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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Quand la France de Mitterrand soutenait &#224; fond la dictature sanglante de Milosevic en Yougoslavie</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand la France de Mitterrand soutenait &#224; fond la dictature sanglante de Milosevic en Yougoslavie &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que l'Allemagne soutenait ouvertement les dirigeants croates qui massacraient et avaient les mains pleines de sang, la France de Miterrand soutenait les dirigeants serbes, tout aussi fascistes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de quoi &#234;tre &#233;tonn&#233;, Mitterrand, bien que catalogu&#233; &#171; &#224; gauche &#187;, a toujours soutenu l'extr&#234;me droite, favorable aux Croix de feu, pr&#233;fet de Vichy, organisateur de la torture et de de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;23- Guerres de Yougoslavie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand la France de Mitterrand soutenait &#224; fond la dictature sanglante de Milosevic en Yougoslavie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pendant que l'Allemagne soutenait ouvertement les dirigeants croates qui massacraient et avaient les mains pleines de sang, la France de Miterrand soutenait les dirigeants serbes, tout aussi fascistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de quoi &#234;tre &#233;tonn&#233;, Mitterrand, bien que catalogu&#233; &#171; &#224; gauche &#187;, a toujours soutenu l'extr&#234;me droite, favorable aux Croix de feu, pr&#233;fet de Vichy, organisateur de la torture et de de la guerre &#224; outrance en Alg&#233;rie, massacreur g&#233;nocidaire au Rwanda et soutien des tueurs g&#233;nocidaires de Milosevic. Jusqu'au dernier moment, il fera passer &#224; Milosevic des informations sur les mouvements militaires des grandes puissances en ex-Yougoslavie et aidera les bourreaux serbes &#224; fuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve383&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5316&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les plus proches de Mitterrand, il faut citer des personnalit&#233;s fascistes comme Jean-Marie Bouvyer, Jean-Paul Martin, de Grossouvre, Ren&#233; Bousquet, Cazeaux et Pierre Saury, d'anciens responsables de la Cagoule&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lepoint.fr/histoire/francois-mitterrand-fidele-a-ses-collabos-09-10-2016-2074610_1615.php#11&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lepoint.fr/histoire/francois-mitterrand-fidele-a-ses-collabos-09-10-2016-2074610_1615.php#11&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, il va mener encore une politique fasciste en Yougoslavie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitterrand, lui, n'h&#233;sitait pas &#224; parler d' &#171; antagonismes multis&#233;culaires &#187; ! En 1992, au cours de la guerre de Bosnie, quand on a finalement su en Occident que les Serbes avaient install&#233; de v&#233;ritables camps de concentration, Georges Bush a d&#233;clar&#233; pour minimiser le choc dans l'opinion qu'il s'agissait d'une &#8220; vendetta due &#224; de vieilles haines&#8221;. De la part des dirigeants occidentaux, c'est une mani&#232;re de cacher la responsabilit&#233; des classes dirigeantes de ces pays afin de pouvoir tranquillement continuer &#224; nouer des alliances avec elles. C'est tellement simple d'accuser les peuples_ ! Bush expliquait que c'&#233;tait malheureux mais qu'il n'y pouvait rien et Mitterrand soutint jusqu'au bout Milosevic en d&#233;clarant que jamais il n'accepterait une intervention des Occidentaux &#224; son encontre. En 1995, lors des accords de Dayton, les grandes puissances auront tout &#224; fait oubli&#233; les camps de concentration de Milosevic, les viols syst&#233;matiques de femmes bosniaques et les massacres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est surtout l'irr&#233;dentisme du nationalisme serbe que l'on invoque aujourd'hui, puisque c'est contre lui qu'on pr&#233;tend intervenir. Mais l&#224; aussi on nous ment. Mitterrand a fait partie des menteurs qui essayaient de nous faire croire que chaque Serbe est derri&#232;re chaque Milosevic. Et c'est faux ! Maintes fois la population serbe s'est mobilis&#233;e contre le dictateur. En 1991, les jeunes serbes ont organis&#233; un mouvement massif de refus de la conscription et sont descendus dans la rue en 1992 pour d&#233;fendre les insoumis emprisonn&#233;s. On a alors appris qu'ils &#233;taient 200_000 &#224; avoir refus&#233; de participer &#224; cette guerre ! Les actes barbares des arm&#233;es et des bandes d'extr&#234;me droite enr&#233;giment&#233;es par les divers Etats nous sont pr&#233;sent&#233;s comme des actes spontan&#233;s des peuples ! Mais toute l'histoire de cette guerre civile nous montre le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Plusieurs fois des villages et m&#234;me des r&#233;gions, comme celle de Tuzla au cours de la guerre de Bosnie, se sont organis&#233;s pour prot&#233;ger leurs minorit&#233;s et refuser l'&#233;puration ethnique, mais ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s par l'arm&#233;e et les bandes d'extr&#234;me droite de leur propre nationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Quand les serbes de la Krajina ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s, les forces nationalistes serbes ont essay&#233; d'appeler massivement la population serbe &#224; s'enr&#233;gimenter dans des milices mais celle-ci a refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; En 1996 le pouvoir serbe a voulu faire signer une lettre d'all&#233;geance au pouvoir &#224; tous les professeurs d'universit&#233; : une centaine ont refus&#233; et ont &#233;t&#233; exclus de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Ceux que l'on appelle les partis citoyens et qui refusent les divisions raciales ont &#233;t&#233; majoritaires dans plusieurs r&#233;gions puis r&#233;duits par la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Des villes comme Banja Luka dans la zone serbe de Bosnie se sont r&#233;volt&#233;es contre les bandes arm&#233;es et les profiteurs de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela s'est produit en Serbie comme dans les autres r&#233;gions et il faut se m&#233;fier des commentaires qui ont vite fait de faire croire que tous les Serbes sont du c&#244;t&#233; de l'extr&#234;me droite et de Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, le gouvernement a fait mine de se pr&#233;occuper de la population bosniaque, de s'int&#233;resser &#224; l'aide humanitaire ou &#224; la sauvegarde de la ville de Sarajevo o&#249; Mitterrand a m&#234;me &#233;t&#233; se promener. Mais le m&#234;me Mitterrand a refus&#233; de commenter les informations donn&#233;es par le pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovitc sur les exactions commises par les troupes et groupes paramilitaire serbes, et a affirm&#233; n'en avoir jamais rien su, ce qui &#233;tait un aveu de complicit&#233; politique avec Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce ne sont pas les pays occidentaux mais c'est la population serbe elle-m&#234;me qui a toujours repr&#233;sent&#233; la principale menace pour Milosevic. Et d'abord en 1992. Le 9 mars 1992, jour anniversaire des &#233;meutes de 1991 du Kosovo durement r&#233;prim&#233;es, 40 000 personnes ont manifest&#233; &#224; Belgrade contre le r&#233;gime. Des organisations d&#233;mocratiques sont alors apparues. Le 14 juin suivant, &#224; Belgrade, des milliers de manifestants pacifistes ont manifest&#233; contre la guerre et demand&#233; l'amnistie des 200 000 insoumis arr&#234;t&#233;s. Le 15 juin 1992 les &#233;tudiants de Belgrade se sont mis en gr&#232;ve, r&#233;clamant la d&#233;mission de Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Histoire des guerres de Yougoslavie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Yougoslavie, tout a commenc&#233; en 1986-1989 par une vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui a affol&#233; les classes dirigeantes au point qu'elles ont lanc&#233; la guerre entre nationalit&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7949&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article7949&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats europ&#233;ens soutenaient les bandes de tueurs de chaque camp de la guerre de Yougoslavie et le camp de la France, c'&#233;tait la Serbie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1855&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.matierevolution.org/spip.php?article1855&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au bout, Mitterrand d&#233;fend Milosevic, m&#234;me apr&#232;s les massacres de ce dernier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=gHjPxVMOOjU&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=gHjPxVMOOjU&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitterrand d&#233;clare en d&#233;cembre 1991 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous me demandez qui est l'agresseur et qui est l'agress&#233; ? Je suis incapable de vous le dire. Ce que je sais c'est que l'histoire de la Serbie et de la Croatie, depuis d&#233;j&#224; longtemps, est remplie de drames de ce genre. Notamment, lors de la derni&#232;re guerre mondiale, les Serbes ont eu beaucoup de personnes tu&#233;es dans les camps croates. Vous savez que la Croatie faisait partie du bloc nazi et pas la Serbie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-strategique-2015-3-page-63.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-strategique-2015-3-page-63.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roland Dumas (le proche de Mitterrand sur la m&#234;me longueur d'onde &#224; propos de Milosvevic) : &#171; Nous avons en outre une arri&#232;re-pens&#233;e : prot&#233;ger la Serbie. Je ne dis pas qu'elle est notre alli&#233;e, mais elle l'a &#233;t&#233;, et cela laisse des traces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-strategique-2015-3-page-63.htm#no29&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/revue-strategique-2015-3-page-63.htm#no29&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Jacques Attali, d&#233;j&#224; en janvier 1992, Mitterrand a d&#233;clar&#233; : &#171; Il n'y a que les Serbes de s&#233;rieux dans ce pays. &#187; (rapport&#233; par Georges-Marie Chenu, diplomate qui parle de &#8216;l'inclination de Mitterrand pour les Serbes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1997_num_62_2_4649&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1997_num_62_2_4649&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic b&#233;n&#233;ficie d'une &#233;tonnante mansu&#233;tude de la part des Europ&#233;ens et en particulier du pr&#233;sident fran&#231;ais, Fran&#231;ois Mitterrand, lequel devient c&#233;l&#232;bre pour une phrase d'anthologie : &#171; Il ne faut pas ajouter la guerre &#224; la guerre ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.herodote.net/Les_guerres_de_Yougoslavie-synthese-612-383.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.herodote.net/Les_guerres_de_Yougoslavie-synthese-612-383.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Mitterrand dissuadait les USA d'intervenir contre Milosevic&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1992/07/24/la-serbie-appuie-la-juste-lutte-des-serbes-de-croatie-et-de-bosnie-declare-le-president-milosevic_3901568_1819218.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/archives/article/1992/07/24/la-serbie-appuie-la-juste-lutte-des-serbes-de-croatie-et-de-bosnie-declare-le-president-milosevic_3901568_1819218.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic &#224; l'Elys&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab93013844/milosevicnegociations&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab93013844/milosevicnegociations&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/xfcy3s&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.dailymotion.com/video/xfcy3s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab93013821/interview-pdt-milosevic&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab93013821/interview-pdt-milosevic&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;union et en images&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.befr.ebay.be/itm/394973799046&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.befr.ebay.be/itm/394973799046&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.gettyimages.ch/detail/nachrichtenfoto/french-president-fran%C3%A7ois-mitterrand-opens-the-meeting-nachrichtenfoto/151345041?language=it&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.gettyimages.ch/detail/nachrichtenfoto/french-president-fran%C3%A7ois-mitterrand-opens-the-meeting-nachrichtenfoto/151345041?language=it&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le double jeu de Mitterrand &#224; Sarajevo : aux bosniaques &#171; nous allons vous aider &#187; mais en apart&#233; &#171; ne soyez pas na&#239;fs &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-vif-de-l-histoire/13h54-le-vif-de-l-histoire-du-vendredi-17-juin-2022-9248782&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-vif-de-l-histoire/13h54-le-vif-de-l-histoire-du-vendredi-17-juin-2022-9248782&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les historiens qui auront &#224; c&#339;ur d'analyser les archives non seulement de la France, mais aussi du TPIY, devront donc porter toute leur attention sur le souci de Fran&#231;ois Mitterrand de soutenir la Serbie de Milosevic&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/louise-l-lambrichs/blog/300321/en-echo-au-rapport-duclert-la-guerre-en-ex-yougoslavie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/louise-l-lambrichs/blog/300321/en-echo-au-rapport-duclert-la-guerre-en-ex-yougoslavie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toute la classe politique est pro-serbe au sens de Mitterrand, c'est-&#224;-dire [qu'elle pense que] c'est une guerre de tous coupables. Il s'agissait pour les Fran&#231;ais d'&#233;quilibrer les crimes, parce qu'on soutenait les Serbes et on avait toujours soutenu les Serbes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://shs.hal.science/tel-01413370/document&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://shs.hal.science/tel-01413370/document&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitterrand n'a pas cach&#233; sa pr&#233;f&#233;rence pour Milosevic pendant la guerre civile qui a suivi l'&#233;clatement de la Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire que Mitterrand a r&#233;ellement soutenu les Serbes. Sa c&#233;l&#232;bre arriv&#233;e &#224; Sarajevo au d&#233;but de la guerre a emp&#234;ch&#233; les frappes a&#233;riennes contre les forces serbes. A son arriv&#233;e, seul l'a&#233;roport de Sarajevo &#233;tait ouvert &#224; l'arriv&#233;e de l'aide humanitaire. Pendant la guerre, Mitterrand a rencontr&#233; une d&#233;l&#233;gation bosniaque dirig&#233;e par Izetbegovi&#263; et il a commenc&#233; &#224; leur dire que les musulmans &#233;taient responsables de la guerre et qu'ils voulaient une r&#233;publique islamique. L'ambassadeur de Bosnie-Herz&#233;govine aupr&#232;s de l'ONU, Muhamed &#352;a&#263;irbegovi&#263;, lui a r&#233;pondu. Il lui a dit que si nous luttons pour une r&#233;publique islamique, pourquoi Nikola Kova&#269;, le Serbe et ambassadeur de Bosnie-Herz&#233;govine en France, fait-il partie de cette d&#233;l&#233;gation ? Mitterrand a regard&#233; Kova&#269; et lui a demand&#233; s'il &#233;tait vraiment Serbe. Il le lui a confirm&#233;. Mitterrand le regarda quelques secondes et lui dit : Vous &#234;tes un tra&#238;tre &#224; votre nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B. Jovi&#263;, repr&#233;sentant Milosevic, &#233;tait &#224; Paris, en novembre 1990 pour signer la &#171; Charte de Paris pour une nouvelle Europe &#187;. Probablement la premi&#232;re carte blanche pour les projets de Jovi&#263; et Milo&#353;evi&#263;, bien qu'ils soient r&#233;serv&#233;s sur la question des &#171; droits des minorit&#233;s &#187;. Ainsi, d&#232;s le d&#233;but, il &#233;tait pr&#234;t &#224; regarder &#224; travers les doigts la r&#233;alisation du plan d'inspiration serbe pour une nouvelle Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www-quora-com.translate.goog/Did-Fran%C3%A7ois-Mitterrand-sympathize-with-Serbs-during-the-war-in-Bosnia?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www-quora-com.translate.goog/Did-Fran%C3%A7ois-Mitterrand-sympathize-with-Serbs-during-the-war-in-Bosnia?_x_tr_sl=auto&amp;_x_tr_tl=fr&amp;_x_tr_hl=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Mitterrand (comme pour John Major), les nouvelles r&#233;publiques slov&#232;ne et croate, de par leur pass&#233; austro-hongrois et leur situation g&#233;ographique, &#233;taient fatalement vou&#233;es &#224; tomber&#8200;dans&#8200;la&#8200;sph&#232;re d'influence de l'Allemagne.&#8200;Seule&#8200;une Serbie forte pourrait freiner&#8200;l'expansionnisme allemand tant redout&#233;. Il fallait donc soutenir Milosevic et son projet de Grande Serbie, au prix du sacrifice de la Bosnie. Ce calcul cynique du pr&#233;sident fran&#231;ais contribua de fa&#231;on d&#233;cisive &#224; la prolongation du si&#232;ge de Sarajevo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;v&#233;nements d'avril 1992 &#224; septembre 1995 illustrent de fa&#231;on tragique les ravages caus&#233;s par cette strat&#233;gie rancie, avec la complicit&#233; &#233;hont&#233;e manifest&#233;e par les commandements militaires fran&#231;ais et britanniques avec les assi&#233;geants. Les d&#233;fenseurs de la cause bosniaque qui manifestaient &#224; Paris avec des pancartes repr&#233;sentant le pr&#233;sident fran&#231;ais sur les cr&#226;nes des victimes, avec pour l&#233;gende&#8200;&#8220;Fran&#231;ois&#8200;Ier,&#8200;roi&#8200;des Serbes&#8221;, avaient raison. Le g&#233;nocide de 120 000 Musulmans de Bosnie ob&#233;issait &#224; un machiav&#233;lisme qui pr&#233;f&#233;rait ignorer les &#8220;dommages&#8200;collat&#233;raux&#8221;&#8200;du si&#232;ge de Sarajevo. Jamais Fran&#231;ois Mitterrand n'exprima sa compassion pour les victimes ; cette indiff&#233;rence, dissimul&#233;e sous le masque d'une pr&#233;tendue impartialit&#233; envers &#8220;les parties impliqu&#233;es dans le conflit&#8221;, poussa les souffrances des Bosniaques aux confins de l'indicible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La collusion entre les commandements&#8200;de&#8200;la&#8200;FORPRONU [Force de protection des Nations unies, cr&#233;&#233;e en 1992 pour prot&#233;ger les civils en Croatie puis en Bosnie, et remplac&#233;e en 1995 par l'OTAN (IFOR)] et les h&#233;rauts de la Grande Serbie n'&#233;taient pas un secret pour nous, qui assist&#226;mes au martyre de Sarajevo pendant les quarante mois de si&#232;ge. Lors d'une r&#233;union organis&#233;e au lendemain des accords boiteux de Dayton [en novembre 1995] par Ignacio Ramonet et Le Monde diplomatique, je listai longuement les preuves de cette collusion : non-application&#8200;des&#8200;r&#233;solutions&#8200;de l'ONU, plans de paix directement jet&#233;s &#224; la poubelle, accords de cessez-le-feu viol&#233;s quelques minutes apr&#232;s leur signature, r&#233;tention et pillage des convois d'assistance aux populations assi&#233;g&#233;es, massacres programm&#233;s de civils, bombardements brutaux des zones dites &#8220;prot&#233;g&#233;es&#8221; [par la FORPRONU]&#8230; Cette accumulation de crimes et de violations n'&#233;branla pas le moins du monde la politique franco-anglaise, sourde aux r&#233;alit&#233;s de l'Europe nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'in&#233;luctable processus de r&#233;unification allemande, qui culmina le 3 octobre 1990, surprit autant Mitterrand et Thatcher que Helmut Kohl et Erich Honecker : les Allemands de l'Est vot&#232;rent avec leurs pieds, la RDA se transforma en coquille vide et cette acc&#233;l&#233;ration&#8200;de&#8200;l'Histoire&#8200;eut&#8200;aussi pour cons&#233;quence le d&#233;but des conflits dans&#8200;les&#8200;Balkans&#8200;et&#8200;la&#8200;destruction acharn&#233;e d'une ville qui, au temps de la F&#233;d&#233;ration de Yougoslavie, avait &#233;t&#233; un creuset de cultures aussi exemplaire que vivifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/article/2009/11/05/le-machiavelisme-aveugle-de-francois-mitterrand&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.courrierinternational.com/article/2009/11/05/le-machiavelisme-aveugle-de-francois-mitterrand&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef d'&#233;tat-major des arm&#233;es de Mietterrand, l'amiral Lanxade, qui lui-m&#234;me d&#233;ploie une strat&#233;gie approuv&#233;e par l'Elys&#233;e explique la politique de Mitterrand :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pr&#233;sident [...] ne s'est pas engag&#233; d&#232;s 1991 pour une cause humanitaire, encore moins une impulsion d'affinit&#233;s sentimentales, mais pour des objectifs politiques et strat&#233;giques. [...] Un imp&#233;ratif primordial s'imposait &#224; lui : faire tout simplement &#034;que les Balkans n'explosent pas&#034;. [...] L'humanitaire est venu ensuite. [...] Durant ces quatre ann&#233;es, l'approche du pr&#233;sident est avant tout historique et elle vise un objectif fondamental, pragmatique : que cette crise au c&#339;ur de l'Europe cesse, &#224; tout le moins, qu'elle ne d&#233;borde pas. Tout doit revenir imp&#233;rativement &#224; la stabilit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune action militaire n'est men&#233;e contre les Serbes, m&#234;me en cas de l&#233;gitime d&#233;fense, durant la pr&#233;sidence de Mitterrand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://survie.org/billets-d-afrique/2017/269-juillet-aout-2017/article/vent-glacial-sur-sarajevo&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://survie.org/billets-d-afrique/2017/269-juillet-aout-2017/article/vent-glacial-sur-sarajevo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Serbie a une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re et se pr&#233;sente aux yeux de Fran&#231;ois Mitterrand comme garante de cette stabilit&#233; si recherch&#233;e. Elle est &#224; l'&#233;poque une alli&#233;e militaire de la France. Avant la guerre, le g&#233;n&#233;ral Morillon a &#233;t&#233; pendant deux ans l'envoy&#233; du minist&#232;re de la D&#233;fense fran&#231;ais aupr&#232;s de l'arm&#233;e yougoslave, et pr&#233;sident d'une commission franco-yougoslave aux armements [3].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic : &#171; Oui, nous savons, et appr&#233;cions que M. Mitterrand ait salu&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
particuli&#232;rement les soldats serbes pour c&#233;l&#233;brer la victoire de la Premi&#232;re Guerre&lt;br class='autobr' /&gt;
mondiale. Serbes et Fran&#231;ais, vous le savez, ont toujours &#233;t&#233; alli&#233;s dans toutes&lt;br class='autobr' /&gt;
les guerres. [&#8230;] Cette fois, cela doit se r&#233;p&#233;ter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://ipr.pantheonsorbonne.fr/sites/default/files/inline-files/53_4_BIPR_LR2.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://ipr.pantheonsorbonne.fr/sites/default/files/inline-files/53_4_BIPR_LR2.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de Milosevic est aussi celle d'une partie des &#233;lites fran&#231;aises : la reconnaissance pr&#233;matur&#233;e des ind&#233;pendances slov&#232;ne et croate aurait pr&#233;cipit&#233; la guerre dans l'ex Yougoslavie. En fait, elle avait commenc&#233; trois mois avant que ces R&#233;publiques ne soient finalement reconnues comme Etats. Et en d&#233;cembre 1994, le g&#233;n&#233;ral &#224; la retraite Pierre-Marie Gallois, un des p&#232;res de la dissuasion fran&#231;aise, &#233;crivait &#224; Radovan Karadzic, alors pr&#233;sident des ultra-nationalistes serbes de Bosnie, accus&#233; de crimes contre l'humanit&#233; et de g&#233;nocide, une missive &#233;loquente publi&#233;e par le quotidien serbe Vecerni Novosti : &#171; vous savez combien personnellement je regrette, &#233;tant octog&#233;naire, de ne plus &#234;tre en mesure d'&#234;tre avec vos soldats pour t&#233;moigner la gratitude de mon pays dans les batailles que vous menez au nom d'une cause qui nous est commune : le droit des peuples contre l'imp&#233;rialisme allemand. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1995, le g&#233;n&#233;ral Jean-Ren&#233; Bachelet, commandant des troupes de l'Onu &#224; Sarajevo, est rappel&#233; &#224; Paris pour avoir critiqu&#233; les accords de Dayton en &#233;voquant notamment le drame de populations serbes &#171; qui se croient contraintes &#224; choisir entre la valise et le cercueil &#187;. L'&#233;t&#233; dernier encore, le Washington Post mettait en cause un officier sup&#233;rieur fran&#231;ais, le commandant Herv&#233; Gourmelon, charg&#233; de mission de liaison avec les Serbes bosniaques pour ses relations &#171; contestables &#187; avec Radovan Karadzic. Selon les Am&#233;ricains, il l'aurait inform&#233; des divers plans pr&#233;par&#233;s par la Sfor, la force de l' Otan en Bosnie, pour son arrestation et son transfert devant la justice internationale. Paris a d&#233;menti avec embarras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/evenement/1998/11/03/france-serbie-une-si-longue-amitie-paris-est-regulierement-soupconne-de-proserbisme-par-ses-allies_252489/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.liberation.fr/evenement/1998/11/03/france-serbie-une-si-longue-amitie-paris-est-regulierement-soupconne-de-proserbisme-par-ses-allies_252489/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir soutenu Milosevic, Mitterrand prend le tournant mais justifie le pass&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUESTION.- Sur l'affaire serbe, ne vous &#234;tes vous pas tromp&#233; sur Milosevic ? Tenter la voie diplomatique et non la violence n'a-t-il pas confort&#233; sa politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LE PRESIDENT.- Je continue de penser que c'est ce qu'il fallait faire. L'attitude que j'ai d&#233;fendue &#224; Luxembourg au mois de juin 1991, lorsque nous avons &#233;t&#233; saisis pour la premi&#232;re fois de cette affaire, a &#233;t&#233; de surseoir &#224; la reconnaissance imm&#233;diate des r&#233;publiques issues de l'ancienne Yougoslavie jusqu'&#224; fixation par la soci&#233;t&#233; internationale des droits des minorit&#233;s. J'estime que la faute majeure a &#233;t&#233; commise sous la pouss&#233;e des &#233;v&#233;nements. Reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance et la souverainet&#233; des Etats nouveaux sans avoir obtenu les garanties que je demandais, c'&#233;tait s'exposer aux drames qui ont suivi. Ce dossier a &#233;t&#233; mal trait&#233; par la Communaut&#233; et par les Nations unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Quant &#224; la nature de Milosevic, il &#233;tait communiste, comme beaucoup d'autres, et il a su se faire &#233;lire en pin&#231;ant la corde nationaliste. Qui a pu imaginer qu'on ferait une guerre pr&#233;ventive contre les Serbes ? Les Am&#233;ricains ne veulent pas intervenir autrement que par l'aviation. Les Allemands ? Leur constitution ne le leur permet pas. Les Anglais ne veulent surtout pas engager leur arm&#233;e. Les Italiens non plus. Alors qui ? La violence, c'e&#251;t &#233;t&#233; quoi ? Bombarder Belgrade ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Comment voulez-vous &#233;tablir un cordon sanitaire &#224; l'int&#233;rieur de ce pays o&#249; les populations sont &#233;troitement m&#234;l&#233;es ? Ce n'est pas la ligne Siegfried ni la ligne Maginot ! D'ailleurs, les dirigeants de la Bosnie, ce pays aujourd'hui victime d'une guerre implacable, ne demandent pas tant une intervention militaire que le moyen de se d&#233;fendre eux-m&#234;mes. D'o&#249; la question de l'embargo qui nuit &#224; ceux que l'on voulait aider. Mais c'est une affaire &#224; traiter par le Conseil de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.vie-publique.fr/discours/135753-interview-de-m-francois-mitterrand-president-de-la-republique-accorde&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.vie-publique.fr/discours/135753-interview-de-m-francois-mitterrand-president-de-la-republique-accorde&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic re&#231;u officiellement &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab91041712/president-serbe-a-paris&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cab91041712/president-serbe-a-paris&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=x5NEO_Dr3u8&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=x5NEO_Dr3u8&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic &#224; l'Elys&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/xfcy3r&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.dailymotion.com/video/xfcy3r&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence de presse de Mitterrand sur la Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fresques.ina.fr/mitterrand/fiche-media/Mitter00206/conference-de-presse-de-francois-mitterrand-a-propos-de-la-crise-en-yougoslavie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fresques.ina.fr/mitterrand/fiche-media/Mitter00206/conference-de-presse-de-francois-mitterrand-a-propos-de-la-crise-en-yougoslavie.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyage de Mitterrand en Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=HFNTW8bYi6c&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=HFNTW8bYi6c&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=Q46Tm_2MUeI&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Q46Tm_2MUeI&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kouchner repr&#233;sente Mitterrand en Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=dcDwxlx3rCs&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=dcDwxlx3rCs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le conflit des Balkans, Fran&#231;ois Mitterrand dira plus tard &#171; moi vivant, jamais la France ne fera la guerre &#224; la Serbie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/27-juin-1992-francois-mitterrand-a-sarajevo-4560494&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/27-juin-1992-francois-mitterrand-a-sarajevo-4560494&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'entretien publi&#233;, vendredi 29 novembre, par le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung, M. Fran&#231;ois Mitterrand se refuse &#224; d&#233;signer dans le conflit yougoslave un agresseur et un agress&#233;. &#034; Ce que je sais, dit-il, c'est que l'histoire de la Serbie et de la Croatie est depuis longtemps pleine de tels drames. En particulier pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale, o&#249; de nombreux Serbes sont morts dans des camps croates. Comme vous le savez, la Croatie faisait partie du bloc nazi, pas la Serbie. Apr&#232;s la mort de Tito, le conflit latent entre Serbes et Croates devait &#233;clater. On en est l&#224;. Je ne crois pas que la Serbie veuille faire la guerre pour s'emparer de la Croatie, mais pour obtenir un d&#233;placement des fronti&#232;res et une forme de contr&#244;le direct ou indirect sur les minorit&#233;s serbes [de Croatie]. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France, rappelle le pr&#233;sident de la R&#233;publique, reconna&#238;t le droit &#224; l'autod&#233;termination des Serbes et des Croates. &#034; La question que nous posons est la suivante : ces deux futurs Etats peuvent-ils devenir souverains au regard du droit international sans une forme de caution internationale ? La fronti&#232;re int&#233;rieure qui s&#233;pare la Croatie de la Serbie devient-elle automatiquement une fronti&#232;re internationale ? &#034; demande-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1991/12/01/yougoslavie-les-declarations-de-m-mitterrand-a-la-frankfurter-allgemeine-zeitung-la-frontiere-interieure-devient-elle-automatiquement-une-frontiere-internationale_4033956_1819218.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lemonde.fr/archives/article/1991/12/01/yougoslavie-les-declarations-de-m-mitterrand-a-la-frankfurter-allgemeine-zeitung-la-frontiere-interieure-devient-elle-automatiquement-une-frontiere-internationale_4033956_1819218.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois Mitterrand s'opposait cat&#233;goriquement &#224; l'&#233;clatement de la Yougoslavie, au nom de la &#171; traditionnelle amiti&#233; &#187; entre les Fran&#231;ais et les Serbes.Pas au nom de l'amiti&#233; avec les Yougoslaves !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lhistoire.fr/nos-amis-les-serbes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.lhistoire.fr/nos-amis-les-serbes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapport &#224; l'assembl&#233;e nationale sur les responsabilit&#233;s mitterrandiennes dans le massacre de Srebrenica&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chirac venait de prendre ses fonctions de pr&#233;sident &#224; la suite de Mitterrand et l'arm&#233; &#187;e fran&#231;aise menait la politique&#8230; de Mitterrand&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; A cette &#233;poque, la France et la Grande-Bretagne avaient, depuis quatre ans, soit le d&#233;but du conflit en 1991, des positions non interventionnistes, mod&#233;r&#233;es, neutralistes, de maintien de la paix et non de r&#233;tablissement de la paix. Or, le Pr&#233;sident Chirac, qui venait de prendre ses fonctions depuis quelques semaines, avait une attitude beaucoup plus interventionniste, ce qui est tout &#224; son honneur. A peine entr&#233; en fonction, il s'&#233;tait trouv&#233; brutalement confront&#233; &#224; l'affaire des otages en majorit&#233; fran&#231;ais et &#224; l'affront serbe. Il avait alors qualifi&#233; les Serbes de terroristes. H&#233;las, l'appareil militaire fran&#231;ais, &#224; Paris comme sur le terrain, &#8211; &#224; l'exception du g&#233;n&#233;ral Morillon qui avait d'ailleurs &#233;t&#233; rappel&#233; apr&#232;s avoir, de son propre fait, institu&#233; Srebrenica en zone de s&#233;curit&#233; et du g&#233;n&#233;ral Cot qui rua courageusement dans les brancards - continuait &#224; &#234;tre &#224; l'heure mitterrandienne. Il &#233;tait neutre, voire, pour certains de ses membres, pro-serbe, renvoyait les bellig&#233;rants dos &#224; dos, suspectait les Bosniaques de mauvais coups pour forcer la main de la FORPRONU et intervenir &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Cet appareil militaire fran&#231;ais n'&#233;tait rien moins, &#224; Paris comme sur le terrain, sauf exception, qu'interventionniste. Qu'allait-on faire dans cette &#034; gal&#232;re &#034; bosniaque o&#249; tous les chats sont gris, ces Balkans aux vendettas ethniques s&#233;culaires, o&#249; nul int&#233;r&#234;t fran&#231;ais n'&#233;tait en jeu ? La pr&#233;occupation premi&#232;re de cet appareil militaire n'&#233;tait pas, a priori, l'application du mandat de la FORPRONU, &#224; savoir pr&#233;server les populations civiles et maintenir la paix, mais surtout pr&#233;server nos hommes et le pr&#233;cieux mat&#233;riel. En ce qui concerne la France, c'est dans ce contexte que va se produire la chute de Srebrenica : un pr&#233;sident courageux face &#224; un appareil militaire attentiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la chute de Srebrenica est le fruit de cette longue politique d'attentisme, de non-intervention, de politique humanitaire, le point abyssal d'une certaine attitude politique de la communaut&#233; internationale, notamment de la France et de la Grande-Bretagne &#8211; car ce sont elles qui ont men&#233; le jeu jusqu'&#224; l'entr&#233;e en sc&#232;ne des Am&#233;ricains avant Dayton &#8211;, elle s'est n&#233;anmoins jou&#233;e en quelques jours. Mon sentiment, et j'ai recueilli de nombreux t&#233;moignages de militaires en ce sens, c'est que Srebrenica n'aurait jamais d&#251; tomber. Je m'inscris en faux contre ce qu'a dit l'amiral Jacques Lanxade &#224; la s&#233;ance pr&#233;c&#233;dente. Je ne suis pas un sp&#233;cialiste des affaires militaires, mais les militaires ont toujours beau jeu d'avancer des donn&#233;es techniques, des contraintes propres &#224; leur science, &#224; leur m&#233;tier. Ce qui a fait d&#233;faut &#224; Srebrenica, ce ne sont pas les moyens militaires, mais la volont&#233; humaine et politique de sauver la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Bernard Janvier, que j'ai rencontr&#233; longuement, est un homme tout &#224; fait respectable. Il a &#233;t&#233; tr&#232;s choqu&#233; de ce qui est arriv&#233; par la suite et des cons&#233;quences de son action ou son inaction. Il en porte douloureusement le poids moral. C'est un officier qui avait tr&#232;s brillamment dirig&#233; la division Daguet dans le Golfe, mais il se trouve que, sur le terrain en Bosnie, il fut un tr&#232;s mauvais g&#233;n&#233;ral et sa responsabilit&#233; est tr&#232;s lourde. On a parl&#233;, &#224; son sujet, de trahison, mais je m'&#233;l&#232;ve contre cela. Un journaliste allemand a dit qu'il aurait re&#231;u, la veille de la chute de Srebrenica, un coup de t&#233;l&#233;phone du Pr&#233;sident Chirac lui ordonnant de ne rien faire, de ne pas requ&#233;rir l'aviation, etc. C'est, &#224; mon sens, totalement absurde et passablement scandaleux. Il ne s'agit pas de quelque trahison que ce soit, mais en revanche d'incomp&#233;tence, d'irr&#233;solution, de parti pris et de multiples erreurs de jugement. Je soulignerai quatre points en ce qui concerne l'attitude du g&#233;n&#233;ral Janvier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en premier lieu, il se m&#233;fiait des Bosniaques. Je le cite : &#034; Ils veulent nous entra&#238;ner dans leur guerre contre les Serbes &#034; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en deuxi&#232;me lieu, il faisait plut&#244;t confiance aux Serbes. Lors de son fameux entretien du 9 juin &#224; Split avec le g&#233;n&#233;ral Ruppert Smith et M. Yasushi Akashi lors duquel le g&#233;n&#233;ral Smith pr&#244;ne une attitude offensive contre les Serbes en disant qu'ils vont prendre des enclaves de l'Est, le g&#233;n&#233;ral Janvier prononcera des phrases qui, r&#233;trospectivement, sonnent tr&#232;s lourd : &#034; Nous n'aurons jamais la possibilit&#233; de combattre et d'imposer notre volont&#233; aux Serbes. Une fois encore, les Serbes sont dans une position politique tr&#232;s favorable et ne prendront pour rien au monde le risque de la compromettre. Il est clair que nous ne pouvons imposer une solution par la force telle qu'un couloir par exemple. La seule fa&#231;on est de passer par la n&#233;gociation politique &#034;. Il ajoute que &#034; le droit des Serbes &#224; cr&#233;er un Etat ind&#233;pendant devrait &#234;tre reconnu &#034; et que &#034; les sanctions &#233;conomiques de l'ONU devraient &#234;tre lev&#233;es &#034;. Il existe un penchant assez net du g&#233;n&#233;ral Janvier en ce sens ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en troisi&#232;me lieu, il ne cessait de proclamer l'ind&#233;fendabilit&#233; des enclaves. Il &#233;tait all&#233; &#224; New York devant le Conseil de s&#233;curit&#233;, le 29 mai, pour d&#233;clarer que les enclaves &#233;taient ind&#233;fendables, qu'il fallait donc s'en retirer, &#224; moins qu'on lui donne les 35 000 hommes n&#233;cessaires, au lieu des 7 000 pr&#233;sents dans les enclaves. Je le cite : &#034; Ecartons-nous des endroits o&#249; tombe la foudre &#034; Il avait ajout&#233; : &#034; La seule arme capable de d&#233;fendre les enclaves, c'est l'arme a&#233;rienne, la dissuasion a&#233;rienne &#034; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; en dernier lieu, bien qu'il ait affirm&#233; cela le 29 mai devant le Conseil de s&#233;curit&#233;, &#224; huis clos, il ne croyait pas &#224; l'efficacit&#233; de l'arme a&#233;rienne. Jusqu'au dernier moment, il se refusera, malgr&#233; les six demandes en six jours du colonel Thomas Karremans &#224; Srebrenica, &#224; envoyer les avions. Il ne les enverra que le 11 juillet &#224; 12 heures. L'enclave tombera &#224; 16 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Janvier est venu &#224; Paris le 8 juillet 1995. Il me l'a dit lui-m&#234;me, et cela m'a &#233;t&#233; confirm&#233; par M. Jean-Claude Mallet du secr&#233;tariat g&#233;n&#233;ral de la d&#233;fense nationale. Il a rencontr&#233;, &#224; cette occasion, selon ses propres notes, le Ministre de la D&#233;fense, M. Charles Millon, l'amiral Lanxade et selon Bruno Racine, le Premier ministre, M. Alain Jupp&#233;. Il &#233;tait venu &#224; Paris pour parler non pas de Srebrenica, qui &#233;tait d&#233;j&#224; attaqu&#233;e, mais de la Force de r&#233;action rapide. En effet, il voyait dans cette force, institu&#233;e par Jacques Chirac en r&#233;ponse &#224; la prise d'otages par les Serbes de nos casques bleus, une force qui &#233;chappait &#224; son contr&#244;le. D&#233;pendrait-elle de la FORPRONU, de l'OTAN, ou serait-elle franco-hollando-britannique et aurait-il le contr&#244;le sur elle ? Il &#233;tait assez inquiet, d'autant que l'amiral Lanxade avait dit que cette force, qui &#233;tait sur le point d'&#234;tre op&#233;rationnelle, pourrait contribuer &#224; ouvrir des couloirs vers les enclaves. Il conviendra peut-&#234;tre de demander &#224; tous ceux que votre mission auditionnera le contenu des &#233;changes entre le g&#233;n&#233;ral Janvier et ses interlocuteurs. Le lendemain, il a quitt&#233; Paris pour Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais un retour en arri&#232;re. Le g&#233;n&#233;ral Janvier avait rencontr&#233; le g&#233;n&#233;ral Ratko Mladic &#224; Zvornic, le 4 juin 1995, pour la lib&#233;ration des otages. Le New York Times et d'autres grands journaux se sont demand&#233; s'il n'y avait pas eu une n&#233;gociation : la lib&#233;ration des otages contre l'assurance qu'il n'y aurait plus de raids. Tout cela a &#233;t&#233; d&#233;menti par le g&#233;n&#233;ral Janvier lui-m&#234;me et d'autres encore, mais ce point reste n&#233;anmoins &#224; pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; son action directe sur la chute de Srebrenica, je vous renverrai &#224; un livre, Le grand massacre Srebrenica - juillet 1995, &#233;crit par un journaliste am&#233;ricain, David Rohde, laur&#233;at du prix Pulitzer. C'est lui qui a d&#233;couvert les charniers au mois d'ao&#251;t 1995 et qui a ensuite men&#233; cette grande enqu&#234;te. Il raconte en d&#233;tail la fameuse r&#233;union qui se tient &#224; Zagreb le 10 juillet au soir, quand l'enclave est tr&#232;s directement menac&#233;e. Les Serbes sont &#224; 800 m&#232;tres de Srebrenica, les N&#233;erlandais ont institu&#233; quatre positions de blocage sur lesquelles les Serbes tirent alors que, pour la cinqui&#232;me fois, le colonel Karremans demande un soutien rapproch&#233; au sol pour la protection des casques bleus n&#233;erlandais qui sont attaqu&#233;s. Cette grande r&#233;union, dont on a le compte rendu en d&#233;tail, r&#233;unit tout l'&#233;tat-major de la FORPRONU. Parmi les participants se trouvent des officiers de liaison avec l'OTAN, des officiers fran&#231;ais, am&#233;ricains et n&#233;erlandais. Le g&#233;n&#233;ral n&#233;erlandais Ton Kolsteren a d&#233;j&#224; pris contact avec La Haye pour savoir si son gouvernement accepte les raids a&#233;riens et s'il est pr&#234;t &#224; mettre en p&#233;ril la vie des trente otages n&#233;erlandais d&#233;tenus par les Serbes, Mladic ayant menac&#233;, en cas de raids, de les ex&#233;cuter. A Srebrenica, plusieurs des positions n&#233;erlandaises sont tomb&#233;es les jours pr&#233;c&#233;dents. Le colonel Karremans pr&#233;sent &#224; Srebrenica, ne cesse d'appeler tous les quarts d'heure. La Haye donne n&#233;anmoins son feu vert au g&#233;n&#233;ral Kolsteren pour le lancement de raids a&#233;riens. Toutefois, malgr&#233; ces pressions et l'accord quasi-unanime de cet &#233;tat-major r&#233;uni par le g&#233;n&#233;ral Janvier, ce dernier ne se r&#233;soudra pas &#224; envoyer les avions et suspendra les raids jusqu'au lendemain matin, le 11 juillet. A aucun moment, le g&#233;n&#233;ral Janvier n'envisagera de raids a&#233;riens, jusqu'&#224; cette date. Un des participants &#224; la r&#233;union a racont&#233; la sc&#232;ne en d&#233;tail. Cette r&#233;union est &#233;galement marqu&#233;e par la fameuse absence du g&#233;n&#233;ral Janvier qui s'isole dans une pi&#232;ce et a une conversation en fran&#231;ais pendant quarante-cinq minutes. C'est l&#224; que les gloses se sont donn&#233; libre cours. Aurait-il appel&#233; Paris pour prendre ses ordres ? Qui a-t-il appel&#233; ? Quand je lui ai pos&#233; la question, il m'a r&#233;pondu avoir eu cette conversation avec le g&#233;n&#233;ral Gobilliard &#224; Sarajevo. A ses c&#244;t&#233;s &#233;tait son assistant, le colonel Thierry Mon&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le g&#233;n&#233;ral Janvier, j'ajouterai simplement que M. Yasushi Akashi pr&#233;cise lui-m&#234;me &#8211; ce sont ses propres mots &#8211; que le g&#233;n&#233;ral Janvier &#034; souffrait le martyre &#034; &#224; l'id&#233;e de d&#233;clencher l'appui a&#233;rien au sol. Le g&#233;n&#233;ral Janvier, jusqu'au dernier moment, lui confia qu'il ne voyait pas quel serait l'int&#233;r&#234;t des Serbes &#224; prendre l'enclave. Jusqu'au bout, il persistera &#224; croire aux assurances du g&#233;n&#233;ral serbe Dravko Tolimir, selon lesquelles l'objectif serbe &#233;tait non pas de prendre l'enclave, mais de la neutraliser afin qu'elle ne serve plus de base de d&#233;part aux attaques bosniaques dans les alentours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'attacherai maintenant &#224; &#233;voquer le r&#244;le et l'attitude de l'amiral Jacques Lanxade avant de passer au g&#233;n&#233;ral Christian Quesnot qui, &#224; mon sens, est celui qui a sauv&#233; l'honneur dans cette affaire. L'amiral Lanxade, que j'ai rencontr&#233; et qui a d'ailleurs apport&#233; son t&#233;moignage dans le film, &#233;tait le chef d'&#233;tat-major nomm&#233; pendant la pr&#233;sidence de Fran&#231;ois Mitterrand, lequel avait dit qu'on ne ferait jamais la guerre aux Serbes. Beaucoup le qualifient de tr&#232;s politique, de diplomate. Le Pr&#233;sident Chirac et l'amiral Lanxade se sont trouv&#233;s en opposition &#224; deux reprises. La premi&#232;re est survenue apr&#232;s la crise des otages, lorsque le Pr&#233;sident Chirac s'est indign&#233; qu'on ait pu laisser nos hommes dans ces positions et que les Serbes aient pu s'en emparer si facilement. Sa col&#232;re &#233;tait si grande que l'amiral Lanxade proposera sa d&#233;mission le 26 mai. La seconde sortie du Pr&#233;sident Chirac a lieu le 11 juillet, jour de la chute de Srebrenica, lors du sommet franco-allemand &#224; Strasbourg avec le Chancelier Helmut Kohl. En public, le Pr&#233;sident Chirac tance les militaires, s'&#233;tonne, d&#233;clarant que, s'ils ne font pas leur travail, il faut le donner &#224; faire aux civils, tout cela en pr&#233;sence de l'amiral Lanxade. Celui-ci d'ailleurs se retirera de ses fonctions au moment de l'attaque a&#233;rienne et terrestre de septembre qui am&#232;nera les Serbes &#224; la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiral Lanxade a d&#233;clar&#233;, lors de son audition, que Srebrenica aurait pu &#234;tre sauv&#233;e un an plus t&#244;t alors qu'elle n'&#233;tait pas encore attaqu&#233;e, mais pas un an plus tard, au moment m&#234;me o&#249; elle l'&#233;tait. Je n'ai pas bien saisi la logique de cette remarque. Les effectifs &#233;taient les m&#234;mes. Le bataillon canadien avait &#233;t&#233; remplac&#233; par un bataillon n&#233;erlandais. La situation n'avait pas beaucoup &#233;volu&#233;, m&#234;me si ce dernier manquait de munitions, devenues obsol&#232;tes, et que son armement &#233;tait rouill&#233;. Malgr&#233; cela, sur le dispositif g&#233;n&#233;ral de la FORPRONU, il n'y avait aucune diff&#233;rence. J'ai regrett&#233;, que, lors de cette m&#234;me audition, l'amiral Lanxade, contrairement &#224; ce qui s'&#233;tait pass&#233; lors de notre rencontre, n'ait pas indiqu&#233; tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment les diff&#233;rents contacts qu'il avait eus avec ses homologues des &#233;tats-majors &#233;trangers pendant ces jours de la chute de Srebrenica, &#224; commencer par le chef de l'&#233;tat-major n&#233;erlandais. Ce dernier, pensant que l'amiral Lanxade avait une influence sur les militaires fran&#231;ais, voire sur le g&#233;n&#233;ral Janvier, le pressait de ne rien faire afin ne pas mettre en danger la vie des soldats n&#233;erlandais. Il &#233;tait en contradiction avec le ministre de la D&#233;fense n&#233;erlandais, M. Joris Voorhoeve, qui, le soir du 10 juillet, d&#233;clarera &#224; la t&#233;l&#233;vision n&#233;erlandaise que des raids a&#233;riens seraient lanc&#233;s et que des vies n&#233;erlandaises pourraient &#234;tre perdues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des relations de l'amiral Lanxade avec le g&#233;n&#233;ral Quesnot, qui &#233;tait le chef d'&#233;tat-major du Pr&#233;sident de la R&#233;publique, Jacques Chirac, je rappelle que le g&#233;n&#233;ral Quesnot a eu l'id&#233;e, avant m&#234;me la chute, d'essayer de sauver Srebrenica et, &#224; cette fin, a fait quelques suggestions avec le feu vert du Pr&#233;sident Chirac qui en a recommand&#233; l'&#233;tude. Le g&#233;n&#233;ral Quesnot n'&#233;tant pas un op&#233;rationnel, il s'est tourn&#233; vers l'&#233;tat-major pour soumettre ses id&#233;es. Il avait tout d'abord sugg&#233;r&#233; une op&#233;ration h&#233;liport&#233;e avec des h&#233;licopt&#232;res blind&#233;s et des troupes franco-hollando-britanniques de la Force de r&#233;action rapide qui venait juste de devenir op&#233;rationnelle. Peut-&#234;tre faudrait-il, &#224; cet &#233;gard, auditionner le g&#233;n&#233;ral Andr&#233; Soubirou, commandant de la Force de r&#233;action rapide. Malheureusement, les Fran&#231;ais, ne disposant pas d'h&#233;licopt&#232;res blind&#233;s, devaient s'adresser aux Am&#233;ricains pour en obtenir. L'amiral Lanxade, d'apr&#232;s ses dires, s'en chargea lui-m&#234;me aupr&#232;s de son homologue am&#233;ricain, le g&#233;n&#233;ral John Shalikashvili, chef d'&#233;tat-major des forces am&#233;ricaines. Les Am&#233;ricains, qui avaient des h&#233;licopt&#232;res blind&#233;s sur le porte-h&#233;licopt&#232;res Arkansas stationn&#233; dans l'Adriatique, auraient refus&#233; sous pr&#233;texte qu'ils avaient indiqu&#233;, apr&#232;s l'affaire des otages, qu'ils ne mettraient leurs h&#233;licopt&#232;res &#224; disposition de la FORPRONU que pour sortir des casques bleus des zones de s&#233;curit&#233;, s'ils &#233;taient menac&#233;s par les Serbes, et non pas pour envoyer des renforts. Leur position &#233;tait d&#233;fensive, non offensive. Jusqu'o&#249; l'amiral Lanxade s'est-il fait l'avocat du g&#233;n&#233;ral Quesnot ? Je ne suis pas certain qu'il ait &#233;t&#233; tr&#232;s persuasif. Il &#233;tait assez sceptique sur ce type d'op&#233;ration. Nous avons, pour notre film, interrog&#233; plusieurs officiers du Pentagone, sur cette demande fran&#231;aise aux Am&#233;ricains. Nul souvenir, nulle trace &#233;crite n'en subsistaient. J'ajoute qu'une op&#233;ration terrestre avait &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e car le g&#233;n&#233;ral Janvier estimait qu'une division blind&#233;e &#233;tait n&#233;cessaire pour rejoindre Srebrenica. Cette suggestion aurait &#233;t&#233; &#233;cart&#233;e peut-&#234;tre le 8 juillet 1995 &#224; Paris, lors de la venue du g&#233;n&#233;ral Janvier. Cela reste &#224; confirmer, mais je suppose que la question a d&#251; &#234;tre &#233;voqu&#233;e alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde suggestion du g&#233;n&#233;ral Quesnot &#233;tait une op&#233;ration, non plus h&#233;licoport&#233;e, mais a&#233;roport&#233;e avec des transports de troupes fran&#231;aises. Cette op&#233;ration, effectu&#233;e par des Transall fran&#231;ais escort&#233;s par des avions de l'OTAN, notamment fran&#231;ais, serait partie d'Istres. Le g&#233;n&#233;ral Quesnot a soumis ces projets pour &#233;tude &#224; la cellule de l'&#233;tat-major des Arm&#233;es charg&#233;e des op&#233;rations en ex-Yougoslavie dont faisait partie le g&#233;n&#233;ral Germanos, responsable du soutien aux troupes fran&#231;aises pr&#234;t&#233;es &#224; la FORPRONU. Je ne sais pas qui a examin&#233; ce second projet du g&#233;n&#233;ral Quesnot. Celui-ci nous a pr&#233;cis&#233; qu'il avait envisag&#233; un largage de 600 parachutistes qui &#233;tabliraient un terrain de fortune sur lequel pourraient ensuite atterrir des avions de transport de troupes. L'op&#233;ration mobiliserait jusqu'&#224; 1 500 personnes. Selon M. Bruno Racine, conseiller aupr&#232;s du Premier ministre de l'&#233;poque, M. Alain Jupp&#233;, ce dernier aurait object&#233; que le caract&#232;re franco-fran&#231;ais de l'op&#233;ration revenait &#224; d&#233;clarer la guerre aux Serbes. Il fallait donc que ce soit une intervention internationale &#224; laquelle les Britanniques, voire les N&#233;erlandais, se joindraient. Toutefois, les Britanniques se seraient oppos&#233;s &#224; toute fourniture de parachutistes. En outre, toujours selon Bruno Racine, lorsque Alain Jupp&#233; aurait demand&#233; le risque encouru par les soldats, le g&#233;n&#233;ral Quesnot aurait &#233;valu&#233; le nombre des morts fran&#231;ais &#233;ventuels entre 50 et 80. Le Premier ministre aurait alors d&#233;clin&#233; cette op&#233;ration, refusant d'assumer pareil risque politiquement et aupr&#232;s de l'opinion fran&#231;aise. Dans le cadre de vos auditions, vous pourrez juger de la v&#233;racit&#233; de ces faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ferai une derni&#232;re remarque quant &#224; l'insuffisance des forces que l'amiral Lanxade invoquait pour justifier son analyse de l'ind&#233;fendabilit&#233; des enclaves. Certes les forces &#233;taient tout &#224; fait insuffisantes, mais c'&#233;taient g&#233;n&#233;ralement les m&#234;mes personnes qui, d'un c&#244;t&#233;, arguaient de l'insuffisance des forces dans les enclaves et qui, de l'autre, en refusaient l'augmentation. Quand le comit&#233; militaire de l'ONU, dont Kofi Annan &#233;tait le responsable des op&#233;rations de maintien de la paix, demandait des forces suppl&#233;mentaires, cette demande &#233;tait &#233;galement faite aupr&#232;s des Fran&#231;ais. Un conseil de d&#233;fense &#233;tait r&#233;uni et se tournait vers l'amiral Lanxade et le ministre de la D&#233;fense. Or, ces derniers consid&#233;raient qu'avec 7 000 hommes sur place, la France &#233;tait d&#233;j&#224; le plus gros contributeur et que c'&#233;tait aux autres de faire le premier pas. Peut-&#234;tre la FORPRONU n'avait-elle pas suffisamment de forces stationn&#233;es dans les enclaves, mais d'o&#249; cela venait-il ? Il aurait bien entendu &#233;t&#233; possible de demander l'envoi de contingents de toutes les nations. Les casques bleus fran&#231;ais &#224; Bihac avaient bien &#233;t&#233; remplac&#233;s par des casques bleus bangladeshi. Toutefois, chacun avait conscience que les seules forces op&#233;rationnelles qui se battaient &#233;taient les forces fran&#231;aises, am&#233;ricaines et britanniques. Les N&#233;erlandais en ont fait la preuve, a contrario, h&#233;las, &#224; Srebrenica.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au g&#233;n&#233;ral Christian Quesnot, c'est un homme pour lequel j'ai beaucoup d'admiration. Il est dommage que ses plans n'aient pas &#233;t&#233; &#233;tudi&#233;s plus avant et que l'&#233;tat-major n'y ait pas beaucoup cru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Herv&#233; Gobilliard, qui &#233;tait stationn&#233; &#224; Sarajevo, pensait pouvoir faire quelque chose. Il avait m&#234;me commenc&#233; &#224; r&#233;unir des troupes selon le sc&#233;nario envisag&#233; par le g&#233;n&#233;ral Quesnot. Il nous a indiqu&#233; avoir tent&#233; de rejoindre, de son propre chef, Srebrenica avec une petite colonne de quelques v&#233;hicules blind&#233;s. L'ordre de faire demi-tour, avant qu'il atteigne Srebrenica, lui fut cependant intim&#233; depuis Paris par une personne dont je ne connais pas l'identit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre intervenant, dans cette affaire, qu'il serait utile d'auditionner, est l'amiral Leighton Smith qui dirigeait Deny Flight, depuis le quartier g&#233;n&#233;ral de l'OTAN &#224; Naples. Je me suis rendu &#224; Naples, puis j'ai essay&#233; de rencontrer l'amiral Leighton Smith aux Etats-Unis, mais il s'y est refus&#233;. Une controverse s'est faite au sujet des avions. Je ne suis pas sp&#233;cialiste, mais j'ai pris quelques renseignements. J'ai notamment &#233;tudi&#233; les types d'avions utilis&#233;s. Deux proc&#233;dures existaient pour contrer les assaillants, en l'occurrence les Serbes, en ce qui concerne les zones de s&#233;curit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la proc&#233;dure Blue Sword qui consistait en frappes a&#233;riennes rapproch&#233;es. Il s'agissait d'apporter un soutien &#224; des troupes de l'ONU attaqu&#233;es soit attaqu&#233;es directement, soit menac&#233;es par des &#034; smoking guns &#034;, des canons fumants, ce qui &#233;tait le cas &#224; Srebrenica ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la proc&#233;dure Gold Sword qui consistait en raids massifs et de dissuasion, non plus sur les troupes attaquant directement la FORPRONU, mais sur leur dispositif en profondeur, la logistique, le ravitaillement, les casernes, les pi&#232;ces d'artillerie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Janvier, &#224; qui j'ai demand&#233; pourquoi il n'avait sollicit&#233; le 11 juillet qu'un soutien rapproch&#233; et non pas des frappes massives, m'a soutenu que la proc&#233;dure Gold Sword n'existait que sur le papier. Il s'agissait en effet d'un autre dispositif, avec plus d'avions, des avions ravitailleurs et un autre type d'escorte. En effet, les raids massifs durent plus longtemps et se font &#224; plus haute altitude tandis que les raids de soutien rapproch&#233; se font plut&#244;t &#224; basse altitude avec un autre type d'avion et peuvent se faire au canon, au laser ou avec des bombes &#233;parpillantes. Le g&#233;n&#233;ral Janvier m'a donc soutenu qu'&#224; l'&#233;poque, en juillet, seules existaient les frappes de soutien rapproch&#233; en cas de menaces sur les casques bleus. Ce n'est pas ce que j'ai compris des propos de l'amiral Leighton Smith. Par ailleurs, on peut s'&#233;tonner qu'en septembre, soit deux mois apr&#232;s la chute de Srebrenica, avec un nombre d'avions quasiment identique, on ait pu mettre les Serbes &#224; la raison sur tout le territoire de la Serbie. Les forces alli&#233;es ont alors proc&#233;d&#233; &#224; des raids a&#233;riens massifs sur tout le dispositif serbe en profondeur - radars, syst&#232;me de t&#233;l&#233;communication, ponts -, lesquels raids n'auraient pas pu &#234;tre lanc&#233;s &#224; Srebrenica avec le m&#234;me nombre d'avions. Deux passages furent effectu&#233;s &#224; Srebrenica, le 11 juillet, l'un &#224; 13 h 50 par deux F16 n&#233;erlandais et l'autre, une heure plus tard, par deux F16 am&#233;ricains. On pense qu'un des F16 n&#233;erlandais a touch&#233; un char &#224; Srebrenica et que les deux F16 am&#233;ricains, en raison de la fum&#233;e des explosions, n'ont pas pu atteindre leurs cibles. Les guideurs au sol britanniques et n&#233;erlandais avaient fui la zone. Le g&#233;n&#233;ral Janvier voit dans l'inefficacit&#233; de ces raids la l&#233;gitimit&#233; de sa position, c'est-&#224;-dire celle de ne pas avoir demand&#233; des avions. A ceci, l'amiral Leighton Smith r&#233;pond que ces avions lui ont &#233;t&#233; demand&#233;s trop tard. Si cette demande avait &#233;t&#233; faite plus t&#244;t, la proc&#233;dure aurait pu &#234;tre efficace et Srebrenica sauv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme vous laissez entendre dans votre film et comme vous l'avez dit dans votre propos, la phrase du Pr&#233;sident Mitterrand selon laquelle &#034; on ne fait pas la guerre aux Serbes &#034; &#233;tait une phrase couramment prononc&#233;e, r&#233;p&#233;t&#233;e et donn&#233;e comme instruction g&#233;n&#233;rale aux autorit&#233;s militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/srebrenica/audition2.asp&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/srebrenica/audition2.asp&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ceux qui le pressent de condamner les Serbes, Mitterrand r&#233;pond : &#171; La France n'a pas &#233;t&#233; et ne sera pas anti-serbe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mitterrand.org/1990-1995-un-monde-nouveau.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.mitterrand.org/1990-1995-un-monde-nouveau.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traduisez ne sera pas anti-Milosevic !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du proc&#232;s de Milosevic, ce dernier a t&#233;moign&#233; du fait que Mitterrand avait agi comme l'ami de son r&#233;gime, notamment lors de la conf&#233;rence pour la paix en Yougoslavie&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le pr&#233;sident Mitterrand nous a pr&#233;sent&#233; cette conf&#233;rence d'une fa&#231;on assez aimable et agr&#233;able, ce qui fait que nous avons eu l'impression qu'il s'agirait l&#224; d'une conf&#233;rence de bons services &#224; notre &#233;gard. Il nous a dit, &#224; ce moment-l&#224;, que la communaut&#233; europ&#233;enne voulait apporter ses bons services sans &#8212; ses bons offices, sans mauvaise intention pour nous aider &#224; trouver un langage commun avec les autres repr&#233;sentants des r&#233;publiques, et si la communaut&#233; europ&#233;enne pouvait y parvenir, elle en serait satisfaite. Si elle ne r&#233;ussissait pas, il ne se produirait rien. Chacun rentrerait chez soi, et ce serait comme si conf&#233;rence il n'y a pas eu. On nous a dit &#233;galement que la conf&#233;rence aurait &#224; sa disposition une commission d'arbitrage qui serait un organe auxiliaire, un organe consultatif auxiliaire qui serait constitu&#233; par les pr&#233;sidents de cinq cours constitutionnelles de pays membres de la communaut&#233; europ&#233;enne. Il n'y aurait pas de force d'obligation pour quelque opinion qu'ils formuleraient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait consultatif. Il a dit que la Serbie n'avait rien &#224; redouter, et on a dit que le pr&#233;sident de cette commission serait Robert Badinter, qui &#233;tait son ami personnel, et il a soulign&#233; que si c'&#233;tait son ami personnel lui&#8230; Le Pr&#233;sident Mitterrand, en sus de qu'il avait affirm&#233; au sujet de Badinter en disant que c'&#233;tait son ami et que par voie de cons&#233;quence, c'&#233;tait le n&#244;tre aussi, il nous a affirm&#233; que les membres de cette commission allaient &#234;tre des pr&#233;sidents de cours constitutionnelles de Gr&#232;ce, de France, d'Italie et d'Allemagne &#8212; de Grande-Bretagne et d'Allemagne. Ce qui fait que trois, au moins, seraient des sympathies pour nos positions. Il a soulign&#233;, &#233;galement, que la Serbie avait des arguments politiques et historiques de telle taille qu'il n'y avait aucune raison d'avoir des appr&#233;hensions pour ce qui est de la tenue de cette conf&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il a soulign&#233; que la conf&#233;rence allait se maintenir dans le cadre des bons offices et qu'il n'y aurait aucun danger de la voir devenir autre chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.icty.org/x/cases/slobodan_milosevic/trans/fr/050214IT.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.icty.org/x/cases/slobodan_milosevic/trans/fr/050214IT.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'arrestation du boucher Mladic, faut-il f&#233;liciter les puissances internationales qui vont, disent-elles, rendre la justice &#224; propos des massacres dans l'ex-Yougoslavie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve510&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve510&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les Etats europ&#233;ens soutenaient les bandes de tueurs de chaque camp de la guerre de Yougoslavie</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6858</guid>
		<dc:date>2023-02-23T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Serbie</dc:subject>
		<dc:subject>Kosovo</dc:subject>
		<dc:subject>croatie</dc:subject>
		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>
		<dc:subject>Slov&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Alors que l'Europe se dit tr&#232;s fi&#232;re de l'arrestation de Ratko Mladic, l'un des bouchers de la guerre de Yougoslavie, il convient de rappeler que toutes les puissances europ&#233;ennes soutenaient l'un des camps g&#233;nocidaires... &lt;br class='autobr' /&gt;
En avril 1987, alors num&#233;ro deux du r&#233;gime yougoslave, il est envoy&#233; en mission au Kosovo, pour calmer les nationalistes serbes qui consid&#232;rent &#234;tre victimes de discriminations et de violences de la part de la majorit&#233; albanaise. Lors de sa visite, les policiers locaux, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;23- Guerres de Yougoslavie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot205" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot247" rel="tag"&gt;croatie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;Slov&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que l'Europe se dit tr&#232;s fi&#232;re de l'arrestation de Ratko Mladic, l'un des bouchers de la guerre de Yougoslavie, il convient de rappeler que toutes les puissances europ&#233;ennes soutenaient l'un des camps g&#233;nocidaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 1987, alors num&#233;ro deux du r&#233;gime yougoslave, il est envoy&#233; en mission au Kosovo, pour calmer les nationalistes serbes qui consid&#232;rent &#234;tre victimes de discriminations et de violences de la part de la majorit&#233; albanaise. Lors de sa visite, les policiers locaux, albanais, r&#233;priment une foule de nationalistes serbes qui leur ont lanc&#233; des pierres. Milo&#353;evi&#263;, consid&#233;rant probablement que la foule &#233;tait innocente, sera film&#233; en train de d&#233;clarer aux Serbes : &#171; On ne vous frappera plus jamais ! &#187;. Il devint alors un h&#233;ros des nationalistes serbes. En mai 1989, il est &#233;lu pr&#233;sident de la Serbie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi en une dizaine d'ann&#233;es, la Yougoslavie, ce pays apparemment calme, en tout cas o&#249; diff&#233;rentes populations cohabitaient pacifiquement, a-t-il bascul&#233; dans un tel bain de sang, avec des centaines de milliers de morts et autant de bless&#233;s et de familles d&#233;plac&#233;es (sans parler des cons&#233;quences &#233;conomiques catastrophiques : un revenu moyen qui a chut&#233; de 75_% en cinq ans et une production industrielle quasi r&#233;duite &#224; n&#233;ant) ? L'intervention imp&#233;rialiste n'explique pas tout. Ce sont les classes dirigeantes yougoslaves, serbes aussi bien que slov&#232;nes ou croates, qui ont fait le choix de diviser le pays pour s'en approprier chacune un bout, avec les affrontements militaires et l'hyst&#233;rie nationaliste que cela implique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui a pouss&#233; ces couches favoris&#233;es de la soci&#233;t&#233; &#224; plonger dans une telle horreur ? Quel int&#233;r&#234;t avait un Milosevic, devenu pr&#233;sident de la f&#233;d&#233;ration yougoslave, dirigeant de la Ligue des Communistes (le parti communiste au pouvoir), &#224; choisir de cultiver le particularisme serbe, &#224; semer la haine entre les peuples et &#224; aboutir &#224; l'&#233;clatement du pays ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re lui, il y a eu une bonne partie de ce que la soci&#233;t&#233; compte de gens hauts plac&#233;s, dirigeants politiques, &#233;conomiques, militaires et religieux, visant &#224; s'enrichir et &#224; profiter de l'&#233;volution du r&#233;gime. Ceux-ci se sont &#233;galement appuy&#233;s sur toute une s&#233;rie de notables locaux. Dans le contexte de la crise &#233;conomique, les app&#233;tits et ambitions de ces classes dirigeantes les ont amen&#233;es &#224; choisir l'option barbare de l'affrontement nationaliste et &#224; encourager toutes les d&#233;magogies d'extr&#234;me droite.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Serbie, les sph&#232;res &#233;conomiques et politiques ont tendance &#224; se confondre jusqu'&#224; la caricature. Le premier ministre Marjanovic est PDG de l'entreprise &#233;nerg&#233;tique Progress. Le vice-premier ministre Tomic dirige SIMPO, firme agroalimentaire et de fabrication de meubles. Un ministre sans portefeuille, Karic, se trouve quant &#224; lui &#224; la t&#234;te d'un v&#233;ritable empire &#233;conomique comprenant des banques, des compagnies de travaux publics et m&#234;me une universit&#233; ! On appelle cela un ministre sans portefeuille !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nationalisme a &#233;t&#233; pour ces profiteurs un drapeau facile. Mais pour comprendre ce qui s'est pass&#233;, il ne suffit pas de parler de nationalisme. Il faut conna&#238;tre la situation de crise politique, &#233;conomique et sociale dans laquelle se trouvait la Yougoslavie &#224; la mort de Tito il y a pr&#232;s de vingt ans, en 1980. La crise &#233;conomique provoquera une crise sociale, et les classes dirigeantes choisiront la fuite en avant vers des affrontements nationalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand Tito meurt c'est encore un leader mythique, mais le r&#233;gime, lui, n'a plus de cr&#233;dit politique et la situation &#233;conomique est catastrophique. Elle s'aggravera rapidement dans les ann&#233;es qui suivent. Dans le m&#234;me temps, les classes dirigeantes m&#232;nent une politique visant &#224; la constitution d'une bourgeoisie nationale au travers des privatisations de l'&#233;conomie jusqu'alors grandement &#233;tatis&#233;e. Le gros de l'argent de l'Etat va d&#233;sormais &#234;tre consacr&#233; &#224; aider cette bourgeoisie issue pour l'essentiel des membres de l'appareil de l'Etat et du parti. Milosevic lui-m&#234;me est un membre du parti unique, un apparatchik qui joue &#224; l'affairiste. C'est &#224; ce titre qu'il aura son premier contact avec deux hommes li&#233;s &#224; l'administration am&#233;ricaine du pr&#233;sident Bush et qui font des affaires en Yougoslavie : Eagleburger et Henry Kissinger. Il conservera ces liens avec les Etats-Unis&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;conomie yougoslave s'effondre sous la pression de la dette occidentale qui se monte en 1980 &#224; quinze milliards de dollars. Le FMI, l&#224; comme ailleurs, conseille de faire face &#224; la dette par des licenciements massifs et une baisse brutale des salaires. Malgr&#233; les plans successifs de sacrifices, la dette ne va cesser de s'accro&#238;tre : 18 milliards de dollars en 1981, 22 milliards de dollars en 1982&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1981&#8211;87 :&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ves ouvri&#232;res et effervescence sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; industrielle baisse, et la mis&#232;re grandit. La valeur de la monnaie est divis&#233;e par 5_000 en cinq ans alors que les salaires sont, au mieux, bloqu&#233;s ! La petite bourgeoisie est elle aussi frapp&#233;e. Les jeunes sont sans emploi et sans perspective, y compris les jeunes &#233;tudiants.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1981, la baisse des salaires est telle que le dirigeant du syndicat unique li&#233; au pouvoir, Miran Piotrc, a lui-m&#234;me mis en garde publiquement les autorit&#233;s contre le danger de r&#233;action ouvri&#232;re. En mars 1981, l'explosion sociale a lieu au Kosovo, la r&#233;gion la plus pauvre o&#249; le revenu par habitant est la moiti&#233; de la moyenne nationale, six fois moindre qu'en Slov&#233;nie, et o&#249; le ch&#244;mage est six fois plus important que dans le reste du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Pristina, une manifestation d'&#233;tudiants, d'ouvriers et de ch&#244;meurs contre la vie ch&#232;re et les bas salaires se transforme en &#233;meute. L'affrontement dure plusieurs jours. La r&#233;pression est f&#233;roce : deux cent morts et six mille condamnations allant jusqu'&#224; vingt ann&#233;es d'emprisonnement. Le mouvement avait au d&#233;part un caract&#232;re social comme le reconna&#238;tra le principal dirigeant kosovar Ibrahim Rugova, m&#234;me si par la suite les nationalistes du Kosovo ne s'en souviendront que comme un mouvement revendiquant le statut du Kosovo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal responsable &#233;conomique f&#233;d&#233;ral d&#233;clare en mai 1982 : &#8220;_si l'aust&#233;rit&#233; et une forte inflation continuent &#224; se d&#233;velopper pendant les deux ou trois prochaines ann&#233;es, je suis personnellement convaincu que cela m&#232;nera &#224; plusieurs conflits sociaux et &#224; des probl&#232;mes politiques. &#8221; De 1982 &#224; 1986, la politique d'aust&#233;rit&#233; s'accro&#238;t continuellement. Les &#233;conomies r&#233;gionales m&#232;nent de plus en plus des politiques diff&#233;rentes li&#233;es aux diff&#233;rences de d&#233;bouch&#233;s et au fait que la plupart de leurs acheteurs sont ext&#233;rieurs. Cela explique le choix des privil&#233;gi&#233;s de chaque r&#233;gion en faveur du s&#233;paratisme. Alors qu'on demande de plus en plus de sacrifices &#224; la population, le budget des arm&#233;es grandit continuellement : plus 24 % en 1983. En 1984, le nombre de ch&#244;meurs d&#233;passe le million. On va vers l'explosion sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
1986 marque la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res. Ce sont des mouvements massifs dans les grands centres industriels du pays, des mouvements contre les licenciements et contre le blocage des salaires et ces mouvements ne sont pas isol&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas fini : l'ann&#233;e suivante est celle de l'explosion des gr&#232;ves. En f&#233;vrier 1987, l'annonce du gel des salaires et de la r&#233;cup&#233;ration des augmentations accord&#233;es pr&#233;c&#233;demment par les entreprises met le feu aux poudres. L'agitation culmine en Croatie et en Mac&#233;doine. Les vagues de gr&#232;ve sont parties de Belgrade mais aussi des grands centres industriels de Zagreb, de Ljubljana et de Bosnie. Elles s'&#233;tendent, parcourent tout le pays. En 1987, le pays a connu 1570 gr&#232;ves auxquelles ont particip&#233; 365 000 travailleurs. Le pouvoir craint une v&#233;ritable explosion sociale. Mais le mouvement, en butte &#224; la r&#233;pression, reste inorganis&#233; et manque de direction. Le pouvoir a toutefois recul&#233; partout assez rapidement, accordant de fortes hausses de salaires. Pour calmer l'agitation, il annonce la d&#233;mission du premier ministre Branko Mikulic en d&#233;cembre 1988.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au m&#234;me moment o&#249; la bourgeoisie ne voit ses int&#233;r&#234;ts qu'en termes de division du pays en petites unit&#233;s, les travailleurs yougoslaves sont une seule et m&#234;me classe qui se bat pour les m&#234;mes objectifs &#224; l'&#233;chelle de tout le pays. La classe ouvri&#232;re ne se contente pas de revendications &#233;conomiques. Elle a perdu totalement confiance dans le pouvoir dont les scandales &#233;clatent au grand jour comme celui d'Agrokomerc, une firme agroalimentaire de Bosnie qui a &#233;mis des billets sans provision. Apr&#232;s des ann&#233;es de dictature sur la classe ouvri&#232;re dont les syndicats officiels n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre les courroies de transmission, la classe ouvri&#232;re est inorganis&#233;e syndicalement mais surtout politiquement. Le mouvement ouvrier renaissant pourrait remettre en cause le r&#233;gime, et unir derri&#232;re lui ceux qui luttent pour la libert&#233; politique et la fin de l'oppression des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir central est pr&#233;occup&#233; par cette crise et la remise en cause de l'unit&#233; du pays. Une des solutions envisag&#233;es par le gouvernement de Slobodan Milo&#353;evi&#263; est la concentration des pouvoirs en Serbie, en supprimant l'autonomie des provinces comme la Vo&#239;vodine et le Kosovo. Le Kosovo est peupl&#233; &#224; 90% d'Albanais qui souhaitaient le statut de r&#233;publique et non plus de province pour leur r&#233;gion. L'autonomie implique notamment un droit de veto, ce qui, pour le pouvoir &#224; Belgrade, nuirait &#224; l'imposition de r&#233;formes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus de cr&#233;er une r&#233;publique au Kosovo fait aussi &#233;cho &#224; une peur des Serbes de voir les Albanais du Kosovo se d&#233;barrasser des Serbes du Kosovo, de plus en plus minoritaires. C'est ce qu'a voulu montrer le &#171; Memorandum de l'acad&#233;mie des sciences de Belgrade &#187; en 1985 (destin&#233; &#224; faire le point sur la situation de la r&#233;publique) en d&#233;non&#231;ant un risque de &#171; purification ethnique &#187; de la part des Albanais. Cette crainte a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e comme l'id&#233;ologie nationaliste de Slobodan Milo&#353;evi&#263;. En effet, ce dernier d&#233;veloppe l'id&#233;e qu'il faut prot&#233;ger les Serbes, dans une Yougoslavie et une Serbie de plus en plus rong&#233;es par le nationalisme. La Ligue des communistes de Yougoslavie, ancien parti unique de Serbie et de Yougoslavie, consid&#233;rait comme tabou le nationalisme et en r&#233;primait toute forme, jusqu'&#224; l'apparition de troubles au Kosovo et l'augmentation progressive des revendications des nationalistes albanais et serbes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1986-89 :&lt;br class='autobr' /&gt;
Milosevic, l'homme de la diversion nationaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que craignent les classes dirigeantes, d'autant qu'elles veulent se lancer dans une politique d&#233;brid&#233;e de d&#233;r&#233;glementations et d'aust&#233;rit&#233; qui ne peut que devenir de plus en plus impopulaire. C'est cela qui va les amener &#224; soutenir la campagne de d&#233;magogie nationaliste lanc&#233;e par un apparatchik serbe de Belgrade, Slobodan Milosevic.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; l'Etat n'a plus aucun soutien populaire, Milosevic est l'homme politique qui lui propose de d&#233;tourner le m&#233;contentement social sur des bases ouvertement racistes. Envoy&#233; au Kosovo pour calmer les Serbes, Milosevic voit rapidement le parti qu'il peut tirer personnellement et politiquement de cette extr&#234;me droite serbe violemment remont&#233;e contre la population &#224; majorit&#233; albanaise. La t&#233;l&#233;vision anglaise BBC a montr&#233; un reportage dans lequel on le voit organiser avec l'aide de serbes d'extr&#234;me droite une fausse action de pogrome anti-serbe o&#249; les pr&#233;tendus agresseurs kosovars contre les Serbes ne sont autres que des militants d'extr&#234;me droite serbes d&#233;guis&#233;s en Kosovars ! C'est gr&#226;ce &#224; cette provocation datant de 1986, diffus&#233;e par les m&#233;dias yougoslaves tenus par des Serbes, que Milosevic va commencer toute une campagne qui pr&#233;tend qu'au Kosovo la minorit&#233; serbe est opprim&#233;e, que les fonctionnaires albanais les arr&#234;tent injustement, que les Albanais leur jettent des pierres et que m&#234;me les membres serbes du parti communiste du Kosovo sont vendus aux Albanais !&lt;br class='autobr' /&gt;
La politique ultra nationaliste de Milosevic s'appuie sur la propagande de pr&#233;tendus intellectuels ex-staliniens reconvertis au nationalisme grand serbe, comme Dobritsa Cosic qui se revendique de l'ancien royaume serbe de Yougoslavie d'avant guerre et lance le slogan &#8220; Tous les Serbes dans un seul Etat !&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un proche de Dobritsa Cosic, qui dirige la t&#233;l&#233;vision yougoslave, va parrainer Milosevic et construire sa popularit&#233;. Un commentateur de l'&#233;poque dira que c'&#233;tait un peu comme si le Ku Klux Klan avait tenu la t&#233;l&#233;vision nationale aux Etats-Unis. Les m&#233;dias d&#233;versent la peur et la haine. On y r&#233;pand ouvertement le racisme en pr&#244;nant l'expulsion du territoire de la population albanaise. Les nationalistes serbes mettent en avant un &#233;v&#233;nement de leur &#8220; glorieuse histoire &#8221; qui s'est d&#233;roul&#233; au Kosovo il y a 600 ans, en 1389 : la bataille que les Serbes ont livr&#233; et perdu contre les Turcs au Champ des Merles. Les nationalistes revendiquent le Kosovo en tant que &#8220;berceau national serbe&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;lucubrations empreintes de nostalgie moyen&#226;geuse sont diffus&#233;es massivement sur les ondes. L'on incite la population serbe &#224; c&#233;l&#233;brer la bataille du Champ des Merles au cours de manifestations au Kosovo. C'est un v&#233;ritable appel &#224; la haine &#224; l'encontre des Kosovars albanais. Milosevic remet en cause le statut d'autonomie de la province accord&#233; en 1974 par Tito suite aux &#233;meutes de 1968 &#8211; du temps de Tito, le peuple du Kosovo, le plus pauvre du pays, s'&#233;tait d&#233;j&#224; rebiff&#233; contre un r&#233;gime dictatorial bien incapable d'assurer une v&#233;ritable autod&#233;termination des peuples, en d&#233;pit de son &#233;tiquette communiste et autogestionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; la faveur de l'atmosph&#232;re de fin de r&#233;gime titiste, en 1987-89, que Milosevic lance sa campagne sur des th&#232;mes nationalistes extr&#233;mistes. Il s'appuie sur ce qu'on a appel&#233; le M&#233;morandum, un pamphlet nationaliste agressif &#233;labor&#233; par quelques pontes de l'acad&#233;mie des sciences serbes : un v&#233;ritable appel &#224; la haine raciale et au regroupement des Serbes qui pr&#233;tend que le r&#233;gime titiste a privil&#233;gi&#233; les Albanais du Kosovo au d&#233;triment des Serbes, tout en d&#233;favorisant les Serbes dans le reste de la Yougoslavie. Milosevic se rend au Kosovo en 1987. Il lance aux Serbes sa phrase fameuse personne n'a le droit de vous frapper ! Il en appelle &#224; la population serbe du reste du pays soi-disant pour d&#233;fendre les Serbes opprim&#233;s du Kosovo !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il parcourt le pays, tient une s&#233;rie de meetings monstres en Serbie avec notamment un &#233;norme rassemblement en novembre 1988 &#224; Belgrade. Milosevic se sert de cette mobilisation pour faire chuter tous les dirigeants locaux qui lui sont hostiles, en particulier ceux du gouvernement du Mont&#233;n&#233;gro en janvier 1988. Bien s&#251;r, il pr&#233;tend aussi lutter contre l'ancien appareil bureaucratique h&#233;rit&#233; du r&#233;gime titiste. Il se permet m&#234;me de lancer des slogans comme &#8220; A bas la nomenklatura ! &#8221;. Mais parmi les slogans des manifestants serbes, certains indiquent sans &#233;quivoque la politique que Milosevic va mettre en oeuvre : &#8220; Donnez nous des armes &#8221; et &#8220; Mort aux Albanais ! &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1989, gr&#226;ce &#224; ce soutien massif, il institue un v&#233;ritable apartheid au Kosovo. Les Kosovars perdent tous leurs postes de fonctionnaires et sont remplac&#233;s par des Serbes. Les &#233;coles et les h&#244;pitaux vont progressivement &#234;tre r&#233;serv&#233;s aux Serbes. L&#224; aussi, cela se passe de mani&#232;re atroce : le 22 mars 1990, les lyc&#233;ens albanais du lyc&#233;e de la ville de Podujevo sont tous myst&#233;rieusement empoisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1989-90 : r&#233;volte ouvri&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pression massive et&lt;br class='autobr' /&gt;
situation insurrectionnelle au Kosovo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1989, la population du Kosovo se r&#233;volte. Les travailleurs entrent en lutte. Les mineurs occupent le fond des puits et refusent de sortir. L'&#233;tat d'urgence est d&#233;cr&#233;t&#233; par l'Etat Yougoslave contre les travailleurs albanais. L'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale est assist&#233;e de forces anti-&#233;meutes et de nombreux soldats sont appel&#233;s &#224; la rescousse. Les leaders ouvriers et de nombreux mineurs sont arr&#234;t&#233;s. La r&#233;pression sera tr&#232;s dure et les mineurs albanais sont licenci&#233;s massivement. La classe ouvri&#232;re du reste du pays est solidaire. Ainsi, en Slov&#233;nie, un mouvement de soutien aux mineurs et aux gr&#232;ves albanaises est organis&#233; par les travailleurs slov&#232;nes. Ces derniers ne cesseront d'intervenir contre l'Etat &#224; chaque fois qu'il r&#233;primera les Kosovars.&lt;br class='autobr' /&gt;
En juin 1989, Milosevic organise un immense meeting de triomphe anti-albanais pour f&#234;ter le 600&#232;me anniversaire de la bataille du Champ des Merles : il fait venir au Kosovo, par trains et cars entiers, un million de Serbes de tout le pays qui f&#234;tent non seulement la bataille perdue contre les Turcs mais l'&#233;crasement des Kosovars. Port&#233; par cet &#233;lan de nationalisme, Milosevic est &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence serbe en novembre 1989.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de l'ann&#233;e 1990, la population kosovare organise des manifestations de masse dans toute la r&#233;gion, manifestations qui sont &#233;cras&#233;es par l'arm&#233;e. Une centaine de morts. Des lois d'exception sont d&#233;cr&#233;t&#233;es. Les institutions politiques auxquelles participaient encore des Kosovars sont dissoutes. Les ouvriers kosovars protestent et sont massivement licenci&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La population organise un contre-pouvoir avec une assembl&#233;e et des municipalit&#233;s, des &#233;coles et m&#234;me des h&#244;pitaux parall&#232;les. Le mouvement est dirig&#233; par Ibrahim Rugova et son parti, la Ligue D&#233;mocratique du Kosovo (LDK). Cr&#233;&#233; en 1989 avec une cinquantaine de membre, il en compte 200 000 six mois plus tard et un million au bout d'un an. Il fonde un parlement clandestin apr&#232;s une &#233;lection &#224; laquelle toute la population kosovare a particip&#233; sous le nez des forces serbes : Rugova est &#233;lu par les Kosovars pr&#233;sident de la R&#233;publique du Kosovo. Malgr&#233; le soutien massif de la population &#224; cette r&#233;publique, les Occidentaux n'envisagent &#224; aucun moment de la reconna&#238;tre. Cela ne doit pas &#234;tre oubli&#233; aujourd'hui quand ils pr&#233;tendent &#234;tre scandalis&#233;s par l'oppression nationale de Milosevic !&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait toute la population kosovare s'est soulev&#233;e de mani&#232;re insurrectionnelle. Mais la politique de son leader d&#233;mocrate, Ibrahim Rugova, lui assigne de ne rien faire qui soit susceptible de provoquer le pouvoir de Milosevic, et fixe comme but premier d'obtenir le soutien des Occidentaux. En d&#233;pit de la mobilisation massive dont il b&#233;n&#233;ficie, Rugova maintiendra cette politique jusqu'&#224; la guerre actuelle. Autant dire qu'il a assist&#233; aux diverses guerres men&#233;es par le pouvoir serbe contre les diff&#233;rents peuples du pays, sans affirmer clairement une alliance avec tous les peuples opprim&#233;s et du coup sans chercher &#224; ce que les Kosovars s'affirment comme les d&#233;fenseurs de la libert&#233; de tous les peuples de l'ex-Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1990-92 : la carte des multinationalismes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que la r&#233;pression violente au Kosovo, le pouvoir choisit de d&#233;cider l'ouverture politique et le multipartisme dans le reste de la Yougoslavie, c&#233;dant ainsi aux pressions des classes dirigeantes locales qui aspirent &#224; leur propre mainmise sur leur r&#233;gion. Une multitude de partis vont pour la premi&#232;re fois voir le jour, organis&#233;s par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie. Fait significatif, ce sont quasiment tous des partis fond&#233;s sur une seule nationalit&#233;. Quant &#224; la classe ouvri&#232;re, la seule qui pourrait se constituer sur d'autres bases, elle reste inorganis&#233;e politiquement. Bien s&#251;r, tout en ouvrant les portes au multipartisme, le pouvoir a tout fait pour que la classe ouvri&#232;re n'en profite pas. Mais il ne s'est pas non plus trouv&#233; de leader s'opposant au r&#233;gime tout en se revendiquant des travailleurs, de tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalit&#233;. En outre, la classe ouvri&#232;re est sous le coup du d&#233;veloppement brutal de la mis&#232;re et du ch&#244;mage. La gravit&#233; de la crise &#233;conomique n'a fait que s'accentuer : 2600 % d'inflation en 1989 et une dette ext&#233;rieure de 22 milliards de dollars.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1990, Milosevic lance une propagande anti-croate. La t&#233;l&#233;vision serbe pr&#233;sente les Croates comme les nouveaux Oustachis, c'est-&#224;-dire les compare aux troupes croates d'extr&#234;me droite qui ont soutenu Hitler et constitu&#233; un gouvernement qui s'est livr&#233; &#224; un v&#233;ritable g&#233;nocide anti-Serbes, Juifs et Tziganes pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale. Dans le m&#234;me temps, Milosevic s'unit &#224; l'extr&#234;me droite serbe du parti de Seselj auquel il propose d'agglom&#233;rer ses milices &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, ce qui est fait. D&#233;sormais les objectifs &#8220;d'&#233;puration ethnique&#8221; d'un Seselj deviennent objectif militaire en Croatie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sym&#233;triquement, en Croatie, c'est le nationaliste Franjo Tudjman et son parti HDZ qui est &#233;lu du fait de la mont&#233;e des craintes au sein de la population croate. Bien s&#251;r, Tudjman ne peut manquer de souligner que Seselj se revendique lui des anciens tchetniks, les nationalistes serbes du royaliste Mihailovic qui ont, eux aussi, commis des massacres durant la derni&#232;re guerre mondiale. Le discours du dirigeant croate Tudjman n'est pas fait pour rassurer les Serbes qui habitent la Croatie, ceux de la Krajina comme ceux de Slavonie notamment qui sont du coup livr&#233;s &#224; leur propre extr&#234;me droite, avec le soutien du pouvoir de Belgrade. Tudjman, &#224; peine &#233;lu en 1990, choisit comme drapeau de la r&#233;publique pour remplacer le drapeau yougoslave celui du fasciste oustachi Ante Pavelic qu'il d&#233;clare vouloir r&#233;habiliter. Voil&#224; comment les diff&#233;rents chefs nationalistes ont su &#224; merveille nourrir le nationalisme exacerb&#233; du voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1991-95 : trois guerres successives&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'ex Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1991, Milosevic d&#233;cide de maintenir la Serbie &#224; la t&#234;te de la pr&#233;sidence de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave alors que selon la r&#232;gle de pr&#233;sidence tournante elle devrait revenir au Croate Stipe Mesic. C'est tout le fonctionnement de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave qui est ainsi remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Slov&#233;nie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus tard, la Croatie et la Slov&#233;nie proclament leur ind&#233;pendance. Contrairement &#224; l'Allemagne qui a des liens &#233;conomiques avec ces deux r&#233;gions, les Etats-Unis et la France sont d&#233;favorables &#224; la division de la Yougoslavie et donnent leur soutien politique &#224; la Serbie. La Yougoslavie, sous pr&#233;sidence serbe disposant d'une arm&#233;e dont l'essentiel des chefs et des officiers sont serbes, d&#233;clare la guerre &#224; la Slov&#233;nie. La guerre est de courte dur&#233;e car tr&#232;s rapidement l'arm&#233;e yougoslave est d&#233;faite : l'ensemble de la population slov&#232;ne s'est organis&#233;e en milices de d&#233;fense, a bloqu&#233; les chars par des barricades, les soldats yougoslaves n'&#233;tant pas encore pr&#233;par&#233;s ni motiv&#233;s pour une guerre contre tout un peuple. L'ind&#233;pendance de la Slov&#233;nie est donc acquise et la paix restaur&#233;e dans cette r&#233;gion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la population slov&#232;ne, ce n'est pas la prosp&#233;rit&#233; pour autant car cela ne fait que donner les moyens aux classes dirigeantes de mener leur offensive &#233;conomique : privatisations, sacrifices pour les travailleurs et bien s&#251;r licenciements. Le ch&#244;mage va augmenter de 1991 &#224; 1992 de 18 %, le niveau de vie des slov&#232;nes chuter avec une inflation de 261 % . Pour que les travailleurs ne r&#233;clament pas des salaires qui suivent la hausse du co&#251;t de la vie, le gouvernement signe avec les syndicats un pacte social sur le dos des travailleurs. En 1994, 2000 grandes entreprises sont privatis&#233;es. Le ch&#244;mage atteint 12 % en 1992, 13,4 % en 1993, puis 14 % en 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Croatie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e serbe humili&#233;e en Slov&#233;nie va prendre imm&#233;diatement sa revanche en Croatie. D&#233;sormais Milosevic appelle ouvertement l'arm&#233;e yougoslave &#224; se consid&#233;rer comme une arm&#233;e serbe et appelle les Serbes &#8220;_&#224; se tenir pr&#234;ts &#224; se d&#233;fendre &#8221;. Milosevic va &#224; nouveau s'appuyer sur une zone o&#249; les Serbes sont minoritaires pour d&#233;velopper sa strat&#233;gie de pr&#233;tendue d&#233;fense des Serbes. Il s'agit de la Krajina, une zone enclav&#233;e situ&#233;e au sud ouest de la Croatie, o&#249; d&#232;s juillet 1991 des groupes paramilitaires ont pris la population serbe en otage. Les milices d'un ancien mercenaire qui se fait appeler le capitaine Dragan terrorise d'abord les Serbes eux-m&#234;mes tout en s'attaquant &#224; la population croate.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre engag&#233;e sous le pr&#233;texte de d&#233;fendre la Krajina, d&#233;bute l'&#233;t&#233; 1991 et va durer six mois, faisant des dizaines de milliers de victimes et des destructions sans nombre, dont celle des villes de Vukovar et Dubrovnik, enti&#232;rement ras&#233;es par l'artillerie lourde serbe avant d'&#234;tre prises. A Vukovar, l'arm&#233;e croate a oblig&#233; la population &#224; rester dans la ville sous la menace pour la contraindre &#224; se battre contre les troupes serbes. Puis c'est le nettoyage ethnique qui consiste non seulement &#224; faire fuir les populations croates mais &#224; liquider tous ceux qui sont soup&#231;onn&#233;s de s'&#234;tre battus, &#224; violer leurs femmes et leurs filles devant leurs enfants. Les troupes serbes tiennent les enclaves serbes de Slavonie et de Krajina o&#249; elles pratiquent &#233;galement l'&#233;puration ethnique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Milosevic peut alors reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance de la Croatie : celle-ci est amput&#233;e du tiers de son territoire avec toute une population croate d&#233;plac&#233;e, contrainte de quitter ses maisons et la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-92, la Yougoslavie est donc divis&#233;e en cinq Etats : Croatie, Slov&#233;nie, Bosnie, Mac&#233;doine et une Serbie qui continue &#224; s'appeler Yougoslavie et qui d&#233;clenchera bient&#244;t une nouvelle guerre pour ce que Milosevic appelle &#8220; le droit des Serbes &#224; vivre dans un seul Etat &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le FMI a d&#233;j&#224; calcul&#233; la part de chacun des nouveaux Etats dans l'ancienne dette de la Yougoslavie ! Et ce sont bien s&#251;r les diff&#233;rents chefs de guerre qui sont charg&#233;s chacun par l'officine bancaire de l'imp&#233;rialisme de r&#233;cup&#233;rer le butin : des milliards de dollars sur le dos de la population !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1992-95 : La guerre de Bosnie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me guerre de la Serbie commence en avril 1992 contre la Bosnie-Herz&#233;govine qui s'&#233;tait proclam&#233;e r&#233;publique ind&#233;pendante sans pouvoir se revendiquer du droit d'un peuple particulier puisque tous les peuples qui y r&#233;sident sont minoritaires. Si les Croates &#233;taient faibles militairement face aux Serbes, la Bosnie, elle, n'a aucune arm&#233;e et va subir une vraie boucherie. D'autant que les dirigeants Serbes et Croates, Milosevic et Tudjman, &#233;taient d'accord sur le plan de d&#233;pe&#231;age de la Bosnie, plan qu'ils allaient finalement plus ou moins r&#233;aliser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au pr&#233;sident de la Bosnie, Alija Izetbegovic, il s'&#233;tait suffisamment d&#233;clar&#233; pro-islamiste pour servir de bouc &#233;missaire aux dirigeants serbes qui le traitaient de Turc. Sa politique va consister &#224; jouer lui aussi sur la fibre nationaliste tout en faisant appel &#224; la communaut&#233; internationale, autrement dit &#224; l'imp&#233;rialisme, au nom des populations bosniaques martyris&#233;es. Et effectivement entre mai et juin 1992, les troupes et groupes paramilitaires serbes se livrent &#224; des exactions atroces sur les populations civiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la guerre de Bosnie, on aura donc un affrontement entre les trois nationalismes, serbe, croate et musulman bosniaque. A la t&#234;te de chacun, des dirigeants tout aussi dispos&#233;s &#224; exploiter la situation aux d&#233;pens des peuples afin d'asseoir leur domination sur le plus grand territoire possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1993 et 94, l'arm&#233;e serbe &#233;crase les enclaves musulmanes de Srebrenica, Zepa et Gorazde en Bosnie Orientale et c'est le nettoyage ethnique le plus violent auquel on ait assist&#233; jusque l&#224;, sans trop affoler la fameuse &#8220; communaut&#233; internationale &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les populations continuent de servir d'otage &#224; chaque camp mais parfois les gens ou m&#234;me les soldats serbes se r&#233;voltent comme &#224; Banja Luka en septembre 1993. Ils se mutinent contre les profiteurs de guerre serbes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la r&#233;publique serbe s'est servi des enclaves serbes enserr&#233;es dans des territoires o&#249; d'autres nationalit&#233;s &#233;taient majoritaires pour justifier sa guerre et pour avoir &#224; disposition des troupes serbes, elle les l&#226;che aussi en fonction de ses propres int&#233;r&#234;ts comme la r&#233;publique serbe de Bosnie en ao&#251;t 1994, exactement comme elle l&#226;che la Krajina, enclave serbe de Croatie, aux troupes croates peu apr&#232;s. La d&#233;fense des Serbes n'&#233;tait pour Milosevic qu'un pr&#233;texte &#224; une politique guerri&#232;re. Son v&#233;ritable objectif est de gagner une part aussi grande que possible du pouvoir et de mener au service des classes dirigeantes une politique visant &#224; d&#233;tourner le m&#233;contentement social.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vrai des autres nationalismes comme celui des dirigeants des musulmans bosniaques. En ao&#251;t 1994, &#224; Tuzla, dans la zone croato-musulmane, la population a essay&#233; de s'opposer &#224; la logique de tous les nationalismes, en constituant des &#8220;partis citoyens&#8221; sans appartenance ethnique qui refusent la logique de l'&#233;puration. Ils seront battus par les forces militaires et politiques nationalistes du pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1992, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain n'avait pas souhait&#233; que la Yougoslavie explose en petits morceaux du fait des risques que cela pouvait entra&#238;ner pour la stabilit&#233; de toute la r&#233;gion. En somme il avait plut&#244;t soutenu les efforts de Milosevic pour garder la mainmise sur le pays au nom de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave et &#233;galement soutenu financi&#232;rement celle-ci puisque Milosevic affirmait sa volont&#233; d'appliquer les plans &#233;conomiques des autorit&#233;s financi&#232;res internationales. C'est seulement en avril 1992 que la position de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain s'est retourn&#233;e contre la Serbie en lui enjoignant d'arr&#234;ter sa guerre en Bosnie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant les Occidentaux en sont rest&#233;s au discours. Tout au plus, en mai 1992, l'ONU a-t-elle adopt&#233; des sanctions contre la Serbie&#8230; qu'elle n'a gu&#232;re cherch&#233; &#224; faire appliquer. En novembre 1992, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain se posait la question d'intervenir dans un conflit guerrier et a, para&#238;t-il, h&#233;sit&#233; entre la Somalie et la Bosnie. Ce serait Georges Bush qui aurait tranch&#233; pour la Somalie o&#249; les USA ont envoy&#233; 30 000 soldats. En France, le gouvernement a fait mine de se pr&#233;occuper de la population bosniaque, de s'int&#233;resser &#224; l'aide humanitaire ou &#224; la sauvegarde de la ville de Sarajevo o&#249; Mitterrand a m&#234;me &#233;t&#233; se promener. Mais le m&#234;me Mitterrand a refus&#233; de commenter les informations donn&#233;es par le pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovitc sur les exactions commises par les troupes et groupes paramilitaire serbes, et a affirm&#233; n'en avoir jamais rien su, ce qui &#233;tait un aveu de complicit&#233; politique avec Milosevic.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce ne sont pas les pays occidentaux mais c'est la population serbe elle-m&#234;me qui a toujours repr&#233;sent&#233; la principale menace pour Milosevic. Et d'abord en 1992. Le 9 mars 1992, jour anniversaire des &#233;meutes de 1991 du Kosovo durement r&#233;prim&#233;es, 40 000 personnes ont manifest&#233; &#224; Belgrade contre le r&#233;gime. Des organisations d&#233;mocratiques sont alors apparues. Le 14 juin suivant, &#224; Belgrade, des milliers de manifestants pacifistes ont manifest&#233; contre la guerre et demand&#233; l'amnistie des 200 000 insoumis arr&#234;t&#233;s. Le 15 juin 1992 les &#233;tudiants de Belgrade se sont mis en gr&#232;ve, r&#233;clamant la d&#233;mission de Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1995 : la &#8220;paix&#8221; de Dayton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, les diverses troupes ont atteint les zones qui correspondent au rapport des forces militaires. Il ne reste plus &#224; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qu'&#224; arriver pour conclure la paix consistant essentiellement &#224; donner &#224; chaque chef de bande le territoire qu'il a conquis. Les intentions proclam&#233;es au d&#233;part, &#224; savoir le maintien de la Bosnie comme une entit&#233; et le refus du nettoyage ethnique sont all&#232;grement balay&#233;es aux accords de Dayton et les zones vont r&#233;ellement &#234;tre des zones ethniquement homog&#232;nes. Le regroupement des Croates et des musulmans Bosniaques n'est qu'une fiction de papier que les Am&#233;ricains ne cherchent pas &#224; faire appliquer. Quant aux chefs nationalistes, ces chefs de bandes de tueurs et de terroristes &#224; l'encontre des populations civiles, les Milosevic et les Tudjman comme les Izetbegovic, ils sont tous reconnus comme chefs d'Etats par l'imp&#233;rialisme. La seule pr&#233;occupation de celui-ci est de stabiliser un ordre durable avec des dirigeants qui sauront maintenir leur peuple sous leur f&#233;rule. Mais la paix n'est encore une fois que la pr&#233;paration de la nouvelle guerre, la quatri&#232;me, au Kosovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1998 : la guerre au Kosovo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le plus grand silence complice de la &#8220;communaut&#233; internationale&#8221; que Milosevic a pu lancer une grande offensive il y a six mois, lors de l'&#233;t&#233; 1998, contre les zones du Kosovo frontali&#232;res de l'Albanie. Sa m&#233;thode : le terrorisme des forces militaires et paramilitaires pratiquant le nettoyage ethnique en chassant les populations vers l'Albanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
