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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>La contre-r&#233;volution stalinienne en Espagne</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
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&lt;p&gt;P. Brou&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;volution Espagnole - 1931-1939 &lt;br class='autobr' /&gt; - La &#034;contre-r&#233;volution&#034; stalinienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Historien de la bataille de Madrid, l'Am&#233;ricain Colodny d&#233;crit en ces termes ce qu'il appelle le &#171; tournant du si&#232;ge &#187;, apr&#232;s le mois de d&#233;cembre 1936 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Sous la conduite des g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e rouge, la guerre, &#224; Madrid, se transforme, de guerre de comit&#233;s r&#233;volutionnaires en guerre conduite par les techniciens de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral. De l'exaltation des premi&#232;res semaines, la cit&#233; passe &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;P. Brou&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;volution Espagnole - 1931-1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - La &#034;contre-r&#233;volution&#034; stalinienne&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Historien de la bataille de Madrid, l'Am&#233;ricain Colodny d&#233;crit en ces termes ce qu'il appelle le &#171; tournant du si&#232;ge &#187;, apr&#232;s le mois de d&#233;cembre 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous la conduite des g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e rouge, la guerre, &#224; Madrid, se transforme, de guerre de comit&#233;s r&#233;volutionnaires en guerre conduite par les techniciens de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral. De l'exaltation des premi&#232;res semaines, la cit&#233; passe &#224; la monotonie du si&#232;ge, compliqu&#233;e par le froid, la faim, et le spectacle familier de la mort venue des airs, et de la d&#233;solation. L'instant h&#233;ro&#239;que &#233;tait pass&#233; dans la l&#233;gende et dans l'histoire : avec l'ennemi accroch&#233; contre les fortifications, le danger mortel qui avait temporairement fondu toutes les &#233;nergies en une volont&#233; unique de r&#233;sister, semblait avoir disparu &#187; [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il s'est en r&#233;alit&#233; produit un tournant politique : &#224; la r&#233;volution a succ&#233;d&#233; le lent grignotage de la r&#233;action d&#233;mocratique qui doit maintenant c&#233;der la place &#224; la contre- r&#233;volution stalinienne dans toute sa crudit&#233;. L'illusion lyrique qui avait inspir&#233; pendant les mois d'&#233;t&#233; les militants de la CNT-FAI qui croyaient cr&#233;er de leurs mains une autre soci&#233;t&#233; se transforme en son contraire, fait place au cynisme et au d&#233;sespoir. Garcia Oliver est devenu &#171; el excelent&#237;simo se&#241;or maestro de Justicia &#187;, et nombre de ses camarades sont devenus officiers, chefs de police, gouverneurs, au nom des sacrifices n&#233;cessaires et de leur d&#233;termination &#224; &#171; renoncer &#224; tout, sauf &#224; la victoire &#187; comme le disait Durruti, tomb&#233; devant Madrid sous une balle tir&#233;e, sans doute, par un de ses miliciens qui n'admettait pas que son chef l'emp&#234;ch&#226;t de d&#233;serter comme il le voulait ! Le d&#233;sarroi des anarchistes les conduit &#224; des gestes de violence absurde comme l'exp&#233;dition punitive de la tristement c&#233;l&#232;bre Colonne de fer, quittant le front de Teruel pour aller saccager &#224; Valence le tribunal et les bo&#238;tes de nuit, comme les violences auxquelles se sont livr&#233;es &#224; Tarrancon sur les membres du cort&#232;ge officiel en route pour Valence quelques centaines de miliciens de la CNT. Violence aveugle, sans objectif autre que celui d'une protestation devant l'impasse qui est la leur, la r&#233;action des anarchistes vaincus par leurs propres contradictions et sous le poids de leurs propres pr&#233;jug&#233;s ne fait que renforcer l'autorit&#233; et le prestige de ceux qui, inlassablement, d&#233;noncent les &#171; incontr&#244;lables &#187; et leurs &#171; exc&#232;s &#187;, ces nouveaux champions de l'ordre que sont les communistes staliniens, forts de la peur qu'ont inspir&#233;e ces anarchistes, r&#233;volutionnaires du verbe incapables d'aller jusqu'au bout et de donner &#224; la r&#233;volution les moyens et la volont&#233; de vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le mois de Juillet, la direction du Parti communiste espagnol a re&#231;u de Moscou d'appr&#233;ciables renforts venus de Moscou : &#224; l'Argentin Codovilla, connu sous le nom de Medina, l'&#233;minence grise de la JSU, et au v&#233;t&#233;ran bulgare Minev dit Stepanov, s'ajoutent d'autres t&#234;tes, hommes de confiance de l'appareil stalinien international, le Hongrois Geroe, qu'on appelle Pedro &#224; Barcelone, l'Italien Vidali, un des chefs du 5 r&#233;giment sous le nom de Carlos Contreras, et, bient&#244;t, l'Italien Palmiro Togliatti qu'&#224; Moscou on appelle Ercoli et, ici, Alfredo tout court. Bien que la majorit&#233; des militants du parti se soient laiss&#233;s prendre par l'&#233;lan r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;poque des combats de rue, les dirigeants ont fermement tenu la barre et conserv&#233; la ligne. Il faut, d'abord, gagner la guerre, &#171; vaincre Franco d'abord &#187;, et pour cela, renforcer le &#171; bloc national et populaire &#187;, l'autorit&#233; du &#171; gouvernement de Front populaire &#187; contre ceux qu'ils appellent &#171; les ennemis du peuple &#187; et qu'ils d&#233;finissent ainsi : &#171; les fascistes, les trotskistes et les incontr&#244;lables &#187; . Forts du prestige r&#233;volutionnaire de l'Union sovi&#233;tique aur&#233;ol&#233;e de l'Octobre victorieux de 1917, disposant de fonds importants, et bient&#244;t de l'oreille du seul gouvernement susceptible d'apporter &#224; l'Espace en lutte une aide mat&#233;rielle, ils sont les seuls &#224; pouvoir engager de front la lutte contre les r&#233;volutionnaires qu'ils appellent &#171; trotskistes ou incontr&#244;lables &#187; quand ils ne les assimilent pas aux fascistes, les seuls &#224; s'opposer aux comit&#233;s, aux collectivisations, aux saisies, &#224; la justice de classe exp&#233;ditive, les seuls, en un mot, &#224; dire tout haut ce que pense la petite-bourgeoisie r&#233;publicaine terroris&#233;e par les initiatives des masses et qui commence tout juste &#224; se remettre de la grande peur qu'ont provoqu&#233;e chez elle les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'Espagne est devenue maintenant une carte importante dons la politique ext&#233;rieure de Staline, conscient du danger que repr&#233;sentent pour lui la volont&#233; d'expansion et l'antibolchevisme affich&#233; du gouvernement hitl&#233;rien. L'Espagne est pour lui, en m&#234;me temps qu'un champ d'exp&#233;riences n&#233;cessaires, un laboratoire pour la prochaine guerre, la terrain sur lequel il entend d&#233;montrer aux &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; qu'il est un alli&#233; solide, un d&#233;fenseur du statu quo, le rempart contre la subversion politique qu'ils craignent plus encore que les nazis ou les fascistes. Staline ne dissimule pas ses objectifs politiques en Espagne, dont le principal est la destruction des organisations r&#233;volutionnaires, au premier rang desquelles le POUM qui a vigoureusement d&#233;nonc&#233; les &#171; proc&#232;s de Moscou &#187; et proclame qu'il se bat sous le drapeau de L&#233;nine. Le 28 novembre, le consul g&#233;n&#233;ral d'URRS &#224; Barcelone, le vieux r&#233;volutionnaire Antonov-Ovseenko, n'h&#233;site pas &#224; remettre &#224; la presse une note qui d&#233;nonce dans La Batalla &#171; la presse vendue au fascisme international &#187; [2]. C'est sous sa pression, combin&#233;e &#224; celle des staliniens catalans du PSUC et de l'UGT que le POUM est &#233;cart&#233; du gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; avec le consentement de la CNT ; apr&#232;s quoi la Pravda commente, en ce langage particuli&#232;rement mena&#231;ant puisqu'il suit de tr&#232;s pr&#232;s l'ex&#233;cution des vieux bolcheviks qui ont figur&#233; au premier proc&#232;s de Moscou : &#171; En Catalogne, l'&#233;limination des trotskiste et des anarcho-syndicalistes a d&#233;j&#224; commenc&#233; : elle sera conduite avec la m&#234;me &#233;nergie qu'en URSS &#187; [3]. En d&#233;cembre, d'ailleurs, dans le cours d'une lettre transmise par l'ambassadeur Marcel Rosenberg, Staline donne &#224; Largo Caballero quelques &#171; conseils d'ami &#187; : tenir compte des paysans, et se les attacher &#171; par quelques d&#233;crets ayant trait &#224; la question agraire et aux imp&#244;ts &#187;, gagner au moins la neutralit&#233; de la petite bourgeoisie en la prot&#233;geant contre les expropriations et en lui assurant le libert&#233; du commerce, attirer dans le gouvernement des r&#233;publicains bourgeois &#171; pour emp&#234;cher les ennemis de l'Espagne de la consid&#233;rer comme une r&#233;publique communiste, ce qui constitue le plus grand danger pour 1'Espagne &#187;, enfin, d&#233;clarer solennellement qu'il ne &#171; tol&#233;rera pas qu'il soit port&#233; atteinte &#224; la propri&#233;t&#233; et aux int&#233;r&#234;ts l&#233;gitimes des &#233;trangers &#233;tablis en Espagne et des citoyens des pays qui ne soutiennent pas les rebelles &#187; [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette politique r&#233;solument mod&#233;r&#233;e et parfaitement contre-r&#233;volutionnaire dans les circonstances donn&#233;es qui assure en Espagne le d&#233;veloppement de l'audience des organisations staliniennes : c'est sous son contr&#244;le, par exemple, que s'organise en Catalogne le GEPCI., organisation de d&#233;fense des commer&#231;ants, artisans et petits industriels, et, au Levant, la f&#233;d&#233;ration paysanne, rassemblant les petits propri&#233;taires ennemis de la collectivisation. Magistrats, hauts fonctionnaires, officiers, policiers, trouvent en lui, en m&#234;me temps qu'une efficace protection, l'instrument de la politique qu'ils souhaitent. A ceux que pr&#233;occupe seulement la lutte militaire imm&#233;diate contre le fascisme - et ils sont nombreux - l'appui de Moscou et ses livraisons, le r&#244;le jou&#233; par les conseillers militaires russes, l'apport des Brigades Internationales, les capacit&#233;s d'organisation des cadres communistes, paraissent garantir l'efficacit&#233; n&#233;cessaire &#224; la victoire. Ce n'est pas par hasard que le 5 r&#233;giment sera l'un des principaux th&#232;mes de propagande et leviers d'action du Parti communiste : en deux mois, il passe de 8 000 &#224; 30 000 hommes, poss&#232;de des instructeurs, des armes modernes, recrute syst&#233;matiquement officiers et sous-officiers de carri&#232;re, se fait un mod&#232;le de discipline, un v&#233;ritable instrument militaire, en m&#234;me temps que l'objet d'une orchestration syst&#233;matique. De la m&#234;me fa&#231;on, les communistes sont les premiers et pratiquement les seuls &#224; saisir les possibilit&#233;s qu'offre le corps des commissaires de l'arm&#233;e dont le commissaire g&#233;n&#233;ral Alvarez del Vayo leur ouvre largement les portes. Intouchables &#224; cause de l'aide russe, les staliniens espagnols, &#171; d&#233;fenseurs cons&#233;quents du programme antifasciste de restauration de l'&#201;tat, organisateurs de l'arm&#233;e, deviennent ainsi les &#233;l&#233;ments les plus dynamiques de la coalition gouvernementale &#187; [5], et c'est &#224; eux que sont confi&#233;s les postes-cl&#233;s de la police et du maintien de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est pr&#233;cis&#233;ment ce succ&#232;s qui va provoquer la mont&#233;e contre eux des m&#233;contentements et m&#234;me des hostilit&#233;s. Les premiers signes d'un refroidissement &#233;vident des relations avec Largo Caballero apparaissent dans la s&#233;cheresse de la r&#233;ponse faite par ce dernier, le 12 janvier, &#224; la lettre de Staline. Ulc&#233;r&#233; de l'&#233;volution de ses anciens disciples qui dirigent la JSU et ont presque tous adh&#233;r&#233; au PC pendant les six derniers mois de 1936, Largo Caballero oppose une brutale fin de non-recevoir aux pressions de Staline en faveur de la fusion des partis socialiste et communiste, auxquelles son vieil adversaire Prieto pr&#234;te en revanche une oreille trop complaisante &#224; son go&#251;t. Le prestige dont jouit la Junte de d&#233;fense de Madrid dont il pense qu'elle lui m&#232;ne une opposition ouverte, l'alliance avec le PC, Alvarez del Vayo dont il commence &#224; douter s&#233;rieusement, contribuent &#224; l'irriter. C'est vraisemblablement en f&#233;vrier qu'il demande brutalement le rappel de l'ambassadeur Rosenberg.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste, d&#232;s lors, lui d&#233;clare la guerre, et s'en prend d'abord &#224; son homme de confiance dans les questions militaires, le g&#233;n&#233;ral Asensio. L'occasion en sera la chute de M&#225;laga probablement in&#233;vitable dans la situation militaire donn&#233;e, mais dont les circonstances, particuli&#232;rement tragiques, bouleversent tous les Espagnols. S'alliant pour la circonstance &#224; la CNT, qui n'appr&#233;cie pas en Asensio le militaire de carri&#232;re, le PC lance une grande campagne de manifestations et meetings r&#233;clamant la mobilisation g&#233;n&#233;rale, l'&#233;puration du corps des officiers, un v&#233;ritable commandement unique. Les r&#233;publicains, les socialistes de droite, avec Prieto, se joignent &#224; la campagne CNT-UGT contre Asensio. Largo Caballero se r&#233;signe, la mort dans l'&#226;me, &#224; lui demander sa d&#233;mission. Mais il est d&#233;cid&#233; &#224; se battre et les &#171; milieux bien inform&#233;s &#187; parlent d&#233;j&#224; d'un nouveau minist&#232;re qui pourrait &#234;tre pr&#233;sid&#233; par le ministre des Finances, Juan Negr&#237;n, avec Prieto comme homme fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont peut-&#234;tre ces circonstances qui d&#233;cident la CNT &#224; tenter &#224; son tour de desserrer l'&#233;treinte du PC. Elle en trouve l'occasion dans l'affaire Cazorla, le jeune conseiller &#224; l'ordre public de la Junte de Madrid, qu'elle accuse de couvrir de son autorit&#233; l'existence et le fonctionnement &#224; Madrid de prisons priv&#233;es du PC &#171; pr&#233;ventoriums &#187; et &#171; tch&#233;kas &#187;. L'enqu&#234;te, finalement ouverte, d&#233;couvre dans son entourage l'existence d'un gang reposant sur des lib&#233;rations &#224; prix d'or de d&#233;tenus r&#233;guli&#232;rement inculp&#233;s. C'est l'occasion pour Largo Caballero de dissoudre la Junte de Madrid, puis, &#224; la suite d'un nouveau scandale des prisons priv&#233;es, cette fois &#224; Murcie, de restreindre les pouvoirs des commissaires politiques et de s'en r&#233;server les nominations. Le conflit est d&#232;s lors ouvert : le plan d'offensive des conseillers militaires de Caballero en direction de l'Estr&#233;madure doit &#234;tre abandonn&#233; parce que les Russes n'offrent que dix avions et parce que leur prot&#233;g&#233;, le g&#233;n&#233;ral Miaja, qui commande &#224; Madrid, refuse purement et simplement de d&#233;garnir la d&#233;fense de la capitale. Les d&#233;saccords au sein de la coalition antifasciste constituent le signe de l'approche d'une nouvelle crise. Une opposition r&#233;volutionnaire est en train de se ressaisir, n&#233;e au sein m&#234;me des partis qui, &#224; l'automne pr&#233;c&#233;dant, ont accept&#233; la politique de collaboration, mais en mesurent maintenant les cons&#233;quences. Le journal de la JCI, Juventud Ib&#233;rica, mentionne de fa&#231;on critique la participation de N&#237;n au gouvernement, alors que La Batalla m&#232;ne campagne depuis des mois pour la r&#233;int&#233;gration du POUM dans le conseil. La m&#234;me th&#232;se s'exprime peu apr&#232;s, dans La Batalla elle-m&#234;me, cette fois sous la plume d'Andrade, qui &#233;crit que la participation a &#233;t&#233; &#171; n&#233;gative et m&#234;me nocive &#187;. Se sentant d&#233;finitivement rejet&#233; de la coalition antifasciste et comprenant parfaitement le sort qui le guette, le POUM, attaque vigoureusement les &#171; contre-r&#233;volutionnaires &#187; du PCE et du PSUC, parle &#224; nouveau de &#171; comit&#233;s &#187; et de &#171; conseils &#187; analogues aux soviets qui devraient constituer la base d'un pouvoir v&#233;ritablement r&#233;volutionnaire. Un mouvement semblable se dessine dans la CNT o&#249; un groupe de militants hostiles &#224; la militarisation ont constitu&#233; les &#171; Amis de Durruti &#187;, publient un petit journal et s'expriment m&#234;me, par l'interm&#233;diaire de leur animateur, Jajme Ballus, dans les colonnes du quotidien CNT du soir de Barcelone, La Noche. Le libertaire Italien Camillo Berneri, dans l'hebdomadaire Guerra di Classe, qualifie le PC de &#171; l&#233;gion &#233;trang&#232;re de la d&#233;mocratie et du lib&#233;ralisme italien &#187; et le compare &#224; Noske, le contre-r&#233;volutionnaire issu, lui aussi, du mouvement ouvrier, et contre-r&#233;volutionnaire au nom de la d&#233;mocratie. Il souligne le rapport qui existe entre la politique contre-r&#233;volutionnaire de Staline en URSS, les proc&#232;s de Moscou, et sa politique internationale, dont l'Espagne n'est que l'un des aspects. M&#234;mes th&#232;mes chez les Jeunesses libertaires et dans leur journal Ruta, qui affirme que l'alliance en Espagne des r&#233;publicains et du PC ne fait que refl&#233;ter l'alliance de l'URSS stalinienne avec la France et la Grande-Bretagne en vue d'&#171; &#233;trangler la r&#233;volution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'initiative de la JCI que se constitue en Catalogne le &#171; Front de la Jeunesse r&#233;volutionnaire &#187; dont le militant libertaire Alfredo Martinez est le secr&#233;taire, et qui s'&#233;tend rapidement au Levant. Apr&#232;s la conf&#233;rence de Valence de la JSU, qui a vu l'alignement complet de cette organisation sur la politique stalinienne et la d&#233;nonciation, d&#233;sormais classique, des &#171; trotskistes &#187; et des &#171; incontr&#244;lables &#187; par Santiago Carrillo, deux des f&#233;d&#233;rations les plus importantes, celle des Asturies et celle du Levant, l&#232;vent l'&#233;tendard de l'opposition. Rafael Fern&#225;ndez, secr&#233;taire de la JSU asturienne, s'inscrit en faux contre l'affirmation selon laquelle la JSU combat pour &#171; une r&#233;publique d&#233;mocratique et parlementaire &#187;, d&#233;missionne du comit&#233; national, rejoint, avec sa f&#233;d&#233;ration, les Jeunesses libertaires asturiennes dans le Front de la Jeunesse r&#233;volutionnaire. Au printemps 1937, il est clair qu'un nouveau maximum de tension a &#233;t&#233; atteint. Les forces qui ont conduit ensemble la r&#233;action d&#233;mocratique sont en train de se disloquer. La croissance de l'opposition r&#233;volutionnaire qui se cherche exige des m&#233;thodes plus fermes, un gouvernement plus s&#251;r qui se d&#233;cide &#224; venir &#224; bout du POUM et de la CNT-FAI pour stabiliser de fa&#231;on plus d&#233;cisive le r&#233;gime r&#233;publicain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;preuve de force va se produire en Catalogne, o&#249; subsiste l'essentiel des conqu&#234;tes r&#233;volutionnaires et qui constitue le bastion de l'opposition. Le courant caballeriste y est pratiquement inexistant. En revanche, le PSUC, de Juan Comorera, tremp&#233; par les conflits avec les anarchistes depuis des mois, est pr&#234;t &#224; la bataille, et ce n'est pas pur hasard si on lui attribue g&#233;n&#233;ralement la formule fameuse : &#171; Avant de prendre Saragosse, il faut prendre Barcelone &#187;. Les premiers heurts sont provoqu&#233;s par l'envoi d'importantes forces de carabiniers venus sur ordre de Negrin reprendre le contr&#244;le des postes fronti&#232;res aux miliciens de la CNT qui s'y opposent les armes &#224; la main. Le 25 avril, Rold&#225;n Cortada, un ancien trentiste devenu dirigeant de l'UGT et membre du PSUC, est assassin&#233; par des inconnus &#224; Molins de Llobregat. La CNT condamne formellement ce meurtre, r&#233;clame une enqu&#234;te qui mettrait ses militants hors de cause. Mais le PSUC pousse son avantage, exploite &#224; fond l'&#233;motion provoqu&#233;e par cet assassinat. L'enterrement de Rold&#225;n Cortada est l'occasion d'une manifestation dont La Batalla &#233;crit qu'elle a pour but de &#171; cr&#233;er une ambiance de pogrom contre l'avant-garde du prol&#233;tariat catalan, la CNT, la FAI, le POUM &#187;. Les dirigeants anarchistes de Mollins de Llobregat sont arr&#234;t&#233;s, huit militants de la CNT sont abattus &#224; Puigcerda par les carabiniers. La tension est extr&#234;me a Barcelone o&#249; court le bruit d'un proche d&#233;sarmement de tous les ouvriers non int&#233;gr&#233;s &#224; la police d'&#201;tat. Le gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; interdit toute manifestation pour le 1 mai, et, ce jour-l&#224;, Solidaridad Obrera d&#233;nonce la &#171; croisade contre la CNT &#187;, tandis que La Batalla appelle les ouvriers &#224; monter la garde, &#171; l'arme aux pieds &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incident qui va mettre le feu aux poudres &#233;clate le 3 mai, &#224; propos du contr&#244;le du central t&#233;l&#233;phonique. Depuis juillet 1936, les t&#233;l&#233;communications &#224; Barcelone sont &#171; syndicalis&#233;es &#187; sous la direction d'un comit&#233; CNT-UGT, situation intol&#233;rable &#224; bien des &#233;gards puisque les responsables de la CNT du syndicat des employ&#233;s du t&#233;l&#233;phone peuvent ainsi en permanence contr&#244;ler et m&#234;me interrompre les communications entre le gouvernement et l'&#233;tranger. C'est sur ce terrain favorable que le PSUC d&#233;cide de provoquer : sans ordres ni m&#234;me autorisation du gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233;, le commissaire &#224; l'ordre public, Rodr&#237;guez Salas, ex-membre du Bloc, devenu membre du PSUC, arrive au central avec trois camions de gardes et y p&#233;n&#232;tre, d&#233;sarmant les miliciens qui occupent le rez-de-chauss&#233;e. Les miliciens qui occupent les &#233;tages mettent une mitrailleuse en batterie et ouvrent le feu. Les dirigeants anarchistes de la police accourent et persuadent leurs camarades de ne pas s'obstiner dans leur r&#233;sistance. Mais le bruit de la bataille a alert&#233; les travailleurs de Barcelone qui y voient une tentative contre-r&#233;volutionnaire visant leurs organisations. Sans qu'aucun mot d'ordre ait &#233;t&#233; lanc&#233;, par aucune organisation, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;clate et Barcelone se couvre de barricades. Le soir, a lieu une r&#233;union commune des dirigeants de la CNT, de la FAI, des Jeunesses libertaires et du POUM. Le POUM consid&#232;re que les travailleurs ont spontan&#233;ment ripost&#233; &#224; une provocation contre-r&#233;volutionnaire et qu'il est n&#233;cessaire de se ranger &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Les dirigeants anarchistes pr&#233;f&#232;rent tenter de s'interposer. Le 4 mai, plusieurs organisations, le POUM, les Jeunesses libertaires, les Amis de Durruti, soutiennent le mouvement. Companys et la CNT s'entendent pour imposer un compromis. Le pr&#233;sident de la G&#233;n&#233;ralit&#233; d&#233;savoue l'initiative de Rodr&#237;guez Salas et lance un appel au calme, tandis que le comit&#233; r&#233;gional CNT appelle les travailleurs &#224; d&#233;poser les armes. C'est dans le m&#234;me sens que s'expriment &#224; la radio dans la soir&#233;e le caballeriste Hern&#225;ndez Zancajo et les deux ministres anarchistes Garcia Oliver et Federica Montseny. Le 5, un accord intervient sur la base du cessez-le-feu et du statu quo militaire, avec retrait simultan&#233; des policiers et des miliciens. Les dirigeants de la CNT. arr&#234;tent la 29ere division, command&#233;e par Gregorio Jover, qui marchait sur Barcelone Ils d&#233;savouent les &#171; Amis de Durruti &#187;. De nouvelles violences cependant compromettent le cessez-le-feu : agression de membres du PSUC contre la voiture de Federica Montseny, assassinat d'Antonio Ses&#233;, dirigeant UGT qui vient d'&#234;tre nomm&#233; au gouvernement. Des navires de guerre anglais sont arriv&#233;s dans la rade de Barcelone. Le gouvernement Largo Caballero prend en main l'ordre public en Catalogne et nomme commandant des troupes de Catalogne le g&#233;n&#233;ral Pozas, ancien officier de la Garde civile, membre du PC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6, tout semble rentr&#233; dans l'ordre. Le pr&#233;sident Companys proclame qu'il n'y a &#171; ni vainqueurs, ni vaincus &#187;, forme un nouveau gouvernement, qui ne comprend ni Comorera, le leader du PSUC, ni Rodriguez Salas. La colonne motoris&#233;e envoy&#233;e du front de Jarama pour r&#233;tablir l'ordre &#224; Barcelone entre dans la ville aux cris de &#171; Viva la FAI ! &#187; : elle est command&#233;e par un ouvrier anarchiste, Torres Iglesias. La partie semble donc bien se conclure par un match nul. Le bilan en vies humaines est pourtant lourd : au moins 500 tu&#233;s et 1 000 bless&#233;s. Parmi les victimes, du c&#244;t&#233; gouvernemental, Ses&#233; et un officier communiste, du c&#244;t&#233; ouvrier, Domingo Ascaso et le petit-fils de Francisco Ferrer. Mais il s'est pass&#233; bien des choses dans les rues de Barcelone, et, dans les jours qui suivent, on retrouvera les cadavres de deux des principaux animateurs et inspirateurs de l'opposition r&#233;volutionnaire : le libertaire Italien Camillo Berneri, qui a &#233;t&#233; enlev&#233; &#224; son domicile par des miliciens ug&#233;tistes, et Alfredo Martinez, le secr&#233;taire du Front de la Jeunesse r&#233;volutionnaire. Il est clair que les services secrets russes sont au travail. En r&#233;alit&#233;, les &#171; Journ&#233;es de Mai &#187; sonnaient le glas de la r&#233;volution. Cette explosion inachev&#233;e de guerre civile &#224; l'arri&#232;re, dans le cadre de la guerre civile elle-m&#234;me, va &#234;tre imm&#233;diatement exploit&#233;e par la coalition mod&#233;r&#233;e et son aile marchante, le PCE. Alors que la CNT a tout fait pour apaiser le conflit, alors que le POUM. s'est refus&#233; &#224; prendre le risque de d&#233;border la CNT dont i1 jugeait pourtant la prudence aveugle, la presse stalinienne se d&#233;cha&#238;ne contre cette &#171; insurrection &#187; qu'elle dit &#171; pr&#233;par&#233;e par les trotskistes du POUM &#187; avec l'aide de la police secr&#232;te allemande et italienne. Elle r&#233;clame, avec Jos&#233; Diaz, la mise hors d'&#233;tat de nuire des &#171; trotskistes &#187;, ces &#171; fascistes qui parlent de r&#233;volution pour semer la confusion &#187;. Le 15 mai, au conseil des ministres, les ministres communistes r&#233;clament la dissolution du POUM et l'arrestation de ses dirigeants. Largo Caballero refuse, les ministres communistes s'en vont, suivis des r&#233;publicains et des socialistes de Prieto. I1 ne reste plus &#224; Largo Caballero qu'&#224; d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; l'ancien ministre des Finances Juan Negrin, qu'il reviendra, au cours des semaines qui suivent, de consacrer la victoire de la contre-r&#233;volution stalinienne et bourgeoise. Grand bourgeois d'origine, socialiste r&#233;solument mod&#233;r&#233;, mari&#233; &#224; une Russe, l'homme est le candidat des staliniens espagnols au gouvernement, et il n'a pour le moment, rien &#224; leur refuser. La Batalla est interdite le 28 mai et son directeur politique, Gorkin, inculp&#233; par son &#233;ditorial du 1er mai. Le 16 juin, tous les dirigeants du POUM sont arr&#234;t&#233;s. Il leur est reproch&#233;, non seulement d'avoir &#233;t&#233; &#171; pour la suppression de la R&#233;publique par la violence et l'instauration d'une dictature du prol&#233;tariat &#187;, mais d'avoir &#171; calomni&#233; un pays ami dont l'appui moral et mat&#233;riels a permis au peuple espagnol de d&#233;fendre son ind&#233;pendance &#187;, d'avoir &#171; attaqu&#233; la justice sovi&#233;tique &#187; - allusion &#224; la campagne du POUM contre les proc&#232;s de Moscou - et enfin &#171; d'avoir &#233;t&#233; en contact avec les organisations internationales connues sous la d&#233;nomination g&#233;n&#233;rale de &#171; trotskistes &#187; et dont l'action au sein d'une puissance amie d&#233;montre qu'elles se trouvent au service du fascisme europ&#233;en &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t &#233;clate un &#233;norme scandale : Andr&#233;s N&#237;n, arr&#234;t&#233; en m&#234;me temps que ses camarades, a disparu. Les staliniens insinuent qu'il s'est &#233;vad&#233; et au questions pos&#233;es sur les murs : &#171; Ou est NIN ? &#187; r&#233;pondent par cette rime immonde : &#171; A Salamanque ou &#224; Berlin &#187;. Le ministre de l'Int&#233;rieur avoue son impuissance, Negrin se d&#233;clare pr&#234;t &#224; &#171; tout couvrir &#187;, mais exige d'&#234;tre inform&#233;. En fait Nm ne peut reparaitre, car il a &#233;t&#233; assassin&#233;. Livr&#233; par la police au chef de la NKVD en Espagne, Orlov, il a &#233;t&#233; enferm&#233; dans une prison priv&#233;e de Alcala de Henares, et tortur&#233; ai d'en obtenir des aveux sur le mod&#232;le de ceux des accus&#233;s des proc&#232;s de Moscou. Mais il a r&#233;sist&#233;, et ses ge&#244;liers, impuissants devant cet homme tortur&#233; qui refuse de &#171; collaborer &#187;, n'ont pu que s'en d&#233;barrasser. En fait, la r&#233;sistance de N&#237;n a jet&#233; bas l'&#233;difice pr&#233;par&#233; en Espagne sur le mod&#232;le de Moscou et probablement sauv&#233; bien d'autres militants [6]. Elle a en tout cas en grande partie d&#233;truit la fa&#231;ade &#171; l&#233;gale &#187; de la r&#233;pression stalinienne et l'a contrainte &#224; rev&#234;tir la forme d'un pur et simple gangst&#233;risme, en marge des formes judiciaires. Dans les semaines qui suivent se produisent, dans des conditions semblables, d'autres &#171; disparitions &#187; de militants r&#233;volutionnaires &#233;trangers &#171; enlev&#233;s &#187; par les m&#234;mes services et assassin&#233;s : Marc Rhein, le fils du dirigeant menchevique russe Rafael Abramovitch, les trotskistes Hans Freund, dit Moulin, et Erwin Wolf, ancien secr&#233;taire de Trotsky, le militant autrichien Kurt Landau, qui avait rejoint le POUM. Dans l'arm&#233;e, des militants du POUM sont fusill&#233;s apr&#232;s des parodies de jugement par des conseils de guerre. Parmi eux l'ancien commissaire de guerre de L&#233;rida, Marcial Mena, l'un des organisateurs des syndicats enseignants de Catalogne, Juan Hervas, tous deux anciens du BOC. La restauration de l'&#201;tat a certes supprim&#233; les &#171; tch&#233;kas &#187; des partis, des syndicats, et la &#171; dictature des comit&#233;s &#187; ; elle n'a pas supprim&#233; les &#171; tch&#233;kas &#187; staliniennes et laisse agir librement, quoique officieusement, une toute-puissante Gu&#233;p&#233;ou charg&#233;e de r&#233;gler sur le sol espagnol les comptes politiques de Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ses adversaires ne sera en effet &#233;pargn&#233;, m&#234;me si tous ne sont pas frapp&#233;s avec la m&#234;me f&#233;rocit&#233; que le POUM, ennemi n&#176;1 du stalinisme en Espagne. En ao&#251;t, le Conseil d'Aragon est dissout, la division du communiste Enrique Lister p&#233;n&#232;tre dans la province, proc&#233;dant &#224; des arrestations en masse de militants anarchistes, et dissout de force les collectivit&#233;s rurales qu'ils avaient implant&#233;es. En septembre, c'est &#233;galement par la force que les troupes gouvernementales s'emparent &#224; Barcelone du si&#232;ge du comit&#233; de d&#233;fense CNT-FAI. En mai, les partisans de Largo Caballero ont &#233;t&#233; exclus du comit&#233; de r&#233;daction de Claridad, pass&#233; aux mains des gens de Prieto. C'est &#224; la demande du comit&#233; ex&#233;cutif du Parti socialiste que le ministre de l'Int&#233;rieur envole des gardes d'assaut occuper les locaux du journal Adelante, organe de la F&#233;d&#233;ration du Levant qui soutient Largo Caballero. Au sein de l'UGT, la coalition des amis de Prieto et des staliniens lance une vigoureuse campagne contre Largo Caballero. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur suspend le dernier journal qui lui ait donn&#233; asile, La Correspondencia de Valencia. Incapables de s'assurer r&#233;guli&#232;rement la majorit&#233;, la coalition des &#171; mod&#233;r&#233;s &#187; choisit d'organiser la scission, &#233;lit Gonz&#225;lez Pe&#241;a &#224; la pr&#233;sidence de la centrale. Sur l'ordre du gouvernement, courrier et ch&#232;ques &#224; destination de l'UGT sont achemin&#233;s vers l'organisme scissionniste que dirige Gonz&#225;lez Pe&#241;a. Il reste &#224; Largo Caballero &#224; tenter une campagne publique : d&#232;s sa premi&#232;re r&#233;union, au cin&#233;ma Pardi&#241;as &#224; Madrid, le gouvernement d&#233;cide de le museler : interpell&#233;, ramen&#233; &#224; son domicile valencien, il y est gard&#233; &#224; vue, vaincu d&#233;finitivement sans avoir pu m&#234;me se battre r&#233;ellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; gouvernement de la victoire &#187; prend toute une s&#233;rie de mesures visant &#224; une v&#233;ritable normalisation. Les juges si&#232;gent de nouveau en toge, le ministre de la Justice, le nationaliste basque et catholique Manuel de Irujo, veillant &#224; ce que les pr&#233;sidents soient effectivement choisis parmi les magistrats professionnels. De nombreux prisonniers, notamment des pr&#234;tres, sont lib&#233;r&#233;s. En revanche, on cr&#233;e un Tribunal d'espionnage et de haute trahison, destin&#233; &#224; &#171; juger &#187; les dirigeants du POUM : dans ces nouveaux tribunaux, les cinq juges, trois militaires et deux civils, sont nomm&#233;s par le gouvernement. Les crimes qu'ils ont &#224; juger comprennent l'accomplissement &#171; d'actes hostiles &#224; la R&#233;publique &#187;, la d&#233;fense ou la propagation de &#171; fausses nouvelles &#187;, la formulation de jugements &#171; d&#233;favorables &#224; la marche des op&#233;rations de guerre ou au cr&#233;dit et &#224; l'autorit&#233; de la R&#233;publique &#187;, les &#171; actes ou manifestations tendant &#224; affaiblir le moral public, &#224; d&#233;moraliser l'arm&#233;e ou affaiblir la discipline collective &#187;. Les peines pr&#233;vues, de six mois de prison &#224; la mort, sont applicables m&#234;me si le &#171; crime &#187; n'a pas &#233;t&#233; consomm&#233;, s'il s'est r&#233;duit &#224; une &#171; conspiration &#187;, une &#171; complicit&#233; &#187; ou une &#171; protection &#187;. Ainsi les dirigeants du POUM pourront-ils &#234;tre lourdement condamn&#233;s, sur la base de leur politique, apr&#232;s l'abandon des accusations reposant sur des faux policiers et staliniens. La censure est renforc&#233;e, et une circulaire du 14 ao&#251;t 1937 l'&#233;tend express&#233;ment &#224; toute critique de l'Union sovi&#233;tique. Une police sp&#233;cialis&#233;e dans le contre-espionnage, le Servicio de Investigaci&#243;n Militar (SIM), est cr&#233;&#233;e que contr&#244;lent membres du PC et &#171; techniciens &#187; russes. Le SIM, qui &#233;chappe tout de suite au contr&#244;le du ministre de la D&#233;fense nationale, compte plus de 6 000 agents, dirige sans contr&#244;le ses prisons et ses camps dits &#171; de travail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La c&#233;l&#233;bration du culte catholique est autoris&#233;e &#224; titre priv&#233;, comme premi&#232;re &#233;tape vers la restauration de la libert&#233; des cultes. Les propri&#233;taires ant&#233;rieurement &#171; disparus &#187; qui font la preuve qu'ils ne sont pas li&#233;s aux factieux, r&#233;cup&#232;rent leurs terres ; le d&#233;cret de collectivisation en Catalogne est suspendu, comme contraire &#224; l'esprit de la constitution. Le Times salue dans l'intervention de l'&#201;tat dans les entreprises industrielles un &#171; r&#233;tablissement du principe de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#187; et salue les efforts de Negrin dont il souhaite qu'il parvienne &#224; r&#233;concilier &#171; les partis oppos&#233;s &#224; l'heure actuelle de l'Espagne gouvernementale &#187;. Gouvernement &#171; de la victoire &#187; comme disent les staliniens espagnols, &#171; de la r&#233;conciliation nationale &#187;, comme le souhaitent les conservateurs anglais ? A la r&#233;union des Cortes, le 1octobre 1937, Largo Caballero est absent ; en revanche Miguel Maura est l&#224;, ainsi que le centriste Portela Valladares, et les critiques de la presse de la CNT contre leur pr&#233;sence sont supprim&#233;es par la censure. Au C&#225;rcel modelo, la prison de Barcelone, deux galeries et demie sur six sont r&#233;serv&#233;es aux d&#233;tenus de la CNT-FAI et du POUM. L'Espagne &#171; d&#233;mocratique &#187; est pourtant plus isol&#233;e encore que ne l'&#233;tait l'Espagne &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. C'est l'&#233;poque o&#249; l'aide russe commence &#224; se tarir lentement. La guerre civile se poursuit, mais la r&#233;volution est bel et bien vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] R. Golodny, The struggle for Madrid, p.93.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Voir document 32, en annexes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Pravda, 17 d&#233;cembre 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Voir document 31, en annexe&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] P. Brou&#233; et E.T&#233;mime, op. cit. p. 214&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Les autres dirigeants du POUM seront jug&#233;s en octobre 1938 et condamn&#233;s &#224; de lourdes peines de prison pour leur r&#244;le en mai 1937. Mais l'accusation &#171; d'espionnage &#187; et de &#171; trahison &#187; a &#233;t&#233; abandonn&#233;e. Ces hommes, &#233;vad&#233;s lors de la d&#233;b&#226;cle, se r&#233;fugieront finalement en France. La majorit&#233; d'entre eux se retrouvera en 1941 devant le tribunal militaire de Montauban pour avoir diffus&#233; La V&#233;rit&#233;, journal trotskyste clandestin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chronologie des crimes de la &#171; Sainte Inquisition &#187; en Espagne</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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&lt;p&gt;Chronologie des crimes de la &#171; Sainte Inquisition &#187; en Espagne &lt;br class='autobr' /&gt;
Si, en 2000, la papaut&#233; a demand&#233; pardon pour le crime sanglant de l'Inquisition en Espagne, publiant ensuite un ouvrage de 783 pages sur ces horreurs, l'Eglise n'a pas cess&#233; de publier des textes minimisant le nombre de victimes mortes et la signification de ces assassinats qu'elle a pr&#233;sent&#233; comme des actes qui, dans le contexte, &#233;taient classiques. En fait, il y a bien eu des millions de victimes hommes, femmes et enfants (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chronologie des crimes de la &#171; Sainte Inquisition &#187; en Espagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si, en 2000, la papaut&#233; a demand&#233; pardon pour le crime sanglant de l'Inquisition en Espagne, publiant ensuite un ouvrage de 783 pages sur ces horreurs, l'Eglise n'a pas cess&#233; de publier des textes minimisant le nombre de victimes mortes et la signification de ces assassinats qu'elle a pr&#233;sent&#233; comme des actes qui, dans le contexte, &#233;taient classiques. En fait, il y a bien eu des millions de victimes hommes, femmes et enfants (juifs, convertis de force et d&#233;nonc&#233;s comme faux chr&#233;tiens et aussi musulmans et m&#234;me chr&#233;tiens), tu&#233;es ou tortur&#233;es, expuls&#233;es de force, perdant tous leurs biens, leurs familles, pourchass&#233;es&#8230; L'Inquisition mise en place par Fernando et Isabel a fait passer l'Espagne du pays le plus tol&#233;rant envers les diverses religions au plus intol&#233;rant. L'Eglise catholique y a jou&#233; un r&#244;le barbare, voulu par le pape et qu'il lui a fallu&#8230; six cent ans pour reconnaitre ! L'Eglise a servi une d&#233;rive fasciste de l'Etat en Espagne comme en France avec la Saint Barth&#233;lemy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh oui, l'Eglise catholique reconnait mais minimise, replace dans le contexte, etc. Elle agit toujours ainsi : elle se confesse puis elle s'absout et se donne &#224; elle-m&#234;me la b&#233;n&#233;diction !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/2004/06/16/le-vatican-publie-le-dossier-noir-de-l-inquisition-qualifie-de-symbole-du-scandale-par-le-pape_369172_1819218.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/archives/article/2004/06/16/le-vatican-publie-le-dossier-noir-de-l-inquisition-qualifie-de-symbole-du-scandale-par-le-pape_369172_1819218.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cath.ch/newsf/rome-symposium-sur-l-inquisition-au-vatican-du-29-au-31-octobre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cath.ch/newsf/rome-symposium-sur-l-inquisition-au-vatican-du-29-au-31-octobre/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://questions.aleteia.org/articles/6/linquisition-perversion-de-la-mission-de-leglise/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://questions.aleteia.org/articles/6/linquisition-perversion-de-la-mission-de-leglise/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://legliselumieredumonde.mariedenazareth.com/10-controverses/3-linquisition-des-millions-de-victimes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://legliselumieredumonde.mariedenazareth.com/10-controverses/3-linquisition-des-millions-de-victimes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tribunal du Saint-Office de l'Inquisition , commun&#233;ment appel&#233; Inquisition espagnole, &#233;tait une institution fond&#233;e en 1478 par les Rois Catholiques qui, sous le contr&#244;le direct de la Couronne,]&#233;tait charg&#233;e de maintenir l'orthodoxie catholique dans leurs royaumes . L'Inquisition espagnole a des pr&#233;c&#233;dents dans des institutions similaires existant en Europe depuis le XIIE si&#232;cle , en particulier celle fond&#233;e en France en 1184. Son abolition fut approuv&#233;e par Napol&#233;on par d&#233;cret du 4 d&#233;cembre 1808 , dans le contexte de la guerre d'Espagne ; mais elle ne fut d&#233;finitivement abolie dans toute la Monarchie que le 15 juillet 1834, pendant la r&#233;gence de Marie-Christine de Bourbon , encadr&#233;e au d&#233;but du r&#232;gne d' Isabelle II .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inquisition, en tant que tribunal eccl&#233;siastique , n'avait juridiction que sur les chr&#233;tiens baptis&#233;s . Cependant, pendant la majeure partie de son histoire, la libert&#233; de culte &#233;tant inexistante en Espagne et dans ses territoires d&#233;pendants, sa juridiction s'&#233;tendait &#224; la quasi-totalit&#233; des sujets du roi d'Espagne. Ainsi, depuis la cr&#233;ation des tribunaux am&#233;ricains, elle n'a th&#233;oriquement jamais eu juridiction sur les peuples autochtones , le roi d'Espagne ayant ordonn&#233; &#171; que les inquisiteurs ne poursuivent jamais les Indiens, mais les anciens chr&#233;tiens , leurs descendants et les autres personnes contre lesquelles ils poursuivent habituellement dans ces royaumes d'Espagne &#187;. En pratique, cette pr&#233;tendue tol&#233;rance n'&#233;tait qu'une fa&#231;ade et de multiples poursuites furent engag&#233;es contre les Indiens, surtout durant les premi&#232;res d&#233;cennies. L'objectif &#233;tait d'&#233;tablir une foi unique dans tous les territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les royaumes chr&#233;tiens de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, l' Inquisition &#233;piscopale existait au Moyen &#194;ge , ainsi appel&#233;e parce que la juridiction sur l'h&#233;r&#233;sie , le plus important &#171; crime &#187; eccl&#233;siastique devenu d&#233;lit public, correspondait aux &#233;v&#234;ques qui condamnaient les h&#233;r&#233;tiques par l'expulsion du dioc&#232;se ou l'excommunication , bien que l'&#201;glise ait constamment fait appel aux tribunaux s&#233;culiers pour les pers&#233;cuter &#233;galement, compte tenu de l'interdiction &#233;tablie par le droit canon que les tribunaux eccl&#233;siastiques dictent des peines impliquant l'effusion de sang. En 1184, le pape Lucius III &#233;tendit l'Inquisition &#233;piscopale &#224; toute la chr&#233;tient&#233; occidentale , punissant les h&#233;r&#233;tiques par le bannissement et la confiscation des biens, sans que la peine de mort ne soit encore admise .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, certains princes chr&#233;tiens all&#232;rent plus loin. Parmi eux, Pierre II d'Aragon , qui promulgua en 1197 une ordonnance anti-h&#233;r&#233;tique s&#233;v&#232;re &#224; G&#233;rone , ordonnant le b&#251;cher des h&#233;r&#233;tiques refusant de quitter ses domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1231, le pape Gr&#233;goire IX cr&#233;a l' Inquisition papale , qui allait remplacer l'Inquisition &#233;piscopale. Cependant, elle ne fut pas instaur&#233;e dans la Couronne de Castille , o&#249; la r&#233;pression de l'h&#233;r&#233;sie incombait aux princes s&#233;culiers, sur la base d'une l&#233;gislation elle aussi la&#239;que, bien qu'elle reproduis&#238;t largement les statuts de l'Inquisition papale. Dans Las Partidas, &#171; la pers&#233;cution des h&#233;r&#233;tiques &#233;tait admise, mais pour les conduire, surtout, &#224; l'abjuration ; ce n'est que s'ils persistaient dans leurs croyances qu'ils pouvaient &#234;tre livr&#233;s au bourreau. Les condamn&#233;s perdaient leurs biens et &#233;taient d&#233;chus de toute dignit&#233; et de toute fonction publique. &#187; C'est sous le r&#232;gne de Ferdinand III de Castille que les peines les plus s&#233;v&#232;res furent inflig&#233;es aux h&#233;r&#233;tiques. Le roi lui-m&#234;me ordonna de les marquer au fer rouge, et une chronique raconte comment il &#171; contraignit de nombreux hommes et les fit bouillir dans des chaudrons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les autres royaumes chr&#233;tiens de la p&#233;ninsule, l'inquisition papale fut instaur&#233;e. Dans la Couronne d'Aragon en 1233, dans le royaume de Navarre en 1238, mais au Portugal, elle ne fut introduite qu'en 1376 et tomba rapidement en d&#233;su&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Couronne d'Aragon, sa mise en &#339;uvre r&#233;sulta de l'inqui&#233;tude de son souverain Jacques Ier et des &#233;v&#234;ques de ses domaines face &#224; l'arriv&#233;e d'h&#233;r&#233;tiques venus d'outre-Pyr&#233;n&#233;es, qui gagnaient &#233;galement de nombreux adeptes. Initialement, l'ordonnance anti-h&#233;r&#233;tique de Pierre II le Catholique de 1197 fut r&#233;tablie, mais le pape Gr&#233;goire IX fit pression pour l'instauration de l'Inquisition qu'il venait de cr&#233;er, avec l'aide de Raymond de Pe&#241;afort . Finalement, Jacques Ier c&#233;da et, le 7 f&#233;vrier 1233, promulgua un &#233;dit stipulant que &#171; nul ne peut statuer en cas d'h&#233;r&#233;sie, sauf l'&#233;v&#234;que dioc&#233;sain ou une autre personne eccl&#233;siastique habilit&#233;e &#224; le faire &#187;, c'est-&#224;-dire un inquisiteur . Parmi les autres prescriptions de l'&#233;dit, il &#233;tait stipul&#233; que &#171; nul ne doit d&#233;tenir les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament en roman, mais qu'il doit les remettre dans les huit jours &#224; l'&#233;v&#234;que de son dioc&#232;se pour qu'ils soient br&#251;l&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape confirma l'&#233;dit et, en 1235, envoya &#224; l'archev&#234;que de Tarragone un code de proc&#233;dure inquisitoriale r&#233;dig&#233; par Pe&#241;afort. Ce code &#233;tablissait la figure du l&#233;gat pontifical , dot&#233; du statut de juge extraordinaire ou d'inquisiteur g&#233;n&#233;ral , et qui ne pr&#233;sidait donc aucun tribunal permanent, contrairement &#224; son homonyme dans l' Inquisition espagnole du d&#233;but de l'&#233;poque moderne . &#171; Ces premiers l&#233;gats &#233;taient g&#233;n&#233;ralement des Dominicains ou des Franciscains qui, compte tenu de l'exemption dont ils b&#233;n&#233;ficiaient par rapport aux &#233;v&#234;ques, devenaient un instrument appropri&#233; de l'administration papale et pouvaient agir en accord avec les princes, conform&#233;ment &#224; la l&#233;gislation universellement &#233;tablie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au concile de Tarragone de 1242, un nouveau r&#232;glement inquisitorial fut approuv&#233;. Il stipulait que l'h&#233;r&#233;tique imp&#233;nitent devait &#234;tre remis au bras s&#233;culier , tandis que les simples affili&#233;s devaient faire p&#233;nitence chaque ann&#233;e de leur vie lors des f&#234;tes pr&#233;vues, pieds nus et en chemise, et porter toujours deux croix sur la poitrine, d'une couleur diff&#233;rente de celle de leurs v&#234;tements. Dans certains cas, les corps des h&#233;r&#233;tiques pr&#233;sum&#233;s &#233;taient m&#234;me exhum&#233;s pour &#234;tre br&#251;l&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'Inquisition papale a exist&#233; dans la Couronne d'Aragon jusqu'au d&#233;but du XVE si&#232;cle, date &#224; laquelle elle a pratiquement cess&#233; ses activit&#233;s. Durant cette p&#233;riode, elle s'est occup&#233;e de cas isol&#233;s d'h&#233;r&#233;sie, peu soutenus par la population, comme les proc&#232;s ouverts contre les fraticelles ou les b&#233;guines en divers lieux des &#201;tats de la Couronne. Le plus c&#233;l&#232;bre de ses inquisiteurs fut le Catalan Nicolas Eymerich, gr&#226;ce au manuel Directorium Inquisitorum qu'il r&#233;digea au milieu du XIVE si&#232;cle .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de la &#171; tol&#233;rance &#187; envers les Juifs : les massacres de 1391&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au XIVE si&#232;cle, les Juifs des royaumes chr&#233;tiens de la p&#233;ninsule Ib&#233;rique &#233;taient &#171; tol&#233;r&#233;s &#187;, ce terme &#233;tant entendu au sens n&#233;gatif, c'est-&#224;-dire autorisant ce qui est illicite pour en tirer un b&#233;n&#233;fice. Comme l'a soulign&#233; Joseph P&#233;rez , &#171; il faut abandonner l'id&#233;e commun&#233;ment admise d'une Espagne o&#249; les trois religions du Livre &#8211; chr&#233;tiens, musulmans et juifs &#8211; auraient coexist&#233; pacifiquement durant les deux premiers si&#232;cles de domination musulmane , puis dans l'Espagne chr&#233;tienne aux XIIe et XIIIe si&#232;cles. La tol&#233;rance implique l'absence de discrimination envers les minorit&#233;s et le respect des diff&#233;rences. Or, entre le VIIIe et le XVe si&#232;cle, on ne trouve rien de comparable &#224; cette tol&#233;rance dans la p&#233;ninsule. &#187; Henry Kamen , pour sa part, affirme que &#171; les communaut&#233;s chr&#233;tiennes, juives et musulmanes n'ont jamais v&#233;cu sur un pied d'&#233;galit&#233; ; la soi-disant coexistence a toujours &#233;t&#233; une relation entre in&#233;gaux &#187; Dans les royaumes chr&#233;tiens, souligne Kamen, tant les juifs que les musulmans &#233;taient trait&#233;s &#171; avec m&#233;pris &#187; et les trois communaut&#233;s &#171; vivaient des vies s&#233;par&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AUX XIIE et XIIIE si&#232;cles, l'antijuda&#239;sme chr&#233;tien s'intensifia dans l'Occident m&#233;di&#233;val, comme en t&#233;moignent les s&#233;v&#232;res mesures antijuives adopt&#233;es lors du quatri&#232;me concile du Latran, tenu en 1215 &#224; la demande du pape Innocent III . Les royaumes chr&#233;tiens de la p&#233;ninsule Ib&#233;rique ne furent pas du tout &#233;pargn&#233;s par la mont&#233;e d'un antijuda&#239;sme de plus en plus belliqueux &#8211; le code castillan des Partidas rappelait que les Juifs vivaient parmi les chr&#233;tiens &#171; afin que leur pr&#233;sence nous rappelle qu'ils descendaient de ceux qui ont crucifi&#233; Notre Seigneur J&#233;sus-Christ &#187; &#8211; mais les rois continu&#232;rent &#224; &#171; prot&#233;ger &#187; les Juifs en raison du r&#244;le important qu'ils jouaient dans leurs royaumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XIVE si&#232;cle , la p&#233;riode de &#171; tol&#233;rance &#187; envers les Juifs prit fin, laissant place &#224; une phase de conflits croissants. Selon Joseph P&#233;rez, &#171; ce qui change ne rel&#232;ve pas des mentalit&#233;s, mais des circonstances. La prosp&#233;rit&#233; de l'Espagne des trois religions avait co&#239;ncid&#233; avec une phase d'expansion territoriale, d&#233;mographique et &#233;conomique ; juifs et chr&#233;tiens n'&#233;taient pas en concurrence sur le march&#233; du travail : tous deux contribuaient &#224; la prosp&#233;rit&#233; g&#233;n&#233;rale et en partageaient les b&#233;n&#233;fices. L' antijuda&#239;sme militant de l'&#201;glise et des fr&#232;res trouva peu d'&#233;cho. Les changements sociaux, &#233;conomiques et politiques du XIVe si&#232;cle, les guerres et les catastrophes naturelles qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent et suivirent la peste noire cr&#233;&#232;rent une situation nouvelle. [&#8230;] [Les gens] se croyaient victimes d'une mal&#233;diction, punis pour leurs p&#233;ch&#233;s. Le clerg&#233; invitait les fid&#232;les &#224; se repentir, &#224; changer de comportement et &#224; revenir &#224; Dieu. C'est alors que la pr&#233;sence de personnes d&#233;icides parmi les chr&#233;tiens fut consid&#233;r&#233;e comme scandaleuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re vague de violence contre les Juifs dans la p&#233;ninsule Ib&#233;rique se produisit dans le royaume de Navarre, suite &#224; l'arriv&#233;e de la croisade des bergers, venue d'outre-Pyr&#233;n&#233;es, en 1321. Les quartiers juifs de Pampelune et d'Estella furent massacr&#233;s. Deux d&#233;cennies plus tard, l'impact de la peste noire de 1348 provoqua des attaques contre des quartiers juifs en plusieurs endroits, notamment &#224; Barcelone et dans d'autres villes de la Principaut&#233; de Catalogne . Dans la Couronne de Castille, les violences antijuives &#233;taient &#233;troitement li&#233;es &#224; la guerre civile du r&#232;gne de Pierre Ier, au cours de laquelle la faction soutenant Henri de Trastamara utilisa l'antijuda&#239;sme comme arme de propagande et accusa son demi-fr&#232;re, le roi Pierre, de favoriser les Juifs. Ainsi, le premier massacre de Juifs, perp&#233;tr&#233; &#224; Tol&#232;de en 1355, fut perp&#233;tr&#233; par les partisans d'Henri de Trastamara lors de leur entr&#233;e dans la ville. Le m&#234;me massacre se produisit onze ans plus tard lors de l'occupation de Briviesca . &#192; Burgos, les Juifs incapables de payer le lourd tribut impos&#233; en 1366 furent r&#233;duits en esclavage et vendus. &#192; Valladolid, le quartier juif fut attaqu&#233; en 1367 au cri de &#171; Vive le roi Henri ! &#187;. Bien qu'il n'y ait pas eu de victimes, les synagogues furent incendi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grande catastrophe pour les Juifs de la p&#233;ninsule Ib&#233;rique se produisit en 1391, lorsque les quartiers juifs de la Couronne de Castille et de la Couronne d'Aragon furent massacr&#233;s. Les assauts, incendies, pillages et massacres commenc&#232;rent en juin &#224; S&#233;ville, o&#249; Fernando Mart&#237;nez, archidiacre d'&#201;cija , profitant du vide du pouvoir cr&#233;&#233; par la mort de l'archev&#234;que de S&#233;ville, intensifia sa pr&#233;dication contre les Juifs commenc&#233;e en 1378 et ordonna la d&#233;molition des synagogues et la confiscation des livres de pri&#232;res. En janvier 1391, une premi&#232;re tentative d'attaque du quartier juif fut d&#233;jou&#233;e par les autorit&#233;s municipales, mais en juin, des centaines de Juifs furent assassin&#233;s, leurs maisons pill&#233;es et les synagogues transform&#233;es en &#233;glises. Certains r&#233;ussirent &#224; s'&#233;chapper ; d'autres, terrifi&#233;s, demand&#232;rent &#224; &#234;tre baptis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De S&#233;ville, la violence antijuive s'est propag&#233;e &#224; travers l'Andalousie, puis &#224; la Castille. En ao&#251;t, elle a atteint la Couronne d'Aragon. Meurtres, pillages et incendies criminels &#233;taient monnaie courante partout. Les Juifs qui ont surv&#233;cu l'ont fait en fuyant &#8211; beaucoup se sont r&#233;fugi&#233;s au Royaume de Navarre , au Royaume du Portugal ou au Royaume de France ; d'autres sont all&#233;s en Afrique du Nord &#8211; et surtout en acceptant le bapt&#234;me, sous la menace de mort. Le nombre de victimes est difficile &#224; d&#233;terminer. &#192; Barcelone, environ 400 Juifs ont &#233;t&#233; assassin&#233;s ; &#224; Valence, 250 ; &#224; L&#233;rida, 68&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la r&#233;volte de 1391 , les mesures antijuives s'intensifi&#232;rent. En Castille, en 1412, les Juifs re&#231;urent l'ordre de se laisser pousser la barbe et de porter un insigne rouge cousu sur leurs v&#234;tements afin d'&#234;tre reconnus. Dans la Couronne d'Aragon, la possession du Talmud fut d&#233;clar&#233;e ill&#233;gale et le nombre de synagogues par aljama fut limit&#233; &#224; une. Les ordres mendiants intensifi&#232;rent leur campagne de conversion des Juifs, le Valencien Vicente Ferrer &#233;tant le plus important et b&#233;n&#233;ficiant du soutien des monarques. Dans la Couronne d'Aragon, il fut d&#233;cr&#233;t&#233; que les Juifs devaient assister &#224; trois sermons par an. Suite aux massacres de 1391 et aux mesures qui suivirent, en 1415, plus de la moiti&#233; des Juifs de Castille et d'Aragon avaient renonc&#233; &#224; la loi mosa&#239;que et s'&#233;taient fait baptiser, parmi lesquels de nombreux rabbins et personnalit&#233;s importantes. Dans la Couronne d'Aragon, d'importantes aljamas comme celles de Barcelone, Valence et Palma disparurent pratiquement &#8211; en 1424, le call ou quartier juif de Barcelone fut supprim&#233; car jug&#233; inutile &#8211;et seul celui de Saragosse resta intact. En Castille, des aljamas autrefois florissantes comme celles de S&#233;ville, Tol&#232;de et Burgos perdirent une grande partie de leurs membres &#8211; &#224; Tol&#232;de, l'ancien quartier juif ne comptait plus qu'une quarantaine de maisons en 1492 &#8211;. Au total, &#224; peine cent mille Juifs de Castille et d'Aragon rest&#232;rent fid&#232;les &#224; leur religion. Comme l'a soulign&#233; Joseph P&#233;rez, &#171; le juda&#239;sme espagnol ne se rel&#232;vera jamais de cette catastrophe, pr&#233;lude &#224; l' expulsion qui aura lieu un si&#232;cle plus tard &#187;. En 1492, ann&#233;e de leur expulsion, il ne subsistait qu'un quart des Juifs de la Couronne d'Aragon qui existaient avant 1391 &#8211; la c&#233;l&#232;bre communaut&#233; juive de G&#233;rone , par exemple, ne comptait plus que 24 familles. Dans la Couronne de Castille, il y avait moins de quatre-vingt mille personnes : &#224; S&#233;ville, avant les r&#233;voltes de 1391, il y avait environ 500 familles juives ; cinquante ans plus tard, il n'en restait plus que 50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; probl&#232;me de la conversion &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme &#171; converso &#187; s'appliquait aux Juifs baptis&#233;s et &#224; leurs descendants. Comme beaucoup d'entre eux l'avaient fait de force, ils &#233;taient toujours consid&#233;r&#233;s avec suspicion par ceux qui se disaient vieux chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVE si&#232;cle , les postes abandonn&#233;s par les Juifs furent principalement occup&#233;s par des conversos, qui se concentr&#232;rent dans les r&#233;gions o&#249; les communaut&#233;s juives avaient prosp&#233;r&#233; avant 1391. Ils reprirent les activit&#233;s auparavant exerc&#233;es par les Juifs : commerce, pr&#234;t d'argent, artisanat. Par exemple, &#224; Burgos, ce sont les conversos qui dominaient l'important commerce international de la laine. De plus, &#233;tant chr&#233;tiens, les conversos pouvaient acc&#233;der &#224; des m&#233;tiers et professions auparavant interdits aux Juifs, et nombre d'entre eux occup&#232;rent des fonctions publiques. Dans des villes comme Burgos, Tol&#232;de, S&#233;govie, Cuenca et Guadalajara, les conversos exerc&#232;rent une grande influence au sein des conseils municipaux. Certains entr&#232;rent m&#234;me dans le clerg&#233;, devenant chanoines ou prieurs . Et m&#234;me &#233;v&#234;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ascension sociale des convertis &#233;tait per&#231;ue avec suspicion par les &#171; vieux &#187; chr&#233;tiens. &#192; Palencia, une chronique &#233;voque une situation en 1465 o&#249; &#171; de larges factions opposaient les anciens chr&#233;tiens et les convertis &#187;. Le chroniqueur converti Diego de Valera raconte qu'au concile de Cordoue&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait de grandes inimiti&#233;s et de grandes envies, car les nouveaux chr&#233;tiens de cette ville &#233;taient tr&#232;s riches et on les voyait continuellement acheter des offices, dont ils usaient avec fiert&#233;, de telle sorte que les anciens chr&#233;tiens ne se comportaient pas ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre facteur contribuant &#224; accentuer les pr&#233;jug&#233;s contre les convertis &#233;tait leur conscience d'avoir une identit&#233; distincte, fi&#232;re d'&#234;tre chr&#233;tienne et d'avoir des anc&#234;tres juifs, qui &#233;taient la lign&#233;e du Christ. Un converti terminait souvent son Je vous salue Marie par ces mots : &#171; Vierge Marie, M&#232;re de Dieu et notre parente, priez pour nous &#187; . Dans la Couronne d'Aragon, ils se disaient chr&#233;tiens d'Isra&#235;l . Alonso de Palencia rapporte les plaintes des &#171; anciens &#187; chr&#233;tiens qui affirmaient que les convertis agissaient comme une nation distincte, n'acceptant aucune alliance avec les anciens chr&#233;tiens sur aucun territoire, mais plut&#244;t, en tant que peuple aux id&#233;es totalement oppos&#233;es, soutenant ouvertement et hardiment tout ce qui leur &#233;tait d&#233;favorable, comme en t&#233;moignent les fruits tr&#232;s amers r&#233;pandus dans de nombreuses villes du royaume . De telles attitudes de la part des convertis relevaient sans doute davantage d'un geste de d&#233;fense que d'arrogance, mais elles contribu&#232;rent &#224; &#233;riger un mur de m&#233;fiance entre les anciens et les nouveaux chr&#233;tiens. En particulier, l'id&#233;e qu'ils &#233;taient une nation convertie , profond&#233;ment ancr&#233;e dans la mentalit&#233; des chr&#233;tiens d'origine juive, les fit appara&#238;tre comme une entit&#233; distincte, &#233;trang&#232;re et hostile &#224; la communaut&#233;. Ce qui eut des cons&#233;quences fatales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Castille, entre 1449 et 1474, p&#233;riode de difficult&#233;s &#233;conomiques et de crise politique provoqu&#233;e par la guerre civile du r&#232;gne d' Henri IV , des r&#233;voltes populaires &#233;clat&#232;rent contre les conversos. La premi&#232;re eut lieu en 1449 &#224; Tol&#232;de, o&#249; Pedro Sarmiento , propri&#233;taire de la ville pendant plusieurs mois, adopta une s&#233;rie de mesures anti-conversos, telles que le refus d'accepter leur t&#233;moignage contre les &#171; anciens &#187; chr&#233;tiens devant les tribunaux ou l'interdiction, par le biais du Statut-Sentence, de l'acc&#232;s aux offices municipaux &#224; &#171; tout confesseur de la lign&#233;e des juifs &#187; afin qu'ils soient r&#233;serv&#233;s aux &#171; anciens &#187; chr&#233;tiens &#8211; un pr&#233;c&#233;dent des statuts de puret&#233; du sang du si&#232;cle suivant &#8211; et l'incitation &#224; la violence &#224; leur encontre &#8211; leurs maisons furent pill&#233;es. Les autorit&#233;s eccl&#233;siastiques rejet&#232;rent cette discrimination entre &#171; nouveaux &#187; et &#171; anciens &#187; chr&#233;tiens, car elle &#233;tait contraire &#224; la foi chr&#233;tienne &#8211; l'&#233;v&#234;que de Cuenca en vint &#224; la consid&#233;rer comme une proposition h&#233;r&#233;tique. Le pape Nicolas V intervint en publiant une bulle papale le 24 septembre 1449, intitul&#233;e Humanis generis inimicus , dans laquelle il d&#233;clarait &#171; que tous les catholiques forment un seul corps avec le Christ, conform&#233;ment aux enseignements de notre foi &#187;. Une autre bulle papale de la m&#234;me date excommunia Sarmiento et ses disciples. Cependant, le roi Jean II de Castille demanda au pape de r&#233;voquer l'excommunication et confirma la sentence . En 1467, son successeur Henri IV &#233;tendit &#224; Ciudad Real le privil&#232;ge de Tol&#232;de d'exclure les conversos des fonctions municipales. Un an plus tard, l'archev&#234;que de Tol&#232;de, Alonso Carrillo, d&#233;non&#231;a &#224; nouveau la distinction entre &#171; anciens &#187; et &#171; nouveaux &#187; chr&#233;tiens, car elle provoquait de grands scandales et schismes et divisait le v&#234;tement immat&#233;riel du Christ&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violences anti-conversos se reproduisirent pendant la guerre civile castillane du r&#232;gne d'Henri IV, se d&#233;veloppant pratiquement aux m&#234;mes endroits que la r&#233;volte antijuive de 1391 , bien que cette fois ce soit &#224; Cordoue, et non &#224; S&#233;ville, ville o&#249; commenc&#232;rent les massacres de convertis et le pillage et l'incendie de leurs maisons en 1473. &#192; Ja&#233;n, &#171; l'une des victimes fut le conn&#233;table de Castille , le converti Miguel Lucas de Iranzo , dont la gorge fut tranch&#233;e devant le ma&#238;tre-autel de la cath&#233;drale alors qu'il tentait de d&#233;fendre les convertis. &#187; L'origine des r&#233;voltes &#233;tait &#233;conomique &#8211; en Andalousie notamment, il y avait une situation de famine, aggrav&#233;e par une &#233;pid&#233;mie de peste &#8211; et, en principe, &#171; elles n'&#233;taient pas dirig&#233;es sp&#233;cialement contre les convertis. Ce sont les partis politiques et les d&#233;magogues qui profit&#232;rent de l'exasp&#233;ration du peuple et la dirig&#232;rent contre les convertis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier les attaques contre les convertis, on pr&#233;tend qu'ils sont de faux chr&#233;tiens et qu'en r&#233;alit&#233; ils continuent &#224; pratiquer secr&#232;tement la religion juive. Selon Joseph P&#233;rez, &#171; il est av&#233;r&#233; que, parmi ceux qui se sont convertis pour &#233;chapper &#224; la fureur aveugle des masses en 1391, ou sous la pression des campagnes de pros&#233;lytisme du d&#233;but du XVe si&#232;cle, certains sont revenus clandestinement &#224; leur ancienne foi une fois le danger pass&#233; ; on dit d'eux qu'ils juda&#239;sent . &#187; L'accusation de crypto-juda&#239;sme devient plus cr&#233;dible lorsque l'on conna&#238;t des cas de convertis &#233;minents qui ont continu&#233; &#224; observer les rites juifs apr&#232;s leur conversion. C'est le cas du patriarche de la puissante famille de Cavalerie de Saragosse, qui n'a jamais cess&#233; de prier les pri&#232;res juives ni d'observer le sabbat . Plus grave encore fut le cas du p&#232;re Garc&#237;a Zapata , prieur du monast&#232;re hi&#233;ronymite de Sisla , pr&#232;s de Tol&#232;de. Pendant l' Eucharistie , il pronon&#231;ait des blasph&#232;mes et des paroles irr&#233;v&#233;rencieuses &#224; voix basse ; il fut l'une des premi&#232;res victimes de l'Inquisition et mourut sur le b&#251;cher. Mais les convertis qui juda&#239;saient, selon Joseph P&#233;rez, &#233;taient une minorit&#233;, quoique relativement importante. Henry Kamen affirme la m&#234;me chose lorsqu'il affirme qu'&#171; on peut affirmer qu'&#224; la fin des ann&#233;es 1470, il n'existait aucun mouvement juda&#239;sant notable ou av&#233;r&#233; parmi les conversos &#187;. Il souligne &#233;galement que lorsqu'un converso &#233;tait accus&#233; de juda&#239;ser, les &#171; preuves &#187; fournies &#233;taient souvent en r&#233;alit&#233; des &#233;l&#233;ments culturels de son ascendance juive &#8211; comme le fait de consid&#233;rer le samedi, et non le dimanche, comme jour de repos &#8211; ou le manque de connaissance de la nouvelle foi &#8211; comme l'ignorance du credo ou la consommation de viande pendant le Car&#234;me. &#171; La moisson d'h&#233;r&#233;sies r&#233;colt&#233;e par la premi&#232;re Inquisition devait son succ&#232;s soit &#224; une falsification d&#233;lib&#233;r&#233;e, soit &#224; la mani&#232;re totalement aveugle dont les vestiges des coutumes juives &#233;taient interpr&#233;t&#233;s comme des h&#233;r&#233;sies. [&#8230;] Il n'existait pas, dans les ann&#233;es 1480, de religion syst&#233;matiquement convertie pour justifier la cr&#233;ation de l'Inquisition. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que surgit le &#171; probl&#232;me des convertis &#187;. Le baptis&#233; ne peut renoncer &#224; sa foi selon la doctrine canonique de l'&#201;glise ; le crypto-juda&#239;sme est donc assimil&#233; &#224; une h&#233;r&#233;sie et doit donc &#234;tre puni. C'est ce que diverses voix commencent &#224; affirmer, y compris celles de certains convertis qui ne veulent pas que la sinc&#233;rit&#233; de leur bapt&#234;me soit remise en question par ces &#171; faux &#187; chr&#233;tiens que l'on commence &#224; appeler marranes . Pr&#233;cis&#233;ment au milieu du XVE si&#232;cle , deux ouvrages &#233;crits par deux convertis paraissent en Castille &#8211; bien qu'Henry Kamen doute que le premier en soit un &#8211;, dans lesquels le juda&#239;sme est s&#233;v&#232;rement attaqu&#233; et les convertis qui juda&#239;sent sont d&#233;nonc&#233;s. Fran&#231;ais Le premier est Fortalitium fidei (1459) du franciscain Alonso de Espina , confesseur du roi Henri IV, qui appelle &#224; la punition des marranes et affirme que la pr&#233;sence de juifs parmi les chr&#233;tiens est ce qui encourage les convertis &#224; continuer &#224; pratiquer la loi de Mo&#239;se - ce qui anticipe la raison qui sera donn&#233;e pour expulser les juifs en 1492. Le second est Lumen ad revelationem gentium (1465) du hi&#233;ronymite Alonso de Oropesa , qui pr&#244;ne &#233;galement la rigueur maximale avec les juda&#239;sants et bl&#226;me &#233;galement la pr&#233;sence de juifs pour le ph&#233;nom&#232;ne du marranisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cr&#233;ation de l'Inquisition dans la Couronne de Castille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que pratiquement inactive au XVE SIECLE, L' inquisition papale existait dans la Couronne d'Aragon depuis 1232, et les dominicains catalans Raimundo de Pe&#241;afort et Nicolas Eymerich en avaient &#233;t&#233; des membres &#233;minents. Cependant, dans la Couronne de Castille, l'inquisition papale ne fut jamais instaur&#233;e car, selon Henri de Castille, &#171; les &#233;v&#234;ques et les tribunaux eccl&#233;siastiques avaient &#233;t&#233; plus que suffisants pour r&#233;primer toute h&#233;r&#233;sie &#187;. La situation changea lorsque le &#171; probl&#232;me des convertis &#187; surgit et, d&#232;s 1461, un groupe de franciscains, men&#233; par le pr&#233;tendu converti Alonso de Espina, souleva aupr&#232;s du confesseur du roi, Alonso de Oropesa, &#233;galement converti, la n&#233;cessit&#233; d'une inquisition sur les h&#233;r&#233;tiques dans ce royaume, &#224; l'instar de ce qui se pratique en France . La proposition fut accept&#233;e par Henri IV de Castille, qui en fit la demande au pape, mais n'insista pas &#224; nouveau en raison du d&#233;clenchement de la guerre civile castillane . Entre-temps, deux convertis furent br&#251;l&#233;s sur le b&#251;cher &#224; Llerena (Estr&#233;madure) en 1467 pour avoir juda&#239;s&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1474, Isabelle I de Castille monta sur le tr&#244;ne , mari&#233;e &#224; l'h&#233;ritier de la couronne d'Aragon, le futur Ferdinand II d'Aragon . L'une de ses premi&#232;res pr&#233;occupations fut de r&#233;tablir l'ordre et de garantir la vie et les biens de tous ses vassaux, ainsi que des Juifs. Ainsi, le 6 septembre 1477, dans une lettre adress&#233;e &#224; la communaut&#233; juive de S&#233;ville, la reine leur donna des garanties quant &#224; leur s&#233;curit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prends sous ma protection les Juifs de l'aljamas en g&#233;n&#233;ral et chacun en particulier, ainsi que leurs personnes et leurs biens ; je les prot&#232;ge contre toute attaque, quelle qu'en soit la nature... ; j'interdis qu'ils soient attaqu&#233;s, tu&#233;s ou bless&#233;s ; j'interdis &#233;galement qu'une attitude passive soit adopt&#233;e s'ils sont attaqu&#233;s, tu&#233;s ou bless&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Fran&#231;ais Dans le m&#234;me temps, les rois d&#233;cid&#232;rent de s'attaquer au &#171; probl&#232;me des convertis &#187;, notamment lorsque le prieur des Dominicains de S&#233;ville, Fr&#232;re Alonso de Ojeda, leur envoya en 1475 un rapport alarmant sur le nombre de conversos de cette ville qui juda&#239;saient, m&#234;me ouvertement : ils circoncisaient leurs enfants, observaient le sabbat , s'abstenaient de manger du porc, c&#233;l&#233;braient la P&#226;que juive , enterraient leurs morts selon les rites juifs, etc. Deux ans plus tard, les rois se rendirent &#224; S&#233;ville, o&#249; ils pass&#232;rent plus d'un an et o&#249; ils apprirent de premi&#232;re main ce qui se passait. Peu apr&#232;s son d&#233;part, Alonso de Ojeda informa la reine qu'il avait trouv&#233; des preuves d'une r&#233;union de conversos juda&#239;sants dans la ville et lui demanda de prendre des mesures &#233;nergiques &#224; leur encontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ais Selon Joseph P&#233;rez, la reine Isabelle r&#233;sista initialement &#224; l'usage de la force contre les conversos juda&#239;sants, trouvant le soutien de son confesseur Hernando de Talavera et de l'archev&#234;que de S&#233;ville, le cardinal Pedro Gonz&#225;lez de Mendoza . Mais le roi Ferdinand imposa ses crit&#232;res et les rois se tourn&#232;rent vers le pape Sixte IV pour les autoriser &#224; nommer des inquisiteurs dans leurs royaumes, ce que le pape leur accorda par la bulle Exigit sincerae devotionis du 1er novembre 1478. Henry Kamen, pour sa part, affirme que la d&#233;cision fut prise conjointement par le roi et la reine apr&#232;s avoir re&#231;u un rapport &#8211; &#224; la r&#233;daction duquel participa Tom&#225;s de Torquemada, prieur du couvent dominicain de S&#233;govie &#8211; qui affirmait que les conversos continuaient &#224; pratiquer les rites juifs non seulement &#224; S&#233;ville mais dans toute l'Andalousie et la Castille. Dans la bulle, le pape Sixte IV stipulait que les inquisiteurs devaient &#234;tre deux ou trois pr&#234;tres &#226;g&#233;s de plus de quarante ans et accordait aux rois le pouvoir de les nommer et de les r&#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, les monarques mirent deux ans &#224; nommer les inquisiteurs de S&#233;ville, selon Josep P&#233;rez, afin de donner &#224; l'archev&#234;que l'occasion de tenter de r&#233;soudre le &#171; probl&#232;me des convertis &#187; par la pr&#233;dication. Ainsi, le cardinal Mendoza ordonna la r&#233;daction d'un cat&#233;chisme , distribu&#233; dans toutes les &#233;glises du dioc&#232;se, et, dans une lettre pastorale, demanda aux cur&#233;s de l'expliquer aux nouveaux chr&#233;tiens. De son c&#244;t&#233;, le confesseur de la reine, fr&#232;re Hernando de Talavera, se consacra &#224; la pr&#233;dication et &#224; la mise en garde des juda&#239;sants contre le danger qui les mena&#231;ait s'ils ne revenaient pas &#224; la foi chr&#233;tienne. Comme l'a soulign&#233; Joseph P&#233;rez, le cardinal Mendoza et fr&#232;re Hernando de Talavera &#171; saisissent parfaitement la r&#233;alit&#233; du probl&#232;me : de nombreux convertis ont re&#231;u une instruction religieuse tr&#232;s insuffisante, voire inexistante ; comment peut-on les obliger &#224; pratiquer une foi qu'ils ignorent, ou connaissent mal ? Comment peut-on les punir pour des erreurs n&#233;es de l'ignorance ? &#187; Henry Kamen, pour sa part, affirme qu'&#171; une explication plausible de cette politique [de retarder la mise en &#339;uvre de la bulle papale de deux ans] est que la couronne a prudemment opt&#233; pour une p&#233;riode de tol&#233;rance cl&#233;mente avant de prendre des mesures plus s&#233;v&#232;res, ainsi que l'influence possible du grand nombre de conversos qui occupaient des postes &#224; la cour. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la campagne d'&#233;vang&#233;lisation n'obtint pas les r&#233;sultats escompt&#233;s par ses promoteurs. Un &#233;crit anonyme circula m&#234;me &#224; S&#233;ville, dans lequel un Juif converti justifiait la pratique simultan&#233;e du juda&#239;sme et du christianisme et remettait en question certains dogmes chr&#233;tiens, comme celui de la Sainte Trinit&#233; et le culte des images et des saints. Hernando de Talavera &#233;crivit une r&#233;ponse intitul&#233;e &#171; Impugation catholique &#187;, mais le libelle anonyme confirma aux partisans de la main de fer que c'&#233;tait la seule solution pour r&#233;soudre le probl&#232;me des convertis . Le 27 septembre 1480, les rois nomm&#232;rent les deux premiers inquisiteurs pour S&#233;ville. Cette d&#233;cision donna naissance au Saint-Office, qui ne dispara&#238;tra qu'en 1834. [ 42 ] Comme l'expliqua le roi Ferdinand des ann&#233;es plus tard : &#171; Nous ne pouvions pas faire moins, car ils nous ont tant appris sur l'Andalousie . &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les motivations des rois pour &#233;tablir l'Inquisition&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon Joseph Perez, Ferdinand et Isabelle &#171; &#233;taient convaincus que l'Inquisition forcerait les convertis &#224; s'int&#233;grer d&#233;finitivement : le jour o&#249; tous les nouveaux chr&#233;tiens renonceraient au juda&#239;sme, plus rien ne les distinguerait des autres membres du corps social... C'est le m&#234;me raisonnement qui poussa les rois, en 1492, &#224; expulser les juifs qui ne voulaient pas renoncer &#224; leur foi . &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Henry Kamen, pour sa part, remet en question les motivations religieuses, affirmant que Ferdinand et Isabelle &#171; &#233;taient peut-&#234;tre de fervents catholiques, mais ne peuvent en aucun cas &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme antis&#233;mites ou anticonverso &#187;. Il note &#233;galement qu'&#171; en dehors de quelques villes du sud o&#249; des troubles politiques avaient eu lieu, aucune pression n'a &#233;t&#233; exerc&#233;e pour d&#233;clencher une Inquisition &#187;. Kamen soutient que la d&#233;cision a &#233;t&#233; prise pour r&#233;soudre un probl&#232;me sp&#233;cifique en Andalousie. &#171; Ni la Couronne ni les premiers partisans de l'Inquisition n'ont regard&#233; au-del&#224; des fronti&#232;res de l'Andalousie dans les ann&#233;es 1480. L'objectif imm&#233;diat &#233;tait d'y renforcer l'orthodoxie religieuse. &#187; D'autre part, toujours selon Kamen, la d&#233;cision fut prise dans le contexte de la politique d'Isabelle et de Fernando visant &#224; pacifier le royaume et &#224; renforcer l'autorit&#233; royale. Il s'agissait donc en principe d'une &#171; mesure plus ou moins routini&#232;re. Le d&#233;veloppement des &#233;v&#233;nements la transforma bient&#244;t en quelque chose de beaucoup plus grave, car elle impliquait les &#233;lites urbaines converties, qui jusque-l&#224; avaient soutenu sans h&#233;sitation la couronne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res actions de l'Inquisition et le conflit avec le pape&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux premiers inquisiteurs nomm&#233;s par les rois pour s'occuper du &#171; probl&#232;me des convertis &#187; &#224; S&#233;ville furent les dominicains Juan de San Mart&#237;n et Miguel de Morillo , qui avaient comme conseiller juridique Juan Ruiz de Medina , membre du clerg&#233; s&#233;culier et membre du Conseil royal . Ils furent re&#231;us par les autorit&#233;s et la noblesse s&#233;villanes avec de grandes r&#233;serves, ce qui obligea les rois &#224; leur ordonner de collaborer avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle de l'arriv&#233;e des inquisiteurs sema la panique parmi les convertis, et nombre d'entre eux prirent la fuite. Quelque trois mille familles s'enfuirent &#224; l'&#233;tranger &#8211; au Portugal, en France ou en Afrique du Nord &#8211; et quelque huit mille personnes cherch&#232;rent refuge dans les domaines seigneuriaux de la noblesse andalouse. Quelques semaines plus tard, les inquisiteurs ordonn&#232;rent aux seigneurs de cesser de prot&#233;ger les convertis, sous peine d'&#234;tre accus&#233;s de complicit&#233; et d'entrave au Saint-Office.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La panique se r&#233;pandit dans toute l'Andalousie. Voici comment le chroniqueur Hernando del Pulgar la relate, notamment la r&#233;action de la reine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme l'absence de ces gens d&#233;peuplait une grande partie de ce pays, la reine fut avertie que le commerce diminuait. Mais consid&#233;rant la r&#233;duction de ses revenus comme minime et la propret&#233; de ses terres tout aussi grande, elle dit vouloir purifier le pays de ce p&#233;ch&#233; d'h&#233;r&#233;sie avec tous ses int&#233;r&#234;ts diff&#233;r&#233;s, car elle comprenait que c'&#233;tait un service rendu &#224; Dieu et &#224; elle-m&#234;me. Et les supplications qui lui furent adress&#233;es &#224; ce sujet ne la d&#233;tourn&#232;rent pas de ce projet. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les convertis qui ne s'enfuirent pas se pr&#233;par&#232;rent &#224; affronter les inquisiteurs et &#224; les forcer &#224; abandonner la ville. Cependant, le complot qu'un groupe pr&#233;parait &#224; S&#233;ville fut d&#233;couvert et les conspirateurs furent arr&#234;t&#233;s et condamn&#233;s &#224; mort, devenant ainsi parmi les premi&#232;res victimes de l'Inquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux inquisiteurs de S&#233;ville pass&#232;rent imm&#233;diatement &#224; l'action, arr&#234;tant de nombreuses personnes soup&#231;onn&#233;es de juda&#239;sation. Le 6 f&#233;vrier 1481, le premier autodaf&#233; fut organis&#233; : six personnes furent br&#251;l&#233;es vives et le sermon fut prononc&#233; par le fr&#232;re Alonso de Hojeda. Face &#224; leur charge de travail &#233;crasante, le pape autorisa la nomination de sept inquisiteurs suppl&#233;mentaires le 11 f&#233;vrier 1482, tous dominicains, parmi lesquels Tom&#225;s de Torquemada , prieur du couvent de Santa Cruz &#224; S&#233;govie. La m&#234;me ann&#233;e, un tribunal fut cr&#233;&#233; &#224; Cordoue, puis l'ann&#233;e suivante &#224; Ja&#233;n et Ciudad Real. Entre 1481 et 1488, ils prononc&#232;rent quelque sept cents condamnations &#224; mort et des milliers de peines de prison &#224; vie et autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
