&#238;t de fa&#231;on de plus en plus ouverte&#034;. Apr&#232;s la R&#233;volution de 1848-1849, le pouvoir d'Etat devient &#034;l'engin de guerre national du Capital contre le Travail&#034;. Le Second Empire ne fait que le consolider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'antith&#232;se directe de l'Empire fut la Commune&#034;. &#034;La Commune fut la forme positive&#034; &#034;d'une r&#233;publique qui ne devait pas seulement abolir la forme monarchique de la domination de classe, mais la domination de classe elle-m&#234;me.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi consistait pr&#233;cis&#233;ment cette forme &#034;positive&#034; de r&#233;publique prol&#233;tarienne socialiste ? Quel &#233;tait l'Etat qu'elle avait commenc&#233; de fonder ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le premier d&#233;cret de la commune fut... la suppression de l'arm&#233;e permanente, et son remplacement par le peuple en armes.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette revendication figure maintenant au programme de tous les partis qui se r&#233;clament du socialisme. Mais ce que valent leurs programmes, c'est ce qu'illustre au mieux l'attitude de nos socialistes-r&#233;volutionnaires et de nos mench&#233;viks qui, justement apr&#232;s la r&#233;volution du 27 f&#233;vrier, ont en fait refus&#233; de donner suite &#224; cette revendication !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune fut compos&#233;e des conseillers municipaux, &#233;lus au suffrage universel dans les divers arrondissements de la ville. Ils &#233;taient responsables et r&#233;vocables &#224; tout moment. La majorit&#233; de ses membres &#233;taient naturellement des ouvriers ou des repr&#233;sentants reconnus de la classe ouvri&#232;re.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de continuer d'&#234;tre l'instrument du gouvernement central, la police fut imm&#233;diatement d&#233;pouill&#233;e de ses attributs politiques et transform&#233;e en un instrument de la Commune, responsable et &#224; tout instant r&#233;vocable. Il en fut de m&#234;me pour les fonctionnaires de toutes les autres branches de l'administration. Depuis les membres de la Commune jusqu'au bas de l'&#233;chelle, la fonction publique devait &#234;tre assur&#233;e pour des salaires d'ouvriers. Les b&#233;n&#233;fices d'usage et les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation des hauts dignitaires de l'Etat disparurent avec ces hauts dignitaires eux-m&#234;mes... Une fois abolies l'arm&#233;e permanente et la police, instruments du pouvoir mat&#233;riel de l'ancien gouvernement, la Commune se donna pour t&#226;che de briser l'outil spirituel de l'oppression, le &#034;pouvoir des pr&#234;tres&#034;... Les fonctionnaires de la justice furent d&#233;pouill&#233;s de leur feinte ind&#233;pendance... ils devaient &#234;tre &#233;lectifs, responsables et r&#233;vocables.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la Commune semblait avoir remplac&#233; la machine d'Etat bris&#233;e en instituant une d&#233;mocratie &#034;simplement&#034; plus compl&#232;te : suppression de l'arm&#233;e permanente, &#233;lectivit&#233; et r&#233;vocabilit&#233; de tous les fonctionnaires sans exception. Or, en r&#233;alit&#233;, ce &#034;simplement&#034; repr&#233;sente une oeuvre gigantesque : le remplacement d'institutions par d'autres fonci&#232;rement diff&#233;rentes. C'est l&#224; justement un cas de &#034;transformation de la quantit&#233; en qualit&#233;&#034; : r&#233;alis&#233;e de cette fa&#231;on, aussi pleinement et aussi m&#233;thodiquement qu'il est possible de le concevoir, la d&#233;mocratie, de bourgeoise, devient prol&#233;tarienne ; d'Etat (=pouvoir sp&#233;cial destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e), elle se transforme en quelque chose qui n'est plus, &#224; proprement parler, un Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mater la bourgeoisie et briser sa r&#233;sistance n'en reste pas moins une n&#233;cessit&#233;. Cette n&#233;cessit&#233; s'imposait particuli&#232;rement &#224; la Commune, et l'une des causes de sa d&#233;faite est qu'elle ne l'a pas fait avec assez de r&#233;solution. Mais ici, l'organisme de r&#233;pression est la majorit&#233; de la population et non plus la minorit&#233;, ainsi qu'avait toujours &#233;t&#233; le cas au temps de l'esclavage comme au temps du servage et de l'esclavage salari&#233;. Or, du moment que c'est la majorit&#233; du peuple qui mate elle-m&#234;me ses oppresseurs, il n'est plus besoin d'un &#034;pouvoir sp&#233;cial&#034; de r&#233;pression ! C'est en ce sens que l'Etat commence &#224; s'&#233;teindre. Au lieu d'institutions sp&#233;ciales d'une minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e (fonctionnaires privil&#233;gi&#233;s, chefs de l'arm&#233;e permanente), la majorit&#233; elle-m&#234;me peut s'acquitter directement de ces t&#226;ches ; et plus les fonctions du pouvoir d'Etat sont exerc&#233;es par l'ensemble du peuple, moins ce pouvoir devient n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet &#233;gard, une des mesures prises par la Commune, et que Marx fait ressortir, est particuli&#232;rement remarquable : suppression de toutes les indemnit&#233;s de repr&#233;sentation, de tous les privil&#232;ges p&#233;cuniaires attach&#233;s au corps des fonctionnaires, r&#233;duction des traitements de tous les fonctionnaires au niveau des &#034;salaires d'ouvriers &#034;. C'est l&#224; justement qu'appara&#238;t avec le plus de relief le tournant qui s'op&#232;re de la d&#233;mocratie bourgeoise &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, de la d&#233;mocratie des oppresseurs &#224; la d&#233;mocratie des classes opprim&#233;es, de l'Etat en tant que &#034;pouvoir sp&#233;cial &#034; destin&#233; &#224; mater une classe d&#233;termin&#233;e &#224; la r&#233;pression exerc&#233;e sur les oppresseurs par le pouvoir g&#233;n&#233;ral de la majorit&#233; du peuple, des ouvriers et des paysans. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment sur ce point, particuli&#232;rement frappant et le plus important peut-&#234;tre en ce qui concerne la question de l'Etat, que les enseignements de Marx sont le plus oubli&#233;s ! Les commentaires de vulgarisation - ils sont innombrables - n'en parlent pas. Il est &#034;d'usage&#034; de taire cela comme une &#034;na&#239;vet&#233;&#034; qui a fait son temps, &#224; la mani&#232;re des chr&#233;tiens qui, une fois leur culte devenu religion d'Etat, ont &#034;oubli&#233;&#034; les &#034;na&#239;vet&#233;s&#034; du christianisme primitif avec son esprit r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;duction du traitement des hauts fonctionnaires de l'Etat appara&#238;t &#034;simplement&#034; comme la revendication d'un d&#233;mocratisme na&#239;f, primitif. Un des &#034;fondateurs&#034; de l'opportunisme moderne, l'ex-social-d&#233;mocrate Ed. Bernstein, s'est maintes fois exerc&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter les plates railleries bourgeoises contre le d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034;. Comme tous les opportunistes, comme les kautskistes de nos jours, il n'a pas du tout compris, premi&#232;rement, qu'il est impossible de passer du capitalisme au socialisme sans un certain &#034;retour&#034; au d&#233;mocratisme &#034;primitif&#034; (car enfin, comment s'y prendre autrement pour faire en sorte que les fonctions de l'Etat soient exerc&#233;es par la majorit&#233;, par la totalit&#233; de la population ?) et, deuxi&#232;mement, que le &#034;d&#233;mocratisme primitif&#034; bas&#233; sur le capitalisme et la culture capitaliste n'est pas le d&#233;mocratisme primitif des &#233;poques anciennes ou pr&#233;capitalistes. La culture capitaliste a cr&#233;&#233; la grande production, les fabriques, les chemins de fer, la poste, le t&#233;l&#233;phone, etc. Et, sur cette base l'immense majorit&#233; des fonctions du vieux &#034;pouvoir d'Etat&#034; se sont tellement simplifi&#233;es, et peuvent &#234;tre r&#233;duites &#224; de si simples op&#233;rations d'enregistrement, d'inscription, de contr&#244;le, qu'elles seront parfaitement &#224; la port&#233;e de toute personne pourvue d'une instruction primaire, qu'elles pourront parfaitement &#234;tre exerc&#233;es moyennant un simple &#034;salaire d'ouvrier&#034; ; ainsi l'on peut (et l'on doit) enlever &#224; ces fonctions tout caract&#232;re privil&#233;gi&#233;, &#034;hi&#233;rarchique&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Electivit&#233; compl&#232;te, r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment de tous les fonctionnaires sans exception, r&#233;duction de leurs traitements au niveau d'un normal &#034;salaire d'ouvrier&#034;, ces mesures d&#233;mocratiques simples et &#034;allant de soi&#034;, qui rendent parfaitement solidaires les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et de la majorit&#233; des paysans, servent en m&#234;me temps de passerelle conduisant du capitalisme au socialisme. Ces mesures concernent la r&#233;organisation de l'Etat, la r&#233;organisation purement politique de la soci&#233;t&#233;, mais elles ne prennent naturellement tout leur sens et toute leur valeur que rattach&#233;es &#224; la r&#233;alisation ou &#224; la pr&#233;paration de l'&#034;expropriation des expropriateurs&#034;, c'est-&#224;-dire avec la transformation de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e capitaliste des moyens de production en propri&#233;t&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, a r&#233;alis&#233; ce mot d'ordre de toutes les r&#233;volutions bourgeoises, le gouvernement &#224; bon march&#233;, en abolissant ces deux grandes sources de d&#233;penses : l'arm&#233;e permanente et le fonctionnarisme d'Etat.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une infime minorit&#233; de la paysannerie ainsi que des autres couches de la petite bourgeoisie s'&#034;&#233;l&#232;ve&#034;, &#034;arrive&#034; au sens bourgeois du mot, c'est-&#224;-dire que seuls quelques individus deviennent ou des gens ais&#233;s, des bourgeois, ou des fonctionnaires nantis et privil&#233;gi&#233;s. L'immense majorit&#233; des paysans, dans tout pays capitaliste o&#249; il existe une paysannerie (et ces pays sont en majorit&#233;), sont opprim&#233;s par le gouvernement et aspirent &#224; le renverser ; ils aspirent &#224; un gouvernement &#034;&#224; bon march&#233;&#034;. Le prol&#233;tariat peut seul, s'acquitter de cette t&#226;che et, en l'ex&#233;cutant, il fait du m&#234;me coup un pas vers la r&#233;organisation socialiste de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. SUPPRESSION DU PARLEMENTARISME&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Commune, &#233;crivait Marx, devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Au lieu de d&#233;cider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante &#034;devait repr&#233;senter&#034; et fouler aux pieds [ver-und zertreten] le peuple au Parlement, le suffrage universel devait servir au peuple constitu&#233; en communes, comme le suffrage individuel sert &#224; tout autre employeur en qu&#234;te d'ouvriers, de surveillants, de comptables pour ses entreprises.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette remarquable critique du parlementarisme, formul&#233;e en 1871, est elle aussi aujourd'hui, du fait de la domination du social-chauvinisme et de l'opportunisme, au nombre des &#034;paroles oubli&#233;es&#034; du marxisme. Les ministres et les parlementaires de profession, les tra&#238;tres au prol&#233;tariat et les socialistes &#034;pratiques&#034; d'&#224; pr&#233;sent ont enti&#232;rement laiss&#233; aux anarchistes le soin de critiquer le parlementarisme ; et, pour cette raison d'une logique surprenante, ils qualifient d'&#034;anarchiste&#034; toute critique du parlementarisme ! ! On ne saurait s'&#233;tonner que le prol&#233;tariat des pays parlementaires &#034;avanc&#233;s&#034;, &#233;coeur&#233; &#224; la vue de &#034;socialistes&#034; tels que les Scheidemann, David, Legien, Sembat, Renaudel, Henderson, Vandervelde, Stauning, Branting, Bissolati et Cie, ait de plus en plus souvent accord&#233; ses sympathies &#224; l'anarcho-syndicalisme, encore que celui-ci soit le fr&#232;re jumeau de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour Marx, la dialectique r&#233;volutionnaire n'a jamais &#233;t&#233; cette vaine phras&#233;ologie &#224; la mode, ce hochet qu'en ont fait Pl&#233;khanov, Kautsky et les autres. Marx a su rompre impitoyablement avec l'anarchisme pour son impuissance &#224; utiliser m&#234;me l'&#034;&#233;curie&#034; du parlementarisme bourgeois, surtout lorsque la situation n'est manifestement pas r&#233;volutionnaire ; mais il a su, en m&#234;me temps, donner une critique v&#233;ritablement prol&#233;tarienne et r&#233;volutionnaire du parlementarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cider p&#233;riodiquement, pour un certain nombre d'ann&#233;es, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, &#233;crasera le peuple au Parlement, telle est l'essence v&#233;ritable du parlementarisme bourgeois, non seulement dans les monarchies constitutionnelles parlementaires, mais encore dans les r&#233;publiques les plus d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on pose la question de l'Etat, si l'on consid&#232;re le parlementarisme comme une de ses institutions, du point de vue des t&#226;ches du prol&#233;tariat dans ce domaine, quel est donc le moyen de sortir du parlementarisme ? Comment peut-on s'en passer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force nous est de le dire et redire encore : les enseignements de Marx, fond&#233;s sur l'&#233;tude de la Commune, sont si bien oubli&#233;s que le &#034;social-d&#233;mocrate&#034; actuel (lisez : l'actuel tra&#238;tre au socialisme) est tout simplement incapable de concevoir une autre critique du parlementarisme que la critique anarchiste ou r&#233;actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le moyen de sortir du parlementarisme ne consiste pas &#224; d&#233;truire les organismes repr&#233;sentatifs et le principe &#233;lectif, mais &#224; transformer ces moulins &#224; paroles que sont les organismes repr&#233;sentatifs en assembl&#233;es &#034;agissantes&#034;. &#034;La Commune devait &#234;tre non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un organisme &#034;non parlementaire mais agissant&#034;, voil&#224; qui s'adresse on ne peut plus directement aux parlementaires modernes et aux &#034;toutous&#034; parlementaires de la social-d&#233;mocratie ! Consid&#233;rez n'importe quel pays parlementaire, depuis l'Am&#233;rique jusqu'&#224; la Suisse, depuis la France jusqu'&#224; l'Angleterre, la Norv&#232;ge, etc., la v&#233;ritable besogne d'&#034;Etat&#034; se fait dans la coulisse ; elle est ex&#233;cut&#233;e par les d&#233;partements, les chancelleries, les &#233;tats-majors. Dans le parlements, on ne fait que bavarder, &#224; seule fin de duper le &#034;bon peuple&#034;. Cela est si vrai que, m&#234;me dans la R&#233;publique russe, r&#233;publique d&#233;mocratique bourgeoise, tous ces vices du parlementarisme sont apparus aussit&#244;t, avant m&#234;me qu'elle ait eu le temps de constituer un v&#233;ritable parlement. Les h&#233;ros du philistinisme pourri - les Skob&#233;lev et les Ts&#233;r&#233;t&#233;li, les Tchernov et les Avksentiev - ont r&#233;ussi &#224; gangrener jusqu'aux Soviets, dont ils ont fait de st&#233;riles moulins &#224; paroles sur le mod&#232;le du plus &#233;coeurant parlementarisme bourgeois. Dans les Soviets, messieurs les ministres &#034;socialistes&#034; dupent les moujiks cr&#233;dules par leur phras&#233;ologie et leurs r&#233;solutions. Au sein du gouvernement, c'est un quadrille permanent, d'une part, pour faire asseoir &#224; tour de r&#244;le, autour de l'&#034;assiette au beurre&#034;, des sin&#233;cures lucratives et honorifiques, le plus possible de socialistes-r&#233;volutionnaires et de mench&#233;viks ; d'autre part, pour &#034;distraire l'attention&#034; du peuple. Pendant ce temps, dans les chancelleries, dans les &#233;tats-majors, on &#034;fait&#034; le travail &#034;d'Etat&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Di&#233;lo Naroda , organe des &#034;socialistes-r&#233;volutionnaires&#034;, parti dirigeant, avouait r&#233;cemment dans un &#233;ditorial, avec cette incomparable franchise des gens de la &#034;bonne soci&#233;t&#233;&#034;, o&#249; &#034;tous&#034; se livrent &#224; la prostitution politique, que m&#234;me dans les minist&#232;res appartenant aux &#034;socialistes&#034; (passez-moi le mot !), que m&#234;me l&#224; tout le vieil appareil bureaucratique reste en gros le m&#234;me, fonctionne comme par le pass&#233; et sabote en toute &#034;libert&#233;&#034; les mesures r&#233;volutionnaires ! Mais m&#234;me sans cet aveu, l'histoire de la participation des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mench&#233;viks au gouvernement n'apporte-t-elle pas la preuve concr&#232;te qu'il en est ainsi ? Ce qui est caract&#233;ristique, en l'occurrence, c'est que, si&#233;geant au minist&#232;re en compagnie des cadets, MM. Tchernov, Roussanov, Zenzinov et autres r&#233;dacteurs du Di&#233;lo Naroda poussent l'impudence jusqu'&#224; raconter en public et sans rougir, comme une chose sans cons&#233;quence, que &#034;chez eux&#034;, dans leurs minist&#232;res, tout marche comme par le pass&#233; ! ! Phras&#233;ologie d&#233;mocratique r&#233;volutionnaire pour duper Jacques Bonhomme, bureaucratisme et paperasserie pour &#034;combler d'aise&#034; les capitalistes : voil&#224; l'essence de l'&#034;honn&#234;te&#034; coalition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au parlementarisme v&#233;nal, pourri jusqu'&#224; la moelle, de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, la Commune substitue des organismes o&#249; la libert&#233; d'opinion et de discussion ne d&#233;g&#233;n&#232;re pas en duperie, car les parlementaires doivent travailler eux-m&#234;mes, appliquer eux-m&#234;mes leurs lois, en v&#233;rifier eux-m&#234;mes les effets, en r&#233;pondre eux-m&#234;mes directement devant leurs &#233;lecteurs. Les organismes repr&#233;sentatifs demeurent, mais le parlementarisme comme syst&#232;me sp&#233;cial, comme division du travail l&#233;gislatif et ex&#233;cutif, comme situation privil&#233;gi&#233;e pour les d&#233;put&#233;s, n'est plus. Nous ne pouvons concevoir une d&#233;mocratie, m&#234;me une d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, sans organismes repr&#233;sentatifs : mais nous pouvons et devons la concevoir sans parlementarisme, si la critique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est pas pour nous un vain mot, si notre volont&#233; de renverser la domination de la bourgeoisie est une volont&#233; s&#233;rieuse et sinc&#232;re et non une phrase &#034;&#233;lectorale&#034; destin&#233;e &#224; capter les voix des ouvriers, comme chez les mench&#233;viks et les socialistes-r&#233;volutionnaires, chez les Scheidemann et les Legien, les Sembat et les Vandervelde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est extr&#234;mement symptomatique que, parlant des fonctions de ce personnel administratif qu'il faut &#224; la Commune comme &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, Marx prenne comme terme de comparaison le personnel &#034;de tout autre employeur&#034;, c'est-&#224;-dire une entreprise capitaliste ordinaire avec ses &#034;ouvriers, surveillants et comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas un grain d'utopisme chez Marx ; il n'invente pas, il n'imagine pas de toutes pi&#232;ces une soci&#233;t&#233; &#034;nouvelle&#034;. Non, il &#233;tudie, comme un processus d'histoire naturelle, la naissance de la nouvelle soci&#233;t&#233; &#224; partir de l'ancienne, les formes de transition de celle-ci &#224; celle-l&#224;. Il prend l'exp&#233;rience concr&#232;te du mouvement prol&#233;tarien de masse et s'efforce d'en tirer des le&#231;ons pratiques. Il &#034;se met &#224; l'&#233;cole&#034; de la Commune, de m&#234;me que tous les grands penseurs r&#233;volutionnaires n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; se mettre &#224; l'&#233;cole des grands mouvements de la classe opprim&#233;e, sans jamais les aborder du point de vue d'une &#034;morale&#034; p&#233;dantesque (comme Pl&#233;khanov disant : &#034;Il ne fallait pas prendre les armes&#034;, ou Ts&#233;r&#233;t&#233;li : &#034;Une classe doit savoir borner elle-m&#234;me ses aspirations&#034;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne saurait &#234;tre question de supprimer d'embl&#233;e, partout et compl&#232;tement, le fonctionnarisme. C'est une utopie. Mais briser d'embl&#233;e la vieille machine administrative pour commencer sans d&#233;lai &#224; en construire une nouvelle, permettant de supprimer graduellement tout fonctionnarisme, cela n'est pas une utopie, c'est l'exp&#233;rience de la Commune, c'est la t&#226;che urgente, imm&#233;diate, du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme simplifie les fonctions administratives &#034;&#233;tatiques&#034; ; il permet de rejeter les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; et de tout ramener &#224; une organisation des prol&#233;taires (classe dominante) qui embauche, au nom de toute la soci&#233;t&#233;, &#034;des ouvriers, des surveillants, des comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des utopistes. Nous ne &#034;r&#234;vons&#034; pas de nous passer d'embl&#233;e de toute administration, de toute subordination ; ces r&#234;ves anarchistes, fond&#233;s sur l'incompr&#233;hension des t&#226;ches qui incombent &#224; la dictature du prol&#233;tariat, sont fonci&#232;rement &#233;trangers au marxisme et ne servent en r&#233;alit&#233; qu'&#224; diff&#233;rer la r&#233;volution socialiste jusqu'au jour o&#249; les hommes auront chang&#233;. Nous, nous voulons la r&#233;volution socialiste avec les hommes tels qu'ils sont aujourd'hui, et qui ne se passeront pas de subordination, de contr&#244;le, &#034;surveillants et de comptables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est au prol&#233;tariat, avant-garde arm&#233;e de tous les exploit&#233;s et de tous les travailleurs, qu'il faut se subordonner. On peut et on doit d&#232;s &#224; pr&#233;sent, du jour au lendemain, commencer &#224; remplacer les &#034;m&#233;thodes de commandement&#034; propres aux fonctionnaires publics par le simple exercice d'une &#034;surveillance et d'une comptabilit&#233;&#034;, fonctions toutes simples qui, d&#232;s aujourd'hui, sont parfaitement &#224; la port&#233;e de la g&#233;n&#233;ralit&#233; des citadins, et dont ils peuvent parfaitement s'acquitter pour des &#034;salaires d'ouvriers&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est nous-m&#234;mes, les ouvriers, qui organiserons la grande production en prenant pour point de d&#233;part ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; par le capitalisme, en nous appuyant sur notre exp&#233;rience ouvri&#232;re, en instituant une discipline rigoureuse, une discipline de fer maintenue par le pouvoir d'Etat des ouvriers arm&#233;s ; nous r&#233;duirons les fonctionnaires publics au r&#244;le de simples agents d'ex&#233;cution de nos directives, au r&#244;le &#034;de surveillants et de comptables&#034;, responsables, r&#233;vocables et modestement r&#233;tribu&#233;s (tout en conservant, bien entendu, les sp&#233;cialistes de tout genre, de toute esp&#232;ce et de tout rang) : voil&#224; notre t&#226;che prol&#233;tarienne, voil&#224; par quoi l'on peut et l'on doit commencer en accomplissant la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Ces premi&#232;res mesures, fond&#233;es sur la grande production, conduisent d'elles-m&#234;mes &#224; l'&#034;extinction&#034; graduelle de tout fonctionnarisme, &#224; l'&#233;tablissement graduel d'un ordre - sans guillemets et ne ressemblant point &#224; l'esclavage salari&#233; - o&#249; les fonctions de plus en plus simplifi&#233;es de surveillance et de comptabilit&#233; seront remplies par tout le monde &#224; tour de r&#244;le, pour ensuite devenir une habitude et dispara&#238;tre enfin en tant que fonctions sp&#233;ciales d'une cat&#233;gorie sp&#233;ciale d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un spirituel social-d&#233;mocrate allemand des ann&#233;es 70 a dit de la poste qu'elle &#233;tait un mod&#232;le d'entreprise socialiste. Rien n'est plus juste. La poste est actuellement une entreprise organis&#233;e sur le mod&#232;le du monopole capitaliste d'Etat. L'imp&#233;rialisme transforme progressivement tous les trusts en organisations de ce type. Les &#034;simples&#034; travailleurs, accabl&#233;s de besogne et affam&#233;s, y restent soumis &#224; la m&#234;me bureaucratie bourgeoise. Mais le m&#233;canisme de gestion sociale y est d&#233;j&#224; tout pr&#234;t. Une fois les capitalistes renvers&#233;s, la r&#233;sistance de ces exploiteurs mat&#233;e par la main de fer des ouvriers en armes, la machine bureaucratique de l'Etat actuel bris&#233;e, nous avons devant nous un m&#233;canisme admirablement outill&#233; au point de vue technique, affranchi de &#034;parasitisme&#034;, et que les ouvriers associ&#233;s peuvent fort bien mettre en marche eux-m&#234;mes en embauchant des techniciens, des surveillants, des comptables, en r&#233;tribuant leur travail &#224; tous, de m&#234;me que celui de tous les fonctionnaires &#034;publics&#034;, par un salaire d'ouvrier. Telle est la t&#226;che concr&#232;te, pratique, imm&#233;diatement r&#233;alisable &#224; l'&#233;gard de tous les trusts, et qui affranchit les travailleurs de l'exploitation en tenant compte de l'exp&#233;rience d&#233;j&#224; commenc&#233;e pratiquement par la Commune (surtout dans le domaine de l'organisation de l'Etat).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'&#233;conomie nationale organis&#233;e comme la poste, de fa&#231;on que les techniciens, les surveillants, les comptables re&#231;oivent, comme tous les fonctionnaires, un traitement n'exc&#233;dant pas des &#034;salaires d'ouvriers&#034;, sous le contr&#244;le et la direction du prol&#233;tariat arm&#233; : tel est notre but imm&#233;diat. Voil&#224; l'Etat dont nous avons besoin, et sa base &#233;conomique. Voil&#224; ce que donneront la suppression du parlementarisme et le maintien des organismes repr&#233;sentatifs, - voil&#224; ce qui d&#233;barrassera les classes laborieuses de la corruption de ces organismes par la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. ORGANISATION DE L'UNITE DE LA NATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Dans une br&#232;ve esquisse d'organisation nationale que la Commune n'eut pas le temps de d&#233;velopper, il est dit express&#233;ment que la Commune devait &#234;tre la forme politique m&#234;me des plus petits hameaux de campagne...&#034; Ce sont les Communes qui auraient &#233;galement &#233;lu la &#034;d&#233;l&#233;gation nationale&#034; de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les fonctions, peu nombreuses, mais importantes, qui restaient encore &#224; un gouvernement central, ne devaient pas &#234;tre supprim&#233;es, comme on l'a dit faussement, de propos d&#233;lib&#233;r&#233;, mais devaient &#234;tre confi&#233;es &#224; des&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;fonctionnaires communaux, autrement dit strictement responsables&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'unit&#233; de la nation ne devait pas &#234;tre bris&#233;e, mais au contraire organis&#233;e par la Constitution communale ; elle devait devenir une r&#233;alit&#233; gr&#226;ce &#224; la destruction du pouvoir d'Etat qui pr&#233;tendait &#234;tre l'incarnation de cette unit&#233;, mais voulait &#234;tre ind&#233;pendant de la nation m&#234;me, et sup&#233;rieur &#224; elle, alors qu'il n'en &#233;tait qu'une excroissance parasitaire. Tandis qu'il importait d'amputer les organes purement r&#233;pressifs de l'ancien pouvoir gouvernemental, ses fonctions l&#233;gitimes devaient &#234;tre arrach&#233;es &#224; une autorit&#233; qui pr&#233;tendait se placer au-dessus de la soci&#233;t&#233;, et rendues aux serviteurs responsables de la soci&#233;t&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quel point les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine n'ont pas compris - il serait peut-&#234;tre plus juste de dire : n'ont pas voulu comprendre-ces consid&#233;rations de Marx - c'est ce que montre on ne peut mieux le livre : Les Pr&#233;misses du socialisme et les t&#226;ches de le social-d&#233;mocratie, par lequel le ren&#233;gat Bernstein s'est acquis une c&#233;l&#233;brit&#233; &#224; la mani&#232;re d'Erostrate. Pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du passage de Marx, que nous venons de citer, Bernstein &#233;crivait que ce programme, &#034;par son contenu politique, accuse, dans tous ses traits essentiels, une ressemblance frappante avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon... En d&#233;pit de toutes les divergences existant, par ailleurs, entre Marx et le &#034;petit-bourgeois&#034; Proudhon (Bernstein &#233;crit &#034;petit-bourgeois&#034; entre guillemets, entendant y mettre de l'ironie), leur fa&#231;on de voir est sur ces points, semblable au possible&#034;. Sans doute, continue Bernstein, l'importance des municipalit&#233;s grandit, mais &#034;il me para&#238;t douteux que la premi&#232;re t&#226;che de la d&#233;mocratie soit cette suppression (&#034;Aufl&#246;sung&#034;, litt&#233;ralement : dissolution au sens propre comme au sens figur&#233;) des Etats modernes et ce changement complet (Umwandlung, m&#233;tamorphose) de leur organisation qu'imaginent Marx et Proudhon : formation d'une assembl&#233;e nationale de d&#233;l&#233;gu&#233;s des assembl&#233;es provinciales ou d&#233;partementales, lesquelles se composeraient &#224; leur tour de d&#233;l&#233;gu&#233;s des communes, de sorte que toute la forme ant&#233;rieure des repr&#233;sentations nationales dispara&#238;trait compl&#232;tement.&#034; (Bernstein, ouvr. cit&#233;, pp. 134 et 136, &#233;dit. allemande de 1899).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est tout simplement monstrueux : confondre les vues de Marx sur la &#034;destruction du pouvoir d'Etat parasite&#034; avec le f&#233;d&#233;ralisme de Proudhon ! Mais ce n'est pas un effet du hasard, car il ne vient m&#234;me pas &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que Marx, loin de traiter ici du f&#233;d&#233;ralisme par opposition au centralisme, parle de la d&#233;molition de la vieille machine d'Etat bourgeoise existant dans tous les pays bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne vient &#224; l'id&#233;e de l'opportuniste que ce qu'il voit autour de lui, dans son milieu de philistinisme petit-bourgeois et de stagnation &#034;r&#233;formiste&#034;, &#224; savoir, uniquement les &#034;municipalit&#233;s&#034; ! Quant &#224; la r&#233;volution du prol&#233;tariat, l'opportuniste a d&#233;sappris m&#234;me d'y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est ridicule. Mais il est remarquable que, sur ce point, on n'ait pas discut&#233; avec Bernstein. Beaucoup l'ont r&#233;fut&#233;, en particulier Pl&#233;khanov parmi les auteurs russes, et Kautsky parmi les auteurs d'Europe occidentale ; cependant, ni l'un ni l'autre n'ont rien dit de cette d&#233;formation de Marx par Bernstein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opportuniste a si bien d&#233;sappris &#224; penser r&#233;volutionnairement et &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la r&#233;volution qu'il voit du &#034;f&#233;d&#233;ralisme&#034; chez Marx, ainsi confondu avec le fondateur de l'anarchisme, Proudhon. Et Kautsky, et Pl&#233;khanov, qui pr&#233;tendent &#234;tre des marxistes orthodoxes et vouloir d&#233;fendre la doctrine du marxisme r&#233;volutionnaire, se taisent l&#224;-dessus. On d&#233;couvre ici l'une des racines de cette extr&#234;me indigence de vues sur la diff&#233;rence entre le marxisme et l'anarchisme, qui caract&#233;rise les kautskistes aussi bien que les opportunistes et dont nous aurons encore &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les consid&#233;rations d&#233;j&#224; cit&#233;es de Marx sur l'exp&#233;rience de la Commune, il n'y a pas trace de f&#233;d&#233;ralisme. Marx s'accorde avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment sur un point que l'opportuniste Bernstein n'aper&#231;oit pas. Marx est en d&#233;saccord avec Proudhon pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; Bernstein les voit s'accorder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx s'accorde avec Proudhon en ce sens que tous deux sont pour la &#034;d&#233;molition&#034; de la machine d'Etat actuelle. Cette similitude du marxisme avec l'anarchisme (avec Proudhon comme avec Bakounine), ni les opportunistes, ni les kautskistes ne veulent l'apercevoir, car, sur ce point, ils se sont &#233;loign&#233;s du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx est en d&#233;saccord et avec Proudhon et avec Bakounine pr&#233;cis&#233;ment &#224; propos du f&#233;d&#233;ralisme (sans parler de la dictature du prol&#233;tariat). Les principes du f&#233;d&#233;ralisme d&#233;coulent des conceptions petites-bourgeoises de l'anarchisme. Marx est centraliste. Et, dans les passages cit&#233;s de lui, il n'existe pas la moindre d&#233;rogation au centralisme. Seuls des gens imbus d'une &#034;foi superstitieuse&#034; petite-bourgeoise en l'Etat peuvent prendre la destruction de la machine bourgeoise pour la destruction du centralisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le prol&#233;tariat et la paysannerie pauvre prennent en main le pouvoir d'Etat, s'organisent en toute libert&#233; au sein des communes et unissent l'action de toutes les communes pour frapper le Capital, &#233;craser la r&#233;sistance des capitalistes, remettre &#224; toute la nation, &#224; toute la soci&#233;t&#233;, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des chemins de fer, des fabriques, de la terre, etc., ne sera-ce pas l&#224; du centralisme ? Ne sera-ce pas l&#224; le centralisme d&#233;mocratique le plus cons&#233;quent et, qui plus est, un centralisme prol&#233;tarien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernstein est tout simplement incapable de concevoir la possibilit&#233; d'un centralisme librement consenti, d'une libre union des communes en nation, d'une fusion volontaire des communes prol&#233;tariennes en vue de d&#233;truire la domination bourgeoise et la machine d'Etat bourgeoise. Comme tout philistin, Bernstein se repr&#233;sente le centralisme comme une chose qui ne peut &#234;tre impos&#233;e et maintenue que d'en haut, par la bureaucratie et le militarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme s'il avait pr&#233;vu la possibilit&#233; d'une d&#233;formation de sa doctrine, Marx souligne &#224; dessein que c'est commettre sciemment un faux que d'accuser la Commune d'avoir voulu d&#233;truire l'unit&#233; de la nation et supprimer le pouvoir central. Marx emploie intentionnellement cette expression : &#034;organiser l'unit&#233; de la nation&#034;, pour opposer le centralisme prol&#233;tarien conscient, d&#233;mocratique, au centralisme bourgeois, militaire, bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais... il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Et les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ne veulent justement pas entendre parler de la destruction du pouvoir d'Etat, de l'amputation de ce parasite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. DESTRUCTION DE L'ETAT PARASITE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; cit&#233; les passages correspondants de Marx sur ce point ; nous allons les compl&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;C'est en g&#233;n&#233;ral le sort des formations historiques enti&#232;rement nouvelles, &#233;crivait Marx, d'&#234;tre prises &#224; tort pour la r&#233;plique de formes plus anciennes, et m&#234;me &#233;teintes, de la vie sociale, avec lesquelles elles peuvent offrir une certaine ressemblance. Ainsi, dans cette nouvelle Commune, qui brise [bricht] le pouvoir d'Etat moderne, on a voulu voir un rappel &#224; la vie des communes m&#233;di&#233;vales... une f&#233;d&#233;ration de petits Etats, conforme aux r&#234;ves de Montesquieu et des Girondins... une forme excessive de la vieille lutte contre la surcentralisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La Constitution communale aurait restitu&#233; au corps social toutes les forces jusqu'alors absorb&#233;es par l'Etat parasite qui se nourrit sur la soci&#233;t&#233; et en paralyse le libre mouvement. Par ce seul fait, elle e&#251;t &#233;t&#233; le point de d&#233;part de la r&#233;g&#233;n&#233;ration de la France...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;...la Constitution communale aurait mis les producteurs ruraux sous la direction intellectuelle des chefs-lieux de d&#233;partement et leur y e&#251;t assur&#233;, chez les ouvriers des villes, les d&#233;positaires naturels de leurs int&#233;r&#234;ts. L'existence m&#234;me de la Commune impliquait, comme quelque chose d'&#233;vident, l'autonomie municipale ; mais elle n'&#233;tait plus dor&#233;navant un contrepoids au pouvoir d'Etat, d&#233;sormais superflu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Destruction du pouvoir d'Etat&#034;, cette &#034;excroissance parasitaire&#034; ; &#034;amputation&#034;, &#034;d&#233;molition&#034; de ce pouvoir ; &#034;le pouvoir d'Etat d&#233;sormais aboli&#034; - c'est en ces termes que Marx, jugeant et analysant l'exp&#233;rience de la Commune, parle de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci fut &#233;crit il y a moins d'un demi-si&#232;cle, et il faut aujourd'hui se livrer &#224; de v&#233;ritables fouilles pour retrouver et faire p&#233;n&#233;trer dans la conscience des larges masses un marxisme non frelat&#233;. Les conclusions tir&#233;es par Marx de ses observations sur la derni&#232;re grande r&#233;volution qu'il ait v&#233;cue ont &#233;t&#233; oubli&#233;es juste au moment o&#249; s'ouvrait une nouvelle &#233;poque de grandes r&#233;volutions du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La multiplicit&#233; des interpr&#233;tations auxquelles la Commune a &#233;t&#233; soumise, et la multiplicit&#233; des int&#233;r&#234;ts qui se sont r&#233;clam&#233;s d'elle montrent que c'&#233;tait une forme politique tout &#224; fait susceptible d'expansion, tandis que toutes les formes ant&#233;rieures de gouvernement avaient &#233;t&#233; essentiellement r&#233;pressives. Son v&#233;ritable secret, le voici : c'&#233;tait essentiellement un gouvernement de la classe ouvri&#232;re, le r&#233;sultat de la lutte de la classe des producteurs contre la classe des appropriateurs, la forme politique enfin trouv&#233;e qui permettait de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Sans cette derni&#232;re condition, la Constitution communale e&#251;t &#233;t&#233; une impossibilit&#233; et un leurre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les utopistes se sont efforc&#233;s de &#034;d&#233;couvrir&#034; les formes politiques sous lesquelles devait s'op&#233;rer la r&#233;organisation socialiste de la soci&#233;t&#233;. Les anarchistes ont &#233;lud&#233; en bloc la question des formes politiques. Les opportunistes de la social-d&#233;mocratie contemporaine ont accept&#233; les formes politiques bourgeoises de l'Etat d&#233;mocratique parlementaire comme une limite que l'on ne saurait franchir et ils se sont fendu le front &#224; se prosterner devant ce &#034;mod&#232;le&#034;, en taxant d'anarchisme toute tentative de briser ces formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute l'histoire du socialisme et de la lutte politique, Marx a d&#233;duit que l'Etat devra dispara&#238;tre et que la forme transitoire de sa disparition (passage de l'Etat au non-Etat) sera &#034;le prol&#233;tariat organis&#233; en classe dominante&#034;. Quant aux formes politiques de cet avenir, Marx n'a pas pris sur lui de les d&#233;couvrir. Il s'est born&#233; &#224; observer exactement l'histoire de la France, &#224; l'analyser et &#224; tirer la conclusion &#224; laquelle l'a conduit l'ann&#233;e 1851 : les choses s'orientent vers la destruction de la machine d'Etat bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand &#233;clata le mouvement r&#233;volutionnaire de masse du prol&#233;tariat, malgr&#233; l'&#233;chec de ce mouvement, malgr&#233; sa courte dur&#233;e et sa faiblesse &#233;vidente, Marx se mit &#224; &#233;tudier les formes qu'il avait r&#233;v&#233;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la forme, &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par la r&#233;volution prol&#233;tarienne, qui permet de r&#233;aliser l'&#233;mancipation &#233;conomique du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Commune est la premi&#232;re tentative faite par la r&#233;volution prol&#233;tarienne pour briser la machine d'Etat bourgeoise ; elle est la forme politique &#034;enfin trouv&#233;e&#034; par quoi l'on peut et l'on doit remplacer ce qui a &#233;t&#233; bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons plus loin que les r&#233;volutions russes de 1905 et de 1917, dans un cadre diff&#233;rent, dans d'autres conditions, continuent l'oeuvre de la Commune et confirment la g&#233;niale analyse historique de Marx.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Quand Karl Marx et Friedrich Engels pr&#233;voyaient la premi&#232;re guerre mondiale</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6348</link>
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		<dc:date>2026-02-12T23:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Crise Crisis</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme - capitalism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Introduction &#224; la brochure de Sigismund Borkheim &#034;&#192; la m&#233;moire des patriotards assassins allemands. 1806-1807&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
15 d&#233;cembre 1887 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur de la brochure suivante, Sigismund Borkheim, est n&#233; le 29 mars 1825 &#224; Glogau. Apr&#232;s avoir obtenu son dipl&#244;me d'&#233;tudes secondaires &#224; Berlin en 1844, il &#233;tudie successivement &#224; Breslau, Greifswald et Berlin. En 1847, afin de remplir ses devoirs militaires, trop pauvre pour supporter les frais d'un an de service, il dut rejoindre l'artillerie &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot47" rel="tag"&gt;Crise Crisis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Capitalisme - capitalism&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction &#224; la brochure de Sigismund Borkheim &#034;&#192; la m&#233;moire des patriotards assassins allemands. 1806-1807&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 d&#233;cembre 1887&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'auteur de la brochure suivante, Sigismund Borkheim, est n&#233; le 29 mars 1825 &#224; Glogau. Apr&#232;s avoir obtenu son dipl&#244;me d'&#233;tudes secondaires &#224; Berlin en 1844, il &#233;tudie successivement &#224; Breslau, Greifswald et Berlin. En 1847, afin de remplir ses devoirs militaires, trop pauvre pour supporter les frais d'un an de service, il dut rejoindre l'artillerie &#224; Glogau comme volontaire pour trois ans. Apr&#232;s la r&#233;volution de 1848, il participe aux r&#233;unions d&#233;mocratiques et est donc passible de la cour martiale, &#224; laquelle il &#233;chappe en s'enfuyant &#224; Berlin. Il reste l&#224;, non rep&#233;r&#233; au d&#233;part, actif dans le mouvement et prend part directement &#224; l'assaut de l'arsenal de Berlin [14 juin 1848]. Il &#233;chappe &#224; la menace d'arrestation en s'enfuyant une nouvelle fois, vers la Suisse. Lorsque Struve organise sa marche de la libert&#233; vers la For&#234;t-Noire &#224; Baden en septembre 1848, Borkheim le rejoint, est captur&#233; et reste emprisonn&#233; jusqu'&#224; ce que la r&#233;volution badoise de mai 1849 lib&#232;re les prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Borkheim se rend alors &#224; Karlsruhe pour offrir &#224; la r&#233;volution ses services de soldat. Lorsque Johann Philipp Becker est nomm&#233; colonel-commandant de l'ensemble de l'arm&#233;e populaire, il confie &#224; Borkheim la formation d'une batterie, pour laquelle le gouvernement ne fournissait initialement que les canons sans servants. Les pi&#232;ces ne sont pas encore en place lorsque le Mouvement du 6 juin &#233;clate, et les &#233;l&#233;ments les plus d&#233;termin&#233;s cherchent &#224; donner plus de vigueur au gouvernement provisoire amolli, et dont certains membres sont des tra&#238;tres av&#233;r&#233;s. Borkheim, avec Becker, a &#233;galement particip&#233; &#224; la manifestation, qui n'a eu cependant comme succ&#232;s imm&#233;diat que le retrait de Becker de Karlsruhe avec toutes ses troupes libres et sa milice populaire et leur envoi sur le th&#233;&#226;tre de la guerre sur le Neckar. Jusqu'&#224; ce qu'on lui donne des chevaux pour ses canons, Borkheim ne peut pas suivre avec sa batterie. Quand il les re&#231;oit finalement - parce que Herr Brentano, le chef du gouvernement, est maintenant pleinement int&#233;ress&#233; &#224; se d&#233;barrasser de cette batterie r&#233;volutionnaire - les Prussiens ont entretemps conquis le Palatinat, et la premi&#232;re action de la batterie de Borkheim est de prendre position au pont Knielinger, pour couvrir le transfert de l'arm&#233;e du Palatinat sur le territoire de Bade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les troupes palatines et les troupes badoises toujours dans la r&#233;gion de Karlsruhe, la batterie de Borkheim avance alors en direction du nord. Elle entre en action le 21 juin pr&#232;s de Blankenloch et prend une part honorable aux mouvements pr&#232;s d'Ubstadt (25 juin). Lorsque l'arm&#233;e est r&#233;organis&#233;e pour le d&#233;ploiement sur la Murg, Borkheim et ses canons sont affect&#233;s &#224; la division Oborski et se distinguent dans les batailles de Kuppenheim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le retrait de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire sur le territoire suisse, Borkheim se rend &#224; Gen&#232;ve. L&#224;, il retrouve son ancien patron et ami J. Ph. Becker ainsi que quelques jeunes camarades de guerre qui, au milieu de la mis&#232;re de la vie de r&#233;fugi&#233;s, se r&#233;unissent en une compagnie aussi gaie que possible. &#192; l'automne de 1849, passant par l&#224; je connais avec eux quelques jours heureux. C'est cette m&#234;me compagnie qui a atteint une renomm&#233;e posthume hautement imm&#233;rit&#233;e sous le nom de &#034;Schwefelbande&#034; [gang du soufre] gr&#226;ce aux &#233;normes mensonges de M. Karl Vogt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces plaisirs ne devaient cependant pas durer longtemps. Au cours de l'&#233;t&#233; 1850, le bras du s&#233;v&#232;re Conseil f&#233;d&#233;ral atteignit &#233;galement l'inoffensif &#171; gang du soufre &#187;, et la plupart de ces jeunes et joyeux gentilshommes durent quitter la Suisse parce qu'ils appartenaient aux classes de r&#233;fugi&#233;s expulsables. Borkheim alla &#224; Paris, et plus tard &#224; Strasbourg. Mais m&#234;me l&#224;, il ne put pas rester. En f&#233;vrier 1851, il est arr&#234;t&#233;. Pendant trois mois, il fut tra&#238;n&#233; d'un endroit &#224; l'autre, dans 25 prisons diff&#233;rentes, la plupart du temps encha&#238;n&#233;. Mais o&#249; qu'il aille, les r&#233;publicains &#233;taient pr&#233;venus &#224; l'avance, allaient &#224; la rencontre du d&#233;tenu, lui fournissaient de la nourriture en abondance, bousculaient et soudoyaient les gendarmes et les fonctionnaires, et veillaient sur le transfert dans la mesure du possible. Il est finalement conduit &#224; Calais et embarqu&#233; pour l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Londres, bien s&#251;r, la mis&#232;re des r&#233;fugi&#233;s &#233;tait bien plus aigu&#235; qu'&#224; Gen&#232;ve ou m&#234;me qu'en France, mais l&#224; aussi, sa r&#233;sistance ne le quitta pas. &#192; la recherche d'un emploi, co&#251;te que co&#251;te, il en trouva d'abord un dans une agence d'&#233;migration de Liverpool o&#249; des employ&#233;s allemands devaient servir d'interpr&#232;tes aux nombreux &#233;migrants allemands qui disaient adieu &#224; leur ancienne patrie, qui avait &#233;t&#233; heureusement ramen&#233;e &#224; la vie. En m&#234;me temps, cependant, il chercha &#224; s'impliquer dans d'autres d'affaires, avec succ&#232;s puisqu'apr&#232;s le d&#233;clenchement de la guerre [de Crim&#233;e], il r&#233;ussit, &#224; Balaklava, &#224; charger un vapeur avec toutes sortes de marchandises et &#224; envoyer la cargaison en Crim&#233;e et &#224; la vendre un bon prix, partie &#224; l'administration de l'arm&#233;e et partie aux officiers anglais. &#192; son retour, il avait un b&#233;n&#233;fice net de 15.000 &#163;. (300.000 marks). Mais ce succ&#232;s ne fit que l'inciter &#224; de nouvelles sp&#233;culations. Il accepta un nouveau contrat avec le gouvernement britannique. Comme les n&#233;gociations de paix &#233;taient d&#233;j&#224; en cours, le gouvernement stipulait dans le trait&#233; qu'il pouvait refuser d'accepter les marchandises si les pourparlers de paix &#233;taient conclus &#224; l'arriv&#233;e. Borkheim fut pris dans ce pi&#232;ge. Lorsqu'il arriva sur le Bosphore sur son bateau &#224; vapeur, c'&#233;tait la paix. Le capitaine du navire, qui n'avait trait&#233; que pour l'aller et qui pouvait d&#233;sormais recevoir en abondance un fret int&#233;ressant pour le retour, exigea un d&#233;chargement imm&#233;diat, et comme Borkheim ne pouvait trouver dans le port encombr&#233; aucun emplacement pour sa cargaison abandonn&#233;e, le capitaine a tout fait d&#233;charger au beau milieu de la plage. L&#224;, maintenant, assis avec ses bo&#238;tes, ses balles et ses tonneaux inutiles, Borkheim devait regarder, impuissant, la racaille de tous les coins de la Turquie et de toute l'Europe rassembl&#233;e au bord du Bosphore, qui pillait ses marchandises. Quand il revint en Angleterre comme un pauvre diable, les quinze mille livres avaient disparu. Mais pas sa r&#233;sistance &#224; la destruction. Il avait perdu son argent, mais avait acquis des connaissances commerciales et dans le monde des affaires. Il a d&#233;couvert aussi &#224; ce moment qu'il avait un nez &#339;nologique extr&#234;mement fin et il est devenu un repr&#233;sentant efficace de diverses maisons d'exportation de vin de Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, cependant, il &#233;tait rest&#233; dans le mouvement politique autant qu'il le pouvait. Il avait connu W. Liebknecht &#224; Karlsruhe et &#224; Gen&#232;ve. Avec Marx, il a surmont&#233; le scandale Vogt et, gr&#226;ce &#224; cela, je me suis retrouv&#233; en contact avec lui. Sans &#234;tre li&#233; &#224; un programme pr&#233;cis, Borkheim a toujours soutenu le parti de la r&#233;volution la plus extr&#234;me. Sa principale pr&#233;occupation politique &#233;tait de combattre le fort soutien de la r&#233;action europ&#233;enne &#224; l'absolutisme russe. Afin de mieux suivre les intrigues russes d'assujettissement des pays des Balkans et pour la domination indirecte de l'Europe occidentale, il apprit le russe et &#233;tudia la presse quotidienne russe et la litt&#233;rature de l'&#233;migration pendant des ann&#233;es. Il traduisit entre autres le pamphlet de Serno-Solovievitch : &#171; Unsere Russischen Angelegenheiten &#187; [Nos affaires russes], dans lequel l'hypocrisie venue du fond des c&#339;urs - et d&#233;velopp&#233;e plus tard par Bakounine - est fustig&#233;e : les r&#233;fugi&#233;s russes en Europe occidentale n'auraient pas r&#233;pandu ce qu'ils connaissaient de v&#233;rit&#233; sur la Russie, mais plut&#244;t une l&#233;gende conventionnelle appropri&#233;e &#224; leurs sentiments nationaux et panslaves. Il &#233;crivit &#233;galement de nombreux essais sur la Russie dans le &#171; Zukunft &#187; [Futur] de Berlin, le &#171; Volksstaat &#187; [&#201;tat populaire], etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;t&#233; 1876, lors d'un voyage en Allemagne, &#224; Badenweiler, il fut frapp&#233; par une attaque qui le laisse paralys&#233; sur la moiti&#233; gauche de son corps pour le reste de sa vie. Il d&#251;t laisser tomber ses affaires. Quelques ann&#233;es plus tard, sa femme mourut. Comme il souffrait de probl&#232;mes pulmonaires, il d&#251;t d&#233;m&#233;nager &#224; Hastings, dans l'air marin doux de la c&#244;te sud anglaise. Ni la paralysie, ni la maladie, ni les moyens de subsistance rares et pas toujours s&#251;rs ne purent briser son indestructible r&#233;silience mentale. Ses lettres &#233;taient toujours pleines d'exub&#233;rance, et quand on allait le voir, il fallait rire avec lui. Sa lecture pr&#233;f&#233;r&#233;e &#233;tait le &#171; Social-d&#233;mocrate &#187; de Zurichois. Atteint d'une pneumonie, il est d&#233;c&#233;d&#233; le 16 d&#233;cembre 1885.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; Patriotards assassins &#187; sont parus dans le &#171; Volksstaat &#187; imm&#233;diatement apr&#232;s la guerre de France et peu apr&#232;s celle-ci en r&#233;impression s&#233;par&#233;e. Ils se sont av&#233;r&#233;s &#234;tre un antidote tr&#232;s efficace &#224; la course &#224; la victoire bien trop patriotique dans laquelle se d&#233;lectait et se compla&#238;t encore l'Allemagne officielle et bourgeoise. En effet, il n'y avait pas de meilleur moyen de se d&#233;sillusionner que de se rem&#233;morer le temps o&#249; la Prusse, d&#233;sormais &#233;lev&#233;e au firmament, s'effondrait honteusement devant l'attaque de ces m&#234;mes Fran&#231;ais qui sont maintenant m&#233;pris&#233;s comme vaincus. Et ce moyen devait fonctionner d'autant plus puissamment que le r&#233;cit de cette occurence fatale pouvait &#234;tre tir&#233; d'un livre dans lequel un g&#233;n&#233;ral prussien - Eduard von H&#246;pfner - &#233;galement directeur de l'&#233;cole de guerre g&#233;n&#233;rale, avait d&#233;crit ces temps de disgr&#226;ce d'apr&#232;s les documents officiels prussiens - et il faut le reconna&#238;tre - impartialement et sans maquillage. Une grande arm&#233;e, comme toute autre grande organisation sociale, n'est jamais meilleure que lorsque, apr&#232;s une grande d&#233;faite, elle se retire en elle-m&#234;me et se repent de ses p&#233;ch&#233;s pass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en fut ainsi pour les Prussiens apr&#232;s I&#233;na, et encore &#224; nouveau apr&#232;s 1850, quand ils n'ont pas subi une grande d&#233;faite, mais o&#249; leur d&#233;cadence militaire compl&#232;te fut rendue manifestement claire, &#224; leurs yeux et aux yeux du monde entier, dans une s&#233;rie de campagnes plus petites - au Danemark et dans le sud de l'Allemagne - et pendant la premi&#232;re grande mobilisation de 1850. Eux-m&#234;mes n'avaient &#233;chapp&#233; &#224; une v&#233;ritable d&#233;faite que par la disgr&#226;ce politique de Varsovie et d'Olm&#252;tz. Ils furent forc&#233;s de critiquer impitoyablement leur propre pass&#233; afin d'apprendre &#224; progresser. Leur litt&#233;rature militaire, qui avait produit une &#233;toile de premi&#232;re grandeur en la personne de Clausewitz, mais qui depuis lors &#233;tait descendue infiniment bas, s'&#233;leva &#224; nouveau par cette fatalit&#233; de l'examen de conscience. Et l'un des fruits de cet examen de conscience a &#233;t&#233; le livre de H&#246;pfner, dont Borkheim a tir&#233; la mati&#232;re de sa brochure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore aujourd'hui il faudra encore et encore, dans cette &#233;poque d'arrogance et de d&#233;faite, l'incomp&#233;tence royale, la b&#234;tise diplomatique prussienne pi&#233;g&#233;e dans sa propre duplicit&#233;, la gueule de la noblesse de l'administration d&#233;couverte plong&#233;e dans la l&#226;che trahison, l'effondrement g&#233;n&#233;ral du peuple, pour se souvenir de cet &#233;tat ali&#233;n&#233; bas&#233; sur le mensonge et la tromperie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie philistine allemande (qui comprend &#233;galement la noblesse et les princes) est peut-&#234;tre encore plus outrecuidante et chauvine qu'&#224; l'&#233;poque ; l'action diplomatique se d&#233;masque beaucoup plus, mais elle garde toujours sa vieille duplicit&#233; ; la noblesse a suffisamment progress&#233;, &#224; la fois naturellement et artificiellement, pour imposer &#224; peu pr&#232;s partout l'ancienne r&#232;gle des officiers dans l'arm&#233;e, et l'&#201;tat s'&#233;loigne de plus en plus des int&#233;r&#234;ts des grandes masses populaires pour se transformer en un consortium d'agriculteurs, d'agents de change et de grands industriels exploitant le peuple. Bien entendu, si la guerre revenait, l'arm&#233;e prussienne-allemande, ne serait-ce que parce qu'elle est un mod&#232;le d'organisation pour toutes les autres, aurait encore des avantages significatifs sur ses adversaires comme sur ses alli&#233;s ; mais plus jamais comme lors des deux derni&#232;res guerres. L'unit&#233; du commandement supr&#234;me, par exemple, telle qu'elle existait &#224; cette &#233;poque, gr&#226;ce &#224; des circonstances heureuses particuli&#232;res, et l'ob&#233;issance inconditionnelle correspondante des sous-commandants, n'auront plus gu&#232;re cours. Les provisions de l'arm&#233;e sur le terrain peuvent rapidement manquer dramatiquement, &#233;puis&#233;es par le m&#233;c&#233;nat d'affaires qui r&#232;gne d&#233;sormais entre la noblesse agraire et militaire - dont l'adjudant imp&#233;rial - et les grossistes boursiers. L'Allemagne aura des alli&#233;s, mais ils l'abandonneront &#224; la premi&#232;re occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, il n'y aura plus pour la Prusse-Allemagne d'autre guerre possible qu'une guerre mondiale, et, &#224; la v&#233;rit&#233;, une guerre mondiale d'une ampleur et d'une violence encore jamais vues. Huit &#224; dix millions de soldats s'entr'&#233;gorgeront ; ce faisant, ils d&#233;voreront toute l'Europe comme jamais encore ne le fit encore une nu&#233;e de sauterelles. Ce sera les d&#233;vastations de la guerre de Trente ans, condens&#233;es en trois ou quatre ann&#233;es et r&#233;pandues sur tout le continent : la famine, les &#233;pid&#233;mies, la f&#233;rocit&#233; g&#233;n&#233;rale, tant des arm&#233;es que des masses populaires, provoqu&#233;e par l'&#226;pret&#233; du besoin, la d&#233;sesp&#233;rante confusion de fonctionnement du m&#233;canisme artificiel r&#233;gissant notre commerce, notre industrie et notre cr&#233;dit ; et enfin la banqueroute g&#233;n&#233;rale. L'effondrement des vieux &#201;tats et de leur sagesse politique routini&#232;re sera tel que les couronnes rouleront par douzaines sur le pav&#233; et qu'il ne se trouvera personne pour les ramasser. Il est absolument impossible de pr&#233;voir comment tout cela finira et qui sortira vainqueur de la lutte ; un seul r&#233;sultat est absolument certain : l'&#233;puisement g&#233;n&#233;ral et la cr&#233;ation des conditions n&#233;cessaires &#224; la victoire finale de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la perspective si la course aux armements pouss&#233;e &#224; l'extr&#234;me porte &#224; la fin ses fruits in&#233;vitables. Voil&#224;, Messieurs les princes et les hommes d'&#201;tat, o&#249; votre sagesse a men&#233; la vieille Europe. Et s'il ne vous reste rien d'autre &#224; faire que d'ouvrir cette derni&#232;re grande sarabande guerri&#232;re, ce n'est pas pour nous d&#233;plaire. La guerre va peut-&#234;tre nous rejeter momentan&#233;ment en arri&#232;re, elle pourra nous enlever maintes positions d&#233;j&#224; conquises. Mais, si vous d&#233;cha&#238;nez des forces que vous ne pourrez ensuite plus ma&#238;triser, quelque tour que prennent les choses, &#224; la fin de la trag&#233;die vous ne serez plus qu'une ruine et la victoire du prol&#233;tariat sera d&#233;j&#224; acquise, ou, au moins, in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Londres, 15 d&#233;cembre 1887&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand Karl Marx et Friedrich Engels pr&#233;voyaient la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx a expos&#233;, d&#232;s la fin de la guerre franco-allemande de 1870, qu'une nouvelle guerre opposant la France alli&#233;e &#224; la Russie d'un c&#244;t&#233; et l'Allemagne de l'autre en d&#233;coulait n&#233;cessairement et que cette guerre serait cette fois mondiale. Engels a expliqu&#233; ensuite dans de multiples articles et courriers que la perspective de la guerre mondiale se couplait avec la mont&#233;e du mouvement ouvrier et des r&#233;volutions (r&#233;volutions sociales comme r&#233;volutions des nationalit&#233;s contre les empires).&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#233;crit ainsi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quiconque n'est pas compl&#232;tement abruti par les criailleries du moment ou n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; duper le peuple allemand, doit reconna&#238;tre que la guerre de 1870 porte tout aussi n&#233;cessairement dans son sein une guerre entre l'Allemagne et la Russie alli&#233;e &#224; la France que la guerre de 1870 est elle-m&#234;me n&#233;e de celle de 1866. Je dis fatalement, sauf dans le cas peu probable o&#249; une r&#233;volution &#233;claterait auparavant en Russie. &#187; (lettre de fin ao&#251;t 1870 au comit&#233; social-d&#233;mocrate de Brunswick)&lt;br class='autobr' /&gt;
On remarquera dans ce courrier comme dans les textes qui suivent que Marx et Engels, loin de pr&#233;dire que la r&#233;volution europ&#233;enne allait d&#233;buter forc&#233;ment dans les pays les plus d&#233;velopp&#233;s d'Europe comme on leur pr&#234;te &#224; tort, ont parfaitement analys&#233; le r&#244;le r&#233;volutionnaire de la situation en Russie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels affirmait d&#233;j&#224;, d&#233;but 1886, concernant la perspective de guerre europ&#233;enne, que :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La guerre, si elle &#233;clate, ne sera men&#233;e que dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;volution&#8230; Une guerre mondiale d'une ampleur et d'une violence encore jamais vues. Huit &#224; dix millions de soldats s'entr&#233;gorgeront ; ce faisant, ils d&#233;voreront toutes l'Europe comme jamais ne le fit encore une nu&#233;e de sauterelles. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels reprend plus en d&#233;tails ces id&#233;es dans une lettre &#224; Lafargue repoduite par le journal Le Socialiste, organe du Parti ouvrier, le 6 novembre 1886, article r&#233;&#233;dit&#233; ensuite en Am&#233;rique par le journal Der Socialist et le journal Sozial-demokrat ainsi que la Revista Socialista en Roumanie en d&#233;cembre 1886 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sous Napol&#233;on III, la rive gauche du Rhin avait servi &#224; d&#233;tourner vers l'ext&#233;rieur les passions r&#233;volutionnaires ; de m&#234;me, le gouvernement russe montra au peuple inquiet et remuant la conqu&#234;te de Constantinople, la &#171; d&#233;livrance &#187; des Slaves opprim&#233;s par les Turcs, et leur r&#233;union en une grande f&#233;d&#233;ration sous la pr&#233;sidence de la Russie&#8230; Le chauvinisme grandissait de jour en jour et devenait mena&#231;ant pour le gouvernement russe&#8230; Le chauvinisme slavophile est plus puissant que le tsar, il faut qu'il c&#232;de par peur d'une r&#233;volution, les slavophiles s'allieraient aux constitutionnels, aux nihilistes, enfin &#224; tous les m&#233;contents. La d&#233;tresse financi&#232;re complique la situation. Personne ne veut plus pr&#234;ter &#224; ce gouvernement qui a d&#233;j&#224; emprunt&#233; 1 milliard 750.000 francs &#224; Londres et qui menace la paix europ&#233;enne&#8230; La r&#233;volution en Russie changerait imm&#233;diatement la situation en Allemagne : elle d&#233;truirait d'un coup cette foi aveugle en la toute-puissance de Bismarck, qui lui assure le concours des classes dirigeantes ; elle murirait la r&#233;volution en Allemagne&#8230; Pour se sauver de la r&#233;volution, le pauvre tsar est oblig&#233; de faire un nouveau pas en avant. Mais chaque pas devient plus dangereux ; car il ne se fait qu'au risque d'une guerre europ&#233;enne, ce que la diplomatie russe a toujours cherch&#233; &#224; &#233;viter. Il est certain que, s'il y a intervention directe du gouvernement russe en Bulgarie et qu'elle am&#232;ne des complications ult&#233;rieures, il arrivera un moment o&#249; l'hostilit&#233; des int&#233;r&#234;ts russes et autrichiens &#233;clatera ouvertement. Il sera alors impossible de localiser la guerre ; elle deviendra g&#233;n&#233;rale&#8230; Il est plus que probable que, si la guerre &#233;clate entre la Russie et l'Autriche, l'Allemagne viendra au secours de cette derni&#232;re pour emp&#234;cher son complet &#233;crasement&#8230; Afin d'&#233;chapper &#224; une r&#233;volution en Russie, il faut au tsar Constantinople ; Bismarck h&#233;site, il voudrait le moyen d'&#233;viter l'une et l'autre &#233;ventualit&#233;. Et la France ? Les Fran&#231;ais patriotes, qui depuis seize ans r&#234;vent de revanche, croient qu'il n'y a rien de plus naturel que de saisir l'occasion qui peut-&#234;tre s'offrira. Mais, pour notre parti, la question n'est pas aussi simple ; elle ne l'est pas m&#234;me pour messieurs les chauvins. Une guerre de revanche, faite avec l'alliance et sous l'&#233;gide de la Russie, pourrait amener une r&#233;volution ou une contre-r&#233;volution en France&#8230; La force qui, en Europe, pousse &#224; une guerre est grande&#8230; Une guerre g&#233;n&#233;rale nous rejetterait en arri&#232;re&#8230; La r&#233;volution en Russie et en France serait retard&#233;e : notre parti subirait le sort de la Commune de 1871. Sans doute, les &#233;v&#233;nements finiraient par tourner en notre faveur ; mais quelle perte de temps, quels sacrifices, quels nouveaux obstacles &#224; surmonter !... Cette guerre qui nous menace jetterait dix millions de soldats sur le champ de bataille&#8230; Si guerre il y a, elle ne se fera que dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;volution ; en Russie, pour pr&#233;venir l'action commune de tous les m&#233;contents, slavophiles, constitutionnalistes, nihilistes, paysans ; en Allemagne, pour maintenir Bismarck ; en France, pour refouler le mouvement victorieux des socialistes et pour r&#233;tablir la monarchie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les courriers d'Engels continuent ce type d'analyse. Par exemple, le 13 septembre 1886, Engels &#233;crit &#224; Bebel :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pour Bismarck et l'Empereur, l'alternative est la suivante : d'une part, r&#233;sister &#224; la Russie et avoir alors la perspective d'une alliance franco-russe et d'une guerre mondiale, ou la certitude d'une r&#233;volution russe gr&#226;ce &#224; l'alliance des panslavistes et des nihilistes ; d'autre part, c&#233;der &#224; la Russie, autrement dit trahir l'Autriche&#8230; En tout cas, l'antagonisme entre l'Autriche et la Russie s'est aiguis&#233; dans les Balkans, au point que la guerre semble plus vraisemblable que la paix. Et ici, il n'y a plus de localisation possible de la guerre&#8230; Bref, il y aura un chaos et la seule certitude est : boucherie et massacre d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; &#233;puisement de toute l'Europe &#224; un degr&#233; inou&#239; jusqu'ici, enfin effondrement de tout le vieux syst&#232;me&#8230; La meilleure solution serait la r&#233;volution russe, que l'on ne peut escompter qu'apr&#232;s de tr&#232;s lourdes d&#233;faites de l'arm&#233;e russe. Ce qui est certain, c'est que la guerre aurait pour premier effet de rejeter notre mouvement &#224; l'arri&#232;re-plan dans toute l'Europe, voire le disloquerait totalement dans de nombreux pays, attiserait le chauvinisme et la haine entre les peuples, et parmi les nombreuses possibilit&#233;s n&#233;gatives nous assurerait seulement d'avoir &#224; recommencer apr&#232;s la guerre par le commencement, bien que le terrain lui-m&#234;me serait alors bien plus favorable qu'aujourd'hui. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 23 octobre 1886, il rajoutait, dans une lettre &#224; Bebel :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les Russes ont dit &#224; Bismarck, et il sait que c'est vrai, que &#171; Nous avons besoin de grands succ&#232;s du c&#244;t&#233; de Constantinople ou bien, alors, c'est la r&#233;volution &#187;&#8230; Or ce que Bismarck redoute le plus, c'est une r&#233;volution russe, car la chute du tsarisme russe entra&#238;ne avec elle celle du r&#232;gne prusso-bismarckien. Et c'est pour cela qu'il met tout en &#339;uvre pour emp&#234;cher l'effondrement de la Russie &#8211; malgr&#233; l'Autriche, malgr&#233; l'indignation des bourgeois allemands, malgr&#233; que Bismarck sache qu'il enterre lui aussi en fin de compte son syst&#232;me&#8230; Nul ne peut pr&#233;voir quel sera le regroupement des combattants : avec qui l'un s'alliera et contre qui il s'alliera. Il est clair que l'issue finale sera la r&#233;volution. Mais avec quels sacrifices ! Avec quelle d&#233;perdition des forces &#8211; et apr&#232;s combien de tourments et de zigzags ! (&#8230;) Qu'il y ait la guerre ou la paix, l'h&#233;g&#233;monie allemande est an&#233;antie depuis quelques mois, et l'on redevient le laquais servile de la Russie. Or, ce n'&#233;tait que cette satisfaction chauvine, &#224; savoir &#234;tre l'arbitre de l'Europe, qui cimentait tout le syst&#232;me politique allemand. La crainte du prol&#233;tariat fait certainement le reste&#8230; &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Insistons, durant toutes les ann&#233;es 1880, Engels r&#233;p&#232;te que &#171; La Russie est &#224; l'avant-garde du mouvement r&#233;volutionnaire en Europe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour quelle raison, la guerre mondiale ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Engels reliait la n&#233;cessit&#233;, pour les classes dirigeantes, de la guerre mondiale et la mont&#233;e en force du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parlant du d&#233;veloppement du mouvement ouvrier, pr&#233;sent&#233; comme une arm&#233;e qui pr&#233;parait l'affrontement avec la bourgeoisie mondiale ou la guerre mondiale, Engels &#233;crivait :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous menons une guerre de si&#232;ge contre notre ennemi, et tant que nos tranch&#233;es ne cessent de progresser et de resserrer l'&#233;tau, tout va bien. Nous sommes maintenant tout pr&#232;s du second parall&#232;le, o&#249; nous dresserons nos batteries d&#233;montables et pourrons bient&#244;t faire taire l'artillerie adverse. Or, nous sommes d&#233;j&#224; assez avanc&#233;s pour que les assi&#233;g&#233;s ne puissent &#234;tre d&#233;gag&#233;s momentan&#233;ment de ce blocus que par une guerre mondiale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Lettre d'Engels &#224; H. Schl&#252;ter, o&#249; il reprend des arguments de son article &#171; La future guerre mondiale et la r&#233;volution &#187; &#8211; 19/03/1887)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&#034;&gt;La premi&#232;re guerre mondiale en Europe n'&#233;tait nullement une surprise pour Marx, Engels et les r&#233;volutionnaires marxistes qui estimaient que le monde entrait dans l'&#232;re des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx Critique of Social-democrat Program of Gotha</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8412</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8412</guid>
		<dc:date>2025-10-22T08:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1. &#034;Labor is the source of wealth and all culture, and since useful labor is possible only in society and through society, the proceeds of labor belong undiminished with equal right to all members of society.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