En juin 1998, 65 000 Kosovars expuls&#233;s ; 150 000 en ao&#251;t, 230 000 en septembre. A l'&#233;poque, les r&#233;fugi&#233;s n'avaient pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la m&#234;me couverture m&#233;diatique que depuis l'intervention occidentale ! C'est que les Occidentaux comptaient s'arranger avec Milosevic et avaient planifi&#233; des n&#233;gociations &#224; Rambouillet pour faire la part du feu en octroyant une simple autonomie aux Kosovo en &#233;change de quoi les combattants kosovars devaient d&#233;poser les armes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu de Milosevic&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic ne pouvait pas, sans risquer d'&#234;tre renvers&#233; par son aile d'extr&#234;me droite, signer les accords de Rambouillet reconnaissant ne serait-ce que l'autonomie au Kosovo. Cela aurait voulu dire c&#233;der devant la petite arm&#233;e ind&#233;pendantiste des Kosovars, l'UCK, alors que Milosevic fondait toute son autorit&#233; sur l'inverse. Tout son pouvoir sur les diverses factions et bandes arm&#233;es nationalistes serbes a repos&#233; sur le fait qu'il a pris leur t&#234;te en 1987 sur la question justement de la domination par les Serbes du Kosovo qu'il avait proclam&#233; c&#339;ur historique des Serbes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Milosevic a choisi de tenir t&#234;te aux Occidentaux parce qu'il a calcul&#233;, &#224; tort ou &#224; raison, qu'ils ne pourront se passer de lui et ne voudront pas le renverser. Il sait aussi qu'il lui sera bien plus facile vis-&#224;-vis de ses soutiens extr&#233;mistes serbes de para&#238;tre devoir c&#233;der plus tard aux forces militaires coalis&#233;es des pays les plus riches du monde qu'&#224; l'UCK. D'autant que les puissances occidentales n'ont visiblement pas l'intention de lui imposer l'ind&#233;pendance du Kosovo mais son partage entre une zone serbe qu'il est en train de nettoyer ethniquement sans que les Occidentaux ne l&#232;vent le petit doigt pour l'en emp&#234;cher, et une zone qui serait donn&#233;e &#224; l'Albanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que sous couvert des bombardements, l'intervention militaire occidentale va probablement sauver la mise au pouvoir de Milosevic. Certes, il pourra perdre ainsi une partie du Kosovo, mais le conflit lui aura permis d'accentuer sa mainmise sur deux autres r&#233;gions qui mena&#231;aient de quitter la Serbie : le Mont&#233;n&#233;gro et la Vo&#239;vodine. Voil&#224; pourquoi Milosevic avait des raisons de penser qu'en d&#233;pit d'un rapport de forces militaires &#224; l'&#233;vidence d&#233;favorable, il avait &#224; gagner &#224; l'affrontement avec les grandes puissances.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intervention imp&#233;rialiste, loin d'aider la population &#224; se r&#233;volter contre Milosevic, lui coupe enti&#232;rement toutes ses possibilit&#233;s. Se dire contre Milosevic en Serbie aujourd'hui, c'est probablement appara&#238;tre comme favorable aux bombardements ! D&#232;s le d&#233;but de l'intervention occidentale, le dictateur s'est servi de la situation pour renforcer son pouvoir en d&#233;cr&#233;tant l'&#233;tat d'urgence, en interdisant toute expression d'opposition et en mena&#231;ant d'arr&#234;ter et de fusiller tout opposant. Il a imm&#233;diatement remplac&#233; les hommes politiques qui n'&#233;taient pas directement &#224; sa botte, y compris en rempla&#231;ant le chef des arm&#233;es et plusieurs g&#233;n&#233;raux. En tenant t&#234;te &#224; l'imp&#233;rialisme, Milosevic appara&#238;t comme celui qui se bat contre les puissances alli&#233;es pour la d&#233;fense des Serbes, comme celui qui r&#233;siste courageusement aux bombardements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de l'intervention des puissances imp&#233;rialistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'imp&#233;rialisme, ce n'est pas pour du p&#233;trole, des mines, des plantations ni pour aucun objectif &#233;conomique qu'il intervient en Yougoslavie mais en tant que gendarme du monde. Comme au Rwanda ou en Somalie. C'est pour d&#233;fendre sa ma&#238;trise du monde et pr&#233;venir tout risque d'un vide du pouvoir cons&#233;cutif aux guerres civiles. C'est en particulier pour emp&#234;cher que les peuples aient la moindre vell&#233;it&#233; de croire que c'est &#224; eux de d&#233;cider quel est l'ordre qui leur convient le mieux. De ce point de vue, ce n'est pas la chute de Milosevic que visent les Occidentaux. Il veulent &#8220;l'ordre&#8221;, pas la d&#233;stabilisation de la Serbie avec tous les risques sociaux qu'elle repr&#233;sente.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'objectif des grandes puissances dans cette guerre n'est pas li&#233; &#224; de simples questions d'int&#233;r&#234;ts locaux, de liens avec telle ou telle r&#233;gion, mais de faire une d&#233;monstration &#224; usage international. Les guerres du Golfe risquaient de ne pas avoir &#233;t&#233; d&#233;monstratives et l'imp&#233;rialisme a jug&#233; que la Yougoslavie pouvait &#234;tre un nouveau terrain pour affirmer son r&#244;le de gendarme international. Cela lui a paru d'autant plus opportun qu'avec l'aggravation de la situation &#233;conomique et sociale dans des continents entiers, une occasion un peu spectaculaire de sortir ses armes sophistiqu&#233;es se pr&#233;sentait. D'autant qu'on &#233;tait en Europe et que ce n'&#233;tait pas un mal pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain d'y affirmer son leadership mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suite &#224; venir...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Yougoslavie, tout a commenc&#233; en 1986-1989 par une vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui a affol&#233; les classes dirigeantes au point qu'elles ont lanc&#233; la guerre entre nationalit&#233;s</title>
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		<dc:date>2022-07-17T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
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		<dc:subject>Kosovo</dc:subject>
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		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>
		<dc:subject>Slov&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Yougoslavie, tout a commenc&#233; en 1986-1989 par une vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui a affol&#233; les classes dirigeantes au point qu'elles ont lanc&#233; la guerre entre nationalit&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Avertissement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne s'en souvient et pourtant c'est vrai : l'&#233;clatement de la Yougoslavie au travers d'une guerre civile sanglante est la r&#233;action des classes dirigeantes face &#224; une vaste gr&#232;ve ouvri&#232;re sur tout le territoire national. Cette gr&#232;ve n'avait aucun caract&#232;re nationaliste ou de division nationale&#8230; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;23- Guerres de Yougoslavie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot205" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot247" rel="tag"&gt;croatie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;Slov&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_16569 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/index-122.jpg' width=&#034;295&#034; height=&#034;171&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En Yougoslavie, tout a commenc&#233; en 1986-1989 par une vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui a affol&#233; les classes dirigeantes au point qu'elles ont lanc&#233; la guerre entre nationalit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne s'en souvient et pourtant c'est vrai : l'&#233;clatement de la Yougoslavie au travers d'une guerre civile sanglante est la r&#233;action des classes dirigeantes face &#224; une vaste gr&#232;ve ouvri&#232;re sur tout le territoire national. Cette gr&#232;ve n'avait aucun caract&#232;re nationaliste ou de division nationale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, la presse occidentale occultait les r&#233;voltes ouvri&#232;res contre la dictature stalinienne en Yougoslavie. De nos jours, personne ne s'en souvient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, c'est bel et bien pour &#233;craser la mont&#233;e ouvri&#232;re que les classes dirigeantes ont lanc&#233; le bain de sang de la guerre civile entre nationalit&#233;s&#8230; La guerre de Yougoslavie s'appelle donc contre-r&#233;volution sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034;&gt;Lire ici comment cette contre-r&#233;volution sanglante a permis d'&#233;craser le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re yougoslave &#233;tait contre les mesures d'aust&#233;rit&#233; des ann&#233;es 80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1980, un demi-million de personnes ont particip&#233; &#224; des gr&#232;ves ouvri&#232;res en r&#233;action &#224; la crise &#233;conomique. Les syndicats, bien qu'&#233;tant les organisations ouvri&#232;res les plus importantes, n'ont pas r&#233;ussi &#224; s'approprier ce combat. Au lieu de cela, il a &#233;t&#233; revendiqu&#233; par les partis politiques nationalistes en pleine ascension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des ann&#233;es 1980 et le d&#233;but des ann&#233;es 1990 ont entra&#238;n&#233; une transformation globale des relations sociales dans la Yougoslavie socialiste. La transformation comprenait principalement l'abolition de la propri&#233;t&#233; sociale et l'affaiblissement de l'influence politique de la classe ouvri&#232;re. Cela a &#233;t&#233; suivi par une occurrence de plus en plus fr&#233;quente de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui se sont chevauch&#233;es avec d'autres types de conflits politiques. Ces conflits ont eu lieu simultan&#233;ment avec la restauration des rapports sociaux capitalistes. Pour cette raison, la position du travail, l'exp&#233;rience de la crise et la r&#233;sistance des travailleurs doivent &#234;tre analys&#233;es &#224; la fois dans le contexte de l'agitation politique locale et dans le contexte de la dynamique globale des flux de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Yougoslavie, la p&#233;riode est caract&#233;ris&#233;e par des protestations et des gr&#232;ves auxquelles environ un demi-million de travailleurs ont pris part. La plupart d'entre eux se sont produits &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et au d&#233;but des ann&#233;es 1990, en r&#233;ponse &#224; l'introduction des mesures d'aust&#233;rit&#233; et &#224; la &#171; reconstruction &#187; globale de l'&#233;conomie. Les gr&#232;ves sont devenues un ph&#233;nom&#232;ne quotidien. Selon les recherches, il n'y a gu&#232;re d'entreprise dans laquelle les travailleurs n'ont pas protest&#233;. Certaines des gr&#232;ves les plus importantes ont eu lieu dans : la mine de charbon croate &#171; Ra&#353;a &#187;, Labin (c'&#233;tait la gr&#232;ve la plus longue) ; &#171; Rakovica &#187;, Belgrade, Serbie ; bosniaque &#171; &#272;ur&#273;evik &#187; ; &#171; Borovo &#187;, Vukovar, Croatie. Dans leurs revendications, les gr&#233;vistes s'opposent avant tout &#224; la baisse du niveau de vie, &#224; l'appauvrissement et &#224; la pr&#233;carisation du travail. En plus de ces demandes, la direction syndicale a souvent &#233;t&#233; invit&#233;e &#224; d&#233;missionner de ses fonctions. Le temps des gr&#232;ves a montr&#233; que le syndicat &#233;tait une organisation inadapt&#233;e au r&#244;le qu'il &#233;tait charg&#233; de remplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats &#8211; un foss&#233; entre possibilit&#233; et r&#233;alisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, la syndicalisation s'est faite en m&#234;me temps que la lutte des travailleurs pour l'am&#233;lioration de leurs conditions de travail. Dans leur mode actuel, les syndicats sont de plus en plus souvent critiqu&#233;s, &#224; la lumi&#232;re des preuves croissantes de la corruption des repr&#233;sentants et de leur manque de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes priv&#233;s de leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'une attitude globalement n&#233;gative &#224; l'&#233;gard du syndicat persiste au sein de la soci&#233;t&#233;, il n'existe toujours pas d'alternative viable &#224; la syndicalisation . Pour cette raison, il existe une aspiration &#224; utiliser le potentiel existant des syndicats pour les r&#233;former de l'int&#233;rieur. Afin de pouvoir conceptualiser ad&#233;quatement les r&#233;organisations possibles, il est utile de r&#233;fl&#233;chir sur le r&#244;le et la position des syndicats &#224; la fin des ann&#233;es 80, et de repenser les cons&#233;quences de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa recherche, &#171; La position des syndicats en RSFY &#224; la fin des ann&#233;es 80 &#187;, Mario Reljanovi&#263; explique le cadre normatif dans lequel op&#233;raient les syndicats &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingt. Ce cadre a &#233;t&#233; d&#233;fini par la Constitution yougoslave de 1974 et la loi de 1976 sur le travail en commun (ZUR). Si le cadre d&#233;crivait le syndicat comme la plate-forme la plus large possible de la classe ouvri&#232;re, con&#231;ue pour lutter, entre autres, en faveur de l'&#233;tablissement du travailleur comme acteur d&#233;cisif de la reproduction sociale, pour l'&#233;galit&#233; des travailleurs en voie d'entr&#233;e dans le monde du travail et des moyens de production, pour am&#233;liorer l'&#233;ducation ouvri&#232;re, la participation des travailleurs &#224; l'exercice du pouvoir politique, la protection des droits des travailleurs, la fourniture de la s&#233;curit&#233; sociale et l'&#233;l&#233;vation du niveau de vie, dans ses analyses, Reljanovi&#263; accentue l'existence d'un &#233;cart important entre les comp&#233;tences susmentionn&#233;es et la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Reljanovi&#263;, l'un des principaux d&#233;fauts du syndicat, et les raisons de son &#171; incomp&#233;tence &#187;, &#233;tait un manque total d'autonomie et une position p&#233;riph&#233;rique &#224; laquelle il &#233;tait nomm&#233;. Le syndicat &#233;tait li&#233; &#224; la Ligue des communistes tant sur le plan pratique qu'id&#233;ologique. En d'autres termes, il a tir&#233; son programme des documents programmatiques du SKJ, sans plate-forme politique autonome. Le Parti a conceptualis&#233; l'&#201;tat et la politique &#233;conomique, les politiques du travail, le prix et les conditions du travail, tandis que les syndicats &#233;taient principalement utilis&#233;s pour promouvoir et expliquer ces politiques aux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les syndicats aspiraient &#224; parvenir &#224; un compromis entre l'&#201;tat et les travailleurs, leurs tentatives ont &#233;t&#233; vaines. Selon les recherches, les travailleurs ne s'identifiaient pas aux syndicats. Reljanovi&#263; cite une recherche sur l'attitude des travailleurs envers le syndicat, effectu&#233;e dans les ann&#233;es 70, qui montre que les travailleurs &#233;taient d&#233;courag&#233;s de participer aux activit&#233;s du syndicat par sa faible influence dans la r&#233;solution de questions cruciales, le fait que le syndicat tournait autour d'elle-m&#234;me et se concentrait sur des probl&#232;mes p&#233;riph&#233;riques, s'&#233;loignait de ses membres et ne d&#233;fendait pas les int&#233;r&#234;ts des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le r&#244;le du syndicat dans la soci&#233;t&#233; socialiste, Reljanovi&#263; pose une th&#232;se int&#233;ressante sur son r&#244;le r&#233;el, &#233;crivant que le syndicat en tant qu'institution avait pour objectif de faire un compromis entre le concept de lutte syndicale pour les droits des travailleurs et le fait que la soci&#233;t&#233; socialiste autogestionnaire aurait d&#251; repr&#233;senter l'incarnation d'un syst&#232;me id&#233;al dans lequel les travailleurs jouissent d&#233;j&#224; de tous les droits. C'&#233;taient deux concepts th&#233;oriques apparemment confront&#233;s. Le syndicat s'est donc construit sur des bases instables, qui ont &#233;t&#233; profond&#233;ment &#233;branl&#233;es lors des protestations et des gr&#232;ves de masse des ann&#233;es quatre-vingt. A l'&#233;poque, la RFSY &#233;tait balay&#233;e par une vague de gr&#232;ves. En 1989, plus de 470 000 travailleurs se sont mis en gr&#232;ve. Les gr&#232;ves ont d'abord &#233;t&#233; organis&#233;es au niveau de l'entreprise, et se sont progressivement &#233;tendues de la fabrication &#224; l'&#233;ducation,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de leur position d&#233;pendante et marginale, les syndicats n'ont pas pu r&#233;agir comme ils le devraient, sont souvent rest&#233;s silencieux, se sont rang&#233;s du c&#244;t&#233; de l'administration de l'entreprise ou se sont ouvertement oppos&#233;s &#224; la r&#233;bellion ouvri&#232;re. Reljanovi&#263; d&#233;crit ainsi le syndicat comme une structure rest&#233;e coinc&#233;e dans un vide du syst&#232;me politique et &#233;conomique et qui, au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie d'autogestion, a &#233;t&#233; principalement utilis&#233;e pour promouvoir des politiques &#233;conomiques impopulaires. &#201;tant donn&#233; que le syndicat n'avait pas d'id&#233;es autonomes ni de plate-forme pour les concr&#233;tiser, tout espoir que la crise aurait pu &#234;tre utilis&#233;e pour sa r&#233;forme est rest&#233; vain. Alors que la Ligue des communistes et la Yougoslavie commen&#231;aient &#224; s'effondrer, le syndicat a suivi les traces de ses bastions. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il a embrass&#233; la lib&#233;ralisation du march&#233; et de l'&#233;conomie. Autrement dit,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation du conflit de classe en conflit ethno-national&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte bas&#233; sur leur recherche &#171; La continuit&#233; du conflit social 1988-1991 : The Borovo Corporation &#187;, le groupe Borovo (Sven Cvek, Snje&#382;ana Iv&#269;i&#263;, Jasna Ra&#269;i&#263;) explique la discontinuit&#233; entre les gr&#233;vistes ouvriers susmentionn&#233;s &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingt et les conflits violents des ann&#233;es 90. Ils se sont concentr&#233;s sur &#034;une seule usine et une seule ville&#034;, ou une situation particuli&#232;re dans une seule r&#233;publique (SR Croatie). N&#233;anmoins, un aper&#231;u pr&#233;cieux des probl&#232;mes plus larges de conflit dans l'espace post-yougoslave peut &#234;tre obtenu en observant le micro-niveau d'une analyse socio-historique de l'usine de Borovo, souvent qualifi&#233;e de copie r&#233;duite de la Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode choisie (1988-91) repr&#233;sente une p&#233;riode de transformation sociale globale. Les auteurs lient les conflits yougoslaves &#224; la restauration des rapports sociaux capitalistes. Selon leur conclusion, le lien n'est nullement arbitraire. Il semble que tout ait subi une m&#233;tamorphose &#224; l'&#233;poque, de sorte que les communistes (qui n'&#233;taient communistes &#224; l'&#233;poque que de nom) se sont transform&#233;s en nouveaux d&#233;mocrates, la soci&#233;t&#233; &#233;tait destin&#233;e &#224; devenir priv&#233;e et la lutte ouvri&#232;re est devenue une lutte nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de garder &#224; l'esprit que la transformation susmentionn&#233;e n'a pas &#233;t&#233; re&#231;ue sans la r&#233;sistance des travailleurs. Plus pr&#233;cis&#233;ment, certains changements et conflits ont commenc&#233; au moment o&#249; la lutte ouvri&#232;re s'&#233;tait d&#233;j&#224; acc&#233;l&#233;r&#233;e. &#8222;&#192; la fin des ann&#233;es 80, les ouvriers de l'usine de Borovo ont assist&#233; &#224; un abandon d&#233;finitif du projet socialiste yougoslave et &#224; l'effondrement du concept de sociabilit&#233; bas&#233;e sur le travail dans tous ses aspects &#233;conomiques, sociaux et id&#233;ologiques. Leur r&#233;ponse fut les gr&#232;ves de plus en plus fr&#233;quentes. La gr&#232;ve la plus dramatique, celle de 1988, a vu les travailleurs se diriger vers Belgrade et s'imposer au Parlement f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; que plus de 470 000 travailleurs &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve en ce moment. Les travailleurs de Borovo n'&#233;taient en aucun cas seuls. Les gr&#232;ves en Yougoslavie faisaient partie d'une &#034;vague de protestation internationale jusqu'ici sans t&#233;moin&#034; contre les mesures d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es aux pays endett&#233;s par le FMI. Selon un rapport de la Banque mondiale sur la &#171; restructuration industrielle &#187; de la Yougoslavie, datant de 1991, les &#233;l&#233;ments les plus importants &#233;taient la r&#233;forme de la propri&#233;t&#233; (en d'autres termes, la privatisation) et l'abolition de l'autogestion ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves en Yougoslavie repr&#233;sentaient avant tout une lutte contre la longue chute du niveau de vie, qui s'est sold&#233;e par des faillites et des licenciements d'entreprises. Pour cette raison, les conflits en question doivent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme des conflits de classe. Cependant, la lutte de la classe ouvri&#232;re s'est transform&#233;e en un conflit ethno-nationaliste qui a abouti &#224; la guerre gr&#226;ce au dissimulation de la Ligue des communistes, au conflit entre les administrations politiques des r&#233;publiques, au fait que la politique des partis s'en est m&#234;l&#233;e, etc. . La recherche montre clairement que la position des travailleurs &#233;tait tr&#232;s complexe, et leur marge de man&#339;uvre assez limit&#233;e, en raison des diff&#233;rents conflits entrelac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves ouvri&#232;res ont eu lieu avant et apr&#232;s les premi&#232;res &#233;lections multipartites de 1990, dont les r&#233;sultats ont largement d&#233;cid&#233; du sort des luttes. &#192; savoir, les options politiques de droite ont remport&#233; les &#233;lections dans toutes les r&#233;publiques yougoslaves. Leur politique s'est av&#233;r&#233;e plus tard anticommuniste et anti-yougoslave. En utilisant l'exemple de la situation en Croatie, les auteurs montrent que la politique nationaliste &#233;tait d&#233;j&#224; en hausse pendant la campagne &#233;lectorale, qui &#233;tait remplie de slogans nationalistes et lib&#233;raux. Les dirigeants &#171; se sont affront&#233;s en citant les dangers que la Serbie pr&#233;sentait &#224; la Croatie &#187;. Cependant, bien que la rh&#233;torique dominante des partis politiques ait &#233;t&#233; construite autour du march&#233; libre, de l'&#201;tat et de la nation, les r&#233;sultats des enqu&#234;tes d'opinion conduisent &#224; la conclusion que les ouvriers &#233;taient en fait pr&#233;occup&#233;s par l'exp&#233;rience de la crise et par une inqui&#233;tude pour l'avenir. On pourrait dire que la politique nationaliste a culmin&#233; apr&#232;s les &#233;lections gr&#226;ce au fait que les militants du parti se sont de plus en plus impliqu&#233;s dans la r&#233;bellion des travailleurs et ont brouill&#233; les objectifs des travailleurs en favorisant les divisions ethniques. &#192; cette &#233;poque, les dirigeants de nombreuses entreprises croates ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des personnes &#233;troitement li&#233;es aux nouvelles autorit&#233;s politiques. Les auteurs affirment que ce ph&#233;nom&#232;ne &#233;tait si r&#233;pandu que la presse l'a couramment qualifi&#233; de &#171; d&#233;capitation des PDG &#187;. La m&#233;thode utilis&#233;e par le HDZ pour &#233;tendre son influence dans le &#171; public syndical &#187; a &#233;t&#233; surnomm&#233;e la &#171; r&#233;volution anti-bureaucratique &#187;. En effet, le HDZ a repris les entreprises. On pourrait dire que la politique nationaliste a culmin&#233; apr&#232;s les &#233;lections gr&#226;ce au fait que les militants du parti se sont de plus en plus impliqu&#233;s dans la r&#233;bellion des travailleurs et ont brouill&#233; les objectifs des travailleurs en favorisant les divisions ethniques. &#192; cette &#233;poque, les dirigeants de nombreuses entreprises croates ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des personnes &#233;troitement li&#233;es aux nouvelles autorit&#233;s politiques. Les auteurs affirment que ce ph&#233;nom&#232;ne &#233;tait si r&#233;pandu que la presse l'a couramment qualifi&#233; de &#171; d&#233;capitation des PDG &#187;. La m&#233;thode utilis&#233;e par le HDZ pour &#233;tendre son influence dans le &#171; public syndical &#187; a &#233;t&#233; surnomm&#233;e la &#171; r&#233;volution anti-bureaucratique &#187;. En effet, le HDZ a repris les entreprises. On pourrait dire que la politique nationaliste a culmin&#233; apr&#232;s les &#233;lections gr&#226;ce au fait que les militants du parti se sont de plus en plus impliqu&#233;s dans la r&#233;bellion des travailleurs et ont brouill&#233; les objectifs des travailleurs en favorisant les divisions ethniques. &#192; cette &#233;poque, les dirigeants de nombreuses entreprises croates ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des personnes &#233;troitement li&#233;es aux nouvelles autorit&#233;s politiques. Les auteurs affirment que ce ph&#233;nom&#232;ne &#233;tait si r&#233;pandu que la presse l'a couramment qualifi&#233; de &#171; d&#233;capitation des PDG &#187;. La m&#233;thode utilis&#233;e par le HDZ pour &#233;tendre son influence dans le &#171; public syndical &#187; a &#233;t&#233; surnomm&#233;e la &#171; r&#233;volution anti-bureaucratique &#187;. En effet, le HDZ a repris les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative de &#171; d&#233;capitation du PDG &#187; dans l'entreprise Borovo de la ville de Vukovar, &#224; l'&#233;t&#233; 1990, peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme l'exemple d'une tentative d'un parti politique de manipuler la gr&#232;ve ouvri&#232;re et de l'utiliser pour remplacer le PDG de l'entreprise. La gr&#232;ve a &#233;clat&#233; en r&#233;ponse &#224; l'annonce des licenciements, mais la direction de la gr&#232;ve a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e par les travailleurs qui &#233;taient en m&#234;me temps des militants locaux du HDZ, suite &#224; l'&#233;chec des n&#233;gociations entre le premier conseil des gr&#233;vistes et la direction de l'entreprise. . Cela a discr&#233;dit&#233; la gr&#232;ve et conduit &#224; des accusations selon lesquelles la gr&#232;ve &#233;tait politiquement motiv&#233;e. Des affirmations ont &#233;t&#233; faites selon lesquelles &#171; les Serbes voulaient travailler, tandis que les Croates ne le voulaient pas &#187;, ce qui a aggrav&#233; la situation. Les auteurs ont conclu que les militants du parti ont cr&#233;&#233; des divisions qui &#233;taient auparavant inexistantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la peur de la privatisation &#224; la peur pour sa propre vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de souligner une fois de plus que l'intervention du parti politique nouvellement form&#233; a eu une influence cruciale sur la cr&#233;ation de divisions parmi les travailleurs. C'est pourquoi les chercheurs concluent que les divisions fond&#233;es sur l'ethnicit&#233; &#233;taient loin d'&#234;tre compl&#232;tes &#224; l'&#233;poque. Les auteurs citent un exemple tir&#233; d'une s&#233;ance publique d'un conseil d'entreprise, au cours de laquelle une ouvri&#232;re a mis en garde : &#171; Allons-nous avaler l'app&#226;t de telles ruses et informations erron&#233;es, utilis&#233;es par les plus paresseux d'entre nous pour cr&#233;er des divisions, alors que tous nous aurons la m&#234;me faim demain : Croates, Serbes et Musulmans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il soit raisonnable de supposer que de nombreux travailleurs &#233;taient d'accord avec ces points de vue, ces turbulences seront devenues moins pertinentes en 1991. &#171; Au printemps de l'ann&#233;e suivante, de nombreux employ&#233;s des entreprises collectives n'auront pas eu le temps de r&#233;fl&#233;chir. sur les questions br&#251;lantes de la privatisation, puisqu'elles auront &#233;t&#233; assombries par la peur pour sa vie. En mai 1991, la ville de Vukovar est gouvern&#233;e par des civils arm&#233;s, le HDZ et des extr&#233;mistes serbes, et l'entr&#233;e de l'usine &#171; Borovo &#187; est gard&#233;e par des personnes qui tirent des coups de semonce &#224; l'approche. Dans le m&#234;me temps, quelque soixante-dix personnes, pour la plupart membres du SDS, prennent d'assaut l'entreprise &#171; Prehrana &#187; &#224; Glina. D&#232;s lors, le pain est p&#233;tri et cuit sous la protection de civils arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de leurs recherches, les auteurs tirent une th&#232;se importante, soulignant que le conflit arm&#233; n'avait pas seulement commenc&#233; pendant le conflit de classe, mais avait &#233;galement r&#233;ussi &#224; l'interrompre. Le probl&#232;me r&#233;side dans le fait que les travailleurs n'ont pas r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une force politique supranationale ou non nationale, ce que les chercheurs imputent en partie au manque d'autonomie du syndicat. Dans de telles circonstances, les communistes r&#233;form&#233;s, ou les nouveaux d&#233;mocrates, ont r&#233;ussi &#224; s'imposer comme la seule alternative anti-syst&#232;me. Ils ont souvent utilis&#233; la rh&#233;torique de classe et d'exploitation de classe dans leurs apparitions publiques. L'alternative nationaliste, et soi-disant anti-syst&#232;me, a ainsi gagn&#233; de l'espace pour forger une nouvelle base pour les soci&#233;t&#233;s post-socialistes, et avec elle pour nos vies d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.masina.rs/eng/yugoslav-working-class-austerity-measures-eighties/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.masina.rs/eng/yugoslav-working-class-austerity-measures-eighties/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anticipation de r&#233;volte ouvri&#232;re contre la bureaucratie pseudo-communiste, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des dockers de Slov&#233;nie de 1970 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ssoar.info/ssoar/bitstream/handle/document/70339/ssoar-ehq-2015-2-rutar-Containing_Conflict_and_Enforcing_Consent.pdf?sequence=1&amp;isAllowed=y&amp;lnkname=ssoar-ehq-2015-2-rutar-Containing_Conflict_and_Enforcing_Consent.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ssoar.info/ssoar/bitstream/handle/document/70339/ssoar-ehq-2015-2-rutar-Containing_Conflict_and_Enforcing_Consent.pdf?sequence=1&amp;isAllowed=y&amp;lnkname=ssoar-ehq-2015-2-rutar-Containing_Conflict_and_Enforcing_Consent.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 1987, une vague de gr&#232;ves s'&#233;tait propag&#233;e de la Croatie et de la Slov&#233;nie au reste du pays, contre le gel des salaires ordonn&#233; par le gouvernement f&#233;d&#233;ral. Les troubles industriels sont rest&#233;s monnaie courante jusqu'&#224; la fin de 1988, impliquant des centaines de milliers de personnes dans tout le pays, dans ce qui &#233;tait certainement la plus grande vague de gr&#232;ves en Yougoslavie depuis la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais frapper, mesurer et montrer sa force ne pouvait en soi r&#233;soudre les probl&#232;mes de la classe ouvri&#232;re. Dans une situation o&#249; tout le pays &#233;tait pratiquement en faillite et menac&#233; d'une vague de chauvinisme, les travailleurs avaient besoin de plus que du militantisme, ils avaient besoin d'une politique leur permettant de rejoindre les rangs &#224; travers la Yougoslavie et de gagner le soutien des masses m&#233;contentes. Malheureusement, ce qui aurait &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour mettre en avant une telle politique, &#224; savoir un parti r&#233;volutionnaire, n'existait pas. Au lieu de cela, le langage le plus radical que les travailleurs militants pouvaient entendre &#233;tait celui de Milosevic et de ses partisans parmi les dirigeants syndicaux non officiels. Certains travailleurs ont finalement &#233;t&#233; dup&#233;s par les d&#233;magogues, tandis que la majorit&#233; est rest&#233;e d&#233;sorient&#233;e et d&#233;moralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, lorsque les mineurs du Kosovo ont forc&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans la r&#233;gion contre le coup d'&#201;tat chauvin de Milosevic contre le statut autonome du Kosovo, ils n'ont trouv&#233; aucun soutien de la part du reste de la classe ouvri&#232;re yougoslave et Milosevic a pu d&#233;clencher une r&#233;pression brutale comprenant des limogeages - bien qu'il n'ait pas pu emp&#234;cher les troubles de se poursuivre, en particulier dans les mines, pendant encore un an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.union-communiste.org/es/1993-04/10-yugoslavia-from-break-up-to-civil-war-warlords-and-politicians-against-the-population&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.union-communiste.org/es/1993-04/10-yugoslavia-from-break-up-to-civil-war-warlords-and-politicians-against-the-population&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1987 : gr&#232;ves en Slov&#233;nie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1987, les travailleurs de l'entreprise publique Litostroj, un fabricant de machines lourdes bas&#233; &#224; Ljubljana, ont commenc&#233; leur gr&#232;ve, que beaucoup consid&#232;rent comme l'un des &#233;v&#233;nements cruciaux de la d&#233;mocratisation de la Slov&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve d'environ cinq mille travailleurs de Litostroj sous la direction de l'ing&#233;nieur France Tom&#353;i&#269; a dur&#233; du 9 au 15 d&#233;cembre, n'a exprim&#233; aucune confiance dans la r&#232;gle de gouvernement &#224; parti unique en vigueur en exigeant que les syndicats puissent devenir ind&#233;pendants et a contr&#233; le parti au pouvoir &#224; au niveau politique en cr&#233;ant un comit&#233; d'initiative de l'Union sociale-d&#233;mocrate de Slov&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.total-slovenia-news.com/lifestyle/5157-december-9-in-slovenian-history-strike-in-litostroj-begins-democratisation-process&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.total-slovenia-news.com/lifestyle/5157-december-9-in-slovenian-history-strike-in-litostroj-begins-democratisation-process&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague des gr&#232;ves ouvri&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, une vague de gr&#232;ves tr&#232;s disput&#233;es &#233;clate en Mac&#233;doine. L'une des usines les plus importantes de la r&#233;gion s'est d&#233;clar&#233;e en gr&#232;ve &#034;contre la mafia bureaucratique&#034;, une autre irait &#034;jusqu'&#224; la limite&#034;. Les gr&#232;ves dureront 46 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;t&#233; 1985, &#224; l'annonce d'une baisse des salaires et de licenciements pour manque d'activit&#233;, le port de Koper (seul grand port de Slov&#233;nie) est paralys&#233;. Les gr&#233;vistes se placent ouvertement sur un terrain antisyndical, contre la conciliation de classe (le syndicat a accept&#233; le plan de stabilisation). Face &#224; la radicalisation des travailleurs, le syndicat a collabor&#233; avec la police et l'administration portuaire dans la chasse aux &#034;meneurs&#034;. Cette gr&#232;ve fut le d&#233;but d'un vaste mouvement de protestation sociale qui paralysa tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Slov&#233;nie, plusieurs grandes entreprises ont &#233;t&#233; paralys&#233;es par la gr&#232;ve, les ouvriers ont d&#233;chir&#233; et br&#251;l&#233; leurs cartes syndicales. En Croatie, les gr&#232;ves se radicalisent et l'arm&#233;e passe &#224; l'action pour emp&#234;cher l'extension de la lutte. Dans de nombreuses r&#233;gions, le prol&#233;tariat a occup&#233; les routes en signe de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes. Les ouvriers des ports de Split et de Rijeka rejoignent le mouvement, paralysant ainsi le commerce ext&#233;rieur. La r&#233;action de la bourgeoisie fut rapide : le gouvernement slov&#232;ne autorisa les gr&#232;ves &#224; condition que les ouvriers se r&#233;unissent et discutent avec les syndicats et informent &#224; l'avance la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journal yougoslave (Studensk List, 3.10.85) disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;... L'information que nous avons rapport&#233;e cet &#233;t&#233; selon laquelle presque tous les jours, dans deux de nos entreprises, les ouvriers &#233;taient en gr&#232;ve... En consid&#233;rant les gr&#232;ves de cet &#233;t&#233;, des groupes de cadres sup&#233;rieurs (qui aiment visiter les usines le gr&#232;ve) ont exprim&#233; leur inqui&#233;tude face &#224; l'&#233;volution de circonstances nouvelles, absentes des gr&#232;ves pr&#233;c&#233;dentes, notamment le fait que les ouvriers impliqu&#233;s dans les gr&#232;ves expriment leur m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral et pas seulement des revendications propres &#224; leur entreprise. qui sont en gr&#232;ve disent aux grands patrons des R&#233;publiques et de la F&#233;d&#233;ration qu'ils contestent la fa&#231;on dont ils dirigent le pays. ...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1986, une nouvelle tentative du gouvernement f&#233;d&#233;ral de &#034;fermer les entreprises non rentables&#034; a &#233;t&#233; lanc&#233;e. Les syndicats ont essay&#233; de faire accepter ce plan de restructuration aux travailleurs lors de &#034;r&#233;unions de direction d'entreprise&#034;. Cet effort gouvernemental est refus&#233; en bloc par la classe ouvri&#232;re : une nouvelle vague de gr&#232;ves inonde le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal allemand Die Zeit du 17.1.86 rapporte les propos d'un ouvrier m&#233;tallurgiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je ne peux que sourire &#224; cette th&#233;orie selon laquelle les actions de gr&#232;ve seraient n&#233;es subitement d'un caprice ou de la suggestion qui dit que l'oisif et le solitaire sont derri&#232;re les arr&#234;ts de travail. Notre patience est &#224; bout. La classe ouvri&#232;re n'a plus rien perdre ou avoir peur.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour survivre, de nombreux ouvriers ne travaillaient que trois ou quatre des sept heures officielles et se transformaient en &#034;paysans&#034; le reste du temps. Quelque 60% des habitants de la Yougoslavie vivaient de l'agriculture alors que seulement 38% vivaient &#224; la campagne. Les autres compl&#233;taient leur salaire en travaillant au noir apr&#232;s leur travail, 40 % du revenu familial provenant de cette source. La baisse du salaire r&#233;el a atteint des chiffres impressionnants : plus de 40 %. Les statisticiens du Minist&#232;re de l'Economie Nationale observent &#224; cette &#233;poque une baisse importante des d&#233;penses dites de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1986, le gouvernement de Milka Planic tombe. La raison ? L'impossibilit&#233; de mener &#224; bien le plan du FMI face au m&#233;contentement prol&#233;tarien croissant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouveau gouvernement a promis de geler les salaires pendant 6 mois et d'augmenter les prix, la r&#233;ponse ne s'est pas fait attendre : gr&#232;ves, manifestations, occupations, sabotages... qui ont chang&#233; le rapport de force. Le prol&#233;tariat a impos&#233; ses conditions : une preuve de sa force s'est manifest&#233;e par une augmentation de 8 % des salaires r&#233;els. Dans le m&#234;me temps, les gr&#232;ves et les sabotages se sont traduits par une perte g&#233;n&#233;ralis&#233;e de rentabilit&#233; du capital sur l'ensemble du territoire yougoslave.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie avait recul&#233; devant la force prol&#233;tarienne mais les n&#233;cessit&#233;s de ses conditions concr&#232;tes d'accumulation du capital l'obligeaient &#224; adopter des solutions antagonistes toutes faites. C'est ainsi que le gouvernement f&#233;d&#233;ral a &#233;labor&#233;, avec la b&#233;n&#233;diction du FMI, une r&#233;forme mon&#233;taire qui avait pour but d'&#233;liminer les entreprises non comp&#233;titives (en retirant le soutien des banques locales), et de d&#233;valuer le Dinar de mani&#232;re &#224; provoquer une redistribution du revenu, c'est-&#224;-dire une augmentation radicale et relative du taux de profit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de l'automne 1986, toutes les banques de Mac&#233;doine, du Mont&#233;n&#233;gro et du Kosovo ont fait faillite. La pression ouvri&#232;re &#233;tait si forte qu'aucun responsable local ne se risquerait &#224; affronter les ouvriers en fermant des entreprises d&#233;cr&#233;t&#233;es non rentables. La situation s'est d&#233;t&#233;rior&#233;e. Les entreprises n'ont plus pu continuer &#224; fonctionner et elles ont &#233;t&#233; tout simplement abandonn&#233;es. Le ch&#244;mage a atteint des niveaux &#233;normes. On estime que pour 1986, le nombre de ch&#244;meurs &#233;tait de 1,2 million, l'inflation a atteint 130 %.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette m&#234;me ann&#233;e, le gaz et l'&#233;lectricit&#233; ont &#233;t&#233; coup&#233;s &#224; plus d'un millier de familles du centre de Belgrade qui ne pouvaient pas payer leurs factures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat a r&#233;agi au nouveau plan d'aust&#233;rit&#233; qui pr&#233;voyait la suppression de 35 000 emplois d'ici la fin de l'ann&#233;e - il a lanc&#233; une lutte massive. Dans les campagnes, des prol&#233;taires agricoles arm&#233;s de haches et de pelles s'en prennent &#224; la police et aux grandes entreprises industrielles.&lt;br class='autobr' /&gt;
1987 et 1988 voient le mouvement contestataire se radicaliser : les prol&#233;taires ne se contentent plus de s'opposer aux plans d'aust&#233;rit&#233; successifs, ils posent ouvertement la question du pouvoir. Les manifestations et les gr&#232;ves &#233;clatent des limites de l'usine et des grands centres industriels et remettent en cause tous les aspects de la vie : le travail, le &#171; socialisme &#187;, la famille, les patrons, les dirigeants, les mis&#233;rables logements ouvriers... Le capitaliste &#233;l&#233;mentaire les conditions d'un retour au travail n'existaient pas, la gr&#232;ve &#233;tait permanente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet aiguisage de l'action directe de notre classe en Yougoslavie s'est nourri en force et en ampleur du d&#233;veloppement d'un cycle de g&#233;n&#233;ralisation des luttes prol&#233;tariennes au niveau mondial. Dans les pays d'Europe centrale et de l'Est (les pays dits &#171; communistes &#187;) se d&#233;veloppe simultan&#233;ment une vague de luttes intenses qui remettent en cause l'ordre social et donnent le signal d'alarme qui entra&#238;ne les changements politico-formels qui s'op&#233;reront plus tard. &#224; la t&#234;te de ces &#201;tats, pour mieux g&#233;rer ces &#034;&#233;conomies malades&#034; et r&#233;pondre &#224; une agitation sociale croissante.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'&#233;t&#233; 1986, les mineurs &#171; hongrois &#187; d&#233;clar&#232;rent une gr&#232;ve contre les licenciements. En Roumanie en 1987 plusieurs vagues de lutte se sont termin&#233;es par les mutineries de Brasov (novembre 1987). A l'automne 1987, des gr&#232;ves &#233;clatent &#233;galement en Bulgarie - pour ne citer qu'un exemple, on peut citer celle de l'usine de Mezdra. Au printemps 1988 en Pologne, de nombreuses gr&#232;ves se d&#233;veloppent pour s'opposer &#224; l'augmentation massive des prix alimentaires et en ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e &#233;clate une vague de gr&#232;ves que Walesa et Solidarnosc ne pourront que difficilement contr&#244;ler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin f&#233;vrier 1987, en r&#233;action &#224; une hausse des prix de diverses denr&#233;es (jusqu'&#224; 20 % pour certains), &#224; un gel des salaires et &#224; une intensification du travail, &#233;clatent plusieurs gr&#232;ves qualifi&#233;es de &#034;sauvages&#034; par les les autorit&#233;s. Pendant un mois et demi, il y a eu quelque 80 frappes sans sommation dans toute la Yougoslavie, principalement en Croatie. Face &#224; ce mouvement, la bourgeoisie a r&#233;pondu par les mesures r&#233;pressives habituelles qu'elle utilise toujours en pareille circonstance : licenciements, non-paiement des jours de gr&#232;ve, menaces d'intervention militaire...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; ce moment-l&#224;, le mouvement a continu&#233; de cro&#238;tre. Apr&#232;s une courte interruption au d&#233;but du mois d'avril de la m&#234;me ann&#233;e, dans le bassin houiller de Labin (Croatie), se d&#233;veloppe une gr&#232;ve qui est la plus longue enregistr&#233;e en Yougoslavie depuis la Seconde Guerre mondiale : elle dure 30 jours. Les mineurs ont exig&#233; l'annulation de toutes les augmentations de prix, une augmentation de 100% des salaires et un changement de direction de la mine. La bourgeoisie, face &#224; la perspective d'une &#233;ventuelle unit&#233; prol&#233;tarienne dans la lutte et surtout compte tenu du fait qu'&#224; ce moment pr&#233;cis dans le Nord-Ouest du pays et sur la c&#244;te Adriatique les prol&#233;taires lan&#231;aient une lutte ouverte, a conc&#233;d&#233; une augmentation des salaires nominaux de plus de 40% (alors que les ouvriers r&#233;clamaient 100% pour arr&#234;ter la gr&#232;ve &#224; Labin) et licencia divers fonctionnaires d&#233;sign&#233;s comme responsables de la situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les autres r&#233;gions, des groupes de travailleurs se sont r&#233;unis pour coordonner leurs actions ! Les prol&#233;taires d'une aci&#233;rie bosniaque ont fond&#233; un nouveau parti communiste qui &#233;tait ouvertement contre &#034;le syndicat corrompu&#034; et appelait &#224; &#034;l'expropriation des biens de l'Etat et du Parti&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, nous n'avons pas plus d'informations sur cette tentative de centralisation de la lutte. Partout les protestations &#233;taient dirig&#233;es contre &#034;la mafia gouvernementale&#034; et les banques &#233;trang&#232;res. Au m&#234;me moment, plus de 700 sid&#233;rurgistes slov&#232;nes entament une gr&#232;ve &#171; contre la corruption et la mauvaise gestion &#187; avec une manifestation devant le parlement de la R&#233;publique. En juillet &#224; Vukovar, 10 000 ouvriers d'une entreprise de chaussures et de pneus se mettent en gr&#232;ve, 5 000 d'entre eux se rendent &#224; Belgrade pour r&#233;clamer le doublement de leur salaire et la t&#234;te de l'ancien directeur (&#224; l'&#233;poque ministre du Commerce ext&#233;rieur). Ils ont r&#233;clam&#233; le limogeage de la direction ainsi que de l'ensemble du conseil municipal de Vukovar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au m&#234;me moment, il y avait des manifestations devant le Parlement croate &#224; Zagreb. L'exp&#233;dition des gr&#233;vistes de Vukovar &#224; Belgrade (deux autres luttes renouvel&#232;rent cette action &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque) constitua une sorte de nouveau d&#233;part dans la mesure o&#249; c'&#233;tait la premi&#232;re fois au cours de cette vague de luttes que des prol&#233;taires s'organisaient pratiquement pour d&#233;passer les limites r&#233;gionales. De plus, ils sont all&#233;s non seulement crier leurs revendications au plus haut niveau de l'Etat, mais surtout appeler sur place &#224; l'unit&#233; avec les travailleurs de Belgrade. Une telle action n&#233;cessite, de la part des prol&#233;taires, une confrontation importante avec l'endiguement R&#233;publique par R&#233;publique entrepris par les syndicats. Cette initiative impliquait donc les grandes lignes d'une rupture avec le nationalisme dominant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, la presse officielle n'a jamais parl&#233; de gr&#232;ves mais seulement d'&#034;arr&#234;ts de travail&#034; en disant que le gouvernement de Belgrade avait menac&#233; d'utiliser des chars contre les gr&#233;vistes en l'absence d'un retour imm&#233;diat au travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin mai 88, en r&#233;ponse &#224; une nouvelle loi de &#171; redistribution des revenus &#187; adopt&#233;e le 15 du mois par le Parlement f&#233;d&#233;ral &#224; Belgrade et qui aurait entra&#238;n&#233; une baisse des salaires comprise entre 20 et 45 % selon les secteur, le mouvement de gr&#232;ve a touch&#233; les secteurs des mines et des transports (en Bosnie-Herz&#233;govine et en Serbie). Plus de 10 000 prol&#233;taires en lutte ont manifest&#233; &#224; Belgrade &#171; contre la vie ch&#232;re &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En octobre de la m&#234;me ann&#233;e, de violents affrontements ont oppos&#233; des manifestants et des unit&#233;s sp&#233;ciales de la police. Certains ouvriers qui voulaient marcher sur Titograd pour se joindre aux manifestations ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par la police. Pendant deux jours, la ville a &#233;t&#233; coup&#233;e par les unit&#233;s sp&#233;ciales. Douze mille prol&#233;taires ont particip&#233; &#224; la manif. Ils ont appel&#233; &#224; une &#034;r&#233;forme &#233;conomique&#034; et &#224; des salaires plus &#233;lev&#233;s. Ce mouvement a conduit &#224; la d&#233;mission du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en a &#233;t&#233; de m&#234;me dans la province &#034;autonome&#034; de Vo&#239;vodine o&#249; le gouvernement a fait face &#224; la pression de la rue, mena&#231;ant notamment de d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tat d'urgence. Finalement, en d&#233;cembre 1988, le gouvernement f&#233;d&#233;ral se voit contraint de d&#233;missionner apr&#232;s deux ans de lutte ouverte contre la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement, apr&#232;s une p&#233;riode de crise politique et d'incapacit&#233; de la bourgeoisie locale &#224; contr&#244;ler la main-d'&#339;uvre, se reconstitue sous l'&#233;gide d'Ante Markovic, un Croate, nomm&#233; Premier ministre de la F&#233;d&#233;ration. Les points centraux de son programme &#233;taient la lib&#233;ration des prix, les int&#233;r&#234;ts du cr&#233;dit et l'adaptation du dinar aux n&#233;cessit&#233;s du march&#233; (ce qui signifiait son adaptation &#224; sa valeur r&#233;elle).&lt;br class='autobr' /&gt;
A cela, le prol&#233;tariat a r&#233;pondu par une nouvelle vague de gr&#232;ves au cours des premiers mois de 1989, r&#233;clamant une fois de plus une augmentation de salaire de 100 %.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'au mois de mars 89, pendant plusieurs semaines, le Kosovo a &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de luttes de plus en plus massives et violentes. Toutes les villes de cette &#171; province autonome &#187; furent touch&#233;es par une vague de luttes analogues &#224; celles qui avaient secou&#233; l'Alg&#233;rie quelques mois plus t&#244;t. Dans ce cas comme dans l'autre, les symboles et les repr&#233;sentations les plus &#233;vidents de l'&#201;tat sont pris pour cibles par les prol&#233;taires insurg&#233;s : les commissariats sont attaqu&#233;s. A Podujevo, le commandant de la police (&#034;de souche albanaise&#034;... mais peu importait aux insurg&#233;s, c'&#233;tait quand m&#234;me un flic !) a &#233;t&#233; tu&#233; et un peu partout les forces de l'ordre ont essuy&#233; des tirs depuis les toits de des maisons, des trains ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s, des magasins d&#233;vast&#233;s...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat (sous ses formes f&#233;d&#233;rale et provinciale) a r&#233;pondu en d&#233;cr&#233;tant, &#224; partir du 1er mars, l'&#233;tat d'urgence dans la r&#233;gion, et, &#224; partir du 27 mars, par un couvre-feu. Le lendemain du jour o&#249; les &#233;meutes atteignirent leur paroxysme, c'est-&#224;-dire le 28 mars, le parlement de Serbie vota &#224; l'unanimit&#233; la suppression compl&#232;te de l'autonomie des provinces du Kosovo et de Vo&#239;vodine, dans le double but de permettre la r&#233;volte prol&#233;tarienne d'&#234;tre &#233;cras&#233; plus directement et de mieux le d&#233;tourner (par des polarisations nationalistes anti-albanaises et anti-serbes) et ainsi de r&#233;cup&#233;rer le m&#233;contentement en Serbie m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette explosion de col&#232;re au Kosovo, a &#233;t&#233; le point culminant d'une vague de lutte pratiquement ininterrompue qui, depuis 1985, avec ses hauts et ses bas, a secou&#233; tous les secteurs et recoins de la Yougoslavie.&lt;br class='autobr' /&gt;
En septembre 1989, 10 000 travailleurs manifestent &#224; Belgrade et &#224; Skopje et menacent de d&#233;clencher une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale si le gouvernement f&#233;d&#233;ral n'arr&#234;te pas l'inflation. Les ouvriers, qui &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve, r&#233;clamaient que le mark allemand devienne la principale monnaie dans laquelle ils &#233;taient pay&#233;s. Les patrons locaux de Zagreb, Split et Rijeka r&#233;clamaient de leur c&#244;t&#233;, sous la pression des gr&#233;vistes, un salaire minimum de 1 000 DM.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;cembre 1989, 650 000 ouvriers de Serbie, du Mont&#233;n&#233;gro et de Mac&#233;doine se sont d&#233;clar&#233;s en gr&#232;ve contre la politique du gouvernement et ont exig&#233; une augmentation des salaires de 100 %. Les chefs d'entreprise ont c&#233;d&#233; et, contrairement aux directives gouvernementales, ont acc&#233;d&#233; aux revendications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#232;ves multiples accentu&#232;rent encore les faiblesses de l'&#233;conomie yougoslave. Pour donner une id&#233;e du niveau des luttes : en 1989 le taux de croissance annuel des prix de d&#233;tail &#233;tait officiellement de 1256%, le taux de croissance annuel des salaires pour la m&#234;me p&#233;riode &#233;tait de 1595% ! Ainsi, sur l'ensemble de l'ann&#233;e 1989, les revenus r&#233;els ont augment&#233; de 25% (selon le document Notes &amp; Etudes n&#176; 4920-r1). Les analystes de cette m&#234;me revue ajoutent : &#034;... une &#233;volution difficile &#224; accepter dans une &#233;conomie dite 'en crise'. Le ch&#244;mage et une baisse importante du niveau de vie sont le prix &#224; payer pour stabiliser la situation.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;num&#233;r&#233; les forces de notre classe, il nous faut maintenant exposer les faiblesses qui ont caract&#233;ris&#233; cette vague de lutte et qui sont devenues un levier important que l'&#201;tat a pu pleinement exploiter pour imposer la d&#233;faite au prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, il y a la non-&#233;mergence d'organisations autonomes de prol&#233;taires en lutte, et ce malgr&#233; la dur&#233;e et l'intensit&#233; des luttes et malgr&#233; le fait d'un certain m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard des syndicats officiels. Mais la critique des syndicats s'est souvent limit&#233;e &#224; une opposition &#224; la &#171; bureaucratie syndicale &#187;, r&#233;duisant la critique &#224; la question d'un &#171; mauvais dirigeant &#187; plut&#244;t qu'&#224; la lutte contre le caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire du syndicalisme. En cons&#233;quence de cette faiblesse de la critique du syndicalisme, les prol&#233;taires n'ont pas assum&#233; les t&#226;ches d'auto-organisation ni les actions classistes d'&#233;largissement et de centralisation de la lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette faiblesse dans la critique des institutions en termes de &#171; mauvais syndicats &#187;, de &#171; politiciens incomp&#233;tents &#187; ou de &#171; fonctionnaires corrompus &#187; s'est av&#233;r&#233;e utile &#224; l'&#201;tat et plus d'un &#171; bureaucrate individuel &#187; a ainsi &#233;t&#233; jet&#233; aux ouvriers en col&#232;re pour prot&#233;ger le la classe bourgeoise et les rapports sociaux capitalistes dans leur ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre facteur de faiblesse, qui constitue certainement un &#233;l&#233;ment explicatif de la premi&#232;re faiblesse que nous avons &#233;voqu&#233;e plus haut, &#233;tait le poids du nationalisme. En effet, le mouvement de lutte n'avait pas nettement rompu avec l'endiguement nationaliste, m&#234;me lors des &#233;meutes du Kosovo en 1989. Dans le contexte yougoslave, o&#249; la question nationale est l'arme par excellence avec laquelle l'&#201;tat affronte le prol&#233;tariat, toute le d&#233;veloppement doit se donner imm&#233;diatement et absolument pour t&#226;che une rupture effective, consciente, qui assume les forces de l'endiguement nationaliste. Si la solidarit&#233; prol&#233;tarienne au-del&#224; des fronti&#232;res des diff&#233;rentes r&#233;publiques a trouv&#233; maintes occasions de s'exprimer au cours de centaines de gr&#232;ves et de manifestations, cette solidarit&#233; ne s'est jamais transform&#233;e en solidarit&#233; concert&#233;e, actions organis&#233;es contre les diff&#233;rentes forces nationalistes ! Il faut donc &#234;tre prudent dans l'utilisation de termes comme &#171; unitaire &#187; ou &#171; solidaire &#187;. La r&#233;alit&#233; de l'existence de nombreuses gr&#232;ves simultan&#233;es sur plusieurs ann&#233;es est un fait. N&#233;anmoins, l'expression imm&#233;diate de l'unit&#233; de lutte et de perspective, au-del&#224; des solidarit&#233;s locales, ne s'est pas exprim&#233;e de mani&#232;re cons&#233;quente en termes d'organisation et de centralisation. M&#234;me au Kosovo, o&#249; les prol&#233;taires sont descendus dans la rue avec les armes pour s'attaquer violemment &#224; leur mis&#232;re, tout potentiel d'extension a &#233;t&#233; castr&#233; par l'Etat qui a tr&#232;s facilement su r&#233;duire les &#233;meutes &#224; une affaire purement &#171; albanaise &#187;. La r&#233;alit&#233; de l'existence de nombreuses gr&#232;ves simultan&#233;es sur plusieurs ann&#233;es est un fait. N&#233;anmoins, l'expression imm&#233;diate de l'unit&#233; de lutte et de perspective, au-del&#224; des solidarit&#233;s locales, ne s'est pas exprim&#233;e de mani&#232;re cons&#233;quente en termes d'organisation et de centralisation. M&#234;me au Kosovo, o&#249; les prol&#233;taires sont descendus dans la rue avec les armes pour s'attaquer violemment &#224; leur mis&#232;re, tout potentiel d'extension a &#233;t&#233; castr&#233; par l'Etat qui a tr&#232;s facilement su r&#233;duire les &#233;meutes &#224; une affaire purement &#171; albanaise &#187;. La r&#233;alit&#233; de l'existence de nombreuses gr&#232;ves simultan&#233;es sur plusieurs ann&#233;es est un fait. N&#233;anmoins, l'expression imm&#233;diate de l'unit&#233; de lutte et de perspective, au-del&#224; des solidarit&#233;s locales, ne s'est pas exprim&#233;e de mani&#232;re cons&#233;quente en termes d'organisation et de centralisation. M&#234;me au Kosovo, o&#249; les prol&#233;taires sont descendus dans la rue avec les armes pour s'attaquer violemment &#224; leur mis&#232;re, tout potentiel d'extension a &#233;t&#233; castr&#233; par l'Etat qui a tr&#232;s facilement su r&#233;duire les &#233;meutes &#224; une affaire purement &#171; albanaise &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://libcom.org/article/yugoslavia-imperialist-war-against-world-proletariat-1990s-icg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://libcom.org/article/yugoslavia-imperialist-war-against-world-proletariat-1990s-icg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des relations ouvriers-dirigeants n'est pas rest&#233;e que dans les lettres&lt;br class='autobr' /&gt;
des citoyens. Il a provoqu&#233; des gr&#232;ves, qui &#233;taient auparavant consid&#233;r&#233;es comme impossibles&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un syst&#232;me socialiste autogestionnaire. Le d&#233;clenchement des premi&#232;res grandes gr&#232;ves&lt;br class='autobr' /&gt;
en Yougoslavie en janvier 1958 fut un &#233;v&#233;nement choquant pour le plus haut&lt;br class='autobr' /&gt;
autorit&#233;s communistes (voir plus dans Ivani&#269;, 1986)16. La gr&#232;ve des mineurs&lt;br class='autobr' /&gt;
La Slov&#233;nie (Trbovlje) &#233;tait le sujet principal du Comit&#233; ex&#233;cutif &#233;largi&lt;br class='autobr' /&gt;
du Comit&#233; central du LCY r&#233;uni en f&#233;vrier 1958. Sur ce&lt;br class='autobr' /&gt;
occasion, Josip Broz Tito lui-m&#234;me a d&#233;clar&#233; que l'une des principales raisons de ces&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ves &#233;tait un &#233;norme &#233;cart de salaires entre les travailleurs et la direction&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les collectifs de travail (Despot, 2009, p. 91). De plus, &#171; Tito a m&#234;me adopt&#233; le&lt;br class='autobr' /&gt;
paroles des mineurs de Trbovlje, soulignant qu'il n'&#233;tait pas pour l'&#233;galisation des salaires-&lt;br class='autobr' /&gt;
mais les ouvriers avaient raison : &#8216;Tous nos estomacs sont &#233;gaux !' &#187; (Unkovski-&lt;br class='autobr' /&gt;
Korica, 2016, p. 168).17 Les travailleurs ont r&#233;pondu &#224; un autre discours public du&lt;br class='autobr' /&gt;
plus tard en 1958, par lequel Tito cherchait &#224; calmer la situation apr&#232;s le min-&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve des ers. Ses paroles &#233;taient significatives comme en t&#233;moignent les lettres de soutien&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il recevait des ouvriers eux-m&#234;mes. Ainsi, par exemple, un ouvrier &#233;crit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Tito en disant que &#034;ses paroles &#233;taient en m&#234;me temps les paroles de millions de&lt;br class='autobr' /&gt;
les Yougoslaves ordinaires, les gens et les travailleurs &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie yougoslave a d&#251; s'appuyer davantage sur la r&#233;partition par le march&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
services pour accro&#238;tre sa comp&#233;titivit&#233; sur le march&#233; international. Ce&lt;br class='autobr' /&gt;
signifiait aussi r&#233;duire le pouvoir d'achat des salaires. Les cols bleus, qui&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient les salaires les plus bas, ont r&#233;pondu par des gr&#232;ves (Popov, 1969 ; Wachtel, 1972 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jovanov, 1979 ; Woodward 1995, p. 272-273).18 Jovanov (1979, p. 185-186)&lt;br class='autobr' /&gt;
parle de la position contradictoire des travailleurs qui &#233;taient dans un &#233;tat subordonn&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
position vis-&#224;-vis de ceux qui &#233;taient cens&#233;s les repr&#233;senter - la politique&lt;br class='autobr' /&gt;
la bureaucratie civile, administrative et &#233;conomique et l'oligarchie financi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#233;vistes &#233;taient principalement des cols bleus qui avaient le plus petit pouvoir d&#233;cisif&lt;br class='autobr' /&gt;
l'influence dans les collectifs de travail, qui &#233;tait l'un des motifs de leurs gr&#232;ves,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; c&#244;t&#233; de leurs faibles revenus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lettres ouvri&#232;res indiquaient des faiblesses syst&#233;matiques dans l'auto-homme yougoslave.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#226;ge. Le gouvernement consid&#233;rait le syst&#232;me d'autogestion comme un&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me non conflictuel de relations industrielles dans lequel le conflit industriel19 &#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
per&#231;u non pas comme normal mais comme un ph&#233;nom&#232;ne pathologique (&#381;upanov, 1971,&lt;br class='autobr' /&gt;
p. 11). &#381;upanov (1971, p. 7) a soutenu que le conflit industriel &#233;tait in&#233;vitable m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le socialisme autogestionnaire ouvrier, malgr&#233; ses diff&#233;rences avec&lt;br class='autobr' /&gt;
capitalisme et socialisme oriental (sovi&#233;tique). Dans la vie quotidienne des travailleurs, les sources&lt;br class='autobr' /&gt;
de conflit subsistait, ce qui ressort de la grande majorit&#233; de leurs lettres&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crit aux plus hautes autorit&#233;s politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ans apr&#232;s les premi&#232;res grandes gr&#232;ves, les travailleurs &#233;taient aux prises avec&lt;br class='autobr' /&gt;
probl&#232;mes ilaires, mais ils ne sont pas descendus dans la rue dans l'ann&#233;e troubl&#233;e de&lt;br class='autobr' /&gt;
1968. En t&#233;moignent des lettres comme celle envoy&#233;e par quelques ouvriers d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
l'entreprise de Belgrade au pr&#233;sident Tito en juin 1968. Cependant, ils ont averti&lt;br class='autobr' /&gt;
Tito sur les in&#233;galit&#233;s sociales et la position de l'&#233;lite manag&#233;riale qui&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils consid&#233;raient comme inappropri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RECEO1_501_0025&amp;download=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RECEO1_501_0025&amp;download=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1981&#8211;1987 : gr&#232;ves ouvri&#232;res et effervescence sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; industrielle baisse, et la mis&#232;re grandit. La valeur de la monnaie est divis&#233;e par 5000 en cinq ans alors que les salaires sont, au mieux, bloqu&#233;s ! La petite bourgeoisie est elle aussi frapp&#233;e. Les jeunes sont sans emploi et sans perspective, y compris les jeunes &#233;tudiants. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1981, la baisse des salaires est telle que le dirigeant du syndicat unique li&#233; au pouvoir, Miran Piotrc, a lui-m&#234;me mis en garde publiquement les autorit&#233;s contre le danger de r&#233;action ouvri&#232;re. En mars 1981, l'explosion sociale a lieu au Kosovo, la r&#233;gion la plus pauvre o&#249; le revenu par habitant est la moiti&#233; de la moyenne nationale, six fois moindre qu'en Slov&#233;nie, et o&#249; le ch&#244;mage est six fois plus important que dans le reste du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Pristina, une manifestation d'&#233;tudiants, d'ouvriers et de ch&#244;meurs contre la vie ch&#232;re et les bas salaires se transforme en &#233;meute. L'affrontement dure plusieurs jours. La r&#233;pression est f&#233;roce : deux cent morts et six mille condamnations allant jusqu'&#224; vingt ann&#233;es d'emprisonnement. Le mouvement avait au d&#233;part un caract&#232;re social comme le reconna&#238;tra le principal dirigeant kosovar Ibrahim Rugova, m&#234;me si par la suite les nationalistes du Kosovo ne s'en souviendront que comme un mouvement revendiquant le statut du Kosovo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal responsable &#233;conomique f&#233;d&#233;ral d&#233;clare en mai 1982 : &#8220;si l'aust&#233;rit&#233; et une forte inflation continuent &#224; se d&#233;velopper pendant les deux ou trois prochaines ann&#233;es, je suis personnellement convaincu que cela m&#232;nera &#224; plusieurs conflits sociaux et &#224; des probl&#232;mes politiques. &#8221; De 1982 &#224; 1986, la politique d'aust&#233;rit&#233; s'accro&#238;t continuellement. Les &#233;conomies r&#233;gionales m&#232;nent de plus en plus des politiques diff&#233;rentes li&#233;es aux diff&#233;rences de d&#233;bouch&#233;s et au fait que la plupart de leurs acheteurs sont ext&#233;rieurs. Cela explique le choix des privil&#233;gi&#233;s de chaque r&#233;gion en faveur du s&#233;paratisme. Alors qu'on demande de plus en plus de sacrifices &#224; la population, le budget des arm&#233;es grandit continuellement : plus 24 % en 1983. En 1984, le nombre de ch&#244;meurs d&#233;passe le million. On va vers l'explosion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1986 marque la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res. Ce sont des mouvements massifs dans les grands centres industriels du pays, des mouvements contre les licenciements et contre le blocage des salaires et ces mouvements ne sont pas isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas fini : l'ann&#233;e suivante est celle de l'explosion des gr&#232;ves. En f&#233;vrier 1987, l'annonce du gel des salaires et de la r&#233;cup&#233;ration des augmentations accord&#233;es pr&#233;c&#233;demment par les entreprises met le feu aux poudres. L'agitation culmine en Croatie et en Mac&#233;doine. Les vagues de gr&#232;ve sont parties de Belgrade mais aussi des grands centres industriels de Zagreb, de Ljubljana et de Bosnie. Elles s'&#233;tendent, parcourent tout le pays. En 1987, le pays a connu 1570 gr&#232;ves auxquelles ont particip&#233; 365 000 travailleurs. Le pouvoir craint une v&#233;ritable explosion sociale. Mais le mouvement, en butte &#224; la r&#233;pression, reste inorganis&#233; et manque de direction. Le pouvoir a toutefois recul&#233; partout assez rapidement, accordant de fortes hausses de salaires. Pour calmer l'agitation, il annonce la d&#233;mission du premier ministre Branko Mikulic en d&#233;cembre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment o&#249; la bourgeoisie ne voit ses int&#233;r&#234;ts qu'en termes de division du pays en petites unit&#233;s, les travailleurs yougoslaves sont une seule et m&#234;me classe qui se bat pour les m&#234;mes objectifs &#224; l'&#233;chelle de tout le pays. La classe ouvri&#232;re ne se contente pas de revendications &#233;conomiques. Elle a perdu totalement confiance dans le pouvoir dont les scandales &#233;clatent au grand jour comme celui d'Agrokomerc, une firme agroalimentaire de Bosnie qui a &#233;mis des billets sans provision. Apr&#232;s des ann&#233;es de dictature sur la classe ouvri&#232;re dont les syndicats officiels n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre les courroies de transmission, la classe ouvri&#232;re est inorganis&#233;e syndicalement mais surtout politiquement. Le mouvement ouvrier renaissant pourrait remettre en cause le r&#233;gime, et unir derri&#232;re lui ceux qui luttent pour la libert&#233; politique et la fin de l'oppression des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Washington Post du 25 mars 1987 rapporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Une vague de gr&#232;ves sans pr&#233;c&#233;dent ici et dans toute la Yougoslavie s'est termin&#233;e sans perturbations majeures, mais les responsables gouvernementaux affirment que la mise en &#339;uvre imminente d'un programme d'aust&#233;rit&#233; &#233;conomique s&#233;v&#232;re pourrait raviver les protestations des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente-neuf arr&#234;ts de travail ont &#233;t&#233; enregistr&#233;s ici par la R&#233;publique de Croatie et au moins 168 se sont produits dans tout le pays apr&#232;s que les travailleurs ont re&#231;u des ch&#232;ques de paie g&#233;n&#233;ralement r&#233;duits de 20 &#224; 30 % ce mois-ci. Les arr&#234;ts de travail auraient impliqu&#233; 20 000 travailleurs. La plupart se sont termin&#233;s en quelques heures et aucun n'aurait continu&#233; cette semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, de hauts responsables ont d&#233;clar&#233; que la vague de gr&#232;ves &#8211; la premi&#232;re en 40 ans de r&#233;gime communiste &#224; &#234;tre provoqu&#233;e par un m&#233;contentement national face &#224; une mesure gouvernementale &#8211; &#233;tait susceptible de revenir et de s'amplifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toute l'ann&#233;e 1987 sera une ann&#233;e au cours de laquelle nous pouvons nous attendre au m&#233;contentement du public&#034;, a d&#233;clar&#233; Bozo Marendic, le chef du d&#233;partement de planification croate et membre de l'ex&#233;cutif au pouvoir de la r&#233;publique. &#034;Nous nous attendons &#224; ce que ces probl&#232;mes de revenus et d'emploi ne fassent que commencer. Mais nous devons mener &#224; bien notre programme ind&#233;pendamment des gr&#232;ves.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s yougoslaves, dirig&#233;es par le Premier ministre f&#233;d&#233;ral Branko Mikulic, sont confront&#233;es &#224; une grave crise &#233;conomique marqu&#233;e par une inflation de plus de 90 %, un ch&#244;mage de 14 % et des probl&#232;mes d'exportations n&#233;cessaires pour payer la dette ext&#233;rieure du pays de 20 milliards de dollars. Des contr&#244;les d'urgence sur les salaires ont &#233;t&#233; annonc&#233;s le 27 f&#233;vrier apr&#232;s que les entreprises d'&#201;tat ont accord&#233; d'&#233;normes augmentations de salaire &#224; partir de d&#233;cembre en pr&#233;vision des mesures d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marendic et d'autres responsables ont d&#233;clar&#233; que de nouvelles manifestations pourraient &#233;clater d&#232;s le mois prochain, lorsque les travailleurs des entreprises non rentables, 110 000 rien qu'en Croatie, subiront de nouvelles r&#233;ductions de salaire pouvant atteindre 50 %. D'autres manifestations pourraient survenir alors que le gouvernement met en place de nouveaux contr&#244;les sur les salaires, des r&#233;ductions importantes des d&#233;penses de l'&#201;tat et des fermetures d'entreprises en faillite au cours des trois prochains mois, ont-ils d&#233;clar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables ont averti que les travailleurs participant &#224; des gr&#232;ves pourraient &#234;tre licenci&#233;s. Cependant, Marendic a soulign&#233; que l'arm&#233;e ne serait pas utilis&#233;e pour r&#233;primer les protestations des travailleurs, malgr&#233; une r&#233;cente d&#233;claration de Mikulic selon laquelle les troupes pourraient &#234;tre utilis&#233;es pour d&#233;fendre le &#034;syst&#232;me constitutionnel&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'arm&#233;e ne serait pas appel&#233;e&#034;, a d&#233;clar&#233; Marendic dans une interview ici. &#034;M&#234;me si quelqu'un osait appeler l'arm&#233;e, qui sait ce qui lui arriverait pour cela ? Si nous avons des groupes r&#233;volutionnaires, alors l'arm&#233;e est charg&#233;e de d&#233;fendre le syst&#232;me. Mais quand il s'agit d'arr&#234;ts de travail, l'arm&#233;e n'agirait jamais pour les r&#233;primer m&#234;me si on l'appelait.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journalistes yougoslaves et les diplomates occidentaux ont soulign&#233; que les d&#233;brayages, pour la plupart brefs, de ce mois-ci n'avaient pas pos&#233; de menace s&#233;rieuse aux autorit&#233;s. Bien qu'agissant simultan&#233;ment, les travailleurs &#233;taient d&#233;sorganis&#233;s, n'avaient &#233;tabli aucun lien entre les usines ou avec les intellectuels et n'avaient formul&#233; aucune revendication politique, ont indiqu&#233; ces sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels arr&#234;ts sauvages en Yougoslavie sont courants, bien qu'ils ne se soient jamais produits auparavant dans une vague nationale. Quelque 900 gr&#232;ves ont &#233;t&#233; signal&#233;es l'ann&#233;e derni&#232;re et il y a eu plus de 5 000 d&#233;brayages depuis que les autorit&#233;s communistes ont commenc&#233; &#224; les tol&#233;rer &#224; la fin des ann&#233;es 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants communistes ont r&#233;pondu &#224; la vague de gr&#232;ves par quelques concessions. La l&#233;gislature nationale devrait maintenant modifier la loi sur les salaires de f&#233;vrier, qui pr&#233;voyait un retour des salaires au niveau de l'ann&#233;e derni&#232;re, gelait les salaires dans certaines industries et liait les augmentations pour d'autres travailleurs aux gains de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables gouvernementaux et syndicaux en Croatie, r&#233;pondant &#224; la grande vague de gr&#232;ves ici, ont critiqu&#233; la mesure salariale comme trop rigide et ont d&#233;clar&#233; que des exemptions seraient probablement accord&#233;es &#224; certaines industries, comme le tourisme et la construction navale, qui n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; d'&#233;normes hausses de salaire &#224; la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des diplomates ont d&#233;clar&#233; que les autorit&#233;s de certaines des sept autres r&#233;publiques et provinces semi-autonomes avaient modifi&#233; les r&#233;ductions de salaire ou ne les avaient pas du tout mises en &#339;uvre dans les usines cl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, Mikulic et d'autres autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales se sont engag&#233;es &#224; poursuivre le programme d'aust&#233;rit&#233;, qui pr&#233;voit une annulation de l'augmentation de salaire de 10 % que les travailleurs yougoslaves ont r&#233;alis&#233;e en moyenne l'ann&#233;e derni&#232;re, d'&#233;normes r&#233;ductions de salaire suppl&#233;mentaires pour les travailleurs des entreprises non rentables et une augmentation du ch&#244;mage. Cinq mille travailleurs pourraient &#234;tre licenci&#233;s rien qu'en Croatie, ont indiqu&#233; des responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants du gouvernement disent que les sacrifices sont n&#233;cessaires pour mettre fin &#224; l'inflation et commencer &#224; stabiliser une &#233;conomie en proie &#224; la stagnation et &#224; l'inefficacit&#233; pendant la majeure partie de cette d&#233;cennie. Mikulic, qui a pris ses fonctions en mai dernier, semble d&#233;termin&#233; &#224; mettre fin aux ann&#233;es de faible leadership central et de d&#233;rive nationale qui ont suivi la mort du mar&#233;chal Tito en 1980, ont d&#233;clar&#233; des diplomates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La peur des troubles ouvriers a &#233;t&#233; un facteur limitant pour les gouvernements pr&#233;c&#233;dents&#034;, a d&#233;clar&#233; un diplomate occidental, &#034;mais Mikulic semble pr&#234;t &#224; faire ce qui est n&#233;cessaire pour ma&#238;triser la situation. Ils se rendent compte qu'ils doivent faire quelque chose de plut&#244;t dramatique plut&#244;t de toute urgence.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sources occidentales ont d&#233;clar&#233; que les autorit&#233;s faisaient face &#224; une pression particuli&#232;re pour montrer une action &#233;nergique sur l'&#233;conomie en raison des prochaines &#233;ch&#233;ances pour le renouvellement des accords de r&#233;&#233;chelonnement de la dette avec les gouvernements et les banques occidentaux. Les responsables yougoslaves ont demand&#233; aux cr&#233;anciers gouvernementaux, y compris l'administration Reagan, de confirmer le r&#233;&#233;chelonnement des pr&#234;ts arrivant &#224; &#233;ch&#233;ance en 1987 et au d&#233;but de 1988 d'ici la fin de ce mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements occidentaux et les banques commerciales sont susceptibles d'&#234;tre influenc&#233;s par un nouveau rapport sur la situation &#233;conomique r&#233;cemment achev&#233; par le Fonds mon&#233;taire international, ont d&#233;clar&#233; des responsables. Des sources ont d&#233;clar&#233; que le FMI critiquait l'incapacit&#233; du gouvernement &#224; atteindre ses objectifs d'exportation ou &#224; contr&#244;ler la hausse acc&#233;l&#233;r&#233;e des salaires et des prix au cours des six derniers mois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.washingtonpost.com/archive/politics/1987/03/26/yugoslavia-awaits-2d-wave-of-strikes/e848b509-c380-45e7-901a-0efcb85e3016/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.washingtonpost.com/archive/politics/1987/03/26/yugoslavia-awaits-2d-wave-of-strikes/e848b509-c380-45e7-901a-0efcb85e3016/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UPI de mai 1987 rapporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mine ferm&#233;e lors de la plus grande gr&#232;ve de Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ 300 mineurs ont rejoint d'autres gr&#233;vistes &#224; la mine de charbon de Rasa mardi pour exiger une augmentation de salaire, fermant &#224; nouveau la mine dans la plus grande gr&#232;ve de Yougoslavie depuis la prise de pouvoir communiste en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un responsable de la mine pr&#232;s de Labin, &#224; environ 300 miles &#224; l'ouest de Belgrade sur la c&#244;te adriatique, a d&#233;clar&#233; que les 1 200 mineurs avaient arr&#234;t&#233; le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a commenc&#233; le 8 avril, mais environ 300 mineurs - pour la plupart membres du Parti communiste - ont repris le travail le 24 avril apr&#232;s des appels de l'organisation du parti de la mine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, ils ont d&#233;cid&#233; mardi de rejoindre leurs coll&#232;gues jusqu'&#224; ce que la mine r&#233;ponde &#224; leurs demandes d'augmentation de salaire et de licenciement de plusieurs directeurs de mine. La mine compte environ 500 employ&#233;s administratifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gestionnaires et les responsables du gouvernement local se r&#233;unissaient mardi pour discuter des revendications des mineurs en gr&#232;ve. L'arr&#234;t est le plus important en Yougoslavie depuis la prise de contr&#244;le communiste en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement f&#233;d&#233;ral a introduit un gel des salaires le 26 f&#233;vrier qui liait les salaires aux augmentations de productivit&#233; et visait &#224; freiner l'inflation annuelle &#224; pr&#232;s de 100 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi a d&#233;clench&#233; des gr&#232;ves dans tout le pays. Les travailleurs se sont plaints que les prix augmentaient d'environ 7 % par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu plus de 200 gr&#232;ves impliquant plus de 30 000 travailleurs depuis l'imposition du gel des salaires, mais la plupart n'ont dur&#233; qu'entre trois heures et trois jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.upi.com/Archives/1987/05/05/Mine-shut-down-in-Yugoslavias-biggest-strike/5611547185600/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.upi.com/Archives/1987/05/05/Mine-shut-down-in-Yugoslavias-biggest-strike/5611547185600/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1987-04-07-mn-218-story.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1987-04-07-mn-218-story.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1987, un col bleu &#233;crit et publie un article cinglant dans lequel il d&#233;peint une situation o&#249; des cols blancs abusent de leur poste aux d&#233;pens d'autres travailleurs. Cela a &#233;t&#233; publi&#233; dans son p&#233;riodique professionnel (&#224; l'&#233;poque, la plupart des grandes entreprises yougoslaves publiaient de tels documents semi-internes). Bien qu'une grande partie du contenu soit consacr&#233;e &#224; la performance &#233;conomique de l'entreprise ou &#224; l'&#233;volution d'un secteur industriel particulier, il &#233;tait &#233;galement courant que des discussions aient lieu sur des questions d'int&#233;r&#234;t social - sur l'offre de logement, les activit&#233;s de loisirs, la participation politique, le sport, la sant&#233; publique. , et le niveau de vie des travailleurs. La presse d'usine offrait g&#233;n&#233;ralement un espace aux travailleurs et &#224; la direction pour exprimer leurs opinions sur les sujets de pr&#233;occupation.note de bas de page 1 Les travailleurs contribuaient souvent &#224; ces publications en envoyant des lettres, des blagues, des po&#232;mes et des dessins anim&#233;s ; ils ont &#233;galement &#233;t&#233; interview&#233;s sur des questions d'actualit&#233;. Dans l'esprit de la r&#233;flexivit&#233; socialiste yougoslave, les points de vue avanc&#233;s sont assez vari&#233;s. Les publications repr&#233;sentaient un lieu de m&#233;diation o&#249; une diversit&#233; de points de vue et d'int&#233;r&#234;ts concurrents pouvaient s'exprimer.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contribution particuli&#232;re, intitul&#233;e &#034;Une crise de comportement&#034;, &#233;tait plus dure que la plupart, bien que refl&#233;tant une soci&#233;t&#233; yougoslave de plus en plus conflictuelle dans laquelle le m&#233;contentement des travailleurs se traduisait par une activit&#233; de gr&#232;ve croissante au cours de la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1980 (Fo&#269;oR&#233;f&#233;rence Fo&#269;o1989 ). L'auteur &#233;crit d'un ton caustique :&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment dois-je me comporter lorsque le bureaucrate d&#233;cide de mon sort [ kroji kapu] &#8230; Comment dois-je me comporter quand &#224; la r&#233;union ils ne me laissent presque jamais parler ? Comment dois-je me comporter lorsque je dois travailler le dimanche et les jours f&#233;ri&#233;s mais ILS commencent d&#233;j&#224; le vendredi leur week-end et le lundi reviennent rafra&#238;chis ? Comment dois-je me comporter quand je dois attendre vingt ans pour un appartement mais EUX seulement deux ? Comment dois-je me comporter lorsque je n'ai pas de relations ou de copains mais ILS en ont et que je suis libre de les appeler par t&#233;l&#233;phone ? Comment dois-je me comporter lorsque, pendant la journ&#233;e de travail, ils vont au caf&#233; et &#224; l'h&#244;tel pour &#171; boire &#187; mais bien s&#251;r, je ne peux pas ? Comment dois-je me comporter pendant qu'ils boivent du caf&#233; et que j'attends qu'ils valident mon assurance maladie ? &#8230; Comment dois-je me comporter quand les d&#233;l&#233;gu&#233;s, les repr&#233;sentants, les patrons et tout le monde me disent : C'est de l'autogestion, pour tous ces r&#232;glements, accords et accords que vous avez vot&#233;s ! &#171; Nous vous avons dit, on t'a expliqu&#233;, tu as tout compris. Oui camarade, camarade autogestionnaire !&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ainsi j'obtiens que j'agis de mani&#232;re &#034;autog&#233;r&#233;e&#034; [ samoupravno ]...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'ai d&#233;cid&#233; que je devrais travailler :&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi simple que possible,&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi petit que possible,&lt;br class='autobr' /&gt;
le plus court possible&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230; parce que c'est comme &#231;a qu'ils travaillent, mais ils re&#231;oivent un salaire d&#233;cent.note de bas de page 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pourrait sembler que la voix furieuse de cet ouvrier provienne tr&#232;s probablement d'un centre industriel de Serbie, ou peut-&#234;tre du Mont&#233;n&#233;gro. L'&#233;t&#233; prochain, les travailleurs de l'industrie joueraient un r&#244;le d&#233;terminant dans le renversement des dirigeants municipaux, provinciaux et des lieux de travail en Vo&#239;vodine et au Mont&#233;n&#233;gro et participeraient &#224; des manifestations dans toute la Serbie, consolidant ainsi la position de Slobodan Milo&#353;evi&#263;. La plainte de l'ouvrier pourrait alors &#234;tre lue comme un signe avant-coureur du mouvement de masse militant qui allait bient&#244;t suivre - en effet, la premi&#232;re cible de l'ouvrier dans sa diatribe est le &#171; bureaucrate &#187; et tout le texte suit la dichotomie populiste du &#171; nous et eux &#187;. &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, ce texte n'est pas originaire de Serbie. Il a &#233;t&#233; publi&#233; dans le p&#233;riodique de Jugolinija, une grande entreprise de navigation &#224; Rijeka, dans le nord-ouest de la Croatie. L'auteur est cr&#233;dit&#233; comme Branislav Kosti&#263;, qui est vraisemblablement un ouvrier. M&#234;me si Kosti&#263; s'est peut-&#234;tre identifi&#233; comme serbe, Rijeka &#233;tait un centre industriel multiethnique et un bastion de la &#171; fraternit&#233; et de l'unit&#233; &#187; avec une forte pr&#233;sence de Serbes, de Slov&#232;nes, d'Italiens et d'autres minorit&#233;s (AbramR&#233;f&#233;rence Abram2018 , 72&#8211;77 ; RutarRutar de r&#233;f&#233;rence2015 , 277-278) &#8211; les cibles de ses plaintes &#233;taient les travailleurs de Jugolinija bas&#233;s &#224; Rijeka. L'article a &#233;t&#233; publi&#233; dans une section r&#233;guli&#232;re pour les contributions des travailleurs intitul&#233;e &#171; Questions sans r&#233;ponses &#187;, sugg&#233;rant que les id&#233;es de la section &#233;taient des questions rh&#233;toriques d&#233;j&#224; en circulation dans le public. &#192; la lecture du texte de Kosti&#263; de septembre 1987 ainsi que du contenu pr&#233;c&#233;dent des documents de Jugolinija et de ceux de la compagnie maritime voisine Jadrolinija, du port de Rijeka (RO &#034;Luka&#034;) et de la soci&#233;t&#233; de construction navale Uljanik bas&#233;e &#224; Pula, on peut constater que bon nombre des griefs qui trouvent leur expression en Serbie-et-Mont&#233;n&#233;gro un an plus tard &#233;taient &#233;galement tr&#232;s palpables parmi les cols bleus des villes c&#244;ti&#232;res croates.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article explore le contexte de la r&#233;volution antibureaucratique, le soi-disant &#233;v&#233;nement du peuple qui a balay&#233; la Serbie et le Mont&#233;n&#233;gro en 1988 et 1989, en interrogeant comment les conditions de la Yougoslavie socialiste tardive se pr&#234;taient &#224; la production de repr&#233;sentations populistes parmi les travailleurs. Plut&#244;t que de se concentrer sur les militants militants serbes du Kosovo et les travailleurs protestataires des villes et quartiers &#171; de premi&#232;re ligne &#187; comme Titov Vrbas et Ba&#269;ka Palanka en Vo&#239;vodine ; Rakovica et Zemun &#224; Belgrade ; ou Nik&#353;i&#263; et Titograd au Mont&#233;n&#233;gro (&#224; ce sujet, voir Grde&#353;i&#263;, ce volume ; Musi&#263;R&#233;f&#233;rence Musi&#263;, Archer, Duda et Stubbs2016 ; Leki&#263;, Pavi&#263; et Leki&#263;R&#233;f&#233;rence Leki&#263;, Pavi&#263; et Leki&#263;2009 ; Vladisavljevi&#263;R&#233;f&#233;rence Vladisavljevi&#263;2008 ), je me concentre sur les villes c&#244;ti&#232;res du nord-ouest de la Croatie comme Rijeka qui n'ont pas &#233;t&#233; directement impliqu&#233;es dans la r&#233;volution antibureaucratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se concentrer sur la d&#233;rision de la bureaucratie dans la Croatie socialiste tardive sert &#224; mettre en &#233;vidence les &#233;l&#233;ments pan-yougoslaves d'un ph&#233;nom&#232;ne id&#233;ologique, culturel et discursif qui culminera avec la r&#233;volution antibureaucratique en Serbie et au Mont&#233;n&#233;gro en 1988 et 1989. Je soutiens que malgr&#233; une autarcie accrue , un d&#233;veloppement in&#233;gal et des impulsions de d&#233;centralisation &#224; travers les r&#233;publiques yougoslaves, bon nombre des m&#233;contentements fondamentaux &#224; l'&#233;gard des &#171; mondes du travail &#187; &#233;taient comparables et coh&#233;rents dans toute la f&#233;d&#233;ration. Ainsi, lorsqu'on examine les repr&#233;sentations du travail, l'insatisfaction au travail et les probl&#232;mes de m&#233;contentement des communaut&#233;s populaires &#224; Prizren ou Pula, &#224; Rakovica ou Rijeka, &#224; Lapovo ou Labin, les tropes sont remarquablement similaires. Les travailleurs &#233;taient pr&#233;occup&#233;s par la baisse du niveau de vie ; les divisions croissantes entre cols bleus et cols blancs ; la prolif&#233;ration de la bureaucratie, le carri&#233;risme, la corruption et le vol de la propri&#233;t&#233; sociale ; et une crise du travail et de l'&#233;thique du travail &#233;vidente dans l'augmentation de l'&#233;vitement [nerad ], l'absent&#233;isme et les cong&#233;s de maladie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article identifie d'abord les caract&#233;ristiques particuli&#232;res du syst&#232;me yougoslave qui ont rendu l'&#201;tat-parti ouvert aux expressions &#171; antibureaucratiques &#187; du m&#233;contentement des travailleurs - &#224; savoir, le socialisme autogestionnaire a identifi&#233; la bureaucratie d'&#201;tat comme l'ennemi des travailleurs et a ainsi l&#233;gitim&#233; le discours antibureaucratique. L'expansion objective de la bureaucratie dans les ann&#233;es 1970 &#224; la suite de la restructuration de l'&#233;conomie selon les lignes d'Edvard Kardelj a donn&#233; un nouvel &#233;lan &#224; la critique antibureaucratique. L'ouverture relative du syst&#232;me yougoslave a encourag&#233; un certain degr&#233; de critique au sein duquel des d&#233;bats sur les &#233;carts grandissants entre la th&#233;orie et la pratique pouvaient avoir lieu dans un march&#233; m&#233;diatique tablo&#239;d en expansion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; cette discussion, j'examine certains des cas d'insatisfaction dans les lieux de travail du nord-ouest de la Croatie comme Jugolinija. Je soutiens que ceux-ci &#233;taient plut&#244;t similaires aux th&#232;mes dominants en circulation parmi les travailleurs de Serbie et du Mont&#233;n&#233;gro dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant la r&#233;volution antibureaucratique. Bien que tous les travailleurs yougoslaves aient continu&#233; &#224; &#234;tre formellement investis d'un capital symbolique, la chute pr&#233;cipit&#233;e du niveau de vie contrevenait au contrat social titiste (AndrejevichR&#233;f&#233;rence Andrejevich1988b , 21), le &#171; r&#234;ve yougoslave &#187; (PattersonR&#233;f&#233;rence Patterson2011 ) qui reposait sur une hausse continue du niveau de vie et de la consommation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette chute du niveau de vie et la baisse des salaires et des primes en raison de la baisse de la productivit&#233;, des pertes et des mesures d'aust&#233;rit&#233; (&#171; stabilisation &#233;conomique &#187;) ont annonc&#233; une vague de gr&#232;ves dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1980. Ces gr&#232;ves, bien qu'initialement concern&#233;es par la dynamique intra-usine (principalement la r&#233;partition des salaires), ont commenc&#233; &#224; s'attaquer &#224; des probl&#232;mes soci&#233;taux plus larges. Ils ont non seulement cibl&#233; la direction de l'usine en manifestant &#224; proximit&#233; du lieu de travail, mais ont &#233;galement p&#233;n&#233;tr&#233; dans des espaces publics symboliques depuis les centres-villes jusqu'au Parlement f&#233;d&#233;ral de Yougoslavie &#224; Belgrade (Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;R&#233;f&#233;rence Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;2015 ; MusiqueR&#233;f&#233;rence Musi&#263;, Archer, Duda et Stubbs2016 ). Ces gr&#232;ves tr&#232;s m&#233;diatis&#233;es ont transcend&#233; les fronti&#232;res r&#233;publicaines et ont fait de larges revendications socio-&#233;conomiques, politiques et morales au nom de la classe ouvri&#232;re yougoslave. En Serbie-et-Mont&#233;n&#233;gro, les gr&#232;ves ont fusionn&#233; avec un mouvement nationaliste d&#233;fendant les droits des Serbes du Kosovo, mais la composante socio-&#233;conomique est rest&#233;e constamment saillante, avec des oscillations entre le contenu national et social des manifestations (AndrejevichR&#233;f&#233;rence Andrejevich1988c , 23).&lt;br class='autobr' /&gt;
En conclusion de l'article, j'aborde un aspect peu &#233;tudi&#233; de la r&#233;volution antibureaucratique : sa r&#233;ception en Yougoslavie en dehors de la Serbie et du Mont&#233;n&#233;gro. Les r&#233;unions organis&#233;es par les activit&#233;s serbes du Kosovo et leurs alli&#233;s anti-autonomistes ont &#233;t&#233; tent&#233;es dans d'autres r&#233;publiques, le cas le plus tristement c&#233;l&#232;bre &#233;tant la &#171; r&#233;union de la v&#233;rit&#233; &#187; interdite pr&#233;vue &#224; Ljubljana en d&#233;cembre 1989 (SundhaussenR&#233;f&#233;rence Sundhaussen2012 , 286-287). Avant cela, cependant, les autorit&#233;s de Croatie, de Bosnie-Herz&#233;govine et de Mac&#233;doine ont r&#233;pondu n&#233;gativement aux tentatives d'organiser des r&#233;unions. Les &#233;v&#233;nements pr&#233;vus &#224; Jajce, &#352;ipovo et Sarajevo en septembre 1988 n'ont pas eu lieu en raison de l'intervention des autorit&#233;s r&#233;publicaines et locales de Bosnie-Herz&#233;govine, et une tentative de tenir une r&#233;union &#224; Skopje a &#233;galement &#233;t&#233; annul&#233;e (AndrejevichR&#233;f&#233;rence Andrejevich1988a , 8). Dans certaines parties de la Croatie comptant d'importantes populations serbes, comme Kninska Krajina et la Slavonie orientale, des d&#233;clarations de soutien et des manifestations ont eu lieu en 1989 (MarijanR&#233;f&#233;rence Marijan2016 ). &#192; Rijeka et dans ses environs, cependant, le ton nationaliste des manifestations en Serbie de l'&#233;t&#233; 1988 n'a pas trouv&#233; de r&#233;sonance et les motivations des manifestants ont commenc&#233; &#224; &#234;tre remises en question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bureaucratie dans la Yougoslavie socialiste tardive&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le socialisme yougoslave, la d&#233;signation de la bureaucratie d'&#201;tat comme &#171; principal adversaire des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re &#187; (Archer et Musi&#263;R&#233;f&#233;rence Archer et Music2017 , 47) a assur&#233; que le spectre abstrait de la bureaucratie en opposition au socialisme autogestionnaire serait un trope fr&#233;quent et l&#233;gitime de discussion dans la vie publique (ZukinR&#233;f&#233;rence Zukin1975 , 210). Birokratizam &#233;tait consid&#233;r&#233; par Edvard Kardelj au d&#233;but des ann&#233;es 1950 comme &#171; l'h&#233;ritage ultime et le plus tenace du syst&#232;me de classes et donc l'ennemi le plus dangereux du socialisme &#187; (cit&#233; dans SuvinR&#233;f&#233;rence Suvin2012a , 142 ; pour une discussion d&#233;taill&#233;e du concept de bureaucratie, voir Darko SuvinR&#233;f&#233;rence Suvin2011 ,R&#233;f&#233;rence Suvin2012a ,R&#233;f&#233;rence Suvin2012b ; ZukinR&#233;f&#233;rence Zukin1975 , 210-212).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le vocabulaire du socialisme yougoslave, la bureaucratie [ birokracija ] &#233;tait souvent utilis&#233;e aux c&#244;t&#233;s d'autres marqueurs n&#233;gatifs du comportement antisocialiste tels que le nationalisme , le lib&#233;ralisme , le technomanag&#233;rialisme , et peut-&#234;tre le plus n&#233;gatif des termes, la contre- r&#233;volution (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 8). Un dictionnaire de 1981 de la terminologie de l'autogestion d&#233;finit la bureaucratie comme &#224; la fois une couche de gestionnaires professionnels et un syst&#232;me de relations sociales et politiques dans lequel les bureaucrates ont le r&#244;le principal. Le terme encore plus n&#233;gatif birokratizam est compris comme un &#171; ensemble d'&#233;v&#233;nements qui sont le r&#233;sultat des actions de la bureaucratie ; la mani&#232;re dont la bureaucratie se manifeste et affecte la soci&#233;t&#233; &#187; (Sori&#263;R&#233;f&#233;rence Sori&#263;1981 , 21). La bureaucratie &#233;tait un terme de d&#233;rision omnipr&#233;sent quoique indistinct dans le socialisme yougoslave depuis la cr&#233;ation de l'&#201;tat socialiste, et c'&#233;tait un signifiant vide ou flottant suffisamment flexible (Grde&#353;i&#263;R&#233;f&#233;rence Grde&#353;i&#263;2016 , 779) &#224; modeler selon les besoins du jour. Ainsi, comme Neboj&#353;a Vladisavljevi&#263; (R&#233;f&#233;rence Vladisavljevi&#263;2008 , 176) &#233;crit : &#171; [l]'enracinement du th&#232;me antibureaucratique dans la vie politique et culturelle de la Yougoslavie explique pourquoi il a si bien r&#233;sonn&#233; aupr&#232;s de ses citoyens &#224; l'automne 1988 &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialisme r&#233;flexif yougoslave a permis &#224; un degr&#233; assez large de discussion publique et de critique constructive de se produire, bien que dans certains param&#232;tres et &#224; condition qu'il soit formul&#233; dans la terminologie appropri&#233;e de l'autogestion socialiste (RobinsonR&#233;f&#233;rence Robinson1977 ; RametR&#233;f&#233;rence Ramet et Ramet1985b ). Le th&#232;me bureaucratique &#233;tait un cadre l&#233;gitime dans lequel critiquer le travail des responsables de la presse. La &#171; cruaut&#233; &#187; bureaucratique du personnel municipal &#233;tait un sujet omnipr&#233;sent depuis au moins la fin des ann&#233;es 1970 dans un march&#233; des m&#233;dias de plus en plus commercialis&#233; et orient&#233; vers les formats proto-tablo&#239;d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les reportages sur les probl&#232;mes de l'&#233;poque n'&#233;taient cependant pas l'apanage des tablo&#239;ds. Des journaux grand format &#233;tablis comme Borba et Vjesnik ont &#233;galement rendu compte plus souvent d'histoires d'int&#233;r&#234;t humain et de questions controvers&#233;es telles que les &#171; arr&#234;ts de travail &#187; et les bureaucraties municipales inefficaces. Lors des retomb&#233;es des manifestations r&#233;prim&#233;es au Kosovo en 1981, la presse &#233;tait &#034;pleine de r&#233;v&#233;lations sur les abus politiques et &#233;conomiques... devenant de plus en plus franches dans ses critiques&#034;.note de bas de page 3 Cela n'a pas &#233;chapp&#233; au parti-&#201;tat yougoslave, qui &#233;tait frustr&#233; par les reportages &#171; sensationnalistes et mal intentionn&#233;s [ nedobronamerno ] &#187; sur des questions sensibles comme l'instabilit&#233; au Kosovo.note de bas de page 4 Des documents du milieu des ann&#233;es 1980 sugg&#232;rent &#233;galement que les &#233;chelons sup&#233;rieurs du parti-&#201;tat &#233;taient conscients de la frustration croissante des citoyens ordinaires dans leurs relations avec les fonctionnaires de l'&#201;tat et des municipalit&#233;s.note de bas de page 5 Un rapport de 1986 sur la situation politique et s&#233;curitaire en Serbie mettait en garde,&lt;br class='autobr' /&gt;