La s&#233;v&#233;rit&#233; des inquisiteurs suscita l'&#233;tonnement et plusieurs personnalit&#233;s, comme le chroniqueur Hernando del Pulgar ou le protonotaire Juan Ram&#237;rez de Lucena , demand&#232;rent l'indulgence pour les nouveaux chr&#233;tiens, dont le seul crime &#233;tait l'ignorance de leur nouvelle foi. Lucena, selon une chronique, insista aupr&#232;s des rois pour qu'il n'y ait pas d'inquisition et qu'ils soient trait&#233;s comme des infid&#232;les et non comme des h&#233;r&#233;tiques, et qu'il utilise la raison et la flatterie pour les convaincre et non pour les contraindre par des ch&#226;timents . Hernando del Pulgar, pour sa part, d&#233;non&#231;a les actions des inquisiteurs &#224; l'archev&#234;que de S&#233;ville dans une lettre o&#249; il lui racontait qu'en Andalousie, des milliers de jeunes convertis&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;ils ne quittaient jamais leurs maisons, et n'entendaient ni ne connaissaient aucune autre doctrine que celle qu'ils voyaient leurs p&#232;res pratiquer &#224; huis clos. Br&#251;ler tout cela serait une chose tr&#232;s cruelle, et m&#234;me difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dis pas cela, monsieur, en faveur des m&#233;chants, mais comme un rem&#232;de pour ceux qui ont chang&#233; de conduite, et il me semble, monsieur, que de placer sur cette terre des notables, et certains d'entre eux de leur propre nation, qui, par l'exemple de leur vie et par leurs paroles de doctrine, soumettraient les uns et corrigeraient les autres. Certes, Diego de Merlo et le docteur Medina [les inquisiteurs] sont bons, mais je sais bien qu'ils ne feront pas d'aussi bons chr&#233;tiens avec leur feu que les &#233;v&#234;ques Don Paulo [de Santa Mar&#237;a] et Don Alonso [de Carthag&#232;ne] avec leur eau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les familles des condamn&#233;s al&lt;br class='autobr' /&gt;
l&#232;rent plus loin et d&#233;nonc&#232;rent directement la cruaut&#233; des inquisiteurs au pape. Le pape Sixte IV, choqu&#233; par ce qu'il lut, confessa dans une lettre du 29 janvier 1482 avoir accord&#233; trop vite l'inquisition aux rois, pensant qu'elle fonctionnerait comme l' Inquisition papale m&#233;di&#233;vale . Il reconnut que les inquisiteurs avaient abus&#233; de leur pouvoir et d&#233;non&#231;a en outre le refus aux condamn&#233;s du droit de faire appel de leur sentence devant lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, sous une forte pression diplomatique, le pape revint sur son intention de r&#233;voquer l'autorisation qu'il avait donn&#233;e aux rois et, le 11 f&#233;vrier 1482, il autorisa les inquisiteurs &#224; rester en fonction et augmenta leur nombre, bien qu'il exigea d'importants changements dans le fonctionnement du tribunal : que les inquisiteurs soient responsables devant les &#233;v&#234;ques ; que les noms des t&#233;moins &#224; charge ne soient pas cach&#233;s ; et que les condamn&#233;s puissent faire appel de leur sentence &#224; Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le roi Ferdinand d'Aragon n'accepta aucune de ces conditions, notamment la reconnaissance du droit d'appel des condamn&#233;s &#224; Rome, et une fois de plus le pape c&#233;da. Tout ce qu'il obtint fut qu'ils puissent faire appel &#224; l'archev&#234;que de S&#233;ville, mais en m&#234;me temps il nomma le dominicain Tom&#225;s de Torquemada comme inquisiteur g&#233;n&#233;ral , de sorte qu'&#224; partir de ce moment-l&#224; ce serait lui qui nommerait les inquisiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit d'appel &#224; l'archev&#234;que de S&#233;ville fut r&#233;voqu&#233; le 25 septembre 1486 par le pape Innocent VIII , successeur de Sixte IV, d&#233;c&#233;d&#233; en ao&#251;t 1484, apr&#232;s avoir subi une nouvelle fois de fortes pressions diplomatiques. D&#233;sormais, les appels devaient &#234;tre adress&#233;s &#224; l' Inquisiteur g&#233;n&#233;ral . Seuls les &#233;v&#234;ques condamn&#233;s par l'Inquisition pouvaient faire appel au pape. En 1488, Innocent VIII accorda aux monarques le pouvoir de nommer, en temps voulu, le successeur de Torquemada comme Inquisiteur g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a soulign&#233; Joseph P&#233;rez, &#171; la lutte avec la papaut&#233; prend fin avec le triomphe des souverains. La premi&#232;re renonce au profit des seconds &#224; l'une de ses pr&#233;rogatives essentielles ; la d&#233;fense de la foi et la lutte contre l'h&#233;r&#233;sie d&#233;pendent d&#233;sormais en Espagne d'un tribunal qui agit par d&#233;l&#233;gation de la papaut&#233;, mais qui est sous l'autorit&#233; du pouvoir civil, qui nomme ses magistrats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inquisition dans la Couronne d'Aragon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le pape Sixte IV promulgua la bulle accordant le droit de nommer des inquisiteurs au roi Ferdinand et &#224; la reine Isabelle, cette derni&#232;re n'&#233;tait pas encore souveraine de la Couronne d'Aragon. Par cons&#233;quent, lorsque Ferdinand &#233;tait effectivement roi d'Aragon et de Valence et comte de Barcelone en janvier 1479, il dut demander au pape l'autorisation de nommer des inquisiteurs dans ces &#201;tats en mai 1481. Cependant, le pape Sixte IV souleva plusieurs objections. La principale &#233;tait que l' Inquisition m&#233;di&#233;vale existait dans la Couronne d'Aragon depuis le XIIIE si&#232;cle et &#233;tait toujours en activit&#233;, quoique avec peu de z&#232;le. Entre 1460 et 1467, quinze juda&#239;sants pr&#233;sum&#233;s avaient &#233;t&#233; poursuivis &#224; Valence ; des h&#233;r&#233;tiques avaient &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; Saragosse en 1482. Le probl&#232;me pour le roi Ferdinand &#233;tait que ces inquisiteurs d&#233;pendaient des &#233;v&#234;ques et non de la Couronne, comme l'avait fait l'Inquisition instaur&#233;e en 1478.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi Ferdinand d&#233;cida alors d'imposer la nouvelle Inquisition par les faits et, en d&#233;cembre 1481, il destitua les inquisiteurs d&#233;pendant de leurs &#233;v&#234;ques respectifs de Valence et de Saragosse, nommant &#224; leur place d'autres personnes qu'il avait lui-m&#234;me d&#233;sign&#233;es. Mais le pape r&#233;agit avec vigueur en refusant au roi Ferdinand le droit de nommer des inquisiteurs, car, lorsqu'il promulgua la bulle de 1478, il n'&#233;tait pas encore souverain de la Couronne d'Aragon. Dans la bulle du 18 avril 1482, le pape Sixte IV formule une critique tr&#232;s s&#233;v&#232;re et inhabituelle des actions des inquisiteurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Aragon, &#224; Valence, &#224; Majorque et en Catalogne, l'Inquisition a longtemps &#233;t&#233; active, non par z&#232;le pour la foi et le salut des &#226;mes, mais par avidit&#233; de richesses, et de nombreux chr&#233;tiens vrais et fid&#232;les, sur le t&#233;moignage d'ennemis, de rivaux, d'esclaves et d'autres personnes basses et encore moins aptes, sans aucune preuve, ont &#233;t&#233; enferm&#233;s dans des prisons la&#239;ques, tortur&#233;s et condamn&#233;s comme h&#233;r&#233;tiques r&#233;cidivistes , priv&#233;s de leurs biens et propri&#233;t&#233;s, et livr&#233;s au bras s&#233;culier pour &#234;tre ex&#233;cut&#233;s, au p&#233;ril de leur &#226;me, donnant un exemple pernicieux et provoquant le scandale de beaucoup. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le pape &#233;tablit ensuite dans la bulle que d&#233;sormais les inquisiteurs agiraient conjointement avec les d&#233;l&#233;gu&#233;s des &#233;v&#234;ques, qu'ils communiqueraient les noms des t&#233;moins &#224; charge, que l'accus&#233; serait autoris&#233; &#224; se faire assister d'un avocat, que seules les prisons eccl&#233;siastiques seraient utilis&#233;es et que les appels &#224; Rome seraient autoris&#233;s. La r&#233;ponse du roi Ferdinand dans une lettre dat&#233;e du 13 mai 1482 n'&#233;tait pas moins &#233;nergique : &lt;br class='autobr' /&gt;
Sa Saintet&#233;&#8230; a un devoir envers l'Inquisition. Si des concessions ont &#233;t&#233; accord&#233;es [aux conversos] gr&#226;ce &#224; la persuasion persistante et rus&#233;e desdits conversos, je n'entends pas les laisser prendre effet. Veillez donc &#224; ce que l'affaire ne s'&#233;tende pas davantage et &#224; r&#233;voquer toute concession, en nous confiant le soin de la traiter. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cinq mois plus tard, le pape suspendit la bulle et l'activit&#233; de l'Inquisition dans les &#201;tats de la Couronne d'Aragon. En octobre 1483, le pape c&#233;da compl&#232;tement &#224; la pression du roi et nomma Torquemada inquisiteur g&#233;n&#233;ral &#233;galement pour la Couronne d'Aragon. Ainsi, &#171; l'Inquisition espagnole fut r&#233;unie sous un commandement unique &#187;, &#171; devenant la seule institution dont l'autorit&#233; s'&#233;tendait &#224; tous les royaumes d'Espagne &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Opposition &#224; l'Inquisition dans la Couronne d'Aragon&lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; la Castille, o&#249; l'opposition &#224; l'Inquisition &#171; &#233;tait rare &#187;, dans la Couronne d'Aragon, il y avait une forte r&#233;sistance &#224; sa mise en &#339;uvre, men&#233;e par les institutions de ses &#201;tats qui pr&#233;tendaient qu'elle violait les chartes de chacun d'eux &#8211; certaines des sanctions qu'elle appliquait, comme la confiscation des biens, leur &#233;taient contraires &#8211; et de plus, leurs chartes n'autorisaient pas les natifs d'autres royaumes &#224; occuper des fonctions, puisque Torquemada et la majorit&#233; des inquisiteurs qu'il avait nomm&#233;s &#233;taient castillans et donc &#233;trangers. Ils affirmaient &#233;galement qu'il n'y avait pas d'h&#233;r&#233;tiques dans ce royaume, tout comme la D&#233;putation g&#233;n&#233;rale d'Aragon , qui &#233;crivit au roi pour lui dire que ce royaume &#233;tait chr&#233;tien . L'hostilit&#233; &#224; l'Inquisition dans le royaume d'Aragon est d&#233;crite ainsi par le chroniqueur Jer&#243;nimo Zurita : &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui &#233;taient nouvellement convertis de la lign&#233;e juive commenc&#232;rent &#224; s'agiter et &#224; s'agiter, ainsi que de nombreux chevaliers et personnages importants, publiant que cette fa&#231;on de proc&#233;der &#233;tait contraire aux libert&#233;s du royaume, car pour ce crime leurs biens &#233;taient confisqu&#233;s et on ne leur donnait pas les noms des t&#233;moins qui t&#233;moignaient contre l'accus&#233;, ce qui &#233;tait deux choses tr&#232;s nouvelles et jamais utilis&#233;es, et tr&#232;s nuisibles au royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res institutions &#224; manifester leur opposition furent les Cort&#232;s du Royaume de Valence, r&#233;unies en 1484, suivies rapidement par les Cort&#232;s du Royaume d'Aragon et les Cort&#232;s catalanes . Le roi Ferdinand r&#233;pondit que les fueros ne pouvaient &#234;tre invoqu&#233;s lorsqu'un bien sup&#233;rieur &#233;tait en jeu &#8211; la d&#233;fense de la foi &#8211; et argua en outre que l'Inquisition &#233;tait une institution cr&#233;&#233;e par le pape et que, par cons&#233;quent, son autorit&#233; &#233;tait sup&#233;rieure &#224; celle des Cort&#232;s, pr&#233;sentant ainsi l'Inquisition, d'une certaine mani&#232;re, comme une institution de droit divin, sup&#233;rieure aux institutions humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre qu'il envoya aux principaux nobles et au reste des membres des cours du royaume d'Aragon, le roi d&#233;fendit l'existence de la nouvelle inquisition : &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a pas la moindre intention de violer les fueros, mais plut&#244;t d'en renforcer l'observance. Il est inimaginable que des vassaux aussi catholiques que ceux d'Aragon demandent, ou que des rois aussi catholiques accordent, des fueros et des libert&#233;s contraires &#224; la foi et favorables &#224; l'h&#233;r&#233;sie. Si les anciens inquisiteurs avaient agi en toute conscience, conform&#233;ment aux canons, il n'y aurait eu aucune raison d'introduire ces nouveaux ; mais ils &#233;taient d&#233;pourvus de conscience et corrompus par la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y a aussi peu d'h&#233;r&#233;tiques qu'on le dit, il n'y a aucune raison de craindre l' Inquisition . On ne doit pas l'emp&#234;cher de s&#233;questrer, de confisquer ou de prendre toute autre mesure n&#233;cessaire pour garantir qu'aucune cause ni aucun int&#233;r&#234;t, aussi important soit-il, ne puisse interf&#233;rer dans ses proc&#233;dures &#224; l'avenir, comme c'est le cas actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le royaume d'Aragon, le fr&#232;re Gaspar Juglar et le chanoine Pedro Arbu&#233;s furent nomm&#233;s inquisiteurs, mais &#224; Teruel, les autorit&#233;s leur refus&#232;rent l'entr&#233;e de la ville et ils r&#233;agirent en excommuniant les magistrats et tous les habitants. Le clerg&#233; de Teruel fit alors appel au pape, qui r&#233;voqua l'excommunication, et la municipalit&#233; &#233;crivit au roi pour protester contre leur pr&#233;sence dans l'Inquisition et le d&#233;sordre qu'ils avaient provoqu&#233; en Castille . La D&#233;putation g&#233;n&#233;rale d'Aragon leur apporta son soutien, s'adressant &#233;galement au roi, affirmant qu'il n'y avait pas d'h&#233;r&#233;tiques dans la ville et que ceux qui l'&#233;taient devaient &#234;tre trait&#233;s avec avertissement et persuasion , et non par la violence. La r&#233;ponse du roi Ferdinand fut ferme. En f&#233;vrier 1485, il ordonna le stationnement de troupes castillanes &#224; la fronti&#232;re avec le royaume d'Aragon pour contraindre les autorit&#233;s &#224; soutenir et assister les inquisiteurs. C'est ainsi que prit fin la r&#233;sistance de Teruel &#224; l'instauration de l'Inquisition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le royaume de Valence, le conflit &#233;clata car deux inquisiteurs pontificaux y avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; nomm&#233;s en 1481 : Juan Crist&#243;bal de Gualbes et Juan Orts . En mars 1484, Torquemada les r&#233;voqua et nomma &#224; leur place l'Aragonais Juan de &#201;pila et le Valencien Mart&#237;n &#205;&#241;igo , ce qui souleva les protestations des institutions du royaume. La Junte d'&#201;tat &#233;crivit au roi pour demander que l'Inquisition soit men&#233;e par des citoyens du royaume et pour mettre fin au secret des t&#233;moins &#224; charge. Le roi r&#233;pondit que les fueros ne devaient pas servir &#224; prot&#233;ger les h&#233;r&#233;tiques et que, s'il y en avait aussi peu dans ce royaume qu'on le pr&#233;tendait, il &#233;tait d'autant plus admirable qu'ils craignent l'Inquisition , affirm&#232;rent ses envoy&#233;s. Mais comme la r&#233;sistance persistait, il eut recours aux menaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Principaut&#233; de Catalogne, le conflit avec les institutions &#233;tait similaire &#224; celui du Royaume de Valence , puisqu'il surgit de la nomination par Torquemada, en mai 1484, de deux inquisiteurs et de la r&#233;vocation simultan&#233;e de l' inquisiteur pontifical , Joan Comes , nomm&#233; par le pape en 1461 &#224; la demande de la ville de Barcelone. Les autorit&#233;s civiles et eccl&#233;siastiques catalanes protest&#232;rent imm&#233;diatement aupr&#232;s du roi et du comte de Barcelone, estimant que cette nomination allait &#224; l'encontre des libert&#233;s, des constitutions et des chapitres solennellement asserment&#233;s par Votre Majest&#233; . Ferdinand r&#233;pondit que, sans motif ni int&#233;r&#234;t, ni justifiable, ni de quelque nature que ce soit, nous devions c&#233;der ce que l'inquisition cesse . Mais les conseillers de Barcelone insist&#232;rent &#224; nouveau en d&#233;cembre 1485, pr&#233;occup&#233;s par les dommages que subissait la ville &#224; cause des convertis contraints &#224; l'&#233;migration : &#171; J'ai vu que l'Inquisition que Votre Altesse instaurera a provoqu&#233; la destruction et la d&#233;viation de cette terre&#8230; Les quelques marchands qui restaient et qui transportaient des marchandises ont cess&#233; d'y travailler&#8230; Les royaumes &#233;trangers sont tr&#232;s riches et glorieux gr&#226;ce au d&#233;peuplement de cette terre . &#187; Peu apr&#232;s, ils r&#233;it&#233;r&#232;rent que la ville serait totalement d&#233;peupl&#233;e, d&#233;truite et perdue si cette Inquisition &#233;tait d&#233;truite . Une premi&#232;re solution fut trouv&#233;e : la destitution de tous les inquisiteurs, y compris celui du pape, par le pape Innocent VIII. Cependant, la nomination de l'inquisiteur pour les remplacer fut confi&#233;e &#224; Torquemada, qui nomma le Castillan Alonso de Espina , ce qui souleva &#224; nouveau les protestations des conseillers , car les inquisiteurs agissaient contre les lois, les pratiques, les coutumes et les libert&#233;s de la ville . Finalement, le roi for&#231;a les institutions catalanes &#224; accepter le nouvel inquisiteur sous la menace que la m&#234;me chose arriverait &#224; la Catalogne qu'&#224; Teruel, qui avait &#233;t&#233; perdue pour ne pas avoir ob&#233;i &#224; l'Inquisition .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;sistance institutionnelle &#233;tant infructueuse, certains convertis du royaume d'Aragon d&#233;cid&#232;rent d'agir et d'assassiner un inquisiteur. En janvier 1485, l'inquisiteur Gaspar Juglar &#233;tait mort et la rumeur se r&#233;pandit qu'il avait &#233;t&#233; empoisonn&#233; par les conversos. L'autre inquisiteur, Pedro Arbu&#233;s, subit deux attaques dont il s'en sortit indemne. Lors de la troisi&#232;me, dans la nuit du 14 au 15 septembre 1485, huit tueurs &#224; gages le tu&#232;rent dans la cath&#233;drale de Saragosse alors qu'il priait devant le ma&#238;tre-autel. La cotte de mailles qu'il portait sous son habit ne le sauva pas, car les meurtriers, au courant, le poignard&#232;rent au cou. ] &#171; Les assassins s'&#233;chapp&#232;rent tandis que les chanoines de la cath&#233;drale se pr&#233;cipit&#232;rent pour trouver l'inquisiteur agonisant. &#187; Arbu&#233;s mourut deux jours plus tard, le 17 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le meurtre d'Arbu&#233;s suscita horreur et indignation dans tout le royaume et attisa la haine envers les conversos &#8211; et les Juifs &#8211;, surtout lorsque les meurtriers furent arr&#234;t&#233;s et qu'il fut prouv&#233; qu'ils avaient &#233;t&#233; pay&#233;s par des conversos. Les auteurs du crime, leurs complices et leurs instigateurs furent jug&#233;s et ex&#233;cut&#233;s en 1486 apr&#232;s plusieurs autodaf&#233;s . L'un des meurtriers &#171; eut les mains coup&#233;es et clou&#233;es &#224; la porte du Conseil provincial, apr&#232;s quoi il fut tra&#238;n&#233; sur la place du march&#233;, o&#249; il fut d&#233;capit&#233; et &#233;cartel&#233;, et les morceaux de son corps pendu dans les rues de la ville [de Saragosse]. Un autre se suicida dans sa cellule la veille de son supplice, brisant une lampe de verre et en avalant les fragments ; il subit le m&#234;me ch&#226;timent, qui fut inflig&#233; &#224; son cadavre. &#187; Les repr&#233;sailles continu&#232;rent jusqu'en 1492 et les membres des principales familles aragonaises converties, accus&#233;s d'&#234;tre impliqu&#233;s dans la conspiration, furent arr&#234;t&#233;s et condamn&#233;s &#224; mort par l'Inquisition, d&#233;truisant ainsi &#171; l'influence des nouveaux chr&#233;tiens dans l'administration aragonaise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi Ferdinand exploita habilement la r&#233;pulsion suscit&#233;e par le crime pour vaincre toute r&#233;sistance subsistante &#224; l'application de l'Inquisition. &#171; Il organisa des fun&#233;railles solennelles pour la victime, comme s'il s'agissait d'un martyr de la foi. En d&#233;cembre 1487, la ville de Saragosse ordonna la construction d'un splendide mausol&#233;e pour la d&#233;pouille d'Arbu&#233;s, avec un bas-relief repr&#233;sentant la sc&#232;ne du meurtre. En 1490, la municipalit&#233; finan&#231;a deux lampes en argent massif qui furent plac&#233;es devant le tombeau dans la cath&#233;drale ; l'une d'elles br&#251;lait jour et nuit. Ces &#233;v&#233;nements devinrent rapidement l&#233;gendaires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'opposition des institutions des &#201;tats de la Couronne d'Aragon persista longtemps. Lors des Cort&#232;s de Monz&#243;n en 1510-1512, le roi Ferdinand promit de r&#233;former l'Inquisition, mais d&#232;s leur cl&#244;ture apr&#232;s l'octroi de l'imp&#244;t extraordinaire qu'il avait demand&#233;, il pr&#233;tendit que cette promesse lui avait &#233;t&#233; arrach&#233;e sous la contrainte et ne la tint pas, apr&#232;s avoir obtenu du pape Jules II qu'il soit exempt&#233; de son serment. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'arriv&#233;e du nouveau roi Charles Ier et la derni&#232;re opportunit&#233; de r&#233;former l'Inquisition&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1517, peu avant l'arriv&#233;e en Espagne du nouveau roi Charles Ier , petit-fils des Rois Catholiques, une rumeur circula selon laquelle il &#233;tait d&#233;termin&#233; &#224; apporter un changement d&#233;cisif au processus d'Inquisition : que l'accus&#233; connaisse les noms des t&#233;moins &#224; charge. Le r&#233;gent et inquisiteur g&#233;n&#233;ral, le cardinal Cisneros, fut alarm&#233; par cette rumeur et &#233;crivit une lettre &#224; Charles dans laquelle il lui affirmait que les r&#232;gles de l'Inquisition n'auraient jamais besoin d'&#234;tre r&#233;form&#233;es et que ce serait un p&#233;ch&#233; de les modifier . -Lors des premi&#232;res Cort&#232;s de Castille pr&#233;sid&#233;es par le roi, tenues &#224; Valladolid en f&#233;vrier 1518, les procurateurs demand&#232;rent &#224; Son Altesse de veiller &#224; ce que l'Inquisition se d&#233;roule dans le respect de la justice, que les r&#233;prouv&#233;s soient punis et que les innocents ne souffrent pas . Leur proposition de r&#233;forme de l'Inquisition pr&#233;voyait notamment que les formalit&#233;s l&#233;gales soient respect&#233;es dans le processus inquisitoire et que les inquisiteurs soient des hommes respectables et instruits. &#192; la suite de ces demandes, une s&#233;rie de directives pour le fonctionnement de l'Inquisition furent &#233;labor&#233;es, &#224; l'initiative du chancelier royal Jean Sauvage , dont le pr&#233;ambule stipulait : &lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que les accus&#233;s n'ont pas pu &#234;tre pleinement d&#233;fendus, de nombreuses personnes innocentes et innocentes coupables de ce crime ont souffert la mort, le mal et l'oppression, les insultes et l'infamie, et des &#233;preuves intol&#233;rables... et beaucoup de nos sujets ont quitt&#233; et se sont absent&#233;s de nos royaumes ; et (comme l'exp&#233;rience l'a montr&#233;) g&#233;n&#233;ralement, ces royaumes ont re&#231;u de grandes &#233;preuves et de grands dommages ; et ils ont &#233;t&#233; et sont gravement d&#233;shonor&#233;s par ce crime dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Henry Kamen, &#171; Les r&#233;formes propos&#233;es pr&#233;voyaient le transfert des prisonniers vers des prisons ouvertes et publiques, o&#249; ils pourraient recevoir des visites et &#234;tre assist&#233;s d'avocats, et qu'ils seraient inform&#233;s des accusations port&#233;es contre eux d&#232;s leur arrestation, ainsi que des noms des t&#233;moins &#224; charge ; de plus, les biens des accus&#233;s ne devraient pas &#234;tre saisis ni vendus avant le prononc&#233; du verdict, ni utilis&#233;s pour payer les salaires des inquisiteurs. Les accus&#233;s devraient &#234;tre autoris&#233;s &#224; assister &#224; la messe et &#224; recevoir les sacrements en attendant leur proc&#232;s, et des pr&#233;cautions devraient &#234;tre prises pour que les condamn&#233;s &#224; la r&#233;clusion &#224; perp&#233;tuit&#233; ne meurent pas de faim. Si la torture &#233;tait employ&#233;e, elle devrait l'&#234;tre avec parcimonie, et les nouvelles et cruelles inventions de supplices jusqu'alors utilis&#233;es dans cette profession devraient &#234;tre &#233;vit&#233;es . Chacune de ces clauses indique l'existence de maux auxquels la nouvelle pragmatique cherchait &#224; rem&#233;dier. &#187; &#171; Si ces directives avaient &#233;t&#233; approuv&#233;es, une cour compl&#232;tement diff&#233;rente aurait &#233;merg&#233;. Le secret aurait &#233;t&#233; lev&#233; et les possibilit&#233;s d'abus auraient &#233;t&#233; consid&#233;rablement r&#233;duites &#187;, explique Henry Kamen. Mais le nouvel inquisiteur g&#233;n&#233;ral nomm&#233; par le roi Charles, le cardinal Adrien d'Utrecht, s'opposa fermement &#224; ces r&#233;formes, et le chancelier royal Sauvage, principal instigateur de ces changements, mourut en juillet 1518. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Cort&#232;s du royaume d'Aragon, comme celles de Castille, pr&#233;sent&#232;rent au roi Charles une liste de trente et un articles de r&#233;forme de l'Inquisition lors de leur r&#233;union &#224; Saragosse. Ces articles &#233;taient pratiquement identiques &#224; ceux des directives &#233;labor&#233;es &#224; l'instigation de Sauvage. Le roi approuva la liste des modifications, mais, d&#232;s la cl&#244;ture des Cort&#232;s, il demanda &#224; Rome leur annulation et la dispense du serment qu'il avait pr&#234;t&#233;. De plus, l'Inquisition arr&#234;ta le notaire des Cort&#232;s qui avait authentifi&#233; la signature du roi, l'accusant de l'avoir falsifi&#233;e. Les membres des Cort&#232;s en appel&#232;rent alors au pape L&#233;on X, qui leur donna raison et r&#233;voqua tous les privil&#232;ges accord&#233;s &#224; l'Inquisition par ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Cependant, face au refus du roi de publier les ordres pontificaux et aux pressions exerc&#233;es sur le pape, celui-ci c&#233;da. Le seul r&#233;sultat fut la lib&#233;ration du notaire des Cort&#232;s par l'Inquisition. Les tribunaux de Catalogne tent&#232;rent la m&#234;me chose, mais &#233;chou&#232;rent &#233;galement en raison du refus du roi d'introduire des changements dans l'Inquisition. En avril 1520, le roi Charles &#233;crivit dans une lettre que, dans les tribunaux d'Aragon et de Catalogne, le Saint-Office &#233;tait harcel&#233; et d&#233;sapprouv&#233; par certains, peu soucieux de sa pr&#233;servation et cherchant par tous les moyens &#224; l'abroger .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En 400 avant J.-C., les Tartessiens (une civilisation qui a dur&#233; cinq si&#232;cles) disparaissent brutalement et violemment</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7733</link>
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		<dc:date>2025-04-22T22:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

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&lt;p&gt;En 400 avant J.-C., les Tartessiens (une civilisation qui a dur&#233; cinq si&#232;cles) disparaissent brutalement et violemment &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment la civilisation de Tartessos a-t-elle pu disparaitre du jour au lendemain ? questionne Naitonal Geographic, dans un int&#233;ressant article mais sans r&#233;pondre du tout &#224; la question : &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.nationalgeographic.fr/histoire/antiquite-mystere-archeologique-comment-la-civilisation-de-tartessos-a-t-elle-pu-disparaitre-du-jour-au-lendemain &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re civilisation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En 400 avant J.-C., les Tartessiens (une civilisation qui a dur&#233; cinq si&#232;cles) disparaissent brutalement et violemment&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comment la civilisation de Tartessos a-t-elle pu disparaitre du jour au lendemain ? questionne Naitonal Geographic, dans un int&#233;ressant article mais sans r&#233;pondre du tout &#224; la question :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/antiquite-mystere-archeologique-comment-la-civilisation-de-tartessos-a-t-elle-pu-disparaitre-du-jour-au-lendemain&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.nationalgeographic.fr/histoire/antiquite-mystere-archeologique-comment-la-civilisation-de-tartessos-a-t-elle-pu-disparaitre-du-jour-au-lendemain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re civilisation occidentale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture tartessique est la plus ancienne de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, datant d'environ 1000 avant JC &#224; 550 avant JC. Elle s'&#233;tendait pratiquement sur toute l'Andalousie occidentale, dans les provinces de Huelva , Cadix et S&#233;ville , avec une certaine dispersion dans les parties m&#233;ridionales de l'Estr&#233;madure. Il est n&#233; des propri&#233;t&#233;s g&#233;ographiques et m&#233;tallurgiques uniques de la r&#233;gion ; elle est connue pour les mines de Riotinto , pleines de fer et d'autres min&#233;raux, ainsi que pour d'autres zones mini&#232;res riches. Sa composition g&#233;ographique a beaucoup chang&#233; : dans l'Antiquit&#233;, le golfe Tartessique occupait la majeure partie de cette zone, qui devint plus tard le lac Ligustinus &#224; l'&#233;poque romaine, et c'est aujourd'hui une zone humide appel&#233;e Do&#241;ana .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-tumblr-com.translate.goog/jackredfieldwasmyjacob/667463526379585536/tartessos-and-turdetani?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-tumblr-com.translate.goog/jackredfieldwasmyjacob/667463526379585536/tartessos-and-turdetani?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disparition brutale -&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que ces sites aient &#233;t&#233; ensevelis explique &#034;leur bon &#233;tat de conservation&#034;, rel&#232;ve Sebasti&#225;n Celestino, qui pr&#233;cise que l'ensemble des sanctuaires tartessiens de la r&#233;gion ont connu le m&#234;me sort, aux alentours de 400 avant JC - moment o&#249; est dat&#233;e la fin des Tartessos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon les arch&#233;ologues, le site de Cancho Roano, dans la r&#233;gion de l'Estr&#233;madure, a &#233;t&#233; incendi&#233; par les Tartessos eux-m&#234;mes deux si&#232;cles apr&#232;s sa construction, sans doute apr&#232;s un sacrifice d'animaux, puis recouvert d'une grosse quantit&#233; de terre. Une fin semblable &#224; celle de Casas del Turu&#241;uelo, o&#249; 42 cadavres de chevaux ont &#233;t&#233; d&#233;couverts align&#233;s au sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/l-espagne-a-la-recherche-de-la-civilisation-perdue-de-tartessos_178112?utm_source=pocket-newtab-fr-fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.sciencesetavenir.fr/sciences/l-espagne-a-la-recherche-de-la-civilisation-perdue-de-tartessos_178112?utm_source=pocket-newtab-fr-fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eduardo Ferrer-Albelda, professeur d'arch&#233;ologie &#224; l'universit&#233; de S&#233;ville, a soulign&#233; que la soci&#233;t&#233; tartessienne &#233;tant riche en m&#233;taux, tout ralentissement du commerce aurait pu faire monter les tensions. &#034;Une crise de l'exploitation mini&#232;re est &#233;galement document&#233;e, mais la violence a d&#251; jouer un r&#244;le important&#034;, explique-t-il. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La collusion entre l'aristocratie ph&#233;nicienne et l'aristocratie indig&#232;ne a pu prendre fin brusquement, de sorte que l'on peut supposer un mouvement antiph&#233;nicien et anti-aristocratique parmi les populations de la zone tartessienne.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le site de La Mata a &#233;t&#233; d&#233;couvert beaucoup plus t&#244;t que les deux autres (en 1930), mais il pr&#233;sente des similitudes frappantes - et l'approche utilis&#233;e actuellement &#224; Turu&#241;uelo pourrait permettre de percer davantage de secrets. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le plus surprenant pour moi est l'habitude tr&#232;s particuli&#232;re [des Tartessos] de d&#233;truire leurs maisons, c'est-&#224;-dire que dans tous les sites d&#233;couverts, le m&#234;me comportement a &#233;t&#233; suivi : vider tous les r&#233;cipients et amphores, br&#251;ler le b&#226;timent et l'enterrer&#034;, indique Ana Bel&#233;n Gallardo Delgado, historienne et guide &#224; La Mata.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.bbc.com/afrique/articles/c0kq5771np9o&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.bbc.com/afrique/articles/c0kq5771np9o&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Classes sociales &#224; Tartessos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une soci&#233;t&#233; dirig&#233;e par des chefs autonomes qui se consacraient principalement &#224; l'agriculture, aux mines et &#224; la p&#234;che. Ils s'enrichissent gr&#226;ce &#224; l'influence ult&#233;rieure des peuples ph&#233;niciens et puniques &#224; Gadir et dans d'autres r&#233;gions voisines, s'int&#233;grant et vivant en paix avec eux, principalement gr&#226;ce au commerce. Certains des principaux centres de population tartessiques &#233;taient Cabezo de San Pedro (&#224; Huelva), Onuba (Huelva moderne), El Carambolo (&#224; Camas, S&#233;ville) et Casas de Turu&#241;uelo (&#224; Guare&#241;a, Badajoz). El Carambolo est particuli&#232;rement remarquable car c'est ici qu'a &#233;t&#233; d&#233;couvert le tr&#233;sor d'El Carambolo , une dot probablement fun&#233;raire compos&#233;e de pi&#232;ces d'or, principalement des colliers et des bracelets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-tumblr-com.translate.goog/jackredfieldwasmyjacob/667463526379585536/tartessos-and-turdetani?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-tumblr-com.translate.goog/jackredfieldwasmyjacob/667463526379585536/tartessos-and-turdetani?_x_tr_sl=en&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&amp;_x_tr_hist=true&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Bronze tardif (1200 avant JC-900 avant JC), c'est l'&#233;mergence d'habitats stables dans lesquels se dessine un d&#233;but de hi&#233;rarchie sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://es-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Tartessos?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://es-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Tartessos?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que sait-on de la civilisation de Tartessos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Tartessos&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Tartessos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La civilisation a bel et bien disparu brusquement apr&#232;s avoir domin&#233; l'Europe occidentale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'effondrement s'est produit &#224; la fin du VIe si&#232;cle avant JC dans les centres urbains qui comprenaient les actuelles provinces de Huelva, Cadix et S&#233;ville, en raison principalement de causes politiques&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le m&#234;me auteur rejette toute crise interne, donc toute r&#233;volution, sans beaucoup argumenter et en pr&#233;f&#233;rant que toute la population ait migr&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://historia-nationalgeographic-com-es.translate.goog/a/enigma-tartessos-teoria-que-explicaria-su-desaparicion_20462?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://historia-nationalgeographic-com-es.translate.goog/a/enigma-tartessos-teoria-que-explicaria-su-desaparicion_20462?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens reconnaissent que les Tart&#233;siens ont effectu&#233; des r&#233;volutions mais pas pour renverser la soci&#233;t&#233; de classes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://historia-nationalgeographic-com-es.translate.goog/a/misteriosa-civilizacion-tartessos_16795?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://historia-nationalgeographic-com-es.translate.goog/a/misteriosa-civilizacion-tartessos_16795?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des explications &#233;conomiques ont &#233;galement &#233;t&#233; avanc&#233;es : avec Massalia acc&#233;dant aux sources d'&#233;tain britanniques par voie terrestre et Gadir lui-m&#234;me y acc&#233;dant par mer, le monopole tartessien s'effondrerait, ce qui aurait provoqu&#233; une chute des revenus et toute une s&#233;rie de cons&#233;quences internes qui auraient entra&#238;n&#233; une chute des revenus. conduire au d&#233;clin interne du royaume et &#224; sa dissolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; bien les causes d'une&#8230; r&#233;volution sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://es-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Tartessos?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://es-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Tartessos?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;l&#233;ments nouveaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-xataka-com.translate.goog/investigacion/estas-caras-tienen-2-500-anos-pueden-resolver-uno-mayores-misterios-peninsula-iberica-tartessos?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-xataka-com.translate.goog/investigacion/estas-caras-tienen-2-500-anos-pueden-resolver-uno-mayores-misterios-peninsula-iberica-tartessos?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-larazon-es.translate.goog/cultura/historia/tarteso-mil-enigmas-pueblo-desconocido_2023042364447ab6fc27300001bf3541.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-larazon-es.translate.goog/cultura/historia/tarteso-mil-enigmas-pueblo-desconocido_2023042364447ab6fc27300001bf3541.html?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;tait le peuple que les Tarasques ont conquis pour former leur empire ? En quoi leur culture et leurs traditions &#233;taient-elles diff&#233;rentes de celles de leurs conqu&#233;rants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dynastie r&#233;gnante de l'empire tarasque &#233;tait celle des Uanacaze. Ils venaient d'un groupe d'immigrants du nord connu sous le nom d'Uac&#250;secha (Beltran 1982). Ils sont arriv&#233;s dans le cadre de l'une des nombreuses migrations de ce type en provenance du nord du Mexique vers le 13&#232;me si&#232;cle apr&#232;s JC. D'autres mentionn&#233;s dans la relation Michoac&#225;n comprenaient les En&#233;ami et les &#199;ac&#225;puhireti. Ces groupes &#233;taient probablement li&#233;s linguistiquement et culturellement aux Uac&#250;secha et semblent s'&#234;tre install&#233;s dans d'autres parties des hauts plateaux du Michoac&#225;n. Ces groupes ont conquis, se sont mari&#233;s ou se sont m&#233;lang&#233;s avec un groupe autochtone qui habitait cette r&#233;gion depuis au moins le d&#233;but de la p&#233;riode classique (vers 200 apr&#232;s JC) et probablement avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation identifie &#224; un moment donn&#233; le groupe ethnique d'origine comme &#233;tant des locuteurs du nahuatl et implique que les Chichimecas entrants ont apport&#233; la langue P'ur&#233;pecha avec eux. Cependant, si tel est le cas, il est difficile de d&#233;terminer exactement d'o&#249; ils viennent, car il n'y a aucun locuteur P'ur&#233;pecha ailleurs dans le monde, mais ils semblent &#234;tre r&#233;pandus dans les hauts plateaux du Michoac&#225;n. Tr&#232;s probablement, le peuple P'ur&#233;pecha &#233;tait le groupe dominant dans les hauts plateaux du Michoac&#225;n et les immigrants Chichimeca parlaient le nahuatl.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quoi qu'il en soit, ce qui est important ici est que la r&#233;gion centrale de l'Empire tarasque &#233;tait d&#233;j&#224; une r&#233;gion multiethnique avant la formation et l'expansion de l'empire et &#233;tait compos&#233;e de deux groupes ethniques principaux : les locuteurs du P'ur&#233;pecha et les locuteurs du Nahuatl. L'un d'eux &#233;tait originaire de la r&#233;gion et l'autre repr&#233;sentait des immigrants r&#233;cents. Les Uacusecha, et par extension la dynastie Uanacaze qui dirigeait l'empire, descendaient de la population minoritaire (quelle qu'elle soit). Nous pouvons voir dans les Relations g&#233;ographiques des dioc&#232;ses du Michoac&#225;n que la majorit&#233; des habitants du Michoac&#225;n &#233;taient de langue P'ur&#233;pecha au moment de la conqu&#234;te espagnole, en particulier dans les hautes terres autour des lacs P&#225;tzcuaro et Cuitzeo et dans les zones interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les relations g&#233;ographiques montrent &#233;galement qu'il existait d'autres groupes ethniques minoritaires vivant &#224; la p&#233;riph&#233;rie de l'empire et dans des endroits recul&#233;s de l'int&#233;rieur. Dans les r&#233;gions occidentales le long de la c&#244;te et dans la Sierra Madre occidentale, il y avait/il y a un grand nombre de Tecos, un autre groupe de langue nahuatl. Beaucoup de ces groupes semblent avoir adopt&#233; la langue P'ur&#233;pecha au plus fort de l'empire, mais l'ont abandonn&#233;e apr&#232;s la conqu&#234;te espagnole lorsqu'elle n'&#233;tait plus d'actualit&#233; (Brand 1943). Cela sugg&#232;re qu'ils n'ont pas &#233;t&#233; compl&#232;tement assimil&#233;s &#224; la culture tarasque contrairement aux immigrants chichim&#232;ques (probablement) parlant nahuatl.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'est, pr&#232;s de la fronti&#232;re tarasque-azt&#232;que, il existait plusieurs groupes &#233;troitement li&#233;s parlant des langues otomangue. Les Tarasques ont envahi ce territoire dans les d&#233;cennies qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la guerre azt&#232;que-tarasque de la fin des ann&#233;es 1470 et, selon les relations g&#233;ographiques, beaucoup de ces peuples ont &#233;migr&#233; et ont &#233;t&#233; r&#233;install&#233;s au sein de l'empire tarasque par l'empereur Tzitzispand&#225;quare apr&#232;s que les Azt&#232;ques reprennent le territoire. Vall&#233;e de Toluca.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pour r&#233;sumer, l'identit&#233; culturelle &#171; Tarasca &#187; &#233;tait par d&#233;finition multiethnique, form&#233;e par l'union de deux groupes culturels diff&#233;rents dans les hauts plateaux du Michoac&#225;n. Les populations s&#233;dentaires des hautes terres parlaient en grande partie la m&#234;me langue et partageaient bon nombre de leurs coutumes, formes architecturales et culture mat&#233;rielle. Dans toutes les p&#233;riph&#233;ries de l'empire, il existait d'autres groupes ethniques d'origines culturelles diff&#233;rentes. &#192; l'ouest, les Tecos parlant le nahuatl et d'autres peuples apparent&#233;s formaient une partie substantielle de la population. Ces personnes seraient plus li&#233;es culturellement &#224; des groupes de l'extr&#234;me ouest du Mexique (comme la r&#233;gion de Jalisco/Colima/Nayarit) et auraient des contacts culturels avec des groupes le long de la c&#244;te de Guerrero, mais parleraient le nahuatl ou des langues apparent&#233;es. &#192; l'est, il y avait une grande vari&#233;t&#233; de peuples oto-mangu&#233;ens qui avaient probablement des liens culturels avec d'autres groupes pr&#233;-azt&#232;ques du centre du Mexique, comme les Otomi. Les Tarasques ont tent&#233; d'assimiler ethniquement ces personnes par le biais de programmes de r&#233;installation, bien que cela semble avoir &#233;t&#233; un succ&#232;s marginal, car beaucoup sont retourn&#233;s &#224; leur langue maternelle apr&#232;s la conqu&#234;te espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens peuples conquis ont pu se r&#233;volter et renverser Tartessos &#224; la faveur d'une crise &#233;conomique, aggrav&#233;e par des catastrophes naturelles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tartessos &#233;tait un royaume dont la formation reste encore un myst&#232;re mais qui remonte &#224; environ 1200 avant JC, et dont l'extension dans sa p&#233;riode de splendeur maximale comprenait le sud de la p&#233;ninsule depuis le Tage jusqu'au Segura avec sa limite au nord dans la Sierra Morena. La localisation de sa capitale Tartessos (une cit&#233;-&#201;tat qui a donn&#233; son nom &#224; l'ensemble de sa zone d'influence) en l'absence de donn&#233;es arch&#233;ologiques est &#233;galement incertaine. Cependant, on sait qu'il occupait la zone sud-ouest de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, autour de l'embouchure des fleuves Guadalquivir, Odiel et Tinto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse de Tartessos r&#233;sidait dans ses abondants gisements d'argent et d'autres min&#233;raux, et son climat et ses sols &#233;taient propices &#224; la culture de la vigne, de l'olivier et du bl&#233;, base fondamentale de l'alimentation des peuples m&#233;diterran&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son organisation politique &#233;tait sup&#233;rieure &#224; celle du reste des peuples ib&#233;riques : l'&#201;tat territorial. Celle-ci avait son centre dans une ville qui constituait la capitale et dont le chef &#233;tait un monarque. Quant &#224; la soci&#233;t&#233; de Tartessos, elle &#233;tait divis&#233;e en classes ou castes : Une classe marchande enrichie, des propri&#233;taires fonciers, plusieurs classes interm&#233;diaires et &#224; la base les esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Tartessiens pratiquaient une agriculture avanc&#233;e, &#233;taient de bons marins et p&#234;cheurs, travaillaient les m&#233;taux et savaient &#233;crire (ayant un alphabet similaire &#224; celui ib&#233;rique). L'exploitation mini&#232;re (argent, cuivre, or) et le trafic d'&#233;tain (route des Cassit&#233;rides) donnent lieu &#224; des &#233;changes commerciaux actifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers l'an 1 100 avant JC. C. (plus tard selon d'autres auteurs) les Ph&#233;niciens de Tyr fond&#232;rent Gadir pour faire du commerce avec Tartessos, attir&#233;s surtout par ses richesses en m&#233;taux. Diverses autres fondations s'ajout&#232;rent &#224; cette fondation situ&#233;e sur la c&#244;te de Malaga et du bas Guadalquivir (Sexi, Malaca). , Abdera, Puerto Menestheo, Spal). On ne sait pas si les relations des colonisateurs avec Tartessos ont toujours &#233;t&#233; pacifiques. L'&#233;l&#233;ment colonial ph&#233;nicien &#224; partir de 800 avant JC semble d&#233;terminant dans la splendeur de cette culture, m&#234;me si ses relations avec le pouvoir local ne sont pas encore connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au VIIe si&#232;cle avant JC, le roi Argantonius aida les Grecs de Phoc&#233;e, avec lesquels ils purent &#233;galement commercer pendant une br&#232;ve p&#233;riode, dans leur lutte contre les Perses. Finalement, la Phoc&#233;e fut envahie par les Perses, les Phoc&#233;ens concentraient leur pouvoir sur la mer Tyrrh&#233;nienne o&#249; l'ancienne m&#233;tropole poss&#233;dait un centre colonial tr&#232;s actif &#224; Massalia (Marseille). Les Grecs phoc&#233;ens sont vaincus en Corse lors de la bataille navale d'Alalia (535 avant JC) par une alliance fortuite des &#201;trusques et des Carthaginois. Les Carthaginois &#233;taient des Ph&#233;niciens coloniaux qui avaient succ&#233;d&#233; aux Ph&#233;niciens m&#233;tropolitains dans le commerce de la M&#233;diterran&#233;e occidentale, apr&#232;s l'assujettissement des Ph&#233;niciens de Tyr aux Assyriens (573 av. J.-C.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;faite des Grecs phoc&#233;ens &#224; Alalia et le terrain d&#233;gag&#233; quant &#224; leur concurrence pour le commerce avec les c&#244;tes ib&#233;riques, Carthage put s'emparer de la r&#233;gion et &#233;tablir ses propres colonies dans la partie nord-ouest de l'Afrique et dans le sud-est de l'Afrique. la p&#233;ninsule. . Carthage ferma bient&#244;t le d&#233;troit de Gibraltar et s'empara d'un monopole commercial avec les riches Tartessos. Vers 500, le royaume de Tartessos et sa capitale portuaire auraient &#233;t&#233; an&#233;antis par une intervention de Carthage, par un d&#233;clin commercial ou par une modification de son environnement g&#233;ologique mar&#233;cageux, circonstances encore mal &#233;lucid&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette derni&#232;re date, il semble qu'il y ait eu quelques soul&#232;vements tartessiens, comme les attaques de Gadir, dans lesquelles il a &#233;t&#233; contraint de demander l'aide de Carthage, qui a facilement domin&#233; les r&#233;bellions. Gadir jouerait d&#233;sormais un double r&#244;le : noyau centralisateur du commerce et aussi le plus grand centre de pouvoir de la r&#233;gion, c'est pourquoi il fut plus tard confondu avec le Tartessos disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir du Ve si&#232;cle, il n'existe plus aucune trace historique de Tartessos. &#192; partir de ce moment, cette zone (au sud-ouest de la p&#233;ninsule ib&#233;rique) fut divis&#233;e en &#201;tats plus petits gouvern&#233;s par les rois des tribus appel&#233;es Turdetans ou Turdulos, successeurs culturels des Tartessiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://es.quora.com/Qu%C3%A9-se-sabe-de-la-civilizaci%C3%B3n-de-Tartessos&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://es.quora.com/Qu%C3%A9-se-sabe-de-la-civilizaci%C3%B3n-de-Tartessos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quelques soul&#232;vements tartessiens &#187;, la revoil&#224; la r&#233;volution sociale&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#161; Durruti !</title>
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		<dc:language>es</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Anarchisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En el Frente de Arag&#243;n. La Columna Durruti &lt;br class='autobr' /&gt;
Bailus &lt;br class='autobr' /&gt; Catalu&#241;a en pie de guerra. &lt;br class='autobr' /&gt;
Hemos cruzado un gran n&#250;mero de poblaciones catalanas, En todas ellas hemos observado el mismo espect&#225;culo: a la entrada y a la salida de las villas y de las localidades de mayor importancia, se hallan barricadas u obst&#225;culos de la m&#225;s variada estructura. Al pie de los cachivaches, o de los &#225;rboles arrancados de cuajo, permanecen en constante alerta unos cuantos milicianos. Los trabajadores exigen la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Anarchisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En el Frente de Arag&#243;n. La Columna Durruti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bailus&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Catalu&#241;a en pie de guerra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hemos cruzado un gran n&#250;mero de poblaciones catalanas, En todas ellas hemos observado el mismo espect&#225;culo: a la entrada y a la salida de las villas y de las localidades de mayor importancia, se hallan barricadas u obst&#225;culos de la m&#225;s variada estructura.&lt;br class='autobr' /&gt;
Al pie de los cachivaches, o de los &#225;rboles arrancados de cuajo, permanecen en constante alerta unos cuantos milicianos. Los trabajadores exigen la documentaci&#243;n de los veh&#237;culos y son escrupulosos en su cometido. Vigilan d&#237;a y noche para que los enemigos no se filtren en las poblaciones catalanas.&lt;br class='autobr' /&gt;
La impresi&#243;n que produce Catalu&#241;a es de que se encuentra en pie de guerra. Un aire de renovaci&#243;n recorre el espacioso per&#237;metro de nuestra tierra. De este soplo revolucionario se han contagiado la inmensa mayor&#237;a de los naturales del pa&#237;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
A lo largo de las carreteras se observa constantemente el saludo que se ha estilizado con las jornadas de Julio. Los campesinos que est&#225;n absortos con el trabajo de la cosecha se distraen de sus labores cotidianas para levantar el pu&#241;o en el aire y corresponder de esta manera al veloz veh&#237;culo que cruza raudamente por las calzadas de la campi&#241;a catalana. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tierras de Arag&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;]. Nuestra emoci&#243;n es intensa. Dentro de breves instantes nos hallaremos junto a nuestros camaradas. [&#8230;]&lt;br class='autobr' /&gt;
El cambio de paisaje es considerable y contundente. Sabemos que los l&#237;mites de Catalu&#241;a se han esfumado. Ya no divisamos la espl&#233;ndida exuberancia de la campi&#241;a catalana. En su lugar avizoramos un suelo yermo. Los mont&#237;culos terrosos sin una sola brizna de hierba producen una impresi&#243;n deplorable. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bujaraloz&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un sol abrasador nos acompa&#241;a en todo el recorrido del trayecto. Al fin llegamos a la poblaci&#243;n aragonesa que cobija el grueso de la columna de Durruti. Nos hallamos en Bujaraloz.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos apeamos en la plaza del pueblo. A primera vista, remarcamos que es la cl&#225;sica plaza de villorrio. Tres cuerpos de casas, casi pegadas. En una de las casas m&#225;s cercanas a la carretera est&#225; instalada una oficina que atiende a un gran n&#250;mero de servicios que afecta a la concentraci&#243;n de milicianos.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bujaraloz est&#225; situado entre los pueblos de Pe&#241;alba y Pina. Su poblaci&#243;n es de 1500 habitantes. Sus habitantes viven del campo. Hasta el momento que precedi&#243; a la entrada de las milicias obreras los campesinos de Bujaraloz percib&#237;an jornales de 4,50 pesetas diarias y trabajando de punta de d&#237;a hasta el anochecer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est&#225; situado en un llano y todas las casas son de tipo r&#250;stico. Pertenece al per&#237;odo cuaternario. Cuenta con capas subterr&#225;neas de sal y toda el agua es salada. Para beber, los pobladores han de aprovechar el agua de lluvia.&lt;br class='autobr' /&gt;
Es de la provincia de Zaragoza y del partido judicial de Pina de Ebro. Cosecha cereales en gran abundancia si la atm&#243;sfera prodiga la lluvia. Abunda el ganado. Es una poblaci&#243;n muy miserable.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tierra estaba en manos de dos grandes caciques que nuestros camaradas ahuyentaron con su presencia. El censo de la localidad est&#225; integrado por obreros, campesinos y peque&#241;a industria.&lt;br class='autobr' /&gt;
El pueblo de Bujaraloz conoci&#243; la bestialidad de los fascistas por espacio, tan s&#243;lo, de unas horas. Se llevaron en rehenes a tres hijos del pueblo. Pero la r&#225;pida aparici&#243;n de las milicias limpi&#243; de fascistas a Bujaraloz y sus contornos. [&#8230;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nueva estructuraci&#243;n econ&#243;mica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la regi&#243;n aragonesa que controlan las milicias catalanas se ha terminado la explotaci&#243;n y la rapi&#241;a. Ha nacido un nuevo orden revolucionario. En Bujaraloz los campesinos trabajan colectivamente. Se reparten de una manera equitativa el fruto de su labor cotidiana. Y el entusiasmo del campesino es grandioso. No est&#225;n dispuestos a que ning&#250;n pol&#237;tico burgu&#233;s trate de arrancarles la indudable mejora que acaban de conquistar. Funciona un comit&#233; de abastos que controla las necesidades de las milicias y de los pobladores y que est&#225; integrado por una representaci&#243;n de ambas partes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los v&#237;veres son distribuidos a las familias de la poblaci&#243;n de acuerdo con el n&#250;mero de familiares y de milicianos que cada casa ha de alojar. Y para los restantes art&#237;culos o productos se sigue una t&#243;nica id&#233;ntica.&lt;br class='autobr' /&gt;
Los camaradas residen en las casas de los hijos del pueblo. Est&#225;n debidamente atendidos y existe una perfecta convivencia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las centurias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los milicianos est&#225;n organizados en grupos de cien. Al frente de cada centuria se encuentra un camarada, y como elemento coordinador de todas las centurias act&#250;a un delegado de las centurias.&lt;br class='autobr' /&gt;
La organizaci&#243;n de las milicias ha ido plasm&#225;ndose sobre el terreno. Hoy un detalle y ma&#241;ana otro, ha posibilitado que al cabo de tres semanas ya se cuente con una buena organizaci&#243;n. No podemos dar m&#225;s detalles respecto al n&#250;mero de centurias y al n&#250;mero de fuerzas y cantidad de material porque podr&#237;amos caer en una indiscreci&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El avance de la columna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En el mismo momento de nuestra llegada se acaba de trasladar el cuartel general de Bujaraloz a unos kil&#243;metros de distancia. La Prensa ya ha informado de la ocupaci&#243;n de Pina y Gelsa.&lt;br class='autobr' /&gt;
La columna de Durruti cuando entra en una poblaci&#243;n, la primera medida que toma es la quema del registro de la Propiedad. Inmediatamente el camarada Durruti arenga al pueblo congregado en la plaza o en un lugar a prop&#243;sito para ello. Durruti procura explicarles lo que significa la entrada de los milicianos en la poblaci&#243;n. Expone de una manera detallada las bases pr&#225;cticas del comunismo libertario.&lt;br class='autobr' /&gt;
Una de las faenas importantes es la depuraci&#243;n de los enemigos. De esto se encarga la Legi&#243;n Negra, que est&#225; integrada sobre todo por los camaradas metal&#250;rgicos, que adem&#225;s de cumplir con esta misi&#243;n acuden siempre a los lugares de mayor peligro.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nuestros camaradas no molestan a los vecinos de las poblaciones. Pero si alguna vez se comete alg&#250;n exceso el comit&#233; procura sancionarlo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En el cuartel general.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Esta instalado en una casilla de peones camineros. En una casa destartalada. Se nota una actividad febril. Hay varias dependencias. Una de ellas, entrando a mano izquierda, ha sido habilitada para despacho del comit&#233; de la columna. El comit&#233; lo integran los camaradas Durruti, Carre&#241;o y Miguel Yoldi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Estrechamos emocionados las manos del camarada Durruti y Carre&#241;o. Penetramos en el despacho. Observamos un ir y venir continuo. El nerviosismo es grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durruti es la figura m&#225;s destacada. Es un hombre admirable. No para un momento. Acude a todas partes. Habla, gesticula. Sus palabras se hallan reflejadas en sus ojos. Es todo un guerrillero. Hombre de rasgos faciales duros, pero noble y generoso. Su aspecto impresiona, pero al minuto da una sensaci&#243;n de bondad. Durruti tiene un temple de granito, pero posee un alma de ni&#241;o. Nos acordaremos siempre del Durruti de Bujaraloz con su casquete rojinegro.&lt;br class='autobr' /&gt;
Otro camarada. Francisco Carre&#241;o (1) tiene una cierta similitud con los insurrectos del M&#233;jico turbulento. Un sombrero de paja de anchas alas le da todo el aspecto del guerrillero de ultramar. Es un muchacho muy simp&#225;tico. Afable y cari&#241;oso con todo el mundo. Es un intelectual que sabe empu&#241;ar el fusil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Miguel Yoldi es otro de los componentes del comit&#233; de la columna. Lo tenemos muy presente por ser compa&#241;ero de redacci&#243;n de Solidaridad Obrera. Es un valor en todos los aspectos. Habla poco. Es un hombre de acci&#243;n.&lt;br class='autobr' /&gt;
No queremos terminar esta ligera impresi&#243;n de una visita realizada al frente de combate sin recordar a Pablo Ruiz (2), que es uno de los luchadores que mayor valor y decisi&#243;n pone en la lucha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adi&#243;s a nuestros camaradas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premura del tiempo nos impide que podamos permanecer largas horas con nuestros camaradas. Adem&#225;s, nuestra misi&#243;n ya se hab&#237;a terminado.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durruti no quiere turistas. A los camaradas que tratan de distraerse con un viajecito los incorpora a la columna. Estamos de acuerdo. Al frente de batalla hay que ir para rendir una utilidad u otra, pero de ninguna de las maneras hay que pasearse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos despedimos de todos los camaradas dese&#225;ndoles mucha suerte. Nuestro pensamiento est&#225; junto a ellos. Si nuestra salud nos lo hubiera permitido nos hubi&#233;ramos movido del lado de Durruti y de sus buenos camaradas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos reintegramos al suelo catal&#225;n con el alma dolorida. Sentimos alejarnos de los bravos camaradas que con tanto tes&#243;n luchan contra el fascismo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Salud, camaradas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaime Balius (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notas de A. Guillam&#243;n:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Miembro destacado de la Agrupaci&#243;n de Los Amigos de Durruti. Maestro de profesi&#243;n. Responsable de Informaci&#243;n del Comit&#233; de guerra de la Columna Durruti. Viaj&#243; a Mosc&#250; en representaci&#243;n de la Columna Durruti, en conmemoraci&#243;n del veinte aniversario de la Revoluci&#243;n de Octubre. Amigo personal de &#171; Munis&#171; . Durante las Jornadas de mayo de 1937 se entrevist&#243; con los bolchevique-leninistas Jos&#233; Quesada y &#171; Adolfo Carlini &#187;. En el Pleno de la CNT reunido en Muret en 1944 fue elegido secretario general. Falleci&#243; en Toulouse el 17 de febrero de 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Cofundador con Jaime Balius de Los Amigos de Durruti. Ambos hab&#237;an pertenecido al grupo &#171; Renacer &#187; de la FAI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Fundador y te&#243;rico m&#225;s importante de la Agrupaci&#243;n de Los amigos de Durruti. Inv&#225;lido y de delicada salud, era f&#237;sicamente imposible su incorporaci&#243;n como miliciano a la Columna Durruti.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;El testamento de Durruti &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A los pocos d&#237;as de haber escuchado la ciudad de Barcelona la voz recia del camarada Durruti [1], una bala perdida en el oc&#233;ano del fragor del combate, apagaba los latidos y las ansias del anarquista que se hab&#237;a convertido en un pedazo del alma popular.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pero la grandiosidad de los &#250;ltimos momentos del camarada fenecido poseen tal envergadura, que siguen marcando el surco por el que habr&#225; de recorrer la nave social si quiere llegar a puerto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aun retenemos en nuestros o&#237;dos las expansiones tajantes que pronunci&#243; Durruti en una noche memorable que dif&#237;cilmente se difuminar&#225; a trav&#233;s de las fechas, por memorable que sean los acontecimientos que se sucedan a lo largo del per&#237;odo revolucionario. Y tampoco podremos ahuyentar de nuestra hilera de ecuerdos la fisonom&#237;a que ofrec&#237;a en aquella noche apote&#243;sica la capital de la Catalu&#241;a industrial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durante la alocuci&#243;n, que precedi&#243; a la muerte del malogrado camarada, las arterias barcelonesas ofrec&#237;an un aspecto multitudinario. La poblaci&#243;n catalana estaba pendiente de las ondas que trasmit&#237;an el verbo encendido de un hombre que supo morir por los ideales que presidieron su agitada vida. Y al cabo de unas horas de haber escuchado las sensatas indicaciones que percib&#237;an los trabajadores catalanes por conducto de un representante del frente de Arag&#243;n, se segu&#237;a comentando lo que hab&#237;a dicho con su cl&#225;sica energ&#237;a, y entereza, el anarquista que sinti&#243; cerrarse sus p&#225;rpados con la entera satisfacci&#243;n de haber derramado su sangre por la redenci&#243;n del proletariado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peroraci&#243;n del llorado camarada, constituye el legado revolucionario que hemos de cultivar y llevar a la pr&#225;ctica. La memoria de nuestro Durruti no ha de honrarse solamente con actos f&#250;nebres, m&#225;s o menos espectaculares. Lo que posee un verdadero inter&#233;s, es el cumplimiento de la voluntad del anarquista y revolucionario, que clam&#243; como un gigante horas antes de su heroica muerte en las avanzadillas de la Revoluci&#243;n que se debate en el coraz&#243;n de la desolada Castilla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las palabras de Durruti que resonaron con intensa emoci&#243;n en el firmamento barcelon&#233;s, encarnan el genuino pensamiento de la clase trabajadora. Durruti afirm&#243; rotundamente que los anarquistas exigimos que la Revoluci&#243;n tenga un car&#225;cter totalitario [2]. Y que los camaradas que con tanto tes&#243;n se enfrentan al fascismo en los campos de batalla no est&#225;n dispuestos a que nadie escamotee el contenido revolucionario y emancipador de la hora presente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se rebel&#243; nuestro Durruti contra ciertas apreciaciones que en boca de algunos elementos son de un colorido castrador. Supo plasmar con trazos felices el pensamiento que anida en los lugares de trabajo. Sus &#250;ltimas palabras, dirigidas a sus hermanos de infortunio, tienen todo el valor de un testamento revolucionario. No se encuentra en los anales revolucionarios del proletariado espa&#241;ol un solo hombre que haya rubricado de una manera tan heroica y eficiente un pasado y un presente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El Durruti que levant&#243; en vilo al proletariado de las barriadas, y que arrug&#243; por unos instantes los rostros grasientos de la burgues&#237;a en plena bancarrota, es el mismo Durruti que contemplamos en una casilla de peones camineros en el t&#233;rmino de Bujaraloz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestaci&#243;n monstrua que acompa&#241;&#243; el f&#233;retro de Durruti, cerr&#243; tan s&#243;lo la existencia f&#237;sica del ind&#243;mito anarquista. Pero el testamento de Durruti no ha perecido. Persiste con m&#225;s fuerza que en la misma noche de la arenga. Nosotros sabremos plasmar su &#250;ltima voluntad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;JAIME BALIUS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notas de A. Guillam&#243;n:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Balius se refiere al discurso de Durruti, radiado el 4 de noviembre de 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] El car&#225;cter necesariamente TOTALITARIO de la Revoluci&#243;n espa&#241;ola fue una caracter&#237;stica fundamental del pensamiento te&#243;rico de la Agrupaci&#243;n de Los Amigos de Durruti. El t&#233;rmino totalitario significa que abarca TODOS los aspectos de la vida cotidiana, social y pol&#237;tica de todos, tanto burgueses como proletarios, pero tambi&#233;n &#8220;dictatorial&#8221;, esto es, que ha de imponerse por la fuerza a los enemigos del proletariado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/07/amigo2.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/07/amigo2.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/02/el-amigo-del-pueblo-3.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.files.wordpress.com/2008/02/el-amigo-del-pueblo-3.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bsstock.files.wordpress.com/2014/03/amigo6.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bsstock.files.wordpress.com/2014/03/amigo6.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vers une nouvelle revolution- Hacia una nueva revoluci&#243;n- Jaime Balius (Groupe d'amis de Durruti)</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6250</link>
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		<dc:date>2025-01-25T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Anarchisme</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Syndicalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;VERS UNE NOUVELLE R&#201;VOLUTION &lt;br class='autobr' /&gt;
Jaime Balius (Groupe d'amis de Durruti) &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a quarante ans (pr&#233;face de Balius &#224; l'&#233;dition anglaise de 1978) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le groupement des Amis de Durruti a &#233;t&#233; form&#233; au d&#233;but de 1937. Ses membres et sympathisants &#233;taient d'&#233;minents camarades du front de Gelsa. Fid&#232;les &#224; leurs id&#233;aux anarchistes, ils ont refus&#233; de se soumettre &#224; la militarisation et, par cons&#233;quent, ils se sont rendus dans la capitale de la Catalogne (Barcelone) o&#249;, avec d'autres camarades de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot96" rel="tag"&gt;Anarchisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot110" rel="tag"&gt;Syndicalisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VERS UNE NOUVELLE R&#201;VOLUTION