First part of the paragraph : &#034;Labor is the source of all wealth and all culture.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Labor is not the source of all wealth. Nature is just as much the source of use values (and it is surely of such that material wealth consists !) as labor, which itself is only the manifestation of a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1. &#034;Labor is the source of wealth and all culture, and since useful labor is possible only in society and through society, the proceeds of labor belong undiminished with equal right to all members of society.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;First part of the paragraph : &#034;Labor is the source of all wealth and all culture.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Labor is not the source of all wealth. Nature is just as much the source of use values (and it is surely of such that material wealth consists !) as labor, which itself is only the manifestation of a force of nature, human labor power. The above phrase is to be found in all children's primers and is correct insofar as it is implied that labor is performed with the appurtenant subjects and instruments. But a socialist program cannot allow such bourgeois phrases to pass over in silence the conditions that lone give them meaning. And insofar as man from the beginning behaves toward nature, the primary source of all instruments and subjects of labor, as an owner, treats her as belonging to him, his labor becomes the source of use values, therefore also of wealth. The bourgeois have very good grounds for falsely ascribing supernatural creative power to labor ; since precisely from the fact that labor depends on nature it follows that the man who possesses no other property than his labor power must, in all conditions of society and culture, be the slave of other men who have made themselves the owners of the material conditions of labor. He can only work with their permission, hence live only with their permission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us now leave the sentence as it stands, or rather limps. What could one have expected in conclusion ? Obviously this :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Since labor is the source of all wealth, no one in society can appropriate wealth except as the product of labor. Therefore, if he himself does not work, he lives by the labor of others and also acquires his culture at the expense of the labor of others.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instead of this, by means of the verbal river &#034;and since&#034;, a proposition is added in order to draw a conclusion from this and not from the first one.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second part of the paragraph : &#034;Useful labor is possible only in society and through society.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;According to the first proposition, labor was the source of all wealth and all culture ; therefore no society is possible without labor. Now we learn, conversely, that no &#034;useful&#034; labor is possible without society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;One could just as well have said that only in society can useless and even socially harmful labor become a branch of gainful occupation, that only in society can one live by being idle, etc., etc. &#8211; in short, once could just as well have copied the whole of Rousseau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And what is &#034;useful&#034; labor ? Surely only labor which produces the intended useful result. A savage &#8211; and man was a savage after he had ceased to be an ape &#8211; who kills an animal with a stone, who collects fruit, etc., performs &#034;useful&#034; labor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thirdly, the conclusion : &#034;Useful labor is possible only in society and through society, the proceeds of labor belong undiminished with equal right to all members of society.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fine conclusion ! If useful labor is possible only in society and through society, the proceeds of labor belong to society &#8211; and only so much therefrom accrues to the individual worker as is not required to maintain the &#034;condition&#034; of labor, society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, this proposition has at all times been made use of by the champions of the state of society prevailing at any given time. First comes the claims of the government and everything that sticks to it, since it is the social organ for the maintenance of the social order ; then comes the claims of the various kinds of private property, for the various kinds of private property are the foundations of society, etc. One sees that such hollow phrases are the foundations of society, etc. One sees that such hollow phrases can be twisted and turned as desired.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first and second parts of the paragraph have some intelligible connection only in the following wording :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Labor becomes the source of wealth and culture only as social labor&#034;, or, what is the same thing, &#034;in and through society&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This proposition is incontestably correct, for although isolated labor (its material conditions presupposed) can create use value, it can create neither wealth nor culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But equally incontestable is this other proposition :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;In proportion as labor develops socially, and becomes thereby a source of wealth and culture, poverty and destitution develop among the workers, and wealth and culture among the nonworkers.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is the law of all history hitherto. What, therefore, had to be done here, instead of setting down general phrases about &#034;labor&#034; and &#034;society&#034;, was to prove concretely how in present capitalist society the material, etc., conditions have at last been created which enable and compel the workers to lift this social curse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, however, the whole paragraph, bungled in style and content, is only there in order to inscribe the Lassallean catchword of the &#034;undiminished proceeds of labor&#034; as a slogan at the top of the party banner. I shall return later to the &#034;proceeds of labor&#034;, &#034;equal right&#034;, etc., since the same thing recurs in a somewhat different form further on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. &#034;In present-day society, the instruments of labor are the monopoly of the capitalist class ; the resulting dependence of the working class is the cause of misery and servitude in all forms.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This sentence, borrowed from the Rules of the International, is incorrect in this &#034;improved&#034; edition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In present-day society, the instruments of labor are the monopoly of the landowners (the monopoly of property in land is even the basis of the monopoly of capital) and the capitalists. In the passage in question, the Rules of the International do not mention either one or the other class of monopolists. They speak of the &#034;monopolizer of the means of labor, that is, the sources of life.&#034; The addition, &#034;sources of life&#034;, makes it sufficiently clear that land is included in the instruments of labor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The correction was introduced because Lassalle, for reasons now generally known, attacked only the capitalist class and not the landowners. In England, the capitalist class is usually not even the owner of the land on which his factory stands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. &#034;The emancipation of labor demands the promotion of the instruments of labor to the common property of society and the co-operative regulation of the total labor, with a fair distribution of the proceeds of labor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Promotion of the instruments of labor to the common property&#034; ought obviously to read their &#034;conversion into the common property&#034; ; but this is only passing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What are the &#034;proceeds of labor&#034; ? The product of labor, or its value ? And in the latter case, is it the total value of the product, or only that part of the value which labor has newly added to the value of the means of production consumed ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Proceeds of labor&#034; is a loose notion which Lassalle has put in the place of definite economic conceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What is &#034;a fair distribution&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Do not the bourgeois assert that the present-day distribution is &#034;fair&#034; ? And is it not, in fact, the only &#034;fair&#034; distribution on the basis of the present-day mode of production ? Are economic relations regulated by legal conceptions, or do not, on the contrary, legal relations arise out of economic ones ? Have not also the socialist sectarians the most varied notions about &#034;fair&#034; distribution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To understand what is implied in this connection by the phrase &#034;fair distribution&#034;, we must take the first paragraph and this one together. The latter presupposes a society wherein the instruments of labor are common property and the total labor is co-operatively regulated, and from the first paragraph we learn that &#034;the proceeds of labor belong undiminished with equal right to all members of society.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;To all members of society&#034; ? To those who do not work as well ? What remains then of the &#034;undiminished&#034; proceeds of labor ? Only to those members of society who work ? What remains then of the &#034;equal right&#034; of all members of society ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But &#034;all members of society&#034; and &#034;equal right&#034; are obviously mere phrases. The kernel consists in this, that in this communist society every worker must receive the &#034;undiminished&#034; Lassallean &#034;proceeds of labor&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us take, first of all, the words &#034;proceeds of labor&#034; in the sense of the product of labor ; then the co-operative proceeds of labor are the total social product.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From this must now be deducted : First, cover for replacement of the means of production used up. Second, additional portion for expansion of production. Third, reserve or insurance funds to provide against accidents, dislocations caused by natural calamities, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These deductions from the &#034;undiminished&#034; proceeds of labor are an economic necessity, and their magnitude is to be determined according to available means and forces, and partly by computation of probabilities, but they are in no way calculable by equity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;There remains the other part of the total product, intended to serve as means of consumption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Before this is divided among the individuals, there has to be deducted again, from it : First, the general costs of administration not belonging to production. This part will, from the outset, be very considerably restricted in comparison with present-day society, and it diminishes in proportion as the new society develops. Second, that which is intended for the common satisfaction of needs, such as schools, health services, etc. From the outset, this part grows considerably in comparison with present-day society, and it grows in proportion as the new society develops. Third, funds for those unable to work, etc., in short, for what is included under so-called official poor relief today.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Only now do we come to the &#034;distribution&#034; which the program, under Lassallean influence, alone has in view in its narrow fashion &#8211; namely, to that part of the means of consumption which is divided among the individual producers of the co-operative society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The &#034;undiminished&#034; proceeds of labor have already unnoticeably become converted into the &#034;diminished&#034; proceeds, although what the producer is deprived of in his capacity as a private individual benefits him directly or indirectly in his capacity as a member of society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Just as the phrase of the &#034;undiminished&#034; proceeds of labor has disappeared, so now does the phrase of the &#034;proceeds of labor&#034; disappear altogether.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Within the co-operative society based on common ownership of the means of production, the producers do not exchange their products ; just as little does the labor employed on the products appear here as the value of these products, as a material quality possessed by them, since now, in contrast to capitalist society, individual labor no longer exists in an indirect fashion but directly as a component part of total labor. The phrase &#034;proceeds of labor&#034;, objectionable also today on account of its ambiguity, thus loses all meaning.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What we have to deal with here is a communist society, not as it has developed on its own foundations, but, on the contrary, just as it emerges from capitalist society ; which is thus in every respect, economically, morally, and intellectually, still stamped with the birthmarks of the old society from whose womb it emerges. Accordingly, the individual producer receives back from society &#8211; after the deductions have been made &#8211; exactly what he gives to it. What he has given to it is his individual quantum of labor. For example, the social working day consists of the sum of the individual hours of work ; the individual labor time of the individual producer is the part of the social working day contributed by him, his share in it. He receives a certificate from society that he has furnished such-and-such an amount of labor (after deducting his labor for the common funds) ; and with this certificate, he draws from the social stock of means of consumption as much as the same amount of labor cost. The same amount of labor which he has given to society in one form, he receives back in another.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here, obviously, the same principle prevails as that which regulates the exchange of commodities, as far as this is exchange of equal values. Content and form are changed, because under the altered circumstances no one can give anything except his labor, and because, on the other hand, nothing can pass to the ownership of individuals, except individual means of consumption. But as far as the distribution of the latter among the individual producers is concerned, the same principle prevails as in the exchange of commodity equivalents : a given amount of labor in one form is exchanged for an equal amount of labor in another form.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hence, equal right here is still in principle &#8211; bourgeois right, although principle and practice are no longer at loggerheads, while the exchange of equivalents in commodity exchange exists only on the average and not in the individual case.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In spite of this advance, this equal right is still constantly stigmatized by a bourgeois limitation. The right of the producers is proportional to the labor they supply ; the equality consists in the fact that measurement is made with an equal standard, labor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But one man is superior to another physically, or mentally, and supplies more labor in the same time, or can labor for a longer time ; and labor, to serve as a measure, must be defined by its duration or intensity, otherwise it ceases to be a standard of measurement. This equal right is an unequal right for unequal labor. It recognizes no class differences, because everyone is only a worker like everyone else ; but it tacitly recognizes unequal individual endowment, and thus productive capacity, as a natural privilege. It is, therefore, a right of inequality, in its content, like every right. Right, by its very nature, can consist only in the application of an equal standard ; but unequal individuals (and they would not be different individuals if they were not unequal) are measurable only by an equal standard insofar as they are brought under an equal point of view, are taken from one definite side only &#8211; for instance, in the present case, are regarded only as workers and nothing more is seen in them, everything else being ignored. Further, one worker is married, another is not ; one has more children than another, and so on and so forth. Thus, with an equal performance of labor, and hence an equal in the social consumption fund, one will in fact receive more than another, one will be richer than another, and so on. To avoid all these defects, right, instead of being equal, would have to be unequal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But these defects are inevitable in the first phase of communist society as it is when it has just emerged after prolonged birth pangs from capitalist society. Right can never be higher than the economic structure of society and its cultural development conditioned thereby.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a higher phase of communist society, after the enslaving subordination of the individual to the division of labor, and therewith also the antithesis between mental and physical labor, has vanished ; after labor has become not only a means of life but life's prime want ; after the productive forces have also increased with the all-around development of the individual, and all the springs of co-operative wealth flow more abundantly &#8211; only then can the narrow horizon of bourgeois right be crossed in its entirety and society inscribe on its banners : From each according to his ability, to each according to his needs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I have dealt more at length with the &#034;undiminished&#034; proceeds of labor, on the one hand, and with &#034;equal right&#034; and &#034;fair distribution&#034;, on the other, in order to show what a crime it is to attempt, on the one hand, to force on our Party again, as dogmas, ideas which in a certain period had some meaning but have now become obsolete verbal rubbish, while again perverting, on the other, the realistic outlook, which it cost so much effort to instill into the Party but which has now taken root in it, by means of ideological nonsense about right and other trash so common among the democrats and French socialists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quite apart from the analysis so far given, it was in general a mistake to make a fuss about so-called distribution and put the principal stress on it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Any distribution whatever of the means of consumption is only a consequence of the distribution of the conditions of production themselves. The latter distribution, however, is a feature of the mode of production itself. The capitalist mode of production, for example, rests on the fact that the material conditions of production are in the hands of nonworkers in the form of property in capital and land, while the masses are only owners of the personal condition of production, of labor power. If the elements of production are so distributed, then the present-day distribution of the means of consumption results automatically. If the material conditions of production are the co-operative property of the workers themselves, then there likewise results a distribution of the means of consumption different from the present one. Vulgar socialism (and from it in turn a section of the democrats) has taken over from the bourgeois economists the consideration and treatment of distribution as independent of the mode of production and hence the presentation of socialism as turning principally on distribution. After the real relation has long been made clear, why retrogress again ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. &#034;The emancipation of labor must be the work of the working class, relative to which all other classes are only one reactionary mass.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first strophe is taken from the introductory words of the Rules of the International, but &#034;improved&#034;. There it is said : &#034;The emancipation of the working class must be the act of the workers themselves&#034; ; here, on the contrary, the &#034;working class&#034; has to emancipate &#8211; what ? &#034;Labor.&#034; Let him understand who can.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In compensation, the antistrophe, on the other hand, is a Lassallean quotation of the first water : &#034;relative to which&#034; (the working class) &#034;all other classes are only one reactionary mass.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the Communist Manifesto it is said :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Of all the classes that stand face-to-face with the bourgeoisie today, the proletariat alone is a really revolutionary class. The other classes decay and finally disappear in the face of modern industry ; the proletariat is its special and essential product.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The bourgeoisie is here conceived as a revolutionary class &#8211; as the bearer of large-scale industry &#8211; relative to the feudal lords and the lower middle class, who desire to maintain all social positions that are the creation of obsolete modes of production. thus, they do not form together with the bourgeoisie &#034;only one reactionary mass&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand, the proletariat is revolutionary relative to the bourgeoisie because, having itself grown up on the basis of large-scale industry, it strives to strip off from production the capitalist character that the bourgeoisie seeks to perpetuate. But the Manifesto adds that the &#034;lower middle class&#034; is becoming revolutionary &#034;in view of [its] impending transfer to the proletariat&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From this point of view, therefore, it is again nonsense to say that it, together with the bourgeoisie, and with the feudal lords into the bargain, &#034;form only one reactionary mass&#034; relative to the working class.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Has one proclaimed to the artisan, small manufacturers, etc., and peasants during the last elections : Relative to us, you, together with the bourgeoisie and feudal lords, form one reactionary mass ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lassalle knew the Communist Manifesto by heart, as his faithful followers know the gospels written by him. If, therefore, he has falsified it so grossly, this has occurred only to put a good color on his alliance with absolutist and feudal opponents against the bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the above paragraph, moreover, his oracular saying is dragged in by main force without any connection with the botched quotation from the Rules of the International. Thus, it is simply an impertinence, and indeed not at all displeasing to Herr Bismarck, one of those cheap pieces of insolence in which the Marat of Berlin deals. [ Marat of Berlin a reference to Hasselmann, cheif editor of the Neuer Social-Demokrat]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. &#034;The working class strives for its emancipation first of all within the framework of the present-day national states, conscious that the necessary result of its efforts, which are common to the workers of all civilized countries, will be the international brotherhood of peoples.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lassalle, in opposition to the Communist Manifesto and to all earlier socialism, conceived the workers' movement from the narrowest national standpoint. He is being followed in this &#8211; and that after the work of the International !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is altogether self-evident that, to be able to fight at all, the working class must organize itself at home as a class and that its own country is the immediate arena of its struggle &#8211; insofar as its class struggle is national, not in substance, but, as the Communist Manifesto says, &#034;in form&#034;. But the &#034;framework of the present-day national state&#034;, for instance, the German Empire, is itself, in its turn, economically &#034;within the framework&#034; of the world market, politically &#034;within the framework&#034; of the system of states. Every businessman knows that German trade is at the same time foreign trade, and the greatness of Herr Bismarck consists, to be sure, precisely in his pursuing a kind of international policy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And to what does the German Workers' party reduce its internationalism ? To the consciousness that the result of its efforts will be &#034;the international brotherhood of peoples&#034; &#8211; a phrase borrowed from the bourgeois League of Peace and Freedom, which is intended to pass as equivalent to the international brotherhood of working classes in the joint struggle against the ruling classes and their governments. Not a word, therefore, about the international functions of the German working class ! And it is thus that it is to challenge its own bourgeoisie &#8211; which is already linked up in brotherhood against it with the bourgeois of all other countries &#8211; and Herr Bismarck's international policy of conspiracy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In fact, the internationalism of the program stands even infinitely below that of the Free Trade party. The latter also asserts that the result of its efforts will be &#034;the international brotherhood of peoples&#034;. But it also does something to make trade international and by no means contents itself with the consciousness that all people are carrying on trade at home.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The international activity of the working classes does not in any way depend on the existence of the International Working Men's Association. This was only the first attempt to create a central organ for the activity ; an attempt which was a lasting success on account of the impulse which it gave but which was no longer realizable in its historical form after the fall of the Paris Commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bismarck's Norddeutsche was absolutely right when it announced, to the satisfaction of its master, that the German Workers' party had sworn off internationalism in the new program.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Starting from these basic principles, the German workers' party strives by all legal means for the free state&#8212;and&#8212;socialist society : that abolition of the wage system together with the iron law of wages &#8212; and&#8212;exploitation in every form ; the elimination of all social and political inequality.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I shall return to the &#034;free&#034; state later.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;So, in future, the German Workers' party has got to believe in Lassalle's &#034;iron law of wages&#034; ! That this may not be lost, the nonsense is perpetrated of speaking of the &#034;abolition of the wage system&#034; (it should read : system of wage labor), &#034;together with the iron law of wages&#034;. If I abolish wage labor, then naturally I abolish its laws also, whether they are of &#034;iron&#034; or sponge. But Lassalle's attack on wage labor turns almost solely on this so-called law. In order, therefore, to prove that Lassalle's sect has conquered, the &#034;wage system&#034; must be abolished &#034;together with the iron law of wages&#034; and not without it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is well known that nothing of the &#034;iron law of wages&#034; is Lassalle's except the word &#034;iron&#034; borrowed from Goethe's &#034;great, eternal iron laws&#034;. [1] The word &#034;iron&#034; is a label by which the true believers recognize one another. But if I take the law with Lassalle's stamp on it, and consequently in his sense, then I must also take it with his substantiation for it. And what is that ? As Lange already showed, shortly after Lassalle's death, it is the Malthusian theory of population (preached by Lange himself). But if this theory is correct, then again I cannot abolish the law even if I abolish wage labor a hundred times over, because the law then governs not only the system of wage labor but every social system. Basing themselves directly on this, the economists have been proving for 50 years and more that socialism cannot abolish poverty, which has its basis in nature, but can only make it general, distribute it simultaneously over the whole surface of society !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But all this is not the main thing. Quite apart from the false Lassallean formulation of the law, the truly outrageous retrogression consists in the following :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since Lassalle's death, there has asserted itself in our party the scientific understanding that wages are not what they appear to be &#8212; namely, the value, or price, of labor&#8212;but only a masked form for the value, or price, of labor power. Thereby, the whole bourgeois conception of wages hitherto, as well as all the criticism hitherto directed against this conception, was thrown overboard once and for all. It was made clear that the wage worker has permission to work for his own subsistence&#8212;that is, to live, only insofar as he works for a certain time gratis for the capitalist (and hence also for the latter's co-consumers of surplus value) ; that the whole capitalist system of production turns on the increase of this gratis labor by extending the working day, or by developing the productivity&#8212;that is, increasing the intensity or labor power, etc. ; that, consequently, the system of wage labor is a system of slavery, and indeed of a slavery which becomes more severe in proportion as the social productive forces of labor develop, whether the worker receives better or worse payment. And after this understanding has gained more and more ground in our party, some return to Lassalle's dogma although they must have known that Lassalle did not know what wages were, but, following in the wake of the bourgeois economists, took the appearance for the essence of the matter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is as if, among slaves who have at last got behind the secret of slavery and broken out in rebellion, a slave still in thrall to obsolete notions were to inscribe on the program of the rebellion : Slavery must be abolished because the feeding of slaves in the system of slavery cannot exceed a certain low maximum !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Does not the mere fact that the representatives of our party were capable of perpetrating such a monstrous attack on the understanding that has spread among the mass of our party prove, by itself, with what criminal levity and with what lack of conscience they set to work in drawing up this compromise program !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instead of the indefinite concluding phrase of the paragraph, &#034;the elimination of all social and political inequality&#034;, it ought to have been said that with the abolition of class distinctions all social and political inequality arising from them would disappear of itself.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Footnotes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Quoted from Goethe's Das G&#246;ttliche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The German Workers' party, in order to pave the way to the solution of the social question, demands the establishment of producers' co-operative societies with state aid under the democratic control of the toiling people. The producers' co-operative societies are to be called into being for industry and agriculture on such a scale that the socialist organization of the total labor will arise from them.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;After the Lassallean &#034;iron law of wages&#034;, the physic of the prophet. The way to it is &#034;paved&#034; in worthy fashion. In place of the existing class struggle appears a newspaper scribbler's phrase : &#034;the social question&#034;, to the &#034;solution&#034; of which one &#034;paves the way&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instead of arising from the revolutionary process of transformation of society, the &#034;socialist organization of the total labor&#034; &#034;arises&#034; from the &#034;state aid&#034; that the state gives to the producers' co-operative societies and which the state, not the workers, &#034;calls into being&#034;. It is worthy of Lassalle's imagination that with state loans one can build a new society just as well as a new railway !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From the remnants of a sense of shame, &#034;state aid&#034; has been put &#8212; under the democratic control of the &#034;toiling people&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the first place, the majority of the &#034;toiling people&#034; in Germany consists of peasants, not proletarians.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second, &#034;democratic&#034; means in German &#034;Volksherrschaftlich&#034; [by the rule of the people]. But what does &#034;control by the rule of the people of the toiling people&#034; mean ? And particularly in the case of a toiling people which, through these demands that it puts to the state, expresses its full consciousness that it neither rules nor is ripe for ruling !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It would be superfluous to deal here with the criticism of the recipe prescribed by Buchez in the reign of Louis Philippe, in opposition to the French socialists and accepted by the reactionary workers, of the Atelier. The chief offense does not lie in having inscribed this specific nostrum in the program, but in taking, in general, a retrograde step from the standpoint of a class movement to that of a sectarian movement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;That the workers desire to establish the conditions for co-operative production on a social scale, and first of all on a national scale, in their own country, only means that they are working to revolutionize the present conditions of production, and it has nothing in common with the foundation of co-operative societies with state aid. But as far as the present co-operative societies are concerned, they are of value only insofar as they are the independent creations of the workers and not prot&#233;g&#233;s either of the governments or of the bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; IV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I come now to the democratic section.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A. &#034;The free basis of the state.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;First of all, according to II, the German Workers' party strives for &#034;the free state&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Free state &#8212; what is this ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is by no means the aim of the workers, who have got rid of the narrow mentality of humble subjects, to set the state free. In the German Empire, the &#034;state&#034; is almost as &#034;free&#034; as in Russia. Freedom consists in converting the state from an organ superimposed upon society into one completely subordinate to it ; and today, too, the forms of state are more free or less free to the extent that they restrict the &#034;freedom of the state&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The German Workers' party &#8212; at least if it adopts the program &#8212; shows that its socialist ideas are not even skin-deep ; in that, instead of treating existing society (and this holds good for any future one) as the basis of the existing state (or of the future state in the case of future society), it treats the state rather as an independent entity that possesses its own intellectual, ethical, and libertarian bases.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And what of the riotous misuse which the program makes of the words &#034;present-day state&#034;, &#034;present-day society&#034;, and of the still more riotous misconception it creates in regard to the state to which it addresses its demands ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Present-day society&#034; is capitalist society, which exists in all civilized countries, more or less free from medieval admixture, more or less modified by the particular historical development of each country, more or less developed. On the other hand, the &#034;present-day state&#034; changes with a country's frontier. It is different in the Prusso-German Empire from what it is in Switzerland, and different in England from what it is in the United States. The &#034;present-day state&#034; is therefore a fiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nevertheless, the different states of the different civilized countries, in spite or their motley diversity of form, all have this in common : that they are based on modern bourgeois society, only one more or less capitalistically developed. They have, therefore, also certain essential characteristics in common. In this sense, it is possible to speak of the &#034;present-day state&#034; in contrast with the future, in which its present root, bourgeois society, will have died off.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The question then arises : What transformation will the state undergo in communist society ? In other words, what social functions will remain in existence there that are analogous to present state functions ? This question can only be answered scientifically, and one does not get a flea-hop nearer to the problem by a thousand-fold combination of the word 'people' with the word 'state'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Between capitalist and communist society there lies the period of the revolutionary transformation of the one into the other. Corresponding to this is also a political transition period in which the state can be nothing but the revolutionary dictatorship of the proletariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now the program does not deal with this nor with the future state of communist society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Its political demands contain nothing beyond the old democratic litany familiar to all : universal suffrage, direct legislation, popular rights, a people's militia, etc. They are a mere echo of the bourgeois People's party, of the League of Peace and Freedom. They are all demands which, insofar as they are not exaggerated in fantastic presentation, have already been realized. Only the state to which they belong does not lie within the borders of the German Empire, but in Switzerland, the United States, etc. This sort of &#034;state of the future&#034; is a present-day state, although existing outside the &#034;framework&#034; of the German Empire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But one thing has been forgotten. Since the German Workers' party expressly declares that it acts within &#034;the present-day national state&#034;, hence within its own state, the Prusso-German Empire &#8212; its demands would indeed be otherwise largely meaningless, since one only demands what one has not got &#8212; it should not have forgotten the chief thing, namely, that all those pretty little gewgaws rest on the recognition of the so-called sovereignty of the people and hence are appropriate only in a democratic republic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since one has not the courage &#8212; and wisely so, for the circumstances demand caution &#8212; to demand the democratic republic, as the French workers' programs under Louis Philippe and under Louis Napoleon did, one should not have resorted, either, to the subterfuge, neither &#034;honest&#034; [1] nor decent, of demanding things which have meaning only in a democratic republic from a state which is nothing but a police-guarded military despotism, embellished with parliamentary forms, alloyed with a feudal admixture, already influenced by the bourgeoisie, and bureaucratically carpentered, and then to assure this state into the bargain that one imagines one will be able to force such things upon it &#034;by legal means&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Even vulgar democracy, which sees the millennium in the democratic republic, and has no suspicion that it is precisely in this last form of state of bourgeois society that the class struggle has to be fought out to a conclusion &#8212; even it towers mountains above this kind of democratism, which keeps within the limits of what is permitted by the police and not permitted by logic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;That, in fact, by the word &#034;state&#034; is meant the government machine, or the state insofar as it forms a special organism separated from society through division of labor, is shown by the words &#034;the German Workers' party demands as the economic basis of the state : a single progressive income tax&#034;, etc. Taxes are the economic basis of the government machinery and of nothing else. In the state of the future, existing in Switzerland, this demand has been pretty well fulfilled. Income tax presupposes various sources of income of the various social classes, and hence capitalist society. It is, therefore, nothing remarkable that the Liverpool financial reformers &#8212; bourgeois headed by Gladstone's brother &#8212; are putting forward the same demand as the program.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. &#034;The German Workers' party demands as the intellectual and ethical basis of the state :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;1. Universal and equal elementary education by the state. Universal compulsory school attendance. Free instruction.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Equal elementary education&#034; ? What idea lies behind these words ? Is it believed that in present-day society (and it is only with this one has to deal) education can be equal for all classes ? Or is it demanded that the upper classes also shall be compulsorily reduced to the modicum of education &#8212; the elementary school &#8212; that alone is compatible with the economic conditions not only of the wage-workers but of the peasants as well ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Universal compulsory school attendance. Free instruction.&#034; The former exists even in Germany, the second in Switzerland and in the United States in the case of elementary schools. If in some states of the latter country higher education institutions are also &#034;free&#034;, that only means in fact defraying the cost of education of the upper classes from the general tax receipts. Incidentally, the same holds good for &#034;free administration of justice&#034; demanded under A, 5. The administration of criminal justice is to be had free everywhere ; that of civil justice is concerned almost exclusively with conflicts over property and hence affects almost exclusively the possessing classes. Are they to carry on their litigation at the expense of the national coffers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This paragraph on the schools should at least have demanded technical schools (theoretical and practical) in combination with the elementary school.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Elementary education by the state&#034; is altogether objectionable. Defining by a general law the expenditures on the elementary schools, the qualifications of the teaching staff, the branches of instruction, etc., and, as is done in the United States, supervising the fulfillment of these legal specifications by state inspectors, is a very different thing from appointing the state as the educator of the people ! Government and church should rather be equally excluded from any influence on the school. Particularly, indeed, in the Prusso-German Empire (and one should not take refuge in the rotten subterfuge that one is speaking of a &#034;state of the future&#034; ; we have seen how matters stand in this respect) the state has need, on the contrary, of a very stern education by the people.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the whole program, for all its democratic clang, is tainted through and through by the Lassallean sect's servile belief in the state, or, what is no better, by a democratic belief in miracles ; or rather it is a compromise between these two kinds of belief in miracles, both equally remote from socialism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Freedom of science&#034; says paragraph of the Prussian Constitution. Why, then, here ?.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Freedom of conscience&#034; ! If one desired, at this time of the Kulturkampf to remind liberalism of its old catchwords, it surely could have been done only in the following form : Everyone should be able to attend his religious as well as his bodily needs without the police sticking their noses in. But the Workers' party ought, at any rate in this connection, to have expressed its awareness of the fact that bourgeois &#034;freedom of conscience&#034; is nothing but the toleration of all possible kinds of religious freedom of conscience, and that for its part it endeavours rather to liberate the conscience from the witchery of religion. But one chooses not to transgress the &#034;bourgeois&#034; level.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I have now come to the end, for the appendix that now follows in the program does not constitute a characteristic component part of it. Hence, I can be very brief.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Footnotes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Epitaph used by the Eisenachers. Here a play on words in German.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Appendix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;2. Normal working day.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In no other country has the workers' party limited itself to such an indefinite demand, but has always fixed the length of the working day that it considers normal under the given circumstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;3. Restriction of female labor and prohibition of child labor.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The standardization of the working day must include the restriction of female labor, insofar as it relates to the duration, intermissions, etc., of the working day ; otherwise, it could only mean the exclusion of female labor from branches of industry that are especially unhealthy for the female body, or are objectionable morally for the female sex. If that is what was meant, it should have been said so.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Prohibition of child labor.&#034; Here it was absolutely essential to state the age limit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A general prohibition of child labor is incompatible with the existence of large-scale industry and hence an empty, pious wish. Its realization &#8212; if it were possible &#8212; would be reactionary, since, with a strict regulation of the working time according to the different age groups and other safety measures for the protection of children, an early combination of productive labor with education is one of the most potent means for the transformation of present-day society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;4. State supervision of factory, workshop, and domestic industry.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In consideration of the Prusso-German state, it should definitely have been demanded that the inspectors are to be removable only by a court of law ; that any worker can have them prosecuted for neglect of duty ; that they must belong to the medical profession.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;5. Regulation of prison labor.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A petty demand in a general workers' program. In any case, it should have been clearly stated that there is no intention from fear of competition to allow ordinary criminals to be treated like beasts, and especially that there is no desire to deprive them of their sole means of betterment, productive labor. This was surely the least one might have expected from socialists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;6. An effective liability law.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It should have been stated what is meant by an &#034;effective&#034; liability law.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Be it noted, incidentally, that, in speaking of the normal working day, the part of factory legislation that deals with health regulations and safety measures, etc., has been overlooked. The liability law comes into operation only when these regulations are infringed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In short, this appendix also is distinguished by slovenly editing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dixi et salvavi animam meam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[I have spoken and saved my soul.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Karl Marx Quotes on the Question of Work</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Ouvriers Workers</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Marx Quotes on the Question of Work &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;The realm of freedom begins only where one ceases to work out of necessity and externally imposed opportunity ; it is therefore by nature beyond the sphere of material production itself.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx, in &#034;Capital&#034;, Book III) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8220;Work itself is harmful and disastrous not only under present conditions, but in general, insofar as its aim is the mere increase of wealth&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Labor does not only produce commodities ; it produces itself and the worker as a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot49" rel="tag"&gt;Ouvriers Workers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx Quotes on the Question of Work&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;The realm of freedom begins only where one ceases to work out of necessity and externally imposed opportunity ; it is therefore by nature beyond the sphere of material production itself.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Capital&#034;, Book III)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Work itself is harmful and disastrous not only under present conditions, but in general, insofar as its aim is the mere increase of wealth&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Labor does not only produce commodities ; it produces itself and the worker as a commodity, and this to the extent that it produces commodities in general.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Manuscripts of 1844&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Labor is not the source of all wealth. Nature is just as much the source of use values &#8203;&#8203;(which are, after all, real wealth !) as labor, which is itself only the expression of a natural force, the labor power of man. This hackneyed phrase is found in all primers, and it is true only on condition that it is implied that labor is prior, with all the objects and processes that accompany it. But a socialist program cannot allow this bourgeois phraseology to pass over in silence the conditions that alone can give it meaning. And it is only to the extent that man, from the outset, acts as an owner with regard to nature, this primary source of all the means and materials of labor, it is only if he treats it as an object belonging to him that his labor becomes the source of use values, hence of wealth. The bourgeois have excellent reasons for attributing to labor this supernatural power of creation : for, from the fact that labor is dependent on nature, it follows that the man who possesses nothing other than his labor power will necessarily, in any state of society and civilization, be the slave of other men who have set themselves up as possessors of the objective conditions of labor. He can work, and consequently live, only with the permission of the latter...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Marginal Glosses on the Program of the German Workers' Party&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The bourgeois have excellent reasons for attributing to labor this supernatural power of creation : for, from the fact that labor is dependent on nature, it follows that the man who possesses nothing other than his labor power will necessarily, in any state of society and civilization, be the slave of other men who have set themselves up as possessors of the objective conditions of labor. He can work, and consequently live, only with the permission of the latter.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Marginal Glosses on the Program of the German Workers' Party&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;One of the prerequisites for the emergence of wage labor, and one of the historical conditions of capital, is free labor and the exchange of free labor for money, in order to produce money and convert it into values, in order to be consumed by money, not as use value for pleasure, but as exchange value for money. Another prerequisite is the separation of free labor from the objective conditions of its realization&#8212;from the means and means of labor. This means, above all, that workers must be separated from the land, which serves as a natural laboratory. This means the dissolution of small, free landownership and common landownership, based on the oriental type of commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In both cases, the relationship between the worker and the objective conditions of his work is determined by a question of property : it is the natural unity of labor and the material conditions required for that work. In fact, the worker has an objective existence, independent of his labor. The individual is linked to himself as owner, as master of the conditions of his reality. The same relationship exists between an individual and the rest. Where this prerequisite comes from the community, the others are its co-owners, who are so many embodiments of common property. When it comes from the individual families that jointly constitute the community, they are independent owners coexisting with it, independent private owners. The common property that previously absorbed everything and encompassed them all now subsists as a special &#034;ager publicus,&#034; separate from the many private owners. (ager publicus means common possession of land)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In both cases, individuals behave not as workers, but as owners&#8212;and as members of a community who also work. The object of this work is not the creation of value, although they may perform surplus labor to exchange for alien labor&#8212;that is, for surplus products. Its purpose is to maintain the owner and his family, as well as the common body as a whole. The establishment of the individual as a worker, stripped of all qualities except this one, is itself a product of history&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Once men have finally settled down, and to a lesser extent, the way in which this original community is modified, will depend on various external conditions, climatic, geographical, physical, etc., as well as on their particular natural constitution &#8211; on their tribal character. The spontaneously evolved tribal community, or, if you will, the herd &#8211; the common bonds of blood, language, custom, etc. &#8211; is the first condition for the appropriation of the purpose of life and of the activity that reproduces and gives its material expression or purpose [vergegenst&#228;ndlichenden] (activity of shepherd, hunter, farmer, etc.). The Earth is the great laboratory, the arsenal that provides both the means and the material for work, as well as the location, the basis of the community. Men's relations with it are naive ; they consider themselves its common owners and those of the community that produces and reproduces itself through living labor. Only to the extent that the individual is a member&#8212;literally and figuratively&#8212;of such a community does he consider himself an owner or possessor. In reality, appropriation by means of the labor process takes place under those preconditions, which are not the product of labor, but appear as its natural or divine preconditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Pre-capitalist Economic Formations&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Capital is a contradiction in action : it tends to reduce labor time to a minimum, while making it the sole source and measure of wealth. It therefore diminishes it in its necessary form in order to increase it in its useless form, making superfluous labor time the condition&#8212;a matter of life and death&#8212;of necessary labor time. On the one hand, capital sets in motion all the forces of science and nature, it stimulates social cooperation and commerce in order to (relatively) free the creation of wealth from labor time ; on the other hand, it intends to measure in labor time the immense social forces thus created, so that it contains, immobilizes, and limits their achievements. Productive forces and social relations&#8212;the double principle of the development of the individual&#8212;are and mean for capital only simple means for maintaining itself on its own narrow basis. In reality, these are the material conditions that will shatter the foundations of capital.&#8221; (&#8230;) What is new in capital is that it increases the surplus labor time of the masses by all means of art and science, since its immediate aim is not use value but value in itself, which it cannot realize without the direct appropriation of surplus labor time, which constitutes its wealth. Thus, by reducing labor time to a minimum, capital contributes in spite of itself to creating social time available for the service of all, for the development of each. But, while creating available time, it tends to transform it into surplus labor. The more it succeeds in this task, the more it suffers from overproduction ; and as soon as it is unable to exploit surplus labor, capital stops necessary work. The more this contradiction becomes acute, the more it is realized that the increase in productive forces must depend on the appropriation of surplus labor not by others but by the working masses themselves. (&#8230;) True wealth being the full productive power of all individuals, the standard of measurement will not be working time, but available time. To adopt working time as the standard of wealth is to base the latter on poverty, it is to want leisure to exist only in and through opposition to surplus labor time ; it is to reduce all time to working time alone and to degrade the individual to the exclusive role of worker, of instrument of labor. This is why the most perfected machinery forces the worker to devote more time to work than the savage of the bush or the craftsman with his simple and crude tools ever did. (&#8230;) Work cannot become a game, as Fourier wants, who had the great merit of having proclaimed as the ultimate goal the overcoming, in a higher form, not of the mode of distribution but of production. (&#8230;) Just as the system of bourgeois economy develops little by little, so,The ultimate outcome of this system gradually develops its own negation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx in &#034;Principles of the Critique of Political Economy&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The worker's nationality is not French, English, or German ; it is labor, free slavery, the traffic in oneself. His government is not French, English, or German ; it is capital. The air he breathes at home is not French, English, or German ; it is the air of factories. The soil that belongs to him is not French, English, or German ; it is a few feet underground.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Critical Notes on Friedrich List&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;When the Paris Commune took the direction of the revolution into its own hands ; when ordinary workers, for the first time, dared to touch the governmental privilege of their &#8220;natural superiors,&#8221; the propertied classes, and, under circumstances of unparalleled difficulty, accomplished their work modestly, conscientiously, and efficiently (and accomplished it for wages the highest of which barely reached one-fifth of what, according to a high scientific authority, Professor Huxley, is the minimum required for a secretary to the London Board of Education), the old world writhed in convulsions of rage at the sight of the red flag, symbol of the Republic of Labor, waving over the H&#244;tel de Ville.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;The Civil War in France&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The workers... must inscribe on their flag the revolutionary slogan : 'Abolition of wage labor,' which is their ultimate objective.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Wages, Prices and Profit&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;We then observe that the economic categories already existing in pre-capitalist periods of production acquire, on the basis of the capitalist mode of production, a new and specific historical character.&lt;br class='autobr' /&gt;
Money - a simple metamorphosed figure of the commodity - only becomes capital from the moment when the worker's capacity to work is transformed into a commodity. This implies that commerce has conquered a sphere where it appeared only sporadically, or was even excluded. In other words, the working population must no longer be part of the objective conditions of work, or present itself on the market as a producer of commodities : instead of selling the product of its labor, it must sell its labor, or better its capacity to work. Only then does production, in all its magnitude, in depth as well as extension, become commodity production. In conclusion, the commodity only becomes the general elementary form of wealth on the basis of capitalist production.&lt;br class='autobr' /&gt;
For example, as long as capital does not yet dominate agriculture, a large part of food products continue to be produced as simple means of subsistence, and not as commodities. Similarly, a large fraction of the working population remains unsalaried, and most working conditions are not yet capital. *&lt;br class='autobr' /&gt;
All this implies that the developed division of labor&#8212;as it appears by chance within society&#8212;and the capitalist division of labor within the workshop generate and condition each other. Indeed, the commodity&#8212;the determinate form of the product&#8212;and therefore the alienation of the product as a necessary form of appropriation presuppose a fully developed social division of labor. Now, it is only on the basis of capitalist production&#8212;and therefore also of the capitalist division of labor within the workshop&#8212;that every product necessarily assumes the mercantile form, and that all producers are necessarily commodity producers. It is therefore only on the basis of capitalist production that use value is generally mediated by exchange value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Capital,&#034; The Production Process of Capital, Chapter Six&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;In this social war, capital, the direct or indirect ownership of subsistence and the means of production, is the weapon with which one fights ; so it is clear as day that the poor bear all the disadvantages of such a state. No one cares about him ; thrown into this chaotic whirlwind, he must struggle as best he can. If he is lucky enough to find work, that is to say, if the bourgeoisie grants him the grace of enriching itself at its expense, a salary awaits him, which is barely enough to keep him on this earth ; if he does not find work, he can steal, if he does not fear the police, or die of hunger, and there too the police will see to it that he dies of hunger in a quiet manner, in no way offensive to the bourgeoisie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The Condition of the Working Class in England&#034; by Engels, Marx's companion&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Work is primarily an act that takes place between man and nature. Man himself plays the role of a natural power in relation to nature. The forces with which his body is endowed, arms and legs, head and hands, he sets in motion, in order to assimilate materials by giving them a form useful to his life. At the same time that he acts by this movement on external nature and modifies it, he modifies his own nature, and develops the faculties that lie dormant within it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the same time that mechanical work overexcites the nervous system to the utmost, it prevents the varied play of the muscles and compresses all free activity of body and mind. The very ease of work becomes torture in the sense that the machine does not free the worker from work, but strips work of its interest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A certain stunting of body and mind is inseparable from the division of labor in society. But since the manufacturing period pushes this social division much further, at the same time that by its own division it attacks the individual at the very root of his life, it is this which first provides the idea and the material for an industrial pathology.&lt;br class='autobr' /&gt;
The economy of collective means of labor, activated and matured as in a hothouse by the factory system, becomes in the hands of capital a system of robberies committed on the vital conditions of the worker during his work, on space, air, light and measures of personal protection against the dangerous and unhealthy circumstances of the production process, not to mention the arrangements which the comfort and convenience of the worker would require.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It [manufacturing] cripples the worker, it makes him into something monstrous by activating the artificial development of his dexterity in detail, by sacrificing a whole world of productive dispositions and instincts, just as, in the States of La Plata, a bull is sacrificed for its skin and tallow. It is not only labor that is divided, subdivided, and distributed among various individuals, it is the individual himself who is fragmented and metamorphosed into the automatic spring of an exclusive operation, so that we find realized the absurd fable of Menenius Agrippa representing a man as a fragment of his own body.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In history, as in nature, decay is the laboratory of life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Capital&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Unlike Adam Smith, David Ricardo has clearly delineated the principle of the determination of the value of commodities by labor time and shows that this law also governs those bourgeois relations of production which seem most in contradiction with it. Ricardo's research is confined exclusively to the magnitude of value and, with regard to the latter, he at least suspects that the realization of the law presupposes definite historical conditions. Thus, he says that the determination of the magnitude of value by labor time is valid only for commodities &#034;which can be multiplied at will by industry and whose production is subject to unlimited competition.&#034; This only means, in fact, that the law of value presupposes, for its complete development, the society of large-scale industrial production and free competition, that is, modern bourgeois society. Moreover, Ricardo regards the bourgeois form of labor as the eternal natural form of social labor. To the primitive fisherman and hunter, whom he considers as owners of goods, he immediately makes them exchange fish and game proportionally to the labor time materialized in these exchange values. He commits on this occasion the anachronism which would consist in making the primitive fisherman and hunter refer, for the evaluation of their instruments of work, to the annuity tables current on the London Stock Exchange in 1817. The &#034;Parallelograms of Mr. Owen&#034; seem to be the only form of society he has known outside the bourgeois form. Although a prisoner of this bourgeois horizon, Ricardo dissects the bourgeois economy, which has in its depths a totally different aspect from what it appears to be on the surface, with such theoretical rigor, that Lord Brougham was able to say of him &#034;Mr. Ricardo seemed to have fallen from another planet.&#034; &#187; In a direct polemic with Ricardo, Sismondi, while insisting on the specifically social character of labor creating exchange value, indicated as &#034;the characteristic of our economic progress&#034; the reduction of the magnitude of value to necessary labor time, to &#034;the ratio between the need of the whole of society and the quantity of labor sufficient to satisfy this need.&#034; (...) Since&lt;br class='autobr' /&gt;
it was Ricardo who, giving classical political economy its completed form, formulated and developed in the clearest way the law of the determination of value by labor time, it is naturally on him that the polemic raised by the economists is concentrated. If we strip this polemic of the inept form it most often assumes, it can be summed up in the following points :&lt;br class='autobr' /&gt;
First &#8211; Labor itself has an exchange value, and different labors have different exchange values. It is a vicious circle to make an exchange value the measure of exchange value, since exchange value, which serves as a measure, itself in turn needs a measure. This objection is based on the following problem : given labor time as an immanent measure of exchange value, develop the worker's wage on this basis. The answer is given by the theory of wage labor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Second. &#8211; If the exchange value of a product is equal to the labor time it contains, the exchange value of a day's labor is equal to the product of a day's labor. Or again, the wage must be equal to the product of labor. But the opposite is true. So this objection merges into the following problem : how does production, on the basis of exchange value, determined by labor time alone, lead to the result that the exchange value of labor is less than the exchange value of its product ? We will solve this problem by studying capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Third. &#8211; The market price of commodities falls below or exceeds their exchange value according to the changes in supply and demand. Consequently, the exchange value of commodities is determined by the ratio of supply and demand and not by the labor time they contain. Practically, this strange conclusion simply raises the following question : how is a market price formed on the basis of exchange value that is different from this value, or more precisely, how is the law of exchange value realized only in its own opposite ? This problem is solved in the theory of competition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fourth. &#8211; The last contradiction and the most peremptory in appearance, when it is not, as usual, presented in the form of baroque examples, is the following : if the exchange value is nothing other than the labor time contained in a commodity, how can commodities which do not contain labor possess an exchange value, or, in other words, where does the exchange value of simple forces of nature come from ? This problem is resolved in the theory of ground rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Critique of Political Economy&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Labor that creates exchange value is finally characterized by the fact that the social relations between people appear, so to speak, as reversed, as a social relation between things. Only if one use-value is compared with another in its quality of exchange-value, is the labor of the various people compared in its aspect of equal and general labor. If, therefore, it is right to say that exchange-value is a relation between people, it must be added : a relation that is hidden beneath the envelope of things. Just as, despite the difference in their physical and chemical properties, a pound of iron and a pound of gold represent the same mass, so the use-values &#8203;&#8203;of two commodities, containing the same labor-time, represent the same exchange-value. Exchange value thus appears as a socially determined natural form of use-values, a determined form assigned to them as objects and by means of which, in the process of exchange, they replace one another in definite quantitative relations and form equivalents, just as simple chemical substances combine in certain quantitative relations and form chemical equivalents. Only the habit of everyday life makes it considered commonplace and self-evident that a social relation of production takes the form of an object, giving the relation between people in their work the appearance of a relation established between things and between these things and people. This mystification is still quite simple in the commodity. Everyone suspects, more or less vaguely, that the relation between commodities as exchange-values &#8203;&#8203;is rather a relation between people and their reciprocal productive activity. This appearance of simplicity disappears in higher-level relations of production. All the illusions of the monetary system arise from the failure to see that money, in the form of a natural object with definite properties, represents a social relation of production. Among modern economists, who smile sardonically at the illusions of the monetary system, the same illusion betrays itself as soon as they deal with higher economic categories, for example, capital. It is revealed in the admission of their naive astonishment when the object they clumsily imagined they were holding in their hands at that very moment suddenly appears to them as a social relation, and conversely, what they have just catalogued in the category of social relations taunts them in the form of an object.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Since exchange value is, in fact, nothing other than the ratio of the labors of individuals, considered as equal and general labor, nothing other than the objective expression of a specifically social form of labor, it is a tautology to say that labor is the sole source of exchange value and, consequently, of wealth, insofar as the latter consists of exchange values. It is the same tautology to say that matter in itself in its natural state does not contain exchange value, since it does not contain labor, and that exchange value in itself does not contain matter in its natural state. But when William Petty calls it &#034;labor the father, and the earth the mother of wealth&#034; ; when Bishop Berkeley asks &#034;whether the four elements and the human labor mingled with them are not the true source of wealth&#034; ; or again, when the American Th. Cooper explains in a popular form :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Take away from a loaf of bread the labor it has cost, the labor of the baker, the miller, the farmer, etc., what remains ? A few seeds of wild grass unfit for any human use ; in all these ways of seeing things, it is not a question of abstract labor, the source of exchange value, but of concrete labor, insofar as it is a source of material wealth, in short, of labor producing use values. In positing the use value of the commodity, one presupposes the particular utility, the determinate and systematic character of the labor it has absorbed ; but, from the point of view of the commodity, these considerations exhaust all reference to this labor as useful labor. What interests us in bread as use value are its alimentary properties, and not at all the labors of the farmer, the miller, the baker, etc. If some invention were to eliminate nineteen-twentieths of this labor, the loaf of bread would render the same services as before. If it were to fall from the sky fully baked, it would not lose an atom of its use-value. While labor creating exchange value is realized in the equality of commodities as general equivalents, labor as systematic productive activity is realized in the infinite diversity of the use-values &#8203;&#8203;it creates. While labor creating exchange value is an abstract and equal general labor, labor creating use-value is a concrete and particular labor which, according to form and matter, is divided into an infinite variety of kinds of labor.&lt;br class='autobr' /&gt;
It is incorrect to say that labor, which creates use values, is the sole source of the wealth it produces, that is, of material wealth. It is the activity that adapts matter to a particular end ; it therefore necessarily presupposes matter. The relationship between labor and natural matter varies greatly according to different use values, but use value always contains a natural substratum. As a systematic activity aimed at appropriating the products of nature in one form or another, labor is the natural condition of human existence, the condition&#8212;independent of any social form&#8212;of the exchange of substances between man and nature. Labor, which creates exchange value, on the other hand, is a specifically social form of labor. In its material determination as a particular productive activity, the work of a tailor, for example, produces the garment, but not the exchange value of the garment. It is not in its capacity as tailor's work, but as abstract general labor, that it produces this value, and the latter is part of a social whole to the construction of which the tailor's needle has contributed nothing. Thus, in ancient domestic industry, women produced clothing, without producing the clothing's exchange value. Labor, the source of material wealth, was no less known to the lawgiver Moses than to the customs official Adam Smith.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us now consider some more precise determinations which result from the reduction of exchange value to labor time.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As a use-value, the commodity exercises a causal action. Wheat, for example, acts as food. A machine replaces labor in definite proportions. This action of the commodity, the action which alone makes it a use-value, an object of consumption, can be called its service, the service it renders as a use-value. But, as an exchange-value, the commodity is never considered anything other than a result. It is not a question of the service it renders, but of the service which has been rendered to itself in producing it. Thus the exchange-value of a machine, for example, is determined not by the quantity of labor-time which it replaces, but by the quantity of labor-time which has been employed in constructing it and which is consequently required to produce a new machine of the same kind.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If, therefore, the quantity of labor required for the production of commodities remained constant, their exchange value would be invariable. But the ease and difficulty of production vary continually. When the productive power of labor increases, the same use-value is produced in a shorter time. If the productive power of labor decreases, the production of the same use-value will require more time. The magnitude of the labor time contained in a commodity, that is, its exchange value, is therefore a variable value : it increases or decreases in inverse proportion to the increase or decrease in the productive power of labor. The productive power of labor, which manufacturing industry uses in a predetermined proportion, is also conditioned in agriculture and mining by uncontrollable natural circumstances. The same labor will allow a greater or lesser extraction of different metals according to the relative rarity or abundance of these metals in the earth's crust. The same labor may, if the season is favorable, materialize in the form of two bushels of wheat, and perhaps only one bushel, if it is unfavorable. In the form of natural circumstances, scarcity or abundance seem here to determine the exchange value of commodities, because they determine the productive force, linked to natural circumstances, of a particular concrete labor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Different use-values &#8203;&#8203;contain, under unequal volumes, the same labor-time or the same exchange-value. The smaller, in relation to other use-values, the volume of use-value under which a commodity contains a definite quantum of labor-time, the greater is its specific exchange-value. If it is observed that at different periods of civilization, very distant from one another, certain use-values &#8203;&#8203;form among themselves a series of specific exchange-values, between which subsists, if not exactly the same numerical relation, at least the same general relation of hierarchy, as, for example, gold, silver, copper, iron, or wheat, rye, barley, oats, this only proves that the progress in the development of the social productive forces influences in a uniform or approximately uniform manner the labor-time required for the production of these different commodities.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The exchange value of a commodity does not appear in its own use value. However, since the use value of a commodity is the materialization of general social labor time, there are certain relationships between the use value of this commodity and the use values &#8203;&#8203;of other commodities. The exchange value of one is thus manifested in the use values &#8203;&#8203;of others. Equivalence is, in fact, the exchange value of one commodity expressed in the use value of another. When we say, for example, that one yard of linen is worth two pounds of coffee, the exchange value of the linen is expressed in the use value of the coffee, in a definite quantity of this use value. Once the proportion is given, we can express the value of any quantity of linen in coffee. It is obvious that the exchange value of a commodity, such as linen, does not find its exhaustive expression in the proportion in which another particular commodity, such as coffee, constitutes its equivalent. The quantity of general labor time represented by an ell of linen is simultaneously realized in the infinite variety of volumes of the use values &#8203;&#8203;of all other commodities. In the proportion in which the use value of any other commodity represents labor time of the same magnitude, it constitutes an equivalent of an ell of linen. The exchange value of this commodity taken in isolation therefore finds its exhaustive expression only in the infinity of equations in which its equivalent term is the use values &#8203;&#8203;of all other commodities. It is only in the sum of these equations, or in the totality of the different ratios indicating in what proportion such and such a commodity can be exchanged for any other, that it finds its exhaustive expression as a general equivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Contribution to the Critique of Political Economy&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;It is of no consequence to the capitalist whether he advances constant capital in order to extract a profit from variable capital or advances variable capital in order to valorize constant capital, whether he invests money in the form of wages in order to increase the value of machinery and raw materials, or invests it in the form of machinery and raw materials in order to exploit labor power. Although the variable part of capital alone creates surplus value, it does so only on condition that the other parts of capital, the instruments of production, are also advanced. Since the capitalist can exploit labor only if he advances constant capital and can valorize constant capital only if he advances variable capital, these different elements are identified in his conception, and this all the more easily since the real rate of his gain is determined by the ratio of the latter, not to variable capital, but to total capital, by the rate of profit and not by the rate of surplus value. (We shall see later that the same rate of profit can correspond to different rates of surplus value). (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