[l]es citoyens ont du mal et perdent beaucoup de temps dans un labyrinthe de proc&#233;dures et d'institutions qui les irritent et les rendent tr&#232;s critiques envers le syst&#232;me. Dans de nombreux organes et administrations vers lesquels les citoyens sont dirig&#233;s, une logique bureaucratique r&#232;gne&#8230; et les occurrences qui violent la dignit&#233; des individus, des travailleurs et des citoyens (la fa&#231;on de s'adresser &#224; eux, l'impolitesse, l'inconvenance, un ton grossier et autoritaire) sont palpables.note de bas de page 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Une presse plus robuste et curieuse, pr&#233;occup&#233;e par les histoires int&#233;ressant les Yougoslaves ordinaires, a &#233;merg&#233; en m&#234;me temps que les couches de bureaucratie &#224; travers le pays se d&#233;veloppaient objectivement et que les citoyens perdaient patience dans leurs relations avec eux. Dejan Jovi&#263;, dans son &#233;tude d&#233;taill&#233;e de l'&#233;lan id&#233;ologique sous-tendant la d&#233;sint&#233;gration de la Yougoslavie - le &#034;d&#233;p&#233;rissement&#034; de l'&#201;tat - d&#233;taille comment la restructuration de 1976 avec la loi sur le travail associ&#233; a vu l'&#233;conomie se d&#233;composer &#034;en diverses petites unit&#233;s, toutes devenant de plus en plus 'autarcique.' Au lieu de permettre la d&#233;mocratie directe au sein de &#171; l'autogestion &#187; [l'&#201;tat-parti], est devenu plus bureaucratique que jamais &#187; (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 83). Au lieu de la &#171; d&#233;bureaucratisation de la soci&#233;t&#233; &#187;, une mer de nouvelles r&#233;glementations a &#233;t&#233; &#233;mise pour soutenir et expliquer les nouvelles structures &#187; (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 143).&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la crise &#233;conomique de l'&#232;re post-Tito et la r&#233;ponse des autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales affectant de mani&#232;re disproportionn&#233;e les travailleurs de la production et r&#233;duisant le niveau de vie (Maga&#353;R&#233;f&#233;rence Maga&#353;1993 : 190), le contexte &#233;tait mis en place pour des repr&#233;sentations de plus en plus populistes des divisions entre &#171; nous et eux &#187;. De l'avis de la plupart des travailleurs, les bureaucrates &#233;taient des employ&#233;s administratifs et des cadres inf&#233;rieurs ( re&#382;ija ) surpay&#233;s, non productifs, qui ne cr&#233;aient pas directement de richesse. Dans les ann&#233;es 1980, cependant, la cat&#233;gorisation s'est &#233;largie pour inclure des fonctionnaires, d'abord des fonctionnaires municipaux et r&#233;gionaux, mais plus tard aussi de hauts fonctionnaires (Vladisavljevi&#263;R&#233;f&#233;rence Vladisavljevi&#263;2008 , 173).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me antibureaucratique n'&#233;tait pas seulement un aspect r&#233;sonnant du discours politique yougoslave, mais alimentait &#233;galement la culture populaire. Marko Grde&#353;i&#263; (R&#233;f&#233;rence Grde&#353;i&#263;2016 , 775) fournit un argument culturel pour expliquer l'imbrication du nationalisme serbe et du socialisme l&#233;niniste (et la relative faiblesse du lib&#233;ralisme) dans le contexte de la r&#233;volution antibureaucratique en s'inspirant de Veljko Vuja&#269;i&#263; (R&#233;f&#233;rence Vuja&#269;i&#263;2003 ) travail sur la convergence id&#233;ologique entre le communisme orthodoxe et les nationalistes extr&#234;mes dans la Serbie socialiste tardive. En plus de cet argument convaincant, je sugg&#232;re qu'il existe une dimension culturelle plus large &#224; &#171; l'antibureaucratisme &#187; en Yougoslavie qui n'est pas sp&#233;cifique &#224; la Serbie et qui &#233;tait visible dans tout le pays au d&#233;but des ann&#233;es 1980. Les ann&#233;es 1980 ont vu ce que SP Ramet (R&#233;f&#233;rence Ramet et Ramet1985a , 3) a qualifi&#233; de &#171; culture de l'apocalypse &#187;, une anomie introvertie et une &#171; qu&#234;te de sens &#187; qui remettent en question les &#171; valeurs politiques et sociales fondamentales de la soci&#233;t&#233; &#187;. Peut-&#234;tre en r&#233;ponse &#224; des citoyens de plus en plus cyniques, le parti-&#201;tat a lanc&#233; diverses mesures ad hoc pour lutter contre la corruption et les abus de pouvoir dans l'&#232;re post-Tito imm&#233;diate. Plut&#244;t que de consolider la Ligue des communistes, cependant, les r&#233;sultats ti&#232;des ont nui davantage &#224; la r&#233;putation du parti (ArcherArcher de r&#233;f&#233;rence2015 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une s&#233;rie de scandales publics largement rapport&#233;s a atteint son apog&#233;e &#224; la fin de 1987, lorsque le syst&#232;me de transformation alimentaire d'Agrokomerc &#224; Velika Kladu&#353;a, au nord-ouest de la Bosnie-Herz&#233;govine, s'est effondr&#233; sous le poids d'un syst&#232;me de billets &#224; ordre non garantis (AndjelicR&#233;f&#233;rence Andjelic2003 , 57&#8211;61 ; WoodwardR&#233;f&#233;rence Woodward1995 , 295), un &#233;v&#233;nement qui a davantage int&#233;gr&#233; la notion de bureaucrates corrompus abusant de positions de pouvoir politique. Des cas de corruption m&#233;diatis&#233;s comme Agrokomerc ont cr&#233;&#233; un lien direct dans l'esprit de nombreux Yougoslaves entre les machinations qui se produisent sur leur lieu de travail et la nomenklatura politique r&#233;publicaine et f&#233;d&#233;rale. Par exemple, &#224; la suite du scandale Agrokomerc, une interview de l'agence de presse Tanjug avec Branko Mikuli&#263;, alors pr&#233;sident du Conseil ex&#233;cutif f&#233;d&#233;ral, a abord&#233; le danger du &#171; centralisme, de l'&#233;tatisme et des bureaucratismes &#187; f&#233;d&#233;raux (yougoslaves) ( Novi list , 8 septembre 2008). 1987, 3).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les m&#233;dias de la fin de la Yougoslavie socialiste, de nombreuses bureaucraties municipales &#233;taient qualifi&#233;es de &#171; sans c&#339;ur &#187; et accus&#233;es d'interpr&#233;ter incorrectement les r&#233;glementations et d'entraver les possibilit&#233;s pour les r&#233;sidents d'obtenir des permis afin de construire des logements convenables (ArcherArcher de r&#233;f&#233;rence2018 , 144-145). Des articles de journaux sympathiques se rangeraient du c&#244;t&#233; des citoyens ordinaires, reconnaissant l'application injuste et in&#233;gale des r&#232;gles. Le quotidien de Zagreb Vjesnik (26 octobre 1980) annon&#231;ait par exemple dans un titre que &#171; la vie n'attend pas les plans d'am&#233;nagement &#187;. Le 4 avril 1987, les journaux r&#233;gionaux Novi list (Rijeka) et Glas Istre (Pula) ont titr&#233; le &#171; th&#232;me de la semaine &#187; sur les pr&#233;occupations concernant les proc&#233;dures bureaucratiques sur l'&#238;le de Pag concernant la construction de logements, &#171; Le cri contre l'arbitraire bureaucratique .&#8221;note de bas de page 7 L'assembl&#233;e municipale a &#233;t&#233; accus&#233;e par des journalistes de &#171; violence bureaucratique &#187; en appliquant de mani&#232;re incorrecte des r&#232;glements de construction qui emp&#234;chaient les particuliers de construire l&#233;galement sur leur propre terrain pendant quatre ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Travailleurs du nord-ouest de la Croatie dans les ann&#233;es 1980&lt;br class='autobr' /&gt;
Politiquement, la Croatie a &#233;t&#233; qualifi&#233;e par les observateurs de &#171; r&#233;publique maussade &#187; entre 1974 et 1989 (IrvineR&#233;f&#233;rence Irvine, Cohen et Dragovi&#263;-Soso2007 , 168). Sa culture politique avait tendance &#224; &#234;tre plus inerte et conservatrice que celles de la Slov&#233;nie et de la Serbie, qui avaient &#233;t&#233; t&#233;moins du d&#233;veloppement de sous-cultures et de mouvements sociaux de plus en plus vivants et autonomes, ainsi que de groupements politiques combatifs au sein de la Ligue des communistes dans les ann&#233;es 1980. Le conservatisme socialiste croate &#233;tait en grande partie une cons&#233;quence du retrait des cadres nationalistes et lib&#233;raux et des membres du parti apr&#232;s le printemps croate au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Cependant, malgr&#233; la d&#233;signation de la r&#233;gion comme &#171; maussade &#187;, les travailleurs croates &#233;taient aussi engag&#233;s politiquement que leurs homologues ailleurs en Yougoslavie. Alors que les travailleurs &#233;taient sous-repr&#233;sent&#233;s dans les structures de pouvoir dans toute la Yougoslavie (Obradovi&#263; et DunnR&#233;f&#233;rence Obradovi&#263; et Dunn1978 ), leurs pr&#233;occupations et leurs perspectives &#233;taient parfois exprim&#233;es de mani&#232;re critique dans le parti-&#201;tat. Par exemple, en novembre 1981, un ouvrier membre du Comit&#233; central de la Ligue des communistes de Croatie, Pavao Be&#382;an de Duga Resa, aurait pris la parole lors d'une r&#233;union du Comit&#233; central, attirant l'attention par sa critique du parti :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gens attendaient des d&#233;cisions plus concr&#232;tes de la r&#233;union du Comit&#233; central croate en novembre ; les responsables des &#233;checs, erreurs, d&#233;lits doivent &#234;tre nomm&#233;s ; il y avait trop de corps bureaucratiques, et trop de corps qui ne faisaient pas leur travail&#8230; Les ouvriers n'ont pas le sentiment que le parti est au-dessus des choses&#8230; . Il a laiss&#233; filer les choses&#8230; Il devrait y avoir plus d'ouverture, pas de manipulation en coulisses.note de bas de page 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre influenc&#233;s par les activit&#233;s dramatiques du syndicat Solidarit&#233; en Pologne, au d&#233;but des ann&#233;es 1980, les observateurs nationaux et &#233;trangers ont pris au s&#233;rieux &#171; l'humeur des travailleurs &#187;. Par exemple, des documents de l'ambassade britannique en Yougoslavie de 1981 mentionnent &#224; plusieurs reprises le d&#233;fi d'&#233;valuer &#171; l'humeur des travailleurs &#187; insaisissable. La disposition des travailleurs yougoslaves a &#233;t&#233; discut&#233;e lors d'une conversation t&#233;l&#233;phonique entre l'ambassadeur britannique et Vladimir Bakari&#263;, membre de la pr&#233;sidence yougoslave, en octobre 1981. Le m&#234;me mois, l'ambassadeur britannique a rencontr&#233; le pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des syndicats croates &#224; Zagreb. et re&#231;u un rapport sur les 21 frappes survenues en Croatie entre juillet et septembre 1981.note de bas de page 9 Initialement, les mobilisations ouvri&#232;res &#233;taient plus nombreuses en Croatie (et en Slov&#233;nie) que dans les r&#233;gions moins d&#233;velopp&#233;es de Yougoslavie (Vladisavljevi&#263;R&#233;f&#233;rence Vladisavljevi&#263;2008 , 111). En 1987, la gr&#232;ve la plus m&#233;diatis&#233;e en Yougoslavie socialiste &#224; ce jour a eu lieu dans la mine de Labin en Istrie (Kuzmani&#263;R&#233;f&#233;rence Kuzmani&#263;1988 ).note de bas de page 10 Une autre gr&#232;ve notable a vu les travailleurs de l'usine de Borovo pr&#232;s de Vukovar marcher vers le b&#226;timent du Parlement f&#233;d&#233;ral &#224; Belgrade en juillet 1988 (Iv&#269;i&#263;, Neki&#263; et Ra&#269;i&#263;R&#233;f&#233;rence Iv&#269;i&#263;, Neki&#263; et Ra&#269;i&#263;2014 ; Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;R&#233;f&#233;rence Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;2015 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une litt&#233;rature croissante sur les &#171; mondes du travail &#187; yougoslaves prend au s&#233;rieux l'agentivit&#233; des travailleurs et s'engage dans des avanc&#233;es th&#233;oriques et m&#233;thodologiques dans le domaine de l'histoire mondiale du travail qu'elle associe &#224; une recherche empirique rigoureuse (BonfiglioliR&#233;f&#233;rence Bonfiglioli2015 ,R&#233;f&#233;rence Bonfiglioli2018 ; Calori et JurkatR&#233;f&#233;rence Calori et Jurkat2018 ; Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;R&#233;f&#233;rence Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;2015 ; MusiqueR&#233;f&#233;rence Musi&#263;, Archer, Duda et Stubbs2016 ; RutarR&#233;f&#233;rence Rutar et Rutar2014 ,Rutar de r&#233;f&#233;rence2015 ; SchultR&#233;f&#233;rence Schult2017 ). Plut&#244;t que de r&#233;v&#233;ler &#171; le syndrome de l'&#233;galitarisme radical &#187; selon Josip &#381;upanov (R&#233;f&#233;rence &#381;upanov1983 ), dans laquelle des travailleurs yougoslaves auraient affirm&#233; qu'&#034;ils ne pouvaient pas me payer aussi peu que je pouvais travailler&#034; (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 163) une analyse de la crise du d&#233;but des ann&#233;es 1980 au niveau du travail autog&#233;r&#233; r&#233;v&#232;le que les travailleurs, loin d'&#234;tre un ensemble homog&#232;ne, avaient une diversit&#233; de motivations, de pr&#233;occupations et d'int&#233;r&#234;ts (Archer et Musi&#263;R&#233;f&#233;rence Archer et Music2017 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que les repr&#233;sentations cyniques et l'insatisfaction &#233;taient tangibles, cela se recoupait et coexistait avec un engagement significatif envers le travail et le lieu de travail ; une &#171; structure de sentiment &#187; (WilliamsR&#233;f&#233;rence Williams1978 , 131&#8211;132 ; voir aussi BonfiglioliR&#233;f&#233;rence Bonfiglioli2019 ) et une socialit&#233; fa&#231;onn&#233;e par le travail en usine. L'usine &#233;tait souvent consid&#233;r&#233;e comme une &#171; deuxi&#232;me maison &#187; et le centre de sa communaut&#233;. Les rapports &#201;tat-soci&#233;t&#233; parfois ambivalents ne peuvent donc &#234;tre r&#233;duits &#224; la jalousie, &#224; la rancune ou &#224; &#171; l'&#233;galit&#233; dans la pauvret&#233; &#187; de la part des travailleurs (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 162-163) comme le r&#233;v&#232;le une lecture attentive des sources du monde du travail et des communaut&#233;s locales. A supposer que les &#233;lites et les cols bleus aient conclu un pacte garanti par la paresse et la tromperie risque de reproduire ce qu'Alexei Yurchak (R&#233;f&#233;rence Yurchak2005 , 9) critique comme &#171; l'hypoth&#232;se sous-jacente selon laquelle le socialisme &#233;tait bas&#233; sur un r&#233;seau complexe d'immoralit&#233;s &#187;. Il n&#233;glige &#233;galement les divers m&#233;canismes formels et informels auxquels les travailleurs et autres acteurs se sont engag&#233;s comme moyen de r&#233;soudre le conflit social en Yougoslavie. Par exemple, en 1971, un reportage de Radio Free Europe sur une gr&#232;ve des dockers de Rijeka a not&#233; que les parties en conflit avaient entam&#233; des n&#233;gociations de mani&#232;re professionnelle et que les reportages des m&#233;dias &#233;taient pr&#233;cis et mesur&#233;s. En fait, ce qui a rendu cette mobilisation ouvri&#232;re remarquable, selon le rapport, c'est qu'elle &#233;tait banale et proc&#233;durale (AnticR&#233;f&#233;rence Antic1971 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Combien de plus les individus prendront-ils en charge la propri&#233;t&#233; sociale ? &#187; Repr&#233;sentations de l'insatisfaction des travailleurs dans le nord-ouest de la Croatie&lt;br class='autobr' /&gt;
Alison Stenning (R&#233;f&#233;rence Stenning2005, 987) &#233;crit que la centralit&#233; des travailleurs dans les soci&#233;t&#233;s socialistes d'&#201;tat &#171; avait tendance &#224; encourager des repr&#233;sentations extr&#234;mes des communaut&#233;s ouvri&#232;res, allant de l'h&#233;ro&#239;que au ridicule &#187;. La Yougoslavie n'a pas fait exception &#224; cet &#233;gard, les repr&#233;sentations des ouvriers et du travail d'usine oscillant entre une r&#233;v&#233;rence inh&#233;rente et un profond scepticisme, dont les contrastes se sont encore accrus tout au long des ann&#233;es 1980 &#224; mesure que les revenus et le capital symbolique des ouvriers de l'industrie diminuaient. Les travailleurs eux-m&#234;mes &#233;taient concern&#233;s par un large &#233;ventail de &#171; ph&#233;nom&#232;nes n&#233;gatifs &#187; dans l'usine, li&#233;s &#224; la fois &#224; la performance &#233;conomique du collectif et &#224; l'&#233;thique du travail. Dans des documents provenant de lieux de travail tels que des p&#233;riodiques d'entreprise, des commentaires d&#233;taill&#233;s, des caricatures mordantes et des aphorismes d&#233;ploraient une forte baisse du niveau de vie des travailleurs de la production ; les divisions toujours croissantes entre cols bleus et cols blancs ; les p&#233;nuries de logements ; la prolif&#233;ration de la bureaucratie, le carri&#233;risme, la corruption et le vol de la propri&#233;t&#233; sociale ; et le d&#233;clin d'une &#233;thique de travail socialiste de la part des cols bleus et des cols blancs, comme en t&#233;moigne l'augmentation de l'&#233;vitement, de l'absent&#233;isme et des cong&#233;s de maladie. De tels th&#232;mes &#233;taient largement diffus&#233;s dans le public dans des centres industriels comme Rijeka, Labin et Pula.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de 1977, quelques ann&#233;es avant la crise &#233;conomique qui allait envelopper le pays, un marin, &#381;ivko Mataija, &#233;crivit une lettre ouverte au p&#233;riodique du travail de Jugolinija. Il a affirm&#233; avoir vu des capitaines et des copilotes &#171; privatiser la propri&#233;t&#233; sociale &#187; (en d'autres termes, voler) &#224; bord des navires Jugolinija. L'inventaire du navire serait retir&#233; et vendu aux rouleurs et aux concessionnaires dans des ports mondiaux comme Alexandrie, Suez, Singapour et Hong Kong, et une r&#233;duction serait accord&#233;e &#224; l'&#233;quipage. Mataija a d&#233;clar&#233; que ce n'&#233;tait pas son souhait d'&#233;crire une lettre en raison de &#034;mauvaises intentions&#034; ou &#034;&#224; cause d'une altercation avec quelqu'un&#034;. Au contraire, ses objectifs &#233;taient &#171; conformes aux normes soci&#233;tales &#187; et repr&#233;sentaient un &#171; appel aux travailleurs de Jugolinija &#224; se battre pour un avenir meilleur &#187;.note de bas de page 11 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;diteur du p&#233;riodique Jugolinija - une publication brillante mais s&#233;rieuse avec un tirage d'environ 7 000 exemplaires - a soutenu le point de vue de Mataija et a sugg&#233;r&#233; que sa lettre &#233;tait tr&#232;s pertinente ; Jugolinija s'est retrouv&#233; dans des difficult&#233;s &#233;conomiques et l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente avait &#233;t&#233; la plus difficile de ses 30 ans d'histoire. Comme dans de nombreuses discussions publi&#233;es dans les p&#233;riodiques du lieu de travail, un lien direct a &#233;t&#233; &#233;tabli entre le vol de l'entreprise et les difficult&#233;s &#233;conomiques dans lesquelles l'entreprise se trouvait. Ainsi, l'&#233;diteur a approuv&#233; l'appel de Mataija, a encourag&#233; les autres travailleurs de Jugolinija &#224; &#234;tre tout aussi consciencieux et engag&#233;s. &#224; rendre compte de chaque suggestion et commentaire qui pourrait favoriser cet objectif.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intervention de Mataija, cependant, ne semble pas avoir eu l'effet escompt&#233; de freiner les vols et de r&#233;cup&#233;rer les pertes pour l'entreprise. En examinant les p&#233;riodiques du lieu de travail de Jugolinija dans la d&#233;cennie qui a suivi la publication de sa lettre, ainsi que des documents d'autres organisations de travail dans les r&#233;gions de Kvarner et d'Istrie et de la branche de Rijeka de la Ligue des communistes de Croatie, il est &#233;vident que la crise &#233;conomique et politique en Yougoslavie a &#233;galement eu un impact sur ce coin relativement riche du nord-ouest de la Croatie. En 1987, plus d'un quart de la main-d'&#339;uvre du nord-ouest de la Croatie travaillait chez des poids lourds industriels r&#233;gionaux qui accusaient des pertes.note de bas de page 12 Les gr&#232;ves augmentaient en nombre et en intensit&#233;. La Ligue des communistes et les grandes industries tentaient des r&#233;formes ad hoc en r&#233;ponse au m&#233;contentement public et aux appels &#224; la destitution des fonctionnaires compromis. De m&#234;me, le vol sur les lieux de travail, ph&#233;nom&#232;ne d&#233;cri&#233; par Mataija, reste un probl&#232;me p&#233;renne. Le vol a pris la forme &#224; la fois du vol occasionnel d'articles qui ont ensuite &#233;t&#233; transport&#233;s hors du p&#233;rim&#232;tre de l'usine (par exemple dans le cas du chantier naval d'Uljanik, souvent par petit bateau)note de bas de page 13 et des stratag&#232;mes plus &#233;labor&#233;s impliquant des individus en position d'autorit&#233;, tels que les ouvriers de cuisine seniors sur un navire Jugolinija qui ont vendu une grande partie de la nourriture pour l'&#233;quipage pendant qu'ils &#233;taient au port, puis ont commenc&#233; &#224; servir une nourriture inf&#233;rieure et moins ch&#232;re en mer, faisant m&#234;me l'&#233;quipage p&#234;che pour son d&#238;ner lorsque les approvisionnements diminuent.note de bas de page 14 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me de la bureaucratie, &#233;troitement li&#233; au vol et &#224; l'abus de fonction, &#233;tait &#233;galement r&#233;current dans les p&#233;riodiques et documents d'entreprise, notamment dans les caricatures et images moins formelles accompagnant les textes et dans les lettres et plaintes de travailleurs individuels, o&#249; les critiques &#233;taient particuli&#232;rement prononc&#233; (Archer et MusicR&#233;f&#233;rence Archer et Music2017 , 55). La bureaucratie &#233;tait directement li&#233;e &#224; l'abus de pouvoir, inhibant les affaires et contribuant aux in&#233;galit&#233;s sociales croissantes et &#224; d'autres pathologies. Par exemple, dans une &#233;dition de 1983 du p&#233;riodique de Jugolinija, dans la section &#171; Questions sans r&#233;ponses &#187;, un sous-titre demandait : &#171; Que signifie &#171; vuln&#233;rable &#187; ? &#187; Le commentaire d&#233;taillait comment les vacances gratuites avaient &#233;t&#233; prises par 170 travailleurs de Jugolinija, dont seulement 80 &#233;taient des marins (cols bleus) tandis que les autres occupaient des postes administratifs. &#171; Si nous ne nous trompons pas, l'institution [sociale] d'un cong&#233; gratuit est destin&#233;e aux travailleurs occupant les postes les plus vuln&#233;rables avec un statut mat&#233;riel faible&#8230; Nous nous demandons, tant de travailleurs administratifs sont-ils vraiment &#171; vuln&#233;rables &#187; ou sont-ils &#171; vuln&#233;rables &#187; ? ' Cat&#233;gorie ?&#034;note de bas de page 15 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les p&#233;riodiques et proto-tablo&#239;des yougoslaves sur le lieu de travail pr&#233;sentaient syst&#233;matiquement sous forme de texte et d'images des travailleurs profitant ou &#233;tant d'une mani&#232;re ou d'une autre affect&#233;s n&#233;gativement par les actions des cols blancs. Un dessin anim&#233; de 1983 dans le p&#233;riodique de Jugolinija sugg&#232;re que les cols bleus ont &#233;t&#233; r&#233;duits au silence par les bureaucrates : un col blanc en plein essor voit sa voix amplifi&#233;e par cinq microphones distincts, mais la voix du col bleu d&#233;courag&#233;, parlant sans amplification, n'est pas entendue ( figure 1 ). Des images similaires positionnant les travailleurs contre les bureaucrates peuvent &#234;tre vues dans le chantier naval Uljanik de Pula. Dans une image r&#233;v&#233;latrice sur la couverture arri&#232;re du p&#233;riodique de l'entreprise, des cols bleus sont montr&#233;s dans un bras de fer avec des hommes corpulents et en costume. L'activit&#233; est cependant truqu&#233;e en faveur des bureaucrates : la corde est attach&#233;e &#224; un poteau derri&#232;re eux.note de bas de page 16 Les mesures d'aust&#233;rit&#233; sont pr&#233;sent&#233;es comme un fardeau plac&#233; sur les &#233;paules des cols bleus, n'affectant pas les cols blancs dans la m&#234;me mesure. Une caricature du p&#233;riodique de l'entreprise de commerce et de tourisme Brodokomerc repr&#233;sente un ouvrier en uniforme qui ploie sous le poids de la lourde extr&#233;mit&#233; d'un tronc d'arbre dit &#034;mesures d'intervention&#034; qu'il porte, tandis que derri&#232;re lui, un employ&#233; administratif dans un costume d&#233;tient une part beaucoup plus petite de la charge&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des ann&#233;es 1980, la bureaucratie excessive sur le lieu de travail a commenc&#233; &#224; &#234;tre plus fortement li&#233;e aux critiques de la bureaucratie aux niveaux municipal, r&#233;publicain et f&#233;d&#233;ral. Ce fut un point de r&#233;sonance non seulement en Serbie et au Mont&#233;n&#233;gro, mais aussi parmi les travailleurs croates. Parfois, les bureaucrates &#233;taient repr&#233;sent&#233;s comme des fotelja&#353;i (&#171; accapareurs de fauteuils &#187;), occupant des postes de pouvoir uniquement en raison des avantages sociaux qu'ils recevaient. Ils ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s dans les p&#233;riodiques ouvriers et la presse populaire comme tournant entre les positions et se comportant avec arrogance, pas dans l'int&#233;r&#234;t des travailleurs, du collectif de travail ou de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral ( figure 3). &#192; d'autres occasions, la bureaucratie a &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;e comme freinant les affaires et inhibant l'activit&#233; &#233;conomique. Une &#233;dition de 1984 du p&#233;riodique Uljanik d&#233;crit un grand navire appel&#233; &#171; Yugo-administration &#187; qu'un petit bateau appel&#233; &#171; business &#187;, ram&#233; par un ouvrier fr&#233;n&#233;tique, tente en vain de remorquer. L'administration pl&#233;thorique est pr&#233;sent&#233;e sans ambigu&#239;t&#233; comme un frein &#224; la rentabilit&#233;. Ainsi, le sentiment antibureaucratique pourrait &#234;tre d&#233;ploy&#233; &#224; partir d'une position &#233;conomiquement lib&#233;rale ainsi que d'une position col bleu plus famili&#232;re, redistributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de leurs lieux de travail, de nombreux cols bleus, en plus de souligner le fardeau des bas salaires et de la d&#233;ception face aux mesures f&#233;d&#233;rales r&#233;duisant encore leur salaire, ont &#233;galement critiqu&#233; l'administration et la gestion de leurs entreprises. Un travailleur des transports du port de Rijeka, Branko Bitunjac, a d&#233;clar&#233; qu'il ne croyait pas &#034;qu'un nombre aussi &#233;lev&#233; de personnel administratif existe dans un autre pays d&#233;velopp&#233;&#034;.note de bas de page 17 Non seulement la prolif&#233;ration des postes bureaucratiques est remise en cause, mais aussi leur statut moral. Une enqu&#234;te sur la moralit&#233; et l'&#233;thique des travailleurs du port de Rijeka men&#233;e dans les semaines qui ont suivi le scandale Agrokomerc a fait ses premi&#232;res ondes de choc a donn&#233; la parole &#224; de nombreux travailleurs m&#233;contents et confus quant au r&#244;le de leur lieu de travail dans l'affaire. En particulier, ils &#233;taient pr&#233;occup&#233;s par les actions des administrateurs et des gestionnaires qui auraient pu sciemment &#234;tre de connivence avec Fikret Abdi&#263; et le syst&#232;me Agromkomerc ou coupables par association.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ivan Obajdin, un ouvrier de l'unit&#233; de stockage d'outils du port de Rijeka, a d&#233;clar&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
[t]ous nous qui sommes employ&#233;s dans l'organisation du travail &#171; Rijeka Port &#187; sommes insatisfaits. Nous sommes insatisfaits non seulement &#224; cause de nos salaires mais &#224; cause de tout ce qui s'est pass&#233; dans notre soci&#233;t&#233; et de ce qui se passe dans le port. Les gens sont tout simplement surpris, perdus, mais toujours pr&#234;ts &#224; prouver qu'ils en sont capables car ils souhaitent encore aller travailler, travailler dur, cr&#233;er de la valeur [par leur travail].&lt;br class='autobr' /&gt;
De la direction &#224; tous les niveaux, on pr&#233;tend que notre syst&#232;me est excellent. Pourtant, les actifs dont le niveau de vie est chaque jour plus menac&#233; ne sont plus convaincus. De toute &#233;vidence, ils ont &#233;t&#233; tromp&#233;s. Je pense personnellement que nous devons faire des changements dans les cadres. La solution r&#233;side s&#251;rement dans de meilleurs cadres, plus capables et plus moraux.note de bas de page 18 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les coll&#232;gues d'Obajdin ont exprim&#233; des opinions similaires : des changements &#233;taient n&#233;cessaires dans les structures de gestion pour r&#233;duire l'administration et augmenter la production. Un groupe de ses coll&#232;gues a exprim&#233; sa frustration face &#224; la diff&#233;renciation de traitement entre les cols bleus et la direction. Peut-&#234;tre inspir&#233;s en grande partie par les discours m&#233;diatiques dominants de l'&#233;poque, leurs points de vue correspondaient au type de sentiment populiste &#233;mergeant des lieux de travail serbes et mont&#233;n&#233;grins &#224; la fin des ann&#233;es 1980 :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a beaucoup d'honn&#234;tet&#233; parmi nous les travailleurs. Mais chez les cadres il y en a trop peu&#8230; De la presse, de la t&#233;l&#233;vision, partout autour de nous on voit des exemples de vol de biens sociaux&#8230; Tout est mis sur le dos du travailleur. Les outils sont vol&#233;s, en particulier ceux qui sont chers et de qualit&#233;. Nous travaillons &#224; l'air libre. Pendant notre pause, nous ne pouvons pas laisser d'outils sur le lieu de travail [car ils seront vol&#233;s]&#8230; . Lorsque les outils &#171; disparaissent &#187;, nous, les travailleurs, devons payer, sur nos propres salaires. Nous nous demandons, est-il d&#233;j&#224; arriv&#233; qu'un gestionnaire ait jamais d&#251; assumer la responsabilit&#233; d'un outil manquant ou d'un investissement rat&#233; ? Sommes-nous tous &#233;galement responsables de ce que nous faisons et sommes-nous jug&#233;s selon les m&#234;mes crit&#232;res ?note de bas de page 19 &lt;br class='autobr' /&gt;
Un rapport d'int&#233;r&#234;t humain de 1989, enqu&#234;tant sur la vie des travailleurs du chantier naval d'Uljanik &#224; Pula, pr&#233;sentait un entretien avec l'agent de s&#233;curit&#233; Marijan Posavac, qui exprimait des opinions similaires aux travailleurs du port de Rijeka. Concernant la crise d'Uljanik, Posavec a d&#233;clar&#233; qu'il &#233;tait essentiel de &#034;r&#233;duire imm&#233;diatement l'administration &#233;norme et inutile&#034; non seulement dans le chantier naval mais dans le pays en g&#233;n&#233;ral. Il croyait qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de &#034;r&#233;duire l'&#233;norme appareil &#233;tatique [f&#233;d&#233;ral], r&#233;publicain et municipal&#034;.note de bas de page 20 parall&#232;lement aux vues &#233;manant de la Serbie qui appelaient &#224; une recentralisation de la Yougoslavie, soi-disant sur une base &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Kosovo &#224; Agrokomerc : la circulation des tropes dans la Yougoslavie socialiste tardive&lt;br class='autobr' /&gt;
Une caricature de Jugolinija a montr&#233; les divers probl&#232;mes auxquels est confront&#233; le Yougoslave ordinaire, qui est qualifi&#233; de &#034;consommateur, luttant pour supporter un fardeau de lourdes pierres qui comprend l'esquive, une administration &#233;norme, des r&#233;unions massives, la n&#233;gligence ( java&#353;luk ), l'irrationalit&#233;, la non-productivit&#233; et la simulation ( folirancija ) ( figure 5 ). Les probl&#232;mes respectifs regroup&#233;s visuellement dans cette caricature ont souvent &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s comme li&#233;s dans les p&#233;riodiques du travail et la presse yougoslave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les &#233;v&#233;nements plut&#244;t tumultueux sur le lieu de travail et le remplacement des cadres, les gr&#232;ves et les manifestations &#224; Rijeka entre 1987 et 1989 n'avaient pas pour objectif de provoquer le m&#234;me type de changement fondamental que les vagues de protestations plus organis&#233;es cherchaient &#224; induire en Serbie et au Mont&#233;n&#233;gro. La Ligue des communistes de Rijeka a rapport&#233; que pendant les gr&#232;ves dans la ville, les travailleurs ne quittaient jamais le p&#233;rim&#232;tre de l'usine et qu'ils &#233;taient principalement pr&#233;occup&#233;s par les bas salaires.note de bas de page 37 Un article de Novi list soulignait que l'argent &#233;tait le &#171; seul motif &#187; des 16 gr&#232;ves survenues au cours des deux premiers mois de 1989 &#224; Rijeka ( Novi list , 26-27 f&#233;vrier 1989, 5). Alors que les manifestations serbes devenaient plus visiblement associ&#233;es aux revendications nationalistes serbes, les communistes croates ont commenc&#233; &#224; exprimer avec prudence leurs pr&#233;occupations concernant les relations interethniques et le nationalisme dans leur propre r&#233;publique. Alors que les conflits du travail locaux et r&#233;gionaux et l'expression des revendications ouvri&#232;res se produisant &#224; Rijeka continuaient d'&#234;tre largement rapport&#233;s dans la presse d'usine et locale, une attitude plus cynique &#224; l'&#233;gard des objectifs et des moyens des manifestants serbes commen&#231;ait &#224; s'exprimer au fur et &#224; mesure que la r&#233;volution antibureaucratique gagnait traction &#224; l'&#233;t&#233; 1988.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 8 ao&#251;t 1988, un commentaire du jeune journaliste de Rijeka Branko Miji&#263; est apparu dans la liste quotidienne de Novi. Se r&#233;f&#233;rant aux manifestations qui ont balay&#233; la Serbie et le Mont&#233;n&#233;gro pendant l'&#233;t&#233;, il a d&#233;crit avec pr&#233;cision la situation par laquelle le culte de Tito pourrait &#234;tre (ab)utilis&#233; pour dissimuler des activit&#233;s moins salubres :&lt;br class='autobr' /&gt;
Portrait de Tito dans les bras des travailleurs de &#171; Zmaj &#187; devant le parlement f&#233;d&#233;ral yougoslave. Le portrait de Tito dans les bras des gr&#233;vistes &#224; Maribor, sur la route de Borovo &#224; Belgrade, au parlement [croate] dans les bras des ouvriers de &#171; Vartilen &#187;&#8230; Le portrait de Tito est d'autant plus souvent devant des masses d'insatisfaits, &#224; gr&#232;ves, rassemblements de protestation, voyages et r&#233;unions publiques [ zborovi ]&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
[C]ependant, en arri&#232;re-plan des &#233;talages de la photo de Tito se cachent parfois des motifs sinistres qui donnent aux manifestants et aux gr&#233;vistes individuels une autre dimension, un tout autre cachet. Car, Tito cache des b&#226;timents municipaux bris&#233;s et d&#233;molis, des attaques physiques de masses sur des individus comme une sc&#232;ne de lynchage de western.&lt;br class='autobr' /&gt;
( Novi list , 8 ao&#251;t 1989, 2). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soutien inconditionnel qui avait &#233;t&#233; offert lors des n&#233;gociations avec le Kosovo au d&#233;but et au milieu des ann&#233;es 1980 &#233;tait d&#233;sormais entrecoup&#233; de pr&#233;occupations concernant les relations interethniques en Croatie. Au cours de l'&#233;t&#233; 1988, les organisations politiques locales de Knin sont intervenues pour emp&#234;cher les travailleurs serbes de tenir des r&#233;unions de soutien aux Serbes du Kosovo (MarijanR&#233;f&#233;rence Marijan2016 , 440). Lorsque la gr&#232;ve des mineurs du Kosovo a &#233;clat&#233; en f&#233;vrier 1989, polarisant la f&#233;d&#233;ration yougoslave, cette m&#234;me polarisation a commenc&#233; &#224; &#234;tre reconfigur&#233;e &#224; travers la Croatie, et une r&#233;union de protestation en faveur des Serbes du Kosovo a eu lieu &#224; Knin (MarijanR&#233;f&#233;rence Marijan2016 , 441). La F&#233;d&#233;ration syndicale croate rompt avec les rangs f&#233;d&#233;raux et soutient les mineurs albanais du Kosovo, ouvrant un compte bancaire pour les dons aux mineurs en gr&#232;ve et &#224; leurs familles ( Novi list , 1er mars 1989, 2). Des objections &#224; cela ont &#233;t&#233; exprim&#233;es par des travailleurs des r&#233;gions de Croatie habit&#233;es par des Serbes, notamment de la mine de bauxite d'Obrovac, de l'usine de caoutchouc de Borovo pr&#232;s de Vukovar et du syndicat de Benkovac, qui a exig&#233; que les dons aux mineurs albanais du Kosovo cessent imm&#233;diatement et que le compte &#234;tre ferm&#233;e ( Novi list , 2 mars 1989, 2).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Rijeka, la Ligue des communistes a d&#233;clar&#233; que &#171; le nationalisme ne passera pas &#8212; &#224; Rijeka, r&#232;gnent des relations interethniques stables &#187; ( Novi list , 3 mars 1989, 5). Les rapports qualifiaient Rijeka de ville multinationale, de bastion de la Fraternit&#233; et de l'Unit&#233;, et de &#171; Yougoslavie en miniature &#187;.note de bas de page 38 Selon Novi list (3 mars 1989, 5), plut&#244;t que l'appartenance ethno-nationale, la qualit&#233; personnelle la plus importante &#233;tait &#171; le genre de personne que vous &#234;tes, le genre de travailleur que vous &#234;tes &#187;. Plut&#244;t que l'ethnonationalisme, la plus grande pr&#233;occupation des citoyens et des travailleurs de Rijeka &#233;tait de savoir comment augmenter les salaires et am&#233;liorer le niveau de vie ( Novi list , 3 mars 1989, 5).&lt;br class='autobr' /&gt;
Conclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cet article, j'ai cherch&#233; &#224; revisiter le &#171; th&#232;me antibureaucratique &#187; dans la Yougoslavie socialiste tardive en soulignant un certain nombre de raisons pour lesquelles il avait une telle r&#233;sonance. En Yougoslavie, la bureaucratie d'&#201;tat &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme un objet de critique l&#233;gitime selon les fondements de l'id&#233;ologie autogestionnaire, qui pr&#233;voyait le &#171; d&#233;p&#233;rissement &#187; &#233;ventuel de l'&#201;tat. La critique du comportement bureaucratique &#233;tait donc courante dans la vie publique, et le spectre de la bureaucratie allait se mat&#233;rialiser et se dissiper sous diverses formes. La bureaucratie &#224; tous les niveaux de prise de d&#233;cision en Yougoslavie, y compris le lieu de travail et les municipalit&#233;s - institutions avec lesquelles les travailleurs interagissaient fr&#233;quemment - a prolif&#233;r&#233; avec les impulsions de d&#233;centralisation des ann&#233;es 1970. Apr&#232;s une restructuration politique et &#233;conomique avec la loi de 1976 sur le travail associ&#233;, les ouvriers per&#231;oivent l'augmentation des postes administratifs dans les usines et dans les organisations politiques locales. Le &#171; signifiant vide &#187; de la bureaucratie est devenu d'autant plus reconnaissable dans la vie quotidienne. &#192; la suite d'une crise &#233;conomique soutenue apr&#232;s 1979, une culture populaire de plus en plus cynique et un march&#233; m&#233;diatique tablo&#239;d naissant ont abord&#233; des histoires d'int&#233;r&#234;t humain qui comprenaient des griefs de la classe ouvri&#232;re, des exemples d'in&#233;galit&#233;s sociales et de privil&#232;ges d'&#233;lite, et des mobilisations ouvri&#232;res. Ce faisant, le m&#233;contentement des travailleurs s'est encore amplifi&#233;. une culture populaire de plus en plus cynique et un march&#233; m&#233;diatique tablo&#239;d naissant ont abord&#233; des histoires d'int&#233;r&#234;t humain qui comprenaient des griefs de la classe ouvri&#232;re, des exemples d'in&#233;galit&#233;s sociales et de privil&#232;ges d'&#233;lite, et des mobilisations ouvri&#232;res. Ce faisant, le m&#233;contentement des travailleurs s'est encore amplifi&#233;. une culture populaire de plus en plus cynique et un march&#233; m&#233;diatique tablo&#239;d naissant ont abord&#233; des histoires d'int&#233;r&#234;t humain qui comprenaient des griefs de la classe ouvri&#232;re, des exemples d'in&#233;galit&#233;s sociales et de privil&#232;ges d'&#233;lite, et des mobilisations ouvri&#232;res. Ce faisant, le m&#233;contentement des travailleurs s'est encore amplifi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un examen des documents produits sur les lieux de travail &#224; travers la Yougoslavie d&#233;montre un degr&#233; assez &#233;lev&#233; de coh&#233;rence concernant les questions de m&#233;contentement, les pr&#233;occupations des cols bleus et les vies typiques des communaut&#233;s ouvri&#232;res. Ainsi, malgr&#233; des tendances bien document&#233;es &#224; la d&#233;centralisation et &#224; l'autarcie dans la vie politique et &#233;conomique de la fin de la Yougoslavie socialiste (Devi&#263;R&#233;f&#233;rence Devi&#263;, Archer, Duda et Stubbs2016 ; RametR&#233;f&#233;rence Ramet1992 ), le foyer du m&#233;contentement de la classe ouvri&#232;re (et ses repr&#233;sentations) est rest&#233; remarquablement similaire &#224; travers les fronti&#232;res r&#233;publicaines, au moins jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1988. Ce n'est qu'&#224; ce moment que les m&#233;dias locaux et la presse du travail dans la r&#233;gion de Rijeka ont commenc&#233; &#224; entre le m&#233;contentement de leur propre main-d'&#339;uvre en gr&#232;ve et les revendications plus militantes et transformatrices formul&#233;es en Serbie et au Mont&#233;n&#233;gro.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution antibureaucratique de 1988-1989 a r&#233;ussi &#224; exploiter &#224; la fois le m&#233;contentement socio-&#233;conomique et les griefs formul&#233;s au niveau national dans un mouvement de masse nationaliste serbe dans lequel les courants de m&#233;contentement nationaliste et &#233;conomique se sont renforc&#233;s les uns les autres. Si c'est le nationalisme serbe qui a finalement &#233;tabli des liens aussi forts entre les revendications nationales et les revendications sociales en maintenant le peuple ou narod au centre des discussions en termes &#224; la fois nationalistes et marxistes, la d&#233;rision de la &#171; bureaucratie &#187; a &#233;t&#233; un discours de base du socialisme yougoslave tout au long de l'histoire. le pays et n'a &#233;t&#233; monopolis&#233; par les nationalistes serbes qu'au cours des ann&#233;es 1988 et 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.cambridge.org/core/journals/nationalities-papers/article/antibureaucratism-as-a-yugoslav-phenomenon-the-view-from-northwest-croatia/E7BEFB86D0993CB2BF89E92A2159F3A4#&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.cambridge.org/core/journals/nationalities-papers/article/antibureaucratism-as-a-yugoslav-phenomenon-the-view-from-northwest-croatia/E7BEFB86D0993CB2BF89E92A2159F3A4#&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire en anglais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=eyzjBAAAQBAJ&amp;pg=PT221&amp;lpg=PT221&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=P8-sAH_vyD&amp;sig=ACfU3U0fHH_Uj_hUSDE0fYVjlAUo-12B0Q&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgpEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=eyzjBAAAQBAJ&amp;pg=PT221&amp;lpg=PT221&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=P8-sAH_vyD&amp;sig=ACfU3U0fHH_Uj_hUSDE0fYVjlAUo-12B0Q&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgpEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=gRXJBQAAQBAJ&amp;pg=PT249&amp;lpg=PT249&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=Pz48Nj7tmp&amp;sig=ACfU3U2ISMrjWWUc5Mn4xq5py_1gjuirzQ&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgoEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=gRXJBQAAQBAJ&amp;pg=PT249&amp;lpg=PT249&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=Pz48Nj7tmp&amp;sig=ACfU3U2ISMrjWWUc5Mn4xq5py_1gjuirzQ&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgoEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=gRXJBQAAQBAJ&amp;pg=PT249&amp;lpg=PT249&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=Pz48Nj7tmp&amp;sig=ACfU3U2ISMrjWWUc5Mn4xq5py_1gjuirzQ&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgoEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=gRXJBQAAQBAJ&amp;pg=PT249&amp;lpg=PT249&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=Pz48Nj7tmp&amp;sig=ACfU3U2ISMrjWWUc5Mn4xq5py_1gjuirzQ&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgoEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Premier ministre Branko Mikulic, confront&#233; &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;ralis&#233;es et &#224; une dissidence politique croissante, a d&#233;clar&#233; aujourd'hui que l'arm&#233;e serait utilis&#233;e si n&#233;cessaire pour d&#233;fendre le syst&#232;me politique communiste du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a averti que les autorit&#233;s utiliseraient &#034;tous les moyens&#034; disponibles contre ceux qui tenteraient de renverser le syst&#232;me constitutionnel yougoslave, ajoutant : &#034;Et cela inclut l'arm&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le premier commentaire public direct de M. Mikulic sur la vague de troubles sociaux. Il avait &#233;t&#233; hors de vue du public pendant une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 10 000 travailleurs auraient officiellement pris part &#224; 70 gr&#232;ves, qui ont commenc&#233; au d&#233;but de ce mois et semblent &#234;tre spontan&#233;es et non coordonn&#233;es. Des rapports non officiels donnent un nombre beaucoup plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ la moiti&#233; des d&#233;brayages ont eu lieu en Croatie, l'une des r&#233;publiques les plus industrialis&#233;es de Yougoslavie. Les gr&#232;ves sont intervenues en r&#233;ponse &#224; un gel des salaires et &#224; d'autres mesures prises pour lutter contre l'inflation et faire face &#224; la dette ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Mikulic, qui parle rarement &#224; la presse &#233;trang&#232;re, s'est exprim&#233; dans une interview avec des journalistes ouest-allemands. Il doit se rendre &#224; Bonn jeudi. L'interview a &#233;t&#233; publi&#233;e aujourd'hui par l'agence de presse officielle yougoslave Tanyug.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;''Si ces gens s'organisaient pour renverser le syst&#232;me constitutionnel de notre pays, alors nous ferions la m&#234;me chose que vous feriez si le syst&#232;me constitutionnel de votre pays &#233;tait menac&#233;'', aurait-il d&#233;clar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;''Il ne devrait y avoir aucun doute dans le pays ou &#224; l'&#233;tranger que nous d&#233;fendrons notre syst&#232;me par tous les moyens. C'est &#233;crit dans notre constitution. Nous ne pouvons accepter aucun dialogue sur la question de savoir si la Yougoslavie restera ou non un pays f&#233;d&#233;rateur.''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.nytimes.com/1987/03/23/world/yugoslav-warns-against-strikes.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.nytimes.com/1987/03/23/world/yugoslav-warns-against-strikes.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Yougoslabie, une vague de gr&#232;ves majeures se d&#233;veloppa en 1987-1988, alors que les travailleurs r&#233;clamaient des salaires plus &#233;lev&#233;s pour compenser l'inflation, le FMI exigeant la suppression de diverses subventions et s'accompagnant de d&#233;nonciations de corruption du syst&#232;me dans son ensemble. Enfin, la politique d'aust&#233;rit&#233; mit en &#233;vidence les tensions entre les &#171; nantis &#187; des r&#233;publiques comme la Slov&#233;nie et la Croatie et les plus pauvres &#171; n'ont pas &#187;[Quoi ?] des r&#233;publiques comme la Serbie. La Croatie et la Slov&#233;nie estimaient qu'elles versaient trop d'argent dans le budget f&#233;d&#233;ral pour soutenir les r&#233;publiques &#171; d&#233;favoris&#233;es &#187;, tandis que la Serbie souhaitait que la Croatie et la Slov&#233;nie versent plus d'argent dans le budget f&#233;d&#233;ral pour les soutenir en p&#233;riode d'aust&#233;rit&#233;. De plus en plus, la Serbie r&#233;clamait une plus grande centralisation afin de contraindre la Croatie et la Slov&#233;nie &#224; contribuer davantage au budget f&#233;d&#233;ral, revendications qui furent compl&#232;tement rejet&#233;es par les r&#233;publiques &#171; riches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://en.wikipedia.org/wiki/1989_Kosovo_miners%27_strike&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://en.wikipedia.org/wiki/1989_Kosovo_miners%27_strike&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sous couvert de &#034;socialisme&#034;, des Etats profond&#233;ment anti-ouvriers qui font face &#224; la r&#233;volte ouvri&#232;re</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article75</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article75</guid>
		<dc:date>2015-08-21T23:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pologne</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>
		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;REVOLUTION OUVRIERE EN HONGRIE &lt;br class='autobr' /&gt;
L'extension du stalinisme n'est pas celle du communisme &lt;br class='autobr' /&gt;
La nature de la Hongrie &#171; socialiste &#187; et des &#171; pays de l'Est &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Cons&#233;quences de la mort de Staline &lt;br class='autobr' /&gt;
Allemagne orientale &lt;br class='autobr' /&gt;
Hongrie &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la r&#233;volution hongroise des conseils ouvriers &lt;br class='autobr' /&gt;
CHRONOLOGIE &lt;br class='autobr' /&gt;
5 mars 1953 : mort de Staline &lt;br class='autobr' /&gt;
mai 1953 : devant la r&#233;forme mon&#233;taire et l'augmentation des prix, les travailleurs de Tch&#233;coslovaquie pillent les magasins et se mettent en gr&#232;ve le 30 mai. Pendant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique51" rel="directory"&gt;07- Pays de l'Est 1953-56&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot141" rel="tag"&gt;Pologne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_51 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/AVO-23-oct-1956.jpg' width=&#034;464&#034; height=&#034;400&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;REVOLUTION OUVRIERE EN HONGRIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article93&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'extension du stalinisme n'est pas celle du communisme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article2705&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La nature de la Hongrie &#171; socialiste &#187; et des &#171; pays de l'Est &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?breve642&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cons&#233;quences de la mort de Staline&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article661&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Allemagne orientale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;q=1956+Hongrie+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;btnG=Recherche&amp;meta=&amp;gws_rd=ssl&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hongrie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/broue/works/1956/00/broue_hongrie.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur la r&#233;volution hongroise des conseils ouvriers&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;CHRONOLOGIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5 mars 1953 : mort de Staline&lt;br /&gt;
mai 1953 : devant la r&#233;forme mon&#233;taire et l'augmentation des prix, les travailleurs de Tch&#233;coslovaquie pillent les magasins et se mettent en gr&#232;ve le 30 mai. Pendant plusieurs jours les 5000 ouvriers de l'usine Staline de Plzen (ancienne usine Skoda) bloquent l'usine et bravent le pouvoir. Deux mois apr&#232;s, l'agitation dans les usines continuait en Tch&#233;coslovaquie.&lt;br /&gt;
12 juin 1953 : en apprenant l'augmentation des normes de travail, le chantier sud de Berlin se met en gr&#232;ve.&lt;br /&gt;
15 juin 1953 : Chantier Sud et Bloc 40 se joignent dans la lutte. Un cort&#232;ge de 300 ouvriers se termine &#224; 10.000 manifestants qui imposent le retrait de l'augmentation des normes de travail. Les ouvriers ne s'en tiennent pas l&#224; et appellent tous les travailleurs du pays &#224; faire la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale politique. &lt;br /&gt;
17-18 juin 1953 : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 400.000 ouvriers de Berlin-Est et de plus de 270 villes d'Allemagne de l'Est. Les ouvriers en gr&#232;ve &#233;lisent des comit&#233;s de gr&#232;ve.&lt;br /&gt;
juillet 1953 : gr&#232;ve des d&#233;tenus du camp de Vorkhouta en URSS&lt;br /&gt;
d&#233;cembre 1953 : ex&#233;cution de B&#233;ria&lt;br /&gt;
juillet 1953 : Imre Nagy nomm&#233; chef du gouvernement hongrois&lt;br /&gt;
novembre 1954 : Mathias Rakosi revient d'URSS pour prendre la t&#234;te de la Hongrie &#171; socialiste &#187;.&lt;br /&gt;
mars 1955 : Nagy est condamn&#233; pour &#171; d&#233;viation de droite &#187;&lt;br /&gt;
avril 1955 : Nagy d&#233;missionne du gouvernement hongrois&lt;br /&gt;
f&#233;vrier 1956 : r&#233;habilitation de l'ancien Parti communiste polonais dissous et assassin&#233; par Staline&lt;br /&gt;
24 f&#233;vrier 1956 : rapport de Krouchtchev au 20e congr&#232;s du PC de l'URSS qui commence la campagne de &#171; d&#233;stalinisation &#187; : Staline y est qualifi&#233; de &lt;i&gt;&#171; monarque ignare et sanglant &#187;. &lt;/i&gt;Le dirigeant yougoslave Tito est r&#233;habilit&#233;.&lt;br /&gt;
mai 1956 : insurrection populaire violemment r&#233;prim&#233;e en G&#233;orgie&lt;br /&gt;
16 juin 1956 : gr&#232;ve de 15.000 ouvriers de l'usine m&#233;tallurgique Zispo &#224; Poznan (Pologne) qui dure jusqu'au 29 juin malgr&#233; une violente r&#233;pression &lt;br /&gt;
28-29 juin 1956 : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et manifestations des ouvriers de Poznan (Pologne) qui se transforment en &#233;meutes au nom de &#171; A bas le faux communisme ! &#187;&lt;br /&gt;
17 juillet 1956, Ger&#246;, bourreau stalinien de la r&#233;volution espagnole, est nomm&#233; secr&#233;taire du PC hongrois &#224; la place de Rakosi qui est d&#233;missionn&#233; par Krouchtchev&lt;br /&gt;
6 octobre 1956 : en Hongrie, manifestation monstre &#224; Budapest lors des fun&#233;railles de Lazlo Rajk, victime du stalinisme&lt;br /&gt;
14 octobre 1956 : r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy dans le PC hongrois&lt;br /&gt;
16 octobre 1956 : en Pologne, pour calmer les mouvements de contestation, le gouvernement annonce que Gomulka, ancien secr&#233;taire du Parti communiste polonais, condamn&#233; pour nationalisme et r&#233;cemment lib&#233;r&#233;, est invit&#233; au comit&#233; central&lt;br /&gt;
19-20 octobre 1956 : en Pologne, aux rumeurs d'intervention russe s'oppose une mobilisation ouvri&#232;re de masse, avec notamment de grands meetings &#224; Varsovie et en province &lt;br /&gt;
21 octobre 1956 : pour calmer le d&#233;but de soul&#232;vement populaire, Gomulka est nomm&#233; premier secr&#233;taire du parti communiste de Pologne. R&#233;unions massives dans les usines et les facult&#233;s.&lt;br /&gt;
23 octobre 1956 : manifestation de 150.000 personnes, &#233;tudiants rejoints par les ouvriers qui sortent des usines. Les manifestants abattent la statue de Staline puis veulent lire une r&#233;solution &#224; la radio. A la demande de Ger&#246;, la police politique ouvre le feu sur les manifestants. Face &#224; l'arm&#233;e hongroise envoy&#233;e contre les manifestants, ceux-ci sont rejoints par toute la classe ouvri&#232;re qui arr&#234;te le travail, s'organise et s'arme. La chasse est men&#233;e par les ouvriers contre la police politique. C'est le d&#233;but de la r&#233;volution ouvri&#232;re. &lt;br /&gt;
En Pologne, des condamn&#233;s de la r&#233;volte de Poznan sont lib&#233;r&#233;s et, le m&#234;me jour, de nombreux meetings r&#233;clament le d&#233;part des troupes russes. &lt;br /&gt;
24 octobre 1956 : Nagy est nomm&#233; chef du gouvernement mais la radio, aux mains du pouvoir, pr&#233;tend en m&#234;me temps que Nagy a fait appel aux troupes russes. Les premi&#232;res colonnes de tanks russes p&#233;n&#232;trent dans la capitale Budapest.&lt;br /&gt;
25 octobre 1956 : en Hongrie, les forces de l'ordre massacrent les manifestants de Budapest mais le pouvoir recule. Ger&#246; est d&#233;mis et remplac&#233; &#224; la t&#234;te du parti par Kadar. Nagy et Kadar promettent des r&#233;formes mais demandent aux insurg&#233;s de d&#233;poser les armes. Les premiers conseils ouvriers (dans les usines) et conseils r&#233;volutionnaire (dans les localit&#233;s) naissent. &lt;br /&gt;
26 octobre 1956 : A Budapest, le colonel Mal&#233;ter et le pr&#233;fet de police Kopacsi passent du c&#244;t&#233; des insurg&#233;s, donnant des armes &#224; l'insurrection. Comit&#233;s r&#233;volutionnaires et conseils ouvriers exercent un pouvoir r&#233;el dans tout le pays. &lt;br /&gt;
27 octobre 1956 : Nagy, au gouvernement, ne cesse de recevoir des d&#233;l&#233;gations des comit&#233;s et conseils qui se forment dans toutes les localit&#233;s et toutes les usines.&lt;br /&gt;
En Pologne, les ouvriers de l'usine Zeran exigent le retrait des troupes russes de Hongrie.&lt;br /&gt;
28 octobre 1956 : Nagy n&#233;gocie avec les insurg&#233;s&lt;br /&gt;
29 octobre 1956 : annonce mensong&#232;re que les troupes russes, qui se retirent de Budapest, se retirent de Hongrie.&lt;br /&gt;
30 octobre 1956 : malgr&#233; leur m&#233;fiance, les conseils r&#233;volutionnaires accordent leur soutien au gouvernement Nagy. A Gyor, les conseils ouvriers appuient le conseil national de Transdanubie.&lt;br /&gt;
31 octobre 1956 : pendant que Moscou pr&#233;tend n&#233;gocier son retrait de Hongrie, des troupes affluent massivement en vue de la r&#233;pression.&lt;br /&gt;
3 novembre 1956 : nouveau gouvernement Nagy incluant Mal&#233;ter et Kopacsi.&lt;br /&gt;
4 novembre 1956 : les troupes russes attaquent Budapest. Kadar reprend le pouvoir &#224; Nagy qui se cache &#224; l'ambassade yougoslave. Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'&#233;tendant &#224; toute la classe ouvri&#232;re et qui va durer jusqu'au 13 novembre. Les combats s'&#233;tendent &#224; l'ensemble du pays.&lt;br /&gt;
Du 5 au 12 novembre 1956 : les combats men&#233;s par la classe ouvri&#232;re hongroise continuent contre les troupes russes, notamment avec les mineurs de Pecs et les ouvriers du quartier Cspel de Budapest.&lt;br /&gt;
14 novembre 1956 : mise en place du Conseil Ouvrier central du grand Budapest&lt;br /&gt;
15 novembre 1956 : Balazs, pr&#233;sident du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest est d&#233;mis (et remplac&#233; par Devenyi) pour avoir interpr&#233;t&#233; la reprise du travail comme une reconnaissance du gouvernement Kadar, ce que n'admettent pas les conseils ouvriers. En province, les conseils sont un deuxi&#232;me pouvoir. &lt;br /&gt;
19 novembre 1956 : convocation &#224; Budapest d'un Conseil Ouvrier National. En province, la gr&#232;ve est toujours totale.&lt;br /&gt;
21 novembre 1956 : la r&#233;union du Conseil Ouvrier National n'a pas &#233;t&#233; possible car l'arm&#233;e russe l'a emp&#234;ch&#233;e. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s qui se r&#233;unissent s'opposent, les travailleurs de province reprochant aux d&#233;l&#233;gu&#233;s de Budapest d'avoir appel&#233; &#224; la reprise du travail. Le pr&#233;sident du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest Devenyi est remplac&#233; par un jeune ouvrier Racz. Bali et Lalocsa sont vice-pr&#233;sident du Conseil.&lt;br /&gt;
23 novembre 1956 : c&#233;l&#233;bration de l'anniversaire de la r&#233;volution hongroise par une heure de Budapest ville morte &#224; l'appel du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest&lt;br /&gt;
4 d&#233;cembre 1956 : manifestation des femmes&lt;br /&gt;
5 d&#233;cembre 1956 : arrestation d'un grand nombre de membres des conseils ouvriers&lt;br /&gt;
5-6 d&#233;cembre 1956 : congr&#232;s de fondation de l'Union de la jeunesse r&#233;volutionnaire qui d&#233;nonce le stalinisme&lt;br /&gt;
9 d&#233;cembre 1956 : &#224; Budapest, le Conseil Ouvrier Central appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 48 heures contre la r&#233;pression qui frappe les conseils ouvriers&lt;br /&gt;
11 d&#233;cembre 1956 : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#224; Budapest. Les dirigeants ouvriers Racz et Bali sont arr&#234;t&#233;s. Le gouvernement d&#233;cr&#232;te la dissolution du Conseil Central Ouvrier du grand Budapest.&lt;br /&gt;
12 d&#233;cembre 1956 : en Pologne, les mineurs de Gl&#246;wice organisent une marche silencieuse de solidarit&#233; avec les ouvriers hongrois et contre la r&#233;pression&lt;br /&gt;
13 d&#233;cembre 1956 : la r&#233;pression organis&#233;e par le gouvernement Kadar avec l'appui russe continue en Hongrie, les arrestations se multiplient. L'usine de Beloiannisz poursuit sa gr&#232;ve. &lt;br /&gt;
Les m&#233;tallos de l'usine Cegielski &#224; Poznan en Pologne manifestent leur solidarit&#233; avec les ouvriers hongrois.&lt;br /&gt;
17 d&#233;cembre 1956 : les premi&#232;res condamnations &#224; mort sont prononc&#233;es contre les insurg&#233;s hongrois&lt;br /&gt;
3-4 janvier 1957 : les staliniens imposent la fusion de l'organisation ind&#233;pendante de la jeunesse r&#233;volutionnaire et l'organisation de la jeunesse stalinienne&lt;br /&gt;
11 et 12 janvier 1957 : les ouvriers de Csepel &#224; Budapest se mettent en gr&#232;ve et sont violemment r&#233;prim&#233;s. Les chars russes encerclent Csepel.&lt;br /&gt;
13 au 17 ao&#251;t 1957 : gr&#232;ve des traminots de Lodz en Pologne. Gomulka d&#233;nonce les traminots et tous les ouvriers gr&#233;vistes.&lt;br /&gt;
Septembre 1957 : dissolution des derniers conseils ouvriers hongrois.&lt;br /&gt;
14 avril 1958 : Gomulka d&#233;clare que les gr&#232;ves sont ill&#233;gales en Pologne&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_57 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH366/p295_05-7e2fc.jpg?1776226915' width='500' height='366' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;LA REVOLUTION OUVRIERE EN HONGRIE : LES MILICES OUVRIERES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DOCUMENTS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;HONGRIE 1956 Socialisme ou Barbarie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Documents sur les conseils ouvriers&lt;br class='autobr' /&gt;
CE QUE FURENT&lt;br class='autobr' /&gt;
LES CONSEILS OUVRIERS HONGROIS &lt;br class='autobr' /&gt;
(T&#233;moignage de Ferenc T&#246;ke, l'un des anciens vice-pr&#233;sidents&lt;br class='autobr' /&gt;
du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Paru dans la revue Etudes (Bruxelles), n&#176;3, 1960)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Traduction revue, corrig&#233;e et compl&#233;t&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis issu d'une famille ouvri&#232;re. Tr&#232;s jeune, j'ai commenc&#233; &#224; travailler comme apprenti &#224; l'usine d'appareils de T.S.F. ORION. Re&#231;u compagnon, je devins ajusteur-outilleur, mais d&#233;sireux de continuer des &#233;tudes qui, jusque-l&#224; avaient &#233;t&#233; tr&#232;s sommaires, je m'inscrivis &#224; des cours du soir. Gr&#226;ce &#224; quoi je fus vers&#233; dans les cadres en qualit&#233; de chronom&#233;treur, profession qui, certes, n'est pas populaire en Hongrie. N&#233;anmoins lorsque, pendant la r&#233;volution, on proc&#233;da aux &#233;lections du conseil ouvrier de mon entreprise &#8211; je travaillais alors &#224; la fabrique d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, qui employait quelques 3 000 ouvriers &#8211; je me trouvai en t&#234;te de liste avec une confortable avance de voix sur les autres. Quand ces &#233;lections provisoires furent confirm&#233;es, je voulus retirer ma candidature pour raison de sant&#233;, mais le personnel du d&#233;partement o&#249; je travaillais protesta contre cette d&#233;fection, et je fus de nouveau &#233;lu. J'ajoute que j'avais adh&#233;r&#233; au parti social-d&#233;mocrate &#224; l'&#226;ge de 16 ans, et que depuis j'ai conserv&#233; mes convictions sociales-d&#233;mocrates. Cependant, comme une grande partie des ouvriers de mon pays, j'&#233;tais devenu membre du Parti des Travailleurs Hongrois (le parti communiste). &lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais que mon t&#233;moignage ne sera pas une image compl&#232;te des conseils ouvriers ; je ne peux dire que ce que je sais. Par contre, je dirai tout sans rien ajouter, sans rien n&#233;gliger. Ce que j'ai dit, j'en prends la responsabilit&#233;. Evidemment, il est possible que, dans les d&#233;tails, concernant les dates ou autres choses, je fasse une erreur, mais du point de vue de principe et historiquement, tout se d&#233;roula tel que je le raconte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements du 23 octobre 1956, cessant de participer aux combats insurrectionnels, je me rendis &#224; mon usine. C'&#233;tait, je crois, le 25 octobre. Sur les 3.000 travailleurs de l'entreprise, quelques 800 &#233;taient r&#233;unis au foyer culturel. Sur l'estrade avaient pris place le directeur, le secr&#233;taire du parti, le pr&#233;sident du comit&#233; d'usine et quelques autres fonctionnaires, c'est-&#224;-dire les permanents. Dans la salle, des ouvriers. Les dirigeants essayaient de mettre sur pied un conseil ouvrier. En effet, le Conseil National des Syndicats venait de prendre une initiative, approuv&#233;e par le Comit&#233; Central du parti, en vertu de laquelle on devait former un conseil ouvrier dans chaque usine, afin que les travailleurs aient un droit de regard plus &#233;tendu sur la marche de l'entreprise pour qu'ils dirigent r&#233;ellement les usines. Ce fut la forme officielle des mesures prises, par lesquelles ils ont voulu garder leur place, tout comme l&#224; o&#249; &#8211; &#233;tant les initiateurs &#8211; ils pouvaient rester du c&#244;t&#233; du feu. Mais les conseils ouvriers ont &#233;t&#233; form&#233;s dans un temps critique o&#249; rien ne pouvait &#234;tre impos&#233; aux ouvriers. L'esprit libre de la r&#233;v&#233;lation fut tellement fort que l'ouvrier voulant un changement ne d&#233;sirait aucunement accepter une d&#233;cision &#233;manant de Ger&#246;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, je dois ouvrir une parenth&#232;se consacr&#233;e aux &#233;v&#233;nements pr&#233;c&#233;dents. Au cours des semaines pr&#233;c&#233;dant la r&#233;volution du 23 octobre, l'atmosph&#232;re &#233;tait tendue &#224; l'usine. Les ouvriers, contre toute attente, beaucoup lurent les journaux affich&#233;s qui donnaient par exemple une place importante au cas de Mme Rajk. Cette derni&#232;re avait re&#231;u des autorit&#233;s 200.000 florins, en r&#233;compense, somme qu'elle avait remis imm&#233;diatement aux Coll&#232;ges Populaires. Sa d&#233;claration disant qu'on ne peut effacer les ann&#233;es de souffrance par aucun argent a fait un tel bruit dans l'usine que les ouvriers se groupant devant les journaux ne parl&#232;rent que de cela, pendant des heures. Le proc&#232;s des participants &#224; l'&#233;meute de Poznan en Pologne dont la presse hongroise a largement diffus&#233; les d&#233;bats fit &#233;galement grand bruit. Et en particulier, la conclusion du proc&#232;s annon&#231;ant que l'A.V.H. polonais avait &#233;t&#233; le principal fautif en tirant sur les masses. Je dois parler aussi des articles de journaux, au cours de presque toute l'ann&#233;e, et particuli&#232;rement des d&#233;clarations des &#233;crivains. Les articles furent affich&#233;s et les ouvriers les ont imm&#233;diatement discut&#233;s. Contrairement aux ann&#233;es apolitiques suivant 1948, les ouvriers &#233;taient politiquement tr&#232;s actifs. Ils ont commenc&#233; &#224; discuter politique, d'une mani&#232;re particuli&#232;rement active, bien que ces discussions ne tendissent &#224; aucun but pr&#233;cis. Ils ne parlaient que des &#233;v&#233;nements pr&#233;sents.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que les discours prononc&#233;s aux d&#233;bats du Cercle Pet&#246;fi n'ont pas &#233;t&#233; publi&#233;s officiellement, mais il y eut beaucoup de participants et les choses dites ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans les usines. Je dois dire que beaucoup d'ouvriers qui suivaient les cours du soir &#224; l'Universit&#233; Technique furent mis en contact avec ces d&#233;bats. Par leur interm&#233;diaire, les ouvriers en furent inform&#233;s, il s'ensuivait des discussions anim&#233;es. L'atmosph&#232;re politique &#233;tait tendue, car un air libre avait travers&#233; les usines, contre la pression &#233;touffante du parti. On a donc favorablement accueilli dans l'usine chaque manifestation du Cercle Pet&#246;fi, les travailleurs ont fait comme leur toute cette affaire. S'il avait &#233;t&#233; possible, chacun d'entre eux y aurait particip&#233;. Je puis affirmer que si l'on avait pu organiser un tel d&#233;bat dans l'usine, 2.800 sur 3.000 travailleurs y auraient particip&#233;, sans aucune agitation du parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois mentionner, parmi les faits et &#233;v&#233;nements qui ont contribu&#233; &#224; &#233;veiller l'int&#233;r&#234;t politique des ouvriers, la r&#233;union des membres du parti, au mois de juillet. A cette r&#233;union, le secr&#233;taire du parti a annonc&#233; la r&#233;habilitation de Rajk et expliqu&#233; les raisons de la d&#233;mission de R&#225;kosi. La d&#233;claration finale du secr&#233;taire du parti : &#034;camarades, on n'a pas besoin d'intervention, aujourd'hui nous n'en voulons entendre aucune, rentrez sagement chez vous&#034; provoqua un effet bizarre m&#234;l&#233; &#224; un sentiment p&#233;nible, car auparavant, il &#233;tait quasi obligatoire de prendre la parole. Cette fois-ci, on leur clouait le bec. Par la suite, tous ceux qui commenc&#232;rent &#224; parler dans l'usine, furent brim&#233;s, on leur conseillait de laisser tomber l'affaire Rajk.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les organes officiels tels que le secr&#233;tariat du parti, la direction de l'usine, etc, emp&#234;ch&#232;rent par tous les moyens la diffusion du contenu des d&#233;bats qui d&#233;j&#224; animaient le pays. Ce fut ainsi le 22 octobre, lorsque les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la jeunesse vinrent &#224; l'usine, et demand&#232;rent l'organisation locale de D.I.S.Z. (Jeunesse Communiste) de convoquer les ouvriers &#224; la salle de culture pour leur parler de la position et des revendications de la jeunesse. La direction de D.E.S.Z. fut favorable &#224; cette demande, mais celle de l'union et le secr&#233;tariat du parti s'y oppos&#232;rent. Les ouvriers d&#233;j&#224; &#224; ce moment protest&#232;rent contre cette attitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; l'ambiance des usines, avant le 23 octobre. Dans ces conditions, tout le monde &#233;tait politiquement actif, car les ouvriers avaient l'espoir de trouver une issue &#224; l'&#233;tat intenable dans lequel &#233;tait plong&#233; le pays, pendant les derni&#232;res ann&#233;es. C'est pourquoi, il &#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant de voir l'activit&#233; des ouvriers et leur r&#233;action &#224; la d&#233;cision du Conseil National des Syndicats sur les conseils ouvriers. Ils ont donn&#233; un autre sens &#224; cette d&#233;cision, contraire aux d&#233;sirs du parti et des Syndicats. Bien entendu, la direction souhaitait imposer ses candidats. Mais les ouvriers ne l'entendaient pas de cette oreille et seuls furent &#233;lus les candidats pr&#233;sent&#233;s par eux. Ils avaient pris au s&#233;rieux la d&#233;cision qui, en particulier, d&#233;clarait que les conseils doivent &#234;tre fond&#233;s par les ouvriers, ces derniers doivent y jouer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant. Devant la tournure des &#233;v&#233;nements, les cadres dirigeants d&#233;missionn&#232;rent de leur propre gr&#233;. Aucun d'eux, d'ailleurs, ne fut chass&#233; de l'usine. Le directeur, arguant de sa qualification d'ajusteur-outilleur et du fait qu'il avait &#233;t&#233; employ&#233; en cette qualit&#233; dans l'entreprise, demanda &#224; &#234;tre reclass&#233; dans sa sp&#233;cialit&#233;. Les ouvriers y consentirent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil ouvrier ainsi &#233;lu comprenait 25 membres environ. Chaque d&#233;partement de l'usine en avait &#233;lu deux ou trois. Ceux qui venaient des ateliers &#233;taient tous des manuels, ceux qui repr&#233;sentaient les bureaux &#233;taient des employ&#233;s. Au total, 19 des membres du conseil &#233;taient des manuels. Nous l'avons consid&#233;r&#233; comme conseil provisoire, car de 3.000 travailleurs n'&#233;taient pr&#233;sents que 800.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etant donn&#233; la situation g&#233;n&#233;rale tr&#232;s confuse, et les d&#233;clarations plut&#244;t vagues du gouvernement, on d&#233;cida de ne pas reconna&#238;tre ce dernier jusqu'&#224; plus ample inform&#233; et de poursuivre une gr&#232;ve qui &#233;tait un &#233;tat de fait. Le conseil ouvrier fut charg&#233; d'&#233;tablir un cahier de revendications qui devait &#234;tre approuv&#233; par les ouvriers, puis transmis au gouvernement. Au nombre des revendications figuraient : le retrait des troupes sovi&#233;tiques de Hongrie &#8211; donc l'ind&#233;pendance du pays &#8211; et le maintien au pouvoir d'un gouvernement Imre Nagy auquel seuls participeraient ceux qui jouissaient de la confiance du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois pr&#233;ciser que 50 % environ des membres du conseil ouvrier &#233;taient des jeunes, de 23 &#224; 28 ans. Ils avaient particip&#233; aux diverses actions r&#233;volutionnaires, aux manifestations, au d&#233;boulonnage de la statue de Staline, aux combats devant la Radio, etc. Quelques-uns avaient suivi des cours du soir &#224; l'Universit&#233;. Par leur envergure et leur esprit r&#233;volutionnaire, ils avaient r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner les travailleurs de l'usine. Les travailleurs plus &#226;g&#233;s avaient souvent dit que si les jeunes &#233;taient capables de d&#233;clencher une telle lutte glorieuse, ils seraient certainement capables et dignes de repr&#233;senter les travailleurs. Parmi ces &#034;anciens&#034;, on comptait chez nous de nombreux militants syndicalistes ; certains avaient fait de la prison sous l'ancien r&#233;gime, voire sous R&#225;kosi, mais pour la plupart ils &#233;taient d'avis que c'&#233;tait aux jeunes de prendre la rel&#232;ve. Puisqu'ils avaient &#233;t&#233; capables de soutenir un combat aussi difficile que celui qui venait de se d&#233;rouler, ils &#233;taient dignes de repr&#233;senter leurs camarades. Pour un membre du conseil, le fait d'appartenir au parti (communiste) n'avait aucune importance. Chacun savait que j'&#233;tais membre du parti, et cela ne m'avait pas emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre &#233;lu. Les 90 % des membres du conseil appartenaient d'ailleurs au parti, et plusieurs d'entre eux &#233;taient des militants actifs. Mais les ouvriers avaient confiance en eux, car ils savaient qu'ils avaient toujours d&#233;fendu leurs int&#233;r&#234;ts. Tout ce qu'on leur demandait, c'&#233;tait un pass&#233; irr&#233;prochable. C'est pourquoi, on examinait soigneusement le vie des candidats, leur imposant des interrogatoires serr&#233;s devant tous les ouvriers, au moment de l'&#233;lection. On leur posait des questions sur leurs ant&#233;c&#233;dents, les pressant d'avouer les fautes commises dans le pass&#233;. C'est ainsi, par exemple, qu'un ouvrier &#224; reconnu avoir &#233;t&#233; m&#234;l&#233; &#224; une histoire d'argent. L'assembl&#233;e, le remerciant de sa sinc&#233;rit&#233;, passa au suivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, dans toutes les usines de Budapest, je crois, des conseils ouvriers furent cr&#233;&#233;s. Les ouvriers de la capitale hongroise savaient qu'en Yougoslavie des conseils ouvriers &#233;taient &#224; la t&#234;te des usines. Puisque, dans ce pays, des ouvriers pouvaient se consid&#233;rer comme les vrais propri&#233;taires des usines, pourquoi, se disaient-ils, la chose ne serait-elle pas possible en Hongrie ? D'autre part, ils souhaitaient que ces conseils ouvriers soient vraiment faits &#224; leur image. Et la cr&#233;ation des conseils s'&#233;tendit progressivement de Budapest &#224; tout le territoire du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre, les conseils &#233;taient partout en place et commen&#231;aient &#224; fonctionner. En m&#234;me temps, on commen&#231;ait &#224; relever de leurs fonctions les anciens dirigeants. Les ouvriers r&#233;clamaient la d&#233;centralisation industrielle, ce qui, sur le plan pratique, signifiait que l'usine deviendrait la propri&#233;t&#233; effective de ceux qui y travaillaient, mais qu'une part des b&#233;n&#233;fices serait r&#233;serv&#233;e &#224; l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre usine, nous avons commenc&#233; de processus d&#232;s le 30 ou 31 octobre, un mardi. Avec une d&#233;l&#233;gation, je me suis rendu au Parlement pour un entretien avec Zoltan Tildy afin de soumettre un m&#233;morandum &#224; Imre Nagy. On venait justement de lire &#224; la radio les d&#233;clarations de Nagy, de Tildy et de K&#225;d&#225;r. Nous venions d'acqu&#233;rir la conviction que le gouvernement &#233;tait d&#233;sormais ma&#238;tre de la situation. Nous d&#233;cid&#226;mes de retourner &#224; l'usine et de demander aux ouvriers de reprendre le travail. Nous lan&#231;&#226;mes un appel &#224; la radio les invitant &#224; se retrouver devant leurs &#233;tablis le 5 novembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, d&#232;s le 2 et le 3, nombreux &#233;taient les travailleurs qui s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s pour aider &#224; r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts, car il y en avait eu. On avait l'impression qu'ils se rendaient compte qu'ils travaillaient maintenant pour eux. Quelques-uns me dirent que jusqu'ici tous les concours d'&#233;mulation avaient &#233;t&#233; organis&#233;s sous la contrainte. Mais si les &#233;v&#233;nements suivaient le cours qu'ils venaient de prendre, eux-m&#234;mes organiseraient l'&#233;mulation au travail, et ils obtiendraient des rendements effectifs comme on n'en avait jamais vus. Le samedi 3 novembre, les travailleurs de l'usine prirent la d&#233;cision de reprendre le travail, le lundi suivant. Lors de cette r&#233;union, nous avons d&#233;sign&#233; l'&#233;quipe dirigeante de chaque atelier, ordonn&#233; l'organisation du travail de fa&#231;on &#224; &#233;viter tout &#224;-coups dans la production. A la fin de la journ&#233;e, nous nous sommes s&#233;par&#233;s avec la volont&#233; de commencer la production le surlendemain. Nous avons essay&#233; d'&#233;viter la l&#233;g&#232;ret&#233; fatale de tout transformer d'un seul coup, car les ouvriers savaient qu'un des vices du r&#233;gime rakosiste fut le changement et le remplacement continuels des dirigeants techniques. Nous avons voulu voir comment fonctionnait le m&#233;canisme apr&#232;s avoir supprim&#233; quelques postes consid&#233;r&#233;s comme importants. Nous aurions ensuite la possibilit&#233; de rectifier les fautes de d&#233;tail, de supprimer les bureaux hors proportion, d'&#233;vincer les mouchards et de pourvoir l'usine de cadres techniques qualifi&#233;s. Notre but fut donc de ne pas bouleverser la vie de l'usine du jour au lendemain mais d'assurer une transition calme et graduelle &#224; la production normale. Dans leur m&#233;morandum adress&#233; au gouvernement, les ouvriers ont exprim&#233; le d&#233;sir de devenir propri&#233;taires de l'usine ; ils voulaient la diriger comme &#233;tant la leur et la maintenir en bon &#233;tat. Le Conseil Ouvrier ne pouvait prendre aucune mesure irr&#233;fl&#233;chie, car il devait imm&#233;diatement en r&#233;pondre devant les travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Conseil Ouvrier fut constitu&#233; de telle mani&#232;re que, sauf son pr&#233;sident et son secr&#233;taire, il ne comportait aucun membre permanent. Chacun de ses membres devait participer &#224; la production avec les autres ouvriers et, apr&#232;s le travail, assurer le fonctionnement du Conseil, tenir les r&#233;unions, etc. Les membres du Conseil devaient rendre compte, chaque jour, des &#233;v&#233;nements politiques, des affaires de l'usine et de leur propre travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre au matin, nous f&#251;mes r&#233;veill&#233;s par la canonnade sovi&#233;tique. La deuxi&#232;me intervention sovi&#233;tique allait bouleverser tous nos plans. Du coup, les ouvriers des usines se retrouv&#232;rent en &#233;tat de gr&#232;ve : nous avions convenu en effet que si les &#233;v&#233;nements contraires survenaient, la gr&#232;ve serait poursuivie sans qu'on ait besoin de prendre une nouvelle d&#233;cision &#224; ce sujet. Les ouvriers se servaient maintenant de la seule arme dont ils disposaient contre le gouvernement K&#225;d&#225;r impos&#233; par les Russes, comme ils avaient utilis&#233; la gr&#232;ve contre le gouvernement Nagy lui-m&#234;me tant qu'ils avaient eu l'impression que la situation confuse du pays le justifiait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre, jour de la seconde intervention, de nombreux ouvriers vinrent aux nouvelles &#224; l'entreprise. Ils ne savaient que penser, car les &#233;missions de la radio ne leur permettaient pas de comprendre l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose &#233;tait claire : le nouveau gouvernement &#233;tait sans pouvoir. Il invitait les ouvriers &#224; reprendre le travail, mais ceux-ci ne manifestaient nullement l'intention d'ob&#233;ir. D'autre part, il &#233;tait &#233;vident que la population laborieuse ne pouvait rester ind&#233;finiment les bras crois&#233;s. Ni les ouvriers en particulier, ni la population en g&#233;n&#233;ral n'avaient suffisamment de r&#233;serves pour soutenir une gr&#232;ve qui pouvait durer plusieurs mois. L'argent manquait cruellement. Quoi qu'il en soit, les ouvriers estim&#232;rent qu'en restant group&#233;s sur leur lieu de travail ils pourraient exercer une certaine pression sur le gouvernement. Ils esp&#233;raient aussi persuader les troupes sovi&#233;tiques que leur action hostile se heurtait aux volont&#233;s unanimes du peuple hongrois. Enfin, ils d&#233;siraient en arriver &#224; un modus vivendi avec les dirigeants d'alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune tendance r&#233;actionnaire ne se manifesta pendant toute la dur&#233;e de la gr&#232;ve. Jamais, &#224; aucun moment, il ne fut question d'un retour &#233;ventuel des anciens propri&#233;taires. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les ouvriers r&#233;clamaient du nouveau. Ils ne pensaient pas &#224; copier le mod&#232;le yougoslave, pas plus qu'ils ne songeaient &#224; s'inspirer du syst&#232;me am&#233;ricain ou occidental. Ce fut cette immense force qui aboutit &#224; la formation d'un Conseil Central Ouvrier, en d&#233;pit de la menace que faisaient peser les ba&#239;onnettes sovi&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez nous, &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, les aspirations des travailleurs se pr&#233;cis&#232;rent d&#232;s la premi&#232;re s&#233;ance du Conseil Ouvrier. Elles s'opposaient radicalement aux intentions du gouvernement. Celui-ci voulait en effet que les conseils ouvriers se cantonnent dans des fonctions purement &#233;conomiques. Alors que les conseils ouvriers, eux, r&#233;clamaient en plus un r&#244;le politique, au moins tant que les ouvriers ne disposeraient pas d'une repr&#233;sentation politique proprement dite. C'est pourquoi, notre projet de programme &#233;labor&#233; a contenu &#233;galement des revendications politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce projet a pris naissance de la mani&#232;re suivante : au cours des r&#233;unions, les membres du Conseil se faisaient les interpr&#232;tes des revendications de leurs camarades, puis s'ouvrait un d&#233;bat auquel les ouvriers pouvaient prendre part. Ensuite, on votait des r&#233;solutions. L'une d'entre-elles, adopt&#233;e &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, stipulait qu'aucun des anciens propri&#233;taires ne pourrait &#234;tre rappel&#233;, et que l'usine serait la propri&#233;t&#233; exclusive des ouvriers. On ne pu cependant pr&#233;ciser &#8211; faute de temps &#8211; la fa&#231;on dont s'exercerait ce droit de propri&#233;t&#233;. Diff&#233;rentes solutions furent envisag&#233;es, l'une entre autres qui pr&#233;conisait l'&#233;mission d'actions. Mais la question resta en suspens. D'autres questions furent r&#233;solues sans &#233;quivoque : on d&#233;cida par exemple qu'aucune organisation politique ne porrait se d&#233;velopper &#224; l'int&#233;rieur de l'usine m&#234;me pas celles relevant des futures partis ouvriers. Le syndicat seul aurait le privil&#232;ge de l'organisation, mais il devrait &#234;tre ind&#233;pendant des partis. L'opinion g&#233;n&#233;rale voulait que les syndicats se forment d&#232;s que possible afin que les ouvriers disposent d'une organisation qui d&#233;fende r&#233;ellement leurs int&#233;r&#234;ts. En ce qui concerne le nouveau r&#233;gime, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, notre projet de programme stipulait que la repr&#233;sentation politique est l'affaire des partis politiques, les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques celle des syndicats ; alors que la production appartient &#224; la classe ouvri&#232;re enti&#232;re repr&#233;sent&#233;e comme telle dans les conseils. En aucun cas, on ne tol&#233;rerait une tendance favorable au r&#233;gime du parti unique. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les ouvriers d&#233;siraient que les partis ayant particip&#233; &#224; la coalition gouvernementale entre 1945 et 1947 &#8211; c'est-&#224;-dire ceux qui &#233;taient favorables &#224; l'instauration d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, par opposition &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste &#8211; puissent prendre part aux &#233;lections. Tous ces partis &#233;taient favorables &#224; la r&#233;forme agraire, &#224; une certaine gestion socialiste de l'industrie, au respect de la libert&#233; et de la dignit&#233; humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne sugg&#233;ra que les conseils ouvriers eux-m&#234;mes pourraient &#234;tre la repr&#233;sentation politique des ouvriers. Ceux-ci se rendaient parfaitement compte que l'entreprise, en tant qu'employeur, ne pouvait repr&#233;senter leurs int&#233;r&#234;ts politiques. Le trait le plus absurde du syst&#232;me qui venait d'&#234;tre renvers&#233; n'&#233;tait-il pas pr&#233;cis&#233;ment que l'employeur fut en m&#234;me temps le repr&#233;sentant des ouvriers ? Certes, comme je viens de le dire, le Conseil Ouvrier devait remplir certaines fonctions politiques, car il s'opposait &#224; un r&#233;gime et les ouvriers n'avaient pas d'autre repr&#233;sentation, mais dans l'esprit des travailleurs, c'&#233;tait &#224; titre provisoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, il convient d'apporter certaines pr&#233;cisons. La situation ne fut pas la m&#234;me pendant la r&#233;volution et apr&#232;s son &#233;crasement. Pendant la r&#233;volution, surtout apr&#232;s la clarification du r&#244;le du gouvernement Imre Nagy, il ne fut pas question d'un r&#244;le politique pour les conseil ouvriers. Il &#233;tait entendu que ce r&#244;le incombait au diff&#233;rents partis politiques. Par contre, apr&#232;s le 4 novembre 1956, une tendance se dessina pour sugg&#233;rer une fonction politique aux conseils ouvriers, pendant un temps ind&#233;fini. En effet, il n'existait dans le pays aucune autre organisation en laquelle les ouvriers puissent avoir confiance. Quoi qu'il en soit, aucune consid&#233;ration de parti ne joua lors de la cr&#233;ation des conseils, seuls comptaient l'int&#233;r&#234;t de l'usine, l'aptitude et les connaissances professionnelles. La solution des questions politiques r&#233;sum&#233;es dans nos revendications revenait au gouvernement. Les ouvriers ne pensaient pas que cette t&#226;che incombait aux conseils ouvriers mais ceux-ci devaient les transmettre au gouvernement et veiller &#224; ce que les organes comp&#233;tents les r&#233;alisent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la seconde intervention sovi&#233;tique, le projet de cr&#233;ation d'un Conseil Central Ouvrier ne fut m&#234;me pas formul&#233;. L'id&#233;e ne fut lanc&#233;e que pendant les journ&#233;es confuses qui suivirent &#224; 4 novembre. Le pays fut sans ma&#238;tre, le gouvernement n'existait pas en r&#233;alit&#233;, le peu d'employ&#233;s ayant la confiance des soldats russes circulaient en voiture blind&#233;es. Il est caract&#233;ristique que les membres du r&#233;gime renvers&#233; contraints par les ouvriers &#224; la d&#233;mission, n'osaient pas revenir aux usines. Les ouvriers ne les auraient pas tol&#233;r&#233;s m&#234;me apr&#232;s l'agression sovi&#233;tique. Ils n'osaient m&#234;me pas commencer &#224; organiser leur parti, puisque K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me d&#233;clarait que le pass&#233; ne devait pas revenir, que la vie du pays &#233;tait inconcevable sans le fonctionnement de plusieurs partis, etc. Ils n'&#233;taient donc ma&#238;tres de rien, m&#234;me de leurs propres organismes. Les ouvriers, en effet, constataient par eux-m&#234;mes une d&#233;sorganisation g&#233;n&#233;rale, l'&#233;tat lamentable des usines que personne n'entretenait plus, sans parler de l'arr&#234;t total de la production. On assista bient&#244;t &#224; des tentatives pour coordonner sur le plan d'arrondissement l'activit&#233; des divers conseils &#224; Csepel, dans les 13e et 14e arrondissements. C'est ainsi que naquirent les premiers conseils d'arrondissement. Dans chaque arrondissement, les usines d&#233;cid&#232;rent de former des conseils d'usine, l'unification des r&#233;solutions et, bien entendu, les &#233;changes d'informations. Comme les ouvriers &#233;taient conscients de leur opposition au gouvernement, ils se rendaient compte que plus leur organisation serait vaste et plus elle aurait d'influence.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce moment-l&#224;, les ouvriers hongrois &#233;taient persuad&#233;s qu'il fallait faire quelque chose, car le pays n'avait pas de v&#233;ritable ma&#238;tre. Certes, 200 000 soldats sovi&#233;tiques &#233;taient stationn&#233;s en Hongrie, certes le gouvernement K&#225;d&#225;r existait, mais son autorit&#233; ne d&#233;passait pas les limites du Parlement. Les membres du gouvernement n'osaient pas sortir de cette enceinte, s&#251;rs de se heurter partout &#224; la haine de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation chaotique, une t&#226;che urgente s'imposait : venir &#224; l'aide de ceux &#8211; ils &#233;taient des milliers et des milliers &#8211; qui &#233;taient rest&#233;s sans abri &#224; la suite des destructions insens&#233;es op&#233;r&#233;es par les Russes. Un gros effort de coordination s'imposait ; les besoins se faisaient d'heure en heure plus pressants. On envisagea de r&#233;unir dans une assembl&#233;e commune les conseils ouvriers des diff&#233;rents arrondissements de Budapest et ceux des plus grosses entreprises. Le Conseil Ouvrier d'Ujpest vota m&#234;me une r&#233;solution dans ce sens. De fait, une assembl&#233;e de ce genre fur organis&#233;e le 13 novembre. J'y pris part personnellement, voici dans quelles circonstances : une r&#233;union se tint d'abord &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, &#224; laquelle assist&#232;rent 800 ouvriers environ. Cette r&#233;union approuva la composition du Conseil Ouvrier &#233;lu sous la r&#233;volution, ainsi que les r&#233;solutions prises par ce Conseil. On d&#233;cida de maintenir les r&#233;solutions pr&#233;c&#233;demment vot&#233;es, de ne pas reconna&#238;tre le gouvernement K&#225;d&#225;r comme gouvernement l&#233;gal du pays, et de poursuivre la gr&#232;ve tant que les troupes sovi&#233;tiques stationneraient en Hongrie. Puis on &#233;lut un d&#233;l&#233;gu&#233; qui repr&#233;senterait l'usine &#224; la r&#233;union des conseils ouvriers de l'arrondissement. Cette &#233;lection se d&#233;roula d&#233;mocratiquement, tous les assistants y particip&#232;rent et pas seulement les membres du Conseil. Je fus &#233;lu. La r&#233;union commune des conseils de l'arrondissement eut alors lieu. Elle se d&#233;roula dans notre usine, et je fus &#233;lu, une fois de plus, avec mission de participer, au nom des usines de l'arrondissement, &#224; une assembl&#233;e plus large qui devait se d&#233;rouler &#224; la mairie d'Ujpest.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque, avec les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s, nous arriv&#226;mes &#224; la mairie d'Ujpest nous la trouv&#226;mes occup&#233;e par les troupes sovi&#233;tiques. Impossible d'y organiser la r&#233;union. Le Conseil Ouvrier de l'usine Egyes&#252;lt Izz&#242; nous offrit alors l'hospitalit&#233;. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s gagn&#232;rent cette entreprise en ordre dispers&#233; et nous t&#238;nmes alors notre premi&#232;re r&#233;union, avec la participations des repr&#233;sentants des plus grosses usines. Cela se passait le 14 novembre &#224; 16 heures. Tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s reconnurent la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er un Conseil Central Ouvrier afin d'organiser les conseils d'arrondissement et de grandes usines, mais les avis diff&#233;r&#232;rent quant aux modalit&#233;s d'application pratique. Pendant la r&#233;union, S&#225;ndor Bali, d&#233;l&#233;gu&#233; de l'usine Belo&#239;annis (anciennement Standard), prit la parole. Il d&#233;clara qu'il venait du Parlement o&#249; il avait particip&#233; &#224; un entretien avec J&#225;nos K&#225;d&#225;r, entretien auquel avaient &#233;galement pris part les repr&#233;sentants des Aci&#233;ries Hongroises, du Combinat Sid&#233;rurgique et M&#233;tallurgique de Csepel, de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale de Csepel, etc&#8230; Lecture avait &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; K&#225;d&#225;r des revendications ouvri&#232;res. Je dois pr&#233;ciser que ces revendications ne diff&#233;raient gu&#232;re d'une usine, d'un arrondissement &#224; l'autre : retrait des troupes sovi&#233;tiques, &#233;lections au scrutin secret sur la base du syst&#232;me multi-partis, formation d'un gouvernement d&#233;mocratique, propri&#233;t&#233; r&#233;ellement socialiste des usines et nullement capitaliste, maintien des conseils ouvriers, r&#233;tablissement des syndicats ind&#233;pendants, suppression des syndicats dits de &#034;transmission&#034; et aussi, je dois le souligner, respect du droit de gr&#232;ve, libert&#233; de presse, de r&#233;union, de religion, bref tous les grands objectifs de la r&#233;volution. Dans toutes les assembl&#233;es qui avaient pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;daction de ces revendications, l'unanimit&#233; &#233;tait telle qu'on eut dit que les d&#233;l&#233;gu&#233;s s'&#233;taient entendus d'avance. Ce fut ainsi &#224; cette premi&#232;re r&#233;union du Conseil Central. Il y avait &#233;galement des d&#233;l&#233;gu&#233;s de province ; de Gy&#246;r, de Miskolc qui venaient pour discuter de l'unification de nos efforts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque Bali annon&#231;a que les revendications avaient &#233;t&#233; transmises &#224; K&#225;d&#225;r, l'approbation fut g&#233;n&#233;rale. Toutefois, on regretta aussit&#244;t qu'elles ne lui aient pas &#233;t&#233; soumises au nom d'un organisme central, ce qui leur aurait donn&#233; plus de poids. De toute fa&#231;on l'organisme centralis&#233; dont la cr&#233;ation &#233;tait d&#233;cid&#233;e commencerait d'agir sur la base de ces revendications, diriger l'organisation, la propagande, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bali rapporta aussi la r&#233;ponse de K&#225;d&#225;r ; &#034;vous avez le droit&#034;, avait dit celui-ci, &#034;de ne pas reconna&#238;tre mon gouvernement, cela m'importe peu. Je suis soutenu par l'arm&#233;e sovi&#233;tique, vous &#234;tes libres de faire ce que vous voulez. Si vous ne travaillez pas, c'est votre affaire. Ici, au Parlement, nous aurons toujours de quoi manger et de quoi nous &#233;clairer.&#034; K&#225;d&#225;r avait refus&#233; de recevoir plusieurs d&#233;l&#233;gations porteuses de textes qui commen&#231;aient invariablement par ces mots : &#034;Nous ne reconnaissons pas le gouvernement K&#225;d&#225;r&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la discussion qui eut lieu &#224; l'usine Egyes&#252;lt Izz&#242; d'Ujpest, plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s prirent la parole pour recommander la formation d'un Conseil National Ouvrier. Moi-m&#234;me, j'&#233;tait partisans d'un tel organisme, mais officiellement je ne pouvais faire &#233;tat que de la volont&#233; de mes mandats, qui r&#233;clamaient un Conseil Ouvrier de Grane-Budapest. Les autre d&#233;l&#233;gu&#233;s, repr&#233;sentant la plupart des entreprises d'Ujjpest et du quartier de la &#034;Terre d'Ange&#034;, &#233;taient dans mon cas. Or, les d&#233;l&#233;gu&#233;s ne pouvaient pas agir sans l'approbation de leurs mandants. Il est dommage que K&#225;d&#225;r n'ait pas assist&#233; incognito &#224; cette r&#233;union, car il aurait pris une bonne le&#231;on de d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Et la r&#233;solution finale r&#233;clamait la cr&#233;ation d'un Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les participants furent, pour la plupart, des anciens du mouvement ouvrier et aussi des jeunes. Plusieurs avaient particip&#233; au mouvement syndical et je les connaissais personnellement. J'avais confiance en eux et je savais leur honn&#234;tet&#233;. Nous avons accept&#233; ceux qui &#233;taient propos&#233;s par eux et ainsi, mutuellement, la r&#233;union pouvait v&#233;rifier les participants. C'est ainsi qu'une atmosph&#232;re de confiance fut cr&#233;&#233;e, les interventions nous ont &#233;galement aid&#233; &#224; se conna&#238;tre les uns et les autres. Il est vrai que chacun repr&#233;sentait certains arrondissements ou usines, mais dans ces occasions, la personnalit&#233; individuelle importe &#233;galement. Nous avons constat&#233; que les huit ou neuf plus grands arrondissements de la capitale &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers dignes de confiance. On prit la d&#233;cision de descendre dans la salle de r&#233;union de Egyes&#252;lt Izz&#242; car beaucoup d'ouvriers group&#233;s dans la rue s'int&#233;ressaient &#224; la r&#233;union et revendiquaient une information. Cette salle, grande comme un th&#233;&#226;tre, &#233;tait d&#233;j&#224; archi-pleine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle r&#233;union commen&#231;a. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, environ 40 &#224; 50, furent group&#233;s dans une petite salle contigu&#235;. Parmi eux, les envoy&#233;s des autres organisations, telles que l'Alliance des Ecrivains et le Cercle Pet&#246;fi. En g&#233;n&#233;ral, l'entente fut bonne entre les organisations r&#233;volutionnaires mais ces deux derni&#232;res nous &#233;taient les plus proches. On d&#233;signait des d&#233;l&#233;gu&#233;s charg&#233;s de parler &#224; ce grand public ouvrier. Mais, comme c'est le cas dans de tels moments, tout le monde voulut parler et une cacophonie s'ensuivit. Tous les ouvriers voulaient s'exprimer. Finalement, le d&#233;l&#233;gu&#233; de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale de Csepel, l'ing&#233;nieur chimiste Kalocsai, intervint dans le chaos g&#233;n&#233;ral : &#034;Cela ne peut pas durer ainsi, ce n'est pas une ar&#232;ne politique, ni un PEN Club ou Hyde Parc. Ceux qui ont leur mandat doivent se retirer pour travailler.&#034; Bient&#244;t, une commission d'environ 20 membres fut cr&#233;&#233;e afin de n&#233;gocier et de formuler une d&#233;cision commune &#224; pr&#233;senter au public. Parmi ces vingt, il y avait les repr&#233;sentants de la R&#233;gie Sid&#233;rurgique et M&#233;tallurgique de Csepel, nomm&#233; D&#233;v&#233;nyi, de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale et Csepel, Gy&#246;rgy Kalocsai, ensuite, Bali, Sebesty&#233;n, R&#225;cz, Bal&#225;zs, les repr&#233;sentants de L&#225;ng, de Egyes&#252;lt Izz&#243;, de la Fabrique de Machines de Mine de Ujpest, Arp&#225;d Bal&#225;zs, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre assembl&#233;e fut mise au courant de l'opinion des travailleurs de l'usine de m&#233;canique de pr&#233;cision de Belo&#239;annis. Bali l'a r&#233;sum&#233;e comme suit : nous ne reconnaissons pas le gouvernement K&#225;d&#225;r, comme &#233;tant l'&#233;manation de la volont&#233; du pays, ce qui ne nous emp&#234;che pas d'entrer en pourparlers avec lui. Sur le papier, au moins, il est le ma&#238;tre du pays. Il est impossible de poursuivre la gr&#232;ve, faute de r&#233;serves suffisantes. De plus, les conseils ouvriers ne peuvent poursuivre leurs activit&#233;s qu'&#224; condition de rester en contact &#233;troit avec les ouvriers. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale finirait par paralyser toute la vie du pays. Par cons&#233;quent, nous offrons &#224; K&#225;d&#225;r de reprendre le travail, le lundi 19 novembre, &#224; condition que son gouvernement s'engage &#224; entrer en pourparlers avec les Sovi&#233;tiques dans un d&#233;lai donn&#233;, pour leur retrait et qu'il garantisse la r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy au gouvernement. Bali a pr&#233;cis&#233; &#224; ce propos que lors de l'entretien entre K&#225;d&#225;r et la d&#233;l&#233;gation, K&#225;d&#225;r avait d&#233;clar&#233; aux ouvriers qui insistaient pour la r&#233;int&#233;gration de Nagy, qu'il n'y &#233;tait pas oppos&#233;, au contraire, mais qu'il ne pouvait n&#233;gocier avec lui tant qu'il resterait &#224; l'ambassade de Yougoslavie. &#034;Qu'il vienne ici, au Parlement, et nous pourrons causer utilement.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;solution finale adopt&#233;e ce jour-l&#224; reprenait la proposition des ouvriers de cette d&#233;l&#233;gation, approuv&#233;e par l'usine Bela&#239;annis quant &#224; la r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy au gouvernement. D'autre part, elle invitait toutes les usines de la capitale &#224; se faire repr&#233;senter au sein du Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest, faute de quoi, on ne pourrait envisager la cr&#233;ation d'un conseil national. Quelques discussions s'&#233;lev&#232;rent sur des points de d&#233;tail, mais l'unanimit&#233; se fit sans peine sur les grandes questions. Une discussion assez longue eut lieu au sujet de la gr&#232;ve. Il fut clairement dit que les ouvriers ne reprendraient le travail qu'une fois les revendications politiques satisfaites. Et que seul le Conseil Ouvrier en prendrait la d&#233;cision. K&#225;d&#225;r a d&#233;j&#224; r&#233;p&#233;t&#233; 36 fois, jusqu'&#224; ce jour, qu'il faut reprendre le travail, mais personne ne l'a &#233;cout&#233;, sauf son groupe extr&#234;mement r&#233;duit. Nous savions que la reprise du travail serait une d&#233;cision tr&#232;s impopulaire pour nous. Mais, par rapport &#224; l'avenir, elle aurait une importance capitale. Car, si nous obtenions des ouvriers la reprise du travail, nous serions en mesure de garder leur combativit&#233; et notre appel ult&#233;rieur &#224; la gr&#232;ve donnerait un caract&#232;re organis&#233; &#224; celle-ci. D'un mouvement spontan&#233; et incontr&#244;l&#233;, la gr&#232;ve deviendrait ainsi une arme redoutable et r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;l&#233;gation de six membres fut alors d&#233;sign&#233;e pour porter la r&#233;solution &#224; K&#225;d&#225;r. On avait d&#233;cid&#233; de ne pas la rendre publique avant de conna&#238;tre les r&#233;actions de K&#225;d&#225;r. Serait-il pr&#234;t &#224; int&#233;grer Imre Nagy &#224; son gouvernement ? Car nous savions qu'Imre Nagy avait certainement ses propres conditions et, en particulier, concernant les n&#233;gociations sur le retrait des troupes sovi&#233;tiques. De toute fa&#231;on, K&#225;d&#225;r serait-il pr&#234;t &#224; entamer ces n&#233;gociations ? La d&#233;l&#233;gation devait nous rapporter des pr&#233;cisions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque K&#225;d&#225;r re&#231;u la d&#233;l&#233;gation, il r&#233;p&#233;ta au sujet de Nagy ce qu'il avait dit pr&#233;c&#233;demment : &#034;Que voulez-vous ? Nagy se trouve dans une ambassade &#233;trang&#232;re et je ne peux pas n&#233;gocier avec lui. Qu'il vienne ici, nous parleront de tout.&#034; Par contre, il se montra enchant&#233; de la proposition concernant la reprise du travail : &#034;Je vois que vous &#234;tes des gens s&#233;rieux&#034;, dit-il en pr&#233;ludant par une flatterie. Puis il proposa qu'un contact soit &#233;tabli entre le gouvernement et le Conseil par le truchement d'un agent de liaison gouvernemental. Ce n'&#233;tait gu&#232;re tentant, car c'&#233;tait accepter les bons offices d'un commissaire du gouvernement qui finirait par fourrer son nez partout. K&#225;d&#225;r savait pertinemment que si les choses continuaient comme elles s'annon&#231;aient si bien, il n'y aurait ni plus ni moins qu'un contre-gouvernement. D'ailleurs, les autres revendications &#233;mises par les ouvriers d&#233;cha&#238;n&#232;rent sa col&#232;re. &#034;Alors quoi, c'est un contre-gouvernement que vous voulez&#034;, &#233;clata-t-il. Mais quelques paroles raisonnables le calm&#232;rent. Nous tomb&#226;mes d'accord que K&#225;d&#225;r entamerait des n&#233;gociations avec les Sovi&#233;tiques. Moyennant quelques pas dans la voie des concessions, le Conseil Ouvrier en ferait aussi de son c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travaux du Conseil Ouvrier de Grand-Budapest commenc&#232;rent au si&#232;ge du B.E.S.Z.K.A.R.T. (Compagnie des Tramways de la Municipalit&#233; de Budapest), rue Ak&#225;cfa. Les 22 arrondissements de la capitale avaient envoy&#233; chacun un d&#233;l&#233;gu&#233; ; ceux-ci &#233;lurent un pr&#233;sident et un secr&#233;taire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'entretien avec K&#225;d&#225;r, le soir m&#234;me du 14 novembre, l'un des membres du Conseil Central Arp&#225;d bak&#225;zs je crois, a d&#233;clar&#233; &#224; la radio qu'un Conseil Central &#233;tait form&#233; et qu'il fallait reprendre le travail, etc. Partout, l'indignation donna l'impression que le Conseil Central &#233;tait complice avec K&#225;d&#225;r. Nous avons imm&#233;diatement pens&#233; que Bal&#225;zs &#233;tait l'homme de K&#225;d&#225;r et qu'il employait le m&#234;me syst&#232;me que G&#233;r&#246; qui, au d&#233;but de la r&#233;volution, voulait opposer les ouvriers au gouvernement Nagy en lui endossant la responsabilit&#233; de l'appel aux troupes sovi&#233;tiques. Or, pr&#233;cis&#233;ment, la reprise du travail n'impliquait pas que, de notre c&#244;t&#233;, nous reconnaissions le gouvernement. Nous avons donc pris la d&#233;cision d'&#233;carter Bal&#225;zs qui &#233;tait de surcro&#238;t le pr&#233;sident, de lier toute d&#233;claration publique &#224; une d&#233;cision pr&#233;c&#233;dente et d'envoyer imm&#233;diatement les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux usines pour y lire devant les ouvriers de chaque usine par le pr&#233;sident qui expliquait la n&#233;cessit&#233; de la reprise du travail. Les ouvriers s'&#233;taient rendus &#224; ces raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons donc commenc&#233; notre travail &#224; notre si&#232;ge, bien que le v&#233;ritable travail ne s'engagea que le lundi 19 novembre. Jusque-l&#224; quelques incidents se produisirent. Les nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s, par exemple, relanc&#232;rent la discussion sur l'opportunit&#233; de la reprise du travail. Nous avons d&#251; leur expliquer que, malgr&#233; une r&#233;sistance tr&#232;s forte dans certains secteurs de la classe, il fallait reprendre le travail d'autant plus qu'il ne signifiait nullement la reconnaissance du gouvernement. Un autre incident plus grave survint, le dimanche 18 novembre. Un groupe assez important d'ouvriers s'&#233;tait rassembl&#233; devant notre si&#232;ge dans la rue Ak&#225;cfa. Quand ils apprirent que Kalocsai et moi-m&#234;me, arrivant au si&#232;ge, &#233;tions membres du Conseil Central, ils voulurent carr&#233;ment nous battre. On a pass&#233; des moments tr&#232;s difficiles d'explication ! Mais finalement, le travail fut repris, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le 19 novembre comme pr&#233;vu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La formation du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest ne nous satisfaisait pas enti&#232;rement. Elle devait &#234;tre suivie de la cr&#233;ation d'un Conseil National que nous avons d&#233;cid&#233; de faire. Si nous vouions n&#233;gocier au nom de tous les ouvriers du pays, il fallait qu'il fussent repr&#233;sent&#233;s au sein d'un conseil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que le travail reprenait, des n&#233;gociations se d&#233;roulaient au Parlement entre les repr&#233;sentants du Conseil et du gouvernement. Pour K&#225;d&#225;r, le fait d'&#234;tre oblig&#233; de passer par le Conseil pour que la vie &#233;conomique renaisse, entra&#238;nait une &#233;norme perte de prestige ; cela l'ulc&#233;rait et il faisait tra&#238;ner en longueur les pourparlers. A cette fin, il usait d'une curieuse tactique, ne consentant &#224; n&#233;gocier que la nuit. C'&#233;tait user nos forces. Nos d&#233;l&#233;gu&#233;s se trouvaient d&#232;s le matin &#224; l'usine, l'apr&#232;s-midi ils se r&#233;unissaient dans les locaux du conseil rue Ak&#225;cfa, et c'est vers 8 heures du soir qu'ils &#233;taient convoqu&#233;s au Parlement. L&#224;, on les faisait attendre une heure ou davantage dans une grande salle ; et pendant qu'ils faisaient anti-chambre, des &#034;camarades&#034; bien v&#234;tus, soign&#233;s de leur personne, et que nul ne connaissait, venaient leur tenir compagnie. En fin de compte, chacun des ouvriers se trouvait flanqu&#233; d'un de ces beaux messieurs. Oh, ils n'&#233;taient pas agressifs. Ils venaient simplement &#034;causer&#034;, s'informer de l'&#233;tat d'esprit des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Ceux-ci, d'ailleurs, ne cachaient pas ce qu'ils avaient sur le c&#339;ur. Vers 10 ou 11 heures du soir, ils commen&#231;aient &#224; ressentir une certaine lassitude et un certain &#233;nervement &#224; la pens&#233;e qu'il leur fallait &#234;tre &#224; l'usine le lendemain matin &#224; 6 ou 7 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors ces jeunes gens s'en allaient, et paraissait enfin le membre du gouvernement charg&#233; de recevoir la d&#233;l&#233;gation, K&#225;d&#225;r, Maros&#225;n, Apr&#243; ou Kossa. Ils savaient d'avance ce que les d&#233;l&#233;gu&#233;s voulaient, puisqu'ils venaient d'en &#234;tre avertis par leurs &#233;missaires. Sans laisser &#224; la d&#233;l&#233;gation le temps de parler, il attaquaient. K&#225;d&#225;r et Marsos&#225;n, surtout, se montraient grossiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Esp&#232;ce de voyous, s'exclamait ce dernier, &#034;vous venez nous faire la le&#231;on ? Vous &#234;tes des prolos, &#224; ce qu'il para&#238;t ? Mais qu'avez-vous de commun avec les ouvriers ?&#034; Et de s'en prendre &#224; celui-ci ou &#224; celui-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque fois que la d&#233;l&#233;gation arrivait au Parlement, on prenait le nom de chacun de ses membres, et d&#232;s le lendemain on savait tout sur leur compte. Quand le ministre choisissait un ouvrier comme t&#234;te de Turc il pr&#233;tendait que son manque de culture le rendait inapte &#224; la mission qu'il remplissait. Quand il tombait d'aventure sur un ing&#233;nieur, il lui reprochait de ne pas &#234;tre un ouvrier. Bref, tout &#233;tait bon pour semer le trouble parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s. A vrai dire, ces ministres bien v&#234;tus et dispos &#233;taient en mesure de fatiguer encore plus les gens harass&#233;s, minables, mal ras&#233;s et mal &#224; l'aise. Finalement, toute v&#233;ritable discussion se trouvait diff&#233;r&#233;e. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s annonc&#232;rent d'ailleurs ouvertement leur intention de cr&#233;er un Conseil National Ouvrier, car il ne voulaient pas agir en cachette du gouvernement. (Le mot gouvernement n'&#233;tait pas prononc&#233;, on disait simplement &#034;vous&#034; en s'adressant aux ministres.) Ils auraient souhait&#233; que K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues fussent repr&#233;sent&#233;s &#224; l'assembl&#233;e de formation du Conseil National. A cette nouvelle, Apr&#243; se f&#226;che tout rouge :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'est-ce que c'est que cette fr&#233;n&#233;sie ? Vous voulez &#224; tout prix former un contre-gouvernement ? Vous voulez peut-&#234;tre fomenter une contre-r&#233;volution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la reprise du travail, un ouvrier du 14e arrondissement se pr&#233;sentant au Conseil Central. Il dit qu'il savait bien le russe et proposa d'&#233;tablir une liaison entre le Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest et le commandement sovi&#233;tique. Ainsi, des n&#233;gociations directes seraient possibles. Nous nous d&#233;cid&#226;mes de profiter de l'occasion pour intervenir aupr&#232;s des Russes en faveur de certains disparus dont nous pouvions donner les noms. Le commandement sovi&#233;tique promit de faire des recherches. D&#233;sormais, la moiti&#233; du Conseil allait n&#233;gocier au Parlement, l'autre moiti&#233; au quartier g&#233;n&#233;ral russe. Nous recevions r&#233;guli&#232;rement des noms de disparus, le soir nous les transmettions au Sovi&#233;tiques, et deux ou trois jours plus tard les d&#233;tenus &#233;taient lib&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un lundi que nous inform&#226;mes K&#225;d&#225;r de notre intention de former un Conseil National Ouvrier, et le mardi, une d&#233;l&#233;gation porteuse de la m&#234;me nouvelle se rendit aupr&#232;s des Sovi&#233;tiques. Le g&#233;n&#233;ral Grebennik, commandant de la place, re&#231;ut en personne la d&#233;l&#233;gation qui lui fit part de notre intention d'organiser une r&#233;union du Conseil national Ouvrier au Palais des Sports, &#224; laquelle &#233;tait invit&#233; un repr&#233;sentant du commandement sovi&#233;tique. Tr&#232;s poliment, Grebennik nous remercia, ajoutant toutefois qu'il ne pouvait se m&#234;ler d'une affaire int&#233;rieure hongroise. La d&#233;l&#233;gation devrait s'adresser au gouvernement hongrois afin que celle-ci invit&#226;t le Haut Commandement sovi&#233;tique par la voie diplomatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le m&#234;me soir, les d&#233;l&#233;gu&#233;s coururent au Parlement pour informer le gouvernement K&#225;d&#225;r, en la personne d'Apr&#243;. Celui-ci d&#233;clara qu'il ne croyait pas que cette invitation puisse &#234;tre accept&#233;e, car une telle r&#233;union n'aurait pas de sens. Des &#233;l&#233;ments fascistes ne manqueraient pas d'y participer, et qui sait, se livreraient peut-&#234;tre &#224; des provocations. Qui pourrait lui donner des garanties contre pareille &#233;ventualit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous lui r&#233;pond&#238;mes que nous autres, ouvriers organis&#233;s, lui garantissions formellement qu'aucun incident de ce genre ne serait &#224; redouter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fus charg&#233; de l'organisation du service d'ordre. Il &#233;tait compos&#233; d'ouvriers des usines de Csepel. On indiqua &#224; chaque usine le nombre de gars qu'elle devait fournir. Toute arme &#233;tant interdite &#224; l'int&#233;rieur de la salle de r&#233;union, tout le monde serait fouill&#233; avant de pouvoir p&#233;n&#233;trer dans le Palais des Sports.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un certain nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s de province devait &#234;tre pr&#233;sents. En raison des difficult&#233;s des communications, des &#233;tudiants des facult&#233;s s'&#233;taient offerts &#224; les amener en camion. Chacun devait y mettre du sien, car le temps pressait.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union avait &#233;t&#233; fix&#233;e au 21 novembre. D&#232;s six heures du matin, les organisateurs &#233;taient sur les lieux. Le quartier &#233;tait parfaitement calme, et nous esp&#233;rions que tout se passerait bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 8 heures pr&#233;cises commen&#231;a un formidable d&#233;fil&#233; militaire sovi&#233;tique. En fin de compte, Grebennik avait accept&#233; l'invitation, mais il se faisait repr&#233;senter &#224; sa fa&#231;on, par un &#233;chantillonnage complet de toutes les armes de la garnison. Il y avait peut-&#234;tre quatre cents blind&#233;s, des tanks pr&#234;ts &#224; tirer, de l'artillerie tract&#233;e, des soldats mitraillette au poing. Le Palais des Sports fut cern&#233; en un instant et toutes les rue adjacentes barr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant ce d&#233;ploiement de forces, les membres du Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest, dont moi-m&#234;me, nous dirige&#226;mes vers le si&#232;ge du syndicat des ouvriers du b&#226;timent (M.E.M.O.S.Z.), qui se trouvait &#224; proximit&#233;. Un certain nombre de nos camarades, toutefois, rest&#232;rent aux abords du palais des Sports pour attendre les d&#233;l&#233;gu&#233;s des mines, usines sid&#233;rurgiques et entreprises de province, venus des quatre coins de la Hongrie : de Debrecen, de Veszpr&#233;m, d'Inota, de Moh&#225;cs, de P&#233;cs, de Dunapentele, et d'ailleurs. Des &#233;lections d&#233;mocratiques s'&#233;taient pr&#233;alablement d&#233;roul&#233;es dans tous ces centres. Chacun des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;tait muni d'une attestation officielle. Il faut dire qu'en arrivant au Palais des Sports ils &#233;taient anim&#233;s contre nous d'une violente indignation &#224; la pens&#233;e que nous les avions l&#226;ch&#233;s et tromp&#233;s. En effet, nous autres, &#224; Budapest, nous travaillions, alors qu'ils ne travaillaient pas. Ils venaient dans l'intention de donner une nouvelle impulsion &#224; la gr&#232;ve. Celle-ci, en effet, paralysait encore les grands centres de province ; les ouvriers de Tatab&#225;nya avaient m&#234;me inond&#233; les carreaux des mines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Accompagn&#233;s d'un certain nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s de province, nous &#233;tions tout pr&#232;s du si&#232;ge du syndicat du b&#226;timent quant nous f&#251;mes arr&#234;t&#233;s par un barrage form&#233; par les &#233;l&#232;ves de l'Acad&#233;mie Militaire Zrinyi, mitraillette au poing. Nous n'insist&#226;mes pas ; d'ailleurs, n'ayant pas d&#233;clin&#233; notre identit&#233;, nous ne f&#251;mes pas inqui&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Force nous fut d'essayer de gagner le si&#232;ge provisoire du Conseil du Grand-Budapest, rue Ak&#225;cfa. En principe, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province n'avaient pas le droit d'y p&#233;n&#233;trer. Mais ils insist&#232;rent, notamment les repr&#233;sentants des mineurs, qui &#233;taient particuli&#232;rement mont&#233;s. Impossible, disaient-ils, de n&#233;gocier avec des gens comme K&#225;d&#225;r. Voil&#224; o&#249; menaient les n&#233;gociations. On mobilisait des tanks pour nous attaquer. La gr&#232;ve seule pouvait &#234;tre une r&#233;ponse &#224; ces gens-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous invit&#226;mes donc les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province &#224; venir avec nous pour leur expliquer notre position. Cependant, la rue Ak&#225;cfa &#233;tait &#224; sont tour envahie par les soldats. Sur le trottoir qui faisait face &#224; l'immeuble o&#249; nous si&#233;gions, une puissante formation s'installa. C'&#233;taient des &#233;l&#232;ves de la m&#234;me Acad&#233;mie Militaire qui nous avaient attendus pr&#233;c&#233;demment devant le M.E.M.O.S.Z. Le commandant est mont&#233; avec quelques-uns d'entre eux, mitraillettes &#224; la main. &#034;Debout et haut les mains !&#034; cria-t-il. &#034;Qu'y a-t-il ici, insurrection fasciste, contre-r&#233;volution ?&#034; Tout le monde se mit debout et R&#225;cz r&#233;pondit &#224; l'officier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai oubli&#233; de mentionner un incident qui se termina par l'&#233;lection de R&#225;cz &#224; la pr&#233;sidence. Lorsque nous avons &#233;cart&#233; Bal&#225;zs, on l'a remplac&#233; par D&#233;v&#233;nyi, pensant que cet ouvrier de Csepel repr&#233;senterait bien notre Conseil. Or, il se comporta d'une fa&#231;on curieuse : au moment o&#249; nous devions aller n&#233;gocier avec K&#225;d&#225;r, il trouvait toujours une raison quelconque pour reculer cette entrevue, telle que : il suffit de n&#233;gocier demain, etc. une fois R&#225;cz, qui &#233;tait tr&#232;s v&#233;h&#233;ment, a bondi en disant : &#034;Je prie le pr&#233;sident de d&#233;missionner. Nous n'avons pas besoin de gens veules.&#034; Il a d&#233;missionn&#233; sur-le-champ et nous avons unanimement &#233;lu R&#225;cz, qui n'avait que 23 ans &#224; ce moment-l&#224;, mais &#233;tait tr&#232;s actif et combatif et d'une honn&#234;tet&#233; sans faille. En m&#234;me temps, nous avons charg&#233; Kalocsai, un homme temp&#233;r&#233;, et Bali d'assumer la vice-pr&#233;sidence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je disais, R&#225;cz expliqua &#224; l'officier de quoi il s'agissait en r&#233;alit&#233; et le pria de s'asseoir avec nous pour &#233;couter nos discussions. Ce qu'il fit. Les mineurs parl&#232;rent avec v&#233;h&#233;mence, nous traitant de tous les noms : canailles, tra&#238;tres, etc. &#034;Si vous voulez travailler, faites-le, mais nous ne donnerons ni charbon, ni &#233;lectricit&#233;, nous inonderons toutes les mines.&#034; Les mineurs de Salg&#243;tarj&#225;n, de Tatab&#225;nya, de P&#233;cs &#233;taient tous d'accord. La discussion continua. Brusquement, l'officier sortit. Nous &#233;tions inquiets. Quelques minutes apr&#232;s, il revint seul, sans arme et d&#233;clara : &#034;On m'avait dit que vous pr&#233;pariez un complot fasciste. Maintenant, je suis convaincu que c'est une calomnie. J'ai renvoy&#233; mes gars &#224; l'Acad&#233;mie, mais permettez-moi d'assister &#224; votre r&#233;union constructive et tr&#232;s int&#233;ressante.&#034; Nous l'avons applaudi spontan&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province nous attaquaient, nous essayions de leur faire entendre raison. D'abord ce fut peine perdue. Nous n'&#233;tions soutenus que par un d&#233;l&#233;gu&#233; de Gy&#246;r. Pourtant, nos arguments finirent par les toucher : &#034;Vous autres, en province, vous vous trouvez dans une situation plus facile que nous. Dans une petite ville, tous le monde se conna&#238;t. Quand un &#233;v&#233;nement se produit, tous le monde en est inform&#233; dans la demi-heure qui suit. La solidarit&#233; est plus facile &#224; organiser. A Budapest, il y a plus d'un million et demi d'habitants, la situation est plus complexe, nous devons &#224; tout prix garder le contact les uns avec les autres, et aussi le contact avec la province. En cas de gr&#232;ve, toutes ces liaisons sont menac&#233;es.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers 21 heures les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province se rendirent &#224; nos arguments et nous nous sent&#238;mes en parfaite harmonie. On convint de ne pas insister pour la cr&#233;ation d'un Conseil National, afin de ne pas envenimer les choses : cette seule &#233;ventualit&#233; n'avait-elle pas suffi &#224; mobiliser les tanks sovi&#233;tiques ? Par contre, le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest, reconnu par les autorit&#233;s, devait poursuivre ses activit&#233;s. D'autre part, des contacts seraient &#233;tablis entre la capitale et les centres de province, et toutes nos d&#233;cisions leur seraient transmises par des agents de liaison ; ils pourraient ainsi d&#233;cider s'ils acceptaient ou non nos r&#233;solutions. Pour chacune, d'ailleurs, on tiendrait compte de l'avis des agents de liaison. Ainsi, bien que notre organisme conserv&#226;t jusqu'au bout le nom de Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest, un conseil national fut tout de m&#234;me cr&#233;&#233; dans la pratique, et de fa&#231;on ill&#233;gale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand d&#233;p&#244;t des autobus de la B.E.S.Z.K.A.R.T. se trouve en face du Palais des Sports, et lorsque les travailleurs virent le d&#233;ploiement des forces sovi&#233;tiques, ils crurent que les membres du Conseil Central avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Aussit&#244;t le mot d'ordre d'une gr&#232;ve de 24 heures fut lanc&#233;, des coups de t&#233;l&#233;phone partirent dans toutes les directions, et bient&#244;t R&#225;cz, le pr&#233;sident du Conseil Ouvrier, fut inform&#233; que la moiti&#233; des travailleurs de Budapest &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve. Nous d&#251;mes approuver ce mouvement, d'une part par solidarit&#233; avec ceux qui y participaient, d'autre part pour protester contre l'attitude inqualifiable des autorit&#233;s qui nous consid&#233;raient tant&#244;t comme des interlocuteurs dignes de ce nom, tant&#244;t comme des trublions contre lesquels il fallait utiliser la force. C'&#233;tait notre premier appel &#224; la gr&#232;ve, et il fut enti&#232;rement suivi. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province virent dans ce geste un compromis, car s'ils observaient toujours la gr&#232;ve totale, les ouvriers de Budapest avaient repris le travail. Nous gagn&#226;mes ainsi d&#233;finitivement leur confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de l'entrevue suivante avec K&#225;d&#225;r, celui-ci se d&#233;cha&#238;na :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que se passe-t-il ? Vous pr&#233;tendez vouloir travailler et vous voil&#224; d&#233;j&#224; en gr&#232;ve ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous expliqu&#226;mes que c'est nous qui avions bien des raisons de protester, car si les Sovi&#233;tiques s'&#233;taient livr&#233;s &#224; cette d&#233;monstration de force, ce n'&#233;tait s&#251;rement pas pour d&#233;fendre leurs positions, mais &#224; la demande du gouvernement. A quoi K&#225;d&#225;r r&#233;pondit qu'il n'&#233;tait pas une marionnette, qu'il &#233;tait, apr&#232;s tout, Premier ministre de Hongrie et qu'il saurait prouver que son gouvernement et lui &#233;taient les ma&#238;tres. Peu lui importaient nos arguments. Ce que veulent les ouvriers n'est pas forc&#233;ment juste ; est juste ce que les dirigeants d&#233;cident. Ils ne sont pas oblig&#233;s de se plier aux volont&#233;s des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
En raison de la situation catastrophique de l'&#233;conomie, K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues convoqu&#232;rent au Parlement une conf&#233;rence &#224; laquelle assistaient outre K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me, Maros&#225;n, Apr&#243; et d'autres dirigeants politiques, les directeurs des plus grandes usines et trois d&#233;l&#233;gu&#233;s du Conseil Central. L'intervention de l'un de ceux-ci, Kalocsai, fut retransmise par la radio en &#233;mission diff&#233;r&#233;e, mais sous une forme falsifi&#233;e. Kaloczai stigmatisait l'action de certains &#034;&#233;l&#233;ments provocateurs &#8211; dans une usine de la Terre d'Ange, par exemple, aux Aci&#233;ries Hongroises, &#224; la Fabrique de Machines L&#225;ng, &#224; la M.A.V.A.G., des secr&#233;taires du parti sectaires qualifiaient le Conseil Ouvrier d'&#034;organisation fasciste&#034; et d&#233;claraient que son appel &#224; la reprise du travail ne pouvait &#234;tre pris en consid&#233;ration. A la radio, gr&#226;ce &#224; un artifice de montage, on entendit parler d'&#034;&#233;l&#233;ments provocateurs fascistes&#034;, et il ne fut pas du tout question de secr&#233;taires du parti sectaires. Kaloczai d&#233;non&#231;ait la &#034;r&#233;action gauchiste&#034; ; le mon &#034;gauchiste&#034; disparut, et tout le sens de l'intervention s'en trouva modifi&#233;. De ce fait, le Conseil d&#233;cida de publier un bulletin d'information.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en revenir &#224; cette conf&#233;rence, K&#225;d&#225;r y d&#233;clara notamment : &#034;Vous savez, camarades, le gouvernement ouvrier et paysan se trouve dans une situation difficile, car la confusion r&#232;gne dans l'esprit des travailleurs qui ne voient pas le chemin &#224; suivre.&#034; Il dit aussi qu'il s'agissait, de toute &#233;vidence, d'une contre-r&#233;volution, puisque 241 communistes avaient &#233;t&#233; mis &#224; mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa r&#233;ponse, Bali, apr&#232;s avoir dit qui il &#233;tait et rappel&#233; ses origines, riposta : &#034;Il n'y a aucune confusion dans l'esprit des ouvriers. Dans le v&#244;tre, peu-&#234;tre&#034;, fit-il &#224; l'adresse de K&#225;d&#225;r et des autres dirigeants. &#034;Sachez que je milite au parti depuis dix ans, et pourtant je n'ai rien eu &#224; redouter, pendant les journ&#233;es r&#233;volutionnaires, quand je me m&#234;lais aux ouvriers. Ce n'est pas moi qu'ils voulaient pendre !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#225;d&#225;r entra en fureur, frappa du poing sur la table et s'&#233;cria : &#034;Sortez, provocateur !&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, les paroles de Bali avaient fait une telle impression sur les assistants &#8211; 200 personnes environ &#8211; que K&#225;d&#225;r jugea plus prudent de ne pas insister. Ancien social-d&#233;mocrate et entr&#233; au parti communiste d&#232;s 1945, Bali &#233;tait un militant tr&#232;s actif qui avait l'oreille des ouvriers car il travaillait comme eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers cette &#233;poque, K&#225;d&#225;r et ses amis cr&#233;&#232;rent un conseil ouvrier fantoche pour contrecarrer notre action. Il publiait des communiqu&#233;s, faisait distribuer des tracts nuitamment, donnait des instructions, par t&#233;l&#233;phone en notre nom. Quand nous appelions &#224; la reprise du travail, ce conseil (comme les secr&#233;taires du parti sectaires) poussait &#224; la poursuite de la gr&#232;ve. Nous passions le plus clair de notre temps &#224; d&#233;mentir et &#224; remettre les choses au point. Cela devait permettre aux dirigeants de pr&#233;tendre que nous ne faisions rien. Lors de la r&#233;union &#233;voqu&#233;e ci-dessus, un des n&#244;tres, Karsai, dit ouvertement aux dirigeants que nous avions une mission &#233;conomique &#224; accomplir, que nous ne tenions pas du tout &#224; avoir une activit&#233; politique, mais que leur duplicit&#233; nous y obligeait. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Voulez-vous, oui ou non, l'ordre et le calme ?&#034; demanda-t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;ment ce que recherchaient K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues. Ils se pr&#233;paraient activement &#224; mettre sur pied une soi-disant &#034;garde ouvri&#232;re&#034; (que les Budapestois baptis&#232;rent &#034;poufa&#239;ka&#034;, du nom de l'uniforme ouatin&#233; des Russes). Tant que la chose n'&#233;tait pas au point, ils louvoyaient, quitte &#224; nous frapper plus tard plus vigoureusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, le travail du Conseil Central Ouvrier se poursuivait. On cr&#233;a des commissions qui furent charg&#233;es de questions diverses. Une commission, par exemple, s'occupa de d&#233;finir les formes et les m&#233;thodes de l'activit&#233; politique du Conseil, la commission &#233;conomique a essay&#233; de d&#233;terminer les principales t&#226;ches de d&#233;marrage de la production, les moyens d'organisation des usines et, ensemble avec la commission politique, les m&#233;thodes et le proc&#233;d&#233; des &#233;lections des conseils ouvriers d&#233;finitifs. K&#225;d&#225;r dut consentir &#224; ce que des n&#233;gociations fussent ouvertes entre nous et le Conseil National des Syndicats afin d'&#233;laborer une l&#233;gislation concernant l'activit&#233; des conseils ouvriers. Le projet s'inspirait largement de la loi yougoslave sur le m&#234;me sujet. Huit jours apr&#232;s l'avoir re&#231;u, le gouvernement publia un d&#233;cret. Toutefois, ce d&#233;cret ne contenait pas certaines dispositions primitivement pr&#233;vues, par lesquelles nous entendions mettre les conseils ouvriers &#224; l'abri de l'influence du parti au service du gouvernement. D'autre part, ce dernier s'opposa &#224; la cr&#233;ation de conseils ouvriers dans les administrations : P.T.T., Chemins de Fer, Minist&#232;res, etc. L'intention de K&#225;d&#225;r &#233;tait que des gens nomm&#233;s par la direction &#034;repr&#233;sentent&#034; les travailleurs dans ces firmes, alors que, pr&#233;cis&#233;ment, nous avons voulu y cr&#233;er des conseils puissants afin de contrebalancer le gouvernement, jusqu'au moment du moins, o&#249; des v&#233;ritables syndicats ne s'organisent. K&#225;d&#225;r et Cie le savaient tr&#232;s bien et nous ont devanc&#233;, ce qui entra&#238;na, au sein de ces entreprises, une vive indignation et des discussions &#224; n'en plus finir. Cela permit au gouvernement de d&#233;tourner l'attention des masses de sujets plus importants et contribua &#224; l'&#233;parpillement de nos forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des revendications du Conseil Central Ouvrier &#233;tait de disposer d'un journal pour informer les travailleurs. Le gouvernement le repoussa cat&#233;goriquement, pr&#233;conisant &#224; la place, des communiqu&#233;s pour la radio r&#233;dig&#233;s par le Conseil et supervis&#233;s par eux. Evidemment, nous avons refus&#233; une telle &#034;solution&#034;. Nous avions besoin d'un journal et non de communiqu&#233;s radiodiffus&#233;s et contr&#244;l&#233;s par eux. Nous avons donc pris la d&#233;cision d'organier, sous la direction de Sebesty&#233;n, une commission de presse avec pour t&#226;che la parution de notre journal. Nous &#233;tions sur le point de sortir un journal intitul&#233; Munk&#225;sujs&#225;g (gazette ouvri&#232;re) qui fut saisi &#224; l'imprimerie. Le num&#233;ro confisqu&#233; contenait des d&#233;tails pr&#233;cis sur les n&#233;gociations entre le gouvernement et les conseils ouvriers, et certaines d&#233;clarations, fid&#232;lement retranscrites, des dirigeants au cours de ces n&#233;gociations, tels ces mots de K&#225;d&#225;r fort d&#233;sinvoltes tant &#224; l'&#233;gard de notre conseil que du peuple hongrois tout entier : &#034;Peu me chaud que vous me reconnaissez ou pas. 200.000 soldats sovi&#233;tiques sont derri&#232;re moi. C'est moi qui commande en Hongrie.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#251;mes nous contenter de publier &#8211; cette fois avec l'approbation du gouvernement &#8211; une feuille ron&#233;otyp&#233;e que dirigeait Sebesty&#233;n. Chaque arrondissement en recevait un exemplaire qu'il tirait en autant d'exemplaires qu'il comptait d'usines ; &#224; son tour, chaque usine en tirait un nombre d'exemplaires suffisant pour ses ouvriers. Mais le gouvernement trouva rapidement une r&#233;ponse : les commandements sovi&#233;tiques d'arrondissement saisirent, partout o&#249; c'&#233;tait possible, les machines ron&#233;os. Mais ce fut en vain. Nous avons distribu&#233; notre feuille par tous les moyens. Moi-m&#234;me, par exemple, je suis all&#233; &#224; la r&#233;union du Conseil Ouvrier de mon arrondissement (le 14e) o&#249; j'ai pu lire notre bulletin. Les participants prenaient des notes, puis le bulletin passait de main en main. Ce fut, &#224; l'&#233;poque, le journal le plus lu de Budapest. Malheureusement, il faillait une bonne semaine pour qu'il parvienne &#224; toucher ses lecteurs. K&#225;d&#225;r et les siens le craignaient beaucoup plus qu'un journal de croix-fl&#233;ch&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des n&#233;gociations interminables avaient pr&#233;c&#233;d&#233; la parution de notre feuille ron&#233;otyp&#233;e. Nous discutions presque tous les jours avec K&#225;d&#225;r, mais celui-ci ne se manifestait en personne qu'apr&#232;s nous avoir fait cuisiner pendant des heures par ses collaborateurs. Ces s&#233;ances &#233;taient tellement &#233;puisantes que celui d'entre nous qui &#233;tait d&#233;sign&#233; pour y prendre part en &#233;tait malade d'avance. Parfois, K&#225;d&#225;r n'arrivait que sur le coup de trois heures du matin, alors que nous tombions de sommeil ; lui, il avait la possibilit&#233; de r&#233;cup&#233;rer pendant la journ&#233;e. D&#233;cid&#233;ment, nous n'&#233;tions pas &#224; &#233;galit&#233; sur le plan des forces physiques. Parmi nous, il y en avait toujours un sur qui K&#225;d&#225;r s'acharnait en particulier. Mais il n'aimait pas, surtout, R&#225;cz et ne lui adressait jamais la parole. Celui-ci, en effet, employait invariablement le m&#234;me style que K&#225;d&#225;r. S'il criait, R&#225;cz criait plus fort. Une fois K&#225;d&#225;r s'est d&#233;cha&#238;n&#233; et R&#225;cz a bondi sur la table en criant. Nous pensions donc qu'il ne fallait surtout pas envoyer R&#225;cz pour n&#233;gocier lorsque nous voulions arranger certains probl&#232;mes &#034;&#224; l'amiable&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque enfin notre bulletin fut pr&#234;t, K&#225;d&#225;r essaya d'en emp&#234;cher subrepticement le tirage, comme je l'ai indiqu&#233;, en faisant confisquer les ron&#233;os par le commandement russe. Nous ripost&#226;mes en d&#233;clarant que les ouvriers boycotteraient pendant 24 heures N&#233;pszabads&#225;g, l'organe central du parti. J'ai vu de mes yeux, sur les grands boulevards, des centaines d'ouvriers acheter N&#233;pszabads&#225;g et le d&#233;chirer aussit&#244;t sans l'avoir lu. Les gens marchaient jusqu'aux chevilles dans le papier journal. K&#225;d&#225;r nous a dit : &#034;Voyez, pour cette raison, vous n'aurez pas de journal. Je ne veux pas qu'on d&#233;chire &#233;galement votre journal&#8230;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce temps-l&#224;, la liaison entre le Conseil Central et les Russes &#233;tait maintenue. Lors d'une entrevue qui avait d&#233;but&#233; sous le signe d'une franche cordialit&#233;, deux jours apr&#232;s l'histoire du journal, nous d&#233;clar&#226;mes carr&#233;ment que nous ne reconnaissions ni le gouvernement K&#225;d&#225;r, ni la l&#233;gitimit&#233; de l'intervention sovi&#233;tique. Nos interlocuteurs en eurent le souffle coup&#233;. Nous les invit&#226;mes alors &#224; se rendre dans les usines pour demander leur opinion aux ouvriers. Ce qu'ils firent. Dans mon usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, un officier sovi&#233;tique se pr&#233;senta. J'assistai &#224; la sc&#232;ne. Comme pr&#233;ambule, il demanda aux ouvriers ce qu'ils voulaient le 23 octobre, le fascisme ou le socialisme ? &#034;Le socialisme !&#034; La r&#233;ponse jaillit avec une telle force et une telle ampleur que les vitres en trembl&#232;rent. Le mot fascisme, par contre, fut accueilli par une temp&#234;te de hu&#233;es. L'officier demanda ensuite aux travailleurs de pr&#233;ciser leurs revendications, puis, sans mot dire, il gagna le bureau du secr&#233;taire du Conseil Ouvrier. Il demanda &#224; celui-ci s'il &#233;tait d'accord avec les travailleurs. Sur sa r&#233;ponse affirmative, l'officier d&#233;clara qu'il ne comprenait pas les divergences qui se manifestaient entre les ouvriers et K&#225;d&#225;r puisque, manifestement, on voulait la m&#234;me chose des deux c&#244;t&#233;s. En r&#233;alit&#233;, les Russes savaient fort bien o&#249; le b&#226;t blessait, mais ils ne voulaient pas l'avouer. Nous avons propos&#233; en Haut Commandement sovi&#233;tique d'envoyer &#224; nos r&#233;unions un officier de haut grade, comme observateur afin d'&#233;tudier sur place nos revendications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 23 novembre, un mois apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, le Conseil Central Ouvrier tint s&#233;ance. Y assistait, entre autres, un officier politique sovi&#233;tique d'un grade &#233;lev&#233;. On d&#233;cida, en accord avec les autres organismes r&#233;volutionnaires, que de 14 heures &#224; 15 heures, personne ne sortirait dans Budapest. Les Russes pr&#233;sents dans la salle exig&#232;rent que nous leur d&#233;voilions le fond de notre pens&#233;e car il subodoraient, disaient-ils, que quelque chose se pr&#233;parait. Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s de province en profit&#232;rent pour vider leur sac. Ils donn&#232;rent des d&#233;tails sur les d&#233;bordements des soldats russes et les abus commis par les secr&#233;taires du parti dans leur d&#233;partement. Ils racont&#232;rent, par exemple, que les membre de la &#034;poufa&#239;ka&#034; gardaient toutes les routes du d&#233;partement de Borsod et que les d&#233;l&#233;gu&#233;s des conseils ouvriers avaient d&#251; passer en fraude pour arriver &#224; Budapest. D'autre part, nous avions la preuve que des armes leur &#233;taient envoy&#233;es clandestinement de Tch&#233;coslovaquie. L'officier sovi&#233;tique demanda le nom des orateurs , ceux-ci d&#233;clin&#232;rent leur identit&#233;, et les choses en rest&#232;rent l&#224;. Quelques minutes avant 14 heures, notre pr&#233;sident se leva pour rendre compte de ce qui se passait en ville. Il rassura les camarades sovi&#233;tiques ; il ne s'agissait que d'une comm&#233;moration, de la comm&#233;moration d'un &#233;v&#233;nement sacr&#233; de notre histoire. Puis il nous invita &#224; nous lever, &#224; observer une minute de silence et &#224; chanter ensuite l'hymne national. Les Sovi&#233;tiques se lev&#232;rent, salu&#232;rent militairement pendant que s'&#233;levait notre chant national. Ils se comport&#232;rent d'une fa&#231;on tellement correcte que nous cr&#251;mes la fin de K&#225;d&#225;r arriv&#233;e. Et j'ose dire que si cela avait d&#233;pendu d'eux, il auraient march&#233; avec nous. Les instructions qu'ils avaient re&#231;ues n'avaient pas pr&#233;vu pareille occurrence. Ils furent visiblement tr&#232;s embarrass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, sur les grands boulevards et les principales art&#232;res de la ville, les forces sovi&#233;tiques se d&#233;ployaient avec une ampleur extraordinaire. Comme le dit plus tard un officier russe, ce qui leur paraissait impressionnant et redoutable, c'&#233;tait le vide complet r&#233;gnant autour d'eux. S'il y avait eu du monde dans les rues, ils se seraient sentis davantage en s&#233;curit&#233;, car les Hongrois n'auraient pas ouvert le feu sur d'autres Hongrois. Pendant une semaine ou deux, les officiers sovi&#233;tiques nous visit&#232;rent quotidiennement, jusqu'aux environ du 30 novembre. Au bout de quelques jours, nous leur avons demand&#233; ce qu'ils pensaient du Conseil. Ils nous r&#233;pondirent que c'&#233;tait diff&#233;rent de ce qu'ils avaient imagin&#233; auparavant. Ils voient des ouvriers de bon sens s'occuper des affaires r&#233;elles du pays. Mais comme eux ne sont pas familiers avec ces affaires et ne comprennent pas grand-chose aux probl&#232;mes hongrois, pour cette raison, ils ne peuvent pas prendre position. Par contre, ils trouvent nos r&#233;unions tr&#232;s int&#233;ressantes et nous demandent de pouvoir continuer &#224; y assister. Ce que nous leur avons accord&#233; volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues savaient parfaitement que nous luttions sur deux fronts, contre eux et contre les Russes. Ils &#233;taient fort ennuy&#233;s de nos contacts avec ces derniers. Ils nous demand&#232;rent d'autoriser un d&#233;l&#233;gu&#233; de leur gouvernement &#224; assister &#224; nos s&#233;ances, comme nous le faisions pour les Russes. K&#225;d&#225;r choisit un de ses collaborateurs imm&#233;diats, un certain S&#225;ndor, qui se montra tr&#232;s amical avec nous, ce qui ne l'emp&#234;cha pas de man&#339;uvrer en sous main.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la veille du 4 d&#233;cembre, les organisations r&#233;volutionnaires en contact permanent avec nous, propos&#232;rent de comm&#233;morer les victimes de l'intervention sovi&#233;tique du 4 novembre. D'abord, les ouvriers dans les usines pr&#233;conis&#232;rent une grande manifestation que nous avons rejet&#233; aussit&#244;t, comme un pr&#233;texte &#224; des multiples provocations. Nous vot&#226;mes la r&#233;solution d'organiser un grand cort&#232;ge de femmes qui, fleurs &#224; la mains, se rendraient au monument de la place des H&#233;ros. Une telle manifestation &#233;viterait toute sorte de provocation. D'autre part, nous avons invit&#233; la population de Budapest &#224; placer des bougies sur le bord des fen&#234;tres, &#224; la tomb&#233;e de la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 d&#233;cembre, d&#232;s le matin des ouvri&#232;res, fleurs &#224; la main arriv&#232;rent. Les rues adjacentes &#224; la place des H&#233;ros furent bloqu&#233;es par les d&#233;tachements sovi&#233;tiques. Les femmes contourn&#232;rent le bois qui se trouve derri&#232;re la place et de cette fa&#231;on, organis&#232;rent quand m&#234;me la manifestation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais auparavant, nous nous &#233;tions rendus au Parlement pour annoncer au gouvernement notre r&#233;solution de comm&#233;morer le 4 novembre. A ce jour d&#233;j&#224;, il y avait aussi des policiers hongrois, &#224; c&#244;t&#233; des tanks sovi&#233;tiques autour du Parlement. Il est caract&#233;ristique, cependant, que lorsque nous quitt&#226;mes le Parlement, l'un de ces policiers nous demanda : &#034;Alors, qu'est-ce que vous avez pu faire ? Pourquoi n&#233;gociez-vous avec ces gens ? Balayez-les !&#034; R&#233;ellement, tout le monde &#233;tait avec nous, m&#234;me parmi les propres forces extr&#234;mement restreintes du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Evidemment, K&#225;d&#225;r, enragea en apprenant notre r&#233;solution. Le Conseil Central, dit-il, d&#233;montrait qu'il &#233;tait &#224; la remorque des forces contre-r&#233;volutionnaires et qu'il ne voulait pas collaborer avec le gouvernement pour le r&#233;tablissement de l'ordre. Cette attitude serait lourde de cons&#233;quences. Probablement, K&#225;d&#225;r d&#233;cida &#224; ce moment-l&#224; d'organiser cette pitoyable contre-manifestation qu'ils firent le 6 d&#233;cembre. D'autre part, le gouvernement r&#233;agit imm&#233;diatement aussi en faisant dispara&#238;tre les bougies des magasins. Mais on les retrouva au march&#233; noir, et le soir, toute la ville fut &#233;clair&#233;e au bougies, &#224; l'exception de quelques rares appartements occup&#233;s, selon toute probabilit&#233;, par des fonctionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre temps, l'homme de liaison du gouvernement vient assister une fois &#224; la r&#233;union du Conseil. Le gouvernement voulait donc s'infiltrer pour que, lentement, cet homme devienne un commissaire, transformant le Conseil en un appendice du gouvernement. Mais celui-ci fut particuli&#232;rement g&#234;n&#233; par les officiers sovi&#233;tiques qui assistaient &#233;galement &#224; la r&#233;union. Nous n'avons pas revu &#224; notre r&#233;union l'homme de liaison, K&#225;roly S&#225;ndor. Peu de temps apr&#232;s, &#224; la fin du mois de novembre, le commandant Grebennik fut d&#233;mis de ses fonctions, je crois que, pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; cause de l'entente qui fut cr&#233;&#233;e entre le Conseil Central et le haut Commandement sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation, de plus en plus aigu&#235;, deux ou trois membres du Conseil, qui jusque-l&#224; n'avaient pas ouvert la bouche et qui d&#233;siraient manifestement freiner notre action, intervinrent. A les entendre, nous avions cr&#233;&#233; une situation explosive, et nous n'aurions pas d&#251; prendre ces r&#233;solutions m&#234;me si les ouvriers des usines la d&#233;siraient. Nous e&#251;mes l'impression que ces gens-l&#224; ne faisaient que r&#233;p&#233;ter des consignes qu'on voulait faire p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur du Conseil. Mais d'autres voix r&#233;clam&#232;rent une action plus &#233;nergique, une attitude plus ferme &#224; l'&#233;gard du gouvernement, afin que celui-ci se sent&#238;t assez menac&#233; pour ne pas recourir aux repr&#233;sailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, un &#233;missaire vint nous informer que l'ambassadeur de l'Inde, M. Menon, qui se trouvait &#224; Budapest, cherchait &#224; entrer en contact avec le Consul Central Ouvrier. Il m'invitait &#224; lui rendre visite. Je pris une voiture, accompagn&#233; d'un de mes camarades, et nous p&#251;mes rencontrer l'ambassadeur sur la colline des Roses, dans l'immeuble occup&#233; par le charg&#233; d'affaires de l'Inde. M. Menon nous demanda notre point de vue sur la r&#233;volution et sur la situation actuelle. Nous r&#233;pond&#238;mes avec franchise. Il nous promit d'informer fid&#232;lement M. Nehru, et de faire tout son possible pour aider le peuple hongrois. Il voyait bien que l'insurrection de Budapest avait &#233;t&#233; un soul&#232;vement spontan&#233; du peuple hongrois, sans appui de forces &#233;trang&#232;res. Il pr&#233;cisa que c'&#233;tait l&#224; une opinion purement personnelle et qu'il n'&#233;tait pas habilit&#233; par son gouvernement &#224; faire une d&#233;claration quelle qu'elle f&#251;t. Il avait eu de nombreuses conversations, et il ramenait de Budapest deux valises de documents sur les &#233;v&#232;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce temps, notre bulletin ron&#233;otyp&#233; paraissait r&#233;guli&#232;rement, ce qui exasp&#233;rait K&#225;d&#225;r. Comme nous nous pr&#233;occupions tout particuli&#232;rement des syndicats, il nous dit un jour : &#034;Voyons, n'oubliez pas qu'il existe le Conseil National des Syndicats, sous la direction du camarade G&#225;sp&#225;r.&#034; Mais nous ne voulions pas de ce personnage, qui avait &#233;t&#233; l'un des choryph&#233;es du r&#233;gime R&#225;kosi, et dont de vieux militants syndicalistes, dans les Cuirs et Peaux et les Textiles, notamment, exigeaient la d&#233;mission. D'autre part, cependant, le Conseil Ouvrier, absorb&#233; par ses t&#226;ches politiques et &#233;conomiques, &#233;tait incapable de se charger seul de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts ouvriers. C'est ainsi qu'en d&#233;finitive eut lieu, entre les repr&#233;sentants du Conseil et des Syndicats, une r&#233;union qui se prolongea toute la nuit. Le Conseil National des Syndicats, avec G&#225;sp&#225;r et ses amis, soutenait le vieux syst&#232;me stalinien, et essayait de nous persuader que nous devions nous soumettre &#224; l'autorit&#233; des syndicats. D&#233;cid&#233;ment, K&#225;d&#225;r ne voulait pas l'ind&#233;pendance des conseils ouvriers ; Pour nous all&#233;cher, les tenants de G&#225;sp&#225;r nous offrirent la derni&#232;re page de N&#233;pakarat (journal du Conseil des Syndicats) pour y publier nos communiqu&#233;s. Mais ils ne purent garantir que nos textes passeraient int&#233;gralement et sans modification. En fin de compte, aucun accord ne put &#234;tre conclu : nos interlocuteurs restaient sur leurs positions, alors que nous r&#233;clamions des syndicats d&#233;mocratiques et ind&#233;pendants. Nous ne leur cachions pas que nous consid&#233;rions les centrales existantes comme des succursales du parti, dont la t&#226;che principale, consistait &#224; organiser des concours d'&#233;mulation et qui, de ce fait, ne pouvaient repr&#233;senter les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts des ouvriers. Le seul accord fut de r&#233;viser en commun la loi sur les conseils ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, K&#225;d&#225;r nous proposa de quitter l'immeuble de B.E.S.Z.K.A.R.T. pour celui du minist&#232;re de l'Agriculture, sous pr&#233;texte que notre pr&#233;sence paralysait l'administration des transports en commun. Il alla jusqu'&#224; menacer le directeur de l'entreprise de le renvoyer s'il ne prenait pas position contre nous. En r&#233;alit&#233;, la soi-disant milice ouvri&#232;re organis&#233;e par M&#252;nnich s'&#233;tait consid&#233;rablement renforc&#233;e et pourrait agir sur nous plus directement si nous nous trouvions au minist&#232;re. Nous refus&#226;mes la proposition de K&#225;d&#225;r, mais apr&#232;s de longues n&#233;gociations avec G&#225;sp&#225;r, nous accept&#226;mes de nous transf&#233;rer au sixi&#232;me &#233;tage de l'immeuble du syndicat du b&#226;timent, le M.E.M.O.S.Z. Nous avions vraiment besoin d'un local plus grand. Il y avait d&#233;j&#224; plusieurs commissions : Sebesty&#233;n &#224; la t&#234;te de celle de la presse, Karsai dirigeait la commission politique et un ouvrier de la Fabrique d'Aluminium la commission &#233;conomique. Karsai &#233;tait un ancien serrurier devenu ing&#233;nieur dans une usine fabriquant des radiateurs &#224; K&#246;b&#225;nya, en qui les ouvriers avaient grande confiance. En g&#233;n&#233;ral, j'en ai fait l'exp&#233;rience, les ouvriers &#233;taient tr&#232;s attentifs et votaient pour quelqu'un d'intelligent et digne de confiance. Le fait d'&#234;tre ouvrier ou non &#233;tait secondaire. D'ailleurs, parmi les ouvriers, beaucoup suivaient des cours du soir au lyc&#233;e et &#224; l'Universit&#233;. Les ouvriers aimaient particuli&#232;rement les ing&#233;nieurs anciens ouvriers qui avaient &#233;t&#233; des leurs, et connaissaient leur vie et leurs probl&#232;mes. Karsai &#233;tait un tel homme et je crois que plus tard il fut ex&#233;cut&#233;, justement &#224; cause de sa droiture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de d&#233;m&#233;nager, nous d&#233;cid&#226;mes d'organier une r&#233;union secr&#232;te pour discuter de la cr&#233;ation &#233;ventuelle du Conseil National Ouvrier. La situation g&#233;n&#233;rale &#233;tait en effet de plus en plus tendue, la province nous pressait de plus en plus activement, car de nombreux membres des conseils ouvriers disparaissaient, disparitions qui &#233;taient pour le gouvernement un moyen de chantage. On signalait qu'&#224; P&#233;cs plusieurs mineurs n'&#233;taient pas remont&#233;s des puits et qu'il faisaient la gr&#232;ve de la faim pour protester contre l'arrestation de leurs camarades. En harcelant ainsi les conseils, le gouvernement a emp&#234;ch&#233; leur travail. Ensuite, il accusait : &#034;Voil&#224;, le conseil ouvrier ne travaille pas, il fomente le m&#233;contentement, il ne fait que prendre le salaire, mais ne travaille pas.&#034; Par exemple, une nuit, on a arr&#234;t&#233; le pr&#233;sident du conseil ouvrier de la Fabrique de Wagon Ganz. D&#232;s le lendemain, S&#225;ndor nous racontait au Parlement qu'il le connaissait bien, qu'il &#233;tait un fasciste, etc. En un mot, le gouvernement faisait tout pour calomnier les conseils, emp&#234;cher leur travail, il n'&#233;vitait qu'une chose : de parler quand on r&#233;clamait le retrait des troupes sovi&#233;tiques. Alors, nous n'avions pas le choix. Il fallait rendre compte devant les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tout le pays afin de prendre les d&#233;cisions susceptibles d'&#233;claircir la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est moi, qui fut charg&#233; d'organiser la r&#233;union secr&#232;te. Pas un des membres du Conseil, pas m&#234;me le pr&#233;sident, ne devait en conna&#238;tre les d&#233;tails. Je convoquai mes gens pour la nuit du 7 au 8 d&#233;cembre, comme pour une r&#233;union normale, mais en pr&#233;voyant que personne ne rentrerait chez lui avant la tenue de la r&#233;union secr&#232;te. Il y avait un dortoir au syndicat du b&#226;timent, nous y pass&#226;mes la nuit et, &#224; 7 heures du matin, je fis distribuer les invitations. Un incident f&#226;cheux se produisit alors : le d&#233;l&#233;gu&#233; du 9&#232; arrondissement, qui &#233;tait de la police, porta directement l'invitation &#224; ses sup&#233;rieurs, place Deak. On transmit le document &#224; S&#225;ndor, &#233;missaire de K&#225;d&#225;r, qui m'appela imm&#233;diatement au t&#233;l&#233;phone ; &#034;Nous venons d'apprendre&#034;, me dit-il, &#034;que vous voulez cr&#233;er un Conseil National Ouvrier. Allez-vous tenir une r&#233;union dans ce but, oui ou non ? C'est de la r&#233;ponse que d&#233;pend la r&#233;action des services du maintien de l'ordre.&#034;. Force me fut de nier et je mis aussit&#244;t mes camarades au courant de la situation. &#034;Nous avons commenc&#233; ensemble&#034;, me dirent-ils, &#034;nous allons continuer ensemble&#034;, et nous d&#233;cid&#226;mes de tenir la r&#233;union sans plus tarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s de province &#233;taient pr&#233;sents. Il s'&#233;lev&#232;rent avec indignation contre les actions terroristes du gouvernement pour intimider les ouvriers. Les mineurs de Salg&#243;terj&#225;n &#233;taient les plus d&#233;termin&#233;s &#224; recourir &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Les rapports des dirigeants du Conseil Central Ouvrier, d&#233;clar&#232;rent-ils, prouv&#232;rent indubitablement que le gouvernement se moquait des revendications ouvri&#232;res, et qu'&#224; l'abri des ba&#239;onnettes sovi&#233;tiques, il se jouait de nous. Tous le monde tomba d'accord, et la seule question qui soulev&#226;t une discussion &#233;tait de savoir si la gr&#232;ve serait de 24 ou de 48 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous d&#233;lib&#233;rions, le d&#233;l&#233;gu&#233; de Salg&#243;tarj&#225;n fut appel&#233; au t&#233;l&#233;phone. On l'informa que quelque 600 manifestants s'&#233;taient rendus devant le b&#226;timent du conseil local o&#249; le commandement sovi&#233;tique gardait &#224; vue des membres du Conseil Ouvrier de la ville mini&#232;re. Les manifestants r&#233;clamaient leur lib&#233;ration. Tout &#224; coup, des soldats sovi&#233;tiques et des gardes &#224; la &#034;poufa&#239;ka&#034; post&#233;s sur le toit avaient ouvert le feu, et on avait relev&#233; une trentaine de victimes, bless&#233;s ou morts. Cette nouvelle fut comme de l'huile sur le feu. Une temp&#234;te d'indignation balaya la salle et nous tomb&#226;mes d'accord que la seule riposte possible &#233;tait la gr&#232;ve. Toutefois, le service des eaux et celui d'&#233;lectricit&#233; ne seraient pas interrompus, et les h&#244;pitaux devraient continuer de fonctionner nonobstant certaines restrictions. Nous d&#233;cid&#226;mes d'autre part de lancer un appel aux syndicats libres du monde entier pour que les travailleurs d'Occident organisent une manifestation de solidarit&#233;. Par ailleurs, nous r&#233;sol&#251;mes de ne pas proc&#233;der &#224; la cr&#233;ation d'un Conseil National, car c'e&#251;t &#233;t&#233; fournir &#224; K&#225;d&#225;r un pr&#233;texte commode pour dissoudre le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. Nous opt&#226;mes pour une gr&#232;ve de 48 heures qui serait annonc&#233;e aux ouvriers par le conseil de chaque entreprise le lundi suivant. La gr&#232;ve elle-m&#234;me se d&#233;roulerait les mardi et mercredi, 10 et 11 d&#233;cembre. Si notre appel aux syndicats libres &#224; Bruxelles e&#251;t &#233;t&#233; entendu, il aurait &#233;t&#233; certainement tr&#232;s int&#233;ressant de voir les ouvriers partout en mouvement. Surtout, si, en Occident, ils n'avaient pas &#233;t&#233; des gens mous, comme ils &#233;taient. Mais h&#233;las, je n'ai jamais entendu dire qu'ils avaient fait quelque chose de s&#233;rieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions nettement l'impression que le gouvernement K&#225;d&#225;r se pr&#233;parait &#224; frapper un grand coup pour nous &#233;craser. Nous tent&#226;mes une ultime d&#233;marche aupr&#232;s des Russes. Il nous semblait en effet que K&#225;d&#225;r et les siens n'essayaient pas seulement de nous duper, mais qu'ils voulaient aussi donner le change aux Sovi&#233;tiques. En tant que repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re hongroise, il &#233;tait de notre devoir, pensions-nous, de mettre les occupants au courant de la v&#233;ritable situation. La tension montait dans le pays et les &#233;v&#233;nements prenaient mauvaise tournure du fait de certaines forces conservatrices (les sectaires gauchistes et K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me) qui s'opposaient &#224; toute solution de bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;solution fut vot&#233;e, qui pr&#233;voyait la visite d'une d&#233;l&#233;gation au Haut Commandement sovi&#233;tique de Budapest avec lequel nous &#233;tions toujours en contact, pour lui demander de faire savoir &#224; l'ambassade que notre d&#233;l&#233;gation demandait &#224; &#234;tre entendue par le gouvernement sovi&#233;tique. De plus, nous avons r&#233;dig&#233; une lettre adress&#233;e directement &#224; Boulganine. Le Haut Commandement sovi&#233;tique devait nous d&#233;clarer que, s'agissant d'une d&#233;marche diplomatique, il &#233;tait oblig&#233; de passer par le gouvernement hongrois : au cas o&#249; celui-ci donnerait son accord, l'ambassade pourrait transmettre la demande &#224; qui de droit. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union termin&#233;e, nous nous f&#238;mes des adieux &#233;mus, car il &#233;tait possible que nous ne nous revissions plus. Nous nous prom&#238;mes de tenir bon, chacun de notre c&#244;t&#233;, et d'essayer de maintenir les conseils ouvriers dans l'esprit de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos appr&#233;hensions se trouv&#232;rent justifi&#233;es. Le 8 d&#233;cembre, un dimanche, jour o&#249; les r&#233;actions ouvri&#232;res &#233;taient le moins &#224; craindre, le gouvernement fit diffuser par la radio un communiqu&#233; pronon&#231;ant la dissolution du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. D&#232;s l'aube de ce jour, les membres du Conseil avaient &#233;t&#233; pris en chasse par la police. A cinq heures du matin, un d&#233;tachement arm&#233; se pr&#233;senta au si&#232;ge du syndicat du b&#226;timent et emmena tous ceux qui avaient pass&#233; la nuit au dortoir. Quant &#224; moi, je fus arr&#234;t&#233; vers midi. A la police, on me fit entendre l'intervention que j'avais prononc&#233;e lors de la s&#233;ance secr&#232;te, et qui avait &#233;t&#233; enregistr&#233;e au magn&#233;tophone &#224; notre insu. On me reprochait mon projet de faire appel aux ouvriers du monde entier pour une gr&#232;ve de solidarit&#233;. Je r&#233;pondis que je connaissais suffisamment la th&#233;orie marxiste pour savoir que le prol&#233;tariat du monde entier &#233;tait un et indivisible. Le policier qui m'interrogeait me r&#233;torqua qu'il ne fallait pas prendre au s&#233;rieux tout ce qu'on enseignait dans les conf&#233;rences du parti. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la nouvelle de mon arrestation, les ouvriers de mon usine se mirent imm&#233;diatement en gr&#232;ve. Un comit&#233; se forma pour obtenir ma lib&#233;ration. Bon nombre de vieux militants communistes en faisaient partie. Des d&#233;l&#233;gations se pr&#233;sent&#232;rent un peu partout y compris chez K&#225;d&#225;r, pour se porter garantes de mon honn&#234;tet&#233;. Les membres du comit&#233; avaient de bonnes relations ; certains avaient des fils vice-ministres, d'autres hauts fonctionnaires et, de fait, on me lib&#233;ra assez vite. Toutefois, on me soumit &#224; une &#233;troite surveillance polici&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les autres membres du Conseil Central ne tard&#232;rent pas non plus &#224; &#234;tre remis en libert&#233;, et j'appris bient&#244;t que le gouvernement manifestait l'intention d'instituer une certaine forme de collaboration avec nous. Mais je ne voulais plus &#234;tre dupe, je pressentais un pi&#232;ge, et d'ailleurs je me pr&#233;parais &#224; quitter le pays car je venais d'apprendre les circonstances dans lesquelles les autres dirigeants de notre Conseil, Bali et R&#225;cz, avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. A l'issue de la r&#233;union qui avait lanc&#233; l'ordre de gr&#232;ve, ils s'&#233;taient rendus &#224; l'usine Belo&#239;annis o&#249;, sous la protection de leurs camarades, ils se sentaient plus en s&#233;curit&#233; que chez eux. Le dimanche 8 d&#233;cembre, vers midi, les forces du maintien d l'ordre voulurent occuper l'usine o&#249; se trouvaient un certain nombre d'ouvriers charg&#233;s des travaux d'entretien. Ceux-ci intervinrent en faveur de Bali et de R&#225;cz. Des blind&#233;s sovi&#233;tiques arriv&#232;rent alors et cern&#232;rent l'usine. Cependant, ils n'intervinrent pas directement, bien que les ouvriers ne permissent pas aux forces du maintien de l'ordre de p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur des b&#226;timents. Jusque lundi, ouvriers et policiers se regard&#232;rent comme chiens de fa&#239;ence. Alors K&#225;d&#225;r envoya un message &#224; Bali et &#224; R&#225;cz, et aussi aux autres membres du Conseil, par exemple &#224; Karsa&#239;, les invitant &#224; se rendre au Parlement pour discuter avec lui. Apr&#232;s r&#233;flexion, les d&#233;l&#233;gu&#233;s accept&#232;rent. Bient&#244;t un autobus envoy&#233; par K&#225;d&#225;r arriva devant l'usine. Bali et R&#225;cz, ainsi que les autres, y prirent place et furent conduits au Parlement o&#249; on les mit aussit&#244;t en &#233;tat d'arrestation. A vrai dire, il virent bien K&#225;d&#225;r, mais dans un couloir, et &#233;chang&#232;rent m&#234;me quelques mots avec lui, juste avant que le premier secr&#233;taire du parti assist&#226;t, sans sourciller, &#224; leur enl&#232;vement par les policiers. Une dizaine de jours plus tard, Bali, eu &#233;gard &#224; son long pass&#233; de militant communiste, et &#224; la gr&#232;ve d&#233;clench&#233;e &#224; la suite de son arrestation, fut rel&#226;ch&#233;. (Il fut arr&#234;t&#233; de nouveau, en 1957). R&#225;cz, lui, resta en prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;pit de notre arrestation et des man&#339;uvres du gouvernement, la gr&#232;ve de 48 heures fut un succ&#232;s. En vain fit-on lire dans les usines un communiqu&#233; gouvernemental affirmant que l'appel du Conseil Central Ouvrier &#233;tait ill&#233;gal, puisque le Conseil venait d'&#234;tre dissous ; les ouvriers &#233;cout&#232;rent cette lecture en silence, ne firent aucun commentaire, rentr&#232;rent chez eux et ne revinrent pas &#224; l'usine le lendemain. La gr&#232;ve fut totale, paralysant la vie &#233;conomique jusqu'aux transports eux-m&#234;mes. C'est &#224; grand-peine que le gouvernement, sous la protection de forces arm&#233;es, put faire partir un ou deux tramways. Avec cette gr&#232;ve se terminait d'ailleurs le chapitre le plus important, peut-&#234;tre, de la r&#233;volution hongroise ; l'action des conseils ouvriers cessait, et le gouvernement entreprenait de mater la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais dire encore quelques mots de l'organisation, des projets et de quelques &#233;v&#233;nements du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. La grande majorit&#233; des membres de ce Conseil &#233;tait constitu&#233;e d'ouvriers qualifi&#233;s, mais nous comptions parmi nous quatre ou cinq ing&#233;nieurs. Parmi ces derniers, deux furent des anciens ouvriers, comme moi et Karsai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions cr&#233;&#233; au total sept sections ou commissions, dont les chefs &#233;taient en m&#234;me temps vice-pr&#233;sidents du Conseil. Ces commissions avaient pour t&#226;che d'&#233;laborer le programme des conseils ouvriers. Leurs chefs furent, outre R&#225;cz, comme pr&#233;sident, Kalocsai, Babsai, Karsai, Sebesty&#233;n, T&#246;ke, Bali. En parlant de la composition du Conseil Central, je voudrais compl&#233;ter mon t&#233;moignage. Bali et R&#225;cz sont venus de l'usine Belo&#239;annis (ancien Standard) du 11&#232; arrondissement. Tous deux serruriers-outilleurs, le dernier &#233;tait l'&#233;l&#232;ve de Bali sur le plan professionnel, mais aussi politiquement. J'ai d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; Bali qui fut notre &#034;penseur politique&#034; avec Karsa&#239;. Ce fut ce dernier surtout qui insista sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;laborer une perspective &#224; long terme, de clarifier notre propre r&#244;le tant sur le plan politique qu'&#233;conomique. A c&#244;t&#233; d'eux, R&#225;cz attira l'attention par son attitude tranchante, extr&#234;mement dure qui, li&#233;e &#224; un dynamisme exceptionnel et une sinc&#233;rit&#233; profonde, a exprim&#233; toute notre r&#233;volution. On n'aurait pas pu trouver un meilleur pr&#233;sident. Sebesty&#233;n &#233;tait ing&#233;nieur &#224; la M.O.M. (R&#233;gl&#233; d'Optique Hongroise). Pour d&#233;montrer combien il &#233;tait aim&#233; par les ouvriers, je raconte la tentative de son arrestation. Vers le 4 d&#233;cembre, en relation avec notre journal, la Gazette Ouvri&#232;re, la police vient arr&#234;ter Sebesty&#233;n dans son usine. Apprenant cette tentative, les ouvriers d&#233;clench&#232;rent imm&#233;diatement la gr&#232;ve et cern&#232;rent toute l'usine, arm&#233;s de tiges de fer et de lourds outils. A l'appel t&#233;l&#233;phonique d&#233;sesp&#233;r&#233; des policiers, bient&#244;t arriva un d&#233;tachement blind&#233; sovi&#233;tique qui, &#224; sont tour, cernait l'usine. A l'int&#233;rieur de la cl&#244;ture, il y avait les ouvriers, &#224; l'ext&#233;rieur, les blind&#233;s. On attendait. Le Conseil Ouvrier local nous a appel&#233; mais lorsque nous arriv&#226;mes, un autre groupe de &#034;poufa&#239;ka&#034; arriva &#233;galement. Leur commandant voulait parler avec autorit&#233; aux ouvriers, l'officier sovi&#233;tique arriva aussi. Chacun sut que si quelqu'un commence il y aura de la bagarre. Mais les ouvriers ne voulaient, &#224; aucun prix, donner Sebesty&#233;n ; on ne pouvait pas le toucher. Finalement, apr&#232;s l'intervention de leur haut commandement, les policiers se retir&#232;rent. Pour compl&#233;ter tout ce que j'ai dit sur les membres du Conseil, je mentionne &#233;galement ceux de Csepel, par exemple, Kl&#233;ger et Szen&#246;czei, arriv&#233;s apr&#232;s l'&#233;viction de D&#233;venyi, le d&#233;l&#233;gu&#233; des Chemins de Fer, Mester, Varga, charg&#233; de relations avec le commandement sovi&#233;tique et autres membres, charg&#233;s de t&#226;ches vari&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensions que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le r&#244;le des conseils ouvriers serait de diriger la production, de prendre possession des usines pour le compte des ouvriers et de cr&#233;er des conditions dans lesquelles le Conseil Ouvrier pourrait fonctionner ind&#233;pendamment de tout autre organisation, qu'il s'agisse de gouvernement, de parti ou de syndicat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous esp&#233;rions que le r&#233;gime, une fois consolid&#233;, pourrait instituer un syst&#232;me politique bas&#233; sur deux Chambres ; la premi&#232;re, l&#233;gislative, assumerait la direction politique du pays ; la seconde s'occuperait de l'&#233;conomie et des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re. Les membres de la deuxi&#232;me Chambre seraient &#233;lus parmi les producteurs, c'est-&#224;-dire parmi les membres des conseils ouvriers, sur la base d'&#233;lections d&#233;mocratiques. Notre intention n'&#233;tait pas de pr&#233;tendre, pour les conseils ouvriers, &#224; un r&#244;le politique. Nous pensions g&#233;n&#233;ralement que, de m&#234;me qu'il fallait des sp&#233;cialistes &#224; la direction de l'&#233;conomie, de m&#234;me la direction politique devait &#234;tre assum&#233;e par des experts. Nous tenions, par contre, &#224; contr&#244;ler nous-m&#234;mes tout ce qui nous concernait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autour de ces questions il y eut des discussions. En discutant des questions d'organisation du Conseil Central du Grand-Budapest, nous &#233;voquions aussi son avenir. A notre avis, pour que le Conseil puisse remplir son v&#233;ritable r&#244;le, &#224; savoir la direction de la production, le capitalisme d'Etat, sous le contr&#244;le du parti communiste, devait dispara&#238;tre. Il fallait aussi r&#233;gler la question des syndicats. Jusqu'au 1er janvier 1957, consid&#233;r&#233; par nous comme une date limite, on devait &#233;lire, dans chaque usine, d&#233;mocratiquement, les nouvelles directions syndicales, ainsi que le sp&#233;cifient les statuts des syndicats libres. (Il y aurait incompatibilit&#233; entre l'appartenance &#224; la direction syndicale et aux conseils ouvriers.) Le Conseil Ouvrier &#233;mit le v&#339;u que les syndicats hongrois quittent la F&#233;d&#233;ration Syndicale Mondiale pour adh&#233;rer &#224; la F&#233;d&#233;ration Internationale des Syndicats Libres. Les syndicats auraient pour t&#226;che de d&#233;fendre les ouvriers sur le plan national, contre le gouvernement si besoin &#233;tait, et contre les conseils ouvriers eux-m&#234;mes si, d'aventure, ceux-ci &#233;taient en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts ouvriers. Malgr&#233; tout, syndicats et conseils ouvriers devraient collaborer dans toute la mesure du possible, quand bien m&#234;me leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats sur le plan de la production ne seraient pas toujours concordants.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la situation &#224; venir des conseils ouvriers, elle devrait &#234;tre d&#233;finie par les commissions &#233;conomique et politique du Conseil Central. Une question restait en suspens : comment le Conseil des Producteurs form&#233; de membres des conseils ouvriers pourrait avoir une certaine part &#224; la direction de l'Etat. Je dois dire franchement que nous n'e&#251;mes pas le temps d'&#233;tudier &#224; fond ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est certain, c'est que nous ne voulons plus d'un syst&#232;me gouvernant &#224; coups de d&#233;crets. L'Assembl&#233;e Nationale n'avait qu'&#224; voter des lois convenables. Evidement, pour les questions &#233;conomiques, l'Assembl&#233;e devrait consulter le Conseil des Producteurs et obtenir son approbation. Selon nos conceptions, le pays avait besoin d'une nouvelle constitution qui pr&#233;ciserait quels seraient les partis autoris&#233;s, dans quel esprit devrait travailler le gouvernement, et comment il assurerait le maintien d'une soci&#233;t&#233; socialiste. Le Conseil des Producteurs devrait fonctionner, bien entendu, selon les principes d&#233;finis dans la nouvelle constitution. Aux termes de la constitution pr&#233;c&#233;dente, les probl&#232;mes &#233;conomiques et politiques n'&#233;taient pas s&#233;par&#233;s. Quand des questions &#233;conomiques &#233;taient pos&#233;es devant le Parlement, elles &#233;taient tranch&#233;es par des sp&#233;cialistes de la politique et non par des &#233;conomistes, et ces politiciens ne prenaient pas en consid&#233;ration l'int&#233;r&#234;t des travailleurs. Une seule personnalit&#233; politique, quand elle avait du poids, pouvait diriger les affaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon nos conceptions, le Conseil des Producteurs deviendrait un organisme dirigeant la vie &#233;conomique du pays, les deux chambres jouant chacune leur r&#244;le propre, se compl&#233;tant au lieu de s'opposer. Bien que toutes nos id&#233;es sur ces points ne fussent pas d&#233;finitives, nous les consign&#226;mes dans un projet que, par la suite, la police devait exploiter contre nous. Il y &#233;tait dit que le gouvernement serait l'&#233;manation des deux chambres, ses membres se heurtant dans chacune d'elles. Certains postes ne pourraient &#234;tre attribu&#233;s qu'&#224; des sp&#233;cialistes qualifi&#233;s, de l'une ou l'autre chambre. Chacune des deux chambres pourrait mettre en &#233;chec le gouvernement, responsable devant chacune d'elles et ne pouvant se maintenir qu'avec la confiance de l'une et de l'autre. Dans la Hongrie nouvelle et d&#233;mocratique que nous imaginions, le l&#233;gislatif et l'ex&#233;cutif devaient &#234;tre rigoureusement s&#233;par&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous discut&#226;mes ainsi de la fa&#231;on dont les b&#233;n&#233;fices des usines, travaillant enfin d'une mani&#232;re rentable, seraient r&#233;partis. Nous pr&#233;voyions trois cat&#233;gories de b&#233;n&#233;ficiaires : l'Etat, l'entreprise elle-m&#234;me (r&#233;serves, &#233;quipement, roulement) et les travailleurs. Les modalit&#233;s de la distribution de cette partie des b&#233;n&#233;fices seraient d&#233;finies, chaque fin d'ann&#233;e, par le conseil d'usine. Certains d'entre nous &#233;mirent des id&#233;es aujourd'hui assez r&#233;pandues en Occident, d'un capitalisme &#034;populaire&#034; octroyant des actions aux travailleurs. Je ne puis dire comment les choses auraient &#233;volu&#233; si nous avions pu mettre nos id&#233;es en pratique. Evidemment, nous avons voulu une planification bien que diff&#233;rente de celle qui existait sous R&#225;kosi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vivions en pleine r&#233;volution et nous devions combattre. Certes, nous ne savions pas avec pr&#233;cision comment l'avenir se pr&#233;senterait, mais nous avions tous le sentiment d'&#234;tre dans la bonne voie. Dans la voie que devaient suivre les travailleurs, le pays tout entier, pour que s'&#233;panouisse la soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont ces promesses d'avenir qu'ont &#233;cras&#233;es les Russes et K&#225;d&#225;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CE QUE FURENT&lt;br class='autobr' /&gt;
LES CONSEILS OUVRIERS HONGROIS &lt;br class='autobr' /&gt;
(T&#233;moignage de Ferenc T&#246;ke, l'un des anciens vice-pr&#233;sidents&lt;br class='autobr' /&gt;
du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Paru dans la revue Etudes (Bruxelles), n&#176;3, 1960)&lt;br class='autobr' /&gt;
(Traduction revue, corrig&#233;e et compl&#233;t&#233;e)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis issu d'une famille ouvri&#232;re. Tr&#232;s jeune, j'ai commenc&#233; &#224; travailler comme apprenti &#224; l'usine d'appareils de T.S.F. ORION. Re&#231;u compagnon, je devins ajusteur-outilleur, mais d&#233;sireux de continuer des &#233;tudes qui, jusque-l&#224; avaient &#233;t&#233; tr&#232;s sommaires, je m'inscrivis &#224; des cours du soir. Gr&#226;ce &#224; quoi je fus vers&#233; dans les cadres en qualit&#233; de chronom&#233;treur, profession qui, certes, n'est pas populaire en Hongrie. N&#233;anmoins lorsque, pendant la r&#233;volution, on proc&#233;da aux &#233;lections du conseil ouvrier de mon entreprise &#8211; je travaillais alors &#224; la fabrique d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, qui employait quelques 3 000 ouvriers &#8211; je me trouvai en t&#234;te de liste avec une confortable avance de voix sur les autres. Quand ces &#233;lections provisoires furent confirm&#233;es, je voulus retirer ma candidature pour raison de sant&#233;, mais le personnel du d&#233;partement o&#249; je travaillais protesta contre cette d&#233;fection, et je fus de nouveau &#233;lu. J'ajoute que j'avais adh&#233;r&#233; au parti social-d&#233;mocrate &#224; l'&#226;ge de 16 ans, et que depuis j'ai conserv&#233; mes convictions sociales-d&#233;mocrates. Cependant, comme une grande partie des ouvriers de mon pays, j'&#233;tais devenu membre du Parti des Travailleurs Hongrois (le parti communiste). &lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais que mon t&#233;moignage ne sera pas une image compl&#232;te des conseils ouvriers ; je ne peux dire que ce que je sais. Par contre, je dirai tout sans rien ajouter, sans rien n&#233;gliger. Ce que j'ai dit, j'en prends la responsabilit&#233;. Evidemment, il est possible que, dans les d&#233;tails, concernant les dates ou autres choses, je fasse une erreur, mais du point de vue de principe et historiquement, tout se d&#233;roula tel que je le raconte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements du 23 octobre 1956, cessant de participer aux combats insurrectionnels, je me rendis &#224; mon usine. C'&#233;tait, je crois, le 25 octobre. Sur les 3.000 travailleurs de l'entreprise, quelques 800 &#233;taient r&#233;unis au foyer culturel. Sur l'estrade avaient pris place le directeur, le secr&#233;taire du parti, le pr&#233;sident du comit&#233; d'usine et quelques autres fonctionnaires, c'est-&#224;-dire les permanents. Dans la salle, des ouvriers. Les dirigeants essayaient de mettre sur pied un conseil ouvrier. En effet, le Conseil National des Syndicats venait de prendre une initiative, approuv&#233;e par le Comit&#233; Central du parti, en vertu de laquelle on devait former un conseil ouvrier dans chaque usine, afin que les travailleurs aient un droit de regard plus &#233;tendu sur la marche de l'entreprise pour qu'ils dirigent r&#233;ellement les usines. Ce fut la forme officielle des mesures prises, par lesquelles ils ont voulu garder leur place, tout comme l&#224; o&#249; &#8211; &#233;tant les initiateurs &#8211; ils pouvaient rester du c&#244;t&#233; du feu. Mais les conseils ouvriers ont &#233;t&#233; form&#233;s dans un temps critique o&#249; rien ne pouvait &#234;tre impos&#233; aux ouvriers. L'esprit libre de la r&#233;v&#233;lation fut tellement fort que l'ouvrier voulant un changement ne d&#233;sirait aucunement accepter une d&#233;cision &#233;manant de Ger&#246;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici, je dois ouvrir une parenth&#232;se consacr&#233;e aux &#233;v&#233;nements pr&#233;c&#233;dents. Au cours des semaines pr&#233;c&#233;dant la r&#233;volution du 23 octobre, l'atmosph&#232;re &#233;tait tendue &#224; l'usine. Les ouvriers, contre toute attente, beaucoup lurent les journaux affich&#233;s qui donnaient par exemple une place importante au cas de Mme Rajk. Cette derni&#232;re avait re&#231;u des autorit&#233;s 200.000 florins, en r&#233;compense, somme qu'elle avait remis imm&#233;diatement aux Coll&#232;ges Populaires. Sa d&#233;claration disant qu'on ne peut effacer les ann&#233;es de souffrance par aucun argent a fait un tel bruit dans l'usine que les ouvriers se groupant devant les journaux ne parl&#232;rent que de cela, pendant des heures. Le proc&#232;s des participants &#224; l'&#233;meute de Poznan en Pologne dont la presse hongroise a largement diffus&#233; les d&#233;bats fit &#233;galement grand bruit. Et en particulier, la conclusion du proc&#232;s annon&#231;ant que l'A.V.H. polonais avait &#233;t&#233; le principal fautif en tirant sur les masses. Je dois parler aussi des articles de journaux, au cours de presque toute l'ann&#233;e, et particuli&#232;rement des d&#233;clarations des &#233;crivains. Les articles furent affich&#233;s et les ouvriers les ont imm&#233;diatement discut&#233;s. Contrairement aux ann&#233;es apolitiques suivant 1948, les ouvriers &#233;taient politiquement tr&#232;s actifs. Ils ont commenc&#233; &#224; discuter politique, d'une mani&#232;re particuli&#232;rement active, bien que ces discussions ne tendissent &#224; aucun but pr&#233;cis. Ils ne parlaient que des &#233;v&#233;nements pr&#233;sents.&lt;br class='autobr' /&gt;
On sait que les discours prononc&#233;s aux d&#233;bats du Cercle Pet&#246;fi n'ont pas &#233;t&#233; publi&#233;s officiellement, mais il y eut beaucoup de participants et les choses dites ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans les usines. Je dois dire que beaucoup d'ouvriers qui suivaient les cours du soir &#224; l'Universit&#233; Technique furent mis en contact avec ces d&#233;bats. Par leur interm&#233;diaire, les ouvriers en furent inform&#233;s, il s'ensuivait des discussions anim&#233;es. L'atmosph&#232;re politique &#233;tait tendue, car un air libre avait travers&#233; les usines, contre la pression &#233;touffante du parti. On a donc favorablement accueilli dans l'usine chaque manifestation du Cercle Pet&#246;fi, les travailleurs ont fait comme leur toute cette affaire. S'il avait &#233;t&#233; possible, chacun d'entre eux y aurait particip&#233;. Je puis affirmer que si l'on avait pu organiser un tel d&#233;bat dans l'usine, 2.800 sur 3.000 travailleurs y auraient particip&#233;, sans aucune agitation du parti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois mentionner, parmi les faits et &#233;v&#233;nements qui ont contribu&#233; &#224; &#233;veiller l'int&#233;r&#234;t politique des ouvriers, la r&#233;union des membres du parti, au mois de juillet. A cette r&#233;union, le secr&#233;taire du parti a annonc&#233; la r&#233;habilitation de Rajk et expliqu&#233; les raisons de la d&#233;mission de R&#225;kosi. La d&#233;claration finale du secr&#233;taire du parti : &#034;camarades, on n'a pas besoin d'intervention, aujourd'hui nous n'en voulons entendre aucune, rentrez sagement chez vous&#034; provoqua un effet bizarre m&#234;l&#233; &#224; un sentiment p&#233;nible, car auparavant, il &#233;tait quasi obligatoire de prendre la parole. Cette fois-ci, on leur clouait le bec. Par la suite, tous ceux qui commenc&#232;rent &#224; parler dans l'usine, furent brim&#233;s, on leur conseillait de laisser tomber l'affaire Rajk.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les organes officiels tels que le secr&#233;tariat du parti, la direction de l'usine, etc, emp&#234;ch&#232;rent par tous les moyens la diffusion du contenu des d&#233;bats qui d&#233;j&#224; animaient le pays. Ce fut ainsi le 22 octobre, lorsque les d&#233;l&#233;gu&#233;s de la jeunesse vinrent &#224; l'usine, et demand&#232;rent l'organisation locale de D.I.S.Z. (Jeunesse Communiste) de convoquer les ouvriers &#224; la salle de culture pour leur parler de la position et des revendications de la jeunesse. La direction de D.E.S.Z. fut favorable &#224; cette demande, mais celle de l'union et le secr&#233;tariat du parti s'y oppos&#232;rent. Les ouvriers d&#233;j&#224; &#224; ce moment protest&#232;rent contre cette attitude.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; l'ambiance des usines, avant le 23 octobre. Dans ces conditions, tout le monde &#233;tait politiquement actif, car les ouvriers avaient l'espoir de trouver une issue &#224; l'&#233;tat intenable dans lequel &#233;tait plong&#233; le pays, pendant les derni&#232;res ann&#233;es. C'est pourquoi, il &#233;tait tr&#232;s int&#233;ressant de voir l'activit&#233; des ouvriers et leur r&#233;action &#224; la d&#233;cision du Conseil National des Syndicats sur les conseils ouvriers. Ils ont donn&#233; un autre sens &#224; cette d&#233;cision, contraire aux d&#233;sirs du parti et des Syndicats. Bien entendu, la direction souhaitait imposer ses candidats. Mais les ouvriers ne l'entendaient pas de cette oreille et seuls furent &#233;lus les candidats pr&#233;sent&#233;s par eux. Ils avaient pris au s&#233;rieux la d&#233;cision qui, en particulier, d&#233;clarait que les conseils doivent &#234;tre fond&#233;s par les ouvriers, ces derniers doivent y jouer le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant. Devant la tournure des &#233;v&#233;nements, les cadres dirigeants d&#233;missionn&#232;rent de leur propre gr&#233;. Aucun d'eux, d'ailleurs, ne fut chass&#233; de l'usine. Le directeur, arguant de sa qualification d'ajusteur-outilleur et du fait qu'il avait &#233;t&#233; employ&#233; en cette qualit&#233; dans l'entreprise, demanda &#224; &#234;tre reclass&#233; dans sa sp&#233;cialit&#233;. Les ouvriers y consentirent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil ouvrier ainsi &#233;lu comprenait 25 membres environ. Chaque d&#233;partement de l'usine en avait &#233;lu deux ou trois. Ceux qui venaient des ateliers &#233;taient tous des manuels, ceux qui repr&#233;sentaient les bureaux &#233;taient des employ&#233;s. Au total, 19 des membres du conseil &#233;taient des manuels. Nous l'avons consid&#233;r&#233; comme conseil provisoire, car de 3.000 travailleurs n'&#233;taient pr&#233;sents que 800.&lt;br class='autobr' /&gt;
Etant donn&#233; la situation g&#233;n&#233;rale tr&#232;s confuse, et les d&#233;clarations plut&#244;t vagues du gouvernement, on d&#233;cida de ne pas reconna&#238;tre ce dernier jusqu'&#224; plus ample inform&#233; et de poursuivre une gr&#232;ve qui &#233;tait un &#233;tat de fait. Le conseil ouvrier fut charg&#233; d'&#233;tablir un cahier de revendications qui devait &#234;tre approuv&#233; par les ouvriers, puis transmis au gouvernement. Au nombre des revendications figuraient : le retrait des troupes sovi&#233;tiques de Hongrie &#8211; donc l'ind&#233;pendance du pays &#8211; et le maintien au pouvoir d'un gouvernement Imre Nagy auquel seuls participeraient ceux qui jouissaient de la confiance du peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je dois pr&#233;ciser que 50 % environ des membres du conseil ouvrier &#233;taient des jeunes, de 23 &#224; 28 ans. Ils avaient particip&#233; aux diverses actions r&#233;volutionnaires, aux manifestations, au d&#233;boulonnage de la statue de Staline, aux combats devant la Radio, etc. Quelques-uns avaient suivi des cours du soir &#224; l'Universit&#233;. Par leur envergure et leur esprit r&#233;volutionnaire, ils avaient r&#233;ussi &#224; entra&#238;ner les travailleurs de l'usine. Les travailleurs plus &#226;g&#233;s avaient souvent dit que si les jeunes &#233;taient capables de d&#233;clencher une telle lutte glorieuse, ils seraient certainement capables et dignes de repr&#233;senter les travailleurs. Parmi ces &#034;anciens&#034;, on comptait chez nous de nombreux militants syndicalistes ; certains avaient fait de la prison sous l'ancien r&#233;gime, voire sous R&#225;kosi, mais pour la plupart ils &#233;taient d'avis que c'&#233;tait aux jeunes de prendre la rel&#232;ve. Puisqu'ils avaient &#233;t&#233; capables de soutenir un combat aussi difficile que celui qui venait de se d&#233;rouler, ils &#233;taient dignes de repr&#233;senter leurs camarades. Pour un membre du conseil, le fait d'appartenir au parti (communiste) n'avait aucune importance. Chacun savait que j'&#233;tais membre du parti, et cela ne m'avait pas emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre &#233;lu. Les 90 % des membres du conseil appartenaient d'ailleurs au parti, et plusieurs d'entre eux &#233;taient des militants actifs. Mais les ouvriers avaient confiance en eux, car ils savaient qu'ils avaient toujours d&#233;fendu leurs int&#233;r&#234;ts. Tout ce qu'on leur demandait, c'&#233;tait un pass&#233; irr&#233;prochable. C'est pourquoi, on examinait soigneusement le vie des candidats, leur imposant des interrogatoires serr&#233;s devant tous les ouvriers, au moment de l'&#233;lection. On leur posait des questions sur leurs ant&#233;c&#233;dents, les pressant d'avouer les fautes commises dans le pass&#233;. C'est ainsi, par exemple, qu'un ouvrier &#224; reconnu avoir &#233;t&#233; m&#234;l&#233; &#224; une histoire d'argent. L'assembl&#233;e, le remerciant de sa sinc&#233;rit&#233;, passa au suivant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, dans toutes les usines de Budapest, je crois, des conseils ouvriers furent cr&#233;&#233;s. Les ouvriers de la capitale hongroise savaient qu'en Yougoslavie des conseils ouvriers &#233;taient &#224; la t&#234;te des usines. Puisque, dans ce pays, des ouvriers pouvaient se consid&#233;rer comme les vrais propri&#233;taires des usines, pourquoi, se disaient-ils, la chose ne serait-elle pas possible en Hongrie ? D'autre part, ils souhaitaient que ces conseils ouvriers soient vraiment faits &#224; leur image. Et la cr&#233;ation des conseils s'&#233;tendit progressivement de Budapest &#224; tout le territoire du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre, les conseils &#233;taient partout en place et commen&#231;aient &#224; fonctionner. En m&#234;me temps, on commen&#231;ait &#224; relever de leurs fonctions les anciens dirigeants. Les ouvriers r&#233;clamaient la d&#233;centralisation industrielle, ce qui, sur le plan pratique, signifiait que l'usine deviendrait la propri&#233;t&#233; effective de ceux qui y travaillaient, mais qu'une part des b&#233;n&#233;fices serait r&#233;serv&#233;e &#224; l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre usine, nous avons commenc&#233; de processus d&#232;s le 30 ou 31 octobre, un mardi. Avec une d&#233;l&#233;gation, je me suis rendu au Parlement pour un entretien avec Zoltan Tildy afin de soumettre un m&#233;morandum &#224; Imre Nagy. On venait justement de lire &#224; la radio les d&#233;clarations de Nagy, de Tildy et de K&#225;d&#225;r. Nous venions d'acqu&#233;rir la conviction que le gouvernement &#233;tait d&#233;sormais ma&#238;tre de la situation. Nous d&#233;cid&#226;mes de retourner &#224; l'usine et de demander aux ouvriers de reprendre le travail. Nous lan&#231;&#226;mes un appel &#224; la radio les invitant &#224; se retrouver devant leurs &#233;tablis le 5 novembre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, d&#232;s le 2 et le 3, nombreux &#233;taient les travailleurs qui s'&#233;taient pr&#233;sent&#233;s pour aider &#224; r&#233;parer les d&#233;g&#226;ts, car il y en avait eu. On avait l'impression qu'ils se rendaient compte qu'ils travaillaient maintenant pour eux. Quelques-uns me dirent que jusqu'ici tous les concours d'&#233;mulation avaient &#233;t&#233; organis&#233;s sous la contrainte. Mais si les &#233;v&#233;nements suivaient le cours qu'ils venaient de prendre, eux-m&#234;mes organiseraient l'&#233;mulation au travail, et ils obtiendraient des rendements effectifs comme on n'en avait jamais vus. Le samedi 3 novembre, les travailleurs de l'usine prirent la d&#233;cision de reprendre le travail, le lundi suivant. Lors de cette r&#233;union, nous avons d&#233;sign&#233; l'&#233;quipe dirigeante de chaque atelier, ordonn&#233; l'organisation du travail de fa&#231;on &#224; &#233;viter tout &#224;-coups dans la production. A la fin de la journ&#233;e, nous nous sommes s&#233;par&#233;s avec la volont&#233; de commencer la production le surlendemain. Nous avons essay&#233; d'&#233;viter la l&#233;g&#232;ret&#233; fatale de tout transformer d'un seul coup, car les ouvriers savaient qu'un des vices du r&#233;gime rakosiste fut le changement et le remplacement continuels des dirigeants techniques. Nous avons voulu voir comment fonctionnait le m&#233;canisme apr&#232;s avoir supprim&#233; quelques postes consid&#233;r&#233;s comme importants. Nous aurions ensuite la possibilit&#233; de rectifier les fautes de d&#233;tail, de supprimer les bureaux hors proportion, d'&#233;vincer les mouchards et de pourvoir l'usine de cadres techniques qualifi&#233;s. Notre but fut donc de ne pas bouleverser la vie de l'usine du jour au lendemain mais d'assurer une transition calme et graduelle &#224; la production normale. Dans leur m&#233;morandum adress&#233; au gouvernement, les ouvriers ont exprim&#233; le d&#233;sir de devenir propri&#233;taires de l'usine ; ils voulaient la diriger comme &#233;tant la leur et la maintenir en bon &#233;tat. Le Conseil Ouvrier ne pouvait prendre aucune mesure irr&#233;fl&#233;chie, car il devait imm&#233;diatement en r&#233;pondre devant les travailleurs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Conseil Ouvrier fut constitu&#233; de telle mani&#232;re que, sauf son pr&#233;sident et son secr&#233;taire, il ne comportait aucun membre permanent. Chacun de ses membres devait participer &#224; la production avec les autres ouvriers et, apr&#232;s le travail, assurer le fonctionnement du Conseil, tenir les r&#233;unions, etc. Les membres du Conseil devaient rendre compte, chaque jour, des &#233;v&#233;nements politiques, des affaires de l'usine et de leur propre travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre au matin, nous f&#251;mes r&#233;veill&#233;s par la canonnade sovi&#233;tique. La deuxi&#232;me intervention sovi&#233;tique allait bouleverser tous nos plans. Du coup, les ouvriers des usines se retrouv&#232;rent en &#233;tat de gr&#232;ve : nous avions convenu en effet que si les &#233;v&#233;nements contraires survenaient, la gr&#232;ve serait poursuivie sans qu'on ait besoin de prendre une nouvelle d&#233;cision &#224; ce sujet. Les ouvriers se servaient maintenant de la seule arme dont ils disposaient contre le gouvernement K&#225;d&#225;r impos&#233; par les Russes, comme ils avaient utilis&#233; la gr&#232;ve contre le gouvernement Nagy lui-m&#234;me tant qu'ils avaient eu l'impression que la situation confuse du pays le justifiait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre, jour de la seconde intervention, de nombreux ouvriers vinrent aux nouvelles &#224; l'entreprise. Ils ne savaient que penser, car les &#233;missions de la radio ne leur permettaient pas de comprendre l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une chose &#233;tait claire : le nouveau gouvernement &#233;tait sans pouvoir. Il invitait les ouvriers &#224; reprendre le travail, mais ceux-ci ne manifestaient nullement l'intention d'ob&#233;ir. D'autre part, il &#233;tait &#233;vident que la population laborieuse ne pouvait rester ind&#233;finiment les bras crois&#233;s. Ni les ouvriers en particulier, ni la population en g&#233;n&#233;ral n'avaient suffisamment de r&#233;serves pour soutenir une gr&#232;ve qui pouvait durer plusieurs mois. L'argent manquait cruellement. Quoi qu'il en soit, les ouvriers estim&#232;rent qu'en restant group&#233;s sur leur lieu de travail ils pourraient exercer une certaine pression sur le gouvernement. Ils esp&#233;raient aussi persuader les troupes sovi&#233;tiques que leur action hostile se heurtait aux volont&#233;s unanimes du peuple hongrois. Enfin, ils d&#233;siraient en arriver &#224; un modus vivendi avec les dirigeants d'alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aucune tendance r&#233;actionnaire ne se manifesta pendant toute la dur&#233;e de la gr&#232;ve. Jamais, &#224; aucun moment, il ne fut question d'un retour &#233;ventuel des anciens propri&#233;taires. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les ouvriers r&#233;clamaient du nouveau. Ils ne pensaient pas &#224; copier le mod&#232;le yougoslave, pas plus qu'ils ne songeaient &#224; s'inspirer du syst&#232;me am&#233;ricain ou occidental. Ce fut cette immense force qui aboutit &#224; la formation d'un Conseil Central Ouvrier, en d&#233;pit de la menace que faisaient peser les ba&#239;onnettes sovi&#233;tiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chez nous, &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, les aspirations des travailleurs se pr&#233;cis&#232;rent d&#232;s la premi&#232;re s&#233;ance du Conseil Ouvrier. Elles s'opposaient radicalement aux intentions du gouvernement. Celui-ci voulait en effet que les conseils ouvriers se cantonnent dans des fonctions purement &#233;conomiques. Alors que les conseils ouvriers, eux, r&#233;clamaient en plus un r&#244;le politique, au moins tant que les ouvriers ne disposeraient pas d'une repr&#233;sentation politique proprement dite. C'est pourquoi, notre projet de programme &#233;labor&#233; a contenu &#233;galement des revendications politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce projet a pris naissance de la mani&#232;re suivante : au cours des r&#233;unions, les membres du Conseil se faisaient les interpr&#232;tes des revendications de leurs camarades, puis s'ouvrait un d&#233;bat auquel les ouvriers pouvaient prendre part. Ensuite, on votait des r&#233;solutions. L'une d'entre-elles, adopt&#233;e &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, stipulait qu'aucun des anciens propri&#233;taires ne pourrait &#234;tre rappel&#233;, et que l'usine serait la propri&#233;t&#233; exclusive des ouvriers. On ne pu cependant pr&#233;ciser &#8211; faute de temps &#8211; la fa&#231;on dont s'exercerait ce droit de propri&#233;t&#233;. Diff&#233;rentes solutions furent envisag&#233;es, l'une entre autres qui pr&#233;conisait l'&#233;mission d'actions. Mais la question resta en suspens. D'autres questions furent r&#233;solues sans &#233;quivoque : on d&#233;cida par exemple qu'aucune organisation politique ne porrait se d&#233;velopper &#224; l'int&#233;rieur de l'usine m&#234;me pas celles relevant des futures partis ouvriers. Le syndicat seul aurait le privil&#232;ge de l'organisation, mais il devrait &#234;tre ind&#233;pendant des partis. L'opinion g&#233;n&#233;rale voulait que les syndicats se forment d&#232;s que possible afin que les ouvriers disposent d'une organisation qui d&#233;fende r&#233;ellement leurs int&#233;r&#234;ts. En ce qui concerne le nouveau r&#233;gime, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, notre projet de programme stipulait que la repr&#233;sentation politique est l'affaire des partis politiques, les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques celle des syndicats ; alors que la production appartient &#224; la classe ouvri&#232;re enti&#232;re repr&#233;sent&#233;e comme telle dans les conseils. En aucun cas, on ne tol&#233;rerait une tendance favorable au r&#233;gime du parti unique. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les ouvriers d&#233;siraient que les partis ayant particip&#233; &#224; la coalition gouvernementale entre 1945 et 1947 &#8211; c'est-&#224;-dire ceux qui &#233;taient favorables &#224; l'instauration d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, par opposition &#224; la soci&#233;t&#233; capitaliste &#8211; puissent prendre part aux &#233;lections. Tous ces partis &#233;taient favorables &#224; la r&#233;forme agraire, &#224; une certaine gestion socialiste de l'industrie, au respect de la libert&#233; et de la dignit&#233; humaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne sugg&#233;ra que les conseils ouvriers eux-m&#234;mes pourraient &#234;tre la repr&#233;sentation politique des ouvriers. Ceux-ci se rendaient parfaitement compte que l'entreprise, en tant qu'employeur, ne pouvait repr&#233;senter leurs int&#233;r&#234;ts politiques. Le trait le plus absurde du syst&#232;me qui venait d'&#234;tre renvers&#233; n'&#233;tait-il pas pr&#233;cis&#233;ment que l'employeur fut en m&#234;me temps le repr&#233;sentant des ouvriers ? Certes, comme je viens de le dire, le Conseil Ouvrier devait remplir certaines fonctions politiques, car il s'opposait &#224; un r&#233;gime et les ouvriers n'avaient pas d'autre repr&#233;sentation, mais dans l'esprit des travailleurs, c'&#233;tait &#224; titre provisoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cet &#233;gard, il convient d'apporter certaines pr&#233;cisons. La situation ne fut pas la m&#234;me pendant la r&#233;volution et apr&#232;s son &#233;crasement. Pendant la r&#233;volution, surtout apr&#232;s la clarification du r&#244;le du gouvernement Imre Nagy, il ne fut pas question d'un r&#244;le politique pour les conseil ouvriers. Il &#233;tait entendu que ce r&#244;le incombait au diff&#233;rents partis politiques. Par contre, apr&#232;s le 4 novembre 1956, une tendance se dessina pour sugg&#233;rer une fonction politique aux conseils ouvriers, pendant un temps ind&#233;fini. En effet, il n'existait dans le pays aucune autre organisation en laquelle les ouvriers puissent avoir confiance. Quoi qu'il en soit, aucune consid&#233;ration de parti ne joua lors de la cr&#233;ation des conseils, seuls comptaient l'int&#233;r&#234;t de l'usine, l'aptitude et les connaissances professionnelles. La solution des questions politiques r&#233;sum&#233;es dans nos revendications revenait au gouvernement. Les ouvriers ne pensaient pas que cette t&#226;che incombait aux conseils ouvriers mais ceux-ci devaient les transmettre au gouvernement et veiller &#224; ce que les organes comp&#233;tents les r&#233;alisent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la seconde intervention sovi&#233;tique, le projet de cr&#233;ation d'un Conseil Central Ouvrier ne fut m&#234;me pas formul&#233;. L'id&#233;e ne fut lanc&#233;e que pendant les journ&#233;es confuses qui suivirent &#224; 4 novembre. Le pays fut sans ma&#238;tre, le gouvernement n'existait pas en r&#233;alit&#233;, le peu d'employ&#233;s ayant la confiance des soldats russes circulaient en voiture blind&#233;es. Il est caract&#233;ristique que les membres du r&#233;gime renvers&#233; contraints par les ouvriers &#224; la d&#233;mission, n'osaient pas revenir aux usines. Les ouvriers ne les auraient pas tol&#233;r&#233;s m&#234;me apr&#232;s l'agression sovi&#233;tique. Ils n'osaient m&#234;me pas commencer &#224; organiser leur parti, puisque K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me d&#233;clarait que le pass&#233; ne devait pas revenir, que la vie du pays &#233;tait inconcevable sans le fonctionnement de plusieurs partis, etc. Ils n'&#233;taient donc ma&#238;tres de rien, m&#234;me de leurs propres organismes. Les ouvriers, en effet, constataient par eux-m&#234;mes une d&#233;sorganisation g&#233;n&#233;rale, l'&#233;tat lamentable des usines que personne n'entretenait plus, sans parler de l'arr&#234;t total de la production. On assista bient&#244;t &#224; des tentatives pour coordonner sur le plan d'arrondissement l'activit&#233; des divers conseils &#224; Csepel, dans les 13e et 14e arrondissements. C'est ainsi que naquirent les premiers conseils d'arrondissement. Dans chaque arrondissement, les usines d&#233;cid&#232;rent de former des conseils d'usine, l'unification des r&#233;solutions et, bien entendu, les &#233;changes d'informations. Comme les ouvriers &#233;taient conscients de leur opposition au gouvernement, ils se rendaient compte que plus leur organisation serait vaste et plus elle aurait d'influence.&lt;br class='autobr' /&gt;