&lt;p&gt;Jaime Balius (Groupe d'amis de Durruti)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a quarante ans (pr&#233;face de Balius &#224; l'&#233;dition anglaise de 1978)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupement des Amis de Durruti a &#233;t&#233; form&#233; au d&#233;but de 1937. Ses membres et sympathisants &#233;taient d'&#233;minents camarades du front de Gelsa. Fid&#232;les &#224; leurs id&#233;aux anarchistes, ils ont refus&#233; de se soumettre &#224; la militarisation et, par cons&#233;quent, ils se sont rendus dans la capitale de la Catalogne (Barcelone) o&#249;, avec d'autres camarades de Barcelone, ils ont fond&#233; l'Agrupaci&#243;n de los Amigos de Durruti. Ils ont pris pour symbole la figure de Buenaventura Durruti, un id&#233;aliste qui a consacr&#233; toute sa vie &#224; ses croyances anarchistes. C'&#233;tait un homme d'action, comme en t&#233;moigne sa mort h&#233;ro&#239;que sur le front madril&#232;ne ... ce Madrid h&#233;ro&#239;que et &#233;ternel qui bat dans le slogan spontan&#233; que la fuite du gouvernement de la R&#233;publique de la ville a inspir&#233; aux habitants de la capitale. vivre Madrid sans gouvernement ! Cet esprit indomptable du peuple de Madrid est rest&#233; pendant tout le si&#232;ge de la capitale,et c'&#233;tait l'esprit que l'Association adoptait comme le sien. C'est ainsi que les miliciens de Gelsa (qui faisaient partie de la colonne Durruti sur le front d'Aragon) sont devenus les h&#233;rauts du message : &#034;R&#233;sistez et battez-vous jusqu'au bout&#034;. Telles &#233;taient les vertus que personne ne peut nier &#224; Durruti, l'anarchiste de Le&#243;n. Ses fun&#233;railles &#224; Barcelone ont &#233;t&#233; honor&#233;es par l'une des plus grandes manifestations de tous les temps, alors que le prol&#233;tariat catalan est descendu en masse dans la rue pour rendre hommage &#224; l'homme qui a donn&#233; sa vie pour la cause des d&#233;sh&#233;rit&#233;s dans le monde.Telles &#233;taient les vertus que personne ne peut nier &#224; Durruti, l'anarchiste de Le&#243;n. Ses fun&#233;railles &#224; Barcelone ont &#233;t&#233; honor&#233;es par l'une des plus grandes manifestations de tous les temps, alors que le prol&#233;tariat catalan est descendu en masse dans la rue pour rendre hommage &#224; l'homme qui a donn&#233; sa vie pour la cause des d&#233;sh&#233;rit&#233;s dans le monde.Telles &#233;taient les vertus que personne ne peut nier &#224; Durruti, l'anarchiste de Le&#243;n. Ses fun&#233;railles &#224; Barcelone ont &#233;t&#233; honor&#233;es par l'une des plus grandes manifestations de tous les temps, alors que le prol&#233;tariat catalan est descendu en masse dans la rue pour rendre hommage &#224; l'homme qui a donn&#233; sa vie pour la cause des d&#233;sh&#233;rit&#233;s dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;j&#224; donn&#233; un aper&#231;u de la nature de notre Association, nous allons maintenant faire une br&#232;ve introduction &#224; notre brochure : Vers une nouvelle r&#233;volution. Tout d'abord, quand a-t-il &#233;t&#233; &#233;crit ? Vers le milieu de 1938. Mais il faut souligner que pour nous, &#233;crire une telle brochure, avec le titre susmentionn&#233;, &#233;tait une action extr&#234;mement suggestive, qui signifiait un cri d'espoir pour les combattants en Espagne. Malgr&#233; leur h&#233;ro&#239;sme et leur t&#233;nacit&#233;, ils se sont retrouv&#233;s entour&#233;s de la plus l&#226;che d&#233;sertion de l'arri&#232;re, en ajoutant leur &#233;chec &#224; &#233;craser la contre-r&#233;volution men&#233;e par les staliniens, les r&#233;formistes camoufl&#233;s au sein de la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail (CNT) et de la F&#233;d&#233;ration anarchiste ib&#233;rique ( FAI), et tous les artistes situ&#233;s dans les &#233;chelons sup&#233;rieurs de l'&#201;tat. En 1938 (il y a quarante ans),le point avait &#233;t&#233; atteint o&#249; la guerre &#233;tait d&#233;j&#224; une cause perdue, et lorsque les fronts se sont effondr&#233;s les uns apr&#232;s les autres &#224; la suite de la trahison des staliniens occupant des postes cl&#233;s dans les centres de commandement, ob&#233;issant aux ordres de Staline de saper le prol&#233;tariat d'armes espagnol. . Jusqu'&#224; l'heure tragique de la derni&#232;re r&#233;union du Groupe des amis de Durruti, qui, apr&#232;s un examen prolong&#233; de la catastrophe dans laquelle la contre-r&#233;volution nous avait plong&#233;s, et malgr&#233; son ampleur, a refus&#233; d'accepter qu'elle &#233;tait d&#233;sormais totalement in&#233;vitable. La tristement c&#233;l&#232;bre police qui a continu&#233; d'exister sous Largo Caballero, dont le gouvernement &#233;tait compos&#233; de plusieurs militants anarchistes, &#233;rodait le moral r&#233;volutionnaire de l'arri&#232;re, et le gouvernement Negr&#237;n, le gouvernement de la d&#233;faite ou de la capitulation,a donn&#233; &#224; cette d&#233;faite des proportions d'h&#233;catombe. Pour cette raison, nous avons d&#233;cid&#233; de publier &#171; Vers une nouvelle r&#233;volution &#187; qui &#233;tait, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit, un message d'espoir et de d&#233;termination &#224; reprendre la lutte contre un capitalisme international qui avait mobilis&#233; ses gendarmes des ann&#233;es 1930 (c'est-&#224;-dire le &#171; Chemises noires &#187; et &#171; chemises brunes &#187;), pour &#233;craser la classe ouvri&#232;re espagnole &#224; la t&#234;te de laquelle d&#233;filaient les anarchistes et les bases r&#233;volutionnaires de la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail.&#233;craser la classe ouvri&#232;re espagnole &#224; la t&#234;te de laquelle marchaient les anarchistes et les bases r&#233;volutionnaires de la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail.&#233;craser la classe ouvri&#232;re espagnole &#224; la t&#234;te de laquelle marchaient les anarchistes et les bases r&#233;volutionnaires de la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pr&#233;ludes de juillet, on peut discerner entre l'Espagne prol&#233;tarienne sans autre d&#233;sir que de d&#233;truire et l'Espagne th&#233;ocratique noire dirig&#233;e par les grands propri&#233;taires terriens qui avaient remis l'&#233;conomie du pays aux puissances &#233;trang&#232;res. Ce vieux conflit a &#233;t&#233; constamment soulev&#233; du XVe si&#232;cle jusqu'en 1936, dans le cadre de la lutte de la libert&#233; contre la tyrannie, du progr&#232;s contre l'obscurantisme ; jusqu'&#224; ce que l'anarchisme et la Conf&#233;d&#233;ration nationale du travail deviennent pr&#233;sents dans ce vieux conflit, dont les militants ont &#233;t&#233; la cible d'une r&#233;pression sauvage sous la monarchie d'Alphonse XIII, le grand-p&#232;re de Juan Carlos, l'actuel monarque impos&#233; au peuple espagnol par le capitalisme international. Cette imposition peut s'ajouter &#224; la terreur que la R&#233;volution espagnole inspire encore &#224; toutes les forces capitalistes interconnect&#233;es,terreur de l'acte sublime de la r&#233;bellion de trois ans des ann&#233;es 1930. D'o&#249; la peur de l'axe Washington-Moscou et du triangle Bonn-Paris-Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante ans plus tard, l'importance de ce que nous &#233;crivons en ces heures, charg&#233; de passion et de douleur, est devenue &#233;vidente. Si dans les ann&#233;es 1930 le prol&#233;tariat espagnol s'est lanc&#233; dans un combat prodigieux, bien que non arm&#233; et avec ses fronts de bataille et ses arri&#232;res min&#233;s par la police communiste hybride et meurtri&#232;re, le prol&#233;tariat espagnol se lance aujourd'hui &#224; nouveau dans la grande aventure de la r&#233;volution. Il y a des signes d'espoir sous la forme de la magnifique jeune g&#233;n&#233;ration forg&#233;e en prison, qui est dot&#233;e des enseignements lus dans les livres, en particulier ceux &#233;crits par les r&#233;volutionnaires, qui ont fermement r&#233;sist&#233; au raz-de-mar&#233;e de la contre-r&#233;volution ... et qui en termes de questions th&#233;oriques, il est peut-&#234;tre mieux &#233;quip&#233; que les hommes de juillet 1936,qu'ils s'&#233;tonnaient de la grandeur de la r&#233;volution sociale qui avait &#233;clat&#233; si glorieusement sur le sol ib&#233;rique, et que, pour employer une expression appropri&#233;e, pouvait devenir le premier pas d'une premi&#232;re r&#233;volution europ&#233;enne puis mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette brochure de 1938, nous disions que toutes les r&#233;volutions sont totalitaires. Ils doivent l'interpr&#233;ter et l'exprimer pour leur propre compte en ce sens que toutes les r&#233;volutions sont un tout complet. C'est-&#224;-dire qu'elles ne peuvent se faire &#224; mi-chemin, ou par parties, sans le grand &#233;difice de la r&#233;volution face &#224; sa destruction. Il est terrible que certaines routes partant du carrefour de la r&#233;volution conduisent au d&#233;sastre. La R&#233;volution espagnole a &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; mort au moment o&#249; l'esprit r&#233;volutionnaire et la guerre ont divorc&#233;. Prenons par exemple le d&#233;cret de militarisation des milices. Si la structure &#233;tatique &#233;tait respect&#233;e, la R&#233;volution espagnole ne pourrait plus survivre. Les comit&#233;s de d&#233;fense, les patrouilles de contr&#244;le et les collectifs ont &#233;t&#233; dissous.Ce fut la cause d&#233;terminante de l'insurrection impr&#233;vue du prol&#233;tariat catalan en mai 1937, lorsque les ouvriers d&#233;cid&#232;rent de r&#233;cup&#233;rer les conqu&#234;tes de juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits de mai ont &#233;t&#233; d&#233;crits dans notre brochure. La le&#231;on de Mayo est ind&#233;niable. Les r&#233;volutions ne peuvent pas se limiter aux confins de leur terre natale. Une nouvelle r&#233;volution espagnole pourrait, si elle se produisait, prendre des proportions europ&#233;ennes. Aujourd'hui, l'Europe est assise sur les bords d'un volcan. Fid&#232;les &#224; notre message de 1938, nous lutterons pour une nouvelle r&#233;volution europ&#233;enne, puisque la r&#233;volution espagnole de 1936 et la r&#233;volution portugaise de 1974 doivent &#234;tre qualifi&#233;es d'europ&#233;enne. Tous deux ont souffert du m&#234;me d&#233;faut : ils ont laiss&#233; l'&#201;tat intact et, dans les deux cas, les pseudo-r&#233;volutionnaires ont reconstruit les structures &#233;tatiques d&#233;compos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs europ&#233;ens doivent aider le prol&#233;tariat espagnol dans sa lutte contre le capitalisme international, qui a d&#233;j&#224; commenc&#233; sur notre sol. La solidarit&#233; europ&#233;enne est essentielle pour pouvoir renverser la monarchie impos&#233;e au peuple espagnol par le capitalisme international. Une fois de plus, le prol&#233;tariat espagnol sera le catalyseur du prol&#233;tariat europ&#233;en si nous &#233;tablissons une alliance &#233;troite avec les ouvriers r&#233;volutionnaires espagnols pour contrer un si&#232;ge capitaliste qui a l'approbation &#224; la fois des socialistes et des communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact capital de la r&#233;volution espagnole de 1936, qui aurait n&#233;cessairement d&#251; d&#233;clencher un cycle de r&#233;volutions europ&#233;ennes, a terrifi&#233; les magnats capitalistes qui craignaient son extension continentale ; et c'est pourquoi ils ont massacr&#233; le peuple espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; indiqu&#233; les causes de la d&#233;faite, mais nous voulons souligner la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;parer un internationalisme prol&#233;tarien authentique qui doit se d&#233;couvrir avec la cr&#233;ation d'un puissant mouvement libertaire europ&#233;en. Laissons nos doutes et nos espoirs sur l'esprit libertaire immature des jeunes Europ&#233;ens, dans cette Europe qui n'est qu'&#224; un pas du fascisme. La nouvelle r&#233;volution espagnole prend forme : il ne reste plus qu'&#224; organiser la mobilisation de tous les r&#233;volutionnaires europ&#233;ens autour de l'Espagne, sans s'&#233;vanouir un instant, et malgr&#233; le terrible bain de sang dans lequel le capitalisme international nous a plong&#233;s dans les ann&#233;es trente, et malgr&#233; les ann&#233;es de terreur des ann&#233;es quarante et sous la monarchie actuelle, &#233;choua comme elle le d&#233;clare elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monarchie est une cr&#233;ature des laquais de l'axe Bonn-Paris et des mercenaires du gendarme am&#233;ricain, sans oublier l'acquiescement tacite de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaime Balius, 1978 (Les amis de Durruti)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VERS UNE NOUVELLE R&#201;VOLUTION &lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;liminaires de la r&#233;volution espagnole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La rotation politique qui a &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e en Espagne par le tour classique du pouvoir, des constitutionnalistes et des absolutistes, et qui a constitu&#233; l'engrenage de la chose officielle, a &#233;t&#233; rompue de fa&#231;on fulminante avec le coup d'&#201;tat qui s'est produit dans le pays. Capitale catalane (en 1923) un g&#233;n&#233;ral ivre et querelleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature de Primo de Rivera est le r&#233;sultat de la performance d&#233;sastreuse d'une politique qui s'est d&#233;velopp&#233;e entre les d&#233;chets, les monopoles, les charges bureaucratiques, les primes, les concessions et une foule de grandes entreprises qui ont toujours &#233;t&#233; men&#233;es avec la faveur officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;action des militants en 1923 est l'expression exacte de l'une des causes qui ont appauvri notre pays et qui ont presque enti&#232;rement absorb&#233; le budget national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance coloniale de l'Espagne a donn&#233; vie &#224; une taifa d'aventuriers, de mercenaires, de politiciens professionnels et d'une cohorte de marchands de viande bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la bureaucratie du sabre et les chevaliers de l'industrie disposaient d'un march&#233; abondant de possessions d'outre-mer &#224; voler et &#224; piller, l'Espagne officielle &#233;tait en mesure de naviguer avec un cours plus ou moins incertain. Mais la catastrophe coloniale a conduit &#224; l'effondrement de ce hangar g&#233;r&#233; par une minorit&#233; sans scrupules et sans c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin du 19e si&#232;cle, les militaires se sont retrouv&#233;s sans leur proie convoit&#233;e. Ils doivent retourner dans la p&#233;ninsule avec les tordus noy&#233;s dans le sang et avec l'affront de certaines entit&#233;s inutiles ou dans le domaine des armes lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce moment, un probl&#232;me difficile s'est pos&#233; pour le peuple espagnol. Des milliers de gangsters, d'un roi syphilitique, viennent d&#233;vorer les indig&#232;nes du pays, car ils avaient manqu&#233; de possibilit&#233; de continuer &#224; &#233;puiser les colons des colonies qui maudissaient l'Espagne repr&#233;sent&#233;e par des voleurs et des assassins avec ceinture et manches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tr&#233;sor public avait besoin d'un secours imm&#233;diat. La loi Algeciras permet un assaut sur le p&#233;rim&#232;tre du Maroc. Les mines de Riff convoit&#233;es par l'ancien comte de Romanones deviennent une ventouse qui suce le sang et l'argent du peuple espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aventure marocaine a co&#251;t&#233; au tr&#233;sor national le chiffre de 1 000 000 000 de pesetas et des milliers de vies offertes dans l'holocauste par le groupe financier repr&#233;sent&#233; par l'ancien comte de Romanones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Barranco del Lobo et les trag&#233;dies annuelles constituent les phases les plus marquantes de cet abattoir espagnol qui a tourn&#233; autour des mines de fer situ&#233;es dans le Beni-Bu-Ifrar Kabyle pr&#232;s du mont Af-Laten.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e a &#233;t&#233; le cauchemar &#233;ternel des gens industrieux. De m&#233;moire malheureuse, nous &#233;crivons les conseils de d&#233;fense. Leur inspirateur, le colonel M&#225;rquez, a tent&#233; de leur insuffler un esprit lib&#233;ral, mais la faveur palatine et les intrigues de La Cierva pesaient bien plus que la pr&#233;tendue bonne volont&#233; d'un colonel pers&#233;cut&#233; et emprisonn&#233; &#224; Montjuich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Primo de Rivera a incarn&#233; tout le pass&#233; que nous racontons. Au bras de L&#243;pez Ochoa et avec la complaisance de la bourgeoisie, des grands propri&#233;taires terriens, du clerg&#233; et de la finance, il &#233;leva son &#233;p&#233;e au sommet du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; textuellement que l'ancien capitaine g&#233;n&#233;ral de Catalogne &#233;tait venu au premier plan pour annuler le dossier Picasso - dans lequel Alfonso XIII et son chef de file, le g&#233;n&#233;ral Silvestre, &#233;taient impliqu&#233;s en premier lieu. Cette version n'est certainement pas sans fondement ; Mais ce qui a pr&#233;cipit&#233; le coup d'&#201;tat militariste, c'est sans aucun doute le malaise qui s'est manifest&#233; au sein de la classe ouvri&#232;re, qui, marre des abus et des vols, s'appr&#234;te &#224; balayer ceux qui causent son malheur du sol espagnol. La bourgeoisie financi&#232;re et industrielle a mis toutes ses ressources au service militaire. Ils ont restreint les cr&#233;dits, sabot&#233; l'&#233;conomie, mis en place le lock-out, provoqu&#233; des gr&#232;ves. La bourgeoisie catalane re&#231;ut avec une grande jubilation le poli des militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sc&#232;ne de Primo de Rivera doit &#234;tre class&#233;e comme une tentative de la classe dirigeante d'&#233;viter le coup de la classe ouvri&#232;re, qui dans les &#233;tapes &#224; venir est produite avec des lignes plus cat&#233;goriques. Sa gestion &#233;tait la r&#233;p&#233;tition corrig&#233;e et augment&#233;e des temps pass&#233;s, avec la m&#234;me corruption des coutumes et avec l'&#233;ternelle impudeur qui a color&#233;, de tous temps, le cadavre de l'Espagne traditionnelle et d&#233;chir&#233;e. Le g&#233;n&#233;ral coureur de jupons succ&#232;de &#224; Berenguer, qui est plus tard remplac&#233; par Aznar. Et comme point culminant, c'est le comte de Romanones (agent des services de renseignement) qui proc&#232;de au transfert de la monarchie &#224; son ancien secr&#233;taire, &#224; M. Niceto Alcal&#225; Zamora, qui avec le fils de Maura et aid&#233; par un m&#233;decin du palais (Mara&#241;&#243;n, service de renseignements),ils ont pos&#233; les piliers d'une R&#233;publique qui devait aboutir &#224; la puanteur la plus hideuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique compl&#232;tement jugul&#233;e de saveur populaire est n&#233;e. Au lieu de lignes directrices sociales, forg&#233;es dans le vacarme du ruisseau, les m&#234;mes d&#233;fauts des stades Bourbon pr&#233;valent. Le pouvoir est d&#233;tenu par des politiciens qui ont servi leur ma&#238;tre pendant les p&#233;riodes monarchiques. Alcal&#225; Zamora &#233;tait un monarchiste r&#233;calcitrant, repr&#233;sentant du clerg&#233; et des propri&#233;taires terriens. Aza&#241;a appartenait au parti de Melqu&#237;ades &#193;lvarez ; Miguel Maura, un autre r&#233;aliste ; Alejandro Lerroux un disgraci&#233; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Espagne d&#233;sol&#233;e a suivi la voie des trahisons, des conciliations indicibles. La com&#233;die d'avril devait co&#251;ter beaucoup de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique d'Avril allait donner des r&#233;sultats catastrophiques. Des &#233;v&#233;nements se d&#233;roulaient en quelques jours. Le descendant du meurtrier de Ferrer, l'auteur de 108 morts, le ministre qui a donn&#233; l'ordre de tirer sans pr&#233;venir, a transform&#233; notre sol en une rang&#233;e de croix fun&#233;raires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les masses ouvri&#232;res se sont rendu compte que leurs revendications &#233;taient bafou&#233;es, elles se sont r&#233;volt&#233;es avec col&#232;re contre le misse en sc&#232;ne d'avril. Miguel Maura a mobilis&#233; les forces arm&#233;es de la nouvelle R&#233;publique pour assassiner et d&#233;cimer les ouvriers. Pasajes, Arnedo, Castilblanco, S&#233;ville, Catalogne ... cataloguent la nature d'une R&#233;publique qui cong&#233;die le souverain avec un gant blanc et le convoie sur un navire de l'escadre. Et la famille d'Alphonse XIII correspond aux poign&#233;es de main du g&#233;n&#233;ral Sanjurjo, qui, en ao&#251;t 1932 et juillet 1936, attaqua durement une ville qui &#233;tait le jouet inconscient des politiciens qui accord&#232;rent carte blanche au g&#233;n&#233;ral meurtrier de la lign&#233;e royale. Et &#224; la gare Escorial, le comte de Romanones dit tr&#232;s doucement &#224; l'ex-reine : A tr&#232;s bient&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La R&#233;publique a connu des fluctuations constantes. Dans les Cortes constituantes, aucune solution n'a &#233;t&#233; trouv&#233;e &#224; aucun probl&#232;me. Le probl&#232;me militaire qui ne pouvait &#234;tre r&#233;solu qu'avec des piquets d'ex&#233;cution, s'est transform&#233; en farce. Aza&#241;a accorda la retraite militaire &#224; des conditions si exceptionnelles qu'elle eut le m&#233;rite de taxer fortement les classes passives et remit les quarts de drapeaux aux officiers monarchiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me religieux a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;vit&#233;. L'Eglise devrait &#234;tre expropri&#233;e sans compensation, en plus de la suppression du poste des cultes et du clerg&#233;, du budget national. Cela n'a pas &#233;t&#233; fait. Les ordres religieux ont &#233;t&#233; l&#233;galis&#233;s en remettant des lettres de citoyennet&#233; aux aubergistes h&#233;berg&#233;s dans les 300 ordres religieux et dans les 10 000 couvents. Ils ne voulaient pas d&#233;barrasser le peuple espagnol du ver des bois qui a corrod&#233; l'&#226;me p&#233;ninsulaire pendant des si&#232;cles. Le gouvernement Mendiz&#225;bal a fait plus que la R&#233;publique n&#233;e avec une exp&#233;rience de cent ans. Et les 5 000 000 000 de pesetas que les j&#233;suites avaient int&#233;gr&#233;s dans l'&#233;conomie nationale n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;racin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me financier n'a pas non plus &#233;t&#233; r&#233;solu. Les dettes et le gaspillage de la monarchie ont &#233;t&#233; reconnus. Le budget &#233;tait hypertrophi&#233;. Les classes passives ont &#233;t&#233; augment&#233;es et la bureaucratie s'est consid&#233;rablement d&#233;velopp&#233;e. La dette publique, qui s'&#233;levait en 1814 &#224; 3.000.000.000 de pesetas, a augment&#233; de fa&#231;on spectaculaire avec les catastrophes coloniales et marocaines (connaissant une l&#233;g&#232;re d&#233;flation &#224; l'&#233;poque de Villaverde) atteint la p&#233;riode d'avril avec le chiffre astronomique de 22.000.000.000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 avril prot&#232;ge les locataires et taxe le consommateur. L'imp&#244;t sur le revenu &#233;tait une chose horrible. Une politique clairement bourgeoise a &#233;t&#233; men&#233;e malgr&#233; la pr&#233;sence des socialistes aux si&#232;ges et au pouvoir. Et les monopoles continuaient d'&#234;tre &#224; l'ordre du jour, le passeur March continuant dans ses reals, qui prenait le plaisir de s'&#233;vader de prison quand il le voulait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des statuts n'a pas non plus donn&#233; de r&#233;sultat satisfaisant. L'un des articles de la Charte constitutionnelle parle d'une R&#233;publique f&#233;d&#233;rale ou f&#233;d&#233;rative mais, en r&#233;sum&#233;, le centralisme a &#233;t&#233; maintenu. La question agraire &#233;tait une moquerie. L'Institut de r&#233;forme agraire &#233;tait un foyer pour les pluggers. 5 000 paysans devaient s'installer par an. Ils avaient besoin de 5 000 000 de terres. Au bout de mille ans, une r&#233;forme aussi joyeuse et sanglante aurait &#233;t&#233; achev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un charabia horrible a &#233;t&#233; mis en place sur des questions de travail. Le contr&#244;le ouvrier consistait en une s&#233;rie de d&#233;l&#233;gations distribu&#233;es par des amis et des inconditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me d'une Espagne colonis&#233;e a &#233;t&#233; soulev&#233; avec le proc&#232;s de la Telef&#243;nica. Malgr&#233; la bravade de Prieto, malgr&#233; le fait que lors d'une conf&#233;rence tenue &#224; l'Ath&#233;n&#233;e de Madrid, le contrat Telef&#243;nica a &#233;t&#233; surnomm&#233; leonino (par le leader socialiste grassouillet) et contre ces manifestations, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de mitrailler les travailleurs de la Telef&#243;nica quand ils ont pris &#224; les rues r&#233;clamaient une juste augmentation des salaires et en revanche elles soutenaient la capitale nord-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons v&#233;cu deux exercices biennaux. Le rouge et le noir. Dans les deux cas, la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;e au visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes ont agi comme des laquais du capitalisme. Les lois de d&#233;fense de la R&#233;publique, d'ordre public, du 8 avril sont de nature largement r&#233;pressive. Les droits ont &#233;t&#233; servis &#224; leur gr&#233;. La r&#233;action des ouvriers s'est manifest&#233;e par l'incendie de couvents, lors des &#233;v&#233;nements de Barcelone, &#224; Figols, le 8 janvier, le 5 d&#233;cembre. Les d&#233;portations &#224; Bata et &#224; Villa Cisneros font avancer la tristement c&#233;l&#232;bre remise de la R&#233;publique aux ennemis s&#233;culiers du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux exercices biennaux ont &#233;t&#233; d&#233;sastreux. La social-d&#233;mocratie est responsable des droits qui ont de nouveau pr&#233;valu. Et ils sont &#224; bl&#226;mer du fait que la r&#233;volution n'a pas pu emp&#234;cher l'intervention &#233;trang&#232;re, puisqu'en avril 1931 le fascio italien ne s'&#233;tait pas encore lib&#233;r&#233; de l'&#233;pine d'Adua et que les hitl&#233;riens n'avaient pas r&#233;ussi non plus &#224; structurer l'Etat totalitaire et nationaliste. Les circonstances &#233;taient favorables. Mais la trahison des socialistes et le r&#233;formisme de Pesta&#241;a et de ses partisans ont emp&#234;ch&#233; de prendre au sommet ce qui allait plus tard &#234;tre beaucoup plus cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Octobre na&#238;t de cet amalgame de situations plus ou moins disparates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Asturies, le prologue de juillet a &#233;t&#233; v&#233;cu. Ils se sont battus avec courage et bravoure. En Catalogne, Denc&#224;s est en charge de distancer la classe ouvri&#232;re de ce mouvement qui pourrait &#234;tre d&#233;cisif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre, les socialistes voulaient seulement intimider Alcal&#225; Zamora pour qu'il ne c&#232;de pas le pouvoir &#224; la droite, comme ils l'avaient tent&#233; lors des gr&#232;ves pr&#233;c&#233;dentes. S'ils avaient voulu la r&#233;volution, ils auraient profit&#233; du soul&#232;vement paysan de juin 1934 ou ils l'auraient report&#233; pour relier la ville &#224; la campagne. Mais les socialistes ont &#233;t&#233; submerg&#233;s par la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Lerroux-Gil Robles a dur&#233; deux ans. Ann&#233;es noires, de r&#233;pression, d'emprisonnement. Elle culmine en f&#233;vrier avec les &#233;lections pro-prisonnier qui m&#232;nent aux jours de juillet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;19 juillet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La trag&#233;die de l'Espagne n'a pas de limites. Inutile pour les plumes les plus vibrantes d'essayer de dessiner la douleur de ce peuple qui a les horreurs d'un pass&#233; et d'un pr&#233;sent grav&#233;s dans son corps et son esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos &#233;crivains ne pourront pas refl&#233;ter fid&#232;lement l'&#233;preuve de cette race qui semble si n&#233;e pour souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau de la douleur, cette eau-forte espagnole trouve son maximum de force en f&#233;vrier 1936. A cette date, le sol espagnol &#233;tait une immense prison. Des milliers de travailleurs gisaient derri&#232;re les barreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes aux portes de juillet. Il faut se souvenir des &#233;v&#233;nements qui ont constitu&#233; le pr&#233;lude du soul&#232;vement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du biennium noir &#233;tait en faillite. Gil Robles n'avait pas satisfait les d&#233;sirs de ses acolytes. Un combat avait &#233;clat&#233; entre Alcal&#225; Zamora et le chef de l'Action populaire. Le j&#233;suitisme a soutenu le pr&#233;sident de la R&#233;publique. C'&#233;tait son nouveau candidat ; ce n'est pas pour rien qu'il a lev&#233; un drapeau en faveur de la r&#233;forme constitutionnelle et en faveur de la religion. La vie des Cortes &#233;tait incertaine. Les radicaux &#233;taient divorc&#233;s du bloc de droite, car ils se sentaient loin de la cr&#232;che nationale. Les sessions tumultueuses ont color&#233; les festivit&#233;s d'une politique basse, d&#233;go&#251;tante et criminelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat commen&#231;ait &#224; se manifester de quelque mani&#232;re que ce soit &#224; sa port&#233;e. Les monstrueux rassemblements organis&#233;s au stade de Madrid, &#224; Baracaldo et &#224; Valence ont attir&#233; des foules immenses. Il est regrettable que ces manifestations de t&#233;nacit&#233; et de r&#233;bellion aient finalement servi &#224; revaloriser une figure ancienne et r&#233;actionnaire comme dans le cas pr&#233;sent d'Azana. Et l'erreur est payante plus tard. On pense qu'Alcal&#225; Zamora est l'arbitre de la situation. Dissolvez les tribunaux. Ses hommes de t&#234;te sont Franco, Goded, Cabanellas, Queipo de Llano, Mola. Il choisit un bandit financier, Portela Valladares, pour la r&#233;alisation de ses plans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ressorts de l'&#201;tat sont absents du chef galicien. Malgr&#233; les combats &#233;lectoraux et la typographie du gouvernement, les r&#233;sultats des &#233;lections de f&#233;vrier ne satisfont pas les v&#339;ux du Saint-Si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alcal&#225; Zamora, voyant ses combinaisons frustr&#233;es, offre &#224; Portela la d&#233;claration de l'&#233;tat de guerre. Portela n'ose pas. Il se rend compte que les Espagnols sont dans la rue. Conseille l'entr&#233;e d'Aza&#241;a. Et c'est vrai. Le politicien du biennium rouge sera un s&#233;datif momentan&#233;. C'est ce que la r&#233;action essayait de faire &#224; l'&#233;poque. Une boussole d'attente, pour pr&#233;parer le soul&#232;vement des g&#233;n&#233;raux accros &#224; la Plaza de Oriente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#233;lectorale de f&#233;vrier n'a pas ouvert les yeux des socialistes. Ces protestations cyclop&#233;ennes de la population carc&#233;rale, cet enthousiasme pour lib&#233;rer les prisonniers du grand drame d'octobre ne leur sugg&#233;raient rien de nouveau. Ils ont suivi le mod&#232;le classique. Nouveaux tribunaux. Nouvelle &#233;lection de l'intendant de la R&#233;publique. Ils ont cach&#233; au peuple les objectifs dictatoriaux d'Alcala Zamora et leurs intentions de passer le commandement &#224; l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le prol&#233;tariat a eu une dure exp&#233;rience au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es. Ils prennent la rue. Des torches incendiaires ont mis le feu aux centres religieux. Les prisons crient &#224; travers les murs. La ville et la campagne sont anim&#233;es de la m&#234;me mani&#232;re. L'idiotie de la social-d&#233;mocratie retarde l'&#233;mergence populaire. Heureusement, le cerrilismo de la droite, qui n'a pas appr&#233;ci&#233; &#224; sa juste valeur le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire d'Aza&#241;a et de Prieto, a soulev&#233; le probl&#232;me dans la rue au bout de cinq mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De f&#233;vrier &#224; juillet, il y a des &#233;meutes s&#233;par&#233;es. Le sang des travailleurs a de nouveau coul&#233;. La gr&#232;ve dans le secteur de la construction &#224; Madrid et un crash &#224; Malaga r&#233;v&#232;lent le cr&#233;tinisme des politiciens de f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les droits initient un plan d'attaque &#233;hont&#233; sur la situation qui &#233;mane d'&#233;lections teint&#233;es d'une dose sentimentale. Les fascistes assassinent par c&#339;ur, provoquent des &#233;meutes. On a entrevu que l'Espagne noire pr&#233;parait quelque chose. On parlait avec insistance d'un coup d'&#201;tat militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait pas de question. Le prol&#233;tariat marchait dans la salle de juillet. Les dirigeants ont hauss&#233; les &#233;paules. Parmi le fascisme et le prol&#233;tariat, ils pr&#233;f&#233;raient le premier. Et pour tromper, le tra&#238;tre num&#233;ro un, Casares Quiroga a menac&#233; du banc bleu vers la droite, les incitant &#224; sortir dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Calvo Sotelo a pr&#233;cipit&#233; les &#233;v&#233;nements. Selon la rumeur, avec des accents de vraisemblance, les militaires descendraient dans la rue &#224; tout moment. Les dirigeants se sont-ils emp&#234;ch&#233;s ? Franco avait le commandement aux Canaries, Goded aux Bal&#233;ares, Mola en Navarre ... Pourquoi la troupe n'a-t-elle pas &#233;t&#233; imm&#233;diatement d&#233;charg&#233;e ? Pourquoi les gens n'ont-ils pas &#233;t&#233; imm&#233;diatement arm&#233;s ? Les fascistes avaient aussi de puissants auxiliaires aux si&#232;ges du gouvernement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 17 juillet, il est venu d&#233;chiffrer l'&#233;nigme que nous r&#233;futons depuis des dates il y a. Aux Bal&#233;ares, au Maroc, aux Canaries, les officiers &#233;taient en r&#233;volte ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles mesures ont &#233;t&#233; prises pour arr&#234;ter le soul&#232;vement ? Qu'est-ce que le gouvernement a fait &#224; ce sc&#233;l&#233;rat, ce Casares Quiroga ? Enfermez-vous dans l'inertie la plus absolue. Cachez la gravit&#233; de la situation aux gens. Ordonnez une censure s&#233;v&#232;re. Refusez les armes au prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 17 au 19 juillet, il y a eu suffisamment de temps pour r&#233;duire les effectifs militaires. Une attitude hautement suspecte et suicidaire pr&#233;vaut. Casares Quiroga est un complice de Mola. Il l'a gard&#233; &#224; Pampelune en d&#233;pit de s'&#234;tre d&#233;clar&#233; en r&#233;bellion ouverte depuis les &#233;lections de f&#233;vrier et d'avoir prot&#233;g&#233; tous les conspirateurs de droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trahison de la gauche est &#233;vidente. Le peuple n'a pas re&#231;u d'armes parce que les d&#233;mocrates bourgeois craignaient le prol&#233;tariat. Et il &#233;tait donc possible que de multiples localit&#233;s, qui avaient toujours montr&#233; un potentiel prol&#233;tarien, tombent facilement entre les mains des fascistes. &#192; Saragosse, le refus de la gouverneure Vera Coronel, qui a diverti les repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re par des interviews, a facilit&#233; la victoire fasciste. Et &#224; Valence, alors que toute l'Espagne combattait, la permanence des forces rebelles dans les casernes &#233;tait encore tol&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette heure historique, tremp&#233;e de sang, on bl&#226;me, sans euph&#233;misme, les politiciens r&#233;publicains qui, par leur aversion pour la classe ouvri&#232;re, ont ouvertement favoris&#233; le fascisme. Nous accusons Aza&#241;a, Casares Quiroga, Companys, les socialistes, tous les cr&#233;tins de cette R&#233;publique issue d'une farce d'avril ont d&#233;truit les maisons de la classe ouvri&#232;re. Et cela se produit parce que la r&#233;volution n'a pas &#233;t&#233; faite en temps voulu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les armes ont &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;es par les gens. Il les a gagn&#233;s. Il les a conquis avec ses propres efforts. Personne ne les lui a donn&#233;s. Ni le gouvernement de la R&#233;publique ni la Generalitat n'ont donn&#233; un seul fusil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 juillet, le prol&#233;tariat s'installe dans les rues comme aux grands jours. Quelques jours auparavant, il avait tranquillement agi comme guetteur dans les rues des villes espagnoles. Les jours de gloire et de lutte sont rest&#233;s dans la m&#233;moire de la capitale catalane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res armes ont &#233;t&#233; prises par les ouvriers catalans sur des navires stationn&#233;s au mouillage de Barcelone. De Manuel Arn&#250;s et des Marqu&#233;s de Comillas, les premi&#232;res armes ont &#233;t&#233; prises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube du 19 juillet, les militaires sont descendus dans la rue. Le peuple catalan les a attaqu&#233;s. Il a pris d'assaut les casernes et s'est battu pour d&#233;truire le dernier bastion fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat catalan a sauv&#233; l'Espagne prol&#233;tarienne du fascisme. La Catalogne prol&#233;tarienne est devenue le phare de toute la p&#233;ninsule. Peu importe que l'agriculture espagnole soit au pouvoir des fascistes. Les ouvriers des centres industriels sauveront nos camarades de la captivit&#233; qui leur est arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement la m&#234;me chose &#224; Madrid. Ils ne leur ont pas non plus donn&#233; d'armes. Ils les ont gagn&#233;s dans la rue. Le prol&#233;tariat a lutt&#233;. Il a pris d'assaut la caserne de montagne. Il a battu les militaires. Et avec des fusils de chasse, et du mieux qu'ils ont pu, les ouvriers se sont rendus dans la Sierra de Guadarrama pour couper le g&#233;n&#233;ral Mola qui, &#224; la t&#234;te des brigades de Navarre, s'appr&#234;tait &#224; conqu&#233;rir la capitale castillane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Nord, au Levant et dans diverses villes d'Aragon, d'Andalousie et d'Estr&#233;madure, le fascisme a &#233;t&#233; vaincu. Mais dans le reste de la p&#233;ninsule, les ouvriers n'&#233;taient pas arm&#233;s et ont d&#251; affronter les gouverneurs de gauche qui ont facilit&#233; le coup d'&#201;tat du hez espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Casares Quiroga a &#233;t&#233; remplac&#233; par un gouvernement Mart&#237;nez Barrios. Le politicien qui a torpill&#233; les &#233;lecteurs d'avril &#233;tait au pouvoir de conclure un pacte avec les fascistes et de leur passer le commandement. La r&#233;action rapide de la classe ouvri&#232;re a emp&#234;ch&#233; de forger l'une des trahisons les plus inf&#226;mes, qui si elle ne s'est pas produite, c'est parce qu'il n'y avait pas de temps pour cela. Les politiciens doivent r&#233;pondre de la t&#234;te &#224; cette vile man&#339;uvre, &#224; commencer par Azana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re pessimiste des premiers instants, l'intention de capitulation imbriqu&#233;e dans les centres officiels, a &#233;t&#233; rapidement contrecarr&#233;e par la bravoure du prol&#233;tariat. Giral est remplac&#233; par Mart&#237;nez Barrios.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons relat&#233; les aspects anecdotiques. Mais il faut encore s'arr&#234;ter quelques instants en juillet, et il faut examiner quel genre de r&#233;volution fut celle de ces jours m&#233;morables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de choses ont &#233;t&#233; th&#233;oris&#233;es vers juillet. Les d&#233;mocrates bourgeois et les marxistes assurent que l'explosion populaire de juillet doit &#234;tre qualifi&#233;e d'acte de l&#233;gitime d&#233;fense commis par le prol&#233;tariat alors qu'il &#233;tait harcel&#233; par son plus grand ennemi. Autour de cette th&#232;se, on soutient que juillet ne peut pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une manifestation typiquement r&#233;volutionnaire et de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de nos antipodes est fausse. Les r&#233;volutions surviennent &#224; une date impr&#233;vue mais sont toujours pr&#233;c&#233;d&#233;es d'une longue p&#233;riode de gestation. En avril, une parenth&#232;se a &#233;t&#233; ferm&#233;e et une autre a &#233;t&#233; ouverte. Et cette deuxi&#232;me parenth&#232;se a &#233;t&#233; men&#233;e pr&#233;cis&#233;ment, en avril, par la classe ouvri&#232;re et elle est toujours &#224; l'avant-garde de la r&#233;volution. Si le prol&#233;tariat n'&#233;tait pas descendu dans la rue en juillet, il l'aurait pratiqu&#233; plus tard, mais il n'aurait pas renonc&#233; &#224; sa noble tentative de se racheter du joug bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le contraire a &#233;t&#233; fait. Ils ont collabor&#233; avec la bourgeoisie dans les sph&#232;res &#233;tatiques au moment pr&#233;cis o&#249; l'&#201;tat craquait des quatre c&#244;t&#233;s. Companys et son entourage ont &#233;t&#233; renforc&#233;s. Un ballon d'oxyg&#232;ne a &#233;t&#233; inject&#233; dans une bourgeoisie an&#233;mique et effray&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des causes qui a motiv&#233; le plus directement la jugulation de la r&#233;volution et le d&#233;placement de la CNT est d'avoir agi en tant que secteur minoritaire malgr&#233; le fait que nous avions une majorit&#233; dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette situation minoritaire, la CNT n'a pas &#233;t&#233; en mesure de faire respecter ses projets, &#233;tant constamment sabot&#233;e et impliqu&#233;e dans les r&#233;seaux de politiques obscures et fausses. Et dans la Generalitat, et dans la Municipalit&#233;, il a eu moins de votes que les autres secteurs, donc le nombre d'affili&#233;s de nos organisations &#233;tait beaucoup plus &#233;lev&#233;. Et aussi, la rue est gagn&#233;e par nous. Pourquoi avons-nous abandonn&#233; si b&#234;tement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, nous affirmons que les r&#233;volutions sont totalitaires, peu importe qui affirme le contraire. Ce qui se passe, c'est que divers aspects de la r&#233;volution prennent progressivement forme, mais avec la garantie que la classe qui repr&#233;sente le nouvel ordre de choses est celle qui porte la plus grande responsabilit&#233;. Et quand les choses sont faites &#224; moiti&#233;, ce dont nous parlons se produit, la catastrophe de juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet, un comit&#233; de milices antifascistes a &#233;t&#233; form&#233;. Ce n'&#233;tait pas un organisme de classe. En son sein, les factions bourgeoises et contre-r&#233;volutionnaires &#233;taient repr&#233;sent&#233;es. Il semble que le comit&#233; susmentionn&#233; se soit lev&#233; devant la Generalitat. Mais c'&#233;tait un air de bouffonnerie. Des patrouilles de contr&#244;le ont &#233;t&#233; mises en place. C'&#233;taient des hommes des barricades, de la rue. Les usines, entreprises, ateliers ont &#233;t&#233; pris, et la proie a &#233;t&#233; prise du latifundismo. Des comit&#233;s de d&#233;fense de quartier et municipaux et des comit&#233;s d'approvisionnement ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seize mois se sont &#233;coul&#233;s. Ce qui reste ? De l'esprit de juillet, un souvenir. Des organismes de juillet, un hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout le hangar politique et petit-bourgeois reste debout. Sur la Plaza de la Rep&#250;blica de la capitale catalane, l'enchev&#234;trement de secteurs qui pr&#233;tendent seulement vivre derri&#232;re le dos de la classe ouvri&#232;re persiste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 mai&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le p&#233;rim&#232;tre catalan que la contre-r&#233;volution a fait le plus d'efforts pour &#233;craser l'essence r&#233;volutionnaire de juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Catalogne industrielle, en raison de sa configuration &#233;conomique, a permis la concentration de grandes masses d'ouvriers &#233;duqu&#233;s dans un environnement de classe, usine, atelier. Cette particularit&#233; des centres de fabrication est tr&#232;s flatteuse pour la r&#233;alisation des demandes r&#233;volutionnaires. La population active de Catalogne a donn&#233; vie en juillet &#224; une nouvelle tendance sociale. Un prol&#233;tariat indomptable refait surface, poss&#233;dant la formation de longues ann&#233;es de lutte dans les cadres conf&#233;d&#233;raux. La r&#233;volution sociale en Catalogne pourrait &#234;tre un fait. De plus, ce prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire aurait pu servir de contrepoids &#224; un Madrid bureaucratique et r&#233;formiste et &#224; l'influence d'une Biscaye catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les &#233;v&#233;nements ont pris une autre tournure. En Catalogne, la r&#233;volution n'a pas &#233;t&#233; faite. La petite bourgeoisie, qui se cachait dans les coulisses pendant les jours de juillet, se rendant compte que le prol&#233;tariat &#233;tait &#224; nouveau victime de certains dirigeants sophistes, se pr&#233;para &#224; se battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est choquant dans cette affaire, c'est que lorsque nous parlons de m&#233;socratie, nous devons nous r&#233;f&#233;rer aux marxistes qui se sont empar&#233;s de tous les commer&#231;ants et des 120 000 &#233;lecteurs de la Lliga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme en Catalogne a &#233;t&#233; d&#233;sastreux. Ils ont nourri leurs rangs avec une base oppos&#233;e &#224; la r&#233;volution. Ils ont men&#233; la contre-r&#233;volution. Ils ont donn&#233; vie &#224; une UGT m&#233;diatis&#233;e par le GEPCI et les dirigeants marxistes ont fait l'&#233;loge de la contre-r&#233;volution. Et autour du front uni, ils ont grav&#233; des phrases, &#233;liminant d'abord le POUM et plus tard, ils ont essay&#233; de r&#233;p&#233;ter l'exploit avec le CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les man&#339;uvres de la petite bourgeoisie alli&#233;e aux socialistes-communistes culmin&#232;rent avec les &#233;v&#233;nements de mai. Diff&#233;rentes versions ont &#233;t&#233; publi&#233;es vers le mois de mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la v&#233;rit&#233; est que la contre-r&#233;volution voulait que la classe ouvri&#232;re descende dans la rue dans un plan d'ind&#233;cision pour l'&#233;craser. En partie, ils ont atteint leurs objectifs gr&#226;ce &#224; la stupidit&#233; de certains dirigeants qui ont donn&#233; l'ordre de cesser le feu et ont qualifi&#233; les Amis de Durruti d'agents provocateurs lorsque la rue a &#233;t&#233; gagn&#233;e et l'ennemi &#233;limin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution ressentit un int&#233;r&#234;t &#233;vident que l'ordre public d&#233;pendait du gouvernement de Valence. Il a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; gr&#226;ce &#224; Largo Caballero et il est &#224; noter qu'&#224; cette &#233;poque, la CNT comptait quatre ministres dans les sph&#232;res gouvernementales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;galement soulign&#233; que la petite bourgeoisie avait &#233;labor&#233; un plan d'intervention &#233;trang&#232;re sous pr&#233;texte d'&#233;meutes. On s'assurait que les escadrons &#233;trangers dirigeaient leur arc vers Barcelone &#224; partir des divisions motoris&#233;es de l'arm&#233;e fran&#231;aise qui &#233;taient sur le point d'intervenir aux postes fronti&#232;res. Et &#224; cela s'ajoute le travail conspirateur de certains hommes politiques qui se trouvaient dans la capitale fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atmosph&#232;re &#233;tait rar&#233;fi&#233;e. Les cartes de la CNT &#233;taient d&#233;chir&#233;es, les militants de la CNT et de la FAI &#233;taient d&#233;sarm&#233;s, il y avait des affrontements continus qui n'ont pas conduit &#224; des &#233;v&#233;nements plus graves par pur hasard. Les provocations que nous, travailleurs, avons d&#251; endurer ont &#233;t&#233; multiples. La bravade de la m&#233;socratie a fait surface ouvertement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort d'un militant socialiste -de Rold&#225;n- a servi &#224; organiser une manifestation monstre &#224; laquelle toute la foule contre-r&#233;volutionnaire a pris part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les anomalies ont &#233;t&#233; imput&#233;es &#224; la CNT, les anarchistes ont &#233;t&#233; bl&#226;m&#233;s pour tous les exc&#232;s. La p&#233;nurie de produits alimentaires a &#233;t&#233; attribu&#233;e aux comit&#233;s d'approvisionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 mai, l'explosion s'est produite. Le commissaire &#224; l'ordre public Rodr&#237;guez Salas (avec l'approbation d'Aguad&#233;) fait irruption devant une section de gardes d'assaut de la Telef&#243;nica et tente de d&#233;sarmer les camarades de la CNT, malgr&#233; le fait qu'il y avait un contr&#244;le des deux syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exploit du provocateur Rodr&#237;guez Salas (du PSUC) &#233;tait un cri de clairon. En quelques heures, des barricades ont &#233;t&#233; &#233;rig&#233;es dans toutes les rues de la ville de Barcelone. Le cr&#233;pitement des fusils commen&#231;a, le cliquetis des mitrailleuses retentit, le boom des canons et des bombes r&#233;sonna dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte fut d&#233;cid&#233;e en quelques heures en faveur du prol&#233;tariat enr&#244;l&#233; dans la CNT, qui, comme en juillet, d&#233;fendait ses pr&#233;rogatives arme contre arme. Nous gagnons la rue. C'&#233;tait la n&#244;tre. Aucune puissance humaine ne pouvait nous d&#233;fier. Les barricades ouvri&#232;res sont imm&#233;diatement tomb&#233;es au pouvoir. Et peu &#224; peu le fief des opposants s'est circonscrit &#224; une partie de la ville (le centre urbain) qui aurait &#233;t&#233; bient&#244;t prise si la d&#233;fection des comit&#233;s CNT n'avait pas eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre Association, se rendant compte de l'ind&#233;cision qui s'&#233;tait manifest&#233;e au cours de la lutte et du manque de direction tant dans la rue que dans le monde organique, a lanc&#233; un d&#233;pliant puis un manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; stigmatis&#233;s comme des agents provocateurs parce que nous avons exig&#233; l'ex&#233;cution des provocateurs, la dissolution des forces arm&#233;es, la suppression des partis politiques qui avaient arm&#233; la provocation, en plus de la constitution d'une junte r&#233;volutionnaire, pour rechercher la socialisation de la &#233;conomie et revendiquer tout le pouvoir &#233;conomique des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre opinion exprim&#233;e dans ces moments critiques, &#224; travers le tract et le manifeste, &#233;tait que les barricades ne devaient pas &#234;tre abandonn&#233;es sans condition, car le premier cas de l'histoire d'une arm&#233;e victorieuse c&#233;dant le terrain &#224; l'adversaire allait avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fallait des garanties que nous ne serions pas pers&#233;cut&#233;s. Mais les capitostes de la CNT ont assur&#233; que les repr&#233;sentants de l'organisation &#224; la Generalitat veilleraient sur la classe ouvri&#232;re. Cependant, la deuxi&#232;me partie de ce qui s'&#233;tait pass&#233; quelques heures auparavant &#224; Valence s'est produite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les barricades ont &#233;t&#233; abandonn&#233;es sans qu'aucune attention ne nous soit pr&#234;t&#233;e. Au fur et &#224; mesure que l'horizon catalan se calmait, les exc&#232;s commis par les marxistes et par la force publique sont devenus connus. Nous avions raison. Le camarade Berneri a &#233;t&#233; enlev&#233; de chez lui et abattu au milieu de la rue ; trente camarades paraissaient horriblement mutil&#233;s &#224; Sarda&#241;ola ; Le camarade Mart&#237;nez, de la jeunesse libertaire, a perdu la vie de mani&#232;re myst&#233;rieuse dans les griffes du Checa et un grand nombre de camarades de la CNT et de la FAI ont &#233;t&#233; assassin&#233;s de mani&#232;re vilaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons nous rappeler que le professeur Berneri &#233;tait un camarade italien cultiv&#233; de cette Italie antifasciste qui nourrissait les &#238;les de la d&#233;portation, les cimeti&#232;res et les camps de concentration et, comme ses camarades antifascistes, ne pouvait pas rester dans l'Italie de Mussolini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vague de r&#233;pression intense a suivi ces meurtres. D&#233;tentions de camarades pour les jours de juillet et mai ; agressions contre les syndicats, les collectifs, les locaux des Amis de Durruti, la Jeunesse Libertaire, le POUM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement doit &#234;tre not&#233;. La disparition et la mort d'Andr&#233;s Nin. Plus de six mois se sont &#233;coul&#233;s et le gouvernement n'a pas encore &#233;lucid&#233; le myst&#232;re pr&#233;sum&#233; entourant le meurtre de Nin. Sera-t-il jamais connu qui a tu&#233; Nin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mai, la contre-r&#233;volution s'est sentie plus forte que jamais. Les puissances &#233;trang&#232;res ont aid&#233; cette r&#233;action m&#233;socratique. Quelques jours plus tard, le gouvernement Negr&#237;n a &#233;t&#233; constitu&#233;, qui est n&#233; avec deux objectifs : l'an&#233;antissement de la fraction r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat et la pr&#233;paration d'une accolade de Vergara. Et en Catalogne, un gouvernement de secr&#233;taires de partis politiques et d'organisations syndicales s'est constitu&#233; jusqu'&#224; ce que Luis Companys expulse les repr&#233;sentants de la CNT de la Generalitat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements de mai ont des caract&#233;ristiques tr&#232;s diff&#233;rentes de celles de juillet. En mai, le prol&#233;tariat s'est battu dans un esprit purement de classe. Il ne faisait aucun doute que la classe ouvri&#232;re voulait radicaliser la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe &#224; quel point la presse r&#233;actionnaire tente de brouiller la nature du mois de mai, il restera dans l'histoire comme un geste rapide et opportun du prol&#233;tariat qui, se sentant menac&#233;, est descendu dans la rue pour le sauver et le r&#233;&#233;valuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai, nous &#233;tions &#224; temps pour sauver la r&#233;volution. Peut-&#234;tre que beaucoup regretteront dans ces moments historiques d'avoir provoqu&#233; le cessez-le-feu. Et sinon qu'ils regardent dans les prisons bond&#233;es de travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe d'amis Durruti a fait son devoir. Nous avons &#233;t&#233; les seuls &#224; &#234;tre &#224; la hauteur. Nous savions pr&#233;voir les r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut ne jamais &#234;tre oubli&#233;. Ce fut le coup le plus fort que la classe ouvri&#232;re a donn&#233; aux portiques bourgeois. Les historiens, en parlant des jours de mai, devront rendre justice au prol&#233;tariat catalan qui a pos&#233; les jalons d'une nouvelle &#233;tape qui doit &#234;tre &#224; cent pour cent prol&#233;tarienne &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ind&#233;pendance de l'Espagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'intervention de puissances &#233;trang&#232;res a une fois de plus mis sur la table espagnole l'&#233;ternel probl&#232;me dans lequel notre pays a &#233;t&#233; d&#233;battu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le XVIe si&#232;cle, la politique espagnole est un fief de puissances &#233;trang&#232;res. Deux dynasties, l'Autrichien et le Bourbon, en plus du l&#233;ger r&#232;gne d'Amadeo de Saboya, ont soumis les colons espagnols jusqu'au 14 avril 1931.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ind&#233;pendance de l'Espagne a toujours &#233;t&#233; un mythe. Le minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res et le Quai d'Orsay ont jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s important dans nos d&#233;lib&#233;rations. Rappelez-vous le pardon de Sanjurjo lors du soul&#232;vement d'ao&#251;t 1932, qui a &#233;t&#233; accord&#233; en raison de la pression du gouvernement fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie espagnole, agraire par excellence, nous a li&#233;s aux grandes puissances industrielles. Pour exporter nos agrumes, nous avons &#233;t&#233; contraints d'acheter des machines que nous pourrions fabriquer sur nos terres. Et pour que Londres re&#231;oive notre orange, on nous a emp&#234;ch&#233; d'acheter du charbon anglais avec le contraste qu'il fallait r&#233;duire les jours des bassins houillers parce qu'il y avait des stocks de minerais surabondants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons export&#233; du fer, du cuivre et d'autres min&#233;raux et plus tard, nous avons achet&#233;, &#224; la m&#234;me nation qui a achet&#233; la mati&#232;re premi&#232;re, les machines fabriqu&#233;es avec la mati&#232;re export&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre sous-sol est tr&#232;s riche, mais il est en possession de capitaux exotiques. Les tentacules de la finance internationale emprisonnent notre pays et d&#233;vorent les richesses vernaculaires. Les travailleurs espagnols ont toujours travaill&#233; pour satisfaire les dividendes et les gros b&#233;n&#233;fices des actionnaires et des rentiers &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esprit d'ind&#233;pendance des Espagnols se manifeste depuis l'aube de notre histoire. Il y a eu de multiples invasions, mais elles n'ont jamais pu r&#233;duire l'esprit sacr&#233; de l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout comme au temps des Ib&#232;res, des Ph&#233;niciens, des Carthaginois, des Romains, des Arabes, des Fran&#231;ais, un caract&#232;re social tr&#232;s diff&#233;rent de celui des invasions pr&#233;c&#233;dentes ne s'est pas manifest&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lib&#233;raux et absolutistes se sont battus ensemble lors de l'invasion napol&#233;onienne. &#192; c&#244;t&#233; du Cura Merino se trouvait le T&#234;tu, m&#234;me si ce n'est que momentan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'exp&#233;dition du duc d'Angoul&#234;me d&#233;cr&#233;t&#233;e &#224; Vienne par la Sainte-Alliance, une distinction p&#233;ninsulaire se manifestait d&#233;j&#224;. Le Cura Merino a combattu aux c&#244;t&#233;s des forces d'invasion. Au lieu de cela, les T&#234;tus &#233;taient oppos&#233;s &#224; l'entr&#233;e de forces &#233;trang&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ce qui s'est pass&#233; &#224; l'&#233;poque de Fernando VII se r&#233;p&#232;te. Toujours &#224; Vienne, une r&#233;union des dictateurs fascistes a eu lieu pour &#233;lucider leur intervention en Espagne. Et la place occup&#233;e par les T&#234;tus est jou&#233;e par les ouvriers en armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne et l'Italie manquent de mati&#232;res premi&#232;res. Ils ont besoin de fer, de cuivre, de plomb, de mercure. Mais ces min&#233;raux espagnols sont d&#233;tenus par la France et l'Angleterre. Bien qu'ils essaient de conqu&#233;rir l'Espagne, l'Angleterre ne proteste pas avec col&#232;re. A main basse, il essaie de n&#233;gocier avec Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au cours de la guerre, il a contribu&#233; au blocus de nos ports. Les navires fascistes d&#233;chargent du mat&#233;riel de guerre dans les ports des factions et chargent du minerai, du b&#233;tail, du p&#233;trole ... Le fascisme international a besoin de denr&#233;es alimentaires. La devise d'Hitler de plus de canons et moins de beurre et l'autarcie de Mussolini, les incite &#224; piller les r&#233;gions agraires qui sont sous le r&#232;gne des g&#233;n&#233;raux r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, nous avons toujours d&#233;pendu de l'&#233;tranger. Les accords commerciaux, la balance des paiements, ne nous ont jamais favoris&#233;s. Cette tendance a &#233;t&#233; un cauchemar pour notre &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de l'Espagne est de caract&#232;re colonial. Le capitalisme qui a chass&#233; le f&#233;odalisme de la r&#233;serve nationale, encourt une contradiction de soutenir le r&#233;gime f&#233;odal dans les pays qu'il souhaite exploiter. C'est le cas en Espagne, comme en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re doit obtenir son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de l'Espagne. Ce ne sera pas le capitalisme indig&#232;ne qui y parviendra, car le capital international est intimement li&#233; d'une fronti&#232;re &#224; l'autre. C'est le drame de l'Espagne d'aujourd'hui. C'est aux ouvriers de chasser les capitalistes &#233;trangers. Ce n'est pas une question patriotique. C'est un cas d'int&#233;r&#234;ts de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure que les intrigues internationales se d&#233;roulent, il est probable que l'Angleterre cherchera &#224; r&#233;gler l'affaire espagnole sur la base d'un statu quo honteux. Vont-ils faire des concessions &#233;conomiques et coloniales &#224; l'Allemagne et &#224; l'Italie ? Une partie de l'exploitation de notre sous-sol sera-t-elle conc&#233;d&#233;e &#224; des puissances &#233;trang&#232;res ? L'Espagne sera-t-elle divis&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre s'int&#233;resse &#224; nos richesses mini&#232;res, mais le chantage fasciste est si colossal, rayonnant &#224; travers le monde, ajoutant le fameux pacte anticommuniste, que peut-&#234;tre la blonde Albion c&#232;dera m&#234;me si elle ne peut tol&#233;rer d'&#234;tre menac&#233;e de son libre passage. bateaux sur la Mare Nostrum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de pr&#233;dire l'avenir. Nous ne devons pas faire confiance &#224; la Soci&#233;t&#233; des Nations, ni aux multiples comit&#233;s, sous-comit&#233;s, ni aux conf&#233;rences qui, comme &#224; Nyon, ne font que retarder le dossier. Mais on peut noter que les conservateurs anglais se tournent vers Lord Halifax, le massacre des Indes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seule question : la France voudra-t-elle mettre en jeu sa s&#233;curit&#233; non seulement maritime mais aussi terrestre ? La France suivra-t-elle la politique de non-intervention forg&#233;e par L&#233;on Blum ? Voulez-vous abandonner votre arm&#233;e coloniale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne faisons confiance &#224; personne. Le salut est entre nos mains. Les puissances &#233;trang&#232;res sont enclines au moindre mal, &#224; la p&#226;tisserie. Et la classe ouvri&#232;re saura emp&#234;cher l'Espagne d'&#234;tre soumise &#224; un statut international du type de Tanger, de Dantzig, de Sarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gagnez ou mourez, camarades. Tel est le dilemme de l'heure actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Collaborationnisme et lutte des classes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le mouvement ouvrier espagnol, comme cela s'est g&#233;n&#233;ralement produit dans tous les pays, deux tendances se manifestent. Le collaborateur et celui qui n'admet aucune transaction d'aucune sorte avec l'adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur notre sol, le socialisme, avec son appendice syndical l'UGT, a incarn&#233; le r&#244;le classique des r&#233;formistes, le clich&#233; des ouvriers ren&#233;gats ou des intrus dans les organisations ouvri&#232;res qui tendent exclusivement &#224; unir le prol&#233;tariat au char de la bourgeoisie. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations d'Indalecio Prieto dans le biennium rouge sont notoires, concernant la gr&#232;ve des chemins de fer qui caract&#233;rise l'entr&#233;e du collaborationnisme : je suis un ministre plut&#244;t qu'un socialiste, s'est exclam&#233; Don Inda &#224; cette occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution espagnole a souffert de l'influence notoire que les r&#233;formistes ont eue dans ses orientations. Il n'a pas voulu interpr&#233;ter le sens social et de classe qui a transpir&#233; les jours de juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe qui avait toujours &#233;t&#233; parrain&#233;e par la CNT est devenue un plat de second plan pour une s&#233;rie de probl&#232;mes qui ont grandement endommag&#233; le cours de la r&#233;volution. Et en constatant cet abandon, on doit non seulement regretter la d&#233;figuration r&#233;volutionnaire mais on note aussi la perte de positions &#224; caract&#232;re organique pour ne pas avoir pr&#233;cis&#233;ment maintenu le cours de la r&#233;volution au niveau de classe et avoir viol&#233; le syndicalisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats sont les organes qui repr&#233;sentent v&#233;ritablement l'esprit de classe des travailleurs dans leur lutte &#233;ternelle contre le capitalisme. Si nous rel&#233;guons les syndicats &#224; l'arri&#232;re-plan, le prol&#233;tariat doit n&#233;cessairement sentir que ses propres int&#233;r&#234;ts ont &#233;t&#233; l&#233;s&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collaboration est fatale &#224; tout moment. Il n'est pas n&#233;cessaire de collaborer avec le capitalisme, ni de l'ext&#233;rieur de l'Etat bourgeois ni au sein des m&#234;mes sph&#232;res gouvernementales. Notre r&#244;le de producteurs se retrouve dans les syndicats, renfor&#231;ant les seules classes qui doivent survivre apr&#232;s une r&#233;volution men&#233;e par les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte de classe n'est pas un obstacle pour que les ouvriers continuent &#224; se battre sur les champs de bataille et &#224; travailler dans les industries de guerre &#224; l'heure actuelle. Mais il faut garder &#224; l'esprit que lorsqu'on envisage un nouveau mouvement, on doit proc&#233;der avec un sens de classe et donner la priorit&#233; voulue aux syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis les syndicats, il ne peut y avoir aucun autre organe &#233;conomique qui restreigne leurs pouvoirs. Et face aux syndicats, un &#201;tat ne peut pas &#234;tre maintenu, encore moins le renforcer avec nos propres forces. La lutte avec le capital se poursuit. Une bourgeoisie subsiste dans notre propre patrie qui est en concomitance avec la bourgeoisie internationale. Le probl&#232;me est le m&#234;me qu'il y a des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gardons la personnalit&#233; des syndicats. Suivons la trajectoire indiqu&#233;e par la CNT dans sa lutte particuli&#232;re avec la bourgeoisie indig&#232;ne, comme c'&#233;tait toujours la norme avant le 19 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les collaborateurs sont des alli&#233;s de la bourgeoisie. Les individus qui pr&#244;nent de telles concomitances ne ressentent pas la lutte de classe ou n'ont pas la moindre estime pour les syndicats. A aucun moment la consolidation de notre adversaire ne doit &#234;tre accept&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennemi doit &#234;tre battu. Et si &#224; certaines occasions il y a une pause, cette digression sociale ne doit pas se transformer en position d'aide franche au capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre exploiteurs et exploit&#233;s, il ne peut y avoir le moindre contact. Ce n'est que dans le combat qu'il faut d&#233;cider qui l'emportera. Soit les ouvriers, soit les bourgeois. Mais en aucun cas les deux &#224; la fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'avenir est entre les mains de la classe ouvri&#232;re. Nous, les parias, n'avons rien &#224; perdre et au lieu de cela, nous pouvons gagner notre &#233;mancipation, qui est l'avenir de la famille de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brisons les cha&#238;nes. Renfor&#231;ons les syndicats. Gardons l'esprit de la lutte des classes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notre position&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un moment &#224; pr&#233;ciser. Nous allons le faire en fonction de chacun des probl&#232;mes pos&#233;s par la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au probl&#232;me de la guerre, nous sommes favorables &#224; ce que l'arm&#233;e soit absolument contr&#244;l&#233;e par la classe ouvri&#232;re. Les fonctionnaires du r&#233;gime capitaliste ne m&#233;ritent pas la moindre confiance en nous. Il y a eu de nombreuses d&#233;fections et la plupart des d&#233;sastres auxquels nous avons &#233;t&#233; confront&#233;s sont dus &#224; des trahisons manifestes de la part des commandants. Et en ce qui concerne l'arm&#233;e, nous pr&#233;conisons une arm&#233;e r&#233;volutionnaire dirig&#233;e exclusivement par les ouvriers ; et dans le cas de l'emploi d'un officier, il doit &#234;tre sous un contr&#244;le rigoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous exigeons la direction de la guerre pour les ouvriers. Nous avons des raisons suffisantes &#224; cela. Les d&#233;faites de Tol&#232;de, de Talavera, la perte du Nord et celle de Malaga d&#233;notent un manque de comp&#233;tence et d'honn&#234;tet&#233; dans les sph&#232;res gouvernementales pour les raisons suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nord de l'Espagne pouvait &#234;tre sauv&#233; en acqu&#233;rant le stock de mat&#233;riel de guerre n&#233;cessaire pour affronter l'ennemi. Et pour cela, il y avait des moyens. Les r&#233;serves d'or de la Banque d'Espagne ont permis de remplir le sol espagnol d'armes. Pourquoi cela ne s'est-il pas produit ? Il y avait du temps pour cela. Il ne faut pas oublier que le contr&#244;le de non-intervention n'a commenc&#233; &#224; compter que quelques mois apr&#232;s le d&#233;clenchement de la conflagration espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le leadership dans les affaires de guerre a &#233;t&#233; un d&#233;sastre. La performance de Largo Caballero est lamentable. Il est responsable que le front Aragon n'ait pas donn&#233; les performances souhait&#233;es. Son opposition &#224; l'armement du secteur aragonais a emp&#234;ch&#233; l'Aragon d'&#234;tre sauv&#233; des griffes du fascisme et en m&#234;me temps qu'il pourrait d&#233;congestionner les fronts de Madrid et du Nord. Et c'est Largo Caballero qui a d&#233;clar&#233; que donner des armes au front aragonais &#233;quivaut &#224; les donner &#224; la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes des ennemis de la collaboration avec les secteurs bourgeois. Nous ne pensons pas que le sens de la classe puisse &#234;tre abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers r&#233;volutionnaires ne doivent pas occuper des postes officiels ni si&#233;ger dans les minist&#232;res. Vous pouvez collaborer pendant que la guerre dure sur les champs de bataille, dans les tranch&#233;es, sur les parapets et en produisant &#224; l'arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre place est dans les syndicats, sur le lieu de travail, en maintenant l'esprit de r&#233;bellion qui &#233;mergera la premi&#232;re fois qu'elle se manifestera. C'est le contact que nous devons maintenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas n&#233;cessaire de participer aux combinaisons que les politiciens bourgeois con&#231;oivent avec les chancelleries &#233;trang&#232;res. C'est autant que renforcer nos adversaires et appr&#233;cier davantage le n&#339;ud coulant capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de portefeuilles. Plus de minist&#232;res. Revenons aux syndicats et au pied des outils de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#244;nons l'unit&#233; du prol&#233;tariat. Mais bien entendu, cette unit&#233; doit &#234;tre r&#233;alis&#233;e entre les travailleurs et non avec les bureaucrates ou les plug-ins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure actuelle, une intelligence de la CNT avec la faction r&#233;volutionnaire de l'UGT est envisageable. Et nous ne pensons pas qu'une entente soit possible avec l'UGT de Catalogne ou avec les membres des PRI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socialisation de l'&#233;conomie est essentielle pour le triomphe de la guerre et pour la canalisation de la r&#233;volution. Le d&#233;sengagement actuel ne peut durer. Il ne peut pas non plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme b&#233;n&#233;fique que les diff&#233;rents centres de production ne fonctionnent pas de mani&#232;re coordonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce doivent &#234;tre les travailleurs qui le font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me religieux ne doit pas &#234;tre supprim&#233;. Le peuple a d&#233;j&#224; dit son dernier mot. Cependant, il semble que les temples rouvrent. L'application de la libert&#233; de culte et des messes c&#233;l&#233;br&#233;es, nous donne du carburant pour supposer que les dirigeants oublient les grands jours incendiaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution des produits doit &#234;tre absolument rationn&#233;e. On ne peut tol&#233;rer que les travailleurs ne puissent pas manger alors que les riches trouvent de la nourriture dans des restaurants contr&#244;l&#233;s par la classe ouvri&#232;re elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution doit &#234;tre socialis&#233;e, avec un rationnement rigoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie doit dispara&#238;tre. Les milliers de bureaucrates arriv&#233;s &#224; Barcelone r&#233;v&#232;lent l'un des plus grands fl&#233;aux dont nous souffrons. Au lieu du bureaucrate, il doit y avoir un ouvrier. Et en tant que bureaucrate, nous comprenons le type paresseux, le gars du caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suppression absolue de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salaires fabuleux doivent dispara&#238;tre imm&#233;diatement. C'est une d&#233;rision que les miliciens facturent dix pesetas par jour et &#224; la place il y a des salaires importants qui sont factur&#233;s par les bureaucrates Aza&#241;a et Companys qui re&#231;oivent les salaires d'antan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons que le salaire familial soit appliqu&#233;. Et que cette in&#233;galit&#233; irritante prenne fin une fois pour toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice doit &#234;tre exerc&#233;e par le peuple. L'&#233;cart qui se produit dans ce domaine ne peut &#234;tre autoris&#233;. Des tribunaux de premi&#232;re classe, il est tomb&#233; dans des organes compos&#233;s de magistrats de carri&#232;re. Et nous sommes de retour comme avant. Et maintenant, les jurys seront supprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice prol&#233;tarienne n'appartient qu'aux ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'agriculture espagnole doit &#234;tre canalis&#233;e dans un sens socialisant. Le sabotage des communaut&#233;s a fortement entrav&#233; la vie de notre sol et a favoris&#233; la sp&#233;culation. L'&#233;change de la ville avec la campagne rapprochera les paysans de la classe prol&#233;tarienne. Et cette mentalit&#233; de l'ouvrier agricole habitu&#233; &#224; cultiver une certaine r&#233;serve sera vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes culturels, comme tout autre aspect li&#233; &#224; toute activit&#233; dans le pays, qu'il soit de nature sociale, culturelle ou &#233;conomique, incombe de mani&#232;re ferm&#233;e aux travailleurs qui sont ceux qui ont cr&#233;&#233; la nouvelle situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ordre r&#233;volutionnaire sera exerc&#233; par les ouvriers. Nous exigeons la dissolution des corps en uniforme qui ne sont pas une garantie pour la r&#233;volution. Les syndicats doivent approuver ceux qui sont charg&#233;s de garantir le nouvel ordre que nous voulons mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la politique internationale, nous n'accepterons aucun armistice. Et en ce qui concerne la propagande de notre r&#233;volution, nous comprenons qu'elle doit se faire dans les centres de production &#224; l'&#233;tranger et non dans les chancelleries et encore moins dans les cabarets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs &#233;trangers doivent &#234;tre parl&#233;s dans un langage r&#233;volutionnaire. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, un lexique d&#233;mocratique a &#233;t&#233; utilis&#233;. Il faut inculquer aux organisations de travailleurs, partout dans le monde, qu'il leur faut bouger ; saboter les produits fascistes ; qu'ils refusent d'exp&#233;dier des mati&#232;res premi&#232;res ou du mat&#233;riel de guerre pour les assassins du peuple espagnol. Et qu'ils manifestent dans les rues, qu'ils exigent de leurs gouvernements respectifs que justice soit rendue &#224; la cause que nous d&#233;fendons, qui est la cause du prol&#233;tariat mondial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Notre programme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions ne peuvent &#234;tre gagn&#233;es si elles sont absentes des orientations et des objectifs imm&#233;diats. Dans la r&#233;volution de juillet, nous avons pu v&#233;rifier cet &#233;chec. La CNT, malgr&#233; sa force, ne savait pas comment se tailler l'exploit qui se manifestait dans la rue avec un caract&#232;re spontan&#233;. Les dirigeants eux-m&#234;mes ont &#233;t&#233; surpris par des &#233;v&#233;nements qui, pour eux, devaient &#234;tre qualifi&#233;s d'impr&#233;vus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne savait pas dans quelle direction aller. Une th&#233;orie manquait. Nous avions pass&#233; plusieurs ann&#233;es &#224; nous d&#233;placer autour des abstractions. Que faire ? les dirigeants de cette heure se demanderaient. Et la r&#233;volution &#233;tait perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces moments supr&#234;mes, il n'y a pas lieu d'h&#233;siter. Mais vous devez savoir o&#249; vous allez. Et nous voulons combler ce vide, car nous comprenons que ce qui s'est pass&#233; en juillet et en mai ne peut se r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre programme, nous introduisons une l&#233;g&#232;re variante au sein de l'anarchisme. La constitution d'une junte r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre avis, la r&#233;volution a besoin d'agences pour la surveiller et r&#233;primer, dans un sens organique, les secteurs d&#233;favorables que les circonstances actuelles nous ont montr&#233;s ne se r&#233;signent pas &#224; dispara&#238;tre s'ils ne sont pas &#233;cras&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut y avoir des camarades anarchistes qui ressentent certains scrupules id&#233;ologiques, mais la le&#231;on subie suffit &#224; nous faire tourner autour du pot. Si nous voulons que dans une prochaine r&#233;volution pas exactement la m&#234;me chose que dans la r&#233;volution actuelle, nous devons proc&#233;der avec le maximum d'&#233;nergie avec ceux qui ne sont pas identifi&#233;s &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce l&#233;ger pr&#233;ambule fait, nous allons tirer nos points programmatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.- Constitution d'une Junte r&#233;volutionnaire ou Conseil de D&#233;fense Nationale. Cet organe sera constitu&#233; comme suit : Les membres du Conseil r&#233;volutionnaire seront &#233;lus d&#233;mocratiquement dans les organes syndicaux. Le nombre de camarades d&#233;plac&#233;s au front qui auront forc&#233;ment une repr&#233;sentation sera pris en compte. Le Conseil n'interviendra pas dans les affaires &#233;conomiques qui concernent exclusivement les syndicats. Les fonctions de la junte r&#233;volutionnaire sont les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Menez la guerre. b) Veille sur l'ordre r&#233;volutionnaire. c) Affaires internationales. d) Propagande r&#233;volutionnaire. Les charges seront renouvel&#233;es p&#233;riodiquement pour emp&#234;cher quiconque d'y &#234;tre attach&#233;. Et les assembl&#233;es syndicales exerceront un contr&#244;le sur les activit&#233;s du conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II.- Tout pouvoir &#233;conomique aux syndicats. Les syndicats ont montr&#233; leur grande puissance constructive depuis juillet. S'ils n'avaient pas &#233;t&#233; rel&#233;gu&#233;s &#224; un r&#244;le de second ordre, ils auraient bien perform&#233;. Ce seront les organisations syndicales qui structureront l'&#233;conomie prol&#233;tarienne. Compte tenu des modalit&#233;s des syndicats industriels et des f&#233;d&#233;rations professionnelles, un Conseil &#233;conomique peut &#233;galement &#234;tre cr&#233;&#233; afin de mieux coordonner les activit&#233;s &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III.- Municipalit&#233; libre. Dans l'Espagne qui pr&#233;c&#232;de les dynasties &#233;trang&#232;res, les pr&#233;rogatives municipales sont d&#233;fendues avec une grande d&#233;termination. Cette d&#233;centralisation permet d'&#233;viter l'&#233;rection d'un nouveau cadre &#233;tatique. Et cette esquisse des libert&#233;s qui ont succomb&#233; &#224; Villalar r&#233;appara&#238;tra dans la nouvelle Espagne patronn&#233;e par le prol&#233;tariat. Et les probl&#232;mes dits catalans et basques seront r&#233;solus ... Les communes seront en charge des fonctions sociales qui sont en dehors de l'orbite des syndicats. Et comme nous allons structurer une soci&#233;t&#233; purement productrice, ce seront les organisations syndicales elles-m&#234;mes qui nourriront les centres municipaux. Et s'il n'y a pas de disparit&#233; d'int&#233;r&#234;ts, il ne peut y avoir d'antagonisme. Les communes seront constitu&#233;es en f&#233;d&#233;rations locales, d&#233;partementales et p&#233;ninsulaires.Les syndicats et les municipalit&#233;s &#233;tabliront des relations au niveau local, r&#233;gional et national.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vers une nouvelle r&#233;volution&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;clin de la r&#233;volution de juillet a &#233;t&#233; rapide. Aucune des r&#233;volutions consid&#233;r&#233;es comme l'arch&#233;type des bouleversements sociaux n'a subi un d&#233;clin aussi brutal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne peut pas &#234;tre th&#233;oris&#233;e autour de la succession &#233;chelonn&#233;e des &#233;v&#233;nements car la r&#233;volution n'existe plus. Il faut ouvrir une nouvelle br&#232;che dans la carri&#232;re in&#233;puisable de l'Espagne prol&#233;tarienne. Il faut recommencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutions se r&#233;p&#232;tent tr&#232;s fr&#233;quemment dans notre pays. Parfois, ils sont essay&#233;s sans atmosph&#232;re et sans possibilit&#233;s de succ&#232;s. Le moment psychologique et insurrectionnel doit &#234;tre choisi. Le succ&#232;s d&#233;pend du bon choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas facile de faire des proph&#233;ties. Qui peut deviner quand un nouveau juillet ou un nouveau mai sera possible ? Cependant, nous supposons que les &#233;v&#233;nements se reproduiront en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre se poursuit sur un terrain d&#233;favorable, tous les politiciens qui cherchent un moyen d'accepter une tr&#234;ve et un c&#226;lin devront &#234;tre jet&#233;s par-dessus bord. Une bonne preuve en est le sabotage de la guerre, des industries de guerre et le raz-de-mar&#233;e des approvisionnements, en plus de la p&#233;nurie de denr&#233;es alimentaires parrain&#233;es par les dirigeants pour cr&#233;er un environnement favorable &#224; leurs plans de jugulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut arriver qu'un c&#226;lin soit convenu. Ce sera l'occasion de s'y opposer par les armes. Et dans le cas o&#249; la guerre serait gagn&#233;e au retour des camarades du front, les probl&#232;mes qui ont actuellement une acuit&#233; &#233;norme seront raviv&#233;s. Comment seront-ils r&#233;solus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'industrie de guerre se transformera-t-elle en une industrie de paix ? Les combattants auront-ils du travail ? Toutes les victimes seront-elles prises en charge ? Les officiers se r&#233;signeront-ils &#224; renoncer &#224; leurs avantages ? Les march&#233;s peuvent-ils &#234;tre reconquis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois moments que nous avons d&#233;crits qualifient diff&#233;rentes positions. Nous ne pouvons pas pr&#233;dire lequel d'entre eux pr&#233;vaudra. Cependant, le probl&#232;me r&#233;side dans la pr&#233;paration d'un nouveau soul&#232;vement pour que le prol&#233;tariat assume de mani&#232;re claire la responsabilit&#233; du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas &#234;tre qualifi&#233; de nerveux. Il n'y a rien de r&#233;volutionnaire dans le moment actuel. La contre-r&#233;volution se sent arr&#234;t&#233;e pour avoir commis toutes sortes d'exc&#232;s. Les prisons sont pleines de travailleurs. Les pr&#233;rogatives du prol&#233;tariat sont en net d&#233;clin. Les ouvriers r&#233;volutionnaires sont trait&#233;s avec inf&#233;riorit&#233;. Le langage des bureaucrates, en uniforme ou non, est intol&#233;rable. Et ne r&#233;p&#233;tons pas les assauts contre les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas d'autre moyen que celui d'une nouvelle r&#233;volution. Passons &#224; sa pr&#233;paration. Et dans le feu de l'action nouvelle, nous retrouverons dans la rue les camarades qui se battent aujourd'hui sur les fronts, les camarades qui gisent derri&#232;re les barreaux et les camarades qui &#224; l'heure actuelle n'ont pas encore perdu l'espoir d'une r&#233;volution qui rend justice. &#224; la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;alisation d'une nouvelle r&#233;volution qui donne enti&#232;re satisfaction aux ouvriers de la ville et de la campagne. &#192; la r&#233;alisation d'une soci&#233;t&#233; anarchiste qui satisfait les aspirations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avant, camarades !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4800&#034;&gt;Durruti et ses amis, des r&#233;volutionnaires anarchistes qui, dans la r&#233;volution espagnole, n'ont pas suivi l'opportunisme et le r&#233;formisme de leurs dirigeants de la CNT-FAI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1431&#034;&gt;Article de Balius, fondateur des Amis de Durruti, dans Solidaridad Obrera du 12 ao&#251;t 1936&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://grupgerminal.org/?q=system/files/HaciaUnaNuevaRevolucion-JaimeBalius-1938_0.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;HACIA UNA NUEVA REVOLUCI&#211;N, Jaime Balius (Agrupaci&#243;n de los Amigos de Durruti)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Jaime_Balius&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Jaime Balius&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Confederaci&#243;n Nacional del Trabajo