The only thing that interests the capitalist is the ratio of surplus value (the excess value that the sale of his commodities brings him) to the total capital that he has advanced ; as for the ratio between this surplus and the various elements of his capital, he is hardly concerned with it and he even has every interest in forming a false idea of &#8203;&#8203;it. Although the excess of the value of the commodity over the cost price arises in the process of production, it is realized only in the process of circulation, and since its realization and its magnitude are determined by competition and market conditions, it is also in the process of circulation that it seems to originate. However, whether a commodity is sold above or below its value, the result is only a change in the distribution of surplus value, which affects neither the magnitude nor the nature of the latter. Furthermore, real circulation is not only accompanied by the transformations we studied in Volume II, but these go hand in hand with competition as well as with the buying and selling of commodities above and below their value, which means that the surplus value realized by each capitalist depends as much on fraud as on the exploitation of labor. (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
During the process of production, the nature of surplus value does not escape for a moment the capitalist, greedy for the labor of others, as we have seen in the study of surplus value. But the process of production is transient and continually merges with the process of circulation : so that if the capitalist can assimilate with more or less clarity the conception of a gain arising from production and if, consequently, he realizes the nature of surplus value, this notion manages at most to acquire the same importance as the idea that surplus value results from circulation independently of production, from the movement of capital outside its relations to labor. Even modern economists, like Ramsay, Malthus, Senior, Torrens, invoke the phenomena of circulation as proof that capital alone, in its objective existence and freed from its social relations to labor (relations without which it would not be capital), is a source of surplus value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Capital&#034;, Book III, Paragraph 1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The best thing about my book (&#034;Capital&#034;) is : 1. that it highlights, from the very first chapter, the dual character of labor, depending on whether it is expressed in use value or in exchange value, and this is what the whole intelligence of the text is based on ; 2. that it analyzes surplus value, independently of its particular forms (profit, interest, ground rent, etc.). It is in the second volume especially that all this will become apparent. In classical economics, these particular forms are constantly mixed and confused with the general form, so that the result is an inextricable jumble.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in his letter to Engels of 24.8.1867&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Political economy hides the alienation in the essence of labor by not considering the direct relationship between the worker (labor) and production. Certainly, labor produces wonders for the rich, but it produces destitution for the worker. It produces palaces, but dens for the worker. It produces beauty, but wasting for the worker. It replaces labor with machines, but it throws some workers into barbaric labor and turns the rest into machines. It produces wit, but it produces imbecility, cretinism for the worker. [...] Until now, we have considered the alienation, the dispossession of the worker only from one aspect, that of his relationship to the products of his labor. But alienation does not appear only in the result, but in the act of production, within the activity of production itself. [...] Now, in what does the alienation of labor consist ? First, in the fact that work is external to the worker, that is, it does not belong to his essence, that therefore, in his work, the latter does not affirm himself but denies himself, does not feel comfortable but unhappy, does not display free physical and intellectual activity, but mortifies his body and ruins his mind. This is why the worker has the feeling of being with himself only outside of work and, in work, he feels outside of himself. He is at home when he is not working and, when he is working, he does not feel at home. His work is therefore not voluntary, but forced, it is forced labor. It is therefore not the satisfaction of a need, but only a means of satisfying needs outside of work. The alien character of work clearly appears in the fact that, as soon as there is no physical or other constraint, work is avoided like the plague. External work, work in which man alienates himself, is a work of self-sacrifice, of mortification. Finally, the external character of work for the worker appears in the fact that it is not his own property, but that of another, that it does not belong to him, that in work the worker does not belong to himself, but belongs to another. [...] We thus arrive at the result that man (the worker) no longer feels freely active except in his animal functions, eating, drinking and procreation, at most in dwelling, adornment, etc., and that, in his functions as a man, he no longer feels himself anything but an animal. The bestial becomes the human and the human becomes the bestial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Manuscripts of 1844&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;For the owner of money to find labor power as a commodity on the market, however, various conditions must first be met. The exchange of commodities, by itself, does not entail any other relations of dependence than those which arise from its nature. In these circumstances, labor power can only appear on the market as a commodity if it is offered or sold by its own owner. The latter must therefore be able to dispose of it, that is, be the free owner of his labor power, of his own person. The owner of money and he meet on the market and enter into relations with each other as exchangers in the same capacity. They differ only in this : one buys and the other sells, and by this very fact, both are legally equal persons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For this relationship to persist, the owner of the labor power must never sell it for more than a fixed time, because if he sells it in bulk, once and for all, he sells himself, and from being free he becomes a slave, from being a merchant, a commodity. If he wants to maintain his personality, he must only place his labor power temporarily at the disposal of the buyer, so that by alienating it he does not thereby renounce his ownership of it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The second essential condition for the man with money to be able to buy labor power is that the owner of the latter, instead of being able to sell commodities in which his labor has been realized, is forced to offer and put up for sale, as a commodity, his labor power itself, which resides only in his organism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anyone who wants to sell commodities distinct from his own labor power must naturally possess means of production such as raw materials, tools, etc. It is impossible for him, for example, to make boots without leather, and moreover he needs means of subsistence. No one, not even the musician of the future, can live on the products of posterity, nor subsist on use values &#8203;&#8203;whose production is not yet complete ; today, as on the first day of his appearance on the world stage, man is obliged to consume before producing and while he is producing. If products are commodities, they must be sold in order to satisfy the producer's needs. To the time necessary for production is added the time necessary for sale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The transformation of money into capital therefore requires that the owner of money find the free worker on the market, and free from a double point of view. First, the worker must be a free person, disposing at will of his labor power as his own commodity ; second, he must have no other commodity to sell ; be, so to speak, free from everything, completely deprived of the things necessary for the realization of his labor power.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Why does this free worker find himself in the sphere of circulation ? This is a question that is of little interest to the owner of money, for whom the labor market is only a particular branch of the commodity market ; and for the moment it is of no interest to us either. Theoretically, we stick to the fact, as he does practically. In any case, one thing is quite clear : nature does not produce owners of money or commodities on the one hand and owners of their own labor power purely and simply on the other. Such a relation has no natural basis, nor is it a social relation common to all periods of history. It is obviously the result of a preliminary historical development, the product of a large number of economic revolutions, arising from the destruction of a whole series of old forms of social production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Likewise, the economic categories we have considered previously bear a historical stamp. Certain historical conditions must be fulfilled before the product of labor can be transformed into a commodity. For example, as long as it is intended only to immediately satisfy the needs of its producer, it does not become a commodity. If we had pursued our research further, if we had asked ourselves under what circumstances all products, or at least most of them, take the form of commodities, we would have found that this only happens on the basis of a very special mode of production, capitalist production. But such an investigation would have been entirely outside the scope of a simple analysis of commodities. Commodity production and circulation can take place even when the greater part of the products consumed by their producers themselves do not enter into circulation as commodities. In this case, social production is far from being governed in its entire extent and depth by exchange value. The product, in order to become a commodity, requires in society a division of labor so developed that the separation between use value and exchange value, which is only just beginning to appear in barter trade, is already accomplished. However, such a degree of development is, as history proves, compatible with the most diverse economic forms of society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, &#034;Capital,&#034; Book One, Buying and Selling Labor Power&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Capitalist appropriation, in accordance with the capitalist mode of production, constitutes the first negation of this private property which is only the corollary of independent and individual labor. But capitalist production itself engenders its own negation with the fatality which presides over the metamorphoses of nature. It is the negation of the negation. It reestablishes not the private property of the worker, but his individual property, based on the acquisitions of the capitalist era, on cooperation and the common possession of all the means of production, including the land.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, &#034;Capital,&#034; Book One&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;As the number of potentates of capital who usurp and monopolize all the advantages of this period of social evolution diminishes, so does misery, oppression, slavery, degradation, exploitation, but also the resistance of the ever-growing and increasingly disciplined working class, united and organized by the very mechanism of capitalist production. The monopoly of capital becomes a fetter for the mode of production that has grown and prospered with it and under its auspices. The socialization of labor and the centralization of its material springs reach a point where they can no longer fit within their capitalist envelope. This envelope shatters. The hour of capitalist property has come. The expropriators are in turn expropriated.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, &#034;Capital,&#034; Book One&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;If working time is the measure of wealth, it is because wealth is founded on poverty, and free time results from the contradictory basis of surplus labor ; in other words, this supposes that all the worker's time is posited as working time and that he himself is reduced to the rank of simple worker and subordinated to work. This is why the most developed machinery today forces the worker to work longer than the savage or himself did when he had more rudimentary and primitive tools.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx, in &#034;Grundisse&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The following is Karl Marx's critique of the German Socialist Party program :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The emancipation of labor requires that the instruments of labor be elevated to the status of common heritage of society and that collective labor be regulated by the community with equitable sharing of the product.&#034; (excerpt from the program of the Social Democratic Party)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx's comment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;The instruments of work raised to the status of common heritage&#034; must undoubtedly mean : &#034;transformed into common heritage.&#034; But this is only in passing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What is the &#034;product of labor&#034; ? The object created by labor or its value ? And, in the latter case, the total value of the product or only the fraction of value that labor has added to the value of the means of production consumed ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The &#034;product of labor&#034; is a vague notion which, for Lassalle, took the place of positive economic concepts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What is &#8220;fair sharing&#8221; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Do not the bourgeoisie maintain that the present division is &#034;fair&#034; ? And, in fact, on the basis of the present mode of production, is it not the only &#034;fair&#034; division ? Are economic relations regulated by legal ideas or are not, conversely, legal relations born of economic relations ? Do not the socialists of the sects also have the most diverse conceptions of this &#034;fair&#034; division ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To understand what is meant by the empty expression &#034;fair sharing,&#034; we must compare the first paragraph with this one. The latter assumes a society in which &#034;the instruments of labor are common property and collective labor is regulated by the community,&#034; while the first paragraph shows us that &#034;the product belongs entirely, by equal right, to all members of society.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;To all members of society&#034; ? Even to those who do not work ? What then becomes of the &#034;full product of labor&#034; ? - Only to members of society who work ? What then becomes of the &#034;equal right&#034; of all members of society ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But &#034;all members of society&#034; and &#034;equal rights&#034; are clearly only figures of speech. The essence is that, in this communist society, every worker must receive, in the Lasallian fashion, a &#034;full product of labor.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If we first take the word &#034;product of labor&#034; in the sense of an object created by labor (Produkt der Arbeit), then the product of the community's labor is &#034;the totality of the social product.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;From this, it is necessary to deduct : First : a fund intended for the replacement of used means of production ; Second : an additional fraction to increase production ; Third : a reserve or insurance fund against accidents, disturbances due to natural phenomena, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These deductions from the &#034;full product of labor&#034; are an economic necessity, the importance of which will be determined in part, taking into account the state of the means and forces in play, with the help of the calculation of probabilities ; in any case, they cannot be calculated in any way on the basis of equity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The other part of the total product remains, intended for consumption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But before proceeding with the individual distribution, it is still necessary to subtract :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;First, the general administrative costs, which are independent of production. Compared to what happens in today's society, this fraction is immediately reduced to a minimum and decreases as the new society develops.&lt;br class='autobr' /&gt;
Second, what is intended to satisfy the needs of the community : schools, sanitary facilities, etc. This fraction immediately gains in importance, compared to what happens in today's society, and this importance increases as the new society develops.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thirdly : the fund necessary for the maintenance of those who are unable to work, etc., in short, what falls under what is today called official public assistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is only then that we arrive at the only &#034;sharing&#034; that, under the influence of Lassalle and in a limited way, the program has in mind, that is to say, that fraction of the objects of consumption which is distributed individually among the producers of the community.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The &#034;full product of labor&#034; has already been secretly transformed into a &#034;partial product,&#034; although what is taken away from the producer, as an individual, he regains directly or indirectly, as a member of society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Just as the term &#034;full product of labor&#034; has vanished, so we will see the term &#034;product of labor&#034; in general vanish.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Within a communal social order, based on the common ownership of the means of production, producers do not exchange their products ; similarly, the labor incorporated in products does not appear here as the value of these products, as a real quality possessed by them, since henceforth, contrary to what happens in capitalist society, it is no longer by a roundabout way, but directly, that the labors of the individual become an integral part of the labor of the community. The expression : &#034;product of labor,&#034; condemnable even today because of its ambiguity, thus loses all meaning.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What we are dealing with here is a communist society not as it has developed on its own foundations, but, on the contrary, as it has just emerged from capitalist society ; a society, therefore, which, in all respects, economic, moral, intellectual, still bears the stigmata of the old society from whose bosom it sprang. The producer therefore receives individually&#8212;after deductions have been made&#8212;the exact equivalent of what he has given to society. What he has given is his individual quantum of labor. For example, the social workday represents the sum of the hours of individual labor ; the individual labor time of each producer is the portion he has provided of the social workday, the part he has taken in it. He receives from society a voucher stating that he has provided so much labor (after deduction of the labor done for the collective funds) and, with this voucher, he withdraws from the social stocks of consumer goods as much as an equal quantity of his labor costs. The same amount of labor that he has provided to society in one form, he receives from it, in return, in another form.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is clearly the same principle as that which governs the exchange of commodities insofar as it is an exchange of equal values. The substance and the form differ because, the conditions being different, no one can provide anything other than his labor and, moreover, nothing can become the property of the individual except objects of individual consumption. But as regards the sharing of these objects between individual producers, the guiding principle is the same as for the exchange of equivalent commodities : the same quantity of labor in one form is exchanged for the same quantity of labor in another form.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Equal law is therefore still here in its principle... bourgeois law, although principle and practice no longer go toe-to-toe, while today the exchange of equivalents exists for commodities only on average and not in the individual case.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Despite this progress, equal rights still remain burdened by a bourgeois limit. The producer's rights are proportional to the work he has done ; equality here consists of employment as a common unit of measurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But one individual physically or morally surpasses another, so he provides more work at the same time or can work for a longer time ; and for work to serve as a measure, its duration or intensity must be determined, otherwise it would cease to be a unit. This equal right is an unequal right for unequal work. It recognizes no class distinction, because every man is only a worker like any other ; but it tacitly recognizes the inequality of individual gifts and, consequently, of productive capacity as natural privileges. It is therefore, in its content, a right founded on inequality, like all rights. Law by its nature can consist only in the use of the same unit of measurement ; but unequal individuals (and they would not be distinct individuals if they were not unequal) are measurable according to a common unit only insofar as they are considered from the same point of view, only insofar as they are grasped from a specific aspect ; for example, in the present case, that we only consider them as workers and nothing more, and that we disregard everything else. On the other hand : one worker is married, the other is not ; one has more children than the other, etc., etc. With equal work and consequently, with equal participation in the social consumption fund, one therefore actually receives more than the other, one is richer than the other, etc. To avoid all these disadvantages, the law should not be equal, but unequal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But these defects are inevitable in the first phase of communist society, as it has just emerged from capitalist society, after a long and painful birth. Law can never be higher than the economic state of society and the degree of civilization corresponding to it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a higher phase of communist society, when the enslaving subordination of individuals to the division of labor and, with it, the opposition between intellectual and manual labor have disappeared ; when labor is not only a means of living, but itself becomes the first vital need ; when, with the manifold development of individuals, the productive forces have also increased and all the sources of collective wealth are gushing forth in abundance, only then can the limited horizon of bourgeois law be definitively transcended and society will be able to write on its banners &#034;From each according to his ability, to each according to his needs !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I have dwelt particularly on the &#034;full product of labor,&#034; as well as on &#034;equal rights,&#034; &#034;fair sharing,&#034; in order to show how criminal is the enterprise of those who, on the one hand, want to impose once again on our Party, as dogmas, conceptions which meant something at a certain time, but are today nothing more than outdated phraseology, and on the other hand, distort the realistic conception inculcated with great difficulty in the Party, but today well rooted in it, and this with the help of the nonsense of a legal or other ideology, so familiar to French democrats and socialists.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apart from what has just been said, it was in any case a mistake to make so much of what is called sharing, and to put the emphasis on it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In any epoch, the distribution of objects of consumption is only the consequence of the way in which the conditions of production themselves are distributed. But this distribution is a characteristic of the mode of production itself. The capitalist mode of production, for example, consists in this : the material conditions of production [8] are allocated to the non-workers in the form of capitalist property and landed property, while the masses possess only the personal conditions of production : labor power. If the elements of production are distributed in this way, the present distribution of objects of consumption follows of itself. If the material conditions of production are the collective property of the workers themselves, a distribution of objects of consumption different from that of today will likewise follow. Vulgar socialism (and through it, in turn, a fraction of democracy) has inherited from bourgeois economists the habit of regarding and treating distribution as something independent of the mode of production and of representing socialism for this reason as essentially revolving around distribution. The real relations having long since been elucidated, what is the point of going back ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Excerpts from Karl Marx's &#034;Marginal Glosses on the Program of the German Socialist Party&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> La guerre civile aux &#201;tats-Unis, vue par Marx et Engels</title>
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		<dc:date>2025-08-27T22:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis - USA</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine &lt;br class='autobr' /&gt; https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr &lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre civile aux &#201;tats-Unis &lt;br class='autobr' /&gt;
par K. Marx - F. Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE &lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot250" rel="tag"&gt;Etats-Unis - USA&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &#192; mon avis, la morale de tout cela c'est qu'une guerre de ce genre doit &#234;tre faite r&#233;volutionnairement et que les Yankees ont essay&#233; jusqu'ici de la faire constitutionnellement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#224; Engels, le 7 ao&#251;t 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels sur la guerre civile am&#233;ricaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-marxists-org.translate.goog/archive/novack/1938/02/01.htm?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre civile aux &#201;tats-Unis
&lt;p&gt;par K. Marx - F. Engels&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx : LA QUESTION AM&#201;RICAINE EN ANGLETERRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;New York Daily Tribune, 11 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 18 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles que puissent &#234;tre ses qualit&#233;s intrins&#232;ques, la lettre de Mrs Beecher-Stowe &#224; lord Shaftesbury [1] a eu le grand m&#233;rite de contraindre les organes anti-nordistes de la presse londonienne &#224; exposer au grand public les pr&#233;tendues raisons de leur hostilit&#233; au Nord et de leurs sympathies mal dissimul&#233;es pour le Sud. Notons, en passant, que c'est l&#224; une attitude &#233;trange chez des gens qui affectent la plus grande horreur pour l'esclavage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle guerre am&#233;ricaine cause un bien gros tourment &#224; cette presse, car &#171; ce n'est pas un conflit pour l'abolition de l'esclavage &#187;, d'o&#249; il s'ensuit qu'on ne peut demander au citoyen britannique, &#226;me noble, rompue &#224; mener ses propres guerres et &#224; ne s'int&#233;resser &#224; celle des autres peuples que sous l'angle des &#171; grands principes humanitaires &#187;, d'&#233;prouver la moindre sympathie pour ses cousins du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'Economist affirme : &#171; D'abord, il est tout aussi impudent que faux de pr&#233;tendre que le conflit entre le Nord et le Sud soit une querelle pour la libert&#233; des n&#232;gres d'une part, et pour l'esclavage des n&#232;gres de l'autre. &#187; La Saturday Review d&#233;clare que le Nord &#171; ne proclame pas l'abolition, et n'a jamais pr&#233;tendu lutter contre l'esclavage. Le Nord n'a jamais inscrit sur ses drapeaux le symbole sacr&#233; de la justice envers les n&#232;gres. Son cri de guerre n'est pas l'abolition inconditionnelle de l'esclavage. &#187; Enfin, l'Examiner &#233;crit : &#171; Si nous avons &#233;t&#233; tromp&#233;s sur la signification r&#233;elle de ce sublime mouvement, qui en est responsable, sinon les f&#233;d&#233;ralistes eux-m&#234;mes ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut bien reconna&#238;tre que, dans le premier cas, le point de d&#233;part est juste. La guerre n'a donc pas &#233;t&#233; commenc&#233;e pour abolir l'esclavage, et le gouvernement des &#201;tats-Unis s'est donne lui-m&#234;me le plus grand mal pour rejeter toute id&#233;e de ce genre. Mais alors, il faudrait se souvenir que ce n'est pas le Nord, mais le Sud, qui a commenc&#233; cette guerre, le premier ne faisant que se d&#233;fendre. En effet le Nord, apr&#232;s de longues h&#233;sitations et apr&#232;s avoir fait preuve d'une patience sans &#233;gale dans les annales de l'histoire europ&#233;enne, a fini par tirer l'&#233;p&#233;e, non pas pour briser l'esclavage, mais pour pr&#233;server l'Union. Le Sud, en revanche, a commenc&#233; la guerre en proclamant bien haut que l' &#171; institution particuli&#232;re &#187; &#233;tait le seul et principal but de la r&#233;bellion, mais, en m&#234;me temps, il confessait qu'il luttait pour la libert&#233; de r&#233;duire d'autres hommes en esclavage, libert&#233; qu'en d&#233;pit des d&#233;n&#233;gations du Nord, il pr&#233;tend menac&#233;e par la victoire du Parti r&#233;publicain [2] et par l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence. Le Congr&#232;s des conf&#233;d&#233;r&#233;s s'est vant&#233; que la, nouvelle Constitution [3] - &#224; la diff&#233;rence de celle de Washington, Jefferson et Adams - a reconnu pour la premi&#232;re fois l'esclavage comme une chose bonne en soi et pour soi, un rempart de la civilisation et une institution divine. Alors que le Nord professe qu'il combat simplement pour pr&#233;server l'Union, le Sud se glorifie d'&#234;tre en r&#233;bellion pour faire triompher l'esclavage. M&#234;me si l'Angleterre anti-esclavagiste et id&#233;aliste ne se sent pas attir&#233;e par la d&#233;claration du Nord, comment se fait-il donc qu'elle n'ait pas &#233;prouv&#233; la plus vive r&#233;pulsion pour les aveux cyniques du Sud ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Saturday Review se tire de ce cruel dilemme, en refusant purement et simplement de croire aux d&#233;clarations des &#201;tats sudistes. Elle voit plus loin et d&#233;couvre &#171; que l'esclavage n'a pas grand-chose &#224; voir avec la s&#233;cession &#187; ; quant aux d&#233;clarations contraires de Jefferson Davis et compagnie, ce ne sont l&#224; que des &#171; poncifs &#187; &#224; peu pr&#232;s aussi d&#233;nu&#233;s de sens que ceux qui sont de r&#232;gle dans les proclamations, &#171; quand il est question d'autels viol&#233;s et de foyers d&#233;shonor&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arsenal des arguments des journaux anti-nordistes est extr&#234;mement r&#233;duit, et on s'aper&#231;oit qu'ils reprennent tous &#224; peu de chose pr&#232;s les m&#234;mes phrases, comme dans les formules d'une s&#233;rie math&#233;matique, qui reviennent &#224; intervalles r&#233;guliers avec de faibles variations ou combinaisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist s'exclame : &#171; Hier encore, au moment o&#249; le mouvement de s&#233;cession commen&#231;ait &#224; prendre une forme s&#233;rieuse &#224; l'annonce de l'&#233;lection de M. Lincoln, le Nord offrit au Sud, s'il voulait demeurer dans l'Union, toutes les assurances possibles pour que continuent de fonctionner dans l'inviolabilit&#233; ses ha&#239;ssables institutions. Le Nord ne proclama-t-il pas solennellement qu'il renon&#231;ait &#224; s'immiscer dans ses affaires, tandis que les dirigeants nordistes proposaient au Congr&#232;s compromis sur compromis, bas&#233;s tous sur la concession qu'ils ne se m&#234;leraient pas de la question de l'esclavage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment se fait-il, dit l'Examiner, que le Nord f&#251;t pr&#234;t &#224; r&#233;aliser un compromis, en faisant au Sud les plus larges concessions en mati&#232;re d'esclavagisme ? Comment se fait-il qu'au Congr&#232;s certains aient propos&#233; une zone g&#233;ographique au sein de laquelle l'esclavage devait &#234;tre reconnu comme une institution n&#233;cessaire ? Les &#201;tats du Sud n'&#233;taient pas satisfaits pour autant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que l'Economist et l'Examiner eussent d&#251; demander, c'est non pas tant pourquoi le compromis Crittenden [4] et d'autres avaient &#233;t&#233; propos&#233;s au Congr&#232;s, mais pourquoi ils n'avaient pas &#233;t&#233; vot&#233;s. En fait ils font mine de croire que le Nord a accept&#233; ces propositions de compromis et que le Sud les a rejet&#233;es, alors qu'en r&#233;alit&#233; elles ont &#233;t&#233; vou&#233;es &#224; l'&#233;chec par le parti du Nord, qui avait assur&#233; l'&#233;lection de Lincoln. Ces propositions n'&#233;tant jamais devenues des r&#233;solutions, du fait qu'elles rest&#232;rent &#224; l'&#233;tat de v&#339;ux pieux, le Sud n'eut jamais l'occasion, et pour cause, de les rejeter ou les accepter. La remarque suivante de l'Examiner nous m&#232;ne au c&#339;ur de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Mrs Stowe pr&#233;tend que le parti esclavagiste d&#233;cida d'en finir avec l'Union lorsqu'il constata qu'il ne pouvait plus l'utiliser &#224; ses fins. Elle admet donc que le parti esclavagiste avait utilis&#233; jusque-l&#224; l'Union pour ses fins, mais il serait bon que Mrs Stowe montre clairement quand le Nord a commenc&#233; &#224; se dresser contre l'esclavagisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait pu croire que l'Examiner et autres oracles de l'opinion publique en Angleterre s'&#233;taient assez familiaris&#233;s avec l'histoire la plus r&#233;cente pour ne pas recourir aux informations de Mrs Stowe sur un point d'aussi grande importance. L'usurpation croissante de l'Union par les puissances esclavagistes &#224; la suite de leur alliance avec le Parti d&#233;mocrate du Nord [5] est pour ainsi dire la formule g&#233;n&#233;rale de l'histoire des &#201;tats-Unis depuis le d&#233;but de ce si&#232;cle. Aux mesures successives de compromis correspond une mainmise progressive sur l'Union transform&#233;e de la sorte en esclave des propri&#233;taires du Sud. Chacun de ces compromis marque une nouvelle pr&#233;tention du Sud et une nouvelle concession du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, aucune des victoires successives du Sud ne fut remport&#233;e sans une chaude bataille pr&#233;alable contre l'une des forces adverses du Nord, qui se pr&#233;sentent sous divers noms de parti, avec de multiples mots d'ordre et sous toutes sortes de couleurs. Si le r&#233;sultat effectif et final de chacun de ces combats singuliers favorisait le Sud, un observateur attentif de l'histoire ne pouvait pas ne pas remarquer que chaque nouvelle avance de la puissance esclavagiste &#233;tait un pas de plus vers sa d&#233;faite finale. M&#234;me au temps du compromis du Missouri [6], les forces en lutte se contrebalan&#231;aient si &#233;troitement que Jefferson craignit - comme il ressort de ses M&#233;moires - que l'Union f&#251;t menac&#233;e d'&#233;clatement &#224; la suite de ce fatal antagonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#233;tentions des puissances esclavagistes ne cess&#232;rent d'augmenter, lorsque le Kansas-Nebraska bill [7] d&#233;truisit pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis - comme M. Douglas le reconna&#238;t lui-m&#234;me - toute barri&#232;re l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavagisme dans les territoires des &#201;tats-Unis ; lorsqu'un candidat du Nord [8] acheta sa nomination pr&#233;sidentielle en promettant que l'Union se soumettrait ou ach&#232;terait Cuba pour en faire un nouveau champ de domination des esclavagistes ; lorsque ensuite la d&#233;cision de Dred Scott [9] proclama que l'extension de l'esclavagisme par le pouvoir f&#233;d&#233;ral &#233;tait la loi de la Constitution am&#233;ricaine [10], et qu'enfin le commerce d'esclaves africains &#233;tait rouvert de facto &#224; une &#233;chelle plus vaste qu'&#224; l'&#233;poque de son existence l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, concurremment &#224; ces coupables faiblesses du Parti d&#233;mocrate du Nord fade aux pires usurpations du Sud, on constata, &#224; des signes ind&#233;niables, que le combat des forces oppos&#233;es devenait si intense que le rapport de force devait bient&#244;t se renverser. La guerre du Kansas [11], la formation du Parti r&#233;publicain et les nombreuses voix en faveur de M. Fr&#233;mont &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1856 [12] &#233;taient autant de preuves tangibles que le Nord avait accumul&#233; assez d'&#233;nergie pour corriger les aberrations que l'histoire des &#201;tats-Unis connaissait depuis un demi-si&#232;cle par la faute des esclavagistes, et pour la ramener aux v&#233;ritables principes de son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ces ph&#233;nom&#232;nes politiques, il y a un fait manifeste, d'ordre statistique et &#233;conomique, qui montre que l'usurpation de l'Union f&#233;d&#233;rale, au profit des esclavagistes avait atteint le point o&#249; ils devaient reculer de gr&#233; ou de force. Ce fait est le d&#233;veloppement du Nord-Ouest, les immenses efforts r&#233;alis&#233;s par sa population de 1850 &#224; 1860 [13], et l'influence nouvelle et revigorante qui en r&#233;sultait pour les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela repr&#233;sente-t-il un chapitre secret de l'histoire ? Fallait-il l' &#171; aveu &#187; de Mrs Beecher-Stowe pour faire d&#233;couvrir &#224; l'Examiner et autres lumi&#232;res politiques de la presse londonienne la v&#233;rit&#233; cach&#233;e, &#224; savoir que jusqu'ici, &#171; le parti esclavagiste avait utilis&#233; l'Union &#224; ses fins &#187; ? Est-ce la faute du Nord am&#233;ricain si les journalistes anglais ont &#233;t&#233; surpris par le heurt violent de forces antagoniques, dont la lutte &#233;tait la force motrice de l'histoire depuis un demi-si&#232;cle ? [14] Est-ce la faute des Am&#233;ricains si la presse anglaise tient pour un caprice &#233;lucubr&#233; en un jour ce qui est le r&#233;sultat venu &#224; maturation apr&#232;s de longues ann&#233;es de lutte ? Le simple fait que la formation et le d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain en Am&#233;rique aient &#224; peine &#233;t&#233; remarqu&#233;s par la presse londonienne montre &#224; l'&#233;vidence que ses tirades contre l'esclavage ne sont que du vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, les deux antipodes de la presse londonienne, le Times de Londres et le Reynold's Weekly Newspaper, le plus grand organe des classes respectables, et le seul organe de la classe ouvri&#232;re qui subsiste actuellement. juste avant que M. Buchanan n'ach&#232;ve sa carri&#232;re, le premier publia une apologie d&#233;taill&#233;e de son administration et une pol&#233;mique diffamatoire contre le mouvement r&#233;publicain. Pour sa part, le Reynold's, pendant le s&#233;jour &#224; Londres de Buchanan, en fit sa cible favorite et depuis lors n'a pas manqu&#233; une seule occasion de le mettre sur la sellette et de d&#233;noncer en lui un adversaire [15].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer au Nord la victoire du Parti r&#233;publicain, dont le programme se fonde sur l'opposition ouverte aux empi&#233;tements du syst&#232;me esclavagiste et &#224; l'utilisation abusive que font de l'Union les tenants de l'esclavagisme ? En outre, comment se fait-il que la grande majorit&#233; du Parti d&#233;mocrate du Nord se d&#233;tourne de ses liens traditionnels avec les chefs de l'esclavagisme, passe sur des traditions vieilles d'un demi-si&#232;cle et sacrifie de grands int&#233;r&#234;ts commerciaux et des pr&#233;jug&#233;s politiques plus grands encore pour voler au secours de l'actuelle administration r&#233;publicaine et lui offrir hommes et argent avec g&#233;n&#233;rosit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de r&#233;pondre &#224; ces questions, l'Economist s'exclame :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Pouvons-nous oublier que les abolitionnistes sont d'habitude aussi f&#233;rocement pers&#233;cut&#233;s et maltrait&#233;s au Nord et &#224; l'Ouest qu'au Sud ? Peut-on nier que l'ent&#234;tement et l'indiff&#233;rence - pour ne pas dire la mauvaise foi - du gouvernement de Washington ont &#233;t&#233; pendant des ann&#233;es le principal obstacle &#224; nos efforts pour supprimer effectivement le commerce des esclaves sur la c&#244;te africaine ; qu'une partie consid&#233;rable des clippers actuellement engag&#233;s dans ce commerce est construite avec les capitaux du Nord, et exploit&#233;e par des marchands du Nord avec des &#233;quipages du Nord ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, en v&#233;rit&#233;, un chef-d'&#339;uvre de logique. L'Angleterre anti-esclavagiste ne peut sympathiser avec le Nord, qui s'attaque &#224; l'influence n&#233;faste des esclavagistes, parce qu'elle ne peut oublier que le Nord - tant qu'il &#233;tait soumis &#224; l'influence esclavagiste et que ses institutions d&#233;mocratiques &#233;taient souill&#233;es par les pr&#233;jug&#233;s des bourreaux d'esclaves - soutenait le commerce des esclaves et d&#233;criait les abolitionnistes. L'Angleterre ne peut sympathiser avec l'administration de M. Lincoln, parce qu'elle a d&#233;sapprouv&#233; l'administration de M. Buchanan ! En toute &#171; logique &#187;, elle doit fl&#233;trir l'actuel mouvement de renouveau du Nord et encourager ceux qui, au Nord, sympathisent avec le commerce des esclaves stigmatis&#233; par la plate-forme r&#233;publicaine [16], elle doit flirter avec la clique esclavagiste du Sud, qui &#233;difia un empire s&#233;par&#233;, parce que l'Angleterre ne pouvait oublier que le Nord d'hier n'&#233;tait pas le Nord d'aujourd'hui ! S'il. lui faut justifier son attitude par des faux-fuyants &#224; la Old Bailey [17], cela d&#233;montre avant tout que la fraction anti-nordiste de la presse anglaise est pouss&#233;e par des motifs cach&#233;s, c'est-&#224;-dire trop bas et trop inf&#226;mes pour &#234;tre exprim&#233;s ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des man&#339;uvres favorites de la presse anglaise &#233;tant de reprocher &#224; l'actuelle administration r&#233;publicaine les agissements des pr&#233;c&#233;dentes qui furent pro-esclavagistes, elle s'efforce dans la mesure du possible de persuader le peuple anglais que le New York Herald est le seul organe qui expose authentiquement l'opinion du Nord. Apr&#232;s que le Times de Londres eut ouvert la voie dans cette direction, le noyau esclavagiste des autres organes anti-nordistes, qu'ils soient grands ou petits, lui embo&#238;te le pas. Ainsi, l'Economist pr&#233;tend : &#171; Au plus fort de la guerre civile, il ne manque ni journaux ni politiciens &#224; New York pour exhorter les combattants, maintenant qu'ils ont de grandes arm&#233;es en campagne, &#224; ne pas lutter les uns contre les autres, mais contre la Grande-Bretagne, &#224; cesser toute querelle int&#233;rieure - y compris sur la question esclavagiste - pour envahir sans pr&#233;avis le territoire britannique avec des forces d'une sup&#233;riorit&#233; &#233;crasante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist sait parfaitement que les efforts du New York Herald, qui sont vivement encourag&#233;s par le Times de Londres et visent &#224; entra&#238;ner les &#201;tats-Unis dans une guerre avec l'Angleterre, ont pour seul but d'assurer la victoire de la s&#233;cession et de ruiner le mouvement de renaissance du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la presse anti-nordiste d'Angleterre fait une concession. Et la snob Saturday Review annonce : &#171; Ce qui est contestable dans l'&#233;lection de Lincoln et a pr&#233;cipit&#233; la crise, c'est purement et simplement la limitation de l'esclavage aux &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224;. &#187; Et l'Economist de remarquer : &#171; En effet, il est vrai que le but du Parti r&#233;publicain qui &#233;lut M. Lincoln, est d'emp&#234;cher l'extension de l'esclavage aux territoires non encore colonis&#233;s... Il est peut-&#234;tre vrai qu'un succ&#232;s complet et inconditionnel du Nord lui permettrait de limiter l'esclavage aux quinze &#201;tats dans lesquels il existe d&#233;j&#224;, ce qui pourrait &#233;ventuellement conduire &#224; sa disparition - mais ceci est plus vraisemblable que certain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1859 - &#224; l'occasion de l'exp&#233;dition de John Brown &#224; Harper's Ferry [18] - le m&#234;me Economist publiait une s&#233;rie d'articles d&#233;taill&#233;s afin de prouver qu'en raison d'une loi &#233;conomique, l'esclavage am&#233;ricain &#233;tait vou&#233; &#224; s'&#233;teindre graduellement d&#232;s lors qu'il ne serait plus en mesure de cro&#238;tre. Cette loi &#233;conomique fut parfaitement comprise par la clique esclavagiste. &#171; Si d'ici quinze ans, nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement de terres &#224; esclaves, dit Toombs, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La limitation de l'esclavage &#224; son territoire l&#233;gal, telle qu'elle fut proclam&#233;e par les r&#233;publicains, constitue le point de d&#233;part &#233;vident de la menace de s&#233;cession formul&#233;e pour la premi&#232;re fois &#224; la Chambre des repr&#233;sentants le 19 d&#233;cembre 1859. M. Singleton (Mississippi) demanda alors &#224; M. Curtis (Iowa) &#171; si le Parti r&#233;publicain n'admettrait plus que le Sud obtienne un pouce de territoire esclavagiste nouveau, tant que l'Union subsisterait &#187;. M. Curtis lui ayant r&#233;pondu que si, M. Singleton lui r&#233;pliqua que, dans ces conditions, l'Union serait dissoute. Il conseilla &#224; l'administration du Mississippi de sortir au plus t&#244;t de l'Union : &#171; Ces messieurs devraient se souvenir que Jefferson Davis a conduit nos forces arm&#233;es au Mexique ; or, il vit toujours, et pourrait fort bien commander l'arm&#233;e du Sud. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstraction faite de la loi &#233;conomique, selon laquelle l'extension de l'esclavage est une condition vitale pour son maintien dans son territoire l&#233;gal, les leaders du Sud ne se sont jamais fait d'illusion sur la n&#233;cessit&#233; absolue de maintenir leur h&#233;g&#233;monie politique aux &#201;tats-Unis. Pour justifier ses propositions au S&#233;nat le 19 f&#233;vrier 1847, John Calhoun d&#233;clara sans ambages que &#171; le S&#233;nat &#233;tait le seul moyen d'assurer l'&#233;quilibre de pouvoir, laiss&#233; au Sud dans le gouvernement &#187; et que la formation d'&#201;tats esclavagistes nouveaux &#233;tait, devenue n&#233;cessaire &#171; pour conserver l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat &#187; [19]. Au reste, l'oligarchie des trois cent mille propri&#233;taires d'esclaves ne pourrait maintenir son pouvoir sur la pl&#232;be blanche sans l'app&#226;t de futures conqu&#234;tes et l'&#233;largissement de leurs territoires tant &#224; l'int&#233;rieur qu'&#224; l'ext&#233;rieur des &#201;tats-Unis. Si d&#233;sormais -.selon l'oracle de la presse anglaise - le Nord a pris la ferme d&#233;cision de confiner l'esclavage dans ses limites actuelles et de le liquider ainsi par la voie l&#233;gale, cela ne devrait-il pas suffire &#224; lui assurer les sympathies de l'Angleterre &#171; anti-esclavagiste &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que les puritains anglais ne puissent vraiment &#234;tre content&#233;s que par une guerre abolitionniste expresse. L'Economist affirme : &#171; Comme il ne s'agit pas v&#233;ritablement d'une guerre pour l'&#233;mancipation de la race n&#232;gre, sur quelle base veut-on que nous sympathisions si chaleureusement avec la cause des f&#233;d&#233;r&#233;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fut un temps, dit l'Examiner, o&#249; nos sympathies allaient au Nord, parce que nous pensions qu'il s'opposait s&#233;rieusement aux empi&#233;tements des &#201;tats esclavagistes et d&#233;fendait l'&#233;mancipation comme une mesure de justice pour la race noire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans les m&#234;mes num&#233;ros o&#249; ces journaux racontent qu'ils ne peuvent sympathiser avec le Nord parce que sa guerre ne tend pas &#224; une v&#233;ritable abolition, nous lisons : &#171; Le moyen radical de proclamer l'&#233;mancipation des n&#232;gres, c'est d'appeler les esclaves &#224; une insurrection g&#233;n&#233;rale. &#187; Or, c'est l&#224; quelque chose &#171; dont la simple id&#233;e, est r&#233;pugnante et affreuse &#187; ; c'est pourquoi &#171; un compromis est bien pr&#233;f&#233;rable &#224; un succ&#232;s conquis &#224; un tel prix et souill&#233; d'un tel crime &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, les ardeurs anglaises pour une guerre abolitionniste sont purement hypocrites. Mais, on aper&#231;oit le pied fourchu du diable dans les phrases suivantes : &#171; Finalement, dit l'Economist, le tarif Morrill m&#233;rite notre gratitude et notre sympathie ; mais la certitude qu'en cas de triomphe du Nord, le tarif sera &#233;tendu &#224; toute la r&#233;publique est-elle une raison pour que nous aidions bruyamment &#224; son succ&#232;s ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Am&#233;ricains du Nord, dit l'Examiner, ne prennent rien d'autre au s&#233;rieux que leur tarif douanier qui les prot&#232;ge &#233;go&#239;stement... Les &#201;tats du Sud en ont assez d'&#234;tre d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par les tarifs protectionnistes du Nord. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Examiner et l'Economist se compl&#232;tent l'un l'autre. Ce dernier est assez honn&#234;te pour reconna&#238;tre finalement que, pour lui et les siens, la sympathie n'est d&#233;termin&#233;e que par une simple question de tarif douanier, tandis que le premier r&#233;duit la guerre entre le Sud et le Nord &#224; un simple conflit tarifaire, une guerre entre syst&#232;me protectionniste et libre-&#233;changiste. Peut-&#234;tre l'Examiner ne sait-il pas que m&#234;me ceux qui voulurent abroger l'acte de la Caroline du Sud en 1832 - comme le g&#233;n&#233;ral Jackson en t&#233;moigne - n'us&#232;rent du protectionnisme que comme d'un pr&#233;texte [20]. Quoi qu'il en soit, m&#234;me l'Examiner devrait savoir que l'actuelle r&#233;bellion n'a pas attendu l'adoption du tarif Morrill [21] pour &#233;clater. En fait, les sudistes ne pouvaient se plaindre de ce qu'ils &#233;taient d&#233;pouill&#233;s des fruits du travail de leurs esclaves par le syst&#232;me protectionniste du Nord, puisque le syst&#232;me libre-&#233;changiste &#233;tait en vigueur de 1846 &#224; 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son dernier num&#233;ro, le Spectator caract&#233;rise d'une mani&#232;re frappante la pens&#233;e secr&#232;te d'un certain nombre d'organes anti-nordistes : &#171; Que souhaitent donc v&#233;ritablement ces organes anti-nordistes pour justifier la pr&#233;tention qu'ils ont de ne s'appuyer que sur l'inexorable logique ? Ils affirment que la s&#233;cession est d&#233;sirable, parce qu'elle est la seule fa&#231;on possible de faire cesser ce &#171; conflit fratricide qui n'a aucune raison d'&#234;tre. &#187; Mais voil&#224; qu'ils d&#233;couvrent ensuite d'autres raisons adapt&#233;es aux exigences morales du pays, maintenant que l'issue des &#233;v&#233;nements est claire. Bien s&#251;r, ces raisons ne sont mentionn&#233;es, r&#233;flexion faite, que comme humble apologie de la Providence et &#171; justification des voies du Seigneur envers l'homme &#187;, d&#232;s lors que la n&#233;cessit&#233; in&#233;luctable est devenue manifeste aux yeux de tous. On d&#233;couvre ainsi qu'il serait d'un grand avantage pour les &#201;tats d'&#234;tre coup&#233;s en deux groupes rivaux. Chacun tiendrait en &#233;chec les ambitions de l'autre et neutraliserait sa force. Si l'Angleterre entrait en conflit avec l'un d'eux, la simple d&#233;fiance de chaque groupe adverse lui serait d'un grand secours. Et de remarquer qu'il s'ensuivrait une situation tr&#232;s favorable, qui nous lib&#233;rerait de la crainte et encouragerait la &#171; concurrence &#187; politique, cette grande sauvegarde de l'honn&#234;tet&#233; et de la franchise entre &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la situation express&#233;ment mise en &#233;vidence par la th&#233;orie de ceux qui commencent, chez nous, &#224; sympathiser avec le Sud. Traduit en bon anglais - et nous d&#233;plorons qu'un argument anglais ait besoin d'une traduction dans un tel sujet - cela signifie que si nous regrettons que cette &#171; guerre fratricide &#187; ait pris une telle ampleur, c'est pour esp&#233;rer qu'&#224; l'avenir elle continuera de susciter de redoutables convulsions, une s&#233;rie de petites guerres chroniques, de passions et de rivalit&#233;s entre les groupes d'&#201;tats rivaux. La v&#233;rit&#233; effective - et pr&#233;cis&#233;ment ce mode non anglais de ressentir cache cette v&#233;rit&#233;, bien qu'elle f&#251;t voil&#233;e de formules d&#233;centes - est cependant tr&#232;s nette : les groupes rivaux d'&#201;tats am&#233;ricains ne pourront vivre ensemble en paix et en harmonie. La situation d'inimiti&#233;, due aux causes m&#234;mes qui ont suscit&#233; le conflit actuel, deviendrait chronique. On a affirm&#233; que les diff&#233;rents groupes d'&#201;tats avaient des int&#233;r&#234;ts douaniers diff&#233;rents. Non seulement ces diff&#233;rents int&#233;r&#234;ts tarifaires seraient la source de petites guerres permanentes, d&#232;s lors, que les &#201;tats seraient s&#233;par&#233;s les uns des autres, mais encore l'esclavage - racine de tout le conflit - aggraverait les innombrables inimiti&#233;s, discordes et man&#339;uvres. Bref, il ne serait plus possible de r&#233;tablir un &#233;quilibre stable entre les &#201;tats rivaux. Et pourtant, on affirme que la perspective d'un conflit long et ininterrompu serait l'issue la plus favorable de la grande question qui est en train de se d&#233;cider actuellement. Au fond, ce que l'on juge le plus favorable dans le vaste conflit actuel, qui pourrait r&#233;tablir une unit&#233; politique nouvelle et plus puissante c'est l'alternative d'un grand nombre de petits conflits et d'un continent divis&#233; et affaibli que l'Angleterre n'aurait plus &#224; craindre. Nous ne nions pas que les Am&#233;ricains aient sem&#233; eux-m&#234;mes les germes de cette situation lamentable et regrettable par l'attitude inamicale et fanfaronne, qu'ils adoptent si souvent vis-&#224;-vis de l'Angleterre ; quoi qu'il en soit, nous devons bien avouer que nos propres sentiments sont vils et m&#233;prisables. Nous voyons bien qu'il n'existe aucun espoir d'une paix profonde et durable pour l'Am&#233;rique dans une solution boiteuse, puisqu'elle signifie involution et d&#233;sagr&#233;gation de la nation am&#233;ricaine en peuples et pays hostiles, et cependant nous levons les bras au ciel comme si nous &#233;tions effray&#233;s de l'actuelle guerre &#171; fratricide &#187;, alors qu'elle renferme la perspective d'une solution stable. Nous, souhaitons aux Am&#233;ricains un avenir fait d'innombrables et incessants conflits, qui seraient tout aussi fratricides, mais certainement bien plus d&#233;moralisants : nous le souhaitons uniquement pour &#234;tre lib&#233;r&#233;s de l'aiguillon de la concurrence am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La femme de lettres am&#233;ricaine Beecher-Stowe participa activement au mouvement pour l'abolition de l'esclavage. En septembre 1861, elle adressa une lettre ouverte &#224; lord Shaftesbury pour d&#233;noncer les conf&#233;d&#233;r&#233;s et exprimer son indignation devant l'attitude de l'Angleterre, qu'elle invitait &#224; prendre fait et cause pour les unionistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Le Parti r&#233;publicain fut fond&#233; en r&#233;action aux empi&#233;tements de l'oligarchie esclavagiste. Il repr&#233;sentait les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie industrielle du Nord et jouit de l'appui des populations laborieuses. Pour &#233;liminer la puissance politique et sociale des esclavagistes, il limita l'esclavage &#224; ce qu'il &#233;tait, ce qui signifiait l'&#233;liminer progressivement. Quant aux terres non encore colonis&#233;es de l'Ouest, il en d&#233;cida l'attribution gratuite aux fermiers libres. Le Parti whig disparaissant peu &#224; peu &#224; la suite des &#233;lections de 1852, le champ &#233;tait dangereusement ouvert &#224; l'extension du Parti d&#233;mocrate pro-esclavagiste. L'abrogation du compromis du Missouri en 1854, rendit ce danger plus &#233;vident. D'&#233;normes meetings de protestation contre l'action du Congr&#232;s se tinrent d'un bout &#224; l'autre du Nord. Il en sortit le Parti r&#233;publicain, qui tint sa premi&#232;re convention &#224; Jackson, dans le Michigan, le 6 juillet 1854. Il se d&#233;veloppa rapidement &#224; l'&#233;chelle nationale par suite des &#233;v&#233;nements du Kansas (1854-1856), aggrav&#233;s par l'indignation suscit&#233;e dans le Nord par le manifeste d'Ostende (1854). En 1856, le nouveau parti entreprit sa premi&#232;re campagne pr&#233;sidentielle avec Fr&#233;mont en t&#234;te de liste. Quatre ans plus tard, il remportait l'&#233;lection de Lincoln, avec le mot d'ordre &#171; Libert&#233; d'expression ; libert&#233; d'acc&#232;s &#224; la terre ; libert&#233; du travail ; libert&#233; humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] La Constitution provisoire fut adopt&#233;e au Congr&#232;s de Montgomery (Alabama) du 4 f&#233;vrier 1861 par six &#201;tats esclavagistes du Sud - Caroline du Sud, G&#233;orgie, Floride, Alabama, Mississippi et Louisiane - qui &#233;taient sortis de l'Union am&#233;ricaine. Ce congr&#232;s proclama la cr&#233;ation de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et choisit Jefferson Davis comme pr&#233;sident provisoire. Le Texas rejoignit la Conf&#233;d&#233;ration le 2 mars, les quatre &#201;tats fronti&#232;res esclavagistes, Virginie, Arkansas, Caroline du Nord et Tennessee, y adh&#233;r&#232;rent le 4 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] &#192; la veille de la guerre de S&#233;cession, certains membres du Congr&#232;s tent&#232;rent de pr&#233;venir le conflit, en se livrant &#224; une s&#233;rie de man&#339;uvres parlementaires. En d&#233;cembre 1860, Crittenden, du Kentucky, proposa : 1) le vote d'un amendement constitutionnel qui remettrait en vigueur &#171; la ligne de compromis du Missouri &#187;, et 2) la promulgation d'une loi qui garantirait la protection de l'esclavage dans la r&#233;gion de &#171; Columbia &#187;. En ouvrant largement le vaste Sud-Ouest &#224; l'implantation de l'esclavage et en le prot&#233;geant au sein de la capitale f&#233;d&#233;rale, ce plan donnait satisfaction - en grande partie du moins - aux esclavagistes. Ce sont surtout les partisans de l&#224; distribution g&#233;n&#233;rale de la terre libre aux colons, qui s'oppos&#232;rent au projet de Crittenden. Finalement, priv&#233; du soutien n&#233;cessaire de ce groupement d&#233;cisif du Nord, le projet &#233;choua. Les projets de compromis propos&#233;s par Corwin, Weed et MeKean connurent le m&#234;me sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Parti d&#233;mocrate, fond&#233; en 1828, rassemblait les planteurs, certains groupes de la bourgeoisie ainsi qu'une partie importante de fermiers et de petits-bourgeois des villes. Dans les ann&#233;es 1830 et 1840, il repr&#233;senta de plus en plus les int&#233;r&#234;ts des planteurs et de la grande bourgeoisie financi&#232;re du Nord, qui d&#233;fendait l'esclavage. Lorsque, apr&#232;s l'adoption du Kansas-Nebraska bill en 1854, l'esclavage mena&#231;a de submerger toute l'Union, il y eut une scission au sein du Parti d&#233;mocrate, qui permit la victoire de Lincoln en 1860.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] A titre d'ambassadeur des USA &#224; Londres, Buchanan publia le manifeste d'Ostende conjointement aux repr&#233;sentants diplomatiques de la France et de l'Espagne. Ce manifeste conseillait au gouvernement des USA d'acqu&#233;rir d'une mani&#232;re ou d'une autre l'&#238;le de Cuba qui appartenait &#224; l'Espagne. En 1856, Buchanan devint pr&#233;sident des USA, sous l'&#233;tiquette du Parti d&#233;mocrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Malgr&#233; l'interdiction l&#233;gale du trafic d'esclaves africains, les planteurs sudistes n'en continuaient pas moins &#224; importer ces &#171; biens meubles &#187; apr&#232;s 1808. En d&#233;pit de l'absence de statistiques pr&#233;cises, des sources de l'&#233;poque montrent que la traite des Noirs &#233;tait plus importante que jamais. En 1840, on n'envoya pas moins de cent cinquante mille esclaves vers le Nouveau-Monde, contre quarante-cinq mille vers la fin du XVIII&#176; si&#232;cle. &#201;videmment, la plupart &#233;taient destin&#233;es aux &#201;tats-Unis. Au cours des ann&#233;es cinquante, on arma ouvertement des vaisseaux n&#233;griers &#224; New York et dans, le Maine ; selon le t&#233;moignage de Du Bois, quatre-vingt-cinq navires se livraient &#224; ce &#171; trafic illicite &#187;. Pendant ce temps, la Grande-Bretagne et les &#201;tats-Unis se livraient &#224; des tentatives hypocrites pour faire cesser le trafic d'esclaves en postant quelques navires au large de la c&#244;te d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Quand la loi Kansas-Nebraska fut vot&#233;e, un groupement anti-esclavagiste du Nord, dirig&#233; par Thayer, du Massachusetts, fonda une Soci&#233;t&#233; d'Aide aux &#233;migr&#233;s. Celle-ci se proposait d'envoyer au Kansas des sympathisants de la th&#233;orie de la terre libre, pour veiller &#224; ce que ce territoire entr&#226;t dans l'Union, en tant qu'&#201;tat libre. Pendant ce temps, les esclavagistes organis&#232;rent des bandes d'hommes de main recrut&#233;s dans la p&#232;gre du Missouri occidental.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces bandes envahirent le Kansas en octobre 1854, mais elles furent repouss&#233;es. Cependant, elles revinrent et impos&#232;rent par la terreur l'&#171; &#233;lection &#187; d'un d&#233;l&#233;gu&#233; pro-esclavagiste au Congr&#232;s. Dans les m&#234;mes conditions, on &#233;lit, en mars 1855, des magistrats favorables aux esclavagistes, mais les partisans de la terre libre refus&#232;rent de les reconna&#238;tre. Ils cr&#233;&#232;rent donc leur propre assembl&#233;e, r&#233;dig&#232;rent une constitution et demand&#232;rent &#224; &#234;tre admis dans l'Union. Entre-temps, Shannon, valet des int&#233;r&#234;ts esclavagistes, fut nomm&#233; gouverneur du territoire. La guerre civile &#233;clata en 1856 : les partisans de la terre libre (free soilers), conduits par le militant abolitionniste John Brown, organis&#232;rent des sections militaires et se mirent &#224; d&#233;sagr&#233;ger les forces esclavagistes. Le gouverneur Shannon fut remplac&#233; par un partisan plus fougueux de l'esclavagisme, un certain Woodson, qui en appela &#224; tous les &#171; bons citoyens &#187; pour &#233;craser l' &#171; insurrection &#187;. De toute &#233;vidence, cet appel s'adressait &#224; la p&#232;gre qui, saisissant l'allusion, envahit de nouveau le Kansas et, cette fois, pilla le pays jusqu'&#224; Ossawattomie. Les partisans de la terre, libre se dirig&#232;rent alors sur Lecompton et ne furent emp&#234;ch&#233;s de prendre la ville que par l'arriv&#233;e des troupes f&#233;d&#233;rales. Entre-temps, fut nomm&#233; un nouveau gouverneur : Geary, de Pennsylvanie ; gr&#226;ce &#224; une man&#339;uvre rapide, il put repousser les bandits hors du territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En 1856, Fr&#233;mont, le candidat r&#233;publicain, recueillit 1341264 voix, et Buchanan, le candidat d&#233;mocrate, 1 838 169 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] En 1850, l'Illinois, l'Indiana, l'Iowa, l'Ohio, le Michigan et le territoire du Minnesota groupaient une population de 4 721 551 &#226;mes. Dix ans plus tard, il y avait 7 773 820 habitants dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Dans la Mis&#232;re de la Philosophie, Marx s'en prend &#224; Proudhon qui, dans toute cat&#233;gorie &#233;conomique, s'efforce de s&#233;parer le bon c&#244;t&#233; du mauvais, afin de ne retenir que le bon. Or, dit Marx, &#171; ce qui constitue le mouvement dialectique, c'est pr&#233;cis&#233;ment la coexistence de deux c&#244;t&#233;s contradictoires, leur lutte et leur fusion en une cat&#233;gorie nouvelle : rien qu'&#224; poser le probl&#232;me d'&#233;liminer le mauvais c&#244;t&#233;, on coupe court au mouvement dialectique &#187;. C'est ainsi que, d&#232;s 1847, Marx montre que la lutte f&#233;conde entre l'esclavage et le travail libre donne naissance &#224; une cat&#233;gorie nouvelle : le travail salari&#233; (libre et forc&#233;), qui permet l'industrialisation &#224; une &#233;chelle immense et la lutte pour le socialisme, Cf. Mis&#232;re de la Philosophie, chap. II, &#167;2, 4&#176; observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Dans le texte publi&#233; par la New York Daily Tribune, nous lisons cette phrase qui contredit directement l'opposition qu'&#233;tablit Marx entre l'attitude du Times et du Reynold's en ce qui concerne Buchanan ; &#171; Pour sa part, Reynold's, durant le s&#233;jour de Buchanan &#224; Londres, &#233;tait l'un de ses favoris, et depuis lors n'a pas manqu&#233; une. seule occasion pour le mettre sur la sellette et d&#233;noncer ses adversaires. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que la New York Tribune ne se g&#234;nait pas pour modifier des passages entiers ou les supprimer, etc., si bien que Marx dut interrompre sa collaboration &#224; ce journal progressiste en mars 1862. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] En ce qui concerne la condamnation du trafic d'esclaves par le Parti r&#233;publicain, cf. le programme r&#233;publicain de 1860, neuvi&#232;me r&#233;solution, in : E. Stanwood, A History of President Elections, Boston 1888, p. 230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Old Bailey, nom donn&#233; &#224; la citadelle de la prison de Newgate &#224; Londres, o&#249; si&#233;geait le tribunal criminel central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Le 16 octobre 1859, John Brown, &#224; la t&#234;te d'une troupe de vingt-deux hommes, dont cinq Noirs, tenta de s'emparer de l'arsenal f&#233;d&#233;ral et de l'armurerie de Harper's Ferry en Virginie, afin de provoquer un soul&#232;vement des esclaves dont les &#201;tats esclavagistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le colonel E. Lee, futur chef militaire des forces sudistes, fit prisonnier John Brown ainsi qu'un certain nombre de ses hommes. Au milieu de l'agitation populaire, ils furent jug&#233;s pour trahison et d&#233;clar&#233;s coupables. En d&#233;cembre 1859, Brown fut pendu. Le Nord protesta avec v&#233;h&#233;mence contre son ex&#233;cution. Brown encouragea les Noirs dans leur lutte contre l'esclavage et favorisa le rassemblement des forces abolitionnistes du Nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Cf. J. C. Calhoun, Works, ed. R. K. Crall&#233; (New York 1854), vol. IV, pp. 340, 341, 343.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] En juillet 1832, Jackson signa &#171; un tarif syst&#233;matiquement protectionniste &#187;, qui provoqua un large m&#233;contentement en Caroline du Sud. John C. Calhoun cristallisa dans son &#201;tat le sentiment qu'il fallait annuler le tarif protectionniste et faire s&#233;cession. Une session sp&#233;ciale des magistrats de la Caroline du Sud se r&#233;unit et ordonna la convocation d'une assembl&#233;e. Celle-ci adopta le 24 novembre 1832 une ordonnance annulant le tarif, appelant les citoyens de l'&#201;tat &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du pouvoir f&#233;d&#233;ral et mena&#231;ant de faire s&#233;cession. Cette ordonnance devait prendre effet &#224; dater de f&#233;vrier 1833. Entre-temps, le pr&#233;sident Jackson agit en toute h&#226;te. Apr&#232;s avoir annonc&#233; son intention de faire appliquer par la force toutes les lois f&#233;d&#233;rales en Caroline du Sud, il envoya des troupes et des navires &#224; Charleston. Comme aucun des autres &#201;tats sudistes ne r&#233;agit, la Caroline du Sud plia bient&#244;t. Pour la d&#233;claration de Jackson sur le tarif consid&#233;r&#233; comme un pr&#233;texte pour faire s&#233;cession, cf. sa lettre au r&#233;v&#233;rend Andrew J. Crawford, dat&#233;e du 1er mai 1833, in : A. Jackson, Correspondance, ed. J. S. Bassett and J. F. Jameson, Washington 1931, vol. V, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Le tarif Morrill est un droit douanier de caract&#232;re protectionniste, pr&#233;sent&#233; au Congr&#232;s par le r&#233;publicain Morrill et adopt&#233; en mai 1860. Les taxes douani&#232;res augment&#232;rent sensiblement &#224; la suite de ce tarif. D&#232;s le 4 f&#233;vrier, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des six &#201;tats se concert&#232;rent &#224; Montgomery pour former la Conf&#233;d&#233;ration sudiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