A ce moment-l&#224;, les ouvriers hongrois &#233;taient persuad&#233;s qu'il fallait faire quelque chose, car le pays n'avait pas de v&#233;ritable ma&#238;tre. Certes, 200 000 soldats sovi&#233;tiques &#233;taient stationn&#233;s en Hongrie, certes le gouvernement K&#225;d&#225;r existait, mais son autorit&#233; ne d&#233;passait pas les limites du Parlement. Les membres du gouvernement n'osaient pas sortir de cette enceinte, s&#251;rs de se heurter partout &#224; la haine de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation chaotique, une t&#226;che urgente s'imposait : venir &#224; l'aide de ceux &#8211; ils &#233;taient des milliers et des milliers &#8211; qui &#233;taient rest&#233;s sans abri &#224; la suite des destructions insens&#233;es op&#233;r&#233;es par les Russes. Un gros effort de coordination s'imposait ; les besoins se faisaient d'heure en heure plus pressants. On envisagea de r&#233;unir dans une assembl&#233;e commune les conseils ouvriers des diff&#233;rents arrondissements de Budapest et ceux des plus grosses entreprises. Le Conseil Ouvrier d'Ujpest vota m&#234;me une r&#233;solution dans ce sens. De fait, une assembl&#233;e de ce genre fur organis&#233;e le 13 novembre. J'y pris part personnellement, voici dans quelles circonstances : une r&#233;union se tint d'abord &#224; l'usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, &#224; laquelle assist&#232;rent 800 ouvriers environ. Cette r&#233;union approuva la composition du Conseil Ouvrier &#233;lu sous la r&#233;volution, ainsi que les r&#233;solutions prises par ce Conseil. On d&#233;cida de maintenir les r&#233;solutions pr&#233;c&#233;demment vot&#233;es, de ne pas reconna&#238;tre le gouvernement K&#225;d&#225;r comme gouvernement l&#233;gal du pays, et de poursuivre la gr&#232;ve tant que les troupes sovi&#233;tiques stationneraient en Hongrie. Puis on &#233;lut un d&#233;l&#233;gu&#233; qui repr&#233;senterait l'usine &#224; la r&#233;union des conseils ouvriers de l'arrondissement. Cette &#233;lection se d&#233;roula d&#233;mocratiquement, tous les assistants y particip&#232;rent et pas seulement les membres du Conseil. Je fus &#233;lu. La r&#233;union commune des conseils de l'arrondissement eut alors lieu. Elle se d&#233;roula dans notre usine, et je fus &#233;lu, une fois de plus, avec mission de participer, au nom des usines de l'arrondissement, &#224; une assembl&#233;e plus large qui devait se d&#233;rouler &#224; la mairie d'Ujpest.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque, avec les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s, nous arriv&#226;mes &#224; la mairie d'Ujpest nous la trouv&#226;mes occup&#233;e par les troupes sovi&#233;tiques. Impossible d'y organiser la r&#233;union. Le Conseil Ouvrier de l'usine Egyes&#252;lt Izz&#242; nous offrit alors l'hospitalit&#233;. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s gagn&#232;rent cette entreprise en ordre dispers&#233; et nous t&#238;nmes alors notre premi&#232;re r&#233;union, avec la participations des repr&#233;sentants des plus grosses usines. Cela se passait le 14 novembre &#224; 16 heures. Tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s reconnurent la n&#233;cessit&#233; de cr&#233;er un Conseil Central Ouvrier afin d'organiser les conseils d'arrondissement et de grandes usines, mais les avis diff&#233;r&#232;rent quant aux modalit&#233;s d'application pratique. Pendant la r&#233;union, S&#225;ndor Bali, d&#233;l&#233;gu&#233; de l'usine Belo&#239;annis (anciennement Standard), prit la parole. Il d&#233;clara qu'il venait du Parlement o&#249; il avait particip&#233; &#224; un entretien avec J&#225;nos K&#225;d&#225;r, entretien auquel avaient &#233;galement pris part les repr&#233;sentants des Aci&#233;ries Hongroises, du Combinat Sid&#233;rurgique et M&#233;tallurgique de Csepel, de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale de Csepel, etc&#8230; Lecture avait &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; K&#225;d&#225;r des revendications ouvri&#232;res. Je dois pr&#233;ciser que ces revendications ne diff&#233;raient gu&#232;re d'une usine, d'un arrondissement &#224; l'autre : retrait des troupes sovi&#233;tiques, &#233;lections au scrutin secret sur la base du syst&#232;me multi-partis, formation d'un gouvernement d&#233;mocratique, propri&#233;t&#233; r&#233;ellement socialiste des usines et nullement capitaliste, maintien des conseils ouvriers, r&#233;tablissement des syndicats ind&#233;pendants, suppression des syndicats dits de &#034;transmission&#034; et aussi, je dois le souligner, respect du droit de gr&#232;ve, libert&#233; de presse, de r&#233;union, de religion, bref tous les grands objectifs de la r&#233;volution. Dans toutes les assembl&#233;es qui avaient pr&#233;sid&#233; &#224; la r&#233;daction de ces revendications, l'unanimit&#233; &#233;tait telle qu'on eut dit que les d&#233;l&#233;gu&#233;s s'&#233;taient entendus d'avance. Ce fut ainsi &#224; cette premi&#232;re r&#233;union du Conseil Central. Il y avait &#233;galement des d&#233;l&#233;gu&#233;s de province ; de Gy&#246;r, de Miskolc qui venaient pour discuter de l'unification de nos efforts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque Bali annon&#231;a que les revendications avaient &#233;t&#233; transmises &#224; K&#225;d&#225;r, l'approbation fut g&#233;n&#233;rale. Toutefois, on regretta aussit&#244;t qu'elles ne lui aient pas &#233;t&#233; soumises au nom d'un organisme central, ce qui leur aurait donn&#233; plus de poids. De toute fa&#231;on l'organisme centralis&#233; dont la cr&#233;ation &#233;tait d&#233;cid&#233;e commencerait d'agir sur la base de ces revendications, diriger l'organisation, la propagande, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bali rapporta aussi la r&#233;ponse de K&#225;d&#225;r ; &#034;vous avez le droit&#034;, avait dit celui-ci, &#034;de ne pas reconna&#238;tre mon gouvernement, cela m'importe peu. Je suis soutenu par l'arm&#233;e sovi&#233;tique, vous &#234;tes libres de faire ce que vous voulez. Si vous ne travaillez pas, c'est votre affaire. Ici, au Parlement, nous aurons toujours de quoi manger et de quoi nous &#233;clairer.&#034; K&#225;d&#225;r avait refus&#233; de recevoir plusieurs d&#233;l&#233;gations porteuses de textes qui commen&#231;aient invariablement par ces mots : &#034;Nous ne reconnaissons pas le gouvernement K&#225;d&#225;r&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la discussion qui eut lieu &#224; l'usine Egyes&#252;lt Izz&#242; d'Ujpest, plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s prirent la parole pour recommander la formation d'un Conseil National Ouvrier. Moi-m&#234;me, j'&#233;tait partisans d'un tel organisme, mais officiellement je ne pouvais faire &#233;tat que de la volont&#233; de mes mandats, qui r&#233;clamaient un Conseil Ouvrier de Grane-Budapest. Les autre d&#233;l&#233;gu&#233;s, repr&#233;sentant la plupart des entreprises d'Ujjpest et du quartier de la &#034;Terre d'Ange&#034;, &#233;taient dans mon cas. Or, les d&#233;l&#233;gu&#233;s ne pouvaient pas agir sans l'approbation de leurs mandants. Il est dommage que K&#225;d&#225;r n'ait pas assist&#233; incognito &#224; cette r&#233;union, car il aurait pris une bonne le&#231;on de d&#233;mocratie ouvri&#232;re. Et la r&#233;solution finale r&#233;clamait la cr&#233;ation d'un Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les participants furent, pour la plupart, des anciens du mouvement ouvrier et aussi des jeunes. Plusieurs avaient particip&#233; au mouvement syndical et je les connaissais personnellement. J'avais confiance en eux et je savais leur honn&#234;tet&#233;. Nous avons accept&#233; ceux qui &#233;taient propos&#233;s par eux et ainsi, mutuellement, la r&#233;union pouvait v&#233;rifier les participants. C'est ainsi qu'une atmosph&#232;re de confiance fut cr&#233;&#233;e, les interventions nous ont &#233;galement aid&#233; &#224; se conna&#238;tre les uns et les autres. Il est vrai que chacun repr&#233;sentait certains arrondissements ou usines, mais dans ces occasions, la personnalit&#233; individuelle importe &#233;galement. Nous avons constat&#233; que les huit ou neuf plus grands arrondissements de la capitale &#233;taient repr&#233;sent&#233;s par les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers dignes de confiance. On prit la d&#233;cision de descendre dans la salle de r&#233;union de Egyes&#252;lt Izz&#242; car beaucoup d'ouvriers group&#233;s dans la rue s'int&#233;ressaient &#224; la r&#233;union et revendiquaient une information. Cette salle, grande comme un th&#233;&#226;tre, &#233;tait d&#233;j&#224; archi-pleine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle r&#233;union commen&#231;a. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s, environ 40 &#224; 50, furent group&#233;s dans une petite salle contigu&#235;. Parmi eux, les envoy&#233;s des autres organisations, telles que l'Alliance des Ecrivains et le Cercle Pet&#246;fi. En g&#233;n&#233;ral, l'entente fut bonne entre les organisations r&#233;volutionnaires mais ces deux derni&#232;res nous &#233;taient les plus proches. On d&#233;signait des d&#233;l&#233;gu&#233;s charg&#233;s de parler &#224; ce grand public ouvrier. Mais, comme c'est le cas dans de tels moments, tout le monde voulut parler et une cacophonie s'ensuivit. Tous les ouvriers voulaient s'exprimer. Finalement, le d&#233;l&#233;gu&#233; de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale de Csepel, l'ing&#233;nieur chimiste Kalocsai, intervint dans le chaos g&#233;n&#233;ral : &#034;Cela ne peut pas durer ainsi, ce n'est pas une ar&#232;ne politique, ni un PEN Club ou Hyde Parc. Ceux qui ont leur mandat doivent se retirer pour travailler.&#034; Bient&#244;t, une commission d'environ 20 membres fut cr&#233;&#233;e afin de n&#233;gocier et de formuler une d&#233;cision commune &#224; pr&#233;senter au public. Parmi ces vingt, il y avait les repr&#233;sentants de la R&#233;gie Sid&#233;rurgique et M&#233;tallurgique de Csepel, nomm&#233; D&#233;v&#233;nyi, de la Raffinerie d'Huile V&#233;g&#233;tale et Csepel, Gy&#246;rgy Kalocsai, ensuite, Bali, Sebesty&#233;n, R&#225;cz, Bal&#225;zs, les repr&#233;sentants de L&#225;ng, de Egyes&#252;lt Izz&#243;, de la Fabrique de Machines de Mine de Ujpest, Arp&#225;d Bal&#225;zs, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre assembl&#233;e fut mise au courant de l'opinion des travailleurs de l'usine de m&#233;canique de pr&#233;cision de Belo&#239;annis. Bali l'a r&#233;sum&#233;e comme suit : nous ne reconnaissons pas le gouvernement K&#225;d&#225;r, comme &#233;tant l'&#233;manation de la volont&#233; du pays, ce qui ne nous emp&#234;che pas d'entrer en pourparlers avec lui. Sur le papier, au moins, il est le ma&#238;tre du pays. Il est impossible de poursuivre la gr&#232;ve, faute de r&#233;serves suffisantes. De plus, les conseils ouvriers ne peuvent poursuivre leurs activit&#233;s qu'&#224; condition de rester en contact &#233;troit avec les ouvriers. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale finirait par paralyser toute la vie du pays. Par cons&#233;quent, nous offrons &#224; K&#225;d&#225;r de reprendre le travail, le lundi 19 novembre, &#224; condition que son gouvernement s'engage &#224; entrer en pourparlers avec les Sovi&#233;tiques dans un d&#233;lai donn&#233;, pour leur retrait et qu'il garantisse la r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy au gouvernement. Bali a pr&#233;cis&#233; &#224; ce propos que lors de l'entretien entre K&#225;d&#225;r et la d&#233;l&#233;gation, K&#225;d&#225;r avait d&#233;clar&#233; aux ouvriers qui insistaient pour la r&#233;int&#233;gration de Nagy, qu'il n'y &#233;tait pas oppos&#233;, au contraire, mais qu'il ne pouvait n&#233;gocier avec lui tant qu'il resterait &#224; l'ambassade de Yougoslavie. &#034;Qu'il vienne ici, au Parlement, et nous pourrons causer utilement.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;solution finale adopt&#233;e ce jour-l&#224; reprenait la proposition des ouvriers de cette d&#233;l&#233;gation, approuv&#233;e par l'usine Bela&#239;annis quant &#224; la r&#233;int&#233;gration d'Imre Nagy au gouvernement. D'autre part, elle invitait toutes les usines de la capitale &#224; se faire repr&#233;senter au sein du Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest, faute de quoi, on ne pourrait envisager la cr&#233;ation d'un conseil national. Quelques discussions s'&#233;lev&#232;rent sur des points de d&#233;tail, mais l'unanimit&#233; se fit sans peine sur les grandes questions. Une discussion assez longue eut lieu au sujet de la gr&#232;ve. Il fut clairement dit que les ouvriers ne reprendraient le travail qu'une fois les revendications politiques satisfaites. Et que seul le Conseil Ouvrier en prendrait la d&#233;cision. K&#225;d&#225;r a d&#233;j&#224; r&#233;p&#233;t&#233; 36 fois, jusqu'&#224; ce jour, qu'il faut reprendre le travail, mais personne ne l'a &#233;cout&#233;, sauf son groupe extr&#234;mement r&#233;duit. Nous savions que la reprise du travail serait une d&#233;cision tr&#232;s impopulaire pour nous. Mais, par rapport &#224; l'avenir, elle aurait une importance capitale. Car, si nous obtenions des ouvriers la reprise du travail, nous serions en mesure de garder leur combativit&#233; et notre appel ult&#233;rieur &#224; la gr&#232;ve donnerait un caract&#232;re organis&#233; &#224; celle-ci. D'un mouvement spontan&#233; et incontr&#244;l&#233;, la gr&#232;ve deviendrait ainsi une arme redoutable et r&#233;elle de la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une d&#233;l&#233;gation de six membres fut alors d&#233;sign&#233;e pour porter la r&#233;solution &#224; K&#225;d&#225;r. On avait d&#233;cid&#233; de ne pas la rendre publique avant de conna&#238;tre les r&#233;actions de K&#225;d&#225;r. Serait-il pr&#234;t &#224; int&#233;grer Imre Nagy &#224; son gouvernement ? Car nous savions qu'Imre Nagy avait certainement ses propres conditions et, en particulier, concernant les n&#233;gociations sur le retrait des troupes sovi&#233;tiques. De toute fa&#231;on, K&#225;d&#225;r serait-il pr&#234;t &#224; entamer ces n&#233;gociations ? La d&#233;l&#233;gation devait nous rapporter des pr&#233;cisions.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque K&#225;d&#225;r re&#231;u la d&#233;l&#233;gation, il r&#233;p&#233;ta au sujet de Nagy ce qu'il avait dit pr&#233;c&#233;demment : &#034;Que voulez-vous ? Nagy se trouve dans une ambassade &#233;trang&#232;re et je ne peux pas n&#233;gocier avec lui. Qu'il vienne ici, nous parleront de tout.&#034; Par contre, il se montra enchant&#233; de la proposition concernant la reprise du travail : &#034;Je vois que vous &#234;tes des gens s&#233;rieux&#034;, dit-il en pr&#233;ludant par une flatterie. Puis il proposa qu'un contact soit &#233;tabli entre le gouvernement et le Conseil par le truchement d'un agent de liaison gouvernemental. Ce n'&#233;tait gu&#232;re tentant, car c'&#233;tait accepter les bons offices d'un commissaire du gouvernement qui finirait par fourrer son nez partout. K&#225;d&#225;r savait pertinemment que si les choses continuaient comme elles s'annon&#231;aient si bien, il n'y aurait ni plus ni moins qu'un contre-gouvernement. D'ailleurs, les autres revendications &#233;mises par les ouvriers d&#233;cha&#238;n&#232;rent sa col&#232;re. &#034;Alors quoi, c'est un contre-gouvernement que vous voulez&#034;, &#233;clata-t-il. Mais quelques paroles raisonnables le calm&#232;rent. Nous tomb&#226;mes d'accord que K&#225;d&#225;r entamerait des n&#233;gociations avec les Sovi&#233;tiques. Moyennant quelques pas dans la voie des concessions, le Conseil Ouvrier en ferait aussi de son c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les travaux du Conseil Ouvrier de Grand-Budapest commenc&#232;rent au si&#232;ge du B.E.S.Z.K.A.R.T. (Compagnie des Tramways de la Municipalit&#233; de Budapest), rue Ak&#225;cfa. Les 22 arrondissements de la capitale avaient envoy&#233; chacun un d&#233;l&#233;gu&#233; ; ceux-ci &#233;lurent un pr&#233;sident et un secr&#233;taire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s l'entretien avec K&#225;d&#225;r, le soir m&#234;me du 14 novembre, l'un des membres du Conseil Central Arp&#225;d bak&#225;zs je crois, a d&#233;clar&#233; &#224; la radio qu'un Conseil Central &#233;tait form&#233; et qu'il fallait reprendre le travail, etc. Partout, l'indignation donna l'impression que le Conseil Central &#233;tait complice avec K&#225;d&#225;r. Nous avons imm&#233;diatement pens&#233; que Bal&#225;zs &#233;tait l'homme de K&#225;d&#225;r et qu'il employait le m&#234;me syst&#232;me que G&#233;r&#246; qui, au d&#233;but de la r&#233;volution, voulait opposer les ouvriers au gouvernement Nagy en lui endossant la responsabilit&#233; de l'appel aux troupes sovi&#233;tiques. Or, pr&#233;cis&#233;ment, la reprise du travail n'impliquait pas que, de notre c&#244;t&#233;, nous reconnaissions le gouvernement. Nous avons donc pris la d&#233;cision d'&#233;carter Bal&#225;zs qui &#233;tait de surcro&#238;t le pr&#233;sident, de lier toute d&#233;claration publique &#224; une d&#233;cision pr&#233;c&#233;dente et d'envoyer imm&#233;diatement les d&#233;l&#233;gu&#233;s aux usines pour y lire devant les ouvriers de chaque usine par le pr&#233;sident qui expliquait la n&#233;cessit&#233; de la reprise du travail. Les ouvriers s'&#233;taient rendus &#224; ces raisons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons donc commenc&#233; notre travail &#224; notre si&#232;ge, bien que le v&#233;ritable travail ne s'engagea que le lundi 19 novembre. Jusque-l&#224; quelques incidents se produisirent. Les nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s, par exemple, relanc&#232;rent la discussion sur l'opportunit&#233; de la reprise du travail. Nous avons d&#251; leur expliquer que, malgr&#233; une r&#233;sistance tr&#232;s forte dans certains secteurs de la classe, il fallait reprendre le travail d'autant plus qu'il ne signifiait nullement la reconnaissance du gouvernement. Un autre incident plus grave survint, le dimanche 18 novembre. Un groupe assez important d'ouvriers s'&#233;tait rassembl&#233; devant notre si&#232;ge dans la rue Ak&#225;cfa. Quand ils apprirent que Kalocsai et moi-m&#234;me, arrivant au si&#232;ge, &#233;tions membres du Conseil Central, ils voulurent carr&#233;ment nous battre. On a pass&#233; des moments tr&#232;s difficiles d'explication ! Mais finalement, le travail fut repris, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le 19 novembre comme pr&#233;vu.&lt;br class='autobr' /&gt;
La formation du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest ne nous satisfaisait pas enti&#232;rement. Elle devait &#234;tre suivie de la cr&#233;ation d'un Conseil National que nous avons d&#233;cid&#233; de faire. Si nous vouions n&#233;gocier au nom de tous les ouvriers du pays, il fallait qu'il fussent repr&#233;sent&#233;s au sein d'un conseil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que le travail reprenait, des n&#233;gociations se d&#233;roulaient au Parlement entre les repr&#233;sentants du Conseil et du gouvernement. Pour K&#225;d&#225;r, le fait d'&#234;tre oblig&#233; de passer par le Conseil pour que la vie &#233;conomique renaisse, entra&#238;nait une &#233;norme perte de prestige ; cela l'ulc&#233;rait et il faisait tra&#238;ner en longueur les pourparlers. A cette fin, il usait d'une curieuse tactique, ne consentant &#224; n&#233;gocier que la nuit. C'&#233;tait user nos forces. Nos d&#233;l&#233;gu&#233;s se trouvaient d&#232;s le matin &#224; l'usine, l'apr&#232;s-midi ils se r&#233;unissaient dans les locaux du conseil rue Ak&#225;cfa, et c'est vers 8 heures du soir qu'ils &#233;taient convoqu&#233;s au Parlement. L&#224;, on les faisait attendre une heure ou davantage dans une grande salle ; et pendant qu'ils faisaient anti-chambre, des &#034;camarades&#034; bien v&#234;tus, soign&#233;s de leur personne, et que nul ne connaissait, venaient leur tenir compagnie. En fin de compte, chacun des ouvriers se trouvait flanqu&#233; d'un de ces beaux messieurs. Oh, ils n'&#233;taient pas agressifs. Ils venaient simplement &#034;causer&#034;, s'informer de l'&#233;tat d'esprit des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Ceux-ci, d'ailleurs, ne cachaient pas ce qu'ils avaient sur le c&#339;ur. Vers 10 ou 11 heures du soir, ils commen&#231;aient &#224; ressentir une certaine lassitude et un certain &#233;nervement &#224; la pens&#233;e qu'il leur fallait &#234;tre &#224; l'usine le lendemain matin &#224; 6 ou 7 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors ces jeunes gens s'en allaient, et paraissait enfin le membre du gouvernement charg&#233; de recevoir la d&#233;l&#233;gation, K&#225;d&#225;r, Maros&#225;n, Apr&#243; ou Kossa. Ils savaient d'avance ce que les d&#233;l&#233;gu&#233;s voulaient, puisqu'ils venaient d'en &#234;tre avertis par leurs &#233;missaires. Sans laisser &#224; la d&#233;l&#233;gation le temps de parler, il attaquaient. K&#225;d&#225;r et Marsos&#225;n, surtout, se montraient grossiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Esp&#232;ce de voyous, s'exclamait ce dernier, &#034;vous venez nous faire la le&#231;on ? Vous &#234;tes des prolos, &#224; ce qu'il para&#238;t ? Mais qu'avez-vous de commun avec les ouvriers ?&#034; Et de s'en prendre &#224; celui-ci ou &#224; celui-l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque fois que la d&#233;l&#233;gation arrivait au Parlement, on prenait le nom de chacun de ses membres, et d&#232;s le lendemain on savait tout sur leur compte. Quand le ministre choisissait un ouvrier comme t&#234;te de Turc il pr&#233;tendait que son manque de culture le rendait inapte &#224; la mission qu'il remplissait. Quand il tombait d'aventure sur un ing&#233;nieur, il lui reprochait de ne pas &#234;tre un ouvrier. Bref, tout &#233;tait bon pour semer le trouble parmi les d&#233;l&#233;gu&#233;s. A vrai dire, ces ministres bien v&#234;tus et dispos &#233;taient en mesure de fatiguer encore plus les gens harass&#233;s, minables, mal ras&#233;s et mal &#224; l'aise. Finalement, toute v&#233;ritable discussion se trouvait diff&#233;r&#233;e. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s annonc&#232;rent d'ailleurs ouvertement leur intention de cr&#233;er un Conseil National Ouvrier, car il ne voulaient pas agir en cachette du gouvernement. (Le mot gouvernement n'&#233;tait pas prononc&#233;, on disait simplement &#034;vous&#034; en s'adressant aux ministres.) Ils auraient souhait&#233; que K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues fussent repr&#233;sent&#233;s &#224; l'assembl&#233;e de formation du Conseil National. A cette nouvelle, Apr&#243; se f&#226;che tout rouge :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Qu'est-ce que c'est que cette fr&#233;n&#233;sie ? Vous voulez &#224; tout prix former un contre-gouvernement ? Vous voulez peut-&#234;tre fomenter une contre-r&#233;volution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la reprise du travail, un ouvrier du 14e arrondissement se pr&#233;sentant au Conseil Central. Il dit qu'il savait bien le russe et proposa d'&#233;tablir une liaison entre le Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest et le commandement sovi&#233;tique. Ainsi, des n&#233;gociations directes seraient possibles. Nous nous d&#233;cid&#226;mes de profiter de l'occasion pour intervenir aupr&#232;s des Russes en faveur de certains disparus dont nous pouvions donner les noms. Le commandement sovi&#233;tique promit de faire des recherches. D&#233;sormais, la moiti&#233; du Conseil allait n&#233;gocier au Parlement, l'autre moiti&#233; au quartier g&#233;n&#233;ral russe. Nous recevions r&#233;guli&#232;rement des noms de disparus, le soir nous les transmettions au Sovi&#233;tiques, et deux ou trois jours plus tard les d&#233;tenus &#233;taient lib&#233;r&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un lundi que nous inform&#226;mes K&#225;d&#225;r de notre intention de former un Conseil National Ouvrier, et le mardi, une d&#233;l&#233;gation porteuse de la m&#234;me nouvelle se rendit aupr&#232;s des Sovi&#233;tiques. Le g&#233;n&#233;ral Grebennik, commandant de la place, re&#231;ut en personne la d&#233;l&#233;gation qui lui fit part de notre intention d'organiser une r&#233;union du Conseil national Ouvrier au Palais des Sports, &#224; laquelle &#233;tait invit&#233; un repr&#233;sentant du commandement sovi&#233;tique. Tr&#232;s poliment, Grebennik nous remercia, ajoutant toutefois qu'il ne pouvait se m&#234;ler d'une affaire int&#233;rieure hongroise. La d&#233;l&#233;gation devrait s'adresser au gouvernement hongrois afin que celle-ci invit&#226;t le Haut Commandement sovi&#233;tique par la voie diplomatique.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s le m&#234;me soir, les d&#233;l&#233;gu&#233;s coururent au Parlement pour informer le gouvernement K&#225;d&#225;r, en la personne d'Apr&#243;. Celui-ci d&#233;clara qu'il ne croyait pas que cette invitation puisse &#234;tre accept&#233;e, car une telle r&#233;union n'aurait pas de sens. Des &#233;l&#233;ments fascistes ne manqueraient pas d'y participer, et qui sait, se livreraient peut-&#234;tre &#224; des provocations. Qui pourrait lui donner des garanties contre pareille &#233;ventualit&#233; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous lui r&#233;pond&#238;mes que nous autres, ouvriers organis&#233;s, lui garantissions formellement qu'aucun incident de ce genre ne serait &#224; redouter.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je fus charg&#233; de l'organisation du service d'ordre. Il &#233;tait compos&#233; d'ouvriers des usines de Csepel. On indiqua &#224; chaque usine le nombre de gars qu'elle devait fournir. Toute arme &#233;tant interdite &#224; l'int&#233;rieur de la salle de r&#233;union, tout le monde serait fouill&#233; avant de pouvoir p&#233;n&#233;trer dans le Palais des Sports.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un certain nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s de province devait &#234;tre pr&#233;sents. En raison des difficult&#233;s des communications, des &#233;tudiants des facult&#233;s s'&#233;taient offerts &#224; les amener en camion. Chacun devait y mettre du sien, car le temps pressait.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union avait &#233;t&#233; fix&#233;e au 21 novembre. D&#232;s six heures du matin, les organisateurs &#233;taient sur les lieux. Le quartier &#233;tait parfaitement calme, et nous esp&#233;rions que tout se passerait bien.&lt;br class='autobr' /&gt;
A 8 heures pr&#233;cises commen&#231;a un formidable d&#233;fil&#233; militaire sovi&#233;tique. En fin de compte, Grebennik avait accept&#233; l'invitation, mais il se faisait repr&#233;senter &#224; sa fa&#231;on, par un &#233;chantillonnage complet de toutes les armes de la garnison. Il y avait peut-&#234;tre quatre cents blind&#233;s, des tanks pr&#234;ts &#224; tirer, de l'artillerie tract&#233;e, des soldats mitraillette au poing. Le Palais des Sports fut cern&#233; en un instant et toutes les rue adjacentes barr&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant ce d&#233;ploiement de forces, les membres du Conseil Central Ouvrier de Grand-Budapest, dont moi-m&#234;me, nous dirige&#226;mes vers le si&#232;ge du syndicat des ouvriers du b&#226;timent (M.E.M.O.S.Z.), qui se trouvait &#224; proximit&#233;. Un certain nombre de nos camarades, toutefois, rest&#232;rent aux abords du palais des Sports pour attendre les d&#233;l&#233;gu&#233;s des mines, usines sid&#233;rurgiques et entreprises de province, venus des quatre coins de la Hongrie : de Debrecen, de Veszpr&#233;m, d'Inota, de Moh&#225;cs, de P&#233;cs, de Dunapentele, et d'ailleurs. Des &#233;lections d&#233;mocratiques s'&#233;taient pr&#233;alablement d&#233;roul&#233;es dans tous ces centres. Chacun des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;tait muni d'une attestation officielle. Il faut dire qu'en arrivant au Palais des Sports ils &#233;taient anim&#233;s contre nous d'une violente indignation &#224; la pens&#233;e que nous les avions l&#226;ch&#233;s et tromp&#233;s. En effet, nous autres, &#224; Budapest, nous travaillions, alors qu'ils ne travaillaient pas. Ils venaient dans l'intention de donner une nouvelle impulsion &#224; la gr&#232;ve. Celle-ci, en effet, paralysait encore les grands centres de province ; les ouvriers de Tatab&#225;nya avaient m&#234;me inond&#233; les carreaux des mines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Accompagn&#233;s d'un certain nombre de d&#233;l&#233;gu&#233;s de province, nous &#233;tions tout pr&#232;s du si&#232;ge du syndicat du b&#226;timent quant nous f&#251;mes arr&#234;t&#233;s par un barrage form&#233; par les &#233;l&#232;ves de l'Acad&#233;mie Militaire Zrinyi, mitraillette au poing. Nous n'insist&#226;mes pas ; d'ailleurs, n'ayant pas d&#233;clin&#233; notre identit&#233;, nous ne f&#251;mes pas inqui&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Force nous fut d'essayer de gagner le si&#232;ge provisoire du Conseil du Grand-Budapest, rue Ak&#225;cfa. En principe, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province n'avaient pas le droit d'y p&#233;n&#233;trer. Mais ils insist&#232;rent, notamment les repr&#233;sentants des mineurs, qui &#233;taient particuli&#232;rement mont&#233;s. Impossible, disaient-ils, de n&#233;gocier avec des gens comme K&#225;d&#225;r. Voil&#224; o&#249; menaient les n&#233;gociations. On mobilisait des tanks pour nous attaquer. La gr&#232;ve seule pouvait &#234;tre une r&#233;ponse &#224; ces gens-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous invit&#226;mes donc les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province &#224; venir avec nous pour leur expliquer notre position. Cependant, la rue Ak&#225;cfa &#233;tait &#224; sont tour envahie par les soldats. Sur le trottoir qui faisait face &#224; l'immeuble o&#249; nous si&#233;gions, une puissante formation s'installa. C'&#233;taient des &#233;l&#232;ves de la m&#234;me Acad&#233;mie Militaire qui nous avaient attendus pr&#233;c&#233;demment devant le M.E.M.O.S.Z. Le commandant est mont&#233; avec quelques-uns d'entre eux, mitraillettes &#224; la main. &#034;Debout et haut les mains !&#034; cria-t-il. &#034;Qu'y a-t-il ici, insurrection fasciste, contre-r&#233;volution ?&#034; Tout le monde se mit debout et R&#225;cz r&#233;pondit &#224; l'officier.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai oubli&#233; de mentionner un incident qui se termina par l'&#233;lection de R&#225;cz &#224; la pr&#233;sidence. Lorsque nous avons &#233;cart&#233; Bal&#225;zs, on l'a remplac&#233; par D&#233;v&#233;nyi, pensant que cet ouvrier de Csepel repr&#233;senterait bien notre Conseil. Or, il se comporta d'une fa&#231;on curieuse : au moment o&#249; nous devions aller n&#233;gocier avec K&#225;d&#225;r, il trouvait toujours une raison quelconque pour reculer cette entrevue, telle que : il suffit de n&#233;gocier demain, etc. une fois R&#225;cz, qui &#233;tait tr&#232;s v&#233;h&#233;ment, a bondi en disant : &#034;Je prie le pr&#233;sident de d&#233;missionner. Nous n'avons pas besoin de gens veules.&#034; Il a d&#233;missionn&#233; sur-le-champ et nous avons unanimement &#233;lu R&#225;cz, qui n'avait que 23 ans &#224; ce moment-l&#224;, mais &#233;tait tr&#232;s actif et combatif et d'une honn&#234;tet&#233; sans faille. En m&#234;me temps, nous avons charg&#233; Kalocsai, un homme temp&#233;r&#233;, et Bali d'assumer la vice-pr&#233;sidence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme je disais, R&#225;cz expliqua &#224; l'officier de quoi il s'agissait en r&#233;alit&#233; et le pria de s'asseoir avec nous pour &#233;couter nos discussions. Ce qu'il fit. Les mineurs parl&#232;rent avec v&#233;h&#233;mence, nous traitant de tous les noms : canailles, tra&#238;tres, etc. &#034;Si vous voulez travailler, faites-le, mais nous ne donnerons ni charbon, ni &#233;lectricit&#233;, nous inonderons toutes les mines.&#034; Les mineurs de Salg&#243;tarj&#225;n, de Tatab&#225;nya, de P&#233;cs &#233;taient tous d'accord. La discussion continua. Brusquement, l'officier sortit. Nous &#233;tions inquiets. Quelques minutes apr&#232;s, il revint seul, sans arme et d&#233;clara : &#034;On m'avait dit que vous pr&#233;pariez un complot fasciste. Maintenant, je suis convaincu que c'est une calomnie. J'ai renvoy&#233; mes gars &#224; l'Acad&#233;mie, mais permettez-moi d'assister &#224; votre r&#233;union constructive et tr&#232;s int&#233;ressante.&#034; Nous l'avons applaudi spontan&#233;ment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province nous attaquaient, nous essayions de leur faire entendre raison. D'abord ce fut peine perdue. Nous n'&#233;tions soutenus que par un d&#233;l&#233;gu&#233; de Gy&#246;r. Pourtant, nos arguments finirent par les toucher : &#034;Vous autres, en province, vous vous trouvez dans une situation plus facile que nous. Dans une petite ville, tous le monde se conna&#238;t. Quand un &#233;v&#233;nement se produit, tous le monde en est inform&#233; dans la demi-heure qui suit. La solidarit&#233; est plus facile &#224; organiser. A Budapest, il y a plus d'un million et demi d'habitants, la situation est plus complexe, nous devons &#224; tout prix garder le contact les uns avec les autres, et aussi le contact avec la province. En cas de gr&#232;ve, toutes ces liaisons sont menac&#233;es.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers 21 heures les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province se rendirent &#224; nos arguments et nous nous sent&#238;mes en parfaite harmonie. On convint de ne pas insister pour la cr&#233;ation d'un Conseil National, afin de ne pas envenimer les choses : cette seule &#233;ventualit&#233; n'avait-elle pas suffi &#224; mobiliser les tanks sovi&#233;tiques ? Par contre, le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest, reconnu par les autorit&#233;s, devait poursuivre ses activit&#233;s. D'autre part, des contacts seraient &#233;tablis entre la capitale et les centres de province, et toutes nos d&#233;cisions leur seraient transmises par des agents de liaison ; ils pourraient ainsi d&#233;cider s'ils acceptaient ou non nos r&#233;solutions. Pour chacune, d'ailleurs, on tiendrait compte de l'avis des agents de liaison. Ainsi, bien que notre organisme conserv&#226;t jusqu'au bout le nom de Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest, un conseil national fut tout de m&#234;me cr&#233;&#233; dans la pratique, et de fa&#231;on ill&#233;gale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le grand d&#233;p&#244;t des autobus de la B.E.S.Z.K.A.R.T. se trouve en face du Palais des Sports, et lorsque les travailleurs virent le d&#233;ploiement des forces sovi&#233;tiques, ils crurent que les membres du Conseil Central avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Aussit&#244;t le mot d'ordre d'une gr&#232;ve de 24 heures fut lanc&#233;, des coups de t&#233;l&#233;phone partirent dans toutes les directions, et bient&#244;t R&#225;cz, le pr&#233;sident du Conseil Ouvrier, fut inform&#233; que la moiti&#233; des travailleurs de Budapest &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve. Nous d&#251;mes approuver ce mouvement, d'une part par solidarit&#233; avec ceux qui y participaient, d'autre part pour protester contre l'attitude inqualifiable des autorit&#233;s qui nous consid&#233;raient tant&#244;t comme des interlocuteurs dignes de ce nom, tant&#244;t comme des trublions contre lesquels il fallait utiliser la force. C'&#233;tait notre premier appel &#224; la gr&#232;ve, et il fut enti&#232;rement suivi. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de province virent dans ce geste un compromis, car s'ils observaient toujours la gr&#232;ve totale, les ouvriers de Budapest avaient repris le travail. Nous gagn&#226;mes ainsi d&#233;finitivement leur confiance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lors de l'entrevue suivante avec K&#225;d&#225;r, celui-ci se d&#233;cha&#238;na :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que se passe-t-il ? Vous pr&#233;tendez vouloir travailler et vous voil&#224; d&#233;j&#224; en gr&#232;ve ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous expliqu&#226;mes que c'est nous qui avions bien des raisons de protester, car si les Sovi&#233;tiques s'&#233;taient livr&#233;s &#224; cette d&#233;monstration de force, ce n'&#233;tait s&#251;rement pas pour d&#233;fendre leurs positions, mais &#224; la demande du gouvernement. A quoi K&#225;d&#225;r r&#233;pondit qu'il n'&#233;tait pas une marionnette, qu'il &#233;tait, apr&#232;s tout, Premier ministre de Hongrie et qu'il saurait prouver que son gouvernement et lui &#233;taient les ma&#238;tres. Peu lui importaient nos arguments. Ce que veulent les ouvriers n'est pas forc&#233;ment juste ; est juste ce que les dirigeants d&#233;cident. Ils ne sont pas oblig&#233;s de se plier aux volont&#233;s des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
En raison de la situation catastrophique de l'&#233;conomie, K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues convoqu&#232;rent au Parlement une conf&#233;rence &#224; laquelle assistaient outre K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me, Maros&#225;n, Apr&#243; et d'autres dirigeants politiques, les directeurs des plus grandes usines et trois d&#233;l&#233;gu&#233;s du Conseil Central. L'intervention de l'un de ceux-ci, Kalocsai, fut retransmise par la radio en &#233;mission diff&#233;r&#233;e, mais sous une forme falsifi&#233;e. Kaloczai stigmatisait l'action de certains &#034;&#233;l&#233;ments provocateurs &#8211; dans une usine de la Terre d'Ange, par exemple, aux Aci&#233;ries Hongroises, &#224; la Fabrique de Machines L&#225;ng, &#224; la M.A.V.A.G., des secr&#233;taires du parti sectaires qualifiaient le Conseil Ouvrier d'&#034;organisation fasciste&#034; et d&#233;claraient que son appel &#224; la reprise du travail ne pouvait &#234;tre pris en consid&#233;ration. A la radio, gr&#226;ce &#224; un artifice de montage, on entendit parler d'&#034;&#233;l&#233;ments provocateurs fascistes&#034;, et il ne fut pas du tout question de secr&#233;taires du parti sectaires. Kaloczai d&#233;non&#231;ait la &#034;r&#233;action gauchiste&#034; ; le mon &#034;gauchiste&#034; disparut, et tout le sens de l'intervention s'en trouva modifi&#233;. De ce fait, le Conseil d&#233;cida de publier un bulletin d'information.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour en revenir &#224; cette conf&#233;rence, K&#225;d&#225;r y d&#233;clara notamment : &#034;Vous savez, camarades, le gouvernement ouvrier et paysan se trouve dans une situation difficile, car la confusion r&#232;gne dans l'esprit des travailleurs qui ne voient pas le chemin &#224; suivre.&#034; Il dit aussi qu'il s'agissait, de toute &#233;vidence, d'une contre-r&#233;volution, puisque 241 communistes avaient &#233;t&#233; mis &#224; mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans sa r&#233;ponse, Bali, apr&#232;s avoir dit qui il &#233;tait et rappel&#233; ses origines, riposta : &#034;Il n'y a aucune confusion dans l'esprit des ouvriers. Dans le v&#244;tre, peu-&#234;tre&#034;, fit-il &#224; l'adresse de K&#225;d&#225;r et des autres dirigeants. &#034;Sachez que je milite au parti depuis dix ans, et pourtant je n'ai rien eu &#224; redouter, pendant les journ&#233;es r&#233;volutionnaires, quand je me m&#234;lais aux ouvriers. Ce n'est pas moi qu'ils voulaient pendre !&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#225;d&#225;r entra en fureur, frappa du poing sur la table et s'&#233;cria : &#034;Sortez, provocateur !&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, les paroles de Bali avaient fait une telle impression sur les assistants &#8211; 200 personnes environ &#8211; que K&#225;d&#225;r jugea plus prudent de ne pas insister. Ancien social-d&#233;mocrate et entr&#233; au parti communiste d&#232;s 1945, Bali &#233;tait un militant tr&#232;s actif qui avait l'oreille des ouvriers car il travaillait comme eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers cette &#233;poque, K&#225;d&#225;r et ses amis cr&#233;&#232;rent un conseil ouvrier fantoche pour contrecarrer notre action. Il publiait des communiqu&#233;s, faisait distribuer des tracts nuitamment, donnait des instructions, par t&#233;l&#233;phone en notre nom. Quand nous appelions &#224; la reprise du travail, ce conseil (comme les secr&#233;taires du parti sectaires) poussait &#224; la poursuite de la gr&#232;ve. Nous passions le plus clair de notre temps &#224; d&#233;mentir et &#224; remettre les choses au point. Cela devait permettre aux dirigeants de pr&#233;tendre que nous ne faisions rien. Lors de la r&#233;union &#233;voqu&#233;e ci-dessus, un des n&#244;tres, Karsai, dit ouvertement aux dirigeants que nous avions une mission &#233;conomique &#224; accomplir, que nous ne tenions pas du tout &#224; avoir une activit&#233; politique, mais que leur duplicit&#233; nous y obligeait. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Voulez-vous, oui ou non, l'ordre et le calme ?&#034; demanda-t-il.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;ment ce que recherchaient K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues. Ils se pr&#233;paraient activement &#224; mettre sur pied une soi-disant &#034;garde ouvri&#232;re&#034; (que les Budapestois baptis&#232;rent &#034;poufa&#239;ka&#034;, du nom de l'uniforme ouatin&#233; des Russes). Tant que la chose n'&#233;tait pas au point, ils louvoyaient, quitte &#224; nous frapper plus tard plus vigoureusement.&lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, le travail du Conseil Central Ouvrier se poursuivait. On cr&#233;a des commissions qui furent charg&#233;es de questions diverses. Une commission, par exemple, s'occupa de d&#233;finir les formes et les m&#233;thodes de l'activit&#233; politique du Conseil, la commission &#233;conomique a essay&#233; de d&#233;terminer les principales t&#226;ches de d&#233;marrage de la production, les moyens d'organisation des usines et, ensemble avec la commission politique, les m&#233;thodes et le proc&#233;d&#233; des &#233;lections des conseils ouvriers d&#233;finitifs. K&#225;d&#225;r dut consentir &#224; ce que des n&#233;gociations fussent ouvertes entre nous et le Conseil National des Syndicats afin d'&#233;laborer une l&#233;gislation concernant l'activit&#233; des conseils ouvriers. Le projet s'inspirait largement de la loi yougoslave sur le m&#234;me sujet. Huit jours apr&#232;s l'avoir re&#231;u, le gouvernement publia un d&#233;cret. Toutefois, ce d&#233;cret ne contenait pas certaines dispositions primitivement pr&#233;vues, par lesquelles nous entendions mettre les conseils ouvriers &#224; l'abri de l'influence du parti au service du gouvernement. D'autre part, ce dernier s'opposa &#224; la cr&#233;ation de conseils ouvriers dans les administrations : P.T.T., Chemins de Fer, Minist&#232;res, etc. L'intention de K&#225;d&#225;r &#233;tait que des gens nomm&#233;s par la direction &#034;repr&#233;sentent&#034; les travailleurs dans ces firmes, alors que, pr&#233;cis&#233;ment, nous avons voulu y cr&#233;er des conseils puissants afin de contrebalancer le gouvernement, jusqu'au moment du moins, o&#249; des v&#233;ritables syndicats ne s'organisent. K&#225;d&#225;r et Cie le savaient tr&#232;s bien et nous ont devanc&#233;, ce qui entra&#238;na, au sein de ces entreprises, une vive indignation et des discussions &#224; n'en plus finir. Cela permit au gouvernement de d&#233;tourner l'attention des masses de sujets plus importants et contribua &#224; l'&#233;parpillement de nos forces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des revendications du Conseil Central Ouvrier &#233;tait de disposer d'un journal pour informer les travailleurs. Le gouvernement le repoussa cat&#233;goriquement, pr&#233;conisant &#224; la place, des communiqu&#233;s pour la radio r&#233;dig&#233;s par le Conseil et supervis&#233;s par eux. Evidemment, nous avons refus&#233; une telle &#034;solution&#034;. Nous avions besoin d'un journal et non de communiqu&#233;s radiodiffus&#233;s et contr&#244;l&#233;s par eux. Nous avons donc pris la d&#233;cision d'organier, sous la direction de Sebesty&#233;n, une commission de presse avec pour t&#226;che la parution de notre journal. Nous &#233;tions sur le point de sortir un journal intitul&#233; Munk&#225;sujs&#225;g (gazette ouvri&#232;re) qui fut saisi &#224; l'imprimerie. Le num&#233;ro confisqu&#233; contenait des d&#233;tails pr&#233;cis sur les n&#233;gociations entre le gouvernement et les conseils ouvriers, et certaines d&#233;clarations, fid&#232;lement retranscrites, des dirigeants au cours de ces n&#233;gociations, tels ces mots de K&#225;d&#225;r fort d&#233;sinvoltes tant &#224; l'&#233;gard de notre conseil que du peuple hongrois tout entier : &#034;Peu me chaud que vous me reconnaissez ou pas. 200.000 soldats sovi&#233;tiques sont derri&#232;re moi. C'est moi qui commande en Hongrie.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous d&#251;mes nous contenter de publier &#8211; cette fois avec l'approbation du gouvernement &#8211; une feuille ron&#233;otyp&#233;e que dirigeait Sebesty&#233;n. Chaque arrondissement en recevait un exemplaire qu'il tirait en autant d'exemplaires qu'il comptait d'usines ; &#224; son tour, chaque usine en tirait un nombre d'exemplaires suffisant pour ses ouvriers. Mais le gouvernement trouva rapidement une r&#233;ponse : les commandements sovi&#233;tiques d'arrondissement saisirent, partout o&#249; c'&#233;tait possible, les machines ron&#233;os. Mais ce fut en vain. Nous avons distribu&#233; notre feuille par tous les moyens. Moi-m&#234;me, par exemple, je suis all&#233; &#224; la r&#233;union du Conseil Ouvrier de mon arrondissement (le 14e) o&#249; j'ai pu lire notre bulletin. Les participants prenaient des notes, puis le bulletin passait de main en main. Ce fut, &#224; l'&#233;poque, le journal le plus lu de Budapest. Malheureusement, il faillait une bonne semaine pour qu'il parvienne &#224; toucher ses lecteurs. K&#225;d&#225;r et les siens le craignaient beaucoup plus qu'un journal de croix-fl&#233;ch&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des n&#233;gociations interminables avaient pr&#233;c&#233;d&#233; la parution de notre feuille ron&#233;otyp&#233;e. Nous discutions presque tous les jours avec K&#225;d&#225;r, mais celui-ci ne se manifestait en personne qu'apr&#232;s nous avoir fait cuisiner pendant des heures par ses collaborateurs. Ces s&#233;ances &#233;taient tellement &#233;puisantes que celui d'entre nous qui &#233;tait d&#233;sign&#233; pour y prendre part en &#233;tait malade d'avance. Parfois, K&#225;d&#225;r n'arrivait que sur le coup de trois heures du matin, alors que nous tombions de sommeil ; lui, il avait la possibilit&#233; de r&#233;cup&#233;rer pendant la journ&#233;e. D&#233;cid&#233;ment, nous n'&#233;tions pas &#224; &#233;galit&#233; sur le plan des forces physiques. Parmi nous, il y en avait toujours un sur qui K&#225;d&#225;r s'acharnait en particulier. Mais il n'aimait pas, surtout, R&#225;cz et ne lui adressait jamais la parole. Celui-ci, en effet, employait invariablement le m&#234;me style que K&#225;d&#225;r. S'il criait, R&#225;cz criait plus fort. Une fois K&#225;d&#225;r s'est d&#233;cha&#238;n&#233; et R&#225;cz a bondi sur la table en criant. Nous pensions donc qu'il ne fallait surtout pas envoyer R&#225;cz pour n&#233;gocier lorsque nous voulions arranger certains probl&#232;mes &#034;&#224; l'amiable&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque enfin notre bulletin fut pr&#234;t, K&#225;d&#225;r essaya d'en emp&#234;cher subrepticement le tirage, comme je l'ai indiqu&#233;, en faisant confisquer les ron&#233;os par le commandement russe. Nous ripost&#226;mes en d&#233;clarant que les ouvriers boycotteraient pendant 24 heures N&#233;pszabads&#225;g, l'organe central du parti. J'ai vu de mes yeux, sur les grands boulevards, des centaines d'ouvriers acheter N&#233;pszabads&#225;g et le d&#233;chirer aussit&#244;t sans l'avoir lu. Les gens marchaient jusqu'aux chevilles dans le papier journal. K&#225;d&#225;r nous a dit : &#034;Voyez, pour cette raison, vous n'aurez pas de journal. Je ne veux pas qu'on d&#233;chire &#233;galement votre journal&#8230;&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce temps-l&#224;, la liaison entre le Conseil Central et les Russes &#233;tait maintenue. Lors d'une entrevue qui avait d&#233;but&#233; sous le signe d'une franche cordialit&#233;, deux jours apr&#232;s l'histoire du journal, nous d&#233;clar&#226;mes carr&#233;ment que nous ne reconnaissions ni le gouvernement K&#225;d&#225;r, ni la l&#233;gitimit&#233; de l'intervention sovi&#233;tique. Nos interlocuteurs en eurent le souffle coup&#233;. Nous les invit&#226;mes alors &#224; se rendre dans les usines pour demander leur opinion aux ouvriers. Ce qu'ils firent. Dans mon usine d'Appareillage T&#233;l&#233;phonique, un officier sovi&#233;tique se pr&#233;senta. J'assistai &#224; la sc&#232;ne. Comme pr&#233;ambule, il demanda aux ouvriers ce qu'ils voulaient le 23 octobre, le fascisme ou le socialisme ? &#034;Le socialisme !&#034; La r&#233;ponse jaillit avec une telle force et une telle ampleur que les vitres en trembl&#232;rent. Le mot fascisme, par contre, fut accueilli par une temp&#234;te de hu&#233;es. L'officier demanda ensuite aux travailleurs de pr&#233;ciser leurs revendications, puis, sans mot dire, il gagna le bureau du secr&#233;taire du Conseil Ouvrier. Il demanda &#224; celui-ci s'il &#233;tait d'accord avec les travailleurs. Sur sa r&#233;ponse affirmative, l'officier d&#233;clara qu'il ne comprenait pas les divergences qui se manifestaient entre les ouvriers et K&#225;d&#225;r puisque, manifestement, on voulait la m&#234;me chose des deux c&#244;t&#233;s. En r&#233;alit&#233;, les Russes savaient fort bien o&#249; le b&#226;t blessait, mais ils ne voulaient pas l'avouer. Nous avons propos&#233; en Haut Commandement sovi&#233;tique d'envoyer &#224; nos r&#233;unions un officier de haut grade, comme observateur afin d'&#233;tudier sur place nos revendications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 23 novembre, un mois apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, le Conseil Central Ouvrier tint s&#233;ance. Y assistait, entre autres, un officier politique sovi&#233;tique d'un grade &#233;lev&#233;. On d&#233;cida, en accord avec les autres organismes r&#233;volutionnaires, que de 14 heures &#224; 15 heures, personne ne sortirait dans Budapest. Les Russes pr&#233;sents dans la salle exig&#232;rent que nous leur d&#233;voilions le fond de notre pens&#233;e car il subodoraient, disaient-ils, que quelque chose se pr&#233;parait. Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s de province en profit&#232;rent pour vider leur sac. Ils donn&#232;rent des d&#233;tails sur les d&#233;bordements des soldats russes et les abus commis par les secr&#233;taires du parti dans leur d&#233;partement. Ils racont&#232;rent, par exemple, que les membre de la &#034;poufa&#239;ka&#034; gardaient toutes les routes du d&#233;partement de Borsod et que les d&#233;l&#233;gu&#233;s des conseils ouvriers avaient d&#251; passer en fraude pour arriver &#224; Budapest. D'autre part, nous avions la preuve que des armes leur &#233;taient envoy&#233;es clandestinement de Tch&#233;coslovaquie. L'officier sovi&#233;tique demanda le nom des orateurs , ceux-ci d&#233;clin&#232;rent leur identit&#233;, et les choses en rest&#232;rent l&#224;. Quelques minutes avant 14 heures, notre pr&#233;sident se leva pour rendre compte de ce qui se passait en ville. Il rassura les camarades sovi&#233;tiques ; il ne s'agissait que d'une comm&#233;moration, de la comm&#233;moration d'un &#233;v&#233;nement sacr&#233; de notre histoire. Puis il nous invita &#224; nous lever, &#224; observer une minute de silence et &#224; chanter ensuite l'hymne national. Les Sovi&#233;tiques se lev&#232;rent, salu&#232;rent militairement pendant que s'&#233;levait notre chant national. Ils se comport&#232;rent d'une fa&#231;on tellement correcte que nous cr&#251;mes la fin de K&#225;d&#225;r arriv&#233;e. Et j'ose dire que si cela avait d&#233;pendu d'eux, il auraient march&#233; avec nous. Les instructions qu'ils avaient re&#231;ues n'avaient pas pr&#233;vu pareille occurrence. Ils furent visiblement tr&#232;s embarrass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant ce temps, sur les grands boulevards et les principales art&#232;res de la ville, les forces sovi&#233;tiques se d&#233;ployaient avec une ampleur extraordinaire. Comme le dit plus tard un officier russe, ce qui leur paraissait impressionnant et redoutable, c'&#233;tait le vide complet r&#233;gnant autour d'eux. S'il y avait eu du monde dans les rues, ils se seraient sentis davantage en s&#233;curit&#233;, car les Hongrois n'auraient pas ouvert le feu sur d'autres Hongrois. Pendant une semaine ou deux, les officiers sovi&#233;tiques nous visit&#232;rent quotidiennement, jusqu'aux environ du 30 novembre. Au bout de quelques jours, nous leur avons demand&#233; ce qu'ils pensaient du Conseil. Ils nous r&#233;pondirent que c'&#233;tait diff&#233;rent de ce qu'ils avaient imagin&#233; auparavant. Ils voient des ouvriers de bon sens s'occuper des affaires r&#233;elles du pays. Mais comme eux ne sont pas familiers avec ces affaires et ne comprennent pas grand-chose aux probl&#232;mes hongrois, pour cette raison, ils ne peuvent pas prendre position. Par contre, ils trouvent nos r&#233;unions tr&#232;s int&#233;ressantes et nous demandent de pouvoir continuer &#224; y assister. Ce que nous leur avons accord&#233; volontiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
K&#225;d&#225;r et ses coll&#232;gues savaient parfaitement que nous luttions sur deux fronts, contre eux et contre les Russes. Ils &#233;taient fort ennuy&#233;s de nos contacts avec ces derniers. Ils nous demand&#232;rent d'autoriser un d&#233;l&#233;gu&#233; de leur gouvernement &#224; assister &#224; nos s&#233;ances, comme nous le faisions pour les Russes. K&#225;d&#225;r choisit un de ses collaborateurs imm&#233;diats, un certain S&#225;ndor, qui se montra tr&#232;s amical avec nous, ce qui ne l'emp&#234;cha pas de man&#339;uvrer en sous main.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la veille du 4 d&#233;cembre, les organisations r&#233;volutionnaires en contact permanent avec nous, propos&#232;rent de comm&#233;morer les victimes de l'intervention sovi&#233;tique du 4 novembre. D'abord, les ouvriers dans les usines pr&#233;conis&#232;rent une grande manifestation que nous avons rejet&#233; aussit&#244;t, comme un pr&#233;texte &#224; des multiples provocations. Nous vot&#226;mes la r&#233;solution d'organiser un grand cort&#232;ge de femmes qui, fleurs &#224; la mains, se rendraient au monument de la place des H&#233;ros. Une telle manifestation &#233;viterait toute sorte de provocation. D'autre part, nous avons invit&#233; la population de Budapest &#224; placer des bougies sur le bord des fen&#234;tres, &#224; la tomb&#233;e de la nuit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 d&#233;cembre, d&#232;s le matin des ouvri&#232;res, fleurs &#224; la main arriv&#232;rent. Les rues adjacentes &#224; la place des H&#233;ros furent bloqu&#233;es par les d&#233;tachements sovi&#233;tiques. Les femmes contourn&#232;rent le bois qui se trouve derri&#232;re la place et de cette fa&#231;on, organis&#232;rent quand m&#234;me la manifestation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais auparavant, nous nous &#233;tions rendus au Parlement pour annoncer au gouvernement notre r&#233;solution de comm&#233;morer le 4 novembre. A ce jour d&#233;j&#224;, il y avait aussi des policiers hongrois, &#224; c&#244;t&#233; des tanks sovi&#233;tiques autour du Parlement. Il est caract&#233;ristique, cependant, que lorsque nous quitt&#226;mes le Parlement, l'un de ces policiers nous demanda : &#034;Alors, qu'est-ce que vous avez pu faire ? Pourquoi n&#233;gociez-vous avec ces gens ? Balayez-les !&#034; R&#233;ellement, tout le monde &#233;tait avec nous, m&#234;me parmi les propres forces extr&#234;mement restreintes du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Evidemment, K&#225;d&#225;r, enragea en apprenant notre r&#233;solution. Le Conseil Central, dit-il, d&#233;montrait qu'il &#233;tait &#224; la remorque des forces contre-r&#233;volutionnaires et qu'il ne voulait pas collaborer avec le gouvernement pour le r&#233;tablissement de l'ordre. Cette attitude serait lourde de cons&#233;quences. Probablement, K&#225;d&#225;r d&#233;cida &#224; ce moment-l&#224; d'organiser cette pitoyable contre-manifestation qu'ils firent le 6 d&#233;cembre. D'autre part, le gouvernement r&#233;agit imm&#233;diatement aussi en faisant dispara&#238;tre les bougies des magasins. Mais on les retrouva au march&#233; noir, et le soir, toute la ville fut &#233;clair&#233;e au bougies, &#224; l'exception de quelques rares appartements occup&#233;s, selon toute probabilit&#233;, par des fonctionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Entre temps, l'homme de liaison du gouvernement vient assister une fois &#224; la r&#233;union du Conseil. Le gouvernement voulait donc s'infiltrer pour que, lentement, cet homme devienne un commissaire, transformant le Conseil en un appendice du gouvernement. Mais celui-ci fut particuli&#232;rement g&#234;n&#233; par les officiers sovi&#233;tiques qui assistaient &#233;galement &#224; la r&#233;union. Nous n'avons pas revu &#224; notre r&#233;union l'homme de liaison, K&#225;roly S&#225;ndor. Peu de temps apr&#232;s, &#224; la fin du mois de novembre, le commandant Grebennik fut d&#233;mis de ses fonctions, je crois que, pr&#233;cis&#233;ment, c'est &#224; cause de l'entente qui fut cr&#233;&#233;e entre le Conseil Central et le haut Commandement sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette situation, de plus en plus aigu&#235;, deux ou trois membres du Conseil, qui jusque-l&#224; n'avaient pas ouvert la bouche et qui d&#233;siraient manifestement freiner notre action, intervinrent. A les entendre, nous avions cr&#233;&#233; une situation explosive, et nous n'aurions pas d&#251; prendre ces r&#233;solutions m&#234;me si les ouvriers des usines la d&#233;siraient. Nous e&#251;mes l'impression que ces gens-l&#224; ne faisaient que r&#233;p&#233;ter des consignes qu'on voulait faire p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur du Conseil. Mais d'autres voix r&#233;clam&#232;rent une action plus &#233;nergique, une attitude plus ferme &#224; l'&#233;gard du gouvernement, afin que celui-ci se sent&#238;t assez menac&#233; pour ne pas recourir aux repr&#233;sailles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, un &#233;missaire vint nous informer que l'ambassadeur de l'Inde, M. Menon, qui se trouvait &#224; Budapest, cherchait &#224; entrer en contact avec le Consul Central Ouvrier. Il m'invitait &#224; lui rendre visite. Je pris une voiture, accompagn&#233; d'un de mes camarades, et nous p&#251;mes rencontrer l'ambassadeur sur la colline des Roses, dans l'immeuble occup&#233; par le charg&#233; d'affaires de l'Inde. M. Menon nous demanda notre point de vue sur la r&#233;volution et sur la situation actuelle. Nous r&#233;pond&#238;mes avec franchise. Il nous promit d'informer fid&#232;lement M. Nehru, et de faire tout son possible pour aider le peuple hongrois. Il voyait bien que l'insurrection de Budapest avait &#233;t&#233; un soul&#232;vement spontan&#233; du peuple hongrois, sans appui de forces &#233;trang&#232;res. Il pr&#233;cisa que c'&#233;tait l&#224; une opinion purement personnelle et qu'il n'&#233;tait pas habilit&#233; par son gouvernement &#224; faire une d&#233;claration quelle qu'elle f&#251;t. Il avait eu de nombreuses conversations, et il ramenait de Budapest deux valises de documents sur les &#233;v&#232;nements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant tout ce temps, notre bulletin ron&#233;otyp&#233; paraissait r&#233;guli&#232;rement, ce qui exasp&#233;rait K&#225;d&#225;r. Comme nous nous pr&#233;occupions tout particuli&#232;rement des syndicats, il nous dit un jour : &#034;Voyons, n'oubliez pas qu'il existe le Conseil National des Syndicats, sous la direction du camarade G&#225;sp&#225;r.&#034; Mais nous ne voulions pas de ce personnage, qui avait &#233;t&#233; l'un des choryph&#233;es du r&#233;gime R&#225;kosi, et dont de vieux militants syndicalistes, dans les Cuirs et Peaux et les Textiles, notamment, exigeaient la d&#233;mission. D'autre part, cependant, le Conseil Ouvrier, absorb&#233; par ses t&#226;ches politiques et &#233;conomiques, &#233;tait incapable de se charger seul de la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts ouvriers. C'est ainsi qu'en d&#233;finitive eut lieu, entre les repr&#233;sentants du Conseil et des Syndicats, une r&#233;union qui se prolongea toute la nuit. Le Conseil National des Syndicats, avec G&#225;sp&#225;r et ses amis, soutenait le vieux syst&#232;me stalinien, et essayait de nous persuader que nous devions nous soumettre &#224; l'autorit&#233; des syndicats. D&#233;cid&#233;ment, K&#225;d&#225;r ne voulait pas l'ind&#233;pendance des conseils ouvriers ; Pour nous all&#233;cher, les tenants de G&#225;sp&#225;r nous offrirent la derni&#232;re page de N&#233;pakarat (journal du Conseil des Syndicats) pour y publier nos communiqu&#233;s. Mais ils ne purent garantir que nos textes passeraient int&#233;gralement et sans modification. En fin de compte, aucun accord ne put &#234;tre conclu : nos interlocuteurs restaient sur leurs positions, alors que nous r&#233;clamions des syndicats d&#233;mocratiques et ind&#233;pendants. Nous ne leur cachions pas que nous consid&#233;rions les centrales existantes comme des succursales du parti, dont la t&#226;che principale, consistait &#224; organiser des concours d'&#233;mulation et qui, de ce fait, ne pouvaient repr&#233;senter les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts des ouvriers. Le seul accord fut de r&#233;viser en commun la loi sur les conseils ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, K&#225;d&#225;r nous proposa de quitter l'immeuble de B.E.S.Z.K.A.R.T. pour celui du minist&#232;re de l'Agriculture, sous pr&#233;texte que notre pr&#233;sence paralysait l'administration des transports en commun. Il alla jusqu'&#224; menacer le directeur de l'entreprise de le renvoyer s'il ne prenait pas position contre nous. En r&#233;alit&#233;, la soi-disant milice ouvri&#232;re organis&#233;e par M&#252;nnich s'&#233;tait consid&#233;rablement renforc&#233;e et pourrait agir sur nous plus directement si nous nous trouvions au minist&#232;re. Nous refus&#226;mes la proposition de K&#225;d&#225;r, mais apr&#232;s de longues n&#233;gociations avec G&#225;sp&#225;r, nous accept&#226;mes de nous transf&#233;rer au sixi&#232;me &#233;tage de l'immeuble du syndicat du b&#226;timent, le M.E.M.O.S.Z. Nous avions vraiment besoin d'un local plus grand. Il y avait d&#233;j&#224; plusieurs commissions : Sebesty&#233;n &#224; la t&#234;te de celle de la presse, Karsai dirigeait la commission politique et un ouvrier de la Fabrique d'Aluminium la commission &#233;conomique. Karsai &#233;tait un ancien serrurier devenu ing&#233;nieur dans une usine fabriquant des radiateurs &#224; K&#246;b&#225;nya, en qui les ouvriers avaient grande confiance. En g&#233;n&#233;ral, j'en ai fait l'exp&#233;rience, les ouvriers &#233;taient tr&#232;s attentifs et votaient pour quelqu'un d'intelligent et digne de confiance. Le fait d'&#234;tre ouvrier ou non &#233;tait secondaire. D'ailleurs, parmi les ouvriers, beaucoup suivaient des cours du soir au lyc&#233;e et &#224; l'Universit&#233;. Les ouvriers aimaient particuli&#232;rement les ing&#233;nieurs anciens ouvriers qui avaient &#233;t&#233; des leurs, et connaissaient leur vie et leurs probl&#232;mes. Karsai &#233;tait un tel homme et je crois que plus tard il fut ex&#233;cut&#233;, justement &#224; cause de sa droiture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de d&#233;m&#233;nager, nous d&#233;cid&#226;mes d'organier une r&#233;union secr&#232;te pour discuter de la cr&#233;ation &#233;ventuelle du Conseil National Ouvrier. La situation g&#233;n&#233;rale &#233;tait en effet de plus en plus tendue, la province nous pressait de plus en plus activement, car de nombreux membres des conseils ouvriers disparaissaient, disparitions qui &#233;taient pour le gouvernement un moyen de chantage. On signalait qu'&#224; P&#233;cs plusieurs mineurs n'&#233;taient pas remont&#233;s des puits et qu'il faisaient la gr&#232;ve de la faim pour protester contre l'arrestation de leurs camarades. En harcelant ainsi les conseils, le gouvernement a emp&#234;ch&#233; leur travail. Ensuite, il accusait : &#034;Voil&#224;, le conseil ouvrier ne travaille pas, il fomente le m&#233;contentement, il ne fait que prendre le salaire, mais ne travaille pas.&#034; Par exemple, une nuit, on a arr&#234;t&#233; le pr&#233;sident du conseil ouvrier de la Fabrique de Wagon Ganz. D&#232;s le lendemain, S&#225;ndor nous racontait au Parlement qu'il le connaissait bien, qu'il &#233;tait un fasciste, etc. En un mot, le gouvernement faisait tout pour calomnier les conseils, emp&#234;cher leur travail, il n'&#233;vitait qu'une chose : de parler quand on r&#233;clamait le retrait des troupes sovi&#233;tiques. Alors, nous n'avions pas le choix. Il fallait rendre compte devant les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tout le pays afin de prendre les d&#233;cisions susceptibles d'&#233;claircir la situation. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est moi, qui fut charg&#233; d'organiser la r&#233;union secr&#232;te. Pas un des membres du Conseil, pas m&#234;me le pr&#233;sident, ne devait en conna&#238;tre les d&#233;tails. Je convoquai mes gens pour la nuit du 7 au 8 d&#233;cembre, comme pour une r&#233;union normale, mais en pr&#233;voyant que personne ne rentrerait chez lui avant la tenue de la r&#233;union secr&#232;te. Il y avait un dortoir au syndicat du b&#226;timent, nous y pass&#226;mes la nuit et, &#224; 7 heures du matin, je fis distribuer les invitations. Un incident f&#226;cheux se produisit alors : le d&#233;l&#233;gu&#233; du 9&#232; arrondissement, qui &#233;tait de la police, porta directement l'invitation &#224; ses sup&#233;rieurs, place Deak. On transmit le document &#224; S&#225;ndor, &#233;missaire de K&#225;d&#225;r, qui m'appela imm&#233;diatement au t&#233;l&#233;phone ; &#034;Nous venons d'apprendre&#034;, me dit-il, &#034;que vous voulez cr&#233;er un Conseil National Ouvrier. Allez-vous tenir une r&#233;union dans ce but, oui ou non ? C'est de la r&#233;ponse que d&#233;pend la r&#233;action des services du maintien de l'ordre.&#034;. Force me fut de nier et je mis aussit&#244;t mes camarades au courant de la situation. &#034;Nous avons commenc&#233; ensemble&#034;, me dirent-ils, &#034;nous allons continuer ensemble&#034;, et nous d&#233;cid&#226;mes de tenir la r&#233;union sans plus tarder.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs d&#233;l&#233;gu&#233;s de province &#233;taient pr&#233;sents. Il s'&#233;lev&#232;rent avec indignation contre les actions terroristes du gouvernement pour intimider les ouvriers. Les mineurs de Salg&#243;terj&#225;n &#233;taient les plus d&#233;termin&#233;s &#224; recourir &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Les rapports des dirigeants du Conseil Central Ouvrier, d&#233;clar&#232;rent-ils, prouv&#232;rent indubitablement que le gouvernement se moquait des revendications ouvri&#232;res, et qu'&#224; l'abri des ba&#239;onnettes sovi&#233;tiques, il se jouait de nous. Tous le monde tomba d'accord, et la seule question qui soulev&#226;t une discussion &#233;tait de savoir si la gr&#232;ve serait de 24 ou de 48 heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous d&#233;lib&#233;rions, le d&#233;l&#233;gu&#233; de Salg&#243;tarj&#225;n fut appel&#233; au t&#233;l&#233;phone. On l'informa que quelque 600 manifestants s'&#233;taient rendus devant le b&#226;timent du conseil local o&#249; le commandement sovi&#233;tique gardait &#224; vue des membres du Conseil Ouvrier de la ville mini&#232;re. Les manifestants r&#233;clamaient leur lib&#233;ration. Tout &#224; coup, des soldats sovi&#233;tiques et des gardes &#224; la &#034;poufa&#239;ka&#034; post&#233;s sur le toit avaient ouvert le feu, et on avait relev&#233; une trentaine de victimes, bless&#233;s ou morts. Cette nouvelle fut comme de l'huile sur le feu. Une temp&#234;te d'indignation balaya la salle et nous tomb&#226;mes d'accord que la seule riposte possible &#233;tait la gr&#232;ve. Toutefois, le service des eaux et celui d'&#233;lectricit&#233; ne seraient pas interrompus, et les h&#244;pitaux devraient continuer de fonctionner nonobstant certaines restrictions. Nous d&#233;cid&#226;mes d'autre part de lancer un appel aux syndicats libres du monde entier pour que les travailleurs d'Occident organisent une manifestation de solidarit&#233;. Par ailleurs, nous r&#233;sol&#251;mes de ne pas proc&#233;der &#224; la cr&#233;ation d'un Conseil National, car c'e&#251;t &#233;t&#233; fournir &#224; K&#225;d&#225;r un pr&#233;texte commode pour dissoudre le Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. Nous opt&#226;mes pour une gr&#232;ve de 48 heures qui serait annonc&#233;e aux ouvriers par le conseil de chaque entreprise le lundi suivant. La gr&#232;ve elle-m&#234;me se d&#233;roulerait les mardi et mercredi, 10 et 11 d&#233;cembre. Si notre appel aux syndicats libres &#224; Bruxelles e&#251;t &#233;t&#233; entendu, il aurait &#233;t&#233; certainement tr&#232;s int&#233;ressant de voir les ouvriers partout en mouvement. Surtout, si, en Occident, ils n'avaient pas &#233;t&#233; des gens mous, comme ils &#233;taient. Mais h&#233;las, je n'ai jamais entendu dire qu'ils avaient fait quelque chose de s&#233;rieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions nettement l'impression que le gouvernement K&#225;d&#225;r se pr&#233;parait &#224; frapper un grand coup pour nous &#233;craser. Nous tent&#226;mes une ultime d&#233;marche aupr&#232;s des Russes. Il nous semblait en effet que K&#225;d&#225;r et les siens n'essayaient pas seulement de nous duper, mais qu'ils voulaient aussi donner le change aux Sovi&#233;tiques. En tant que repr&#233;sentants de la classe ouvri&#232;re hongroise, il &#233;tait de notre devoir, pensions-nous, de mettre les occupants au courant de la v&#233;ritable situation. La tension montait dans le pays et les &#233;v&#233;nements prenaient mauvaise tournure du fait de certaines forces conservatrices (les sectaires gauchistes et K&#225;d&#225;r lui-m&#234;me) qui s'opposaient &#224; toute solution de bon sens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une r&#233;solution fut vot&#233;e, qui pr&#233;voyait la visite d'une d&#233;l&#233;gation au Haut Commandement sovi&#233;tique de Budapest avec lequel nous &#233;tions toujours en contact, pour lui demander de faire savoir &#224; l'ambassade que notre d&#233;l&#233;gation demandait &#224; &#234;tre entendue par le gouvernement sovi&#233;tique. De plus, nous avons r&#233;dig&#233; une lettre adress&#233;e directement &#224; Boulganine. Le Haut Commandement sovi&#233;tique devait nous d&#233;clarer que, s'agissant d'une d&#233;marche diplomatique, il &#233;tait oblig&#233; de passer par le gouvernement hongrois : au cas o&#249; celui-ci donnerait son accord, l'ambassade pourrait transmettre la demande &#224; qui de droit. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;union termin&#233;e, nous nous f&#238;mes des adieux &#233;mus, car il &#233;tait possible que nous ne nous revissions plus. Nous nous prom&#238;mes de tenir bon, chacun de notre c&#244;t&#233;, et d'essayer de maintenir les conseils ouvriers dans l'esprit de la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos appr&#233;hensions se trouv&#232;rent justifi&#233;es. Le 8 d&#233;cembre, un dimanche, jour o&#249; les r&#233;actions ouvri&#232;res &#233;taient le moins &#224; craindre, le gouvernement fit diffuser par la radio un communiqu&#233; pronon&#231;ant la dissolution du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. D&#232;s l'aube de ce jour, les membres du Conseil avaient &#233;t&#233; pris en chasse par la police. A cinq heures du matin, un d&#233;tachement arm&#233; se pr&#233;senta au si&#232;ge du syndicat du b&#226;timent et emmena tous ceux qui avaient pass&#233; la nuit au dortoir. Quant &#224; moi, je fus arr&#234;t&#233; vers midi. A la police, on me fit entendre l'intervention que j'avais prononc&#233;e lors de la s&#233;ance secr&#232;te, et qui avait &#233;t&#233; enregistr&#233;e au magn&#233;tophone &#224; notre insu. On me reprochait mon projet de faire appel aux ouvriers du monde entier pour une gr&#232;ve de solidarit&#233;. Je r&#233;pondis que je connaissais suffisamment la th&#233;orie marxiste pour savoir que le prol&#233;tariat du monde entier &#233;tait un et indivisible. Le policier qui m'interrogeait me r&#233;torqua qu'il ne fallait pas prendre au s&#233;rieux tout ce qu'on enseignait dans les conf&#233;rences du parti. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la nouvelle de mon arrestation, les ouvriers de mon usine se mirent imm&#233;diatement en gr&#232;ve. Un comit&#233; se forma pour obtenir ma lib&#233;ration. Bon nombre de vieux militants communistes en faisaient partie. Des d&#233;l&#233;gations se pr&#233;sent&#232;rent un peu partout y compris chez K&#225;d&#225;r, pour se porter garantes de mon honn&#234;tet&#233;. Les membres du comit&#233; avaient de bonnes relations ; certains avaient des fils vice-ministres, d'autres hauts fonctionnaires et, de fait, on me lib&#233;ra assez vite. Toutefois, on me soumit &#224; une &#233;troite surveillance polici&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Presque tous les autres membres du Conseil Central ne tard&#232;rent pas non plus &#224; &#234;tre remis en libert&#233;, et j'appris bient&#244;t que le gouvernement manifestait l'intention d'instituer une certaine forme de collaboration avec nous. Mais je ne voulais plus &#234;tre dupe, je pressentais un pi&#232;ge, et d'ailleurs je me pr&#233;parais &#224; quitter le pays car je venais d'apprendre les circonstances dans lesquelles les autres dirigeants de notre Conseil, Bali et R&#225;cz, avaient &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. A l'issue de la r&#233;union qui avait lanc&#233; l'ordre de gr&#232;ve, ils s'&#233;taient rendus &#224; l'usine Belo&#239;annis o&#249;, sous la protection de leurs camarades, ils se sentaient plus en s&#233;curit&#233; que chez eux. Le dimanche 8 d&#233;cembre, vers midi, les forces du maintien d l'ordre voulurent occuper l'usine o&#249; se trouvaient un certain nombre d'ouvriers charg&#233;s des travaux d'entretien. Ceux-ci intervinrent en faveur de Bali et de R&#225;cz. Des blind&#233;s sovi&#233;tiques arriv&#232;rent alors et cern&#232;rent l'usine. Cependant, ils n'intervinrent pas directement, bien que les ouvriers ne permissent pas aux forces du maintien de l'ordre de p&#233;n&#233;trer &#224; l'int&#233;rieur des b&#226;timents. Jusque lundi, ouvriers et policiers se regard&#232;rent comme chiens de fa&#239;ence. Alors K&#225;d&#225;r envoya un message &#224; Bali et &#224; R&#225;cz, et aussi aux autres membres du Conseil, par exemple &#224; Karsa&#239;, les invitant &#224; se rendre au Parlement pour discuter avec lui. Apr&#232;s r&#233;flexion, les d&#233;l&#233;gu&#233;s accept&#232;rent. Bient&#244;t un autobus envoy&#233; par K&#225;d&#225;r arriva devant l'usine. Bali et R&#225;cz, ainsi que les autres, y prirent place et furent conduits au Parlement o&#249; on les mit aussit&#244;t en &#233;tat d'arrestation. A vrai dire, il virent bien K&#225;d&#225;r, mais dans un couloir, et &#233;chang&#232;rent m&#234;me quelques mots avec lui, juste avant que le premier secr&#233;taire du parti assist&#226;t, sans sourciller, &#224; leur enl&#232;vement par les policiers. Une dizaine de jours plus tard, Bali, eu &#233;gard &#224; son long pass&#233; de militant communiste, et &#224; la gr&#232;ve d&#233;clench&#233;e &#224; la suite de son arrestation, fut rel&#226;ch&#233;. (Il fut arr&#234;t&#233; de nouveau, en 1957). R&#225;cz, lui, resta en prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;pit de notre arrestation et des man&#339;uvres du gouvernement, la gr&#232;ve de 48 heures fut un succ&#232;s. En vain fit-on lire dans les usines un communiqu&#233; gouvernemental affirmant que l'appel du Conseil Central Ouvrier &#233;tait ill&#233;gal, puisque le Conseil venait d'&#234;tre dissous ; les ouvriers &#233;cout&#232;rent cette lecture en silence, ne firent aucun commentaire, rentr&#232;rent chez eux et ne revinrent pas &#224; l'usine le lendemain. La gr&#232;ve fut totale, paralysant la vie &#233;conomique jusqu'aux transports eux-m&#234;mes. C'est &#224; grand-peine que le gouvernement, sous la protection de forces arm&#233;es, put faire partir un ou deux tramways. Avec cette gr&#232;ve se terminait d'ailleurs le chapitre le plus important, peut-&#234;tre, de la r&#233;volution hongroise ; l'action des conseils ouvriers cessait, et le gouvernement entreprenait de mater la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais dire encore quelques mots de l'organisation, des projets et de quelques &#233;v&#233;nements du Conseil Central Ouvrier du Grand-Budapest. La grande majorit&#233; des membres de ce Conseil &#233;tait constitu&#233;e d'ouvriers qualifi&#233;s, mais nous comptions parmi nous quatre ou cinq ing&#233;nieurs. Parmi ces derniers, deux furent des anciens ouvriers, comme moi et Karsai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avions cr&#233;&#233; au total sept sections ou commissions, dont les chefs &#233;taient en m&#234;me temps vice-pr&#233;sidents du Conseil. Ces commissions avaient pour t&#226;che d'&#233;laborer le programme des conseils ouvriers. Leurs chefs furent, outre R&#225;cz, comme pr&#233;sident, Kalocsai, Babsai, Karsai, Sebesty&#233;n, T&#246;ke, Bali. En parlant de la composition du Conseil Central, je voudrais compl&#233;ter mon t&#233;moignage. Bali et R&#225;cz sont venus de l'usine Belo&#239;annis (ancien Standard) du 11&#232; arrondissement. Tous deux serruriers-outilleurs, le dernier &#233;tait l'&#233;l&#232;ve de Bali sur le plan professionnel, mais aussi politiquement. J'ai d&#233;j&#224; pr&#233;sent&#233; Bali qui fut notre &#034;penseur politique&#034; avec Karsa&#239;. Ce fut ce dernier surtout qui insista sur la n&#233;cessit&#233; d'&#233;laborer une perspective &#224; long terme, de clarifier notre propre r&#244;le tant sur le plan politique qu'&#233;conomique. A c&#244;t&#233; d'eux, R&#225;cz attira l'attention par son attitude tranchante, extr&#234;mement dure qui, li&#233;e &#224; un dynamisme exceptionnel et une sinc&#233;rit&#233; profonde, a exprim&#233; toute notre r&#233;volution. On n'aurait pas pu trouver un meilleur pr&#233;sident. Sebesty&#233;n &#233;tait ing&#233;nieur &#224; la M.O.M. (R&#233;gl&#233; d'Optique Hongroise). Pour d&#233;montrer combien il &#233;tait aim&#233; par les ouvriers, je raconte la tentative de son arrestation. Vers le 4 d&#233;cembre, en relation avec notre journal, la Gazette Ouvri&#232;re, la police vient arr&#234;ter Sebesty&#233;n dans son usine. Apprenant cette tentative, les ouvriers d&#233;clench&#232;rent imm&#233;diatement la gr&#232;ve et cern&#232;rent toute l'usine, arm&#233;s de tiges de fer et de lourds outils. A l'appel t&#233;l&#233;phonique d&#233;sesp&#233;r&#233; des policiers, bient&#244;t arriva un d&#233;tachement blind&#233; sovi&#233;tique qui, &#224; sont tour, cernait l'usine. A l'int&#233;rieur de la cl&#244;ture, il y avait les ouvriers, &#224; l'ext&#233;rieur, les blind&#233;s. On attendait. Le Conseil Ouvrier local nous a appel&#233; mais lorsque nous arriv&#226;mes, un autre groupe de &#034;poufa&#239;ka&#034; arriva &#233;galement. Leur commandant voulait parler avec autorit&#233; aux ouvriers, l'officier sovi&#233;tique arriva aussi. Chacun sut que si quelqu'un commence il y aura de la bagarre. Mais les ouvriers ne voulaient, &#224; aucun prix, donner Sebesty&#233;n ; on ne pouvait pas le toucher. Finalement, apr&#232;s l'intervention de leur haut commandement, les policiers se retir&#232;rent. Pour compl&#233;ter tout ce que j'ai dit sur les membres du Conseil, je mentionne &#233;galement ceux de Csepel, par exemple, Kl&#233;ger et Szen&#246;czei, arriv&#233;s apr&#232;s l'&#233;viction de D&#233;venyi, le d&#233;l&#233;gu&#233; des Chemins de Fer, Mester, Varga, charg&#233; de relations avec le commandement sovi&#233;tique et autres membres, charg&#233;s de t&#226;ches vari&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pensions que, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, le r&#244;le des conseils ouvriers serait de diriger la production, de prendre possession des usines pour le compte des ouvriers et de cr&#233;er des conditions dans lesquelles le Conseil Ouvrier pourrait fonctionner ind&#233;pendamment de tout autre organisation, qu'il s'agisse de gouvernement, de parti ou de syndicat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous esp&#233;rions que le r&#233;gime, une fois consolid&#233;, pourrait instituer un syst&#232;me politique bas&#233; sur deux Chambres ; la premi&#232;re, l&#233;gislative, assumerait la direction politique du pays ; la seconde s'occuperait de l'&#233;conomie et des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re. Les membres de la deuxi&#232;me Chambre seraient &#233;lus parmi les producteurs, c'est-&#224;-dire parmi les membres des conseils ouvriers, sur la base d'&#233;lections d&#233;mocratiques. Notre intention n'&#233;tait pas de pr&#233;tendre, pour les conseils ouvriers, &#224; un r&#244;le politique. Nous pensions g&#233;n&#233;ralement que, de m&#234;me qu'il fallait des sp&#233;cialistes &#224; la direction de l'&#233;conomie, de m&#234;me la direction politique devait &#234;tre assum&#233;e par des experts. Nous tenions, par contre, &#224; contr&#244;ler nous-m&#234;mes tout ce qui nous concernait.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autour de ces questions il y eut des discussions. En discutant des questions d'organisation du Conseil Central du Grand-Budapest, nous &#233;voquions aussi son avenir. A notre avis, pour que le Conseil puisse remplir son v&#233;ritable r&#244;le, &#224; savoir la direction de la production, le capitalisme d'Etat, sous le contr&#244;le du parti communiste, devait dispara&#238;tre. Il fallait aussi r&#233;gler la question des syndicats. Jusqu'au 1er janvier 1957, consid&#233;r&#233; par nous comme une date limite, on devait &#233;lire, dans chaque usine, d&#233;mocratiquement, les nouvelles directions syndicales, ainsi que le sp&#233;cifient les statuts des syndicats libres. (Il y aurait incompatibilit&#233; entre l'appartenance &#224; la direction syndicale et aux conseils ouvriers.) Le Conseil Ouvrier &#233;mit le v&#339;u que les syndicats hongrois quittent la F&#233;d&#233;ration Syndicale Mondiale pour adh&#233;rer &#224; la F&#233;d&#233;ration Internationale des Syndicats Libres. Les syndicats auraient pour t&#226;che de d&#233;fendre les ouvriers sur le plan national, contre le gouvernement si besoin &#233;tait, et contre les conseils ouvriers eux-m&#234;mes si, d'aventure, ceux-ci &#233;taient en contradiction avec les int&#233;r&#234;ts ouvriers. Malgr&#233; tout, syndicats et conseils ouvriers devraient collaborer dans toute la mesure du possible, quand bien m&#234;me leurs int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats sur le plan de la production ne seraient pas toujours concordants.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la situation &#224; venir des conseils ouvriers, elle devrait &#234;tre d&#233;finie par les commissions &#233;conomique et politique du Conseil Central. Une question restait en suspens : comment le Conseil des Producteurs form&#233; de membres des conseils ouvriers pourrait avoir une certaine part &#224; la direction de l'Etat. Je dois dire franchement que nous n'e&#251;mes pas le temps d'&#233;tudier &#224; fond ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui est certain, c'est que nous ne voulons plus d'un syst&#232;me gouvernant &#224; coups de d&#233;crets. L'Assembl&#233;e Nationale n'avait qu'&#224; voter des lois convenables. Evidement, pour les questions &#233;conomiques, l'Assembl&#233;e devrait consulter le Conseil des Producteurs et obtenir son approbation. Selon nos conceptions, le pays avait besoin d'une nouvelle constitution qui pr&#233;ciserait quels seraient les partis autoris&#233;s, dans quel esprit devrait travailler le gouvernement, et comment il assurerait le maintien d'une soci&#233;t&#233; socialiste. Le Conseil des Producteurs devrait fonctionner, bien entendu, selon les principes d&#233;finis dans la nouvelle constitution. Aux termes de la constitution pr&#233;c&#233;dente, les probl&#232;mes &#233;conomiques et politiques n'&#233;taient pas s&#233;par&#233;s. Quand des questions &#233;conomiques &#233;taient pos&#233;es devant le Parlement, elles &#233;taient tranch&#233;es par des sp&#233;cialistes de la politique et non par des &#233;conomistes, et ces politiciens ne prenaient pas en consid&#233;ration l'int&#233;r&#234;t des travailleurs. Une seule personnalit&#233; politique, quand elle avait du poids, pouvait diriger les affaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Selon nos conceptions, le Conseil des Producteurs deviendrait un organisme dirigeant la vie &#233;conomique du pays, les deux chambres jouant chacune leur r&#244;le propre, se compl&#233;tant au lieu de s'opposer. Bien que toutes nos id&#233;es sur ces points ne fussent pas d&#233;finitives, nous les consign&#226;mes dans un projet que, par la suite, la police devait exploiter contre nous. Il y &#233;tait dit que le gouvernement serait l'&#233;manation des deux chambres, ses membres se heurtant dans chacune d'elles. Certains postes ne pourraient &#234;tre attribu&#233;s qu'&#224; des sp&#233;cialistes qualifi&#233;s, de l'une ou l'autre chambre. Chacune des deux chambres pourrait mettre en &#233;chec le gouvernement, responsable devant chacune d'elles et ne pouvant se maintenir qu'avec la confiance de l'une et de l'autre. Dans la Hongrie nouvelle et d&#233;mocratique que nous imaginions, le l&#233;gislatif et l'ex&#233;cutif devaient &#234;tre rigoureusement s&#233;par&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous discut&#226;mes ainsi de la fa&#231;on dont les b&#233;n&#233;fices des usines, travaillant enfin d'une mani&#232;re rentable, seraient r&#233;partis. Nous pr&#233;voyions trois cat&#233;gories de b&#233;n&#233;ficiaires : l'Etat, l'entreprise elle-m&#234;me (r&#233;serves, &#233;quipement, roulement) et les travailleurs. Les modalit&#233;s de la distribution de cette partie des b&#233;n&#233;fices seraient d&#233;finies, chaque fin d'ann&#233;e, par le conseil d'usine. Certains d'entre nous &#233;mirent des id&#233;es aujourd'hui assez r&#233;pandues en Occident, d'un capitalisme &#034;populaire&#034; octroyant des actions aux travailleurs. Je ne puis dire comment les choses auraient &#233;volu&#233; si nous avions pu mettre nos id&#233;es en pratique. Evidemment, nous avons voulu une planification bien que diff&#233;rente de celle qui existait sous R&#225;kosi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous vivions en pleine r&#233;volution et nous devions combattre. Certes, nous ne savions pas avec pr&#233;cision comment l'avenir se pr&#233;senterait, mais nous avions tous le sentiment d'&#234;tre dans la bonne voie. Dans la voie que devaient suivre les travailleurs, le pays tout entier, pour que s'&#233;panouisse la soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont ces promesses d'avenir qu'ont &#233;cras&#233;es les Russes et K&#225;d&#225;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; Comment tout a commenc&#233; de Karol Dombrowski :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le 16 juin 1956, les ouvriers du d&#233;partement WW 3 de l'usine m&#233;tallurgique Zispo (anciennement &#233;tablissement Staline de Poznan, d&#233;baptis&#233; depuis peu), qui rassemble plus de 15.000 ouvriers au total, commencent une gr&#232;ve dite &#171; perl&#233;e &#187;. Les ouvriers protestent contre une r&#233;alit&#233; de moins en moins supportable : alors que de 1953 &#224; 1956 le rendement moyen du travail dans l'usine s'est accru de pr&#232;s de 25%, leur salaire a baiss&#233; de 3% en moyenne depuis 1954, baisse encore plus sensible dans cinq d&#233;partements (&#8230;) : de 200 &#224; 540 zlotys sur un salaire mensuel de 1800 &#224; 2000 zlotys par mois. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La direction reste sourde &#224; la gr&#232;ve des ouvriers, qui se r&#233;unissent alors par ateliers, puis en r&#233;unions inter-ateliers, pour &#233;laborer une plate-forme revendicative en trois points : situation mat&#233;rielle des salari&#233;s, conditions de travail, situation l&#233;gale du personnel. &lt;br /&gt;
&#171; (&#8230;) augmentation de 15 &#224; 20% du salaire de base et modification du syst&#232;me des primes, remboursement des sommes pr&#233;lev&#233;es au titre de l'imp&#244;t per&#231;u ill&#233;galement sur les primes, juste et rapide attribution de logements ouvriers et r&#233;fection des logements ouvriers, baisse des prix des articles de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;, r&#233;tribution des travaux nuisibles &#224; la sant&#233;, (&#8230;) mettre fin aux arr&#234;ts de travail techniques et aux heures suppl&#233;mentaires (&#8230;) diminuer la pression bureaucratique sur les conditions et l'atmosph&#232;re de travail, am&#233;lioration de l'hygi&#232;ne et de la s&#233;curit&#233; du travail, attribution de v&#234;tements et de chaussures de protection, (&#8230;) participation directe du personnel &#224; la gestion et au contr&#244;le (&#8230;) reconnaissance de repr&#233;sentants du personnels &#233;lus de mani&#232;re libre et ind&#233;pendante. &#187;&lt;br /&gt;
(&#8230;) Les ouvriers se r&#233;unissent et d&#233;cident d'envoyer une d&#233;l&#233;gation &#224; Varsovie et engager la gr&#232;ve totale pour soutenir sa d&#233;marche. (&#8230;) Puis, le ministre flanqu&#233; du secr&#233;taire de la f&#233;d&#233;ration des m&#233;taux, part imm&#233;diatement &#224; Poznan, le mercredi 27 juin, pour discuter avec les ouvriers de Zispo, o&#249; il r&#233;p&#232;te ce qu'il a dit &#224; la d&#233;l&#233;gation. Son attitude exasp&#232;re les ouvriers. (&#8230;) Les &#233;quipes de nuit se r&#233;unissent et d&#233;cident de se mettre en gr&#232;ve totale pour le lendemain matin 28 et de manifester dans les rues de la ville. Les cadres du parti et du syndicat tentent vainement de s'y opposer, mais la col&#232;re des ouvriers balaie leurs timides objections. (&#8230;) L'&#233;quipe de jour, qui arrive &#224; 6 heures du matin, confirme la d&#233;cision de gr&#232;ve. Les deux &#233;quipes d&#233;cident en m&#234;me temps une manifestation, l'envoi d'un message au Premier ministre lui demandant de venir sur place se rendre compte de la validit&#233; de leurs revendications et un meeting public sur la place de l'h&#244;tel de ville (&#8230;) Les mots d'ordre scand&#233;s par les manifestants (&#8230;) son &#233;loquents : &#171; Du pain, nous voulons du pain ! Nous r&#233;clamons l'augmentation des salaires ! Nous r&#233;clamons la diminution des prix ! Nous voulons am&#233;liorer notre niveau de vie ! (&#8230;) &#187; &lt;br /&gt;
Les gr&#233;vistes de Zispo d&#233;cident d'envoyer d&#232;s l'aube des d&#233;l&#233;gations dans les usines voisines et d'abord aux &#233;tablissements de r&#233;paration d'&#233;quipements ferroviaires dits ZNTK et aux &#233;tablissements de l'industrie du caoutchouc Stomil, qui se mettent en gr&#232;ve tout de suite. (&#8230;) D&#232;s huit heures, la quasi-totalit&#233; des usines de Poznan (qui compte douze usines importantes) sont en gr&#232;ve. A neuf heures, plus un tramway ne fonctionne et les premiers trains s'arr&#234;tent. A dix heures, les bureaux de poste ferment leurs guichets. A onze heures, la gare centrale ferme aussi (&#8230;) Des ouvriers en gr&#232;ve venus d'autres usines convergent eux aussi (avec ceux de Zispo, de ZNTK et Stomil) vers la place de l'H&#244;tel de ville. (&#8230;) Les manifestants ajoutent aux slogans des pancartes : &#171; A bas les bonzes ! Nous ne voulons plus &#234;tre des esclaves ! (&#8230;) A bas le faux communisme ! Dehors les troupes russes ! Nous volons une Pologne libre ! &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Une fois rassembl&#233;s &#224; plusieurs dizaines de milliers sur la place de l'H&#244;tel de ville, les gr&#233;vistes envoient des d&#233;l&#233;gations au comit&#233; du parti, au comit&#233; populaire de la ville, au comit&#233; de vo&#239;vodie (r&#233;gion), en grande partie d&#233;sert&#233;s par leurs fonctionnaires (&#8230;) Nul ne les re&#231;oit. (&#8230;) Au meeting, une bonne dizaine d'orateurs prennent bri&#232;vement la parole et r&#233;clament entre autres que des repr&#233;sentants des autorit&#233;s viennent s'adresser aux manifestants et r&#233;pondent &#224; leurs revendications. Personne ne vient. (&#8230;) Les manifestants envahissent la prison et lib&#232;rent les 250 d&#233;tenus, tous de droit commun, et s'emparent d'armes &#224; l'arsenal de la prison. Les politiques sont intern&#233;s dans la prison de la S&#233;curit&#233; d'Etat (la Bezpieka). (&#8230;) Plusieurs colonnes de manifestants convergent alors rue Kochanowski, o&#249; se dresse l'immeuble de la police politique. Ils tentent d'y p&#233;n&#233;trer. La police tire et abat un jeune apprenti de l'usine Zispo &#226;g&#233; de 16 ans. Une deuxi&#232;me salve couche cinq manifestants sur le pav&#233;. Les manifestants d&#233;sarment un camion de soldats envoy&#233; sur la place et s'emparent de deux chars. Les soldats n'ont dans les deux cas oppos&#233; aucune r&#233;sistance. Puis, les manifestants font le tour des commissariats pour s'y emparer des armes. D'autres grimpent sur des camions pour aller rafler les armes des postes de police des banlieues voisines. (&#8230;) les manifestants s'emparent de l'H&#244;tel de ville au sommet duquel ils placent un gigantesque &#233;criteau portant l'inscription : &#171; Du pain et la libert&#233; ! &#187;. Ils s'emparent aussi du conseil populaire de la vo&#239;vodie et de divers b&#226;timents officiels. (&#8230;) Au m&#234;me moment arrivent par avion &#224; Poznan le Premier ministre, l'ancien social-d&#233;mocrate Cyranki&#233;wicz, flanqu&#233; d'Edouard Gierek, secr&#233;taire au comit&#233; central du POUP et du pr&#233;sident du conseil central des syndicats, le stalinien pur sucre Klosiewicz, alors m&#234;me que des groupes de gr&#233;vistes en armes sillonnent la ville. Aucun d'eux n'a le souci de rencontrer gr&#233;vistes et manifestants. Ils se contentent de convoquer quelques cadres du parti et du syndicat officiel des principales usines de la ville, organisent un &#171; r&#233;tablissement de l'ordre &#187; et font d&#233;cr&#233;ter le couvre-feu d&#232;s 21 heures. Les affrontements entre l'arm&#233;e et les groupes insurg&#233;s sans coordination commencent d&#232;s le d&#233;but de la soir&#233;e, se poursuivent toute la nuit et durent jusqu'au milieu de l'apr&#232;s-midi du 29. (&#8230;) Les soldats n'opposent, quand ils le peuvent, aucune r&#233;sistance. (&#8230;) A la fin de l'apr&#232;s-midi du 29, &#171; l'ordre &#187; est r&#233;tabli. (&#8230;) Une vague r&#233;volutionnaire va soulever la Pologne la troisi&#232;me semaine d'octobre, &#224; laquelle la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de Poznan avait donn&#233; la premi&#232;re impulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de la &#171; R&#233;solution des d&#233;l&#233;gu&#233;s des conseils ouvriers du 11e arrondissement de Budapest &#187; du 12 novembre 1956 :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) La classe ouvri&#232;re consid&#232;re que les usines et la terre comme propri&#233;t&#233; du peuple travailleur. (&#8230;) Nous revendiquons l'&#233;largissement total de la sph&#232;re d'activit&#233; des conseils ouvriers (&#8230;) de fixer des &#233;lections libres (&#8230;), la lib&#233;ration imm&#233;diate des membres du gouvernement Imre Nagy (&#8230;), le cessez le feu imm&#233;diat et l'&#233;vacuation imm&#233;diate des troupes sovi&#233;tiques de Budapest (&#8230;) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de l' &#171; Appel du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest &#187; du 27 novembre 1956 :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Pour une Hongrie socialiste, ind&#233;pendante et d&#233;mocratique&lt;br /&gt;