HACIA UNA NUEVA REVOLUCI&#211;N
&lt;p&gt;Jaime Balius (Agrupaci&#243;n de los Amigos de Durruti)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Hace cuarenta a&#241;os (pr&#243;logo de Balius a la edici&#243;n inglesa de 1978)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Agrupaci&#243;n de Los Amigos de Durruti se form&#243; a principios de 1937. Sus miembros y simpatizantes fueron destacados camaradas del frente de Gelsa. Fieles a sus ideales anarquistas, rehusaron someterse a la militarizaci&#243;n, y en consecuencia se marcharon a la capital de Catalu&#241;a (Barcelona) donde, junto con otros camaradas de Barcelona, fundaron la Agrupaci&#243;n. Tomaron como s&#237;mbolo la figura de Buenaventura Durruti, un idealista que dedic&#243; toda la vida a sus creencias anarquistas. Fue un hombre de acci&#243;n, como testifica su heroica muerte en el frente de Madrid... ese heroico y eterno Madrid que late en la espont&#225;nea consigna que la huida del gobierno de la Rep&#250;blica de la ciudad inspir&#243; a los habitantes de la capital... &#161;viva Madrid sin gobierno ! Ese indomable esp&#237;ritu del pueblo de Madrid permaneci&#243; durante todo el asedio de la capital, y fue el esp&#237;ritu que la Agrupaci&#243;n adopt&#243; como propio. As&#237; fue como los milicianos de Gelsa (que formaban parte de la Columna Durruti en el frente de Arag&#243;n) se convirtieron en los heraldos del mensaje : &#8220;Resistencia y lucha hasta el final&#8221;. Esas fueron las virtudes que nadie puede negar a Durruti, el anarquista de Le&#243;n. A su funeral en Barcelona se le tribut&#243; una de las mayores manifestaciones de todos los tiempos, pues el proletariado catal&#225;n se lanz&#243; en masa a las calles para rendir homenaje al hombre que dio su vida por la causa de los desheredados del mundo entero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habiendo dado ya un tosco esbozo sobre la naturaleza de nuestra Agrupaci&#243;n haremos ahora una breve introducci&#243;n a nuestro folleto : Hacia una nueva revoluci&#243;n. Primero de todo, &#191;cu&#225;ndo fue escrito ? Hacia mediados de 1938. Pero debe subrayarse que para nosotros escribir un folleto de ese tipo, con el t&#237;tulo citado, fue una acci&#243;n enormemente sugestiva, que significaba un grito de esperanza para los combatientes de Espa&#241;a. A pesar de su hero&#237;smo y tenacidad, se encontraron cercados por la deserci&#243;n m&#225;s cobarde de la retaguardia, al sumar su fracaso de aplastar a la contrarrevoluci&#243;n dirigida por los estalinistas, a los reformistas camuflados en el interior de la Confederaci&#243;n Nacional del Trabajo (CNT) y la Federaci&#243;n Anarquista Ib&#233;rica (FAI), y todos los vividores situados en los escalones superiores del Estado. En 1938 (hace cuarenta a&#241;os), se hab&#237;a llegado a un punto en que la guerra era ya una causa perdida, y cuando los frentes se fueron colapsando uno tras otro a consecuencia de la traici&#243;n de los estalinistas en las posiciones clave de los centros de mando, obedeciendo las &#243;rdenes de Stalin para minar al proletariado espa&#241;ol en armas. Hasta que lleg&#243; la tr&#225;gica hora de la &#250;ltima reuni&#243;n de la Agrupaci&#243;n de Los Amigos de Durruti, que tras un prolongado examen del desastre en el que la contrarrevoluci&#243;n nos hab&#237;a hundido, y a pesar de su magnitud, rehus&#243; aceptar que era ya totalmente inevitable. La infame polic&#237;a que sigui&#243; existiendo con Largo Caballero, de cuyo gobierno formaban parte varios militantes anarquistas, fue erosionando la moral revolucionaria de la retaguardia, y el gobierno Negr&#237;n, el gobierno de la derrota o la capitulaci&#243;n, di&#243; a esa derrota proporciones de hecatombe. Por esta raz&#243;n decidimos publicar &#8220;Hacia una nueva revoluci&#243;n&#8221; que fue, como ya he dicho, un mensaje de esperanza y una determinaci&#243;n de reanudar la lucha contra un capitalismo internacional que hab&#237;a movilizado sus gendarmes de los a&#241;os treinta (es decir, los &#8220;camisas negras&#8221; y los &#8220;camisas pardas&#8221;), para aplastar la clase obrera espa&#241;ola a cuya cabeza marchaban los anarquistas y las bases revolucionarias de la Confederaci&#243;n Nacional del Trabajo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En los preludios de Julio podemos discernir entre la Espa&#241;a proletaria sin m&#225;s af&#225;n que el de destruir, y la teocr&#225;tica Espa&#241;a Negra gobernada por los grandes terratenientes que hab&#237;an entregado la econom&#237;a del pa&#237;s a los poderes extranjeros. Este viejo conflicto fue planteado constantemente desde el siglo XV hasta 1936, en el marco de la lucha de la libertad contra la tiran&#237;a, el progreso contra el oscurantismo ; hasta que se hizo presente en este viejo conflicto el anarquismo y la Confederaci&#243;n Nacional del Trabajo, cuyos militantes fueron el blanco de la salvaje represi&#243;n bajo la monarqu&#237;a de Alfonso XIII, el abuelo de Juan Carlos, el actual monarca impuesto al pueblo espa&#241;ol por el capitalismo internacional. Esta imposici&#243;n puede a&#241;adirse al terror que la Revoluci&#243;n Espa&#241;ola inspira a&#250;n en todas las interconectadas fuerzas capitalistas, terror a la sublime gesta de los tres a&#241;os de rebeli&#243;n de la d&#233;cada de los a&#241;os treinta. De ah&#237; el miedo del eje Washington-Mosc&#250; y del tri&#225;ngulo Bonn-Par&#237;s-Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cuarenta a&#241;os despu&#233;s, se ha hecho evidente la importancia de lo que escribimos en aquellas horas, cargadas de pasi&#243;n y dolor. Si en los a&#241;os treinta el proletariado espa&#241;ol se arroj&#243; en un prodigioso combate, aunque desarmados y con sus frentes de batalla y su retaguardia minadas por la h&#237;brida y asesina polic&#237;a de los comunistas, hoy el proletariado espa&#241;ol una vez m&#225;s se lanza a la gran aventura de la revoluci&#243;n. Hay se&#241;ales de esperanza en la forma de la magn&#237;fica joven generaci&#243;n forjada en la c&#225;rcel, que est&#225; equipada con las ense&#241;anzas le&#237;das en los libros, particularmente con los escritos por los revolucionarios, que resistieron con firmeza el maremoto de la contrarrevoluci&#243;n... y que en cuanto a temas te&#243;ricos est&#225; quiz&#225;s mejor equipada que los hombres de Julio de 1936, que quedaron pasmados ante la grandeza de la revoluci&#243;n social que tan gloriosamente hab&#237;a amanecido sobre el suelo ib&#233;rico, y que, para utilizar una expresi&#243;n apropiada, pudo llegar a ser el primer escal&#243;n de una revoluci&#243;n primero europea y despu&#233;s mundial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ese folleto de 1938 dec&#237;amos que todas las revoluciones son totalitarias. Ellos deben interpretarlo y expresarlo por su propia cuenta en el sentido de que todas las revoluciones son un todo completo. Es decir, no pueden hacerse a medias, o por partes, sin que el gran edificio de la revoluci&#243;n se enfrente con su destrucci&#243;n. Es terrible que algunas v&#237;as de la encrucijada de la revoluci&#243;n lleven al desastre. La Revoluci&#243;n Espa&#241;ola fue condenada a muerte en el instante en que el esp&#237;ritu revolucionario y la guerra se divorciaron. Veamos por ejemplo el decreto de militarizaci&#243;n de las Milicias. Si se respetaba la estructura estatal la Revoluci&#243;n Espa&#241;ola ya no pod&#237;a sobrevivir. Los comit&#233;s de defensa, las patrullas de control y las colectividades fueron disueltos. Esta fue la causa determinante de la imprevista insurrecci&#243;n del proletariado catal&#225;n en Mayo de 1937, cuando los trabajadores decidieron recuperar las conquistas de Julio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los Hechos de Mayo fueron descritos en nuestro folleto. La lecci&#243;n de Mayo es inconfundible. Las revoluciones no pueden limitarse a si mismas en los confines de su tierra nativa. Una nueva Revoluci&#243;n Espa&#241;ola podr&#237;a, si se produjera, asumir proporciones europeas. Hoy Europa est&#225; sentada en los bordes de un volc&#225;n. Fieles a nuestro mensaje de 1938, lucharemos por una nueva revoluci&#243;n europea, pues la Revoluci&#243;n Espa&#241;ola de 1936 y la Revoluci&#243;n Portuguesa de 1974 deben ser etiquetadas de europeas. Ambas sufrieron el mismo defecto : dejaron intacto el Estado, y en ambos casos los seudorrevolucionarios reconstruyeron las descompuestas estructuras estatales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los trabajadores europeos deben ayudar al proletariado espa&#241;ol en su lucha contra el capitalismo internacional, que ya ha empezado en nuestro suelo. La solidaridad europea es indispensable para poder derrocar a la monarqu&#237;a impuesta al pueblo espa&#241;ol por el capitalismo internacional. Otra vez m&#225;s el proletariado espa&#241;ol ser&#225; el catalizador del proletariado europeo si establecemos una cerrada alianza con los trabajadores revolucionarios espa&#241;oles para contrarrestar un cerco capitalista que tiene el benepl&#225;cito tanto de socialistas como de comunistas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El trascendental impacto de la Revoluci&#243;n Espa&#241;ola de 1936, que deber&#237;a haber iniciado necesariamente un ciclo de revoluciones europeas, aterrorizaba a los magnates capitalistas que tem&#237;an su extensi&#243;n continental ; y por eso masacraron al pueblo espa&#241;ol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ya hemos indicado las causas de la derrota, pero queremos subrayar la necesidad de preparar un aut&#233;ntico internacionalismo proletario que deba descubrirse a si mismo con la creaci&#243;n de un poderoso movimiento libertario europeo. Abandonemos nuestras dudas y esperanzas sobre el inmaduro esp&#237;ritu libertario de los j&#243;venes europeos, en esta Europa que est&#225; s&#243;lo a un paso del fascismo. La nueva revoluci&#243;n espa&#241;ola se est&#225; formando : lo &#250;nico que queda por hacer es organizar la movilizaci&#243;n de todos los revolucionarios europeos alrededor de Espa&#241;a, sin desfallecer ni por un instante, y que pese al terrible ba&#241;o de sangre en el que el capitalismo internacional nos sumergi&#243; durante los a&#241;os treinta, y pese a los a&#241;os de terror de los cuarenta y bajo la presente monarqu&#237;a, fracasada seg&#250;n declara ella misma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monarqu&#237;a es una criatura de los lacayos del eje Bonn-Par&#237;s y de los mercenarios del gendarme USA, sin olvidar la t&#225;cita aquiescencia de la URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaime Balius, 1978 (Los Amigos de Durruti)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Preliminares de la revoluci&#243;n espa&#241;ola &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La rotaci&#243;n pol&#237;tica que se ha caracterizado en Espa&#241;a por el cl&#225;sico turno en el poder, de los constitucionalistas y los absolutistas, y que ha constituido el engranaje de la cosa oficial, se quebr&#243; de un modo fulminante con el golpe de Estado que dio en la capital catalana (en el a&#241;o 1923) un general borrach&#237;n y pendenciero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictadura de Primo de Rivera es la resultante de la desastrosa actuaci&#243;n de una pol&#237;tica que se ha desenvuelto entre despilfarros, monopolios, gajes burocr&#225;ticos, primas, concesiones y un c&#250;mulo de ping&#252;es negocios que se han realizado siempre con el favor oficial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reacci&#243;n de la militarada del a&#241;o 1923 es una expresi&#243;n exacta de una de las causas que han empobrecido a nuestro pa&#237;s y que han absorbido, casi por entero, el presupuesto nacional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El poder&#237;o colonial de Espa&#241;a dio vida a una taifa de aventureros, de mercenarios, de pol&#237;ticos profesionales y a una cohorte de tratantes de carne barata.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mientras que la burocracia del sable y los caballeros de industria tuvieron un mercado abundante en las posesiones de ultramar para robar y saquear, la Espa&#241;a oficial pudo ir navegando con rumbo m&#225;s o menos incierto. Pero el desastre colonial llev&#243; aparejado el hundimiento de este tinglado que manejaba una minor&#237;a sin escr&#250;pulos y sin entra&#241;as.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fines del siglo XIX los militares se quedan sin la presa codiciada. Han de regresar a la pen&#237;nsula con los entorchados anegados en sangre y con la afrenta de unos entes inservibles ni en el propio terreno de las armas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Desde este momento se plantea un problema dif&#237;cil para el pueblo espa&#241;ol. Miles de paniaguados, de un rey sifil&#237;tico vienen a devorar a los naturales del pa&#237;s, puesto que se les hab&#237;a acabado la posibilidad de seguir esquilmando a los pobladores de las colonias que maldec&#237;an a la Espa&#241;a representada por los ladrones y asesinos de faj&#237;n y de bocamangas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El erario p&#250;blico necesitaba un desahogo inmediato. El acta de Algeciras permite asaltar el per&#237;metro de Marruecos. Las minas del Riff que codiciaba el ex-conde de Romanones se convierten en una ventosa que aspira la sangre y el dinero del pueblo espa&#241;ol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La aventura de Marruecos ha costado al tesoro nacional la cifra de 1.000.000.000 de pesetas y miles de vidas ofrecidas en holocausto del grupo financiero que representaba el ex-conde de Romanones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tragedia del Barranco del Lobo y la de Annual constituyen las fases m&#225;s salientes de este matadero espa&#241;ol que ha girado en torno de las minas de hierro situadas en la cabila de Beni-Bu-Ifrar cerca del monte Af-Laten.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los militares han sido la eterna pesadilla del pueblo laborioso. De infausta memoria anotamos las Juntas de Defensa. El inspirador de las mismas -coronel M&#225;rquez- trat&#243; de infundirles un esp&#237;ritu liberal pero el favor palatino y las intrigas de La Cierva, pesaron mucho m&#225;s que la supuesta buena voluntad de un coronel que se vio perseguido y encarcelado en Montjuich.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El general Primo de Rivera encarn&#243; todo el pasado que estamos narrando. Del brazo de L&#243;pez Ochoa y con la complacencia de la burgues&#237;a, de los latifundistas, del clero, de las finanzas, encaram&#243; la espada en las alturas del Poder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se ha se&#241;alado textualmente que el ex-Capit&#225;n General de Catalu&#241;a sal&#237;a a la palestra a cancelar el expediente Picasso -en el que estaban complicados en primer t&#233;rmino Alfonso XIII y su testaferro el General Silvestre. Es indudable que esta versi&#243;n no es infundada ; pero lo que precipit&#243; el golpe militarista fue sin ning&#250;n g&#233;nero de dudas el malestar que se manifestaba en el seno de la clase trabajadora que, harta de atropellos y latrocinios, se dispon&#237;a a barrer del suelo espa&#241;ol a los causantes de su infortunio. La burgues&#237;a financiera e industrial puso todos sus recursos en la tramoya militar. Restringieron los cr&#233;ditos, sabotearon la econom&#237;a, implantaron el lock-out, provocaron huelgas. Los burgueses catalanes recibieron con grandes muestras de j&#250;bilo la polacada de los militares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La etapa de Primo de Rivera se ha de catalogar como un ensayo de la clase dominante para eludir el zarpazo de la clase trabajadora que en las etapas venideras se produce con trazos m&#225;s categ&#243;ricos. Su gesti&#243;n fue la repetici&#243;n corregida y aumentada de las &#233;pocas pret&#233;ritas, con la id&#233;ntica corrupci&#243;n de costumbres y con la eterna desverg&#252;enza que ha matizado, en toda &#233;poca, el cad&#225;ver de la Espa&#241;a castiza y harapienta. Al general mujeriego, le sucede Berenguer al que reemplaza m&#225;s tarde Aznar. Y como colof&#243;n, es el conde de Romanones (agente del intelligence service) quien realiza el traspaso de la monarqu&#237;a a su antiguo secretario, a don Niceto Alcal&#225; Zamora, que de consuno con el hijo de Maura y ayudado por un m&#233;dico palaciego (Mara&#241;&#243;n, del intelligence service), sentaron los pilares de una Rep&#250;blica que forzosamente hab&#237;a de culminar en la hediondez m&#225;s espantosa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nace la Rep&#250;blica completamente yugulada de sabor popular. En lugar de unas directrices sociales, forjadas en el fragor del arroyo, prevalecen las mismas taras de las etapas borb&#243;nicas. El Poder lo detentan los pol&#237;ticos que en los periodos mon&#225;rquicos sirvieron a su amo. Alcal&#225; Zamora era un mon&#225;rquico recalcitrante, representante del clero y de los latifundistas. Aza&#241;a perteneci&#243; al partido de Melqu&#237;ades &#193;lvarez ; Miguel Maura, otro realista ; Alejandro Lerroux un deshonrado...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La desolada Espa&#241;a segu&#237;a la senda de las traiciones, de los concili&#225;bulos inconfesables. La comedia de abril hab&#237;a de costar raudales de sangre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Rep&#250;blica abrile&#241;a iba a dar resultados catastr&#243;ficos. A los pocos d&#237;as se produc&#237;an acontecimientos. El v&#225;stago del asesino de Ferrer, el autor de 108 muertos, el ministro que dio la orden de disparar sin previo aviso, convirti&#243; nuestro suelo en una hilera de cruces funerarias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al percatarse las masas obreras que sus reivindicaciones eran vilmente burladas, se revolvi&#243; airadamente contra la misse en sc&#232;ne de abril. Miguel Maura moviliz&#243; las fuerzas armadas de la flamante Rep&#250;blica para asesinar y diezmar a los trabajadores. Pasajes, Arnedo, Castilblanco, Sevilla, Catalu&#241;a... cataloga la naturaleza de una Rep&#250;blica que despide al soberano con guante blanco y lo convoya en un buque de la escuadra. Y la familia de Alfonso XIII encaja los apretones de manos del general Sanjurjo que en agosto de 1932 y en julio de 1936 asestaba duras arremetidas contra un pueblo que fue juguete inconsciente de los pol&#237;ticos que concedieron carta blanca al general asesino y de abolengo realista. Y en la estaci&#243;n del Escorial el conde de Romanones dec&#237;a muy quedamente a la ex-reina : Hasta muy pronto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discurri&#243; la Rep&#250;blica por constantes fluctuaciones. En las Cortes Constituyentes no se dio soluci&#243;n a ning&#250;n problema. El problema militar que s&#243;lo pod&#237;a resolverse con piquetes de ejecuci&#243;n, se troc&#243; en una farsa. Aza&#241;a concedi&#243; a los militares el retiro con unas condiciones tan excepcionales que tuvo la virtud de gravar enormemente las clases pasivas y entreg&#243; los cuartos de banderas a la oficialidad mon&#225;rquica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El problema religioso tambi&#233;n fue soslayado. Deb&#237;a expropiarse sin indemnizaci&#243;n alguna a la Iglesia, am&#233;n de la supresi&#243;n de la partida de cultos y clero, del presupuesto nacional. No se hizo as&#237;. Se legalizaron las &#243;rdenes religiosas dando carta de ciudadan&#237;a a las mesnadas que se cobijaban en las 300 &#243;rdenes religiosas y en los 10.000 conventos. No se quiso librar al pueblo espa&#241;ol de la carcoma que ha corro&#237;do durante largos siglos el alma peninsular. Hizo m&#225;s el gobierno Mendiz&#225;bal que la Rep&#250;blica nacida con una experiencia de cien a&#241;os. Y no se arrancaron los 5.000.000.000 de pesetas que ten&#237;an incrustadas los jesuitas en la econom&#237;a nacional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cuesti&#243;n financiera tampoco fue resuelta. Se reconocieron las deudas y los despilfarros de la Monarqu&#237;a. Se hipertrofi&#243; el presupuesto. Se aumentaron las clases pasivas y creci&#243; grandemente la burocracia. La deuda p&#250;blica que en 1814 ascend&#237;a a 3.000.000.000 de pesetas, aumentada vertiginosamente con los desastres coloniales y de &lt;br class='autobr' /&gt;
Marruecos (conociendo un ligero desinflamiento en la &#233;poca de Villaverde) llega al per&#237;odo abrile&#241;o con la cifra astron&#243;mica de 22.000.000.000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El 14 de abril protege a los rentistas y grava al consumidor. El impuesto sobre la renta fue algo truculento. Se hizo una pol&#237;tica netamente burguesa a pesar de estar los socialistas en los esca&#241;os y en el Poder. Y los monopolios siguieron a la orden del d&#237;a, continuando en sus reales el contrabandista March que se dio el gustazo de fugarse de la c&#225;rcel cuando a &#233;l se le antoj&#243;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cuesti&#243;n de los Estatutos tampoco dio un resultado satisfactorio. En uno de los art&#237;culos de la Carta constitucional se habla de una Rep&#250;blica federal o federativa pero, en resumen de cuentas, se mantuvo el centralismo. La cuesti&#243;n agraria result&#243; un escarnio. El Instituto de la Reforma Agraria fue un vivero de enchufistas. Hab&#237;an de asentarse 5.000 campesinos por a&#241;o. Necesitaban tierra 5.000.000. Al cabo de mil a&#241;os se hubiera terminado tan jocosa y sangrante reforma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En las cuestiones de trabajo se arm&#243; un galimat&#237;as horrendo. El control obrero consisti&#243; en una serie de delegaciones que se las repart&#237;an las amistades y los incondicionales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El problema de una Espa&#241;a colonizada se plante&#243; con el pleito de la Telef&#243;nica. A pesar de las bravatas de Prieto, a pesar de que en una conferencia celebrada en el Ateneo de Madrid se motej&#243; de leonino el contrato de la Telef&#243;nica (por el orondo l&#237;der socialista) y en contra de estas manifestaciones se opt&#243; por ametrallar a los obreros de la Telef&#243;nica cuando salieron a la calle pidiendo un justo aumento de salarios y como contraste se apuntal&#243; al capital norteamericano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dos bienios hemos vivido. El rojo y el negro. En los dos, la clase obrera fue perseguida a mansalva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los socialistas actuaron de lacayos del capitalismo. Las leyes de defensa de la Rep&#250;blica, de Orden P&#250;blico, del 8 de abril son de un car&#225;cter ampliamente represivo. Las derechas se sirvieron a placer de ellas. La reacci&#243;n obrera se manifest&#243; en la quema de conventos, en los sucesos de Barcelona, en Figols, en el 8 de enero, en el 5 de diciembre. Las deportaciones a Bata y a Villa Cisneros adelantan la entrega infamante de la Rep&#250;blica a los enemigos seculares del proletariado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los dos bienios fueron funestos. La social democracia es responsable de que las derechas hayan vuelto a prevalecer. Y son los culpables de que la revoluci&#243;n no haya podido evitar la intervenci&#243;n extranjera, pues en abril de 1931 el fascio italiano a&#250;n no se hab&#237;a librado de la espina de Adua y los hitlerianos tampoco hab&#237;an logrado estructurar el Estado totalitario y nacionalista. Las circunstancias eran favorables. Pero la traici&#243;n de los socialistas y el reformismo de Pesta&#241;a y adl&#225;teres, impidi&#243; llevar a la cima lo que m&#225;s tarde va a ser mucho m&#225;s costoso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De esta amalgama de situaciones m&#225;s o menos dispares, amaneci&#243; octubre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Asturias se vivi&#243; el pr&#243;logo de julio. Se luch&#243; con denuedo y con bravura. En Catalu&#241;a, Denc&#224;s se encarga de alejar la clase trabajadora de aquel movimiento que pod&#237;a ser decisivo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octubre, los socialistas pretend&#237;an solamente amedrentar a Alcal&#225; Zamora para que no entregase el poder a las derechas, como as&#237; lo hab&#237;an intentado en las huelgas precedentes. De haber deseado la revoluci&#243;n hubieran aprovechado el levantamiento campesino de junio de 1934 o bien lo hubiesen aplazado para ligar la ciudad con el campo. Pero los socialistas fueron desbordados por la clase trabajadora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dos a&#241;os dur&#243; el Gobierno Lerroux-Gil Robles. A&#241;os negros, de represi&#243;n, de encarcelamientos. Culmina en febrero con las elecciones pro-presos que desemboca en las jornadas de julio.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;19 de julio &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La tragedia de Espa&#241;a no tiene l&#237;mites. Es in&#250;til que las plumas m&#225;s vibrantes pretendan dise&#241;ar el dolor de este pueblo que lleva grabados en sus cuerpos y en sus mentes los horrores de un pasado y de un presente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No podr&#225;n nuestros escritores reflejar con exactitud el calvario de esta raza que parece talmente que haya nacido para sufrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Este cuadro de dolor, este aguafuerte espa&#241;ol halla su m&#225;xima algidez en febrero de 1936. En esta fecha, el suelo espa&#241;ol era un inmenso presidio. Miles de trabajadores yac&#237;an tras rejas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos hallamos en las puertas de julio. Es necesario recordar los acontecimientos que constituyeron la antesala del levantamiento militar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pol&#237;tica del bienio negro estaba en quiebra. Gil Robles no hab&#237;a satisfecho las apetencias de sus ac&#243;litos. Una pugna hab&#237;a aflorado entre Alcal&#225; Zamora y el jefe de Acci&#243;n Popular. El jesuitismo respaldaba al Presidente de la Rep&#250;blica. Era su nuevo candidato ; no en balde hab&#237;a levantado bandera en pro de la reforma constitucional y en pro de la religi&#243;n. La vida de las Cortes era incierta. Los radicales estaban divorciados del bloque de las derechas, pues se sent&#237;an alejados del pesebre nacional. Las sesiones tumultuosas matizaban la jarana de una pol&#237;tica baja, repugnante y criminal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El proletariado empezaba a manifestarse de la forma que estaba m&#225;s a su alcance. Los m&#237;tines monstruosos celebrados en el Stadium de Madrid, en Baracaldo y en Valencia, congregaron inmensas multitudes. Es de lamentar que aquellas demostraciones de tes&#243;n y de rebeld&#237;a sirviesen a la postre para revalorizar a una figura vetusta y reaccionaria como en el caso presente de Aza&#241;a. Y el error se paga m&#225;s tarde con creces. Alcal&#225; Zamora se cree &#225;rbitro de la situaci&#243;n. Disuelve las Cortes. Sus testaferros son Franco, Goded, Cabanellas, Queipo de Llano, Mola. Elige para la consumaci&#243;n de sus planes a un bandolero de las finanzas, Portela Valladares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los resortes estatales le faltan al cacique gallego. A pesar de los pucherazos electorales y del encasillado de gobernaci&#243;n, el resultado de las elecciones de febrero no satisfacen las ansias de la Santa Sede.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alcal&#225; Zamora viendo frustradas sus combinaciones, brinda a Portela la declaraci&#243;n del estado de guerra. Portela no se atreve. Se da cuenta de que el pueblo espa&#241;ol est&#225; en la calle. Aconseja la entrada de Aza&#241;a. Y acierta. El pol&#237;tico del bienio rojo ser&#225; un sedante moment&#225;neo. Es lo que pretend&#237;a la reacci&#243;n en aquellos momentos. Un comp&#225;s de espera, para ir preparando la sublevaci&#243;n de los generales adictos a la Plaza de Oriente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El triunfo electoral de febrero no abri&#243; los ojos a los socialistas. Aquellas protestas cicl&#243;peas de la poblaci&#243;n penal, aquel entusiasmo para liberar a los presos del gran drama de octubre, no les sugiri&#243; nada nuevo. Siguieron la cl&#225;sica pauta. Nuevas Cortes. Nueva elecci&#243;n de Intendente de la Rep&#250;blica. Ocultaron al pueblo los prop&#243;sitos dictatoriales de Alcala Zamora y sus intenciones de entregar el mando a los militares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pero el proletariado pose&#237;a una dura experiencia de los bienios transcurridos. Se lanzan a la calle. Teas incendiarias prenden fuego a los centros religiosos. Las c&#225;rceles claman a trav&#233;s de los muros. La ciudad y el campo bullen por un igual. La idiotez de la social democracia aplaza la eclosi&#243;n popular. Afortunadamente el cerrilismo de las derechas, que no supieron apreciar en su verdadero valor el papel contrarrevolucionario de Aza&#241;a y de Prieto, plantea al cabo de cinco meses el problema en la calle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De febrero a julio se producen sendos disturbios. Volvi&#243; a derramarse sangre de trabajadores. La huelga del ramo de la construcci&#243;n de Madrid y un choque ocurrido en M&#225;laga revela el cretinismo de los pol&#237;ticos de febrero.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las derechas inician un plan descarado de ataque a la situaci&#243;n que emana de unas elecciones te&#241;idas de una dosis sentimental. Los fascistas asesinan a mansalva, provocan algaradas. Se vislumbra que la Espa&#241;a negra tramaba algo. Se hablaba con insistencia de una asonada militar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No hab&#237;a duda. El proletariado estaba pisando el vest&#237;bulo de julio. Los gobernantes se encog&#237;an de espaldas. Entre el fascismo y el proletariado prefer&#237;an a los primeros. Y para despistar, el traidor n&#250;mero uno, Casares Quiroga amenazaba desde el banco azul a las derechas incit&#225;ndolas a que salieran a la calle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La muerte de Calvo Sotelo precipit&#243; los acontecimientos. Se rumoreaba, con visos de verosimilitud, que los militares se echar&#237;an a la calle de un instante a otro. &#191;Se previnieron los gobernantes ? Franco dispon&#237;a de mando en Canarias, Goded en las Baleares, Mola en Navarra... &#191;Por qu&#233; no se licenci&#243; inmediatamente a la tropa ? &#191;Por qu&#233; no se arm&#243;, sin p&#233;rdida de tiempo, al pueblo ? &#161;Los fascistas tambi&#233;n contaban con poderosos auxiliares en los sitiales gubernamentales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El d&#237;a 17 de julio vino a descifrar el enigma en que est&#225;bamos rebatiendo desde fechas ha. En las Baleares, en Marruecos, en Canarias, la oficialidad se hallaba en franca revuelta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#191;Qu&#233; medidas se tomaron para atajar la sublevaci&#243;n ? &#191;Qu&#233; hizo el gobierno de este canalla, de este Casares Quiroga ? Encerrarse en la inercia m&#225;s absoluta. Esconder al pueblo la gravedad de la situaci&#243;n. Ordenar una severa censura. Negar las armas al proletariado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Del d&#237;a 17 al 19 de julio, hab&#237;a tiempo suficiente para reducir a los militares. Prevaleci&#243; una actitud suicida y sospechosa en alto grado. Casares Quiroga es c&#243;mplice de Mola. Lo mantuvo en Pamplona a pesar de haberse declarado en franca rebeld&#237;a desde las elecciones de febrero y a pesar de dar amparo a todos los conspiradores de derechas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La traici&#243;n de las izquierdas es evidente. No se dio armas al pueblo porque los dem&#243;cratas burgueses tem&#237;an al proletariado. Y as&#237; fue posible que m&#250;ltiples localidades, que siempre hab&#237;an demostrado una potencialidad proletaria, cayesen f&#225;cilmente en poder de los fascistas. En Zaragoza la negativa del gobernador Vera Coronel, que entretuvo con entrevistas a los representantes de la clase trabajadora, facilit&#243; el triunfo fascista. Y en Valencia, cuando en Espa&#241;a entera se estaba luchando, todav&#237;a se toleraba la permanencia de las fuerzas sublevadas en los cuarteles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En esta hora hist&#243;rica, anegados de sangre, acusamos, sin eufemismos, a los pol&#237;ticos republicanos que, por su aversi&#243;n a la clase trabajadora, favorecieron de una manera abierta al fascismo. Acusamos a Aza&#241;a, a Casares Quiroga, a Companys, a los socialistas, a todos los farsantes de esta Rep&#250;blica que surgida de un sainete abrile&#241;o ha destrozado los hogares de la clase trabajadora. Y esto ocurre por no haberse hecho la revoluci&#243;n en su debido tiempo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las armas las fue a buscar el pueblo. Se las gan&#243;. Las conquist&#243; con su esfuerzo propio. No se las dio nadie. Ni el Gobierno de la Rep&#250;blica ni la Generalidad dieron un solo fusil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El 19 de julio, el proletariado se aposent&#243; en la calle como en las grandes jornadas. D&#237;as antes hab&#237;a actuado sigilosamente de vig&#237;a en las calles de las poblaciones espa&#241;olas. En la capital catalana se remembraron d&#237;as de gloria y de lucha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El primer armamento lo sacaron los trabajadores catalanes de unos buques surtos en el fondeadero barcelon&#233;s. Del Manuel Arn&#250;s y del Marqu&#233;s de Comillas, se sacaron las primeras armas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al amanecer del 19 de julio, los militares se echaron a la calle. El pueblo catal&#225;n arremeti&#243; contra ellos. Asalt&#243; cuarteles y luch&#243; hasta acabar con el postrer reducto fascista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El proletariado catal&#225;n salv&#243; del fascismo a la Espa&#241;a proletaria. La Catalu&#241;a proletaria se convert&#237;a en el faro alumbrador de toda la pen&#237;nsula. No importa que el agro espa&#241;ol est&#233; en poder de los fascistas. Los trabajadores de los centros industriales rescataremos a nuestros camaradas del cautiverio que les ha ca&#237;do en suerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Madrid ocurri&#243; exactamente lo mismo. Tampoco les dieron armas. Las ganaron en la calle. El proletariado breg&#243;. Asalt&#243; el Cuartel de la Monta&#241;a. Venci&#243; a los militares. Y con escopetas, y como pudo, se dirigieron los trabajadores a la Sierra de Guadarrama para cortar el paso al general Mola que, al frente de las brigadas de Navarra, se dispon&#237;a a conquistar la capital castellana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En el Norte, en Levante y en diversas localidades de Arag&#243;n, de Andaluc&#237;a y de Extremadura se derrot&#243; al fascismo. Pero en el resto de la pen&#237;nsula los obreros estaban desarmados y tuvieron que enfrentarse con los propios gobernadores de izquierda que facilitaron el golpe de la hez espa&#241;ola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Casares Quiroga le sucedi&#243; un gobierno Mart&#237;nez Barrios. El pol&#237;tico que torpede&#243; las constituyentes de abril ocupaba el Poder para pactar con los fascistas y entregarles el mando. La r&#225;pida reacci&#243;n de la clase trabajadora impidi&#243; que se fraguase una de las traiciones m&#225;s infamantes, que si no se lleg&#243; a cometer fue debido a que no hubo tiempo para ello. De esta maniobra vil han de responder los pol&#237;ticos con sus cabezas, empezando por Aza&#241;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La atm&#243;sfera pesimista de los primeros instantes, el prop&#243;sito de rendici&#243;n que anidaba en los centros oficiales, fue r&#225;pidamente contrarrestado por la bravura del proletariado. A Mart&#237;nez Barrios le sustituye Giral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hemos relatado los aspectos de car&#225;cter anecd&#243;tico. Pero es preciso detenerse unos instantes m&#225;s en julio, y es necesario examinar qu&#233; clase de revoluci&#243;n fue la de aquellas memorables jornadas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se ha teorizado mucho en torno de julio. Los burgueses dem&#243;cratas y los marxistas aseguran que la explosi&#243;n popular de julio ha de catalogarse como un acto de leg&#237;tima defensa que realiz&#243; el proletariado al verse acosado por su mayor enemigo. En torno de esta tesis se argumenta que no puede considerarse julio como una manifestaci&#243;n t&#237;picamente revolucionaria y de clase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tesis de nuestros ant&#237;podas es falsa. Las revoluciones se producen en una fecha imprevista pero siempre est&#225;n precedidas de un largo periodo de gestaci&#243;n. En abril se cerr&#243; un par&#233;ntesis y se abri&#243; otro. Y este segundo par&#233;ntesis, lo encabez&#243; precisamente, en abril, la clase trabajadora y todav&#237;a sigue en las avanzadillas de la revoluci&#243;n. De no haberse lanzado el proletariado a la calle en julio, lo hubiese practicado fechas m&#225;s tarde, pero no hubiese desistido de su noble empe&#241;o de redimirse del yugo burgu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pero se procedi&#243; de una manera opuesta. Se colabor&#243; con la burgues&#237;a en las esferas estatales en el preciso momento que el Estado se cuarteaba por los cuatro costados. Se robusteci&#243; a Companys y a su s&#233;quito. Se inyect&#243; un bal&#243;n de ox&#237;geno a una burgues&#237;a an&#233;mica y atemorizada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Una de las causas que m&#225;s directamente ha motivado la yugulaci&#243;n de la revoluci&#243;n y el desplazamiento de la CNT es el haber actuado como sector minoritario a pesar de que en la calle dispon&#237;amos de la mayor&#237;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En esta tesitura minoritaria, la CNT no ha podido hacer valer sus proyectos, vi&#233;ndose constantemente saboteada y envuelta en las redes de la pol&#237;tica turbia y falaz. Y en la Generalidad, y en el Municipio, dispon&#237;a de menos votos que los otros sectores, siendo as&#237; que el n&#250;mero de afiliados de nuestras organizaciones era muy superior. Y adem&#225;s, la calle la ganamos nosotros. &#191;Por qu&#233; la cedimos tan tontamente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Por otra parte afirmamos que las revoluciones son totalitarias por m&#225;s quien afirme lo contrario. Lo que ocurre es que diversos aspectos de la revoluci&#243;n se van plasmando paulatinamente, pero con la garant&#237;a de que la clase que representa el nuevo orden de cosas es la que usufruct&#250;a la mayor responsabilidad. Y cuando se hacen las cosas a medias, se produce lo que estamos comentando, el desastre de julio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En julio se constituy&#243; un comit&#233; de milicias antifascistas. No era un organismo de clase. En su seno se encontraban representadas las fracciones burguesas y contrarrevolucionarias. Parec&#237;a que enfrente de la Generalidad se hab&#237;a levantado el comit&#233; susodicho. Pero fue un aire de bufonada. Se constituyeron las patrullas de control. Eran hombres de las barricadas, de la calle. Se tomaron las f&#225;bricas, las empresas, los talleres, y se arrebat&#243; la presa al latifundismo. Se crearon comit&#233;s de defensa de barriada, municipales, comit&#233;s de abastos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Han transcurrido diecis&#233;is meses. &#191;Qu&#233; resta ? Del esp&#237;ritu de julio, un recuerdo. De los organismos de julio, un ayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pero queda en pie todo el tinglado pol&#237;tico y peque&#241;o burgu&#233;s. En la Plaza de la Rep&#250;blica de la capital catalana persiste la mara&#241;a de unos sectores que s&#243;lo pretenden vivir a espaldas de la clase trabajadora.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3 de mayo &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ha sido en el per&#237;metro catal&#225;n en donde se ha esforzado m&#225;s la contrarrevoluci&#243;n en aplastar las esencias revolucionarias de julio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Catalu&#241;a industrial, por su configuraci&#243;n econ&#243;mica, permit&#237;a concentrar grandes masas de trabajadores educados en un ambiente clasista, de f&#225;brica, de taller. Esta idiosincrasia de los centros fabriles es de un alto sentido halag&#252;e&#241;o para la consecuci&#243;n de las reivindicaciones revolucionarias. La poblaci&#243;n laboriosa de Catalu&#241;a dio vida en julio a una nueva t&#243;nica social. Resurgi&#243; un proletariado ind&#243;mito que pose&#237;a el adiestramiento de largos a&#241;os de lucha en los cuadros confederales. La revoluci&#243;n social en Catalu&#241;a pod&#237;a ser un hecho. Adem&#225;s, este proletariado revolucionario pod&#237;a haber servido de contrapeso a un Madrid burocr&#225;tico y reformista y la influencia de una Vizcaya cat&#243;lica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pero los acontecimientos tomaron otro giro. En Catalu&#241;a no se hizo la revoluci&#243;n. La peque&#241;a burgues&#237;a, que en las jornadas de julio se escondi&#243; en las trastiendas, al percatarse de que el proletariado era nuevamente v&#237;ctima de unos l&#237;deres sofistas se aprest&#243; a dar la batalla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lo chocante del caso es que al hablar de mesocracia nos hemos de referir a los marxistas que han arramblado con todos los tenderos y con los 120.000 votantes de la Lliga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El socialismo en Catalu&#241;a ha sido funesto. Han nutrido sus filas con una base adversa a la revoluci&#243;n. Han capitaneado la contrarrevoluci&#243;n. Han dado vida a una UGT mediatizada por el GEPCI Los l&#237;deres marxistas han entonado loas a la contrarrevoluci&#243;n. Y en torno del frente &#250;nico han esculpido frases, eliminando primeramente al POUM y m&#225;s tarde han intentado repetir la haza&#241;a con la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las maniobras de la peque&#241;a burgues&#237;a aliada de los socialistas-comunistas, culminaron en los sucesos de mayo. Distintas versiones han corrido acerca de mayo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pero la ver&#237;dica es que la contrarrevoluci&#243;n pretend&#237;a que la clase trabajadora saliera a la calle en un plan de indecisi&#243;n para aplastarla. En parte, lograron sus prop&#243;sitos por la estulticia de unos dirigentes que dieron la orden de alto el fuego y motejaron a los Amigos de Durruti de agentes provocadores cuando la calle estaba ganada y eliminado el enemigo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La contrarrevoluci&#243;n sent&#237;a un inter&#233;s evidente de que el orden p&#250;blico pasase a depender del Gobierno de Valencia. Se logr&#243; gracias a Largo Caballero y es de remarcar que en aquel entonces la CNT dispon&#237;a de cuatro ministros en las esferas gubernamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tambi&#233;n se ha se&#241;alado que la peque&#241;a burgues&#237;a hab&#237;a tramado un plan de intervenci&#243;n extranjera con la excusa de unos disturbios. Se asegur&#243; que las escuadras extranjeras dirig&#237;an su proa a Barcelona de divisiones motorizadas del ej&#233;rcito franc&#233;s que estaban a punto de intervenir en los puestos fronterizos. Y a esto puede agregarse la labor conspiradora de determinados pol&#237;ticos que se encontraban en la capital francesa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El ambiente estaba enrarecido. Se rasgaban los carnets de la CNT Se desarmaba a los militantes de la CNT y de la FAI Se produc&#237;an continuados choques que no desembocan en sucesos de mayor gravedad por pura casualidad. Las provocaciones que hubimos de soportar los trabajadores fueron m&#250;ltiples. Las bravatas de la mesocracia emerg&#237;an a la superficie sin tapujos ni rodeos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La muerte de un militante socialista -de Rold&#225;n- fue aprovechada para celebrar una manifestaci&#243;n monstruo en la que tom&#243; parte toda la chusma contrarrevolucionaria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Todas las anomal&#237;as eran achacadas a la CNT De todos los desmanes se culpaba a los anarquistas. La escasez de los art&#237;culos alimenticios era atribuida a los comit&#233;s de abastos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El d&#237;a 3 de mayo se produjo la explosi&#243;n. El comisario de orden p&#250;blico Rodr&#237;guez Salas (con el visto bueno de Aguad&#233;) irrumpe al frente de una secci&#243;n de guardias de asalto en la Telef&#243;nica e intenta desarmar a los camaradas de la CNT, a pesar de que en la Telef&#243;nica exist&#237;a un control de las dos sindicales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haza&#241;a del provocador Rodr&#237;guez Salas (del PSUC) fue un toque de clar&#237;n. En pocas horas se levantaron barricadas en todas las calles de la ciudad de Barcelona. Empez&#243; el crepitar de los fusiles, son&#243; el tableteo de las ametralladoras, retumb&#243; en el espacio el estampido de los ca&#241;ones y de las bombas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lucha se decidi&#243; en pocas horas a favor del proletariado enrolado en la CNT que como en julio defend&#237;a sus prerrogativas arma al brazo. Ganamos la calle. Era nuestra. No hab&#237;a poder humano que nos la pudiese disputar. Las barricadas obreras cayeron inmediatamente en nuestro poder. Y poco a poco el reducto de los contrincantes qued&#243; circunscrito a una parte del casco de la poblaci&#243;n (el centro urbano) que pronto se hubiese tomado de no haber ocurrido la defecci&#243;n de los comit&#233;s de la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuestra Agrupaci&#243;n, al percatarse de la indecisi&#243;n que se hab&#237;a manifestado en el curso de la lucha y de la falta de direcci&#243;n tanto callejera como org&#225;nica, lanz&#243; una octavilla y m&#225;s tarde un manifiesto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se nos tild&#243; de agentes provocadores porque exig&#237;amos el fusilamiento de los provocadores, la disoluci&#243;n de los cuerpos armados, la supresi&#243;n de los partidos pol&#237;ticos que hab&#237;an armado la provocaci&#243;n, am&#233;n de la constituci&#243;n de una Junta revolucionaria, de recabar la socializaci&#243;n de la econom&#237;a y de reclamar todo el poder econ&#243;mico para los sindicatos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuestra opini&#243;n expuesta en aquellos instantes &#225;lgidos, a trav&#233;s de la octavilla y del manifiesto, radicaba en que no se abandonasen las barricadas sin condiciones pues se iba a producir el primer caso en la historia de que un ej&#233;rcito victorioso cediese el terreno al contrincante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se necesitaban garant&#237;as de que no ser&#237;amos perseguidos. Pero los capitostes de la CNT aseguraban que los representantes de la organizaci&#243;n en la Generalidad velar&#237;an por la clase trabajadora. No obstante, ocurri&#243; la segunda parte de lo que hab&#237;a acaecido horas antes en Valencia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se abandonaron las barricadas sin que se nos hiciera caso. A medida que fue seren&#225;ndose el horizonte catal&#225;n se fueron conociendo los desmanes cometidos por los marxistas y por la fuerza p&#250;blica. Ten&#237;amos raz&#243;n. El camarada Berneri fue sacado de su domicilio y muerto a tiros en plena calle ; treinta camaradas aparecieron horriblemente mutilados en Sarda&#241;ola ; el camarada Mart&#237;nez, de las Juventudes Libertarias, perdi&#243; su vida de una manera misteriosa en las garras de la Checa y un crecido n&#250;mero de camaradas de la CNT y de la FAI fueron vilmente asesinados.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hemos de recordar que el profesor Berneri era un culto camarada italiano de esta Italia antifascista que nutre las islas de deportaci&#243;n, los cementerios y los campos de concentraci&#243;n y, a la par que sus camaradas antifascistas, no pod&#237;a permanecer en la Italia de Mussolini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Una intensa ola represiva sigui&#243; a estos asesinatos. Detenciones de camaradas por las jornadas de julio y de mayo ; asaltos de sindicatos, de colectividades, de los locales de los Amigos de Durruti, de las Juventudes libertarias, del POUM. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un suceso ha de remarcarse. La desaparici&#243;n y muerte de Andr&#233;s Nin. Ha transcurrido m&#225;s de medio a&#241;o y el Gobierno todav&#237;a ha de aclarar el pretendido misterio que rodea el asesinato de Nin. &#191;Se sabr&#225; alg&#250;n d&#237;a quien ha muerto a Nin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Despu&#233;s de mayo la contrarrevoluci&#243;n se sinti&#243; m&#225;s fuerte que nunca. Las potencias extranjeras ayudaron a esta reacci&#243;n mesocr&#225;tica. A los pocos d&#237;as se constituye el Gobierno Negr&#237;n que naci&#243; con dos objetivos : el aniquilamiento de la fracci&#243;n revolucionaria del proletariado y la preparaci&#243;n de un abrazo de Vergara. Y en Catalu&#241;a se constituy&#243; un gobierno de Secretarios de partidos pol&#237;ticos y de organizaciones sindicales hasta que Luis Companys arroj&#243; de la Generalidad a los representantes de la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los sucesos de mayo tienen unas caracter&#237;sticas muy distintas a las de julio. En mayo el proletariado se bati&#243; con un esp&#237;ritu netamente de clase. No cab&#237;a duda de que la clase trabajadora quer&#237;a radicalizar la revoluci&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Por m&#225;s que la prensa reaccionaria trate de empa&#241;ar la naturaleza de mayo pasar&#225; a la historia como un gesto r&#225;pido y oportuno del proletariado que sintiendo amenazada la revoluci&#243;n sali&#243; a la calle a salvarla y a revalorizarla.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mayo est&#225;bamos a tiempo de salvar la revoluci&#243;n. Quiz&#225;s muchos se arrepientan en estos hist&#243;ricos momentos de haber hecho cesar el fuego. Y si no que claven la vista en las c&#225;rceles abarrotadas de trabajadores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Agrupaci&#243;n Los amigos de Durruti cumpli&#243; con su deber. Fuimos los &#250;nicos que estuvimos a la altura de las circunstancias. Supimos prever los resultados.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nunca podr&#225; olvidarse mayo. Fue el aldabonazo m&#225;s fuerte que ha propinado la clase trabajadora en los p&#243;rticos burgueses. Los historiadores, al hablar de las jornadas de mayo, tendr&#225;n que hacer justicia al proletariado catal&#225;n que sent&#243; en aquellas jornadas los jalones de una nueva etapa que ha de ser proletaria, cien por cien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La independencia de Espa&#241;a &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La intervenci&#243;n de las potencias extranjeras ha vuelto a poner sobre el tapete espa&#241;ol el eterno problema en que se ha debatido nuestro pa&#237;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Desde el siglo XVI que la pol&#237;tica espa&#241;ola ha sido un feudo de las potencias extranjeras. Dos dinast&#237;as, la austr&#237;aca y la borb&#243;nica, am&#233;n del ligero reinado de Amadeo de Saboya- han sojuzgado a los pobladores espa&#241;oles hasta el 14 de abril de 1931.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La independencia de Espa&#241;a ha sido siempre un mito. El Foreign Office y el Quai d'Orsay han jugado un papel important&#237;simo en nuestras deliberaciones. Recu&#233;rdese el indulto de Sanjurjo en la sublevaci&#243;n de agosto de 1932, que se concedi&#243; por la presi&#243;n hecha por el gobierno franc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La econom&#237;a espa&#241;ola, que es agraria por excelencia, nos ha tenido ligados a las grandes potencias industriales. Para exportar nuestros agrios nos hemos visto obligados a comprar maquinaria que la pod&#237;amos fabricar en nuestro terru&#241;o. Y para que Londres recibiera nuestra naranja, se nos imped&#237;a comprar carb&#243;n ingl&#233;s con el contraste de que hab&#237;a de reducir las jornadas de las cuencas carbon&#237;feras por existir stocks sobreabundantes de mineral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exportamos hierro, cobre y otros minerales y despu&#233;s compr&#225;bamos, a la misma naci&#243;n que nos compraba la materia prima, las m&#225;quinas elaboradas con el material exportado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuestro subsuelo es riqu&#237;simo, pero est&#225; en posesi&#243;n del capital ex&#243;tico. Los tent&#225;culos de las finanzas internacionales aprisionan nuestro pa&#237;s y devoran la riqueza vern&#225;cula. Los trabajadores espa&#241;oles han trabajado siempre para satisfacer los dividendos y los beneficios cuantiosos de los accionistas y rentistas extranjeros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El esp&#237;ritu de independencia de los espa&#241;oles se ha manifestado desde los albores de nuestra historia. M&#250;ltiples han sido las invasiones pero nunca han podido abatir el esp&#237;ritu sagrado de independencia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pero as&#237; como en los tiempos de los iberos, de los fenicios, de los cartagineses, de los romanos, de los &#225;rabes, de los franceses, no se manifestaba un car&#225;cter social muy distinto al de las invasiones precedentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la invasi&#243;n napole&#243;nica luchaban juntos liberales y absolutistas. Al lado del Cura Merino se hallaba el Empecinado aunque s&#243;lo fuese moment&#225;neamente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la expedici&#243;n del Duque de Angulema decretada en Viena por la Santa Alianza, ya se manifest&#243; un distingo peninsular. El Cura Merino luchaba al lado de las fuerzas invasoras. En cambio, el Empecinado se opon&#237;a a la entrada de las fuerzas extranjeras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hoy se repite lo acaecido en la &#233;poca de Fernando VII. Tambi&#233;n en Viena se celebr&#243; una reuni&#243;n de los dictadores fascistas para dilucidar su intervenci&#243;n en Espa&#241;a. Y el lugar que ocupaba el Empecinado es desempe&#241;ado por los trabajadores en armas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alemania e Italia est&#225;n carentes de materias primas. Necesitan hierro, cobre, plomo, mercurio. Pero estos minerales espa&#241;oles est&#225;n detentados por Francia e Inglaterra. No obstante intentan conquistar Espa&#241;a, Inglaterra no protesta en forma airada. Por bajo mano intenta negociar con Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y en el curso de la guerra ha contribuido al bloqueo de nuestros puertos. Los buques fascistas descargan material b&#233;lico en los puertos facciosos y cargan mineral, ganado, aceite... El fascismo internacional necesita art&#237;culos alimenticios. El lema de Hitler de m&#225;s ca&#241;ones y menos manteca y la autarqu&#237;a de Mussolini, los induce a saquear las regiones agrarias que est&#225;n bajo la f&#233;rula de los generales sublevados.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En el aspecto econ&#243;mico hemos dependido siempre del extranjero. Los tratados comerciales, la balanza de pagos, nunca nos han favorecido. Esta t&#243;nica ha constituido una pesadilla para nuestra econom&#237;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El problema de Espa&#241;a es de un car&#225;cter colonial. El capitalismo que arroj&#243; al feudalismo del coto nacional, incurre en una contradicci&#243;n de apuntalar el r&#233;gimen feudal en los pa&#237;ses que desea explotar. Este es el caso de Espa&#241;a, como el de China.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clase trabajadora ha de conseguir la independencia de Espa&#241;a. No ser&#225; el capitalismo ind&#237;gena quien lo logre, puesto que el capital internacional est&#225; &#237;ntimamente entrelazado de un conf&#237;n a otro. Este es el drama de la Espa&#241;a actual. A los trabajadores nos toca arrojar a los capitalistas extranjeros. No es un problema patri&#243;tico. Es un caso de intereses de clase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tal como se desarrollan las intrigas internacionales, es presumible que Inglaterra procure liquidar el asunto espa&#241;ol a base de un statu-quo vergonzoso. &#191;Har&#225;n concesiones econ&#243;micas y coloniales a Alemania y a Italia ? &#191;Se conceder&#225; parte de la explotaci&#243;n de nuestro subsuelo a las potencias extranjeras ? &#191;Se repartir&#225;n Espa&#241;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Inglaterra le interesa nuestra riqueza minera pero es tan colosal el chantaje fascista, que irradia todo el mundo, agregando el famoso pacto anticomunista, que a lo mejor la rubia Albi&#243;n ceda a pesar de que no puede tolerar que le amenacen el libre paso de sus barcos por el Mare Nostrum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Es dif&#237;cil vaticinar el futuro. No hemos de confiar en la Sociedad de Naciones, ni en los m&#250;ltiples comit&#233;s, subcomit&#233;s, ni en las Conferencias que como en Nyon s&#243;lo se hace que dar largas al asunto. Pero podemos remarcar que los conservadores ingleses recurren a Lord Halifax, el masacrador de las Indias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#243;lo nos cabe una pregunta : &#191;Querr&#225; Francia poner en juego su seguridad no solamente mar&#237;tima sino terrestre ? &#191;Seguir&#225; Francia la pol&#237;tica de no intervenci&#243;n forjada por Le&#243;n Blum ? &#191;Querr&#225; renunciar a su ej&#233;rcito colonial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No confiamos en nadie. La salvaci&#243;n est&#225; en nuestras manos. Las potencias extranjeras se inclinan por el mal menor, por el pasteleo. Y la clase trabajadora sabr&#225; impedir que Espa&#241;a sea sometida a un estatuto internacional del tipo de T&#225;nger, de Dantzig, del Sarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vencer o morir, camaradas. Este es el dilema de la hora presente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;El colaboracionismo y la lucha de clases &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En el movimiento obrero espa&#241;ol, como en general ha ocurrido en todos los pa&#237;ses, se van manifestando dos tendencias. La colaboracionista y la que no admite transacciones de ninguna especie con el adversario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nuestro suelo, el socialismo, con su ap&#233;ndice sindical la UGT, ha encarnado el cl&#225;sico papel de los reformistas, el clich&#233; de los obreros renegados o bien de los intrusos en las organizaciones obreras que tienden exclusivamente a uncir el proletariado al carro de la burgues&#237;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son notorias las manifestaciones de Indalecio Prieto en el bienio rojo, a prop&#243;sito de la huelga de ferroviarios que caracteriza la entrada del colaboracionismo : Soy antes ministro que socialista, exclamaba don Inda en aquella ocasi&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revoluci&#243;n espa&#241;ola ha adolecido de la influencia notoria que han pose&#237;do los reformistas en las directrices de la misma. No se ha querido interpretar el sentido social y de clase que transpiraron las jornadas de julio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lucha de clases que siempre hab&#237;a sido patrocinada por la CNT ha pasado a ser plato de segunda mesa por una retah&#237;la de cuestiones que han perjudicado enormemente el curso de la revoluci&#243;n. Y al constatar este abandono, no solamente hemos de lamentar la desfiguraci&#243;n revolucionaria sino que tambi&#233;n constatamos la p&#233;rdida de posiciones de car&#225;cter org&#225;nico por no haber mantenido precisamente los derroteros de la revoluci&#243;n en un terreno clasista y haber conculcado el Sindicalismo Revolucionario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los sindicatos son los &#243;rganos que representan de una manera genuina el esp&#237;ritu de clase de los trabajadores en su eterna pugna con el capitalismo. Si relegamos a segundo t&#233;rmino los sindicatos, forzosamente el proletariado ha de sentirse perjudicado en sus propios intereses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La colaboraci&#243;n es funesta en todos momentos. No se ha de colaborar con el capitalismo, ni desde fuera del Estado burgu&#233;s ni dentro de las mismas esferas gubernamentales. Nuestro papel como productores se halla en los sindicatos, fortaleciendo los &#250;nicos estamentos que han de subsistir despu&#233;s de una revoluci&#243;n que encabecen los trabajadores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lucha de clases no es &#243;bice para que en los momentos actuales los trabajadores sigan luchando en los campos de batalla y trabajando en las industrias de guerra. Pero s&#237; ha de tenerse en cuenta que al plantearse un nuevo movimiento se ha de proceder con un sentido de clase y dando la debida prioridad a los sindicatos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al margen de los sindicatos no puede existir otro organismo econ&#243;mico que restrinja sus facultades. Y frente a los sindicatos no puede mantenerse un Estado, mucho menos reforzarlo con nuestras propias fuerzas. La lucha con el capital sigue en pie. Subsiste una burgues&#237;a en nuestro propio terru&#241;o que est&#225; en concomitancia con la burgues&#237;a internacional. El problema es el mismo que a&#241;os atr&#225;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mantengamos la personalidad de los sindicatos. Sigamos la trayectoria se&#241;alada por la CNT en su peculiar forcejeo con la burgues&#237;a ind&#237;gena como fue siempre norma antes del 19 de julio.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los colaboracionistas son aliados de la burgues&#237;a. Los individuos que propugnan tales concomitancias no sienten la lucha de clases ni tienen la menor estima por los sindicatos. En ning&#250;n instante ha de aceptarse la consolidaci&#243;n de nuestro adversario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Al enemigo hay que batirlo. Y si en determinadas ocasiones se efect&#250;a una pausa, no ha de convertirse esta digresi&#243;n social en una posici&#243;n de franca ayuda al capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre explotadores y explotados no puede haber el menor contacto. S&#243;lo en la lucha se ha de decidir qui&#233;n se impondr&#225;. O los trabajadores o los burgueses. Pero de ning&#250;n modo ambos a la vez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El porvenir est&#225; en manos de la clase trabajadora. Los parias no tenemos nada que perder y en cambio podemos ganar nuestra emancipaci&#243;n que es el porvenir de la familia obrera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rompamos las cadenas. Fortalezcamos los sindicatos. Mantengamos el esp&#237;ritu de la lucha de clases.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nuestra posici&#243;n &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Es un momento de concretar. Vamos a hacerlo con arreglo a cada uno de los problemas que plantea la situaci&#243;n presente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ante el problema de la guerra somos partidarios de que el ej&#233;rcito est&#233; absolutamente controlado por la clase trabajadora. No nos merecen la menor confianza los oficiales procedentes del r&#233;gimen capitalista. Se han producido numerosas deserciones y la mayor&#237;a de los desastres que hemos encajado es debido a traiciones evidentes de los mandos. Y por lo que ata&#241;e al ej&#233;rcito, propugnamos por un ej&#233;rcito revolucionario y dirigido exclusivamente por los trabajadores ; y en el caso de emplear alg&#250;n oficial ha de estar bajo un control riguroso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reclamamos la direcci&#243;n de la guerra para los trabajadores. Tenemos motivos suficientes para ello. Las derrotas de Toledo, de Talavera, la p&#233;rdida del Norte y la de M&#225;laga, denotan una falta de competencia y de honradez en las esferas gubernamentales por las siguientes razones :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El Norte de Espa&#241;a se pod&#237;a salvar adquiriendo el stock de material b&#233;lico que para hacer frente al enemigo se requer&#237;a. Y para eso hab&#237;a medios. Las reservas de oro del Banco de Espa&#241;a permit&#237;an abarrotar el suelo espa&#241;ol de armamento. &#191;Por qu&#233; no se hizo ? Hab&#237;a tiempo para ello. No ha de olvidarse que el control de no intervenci&#243;n no empez&#243; a contar hasta el cabo de unos meses de haber estallado la conflagraci&#243;n espa&#241;ola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direcci&#243;n en los asuntos b&#233;licos ha sido un desastre. La actuaci&#243;n de Largo Caballero es funesta. Es el responsable de que el frente de Arag&#243;n no haya dado el rendimiento apetecido. Su oposici&#243;n a que se armase el sector aragon&#233;s ha impedido que Arag&#243;n se salvase de las garras del fascismo y al mismo tiempo que se pudiera descongestionar los frentes de Madrid y del Norte. Y fue Largo Caballero quien manifest&#243; que dar armas al frente aragon&#233;s era tanto como entregarlas a la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Somos enemigos de la colaboraci&#243;n con los sectores burgueses. No creemos que se pueda abandonar el sentido de clase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los trabajadores revolucionarios no han de desempe&#241;ar cargos oficiales ni han de aposentarse en los ministerios. Se puede colaborar mientras dure la guerra en los campos de batalla, en las trincheras, en los parapetos y produciendo en la retaguardia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuestro lugar est&#225; en los sindicatos, en los lugares de trabajo, manteniendo el esp&#237;ritu de rebeld&#237;a que aflorar&#225; en la primera ocasi&#243;n que se presente. Es este el contacto que hemos de mantener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No ha de participarse en las combinaciones que urden los pol&#237;ticos burgueses de consuno con las canciller&#237;as extranjeras. Es tanto como fortalecer a nuestros adversarios y apreciar m&#225;s el dogal capitalista.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No m&#225;s carteras. No m&#225;s ministerios. Volvamos a los sindicatos y al pie de los &#250;tiles de trabajo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propugnamos la unidad del proletariado. Pero enti&#233;ndase bien, esta unidad ha de realizarse entre trabajadores y no con bur&#243;cratas o con enchufistas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En el instante actual es factible una inteligencia de la CNT con la fracci&#243;n revolucionaria de la UGT. Y no creemos realizable una entente con la UGT de Catalu&#241;a ni con los prietistas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La socializaci&#243;n de la econom&#237;a es indispensable para el triunfo de la guerra y para el encauzamiento de la revoluci&#243;n. No puede perseverar la desligaz&#243;n actual. Ni puede conceptuarse beneficioso que los distintos centros de producci&#243;n no marchen de una manera coordinada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pero han de ser los trabajadores quienes lo realicen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El problema religioso ni debe removerse. El Pueblo ya dijo su &#250;ltima palabra. No obstante parece que se tiende a abrir de nuevo los templos. La puesta en vigor de la libertad de cultos y las misas celebradas, nos da p&#225;bulo para suponer que los gobernantes se olvidan de las grandes jornadas incendiarias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribuci&#243;n de los productos ha de racionarse de una manera absoluta. No puede tolerarse que los trabajadores no puedan comer mientras que los acaudalados hallan comida en los restaurantes controlados por la propia clase trabajadora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se ha de socializar la distribuci&#243;n, junto con un racionamiento riguroso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La burocracia ha de desaparecer. Los miles de bur&#243;cratas que han llegado a Barcelona revelan una de las mayores plagas que sufrimos. En lugar del bur&#243;crata ha de haber un trabajador. Y como bur&#243;crata entendemos el holgaz&#225;n, el individuo de caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supresi&#243;n absoluta de la burocracia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los sueldos fabulosos han de desaparecer inmediatamente. Es un escarnio que los milicianos cobren diez pesetas diarias y en cambio existen sueldos cuantiosos que los cobran los bur&#243;cratas Aza&#241;a y Companys que perciben los sueldos de anta&#241;o.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nosotros queremos que se implante el salario familiar. Y que se acabe de una vez esta irritante desigualdad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justicia ha de ejercerla el pueblo. No puede consentirse la desviaci&#243;n surgida en este terreno. De los primeros tribunales de clase se ha ca&#237;do en unos organismos integrados por los magistrados de carrera. Y volvemos a estar como antes. Y ahora se suprimir&#225;n los jurados.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Justicia proletaria solamente pertenece a los trabajadores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El agro espa&#241;ol se ha de encauzar en un sentido socializador. El saboteo de las colectividades ha entorpecido enormemente la vida de nuestro suelo y ha favorecido la especulaci&#243;n. El intercambio de la ciudad con el campo acercar&#225; los campesinos a la clase proletaria. Y se vencer&#225; esta mentalidad del trabajador del campo que est&#225; habituado a cultivar un coto determinado.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los problemas culturales, como cualquier otro aspecto referente a cualquier actividad del pa&#237;s, sea de car&#225;cter social, cultural o econ&#243;mico, incumbe de una manera cerrada a los trabajadores que son quienes han forjado la nueva situaci&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;El orden revolucionario lo ejercer&#225;n los obreros. Exigimos la disoluci&#243;n de los cuerpos uniformados que no son ninguna garant&#237;a para la revoluci&#243;n. Los sindicatos han de avalar a los encargados de velar por el nuevo orden que queremos implantar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Por lo que ata&#241;e a la pol&#237;tica internacional no aceptaremos ning&#250;n armisticio. Y por lo que se refiere a la propaganda de nuestra revoluci&#243;n entendemos que ha de efectuarse en los centros de producci&#243;n del extranjero y no en las canciller&#237;as y mucho menos en los cabarets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A los trabajadores extranjeros se les ha de hablar en un lenguaje revolucionario. Hasta ahora se ha empleado un l&#233;xico democr&#225;tico. Se ha de inculcar a las organizaciones obreras, de todo el mundo, que es necesario que se muevan ; que saboteen los productos fascistas ; que se nieguen a embarcar materias primas o material b&#233;lico para los asesinos del pueblo espa&#241;ol. Y que se manifiesten en la calle, que exijan de sus gobiernos respectivos que se d&#233; un trato de justicia a la causa que estamos defendiendo que es la causa del proletariado mundial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nuestro programa &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Las revoluciones no pueden ganarse si est&#225;n ausentes de unas directrices y objetivos inmediatos. En la revoluci&#243;n de julio hemos podido constatar esta falla. La CNT a pesar de tener la fuerza no supo cincelar la gesta que con un car&#225;cter de espontaneidad se manifest&#243; en la calle. Los mismos dirigentes se encontraron sorprendidos ante unos acontecimientos que para ellos hab&#237;a de catalogarse como algo imprevisto.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No se supo qu&#233; camino seguir. Falt&#243; una teor&#237;a. Hab&#237;amos pasado una serie de a&#241;os movi&#233;ndonos en torno de abstracciones. &#191;Qu&#233; hacer ? se preguntar&#237;an los dirigentes de aquella hora. Y se dejaron perder la revoluci&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En estos instantes supremos no hay que vacilar. Pero hay que saber ad&#243;nde se va. Y este vac&#237;o lo queremos llenar nosotros, pues entendemos que no se puede repetir lo que ocurri&#243; en julio y en mayo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En nuestro programa introducimos una ligera variante dentro del anarquismo. La constituci&#243;n de una Junta revolucionaria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revoluci&#243;n a nuestro entender necesita de organismos que velen por ella y que repriman, en un sentido org&#225;nico, a los sectores adversos que las circunstancias actuales nos han demostrado que no se resignan a desaparecer si no se les aplasta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puede que haya camaradas anarquistas que sientan ciertos escr&#250;pulos ideol&#243;gicos pero la lecci&#243;n sufrida es bastante para que nos andemos con rodeos. Si queremos que en una pr&#243;xima revoluci&#243;n no ocurra exactamente lo mismo que en la actual, se ha de proceder con la m&#225;xima energ&#237;a con quienes no est&#225;n identificados con la clase trabajadora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hecho este ligero pre&#225;mbulo vamos a trazar nuestros puntos program&#225;ticos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I.- Constituci&#243;n de una Junta revolucionaria o Consejo Nacional de defensa. Este organismo se constituir&#225; de la siguiente manera : Los miembros de la Junta Revolucionaria se elegir&#225;n democr&#225;ticamente en los organismos sindicales. Se tendr&#225; en cuenta el n&#250;mero de camaradas desplazados al frente que forzosamente habr&#225;n de tener representaci&#243;n. La Junta no se inmiscuir&#225; en los asuntos econ&#243;micos que ata&#241;en exclusivamente a los sindicatos. Las funciones de la Junta revolucionaria son las siguientes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Dirigir la guerra. b) Velar por el orden revolucionario. c) Asuntos internacionales. d) Propaganda revolucionaria. Los cargos ser&#225;n renovados peri&#243;dicamente para evitar que nadie tenga apego al mismo. Y las Asambleas sindicales ejercer&#225;n el control de las actividades de la Junta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II.- Todo el poder econ&#243;mico a los sindicatos. Los sindicatos han demostrado desde julio su gran poder constructivo. Si no se les hubiese relegado a un papel de segunda fila, hubieran dado un gran rendimiento. Ser&#225;n las organizaciones sindicales quienes estructuren la econom&#237;a proletaria. Teniendo en cuenta las modalidades de los sindicatos de Industria y las federaciones de Industria, podr&#225; adem&#225;s crearse un Consejo de Econom&#237;a con el objeto de coordinar mejor las actividades econ&#243;micas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III.- Municipio Libre. En la Espa&#241;a que precede a las dinast&#237;as extranjeras se defend&#237;a con gran tes&#243;n las prerrogativas municipales. Esta descentralizaci&#243;n permite evitar que se levante un nuevo armaz&#243;n estatal. Y aquel esbozo de libertades que sucumbi&#243; en Villalar resurgir&#225; en la nueva Espa&#241;a que patrocina el proletariado. Y se resolver&#225;n los llamados problemas catal&#225;n, vasco... Los Municipios se encargar&#225;n de las funciones sociales que se escapan de la &#243;rbita de los sindicatos. Y como vamos a estructurar una sociedad netamente de productores ser&#225;n los propios organismos sindicales quienes ir&#225;n a nutrir los centros municipales. Y no habiendo disparidad de intereses no podr&#225;n existir antagonismos. Los Municipios se constituir&#225;n en federaciones locales, comarcales y peninsular. Los sindicatos y los Municipios establecer&#225;n relaciones en el &#225;rea local, comarcal y nacional.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Hacia una nueva revoluci&#243;n &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;El descenso de la revoluci&#243;n de julio ha sido r&#225;pido. Ninguna de las revoluciones que se consideran como el arquetipo de las conmociones sociales sufri&#243; un declive tan vertiginoso.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No puede teorizarse en torno de la sucesi&#243;n escalonada de hechos porque la revoluci&#243;n ya no existe. Es forzoso abrir nuevamente brecha en la cantera inagotable de la Espa&#241;a proletaria. Hay que volver a empezar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las revoluciones se repiten en nuestro pa&#237;s con mucha frecuencia. Algunas veces se intentan sin ambiente y sin posibilidades de triunfo. El momento psicol&#243;gico e insurreccional se ha de saber escoger. De la elecci&#243;n acertada depende el &#233;xito.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No es f&#225;cil hacer profec&#237;as. &#191;Qui&#233;n es capaz de adivinar cuando ser&#225; posible un nuevo julio o bien un nuevo mayo ? No obstante presumimos que en Espa&#241;a volver&#225;n a producirse acontecimientos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerra sigue en un terreno desfavorable se habr&#225; de echar por la borda a todos los pol&#237;ticos que est&#225;n buscando la manera de pactar una tregua y un abrazo. Buena prueba de ello es el sabotaje a la guerra, a las industrias de guerra y el marem&#225;gnum de abastos, am&#233;n de la carest&#237;a de los art&#237;culos alimenticios que patrocinan los gobernantes para crear un ambiente favorable a sus planes de yugulaci&#243;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puede ocurrir que se pacte un abrazo. Ser&#225; una ocasi&#243;n para oponerse a ello con las armas. Y en el caso de que se gane la guerra a la vuelta de los camaradas del frente se reavivar&#225;n los problemas que en la actualidad tienen de s&#237; una agudeza enorme. &#191;C&#243;mo se resolver&#225;n ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#191;C&#243;mo se convertir&#225; la industria de guerra en una industria de paz ? &#191;Se dar&#225; trabajo a los combatientes ? &#191;Se atender&#225; a todas las v&#237;ctimas ? &#191;Se resignar&#225; la oficialidad a renunciar a sus prebendas ? &#191;Se podr&#225;n reconquistar los mercados ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Los tres momentos que hemos descrito matizan distintas posiciones. No podemos predecir cual de ellas prevalecer&#225;. No obstante, el problema radica en preparar un nuevo levantamiento para que el proletariado asuma de una manera neta la responsabilidad del pa&#237;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No se nos puede motejar de nerviosos. El momento actual no tiene nada de revolucionario. La contrarrevoluci&#243;n se siente con arrestos para cometer toda clase de desmanes. Las c&#225;rceles est&#225;n repletas de trabajadores. Las prerrogativas del proletariado est&#225;n en franco declive. A los obreros revolucionarios se nos da un trato de inferioridad. El lenguaje de los bur&#243;cratas, con uniforme o sin &#233;l, es intolerable. Y no repitamos lo de los asaltos a los sindicatos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; No queda otro camino que el de una nueva revoluci&#243;n. Vayamos a su preparaci&#243;n. Y en el fragor de la nueva gesta nos volveremos a encontrar en la calle los camaradas que hoy batallan en los frentes, los camaradas que yacen tras rejas y los camaradas que en la hora actual a&#250;n no han perdido la esperanza de una revoluci&#243;n que rinda justicia a la clase trabajadora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la consecuci&#243;n de una nueva revoluci&#243;n que d&#233; satisfacci&#243;n completa a los obreros de la ciudad y del campo. A la consecuci&#243;n de una sociedad anarquista que d&#233; satisfacci&#243;n a las aspiraciones humanas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#161;&#161;Adelante, camaradas !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Valence : le peuple se r&#233;volte !</title>