LA GUERRE CIVILE NORD-AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 25.10.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 20 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des mois, les quotidiens et hebdomadaires qui donnent le ton au reste de la presse londonienne, ressassent la m&#234;me litanie sur la guerre civile am&#233;ricaine. Tout en insultant les libres &#201;tats du Nord, ils se d&#233;fendent anxieusement du soup&#231;on de sympathiser avec les &#201;tats esclavagistes du Sud. En fait, ils &#233;crivent toujours deux types d'articles : l'un pour attaquer le Nord, l'autre pour excuser leurs attaques contre le Nord. Qui s'excuse s'accuse. (Fr.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs arguments sont par essence l&#233;nifiants : la guerre entre le Nord et le Sud est un simple conflit tarifaire. Elle n'a donc rien &#224; voir avec les principes, ni avec la question de l'esclavage ; en fait, il s'agit de la soif de pouvoir qu'&#233;prouve le Nord. En outre, m&#234;me si le bon droit &#233;tait du c&#244;t&#233; des nordistes, c'est en vain que l'on tenterait de mettre sous le joug par la violence huit millions d'Anglo-Saxons. Enfin, la s&#233;paration d'avec le Sud n'affranchirait-elle pas le Nord de tout rapport avec l'esclavage des Noirs et ne lui assurerait-elle pas - &#233;tant donn&#233; ses vingt millions d'habitants et son immense territoire - un d&#233;veloppement sup&#233;rieur, dont il ne soup&#231;onne m&#234;me pas l'ampleur ? En cons&#233;quence, le Nord devrait saluer la s&#233;cession comme un &#233;v&#233;nement heureux, au lieu d'essayer de la mater au moyen d'une guerre civile sanglante et inefficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons consid&#233;rer point par point le plaidoyer de la presse anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre le Nord et le Sud - telle est la premi&#232;re excuse - n'est qu'une simple guerre tarifaire, une guerre entre syst&#232;mes protectionniste et libre-&#233;changiste, l'Angleterre se tenant &#233;videmment du c&#244;t&#233; de la libert&#233; commerciale. Le propri&#233;taire d'esclaves peut-il jouir pleinement des fruits du travail de ses esclaves, ou doit-il en &#234;tre partiellement frustr&#233; par les protectionnistes du Nord ? Telle est la question qui se pose dans cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait r&#233;serv&#233; au Times de faire cette brillante d&#233;couverte, l'Economist, l'Examiner, la Saturday Review et tutti quanti s'attachant &#224; exposer ce th&#232;me en d&#233;tail. Il vaut d'&#234;tre not&#233; que cette d&#233;couverte n'a pas &#233;t&#233; faite &#224; Charleston, mais &#224; Londres. Naturellement, chacun sait en Am&#233;rique que le syst&#232;me du libre-&#233;change pr&#233;valait de 1846 &#224; 1861, et qu'il fallut attendre 1861 pour que le repr&#233;sentant Morrill fasse voter son syst&#232;me de protection tarifaire par le Congr&#232;s, apr&#232;s que la r&#233;bellion eut &#233;clat&#233;. Il n'y a donc pas eu de s&#233;cession parce que le Congr&#232;s avait vot&#233; le syst&#232;me tarifaire de Morrill, mais, dans le meilleur des cas, ce syst&#232;me fut adopt&#233; au Congr&#232;s parce que la s&#233;cession avait &#233;clat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Caroline du Sud eut en 1831 sa premi&#232;re crise de s&#233;cession, les lois protectionnistes de 1828 lui servirent certes de pr&#233;texte, mais seulement de pr&#233;texte, comme on l'a su par la d&#233;claration du g&#233;n&#233;ral Jackson [1]. En fait, on n'a pas repris cette fois-ci ce vieux pr&#233;texte. Au Congr&#232;s de la s&#233;cession de Montgomery, on a &#233;vit&#233; toute allusion &#224; la question tarifaire, parce que la culture sucri&#232;re de la Louisiane - l'un des &#201;tats les plus influents du Sud - d&#233;pend enti&#232;rement de la protection tarifaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, la presse londonienne soutient dans son plaidoyer que la guerre des &#201;tats-Unis vise uniquement au maintien de l'Union par la force. Les nordistes ne peuvent se r&#233;soudre &#224; effacer quinze &#233;toiles de leur drapeau. Les Yankees veulent se tailler une place &#233;norme sur la sc&#232;ne mondiale. Certes, il en serait tout autrement si cette guerre &#233;tait men&#233;e pour l'abolition de l'esclavage ! Mais, comme la Saturday Review le d&#233;clare cat&#233;goriquement, cette guerre n'a rien &#224; voir avec la question de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, il faut rappeler que la guerre n'a pas &#233;t&#233; provoqu&#233;e par le Nord, mais par le Sud. Le Nord se trouve sur la d&#233;fensive. Pendant des mois, il a regard&#233; sans broncher les s&#233;cessionnistes s'emparer des forts, des arsenaux militaires, des installations portuaires, des b&#226;timents de douane, des bureaux de paierie, des navires et d&#233;p&#244;ts d'armes de l'Union, insulter son drapeau et faire prisonniers des corps de troupe entiers. Finalement, les s&#233;cessionnistes d&#233;cid&#232;rent de contraindre le gouvernement de l'Union &#224; sortir de sa passivit&#233; par un acte de guerre retentissant, et c'est pour cette seule raison qu'ils bombard&#232;rent Fort Sumter pr&#232;s de Charleston. Le 11 avril (1861), leur g&#233;n&#233;ral Beauregard avait appris, lors d'une rencontre avec le commandant de Fort Sumter, le major Anderson, que la place disposait seulement de trois jours de vivres et devait donc rendre les armes, pass&#233; ce d&#233;lai. Afin de h&#226;ter la reddition, les s&#233;cessionnistes ouvrirent aux premi&#232;res heures du lendemain (12 avril) le bombardement, qui devait aboutir &#224; la chute de la place en quelques heures. A peine cette nouvelle parvint-elle par t&#233;l&#233;graphe &#224; Montgomery, le si&#232;ge du Congr&#232;s de la s&#233;cession, que le ministre de la Guerre Walker d&#233;clara publiquement au nom de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration : &#171; Nul ne peut dire o&#249; finira la guerre commenc&#233;e aujourd'hui. &#187; [2] En m&#234;me temps, il proph&#233;tisa &#171; qu'avant le 1&#176; mai le drapeau de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud flotterait sur le d&#244;me du vieux Capitole de Washington et sous peu sans doute aussi sur le Faneuil Hall de Boston &#187;, [3] C'est seulement apr&#232;s qu'il y eut la proclamation, dans laquelle Lincoln rappela soixante quinze mille hommes pour la protection de l'Union. Le bombardement de Fort Sumter coupa la seule voie constitutionnelle possible, &#224; savoir la convocation d'une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple am&#233;ricain, comme Lincoln l'avait propos&#233; dans son adresse inaugurale [4]. Il ne restait plus &#224; Lincoln d'autre choix que de s'enfuir de. Washington, d'&#233;vacuer le Maryland et le Delaware, d'abandonner le Missouri et la Virginie, ou de r&#233;pondre &#224; la guerre par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question de savoir quel est le principe de la guerre civile am&#233;ricaine, le Sud lui-m&#234;me r&#233;pond par le cri de guerre lanc&#233; au moment de la rupture de la paix. Stephens, le vice-pr&#233;sident de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, d&#233;clara au Congr&#232;s de la s&#233;cession que ce qui distinguait essentiellement la Constitution nouvellement tram&#233;e &#224; Montgomery de celle de Washington et Jefferson, c'&#233;tait que, d&#233;sormais et pour la premi&#232;re fois, l'esclavage &#233;tait reconnu comme une institution bonne en soi et comme le fondement de tout l'&#233;difice de l'&#201;tat, alors que les p&#232;res de la r&#233;volution, emp&#234;tr&#233;s qu'ils &#233;taient dans les pr&#233;jug&#233;s du XVIII&#176; si&#232;cle, avaient trait&#233; l'esclavage comme un mal import&#233; d'Angleterre et devant &#234;tre &#233;limin&#233; progressivement. Un autre matamore du Sud, M. Speeds, s'&#233;cria, &#171; Il s'agit pour nous de fonder une grande r&#233;publique esclavagiste (a great slave republic). &#187; Comme on le voit, le Nord a tir&#233; l'&#233;p&#233;e simplement pour d&#233;fendre l'Union, et le Sud n'a-t-il pas d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; que le maintien de l'esclavage n'&#233;tait plus compatible pour longtemps avec l'existence de l'Union ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le bombardement de Fort Sumter donna le signal de l'ouverture des hostilit&#233;s, la victoire &#233;lectorale du Parti r&#233;publicain du Nord - l'&#233;lection de Lincoln &#224; la pr&#233;sidence - donna le signal de la s&#233;cession. Lincoln fut &#233;lu le 6 novembre 1860. Le 8 novembre 1860, c'&#233;tait le t&#233;l&#233;gramme de la Caroline du Sud : &#171; La s&#233;cession est consid&#233;r&#233;e ici comme un fait accompli. &#187; Le 10 novembre, l'Assembl&#233;e l&#233;gislative de G&#233;orgie mit en chantier ses plans de s&#233;cession, et le 15 novembre une session sp&#233;ciale d&#233; l'Assembl&#233;e l&#233;gislative du Mississippi &#233;tait convoqu&#233;e pour d&#233;battre de la s&#233;cession. A vrai dire, la victoire de Lincoln elle-m&#234;me n'&#233;tait que le r&#233;sultat d'une scission dans le camp d&#233;mocrate. Durant la bataille &#233;lectorale, les d&#233;mocrates du Nord avaient concentr&#233; leurs voix sur Douglas, et ceux du Sud sur Breckinridge, et cet &#233;parpillement des voix d&#233;mocrates permit la victoire du Parti r&#233;publicain. D'o&#249; provient, d'une part, la sup&#233;riorit&#233; du Parti r&#233;publicain dans le Nord , et, d'autre part, la division au sein du Parti d&#233;mocrate, dont les membres, au Nord et au Sud, op&#233;raient de concert depuis plus d'un demi-si&#232;cle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence de Buchanan repr&#233;senta le point culminant de la domination sur l'Union que le Sud avait fini par usurper gr&#226;ce &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Le dernier Congr&#232;s continental de 1787 et le premier Congr&#232;s constitutionnel de 1789-1790 avaient l&#233;galement banni l'esclavage de tous les territoires de la R&#233;publique au nord-ouest de l'Ohio. (Comme on le sait, les territoires sont les noms donn&#233;s aux colonies situ&#233;es &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me des &#201;tats-Unis, tant qu'elles n'ont pas atteint le niveau de population constitutionnellement prescrit pour la formation d'&#201;tats autonomes.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le compromis dit du Missouri (1820) [5], &#224; la suite duquel le Missouri est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis en tant qu'&#201;tat esclavagiste, exclut l'esclavage de tout le territoire au-del&#224; du 360&#176; 30' de latitude nord, et &#224; l'ouest du Missouri. Ce compromis fit avancer la zone de l'esclavage de plusieurs degr&#233;s de longitude, tandis que par ailleurs on assignait des limites g&#233;ographiques tr&#232;s pr&#233;cises &#224; sa propagation future. Cette barri&#232;re g&#233;ographique fut &#224; son tour renvers&#233;e en 1854 par ce que l'on appelle le Kansas-Nebraska bill [6], dont. le promoteur fut Stephen A. Douglas, alors leader de la d&#233;mocratie du Nord. Le bill adopt&#233; par les deux chambres du Congr&#232;s abolit le compromis du Missouri, pla&#231;a sur le m&#234;me pied esclavage et libert&#233;, ordonna au gouvernement de l'Union de les traiter avec la m&#234;me indiff&#233;rence, et laissa &#224; la souverainet&#233; populaire le soin de d&#233;cider s'il fallait ou non introduire l'esclavage dans un territoire. Ainsi, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des &#201;tats-Unis, on abolissait toute limitation g&#233;ographique et l&#233;gale &#224; l'extension de l'esclavage dans les territoires. De par cette nouvelle l&#233;gislation, tout le territoire, jusque-l&#224; libre du Nouveau-Mexique et cinq fois plus grand que l'&#201;tat de New York, fut transform&#233; en pays d'esclavage, et la zone esclavagiste fut prolong&#233;e, de la fronti&#232;re de la R&#233;publique mexicaine, jusqu'au 381&#176; de latitude nord. En 1859, le Nouveau-Mexique fut dot&#233; d'un Code de l'esclavage qui rivalisait de barbarie avec les l&#233;gislations du Texas et de l'Alabama. Cependant, comme le recensement de 1860 l'indique, le Nouveau-Mexique compte &#224; peine une cinquantaine d'esclaves sur environ cent mille habitants. Il a donc suffit au Sud d'envoyer au-del&#224; de la fronti&#232;re une poign&#233;e d'aventuriers avec quelques esclaves pour rassembler, avec l'aide du gouvernement central de Washington, de ses fonctionnaires et fournisseurs du Nouveau-Mexique, un semblant de repr&#233;sentation populaire en vue d'octroyer &#224; ce territoire l'esclavage et d'imposer partout la domination des esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cette m&#233;thode commode ne s'av&#233;ra pas efficace dans les autres territoires. C'est pourquoi, le Sud fit un pas de plus, et le Congr&#232;s en appela &#224; la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis. Cette cour, compos&#233;e de neuf juges, dont cinq appartenant au Sud, &#233;tait depuis longtemps l'instrument le plus docile des esclavagistes. Elle d&#233;cida, en 1857, dans le m&#233;morable cas Dred Scott [7], que chaque citoyen am&#233;ricain avait le droit d'emporter avec lui sur n'importe quel territoire toute propri&#233;t&#233; reconnue par la Constitution. Or, la Constitution reconnaissait la propri&#233;t&#233; d'esclaves ; on obligea ainsi le gouvernement de l'Union &#224; prot&#233;ger cette propri&#233;t&#233;. En cons&#233;quence, sur une base constitutionnelle, les esclaves pouvaient &#234;tre contraints par leurs ma&#238;tres &#224; travailler dans tous les territoires, et il &#233;tait loisible &#224; chaque, esclavagiste en particulier d'introduire l'esclavage - m&#234;me contre la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - dans tous les territoires libres jusque-l&#224;. On d&#233;nia ainsi aux assembl&#233;es l&#233;gislatives locales le droit d'interdire l'esclavage, et on imposa au Congr&#232;s et au gouvernement de l'Union le devoir de favoriser les promoteurs de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le compromis du Missouri de 1820 avait &#233;tendu la limite g&#233;ographique de l'esclavagisme dans les territoires, si le Kansas-Nebraska bill de 1854 avait effac&#233; toute fronti&#232;re g&#233;ographique et l'avait remplac&#233;e par une barri&#232;re politique - la volont&#233; de la majorit&#233; des colons - la Cour supr&#234;me des &#201;tats-Unis, par sa d&#233;cision de 1857, abattait toute entrave politique et transformait tous les territoires de la R&#233;publique, pr&#233;sents et futurs, de libres &#201;tats en serres chaudes de l'esclavagisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, sous le gouvernement de Buchanan, on aggrava en 1850 la l&#233;gislation sur l'extradition des esclaves en fuite ; et on l'appliqua impitoyablement dans les &#201;tats du Nord [8]. Il apparut que le vocation constitutionnelle du Nord &#233;tait de rattraper les esclaves pour les ma&#238;tres du Sud. D'autre part, en vue de freiner autant que possible la colonisation des territoires par de libres colons, le parti esclavagiste mit en &#233;chec toute la l&#233;gislation sur la libert&#233; du sol, c'est-&#224;-dire les r&#232;glements assurant aux colons une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de terres d'&#201;tat libres de charges [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique int&#233;rieure aussi bien qu'ext&#233;rieure des &#201;tats-Unis se mit au service des esclavagistes. De fait, Buchanan avait acc&#233;d&#233; &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle gr&#226;ce au manifeste d'Ostende, o&#249; il proclamait que l'acquisition de Cuba, soit &#224; titre on&#233;reux soit par la force des armes, &#233;tait la grande t&#226;che de la politique nationale [10]. Sous son gouvernement, le Nord du Mexique fut d&#233;j&#224; distribu&#233; aux sp&#233;culateurs fonciers am&#233;ricains, qui attendaient avec impatience le signal pour envahir Chihuahua, Coahuila et Sonora [11]. Les continuelles exp&#233;ditions de pirates et de flibustiers contre les &#201;tats d'Am&#233;rique centrale [12] &#233;taient dirig&#233;es, s'il vous pla&#238;t, de la Maison-Blanche de Washington. En liaison intime avec cette politique ext&#233;rieure, qui se proposait ouvertement de conqu&#233;rir des territoires nouveaux afin d'y introduire l'esclavage et la domination des esclavagistes, se situait la r&#233;ouverture du commerce des esclaves secr&#232;tement appuy&#233;e par le gouvernement de l'Union [13]. Stephen A. Douglas lui-m&#234;me d&#233;clara le 20 ao&#251;t 1859 au S&#233;nat am&#233;ricain : &#171; L'an dernier, nous avons import&#233; plus de n&#232;gres d'Afrique que jamais auparavant au cours d'une ann&#233;e, m&#234;me &#224; l'&#233;poque o&#249; le commerce des esclaves &#233;tait encore l&#233;gal. Le nombre des esclaves import&#233;s l'ann&#233;e derni&#232;re se serait &#233;lev&#233; &#224; quinze mille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propagation par la force arm&#233;e de l'esclavage &#224; l'ext&#233;rieur, tel &#233;tait le but avou&#233; de la politique nationale. De fait, l'Union &#233;tait devenue l'esclave des trois cent mille esclavagistes, qui dominaient le. Sud. Ce r&#233;sultat d&#233;coulait d'une s&#233;rie de compromis que le Sud devait &#224; son alliance avec les d&#233;mocrates du Nord. Toutes les tentatives renouvel&#233;es p&#233;riodiquement, depuis 1817, pour r&#233;sister aux empi&#233;tements croissants des esclavagistes &#233;chou&#232;rent devant cette alliance. Enfin, ce fut le tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que fut vot&#233; le Kansas-Nebraska bill qui effa&#231;ait la ligne fronti&#232;re de l'esclavage et en soumettait l'application &#224; la volont&#233; des colons dans les territoires nouveaux, les &#233;missaires arm&#233;s des esclavagistes - voyous des r&#233;gions fronti&#232;res du Missouri et de l'Arkansas - se pr&#233;cipit&#232;rent sur le Kansas, le couteau de chasse dans une main et le revolver dans l'autre, afin d'en chasser les colons et les traitant avec une cruaut&#233; sans nom. Ces raids de brigandage trouvaient appui aupr&#232;s du gouvernement central de Washington. D'o&#249; l'immense r&#233;action. Dans tout le nord, et notamment dans le nord-ouest, il se forma une organisation auxiliaire pour apporter au Kansas un soutien en hommes, armes et argent [14]. De cette organisation auxiliaire, naquit le Parti r&#233;publicain, qui doit donc son existence &#224; la lutte pour d&#233;fendre le Kansas. Apr&#232;s l'&#233;chec de la tentative pour transformer par la force le Kansas en un territoire &#224; esclaves, le Sud s'effor&#231;a d'aboutir au m&#234;me r&#233;sultat au moyen d'intrigues politiques. Le gouvernement de Buchanan, en particulier, mit tout en oeuvre pour rel&#233;guer le Kansas parmi les &#201;tats esclavagistes des &#201;tats-Unis, en lui imposant une constitution pro-esclavagiste. D'o&#249; une lutte nouvelle, conduite cette fois pour l'essentiel au Congr&#232;s de Washington. M&#234;me Stephen A. Douglas, le chef des d&#233;mocrates du Nord intervint alors (1857-1858) contre le gouvernement et ses alli&#233;s du Sud, parce que l'octroi d'une constitution esclavagiste contredisait le principe de la souverainet&#233; des colons garantie par le Nebraska bill de 1854. Douglas, s&#233;nateur de l'Illinois, un &#201;tat du nord-ouest, e&#251;t naturellement perdu toute son influence, s'il avait voulu conc&#233;der au Sud le droit de d&#233;poss&#233;der, par la force des armes ou par des actes du Congr&#232;s, les territoires colonis&#233;s par le Nord [15]. Apr&#232;s avoir cr&#233;&#233; le Parti r&#233;publicain, la lutte pour le Kansas provoquait maintenant la premi&#232;re scission au sein du Parti d&#233;mocrate lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti r&#233;publicain se donna une premi&#232;re plate-forme, &#224; l'occasion des &#233;lections pr&#233;sidentielles de 1856. Bien que son candidat - John Fr&#233;mont - ne f&#251;t pas victorieux, le nombre consid&#233;rable de voix qu'il remporta prouva en tout cas que le parti croissait rapidement notamment au nord-ouest [16]. Lors de leur seconde Convention nationale pour les &#233;lections pr&#233;sidentielles (17 mai 1860), les r&#233;publicains enrichirent leur programme de 1856 de quelques additions seulement. Il contenait essentiellement les points suivants : il ne faut plus c&#233;der le moindre pouce de terrain aux esclavagistes ; il faut que cesse la politique de banditisme vis-&#224;-vis de l'ext&#233;rieur ; il faut stigmatiser la r&#233;ouverture du commerce des esclaves ; enfin, il faut &#233;dicter des lois sur la libert&#233; de la terre, afin de promouvoir la libre colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point d&#233;cisif et vital de ce programme &#233;tait qu'on ne c&#233;derait plus un pouce de terrain nouveau &#224; l'esclavagisme ; au contraire on devait le tenir cantonn&#233; dans les limites des &#201;tats o&#249; il subsistait d&#233;j&#224; l&#233;galement [17]. Ainsi, l'esclavage devait-il formellement &#234;tre confin&#233;. Or, l'extension progressive du territoire et du domaine de l'esclavagisme au-del&#224; de leurs limites anciennes est une loi vitale pour les &#201;tats esclavagistes de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture des articles d'exportation du sud - coton, tabac, sucre, etc. - pratiqu&#233;e par les esclaves, est r&#233;mun&#233;ratrice, aussi longtemps seulement qu'elle s'effectue avec de larges apports d'esclaves, sur une vaste &#233;chelle et d'immenses espaces de terres naturellement fertiles, qui n'exigent qu'un travail simple. La culture intensive qui ne d&#233;pend pas tant de la fertilit&#233; du sol que des placements de capitaux, de l'intelligence et de l'&#233;nergie du travailleur, est contraire &#224; la nature de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; une rapide transformation d'&#201;tats, tels que le Maryland et la Virginie, qui utilisaient autrefois des esclaves pour produire des articles d'exportation, en &#201;tats qui &#233;l&#232;vent des esclaves pour les exporter ensuite vers les &#201;tats situ&#233;s plus au sud. M&#234;me en Caroline du Sud, o&#249; les esclaves repr&#233;sentent les quatre-septi&#232;mes de la population, la production de coton est rest&#233;e enti&#232;rement stationnaire depuis des ann&#233;es du fait de l'&#233;puisement du sol. Et effectivement, de par la seule force des choses, la Caroline du Sud s'est d&#233;j&#224; partiellement transform&#233;e en un &#201;tat d'&#233;levage des esclaves, puisque chaque ann&#233;e elle vend d&#233;j&#224; pour quatre millions de dollars d'esclaves aux &#201;tats de l'extr&#234;me sud et du sud-ouest. Sit&#244;t que ce point est atteint, il devient indispensable d'acqu&#233;rir des territoires nouveaux pour qu'une partie des ma&#238;tres d'esclaves occupent de nouvelles bandes de terres fertiles, la partie abandonn&#233;e derri&#232;re eux se transformant en territoire d'&#233;levage d'esclaves destin&#233;s &#224; la vente sur le march&#233;. Il ne fait donc aucun doute que, sans l'acquisition de la Louisiane, du Missouri et de l'Arkansas par les &#201;tats-Unis, l'esclavage se serait &#233;teint depuis longtemps en Virginie et au Maryland. Au Congr&#232;s s&#233;cessionniste de Montgomery, l'un des porte-parole du Sud - le s&#233;nateur Toombs - a formul&#233; d'une mani&#232;re frappante la loi &#233;conomique qui commande l'extension continuelle du territoire de l'esclavage : &#171; Si d'ici quinze ans nous ne b&#233;n&#233;ficions pas d'un immense accroissement des terres &#224; esclaves, nous devrons permettre aux esclaves de fuir de chez les Blancs, &#224; moins que les Blancs ne fuient devant les esclaves. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le sait, les mandats des. diff&#233;rents &#201;tats &#224; la Chambre des repr&#233;sentants du Congr&#232;s d&#233;pendent du nombre d'habitants de leur population respective. Comme la population des &#201;tats libres cro&#238;t infiniment plus vite que celle des &#201;tats esclavagistes, le nombre des repr&#233;sentants du Nord doit bient&#244;t d&#233;passer de loin celui des repr&#233;sentants. du Sud. Le v&#233;ritable si&#232;ge de la puissance politique du Sud se d&#233;place toujours plus vers le S&#233;nat am&#233;ricain, o&#249; chaque &#201;tat - que sa population soit forte ou faible - dispose de deux postes de s&#233;nateurs. Pour maintenir son influence au S&#233;nat et, par ce truchement, son h&#233;g&#233;monie sur les &#201;tats-Unis, le Sud a donc besoin de cr&#233;er sans cesse de nouveaux &#201;tats esclavagistes. Or, de n'est possible qu'en gagnant des pays &#233;trangers - le Texas par exemple - ou en transformant les territoires appartenant aux &#201;tats-Unis, d'abord en territoires &#224; esclaves, puis en &#201;tats esclavagistes, comme c'est le cas du Missouri, de l'Arkansas, etc. John Calhoun - adul&#233; par les esclavagistes et consid&#233;r&#233; comme leur homme d'&#201;tat par excellence - d&#233;clarait d&#233;j&#224; le 19 f&#233;vrier 1847 au S&#233;nat, que seule cette Chambre mettait la balance du pouvoir aux mains du Sud, que, l'extension du territoire esclavagiste &#233;tait indispensable pour pr&#233;server cet &#233;quilibre entre le Sud et le Nord au S&#233;nat, et que les tentatives de cr&#233;ation par la force de nouveaux &#201;tats esclavagistes se justifiaient donc pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le nombre des actuels, esclavagistes dans le sud de l'Union atteint &#224; peine trois cent mille, soit une oligarchie tr&#232;s mince &#224; laquelle font face des millions de &#171; pauvres Blancs &#187; (poor Whites), dont la masse cro&#238;t sans cesse en raison de la concentration de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, et dont les conditions ne sont comparables qu'&#224; celles des pl&#233;b&#233;iens romains &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin extr&#234;me de Rome. C'est seulement par l'acquisition - ou la perspective d'acquisition - de territoires nouveaux, ou par des exp&#233;ditions de flibusterie qu'il est possible d'accorder les int&#233;r&#234;ts de ces &#171; pauvres Blancs &#187; &#224; ceux des esclavagistes, et de donner &#224; leur turbulent besoin d'activit&#233; une direction qui ne soit pas dangereuse, puisqu'elle fait miroiter &#224; leurs yeux l'espoir qu'ils peuvent devenir un jour eux-m&#234;mes des propri&#233;taires d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un strict confinement de l'esclavage dans son ancien domaine devrait donc - de par les lois &#233;conomiques de l'esclavagisme - conduire &#224; son extinction progressive, puis - du point de vue politique - ruiner l'h&#233;g&#233;monie exerc&#233;e par les &#201;tats esclavagistes du Sud gr&#226;ce au S&#233;nat, et enfin exposer, &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me de leurs &#201;tats, l'oligarchie esclavagiste &#224; des dangers de plus en plus mena&#231;ants de la part des &#171; pauvres Blancs &#187;. Bref, les r&#233;publicains attaquaient &#224; la racine la domination des esclavagistes, en proclamant le principe qu'ils s'opposeraient par la loi &#224; toute extension future des territoires &#224; esclaves. La victoire &#233;lectorale des r&#233;publicains devait donc pousser &#224; la lutte ouverte entre le Nord et le Sud. Toutefois, cette victoire &#233;tait elle-m&#234;me conditionn&#233;e par la scission dans le camp d&#233;mocrate, ainsi que nous l'avons d&#233;j&#224; mentionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte pour le Kansas avait d&#233;j&#224; provoqu&#233; une coupure entre le Parti esclavagiste et ses alli&#233;s d&#233;mocrates du Nord. Lors de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 1860, le m&#234;me conflit &#233;clatait sous une forme encore plus g&#233;n&#233;rale. Les d&#233;mocrates du Nord, avec leur candidat Douglas, firent d&#233;pendre l'introduction de l'esclavage dans les territoires de la volont&#233; de la majorit&#233; des colons. Le parti esclavagiste - avec son candidat Breckinridge - soutint que la Constitution des &#201;tats-Unis - comme la Cour supr&#234;me l'avait d&#233;clar&#233; - entra&#238;nait l&#233;galement l'esclavage dans son sillage ; en soi et pour soi, l'esclavage &#233;tait d&#233;j&#224; l&#233;gal sur tout le territoire et n'exigeait aucune naturalisation particuli&#232;re. Ainsi donc, tandis que les r&#233;publicains interdisaient tout &#233;largissement des territoires esclavagistes, le parti sudiste pr&#233;tendait que tous les territoires de la r&#233;publique &#233;taient ses domaines r&#233;serv&#233;s. Et, de fait, il tenta, par exemple au Kansas, d'imposer de force &#224; un territoire l'esclavage, gr&#226;ce au gouvernement central, contre la volont&#233; des colons. Bref, il faisait maintenant de l'esclavage la loi de tous les territoires de l'Union. Cependant, faire cette concession n'&#233;tait pas au pouvoir des chefs d&#233;mocrates : elle aurait simplement fait d&#233;serter leur arm&#233;e dans le camp r&#233;publicain. Au reste, la &#171; souverainet&#233; des colons &#187; &#224; la Douglas ne pouvait satisfaire le parti des esclavagistes. Ce qu'ils voulaient r&#233;aliser devait se faire dans les quatre ann&#233;es suivantes sous le nouveau pr&#233;sident et par le gouvernement central : aucun d&#233;lai n'&#233;tait permis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'&#233;chappait pas aux esclavagistes qu'une nouvelle puissance &#233;tait n&#233;e, le Nord-ouest, dont la population avait presque doubl&#233; de 1850 &#224; 1860 et qui &#233;tait maintenant sensiblement &#233;gale &#224; la population blanche des &#201;tats esclavagistes [18]. Or, cette puissance n'&#233;tait pas encline, de par ses traditions, son temp&#233;rament et son mode de vie, &#224; se laisser tra&#238;ner de compromis en compromis, comme l'avaient fait les vieux &#201;tats du nord-est. L'Union n'avait d'int&#233;r&#234;t pour le Sud que si elle lui donnait le pouvoir f&#233;d&#233;ral pour r&#233;aliser sa politique esclavagiste. Si ce n'&#233;tait plus le cas, il valait mieux rompre maintenant plut&#244;t que d'assister pendant encore quatre ans au d&#233;veloppement du Parti r&#233;publicain et &#224; l'essor du Nord-Ouest, pour engager la lutte sous des auspices plus d&#233;favorables. Le parti esclavagiste joua donc son va-tout. Lorsque les d&#233;mocrates du Nord refus&#232;rent de jouer plus longtemps le r&#244;le de &#171; pauvres Blancs &#187; du Sud, le Sud donna la victoire &#224; Lincoln en &#233;parpillant ses voix ; il tira ensuite l'&#233;p&#233;e, en prenant cette victoire pour pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, tout le mouvement reposait - et repose encore - sur la question des esclaves. Certes, il ne s'agit pas directement d'&#233;manciper - ou non - les esclaves au sein des &#201;tats esclavagistes existants ; il s'agit bien plut&#244;t de savoir si vingt millions d'hommes libres du Nord vont se laisser dominer plus longtemps par une oligarchie de trois cent mille esclavagistes, si les immenses territoires de la R&#233;publique serviront de serres chaudes au d&#233;veloppement d'&#201;tats libres ou d'&#201;tats esclavagistes, si, enfin, la politique nationale de l'Union aura pour devise la propagation arm&#233;e de l'esclavage au Mexique et en Am&#233;rique centrale et m&#233;ridionale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre article, nous examinerons ce. que vaut l'assertion de la presse londonienne, selon laquelle le Nord devrait approuver la s&#233;cession comme la solution la plus favorable et au demeurant, la seule possible du conflit en cours [19].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Comme l'indiquent les deux notes pr&#233;c&#233;dentes, la d&#233;claration de Jackson relative au tarif servit de simple pr&#233;texte pour faire s&#233;cession. D&#232;s 1828, la Caroline du Sud fit une premi&#232;re offensive pour son annulation : ses assembl&#233;es nomm&#232;rent un comit&#233; de sept membres pour contester la constitutionnalit&#233; du tarif protectionniste de 1828. Ce comit&#233; mit au point, un rapport, r&#233;dig&#233; en fait par John C. Calhoun, alors vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis. Ce document, connu par la suite sous le nom de D&#233;claration de la Caroline du Sud, proclamait que la loi sur les tarifs de 1828 &#233;tait inconstitutionnelle et demandait au Congr&#232;s de l'annuler. Les Chambres donn&#232;rent leur accord &#224; ce projet qui fut ensuite envoy&#233; au S&#233;nat o&#249; il fut accept&#233; (f&#233;vrier 1829). Si la Caroline du Sud n'agita pas dans sa D&#233;claration de 1828 une action plus &#233;nergique (c'est-&#224;-dire proclamation publique du droit &#224; la s&#233;cession), c'est parce qu'elle croyait qu'on adopterait un tarif moins &#233;lev&#233; d&#232;s que le pr&#233;sident &#233;lu Jackson serait au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. Times du 27 avril 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Faneuil Hall, connu sous le nom de &#171; Berceau de la libert&#233; &#187; &#233;tait le lieu de rendez-vous des r&#233;volutionnaires de Boston au cours de la guerre d'Ind&#233;pendance. Un riche marchand, Peter Faneuil, en avait fait don &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans son discours inaugural, Lincoln d&#233;clara nettement qu'il &#233;tait d'avis que les populations pouvaient amender la Constitution si elles le d&#233;siraient : &#171; Sans recommander que l'on fasse des amendements, dit-il, je reconnais sans arri&#232;re-pens&#233;e que le peuple exerce pleinement le contr&#244;le sur toute cette question... Je me risquerais m&#234;me &#224; ajouter qu'&#224; mes yeux le syst&#232;me conventionnel est pr&#233;f&#233;rable, en cela m&#234;me qu'il permet au peuple de faire des amendements. &#187; Cf. A. Lincoln, Inaugural Address, March 4, 1861, reproduit dans : H. Greeley, The American Conflict, Hartford 1864, vol I. p. 425.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les suffrages exprim&#233;s lors de l'&#233;lection de 1860 se r&#233;partissent comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de voix&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voix au colll&#232;ge &#233;lectoral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lincoln&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 866 452&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;180&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douglas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 376 957&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;112&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Breckinridge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;849 781&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;72&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bell&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;588 879&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi donc, si l'on ajoute les voix de Douglas &#224; celles de Breckinridge on obtient 360 286 de plus que celles de Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le Compromis du Missouri marqua le d&#233;but d'une s&#233;rie de luttes politiques qui culmin&#232;rent dans la guerre de S&#233;cession. En 1820, le Sud esclavagiste se trouva dans une situation insolite. Le Nord libre avait d&#233;finitivement pris en main le contr&#244;le de la Chambre des repr&#233;sentants. Par cons&#233;quent, le Sud ne pouvait plus s'opposer &#224; l'&#233;laboration de lois favorables au Nord, ou de mesures dirig&#233;es contre le Sud, &#224; moins de dominer le S&#233;nat. Or, la majorit&#233; dans cette assembl&#233;e d&#233;pendait de l'entr&#233;e du Missouri en tant qu'&#201;tat esclavagiste. Pour emp&#234;cher le Sud d'avoir la majorit&#233; dans la Chambre Haute, le Nord demanda l'admission du Maine. A la suite de longs et violents d&#233;bats, les deux &#201;tats furent admis, maintenant ainsi l'&#233;quilibre des forces au S&#233;nat. De plus, le compromis du Missouri pr&#233;vit l'abolition de l'esclavage dans le territoire de la Louisiane situ&#233; au-del&#224; de la ligne du 360&#176; 30' de latitude nord. Ce compromis fut pratiquement annul&#233; en 1854 par l'adoption du Kansas-Nebraska bill.&lt;br class='autobr' /&gt;
La gravit&#233; de cette lutte au niveau parlementaire fut pleinement comprise &#224; l'&#233;poque. Le 7 f&#233;vrier 1820, Jefferson &#233;crivait &#224; Hugh Nelson au sujet de la question du Missouri : &#171; C'est la plus importante qui ait jamais menac&#233; notre Union. M&#234;me aux plus noirs moments de la guerre r&#233;volutionnaire, je n'ai jamais &#233;prouv&#233; de craintes semblables &#224; celles que me cause cet incident. &#187; (Cf. T. Jefferson, Writings, ed. P. L. Ford, New York, 1899, vol. X, p. 156.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Le Kansas-Nebraska bill fut adopt&#233; en mai 1854 par le Congr&#232;s am&#233;ricain. Il stipulait la cr&#233;ation de deux territoires, en supposant que le Nebraska entrerait comme &#201;tat libre dans l'Union, contrairement au Kansas. Ainsi les forces du Nord et du Sud seraient &#233;galement repr&#233;sent&#233;es au S&#233;nat. En outre, cette loi, pr&#233;voyait l'annulation de la ligne s&#233;parant les &#201;tats libres des &#201;tats esclavagistes (compromis du Missouri). Les esclavagistes obtinrent ainsi ce qu'ils d&#233;siraient le plus ardemment : la reconnaissance que la zone de l'esclavagisme &#233;tait illimit&#233;e aux &#201;tats-Unis. Pour obtenir la sanction des d&#233;mocrates de l'Ouest, cette loi instaura la doctrine de la souverainet&#233; populaire dans chaque &#201;tat sur la question de l'introduction ou non de l'esclavage. Cette loi mena tout droit &#224; la guerre du Kansas, conflit qui servit lui-m&#234;me de prologue &#224; la guerre civile de 1861-1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] L'esclave Dred Scott suivit son ma&#238;tre le Dr Emerson, dans le territoire de Louisiane situ&#233; au-dessus de la ligne du 360&#176; 30' o&#249;, l&#233;galement, l'esclavage &#233;tait interdit. Dred y v&#233;cut un certain nombre d'ann&#233;es, s'y maria et eut des enfants. Par la suite, les Scott furent ramen&#233;s dans l'&#201;tat esclavagiste du Missouri. A la mort de leur ma&#238;tre, ils furent vendus &#224; un New-Yorkais, Samford, &#224; qui ils firent un proc&#232;s pour obtenir leur libert&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'affaire fut port&#233;e devant la Cour supr&#234;me qui &#233;tait non seulement en majeure partie compos&#233;e de sudistes, mais encore pr&#233;sid&#233;e par un sudiste, le juge Taney. En r&#233;digeant l'arr&#234;t pris par la majorit&#233;, ce dernier soutint que la Cour du Missouri n'avait pas pouvoir de juridiction dans cette affaire, puisque les Scott n'&#233;taient pas et ne pouvaient &#234;tre des citoyens au sens o&#249; l'entendait la Constitution. Qui plus est, le juge sauta sur l'occasion pour donner un arr&#234;t qui accordait aux esclavagistes ce qu'ils souhaitaient le plus : le droit de transf&#233;rer leurs biens meubles - esclaves y compris - dans n'importe quel territoire des &#201;tats-Unis, et d'y garder les esclaves m&#234;me si la l&#233;gislation de l'&#201;tat local ou du Congr&#232;s s'y opposait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] La loi sur les esclaves en fuite, adopt&#233;e par le Congr&#232;s de 1850, compl&#233;tait la loi de 1793 sur l'extradition des esclaves en fuite. La loi de 1850 pr&#233;voyait en effet que tous les &#201;tats disposeraient de fonctionnaires charg&#233;s de livrer les esclaves fugitifs. Le gouvernement f&#233;d&#233;ral devait employer tous les moyens dont il disposait pour reprendre possession des esclaves fugitifs, et il d&#233;niait aux esclaves le, droit d'&#234;tre jug&#233;s par un jury ou de t&#233;moigner pour leur d&#233;fense. Pour chaque Noir captur&#233; et renvoy&#233; &#224; l'esclavage, la r&#233;compense se montait &#224; dix dollars. La loi pr&#233;voyait une peine de mille dollars et six mois de prison pour quiconque s'opposait &#224; l'application de la loi. Les masses populaires furent exasp&#233;r&#233;es par cette loi, et le mouvement abolitionniste s'en trouva renforc&#233;. La loi devint pratiquement inapplicable au d&#233;but de la guerre civile, et fut abolie d&#233;finitivement en 1864.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] L'attribution gratuite de parcelles de terre libres dans l'Ouest consid&#233;r&#233; comme domaine d'&#201;tat &#233;tait la revendication essentielle des free soilers, membres d'un parti abolitionniste fond&#233; en 1848 et demandant la libert&#233; des terres. Ces free soilers, qui &#233;taient tout naturellement en comp&#233;tition avec les esclavagistes dans la colonisation des territoires nouveaux devaient exiger l'interdiction de l'esclavage dans les r&#233;gions &#224; coloniser et l'annulation des ventes de terres aux gros propri&#233;taires et sp&#233;culateurs. Le Congr&#232;s et le gouvernement de Washington oppos&#232;rent une vive r&#233;sistance &#224; ces revendications. En 1854, une loi sur la libert&#233; du sol vint en discussion au S&#233;nat ; les d&#233;mocrates du Sud s'y oppos&#232;rent aussit&#244;t, parce qu'elle &#233;tait &#171; teint&#233;e &#187; d'abolitionnisme. Bien qu'ayant &#233;t&#233; adopt&#233;e par la Chambre des repr&#233;sentants, le S&#233;nat refusa de ratifier cette loi. Ce n'est qu'en 1860 qu'elle fut vot&#233;e avec cette restriction cependant : la terre n'&#233;tait pas attribu&#233;e gratuitement, mais contre paiement de vingt-cinq dollars par acre. Pourtant, le pr&#233;sident Buchanan lui opposa son veto. Ce n'est qu'en 1862, apr&#232;s la victoire r&#233;publicaine et la d&#233;faite des &#201;tats esclavagistes, que la loi fut d&#233;finitivement adopt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Pour s'assurer de nouveaux territoires &#224; esclaves, le Sud chercha &#224; s'agrandir non seulement en direction de l'ouest, mais encore du sud. Apr&#232;s avoir spoli&#233; le Mexique de certaines r&#233;gions, les esclavagistes se tourn&#232;rent vers l'Espagne, en vue d'acheter Cuba ou de s'en emparer par les armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] De 1857 &#224; 1859, des capitalistes am&#233;ricains, sous la direction de Charles P. Stone, manifest&#232;rent un grand int&#233;r&#234;t pour les mines et les terres tr&#232;s fertiles de Sonora. Ils commenc&#232;rent par y installer des soci&#233;t&#233;s d'aide aux &#233;migrants : c'&#233;tait le premier pas vers l'annexion. La politique mexicaine du pr&#233;sident Buchanan servait parfaitement ces int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques particuliers. Aussit&#244;t apr&#232;s son entr&#233;e en fonction. Buchanan autorisa le paiement au Mexique d'une somme de douze &#224; quinze millions pour la Basse-Californie et une large portion de Sonora et de Chihuahua. En 1858, il recommanda au Congr&#232;s que le Gouvernement am&#233;ricain assum&#226;t un protectorat temporaire sur Sonora et Chihuahua et y &#233;tablisse des postes militaires. Dans son article sur l'Intervention au Mexique, Marx &#233;voque le fait que Palmerston expropria les cr&#233;anciers anglais de l'&#201;tat mexicain et fit c&#233;der le Texas aux esclavagistes nord-am&#233;ricains. Il &#233;claire ainsi les v&#233;ritables mobiles de l'exp&#233;dition au Mexique de 1860 et le contenu r&#233;el de la collusion imp&#233;rialiste entre les sudistes et l'Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Au cours des ann&#233;es 1850, les puissances esclavagistes ne convoitaient pas seulement Cuba, et le Nord du Mexique, mais encore l'Am&#233;rique centrale. Des exp&#233;ditions de flibustiers furent organis&#233;es notamment contre le Nicaragua pour en faire la base d'un immense empire esclavagiste. William Walker joua un r&#244;le essentiel dans cette entreprise. En 1855, il s'empara de Grenade ; les esclavagistes du Sud appuy&#232;rent sa proclamation instaurant et l&#233;galisant l'esclavage dans ces pays. Mais, l'aide des esclavagistes ne fut pas assez forte pour le maintenir contre la coalition des &#201;tats d'Am&#233;rique centrale. En 1857, Walker fut renvers&#233;, et ses tentatives ult&#233;rieures de reconqu&#234;te &#233;chou&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] La Constitution am&#233;ricaine de 1787 l&#233;galisa l'esclavage des Noirs dans les &#201;tats o&#249; il existait d&#233;j&#224; et y permit l'achat de Noirs dans d'autres &#201;tats. C'est en mars 1807 seulement que le Congr&#232;s interdit d'importer des esclaves d'Afrique ou d'autres &#201;tats, par une loi qui entra en vigueur le 1er janvier 1808 et pr&#233;voyait certaines mesures contre la traite des Noirs, et notamment la confiscation des navires et chargements transportant les Noirs. En fait, cette loi fut continuellement tourn&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on l'a vu dans la note 10, le commerce des esclaves, quoique interdit d'une certaine mani&#232;re refleurit au cours des ann&#233;es 1850. Malgr&#233; les efforts de la Convention commerciale du Sud de 1859, la traite ne fut pas l&#233;galis&#233;e ; toutes les lois en ce sens &#233;chou&#232;rent m&#234;me en G&#233;orgie, Alabama, Louisiane et au Texas. L'&#233;chec en &#233;tait d&#251; en grande partie &#224; une contradiction au sein m&#234;me de la classe esclavagiste : les &#201;tats fronti&#232;res et orientaux qui pratiquaient l'&#233;levage des Noirs pour les vendre aux &#201;tats esclavagistes en expansion redoutaient la concurrence africaine et une d&#233;pression du prix des esclaves par suite d'une &#171; offre &#187; trop abondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Des organisations d'aide aux colons du Kansas furent cr&#233;&#233;es en 1854-1855 dans une s&#233;rie d'&#201;tat du Nord et du Nord-Ouest (Massachusetts, New York, Pennsylvanie, Ohio, Illinois, etc.). La premi&#232;re connut le jour en avril 1854 au Massachusetts. Ces organisations se proposaient de lutter contre l'expansion de l'esclavagisme et d'installer des petits, colons au Kansas. Elles s'occupaient du recrutement de colons, du soutien financier, du transport d'appareils agricoles au Kansas, du logement des colons et de leur approvisionnement. Enfin, elles envoy&#232;rent des armes au Kansas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce mouvement atteignit son apog&#233;e en &#233;t&#233; 1856 avec la guerre du Kansas. En juillet 1856, le Congr&#232;s de Buffalo d&#233;cida la cr&#233;ation d'un comit&#233; national d'aide au Kansas. Des divergences de vues emp&#234;ch&#232;rent d'organiser cette aide selon un plan unitaire. N&#233;anmoins, cette activit&#233; eut une grande influence sur l'opinion publique et contribua &#224; soutenir les forces qui cr&#233;eront le Parti r&#233;publicain. &#192; la fin de la guerre civile, cette organisation s'occupa de la colonisation de l'Or&#233;gon et de la Floride. Elle exista jusqu'en 1897.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Ainsi, le 9 d&#233;cembre 1857, Douglas, sous la pression de ses &#233;lecteurs d&#233;clara au S&#233;nat : &#171; ... si cette constitution devait nous &#234;tre impos&#233;e de force, en violation aux principes fondamentaux de libre gouvernement, et d'une mani&#232;re qui serait un simulacre et une insulte, je r&#233;sisterais jusqu'au bout... Je tiens au-grand principe de la souverainet&#233; populaire... et je m'efforcerai de le d&#233;fendre contre les assauts de quiconque, &#187; CI. S. A. Douglas, Speech on the President's Message delivered in the Senate of the United States, December 9, 1857, Washington 1857, P. 15.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Sur les 1 341 264 voix obtenues par Fr&#233;mont en 1856, 559 864 provenaient des &#201;tats du Nord-Ouest (Ohio, Michigan, Indiana, Illinois, Wisconsin et Iowa), soit 41,7 % du total.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] &#192; cet &#233;gard, la plate-forme r&#233;publicaine de 1860 affirmait : &#171; La condition normale sur tout le territoire des &#201;tats-Unis est celle de la libert&#233; ; nos anc&#234;tres r&#233;publicains, lorsqu'ils ont aboli l'esclavage sur tout notre territoire national, ont ordonn&#233; que personne ne puisse sans proc&#232;s l&#233;gal et jug&#233;, &#234;tre d&#233;pouill&#233; de sa vie, de sa libert&#233; ou de sa propri&#233;t&#233;. Il est donc de notre devoir... de maintenir ces stipulations de la Constitution contre toute les tentatives de violation. Nous d&#233;nions au Congr&#232;s, aux assembl&#233;es locales ou &#224; quiconque le droit de donner une existence l&#233;gale &#224; l'esclavage en quelque territoire que ce soit des &#201;tats-Unis. &#187; Cf. E. Stanwood, History of Presidential Elections, Boston 1888, pp. 220-230.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] En 1860, les sept &#201;tats du Nord-Ouest (Indiana, Illinois, Iowa, Michigan, Minnesota, Ohio et Wisconsin) avaient une population de 7 773 820 habitants, tandis que la population blanche des quinze &#201;tats esclavagistes du Sud s'&#233;levait &#224; 8 036 940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] On trouvera cet article dans la partie militaire, sous le titre : &#171; La guerre civile aux &#201;tats-Unis &#187;, in Die Presse, 7 novembre 1861, pp. 76-88.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE DU COTON&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 14 octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 21 septembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La continuelle hausse de prix du coton brut commence &#224; avoir des effets s&#233;rieux sur l'industrie cotonni&#232;re, dont la consommation a diminu&#233; maintenant de vingt-cinq pour cent par rapport &#224; la normale. Ce r&#233;sultat signifie que le taux de production diminue quotidiennement, que les fabriques ne travaillent que trois ou quatre jours par semaine et qu'une partie des machines a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, soit dans les entreprises qui pratiquent la journ&#233;e de travail raccourcie, soit dans celles qui jusqu'ici travaillaient &#224; plein temps, mais sont ferm&#233;es temporairement. Dans certaines localit&#233;s, par exemple &#224; Blackburn, la journ&#233;e de travail raccourcie s'accompagne d'une r&#233;duction de salaires. Quoi qu'il en soit, la tendance &#224; diminuer la journ&#233;e de travail n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, et nous pouvons pr&#233;dire avec certitude que d'ici quelques semaines on passera, dans cette branche de production tout enti&#232;re, aux trois jours de travail par semaine, en m&#234;me temps qu'on arr&#234;tera une grande partie des machines dans la plupart des entreprises. En g&#233;n&#233;ral, les fabricants et n&#233;gociants anglais n'ont pris connaissance que fort lentement et avec r&#233;ticence de l'&#233;tat pr&#233;caire de leur approvisionnement en coton. Ils disaient : &#171; Toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; achemin&#233;e vers l'Europe depuis longtemps. Le travail pour la nouvelle r&#233;colte vient tout juste de commencer. Nous n'aurions pas pu obtenir une balle de coton de plus, m&#234;me si nous n'avions pas entendu parler de guerre et de blocus. La saison de. la navigation ne commence pas avant fin novembre, et il faut g&#233;n&#233;ralement attendre fin d&#233;cembre pour qu'aient lieu de larges exportations. Jusque-l&#224;, il est sans grande importance que le coton reste dans les plantations ou qu'il soit achemin&#233; vers les ports sit&#244;t qu'il est mis en balles. Si le blocus s'arr&#234;te &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, nous serons certainement approvisionn&#233;s normalement en coton en mars ou avril, comme si le blocus n'avait pas exist&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au tr&#233;fonds de leur &#226;me de boutiquier, les fabricants nourrissaient l'espoir qu'avant la fin de l'ann&#233;e toute la crise am&#233;ricaine serait termin&#233;e et le blocus avec elle, ou bien que lord Palmerston forcerait le blocus par la violence. Cependant, on a plus ou moins abandonn&#233; cette derni&#232;re id&#233;e, lorsqu'on s'est aper&#231;u &#224; Manchester, entre autres circonstances,- que si le Gouvernement britannique prenait l'offensive sans y avoir &#233;t&#233; provoqu&#233;, il se heurterait &#224; la force unie de deux gigantesques groupes d'int&#233;r&#234;ts, &#224; savoir les capitalistes de la finance qui ont investi un &#233;norme capital dans les entreprises industrielles d'Am&#233;rique du Nord, et les marchands de c&#233;r&#233;ales qui trouvent en Am&#233;rique du Nord leur principale source d'approvisionnement. L'espoir que le blocus serait lev&#233; &#224; temps pour satisfaire les exigences de Liverpool et de Manchester ou que la guerre am&#233;ricaine s'ach&#232;verait par un compromis avec les s&#233;cessionnistes a fait place &#224; un ph&#233;nom&#232;ne inconnu jusqu'ici sur le march&#233; cotonnier anglais, &#224; savoir les op&#233;rations cotonni&#232;res am&#233;ricaines &#224; Liverpool, qui se manifestent soit par des sp&#233;culations, soit par des r&#233;exp&#233;ditions en Am&#233;rique. En cons&#233;quence, le march&#233; cotonnier de Liverpool connaissait une agitation f&#233;brile au cours des deux derni&#232;res semaines, les placements sp&#233;culatifs de capitaux des n&#233;gociants de Liverpool &#233;tant soutenus par les placements sp&#233;culatifs de capitaux des fabricants de Manchester et d'ailleurs, qui cherchaient &#224; s'approvisionner en r&#233;serves de mati&#232;res premi&#232;res pour l'hiver. On constate quelle est, en gros, l'ampleur de ces transactions dans le fait qu'une partie consid&#233;rable des hangars de stockage de Manchester sont d&#233;j&#224; bourr&#233;s de ces r&#233;serves et qu'au cours de la semaine du 15 au 22 septembre la vari&#233;t&#233; du coton de qualit&#233; moyenne est mont&#233;e de trois huiti&#232;mes de dollar par livre et la vari&#233;t&#233; la meilleure de cinq huiti&#232;mes de dollar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter, cependant que le d&#233;s&#233;quilibre fatal entre le prix des mati&#232;res premi&#232;res et celui du fil et du tissu ne devint manifeste qu'au cours des derni&#232;res semaines d'ao&#251;t. Jusque-l&#224;, chaque hausse s&#233;rieuse du prix du coton manufactur&#233; qui devait r&#233;sulter de la diminution consid&#233;rable de l'offre am&#233;ricaine, &#233;tait compens&#233;e par une augmentation des r&#233;serves stock&#233;es en premi&#232;re main et par des consignations sp&#233;culatives vers la Chine et l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, ces march&#233;s asiatiques furent bient&#244;t engorg&#233;s. Ainsi, le Calcutta Price Current du 7 ao&#251;t 1861 &#233;crit : &#171; Les r&#233;serves en stock s'accumulent ; depuis notre derni&#232;re parution, les arrivages n'atteignent pas moins de vingt-quatre millions de yards de coton lisse. Les rapports en provenance de la m&#233;tropole nous apprennent que les approvisionnements par bateaux vont se poursuivre bien au-del&#224; de nos besoins. Tant que cela durera, nous ne pourrons esp&#233;rer d'am&#233;lioration... Le. march&#233; de Bombay est, lui aussi, largement satur&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres circonstances contribu&#232;rent aussi &#224; la contraction du march&#233; indien. La derni&#232;re famine dans les provinces du nord-ouest fut suivie des ravages du chol&#233;ra, tandis que dans tout le Bengale inf&#233;rieur les chutes de pluie ininterrompues endommag&#232;rent gravement la r&#233;colte de riz. Des lettres de Calcutta, arriv&#233;es cette semaine en Angleterre, nous apprennent que les ventes donn&#232;rent le prix net de neuf dollars et quart par livre de fil n&#176; 40, alors qu'on ne le trouve pas &#224; moins de onze dollars et trois huiti&#232;mes &#224; Manchester ; de m&#234;me, les ventes de toile de quarante pouces marqu&#232;rent par pi&#232;ce des pertes de sept dollars et demi, neuf dollars et douze dollars, par rapport aux prix pratiqu&#233;s &#224; Manchester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sur le march&#233; chinois, on assiste &#224; une d&#233;pression des prix due &#224; l'accumulation des stocks de marchandises import&#233;es. Dans ces conditions et la demande de coton manufactur&#233;, britannique diminuant, les prix ne peuvent, certes, aller de pair avec l'augmentation croissante des prix du coton brut ; au contraire, dans de nombreux cas, le filage, le tissage et l'impression du coton cessent de payer les frais de production. Prenons par exemple le cas suivant que nous communique l'un des plus grands fabricants de Manchester, pour ce qui concerne le filage brut :&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1860 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 6 1/4 d. 4 d. 3 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 10 1/4 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Profit : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 d. par livre.&lt;br class='autobr' /&gt;
17 sept. 1861 : Par livre : Marge de vente : Co&#251;t du filage par livre :&lt;br class='autobr' /&gt;
Co&#251;ts du coton : 9 d. 2 d. 3 1/2 d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trame 16 vendue pour : 11 d. &#8212; &#8212;&lt;br class='autobr' /&gt;
Perte : &lt;br class='autobr' /&gt;
1 1/2 d. par livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien augmente rapidement Si les prix continuent de monter, les approvisionnements indiens augmenteront. Cependant, il est impossible de changer, en quelques mois, toutes les conditions de production et de modifier le cours des &#233;changes commerciaux. L'Angleterre est ainsi en train de payer tr&#232;s cher sa longue et odieuse administration du vaste empire indien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principaux obstacles auxquels se heurteront ses tentatives de remplacer le coton am&#233;ricain par l'indien, sont le manque de moyens de transport et de communication sur tout le territoire indien, et la situation mis&#233;rable du paysan indien, qui le rend inapte &#224; exploiter les conditions favorables. Les Anglais eux-m&#234;mes sont &#224; l'origine de ces deux difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'industrie moderne de l'Angleterre repose en g&#233;n&#233;ral sur deux axes &#233;galement mis&#233;rables. L'un est la pomme de terre, qui &#233;tait le seul moyen d'alimentation de la population irlandaise et d'une grande partie de la classe ouvri&#232;re anglaise. Cet axe se brisa, lors de la maladie de la pomme de terre et de la catastrophe qui en r&#233;sulta pour l'Irlande [1]. Il faut trouver maintenant une base plus large pour la reproduction et la conservation de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second axe de l'industrie anglaise &#233;tait le coton cultiv&#233; par les esclaves des &#201;tats-Unis. L'actuelle crise am&#233;ricaine force l'industrie anglaise &#224; &#233;largir le champ de son approvisionnement et &#224; lib&#233;rer le coton des oligarchies productrices et consommatrices d'esclaves. Aussi longtemps que les fabricants de coton anglais d&#233;pendaient du coton cultiv&#233; par des esclaves, on pouvait affirmer en v&#233;rit&#233; qu'ils s'appuyaient sur un double esclavage : l'esclavage indirect de l'homme blanc en Angleterre, et l'esclavage direct de l'homme noir de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Marx fait allusion ici &#224; la disette de pommes de terre en 1845-1847. A la suite de cette catastrophe, les petits tenanciers irlandais, incapables de payer les m&#233;tayages, furent chass&#233;s en masse par leurs propri&#233;taires. La col&#232;re paysanne &#233;clata lors de la r&#233;volte de 1848. La r&#233;pression de ce soul&#232;vement entra&#238;na une &#233;migration massive vers les &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le IV&#176; chapitre in&#233;dit du Capital, Marx montre que cette &#233;migration a eu un double effet : en Angleterre, la production augmenta beaucoup plus vite que la population ; l'Am&#233;rique b&#233;n&#233;ficia d'une force vitale qui lui permit de d&#233;passer bient&#244;t l'Angleterre. Dans le Capital, Marx affirme que le capitalisme est un mode de production social historiquement transitoire. &#192; l'exemple de son mod&#232;le anglais, il d&#233;montre donc que le capital na&#238;t, se d&#233;veloppe, d&#233;cline et meurt. Cette loi, Marx l'illustre, dans le VI&#176; chapitre, par l'&#233;migration irlandaise, qui suscite la cr&#233;ation d'un rival capitaliste en Am&#233;rique, et marque le d&#233;clin du capital anglais dans le monde : &#171; La population irlandaise a baiss&#233; de huit &#224; cinq millions et demi environ, au cours de ces quinze derni&#232;res ann&#233;es. Toutefois la production de b&#233;tail s'est quelque peu accrue, et lord Dufferin qui veut convertir l'Irlande en un simple p&#226;turage &#224; moutons, se trouve confirm&#233; dans ses vues lorsqu'il affirme que les Irlandais sont encore trop nombreux. En attendant, ils ne transportent pas seulement leurs os en Am&#233;rique, mais encore leur chair : leur vengeance sera terrible outre-Atlantique. &#187; (Pages &#233;parses). Marx citait l'impr&#233;cation de Didon mourante de Virgile (En&#233;ide) : Exoriare nostris ex ossibus ultor (Qu'un vengeur naisse un jour de nos cendres). Marx notait &#233;galement que l'&#233;migration des capitaux vers les colonies et l'Am&#233;rique eu &#233;gard au fonds annuel d'accumulation d&#233;passait nettement le nombre des &#233;migr&#233;s eu &#233;gard &#224; l'augmentation annuelle de la population : l'imp&#233;rialisme anglais creusait sa propre tombe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA CRISE EN ANGLETERRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 6 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 1er novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il y a quinze ans, l'Angleterre est maintenant confront&#233;e &#224; une crise &#233;conomique, qui menace d'attaquer &#224; la racine tout son syst&#232;me &#233;conomique. Comme on sait, la pomme de terre repr&#233;sentait la nourriture exclusive de l'Irlande et d'une partie consid&#233;rable de la classe ouvri&#232;re anglaise, lorsque la maladie de la pomme de terre de 1845 et de 1846 frappa de consomption la racine de vie irlandaise. Les r&#233;sultats de cette grande catastrophe sont connus. La population irlandaise diminua de deux millions, dont une moiti&#233; p&#233;rit de faim et l'autre s'enfuit de l'autre c&#244;t&#233; de l'oc&#233;an Atlantique. En m&#234;me temps, cet affreux malheur contribua &#224; la victoire du parti libre-&#233;changiste anglais ; l'aristocratie fonci&#232;re anglaise fut contrainte de c&#233;der l'un de ses monopoles les plus lucratifs, et l'abolition des lois c&#233;r&#233;ali&#232;res assura une base plus large et plus saine &#224; la reproduction et &#224; la vie de millions de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coton est pour la branche d'industrie dominante de la Grande-Bretagne ce que la pomme de terre a &#233;t&#233; pour l'agriculture irlandaise. La subsistance d'une masse de population plus grande que celle de l'&#201;cosse tout enti&#232;re, ou &#233;gale aux deux tiers de l'actuelle population d'Irlande, d&#233;pend du travail de transformation du coton. En effet, d'apr&#232;s le recensement de 1861, la population de l'&#201;cosse s'&#233;l&#232;ve &#224; 3 061 117 habitants, celle de l'Irlande &#224; 5 764 543, tandis que plus de quatre millions de personnes vivent directement ou indirectement de l'industrie cotonni&#232;re en Angleterre et en &#201;cosse. Cette fois, ce n'est certes pas le plant de coton qui est malade. Sa production n'est pas le monopole de certaines r&#233;gions du monde. Au contraire, il n'existe pas une seule plante fournissant le tissu des v&#234;tements qui pousse en des lieux aussi vari&#233;s d'Am&#233;rique, d'Asie et d'Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monopole cotonnier des &#201;tats esclavagistes de l'Union am&#233;ricaine n'est pas un produit de la nature, mais de l'histoire. Il naquit et se d&#233;veloppa parall&#232;lement au monopole de l'industrie cotonni&#232;re anglaise sur le march&#233; mondial. En 1793 - vers l'&#233;poque o&#249; se firent les grandes d&#233;couvertes m&#233;caniques en Angleterre - un quaker du Connecticut, Ely Whitney, inventa le cotton gin, une machine &#224; s&#233;parer le duvet de la graine de coton. Avant cette invention, le travail le plus intensif de toute une journ&#233;e d'un Noir ne suffisait pas pour s&#233;parer une livre de duvet de ses graines. Apr&#232;s l'invention de la machine &#224; &#233;grener le coton, une vieille femme noire pouvait facilement fournir en un jour cinquante livres de duvet de coton, et des am&#233;liorations progressives eurent t&#244;t fait de doubler le rendement de cette machine. D&#232;s lors, il n'y eut plus d'entraves &#224; la culture du coton aux &#201;tats-Unis. Il poussa rapidement main dans la main avec l'industrie cotonni&#232;re anglaise qui devint une grande puissance commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette &#233;volution, il y eut des moments o&#249; l'Angleterre sembla prendre peur, du danger que pouvait repr&#233;senter ce monopole am&#233;ricain du coton. Ce fut le cas, par exemple : lorsque l'&#233;mancipation des Noirs dans les colonies anglaises fut achet&#233;e pour vingt millions de livres anglaises. On prit conscience que l'industrie du Lancashire et du Yorkshire reposait sur la souverainet&#233; du fouet esclavagiste en Georgie et en Alabama, au moment m&#234;me o&#249; le peuple anglais s'imposait de grands sacrifices pour abolir l'esclavage dans ses propres colonies. Cependant, la philanthropie ne fait pas l'histoire, et moins que tout l'histoire commerciale. De tels doutes surgirent chaque fois qu'il y eut une disette de coton aux &#201;tats-Unis, d'autant qu'un tel fait naturel &#233;tait exploit&#233; par les esclavagistes pour faire monter au maximum le prix du coton par toutes sortes d'artifices. Les fileurs de coton et les tisserands anglais mena&#231;aient alors de se r&#233;volter contre le &#171; roi du coton. &#187; On &#233;chafauda diff&#233;rents projets pour s'approvisionner en coton dans les pays d'Asie et d'Afrique, par exemple en 1850. Cependant, il suffit &#224; chaque fois qu'une disette soit suivie d'une bonne r&#233;colte aux &#201;tats-Unis pour mettre en pi&#232;ces ces vell&#233;it&#233;s d'&#233;mancipation. Qui plus est, le monopole cotonnier de l'Am&#233;rique atteignit, au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es, une ampleur jusqu'ici insoup&#231;onn&#233;e, partie en raison de la l&#233;gislation libre-&#233;changiste, qui abolit le droit de douane suppl&#233;mentaire frappant le coton cultiv&#233; par des esclaves, partie en raison des gigantesques progr&#232;s effectu&#233;s simultan&#233;ment par l'industrie cotonni&#232;re anglaise et la culture du coton en Am&#233;rique au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. D&#233;j&#224; en 1857, la consommation de coton s'&#233;leva en Angleterre &#224; environ un milliard et demi de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici qu'&#224; pr&#233;sent la guerre civile am&#233;ricaine menace soudain ce grand pilier de l'industrie anglaise. L'Union bloque les ports des &#201;tats sudistes, afin de couper la principale. source de revenus de la s&#233;cession, en emp&#234;chant l'exportation de sa derni&#232;re r&#233;colte de coton ; mais, la Conf&#233;d&#233;ration a donn&#233; &#224; ce blocus sa v&#233;ritable force contraignante lorsqu'elle d&#233;cida de ne pas exporter elle-m&#234;me la moindre balle de coton, afin d'obliger l'Angleterre &#224; venir chercher directement son coton dans les ports du Sud. Il s'agissait d'amener l'Angleterre &#224; rompre le blocus par la force, puis &#224; d&#233;clarer la guerre &#224; l'Union, en jetant son &#233;p&#233;e dans la balance en faveur des &#201;tats esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la guerre civile am&#233;ricaine, le prix du coton n'a cess&#233; de monter en Angleterre, quoique pendant longtemps &#224; un degr&#233; moindre qu'on ne s'y attendait. Dans l'ensemble, le monde des affaires anglais semblait consid&#233;rer avec beaucoup de flegme la crise am&#233;ricaine. La raison de cette attitude pleine de sang-froid est &#233;vidente. Depuis longtemps d&#233;j&#224;, toute la derni&#232;re r&#233;colte am&#233;ricaine se trouve en Europe. Le produit de la nouvelle r&#233;colte n'est jamais embarqu&#233; avant la fin novembre, et ce n'est que fin d&#233;cembre que les exp&#233;ditions prennent vraiment de l'ampleur. Jusqu'ici, il est donc relativement indiff&#233;rent que les balles de coton restent dans les plantations ou soient exp&#233;di&#233;es dans les ports du Sud aussit&#244;t apr&#232;s que le coton soit mis en balles. De la sorte, si, &#224; un moment quelconque avant la fin de l'ann&#233;e, le blocus prenait fin, l'Angleterre pouvait &#234;tre assur&#233;e qu'elle recevrait en mars ou en avril son approvisionnement normal en coton, comme s'il n'y avait jamais eu de blocus.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monde des affaires anglais, dans une large mesure abus&#233; par la presse anglaise, se ber&#231;a de l'illusion folle que le spectacle d'une guerre de six mois s'ach&#232;verait par la reconnaissance de la Conf&#233;d&#233;ration de la part des &#201;tats-Unis. Vers la fin du mois d'ao&#251;t cependant, on vit appara&#238;tre des Am&#233;ricains sur le march&#233; de Liverpool afin d'y acheter du coton, soit en vue de sp&#233;culations en Europe, soit en vue de le r&#233;exp&#233;dier en Am&#233;rique du Nord. Ce fait extraordinaire ouvrit les yeux des Anglais. Ils commenc&#232;rent &#224; comprendre le s&#233;rieux de la situation. Depuis, le march&#233; de Liverpool se trouve en un &#233;tat d'excitation f&#233;brile. Bient&#244;t, le prix du coton monta de cent pour cent au-del&#224; de son niveau moyen. La sp&#233;culation cotonni&#232;re prit le m&#234;me caract&#232;re fr&#233;n&#233;tique que la sp&#233;culation ferroviaire de 1845. Les usines de filage et de tissage du Lancashire et d'autres centres de l'industrie du coton britannique ramen&#232;rent leur temps de travail &#224; trois jours par semaine, une partie arr&#234;ta compl&#232;tement ses machines, et l'in&#233;vitable r&#233;action sur les autres branches d'industrie ne se fit pas attendre. Toute l'Angleterre tremble en ce moment, &#224; l'approche de la plus grande catastrophe &#233;conomique qui l'ait menac&#233;e &#224; ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation de coton indien est naturellement en train d'augmenter, et les prix &#233;lev&#233;s assureront encore une augmentation ult&#233;rieure des importations de la patrie originelle du coton. Cependant, il est impossible de r&#233;volutionner les conditions de production et le cours des &#233;changes commerciaux pour ainsi dire en quelques mois. L'Angleterre paie maintenant sa longue et catastrophique administration de l'Inde. Ses tentatives d&#233;sordonn&#233;es de remplacer le coton am&#233;ricain par du coton indien se heurtent &#224; deux grands obstacles. Le manque de moyens de communication et de transport en Inde, et la mis&#233;rable condition du paysan indien qui l'emp&#234;che d'exploiter &#224; son profit les circonstances favorables du moment [1]. En outre, il faudrait que la culture du coton indien passe par tout un processus d'am&#233;liorations pour prendre la place du coton am&#233;ricain. M&#234;me dans les conditions les plus favorables, il faudrait des ann&#233;es pour que l'Inde puisse produire la quantit&#233; de coton requise pour l'exportation. Or, il est statistiquement &#233;tabli que le stock de coton de Liverpool sera &#233;puis&#233; d'ici quatre mois. Il ne tiendra jusque-l&#224; que si l'on continue d'appliquer la limitation du temps de travail &#224; trois jours par semaine et l'arr&#234;t total d'une partie plus importante encore des machines. Or, les districts manufacturiers souffrent d&#233;j&#224; des pires maux sociaux. Mais, si le blocus am&#233;ricain se poursuit au-del&#224; de janvier, que se passera-t-il alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Le lecteur a constat&#233; sans doute que ce passage de l'article de Die Presse correspond litt&#233;ralement &#224; un passage final de l'article pr&#233;c&#233;dent de la New York Tribune. Lorsque deux articles se recoupent presque enti&#232;rement nous n'en reproduirons qu'un seul, quitte &#224; ajouter en note les passages qui diff&#232;rent et apportent un &#233;claircissement int&#233;ressant pour le sujet trait&#233;. Lorsqu'un article renferme des passages sans aucun rapport avec notre th&#232;me, nous n'en reproduisons que le parties qui int&#233;ressent directement notre sujet. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; I&lt;br class='autobr' /&gt;
&#201;CONOMIE DES FORCES EN PR&#201;SENCE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LE COMMERCE BRITANNIQUE&lt;br class='autobr' /&gt;
New York Daily Tribune, 23 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 2 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure actuelle, l'Angleterre ne suit aucune ligne politique g&#233;n&#233;rale. Tout le monde, jusqu'au moindre citoyen, est enti&#232;rement absorb&#233; par ses affaires et la crise am&#233;ricaine. Dans un article pr&#233;c&#233;dent, j'ai attir&#233; votre attention sur l'&#233;tat f&#233;brile du march&#233; cotonnier de Liverpool. Au cours des deux derni&#232;res semaines, il a manifest&#233; tous les sympt&#244;mes de la mode, des chemins de fer de 1845. M&#233;decins, dentistes, avocats, cuisini&#232;res, ouvriers, employ&#233;s, lords, com&#233;diens, pasteurs, soldats, marins, journalistes, institutrices, hommes et femmes, tous sp&#233;culent sur le coton. Souvent les op&#233;rations d'achat et de vente, de rachat et de revente ne portent que sur une, deux, trois ou quatre balles. Les quantit&#233;s plus consid&#233;rables restent dans le m&#234;me hangar, mais changent parfois vingt fois de propri&#233;taire. On peut acheter du coton &#224; dix heures, le revendre &#224; onze heures, et faire un b&#233;n&#233;fice d'un demi-penny par livre. Les m&#234;mes balles passent ainsi par plusieurs mains en l'espace, de douze heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il s'est produit cette semaine une sorte de r&#233;action. Il faut l'attribuer au seul fait que le shilling forme un chiffre rond, puisqu'il se compose de douze pence, et que la plupart des sp&#233;culateurs ont d&#233;cid&#233; de vendre sit&#244;t que le prix de la balle de coton atteindrait le shilling. En cons&#233;quence, il y a eu un accroissement subit des offres de coton, et donc une r&#233;action sur son prix. Mais, ce ne peut &#234;tre qu'un ph&#233;nom&#232;ne passager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les Britanniques se seront faits &#224; l'id&#233;e qu'une livre de coton puisse co&#251;ter quinze pence, cette limite passag&#232;re &#224; la sp&#233;culation aura disparu, et la fi&#232;vre de sp&#233;culation redoublera de violence. Cette &#233;volution contient un moment favorable aux &#201;tats-Unis et d&#233;favorable a ceux qui voudraient rompre le blocus [1]. D&#233;j&#224; les sp&#233;culateurs ont publi&#233; des protestations disant, non sans fondement, que tout acte belliqueux du Gouvernement britannique serait un acte d'injustice &#224; l'&#233;gard des hommes d'affaires qui, ayant plac&#233; leur confiance dans le respect du principe de non-intervention proclam&#233; et revendiqu&#233; par le Gouvernement britannique, ont fait leurs calculs sur cette base, ont sp&#233;cul&#233; &#224; l'int&#233;rieur, abandonn&#233; leurs commandes &#224; l'ext&#233;rieur et achet&#233; le coton d'apr&#232;s l'&#233;valuation d'un prix qu'ils comptent obtenir apr&#232;s le d&#233;roulement de processus naturels, probables et pr&#233;visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Economist d'aujourd'hui publie un article insens&#233; dans lequel les statistiques sur la population et l'extension g&#233;ographique des &#201;tats-Unis l'am&#232;nent &#224; la conclusion qu'on y trouve assez d'espace pour fonder au moins sept empires gigantesques et qu'en cons&#233;quence les unionistes devaient chasser de leur c&#339;ur &#171; le r&#234;ve d'un domaine o&#249; ils r&#233;gneraient sans limites &#187;. La seule conclusion rationnelle que l'Economist e&#251;t pu tirer de ses propres donn&#233;es statistiques, &#224; savoir que les partisans du Nord, m&#234;me s'ils le voulaient, ne pourraient abandonner leurs revendications sans livrer &#224; l'esclavagisme des &#201;tats et des territoires gigantesques, &#171; o&#249; l'esclavage survivrait artificiellement et ne pourrait s'affirmer comme institution permanente &#187;, cette conclusion, la seule rationnelle, ce journal est m&#234;me incapable de l'aborder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Dans l'article intitul&#233; &#171; Notes &#233;conomiques &#187; (Die Presse, 3.11.1861), o&#249; Marx reprend pour le journal viennois certains arguments d&#233;velopp&#233;s dans la New York Tribune, il en vient aussi &#224; la conclusion que l'&#233;volution &#233;conomique joue en faveur des &#201;tats-Unis et restreint en cons&#233;quence les moyens de pression de l'imp&#233;rialisme de I'Angleterre de Palmerston : &#171; Il ressort un fait Important des derni&#232;res statistiques sur le commerce ext&#233;rieur anglais. Alors qu'au cours des neuf premiers mois de cette ann&#233;e, les exportations anglaises vers les &#201;tats-Unis ont baiss&#233; de plus de 25 %, le port de New York * &#224; lui tout seul a augment&#233; de plus de 6 millions de livres ses exportations vers l'Angleterre au cours des huit premiers mois de cette ann&#233;e. Pendant cette m&#234;me p&#233;riode, l'exportation de l'or am&#233;ricain vers l'Angleterre a pratiquement cess&#233;, alors qu'&#224; l'inverse depuis quelques semaines l'or anglais afflue vers New York. En fait, le d&#233;ficit am&#233;ricain est couvert par les achats de l'Angleterre et de la France &#224; la suite des mauvaises r&#233;coltes de ces pays. Par ailleurs, le tarif Morrill et les &#233;conomies ins&#233;parables d'une guerre civile ont ruin&#233; en m&#234;me temps la consommation de produits anglais et fran&#231;ais en Am&#233;rique du Nord. Que l'on compare ces faits statistiques avec les j&#233;r&#233;miades du Times sur la ruine financi&#232;re de l'Am&#233;rique du Nord ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;* New York est au centre du compromis final entre le Sud et le Nord pour deux raisons : c'est le si&#232;ge de la traite des esclaves, du march&#233; de la monnaie, des capitaux et des cr&#233;ances hypoth&#233;caires des plantations du Sud, et ensuite l'interm&#233;diaire de l'Angleterre. C'est donc, tout naturellement, la place forte des d&#233;mocrates li&#233;s au Sud. Dans l'article &#171; Affaires am&#233;ricaines &#187; (in Die Presse, 17.12.1861), Marx &#233;crit : &#171; Le lord-maire de Londres n'est un homme d'&#201;tat que dans l'imagination des &#233;crivains de vaudeville et de faits divers parisiens. En revanche, le maire de New York est une v&#233;ritable puissance. Au d&#233;but de la s&#233;cession, le sinistre Fernando Wood, a &#233;chafaud&#233; un plan pour proclamer l'ind&#233;pendance de New York, en tant que r&#233;publique urbaine, en accord bien s&#251;r avec Jefferson Davis. Son plan &#233;choua en raison de l'opposition &#233;nergique du Parti r&#233;publicain de l'Empire City. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels : LES LE&#199;ONS DE LA GUERRE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