Camarades ouvriers ! Le Conseil central ouvrier des usines et des arrondissements du Grand-Budapest &#233;lu d&#233;mocratiquement par la base vous adresse un appel et des informations dans le but de resserrer encore nos rangs et de les rendre plus unis et plus forts. On sait que le Conseil central ouvrier du Grand-Budapest a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; sur l'initiative des grandes entreprises, le 14 novembre dernier, afin de coordonner le travail des conseils ouvriers des usines et de se faire le porte-parole commun de leurs revendications. (&#8230;) Voil&#224; pourquoi nous avons convi&#233; au Palais des sports, &#224; Budapest, pour le 21 novembre dernier, les repr&#233;sentants de la province, des d&#233;partements, afin que, &#224; la r&#233;union du conseil ouvrier national, nous discutions des questions les plus importantes qui nous pr&#233;occupent (&#8230;) Le gouvernement a interdit cette r&#233;union. Cette mesure inattendue a envenim&#233; la situation. D&#232;s que l'interdiction a &#233;t&#233; connue, les ouvriers des usines de Budapest ainsi que les travailleurs des transports ont cess&#233; le travail et ont commenc&#233; une gr&#232;ve de protestation, sans avoir re&#231;u aucune directive du conseil central. (&#8230;) Nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; reprendre le travail dans tout le pays, sans pour autant renoncer &#224; notre droit de gr&#232;ve, &#224; la condition expresse que le gouvernement reconnaisse le conseil ouvrier national comme seul organisme repr&#233;sentatif de la classe ouvri&#232;re et qu'il continue sans d&#233;lai des n&#233;gociations relatives &#224; nos revendications. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 23 novembre au matin, Jozsef Balazs, l'un des membres de notre d&#233;l&#233;gation, a annonc&#233; personnellement &#224; la radio le r&#233;sultat de ces entretiens. Le pr&#233;sident du Conseil des ministres avait reconnu le Conseil central ouvrier du Grand-Budapest comme qualifi&#233; pour poursuivre les n&#233;gociations et avait promis de soumettre au Conseil des ministres les revendications qui lui &#233;taient pr&#233;sent&#233;es. (&#8230;) Force nous est de proclamer que toutes ces promesses ne constituent pas grand-chose. N&#233;anmoins, nous avons d&#233;cid&#233; de reprendre le travail, car nous avons en vue les seuls int&#233;r&#234;ts du peuple. (&#8230;) Les usines se trouvent entre nos mains, entre les mains des conseils ouvriers. Afin d'augmenter encore nos forces, nous pensons que, en vue des mesures et actions unies, la r&#233;alisation des t&#226;ches suivantes s'impose : &lt;br /&gt;
1&#176;) (&#8230;) former d'urgence des conseils ouvriers d'arrondissement et de d&#233;partement au moyen d'&#233;lections d&#233;mocratiques organis&#233;es &#224; la base. Les usines importantes et d'abord celles qui se trouvent dans les villes centrales de d&#233;partement devront prendre l'initiative de constituer des conseils centraux. &lt;br /&gt;
2&#176;) Tout conseil central d'arrondissement ou de d&#233;partement doit se mettre imm&#233;diatement en rapport avec le Conseil central ouvrier du Grand-Budapest (15-17 rue Akacfa, t&#233;l&#233;phone 422130). Le pr&#233;sident du Conseil central ouvrier est Sandor Racz, pr&#233;sident du conseil ouvrier de l'usine Standard (Beloiannis), son adjoint est Gy&#235;rgy Kalocsai, d&#233;l&#233;gu&#233; du conseil ouvrier des Huileries v&#233;g&#233;tales de Csepel, son secr&#233;taire est Istvan Babai, pr&#233;sident du conseil ouvrier de la Compagnie des tramways de Budapest. Un repr&#233;sentant mandat&#233; du conseil ouvrier d&#233;partemental doit se rendre personnellement au secr&#233;tariat du Conseil central ouvrier du Grand-Budapest, afin d'organiser le contact et de s'entretenir des questions d'actualit&#233;.&lt;br /&gt;
3&#176;) Une des t&#226;ches les plus importantes des membres des conseils ouvriers d'usine consiste &#224; s'occuper non seulement de l'organisation du travail, mais aussi &#224; &#233;lire d'urgence les conseils ouvriers d&#233;finitifs. Au cours de ces &#233;lections, nous devons montrer la m&#234;me &#233;nergie pour combattre l'agitation de la dictature rakosiste que celle de la restauration capitaliste. Les conseils doivent &#234;tre compos&#233;s d'ouvriers honn&#234;tes au pass&#233; irr&#233;prochable ! Au sein des conseils, les ouvriers devront poss&#233;der une majorit&#233; d'au moins deux tiers. (&#8230;) Les directeurs d'usine doivent &#234;tre &#233;lus par les conseils eux-m&#234;mes apr&#232;s d&#233;claration de candidature. (&#8230;)&lt;br /&gt;
4&#176;) (&#8230;) Seuls les ouvriers ont combattu pour la cr&#233;ation des conseils ouvriers et la lutte de ces conseils a &#233;t&#233; dans bien des cas entrav&#233;s par les syndicats qui se sont bien gard&#233;s de les aider. (&#8230;) Nous sommes hostiles au maintien des permanents syndicaux r&#233;tribu&#233;s. En effet, l'activit&#233; aussi bien au sein d'un comit&#233; d'usine qu'au sein d'un conseil ouvrier doit &#234;tre un travail social b&#233;n&#233;vole. Nous ne voulons pas vivre de la r&#233;volution et nous ne tol&#233;rerons pas que qui que ce soit essaie d'en vivre. (&#8230;) Nous protestons contre la th&#232;se des &#171; syndicats libres &#187; r&#233;cemment constitu&#233;s d'apr&#232;s laquelle les conseils ouvriers devraient &#234;tre uniquement des organisations &#233;conomiques. Nous pouvons affirmer que les v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re sont repr&#233;sent&#233;s en Hongrie par les conseils ouvriers et que, en Hongrie, il n'existe pas actuellement un pouvoir politique plus puissant que le leur. Nous devons &#339;uvrer de toutes nos forces au renforcement du pouvoir ouvrier. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits d'un entretien avec Sandor Racz, pr&#233;sident du Conseil ouvrier central du Grand Budapest, men&#233; par Sandor Szilagy :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; (&#8230;) On imagine difficilement quel &#233;v&#233;nement c'&#233;tait quand la statue (de Staline) s'est &#233;branl&#233;e : le peuple au nom duquel on avait &#233;rig&#233; la statue, &#233;tait all&#233; la renverser. Tout le monde fraternisait. Apr&#232;s le renversement de Joseph, et quand il ne restait plus que ses bottes sur le socle, des gens sont arriv&#233;s en camions pour nous dire d'aller &#224; la maison de radio, qu'on y tirait sur les gens. Tous ceux qui ont pu se sont agripp&#233;s aux camions. Les rues &#233;taient pleines de monde. Deux slogans retentissaient dans la ville : &#171; les Russes dehors ! &#187; et &#171; Imre Nagy au gouvernement ! &#187; Il y avait une telle foule que nous n'avons pas pu entrer &#224; la radio. (&#8230;) Vers 10 heures, quatre blind&#233;s hongrois sont arriv&#233;s. Ils n'ont pas pu entrer dans la rue parce que les gens les ont encercl&#233;s, ont saut&#233; sur eux et ont interpell&#233; les officiers. (&#8230;) Le lendemain matin, (&#8230;) la foule allait et venait et moi je me suis mis &#224; parler. (&#8230;) l y avait toujours cent ou deux cents personnes autour de moi. (&#8230;.) le 29, nous nous sommes retrouv&#233;s &#224; l'usine &#224; environ cinq cents, dans la salle de spectacle. (&#8230;) Je ne me souviens plus qui a propos&#233; de d&#233;signer un conseil ouvrier. Je ne me souviens plus non plus qui a propos&#233; mon nom. Toujours est-il que moi aussi j'ai d&#251; monter sur l'estrade. Finalement, le conseil ouvrier provisoire a eu quinze membres. (&#8230;) Je suis devenu agent de liaison avec l'arrondissement et les autres conseils ouvriers. (&#8230;) Nous avons d&#233;cid&#233; de reprendre le travail et d'organiser la surveillance de l'usine. Il nous paraissait &#233;vident que par la r&#233;volution nous avions obtenu que le directeur ne dirige plus, mais que ce soit nous qui prenions l'usine en mains. (&#8230;) En me promenant dans l'usine, j'ai enlever tous les portraits, toutes les &#233;toiles, les statues et autres salet&#233;s. J'ai dit que ceux qui ne pouvaient pas vivre sans pouvaient les emmener chez eux, mais qu'on pouvait travailler sans tout &#231;a. (&#8230;) Je vivais dans l'usine. Nous avions de quoi manger parce que nous recevions de la campagne des pommes de terre, de la viande, des oies. &#199;a aussi, &#231;a appartient &#224; la r&#233;volution, des paysans baluchon sur le dos qui viennent ravitailler les r&#233;volutionnaires. Le conseil ouvrier payait aussi les avances, du moins &#224; ceux qui venaient les chercher. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Depuis le d&#233;but, je n'avais pas l'espoir que les Russes nous laisseraient ce que nous avions conquis. (&#8230;) Je n'&#233;tais pas d'accord non plus avec le fait que Mal&#233;ter et ses gens aillent au quartier g&#233;n&#233;ral sovi&#233;tique qui &#233;tait compl&#232;tement coup&#233; du monde. Le 4 novembre, &#224; 4 heures du matin, on a entendu l'appel de Nagy &#224; la radio. Vous ne pouvez pas vous repr&#233;senter cette trag&#233;die. C'&#233;tait terrible d'entendre ce communiste qui demandait en pleurant aux Russes de ne pas faire de mal &#224; la ville, &#224; ce pays. Je l'entend encore, parce qu'ils ont lu l'appel en Russe aussi. (&#8230;) Quelque chose comme : je vous en prie, je vous en prie. On n'a entendu le premier coup de canon qu'une bonne demi-heure plus tard. Jusqu'au 6, il n'y a eu rien d'autre que des combats. &lt;br /&gt;
Nous &#233;tions dans l'usine. En tout, nous &#233;tions vingt, mais aucune arme, seulement des pistolets &#8211; &#231;a n'aurait pas eu beaucoup d'int&#233;r&#234;t. Moi, je me suis post&#233; sur le toit de l'usine. De l&#224;, je voyais les projectiles, les bombes qui volaient partout. Nous &#233;tions sur les nerfs, dans une col&#232;re terrible. C'&#233;tait un pays pacifique, calme, pr&#234;t &#224; se mettre au travail, qu'on &#233;tait en train d'attaquer ! &lt;br /&gt;
Nous avons convoqu&#233; pour le 8 novembre une s&#233;ance des conseils de l'arrondissement, dans la salle de spectacles de l'usine de Machines et Petits Moteurs. Il y avait environ cent personnes ; d'ailleurs notre but &#233;tait seulement de donner un peu d'espoir aux gens. Unanimement, nous pensions que d&#233;sormais les conseils ouvriers devaient jouer un r&#244;le actif. Jusque l&#224;, nous ne m&#234;lions pas de politique parce que nous avions confiance en Nagy. Nous le voyions comme la garantie de la r&#233;volution. Mais Kadar et sa clique l'ont vendu, lui et la r&#233;volution aussi. A ce moment-l&#224; tout le monde rejetait Kadar ; personne ne voulait lui adresser la parole &#8211; except&#233; les quelques personnes qu'il avait prises dans son gouvernement. Donc nous pensions qu'il fallait sauver le plus possible cette libert&#233; que nous avions conquise et que c'&#233;tait notre affaire. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 12, il y avait entra&#238;nement et nous avons convoqu&#233; l'arrondissement &#224; Beloiannisz. (...) Les gens sont venus des conseils ouvriers de l'arrondissement. J'en connaissais beaucoup de vue, puisque j'ai &#233;t&#233; agent de liaison. Durant ces journ&#233;es, j'ai &#233;t&#233; assez actif. (&#8230;) A ce moment l&#224;, nous avions formul&#233; nos exigences politiques : le d&#233;part des troupes sovi&#233;tiques, le r&#233;tablissement du gouvernement Nagy, la reconnaissance l&#233;gale des conseils ouvriers et des comit&#233;s r&#233;volutionnaires. Quatre ou cinq des d&#233;l&#233;gu&#233;s les avaient formul&#233;s en points, en haut dans le bureau. Ensuite, nous avons vot&#233;. &#199;a, c'est important parce que le 14, Bali s'est rendu &#224; la s&#233;ance de fondation du Conseil Ouvrier Central &#224; l'Egyes&#252;lt Izzo, avec ce programme pr&#234;t. (&#8230;) Sanyi m'a racont&#233; comment le Conseil Ouvrier Central avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;. (&#8230;) Le 14 au soir, Sandor S. Nagy, le fraiseur de Ganz, est venu dire &#224; notre conseil qu'il avait convoqu&#233; une autre r&#233;union (&#8230;) et que nous nous y fassions repr&#233;senter. J'ai dit qu'on m'y envoie, car je trouvais quelque chose bizarre dans cette affaire. (&#8230;) Il y avait environ quatre cent personnes dans la grande salle ; ceux qui &#233;taient &#224; la table pr&#233;sidentielle &#233;taient bien fringu&#233;s, chemise blanche et tout &#8211; moi et les autres dans la salle, bien s&#251;r en bleu de travail, dans lequel nous &#233;tions all&#233;s &#224; l'usine. (&#8230;) Un grand jeune homme parlait &#224; tort et &#224; travers. (&#8230;) A tr&#232;s haute voix, je lui ai demand&#233; de se pr&#233;senter, de dire qui l'avait envoy&#233; ici et comment. Il s'est av&#233;r&#233; qu'il &#233;tait &#233;tudiant et que deux individus &#233;taient venus le chercher pour lui faire d&#233;clarer ce qu'il venait de dire. J'ai annonc&#233; que cette s&#233;ance n'avait aucun int&#233;r&#234;t puisque le Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; cr&#233;&#233; et qu'il n'y avait aucun besoin d'un contre-conseil ouvrier. Et donc que moi je m'en allais. Ceux qui voulaient conna&#238;tre le v&#233;ritable programme du Conseil Ouvrier Central pouvaient en prendre connaissance au 15 de la rue Akacfa. (&#8230;) Dix minutes plus tard, la foule commen&#231;ait &#224; se rassembler derri&#232;re moi. (&#8230;) Le conseil ouvrier a fait un rapport aux quatre cent personnes qui m'avaient suivi. Le rapport &#233;tait &#224; peine commenc&#233; que deux soldats russes ont fait irruption. J'ai bien entendu quand ils ont charg&#233; leur mitraillette. Je me suis lev&#233; en sentant les deux mitraillettes dans mon dos. Je suis all&#233; &#224; la table et j'ai commenc&#233; &#224; parler : &#171; M&#234;me si deux soldats russes sont l&#224; dans la porte avec leurs mitraillettes, il faut que nous parlions des probl&#232;mes des travailleurs hongrois ! &#187; La tension est tomb&#233;e et les deux soldats sont partis. (&#8230;) C'est comme cela que j'ai &#233;t&#233; choisi au Conseil Ouvrier Central. (&#8230;) Jozsef Sandor aussi est arriv&#233; &#224; la s&#233;ance &#8211; il faisait la liaison entre Kadar et le Conseil Ouvrier Central &#8211; et il a dit qu'il y avait eu un malentendu avec les Russes et, pour cette raison, il pr&#233;sentait les excuses du gouvernement. Moi, je ne le crois pas, qu'il y ait eu un malentendu. (&#8230;) Nous avions d&#233;cid&#233; avec Jozef Sandor qu'une d&#233;l&#233;gation irait au Parlement. Environ dix personnes ont &#233;t&#233; choisies pour la d&#233;l&#233;gation et j'&#233;tais parmi eux. Kadar n'est arriv&#233; qu'&#224; minuit et il a fallu attendre jusque l&#224;. (&#8230;) Les membres du gouvernement sont arriv&#233;s vers huit heures. Donc sont arriv&#233;s Biszku, Ribansky, Jozsef Sandor, Marosan et d'autres. Et, sans que tu t'en aper&#231;oives, l'un &#233;tait assis &#224; droite, l'autre &#224; gauche et tu &#233;tais soumis &#224; un interrogatoire serr&#233; pour savoir ce que, en fin de compte, tu voulais. L&#224;-dessus, Kadar arrive. (&#8230;) D&#233;venyi, notre chef, ne s'est pas du tout comport&#233; comme il convenait de la part d'un ouvrier. Il salivait, g&#233;missait, b&#233;gayait (&#8230;) Je me suis lev&#233; et j'ai dit : &#171; Nous jacassons ici comme des pies, pendant que dans la rue on tire sur les ouvriers hongrois ! &#187; (&#8230;) Une s&#233;ance du Conseil Ouvrier Central &#233;tait annonc&#233;e pour huit heures du matin. Apr&#232;s le compte-rendu de D&#233;venyi, j'ai demand&#233; la parole et j'ai racont&#233; ce qui s'&#233;tait pass&#233; au Parlement. Puis j'ai propos&#233; une motion de d&#233;fiance contre D&#233;venyi. J'ai critiqu&#233; la conduite de toute la d&#233;l&#233;gation. Ceux d'environ cinquante ans intervenaient plut&#244;t en faveur de D&#233;venyi. Ils disaient que lui obtiendrait quelque chose avec ses marchandages. Par contre, les moins de quarante ans avaient des prises de position plus radicales (&#224; ce moment-l&#224;, personne ne reconnaissait Kadar). J'ai &#233;t&#233; &#233;lu nouveau pr&#233;sident du Conseil Ouvrier Central au scrutin secret. (&#8230;) Nous avons appel&#233; les ouvriers &#224; rentrer dans leurs usines et &#224; y &#233;lire des conseils ouvriers d&#233;finitifs. Les gens de Kadar disaient toujours que les conseils ouvriers n'&#233;taient pas valables parce que les ouvriers n'&#233;taient m&#234;me pas dans les usines et avaient &#233;t&#233; &#233;lus par acclamation, comme si eux avaient &#233;t&#233; choisis par acclamation ! Antal Apro a dit qu'ils prendraient trois membres du Conseil Ouvrier Central dans le gouvernement. Alors, je lui ai dit : &#171; Qu'est-ce que vous en pensez ? Qu'on m'a envoy&#233; ici pour marchander un quelconque portefeuille minist&#233;riel ? R&#233;pondez-moi plut&#244;t : quand est-ce que les troupes sovi&#233;tiques partiront, quand Imre Nagy reviendra &#224; la t&#234;te du gouvernement et quand les l&#233;galisera-t-on les conseils ouvriers ? A ce moment-l&#224;, les d&#233;portations battaient leur plein. Nous avions un comit&#233; de lib&#233;ration de trois membres, et c'est eux qui allaient au commandement russe pour faire &#233;viter la d&#233;portation aux gens. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le Conseil Ouvrier National ne s'est jamais organis&#233;. Nous avons convoqu&#233; les repr&#233;sentants des conseils ouvriers pour une conf&#233;rence le 24, &#224; 8 heures, au stade. Et plusieurs milliers de personnes se sont rassembl&#233;es. Mais les tanks russes encadraient le stade, si bien que m&#234;me une souris n'aurait pas pu passer. Nous sommes all&#233;s au si&#232;ge de Memosz, mais on ne nous a pas laiss&#233;s passer l&#224; non plus. Si bien qu'&#224; soixante ou soixante-dix nous sommes all&#233;s rue Akacfa. Ne serait-ce parce que un ou deux envoy&#233;s de province seulement ont pu acc&#233;der &#224; la petite salle, le Conseil Ouvrier National n'a pas pu s'organiser. (&#8230;) L&#224;, nous avons d&#233;cid&#233; de faire gr&#232;ve les 22 et 23 pour protester contre l'interdiction de notre conf&#233;rence et contre l'enl&#232;vement de Imre Nagy. (...) Entre temps, on m'a d&#233;sign&#233; de nouveau comme pr&#233;sident du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest. (&#8230;) Les discussions avec le gouvernement &#233;taient de la com&#233;die et ne servaient &#224; rien. Ils nous ont fait discuter sur les modifications au programme du gouvernement. Nous avions propos&#233; la reconnaissance par d&#233;cret des conseils ouvriers et du Conseil Ouvrier Central du Grand Budapest, l'attribution des postes de directeur par concours et le droit des conseils ouvriers de renvoyer les directeurs, des choses dans ce genre. Mais le gouvernement se moquait de nous. Il a voulu nous donner une place au minist&#232;re de l'Agriculture, mais je n'ai pas accept&#233; : nous n'&#233;tions pas un minist&#232;re ! (&#8230;) Je suis all&#233; &#224; Vezpren, &#224; la cr&#233;ation du conseil ouvrier du d&#233;partement. C'est eux qui m'avaient invit&#233; &#224; leur s&#233;ance inaugurale. J'&#233;tais assez exasp&#233;r&#233; et je leur ai franchement racont&#233; quel jeu le gouvernement menait avec nous. J'ai aussi particip&#233; &#224; une autre s&#233;ance d'un conseil ouvrier, &#224; l'usine Etoile Rouge de Obuda. Le conseil &#233;tait plein de communistes qui n'allaient pas dans la direction souhait&#233;e par les travailleurs. Moi, j'y vais et j'ai organis&#233; une v&#233;ritable &#233;lection du conseil. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le 27, il y avait une nouvelle n&#233;gociation avec le gouvernement. C'est moi qui ai dirig&#233; cette d&#233;l&#233;gation. (&#8230;) Quand Kadar est arriv&#233;, je me suis avanc&#233; avec mes questions : &#171; Qu'est-ce que pense Mr Kadar de ce qui se passe, de l'enl&#232;vement d'Imre Nagy et de son &#233;quipe, de la gr&#232;ve, des condamnations des ouvriers&#8230; ? &#187; C'&#233;tait la fin de la n&#233;gociation. Elle a repris le 6 d&#233;cembre. Mais, &#224; l'&#233;poque, les rapports avec le gouvernement s'&#233;taient beaucoup envenim&#233;s. Le parti s'organisait, mais le Conseil Ouvrier Central aussi se renfor&#231;ait constamment. Des groupes de travail se sont constitu&#233;s : presse et information avec Miklos Sebestyen, le groupe pour l'organisation sous la direction de F&#233;renc T&#246;ke, le groupe de travail sur l'&#233;conomie et d'autres. Le 28, nous avons voulu publier le &#171; Journal des travailleurs &#187; sous la direction de Gyula Obersovsky. Nous en &#233;tions d&#233;j&#224; aux premi&#232;res &#233;preuves quand Jozsef Sandor a t&#233;l&#233;phon&#233; pour dire que le gouvernement consid&#233;rait cela comme un acte d'opposition. D'accord, ai-je dit. Alors arr&#234;tons la composition, qu'ils voient notre bonne volont&#233;. Si bien qu'il n'y a eu qu'une feuille d'information, au stencil, qui a paru trois fois, la derni&#232;re fois, peut-&#234;tre le 5 d&#233;cembre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La deuxi&#232;me &#233;tape a &#233;t&#233; celle des deux manifestations : celle des femmes et celle du 6 d&#233;cembre contre le gouvernement. Pour la manifestation des femmes du 4 d&#233;cembre, le Conseil Ouvrier central n'a pas donn&#233; son accords pr&#233;alable par ce que beaucoup parlaient de provocation : on leur tirera dessus et ensuite on nous fera porter la responsabilit&#233;. Moi je n'&#233;tais pas d'accord, mais j'ai d&#251; m'incliner devant la majorit&#233;. Finalement, la manifestation a &#233;t&#233; tr&#232;s belle et tr&#232;s &#233;mouvante. (&#8230;) L'autre manifestation le 6 &#233;tait organis&#233;e par le Parti communiste et nous d&#233;fiait. Ils sont arriv&#233;s &#224; la gare de l'Ouest vers 4 heures, juste quand les travailleurs d'Angyalf&#246;ld et de Ujpest arrivaient et ces derniers les ont bien battus. Le 6 justement nous &#233;tions au Parlement pour y apporter le M&#233;morandum. Les gens de Kadar ont voulu nous coller la responsabilit&#233; des troubles. (&#8230;) Nous avons convoqu&#233; pour le 8 la conf&#233;rence des d&#233;l&#233;gu&#233;s du Conseil Ouvrier National. C'est Ferenc T&#246;ke qui l'avait convoqu&#233;e. (&#8230;) La s&#233;ance a commenc&#233; vers dix heures. Jozsef Sandor appelle pour nous dire de ne pas avoir l'audace de faire la conf&#233;rence, parce que le gouvernement est absolument contre. (&#8230;) Ensuite, vers midi, il y a eu un deuxi&#232;me coup de fil, beaucoup plus important : &#171; on tire sur les travailleurs &#224; Salgonarjan ! &#187; (&#8230;) A l'unanimit&#233;, nous avons accept&#233; la proposition d'une gr&#232;ve de quarante-huit heures. Le Conseil a aussi &#233;labor&#233; un appel aux travailleurs du monde dans lequel nous demandons qu'ils soutiennent les travailleurs hongrois dans la lutte qu'ils avaient entreprise, sans crainte pour leur vie. Cet appel est pass&#233; dans les journaux du monde entier. La gr&#232;ve du 11 et 12 et l'appel ont &#233;t&#233; nos derniers mots. Nous n'avions plus rien &#224; dire &#224; l'&#233;quipe Kadar qui, au lieu de n&#233;gocier, nous tirait dessus. Le 11, les membres du Conseil Ouvrier central ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et le Conseil d&#233;clar&#233; hors la loi. (&#8230;) Ma condamnation a &#233;t&#233; prononc&#233;e le 17 mars 1957 : perp&#233;tuit&#233;. (&#8230;) J'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; le 28 mars 1963, avec la grande amnistie. Je voulais retourner &#224; l&#8216;usine, &#224; Beloiannisz, mais on ne me l'a pas permis ; environ vingt-cinq grandes entreprises ont ensuite refus&#233; mon livret de travail, jusqu'&#224; ce que je trouve du travail chez un m&#233;canicien priv&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
En 1945-46, la solidarit&#233; cr&#233;&#233;e par la guerre ne s'est pas d&#233;velopp&#233;e dans l'int&#233;r&#234;t des travailleurs hongrois. (&#8230;) Apr&#232;s 1945, le syst&#232;me n'a pas aid&#233; &#224; la formation et &#224; l'approfondissement de la conscience ouvri&#232;re, mais au contraire, avec la cr&#233;ation de ce r&#233;gime de mouchard, il a d&#233;sorganis&#233; cette conscience ouvri&#232;re qui aurait d&#251; donner naissance au v&#233;ritable pouvoir des ouvriers. En 1956, ces ouvriers tromp&#233;s ont clairement vu leur situation. Ils se sont rang&#233;s avec fermet&#233; et r&#233;solution aux c&#244;t&#233;s de la r&#233;volution et ils l'ont d&#233;fendue de toutes leurs forces. Ils l'ont fait parce qu'ils se sont rendus compte que c'&#233;tait le moment historique favorable &#224; la cr&#233;ation d'une soci&#233;t&#233; sans exploitation en Hongrie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de &#171; Au nom de la classe ouvri&#232;re &#187; de Sandor Kopacsi :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Entre le soir du 24 f&#233;vrier 1956 et l'aube du 25, dans la salle du Grand Palais du Kremlin, &#224; Moscou, il se passa quelque chose qui allait chambarder l'esprit des communistes du monde entier. C'&#233;tait la lecture du fameux &#171; rapport secret &#187; de Krouchtchev. (&#8230;) Le massacre d'innocents, la liquidation de millions de paysans, les goulags venaient de faire leur entr&#233;e dans l'histoire de l'Union sovi&#233;tique et de son r&#233;gime. Les dirigeants des pays de l'Est chancel&#232;rent sous le coup des r&#233;v&#233;lations. Le chef de l'Etat polonais, Bierut, rendit l'&#226;me sur place. (&#8230;) Apr&#232;s Kadar, la veuve de Rajk sortit des souterrains et exigea la r&#233;habilitation de son mari. (&#8230;) Rakosi fut cong&#233;di&#233; par t&#233;l&#233;phone. Le lendemain, il partit pour Moscou. Pour le pays, le rempla&#231;ant ne valait gu&#232;re mieux : Erno Ger&#246;, son bras droit de toujours, ancien commissaire du GPU en Espagne, champion des plans de production fantaisistes qui en dix ans avaient ruin&#233; le peuple hongrois. Apr&#232;s le d&#233;part du dictateur au petit pied, l'opposition du parti obtint la r&#233;habilitation solennelle de ses victimes les plus en vue, principalement celle de son ancien co-&#233;quipier Lazlo Rajk. Au terme de recherches longues, on retrouva les restes de son corps dans un bois (&#8230;) La c&#233;r&#233;monie d'inhumation fut pr&#233;vue pour le 6 octobre 1956. L'opposition du parti et tout particuli&#232;rement la veuve de la victime insist&#232;rent pour qu'elle fut solennelle, avec une participation tr&#232;s large. La population de Budapest se souciait peu des r&#232;glements de comptes &#224; l'int&#233;rieur du parti, mais la mauvaise gestion et la p&#233;nurie l'avaient pouss&#233; &#224; bout. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que nous allions mettre &#224; nu l'incomp&#233;tence criminelle du pouvoir (&#8230;) 200.000 personnes manifest&#232;rent (&#8230;) La jeunesse bougeait. Les universitaires pr&#233;sentaient une s&#233;rie de revendications concernant leur condition d'&#233;tudiant, dont certaines touchaient &#224; la grande politique. Ils avaient placard&#233; des tracts ron&#233;otyp&#233;s exhortant la jeunesse estudiantine &#224; se rendre &#224; une manif de symptahie avec la Pologne de Gomulka. (&#8230;) Une manif organis&#233;e par d'autres que les dirigeants officiels du Parti, c'&#233;tait un &#233;v&#233;nement. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A peine quelques mois plus t&#244;t en Pologne, &#224; Poznan, cinquante mille ouvriers avaient d&#233;fil&#233; dans les rues r&#233;clamant du pain, des &#233;lections libres et le d&#233;part des troupes sovi&#233;tiques. R&#233;sultat : cent morts, trois cent bless&#233;s, trois cent personnes arr&#234;t&#233;es. Les forces de s&#233;curit&#233; polonaises avaient tir&#233;&#8230; Certes, ces victimes anonymes avaient en quelque sorte arrach&#233; des concessions aux Russes, puisque, un mois plus tard, la direction d&#233;savoua la S&#233;curit&#233;, r&#233;int&#233;gra dans le parti l'ancien grand chef sorti de prison, Gomulka. En Hongrie, tout le monde commen&#231;ait &#224; appeler Imre Nagy &#171; le Gomulka hongrois &#187;. Les gens s'attendaient &#224; ce qu'il arrive un triomphe analogue &#224; celui de Gomulka qui &#233;tait devenu premier secr&#233;taire du parti polonais, tandis que le mar&#233;chal Rokossovsky, citoyen sovi&#233;tique d'origine polonaise plac&#233; &#224; la t&#234;te de l'arm&#233;e polonaise, symbole de la suj&#233;tion, &#233;tait &#233;cart&#233; du pouvoir. Krouchtchev et les autres dirigeants du Kremlin venaient de donner leur b&#233;n&#233;diction &#224; tous ces changements. (&#8230;) Les &#233;tudiants manifest&#232;rent. Certains arboraient des drapeaux, d'autres des pancartes sur lesquelles on lisait : une bourse qui ermette de vivre, plus d'enseignement obligatoire du Russe, d&#233;mocratisons le parti, Imre Nagy au pouvoir, les Russes en Russie ! (&#8230;) La manifestation longeait le quai o&#249; &#233;tait situ&#233;e la caserne des &#233;l&#232;ves-officiers de l'arm&#233;e. Les futurs commandants &#233;taient install&#233;s aux fen&#234;tres, pour la plupart juch&#233;s sur le rebord, jambes ballantes dans le vide. Ils faisaient des signaux au cort&#232;ge, ils reprenaient les mots d'ordre que criaient les manifestants. Sur la caserne, je voyais hiss&#233; un grand drapeau hongrois. A l'endroit o&#249; il devait porter un &#233;cusson &#224; la sovi&#233;tique, le drapeau pr&#233;sentait un trou. Les &#233;l&#232;ves-officiers avaient d&#233;coup&#233; l'&#233;cusson &#224; l'aide d'une paire de ciseaux. (&#8230;) Cent mille manifestants entouraient la statue de Staline que certains &#233;taient en train de d&#233;boulonner. C'&#233;taient les ouvriers des grandes usines de Pest. La mase de bronze s'abattit au milieu de la place des H&#233;ros. Ce fut sur cette immense place asphalt&#233;e, dans le cr&#233;puscule qui tombait vite en cette saison, que les gens apprirent qu'Imre Nagy h&#233;sitait &#224; venir : il n'avait aucun poste officiel, ni dans le parti ni dans le gouvernement ! Il ne pouvait venir &#171; faire un discours &#187; comme la bonne population de Budapest le demandait &#224; cor et &#224; cri. (&#8230;) Un demi million de personnes scandant avec d&#233;termination le nom d'un homme politique, &#231;a fait trembler les carreaux des immeubles environnants, c'est pire que le bang d'une escadre d'avions supersoniques. (&#8230;) Les amis intimes d'Imre Nagy &#233;taient all&#233;s le chercher et l'avaient amen&#233; presque de force sur la place du Parlement o&#249;, d'un balcon, il avait tenu un discours improvis&#233; dont l'essentiel avait &#233;t&#233; : &#171; Bonnes gens, de la patience, retournez chez vous, le parti va arranger les choses. &#187; La foule avait hu&#233;, puis avait fini par quitter la place (&#8230;) A la radio, on entendit la voix d&#233;sagr&#233;able du premier secr&#233;taire Ger&#246; : &#171; Chers camarades, chers amis, peuple travailleur de Hongrie, nous avons l'intention ferme et inalt&#233;rable de d&#233;velopper, d'&#233;largir et d'approfondir la d&#233;mocratie dans notre pays. (&#8230;) L'objectif des ennemis du peuple est aujourd'hui de saper le pouvoir de la classe ouvri&#232;re, de d&#233;nouer les liens entre notre parti et le glorieux parti de l'Union sovi&#233;tique. (&#8230;) Nous condamnons ceux qui ont profit&#233; des libert&#233;s d&#233;mocratiques que notre Etat assure aux travailleurs pour organiser une manifestation de caract&#232;re nationaliste ! &#187; (&#8230;) Un d&#233;t&#226;chement de la S&#233;curit&#233; post&#233; sur les toits tire sur les manifestants. (&#8230;) Sur les grands boulevards, les militaires transport&#233;s sur les camions furent t&#233;moins de la fusillade et de la panique qui s'en suivit. A l'instant m&#234;me, ils furent entour&#233;s par la foule exasp&#233;r&#233;e qui leur demanda des armes pour &#171; se d&#233;fendre contre les assassins de la S&#233;curit&#233; &#187;. Les jeunes recrues &#8211; jeunes paysans de la campagne &#8211; ne mirent pas longtemps pour r&#233;agir. Ils connaisaient la cruant&#233; de la S&#233;curit&#233;. Une nouvelle preuve venait de leur en &#234;tre fournie &#224; l'instant. La fum&#233;e et la poussi&#232;re du tir ne s'&#233;taient pas encore dissip&#233;es. Un soldat puis deux tendirent leurs armes aux gens. D'autres en firent bient&#244;t autant. (&#8230;) Les sodlats se joignent &#224; la foule qui fait feu contre les d&#233;fenseurs de l'immeuble de la radio (qui n'a pas diffus&#233; les &#171; revendications des manifestants). (&#8230;.) L'arm&#233;e intervient pour d&#233;gager l'immeuble de la radio. (&#8230;) Les gens assi&#232;gent le journal central du Parti. (&#8230;) Ils voulaient faire publier un placard comme quoi, en r&#233;ponse aux massacres commis par la S&#233;curit&#233;, tout le monde devait se mettre en gr&#232;ve demain. Peut-&#234;tre qu'on leur a refus&#233; la publication ? Et c'&#233;tait bien le cas. La r&#233;daction avait m&#234;me refus&#233; qu'une d&#233;l&#233;gation entre dans l'immeuble. Alors les gens &#233;taient all&#233;s chercher ceux quyi se battaient pr&#232;s de la radio. Ensemble, ils p&#233;n&#233;tr&#232;rent d'abord dans la librairie du parti, o&#249; ils saccag&#232;rent tout, puis gagn&#232;rent la r&#233;daction du journal, d'o&#249; ils fich&#232;rent tout le monde dehors. (&#8230;) Nous entendimes des coups de canon. Les insurg&#233;s &#233;taient en train de d&#233;busquer un point d'appui de la S&#233;curit&#233;. (&#8230;) Les armes &#224; feu cr&#233;pitaient dans le centre et dans les banlieues. (&#8230;) On chuchotait que Kadar &#233;tait pr&#233;vu par les camarades sovi&#233;tiques comme rempla&#231;ant de Ger&#246; &#224; la t&#234;te du parti. (&#8230;) Imre Nagy fut coopt&#233; au Politburo hongrois (&#8230;) A deux heures du matin, une grande arm&#233;e blind&#233;e (russe) entrait dans Budapest. Les chars &#233;taient des &#171; Iosip Satline &#187;. C'&#233;taient les r&#233;serves de blind&#233;s de l'arm&#233;e sovi&#233;tqiue stationnant pr&#232;s du lac Balaton, au sud-ouest de la capitale. (&#8230;) Militairement parlant, c'&#233;tait un coup de poker. Ils avaient probablement song&#233; &#224; r&#233;&#233;diter leur succ&#232;s de Berlin en 1953 lorsque, au milieu des troubles, l'apparition des forces blind&#233;es sovi&#233;tiques avait suffi au d&#233;samor&#231;age de la r&#233;volte. A Budapest, la consigne des unit&#233;s russes fut &#233;galement de jouer la carte de la duret&#233;, de l'intimidation. (&#8230;) Aux premi&#232;res heures de la matin&#233;e, nous e&#251;mes enfin des &#233;chos de la situation militaire. Contrairement aux pr&#233;visions du gouvernement, l'arriv&#233;e des blind&#233;s sovi&#233;tiques n'avait fait qu'exasp&#233;rer la lutte. Un tr&#232;s grand nombre d'habitants des quartiers ouvriers de Csepel avaient &#233;t&#233; approvisonn&#233;s en mat&#233;riel par les travailleurs de l'usine &#171; Lampart &#187; (la principale fabrique d'armes du pays). L'arsenal de l'&#233;cole d'officiers avait &#233;galement &#233;t&#233; vid&#233;. Les armes, transport&#233;es en banlieue, furent r&#233;parties parmi la population. Certaines casernes de l'arm&#233;e, situ&#233;es dans le p&#233;rim&#232;tre, eurent elles aussi des complaisances. L'arriv&#233;e des blind&#233;s sovi&#233;tiques avait exasp&#233;r&#233; tous les milieux. (&#8230;) Pendant ce temps, la radio se manifestait. Renseignement pris, les &#233;missions se faisaient maintenant de la cave du Parlement, entour&#233; de blind&#233;s sovi&#233;tiques. La maison de la radio, compl&#232;tement d&#233;truite, &#233;tait occup&#233;e par les insurg&#233;s. La radio parlait et elle parlait mal (&#8230;.) : &#171; Attention ! Attention ! D'ignobles attaques &#224; main arm&#233;e des bandes contre-r&#233;volutionnaires ont cr&#233;&#233; une situation extr&#234;mement grave. Les bandits ont envahi des usines et des b&#226;timents publics, assassinant des civils, des soldats et des membres de la police de s&#233;curit&#233;&#8230; &#187; Il est dur d'entendre des mensonges aussi grossiers (&#8230;) Vers la fin de la matin&#233;e, (&#8230;) Imre Nagy, nomm&#233; chef du gouvernement, parlait pour la premi&#232;re fois &#224; la radio. Le pays tout entier &#233;tait &#224; l'&#233;coute. &#171; Peuple de Budapest, je vous informe que tous ceux qui auront d&#233;pos&#233; les armes et cess&#233; de combattre &#224; 14 heures aujourd'hui ne tomberont pas sous le coup de la loi martiale. &#187; (&#8230;) Imre Nagy disait avoir d&#233;j&#224; d&#233;pos&#233; au Parlement un projet de d&#233;mocratisation de notre gouvernement, de notre parti, de notre vie politique et &#233;conomique. &#187; Mais il &#233;vit&#233; de parler des crimes de Ger&#246; contre le peuple, des assassinats que la S&#233;curit&#233; avait commis, et surtout des tanks russes qui sillonaient en ce moment m&#234;me les rues de Budapest, appel&#233;s par quel pouvoir ? En vue de parer quelle &#171; agression ext&#233;rieure &#187; ? (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au sein des insurg&#233;s, les fr&#232;res Pongracz et Sandor Angal, totalement inconnus hier, &#233;taient les noms les plus prestigieux de Budapest. Les fr&#232;res Poncracz, jeunes ouvriers de la banlieue de Budapest, et Sandor Angyal, jeune ouvrier de l'&#238;le de Csepel, commandaient de concert les deux plus importants groupes d'insurg&#233;s. Les fr&#232;res tenaient le cin&#233;ma Corvin. Angyal avait son QG quelques rues plus bas, dans le fin fond du vieux quartier prol&#233;tarien Ferencvaros. Ils poss&#232;daient des armes anti-tanks. Une dizaine de carcasses de chars sovi&#233;tiques t&#233;moignaient de l'efficacit&#233; de leur travail. Ils me contact&#232;rent par t&#233;l&#233;phone. (&#8230;) Je re&#231;us ordre du gouvernement d'ouvrir imm&#233;diatement des pourparlers avec les groupes insurg&#233;s. Mission : conna&#238;tre leurs intentions, les amener si possible &#224; se rendre, en leur assurant une amnistie totale. (&#8230;) L'a&#238;n&#233; des fr&#232;res Pongrcz r&#233;pondit : &#171; Le seul arrangement viable serait celui que le gouvernement hongrois trouverait avec le gouvernement sovi&#233;tique, en vue du retrait du pays de leur arm&#233;e. Nous ne nous faisons pas d'illusions : muni d'armes l&#233;g&#232;res le peuple ne parviendra pas &#224; se d&#233;barrasser d'eux. Mais il faut que notre gouvernement le sache : il n'y aura pas de cessez-le-feu tant que les Russes seront l&#224;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Portant des drapeaux et des pancartes, les gens venaient du bois municipal, ils scandaient des mots d'ordre : &#171; A bas Ger&#246; ! &#187;, &#171; Rousski go home ! &#187; Hommes, femmes, jeunes gens, ils &#233;taient bien une dizaine de milliers sinon plus. (&#8230;) Trois gros tanks sovi&#233;tiques mod&#232;le Iosip-Staline faisaient route en sens oppos&#233;, droit en direction de la foule. Les tanks d&#233;bouch&#232;rent sur l'avenue. Les tankistes virent la floule quend ils &#233;taient d&#233;j&#224; nez &#224; nez. Les chars s'arr&#234;t&#232;rent et rest&#232;rent sur place, moteur ralenti. La foule ne put absolument pas s'arr&#234;ter : elle coula en avant, contournant les trois blind&#233;s. D'une seconde &#224; l'autre les armes automatiques des chars pouvaient d&#233;clencher un feu d'enfer. Au ieu de &#231;a, il se passa autre chose. Un gar&#231;on se fraya un chemin jusqu'au premier char et introduisit quelque chose dans la meurtri&#232;re. Ce n'&#233;tait pas une grenade. C'&#233;tait une simple feuille de papier. D'autres l'imit&#232;rent. Ces feuiles-l&#224; &#233;taient des tracts r&#233;dig&#233;s en langue russe par des &#233;tudiants de la facult&#233; des langues orientales. (&#8230;) Les tracts commen&#231;aient par une citartion de Marx : &#171; ne peut &#234;tre libre le peuple qui en opprime d'autres. &#187; (&#8230;) Le commandant ouvrit la tourelle et se jucha sur le dessus de son char. Imm&#233;ditement, de smains se tendirent vers lui. Une jeune fille monta, embrassa le commndant. (&#8230;) Les gens criaient : &#171; Vive l'arm&#233;e sovi&#233;tique ! &#187; (&#8230;) Quelques minutes plus tard, la S&#233;curit&#233; &#233;tait en train de tirer sur les manifestants d&#233;sarm&#233;s qui r&#233;clamaient la d&#233;mission de Ger&#246;. Et les chars sovi&#233;tiques ouvraient le feu sur la S&#233;curit&#233;. Ils d&#233;fendaient la foule ! La foule subissait des pertes &#233;normes, sous le feu des mitrailleuses lourdes de la S&#233;curit&#233; post&#233;es sur les toits. La boucherie ne prendra fin que gr&#226;ce &#224; l'intervention des blind&#233;s sovi&#233;tqiues, la vingtaine de blind&#233;s qui entouraient le Parlement. Leur commandant fit diriger le feu de ses canons contre la S&#233;curit&#233; hongroise embusqu&#233;e sur les toits. (&#8230;) Le politbura sovi&#233;tqiue d&#233;cidait la destitution de Ger&#246; qui est remplac&#233; par Kadar &#224; la t&#234;te du parti. Imre Nagy est nomm&#233; Premier ministre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La r&#233;action de Ger&#246; fut brutale et imm&#233;diate. Officiellement relev&#233; de ses fonctions et remplac&#233; par Kadar sur l'intervention de Souslov et Miko&#239;an, il continuera quelque temps encore &#224; avoir la haute main sur la totalit&#233; des forces de l'ordre. Sans attendre, il fit d&#233;brancher toutes nos lignes t&#233;l&#233;phoniques directes, &#171; t&#233;l&#233;phone rouge &#187; compris. Pour le simple fait d'avoir n&#233;goci&#233; avec la foule, je devins hors-la &#8211;loi aux yeux du pouvoir. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Devenu insurg&#233;, Yochka Szilagyi vint me parler. Pendant les deux jours de l'insurrection, il &#233;tait all&#233; partout. Il avait suivi les gens, du fond des usines de Csepel, jusqu'au massacre du Parlement, jusqu'au si&#232;ge de mon QG. Il avait voulu tout voir, tout savoir :&lt;br /&gt;
Sandor, malgr&#233; les &#233;v&#233;nements tragiques et les pertes de sang, c'est une r&#233;volution, et une r&#233;volution merveilleuse. Les gars sont purs, avec une &#233;thique qui ferait p&#226;lir d'envie les plus grnds personnages de l'Histoire. (&#8230;) Mais Sandor, le plus significatif, c'est l'avenir qui se pr&#233;pare. Je ne sais pas si tu te rend compte, mais dans les usines, les entreprises, les municipalit&#233;s, l'arm&#233;e, les gens se mettent &#224; &#233;lire au vote secret des comit&#233;s r&#233;volutionnaires, seuls organes directeurs habilit&#233;s d&#233;sormais pour la direction des affaires. (&#8230;) Ce sont les soviets qui se pr&#233;parent, Sandor, les vrais soviets, ceux-l&#224; m&#234;mes qui, en Russie en 1917, n'ont pas trouv&#233; le moyen de survivre ! Notre nation saigne et peut-&#234;tre saignera encore, mais tout porte &#224; croire que de ce bain de sang sortira le premier &#233;tat socialiste d&#233;mocratique du monde ! &#187; (&#8230;) Yochka Szilagyi restera aupr&#232;s d'Imre Nagy comme directeur du secr&#233;tariat du Premier ministre. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le 30 octobre, aux environs de 19 heures, mon ami Yochka Szilagyi me convoqua par t&#233;l&#233;phone chez Imre Nagy, au Parlement : &#171; Sandor, la Hongrie a besoin des forces de l'ordre que tu as pr&#233;serv&#233;es. &#187; (&#8230;) Les Services secrets et la S&#233;curit&#233; furent dissous, leurs membres licenci&#233;s. Des comit&#233;s r&#233;volutionnaires furent &#233;lus dans la plupart des entreprises et organismes du pays, pr&#233;fecture de police comprise. Les Russes eux-m&#234;mes paraissaient changer leur fusil d'&#233;paule. Tout le monde parlait de n&#233;gociations entre les gouvernements hongrois et sovi&#233;tique (pour le retrait des troupes russes). (&#8230;) Le si&#232;ge du gouvernement d'Imre Nagy, l'immense &#171; Westminster au bod du Danube &#187; ressemblait au palais Smolny de Petrograd, centre des bolcheviks en 1917, tant de fois reproduit dans des films. Les couloirs et les antichambres &#233;taient peupl&#233;s de d&#233;l&#233;gations ouvri&#232;eres, paysannes&#8230; (&#8230;) C'est la premi&#232;re fois que je retrouve la vraie atmosph&#232;re des &#171; Dix jours qui &#233;branl&#232;rent le monde &#187;. (&#8230;) La population en r&#233;volte &#233;tait maintenant arm&#233;e dans tout le pays. L'&#233;lection des Comit&#233;s r&#233;volutionnaires dans les organismes et &#224; la t&#234;te des communes avait donn&#233; un sens aux combats jusque l&#224; anarchiques. Mais les unit&#233;s de l'arm&#233;e ne pouvaient demeurer longtemps dans l'&#233;tat de semi-liqu&#233;faction o&#249; la r&#233;volution les avait conduites. Il &#233;tait urgent de proc&#233;der &#224; l'&#233;lection d'une direction g&#233;n&#233;rale &#224; leur t&#234;te. Imre Nagy avait propos&#233; un trio de candidats : B&#233;la Kiraly pou le commandement, moi-m&#234;me comme son adjoint et Paul Mal&#233;ter pour le poste de ministre de la D&#233;fense. (&#8230;) &#171; Les chefs de nos deux arm&#233;es vont bient&#244;t se r&#233;unir, pr&#233;cisa Nagy. Les blind&#233;s quitteront Budapest, et dans trois mois toute l'arm&#233;e russe se retirera du pays. Nous proc&#233;derons &#224; des &#233;lections g&#233;n&#233;rales, o&#249; tous les partis d&#233;mocratiques pr&#233;senteront leurs candidats. Naturellement, nous conserverons tous les acquis socialistes, terres, banques, usines, entreprises resteront aux mains de l'Etat. &#187; (&#8230;) Nous convinmes, avec Imre Nagy, de mettre sur pied deux divisions susceptibles de nettoyer en quelques jours Budapest de tous les &#233;l&#233;ments douteux, d&#233;class&#233;s et autres aventuriers en puissance. (&#8230;) Les tanks russes quitaient Budapest. (&#8230;) Le quartier dit &#171; russe &#187;, situ&#233; autour de l'ambassade, d&#233;m&#233;nageait massivement. Les gros immeubles modernes b&#226;tis pour les h&#244;tes &#233;trangers se vidaient d'&#233;tage en &#233;tage : les matelas et les canap&#233;s prenaient place sur les galeries des voitures, les grosses valises en cuir bouilli fa&#231;on Russie centrale, partaient encord&#233;s avec les duvets &#224; la housse en soie &#224; grosses fleurs achet&#233;s dans les d&#233;p&#244;ts sp&#233;ciaux de Budapest. A mesure que les &#233;tages se vidaient, des squatters de tous &#226;ges et de toutes conditions, venus du fin fond des quartiers pauvres, occupaient les lieux, avec leur marmaille, leurs vieux et leurs malades. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Pr&#232;s de la grande acierie, sur la route de Lillaf&#252;red, une colonne de l'arm&#233;e russe se dirigeait vers une place forte tenue par les insurg&#233;s. C'&#233;tait le 4 novembre. Les femmes et les enfants des ouvriers d'Alsohamor et Felsohamor se couch&#232;rent sur l'unique route de montagne qui y conduisait. Le commandant sovi&#233;tique fit stopper sa colonne de chars, il somma les femmes et les enfants de s'en aller. En vain. Apr&#232;s une lutte int&#233;rieure, l'officier opta pour la retraite de colonne. Deux jours plus tard, il fut fusill&#233; dans la cour de la caserne de la ville de Miskolc, en compagnie de ses adjoints. Sans doute aurait-il d&#251; passer avec ses chenilles sur les corps de femmes et d'enfants d'ouvriers ? (&#8230;) &lt;br /&gt;
Imre Nagy devenait pressant. Par l'interm&#233;diaire de Yochka, il pria le commandement de la nouvelle garde nationale d'acc&#233;l&#233;rer la mise sur pied de l'organisme. (&#8230;) Notre objectif &#233;tait de mettre imm&#233;diatement &#224; la disposition du gouvernement une force de frappe susceptible de mater tout ce qui paraissait entraver le retour &#224; la vie normale. Je sais que le mot &#171; normalisation &#187; sonne mal aujourd'hui apr&#232;s les exp&#233;riences brejn&#233;viennes en Tch&#233;coslovaquie. Notre normalisation &#224; nous signifiait simplement la cesssation des combats et le retour &#224; la vie quotidienne, la mise en route de la production, surtout la reprise en main des esprits. Dimanche, le 4 novembre, nous pouvions compter sur deux divisions de la Garde nationale susceptibles d'assurer le red&#233;marrage de la vie &#224; Budapest. (&#8230;) Une semaine de combats meurtriers avait laiss&#233; des traces. Je rencontrais partout des trams renvers&#233;s, des d&#233;bris de voitures et des tanks calcin&#233;s. Mais la lutte &#233;tait visiblement termin&#233;e. Au coin d'une rue, je butai contre un attroupement : du haut d'un camion, des paysans distribuaient des canards plum&#233;s et des sacs de pommes de terre&#8230; gratuitement ! D'autres vivres arrivaient, par convois entiers, dans les usines, &#233;galement &#224; titre gracieux&#8230; Les cultivateurs du pays &#233;taient visiblement reconnaissants &#224; la classe ouvri&#232;re de Budapest d'avoir mis fin au r&#233;gime des kolkhozes, au moins sous sa forme obligatoire. Devant l'ancienne Bourse, les employ&#233;s du minist&#232;re des Finances discutaient des &#233;lections de leur comit&#233; r&#233;volutionnaire, de leur &#171; soviet &#187;, comme ils l'appelaient. (&#8230;) Un des jeunes employ&#233;s, ancien social-d&#233;mocrate ex-bagnard sous Rakosi, qui avait command&#233; un d&#233;tachement arm&#233; du minist&#232;re durant les journ&#233;es d'insurrection fut &#233;lu au vote secret en tant que pr&#233;sident du soviet du minist&#232;re. Il devait repr&#233;senter tout le personnel en face du pouvoir d'Etat et cela jusqu'&#224; l'expiration de son mandat. Le ministre devait tenir compte de son avis sous peine de d&#233;mission. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A partir du dimanche 29, le chef de gare du poste fronti&#232;re sovi&#233;tique signale l'entr&#233;e de nouvelles troupes et de mat&#233;riel neuf en territoire hongrois. (&#8230;) Les forces sovi&#233;tiques mass&#233;es &#224; l'est du pays son &#233;valu&#233;es &#224; 200.000 hommes, douze divisions dont huit blind&#233;es, de quoi nous aplatir comme une galette. Ma premi&#232;re r&#233;action fut : &#171; Imre Nagy est au courant ? &#187; Il l'&#233;tait bien entendu. (&#8230;) Je lui demandai ce qui restait &#224; faire. Sa r&#233;ponse fut formelle : &#171; continuer, continuer comme si de rien n'&#233;tait. &#187; Il me fit promettre de garder le secret absolu sur tout ce que je venais d'apprendre. (&#8230;) Nagy d&#233;clara : &#171; Je refuse de donner l'ordre de r&#233;isister par les armes. &#187; (&#8230;) L'ancienne citadelle de Mal&#233;ter subira un bombardement a&#233;rien en r&#232;gle. Elle tiendra cependant jusqu'&#224; l'aube du 7 novembre. Les Russes n'y trouveront pratiquement que des morts et des bless&#233;s graves. (&#8230;) Les ouvriers en armes de la grande usine sid&#233;rurgique de Csepel parvinrent &#224; infliger des pertes lourdes aux chars sovi&#233;tiques. (&#8230;) Par repr&#233;sailles aux cocktails Molotov les unit&#233;s blind&#233;es russes d&#233;truisaient syst&#233;matiquement les immeubles d'o&#249; &#233;tait parti le coup. Des rang&#233;es de maisons furent ras&#233;es derri&#232;re lesquelles les Russes croyaient d&#233;celer des groupes d'insurg&#233;s. Des centaines d'immeubles furent ainsi d&#233;truits, principalement dans les quartiers ouvriers, berceaux des insurg&#233;s. Le nombre des civils tu&#233;s dans les rues ou ensevelis sous les d&#233;combres se chiffrait &#224; plusieurs milliers ! (&#8230;) Apr&#232;s une nuit de bataille, l'avenue Ulloi br&#251;lait, la gare Deli fumait. (&#8230;) A certains endroits, les troupes russes concluaient un arrangement avec les autorit&#233;s locales ; en l'absence de gouvernement central (Kadar et ses hommes se gardant bien de se pointer sur le territoire national), les soviets ouvriers hongrois prenaient en mains la direction des affaires. L'arm&#233;e nationale &#233;tait r&#233;gie par des comit&#233;s r&#233;volutionnaires. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale fut d&#233;clar&#233;e sans d&#233;lai dans tout le pays &#171; jusqu'au retrait total des troupes sovi&#233;tiques. &#187; (&#8230;) Nous n'avions pas fait cent pas que nous nous trouv&#226;mes au milieu de la plus grande bataille de Budapest. Il s'agissait de l'attaque d'unit&#233;s d'insurg&#233;s renforc&#233;e d'une batterie de canons antichars de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re hongroise. (&#8230;) Deux soldats arm&#233;s de mitraillettes arrach&#232;rent la kalachnikoff de mes mains. (&#8230;) Le g&#233;n&#233;ral d'arm&#233;e S&#233;rov me d&#233;clara : &#171; (&#8230;) Salopard, je vais te faire pendre &#224; l'arbre le plus haut de Budapest. &#187; (&#8230;) A l'enl&#232;vement puis l'arrestation d'Imre Nagy, le Conseil ouvrier national r&#233;agit avec fermet&#233;. Il donna pour consigne aux usines d'arr&#234;ter la production jusqu'au retour d'Imre Nagy et au d&#233;part des Russes. La gr&#232;ve fut toale sur le territoire, aucune branche d'industrie ne travailla, les bureaux, les &#233;coles, les services &#233;taient ferm&#233;s en Hongrie. ( &#8230;) Le 23 novembre, un mois apr&#232;s le d&#233;but de l'insurrection de Budapest, (&#8230;) Sandor Racz, pr&#233;sident du Parlement ouvrier, se leva et dit : &#171; (&#8230;) A partir de maintenant et pendant une heure, il n'y aura pas &#226;me qui vive dans les rues de la capitale. C'est notre mani&#232;re de comm&#233;morer nos morts tomb&#233;s dans la bataille pour la libert&#233;. &#187; (&#8230;) Le 9 d&#233;cembre, le Parlement ouvrier de Budapest fut mis hors la loi, ses dirigeants, choisis au vote secret par la totalit&#233; des usines et entreprises de la Hongrie, arr&#234;t&#233;s &#224; leur domicile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de &#171; Hongrie 1956 &#187; de Andy Anderson :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le 6 mars 1953, le Kremlin annon&#231;a brusquement que Staline &#233;tait mort apr&#232;s une courte maladie. Les travailleurs de l'Europe de l'Est estim&#232;rent que le temps &#233;tait venu de mettre fin &#224; l'oppression que son r&#233;gime leur avait impos&#233;e. Ils n'attendirent pas longtemps, la premi&#232;re manifestation de masse fut celle des ouvriers de Plzen, au d&#233;but du mois de juin. &lt;br /&gt;
Plzen est l'un des plus grands centres industriels de Tch&#233;coslovaquie. La grande fabrique d'armes et de v&#233;hicules Skoda y est implant&#233;e. La manifestation, qui fut tout &#224; fait spontan&#233;e, eut d'abord lieu pour protester contre l'&#233;change de la monnaie. Mais, au fur et &#224; mesure qu'elle se propageait, des exigences politiques se firent jour, une plus grande participation &#224; la gestion des usines, l'abolition du travail aux pi&#232;ces, la d&#233;mission du gouvernement et des &#233;lections libres. Au moment o&#249; la manifestation avait presque atteint la dimension d'une r&#233;volte (ainsi, des soldats en uniforme s'y &#233;taient joints et la foule avait occup&#233; l'H&#244;tel de Ville), des troupes arriv&#232;rent de Prague et l'insurrection fut rapidement r&#233;prim&#233;e. Des insurrections spontan&#233;es qui &#233;clat&#232;rent par la suite dans d'autres r&#233;gions de Tch&#233;coslovaquie et dans d'autres pays-satellittes furent &#233;cras&#233;es imm&#233;diatement, avant m&#234;me d'avoir eu droit &#224; la &#171; une &#187; des journaux nationaux et &#233;trangers. Deux semaines plus tard, le 17 juin 1953, les travailleurs de Berlin-Est se r&#233;voltaient. Les ouvriers quitt&#232;rent en masse les usines (&#8230;) La r&#233;volte commen&#231;a par une manifestation des ouvriers du B&#226;timent sur la Stalin Allee. Abandonnant l'outil, ils march&#232;rent sur le centre-ville pour pr&#233;senter leurs revendications. Les travailleurs des transports abandonn&#232;rent leurs tramways et les chauffeurs de camions laiss&#232;rent leurs v&#233;hicules sur place pour rejoindre la manifestation. (&#8230;) Les travailleurs ne furent soumis qu'apr&#232;s avoir livr&#233; des combats sanglants contre les chars russes. Pendant plusieurs jours cette r&#233;volte attira l'attention du monde entier, non seulement parce qu'elle &#233;tait men&#233;e par des travailleurs dont les revendications &#233;taient autant politiques qu'&#233;conomiques, mais aussi &#224; cause de l'intervention directe et brutale de la Russie. (&#8230;) Cependant, la derni&#232;re des choses que souhaitait Moscou, &#224; ce moment-l&#224;, c'&#233;tait de se montrer faisant usage des chars et des ba&#239;onnettes de l'Arm&#233;e Rouge pour &#233;touffer la r&#233;volution en Europe orientale. (&#8230;)&lt;br /&gt;
En Hongrie, au d&#233;but du mois de juillet 1953, Malenkov lui-m&#234;me &#171; conseilla &#187; &#224; Rakosi de se retirer pour un certain temps &#224; l'arri&#232;re-plan de la sc&#232;ne politique. Imre Nagy, qui avait &#233;t&#233; ministre de l'Agriculture dans le gouvernement de 1944, ministre de l'Int&#233;rieur en 1946, et qui avait, d'une mani&#232;re ou d'une autre, surv&#233;cu aux diff&#233;rentes purges, devint premier ministre. Son discours tra&#231;a les grandes lignes du nouveau programme. (&#8230;) Il fallait accorder plus d'int&#233;r&#234;t &#224; l'industrie l&#233;g&#232;re et aux biens de consommation. (&#8230;) Une ferme collective pouvait &#234;tre dissoute sur un vote de la majorit&#233; de ses membres. Les tribunaux d'exception devaient &#234;tre abolis. (&#8230;) De nombreux prisonniers politiques furent remis en libert&#233;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Objectivement, les concessions de Nagy avaient &#233;t&#233; relativement minces. Mais, pour le Kremlin, il allait encore trop vite. Le 18 avril 1955, l'Assembl&#233;e Nationale d&#233;cida par un vote &#171; unanime &#187; de relever Nagy de sa fonction. Le peuple hongrois se raidit en voyant Rakosi revenir &#224; l'avant-plan. (&#8230;) La plupart des concessions accord&#233;es au cours des vingt mois qu'avait dur&#233; le gouvernement Nagy furent d&#232;s lors soumises &#224; la &#171; tactique du salami &#187; et furent petit &#224; petit retir&#233;es. (&#8230;) Apr&#232;s la cl&#233;mence relative du r&#233;gime de Nagy, le brusque retour &#224; l'heure de 1953 provoqua une r&#233;sistance de la classe ouvri&#232;re plus intense que jamais. Des mesures toujours plus s&#233;v&#232;res furent n&#233;cessaires pour &#171; discipliner &#187; les masses. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au 20e Congr&#232;s du Parti Communiste russe qui se tint en f&#233;vrier 1956, les &#171; r&#233;v&#233;lations &#187; de Krouchtchev sur Staline provoqu&#232;rent un tremblement de terre politique. Les fondations des partis communistes du monde entier en furent &#233;branl&#233;es. (&#8230;) Krouchtchev &#233;tait-il au courant du ferment qui allait grandissant en Pologne et en Hongrie, avant m&#234;me le 20e Congr&#232;s ? Savait-il que ce ferment affectait m&#234;me le parti communiste polonais ? Comprenait-il le danger potentiel que cela repr&#233;sentait, tant pour son propre r&#233;gime que pour celui des satellites ? &lt;br /&gt;
Toujours est-il qu'en Pologne, au matin du 28 juin 1956, les ouvriers de la fabrique de locomotives Zispo, &#224; Poznan, se mirent en gr&#232;ve et descendirent dans la rue. Ce n'&#233;tait pas sur un coup de t&#234;te. Plusieurs semaines auparavant, un comit&#233; avait &#233;t&#233; &#233;lu, qui avait pr&#233;sent&#233; un cahier de revendications &#224; la direction. Certaines de ces revendications &#233;taient pr&#233;visibles : augmentation des salaires, diminution des prix, abaissement des cadences dans le travail &#224; la production. Mais la direction s'effraya quand ces &#171; simples ouvriers &#187; critiqu&#232;rent la mani&#232;re dont l'usine &#233;tait g&#233;r&#233;e et quand ils exig&#232;rent une organisation diff&#233;rente du travail dans les divers ateliers. (&#8230;) Les n&#233;gociations tra&#238;n&#232;rent en longueur, sans donner le moindre r&#233;sultat. A la fin, les ouvriers d&#233;masqu&#232;rent le proc&#233;d&#233; et, par milliers, envahirent les rues de la ville. Au fur et &#224; mesure que la nouvelle se r&#233;pandait, les travailleurs des autres entreprises se r&#233;unissaient, discutaient et votaient pour se joindre au mouvement. Le caract&#232;re politique des manifestations se r&#233;v&#233;la alors. Les pancartes port&#233;es dans les d&#233;fil&#233;s r&#233;clamaient des choses comme &#171; Pain et libert&#233; &#187;, &#171; les Russes dehors &#187;, &#171; Abolition du travail aux pi&#232;ces &#187;, etc.&lt;br /&gt;
D'autres gens, se mettant sous la direction des ouvriers, se joignirent &#224; eux. Les manifestations de Poznan prirent bient&#244;t la physionomie d'une insurrection &#224; grande &#233;chelle. Les chars et les troupes russes entour&#232;rent la ville, mais n'y entr&#232;rent pas. Le gouvernement fit plut&#244;t intervenir les chars polonais. (&#8230;) le sang des travailleurs coula dans les rues. Deux jours plus tard, la r&#233;volte &#233;tait &#233;cras&#233;e. (&#8230;) Il y eut des gr&#232;ves de solidarit&#233; dans plusieurs autres villes, mais elles furent rapidement isol&#233;es et n'atteignirent pas les proportions du mouvement de Poznan. &lt;br /&gt;
Frapp&#233;e et d&#233;sar&#231;onn&#233;e, la bureaucratie polonaise accusa des &#171; provocateurs &#187; et des &#171; agents secrets &#224; la solde des Etats-Unis et de l'Allemagne de l'Ouest &#187; d'&#234;tre &#224; l'origine de la r&#233;volte. Mais, le 18 juillet, au cours d'une r&#233;union du Comit&#233; Central du parti, le premier secr&#233;taire Edward Ochab d&#233;clara : &#171; Il est n&#233;cessaire de rechercher avant tout les causes sociales de ces incidents qui sont, pour notre Parti tout entier, un signal d'alarme qui t&#233;moigne d'une s&#233;rieuse perturbation dans les relations entre le Parti et les diff&#233;rents secteurs de la classe ouvri&#232;re. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Gomulka, excommuni&#233; et emprisonn&#233; en 1951, sous r&#233;sidence surveill&#233;e depuis 1954, fut r&#233;int&#233;gr&#233; dans le parti. (&#8230;) Le 21 octobre, le Politburo polonais fut &#233;lu et, comme pr&#233;vu, Gomulka devint le premier secr&#233;taire du parti. Des remaniements durent imm&#233;diatement op&#233;r&#233;s dans le gouvernement, l'arm&#233;e et le parti. Rokossovki donna sa d&#233;mission et retourna &#224; Moscou o&#249; il obtint sur le champ le poste de ministre de la D&#233;fense. &lt;br /&gt;
Gomulka n'avait triomph&#233; que tant qu'il repr&#233;sentait les aspirations du peuple polonais. La base de son pouvoir &#233;tait en fait extr&#234;mement fragile. Les int&#233;r&#234;ts qu'il repr&#233;sentait &#233;taient ceux de la bureaucratie polonaise. Tout en suivant l'action ind&#233;pendante des travailleurs polonais et leur exigence incessante d'une plus grande participation dans la conduite de leur propres affaires, la base de la bureaucratie &#8211; m&#234;me purg&#233;e des es &#233;l&#233;ments pro-russes &#8211; demeurait faible et instable. (&#8230;) En &#233;change d'une restitution partielle de ses propri&#233;t&#233;s confisqu&#233;es, l'Eglise mit son influence au service de Gomulka.&lt;br /&gt;
A partir du printemps 1956, l'escalade rapide de la tension en Pologne fut accompagn&#233;e d'un d&#233;veloppement similaire en Hongrie. (&#8230;) En avril 1956, le &#171; Cercle Pet&#244;fi &#187; fur fond&#233; par les Jeunesses communistes (principalement des &#233;tudiants). (&#8230;) Le gouvernement Rakosi interdit alors ces r&#233;unions, ce qui ne fit qu'empirer les choses. L'interdiction fut bien vite lev&#233;e. (&#8230;) Bient&#244;t, les r&#233;unions du Cercle Pet&#244;fi attir&#232;rent des milliers de personnes. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Rakosi, qui &#233;tait &#224; Moscou, revint subitement &#224; Budapest. (&#8230;) Il dressa une liste des noms les plus connus parmi les politiciens et les &#233;crivains. Mais, avant que la premi&#232;re phase (les arrestations) ne fut mise en train, les Russes expliqu&#232;rent &#224; Rakosi que son projet serait l'&#233;tincelle qui mettrait le feu aux poudres d'une situation d&#233;j&#224; explosive. (&#8230;) Les Hongrois apprirent la d&#233;mission de Rakosi le 18 juillet. Ils apprirent en m&#234;me temps que Janos Kadar et le social-d&#233;mocrate Gy&#246;rgy Marosan, r&#233;cemment r&#233;habilit&#233;s, avaient &#233;t&#233; nomm&#233;s membres du Politburo. C'&#233;taient les premi&#232;res des quelques concessions mineures qui furent accord&#233;es pendant le mois d'ao&#251;t, dans cette situation tumultueuse, ces concessions devaient se r&#233;v&#233;ler insignifiantes et m&#234;me tout &#224; fait inad&#233;quates. Les souffrances des travailleurs avaient &#233;t&#233; trop longues et trop dures pour qu'ils se fassent des illusions sur des modifications au niveau de la classe dirigeante ou pour qu'ils se laissent acheter par quelques sous de plus dans leur enveloppe de paie. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le cercle Pet&#244;fi &#233;tait devenu, bien que pas tout &#224; fait consciemment, le porte-parole des d&#233;sirs du peuple travailleur de Hongrie. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le groupe dirigeant, qui se sentait plus que jamais hors du coup, essaya de s'attirer les sympathies en organisant des fun&#233;railles pompeuses pour Laszlo Rajk. Nombre de ceux qui avaient mis en sc&#232;ne son proc&#232;s et son ex&#233;cution en tant que &#171; titste-fasciste &#187; d&#233;ploraient maintenant avec indignation la &#171; diffamation &#187; du camarade Rajk qui avait &#233;t&#233; &#171; condamn&#233; et ex&#233;cut&#233; bien qu'innocent &#187;. (&#8230;) Plus de 200.000 personnes assist&#232;rent &#224; ces fun&#233;railles, et &#224; ce moment-l&#224;, les dirigeants ne virent pas clair ; ils ne comprirent pas que la demande d'une r&#233;habilitation de Rajk &#233;tait tout &#224; fait symbolique, car le peuple n'avait pas oubli&#233; la brutalit&#233; de la police secr&#232;te de Rajk. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Pendant le mois de septembre et le d&#233;but d'octobre, les travailleurs &#233;taient devenus actifs. Ils r&#233;clamaient une &#171; autogestion ouvri&#232;re effective &#187; dans les usines. (&#8230;) Le noyau de cette remarquable conscience politique des ouvriers se trouvait dans la zone industrielle tr&#232;s dense de l'&#238;le de Csepel (au sud de la ville, sur le Danube, entre Buda et Pest, surnomm&#233;e Csepel-la-rouge). (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le cercle Pet&#244;fi fit siennes les revendications des travailleurs, mais ses membres ne se rendaient pas encore compte de leurs implications r&#233;volutionnaires. (&#8230;) Le Cercle Pet&#244;fi appela &#224; manifester en masse le 23 octobre, &#171; pour exprimer notre profonde sympathie et notre solidarit&#233; &#224; l'&#233;gard de nos fr&#232;res polonais &#187; dans leur lutte pour la libert&#233;. (&#8230;) Une foule de plusieurs milliers de personnes s'&#233;tait rassembl&#233;e sous la statue de Pet&#244;fi et rejoignait maintenant la manifestation. (&#8230;) Un petit nombre de travailleurs avaient quitt&#233; leur travail pour l'occasion, assez conscients et d&#233;cid&#233;s. (&#8230;) La manifestation &#233;tait termin&#233;e. Pour quelque raison inconnue, les gens se dirig&#232;rent vers la place Kossuth Lajos, o&#249; se trouve le Parlement. (&#8230;) La foule devait maintenant approcher les 100.000 personnes. (&#8230;) peut-&#234;tre pensaient-ils &#224; ce que Ger&#246; venait de dire : &#171; la manifestation des &#233;tudiants avait &#233;t&#233; une tentative de d&#233;truire la d&#233;mocratie &#8230; Les intellectuels avaient accumul&#233; les calomnies contre l'Union sovi&#233;tique&#8230; &#187; Tout cela &#233;tait un mensonge &#233;hont&#233;. (&#8230;) Quand cette masse compacte parcourut les rues, plusieurs autres milliers de personnes s'y joignirent, pour la plupart des ouvriers qui rentraient chez eux apr&#232;s le travail. (&#8230;) Un groupe de manifestants d&#233;cida de se rendre aux abords du grand parc municipal de Budapest o&#249; se trouvait l'Homme d'acier, une statue de Staline qui faisait huit m&#232;tres de haut. (&#8230;) Ils mirent la corde au cou de &#171; Staline &#187;. Des centaines de mains impatientes saisirent la corde. (&#8230;) Une d&#233;l&#233;gation se rendit &#224; la Radio, rue Brody Sandor, suivie de 100.000 personnes, pour exiger que leurs revendications soient diffus&#233;es. (&#8230;) La d&#233;cision spontan&#233;e des manifestants de se rendre &#224; la Maison de la Radio sensibilisait particuli&#232;rement les travailleurs. (&#8230;) Les premiers rangs &#233;taient maintenant tout contre le cordon des A.V.O. (&#8230;) Le mitrailleuses firent feu. (&#8230;) La r&#233;volution hongroise avait commenc&#233;. (&#8230;) Ceux qui, un peu plus t&#244;t, avaient quitt&#233; les fabriques d'armes y retourn&#232;rent. Leurs camarades des &#233;quipes de nuit les aid&#232;rent &#224; charger des camions d'armes r&#233;quisitionn&#233;es pour la cause : revolvers, fusils, fusils mitrailleurs et munitions. Puis, de nombreux ouvriers des &#233;quipes de nuit quitt&#232;rent les usines et se rendirent rue Brody Sandor pour aider &#224; distribuer les armes et pour se joindre &#224; la foule, dont le nombre ne cessait d'augmenter. De nombreux policiers remirent leurs armes aux ouvriers et aux &#233;tudiants, puis se tinrent &#224; l'&#233;cart ; quelques-uns se joignirent m&#234;me &#224; la manifestation. (&#8230;) Pendant que les combats se poursuivaient dans la rue Brody Sandor et que l'on s'effor&#231;ait de prendre possession de la Maison de la Radio, des milliers de travailleurs et d'&#233;tudiants formaient de groupes dans les rues environnantes. Ces groupes s'&#233;parpill&#232;rent dans la ville pour &#233;tablir des barrages de contr&#244;le et occuper quelques-unes des places principales. (&#8230;) Il faut bien souligner que, si la situation avait atteint &#224; ce moment-l&#224; les dimensions d'une insurrection arm&#233;e, elle n'avait aucunement &#233;t&#233; projet&#233;e ou organis&#233;e. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Durant les premi&#232;res heures du mercredi 24 octobre, ouvriers et &#233;tudiants mouraient dans les rues pour la libert&#233; supr&#234;me, de d&#233;cider comment faire fonctionner la soci&#233;t&#233;. Entre temps, les dirigeants manoeuvraient en coulisse. (&#8230;) Ger&#246; invita Nagy &#224; le remplacer (&#8230;) A 7H30 du matin, la radio fit mention de Nagy comme &#171; pr&#233;sident du conseil des ministres &#187;, le terme officiel pour d&#233;signer le premier ministre. (&#8230;) A 8H du matin, on annon&#231;a la d&#233;cision (&#8230;) du gouvernement de demander l'aide des unit&#233;s militaires russes en garnison en Hongrie. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Ilmre Nagy &#233;tait sans doute le premier ministre du gouvernement qui fit appel aux troupes russes. (&#8230;) Malgr&#233; cela, les intellectuels croyaient encore en lui. L'une des causes principales de leur na&#239;vet&#233; &#233;tait leur manque de contact avec les ouvriers. Il y avait, dans une certaine mesure, une g&#234;ne et une suspicion r&#233;ciproques entre ces deux classes sociales. Mais l'action, la r&#233;volte proprement dite, les avait r&#233;unis comme rien d'autre n'aurait pu le faire. Ce sont les travailleurs qui, le matin du mercredi 24 octobre, sauv&#232;rent la lutte d'une d&#233;faite totale. Ils consid&#233;raient en effet que l'alternative Nagy &#233;tait &#224; c&#244;t&#233; de la question. Dans la soci&#233;t&#233; qu'ils entrevoyaient (&#8230;) il n'y avait de place ni pour un premier ministre, ni pour un gouvernement de politiciens professionnels, ni pour des fonctionnaires ou des patrons qui leur donnent des ordres. La d&#233;cision de Nagy de faire intervenir les chars russes ne fit que renforcer le moral et la r&#233;solution des travailleurs. Ils &#233;taient maintenant plus que jamais d&#233;cid&#233;s &#224; combattre jusqu'au bout quel que f&#251;t le r&#233;sultat.&lt;br /&gt;
Des milliers de gens avaient pass&#233; les premi&#232;res heures du mercredi dans les rues ou dans les meetings. Un conseil r&#233;volutionnaire de travailleurs et d'&#233;tudiants fut constitu&#233; &#224; Budapest et si&#233;gea en permanence. Et, pendant ce temps, Radio-Budapest continuait &#224; d&#233;verser les mensonges : &#171; La r&#233;volte est sur le point de s'effondrer, des milliers de rebelles se sont rendus aux autorit&#233;s ; ceux qui ne se rendent pas seront s&#233;v&#232;rement ch&#226;ti&#233;s. &#171; (&#8230;) &lt;br /&gt;
A 8H30, &#224; Budapest, la nouvelle courait que des ouvriers avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; engag&#233;s dans des combats avec des chars russes. (&#8230;) Juste apr&#232;s 9 heures, Nagy fit &#224; la radio une d&#233;claration o&#249;, personnellement, en tant que premier ministre, il demandait que l'on mette fin aux combats et que l'on r&#233;tablisse l'ordre. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les chars russes avaient commenc&#233; &#224; entrer dans la ville par diff&#233;rents points pendant la matin&#233;e du 24 octobre. Certaines unit&#233;s furent imm&#233;diatement attaqu&#233;es par les ouvriers et les &#233;tudiants. D'autres ne furent attaqu&#233;es qu'apr&#232;s avoir occup&#233; des positions strat&#233;giques et ouvert le feu. (&#8230;) A pr&#233;sent la bataille faisait rage dans tout Budapest. (&#8230;) Les tanks de l'Union des R&#233;publiques Socialistes Sovi&#233;tiques, les &#171; tanks ouvriers &#187; tiraient des &#171; obus ouvriers &#187; qui d&#233;chiquetaient les corps des ouvriers hongrois. (&#8230;) Avant la fin de la semaine, ces quelques milliers d'&#233;tudiants et d'ouvriers avaient mis quelques trente chars russes hors de combat. (&#8230;) Pendant les accalmies, ils s'asseyaient et fumaient une cigarette en causant boutique &#8211; c'est-&#224;-dire de la r&#233;volution qui &#233;tait leur affaire. (&#8230;)&lt;br /&gt;
La caserne Kilia &#233;tait sous le contr&#244;le d'une unit&#233; de l'arm&#233;e hongroise sous les ordres du colonel Pal Mal&#233;ter, qui s'&#233;tait mis au c&#244;t&#233; du peuple. Les hommes de Mal&#233;ter &#233;taient estim&#233;s par un grand nombre de travailleurs et d'&#233;tudiants. (&#8230;) Parall&#232;lement, on assistait &#224; l'extension de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. &lt;br /&gt;
La gr&#232;ve commen&#231;a le matin du mercredi 24. Elle se propagea rapidement dans les usines de la banlieue industrielle de Budapest, &#224; Csepel, aux usines Ganz, Lancz, Etoile Rouge ; elle s'&#233;tendit ensuite aux autres centres industriels du pays : Miskols, Gyor, Szolnok, P&#233;cs, Debrecen. A Budapest, la quasi-totalit&#233; de la population s'&#233;tait insurg&#233;e. Dans les r&#233;gions industrielles, par contre, la r&#233;volution &#233;tait presque exclusivement le fait des ouvriers. Partout, les travailleurs formaient des conseils : dans les usines, les aci&#233;ries, les centrales &#233;lectriques, les mines, les d&#233;p&#244;ts de chemin de fer. Partout, ils discutaient &#224; fond leurs programmes et leurs revendications. Partout, ils prenaient les armes et, en bien des endroits, ils s'en servaient. (&#8230;) Il y avait &#224; pr&#233;sent des centaines de Conseils Ouvriers de par le pays. Le nombre des membres de ces conseils variait consid&#233;rablement de m&#234;me d'ailleurs que leurs programmes. Cependant, dans tous ces programmes, on retrouvait certaines exigences communes : abolition de l'A.V.O., retrait total des forces russes, libert&#233; civile et politique, gestion ouvri&#232;re des usines et des industries, cr&#233;ation de syndicats ind&#233;pendants, libert&#233; absolue pour tous les partis politiques et amnistie g&#233;n&#233;rale pour tous les insurg&#233;s. Les divers programmes demandaient aussi l'augmentation des salaires et des pensions (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le jeudi 25 octobre, les Conseils avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; &#233;tablir des liens entre eux. Dans les villes, des Conseils Centraux (g&#233;n&#233;ralement connus sous le nom de Conseils R&#233;volutionnaires) &#233;taient compos&#233;s de d&#233;l&#233;gu&#233;s de tous les conseils de la r&#233;gion. (&#8230;) A la fin de la journ&#233;e, les Conseils d&#233;tenaient, en dehors de l'Arm&#233;e Rouge, le seul pouvoir r&#233;el dans le pays. (&#8230;) Ce jeudi 25 marqua une sorte de tournant. Il sembla que le gouvernement &#233;tait en train de c&#233;der. (&#8230;) Le conseil de Miscolsc n'&#233;tait pas oppos&#233; &#224; Nagy, mais au contraire il proposa qu'il soit le premier ministre. Mais cela ne l'emp&#234;cha pas de faire exactement le contraire de ce que voulait Nagy quand celui-ci supplia les rebelles de d&#233;poser les armes et de reprendre le travail. (&#8230;) A la fin de la semaine, les Conseils avaient pratiquement mis sur pied une r&#233;publique des conseils. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Nagy prit &#224; nouveau la parole &#224; Radio-Budapest (toutes les autres stations de radio du pays &#8211; Miskolc, Gyor, P&#233;cs, Szeged, Debrecen et Magyarovar &#8211; &#233;taient d&#233;sormais sous le contr&#244;le des Conseils R&#233;volutionnaires). Il annon&#231;a des concessions : l'A.V.O. serait dissoute et le gouvernement &#171; r&#233;organis&#233; &#187;. Il promit un cessez-le-feu (&#8230;). A la fin de la semaine, beaucoup de gens commen&#231;aient &#224; penser que la r&#233;volution &#233;tait victorieuse. Les chars russes n'attaquaient plus, et le bruit courait qu'ils allaient peut-&#234;tre quitter Budapest. Et pourtant les travailleurs se d&#233;fiaient toujours de Nagy. (&#8230;) Le lundi 29 octobre, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de tous les Conseils du pays, r&#233;unis &#224; Gyor, adress&#232;rent &#224; Nagy une r&#233;solution &#233;nergique qui r&#233;affirmait leurs revendications. Ce message prenait presque la valeur d'un ultimatum. &lt;br /&gt;
Le mardi matin, tr&#232;s t&#244;t, Radio-Budapest confirma que l'Arm&#233;e Rouge allait se retirer. (&#8230;) Les unit&#233;s de l'Arm&#233;e Rouge commenc&#232;rent &#224; quitter Budapest &#224; 16 heures. Mais les travailleurs restaient m&#233;fiants. A Gyor, les d&#233;l&#233;gu&#233;s des Conseils proclam&#232;rent imm&#233;diatement qu'il fallait continuer et renforcer la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale jusqu'&#224; ce que le dernier soldat russe ait quitt&#233; le pays. (Il y avait d&#233;j&#224; eu une reprise du travail dans quelques usines). On n'envisagerait l'&#233;ventualit&#233; d'une reprise du travail que lorsque les n&#233;gociations sur les autres revendications seraient entam&#233;es. (&#8230;) Dans certains quartiers de Budapest et dans le reste du pays, les travailleurs rest&#232;rent en armes et attach&#233;s &#224; leurs organisations. On se trouvait en face d'une situation classique de &#171; double pouvoir &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
L'Arm&#233;e Rouge ne s'&#233;tait retir&#233;e de Budapest que pour occuper des positions &#224; l'ext&#233;rieur de la ville. Celle-ci &#233;tait encercl&#233;e par les chars russes. Au moment, des troupes sovi&#233;tiques fra&#238;ches p&#233;n&#233;traient par divisions enti&#232;res dans la partie nord-est du pays. (&#8230;) Cent-dix kilom&#232;tres seulement les s&#233;parait encore de Budapest. D&#232;s que les Conseils R&#233;volutionnaires, les Conseils Ouvriers et les autres organismes autonomes du nord-est de la Hongrie apprirent ces mouvements des troupes russes, ils en inform&#232;rent les autres Conseils du pays. Ils adress&#232;rent plusieurs ultimatums &#224; Nagy (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le soir du 1er novembre, la d&#233;l&#233;gation du gouvernement (qui comprenait Pal Mal&#233;ter, le communiste estim&#233; de tous (&#8230;) qui &#233;tait maintenant ministre de la D&#233;fense, ainsi que son chef d'Etat-Major, le g&#233;n&#233;ral Istvan Kovacs) &#233;tait toujours en train de n&#233;gocier le retrait de l'Arm&#233;e Rouge (&#8230;).&lt;br /&gt;
Le samedi 3 novembre, &#224; 14H18, Radio-Budapest annon&#231;a : &#171; La d&#233;l&#233;gation sovi&#233;tique a promis que les trains transportant des troupes ne passeront plus la fronti&#232;re hongroise. &#187; (&#8230;) Plusieurs membres du dernier cabinet de Nagy &#233;taient persuad&#233;s que les Russes n'attaqueraient pas. (&#8230;) Les ouvriers ne partageaient pas cet optimisme. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;tait maintenant totale. Les ouvriers contr&#244;laient vraiment la situation. (&#8230;) Peu avant minuit, le colonel Pal Mal&#233;ter et le g&#233;n&#233;ral Kovacs furent arr&#234;t&#233;s par les officiers de l'Arm&#233;e Rouge, alors qu'ils participaient encore officiellement aux &#171; n&#233;gociations &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le dimanche 4 novembre, &#224; quatre heures du matin, Budapest fut r&#233;veill&#233;e par l'explosion des obus qui tombaient sur le centre de la ville. Des centaines de canons post&#233;s sur les hauteurs de Buda ouvraient le feu. (&#8230;) L'attaque fut men&#233;e simultan&#233;ment dans tout le pays. Toutes les grandes villes furent pilonn&#233;es par l'artillerie. Mais les habitants ne se laiss&#232;rent pas prendre de panique. (&#8230;) D&#232;s le premier coup de feu, ils furent galvanis&#233;s et pr&#234;ts &#224; l'action. (&#8230;) les barricades furent reconstruites (&#8230;) Les chars furent imm&#233;diatement attaqu&#233;s par la population. (&#8230;) Les m&#234;mes sc&#232;nes se d&#233;roul&#232;rent dans les autres grandes villes de Hongrie. Partout, les gens combattaient avec plus de courage et dans des conditions bien plus difficiles que dix jours auparavant. Il y avait en effet maintenant dans le pays quinze divisions blind&#233;es russes &#8211; six mille chars. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Malgr&#233; un bombardement intense, tous les arrondissements ouvriers de Budapest &#8211; Cespel-la-Rouge, Ujpest, Kobainya &#8211; et Denapentele &#233;taient toujours aux mains des travailleurs. (&#8230;) Les nouvelles troupes russes ne faisaient pas de sentiment &#224; l'&#233;gard des Hongrois ; elles avaient &#233;t&#233; convenablement endoctrin&#233;es : les rebelles &#233;taient des &#171; fascistes &#187; et des &#171; capitalistes bourgeois &#187;. (&#8230;)&lt;br /&gt;
A ce stade, Janos Kadar (&#8230;) constitua ce qu'il appela un nouveau &#171; Gouvernement des Ouvriers et des Paysans &#187;. Ce gouvernement fit imm&#233;diatement une d&#233;claration demandant au gouvernement russe &#171; une aide pour liquider les forces contre-r&#233;volutionnaires et r&#233;tablir l'ordre. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
La r&#233;sistance arm&#233;e &#224; grande &#233;chelle prit fin le samedi 10 novembre. Des dizaines de chars russes hors de combat se trouvaient &#233;parpill&#233;s dans tout Budapest. Dans les villes, la r&#233;sistance arm&#233;e organis&#233;e par les groupes de travailleurs et de jeunes prit fin le 14 novembre. (&#8230;) Et les Hongrois n'&#233;taient toujours pas vaincus. Les Conseils ouvriers se renforc&#232;rent. Ils proclam&#232;rent leurs revendications demeuraient inchang&#233;es. (&#8230;) Le vendredi 16 novembre, Kadar fut contraint d'entamer des n&#233;gociations avec les conseils. Les d&#233;l&#233;gu&#233;s de certains conseils accept&#232;rent de demander aux travailleurs de reprendre le travail. A condition qu'un certain nombre de leurs revendications soient satisfaites imm&#233;diatement (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le Conseil Ouvrier Central de Budapest devait se r&#233;unir au Stade National le 21 novembre. (&#8230;) Les tanks russes bloqu&#232;rent les rues qui m&#232;nent au Stade National. (&#8230;) De nombreux membres importants des comit&#233;s de base furent arr&#234;t&#233;s. (&#8230;) Le 7 d&#233;cembre, on tire sur des manifestants dans les villes industrielles. Les arrestations en masse parmi la base des Conseils Ouvriers se poursuivent. (&#8230;) Le 8 d&#233;cembre, 10.000 personnes manifestent contre l'arrestation de deux membres du Conseil ouvrier de la ville de Salgoiarjan. &#8230;Etc&#8230; &lt;br /&gt;
9 d&#233;cembre Manifestations &#224; Budapest &#8230;&lt;br /&gt;
11 d&#233;cembre dans la ville d'Eger, des manifestants lib&#232;rent de force des membres emprisonn&#233;s du Conseil Ouvrier. &lt;br /&gt;
12 d&#233;cembre, &#224; Eger, la police tire sur une foule importante de manifestants &#8230;&lt;br /&gt;
Des tracts et des affiches r&#233;volutionnaires sont imprim&#233;s et distribu&#233;s&#8230;&lt;br /&gt;
Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de deux jours massivement suivie&#8230;&lt;br /&gt;
15 d&#233;cembre La peine de mort pour fait de gr&#232;ve est remise en vigueur. &lt;br /&gt;
26 d&#233;cembre Gy&#246;rgy Marosan, social-d&#233;mocrate et ministre dans le gouvernement Kadar, d&#233;clare que si c'est n&#233;cessaire le gouvernement mettra &#224; mort 10.000 personnes pour prouver que c'est lui le vrai gouvernement, et non les Conseils Ouvriers. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au d&#233;but de janvier 1957, les membres des conseils qui n'avaient pas encore &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s commenc&#232;rent &#224; d&#233;missionner. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le massacre des Hongrois, la destruction des organisations qu'ils avaient construites pendant la br&#232;ve p&#233;riode de libert&#233; et la totale reprise en mains de tous les aspects de leur vie par la bureaucratie marqua la fin d'une &#233;poque : l'&#232;re pendant laquelle les bureaucrates russes avaient partiellement r&#233;ussi &#224; se faire passer pour les d&#233;fenseurs du socialisme et les champions de la classe ouvri&#232;re. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; l'Humanit&#233; &#187;, quotidien du Parti Communiste Fran&#231;ais, du 25 octobre 1956 :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les difficult&#233;s in&#233;vitables n'ont pas manqu&#233; dans les pays de d&#233;mocratie populaire, sp&#233;cialement en Pologne et en Hongrie. Ces deux pays ont &#233;t&#233; ravag&#233;s, pill&#233;s pendant les ann&#233;es de guerre. Les destructions ont &#233;t&#233; incommensurablement, infiniment plus &#233;lev&#233;es que dans notre propre pays. Par ailleurs, les longues ann&#233;es de guerre froide ont oblig&#233; ces pays &#224; un lourd mais n&#233;cessaire effort de d&#233;fense. Tout r&#233;volutionnaire comprend cela, ce qu'il en d&#233;coulait des conditions de vie parfois difficiles pour les travailleurs. (&#8230;) Les forces r&#233;actionnaires hostiles au socialisme, misant sur l'ensemble de ces &#233;l&#233;ments bri&#232;vement &#233;num&#233;r&#233;s depuis le d&#233;but de cet article, ont pens&#233; que l'occasion &#233;tait venue de passer &#224; l'attaque en profitant de la volont&#233; affirm&#233;e de tous les Partis Communistes et Ouvriers de corriger les erreurs commises dans le pass&#233; et dans des domaines divers. (&#8230;) Les dirigeants hongrois, par exemple, ont qualifi&#233; &#224; juste titre de &#171; groupes contre-r&#233;volutionnaires &#187; les &#233;l&#233;ments qui ont provoqu&#233; les troubles d'hier &#224; Budapest. (&#8230;) Les travailleurs de France approuveront toujours les mesures prises dans les pays qui construisent le socialisme pour sauvegarder et consolider les conqu&#234;tes r&#233;volutionnaires contre les forces hostiles &#224; la soci&#233;t&#233; nouvelle. &#187; Sign&#233; : Marcel Servin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Extraits de la d&#233;claration du Bureau Politique du Parti Communiste Fran&#231;ais du 4 novembre 1956 :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s deux semaines de confusion politique, la cause du socialisme triomphe en Hongrie. (&#8230;) Barrant la route &#224; ceux qui furent les alli&#233;s de Hitler, aux repr&#233;sentants de la r&#233;action et du Vatican que le tra&#238;tre Nagy avait install&#233;s au gouvernement, la classe ouvri&#232;re hongroise dans un sursaut &#233;nergique a form&#233; un gouvernement ouvrier et paysan qui a pris en main les affaires du pays. (&#8230;) Le Parti Communiste Fran&#231;ais approuve pleinement la conduite du gouvernement ouvrier de Hongrie. (&#8230;) Face &#224; l'offensive acharn&#233;e et bestiale des fascistes, des f&#233;odaux et de leurs alli&#233;s les princes de l'Eglise pour restaurer en Hongrie le r&#233;gime terroriste de Horthy, il e&#251;t &#233;t&#233; inconcevable que l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans de l'URSS ne r&#233;pondit pas &#224; l'appel qui lui &#233;tait adress&#233; alors que les meilleurs fils de la classe ouvri&#232;re hongroise &#233;taient massacr&#233;s, pendus, ignoblement tortur&#233;s. (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/i&gt;
&lt;p&gt;Un document d'un groupe trotskyste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hongrie 1956&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution des conseils ouvriers d&#233;fie la bureaucratie stalinienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une c&#233;r&#233;monie officielle avec tous les h&#233;ritiers des fossoyeurs des r&#233;volutions des ann&#233;es 1950&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 50 ans, l'avant-garde ouvri&#232;re et la jeunesse hongroise subissaient la r&#233;pression f&#233;roce de l'arm&#233;e du Kremlin, venue au secours du pouvoir stalinien hongrois en d&#233;route. La bureaucratie de l'URSS et son arm&#233;e assassinaient plusieurs milliers d'insurg&#233;s, en emprisonnaient des dizaines de milliers, en chassait du pays 160 000 pour interdire toute r&#233;volution politique contre sa dictature. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 22 juin 2006, en visite &#224; Budapest &#224; l'occasion du cinquantenaire de l'insurrection, le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis a pos&#233; en d&#233;fenseur de la d&#233;mocratie : &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand des peuples combattent pour leur libert&#233;, les &#201;tats-Unis se tiennent &#224; leurs c&#244;t&#233;s. (Le Monde, 24 juin 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la complicit&#233; des repr&#233;sentants de la nouvelle bourgeoisie hongroise, George Bush fils se permet de reprendre la mystification de la d&#233;fense &#233;ternelle de &#171; la libert&#233; &#187; par la plus grande puissance imp&#233;rialiste. Pourtant, il a &#233;t&#233; d&#233;sign&#233; pr&#233;sident une premi&#232;re fois en 2000 avec moins de voix que son concurrent, il a restreint depuis cinq ans les libert&#233;s d&#233;mocratiques aux &#201;tats-Unis et les Afghans et Irakiens subissent une occupation gr&#226;ce &#224; lui. Sans parler des multiples contributions ant&#233;rieures du principal imp&#233;rialisme &#224; des coups d'&#201;tat qui, quand ils r&#233;ussirent, abolirent la plupart des libert&#233;s : Argentine en 1943, Iran en 1953, Guatemala en 1954, Congo en 1960, Cuba en 1961, Guatemala en 1963, Equateur en 1963, Br&#233;sil en 1964, Bolivie en 1964, Indon&#233;sie en 1965, Gr&#232;ce en 1967, Bolivie en 1971, Chili en 1973, Argentine en 1976, Grenade en 1986, Ha&#239;ti en 1993, Venezuela en 2002, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la Hongrie de 1956, les dirigeants de l'&#233;poque des &#201;tats-Unis furent, en fait, satisfaits de l'&#233;crasement de la r&#233;volution ouvri&#232;re par le Kremlin, tout en utilisant la f&#233;roce r&#233;pression stalinienne dans leur propagande contre le socialisme et la r&#233;volution. Tant il est vrai que ce qui unissait les bureaucraties de l'URSS et de la Chine aux bourgeoisies d'Am&#233;rique du Nord, d'Europe de l'Ouest et du Japon &#233;tait la haine de tout mouvement de la classe ouvri&#232;re, de toute r&#233;volution mettant en cause l'ordre mondial.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opinion la plus r&#233;pandue parmi les officiels am&#233;ricains &#233;tait que le mot &#171; &#233;volution &#187; vers la libert&#233; en Europe de l'est conviendrait mieux pour tous les int&#233;ress&#233;s que le mot &#171; r&#233;volution &#187;, bien que personne ne l'ait dit publiquement. (New York Times, 25 octobre 1955, cit&#233; par Andy Anderson, Hongrie 1956, Spartacus, 1976, p. 128)&lt;br class='autobr' /&gt;
Bush &#233;tait invit&#233; par le gouvernement de Ferenc Gyurcs&#225;ny. Le Premier ministre hongrois est un capitaliste et aussi le dirigeant du Parti socialiste hongrois (MSzP), organisation s&#339;ur du PS fran&#231;ais. Le MSzP est le nom pris en 1989, quand il a d&#233;cid&#233; de restaurer le capitalisme en Hongrie, par le parti de la bureaucratie&#8230; qui a &#233;cras&#233; l'insurrection ouvri&#232;re en 1956.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature sociale et le r&#233;gime politique de la Hongrie en 1956&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1947, l'&#233;conomie et les institutions politiques de la Hongrie furent calqu&#233;es sur celles de l'URSS, avec une dimension sp&#233;cifique d'oppression nationale qui d&#233;coulait de leur importation et de l'in&#233;galit&#233; des rapports entre l'URSS et les &#201;tats d'Europe de l'est, ou plus pr&#233;cis&#233;ment de la subordination des bureaucraties au pouvoir dans ces derniers &#224; la bureaucratie russe, &#224; l'exception de celles de la Yougoslavie et de l'Albanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution prol&#233;tarienne avait triomph&#233; en Russie en Octobre 1917 gr&#226;ce &#224; la pr&#233;sence et &#224; l'activit&#233; d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire s'appuyant r&#233;solument sur les conseils d'ouvriers, de paysans et de soldats (&#171; soviets &#187;). La r&#233;volution d'Octobre &#233;tait le d&#233;but de la r&#233;volution socialiste qui allait secouer le monde. Elle instaurait le pouvoir des soviets, qui proc&#233;da &#224; l'expropriation des capitalistes. L'&#201;tat ouvrier ainsi engendr&#233; &#233;tait en transition vers le socialisme, un mode de production sans classes sociales qui requiert un niveau &#233;lev&#233; des forces productives.&lt;br class='autobr' /&gt;
La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, pour devenir sociale, doit in&#233;luctablement passer par l'&#233;tatisation, de m&#234;me que la chenille, pour devenir papillon, doit passer par la chrysalide. Mais la chrysalide n'est pas un papillon&#8230; La propri&#233;t&#233; d'&#201;tat ne devient celle du &#171; peuple entier &#187; que dans la mesure o&#249; disparaissent les privil&#232;ges et les distinctions sociales et o&#249;, par cons&#233;quent, l'&#201;tat perd sa raison d'&#234;tre. (L&#233;on Trotsky, La R&#233;volution trahie, 1936, Minuit, p. 159)&lt;br class='autobr' /&gt;
Seule l'extension de la r&#233;volution &#224; des pays plus avanc&#233;s pouvait permettre de surmonter l'arri&#233;ration &#233;conomique et culturelle l&#233;gu&#233;e par le tsarisme, les d&#233;vastations de la guerre inter-imp&#233;rialiste, de la guerre civile et des interventions &#233;trang&#232;res. Mais, isol&#233; &#224; la suite des &#233;checs des autres r&#233;volutions d'Europe, en particulier de l'Allemagne en 1919, en 1921 et en 1923, mais aussi en Hongrie en 1919, l'&#201;tat ouvrier russe d&#233;g&#233;n&#233;ra. Le Parti communiste (bolchevik) est devenu un parti unique, les soviets sont affaiblis, la bureaucratie de l'&#201;tat a &#233;chapp&#233; &#224; tout contr&#244;le de la classe ouvri&#232;re. La bureaucratie, sous la conduite de Staline, s'empara alors du pouvoir politique et du parti communiste lui-m&#234;me, au terme de conflits entre la direction de l'appareil et l'Opposition de gauche (1924), puis l'Opposition unifi&#233;e (1926).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette caste ne tirait sa puissance que des bases sociales dues &#224; la R&#233;volution d'octobre, mais elle ne pouvait pr&#233;server, face au prol&#233;tariat, son pouvoir et ses privil&#232;ges que pour autant que la r&#233;volution prol&#233;tarienne ne s'&#233;tendait pas et que le prol&#233;tariat russe ne relevait pas la t&#234;te. D'o&#249; l'invention de l'absurdit&#233; du &#171; socialisme dans un seul pays &#187;, d'o&#249; le r&#244;le contre-r&#233;volutionnaire que la bureaucratie manifesta de plus en plus consciemment sur l'ar&#232;ne interne (la r&#232;gne de la Gu&#233;p&#233;ou, les proc&#232;s de Moscou de 1934 o&#249; les anciens compagnons de L&#233;nine furent accus&#233;s de crimes inou&#239;s, le goulag et les ex&#233;cutions sommaires&#8230;) et &#224; l'ext&#233;rieur, en utilisant comme instrument l'Internationale communiste (le barrage &#224; la r&#233;volution des fronts populaires, la liquidation des r&#233;volutionnaires en Espagne en 1936, le pacte avec Hitler en 1939&#8230;). &lt;br class='autobr' /&gt;
L'invasion par l'imp&#233;rialisme allemand de l'URSS se heurte, malgr&#233; l'imp&#233;ritie de Staline, &#224; la r&#233;sistance des peuples de l'URSS. En 1940, une nouvelle Sainte Alliance contre-r&#233;volutionnaire se constitue entre la bourgeoisie imp&#233;rialiste &#233;tasunienne, la bourgeoisie imp&#233;rialiste britannique et la bureaucratie stalinienne russe, formalis&#233;e lors des accords de T&#233;h&#233;ran, Casablanca, Yalta et Postdam. Staline dissout l'Internationale communiste en 1943. La bureaucratie mise sur le nationalisme russe pour cimenter la population. Dans la conscience des nouvelles g&#233;n&#233;rations de l'URSS, la &#171; grande guerre patriotique &#187; estompera la R&#233;volution d'Octobre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les bombardements des villes allemandes, le comportement ignoble de l'Arm&#233;e rouge envers la population allemande, le d&#233;sarmement des maquis et des insurg&#233;s, les blocs d'union nationale, l'occupation de l'Allemagne et sa division, tout est fait pour emp&#234;cher la r&#233;volution en Europe (allemande, grecque, italienne, fran&#231;aise, tch&#233;coslovaque, polonaise, hongroise&#8230;).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'arriv&#233;e de l'Arm&#233;e rouge, les travailleurs hongrois renouent avec les comit&#233;s et leurs conseils qui prennent en charge les fonctions de s&#233;curit&#233;, de d&#233;blaiement et de reconstruction, de remise en marche de la production comme de secours divers (voir Julien Papp, La Hongrie lib&#233;r&#233;e, Presses universitaires de Rennes, 2006). Le Kremlin s'emploie &#224; d&#233;faire les conseils ouvriers au profit d'un gouvernement d'union nationale qui r&#233;unit le Parti des petits propri&#233;taires (le parti bourgeois et cl&#233;rical majoritaire aux &#233;lections de novembre 1945), le Parti national paysan (un autre parti bourgeois), le Parti communiste hongrois, le Parti socialiste hongrois. Le gouvernement d'union nationale d&#233;fend la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comme ses homologues d'Italie ou de France&#8230; mais sous surveillance de l'arm&#233;e de l'URSS et non de celle des &#201;tats-Unis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aussi, quand Washington s'en prend &#224; l'URSS dans le but de r&#233;int&#233;grer la Russie dans la sph&#232;re du capitalisme, la bureaucratie du Kremlin se d&#233;fend &#8212;&#224; sa mani&#232;re&#8212; en cr&#233;ant &#224; partir de 1947 un certain nombre d'&#201;tats tampon dans la zone qui lui avait &#233;t&#233; confi&#233;e dans le cadre de la Sainte Alliance. Les pr&#233;tendues &#171; d&#233;mocraties populaires &#187; subissent une transformation profonde pour les conformer &#224; l'URSS non de 1917, mais de 1947 : d'un c&#244;t&#233;, le capital est expropri&#233;, conform&#233;ment aux aspirations des masses en 1919 et en 1944 ; de l'autre, le pouvoir est remis &#224; une bureaucratie corrompue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme leurs homologues en Union sovi&#233;tique et dans les autres d&#233;mocraties populaires, les quelques milliers de dirigeants de ce grand appareil bureaucratique menaient un train de vie privil&#233;gi&#233;. Ils disposaient de magasins sp&#233;ciaux, de salons de couture, de villas, de voitures, ils voyageaient luxueusement dans le pays et &#224; l'&#233;tranger. (Fran&#231;ois Fejt&#246;, Budapest 1956, Julliard, 1966, p. 103)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les partis bourgeois sont &#233;limin&#233;s (ainsi que les partis sociaux-d&#233;mocrates). Le Pacte de Varsovie sera proclam&#233; en 1955 face &#224; l'OTAN constitu&#233; en 1949. Au nom du socialisme, du &#171; marxisme-l&#233;ninisme &#187;, dans toute l'Europe centrale, les bureaucraties imposent un r&#233;gime policier d'autant plus ha&#239; qu'il est impos&#233; par l'&#233;tranger, en particulier dans la partie est de l'Allemagne divis&#233;e. La Yougoslavie et l'Albanie jouissent de plus d'autonomie vis-&#224;-vis de l'URSS, car le mouvement de r&#233;sistance nationale dirig&#233; par les staliniens y avait pris lui-m&#234;me le pouvoir. Les partis uniques eux-m&#234;mes sont purg&#233;s &#224; plusieurs reprises des &#233;l&#233;ments suspect&#233;s par Staline d'ind&#233;pendance. En Hongrie, par exemple, l'ancien dirigeant du Parti communiste hongrois durant la clandestinit&#233;, L&#225;szl&#243; Rajk, est pendu en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Staline d&#233;clenche la premi&#232;re vague de la r&#233;volution politique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Staline, en mars 1953, a donn&#233; le signal d'un puissant mouvement r&#233;volutionnaire pour chasser la bureaucratie qui usurpait le pouvoir dans tous les pays o&#249; la classe capitaliste avait &#233;t&#233; expropri&#233;e :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; l'insurrection des ouvriers de l'Allemagne de l'est en 1953,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; les protestations des d&#233;port&#233;s politiques des goulags russes en 1953 et 1954,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; les luttes des travailleurs de Tch&#233;coslovaquie en 1954,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8226; les mouvements des prol&#233;tariats de Pologne et de Hongrie en 1956.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce mouvement se conjugue avec une certaine remont&#233;e de la lutte des classes &#224; l'Ouest de l'Europe : en 1953, la France conna&#238;t une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des services publics (voir R&#233;volution Socialiste n&#176; 11-12). En Europe de l'Est, au gaspillage de la gestion bureaucratique de l'&#233;conomie, s'ajoutent les pr&#233;l&#232;vements de l'URSS. La pesante mainmise russe est rejet&#233;e par la majorit&#233; de la population, le temps de travail est aussi long que les salaires sont faibles. &lt;br class='autobr' /&gt;