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		<dc:date>2024-11-04T05:24:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Assassins &#187;, ont-ils cri&#233; aux classes dirigeantes en les couvrant de boue&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple de Valence s'est r&#233;volt&#233; et il ne l'a pas fait seulement contre les pluies diluviennes, ni contre le climat, ni contre les inondations qui ont provoqu&#233; une catastrophe mortelle pour des centaines de gens, mais contre le roi, la reine, le premier ministre (de gauche) et le pr&#233;sident de la province (de droite) qui pr&#233;tendaient se promener dans des lieux o&#249; les morts n'&#233;taient m&#234;me pas encore sortis de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique99" rel="directory"&gt;08- Livre Huit : ACTUALITE DE LA LUTTE DES CLASSES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot95" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_17523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/x240-4.jpg' width=&#034;426&#034; height=&#034;240&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Assassins &#187;, ont-ils cri&#233; aux classes dirigeantes en les couvrant de boue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple de Valence s'est r&#233;volt&#233; et il ne l'a pas fait seulement contre les pluies diluviennes, ni contre le climat, ni contre les inondations qui ont provoqu&#233; une catastrophe mortelle pour des centaines de gens, mais contre le roi, la reine, le premier ministre (de gauche) et le pr&#233;sident de la province (de droite) qui pr&#233;tendaient se promener dans des lieux o&#249; les morts n'&#233;taient m&#234;me pas encore sortis de la boue tant les secours n'&#233;taient pas arriv&#233;s sur place et qu'ils ont couvert d'insultes, de honte, de boue, de pierres ainsi que d'objets divers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Felipe, ne sois pas fier d'&#234;tre un Bourbon, sois fier de la mani&#232;re dont tous les gens ont &#233;t&#233; solidaires, dont tout le peuple a r&#233;agi, sauf toi, sauf ton gouvernement, sauf les dirigeants &#187;, voil&#224; ce qu'ont clam&#233; les gens au roi et aux classes dirigeantes, tout en lui jetant des pierres, tout en le couvrant d'injures et de coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le peuple de Valence le sait, il a subi non seulement une crue mortelle mais aussi la passivit&#233; meurtri&#232;re de ses classes dirigeantes qui les ont compl&#232;tement abandonn&#233;s, au point que le gouvernement n'envisage de se r&#233;unir seulement mardi pour se poser la question s'il compte prendre la d&#233;cision de reconnaitre l'&#233;tat de &#171; catastrophe naturelle &#187; pour la r&#233;gion de Valence. La direction de la r&#233;gion qui appartient &#224; la droite espagnole n'a pas lev&#233; le petit doigt pour agir, comptant ainsi accuser la gauche au pouvoir d'inaction et cette derni&#232;re a fait de m&#234;me, laissant les habitants dans une situation catastrophique, dans l'eau et la boue, les cadacres autour d'eux, la menace montant des maladies, sans chercher &#224; leur apporter des secours. Pourtant, l'Espagne est un pays d&#233;velopp&#233;, la r&#233;gion est riche et importante pour le pays. Il ne s'agit pas d'une r&#233;gion pauvre d'un pays sous-d&#233;velopp&#233; ! Des moyens, l'arm&#233;e, la police, les fonctionnaires, le pouvoir en a quand il s'agit de r&#233;primer les mouvements populaires mais l&#224; il n'y a rien eu pour les aider. L'eau n'est pas la seule &#224; avoir forc&#233; le barrage, la col&#232;re du peuple elle aussi l'a fait ! Les secours ont tellement &#233;t&#233; inexistants que personne ne sait combien il y a de morts, personne n'a pu aller voir ce qui se passe en bas des immeubles, dans les caves, dans les garages ! On ne sait m&#234;me pas qui est mort et qui est vivant et les autorit&#233;s croyaient pouvoir parader tranquillement devant les victimes et les cam&#233;ras et faire comme s'ils compatissaient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bel exemple d'aveuglemement de classe des poss&#233;dants et de leurs classes dirigeantes ! Bel exemple de m&#233;pris aussi ! Et, en r&#233;ponse, belle d&#233;monstration non seulement de col&#232;re mais aussi de solidarit&#233; du peuple de Valence &#224; l'&#233;gard des victimes, toute la population s'aidant elle-m&#234;me pour se sortir de ce drame horrible&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, bien longtemps apr&#232;s le d&#233;but des crues catastrophiques, hommes, femmes et enfants sont toujours dans le d&#233;nuement le plus total, sans moyens de se loger, de se nourrir, de se r&#233;chauffer, de se s&#233;cher, de se changer, de chercher les morts, de soigner les bless&#233;s, de r&#233;parer ce qui peut l'&#234;tre, de recommencer &#224; vivre, de cesser d'avoir peur. Et cet abandon de l'Etat capitaliste &#224; l'&#233;gard du peuple a des causes profondes, bien au-del&#224; des oppositions politiciennes entre la gauche et la droite, qui voulaient se rejeter la responsabilit&#233; de l'&#233;chec des secours, bien au-del&#224; de l'arrogance royale. C'est la classe poss&#233;dante tout enti&#232;re qui se moque de l'int&#233;r&#234;t du peuple depuis des d&#233;cennies et qui n'imagine pas devoir mobiliser de grands moyens humains et financiers pour se porter au secours de ce peuple qu'elle m&#233;prise profond&#233;ment et croit incapable de se d&#233;fendre, de s'organiser, de se battre par lui-m&#234;me et pour lui-m&#234;me. C'est l&#224; aussi que le peuple de Valence vient de donner une v&#233;ritable giffle aux bandits qui gouvernent l'Espagne et, au-del&#224; m&#234;me, &#224; l'ensemble des classes poss&#233;dantes du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple a raison, il ne peut pas accepter d'&#234;tre seul &#224; subir les coups, les dommages, les souffrances, les affronts, les bless&#233;s, les morts : il faut que la boue, les pierres frappent aussi les classes qui gouvernent et qui profitent, qui sont insensibles aux malheurs du peuple et ne font que l'aggraver, qui n'ont des forces de l'ordre que pour d&#233;fendre l'ordre des poss&#233;dants contre le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, les classes poss&#233;dantes du monde entier ont appris cette le&#231;on en regardant la r&#233;action du peuple de Valence. Elles savent ce qui les attend &#224; l'avenir, quand elles vont frapper tous les peuples par la crise &#233;conomique, par la guerre, par la r&#233;action politique, par la r&#233;pression. Elles savent que le peuple travailleur du monde ne restera pas silencieux, passif, fataliste et inactif et qu'il va se rebeller, s'organiser et se battre et qu'il ne craindra pas de frapper ses ennemis de classe !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement Valence, ce n'est pas seulement l'Espagne, ce sont tous les peuples, c'est dans le monde entier que le peuple travailleur doit au classes dirigeantes de les trainer dans les insultes, dans les pierres et dans la boue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux calamit&#233;s naturelles et sociales, la seule solution viendra de l'auto-organisation du peuple travailleur lui-m&#234;me, voil&#224; le message du peuple de Valence aux peuples du monde...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La contre-r&#233;volution stalinienne en Espagne</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7493</link>
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		<dc:date>2024-10-03T22:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La contre-r&#233;volution stalinienne en Espagne &lt;br class='autobr' /&gt;
28 mai 1931 &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution espagnole et les dangers qui la menacent &lt;br class='autobr' /&gt;
La direction de l'Internationale communiste en face des &#233;v&#233;nements d'Espagne &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution espagnole monte [1]. Dans le processus de la lutte, ses forces internes grandissent aussi. Mais, en m&#234;me temps, s'accroissent les dangers. Nous ne parlons pas de ces dangers dont les foyers sont constitu&#233;s par les classes dominantes et leur domesticit&#233; politique r&#233;publicains et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La contre-r&#233;volution stalinienne en Espagne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;28 mai 1931&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volution espagnole et les dangers qui la menacent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La direction de l'Internationale communiste en face des &#233;v&#233;nements d'Espagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution espagnole monte [1]. Dans le processus de la lutte, ses forces internes grandissent aussi. Mais, en m&#234;me temps, s'accroissent les dangers. Nous ne parlons pas de ces dangers dont les foyers sont constitu&#233;s par les classes dominantes et leur domesticit&#233; politique r&#233;publicains et socialistes. Ce sont l&#224; des ennemis d&#233;clar&#233;s et la conduite &#224; suivre &#224; leur &#233;gard s'impose de toute &#233;vidence. Mais il existe aussi des dangers internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers espagnols se tournent avec confiance vers l'Union sovi&#233;tique n&#233;e de la r&#233;volution d'Octobre. Cet &#233;tat d'esprit constitue un capital pr&#233;cieux pour le communisme. La d&#233;fense de l'Union sovi&#233;tique est le devoir de tout ouvrier r&#233;volutionnaire. Mais il ne faut pas permettre que l'on abuse de la fid&#233;lit&#233; des ouvriers &#224; la r&#233;volution d'Octobre pour leur imposer une politique qui va &#224; l'encontre de toutes les le&#231;ons et enseignements l&#233;gu&#233;s par Octobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut parler clairement. Il faut parler de fa&#231;on &#224; se faire entendre de l'avant-garde du prol&#233;tariat espagnol et international un danger imm&#233;diat menace la r&#233;volution prol&#233;tarienne en Espagne, qui vient de la direction actuelle de l'Internationale Communiste. Toute r&#233;volution peut &#234;tre an&#233;antie, m&#234;me la plus prometteuse : cela a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par l'exp&#233;rience de la r&#233;volution allemande de 1923 et, d'une fa&#231;on encore plus &#233;clatante, par celle de la r&#233;volution chinoise de 1925-1927. Dans ces deux cas, la d&#233;b&#226;cle eut pour cause imm&#233;diate une direction erron&#233;e. Aujourd'hui, c'est le tour de l'Espagne. Les dirigeants de l'Internationale communiste n'ont tir&#233; aucun enseignement de leurs erreurs. Pis encore, pour les dissimuler, ils sont oblig&#233;s de les justifier et de les aggraver. Dans la mesure o&#249; cela d&#233;pend d'eux, ils pr&#233;parent &#224; la r&#233;volution espagnole le sort de la r&#233;volution chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant deux ann&#233;es, on a tromp&#233; les ouvriers avanc&#233;s avec cette malheureuse th&#233;orie de la &#034;troisi&#232;me p&#233;riode&#034;, qui a affaibli et d&#233;moralis&#233; l'Internationale communiste. La direction a enfin battu en retraite. Mais quand ? Pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; la crise mondiale marquait un changement radical de la situation et faisait appara&#238;tre les premi&#232;res possibilit&#233;s d'une offensive r&#233;volutionnaire. Pendant ce temps, l'Internationale communiste ne s'apercevait m&#234;me pas de ce qui se passait en Espagne. Manouilsky d&#233;clara - et Manouilsky remplit aujourd'hui les fonctions de dirigeant de l'Internationale communiste - que les &#233;v&#233;nements d'Espagne ne m&#233;ritaient aucune attention&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;tude sur la r&#233;volution espagnole que nous avions &#233;crite avant les &#233;v&#233;nements d'avril, nous avons estim&#233; que la bourgeoisie, tout en se parant des diverses nuances du r&#233;publicanisme, ferait tous ses efforts, jusqu'au dernier moment, polir pr&#233;server son alliance avec la monarchie. &#034;A vrai dire, &#233;crivions-nous, on ne saurait exclure l'id&#233;e d'un concours de circonstances dans lesquelles les classes poss&#233;dantes se verraient oblig&#233;es de sacrifier la monarchie pour se sauver elles-m&#234;mes (exemple l'Allemagne)&#034;. Ces lignes ont donn&#233; aux staliniens l'occasion - apr&#232;s coup, bien entendu - de parler de pronostic faux [2]. Des gens qui n'ont eux-m&#234;mes jamais rien pr&#233;vu exigent des autres non pas des pronostics marxistes, mais des pr&#233;dictions th&#233;osophiques concernant le jour o&#249; se produiront les &#233;v&#233;nements et la tournure qu'ils prendront : ainsi, des malades ignorants et superstitieux exigent-ils de la m&#233;decine des miracles. Un pronostic marxiste a pour objet d'aider &#224; orienter l'opinion sur la direction g&#233;n&#233;rale des faits et &#224; voir clair dans leurs d&#233;veloppements &#034;inattendus&#034;. Que la bourgeoisie espagnole se soit d&#233;cid&#233;e &#224; se s&#233;parer de la monarchie, cela s'explique par deux raisons &#233;galement importantes. Le d&#233;bordement imp&#233;tueux de la col&#232;re des masses a contraint la bourgeoisie &#224; essayer de faire d'Alphonse, que le peuple avait en horreur, un bouc &#233;missaire. Mais cette man&#339;uvre, qui comportait des risques s&#233;rieux, n'a pu r&#233;ussir &#224; la bourgeoisie espagnole que gr&#226;ce &#224; la confiance que les masses avaient dans les r&#233;publicains et les socialistes et parce que, dans ce changement de r&#233;gime, on n'avait pas &#224; compter avec un danger communiste. La variante historique qui s'est r&#233;alis&#233;e en Espagne est, par cons&#233;quent, le r&#233;sultat de la force de la pouss&#233;e populaire d'une part, et de la faiblesse de l'Internationale communiste d'autre part. C'est par la constatation de ces faits qu'il faut commencer. Une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale de la tactique est de ne pas surestimer ses propres forces si l'on veut se renforcer. Mais c'est une r&#232;gle qui ne compte pas pour la bureaucratie des &#233;pigones. Si, &#224; la veille des &#233;v&#233;nements, Manouilsky pr&#233;disait que rien de s&#233;rieux ne se produirait, au lendemain du coup d'Etat, l'irrempla&#231;able P&#233;ri, le fournisseur de fausses informations sur les pays latins, commen&#231;a &#224; envoyer sans interruption des d&#233;p&#234;ches affirmant que le prol&#233;tariat espagnol soutenait presque exclusivement le parti communiste et que les paysans espagnols cr&#233;aient des soviets [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Pravda publiait ces fadaises en y ajoutant d'autres stupidit&#233;s, pr&#233;tendant que les &#034;trotskistes&#034; se tra&#238;naient &#224; la remorque du gouvernement de Zamora, alors que Zamora mettait et met toujours en prison les communistes de gauche [4]... Enfin, le 14 mai, la Pravda publiait un &#233;ditorial-programme &#034;L'Espagne en feu&#034;, o&#249; l'on retrouve, condens&#233;es dans des propos qui s'appliquent &#224; la r&#233;volution espagnole, toutes les aberrations et les b&#233;vues des &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/05/lt19310528.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/05/lt19310528.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les staliniens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926, le programme politique du stalinisme semblait rien moins qu'ultra-gauchiste, comme le d&#233;non&#231;aient Aza&#241;a, Prieto, Caballero ; ou encore fasciste et social-fasciste selon les anarchistes en 1931. Mais la base politique restait la m&#234;me. Les staliniens ne voulaient pas plus d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne en Espagne en 1936 qu'en 1931.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Walter Duranty, apologiste officieux du Kremlin, d&#233;crivait ainsi son attitude, en 1931 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Dans 1'&#233;ditorial qui ouvre la Pravda d'aujourd'hui, on trouve le premier commentaire sovi&#233;tique sur les &#233;v&#233;nements d'Espagne, mais l'organe du Parti communiste russe ne semble gu&#232;re enthousiaste sur les perspectives de la lutte r&#233;volutionnaire qui suivra la chute d'Alphonse XIII, qu'il pr&#233;voit clairement.&lt;br class='autobr' /&gt; &#034; Le ton pessimiste inattendu de la Pravda s'explique peut-&#234;tre par la crainte sovi&#233;tique que les &#233;v&#233;nements d'Espagne troublent la paix europ&#233;enne pendant la p&#233;riode critique actuelle du plan quinquennal. A juste titre ou non, on croit l&#224;-bas que la paix en Europe tient litt&#233;ralement &#224; un fil, que l'accumulation d'armements et de haines nationales est bien plus grande qu'avant la guerre et rend la situation aussi dangereuse qu'au printemps 1914, et que des feux d'artifice espagnols pourraient ais&#233;ment provoquer une conflagration g&#233;n&#233;rale.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (New York Times, 17 mai 1931.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Assez paradoxalement, il appara&#238;t que Moscou n'est gu&#232;re enchant&#233; de la situation &#8211; il faut plut&#244;t dire en fait que si la r&#233;volution espagnole &#034; tourne &#224; gauche comme on s'y attend aujourd'hui, Moscou sera plus embarrass&#233; que ravie [... ] Car, en premier lieu, l'Union sovi&#233;tique a grand peur, et peut-&#234;tre &#224; tort, d'un danger de guerre, et &#034; voit avec angoisse &#034; tout &#233;v&#233;nement qui pourrait renverser le statu quo europ&#233;en, o&#249; que ce soit. Deuxi&#232;mement, la politique du Kremlin aujourd'hui repose plus sur la construction du socialisme en Russie que sur la r&#233;volution mondiale.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (New York Times, 18 mai 1931.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En 1931, le Kremlin avait atteint son but par une politique de non-collaboration avec les autres partis ouvriers. Les communistes s'&#233;taient coup&#233;s du mouvement de masse par les scissions syndicales, l'absence de front unique d'organisations, les attaques contre les autres meetings ouvriers, etc. En 1931, le Kremlin avait pour seul but le maintien du statu quo en Europe. Toutefois en 1936, lors du septi&#232;me Congr&#232;s, le Komintern changea de perspective. Le cours nouveau consistait &#224; maintenir le statu quo aussi longtemps que possible, non seulement cette fois en emp&#234;chant les r&#233;volutions, mais en collaborant activement avec la bourgeoisie des &#034; pays d&#233;mocratiques &#034;. Cette collaboration &#233;tait destin&#233;e, au cas o&#249; la guerre &#233;claterait, &#224; assurer &#224; la Russie l'alliance de la France et de l'Angleterre. Pour prix de l'alliance avec l'imp&#233;rialisme anglo-fran&#231;ais, la Russie offrait la subordination du prol&#233;tariat &#224; la bourgeoisie. Le &#034; socialisme dans un seul pays &#034; r&#233;v&#233;lait sa v&#233;ritable signification :&#034; le socialisme nulle part ailleurs &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L&#233;nine et les bolcheviks avaient &#233;t&#233; assez r&#233;alistes pour permettre &#224; l'Etat sovi&#233;tique d'utiliser les conflits entre les divers pays capitalistes, jusqu'&#224; jouer l'un contre l'autre dans le cours de la guerre. Mais la doctrine selon laquelle, quelles que soient les alliances militaires sovi&#233;tiques, le prol&#233;tariat de tous les pays avait le devoir de s'opposer &#224;. sa.. propre bourgeoisie pendant la guerre, de la renverser et de la remplacer par un gouvernement r&#233;volutionnaire des travailleurs, seul alli&#233; r&#233;el possible de l'Union sovi&#233;tique, &#233;tait cependant bien pars fondamentale pour leur politique r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le septi&#232;me Congr&#232;s du Komintern r&#233;pudia ce principe de base du marxisme. Le Parti communiste fran&#231;ais proclamait d'ores et d&#233;j&#224; qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; soutenir sa bourgeoisie dans la future guerre. En d&#233;pit de cela, l'hostilit&#233; de l'Angleterre avait largement invalid&#233; le pacte franco-sovi&#233;tique. Sous Blum lui-m&#234;me, ce pacte n'avait pas encore conduit &#224; des conf&#233;rences entre les deux &#233;tats-majors. La guerre civile espagnole fournissait au Kremlin une occasion de prouver une fois pour toutes aux imp&#233;rialismes fran&#231;ais et anglais que non seulement il n'avait pas l'intention d'encourager la r&#233;volution, mais qu'il &#233;tait pr&#234;t &#224; prendre la direction de l'&#233;crasement d'une r&#233;volution d&#233;j&#224; commenc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Apparemment, les correspondants staliniens &#233;trangers &#224; Barcelone ne se rendirent pas tous compte, dans les premiers jours de la guerre civile, que le Komintern s'&#233;tait effectivement donn&#233; pour t&#226;che de d&#233;faire cette r&#233;volution presque achev&#233;e. Le 22 juillet, l'article principal du Daily Worker de Londres disait ceci : &#034; En Espagne, socialistes et communistes ont combattu au coude &#224; coude dans la lutte arm&#233;e pour d&#233;fendre les libert&#233;s d&#233;mocratiques, afin de pouvoir aller vers une r&#233;publique sovi&#233;tique espagnole. &#034; Et le m&#234;me jour, le correspondant de ce journal &#224; Barcelone, Frank Pitcairn, c&#226;blait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;La milice rouge &#233;crase les fascistes. Triomphe &#224; Barcelone. Les forces ouvri&#232;res unies ont d&#233;j&#224; pris l'avantage. Les rues sont parcourues de voitures pleines d'ouvriers arm&#233;s qui font respecter l'ordre et la discipline. Les pr&#233;paratifs pour l'organisation d'une milice ouvri&#232;re permanente avancent&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Toutefois, les staliniens espagnols se joignirent &#224; Prieto et Aza&#241;a pour appeler les travailleurs &#224; ne pas toucher &#224; la propri&#233;t&#233;. Les staliniens furent les premiers &#224; soumettre leur presse &#224; la censure. Ils furent les premiers &#224; demander la liquidation des milices ouvri&#232;res, &#224; remettre leurs miliciens entre les mains des officiers d'Aza&#241;a. La guerre civile ne durait pas depuis deux mois quand ils entam&#232;rent une campagne criminelle contre le P.O.U.M. et la Jeunesse anarchiste, chose que le gouvernement n'osera pas faire avant pr&#232;s d'un an. Les staliniens n'exigeaient pas seulement la subordination &#224; la bourgeoisie pour le temps de la guerre civile, mais aussi pour apr&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Il est absolument faux, d&#233;clarait Jesus Hernandez, &#233;diteur de Mundo Obrero, que le mouvement actuel des travailleurs ait pour but l'&#233;tablissement d'une dictature du prol&#233;tariat lorsque la guerre sera finie. On ne peut pas dire que nous participons &#224; la guerre pour une raison sociale. Nous, communistes, sommes les premiers &#224; nier une telle supposition. Nous sommes exclusivement motiv&#233;s par le d&#233;sir de d&#233;fendre la r&#233;publique d&#233;mocratique.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au d&#233;but d'ao&#251;t, l'Humanit&#233;, journal du Parti communiste fran&#231;ais, publia la d&#233;claration suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le Comit&#233; central du Parti communiste espagnol nous demande d'informer l'opinion publique, en r&#233;ponse aux nouvelles fantastiques et tendancieuses publi&#233;es par certains journaux, de ce que le peuple espagnol ne lutte pas pour l'&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat, mais n'a qu'un seul but : la d&#233;fense de l'ordre r&#233;publicain, dans le respect de la propri&#233;t&#233;.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au fil des mois, les staliniens adopt&#232;rent une position plus ferme encore &#224; l'&#233;gard de tout ce que l'on veut sauf le syst&#232;me capitaliste. Jos&#233; Diaz, &#034; dirigeant bien-aim&#233; &#034; du parti espagnol, d&#233;clare le 5 mars 1937, lors d'une session pl&#233;ni&#232;re du Comit&#233; central :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Si, au d&#233;but, les diverses tentatives pr&#233;matur&#233;es de &#034;socialisation&#034; et de &#034;collectivisation &#034;, r&#233;sultats d'une mauvaise compr&#233;hension du caract&#232;re de la lutte actuelle, pouvaient se justifier par le fait que les gros propri&#233;taires fonciers et capitalistes avaient d&#233;sert&#233; leurs terres et leurs usines, alors qu'il fallait &#224; tout prix que la production continue, aujourd'hui au contraire elles ne se justifient plus du tout. A l'heure actuelle, alors qu'il existe un gouvernement de Front populaire dans lequel toutes les forces engag&#233;es dans la lutte contre le fascisme sont repr&#233;sent&#233;es, de telles choses ne sont pas seulement inopportunes, mais absolument intol&#233;rables.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (Communist International, mai 1937.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Reconnaissant que le danger d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne venait en premier lieu de Catalogne, les staliniens concentr&#232;rent d'&#233;normes forces &#224; Barcelone. Ne disposant l&#224; d'aucune organisation propre, pour ainsi dire, ils recrut&#232;rent &#224; leur service les dirigeants travaillistes conservateurs et les politiciens petits-bourgeois, en fusionnant le Parti communiste de Catalogne avec la section catalane du Parti socialiste, l'Union socialiste (organisation nationaliste limit&#233;e &#224; la Catalogne), et Catala Prol&#233;tari, une scission de l'Esquerra bourgeoise. Le produit de cette fusion, le Parti socialiste unifi&#233; de Catalogne (P.S.U.C.), s'affilia au Komintern. Il avait &#224; peine mille membres au d&#233;but de la guerre civile, mais il poss&#233;dait des fonds illimit&#233;s et l'aide des hordes de fonctionnaires du Komintern. Il absorba la section catalane moribonde de l'U.G.T., et quand la Generalidad d&#233;cr&#233;ta la syndicalisation forc&#233;e de tous les employ&#233;s. il recruta les ouvriers et employ&#233;s les plus arri&#233;r&#233;s qui pr&#233;f&#233;raient cette institution respectable &#224; la radicale C.N.T. Mais la base de masse des staliniens en Catalogne &#233;tait une f&#233;d&#233;ration de commer&#231;ants, petits hommes d'affaires et industriels, les Federaciones de Gremios y Entiadades de Peque&#241;os Comerciantes y Industriales (G.E.P.C.I.), qui fut d&#233;clar&#233;e syndicat et affili&#233;e &#224; I'U.G.T. catalane en juillet. La dite section catalane op&#233;rait tout &#224; fait ind&#233;pendamment de l'ex&#233;cutif national de l'U.G.T. contr&#244;l&#233; par Caballero. D&#233;sormais, d&#233;fenseur principal et le plus ardent de la bourgeoisie, le P.S.U.C. recruta massivement dans l'Esquerra catalane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans le reste de l'Espagne, les staliniens suivirent une voie semblable. D&#232;s le d&#233;but, le syndicat agricole de la C.N.T. et la F&#233;d&#233;ration des paysans et salari&#233;s agricoles de l'U.G.T. qui soutenaient la collectivisation des terres &#8211; accus&#232;rent les staliniens d'organiser des &#034; syndicats &#034; autonomes de paysans plus riches, oppos&#233;s &#224; la collectivisation. Le parti stalinien s'accrut plus vite que toute autre organisation, car ses portes &#233;taient grandes ouvertes. Des &#233;l&#233;ments bourgeois douteux accourraient en foule se mettre sous sa protection. D&#232;s le 19 et le 20 ao&#251;t 1936, le journal de Caballero, Claridad, accusa l'Alliance des &#233;crivains antifascistes, stalinienne, de cacher des r&#233;actionnaires [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lorsque les premiers avions et canons sovi&#233;tiques finirent par arriver, dans la troisi&#232;me semaine d'octobre, apr&#232;s trois mois de boycott, le Parti communiste, jusqu'ici sur la d&#233;fensive, incapable de contrer l'&#226;pre critique du P.O.U.M. sur le refus de Staline d'envoyer des armes, re&#231;ut une terrible impulsion. D&#232;s lors, ses propositions furent inextricablement li&#233;es &#224; la menace que Staline n'envoie plus d'avions ni d'armes. L'ambassadeur Rosenberg &#224; Madrid et &#224; Valence, le consul g&#233;n&#233;ral Antonov Ovs&#233;enko &#224; Barcelone firent des discours politiques qui indiquaient pleinement leurs pr&#233;f&#233;rences. Lorsque, Ovs&#233;enko, pendant la c&#233;l&#233;bration &#224; Barcelone, en novembre, de l'anniversaire de la r&#233;volution russe (une parade &#224; laquelle participaient, tous les partis bourgeois !) termina son discours par : &#034; Longue vie au peuple catalan et &#224; son h&#233;ros, le pr&#233;sident Companys &#034;, les travailleurs n'eurent plus de doute au sujet de la classe que le Kremlin soutenait [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous n'avons fait qu'esquisser la politique stalinienne, juste assez pour la situer dans ce tableau d'ensemble. Nous la verrons devenir plus ouvertement, plus brutalement, contre-r&#233;volutionnaire l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/morrow/espagne/morrow_5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#034;contre-r&#233;volution&#034; stalinienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historien de la bataille de Madrid, l'Am&#233;ricain Colodny d&#233;crit en ces termes ce qu'il appelle le &#171; tournant du si&#232;ge &#187;, apr&#232;s le mois de d&#233;cembre 1936 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Sous la conduite des g&#233;n&#233;raux de l'arm&#233;e rouge, la guerre, &#224; Madrid, se transforme, de guerre de comit&#233;s r&#233;volutionnaires en guerre conduite par les techniciens de l'&#233;tat-major g&#233;n&#233;ral. De l'exaltation des premi&#232;res semaines, la cit&#233; passe &#224; la monotonie du si&#232;ge, compliqu&#233;e par le froid, la faim, et le spectacle familier de la mort venue des airs, et de la d&#233;solation. L'instant h&#233;ro&#239;que &#233;tait pass&#233; dans la l&#233;gende et dans l'histoire : avec l'ennemi accroch&#233; contre les fortifications, le danger mortel qui avait temporairement fondu toutes les &#233;nergies en une volont&#233; unique de r&#233;sister, semblait avoir disparu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il s'est en r&#233;alit&#233; produit un tournant politique : &#224; la r&#233;volution a succ&#233;d&#233; le lent grignotage de la r&#233;action d&#233;mocratique qui doit maintenant c&#233;der la place &#224; la contre- r&#233;volution stalinienne dans toute sa crudit&#233;. L'illusion lyrique qui avait inspir&#233; pendant les mois d'&#233;t&#233; les militants de la CNT-FAI qui croyaient cr&#233;er de leurs mains une autre soci&#233;t&#233; se transforme en son contraire, fait place au cynisme et au d&#233;sespoir. Garcia Oliver est devenu &#171; el excelent&#237;simo se&#241;or maestro de Justicia &#187;, et nombre de ses camarades sont devenus officiers, chefs de police, gouverneurs, au nom des sacrifices n&#233;cessaires et de leur d&#233;termination &#224; &#171; renoncer &#224; tout, sauf &#224; la victoire &#187; comme le disait Durruti, tomb&#233; devant Madrid sous une balle tir&#233;e, sans doute, par un de ses miliciens qui n'admettait pas que son chef l'emp&#234;ch&#226;t de d&#233;serter comme il le voulait ! Le d&#233;sarroi des anarchistes les conduit &#224; des gestes de violence absurde comme l'exp&#233;dition punitive de la tristement c&#233;l&#232;bre Colonne de fer, quittant le front de Teruel pour aller saccager &#224; Valence le tribunal et les bo&#238;tes de nuit, comme les violences auxquelles se sont livr&#233;es &#224; Tarrancon sur les membres du cort&#232;ge officiel en route pour Valence quelques centaines de miliciens de la CNT. Violence aveugle, sans objectif autre que celui d'une protestation devant l'impasse qui est la leur, la r&#233;action des anarchistes vaincus par leurs propres contradictions et sous le poids de leurs propres pr&#233;jug&#233;s ne fait que renforcer l'autorit&#233; et le prestige de ceux qui, inlassablement, d&#233;noncent les &#171; incontr&#244;lables &#187; et leurs &#171; exc&#232;s &#187;, ces nouveaux champions de l'ordre que sont les communistes staliniens, forts de la peur qu'ont inspir&#233;e ces anarchistes, r&#233;volutionnaires du verbe incapables d'aller jusqu'au bout et de donner &#224; la r&#233;volution les moyens et la volont&#233; de vaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le mois de Juillet, la direction du Parti communiste espagnol a re&#231;u de Moscou d'appr&#233;ciables renforts venus de Moscou : &#224; l'Argentin Codovilla, connu sous le nom de Medina, l'&#233;minence grise de la JSU, et au v&#233;t&#233;ran bulgare Minev dit Stepanov, s'ajoutent d'autres t&#234;tes, hommes de confiance de l'appareil stalinien international, le Hongrois Geroe, qu'on appelle Pedro &#224; Barcelone, l'Italien Vidali, un des chefs du 5e r&#233;giment sous le nom de Carlos Contreras, et, bient&#244;t, l'Italien Palmiro Togliatti qu'&#224; Moscou on appelle Ercoli et, ici, Alfredo tout court. Bien que la majorit&#233; des militants du parti se soient laiss&#233;s prendre par l'&#233;lan r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;poque des combats de rue, les dirigeants ont fermement tenu la barre et conserv&#233; la ligne. Il faut, d'abord, gagner la guerre, &#171; vaincre Franco d'abord &#187;, et pour cela, renforcer le &#171; bloc national et populaire &#187;, l'autorit&#233; du &#171; gouvernement de Front populaire &#187; contre ceux qu'ils appellent &#171; les ennemis du peuple &#187; et qu'ils d&#233;finissent ainsi : &#171; les fascistes, les trotskistes et les incontr&#244;lables &#187; . Forts du prestige r&#233;volutionnaire de l'Union sovi&#233;tique aur&#233;ol&#233;e de l'Octobre victorieux de 1917, disposant de fonds importants, et bient&#244;t de l'oreille du seul gouvernement susceptible d'apporter &#224; l'Espace en lutte une aide mat&#233;rielle, ils sont les seuls &#224; pouvoir engager de front la lutte contre les r&#233;volutionnaires qu'ils appellent &#171; trotskistes ou incontr&#244;lables &#187; quand ils ne les assimilent pas aux fascistes, les seuls &#224; s'opposer aux comit&#233;s, aux collectivisations, aux saisies, &#224; la justice de classe exp&#233;ditive, les seuls, en un mot, &#224; dire tout haut ce que pense la petite-bourgeoisie r&#233;publicaine terroris&#233;e par les initiatives des masses et qui commence tout juste &#224; se remettre de la grande peur qu'ont provoqu&#233;e chez elle les anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'Espagne est devenue maintenant une carte importante dons la politique ext&#233;rieure de Staline, conscient du danger que repr&#233;sentent pour lui la volont&#233; d'expansion et l'antibolchevisme affich&#233; du gouvernement hitl&#233;rien. L'Espagne est pour lui, en m&#234;me temps qu'un champ d'exp&#233;riences n&#233;cessaires, un laboratoire pour la prochaine guerre, la terrain sur lequel il entend d&#233;montrer aux &#171; d&#233;mocraties occidentales &#187; qu'il est un alli&#233; solide, un d&#233;fenseur du statu quo, le rempart contre la subversion politique qu'ils craignent plus encore que les nazis ou les fascistes. Staline ne dissimule pas ses objectifs politiques en Espagne, dont le principal est la destruction des organisations r&#233;volutionnaires, au premier rang desquelles le POUM qui a vigoureusement d&#233;nonc&#233; les &#171; proc&#232;s de Moscou &#187; et proclame qu'il se bat sous le drapeau de L&#233;nine. Le 28 novembre, le consul g&#233;n&#233;ral d'URRS &#224; Barcelone, le vieux r&#233;volutionnaire Antonov-Ovseenko, n'h&#233;site pas &#224; remettre &#224; la presse une note qui d&#233;nonce dans La Batalla &#171; la presse vendue au fascisme international &#187; [2]. C'est sous sa pression, combin&#233;e &#224; celle des staliniens catalans du PSUC et de l'UGT que le POUM est &#233;cart&#233; du gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; avec le consentement de la CNT ; apr&#232;s quoi la Pravda commente, en ce langage particuli&#232;rement mena&#231;ant puisqu'il suit de tr&#232;s pr&#232;s l'ex&#233;cution des vieux bolcheviks qui ont figur&#233; au premier proc&#232;s de Moscou : &#171; En Catalogne, l'&#233;limination des trotskiste et des anarcho-syndicalistes a d&#233;j&#224; commenc&#233; : elle sera conduite avec la m&#234;me &#233;nergie qu'en URSS &#187; [3]. En d&#233;cembre, d'ailleurs, dans le cours d'une lettre transmise par l'ambassadeur Marcel Rosenberg, Staline donne &#224; Largo Caballero quelques &#171; conseils d'ami &#187; : tenir compte des paysans, et se les attacher &#171; par quelques d&#233;crets ayant trait &#224; la question agraire et aux imp&#244;ts &#187;, gagner au moins la neutralit&#233; de la petite bourgeoisie en la prot&#233;geant contre les expropriations et en lui assurant le libert&#233; du commerce, attirer dans le gouvernement des r&#233;publicains bourgeois &#171; pour emp&#234;cher les ennemis de l'Espagne de la consid&#233;rer comme une r&#233;publique communiste, ce qui constitue le plus grand danger pour 1'Espagne &#187;, enfin, d&#233;clarer solennellement qu'il ne &#171; tol&#233;rera pas qu'il soit port&#233; atteinte &#224; la propri&#233;t&#233; et aux int&#233;r&#234;ts l&#233;gitimes des &#233;trangers &#233;tablis en Espagne et des citoyens des pays qui ne soutiennent pas les rebelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette politique r&#233;solument mod&#233;r&#233;e et parfaitement contre-r&#233;volutionnaire dans les circonstances donn&#233;es qui assure en Espagne le d&#233;veloppement de l'audience des organisations staliniennes : c'est sous son contr&#244;le, par exemple, que s'organise en Catalogne le GEPCI., organisation de d&#233;fense des commer&#231;ants, artisans et petits industriels, et, au Levant, la f&#233;d&#233;ration paysanne, rassemblant les petits propri&#233;taires ennemis de la collectivisation. Magistrats, hauts fonctionnaires, officiers, policiers, trouvent en lui, en m&#234;me temps qu'une efficace protection, l'instrument de la politique qu'ils souhaitent. A ceux que pr&#233;occupe seulement la lutte militaire imm&#233;diate contre le fascisme - et ils sont nombreux - l'appui de Moscou et ses livraisons, le r&#244;le jou&#233; par les conseillers militaires russes, l'apport des Brigades Internationales, les capacit&#233;s d'organisation des cadres communistes, paraissent garantir l'efficacit&#233; n&#233;cessaire &#224; la victoire. Ce n'est pas par hasard que le 5e r&#233;giment sera l'un des principaux th&#232;mes de propagande et leviers d'action du Parti communiste : en deux mois, il passe de 8 000 &#224; 30 000 hommes, poss&#232;de des instructeurs, des armes modernes, recrute syst&#233;matiquement officiers et sous-officiers de carri&#232;re, se fait un mod&#232;le de discipline, un v&#233;ritable instrument militaire, en m&#234;me temps que l'objet d'une orchestration syst&#233;matique. De la m&#234;me fa&#231;on, les communistes sont les premiers et pratiquement les seuls &#224; saisir les possibilit&#233;s qu'offre le corps des commissaires de l'arm&#233;e dont le commissaire g&#233;n&#233;ral Alvarez del Vayo leur ouvre largement les portes. Intouchables &#224; cause de l'aide russe, les staliniens espagnols, &#171; d&#233;fenseurs cons&#233;quents du programme antifasciste de restauration de l'&#201;tat, organisateurs de l'arm&#233;e, deviennent ainsi les &#233;l&#233;ments les plus dynamiques de la coalition gouvernementale &#187;, et c'est &#224; eux que sont confi&#233;s les postes-cl&#233;s de la police et du maintien de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_12.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_12.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; &#034;Le Stalinisme en Espagne&#034;, de Katia Landau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que nous vient d'Espagne le r&#233;cit d'atrocit&#233;s, de tortures perp&#233;tr&#233;es sur des prisonniers dans les ge&#244;les, d'assassinats r&#233;alis&#233;s par les policiers ordinaires ou par des mercenaires sp&#233;cialis&#233;s visant &#224; la suppression syst&#233;matique des militants ouvriers. Au cours de l'&#226;pre lutte acharn&#233;e que les ouvriers syndicalistes r&#233;volutionnaires et anarchistes livr&#232;rent sans r&#233;pit contre la monarchie semi-f&#233;odale et &#224; la dictature, la r&#233;pression se d&#233;veloppa &#224; maintes reprises d'une mani&#232;re si sauvage, les violences commises sur les prisonniers &#233;taient si f&#233;roces, les tortures si sadiques, que leur r&#233;v&#233;lation soulevait la col&#232;re du prol&#233;tariat dans tous les pays, indignait cette portion de l'opinion lib&#233;rale et d&#233;mocratique qui refusait de se faire par son silence complice des bourreaux, et provoquait la formation d'un mouvement de solidarit&#233; si puissant en faveur des infortun&#233;s victimes que les tortionnaires cl&#233;ricaux et monarchistes se trouvaient contraints de cesser leur abominable besogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est la premi&#232;re fois qu'une m&#234;me r&#233;pression, le recours semblable &#224; des m&#233;thodes raffin&#233;es de torture des prisonniers, l'assassinat en Espagne, sous couvert de la d&#233;fense de la d&#233;mocratie, de la lutte contre le fascisme de militants ouvriers par des &#034;tueurs&#034; professionnels s'accomplissent dans l'indiff&#233;rence ou le silence complice, parfois l'approbation ouverte de repr&#233;sentant de ces groupements et organisations qui jadis d&#233;non&#231;aient les crimes des gouvernants et de leurs agents d'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits rapport&#233;s dans cette brochure sont d&#233;j&#224; connus, pour l'essentiel sinon dans leur odieux d&#233;tail, de tous ceux qui ont voulu savoir ce qui se passait r&#233;ellement en Espagne. Ils ne sont pas contest&#233;s et ne peuvent pas l'&#234;tre. Mais il faudrait les taire. Parler serait servir Franco en jetant le trouble dans les rangs antifascistes. Il faut d'abord battre Franco. Mais apr&#232;s la victoire, il y aura, entre antifascistes victorieux, des r&#232;glements de comptes, et la R&#233;volution reprendra sa marche en avant. Aveuglement volontaire ou trahison de ceux qui se sont laiss&#233;s corrompre par le pouvoir et n'ont plus confiance dans la classe ouvri&#232;re. Comment s'imaginer en effet qu'une r&#233;pression aussi clairement dirig&#233;e et poursuivie avec une implacable pers&#233;v&#233;rance puisse n'&#234;tre qu'un fait secondaire, isol&#233;, restant en marge de la bataille g&#233;n&#233;rale ? Il est &#233;vident au contraire qu'elle fait partie int&#233;grante de la politique d&#233;lib&#233;r&#233;e du gouvernement r&#233;publicain, qu'elle est, de cette politique, le commentaire le plus clair. Explication la plus pr&#233;cise. Le simple rappel des &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s depuis mai 1936 suffit &#224; le montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers anarchistes, socialistes, poumistes, et eux seuls presque sans armes, ont sauv&#233; Madrid et Barcelone, et avec les deux capitales c'est le pays tout entier qui serait sauv&#233; si le gouvernement n'&#233;tait effray&#233; par le caract&#232;re socialiste que prend aussit&#244;t la d&#233;fense de la R&#233;publique. Les ouvriers ne se sont pas jet&#233;s sur les mitrailleuses par amour des chefs r&#233;publicains - qu'ils ont d&#233;j&#224; vus &#224; l'&#339;uvre de 1931 &#224; 1933 - mais parce que la foi r&#233;volutionnaire les anime. Il est tout de suite &#233;vident que la lutte n'est plus cette fois entre les d&#233;mocrates impuissants d'Aza&#241;a et les g&#233;n&#233;raux rebelles mais entre le socialisme et le fascisme. Les grands exploiteurs, industriels et f&#233;odaux agrariens qui ne se font pas d'illusions ont tous pass&#233; chez Franco. Et Mussolini aussi le comprend. Il envoie imm&#233;diatement du renfort, contribue &#224; assurer le libre passage entre le Maroc et l'Espagne franquiste, ce qui permet &#224; Franco de constituer cette troupe de choc, l&#233;gionnaires et tirailleurs marocains, sans laquelle il aurait &#233;t&#233; contraint de capituler rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a les &#034;grandes d&#233;mocraties&#034; ? En France, le gouvernement qui est de Front populaire adopte la politique dite de &#034;non-intervention&#034;, d'accord avec le gouvernement britannique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'autre &#034;d&#233;mocratie&#034;, la stalinienne ? Mussolini a envoy&#233; des avions sans perdre un instant. Staline, lui, ne donnera d'abord au prol&#233;tariat espagnol, un mois plus tard, au milieu d'ao&#251;t, que le &#034;r&#233;confort moral&#034; du premier &#034;proc&#232;s de Moscou&#034;. En cette fin de juillet 1936, il est tout &#224; fait occup&#233; &#224; le monter - avec Iagoda, le &#034;tra&#238;tre&#034; de 1938. Et jusqu'&#224; fin septembre, c'est tout ce qu'il enverra aux ouvriers espagnols, pauvrement arm&#233;s et &#233;quip&#233;s devant un adversaire qui progresse dangereusement. A cette date, il ne donne pas mais vend des armes au gouvernement r&#233;publicain. Et il ne le fait pas sans poser des conditions : avec les armes, il faut prendre sa politique. Celle-ci consiste essentiellement dans la liquidation la plus rapide possible de la R&#233;volution socialiste. Pour Staline, en effet, il ne s'agit pas d'une lutte d&#233;cisive entre le socialisme et le fascisme. Il faut cacher, en attendant de la d&#233;truire compl&#232;tement, tout ce qui indique la r&#233;volution socialiste, ne plus parler que de d&#233;fense de la d&#233;mocratie, surtout transporter le conflit sur le terrain de l'antihitl&#233;risme, donc alarmer la France et l'Angleterre ; exciter le pire chauvinisme pour amener les gouvernements de ces deux pays &#224; intervenir, transformer la grande bataille ouvri&#232;re en bagarre entre imp&#233;rialismes rivaux. S'il y a en Espagne des g&#234;neurs, des hommes qui se mettent en travers de cette liquidation, il faudra les supprimer, pr&#233;cis&#233;ment selon la m&#233;thode qu'on vient d'inaugurer &#224; Moscou avec ce premier proc&#232;s des vieux bolch&#233;viks. A cet effet, un personnel sp&#233;cial arrive avec les tanks et les avions : il est plac&#233; sous la direction d'Antonov-Ovs&#233;enko - un &#034;tra&#238;tre&#034; cependant selon les derni&#232;res nouvelles - nomm&#233; consul g&#233;n&#233;ral &#224; Barcelone, l&#224; justement o&#249; les &#034;g&#234;neurs&#034; sont les plus nombreux, disposent d'une force ouvri&#232;re imposante et d'un prestige qu'ils ont acquis par leur attitude au cours des journ&#233;es h&#233;ro&#239;ques du d&#233;but du soul&#232;vement. Antonov donne ses instructions, met en mouvement ses agents : un Etat dans l'Etat se constitue dans toute l'Espagne r&#233;publicaine et singuli&#232;rement &#224; Barcelone et en Catalogne, avec sa police, ses prisons, ses bourreaux, agissant en ma&#238;tre absolu en marge de la police et des autorit&#233;s r&#233;guli&#232;res. Ce sont eux qu'on voit &#224; l'&#339;uvre dans les t&#233;moignages ici rapport&#233;s, torturant des hommes et des femmes, apr&#232;s avoir fait enlever et dispara&#238;tre Bernieri, Barbieri, Andr&#233;s Nin, Kurt Landau, Marc Rhein-Abramovitch, Erwin Wolf, Freund Moulin et combien d'autres moins connus, anarchistes, poumistes, socialistes, membres de la IV&#176; Internationale, accourus de partout pour lutter aux c&#244;t&#233;s des ouvriers espagnols, r&#233;volutionnaires &#233;prouv&#233;s, antifascistes plus s&#251;rs que M. Aza&#241;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que ces crimes ont emp&#234;ch&#233; l'avance r&#233;guli&#232;re de Franco ? Ne voit-on pas, au contraire, qu'il y a un parall&#233;lisme certain entre leur accomplissement et les succ&#232;s r&#233;p&#233;t&#233;s de l'ennemi, install&#233; aujourd'hui en Catalogne m&#234;me, ce que chacun, aux premiers mois de la R&#233;volution e&#251;t consid&#233;r&#233; comme une hypoth&#232;se absurde. Certes il y a eu des trahisons, mais jamais du c&#244;t&#233; o&#249; les staliniens pr&#233;tendent en trouver, et toujours parmi leurs alli&#233;s et leurs troupes ; des g&#233;n&#233;raux r&#233;publicains ont pass&#233; chez Franco, des ministres staliniens ont fui devant l'ennemi au moment le plus critique... La cinqui&#232;me colonne n'est pas un mythe mais les tra&#238;tres et les espions qui la composent sont toujours en libert&#233; et peuvent agir impun&#233;ment : la police r&#233;publicaine ne les d&#233;couvre jamais - quand elle ne les prot&#232;ge pas - et la police stalinienne ne cherche que les r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a vendu des armes &#224; l'Espagne r&#233;publicaine. Mais il a en m&#234;me temps apport&#233; la d&#233;moralisation parmi les ouvriers et paysans d'Espagne. Beaucoup &#233;taient d'abord reconnaissants &#224; l'U.R.S.S. de l'aide fournie, mais ils ne pouvaient comprendre que la fourniture d'armes comporte comme condition premi&#232;re l'abandon de la r&#233;volution socialiste d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;e dans les faits. D&#233;moralisation et passivit&#233; se sont &#233;tendues au prol&#233;tariat de tous les pays. C'est ainsi que la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise des cheminots, dont la direction est stalinienne, se borne &#224; regarder passer les trains de munitions que ses adh&#233;rents acheminent chez Franco, satisfaite, semble-t-il, de noter ironiquement : &#034;C'est beau la non-intervention !&#034; La bourgeoisie, m&#234;me d&#233;mocratique, est dans son r&#244;le quand elle intervient contre une r&#233;volution socialiste. C'est ce qu'elle a fait contre la Russie sovi&#233;tique, contre la Hongrie sovi&#233;tique, contre la r&#233;volution allemande. Il n'y a rien l&#224; qui devrait nous surprendre. Mais quand des repr&#233;sentants de grandes organisations ouvri&#232;res se bornent &#224; des d&#233;nonciations platoniques de la non-intervention sans faire appel &#224; l'action directe des ouvriers, demandent au gouvernement de se pr&#233;occuper de l'&#034;int&#233;r&#234;t fran&#231;ais&#034;, on voit clairement qui, finalement, aide Franco. Cela, qui est une trahison v&#233;ritable c'est le fruit empoisonn&#233; de la politique stalinienne, politique de d&#233;faite doubl&#233;e &#224; pr&#233;sent, partout, de l'assassinat des militants demeur&#233;s r&#233;volutionnaires. Les pages qui suivent en apportent de nouvelles preuves. Qui veut contribuer &#224; la victoire de l'antifascisme doit parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1938/00/rosmer_19380000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/rosmer/works/1938/00/rosmer_19380000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aide russe et les Brigades Internationales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Russes comme pour les Italiens et les Allemands, l'Espagne a &#233;t&#233; un champ d'exp&#233;rience. L'&#233;preuve, ici, a &#233;t&#233; surtout mat&#233;rielle. Ils ont pu obtenir de pr&#233;cieux renseignements sur la valeur de leurs armes par rapport &#224; celles des puissances fascistes, des Ratos russes par rapport aux Messerschmitt par exemple. Ils ont tir&#233; de s&#233;rieuses le&#231;ons de l'exp&#233;rience de la guerre : utilisation massive de l'artillerie, n&#233;cessit&#233; de man&#339;uvres en profondeur adapt&#233;es aux nouvelles techniques du combat, utilisation des partisans contre une arm&#233;e organis&#233;e. Bon nombre de cadres militaires russes ont fait en Espagne un stage plein d'enseignements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233;cessaire en contrepartie de souligner d'embl&#233;e que, sans l'apport du mat&#233;riel russe, la r&#233;sistance r&#233;publicaine n'aurait pu se prolonger au-del&#224; de l'ann&#233;e 36.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Russie de Staline et la guerre d'Espagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette aide indispensable n'a cependant jamais &#233;t&#233; suffisante. Les troupes r&#233;publicaines n'ont cess&#233; de manquer de mat&#233;riel d'aviation, d'armes antia&#233;riennes, et m&#234;me d'armes l&#233;g&#232;res, durant toute la dur&#233;e du conflit. Partant de cette constatation, il est impossible de pr&#233;senter comme un effort de solidarit&#233; sans r&#233;serve un secours qui a &#233;t&#233; longtemps suffisant pour permettre de poursuivre la lutte, mais qui, s'il avait &#233;t&#233; plus g&#233;n&#233;reux, aurait sans doute permis de faire pencher d&#233;finitivement la balance en faveur de la R&#233;publique espagnole. Cette constatation a m&#234;me conduit des hommes politiques et notamment d'anciens communistes espagnols &#224; pr&#234;ter aux dirigeants russes un machiav&#233;lisme extraordinaire, supposant finalement &#224; la politique de Staline une simplicit&#233; et une continuit&#233; [1] qui sont constamment d&#233;menties par les faits au cours de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, sans envisager d'autres probl&#232;mes que ceux pos&#233;s par le conflit espagnol, il est possible de relever trois attitudes successives dans la politique de l'U.R.S.S. au cours de cette p&#233;riode :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; d'abord, une position de neutralit&#233; de fait, accompagn&#233;e d'ostensibles t&#233;moignages de sympathie et de solidarit&#233;,&lt;br class='autobr' /&gt; &#224; partir d'octobre 1986, un effort consid&#233;rable d'aide militaire qui correspond &#224; une prise de position vigoureuse en faveur de la R&#233;publique au Comit&#233; de non-intervention,&lt;br class='autobr' /&gt; enfin, &#224; partir de l'&#233;t&#233; 38, un ralentissement progressif de l'aide militaire qui aboutit &#224; l'abandon total de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neutralit&#233; initiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les premiers mois du conflit, l'U.R.S.S. refuse d'intervenir en faveur de la r&#233;volution espagnole. Le gouvernement de Staline n'a en effet aucune raison d'encourager ni d'aider les organisations r&#233;volutionnaires, C.N.T.-F.A.I. ou P.O.U.M., dont le r&#244;le est &#224; ce moment essentiel et qui n'ont pas pour son r&#233;gime politique une particuli&#232;re sympathie. En outre, il n'existe pas encore de relations diplomatiques entre l'U.R.S.S. et l'Espagne ; il est question de les &#233;tablir, mais cinq ans de r&#233;publique n'ont pas suffi pour aboutir &#224; un r&#233;sultat aussi mince. Enfin, l'Espagne n'est, aux yeux de Staline, qu'un &#233;l&#233;ment tr&#232;s secondaire dans une situation internationale inqui&#233;tante. La Russie ne veut &#234;tre en fl&#232;che dans aucun conflit. Elle craint l'isolement, vit encore sur le souvenir des ann&#233;es d'apr&#232;s-guerre qui ont dress&#233; contre le &#171; bolchevisme &#187; toutes les puissances europ&#233;ennes, les &#201;tats-Unis, le Japon, sur l'&#233;chec de la r&#233;volution en Hongrie et en Allemagne. Avec Staline, renon&#231;ant &#224; l'extension de la R&#233;volution mondiale, elle s'efforce de b&#226;tir le &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, et, en m&#234;me temps, de se prot&#233;ger par un syst&#232;me d'alliances ext&#233;rieures. L'av&#232;nement d'Hitler est une menace directe. La conclusion du pacte franco-sovi&#233;tique (pacte Laval-Staline) en 1934 est une riposte, un premier pas vers la s&#233;curit&#233;. Cette alliance reste pourtant fragile et ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme efficace qu'&#224; la condition d'&#234;tre &#233;tendue &#224; la Grande-Bretagne, qui ne semble gu&#232;re y &#234;tre dispos&#233;e. L'attitude h&#233;sitante du gouvernement L&#233;on Blum et finalement sa prise de position en faveur d'une prudente neutralit&#233; ne sont certainement pas faites pour encourager Staline &#224; se jeter, en Espagne, dans une aventure hasardeuse. Aussi, lorsqu'est lanc&#233;e la campagne de non-intervention, l'U.R.S.S. s'y associe-t-elle sans h&#233;sitation. Le 31 ao&#251;t est publi&#233; &#224; Moscou, comme en Occident, le d&#233;cret interdisant &#171; l'exportation, la r&#233;exportation, et le transit en Espagne de toutes les sortes d'armes, de munitions, de mat&#233;riel de guerre, d'avions et de navires de guerre &#187;. En fait, ce d&#233;cret ne sera respect&#233; que pendant un mois au maximum. Au milieu d'octobre, le mat&#233;riel russe, charg&#233; sur des bateaux russes ou &#233;trangers, commence d&#233;j&#224; &#224; arriver en Espagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le tournant de l'automne 36&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc eu un premier tournant, d&#251; &#224; des facteurs divers, mais qui, en d&#233;finitive, ont tous tendu &#224; une modification dans le m&#234;me sens de la politique russe. C'est d'abord l'&#233;motion g&#233;n&#233;rale suscit&#233;e dans le monde, et plus particuli&#232;rement dans les milieux de gauche des pays occidentaux, par le pronunciamiento franquiste et la r&#233;action populaire. Il semble impossible que le &#171; pays du socialisme &#187; se tienne &#224; l'&#233;cart du mouvement g&#233;n&#233;ral d'aide &#224; l'Espagne, sous peine de perdre nombre de ses partisans de l'ext&#233;rieur. On r&#233;p&#232;tera avec insistance que les dirigeants des partis communistes occidentaux, Maurice Thorez notamment, se sont fait l'&#233;cho des inqui&#233;tudes des militants devant la d&#233;faite imminente du Front populaire espagnol, lequel, apr&#232;s l'&#233;chec des forces de gauche en Italie et en Allemagne, avait suscit&#233; chez eux de grandes esp&#233;rances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surtout, malgr&#233; la mod&#233;ration dont a fait preuve le gouvernement de Moscou, le conflit espagnol a pris une trop grande extension pour qu'il puisse continuer &#224; se tenir &#224; l'&#233;cart. L'intervention des nazis et surtout des fascistes italiens est trop &#233;vidente : la victoire du g&#233;n&#233;ral Franco appara&#238;trait aux yeux de tous comme leur victoire, et par suite, comme un &#233;chec de la politique de l'U.R.S.S. Aussi bien l'intervention russe cherche-t-elle &#224; cette &#233;poque &#224; appara&#238;tre, aux yeux des gouvernements de Londres et de Paris, comme une action en faveur du statu quo europ&#233;en, au service de la d&#233;mocratie et de la paix [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient aussi, peut-&#234;tre, d'indiquer une raison de politique int&#233;rieure : l'&#233;pop&#233;e espagnole d&#233;tourne l'attention d'une partie de l'opinion militante en U.R.S.S. des purges qui sont en train de frapper les adversaires de Staline [3] ; en outre, sous le couvert de l'aide &#224; la R&#233;publique espagnole, il est possible de demander aux travailleurs russes un effort suppl&#233;mentaire de production qui ne manquera pas de contribuer &#224; la r&#233;alisation des objectifs fix&#233;s par le plan quinquennal de 1933.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la d&#233;cision d'intervenir en Espagne a &#233;t&#233; annonc&#233;e d&#233;but septembre, selon Krivitsky, lors d'une conf&#233;rence de hauts fonctionnaires r&#233;unie &#224; la Loubianka et &#224; laquelle assiste Orlov, qui sera un des repr&#233;sentants officieux, mais tout-puissants, de la police de Staline en Espagne. Comme cette d&#233;cision est contraire aux principes affirm&#233;s par l'U.R.S.S. et les autres puissances du Comit&#233; de non-intervention, elle doit rester la plus discr&#232;te possible ; des soci&#233;t&#233;s priv&#233;es sont cr&#233;&#233;es, d&#232;s le d&#233;but de ce mois, qui se chargeront des achats et du transport des armes, &#224; partir de la Russie, par Odessa, vers l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1961/00/PBET_Esp_2_03.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1961/00/PBET_Esp_2_03.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons l&#224; au c&#339;ur de la solution de l'&#233;nigme : comment et pourquoi le parti communiste espagnol, insignifiant tant par son nombre que par ses dirigeants, a-t-il &#233;t&#233; capable de concentrer entre ses mains tous les leviers du pouvoir, en d&#233;pit de la pr&#233;seoce d'organisations socialistes et anarchistes incomparablement plus puissantes ? L'explication courante suivant laquelle les staliniens ont tout simplement troqu&#233; le pouvoir en &#233;change des armes sovi&#233;tiques reste superficielle. Pour prix de ses armes, Moscou a re&#231;u de l'or espagnol. Cela suffisait, selon les lois du march&#233; capitaliste. Comment Staline a-t-il r&#233;ussi &#224; obtenir &#233;galement le pouvoir dans ce march&#233; ? &#192; cela, on r&#233;pond d'ordinaire : en accroissant son autorit&#233; aux yeux des masses par des fournitures militaires, le gouvernement sovi&#233;tique a pu exiger, comme conditon de son aide, des mesures d&#233;cisives contre les r&#233;volutionnaires et &#233;carter ainsi de sa route de dangereux adversaires. C'est indiscutable, mais c'est seulemeot un aspect de la question, et le moins importaot. En d&#233;pit de l'&#171; autorit&#233; &#187; acquise gr&#226;ce aux fournitures sovi&#233;tiques, le parti communste espagool est demeur&#233; une petite minorit&#233;, et il a rencootr&#233;, de la part des ouvriers, une haioe toujours plus grande. Il ne suffisait pas d'autre part que Moscou pos&#226;t des conditions, eocore fallait-il que Valence les accept&#226;t. C'est l&#224; le fond du probl&#232;me. ar non seulemeot Compaoys et Negrin, mais aussi Caballero, quand il &#233;tait pr&#233;sident du Conseil, tous sont all&#233;s, de plus ou moins bon gr&#233;, au-devant des exigences de Moscou. Pourquoi ? Parce que ces messieurs eux-m&#234;mes voulaient maintenir la r&#233;volution dans le cadre bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les socialistes, ni m&#234;me les anarchistes ne se sont s&#233;rieusement oppos&#233;s au programme stalinien. Ils avaient eux-m&#234;mes peur de la rupture avec la bourgeoisie. Ils &#233;taieot mortellement efray&#233;s devant chaque offensive r&#233;volutionnaire des ouvriers. Gr&#226;ce &#224; ses armes et &#224; son ultmatum contre- r&#233;volutionnaire, Staline a &#233;t&#233; pour tous ces groupes le sauveur. Il leur assurait en effet ce qu'ils esp&#233;raient, la victoire militaire sur Franco, et, en m&#234;me temps, les affranchissait de toute responsabilit&#233; pour le cours de la r&#233;volution. Ils se sont dooc empress&#233;s de mettre au rencart leurs masques socialistes et anarchistes, avec l'espoir de les utliser de nouveau quaod Moscou aurait r&#233;tabli pour eux la d&#233;mocratie bourgeoise. Pour comble de commodit&#233;, ces messieurs pouvaient justfier leur trahison envers le prol&#233;tariat par la n&#233;cessit&#233; de l'entente militaire avec Staline. De son c&#244;t&#233;, ce dernier justfait sa politique contre-r&#233;volutionnaire par la n&#233;cessit&#233; de l'entente avec la bourgeoisie r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lecons.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lecons.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Pourquoi rejeter dos &#224; dos Etat ouvrier et Etat bourgeois revient &#224;&#8230; soutenir ce dernier</title>
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		<dc:date>2024-10-02T22:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Victor Serge</dc:subject>

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&lt;p&gt;Pourquoi rejeter dos &#224; dos Etat ouvrier et Etat bourgeois revient &#224;&#8230; soutenir ce dernier &lt;br class='autobr' /&gt;
L'exemple le plus frappant est celui d'un authentique r&#233;volutionnaire marxiste, Victor Serge, que le rejet du stalinisme a conduit &#224; retomber dans l'anarchisme, &#224; condamner l'Etat ouvrier russe et l'Etat ouvrier tout court au point de le rejeter dans la r&#233;volution espagnole soutenant le POUM, refusant ainsi de s'opposer &#224; la politique de la CNT qui menait cette organisation &#224; soutenir l'Etat bourgeois, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot108" rel="tag"&gt;Victor Serge&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi rejeter dos &#224; dos Etat ouvrier et Etat bourgeois revient &#224;&#8230; soutenir ce dernier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exemple le plus frappant est celui d'un authentique r&#233;volutionnaire marxiste, Victor Serge, que le rejet du stalinisme a conduit &#224; retomber dans l'anarchisme, &#224; condamner l'Etat ouvrier russe et l'Etat ouvrier tout court au point de le rejeter dans la r&#233;volution espagnole soutenant le POUM, refusant ainsi de s'opposer &#224; la politique de la CNT qui menait cette organisation &#224; soutenir l'Etat bourgeois, socialiste et stalinien et &#224; laisser ce dernier &#233;craser la r&#233;volution prol&#233;tarienne et &#224; la d&#233;sarmer face au franquisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les r&#233;volutionnaires authentiques, la question de l'Etat tient en deux points simples :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; d&#233;truire de fond en comble l'Etat capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; construire sur la base des soviets l'Etat ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute politique r&#233;volutionnaire doit faire avancer la conscience et l'organisation de ces deux points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raisonnant autrement, Victor Serge a abandonn&#233; la perspective r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisonnements de Victor Serge sur l'Espagne lors de la d&#233;faite de la r&#233;volution, abandonn&#233;e par les cntistes et les poumistes et trahie par les socialistes et les staliniens, en disent assez long sur l'&#233;norme chemin accompli en marche arri&#232;re par cet ancien r&#233;volutionnaire bolchevique. Il y justifie la participation au pouvoir capitalo-stalinien qui a &#233;cras&#233; la r&#233;volution :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais///serge/works/1936/00/chroniques_1939.htm#tocto1n7&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais///serge/works/1936/00/chroniques_1939.htm#tocto1n7&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de Victor Serge &#224; L&#233;on Trotsky&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;10 ao&#251;t 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher L&#233;on Davidovitch !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Excusez-moi de ne pas avoir encore r&#233;pondu &#224; votre lettre du 30 juillet. Par deux fois j'ai commenc&#233; &#224; le faire et me suis interrompu. Je suis d&#233;bord&#233; de travail et ne sais plus o&#249; donner de la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#233;tant donn&#233; que malgr&#233; tout il n'y a pas entre nous de d&#233;saccords vraiment essentiels (car les appr&#233;ciations sur les qualit&#233;s personnelles et les capacit&#233;s de travail des camarades de la R.P. [1] ne sont malgr&#233; tout pas essentielles), il est possible de remettre ces sujets &#224; plus tard. Ce n'est pas vous que je suis port&#233; &#224; accuser de sectarisme, mais tout notre mouvement. Je pense pouvoir le prouver h&#233;las ! de fa&#231;on tr&#232;s convaincante. Mais maintenant le travail permet d'&#233;chapper au sectarisme ! Quel d&#233;pit et m&#234;me quel &#233;c&#339;urement de voir combien de papiers on a noirci &#224; propos de chicaneries personnelles autour de Molinier, alors que l'on n'a pas trouv&#233; le moyen de publier une seule brochure sur nos camarades jet&#233;s dans les prisons staliniennes ! Comment ! Des centaines de camarades prol&#233;taires fran&#231;ais connaissent les chamailleries &#224; propos de Molinier, mais ils ignorent le nom de Iakovine et celui de Pankratov ! C'est vraiment monstrueux. Mais la vague montante du mouvement r&#233;volutionnaire doit emporter ces monstruosit&#233;s. En ce moment se produit quelque chose d'extr&#234;mement r&#233;confortant. Tout le monde se pr&#233;cipite en Espagne. Je viens de recevoir une lettre d&#233;sesp&#233;r&#233;e de Ver[eeken], tous ses jeunes s'en vont, tous sont en route ! Il me demande d'intervenir afin que quelques-uns restent ici. J'essaierai. A Paris c'est la m&#234;me chose. Deux camarades italiens de Marseille ont &#233;t&#233; tu&#233;s pr&#232;s de Saragosse. (Et &#224; nouveau il est impossible de travailler : quel sale petit article leur a consacr&#233; La Lutte [ouvri&#232;re].) Rosmer est parti. Et parmi les socialistes proches de nous, Collinet. Louzon aussi. Les anarchistes s'y rendent en masse de partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'au prix de longues conversations que j'ai r&#233;ussi &#224; retenir mon fils (seize ans, il est bien jeune). Au sujet des anarchistes et des syndicalistes, j'ai adress&#233; une proposition au Secr&#233;tariat international. Il faut absolument pr&#233;venir le tr&#232;s grave conflit dans lequel trempent ces canailles de staliniens espagnols. Voici la d&#233;claration qu'a faite Hernandez [2] &#224; la presse : &#8220; Cette r&#233;volution sera une r&#233;volution bourgeoise, en aucune fa&#231;on une r&#233;volution sociale (sic) ; nous viendrons &#224; bout des anarchistes. &#8221; (sic, journal du 8 ao&#251;t !) Les anarchistes ont tu&#233; &#224; Barcelone le bureaucrate socialiste Trillas. Parmi eux les voix qui disent &#8220; nous ne laisserons pas faire les staliniens, nous les tuerons les premiers &#8221; sont tr&#232;s fortes. Une guerre civile peut se d&#233;clencher dans les rangs prol&#233;tariens ! Les anarchistes espagnols sont incontestablement une majorit&#233; &#233;crasante en Catalogne, r&#233;gion industrielle d'une importance d&#233;cisive. Voici la ligne que je propose de choisir et l'appel que je propose de leur lancer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous, r&#233;volutionnaires marxistes, consid&#233;rant comme indispensable de renforcer fortement les arri&#232;res de la r&#233;volution, proclamons que la dictature du prol&#233;tariat doit &#234;tre et sera une libert&#233; v&#233;ritable pour les travailleurs. Nous lutterons avec vous pour assurer la libert&#233; de pens&#233;e et de tendances &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;volution et faisons le serment solennel de tout faire pour ne laisser aucun bureaucrate de quelque couleur que ce soit transformer la r&#233;volution en prison pour les travailleurs &#224; la fa&#231;on stalinienne.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous sommes partisans d'une d&#233;mocratie totale, et en m&#234;me temps d'une discipline totale dans le combat et dans la production.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous vous consid&#233;rons, vous, anarchistes et syndicalistes, comme des fr&#232;res de classe, comme des r&#233;volutionnaires d&#233;vou&#233;s et vous proposons le maximum de collaboration, en m&#234;me temps qu'une critique implacable et une lutte id&#233;ologique dans une atmosph&#232;re fraternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes les seuls, au nom de la IV&#176; Internationale, &#224; pouvoir parler ainsi aux anarchistes et aux syndicalistes. Ni les socialistes du genre de Caballero ni les staliniens ne peuvent agir ainsi. Nous avons l&#224; une immense sup&#233;riorit&#233; qui peut avoir un r&#244;le salutaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que toute notre presse adopte cette ligne. (L'anarchiste Ascaso a eu une mort exemplaire ; pourquoi notre presse l'a-t-elle tu ? J'ai essay&#233; comme j'ai pu de r&#233;parer cette faute.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre derni&#232;re lettre me donne &#224; penser que vous n'avez pas re&#231;u l'une de mes lettres, &#233;crite &#224; la main, en russe, dans laquelle je vous annon&#231;ais que l'on m'avait retir&#233; (ainsi qu'&#224; ma famille !) la citoyennet&#233; sovi&#233;tique, ce qui pour le moment m'emp&#234;che d'aller &#224; Paris. Ce serait tout &#224; fait &#034;&#233;trange&#034; si cette lettre ne vous parvenait pas. Tenez-moi au courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'irai &#224; Paris quand j'aurai re&#231;u les papiers me permettant de me d&#233;placer. Puis je me rendrai aupr&#232;s de vous sans tarder. Je vous &#233;crirai sp&#233;cialement &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai propos&#233; aux camarades de lancer &#233;nergiquement en liaison avec les &#233;v&#233;nements d'Espagne le mot d'ordre du contr&#244;le ouvrier de l'arm&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; en tant que mot d'ordre de propagande instituant la dualit&#233; des pouvoirs dans le feu des &#233;v&#233;nements ;&lt;br class='autobr' /&gt; et tout d'abord en tant que mot d'ordre de propagande qui permettrait de d&#233;masquer l'adversaire et aurait l'application pratique suivante : chaque ouvrier doit se consid&#233;rer &#224; l'arm&#233;e comme un repr&#233;sentant du contr&#244;le ouvrier et faire preuve du maximum de vigilance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;diteur voudrait que je lui envoie la traduction [3] au fur et &#224; mesure. (Je me r&#233;jouis de la fa&#231;on tout &#224; fait nouvelle dont vous posez le probl&#232;me de l'Etat. C'est un grand apport sur le plan th&#233;orique.) J'attendrai vos remarques avant de faire un premier envoi &#224; l'&#233;diteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous serre la main fort et cordialement, &#224; vous &#224; N.I [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V.S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La R&#233;volution prol&#233;tarienne, revue fond&#233;e par Pierre Monatte et dirig&#233;e par Robert Louzon .