The Volunteer journal for Lancashire and Cheshire [1], n&#176; 66 du 6.12.1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques semaines, nous avons attir&#233; l'attention du public sur le proc&#232;s d'&#233;puration qui s'impose dans l'arm&#233;e am&#233;ricaine de volontaires [2]. Nous n'avons alors nullement &#233;puis&#233; les le&#231;ons pr&#233;cieuses que cette guerre donne aux volontaires de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique. Nous nous permettons donc de revenir sur ce th&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mani&#232;re dont on a conduit la guerre jusqu'ici en Am&#233;rique, est effectivement sans pr&#233;c&#233;dent. Du Missouri &#224; la baie de Chesapeake, on trouve face &#224; face un million de soldats divis&#233;s presque dans la m&#234;me proportion entre les deux camps adverses. Or, cette situation dure depuis plus de six mois sans qu'il y ait eu une seule action importante. Dans le Missouri, les deux arm&#233;es avancent tour &#224; tour, se retirent, livrent une bataille, avancent et reculent de nouveau, sans en venir &#224; un r&#233;sultat tangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, apr&#232;s sept mois de marches en avant et en arri&#232;re, &#224; l'occasion de quoi le pays a sans doute &#233;t&#233; atrocement ravag&#233;, les choses paraissent plus &#233;loign&#233;es que jamais d'une d&#233;cision. Apr&#232;s une p&#233;riode assez longue d'une apparente neutralit&#233; - en r&#233;alit&#233;, de pr&#233;paration - la situation semble analogue au Kentucky ; en Virginie occidentale, nous assistons constamment &#224; de petits accrochages sans r&#233;sultat notable ; et, sur les deux rives du Potomac, le gros des deux arm&#233;es est concentr&#233; &#224; port&#233;e de vue sans que personne n'ait l'intention d'attaquer, prouvant par l&#224; que, dans l'&#233;tat actuel des choses, il serait sans int&#233;r&#234;t de remporter une victoire. De fait, cette mani&#232;re st&#233;rile de conduire la guerre peut encore durer des mois, si certaines circonstances, qui n'ont rien a voir avec cette situation, ne provoquent pas de changements majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des deux c&#244;t&#233;s, les Am&#233;ricains ne disposent pratiquement que de volontaires. Le petit noyau de l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis, ou bien a &#233;t&#233; dissous, ou bien est trop faible pour agir sur les masses &#233;normes de recrues non encore form&#233;es qui sont r&#233;unies sur le th&#233;&#226;tre de guerre. Pour faire de tous ces hommes des soldats, on ne dispose m&#234;me pas d'un nombre suffisant de sergents instructeurs. C'est pourquoi, l'entra&#238;nement des troupes est fort long, et on ne saurait dire combien il faudra de temps pour que l'excellent mat&#233;riel de soldats concentr&#233; sur les deux rives du Potomac soit en &#233;tat d'avancer en masse, afin de livrer ou d'accepter la bataille avec des forces combin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si les soldats pouvaient &#234;tre form&#233;s &#224; l'art militaire, il n'y aurait pas assez d'officiers pour les commander. On manque notamment d'officiers de compagnie - qui &#233;videmment ne peuvent sortir tout pr&#234;ts des rangs des civils - voire d'officiers pour commander les bataillons, m&#234;me si on voulait nommer &#224; un tel poste les lieutenants ou cornettes. Il faut donc un nombre consid&#233;rable de commandants du civil ; mais quiconque est tant soit peu au courant de la situation de nos propres volontaires pensera aussit&#244;t que McClellan ou Beauregard ne font. pas preuve d'une prudence exag&#233;r&#233;e, lorsqu'ils refusent de faire ex&#233;cuter des actions offensives ou des man&#339;uvres strat&#233;giques compliqu&#233;es par des commandants du civil, qui ne sont &#224; ce poste que depuis six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons cependant que cette difficult&#233; soit pour l'essentiel aplanie, que les commandants du civil aient acquis, en m&#234;me temps que leurs uniformes, les connaissances, l'exp&#233;rience et l'assurance n&#233;cessaires &#224; l'ex&#233;cution de leur service, du moins en ce qui concerne l'infanterie. Mais, qu'en est-il de la cavalerie ? Former militairement un r&#233;giment de cavalerie exige plus de temps et d'exp&#233;rience de la part des officiers instructeurs qu'il n'en faut pour former un r&#233;giment d'infanterie. Admettons que tous les hommes qui rejoignent leur corps sachent d&#233;j&#224; monter &#224; cheval - c'est-&#224;-dire s'y tenir correctement, ma&#238;triser la monture, la nourrir et la soigner - il n'en reste pas moins que cela raccourcira a peine le temps qu'il faut pour les instruire. L'&#233;quitation militaire, une ma&#238;trise telle que le cheval se laisse conduire pour tous les mouvements exig&#233;s par les &#233;volutions de la cavalerie, tout cela diff&#232;re enti&#232;rement de l'&#233;quitation propre aux civils. La cavalerie de Napol&#233;on que sir William Napier (History of the Peninsular War) estimait presque plus que la cavalerie anglaise d'aujourd'hui, se composait - comme chacun sait - des cavaliers les plus pi&#232;tres qui aient jamais orn&#233; une selle. Or, beaucoup de nos cavaliers d'occasion trouvent qu'ils ont encore un certain nombre de choses &#224; apprendre, lorsqu'ils entrent dans un corps mont&#233; de volontaires. Il n'est donc pas &#233;tonnant de constater que les Am&#233;ricains n'aient qu'une cavalerie tr&#232;s m&#233;diocre, et que le peu dont ils disposent - quelques troupes d'irr&#233;guliers (rangers) &#224; la mani&#232;re cosaque ou indienne est incapable d'une attaque en ordre compact. En ce qui concerne l'artillerie et les troupes du g&#233;nie, leur situation est sans doute pire encore. Ces deux armes ont un caract&#232;re hautement scientifique et exigent une instruction longue et minutieuse des officiers ainsi que des sous-officiers, instruction plus pouss&#233;e encore que dans l'infanterie. Au surplus, l'artillerie est une arme plus complexe que la cavalerie elle-m&#234;me ; elle exige des batteries de canons, et donc des chevaux dress&#233;s pour leur man&#339;uvre, et deux groupes d'hommes exp&#233;riment&#233;s, les canonniers et les conducteurs. En outre, il faut de nombreux fourgons &#224; munitions, de grands laboratoires pour la poudre, des forges et autres ateliers : tout cela doit &#234;tre &#233;quip&#233; de machines compliqu&#233;es. On dit que les f&#233;d&#233;r&#233;s ont six cents batteries en campagne, mais on s'imagine comment elles sont servies, car on sait qu'en partant de z&#233;ro il est absolument impossible de mettre sur pied, en six mois, cent batteries compl&#232;tes, convenablement &#233;quip&#233;es et bien servies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, admettons une fois de plus que toutes ces difficult&#233;s aient &#233;t&#233; aplanies et que les &#233;l&#233;ments combattants des deux camps ennemis soient pr&#234;ts &#224; entrer en action. Encore faudrait-il qu'ils puissent se d&#233;placer. En outre, il faut approvisionner une arm&#233;e, et dans un pays relativement peu peupl&#233; comme la Virginie, le Kentucky et le Missouri, une grande arm&#233;e doit &#234;tre approvisionn&#233;e essentiellement gr&#226;ce au syst&#232;me des d&#233;p&#244;ts. Il faut constituer des r&#233;serves de munitions ; l'arm&#233;e doit &#234;tre accompagn&#233;e de forgerons militaires, de selliers, de menuisiers et autres artisans, afin de tenir le mat&#233;riel de guerre en bon &#233;tat de fonctionnement. Or, toutes ces choses indispensables faisaient d&#233;faut en Am&#233;rique ; il fallut d'abord commencer par organiser tout cela, et rien ne prouve qu'au moins l'intendance et les transports de l'une des deux arm&#233;es aient d&#233;pass&#233; aujourd'hui le stade pr&#233;paratoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Am&#233;rique - le Nord aussi bien que le Sud, la F&#233;d&#233;ration aussi bien que la Conf&#233;d&#233;ration - ne disposait pour ainsi dire d'aucune organisation militaire. L'arm&#233;e de ligne &#233;tait absolument insuffisante, ne serait-ce que du point de vue quantitatif, pour faire campagne contre un adversaire s&#233;rieux. Il n'y avait gu&#232;re de milice. Les guerres pr&#233;c&#233;dentes de l'Union n'exig&#232;rent jamais un gros effort des forces militaires du pays. Dans les ann&#233;es 1812 &#224; 1814, l'Angleterre ne disposait plus gu&#232;re de soldats, et le Mexique se d&#233;fendit surtout avec des bandes d&#233;pourvues de discipline. C'est un fait que l'Am&#233;rique, en raison de sa situation g&#233;ographique, n'avait pas d'ennemi qui e&#251;t pu l'attaquer d'o&#249; que ce soit avec plus de trente &#224; quarante mille soldats, et, pour cette force num&#233;rique, l'immense &#233;tendue du pays repr&#233;sente un obstacle bien plus terrible que toute arm&#233;e que l'Am&#233;rique pourrait lui opposer. Cependant, son arm&#233;e suffisait &#224; constituer le noyau pour quelque cent mille volontaires et &#224; leur assurer une formation militaire en un d&#233;lai appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d&#232;s lors que la guerre civile oppose entre eux plus d'un million d'hommes, tout le syst&#232;me s'effondre, et il faut tout reprendre par le d&#233;but. Le fait est l&#224;. Deux corps de troupe gigantesques et patauds, chacun craignant l'autre et redoutant presque autant une victoire qu'une d&#233;faite, se font face et cherchent &#224; grands frais &#224; se transformer en une organisation &#224; peu pr&#232;s r&#233;guli&#232;re. Aussi terrible que soit le prix, il doit &#234;tre pay&#233; du fait de l'absence totale d'une base organis&#233;e sur laquelle on pourrait &#233;difier l'arm&#233;e. Il ne peut en &#234;tre autrement, &#233;tant donn&#233; l'ignorance et l'inexp&#233;rience qui r&#232;gnent dans tous les domaines militaires ! Certes, ces d&#233;penses &#233;normes n'apportent qu'un avantage extr&#234;mement faible d'efficacit&#233; et d'organisation, mais peut-il en &#234;tre autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les volontaires britanniques peuvent remercier leur bonne &#233;toile, car ils disposent d&#232;s le commencement d'une importante arm&#233;e de m&#233;tier bien disciplin&#233;e et exp&#233;riment&#233;e, qui les prend sous son aile. Abstraction faite des pr&#233;juges propres &#224; tout corps de m&#233;tier, cette arm&#233;e a bien accueilli et convenablement trait&#233; les volontaires. Nous voulons esp&#233;rer que nul ne pense qu'une organisation de volontaires peut, d'une mani&#232;re ou d'une autre, rendre superflue l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re. Si certains volontaires le pensaient, il leur suffirait de jeter un coup d'&#339;il sur l'&#233;tat des deux arm&#233;es am&#233;ricaines de volontaires pour constater leur ignorance et leur pr&#233;somption. Aucune arm&#233;e nouvellement form&#233;e de civils ne peut &#234;tre efficace, si elle n'est pas soutenue et aid&#233;e par les gigantesques ressources intellectuelles et mat&#233;rielles qui se trouvent entre les mains d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re relativement forte, en ce qui concerne surtout l'organisation, cette force principale des arm&#233;es r&#233;guli&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admettons que l'Angleterre soit menac&#233;e d'une invasion, et comparons ce qui s'y produirait avec ce qui se passe en Am&#233;rique. En Angleterre, tout le travail suppl&#233;mentaire qu'entra&#238;ne la formation d'une ann&#233;e de volontaires de trois cent mille hommes serait pris en charge par le minist&#232;re de la Guerre, avec l'aide de quelques fonctionnaires qu'il serait facile de trouver parmi les experts militaires bien entra&#238;nes. Il existe assez d'officiers en demi-solde, qui pourraient sans doute prendre sous leur contr&#244;le trois ou quatre bataillons de volontaires, et, avec un peu de peine, chaque bataillon pourrait &#234;tre flanqu&#233; d'un adjudant et d'un commandant. Bien s&#251;r, la cavalerie ne pourrait pas &#234;tre organis&#233;e aussi rapidement, mais une r&#233;organisation &#233;nergique des volontaires de l'artillerie avec des officiers et des conducteurs de l'artillerie royale pourrait doter de nombreuses batteries de campagne d'hommes capables. Les ing&#233;nieurs du pays n'attendent qu'une occasion pour recevoir la formation de l'&#233;l&#233;ment militaire de leur m&#233;tier, de sorte qu'ils seraient des officiers du g&#233;nie de tout premier plan. Les services de l'intendance et des transports sont d&#233;j&#224; sur pied et peuvent facilement &#234;tre am&#233;lior&#233;s pour couvrir les besoins de quatre cent mille hommes aussi bien que ceux de cent mille. Rien ne serait laiss&#233; au hasard, en d&#233;sordre ; partout on aiderait et on soutiendrait les volontaires, qui ne doivent pas aller &#224; t&#226;tons dans l'obscurit&#233;. D&#232;s lors, si l'Angleterre se pr&#233;cipite dans une guerre - abstraction faite des fautes qui sont in&#233;vitables - nous ne voyons aucune raison pour que l'organisation militaire ne soit pas au point en l'espace de six semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de consid&#233;rer l'Am&#233;rique pour se rendre compte de la valeur d'une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re pour l'organisation d'une arm&#233;e de volontaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Les articles de Marx et d'Engels, m&#234;me s'ils paraissent dans la &#171; presse bourgeoise &#187;, ont une grande, port&#233;e pratique. En effet, chaque sujet est choisi pour telle presse, am&#233;ricaine ou europ&#233;enne, suivant les probl&#232;mes locaux et imm&#233;diats qui int&#233;ressent directement les acteurs du drame. Ainsi, Marx et Engels font-ils profiter leur &#171; camp &#187; de leur exp&#233;rience &#233;conomique, sociale, politique et militaire, en intervenant avec les moyens dont Ils disposent dans le cours br&#251;lant des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'article ci-dessus a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; par Engels pour le mouvement des volontaires qui s'&#233;tait cr&#233;&#233; en Angleterre en 1859, au moment de la menace bonapartiste d'invasion. Engels tire, pour ces volontaires, l'exp&#233;rience de la guerre civile am&#233;ricaine. C'est sous cet angle particulier que seront donc analys&#233;s ici les probl&#232;mes militaires am&#233;ricains&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien qu'il soit partisan de la mani&#232;re radicale, Engels explique qu'aux &#201;tats-Unis il est recommandable que les op&#233;rations militaires &#171; tra&#238;nent &#187; tout d'abord pendant un temps assez long, et ce pour des raisons qui ne sont pas purement techniques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels du 1 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 43, 44 (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Engels fait allusion au passage suivant de l'article du 22 novembre 1861 sur les Officiers volontaires : &#171; Lieutenant A. B., chass&#233; de l'arm&#233;e pour conduite d&#233;shonorante ; C. D., ray&#233; des cadres ; capitaine E. F., renvoy&#233; du service des &#201;tats-Unis &#187; - tels sont quelques &#233;chantillons des derni&#232;res nouvelles militaires qui nous parviennent en quantit&#233; d'Am&#233;rique.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les &#201;tats-Unis ont envoy&#233; en campagne une tr&#232;s importante arm&#233;e de volontaires au cours de ces huit derniers mois ; ils n'ont &#233;pargn&#233; ni leur peine ni leur argent pour rendre cette arm&#233;e combative ; en outre, cette arm&#233;e avait l'avantage d'&#234;tre presque tout le temps en contact &#233;troit avec les positions avanc&#233;es de l'ennemi, qui n'osa jamais attaquer en masse ni exploiter &#224; fond une victoire. Ces conditions favorables compensent en r&#233;alit&#233; dans une large mesure les difficult&#233;s que conna&#238;t l'organisation des volontaires am&#233;ricains du fait qu'ils ne b&#233;n&#233;ficient que d'un tr&#232;s faible soutien de la part du tout Petit noyau de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et manquent d'adjudants exp&#233;riment&#233;s et d'instructeurs. Par chance, il y a en Am&#233;rique beaucoup d'hommes qui sont &#224; la fois qualifi&#233;s et dispos&#233;s &#224; aider les volontaires &#224; s'organiser. Il s'agit, soit de soldats et officiers allemands, qui ont subi un entra&#238;nement militaire r&#233;gulier et ont d&#233;j&#224; combattu lors des campagnes r&#233;volutionnaires de 1848-1849, soit de soldats anglais, qui ont &#233;migr&#233; au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si, dans ces conditions, il a fallu proc&#233;der malgr&#233; tout &#224; une v&#233;ritable &#233;puration parmi les officiers ; c'est qu'il existe une faiblesse non pas dans le syst&#232;me m&#234;me des volontaires, mais dans le mode de nomination des officiers de volontaires, qui, sans exception, ont &#233;t&#233; choisis par les soldats dans leurs propres rangs. C'est seulement apr&#232;s huit mois de campagne face &#224; l'ennemi que le gouvernement des &#201;tats-Unis se risque &#224; exiger que les officiers volontaires aient une certaine qualification pour la t&#226;che qu'ils ont entrepris de remplir lorsqu'ils ont accept&#233; leur fonction. Or, la cons&#233;quence en est de tr&#232;s nombreux licenciements, volontaires ou forc&#233;s, sans parler des innombrables renvois pour des motifs plus ou moins d&#233;shonorants, Il ne fait pas de doute que si l'arm&#233;e du Potomac faisait face &#224; une troupe bien organis&#233;e et renforc&#233;e d'un nombre appropri&#233; de soldats de m&#233;tier, elle e&#251;t &#233;t&#233; bient&#244;t mise en d&#233;route, malgr&#233; son importance num&#233;rique et l'indubitable courage personnel de ses soldats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont constamment d&#233;fendu l'id&#233;e qu'il fallait organiser les forces r&#233;volutionnaires spontan&#233;es pour vaincre dans une r&#233;volution, et l'exp&#233;rience de dizaines de r&#233;volutions malheureuses a confirm&#233; ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AUX &#201;TATS-UNIS&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Laisse-le courir, il ne m&#233;rite pas ta col&#232;re ! &#187; Encore et toujours, la sagesse d'&#201;tat anglaise par la bouche de lord John Russell - adresse au Nord des &#201;tats-Unis ce conseil de Leporello &#224; l'amante d&#233;laiss&#233;e par Don Juan [1]. Si le Nord laisse le champ libre au Sud, il se d&#233;barrasse de toute liaison avec l'esclavage - son p&#233;ch&#233; originel historique - et pose les bases d'un d&#233;veloppement nouveau et sup&#233;rieur [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, si le Nord et le Sud &#233;taient deux pays aussi nettement distincts que l'Angleterre et le Hanovre, par exemple, leur s&#233;paration ne serait pas plus difficile que celle de ces deux &#201;tats [3]. Mais, il se trouve que, par rapport au Nord, le &#171; Sud &#187; ne forme ni un territoire g&#233;ographiquement bien d&#233;limit&#233;, ni une unit&#233; morale. Ce n'est pas un pays, mais un mot d'ordre de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conseil d'une s&#233;paration &#224; l'amiable impliquerait que la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, au lieu d'avoir pris l'offensive dans la guerre civile, se batte pour le moins dans un but d&#233;fensif. On fait mine de croire qu'il ne s'agit pour le parti esclavagiste que d'unifier les territoires qu'il dominait jusqu'ici, afin d'en faire un groupe d'&#201;tats ind&#233;pendants, en les soustrayant &#224; l'autorit&#233; de l'Union. Rien n'est plus faux. &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'avoir. &#187; C'est en poussant ce cri de guerre que les s&#233;cessionnistes ont envahi le Kentucky. Par &#171; territoire tout entier &#187;, ils entendent d'abord tout ce que l'on appelle les &#201;tats fronti&#232;res (border states) : Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Kentucky, Tennessee, Missouri et Arkansas. Ensuite, ils revendiquent tout le territoire situ&#233; au sud de la ligne, qui va de l'angle nord-ouest du Missouri &#224; l'oc&#233;an Pacifique. En cons&#233;quence, ce que les esclavagistes appellent &#171; le Sud &#187;, c'est plus des trois quarts de l'actuel territoire de l'Union. Une large fraction du territoire ainsi revendiqu&#233; se trouve encore en possession de l'Union et devrait d'abord &#234;tre conquise &#224; ses d&#233;pens. Mais, tous les territoires que l'on appelle &#201;tats fronti&#232;res - et m&#234;me ceux qui se trouvent en la possession de la Conf&#233;d&#233;ration - n'ont jamais &#233;t&#233; de v&#233;ritables &#201;tats esclavagistes. Ils constituent bien plut&#244;t le territoire des &#201;tats-Unis, dans lequel les syst&#232;mes de l'esclavage et du travail libre existent c&#244;te &#224; c&#244;te et luttent pour l'h&#233;g&#233;monie ; en fait c'est l&#224; o&#249; se d&#233;roule la bataille entre le Sud et le Nord, entre l'esclavage et la libert&#233;. La Conf&#233;d&#233;ration du Sud ne m&#232;ne donc pas une guerre de d&#233;fense, mais une guerre de conqu&#234;te en vue d'&#233;tendre et de perp&#233;tuer l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cha&#238;ne de montagnes qui commence en Alabama et s'&#233;tend vers le nord jusqu'au fleuve Hudson - v&#233;ritable colonne vert&#233;brale des &#201;tats-Unis - divise le soi-disant Sud en trois parties. La r&#233;gion montagneuse, form&#233;e par les montagnes d'Alleghany avec leurs deux cha&#238;nes parall&#232;les, le Cumberland Range &#224; l'ouest et les Blue Ridge Mountains &#224; l'est, s&#233;pare, tel un coin, les plaines basses de la c&#244;te ouest de l'Atlantique de celles des vall&#233;es m&#233;ridionales du Mississippi. Les deux plaines basses s&#233;par&#233;es par la zone montagneuse, avec leurs immenses marais &#224; riz et leurs vastes plantations de coton, repr&#233;sentent actuellement l'aire proprement dite de l'esclavagisme. Le long coin enfonc&#233; par la zone montagneuse jusqu'au c&#339;ur de l'esclavagisme - avec l'espace libre qui lui correspond, le climat revigorant et un sous-sol riche en charbon, en sel, en calcaire, en minerai de fer, en or, bref en toutes les mati&#232;res. premi&#232;res n&#233;cessaires &#224; un d&#233;veloppement industriel diversifi&#233; - est d&#233;j&#224; en majeure partie une terre de libert&#233;. De par sa nature physique, le sol ne peut &#234;tre cultiv&#233; ici avec profit que par de petits fermiers libres. Ici, le syst&#232;me esclavagiste ne v&#233;g&#232;te que sporadiquement et n'a jamais pris racine Dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, les habitants des hauts plateaux forment le noyau de la libre population qui prend parti pour le Nord, ne serait-ce que dans un but d'autopr&#233;servation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons en d&#233;tail les territoires contest&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Delaware, l'&#201;tat fronti&#232;re qui se situe le plus au nord-est, est, en fait et moralement, en la possession de l'Union. Tous les efforts des s&#233;cessionnistes pour former ne serait-ce qu'une fraction qui leur soit favorable ont &#233;chou&#233; depuis le d&#233;but de la guerre, face &#224; une population unanime. La fraction esclavagiste de cet &#201;tat est depuis fort longtemps en d&#233;cadence. Entre les seules ann&#233;es 1850 et 1860, le nombre des esclaves a diminu&#233; de moiti&#233; : la population totale de 112 218 n'en compte plus maintenant que 1798. Malgr&#233; cela, le Delaware est revendiqu&#233; par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, et, de fait, le Nord ne pourrait plus le tenir militairement, si le Sud s'emparait du Maryland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Maryland, on assiste au m&#234;me conflit entre les hauts plateaux et les basses plaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur un total de 687 034 habitants, il y a 87 188 esclaves. Les &#233;lections g&#233;n&#233;rales les plus r&#233;centes ont prouv&#233; de mani&#232;re frappante que la majorit&#233; &#233;crasante du peuple &#233;tait en faveur de l'Union. L'arm&#233;e, forte de trente mille hommes, qui occupe actuellement le Maryland, ne doit pas seulement servir de r&#233;serve &#224; l'arm&#233;e du Potomac, mais encore tenir en &#233;chec la r&#233;bellion esclavagiste &#224; l'int&#233;rieur du pays. On constate ici le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne que dans les &#201;tats fronti&#232;res, o&#249; la grande masse du peuple est pour le Nord, tandis qu'un parti esclavagiste num&#233;riquement insignifiant est pour le Sud. Le parti esclavagiste compense cette faiblesse num&#233;rique par les moyens de force que lui assurent un long exercice du pouvoir dans tous les services de l'&#201;tat, des habitudes h&#233;r&#233;ditaires de l'intrigue politique et la concentration de grands moyens financiers entre quelques mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Virginie repr&#233;sente actuellement le plus grand cantonnement militaire : le gros des forces de la s&#233;cession et de l'arm&#233;e de l'Union s'y font face. Dans les hauts plateaux du nord-ouest de la Virginie, la masse des esclaves s'&#233;l&#232;ve &#224; quinze mille, tandis qu'une population libre, vingt fois plus nombreuse, est constitu&#233;e de paysans autonomes. Les basses plaines de l'est de la Virginie, en revanche, comptent environ un demi-million d'esclaves. L'&#233;levage et la vente des Noirs dans les &#201;tats du sud repr&#233;sentent sa principale source de revenus. A peine les chefs de bandes des basses plaines eurent-ils fait passer l'ordonnance de s&#233;cession &#224; l'assembl&#233;e l&#233;gislative d'&#201;tat de Richmond et ouvert en toute h&#226;te les portes de la Virginie &#224; l'arm&#233;e sudiste, que le nord-ouest de la Virginie se d&#233;tacha de la s&#233;cession, s'&#233;rigea en &#201;tat nouveau et &#224; pr&#233;sent elle d&#233;fend son territoire les armes &#224; la main sous le drapeau de l'Union, contre les envahisseurs sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tennessee, avec 1 109 847 habitants, dont 275 784 esclaves se trouvent entre les mains de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, qui applique &#224; tout le pays la loi martiale et un syst&#232;me de proscription &#233;voquant l'&#233;poque du triumvirat romain. Lorsque, au cours de l'hiver 1861, les esclavagistes voulurent convoquer une assembl&#233;e populaire pour ratifier la s&#233;cession, la majorit&#233; de la population refusa cette convocation, afin de couper court &#224; tout pr&#233;texte au mouvement de s&#233;cession [4]. Plus tard, lorsque le Tennessee fut conquis militairement par la Conf&#233;d&#233;ration du Sud et soumis &#224; un r&#233;gime de terreur, un tiers du corps &#233;lectoral continua de se d&#233;clarer en faveur de l'Union [5]. Comme dans la plupart des &#201;tats fronti&#232;res, le v&#233;ritable centre de la r&#233;sistance contre le parti esclavagiste se trouve dans la r&#233;gion montagneuse, dans l'est du pays. Le 17 juin 1861, une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale du peuple du Tennessee oriental se r&#233;unit &#224; Greenville et se d&#233;clara pour l'Union. Elle d&#233;l&#233;gua au S&#233;nat de Washington l'ancien gouverneur Andrew Johnson, l'un des plus fervents Unionistes et publia une declaration of grievances, un cahier de dol&#233;ances, qui d&#233;voilait tous les moyens d'escroquerie, d'intrigue et de terreur utilis&#233;s pour faire sortir le Tennessee de l'Union lors des &#171; &#233;lections &#187;. Depuis, l'est du Tennessee est tenu en &#233;chec par les forces arm&#233;es des s&#233;cessionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le nord de l'Alabama, le nord-ouest de la G&#233;orgie et le nord de la Caroline du Nord, on trouve les m&#234;mes conditions que dans l'ouest de la Virginie et l'est du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus &#224; l'ouest, dans l'&#201;tat fronti&#232;re du Missouri, avec 1 173 317 habitants et 114 965 esclaves - dont la plupart sont concentr&#233;s dans la partie nord-ouest de l'&#201;tat - l'assembl&#233;e populaire s'est prononc&#233;e en faveur de l'Union en ao&#251;t 1861 [6]. Jackson - gouverneur de l'&#201;tat et instrument du parti esclavagiste - s'&#233;tant rebell&#233; contre l'assembl&#233;e l&#233;gislative du Missouri, fut d&#233;clar&#233; hors la loi et se trouve maintenant &#224; la t&#234;te de hordes arm&#233;es. Celles-ci envahirent le Missouri &#224; partir du Texas, de l'Arkansas et du Tennessee, afin de lui faire plier le genou devant la Conf&#233;d&#233;ration et de briser ses liens avec l'Union par l'&#233;p&#233;e. A c&#244;t&#233; de la Virginie, le Missouri constitue actuellement le th&#233;&#226;tre principal de la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nouveau-Mexique n'est pas un &#201;tat, mais un simple territoire. Sous la pr&#233;sidence de Buchanan, les sudistes y envoy&#232;rent vingt-cinq esclaves &#224; la suite desquels ils introduisirent une constitution esclavagiste confectionn&#233;e &#224; Washington. Comme le Sud l'admet lui-m&#234;me, cet &#201;tat ne lui a rien demand&#233;. Mais, le Sud veut le Nouveau-Mexique, et vomit en cons&#233;quence une bande d'aventuriers du Texas par-del&#224; ses fronti&#232;res. Le Nouveau-Mexique a implor&#233; la protection du gouvernement de l'Union contre ces &#171; lib&#233;rateurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a not&#233; que nous avons soulign&#233; le rapport num&#233;rique entre esclaves et hommes libres dans les diff&#233;rents &#201;tats fronti&#232;res. De fait, ce rapport est d&#233;cisif. C'est le thermom&#232;tre d'apr&#232;s lequel il faut mesurer le feu vital du syst&#232;me esclavagiste. L'&#226;me de tout le mouvement s&#233;cessionniste est la Caroline du Sud. Elle compte 402 541 esclaves contre 301 271 hommes libres. En second vient le Mississippi qui a donn&#233; &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud son dictateur Jefferson Davis. Il compte 436 696 esclaves contre 354 699 hommes libres. En troisi&#232;me, vient l'Alabama avec 435 132 esclaves contre 529 164 hommes libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier des &#201;tats fronti&#232;res contest&#233;s qu'il nous reste &#224; mentionner est le Kentucky. Son histoire la plus r&#233;cente est particuli&#232;rement caract&#233;ristique de la politique de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. Sur 1 135 713 habitants, le Kentucky compte 225 490 esclaves. Dans les trois &#233;lections g&#233;n&#233;rales successives - en hiver 1861, pour le Congr&#232;s des &#201;tats fronti&#232;res ; en juin 1861, pour le Congr&#232;s de Washington, et enfin en ao&#251;t 1861 pour les l&#233;gislatives de l'&#201;tat du Kentucky - une majorit&#233; toujours croissante se pronon&#231;a pour l'Union. En revanche, Mageffin, le gouverneur du Kentucky, et tous les dignitaires de l'&#201;tat sont de fanatiques partisans du parti esclavagiste, tout comme Breckinridge, le repr&#233;sentant du Kentucky au S&#233;nat de Washington, vice-pr&#233;sident des &#201;tats-Unis sous Buchanan et candidat du parti esclavagiste en 1860 lors des &#233;lections pr&#233;sidentielles. Trop faible pour gagner le Kentucky &#224; la s&#233;cession, l'influence du parti esclavagiste &#233;tait cependant assez forte pour l'amener &#224; une d&#233;claration de neutralit&#233; lorsque la guerre &#233;clata. La Conf&#233;d&#233;ration reconnut la neutralit&#233;, tant qu'elle servait ses int&#233;r&#234;ts et qu'il lui fallait abattre la r&#233;sistance du Tennessee oriental. A peine ce but fut-il atteint, qu'elle frappa aux portes du Kentucky &#224; coups de crosse, en proclamant : &#171; Le Sud a besoin de son territoire tout entier. Il veut et doit l'obtenir ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le sud-ouest et le sud-est, ses corps de francs-tireurs envahirent simultan&#233;ment cet &#201;tat &#171; neutre &#187;. Le Kentucky s'&#233;veilla ainsi de son r&#234;ve de neutralit&#233;, son assembl&#233;e l&#233;gislative prit ouvertement parti pour l'Union, encadra le gouverneur f&#233;lon d'un comit&#233; de salut public, appela le peuple aux armes, d&#233;clara Breckinridge hors la loi et ordonna aux s&#233;cessionnistes d'&#233;vacuer imm&#233;diatement le territoire envahi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le signal de la guerre. Une arm&#233;e de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud fait mouvement vers Louisville, tandis que des volontaires accourent de l'Illinois, de l'Indiana et de l'Ohio pour sauver le Kentucky des &#233;missaires arm&#233;s de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives de la Conf&#233;d&#233;ration pour annexer le Missouri et le Kentucky, par exemple, contre la volont&#233; de la population d&#233;montrent l'inanit&#233; du pr&#233;texte selon lequel elle lutte pour d&#233;fendre les droits des divers &#201;tats, face aux empi&#233;tements de l'Union. Certes, elle reconna&#238;t le droit aux diff&#233;rents &#201;tats formant - d'apr&#232;s elle - le &#171; Sud &#187; de se s&#233;parer de l'Union, mais leur d&#233;nie celui d'y rester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoique la guerre contre l'ext&#233;rieur, la dictature militaire &#224; l'int&#233;rieur, et l'esclavage partout, leur donnent pour l'heure un semblant d'harmonie, les &#201;tats esclavagistes eux-m&#234;mes ne manquent pas d'&#233;l&#233;ments r&#233;calcitrants. Un exemple frappant en est le Texas avec 180 388 esclaves contre 601 039 habitants. La loi de 1845 en vertu de laquelle le Texas est entr&#233; dans les rangs des &#201;tats-Unis, en tant qu'&#201;tat esclavagiste, lui donnait le droit de former de son territoire non seulement un, mais cinq &#201;tats. Ainsi, le Sud e&#251;t gagn&#233; dix nouvelles voix, au lieu de deux, au S&#233;nat am&#233;ricain ; or, l'augmentation du nombre de ses voix au S&#233;nat &#233;tait l'un des buts principaux de sa politique d'alors. Cependant, de 1845 &#224; 1860, les esclavagistes ne r&#233;ussirent m&#234;me pas &#224; d&#233;couper en deux &#201;tats le Texas, o&#249; la population allemande joue un r&#244;le important, car, dans le second &#201;tat, le parti du travail libre l'e&#251;t emport&#233; sur le parti esclavagiste [7]. Est-il meilleure preuve de la force de l'opposition contre l'oligarchie esclavagiste au Texas m&#234;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Georgie est le plus grand et le plus peupl&#233; des &#201;tats esclavagistes. On y compte 462 230 esclaves sur un total de 1 057 327 habitants, soit environ la moiti&#233; de la population. Malgr&#233; cela, le parti esclavagiste ne parvint pas jusqu'ici &#224; faire sanctionner par un vote g&#233;n&#233;ral de la population la Constitution octroy&#233;e au Sud &#224; Montgomery [8].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'assembl&#233;e d'&#201;tat de la Louisiane, qui se r&#233;unit le 21 mars 1861 &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans, Roselius, le v&#233;t&#233;ran politique de l'&#201;tat d&#233;clara : &#171; La Constitution de Montgomery n'est pas une constitution, mais une conspiration. Elle n'instaure pas un gouvernement du peuple, mais une oligarchie d&#233;testable qui ne conna&#238;t pas de limites. Il ne fut pas permis au peuple d'intervenir &#224; cette occasion. L'assembl&#233;e de Montgomery a creus&#233; la tombe de la libert&#233; politique, et l'on nous invite aujourd'hui &#224; assister &#224; ses obs&#232;ques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes n'utilisa pas seulement l'assembl&#233;e de Montgomery pour proclamer la s&#233;paration du Sud d'avec le Nord, mais l'exploita encore pour bouleverser la constitution interne des &#201;tats esclavagistes et compl&#233;ter l'asservissement de la partie blanche de la population, qui entendait conserver encore quelque ind&#233;pendance sous la protection et la constitution d&#233;mocratique de l'Union. D&#233;j&#224;, entre 1856 et 1860, les porte-parole politiques, les juristes, les autorit&#233;s morales et religieuses du parti esclavagiste n'avaient pas tant cherch&#233; &#224; d&#233;montrer que l'esclavage des Noirs &#233;tait justifi&#233;, mais que la couleur de la peau n'y faisait rien, la classe ouvri&#232;re &#233;tant partout n&#233;e pour l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, au sens le plus plein, la guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud est une guerre de conqu&#234;te, destin&#233;e &#224; l'extension et &#224; la perp&#233;tuation de l'esclavage. La plus grande partie des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires ne se trouve pas encore aux mains de l'Union, bien qu'ils aient pris parti pour elle par le moyen des urnes, puis par celui des armes. Cependant, la Conf&#233;d&#233;ration les compte dans le &#171; Sud &#187; et cherche &#224; les arracher de force &#224; l'Union. Dans les &#201;tats fronti&#232;res qu'elle occupe pour le moment, la Conf&#233;d&#233;ration tient en &#233;chec par la loi martiale les r&#233;gions montagneuses en grande partie favorables au mode de vie libre. A l'int&#233;rieur des &#201;tats esclavagistes proprement dits, elle supplante la d&#233;mocratie existant jusqu'ici en instaurant le pouvoir sans bornes de l'oligarchie des trois cent mille esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En abandonnant ses plans de conqu&#234;te, la Conf&#233;d&#233;ration du Sud renoncerait &#224; son principe vital et au but de la s&#233;cession. De fait, la s&#233;cession ne s'est produite que parce qu'au sein de l'Union la transformation des &#201;tats fronti&#232;res et des territoires en &#201;tats esclavagistes ne semble pas r&#233;alisable ind&#233;finiment. Au reste, s'il c&#233;dait pacifiquement &#224; la Conf&#233;d&#233;ration du Sud les territoires contest&#233;s, le Nord abandonnerait &#224; la r&#233;publique esclavagiste plus des trois quarts de tout le territoire des &#201;tats-Unis. Le Nord perdrait enti&#232;rement le golfe du Mexique, l'oc&#233;an Atlantique, &#224; l'exception d'une mince bande de terre s'&#233;tendant de la baie de Pensacola &#224; celle du Delaware, et se couperait elle-m&#234;me de l'oc&#233;an Pacifique. Le Missouri, le Kansas, le Nouveau-Mexique, l'Arkansas et le Texas entra&#238;neraient &#224; leur suite la Californie [9]. Incapables d'arracher &#224; la R&#233;publique esclavagiste ennemie l'embouchure du Mississippi au sud, les grands &#201;tats agricoles, situ&#233;s dans le bassin entre les Montagnes-Rocheuses et les Alleghanys, dans les vall&#233;es du Mississippi, du Missouri et de l'Ohio, seraient contraints, de par leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques, &#224; se d&#233;tacher du Nord et &#224; entrer dans la Conf&#233;d&#233;ration du Sud. A leur tour, ces &#201;tats du nord-ouest entra&#238;neraient, dans la m&#234;me ronde de la s&#233;cession, tous les &#201;tats nordistes situ&#233;s plus &#224; l'est, &#224; l'exception peut-&#234;tre de la Nouvelle-Angleterre [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce ne serait pas la dissolution de l'Union, mais sa r&#233;organisation sur la base de l'esclavage, sous le contr&#244;le reconnu de l'oligarchie esclavagiste. Le plan d'une telle r&#233;organisation a &#233;t&#233; ouvertement proclam&#233; par les principaux porte-parole du Sud au Congr&#232;s de Montgomery. Il explique le paragraphe de la nouvelle constitution, qui ouvre la porte de la nouvelle Conf&#233;d&#233;ration &#224; tout &#201;tat de l'ancienne Union. Le syst&#232;me esclavagiste empesterait toute l'Union. Dans les &#201;tats du Nord, o&#249; l'esclavage est pratiquement irr&#233;alisable, la classe ouvri&#232;re blanche serait progressivement abaiss&#233;e &#224; la condition d'ilote. Ce serait purement et simplement l'application du principe hautement proclam&#233;, selon lequel seules certaines races seraient aptes &#224; &#234;tre libres : comme, dans le Sud, le travail proprement dit est r&#233;serv&#233; aux Noirs, il serait r&#233;serv&#233; dans le Nord aux Allemands et aux Irlandais, ou &#224; leurs descendants directs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actuelle lutte entre le Sud et le Nord est donc essentiellement un conflit entre deux syst&#232;mes sociaux, entre le syst&#232;me de l'esclavage et celui du travail libre. La lutte a &#233;clat&#233;, parce que les deux syst&#232;mes ne peuvent pas coexister plus longtemps en paix sur le continent nord-am&#233;ricain. Elle ne peut finir qu'avec la victoire de l'un ou de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les &#201;tats fronti&#232;res et les territoires contest&#233;s, o&#249; les deux syst&#232;mes sont en lutte pour l'h&#233;g&#233;monie, sont comme une &#233;pine dans la chair du Sud, il ne faut pas m&#233;conna&#238;tre, par ailleurs, qu'au cours de la guerre ils ont repr&#233;sent&#233; jusqu'ici le point faible du Nord. Sur ordre des conjur&#233;s du Sud, une fraction des esclavagistes de ces districts a simul&#233; hypocritement sa loyaut&#233; au Nord, tandis qu'une autre fraction trouvait que ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats et ses id&#233;es traditionnelles la rapprochaient de l'Union. Ces deux fractions ont pareillement paralys&#233; le Nord. La crainte d'alt&#233;rer l'humeur des esclavagistes &#171; loyaux &#187; des &#201;tats fronti&#232;res et de les jeter dans les bras de la s&#233;cession, en d'autres termes : les m&#233;nagements empreints de prudence vis-&#224;-vis des int&#233;r&#234;ts, pr&#233;jug&#233;s et sentiments de ces alli&#233;s douteux, c'est ce qui a frapp&#233; l'Union depuis le d&#233;but de la guerre d'une faiblesse incurable, en la poussant dans la voie des demi-mesures, en l'amenant &#224; manquer hypocritement aux principes inh&#233;rents &#224; la guerre, en &#233;pargnant le point le plus vuln&#233;rable de l'ennemi, la racine du mal : l'esclavage lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, r&#233;cemment encore, Lincoln a r&#233;voqu&#233; pusillanimement la proclamation du Missouri de Fr&#233;mont sur l'&#233;mancipation des Noirs appartenant aux rebelles [11], c'est uniquement en &#233;gard aux violentes protestations des esclavagistes &#171; loyaux &#187; du Kentucky. Quoi qu'il en soit, un tournant a &#233;t&#233; atteint en cette mati&#232;re. Avec le Kentucky, le dernier &#201;tat fronti&#232;re a pris rang parmi les champs de bataille entre Sud et Nord. D&#232;s lors qu'il s'agit d'une v&#233;ritable guerre pour les &#201;tats fronti&#232;res dans les &#201;tats fronti&#232;res eux-m&#234;mes, leur perte ou leur conqu&#234;te est soustraite &#224; la sph&#232;re des d&#233;bats diplomatiques ou parlementaires. Une fraction des esclavagistes jettera bas le masque de la loyaut&#233;, l'autre se satisfera de la perspective d'une indemnisation mon&#233;taire, telle que la Grande-Bretagne en versa aux planteurs de l'Inde occidentale [12]. Les &#233;v&#233;nements eux-m&#234;mes poussent &#224; la proclamation du mot d'ordre d&#233;cisif : l'&#233;mancipation des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les plus but&#233;s parmi les d&#233;mocrates et diplomates du Nord se sentent attir&#233;s par cette formule, comme le montrent diverses manifestations tout &#224; fait r&#233;centes. Dans une lettre ouverte, le g&#233;n&#233;ral Cass, ministre de la Guerre sous Buchanan et, jusqu'ici, l'un des alli&#233;s les plus z&#233;l&#233;s du Sud, a proclam&#233; que l'&#233;mancipation des esclaves &#233;tait la condition sine qua non du salut de l'Union. Dans sa derni&#232;re &#171; revue &#187; d'octobre, le Dr Brownson - le porte-parole du parti catholique du Nord et, selon son propre aveu, l'adversaire le plus d&#233;cid&#233; de l'&#233;mancipation des esclaves de 1836 &#224; 1860 - publie un article en faveur de l'abolition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous avons combattu l'abolition, dit-il entre autres, tant que nous estimions qu'elle mena&#231;ait l'Union, il nous faut lutter aujourd'hui d'autant plus &#233;nergiquement contre le maintien de l'esclavage que nous sommes persuad&#233;s qu'il est d&#233;sormais incompatible avec la continuation de l'Union ou de la nation comme libre &#201;tat r&#233;publicain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin le World, organe new-yorkais des diplomates du cabinet de Washington, conclut l'un de ses derniers articles &#224; sensation contre les abolitionnistes par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le jour o&#249; l'on d&#233;cidera que c'est, ou bien l'esclavage, ou bien l'Union qui doit dispara&#238;tre, on aura prononc&#233; la sentence de mort de l'esclavage. Si le Nord ne peut vaincre sans l'&#233;mancipation, il vaincra avec l'&#233;mancipation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Cf. l'op&#233;ra Don Juan de Mozart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cf. &#224; propos de cet article, la correspondance Marx-Engels des 3 et 5 d&#233;cembre 1861, l. c., tome VII, pp. 47-48 et 50-56. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] &#192; la mort du dernier repr&#233;sentant de la dynastie des Hanovre en 1837, ce fut la fin de l'union personnelle entre l'Angleterre et le Hanovre, qui subsistait depuis 1714.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Au d&#233;but 1861, le peuple du Tennessee s'opposa &#224; la convocation d'une assembl&#233;e devant d&#233;lib&#233;rer du probl&#232;me de la s&#233;cession, par 69 673 voix contre 57 798. Le bastion de l'Union qu'&#233;tait le Tennessee oriental vota contre ce projet par une majorit&#233; de 25 611, tandis que le Tennessee central ne r&#233;unit qu'une faible majorit&#233; et que le Tennessee occidental l'accepta par 15 118 voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Le 16 juin 1861, le peuple du Tennessee vota comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee oriental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 780&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;32 923&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee central&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;58 265&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 198&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tennessee occidental&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29 127&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6 117&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camps militaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 741&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;104 913&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;47 238&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] En mars 1861, une convention, r&#233;unie au Missouri, s'opposa &#224; la s&#233;cession par 89 voix contre 1. Cependant, les esclavagistes dominaient l'administration d'&#201;tat au point que le Missouri fut lentement, mais s&#251;rement aiguill&#233; dans l'orbite de la Conf&#233;d&#233;ration. Pour r&#233;agir contre *cette &#233;volution, une convention refl&#233;tant les v&#233;ritables sentiments de la population, se r&#233;unit &#224; Jefferson City fin juillet. Le gouverneur Jackson, chef du parti esclavagiste, y fut d&#233;pos&#233;, et remplac&#233; par un partisan de l'Union, Gambie. Ainsi, en ao&#251;t 1861, le gouvernement de l'&#201;tat du Missouri passa d&#233;finitivement aux c&#244;t&#233;s de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Avant 1848, un nombre consid&#233;rable d'Allemands, esp&#233;rant instaurer un &#201;tat ind&#233;pendant, arriv&#232;rent eu Texas o&#249; ils furent bien accueillis par l'administration., Ils furent suivis, en 1848 et 1849, par des milliers de r&#233;volutionnaires allemands. En 1850, la population de souche allemande formait environ le cinqui&#232;me de la population blanche de cet &#201;tat ; &#201;videmment, les anciens r&#233;volutionnaires allemands &#233;taient en grande majorit&#233; anti-esclavagistes. En 1853, ils organis&#232;rent une soci&#233;t&#233; abolitionniste, le Prier Verein. Un an plus tard, une convention r&#233;unie &#224; San Antonio r&#233;clama la fin de l'esclavagisme. Au moment o&#249; &#233;clata la guerre civile, la plupart des Allemands se s&#233;par&#232;rent de l'&#201;tat esclavagiste et rest&#232;rent fid&#232;les au gouvernement de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Plut&#244;t que de courir le risque d'un rejet de la Constitution de Montgomery par la population, les esclavagistes la soumirent pour ratification &#224; l'assembl&#233;e d'&#201;tat. Cette derni&#232;re, sous le contr&#244;le esclavagiste, l'accepta sans autre forme de proc&#232;s, le 16 mars 1861. Cette m&#233;thode fut reprise par d'autres &#201;tats du Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En 1860-1861, les partisans des &#201;tats sudistes s'efforc&#232;rent de s&#233;parer la Californie de l'Union nord-am&#233;ricaine en cr&#233;ant une r&#233;publique &#171; neutre &#187; sur l&#224; c&#244;te du Pacifique. Le gouvernement de Lincoln sut d&#233;jouer &#224; temps ces intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] La Nouvelle-Angleterre, situ&#233;e au nord-est des USA, &#233;tait constitu&#233;e par un groupe de six &#201;tats fortement industrialis&#233;s (Maine, Massachusetts Connecticut, Rhode Island, Vermont, New Hampshire). C'&#233;tait le centre du mouvement abolitionniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Apr&#232;s le soul&#232;vement des esclaves noirs de la Jama&#239;que, le parlement anglais adopta en 1833 la loi sur l'abolition de l'esclavage dans les colonies. En Inde occidentale, le gouvernement versa aux propri&#233;taires deux livres sterling par esclave affranchi. Les sommes vers&#233;es devaient &#234;tre r&#233;cup&#233;r&#233;es par des imp&#244;ts ult&#233;rieurs frappant la population, et en premier les Noirs eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : LA DESTITUTION DE FR&#201;MONT&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 19 novembre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La destitution de Fr&#233;mont du poste de commandant en chef du Missouri marque un tournant historique dans le cours de la guerre civile am&#233;ricaine. Fr&#233;mont a expi&#233; deux p&#233;ch&#233;s graves. Il fut le premier candidat du Parti r&#233;publicain &#224; la dignit&#233; pr&#233;sidentielle (1856), et c'est le premier g&#233;n&#233;ral du Nord, qui (le 30 ao&#251;t 1861) mena&#231;a les esclavagistes de l'&#233;mancipation des esclaves [1]. Il reste donc un rival pour les futurs candidats &#224; la pr&#233;sidence et un obstacle pour les actuels faiseurs de compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les deux derni&#232;res d&#233;cennies, une singuli&#232;re pratique s'est d&#233;velopp&#233;e aux &#201;tats-Unis : &#233;viter de faire &#233;lire &#224; la pr&#233;sidence un homme ayant occup&#233; une place d&#233;cisive dans son propre parti. Certes, on utilise le nom de ces personnalit&#233;s au cours de la campagne &#233;lectorale, mais sit&#244;t qu'on aborde l'affaire elle-m&#234;me, on les laisse choir pour les remplacer par des m&#233;diocrit&#233;s inconnues et d'influence purement locale. C'est de cette fa&#231;on que Polk, Pierce, Buchanan, etc., devinrent pr&#233;sidents. Il en fut de m&#234;me de A. Lincoln. En fait, le g&#233;n&#233;ral Andrew Jackson fut le dernier pr&#233;sident des &#201;tats-Unis &#224; devoir sa dignit&#233; &#224; son importance personnelle, alors que tous ses successeurs la doivent au contraire &#224; l'insignifiance de leur personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e &#233;lectorale de 1860, les noms les plus distingu&#233;s du Parti r&#233;publicain &#233;taient Fr&#233;mont et Seward. Connu pour ses aventures durant la guerre du Mexique [2], son audacieuse exp&#233;dition de Californie et sa candidature de 1856, Fr&#233;mont &#233;tait un personnage trop repr&#233;sentatif pour entrer en consid&#233;ration, sit&#244;t qu'il s'agissait non plus d'effectuer une d&#233;monstration r&#233;publicaine, mais de viser un succ&#232;s r&#233;publicain. C'est pourquoi, il ne fut pas candidat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va autrement de Seward, s&#233;nateur r&#233;publicain au Congr&#232;s de Washington, gouverneur de l'&#201;tat de New York et, depuis la naissance du Parti r&#233;publicain, indiscutablement son meilleur orateur. Il fallut toute une s&#233;rie de d&#233;faites mortifiantes pour amener M. Seward &#224; renoncer &#224; sa propre candidature et &#224; patronner de sa voix celui qui, &#224; l'&#233;poque, &#233;tait encore plus ou moins un inconnu, A. Lincoln. Cependant, d&#232;s qu'il s'aper&#231;ut de l'&#233;chec de sa propre candidature, il s'imposa lui-m&#234;me, en tant que Richelieu r&#233;publicain, &#224; un homme qu'il tenait lui-m&#234;me pour un Louis XIII r&#233;publicain. Il contribua donc &#224; faire de Lincoln le pr&#233;sident, &#224; condition qu'il f&#238;t de lui le secr&#233;taire d'&#201;tat, dignit&#233; que l'on peut comparer dans une certaine mesure &#224; celle d'un premier ministre anglais. De fait, &#224; peine Lincoln &#233;tait-il &#233;lu pr&#233;sident, que Seward fut assur&#233; du secr&#233;tariat d'&#201;tat. On assista aussit&#244;t &#224; un curieux changement d'attitude du D&#233;mosth&#232;ne du Parti r&#233;publicain, devenu c&#233;l&#232;bre, parce qu'il proph&#233;tisa un &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; entre le syst&#232;me du travail libre et celui de l'esclavage. Bien s&#251;r qu'il f&#251;t &#233;lu le 6 novembre 1860, Lincoln ne devait acc&#233;der &#224; la fonction pr&#233;sidentielle que le 4 mars 1861. Dans l'intervalle, au cours de la session d'hiver du Congr&#232;s, Seward se fit le centre de toutes les tentatives de compromis. Les organes sudistes dans le Nord - par exemple le New York Herald, dont la b&#234;te noire avait &#233;t&#233; jusqu'ici Seward - se mirent soudain &#224; vanter ses m&#233;rites d'homme d'&#201;tat de la r&#233;conciliation et, effectivement, ce ne fut pas sa faute si la paix a tout prix ne fut pas conclue. Manifestement, Seward utilisait le secr&#233;tariat d'&#201;tat comme tremplin et se pr&#233;occupait moins du pr&#233;sent &#171; conflit irr&#233;pressible &#187; [3] que de la future pr&#233;sidence. Il a prouv&#233; une fois de plus que les virtuoses de la langue &#233;taient des hommes d'&#201;tat dangereux auxquels on ne peut faire confiance. Qu'on lise ses d&#233;p&#234;ches d'&#201;tat ! C'est un m&#233;lange ignoble de grands mots et de petit esprit, de force apparente et de faiblesse r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Seward, Fr&#233;mont &#233;tait un rival dangereux qu'il fallait perdre. Cette entreprise apparut d'autant plus facile que, conform&#233;ment &#224; ses habitudes d'avocat, Lincoln a une aversion pour tout ce qui est g&#233;nial, s'accroche anxieusement &#224; la lettre de la Constitution et redoute tout pas qui pourrait d&#233;cevoir les &#171; loyaux &#187; esclavagistes des &#201;tats fronti&#232;res. Le caract&#232;re de Fr&#233;mont offrit un autre pr&#233;texte. C'est manifestement un homme de pathos, quelque peu excessif et hyperbolique, port&#233; aux envol&#233;es m&#233;lodramatiques. Le gouvernement l'incita tout d'abord &#224; d&#233;missionner volontairement en l'accablant de toutes sortes de chicanes. Lorsque cette m&#233;thode &#233;choua, il lui enleva son commandement, au moment pr&#233;cis o&#249; l'arm&#233;e qu'il avait organis&#233;e lui-m&#234;me se trouvait face &#224; face avec l'ennemi dans le sud-ouest du Missouri et qu'il fallait livrer la bataille d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr&#233;mont est l'idole des &#201;tats du nord-ouest qui le c&#233;l&#232;brent comme pathfinder (&#233;claireur). Ils consid&#232;rent sa destitution comme une injure personnelle. Si le gouvernement de l'Union subit encore quelques revers comme ceux de Bull Run et de Balls Bluff [4], il aura donn&#233; lui-m&#234;me John Fr&#233;mont pour chef &#224; l'opposition, qui se dressera alors contre lui et brisera l'actuel syst&#232;me diplomatique de conduite de la guerre. Nous reviendrons plus tard sur les accusations publi&#233;es par le minist&#232;re de la Guerre de Washington contre le g&#233;n&#233;ral destitu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En ao&#251;t 1861, le g&#233;n&#233;ral, Fr&#233;mont proclama la confiscation des biens de toute personne, qui, au Missouri, prendrait les armes contre le gouvernement de Washington ou aiderait l'ennemi de quelque fa&#231;on que ce soit. Le manifeste d&#233;clarait en outre que les esclaves de ces tra&#238;tres seraient &#233;mancip&#233;s. Pour appliquer ces d&#233;cisions, le g&#233;n&#233;ral Fr&#233;mont cr&#233;a des bureaux pour l'abolition de l'esclavage et les d&#233;clarations de libert&#233;. Lincoln ordonna officiellement &#224; Fr&#233;mont de mettre sa proclamation en accord avec la loi sur la confiscation et d'annuler les d&#233;cisions relatives &#224; l'affranchissement des esclaves (la loi adopt&#233;e le 6 ao&#251;t 1861 par le Congr&#232;s ne pr&#233;voyait que la lib&#233;ration des esclaves qui avaient &#233;t&#233; directement utilis&#233;s par les rebelles &#224; des fins militaires). Comme Fr&#233;mont refusa d'ex&#233;cuter les ordres pr&#233;sidentiels, il fut d&#233;mis de son poste de commandant en chef de l'arm&#233;e du Missouri en octobre 1861.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les &#201;tats-Unis firent la guerre au Mexique, de 1846 &#224; 1848 ; les &#201;tats-Unis conquirent pr&#232;s de la moiti&#233; du pays, notamment tout le Texas, la Nouvelle-Californie et le Nouveau-Mexique. Les planteurs du Sud et la bourgeoisie financi&#232;re furent &#224; l'origine de cette campagne de brigandage imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] L'expression est de Seward, cf. son discours du 25 octobre 1858 &#224; Rochester, in : W.H. Seward, Works, ed. G.E. Baker, Boston 1884, vol. IV, pp. 289-302.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la bataille de Balls Bluff, au nord-ouest de Washington, les arm&#233;es sudistes an&#233;antirent le 21 octobre 1861 plusieurs r&#233;giments de l'arm&#233;e du g&#233;n&#233;ral Stone qui avaient travers&#233; le Potomac sans renforts. Ces deux batailles mirent en &#233;vidence les lacunes s&#233;rieuses au sein de l'organisation et de la direction des arm&#233;es nordistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Karl Marx : AFFAIRES AM&#201;RICAINES&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 f&#233;vrier 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 3 mars 1862.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Lincoln n'ose pas faire un pas en avant tant que le cours des &#233;v&#233;nements et l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de l'opinion publique permettent de temporiser. Mais, une fois qu' &#171; Old Abe &#187; s'est convaincu lui-m&#234;me qu'un tel tournant s'est produit, il surprend autant ses amis que ses ennemis par la soudainet&#233; d'une op&#233;ration men&#233;e avec le moins de bruit possible. Ainsi, de la mani&#232;re la moins voyante, il vient d'ex&#233;cuter un coup, qui, six mois auparavant, e&#251;t pu lui co&#251;ter le si&#232;ge de pr&#233;sident et qui, il y a peu de mois encore e&#251;t suscit&#233; une temp&#234;te de protestations. Nous parlons de l'&#233;limination de McClellan de son poste de commandant en chef de toutes les arm&#233;es de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour commencer, Lincoln avait remplac&#233; le ministre de la Guerre Cameron par un juriste &#233;nergique et implacable, Mr Edwin Stanton. Celui-ci lan&#231;a aussit&#244;t un ordre du jour aux g&#233;n&#233;raux Buell, Halleck, Sherman et autres commandants de services entiers ou de chefs d'exp&#233;ditions, leur enjoignant d'attendre &#224; l'avenir que leur parviennent directement tous les ordres, publics et secrets, du minist&#232;re de la Guerre, et, de m&#234;me, de r&#233;pondre directement a ce minist&#232;re. Enfin, Lincoln donna quelques ordres qu'il signa lui-m&#234;me en tant que &#171; commandant en chef de l'arm&#233;e et de la marine &#187;, titre qui lui revenait de par la Constitution. De cette mani&#232;re &#171; tranquille &#187;, le &#171; jeune Napol&#233;on &#187; [1] fut d&#233;pouill&#233; du commandement supr&#234;me qu'il exer&#231;ait jusque-l&#224; sur toutes les arm&#233;es et fut r&#233;duit &#224; la seule direction de l'arm&#233;e du Potomac, bien qu'il gard&#226;t le titre de &#171; commandant en chef &#187; [2]. Les succ&#232;s remport&#233;s au Kentucky, au Tennessee et sur la c&#244;te Atlantique ont inaugur&#233; favorablement la prise en main du commandement supr&#234;me par le pr&#233;sident Lincoln.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poste de commandant en chef, occup&#233; jusque-l&#224; par McClellan, a &#233;t&#233; l&#233;gu&#233; aux &#201;tats-Unis par l'Angleterre et correspond &#224; peu pr&#232;s a la dignit&#233; de grand conn&#233;table dans l'arm&#233;e fran&#231;aise de l'ancien r&#233;gime. Pendant la guerre de Crim&#233;e, l'Angleterre elle-m&#234;me d&#233;couvrit que cette vieille institution &#233;tait d&#233;sormais inad&#233;quate. Elle r&#233;alisa donc un compromis gr&#226;ce auquel une partie des attributs du commandant en chef fut transmise au minist&#232;re de la Guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour juger de la tactique fabienne, [3] de McClellan, nous manquons encore du mat&#233;riel voulu. Mais, il ne fait pas de doute que son action entravait la conduite des op&#233;rations militaires en, g&#233;n&#233;ral. On peut dire de McClellan ce que Macaulay disait d'Essex : &#171; Les fautes militaires d'Essex d&#233;coulent essentiellement de ses sentiments politiques timor&#233;s. Certes, il est honn&#234;te, mais il n'est nullement attach&#233; &#224; la cause du Parlement : en dehors d'une grande d&#233;faite, il ne craint rien davantage qu'une grande victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des officiers form&#233;s &#224; West Point et appartenant &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, McClellan est plus ou moins li&#233; par l'esprit de corps &#224; ses anciens camarades qui se trouvent dans le camp ennemi. Il jalouse, lui aussi, les parvenus que sont &#224; ses yeux les &#171; soldats du civil &#187;. Pour lui, la guerre doit &#234;tre men&#233;e de mani&#232;re purement technique, comme une affaire, en ayant toujours en vue de restaurer l'Union sur sa base ancienne, et c'est pourquoi il convient avant tout de se tenir en dehors de toute tendance et principe r&#233;volutionnaires. En v&#233;rit&#233;, c'est l&#224; une bien curieuse conception d'une guerre qui est essentiellement une guerre de principes ! Les premiers g&#233;n&#233;raux du Parlement anglais partageaient la m&#234;me erreur. &#171; Mais, dit Cromwell dans son adresse au parlement-croupion du 4 juillet 1653, comme tout cela a chang&#233; lorsque la direction a &#233;t&#233; assum&#233;e par des hommes p&#233;n&#233;tr&#233;s de l'esprit de religiosit&#233; et de foi ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Star de Washington, l'organe particulier de McClellan, d&#233;clare encore dans son dernier num&#233;ro : &#171; Le but de toutes les combinaisons militaires du g&#233;n&#233;ral McClellan est le r&#233;tablissement de l'Union sous la forme exacte o&#249; elle existait avant que n'&#233;clat&#226;t la r&#233;bellion. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant donc si, sur le Potomac, l'arm&#233;e &#233;tait employ&#233;e sous les yeux du commandant en chef &#224; la chasse aux esclaves ! Tout r&#233;cemment encore, McClellan fit expulser du camp par ordre expr&#232;s la famille des musiciens Kutchinson, qui y chantait des chansons... anti-esclavagistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part de telles manifestations &#171; contre les tendances &#187;, McClellan prenait sous sa haute protection les tra&#238;tres de l'arm&#233;e unioniste. Par exemple, il promut Maynard &#224; un grade sup&#233;rieur, bien que ce f&#251;t un agent des s&#233;cessionnistes, comme le prouvent les documents officiels du comit&#233; d'enqu&#234;te de la Chambre des repr&#233;sentants. Du g&#233;n&#233;ral Patterson, dont la trahison provoqua la d&#233;faite de Manassas, jusqu'au g&#233;n&#233;ral Stone, qui organisa la d&#233;faite de Balls Bluff en connivence directe avec l'ennemi. McClellan savait soustraire tout tra&#238;tre militaire &#224; la cour martiale, voire le plus souvent l'emp&#234;cher d'&#234;tre renvoy&#233; de son poste. A ce sujet, le comit&#233; d'enqu&#234;te du Congr&#232;s a r&#233;v&#233;l&#233; les faits les plus surprenants. Lincoln r&#233;solut de d&#233;montrer par une mesure &#233;nergique, que lorsqu'il assumait le commandement supr&#234;me, l'heure des tra&#238;tres &#224; &#233;paulettes avait sonn&#233;, et qu'un tournant s'&#233;tait produit dans la politique de guerre. Sur son ordre, le g&#233;n&#233;ral Stone fut arr&#234;t&#233; dans son lit le 10 f&#233;vrier &#224; deux heures du matin et conduit au fort Lafayette. Quelques heures plus tard, parvint l'ordre de son arrestation, sign&#233; de Stanton et contenant l'accusation de haute trahison passible de la cour martiale. L'arrestation de Stone et sa mise en accusation ont eu lieu sans que le g&#233;n&#233;ral McClellan en f&#251;t inform&#233; au pr&#233;alable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'il restait inactif et portait les lauriers tress&#233;s &#224; l'avance, McClellan &#233;tait manifestement r&#233;solu &#224; ne pas permettre qu'un autre g&#233;n&#233;ral le devan&#231;&#226;t. Les g&#233;n&#233;raux Halleck et Pope avaient pr&#233;par&#233; un mouvement combin&#233; pour contraindre &#224; une bataille d&#233;cisive le g&#233;n&#233;ral Price, qui avait d&#233;j&#224; &#233;chapp&#233; une fois &#224; Fr&#233;mont par suite d'une intervention de Washington. Un t&#233;l&#233;gramme de McClellan leur interdit de mener &#224; bien leur entreprise. Un t&#233;l&#233;gramme semblable, adress&#233; au g&#233;n&#233;ral Halleck, &#171; annula l'ordre &#187; d'enlever le fort Columbus, &#224; un moment o&#249; ce fort se trouvait &#224; moiti&#233; sous l'eau. McClellan avait express&#233;ment d&#233;fendu aux g&#233;n&#233;raux de l'Ouest de correspondre entre eux. Chacun devait commencer par s'adresser &#224; Washington, s'il voulait combiner un mouvement. Le pr&#233;sident Lincoln vient de leur rendre leur indispensable libert&#233; d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de, lire le pan&#233;gyrique que le New York Herald dresse sans arr&#234;t au g&#233;n&#233;ral McClellan pour juger de la qualit&#233; de sa politique militaire. C'est le h&#233;ros, selon le c&#339;ur du Herald. Le fameux Bennett, propri&#233;taire et r&#233;dacteur en chef du Herald, r&#233;gnait dans le temps sur les administrations de Pierce et de Buchanan par l'entremise de ses &#171; repr&#233;sentants sp&#233;ciaux &#187;, alias correspondants &#224; Washington. Sous l'administration Lincoln, il essaya de reconqu&#233;rir ce m&#234;me pouvoir par un d&#233;tour gr&#226;ce &#224; son &#171; repr&#233;sentant sp&#233;cial &#187;, le Dr Ives, sudiste notoire et fr&#232;re d'un officier ayant d&#233;sert&#233; pour la Conf&#233;d&#233;ration et qui avait r&#233;ussi &#224; gagner la faveur de McClellan. Sous le patronage de McClellan, il semble que cet Ives ait joui de grandes privaut&#233;s, notamment &#224; l'&#233;poque o&#249; Cameron fut &#224; la t&#234;te du minist&#232;re de la Guerre. Il attendait manifestement que Stanton lui accord&#226;t les m&#234;mes privil&#232;ges et, en cons&#233;quence, il se pr&#233;senta le 8 f&#233;vrier au bureau militaire, o&#249; le ministre de la Guerre, son secr&#233;taire en chef et quelques membres du Congr&#232;s d&#233;lib&#233;raient sur des mesures militaires &#224; prendre. On le mit &#224; la porte, mais il se dressa sur ses ergots et, en battant en retraite, il mena&#231;a de faire ouvrir le feu par le Herald sur l'actuel minist&#232;re de la Guerre, s'il lui retirait son &#171; privil&#232;ge particulier &#187;, &#224; savoir &#234;tre dans la confidence des d&#233;lib&#233;rations de cabinet, des t&#233;l&#233;grammes, informations g&#233;n&#233;rales et nouvelles de guerre. Le lendemain 9 f&#233;vrier, le Dr Ives avait r&#233;uni tout l'&#233;tat-major de McClellan pour un d&#238;ner au champagne. Mais, la malchance vient vite. Un sous-officier suivi de six hommes, qui s'empara du puissant Ives et l'emmena au fort MacHenry, o&#249; - comme l'ordre du ministre de la Guerre le dit express&#233;ment - il est tenu sous surveillance &#233;troite en tant qu'espion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Nom donn&#233; &#224; McClellan par ses partisans d&#233;mocrates, parce qu'il avait &#233;t&#233; nomm&#233; commandant en chef des troupes de l'Union d&#232;s l'&#226;ge de trente-quatre ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En mars 1862, Lincoln lan&#231;a &#224; l'arm&#233;e l' &#171; ordre du jour g&#233;n&#233;ral n&#176; 3 &#187; dans lequel il enjoignait &#224; McClellan de prendre &#171; la t&#234;te de l'arm&#233;e du Potomac jusqu'&#224; nouvel ordre &#187; et l'informait qu'il &#233;tait &#171; relev&#233; du commandement des autres d&#233;partements militaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Le g&#233;n&#233;ral romain Quintus Fabius Maximus surnomm&#233; Cunctator (temporiseur), s'effor&#231;a au cours de la seconde guerre punique (218-201 av. J.-C.) d'utiliser les immenses avantages et r&#233;serves d'ordre militaire dont il disposait pour s'attirer les bonnes gr&#226;ces de l'arm&#233;e. Son plan consistait &#224; &#233;viter toute bataille d&#233;cisive et &#224; se d&#233;fendre dans des camps retranch&#233;s. Chaque erreur de l'adversaire &#233;tait utilis&#233;e pour remonter le moral de l'arm&#233;e romaine par de petites victoires et effacer l'effet d&#233;primant des d&#233;faites pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&lt;br class='autobr' /&gt;
PHASE MILITAIRE&lt;br class='autobr' /&gt;
Friedrich Engels et Karl Marx : LA GUERRE CIVILE AM&#201;RICAINE&lt;br class='autobr' /&gt;
Die Presse, 26 et 27 mars 1862.&lt;br class='autobr' /&gt;