En juin 1953, les ouvriers du b&#226;timent et les m&#233;tallos de Berlin Est se mettent en gr&#232;ve contre l'aggravation de leurs conditions de travail. En de puissantes manifestations, les travailleurs de toute l'Allemagne de l'est s'&#233;l&#232;vent contre la dictature de la bureaucratie et l'occupation russe. Ils manifestent &#224; Berlin-Ouest, mais les occupants imp&#233;rialistes (France, Grande-Bretagne, &#201;tats-Unis) ferment alors les zones qu'ils contr&#244;lent. La r&#233;volte ouvri&#232;re est mat&#233;e par les chars russes et la police secr&#232;te, la Stasi, qui comporte plus d'un nazi recycl&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En URSS, les prisonniers du camp de Vorkouta se soul&#232;vent avant d'&#234;tre implacablement r&#233;prim&#233;s. Sous les pressions venant du prol&#233;tariat et se r&#233;fractant dans la bureaucratie, Nikita Kroutchev reconna&#238;t en f&#233;vrier 1956 quelques-uns des crimes de Staline tout en d&#233;finissant le stalinisme comme une simple d&#233;viation et un &#171; culte de la personnalit&#233; &#187;. En pratique, il desserre la censure et lib&#232;re une partie des prisonniers politiques du goulag. La couche sociale des usurpateurs de la r&#233;volution d'octobre 1917 compte accepter quelques concessions en URSS &#8212;et dans les pays qu'elle contr&#244;le en Europe centrale et orientale&#8212; pour p&#233;renniser ses privil&#232;ges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les masses s'engouffrent dans la br&#232;che ouverte par Kroutchev. Le 28 juin 1956, de puissantes manifestations ouvri&#232;res ont lieu &#224; Pozna&#324;, en Pologne, pour arracher les libert&#233;s d&#233;mocratiques, de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaires. Elles s'en prennent &#224; la police, aux tribunaux et aux prisons. Ces manifestations s'appuient sur le bouillonnement de la jeunesse &#233;tudiante et des travailleurs qui revendiquent un &#171; socialisme d&#233;mocratique &#187;. La classe ouvri&#232;re polonaise aspire &#224; contr&#244;ler les propri&#233;t&#233;s de l'&#201;tat, &#224; l'&#233;purer des profiteurs, des assassins, &#224; dissoudre la police politique. Elle veut refouler les troupes russes d'occupation. Le soir m&#234;me, elles sont durement r&#233;prim&#233;es par le gouvernement d'Edward Ochab, premier secr&#233;taire du parti ouvrier unifi&#233; polonais (PZPR).&lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte contre la dictature bureaucratique ne constitue pas &#224; proprement parler une r&#233;volution sociale, car elle ne vise pas &#224; transformer les conqu&#234;tes issues de la R&#233;volution d'octobre mais au contraire &#224; d&#233;fendre, contre l'imp&#233;rialisme et la bureaucratie, la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, la planification. La r&#233;volution prol&#233;tarienne les d&#233;fend, de la seule mani&#232;re efficace, en r&#233;tablissant la d&#233;mocratie ouvri&#232;re, en d&#233;truisant la bureaucratie parasitaire, en accomplissant une r&#233;volution politique qui donne le pouvoir au prol&#233;tariat. Cette r&#233;volution politique est l'expression, dans les pays o&#249; les fondements de la domination capitaliste ont &#233;t&#233; d&#233;truits et o&#249; une bureaucratie contre-r&#233;volutionnaire s'est empar&#233;e du pouvoir politique, de la r&#233;volution socialiste internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation du 23 octobre 1956&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Hongrie, la classe ouvri&#232;re et la jeunesse suivent l'exemple de leurs s&#339;urs et fr&#232;res polonais. Cr&#233;&#233; en 1955 et compos&#233; d'&#233;tudiants rejoints par des intellectuels, le Cercle Pet&#246;fi (du nom d'un po&#232;te mort en 1849 lors de la guerre d'ind&#233;pendance) est un forum de discussion de l'organisation de jeunesse communiste. Ses principaux animateurs sont tr&#232;s souvent des oppositionnels au sein du Parti des travailleurs hongrois (MDP), dont certains en ont &#233;t&#233; exclus. Le 23 octobre 1956, la manifestation appel&#233;e &#224; Budapest par le Cercle Pet&#246;fi est un gigantesque succ&#232;s. 300 000 manifestants, plus peut-&#234;tre, ont r&#233;pondu &#224; l'appel du Cercle. La manifestation regroupe des dizaines de milliers d'&#233;tudiants et de jeunes travailleurs venus soutenir la jeunesse et les ouvriers polonais menac&#233;s par les mouvements des troupes russes. &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, en ces m&#234;mes jours d'octobre 1956, la classe ouvri&#232;re polonaise s'oppose &#224; l'occupation russe du pays. Alors que les meneurs des &#171; &#233;meutiers de Poznan &#187; sont jug&#233;s fin septembre, la jeunesse &#233;tudiante et le prol&#233;tariat polonais descendent dans la rue et tiennent des meetings pour une Pologne socialiste et ind&#233;pendante de l'occupant russe. Kroutchev et son gouvernement voit alors en Wladislaw Gomulka, un ancien premier secr&#233;taire du Parti ouvrier unifi&#233; polonais (PZPR) &#233;cart&#233; du temps de Staline, une porte de sortie face aux masses. Rapidement r&#233;habilit&#233; d&#233;but octobre, Gomulka tient un meeting le 23 octobre &#224; Varsovie devant plus de 300 000 personnes. Il y tient le discours de la &#171; d&#233;mocratisation &#187; et des r&#233;formes tout en d&#233;fendant l'essentiel, le monopole politique de la bureaucratie polonaise, elle-m&#234;me appendice de la bureaucratie russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Hongrie, le mouvement &#233;chappe au contr&#244;le de la bureaucratie. Le 20 octobre, la jeunesse &#233;tudiante a fond&#233; une organisation de la jeunesse, la MEFESZ, ind&#233;pendante du parti stalinien. Les 21 et 22 octobre, de grands meetings ouverts et libres sont organis&#233;s dans les universit&#233;s de Budapest. Les meetings des Universit&#233;s polytechnique et de sciences humaines ont adopt&#233; un programme en 16 points. Les &#233;tudiants ont confirm&#233; leur solidarit&#233; avec les Polonais, leur volont&#233; d'un socialisme &#171; d&#233;mocratique et ind&#233;pendant &#187;. Ils ont envoy&#233; des d&#233;l&#233;gations dans les usines. Ils ont aussi pr&#233;vu de mettre &#224; bas les statues de Staline et veulent voir les troupes russes quitter leur pays. Ils veulent que les tortionnaires staliniens soient d&#233;mis de leurs fonctions pour laisser place &#224; Imre Nagy, le &#171; Gomulka &#187; hongrois, exclu en 1948 et revenu au pouvoir en 1953, mais de nouveau &#233;cart&#233; en 1955.&lt;br class='autobr' /&gt;
Interdite, la manifestation se rend vers le Parlement. Autoris&#233;e alors par Ernest Ger&#246;, le premier secr&#233;taire du MDP, les manifestants entendent &#224; la radio son intervention. Ger&#246; annonce que seuls des &#171; canailles &#187; et des &#171; chauvins &#187; ont pu organiser cette manifestation ouvrant &#171; la porte aux capitalistes &#187;. L'ancien tortionnaire de r&#233;volutionnaires espagnols en 1936-1937, le liquidateur avec Rakosi de milliers de membres du MDP de 1948 &#224; 1953, pr&#233;tend que les relations avec l'URSS sont celles de l'&#233;galit&#233;. Bouillonnants, les jeunes manifestants d&#233;cident de diffuser &#224; la radio, pour r&#233;pondre &#224; Ger&#246;, leur r&#233;solution en 16 points. La statue de Staline est abattue. Devant l'immeuble de la radio, les agents (les avos) d&#233;test&#233;s de la police politique stalinienne (AVH) tirent sur la foule. Les manifestants ne l&#226;chent pas prise. Les autorit&#233;s appellent l'arm&#233;e et la police municipale en renfort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'insurrection ouvri&#232;re &#224; Budapest&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le soir du 23 octobre, l'arm&#233;e refuse d'intervenir contre le peuple. Parfois, les soldats ouvrent les portes des casernes et laisse les masses insurg&#233;es s'armer. Des commissariats sont attaqu&#233;s et, si possible, d&#233;valis&#233;s de leurs armes. Dans la nuit du 23 au 24, les travailleurs entrent en action contre tout ce qui repr&#233;sente l'ordre bureaucratique. Ils s'attaquent &#224; la radio, aux b&#226;timents de l'AVH dont les nombreux avos n'arrivent pas &#224; repousser les &#233;tudiants et les ouvriers arm&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le m&#234;me temps, les insurg&#233;s se sont organis&#233;s politiquement autour du cercle Pet&#246;fi et du Comit&#233; r&#233;volutionnaire des &#233;tudiants. Ce dernier sera le premier organe de la r&#233;volution politique contre la bureaucratie. Il d&#233;fend imm&#233;diatement la fraternisation avec les soldats russes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Face &#224; la neutralisation de l'arm&#233;e hongroise par le mouvement des masses, le Kremlin d&#233;cide de s'appuyer sur les dizaines de milliers de soldats russes en cantonnement permanent en Hongrie. La bureaucratie russe ne peut laisser planer le doute sur sa capacit&#233; &#224; r&#233;primer. Sinon, les travailleurs de Pologne, de RDA et d'URSS, pourraient suivre l'exemple des ouvriers et des &#233;tudiants hongrois et signer son arr&#234;t de mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 octobre, au petit matin, les troupes russes entrent en action en entourant Budapest et en s'installant sur les principaux axes de circulation. Environ 2 000 chars russes font mouvement contre l'insurrection. Les troupes russes aident les avos &#224; tirer sur les insurg&#233;s, &#224; arr&#234;ter les meneurs, &#224; reprendre les usines et les b&#226;timents officiels occup&#233;s. Le Comit&#233; central du Parti des travailleurs hongrois (MDP), en retard sur les &#233;v&#233;nements et impuissant devant la spontan&#233;it&#233; de l'insurrection, tente de jouer la carte Imre Nagy, comme le Parti ouvrier unifi&#233; polonais (PZPR) a fait avec Gomulka. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nagy essaie de limiter, d'adoucir, d'entraver la r&#233;pression, de se d&#233;barrasser de Ger&#246; et de ses acolytes, de persuader les Sovi&#233;tiques de se retirer, les insurg&#233;s de se mod&#233;rer, Sovi&#233;tiques et insurg&#233;s de lui faire confiance, de l'accepter comme m&#233;diateur. L'objectif principal qu'il poursuivait, c'&#233;tait l'ordre. (Fran&#231;ois Fejt&#246;, Histoire des d&#233;mocraties populaires, Seuil, 1969, t. 2, p. 123-124)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouveau gouvernement affirme qu'il a appel&#233; les troupes de l'URSS. Au grand effroi de toutes les fractions de la bureaucratie, la classe ouvri&#232;re manifeste sa force. L'insurrection s'&#233;tend aux faubourgs ouvriers, les usines sont occup&#233;es et les travailleurs s'arment. Des combats ont lieu devant les usines, &#224; la radio, au Parlement et dans les quartiers ouvriers. Le 25 octobre, le colonel Pal Maleter, commandant de la caserne Kilian de Budapest, forte de 2 000 hommes, passe dans le camp des insurg&#233;s. Une partie des soldats hongrois constituent, avec les ouvriers et &#233;tudiants insurg&#233;s, l'arm&#233;e de la r&#233;volution des conseils ouvriers. Les insurg&#233;s tiennent t&#234;te &#224; la plus puissante arm&#233;e d'Europe, r&#233;ussissant parfois &#224; fraterniser avec des soldats de l'Arm&#233;e rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conseils ouvriers et les comit&#233;s r&#233;volutionnaires face &#224; la bureaucratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs renouent avec les formes d'organisation de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, celle de la crise r&#233;volutionnaire hongroise de 1945, de la r&#233;volution espagnole de 1936, de la r&#233;volution hongroise de 1919, de la r&#233;volution allemande de 1918, des r&#233;volutions russes de 1917 et 1905 et de la Commune de Paris de 1871. Devant l'apparition des conseils ouvriers et du Comit&#233; r&#233;volutionnaire des &#233;tudiants, le pouvoir stalinien est confront&#233; &#224; une situation de double pouvoir. Les conseils, v&#233;ritables soviets, voient le jour dans tout le pays et remplacent syst&#233;matiquement l'administration bureaucratique qu'ils ont chass&#233;e des entreprises, des administrations et des casernes. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la force politique du prol&#233;tariat arm&#233;. Les travailleurs et la jeunesse se dotent de leurs organes politiques dont les repr&#233;sentants sont &#233;lus d&#233;mocratiquement et souvent &#224; bulletin secret. Ils constituent leurs comit&#233;s de gr&#232;ve, leurs milices arm&#233;es et les centralisent au sein de conseils ouvriers, d'&#233;tudiants ou de soldats. Ces conseils se forment spontan&#233;ment dans les entreprises qui ont arr&#234;t&#233; le travail le 24 octobre, contre les assassins du gouvernement Ger&#246;, contre l'AVH et les chars russes. Ils se g&#233;n&#233;ralisent avec le massacre du Parlement, le 25 octobre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la place Kossuth, ce soir-l&#224;, des dizaines de milliers de personnes exigent l'arrestation de Ger&#246;, l'annulation de la loi martiale et la lib&#233;ration des insurg&#233;s emprisonn&#233;s. Les jeunes et les travailleurs refusent le palliatif du Comit&#233; central du MDP : un simple remaniement minist&#233;riel, comprenant Imre Nagy, de nouveau r&#233;habilit&#233;. Les &#233;tudiants, diffusent des tracts en russe pour inciter les soldats de l'Arm&#233;e rouge &#224; ne pas tirer sur leurs fr&#232;res et s&#339;urs. La fraternisation s'amorce : plusieurs &#233;quipages sortent de leurs chars et m&#234;lent le drapeau tricolore hongrois &#224; celui de l'URSS. La police politique tire alors &#224; la mitrailleuse sur la foule sans armes : 300 morts et des centaines de bless&#233;s jonchent le sol. La bureaucratie a d&#233;cid&#233; qu'il s'agissait d'une lutte &#224; mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant la nuit du 25 au 26 octobre, les affrontements font rage dans toute la ville. Un tract sign&#233; par &#171; les &#233;tudiants et ouvriers r&#233;volutionnaires &#187; appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale jusqu'au retrait des troupes russes et &#224; la dissolution de l'AVH. Dans les grandes villes comme Miskolc, Gyor, Sopron, P&#233;cs, Dunapentele, Debrecen, Szeged, des conseils ouvriers et r&#233;volutionnaires prennent &#224; leur tour le pouvoir, chassent l'AVH et adoptent le programme de la r&#233;volution politique contre la bureaucratie stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme des conseils : l'ind&#233;pendance nationale et la liquidation du totalitarisme bureaucratique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs de la bureaucratie russe pr&#233;sents sur place, Mikoyan et Souslov, remplacent Ger&#246; par J&#225;nos K&#225;d&#225;r le 25 octobre &#224; la t&#234;te du MDP. K&#225;d&#225;r &#233;tait le chef de la police secr&#232;te de 1948 &#224; 1951, quand il fut emprisonn&#233;. Mikoyan et la nouvelle direction du MDP composent un gouvernement de coalition. En plus de &#171; communistes &#187; dont Nagy, nomm&#233; Premier ministre, K&#225;d&#225;r et des anciens opposants &#224; Ger&#246; comme Gy&#246;rgy Luk&#225;cs et Geza Losonczy, il comprend Bela Kovacs et Zolt&#224;n Tidly, les dirigeants du Parti des petits propri&#233;taires (FKGP).&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour soutenir l'action de son gouvernement, il suscite la constitution d'un front populaire regroupant, outre les communistes, ce qui reste des anciens partis. (L'Humanit&#233;, 28 octobre 1996) &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette ombre de la bourgeoisie hongroise repr&#233;sente pourtant la bourgeoisie mondiale qui, elle, n'a pas disparu et qui travaille &#224; restaurer le capitalisme. Le nouveau gouvernement Nagy-K&#225;d&#225;r-Tidly invite les travailleurs &#224; reprendre le travail, &#224; cesser leur gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et &#224; rendre les armes : &lt;br class='autobr' /&gt;
Peuple ouvrier de Hongrie&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Un petit groupe de provocateurs contre-r&#233;volutionnaires a lanc&#233; une attaque arm&#233;e contre l'ordre de notre R&#233;publique populaire, une attaque qui a &#233;t&#233; soutenue par une fraction des travailleurs de la capitale&#8230; La nouvelle direction du parti et le gouvernement sous ma direction sont d&#233;cid&#233;s &#224; tirer les le&#231;ons de ces tragiques &#233;v&#233;nements. Aussit&#244;t que l'ordre sera r&#233;tabli, l'Assembl&#233;e nationale sera convoqu&#233;e&#8230; Nous appliquerons la loi avec la plus grande s&#233;v&#233;rit&#233; &#224; ceux qui continuent leurs attaques arm&#233;es&#8230; Hongrois, amis, camarades, placez-vous sous la conduite du parti&#8230; (Imre Nagy, Discours radiodiffus&#233;, 25 octobre 1956, Fran&#231;ois Fejt&#246;, Budapest 1956, Julliard, 1966, p. 148-149)&lt;br class='autobr' /&gt;
Il annonce son intention de dissoudre la police politique AVH, de constituer une nouvelle milice nationale &#224; sa place et de n&#233;gocier le d&#233;part des troupes russes. Mais ces concessions et les belles paroles de Nagy et K&#225;d&#225;r ne suffisent pas aux conseils ouvriers. Sans rejeter le gouvernement, ils cherchent &#224; s'unifier nationalement et maintiennent leurs revendications. Appuy&#233;e sur la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre le gouvernement et arm&#233;e gr&#226;ce &#224; la fraternisation avec les soldats, la r&#233;volution politique pr&#233;cise son programme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le conseil ouvrier et le Parlement &#233;tudiant de la ville de Miskolc sont dans les premiers &#224; &#233;tablir une diffusion radio de leurs revendications. Ils seront suivis par toutes les r&#233;gions du pays. Le 28 octobre, alors que la radio annonce les pleins pouvoirs pour Nagy, Radio-Miskolc propose aux autres conseils ouvriers du pays de s'unir sur les bases suivantes :&lt;br class='autobr' /&gt;
1) L'&#233;dification d'une Hongrie libre, souveraine, ind&#233;pendante, d&#233;mocratique et socialiste. 2) Une loi instituant des &#233;lections libres au suffrage universel. 3) Le d&#233;part imm&#233;diat des troupes sovi&#233;tiques. 4) L'&#233;laboration d'une nouvelle Constitution. 5) La suppression de l'AVH, le gouvernement ne devra s'appuyer que sur deux forces arm&#233;es : l'arm&#233;e nationale et la police ordinaire. 6) Amnistie totale pour tous ceux qui ont pris les armes et inculpation de Ger&#246; et de ses complices. 7) Elections libres dans un d&#233;lai de deux mois avec la participation de plusieurs partis. (Pierre Brou&#233;, La R&#233;volution hongroise des conseils ouvriers, PCI, 1957) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Budapest, le Comit&#233; r&#233;volutionnaire des intellectuels, qui r&#233;unit notamment le Cercle Pet&#246;fi et le Comit&#233; r&#233;volutionnaire des &#233;tudiants, adopte le 28 octobre un programme qui r&#233;affirme le m&#234;me programme qu'&#224; Miskolc. Il avance d'autres revendications, dont l'augmentation des salaires, la d&#233;fense de la nationalisation des usines et des terres, la direction des usines par les conseils, des aides et d&#233;dommagements aux petits paysans contraints &#224; la collectivisation, la libert&#233; de presse et de r&#233;union.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 30 octobre, un Conseil national de Transdanubie se tient &#224; Gy&#246;r avec 400 d&#233;l&#233;gu&#233;s. Loin de faire confiance au nouveau gouvernement, Radio-Miskolc rend compte de la r&#233;union en ces termes :&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de la r&#233;union, la majorit&#233; des d&#233;l&#233;gu&#233;s a soutenu la proposition &#224; continuer la gr&#232;ve tant que le gouvernement ne r&#233;aliserait pas les revendications. (Jean-Jacques Marie et Balazs Nagy, Pologne-Hongrie 1956, EDI, 1966, p. 199)&lt;br class='autobr' /&gt;
Devant un tel mouvement, la bureaucratie tente de gagner du temps. Les troupes russes &#233;vacuent la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manoeuvres du gouvernement de Nagy et K&#225;d&#225;r, pr&#233;paratifs du Kremlin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement Nagy-K&#225;d&#225;r-Tidly navigue entre les exigences des conseils, la pression de la bureaucratie russe et celle de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pr&#233;tend maintenir la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production, revendiqu&#233;e explicitement par les conseils ouvriers et le Comit&#233; r&#233;volutionnaire des intellectuels. Nagy re&#231;oit toutes les d&#233;l&#233;gations ouvri&#232;res et paysannes du pays qui affluent vers Budapest, porteuses des m&#234;mes revendications qu'&#224; Miskolc. En annon&#231;ant accepter les revendications de la r&#233;volution, le gouvernement K&#225;d&#225;r-Nagy fait tout pour associer les conseils &#224; son gouvernement. Il met en place une Garde Nationale qui fusionne l'ancienne arm&#233;e et l'ancienne police avec les insurg&#233;s en armes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre, alert&#233; par l'entr&#233;e de troupes &#171; sovi&#233;tiques &#187;, Nagy proclame le retrait du Pacte de Varsovie, demande des n&#233;gociations aux autorit&#233;s de l'URSS et en appelle &#224; l'ONU.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement hongrois demande au secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations-Unies d'inscrire &#224; l'ordre du jour de la prochaine Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale la question de la neutralit&#233; hongroise et la d&#233;fense de cette neutralit&#233; par les quatre grandes puissances. (Fran&#231;ois Fejt&#246;, Budapest 1956, Julliard, 1966, p. 219)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le m&#234;me jour, le gouvernement l&#233;galise les anciens partis de l'union nationale de 1945, celle qui fut mise en place par Staline apr&#232;s la d&#233;faite du nazisme : le Parti socialiste hongrois, qui rejoint le gouvernement, le Parti des petits propri&#233;taires et le Parti national-paysan, qui y figuraient d&#233;j&#224;. Il r&#233;habilite l'ancien drapeau hongrois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 1er novembre &#224; 16 heures, les d&#233;l&#233;gu&#233;s de toutes les usines de Budapest se r&#233;unissent&#8230; Elek Nagy conduira une d&#233;l&#233;gation de 16 au Parlement. Ils y rencontrent un Imre Nagy extr&#234;mement fatigu&#233; qui leur parle de son impuissance devant la pr&#233;sence russe et qui leur demande, malgr&#233; tout, la reprise du travail : la l&#233;gitimit&#233; de son gouvernement en d&#233;pend. (Julien Papp, Gavroche n&#176; 148, octobre 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les quartiers ouvriers de Budapest, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'ach&#232;ve peu &#224; peu avec l'annonce de l'&#233;viction des derniers partisans de Rakosi et Ger&#246;, la nomination de Maleter au minist&#232;re de la D&#233;fense, d'autant que Nagy et K&#225;d&#225;r ont confirm&#233; la n&#233;gociation du retrait d&#233;finitif des troupes russes du pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement de coalition donne la parole au cardinal Mindszenty :&lt;br class='autobr' /&gt;
Ne donnons &#224; l'empire russe aucune raison de faire couler le sang&#8230; On doit reprendre le travail, on doit partout se remettre &#224; la production dans l'int&#233;r&#234;t de la nation tout enti&#232;re&#8230; Chacun dans ce pays doit savoir que ce combat ne fut pas une r&#233;volution, mais un combat pour la libert&#233;&#8230; Maintenant il nous faut des &#233;lections g&#233;n&#233;rales&#8230; Nous sommes pour la propri&#233;t&#233; priv&#233;e justement et l&#233;galement limit&#233;e par des int&#233;r&#234;ts sociaux&#8230; Nous esp&#233;rons qu'on nous accordera sans d&#233;lai la libert&#233; d'instruction religieuse&#8230; (Joszsf Mindszenty, Discours radiodiffus&#233;, 3 novembre 1956, Fran&#231;ois Fejt&#246;, Budapest 1956, Julliard, 1966, p. 224-225)&lt;br class='autobr' /&gt;
La longue allocution du chef de l'&#201;glise catholique, dirig&#233;e vers le retour &#224; l'ordre et la restauration du capitalisme, n'a gu&#232;re d'impact, bien que nombre d'ouvriers soient chr&#233;tiens. Mais elle servira de pr&#233;texte au Kremlin.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, le Kremlin retire les troupes &#233;branl&#233;es par le caract&#232;re prol&#233;tarien de l'insurrection et la fraternisation et installe des r&#233;giments d&#233;p&#234;ch&#233;s d'Asie centrale qu'il intoxique. Mao presse Kroutchev de r&#233;primer. Dulles, le secr&#233;taire d'&#201;tat (ministre des affaires &#233;trang&#232;res) des &#201;tats-Unis donne son feu vert &#224; Kroutchev, Joukov et Boulganine. Celui-ci convoque K&#225;d&#225;r &#224; Moscou le 1er novembre. Dans le m&#234;me temps, les blind&#233;s russes prennent le contr&#244;le des chemins de fer de l'est du pays, s'assurant ainsi la possibilit&#233; de d&#233;placer rapidement leurs forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervention russe du 3 novembre et l'&#233;crasement de l'insurrection ouvri&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 3 novembre au matin, Budapest se retrouve encercl&#233;e par 120 000 soldats, 1 000 blind&#233;s, 2 500 tanks. Une d&#233;l&#233;gation du Comit&#233; r&#233;volutionnaire du maintien de l'ordre se rend &#224; des n&#233;gociations au quartier g&#233;n&#233;ral russe. &#192; 22 heures, Pal Maleter et Istv&#225;n Kovacs sont arr&#234;t&#233;s par le NKVD, la police politique russe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 4 novembre au petit matin, les troupes russes investissent Budapest, coupent les boulevards d'acc&#232;s aux deux grands bastions ouvriers de la capitale, Csepel et Ujpest. K&#225;d&#225;r annonce &#224; la radio la constitution d'un nouveau gouvernement et justifie l'intervention russe par un danger &#171; contre-r&#233;volutionnaire &#187;. Tito approuve.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant 7 jours, les travailleurs et jeunes r&#233;volutionnaires font face, malgr&#233; un armement limit&#233;, mais le centre de Budapest est conquis par l'arm&#233;e de l'URSS le 7 novembre. Les combats dans les quartiers ouvriers d'Ujpest et devant les usines de Csepel dureront jusqu'au 11 novembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Minutieusement pr&#233;par&#233;e, l'intervention sovi&#233;tique est rapidement venue &#224; bout des forces insurg&#233;es. Celles-ci ne disposaient que de peu de positions fortifi&#233;es, de peu de munitions, d'organisation. Les troupes de l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re encasern&#233;es, command&#233;es en majorit&#233; par des officiers staliniens, &#233;taient demeur&#233;es passives pendant la premi&#232;re phase du soul&#232;vement ; elles n'intervinrent que sporadiquement lors de l'acte final. De toute mani&#232;re la partie &#233;tait in&#233;gale. Ce sont les ouvriers de quelques grandes usines de Budapest, de Csepel, de Dunapentele, les mineurs de P&#233;cs, qui ont r&#233;sist&#233; le plus longtemps. (Fran&#231;ois Fejt&#246;, Histoire des d&#233;mocraties populaires, Seuil, 1969, t. 2, p. 130)&lt;br class='autobr' /&gt;
La cr&#233;ation des conseils dans les entreprises fin octobre, comme la r&#233;sistance face &#224; l'intervention de la contre-r&#233;volution stalinienne d&#233;but novembre prouvent le caract&#232;re profond&#233;ment prol&#233;tarien du mouvement hongrois de 1956. Officiellement, les combats causent 3 000 morts hongrois, dont la moiti&#233; de moins de 30 ans. 13 000 bless&#233;s sont soign&#233;s dans les h&#244;pitaux, des ouvriers dans l'immense majorit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; la d&#233;faite militaire, il faudra plusieurs mois de man&#339;uvres au gouvernement K&#225;d&#225;r pour en finir avec les gr&#232;ves et les conseils ouvriers. Une fois consolid&#233;, il licencie, arr&#234;te, emprisonne des milliers d'anciens insurg&#233;s. Comme Kroutchev l'exige, il ex&#233;cute Maleter et d'autres militaires en 1958, coupables de s'&#234;tre ralli&#233;s aux conseils ouvriers, il ex&#233;cute Nagy et ses adjoints pour leur complaisance envers les insurg&#233;s. Les guides staliniens de la Chine et de l'Albanie, Mao Zedong et Enver Hodja, applaudissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1956, il a manqu&#233; au prol&#233;tariat hongrois un parti ouvrier r&#233;volutionnaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le Kremlin et le PCF en 1956, le personnel politique et les medias de la bourgeoisie calomnient aujourd'hui la r&#233;volution des conseils ouvriers de 1956 en la faisant passer pour un mouvement anticommuniste et purement national. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certains commentateurs sont plus subtils. Sans nier le caract&#232;re prol&#233;tarien de la r&#233;volution, le principal organe de l'altermondialisme se r&#233;jouit de sa faiblesse politique. &lt;br class='autobr' /&gt;
La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et la cr&#233;ation de conseils autonomes op&#233;rant sur la base d'une d&#233;mocratie directe bat en br&#232;che la formule du parti r&#233;volutionnaire d&#233;fendue par L&#233;nine et Trotsky, celle d'une organisation autoritaire et centralisatrice qui r&#233;serve les d&#233;cisions &#224; une &#233;lite savante et restreinte. (Thomas Feixa, Le Monde Diplomatique, octobre 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition pos&#233;e entre les conseils ouvriers d'un c&#244;t&#233;, et le parti ouvrier r&#233;volutionnaire de l'autre, n'a pas de sens. Les soviets existaient &#233;galement en Russie, mais les v&#233;ritables d&#233;cisions leur &#233;chappaient jusqu'en octobre au profit du gouvernement provisoire qui poursuivait la guerre imp&#233;rialiste, qui d&#233;fendait les capitalistes et les propri&#233;taires fonciers. La victoire des soviets russes vint qu'ils disposaient d'une direction r&#233;volutionnaire &#224; leur t&#234;te, repr&#233;sent&#233;e par le Parti bolchevik, construit par Vladimir L&#233;nine et ralli&#233; par L&#233;on Trotsky. Il fallut une insurrection pour donner le pouvoir aux soviets, faute de quoi ils auraient &#233;t&#233; dissous au profit d'une assembl&#233;e constituante ou, plus probablement, d'une dictature militaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, les petits-bourgeois ne servent qu'&#224; d&#233;sorienter le prol&#233;tariat. Ils pleurnichent sur les Allende et les Nagy, mais ils pr&#233;f&#232;rent les r&#233;volutions &#233;cras&#233;es plut&#244;t que victorieuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour qu'au jour de la d&#233;cision, le prol&#233;tariat soit assez fort pour vaincre, il est n&#233;cessaire qu'il se constitue en parti autonome, un parti de classe conscient, s&#233;par&#233; de tous les autres. (Friedrich Engels, Lettre &#224; G. Trier, 18 d&#233;cembre 1889)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, certains &#171; trotskystes &#187; aboutissent aussi &#224; l'id&#233;e que les travailleurs hongrois pouvaient fort bien se passer d'un parti r&#233;volutionnaire. Ainsi, LO n'a pas un mot sur la question du parti :&lt;br class='autobr' /&gt; Tout en exer&#231;ant un pouvoir de fait, ni les Conseils ouvriers ni, plus g&#233;n&#233;ralement, leurs mandants, les travailleurs, ne voyaient d'autres perspectives politiques pour le pays, une fois les troupes sovi&#233;tiques parties, que celle d'une consolidation du gouvernement Nagy. L&#224; se trouvait la limite politique de la r&#233;volution. M&#234;me si les travailleurs soutenaient le gouvernement Nagy, en quelque sorte par d&#233;faut, la situation &#233;tait conflictuelle. (Georges Kaldy, Lutte Ouvri&#232;re, 20 octobre 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il ne sait pas comment la r&#233;soudre, du moins, Kaldy-Barcia saisit qu'il y avait une contradiction entre les conseils et le gouvernement. Certains ne peuvent pas en dire autant :&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement Nagy reconna&#238;t l'insurrection et les conseils ouvriers : il devient le gouvernement de la r&#233;volution. (Laura Fonteyn, Le Cri des Travailleurs, novembre 2006)&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas besoin, donc, de parti ouvrier r&#233;volutionnaire, ni de prise du pouvoir par les conseils ouvriers. En fait, le groupe CRI est, comme tant d'autres, &#224; la recherche de &#171; bons &#187; bureaucrates. Du coup, le CRI, qui rejette l'analyse par Trotsky de l'ex-URSS, s'inscrit dans la touchante unanimit&#233; autour d'Imre Nagy qui va des r&#233;visionnistes du trotskysme aux repr&#233;sentants de l'imp&#233;rialisme mondial, en passant par les bureaucrates qui ont restaur&#233; le capitalisme en Hongrie. &lt;br class='autobr' /&gt;
La France a esp&#233;r&#233; avec vous lorsqu'en 1956, Imre Nagy anima la r&#233;sistance &#224; l'implacable logique qui, durant quarante-cinq ans, divisa et meurtrit notre continent, cette logique des blocs que la France, vous le savez, a toujours r&#233;cus&#233;e. (Jacques Chirac, Discours au Parlement hongrois, 16 janvier 1997)&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'une r&#233;volution politique puisse entra&#238;ner une fraction de l'ancien parti unique, que l'armement du prol&#233;tariat puisse faire basculer une partie de l'arm&#233;e du c&#244;t&#233; des milices ouvri&#232;res est une chose, mais s'en remettre &#224; eux en est une autre. Seul un parti r&#233;volutionnaire r&#233;solu et exp&#233;riment&#233; peut utiliser de tels ralliements au service de la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Quand, faute de parti &#224; eux et digne d'eux, les prol&#233;taires se fient aux anciens bureaucrates ou aux grad&#233;s, ils risquent de le payer ch&#232;rement. &lt;br class='autobr' /&gt;
La bureaucratie ne pourra &#234;tre &#233;cart&#233;e que de mani&#232;re r&#233;volutionnaire et ce sera, comme toujours, au prix de sacrifices d'autant moins nombreux qu'on s'y prendra plus &#233;nergiquement et plus hardiment. (L&#233;on Trotsky, La R&#233;volution trahie, 1936, Minuit, p. 191)&lt;br class='autobr' /&gt;
N'en d&#233;plaise au CRI, il n'y a jamais eu de &#171; gouvernement r&#233;volutionnaire &#187; de Nagy. Le 25 octobre et le 27, il y a la tentative d'un &#171; front populaire &#187; (L'Humanit&#233;) de restaurer l'ordre. Le 1er novembre, il n'y a pas plus de &#171; gouvernement r&#233;volutionnaire &#187; car Nagy (qui appelle l'ONU au secours) ne repr&#233;sente plus rien. Par contre, un gouvernement contre-r&#233;volutionnaire K&#225;d&#225;r est apparu (dans le sillage des blind&#233;s) et il n'y a toujours pas, h&#233;las, de gouvernement des conseils. Pour un gouvernement r&#233;volutionnaire &#233;manant des conseils, il e&#251;t fallut un parti cons&#233;quent en leur sein. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'h&#233;ro&#239;sme des travailleurs hongrois avait pu &#234;tre compl&#233;t&#233; par l'existence d'un parti tel que le Parti bolchevik russe, le d&#233;nouement de la r&#233;volution hongroise aurait &#233;t&#233; tout autre et la face du monde en aurait &#233;t&#233; chang&#233;e. Mais, face &#224; la bureaucratie russe appuy&#233;e par la bureaucratie chinoise, &#224; leurs agents hongrois, face &#224; Kroutchev et &#224; K&#225;d&#225;r, les conseils ouvriers n'avaient pas de moyen de b&#233;n&#233;ficier de l'exp&#233;rience internationale et historique du mouvement ouvrier.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'opposition communiste hongroise form&#233;e entre 1953 et 1956 pensa &#8212;et avec elle l'auteur de ces lignes&#8212; qu'elle pourrait r&#233;aliser ses buts graduellement, par des r&#233;formes successives. Mais parmi les le&#231;ons importantes de 1956, enseign&#233;es par la classe ouvri&#232;re hongroise, nous avons appris que, pour la r&#233;alisation de ces revendications, la r&#233;volution des ouvriers, de tous les travailleurs est indispensable&#8230; La directive que donne le programme de la 4e Internationale, en tant que t&#226;che centrale de la classe ouvri&#232;re d&#233;coulant de ses exp&#233;riences, c'est de r&#233;soudre la crise de la direction. En d'autres termes, de construire le parti ouvrier marxiste contre les partis &#171; dirigeants &#187; staliniens et sociaux-d&#233;mocrates, pour les remplacer. (Bal&#224;sz Nagy, La V&#233;rit&#233; n&#176; 538, ao&#251;t 1967)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question centrale : le pouvoir aux travailleuses et aux travailleurs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tudiants et les travailleurs hongrois sont all&#233;s aussi loin qu'ils le pouvaient en l'absence d'un tel parti, en s'armant et en affrontant courageusement l'AVH et l'arm&#233;e russe, en constituant des organes de d&#233;mocratie ouvri&#232;re et en les centralisant. Mais les conseils n'ont pas postul&#233; au pouvoir :&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la r&#233;volution, surtout apr&#232;s la clarification du r&#244;le du gouvernement Imre Nagy, il ne fut pas question d'un r&#244;le politique pour les conseils ouvriers. Il &#233;tait entendu que ce r&#244;le incombait aux diff&#233;rents partis politiques. (Ferenc T&#246;ke, vice-pr&#233;sident du Conseil central du grand Budapest, Etudes n&#176; 3, 1960, Institut Imre Nagy)&lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#244;le d'un parti r&#233;volutionnaire, au sein des conseils, aurait &#233;t&#233; de les aider &#224; postuler au pouvoir, &#224; renverser la bureaucratie stalinienne, &#224; instaurer le pouvoir ouvrier, &#224; ouvrir la voie des &#201;tats-Unis socialistes d'Europe en appelant &#224; la lutte les prol&#233;tariats de Pologne, de l'URSS, d'Allemagne&#8230; Faute d'un regroupement solide des &#233;l&#233;ments les plus avanc&#233;s, li&#233; aux communistes des autres pays, le Conseil central de Budapest s'en remit &#224; Nagy, qui se faisait lui-m&#234;me duper par le Kremlin, qui agissait lui-m&#234;me au compte de la contre-r&#233;volution mondiale. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'absence de parti r&#233;volutionnaire socialiste co&#251;ta cher au prol&#233;tariat hongrois. Ce qui ne veut pas dire qu'on puisse lui en imputer la responsabilit&#233;. Comme l'a montr&#233; l'exp&#233;rience, il n'est pas facile de construire un tel parti sous le r&#232;gne totalitaire du stalinisme. Sans direction r&#233;volutionnaire socialiste consciente, les conseils ouvriers ne purent affirmer leur pouvoir. Ils continu&#232;rent &#224; n&#233;gocier pour obtenir des concessions de la part des marionnettes de Moscou. Cela s'est av&#233;r&#233; &#234;tre un d&#233;sastre. Tandis que la direction des conseils ouvriers perdait du temps en vaines n&#233;gociations avec des personnages qui n'avaient aucun pouvoir r&#233;el dans le pays, la contre-r&#233;volution stalinienne mobilisait ses forces r&#233;pressives.&lt;br class='autobr' /&gt;
a) La direction des conseils ouvriers manqua de proclamer clairement les buts de la r&#233;volution : libert&#233; nationale et d&#233;mocratie ouvri&#232;re ; renversement de la caste bureaucratique et transfert du pouvoir aux conseils ouvriers.&lt;br class='autobr' /&gt;
b) La direction des conseils ouvriers manqua de publier syst&#233;matiquement des appels r&#233;volutionnaires aux travailleurs d'Europe de l'Est et de l'Union Sovi&#233;tique, expliquant les buts de la r&#233;volution et demandant la solidarit&#233; socialiste dans la lutte commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) La direction des conseils ouvriers manqua d'en appeler syst&#233;matiquement aux forces sovi&#233;tiques, de rappeler l'h&#233;ritage de la r&#233;volution de 1917 qui &#233;tait le leur, leurs convictions socialistes et leur propre m&#233;contentement profond vis-&#224;-vis du Kremlin.&lt;br class='autobr' /&gt;
d) La direction des conseils ouvriers manqua de s'adresser aux travailleurs des pays capitalistes afin qu'ils leur viennent en aide et qu'ils emp&#234;chent les imp&#233;rialistes de tirer avantage de la situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
e) La direction des conseils ouvriers manqua de mobiliser toutes les couches de la population afin qu'elles contribuent &#224; la victoire et &#224; la d&#233;fense militaire de la nation dans son ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
f) La direction des conseils ouvriers commit une erreur fatale lorsqu'elle prit pour argent comptant les promesses faites par la bureaucratie de Moscou d'introduire des r&#233;formes et de terminer l'occupation.&lt;br class='autobr' /&gt;
g) La direction des conseils ouvriers n'avait pas pr&#233;vu que Moscou &#233;tait pr&#234;t &#224; noyer la r&#233;volution dans le sang et se trouva par cons&#233;quent surprise par l'attaque de la contre-r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si les conseils ouvriers avaient pris le pouvoir, ce qu'ils auraient fait avec une direction r&#233;volutionnaire socialiste, la bureaucratie de Moscou aurait &#233;t&#233; condamn&#233;e &#224; la chute. Leurs appels politiques et leurs actions d&#233;termin&#233;es &#224; la t&#234;te de la r&#233;volution auraient eu un &#233;cho en Union Sovi&#233;tique et dans toute l'Europe de l'Est et auraient soulev&#233; les masses gr&#226;ce &#224; l'ardente conviction que ceci repr&#233;sentait le retour &#224; L&#233;nine et la r&#233;g&#233;n&#233;ration de l'&#201;tat ouvrier. (SWP, Revolution in Hungary and the crisis of Stalinism, 1957)&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela aurait d&#251; &#234;tre l'heure de la 4e Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise de la Quatri&#232;me Internationale lui interdit d'&#234;tre au rendez-vous de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat hongrois avait besoin de la solidarit&#233; du prol&#233;tariat europ&#233;en et mondial. Mais il ne pouvait pas compter sur les organisations majoritaires de celui-ci, &#233;videmment pas les partis &#171; communistes &#187;, ni sur la social-d&#233;mocratie, occup&#233;e en octobre 1956 &#224; mener ou &#224; soutenir l'intervention de la France, du Royaume-Uni et d'Isra&#235;l contre l'Egypte de Nasser et &#224; mener une guerre coloniale en Alg&#233;rie. Seule la 4e Internationale fond&#233;e par L&#233;on Trotsky, malgr&#233; sa taille r&#233;duite, aurait pu exprimer consciemment l'unit&#233; du prol&#233;tariat mondial contre la bourgeoisie imp&#233;rialiste et sa complice la bureaucratie stalinienne, et l'organiser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque la r&#233;volution hongroise brisa, il y a dix ans, le pouvoir de la bureaucratie, les ouvriers, les paysans travailleurs, les intellectuels et la jeunesse ne savaient rien sur la 4e Internationale. Son programme leur &#233;tait inconnu. Ainsi, la ressemblance, l'identit&#233; m&#234;me entre ce programme et leurs revendications spontan&#233;es est &#233;tonnante. (Bal&#224;sz Nagy, La V&#233;rit&#233; n&#176; 538, ao&#251;t 1967)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conseils hongrois de 1956, en se dressant contre la bureaucratie stalinienne et sa police secr&#232;te, en revendiquant le socialisme, convergent en effet avec le programme de la r&#233;volution politique trac&#233; par la 4e Internationale &#224; partir de 1933.&lt;br class='autobr' /&gt;
Supposons la bureaucratie sovi&#233;tique chass&#233;e du pouvoir par un parti r&#233;volutionnaire ayant toutes les qualit&#233;s du vieux bolchevisme et enrichi, en outre, de l'exp&#233;rience mondiale de ces derniers temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce parti commencerait par r&#233;tablir la d&#233;mocratie dans les syndicats et les soviets. Il pourrait et devrait r&#233;tablir la libert&#233; des partis sovi&#233;tiques. Avec les masses, &#224; la t&#234;te des masses, il proc&#233;derait &#224; un nettoyage sans merci des services de l'&#201;tat. Il abolirait les grades, les d&#233;corations, les privil&#232;ges et ne maintiendrait de l'in&#233;galit&#233; dans la r&#233;tribution du travail que ce qui est n&#233;cessaire &#224; l'&#233;conomie et &#224; l'&#201;tat. Il donnerait &#224; la jeunesse la possibilit&#233; de penser librement, d'apprendre, de critiquer, en un mot, de se former. Il introduirait de profondes modifications dans la r&#233;partition du revenu national, conform&#233;ment &#224; la volont&#233; des masses ouvri&#232;res et paysannes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'aurait pas &#224; recourir &#224; des mesures r&#233;volutionnaires en mati&#232;re de propri&#233;t&#233;. Il continuerait et pousserait &#224; fond l'exp&#233;rience de l'&#233;conomie planifi&#233;e. Apr&#232;s la r&#233;volution politique, apr&#232;s le renversement de la bureaucratie, le prol&#233;tariat aurait &#224; accomplir dans l'&#233;conomie de tr&#232;s importantes r&#233;formes, il n'aurait pas &#224; faire une nouvelle r&#233;volution sociale. (L&#233;on Trotsky, La R&#233;volution trahie, 1936, Minuit, p. 168-169)&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, aucune organisation ne peut transmettre le drapeau du communisme v&#233;ritable et de l'internationalisme prol&#233;tarien aux &#233;tudiants et travailleurs hongrois. Du coup, ceux-ci se fient aux promesses du gouvernement d'unit&#233; nationale Nagy-K&#225;d&#225;r-Tildy, ne postulent pas au pouvoir, n'ont pas d'&#233;tat-major, alors que la contre-r&#233;volution en dispose. Ce drame s'explique par la f&#233;roce r&#233;pression ant&#233;rieure des nazis en Europe centrale et des staliniens en URSS et dans toute l'Europe de l'est . Il se prolonge et s'aggrave par l'adaptation de la 4e Internationale elle-m&#234;me &#224; la bureaucratie stalinienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, quand la r&#233;volution politique commence &#224; Berlin-Est, &#224; Poznan et &#224; Budapest, la direction de la 4e Internationale a tourn&#233; le dos au programme de la r&#233;volution antibureaucratique et &#224; la construction de partis ouvriers r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1948, quand la bureaucratie yougoslave se heurte &#224; la bureaucratie russe, la direction Pablo-Germain de l'internationale fond&#233;e par Trotsky soutient sans r&#233;serve Tito, l'assassin des trotskystes de son pays et le chef de la bureaucratie stalinienne yougoslave, et refuse d'appeler &#224; construire un parti qui se battrait pour le pouvoir des travailleurs en Yougoslavie. &lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#234;me ann&#233;e, la direction s'adapte &#224; la direction stalinienne chinoise qui entre dans P&#233;kin &#224; la t&#234;te d'arm&#233;es paysannes et elle renie les trotskystes de Chine. Menac&#233; par l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qui d&#233;clenche la guerre de Cor&#233;e sous le drapeau de l'ONU, Mao Zedong aligne la Chine sur le mod&#232;le de l'&#201;tat ouvrier d&#233;g&#233;n&#233;r&#233; voisin en expropriant le capital et en constituant une bureaucratie stalinienne aussi privil&#233;gi&#233;e que totalitaire. Les trotskystes rest&#233;s en Chine sont arr&#234;t&#233;s, parfois ex&#233;cut&#233;s, souvent emprisonn&#233;s pour plus de 20 ans (voir R&#233;volutions et contre-r&#233;volutions en Chine, GB, 2002). &lt;br class='autobr' /&gt;
La 4e Internationale avait d&#233;j&#224; connu des crises politiques. &#192; la fin des ann&#233;es 1920, quand Staline rompit avec l'aile restaurationniste de la bureaucratie, mit en place un plan r&#233;clam&#233; depuis longtemps par l'Opposition de gauche, collectivisa l'agriculture par la force, certains &#171; trotskystes &#187; russes se ralli&#232;rent (Karl Radek, Ievgu&#234;ni Preobrajenski, Ivar Smilga&#8230;). Au milieu des ann&#233;es 1930, quand l'appareil stalinien international reprend la politique menchevik et sociale-d&#233;mocrate d'alliance avec des partis bourgeois d&#233;mocratiques, des cadres et des organisations rompent avec le bolchevisme-l&#233;ninisme pour s'adapter aux fronts populaires (Andr&#232;s Nin, Henk Sneevliet...). &#192; la fin des ann&#233;es 1930, quand Staline conclut un pacte avec Hitler et partage avec lui la Pologne, puis au milieu des ann&#233;es 1940, quand l'URSS &#233;tend brutalement son contr&#244;le &#224; l'Europe de l'est, des minorit&#233;s remettent en cause l'analyse de l'URSS et refusent de la d&#233;fendre contre l'imp&#233;rialisme (Max Shachtman, Tony Cliff, Cornelius Castoriadis...).&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le drapeau de la 4e Internationale &#233;tait rest&#233; sans tache, car ces d&#233;viations avaient &#233;t&#233; combattues et rejet&#233;es. De 1948 &#224; 1953, c'est le centre, la direction elle-m&#234;me de l'internationale qui, &#224; la recherche de raccourcis politiques, devient progressivement pro-stalinienne. Elle entra&#238;ne la 4e Internationale dans sa d&#233;viation, ce qui l'affaiblit et finira par la d&#233;truire comme organisation r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction pabliste de la 4e Internationale veut r&#233;former la bureaucratie stalinienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son 3e congr&#232;s mondial, en 1951, sous la direction de &#171; Michel Pablo &#187; (Raptis) et d'&#171; Ernest Germain &#187; (Mandel), avec l'approbation de &#171; Nahuel Moreno &#187;, la 4e Internationale r&#233;vise son programme et adopte celui de l'ancien dirigeant de la section polonaise devenu pro-stalinien, Isaac Deutscher. Contre la fondation de la 4e Internationale, elle pr&#234;te &#224; l'appareil stalinien international la capacit&#233; de mener des r&#233;volutions dans les pays capitalistes. Contre la r&#233;volution politique, elle envisage la r&#233;forme de la bureaucratie au pouvoir dans les &#201;tats ouvriers d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s. Contre la r&#233;volution permanente, elle revient au front uni anti-imp&#233;rialiste pour conf&#233;rer &#224; la petite-bourgeoisie et m&#234;me &#224; la bourgeoisie nationale des pays d'Am&#233;rique latine la capacit&#233; de lutter r&#233;ellement contre l'imp&#233;rialisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
De la sorte, la &#171; 4e Internationale &#187; perd sa raison d'&#234;tre pour devenir un groupe de pression sur les appareils non prol&#233;tariens, ses dirigeants se muent en conseillers des dirigeants petits-bourgeois, voire bourgeois. Plus tard, Pablo-Raptis deviendra le conseiller d'Ahmed Ben Bella dans le cadre du premier gouvernement alg&#233;rien, puis l'&#233;minence grise du dirigeant bourgeois nationaliste grec Andreas Papandreou lors de la fondation du PASOK. La LCR qui a vot&#233; Chirac en 2002 est l'h&#233;riti&#232;re en France de la destruction de la 4e Internationale par Raptis, Mandel, Posadas, Maitan et Frank.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rapidement, la ligne du 3e congr&#232;s mondial se r&#233;v&#232;le catastrophique : le POR de Bolivie s'aligne sur le nationalisme bourgeois lors de la r&#233;volution de 1952 et le &#171; Secr&#233;tariat international de la 4e Internationale &#187; refuse d'appeler &#224; l'unification r&#233;volutionnaire de l'Allemagne et au retrait des troupes d'occupation de l'Allemagne en juin 1953. En fait, le SI parie sur la bureaucratie russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au mois de juin dernier, en Allemagne de l'Est, les travailleurs se sont dress&#233;s contre le gouvernement stalinien au cours de l'une des plus grandes manifestations de l'histoire de l'Allemagne. Ce fut l&#224; le premier soul&#232;vement de masse contre le stalinisme depuis qu'il a usurp&#233; le pouvoir en URSS. Comment r&#233;agit Pablo devant cet &#233;v&#233;nement historique ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu d'exprimer clairement les aspirations politiques r&#233;volutionnaires des insurg&#233;s d'Allemagne de l'Est, Pablo couvrit les satrapes staliniens contre-r&#233;volutionnaires qui mobilisaient les troupes russes pour &#233;craser le soul&#232;vement : &#171; Les dirigeants sovi&#233;tiques et ceux des diff&#233;rentes d&#233;mocraties populaires et des partis communistes ne pourront plus falsifier ou ignorer la signification profonde de ces &#233;v&#233;nements. Ils sont oblig&#233;s de pers&#233;v&#233;rer dans la voie de concessions encore plus amples et plus r&#233;elles pour ne pas risquer de s'ali&#233;ner &#224; jamais le soutien des masses et de provoquer des explosions encore plus fortes. Ils ne pourront plus d&#233;sormais s'arr&#234;ter &#224; mi-chemin. Ils s'efforceront de doser les concessions pour &#233;viter les explosions encore plus graves dans l'imm&#233;diat et faire si possible une transition &#224; froid de la situation actuelle &#224; une situation plus supportable pour les masses. &#187; (D&#233;claration du Secr&#233;tariat International de la Quatri&#232;me Internationale)&lt;br class='autobr' /&gt;
Au lieu de demander le retrait des troupes sovi&#233;tiques, la seule force sur laquelle le gouvernement stalinien s'appuyait, Pablo semait l'illusion que &#171; des concessions encore plus amples et plus r&#233;elles &#187; viendraient des gauleiters du Kremlin. Moscou aurait-elle pu esp&#233;rer recevoir un plus grand secours, au moment o&#249; elle s'employait &#224; une falsification monstrueuse de la signification de ces &#233;v&#233;nements, en pr&#233;sentant les travailleurs r&#233;volt&#233;s comme des &#171; fascistes &#187; et des &#171; agents de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#187; et o&#249; elle d&#233;cha&#238;nait contre eux la r&#233;pression sauvage ? (James Cannon, Lettre ouverte du SWP aux trotskystes du monde entier, 1953)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La lutte des classes en Yougoslavie </title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79</link>
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		<dc:date>2009-10-28T09:02:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;n&#233;gro</dc:subject>
		<dc:subject>Serbie</dc:subject>
		<dc:subject>Bosnie Herz&#233;govine</dc:subject>
		<dc:subject>Kosovo</dc:subject>
		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Et les guerres et guerres civiles de l'ex-Yougoslavie &lt;br class='autobr' /&gt; SITE : Mati&#232;re et R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
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Pourquoi ce site ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour nous &#233;crire, cliquez sur R&#233;pondre &#224; cet article &lt;br class='autobr' /&gt;
(article &#233;crit durant les bombardements sur la Serbie des imp&#233;rialismes, qui se sont eux-m&#234;me appel&#233;s &#034; les puissances occidentales&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une sale guerre imp&#233;rialiste qui a d&#233;but&#233; le jeudi 25 mars 1999 avec le bombardement par les forces de l'OTAN de la R&#233;publique F&#233;d&#233;rale de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;23- Guerres de Yougoslavie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot204" rel="tag"&gt;Bosnie Herz&#233;govine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot205" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Et les guerres et guerres civiles de l'ex-Yougoslavie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;SITE : Mati&#232;re et R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi ce site ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=79&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(article &#233;crit durant les bombardements sur la Serbie des imp&#233;rialismes, qui se sont eux-m&#234;me appel&#233;s &#034; les puissances occidentales&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une sale guerre imp&#233;rialiste qui a d&#233;but&#233; le jeudi 25 mars 1999 avec le bombardement par les forces de l'OTAN de la R&#233;publique F&#233;d&#233;rale de Yougoslavie. Le droit des peuples n'a rien &#224; y faire. &lt;br /&gt;
Les bombardements ont simplement permis aux troupes de Milosevic d'intensifier son plan d'&#233;puration ethnique au Kosovo, en poussant en quelques jours plus d'un demi million de civils dans les camps de r&#233;fugi&#233;s d'Albanie et de Mac&#233;doine. Il a fallu une semaine aux puissances occidentales pour s'aviser que les r&#233;fugi&#233;s pouvaient avoir besoin de tentes, de nourriture et de couvertures.&lt;br /&gt;
Aujourd'hui, la pr&#233;tendue assistance humanitaire &#8211; si tardive &#8211; n'a d'autre but que de justifier la terreur des bombardements. Les images t&#233;l&#233;vis&#233;es des centaines de milliers de Kosovars dans la d&#233;tresse servent &#224; masquer les d&#233;g&#226;ts meurtriers des bombardements sur toutes les populations, celle de Serbie comme celle du Kosovo. Quant &#224; la campagne de propagande sur l'accueil des r&#233;fugi&#233;s dans les pays occidentaux, l'appel &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; &#8211; effective et compr&#233;hensible &#8211; de la population, elle est d'une parfaite ind&#233;cence de la part de ces gouvernements de pays riches qui d&#233;ploient chaque jour en bombardiers sur l'ex Yougoslavie cent fois, mille fois le total r&#233;colt&#233; pour secourir les r&#233;fugi&#233;s. &lt;br /&gt;
En Mac&#233;doine, le premier geste de l'OTAN a &#233;t&#233; de construire des barbel&#233;s pour enfermer les r&#233;fugi&#233;s dans des camps alors qu'ils &#233;taient jusque l&#224; h&#233;berg&#233;s par des familles. Puis ils se sont brusquement ravis&#233;s, r&#233;fl&#233;chissant qu'ils ne souhaitaient pas que des centaines de milliers de Kosovars restent stationn&#233;s pr&#232;s de la fronti&#232;re. Ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; aller les parquer beaucoup plus loin, dans des pays qui ne sont pas frontaliers de la Serbie. G&#233;n&#233;rosit&#233; ? Les premiers furent embarqu&#233;s de force, s&#233;par&#233;s de leur famille et amis, ne connaissant m&#234;me pas leur destination. &lt;br /&gt;
Les Etats-Unis ont pris la t&#234;te de l'op&#233;ration &#8220;_humanitaire &#8221; visant &#224; accueillir les r&#233;fugi&#233;s. A Washington, &#224; New York ? Non. Les Kosovars au nom desquels on bombarde les Balkans ne verront pas la statue de la libert&#233;. Ils seront envoy&#233;s, autant dire d&#233;port&#233;s, vers la base am&#233;ricaine de Guantanamo &#224; Cuba et dans une &#238;le du Pacifique. Ah, la g&#233;n&#233;rosit&#233; imp&#233;rialiste !&lt;br /&gt;
La crainte des forces &#8220;alli&#233;es&#8221; dans cette affaire est de voir se constituer des camps de centaines de milliers d'exil&#233;s kosovars pr&#232;s de la fronti&#232;re, qui pourraient demain &#234;tre autant de combattants susceptibles de d&#233;stabiliser le pouvoir serbe comme le pouvoir mac&#233;donien ou albanais. L'imp&#233;rialisme voudrait &#233;viter de reconstituer des foyers de r&#233;volte dans cette r&#233;gion comme cela a &#233;t&#233; le cas avec les camps de r&#233;fugi&#233;s palestiniens aux fronti&#232;res d'Isra&#235;l.&lt;br /&gt;
Quant &#224; la France, elle a r&#233;ussi sur cette question &#224; se singulariser. Dans l'odieux et le sordide. Le socialiste Jospin ne voulait pas recevoir en France de r&#233;fugi&#233;s, m&#234;me s'il s'est pr&#233;tendument ravis&#233; ensuite, non pas pour les laisser pr&#232;s de chez eux comme il le pr&#233;tendait, mais pour ne pas risquer de perdre quelques voix au profit d'un Le Pen &#224; quelques mois de Europ&#233;ennes. Jospin pourfend courageusement Milosevic en commen&#231;ant par c&#233;der &#224; la simple pression &#233;lectorale de l'extr&#234;me droite. &lt;br /&gt;
Chirac comme Jospin ont tenu &#224; rappeler que la France est une puissance qui intervient pleinement dans le conflit, militairement comme politiquement, et pas seulement &#224; la tra&#238;ne des Etats-Unis. C'est en plein accord que l'un et l'autre ont d&#233;cid&#233; de participer &#224; la guerre, rompant avec leur th&#232;se habituelle puisqu'ils avaient affirm&#233; jusque l&#224; n'accepter d'intervenir que sur mandat de l'ONU.&lt;br /&gt;
Le discours commun des Clinton, Chirac, Jospin est sommairement le suivant : &#8220; Milosevic est responsable de milliers de morts en Yougoslavie depuis dix ans. En ce moment il s'attaque &#224; la population albanaise du Kosovo et nous intervenons militairement pour y mettre un terme et imposer qu'il n&#233;gocie.&#8221; Une th&#232;se fond&#233;e sur une somme de mensonges et d'hypocrisie impressionnante. En r&#233;alit&#233;, l'intervention des forces alli&#233;es n'a pas pour but de s'attaquer au pouvoir du dictateur Serbe Milosevic ni celui de d&#233;fendre les Kosovars m&#234;me si elle se pare du devoir de solidarit&#233; et de la d&#233;fense du droit des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les occidentaux ont-ils d&#233;cid&#233; de bombarder ?&lt;br /&gt;
Que veulent -ils ?&lt;br /&gt;
Quels int&#233;r&#234;ts d&#233;fendent-ils dans cette r&#233;gion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses justifications de l'intervention militaire occidentale sont les suivantes :&lt;br /&gt;
&#8211; prot&#233;ger la population kosovare albanaise contre la purification ethnique entreprise par les forces serbes ; &lt;br /&gt;
&#8211; &#233;viter que le conflit ne s'&#233;tende notamment &#224; la Mac&#233;doine, &#224; la Gr&#232;ce et &#224; l'Albanie ;&lt;br /&gt;
&#8211; imposer le plan de paix que les grandes puissances avaient avanc&#233; &#224; Rambouillet et ainsi arr&#234;ter la guerre&lt;br /&gt;
Ces trois arguments ont &#233;t&#233; d&#233;mont&#233;s par le directeur des recherches militaires strat&#233;giques anglaises, Jonathan Eyal dans le journal &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;du mardi 30 mars de mani&#232;re si limpide que le mieux est de le citer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question du Monde : selon les dirigeants des pays de l'OTAN, le principal motif de l'intervention militaire est de stopper l'offensive serbe contre les Albanais du Kosovo. Elle semble au contraire s'amplifier et de nombreux villages br&#251;lent. Est-ce que tout se d&#233;roule comme pr&#233;vu dans cette affaire ?&lt;br /&gt;
Jonathan Eyal r&#233;pond :&lt;br /&gt;
&#61550;	On savait parfaitement dans les milieux militaires de toutes les capitales concern&#233;es que, paradoxalement, la catastrophe humanitaire serait bien plus grave d&#232;s lors que les bombardements commenceraient. La justification humanitaire de l'op&#233;ration en cours n'est rien d'autre que cela, une justification juridico-politique visant &#224; conserver un caract&#232;re l&#233;gal - au nom des lois humanitaires internationales - &#224; une op&#233;ration d&#233;munie d'un clair mandat du Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations unies. (...) &lt;br /&gt;
Question du Monde : La deuxi&#232;me raison invoqu&#233;e par les leaders des pays de l'OTAN pour l'intervention &#233;tait le risque de d&#233;bordement du conflit serbo-albanais sur les pays voisins. &lt;br /&gt;
R&#233;ponse du strat&#232;ge britannique :&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#61550; Le risque &#233;tait minime. C'est encore une fois un pr&#233;texte, pas la vraie raison. Il y a treize mille soldats de l'OTAN en Mac&#233;doine : c'est plus que suffisant pour emp&#234;cher celle-ci d'entrer &#233;ventuellement dans une alliance avec la Serbie, ou pour emp&#234;cher Milosevic de faire quoi que ce soit en Mac&#233;doine. (...) Il y a bien s&#251;r un risque que l'Albanie s'effondre ou soit m&#234;l&#233;e au conflit, mais n'oublions pas que l'Albanie n'est pas en position de faire grand-chose. Vous voyez que les risques d'embrasement r&#233;gional ont &#233;t&#233; tr&#232;s exag&#233;r&#233;s. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le Monde : La troisi&#232;me justification publique de l'intervention est officiellement de forcer Milosevic &#224; signer le plan de Rambouillet. Ce plan existe-t-il encore ?&lt;br /&gt;
R&#233;ponse de Jonathan Eyal :&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#61550;	Non. Aucun gouvernement occidental n'est pr&#234;t &#224; le reconna&#238;tre, mais Rambouillet est mort &#224; la minute m&#234;me o&#249; la premi&#232;re bombe de l'OTAN est tomb&#233;e en Serbie. (...) Rambouillet n'a plus aucune chance parce que, m&#234;me si Milosevic d&#233;cidait de signer la semaine prochaine, ce sont les Albanais qui n'en voudraient plus. (...) Si vous regardez l'offensive militaire de pr&#232;s, il est en train de facto de pr&#233;parer la partition de la r&#233;gion. Il gardera le morceau qu'il aura r&#233;ussi &#224; nettoyer ethniquement et il s'en satisfera. &lt;br /&gt; Il suffit d'ajouter que l'imp&#233;rialisme s'en satisfera &#233;galement et ne sera en rien g&#234;n&#233; de signer un tel accord avec Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier r&#233;sultat de l'intervention arm&#233;e des Occidentaux, en plus bien s&#251;r du bombardement des populations civiles serbes comme kosovares, c'est que les forces arm&#233;es et polici&#232;res serbes flanqu&#233;es des groupes paramilitaires d'extr&#234;me droite ont acc&#233;l&#233;r&#233; brutalement leur politique consistant &#224; terroriser la population du Kosovo pour la forcer &#224; quitter le territoire. Les puissances occidentales savaient d'avance que &#8220;la catastrophe humanitaire&#8221;, comme ils disent, aurait lieu, m&#234;me s'ils ont fait mine de s'en &#233;tonner et de s'en indigner. &lt;br /&gt;
Les puissances imp&#233;rialistes n'ont jamais agi autrement durant les diff&#233;rents conflits de l'ex-Yougoslavie depuis 1992. Leur derni&#232;re intervention visait para&#238;t-il &#224; d&#233;fendre les Bosniaques musulmans. En r&#233;alit&#233; ils les ont emp&#234;ch&#233; de recevoir des armes et les ont laiss&#233; se faire massacrer pendant trois ans pour, au bout du compte, en 1995, consacrer par la paix de Dayton les territoires gagn&#233;s par les bandes arm&#233;es et officialiser le pouvoir des chefs de bandes organisateurs de massacres que sont les Milosevic et les Tudjman sur le reste de la Yougoslavie. Chacun d'eux s'est retrouv&#233; &#224; la t&#234;te de territoires d'o&#249; il a expuls&#233; les autres nationalit&#233;s. Une fois leur paix sign&#233;e, les Occidentaux n'ont jamais cherch&#233; &#224; imposer que les expuls&#233;s reviennent chez eux comme le pr&#233;voyaient les accords sur le papier. Le nettoyage ethnique a simplement &#233;t&#233; couvert de l'autorit&#233; de ce que l'on appelle &#8220; la communaut&#233; internationale &#8221;.&lt;br /&gt;
C'est m&#234;me cette paix de Dayton fabriqu&#233;e par l'imp&#233;rialisme qui a pr&#233;par&#233; la guerre que nous connaissons aujourd'hui puisque cet accord a donn&#233; &#224; la fois le Kosovo &#224; la Serbie et la Serbie &#224; Milosevic. Et cela, sans la moindre consultation de la population du Kosovo, sans la moindre garantie pour la population &#224; majorit&#233; albanaise qui subissait pourtant des exactions depuis des ann&#233;es. D&#233;cid&#233;ment, les Kosovars qui sur les conseils de leurs dirigeants nationalistes ont fond&#233; des espoirs sur l'intervention de l'OTAN, ont &#233;t&#233; cruellement tromp&#233;s. La population bosniaque avait &#233;t&#233; tromp&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on auparavant, et en vint aux m&#234;me cuisantes d&#233;sillusions. Impossible de pr&#234;ter foi au discours d'un Clinton d&#233;clarant en 1992 : &#8220;&lt;i&gt;_nous ne laisserons pas se reproduire au Kosovo ce qui s'est pass&#233; en Bosnie&lt;/i&gt;_&#8221;. En Bosnie comme au Kosovo, les Occidentaux se sont servis de la guerre civile pour justifier leur intervention au nom des peuples opprim&#233;s, mais n'ont jamais lev&#233; le petit doigt pour les d&#233;fendre. Non seulement ils n'ont jamais eu l'intention de donner les moyens militaires de se d&#233;fendre &#224; ces peuples mais ils ont bloqu&#233; les armes pour la Bosnie et comptaient de la m&#234;me fa&#231;on imposer aux combattants kosovars de rendre leurs armes.&lt;br /&gt;
Am&#233;ricains, Fran&#231;ais, Allemands et Anglais bombardent la Serbie et bombardent &#233;galement le Kosovo. Les forces alli&#233;es ont d&#233;fini une ligne qui coupe en deux le Kosovo : d'un c&#244;t&#233; de la ligne les Occidentaux bombardent tout mouvement des troupes serbes, de l'autre elles laissent Milosevic pratiquer la purification ethnique. Car leur calcul est d'obtenir un accord avec Milosevic pour un partage du Kosovo, l'arm&#233;e de Milosevic se chargeant par la violence de la serbisation forc&#233;e de sa part de la r&#233;gion.&lt;br /&gt;
Le nettoyage ethnique, cela faisait plus d'un an que Milosevic le pratiquait au Kosovo sans que les alli&#233;s s'en soient autrement &#233;mus. Ils ne sont intervenus que lorsque les exactions serbes ont convaincu la plupart des Kosovars de la n&#233;cessit&#233; de soutenir la lutte arm&#233;e de l'UCK. C'est &#224; ce moment seulement que l'imp&#233;rialisme s'est inqui&#233;t&#233; et pas pour la vie des Kosovars ! Il a craint que la lutte du peuple kosovar ne d&#233;s&#233;quilibre l'ordre qu'il avait impos&#233; &#224; Dayton.&lt;br /&gt; Prot&#233;ger les populations n'a jamais &#233;t&#233; le souci des puissances imp&#233;rialistes. On l'a bien vu dans les combats de Croatie de 1992 o&#249; elles ont attendu que le rapport des forces d&#233;finisse les zones de domination pour les ent&#233;riner, ou &#224; Sarajevo o&#249; elles ne sont intervenues qu'&#224; la fin des combats dans la capitale bosniaque. On l'a vu aussi lors des massacres de Srebrenica en 1994 o&#249; la force internationale a assist&#233; directement &#224; un v&#233;ritable g&#233;nocide sans bouger : les soldats de cette force des Nations Unies avaient l'ordre de ne pas intervenir, m&#234;me pour emp&#234;cher des femmes d'&#234;tre viol&#233;es et des enfants d'&#234;tre massacr&#233;s, m&#234;me face &#224; un g&#233;nocide. Les troupes internationales ont m&#234;me fait un match de foot avec les massacreurs le lendemain du g&#233;nocide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe de la haine des peuples&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est justement pour leur bien qu'on intervient, nous dit-on_ ! &lt;br /&gt;
Et on nous sert la vieille histoire des peuples des Balkans. Les peuples ne sauraient faire autre chose que se ha&#239;r et s'entre-tuer et auraient, nous dit-on, besoin de pays plus civilis&#233;s pour les s&#233;parer ! Pourtant c'est en Bosnie, le territoire o&#249; tous ces peuples &#233;taient les plus imbriqu&#233;s, li&#233;s les uns aux autres, ayant des si&#232;cles de mariages intercommunautaires, que la lutte arm&#233;e a &#233;t&#233; la plus violente, la plus terrible. Pourtant, cela faisait un demi-si&#232;cle qu'il n'y avait pas eu en Bosnie d'affrontement interethnique s&#233;rieux. La guerre n'est pas due &#224; une pr&#233;tendue haine des peuples, &#224; une hostilit&#233; r&#233;dhibitoire, mais &#224; la politique des dirigeants nationalistes. En particulier au plus puissant d'entre eux, le dirigeant serbe Milosevic, qui s'&#233;tant empar&#233; de l'essentiel de l'ancienne arm&#233;e yougoslave a syst&#233;matiquement organis&#233; la guerre aux quatre coins du pays en s'appuyant sur les milices d'extr&#234;me droite. Rien &#224; voir avec une explosion spontan&#233;e de nationalisme_ !&lt;br /&gt;
Les m&#233;dias fran&#231;ais parlent non seulement de &lt;i&gt;&#8220; haines ancestrales entre les peuples balkaniques &#8221;&lt;/i&gt; mais m&#234;me de guerre de religion entre des Kosovars musulmans et des Serbes orthodoxes. Mensonge ! Pour ne parler que de la derni&#232;re guerre de Bosnie, les Croates chr&#233;tiens &#233;taient alli&#233;s aux Bosniaques musulmans contre les Serbes chr&#233;tiens orthodoxes.&lt;br /&gt;
Mitterrand, lui, n'h&#233;sitait pas &#224; parler d' &lt;i&gt;&#171; antagonismes multis&#233;culaires &#187;&lt;/i&gt;_ ! En 1992, au cours de la guerre de Bosnie, quand on a finalement su en Occident que les Serbes avaient install&#233; de v&#233;ritables camps de concentration, Georges Bush a d&#233;clar&#233; pour minimiser le choc dans l'opinion qu'il s'agissait d'une&lt;i&gt; &#8220; vendetta due &#224; de vieilles haines&#8221;&lt;/i&gt;. De la part des dirigeants occidentaux, c'est une mani&#232;re de cacher la responsabilit&#233; des classes dirigeantes de ces pays afin de pouvoir tranquillement continuer &#224; nouer des alliances avec elles. C'est tellement simple d'accuser les peuples_ ! Bush expliquait que c'&#233;tait malheureux mais qu'il n'y pouvait rien et Mitterrand soutint jusqu'au bout Milosevic en d&#233;clarant que jamais il n'accepterait une intervention des Occidentaux &#224; son encontre. En 1995, lors des accords de Dayton, les grandes puissances auront tout &#224; fait oubli&#233; les camps de concentration de Milosevic, les viols syst&#233;matiques de femmes bosniaques et les massacres. &lt;br /&gt;
C'est surtout l'irr&#233;dentisme du nationalisme serbe que l'on invoque aujourd'hui, puisque c'est contre lui qu'on pr&#233;tend intervenir. Mais l&#224; aussi on nous ment. On essaie de nous faire croire qu'un Milosevic est derri&#232;re chaque Serbe. C'est faux ! Maintes fois la population serbe s'est mobilis&#233;e contre le dictateur. En 1991, les jeunes serbes ont organis&#233; un mouvement massif de refus de la conscription et sont descendus dans la rue en 1992 pour d&#233;fendre les insoumis emprisonn&#233;s. On a alors appris qu'ils &#233;taient 200_000 &#224; avoir refus&#233; de participer &#224; cette guerre ! Les actes barbares des arm&#233;es et des bandes d'extr&#234;me droite enr&#233;giment&#233;es par les divers Etats nous sont pr&#233;sent&#233;s comme des actes spontan&#233;s des peuples ! Mais toute l'histoire de cette guerre civile nous montre le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Plusieurs fois des villages et m&#234;me des r&#233;gions, comme celle de Tuzla au cours de la guerre de Bosnie, se sont organis&#233;s pour prot&#233;ger leurs minorit&#233;s et refuser l'&#233;puration ethnique, mais ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s par l'arm&#233;e et les bandes d'extr&#234;me droite de leur propre nationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Quand les serbes de la Krajina ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s, les forces nationalistes serbes ont essay&#233; d'appeler massivement la population serbe &#224; s'enr&#233;gimenter dans des milices mais celle-ci a refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; En 1996 le pouvoir serbe a voulu faire signer une lettre d'all&#233;geance au pouvoir &#224; tous les professeurs d'universit&#233; : une centaine ont refus&#233; et ont &#233;t&#233; exclus de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Ceux que l'on appelle les partis citoyens et qui refusent les divisions raciales ont &#233;t&#233; majoritaires dans plusieurs r&#233;gions puis r&#233;duits par la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Des villes comme Banja Luka dans la zone serbe de Bosnie se sont r&#233;volt&#233;es contre les bandes arm&#233;es et les profiteurs de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela s'est produit en Serbie comme dans les autres r&#233;gions et il faut se m&#233;fier des commentaires qui ont vite fait de faire croire que tous les Serbes sont du c&#244;t&#233; de l'extr&#234;me droite et de Milosevic, m&#234;me en ce moment. La communaut&#233; serbe immigr&#233;e en France peut &#234;tre beaucoup plus port&#233;e &#224; un soutien inconditionnel &#224; Milosevic que ceux qui subissent sur place la politique des dirigeants. Il y a certes un fort mouvement nationaliste serbe qui dispose aujourd'hui d'un important soutien dans la population, mais il y a eu aussi un fort mouvement hostile &#224; cette politique et &#224; ce r&#233;gime, un mouvement d'opposition populaire qui s'est manifest&#233; massivement &#224; plusieurs reprises. &lt;br /&gt;
Le journal Lib&#233;ration du 13 septembre citait un paysan bosniaque musulman : &#8220; nous avons toujours eu de bonnes relations avec nos voisins, serbes ou croates. Le probl&#232;me c'est qu'eux aussi ont peur des extr&#233;mistes qui les manipulent. Si on arrive &#224; mettre ces gars l&#224; sur la touche, les choses devraient s'arranger. &#8221;&lt;br /&gt;
Ce qui permet aux ultra nationalistes de l'emporter c'est d'abord qu'ils sont li&#233;s au pouvoir politique dans chacune des nations, se servent des moyens de propagande et surtout des moyens de pression et de r&#233;pression. Les extr&#233;mistes de droite de chaque nationalit&#233; ont d'abord terroris&#233; leur propre peuple &#224; la fois en les mena&#231;ant et en mena&#231;ant les peuples voisins. Leur strat&#233;gie est efficace : par des actes violents de provocation contre le peuple voisin, ils parviennent &#224; entra&#238;ner des r&#233;actions de peur et de haine entre les peuples, m&#234;me quand l'hostilit&#233; et la crainte n'existaient pas au pr&#233;alable. &lt;br /&gt;
Chacun sait que pendant les ann&#233;es qui ont suivi la guerre mondiale la plupart se disaient simplement yougoslaves et ne mettaient pas sp&#233;cialement en avant une appartenance &#224; une nationalit&#233; serbe, croate ou autre_ ! Dans les usines en France, beaucoup avaient un camarade immigr&#233; yougoslave mais tr&#232;s rarement ils se disaient Croate ou Serbe. On n'a pas entendu parler d'affrontements ni de haines ancestrales &#224; l'&#233;poque. Les villages de chacune des communaut&#233;s &#233;taient imbriqu&#233;s les uns dans les autres, notamment dans le sud de la Yougoslavie. Nombre de yougoslaves ne pourraient m&#234;me pas dire &#224; quelle nationalit&#233; ils appartiennent tant il y a eu de mariages crois&#233;s. &lt;br /&gt;
Tous les peuples ont &#233;t&#233; &#233;galement victimes de la politique criminelle des classes dirigeantes de toutes les nationalit&#233;s, y compris les 470 000 Serbes expuls&#233;s de Croatie ou tous ceux qui furent expuls&#233;s des r&#233;gions qu'ils occupaient en Bosnie, notamment ceux de Sarajevo. Le pouvoir serbe, qui les avait pris en otage par sa politique guerri&#232;re contre les autres nationalit&#233;s, a voulu se servir d'eux r&#233;cemment en en faisant les colons de nouvelles r&#233;gions &#224; &#8220;serbiser&#8221;. Le &lt;i&gt;Monde Diplomatique &lt;/i&gt;rapporte que nombre d'entre eux ont refus&#233;, notamment parmi ceux qu'on voulait pousser &#224; s'installer au Kosovo pour coloniser et remplacer la population kosovare albanaise.&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Les grandes puissances voulaient-elles vraiment &lt;br /&gt;
abattre le r&#233;gime de Milosevic ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bombardements viseraient &#224; affaiblir, voire &#224; renverser Milosevic. On en finirait alors avec tous les probl&#232;mes de l'ex-Yougoslavie. En somme, le m&#234;me discours que pour Saddam Hussein au cours de la guerre du Golfe. L&#224; aussi, c'est le dictateur que les Occidentaux ont toujours soutenu ou couvert qui est pr&#233;sent&#233; comme la b&#234;te &#224; abattre. &lt;br /&gt;
Mais l'intervention militaire affaiblit-elle Milosevic ? Un enseignant de l'universit&#233; qui en a &#233;t&#233; licenci&#233; pour s'&#234;tre oppos&#233; publiquement &#224; la politique raciste de Milosevic d&#233;clarait il y a quelques jours &#224; un journaliste fran&#231;ais (&lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;du 29 mars) :&lt;i&gt; &#8220; si votre but avait &#233;t&#233; de sauver le pouvoir d&#233;clinant de Slobodan Milosevic, vous ne vous y seriez pas pris autrement ! &#8221;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Le premier effet du bombardement de la population serbe a sans doute &#233;t&#233; de resserrer les rangs des Serbes autour de Milosevic et, en tout cas, de rendre encore plus difficile le combat de ceux qui s'opposent &#224; Milosevic. Les puissances imp&#233;rialistes savaient parfaitement qu'il en serait ainsi. &lt;br /&gt;
Elles interviennent justement &#224; un moment o&#249; sa dictature &#233;tait &#224; nouveau contest&#233;e &#224; la fois par l'opposition d&#233;mocratique de la petite bourgeoisie qu'un r&#233;gime s'appuyant de plus en plus sur l'extr&#234;me droite inqui&#233;tait, par les revendications sociales des travailleurs qui en ont assez d'&#234;tre sacrifi&#233;s pour le plus grand b&#233;n&#233;fice des profiteurs de guerre et par la volont&#233; scissionniste de deux r&#233;gions int&#233;gr&#233;es pour le moment &#224; la Serbie, le Mont&#233;n&#233;gro et la Vo&#239;vodine. Ce n'&#233;tait pas seulement le combat des partisans albanais du Kosovo qui inqui&#233;taient Milosevic. En intervenant militairement contre lui, les puissances occidentales en ont fait le chef incontournable de la d&#233;fense des Serbes. Mais, de leur part, ce n'est ni une erreur ni une maladresse. C'est un calcul. L'objectif des puissances alli&#233;es n'est pas d'en finir avec les horreurs de Milosevic en le renversant. Si elles le combattent aujourd'hui, cela ne veut pas dire qu'elles ne comptent plus s'en servir comme elles l'ont fait tr&#232;s longtemps. Chirac l'a avou&#233; &#224; sa mani&#232;re, apr&#232;s avoir expliqu&#233; que c'&#233;tait un massacreur, en affirmant que leur seul objectif &#233;tait que Milosevic lui-m&#234;me vienne n&#233;gocier.&lt;br /&gt;
Il y a quatre ans, Clinton traitait Milosevic de &#8220; tyran sanguinaire &#8221; et de &#8220; criminel de guerre &#8221; ! Mais au moment de la signature de la paix de Dayton de 1995, les m&#234;mes chefs d'Etat occidentaux l'avaient pr&#233;sent&#233; comme l'artisan de la paix, et lui avaient accord&#233; une reconnaissance internationale comme dirigeant des Serbes. Les dirigeants occidentaux savaient bien qu'il &#233;tait l'un des principaux artisans de la vague de haine nationaliste et raciale qui s'est d&#233;velopp&#233;e en Yougoslavie, mais ils avaient alors d&#233;cid&#233; de faire croire que seuls les dirigeants serbes de Bosnie, les Mladic et Karadzic, &#233;taient responsables des massacres. &lt;br /&gt;
Pourquoi avoir si longtemps couvert d'un voile de respectabilit&#233; un assassin comme Milosevic ? C'est que les dirigeants occidentaux avaient bien besoin d'un dictateur pour l'ordre qu'ils voulaient imposer &#224; ce pays pauvre, d&#233;stabilis&#233; par la chute brutale du niveau de vie, par la perte totale de confiance de la population dans le r&#233;gime politique. Autant s'appuyer sur quelqu'un qui pouvait d&#233;tourner vers la haine nationaliste et ethnique la contestation sociale. Milosevic a &#8220;stabilis&#233;&#8221; la soci&#233;t&#233; m&#234;me si c'est en la jetant dans la barbarie. Il a concentr&#233; tous les pouvoirs entre ses mains, unifi&#233; les partis nationalistes serbes, pouss&#233; les autres peuples &#224; se mettre sous la protection et sous la coupe d'autres dirigeants nationalistes tout aussi barbares, &#233;cras&#233; les oppositions d&#233;mocratiques et les travailleurs. Les dirigeants imp&#233;rialistes lui sont redevables de cela. De ce point de vue, Milosevic &#233;tait un homme fiable. Et les Occidentaux ont avant tout cherch&#233; &#224; stabiliser ce pouvoir, non &#224; le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les objectifs de Milosevic_ ?&lt;br /&gt;
Que recouvre la politique dite d'&#233;puration ethnique ?&lt;br /&gt;
Pourquoi a-t-il choisi de tenir t&#234;te aux dirigeants occidentaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi en une dizaine d'ann&#233;es, la Yougoslavie, ce pays apparemment calme, en tout cas o&#249; diff&#233;rentes populations cohabitaient pacifiquement, a-t-il bascul&#233; dans un tel bain de sang, avec des centaines de milliers de morts et autant de bless&#233;s et de familles d&#233;plac&#233;es (sans parler des cons&#233;quences &#233;conomiques catastrophiques : un revenu moyen qui a chut&#233; de 75_% en cinq ans et une production industrielle quasi r&#233;duite &#224; n&#233;ant) ? L'intervention imp&#233;rialiste n'explique pas tout. Ce sont les classes dirigeantes yougoslaves, serbes aussi bien que slov&#232;nes ou croates, qui ont fait le choix de diviser le pays pour s'en approprier chacune un bout, avec les affrontements militaires et l'hyst&#233;rie nationaliste que cela implique. &lt;br /&gt;
Qu'est-ce qui a pouss&#233; ces couches favoris&#233;es de la soci&#233;t&#233; &#224; plonger dans une telle horreur ? Quel int&#233;r&#234;t avait un Milosevic, devenu pr&#233;sident de la f&#233;d&#233;ration yougoslave, dirigeant de la Ligue des Communistes (le parti communiste au pouvoir), &#224; choisir de cultiver le particularisme serbe, &#224; semer la haine entre les peuples et &#224; aboutir &#224; l'&#233;clatement du pays ? &lt;br /&gt;
Derri&#232;re lui, il y a eu une bonne partie de ce que la soci&#233;t&#233; compte de gens hauts plac&#233;s, dirigeants politiques, &#233;conomiques, militaires et religieux, visant &#224; s'enrichir et &#224; profiter de l'&#233;volution du r&#233;gime. Ceux-ci se sont &#233;galement appuy&#233;s sur toute une s&#233;rie de notables locaux. Dans le contexte de la crise &#233;conomique, les app&#233;tits et ambitions de ces classes dirigeantes les ont amen&#233;es &#224; choisir l'option barbare de l'affrontement nationaliste et &#224; encourager toutes les d&#233;magogies d'extr&#234;me droite.&lt;br /&gt;
En Serbie, les sph&#232;res &#233;conomiques et politiques ont tendance &#224; se confondre jusqu'&#224; la caricature. Le premier ministre Marjanovic est PDG de l'entreprise &#233;nerg&#233;tique Progress. Le vice-premier ministre Tomic dirige SIMPO, firme agroalimentaire et de fabrication de meubles. Un ministre sans portefeuille, Karic, se trouve quant &#224; lui &#224; la t&#234;te d'un v&#233;ritable empire &#233;conomique comprenant des banques, des compagnies de travaux publics et m&#234;me une universit&#233; ! On appelle cela un ministre sans portefeuille ! &lt;br /&gt;
Le nationalisme a &#233;t&#233; pour ces profiteurs un drapeau facile. Mais pour comprendre ce qui s'est pass&#233;, il ne suffit pas de parler de nationalisme. Il faut conna&#238;tre la situation de crise politique, &#233;conomique et sociale dans laquelle se trouvait la Yougoslavie &#224; la mort de Tito il y a pr&#232;s de vingt ans, en 1980. La crise &#233;conomique provoquera une crise sociale, et les classes dirigeantes choisiront la fuite en avant vers des affrontements nationalistes. &lt;br /&gt;
Quand Tito meurt c'est encore un leader mythique, mais le r&#233;gime, lui, n'a plus de cr&#233;dit politique et la situation &#233;conomique est catastrophique. Elle s'aggravera rapidement dans les ann&#233;es qui suivent. Dans le m&#234;me temps, les classes dirigeantes m&#232;nent une politique visant &#224; la constitution d'une bourgeoisie nationale au travers des privatisations de l'&#233;conomie jusqu'alors grandement &#233;tatis&#233;e. Le gros de l'argent de l'Etat va d&#233;sormais &#234;tre consacr&#233; &#224; aider cette bourgeoisie issue pour l'essentiel des membres de l'appareil de l'Etat et du parti. Milosevic lui-m&#234;me est un membre du parti unique, un apparatchik qui joue &#224; l'affairiste. C'est &#224; ce titre qu'il aura son premier contact avec deux hommes li&#233;s &#224; l'administration am&#233;ricaine du pr&#233;sident Bush et qui font des affaires en Yougoslavie : Eagleburger et Henry Kissinger. Il conservera ces liens avec les Etats-Unis&#8230;&lt;br /&gt;
L'&#233;conomie yougoslave s'effondre sous la pression de la dette occidentale qui se monte en 1980 &#224; quinze milliards de dollars. Le FMI, l&#224; comme ailleurs, conseille de faire face &#224; la dette par des licenciements massifs et une baisse brutale des salaires. Malgr&#233; les plans successifs de sacrifices, la dette ne va cesser de s'accro&#238;tre : 18 milliards de dollars en 1981, 22 milliards de dollars en 1982&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1981&#8211;87 : &lt;br /&gt;
gr&#232;ves ouvri&#232;res et effervescence sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; industrielle baisse, et la mis&#232;re grandit. La valeur de la monnaie est divis&#233;e par 5_000 en cinq ans alors que les salaires sont, au mieux, bloqu&#233;s ! La petite bourgeoisie est elle aussi frapp&#233;e. Les jeunes sont sans emploi et sans perspective, y compris les jeunes &#233;tudiants. &lt;br /&gt;
En 1981, la baisse des salaires est telle que le dirigeant du syndicat unique li&#233; au pouvoir, Miran Piotrc, a lui-m&#234;me mis en garde publiquement les autorit&#233;s contre le danger de r&#233;action ouvri&#232;re. En mars 1981, l'explosion sociale a lieu au Kosovo, la r&#233;gion la plus pauvre o&#249; le revenu par habitant est la moiti&#233; de la moyenne nationale, six fois moindre qu'en Slov&#233;nie, et o&#249; le ch&#244;mage est six fois plus important que dans le reste du pays. &lt;br /&gt;
A Pristina, une manifestation d'&#233;tudiants, d'ouvriers et de ch&#244;meurs contre la vie ch&#232;re et les bas salaires se transforme en &#233;meute. L'affrontement dure plusieurs jours. La r&#233;pression est f&#233;roce : deux cent morts et six mille condamnations allant jusqu'&#224; vingt ann&#233;es d'emprisonnement. Le mouvement avait au d&#233;part un caract&#232;re social comme le reconna&#238;tra le principal dirigeant kosovar Ibrahim Rugova, m&#234;me si par la suite les nationalistes du Kosovo ne s'en souviendront que comme un mouvement revendiquant le statut du Kosovo.&lt;br /&gt;
Le principal responsable &#233;conomique f&#233;d&#233;ral d&#233;clare en mai 1982 : &#8220;_si l'aust&#233;rit&#233; et une forte inflation continuent &#224; se d&#233;velopper pendant les deux ou trois prochaines ann&#233;es, je suis personnellement convaincu que cela m&#232;nera &#224; plusieurs conflits sociaux et &#224; des probl&#232;mes politiques. &#8221; De 1982 &#224; 1986, la politique d'aust&#233;rit&#233; s'accro&#238;t continuellement. Les &#233;conomies r&#233;gionales m&#232;nent de plus en plus des politiques diff&#233;rentes li&#233;es aux diff&#233;rences de d&#233;bouch&#233;s et au fait que la plupart de leurs acheteurs sont ext&#233;rieurs. Cela explique le choix des privil&#233;gi&#233;s de chaque r&#233;gion en faveur du s&#233;paratisme. Alors qu'on demande de plus en plus de sacrifices &#224; la population, le budget des arm&#233;es grandit continuellement : plus 24 % en 1983. En 1984, le nombre de ch&#244;meurs d&#233;passe le million. On va vers l'explosion sociale.&lt;br /&gt;
1986 marque la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res. Ce sont des mouvements massifs dans les grands centres industriels du pays, des mouvements contre les licenciements et contre le blocage des salaires et ces mouvements ne sont pas isol&#233;s. &lt;br /&gt;
Ce n'est pas fini : l'ann&#233;e suivante est celle de l'explosion des gr&#232;ves. En f&#233;vrier 1987, l'annonce du gel des salaires et de la r&#233;cup&#233;ration des augmentations accord&#233;es pr&#233;c&#233;demment par les entreprises met le feu aux poudres. L'agitation culmine en Croatie et en Mac&#233;doine. Les vagues de gr&#232;ve sont parties de Belgrade mais aussi des grands centres industriels de Zagreb, de Ljubljana et de Bosnie. Elles s'&#233;tendent, parcourent tout le pays. En 1987, le pays a connu 1570 gr&#232;ves auxquelles ont particip&#233; 365 000 travailleurs. Le pouvoir craint une v&#233;ritable explosion sociale. Mais le mouvement, en butte &#224; la r&#233;pression, reste inorganis&#233; et manque de direction. Le pouvoir a toutefois recul&#233; partout assez rapidement, accordant de fortes hausses de salaires. Pour calmer l'agitation, il annonce la d&#233;mission du premier ministre Branko Mikulic en d&#233;cembre 1988. &lt;br /&gt;
Au m&#234;me moment o&#249; la bourgeoisie ne voit ses int&#233;r&#234;ts qu'en termes de division du pays en petites unit&#233;s, les travailleurs yougoslaves sont une seule et m&#234;me classe qui se bat pour les m&#234;mes objectifs &#224; l'&#233;chelle de tout le pays. La classe ouvri&#232;re ne se contente pas de revendications &#233;conomiques. Elle a perdu totalement confiance dans le pouvoir dont les scandales &#233;clatent au grand jour comme celui d'Agrokomerc, une firme agroalimentaire de Bosnie qui a &#233;mis des billets sans provision. Apr&#232;s des ann&#233;es de dictature sur la classe ouvri&#232;re dont les syndicats officiels n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre les courroies de transmission, la classe ouvri&#232;re est inorganis&#233;e syndicalement mais surtout politiquement. Le mouvement ouvrier renaissant pourrait remettre en cause le r&#233;gime, et unir derri&#232;re lui ceux qui luttent pour la libert&#233; politique et la fin de l'oppression des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1986-89 : &lt;br /&gt;
Milosevic, l'homme de la diversion nationaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que craignent les classes dirigeantes, d'autant qu'elles veulent se lancer dans une politique d&#233;brid&#233;e de d&#233;r&#233;glementations et d'aust&#233;rit&#233; qui ne peut que devenir de plus en plus impopulaire. C'est cela qui va les amener &#224; soutenir la campagne de d&#233;magogie nationaliste lanc&#233;e par un apparatchik serbe de Belgrade, Slobodan Milosevic. &lt;br /&gt;
Au moment o&#249; l'Etat n'a plus aucun soutien populaire, Milosevic est l'homme politique qui lui propose de d&#233;tourner le m&#233;contentement social sur des bases ouvertement racistes. Envoy&#233; au Kosovo pour calmer les Serbes, Milosevic voit rapidement le parti qu'il peut tirer personnellement et politiquement de cette extr&#234;me droite serbe violemment remont&#233;e contre la population &#224; majorit&#233; albanaise. La t&#233;l&#233;vision anglaise BBC a montr&#233; un reportage dans lequel on le voit organiser avec l'aide de serbes d'extr&#234;me droite une fausse action de pogrome anti-serbe o&#249; les pr&#233;tendus agresseurs kosovars contre les Serbes ne sont autres que des militants d'extr&#234;me droite serbes d&#233;guis&#233;s en Kosovars ! C'est gr&#226;ce &#224; cette provocation datant de 1986, diffus&#233;e par les m&#233;dias yougoslaves tenus par des Serbes, que Milosevic va commencer toute une campagne qui pr&#233;tend qu'au Kosovo la minorit&#233; serbe est opprim&#233;e, que les fonctionnaires albanais les arr&#234;tent injustement, que les Albanais leur jettent des pierres et que m&#234;me les membres serbes du parti communiste du Kosovo sont vendus aux Albanais ! &lt;br /&gt;
La politique ultra nationaliste de Milosevic s'appuie sur la propagande de pr&#233;tendus intellectuels ex-staliniens reconvertis au nationalisme grand serbe, comme Dobritsa Cosic qui se revendique de l'ancien royaume serbe de Yougoslavie d'avant guerre et lance le slogan &lt;i&gt;&#8220; Tous les Serbes dans un seul Etat !&#8221;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Un proche de Dobritsa Cosic, qui dirige la t&#233;l&#233;vision yougoslave, va parrainer Milosevic et construire sa popularit&#233;. Un commentateur de l'&#233;poque dira que c'&#233;tait un peu comme si le Ku Klux Klan avait tenu la t&#233;l&#233;vision nationale aux Etats-Unis. Les m&#233;dias d&#233;versent la peur et la haine. On y r&#233;pand ouvertement le racisme en pr&#244;nant l'expulsion du territoire de la population albanaise. Les nationalistes serbes mettent en avant un &#233;v&#233;nement de leur &#8220; glorieuse histoire &#8221; qui s'est d&#233;roul&#233; au Kosovo il y a 600 ans, en 1389 : la bataille que les Serbes ont livr&#233; et perdu contre les Turcs au Champ des Merles. Les nationalistes revendiquent le Kosovo en tant que &#8220;berceau national serbe&#8221;. &lt;br /&gt;
Ces &#233;lucubrations empreintes de nostalgie moyen&#226;geuse sont diffus&#233;es massivement sur les ondes. L'on incite la population serbe &#224; c&#233;l&#233;brer la bataille du Champ des Merles au cours de manifestations au Kosovo. C'est un v&#233;ritable appel &#224; la haine &#224; l'encontre des Kosovars albanais. Milosevic remet en cause le statut d'autonomie de la province accord&#233; en 1974 par Tito suite aux &#233;meutes de 1968 &#8211; du temps de Tito, le peuple du Kosovo, le plus pauvre du pays, s'&#233;tait d&#233;j&#224; rebiff&#233; contre un r&#233;gime dictatorial bien incapable d'assurer une v&#233;ritable autod&#233;termination des peuples, en d&#233;pit de son &#233;tiquette communiste et autogestionnaire.&lt;br /&gt;
C'est &#224; la faveur de l'atmosph&#232;re de fin de r&#233;gime titiste, en 1987-89, que Milosevic lance sa campagne sur des th&#232;mes nationalistes extr&#233;mistes. Il s'appuie sur ce qu'on a appel&#233; &lt;i&gt;le M&#233;morandum&lt;/i&gt;, un pamphlet nationaliste agressif &#233;labor&#233; par quelques pontes de l'acad&#233;mie des sciences serbes : un v&#233;ritable appel &#224; la haine raciale et au regroupement des Serbes qui pr&#233;tend que le r&#233;gime titiste a privil&#233;gi&#233; les Albanais du Kosovo au d&#233;triment des Serbes, tout en d&#233;favorisant les Serbes dans le reste de la Yougoslavie. Milosevic se rend au Kosovo en 1987. Il lance aux Serbes sa phrase fameuse &lt;i&gt;personne n'a le droit de vous frapper !&lt;/i&gt; Il en appelle &#224; la population serbe du reste du pays soi-disant pour d&#233;fendre les Serbes opprim&#233;s du Kosovo ! &lt;br /&gt;
Il parcourt le pays, tient une s&#233;rie de meetings monstres en Serbie avec notamment un &#233;norme rassemblement en novembre 1988 &#224; Belgrade. Milosevic se sert de cette mobilisation pour faire chuter tous les dirigeants locaux qui lui sont hostiles, en particulier ceux du gouvernement du Mont&#233;n&#233;gro en janvier 1988. Bien s&#251;r, il pr&#233;tend aussi lutter contre l'ancien appareil bureaucratique h&#233;rit&#233; du r&#233;gime titiste. Il se permet m&#234;me de lancer des slogans comme &lt;i&gt;&#8220; A bas la nomenklatura ! &#8221;.&lt;/i&gt; Mais parmi les slogans des manifestants serbes, certains indiquent sans &#233;quivoque la politique que Milosevic va mettre en oeuvre : &lt;i&gt;&#8220; Donnez nous des armes &#8221;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#8220; Mort aux Albanais ! &#8221;&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;
En 1989, gr&#226;ce &#224; ce soutien massif, il institue un v&#233;ritable apartheid au Kosovo. Les Kosovars perdent tous leurs postes de fonctionnaires et sont remplac&#233;s par des Serbes. Les &#233;coles et les h&#244;pitaux vont progressivement &#234;tre r&#233;serv&#233;s aux Serbes. L&#224; aussi, cela se passe de mani&#232;re atroce : le 22 mars 1990, les lyc&#233;ens albanais du lyc&#233;e de la ville de Podujevo sont tous myst&#233;rieusement empoisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1989-90 : r&#233;volte ouvri&#232;re, &lt;br /&gt;
r&#233;pression massive et &lt;br /&gt;
situation insurrectionnelle au Kosovo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1989, la population du Kosovo se r&#233;volte. Les travailleurs entrent en lutte. Les mineurs occupent le fond des puits et refusent de sortir. L'&#233;tat d'urgence est d&#233;cr&#233;t&#233; par l'Etat Yougoslave contre les travailleurs albanais. L'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale est assist&#233;e de forces anti-&#233;meutes et de nombreux soldats sont appel&#233;s &#224; la rescousse. Les leaders ouvriers et de nombreux mineurs sont arr&#234;t&#233;s. La r&#233;pression sera tr&#232;s dure et les mineurs albanais sont licenci&#233;s massivement. La classe ouvri&#232;re du reste du pays est solidaire. Ainsi, en Slov&#233;nie, un mouvement de soutien aux mineurs et aux gr&#232;ves albanaises est organis&#233; par les travailleurs slov&#232;nes. Ces derniers ne cesseront d'intervenir contre l'Etat &#224; chaque fois qu'il r&#233;primera les Kosovars. &lt;br /&gt;
En juin 1989, Milosevic organise un immense meeting de triomphe anti-albanais pour f&#234;ter le 600&#232;me anniversaire de la bataille du Champ des Merles : il fait venir au Kosovo, par trains et cars entiers, un million de Serbes de tout le pays qui f&#234;tent non seulement la bataille perdue contre les Turcs mais l'&#233;crasement des Kosovars. Port&#233; par cet &#233;lan de nationalisme, Milosevic est &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence serbe en novembre 1989. &lt;br /&gt;
Au d&#233;but de l'ann&#233;e 1990, la population kosovare organise des manifestations de masse dans toute la r&#233;gion, manifestations qui sont &#233;cras&#233;es par l'arm&#233;e. Une centaine de morts. Des lois d'exception sont d&#233;cr&#233;t&#233;es. Les institutions politiques auxquelles participaient encore des Kosovars sont dissoutes. Les ouvriers kosovars protestent et sont massivement licenci&#233;s. &lt;br /&gt;
La population organise un contre-pouvoir avec une assembl&#233;e et des municipalit&#233;s, des &#233;coles et m&#234;me des h&#244;pitaux parall&#232;les. Le mouvement est dirig&#233; par Ibrahim Rugova et son parti, la &lt;i&gt;Ligue D&#233;mocratique du Kosovo&lt;/i&gt; (LDK). Cr&#233;&#233; en 1989 avec une cinquantaine de membre, il en compte 200 000 six mois plus tard et un million au bout d'un an. Il fonde un parlement clandestin apr&#232;s une &#233;lection &#224; laquelle toute la population kosovare a particip&#233; sous le nez des forces serbes : Rugova est &#233;lu par les Kosovars pr&#233;sident de la R&#233;publique du Kosovo. Malgr&#233; le soutien massif de la population &#224; cette r&#233;publique, les Occidentaux n'envisagent &#224; aucun moment de la reconna&#238;tre. Cela ne doit pas &#234;tre oubli&#233; aujourd'hui quand ils pr&#233;tendent &#234;tre scandalis&#233;s par l'oppression nationale de Milosevic ! &lt;br /&gt;