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Jesus Hernandez, dirigeant du Parti communiste espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Victor Serge est en train de traduire en fran&#231;ais La R&#233;volution trahie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Natalia Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Lettre de Trotsky &#224; Serge&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des Divergences importantes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Victor Lvovitch,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N[atalia] I[vanovna] et moi vous remercions de la lettre que vous nous avez envoy&#233;e sur la mort de notre fils et nous vous sommes reconnaissants du chaleureux article que vous lui avez consacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous faites allusion dans votre lettre &#224; nos divergences et vous les qualifiez de &#171; secondaires &#187;. Malheureusement je ne suis absolument pas d'accord. Si les divergences entre bolchevisme et menchevisme sont secondaires, qu'est-ce alors qui est fondamental ? La R&#233;volution prol&#233;tarienne est l'organe du syndicalisme proudhonien petit-bourgeois. Si on met de c&#244;t&#233; les protestations humanitaires et lib&#233;rales contre les massacres, les impostures, etc., la R.P. est une revue tout &#224; fait r&#233;actionnaire qui d&#233;tourne un groupe important d'individus du mouvement ouvrier. Si nos divergences sont secondaires, pourquoi travaillez-vous, non pour nos journaux, mais pour ceux qui sont nos ennemis mortels par l'essence m&#234;me de leur programme ? Dans des dizaines d'articles et de lettres, j'ai d&#233;montr&#233; que la politique du P.O.U.M. n'&#233;tait, dans le meilleur des cas, que celle de Martov. Vous n'avez jamais r&#233;pondu &#224; mes arguments. En revanche, vous vous &#234;tes solidaris&#233; publiquement avec le P.O.U.M. dans un moment critique, et vous avez endoss&#233; la responsabilit&#233; de sa politique. On ne peut agir ainsi que lorsqu'on recherche consciemment une rupture totale et une lutte acharn&#233;e. Dans ces conditions, comment est-il possible de parler de divergences &#171; secondaires &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faillis de l'anarchisme, qui se sont alli&#233;s aux bourgeois et aux staliniens contre les ouvriers, n'ont rien trouv&#233; de mieux, pour couvrir leur faillite, que d'entamer une campagne sur... Cronstadt. Au lieu de condamner ces tra&#238;tres de la r&#233;volution, ces falsificateurs de l'histoire, vous avez pris imm&#233;diatement leur d&#233;fense. Les restrictions et les att&#233;nuations que vous apportez &#224; votre position ne font que l'aggraver. Elles donnent &#224; nos ennemis occasion de dire : &#171; Victor Serge lui-m&#234;me, qui n'a que des divergences secondaires avec Trotsky, reconna&#238;t... &#187; En d'autres termes, vous vous &#234;tes plac&#233;s non plus sur le flanc droit de la IVe Internationale, mais sur le flanc gauche de ses ennemis irr&#233;conciliables. Mais tous ces P.O.U.M. ne sont que des bulles &#224; la surface du flot de l'histoire. Le seul facteur r&#233;volutionnaire de la p&#233;riode &#224; venir sera la IVe Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette beaucoup que vous n'ayez pas plac&#233; votre talent exceptionnel au service de ce mouvement progressiste. Pour ma part, je suis pr&#234;t &#224; faire tout pour cr&#233;er les conditions d'une collaboration. Les divergences r&#233;ellement secondaires sont in&#233;vitables et ne sauraient emp&#234;cher de travailler ensemble. Mais &#224; une condition : que vous d&#233;cidiez vous-m&#234;me d'appartenir au camp de la IVe Internationale et pas &#224; celui de ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky contre Victor Serge et Souvarine&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moralistes et sycophantes contre le Marxisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9 juin 1939&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trafiquants d'indulgences et leurs alli&#233;s socialistes ou le coucou dans le nid d'un autre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pamphlet Leur Morale et la N&#244;tre a du moins le m&#233;rite d'avoir contraint certains philistins et sycophantes &#224; se d&#233;masquer enti&#232;rement. Les premi&#232;res coupures de la presse fran&#231;aise et belge qui me sont parvenues en t&#233;moignent. Le plus clair dans le genre est le compte rendu paru dans le journal parisien catholique La Croix. Ces Messieurs ont leur propre syst&#232;me et n'ont aucune honte &#224; le d&#233;fendre. Ils soutiennent la morale absolue et, avant tout, le boucher Franco. C'est la volont&#233; de Dieu. Derri&#232;re eux se trouve un Hygi&#233;niste C&#233;leste qui ramasse et nettoie toutes les ordures laiss&#233;es dans leur sillage. Il n'est pas &#233;tonnant qu'ils condamnent comme m&#233;prisable la morale de r&#233;volutionnaires qui assument eux-m&#234;mes leur propre responsabilit&#233;. Ce qui nous int&#233;resse en ce moment, ce ne sont pas les professionnels du trafic d'indulgences, mais les moralistes qui se passent de Dieu tout en cherchant &#224; se substituer &#224; Lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal &#034; socialiste &#034; bruxellois Le Peuple &#8211; o&#249; va se cacher la vertu ! &#8211; n'a rien trouv&#233; dans notre petit livre sinon une recette criminelle pour former des cellules secr&#232;tes &#224; la recherche du plus immoral de tous les buts &#8211; celui de saper le prestige et les revenus de la bureaucratie ouvri&#232;re belge. Naturellement, on peut r&#233;pondre que cette bureaucratie est macul&#233;e d'innombrables trahisons et de pures escroqueries (il suffit de rappeler l'histoire de la Banque Ouvri&#232;re !), qu'elle &#233;touffe toute lueur de pens&#233;e critique dans la classe ouvri&#232;re, que dans sa morale pratique elle n'est en rien sup&#233;rieure &#224; son alli&#233;e politique, la hi&#233;rarchie catholique. Mais, tout d'abord, seuls des gens tr&#232;s mal &#233;lev&#233;s mentionneraient de telles choses d&#233;sagr&#233;ables ; en second lieu, tous ces Messieurs, quels que soient leurs p&#233;ch&#233;s v&#233;niels, font provision des plus hauts principes de la morale. Henri de Man y veille personnellement, et, devant sa haute autorit&#233;, nous ne pouvons naturellement, nous, bolcheviks, esp&#233;rer aucune indulgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de passer &#224; d'autres moralistes, arr&#234;tons-nous un moment &#224; un pri&#232;re d'ins&#233;rer publi&#233; par les &#233;diteurs fran&#231;ais de notre petit livre. Par sa nature m&#234;me, un pri&#232;re d'ins&#233;rer recommande un livre ou, du moins, d&#233;crit objectivement son contenu. Celui que nous avons devant nous est un prospectus d'un type enti&#232;rement diff&#233;rent. Il suffit d'en fournir un seul exemple : &#034; Trotsky pense que son parti, jadis au pouvoir, aujourd'hui dans l'opposition, a toujours repr&#233;sent&#233; le vrai prol&#233;tariat et lui-m&#234;me, v&#233;ritable morale. Il en conclut par exemple ceci : fusiller des otages prend une signification toute diff&#233;rente selon que l'ordre est donn&#233; par Staline ou par Trotsky... &#034; La citation est tout &#224; fait suffisante pour appr&#233;cier le commentateur qui se trouve dans les coulisses. C'est le droit incontestable d'un auteur que de contr&#244;ler un pri&#232;re d'ins&#233;rer. Mais, comme dans le cas qui nous occupe, l'auteur se trouvait alors au-del&#224; des mers, un &#034; ami &#034;, profitant apparemment du manque d'information de l'&#233;diteur, parvint &#224; se glisser dans le nid d'un autre et &#224; y d&#233;poser son petit &#339;uf &#8211; oh ! un tout petit &#339;uf, presque virginal. Qui est l'auteur de ce pri&#232;re d'ins&#233;rer ? Victor Serge, qui a traduit le livre et qui en est aussi le critique le plus s&#233;v&#232;re, pourra facilement donner le renseignement. Je ne serais pas &#233;tonn&#233; s'il s'av&#233;rait que le prospectus f&#251;t &#233;crit... non pas, naturellement, par Victor Serge, mais par l'un de ses disciples qui imite aussi bien les id&#233;es que le style du ma&#238;tre. Mais peut-&#234;tre, apr&#232;s tout, est-ce le ma&#238;tre lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire Victor Serge en qualit&#233; d' &#034; ami &#034; de l'auteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; Morale de Hottentot ! &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvarine et d'autres sycophantes se sont naturellement saisis aussit&#244;t de cette d&#233;claration du pri&#232;re d'ins&#233;rer, ce qui leur a &#233;pargn&#233; le souci de rechercher des sophismes empoisonn&#233;s. Si Trotsky prend des otages, c'est bien ; si c'est Staline c'est mal. Face &#224; une telle &#034; morale de Hottentot &#034;, il n'est pas difficile de manifester une noble indignation. Pourtant rien n'est plus facile que de d&#233;montrer, sur la base de ce tr&#232;s r&#233;cent exemple, le vide et la fausset&#233; de cette indignation. Victor Serge est devenu publiquement membre du P.O.U.M., parti catalan qui avait ses propres milices sur le front durant la guerre civile. Au front, c'est bien connu, on fusille et on tue. On peut donc dire : &#034; Pour Victor Serge, les massacres ont un sens totalement diff&#233;rent selon que l'ordre vient du g&#233;n&#233;ral Franco ou des dirigeants du propre parti de Victor Serge. &#034; Si notre moraliste avait essay&#233; de r&#233;fl&#233;chir sur la signification de ses propres actes, avant d'essayer d'instruire les autres, il aurait probablement dit ceci : mais les travailleurs espagnols luttaient pour l'&#233;mancipation du peuple, tandis que les bandes de Franco luttaient pour le r&#233;duire &#224; l'esclavage ! Serge ne pourra inventer d'autre r&#233;ponse. En d'autres termes, il devra r&#233;p&#233;ter l'argument &#034; Hottentot &#034; [*] de Trotsky sur les otages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore &#224; propos d'otages&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est possible et m&#234;me probable que nos moralistes refuseront de dire franchement ce qui est, et tenteront de tergiverser : &#034; tuer au front est une chose, fusiller des otages en est une autre ! &#034; Cet argument, comme nous allons le d&#233;montrer, est tout simplement stupide. Mais arr&#234;tons-nous un instant sur le terrain choisi par notre adversaire. Le syst&#232;me des otages, dites-vous, est immoral &#034;en soi&#034; ? Bien, c'est ce que nous voulons savoir. Mais ce syst&#232;me a &#233;t&#233; pratiqu&#233; au cours de toutes les guerres civiles de l'histoire ancienne et moderne. Il est &#233;vident qu'il d&#233;coule de la nature m&#234;me de la guerre civile. On ne peut en tirer qu'une seule conclusion, &#224; savoir que la nature m&#234;me de la guerre civile est immorale. C'est le point de vue du journal La Croix qui estime qu'il est n&#233;cessaire d'ob&#233;ir aux pouvoirs en place, car le pouvoir &#233;mane de Dieu. Et Victor Serge ? Il n'a aucun point de vue r&#233;fl&#233;chi. D&#233;poser un petit &#339;uf dans le nid d'un autre est une chose, d&#233;finir sa propre position sur des probl&#232;mes historiques complexes est autre chose. J'admets volontiers que des gens d'une moralit&#233; aussi transcendante qu'Azana, Caballero, Negrin et Compagnie, s'opposent &#224; toute prise d'otages dans le camp fasciste : des deux c&#244;t&#233;s il y a des bourgeois, li&#233;s par des liens mat&#233;riels et familiaux et convaincus que, m&#234;me en cas de d&#233;faite, non seulement ils seront saufs, mais conserveront leurs moyens d'existence. A leur mani&#232;re, ils ont raison. Mais les fascistes, eux, ont pris des otages parmi les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens et, de leur c&#244;t&#233;, les prol&#233;taires ont pris des otages dans la bourgeoisie fasciste, car ils savaient quelle menace une d&#233;faite, m&#234;me partielle et temporaire, impliquait pour eux et leurs fr&#232;res de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge lui-m&#234;me ne peut dire exactement ce qu'il veut : purger la guerre civile du syst&#232;me des otages, ou purger l'histoire humaine de la guerre civile ? &#201;tant incapable d'aborder les ph&#233;nom&#232;nes dans leurs relations internes, le moraliste petit-bourgeois pense de fa&#231;on &#233;pisodique, fragmentaire, morcel&#233;e. Artificiellement mise &#224; part, la question des otages est pour lui un probl&#232;me particulier, ind&#233;pendant des conditions g&#233;n&#233;rales qui engendrent les luttes arm&#233;es entre les classes. La guerre civile est l'expression supr&#234;me de la lutte des classes. Tenter de la subordonner &#224; des &#034; normes &#034; abstraites signifie, en fait, d&#233;sarmer les travailleurs face &#224; un ennemi arm&#233; jusqu'aux dents. Le moraliste petit-bourgeois est le fr&#232;re cadet du pacifiste bourgeois qui veut &#034; humaniser &#034; la guerre en interdisant l'utilisation de gaz toxiques, le bombardement des villes ouvertes, etc. Politiquement, de tels programmes ne servent qu'&#224; d&#233;tourner les masses de penser &#224; la r&#233;volution comme au seul moyen de mettre fin &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peur de l'opinion publique bourgeoise&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emp&#234;tr&#233; dans ses contradictions, le moraliste pourrait peut-&#234;tre arguer qu'une lutte &#034; ouverte &#034; et &#034; consciente &#034; entre les deux camps est une chose, mais que la capture de non-participants &#224; cette lutte en est une autre. Pourtant cet argument n'est qu'un mis&#233;rable et stupide faux-fuyant. Dans le camp de Franco se battaient des dizaines de milliers d'hommes qui &#233;taient dup&#233;s et enr&#244;l&#233;s de force. Les arm&#233;es r&#233;publicaines ont tir&#233; sur ces malheureux captifs d'un g&#233;n&#233;ral r&#233;actionnaire et tu&#233; nombre d'entre eux. &#201;tait- ce moral ou immoral ? Bien plus, la guerre moderne, avec son artillerie &#224; longue port&#233;e, son aviation, ses gaz toxiques, avec son cort&#232;ge de destruction, de famine, d'incendies et d'&#233;pid&#233;mies, implique in&#233;vitablement la perte de centaines de milliers et de millions d'individus, vieillards et enfants compris, qui ne participent pas directement &#224; la lutte. Les gens pris comme otages sont au moins li&#233;s par des liens de classe et de solidarit&#233; familiale &#224; l'un des camps, ou aux dirigeants de ce camp. En prenant des otages, on peut proc&#233;der &#224; une s&#233;lection consciente. Un projectile tir&#233; par un canon ou l&#226;ch&#233; par un avion est envoy&#233; au hasard et peut facilement d&#233;truire non seulement des ennemis mais aussi des amis, ou leurs parents et leurs enfants. Pourquoi alors nos moralistes mettent-ils &#224; part la question des otages et ferment-ils les yeux sur le contenu de la guerre civile dans son ensemble ? Parce qu'ils ne sont pas particuli&#232;rement courageux. En tant qu'hommes de &#034; gauche &#034;, ils ont peur de rompre ouvertement avec la r&#233;volution. Comme petits-bourgeois, ils ont peur de couper les ponts avec l'opinion publique officielle. En condamnant le syst&#232;me des otages ils se sentent en bonne compagnie &#8211; contre les bolcheviks. Ils gardent l&#226;chement le silence sur l'Espagne. Contre le fait que les travailleurs espagnols, les anarchistes et les poumistes aient pris des otages, V. Serge protestera... dans vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le code moral de la guerre civile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore &#224; la m&#234;me cat&#233;gorie qu'appartient une autre d&#233;couverte de V. Serge, &#224; savoir que la d&#233;g&#233;n&#233;rescence des bolcheviks remonte au moment o&#249; la Tch&#233;ka re&#231;ut le droit de d&#233;cider du sort des gens derri&#232;re des portes closes. Serge joue avec le concept de r&#233;volution, &#233;crit des po&#232;mes &#224; son sujet, mais est incapable de comprendre ce qu'elle est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les proc&#232;s publics ne sont possibles que dans des r&#233;gimes stables. La guerre civile, elle, est une situation d'extr&#234;me instabilit&#233; pour la soci&#233;t&#233; et l'Etat. De m&#234;me qu'il est impossible de publier dans les journaux, les plans de l'&#233;tat-major, de m&#234;me il est impossible de r&#233;v&#233;ler dans des proc&#232;s publics les d&#233;tails de complots, car ces derniers sont intimement li&#233;s au d&#233;roulement de la guerre civile. Sans aucun doute, des proc&#232;s &#224; huis clos augmentent consid&#233;rablement les chances d'erreur. Cela signifie simplement, et nous le conc&#233;dons volontiers, que les conditions de la guerre civile sont peu favorables &#224; l'exercice d'une justice impartiale. Et que faut-il dire de plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous proposons que V. Serge soit nomm&#233; pr&#233;sident d'une commission compos&#233;e, par exemple, de Marceau Pivert, Souvarine, Waldo Franck, Max Eastman, Magdeleine Paz et d'autres pour r&#233;diger un code moral de la guerre civile. D'avance, son caract&#232;re g&#233;n&#233;ral en serait clair. Les deux c&#244;t&#233;s s'engagent &#224; ne pas prendre d'otages. Les proc&#232;s publics restent en vigueur. Pour qu'ils aient lieu correctement, libert&#233; totale est laiss&#233;e &#224; la presse durant toute la guerre civile. Le bombardement des villes, &#233;tant pr&#233;judiciable &#224; la justice publique, &#224; la libert&#233; de la presse et &#224; l'inviolabilit&#233; de l'individu, est formellement interdit. Pour d'autres raisons diff&#233;rentes ou semblables, l'usage de l'artillerie est proscrit. Et, vu que les fusils, les grenades &#224; main et m&#234;me les ba&#239;onnettes exercent incontestablement une influence n&#233;faste sur les &#234;tres humains ainsi que sur la d&#233;mocratie en g&#233;n&#233;ral, l'utilisation des armes, des armes &#224; feu ou des armes blanches, est formellement interdite dans la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Code merveilleux ! Magnifique monument &#224; l'honneur de la rh&#233;torique de Victor Serge et de Magdeleine Paz ! Cependant, tant que ce code restera inaccept&#233; comme r&#232;gle de conduite par tous les oppresseurs et tous les opprim&#233;s, les classes en lutte chercheront &#224; remporter la victoire par tous les moyens, tandis que les moralistes petits-bourgeois continueront, comme ils l'ont fait jusque-l&#224;, &#224; errer dans la confusion entre les deux camps. Subjectivement ils sympathisent avec l'opprim&#233; &#8211; personne n'en doute. Objectivement, ils restent prisonniers de la morale de la classe dirigeante et cherchent &#224; l'imposer aux opprim&#233;s au lieu de les aider &#224; &#233;laborer la morale de l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses n'ont rien &#224; y voir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor Serge a d&#233;voil&#233; en passant ce qui a provoqu&#233; l'effondrement du parti bolchevik : un centralisme excessif, une m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la lutte id&#233;ologique, un manque d'esprit libertaire. Plus de confiance dans les masses, plus de libert&#233; ! Tout cela est hors de l'espace et du temps. Mais les masses ne sont nullement identiques : il y a des masses r&#233;volutionnaires : il y a des masses passives, il y a des masses r&#233;actionnaires. Les m&#234;mes masses sont &#224; diff&#233;rentes p&#233;riodes inspir&#233;es par des dispositions et des objectifs diff&#233;rents. C'est justement pour cette raison qu'une organisation centralis&#233;e de l'avant-garde est indispensable. Seul un parti, exer&#231;ant l'autorit&#233; qu'il a acquise, est capable de surmonter les flottements des masses elles-m&#234;mes. Rev&#234;tir les masses des traits de la saintet&#233; et r&#233;duire son propre programme &#224; une d&#233;mocratie amorphe, c'est se dissoudre dans la classe telle qu'elle est, se transformer d'avant-garde en arri&#232;re-garde et, par l&#224; m&#234;me, renoncer aux t&#226;ches r&#233;volutionnaires. D'autre part, si la dictature du prol&#233;tariat signifie quelque chose, elle signifie que l'avant-garde de la classe est arm&#233;e des ressources de l'&#233;tat pour repousser les dangers, y compris ceux qui &#233;manent des couches arri&#233;r&#233;es du prol&#233;tariat lui-m&#234;me. Tout ceci est &#233;l&#233;mentaire ; tout ceci a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par l'exp&#233;rience de la Russie et confirm&#233; par l'exp&#233;rience de l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout le secret est qu'en demandant la libert&#233; &#034; pour les masses &#034;, Victor Serge en r&#233;alit&#233; demande la libert&#233; pour lui et ses pairs, il demande &#224; &#234;tre lib&#233;r&#233; de tout contr&#244;le, de toute discipline et m&#234;me, si possible, de toute critique &#224; son &#233;gard. Les &#034; masses &#034; n'ont rien &#224; voir l&#224;-dedans. Quand notre &#034; d&#233;mocrate &#034; court de droite &#224; gauche et de gauche &#224; droite, semant la confusion et le doute, il se croit l'incarnation d'une salutaire libert&#233; de pens&#233;e. Mais quand nous jugeons d'un point de vue marxiste les vacillations d'un intellectuel petit-bourgeois d&#233;sillusionn&#233;, il lui semble que c'est un outrage &#224; son individualit&#233;. Il s'allie alors &#224; tous les confusionnistes pour partir en croisade contre notre despotisme et notre sectarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur d'un parti n'est pas un but en soi. Elle doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e et li&#233;e par le centralisme. Pour un marxiste la question a toujours &#233;t&#233; la suivante ; la d&#233;mocratie pour quoi ? pour quel programme ? Le cadre du programme est en m&#234;me temps le cadre de la d&#233;mocratie. Victor Serge demandait que la Quatri&#232;me Internationale accord&#226;t la libert&#233; d'action &#224; tous les confusionnistes, les sectaires et les centristes du P.O.U.M., du type Vereecken, Marceau Pivert, aux bureaucrates conservateurs du type Sneevliet ou &#224; de simples aventuriers du type R. Molinier. D'autre part, Victor Serge a syst&#233;matiquement aid&#233; les organisations centristes &#224; chasser de leurs rangs les partisans de la Quatri&#232;me Internationale. Nous connaissons parfaitement ce genre de d&#233;mocratie : elle est complaisante, accommodante, conciliatrice... envers la droite ; en m&#234;me temps, elle est exigeante, malveillante et fourbe... envers la gauche. Elle repr&#233;sente simplement le r&#233;gime d'auto-d&#233;fense du centrisme petit-bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre le marxisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'attitude de Victor Serge &#224; l'&#233;gard des probl&#232;mes th&#233;oriques &#233;tait s&#233;rieuse, il aurait &#233;t&#233; g&#234;n&#233; de se mettre en avant comme &#034; novateur &#034; pour nous renvoyer &#224; Bernstein, Struve et tous les r&#233;visionnistes du si&#232;cle dernier qui ont tent&#233; de greffer le kantisme sur le marxisme ou, en d'autres termes, de subordonner la lutte de classes du prol&#233;tariat &#224; des principes qui lui sont soi-disant sup&#233;rieurs. Comme l'a fait Kant, ils d&#233;crivaient l'&#034; imp&#233;ratif cat&#233;gorique &#034; (l'id&#233;e de devoir) comme une norme absolue de morale valable pour tout le monde. En r&#233;alit&#233;, c'&#233;tait une question de &#034; devoir &#034; envers la soci&#233;t&#233; bourgeoise. A leur mani&#232;re, Bernstein, Struve, Vorlander avaient une attitude s&#233;rieuse &#224; l'&#233;gard de la th&#233;orie. Ils demandaient ouvertement un retour &#224; Kant. Victor Serge et ses pairs ne ressentent pas la moindre responsabilit&#233; envers la pens&#233;e scientifique. Ils s'en tiennent &#224; des allusions, des insinuations, au mieux &#224; des g&#233;n&#233;ralisations litt&#233;raires. Cependant, si leurs id&#233;es sont tout &#224; fait fausses, il semble qu'elles aient rejoint une vieille cause depuis longtemps discr&#233;dit&#233;e : asservir le marxisme au kantisme, paralyser la r&#233;volution socialiste au moyen de normes &#034; absolues &#034; qui en fait repr&#233;sentent les g&#233;n&#233;ralisations philosophiques des int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie &#8211; pas de la bourgeoisie actuelle, il est vrai, mais de la bourgeoisie d&#233;funte de l'&#232;re du libre-&#233;change et de la d&#233;mocratie. La bourgeoisie imp&#233;rialiste observe encore moins ces normes que ne le fit sa grand-m&#232;re lib&#233;rale. Mais elle consid&#232;re d'un &#339;il bienveillant les tentatives des pr&#234;cheurs petits-bourgeois pour introduire la confusion, le trouble et l'h&#233;sitation dans les rangs du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Le but essentiel, non seulement d'Hitler mais aussi des lib&#233;raux et des d&#233;mocrates, c'est de discr&#233;diter le bolchevisme &#224; un moment o&#249; sa l&#233;gitimit&#233; menace de devenir parfaitement claire pour les masses. Le bolchevisme, le marxisme &#8211; voil&#224; l'ennemi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le &#034; fr&#232;re &#034; Victor Basch, grand-pr&#234;tre de la morale d&#233;mocratique, avec l'aide de son &#034; fr&#232;re &#034; Rosenmark fabriqua un faux pour d&#233;fendre les proc&#232;s de Moscou, il se d&#233;masqua publiquement. Convaincu de faux, il se frappa la poitrine et cria : &#034; Suis-je donc partial ? J'ai toujours d&#233;nonc&#233; la terreur de L&#233;nine et de Trotsky. &#034; Basch d&#233;voilait avec relief le mobile profond des moralistes de la d&#233;mocratie : certains peuvent se taire au sujet des proc&#232;s de Moscou, certains peuvent attaquer les proc&#232;s, d'autres encore peuvent d&#233;fendre les proc&#232;s ; mais leur souci commun c'est d'utiliser les proc&#232;s pour condamner la &#034; morale &#034; de L&#233;nine et de Trotsky, c'est-&#224;-dire les m&#233;thodes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Dans ce domaine ils sont tous fr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le prospectus scandaleux qui a &#233;t&#233; cit&#233; plus haut, il est d&#233;clar&#233; que je d&#233;veloppe mon point de vue sur la morale &#034;en [m']appuyant sur L&#233;nine &#034;. On peut penser que cette phrase mal d&#233;finie, que d'autres publications ont reproduites, signifie que je d&#233;veloppe les principes th&#233;oriques de L&#233;nine. Mais, &#224; ma connaissance, L&#233;nine n'a pas &#233;crit sur la morale. En fait, Victor Serge voulait dire quelque chose de totalement diff&#233;rent, &#224; savoir que mes id&#233;es immorales sont une g&#233;n&#233;ralisation de la pratique de L&#233;nine, l'&#034; amoraliste &#034;. Il cherche &#224; discr&#233;diter la personnalit&#233; de L&#233;nine par mes jugements, et mes jugements par la personnalit&#233; de L&#233;nine. Il ne fait que flatter la tendance g&#233;n&#233;rale r&#233;actionnaire qui est dirig&#233;e contre le bolchevisme et le marxisme dans leur ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvarine le sycophante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ex-pacificiste, ex-communiste, ex-trotskyste, ex-communiste-d&#233;mocrate, ex-marxiste... ex-Souvarine, pourrait-on presque dire, Souvarine attaque la r&#233;volution prol&#233;tarienne et les r&#233;volutionnaires d'autant plus effront&#233;ment qu'il ne sait pas ce qu'il veut. Cet homme aime collectionner les citations, les documents, les virgules et les guillemets, entasser des dossiers et, de plus, il sait manier la plume. A l'origine il avait esp&#233;r&#233; que ce bagage lui durerait toute la vie. Mais il fut bient&#244;t forc&#233; de se persuader qu'il fallait, en outre, savoir penser. Son livre sur Staline, en d&#233;pit de l'abondance des citations et des faits int&#233;ressants, est un t&#233;moignage de sa propre indigence. Souvarine ne comprend pas ce qu'est la r&#233;volution ni ce qu'est la contre-r&#233;volution. Il applique au processus historique les crit&#232;res d'un petit raisonneur &#224; tout jamais bless&#233; par l'humanit&#233; p&#233;cheresse. La disproportion entre son esprit critique et son impotence cr&#233;atrice le ronge comme un acide. De l&#224; sa constante exasp&#233;ration, et son manque d'honn&#234;tet&#233; &#233;l&#233;mentaire dans l'appr&#233;ciation des id&#233;es, des hommes et des &#233;v&#233;nements, le tout recouvert d'un moralisme dess&#233;ch&#233;. Comme tous les cyniques et les misanthropes, Souvarine est organiquement attir&#233; par la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvarine a-t-il ouvertement rompu avec le marxisme ? Nous n'en avons jamais entendu parler. Il pr&#233;f&#232;re l'&#233;quivoque ; c'est son &#233;l&#233;ment naturel. Dans sa critique de mon pamphlet il &#233;crit : &#034; Trotsky, une fois de plus, enfourche son dada de la lutte de classes. &#034; Pour le marxiste d'hier la lutte de classes est... &#034;le dada de Trotsky &#034;. Il n'est pas &#233;tonnant que Souvarine, lui, ait pr&#233;f&#233;r&#233; monter &#224; califourchon sur le chien mort de la morale &#233;ternelle. A la conception marxiste, il oppose &#034; le sens de la justice... sans consid&#233;ration des diff&#233;rences de classes &#034;. Il est en tout cas rassurant d'apprendre que notre soci&#233;t&#233; est fond&#233;e sur un &#034; sens de la justice &#034;. Dans la guerre qui vient, Souvarine ira sans doute exposer sa d&#233;couverte aux soldats des tranch&#233;es ; entre-temps, il peut en faire autant pour les invalides de la derni&#232;re guerre, les ch&#244;meurs, les enfants abandonn&#233;s et les prostitu&#233;es. Serait-il &#233;charp&#233; dans cette affaire, nous avouons &#224; l'avance que notre &#034;sens de la justice&#034; ne serait pas de son c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les critiques faites par cet apologiste &#233;hont&#233; de la justice bourgeoise &#034; sans consid&#233;ration des diff&#233;rences de classes &#034; se fondent enti&#232;rement sur le pri&#232;re d'ins&#233;rer inspir&#233; par Victor Serge. A son tour, ce dernier, dans toutes ses tentatives de &#034; th&#233;orisation &#034; ne va pas au-del&#224; d'emprunts h&#233;t&#233;rog&#232;nes &#224; Souvarine qui n&#233;anmoins poss&#232;de cet avantage d'exprimer ce que Victor Serge n'ose dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec une feinte indignation &#8211; il n'y a rien de sinc&#232;re chez lui &#8211; Souvarine &#233;crit qu'&#233;tant donn&#233; que Trotsky condamne la morale des d&#233;mocrates, des r&#233;formistes, des staliniens et des anarchistes, il s'ensuit que le seul repr&#233;sentant de la morale est le &#034; parti de Trotsky &#034;, et comme ce parti &#034; n'existe pas &#034;, en derni&#232;re analyse l'incarnation de la morale est donc Trotsky lui-m&#234;me. Comment s'emp&#234;cher de rire &#224; de tels propos ? Souvarine imagine apparemment qu'il est capable de distinguer entre ce qui existe et ce qui n'existe pas. C'est une affaire tr&#232;s simple tant qu'il ne s'agit que d'&#339;ufs brouill&#233;s ou d'une paire de bretelles. Mais, &#224; l'&#233;chelle du processus historique, une telle distinction passe &#233;videmment au-dessus de la t&#234;te de Souvarine. &#034; Ce qui existe &#034; na&#238;t ou meurt, se d&#233;veloppe ou se d&#233;sint&#232;gre. Ce qui existe ne peut &#234;tre compris que de celui qui en comprend les tendances internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait compter sur les doigts le nombre de gens qui ont gard&#233; une position r&#233;volutionnaire quand &#233;clata la derni&#232;re guerre. Toute la sc&#232;ne de la politique officielle &#233;tait presque enti&#232;rement recouverte par les diverses nuances du chauvinisme. Liebknecht, Luxembourg, L&#233;nine semblaient des individus isol&#233;s impuissants. Mais y a-t-il le moindre doute que leur morale &#233;tait sup&#233;rieure &#224; la morale bestiale de l'&#034; union sacr&#233;e &#034; ? La politique r&#233;volutionnaire de Liebknecht n'&#233;tait pas du tout &#034; individualiste &#034;, comme il paraissait alors au Philistin patriote moyen. Au contraire, Liebknecht, et Liebknecht seul, refl&#233;tait et pr&#233;figurait les tendances profondes souterraines des masses. Le cours ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements l'a enti&#232;rement confirm&#233;. Ne pas craindre aujourd'hui une compl&#232;te rupture avec l'opinion publique officielle, de fa&#231;on &#224; obtenir le droit d'exprimer demain les id&#233;es et les sentiments des masses insurg&#233;es, voil&#224; un mode particulier d'existence qui diff&#232;re de l'existence empirique des formalistes petits-bourgeois. Tous les partis de la soci&#233;t&#233; capitaliste, tous ses moralistes et ses sycophantes p&#233;riront sous les d&#233;combres de la catastrophe imminente. Le seul parti qui survivra sera le parti de la r&#233;volution socialiste mondiale, m&#234;me s'il semble aujourd'hui inexistant aux rationalistes aveugles, exactement comme leur avait paru inexistant le parti de L&#233;nine et de Liebknecht durant la derni&#232;re guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires et les porteurs d'infection&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels a &#233;crit un jour que Marx et lui-m&#234;me &#233;taient rest&#233;s toute leur vie en minorit&#233; et qu'ils s'en &#233;taient toujours &#034; bien trouv&#233;s &#034;. Les p&#233;riodes o&#249; le mouvement des classes opprim&#233;es s'&#233;l&#232;ve au niveau des t&#226;ches g&#233;n&#233;rales de la r&#233;volution repr&#233;sentent les tr&#232;s rares exceptions de l'histoire. Bien plus fr&#233;quentes que les victoires sont les d&#233;faites des opprim&#233;s. Apr&#232;s chaque d&#233;faite vient une longue p&#233;riode de r&#233;action qui rejette les r&#233;volutionnaires dans un &#233;tat de cruel isolement. Les pseudo-r&#233;volutionnaires, les &#034; chevaliers d'une heure &#034;, comme le dit un po&#232;te russe, ou bien trahissent ouvertement la cause de l'opprim&#233; dans de telles p&#233;riodes ou bien courent partout &#224; la recherche d'une formule de salut qui leur permettrait d'&#233;viter la rupture avec l'un ou l'autre des camps en pr&#233;sence. Il est inconcevable &#224; notre &#233;poque de trouver une formule conciliatrice dans le domaine de l'&#233;conomie politique ou de la sociologie ; les contradictions de classes ont pour toujours renvers&#233; la formule de &#034; l'harmonie &#034; des lib&#233;raux et des r&#233;formistes d&#233;mocrates. Il reste le domaine de la religion et de la morale transcendantale. Les &#034; socialistes-r&#233;volutionnaires &#034; russes ont essay&#233; de sauver la d&#233;mocratie par l'alliance avec l'&#201;glise. Marceau Pivert remplace l'&#201;glise par la Franc-ma&#231;onnerie. Apparemment, Victor Serge n'a pas encore adh&#233;r&#233; &#224; une loge, mais il n'a aucune difficult&#233; &#224; trouver le m&#234;me langage que Pivert contre le marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux classes d&#233;cident du sort de l'humanit&#233; : la bourgeoisie imp&#233;rialiste et le prol&#233;tariat. La derni&#232;re ressource de la bourgeoisie est le fascisme, qui remplace les crit&#232;res historiques et sociaux par des normes biologiques et zoologiques de fa&#231;on &#224; se lib&#233;rer de toute restriction dans la lutte pour la propri&#233;t&#233; capitaliste. La civilisation ne peut &#234;tre sauv&#233;e que par la r&#233;volution socialiste. Pour accomplir ce bouleversement, le prol&#233;tariat a besoin de toutes ses forces, de toute sa d&#233;termination, de toute son audace, de toute sa passion impitoyable. Par-dessus tout, il doit &#234;tre enti&#232;rement lib&#233;r&#233; des fictions de la religion, de la &#034; d&#233;mocratie &#034; et de la morale transcendantale &#8211; autant de cha&#238;nes forg&#233;es par l'ennemi pour le mater et le r&#233;duire &#224; l'esclavage. Seul est moral ce qui pr&#233;pare le renversement total et d&#233;finitif de la bestialit&#233; capitaliste, et rien d'autre. Le salut de la r&#233;volution &#8211; voil&#224; la loi supr&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une compr&#233;hension claire de la corr&#233;lation entre les deux classes fondamentales &#8211; la bourgeoisie et le prol&#233;tariat &#224; l'&#233;poque de leur lutte &#224; mort &#8211; nous r&#233;v&#232;le la signification objective du r&#244;le des moralistes petits-bourgeois. Leur trait essentiel est l'impuissance : impuissance sociale en raison de la d&#233;gradation &#233;conomique de la petite-bourgeoisie ; impuissance id&#233;ologique en raison de la peur de la petite-bourgeoisie face au d&#233;cha&#238;nement monstrueux de la lutte de classes. De l&#224; na&#238;t la tendance du petit-bourgeois, &#233;duqu&#233; ou ignorant, &#224; freiner la lutte de classes. S'il ne peut y parvenir au moyen de la morale &#233;ternelle &#8211; et cela ne peut r&#233;ussir &#8211; le petit-bourgeois se jette dans les bras du fascisme qui freine la lutte de classes au moyen de mythes et de la hache du bourreau. Le moralisme de Victor Serge et de ses pairs est un pont menant de la r&#233;volution &#224; la r&#233;action. Souvarine est d&#233;j&#224; de l'autre c&#244;t&#233; du pont. La moindre concession &#224; ces tendances signifie le d&#233;but de la capitulation devant la r&#233;action. Que ces porteurs d'infection aillent inoculer les normes de la morale &#224; Hitler, Mussolini, Chamberlain et Daladier. Quant &#224; nous, le programme de la r&#233;volution prol&#233;tarienne nous suffit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coyoacan, 9 juin 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[*] Nous ne nous attarderons pas, ici, sur l'habitude mis&#233;rable qui consiste &#224; se r&#233;f&#233;rer avec m&#233;pris aux Hottentots afin de donner par l&#224; plus d'&#233;clat encore &#224; la morale des esclavagistes blancs. Le pamphlet en a suffisamment trait&#233;. (Note de L.T.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/morale/morale17.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/morale/morale17.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky : Victor Serge et la IVe Internationale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;2 d&#233;cembre 1938&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques amis nous ont demand&#233; quel est l'&#233;tat des relations de Victor Serge avec la IVe Internationale. Nous sommes oblig&#233;s de r&#233;pondre que ce sont celles d'un adversaire. Depuis sa sortie d'Union sovi&#233;tique, Victor Serge n'a pas cess&#233; de changer de position. On ne peut d&#233;finir son attitude politique autrement que par &#171; le changement permanent &#187;. Sur aucune question il n'a pr&#233;sent&#233; de positions claires ou distinctes, de r&#233;pliques ou d'arguments. En revanche, il a invariablement soutenu ceux qui quittaient la IVe Internationale, que ce soit &#224; droite ou &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la surprise g&#233;n&#233;rale, Victor Serge a d&#233;clar&#233; dans une lettre officielle qu'il rejoignait le P.O.U.M. sans avoir jamais essay&#233; de r&#233;pondre &#224; notre critique du P.O.U.M. comme une organisation centriste qui avait jou&#233; un r&#244;le mis&#233;rable dans la r&#233;volution espagnole. Dans les coulisses, il soutenait le malheureux h&#233;ros du syndicalisme &#171; de gauche &#187;, Sneevliet, sans jamais se d&#233;cider &#224; d&#233;fendre ouvertement la politique sans principes de l'opportuniste hollandais. En m&#234;me temps, il a r&#233;p&#233;t&#233; &#224; diverses occasions que ses divergences avec nous n'avaient qu'un caract&#232;re &#171; secondaire &#187;. A la question directe, pourquoi alors ne collaborait-il pas avec la IVe Internationale plut&#244;t qu'avec ses opposants enrag&#233;s, Victor Serge n'a jamais donn&#233; de r&#233;ponse. Tout cela, ensemble, a priv&#233; de toute consistance sa propre &#171; politique &#187; et l'a transform&#233;e en une s&#233;rie de combinaisons personnelles sinon d'intrigues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Victor Serge parle, aujourd'hui encore, de ses &#171; sympathies &#187; pour la IVe Internationale, ce n'est pas autrement que les Vereeken, Molinier, Sneevliet, Maslow, etc., en ayant en t&#234;te non l'Internationale r&#233;elle, mais une Internationale mythique, n&#233;e de leur imagination et &#224; leur image, qui leur est n&#233;cessaire seulement comme couverture pour leur politique opportuniste ou aventuriste. Notre Internationale, qui fonctionne r&#233;ellement, n'a rien &#224; voir avec cette Internationale qui n'existe pas : la section russe et l'Internationale dans son ensemble ne prennent aucune responsabilit&#233; pour la politique de Victor Serge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/12/serge.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/12/serge.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Parti Ouvrier d'Unification Marxiste (P.O.U.M.)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais il y avait, parait-il, en Espagne, un parti &#171; trotskiste &#187;, le POUM ? Selon les calomnies staliniennes, un parti trotskiste devait obligatoirement travailler avec la Gestapo. Ne sont-ils pas de la Ges&#173;tapo, tous ceux qui d&#233;noncent les crimes staliniens et n'ex&#233;cutent pas aveuglement les ordres de la bu&#173;reaucratie moscovite d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM, donc trotskiste et agent de la Gestapo, a fait le putsch de mai 1937, mais heureusement, gr&#226;ce aux interventions heureuses du Front populaire, du Parti communiste, du PSUC, le Parti Socialiste Unifi&#233; de Catalogne, &#171; socialiste &#187; mais adh&#233;rant &#224; l'Internationale communiste, le diable trotskiste-poumiste put &#234;tre ma&#238;tris&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a commenc&#233; &#224; respirer au mois de mai-juin 1937 : on a &#171; liquid&#233; &#187; le trotskisme en Espagne et surtout en Catalogne. Le gouvernement de Largo Caballero qu'on croyait jusqu'en mai dans la bonne voie, mais qui en r&#233;alit&#233; &#233;tait mou et semi-trotskiste, fut remplac&#233; par le gouvernement de la victoire, pr&#233;sid&#233; par le docteur N&#233;grin, celui-ci un vrai gouvernement de Front populaire, un vrai parce que d&#233;barrass&#233; de tous ces trotskisants et suspects, un vrai comme il en faudrait dans tous les pays, et en premier lieu en France, capable par cons&#233;quent de lutter et de vaincre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette intervention heureuse de Staline en mai 1937 &#224; Barcelone, en Catalogne et en Espagne, l'optimisme pouvait, enfin, s'emparer de nous en ce qui concerne la r&#233;volution espagnole, ou si vous pr&#233;f&#233;rez, en ce qui concerne le sort de la guerre con&#173;tre Franco. Le grand Staline n'a-t-il pas bien arrang&#233; la r&#233;volution chinoise en 1927, ou n'a t-il pas remport&#233; une grande victoire pour le prol&#233;tariat allemand et international en 1933 avec l'arriv&#233;e au pouvoir de Hitler, pour ne citer que ces deux exploits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui ! Le capital et son chien Franco pouvait &#234;tre rassur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'allons pas dans ce chapitre d'analyse du POUM rectifier et r&#233;futer toutes les calomnies et tous les mensonges des staliniens. Ces gens-l&#224;, ou ces canailles plut&#244;t, mentent comme ils respirent. Et ils disposent d'un appareil formidable et surtout de beaucoup d'argent. Ces usurpateurs qui ont vol&#233; le glorieux drapeau de la R&#233;volution d'Octobre qu'ils tra&#238;nent dans la boue ont la facult&#233; d'imprimer &#224; des millions d'exemplaires et dans le monde entier leurs falsifications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que fut le POUM en r&#233;alit&#233; ? Trotskiste ? Trotskiste, cela voudrait dire selon l'&#233;tymologie du mot, une organisation poursuivant la politique de L&#233;on Trotski. Or, le lecteur n'ignore pas probablement que Trotski est partisan de la IV&#176; Internationale. Le POUM n'&#233;tait pas trotskiste pour un sou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camarade L&#233;on Trotski qui, avec une nettet&#233; qui lui est propre, stigmatisa les fautes du POUM, a plusieurs fois insist&#233; sur les divergences s&#233;rieuses qui s&#233;parent le POUM de la IV&#176; Internationale. Nous nions la l&#233;gende stalinienne du &#171; POUM trotskiste &#187; dans l'int&#233;r&#234;t de la v&#233;rit&#233; qui est en m&#234;me temps celui de l'&#233;ducation de la classe ouvri&#232;re, qui doit conna&#238;tre les positions r&#233;elles et non imaginaires des diff&#233;rents courants politiques, afin de pouvoir libre&#173;ment et en connaissance de cause confronter, choisir et enfin trouver sa voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POUM (le Parti Ouvrier d'Unification Marxiste) a &#233;t&#233; fond&#233; en d&#233;cembre 1935 comme produit de l'unification du Bloc Ouvrier et Paysan de Maurin et de la Gauche communiste. Cette derni&#232;re appartenait dans le pass&#233; &#224; l'organisation internationale de l'opposition de gauche &#171; trotskiste &#187;. Il faut rappeler seulement qu'elle eut toujours des relations tr&#232;s vagues avec l'organisation internationale. La rentr&#233;e de la gauche communiste dans le POUM d&#233;termine la rupture de Nin et Andrade, qui la dirigeaient, avec le &#171; trotskisme &#187; et avec l'organisation trotskiste internationale. Je ne ferai pas l'historique des discussions et des divergences qui ont s&#233;par&#233; la IV&#176; Internatio&#173;nale et la gauche communiste. Je rappellerai seule&#173;ment les principales divergences qui les ont s&#233;par&#233; au cours de la R&#233;volution espagnole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire espagnol s'est form&#233; &#224; la veille des &#233;lections l&#233;gislatives de f&#233;vrier 1936. Son pro&#173;gramme &#233;lectoral ressemblait aux programmes &#233;lectoraux des Fronts populaires d'autres pays ; y figuraient les promesses g&#233;n&#233;rales quant &#224; l'am&#233;lioration des conditions de travail de la classe ouvri&#232;re, l'adh&#233;&#173;sion &#224; la politique de s&#233;curit&#233; collective de la Soci&#233;t&#233; des Nations, etc... Il est vrai que dans ce programme figurait aussi l'amnistie de toutes les victimes de la r&#233;pression r&#233;actionnaire de Gil-Robles Lerroux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM adh&#233;ra au Front populaire et signa son programme &#233;lectoral r&#233;formiste et petit bourgeois. Il justifia par la suite son attitude par la n&#233;cessit&#233; d'obtenir &#224; tout prix l'amnistie. Mais en r&#233;alit&#233;, l'amnistie fut obtenue non &#224; la suite de la victoire &#233;lectorale, mais &#224; la suite d'un puissant mouvement de masse extra-parlementaire qui for&#231;a les portes des prisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;lections, le POUM critiqua la politique du Front populaire, mais fut en r&#233;alit&#233; &#224; sa remorque jusqu'au moment o&#249; la bureaucratie staliniste coalis&#233;e avec la bourgeoisie de gauche, l'emp&#234;cha m&#234;me de parler sur la r&#233;volution socialiste et le mit dans l'ill&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A part la droite et la gauche, en politique existe le centre. Il en est de m&#234;me dans le mouvement ouvrier. Ce fut le cas pendant la grande guerre, quand le mouvement ouvrier, selon la juste appr&#233;ciation de L&#233;nine, se divisait entre la droite, les social-patriotes d&#233;clar&#233;s genre Vandervelde, Scheidemann, Marcel Cachin, etc..., les gauches internationalistes cons&#233;quents : les bolcheviks, les spartakistes allemands, et aussi les centristes comme Ledebour, Longuet, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous analysons la derni&#232;re p&#233;riode de l'&#233;volution du mouvement ouvrier qui a commenc&#233; &#224; peu pr&#232;s en 1934-35, nous observons le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne. Il y a les partisans d&#233;clar&#233;s de la politique du Front popu&#173;laire, politique qui accroche le prol&#233;tariat &#226; la queue de la bourgeoisie dite d&#233;mocratique, politique qui, &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience espagnole est analys&#233;e dans le pr&#233;sent travail : ce sont les staliniens, promoteurs de cette panac&#233;e universelle de Dimitrov, et aussi les r&#233;formistes appartenant &#224; la Seconde Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des adversaires d&#233;clar&#233;s de cette politique de crime et de suicide du Front populaire, ce sont les b&#226;tisseurs de la IV&#176; Internationale. Ils opposent &#224; la politique de platitude et de collaboration de classe, les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires du marxisme et du bol&#173;chevisme, les m&#233;thodes &#224; l'application desquelles le prol&#233;tariat doit toutes ses conqu&#234;tes, ses victoires et ses mont&#233;es historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, entre les deux courants fondamentaux de la p&#233;riode pr&#233;sente, &#224; savoir le courant stalino-r&#233;formiste et le courant de la IV&#176; Internationale, il y a les centristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les centristes ne sont pas une &#233;tiquette invent&#233;e m&#233;chamment pour les besoins de la pol&#233;mique par les &#171; sectaires &#187; et intraitables trotskistes. Ils sont une r&#233;alit&#233; dans tous les pays du monde. Les centristes se d&#233;clarent contre la politique du Front populaire, font de critiques parfois tr&#232;s justes des crimes des stali&#173;niens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cause de leur ind&#233;pendance de la Gu&#233;p&#233;ou que les staliniens les traitent de &#171; trotskistes &#187;. Mais les centristes s'arr&#234;tent &#224; mi-chemin dans leur critique de la politique stalino-r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont contre le Front populaire, mais en m&#234;me temps ont peur de se couper des masses en exposant franchement le programme d'action r&#233;volutionnaire. En principe, ils sont pour une nouvelle Internationale R&#233;volutionnaire, mais pratiquement combattent la nouvelle internationale naissante, la IV&#176;. Dans plu&#173;sieurs questions centrales de la p&#233;riode actuelle, ils sont en principe d'accord avec nous, mais quand il s'agit de passer des principes &#224; l'application et &#224; la r&#233;alisation, ils s'alarment et nous d&#233;noncent comme des &#171; sectaires &#187;. Ils sont tr&#232;s susceptibles et chatouil&#173;leux. Ils se f&#226;chent surtout quand on les appelle &#171; centristes &#187;. Que cela soit sous le ciel gris de Paris ou sous le ciel bleu et limpide de Catalogne et d'Espagne, que cela soit &#224; New-York ou &#224; Varsovie, ils sont partout les m&#234;mes. Au lieu de se f&#226;cher pourtant, ils feraient mieux de discuter honn&#234;tement avec nous, de r&#233;pondre &#224; nos critiques, et d'accepter notre col&#173;laboration. Nous ne sommes pas des professeurs du mouvement ouvrier. Nous sommes toujours pr&#234;ts &#224; apprendre des autres, &#224; r&#233;examiner encore et encore une fois les m&#234;mes probl&#232;mes &#224; la lumi&#232;re des nou&#173;velles exp&#233;riences tragiques. Les mesquineries et l'amour-propre bless&#233; ne comptent pas pour nous. Nous sommes au-dessus de cela. &#171; Nos querelles ne sont pas celles de rabbins et de capucins, mais sont la lutte des chevaliers pour le coeur de la Dame &#187;. Et la Dame, c'est la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Espagne, la politique du Front populaire fut poursuivie d'une mani&#232;re cons&#233;quente par les staliniens et les r&#233;formistes. Quant &#224; la CNT, elle s'y est oppos&#233; au d&#233;but, mais sa nullit&#233; id&#233;ologique l'emp&#234;cha d'opposer &#224; la politique de Negrin-Comorera une autre conception. Sa critique resta donc seulement n&#233;gative, et apr&#232;s une s&#233;rie de zigzags et g&#233;missements plaintifs, la CNT s'int&#233;gra dans le Front populaire et &#233;volua vers le r&#233;formisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au POUM, il proclamait cent fois la n&#233;cessit&#233; de la &#171; r&#233;volution socialiste &#187;, mais sa politique r&#233;elle &#233;tait &#224; l'oppos&#233; de cet objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait, comme nous l'avons d&#233;j&#224; rappel&#233;, une dualit&#233; de pouvoir apr&#232;s le 19 juillet. Le second pou&#173;voir, le pouvoir ouvrier naissant, qui d'ailleurs pr&#233;do&#173;minait au cours des premiers mois de r&#233;volution, s'ex&#173;primait dans les comit&#233;s ouvriers qui ont bel et bien exist&#233; m&#234;me dans les plus petits villages et aussi dans le Comit&#233; Central des Milices Antifascistes. Ces orga&#173;nismes du second pouvoir, ce grand acquis de la r&#233;vo&#173;lution, a &#233;t&#233; d&#233;moli par toutes les organisations ouvri&#232;res espagnoles, et force nous est de constater que le POUM a particip&#233; et a couvert la dissolution des comit&#233;s des villages, remplac&#233;s par les conseils muni&#173;cipaux (ayuntamientos), et aussi la dissolution du Comit&#233; Central de Milices Antifascistes. Le POUM participa au gouvernement de coalition de Taradellas, qui se constitua pr&#233;cis&#233;ment sur la base de la destruction de ces authentiques organismes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nin, conseiller &#224; la Justice de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne, fut par la suite assassin&#233; par les staliniens. Nous avons d&#233;nonc&#233; dans le monde les crimes de la Gu&#233;p&#233;ou, dirig&#233;s du reste en premier lieu contre notre tendance. Nin paya de sa vie son d&#233;vouement &#224; la classe ouvri&#232;re et son honn&#234;tet&#233; personnelle, qui n'est pas en cause. Mais si Nin nous est cher, la v&#233;rit&#233; nous est encore plus ch&#232;re. La cause pour laquelle Nin a donn&#233; sa vie exige la nettet&#233; de l'analyse. Nous ne sommes pas des sentimentaux, mais des passion&#173;n&#233;s, et si les sentiments nous d&#233;vorent, ils ne sont pas faibles. La politique qu'a poursuivi Nin au cours de la r&#233;volution espagnole a favoris&#233; ceux qui devaient par la suite l'assassiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question centrale de la r&#233;volution est la question du pouvoir, et Nin aimait aussi le r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la lettre &#224; Kugelmann, pendant l'exp&#233;rience de la Commune, Marx disait : &#171; J'affirme que la r&#233;volution en France doit avant tout tenter, non de faire passer la machine bureaucratique et militaire en d'au&#173;tres mains - c'est ce qui s'est toujours produit jus&#173;qu'&#224; maintenant - mais de la briser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le POUM oublia ce grand enseignement de Marx, d&#233;velopp&#233; par L&#233;nine dans L'Etat et la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels arguments donnait le POUM pour justifier son entr&#233;e dans la G&#233;n&#233;ralit&#233;, ainsi que d'avoir couvert la dissolution du Comit&#233; Central des Milices An&#173;tifascistes ? C'&#233;tait la peur de se couper des masses et d'aller contre le courant. &#171; Si nous n'&#233;tions pas rentr&#233;s dans la G&#233;n&#233;ralit&#233;, nous cesserions d'&#234;tre un courant politique, et nous serions balay&#233;s de la vie politique du pays. &#187; Ces mots, je les ai entendus de Nin personnellement, mais il ne s'agit pas &#233;videmment de Nin, mais de toute la direction du POUM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet argument on ajoutait un autre : la n&#233;cessit&#233; de collaborer avec la petite bourgeoise et de l'alliance avec les classes moyennes. La forme de cette alliance c'&#233;tait, selon les dirigeants du POUM, la collaboration &#224; la G&#233;n&#233;ralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analysons ces arguments. Le premier veut dire que si le POUM n'&#233;tait pas entr&#233; dans la G&#233;n&#233;ralit&#233;, il cesserait d'&#234;tre un facteur politique dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, nous affirmons et prouvons le contraire. Si le POUM s'&#233;tait prononc&#233; contre la collaboration dans la G&#233;n&#233;ralit&#233; et s'&#233;tait appuy&#233; sur les &#233;l&#233;ments du se&#173;cond pouvoir, les comit&#233;s, il se serait ouvert la seule voie pour devenir un facteur politique d&#233;cisif du pays. Il ne s'agit pas pour nous, &#233;videmment, du seul fait d'entrer dans la G&#233;n&#233;ralit&#233;, mais de l'ensemble de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM devait &#233;videmment se battre avec d'au&#173;tres forces antifascistes contre Franco. C'est hors de discussion. Mais il ne devait pas prendre m&#234;me l'ombre de la responsabilit&#233; pour la politique des dirigeants du Front populaire. En ce pronon&#231;ant avec une nettet&#233; contre la dissolution du Comit&#233; Central des Milices Antifascistes et des Comit&#233;s en g&#233;n&#233;ral, il au&#173;rait pu, sinon l'emp&#234;cher, en tous cas gagner de grandes sympathies au sein des autres organisations ouvri&#232;res, en premier lieu au sein de la CNT. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment la voie de croissance du POUM comme parti de masse. Aurait-il pu emp&#234;cher la destruction du second pouvoir ? Comme cela est expliqu&#233; d&#233;j&#224; dans ce travail, les &#233;l&#233;ments de second pouvoir existaient encore jusqu'en mai 1937. 9 mois s&#233;parent le 19 juillet du 3-6 mai, c'est-&#224;-dire neuf mois s&#233;par&#232;rent la naissance du second pouvoir de son &#233;crasement par le pouvoir bourgeois reconstitu&#233;. Evidemment, avec une audacieuse politique du POUM, le calendrier pouvait changer. Encore une fois, nous ne sommes pas des proph&#232;tes. Et il est difficile de pr&#233;voir quels fac&#173;teurs nouveaux auraient pu intervenir si la situation avait &#233;volu&#233; dans le sens r&#233;volutionnaire. Mais, en tous cas, la voie de la r&#233;volution paissait par la lutte opini&#226;tre pour le maintien et l'&#233;largissement des &#233;l&#233;&#173;ments du pouvoir ouvrier, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment par la voie du maintien des organismes dissous par le gouvernement de Taredellas. Le POUM disait cent fois par jour qu'il s'agit d'une &#171; r&#233;volution socialiste &#187;. Mais les G&#233;n&#233;ralit&#233;s ni en minuscule ni en majuscule, ne suffisent pas en politique, surtout pendant la p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Il s'agit de concr&#233;tiser la t&#226;che historique g&#233;n&#233;rale par une politique r&#233;elle. Or, le POUM, tout en parlant de la &#171; r&#233;volution socialiste &#187; ... en r&#233;alit&#233; faisait la m&#234;me chose que les autres cou&#173;rants, c'est-&#224;-dire participait et couvrait la dissolution des &#233;l&#233;ments du second pouvoir dont le maintien et l'&#233;largissement seul pouvait nous amener &#224; la r&#233;volu&#173;tion socialiste, non seulement sur les colonnes du jour&#173;nal, mais dans la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers n'auraient pas compris, surtout dans la premi&#232;re p&#233;riode de confusion et d'embrassade g&#233;n&#233;rale et du courant unitaire &#224; tout prix, la position &#171; sectaire &#187; du POUM ? C'est possible. Mais, ce qui est, s&#251;r, c'est qu'apr&#232;s une courte exp&#233;rience, ils se seraient tourn&#233;s in&#233;vitablement vers le POUM. Cette n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre &#171; sectaire &#187;, c'est-&#224;-dire d'exposer ouvertement le programme r&#233;volutionnaire au moment o&#249; les masses ne sont pas encore pr&#233;par&#233;es &#224; l'accep&#173;ter existe toujours pour le courant r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'existait il pas au cours de la r&#233;volution russe ? Les bolcheviks n'ont-ils pas suivi pr&#233;cis&#233;ment cette voie ? Ont-ils eu peur qu'on les traite de &#171; trotskistes &#187;, de l'&#233;poque, d'aventuriers, d'utopistes, de r&#234;&#173;veurs ? N'ont-ils pas aussi &#233;t&#233; trait&#233;s d'agents de l'Allemagne ? Et ils ont gagn&#233; les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM aurait &#233;t&#233;, s'il avait suivi la voie indiqu&#233;e par la IV&#176; Internationale, pers&#233;cut&#233; et mis dans l'ill&#233;galit&#233; tout de suite ? On nous disait cela aussi lors de nos discussions en Espagne dans le POUM. Il serait pers&#233;cut&#233; ? Peut-&#234;tre. Quoique il n'&#233;tait pas fa&#173;cile de pers&#233;cuter un courant ouvrier en Catalogne en juillet, ao&#251;t 1936. Il n'aurait pas b&#233;n&#233;fici&#233; des facilit&#233;s que lui offrait sa participation au gouvernement ? Les milices du POUM, ou peut-&#234;tre m&#234;me l'h&#244;tel Falcon n'auraient pas &#233;t&#233; appuy&#233;s financi&#232;rement par la G&#233;n&#233;ralit&#233; ? Mais, il aurait joui d'un appui d'un autre poids dans une r&#233;volution, de l'appui venant d'en bas de la classe ouvri&#232;re qui se serait retourn&#233; vers lui quand elle aurait compris qu'il s'agissait ici d'un parti qui r&#233;ellement luttait pour le pouvoir prol&#233;tarien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste le POUM a-t-il &#233;vit&#233; la r&#233;pression ? Pas du tout. Bien qu'il jurait, et il disait la v&#233;rit&#233;, qu'il n'&#233;tait pas trotskiste, il &#233;tait toujours consid&#233;r&#233; comme tel par la bureaucratie staliniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il s'agisse de ph&#233;nom&#232;nes diff&#233;rents, nous pouvons observer ici une certaine sym&#233;trie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;grin jurait cent fois par jour &#224; Chamberlain qu'il n'est pas rouge, mais tout simplement r&#233;publicain, mais, pour ce gentleman l' &#171; Espagne gouvernementale &#187; &#233;tait toujours mal gouvern&#233;e et il s'obsti&#173;nait &#224; pr&#233;f&#233;rer Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gorkin r&#233;p&#233;tait aussi plusieurs fois par jour qu'il n'est pas trotskiste, et il disait la v&#233;rit&#233;, mais la bureaucratie staliniste le consid&#233;rera malgr&#233; tout comme tel et a lanc&#233; contre le POUM les m&#234;mes calomnies qu'elle lance contre la IV&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ses explications et aussi par sa politique, N&#233;grin n'a pas pu emp&#234;cher que Chamberlain aide Franco. Quant &#224; Gorkin, ses explications et aussi sa politique n'ont pas emp&#234;ch&#233; la r&#233;pression contre le POUM &#171; trotskiste &#187;. Ne vaut-il pas mieux alors &#234;tre un vrai &#171; rouge &#187; et un vrai &#171; trotskiste &#187; ? Cela n'enl&#232;verait pas &#233;videmment les inconv&#233;nients &#224; savoir la haine de la bourgeoisie internationale et de la bureaucratie staliniste, mais on pourrait en m&#234;me temps jouir des avantages de la politique r&#233;volutionnaire cons&#233;quente, avantages qu'ont pu recueillir les bolche&#173;viks en 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM voulait &#233;viter la r&#233;pression par sa politique conciliatrice. Il se disait : &#171; Si un jour nous sommes r&#233;duits &#224; l'ill&#233;galit&#233;, il faudra que nous ne soyons pas seuls, mais que nous soyons avec la CNT. &#187; Dans ce domaine, les dirigeants du POUM vivaient aussi de fantaisies, et se confiaient au bon coeur des dirigeants de la CNT. Ces derniers ont par la suite assist&#233; passivement &#224; la pers&#233;cution contre le POUM. Seule une politique de critique impitoyable du r&#233;formisme de la direction de la CNT ouvrait les possibilit&#233;s d'un front unique avec la base r&#233;volutionnaire de la CNT, qui, &#233;videmment, par suite de sa pression, pouvait obliger aussi le sommet anarchiste &#224; quelques pas progressifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au second argument, c'est-&#224;-dire la n&#233;cessit&#233; de l'alliance avec les classes moyennes, c'est au fond le m&#234;me argument dont se sert le Front populaire dans son ensemble. La fausset&#233; de cet argument est d&#233;montr&#233; au cours de ce travail. Les dirigeants communistes pr&#233;tendent que quand ils soutiennent Daladier en France, ou Aza&#241;a en Espagne, les radicaux&#173;-socialistes et l'Esquerra, ils font une alliance avec la petite-bourgeoisie. En r&#233;alit&#233; ils sont &#224; la remorque des agents petits-bourgeois du grand capital. L'allian&#173;ce du prol&#233;tariat avec la petite bourgeoisie est &#233;videm&#173;ment n&#233;cessaire au cours d'une r&#233;volution, surtout dans un pays arri&#233;r&#233;. Mais il y a deux m&#233;thodes d'op&#233;&#173;rer cette alliance : la m&#233;thode mencheviste du Front Populaire et la m&#233;thode bolcheviste de la lutte pour la dictature du prol&#233;tariat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la premi&#232;re m&#233;thode &#171; d'alliance avec les classes moyennes &#187;, qui est actuellement en vogue, et qu'on appliqua en France en 1936, en Espagne, au Chili et ailleurs, selon cette m&#233;thode ch&#232;re &#224; Blum, Dimitrov, Thorez et Comorera, l'alliance s'op&#232;re sur la base du maintien de la d&#233;mocratie bourgeoise, c'est &#224;-dire sur la base du maintien du r&#233;gime capitaliste. Selon cette m&#233;thode du Front populaire, les agents petits-bourgeois du grand capital ont la direc&#173;tion de cette alliance petite-bourgeoisie-prol&#233;tariat. Le prol&#233;tariat suit les dirigeants petits bourgeois, et par leur interm&#233;diaire la bourgeoisie tout court. Que cette voie soit n&#233;faste, et surtout utopique, nous avons es&#173;say&#233; de le d&#233;montrer dans chaque chapitre de ce tra&#173;vail. Donner comme perspective dans la p&#233;riode ac&#173;tuelle le maintien de la d&#233;mocratie bourgeoise, c'est tout &#224; fait comme si on donnait comme perspective dans la technique le retour de l'aviation vers les chars des Romains. Le fascisme est un produit in&#233;vi&#173;table du r&#233;gime capitaliste. Pour supprimer l'effet, il faut supprimer la cause. La m&#233;thode bolcheviste de l'alliance avec les classes moyennes veut dire que le prol&#233;tariat doit avoir l'h&#233;g&#233;monie du bloc. Seul cette h&#233;g&#233;monie, et seule la dictature du prol&#233;tariat peu&#173;vent du reste apporter une am&#233;lioration au sort de la petite-bourgeoisie et la d&#233;tacher du grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La G&#233;n&#233;ralit&#233; et le gouvernement de Taradellas, auquel adh&#233;ra le POUM, ont &#233;t&#233; une alliance avec la petite-bourgeoisie aussi &#224; la mode du Front populaire. Le &#171; programme socialiste &#187; du gouvernement de Taradellas n'&#233;tait que de la phras&#233;ologie. Le d&#233;cret sur les collectivisations n'&#233;tait que la cons&#233;cration tardive de l'&#233;tat de fait ; mais la dissolution des or&#173;ganismes du second pouvoir a ouvert la vole &#224; la contre-r&#233;volution. Evidemment, pour les bourgeois d&#233;mocrates et pour les staliniens qui, &#224; l'&#233;poque, n'avaient derri&#232;re eux qu'une intime partie du prol&#233;tariat, le gouvernement de Taredellas avec la participation de Nin n'&#233;tait qu'une solution interm&#233;diaire, provisoire, en attendant que le rapport des forces changeant permette de se d&#233;barrasser du POUM et aussi de la CNT. Il reste n&#233;anmoins vrai que, par sa politique &#224; la remorque du Front populaire, le POUM a aid&#233; &#224; changer le rapport de forces en sa d&#233;faveur. Malgr&#233; le service que Nin a rendu &#224; ses ennemis, il a &#233;t&#233; au mois de d&#233;cembre 1936, d&#233;barqu&#233; de la G&#233;n&#233;ralit&#233; et le POUM repouss&#233; dans l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM a-t-il redress&#233; sa politique apr&#232;s cette exp&#233;rience minist&#233;rielle ? A-t-il fait une autocritique s&#233;rieuse et a-t-il pris une orientation r&#233;volutionnaire ? Aucun parti r&#233;volutionnaire n'est pr&#233;muni contre des fautes, m&#234;me graves, mais toute la question est de savoir s'il trouve ensuite en lui-m&#234;me les forces pour corriger ses erreurs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le POUM, apr&#232;s d&#233;cembre 1936, n'a rien appris. Il a &#233;videmment accentu&#233; un peu son langage d'opposition, mais sa perspective restait dans le fond le re&#173;tour &#224; la m&#234;me exp&#233;rience minist&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot d'ordre du gouvernement ouvrier et paysan qu'il se proposait de r&#233;aliser n'&#233;tait pas autre chose qu'un nouveau gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; avec une nouvelle invitation &#224; Nin de r&#233;int&#233;grer son poste. Les appr&#233;ciations th&#233;oriques de POUM ont chang&#233; un peu : ainsi, dans les colonnes de la Batalla et dans les discours des membres du Comit&#233; Ex&#233;cutif, Companys et Taradellas, qui &#233;taient avant d&#233;cembre de pauvres petits-bourgeois, se sont brusquement, apr&#232;s l'expulsion du POUM de la G&#233;n&#233;ralit&#233;, enrichie et devenus des grands bourgeois. Cela cependant ne changeait rien &#224; la perspective g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le POUM parlait de &#171; gouvernement ouvrier et paysan &#187;, il avait deux fa&#231;ons d'expliquer son mot d'ordre. La variante droite voulait dire : &#171; Le gou&#173;vernement de toutes les forces antifascistes &#187;, en somme la solution des plusieurs et difficiles crises de la G&#233;n&#233;ralit&#233; par le retour au gouvernement de Taradellas avec la participation du POUM. La variante gauche, qui alternait dans les r&#233;solutions et les discours avec la variante droite ne valait pas mieux et voulait dire &#171; Govern Obrer y Camperol &#187; comme le r&#233;sultat d'un Congr&#232;s des Comit&#233;s ou apr&#232;s pour se rapprocher de la CNT, d'un Congr&#232;s des Comit&#233;s et des Syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toute la question &#233;tait comment un Congr&#232;s pareil pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233;. Le POUM s'illusionnait qu'il pouvait &#234;tre r&#233;alis&#233; d'en haut, c'est-&#224;-dire par un ac&#173;cord avec les dirigeants du Front populaire et ce qui plus est par la voie pacifique. Cette voie pacifique fut expos&#233;e par Nin encore quelques jours avant les &#233;v&#233;nements de mai. Nin [1] qui connaissait &#224; fond l'exp&#233;rience de la r&#233;volution russe afin d'appuyer sa perspective de voie pacifique invoquait la position analogue de L&#233;nine dans la p&#233;riode avril-juin. Malheureusement, ii lui arriva ce qui arrive souvent aux grands &#233;rudits du marxisme : ils connaissent les textes, mais se servent des analogies l&#224; pr&#233;cis&#233;ment o&#249; elles ne peuvent pas &#234;tre appliqu&#233;es. &#171; Le passage pacifique &#187; fut possible pendant une p&#233;riode de la r&#233;volution russe parce que le second pouvoir, c'est-&#224;-dire le pouvoir des soviets existait et pr&#233;dominait sur le premier pouvoir, c'est-&#224;-dire le pouvoir du Gouvernement Pro&#173;visoire. Dans une certaine mesure la situation analo&#173;gue existait en Espagne de juillet &#224; septembre. Mais seulement jusqu'en septembre, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la formation des gouvernements de coalition de celui de Madrid et de celui de Barcelone. Or, le POUM pr&#233;voyait encore la voie pacifique au mois d'avril 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du POUM &#224; l'&#233;gard de la CNT refl&#233;tait aussi sa &#171; peur de se couper des masses &#187;, et surtout sa mollesse id&#233;ologique. C'&#233;tait une cour malheureuse. Evidemment, on ne pouvait rien faire en Catalogne sans le concours de la grande centrale syndicale anarcho-syndicaliste qui avait derri&#232;re elle la majorit&#233; du prol&#233;tariat catalan et surtout l'&#233;crasante majorit&#233; des &#233;l&#233;ments combattifs. Mais la voie qu'a choisi le Comit&#233; Ex&#233;cutif du POUM pour se rapprocher de la masse de la CNT &#233;tait fausse. La voie de la conqu&#234;te et de la p&#233;n&#233;tration dans la masse r&#233;volutionnaire de la CNT et de la FAI passait par la critique impitoyable de la politique platement r&#233;formiste du sommet anar&#173;chiste. Il fallait carr&#233;ment d&#233;noncer l'hypocrisie ridi&#173;cule de ces &#171; &#034;anti-politiciens et anti-&#233;tatistes&#034; qui exer&#231;aient les fonctions des ministres et des pr&#233;fets. C'&#233;tait la voie de conqu&#234;te des &#233;l&#233;ments sains de la base de la CNT. Mais l'Ex&#233;cutif du POUM pr&#233;f&#233;rait une cour empress&#233;e au Comit&#233; R&#233;gional. Il disait toujours : &#171; Nous et la CNT, deux forces de la r&#233;volution ! &#187; A quoi la belle, la direction de la CNT, r&#233;pondait, quand elle daignait de r&#233;pondre, au POUM : Nous et la CNT, vous &#234;tes collants, et vous nous emb&#234;tez, fiches-nous la paix, vous &#234;tes des sales politi&#173;ciens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie du rapprochement avec la base de la CNT passait pour le POUM par la rentr&#233;e de ses syndicats FOUS dans la centrale r&#233;volutionnaire anarcho-syndicaliste. Cette voie fut signal&#233;e et &#224; plusieurs reprises par les repr&#233;sentants de la IV&#176; Internationale. Malheureusement et c'&#233;tait une de ses plus graves fautes, le POUM est rentr&#233; avec les syndicats qu'il influen&#231;ait dans la UGT r&#233;formiste, squelettique, qui ne groupait au d&#233;but que des &#233;l&#233;ments petit-bourgeois. Par l&#224; le POUM aux yeux des ouvriers de la CNT se confondait avec les staliniens. Esquerra en somme avec les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois. Certes, la voie d'un travail &#224; l'int&#233;rieur de la CNT n'&#233;tait pas facile : la bureaucratie &#171; anti-politicienne et anti&#233;tatiste &#187; sait aussi employer des m&#233;thodes de coercition &#224; l'&#233;gard des r&#233;&#173;volutionnaires. Mais dans quel livre a-t-on enseign&#233; que la r&#233;volution est une chose facile. La rentr&#233;e dans la CNT c'&#233;tait la seule voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour revenir encore &#224; la question centrale de la r&#233;volution qui est la question de l'Etat, force nous est de rappeler que dans toute la p&#233;riode d&#233;cisive jusqu'au mois de mai, le POUM avait dans cette question&#173;-cl&#233; une position semi-r&#233;formiste. Quand le POUM &#233;tait au gouvernement, il pensait que l'appareil &#233;tatique bourgeois est d&#233;truit parce qu'il avait des personnes de confiance dans la police. La dictature du prol&#233;ta&#173;riat &#171; sous sa forme originale et espagnole &#187; &#233;tait r&#233;alis&#233;e sous la forme du gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Taradellas. Apr&#232;s le POUM abandonne cette appr&#233;ciation th&#233;orique. De la dictature du prol&#233;tariat par le simple changement minist&#233;riel, nous avons pass&#233; &#171; pacifiquement &#187; au r&#233;gime bourgeois. Mais le POUM continuait par exemple &#224; parler d'&#233;puration de l'appareil &#233;tatique, comme s'il s'agissait de la question de la quantit&#233; et non de qualit&#233;. Le Front Unique de la Jeunesse R&#233;volutionnaire entre les Jeunesses du POUM et les Jeunesses Libertaires conclu au mois de janvier 1937 posait comme un des points de son programme l'&#233;puration de l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choc de mai 1937 fut le r&#233;sultat d'un c&#244;t&#233; du complot de la coalition stalino-bourgeoise, de l'autre de la r&#233;ponse spontan&#233;e d&#233; la base r&#233;volutionnaire de la CNT qui est mont&#233;e sur les barricades pour la d&#233;fense des conqu&#234;tes du 19 juillet, mais fut trahie par la direction anarchiste. Le POUM ne pouvait &#233;videmment, m&#234;me si tel &#233;tait son bon d&#233;sir, organiser le soul&#232;vement de mai, comme le dit la l&#233;gende stali&#173;nienne, &#233;tant un parti minoritaire surtout &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en r&#233;alit&#233;, le POUM non seulement n'a pas organis&#233; un soul&#232;vement de mai selon les ridicules inventions de la GPU, il n'a m&#234;me pas au cours de ce tragique moment, formul&#233; un programme de sauvetage de la R&#233;volution. Pendant ces journ&#233;es grandioses, le POUM est rest&#233; aussi &#224; la remorque de la belle : de la direction de la CNT et plus exactement du Comit&#233; R&#233;gional [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers six heures de l'apr&#232;s midi, le 3 mal, les repr&#233;sentants du Comit&#233; Ex&#233;cutif ont eu une entrevue avec les repr&#233;sentants du Comit&#233; R&#233;gional. Au cours de cette entrevue, ils se sont mis avec toutes ses forces &#224; la disposition du Comit&#233; r&#233;gional.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; r&#233;gional, a pris bonne note de l'offre du Comit&#233; Ex&#233;cutif et lui a r&#233;pondu qu'elle le convoquera si le besoin s'en fait sentir. La direction de la CNT collaborait avec I'oeuvre de pacification du gouvernement de Valence contre la base de sa propre organisation, qu'elle a livr&#233; &#224; la pers&#233;cution. Mais les comit&#233;s de barriadas (des quartiers) les cadres moyens de la CNT et de la FAI &#233;taient sur les barricades. Le POUM aurait pu chez ces &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires trouver un vrai &#233;cho, lui fournir un programme d'action c'est-&#224;-dire un programme d'insurrection. La direction du POUM a eu peur. Il ne s'agit pas pour nous de peur physique mais de manque d'audace politique et motiv&#233; par cette angoisse de res&#173;ter seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les ouvriers ont quitt&#233; les barricades et la ville fut livr&#233;e aux forces de r&#233;pression venues de Valence, les poumistes devaient &#233;videmment aussi quitter les barricades, mais le devoir d'un parti dans les p&#233;riodes de mont&#233;e, comme dans les p&#233;riodes de recul ou de d&#233;faites est de dire la v&#233;rit&#233; aux ouvriers et en expliquant la situation r&#233;elle, &#233;duquer le prol&#233;&#173;tariat et ainsi le pr&#233;parer aux combats &#224; venir. Malheureusement, Batalla disait qu'il fait jour quand il faisait nuit. Elle disait comme &#171; Soli &#187; que les ou&#173;vriers de Barcelone ont victorieusement ripost&#233; &#224; l'at&#173;taque de la contre-r&#233;volution. C'est ce qui fut une d&#233;faite et &#233;tait le point de d&#233;part d'une vague de r&#233;pression, fut pr&#233;sent&#233; comme une victoire soi-disant pour ne pas d&#233;courager les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de mai la direction du POUM n'a pas compris le changement des rapports d&#233; forces qui s'est produit &#224; la suite de cette sanglante lutte. La r&#233;pression a surpris compl&#232;tement la direction du POUM. Un des enseignements du bolchevisme, et dont la m&#233;connaissance les r&#233;volutionnaires payeront cher dans les combats &#224; venir est la n&#233;cessit&#233; pour le parti prol&#233;tarien d'avoir m&#234;me dans la p&#233;riode de l&#233;galit&#233; un autre appareil ill&#233;gal, afin de pouvoir en cas de d&#233;&#173;faites sauver ses cadres et son &#233;tat-major. Cet enseignement fut m&#233;connu par le POUM. Et il ne fallait pas &#234;tre un grand clerc pour s'attendre apr&#232;s mai, &#224; une r&#233;pression stalino-bourgeoise contre le POUM. Les dirigeants du POUM disaient textuellement : &#171; L'Espagne n'est pas la Russie, Barcelone n'est pas Moscou &#187;, comme Paul Faure en France proclame, pour justifier la passivit&#233; envers le fascisme : &#171; France n'est pas Allemagne &#187;, comme si la lutte sociale n'avait pas un caract&#232;re international et si les m&#234;&#173;mes causes et dans les m&#234;mes circonstances, sous tous les m&#233;ridiens et sous toutes les latitudes ne produi&#173;saient pas les m&#234;mes effets !