I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous quelque angle qu'on la consid&#232;re, la guerre civile am&#233;ricaine pr&#233;sente un spectacle sans parall&#232;le dans les annales de l'histoire militaire. L'immense &#233;tendue du territoire disput&#233;, l'ampleur des lignes d'op&#233;ration et du front, la puissance num&#233;rique des arm&#233;es ennemies, dont la cr&#233;ation n'a pu pratiquement s'appuyer sur aucune base d'organisation ant&#233;rieure, le co&#251;t fabuleux de ces arm&#233;es, leur mode de direction et les principes g&#233;n&#233;raux de tactique et de strat&#233;gie r&#233;gissant cette guerre, tout cela est nouveau pour l'observateur europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conspiration s&#233;cessionniste, organis&#233;e, patronn&#233;e et soutenue bien avant qu'elle n'&#233;clat&#226;t par l'administration de Buchanan, a donn&#233; au Sud un avantage initial, gr&#226;ce auquel seule elle pouvait esp&#233;rer atteindre ses buts. Menac&#233; par sa population d'esclaves [1] et par d&#233; forts &#233;l&#233;ments unionistes parmi les Blancs, disposant d'un nombre d'hommes libres trois fois moins &#233;lev&#233; que le Nord, mais plus prompt &#224; l'attaque gr&#226;ce &#224; ses innombrables oisifs, assoiff&#233;s d'aventures, tout d&#233;pendait pour le Sud d'une offensive rapide, audacieuse, voire t&#233;m&#233;raire. Si les sudistes parvenaient &#224; s'emparer de Saint-Louis, de Cincinnati, de Washington, de Baltimore et peut-&#234;tre de Philadelphie, ils pouvaient soulever un mouvement de panique, cependant que la diplomatie et la corruption eussent assur&#233; &#224; tous les &#201;tats esclavagistes la reconnaissance de leur ind&#233;pendance. En revanche, si cette premi&#232;re offensive &#233;chouait - du moins sur ses points d&#233;cisifs - leur situation devait empirer de jour en jour, parall&#232;lement au d&#233;veloppement des forces du Nord. C'est ce que comprirent parfaitement les hommes qui, dans un esprit v&#233;ritablement bonapartiste, organis&#232;rent la conspiration s&#233;cessionniste, puis ouvrirent la campagne. Leurs bandes d'aventuriers submerg&#232;rent le Missouri et le Tennessee, tandis que les troupes plus r&#233;guli&#232;rement organis&#233;es envahirent la Virginie orientale et pr&#233;par&#232;rent un coup de main en direction de Washington. Ce coup ayant &#233;chou&#233;, la campagne sudiste &#233;tait perdue du point de vue militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nord entra en guerre &#224; contrec&#339;ur dans un demi-sommeil, comme il fallait s'y attendre &#233;tant donn&#233; le d&#233;veloppement plus &#233;lev&#233; de son industrie et de son commerce. Le m&#233;canisme social &#233;tait infiniment plus complexe ici qu'au Sud, et il fallut bien plus de temps pour imprimer &#224; son appareil une direction aussi inhabituelle. L'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois s'av&#233;ra &#234;tre une grave erreur, encore qu'elle f&#251;t sans doute in&#233;vitable [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du Nord devait consister d'abord &#224; se tenir sur la d&#233;fensive sur tous les points d&#233;cisifs, afin d'organiser ses forces, les exercer et les pr&#233;parer &#224; des batailles d&#233;cisives par des op&#233;rations de faible envergure et peu risqu&#233;es ; puis - d&#232;s que l'organisation se trouvait quelque peu renforc&#233;e et que les &#233;l&#233;ments f&#233;lons &#233;taient plus ou moins &#233;cart&#233;s de son arm&#233;e - &#224; passer &#224; une offensive &#233;nergique et ininterrompue, en vue de reconqu&#233;rir avant tout le Kentucky, le Tennessee, la Virginie et la Caroline du Nord. La transformation des civils en soldats devait co&#251;ter plus de temps au Nord qu'au Sud. Mais, une fois cela achev&#233;, on pouvait se fier &#224; la sup&#233;riorit&#233; individuelle du nordiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, si nous faisons abstraction des erreurs qui ont une source plus politique que militaire, le Nord a agi conform&#233;ment &#224; ces principes : la petite guerre au Missouri et en Virginie occidentale, tandis qu'elle prot&#233;geait les populations unionistes, accoutumait les troupes au service de campagne et au feu, sans les exposer &#224; des d&#233;faites d&#233;cisives. La grave humiliation de Bull Run [3] &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, la cons&#233;quence d'une erreur ant&#233;rieure : l'enr&#244;lement des volontaires pour trois mois. Il est absurde de demander &#224; de nouvelles recrues d'attaquer de front une puissante position, situ&#233;e sur un terrain difficile et occup&#233;e par un adversaire &#224; peine inf&#233;rieur en nombre. La panique qui s'empara au moment d&#233;cisif de l'arm&#233;e unioniste, et dont la cause n'a toujours pas &#233;t&#233; clarifi&#233;e, ne pouvait surprendre quiconque est tant soit peu familiaris&#233; avec l'histoire des guerres populaires. De tels incidents se produisirent fr&#233;quemment chez les troupes fran&#231;aises de 1792-1795 [4], mais n'emp&#234;ch&#232;rent aucunement ces m&#234;mes soldats de gagner les batailles de Jemappes et de Fleurus, de Montenotte, Castiglione et Rivoli. Les railleries de la presse europ&#233;enne sur la panique de Bull Run n'ont qu'une seule excuse &#224; leur sottise : les fanfaronnades d'une partie de la presse nord-am&#233;ricaine avant le d&#233;clenchement de la bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;pit de six mois cons&#233;cutif &#224; la d&#233;faite de Manassas fut exploit&#233; plus efficacement par le Nord que par le Sud. Non seulement les rangs nordistes grossirent bien plus que les rangs sudistes, mais leurs officiers re&#231;urent une meilleure instruction ; la discipline et l'entra&#238;nement des troupes ne se heurt&#232;rent pas aux m&#234;mes obstacles qu'au Sud. Les tra&#238;tres et les incapables furent en grande partie &#233;cart&#233;s : le temps de la panique de Bull Run appartient au pass&#233;. Certes, il ne faut pas juger les deux arm&#233;es selon les crit&#232;res propres aux principales arm&#233;es europ&#233;ennes, voire &#224; l'ancienne arm&#233;e r&#233;guli&#232;re des &#201;tats-Unis. En fait, Napol&#233;on r&#233;ussit &#224; parfaire en un mois, dans ses casernes, l'entra&#238;nement des bataillons de nouvelles recrues, puis &#224; les entra&#238;ner &#224; la marche dans le second, et les conduire &#224; l'ennemi le troisi&#232;me. Mais, alors, chaque bataillon recevait un compl&#233;ment suffisant d'officiers et de sous-officiers &#233;prouv&#233;s ; et, enfin, on attribuait &#224; chaque compagnie de vieux soldats, pour qu'au jour de la bataille les jeunes troupes fussent entour&#233;es, ou mieux encadr&#233;es par les v&#233;t&#233;rans. Or, toutes ces conditions font d&#233;faut &#224; l'Am&#233;rique. Sans la masse consid&#233;rable de l'exp&#233;rience militaire de ceux qui ont &#233;migr&#233; en Am&#233;rique, &#224; la suite des convulsions r&#233;volutionnaires de 1848-1849, l'organisation des arm&#233;es de l'Union e&#251;t exig&#233; un temps plus long encore [5]. Le nombre tr&#232;s r&#233;duit des morts et des bless&#233;s par rapport au nombre total des troupes engag&#233;es (habituellement de un sur vingt) d&#233;montre que la plupart des engagements, m&#234;me les plus r&#233;cents, au Kentucky et au Tennessee, ont &#233;t&#233; effectu&#233;s principalement en utilisant des armes &#224; feu &#224; longue distance, et que les rares charges &#224; la ba&#239;onnette s'arr&#234;taient bient&#244;t devant le feu de l'ennemi, ou bien mettaient l'adversaire en fuite avant m&#234;me qu'on en v&#238;nt au corps &#224; corps. Dans l'intervalle, la nouvelle campagne s'est ouverte sous des auspices plus favorables, avec l'avance de Buell et Halleck &#224; travers le Kentucky en direction du Tennessee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir reconquis le Missouri et la Virginie occidentale, l'Union ouvrit la campagne en avan&#231;ant en direction du Kentucky [6]. Les s&#233;cessionnistes tenaient l&#224; trois fortes positions ou camps retranch&#233;s : Columbus sur le Mississippi &#224; leur gauche ; Bowling Green au centr&#233; ; Mill Springs sur la rivi&#232;re de Cumberland &#224; leur droite. Leur ligne s'&#233;tendait d'ouest en est, sur plus de trois cents milles. L'ampleur de cette ligne enlevait aux trois corps engag&#233;s toute possibilit&#233; de se soutenir mutuellement, et offrait aux troupes de l'Union la chance de pouvoir attaquer chacun d'eux isol&#233;ment et avec des forces sup&#233;rieures. La grande erreur des s&#233;cessionnistes fut, dans la disposition de leurs forces, de vouloir tenir tout le terrain occup&#233;. Le Kentucky e&#251;t &#233;t&#233; d&#233;fendu avec bien plus d'efficacit&#233; au moyen d'un seul camp puissamment fortifi&#233;, au centre du pays, pr&#233;par&#233; comme champ de bataille pour un engagement d&#233;cisif et tenu par le gros de l'arm&#233;e : ou bien il aurait attir&#233; le gros des forces unionistes, ou bien il les aurait mises dans une position p&#233;rilleuse, d&#232;s lors qu'elles eussent tent&#233; d'attaquer une concentration de troupes aussi forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les conditions donn&#233;es, les unionistes r&#233;solurent d'attaquer les trois camps l'un apr&#232;s l'autre, en cherchant &#224; en faire sortir l'ennemi par une s&#233;rie de man&#339;uvres en vue de l'obliger &#224; accepter le combat en rase campagne. Ce plan correspondant &#224; toutes les r&#232;gles de l'art militaire fut ex&#233;cut&#233; avec d&#233;cision et rapidit&#233;. Vers la mi-janvier, un corps d'environ quinze mille unionistes marcha sur Mill Springs [7], tenu par vingt mille s&#233;cessionnistes. Les unionistes man&#339;uvr&#232;rent si bien qu'ils firent croire &#224; leurs adversaires qu'ils n'avaient affaire qu'&#224; un faible d&#233;tachement. Le g&#233;n&#233;ral Zollicoffer tomba aussit&#244;t dans le pi&#232;ge : il sortit de son camp retranch&#233; et attaqua les unionistes. Trop tard, il se rendit compte qu'il avait en face de lui une force sup&#233;rieure. Il fut tu&#233;, et ses troupes subirent une d&#233;faite aussi compl&#232;te que les unionistes &#224; Bull Run. Mais, cette fois-ci, la victoire fut tout autrement exploit&#233;e. L'arm&#233;e vaincue fut &#233;troitement talonn&#233;e jusqu'&#224; ce que, &#233;puis&#233;e, d&#233;moralis&#233;e, ayant perdu son artillerie de campagne et ses trains d'&#233;quipage, elle parvint &#224; son camp de Mill Springs. Ce camp ayant &#233;t&#233; &#233;difi&#233; sur le c&#244;t&#233; nord de la rivi&#232;re de Cumberland, en cas d'une nouvelle d&#233;faite, la garnison avait la retraite coup&#233;e, hormis par le fleuve, au moyen de quelques navires a vapeur ou de barques de rivi&#232;re. Nous avons not&#233; qu'en g&#233;n&#233;ral les camps s&#233;cessionnistes sont &#233;difi&#233;s sur la rive ennemie des fleuves. Il n'est pas seulement de r&#232;gle, mais encore pratique de s'aligner de la sorte, mais &#224; condition d'avoir un pont &#224; dos. Dans ce cas, le camp sert de t&#234;te de pont et donne &#224; ceux qui le tiennent le privil&#232;ge de jeter leurs forces &#224; volont&#233; sur l'une ou l'autre rive du fleuve, c'est-&#224;-dire de dominer compl&#232;tement le cours d'eau. En revanche, un camp sur le c&#244;t&#233; ennemi du fleuve, sans pont &#224; dos, coupe toute voie de retraite apr&#232;s un engagement malheureux, et force les troupes &#224; capituler ou les expose au massacre et &#224; la noyade, comme ce fut le cas pour les unionistes pr&#232;s de Ball's Bluff sur la rive ennemie du Potomac o&#249; la trahison du g&#233;n&#233;ral Stone les avait envoy&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les s&#233;cessionnistes vaincus eurent atteint leur camp de Mill Springs, ils comprirent aussit&#244;t qu'il leur fallait ou bien repousser l'attaque de l'ennemi contre leurs retranchements, ou bien capituler sous peu. Or apr&#232;s l'exp&#233;rience du matin, ils avaient perdu confiance en leur capacit&#233; de r&#233;sistance. En cons&#233;quence, lorsque les unionistes avanc&#232;rent le lendemain pour attaquer le camp, ils s'aper&#231;urent que l'ennemi avait mis la nuit &#224; profit pour traverser le fleuve, en leur abandonnant le camp, les trains d'&#233;quipage, l'artillerie et l'approvisionnement. De cette mani&#232;re, l'extr&#233;mit&#233; droite de la ligne s&#233;cessionniste &#233;tait repouss&#233;e vers le Tennessee, et le Kentucky oriental, o&#249; la masse de la population est hostile au parti esclavagiste, fut reconquis par l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment - vers la mi-janvier - les unionistes commenc&#232;rent les pr&#233;paratifs pour d&#233;loger les s&#233;cessionnistes de Columbus et de Bowling Green. Une puissante flotte de vaisseaux &#224; mortiers et de canonni&#232;res blind&#233;es &#233;tait tenue pr&#234;te, et la nouvelle fut lanc&#233;e aux quatre vents qu'elle servirait &#224; convoyer une nombreuse arm&#233;e le long du Mississippi, de Cairo &#224; Memphis et &#224; La Nouvelle-Orl&#233;ans. En fait, toutes les d&#233;monstrations sur le Mississippi n'&#233;taient que de simples man&#339;uvres de diversion. Au moment d&#233;cisif, les canonni&#232;res furent achemin&#233;es sur l'Ohio, puis de l&#224; sur le Tennessee qu'elles remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Henry. Avec Fort Donelson sur la rivi&#232;re de Cumberland, cette place forte constituait la seconde ligne de d&#233;fense des s&#233;cessionnistes au Tennessee. La position avait &#233;t&#233; bien choisie, car, en cas de retraite derri&#232;re le Cumberland, ce cours d'eau couvrirait leur front tout comme le Tennessee prot&#233;geait leur flanc gauche, l'&#233;troite bande de terre entre les deux fleuves &#233;tant suffisamment couverte par les deux forts ci-dessus mentionn&#233;s. Cependant, gr&#226;ce &#224; une action rapide, les unionistes enfonc&#232;rent m&#234;me la seconde ligne, avant qu'ils aient attaqu&#233; l'aile gauche et le centre de la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re semaine de f&#233;vrier, les canonni&#232;res unionistes firent leur apparition devant Fort Henry, qui fut enlev&#233; apr&#232;s un court bombardement. La garnison put s'&#233;chapper et rejoindre Fort Donelson, car les forces terrestres, dont disposait l'exp&#233;dition n'&#233;taient pas assez nombreuses pour encercler la place. Les canonni&#232;res redescendirent donc le Tennessee jusqu'&#224; l'Ohio et, de l&#224; par le Cumberland, remont&#232;rent jusqu'&#224; Fort Donelson. Une canonni&#232;re isol&#233;e remonta hardiment le Tennessee, en plein c&#339;ur de l'&#201;tat du m&#234;me nom, en fr&#244;lant l'&#201;tat du Missouri ; elle progressa jusqu'&#224; Florence dans le nord de l'Alabama, o&#249; une s&#233;rie de marais et de bancs (connus sous le nom de Muscle Shoals) interdit toute poursuite de la navigation. Le fait qu'une seule canonni&#232;re ait pu accomplir cette longue croisi&#232;re d'au moins cent cinquante milles et revenir ensuite sans avoir subi la moindre attaque prouve que les sentiments unionistes pr&#233;valent le long du fleuve et seront fort utiles le jour o&#249; les troupes de l'Union avanceront jusque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;dition fluviale sur le Cumberland combinait cependant ses mouvements avec ceux des forces terrestres, sous le g&#233;n&#233;ral Halleck et Grant. Les s&#233;cessionnistes stationn&#233;s &#224; Bowling Green furent induits en erreur par la d&#233;monstration des unionistes. Ils rest&#232;rent tranquillement dans leur camp pendant la semaine qui suivit la chute de Fort Henry, tandis que Fort Donelson &#233;tait encercl&#233; c&#244;t&#233; terre par quarante mille unionistes et que le c&#244;t&#233; fleuve &#233;tait menac&#233; par une puissante flotte de canonni&#232;res. Comme le camp de Mill Springs et Fort Henry, Fort Donelson a le cours d'eau &#224; dos, sans disposer d'un pont pour la retraite. C'est la place la plus forte que les unionistes aient attaqu&#233;e jusqu'ici. Les travaux de fortification avaient &#233;t&#233; effectu&#233;s avec le plus grand soin ; en outre, la place &#233;tait assez vaste pour contenir et loger vingt mille hommes. Au premier jour de l'attaque, les canonni&#232;res r&#233;duisirent au silence les batteries, dont le feu &#233;tait dirig&#233; sur le c&#244;t&#233; du fleuve, et bombard&#232;rent l'int&#233;rieur du p&#233;rim&#232;tre fortifi&#233;, tandis que les troupes terrestres repoussaient les avant-postes ennemis et for&#231;aient le gros des s&#233;cessionnistes &#224; chercher protection juste sous les canons de leurs propres travaux fortifi&#233;s. Le second jour, il semble que les canonni&#232;res, qui avaient &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;prouv&#233;es la veille, n'aient pas r&#233;alis&#233; grand-chose. En revanche, les troupes terrestres eurent &#224; mener une bataille longue et chaude par endroits avec les colonnes de la garnison, qui tentaient de percer l'aile droite de l'ennemi pour s'assurer une ligne de retraite en direction de Nashville. Cependant, une attaque &#233;nergique de l'aile droite des unionistes sur l'aile gauche des s&#233;cessionnistes et d'importants renforts au profit de l'aile gauche unioniste d&#233;cid&#232;rent de la victoire des assaillants. Diff&#233;rents postes fortifi&#233;s ext&#233;rieurs furent pris d'assaut. Coinc&#233;e dans sa ligne de d&#233;fense int&#233;rieure, sans aucune voie de retraite et manifestement hors d'&#233;tat de r&#233;sister &#224; un nouvel assaut, la garnison se rendit sans condition le lendemain.&lt;br class='autobr' /&gt;
II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Fort Donelson, l'artillerie, le train d'&#233;quipage et le mat&#233;riel de guerre de la garnison tomb&#232;rent entre les mains des unionistes ; trente mille s&#233;cessionnistes se rendirent le jour de la capitulation ; mille autres le lendemain, et sit&#244;t que l'avant-garde des vainqueurs parut devant Clarksville, cette ville situ&#233;e sur le cours sup&#233;rieur du Cumberland ouvrit ses portes. Les s&#233;cessionnistes y avaient &#233;galement stock&#233; d'importantes r&#233;serves de vivres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de Fort Donelson cache cependant un petit myst&#232;re : la fuite du g&#233;n&#233;ral Floyd avec cinq mille hommes le second jour du bombardement. Ces fuyards &#233;taient trop nombreux pour dispara&#238;tre comme par enchantement durant la nuit, sur les bateaux &#224; vapeur. Quelques mesures de pr&#233;caution de la part des assaillants eussent pu pr&#233;venir leur fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept jours apr&#232;s la reddition de Fort Donelson, les f&#233;d&#233;r&#233;s occup&#232;rent Nashville. La distance entre ces deux localit&#233;s est d'environ cent milles anglais. Il leur a donc fallu faire quinze milles par jour, sur des routes d&#233;fonc&#233;es et durant la saison la plus mauvaise de l'ann&#233;e : cela fait honneur aux troupes unionistes. A la nouvelle de la chute de Fort Donelson, les s&#233;cessionnistes &#233;vacu&#232;rent Bowling Green ; une semaine plus tard, ils abandonn&#232;rent Columbus et se retir&#232;rent sur une &#238;le du Mississippi, quarante-cinq milles plus au sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union avait ainsi enti&#232;rement reconquis le Kentucky. Il se trouve que les s&#233;cessionnistes ne pourront tenir le Tennessee que s'ils livrent et gagnent une grande bataille [8]. Il semble qu'ils aient concentr&#233; plus de soixante-cinq mille hommes dans ce but. Cependant, rien n'emp&#234;che les unionistes de leur opposer une force encore bien sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conduite des op&#233;rations dans la campagne du Kentucky m&#233;rite les plus vifs &#233;loges. La reconqu&#234;te d'un territoire aussi vaste, l'avance en direction de l'Ohio jusqu'au Cumberland en un seul mois, tout cela r&#233;v&#232;le une &#233;nergie, une d&#233;cision et une rapidit&#233; d'ex&#233;cution que les arm&#233;es r&#233;guli&#232;res d'Europe ont rarement &#233;gal&#233;es. Que l'on compare, par exemple, la lente progression des Alli&#233;s de Magenta &#224; Solferino en 1859, sans poursuite de l'ennemi en retraite, sans tentative d'isoler les tra&#238;nards ou de d&#233;border et d'encercler des corps de troupe entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Halleck et Grant en particulier donnent de bons exemples de conduite militaire &#233;nergique. En laissant compl&#232;tement de c&#244;t&#233; Columbus et Bowling Green, ils concentr&#232;rent leurs forces aux points d&#233;cisifs - Fort Henry et Fort Donelson - qu'ils attaqu&#232;rent rapidement et avec &#233;nergie, rendant ainsi Columbus et Bowling Green intenables. Ensuite, ils se mirent aussit&#244;t en marche vers Clarksville et Nashville, sans laisser le temps aux s&#233;cessionnistes en retraite d'occuper de nouvelles positions, dans le nord du Tennessee. Durant cette rapide poursuite, le corps d'arm&#233;e s&#233;cessionniste de Columbus resta compl&#232;tement coup&#233; du centre et de l'aile droite de son arm&#233;e. Des journaux anglais ont injustement critiqu&#233; cette op&#233;ration. M&#234;me si l'attaque de Fort Donelson e&#251;t &#233;chou&#233;, les s&#233;cessionnistes pouvaient &#234;tre retenus pr&#232;s de Bowling Green par le g&#233;n&#233;ral Buell : ils n'eussent donc pu d&#233;tacher une troupe suffisante pour permettre &#224; la. garnison de poursuivre les unionistes en rase campagne et menacer leur retraite. Par ailleurs, Columbus est si &#233;loign&#233; qu'ils ne pouvaient en aucun cas intervenir dans les op&#233;rations conduites par Grant. De fait, lorsque les unionistes eurent nettoy&#233; le Missouri des s&#233;cessionnistes, Columbus n'&#233;tait plus pour ces derniers qu'un poste d&#233;pourvu de tout int&#233;r&#234;t. Les troupes de sa garnison durent se retirer en toute h&#226;te sur Memphis ou m&#234;me l'Arkansas, afin de ne pas &#234;tre oblig&#233;s de rendre leurs armes sans gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite du nettoyage du Missouri et de la reconqu&#234;te du Kentucky, le th&#233;&#226;tre de guerre s'est r&#233;tr&#233;ci au point que les diff&#233;rentes arm&#233;es peuvent coop&#233;rer dans une certaine mesure sur toute la ligne d'op&#233;ration et s'entraider pour atteindre certains r&#233;sultats. En d'autres termes, c'est maintenant seulement que la guerre prend un caract&#232;re strat&#233;gique et que la configuration g&#233;ographique du pays rev&#234;t un int&#233;r&#234;t nouveau. C'est &#224; pr&#233;sent aux g&#233;n&#233;raux nordistes de d&#233;couvrir le talon d'Achille des &#201;tats cotonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la prise de Nashville, il ne pouvait y avoir d'op&#233;ration strat&#233;gique commune aux arm&#233;es du Kentucky et &#224; celles du Potomac, s&#233;par&#233;es par de trop longues distances. Certes, elles se trouvaient sur la m&#234;me ligne de front, mais leurs lignes d'op&#233;ration &#233;taient compl&#232;tement diff&#233;rentes. C'est seulement avec l'avance victorieuse dans le Tennessee que les mouvements des arm&#233;es du Kentucky prennent de l'importance pour le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journaux am&#233;ricains influenc&#233;s par McClellan ont fait grand bruit de la th&#233;orie &#171; anaconda &#187; d'enveloppement, qui pr&#233;conise qu'une immense ligne d'arm&#233;es encercle la r&#233;bellion, resserre progressivement ses membres et &#233;trangle finalement l'ennemi. C'est pur enfantillage. C'est un r&#233;chauff&#233; du soi-disant syst&#232;me de cordon invent&#233; en Autriche vers 1770, utilis&#233; contre les Fran&#231;ais de 1792 &#224; 1797 avec tant d'obstination et marqu&#233; par les &#233;checs incessants que l'on sait. A Jemappes, Fleurus et, tout particuli&#232;rement &#224; Montenotte, Millesimo, Dego, Castiglione et Rivoli, le syst&#232;me de l'&#233;tranglement a fait long feu. Les Fran&#231;ais coupaient en deux l' &#171; anaconda &#187;, en concentrant leur attaque sur un point avec des forces sup&#233;rieures, puis ils mettaient en pi&#232;ces, l'un apr&#232;s l'autre, les morceaux de l' &#171; anaconda &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#201;tats plus ou moins peupl&#233;s et centralis&#233;s, il existe toujours un centre, dont l'occupation par l'ennemi brise le plus souvent la r&#233;sistance nationale. Paris en est un exemple frappant. Cependant, les &#201;tats esclavagistes ne poss&#232;dent pas un tel centre. Ils sont peu peupl&#233;s et ne poss&#232;dent gu&#232;re de grandes villes, sauf &#231;&#224; et l&#224; sur la c&#244;te. Cependant, il faut se demander s'il existe au moins un centre de gravit&#233; militaire, dont la capture briserait les reins de la r&#233;sistance, ou bien - comme ce fut le cas de la Russie jusqu'en 1812 - faut-il, pour remporter la victoire, occuper chaque village et chaque localit&#233;, en un mot : occuper toute la p&#233;riph&#233;rie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetons donc un coup d'&#339;il sur la configuration g&#233;ographique de Secessia, avec sa longue bande c&#244;ti&#232;re sur l'Atlantique et sur le golfe du Mexique. Aussi longtemps que les conf&#233;d&#233;r&#233;s tenaient le Kentucky et le Tennessee, son territoire formait un ensemble bien compact. La perte de ces deux &#201;tats a enfonc&#233; dans leur territoire un gigantesque coin qui s&#233;pare les &#201;tats situ&#233;s sur la c&#244;te nord de l'oc&#233;an Atlantique des &#201;tats situ&#233;s sur le golfe du Mexique. La route directe de la Virginie et des deux Carolines au Texas &#224; la Louisiane, au Mississippi et m&#234;me, en partie, &#224; l'Alabama, passe par le Tennessee que les unionistes viennent d'occuper. La seule route qui, apr&#232;s la conqu&#234;te totale du Tennessee par l'Union, relie les deux sections des &#201;tats esclavagistes, passe par la G&#233;orgie. Cela d&#233;montre que la G&#233;orgie est la cl&#233; de Secessia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perdant la G&#233;orgie, la Conf&#233;d&#233;ration a &#233;t&#233; coup&#233;e en deux sections qui ne disposent plus d'aucune communication entre elles. Or, il est impensable que les s&#233;cessionnistes puissent reconqu&#233;rir la G&#233;orgie, car les forces militaires unionistes y seraient concentr&#233;es en une position centrale, tandis que leurs adversaires, divis&#233;s en deux camps, auraient &#224; peine suffisamment de forces pour mener une attaque conjointe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il conqu&#233;rir toute la G&#233;orgie, y compris la c&#244;te sud de Floride, pour mener &#224; bien une telle op&#233;ration ? Nullement. Dans un pays ou les communications, notamment entre deux points &#233;loign&#233;s, d&#233;pendent bien plus du chemin de fer que des routes terrestres, il suffit d'enlever la voie ferr&#233;e. La ligne de chemin de fer la plus m&#233;ridionale entre les &#201;tats du golfe du Mexique et ceux de la c&#244;te nord de l'Atlantique passe par Macon et Gordon, pr&#232;s de Milledgeville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation de ces deux points couperait donc Secessia en deux et permettrait aux unionistes de battre une partie apr&#232;s l'autre. Il ressort de ce que nous venons de dire qu'aucune r&#233;publique sudiste n'est viable sans la possession du Tennessee. En effet, sans le Tennessee, le point vital de la G&#233;orgie ne se trouve qu'&#224; huit ou dix jours de marche de la fronti&#232;re. Le Nord tient donc sans cesse le Sud &#224; la gorge : &#224; la moindre pression de son poing, le Sud doit c&#233;der ou reprendre la lutte pour survivre, dans des conditions o&#249; une seule d&#233;faite lui enl&#232;ve toute perspective de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;coule de ces consid&#233;rations que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Potomac n'est pas la position la plus importante du th&#233;&#226;tre de guerre. La prise de Richmond et l'avance de l'arm&#233;e du Potomac vers le sud - difficiles &#224; cause des nombreux cours d'eau qui coupent la ligne de marche - pourraient avoir un terrible effet psychologique, mais du point de vue purement militaire, elles ne d&#233;cideraient rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;cision de la campagne repose sur l'arm&#233;e du Kentucky, qui occupe actuellement le Tennessee, territoire sans lequel la s&#233;cession ne peut vivre. Il faudrait donc renforcer cette arm&#233;e, aux d&#233;pens des autres et en sacrifiant toutes les op&#233;rations mineures. Ses prochains points d'attaque seraient Chattanooga et Dalton sur le Tennessee sup&#233;rieur, ces villes &#233;tant les n&#339;uds ferroviaires les plus importants de tout le Sud. Apr&#232;s leur occupation, les &#201;tats de l'est et de l'ouest de Secessia ne seraient plus reli&#233;s que par les lignes de communication de G&#233;orgie. Il ne resterait plus qu'&#224; couper la ligne de chemin de fer suivante de l'Atlanta en G&#233;orgie, et enfin de d&#233;truire la derni&#232;re liaison entre les deux sections, en occupant Macon et Gordon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, si le plan &#171; anaconda &#187; &#233;tait poursuivi, en d&#233;pit de tous les succ&#232;s remport&#233;s localement et m&#234;me sur le Potomac, la guerre pourrait se prolonger &#224; l'infini, cependant que les difficult&#233;s financi&#232;res et les complications diplomatiques pourraient cr&#233;er une nouvelle marge de man&#339;uvre pour le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] En 1860, l'Alabama, la G&#233;orgie, la Louisiane, le Mississippi, la Floride, la Caroline du Sud et le Texas avaient au total 4 969 141 habitants, dont 46,5 %, soit 2 312 350, &#233;taient des esclaves. Dans deux de ces &#201;tats - la Caroline du Sud et le Mississippi - les esclaves &#233;taient plus nombreux que l'ensemble des Blancs et Noirs libres. La Virginie, le Tennessee, la Caroline du Nord et l'Arkansas comptaient 4 134 191 habitants en 1860, dont 29,2 % d'esclaves soit 1208 758. Ne serait-ce que du point de vue militaire, une politique radicalement abolitionniste e&#251;t cass&#233; les reins aux sudistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] En r&#233;ponse aux actes de guerre de la Conf&#233;d&#233;ration du Sud, le gouvernement de Lincoln avait appel&#233;, le 15 avril 1861, soixante-quinze mille volontaires au service arm&#233;, croyant pouvoir r&#233;gler le conflit en trois mois. En fait, la guerre de S&#233;cession tra&#238;na jusqu'en 1865.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Sur la rivi&#232;re Bull Run, pr&#232;s de la ville de Mannassas, au sud-ouest de Washington, eut lieu le 21 juillet 1861 la premi&#232;re bataille importante de la guerre civile am&#233;ricaine. L'arm&#233;e du Sud triompha des troupes nordistes plus nombreuses, mais mal pr&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Dans sa lettre &#224; Marx du 26.9.1851, Engels explique que la premi&#232;re phase d'une r&#233;volution implique toujours la spontan&#233;it&#233; et l'anarchie, qui affectent et dissolvent l'ancien r&#233;gime : &#171; Il est &#233;vident que la d&#233;sorganisation des arm&#233;es et le rel&#226;chement absolu de la discipline furent aussi bien la condition que le r&#233;sultat de toute r&#233;volution qui ait triomph&#233; jusqu'ici. La France dut attendre 1792 pour r&#233;organiser une petite arm&#233;e de soixante &#224; quatre-vingt mille hommes, celle de Dumouriez, qui cependant se d&#233;composa bient&#244;t. On peut donc dire qu'il n'y eut pratiquement aucune arm&#233;e organis&#233;e en France jusqu'&#224; la fin 1793. &#187; Et de montrer que la discipline d&#233;pend des buts politiques poursuivis, et non de la dictature militaire, du moins en p&#233;riodes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Comme durant la premi&#232;re r&#233;volution am&#233;ricaine, des forces progressives de plusieurs nations europ&#233;ennes aid&#232;rent l&#232;s Am&#233;ricains dans leur lutte au cours de la guerre anti-esclavagiste. parmi les r&#233;volutionnaires allemands de 1848 qui avaient &#233;migr&#233; aux &#201;tats-Unis, il y avait des bourgeois lib&#233;raux tels que Schurz et Kapp, et des amis communistes de Marx et d'Engels tels que Weydemeyer et Anneke (cf. Correspondance Marx-Engels, des 29.5. et 4.6.1862, l. c., pp. 113-116 : Anneke informait directement Engels de ce qui se passait sur le th&#233;&#226;tre d'op&#233;rations am&#233;ricain). On estime &#224; deux cent mille le nombre des Allemands qui se port&#232;rent volontaires pour aider le Nord &#224; combattre les esclavagistes. Ils firent profiter de leur exp&#233;rience les arm&#233;es nordistes peu aguerries et mal organis&#233;es au d&#233;but des hostilit&#233;s.. Certains r&#233;volutionnaires de 1848 organis&#232;rent leurs propres d&#233;tachements, par exemple le 8&#176; r&#233;giment de volontaires allemands. L'action de Marx et d'Engels en faveur du Nord anti-esclavagiste se relie &#233;videmment &#224; ce mouvement concret aux &#201;tats-Unis. Comme on le sait, Marx avait envisag&#233;, &#224; un moment donn&#233;, d'&#233;migrer aux &#201;tats-Unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par comparaison, voici les chiffres en ce qui concerne la participation des Noirs (ou esclaves) &#224; la lutte aux c&#244;t&#233;s du Nord : on n'a compt&#233; que 186 017 hommes de couleur ayant servi dans les arm&#233;es nordistes durant la guerre. Sur ce chiffre, 123 156 &#233;taient en service en juillet 1865 (on sait que les Noirs furent tardivement accept&#233;s de mani&#232;re officielle dans l'arm&#233;e). Les Noirs se battirent avec un courage extraordinaire, et perdirent 68 178 hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Du point de vue militaire et politique, la campagne du Kentucky de 1862 fut d'une importance d&#233;cisive. La ligne de d&#233;fense des conf&#233;d&#233;r&#233;s, de Columbus &#224;, Bowling Green, avait deux centres vitaux au Tennessee, Fort Henry et Fort Donelson. Ces places fortes d&#233;fendaient deux importants passages au c&#339;ur du Sud, les rivi&#232;res Cumberland et Tennessee. Leur prise ne permit pas seulement aux nordistes d'ouvrir une br&#232;che profonde dans la Conf&#233;d&#233;ration sudiste, mais encore de rendre intenable la position des sudistes au Kentucky. C'est pourquoi, ces deux forts furent l'objectif imm&#233;diat de la campagne de l'Union, et Grant les occupa les 6 et 15.2.1862. La prise de Fort Donelson entra&#238;na l'&#233;vacuation des positions de Bowling Green, de Columbus et de Nashville (au Tennessee).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces victoires de l'Union eurent de grandes cons&#233;quences militaires. Par le fleuve du Tennessee, les nordistes purent p&#233;n&#233;trer jusqu'au nord de l'Alabama et m&#234;me en G&#233;orgie. Ce fut la premi&#232;re amorce pour enfoncer un coin jusqu'au golfe du Mexique et couper la Conf&#233;d&#233;ration sudiste en deux parties isol&#233;es l'une de l'autre. En outre, ces succ&#232;s permirent d'occuper le Kentucky, &#201;tat fronti&#232;re vital, et de r&#233;cup&#233;rer une partie du Tennessee. Les nordistes avanc&#232;rent en tout de deux cents milles. Par ailleurs, ces victoires eurent un grand retentissement politique. Elles montr&#232;rent &#224; l'Europe - et notamment &#224; l'Angleterre - que le Sud n'&#233;tait pas invincible sur les champs de bataille. Enfin, elles enlev&#232;rent les derniers doutes qui pouvaient subsister sur le r&#244;le du Kentucky dans le conflit, et permirent d'entreprendre une guerre plus r&#233;volutionnaire contre les esclavagistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] En ce qui concerne l'&#233;tude d&#233;taill&#233;e du rapport des forces arm&#233;es lors des diff&#233;rentes op&#233;rations, aux divers moments de la guerre de S&#233;cession am&#233;ricaine, cf. The War of the Rebellion : A Compilation of the Official Records of the Union en cinquante-six volumes. La s&#233;rie I traite particuli&#232;rement de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] De fait, les conf&#233;d&#233;r&#233;s engag&#232;rent une double campagne au Kentucky et au Maryland en septembre 1862, mais ils furent battus. Cf. les articles ci-apr&#232;s : &#171; La situation en Am&#233;rique du Nord &#187; (10 novembre 1862), et &#171; Les &#233;v&#233;nements d'Am&#233;rique du Nord &#187; (12 octobre 1862). Comme Marx et Engels l'ont mis en &#233;vidence, le Sud devait attaquer en raison de la nature m&#234;me de ses conditions sociales, tandis que le Nord, en raison de ses. h&#233;sitations essentiellement politiques, se tenait sur la d&#233;fensive, bien qu'il jou&#238;t d'une sup&#233;riorit&#233; sociale et militaire incontestable. (N. d. T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1862/05/km18620520.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/gcus/gcus.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'individu pour Marx/Engels</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique : &lt;br class='autobr' /&gt;
I. Production &lt;br class='autobr' /&gt;
a) L'objet de cette &#233;tude est tout d'abord la production mat&#233;rielle. Des individus produi&#173;sant en soci&#233;t&#233; - donc une production d'individus socialement d&#233;termin&#233;e, tel est naturelle&#173;ment le point de d&#233;part. Le chasseur et le p&#234;cheur individuels et isol&#233;s, par lesquels commen&#173;cent Smith et Ricardo, font partie des plates fictions du XVIII&#176; si&#232;cle. Robinsonades qui n'expriment nullement, comme se l'imaginent certains (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans Introduction &#224; la critique de l'&#233;conomie politique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. Production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) L'objet de cette &#233;tude est tout d'abord la production mat&#233;rielle. Des individus produi&#173;sant en soci&#233;t&#233; - donc une production d'individus socialement d&#233;termin&#233;e, tel est naturelle&#173;ment le point de d&#233;part. Le chasseur et le p&#234;cheur individuels et isol&#233;s, par lesquels commen&#173;cent Smith et Ricardo, font partie des plates fictions du XVIII&#176; si&#232;cle. Robinsonades qui n'expriment nullement, comme se l'imaginent certains historiens de la civilisation, une simple r&#233;action contre des exc&#232;s de raffinement et un retour &#224; un &#233;tat de nature mal compris. De m&#234;me, le contrat social de Rousseau qui, entre des sujets ind&#233;pendants par nature, &#233;tablit des relations et des liens au moyen d'un pacte, ne repose pas davantage sur un tel naturalisme. Ce n'est qu'apparence, apparence d'ordre purement esth&#233;tique dans les petites et grandes robinso&#173;nades. Il s'agit, en r&#233;alit&#233;, d'une anticipation de la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187; qui se pr&#233;parait depuis le XVI&#176; si&#232;cle et qui, au XVIII&#176; marchait &#224; pas de g&#233;ant vers sa maturit&#233;. Dans cette soci&#233;t&#233; o&#249; r&#232;gne la libre concurrence, l'individu appara&#238;t d&#233;tach&#233; des liens naturels, etc., qui font de lui &#224; des &#233;poques historiques ant&#233;rieures un &#233;l&#233;ment d'un conglom&#233;rat humain d&#233;termin&#233; et d&#233;limit&#233;. Pour les proph&#232;tes du XVIII&#176; si&#232;cle, - Smith et Ricardo se situent encore compl&#232;tement sur leurs positions, - cet individu du XVIII&#176; si&#232;cle - produit, d'une part, de la d&#233;composition des formes de soci&#233;t&#233; f&#233;odales, d'autre part, des forces de production nouvelles qui se sont d&#233;velopp&#233;es depuis le XVI&#176; si&#232;cle - appara&#238;t comme un id&#233;al qui aurait exist&#233; dans le pass&#233;. Ils voient en lui non un aboutissement historique, mais le point de d&#233;part de l'histoire, parce qu'ils consid&#232;rent cet individu comme quelque chose de naturel, conforme &#224; leur conception de la nature humaine, non comme un produit de l'histoire, mais comme une donn&#233;e de la nature. Cette illusion a &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant partag&#233;e par toute &#233;poque nou&#173;velle. Steuart, qui, &#224; plus d'un &#233;gard, s'oppose au XVIII&#176; si&#232;cle et, en sa qualit&#233; d'aristo&#173;crate, se tient davantage sur le terrain historique, a &#233;chapp&#233; &#224; cette illusion na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on remonte dans le cours de l'histoire, plus l'individu &#8211; et par suite l'individu produc&#173;teur, lui aussi, - appara&#238;t dans un &#233;tat de d&#233;pendance, membre d'un ensemble plus grand : cet &#233;tat se manifeste tout d'abord de fa&#231;on tout &#224; fait naturelle dans la famille et dans la famille &#233;largie jusqu'&#224; former la tribu ; puis dans les diff&#233;rentes formes de communaut&#233;s, issues de l'opposition et de la fusion des tribus. Ce n'est qu'au XVIII&#176; si&#232;cle, dans la &#171; soci&#233;t&#233; bourgeoise &#187;, que les diff&#233;rentes formes de l'ensemble social se pr&#233;sentent &#224; l'individu com&#173;me un simple moyen de r&#233;aliser ses buts particuliers, comme une n&#233;cessit&#233; ext&#233;rieure. Mais l'&#233;poque qui engendre ce point de vue, celui de l'individu isol&#233;, est pr&#233;cis&#233;ment celle o&#249; les rapports sociaux (rev&#234;tant de ce point de vue un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral) ont atteint le plus grand d&#233;veloppement qu'ils aient connu. L'homme est, au sens le plus litt&#233;ral, un [...] [1], non seule&#173;ment un animal sociable, mais un animal qui ne peut s'isoler que dans la soci&#233;t&#233;. La production r&#233;alis&#233;e en dehors de la soci&#233;t&#233; par l'individu isol&#233; - fait exceptionnel qui peut bien arriver &#224; un civilis&#233; transport&#233; par hasard dans un lieu d&#233;sert et qui poss&#232;de d&#233;j&#224; en puissance les forces propres &#224; la soci&#233;t&#233; - est chose aussi absurde que le serait le d&#233;veloppe&#173;ment du langage sans la pr&#233;sence d'individus vivant et parlant ensemble. Inutile de s'y arr&#234;ter plus longtemps. Il n'y aurait aucune raison d'aborder ce point si cette niaiserie, qui avait un sens et une raison d'&#234;tre chez les gens du XVIII&#176; si&#232;cle, n'avait &#233;t&#233; r&#233;introduite tr&#232;s s&#233;rieuse&#173;ment par Bastiat, Carey, Proudhon etc., en pleine &#233;conomie politique moderne. Pour Proudhon entre autres, il est naturellement bien commode de faire de la mythologie pour donner une explication historico-philosophique d'un rapport &#233;conomique dont il ignore l'ori&#173;gine historique : l'id&#233;e de ce rapport serait venue un beau jour toute pr&#234;te &#224; l'esprit d'Adam ou de Prom&#233;th&#233;e, qui l'ont alors introduite dans le monde, etc... Rien de plus fastidieux et de plus plat que le locus communis [lieu commun] en proie au d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;TERNISATION DES RAPPORTS DE PRODUCTION HISTORIQUES. PRODUCTION ET DISTRIBUTION EN G&#201;N&#201;RAL. PROPRI&#201;T&#201;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc nous parlons de production, c'est toujours de la production &#224; un stade d&#233;ter&#173;mi&#173;n&#233; du d&#233;veloppement social qu'il s'agit - de la production d'individus vivant en soci&#233;t&#233;. Aussi pourrait-il sembler que, pour parler de la production en g&#233;n&#233;ral, il faille, soit suivre le proc&#232;s historique de son d&#233;veloppement dans ses diff&#233;rentes phases, soit d&#233;clarer de prime abord que l'on s'occupe d'une &#233;poque historique d&#233;termin&#233;e, par exemple de la production bourgeoise moderne, qui est, en fait, notre v&#233;ritable sujet. Mais toutes les &#233;poques de la production ont certains caract&#232;res communs, certaines d&#233;terminations communes. La production en g&#233;n&#233;ral est une abstraction, mais une abstraction rationnelle, dans la mesure o&#249;, soulignant et pr&#233;cisant bien les traits communs, elle nous &#233;vite la r&#233;p&#233;tition. Cepen&#173;dant, ce caract&#232;re g&#233;n&#233;ral, ou ces traits communs, que permet de d&#233;gager la comparaison, forment eux-m&#234;mes un ensemble tr&#232;s complexe dont les &#233;l&#233;ments divergent pour rev&#234;tir des d&#233;termi&#173;nations diff&#233;rentes. Certains de ces caract&#232;res appartiennent &#224; toutes les &#233;poques, d'autres sont communs &#224; quelques-unes seulement. [Certaines] de ces d&#233;terminations appara&#238;tront communes &#224; l'&#233;poque la plus moderne comme &#224; la plus ancienne. Sans elles, on ne peut concevoir aucune production. Mais, s'il est vrai que les langues les plus &#233;volu&#233;es ont en commun avec les moins &#233;volu&#233;es certaines lois et d&#233;terminations, ce qui constitue leur &#233;volution, c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui les diff&#233;rencie de ces caract&#232;res g&#233;n&#233;raux et communs ; aussi faut-il bien distinguer les d&#233;terminations qui valent pour la production en g&#233;n&#233;ral, afin que l'unit&#233; - qui d&#233;coule d&#233;j&#224; du fait que le sujet, l'humanit&#233;, et l'objet, la nature, sont identi&#173;ques - ne fasse pas oublier la diff&#233;rence essentielle. C'est de cet oubli que d&#233;coule, par exemple, toute la sagesse des &#233;conomistes modernes qui pr&#233;tendent prouver l'&#233;ternit&#233; et l'harmonie des rapports sociaux existant actuellement. Par exemple, pas de production possible sans un instrument de production, cet instrument ne serait-il que la main. Pas de production possible sans travail pass&#233; accumul&#233;, ce travail ne serait-il que l'habilet&#233; que l'exe&#173;r&#173;cice r&#233;p&#233;t&#233; a d&#233;velopp&#233;e et fix&#233;e dans la main du sauvage. Entre autres choses, le capital est, lui aussi, un instrument de production, c'est, lui aussi, du travail pass&#233;, objectiv&#233;. Donc le capital est un rapport naturel universel et &#233;ternel ; oui, mais &#224; condition de n&#233;gliger pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;l&#233;ment sp&#233;cifique, ce qui seul transforme en capital l'&#171; instrument de produc&#173;tion &#187;, le &#171; travail accumul&#233; &#187;. Toute l'histoire des rapports de production appara&#238;t ainsi, par exemple chez Carey, comme une falsification provoqu&#233;e par la malveillance des gouverne&#173;ments. S'il n'y a pas de production en g&#233;n&#233;ral, il n'y a pas non plus de production g&#233;n&#233;rale. La production est toujours une branche particuli&#232;re de la production - par exemple l'agriculture, l'&#233;levage du b&#233;tail, la manufacture, etc., ou bien elle constitue un tout. Mais l'&#233;conomie politique n'est pas la technologie. Il faudra expliquer ailleurs (plus tard) le rapport entre les d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales de la production &#224; un stade social donn&#233; et les formes particuli&#232;res de la production. Enfin la production n'est pas non plus uniquement une production particuli&#232;re, elle appara&#238;t toujours sous la forme d'un certain corps social d'un sujet social, qui exerce son activit&#233; dans un ensemble plus ou moins grand et riche de branches de la production. Il n'y a pas encore lieu non plus d'&#233;tudier ici le rapport existant entre l'expos&#233; scientifique et le mouvement r&#233;el. Production en g&#233;n&#233;ral. Branches particuli&#232;res de la production. Production consid&#233;r&#233;e dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de mode en &#233;conomie politique de faire pr&#233;c&#233;der toute &#233;tude d'une partie g&#233;n&#233;rale, - celle, pr&#233;cis&#233;ment, qui figure sous le titre de Production (cf., par exemple, J. Stuart Mill), - dans laquelle on traite des conditions g&#233;n&#233;rales de toute production. Cette partie g&#233;n&#233;rale comprend ou est cens&#233;e comprendre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'&#233;tude des conditions sans lesquelles la production n'est pas possible, et qui se borne donc en fait &#224; la mention des facteurs essentiels communs &#224; toute production. Mais, en r&#233;alit&#233;, cela se r&#233;duit, comme nous le verrons, &#224; quelques d&#233;terminations tr&#232;s simples rab&#226;ch&#233;es en plates tautologies ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'&#233;tude des conditions qui favorisent plus ou moins le d&#233;veloppement de la produc&#173;tion, comme, par exemple, l'&#233;tat social progressif ou stagnant d'Adam Smith. Pour donner un caract&#232;re scientifique &#224; ce qui, chez lui, a sa valeur comme aper&#231;u, il faudrait &#233;tudier les p&#233;riodes de divers degr&#233;s de productivit&#233; au cours du d&#233;veloppement de diff&#233;rents peuples - &#233;tude qui d&#233;passe les limites proprement dites de notre sujet, mais qui, dans la mesure o&#249; elle y entre, doit &#234;tre expos&#233;e dans la partie expliquant la concurrence, l'accumu&#173;lation, etc. Sous sa forme g&#233;n&#233;rale, la conclusion aboutit &#224; cette g&#233;n&#233;ralit&#233; qu'un peuple industriel est &#224; l'apog&#233;e de sa production au moment m&#234;me o&#249;, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, il atteint son apog&#233;e historique. Et, de fait, un peuple est &#224; son apog&#233;e industrielle tant que ce n'est pas encore le profit, mais la recherche du gain qui est pour lui l'essentiel. Sup&#233;riorit&#233;, en ce sens, des Yankees sur les Anglais. Ou bien, aussi, on aboutit &#224; ceci, que certaines races, certaines dispositions, certains climats, certaines conditions naturelles, comme la situation au bord de la mer, la fertilit&#233; du sol, etc., sont plus favorables que d'autres &#224; la production. Ce qui donne de nouveau cette tautologie : la richesse se cr&#233;e d'autant plus facilement que ses &#233;l&#233;ments subjectifs et objectifs existent &#224; un degr&#233; plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans cette partie g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas de tout cela qu'il s'agit en r&#233;alit&#233; pour les &#233;conomistes. Il s'agit bien plut&#244;t, comme le montre l'exemple de Mill, de repr&#233;senter la production, &#224; la diff&#233;rence de la distribution, etc., comme enclose dans des lois naturelles, &#233;ternelles, ind&#233;pendantes de l'histoire, et &#224; cette occasion de glisser en sous-main cette id&#233;e que les rapports bourgeois sont des lois naturelles immuables de la soci&#233;t&#233; con&#231;ue in abstracto [dans l'abstrait]. Tel est le but auquel tend plus ou moins consciemment tout ce proc&#233;d&#233;. Dans la distribution, au contraire, les hommes se seraient permis d'agir en fait avec beaucoup d'arbitraire. Abstraction faite de cette disjonction brutale de la production et la distribution et de la rupture de leur rapport r&#233;el, on peut d&#232;s l'abord voir au moins ceci clairement : si diverse que puisse &#234;tre la distribution aux diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233;, il doit &#234;tre possible, tout aussi bien que pour la production, de d&#233;gager des caract&#232;res communs, et possible aussi d'effacer ou de supprimer toutes les diff&#233;rences historiques pour &#233;noncer des lois s'appliquant &#224; l'homme en g&#233;n&#233;ral. Par exemple, l'esclave, le serf, le travailleur salari&#233; re&#231;oivent tous une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de nourriture qui leur permet de subsister en tant qu'esclave, serf, salari&#233;. Qu'ils vivent du tribut, de l'imp&#244;t, de la rente fonci&#232;re, de l'aum&#244;ne ou de la d&#238;me, le conqu&#233;rant, le fonctionnaire, le propri&#233;taire foncier, le moine ou le l&#233;vite re&#231;oivent tous une quote-part de la production sociale qui est fix&#233;e suivant d'autres lois que celle des esclaves, etc. Les deux principaux points que tous les &#233;conomistes placent sous cette rubrique sont : 1&#176; propri&#233;t&#233; ; 2&#176; garantie de cette derni&#232;re par la justice, la police, etc. On peut r&#233;pondre &#224; cela tr&#232;s bri&#232;vement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point : Toute production est appropriation de la nature par l'individu dans le cadre et par l'interm&#233;diaire d'une forme de soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e. En ce sens, c'est une tautologie de dire que la propri&#233;t&#233; (appropriation) est une condition de la production. Mais il est ridicule de partir de l&#224; pour passer d'un saut &#224; une forme d&#233;termin&#233;e de la propri&#233;t&#233;, par exemple &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. (Ce qui, de plus, suppose &#233;galement comme condition une forme oppos&#233;e, la non-propri&#233;t&#233;.)L'histoire nous montre bien plut&#244;t dans la propri&#233;t&#233; commune (par exemple chez les Indiens, les Slaves, les anciens Celtes, etc.) la forme primitive, forme qui, sous l'aspect de propri&#233;t&#233; communale, jouera longtemps encore un r&#244;le important. Quant &#224; savoir si la richesse se d&#233;veloppe mieux sous l'une ou l'autre forme de propri&#233;t&#233;, il n'en est encore nullement question ici. Mais, dire qu'il ne puisse &#234;tre question d'aucune production, ni par cons&#233;quent d'aucune soci&#233;t&#233; o&#249; n'existe aucune forme de propri&#233;t&#233;, est pure tautologie. Une appropriation qui ne s'approprie rien est une contradictio in subjecto [une contradiction dans les termes].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le deuxi&#232;me point : Mise en s&#251;ret&#233; des biens acquis, etc. Si l'on r&#233;duit ces banalit&#233;s &#224; leur contenu r&#233;el, elles expriment beaucoup plus que ne s'en doutent ceux qui les pr&#234;chent. A savoir que toute forme de production engendre ses propres rapports juridiques, sa propre forme de gouvernement, etc. C'est manquer de finesse et de perspicacit&#233; que d'&#233;tablir entre des choses formant un tout organique des rapports contingents, que d'&#233;tablir seulement entre elles un lien de la r&#233;flexion. C'est ainsi que les &#233;conomistes bourgeois ont le sentiment vague que la production est plus facile avec la police moderne qu'&#224; l'&#233;poque par exemple du &#171; droit du plus fort &#187;. Ils oublient seulement que le &#171; droit du plus fort &#187; est &#233;galement un droit, et qui survit sous une autre forme dans leur &#171; &#201;tat juridique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les conditions sociales r&#233;pondant &#224; un stade d&#233;termin&#233; de la production sont seulement en voie de formation ou, au contraire, quand elles sont d&#233;j&#224; en voie de disparition, des perturbations se produisent naturellement dans la production, bien qu'elles soient d'un degr&#233; et d'un effet variables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;sumer : tous les stades de la production ont des d&#233;terminations communes auxquelles la pens&#233;e pr&#234;te un caract&#232;re g&#233;n&#233;ral ; mais les pr&#233;tendues conditions g&#233;n&#233;rales de toute production ne sont rien d'autre que ces facteurs abstraits, qui ne r&#233;pondent &#224; aucun stade historique r&#233;el de la production. II. Rapport g&#233;n&#233;ral entre la production et la distribution, l'&#233;change, la consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous engager plus avant dans l'analyse de la production, il est n&#233;cessaire d'examiner les diff&#233;rentes rubriques dont l'accompagnent les &#233;conomistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; l'id&#233;e telle qu'elle se pr&#233;sente d'elle-m&#234;me : dans la production, les membres de la soci&#233;t&#233; adaptent (produisent, fa&#231;onnent) les produits de la nature conform&#233;ment &#224; des besoins humains ; la distribution d&#233;termine la proportion dans laquelle l'individu participe &#224; la r&#233;partition de ces produits ; l'&#233;change lui procure les produits particuliers en lesquels il veut convertir la quote-part qui lui est d&#233;volue par la distribution ; dans la consommation enfin les produits deviennent objets de jouissance, d'appropriation individuelle. La production cr&#233;e les objets qui r&#233;pondent aux besoins ; la distribution les r&#233;partit suivant des lois sociales ; l'&#233;chan&#173;ge r&#233;partit de nouveau ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; r&#233;parti, mais selon les besoins individuels ; dans la consommation enfin, le produit s'&#233;vade de ce mouvement social, il devient directement objet et serviteur du besoin individuel, qu'il satisfait dans la jouissance. La production appara&#238;t ainsi comme le point de d&#233;part, la consommation comme le point final, la distribution et l'&#233;change comme le moyen terme, lequel a, &#224; son tour, un double caract&#232;re, la distribution &#233;tant le moment ayant pour origine la soci&#233;t&#233; et l'&#233;change le moment ayant l'individu pour origine. Dans la production la personne s'objective et dans la personne [2] se subjectivise la chose ; dans la distribution c'est la soci&#233;t&#233;, sous forme de d&#233;terminations g&#233;n&#233;rales domi&#173;nantes, qui fait office d'interm&#233;diaire entre la production et la consommation ; dans l'&#233;change, le passage de l'une &#224; l'autre est assur&#233; par la d&#233;termination contingente de l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution d&#233;termine la proportion (la quantit&#233;) des produits qui &#233;choient &#224; l'individu ; l'&#233;change d&#233;termine les produits que chaque individu r&#233;clame en tant que part qui lui a &#233;t&#233; assign&#233;e par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production, distribution, &#233;change, consommation forment ainsi [suivant la doctrine des &#233;conomistes [3]]un syllogisme dans les r&#232;gles ; la production constitue le g&#233;n&#233;ral, la distribu&#173;tion et l'&#233;change le particulier, la consommation le singulier, &#224; quoi aboutit l'ensemble. Sans doute, c'est bien l&#224; un encha&#238;nement, mais fort superficiel. La production est d&#233;termin&#233;e par des lois naturelles g&#233;n&#233;rales ; la distribution par la contingence sociale, et celle-ci peut, par suite, exercer sur la production une action plus ou moins stimulante ; l'&#233;change se situe entre les deux comme un mouvement social de caract&#232;re formel, et l'acte final de la consommation, con&#231;u non seulement comme abou&#173;tis&#173;se&#173;ment, mais comme but final, est, &#224; vrai dire, en dehors de l'&#233;conomie, sauf dans la mesure o&#249; il r&#233;agit &#224; son tour sur le point de d&#233;part, o&#249; il ouvre &#224; nouveau tout le proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adversaires des &#233;conomistes - adversaires de l'int&#233;rieur ou du dehors, - qui leur reprochent de dissocier d'une fa&#231;on barbare des choses formant un tout, se placent ou bien sur le m&#234;me terrain qu'eux, ou bien au-dessous d'eux. Rien de plus banal que le reproche fait aux &#233;conomistes de consid&#233;rer la production trop exclusivement comme une fin en soi et all&#233;guant que la distribution a tout autant d'importance. Ce reproche repose pr&#233;cis&#233;ment sur la conception &#233;conomique suivant laquelle la distribution existe en tant que sph&#232;re autonome, ind&#233;pendante, &#224; c&#244;t&#233; de la production. Ou bien [on leur reproche] de ne pas consid&#233;rer dans leur unit&#233; ces diff&#233;rentes phases. Comme si cette dissociation n'&#233;tait pas pass&#233;e de la r&#233;alit&#233; dans les livres, mais au contraire des livres dans la r&#233;alit&#233;, et comme s'il s'agissait ici d'un &#233;quilibre dialectique de concepts et non pas de la conception [4] des rapports r&#233;els ! a) La production est aussi consommation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Double caract&#232;re de la consommation, subjectif et objectif : d'une part, l'individu qui d&#233;ve&#173;&#173;lop&#173;pe ses facult&#233;s en produisant les d&#233;pense &#233;galement, les consomme dans l'acte de la produc&#173;tion, tout comme la procr&#233;ation naturelle est consommation des forces vitales. Deuxi&#232;mement : consommation des moyens de production que l'on emploie, qui s'usent, et qui se dissolvent en partie (comme par exemple lors de la combustion) dans les &#233;l&#233;ments de l'univers. De m&#234;me pour la mati&#232;re premi&#232;re, qui ne conserve pas sa forme et sa constitution naturelles, mais qui se trouve consomm&#233;e. L'acte de production est donc lui-m&#234;me dans tous ses moments un acte de consommation &#233;galement. Les &#233;conomistes, du reste, l'admettent. La production consid&#233;r&#233;e comme imm&#233;diatement identique &#224; la consommation et la consomma&#173;tion comme co&#239;ncidant de fa&#231;on imm&#233;diate avec la production, c'est ce qu'ils appellent la consommation productive. Cette identit&#233; de la production et de la consommation revient &#224; la proposition de Spinoza : Determinatio est negatio [Toute d&#233;termination est n&#233;gation].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette d&#233;termination de la consommation productive n'est pr&#233;cis&#233;ment &#233;tablie que pour distinguer la consommation qui s'identifie &#224; la production, de la consommation propre&#173;ment dite, qui est plut&#244;t con&#231;ue comme antith&#232;se destructrice de la production. Consid&#233;rons donc la consommation proprement dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La consommation est de mani&#232;re imm&#233;diate &#233;galement production, de m&#234;me que dans la nature la consommation des &#233;l&#233;ments et des substances chimiques est production de la plante. Il est &#233;vident que dans l'alimen&#173;tation, par exemple, qui est une forme particuli&#232;re de la consommation, l'homme produit son propre corps. Mais cela vaut &#233;galement pour tout autre genre de consommation qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, contribue par quelque c&#244;t&#233; &#224; la production de l'homme. Production consommatrice. Mais, objecte l'&#233;conomie, cette produc&#173;tion qui s'identifie &#224; la consommation est une deuxi&#232;me production, issue de la destruction du premier produit. Dans la premi&#232;re le producteur s'objectivait ; dans la seconde, au contraire, c'est l'objet qu'il a cr&#233;&#233; qui se person&#173;nifie. Ainsi, cette production consommatrice - bien qu'elle constitue une unit&#233; imm&#233;diate de la production et de la consommation - est essen&#173;tiel&#173;le&#173;&#173;ment diff&#233;rente de la production propre&#173;ment dite. L'unit&#233; imm&#233;diate, dans laquelle la produc&#173;tion co&#239;ncide avec la consommation et la consommation avec la production, laisse subsis&#173;ter leur dualit&#233; fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production est donc imm&#233;diatement consommation, la consommation imm&#233;diatement production. Chacune est imm&#233;diatement son contraire. Mais il s'op&#232;re en m&#234;me temps un mouvement m&#233;diateur entre les deux termes. La production est m&#233;diatrice de la consom&#173;mation, dont elle cr&#233;e les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels et qui, sans elle, n'aurait point d'objet. Mais la consommation est aussi m&#233;diatrice de la production en procurant aux produits le sujet pour lequel ils sont des produits. Le produit ne conna&#238;t son ultime accomplissement que dans la consommation. Un chemin de fer sur lequel on ne roule pas, qui donc ne s'use pas, n'est pas consomm&#233;, n'est un chemin de fer que dans le domaine de la possibilit&#233; [...] et non dans celui de la r&#233;alit&#233;. Sans production, pas de consommation ; mais, sans consommation, pas de production non plus, car la production serait alors sans but. La consommation produit la production doublement. 1&#186; C'est dans la consommation seulement que le produit devient r&#233;ellement produit. Par exemple, un v&#234;tement ne devient v&#233;ritablement v&#234;tement que par le fait qu'il est port&#233; ; une maison qui n'est pas habit&#233;e n'est pas, en fait, une v&#233;ritable maison ; le produit donc, &#224; la diff&#233;rence du simple objet naturel, ne s'affirme comme produit, ne devient produit que dans la consommation. C'est la consommation seulement qui, en absor&#173;bant le produit, lui donne la derni&#232;re touche (finishing stroke) ; carla production n'est pas produit en tant qu'activit&#233; objectiv&#233;e, mais seulement en tant qu'objet pour le sujet agissant [la consommation produit la production] [5]. 2&#186; La consommation cr&#233;e le besoin d'une nouvelle production, par cons&#233;quent la raison id&#233;ale, le mobile interne de la production, qui en est la condition pr&#233;alable. La consommation cr&#233;e le mobile de la production ; elle cr&#233;e aussi l'objet qui agit dans la production en d&#233;terminant sa fin. S'il est clair que la production offre, sous sa forme mat&#233;rielle, l'objet de la consommation, il est donc tout aussi clair que la consommation pose id&#233;alement l'objet de la production, sous forme d'image int&#233;rieure, de besoin, de mobile et de fin. Elle cr&#233;e les objets de la production sous une forme encore subjective. Sans besoin, pas de production. Mais la consommation reproduit le besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce double caract&#232;re correspond du c&#244;t&#233; de la production : 1&#186; Elle fournit &#224; la consom&#173;ma&#173;tion sa mati&#232;re, son objet. Une consommation sans objet n'est pas une consommation ; &#224; cet &#233;gard donc la production cr&#233;e, produit la consommation. 2&#186; Mais ce n'est pas seulement l'objet que la production procure &#224; la consommation. Elle lui donne aussi son aspect d&#233;termin&#233;, son caract&#232;re, son fini (finish). Tout comme la consommation donnait la derni&#232;re touche au produit en tant que produit, la production le donne &#224; la consommation. D'abord l'objet n'est pas un objet en g&#233;n&#233;ral, mais un objet d&#233;termin&#233;, qui doit &#234;tre consomm&#233; d'une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e, &#224; laquelle la production elle-m&#234;me doit servir [6] d'interm&#233;diaire. La faim est la faim, mais la faim qui se satisfait avec de la viande cuite, mang&#233;e avec fourchette et couteau, est une autre faim que celle qui avale de la chair crue en se servant des mains, des ongles et des dents. Ce n'est pas seulement l'objet de la consommation, mais aussi le mode de consommation qui est donc produit par la production, et ceci non seulement d'une mani&#232;re objective, mais aussi subjective. La production cr&#233;e donc le consommateur. 3&#186; La production ne fournit donc pas seulement un objet mat&#233;riel au besoin, elle fournit aussi un besoin &#224; l'objet mat&#233;riel. Quand la consommation se d&#233;gage de sa grossi&#232;ret&#233; primitive et perd son caract&#232;re imm&#233;diat - et le fait m&#234;me de s'y attarder serait encore le r&#233;sultat d'une production rest&#233;e &#224; un stade de grossi&#232;ret&#233; primitive -, elle a elle-m&#234;me, en tant qu'instinct, l'objet pour m&#233;diateur. Le besoin qu'elle &#233;prouve de cet objet est cr&#233;&#233; par la perception de celui-ci. L'objet d'art - comme tout autre produit - cr&#233;e un public apte &#224; comprendre l'art et &#224; jouir de la beaut&#233;. La production ne produit donc pas seulement un objet pour le sujet, mais aussi un sujet pour l'objet. La production produit donc la consommation 1&#186; en lui fournissant la mati&#232;re ; 2&#186; en d&#233;terminant le mode de consommation ; 3&#186; en faisant na&#238;tre chez le consom&#173;ma&#173;teur le besoin de produits pos&#233;s d'abord simplement par elle sous forme d'objets. Elle pro&#173;duit donc l'objet de la consommation, le mode de consommation, l'instinct de la consom&#173;mation. De m&#234;me la consommation engendre l'aptitude du producteur en le sollicitant sous la forme d'un besoin d&#233;terminant le but de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'identit&#233; entre la consommation et la production appara&#238;t donc sous un triple aspect :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Identit&#233; imm&#233;diate. La production est consommation ; la consommation est produc&#173;tion. Production consommatrice. Consommation productive. Toutes deux sont appel&#233;es consommation productive par les &#233;cono&#173;mis&#173;tes. Mais ils font encore une diff&#233;rence. La premi&#232;re prend la forme de reproduction ; la seconde, de consommation productive. Toutes les recherches sur la premi&#232;re sont l'&#233;tude du travail productif ou improductif ; les recherches sur la seconde sont celle de la consommation productive ou improductive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Chacune appara&#238;t comme le moyen de l'autre ; elle est m&#233;di&#233;e par l'autre ; ce qui s'expri&#173;me par leur interd&#233;pendance, mouvement qui les rapporte l'une &#224; l'autre et les fait appara&#238;tre comme indispensables r&#233;ciproquement, bien qu'elles restent cependant ext&#233;rieures l'une &#224; l'autre. La production cr&#233;e la mati&#232;re de la consommation en tant qu'objet ext&#233;rieur ; la consommation cr&#233;e pour la production le besoin en tant qu'objet interne, en tant que but. Sans production, pas de consommation ; sans consommation, pas de production. Ceci figure dans l'&#233;conomie politique sous de nombreuses formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La production n'est pas seulement imm&#233;diatement consommation, ni la consommation imm&#233;diatement production ; la production n'est pas non plus seulement moyen pour la consommation, ni la consommation but pour la production, en ce sens que chacune d'elles fournit &#224; l'autre son objet, la production l'objet ext&#233;rieur de la consommation, la consom&#173;ma&#173;tion l'objet figur&#233; de la production. En fait, chacune d'elles n'est pas seulement imm&#233;diate&#173;ment l'autre, ni seulement m&#233;diatrice de l'autre, mais chacune d'elles, en se r&#233;alisant, cr&#233;e l'autre ; se cr&#233;e sous la forme de l'autre. C'est la consommation qui accomplit pleinement l'acte de la production en donnant au produit son caract&#232;re achev&#233; de produit, en le dissolvant en consommant la forme objective ind&#233;pendante qu'il rev&#234;t, en &#233;levant &#224; la dext&#233;rit&#233;, par le besoin de la r&#233;p&#233;tition, l'aptitude d&#233;velopp&#233;e dans le premier acte de la production ; elle n'est donc pas seulement l'acte final par lequel le produit devient v&#233;ritablement produit, mais celui par lequel le producteur devient &#233;galement v&#233;ritablement producteur. D'autre part, la production produit la consommation en cr&#233;ant le mode d&#233;termin&#233; de la consommation, et ensuite en faisant na&#238;tre l'app&#233;tit de la consommation, la facult&#233; de consommation, sous forme de besoin. Cette derni&#232;re identit&#233;, que nous avons pr&#233;cis&#233;e au paragraphe 3, est com&#173;men&#173;t&#233;e en &#233;conomie politique sous des formes multiples, &#224; propos des rapports entre l'offre et la demande, les objets et les besoins, les besoins cr&#233;&#233;s par la soci&#233;t&#233; et les besoins naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus simple alors, pour un h&#233;g&#233;lien, que de poser la production et la consomma&#173;tion comme identiques. Et cela n'a pas &#233;t&#233; seulement le fait d'hommes de lettres socialistes, mais de prosa&#239;ques &#233;conomistes m&#234;me ; par exemple de Say, sous la forme suivante : quand on consid&#232;re un peuple, ou bien l'humanit&#233; in abstracto, on voit que sa production est sa consommation. Storch a montr&#233; l'erreur de Say : un peuple, par exemple, ne consomme pas purement et simplement sa production, mais cr&#233;e aussi des moyens de production, etc., du capital fixe, etc. Consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; comme un sujet unique, c'est au surplus la consid&#233;rer d'un point de vue faux - sp&#233;culatif. Chez un sujet, production et con&#173;som&#173;ma&#173;tion apparaissent comme des moments d'un m&#234;me acte. L'important ici est seulement de souligner ceci : que l'on consid&#232;re la production et la consommation comme des activit&#233;s d'un sujet ou de nom&#173;breux individus [7], elles apparaissent en tout cas comme les moments d'un proc&#232;s dans lequel la production est le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite aussi le facteur qui l'emporte. La consommation en tant que n&#233;cessit&#233;, que besoin, est elle-m&#234;me un facteur interne de l'activit&#233; productive ; maiscette derni&#232;re est le point de d&#233;part de la r&#233;alisa&#173;tion et par suite aussi son facteur pr&#233;dominant, l'acte dans lequel tout le proc&#232;s se d&#233;roule &#224; nouveau. L'individu produit un objet et fait retour en soi-m&#234;me par la consommation de ce dernier, mais il le fait en tant qu'individu productif et qui se reproduit lui-m&#234;me. La consom&#173;ma&#173;tion appara&#238;t ainsi comme moment de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dans la soci&#233;t&#233;, le rapport entre le producteur et le produit, d&#232;s que ce dernier est achev&#233;, est un rapport ext&#233;rieur,- et le retour du produit au sujet d&#233;pend des relations de celui-ci avec d'autres individus. Il n'en devient pas imm&#233;diatement possesseur. Aussi bien, l'appropriation imm&#233;diate du produit n'est-elle pas la fin que se propose le producteur quand il produit dans la soci&#233;t&#233;. Entre le producteur et les produits intervient la distribution, qui par des lois sociales d&#233;termine la part qui lui revient dans la masse des produits et se place ainsi entre la production et la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, alors, la distribution constitue-t-elle une sph&#232;re autonome &#224; c&#244;t&#233; et en dehors de la production ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) Distribution et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe n&#233;cessairement tout d'abord, quand on consid&#232;re les trait&#233;s ordinaires d'&#233;conomie politique, c'est que toutes les cat&#233;gories y sont pos&#233;es sous une double forme. Par exemple, dans la distribution figurent : rente fonci&#232;re, salaire, int&#233;r&#234;t et profit, tandis que dans la production terre, travail, capital figurent comme agents de la production. Or, en ce qui concerne le capital, il appara&#238;t clairement d&#232;s l'abord qu'il est pos&#233; sous deux formes : 1&#176; comme agent de production ; 2&#176; comme source de revenus : comme formes de distribution d&#233;termin&#233;es et d&#233;terminantes. Par suite, int&#233;r&#234;t et profit figurent aussi en tant que tels dans la production, dans la mesure o&#249; ils sont des formes sous lesquelles le capital augmente, s'accro&#238;t, donc des facteurs de sa production m&#234;me. Int&#233;r&#234;t et profit, en tant que formes de distribution, supposent le capital consid&#233;r&#233; comme agent de la production. Ce sont des modes de distribution qui ont pour postulat le capital comme agent de la production. Ce sont &#233;galement des modes de reproduction du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le salaire est le travail salari&#233;, que les &#233;conomistes consid&#232;rent sous une autre rubrique : le caract&#232;re d&#233;termin&#233; d'agent de production que poss&#232;de ici le travail appara&#238;t l&#224; comme d&#233;termination de la distribution. Si le travail n'&#233;tait pas d&#233;fini comme travail salari&#233;, le mode suivant lequel il participe &#224; la r&#233;partition des produits n'appara&#238;trait pas sous la forme de salaire : c'est le cas par exemple dans l'esclavage. Enfin la rente fonci&#232;re, pour prendre tout de suite la forme la plus d&#233;velopp&#233;e de la distribution, par laquelle la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re participe &#224; la r&#233;partition des produits, suppose la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re (&#224; vrai dire la grande agriculture) comme agent de production, et non tout simplement la terre, pas plus que le salaire ne suppose le travail tout court. Les rapports et les modes de distribution apparais&#173;sent donc simplement comme l'envers des agents de production. Un individu qui participe &#224; la production sous la forme du travail salari&#233; participe sous la forme du salaire &#224; la r&#233;partition des produits, r&#233;sultats de la production. La structure de la distribution est enti&#232;rement d&#233;termin&#233;e par la structure de la production. La distribution est elle-m&#234;me un produit de la production non seulement en ce qui concerne l'objet, le r&#233;sultat de la production seul pouvant &#234;tre distribu&#233;, mais aussi en ce qui concerne la forme, le mode pr&#233;cis de participation &#224; la production d&#233;terminant les formes particuli&#232;res de la distribution, c'est-&#224;-dire d&#233;terminant sous quelle forme le producteur participera &#224; la distribution. Il est absolu&#173;ment illusoire de placer la terre dans la production, la rente fonci&#232;re dans la distribution, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;conomistes comme Ricardo, auxquels on a le plus reproch&#233; de n'avoir en vue que la production, ont par suite d&#233;fini la distribution comme l'objet exclusif de l'&#233;conomie politique, parce qu'instinctivement ils voyaient dans les formes de distribution l'expression la plus nette des rapports fixes des agents de production dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par rapport &#224; l'individu isol&#233;, la distribution appara&#238;t naturellement comme une loi sociale qui conditionne sa position &#224; l'int&#233;rieur de la production dans le cadre de laquelle il produit, et qui pr&#233;c&#232;de donc la production. De par son origine, l'individu n'a pas de capital, pas de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. D&#232;s sa naissance, il est r&#233;duit au travail salari&#233; par la distribution sociale. Mais le fait m&#234;me qu'il y soit r&#233;duit r&#233;sulte de l'existence du capital, de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re comme agents de production ind&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res, la distribution, &#224; un autre point de vue encore, semble pr&#233;c&#233;der la production et la d&#233;terminer ; pour ainsi dire comme un fait pr&#233;&#173;&#233;cono&#173;mique. Un peuple conqu&#233;rant partage le pays entre les conqu&#233;rants et impose ainsi une certaine r&#233;partition et une certaine forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re : Il d&#233;termine donc la production. Ou bien il fait des peuples conquis des esclaves et fait ainsi du travail servile la base de la production. Ou bien un peuple, par la r&#233;volution, brise la grande propri&#233;t&#233; et la morcelle ; il donne donc ainsi par cette nouvelle distribution un nouveau caract&#232;re &#224; la production. Ou bien enfin la l&#233;gislation perp&#233;tue la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re dans certaines familles, ou fait du travail un privil&#232;ge h&#233;r&#233;ditaire et lui imprime ainsi un caract&#232;re de caste. Dans tous ces cas, et tous sont historiques, la distribution ne semble pas &#234;tre organis&#233;e et d&#233;termin&#233;e par la production, mais inversement la production semble l'&#234;tre par la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa conception la plus banale, la distribution appara&#238;t comme distribution des produits, et ainsi comme plus &#233;loign&#233;e de la production et pour ainsi dire ind&#233;pendante de celle-ci. Mais, avant d'&#234;tre distribution des produits, elle est : 1&#176; distribution des instruments de production, et 2&#176;, ce qui est une autre d&#233;termination du m&#234;me rapport, distribution des membres de la soci&#233;t&#233; entre les diff&#233;rents genres de production. (Subordination des individus &#224; des rapports de production d&#233;termin&#233;s.) La distribution des produits n'est manifestement que le r&#233;sultat de cette distribution, qui est incluse dans le proc&#232;s de production lui-m&#234;me et d&#233;termine la structure de la production. Consid&#233;rer la production sans tenir compte de cette distribution, qui est incluse en elle, c'est manifestement abstraction vide, alors qu'au contraire la distribution des produits est impliqu&#233;e par cette distribution, qui constitue &#224; l'origine un facteur m&#234;me de la production. Ricardo, &#224; qui il importait de concevoir la production moderne dans sa structure sociale d&#233;termin&#233;e et qui est l'&#233;conomiste de la production par excellence [8], affirme pour cette raison que ce n'estpas la production, mais la distribution qui constitue le sujet v&#233;ritable de l'&#233;conomie politique moderne. D'o&#249; l'absurdit&#233; des &#233;conomistes qui traitent de la production comme d'une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle, tandis qu'ils rel&#232;guent l'histoire dans le domaine de la distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de savoir quel rapport s'&#233;tablit entre la distribution et la production qu'elle d&#233;termine rel&#232;ve manifestement de la production m&#234;me. Si l'on pr&#233;tendait qu'alors, du fait que la production a n&#233;cessairement son point de d&#233;part dans une certaine distribution des instruments de production, la distribution, au moins dans ce sens, pr&#233;c&#232;de la production, en constitue la condition pr&#233;alable, on pourrait r&#233;pondre &#224; cela que la production a effectivement ses propres conditions et pr&#233;misses, qui en constituent des facteurs. Ces derniers peuvent appara&#238;tre tout au d&#233;but comme des donn&#233;es naturelles. Le proc&#232;s m&#234;me de la production transforme ces donn&#233;es naturelles en donn&#233;es historiques et, s'ils apparaissent pour une p&#233;riode comme des pr&#233;misses naturelles de la production, ils en ont &#233;t&#233; pour une autre p&#233;riode le r&#233;sultat historique. Dans le cadre m&#234;me de la production, ils sont constamment modifi&#233;s. Par exemple, le machinisme a modifi&#233; aussi bien la distribution des instruments de production que celle des produits. La grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re moderne elle-m&#234;me est le r&#233;sultat aussi bien du commerce moderne et de l'industrie moderne que de l'application de cette derni&#232;re &#224; l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les, questions soulev&#233;es plus haut se ram&#232;nent toutes en derni&#232;re instance &#224; celle de savoir comment des conditions historiques g&#233;n&#233;rales interviennent dans la production et quel est le rapport de celle-ci avec le mouvement historique en g&#233;n&#233;ral. La question rel&#232;ve manifestement de la discussion et de l'analyse de la production elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sous la forme triviale o&#249; elles ont &#233;t&#233; soulev&#233;es plus haut, on peut les r&#233;gler &#233;galement d'un mot. Dans toutes les conqu&#234;tes, il y a trois possibilit&#233;s. Le peuple conqu&#233;rant impose au peuple conquis son propre mode de production (par exemple les Anglais en Irlande dans ce si&#232;cle, en partie dans l'Inde) ; ou bien il laisse subsister l'ancien mode de production et se contente de pr&#233;lever un tribut (par exemple les Turcs et les Romains) ; ou bien il se produit une action r&#233;ciproque qui donne naissance &#224; quelque chose de nouveau, &#224; une synth&#232;se (en partie dans les conqu&#234;tes germaniques). Dans tous les cas, le mode de production, soit celui du peuple conqu&#233;rant ou celui du peuple conquis, ou encore celui qui provient de la fusion des deux pr&#233;c&#233;dents, est d&#233;terminant pour la distribution nouvelle qui appara&#238;t. Bien que celle-ci se pr&#233;sente comme condition pr&#233;alable de la nouvelle p&#233;riode de production, elle est ainsi elle-m&#234;me &#224; son tour un produit de la production, non seulement de la production historique en g&#233;n&#233;ral, mais de telle ou telle production historique d&#233;termin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Mongols, par leurs d&#233;vastations en Russie par exemple, agissaient conform&#233;ment &#224; leur mode de production fond&#233; sur le p&#226;turage, qui exigeait comme condition essentielle de grands espaces inhabit&#233;s. Les barbares germaniques, dont le mode de production traditionnel comportait la culture par les serfs et la vie isol&#233;e &#224; la campagne, purent d'autant plus facile&#173;ment soumettre les provinces romaines &#224; ces conditions, que la concentration de la propri&#233;t&#233; terrienne qui s'y &#233;tait op&#233;r&#233;e avait d&#233;j&#224; compl&#232;tement boulevers&#233; l'ancien r&#233;gime de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une image traditionnelle que dans certaines p&#233;riodes on n'aurait v&#233;cu que de pillage. Mais, pour pouvoir piller, il faut qu'il existe quelque chose &#224; piller, donc une production. Et le mode de pillage est lui-m&#234;me &#224; son tour d&#233;termin&#233; par le mode de production. Une stock-jobbing nation [nation de sp&#233;culateurs en Bourse] par exemple ne peut pas &#234;tre pill&#233;e comme une nation de vachers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la personne de l'esclave, l'instrument de production est directement ravi. Mais alors la production du pays, au profit duquel il est ravi, doit &#234;tre organis&#233;e de telle sorte qu'elle permette le travail d'esclave, ou (comme dans l'Am&#233;rique du Sud, etc.) il faut que l'on cr&#233;e un mode de production conforme &#224; l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des lois peuvent perp&#233;tuer dans certaines familles un instrument de production, par exemple la terre. Ces lois ne prennent une importance &#233;conomique que lorsque la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re est en harmonie avec la production sociale, comme en Angleterre par exemple. En France, on a pratiqu&#233; la petite culture malgr&#233; l'existence de la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, aussi cette derni&#232;re fut-elle d&#233;truite par la R&#233;volution. Mais qu'advient-il si l'on pr&#233;tend perp&#233;tuer par des lois le morcellement par exemple. Malgr&#233; ces lois, la propri&#233;t&#233; se concentre de nouveau. Il y a lieu de d&#233;terminer &#224; part quelle influence les lois exercent sur le maintien des rapports de distribution et par suite quelle est leur influence sur la production. c) &#201;change et production&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La circulation elle-m&#234;me n'est qu'un moment d&#233;termin&#233; de l'&#233;change ou encore l'&#233;change consid&#233;r&#233; dans sa totalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; l'&#233;change n'est qu'un facteur servant d'interm&#233;diaire entre la produc&#173;tion et la distribution qu'elle d&#233;termine ainsi que la consommation ; dans la mesure d'autre part o&#249; cette derni&#232;re appara&#238;t elle-m&#234;me comme un facteur de la production, l'&#233;change est manifestement aussi inclus dans cette derni&#232;re en tant que moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, il est &#233;vident que l'&#233;change d'activit&#233;s et de capacit&#233;s qui s'effectue dans la production elle-m&#234;me en fait directement partie et en est un &#233;l&#233;ment essentiel. Deuxi&#232;me&#173;ment, cela est vrai de l'&#233;change des produits pour autant que cet &#233;change est l'instrument qui sert &#224; fournir le produit achev&#233; destin&#233; &#224; la consommation imm&#233;diate. Dans cette mesure, l'&#233;change lui-m&#234;me est un acte inclus dans la production. Troisi&#232;mement, l'&#233;change (exchange) entre marchands (dealers) est, de par son organisation, &#224; la fois d&#233;termin&#233; enti&#232;&#173;re&#173;ment par la production et lui-m&#234;me activit&#233; productive. L'&#233;change n'appara&#238;t comme ind&#233;pendant &#224; c&#244;t&#233; de la production, comme indiff&#233;rent vis-&#224;-vis d'elle, que dans le dernier stade, o&#249; le produit est &#233;chang&#233; imm&#233;diatement pour &#234;tre consomm&#233;. Mais, 1&#176; il n'y a pas d'&#233;change sans division du travail, que celle-ci soit naturelle ou m&#234;me d&#233;j&#224; un r&#233;sultat historique ; 2&#176; l'&#233;change priv&#233; suppose la production priv&#233;e ; 3&#176; l'intensit&#233; de l'&#233;change comme son extension et son mode sont d&#233;termin&#233;s par le d&#233;veloppement et la structure de la production. Par exemple, l'&#233;change entre la ville et la campagne ; l'&#233;change &#224; la campagne, &#224; la ville, etc. Dans tous ces moments, l'&#233;change appara&#238;t donc comme directement compris dans la production, ou d&#233;termin&#233; par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat auquel nous arrivons n'est pas que la production, la distribution, l'&#233;change, la consommation sont identiques, mais qu'ils sont tous des &#233;l&#233;ments d'une totalit&#233;, des diff&#233;renciations &#224; l'int&#233;rieur d'une unit&#233;. La production d&#233;borde aussi bien son propre cadre dans sa d&#233;termination antith&#233;tique d'elle-m&#234;me que les autres moments. C'est &#224; partir d'elle que recommence sans cesse le proc&#232;s. Il va de soi qu'&#233;change et consommation ne peuvent &#234;tre ce qui l'emporte. Il en est de m&#234;me de la distribution en tant que distribution des produits. Mais, en tant que distribution des agents de production, elle est elle-m&#234;me un moment de la production. Une production d&#233;termin&#233;e d&#233;termine donc une consommation, une distribution, un &#233;change d&#233;termin&#233;s, elle r&#232;gle &#233;galement les rapports r&#233;ciproques d&#233;termin&#233;s de ces diff&#233;rents moments. A vrai dire, la production, elle aussi, sous sa forme exclusive, est, de son c&#244;t&#233;, d&#233;termin&#233;e par les autres facteurs. Par exemple quand le march&#233;, c'est-&#224;-dire la sph&#232;re de l'&#233;change, s'&#233;tend, le volume de la production s'accro&#238;t et il s'op&#232;re en elle une division plus profonde. Une transformation de la distribution entra&#238;ne une transformation de la production ; c'est le cas, par exemple, quand il y a concentration du capital, ou r&#233;partition diff&#233;rente de la population &#224; la ville et &#224; la campagne, etc. Enfin les besoins inh&#233;rents &#224; la consommation d&#233;terminent la production. Il y a action r&#233;ciproque entre les diff&#233;rents moments. C'est le cas pour n'importe quelle totalit&#233; organique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. La m&#233;thode de l'&#233;conomie politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous consid&#233;rons un pays donn&#233; au point de vue de l'&#233;conomie politique, nous commen&#231;ons par &#233;tudier sa population, la division de celle-ci en classes, sa r&#233;partition dans les villes, &#224; la campagne, au bord de la mer, les diff&#233;rentes branches de production, l'exportation et l'importation, la production et la consommation annuelles, les prix des marchandises, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que ce soit la bonne m&#233;thode de commencer par le r&#233;el et le concret, qui constituent la condition pr&#233;alable effective, donc en &#233;conomie politique, par exemple, la population qui est la base et le sujet de l'acte social de production tout entier. Cependant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, on s'aper&#231;oit que c'est l&#224; une erreur. La population est une abstraction si l'on n&#233;glige par exemple les classes dont elle se compose. Ces classes sont &#224; leur tour un mot creux si l'on ignore les &#233;l&#233;ments sur lesquels elles reposent, par exemple le travail salari&#233;, le capital etc. Ceux-ci supposent l'&#233;change, la division du travail, les prix, etc. Le capital, par exemple, n'est rien sans le travail salari&#233;, sans la valeur, l'argent, le prix, etc. Si donc on commen&#231;ait ainsi par la population, on aurait une repr&#233;sentation chaotique du tout et, par une d&#233;termination plus pr&#233;cise, par l'analyse, on aboutirait &#224; des concepts de plus en plus simples ; du concret figur&#233; ou passerait &#224; des abstractions de plus en plus minces, jusqu'&#224; ce que l'on soit arriv&#233; aux d&#233;terminations les plus simples. Partant de l&#224;, il faudrait refaire le chemin &#224; rebours jusqu'&#224; ce qu'enfin on arrive de nouveau &#224; la population, mais celle-ci ne serait pas, cette fois, la repr&#233;sentation chaotique d'un tout, mais une riche totalit&#233; de d&#233;termi&#173;na&#173;tions et de rapports nombreux. La premi&#232;re voie est celle qu'a prise tr&#232;s historiquement l'&#233;conomie politique &#224; sa naissance. Les &#233;conomistes du XVII&#176; si&#232;cle, par exemple, commen&#173;cent toujours par une totalit&#233; vivante : population, nation, &#201;tat, plusieurs &#201;tats ; mais ils finissent toujours par d&#233;gager par l'analyse quelques rapports g&#233;n&#233;raux abstraits d&#233;terminants tels que la division du travail, l'argent, la valeur, etc. D&#232;s que ces facteurs isol&#233;s ont &#233;t&#233; plus ou moins fix&#233;s et abstraits, les syst&#232;mes &#233;conomiques ont commenc&#233;, qui partent des notions simples telles que travail, division du travail, besoin, valeur d'&#233;change, pour s'&#233;lever jusqu'&#224; l'&#201;tat, les &#233;changes entre nations et le march&#233; mondial. Cette derni&#232;re m&#233;thode est manifeste&#173;ment la m&#233;thode scientifique correcte. Le concret est concret parce qu'il est la synth&#232;se de multiples d&#233;terminations, donc unit&#233; de la diversit&#233;. C'est pourquoi il appara&#238;t dans la pens&#233;e comme proc&#232;s de synth&#232;se, comme r&#233;sultat, non comme point de d&#233;part, bien qu'il soit le v&#233;ritable point de d&#233;part et par suite &#233;galement le point de d&#233;part de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. La premi&#232;re d&#233;marche a r&#233;duit la pl&#233;nitude de la repr&#233;sentation &#224; une d&#233;termination abstraite ; avec la seconde, les d&#233;terminations abstraites conduisent &#224; la repro&#173;duc&#173;tion du concret par la voie de la pens&#233;e. C'est pourquoi Hegel est tomb&#233; dans l'illusion de concevoir le r&#233;el comme le r&#233;sultat de la pens&#233;e, qui se concentre en elle-m&#234;me, s'approfon&#173;dit en elle-m&#234;me, se meut par elle-m&#234;me, alors que la m&#233;thode qui consiste &#224; s'&#233;lever de l'abstrait au concret n'est pour la pens&#233;e que la mani&#232;re de s'approprier le concret, de le reproduire sous la forme d'un concret pens&#233;. Mais ce n'est nullement l&#224; le proc&#232;s de la gen&#232;se du concret lui-m&#234;me. Par exemple, la cat&#233;gorie &#233;conomique la plus simple, mettons la valeur d'&#233;change, suppose la population, une population produisant dans des conditions d&#233;termin&#233;es ; elle suppose aussi un certain genre de famille, ou de commune, ou d'&#201;tat, etc. Elle ne peut jamais exister autrement que sous forme de relation unilat&#233;rale et abstraite d'un tout concret, vivant, d&#233;j&#224; donn&#233;. Comme cat&#233;gorie, par contre, la valeur d'&#233;change m&#232;ne une existence ant&#233;diluvienne. Pour la conscience - et la conscience philosophique est ainsi faite que pour elle la pens&#233;e qui con&#231;oit constitue l'homme r&#233;el et, par suite, le monde n'appara&#238;t comme r&#233;el qu'une fois con&#231;u - pour la conscience, donc, le mouvement des cat&#233;gories appara&#238;t comme l'acte de production r&#233;el - qui re&#231;oit une simple impulsion du dehors et on le regrette - dont le r&#233;sultat est le monde ; et ceci (mais c'est encore l&#224; une tautologie) est exact dans la mesure o&#249; la totalit&#233; concr&#232;te en tant que totalit&#233; pens&#233;e, en tant que repr&#233;sentation mentale du concret, est en fait un produit de la pens&#233;e, de la conception ; il n'est par contre nullement le produit du concept qui s'engendrerait lui-m&#234;me, qui penserait en dehors et au-dessus de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation, mais un produit de l'&#233;laboration de concepts &#224; partir de la vue imm&#233;diate et de la repr&#233;sentation. Le tout, tel qu'il appara&#238;t dans l'esprit comme une totalit&#233; pens&#233;e, est un produit du cerveau pensant, qui s'approprie le monde de la seule fa&#231;on qu'il lui soit possible, d'une fa&#231;on qui diff&#232;re de l'appropriation de ce monde par l'art, la religion, l'esprit pratique. Apr&#232;s comme avant, le sujet r&#233;el subsiste dans son ind&#233;pendance en dehors de l'esprit ; et cela aussi longtemps que l'esprit a une activit&#233; purement sp&#233;culative, purement th&#233;orique. Par cons&#233;quent, dans l'emploi de la m&#233;thode th&#233;orique aussi, il faut que le sujet, la soci&#233;t&#233;, reste constamment pr&#233;sent &#224; l'esprit comme donn&#233;e premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces cat&#233;gories simples n'ont-elles pas aussi une existence ind&#233;pendante, de caract&#232;re historique ou naturel, ant&#233;rieure &#224; celle des cat&#233;gories plus concr&#232;tes ? &#199;a d&#233;pend [9]. Hegel, par exemple, a raison de commencer la philosophie du droit par la possession, celle-ci constituant le rapport juridique le plus simple du sujet. Mais il n'existe pas de possession avant que n'existe la famille, ou les rapports entre ma&#238;tres et esclaves, qui sont des rapports beaucoup plus concrets. Par contre, il serait juste de dire qu'il existe des familles, des communaut&#233;s de tribus, qui ne sont encore qu'au stade de la possession, et non &#224; celui de la propri&#233;t&#233;. Par rapport &#224; la propri&#233;t&#233;, la cat&#233;gorie la plus simple appara&#238;t donc comme le rapport de communaut&#233;s simples de familles ou de tribus. Dans la soci&#233;t&#233; parvenue &#224; un stade sup&#233;rieur, elle appara&#238;t comme le rapport plus simple d'une organisation plus d&#233;velop&#173;p&#233;e. Mais on pr&#233;suppose toujours le substrat concret qui s'exprime par un rapport de posses&#173;sion. On peut se repr&#233;senter un sauvage isol&#233; qui poss&#232;de. Mais la possession ne constitue pas alors un rapport juridique. Il n'est pas exact qu'historiquement la possession &#233;volue jusqu'&#224; la forme familiale. Elle suppose au contraire toujours l'existence de cette &#171; cat&#233;gorie juridique plus concr&#232;te &#187;. Cependant il n'en demeurerait pas moins que les cat&#233;gories simples sont l'expression de rapports dans lesquels le concret non encore d&#233;velopp&#233; a pu s'&#234;tre r&#233;alis&#233; sans avoir encore pos&#233; la relation ou le rapport plus complexe qui trouve son expression mentale dans la cat&#233;gorie plus concr&#232;te ; tandis que le concret plus d&#233;velopp&#233; laisse subsister cette m&#234;me cat&#233;gorie comme un rapport subordonn&#233;. L'argent peut exister et a exist&#233; historiquement avant que n'exist&#226;t le capital, que n'existassent les banques, que n'exist&#226;t le travail salari&#233;, etc. A cet &#233;gard, on peut donc dire que la cat&#233;gorie plus simple peut exprimer des rapports dominants d'un tout moins d&#233;velopp&#233; ou, au contraire, des rapports subordonn&#233;s d'un tout plus d&#233;velopp&#233; qui existaient d&#233;j&#224; historiquement avant que le tout ne se d&#233;velopp&#226;t dans le sens qui trouve son expression dans une cat&#233;gorie plus concr&#232;te. Dans cette mesure, la marche de la pens&#233;e abstraite, qui s'&#233;l&#232;ve du plus simple au plus complexe, correspondrait au processus historique r&#233;el. D'autre part, on peut dire qu'il y a des formes de soci&#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;es, mais qui historiquement manquent assez de maturit&#233;, dans lesquelles on trouve les formes les plus &#233;lev&#233;es de l'&#233;conomie, comme par exemple la coop&#233;ration, une division du travail d&#233;velopp&#233;e, etc., sans qu'existe aucune sorte de monnaie, par exemple le P&#233;rou. Chez les Slaves aussi, l'argent et l'&#233;change qui le conditionne n'apparaissent pas ou peu &#224; l'int&#233;rieur de chaque communaut&#233;, mais ils apparais&#173;sent &#224; leurs fronti&#232;res, dans leur trafic avec d'autres communaut&#233;s. C'est d'ailleurs une erreur que de placer l'&#233;change au centre des communaut&#233;s, d'en faire l'&#233;l&#233;ment qui les constitue &#224; l'origine. Au d&#233;but, il appara&#238;t au contraire dans les relations des diverses communaut&#233;s entre elles, bien plut&#244;t que dans les relations des membres &#224; l'int&#233;rieur d'une seule et m&#234;me communaut&#233;. De plus, quoique l'argent apparaisse tr&#232;s t&#244;t et joue un r&#244;le multiple, il est dans l'antiquit&#233;, en tant qu'&#233;l&#233;ment dominant, l'apanage de nations d&#233;termin&#233;es unilat&#233;ralement, de nations commer&#231;antes. Et m&#234;me dans l'antiquit&#233; la plus cultiv&#233;e, chez les Grecs et les Romains, il n'atteint son complet d&#233;veloppement, postulat de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, que dans la p&#233;riode de leur dissolution. Donc cette cat&#233;gorie pourtant toute simple n'appara&#238;t historiquement avec toute sa vigueur que dans les &#201;tats les plus d&#233;velopp&#233;s de la soci&#233;t&#233;. Elle ne se fraie nullement un chemin &#224; travers tous les rapports &#233;conomiques. Dans l'Empire romain, par exemple, &#224; l'&#233;poque de son plus grand d&#233;veloppement, l'imp&#244;t en nature et les prestations en nature demeur&#232;rent le fondement. Le syst&#232;me mon&#233;taire &#224; proprement parler n'y &#233;tait compl&#232;tement d&#233;velopp&#233; que dans l'arm&#233;e. Il ne s'est jamais saisi non plus de la totalit&#233; du travail. Ainsi, bien qu'historiquement la cat&#233;gorie la plus simple puisse avoir exist&#233; avant la plus concr&#232;te, elle peut appartenir dans son complet d&#233;veloppement - en compr&#233;hen&#173;sion et en extension - pr&#233;cis&#233;ment &#224; une forme de soci&#233;t&#233; complexe [10], alors que la cat&#233;gorie plus concr&#232;te se trouvait plus compl&#232;tement d&#233;velopp&#233;e dans une forme de soci&#233;t&#233; qui, elle, l'&#233;tait moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail semble &#234;tre une cat&#233;gorie toute simple. L'id&#233;e du travail dans cette universalit&#233; - comme travail en g&#233;n&#233;ral - est, elle aussi, des plus anciennes. Cependant, con&#231;u du point de vue &#233;conomique sous cette forme simple, le &#171; travail &#187; est une cat&#233;gorie tout aussi moderne que les rapports qui engendrent cette abstraction simple. Le syst&#232;me mon&#233;taire, par exemple, place encore d'une fa&#231;on tout &#224; fait objective, comme une chose en dehors de soi, la richesse dans l'argent. Par rapport &#224; ce point de vue, ce fut un grand progr&#232;s quand le syst&#232;me manu&#173;fac&#173;turier ou commercial transposa la source de la richesse de l'objet &#224; l'activit&#233; subjective le travail commercial et manufacturier -, tout en ne concevant encore cette activit&#233; elle-m&#234;me que sous la forme limit&#233;e de productrice d'argent. En face de ce syst&#232;me, le syst&#232;me des physiocrates pose une forme d&#233;termin&#233;e du travail - l'agriculture - comme la forme de travail cr&#233;atrice de richesse et pose l'objet lui-m&#234;me non plus sous la forme d&#233;guis&#233;e de l'argent, mais comme produit en tant que tel, comme r&#233;sultat g&#233;n&#233;ral du travail. Ce produit, en raison du caract&#232;re limit&#233; de l'activit&#233;, reste encore un produit d&#233;termin&#233; par la nature - produit de l'agriculture, produit de la terre par excellence [11].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;norme progr&#232;s fut fait par Adam Smith quand il rejeta toute d&#233;termination particuli&#232;re de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse pour ne consid&#233;rer que le travail tout court, c'est-&#224;-dire ni le travail manufacturier, ni le travail commercial, ni le travail agricole, mais toutes ces formes de travail dans leur caract&#232;re commun. Avec la g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite de l'activit&#233; cr&#233;atrice de richesse appara&#238;t alors &#233;galement la g&#233;n&#233;ralit&#233; de l'objet dans la d&#233;ter&#173;mi&#173;nation de richesse, le produit consid&#233;r&#233; absolument, ou encore le travail en g&#233;n&#233;ral, mais en tant que travail pass&#233;, objectiv&#233; dans un objet. L'exemple d'Adam Smith, qui retombe lui-m&#234;me de temps &#224; autre dans le syst&#232;me des physiocrates, montre combien &#233;tait difficile et important le passage &#224; cette conception nouvelle. Il pourrait alors sembler que l'on e&#251;t par l&#224; simplement trouv&#233; l'expression abstraite de la relation la plus simple et la plus ancienne qui s'&#233;tablit - dans quelque forme de soci&#233;t&#233; que ce soit - entre les hommes consid&#233;r&#233;s en tant que producteurs. C'est juste en un sens. Dans l'autre, non. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un genre d&#233;termin&#233; de travail pr&#233;suppose l'existence d'une totalit&#233; tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e de genres de travaux r&#233;els dont aucun n'est plus absolument pr&#233;dominant. Ainsi, les abstractions les plus g&#233;n&#233;rales ne prennent somme toute naissance qu'avec le d&#233;veloppement concret le plus riche, o&#249; un caract&#232;re appara&#238;t comme commun &#224; beaucoup, comme commun &#224; tous. On cesse alors de pouvoir le penser sous une forme particuli&#232;re seulement. D'autre part, cette abstraction du travail en g&#233;n&#233;ral n'est pas seulement le r&#233;sultat dans la pens&#233;e d'une totalit&#233; concr&#232;te de travaux. L'indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard de tel travail d&#233;termin&#233; correspond &#224; une forme de soci&#233;t&#233; dans laquelle les individus passent avec facilit&#233; d'un travail &#224; l'autre et dans laquelle le genre pr&#233;cis de travail est pour eux fortuit, donc indiff&#233;rent. L&#224; le travail est devenu non seulement sur le plan des cat&#233;gories, mais dans la r&#233;alit&#233; m&#234;me, un moyen de cr&#233;er la richesse en g&#233;n&#233;ral et a cess&#233;, en tant que d&#233;termination, de ne faire qu'un avec les individus, sous quelque aspect particulier. Cet &#233;tat de choses a atteint son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement dans la forme d'existence la plus moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises, aux &#201;tats-Unis. C'est donc l&#224; seulement que l'abstraction de la cat&#233;gorie &#171; travail &#187;, &#171; travail en g&#233;n&#233;ral &#187;, travail &#171; sans phrase &#187; [12], point de d&#233;part de l'&#233;conomie moderne, devient v&#233;rit&#233; pratique. Ainsi l'abstraction la plus simple, que l'&#233;conomie politique moderne place au premier rang et qui exprime un rapport tr&#232;s ancien et valable pour toutes les formes de soci&#233;t&#233;, n'appara&#238;t pourtant sous cette forme abstraite comme v&#233;rit&#233; pratique qu'en tant que cat&#233;gorie de la soci&#233;t&#233; la plus moderne. On pourrait dire que cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'une forme d&#233;termin&#233;e de travail, qui se pr&#233;sente aux &#201;tats-Unis comme produit historique, appara&#238;t chez les Russes par exemple comme une disposition naturelle. Mais, d'une part, quelle sacr&#233;e diff&#233;rence entre des barbares qui ont des disposi&#173;tions naturelles &#224; se laisser employer &#224; tous les travaux et des civilis&#233;s qui s'y emploient eux-m&#234;mes. Et, d'autre part, chez les Russes, &#224; cette indiff&#233;rence &#224; l'&#233;gard d'un travail d&#233;termin&#233; correspond dans la pratique leur assujettissement traditionnel &#224; un travail bien d&#233;termin&#233;, auquel ne peuvent les arracher que des influences ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple du travail montre d'une fa&#231;on frappante que m&#234;me les cat&#233;gories les plus abstraites, bien que valables - pr&#233;cis&#233;ment &#224; cause de leur nature abstraite - pour toutes les &#233;poques, n'en sont pas moins sous la forme d&#233;termin&#233;e de cette abstraction m&#234;me le produit de conditions historiques et ne restent pleinement valables que pour ces conditions et dans le cadre de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; bourgeoise est l'organisation historique de la production la plus d&#233;velopp&#233;e et la plus vari&#233;e qui soit. De ce fait, les cat&#233;gories qui expriment les rapports de cette soci&#233;t&#233; et qui permettent d'en comprendre la structure permettent en m&#234;me temps de se rendre compte de la structure et des rapports de production de toutes les formes de soci&#233;t&#233; disparues avec les d&#233;bris et les &#233;l&#233;ments desquelles elle s'est &#233;difi&#233;e, dont certains vestiges, partiellement non encore d&#233;pass&#233;s, continuent &#224; subsister en elle, et dont certains simples signes, en se d&#233;velop&#173;pant, ont pris toute leur signification, etc. L'anatomie de l'homme est la clef de l'anatomie du singe. Dans les esp&#232;ces animales inf&#233;rieures, on ne peut comprendre les signes annonciateurs d'une forme sup&#233;rieure que lorsque la forme sup&#233;rieure est elle-m&#234;me d&#233;j&#224; connue. Ainsi l'&#233;conomie bourgeoise nous donne la clef de l'&#233;conomie antique, etc. Mais nullement &#224; la mani&#232;re des &#233;conomistes qui effacent toutes les diff&#233;rences historiques et voient dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; celles de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. On peut comprendre le tribut, la d&#238;me, etc., quand on conna&#238;t la rente fonci&#232;re. Mais il ne faut pas les identifier. Comme, de plus, la soci&#233;t&#233; bourgeoise n'est elle-m&#234;me qu'une forme antith&#233;tique du d&#233;veloppement historique, il est des rapports appartenant &#224; des formes de soci&#233;t&#233; ant&#233;rieures que l'on pourra ne rencon&#173;trer en elle que tout &#224; fait &#233;tiol&#233;s, ou m&#234;me travestis. Par exemple, la propri&#233;t&#233; communale. Si donc il est vrai que les cat&#233;gories de l'&#233;conomie bourgeoise poss&#232;dent une certaine v&#233;rit&#233; valable pour toutes les autres formes de soci&#233;t&#233;, cela ne peut &#234;tre admis que cum grano, salis [avec un grain de sel]. Elles peuvent receler ces formes d&#233;velopp&#233;es, &#233;tiol&#233;es, caricatur&#233;es, etc., mais toujours avec une diff&#233;rence essentielle. Ce que l'on appelle d&#233;veloppement histori&#173;que repose somme toute sur le fait que la derni&#232;re forme consid&#232;re les formes pass&#233;es comme des &#233;tapes menant &#224; son propre degr&#233; de d&#233;veloppement, et, comme elle est rarement capable, et ceci seulement dans des conditions bien d&#233;termin&#233;es, de faire sa propre critique - il n'est naturellement pas question ici des p&#233;riodes historiques qui se consid&#232;rent elles-m&#234;mes comme des &#233;poques de d&#233;cadence - elle les con&#231;oit toujours sous un aspect unilat&#233;ral. La religion chr&#233;tienne n'a &#233;t&#233; capable d'aider &#224; comprendre objectivement les mythologies ant&#233;rieures qu'apr&#232;s avoir achev&#233; jusqu'&#224; un certain degr&#233;, pour ainsi dire [...] [virtuellement], sa propre critique. De m&#234;me l'&#233;conomie politique bourgeoise ne parvint &#224; comprendre les soci&#233;t&#233;s f&#233;odales, antiques, orientales que du jour o&#249; eut commenc&#233; l'autocri&#173;ti&#173;que de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Pour autant que l'&#233;conomie politique bourgeoise, cr&#233;ant une nouvelle mythologie, ne s'est pas purement et simplement identifi&#233;e au pass&#233;, sa critique des soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, en particulier de la soci&#233;t&#233; f&#233;odale, contre laquelle elle avait encore &#224; lutter directement, a ressembl&#233; &#224; la critique du paganisme par le christianisme, ou encore &#224; celle du catholicisme par le protestantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que dans toute science historique ou sociale en g&#233;n&#233;ral, il ne faut jamais oublier, &#224; propos de la marche des cat&#233;gories &#233;conomiques, que le sujet, ici la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne, est donn&#233;, aussi bien dans la r&#233;alit&#233; que dans le cerveau, que les cat&#233;go&#173;ries expriment donc des formes d'existence, des conditions d'existence d&#233;termin&#233;es, souvent de simples aspects particuliers de cette soci&#233;t&#233; d&#233;termin&#233;e, de ce sujet, et que par cons&#233;quent cette soci&#233;t&#233; ne commence nullement &#224; exister, du point de vue scientifique aussi, &#224; partir du moment seulement o&#249; il est question d'elle en tant que telle. C'est une r&#232;gle &#224; retenir, car elle fournit des indications d&#233;cisives pour le choix du plan &#224; adopter. Rien ne semble plus naturel, par exemple, que de commencer par la rente fonci&#232;re, par la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#233;tant donn&#233; qu'elle est li&#233;e &#224; la terre, source de toute production et de toute existence, et par elle &#224; la premi&#232;re forme de production de toute soci&#233;t&#233; parvenue &#224; une certaine stabilit&#233; - &#224; l'agri&#173;culture. Or rien ne serait plus erron&#233;. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233;, c'est une produc&#173;tion d&#233;termin&#233;e et les rapports engendr&#233;s par elle qui assignent &#224; toutes les autres productions et aux rapports engendr&#233;s par celles-ci leur rang et leur importance. C'est comme un &#233;clairage g&#233;n&#233;ral o&#249; sont plong&#233;es toutes les couleurs et qui en modifie les tonalit&#233;s particuli&#232;res. C'est comme un &#233;ther particulier qui d&#233;termine le poids sp&#233;cifique de toutes les formes d'existence qui y font saillie. Voici, par exemple, des peuples de bergers. (De simples peuples de chasseurs et de p&#234;cheurs sont en de&#231;&#224; du point o&#249; commence le v&#233;ritable d&#233;veloppement.) Chez eux appara&#238;t une certaine forme d'agriculture, une forme sporadique. C'est ce qui d&#233;termine chez eux la forme de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. C'est une propri&#233;t&#233; collective et elle conserve plus ou moins cette forme selon que ces peuples restent plus ou moins attach&#233;s &#224; leur tradition : exemple, la propri&#233;t&#233; communale des Slaves. Chez les peuples &#224; agriculture solidement implant&#233;e - cette implanta&#173;tion constitue d&#233;j&#224; une &#233;tape importante - o&#249; pr&#233;domine cette forme de culture, comme dans les soci&#233;t&#233;s antiques et f&#233;odales, l'industrie elle-m&#234;me, ainsi que son organisation et les formes de propri&#233;t&#233; qui lui correspondent, a plus ou moins le caract&#232;re de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Ou bien l'industrie d&#233;pend compl&#232;tement de l'agriculture, comme chez les anciens Romains, ou bien, comme au moyen &#226;ge, elle imite &#224; la ville et dans ses rapports l'organisation rurale. Le capital lui-m&#234;me au moyen &#226;ge - dans la mesure o&#249; il ne s'agit pas purement de capital mon&#233;taire - a, sous la forme d'outillage de m&#233;tier traditionnel, etc., ce caract&#232;re de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise, c'est l'inverse. L'agricul&#173;ture devient de plus en plus une simple branche de l'industrie et elle est enti&#232;rement domin&#233;e par le capital. Il en est de m&#234;me de la rente fonci&#232;re. Dans toutes les formes de soci&#233;t&#233; o&#249; domine la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le rapport avec la nature reste pr&#233;pond&#233;rant. Dans celles o&#249; domine le capital, c'est l'&#233;l&#233;ment social cr&#233;&#233; au cours de l'histoire qui pr&#233;vaut. On ne peut comprendre la rente fonci&#232;re sans le capital. Mais on peut comprendre le capital sans la rente fonci&#232;re. Le capital est la force &#233;conomique de la soci&#233;t&#233; bourgeoise qui domine tout. Il constitue n&#233;cessairement le point de d&#233;part comme le point final et doit &#234;tre expliqu&#233; avant la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Apr&#232;s les avoir &#233;tudi&#233;s chacun en particulier, il faut examiner leur rapport r&#233;ciproque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait donc impossible et erron&#233; de ranger les cat&#233;gories &#233;conomiques dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; historiquement d&#233;terminantes. Leur ordre est au contraire d&#233;termin&#233; par les relations qui existent entre elles dans la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne et il est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'inverse de ce qui semble &#234;tre leur ordre naturel ou correspondre &#224; leur ordre de succession au cours de l'&#233;volution historique. Il ne s'agit pas de la relation qui s'&#233;tablit historiquement entre les rapports &#233;conomiques dans la succession des diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Encore moins de leur ordre de succession &#171; dans l'id&#233;e &#187; (Proudhon) (conception n&#233;buleuse du mouvement historique). Il s'agit de leur hi&#233;rarchie dans le cadre de la soci&#233;t&#233; bourgeoise moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de puret&#233; (d&#233;termination abstraite) dans lequel apparurent dans le monde antique les peuples commer&#231;ants - Ph&#233;niciens, Carthaginois - est d&#233;termin&#233; par la pr&#233;dominance m&#234;me des peuples agriculteurs. Le capital en tant que capital commercial ou capital mon&#233;&#173;taire appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment sous cette forme abstraite l&#224; o&#249; le capital n'est pas encore l'&#233;l&#233;ment dominant des soci&#233;t&#233;s. Les Lombards, les Juifs occupent la m&#234;me position &#224; l'&#233;gard des soci&#233;t&#233;s du moyen &#226;ge pratiquant l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de la place diff&#233;rente qu'occupent ces m&#234;mes cat&#233;gories &#224; diff&#233;rents stades de la soci&#233;t&#233; : une des derni&#232;res formes de la soci&#233;t&#233; bourgeoise : les joint stock-companies [soci&#233;t&#233;s par actions]. Mais elles apparaissent aussi &#224; ses d&#233;buts dans les grandes compagnies de commerce privil&#233;gi&#233;es et jouissant d'un monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de richesse nationale lui-m&#234;me s'insinue chez les &#233;conomistes du XVIII&#176; si&#232;cle - l'id&#233;e subsiste encore en partie chez ceux du XVIII&#176; - sous cette forme ; la richesse est cr&#233;&#233;e pour l'&#201;tat seulement, mais la puissance de celui-ci se mesure &#224; cette richesse. C'&#233;tait l&#224; la forme encore inconsciemment hypocrite qui annonce l'id&#233;e faisant de la richesse elle-m&#234;me et de sa production le but final des &#201;tats modernes, consid&#233;r&#233;s alors uniquement comme moyens de produire la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plan &#224; adopter doit manifestement &#234;tre le suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. les d&#233;terminations abstraites g&#233;n&#233;rales, convenant donc plus ou moins &#224; toutes les formes de soci&#233;t&#233;, mais dans le sens expos&#233; plus haut ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. les cat&#233;gories constituant la structure interne de la soci&#233;t&#233; bourgeoise et sur lesquelles reposent les classes fondamentales. Capital, travail salari&#233;, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Leurs rapports r&#233;ciproques. Ville et campagne. Les trois grandes classes sociales. L'&#233;change entre celles-ci. Circulation. Cr&#233;dit (priv&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Concentration de la soci&#233;t&#233; bourgeoise sous la forme de l'&#201;tat. Consid&#233;r&#233; dans sa relation avec lui-m&#234;me. Les classes &#171; improductives &#187;. Imp&#244;ts. Dette publique. Cr&#233;dit public. La population. Les colonies. &#201;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Rapports internationaux de production. Division internationale du travail. &#201;change international. Exportation et importation. Cours des changes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le march&#233; mondial et les crises. IV. Production. Moyens de production et rapports de production. Rapports de production et rapports de circulation. Formes de l'&#201;tat et de la conscience par rapport aux conditions de production et de circulation. Rapports juridiques. Rapports familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nota bene, en ce qui concerne des points &#224; mentionner ici et a ne pas oublier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La guerre d&#233;velopp&#233;e ant&#233;rieurement &#224; la paix : montrer comment par la guerre et dans les arm&#233;es, etc., certains rapports &#233;conomiques, comme le travail salari&#233;, le machinisme, etc., se sont d&#233;velopp&#233;s plus t&#244;t qu'&#224; l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. De m&#234;me le rapport entre la force productive et les rapports de circulation particuli&#232;rement manifeste dans l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Rapport entre l'histoire id&#233;aliste telle qu'on l'a &#233;crite jusqu'ici et l'histoire r&#233;elle. En particulier celles qui se disent histoires de la civilisation, et qui sont toutes histoires de la religion et des &#201;tats [13]. (A cette occasion, on peut aussi parler des diff&#233;rents genres d'histoire &#233;crite jusqu'&#224; maintenant. L'histoire dite objective. La subjective (morale, etc.). La philosophique [14].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ph&#233;nom&#232;nes secondaires et tertiaires. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, rapports de production d&#233;riv&#233;s, transf&#233;r&#233;s, non originaux. Ici entr&#233;e en jeu de rapports internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Reproches au sujet du mat&#233;rialisme de cette conception. Rapport avec le mat&#233;rialisme naturaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Dialectique des concepts force productive (moyens de production) et rapports de production, dialectique dont les limites sont &#224; d&#233;terminer et qui ne supprime pas la diff&#233;rence r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Le rapport in&#233;gal entre le d&#233;veloppement de la production mat&#233;rielle et celui de la production artistique par exemple. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, ne pas prendre l'id&#233;e de progr&#232;s sous la forme abstraite habituelle. Art moderne, etc. [15]. Cette disproportion est loin d'&#234;tre aussi importante, ni aussi difficile &#224; saisir que celle qui se produit &#224; l'int&#233;rieur des rapports sociaux pratiques. Par exemple, de la culture. Rapport des &#201;tats-Unis avec l'Europe [16]. Mais la vraie difficult&#233; &#224; discuter ici est celle-ci : comment les rapports de production, en prenant la forme de rapports juridiques, suivent un d&#233;veloppement in&#233;gal. Ainsi, par exemple, le rapport entre le droit priv&#233; romain (pour le droit criminel et le droit public c'est moins le cas) et la production moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Cette conception appara&#238;t comme un d&#233;veloppement n&#233;cessaire. Mais justification du hasard. Comment [17]. (La libert&#233; notamment aussi.) (Influence des moyens de communication. L'histoire universelle n'a pas toujours exist&#233; ; l'histoire consid&#233;r&#233;e comme histoire universelle est un r&#233;sultat [18].)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Le point de d&#233;part naturellement dans les d&#233;terminations naturelles ; subjectivement et objectivement. Tribus, races, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour l'art, on sait que certaines &#233;poques de floraison artistique ne sont nullement en rapport avec le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;, ni par cons&#233;quent avec celui de sa base mat&#233;rielle, qui est pour ainsi dire l'ossature de son organisation. Par exemple les Grecs compar&#233;s aux modernes, ou encore Shakespeare. Pour certaines formes de l'art, l'&#233;pop&#233;e par exemple, il est m&#234;me reconnu qu'elles ne peuvent jamais &#234;tre produites dans la forme classique o&#249; elles font &#233;poque, d&#232;s que la production artistique appara&#238;t en tant que telle ; que donc, dans le domaine de l'art lui-m&#234;me, certaines de ses cr&#233;ations importantes ne sont possibles qu'&#224; un stade inf&#233;rieur du d&#233;veloppement artistique. Si cela est vrai du rapport des diff&#233;rents genres artistiques &#224; l'int&#233;rieur du domaine de l'art lui-m&#234;me, Il est d&#233;j&#224; moins surprenant que cela soit &#233;galement vrai du rapport du domaine artistique tout entier au d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral de la soci&#233;t&#233;. La difficult&#233; ne r&#233;side que dans la mani&#232;re g&#233;n&#233;rale de saisir ces contradictions. D&#232;s qu'elles sont sp&#233;cifi&#233;es, elles sont par l&#224; m&#234;me expliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons, par exemple, le rapport de l'art grec d'abord, puis de l'art de Shakespeare avec notre temps. On sait que la mythologie grecque n'a pas &#233;t&#233; seulement l'arsenal de l'art grec, mais la terre m&#234;me qui l'a nourri. La fa&#231;on de voir la nature et les rapports sociaux qui inspire l'imagination grecque et constitue de ce fait le fondement de [la mythologie [19]] grecque est-elle compatible avec les Selfactors [machines &#224; filer automatiques], les chemins de fer, les locomotives et le t&#233;l&#233;graphe &#233;lectrique ? Qu'est-ce que Vulcain aupr&#232;s de Roberts and Co, Jupiter aupr&#232;s du paratonnerre et Herm&#232;s aupr&#232;s du Cr&#233;dit mobilier ? Toute mythologie ma&#238;trise, domine les forces de la nature dans le domaine de l'imagination et par l'imagination et leur donne forme : elle dispara&#238;t donc quand ces forces sont domin&#233;es r&#233;ellement. Que devient Fama &#224; c&#244;t&#233; de Printing-house square [20] ? L'art grec suppose la mythologie grecque, c'est-&#224;-dire l'&#233;laboration artistique mais inconsciente de la nature et des formes sociales elles-m&#234;mes par l'imagination populaire. Ce sont l&#224; ses mat&#233;riaux. Ce qui ne veut pas dire n'importe quelle mythologie, c'est-&#224;-dire n'importe quelle &#233;laboration artistique inconsciente de la nature (ce mot sous-entendant ici tout ce qui est objectif, donc y compris la soci&#233;t&#233;). Jamais la mythologie &#233;gyptienne n'aurait pu fournir un terrain favorable &#224; l'&#233;closion de l'art grec. Mais il faut en tout cas une mythologie. Donc en aucun cas une soci&#233;t&#233; arriv&#233;e &#224; un stade de d&#233;veloppement excluant tout rapport mythologique avec la nature, tout rapport g&#233;n&#233;rateur de mythes, exigeant donc de l'artiste une imagination ind&#233;pendante de la mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, Achille est-il compatible avec la poudre et le plomb ? Ou, somme toute, l'Iliade avec la presse ou encore mieux la machine &#224; imprimer ? Est-ce que le chant, le po&#232;me &#233;pique, la Muse ne disparaissent pas n&#233;cessairement devant la barre du typographe, est-ce que ne s'&#233;vanouissent pas les conditions n&#233;cessaires de la po&#233;sie &#233;pique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la difficult&#233; n'est pas de comprendre que l'art grec et l'&#233;pop&#233;e sont li&#233;s &#224; certaines formes du d&#233;veloppement social. La difficult&#233; r&#233;side dans le fait qu'ils nous procurent encore une jouissance esth&#233;tique et qu'ils ont encore pour nous, &#224; certains &#233;gards, la valeur de normes et de mod&#232;les inaccessibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme ne peut redevenir enfant, sous peine de tomber dans la pu&#233;rilit&#233;. Mais ne prend-il pas plaisir &#224; la na&#239;vet&#233; de l'enfant et, ayant acc&#233;d&#233; &#224; un niveau sup&#233;rieur, ne doit-il pas aspirer lui-m&#234;me &#224; reproduire sa v&#233;rit&#233; ? Dans la nature enfantine, chaque &#233;poque ne voit-elle pas revivre son propre caract&#232;re dans sa v&#233;rit&#233; naturelle ? Pourquoi l'enfance historique de l'humanit&#233;, l&#224; o&#249; elle a atteint son plus bel &#233;panouissement, pourquoi ce stade de d&#233;veloppement r&#233;volu &#224; jamais n'exercerait-il pas un charme &#233;ternel ? Il est des enfants mal &#233;lev&#233;s et des enfants qui prennent des airs de grandes personnes. Nombre de peuples de l'antiquit&#233; appartiennent &#224; cette cat&#233;gorie. Les Grecs &#233;taient des enfants normaux. Le charme qu'exerce sur nous leur art n'est pas en contradiction avec le caract&#232;re primitif de la soci&#233;t&#233; o&#249; il a grandi. Il en est bien plut&#244;t le produit et il est au contraire indissolublement li&#233; au fait que les conditions sociales insuffisamment m&#251;res o&#249; cet art est n&#233;, et o&#249; seulement il pouvait na&#238;tre, ne pourront jamais revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Animal politique. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Dans la version Kautsky : dans la consommation. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Addition de Kautsky &#224; l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Kautsky a lu tel Aufl&#245;sung (analyse) au lieu de Aufjassung (Conception). (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Cette phrase n'existe pas dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Dans le texte de Kautsky : sert. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Dans le texte de Kautsky : d'individus isol&#233;s. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. Dans le texte de Kautsky : grade nur kombinierten gesellschaftsformen (pr&#233;cis&#233;ment &#224; des formes de soci&#233;t&#233; complexes seulement) au lieu de : grade einer kombinierten Gesellschaftsform. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] En fran&#231;ais dans le texte. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Chez Kautsky ; l'ancienne histoire de la religion et des &#201;tats. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] Les parenth&#232;ses dans l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Toute la ponctuation de ce passage, pleine d'erreurs dans le premier d&#233;chiffrage, est r&#233;tablie tel d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Restitu&#233; d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Parenth&#232;ses d'apr&#232;s l'original. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Dans l'original, le mot est sant&#233;. Nous reprenons le mot &#171; mythologie &#187; donn&#233; dans l'&#233;dition de Moscou (1939) et qui nous parait plus satisfaisant que le mot &#171; art &#187; de l'&#233;dition Kautsky. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Imprimerie du Times. (N. R.)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans &#034;L'Id&#233;ologie Allemande&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique de la philosophie allemande moderne selon ses repr&#233;sentants Feuerbach, B. Bauer et Stirner, et du socialisme allemand selon ses divers proph&#232;tes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;...Feuerbach r&#233;sout l'essence religieuse en l'essence humaine. Mais l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inh&#233;rente &#224; l'individu isol&#233;. Dans sa r&#233;alit&#233;, elle est l'ensemble des rapports sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Feuerbach, qui n'entreprend pas la critique de cet &#234;tre r&#233;el, est par cons&#233;quent oblig&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De faire abstraction du cours de l'histoire et de faire de l'esprit religieux une chose immuable, existant pour elle-m&#234;me, en supposant l'existence d'un individu humain abstrait, isol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De consid&#233;rer, par cons&#233;quent, l'&#234;tre humain [8] uniquement en tant que &#034;genre&#034;, en tant qu'universalit&#233; interne, muette, liant d'une fa&#231;on purement naturelle les nombreux individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi Feuerbach ne voit pas que l'&#034;esprit religieux&#034; est lui-m&#234;me un produit social et que l'individu abstrait qu'il analyse appartient en r&#233;alit&#233; [9] &#224; une forme sociale d&#233;termin&#233;e....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Individualit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condition premi&#232;re de toute histoire humaine est naturellement l'existence d'&#234;tres humains vivants. Le premier acte historique de ces individus, par lequel ils se distinguent des animaux, n'est pas qu'ils pensent, mais qu'ils se mettent &#224; produire leurs moyens d'existence. Le premier &#233;tat de fait &#224; constater est donc la complexion corporelle de ces individus et les rapports qu'elle leur cr&#233;e avec le reste de la nature. Nous ne pouvons naturellement pas faire ici une &#233;tude approfondie de la constitution physique de l'homme elle-m&#234;me, ni des conditions naturelles que les hommes ont trouv&#233;es toutes pr&#234;tes, conditions g&#233;ologiques, orographiques, hydrographiques, climatiques et autres. Or cet &#233;tat de choses ne conditionne pas seulement l'organisation qui &#233;mane de la nature ; l'organisation primitive des hommes, leurs diff&#233;rences de race notamment ; il conditionne &#233;galement tout leur d&#233;veloppement ou non d&#233;veloppement ult&#233;rieur jusqu'&#224; l'&#233;poque actuelle. Toute histoire doit partir de ces bases naturelles et de leur modification par l'action des hommes au cours de l'histoire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont les hommes produisent leurs moyens d'existence, d&#233;pend d'abord de la nature des moyens d'existence d&#233;j&#224; donn&#233;s et qu'il leur faut reproduire. Il ne faut pas consid&#233;rer ce mode de production de ce seul point de vue, &#224; savoir qu'il est la reproduction de l'existence physique des individus. Il repr&#233;sente au contraire d&#233;j&#224; un mode d&#233;termin&#233; de l'activit&#233; de ces individus, une fa&#231;on d&#233;termin&#233;e de manifester leur vie, un mode de vie d&#233;termin&#233;. La fa&#231;on dont les individus manifestent leur vie refl&#232;te tr&#232;s exactement ce qu'ils sont. Ce qu'ils sont co&#239;ncide donc avec leur production, aussi bien avec ce qu'ils produisent qu'avec la fa&#231;on dont ils le produisent. Ce que sont les individus d&#233;pend donc des conditions mat&#233;rielles de leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette production n'appara&#238;t qu'avec l'accroissement de la population. Elle-m&#234;me pr&#233;suppose pour sa part des relations des individus entre eux. La forme de ces relations est &#224; son tour conditionn&#233;e par la production...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, du fait de la division du travail &#224; l'int&#233;rieur des diff&#233;rentes branches, on voit se d&#233;velopper &#224; leur tour diff&#233;rentes subdivisions parmi les individus coop&#233;rant &#224; des travaux d&#233;termin&#233;s. La position de ces subdivisions particuli&#232;res les unes par rapport aux autres est conditionn&#233;e par le mode d'exploitation du travail agricole, industriel et commercial (patriarcat, esclavage, ordres et classes). Les m&#234;mes rapports apparaissent quand les &#233;changes sont plus d&#233;velopp&#233;s dans les relations des diverses nations entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critique : &#171; les humains se cr&#233;ent &#224; partir de rien &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin qu'il soit vrai que &#171; &#224; partir de rien &#187; je me fasse, par exemple, un &#171; orateur [public] &#187;, le rien qui fonde ici est un quelque chose de tr&#232;s multiple, l'individu r&#233;el, ses organes de parole, une sc&#232;ne d&#233;finie du d&#233;veloppement physique, une langue et des dialectes existants, des oreilles capables d'entendre et un environnement humain &#224; partir duquel il est possible d'entendre quelque chose, etc., etc. Par cons&#233;quent, dans le d&#233;veloppement d'une propri&#233;t&#233;, quelque chose est cr&#233;&#233; par quelque chose &#224; partir de quelque chose, et ne vient nullement, comme dans la Logique de Hegel, de rien, par rien &#224; rien. [E. I. Env. 2 de Hegel]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'individualisme dans une perspective de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le bourgeois born&#233; dit aux communistes : en abolissant la propri&#233;t&#233;, c'est-&#224;-dire mon existence de capitaliste, de propri&#233;taire terrien, de propri&#233;taire d'usine, et votre existence d'ouvrier, vous avez aboli mon individualit&#233; et la v&#244;tre ; en m'emp&#234;chant de vous exploiter, vous les ouvriers, pour engranger mon profit, mon int&#233;r&#234;t ou ma rente, vous m'emp&#234;chez d'exister en tant qu'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc le bourgeois dit aux communistes : en abolissant mon existence de bourgeois , vous abolissez mon existence d'individu ; quand ainsi il s'identifie comme bourgeois &#224; lui-m&#234;me comme individu, il faut au moins reconna&#238;tre sa franchise et son impudeur. Pour le bourgeois c'est effectivement le cas, il ne se croit individu qu'en tant qu'il est bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand les th&#233;oriciens de la bourgeoisie s'avancent et donnent une expression g&#233;n&#233;rale &#224; cette affirmation, quand ils assimilent la propri&#233;t&#233; du bourgeois &#224; l'individualit&#233; en th&#233;orie aussi et veulent donner une justification logique &#224; cette &#233;quation, alors ce non-sens commence &#224; devenir solennel et sacr&#233;. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport des int&#233;r&#234;ts individuels aux int&#233;r&#234;ts de classe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Sancho demande :] Comment se fait-il que les int&#233;r&#234;ts personnels se d&#233;veloppent toujours, contre la volont&#233; des individus, en int&#233;r&#234;ts de classe, en int&#233;r&#234;ts communs qui acqui&#232;rent une existence ind&#233;pendante par rapport aux personnes individuelles, et dans leur ind&#233;pendance prennent la forme d' int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux ? Comment se fait-il qu'en tant que tels ils entrent en contradiction avec les individus r&#233;els et dans cette contradiction, par laquelle ils sont d&#233;finis comme int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux , ils peuvent &#234;tre con&#231;us par la conscience comme id&#233;al et m&#234;me en tant qu'int&#233;r&#234;ts religieux et saints ? Comment se fait-il que dans ce processus o&#249; les int&#233;r&#234;ts priv&#233;s acqui&#232;rent une existence ind&#233;pendante en tant qu'int&#233;r&#234;ts de classe, le comportement personnel de l'individu est forc&#233;ment objectiv&#233; [sich versachlichen], ali&#233;n&#233; [sich entfremden], et existe en m&#234;me temps comme un pouvoir ind&#233;pendant de lui et sans lui, cr&#233;&#233; par les relations sexuelles, et transform&#233; en relations sociales, en une s&#233;rie de pouvoirs qui d&#233;terminent et subordonnent l'individu, dans lesquels, par cons&#233;quent, apparaissent dans l'imagination comme des pouvoirs &#171; saints &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Sancho avait compris que dans le cadre de modes de production d&#233;finis , qui, bien entendu, ne d&#233;pendent pas de la volont&#233;, des forces pratiques &#233;trang&#232;res, ind&#233;pendantes non seulement d'individus isol&#233;s, mais m&#234;me de tous ensemble, viennent toujours &#224; se tenir au-dessus des gens &#8212; alors il pourrait &#234;tre assez indiff&#233;rent &#224; savoir si ce fait est conserv&#233; sous la forme religieuse ou d&#233;form&#233; dans la fantaisie de l'&#233;go&#239;ste, au-dessus duquel tout est plac&#233; dans l'imagination, de telle mani&#232;re qu'il ne place rien au-dessus de lui-m&#234;me. Sancho serait alors descendu du domaine de la sp&#233;culation dans le domaine de la r&#233;alit&#233;, de ce que les gens imaginent &#224; ce qu'ils sont r&#233;ellement, de ce qu'ils imaginent &#224; comment ils agissent et sont tenus d'agir dans des circonstances d&#233;finies. Ce qui lui semble un produit de la pens&#233;e, il aurait compris &#234;tre un produit de la vie . Il ne serait pas alors arriv&#233; &#224; l'absurdit&#233; digne de lui - d'expliquer la division entre les int&#233;r&#234;ts personnels et g&#233;n&#233;raux en disant que les gens imaginent cette division aussi d'une mani&#232;re religieuse et se semblent &#234;tre tels et tels, ce qui n'est pourtant que un autre mot pour &#034;imaginer&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Incidemment, m&#234;me sous la forme banale et petite-bourgeoise allemande dans laquelle Sancho per&#231;oit la contradiction des int&#233;r&#234;ts personnels et g&#233;n&#233;raux, il devrait se rendre compte que les individus sont toujours partis d'eux-m&#234;mes, et ne pouvaient pas faire autrement, et que donc les deux aspects qu'il a not&#233;s sont aspects du d&#233;veloppement personnel des individus ; tous deux sont &#233;galement engendr&#233;s par les conditions empiriques dans lesquelles vivent les individus, tous deux ne sont que l'expression d' un seul et m&#234;me d&#233;veloppement personnel des personnes et ne sont donc qu'en apparence en contradiction l'un avec l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la volont&#233; dans les d&#233;sirs d'un individu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'un d&#233;sir devienne fixe ou non, c'est-&#224;-dire qu'il obtienne [un pouvoir exclusif sur nous] - ce qui n'exclut [pas] [de nouveaux progr&#232;s] - d&#233;pend de la question de savoir si les circonstances mat&#233;rielles, les &#034;mauvaises&#034; conditions mondaines permettent la satisfaction normale de ce d&#233;sir et, d'autre part, le d&#233;veloppement d'un ensemble de d&#233;sirs. Ce dernier d&#233;pend, &#224; son tour, de savoir si nous vivons dans des circonstances qui permettent une activit&#233; globale et ainsi le plein d&#233;veloppement de toutes nos potentialit&#233;s. Des conditions r&#233;elles, et de la possibilit&#233; de d&#233;veloppement qu'elles donnent &#224; chaque individu, d&#233;pend aussi de savoir si les pens&#233;es se fixent ou non &#8212; tout comme, par exemple, les id&#233;es fixes des philosophes allemands, ces &#171; victimes de la soci&#233;t&#233; &#187;, qui nous font piti&#233; . pour qui nous avons piti&#233;], sont ins&#233;parables des conditions allemandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avare n'est pas un propri&#233;taire, mais un serviteur, et il ne peut rien faire pour lui-m&#234;me sans le faire en m&#234;me temps pour son ma&#238;tre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul ne peut rien faire sans le faire &#224; la fois pour l'un ou l'autre de ses besoins et pour l'organe de ce besoin &#8212; pour Stirner cela signifie que ce besoin et son organe sont rendus ma&#238;tres de lui. , tout comme plus t&#244;t il a fait les moyens pour satisfaire un besoin en un ma&#238;tre sur lui. Stirner ne peut pas manger sans manger en m&#234;me temps pour le bien de son estomac. Si les conditions du monde l'emp&#234;chent de satisfaire son estomac, alors son estomac devient ma&#238;tre sur lui, le d&#233;sir de manger devient un d&#233;sir fixe, et la pens&#233;e de manger devient une id&#233;e fixe - ce qui lui donne en m&#234;me temps un exemple de la influence des conditions du monde et fixant ses d&#233;sirs et ses id&#233;es. La &#171; r&#233;volte &#187; de Sancho contre la fixation des d&#233;sirs et des pens&#233;es se r&#233;duit ainsi &#224; une impuissante injonction morale sur la ma&#238;trise de soi et fournit une nouvelle preuve qu'il ne fait qu'exprimer id&#233;ologiquement haut les sentiments les plus triviaux du petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Les deux paragraphes suivants sont barr&#233;s dans le manuscrit (des crochets sont utilis&#233;s pour les mots illisibles)] :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'ils s'attaquent &#224; la base mat&#233;rielle sur laquelle reposait la fixit&#233; jusque-l&#224; in&#233;vitable des d&#233;sirs et des id&#233;es, les communistes sont le seul peuple par l'activit&#233; historique duquel la liqu&#233;faction des d&#233;sirs et des id&#233;es fixes est en fait r&#233;alis&#233;e et cesse d'&#234;tre une injonction morale impuissante, comme jusqu'&#224; pr&#233;sent chez tous les moralistes &#171; jusqu'&#224; &#187; Stirner. L'organisation communiste a un double effet sur les d&#233;sirs produits chez l'individu par les relations actuelles ; certains de ces d&#233;sirs &#8212; &#224; savoir les d&#233;sirs qui existent sous toutes les relations, et ne changent de forme et de direction que sous diff&#233;rentes relations sociales &#8212; sont simplement modifi&#233;s par le syst&#232;me social communiste, car ils ont la possibilit&#233; de se d&#233;velopper normalement ; mais d'autres - &#224; savoir ceux qui proviennent uniquement d'une soci&#233;t&#233; particuli&#232;re,dans des conditions particuli&#232;res de [production] et de relations sexuelles &#8212; sont totalement priv&#233;s de leurs conditions d'existence. Lequel [des d&#233;sirs] sera simplement chang&#233; et [qui sera &#233;limin&#233;] dans une [soci&#233;t&#233;] communiste ne peut [se produire que de mani&#232;re pratique], en [changeant les conditions r&#233;elles], r&#233;elles [de production et de relations.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;sir est d&#233;j&#224; par sa simple existence quelque chose de &#171; fixe &#187;, et il ne peut arriver qu'&#224; saint Max et &#224; ses semblables de ne pas permettre &#224; son instinct sexuel, par exemple, de se &#171; fixer &#187; ; c'est cela d&#233;j&#224; et ne cessera de se fixer qu'&#224; la suite de la castration ou de l'impuissance. Chaque besoin, qui est &#224; la base d'un &#034;d&#233;sir&#034;, est aussi quelque chose de &#034;fixe&#034;, et tant qu'il essaie, saint Max ne peut abolir cette &#034;fixit&#233;&#034; et par exemple s'arranger pour se lib&#233;rer de la n&#233;cessit&#233; de manger dans le &#034;fixe&#034;. p&#233;riodes. Les communistes n'ont nullement l'intention d'abolir la fixit&#233; de leurs d&#233;sirs et de leurs besoins, intention que Stirner, plong&#233; dans son monde de fantaisie, leur attribue ainsi qu'&#224; tous les autres hommes ;ils ne cherchent qu'&#224; r&#233;aliser une organisation de la production et des relations qui rende possible la satisfaction normale de tous les besoins, c'est-&#224;-dire une satisfaction qui n'est limit&#233;e que par les besoins eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Individualit&#233; dans la pens&#233;e et le d&#233;sir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne d&#233;pend pas de la conscience , mais de l' &#234;tre ; pas sur la pens&#233;e, mais sur la vie ; cela d&#233;pend du d&#233;veloppement empirique de l'individu et de la manifestation de la vie, qui &#224; son tour d&#233;pend des conditions existant dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les circonstances dans lesquelles vit l'individu ne lui permettent que le d&#233;veloppement unilat&#233;ral d'une qualit&#233; aux d&#233;pens de toutes les autres, [si] elles lui donnent le mat&#233;riel et le temps pour d&#233;velopper uniquement cette qualit&#233; unique, alors cet individu atteint seulement un d&#233;veloppement unilat&#233;ral et paralys&#233;. Aucune pr&#233;dication morale ne sert ici. Et la mani&#232;re dont se d&#233;veloppe cette qualit&#233; &#233;minemment privil&#233;gi&#233;e d&#233;pend encore, d'une part, du mat&#233;riel disponible pour son d&#233;veloppement et, d'autre part, du degr&#233; et de la mani&#232;re dont les autres qualit&#233;s sont supprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment parce que la pens&#233;e, par exemple, est la pens&#233;e d'un individu particulier, d&#233;fini, elle reste sa pens&#233;e d&#233;finie, d&#233;termin&#233;e par son individualit&#233; dans les conditions o&#249; il vit. L'individu pensant n'a donc pas besoin de recourir &#224; une r&#233;flexion prolong&#233;e sur la pens&#233;e en tant que telle pour d&#233;clarer que sa pens&#233;e est sa propre pens&#233;e, sa propri&#233;t&#233; ; d&#232;s le d&#233;but, c'est sa propre pens&#233;e particuli&#232;rement d&#233;termin&#233;e et c'est pr&#233;cis&#233;ment sa particularit&#233; qui [dans le cas de saint] Sancho [s'est av&#233;r&#233;e] l'&#171; oppos&#233; &#187; de celle-ci, la particularit&#233; qui est particuli&#232;re &#171; en tant que telle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'un individu, par exemple, dont la vie embrasse un large cercle d'activit&#233;s vari&#233;es et de relations pratiques avec le monde, et qui, par cons&#233;quent, m&#232;ne une vie plurielle, la pens&#233;e a le m&#234;me caract&#232;re d'universalit&#233; que toute autre manifestation de sa vie. Par cons&#233;quent, elle ne se fixe pas sous la forme d'une pens&#233;e abstraite et n'a pas besoin d'astuces compliqu&#233;es de r&#233;flexion lorsque l'individu passe de la pens&#233;e &#224; une autre manifestation de la vie. Elle est toujours d'embl&#233;e un facteur de la vie totale de l'individu, qui dispara&#238;t et se reproduit au fur et &#224; mesure des besoins .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'un ma&#238;tre d'&#233;cole ou d'un auteur paroissial berlinois, cependant, dont l'activit&#233; se limite au travail ardu d'une part et au plaisir de la pens&#233;e d'autre part, dont le monde s'&#233;tend des [les petites limites de leur ville], dont les relations avec ce monde sont r&#233;duits au minimum par sa pitoyable position dans la vie, lorsqu'un tel individu &#233;prouve le besoin de penser, il est en effet in&#233;vitable que sa pens&#233;e devienne aussi abstraite que lui-m&#234;me et que sa vie, et que cette pens&#233;e se confronte &#224; lui, qui est tout &#224; fait incapable de r&#233;sistance, sous la forme d'un pouvoir fixe, dont l'activit&#233; offre &#224; l'individu la possibilit&#233; d'une &#233;vasion momentan&#233;e de son &#034;mauvais monde&#034;, d'un plaisir momentan&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas d'un tel individu, les quelques d&#233;sirs restants, qui d&#233;coulent non pas tant des relations avec un monde que de la constitution du corps humain, ne se sont exprim&#233;s que par r&#233;percussion , c'est-&#224;-dire qu'ils assument leur d&#233;veloppement &#233;troit de la m&#234;me mani&#232;re unilat&#233;rale et caract&#232;re grossier comme le fait sa pens&#233;e, ils n'apparaissent que par intervalles, stimul&#233;s par le d&#233;veloppement excessif du d&#233;sir pr&#233;dominant (fortifi&#233; par des causes physiques imm&#233;diates, par exemple, les spasmes [de l'estomac]) et se manifestent de mani&#232;re turbulente et forc&#233;e, avec la suppression la plus brutale du le d&#233;sir ordinaire [naturel] [&#8212; cela conduit &#224; davantage] de domination sur [la pens&#233;e.] Naturellement, la [pens&#233;e r&#233;fl&#233;chie et sp&#233;cul&#233;e sur] du ma&#238;tre d'&#233;cole est empirique [le fait dans une &#233;cole] de fa&#231;on magistrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doit &#234;tre la vocation de tous les &#234;tres humains&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour saint Sancho, la vocation a une double forme ; d'abord comme vocation que d'autres choisissent pour moi - dont nous avons d&#233;j&#224; eu des exemples plus haut dans le cas des journaux pleins de politique et des prisons que notre Saint a prises pour des maisons de correction morale. Apr&#232;s la vocation appara&#238;t aussi comme une vocation &#224; laquelle l'individu lui-m&#234;me croit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le moi est s&#233;par&#233; de toutes ses conditions empiriques de vie, de son activit&#233;, des conditions de son existence, s'il est s&#233;par&#233; du monde qui le fonde et de son propre corps, alors, bien s&#251;r, il n'a pas d'autre vocation et pas d'autre d&#233;signation que celle de repr&#233;senter l'&#234;tre humain de la proposition logique et d'aider saint Sancho &#224; arriver aux &#233;quations donn&#233;es ci-dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le monde r&#233;el, en revanche, o&#249; les individus ont des besoins, ils ont donc d&#233;j&#224; une vocation et une t&#226;che ; et au d&#233;part il est encore indiff&#233;rent qu'ils en fassent aussi leur vocation dans leur imagination. Il est clair, cependant, que parce que les individus poss&#232;dent une conscience, ils se font une id&#233;e de cette vocation que leur a donn&#233;e leur existence empirique et, ainsi, fournissent &#224; saint Sanche l'occasion de saisir le mot vocation, l'expression de leurs conditions de vie r&#233;elles, et de faire abstraction de ces conditions de vie elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;taire, par exemple, qui comme tout &#234;tre humain a vocation &#224; satisfaire ses besoins et qui n'est pas en mesure de satisfaire m&#234;me les besoins qu'il a en commun avec tous les &#234;tres humains, le prol&#233;taire que la n&#233;cessit&#233; de travailler 14 heures jour s'abaisse au niveau de la b&#234;te de somme, que la concurrence abaisse &#224; une simple chose, un article de commerce, qui de sa position de simple force productive, la seule position qui lui reste, est &#233;vinc&#233;e par d'autres producteurs plus puissants. forces &#8212; ce prol&#233;taire est, ne serait-ce que pour ces raisons, confront&#233; &#224; la t&#226;che r&#233;elle de r&#233;volutionner ses conditions. Il peut, bien s&#251;r, imaginer que c'est sa &#171; vocation &#187;, il peut aussi, s'il aime faire de la propagande, exprimer sa &#171; vocation &#187; en disant que faire ceci ou cela est la vocation humaine du prol&#233;taire,d'autant plus que sa position ne lui permet m&#234;me pas de satisfaire les besoins d&#233;coulant directement de sa nature humaine. Saint Sancho ne se pr&#233;occupe pas de la r&#233;alit&#233; qui sous-tend cette id&#233;e, avec le nom pratique de ce prol&#233;taire &#8212; il s'accroche au mot &#171; vocation &#187; et d&#233;clare que c'est le saint, et le prol&#233;taire &#234;tre un serviteur du saint &#8212; le moyen le plus simple de se consid&#233;rer comme sup&#233;rieur et de &#171; proc&#233;der plus loin &#187;.aller plus loin&#034;.aller plus loin&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Particuli&#232;rement dans les relations qui ont exist&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent, quand une classe r&#233;gnait toujours, quand les conditions de vie d'un individu co&#239;ncidaient toujours avec les conditions de vie d'une classe, quand, par cons&#233;quent, la t&#226;che pratique de chaque classe nouvellement &#233;mergente devait n&#233;cessairement appara&#238;tre. &#224; chacun de ses membres comme une t&#226;che universelle , et lorsque chaque classe ne pouvait r&#233;ellement renverser son pr&#233;d&#233;cesseur qu'en lib&#233;rant les individus de toutes les classes de certaines cha&#238;nes qui les avaient jusque-l&#224; entrav&#233;s - dans ces circonstances, il &#233;tait essentiel que la t&#226;che des membres individuels de une classe luttant pour la domination devrait &#234;tre d&#233;crite comme une t&#226;che humaine universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, quand par exemple le bourgeois dit au prol&#233;taire que sa t&#226;che humaine, au prol&#233;taire, est de travailler 14 heures par jour, le prol&#233;taire a tout &#224; fait raison de r&#233;pondre dans le m&#234;me langage qu'au contraire sa t&#226;che est de renverser l'ensemble syst&#232;me bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vocation, d&#233;signation, t&#226;che, id&#233;al &#187; sont soit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. L'id&#233;e des t&#226;ches r&#233;volutionnaires impos&#233;es &#224; une classe opprim&#233;e par les conditions mat&#233;rielles ; ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. De simples paraphrases id&#233;alistes, ou encore l'expression consciente des modes d'activit&#233; des individus qui, en raison de la division du travail, ont assum&#233; une existence ind&#233;pendante en tant que professions diverses ; ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. L'expression consciente de la n&#233;cessit&#233; qui se pr&#233;sente &#224; chaque instant aux individus, aux classes et aux nations d'affirmer leur position par une activit&#233; bien d&#233;finie ; ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les conditions d'existence de la classe dominante (telles que d&#233;termin&#233;es par le d&#233;veloppement pr&#233;c&#233;dent de la production), id&#233;alement exprim&#233;es en droit, morale, etc., auxquelles [conditions] les id&#233;ologues de cette classe ont plus ou moins consciemment donn&#233; une sorte de ind&#233;pendance ; ils peuvent &#234;tre con&#231;us par des individus distincts de cette classe comme une vocation, etc. . Il est &#224; noter ici, comme en g&#233;n&#233;ral chez les id&#233;ologues, qu'ils mettent in&#233;vitablement une chose &#224; l'envers et consid&#232;rent leur id&#233;ologie &#224; la fois comme la force cr&#233;atrice et comme la finalit&#233; de toutes les relations sociales, alors qu'elle n'est qu'une expression et un sympt&#244;me de celles-ci. rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le de la volont&#233; individuelle dans la fondation de l'&#201;tat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire actuelle, ces th&#233;oriciens qui consid&#233;raient le pouvoir comme la base du droit &#233;taient en contradiction directe avec ceux qui consid&#233;raient la volont&#233; comme la base du droit... Si le pouvoir est pris comme base du droit, comme Hobbes, etc., le font, alors le droit, la loi, etc., ne sont que le sympt&#244;me, l'expression d' autres relations sur lesquelles repose le pouvoir d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie mat&#233;rielle des individus, qui ne d&#233;pend nullement de leur seule &#171; volont&#233; &#187;, de leur mode de production et de leur forme de relations, qui se d&#233;terminent mutuellement &#8212; c'est la base r&#233;elle de l'&#201;tat et le resta &#224; tous les stades o&#249; la division du travail et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sont encore n&#233;cessaires, tout &#224; fait ind&#233;pendamment de la volont&#233; des individus. Ces relations r&#233;elles ne sont nullement cr&#233;&#233;es par le pouvoir d'&#201;tat ; au contraire, ils sont la puissance qui le cr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus qui gouvernent dans ces conditions &#8212; abstraction faite du fait que leur pouvoir doit rev&#234;tir la forme de l' &#201;tat &#8212; doivent donner &#224; leur volont&#233;, qui est d&#233;termin&#233;e par ces conditions d&#233;finies, une expression universelle comme volont&#233; de l'&#201;tat, comme loi, une expression dont le contenu est toujours d&#233;termin&#233; par les relations de cette classe, comme le droit civil et p&#233;nal le d&#233;montre de la mani&#232;re la plus claire possible. De m&#234;me que le poids de leur corps ne d&#233;pend pas de leur volont&#233; id&#233;aliste ou de leur d&#233;cision arbitraire, de m&#234;me le fait qu'ils imposent leur propre volont&#233; sous forme de loi, et en m&#234;me temps pour la rendre ind&#233;pendante de l'arbitraire personnel de chacun d'entre eux ne d&#233;pend pas de sa volont&#233; id&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur r&#232;gle personnelle doit en m&#234;me temps prendre la forme d'une r&#232;gle moyenne. Leur pouvoir personnel est fond&#233; sur des conditions de vie qui, au fur et &#224; mesure qu'elles se d&#233;veloppent, sont communes &#224; de nombreux individus, et dont ils, en tant qu'individus dominants, doivent maintenir contre les autres et, en m&#234;me temps, maintenir qu'ils tiennent bon pour Tout le monde. L'expression de cette volont&#233;, qui est d&#233;termin&#233;e par leurs int&#233;r&#234;ts communs, est la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que des individus ind&#233;pendants les uns des autres s'affirment eux-m&#234;mes et affirment leur propre volont&#233;, et parce que, sur cette base, leur attitude les uns envers les autres est forc&#233;ment &#233;go&#239;ste, que l'abn&#233;gation est rendue n&#233;cessaire en droit et en droit, l'abn&#233;gation en le cas exceptionnel, en auto-affirmation de leurs int&#233;r&#234;ts dans le cas moyen (que, donc, non pas eux , mais seulement &#171; l'&#233;go&#239;ste en accord avec lui-m&#234;me &#187; consid&#232;re comme une abn&#233;gation). Il en est de m&#234;me des classes gouvern&#233;es, dont la volont&#233; joue un r&#244;le tout aussi minime dans la d&#233;termination de l'existence de la loi et de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, tant que les forces productives seront encore insuffisamment d&#233;velopp&#233;es pour rendre la concurrence superflue, et par cons&#233;quent susciteraient toujours la concurrence, tant les classes gouvern&#233;es voudraient &#234;tre impossibles si elles avaient la &#171; volont&#233; &#034; abolir la concurrence et avec elle l'&#201;tat et la loi. Incidemment aussi, ce n'est que dans l'imagination des id&#233;ologues que cette &#171; volont&#233; &#187; surgit avant que les relations ne soient suffisamment d&#233;velopp&#233;es pour rendre possible l'&#233;mergence d'une telle volont&#233;. Une fois que les relations se sont suffisamment d&#233;velopp&#233;es pour la produire, l'id&#233;ologue peut imaginer cette volont&#233; comme purement arbitraire et donc concevable &#224; tout moment et en toutes circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le droit, le crime, c'est-&#224;-dire la lutte de l'individu isol&#233; contre les rapports dominants, n'est pas le r&#233;sultat d'un pur arbitraire. Au contraire, elle d&#233;pend des m&#234;mes conditions que cette domination. Les m&#234;mes visionnaires qui voient dans le droit et la loi la domination de quelque g&#233;n&#233;ral existant ind&#233;pendamment verront dans le crime la simple violation du droit et de l'ensemble. L'&#201;tat n'existe donc pas en raison de la volont&#233; dominante, mais l'&#201;tat, qui na&#238;t du mode de vie mat&#233;riel des individus, a aussi la forme d'une volont&#233; dominante. Si cette derni&#232;re perd sa domination, cela signifie que non seulement la volont&#233; a chang&#233; mais aussi l'existence mat&#233;rielle et la vie des individus, et c'est seulement pour cette raison que leur volont&#233; a chang&#233;. Il est possible que des droits et des lois soient &#171; h&#233;rit&#233;s &#187;, mais dans ce cas ils ne sont plus dominants, mais nominaux,dont des exemples frappants sont fournis par l'histoire du droit romain antique et du droit anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu plus haut comment une th&#233;orie et une histoire de la pens&#233;e pure pouvaient na&#238;tre chez des philosophes tenant &#224; la s&#233;paration des id&#233;es des individus et des relations empiriques qui servent de base &#224; ces id&#233;es. De la m&#234;me mani&#232;re, l&#224; aussi on peut s&#233;parer le droit de sa base r&#233;elle, par quoi on obtient une &#171; volont&#233; dominante &#187; qui &#224; diff&#233;rentes &#233;poques subit diverses modifications et a sa propre histoire ind&#233;pendante dans ses cr&#233;ations, les lois. De ce fait, l'histoire politique et civile se confond id&#233;ologiquement dans une histoire de la domination des lois successives... L'examen le plus superficiel de la l&#233;gislation, par exemple pour les lois et pour tous les pays, montre jusqu'o&#249; sont all&#233;s les gouvernants lorsqu'ils s'imaginaient qu'ils pourrait r&#233;aliser quelque chose par le seul moyen de sa &#171; volont&#233; dominante &#187;, c'est-&#224;-dire simplement en exer&#231;ant sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus et leurs relations&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ce qui constitue l'avantage d'un individu en tant que tel sur les autres individus, est de nos jours en m&#234;me temps un produit de la soci&#233;t&#233; et dans sa r&#233;alisation est tenu de s'affirmer comme privil&#232;ge, comme nous l'avons d&#233;j&#224; montr&#233; Sancho &#224; propos de la concurrence . De plus, l'individu en tant que tel, consid&#233;r&#233; par lui-m&#234;me, est subordonn&#233; &#224; la division du travail, qui le rend unilat&#233;ral, paralyse et d&#233;termine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les individus ont toujours et en toutes circonstances &#034;proc&#233;d&#233; d'eux-m&#234;mes &#034;, mais puisqu'ils n'&#233;taient pas uniques au sens de n'avoir besoin d'aucune connexion les uns avec les autres, et que leurs besoins , par cons&#233;quent leur nature, et la mani&#232;re de satisfaire leurs besoins, les reliaient entre eux (rapports entre les sexes, &#233;change, division du travail), ils devaient entrer en relation les uns avec les autres. De plus, puisqu'ils sont entr&#233;s en rapport les uns avec les autres non pas en tant qu'ego purs, mais en tant qu'individus &#224; un stade d&#233;fini de d&#233;veloppement de leurs forces productives et de leurs besoins, et puisque ces rapports, &#224; leur tour, d&#233;terminaient la production et les besoins, il &#233;tait donc pr&#233;cis&#233;ment le comportement personnel et individuel des individus, leur comportement les uns envers les autres en tant qu'individus, qui a cr&#233;&#233; les relations existantes et les reproduit quotidiennement &#224; nouveau. Ils entraient en relation les uns avec les autres tels qu'ils &#233;taient, ils proc&#233;daient &#171; d'eux-m&#234;mes &#187;, tels qu'ils &#233;taient, ind&#233;pendamment de leur &#171; vision de la vie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#171; vision de la vie &#187; &#8212; m&#234;me celle d&#233;form&#233;e des philosophes [id&#233;alistes] &#8212; ne pouvait, bien entendu, &#234;tre d&#233;termin&#233;e que par leur vie r&#233;elle. Il s'ensuit certainement que le d&#233;veloppement d'un individu est d&#233;termin&#233; par le d&#233;veloppement de tous les autres avec lesquels il est directement ou indirectement associ&#233;, et que les diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations d'individus entrant en relation les uns avec les autres sont li&#233;es les unes aux autres, que les l'existence des derni&#232;res g&#233;n&#233;rations est d&#233;termin&#233;e par celle de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, et que ces derni&#232;res h&#233;ritent des forces productives et des formes de relations accumul&#233;es par leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, leurs propres relations mutuelles &#233;tant ainsi d&#233;termin&#233;es. En bref,il est clair qu'il y a d&#233;veloppement et que l'histoire de l'individu ne peut &#234;tre s&#233;par&#233;e de l'histoire des individus pr&#233;c&#233;dents ou contemporains, mais est d&#233;termin&#233;e par cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation de la relation individuelle en son contraire, une relation purement mat&#233;rielle, la distinction de l'individualit&#233; et de la fortune par les individus eux-m&#234;mes est un processus historique, comme nous l'avons d&#233;j&#224; montr&#233; ( Chapitre 1, Partie IV, &#167; 6 ), et &#224; diff&#233;rentes &#233;tapes de d&#233;veloppement, elle prend des formes diff&#233;rentes, toujours plus nettes et plus universelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque actuelle, la domination des relations mat&#233;rielles sur les individus et la suppression de l'individualit&#233; par des circonstances fortuites ont pris sa forme la plus aigu&#235; et la plus universelle, fixant ainsi aux individus existants une t&#226;che bien d&#233;finie. Elle leur a assign&#233; la t&#226;che de remplacer la domination des circonstances et du hasard sur les individus par la domination des individus sur le hasard et les circonstances. Il n'a pas, comme Sancho l'imagine, mis en avant l'exigence que &#171; je me d&#233;veloppe moi-m&#234;me &#187;, ce que tout individu a fait jusqu'&#224; pr&#233;sent sans les bons conseils de Sancho ; elle a au contraire appel&#233; &#224; s'affranchir d'un mode de d&#233;veloppement bien d&#233;fini. Cette t&#226;che, dict&#233;e par les relations actuelles, co&#239;ncide avec la t&#226;che d'organiser la soci&#233;t&#233; &#224; la mani&#232;re communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; montr&#233; plus haut que l'abolition d'un &#233;tat de choses dans lequel les relations deviennent ind&#233;pendantes des individus, o&#249; l'individualit&#233; est subordonn&#233;e au hasard et les relations personnelles des individus sont subordonn&#233;es aux relations g&#233;n&#233;rales de classe, etc. des affaires est d&#233;termin&#233; en derni&#232;re analyse par l'abolition de la division du travail. Nous avons &#233;galement montr&#233; que l'abolition de la division du travail est d&#233;termin&#233;e par le d&#233;veloppement des relations et des forces productives &#224; un tel degr&#233; d'universalit&#233; que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et la division du travail en deviennent les entraves. Nous avons en outre montr&#233; que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne peut &#234;tre abolie qu'&#224; la condition d'un d&#233;veloppement global des individus,pr&#233;cis&#233;ment parce que la forme existante des relations sexuelles et les forces productives existantes sont toutes englobantes et que seuls les individus qui se d&#233;veloppent de mani&#232;re globale peuvent se les approprier, c'est-&#224;-dire les transformer en manifestations libres de leur vie. Nous avons montr&#233; qu'&#224; l'heure actuelle les individus doit abolir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, parce que les forces productives et les formes de relations se sont tellement d&#233;velopp&#233;es que, sous la domination de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, elles sont devenues des forces destructrices, et parce que la contradiction entre les classes a atteint son extr&#234;me limite. Enfin, nous avons montr&#233; que l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e dans la division du travail est elle-m&#234;me l'association des individus sur la base cr&#233;&#233;e par les forces productives modernes et les relations du monde. [Voir le chapitre un]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein de la soci&#233;t&#233; communiste, la seule soci&#233;t&#233; dans laquelle le d&#233;veloppement authentique et libre des individus cesse d'&#234;tre une simple phrase, ce d&#233;veloppement est d&#233;termin&#233; pr&#233;cis&#233;ment par le lien des individus, lien qui consiste en partie dans les pr&#233;requis &#233;conomiques et en partie dans la n&#233;cessaire solidarit&#233; de le libre d&#233;veloppement de tous, et enfin le caract&#232;re universel de l'activit&#233; des individus sur la base des forces productives existantes. Il s'agit donc ici d'individus &#224; un stade historique d&#233;termin&#233; de leur d&#233;veloppement et nullement d'individus choisis au hasard, m&#234;me en faisant abstraction de l'indispensable r&#233;volution communiste, qui est elle-m&#234;me une condition g&#233;n&#233;rale de leur libre d&#233;veloppement. La conscience des individus de leurs relations mutuelles sera, bien s&#251;r, &#233;galement compl&#232;tement chang&#233;e, et,par cons&#233;quent, ne sera plus le &#034;principal de l'amour&#034; ou d&#233;votion que ce sera l'&#233;go&#239;sme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans Le Capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manufacture proprement dite ne soumet pas seulement le travailleur aux ordres et &#224; la discipline du capital, mais &#233;tablit encore une gradation hi&#233;rarchique parmi les ouvriers eux-m&#234;mes. Si, en g&#233;n&#233;ral, la coop&#233;ration simple n'affecte gu&#232;re le mode de travail individuel, la manufacture le r&#233;volutionne de fond en comble et attaque &#224; sa racine la force de travail. Elle estropie le travailleur, elle fait de lui quelque chose de monstrueux en activant le d&#233;veloppement factice de sa dext&#233;rit&#233; de d&#233;tail, en sacrifiant tout un monde de dispositions et d'instincts producteurs, de m&#234;me que dans les Etats de la Plata, on immole un taureau pour sa peau et son suif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le travail qui est divis&#233;, subdivis&#233; et r&#233;parti entre divers individus, c'est l'individu lui-m&#234;me qui est morcel&#233; et m&#233;tamorphos&#233; en ressort automatique d'une op&#233;ration exclusive, de sorte que l'on trouve r&#233;alis&#233;e la fable absurde de Menennius Agrippa, repr&#233;sentant un homme comme fragment de son propre corps....