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants du POUM logeaient chez eux et tenaient leur permanence dans leurs locaux jusqu'au jour o&#249; la police stalinienne l&#233;s a arr&#234;t&#233;s. Il ne s'agit pas seulement ici de l'imprudence et de l'insouciance qu'on attribu&#233; peut &#234;tre exag&#233;r&#233;ment aux Espagnols, mais de la m&#233;connaissance de la situation r&#233;elle. &#171; Prieto n'est pas un bolchevik &#187; se consolaient les dirigeants du Comit&#233; Ex&#233;cutif et ils continuaient &#224; r&#233;sider sur les Ramblas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de six semaines qui s&#233;paraient le 3-6 mai de l'ignoble provocation stalinienne du 20 juin pouvait &#234;tre exploit&#233;e par un parti pour organiser son travail ill&#233;gal et pour mettre ses chefs &#224; l'abri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce tableau tr&#232;s sommaire et incomplet de la politique du POUM dans les moments les plus critiques il faut ajouter aussi tr&#232;s sommairement la fa&#231;on avec laquelle la direction du POUM a trait&#233; les vrais trotskistes, les partisans de la IV&#176; Internationale, les bol&#173;cheviks-l&#233;ninistes espagnols. Les gens &#224; l'&#233;tranger vi&#173;vent de la l&#233;gende du POUM &#171; trotskiste &#187;. En r&#233;alit&#233; la direction du POUM &#233;tait compos&#233;e des anti-trotskistes enrag&#233;s, anciens blokistes Gorkin-Arquer et anti-trotskistes timides et honteux comme Andrade. Dans Batalla, organe central du parti POUM, on condamnait le trotskisme comme une tendance trop sectaire. Dans plusieurs articles les chefs du POUM se d&#233;claraient anti-trotskistes et anti-stalinistes et ils mettaient tr&#232;s souvent les deux courants sur le pied d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous ne sommes ni stalinistes ni trotskistes, mais des poumistes &#187;, d&#233;claraient les dirigeants du POUM et ils pr&#233;tendaient m&#234;me que tout le mouvement ou&#173;vrier mondial s'est divis&#233; autour de l'attitude &#224; adop&#173;ter &#224; l'&#233;gard du POUM en poumistes et anti-poumistes, comme pendant la r&#233;volution russe en bolcheviks et antibolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'&#233;tait le poumisme, surtout ce qu'&#233;tait sa politique au cours de la r&#233;volution espagnole, nous avons essay&#233; d'analyser sommairement dans ce cha&#173;pitre. La &#171; l&#233;g&#232;re &#187; diff&#233;rence avec le bolchevisme ap&#173;para&#238;t clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Anti-trotskisme des dirigeants du POUM prenait des formes tr&#232;s aigu&#235;s. Si tout-&#224;-fait au d&#233;but, c'est&#173;-&#224;-dire au cours des premiers mois qui ont suivi le 19 juillet, le POUM a accept&#233; la collaboration technique des quelques militants de la IV&#176; Internationale, c'&#233;tait plut&#244;t &#224; cause du fait que quelques camarades de notre organisation se sont trouv&#233;s dans la lutte et ont conquis cette place en combattant, la collabora&#173;tion technique d'autres camarades &#233;trangers fut accept&#233;e par les dirigeants du POUM faute de mieux. Les dirigeants du POUM, &#224; la premi&#232;re occasion, les ont remplac&#233; par leurs vrais amis internationaux : les maximalistes italiens, les sapistes allemands, les pivertistes fran&#231;ais, etc... Gorkin ne se justifiait-il pas que &#171; l'envahissement par les trotskistes des services de propagande du POUM &#187; r&#233;sultait du fait qu'il fallait mettre quelqu'un dans ce service et on s'est servi des premiers venus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre groupe espagnol a demand&#233; au mois de novembre 1936 d'adh&#233;rer au POUM. Il s'est engag&#233; &#224; respecter la discipline du parti et a demand&#233; pour lui seulement le droit de d&#233;fendre dans les cadres du parti ses conceptions politiques. Nin, au nom de l'Ex&#233;cutif (pour ce genre de besogne, Gorkin chargeait toujours Nin) a r&#233;pondu exigeant de nos cama&#173;rades entre autres &#171; la condamnation des campagnes de la soit-disant IV&#176; Internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les camarades qui ne faisaient aucun travail fractionnel dans le POUM, mais d&#233;fendaient les id&#233;es de la IV&#176; Internationale, &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme suspects et pestif&#233;r&#233;s, non seulement eux, mais m&#234;me ceux qui entretenaient avec eux des rapports amicaux ont &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;s comme des gens qu'il vaut mieux ne pas fr&#233;quenter. Le POUM a exclu certains camarades de son organisation &#224; la mani&#232;re parfaitement staliniste pour le d&#233;lit de s'&#233;carter de la ligne politi&#173;que du parti (formule textuelle) sans discussion...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM qui toujours dans la discussion contre nous insistait sur les m&#233;thodes bureaucratiques im&#173;possibles du Secr&#233;tariat International de la IV&#176; In&#173;ternationale, n'a pas eu le temps de convoquer un seul congr&#232;s du parti entre juillet et mai, neuf mois et quels mois ! Du reste, m&#234;me son entr&#233;e &#224; la G&#233;n&#233;ra&#173;lit&#233; a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; sans consulter la base ! Et ce parti voulait parfois s'identifier avec le parti bolchevik qui, en 1917, et apr&#232;s en pleine guerre civile, discutait librement et &#233;laborait dans la fi&#232;vre passionn&#233;e et salutaire des luttes, des tendances et des opinions dans son sein, la politique &#224; suivre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction du POUM est all&#233;, pour faciliter la pr&#233;paration de son Congr&#232;s, jusqu'&#224; exclure de ses milices les bolcheviks-l&#233;ninistes qui, pendant huit mois, tenaient les tranch&#233;es et exposaient leur poi&#173;trine &#224; la mitraille fasciste ! Mais tous ceux qui man&#173;geaient du trotskisme, ceux-l&#224; jouissaient de l'appui inconditionnel de l'Ex&#233;cutif. Comme exemple, on pourrait citer entre autres les deux fr&#232;res roumains M. dont l'un &#233;tait commissaire politique de la division L&#233;nine, et qui se vantait qu'il &#233;tait en possession d'un fichier tr&#232;s document&#233; avec les noms de tous les trotskistes, leurs adresses, occupations, etc. Le commissaire politique roumain en question est pass&#233; apr&#232;s le mois de mai chez les staliniens et a transmis probablement ce fichier anti-trotskiste &#224; la G.P.U. avec d'autres fichiers des poumistes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre chose, les bolcheviks-l&#233;ninistes, malgr&#233; la r&#233;pression anti-trotskiste de l'Ex&#233;cutif, &#233;taient dans chaque moment difficile &#224; c&#244;t&#233; du POUM, ils offraient toujours leur exp&#233;rience politique et aussi leurs pro&#173;pres poitrines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre bien re&#231;u par l'Ex&#233;cutif du POUM, il fal&#173;lait obligatoirement d&#233;noncer le sectarisme du S. I. de la IV&#176; Internationale, il fallait surtout raconter qu'on a &#233;t&#233; &#171; victime personnelle &#187;, il y 5 ou 8 ans, des proc&#233;d&#233;s impossibles de L&#233;on Trotsky. Se taire l&#224;-dessus &#233;tait d&#233;j&#224; consid&#233;r&#233; de mauvais go&#251;t au Falcon et &#224; l'Ex&#233;cutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le POUM &#233;tait donc bien loin de la IV&#176; Internationale et Gorkin avait peur du trotskisme comme le diable de l'eau b&#233;nite. Pourtant, seule le &#171; trotskisme &#187; c'est-&#224; dire la politique bolcheviste de la IV&#176; Inter&#173;nationale pouvait sauver le POUM et ouvrir pour lui les larges voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'avenir du POUM ? Peut-il servir de base pour le futur parti de la R&#233;volution Espagnole ? Seule l'exp&#233;rience et la voie dans laquelle il s'engagera, les le&#231;ons qu'il saura tirer de la tragique exp&#233;rience pour&#173;ront r&#233;pondre &#224; cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons critiqu&#233; ses positions politiques, mais nous devons mettre aussi en avant ses points forts, le courage et le d&#233;vouement de ses militants. N'a-t-il pas eu dans son sein des milliers de militants comme Mena ne l'a-t-il pas encore ? N'a-t-il pas pris une part et comme il faut le 19 juillet ? Ses militants de mar&#173;que comme Germinal Vidal [3] n'ont-ils pas &#233;t&#233; parmi les premiers assaillants de cette cent fois glorieuse journ&#233;e ? Ses Miguel Pedrola et d'autres n'ont-ils pas m&#234;l&#233; tout de suite leur sang avec l'ensemble du prol&#233;tariat ? Et cette colonne de Rovira partie avec d'autres &#171; tribus &#187; en direction de Huesca ? Nous connaissons aussi les qualit&#233;s d'organisation des militants et des dirigeants du POUM qui ressortent surtout si nous les comparons avec les anarchistes espagnols, aussi h&#233;ro&#239;ques, mais d&#233;sordonn&#233;s dans leurs m&#233;thodes et d&#233;pourvus d'une boussole id&#233;ologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces qualit&#233;s du POUM doivent &#234;tre compl&#233;&#173;t&#233;es dans l'avenir par une juste orientation r&#233;volu&#173;tionnaire. La IV&#176; Internationale lui propose son pro&#173;gramme. Certaines de nos critiques sont exag&#233;r&#233;es ou m&#234;me erron&#233;es ? Avons-nous fait des fautes d'organisation ? Avons-nous manqu&#233; de souplesse ? Peut-&#173;&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes pr&#234;ts &#224; tout revoir, &#224; tout rediscuter. Nous rions de la conception de l'infaillibilit&#233; dans le mouvement ouvrier. Nous sommes pr&#234;ts &#224; aider &#224; la reconstruction du parti ouvrier d'Espagne : nous ne posons qu'une condition : libert&#233; de discussion, discipline dans l'action !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il nous est tr&#232;s d&#233;sagr&#233;able de discuter avec le d&#233;funt qui malheureusement ne peut pas r&#233;pondre. Mais nous n'avons pas le choix. Il nous est difficile par exemple, de discuter les conceptions th&#233;oriques de Gorkin... Ce vrai ma&#238;tre de l'appareil du POUM et talentueux organisateur se contentait de faire de la politique courante et ne se pr&#233;occupait pas des g&#233;n&#233;ralisations th&#233;oriques. Nin &#233;tait le vrai id&#233;ologue du POUM, du reste, les &#171; ninistes &#187; heureusement sont en vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Les militants du POUM &#233;taient sur les barricades, mais cela ne change rien quant au manque d'orientation de sa direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Germinal Vidal, dirigeant de la Jeunesse du POUM, tomb&#233; le 19 juillet, Place de l'Universit&#233; &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un rapprochement est-il possible avec Nin ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(Extraits de lettres &#224; Victor Serge)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 juillet 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 juin 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Victor Lvovitch,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Si j'ai bien compris votre lettre de Paris, vous &#234;tes m&#233;content de notre comportement &#224; l'&#233;gard d'Andr&#233;s Nin, comportement que vous trouvez &#171; sectaire &#187;. Vous ne connaissez pas et ne pouvez conna&#238;tre l'histoire politique et personnelle de ces relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez imaginer sans peine combien je me suis r&#233;joui &#224; l'&#233;poque de la venue de Nin &#224; l'&#233;tranger. Pendant plusieurs ann&#233;es, j'ai correspondu avec lui tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement. Certaines de mes lettres &#233;taient de v&#233;ritables &#171; trait&#233;s &#187; : c'est qu'il s'agissait de la r&#233;volution vivante dans laquelle Nin pouvait et devait jouer un r&#244;le actif. Je pense que mes lettres &#224; Nin pendant deux ou trois ans pourraient constituer un volume de plusieurs centaines de pages : cela suffit &#224; vous montrer quelle importance j'accordais &#224; Nin et &#224; des relations amicales avec lui. Dans ses r&#233;ponses, Nin affirmait tant et plus son accord th&#233;orique, mais &#233;vitait absolument les probl&#232;mes pratiques. Il me posait des questions abstraites sur les soviets, la d&#233;mocratie, etc., mais ne disait pas un mot des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales qui secouaient la Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, personne n'est oblig&#233; d'&#234;tre un r&#233;volutionnaire. Mais Nin &#233;tait &#224; la t&#234;te de l'organisation bolchevique-l&#233;niniste en Espagne, et par l&#224; m&#234;me, il avait pris des engagement s&#233;rieux auxquels il se d&#233;robait en pratique tout en me jetant par lettre de la poudre aux yeux. Croyez, cher ami, que, dans ce domaine, j'ai un certain flair. Si l'on peut m'accuser de quelque chose par rapport &#224; Nin, c'est d'avoir trop longtemps nourri des illusions sur son compte et de lui avoir donn&#233; par l&#224; m&#234;me la possibilit&#233; d'entretenir sous le drapeau du bolchevisme-l&#233;ninisme la passivit&#233; et la confusion qui sont d&#233;j&#224; bien suffisantes comme cela dans le mouvement ouvrier espagnol, je veux dire, dans ses sommets. S'il y avait eu en Espagne, &#224; la place de Nin, un r&#233;volutionnaire ouvrier s&#233;rieux, comme Lesoil ou Vereecken [1], il aurait &#233;t&#233; possible pendant ces ann&#233;es de r&#233;volution d'y accomplir une &#339;uvre grandiose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pouss&#233; par l'ambigu&#239;t&#233; de sa position, Nin soutenait syst&#233;matiquement, dans chaque pays, tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, entreprenaient la lutte contre nous et finissaient g&#233;n&#233;ralement en purs et simples ren&#233;gats. Comment la rupture se produisit-elle ? Nin proclama qu'il &#233;tait absolument oppos&#233; &#224; l'entr&#233;e tactique de nos camarades dans le parti socialiste fran&#231;ais, puis, apr&#232;s de longues h&#233;sitations, il d&#233;clara que les Fran&#231;ais avaient raison et qu'il fallait agir de la m&#234;me fa&#231;on en Espagne. Mais, au lieu de cela, il s'allia &#224; l'organisation provinciale de Maurin, qui n'a aucune perspective mais lui permet de mener une existence tranquille. Notre Secr&#233;tariat international lui &#233;crivit une lettre de &#183;critiques. Nin r&#233;pondit en rompant les relations et publia quelque chose &#224; ce sujet dans un bulletin sp&#233;cial [2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je ne craignais pas d'abuser de votre temps, je vous enverrais le paquet de ma correspondance avec Nin : j'ai gard&#233; des doubles de toutes mes lettres. Je suis s&#251;r que, comme l'ont fait d'autres camarades qui ont pris connaissance de cette correspondance, vous m'accuseriez d'avoir fait preuve d'une patience excessive, d'un &#171; esprit de conciliation &#187;, et non de sectarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) 5 juin 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Dans ma derni&#232;re lettre, il y a des oublis. Commen&#231;ons par Nin. Si vous pensez qu'il est susceptible de revenir &#224; nous, pourquoi n'essayeriez-vous pas de le faire revenir ? Je ne nourris personnellement aucun espoir de voir Nin redevenir un r&#233;volutionnaire, mais je peux me tromper. V&#233;rifiez par vous-m&#234;me si vous le jugez n&#233;cessaire. Je ne pourrai qu'approuver cette d&#233;marche [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, on ne saurait attendre de Nin des assurances verbales (dont il est tr&#232;s prodigue), mais des actes bien pr&#233;cis. En ce moment, Nin est l'alli&#233; des ennemis acharn&#233;s de la IV&#232;me Internationale qui cachent leur haine petite-bourgeoise du marxisme r&#233;volutionnaire derri&#232;re des phrases creuses au sujet de divergences &#171; organisationnelles &#187;, comme si des gens s&#233;rieux pouvaient rompre avec les r&#233;volutionnaires et s'allier aux opportunistes &#224; cause de divergences secondaires [4].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Nin veut revenir &#224; nous, il lui faut d&#233;ployer ouvertement en Espagne le drapeau de la IV&#232;me Internationale. Les pr&#233;textes qu'il invoque pour le refuser sont du m&#234;me ordre que ceux que Blum invoque &#224; propos de la lutte des classes, qui, selon lui, tout en &#233;tant une bonne chose de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, n'est pas adapt&#233;e &#224; notre &#233;poque. La politique de Blum consiste en une collaboration de classes, alors que, sur le plan &#171; th&#233;orique &#187;, il reconna&#238;t la lutte de classes. Nin reconna&#238;t en paroles la IV&#232;me Internationale, mais, en fait, il aide Maurin, Walcher, Maxton et ses autres alli&#233;s &#224; mener contre la IV&#232;me Internationale une lutte acharn&#233;e, tout &#224; fait du m&#234;me type que celle que les pacifistes &#224; la Longuet et &#224; la Ledebour [5] ont men&#233;e durant la derni&#232;re guerre contre les internationalistes r&#233;volutionnaires partisans de la III&#232;me Internationale (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;30 juillet 1936&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons encore la question de Nin. Certains - dont Rosmer - consid&#232;rent ma vigoureuse critique de sa politique comme du sectarisme. S'il en est ainsi, le marxisme tout entier n'est que sectarisme, puisqu'il est la doctrine de la lutte des classes, et non de la collaboration de classes. Les &#233;v&#233;nements actuels en Espagne montrent en particulier &#224; quel point &#233;tait criminel le rapprochement de Nin avec Azana [6] : les travailleurs espagnols vont maintenant payer de milliers de vies la l&#226;chet&#233; r&#233;actionnaire du Front populaire qui a continu&#233; &#224; entretenir avec l'argent du peuple une arm&#233;e command&#233;e par les bourreaux du prol&#233;tariat [7]. Il n'est pas question ici, mon cher Victor Lvovitch, de l&#233;g&#232;res nuances, mais de l'essence m&#234;me du socialisme r&#233;volutionnaire. Si Nin aujourd'hui se ressaisit et comprend combien il s'est discr&#233;dit&#233; devant les travailleurs, nous l'accueillerons comme un camarade, mais nous ne pouvons pas admettre l' &#034; esprit de copinage &#034; en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retenu, des amendements que vous avez faits &#224; mes th&#232;ses sur la mont&#233;e r&#233;volutionnaire [8], l'id&#233;e que des groupes importants se d&#233;tacheront sur la gauche des partis socialiste et communiste (j'y faisais allusion, mais de fa&#231;on trop succincte). Je n'ai malheureusement pas pu retenir les autres, car je les crois erron&#233;s. Remarquable historien de la r&#233;volution russe, vous vous refusez, je ne sais pourquoi, &#224; en appliquer les le&#231;ons essentielles aux autres pays. Tout ce que vous dites du Front populaire est vrai de l'union des mencheviks et des S.R. avec les cadets (les radicaux russes). Or, nous avons men&#233; contre ce Front populaire-l&#224; une lutte implacable et c'est seulement gr&#226;ce &#224; cette lutte que nous avons vaincu [9].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vos propositions pratiques sur l'Espagne sont excellentes et r&#233;pondent tout &#224; fait &#224; notre ligne [10]. Mais essayez de trouver, en dehors de notre organisation &#171; sectaire &#187;, une dizaine d'hommes susceptibles d'accepter vos propositions, non en paroles, mais en actes ! Le fait que vous fassiez ces excellentes propositions pratiques prouve &#224; mes yeux que nous avons bien un terrain commun, et j'attendrai patiemment que vous ayez confront&#233; vos id&#233;es a priori &#224; l'exp&#233;rience politique vivante et que vous en ayez tir&#233; les conclusions n&#233;cessaires. Je ne doute pas un instant que ces conclusions seront les m&#234;mes que les n&#244;tres, formul&#233;es collectivement, dans diff&#233;rents pays, selon l'exp&#233;rience de grands &#233;v&#233;nements (...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous serre la main fort et cordialement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes de P. Brou&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] L&#233;on Lesoil &#233;tait n&#233; en Belgique en 1902. Engag&#233; volontaire, soldat en Russie en 1916, il &#233;tait devenu communiste pendant la r&#233;volution. Un des fondateurs du P.C. belge, membre de son comit&#233; central en 1921, dirigeant de la F&#233;d&#233;ration de Charleroi, il avait &#233;t&#233; exclu en 1927 et &#233;tait devenu l'un des dirigeants de l'opposition de gauche belge. Dirigeant - &#233;lu - de la gr&#232;ve des mineurs de Charleroi en 1932, cet homme au caract&#232;re ind&#233;pendant - il avait conserv&#233; des relations amicales avec Rosmer pendant ces ann&#233;es - s'&#233;tait en 1934 prononc&#233; pour l'entrisme dans le parti ouvrier belge o&#249; il &#233;tait devenu, avec Walter Dauge, issu, lui, des rangs socialistes, l'un des principaux animateurs de la tendance &#171; Action socialiste r&#233;volutionnaire &#187;, qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque sur le point d'&#234;tre exclue. Georges Vereecken, n&#233; en 1896, chauffeur de taxi, &#233;tait &#233;galement un v&#233;t&#233;ran du communisme belge, membre du P.C. depuis 1922, de son comit&#233; central en 1925. Il avait &#233;t&#233; exclu en 1927 et &#233;tait depuis lors l'un des dirigeants de l'opposition de gauche, membre du Secr&#233;tariat international. Trotsky l'appr&#233;ciait beaucoup personnellement depuis que sa travers&#233;e de la France, au cours du voyage vers Copenhague, leur avait permis de faire connaissance. Mais il s'&#233;tait d&#233;clar&#233; adversaire r&#233;solu de l' &#171; entrisme &#187; d&#232;s l'&#233;t&#233; 1934, et, .refusant en 1935 l'entr&#233;e de ses camarades, avait fond&#233; le groupe &#171; Spartacus . Les deux ailes &#233;taient en train de se rapprocher et allaient fusionner 1936 dans le nouveau &#171; parti socialiste r&#233;volutionnaire &#171; . Trotsky, tout en jugeant Vereecken &#171; sectaire &#187; , et parce qu'il avait pour lui estime et amiti&#233;, comptait bien le convaincre et le regagner &#224; ses vues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] Ces documents, notamment la r&#233;solution du C.E. de la I.C.E. d'avril 1935 pr&#233;conisant l'entrisme dans le P.S. et les J.S. &#224; l'exception de la Catalogne, la lettre du S.I., sign&#233;e de Martin, et la r&#233;ponse de Nin, ont &#233;t&#233; publi&#233;s dans les bulletins int&#233;rieurs de l' I.C.E.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Au cours d'un d&#233;bat dans le C. C. du P.S.R. en novembre 1936, Vereecken devait affirmer : &#171; L. D. a mis le couteau dans le plaie et a &#233;crit que le P.O.U.M. avait trahi la classe ouvri&#232;re. Evidemment, on n'a rien &#224; redire &#224; cela. Serge &#233;tait en rapport avec L. D., Nin et les anarchos. Il correspondait avec le &#034;Vieux&#034;. Dans une lettre du &#034;Vieux&#034; &#224; Victor Serge, le &#034;Vieux&#034; dit en somme qu'il s'&#233;tait exprim&#233; trop violemment '&#034; (Bulletin int&#233;rieur, du P.S.R. n&#176; 1). Nous avons vainement cherch&#233; dans les lettres de Trotsky &#224; Serge le passage qui permettrait une telle interpr&#233;tation. C'est celui-ci qui s'y pr&#234;tait le mieux : Serge peut penser que, du moment que Trotsky approuve son id&#233;e de tenter aupr&#232;s de Nin une nouvelle d&#233;marche, c'est qu'il admet &#171; en somme &#187; avoir &#233;t&#233; trop violent.. Mais Georges Vereecken interrog&#233; par nous, maintient qu'une autre lettre existe, bien qu'elle ne figure pas dans le dossier des archives. A l'appui de son affirmation, le fait que. lors de ce d&#233;bat, Erwin Wolf, porte-parole du S. I, laisse passer sans la discuter son affirmation. D'autre part, lors de la session du Bureau &#233;largi du mouvement pour la IV&#232;me Internationale, &#224; Amsterdam, en janvier 1937, Sneevliet, retour de Barcelone, d&#233;clare que Nin voulait conna&#238;tre &#171; la lettre de L. D. &#224; Victor Serge corrigeant ses fautes &#187;. L&#224; non plus, il n'est pas d&#233;menti, alors que les membres du S.I. sont pr&#233;sents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] Allusion au fait que le P.O.U.M. &#233;tait membre du Bureau de Londres, mais aussi au fait que Nin trouvait juste que les partisans de la IV&#176;, en tant que tels, fassent partie de ce bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] Jean Longuet au sein du parti socialiste en France, Georg Ledebour, dans le parti social-d&#233;mocrate puis le parti ind&#233;pendant U. S. P. D., avaient fait partie de l'aile &#171; centriste &#187;, dite aussi &#171; pacifiste &#187;, &#171; longuettiste &#187; ou encore &#171; reconstructeurs &#187;. L'un et l'autre, adversaires de la droite pendant la guerre, avaient combattu la scission et refus&#233; de rejoindre l'Internationale communiste, s'opposant &#224; l'adh&#233;sion de leurs partis respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Allusion &#224; la signature par le P.O.U.M. du programme &#233;lectoral des gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Le g&#233;n&#233;ral Franco, qui avait en 1934 conduit la r&#233;pression contre l'insurrection ouvri&#232;res des Asturiens avait &#233;t&#233; simplement d&#233;plac&#233; par le gouvernement du Front populaire, pourtant inform&#233; de son r&#244;le dans le complot, et exer&#231;ait un commandement aux Canaries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Ces th&#232;ses, adopt&#233;es en juillet lors de la conf&#233;rence dite de Gen&#232;ve, devaient para&#238;tre dans le n&#176; I de Quatri&#232;me Internationale sous le titre &#171; La mont&#233;e r&#233;volutionnaire &#187;. il faut donc admettre qu'au moment o&#249; elles &#233;taient discut&#233;es dans le mouvement international Trotsky en avait adress&#233; un exemplaire &#224; Victor Serge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Nous ne poss&#233;dons pas la ou les lettres de Serge, qui ne conservait pas de double. On peut supposer, par le contexte, qu'il avait sur le Front populaire une position plus nuanc&#233;e que Trotsky et qu'il y voyait des &#171; aspects positifs &#187;, comme ceux des B.&#183;L. qui r&#233;clamaient un &#171; Front populaire de combat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Nous ne savons pas avec certitude de quelles propositions pratiques il s'agit. Cependant, le 8 ao&#251;t 1936, Victor Serge avait adress&#233; &#224; L&#233;on S&#233;dov, pour le S. I. une lettre dans laquelle il proposait des initiatives pour une &#171; r&#233;conciliation &#171; et une &#171; alliance &#187; avec les anarchistes, par une d&#233;claration tr&#232;s nette sur la signification de la d&#233;mocratie ouvri&#232;re dans le cadre de la dictature du prol&#233;tariat. Victor Serge y fait allusion dans ses Carnets : &#171; J'eus avec Trotsky une correspondance au sujet des anarchistes espagnols que L&#233;on S&#233;dov disait &#171; destin&#233;s &#224; poignarder la r&#233;volution &#187;. Je pensais qu'ils joueraient un r&#244;le capital dans la guerre civile et je conseillai &#224; Trotsky et &#224; la IV&#232;me Internationale de publier une d&#233;claration de sympathie envers eux dans laquelle les marxistes r&#233;volutionnaires se seraient engag&#233;s &#224; combattre pour la libert&#233;. L. D. me donna raison, me promit que cela se ferait, mais rien ne fut fait en ce sens. En &#233;crivant ces lignes, Victor Serge ignorait la lettre &#233;crite par Trotsky le 16 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le&#231;ons d'Espagne : dernier avertissement.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;17 d&#233;cembre 1937&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mench&#233;visme et bolch&#233;visme en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;rations militaires d'Abyssinie et d'Extr&#234;me-Orient sont soigneusement &#233;tudi&#233;es par tous les &#233;tats-&#173;majors militaires qui pr&#233;parent la future grande guerre. Les combats du prol&#233;tariat espagnol, ces &#233;clairs avant-coureurs de la future r&#233;volution internationale, doivent &#234;tre &#233;tudi&#233;s avec non moins d'attention par les &#233;tats-majors r&#233;volutionnaires ; c'est &#224; cette seule condition que les &#233;v&#232;nements qui approchent ne nous prendront pas au d&#233;pourvu [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois conceptions se sont affront&#233;es, avec des forces in&#233;gales, dans le camp dit r&#233;publicain : le mench&#233;visme, le bolch&#233;visme, l'anarchisme. En ce qui concerne des partis r&#233;publicains bourgeois, ils n'ont ni id&#233;es ni importance politique ind&#233;pendantes, et n'ont fait que se maintenir sur le dos des r&#233;formistes et des anarchistes [2]. En outre, ce ne serait nullement une exag&#233;ration de dire que les chefs de l'anarcho-syndicalisme espagnol ont tout fait pour d&#233;savouer leur doctrine et r&#233;duire pratiquement leur importance &#224; z&#233;ro [3]. En fait dans le camp r&#233;publicain, deux doctrines se sont affront&#233;es : le bolch&#233;visme et le mench&#233;visme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la conception des socialistes et des staliniens, c'est-&#224;-dire les mench&#233;viks de la premi&#232;re et de la seconde lev&#233;e, la r&#233;volution espagnole ne devait r&#233;soudre que des t&#226;ches d&#233;mocratiques ; c'est pourquoi il &#233;tait n&#233;cessaire de constituer un front unique avec la bourgeoisie &#171; d&#233;mocratique &#187;. Toute tentative du prol&#233;tariat de sortir des cadres de la d&#233;mocratie bourgeoise &#233;tait, de ce point de vue, non seulement pr&#233;matur&#233;e, mais encore funeste. D'ailleurs, ce qui &#233;tait &#224; l'ordre du jour n'&#233;tait pas la r&#233;volution, mais la lutte contre Franco [4]. Le fascisme, c'est la r&#233;action, non f&#233;odale, mais bourgeoise : que, contre cette r&#233;action bourgeoise, on ne puisse lutter avec succ&#232;s que par les forces et les m&#233;thodes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, c'est l&#224; une motion que le mench&#233;visme, lui-m&#234;me rameau de la pens&#233;e bourgeoise, ne veut ni ne peut faire sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de vue bolch&#233;vique, exprim&#233; seulement aujourd'hui par la jeune section de la IV&#176; Internationale, proc&#232;de de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, &#224; savoir que m&#234;me des t&#226;ches purement d&#233;mocratiques, telles que la liquidation de la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re semi-f&#233;odale, ne peuvent &#234;tre r&#233;solues sans la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat ; cela, &#224; son tour, met &#224; l'ordre du jour la r&#233;volution socialiste. D'ailleurs, les ouvriers espagnols eux-m&#234;mes, d&#232;s les premiers pas de la r&#233;volution, s'assign&#232;rent dans la pratique non seulement des t&#226;ches d&#233;mocratiques, mais encore purement socialistes [5]. Exiger de ne pas sortir des limites de la d&#233;mocratie bourgeoise, c'est, en fait, non pas jouer &#224; la r&#233;volution d&#233;mocratique, mais y renoncer [6]. C'est seulement par le renversement des rapports sociaux &#224; la campagne qu'on peut faire du paysan, masse principale de la population, un rempart puissant contre le fascisme. Mais les propri&#233;taires fonciers sont attach&#233;s par des liens indissolubles &#224; la bourgeoisie bancaire, industrielle, et commerciale et &#224; l'intelligentsia bourgeoise qui d&#233;pend d'elle. Le parti du prol&#233;tariat se trouvait ainsi devant la n&#233;cessit&#233; de choisir - ou bien avec les masses paysannes ou bien avec la bourgeoisie lib&#233;rale. Inclure dans une m&#234;me coalition &#224; la fois les paysans et la bourgeoisie lib&#233;rale, cela ne pouvait avoir qu'un seul but : aider la bourgeoisie &#224; tromper les paysans et &#224; isoler les ouvriers. La r&#233;volution agraire ne pouvait se r&#233;aliser que contre la bourgeoisie, par cons&#233;quent seulement par les mesures de la dictature du prol&#233;tariat. Il n'existe aucun r&#233;gime moyen interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de la th&#233;orie, ce qui frappe avant tout dans la politique espagnole de Staline, c'est un oubli complet de l'ABC du l&#233;ninisme. Avec un retard de quelques dizaines d'ann&#233;es - et quelles ann&#233;es ! - l'Internationale communiste a compl&#232;tement r&#233;tabli dans ses droits la doctrine du mench&#233;visme. Plus encore, elle s'est efforc&#233;e de donner &#224; cette doctrine une expression plus &#171; cons&#233;quente &#187; et par l&#224; m&#234;me plus absurde. Dans la Russie tsariste, au d&#233;but de 1905, la formule de la &#171; r&#233;volution purement d&#233;mocratique &#187; avait pour elle, en tout cas, infiniment plus d'arguments qu'en 1937 en Espagne. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que, dans l'Espagne contemporaine, la politique &#171; ouvri&#232;re lib&#233;rale &#187; du mench&#233;visme soit devenue la politique anti-ouvri&#232;re, r&#233;actionnaire, du stalinisme. Du coup, la doctrine du mench&#233;visme, cette caricature du marxisme, a &#233;t&#233; &#224; son tour caricatur&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La th&#233;orie du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait pourtant na&#239;f de penser qu'&#224; la base de la politique du Comintern en Espagne se trouvaient quelques &#171; erreurs &#187; th&#233;oriques. Le stalinisme ne se guide pas sur la th&#233;orie marxiste, ni sur quelque th&#233;orie que ce soit, mais, empiriquement, sur les int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie sovi&#233;tique. Entre eux, les cyniques de Moscou se moquent bien de la &#171; philosophie &#187; du Front populaire &#224; la Dimitrov. Mais ils ont &#224; leur disposition, pour tromper les masses, des cadres nombreux de propagandistes de cette formule sacr&#233;e, sinc&#232;res ou filous, na&#239;fs ou charlatans. Louis Fischer [7], avec son ignorance et sa suffisance, son &#233;tat d'esprit de raisonneur provincial organiquement sourd &#224; la r&#233;volution, est Ie repr&#233;sentant le plus r&#233;pugnant de cette confr&#233;rie peu attrayante. L'&#171; union des forces progressistes &#187;, le &#171; triomphe des id&#233;es du Front populaire &#187;, l'&#171; atteinte port&#233;e par les trotskistes &#224; l'unit&#233; des rangs antifascistes &#187;... Qui croirait qu'il v a quatre-vingt-dix ans que le Manifeste communiste a &#233;t&#233; &#233;crit ? [8]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;oriciens du Front populaire ne vont au fond pas plus loin que la premi&#232;re r&#232;gle d'arithm&#233;tique, celle de l'addition : la somme des communistes, des socialistes, des anarchistes et des lib&#233;raux est sup&#233;rieure &#224; chacun de ses termes. Pourtant, l'arithm&#233;tique ne suffit pas dans l'affaire. Il faut au moins la m&#233;canique : la loi du parall&#233;logramme des forces se v&#233;rifie, m&#234;me en politique. La r&#233;sultante, est, comme on sait, d'autant plus courte que les forces divergent davantage entre elles. Quand des alli&#233;s politiques tirent dans des directions oppos&#233;es, la r&#233;sultante &#233;gale &#224; z&#233;ro. Le bloc des diff&#233;rents groupements politiques de la classe ouvri&#232;re est absolument n&#233;cessaire pour r&#233;soudre les t&#226;ches communes. Dans certaines circonstances historiques o&#249; un tel bloc est capable d'attirer &#224; lui les masses petites-bour&#173;geoises opprim&#233;es dont les int&#233;r&#234;ts sont proches de ceux du prol&#233;tariat, la force commune d'un tel bloc peut se trouver beau&#173;coup plus grande que la r&#233;sultante des forces constituantes. Au contraire, l'alliance du prol&#233;tariat avec la bourgeoisie, dont les int&#233;r&#234;ts, &#224; l'heure actuelle, dans les questions fondamentales, font un angle de 180 degr&#233;s, ne peut, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, que paralyser la force r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre civile, o&#249; la force de la seule violence a peu d'action exige de ses participants un d&#233;vouement supr&#234;me. Les ouvriers et les paysans ne sont capables d'assurer la victoire que quand ils m&#232;nent la lutte pour leur propre &#233;mancipation. Les soumettre dans ces conditions &#224; la direction de la bourgeoisie, c'est assurer d'avance leur d&#233;faite dans la guerre civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces v&#233;rit&#233;s ne sont d'aucune mani&#232;re le fruit d'une analyse purement th&#233;orique. Au contraire, elles repr&#233;sentent la conclusion irr&#233;futable de toute l'exp&#233;rience historique, au moins &#224; partir de 1848 [9]. L'histoire moderne des soci&#233;t&#233;s bourgeoises est pleine de Fronts populaires de toutes sortes, c'est&#173;-&#224;-dire de combinaisons politiques les plus diverses pour tromper les travailleurs. L'exp&#233;rience espagnole n'est qu'un nouvel anneau tragique de cette cha&#238;ne de crimes et de trahisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'alliance avec l'ombre de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait le plus &#233;tonnant politiquement est que, dans le Front populaire espagnol, il n'y avait pas au fond de parall&#233;logramme des forces : la place de la bourgeoisie &#233;tait prise par son ombre [10]. Par l'interm&#233;diaire des staliniens, des socialistes et des anarchistes, la bourgeoisie espagnole s'est subordonn&#233; le prol&#233;tariat sans m&#234;me se donner la peine de participer au Front Populaire : la majorit&#233; &#233;crasante des exploiteurs de toutes nuances politiques &#233;tait pass&#233;e dans le camp de Franco [11]. Sans aucune th&#233;orie de la r&#233;volution permanente, la bourgeoisie espagnole a compris, d&#232;s le d&#233;but du mouvement r&#233;volutionnaire des masses, que, quel que soit son point de d&#233;part, ce mouvement &#233;tait dirig&#233; contre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de la terre et des moyens de production, et qu'il &#233;tait absolument impossible d'en venir &#224; bout par les moyens de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il n'est rest&#233; dans le camp r&#233;publicain que des d&#233;bris insignifiants de la classe poss&#233;dante, MM. Azana [12], Companys [13] et leurs semblables, avocats politiques de la bourgeoisie, mais nullement la bourgeoisie elle-m&#234;me. Ayant tout mis&#233; sur la dictature militaire, les classes poss&#233;dantes surent en m&#234;me temps utiliser leurs repr&#233;sentants politiques de la veille pour paralyser, d&#233;sagr&#233;ger, puis &#233;touffer le mouvement socialiste des masses sur le territoire &#171; r&#233;publicain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne repr&#233;sentant plus &#224; aucun titre la bourgeoisie espagnole, les r&#233;publicains de gauche repr&#233;sentaient bien moins encore les ouvriers et les paysans : ils ne repr&#233;sentaient rien en dehors d'eux-m&#234;mes. Pourtant, gr&#226;ce &#224; leurs alli&#233;s socialistes, staliniens et anarchistes, ces fant&#244;mes politiques ont jou&#233; dans la r&#233;volution un r&#244;le d&#233;cisif. Comment ? Tr&#232;s simplement en tant qu'incarnation du principe de la r&#233;volution d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire de l'inviolabilit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les staliniens dans le Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les causes de l'apparition du Front populaire espagnol et sa m&#233;canique interne sont parfaitement claires. La t&#226;che des chefs en retraite de l'aile gauche de la bourgeoisie consistait &#224; stopper la r&#233;volution des masses et &#224; regagner la confiance perdue des exploiteurs : pourquoi Franco si nous, les r&#233;publicains, pouvons faire la m&#234;me chose ? Sur ce plan essentiel, les int&#233;r&#234;ts d'Aza&#242;a et de Companys co&#239;ncidaient pleinement avec ceux de Staline, pour lequel il &#233;tait n&#233;cessaire de gagner la confiance des bourgeoisies anglaise et fran&#231;aise en montrant qu'il &#233;tait capable de prot&#233;ger l'ordre contre l'anarchie. Azana et Companys servaient n&#233;cessairement de couverture &#224; Staline face aux ouvriers : lui-m&#234;me, Staline, est &#233;videmment pour le socialisme, mais il ne peut pas repousser la bourgeoisie r&#233;publicaine. Staline est n&#233;cessaire &#224; Aza&#242;a et Companys en tant que bourreau exp&#233;riment&#233; jouissant d'une autorit&#233; de r&#233;volutionnaire [14]. Sans lui, r&#233;duits &#224; &#234;tre un ramassis de z&#233;ros, ils n'auraient pu ni os&#233; attaquer les ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;formistes traditionnels de la II&#176; Internationale, depuis longtemps affol&#233;s par le cours de la lutte de classe, re&#231;urent un regain d'assurance du fait du soutien de Moscou. Ce soutien fut d'ailleurs accord&#233; non &#224; tous les r&#233;formistes, mais seulement aux plus r&#233;actionnaires : Caballero repr&#233;sentait la face du parti socialiste tourn&#233;e vers l'aristocratie ouvri&#232;re, tandis que Negrin [15] et Prieto [16] tournaient toujours leur regard vers la bourgeoisie [17]. Negrin a vaincu Caballero gr&#226;ce &#224; l'aide de Moscou [18]. Les socialistes de gauche et les anarchistes, prisonniers du Front populaire, se sont efforc&#233;s, il est vrai, de sauver de la d&#233;mocratie ce qui pouvait en &#234;tre sauv&#233;. Mais comme ils n'ont pas su mobiliser les masses contre les gendarmes du Front populaire, leurs efforts se sont enfin de compte r&#233;duits &#224; de pitoyables lamentations [19]. Les staliniens se sont ainsi trouv&#233;s alli&#233;s &#224; l'aile la plus droiti&#232;re, la plus ouvertement bourgeoise du parti socialiste. Ils ont dirig&#233; leurs coups &#224; gauche, contre le P.O.U.M., les anarchistes et les socialistes de gauche, c'est-&#224;-dire contre les groupements centristes qui, quoique imparfaitement, refl&#233;taient la pression des masses r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait politique, significatif en lui-m&#234;me, donne aussi la mesure de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence du Comintern au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Nous avions autrefois d&#233;fini le stalinisme comme un centrisme bureaucratique ; les &#233;v&#233;nements ont donn&#233; un certain nombre de preuves de la justesse de cette affirmation, mais elle est actuellement d&#233;pass&#233;e. Les int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie bonapartiste ne correspondent plus au caract&#232;re hybride du centrisme. Dans sa recherche d'accommodements avec la bourgeoisie, la clique stalinienne est capable de s'allier seulement aux &#233;l&#233;ments les plus conservateurs de l'aristocratie ouvri&#232;re dans le monde : par l&#224;, le caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme dans l'ar&#232;ne mondiale est d&#233;finitivement &#233;tabli [20].&lt;br class='autobr' /&gt;
Les avantages contre-r&#233;volutionnaires du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons l&#224; au c&#339;ur de la solution de l'&#233;nigme : comment et pourquoi le parti communiste espagnol, insignifiant tant par son nombre que par ses dirigeants, a-t-il &#233;t&#233; capable de concentrer entre ses mains tous les leviers du pouvoir, en d&#233;pit de la pr&#233;sence d'organisations socialistes et anarchistes incomparablement plus puissantes ? L'explication courante suivant laquelle les staliniens ont tout simplement troqu&#233; le pouvoir en &#233;change des armes sovi&#233;tiques reste superficielle. Pour prix de ses armes, Moscou a re&#231;u de l'or espagnol. Cela suffisait, selon les lois du march&#233; capitaliste. Comment Staline a-t-il r&#233;ussi &#224; obtenir &#233;galement le pouvoir dans ce march&#233; ? A cela, on r&#233;pond d'ordinaire : en accroissant son autorit&#233; aux yeux des masses par des fournitures militaires, le gouvernement sovi&#233;tique a pu exiger, comme condition de son aide, des mesures d&#233;cisives contre les r&#233;volutionnaires et &#233;carter ainsi de sa route de dangereux adversaires. C'est indiscutable, mais c'est seulement un aspect de la question, et le moins important. En d&#233;pit de l'&#171; autorit&#233; &#187; acquise gr&#226;ce aux fournitures sovi&#233;tiques, le parti communiste espagnol est demeur&#233; une petite minorit&#233;, et il a rencontr&#233;, de la part des ouvriers, une haine toujours plus grande [21]. Il ne suffisait pas d'autre part que Moscou pos&#226;t des conditions encore fallait-il que Valence les accept&#226;t. C'est l&#224; le fond du probl&#232;me. Car non seulement Companys et Negrin, mais aussi Caballero, quand il &#233;tait pr&#233;sident du Conseil, tous sont all&#233;s, de plus ou moins bon gr&#233;, au-devant des exigences de Moscou. Pourquoi ? Parce que ces messieurs eux-m&#234;mes voulaient maintenir la r&#233;volution dans le cadre bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni les socialistes, ni m&#234;me les anarchistes ne se sont s&#233;rieusement oppos&#233;s au programme stalinien. Ils avaient eux-m&#234;mes peur de la rupture avec la bourgeoisie. Ils &#233;taient mortellement effray&#233;s devant chaque offensive r&#233;volutionnaire des ouvriers. Gr&#226;ce &#224; ses armes et &#224; son ultimatum contre-r&#233;volutionnaire, Staline a &#233;t&#233; pour tous ces groupes le sauveur. Il leur assurait en effet ce qu'ils esp&#233;raient, la victoire militaire sur Franco, et, en m&#234;me temps, les affranchissait de toute responsabilit&#233; pour le cours de la r&#233;volution. Ils se sont donc empress&#233;s de mettre au rencart leurs masques socialistes et anarchistes, avec l'espoir de les utiliser de nouveau quand Moscou aurait r&#233;tabli pour eux la d&#233;mocratie bourgeoise. Pour comble de commodit&#233;, ces messieurs pouvaient justifier leur trahison envers le prol&#233;tariat par la n&#233;cessit&#233; de l'entente militaire avec Staline ; de son c&#244;t&#233;, ce dernier justifiait sa politique contre-r&#233;volutionnaire par la n&#233;cessit&#233; de l'entente avec la bourgeoisie r&#233;publicaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement de ce point de vue plus large que devient claire pour nous l'ang&#233;lique patience dont ont fait preuve, vis-&#224;-vis des repr&#233;sentants du G.P.U., ces champions du droit et de la libert&#233; que sont Azana, Companys, Negrin, Caballero, Garcia Oliver [22] et autres. S'ils n'ont pas eu le choix, comme ils l'ont affirm&#233;, ce n'est nullement parce qu'ils n'avaient pas les moyens de payer avions et tanks autrement que par des &#171; t&#234;tes &#187; r&#233;volutionnaires et les droits des ouvriers, c'est parce qu'il leur &#233;tait impossible de r&#233;aliser leur propre programme &#171; purement d&#233;mocratique &#187;, c'est-&#224;-dire antisocialiste, autrement que par la terreur. Quand les ouvriers et les paysans s'engagent dans la voie de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire s'emparent des usines, des grandes propri&#233;t&#233;s, et chassent les anciens propri&#233;taires, prennent localement le pouvoir, alors, la contre-r&#233;volution, bourgeoise-d&#233;mocratique, stalinienne ou fasciste - tout se tient - n'a plus d'autre moyen d'arr&#234;ter le mouvement que par la violence sanglante, le mensonge et la tromperie. L'avantage de la clique stalinienne dans cette voie consistait en ce qu'elle a imm&#233;diatement entrepris d'appliquer des m&#233;thodes qui d&#233;passaient Azana, Companys, Negrin et leurs autres alli&#233;s de &#171; gauche &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Staline confirme &#224; sa mani&#232;re la th&#233;orie de la r&#233;volution perma&#173;nente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, sur le territoire de l'Espagne, se sont affront&#233;s deux programmes. D'une part, celui de la sauvegarde &#224; tout prix de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e contre le prol&#233;tariat, et, si possible, de la sauvegarde de la d&#233;mocratie contre Franco. De l'autre, le programme d'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e gr&#226;ce &#224; la conqu&#234;te du pouvoir par le prol&#233;tariat. Le premier exprimait le programme du Capital par l'interm&#233;diaire de l'aristocratie ouvri&#232;re, des sommets de la petite bourgeoisie et surtout de la bureaucratie sovi&#233;tique. Le second traduisait, en langage marxiste, les tendances, pas pleinement conscientes, mais puissantes, du mouvement r&#233;volutionnaire des masses. Pour le malheur de la r&#233;volution, il y avait, entre la poign&#233;e de bolcheviks et le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, la cloison contre-r&#233;volutionnaire du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique du Front populaire, &#224; son tour, ne fut nullement d&#233;termin&#233;e par le chantage de Staline en tant que fournisseur d'armes. Assur&#233;ment, le chantage est compris dans les conditions internes de la r&#233;volution elle-&#173;m&#234;me. Le fond social de celle-ci avait &#233;t&#233;, au cours des six derni&#232;res ann&#233;es, l'offensive croissante des masses contre la propri&#233;t&#233; semi-f&#233;odale et bourgeoise. C'est pr&#233;cis&#233;ment la n&#233;cessit&#233; de d&#233;fendre cette propri&#233;t&#233; qui a jet&#233; la bourgeoisie dans les bras de Franco. Le gouvernement r&#233;publicain avait promis &#224; la bourgeoisie de d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; par des mesures &#171; d&#233;mocratiques &#187;, mais il enregistra, surtout en juillet 1936, une faillite compl&#232;te. Quand la situation sur le front de la propri&#233;t&#233; devint encore plus mena&#231;ante que sur le front militaire, les d&#233;mocrates de tout poil, y compris les anarchistes, s'inclin&#232;rent devant Staline, et ce dernier n'a trouv&#233; dans son arsenal d'autres m&#233;thodes que celles de Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans les pers&#233;cutions contre les trotskistes, les poumistes, les anarchistes r&#233;volutionnaires et les socialistes de gauche, les calomnies fangeuses, les documents forg&#233;s, les tortures dans les prisons staliniennes, les assassinats dans le dos, sans tout cela, le drapeau bourgeois, sous le drapeau r&#233;publicain, ne se serait pas maintenu deux mois. Le G.P.U. ne s'est trouv&#233; ma&#238;tre de la situation que parce qu'il a d&#233;fendu de fa&#231;on plus cons&#233;quente que d'autres, c'est-&#224;-dire avec plus de fourberie et de cruaut&#233;, les int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa lutte contre la r&#233;volution socialiste, le d&#233;mocrate K&#233;rensky avait d'abord cherch&#233; un appui dans la dictature militaire de Kornilov, puis il avait tent&#233; de rentrer &#224; Petrograd dans les fourgons du g&#233;n&#233;ral monarchiste Krasnov ; d'autre part, les bolcheviks, pour mener la r&#233;volution d&#233;mocratique jusqu'au bout, ont &#233;t&#233; contraints de renverser le gouvernement des charlatans et des bavards d&#233;mocratiques. Ce faisant, ils ont mis fin en passant &#224; toutes les tentatives de dictature militaire ou fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution espagnole montre une nouvelle fois qu'il est impossible de d&#233;fendre la d&#233;mocratie contre les masses r&#233;volutionnaires autrement que par des m&#233;thodes de la r&#233;action fasciste. Et, inversement, il est impossible de mener une v&#233;ritable lutte contre le fascisme autrement que par les m&#233;thodes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Staline a lutt&#233; contre le trotskisme (la r&#233;volution prol&#233;tarienne) en d&#233;truisant la d&#233;mocratie par les mesures bonapartistes et le G.P.U. Cela r&#233;fute une nouvelle fois, et d&#233;finitivement, la vieille th&#233;orie mench&#233;vique que s'est appropri&#233;e le Comintern, th&#233;orie qui fait de la r&#233;volution socialiste deux chapitres historiques ind&#233;pendants, s&#233;par&#233;s l'un de l'autre dans le temps. L'&#339;uvre des bourreaux de Moscou confirme &#224; sa mani&#232;re la justesse de la th&#233;orie de la r&#233;volution permanente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le des anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes n'ont eu, dans la r&#233;volution espagnole, aucune position ind&#233;pendante. Ils n'ont fait qu'osciller entre mench&#233;visme et bolch&#233;visme. Plus exactement, les ouvriers anarchistes tendaient instinctivement &#224; trouver une issue dans la voie bolch&#233;vique (19 juillet 1936, journ&#233;es de mai 1937), alors que les chefs, au contraire, repoussaient de toute leur force les masses dans le camp du Front populaire c'est-&#224;-dire du r&#233;gime bourgeois [23].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anarchistes ont fait preuve d'une incompr&#233;hension fatale des lois de la r&#233;volution et de ses t&#226;ches lorsqu'ils ont tent&#233; de se limiter aux syndicats, c'est-&#224;-dire &#224; des organisations de temps de paix, impr&#233;gn&#233;es de routine et ignorant ce qui se passait en dehors d'eux, dans la masse, dans les partis politiques et dans l'appareil d'Etat. Si les anarchistes avaient &#233;t&#233; des r&#233;volutionnaires, ils auraient avant tout appel&#233; &#224; la cr&#233;ation de soviets r&#233;unissant tous les repr&#233;sentants de la ville et du village, y compris ceux des millions d'hommes les plus exploit&#233;s qui n'&#233;taient jamais entr&#233;s dans les syndicats. Dans les soviets, les ouvriers r&#233;volutionnaires auraient naturellement occup&#233; une position dominante. Les staliniens se seraient trouv&#233;s en minorit&#233; insignifiante. Le prol&#233;tariat se serait convaincu de sa force invincible. L'appareil de l'Etat bourgeois n'aurait plus &#233;t&#233; en prise sur rien. Il n'aurait pas fallu un coup bien fort pour que cet appareil tomb&#226;t en poussi&#232;re. La r&#233;volution socialiste aurait re&#231;u une impulsion puissante. Le prol&#233;tariat fran&#231;ais n'aurait pas permis longtemps &#224; L&#233;on Blum de bloquer la r&#233;volution prol&#233;tarienne au-del&#224; des Pyr&#233;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bureaucratie de Moscou n'aurait pu se permettre un tel Iuxe. Les questions les plus difficiles se seraient r&#233;solues d'elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, les anarcho-syndicalistes qui tentaient de se r&#233;fugier dans la politique des syndicats se sont retrouv&#233;s, au grand &#233;tonnement de tout le monde et d'eux-m&#234;mes, la cinqui&#232;me roue du carrosse de la d&#233;mocratie bourgeoise [24]. Pas pour longtemps, car la cinqui&#232;me roue ne sert &#224; personne. Apr&#232;s que Garcia Oliver et Cie eurent bien aid&#233; Staline et ses acolytes &#224; enlever le pouvoir aux ouvriers, les anarchistes furent eux-m&#234;mes chass&#233;s du gouvernement de Front populaire. Ils dissimul&#232;rent la frayeur du petit bourgeois devant le grand bourgeois, du petit bureaucrate devant le grand bureaucrate, sous des discours pleurnichards sur la saintet&#233; du front unique (des victimes avec les bourreaux) et sur l'impossibilit&#233; d'admettre toute dictature, y compris la leur propre. &#171; Nous aurions pu prendre le pouvoir en juillet 1936... Nous aurions pu prendre le pouvoir en mai 1937... &#187; C'est ainsi que les anarchistes imploraient Negrin et Staline de reconna&#238;tre et de r&#233;compenser leur trahison de la r&#233;volution. Tableau repoussant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette seule autojustification : &#171; Nous n'avons pas pris le pouvoir, non parce que nous n'avons pas pu, mais parce que nous n'avons pas voulu, parce que nous sommes contre toute dictature &#187; [25], etc., renferme une condamnation de l'anarchisme en tant que doctrine compl&#232;tement contre-r&#233;volutionnaire. Renoncer &#224; la conqu&#234;te du pouvoir, c'est le laisser volontairement &#224; ceux qui l'ont, aux exploiteurs. Le fond de toute r&#233;volution a consist&#233; et consiste &#224; porter une nouvelle classe au pouvoir et &#224; lui donner ainsi toutes possibilit&#233;s de r&#233;aliser son programme. Impossible de faire la guerre sans d&#233;sirer la victoire. Personne n'aurait pu emp&#234;cher les anarchistes d'&#233;tablir, apr&#232;s la prise du pouvoir, le r&#233;gime qui leur aurait sembl&#233; bon, en admettant &#233;videmment qu'il f&#251;t r&#233;alisable. Mais les chefs anarchistes eux-m&#234;mes avaient perdu foi en lui. Ils se sont &#233;loign&#233;s du pouvoir, non pas parce qu'ils sont contre toute dictature - en fait, bon gr&#233;, mal gr&#233;... - mais parce qu'ils avaient compl&#232;tement abandonn&#233; leurs principes et perdu leur courage, s'ils eurent jamais l'un et l'autre. Ils avaient peur. Ils avaient peur de tout, de l'isolement, de l'intervention, du fascisme, ils avaient peur de Staline, ils avaient peur de Negrin. Mais, ce dont ces phraseurs avaient peur avant tout, c'&#233;tait des masses r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus de conqu&#233;rir le pouvoir rejette in&#233;vitablement toute organisation ouvri&#232;re dans le marais du r&#233;formisme et en fait le jouet de la bourgeoisie ; il ne peut en &#234;tre autrement, vu la structure de classe de la soci&#233;t&#233; [26].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dressant contre le but, la prise du pouvoir, les anarchistes ne pouvaient pas, en fin de compte, ne pas se dresser contre les moyens, la r&#233;volution. Les chefs de la C.N.T. et de la F.A.I. ont aid&#233; la bourgeoisie, non seulement &#224; se maintenir &#224; l'ombre du pouvoir en juillet 1936, Mais encore &#224; r&#233;tablir morceau par morceau ce qu'elle avait perdu d'un seul coup. En mai 1937, ils ont sabot&#233; l'insurrection des ouvriers et ont sauv&#233; par l&#224; la dictature de la bourgeoisie. Ainsi l'anarchiste, qui ne voulait &#234;tre qu'antipolitique, s'est trouv&#233; en fait antir&#233;volutionnaire et, dans les moments les plus critiques, contre-r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;oriciens anarchistes qui, apr&#232;s le grand examen des ann&#233;es 1931 &#224; 1937, r&#233;p&#232;tent les vieilles sornettes r&#233;actionnaires sur Cronstadt et affirment : le stalinisme est le produit in&#233;vitable du marxisme et du bolch&#233;visme, ne font que d&#233;montrer par l&#224; qu'ils sont &#224; jamais morts pour la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous dites que le marxisme est violence en soi et que le stalinisme est sa descendance l&#233;gitime. Alors pourquoi donc nous, marxistes r&#233;volutionnaires, nous trouvons-nous en lutte mortelle contre le stalinisme dans le monde entier ? Pourquoi donc la clique stalinienne voit-elle dans le trotskisme son ennemi principal ? Pourquoi toute proximit&#233; avec nos conceptions ou notre d'action (Durruti [27], Andr&#233;s Nin, Landau et autres [28]) force-t-elle les gangsters du stalinisme &#224; recourir &#224; une r&#233;pression sanglante ? Pourquoi, d'autre part, les chefs de l'anarchisme espagnol, au moment des crimes du G.P.U. &#224; Moscou et &#224; Madrid, &#233;taient-ils des ministres de Caballero-Negrin [29] &#187;, c'est-&#224;-dire les serviteurs de la bourgeoisie et de Staline ? Pourquoi, m&#234;me maintenant, sous le pr&#233;texte de lutter contre le fascisme, les anarchistes restent-ils prisonniers volontaires de Staline-Negrin, c'est-&#224;-dire des bourreaux de la r&#233;volution, par leur incapacit&#233; &#224; lutter contre le fascisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avocats de l'anarchisme qui pr&#234;chent pour Cronstadt et pour Makhno ne trompent personne [30]. Dans l'&#233;pisode de Cronstadt et dans la lutte contre Makhno, nous avions d&#233;fendu la r&#233;volution prol&#233;tarienne contre la contre-r&#233;volution paysanne. Les anarchistes espagnols ont d&#233;fendu et d&#233;fendent encore la contre-r&#233;volution bourgeoise contre la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Aucun sophisme ne fera dispara&#238;tre de l'histoire le fait que l'anarchisme et le stalinisme se sont trouv&#233;s du m&#234;me c&#244;t&#233; de la barricade, les masses r&#233;volutionnaires et les marxistes de l'autre. Telle est la v&#233;rit&#233; qui entrera pour toujours dans la conscience du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le du P.O.U.M.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en va gu&#232;re mieux avec le P.O.U.M. Certes, il a th&#233;ori&#173;quement tent&#233; de s'appuyer sur la formule de la r&#233;volution per&#173;manente (c'est pour cela que les staliniens ont trait&#233; les poumistes de trotskistes), mais la r&#233;volution ne se contente pas de simples reconnaissances th&#233;oriques. Au lieu de mobiliser les masses contre les chefs r&#233;formistes, y compris les anarchistes, le P.O.U.M. cherchait &#224; convaincre ces messieurs de l'avantage du socialisme sur le capitalisme [31]. C'est sur ce diapason qu'&#233;taient accord&#233;s tous les articles et discours des leaders du P.O.U.M. Pour ne pas se d&#233;tacher des chefs anarchistes, ils n'organis&#232;rent pas leurs propres cellules dans la C.N.T., et en g&#233;n&#233;ral n'y firent aucun travail [32]. Eludant les conflits aigus, ils ne men&#232;rent aucun travail dans l'arm&#233;e r&#233;publicaine [33]. Au lieu de cela, ils &#233;difi&#232;rent leurs &#171; propres syndicats &#187; [34] et leurs &#171; propres milices &#187; [35] qui d&#233;fendaient leurs propres &#233;difices ou s'occupaient de leurs propres secteurs du front. En isolant l'avant-garde r&#233;volutionnaire de la classe, le P.O.U.M. affaiblissait l'avant-garde et laissait les masses sans direction. Politiquement, le P.O.U.M. est rest&#233; incomparablement plus pr&#232;s du Front populaire, dont il couvrait l'aile gauche, que du bolch&#233;visme. Si le P.O.U.M. est tomb&#233; victime d'une r&#233;pression sanglante et fourbe, c'est que le Front populaire ne pouvait remplir sa mission d'&#233;touffer la r&#233;volution socialiste autrement qu'en abattant morceau par morceau son propre flanc gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de ses intentions, le P.O.U.M. s'est trouv&#233; &#234;tre, en fin de compte, le principal obstacle sur la voie de la construction d'un parti r&#233;volutionnaire. C'est une tr&#232;s grande responsabilit&#233; qu'ont pris sur eux les partisans platoniques ou diplomatiques de la IV&#176; Internationale, tel que le chef du parti socialiste r&#233;volutionnaire hollandais Sneevliet, qui ont d&#233;monstrativement soutenu le P.O.U.M. dans son caract&#232;re hybride, son ind&#233;cision, sa tendance &#224; &#233;carter les questions br&#251;lantes, en un mot, son centrisme. La r&#233;volution ne s'accorde pas avec le centrisme. Elle le d&#233;masque, et l'an&#233;antit. En passant, elle compromet les avocats et les amis du centrisme [36]. Telle est une des plus importantes le&#231;ons de la r&#233;volution espagnole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le probl&#232;me de l'armement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes et les anarchistes qui tentent de justifier leur capitulation devant Staline par la n&#233;cessit&#233; de payer de l'abandon de toute conscience et de tout principe les armes de Moscou, mentent tout simplement, et mentent b&#234;tement. Assur&#233;ment, beaucoup d'entre eux auraient pr&#233;f&#233;r&#233; s'en tirer sans assassinats ni falsifications. Mais chaque fin impose ses moyens. D&#232;s avril 1931, c'est-&#224;-dire longtemps avant l'intervention militaire de Moscou, les socialistes et les anarchistes ont fait ce qu'ils ont pu pour freiner la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Staline leur a appris comment mener ce travail jusqu'au bout. Ils ne sont devenus les complices de Staline que parce qu'ils poursuivaient les m&#234;mes objectifs politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les chefs anarchistes avaient &#233;t&#233; tant soit peu des r&#233;volutionnaires, ils auraient pu r&#233;pondre, d&#232;s le premier chantage de Moscou, non seulement par la continuation de l'offensive socialiste, mais encore par la divulgation, devant la classe ouvri&#232;re mondiale, des conditions contre-&#173;r&#233;volutionnaires pos&#233;es par Staline [37]. Ce faisant, ils auraient plac&#233; la dictature de Moscou entre la r&#233;volution socialiste et la dictature de Franco. La bureaucratie the&#173;rmidorienne craint la d&#233;mocratie et la hait. Mais elle craint aussi d'&#234;tre &#233;touff&#233;e dans l'anneau fasciste. Elle d&#233;pend en outre des ouvriers. Tout permet de croire que Moscou se serait trouv&#233; oblig&#233;e de fournir les armes, et peut-&#234;tre bien &#224; un prix plus mod&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le monde entier ne se ram&#232;ne pas au Moscou de Staline. En un an et demi de guerre civile, on pouvait d&#233;velopper l'industrie de guerre espagnole, en adaptant aux besoins de la guerre une s&#233;rie d'usines civiles. Si ce travail n'a pas &#233;t&#233; accompli, c'est uniquement parce que les initiatives des organisations ouvri&#232;res ont &#233;t&#233; combattues par Staline comme par ses alli&#233;s espagnols. Une forte industrie de guerre serait devenue un puissant instrument dans les mains des ouvriers. Les chefs du Front populaire pr&#233;f&#232;rent d&#233;pendre de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment dans cette question qu'appara&#238;t d'une fa&#231;on particuli&#232;rement claire le r&#244;le perfide du Front populaire, qui imposait aux organisations ouvri&#232;res prol&#233;tariennes la responsabilit&#233; des transactions tra&#238;tres de la bourgeoisie avec Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la mesure o&#249; les anarchistes &#233;taient en minorit&#233;, ils ne pouvaient &#233;videmment pas emp&#234;cher le bloc dirigeant de prendre les engagements qui lui semblaient bons devant Moscou et les ma&#238;tres de Moscou, Londres et Paris, mais ils pouvaient et devaient, sans cesser d'&#234;tre les meilleurs combattants du front, se distinguer nettement des trahisons et des tra&#238;tres, expliquer la v&#233;ritable situation aux masses, les mobiliser contre le gouvernement bourgeois, accro&#238;tre de jour en jour leurs forces pour, en fin de compte, s'emparer du pouvoir et, avec lui, des armes de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que se serait-il pass&#233; si Moscou, en raison de l'absence du Front populaire, s'&#233;tait refus&#233; &#224; donner des armes ? Et que se serait-il pass&#233;, r&#233;pondons-nous, si l'Union sovi&#233;tique n'avait pas exist&#233; du tout ? Les r&#233;volutions n'ont pas vaincu jusqu'&#224; pr&#233;sent gr&#226;ce &#224; des protections &#233;trang&#232;res qui leur fournissaient des armes. Les protecteurs &#233;trangers se sont ordinairement trouv&#233;s du c&#244;t&#233; de la contre-r&#233;volution. Est-il n&#233;cessaire de rappeler les interventions fran&#231;aise, anglaise et am&#233;ricaine contre les soviets ? Le prol&#233;tariat de Russie a vaincu la r&#233;action int&#233;rieure et les interventionnistes &#233;trangers sans soutien militaire de l'ext&#233;rieur. Les r&#233;volutions sont avant tout victorieuses gr&#226;ce &#224; un programme social qui donne aux masses la possibilit&#233; de s'emparer des armes se trouvant sur leur territoire et de d&#233;sagr&#233;ger l'arm&#233;e ennemie. L'arm&#233;e rouge s'est empar&#233;e des r&#233;serves militaires fran&#231;aises, anglaises, am&#233;ricaines, et a jet&#233; &#224; la mer les corps exp&#233;ditionnaires &#233;trangers. Cela serait-il d&#233;j&#224; oubli&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, &#224; la t&#234;te des ouvriers et des paysans arm&#233;s, c'est-&#224;-dire &#224; la t&#234;te de l'Espagne r&#233;publicaine, il y avait eu des r&#233;volutionnaires et non des agents poltrons de la bourgeoisie, le probl&#232;me de l'armement n'aurait jamais jou&#233; un r&#244;le de premier plan. L'arm&#233;e de Franco, y compris les Riffains coloniaux et les soldats de Mussolini, n'&#233;tait nullement assur&#233;e contre la contagion r&#233;volutionnaire [38]. Entour&#233;s de toutes parts des flammes de la r&#233;volution socialiste, les soldats fascistes se seraient r&#233;duits &#224; une quantit&#233; insignifiante. Ce ne sont pas les armes qui manquaient &#224; Madrid et &#224; Barcelone, ni les &#171; g&#233;nies &#187; militaires. Ce qui manquait, c'&#233;tait le parti r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conditions de la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de la victoire des masses dans la guerre civile contre les oppresseurs sont au fond tr&#232;s simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les combattants de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire doivent avoir pleine conscience qu'ils se battent pour leur compl&#232;te &#233;mancipation sociale et non pour le r&#233;tablissement de l'ancienne forme (d&#233;mocratique) d'exploitation.&lt;br class='autobr' /&gt; La m&#234;me chose doit &#234;tre comprise par les ouvriers et les paysans aussi bien &#224; l'arri&#232;re de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire qu'&#224; l'arri&#232;re de l'arm&#233;e ennemie.&lt;br class='autobr' /&gt; La propagande sur son propre front, sur le front de l'adversaire et &#224; l'arri&#232;re des deux arm&#233;es, doit &#234;tre compl&#232;tement impr&#233;gn&#233;e de l'esprit de la r&#233;volution sociale. Le mot d'ordre &#171; D'abord la victoire, ensuite les r&#233;formes &#187;, c'est la formule de tous les oppresseurs et exploiteurs, &#224; commencer par les rois bibliques et &#224; finir par Staline.&lt;br class='autobr' /&gt; La victoire est d&#233;termin&#233;e par les classes et couches qui participent &#224; la lutte. Les masses doivent avoir un appareil &#233;tatique qui exprime directement et imm&#233;diatement leur volont&#233;. Un tel appareil ne peut &#234;tre construit que par les soviets des d&#233;put&#233;s des ouvriers, des paysans et des soldats.&lt;br class='autobr' /&gt; L'arm&#233;e r&#233;volutionnaire doit non seulement proclamer, mais r&#233;aliser imm&#233;diatement, dans les provinces conquises, les mesures Ies plus urgentes de la r&#233;volution sociale : expropriation et remise aux besogneux des r&#233;serves existantes des produits alimentaires, manufactur&#233;s et autres, redistribution des logements au profit des travailleurs, et surtout des familles des combattants, expropriation de la terre et des instruments agricoles au profit des paysans, &#233;tablissement du contr&#244;le ouvrier sur la production et du pouvoir sovi&#233;tique &#224; la place de l'ancienne bureaucratie.&lt;br class='autobr' /&gt; De l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire doivent &#234;tre impitoyablement chass&#233;s les ennemis de la r&#233;volution socialiste, c'est-&#224;-dire les &#233;l&#233;ments exploiteurs et leurs agents, m&#234;me s'ils se couvrent du masque de &#171; d&#233;mocrate &#187;, de &#171; r&#233;publicain &#187;, de &#171; socialiste &#187; ou d' &#171; anarchiste &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; A la t&#234;te de chaque division doit se trouver un commissaire d'une autorit&#233; irr&#233;prochable, comme r&#233;volutionnaire et comme combattant.&lt;br class='autobr' /&gt; Dans chaque division militaire, il doit y avoir un noyau bien soud&#233; des combattants les plus d&#233;vou&#233;s, recommand&#233;s par des organisations ouvri&#232;res. Les membres de ce noyau ont un privil&#232;ge, celui d'&#234;tre les premiers au feu.&lt;br class='autobr' /&gt; Le corps de commandement comprend n&#233;cessairement dans les premiers temps beaucoup d'&#233;l&#233;ments. &#233;trangers et peu s&#251;rs. Leur v&#233;rification et leur s&#233;lection doivent se faire sur la base de l'exp&#233;rience militaire, des attestations fournies par les commissaires et des avis &#233;manant des combattants du rang. En m&#234;me temps, des efforts doivent &#234;tre entrepris en vue de la pr&#233;paration de commandants venant des rangs des ouvriers r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt; La strat&#233;gie de la guerre civile doit combiner les r&#232;gles de l'art militaire avec les t&#226;ches de la r&#233;volution sociale. Non seulement dans la propagande, mais aussi dans les op&#233;rations militaires, il est n&#233;cessaire de compter avec la composition sociale des diff&#233;rentes parties de l'arm&#233;e adverse (volontaires bourgeois, paysans mobilis&#233;s ou, comme chez Franco, esclaves coloniaux) et, lors du choix des lignes d'op&#233;ration, de tenir compte strictement de la culture sociale des r&#233;gions correspondantes du pays (r&#233;gions industrielles, paysannes, r&#233;volutionnaires ou r&#233;actionnaires, r&#233;gions de nationalit&#233;s opprim&#233;es, etc.). En bref, la politique r&#233;volutionnaire domine la strat&#233;gie.&lt;br class='autobr' /&gt; Le gouvernement r&#233;volutionnaire, en tant que comit&#233; ex&#233;cutif des ouvriers et paysans, doit savoir conqu&#233;rir la confiance de l'arm&#233;e et de la population laborieuse.&lt;br class='autobr' /&gt; La politique ext&#233;rieure doit avoir pour principal d'&#233;veiller la conscience r&#233;volutionnaire des ouvriers, des paysans et des nationalit&#233;s opprim&#233;es du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline a assur&#233; les conditions de la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de la victoire sont, nous le voyons, tout &#224; fait simples. Leur ensemble s'appelle la r&#233;volution socialiste. Aucune de ces conditions n'a exist&#233; en Espagne. La principale raison en est qu'il n'y avait pas de parti r&#233;volutionnaire. Staline, certes, a tent&#233; de transporter sur le terrain de l'Espagne les proc&#233;d&#233;s ext&#233;rieurs du bolch&#233;visme : bureau politique, commissaires, cellules, G.P.U., etc. Mais il avait vid&#233; ces formes de leur contenu socialiste. Il avait rejet&#233; le programme bolch&#233;vique et, avec lui, les soviets en tant que forme n&#233;cessaire de l'initiative des masses. Il a mis la technique du bolch&#233;visme au service de la propri&#233;t&#233; bourgeoise. Dans son &#233;troitesse bureaucratique, il s'imaginait que des commissaires &#233;taient capables par eux-m&#234;mes d'assurer la victoire. Mais les commissaires de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e ne se sont trouv&#233;s capables que d'assurer la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat a manifest&#233; des qualit&#233;s combatives de premier ordre. Par son poids sp&#233;cifique dans l'&#233;conomie du pays, par son niveau politique et culturel, il se trouvait, d&#232;s le premier jour du la r&#233;volution, non au-dessous, mais au-dessus du prol&#233;tariat ruisse du commencement de 1917 [39]. Ce sont ses propres organisations qui furent les principaux obstacles sur la voie de la victoire. La clique qui commandait, en accord avec la contre-r&#233;volution, &#233;tait compos&#233;e d'agents pay&#233;s, de carri&#233;ristes, d'&#233;l&#233;ments d&#233;class&#233;s et de rebuts sociaux de toutes sortes. Les repr&#233;sentants des autres organisations ouvri&#232;res, r&#233;formistes inv&#233;t&#233;r&#233;s, phraseurs anarchistes, centristes incurables du P.O.U.M., grognaient, h&#233;sitaient, soupiraient, man&#339;uvraient, mais en fin de compte s'adaptaient aux staliniens. Le r&#233;sultat de tout leur travail fut que le camp de la r&#233;volution sociale (ouvriers et paysans), se trouva soumis &#224; la bourgeoisie, plus exactement &#224; son ombre, perdit son caract&#232;re, perdit son sang. Ni l'h&#233;ro&#239;sme des masses, ni le courage des r&#233;volutionnaires isol&#233;s ne manqu&#232;rent. Mais les masses furent abandonn&#233;es &#224; elles-m&#234;mes et les r&#233;volutionnaires laiss&#233;s &#224; l'&#233;cart, sans programme, sans plan d'action. Les chefs militaires se souci&#232;rent plus de l'&#233;crasement de la r&#233;volution sociale que des victoires militaires. Les soldats perdirent confiance en leurs commandants, les masses dans le gouvernement ; les paysans se tinrent &#224; l'&#233;cart, les ouvriers se lass&#232;rent, les d&#233;faites se succ&#233;daient, la d&#233;moralisation croissait. Il n'&#233;tait pas difficile de pr&#233;voir tout cela d&#232;s le d&#233;but de la guerre civile. Se fixant comme t&#226;che le salut du r&#233;gime capitaliste, le front populaire &#233;tait vou&#233; &#224; la d&#233;faite militaire. Mettant le bolch&#233;visme la t&#234;te en bas, Staline a rempli avec succ&#232;s le r&#244;le principal de fossoyeur de la r&#233;volution [40].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience espagnole, soit dit en passant, d&#233;montre de nouveau que Staline n'a rien compris &#224; la r&#233;volution d'Octobre ni &#224; la guerre civile. Son lent esprit provincial est rest&#233; en retard sur la marche imp&#233;tueuse des &#233;v&#233;nements de 1917 &#224; 1921. Tous les discours et articles de 1917 o&#249; il exprimait une pens&#233;e propre contiennent d&#233;j&#224; sa toute derni&#232;re doctrine thermidorienne. Dans ce sens, le Staline de l'Espagne de 1937 est le continuateur du Staline de la conf&#233;rence de mars 1917 [41]. Mais, en 1917, il &#233;tait seulement effray&#233; par les ouvriers r&#233;volutionnaires et, en 1937, il les a &#233;trangl&#233;s ; l'opportuniste s'est fait bourreau.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre civile &#224; l'arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais, pour obtenir la victoire sur les gouvernements Caballero-&#173;Negrin, il aurait fallu la guerre civile &#224; l'arri&#232;re des arm&#233;es r&#233;publicaines ! &#187; s'&#233;crie avec effroi le philosophe d&#233;mocrate. Comme si, sans cela, il n'y aurait pas eu au sein de l'Espagne r&#233;publicaine une guerre civile, la plus fourbe et la plus malhonn&#234;te, la guerre des propri&#233;taires et des exploiteurs contre les ouvriers et les paysans ! Cette guerre incessante se traduisit par des arrestations et des assassinats de r&#233;volutionnaires, le d&#233;sarmement des ouvriers, l'armement de la police bourgeoise, l'abandon au front, sans armes ni secours, des d&#233;tachements ouvriers enfin, dans l'int&#233;r&#234;t pr&#233;tendu du d&#233;veloppement de l'industrie de guerre. Chacun de ces actes constitue un coup cruel pour le front, une trahison militaire av&#233;r&#233;e, dict&#233;e par les int&#233;r&#234;ts de classe de la bourgeoisie. Cependant, le philistin &#171; d&#233;mocrate &#187;, et il peut &#234;tre stalinien, socialiste ou anarchiste, juge la guerre civile de la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat, m&#234;me &#224; l'arri&#232;re imm&#233;diat du front, comme une guerre naturelle et in&#233;vitable qui a pour but &#171; d'assurer l'unit&#233; du Front populaire &#187;. Par contre, la guerre civile du prol&#233;tariat contre la contre-r&#233;volution r&#233;publicaine est, aux yeux du m&#234;me philistin, une guerre criminelle, &#171; fasciste &#187;, &#171; trotskiste &#187;, qui d&#233;truit l'unit&#233; des forces antifascistes. Des dizaines de Norman Thomas, de major Attlee, de Otto Bauer, de Zyromski, de Malraux, et de petits trafiquants de mensonge dans le genre de Duranty et de Louis Fischer r&#233;pandent cette sagesse &#224; travers le monde entier. Entre-temps, le gouvernement de Front populaire se d&#233;place de Madrid &#224; Valence et de Valence &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, comme l'attestent les faits, la r&#233;volution socialiste est seule capable d'&#233;craser le fascisme, d'un autre c&#244;t&#233; l'insurrection du prol&#233;tariat n'est concevable que si la classe dominante tombe dans l'&#233;tau de grandes difficult&#233;s. Pourtant, les philistins d&#233;mocrates invoquent pr&#233;cis&#233;ment ces difficult&#233;s pour d&#233;montrer que l'insurrection prol&#233;tarienne est inadmissible. Si le prol&#233;tariat attend que les philistins d&#233;mocrates lui annoncent l'heure de son &#233;mancipation, il restera &#233;ternellement esclave. Apprendre aux ouvriers &#224; reconna&#238;tre les philistins r&#233;actionnaires sous tous leurs masques et &#224; les m&#233;priser, quels que soient ces masques, telle est la t&#226;che premi&#232;re et la principale obligation r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;nouement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du stalinisme dans le camp r&#233;publicain, par sa nature, ne sera pas de longue dur&#233;e. Si les d&#233;faites provoqu&#233;es par la politique du Front populaire jetaient encore une fois le prol&#233;tariat espagnol dans une offensive r&#233;volutionnaire, cette fois victorieuse, la clique stalinienne serait marqu&#233;e au fer rouge. Mais si, ce qui est plus vraisemblable, Staline r&#233;ussit &#224; mener son travail de fossoyeur de la r&#233;volution jusqu'au bout, m&#234;me dans ce cas, il n'en tirera pas de reconnaissance. La bourgeoisie espagnole a eu besoin de lui comme bourreau, mais il ne lui est nullement utile comme protecteur et pr&#233;cepteur. Londres et Paris d'une part, Berlin et Rome de l'autre, sont &#224; ses yeux beaucoup plus s&#233;rieux que Moscou. Il est possible que Staline veuille se retirer lui-m&#234;me de l'Espagne avant la catastrophe d&#233;finitive. Il esp&#233;rerait faire retomber ainsi la responsabilit&#233; de la d&#233;faite sur ses propres alli&#233;s. Apr&#232;s quoi Litvinov solliciterait de Franco le r&#233;tablissement des relations diplomatiques. C'est une chose que nous avons vue d&#233;j&#224; plusieurs fois [42].