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la manufacture l'enrichissement du travailleur collectif, et par suite du capital, en forces productives sociales a pour condition l'appauvrissement du travailleur en forces productives individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ignorance est la m&#232;re de l'industrie aussi bien que de la superstition. La r&#233;flexion et l'imagination sont sujettes &#224; s'&#233;garer ; mais l'habitude de mouvoir le pied ou la main ne d&#233;pend ni de l'une, ni de l'autre. Aussi pourrait on dire, que la perfection, &#224; l'&#233;gard des manufactures, consiste &#224; pouvoir se passer de l'esprit, de mani&#232;re que, sans effort de t&#234;te, l'atelier puisse &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une machine dont les parties sont des hommes. &#187; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme la p&#233;riode manufacturi&#232;re pousse beaucoup plus loin cette division sociale en m&#234;me temps que par la division qui lui est propre elle attaque l'individu &#224; la racine m&#234;me de sa vie, c'est elle qui la premi&#232;re fournit l'id&#233;e et la mati&#232;re d'une pathologie industrielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Subdiviser un homme, c'est l'ex&#233;cuter, s'il a m&#233;rit&#233; une sentence de mort ; c'est l'assassiner s'il ne la m&#233;rite pas. La subdivision du travail est l'assassinat d'un peuple. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5068&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5068&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5068&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5068&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5561&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5561&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5559&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5559&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4963&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4963&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contradictions capitalistes, d'apr&#232;s &#171; Le Capital &#187; de Marx</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6808</link>
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		<dc:date>2025-04-19T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Contradiction</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Contradictions capitalistes, d'apr&#232;s &#171; Le Capital &#187; de Marx &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 1 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 3 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 4 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 5 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 7 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 9 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 10 &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte 11&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot315" rel="tag"&gt;Contradiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contradictions capitalistes, d'apr&#232;s &#171; Le Capital &#187; de Marx&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-3-2.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-5.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-I/kmcapI-19.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_13.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_14.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_50.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1699&#034;&gt;Texte 7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034;&gt;Texte 8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article3666&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Texte 9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5972&#034;&gt;Texte 10&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3470&#034;&gt;Texte 11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses, disait Karl Marx</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7777</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7777</guid>
		<dc:date>2025-04-12T22:32:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme - capitalism</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Que voulait dire Marx quand il &#233;crivait dans &#171; Le Capital &#187;, Livre III : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la phrase pr&#233;c&#233;demment cit&#233;e, Marx voulait dire d'abord que l'&#233;conomie appara&#238;t comme un &#233;change entre des objets (des marchandises) et que c'est, en fait, une relation sociale (entre des hommes). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il voulait dire ensuite que la nature de la marchandise n'est pas seulement celle d'un objet, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique71" rel="directory"&gt;2 - Les lois &#233;conomiques ob&#233;issent &#224; des contradictions dialectiques&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot280" rel="tag"&gt;Capitalisme - capitalism&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Que voulait dire Marx quand il &#233;crivait dans &#171; Le Capital &#187;, Livre III :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute science serait superflue s'il y avait co&#239;ncidence imm&#233;diate entre la forme ph&#233;nom&#233;nale et l'essence des choses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la phrase pr&#233;c&#233;demment cit&#233;e, Marx voulait dire d'abord que l'&#233;conomie appara&#238;t comme un &#233;change entre des objets (des marchandises) et que c'est, en fait, une relation sociale (entre des hommes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire ensuite que la nature de la marchandise n'est pas seulement celle d'un objet, contrairement aux apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire encore que la nature de la classe des travailleurs n'&#233;tait pas seulement celle de personnes qui recherchent un travail aupr&#232;s d'autres qui lui proposent un travail. Leur nature n'apparaissait pas directement puisqu'elle r&#233;sultait d'un vol plus ancien, celui des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il voulait dire enfin que la nature du capital, elle-m&#234;me, n'&#233;tait pas une &#233;vidence, qu'il ne s'agissait pas seulement d'une certaine somme d'argent, investi ou non, mais, l&#224; encore, d'une mani&#232;re bien particuli&#232;re d'investir cet argent en vue d'un profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature du profit capitaliste, elle non plus, n'apparaissait pas de fa&#231;on &#233;vidente mais, en comprenant que l'augmentation de capital ne provient pas fondamentalement de l'&#233;change, d'une bonne affaire commerciale (qui expliquerait qu'un capitaliste s'enrichisse aux d&#233;pens d'un autre mais pas que l'ensemble du capital augmente) mais de l'exploitation du travail humain (la plus-value &#233;tant du travail non pay&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre illusion s&#233;pare ou oppose diam&#233;tralement les rapports de distribution et les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre erreur concerne les rapports de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, l'illusion recouvre la transformation du capital-marchandise et du capital-argent en capital commercial&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le capital n'est pas une chose, c'est un syst&#232;me social de production bien d&#233;termin&#233;, appartenant &#224; un type historique particulier de la soci&#233;t&#233;, syst&#232;me qui se manifeste dans un objet auquel il imprime un caract&#232;re social sp&#233;cifique &#187;, Karl Marx, Le Capital, Livre III.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre III du Capital, Karl Marx distingue en premier lieu deux traits caract&#233;ristiques fondamentaux pour d&#233;crire le capital :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) il produit des marchandises. Ce qui le distingue des autres modes de production. Le caract&#232;re dominant et d&#233;cisif de cette production est d'&#234;tre une production de marchandises. Cela implique en premier lieu que l'ouvrier lui-m&#234;me appara&#238;t uniquement comme vendeur de marchandises et, partant, comme ouvrier salari&#233; libre, donc que le travail appara&#238;t essentiellement en tant que travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) La production de la plus-value est son but direct et son mobile d&#233;terminant. Le capital produit essentiellement du capital, mais il ne le fait que dans la mesure o&#249; il produit de la plus-value. La production en vue de la valeur et de la plus-value implique la tendance toujours manifeste &#224; r&#233;duire en toutes circonstances au-dessous de la moyenne sociale le temps de travail n&#233;cessaire &#224; la production d'une marchandise, autrement dit sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) La tendance &#224; r&#233;duire le co&#251;t de production &#224; son minimum devient le principal levier de l'accroissement de la productivit&#233; sociale du travail mais cet accroissement se manifeste ici uniquement comme accroissement constant de la productivit&#233; du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La valeur est le rapport renvers&#233; de la force de travail &#224; elle-m&#234;me. Est source de valeur ce qui contribue &#224; la reproduction de la force de travail. En tant que processus de valorisation, la valeur dans son ensemble est d&#233;termin&#233;e quantitativement par le temps de reproduction n&#233;cessaire &#224; l'&#233;chelle de l'ensemble des forces productives, et qualitativement par sa contribution &#224; la reproduction &#233;largie des forces productives.&lt;br class='autobr' /&gt;
La reproduction est le renouvellement constant du processus de production. La reproduction simple est le renouvellement de la production sous un volume constant. La reproduction &#233;largie signifie que la production se renouvelle dans un volume accru. C'est par l'exploitation du prol&#233;tariat que le capital grandit et, qu'en m&#234;me temps, les rapports de production capitalistes se reproduisent sur une base &#233;largie.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'accumulation du capital est la source de la reproduction &#233;largie. L'accumulation est l'addition au capital d'une partie de la plus-value sous forme d'investissements, visant &#224; l'accroissement de la production : achat de moyens de production et embauche de main-d'&#339;uvre suppl&#233;mentaires (augmentation des forces productives). L'accumulation capitaliste aboutit &#224; une &#233;l&#233;vation de la composition organique du capital.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au centre des rapports sociaux de production se trouve la marchandise, laquelle poss&#232;de une valeur d'usage et une valeur d'&#233;change. La valeur d'usage correspond &#224; l'utilit&#233; et &#224; la satisfaction d'un besoin. La valeur d'&#233;change est mesur&#233;e par le travail humain n&#233;cessaire &#224; la production. Le co&#251;t de la force de travail est le d&#233;nominateur commun des &#233;changes marchands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Karl Marx expose simplement, mais dialectiquement, ce qu'est le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4208&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dialectique de l'&#233;conomie capitaliste, telle que l'a expos&#233;e Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3210&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres sur &#171; Le Capital &#187; de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6451&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6451&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduction &#224; la brochure &#171; Salaires, prix et profits &#187; de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5136&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5136&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le salariat sous le capitalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6491&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6491&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'accumulation du capital ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5811&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5811&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que l'&#233;conomie politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6622&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6622&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous citons ici le passage ici discut&#233; du Capital de Marx en entier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En r&#233;alit&#233; l'&#233;conomie vulgaire ne fait qu'interpr&#233;ter, syst&#233;matiser et justifier doctrinalement les conceptions bourgeoises des agents de la production. Il n'y a donc rien d'&#233;tonnant &#226; ce qu'elle ne soit pas frapp&#233;e par ces absurdes contradictions apparentes des manifestations des rapports &#233;conomiques - toute science serait superflue si l'apparence r&#233;pondait directement &#224; la nature des choses - et &#224; ce qu'elle trouve ces rapports d'autant plus compr&#233;hensibles qu'elle en saisit moins la connexion intime et que la conception vulgaire les admet plus facilement. Aussi ne se doute-t-elle pas le moins du monde que la trinit&#233; (Sol et sous-sol-Rente, Capital-Int&#233;r&#234;t, Travail-Salaire ou prix du travail) qui lui sert de point de d&#233;part, se compose de trois &#233;l&#233;ments &#224; premi&#232;re vue incompatibles. En effet, nous avons une valeur d'usage, le sol, qui n'a pas de valeur, accoupl&#233;e &#224; une valeur d'&#233;change, la rente : de sorte qu'un rapport social, consid&#233;r&#233; comme un objet, est mis en rapport avec la nature, c'est-&#224;-dire qu'on &#233;tablit un rap&#172;port entre deux grandeurs incommensurables. Puis vient Capital-Int&#233;r&#234;t. Si l'on consid&#232;re le capital comme une valeur d&#233;termin&#233;e repr&#233;sent&#233;e par de l'argent, il est prima facie absurde qu'une valeur ait plus de valeur qu'elle en a en r&#233;alit&#233;. Aucun terme interm&#233;diaire n'appara&#238;t dans l'expression Capital-Int&#233;r&#234;t, qui donne du capital la for&#172;mule la plus g&#233;n&#233;rale et par cela m&#234;me la moins explicite. Aussi l'&#233;conomie vulgaire pr&#233;f&#232;re-t-elle &#224; Capital-Int&#233;r&#234;t, qui attribue &#224; une valeur la qualit&#233; occulte de n'&#234;tre pas &#233;gale &#224; elle-m&#234;me, la formule Capital - Profit, qui r&#233;fl&#232;te avec plus de pr&#233;cision le rapport capitaliste. Et alors, poursuivie par la notion que 4 n'est pas &#233;gal &#224; 5 et qu'il n'est pas possi&#172;ble d'&#233;galer 100 &#224; 110 thalers, elle passe du capital-valeur au capital-mati&#232;re, aux machines, aux mati&#232;res premi&#232;res, &#224; la valeur d'usage du capital comme condition du fonc&#172;tionnement du travail. Mais en raisonnant ainsi elle abou&#172;tit, comme pour la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, &#224; une expression incommensurable, le rapport entre une valeur d'usage, un objet, et un rapport inh&#233;rent &#224; une production sociale d&#233;ter&#172;min&#233;e, la plus-value. Et une fois arriv&#233;e dans le domaine de l'incommensurable, elle trouve que tout est &#233;clairci et qu'il n'y a pas lieu d'aller plus loin ; le &#171; Rationel &#187; de la con&#172;ception bourgeoise est atteint. Vient enfin Travail-Salaire, prix du travail, expression qui, ainsi que nous l'avons mon&#172;tr&#233; dans notre premier volume, contredit &#224; premi&#232;re vue &#224; la notion de la valeur et &#224; celle du prix, qui n'est en g&#233;n&#233;ral qu'une expression d&#233;termin&#233;e de la valeur. Il est &#233;videmment absurde de parler du &#171; prix du travail &#187; ; mais ici l'&#233;conomiste vulgaire est tout &#224; fait satisfait, car il est d'accord avec la conviction profonde du bourgeois qui se figure qu'il paie de l'argent pour le travail, et la contradiction entre la formule et la notion de la valeur le dispense de l'obligation de comprendre cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu que le proc&#232;s de production capitaliste est une forme historiquement d&#233;termin&#233;e du proc&#232;s de production sociale en g&#233;n&#233;ral. Ce dernier est autant un proc&#232;s de production des conditions mat&#233;rielles de la vie humaine qu'un proc&#232;s (en voie d'&#233;volution) de production et de reproduction des conditions m&#234;mes de la production, c'est-&#224;-dire de la forme sociale &#233;conomique qui y correspond. En effet, l'ensemble des rapports que les agents de la production ont entre eux et avec la nature constitue la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Comme dans tous les syst&#232;mes qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, le proc&#232;s de production capitaliste se d&#233;roule dans des conditions mat&#233;rielles d&#233;termin&#233;es, qui r&#232;glent en m&#234;me temps les rapports sociaux de la vie de ceux qui y participent. Ces conditions comme ces rapports sont &#224; la fois des facteurs et des r&#233;sultats de la production capitaliste, qui les produit et les reproduit. Nous avons vu ensuite que, durant le proc&#232;s social de production qui lui est ad&#233;quat, le capital extrait une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de surtravail du producteur imm&#233;diat, surtravail dont il ne paie pas l'&#233;quivalent et qui, de par son essence, est du travail forc&#233;, bien qu'il semble &#234;tre le r&#233;sultat d'un contrat librement consenti. Ce surtravail rev&#234;t la forme d'une plus-value, qui existe &#224; l'&#233;tat d'un surproduit. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le surtravail, le travail en quantit&#233; plus consid&#233;rable que ne l'exigent les besoins, est in&#233;vitable dans toutes les organisations ; mais dans la soci&#233;t&#233; capitaliste comme dans l'esclavage il repose sur un antagonisme, sur l'oisivet&#233; d'une partie de la soci&#233;t&#233;. Une quantit&#233; d&#233;termin&#233;e de surtravail est n&#233;cessaire pour l'assurance contre les accidents et l'extension progressive et in&#233;vitable du proc&#232;s de production - ce qui constitue l'accumulation dans la soci&#233;t&#233; capitaliste - sous l'action du d&#233;veloppement des besoins et de l'augmentation de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme contribue au progr&#232;s de la civilisation en ce qu'il extrait ce surtravail par des proc&#233;d&#233;s et sous des formes qui sont plus favorables que ceux des syst&#232;mes pr&#233;c&#233;dents (esclavage, servage, etc.) au d&#233;veloppement des forces productives, &#224; l'extension des rapports sociaux et &#224; l'&#233;closion des facteurs d'une culture sup&#233;rieure. Il pr&#233;&#172;pare ainsi une forme sociale plus &#233;lev&#233;e, dans laquelle l'une des parties de la soci&#233;t&#233; ne jouira plus, au d&#233;triment de l'autre, du pouvoir et du monopole du d&#233;veloppement social, avec les avantages mat&#233;riels et intellectuels qui s'y rattachent, et dans laquelle le sutravail aura pour effet la r&#233;duction du temps consacr&#233; au travail mat&#233;riel en g&#233;n&#233;&#172;ral. Lorsque le travail n&#233;cessaire et le surtravail sont l'un et l'autre &#233;gaux &#224; 3, la journ&#233;e de travail est &#233;gale &#224; 6 et le taux du surtravail est de 100 %, tandis que le taux du surtravail n'est plus que de 33 &#8531; %, lorsque la journ&#233;e de travail est &#233;gale &#224; 12, et se d&#233;compose en 9 de tra&#172;vail n&#233;cessaire et 3 de surtravail. Or c'est la productivit&#233; du travail qui d&#233;termine la quantit&#233; de valeurs d'usage qui peut &#234;tre produite dans un temps d&#233;termin&#233; de travail n&#233;cessaire et de surtravail. La richesse effective de la soci&#233;t&#233; et la possibilit&#233; d'une extension continue du proc&#232;s de reproduction d&#233;pendent donc, non de la longueur, mais de la productivit&#233; du surtravail et des conditions plus ou moins favorables dans lesquelles il est ex&#233;cut&#233;. Le r&#232;gne de la libert&#233; ne commence en fait que l&#224; o&#249; cesse le tra&#172;vail impos&#233; par la n&#233;cessit&#233; et les consid&#233;rations ext&#233;rieu&#172;res ; de par la nature des choses, il existe donc au-del&#224; de la sph&#232;re de la production mat&#233;rielle proprement dite. La lutte du sauvage contre la nature pour la satisfaction de ses besoins, la conservation et la reproduction de son existence, s'&#233;tend &#224; l'homme civilise, quels que soient la forme de la soci&#233;t&#233; et le syst&#232;me de la production. A mesure que l'homme se civilise, s'&#233;tendent le cercle de ses besoins et son asservissement &#224; la nature, mais en m&#234;me temps se d&#233;veloppent les forces productives qui lui permettent de s'en affranchir. A ce point de vue la libert&#233; ne peut &#234;tre conquise que pour autant que les hommes socialis&#233;s, devenus des producteurs associ&#233;s, combinent rationnellement et contr&#244;lent leurs &#233;changes de mati&#232;re avec la nature, de mani&#232;re &#224; les r&#233;aliser avec la moindre d&#233;pense de force et dans les conditions les plus dignes et les plus conformes &#224; la nature humaine. Sans cela le joug de la n&#233;cessit&#233; ne cessera de peser sur eux et ils ne conna&#238;tront pas le vrai r&#233;gime de la libert&#233;, dans lequel le d&#233;veloppement de leurs forces se fera exclusivement pour eux. La condition fondamentale de, cette situation est le raccourcissement de la journ&#233;e de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on fait abstraction des irr&#233;gularit&#233;s accidentelles de la r&#233;partition pour ne consid&#233;rer que l'action g&#233;n&#233;rale de la loi, on voit que dans la soci&#233;t&#233; capitaliste la plus-value ou le surproduit se partage comme un dividende entre les capitalistes au prorata de la fraction de capital social que chacun poss&#232;de. Elle est repr&#233;sent&#233;e par le profit moyen, qui se subdivise en profit d'entreprise et int&#233;r&#234;t, et tombe ainsi en partage &#224; deux cat&#233;gories distinctes de capitalistes. Mais la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re intervient pour limiter la part de la plus-value que peut s'approprier le capital ; car de m&#234;me que le capitaliste pr&#233;l&#232;ve sur l'ouvrier le surtravail et la plus-value sous forme de profit, de m&#234;me le propri&#233;taire foncier enl&#232;ve au capitaliste une partie de cette plus-value, qui constitue la rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous parlons du profit, de la part de la plus-value qui tombe en partage au capital, nous pensons donc au profit moyen (le profit d'entreprise + l'int&#233;r&#234;t), c'est-&#224;-dire &#224; ce qui reste du profit total lorsque la rente en a &#233;t&#233; d&#233;duite. Le profit du capital et la rente fonci&#232;re ne sont donc que les deux parties dans lesquelles se d&#233;compose la plus-value, et il n'y a entre eux que cette diff&#233;rence que l'une repr&#233;sente la part du propri&#233;taire foncier et l'autre, la part du capitaliste. C'est le capital qui extrait directement des ouvriers le surtravail (qui devient la plus-value et le surproduit) et &#224; ce point de vue il doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme le producteur de la plus-value. Quant &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, elle reste en dehors du proc&#232;s r&#233;el de production, et son r&#244;le se borne &#224; s'annexer une partie de la plus-value pr&#233;lev&#233;e par le capital. Il n'en r&#233;sulte pas cependant que le propri&#233;taire foncier reste &#233;tranger au proc&#232;s capitaliste de production ; il y joue un r&#244;le, et ce r&#244;le r&#233;sulte, non de ce qu'il exerce une pression sur le capital ou de ce que la grande propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, qui exproprie les travailleurs de leurs moyens de travail, est une pr&#233;mice et une condition de la production capitaliste, mais de ce qu'il personnifie un des &#233;l&#233;ments essentiels de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin vient l'ouvrier qui, en sa qualit&#233; de propri&#233;taire et de vendeur de sa force de travail, re&#231;oit sous le nom de salaire une part du produit, &#233;quivalente &#224; la fraction de son travail que nous appelons le travail n&#233;cessaire et devant servir &#224; sa conservation et &#224; sa reproduction quelque ais&#233;e ou quelque mis&#233;rable que soit son existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque disparates que puissent para&#238;tre les rapports du capital, de la terre et du travail, ils ont cependant quelque chose de commun. Bon an, mal an, le capital produit du profit pour le capitaliste, la, terre fournit de la rente au propri&#233;taire et la force de travail - dans des conditions normales et aussi longtemps qu'elle peut &#234;tre utilis&#233;e - rapporte du salaire &#224; l'ouvrier. Ces trois parties de la valeur produite annuellement et les fractions du produit annuel qui les repr&#233;sentent, peuvent &#234;tre d&#233;pens&#233;es - nous faisons abstraction de l'accumulation - ann&#233;e par ann&#233;e, sans que la source de leur reproduction tarisse. Ils repr&#233;sentent les fruits annuels d'un arbre perp&#233;tuel ou plut&#244;t de trois arbres, les revenus de trois classes - capitalistes, propri&#233;taires, ouvriers - dont la r&#233;partition est faite par le capitaliste producteur, qui met le travail en &#339;uvre et pr&#233;l&#232;ve directement la plus-value. Le capital, la terre et la force de travail ou plut&#244;t le travail sont pour le capitaliste, le propri&#233;taire et l'ouvrier les trois sources de leurs revenus sp&#233;cifiques, le profit, la rente et le salaire. En effet, pour le capitaliste, le capital est une pompe qui aspire sans cesse de la plus-value, pour le propri&#233;taire, la terre est un aimant qui attire continuellement une partie de la plus-value, et pour l'ouvrier, le travail est un moyen &#224; action ininterrompue d'obtenir une partie de la valeur qu'il cr&#233;e, c'est-&#224;-dire le salaire qui doit le faire vivre. En outre ce sont le capital, la terre et le travail qui assignent respectivement la forme de profit, rente et salaire aux trois parties de la valeur et du produit du travail annuel, et en font par cette transformation les revenus des capitalistes, des propri&#233;taires et des ouvriers. Alors que la r&#233;partition doit avoir pour point de d&#233;part la valeur du produit annuel (qui n'est que du travail social mat&#233;rialis&#233;), les choses se pr&#233;sentent d'une mani&#232;re oppos&#233;e dans l'esprit des agents de la production. Le capital, la terre et le travail leur apparaissent comme trois sources ind&#233;pendantes, desquelles sortent trois parties distinctes du produit annuel et qui, par cons&#233;quent, n'interviennent pas seulement pour donner aux parties de la valeur annuellement produite les formes diff&#233;rentes sous lesquelles elles deviennent les revenus des agents de production, mais donnent naissance &#224; cette valeur elle-m&#234;me, la substance des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s de la rente sont en rapport avec les in&#233;galit&#233;s de fertilit&#233; des terres et d&#233;pendent donc de propri&#233;t&#233;s qui ont leur source dans le sol. Il en est r&#233;ellement ainsi lorsqu'elles r&#233;sultent de diff&#233;rences entre les valeurs des produits des diff&#233;rentes terres. Mais lorsqu'elles d&#233;rivent de diff&#233;rences entre les valeurs du march&#233;, elles sont la cons&#233;quence d'une loi sociale bas&#233;e sur la concurrence et qui est ind&#233;pendante de la terre et de ses diff&#233;rents degr&#233;s de fertilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semblerait que tout au moins &#171; Travail-Salaire &#187; devrait &#234;tre l'expression d'un rapport rationnel. Il n'en est ainsi pas plus que de &#171; Terre-Rente &#187;. Le travail, cr&#233;ateur de valeur et s'ext&#233;riosant dans la valeur des marchandises, n'a rien &#224; voir dans la r&#233;partition de cette valeur entre diff&#233;rentes cat&#233;gories, et le travail, caract&#233;ris&#233; socialement par le salaire, n'est pas cr&#233;ateur de valeur. Nous avons d&#233;montr&#233; pr&#233;c&#233;demment que le salaire, le prix du travail, est une expression irrationnelle de la valeur ou du prix de la force de travail, et que les conditions sociales d&#233;termin&#233;es dans lesquelles se fait la vente de la force de travail, sont compl&#232;tement ind&#233;pendantes du travail, agent g&#233;n&#233;ral de la production. Le travail s'objective dans la partie de la valeur de la marchandise qui, sous forme de salaire, constitue le prix de la force de travail ; il engendre cette partie au m&#234;me titre que les autres parties du produit, mais il ne s'objective ni plus, ni autrement dans cette partie que dans celles qui constituent la rente ou le profit. D'ailleurs lorsque nous consid&#233;rons le travail comme cr&#233;ateur de la valeur, nous ne l'envisageons pas sous sa forme concr&#232;te comme condition de la production, mais dans sa destination sociale, qui est diff&#233;rente de celle du travail salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l'expression &#171; Capital-Profit &#187; est incorrecte. Lorsque l'on prend le capital dans la seule relation o&#249; il est producteur de plus-value, c'est-&#224;-dire dans son rapport avec la force de travail, dans lequel il extrait de la plus-value par la pression qu'il exerce sur l'ouvrier, on est amen&#233; &#224; consid&#233;rer la plus-value totale, c'est-&#224;-dire le profit (profit d'entreprise + int&#233;r&#234;t) et la rente. Or, dans l'expression &#171; Capital-Profit &#187;, il n'est en rapport qu'avec la partie de la plus-value qui repr&#233;sente le revenu du capitaliste, et toute relation s'efface encore davantage d&#232;s que l'expression prend la forme &#171; Capital-Int&#233;r&#234;t &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, si nous avons &#233;t&#233; amen&#233;s en premier lieu &#224; signaler le disparate des trois sources, nous sommes conduits maintenant &#224; constater que leurs produits, les revenus, appartiennent tous &#224; la m&#234;me sph&#232;re, celle de la valeur. Le rapport entre des grandeurs, non seulement incommensurables mais incomparables, a donc pu s'&#233;tablir, parce que l'on a envisag&#233; le capital, de m&#234;me que la terre, de m&#234;me que le travail, uniquement au point de vue mat&#233;riel, comme moyen de production, et que l'on a fait abstraction de ses rapports avec les travailleurs et de son existence comme valeur. Dans ce sens la formule Capital-Int&#233;r&#234;t (profit), Terre-Rente, Travail-Salaire, manque de co&#239;ncidence. En effet, pour ceux dont la conception est limit&#233;e par le cadre de la production capitaliste, le travail salari&#233; n'est pas une forme socialement d&#233;termin&#233;e du travail, mais tout travail est de par sa nature un travail salari&#233; ; il en r&#233;sulte que pour eux les formes sociales sp&#233;cifiques que les conditions mat&#233;rielles du travail - les moyens de production et la terre - rev&#234;tent par opposition au travail salari&#233;, se confondent avec la forme purement mat&#233;rielle de ces conditions de travail dans le proc&#232;s de production. La forme des conditions du travail au sein desquelles les moyens de travail se convertissent en capital et la terre en terre monopolis&#233;e, en propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, cette forme caract&#233;ristique d'une phase d&#233;termin&#233;e de l'histoire n'est pas distingu&#233;e par eux de la nature et de la fonction des moyens de production et de la terre dans le proc&#232;s de production en g&#233;n&#233;ral. A leurs yeux, ces moyens de production sont capital de par leur nature et le mot capital n'est que leur &#171; d&#233;nomination &#233;conomique &#187; ; la terre est de par sa nature la terre monopolis&#233;e par un nombre d&#233;termin&#233; de propri&#233;taires fonciers. Et de m&#234;me que dans le capital et sa personnification, le capitaliste, le produit devient une force autonome qui s'oppose au producteur, de m&#234;me le propri&#233;taire foncier personnifie le sol avec le sous-sol, et se dresse sur ses ergots pour r&#233;clamer, en tant que force autonome, sa part du produit qu'il a contribu&#233; &#224; obtenir ; de sorte que ce n'est pas la terre qui re&#231;oit la part du produit qui lui revient et qui est n&#233;cessaire pour la conservation et l'accroissement de sa productivit&#233;, mais le propri&#233;taire qui en trafique et la gaspille. Il est clair que le capital suppose le travail sous forme de travail salari&#233; ; mais il est tout aussi clair que si l'on admet comme &#233;vident que le travail salari&#233; est la forme du travail en g&#233;n&#233;ral, le capital et la terre monopolis&#233;e doivent se pr&#233;senter comme les formes naturelles des conditions du travail. D&#232;s lors le capital est la forme naturelle du moyen de production, la caract&#233;ristique de son &#233;tat et de sa fonction dans le proc&#232;s de travail : capital et moyen de production sont deux expressions identiques, de m&#234;me que terre et terre monopolis&#233;e par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Le moyen de production, capital de par sa nature, devient ainsi la source du profit et la terre, la source de la rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail comme tel, consid&#233;r&#233; uniquement comme &#233;nergie productive, est rapport&#233; au moyen de production, consid&#233;r&#233; non au point de vue de son r&#244;le social, mais au point de vue de sa substance, et envisag&#233; &#224; la fois comme mati&#232;re sur laquelle agit le travail et comme moyen par lequel il s'exerce, constituant par cons&#233;quent deux valeurs d'usage distinctes, la terre &#233;tant un moyen de travail naturel et le moyen de production, un moyen de travail artificiel. D&#232;s que le travail est confondu avec le travail salari&#233;, la forme sociale d&#233;termin&#233;e que les moyens de travail rev&#234;tent par opposition au travail, se confond avec leur forme mat&#233;rielle ; le moyen de travail en lui-m&#234;me devient capital et la terre, propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. La forme sp&#233;ciale que les moyens de travail personnifi&#233;s affectent dans leur rapport avec le travail est alors une propri&#233;t&#233; ins&#233;parable de leur existence mat&#233;rielle, un caract&#232;re immanent, leur appartenant n&#233;cessairement en tant qu'&#233;l&#233;ments de production, et le caract&#232;re social qu'une phase d&#233;termin&#233;e de l'histoire leur assigne dans la production capitaliste devient un caract&#232;re mat&#233;riel qui leur est propre naturellement et pour ainsi dire de toute &#233;ternit&#233;. Les parts respectives que prennent au proc&#232;s de production, d'une part les moyens de production artificiels (mati&#232;res premi&#232;res, outils, machines, etc.) et d'autre part la terre, champ d'activit&#233; primordial du travail, empire des forces naturelles et arsenal spontan&#233; des moyens de travail, semblent alors s'exprimer par les parts respectives qui leur sont assign&#233;es comme capital et comme propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, parts qui sont distribu&#233;es &#224; leurs repr&#233;sentants sociaux sous forme de profit et de rente, de m&#234;me que le salaire constitue la part de l'ouvrier. La rente, le profit et le salaire semblent donc r&#233;sulter du r&#244;le que la terre, les moyens de production artificiels et le travail jouent dans le proc&#232;s de travail, m&#234;me si nous consid&#233;rons ce proc&#232;s comme se d&#233;roulant uniquement entre l'homme et la nature et si nous faisons abstraction de toute cause historique d&#233;terminante. Les m&#234;mes choses sont donc exprim&#233;es simplement sous une autre forme quand on dit : le produit, qui pour l'ouvrier salari&#233; repr&#233;sente le produit de son travail, son revenu, n'est que le salaire, la partie de la valeur (du produit social mesur&#233; par cette valeur) qui repr&#233;sente celui-ci. Mais par le fait, le travail salari&#233; est confondu avec le travail en g&#233;n&#233;ral, le salaire avec le produit du travail, et la partie de la valeur que le salaire repr&#233;sente avec la valeur cr&#233;&#233;e d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale par le travail. Et en m&#234;me temps les autres parties de la valeur, le profit et la rente, deviennent autonomes et doivent &#234;tre rapport&#233;es &#224; des sources sp&#233;cifiquement diff&#233;rentes et ind&#233;pendantes du travail ; elles doivent r&#233;sulter des autres facteurs de la production et tomber en partage aux agents qui poss&#232;dent ceux-ci, le profit r&#233;sultant des moyens de production, des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels du capital, et la rente de la terre &#233;tant repr&#233;sent&#233;e par les propri&#233;taires fonciers on la nature (Roscher).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, le capital et le travail salari&#233; se transforment ainsi en trois sources de revenu, dont l'une, le capital, attribue au capitaliste une partie de la plus-value qu'il extrait du travail sous forme de profit, dont l'autre, le monopole de la terre, en assigne une autre partie sous forme de rente au propri&#233;taire foncier, et dont la troisi&#232;me, le travail, accorde &#224; l'ouvrier la derni&#232;re partie disponible de la valeur. Le capital, la rente fonci&#232;re et le travail salari&#233; deviennent donc les trois sources effectives des parties de la valeur existant respectivement sous forme de profit, de rente et de salaire -, ils sont le point de d&#233;part de la valeur du produit m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons montr&#233; pr&#233;c&#233;demment comment les cat&#233;gories les plus simples de la production capitaliste et m&#234;me de la production de marchandises, comment la marchandise et l'argent pr&#233;sentent un caract&#232;re myst&#233;rieux, qui transforme en propri&#233;t&#233;s de la marchandise les rapports sociaux dont les &#233;l&#233;ments mat&#233;riels de la richesse sont simplement la base dans la production et qui fait m&#234;me une chose (l'argent) du rapport de la production. Toutes les formes sociales qui contribuent &#224; la production des marchandises et &#224; la circulation de l'argent sont englob&#233;es dans cette confusion, mais celle-ci est surtout profonde dans la production capitaliste et dans le capital, qui en est la cat&#233;gorie dominante et le facteur d&#233;terminant. Les choses se pr&#233;sentent encore sous un aspect simple, lorsque l'on consid&#232;re le capital, comme extracteur de plus-value, dans le proc&#232;s de production proprement dit ; dans ce cas leur encha&#238;nement peut encore &#234;tre saisi par l'intelligence des capitalistes, ainsi que le montre la lutte pour la r&#233;duction de la journ&#233;e de travail. Et cependant m&#234;me dans la sph&#232;re du proc&#232;s imm&#233;diat entre le travail et le capital, cette simplicit&#233; est loin de se maintenir. A mesure que se d&#233;veloppent, au sein de la production capitaliste proprement dite, la plus-value relative et la productivit&#233; sociale du travail, les forces productives et leur encha&#238;nement social semblent transport&#233;s du domaine du travail dans celui du capital, et le capital devient un &#234;tre myst&#233;rieux auquel on rapporte et dont on fait provenir toutes les forces socialement productives du travail. Alors intervient le proc&#232;s de circulation, qui englobe dans ses transformations de mati&#232;re et ses modifications de formes toutes les parties du capital, m&#234;me celles du capital agricole et qui met &#224; l'arri&#232;re plan les conditions primitives de la production de la valeur. D&#233;j&#224; dans le proc&#232;s imm&#233;diat de production, le capitaliste est producteur de marchandise et dirigeant de la production de marchandises, et le proc&#232;s ne se d&#233;roule pas pour lui comme s'il devait exclusivement lui permettre d'extraire de la plus-value. Quelle que soit la quantit&#233; de celle-ci que le proc&#232;s de production incorpore &#224; la marchandise, le proc&#232;s de circulation doit intervenir pour assurer la vente du produit, et il en r&#233;sulte que la reconstitution, tant de la plus-value que de la valeur qu'il contient, semble non pas &#234;tre r&#233;alis&#233;e simplement, mais d&#233;termin&#233;e par le proc&#232;s de circulation. Cette apparence semble d'autant plus &#234;tre la r&#233;alit&#233; que d'une part le profit qui accompagne les op&#233;rations de vente d&#233;pend de la fraude, de la ruse, de la pratique des affaires, de l'habilet&#233; et des mille conjonctures du march&#233;, et que d'autre part un second facteur, le temps de circulation, fait sentir son action &#224; c&#244;t&#233; du temps de travail. Il est vrai que ce facteur intervient pour limiter la formation de valeur et de plus-value, mais Il semble agir aussi positivement que le travail et avoir sa source dans le capital. Dans le Livre II, nous n'avons &#233;tudi&#233; la sph&#232;re de circulation qu'au point de vue des changements de formes qu'elle provoque et de l'&#233;volution morphologique que le capital y subit. En r&#233;alit&#233; la circulation est le champ d'action de la concurrence, dans lequel le hasard joue le grand r&#244;le et o&#249; la loi immanente qui r&#232;gle ce jeu du hasard, ne peut &#234;tre d&#233;gag&#233;e que lorsque l'on consid&#232;re un grand nombre de cas, ce qui fait qu'elle &#233;chappe n&#233;cessairement &#224; l'observation et &#224; la compr&#233;hension des agents isol&#233;s de la production. En outre le proc&#232;s de production dans son ensemble, qui comprend la production proprement dite et la circulation, engendre de nouvelles formes, qui effacent de plus en plus les traces de la connexion intime des faits, qui font appara&#238;tre les facteurs de la production comme ind&#233;pendants l'un de l'autre et dans lesquelles les &#233;l&#233;ments de la valeur se figent de plus en plus comme formes autonomes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que nous l'avons vu, la transformation de la plus-value en profit n'est pas plus d&#233;termin&#233;e par le proc&#232;s de circulation que par celui de production. Le profit est rapport&#233; non au capital variable qui engendre la plus-value mais au capital total, et son taux est r&#233;gi par des lois qui lui sont propres, si bien qu'il peut varier ind&#233;pendamment du taux de la plus-value. Tous ces faits dissimulent la nature vraie de la plus-value et cachent le ressort qui fait agir le capital, ce qui est d'autant plus facile que le profit se transforme en profit moyen et que la valeur devient le co&#251;t de production moyen, le prix r&#233;gulateur du march&#233;. Nous nous trouvons ainsi en pr&#233;sence d'un proc&#232;s social tr&#232;s compliqu&#233;, dans lequel les capitaux sont &#233;galis&#233;s, o&#249; les prix moyens des marchandises sont diff&#233;rents de leurs valeurs et o&#249; les profits moyens dans les diff&#233;rentes branches de production sont ind&#233;pendants de l'exploitation effective du travail dans chaque entreprise. Et c'est non seulement en apparence, niais bien r&#233;ellement que le prix moyen des marchandises n'est pas &#233;gal &#224; leur valeur et au travail qu'elles contiennent, et que le profit moyen d'un capital d&#233;termin&#233; est diff&#233;rent de la plus-value que ce capital a extrait des ouvriers qu'il a mis en oeuvre. La valeur de la marchandise n'appara&#238;t plus directement que dans la variation que communique au co&#251;t de production la variation de la productivit&#233; du travail, par cons&#233;quent dans le mouvement du co&#251;t de production et non &#224; sa limite. Le profit ne semble plus &#234;tre d&#233;termin&#233; qu'accessoirement par l'exploitation imm&#233;diate du travail, dans les seuls cas o&#249; cette exploitation permet &#224; un capitaliste de r&#233;aliser un profit diff&#233;rent du profit moyen. M&#234;me les profits moyens semblent avoir leur source dans le capital et &#234;tre ind&#233;pendants de l'exploitation, m&#234;me de l'exploitation anormale et de l'exploitation normale dans des conditions exceptionnellement favorables, qui ne paraissent capables d'autres influences que de provoquer des d&#233;viations des profits moyens. Enfin la subdivision du profit en profit d'entreprise et int&#233;r&#234;t - nous faisons abstraction des profits des commerces de marchandises et d'argent, qui, bas&#233;s sur la circulation, semblent r&#233;sulter exclusivement de celle-ci et &#234;tre &#233;trangers au proc&#232;s de production. - ach&#232;ve de donner &#224; la plus-value une forme autonome et ind&#233;pendante de sa substance et de son essence. D'un c&#244;t&#233;, une partie du profit s'affranchit totalement du rapport capitaliste et semble avoir pour origine le travail salari&#233; du capitaliste et non la fonction de celui-ci d'exploiter le travail des salari&#233;s ; de l'autre c&#244;t&#233;, se pr&#233;sente l'int&#233;r&#234;t, ind&#233;pendant en apparence du travail salari&#233; de l'ouvrier et du travail du capitaliste, semblant d&#233;couler d'une source qui lui est propre, le capital. Si &#224; la surface de la circulation le capital se pr&#233;sente comme un f&#233;tiche, communiquant &#224; la valeur la propri&#233;t&#233; d'engendrer de la valeur, il rev&#234;t, lorsqu'il devient capital productif d'int&#233;r&#234;ts, sa forme la plus &#233;trange et la plus caract&#233;ristique. Aussi le terme &#171; Capital-Int&#233;r&#234;t &#187; est beaucoup plus logique que &#171; Capital - Profit &#187; &#224; c&#244;t&#233; de &#171; Terre - Rente &#187; et &#171; Travail-Salaire &#187;, car le profit emporte in&#233;vitablement un souvenir de son origine, tandis que la rente, loin de rappeler celle-ci, se dresse en opposition avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin &#224; c&#244;t&#233; du capital, engendrant par lui-m&#234;me de la plus-value, vient se placer la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re, assignant une limite au profit moyen et transf&#233;rant une partie de la plus-value &#224; une classe qui ne travaille pas elle-m&#234;me, qui n'exploite pas directement des travailleurs et qui ne peut m&#234;me pas, comme le capital productif d'int&#233;r&#234;ts, s'adresser cette consolation qu'elle court un risque ou s'impose une privation. La partie de la plus-value qui est ici en cause semble avoir pour point de d&#233;part, non des rapports sociaux, mais un &#233;l&#233;ment naturel, la terre. Par l&#224; s'ach&#232;ve la s&#233;paration des diff&#233;rentes parties de la plus-value ; leur connexion intime cesse d'exister et la source dont elles d&#233;coulent est compl&#232;tement dissimul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trinit&#233; &#233;conomique Capital-Profit ou mieux Capital - Int&#233;r&#234;t, Terre - Rente, Travail - Salaire, qui rapproche de leurs sources les parties constitutives de la valeur et de la richesse, ach&#232;ve la mystification de la production capitaliste, compl&#232;te l'objectivation des rapports sociaux et marque l'interd&#233;pendance des conditions mat&#233;rielles de la production et de leur r&#244;le historico-social. Elle est la formule de ce monde ensorcel&#233; et renvers&#233;, dans lequel Monsieur le Capital et Madame la Terre font les revenants et apparaissent tant&#244;t avec leurs caract&#232;res sociaux, tant&#244;t comme de simples objets. Le plus grand m&#233;rite de l'&#201;conomie classique est d'avoir ramen&#233; l'int&#233;r&#234;t et la rente &#224; la plus-value, en consid&#233;rant l'int&#233;r&#234;t comme une partie du profit et la rente comme un exc&#233;dent sur le profit moyen, d'avoir d&#233;crit le proc&#232;s de circulation comme ayant pour objet de simples changements de formes et d'avoir r&#233;duit au travail, dans le proc&#232;s de production proprement dite, la valeur et la plus-value des marchandises. Agissant ainsi elle a mis en &#233;vidence la fausse apparence des &#233;l&#233;ments sociaux de la richesse, la personnification des objets et l'objectivation des rapports de la production, cette religion de la vie de tous les jours. Cependant - il ne pouvait gu&#232;re en &#234;tre autrement dans le monde bourgeois - les meilleurs de ses &#233;crivains n'ont pas pu se d&#233;gager enti&#232;rement de ce monde des apparences qui a sombr&#233; sous leurs critiques, et ils tombent tous plus ou moins dans des incons&#233;quences, des solutions imparfaites et des contradictions. D'autre part il est naturel que les agents effectifs de la production se trouvent tr&#232;s bien de la formule irrationnelle Capital-Int&#233;r&#234;t, Terre-Rente, Travail-Salaire, qui refl&#232;te fid&#232;lement les apparences an milieu desquelles ils se meuvent et avec lesquelles ils se trouvent journellement en contact. Et il est incontestablement tout aussi naturel que les &#233;crivains de l'&#201;conomie vulgaire, qui ne font que mettre sous une forme didactique, plus ou moins doctrinale et syst&#233;matique, les conceptions journali&#232;res des agents de la production, se soient jet&#233;s sur cette trinit&#233; &#233;conomique, qui masque la connexion intime des choses, comme sur la base absolument appropri&#233;e &#224; leur plate suffisance. Enfin cette formule r&#233;pond aux int&#233;r&#234;ts des classes dirigeantes, car elle proclame dogmatiquement la fatalit&#233; naturelle et la l&#233;gitimit&#233; &#233;ternelle de leurs revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant l'expos&#233; des formes objectives des rapports de la production, nous n'avons pas signal&#233; que les conjonctures du march&#233;, le mouvement des prix, les p&#233;riodes du cr&#233;dit, les cycles de l'industrie et du commerce, les alternatives de prosp&#233;rit&#233; et de crise ont pour effet de faire de ces rapports, aux yeux des agents de la production, des lois naturelles et des n&#233;cessit&#233;s in&#233;luctables. Si nous en avons agi ainsi, c'est parce que le mouvement effectif de la concurrence ne rentre pas dans le cadre de notre &#233;tude, qui n'a pour but que d'analyser l'organisation interne de la production capitaliste, pour ainsi dire dans sa moyenne id&#233;ale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les formes ant&#233;rieures de la soci&#233;t&#233; nous ne rencontrons gu&#232;re celte mystification &#233;conomique, si ce n'est en ce qui concerne l'argent et le capital productif d'int&#233;r&#234;ts. Et d'abord elle est exclue, Par la nature des choses, des organisations o&#249; la production ne fournit que des valeurs d'usage destin&#233;es a la consommation imm&#233;diate et o&#249; l'esclavage et le servage constituent, comme dans l'antiquit&#233; et au moyen &#226;ge, la base essentielle de la production sociale. Dans ces organisations l'asservissement des producteurs aux conditions de la production est cach&#233; par les rapports des sujets &#224; leurs ma&#238;tres, rapports qui apparaissent comme les ressorts imm&#233;diats du proc&#232;s de production. Dans les communaut&#233;s primitives o&#249; r&#232;gne un communisme natif et m&#234;me dans les cit&#233;s antiques, c'est la communaut&#233; elle-m&#234;me avec ses conditions d'existence, qui est la base et le but de la production et de la reproduction. M&#234;me dans les corporations de m&#233;tiers du moyen &#226;ge, le capital et le travail ne semblent pas &#234;tre ind&#233;pendants l'un de l'autre et leurs rapports sont d&#233;termin&#233;s par la corporation et ses attributs, par la conception du devoir professionnel, de la ma&#238;trise, etc. Ce n'est que dans la production capitaliste....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_47.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_47.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_48.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_48.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_49.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_49.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_50.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-III/kmcap3_50.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1867/Capital-inedit/kmcapI-6-3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essais sur la th&#233;orie de la valeur de Marx, par Isaac Roubine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-5.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-5.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-6.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-6.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-7.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre1-7.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-8.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-8.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-9.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-9.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-10.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-10.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-11.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-11.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-12.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-12.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-13.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-13.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-14.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-14.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-15.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-15.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-16.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-16.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-17-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-1.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-1.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-2.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-2.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-3.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-3.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-4.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-4.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-5.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/roubine/Chapitre2-18-5.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier mensonge de l'&#233;conomie politique bourgeoise consiste &#224; faire croire que tout part des march&#233;s, de l'&#233;change, comme si ce qui devait &#234;tre &#233;chang&#233; ne devait pas d'abord &#234;tre produit ! Du coup, tous les r&#233;formistes ne discutent que d'&#233;thique de l'&#233;change, ou de plus d'&#233;galit&#233; et de bien-&#234;tre du consommateur, en n&#233;gligeant volontairement l'existence m&#234;me du producteur, du prol&#233;taire en somme ! Le deuxi&#232;me mensonge concernant l'&#233;conomie politique est d'en faire une philosophie non dialectique selon laquelle les choses agissent dans un seul sens alors que tous ses concepts sont intrins&#232;quement contradictoires : contradiction dialectique entre valeur d'usage et valeur d'&#233;change, entre production et consommation, entre propri&#233;t&#233; priv&#233;e et production collectivement organis&#233;e, entre profit priv&#233; et organisation sociale, entre prol&#233;taires et capitalistes, entre taux de profit et productivit&#233; du travail, entre capital fixe et capital circulant, investissement productif et investissement sp&#233;culatif, fondamentalement entre forces productives et rapports de production, entre conservatisme des classes dirigeantes et n&#233;cessit&#233; du capitalisme de se r&#233;volutionner sans cesse, entre Capital et Travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres sciences qu'&#233;conomiques, il en va de m&#234;me : la loi n'apparait pas directement dans le ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi issue du vide quantique n'appara&#238;t pas imm&#233;diatement dans le ph&#233;nom&#232;ne mat&#233;riel et lumineux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de l'&#233;volution n'appara&#238;t pas de mani&#232;re directe dans la succession des esp&#232;ces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la m&#233;decine n'apparaissent pas directement en examinant des malades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois de la science n'apparaissent pas de mani&#232;re directe dans l'observation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2546&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2546&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avons-nous besoin de philosopher et ne pouvons-nous simplement nous contenter d'observer le monde et d'agir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5024&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le &#171; ph&#233;nom&#232;ne &#187; en sciences et en philosophie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3118&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3118&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le spectre de Marx hante-t-il toujours la science ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6493&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6493&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quelques citations remarquables de Marx et Engels</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7698</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7698</guid>
		<dc:date>2025-01-19T23:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Marxisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avertissement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me... &lt;br class='autobr' /&gt; Ecrits peu connus de Marx et Engels (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique192" rel="directory"&gt;9 - Le marxisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot93" rel="tag"&gt;Marxisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne cultivons aucun culte de la personnalit&#233;, m&#234;me en ce qui concerne Marx et Engels et ces deux l&#224; n'en concevaient pas non plus. Nous n'avons pas non plus l'id&#233;e qu'avec des bonnes citations on comprendrait la pens&#233;e et l'action du pass&#233; ou celle de l'avenir. Nous relisons ces belles phrases simplement parce que... elles sont si belles ! Et qu'elles poussent &#224; penser par soi-m&#234;me...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17084 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/marx_and_engels_at_hague_congress-300x275.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;275&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ecrits peu connus de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2652&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi parlait Friedrich Engels, le compagnon de Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3161&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, d&#233;crits et comment&#233;s par eux-m&#234;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6242&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ath&#233;isme selon Karl Marx&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4600&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1435&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels, journalistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5685&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecrits sur les r&#233;volutions de 1848 en Europe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6107&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettres de Marx et Engels sur les sciences de la nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6000&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport dialectique de Marx et Engels, v&#233;ritable pierre de touche du marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3939&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1269&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Marx et Engels concevaient leur activit&#233; militante en direction de la classe ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2524&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesv-2.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesop.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17100 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesnj.jpg' width=&#034;201&#034; height=&#034;250&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17099 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesio-2.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17098 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesyu-3.jpg' width=&#034;244&#034; height=&#034;207&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/imagesfg.png' width=&#034;275&#034; height=&#034;183&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17096 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesaz.jpg' width=&#034;310&#034; height=&#034;162&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17095 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/imagesqs-5.jpg' width=&#034;314&#034; height=&#034;160&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17093 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titreop.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17092 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titrelm.jpg' width=&#034;277&#034; height=&#034;182&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17091 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titreui.jpg' width=&#034;327&#034; height=&#034;154&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17090 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titrekl.jpg' width=&#034;225&#034; height=&#034;225&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17089 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titrejk.jpg' width=&#034;318&#034; height=&#034;159&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titredd.jpg' width=&#034;300&#034; height=&#034;168&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17087 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titreqs.jpg' width=&#034;310&#034; height=&#034;163&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_17085 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ba827604a28dbd29777f85ae9d16c94f.jpg' width=&#034;600&#034; height=&#034;600&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lire encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5572&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2930&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc088.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article397&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2549&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7537&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Karl Marx et le communisme</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7475</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7475</guid>
		<dc:date>2024-09-27T22:26:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Communisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Marx et le communisme &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx r&#233;pond par ses &#233;crits &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ? &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833 &lt;br class='autobr' /&gt;
Principes du communisme, par Friedrich Engels &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialisme (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot284" rel="tag"&gt;Communisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Marx et le communisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Marx r&#233;pond par ses &#233;crits&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1050&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/1845/00/kmfe18450000e.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/dictature/dictature_du_proletariat.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marx et Engels, qu'est-ce que le communisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1833&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principes du communisme, par Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article318&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme pour Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611c.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611c.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611aa.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611aa.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ab.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ac.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ac.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ad.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ad.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ae.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/engels/works/1878/06/fe18780611ae.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme est-il un &#233;galitarisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1586&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de Marx, vu par L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article367&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article367&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme de Marx, un &#233;tatisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article148&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; Manifeste communiste &#187; de Marx et Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article86&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article86&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6125&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6125&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roger Dangeville&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/societe_communiste/societe_communiste_presentation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/societe_communiste/societe_communiste_presentation.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc008.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/marx/works/00/parti/kmpc008.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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