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la victoire compl&#232;te de l'arm&#233;e r&#233;publicaine sur Franco ne signifierait pas le triomphe de la d&#233;mocratie. Les ouvriers et les paysans ont port&#233; deux fois les r&#233;publicains au pouvoir, ainsi que leurs agents : en avril 1931, et en f&#233;vrier 1936. Les deux fois, les h&#233;ros du Front populaire ont c&#233;d&#233; la victoire du peuple aux repr&#233;sentants les plus r&#233;actionnaires de la bourgeoisie. La troisi&#232;me victoire remport&#233;e par les g&#233;n&#233;raux du Front populaire signifierait leur accord in&#233;vitable avec la bourgeoisie fasciste sur le dos des ouvriers et des paysans. Un tel r&#233;gime ne serait qu'une autre forme de la dictature militaire, peut-&#234;tre sans monarchie ni domination ouverte de l'Eglise catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il est possible que les victoires partielles des r&#233;publicains soient utilis&#233;es par des interm&#233;diaires anglo-fran&#231;ais &#171; d&#233;sint&#233;ress&#233;s &#187; pour r&#233;concilier les bellig&#233;rants. Il n'est pas difficile de comprendre qu'au cours d'une semblable variante les derniers restes de la d&#233;mocratie seraient &#233;touff&#233;s dans les embrassades fraternelles des g&#233;n&#233;raux, Miaja (communiste) et Franco (fasciste) [43]. Encore une fois, seul peut vaincre, soit la r&#233;volution socialiste, soit le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas encore exclu d'ailleurs que la trag&#233;die donne lieu, au dernier moment, &#224; une farce. Quand les h&#233;ros du Front populaire devront abandonner leur derni&#232;re capitale, avant de monter sur le bateau ou dans l'avion, ils proclameront bien une s&#233;rie de r&#233;formes socialistes pour laisser d'eux un bon souvenir au peuple. Cela ne leur servira pourtant &#224; rien. Les ouvriers du monde entier se souviendront avec haine et avec m&#233;pris des partis qui ont conduit &#224; sa perte une population h&#233;ro&#239;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience tragique de l'Espagne est un avertissement mena&#231;ant, peut-&#173;&#234;tre le dernier avertissement avant des &#233;v&#233;nements encore plus grandioses, adress&#233; &#224; tous les ouvriers du monde entier. Les r&#233;volutions, selon les paroles de Marx, sont les locomotives de l'histoire, elles avancent plus vite que la pens&#233;e des partis &#224; moiti&#233; ou au quart r&#233;volutionnaires. Celui qui s'arr&#234;te sous les roues de la locomotive. D'un autre c&#244;t&#233;, et c'est le principal danger, la locomotive elle-m&#234;me d&#233;raille souvent. Le probl&#232;me de la r&#233;volution doit &#234;tre p&#233;n&#233;tr&#233; jusqu'au fond, jusqu'&#224; ses derni&#232;res cons&#233;quences concr&#232;tes. Il faut conformer la politique aux lois fondamentales de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire au mouvement des classes en lutte, et non aux craintes et aux pr&#233;jug&#233;s superficiels des groupes petits-bourgeois qui s'intitulent Front populaire et un tas d'autres choses. La ligne de moindre r&#233;sistance s'av&#232;re, dans la r&#233;volution, la ligne de la pire faillite. La peur de s'isoler de la bourgeoisie conduit &#224; s'isoler des masses L'adaptation aux pr&#233;jug&#233;s conservateurs de l'aristocratie ouvri&#232;re signifie la trahison des ouvriers et de la r&#233;volution. L'exc&#232;s de prudence est l'imprudence la plus funeste. Telle est la principale le&#231;on de l'effondrement de l'organisation politique la plus honn&#234;te de l'Espagne, le P.O.U.M., parti centriste. Les troupes du Bureau de Londres ne veulent ou ne savent manifestement pas tirer les conclusions n&#233;cessaires du dernier avertissement de l'Histoire. Par l&#224; m&#234;me ils se vouent eux-m&#234;mes &#224; leur perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il existe maintenant une nouvelle g&#233;n&#233;ration de r&#233;volutionnaires qui s'&#233;duquent aux le&#231;ons des d&#233;faites. Elle a v&#233;rifi&#233; dans les faits la r&#233;putation d'ignominie de la II&#176; Internationale. Elle a mesur&#233; la profondeur de la chute de la III&#176; Internationale. Elle a appris &#224; juger les anarchistes, non pas sur leurs paroles, mais sur leurs actes. Grande &#233;cole, inappr&#233;ciable, pay&#233;e du sang d'innombrables combattants. Les cadres r&#233;volutionnaires rassemblent maintenant sous le seul drapeau de la IV&#176; Internationale. Elle est n&#233;e sous le grondement des d&#233;faites pour mener les travailleurs &#224; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coyoac&#224;n, 17 d&#233;cembre 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Il est incontestable que l'un des aspects de l'&#171; aide &#187; apport&#233;e au gouvernement r&#233;publicain espagnol par l'Union Sovi&#233;tique, l'envoi de &#171; conseillers militaires &#187;, r&#233;pondait au souci de former des cadres et d'assimiler les &#171; le&#231;ons &#187; de la guerre en vue du conflit mondial qui approchait. Un myst&#232;re a longtemps plan&#233; autour de l'identit&#233; r&#233;elle des officiers g&#233;n&#233;raux russes servant en Espagne - qu'on y appelait &#171; mexicanos &#187; ou encore &#171; gallegos &#187; et qui furent en Russie les &#171; espagnols &#187;... D'abord parce que leur pr&#233;sence fut longtemps tenue secr&#232;te en raison de la politique de &#171; non-intervention &#187;, ensuite parce que, du c&#244;t&#233; russe, apr&#232;s la fin de la guerre civile, on n'avait aucun int&#233;r&#234;t &#224; faire savoir - &#233;tant donn&#233; l'utilisation faite du mythe espagnol - que, comme l'a soulign&#233; Roy Medvedev, &#171; Staline a tu&#233; plus de combattants [russes] de la guerre d'Espagne que ne l'ont fait en Espagne les balles fascistes &#187; (R. Medvedev, Let History judge, p. 248) Les &#171; conseillers militaires &#187; principaux furent successivement les g&#233;n&#233;raux Berzine, Stern et &#171; Maximov &#187;. lan Berzine, vieux-bolch&#233;vik letton, &#233;tait l'ancien chef des services de renseignements sovi&#233;tiques ; connu en Espagne sous le nom de g&#233;n&#233;ral Grichine, il a &#233;t&#233; rappel&#233; et fusill&#233; en 1937, pour &#234;tre r&#233;habilit&#233; sous Khrouchtchev en m&#234;me temps que son collaborateur Richard Sorge. Le g&#233;n&#233;ral Grigori Stern - en Espagne, g&#233;n&#233;ral Grigorevitch - a &#233;t&#233; souvent confondu avec Manfred Stern, plus connu encore en Espagne sous le nom de g&#233;n&#233;ral Kl&#233;ber, des brigades internationales, officier de l'arm&#233;e rouge comme lui. Il ne devait &#234;tre fusill&#233; qu'en 1941, en m&#234;me temps que le g&#233;n&#233;ral Jakov Smoutchki&#233;vitch, dit g&#233;n&#233;ral Douglas, qui avait command&#233; l'aviation russe en Espagne, et le g&#233;n&#233;ral Dimitri Pavlov, dit g&#233;n&#233;ral de Pablo, chef des tankistes. L'attach&#233; militaire officiel de l'ambassade, le g&#233;n&#233;ral de brigade Vladimir Goriev, a jou&#233; un r&#244;le capital dans la d&#233;fense de Madrid et laiss&#233; le souvenir d'un homme courageux, comp&#233;tent et d'une r&#233;elle droiture : lui aussi, rappel&#233; en 1937, a &#233;t&#233; fusill&#233; en m&#234;me temps que deux de ses principaux collaborateurs, les colonels Rainer et Lvovitch, dit Loti, cependant que son ancien secr&#233;taire, le professeur hispano-arn&#233;ricain Jos&#233; Robles, ami de John Dos Passos, accus&#233; d'&#234;tre &#171; poumiste &#187;, disparaissait, vraisemblablement &#233;limin&#233; en Espagne m&#234;me par le G.P.U. Le g&#233;n&#233;ral Grigori Kulik, dit Kupper, peut-&#234;tre un haut responsable de la N.K.V.D., a laiss&#233;, lui, le souvenir d'un chef aussi incapable que brutal : il &#233;tait conseiller du g&#233;n&#233;ral Pozas. Lui aussi devait &#234;tre fusill&#233; en 1941, apr&#232;s les premiers revers de l'arm&#233;e rouge. Le futur g&#233;n&#233;ral Kiril Meretzkov &#233;tait, en Espagne, le colonel P&#233;trovitch ; arr&#234;t&#233; lors de son retour en U.R.S.S., il devait finalement &#234;tre lib&#233;r&#233;, physiquement et moralement bris&#233; par sa d&#233;tention, ce qui ne l'a pas emp&#234;ch&#233; d'acc&#233;der au mar&#233;chalat. Ses M&#233;moires r&#233;cemment publi&#233;s ne mentionnent l'Espagne qu'en quelques mots et ne font pas allusion &#224; son emprisonnement ult&#233;rieur. Parmi les &#171; rescap&#233;s &#187; de la guerre d'Espagne - c'est-&#224;-dire les combattants d'Espagne ayant &#233;chapp&#233; au massacre &#224; leur retour en Union sovi&#233;tique -, citons les futurs mar&#233;chaux Votonov - le colonel Volter - et Malinovski - colonel Malino ou Manolito -, le futur g&#233;n&#233;ral Pavel Batov - Fritz Pablo, conseiller des Brigades internationales, notamment aupr&#232;s du g&#233;n&#233;ral hongrois Luk&#224;cs, le futur g&#233;n&#233;ral Hadji Mainsourov - conseiller de Durruti sous le nom de Xanti ? - le futur amiral Kournetzov - connu sous le nom de Nicolas ou Kolia - le futur mar&#233;chal Rodimtsev - capitaine Pablito. Nous n'avons aucune information sur le destin de certains d'entre eux, dont le r&#244;le fut important, comme le colonel Valois, de son vrai nom Boris Simonov, et nous ignorons tout d'autres, souvent cit&#233;s, comme le g&#233;n&#233;ral Maximov. Rien n'atteste la pr&#233;sence en Espagne, affirm&#233;e par certains auteurs, des futurs mar&#233;chaux Rokossovski, Joukov et Koniev. Aujourd'hui encore, il est impossible de savoir si les militaires &#171; espagnols &#187; ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s en U.R.S.S. dans le cadre de la purge de l'arm&#233;e (affaire Toukhatchevski) ou s'ils l'ont &#233;t&#233; en tant qu'&#171; espagnols &#187;, t&#233;moins g&#234;nants de la politique stalinienne en Espagne, comme l'ont &#233;t&#233; les &#171; politiques &#187;, journalistes ou diplomates comme Michel Koltsov, Marcel Rosenberg, Antonov-Ovseenko, Arthur Stachevski, ou les &#171; policiers &#187; Sloutski, Spiegelglass, etc. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'organe de la J. C. I. de Madrid, La Antorcha, avait d&#233;j&#224; exprim&#233; la m&#234;me id&#233;e : &#171; La petite bourgeoisie &#233;tait incapable &#224; elle seule de militariser le prol&#233;tariat. Il lui fallait, pour y parvenir, le prestige de quelques partis prol&#233;tariens. Telle fut la signification de la crise du gouvernement Giral et de l'exercice du pouvoir au nom de la d&#233;mocratie bourgeoise par des organisations prol&#233;tariennes &#187; (&#171; Militarizacion ? No, disciplina ! &#187;, La Antorcha, 17 octobre 1936). (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] Ce ph&#233;nom&#232;ne est d&#233;crit dans l'ouvrage de C&#233;sar M. Lorenzo, Les Anarchistes espagnols et le pouvoir. La sympathie de l'auteur, qui appartient &#224; une famille de militants libertaires, ne dissimule aucunement la faillite des dirigeants anarchistes, reniant leur doctrine et balayant leurs propres enseignements au nom de &#171; circonstances exceptionnelles &#187;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4] L'ancien dirigeant des J.S., devenu dirigeant des J.S.U. et membre du P.C., Federico Melchor, affirmait par exemple en janvier 1937 : &#171; Nous ne faisons pas une r&#233;volution sociale aujourd'hui : nous sommes en train de d&#233;velopper une r&#233;volution d&#233;mocratique &#187; (Organicemos la produccion, pp. 6-8). Et Antonio Mije, membre du bureau politique du P.C.E., &#233;crivait : &#171; Quand certains avaient peur m&#234;me de mentionner la r&#233;publique d&#233;mocratique, nous, communistes, n'&#233;tions pas oppos&#233;s &#224; expliquer &#224; des &#233;l&#233;ments impatients, qui ne comprenaient pas la situation, qu'il &#233;tait politiquement juste de la d&#233;fendre contre le fascisme &#187; (Mundo obrero, 18 mai 1938). Cette politique, anticipation de la lutte contre le &#171; gauchisme &#187; ou tout ce qui est pr&#233;tendu tel, trouvait son expression la plus simplifi&#233;e dans la c&#233;l&#232;bre formule : &#171; Vaincre Franco d'abord ! &#187;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5] La plus claire illustration de cette affirmation se trouve dans l'&#339;uvre r&#233;alis&#233;e au lendemain du 19 juillet, notamment dans les vastes mesures d'expropriation et de collectivisation prises dans toute l'Espagne &#224; une grande &#233;chelle. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6] Un exemple en est le d&#233;cret du gouvernement Largo Caballero, pris &#224; l'initiative du ministre communiste de l'agriculture Vicente Uribe, concernant &#171; l'expropriation sans indemnit&#233; et en faveur de l'Etat &#187; des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res appartenant &#224; des propri&#233;taires li&#233;s &#224; la r&#233;bellion militaire. Le crit&#232;re de la saisie des terres n'&#233;tait plus social, mais politique, et par cons&#233;quent sujet &#224; contestation de la part de tous les propri&#233;taires qui avaient surv&#233;cu ou ne se trouvaient pas dans le camp franquiste. Parce qu'il se situait dans le cadre de la l&#233;galit&#233; bourgeoise de respect de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, le d&#233;cret Uribe permettait ainsi la restitution des terres saisies par les paysans pauvres &#224; des propri&#233;taires prudents, chanceux, voire simplement acquitt&#233;s par les tribunaux. Il eut comme principale cons&#233;quence politique de saper la confiance des paysans dans la solidit&#233; de leurs acquis. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7] Journaliste am&#233;ricain correspondant de presse &#224; Moscou pendant de nombreuses ann&#233;es, &#171; ami de l'Union sovi&#233;tique &#187;, Louis Fischer &#233;tait l'une des cibles favorites de Trotsky, qui le traitait de type repr&#233;sentatif des lib&#233;raux bourgeois pro-staliniens. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[8] Dans sa &#171; Note quotidienne &#187;, de La Batalla du 6 f&#233;vrier 1937, Juan Andrade signale que les censeurs staliniens de Madrid &#233;taient all&#233;s jusqu'&#224; censurer des passages du... Manifeste communiste reproduits dans l'organe des milices du P.O.U.M. de Madrid, El Combatiente rojo. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[9] Trotsky s'appuie ici solidement sur la tradition marxiste. En ce qui concerne 1848, Karl Marx, dans La Lutte de classes en France, s'&#233;tait r&#233;joui de fa&#231;on presque provocante de l'&#233;clatement du &#171; Front populaire &#187; avant la lettre que constituait le regroupement des ouvriers derri&#232;re des chefs d&#233;mocrates comme Ledru-Rollin, et de l'apparition, contre lui, du &#171; parti ouvrier &#187;, avec la candidature de Raspail aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre. &#171; Ledru-Rollin et Raspail &#233;taient les noms propres, celui-l&#224; de la d&#233;mocratie bourgeoise, celui-ci du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Les voix pour Raspail - les prol&#233;taires et les porte-parole socialistes le d&#233;clar&#232;rent bien haut - devaient &#234;tre (...) une d&#233;monstration, (&#8230;) autant de voix contre Ledru&#173;-Rollin, le premier acte par lequel le prol&#233;tariat se d&#233;tachait en tant que parti politique ind&#233;pendant du Parti d&#233;mocratique. &#187; Notons que Marx &#233;tait parfaitement indiff&#233;rent, aussi bien aux r&#233;sultats de cette &#233;lection, en d&#233;finitive secondaires, qu'aux r&#233;actions d'&#171; hostilit&#233; &#187; de l'&#171; opinion publique &#187; d&#233;mocratique face &#224; cette candidature de &#171; division &#187; : l'important &#233;tait selon lui qu'elle contribu&#226;t au rassemblement des ouvriers, de leur classe, sur une base de classe. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[10] Une partie de cette &#171; ombre &#187; &#233;tait &#233;videmment constitu&#233;e par la bourgeoisie internationale dont les exigences en mati&#232;re de paiements, &#233;changes, etc., pesaient dans le sens d'une mise en sommeil des revendications r&#233;volutionnaires. La n&#233;cessit&#233; de ne pas s'ali&#233;ner les &#171; gouvernements d&#233;mocratiques &#187; constituait un des arguments les plus utilis&#233;s par les d&#233;fenseurs de la politique du Front populaire. C'est ainsi que Comorera, le leader du P.S.U.C. en Catalogne, d&#233;clarait au cours d'un meeting : &#171; Dans le bloc des puissances d&#233;mocratiques, le facteur d&#233;cisif n'est pas la France, mais l'Angleterre. Il est essentiel que nos camarades de parti le r&#233;alisent afin de mod&#233;rer les mots d'ordre. (...) Nous devons comprendre que les grands capitalistes d'Angleterre sont capables d'en venir &#224; un accord, &#224; n'importe quel moment, avec les capitalistes italiens et allemands, s'ils arrivent &#224; la conclusion qu'ils n'ont pas d'autre choix en ce qui concerne l'Espagne. Nous devons &#224; tout prix gagner la neutralit&#233; bienveillante de ce pays, sinon son aide directe &#187; (Treball, 2 f&#233;vrier 1937) (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[11] Le c&#233;l&#232;bre financier Juan Match avait &#233;t&#233; l'un des principaux instigateurs et bailleurs de fond du soul&#232;vement militaire. La totalit&#233; des hommes d'affaires espagnols &#233;taient dans le camp franquiste : le directeur d'Hispano-Suiza, sauv&#233; en 1936 par l'intervention de L&#233;on Blum, devait &#234;tre nomm&#233; par Franco maire de Barcelone en 1939. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[12] Manuel Aza&#241;a (1880-1940) : Avocat et journaliste, fonde en 1925, l'Action R&#233;publicaine (&#171; gauche lib&#233;rale &#187;). Ministre de la guerre dans le premier gouvernement de la II&#176; R&#233;publique. En janvier 1936, il est l'un des principaux dirigeants du Frente Popular et devient pr&#233;sident de la R&#233;publique en mai. Il &#233;migre en France apr&#232;s la d&#233;faite o&#249; il d&#233;c&#232;de rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[13] Llu&#237;s Companys i Jover (1882 &#8211; 1940) : avocat, journaliste et homme politique catalan. Gouverneur de Barcelone &#224; la proclamation de la R&#233;publique, il devint en 1934 pr&#233;sident de la g&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne. Il proclama la souverainet&#233; de la Catalogne au sein de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale espagnole (octobre 1934). Vaincu par les forces gouvernementales et condamn&#233; &#224; trente ann&#233;es de d&#233;tention, il fut amnisti&#233; &#224; l'arriv&#233;e au pouvoir du Front populaire (1936) et retrouva ses fonctions, qu'il conserva pendant toute la guerre civile. Apr&#232;s la chute de la Catalogne aux mains des arm&#233;es franquistes (f&#233;vrier 1939), il se r&#233;fugia en France avec son gouvernement ; il y fut arr&#234;t&#233; par la Gestapo en septembre 1940 et livr&#233; aux franquistes, qui le fusill&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[14] On peut faire remarquer cependant qu'au cours de l'&#233;t&#233; 1937 un ministre catholique basque, le petit industriel Manuel de Irujo, prenait ses distances vis-&#224;-vis des crimes staliniens commis sous sa juridiction et dans le cadre de son minist&#232;re, et contribuait, quoique de fa&#231;on limit&#233;e, &#224; les faire conna&#238;tre. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[15] Juan Negrin (1892-1956). Socialiste de droite, proche de Prieto. Remplace Largo Caballero comme premier ministre en 1937. Emigre en France puis en Grande-Bretagne apr&#232;s la d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[16] Indalecio Prieto (1883-1962) : dirigeant de la droite du P.S.O.E., ministre du gouvernement Cabalero et Negrin. Emigre au Mlexique apr&#232;s la d&#233;faite d'o&#249; il dirige le P.S.O.E. en exil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[17] Largo Caballero avait derri&#232;re lui, une longue carri&#232;re de responsable syndical, comme dirigeant de l'U.G.T., au sein de laquelle il avait toujours dispos&#233; d'une base solide - notamment parmi les travailleurs les plus qualifi&#233;s et les mieux pay&#233;s. Prieto, homme d'affaires et propri&#233;taire de journal, et le Dr Negrin, m&#233;decin et professeur, &#233;taient surtout li&#233;s &#224; la bourgeoisie lib&#233;rale et jouissaient d'une grande estime dans les milieux politiques r&#233;publicains. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[18] Ce fut du parti communiste espagnol, et notamment des repr&#233;sentants de l'I.C. en Espagne, comme Togliatti, que vinrent les premi&#232;res initiatives contre Largo Caballero, ainsi que les pr&#233;paratifs de son renversement. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[19] Apr&#232;s la scission de l'U.G.T., dont les militants du P.C.E. furent le moteur, sous la couverture protectrice de socialistes de droite comme Ramon Gonz&#224;lez Pe&#241;a, Largo Caballero tenta de monter une campagne publique qui devait en d&#233;finitive se r&#233;duire &#224; une seule r&#233;union, d'ailleurs retentissante, tenue &#224; Madrid le 17 octobre 1937. C'est apr&#232;s ce succ&#232;s initial que le gouvernement le fait garder &#224; vue. Largo Caballero, d&#233;sormais, se tait et r&#233;duit son activit&#233; &#224; la lutte - limit&#233;e - contre la r&#233;pression, intervenant par exemple comme t&#233;moin de la d&#233;fense dans le proc&#232;s des dirigeants du P.O.U.M. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[20] Dans le Programme de transition, adopt&#233; en 1938 &#224; la conf&#233;rence de fondation de la IV&#176; Internationale, Trotsky fait remonter &#224; la d&#233;faite allemande et &#224; la prise du pouvoir par Hitler le &#171; passage d&#233;finitif &#187; de l'Internationale communiste &#171; du c&#244;t&#233; de l'ordre bourgeois &#187;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[21] Dans un ouvrage paru en 1971, G. Hermet, sur la base des sources du P.C.E. &#233;crit que &#171; le parti compte en mars 1937, 55 % de paysans, dont une majorit&#233; de petits exploitants, et pr&#232;s de 10 % de membres des classes moyennes et des professions lib&#233;rales, contre seulement 35 % d'ouvriers d'industrie &#187;. Il ajoute que &#171; 53 % des membres se trouvent dans l'arm&#233;e &#187; et parle de &#171; ruralisation &#187; et d' &#171; embourgeoisement des effectifs communistes &#187; pendant la guerre civile (Les Communistes en Espagne, pp. 46-49). Il semble incontestable que le P.C.E., devenu &#171; parti de l'ordre &#187;, servit de refuge aux partisans de l'&#171; ordre &#187; qui ne se recrutaient pas particuli&#232;rement en milieu ouvrier. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[22] Juan Garcia Oliver (1901- ??) : Membre de la C.N.T. anarcho-syndicaliste. D'abord chef de file des &#171; anarcho-bolch&#233;viks &#187;, il devient ministre de la Justice du gouvernement de J. Giral &#224; partir de septembre 1936.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] En juillet 1936 comme en mai 1937, non seulement la masse des ouvriers influenc&#233;s par l'anarchisme et l'anarcho-syndicalisme, mais la majorit&#233; de leurs cadres organisateurs au sein de la classe ouvri&#232;re se lanc&#232;rent dans la lutte sur une ligne r&#233;volutionnaire qui tendait plus ou moins consciemment chez eux &#224; la prise du pouvoir par les travailleurs. Ce sont les combats de Barcelone en juillet qui ont achev&#233; de dessiner la l&#233;gende de Durruti, intr&#233;pide lutteur. En revanche, pendant toute cette p&#233;riode, le r&#244;le d'Horacio Prieto secr&#233;taire du comit&#233; national de la C.N.T., fur d&#233;cisif chaque fois qu'il s'est agi de la collaboration entre la C.N.T. et le gouvernement. juan Garcia Oliver, l'ancien chef de file de ceux que l'on appelait les &#171; anarcho-bolcheviks &#187;, joua un r&#244;le d&#233;ter&#173;minant aussi bien en juillet 1936, en utilisant son autorit&#233; pour pr&#233;server les institutions de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne, le pr&#233;sident Companys en t&#234;te, qu'en arr&#234;tant les combats au mois de mai 1937 &#224; Barcelone. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Le ministre anarchiste Juan Peiro, membre du gouvernement de Largo Caballero, &#233;crivait dans Politica du 23 f&#233;vrier 1937 : &#171; Notre victoire d&#233;pendait et d&#233;pend encore de l'Angleterre et de la France, mais &#224; condition de faire la guerre et non la r&#233;volution. (...) La voie &#224; suivre est celle-ci : faire la guerre et, tout en faisant la guerre, nous limiter &#224; la pr&#233;paration de la r&#233;volution. &#187; (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Dressant un bilan de cette &#233;poque, l'anarchiste Santill&#224;n &#233;crit apr&#232;s la d&#233;faite : &#171; Nous pouvions &#234;tre seuls, imposer notre volont&#233; absolue, d&#233;clarer caduque la G&#233;n&#233;ralit&#233; et imposer &#224; sa place un v&#233;ritable pouvoir du peuple ; mais nous ne croyions pas &#224; la dictature quand elle s'exer&#231;ait contre nous et nous ne la d&#233;sirions pas quand nous pouvions nous-m&#234;mes l'exercer aux d&#233;pens des autres &#187; (Santill&#224;n, Por qu&#233; perdimos la guerra, p. 169). (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; dans La Velada de Benicarlo le &#171; soul&#232;vement prol&#233;tarien &#187; ripostant au coup des g&#233;n&#233;raux, Aza&#242;a &#233;crit : &#171; Une r&#233;volution a besoin de s'emparer du commandement, de s'installer au gouvernement, de diriger le pays selon ses vues. Elle ne l'a pas fait. (...) L'ancien ordre pouvait &#234;tre remplac&#233; par un autre, r&#233;volutionnaire. Il n'en a rien &#233;t&#233;, il n'en est sorti qu'impuissance et d&#233;sordre &#187; (op. cit. p. 96). (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] La mention de Durruti dans cette parenth&#232;se semble sugg&#233;rer que Durruti se rapprochait des conceptions marxistes, et qu'il fut assassin&#233; par les staliniens, La version de son assassinat par le G.P.U. circula longtemps parmi les r&#233;volutionnaires, mais elle n'a jamais &#233;t&#233; prouv&#233;e. Ce point d'histoire est discut&#233; avec soin dans la derni&#232;re partie de Durruti, Le peuple en armes par Abel Paz, qui conteste nos conclusions. La propagande stalinienne s'effor&#231;a de r&#233;cup&#233;rer &#224; son profit la popularit&#233; de Durruti, lui attribuant notamment la phrase suivant laquelle il fallait &#234;tre pr&#234;t &#224; renoncer &#171; &#224; tout, sauf &#224; la victoire &#187;. Les Izvetija du 23 novembre 1936 affirmaient qu'il s'&#233;tait rapproch&#233; du P.C. et faisaient &#233;cho &#224; une rumeur selon laquelle il y aurait adh&#233;r&#233; en secret... Les nombreux t&#233;moignages recueillis par Abel Paz, l'interview donn&#233;e par Durruti &#224; Pierre Van Paasen (Toronto Star, 18 ao&#251;t 1936), le texte de sa lettre aux travailleurs sovi&#233;tiques (C.N.T., 2 novembre 1936 in extenso dans Paz, op. cit., pp. 403-404) tendraient &#224; prouver le contraire : Durruti &#233;tait tr&#232;s conscient de la n&#233;cessit&#233; de mener de front la guerre et la r&#233;volution : il avait refus&#233; la &#171; militarisation &#187;, tout en faisant r&#233;gner dans sa colonne une r&#233;elle discipline. Ce furent certains de ses compagnons les plus proches comme l'instituteur Francisco Car&#173; qui devaient au printemps 1937 former le groupe des &#171; Amis de Durruti &#187;, hostiles tant &#224; l'anti-&#233;tatisme traditionnel et simpliste des anarchistes qu'au minist&#233;rialisme des dirigeants anarchistes espagnols. En mai 1937, les Amis de Durruti travaill&#232;rent avec Moulin et le groupe bolch&#233;vique-l&#233;niniste. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] La premi&#232;re traduction fran&#231;aise porte : &#171; Tout rapprochement vers nos conceptions &#187; - au lieu de &#171; proximit&#233; &#187; - ce qui est insou&#173;tenable, car Trotsky ne pouvait supposer qu'&#224; cette date Nin et moins encore Landau se &#171; rapprochaient &#187; de ses conceptions. En revanche, la remarque est int&#233;ressante au regard de la vive pol&#233;mique entre lui et ces militants qu'il consid&#233;rait bel et bien comme politiquement &#171; proches &#187; de ses conceptions. On sait que Nin fut assassin&#233; par le G.P.U. Il ne fait aucun doute que Kurt Landau, arr&#234;t&#233; deux mois plus tard, connut le m&#234;me sort (voir Katia Landau, Le Stalinisme en Espagne). (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Ou la formule &#171; Caballero-Negrin &#187; est volontairement ambigu&#235;, ou Trotsky se trompe. Il y avait en effet dans le gouvernement Largo Caballero - o&#249; Negrin &#233;tait ministre des finances - quatre ministres anarchistes au moment des deux premiers proc&#232;s de Moscou, de la r&#233;pression contre le P.O.U.M. de Madrid et lors des journ&#233;es de mai de Barcelone : Juan Peiro, Juan Lopez, Federica Montseny, et Juan Garci&#224; Oliver. En revanche, apr&#232;s la d&#233;mission de Largo Caballero, &#224; la fin de mai 1937, la C.N.T. refusa d'entrer dans le gouvernement form&#233; par Negrin ; elle n'&#233;tait donc pas repr&#233;sent&#233;e au gouvernement au moment o&#249; furent assassin&#233;s Andr&#233;s Nin, Kurt Landau, Erwin Wolf et les autres. C'est au mois de juin suivant qu'elle quitte &#233;galement le gouvernement de la G&#233;n&#233;ralit&#233; de Catalogne. Toutefois, ce d&#233;part ne correspond pas &#224; un changement d'attitude de la part des dirigeants de la C.N.T. C&#233;sar M. Lorenzo - que l'on peut soup&#231;onner d'hostilit&#233; &#224; leur &#233;gard - r&#233;sume leur politique &#224; l'&#233;gard du gouvernement Negrin et Companys de cette p&#233;riode par une formule cruelle : &#171; Les anarchistes supplient Negrin et Companys &#187; (p. 302). Quinze jours apr&#232;s leur &#233;viction du gouvernement, un pl&#233;num p&#233;ninsulaire semble revendiquer leur retour. Au d&#233;but de l'ann&#233;e suivante, la C.N.T. puis la F.A.I. adh&#232;rent au Front populaire, et, le 2 avril 1938, la C.N.T. entre dans un gouvernement Negrin remani&#233;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Le r&#244;le jou&#233; par Trotsky au cours de la guerre civile en Russie dans la r&#233;pression de l'insurrection paysanne de Makhno, puis, en mars 1921, de celle de Cronstadt, deux mouvements revendiqu&#233;s par les anarchistes, servait et sert toujours de base aux attaques des anarchistes contre Trotsky et le trotskisme, assimil&#233; &#224; une variante du stalinisme. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, il est &#233;vident que la presse du P.O.U.M. s'est adress&#233;e aux dirigeants anarchistes avec beaucoup d'humilit&#233;. Juan Andrade avait, par exemple, consacr&#233; ses &#171; notes quotidiennes &#187; des 22 et 23 janvier &#224; l'attitude de la C.N.T., &#233;crivant notamment le 22 : &#171; Contrairement &#224; ce qui s'est produit pour l'anarchisme dans les r&#233;volutions d'autres pays, en Espagne, du fait de sa force exceptionnelle, il constitue la cl&#233; de vo&#251;te de l'orientation de la r&#233;volution. Nous ne savons si les camarades anarcho-syndicalistes eux-m&#234;mes se sont bien rendu compte de leur responsabilit&#233; sur ce terrain : ils sont la force d&#233;cisive du mouvement ouvrier espagnol, et c'est d'eux que d&#233;pend en tr&#232;s grande partie le sort de la r&#233;volution. (...) La C.N.T. a un poids suffisant pour changer en un sens ou un autre le cours des &#233;v&#233;nements. (...) Depuis le premier moment, convaincus de ne pas disposer de la force suffisante pour changer compl&#232;tement le rythme des choses, nous avons tent&#233; de faire ressortir pour nos camarades anarchistes la fonction qui leur incombe. (...) Il s'agit des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat avant tout, et c'est pour cela qu'il vaut la peine d'insister sur ce th&#232;me. &#187; Apr&#232;s ces pr&#233;cautions oratoires, Andrade concluait que la C.N.T. faisait, &#171; dans les faits, le jeu du r&#233;formisme &#187;. Or Solidaridad obrera allait se f&#226;cher tout rouge, ce qui contraignait Andrade &#224; la contrition dans une &#171; contre-r&#233;plique &#187; du 26 janvier : &#171; je me suis born&#233; &#224; souligner le comportement contradictoire de la Conf&#233;d&#233;ration et la n&#233;cessit&#233; que cette fa&#231;on abstraite de se situer devant la gravit&#233; des &#233;v&#233;nements acqui&#232;re une expression plus coh&#233;rente dans l'int&#233;r&#234;t m&#234;me de la r&#233;volution. (...) Nous sentons que notre intention a &#233;t&#233; mal interpr&#233;t&#233;e par le quotidien conf&#233;d&#233;ral. Nous en sommes pein&#233;s, non parce que nous chercherions &#224; tirer partie d'un changement d'attitude, mais parce que, ce qui est en jeu, ce sont les int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution. La preuve de l'innocence (bondad) de notre proposition est que nous avons commenc&#233; par d&#233;clarer que notre influence dans le cadre du mouvement ouvrier n'&#233;tait pas assez forte pour orienter le cours des &#233;v&#233;nements sur la voie qui nous paraissait la meilleure pour les int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution. Nous avons &#233;galement reconnu le poids sp&#233;cifique &#233;norme dont jouit la C.N.T. dans les masses ouvri&#232;res d'un grand instinct r&#233;volutionnaire. &#187; Le m&#234;me Andrade, un mois plus tard, commentant l'article de Peiro mentionn&#233; plus haut, &#233;crit : &#171; Le ministre de la C.N.T. - nous ne disons pas la C.N.T. - s'identifie pleinement avec la position r&#233;formiste &#187;, pr&#233;cisant qu'il ne veut qu'&#171; attirer l'attention sur le divorce, la divergence dans les crit&#232;res qui semble se produire entre la C.N.T. et les membres qui la repr&#233;sentent dans le gouvernement central &#187;, &#171; un avertissement plein de cordialit&#233; (...) &#224; tous les camarades de la C.N.T. &#187; (La Batalla, 26 f&#233;vrier 1937). Il ne s'agit bien entendu pas l&#224; d'une attitude personnelle. Un &#233;ditorial du 3 mars dans La Batalla affirme : &#171; La responsabilit&#233; des dirigeants de la C.N.T. et de la F.A.I. est &#233;norme. Ils d&#233;tiennent la cl&#233; de la situation. Plus, ils sont ceux qui peuvent d&#233;cider du cours de la r&#233;volution. &#187; La remise aux dirigeants de la C.N.T. de la cl&#233; de l'avenir - m&#234;me verbale &#233;tait &#233;videmment dans la logique d'une politique dont l'axe demeurait, comme le d&#233;clarait Nin au C.C. de d&#233;cembre 1936, son &#171; pacte secret &#187; avec la direction de la C.N.T. Sur ce point, la critique de l'opposition de gauche du P.O.U.M. rejoint celle de Trotsky, la cellule 72 &#233;crivant dans ses &#171; contre-th&#232;ses &#187; : &#171; L'absence d'une critique fraternelle, mais s&#233;v&#232;re, de la C.N.T. par le P.O.U.M., a emp&#234;ch&#233; les masses de la C.N.T. et la classe ouvri&#232;re en g&#233;n&#233;ral d'&#233;tablir une diff&#233;rence, pourtant essentielle, entre l'une et l'autre et a permis de confondre, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, leurs positions et mots d'ordre respectifs. &#187; (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[32] Dans La Batalla du 26 janvier 1937, Andrade rappelle l'existence pass&#233;e de la F.O.U.S. et les conditions de son autodissolution et de l'adh&#233;sion de ses militants &#224; l'U.G.T., &#171; pour entrer dans une des centrales existantes, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment dans celle &#224; l'int&#233;rieur de laquelle les organisations qui constituaient la F.O.U.S. esp&#233;raient pouvoir le mieux travailler en faveur de l'unit&#233; syndicale, puisqu'elle &#233;tait dirig&#233;e par le r&#233;formisme qui est toujours l'ennemi principal &#187;. Ainsi le P.O.U.M. manifestait-il une fois de plus par ces propos son d&#233;sir d'&#233;viter tout incident avec la C.N.T. L&#224; encore, bien des militants du P.O.U.M. exprimaient des critiques. Au C.C. &#233;largi de d&#233;cembre 1936, le repr&#233;sentant de Madrid d&#233;clare, &#224; propos de ce qu'il appelle &#171; le rapprochement avec la C.N.T. &#187;, que l'un des dangers de cette orientation appara&#238;t dans la d&#233;cision d'entrer &#224; l'U.G.T. : il souligne que, du coup, les rapports avec la C.N.T. sont seulement des rapports au sommet, et non, comme ce serait souhaitable, des rapports nou&#233;s &#034;au sein des masses conf&#233;d&#233;rales&#034;. &#187; De son c&#244;t&#233;, Jos&#233; Rebull &#233;crit, dans la r&#233;solution qu'il pr&#233;sente au C.C. d'octobre 1937, qu'on doit reprocher &#224; la direction du P.O.U.M. d'avoir &#171; dissous la F.O.U.S. sous le mot d'ordre syndical erron&#233; de &#171; C.N.T.-U.G.T. &#187; au lieu d'avoir (...) mis en avant le mot d'ordre &#171; Ni C.N.T., ni U. G. T., centre syndical unique &#187;. Il ajoute : &#171; Avec un tel mot d'ordre, non seulement il aurait subsist&#233; de bonnes raisons de maintenir la F.O.U.S. - quoiqu'elle ait &#233;t&#233; d&#233;j&#224; pratiquement dissoute dans de nombreuses localit&#233;s mais encore nous, serions apparus comme les champions de l'unit&#233; syndicale. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jos&#233; Rebull (1906- ??) : Responsable du P.O.U.M. d&#232;s sa fondation, administrateur de sa presse. Animateur d'une tendance de gauche au sein du parti en 1936-1937. Emigre en France en 1939, participe &#224; la r&#233;sistance socialiste, arr&#234;t&#233; par la Gestapo. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[33] C'est sur la base des informations envoy&#233;es directement du front d'Aragon que le trotskiste am&#233;ricain Felix Morrow &#233;crit qu'il n'y eut pas d'&#233;lection de conseils de soldats sur le front d'Aragon, dans les milices du P.O.U.M., et que la direction de ce dernier les interdisait en fait (Revolution and Counter-revolution in Spain, p. 71). Orwell ne mentionne pas l'existence de tels conseils. Dans sa r&#233;solution au C.C. d'octobre 1937, Jos&#233; Rebull reproche &#224; la direction du P.O.U.M. d'avoir permis &#224; &#171; des membres du parti, chefs de la division L&#233;nine, de saboter toute action politique aupr&#232;s des miliciens de ses rangs &#187;. Il semble en effet que le P.O.U.M. n'ait cherch&#233; ni &#224; recruter dans ses milices pour ses propres rangs, ni m&#234;me &#224; donner &#224; ses miliciens une formation politique (Orwell. op. cit., p. 263). Sans doute faut-il faire ici exception pour l'organisation madril&#232;ne du P.O.U.M. : le quotidien des milices du P.O.U.M. de ce front, El Combatiente rojo, est en effet un organe politique tr&#232;s combatif. En outre, il milite inlassablement en faveur de l'&#233;lection, dans les rangs des milices, de &#171; comit&#233;s de combattants &#187; - expression d'ailleurs syst&#233;matiquement supprim&#233;e par la censure, mais clairement sugg&#233;r&#233;e par le contexte. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[34] A moins que Trotsky ne fasse ici allusion &#224; la politique g&#233;n&#233;rale du P.O.U.M. depuis sa fondation, la formule utilis&#233;e par lui est fausse, ou tout au moins anachronique : depuis le d&#233;but de la guerre civile, le P.O.U.M., nous le savons, n'avait plus &#171; ses propres syndicats &#187;, organis&#233;s dans la F.O.U.S. en mai 1936, avec d'ailleurs l'objectif proclam&#233; de promouvoir la r&#233;alisation de l'unit&#233; syndicale. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[35] Il ne semble pas possible d'affirmer que le P.O.U.M. ait eu la volont&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;e de constituer &#171; ses propres milices &#187;. D'ailleurs, la question &#233;tait discut&#233;e dans les rangs m&#234;mes des partisans de la IV&#176; Internationale : en France, en 1934, les B.-L. avaient lanc&#233; le mot d'ordre de &#171; milices du peuple &#187; auquel, pr&#233;cis&#233;ment, Trotsky lui-m&#234;me aurait pr&#233;f&#233;r&#233; celui de &#171; milices des syndicats et partis &#187; - formule qui devait pr&#233;valoir en Espagne en 1936 (Le Mouvement communiste en France, n. 318, p. 482). En r&#233;alit&#233;, le P.O.U.M. s'est trouv&#233; pris dans l'engrenage, car chaque organisation ouvri&#232;re constitua, d&#232;s les premi&#232;res heures du soul&#232;vement, ses propres unit&#233;s miliciennes. Cette situation avait pour le P.O.U.M. plus d'inconv&#233;nients que d'avantages, car il ne pouvait s'attendre &#224; aucune faveur dans la r&#233;partition des armes et des munitions, et le fait d'avoir au front ses &#171; propres secteurs &#187; le rendait particuli&#232;rement vuln&#233;rable et tragiquement d&#233;pendant. A Madrid, les milices du P.O.U.M. n'obtinrent des armes que parce que le parti syndicaliste leur c&#233;da celles qu'il avait re&#231;ues en trop, pour des effectifs tr&#232;s r&#233;duits. Ce n'est pas non plus par hasard que les pertes du P.O.U.M. sur le front de Madrid furent consid&#233;rables, neuf miliciens sur dix &#233;tant tomb&#233;s en l'espace de six mois. Parmi d'autres, George Orwell a t&#233;moign&#233; de la fa&#231;on dont le manque d'armes et de munitions, les ordres d'attaques-suicides sans protection d'artillerie ou d'aviation, permirent, sur le front d'Aragon l'extermination syst&#233;matique des militants du P.O.U.M. combattant dans ses &#171; propres milices &#187; (Orwell, op. cit., pp. 19, 21, 29). Toutefois, La Batalla du 21 janvier publie une r&#233;solution du comit&#233; ex&#233;cutif qui constitue un effort pour sortir de cette situation, puisqu'elle affirme : &#171; Sauf dans le cas o&#249; il est possible de constituer sous notre contr&#244;le direct et avec nos propres cadres une division enti&#232;re de la nouvelle arm&#233;e, nos militants et sympathisants doivent &#234;tre r&#233;partis dans diff&#233;rentes unit&#233;s. &#187; Enfin, les conditions de la guerre civile - agressions r&#233;p&#233;t&#233;es des militants et des locaux - rendaient n&#233;cessaire la garde des immeubles par des miliciens s&#251;rs, et il peut para&#238;tre abusif de la part de Trotsky de reprocher au P.O.U.M. d'avoir fait garder ses locaux par ses propres miliciens ; le contraire e&#251;t constitu&#233; une grave preuve d'irresponsabilit&#233;. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[36] Le d&#233;veloppement de &#171; partis centristes &#187; dans une p&#233;riode de crise des organisations traditionnelles, et comme &#233;tape de &#171; transition &#187; pour leurs anciens militants, constituait, selon Trotsky, une voie pratiquement in&#233;vitable en m&#234;me temps que tr&#232;s dangereuse pour la formation rapide des partis authentiquement r&#233;volutionnaires qu'il voulait constituer. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[37] On peut remarquer que Trotsky fait dans une certaine mesure ici ce qu'il reproche au P.O.U.M. de faire en montrant ce que les anarchis&#173;tes &#171; auraient pu faire &#187;. Mais il est &#233;vident que le P.O.U.M. - r&#233;sultat, sans doute de sa propre division interne - fit preuve sur ce plan d'une grande timidit&#233;. Ainsi La Batalla du 28 janvier 1937 souligne-t-elle la mod&#233;ration qu'elle avait manifest&#233;e, le 24 novembre 1936, quand elle avait &#233;lev&#233; une protestation contre le refus dict&#233; par les conseillers russes de l'ambassade et les dirigeants du P.C. d'inclure un repr&#233;sentant du P.O.U.M. dans la junte de d&#233;fense de la capitale. L&#224; aussi, le contraste est vif avec El Combatiente rojo, qui &#233;crivait le 2 septembre 1937 : &#171; Ce n'est pas par hasard (...) qu'aujourd'hui, dans le proc&#232;s de Zinoviev-Kamenev, on tente d'impliquer Trotsky. L'antagonisme entre la bourgeoisie lib&#233;rale et le marxisme r&#233;volutionnaire se v&#233;rifie une fois de plus. L&#233;on Trotsky, fondateur avec L&#233;nine de la III&#176; Internationale, organisateur g&#233;nial de l'arm&#233;e rouge, continue d'&#234;tre fid&#232;le au drapeau de l'internationalisme prol&#233;tarien. Ce n'est pas de la faute des bolcheviks-l&#233;ninistes si le stalinisme a remplac&#233; le drapeau rouge du prol&#233;tariat par les drapeaux tricolores des r&#233;publicains d&#233;mocratiques. (...) La bureaucratie stalinienne, qui a effac&#233; de son programme le devoir de lutter pour la victoire de la r&#233;volution mondiale et qui se d&#233;voue &#224; la t&#226;che plus modeste de d&#233;fendre la d&#233;mocratie bourgeoise, a de nouveau d&#233;cha&#238;n&#233; sa fureur antitrotskiste, c'est-&#224;-dire toute la haine de son impuissance face aux vrais r&#233;volutionnaires, les bolcheviks-l&#233;ninistes du monde entier. C'est pour tenter de couvrir sa capitulation qu'elle b&#226;tit de semblables &#171; affaires &#187;, qu'elle organise des proc&#232;s et ordonne de fusiller les vieux-bolcheviks &#187;. Le lien entre les proc&#232;s de Moscou et la lutte contre&#173;-r&#233;volutionnaire du stalinisme ne sera fait explicitement par Nin qu'au d&#233;but de 1937, apr&#232;s le d&#233;but de l'offensive terroriste et, en particulier, les premi&#232;res mesures contre la section de Madrid. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[38] De la d&#233;b&#226;cle des &#171; volontaires &#187; italiens, sous les coups d'une propagande r&#233;volutionnaire intense, au moins autant que sur le plan purement militaire, l'observateur am&#233;ricain Herbert Matthews a &#233;crit qu'elle avait &#233;t&#233; pour le fascisme italien ce que Bailen avait &#233;t&#233; pour l'arm&#233;e napol&#233;onienne, l'&#233;v&#233;nement le plus consid&#233;rable en tout cas depuis 1918 (Matthews, Two Wars and More to Come, p. 264). Quant aux pourparlers avec les nationalistes marocains en vue d'une telle propagande en direction des soldats marocains de Franco, ils &#233;chou&#232;rent par suite du refus des gouvernements de Front populaire de proclamer l'ind&#233;pendance du Maroc, refus qu'ils justifiaient ici encore par la n&#233;cessit&#233; de ne pas m&#233;contenter les gouvernements de Paris, au premier chef, et de Londres. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[39] T&#233;moignage pr&#233;cieux de la part de l'auteur de l'Histoire de la r&#233;volution russe, dont il avait &#233;t&#233; l'un des principaux acteurs, c'est l&#224; une opinion partag&#233;e par Andr&#233;s Nin qui connut la r&#233;volution russe dans ses premi&#232;res ann&#233;es. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[40] Natalia Trotsky raconte, &#224; propos de l'ann&#233;e 1927, les circonstances dramatiques dans lesquelles Trotsky qualifia pour la premi&#232;re fois Staline de &#171; fossoyeur de la r&#233;volution &#187; : &#171; Mouralov, Ivan Smirnov et les autres se r&#233;unirent un apr&#232;s-midi chez nous, au Kremlin, attendant que L&#233;on Davidovitch rentr&#226;t d'une r&#233;union du Bureau politique. Piatakov revint le premeir, tr&#232;s p&#226;le, boulevers&#233;. Il se versa un verre d'eau, but avidement, et dit : &#171; J'ai vu le feu, vous le savez, mais &#231;a, &#231;a ! C'&#233;tait pire que tout ! Et pourquoi L&#233;on Davidovitch a-t-il dit &#231;a ? Staline ne le pardonnera pas &#224; ses arri&#232;re-neveux ! &#187; Piatakov, accabl&#233;, ne put m&#234;me pas nous expliquer clairement ce qui s'&#233;tait pass&#233;. Quand L&#233;on Davidovitch entra enfin dans la salle &#224; manger, Piatakov se pr&#233;cipita vers lui : &#171; Mais pourquoi avez-vous dit &#231;a ? &#187; L&#233;on Davidovitch &#233;carta de la main les questions. Il &#233;tait &#233;puis&#233; et calme. Il avait cri&#233; &#224; Staline : &#171; Fossoyeur de la r&#233;volution ! &#187; Le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral s'&#233;tait lev&#233;, se dominant avec peine, et s'&#233;tait jet&#233; hors de la salle en faisant claquer la porte. Nous compr&#238;mes tous que cette rupture &#233;tait irr&#233;parable &#187; (Victor Serge, Vie et mort de Trotsky, pp. 180-181.) Bien qu'il n'ait pas toujours &#224; l'&#233;poque exactement mesur&#233; la capacit&#233; contre-r&#233;volutionnaire du stalinisme, Trotsky avait depuis des ann&#233;es compris son r&#244;le, alors que bien des r&#233;volutionnaires authentiques sous-estimaient cette capacit&#233;, quand ils ne nourrissaient pas encore des illusions &#224; son sujet. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[41] Le 28 mars 1917, avant le retour de L&#233;nine, s'&#233;tait tenue &#224; Petrograd une conf&#233;rence panrusse des bolcheviks. Staline, r&#233;cemment revenu de Sib&#233;rie, et Kamenev orientaient le parti vers une politique de conciliation. Dans le rapport, Staline d&#233;clarait : &#171; Le pouvoir s'est divis&#233; entre deux organes dont aucun n'exerce la pl&#233;nitude du pouvoir. Entre eux existent et doivent exister des frictions, une lutte. Les r&#244;les se sont partag&#233;s entre eux. Le Soviet a pris en fait l'initiative des transformations r&#233;volutionnaires, le Soviet est le chef r&#233;volutionnaire du peuple insurg&#233;, l'organe qui contr&#244;le le gouvernement provisoire. Le gouvernement provisoire a pris en fait le r&#244;le de consolidateur des conqu&#234;tes du peuple r&#233;volutionnaire. Le Soviet mobilise les forces, contr&#244;le. Le gouvernement provisoire, en tr&#233;buchant, en s'embrouillant, prend le r&#244;le de consolidateur des conqu&#234;tes du peuple d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es. &#187; Il appelait &#224; &#171; gagner du temps en freinant le processus de rupture avec la moyenne bourgeoisie &#187; et contestait qu'il soit opportun de poser le probl&#232;me du pouvoir, pr&#233;cisant : &#171; Le gouvernement provisoire n'est pas si faible que &#231;a. Sa force repose sur le soutien que lui apporte le capital anglo-fran&#231;ais, sur l'inertie de la province, sur les sympathies qu'il &#233;veille. &#187; Cette ligne, la m&#234;me qui &#233;tait d&#233;fendue en Espagne par le P.C.E. et les autres partisans du Front populaire, devait &#234;tre mise en pi&#232;ces par les Th&#232;ses d'avril de L&#233;nine. (&#171; Proc&#232;s-verbaux de la conf&#233;rence... &#187; Voprosy Istorii K.P.S.S., n&#176;5, 1962, p. 112.) (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[42] Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, les livraisons de charbon polonais &#224; l'Espagne ont bien aid&#233; Franco &#224; briser les gr&#232;ves des mineurs asturiens... (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[43] Le g&#233;n&#233;ral Miaja abandonna le P.C. avant la fin de la guerre civile, acceptant de pr&#233;sider la junte cr&#233;&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Casado, vraisemblablement avec l'appui britannique, afin d'&#233;liminer les dirigeants du P.C. et Negrin et de n&#233;gocier la fin de la guerre civile. L'un de ses principaux collaborateurs, le g&#233;n&#233;ral Rojo, devait retourner apr&#232;s la guerre dans l'Espagne franquiste. (P. Brou&#233;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lt19371217.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lt19371217.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Sur les causes de la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les causes de la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole &lt;br class='autobr' /&gt;
(mars 1939) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les inventeurs du parapluie &lt;br class='autobr' /&gt;
Un vieil humoriste fran&#231;ais a racont&#233; comment un petit bourgeois en est venu &#224; inventer le parapluie. Marchant dans la rue sous la pluie, il commen&#231;a &#224; se demander &#224; quel point ce serait beau si les rues &#233;taient couvertes de toits... Mais cela g&#234;nerait la libre circulation de l'air... Il faudrait qu'il soit d&#233;plac&#233; par le pi&#233;ton, tenant quelques sorte de levier dans ses mains, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot43" rel="tag"&gt;1936&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot58" rel="tag"&gt;prol&#233;taires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Fascisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;Sur les causes de la d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(mars 1939)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les inventeurs du parapluie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieil humoriste fran&#231;ais a racont&#233; comment un petit bourgeois en est venu &#224; inventer le parapluie. Marchant dans la rue sous la pluie, il commen&#231;a &#224; se demander &#224; quel point ce serait beau si les rues &#233;taient couvertes de toits... Mais cela g&#234;nerait la libre circulation de l'air... Il faudrait qu'il soit d&#233;plac&#233; par le pi&#233;ton, tenant quelques sorte de levier dans ses mains, etc., etc. Enfin, notre inventeur s'est exclam&#233; : &#171; Bah ! Eh bien, c'est un parapluie ! &#187; Les inventeurs du parapluie se rencontrent aujourd'hui &#224; chaque pas parmi les &#171; gauchistes &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En son temps, le bolchevisme a discr&#233;dit&#233; la politique r&#233;formiste pendant plusieurs ann&#233;es. Mais avec l'av&#232;nement de la r&#233;action, les staliniens et tous leurs sous-fifres ont recommenc&#233; &#224; inventer le parapluie du r&#233;formisme : &#171; le Front populaire &#187; (coalition avec la bourgeoisie) ; le devoir du prol&#233;tariat de d&#233;fendre la patrie d&#233;mocratique (social-patriotisme) ; etc. Et ils le font avec toute la vigueur de l'ignorance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre parapluie nouvellement invent&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le journal mexicain El Popular , qui a acquis une renomm&#233;e presque internationale pour la profondeur de son &#233;rudition, son honn&#234;tet&#233; de pens&#233;e et le caract&#232;re r&#233;volutionnaire de sa politique, Guillermo Vegas Le&#243;n, qui n'est pas tout &#224; fait inconnu de nos lecteurs, prend la d&#233;fense de la politique du Front populaire espagnol &#224; l'aide d'un parapluie nouvellement invent&#233;. La guerre d'Espagne, voyez-vous, n'est pas une guerre pour le socialisme mais plut&#244;t une guerre contre le fascisme. Dans la guerre contre le fascisme, il est interdit de s'engager dans des aventures telles que la saisie d'usines et de terres. Seuls les amis du fascisme sont capables de proposer de tels plans. Et ainsi de suite et donc pas. Les &#233;v&#233;nements historiques n'exercent &#233;videmment aucune influence sur les gens qui vivent au royaume de la copie de journaux bon march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Le&#243;n ne sait pas que le m&#234;me parapluie a &#233;t&#233; utilis&#233; dans leurs op&#233;rations par les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires russes (le parti de Kerensky). Ils ne se sont jamais lass&#233;s de r&#233;p&#233;ter que la R&#233;volution russe &#233;tait &#171; d&#233;mocratique &#187; et non socialiste ; que dans une guerre avec l'Allemagne, qui mena&#231;ait la jeune r&#233;publique d&#233;mocratique, toute tentative pour s'engager dans des aventures telles que l'expropriation des moyens de production devait porter secours &#224; Hohenzollern. Et dans la mesure o&#249; il n'y avait pas quelques sc&#233;l&#233;rats parmi eux, ils affirmaient &#233;galement que les bolcheviks avaient fait tout cela pour une raison secr&#232;te...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re de classe de la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'une r&#233;volution soit &#171; antifasciste &#187; ou prol&#233;tarienne, bourgeoise ou socialiste, cela n'est pas d&#233;termin&#233; par des &#233;tiquettes politiques mais par la structure de classe d'une nation donn&#233;e. Pour Le&#243;n, l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; &#224; partir du milieu du XIXe si&#232;cle environ est pass&#233;e inaper&#231;ue. Pourtant, ce d&#233;veloppement dans les pays capitalistes a emport&#233; la petite et la moyenne bourgeoisie, les rejetant au second plan, les d&#233;gradant et les abaissant. Les principales classes de la soci&#233;t&#233; moderne &#8211; y compris l'Espagne &#8211; sont la bourgeoisie et le prol&#233;tariat. La petite bourgeoisie ne peut pas &#8211; en tout cas, pour une longue p&#233;riode &#8211; exercer le pouvoir ; cela doit &#234;tre entre les mains de la bourgeoisie ou entre les mains du prol&#233;tariat. En Espagne, la bourgeoisie, pouss&#233;e par la peur de sa propri&#233;t&#233;, est pass&#233;e compl&#232;tement dans le camp du fascisme.La seule classe capable de mener une lutte s&#233;rieuse contre le fascisme est le prol&#233;tariat. Elle seule aurait pu rallier les masses opprim&#233;es, surtout la paysannerie espagnole. Mais le pouvoir ouvrier ne pouvait &#234;tre que le pouvoir socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de la Chine et de la Russie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, objecte M. Le&#243;n, le but imm&#233;diat est la lutte contre le fascisme. Toutes nos forces doivent &#234;tre centr&#233;es sur ce but imm&#233;diat, etc., etc. Bien s&#251;r, bien s&#251;r ! Mais dites-nous, priez, pourquoi dans une lutte contre le fascisme la terre doit-elle appartenir aux propri&#233;taires terriens et les usines et les moulins aux capitalistes, qui sont tous dans le camp de Franco ? Est-ce peut-&#234;tre parce que les paysans et les ouvriers &#171; n'ont pas m&#251;ri &#187; pour la saisie des terres et des usines ? Mais ils ont prouv&#233; leur maturit&#233; en s'emparant de leur propre initiative des terres et des usines. Les r&#233;actionnaires, qui se disent r&#233;publicains, sous la direction des staliniens, ont r&#233;ussi &#224; &#233;craser ce mouvement puissant pr&#233;tendument au nom de &#171; l'antifascisme &#187;, mais en r&#233;alit&#233; dans l'int&#233;r&#234;t des propri&#233;taires bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons un autre exemple. Actuellement, la Chine est engag&#233;e dans une guerre contre le Japon, une guerre juste et d&#233;fensive contre les pillards et les oppresseurs. Sous pr&#233;texte de cette guerre, le gouvernement de Chiang Kai-shek, aid&#233; du gouvernement de Staline, a &#233;cras&#233; toute lutte r&#233;volutionnaire et surtout la lutte des paysans pour la terre. Les exploiteurs et les staliniens disent : &#171; Ce n'est pas le moment de r&#233;soudre la question agraire. Il s'agit maintenant d'une lutte commune contre le Mikado. Pourtant, il va de soi que si les paysans chinois poss&#233;daient pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'heure actuelle la terre, ils la d&#233;fendraient bec et ongles contre les imp&#233;rialistes japonais. Il faut rappeler une fois de plus que si la R&#233;volution d'Octobre a pu triompher dans une guerre de trois ans sur d'innombrables ennemis,y compris les corps exp&#233;ditionnaires des plus puissantes puissances imp&#233;rialistes, ce n'est que parce que cette victoire &#233;tait surtout assur&#233;e par le fait que pendant la guerre les paysans avaient pris possession de la terre tandis que les ouvriers tenaient les moulins et les usines. Seule la fusion du renversement socialiste avec la guerre civile rendit la R&#233;volution russe invincible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des messieurs comme M. Le&#243;n d&#233;terminent le caract&#232;re d'une r&#233;volution par le nom que lui donnent les lib&#233;raux bourgeois et non par la mani&#232;re dont elle s'exprime dans la lutte de classe r&#233;elle, ni par la fa&#231;on dont elle est ressentie - m&#234;me si elle n'est pas toujours clairement comprise - par les masses r&#233;volutionnaires. Mais nous regardons la r&#233;volution espagnole non pas &#224; travers les yeux du philistin lib&#233;ral Aza&#241;a, mais &#224; travers les yeux des ouvriers de Barcelone et des Asturies, et des paysans de S&#233;ville qui se battaient pour les moulins et les usines, pour la terre, pour un avenir meilleur. , et pas du tout pour l'ancienne ombrelle parlementaire du Front populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstraction vide de &#171; l'antifascisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les concepts m&#234;mes d'&#171; antifascisme &#187; et d'&#171; antifasciste &#187; sont des fictions et des mensonges. Le marxisme aborde tous les ph&#233;nom&#232;nes d'un point de vue de classe. Aza&#241;a n'est &#171; antifasciste &#187; que dans la mesure o&#249; le fascisme emp&#234;che les intellectuels bourgeois de se tailler une carri&#232;re parlementaire ou autre. Confront&#233; &#224; la n&#233;cessit&#233; de choisir entre le fascisme et la r&#233;volution prol&#233;tarienne, Aza&#241;a se montrera toujours du c&#244;t&#233; des fascistes. Toute sa politique pendant les sept ann&#233;es de r&#233;volution le prouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, le slogan &#171; Contre le fascisme, pour la d&#233;mocratie ! ne peut pas attirer des millions et des dizaines de millions de citoyens ne serait-ce que parce qu'en temps de guerre il n'y avait pas et il n'y a pas de d&#233;mocratie dans le camp des r&#233;publicains. Tant avec Franco qu'avec Aza&#241;a, il y a eu la dictature militaire, la censure, la mobilisation forc&#233;e, la faim, le sang et la mort. Le slogan abstrait &#171; Pour la d&#233;mocratie ! suffit aux journalistes lib&#233;raux mais pas aux ouvriers et aux paysans opprim&#233;s. Ils n'ont rien &#224; d&#233;fendre &#224; part l'esclavage et la pauvret&#233;. Ils n'orienteront toutes leurs forces vers l'&#233;crasement du fascisme que si, en m&#234;me temps, ils sont capables de r&#233;aliser des conditions d'existence nouvelles et meilleures. En cons&#233;quence, la lutte du prol&#233;tariat et des paysans les plus pauvres contre le fascisme ne peut au sens social &#234;tre d&#233;fensive mais seulement offensive.C'est pourquoi Le&#243;n fait fausse route quand, &#224; la suite des philistins les plus &#171; autoritaires &#187;, il nous fait la le&#231;on que le marxisme rejette les utopies, et que l'id&#233;e d'une r&#233;volution socialiste dans une lutte contre le fascisme est utopique. En fait,la pire et la plus r&#233;actionnaire forme d'utopisme est l'id&#233;e qu'il est possible de lutter contre le fascisme sans renverser l'&#233;conomie capitaliste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire &#233;tait possible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraiment &#233;tonnante est l'ignorance totale de ces gens. Ils n'ont aucune id&#233;e de l'existence, &#224; commencer par Marx et Engels, d'une litt&#233;rature mondiale dans laquelle le concept m&#234;me de la r&#233;volution d&#233;mocratique et son m&#233;canisme de classe interne ont &#233;t&#233; soumis &#224; l'analyse. Il est &#233;vident qu'ils n'ont jamais lu les documents de base des quatre premiers congr&#232;s de l'Internationale communiste ni les recherches th&#233;oriques de la Quatri&#232;me Internationale, qui prouvent et expliquent et permettent m&#234;me &#224; un enfant de dig&#233;rer le fait que la lutte contre le fascisme est impensable dans le monde moderne. conditions autres que par les m&#233;thodes de la lutte de classe prol&#233;tarienne pour le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces messieurs se repr&#233;sentent l'histoire comme pr&#233;parant minutieusement les conditions de la r&#233;volution socialiste, r&#233;partissant les r&#244;les, inscrivant en gros caract&#232;res sur un arc de triomphe : ENTREE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE, garantissant la victoire puis invitant poliment les honorables dirigeants &#224; assumer les postes importants de ministres, d'ambassadeurs , etc. Non. La question est quelque peu diff&#233;rente ; c'est beaucoup plus complexe, difficile et dangereux. Les opportunistes, les imb&#233;ciles r&#233;actionnaires et les l&#226;ches petits-bourgeois n'ont jamais reconnu et ne reconna&#238;tront jamais la situation qui met le renversement socialiste &#224; l'ordre du jour. Pour cela, il faut &#234;tre un marxiste r&#233;volutionnaire, un bolchevik ; pour ce faire, il faut pouvoir m&#233;priser l'opinion publique de la petite bourgeoisie &#171; &#233;duqu&#233;e &#187;, qui ne refl&#232;te que les peurs &#233;go&#239;stes de classe du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat &#233;tait assez fort&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants de la CNT et de la FAI d&#233;clarent eux-m&#234;mes apr&#232;s le soul&#232;vement de mai 1937 : &#171; Si nous l'avions souhait&#233;, nous aurions pu prendre le pouvoir &#224; tout moment, car toutes les forces &#233;taient de notre c&#244;t&#233;, mais nous ne voulions pas de dictature &#187;, etc. , etc. Ce que les serviteurs anarchistes de la bourgeoisie ont voulu ou n'ont pas voulu est &#224; la longue une question secondaire. Ils admettaient cependant que le prol&#233;tariat insurrectionnel &#233;tait assez fort pour avoir conquis le pouvoir. S'il avait eu une direction r&#233;volutionnaire et non d&#233;loyale, il aurait purg&#233; l'appareil d'&#201;tat de tous les Aza&#241;as, institu&#233; le pouvoir des soviets, donn&#233; la terre aux paysans, les moulins et les usines aux ouvriers - et la r&#233;volution espagnole aurait sont devenus socialistes et invincibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parce qu'il n'y avait pas de parti r&#233;volutionnaire en Espagne, et parce qu'il y avait au contraire une multitude de r&#233;actionnaires s'imaginant socialistes et anarchistes, ils r&#233;ussirent sous l'&#233;tiquette du Front populaire &#224; &#233;trangler la r&#233;volution socialiste et &#224; assurer la victoire de Franco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout simplement ridicule de justifier la d&#233;faite par des r&#233;f&#233;rences &#224; l'intervention militaire des fascistes italiens et des nazis allemands, et &#224; la conduite perfide des &#171; d&#233;mocraties &#187; fran&#231;aise et britannique. Les ennemis resteront toujours des ennemis. La r&#233;action interviendra toujours chaque fois qu'elle le pourra. La &#171; d&#233;mocratie &#187; imp&#233;rialiste trahira toujours. Cela signifie que la victoire du prol&#233;tariat est impossible en g&#233;n&#233;ral ! Mais qu'en est-il de la victoire du fascisme en Italie et en Allemagne m&#234;me ? Aucune intervention l&#224;-bas. Au lieu de cela, nous avions l&#224;-bas un prol&#233;tariat puissant et un tr&#232;s grand parti socialiste et, dans le cas de l'Allemagne, un grand parti communiste &#233;galement. Pourquoi alors n'y a-t-il pas eu de victoire sur le fascisme ? Pr&#233;cis&#233;ment parce que les principaux partis ont essay&#233; de r&#233;duire la question dans ces deux pays &#224; une lutte &#171; contre le fascisme &#187; alors que seule une r&#233;volution socialiste peut vaincre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution espagnole &#233;tait l'&#233;cole supr&#234;me. Il est inadmissible de permettre la moindre frivolit&#233; envers ses le&#231;ons ch&#232;rement achet&#233;es. A bas le charlatanisme, le phras&#233;ologie, l'ignorance b&#233;ate et le parasitisme intellectuel ! Nous devons &#233;tudier s&#233;rieusement et honn&#234;tement et pr&#233;parer l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky
&lt;p&gt;La trag&#233;die de l'Espagne&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(janvier 1939)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des chapitres les plus tragiques de l'histoire moderne tire maintenant &#224; sa fin en Espagne. Du c&#244;t&#233; de Franco, il n'y a ni arm&#233;e fid&#232;le ni soutien populaire. Il n'y a que la cupidit&#233; des propri&#233;taires pr&#234;ts &#224; noyer dans le sang les trois quarts de la population ne serait-ce que pour maintenir leur domination sur le quart restant. Cependant, cette f&#233;rocit&#233; cannibale ne suffit pas &#224; remporter une victoire sur l'h&#233;ro&#239;que prol&#233;tariat espagnol. Franco avait besoin d'aide de l'autre c&#244;t&#233; du front. Et il a obtenu cette aide. Son principal assistant &#233;tait et est toujours Staline, le fossoyeur du Parti bolchevik et de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. La chute de la grande capitale prol&#233;tarienne, Barcelone, vient en repr&#233;sailles directes au massacre du soul&#232;vement du prol&#233;tariat barcelonais en mai 1937.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi insignifiant que soit Franco lui-m&#234;me, si mis&#233;rable que soit sa clique d'aventuriers, sans honneur, sans conscience et sans talents militaires, la grande sup&#233;riorit&#233; de Franco r&#233;side dans ce qu'il a un programme clair et d&#233;fini : sauvegarder et stabiliser la propri&#233;t&#233; capitaliste, le r&#232;gne de les exploiteurs et la domination de l'&#233;glise ; et restaurer la monarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les classes poss&#233;dantes de tous les pays capitalistes &#8211; qu'elles soient fascistes ou d&#233;mocrates &#8211; se sont av&#233;r&#233;es, par la nature des choses, du c&#244;t&#233; de Franco. La bourgeoisie espagnole est pass&#233;e compl&#232;tement dans le camp de Franco. A la t&#234;te du camp r&#233;publicain, restaient les rebuts &#8211; hors d'armure &#171; d&#233;mocratiques &#187; &#8211; porteurs de la bourgeoisie. Ces messieurs ne pouvaient pas d&#233;serter du c&#244;t&#233; du fascisme, car les sources m&#234;mes de leur influence et de leurs revenus proviennent des institutions de la d&#233;mocratie bourgeoise, qui n&#233;cessitent (ou exigeaient !) pour leur fonctionnement normal des avocats, des d&#233;put&#233;s, des journalistes, bref, les champions d&#233;mocrates du capitalisme. Le programme d'Aza&#241;a et de ses associ&#233;s est la nostalgie d'un jour r&#233;volu. C'est tout &#224; fait insuffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Front populaire a eu recours &#224; la d&#233;magogie et aux illusions pour faire basculer les masses derri&#232;re lui. Pendant une certaine p&#233;riode, cela s'est av&#233;r&#233; fructueux. Les masses qui avaient assur&#233; tous les succ&#232;s ant&#233;rieurs de la r&#233;volution continuaient &#224; croire que la r&#233;volution arriverait &#224; sa conclusion logique, c'est-&#224;-dire bouleverser les rapports de propri&#233;t&#233;, donner la terre aux paysans et transf&#233;rer les usines aux mains des ouvriers. La force dynamique de la r&#233;volution &#233;tait pr&#233;cis&#233;ment log&#233;e dans cet espoir des masses pour un avenir meilleur. Mais les honorables r&#233;publicains ont tout fait pour pi&#233;tiner, salir ou simplement noyer dans le sang les espoirs ch&#233;ris des masses opprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, nous avons assist&#233; au cours des deux derni&#232;res ann&#233;es &#224; la m&#233;fiance et &#224; la haine croissantes des cliques r&#233;publicaines de la part des paysans et des ouvriers. Le d&#233;sespoir ou la morne indiff&#233;rence remplace peu &#224; peu l'enthousiasme r&#233;volutionnaire et l'esprit d'abn&#233;gation. Les masses ont tourn&#233; le dos &#224; ceux qui les avaient tromp&#233;s et pi&#233;tin&#233;s. C'est la principale raison de la d&#233;faite des troupes r&#233;publicaines. L'inspirateur de la tromperie et du massacre des ouvriers r&#233;volutionnaires d'Espagne &#233;tait Staline. La d&#233;faite de la r&#233;volution espagnole tombe comme une nouvelle tache ind&#233;l&#233;bile sur le gang du Kremlin d&#233;j&#224; &#233;clabouss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasement de Barcelone porte un coup terrible au prol&#233;tariat mondial, mais il enseigne aussi une grande le&#231;on. La m&#233;canique du Front populaire espagnol en tant que syst&#232;me organis&#233; de tromperie et de trahison des masses exploit&#233;es a &#233;t&#233; compl&#232;tement expos&#233;e. Le mot d'ordre de &#171; d&#233;fense de la d&#233;mocratie &#187; a une fois de plus r&#233;v&#233;l&#233; son essence r&#233;actionnaire, et en m&#234;me temps, sa vacuit&#233;. La bourgeoisie veut perp&#233;tuer son r&#232;gne d'exploitation ; les travailleurs veulent se lib&#233;rer de l'exploitation. Telles sont les v&#233;ritables t&#226;ches des classes fondamentales de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cliques mis&#233;rables d'interm&#233;diaires petits-bourgeois, ayant perdu la confiance et les subsides de la bourgeoisie, ont cherch&#233; &#224; sauver le pass&#233; sans faire de concessions pour l'avenir. Sous l'&#233;tiquette du Front populaire, ils cr&#233;ent une soci&#233;t&#233; par actions. Sous la direction de Staline, ils ont assur&#233; la d&#233;faite la plus terrible alors que toutes les conditions de la victoire &#233;taient r&#233;unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat espagnol fit preuve d'une extraordinaire capacit&#233; d'initiative et d'h&#233;ro&#239;sme r&#233;volutionnaire. La r&#233;volution a &#233;t&#233; ruin&#233;e par des &#171; dirigeants &#187; mesquins, m&#233;prisables et totalement corrompus. La chute de Barcelone signifie avant tout la chute des IIe et IIIe Internationales, ainsi que de l'anarchisme, pourri jusqu'en son c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avant vers une nouvelle route, ouvriers ! En avant sur la route de la r&#233;volution socialiste internationale !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;volution espagnole en 1933-1934</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7124</link>
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		<dc:date>2024-06-09T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Espagne Espa&#241;a</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>1933</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;R&#233;volution espagnole en 1933-1934 &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation en 1931 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/05/lt19310528.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
La situation apr&#232;s 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_8.htm &lt;br class='autobr' /&gt;
L'insurrection du Bierzo de d&#233;cembre 1933 &lt;br class='autobr' /&gt;
https://serhistorico-net.translate.goog/2017/12/26/la-insurreccion-del-bierzo-diciembre-de-1933/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot28" rel="tag"&gt;Espagne Espa&#241;a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;1933&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volution espagnole en 1933-1934&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La situation en 1931&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/05/lt19310528.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1931/05/lt19310528.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation apr&#232;s 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_8.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_8.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection du Bierzo de d&#233;cembre 1933&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://serhistorico-net.translate.goog/2017/12/26/la-insurreccion-del-bierzo-diciembre-de-1933/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://serhistorico-net.translate.goog/2017/12/26/la-insurreccion-del-bierzo-diciembre-de-1933/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-infobierzo-com.translate.goog/fabero-diciembre-de-1933-el-corazon-de-la-insurreccion-comunista-en-el-bierzo/432812/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-infobierzo-com.translate.goog/fabero-diciembre-de-1933-el-corazon-de-la-insurreccion-comunista-en-el-bierzo/432812/?_x_tr_sl=es&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&amp;_x_tr_pto=sc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Espagne 1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_de_1934&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_de_1934&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_asturienne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9volution_asturienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection des Asturies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1934-10-linsurrection-des-asturies/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://bataillesocialiste.wordpress.com/documents-historiques/1934-10-linsurrection-des-asturies/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/antoine-montpellier/blog/260712/lectures-de-lete-1934-la-revolution-asturienne&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/antoine-montpellier/blog/260712/lectures-de-lete-1934-la-revolution-asturienne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catalogne 1934&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/catalogne.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/catalogne.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/34061000.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1934/06/34061000.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Octobre 1934 en Espagne : la r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4798&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4798&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Documents&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_15.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/broue/works/1971/07/pbroue_revoesp_15.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Films sur 1934 en Catalogne et aux Asturies&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=s5qPYxzo8pc&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=s5qPYxzo8pc&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=V0UQRxhQ1X4&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=V0UQRxhQ1X4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VYnGEdJ9Tjk&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=VYnGEdJ9Tjk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=ndzzAlBNBGQ&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=ndzzAlBNBGQ&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=dr1wL-0tuDA&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=dr1wL-0tuDA&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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