En fait toute la population kosovare s'est soulev&#233;e de mani&#232;re insurrectionnelle. Mais la politique de son leader d&#233;mocrate, Ibrahim Rugova, lui assigne de ne rien faire qui soit susceptible de provoquer le pouvoir de Milosevic, et fixe comme but premier d'obtenir le soutien des Occidentaux. En d&#233;pit de la mobilisation massive dont il b&#233;n&#233;ficie, Rugova maintiendra cette politique jusqu'&#224; la guerre actuelle. Autant dire qu'il a assist&#233; aux diverses guerres men&#233;es par le pouvoir serbe contre les diff&#233;rents peuples du pays, sans affirmer clairement une alliance avec tous les peuples opprim&#233;s et du coup sans chercher &#224; ce que les Kosovars s'affirment comme les d&#233;fenseurs de la libert&#233; de tous les peuples de l'ex-Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1990-92 : la carte des multinationalismes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que la r&#233;pression violente au Kosovo, le pouvoir choisit de d&#233;cider l'ouverture politique et le multipartisme dans le reste de la Yougoslavie, c&#233;dant ainsi aux pressions des classes dirigeantes locales qui aspirent &#224; leur propre mainmise sur leur r&#233;gion. Une multitude de partis vont pour la premi&#232;re fois voir le jour, organis&#233;s par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie. Fait significatif, ce sont quasiment tous des partis fond&#233;s sur une seule nationalit&#233;. Quant &#224; la classe ouvri&#232;re, la seule qui pourrait se constituer sur d'autres bases, elle reste inorganis&#233;e politiquement. Bien s&#251;r, tout en ouvrant les portes au multipartisme, le pouvoir a tout fait pour que la classe ouvri&#232;re n'en profite pas. Mais il ne s'est pas non plus trouv&#233; de leader s'opposant au r&#233;gime tout en se revendiquant des travailleurs, de tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalit&#233;. En outre, la classe ouvri&#232;re est sous le coup du d&#233;veloppement brutal de la mis&#232;re et du ch&#244;mage. La gravit&#233; de la crise &#233;conomique n'a fait que s'accentuer : 2600 % d'inflation en 1989 et une dette ext&#233;rieure de 22 milliards de dollars.&lt;br /&gt;
En 1990, Milosevic lance une propagande anti-croate. La t&#233;l&#233;vision serbe pr&#233;sente les Croates comme les nouveaux Oustachis, c'est-&#224;-dire les compare aux troupes croates d'extr&#234;me droite qui ont soutenu Hitler et constitu&#233; un gouvernement qui s'est livr&#233; &#224; un v&#233;ritable g&#233;nocide anti-Serbes, Juifs et Tziganes pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale. Dans le m&#234;me temps, Milosevic s'unit &#224; l'extr&#234;me droite serbe du parti de Seselj auquel il propose d'agglom&#233;rer ses milices &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, ce qui est fait. D&#233;sormais les objectifs &#8220;d'&#233;puration ethnique&#8221; d'un Seselj deviennent objectif militaire en Croatie. &lt;br /&gt;
Sym&#233;triquement, en Croatie, c'est le nationaliste Franjo Tudjman et son parti HDZ qui est &#233;lu du fait de la mont&#233;e des craintes au sein de la population croate. Bien s&#251;r, Tudjman ne peut manquer de souligner que Seselj se revendique lui des anciens tchetniks, les nationalistes serbes du royaliste Mihailovic qui ont, eux aussi, commis des massacres durant la derni&#232;re guerre mondiale. Le discours du dirigeant croate Tudjman n'est pas fait pour rassurer les Serbes qui habitent la Croatie, ceux de la Krajina comme ceux de Slavonie notamment qui sont du coup livr&#233;s &#224; leur propre extr&#234;me droite, avec le soutien du pouvoir de Belgrade. Tudjman, &#224; peine &#233;lu en 1990, choisit comme drapeau de la r&#233;publique pour remplacer le drapeau yougoslave celui du fasciste oustachi Ante Pavelic qu'il d&#233;clare vouloir r&#233;habiliter. Voil&#224; comment les diff&#233;rents chefs nationalistes ont su &#224; merveille nourrir le nationalisme exacerb&#233; du voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1991-95 : trois guerres successives &lt;br /&gt;
dans l'ex Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1991, Milosevic d&#233;cide de maintenir la Serbie &#224; la t&#234;te de la pr&#233;sidence de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave alors que selon la r&#232;gle de pr&#233;sidence tournante elle devrait revenir au Croate Stipe Mesic. C'est tout le fonctionnement de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave qui est ainsi remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Slov&#233;nie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus tard, la Croatie et la Slov&#233;nie proclament leur ind&#233;pendance. Contrairement &#224; l'Allemagne qui a des liens &#233;conomiques avec ces deux r&#233;gions, les Etats-Unis et la France sont d&#233;favorables &#224; la division de la Yougoslavie et donnent leur soutien politique &#224; la Serbie. La Yougoslavie, sous pr&#233;sidence serbe disposant d'une arm&#233;e dont l'essentiel des chefs et des officiers sont serbes, d&#233;clare la guerre &#224; la Slov&#233;nie. La guerre est de courte dur&#233;e car tr&#232;s rapidement l'arm&#233;e yougoslave est d&#233;faite : l'ensemble de la population slov&#232;ne s'est organis&#233;e en milices de d&#233;fense, a bloqu&#233; les chars par des barricades, les soldats yougoslaves n'&#233;tant pas encore pr&#233;par&#233;s ni motiv&#233;s pour une guerre contre tout un peuple. L'ind&#233;pendance de la Slov&#233;nie est donc acquise et la paix restaur&#233;e dans cette r&#233;gion. &lt;br /&gt;
Pour la population slov&#232;ne, ce n'est pas la prosp&#233;rit&#233; pour autant car cela ne fait que donner les moyens aux classes dirigeantes de mener leur offensive &#233;conomique : privatisations, sacrifices pour les travailleurs et bien s&#251;r licenciements. Le ch&#244;mage va augmenter de 1991 &#224; 1992 de 18 %, le niveau de vie des slov&#232;nes chuter avec une inflation de 261 % . Pour que les travailleurs ne r&#233;clament pas des salaires qui suivent la hausse du co&#251;t de la vie, le gouvernement signe avec les syndicats un pacte social sur le dos des travailleurs. En 1994, 2000 grandes entreprises sont privatis&#233;es. Le ch&#244;mage atteint 12 % en 1992, 13,4 % en 1993, puis 14 % en 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Croatie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e serbe humili&#233;e en Slov&#233;nie va prendre imm&#233;diatement sa revanche en Croatie. D&#233;sormais Milosevic appelle ouvertement l'arm&#233;e yougoslave &#224; se consid&#233;rer comme une arm&#233;e serbe et appelle les Serbes &lt;i&gt;&#8220;_&#224; se tenir pr&#234;ts &#224; se d&#233;fendre &#8221;&lt;/i&gt;. Milosevic va &#224; nouveau s'appuyer sur une zone o&#249; les Serbes sont minoritaires pour d&#233;velopper sa strat&#233;gie de pr&#233;tendue d&#233;fense des Serbes. Il s'agit de la Krajina, une zone enclav&#233;e situ&#233;e au sud ouest de la Croatie, o&#249; d&#232;s juillet 1991 des groupes paramilitaires ont pris la population serbe en otage. Les milices d'un ancien mercenaire qui se fait appeler le capitaine Dragan terrorise d'abord les Serbes eux-m&#234;mes tout en s'attaquant &#224; la population croate.&lt;br /&gt;
La guerre engag&#233;e sous le pr&#233;texte de d&#233;fendre la Krajina, d&#233;bute l'&#233;t&#233; 1991 et va durer six mois, faisant des dizaines de milliers de victimes et des destructions sans nombre, dont celle des villes de Vukovar et Dubrovnik, enti&#232;rement ras&#233;es par l'artillerie lourde serbe avant d'&#234;tre prises. A Vukovar, l'arm&#233;e croate a oblig&#233; la population &#224; rester dans la ville sous la menace pour la contraindre &#224; se battre contre les troupes serbes. Puis c'est le nettoyage ethnique qui consiste non seulement &#224; faire fuir les populations croates mais &#224; liquider tous ceux qui sont soup&#231;onn&#233;s de s'&#234;tre battus, &#224; violer leurs femmes et leurs filles devant leurs enfants. Les troupes serbes tiennent les enclaves serbes de Slavonie et de Krajina o&#249; elles pratiquent &#233;galement l'&#233;puration ethnique. &lt;br /&gt;
Milosevic peut alors reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance de la Croatie : celle-ci est amput&#233;e du tiers de son territoire avec toute une population croate d&#233;plac&#233;e, contrainte de quitter ses maisons et la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-92, la Yougoslavie est donc divis&#233;e en cinq Etats : Croatie, Slov&#233;nie, Bosnie, Mac&#233;doine et une Serbie qui continue &#224; s'appeler Yougoslavie et qui d&#233;clenchera bient&#244;t une nouvelle guerre pour ce que Milosevic appelle &lt;i&gt;&#8220; le droit des Serbes &#224; vivre dans un seul Etat &#8221;.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Le FMI a d&#233;j&#224; calcul&#233; la part de chacun des nouveaux Etats dans l'ancienne dette de la Yougoslavie ! Et ce sont bien s&#251;r les diff&#233;rents chefs de guerre qui sont charg&#233;s chacun par l'officine bancaire de l'imp&#233;rialisme de r&#233;cup&#233;rer le butin : des milliards de dollars sur le dos de la population !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1992-95 : La guerre de Bosnie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me guerre de la Serbie commence en avril 1992 contre la Bosnie-Herz&#233;govine qui s'&#233;tait proclam&#233;e r&#233;publique ind&#233;pendante sans pouvoir se revendiquer du droit d'un peuple particulier puisque tous les peuples qui y r&#233;sident sont minoritaires. Si les Croates &#233;taient faibles militairement face aux Serbes, la Bosnie, elle, n'a aucune arm&#233;e et va subir une vraie boucherie. D'autant que les dirigeants Serbes et Croates, Milosevic et Tudjman, &#233;taient d'accord sur le plan de d&#233;pe&#231;age de la Bosnie, plan qu'ils allaient finalement plus ou moins r&#233;aliser. &lt;br /&gt;
Quant au pr&#233;sident de la Bosnie, Alija Izetbegovic, il s'&#233;tait suffisamment d&#233;clar&#233; pro-islamiste pour servir de bouc &#233;missaire aux dirigeants serbes qui le traitaient de Turc. Sa politique va consister &#224; jouer lui aussi sur la fibre nationaliste tout en faisant appel &#224; la communaut&#233; internationale, autrement dit &#224; l'imp&#233;rialisme, au nom des populations bosniaques martyris&#233;es. Et effectivement entre mai et juin 1992, les troupes et groupes paramilitaires serbes se livrent &#224; des exactions atroces sur les populations civiles. &lt;br /&gt;
Dans la guerre de Bosnie, on aura donc un affrontement entre les trois nationalismes, serbe, croate et musulman bosniaque. A la t&#234;te de chacun, des dirigeants tout aussi dispos&#233;s &#224; exploiter la situation aux d&#233;pens des peuples afin d'asseoir leur domination sur le plus grand territoire possible. &lt;br /&gt;
En 1993 et 94, l'arm&#233;e serbe &#233;crase les enclaves musulmanes de Srebrenica, Zepa et Gorazde en Bosnie Orientale et c'est le nettoyage ethnique le plus violent auquel on ait assist&#233; jusque l&#224;, sans trop affoler la fameuse &#8220; communaut&#233; internationale &#8221;.&lt;br /&gt;
Les populations continuent de servir d'otage &#224; chaque camp mais parfois les gens ou m&#234;me les soldats serbes se r&#233;voltent comme &#224; Banja Luka en septembre 1993. Ils se mutinent contre les profiteurs de guerre serbes. &lt;br /&gt;
Si la r&#233;publique serbe s'est servi des enclaves serbes enserr&#233;es dans des territoires o&#249; d'autres nationalit&#233;s &#233;taient majoritaires pour justifier sa guerre et pour avoir &#224; disposition des troupes serbes, elle les l&#226;che aussi en fonction de ses propres int&#233;r&#234;ts comme la r&#233;publique serbe de Bosnie en ao&#251;t 1994, exactement comme elle l&#226;che la Krajina, enclave serbe de Croatie, aux troupes croates peu apr&#232;s. La d&#233;fense des Serbes n'&#233;tait pour Milosevic qu'un pr&#233;texte &#224; une politique guerri&#232;re. Son v&#233;ritable objectif est de gagner une part aussi grande que possible du pouvoir et de mener au service des classes dirigeantes une politique visant &#224; d&#233;tourner le m&#233;contentement social.&lt;br /&gt;
C'est vrai des autres nationalismes comme celui des dirigeants des musulmans bosniaques. En ao&#251;t 1994, &#224; Tuzla, dans la zone croato-musulmane, la population a essay&#233; de s'opposer &#224; la logique de tous les nationalismes, en constituant des &lt;i&gt;&#8220;partis citoyens&#8221;&lt;/i&gt; sans appartenance ethnique qui refusent la logique de l'&#233;puration. Ils seront battus par les forces militaires et politiques nationalistes du pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1992, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain n'avait pas souhait&#233; que la Yougoslavie explose en petits morceaux du fait des risques que cela pouvait entra&#238;ner pour la stabilit&#233; de toute la r&#233;gion. En somme il avait plut&#244;t soutenu les efforts de Milosevic pour garder la mainmise sur le pays au nom de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave et &#233;galement soutenu financi&#232;rement celle-ci puisque Milosevic affirmait sa volont&#233; d'appliquer les plans &#233;conomiques des autorit&#233;s financi&#232;res internationales. C'est seulement en avril 1992 que la position de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain s'est retourn&#233;e contre la Serbie en lui enjoignant d'arr&#234;ter sa guerre en Bosnie. &lt;br /&gt;
Cependant les Occidentaux en sont rest&#233;s au discours. Tout au plus, en mai 1992, l'ONU a-t-elle adopt&#233; des sanctions contre la Serbie&#8230; qu'elle n'a gu&#232;re cherch&#233; &#224; faire appliquer. En novembre 1992, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain se posait la question d'intervenir dans un conflit guerrier et a, para&#238;t-il, h&#233;sit&#233; entre la Somalie et la Bosnie. Ce serait Georges Bush qui aurait tranch&#233; pour la Somalie o&#249; les USA ont envoy&#233; 30 000 soldats. En France, le gouvernement a fait mine de se pr&#233;occuper de la population bosniaque, de s'int&#233;resser &#224; l'aide humanitaire ou &#224; la sauvegarde de la ville de Sarajevo o&#249; Mitterrand a m&#234;me &#233;t&#233; se promener. Mais le m&#234;me Mitterrand a refus&#233; de commenter les informations donn&#233;es par le pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovitc sur les exactions commises par les troupes et groupes paramilitaire serbes, et a affirm&#233; n'en avoir jamais rien su, ce qui &#233;tait un aveu de complicit&#233; politique avec Milosevic.&lt;br /&gt;
En fait, ce ne sont pas les pays occidentaux mais c'est la population serbe elle-m&#234;me qui a toujours repr&#233;sent&#233; la principale menace pour Milosevic. Et d'abord en 1992. Le 9 mars 1992, jour anniversaire des &#233;meutes de 1991 du Kosovo durement r&#233;prim&#233;es, 40 000 personnes ont manifest&#233; &#224; Belgrade contre le r&#233;gime. Des organisations d&#233;mocratiques sont alors apparues. Le 14 juin suivant, &#224; Belgrade, des milliers de manifestants pacifistes ont manifest&#233; contre la guerre et demand&#233; l'amnistie des 200 000 insoumis arr&#234;t&#233;s. Le 15 juin 1992 les &#233;tudiants de Belgrade se sont mis en gr&#232;ve, r&#233;clamant la d&#233;mission de Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1995 : la &#8220;paix&#8221; de Dayton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, les diverses troupes ont atteint les zones qui correspondent au rapport des forces militaires. Il ne reste plus &#224; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qu'&#224; arriver pour conclure la paix consistant essentiellement &#224; donner &#224; chaque chef de bande le territoire qu'il a conquis. Les intentions proclam&#233;es au d&#233;part, &#224; savoir le maintien de la Bosnie comme une entit&#233; et le refus du nettoyage ethnique sont all&#232;grement balay&#233;es aux accords de Dayton et les zones vont r&#233;ellement &#234;tre des zones ethniquement homog&#232;nes. Le regroupement des Croates et des musulmans Bosniaques n'est qu'une fiction de papier que les Am&#233;ricains ne cherchent pas &#224; faire appliquer. Quant aux chefs nationalistes, ces chefs de bandes de tueurs et de terroristes &#224; l'encontre des populations civiles, les Milosevic et les Tudjman comme les Izetbegovic, ils sont tous reconnus comme chefs d'Etats par l'imp&#233;rialisme. La seule pr&#233;occupation de celui-ci est de stabiliser un ordre durable avec des dirigeants qui sauront maintenir leur peuple sous leur f&#233;rule. Mais la paix n'est encore une fois que la pr&#233;paration de la nouvelle guerre, la quatri&#232;me, au Kosovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1998 : la guerre au Kosovo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le plus grand silence complice de la &#8220;communaut&#233; internationale&#8221; que Milosevic a pu lancer une grande offensive il y a six mois, lors de l'&#233;t&#233; 1998, contre les zones du Kosovo frontali&#232;res de l'Albanie. Sa m&#233;thode : le terrorisme des forces militaires et paramilitaires pratiquant le nettoyage ethnique en chassant les populations vers l'Albanie. &lt;br /&gt;
En juin 1998, 65 000 Kosovars expuls&#233;s ; 150 000 en ao&#251;t, 230 000 en septembre. A l'&#233;poque, les r&#233;fugi&#233;s n'avaient pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la m&#234;me couverture m&#233;diatique que depuis l'intervention occidentale ! C'est que les Occidentaux comptaient s'arranger avec Milosevic et avaient planifi&#233; des n&#233;gociations &#224; Rambouillet pour faire la part du feu en octroyant une simple autonomie aux Kosovo en &#233;change de quoi les combattants kosovars devaient d&#233;poser les armes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu de Milosevic&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic ne pouvait pas, sans risquer d'&#234;tre renvers&#233; par son aile d'extr&#234;me droite, signer les accords de Rambouillet reconnaissant ne serait-ce que l'autonomie au Kosovo. Cela aurait voulu dire c&#233;der devant la petite arm&#233;e ind&#233;pendantiste des Kosovars, l'UCK, alors que Milosevic fondait toute son autorit&#233; sur l'inverse. Tout son pouvoir sur les diverses factions et bandes arm&#233;es nationalistes serbes a repos&#233; sur le fait qu'il a pris leur t&#234;te en 1987 sur la question justement de la domination par les Serbes du Kosovo qu'il avait proclam&#233; c&#339;ur historique des Serbes. &lt;br /&gt;
Milosevic a choisi de tenir t&#234;te aux Occidentaux parce qu'il a calcul&#233;, &#224; tort ou &#224; raison, qu'ils ne pourront se passer de lui et ne voudront pas le renverser. Il sait aussi qu'il lui sera bien plus facile vis-&#224;-vis de ses soutiens extr&#233;mistes serbes de para&#238;tre devoir c&#233;der plus tard aux forces militaires coalis&#233;es des pays les plus riches du monde qu'&#224; l'UCK. D'autant que les puissances occidentales n'ont visiblement pas l'intention de lui imposer l'ind&#233;pendance du Kosovo mais son partage entre une zone serbe qu'il est en train de nettoyer ethniquement sans que les Occidentaux ne l&#232;vent le petit doigt pour l'en emp&#234;cher, et une zone qui serait donn&#233;e &#224; l'Albanie. &lt;br /&gt;
C'est ainsi que sous couvert des bombardements, l'intervention militaire occidentale va probablement sauver la mise au pouvoir de Milosevic. Certes, il pourra perdre ainsi une partie du Kosovo, mais le conflit lui aura permis d'accentuer sa mainmise sur deux autres r&#233;gions qui mena&#231;aient de quitter la Serbie : le Mont&#233;n&#233;gro et la Vo&#239;vodine. Voil&#224; pourquoi Milosevic avait des raisons de penser qu'en d&#233;pit d'un rapport de forces militaires &#224; l'&#233;vidence d&#233;favorable, il avait &#224; gagner &#224; l'affrontement avec les grandes puissances. &lt;br /&gt;
L'intervention imp&#233;rialiste, loin d'aider la population &#224; se r&#233;volter contre Milosevic, lui coupe enti&#232;rement toutes ses possibilit&#233;s. Se dire contre Milosevic en Serbie aujourd'hui, c'est probablement appara&#238;tre comme favorable aux bombardements ! D&#232;s le d&#233;but de l'intervention occidentale, le dictateur s'est servi de la situation pour renforcer son pouvoir en d&#233;cr&#233;tant l'&#233;tat d'urgence, en interdisant toute expression d'opposition et en mena&#231;ant d'arr&#234;ter et de fusiller tout opposant. Il a imm&#233;diatement remplac&#233; les hommes politiques qui n'&#233;taient pas directement &#224; sa botte, y compris en rempla&#231;ant le chef des arm&#233;es et plusieurs g&#233;n&#233;raux. En tenant t&#234;te &#224; l'imp&#233;rialisme, Milosevic appara&#238;t comme celui qui se bat contre les puissances alli&#233;es pour la d&#233;fense des Serbes, comme celui qui r&#233;siste courageusement aux bombardements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de l'intervention des puissances imp&#233;rialistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'imp&#233;rialisme, ce n'est pas pour du p&#233;trole, des mines, des plantations ni pour aucun objectif &#233;conomique qu'il intervient en Yougoslavie mais en tant que gendarme du monde. Comme au Rwanda ou en Somalie. C'est pour d&#233;fendre sa ma&#238;trise du monde et pr&#233;venir tout risque d'un vide du pouvoir cons&#233;cutif aux guerres civiles. C'est en particulier pour emp&#234;cher que les peuples aient la moindre vell&#233;it&#233; de croire que c'est &#224; eux de d&#233;cider quel est l'ordre qui leur convient le mieux. De ce point de vue, ce n'est pas la chute de Milosevic que visent les Occidentaux. Il veulent &#8220;l'ordre&#8221;, pas la d&#233;stabilisation de la Serbie avec tous les risques sociaux qu'elle repr&#233;sente.&lt;br /&gt;
L'objectif des grandes puissances dans cette guerre n'est pas li&#233; &#224; de simples questions d'int&#233;r&#234;ts locaux, de liens avec telle ou telle r&#233;gion, mais de faire une d&#233;monstration &#224; usage international. Les guerres du Golfe risquaient de ne pas avoir &#233;t&#233; d&#233;monstratives et l'imp&#233;rialisme a jug&#233; que la Yougoslavie pouvait &#234;tre un nouveau terrain pour affirmer son r&#244;le de gendarme international. Cela lui a paru d'autant plus opportun qu'avec l'aggravation de la situation &#233;conomique et sociale dans des continents entiers, une occasion un peu spectaculaire de sortir ses armes sophistiqu&#233;es se pr&#233;sentait. D'autant qu'on &#233;tait en Europe et que ce n'&#233;tait pas un mal pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain d'y affirmer son leadership mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles solutions pour les peuples des Balkans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quelles solutions dans cet engrenage de violences et d'affrontements nationalistes pour les peuples de l'ex-Yougoslavie ? Pour les r&#233;volutionnaires, le renversement de Milosevic peut et doit venir du peuple serbe lui-m&#234;me et pas de l'intervention imp&#233;rialiste qui ne r&#233;soudra jamais les probl&#232;mes des peuples. Maintes fois la population serbe a contest&#233; le dictateur au nom de la d&#233;mocratie comme au nom des revendications sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hiver 1996-97 :&lt;br /&gt;
la population serbe s'oppose &#224; Milosevic&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des plus grands mouvements de contestation populaire serbe contre le r&#233;gime de Milosevic a dur&#233; trois mois. Il a touch&#233; toute la population. C'&#233;tait il y a seulement un an et demi, pendant l'hiver 1996-97. L&#224; encore, contrairement &#224; ce que la presse occidentale a choisi de relever, tout a commenc&#233; au sein de la classe ouvri&#232;re serbe. &lt;br /&gt;
C'est au printemps 1996 que les mouvements sociaux ont d&#233;marr&#233; du fait des sacrifices &#233;conomiques que le pouvoir entendait faire supporter aux travailleurs. Il y a eu une mont&#233;e des luttes se succ&#233;dant les unes aux autres_ : gr&#232;ve des enseignants, protestation ouvri&#232;re massive &#224; Nis, la deuxi&#232;me ville de Serbie, gr&#232;ve des personnels de sant&#233;, et bien d'autres. Ce m&#233;contentement s'est traduit par un recul important des voix pour les partis de la coalition de Milosevic (qui comprend essentiellement en plus de son propre parti et de celui de sa femme, le groupe d'extr&#234;me droite de Seselj) aux &#233;lections municipales de novembre. 189 mairies de grandes villes, dont Belgrade, ont &#233;t&#233; gagn&#233;es par l'opposition dite d&#233;mocratique. Le pouvoir a refus&#233; les r&#233;sultats et il en est r&#233;sult&#233; un grand mouvement de contestation politique dans la rue qui a dur&#233; trois mois avec des manifestations dans toutes les villes, dont certaines de plusieurs centaines de milliers de personnes. Voil&#224; qui fait justice de la th&#232;se selon laquelle tous les Serbes sont derri&#232;re Milosevic. Il faut rappeler que les voix du parti de Milosevic au parlement serbe n'avaient cess&#233; de chuter, passant de 190 si&#232;ges sur 250 en 1990, &#224; 123 en 1993 et &#224; 110 en 1997.&lt;br /&gt;
Le mouvement de contestation a mobilis&#233; les &#233;tudiants et la petite bourgeoisie des villes. C'&#233;tait un mouvement massif et d&#233;termin&#233; qui pouvait entra&#238;ner avec lui toute une fronde sociale et menacer r&#233;ellement le pouvoir. Mais tel n'&#233;tait pas le but des dirigeants politiques qui se sont propuls&#233;s &#224; sa t&#234;te o&#249; l'on retrouvait ceux qui avaient gagn&#233; les &#233;lections municipales contre Milosevic : le royaliste et nationaliste Vuk Draskovic, le nationaliste Zoran Dzindzic et Vesna Pesic, l'une des rares opposantes &#224; prendre au d&#233;but du conflit yougoslave des positions r&#233;solument pacifistes et anti-nationalistes, pour finalement se rallier en 1996 &#224; une coalition avec les leaders pr&#233;c&#233;dents. &lt;br /&gt;
Aucun de ces leaders n'a jamais cherch&#233; &#224; s'adresser aux travailleurs. Ce sont au contraire de chauds partisans des privatisations et des sacrifices pour les travailleurs. Du coup, ces derniers, qui avaient contribu&#233; au succ&#232;s &#233;lectoral des leaders de l'opposition, n'ont pas r&#233;ellement particip&#233; &#224; la mobilisation. Un travailleur interview&#233; d&#233;clarait qu'&#8220;&lt;i&gt; il&lt;/i&gt; &lt;i&gt;n'avait pas assez confiance dans ces leaders pour risquer son emploi en entrant en lutte.&lt;/i&gt; &#8221;&lt;br /&gt;
Depuis, les dirigeants politiques de l'opposition ont obtenu en partie gain de cause et certains comme Vuk Draskovic ont m&#234;me rejoint le gouvernement de Milosevic. La population n'en fut que plus d&#233;courag&#233;e. Mais cela ne signifie pas qu'aujourd'hui, comme ont vite fait de le dire les m&#233;dias, qu'elle est tout enti&#232;re derri&#232;re Milosevic. Hormis le spectacle de rock &#224; Belgrade, les rassemblements nationalistes organis&#233;s par le pouvoir ont rassembl&#233; peu de monde : quelques centaines de personnes. Rien &#224; voir avec les grandes mobilisations nationalistes serbes des ann&#233;es 1987-89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique qui a manqu&#233;&lt;br /&gt; &#224; la classe ouvri&#232;re de Serbie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se selon laquelle tous les Serbes acquiescent &#224; un nationalisme exacerb&#233; et au racisme anti-albanais est compl&#232;tement mensong&#232;re. Ce sont les bandes arm&#233;es et les dirigeants politiques serbes qui ont lanc&#233; la guerre &#224; outrance, appuy&#233;s par quelques intellectuels fascistes. Ils ont commenc&#233; par mener une politique visant &#224; terroriser toute opposition. &lt;br /&gt;
Pour les combattre, il aurait fallu &#224; la population une politique autrement combative et offensive que celle des d&#233;mocrates ou pr&#233;tendus tels, une politique qui ne pactise nullement avec le nationalisme et surtout une politique capable de mobiliser la classe ouvri&#232;re. Les occasions o&#249; la population s'est mobilis&#233;e et o&#249; le pouvoir pouvait &#234;tre contest&#233; ont &#233;t&#233; manqu&#233;es. La classe ouvri&#232;re n'a pas jou&#233; le r&#244;le qui aurait pu &#234;tre le sien_ : prendre la t&#234;te des couches petites bourgeoises d&#233;stabilis&#233;es par la crise. Du coup, cela a laiss&#233; le chemin libre aux nationalistes d'extr&#234;me droite qui ont pu y recruter massivement. &lt;br /&gt;
La seule perspective efficace pour les travailleurs, serait de se d&#233;barrasser de leurs chefs nationalistes, de d&#233;sarmer les bandes d'extr&#234;me droite et de faire basculer les soldats des forces arm&#233;es r&#233;guli&#232;res de leur c&#244;t&#233;. Alors seulement on pourra parler de mise en place d'un r&#233;gime d&#233;mocratique dans lequel la population pourrait elle-m&#234;me d&#233;cider du r&#233;gime politique sous lequel elle veut vivre. Un tel r&#233;gime ne signifie pas n&#233;cessairement la constitution de toutes petites unit&#233;s nationales, non viables &#233;conomiquement, car les peuples peuvent avoir leur organisation politique ind&#233;pendante et constituer un f&#233;d&#233;ration qui leur permette de construire des liens &#233;conomiques tout en reforgeant la confiance entre les peuples meurtris par les guerres.&lt;br /&gt;
Cette perspective n&#233;cessite que des hommes et des femmes de Serbie comme de Croatie, du Kosovo comme de Bosnie l&#232;vent un tout autre drapeau que celui de la d&#233;fense d'un seul peuple, m&#234;me opprim&#233;, celui de la d&#233;fense de tous les opprim&#233;s et de tous les exploit&#233;s. En somme celui d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire affirmant qu'il y a un autre combat &#224; mener que celui contre les opprim&#233;s d'une autre nation, celui contre les classes dirigeantes et leurs repr&#233;sentants politiques, y compris ceux qui se cachent derri&#232;re le masque de la d&#233;mocratie. C'est de tels partis qui ont fait si cruellement d&#233;faut dans les mobilisations pass&#233;es de la classe ouvri&#232;re et qu'il est indispensable et urgent de b&#226;tir, en Yougoslavie comme partout dans ce monde capitaliste fauteur de guerres et de mis&#232;re.&lt;br /&gt;
M&#234;me si des occasions ont &#233;t&#233; manqu&#233;es par la classe ouvri&#232;re, il peut y en avoir d'autres, y compris des occasions r&#233;volutionnaires de r&#233;ellement changer l'ordre des choses. L'imp&#233;rialisme craint d'ailleurs avant tout une telle perspective. C'est m&#234;me la principale raison de son intervention. Cette guerre permanente dans les Balkans, l'imp&#233;rialisme sait qu'elle peut aussi d&#233;boucher sur une intervention directe des exploit&#233;s et de tous les opprim&#233;s au cas o&#249; une d&#233;stabilisation de l'un des r&#233;gimes nationalistes conduirait &#224; un vide du pouvoir.&lt;br /&gt;
Face &#224; la barbarie guerri&#232;re des Milosevic et autres d&#233;magogues nationalistes, les peuples n'ont d'autre solution que de se battre pour les renverser. En un mot de se r&#233;soudre &#224; la solution r&#233;volutionnaire. Il n'est d'ailleurs pas impossible que la guerre puisse d&#233;boucher sur des situations o&#249; le pouvoir est d&#233;stabilis&#233;. L'impr&#233;vu n'est pas impossible. M&#234;me sans le souhaiter, les imp&#233;rialistes peuvent provoquer la chute d'un Milosevic et la population serbe intervenir pour ne pas voir un dictateur aussi pourri le remplacer. &lt;br /&gt;
Et m&#234;me si ce n'est pas un tel sc&#233;nario qui se produit, l'int&#233;r&#234;t des travailleurs serbes n'est certainement pas de se mettre du m&#234;me c&#244;t&#233; que leur oppresseur. Car s'il est un point qu'il faut toujours rappeler, c'est que Milosevic est d'abord un dictateur contre les Serbes eux-m&#234;mes. Si on n'entend aujourd'hui que des voix serbes en sa faveur, c'est que les autres sont pour l'heure r&#233;prim&#233;es et musel&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des guerres imp&#233;rialistes, du Golfe au Liban, en passant par l'Afghanistan et la Yougoslavie</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article82</link>
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		<dc:date>2007-08-21T18:52:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>USA - Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Liban</dc:subject>
		<dc:subject>Irak - Iraq</dc:subject>
		<dc:subject>Afghanistan</dc:subject>
		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A bas la guerre de la France en Afghanistan ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur la premi&#232;re guerre imp&#233;rialiste en Irak &lt;br class='autobr' /&gt;
QUAND BEN LADEN ETAIT UN AGENT DES USA EN AFGHANISTAN &lt;br class='autobr' /&gt;
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Le fascisme int&#233;griste se revendiquant de l'Islam, faux ennemi de l'imp&#233;rialisme et faux ami des peuples &lt;br class='autobr' /&gt;
Alg&#233;rie 1988 : de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;QUAND BEN LADEN ETAIT UN AGENT DES USA EN AFGHANISTAN&lt;/p&gt;
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&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Guerres de Yougoslavie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.vodeo.tv/4-69-2438-guerre-du-golfe-autopsie-d-un-conflit.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La guerre du Golfe, video&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/relevance/search/arm%C3%A9e+fran%C3%A7aise+afghanistan/video/x6inbf_afghanistan-quand-les-francais-film_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La France en guerre en Afghanistan contre un peuple qui ne l'a jamais attaqu&#233;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/relevance/search/ben+laden++pour+les+USA/video/x58o2a_la-face-cachee-de-la-guerre-contre_news&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Que fait l'arm&#233;e fran&#231;aise en Afghanistan&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_496 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L240xH160/1860038740_97d28d81c1_m-61a6b.jpg?1776235414' width='240' height='160' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH332/US_army_in_afghanistan-07773.jpg?1776235414' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Afghanistan&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;La lutte contre le terrorisme a commenc&#233; et elle va durer longtemps. (...) C'est&lt;/i&gt; &lt;i&gt;la premi&#232;re guerre du 21i&#232;me si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187; a d&#233;clar&#233; George Bush au lendemain du 11 septembre 2001, alors qu'il affirmait encore ne pas savoir d'o&#249; venait cet attentat terroriste. Cela ne l'emp&#234;chait pas de d&#233;clencher un d&#233;luge de feu sur l'Afghanistan, une guerre qui dure toujours en 2009 !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au del&#224; d'une simple r&#233;ponse &#224; un attentat horrible et r&#233;voltant, la guerre est un choix politique de l'imp&#233;rialisme. Ayant r&#233;ussi &#224; faire cautionner leur guerre par les principales puissances mondiales y compris Russie et Chine, Colin Powell d&#233;clarait triomphalement : &#171; &lt;i&gt;Maintenant, on est vraiment pass&#233;s &#224; l'apr&#232;s-guerre froide. &#187;&lt;/i&gt;. La lutte contre le terrorisme est donc la suite de ce que les USA appelaient la &#171; &lt;i&gt;lutte contre le communisme&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me si l'intervention militaire fait mine d'&#234;tre seulement d&#233;fensive, c'est &#224; nouveau une politique de &#171; containment &#187; qui remplace celle des blocs et qui est n&#233;cessaire &#224; la domination imp&#233;rialiste du globe. Depuis la fin de l'URSS, il y a un seul bloc mais la guerre continue &#224; &#234;tre un mode de gestion des contradictions de la soci&#233;t&#233; capitaliste, contradictions qui sont loin d'&#234;tre moins violentes. Le nom &#171; &lt;i&gt;libert&#233; immuable&lt;/i&gt; &#187; donn&#233;e &#224; cette intervention des grandes puissances signifie, selon ses auteurs, qu'est &#233;ternelle la libert&#233; telle que l'entend le monde capitaliste. C'est-&#224;-dire la libert&#233; d'exploiter, de s'approprier les richesses humaines et naturelles aux d&#233;pens des classes ouvri&#232;res et des peuples. Et cela commence par la libert&#233; pour le pays le plus riche du monde de bombarder l'un des pays les plus pauvres de la plan&#232;te, l'Afghanistan, &#224; l'aide des moyens les plus sophistiqu&#233;s du 21i&#232;me si&#232;cle.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;	Que font les USA en Afghanistan ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Les USA bombardent massivement. Chaque missile de croisi&#232;re am&#233;ricain vaut plus cher que tout le quartier o&#249; il est en train de semer la mort. Le co&#251;t de la guerre d&#233;passe d&#233;j&#224; le budget du pays. C'est une guerre du m&#234;me type que les pr&#233;c&#233;dentes : la guerre du Golfe de 1991 ou la guerre du Kosovo de 1999. Apr&#232;s l'Irak ou la Yougoslavie, c'est l'Afghanistan. Le sc&#233;nario est &#224; chaque fois le m&#234;me. Les USA choisissent comme ennemi public n&#176; 1 un Etat qui n'a pas la capacit&#233; de riposter, un pays du tiers monde d&#233;j&#224; tr&#232;s affaibli et appauvri par des ann&#233;es de guerre et de guerre civile. Et sous pr&#233;texte que le r&#233;gime qui s'impose &#224; la population est un r&#233;gime de dictature atroce, il fait un carton parmi les habitants. L' &#171; ennemi &#187; est clou&#233; au sol par des moyens a&#233;riens gigantesques et ne peut pas riposter. Tous les peuples du monde regardent (m&#234;me si ils n'ont droit &#224; aucune information directe) ce d&#233;ferlement de violence du &#171; gendarme du monde &#187; avec un sentiment d'impuissance (et de rage pour ceux qui se sentent solidaires des victimes). &lt;br /&gt;
L'Afghanistan a subi plus de 20 ans de guerre ininterrompue et des destructions innombrables, au point qu'avant l'intervention am&#233;ricaine les organisations humanitaires d&#233;claraient d&#233;j&#224; que le pays &#233;tait menac&#233; par une catastrophe humanitaire lors de l'hiver. Le jeudi 6 septembre, le Plan Alimentaire Mondial des Nations Unies reconnaissait que 3,8 millions de personne allaient conna&#238;tre la famine en Afghanistan. L'objectif des Am&#233;ricains n'est bien s&#251;r absolument pas de lib&#233;rer le peuple afghan de la dictature r&#233;actionnaire des mollahs, de lib&#233;rer les femmes d'une oppression encore plus grande ni de lib&#233;rer toute la population de la mis&#232;re. Ils annoncent m&#234;me par avance que le r&#233;gime qu'ils envisagent, dans le meilleur des cas s'ils parviennent &#224; convaincre les seigneurs f&#233;odaux de la guerre de collaborer entre eux, est l'union entre tous ces chefs de bandes, tous aussi islamistes et r&#233;actionnaires sous l'&#233;gide d'une royaut&#233; moyen&#226;geuse. Et cela signifie y compris de retrouver dans ce pouvoir le plus grand nombre possible d'ex-taliban r&#233;cup&#233;r&#233;s par le camp du plus fort. De toutes fa&#231;ons, ce sera la poursuite des guerres f&#233;odales et tribales, &#233;ventuellement sous l'&#233;gide de l'ONU. Et cela finira peut-&#234;tre m&#234;me par le maintien d'un r&#233;gime taliban sous surveillance ! Mais le probl&#232;me des USA est-il vraiment le r&#233;gime des taliban, un pouvoir qu'ils ont eux-m&#234;mes fabriqu&#233;s et mis en selle, un pouvoir dictatorial qui leur semblait m&#234;me propice &#224; imposer un ordre ? Pensent-ils vraiment en finir ainsi avec l'organisation de Ben Laden qui a des bases dans de nombreux pays plus riches que le mis&#233;rable Afghanistan ? &lt;br /&gt;
Les USA n'ont pas mobilis&#233; leurs forces et polaris&#233; toute la plan&#232;te juste pour conqu&#233;rir les montagnes d'Afghanistan qui ne rec&#232;lent pas des tr&#233;sors ni pour am&#233;liorer le r&#233;gime politique dans cette r&#233;gion arri&#233;r&#233;e et recul&#233;e. Les USA n'ont m&#234;me plus la justification de la premi&#232;re guerre d'Afghanistan, la n&#233;cessit&#233; d'affaiblir l'URSS. Quant aux taliban, ce n'est certainement pas eux qui ont d&#233;cid&#233; d'en d&#233;coudre avec les USA. Ces derniers &#233;taient pr&#234;ts &#224; n&#233;gocier avec eux le passage sur leur territoire du gaz et du p&#233;trole d'Asie centrale, ce qui vaut une reconnaissance. Frapper l'Afghanistan c'est d'abord rappeler au monde que, malgr&#233; la gifle que repr&#233;sente l'attentat du 11 septembre, les USA sont la plus puissance dominante et qu'elle peut frapper quand elle veut, o&#249; elle veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quels sont les buts r&#233;els de l'imp&#233;rialisme dans cette guerre ? &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;D&#233;clarer l'&#233;tat de guerre, m&#234;me si l'adversaire est peu visible (Ben Laden) ou peu cr&#233;dible (les taliban), cela a l'avantage pour les USA d'obliger chacun &#224; choisir un camp. Et ces sont les USA qui d&#233;finissent les camps : d'un c&#244;t&#233; le terrorisme et particuli&#232;rement l'islamisme radical et de l'autre les USA. Ils veulent ainsi contraindre toutes les puissances &#224; s'aligner mais ils veulent tout autant y contraindre les peuples. Et d'abord le peuple am&#233;ricain auquel ils peuvent ainsi justifier, par la n&#233;cessit&#233; de d&#233;fendre leur s&#233;curit&#233;, d'imposer des sacrifices d'une ampleur exceptionnelle. Ils acc&#233;l&#232;rent une op&#233;ration de licenciements de grande &#233;chelle. Bien s&#251;r ils l'avaient commenc&#233; bien avant, du fait d'une r&#233;cession &#233;conomique qui ne doit rien &#224; Ben Laden, mais cela ne les g&#234;ne pas pour l'en accuser. Ils justifient ainsi le d&#233;blocage de milliards de dollars en faveur des trusts qu'ils envisageaient aussi avant pour soutenir les patrons am&#233;ricains. Mais dor&#233;navant ceux-ci sont pr&#233;sent&#233;s comme la solidarit&#233; nationale et la mobilisation patriotique du pays n&#233;cessaires face au terrorisme. Les travailleurs am&#233;ricains devront payer. C'est un recul consid&#233;rable du niveau de vie de la population, correspondant &#224; l'effort demand&#233; pour soutenir les trusts, qui les menace. &lt;br /&gt;
Les dirigeants am&#233;ricains contraignent ainsi la population &#224; se solidariser avec son Etat et sa classe dirigeante au moment o&#249; ils attaquent de plein fouet celle-ci sur le plan &#233;conomique, politique et social, en se servant pour cela du climat d'union nationale qui a suivi le choc du 11 septembre. Ils s'attaquent aux droits de la population par la nouvelle &#171; loi patriote &#187;. Ils maintiennent sous la pression de la peur le peuple am&#233;ricain et l'obligent ainsi &#224; accepter et m&#234;me &#224; applaudir les sacrifices qu'on lui demande au nom de la lutte contre le terrorisme. Mais les d&#233;penses que l'Etat am&#233;ricain r&#233;alise imm&#233;diatement consistent &#224; renflouer les caisses des compagnies a&#233;riennes, des assurances et &#224; relancer la course aux armements. Toutes choses qu'ils envisageaient de faire avant le 11 septembre &#224; cause du ralentissement &#233;conomique et des difficult&#233;s am&#233;ricaines mais que l'attentat permet de justifier et d'acc&#233;l&#233;rer consid&#233;rablement sans grand risque de protestations populaires. D&#233;j&#224;, l'entr&#233;e en guerre leur a permis, momentan&#233;ment au moins, d'&#233;viter le krach boursier attendu. Les classes dirigeantes t&#226;chent de retourner &#224; leur profit la situation et c'est d'autant plus faisable que les attentats n'ont port&#233; atteinte qu'&#224; la cr&#233;dibilit&#233; s&#233;curitaire de l'Etat mais pas &#224; la puissance am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les USA luttent-ils contre l'islamisme ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Les Etats-Unis lancent la politique dite d'&#233;radication du terrorisme qui vise sp&#233;cialement celui qui pr&#233;tend s'appuyer sur l'Islam. L'attentat de New York et de Washington et ses presque 6000 morts peut sembler justifier une telle n&#233;cessit&#233;. Mais les Etats-Unis se sont bien gard&#233;s de s'en prendre aux Etats qui financent et organisent les organisations combattantes islamistes car ce sont tous des &#171; pays amis &#187; des USA : l'Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis et le Pakistan. Ils ne leur ont jamais reproch&#233; de le faire et s'en sont souvent servi. Le r&#233;gime pakistanais le plus soutenu par les USA &#233;tait aussi le plus islamiste qu'ait connu le pays : la dictature du g&#233;n&#233;ral Zia ul-Haq. M&#234;me le d&#233;veloppement des groupes islamistes en Afghanistan n'a pu se faire que gr&#226;ce &#224; l'aide et &#224; l'appui de ces trois pays et gr&#226;ce aussi au soutien des USA. A l'&#233;poque, en 1988, Ben Laden constituait son organisation avec l'appui de la CIA dont il &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le pion principal dans la r&#233;gion et les taliban, &#233;tudiants en religion et en djihad, &#233;taient form&#233;s et arm&#233;s au Pakistan sous l'&#233;gide de l'Etat Pakistanais, avec l'aide des monarchies du p&#233;trole et la b&#233;n&#233;diction am&#233;ricaine. &lt;br /&gt;
Aujourd'hui, les USA pr&#233;tendent se d&#233;tourner de ces islamistes, depuis qu'ils ont battu le bloc de l'est. Pourtant les pays points d'appui et pourvoyeurs de fonds du terrorisme islamiste, rest&#233;s des dictatures f&#233;odales qui utilisent l'Islam pour imposer des r&#233;gimes ultra-r&#233;actionnaires, sont toujours des piliers des USA dans leur r&#233;gion. Comment peut-on d&#233;noncer la situation de la femme afghane (avec retard) sans d&#233;noncer celle de la femme en Arabie saoudite (totalement cach&#233;e aux regards), dans un pays o&#249; elle n'a quasiment aucun droit, m&#234;me pas celui de conduire un v&#233;hicule ? Comment peut-on en m&#234;me temps d&#233;noncer la dictature du mollah Omar et justifier celle des princes du p&#233;trole d'Arabie saoudite ? Cette monarchie absolue, sans l'ombre d'une libert&#233; pour la population, d&#233;tient le record mondial par habitant du nombre de condamn&#233;s &#224; mort (publique et au sabre). Certains d'entre eux n'ont pas commis d'autre crime que d'avoir accident&#233; le v&#233;hicule d'un potentat f&#233;odal local, d'avoir dans&#233;, bu de l'alcool ou pratiqu&#233; une religion autre que l'Islam ! Comment peut-on faire croire que les USA luttent contre l'islamisme alors que celui-ci re&#231;oit, au vu et au su de tous, le soutien de ces monarchies du Golfe, et que les USA se gardent bien de s'en prendre aux banques islamiques qui financent ces groupes tant elles sont compl&#232;tement imbriqu&#233;es dans leurs propres affaires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Et le combat contre les financiers de Ben Laden ? &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; La liste des &#233;tablissements financiers dont Bush a bloqu&#233; les fonds ne comprend m&#234;me pas une des banques li&#233;es &#224; Ben Laden. Comme le rel&#232;ve &#171; Nouvel Observateur &#187; du 4 octobre 2001 &lt;i&gt;&#171; certaines institutions financi&#232;res ou organisations charitables d'Arabie saoudite ont &#233;t&#233; oubli&#233;es dans la liste de George Bush&lt;/i&gt; &#187;. Et le journal cite ainsi Dar Al-Maal Al-Islami et Dubai Islamic Bank et rappelle que &#171; &lt;i&gt;ces banques figurent m&#234;me parmi les actionnaires de la banque Al-Shamal, fond&#233;e en 1990 au Soudan, dans laquelle Ben Laden a investi 50 millions de dollars. Quant &#224; Wadi Al-Haqiqi, la soci&#233;t&#233; cr&#233;&#233;e par le terroriste milliardaire pour investir au Soudan, au Kenya et au Y&#233;men dans l'&#233;lectricit&#233;, l'&#233;dition et l'agro-alimentaire, elle est li&#233;e &#224; un fonds d'investissement am&#233;ricain &#224; la t&#234;te duquel on retrouve de nombreux membres de l'entourage de l'ancien pr&#233;sident Bush. &lt;/i&gt; &#187; Et de relever que les USA ne veulent pas s'attaquer&lt;i&gt; &#171; &#224; des &#233;tablissements qui ont pignon sur rue &#224; Riyad, Duba&#239;, Londres et Gen&#232;ve et qui h&#233;bergent le tr&#233;sor de l' &#8216;&#8216; ennemi public num&#233;ro un de l'Am&#233;rique'' &#187;&lt;/i&gt; (rapport&#233; &#233;galement par &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 2 octobre). Mais comment attaquer les commanditaires sans nuire aux int&#233;r&#234;ts des &#171; bons &#187; capitalistes, notamment am&#233;ricains ? Le m&#234;me article cite Jean de Maillard, sp&#233;cialiste des circuits de l'argent noir, qui d&#233;clarait : &#171; &lt;i&gt;Seuls les na&#239;fs pensent encore qu'il y a d'un c&#244;t&#233; l'&#233;conomie propre et de l'autre les r&#233;seaux financiers criminels. En r&#233;alit&#233; ce sont deux faces d'une m&#234;me plan&#232;te financi&#232;re. &#187; &lt;/i&gt;Et de relever que les terroristes qui ont proc&#233;d&#233; &#224; l'attentat contre l'ambassade am&#233;ricaine de Nairobi avaient des comptes &#224; la Barclays de Londres, &#224; la Girocredit de Vienne, &#224; la Deutschebank ou &#224; la Citybbank. Quant aux pr&#233;sum&#233;s pilotes kamikazes de l'attentat du 11 septembre, ils &#233;taient en relation financi&#232;re avec la principale banque de Duba&#239;. Mais peut-on s'attaquer &#224; des capitaux du Golfe sans prendre des risques importants de mesures r&#233;torsion de la part des financiers du Golfe, qui seraient catastrophiques pour l'&#233;conomie am&#233;ricaine, sans parler des retomb&#233;es politiques ? Lors des attentats anti-US de 1998 attribu&#233;s &#224; Ben Laden, &#171; le Monde &#187; du 3 octobre 2001 rapporte que &#171; &lt;i&gt;les secr&#233;taires d'Etat au tr&#233;sor se s'&#233;taient oppos&#233;s &#224; l'id&#233;e de bloquer informatiquement les transactions financi&#232;res li&#233;es au r&#233;seau Ben Laden&lt;/i&gt; &#187; car ils disaient que : &#171; &lt;i&gt;cela pouvait mettre en p&#233;ril la stabilit&#233; du syst&#232;me financier international&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	Les USA luttent-ils vraiment contre le terrorisme ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Comment croire aussi que les USA, le pays qui aide le plus de mouvements terroristes dans le monde, vont brusquement le combattre parce que, pour une fois ce sont eux qui en ont &#233;t&#233; victimes ? On ne peut oublier que ce sont les USA qui ont aid&#233;, arm&#233; et financ&#233; quand ce n'est pas directement organis&#233;, en Am&#233;rique latine, la gu&#233;rilla des contras, les brigades sp&#233;ciales soi-disant contre la drogue et autres escadrons de la mort ou r&#233;gimes de terreur comme celui de Pinochet. On ne peut oublier que c'est eux qui, en Asie ont longtemps financ&#233; et arm&#233; les khmers rouges et autres mouvements de gu&#233;rilla longtemps apr&#232;s avoir quitt&#233; l'Indochine en y laissant un champ de ruines. Ni que c'est encore eux qui, en Afrique continuent actuellement, conjointement avec l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et parfois concurremment, &#224; financer des gu&#233;rillas comme celle du Soudan, des bandes arm&#233;es comme celles du Za&#239;re, des arm&#233;es de tueurs comme celle du Sierra Leone et des r&#233;gime terroristes comme celui du Nigeria. La coalition soi disant anti-terroriste des USA, de la Chine et de la Russie devrait pr&#234;ter &#224; rire. L'image de Poutine et Bush bras dessus, bras dessous, n'&#233;voque pas plus l'anti-terrorisme que la lutte pour la d&#233;mocratie, mais plut&#244;t la caution des uns aux crimes des autres ! L'accentuation de la terreur de l'arm&#233;e russe en Tch&#233;tch&#233;nie aura droit d&#233;sormais au qualificatif de lutte anti-terroriste avec la caution am&#233;ricaine, et de m&#234;me pour la Chine au Xin Jiang. Sans parler du soutien am&#233;ricain &#224; l'Etat Isra&#233;lien qui pratique ouvertement le terrorisme d'&#233;tat contre le peuple palestinien. Et maintenant c'est en Afghanistan que les USA soutiennent des bandes arm&#233;es de f&#233;odaux islamistes, comme l'alliance du nord, parce qu'elles sont soi-disant anti-taliban. Mais l'arm&#233;e de l'ex-commandant Massoud est fond&#233;e sur le m&#234;me type de f&#233;odaux, a commis lorsqu'elle &#233;tait au pouvoir les m&#234;mes exactions, les m&#234;mes pendaisons au nom de l'Islam, a condamn&#233; les femmes &#224; une dictature tout aussi barbare et le peuple &#224; la m&#234;me mis&#232;re. Ministre en 1992, il fit bombarder le quartier chiite de Kaboul, faisant des milliers de morts. Dans sa lutte contre les taliban, il ne faisait pas de quartier non seulement &#224; ses adversaires mais aussi aux populations civiles. Le deuxi&#232;me nom de l'Alliance du Nord est celui de Commandement Islamique Unifi&#233; ! Et l'anti-terrorisme des USA consisterait non seulement &#224; soutenir ces islamistes mais &#224; d&#233;verser sur ce peuple des bombes, des missiles de croisi&#232;re et maintenant des bombes &#224; fragmentation !&lt;br /&gt;
Le terrorisme de grande puissance ne combat m&#234;me pas le terrorisme issu des pays pauvres : il le nourrit. Les USA savent parfaitement que leur intervention militaire, loin d'affaiblir les islamistes dans le monde musulman, ne fait que les renforcer et les cr&#233;diter. Cela fait partie de leur calcul pour polariser la plan&#232;te, comme lors de la politique des blocs. Bush, en bombardant massivement le peuple afghan, ne fait que renforcer le sentiment des peuples musulmans selon lequel l'Occident est en lutte contre l'Islam, th&#232;se qui ne peut que renforces Ben Laden. De m&#234;me que les bombardements sur l'Afghanistan ne peuvent que contraindre la population &#224; se rapprocher des taliban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment la bourgeoisie se sert de l'islamisme autant que de l'anti-islamisme ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Que les peuples r&#233;volt&#233;s par la mis&#232;re et les dictatures, r&#233;volt&#233;s par la guerre du Golfe et les frappes am&#233;ricaines sans fin contre l'Irak autant que par la violence de la r&#233;pression isra&#233;lienne contre les Palestiniens se tournent vers des int&#233;gristes religieux, cela ne g&#234;ne pas fondamentalement l'imp&#233;rialisme. M&#234;me s'il peut y avoir des dangers collat&#233;raux pour le peuple am&#233;ricain comme au World Trade Center ! M&#234;me si on a vu qu'ils peuvent frapper les USA, ce n'est pas le capitalisme que les int&#233;gristes menacent malgr&#233; leurs rodomontades. Ceux qu'ils veulent mettre sous leur coupe &#224; l'aide de leur morale moyen&#226;geuse ce ne sont pas les Am&#233;ricains ni les occidentaux mais les peuples musulmans. Par contre, les int&#233;gristes ont le m&#233;rite aux yeux de l'imp&#233;rialisme d'&#234;tre des ennemis mortels du socialisme et des perspectives de changement social que pourrait offrir la classe ouvri&#232;re. Du coup, pour les USA, c'est faire la part du feu que de laisser les int&#233;gristes capitaliser un m&#233;contentement populaire et le d&#233;tourner dans un sens d'extr&#234;me-droite. Pour la bourgeoisie, l'islamisme, y compris radical et violent, est un bon moyen d'&#233;craser des r&#233;voltes populaires et de d'embrigader des peuples qui pourraient se radicaliser socialement. Les patrons indiens comme les propri&#233;taire f&#233;odaux pakistanais l'ont fait maintes fois, avec l'aide des USA. Rappelons aussi que les USA, apr&#232;s la r&#233;volte populaire de 1988, poussaient le r&#233;gime alg&#233;rien de la fin des ann&#233;es 80 &#224; faire participer au pouvoir les islamistes du FIS, qui menaient pourtant d&#233;j&#224; des actions terroristes contre les femmes, contre les syndicalistes et contre les d&#233;mocrates. Le FIS avait alors pignon sur rue &#224; Washington ! &lt;br /&gt;
La politique dite d'&#233;radication du terrorisme islamiste, le peuple alg&#233;rien sait ce que c'est. Il vient de la vivre pendant plus de dix ans. Il l'a pay&#233;e de 150 000 morts et les attentats terroristes continuent de frapper la population. Apr&#232;s avoir ouvert aux islamistes les all&#233;es du pouvoir en 1989, la dictature militaire alg&#233;rienne a choisi en 1991 de mener contre eux la guerre civile. Mais cela a surtout repr&#233;sent&#233; une guerre des deux camps arm&#233;s contre des civils d&#233;sarm&#233;s et d'abord contre la classe ouvri&#232;re. Sous pr&#233;texte de d&#233;fendre la s&#233;curit&#233; des citoyens, la dictature s'en est servie pour justifier sa propre f&#233;rocit&#233;, pour maintenir le peuple sous la chape de plomb, entretenir des forces sp&#233;ciales de tueurs et de combattre ainsi tout risque d'explosion sociale. Il a pu ainsi licencier massivement et faire subir au peuple travailleur une mis&#232;re inconnue jusque l&#224;. Voil&#224; ce que l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain peut faire, de fa&#231;on plan&#233;taire cette fois, sous couvert d'&#171; &#233;radication du terrorisme &#187;. Et apr&#232;s avoir bombard&#233; et terroris&#233; les peuples (car apr&#232;s l'Afghanistan qui dit qu'ils s'arr&#234;teront en si bon chemin et n'enverront pas quelques missiles sur l'Irak ou ailleurs) sous pr&#233;texte de lutte contre des pays trait&#233;s d' &#171; Etats voyous &#187;, il peut tr&#232;s bien s'entendre avec eux. C'est ce qu'il est en train de faire avec la Syrie, l'Iran ou la Chine parce que ces Etats prennent parti pour les USA dans le nouveau conflit. Le Soudan, ex-alli&#233; de Ben Laden mis au ban par les USA lors de l'attentat du World Trade Center de 1993, ne vient-il pas d'&#234;tre ray&#233; de la liste des &#171; pays terroristes &#187; &#233;tablie par le D&#233;partement d'Etat am&#233;ricain ? Le Soudan est m&#234;me devenu pour les USA un &#171; pays de haute priorit&#233; &#187; (un d&#233;tail : son sous-sol regorge de p&#233;trole !). Pourtant cet Etat, qui pratique toujours autant la loi religieuse islamique la plus stricte et la torture, n'est pas devenu moins r&#233;actionnaire ni violent. Il a seulement choisi le camp des USA en prenant parti contre Ben Laden. Mais qui est ce Ben Laden qui peut, &#224; lui seul nous dit-on, menacer les USA ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient le terrorisme de Ben Laden ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est bien des guerres suscit&#233;es par les USA, Pakistan-URSS en Afghanistan, puis Iran-Irak et enfin USA-Irak qu'est sorti le terrorisme d'un Ben Laden. L'histoire de Ben Laden, ancien agent de la CIA en Afghanistan dans la guerre contre l'URSS est bien connue (avec moins de diffusion aux USA). Celle de l'opposant saoudien Ben Laden, qui s'oppose &#224; l'accroissement de la mainmise am&#233;ricaine sur la r&#233;gion p&#233;troli&#232;re en d&#233;veloppant un mouvement islamiste contre la monarchie saoudienne, l'est moins. Cependant, ce n'est pas l'oppression des peuples qui a arm&#233; le bras de Ben Laden. Il n'agit pas pour la cause des populations qui ont subi morts et souffrances. A l'occasion de ces guerres, les USA ont mis les p&#233;tromonarchies du Golfe sous une d&#233;pendance &#233;conomique accrue du fait des embarras financiers et sous leur d&#233;pendance militaire. Ce qui motive la lutte de Ben Laden c'est la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts de cette riche bourgeoisie du Golfe face aux USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	Comment l'imp&#233;rialisme se sert des guerres pour contr&#244;ler le p&#233;trole du Golfe Persique ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;	Il convient de rappeler que les USA ont d'abord pouss&#233; le dictateur irakien Saddam Hussein &#224; se lancer dans une guerre meurtri&#232;re contre l'Iran, guerre qui a dur&#233; de 1980 &#224; 1989 et a qui a mis &#224; genoux les deux pays. Ils l'ont alors amen&#233; &#224; s'endetter notamment aupr&#232;s des p&#233;tromonarchies. Puis ils l'ont l&#226;ch&#233; face &#224; une situation financi&#232;re, sociale et politique ing&#233;rable. C'est ce qui l'a incit&#233; &#224; envahir le Koweit en 1990. Pour punir l'Irak de cette audace, les USA ont alors d&#233;clench&#233; en 1991 la croisade internationale appel&#233;e &#171; temp&#234;te du d&#233;sert &#187; qui a entra&#238;n&#233; un massacre de civils irakiens. La mobilisation monstre &#233;tait justifi&#233;e alors en pr&#233;tendant que l'Irak &#233;tait &#171; &lt;i&gt;la deuxi&#232;me arm&#233;e du monde&lt;/i&gt; &#187; ! Le pr&#233;texte de cette guerre &#233;tait le renversement de la dictature de Saddam Hussein et l'aide aux minorit&#233;s opprim&#233;es, kurde et chiite. Une fois la guerre termin&#233;e, laissant Saddam en place faute d'une dictature de rechange, les USA ont l&#226;ch&#233; ces minorit&#233;s et laiss&#233; le peuple irakien subir la mis&#232;re, puis les cons&#233;quences dramatiques du blocus. Ils ont m&#234;me poursuivi pendant des ann&#233;es les bombardements p&#233;riodiques. En plus de faire mourir des milliers d'enfants irakiens, l'embargo a eu comme cons&#233;quence de soustraire au march&#233; des quantit&#233;s de p&#233;trole, celui de l'Irak et, du coup, de soutenir les prix du p&#233;trole. Cela a permis de maintenir &#224; flots l'&#233;conomie de l'Arabie saoudite, massivement endett&#233;e depuis la guerre du Golfe dont elle avait &#233;t&#233; le principal financier. &lt;br /&gt;
Les USA, en convaincant le roi Fahd en 1991 que l'Arabie saoudite &#233;tait menac&#233;e par l'expansionnisme irakien, ont r&#233;ussi &#224; faire porter toute la responsabilit&#233; r&#233;gionale de la guerre, politique et financi&#232;re, sur la monarchie saoudienne. Officiellement c'est &#224; sa demande que les USA sont intervenus contre l'Irak en 1991. Le pays a d&#251; d&#233;bourser 60 milliards de dollars (dont la moiti&#233; pay&#233;e aux USA) et accueillir sur son sol un demi million de soldats am&#233;ricains. Une fois la guerre finie, l'Arabie saoudite a &#233;t&#233; oblig&#233;e de rester sous la coupe des USA car elle &#233;tait consid&#233;rablement endett&#233;e. La monarchie a &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;e politiquement par l'alliance am&#233;ricaine. Une partie des troupes am&#233;ricaines est rest&#233;e dans le Golfe et m&#234;me sur le sol saoudien. C'est &#224; ce moment que Ben Laden a cr&#233;&#233; &#224; l'int&#233;rieur du pays un mouvement islamiste saoudien contre le pouvoir. Il a eu des appuis au sein du pouvoir, de la haute bourgeoisie comme de la hi&#233;rarchie religieuse.&lt;br /&gt;
L'Etat saoudien &#233;tait alors en situation &#233;conomique tr&#232;s difficile. D&#233;j&#224; il &#233;tait tomb&#233; de son haut lors de la chute des prix du p&#233;trole du milieu des ann&#233;es 80. Les guerres avaient fait le reste. Le pays a d&#251; contracter deux emprunts internationaux en 1991 d'un total de sept milliards de dollars et, malgr&#233; une augmentation spectaculaire de la production p&#233;troli&#232;re, le d&#233;ficit du budget &#233;tait encore de 20 milliards de dollars en 1992. A la limite du krach, le pays a d&#251; passer sous les fourches caudines du FMI, r&#233;duire son train de vie, supprimer ses projets, laisser une bonne partie de ses &#233;tudiants sup&#233;rieurs sans emploi et sans ressources et r&#233;duire m&#234;me les d&#233;penses somptueuses des princes (para&#238;t-il 20% du budget). &lt;br /&gt;
Le r&#233;gime saoudien avait obtenu, lorsque le cours du p&#233;trole &#233;tait au plus haut (avec le quadruplement du prix du p&#233;trole en 1973), de r&#233;cup&#233;rer &#224; l'amiable la possession de ses ressources naturelles, gaz et p&#233;trole. L'ARAMCO (conglom&#233;rat de sept soci&#233;t&#233;s dont les principales sont Chevron, Mobil, Exxon et Texaco) &#233;tait alors devenue soci&#233;t&#233; nationale saoudienne en &#233;change de d&#233;dommagements et d'accords sur les investissements aux USA des revenus du p&#233;trole et sur des achats aux soci&#233;t&#233;s am&#233;ricaines, en particulier en termes d'armement. Les milieux bourgeois saoudiens ont eu des r&#234;ves de grandeurs de 1976 &#224; 1980, r&#234;ves qui se sont effondr&#233;s avec la chute des cours en 1984 puis avec les guerres. Depuis que l'Etat saoudien est endett&#233; et sur la corde raide &#233;conomiquement et socialement, les USA d&#233;tiennent un moyen de pression sur le r&#233;gime. Les trusts p&#233;troliers am&#233;ricains mettent tout leur poids pour obtenir &#224; nouveau les concessions p&#233;troli&#232;res et gazi&#232;res en &#233;change d'une suppression des dettes saoudiennes. C'est ce que le prince Abdallah a commenc&#233; &#224; n&#233;gocier aux Etats-Unis en septembre 1998. Mais il n'a pu signer de sa propre autorit&#233; et a d&#251; mettre en place un conseil des princes charg&#233; de discuter des conditions d'un accord et, trois ans plus tard, rien n'est encore r&#233;gl&#233;. Pour la royaut&#233;, c&#233;der aux pressions am&#233;ricaines ne peut que soulever des oppositions au sein de toutes les couches sociales, financiers, bourgeois et petits bourgeois saoudiens qui accusent la royaut&#233; de brader les richesses, chefs religieux qui ne veulent pas de l'ouverture du pays aux int&#233;r&#234;ts &#233;trangers ni de l'introduction d'un mode de vie occidental, des princes (plusieurs milliers de descendants des diverses femmes d'Ibn Saoud) qui refusent que l'on rogne leurs rentes p&#233;troli&#232;res comme le proposent les plans de r&#233;duction des d&#233;penses du FMI, sans m&#234;me parler du peuple lui-m&#234;me dont le niveau de vie d&#233;gringole et dont la jeunesse ne trouve plus d'emploi. &lt;br /&gt;
Le monde capitaliste est fond&#233; sur une industrie bas&#233;e en grande partie sur le p&#233;trole or une grande partie de ce p&#233;trole (25% des r&#233;serves de p&#233;trole pour la seule Arabie saoudite, le plus grand producteur mondial) sort d'une r&#233;gion qui peut s'embraser facilement. Les USA savent parfaitement, m&#234;me s'ils se gardent bien de d&#233;voiler ces rouages secrets de Ben Laden sous peine de d&#233;voiler les leurs, qu'une fraction de la classe dirigeante saoudienne veut les &#233;loigner des lieux saints ... du p&#233;trole. &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#171; Le Monde &#187; du 21 octobre citait Michael Klare, professeur dans le Massachussets, sp&#233;cialiste des relations internationales, auteur de &#171; guerres pour les ressources naturelles &#187;, interrog&#233; sur les causes de la guerre actuelle, qui d&#233;clarait &#171; &lt;i&gt;La cl&#233; de la crise est l'engagement militaire am&#233;ricain en Arabie saoudite. Cette implication n'a d'autre objet que le p&#233;trole : l'Arabie saoudite poss&#232;de 25% des r&#233;serves mondiales et l'&#233;conomie am&#233;ricaine est bas&#233;e sur le p&#233;trole. Les Etats-Unis sont engag&#233;s dans la protection de la monarchie saoudienne et se trouvent donc en conflit direct avec ceux qui veulent renverser cette monarchie, donc avec Ben Laden. (...) L'Afghanistan ne joue pas un grand r&#244;le dans la crise actuelle. Ben Laden est un saoudien qui s'est r&#233;fugi&#233; en Afghanistan, et ses int&#233;r&#234;ts r&#233;els sont en Arabie saoudite. Les Etats-Unis n'attaquent l'Afghanistan que parce que c'est l&#224; que se trouve Ben Laden. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Qui finance Ben Laden ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Quant aux financement des activit&#233;s de Ben Laden, elles viennent non seulement de son &#233;norme fortune mais aussi de celle de nombreux milliardaires du Golfe qui l'ont soutenu dans son action. Des rapports officiels am&#233;ricains, dont un rapport r&#233;dig&#233; en d&#233;cembre 1999 pour le fisc am&#233;ricain et actualis&#233; pour la derni&#232;re fois en juin 2001, cit&#233; le 26 septembre au s&#233;nat am&#233;ricain et diffus&#233; par le site am&#233;ricain &#171; Intelligence Online &#187; et un rapport d'ao&#251;t 1996 du D&#233;partement d'Etat Am&#233;ricain, montrent que la n&#233;buleuse financi&#232;re de Ben Laden est &#233;tendue et tr&#232;s riche, comprenant nombre de banques du Golfe. Le probl&#232;me que rel&#232;vent ces rapports c'est qu'aucune banque occidentale un tant soi peu importante n'est ind&#233;pendante de ces financiers et de ces banquiers li&#233;s &#224; Ben Laden et que le clan du pr&#233;sident am&#233;ricain, lui-m&#234;me, y est aussi li&#233; via le Carlyle Group. Le rapport du D&#233;partement d'Etat affirme notamment que la banque El-Shamil contr&#244;l&#233;e par Oussama Ben Laden est li&#233;e &#224; la DMI (Dar al-Maal Al-Islami), la premi&#232;re institution financi&#232;re islamiste, fond&#233;e &#224; l'initiative des princes saoudiens et des &#233;mirs du Golfe. La Duba&#239; Islamic Bank est impliqu&#233;e dans le financement des op&#233;rations de Ben Laden mais les USA n'osent pas la mettre en cause. Les noms les plus fr&#233;quemment cit&#233;s sont ceux du milliardaire saoudien Khaled Ben Mahfouz qui &#171; p&#232;se &#187; 2,4 milliards de dollars. Il aurait des participations importantes et des liens avec de tr&#232;s grandes banques et &#233;tablissements financiers, notamment l'une des plus grandes banques saoudiennes, la National Commercial Bank, la Faisal Islamic Bank, la SICO Saudi Investment Company, la banque AI Shamal, le r&#233;seau frauduleux gravitant autour de Ghaith Pharaon qui a pris la suite de la BCCI (ferm&#233;e en 1991 du fait d'un scandale financier), le r&#233;seau financier saoudien de la holding Dar AI Maal AI Islami, la National Commercial Bank saoudienne, la Saudi Sudanese Bank, la Bank of New York de Suisse, Saudi Sudanese Bank du Soudan, Prime Commercial Bank du Pakistan, l'International Bank of Yemen, la Dubai Islamic Bank, London Trust Bank, Dubai Islami IC Bank et autres. Et personne ne peut soup&#231;onner de tels membres de la grande bourgeoisie du Golfe de soutenir Ben Laden par simple id&#233;al religieux, sans que cela soit un investissement qu'ils peuvent esp&#233;rer rentable. Cela fait en effet plus de huit ans qu'ils appuient, en connaissance de cause, le terrorisme anti-am&#233;ricain de Ben Laden : depuis 1993, date de son entr&#233;e en lutte contre le roi Fahd d'Arabie saoudite. Pourtant, la famille Ben Laden &#233;tait connue comme un pilier du r&#233;gime royal (constructeur principal du roi). C'est &#224; ce titre que le prince Turki al-Fay&#231;al, fils de l'ex-roi Fay&#231;al et chef des services secrets saoudiens a nomm&#233; Oussama Ben Laden responsable des combattants islamistes arabes envoy&#233;s en Afghanistan sur fonds de l'&#233;tat saoudien. Quand la Russie s'est retir&#233;e d'Afghanistan, Ben Laden est retourn&#233; en Arabie saoudite et a propos&#233; au royaume, en pleine pr&#233;paration d'une confrontation militaire avec l'Iran et l'Irak, d'employer ses combattants arabes d'Afghanistan dans la d&#233;fense du pays au lieu de se jeter dans les bras de l'arm&#233;e am&#233;ricaine. C'est le refus du roi Fahd et son acceptation du diktat am&#233;ricain, imposant des troupes US massives sur son sol et une mainmise sur les revenus p&#233;troliers au nom de la guerre, qui a entra&#238;n&#233; Ben Laden dans la dissidence. &lt;br /&gt;
Avec la crise dans les p&#233;tromonarchies, les bourgeoisies saoudienne et des &#233;mirats, qui investissaient et d&#233;pensaient sans compter et se voyaient d&#233;j&#224; comme une partie du gratin mondial, de la haute finance internationale, sont tomb&#233;es de tout leur haut. Il y a eu des faillites comme celle de la banque de la BCCI (Banque de Cr&#233;dit et de Commerce International dont l'actionnaire principal &#233;tait l'&#233;mir d'Abu Dhabi) reli&#233;e par mille liens &#224; la n&#233;buleuse financi&#232;re de Ben Laden et qui blanchissait l'argent maffieux. Dissoute officiellement, la BCCI s'est transform&#233;e en finance ill&#233;gale. De la m&#234;me mani&#232;re, une fraction de la finance du Golfe s'est tourn&#233;e vers des milliardaires moins classiques travaillant dans le terrorisme autant que dans les jeux boursiers comme Ben Laden et Ben Mahfouz (un multimilliardaire - en dollars - saoudien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Les USA sont-ils menac&#233;s ... en Arabie saoudite ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Le r&#233;gime saoudien d&#233;stabilis&#233; pourrait effectivement basculer dans le camp anti-am&#233;ricain. Il faut savoir que l'Arabie saoudite compte plusieurs milliers de princes qui ne voient nullement d'un bon oeil une partie de l'argent du p&#233;trole s'en aller dans les poches des capitalistes am&#233;ricains que ce soit sous pr&#233;texte de ventes d'armes, de paiement de la dette ou d'investissements aux USA. Et ces princes, menac&#233;s de devenir des gens comme les autres par l'endettement et la mainmise am&#233;ricaine, sont pr&#234;ts &#224; tout pour l'&#233;viter. En somme le pouvoir est aux mains d'une grande famille mais m&#234;me celle-ci ne le soutient plus. Ceux qui vont perdre leurs privil&#232;ges sont m&#251;rs pour basculer dans le fascisme. En m&#234;me temps, une fraction de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie du Golfe s'est retrouv&#233;e menac&#233;e de ruine ou incapable de trouver un emploi dans des pays o&#249; les emplois subalternes sont enti&#232;rement occup&#233;s par des immigr&#233;s tr&#232;s exploit&#233;s. Ce sont de ces couches sociales autrefois ais&#233;es, cultiv&#233;es, ayant des vis&#233;es &#233;lev&#233;es et craignant maintenant pour leur avenir qu'est issue une quantit&#233; de jeunes pr&#232;s &#224; tout pour faire payer cher aux USA leurs espoirs d&#233;&#231;us, leurs ambitions cass&#233;es. C'est ce type d'hommes qui ont &#233;t&#233; les recrues de l'organisation Al Qaida de Ben Laden. Ils ne ressemblent nullement aux recrues islamistes tels qu'on les imagine souvent et tels que sont les taliban afghans : des fils de paysans pauvres fanatis&#233;s dans les madrasa, ces &#233;coles coraniques formant des mis&#233;rables &#224; la djihad. Les hommes de Ben Laden sont au contraire des membres des milieux favoris&#233;s, cultiv&#233;s et &#233;duqu&#233;s &#224; l'occidentale, ayant r&#233;ussi dans leurs &#233;tudes, souvent fils de grandes familles, et se tournant vers le &#171; fascisme vert &#187; par hargne et par vengeance. Ainsi, l'attentat de 1998 &#224; Nairobi a &#233;t&#233; organis&#233; par Mohamad Al-Owhaliissu d'une famille saoudienne riche et puissante.&lt;br /&gt;
Le pouvoir saoudien est d'autant plus d&#233;stabilis&#233; que la querelle de succession dure depuis 1996, date &#224; laquelle le roi, devenu impotent, a d&#251; c&#233;der les r&#234;nes au prince h&#233;ritier Abdallah. Un roi n'a toujours pas pu &#234;tre nomm&#233; parce que le clan princier le plus important, celui des Soudeiri, r&#233;put&#233; le plus riche et le plus corrompu, ne veut pas de cette succession. Le prince Abdallah dirige de facto l'Arabie saoudite depuis 1996 mais il garde le seul titre de prince h&#233;ritier et la lutte continue pour le titre de roi. Le clan Soudeiri, qui aurait plusieurs fois soutenu Ben Laden par hostilit&#233; au clan Abdallah, d&#233;tenait encore r&#233;cemment deux postes clefs de l'Etat : celui des services secrets avec le Prince Turki al-Fay&#231;al, fils de l'ex-roi Fay&#231;al (un fid&#232;le de Ben Laden, d&#233;mis de son poste en ao&#251;t dernier, peu avant les attentats, sur pression am&#233;ricaine), le poste de gouverneur de Riyad d&#233;tenu par le prince Salman et celui du Prince Sultan, ministre de la d&#233;fense et pr&#233;sident du conseil supr&#234;me pour les affaires islamiques (second dans l'ordre de succession &#224; la royaut&#233;, apr&#232;s Abdallah). Le clan Soudeiri se donne comme drapeau la d&#233;fense des traditions aux c&#244;t&#233;s des oul&#233;mas r&#233;actionnaires parce qu'Abdallah s'est pr&#233;tendu moderniste : plus pro-occidental, ouvert aux &#233;volutions de la soci&#233;t&#233; comme la place des femmes, &#224; l'ouverture du pays aux capitaux &#233;trangers, ou encore &#224; la transparence des affaires et &#224; la fin de la corruption (ce qui ne veut pas dire &#224; la fin du vol de toutes les richesses par les princes !) &lt;br /&gt;
Ainsi, la lutte pour la succession se double d'une lutte politique pour l'avenir du pays. Les princes et la classe dirigeante sont divis&#233;s sur l'orientation vis-&#224;-vis des USA. La lutte se fait au nom des principes de l'Islam mais ce qui est en jeu c'est le pouvoir et le p&#233;trole. Alors, l'attaque et la destruction du World Trade Center serait-elle un d&#233;g&#226;t collat&#233;ral de la lutte entre deux princes saoudiens ? Qui sait ? L'&#233;ditorial du 25 octobre 2001 de &#171; Courrier International &#187; l'affirme : &#171; &lt;i&gt;L'Arabie saoudite est &#224; pr&#233;sent le th&#233;&#226;tre d'un conflit, d'une ampleur et d'une intensit&#233; comme on n'en avait jamais connu : ce conflit oppose le prince r&#233;gent Abdallah &#224; Oussama Ben Laden devenu depuis le 11 septembre le plus connu de ses sujets.&lt;/i&gt;. &#187; Et cette revue affirme aussi que Ben Laden est devenu &#171; &lt;i&gt;le plus populaire des citoyens saoudiens&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br /&gt;
Que l'attentat ait des origines dans le Golfe, il y a bien des raisons de le croire. Seize des dix neuf pirates de l'air pr&#233;sum&#233;s seraient saoudiens. Leurs familles auraient re&#231;u des ch&#232;ques provenant de banques du Golfe. Officiellement, il n'y a aucune demande d'enqu&#234;te am&#233;ricaine en Arabie saoudite depuis le refus du pouvoir lors des attentats de 98. Le journaliste du &#171; Nouvel Observateur &#187; du 27 septembre 2001, dans l'attentat du 11 septembre c'&#233;taient les USA qui &#233;taient frapp&#233;s mais c'&#233;tait le pouvoir de Riyad qui &#233;tait vis&#233; : &#171; &lt;i&gt;Frapper l'Am&#233;rique au coeur, c'&#233;tait aussi pour les organisateurs des attentats, mettre au pied du mur les dirigeants de l'Arabie saoudite : les obliger &#224; choisir clairement leur camp. Difficile de ne pas se ranger derri&#232;re Bush, le protecteur tout-puissant, dans sa lutte contre le terrorisme. Mais impossible de ne pas prendre en compte le fait que Ben Laden saoudien de nationalit&#233; est en ce moment l'homme le plus populaire du royaume. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;L'Arabie saoudite a refus&#233; cette fois l'utilisation de ses bases pour les op&#233;rations am&#233;ricaines contre l'Afghanistan. Le prince Sultan a d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt;Aucun soldat en guerre contre un pays arabe ou musulman ne sera autoris&#233; &#224; op&#233;rer &#224; partir de l'Arabie saoudite &#187;. &lt;/i&gt;Les &#233;mirats ont pris la m&#234;me position et le Conseil de Coop&#233;ration du Golfe a d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt;Le CCG refuse de participer &#224; une nouvelle alliance avec les Etats-Unis &#187;&lt;/i&gt;. Encore une fois, les USA, loin de faire pression publiquement, ont fait semblant de ne pas entendre. Le 6 octobre, un civil Am&#233;ricain travaillant en Arabie saoudite a &#233;t&#233; assassin&#233; et un autre Am&#233;ricain bless&#233; &#224; Khobar dans un attentat qui a fait deux morts et quatre bless&#233;s, sans que les USA fassent la moindre d&#233;claration officielle. Un responsable gouvernemental de Washington s'est content&#233; de d&#233;clarer que c'&#233;tait &#171; un incident isol&#233; &#187; (cit&#233; par &lt;i&gt;Le Figaro&lt;/i&gt; du 8 octobre). Toute la presse a abandonn&#233; ensuite l'information. Le 11 octobre 2001, Tony Blair en visite dans la r&#233;gion a d&#251; annuler sa visite dans le pays, le r&#233;gime saoudien la d&#233;clarant inopportune. Les USA ne peuvent pas intervenir directement contre ce pays, ni militairement ni financi&#232;rement, sous peine de provoquer le contraire de ce qu'ils veulent, la rupture avec l'ensemble des classes dirigeantes du Golfe et l'effondrement des investissements des p&#233;trodollars dans les entreprises am&#233;ricaines et m&#234;me la chute du r&#233;gime saoudien. Si bien qu'ils sont contraints de faire silence sur les attentats en Arabie saoudite et d'accepter de ne pas pouvoir y enqu&#234;ter. En effet, il est clair que certains princes eux-m&#234;mes semblent impliqu&#233;s dans certains attentats et que le pouvoir saoudien exige des Am&#233;ricains de ne pas mettre leur nez dans ces &#171; affaires de famille &#187;. Dans l'attente d'une catastrophe, la monarchie saoudienne est toujours dans la crainte d'&#234;tre accus&#233;e de trop se soumettre aux Am&#233;ricains, au point qu'elle interdit toute enqu&#234;te am&#233;ricaine sur les attentats anti-US sur son sol (les plus nombreux) et que l'ambassadeur des Etats-Unis n'a toujours pas pris ses fonctions en Arabie saoudite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Quelle a &#233;t&#233; l'action politique de Ben Laden ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Ben Laden a d&#233;velopp&#233; son action dans le but d'&#234;tre l'&#233;missaire financier et le bras arm&#233; d'une fraction de la bourgeoisie du Golfe qui s'oppose ou veut limiter l'influence am&#233;ricaine. Ben Laden n'a nullement constitu&#233; l'organisation terroriste Al Qaida pour contrer la domination am&#233;ricaine mais il a, au contraire, fond&#233; cette organisation, d&#233;j&#224; combattante et d&#233;j&#224; islamiste radicale, sous l'&#233;gide avec les fonds et les bons conseils de la CIA, en vue d'intervenir en Afghanistan dans le sens des int&#233;r&#234;ts des Am&#233;ricains. Son changement de bord ne s'explique pas uniquement par le fanatisme religieux. Agent de la CIA et du r&#233;gime saoudien pendant plus de dix ans, le milliardaire saoudien li&#233; &#224; de multiples affaires de la finance am&#233;ricaine et internationale n'a pas brusquement lu le bon passage du Coran et compris qu'il &#233;tait dans le camp des impies. &lt;br /&gt;
Ce n'est pas non plus la mis&#232;re des peuples qui a arm&#233; le bras d'un Ben Laden mais les calculs de grands bourgeois et m&#234;me le fanatisme qu'il exploite est celui d'une petite bourgeoisie fasciste et pas de militants d'un mouvement de lib&#233;ration d'un peuple opprim&#233;. Si Ben Laden s'est finalement pr&#233;sent&#233; apr&#232;s les attentats comme un leader des peuples musulmans qui luttent contre l'oppression de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, s'il s'est m&#234;me fait le champion de la lutte des Palestiniens, cela ne doit pas faire oublier que Ben Laden n'est pas et n'a jamais &#233;t&#233; le leader de la lutte d'un peuple opprim&#233;. Au contraire, il doit sa r&#233;ussite financi&#232;re et organisationnelle &#224; la lutte de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain dans une r&#233;gion, l'Afghanistan, et aux bonnes affaires tout ce qu'il y a de plus capitalistes que Ben Laden a fait au sein du syst&#232;me et encore au plus haut niveau de la finance mondiale. Dans tous les pays o&#249; il a r&#233;sid&#233;, il a &#233;t&#233; l'agent des gouvernants contre les peuples : en Arabie saoudite comme au Pakistan puis au Soudan et enfin en Afghanistan.&lt;br /&gt;
C'est en 1993 que Ben Laden s'attaque politiquement aux dirigeants saoudiens les d&#233;non&#231;ant pour avoir accept&#233; de laisser les troupes am&#233;ricaines (plus de 20 000 hommes) sur le sol saoudien apr&#232;s la guerre du Golfe. La premi&#232;re fatwa de Ben Laden d&#233;clare en 1993 : &#171; &lt;i&gt;nous ne pouvons laisser l'arm&#233;e am&#233;ricaine rester dans la r&#233;gion du Golfe et nous prendre notre p&#233;trole, notre argent&lt;/i&gt; &#187; (cit&#233; par Nouvel Observateur du 20 septembre 2001). L'axe de Ben Laden c'est uniquement l'expulsion des troupes am&#233;ricaines de la p&#233;ninsule arabique (notons qu'&#224; l'&#233;poque il ne parlait pas des Palestiniens ni des peuples musulmans opprim&#233;s). Ben Laden, li&#233; &#224; un clan tr&#232;s puissant, n'est pas inqui&#233;t&#233; par le pouvoir. La lutte des terroristes islamistes a d&#233;j&#224; commenc&#233; contre les USA. En d&#233;cembre 1992, attentat dans un h&#244;tel d'Aden (2 morts). En f&#233;vrier 1993, attentat &#224; l'explosif au World Trade Center (six morts et un millier de bless&#233;s). En avril 1994, Ben Laden fonde en Arabie saoudite un groupe politique qui ne fait encore aucune r&#233;f&#233;rence &#224; l'action violente, l'Organisation pour le conseil et la d&#233;fense des droits l&#233;gitimes, qui inonde le pays de tracts contre la gestion calamiteuse des richesses du pays par la royaut&#233;. Ben Laden est alors d&#233;chu de sa citoyennet&#233; saoudienne et sa famille rompt officiellement avec lui. En novembre1995, c'est le d&#233;but des attentats sur le sol saoudien : contre les conseillers am&#233;ricains de la Garde Nationale &#224; Riyad puis en juin 1996, de nouveau en Arabie saoudite, &#224; El Khobar (19 morts). En 1996, du fait de nouvelle frappes am&#233;ricaines contre l'Irak, l'Arabie saoudite est contrainte de se d&#233;marquer de la politique des USA. Ben Laden arriv&#233; en Afghanistan en ayant, gr&#226;ce &#224; ses amis princes, contourn&#233; son interdiction de sortie du territoire saoudien, lance alors son premier appel aux musulmans du monde pour la &#171; djihad contre l'Am&#233;rique &#187; : &#171; &lt;i&gt;depuis plus de sept ans, les Etats-Unis occupent les terres de l'Islam au coeur m&#234;me de son territoire, l'Arabie (saoudite), pillant ses richesses, dominant ses dirigeants, humiliant son peuple, attaquant ses voisins et utilisant les bases de sa p&#233;ninsule comme point de d&#233;part d'attaques contre les peuples islamiques voisins. &#187;&lt;/i&gt;. Puis il y a eu les attentats contre deux ambassades am&#233;ricaines de Dar es-Salam en Tanzanie et de Nairobi au Kenya en 1998 faisant 224 morts entra&#238;nant les frappes de Clinton contre le Soudan et l'Afghanistan (70 missiles depuis enfin l'attentat d'octobre 2000 contre le destroyer &#171; USS Cole &#187; dans le port d'Aden. A l'&#233;poque Clinton avait m&#234;me d&#233;clar&#233; : &lt;i&gt;&#171; nos soldats montent la garde dans une r&#233;gion qui peut faire basculer le monde dans la guerre.&lt;/i&gt; &#187;. Il ne s'agissait pas de l'Afghanistan mais du Golfe. &lt;br /&gt;
Le 31 ao&#251;t 2001, quelques jours avant les attentats, le principal soutien de Ben Laden au sein du pouvoir saoudien : le prince Turki al-Fay&#231;al, fils du roi Fay&#231;al, est d&#233;mis de son poste de responsable des services secrets sur des pressions am&#233;ricaines l'accusant de bloquer toutes les enqu&#234;tes qui se rapportant aux terroristes de Ben Laden.&lt;br /&gt;
Le 19 septembre 2001, devait se tenir le proc&#232;s &#224; Manhattan des terroriste pr&#233;sum&#233;s des ambassades am&#233;ricaines en 1998, proc&#232;s intitul&#233; &#171; Etats Unis d'Am&#233;rique contre Oussama Ben Laden et autres &#187;. Le 11 septembre, si le peuple am&#233;ricain a &#233;t&#233; r&#233;ellement surpris, ce n'est pas le cas de l'Etat am&#233;ricain ni de ses services secrets ou militaires qui savaient qu'un attentat commis par l'organisation de Ben Laden les attendait d'un moment &#224; l'autre. Il suffit pour s'en convaincre de rappeler l'attaque pr&#233;c&#233;dente, celle de 1998 contre les ambassades am&#233;ricaines de Tanzanie et du Kenya o&#249; la responsabilit&#233; du groupe de Ben Laden avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e. Il suffit de citer les titres de la presse de l'&#233;poque : &#171; &lt;i&gt;Washington se pr&#233;pare &#224; une longue bataille contre le terrorisme islamiste&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;&#171; Les Etats-Unis f&#234;teront le mill&#233;naire dans l'angoisse d'attaques terroristes&lt;/i&gt; &#187;. &#171; Le Monde &#187; du 22 ao&#251;t titrait : &#171; Mr Clinton annonce &#171; une lutte de longue haleine &#187; contre le terrorisme &#187;. C'&#233;tait il y a trois ans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combattre la politique d'union nationale de l'imp&#233;rialisme US&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'opinion, am&#233;ricaine comme mondiale, a &#233;t&#233; stup&#233;fi&#233;e par l'attentat, ce n'est pas parce que le terrorisme de Ben Laden &#233;tait une nouveaut&#233;. Bien s&#251;r, le World Trade Center et le Pentagone atteints, c'&#233;tait un choc et cette fois l'Am&#233;rique &#233;tait directement attaqu&#233;e. En effet, ni les bourgeoisies ni les petites bourgeoisies nationalistes du tiers monde, qu'elles se disent progressistes ou soient ouvertement r&#233;actionnaires, n'avaient jamais frapp&#233; ainsi l'imp&#233;rialisme le plus puissant sur son propre sol. Dans toutes les ann&#233;es o&#249; la domination de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, et m&#234;me de la domination imp&#233;rialiste tout court, s'&#233;tait traduite par des attaques criminelles de grande envergure contre des peuples ou des dirigeants de pays pauvres, jamais on n'avait connu de r&#233;action s'attaquant &#224; la m&#233;tropole. Au bombardement massif du Vietnam n'avait r&#233;pondu aucun acte de vengeance contre les USA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A quoi sert le discours d'union nationale ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Cependant l'attentat du 11 septembre n'a pas r&#233;ellement port&#233; atteinte au capitalisme am&#233;ricain contrairement &#224; ce que voudraient croire les peuples qui d&#233;testent l'Am&#233;rique &#224; cause des exactions de l'imp&#233;rialisme. Le terrorisme de Ben Laden a surtout frapp&#233; des employ&#233;s de bureaux, des services municipaux et des petites gens. Il a surtout amen&#233; la plupart des Am&#233;ricains &#224; se serrer les coudes contre les terroristes, ce qui signifie malheureusement se mettre &#224; la remorque du gouvernement et la classe dirigeante am&#233;ricains. Cela a tellement bien march&#233; qu'un commentateur radio am&#233;ricain cit&#233; par France Info s'exclamait le 12 septembre : &#171; &lt;i&gt; il n'y a plus de riches et plus de pauvres, plus de noirs et plus de blancs, il n'y a que des Am&#233;ricains.&lt;/i&gt; &#187; En soudant le peuple am&#233;ricain derri&#232;re ses dirigeants en pleine crise &#233;conomique, au moment o&#249; les travailleurs am&#233;ricains subissaient des licenciements massifs, Ben Laden a rendu un fier service aux capitalistes am&#233;ricains. Son action sert de justification non seulement &#224; la guerre actuelle mais &#224; tous les sacrifices que les patrons voulaient faire subir aux travailleurs. Car contrairement &#224; l'image qui en est souvent donn&#233;e &#224; l'ext&#233;rieur l'Am&#233;rique n'est pas le pays des milliardaires et est m&#234;me tr&#232;s prol&#233;tarienne (le prol&#233;tariat industriel le plus important en nombre du monde). En un sens, Bush peut dire merci &#224; Ben Laden qui lui a permis d'accr&#233;diter l'id&#233;e que, riches ou pauvres, tous les Am&#233;ricains doivent s'unir pour d&#233;fendre le pays, d&#233;fendre l'&#233;conomie et accepter des sacrifices pour d&#233;fendre leur s&#233;curit&#233;. Finie la lutte de classe, vive l'union nationale patriotique. Le milliardaire saoudien Ben Laden tient &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me discours lui qui, voudrait faire croire &#224; tous les musulmans que tous, riches ou pauvres, doivent se ranger derri&#232;re son organisation fasciste &#224; la solde d'une bande de financiers, de princes du p&#233;trole, et de tueurs. L'un comme l'autre voudraient effacer la lutte des classes et camoufler les int&#233;r&#234;ts de classe qu'eux-m&#234;mes d&#233;fendent d'abord et avant tout contre leurs propres peuples.&lt;br /&gt; L'objectif de ces discours simplistes, c'est que les peuples se retrouvent pi&#233;g&#233;s, contraints de suivre l'un ou l'autre des deux camps. C'est bien ce qui se produit et cette polarisation est d'autant plus dramatique que les peuples n'ont ainsi que le choix entre deux politiques criminelles. Mais cette image est mensong&#232;re : le monde ne se r&#233;sume pas &#224; la lutte entre Ben Laden et Bush, ni entre un milliardaire terroriste saoudien et un autre milliardaire terroriste am&#233;ricain. Ce n'est pas Ben Laden qui peut menacer l'ordre imp&#233;rialiste m&#234;me s'il a &#233;t&#233; capable, le 11 septembre, de ridiculiser le FBI et la CIA. L'arm&#233;e am&#233;ricaine n'a aucun mal de d&#233;montrer quelques jours plus tard qu'aucun r&#233;gime et aucune bande terroriste ne peut rivaliser avec la violence organis&#233;e de la plus grande puissance capitaliste. Mais surtout, ce n'est pas de ce c&#244;t&#233; que l'imp&#233;rialisme peut &#234;tre r&#233;ellement menac&#233; mais du c&#244;t&#233; des peuples r&#233;volt&#233;s, dont Ben Laden n'est nullement un leader, et du c&#244;t&#233; des classes ouvri&#232;res dont il est un ennemi mortel car c'est un dirigeant d'extr&#234;me-droite d'une bourgeoisie &#224; vis&#233;es fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La crise am&#233;ricaine est-elle li&#233;e aux attentats ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Bien des commentateurs avaient pr&#233;dit que le 11 septembre allait plomber l'&#233;conomie capitaliste mondiale, d&#233;j&#224; malade, mais, dans le mois qui a suivi, on ne peut pas dire que le pronostic se soit confirm&#233;. Si le Dow Jones a connu &#224; l'ouverture de Wall Street le 17 septembre la plus forte baisse de son histoire (684,8 points), depuis elle s'est relev&#233;e et toutes les bourses du monde en ont fait autant, retrouvant en gros exactement le m&#234;me cours qu'avant le 11 septembre. Mis &#224; part des secteurs tr&#232;s particuliers psychologiquement li&#233;s aux attentats comme les compagnies a&#233;riennes qui ont connu une forte baisse et des secteurs li&#233;s aux armements qui ont connu une hausse, le 11 septembre ne semble pas avoir chang&#233; grand chose &#224; la morosit&#233; &#233;conomique qui pr&#233;valait avant le 11 septembre. Olivier Blanchard, pr&#233;sident du d&#233;partement d'&#233;conomie du Massachusetts Institute of Technology d&#233;clarait : &#171; &lt;i&gt;Il s'agit d'une catastrophe gigantesque &#224; l'&#233;chelle humaine, mais ses r&#233;percussions seront sans doute tr&#232;s r&#233;duites &#224; l'&#233;chelle macroscopique. (...) Le co&#251;t estim&#233; des d&#233;g&#226;ts repr&#233;sente la moiti&#233; du budget n&#233;cessaire apr&#232;s l'ouragan Andrews.(...) L'impact sur le produit int&#233;rieur brut ne sera pas significatif : tout au plus une perte de 0,5% sur un an.&lt;/i&gt; &#187; Bien s&#251;r, le pr&#233;tendu &#233;lan de patriotisme et de solidarit&#233; am&#233;ricaine n'a exist&#233; qu'en paroles du c&#244;t&#233; des capitalistes. Les financiers ne sont solidaires que de leur portefeuille et les compagnies a&#233;riennes ont montr&#233; l'exemple en n'attendant pas plus de trois heures apr&#232;s les attentats pour annoncer des licenciements massifs. Leur solidarit&#233; pr&#233;tendue avec le peuple am&#233;ricain ne les a pas emp&#234;ch&#233; de faire perdre leur gagne pain &#224; des milliers de familles ! Mais, m&#234;me dans ce secteur, ce n'&#233;tait rien de vraiment neuf puisque quinze jours avant ces compagnies avaient sans succ&#232;s, menac&#233; de lourdes sanctions contre les salari&#233;s si l'Etat am&#233;ricain ne venait pas &#224; leur aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Quelle guerre m&#232;nent les USA ... dans leur propre pays ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Depuis, c'est toute l'&#233;conomie qui a connu une vague sans pr&#233;c&#233;dent de licenciements mais cette vague avait en r&#233;alit&#233; commenc&#233; bien avant le 11 septembre. Il est donc tout &#224; fait mensonger d'attribuer &#224; Ben Laden les sacrifices que le capitalisme impose aux travailleurs am&#233;ricains. La r&#233;cession am&#233;ricaine ne doit probablement rien au 11 septembre. Par contre, la r&#233;action de l'Etat am&#233;ricain et des grandes firmes capitalistes a &#233;t&#233; rendue possible par le choc suscit&#233; par les attentats.&lt;br /&gt; Les Etats-Unis ont, gr&#226;ce &#224; l'&#233;lan populaire, fait accepter des dizaines de milliards d'aide de l'Etat aux capitalistes sous pr&#233;texte de d&#233;fense de la population contre le terrorisme. Ils ont fait accepter aussi des centaines de milliers de licenciements qui seraient s&#251;rement pass&#233;s bien plus difficilement sans le pr&#233;texte des attentats. Et il s'agit bien d'un pr&#233;texte car l'&#233;conomie am&#233;ricaine ne s'en porte pas plus mal. On peut m&#234;me dire que la r&#233;action financi&#232;re massive de l'Etat (notamment 17,5 milliards de dollars d'aide au transport a&#233;rien et 40 milliards d'aide &#224; la reconstruction, sans compter les d&#233;penses militaires et de s&#233;curit&#233;) qu'ont permis les attentats a probablement sauv&#233; la bourse d'un krach annonc&#233;. L'&#233;conomie peut m&#234;me se redresser un peu si l'Etat effectue des d&#233;penses importantes en armement. Cependant si l'on est r&#233;ellement rentr&#233;s dans une p&#233;riode de r&#233;cession, cela ne suffira pas. L'Etat peut aider les capitalistes mais est incapable de soutenir &#233;ternellement le march&#233; s'il s'effondre. Du coup, il est clair que les capitalistes am&#233;ricains et leur syndicat, l'Etat, ont calcul&#233; que l'on entrait dans une p&#233;riode de difficult&#233;s et peut-&#234;tre m&#234;me de r&#233;cession et qu'ils n'ont pas l'intention d'en faire les frais. Ils misent sur la baisse des affaires, d&#233;sinvestissent et licencient. Autant dire qu'ils ont l'intention de faire payer les sacrifices aux travailleurs, et d'abord aux travailleurs am&#233;ricains. Et ils ont bien l'intention de faire en sorte que le climat de mobilisation et d'unit&#233; nationale cr&#233;&#233; par les attentats les y aide. La deuxi&#232;me guerre qui a lieu en ce moment, c'est celle des capitalistes am&#233;ricains contre leur classe ouvri&#232;re. Pour eux, les attentats sont le pr&#233;texte &#224; une offensive anti-ouvri&#232;re. Ils affirment que les licenciements et la r&#233;cession sont li&#233;s et que les sacrifices qu'ils veulent imposer sont de la solidarit&#233; nationale !&lt;br /&gt; L'attaque terroriste a en effet suscit&#233; l'une des plus grandes vagues de solidarit&#233; avec la classe dirigeante que le pays ait connu. La population am&#233;ricaine y a vu le seul moyen de combattre la peur d'abord et le terrorisme ensuite. La classe dirigeante y a vu une occasion de faire passer sans r&#233;action des attaques contre la classe ouvri&#232;re les plus massives l&#224; aussi que le pays ait connu. Pour les travailleurs, la lutte contre les licenciements et autres attaques contre les salaires et condition de travail sera rendue encore plus difficile par l'ambiance entretenue depuis les attentats. C'est ce qu'ont voulu exprimer les travailleurs d'un Etat, le Minnesota, o&#249; les employ&#233;s ont fait la gr&#232;ve et la manifestation la plus massive jamais connu dans cette r&#233;gion pour affirmer : &#171; &lt;i&gt;les attentats ne signifient pas que l'on n'a plus le droit de faire gr&#232;ve !&lt;/i&gt; &#187; Le succ&#232;s de leur d&#233;monstration est plut&#244;t encourageant pour la suite des luttes que peuvent mener les travailleurs malgr&#233; la situation et l'ambiance de guerre et de nationalisme. Malgr&#233; le climat anti-gr&#232;ve, des travailleurs ont commenc&#233; &#224; lutter contre les vagues de licenciements. Des travailleurs d'A.Tet T, de Lucent et d'autres entreprises qui jettent &#224; la rue des milliers de salari&#233;s ont manifest&#233; et organis&#233; des meetings.&lt;br /&gt; En tout cas, c'est bien de c&#244;t&#233; qu'il faut s'orienter. Par del&#224; les manifestations qui sont bien s&#251;r n&#233;cessaires contre la guerre imp&#233;rialiste, ce qui importe c'est que les travailleurs ne se laissent pas emporter par l'ambiance d'unit&#233; nationale, qu'ils d&#233;fendent et d&#233;veloppent leurs propres luttes de classe. Dans les pays riches o&#249; la classe ouvri&#232;re est en train de payer les frais de la crise du capitalisme, elle ne peut se battre qu'en d&#233;fendant ses propres int&#233;r&#234;ts de classe et en refusant de se solidariser avec sa classe dirigeante. Elle doit non seulement d&#233;noncer la guerre mais souhaiter que sa classe dirigeante soit vaincue dans cette guerre et mener son propre combat contre les dirigeants imp&#233;rialistes. Dans ces conditions, il est indispensable que les r&#233;volutionnaires soient clairement d&#233;marqu&#233;s des &#171; gauches &#187; qui sous un langage humanitaire enrobent la m&#234;me marchandise imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;	Quelle alternative dans les pays pauvres ?&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;Et, dans les pays o&#249; la d&#233;magogie d'un Ben Laden peut prendre du poids, c'est aussi de ce c&#244;t&#233; qu'il faut se tourner pour l'emp&#234;cher. Ce n'est que l'&#233;chec des luttes ouvri&#232;res comme en 1988 en Alg&#233;rie qui a permis &#224; cette extr&#234;me-droite de se pr&#233;tendre une perspective pour les masses pauvres. Le peuple palestinien, par exemple, ne s'est tourn&#233; vers les islamistes (bien des ann&#233;es apr&#232;s avoir commenc&#233; son combat) que par d&#233;sespoir, parce que sa direction nationaliste l'a emp&#234;ch&#233; de mener sa lutte aux c&#244;t&#233;s des exploit&#233;s de Jordanie, du Liban ou d'Egypte, lui &#244;tant une grande partie de sa force. C'est seulement sur le terrain de classe que l'on peut d&#233;masquer les islamistes.&lt;br /&gt;
Il faut que la classe ouvri&#232;re montre que son combat s'attaque vraiment au capitalisme contrairement &#224; celui, d&#233;magogique, des islamistes li&#233;s &#224; des grands bourgeois comme Ben Laden et sa clique de milliardaires du Golfe. Qu'elle montre aussi que les perspectives d'avenir qu'elle repr&#233;sente peuvent permettre au exploit&#233;s de se lib&#233;rer de la mis&#232;re et de la dictature alors que la d&#233;magogie d'un Ben Laden leur offre, s'il l'emporte, d'ob&#233;ir &#224; une dictature encore plus f&#233;roce &#233;tay&#233;e par les plus arri&#233;r&#233;s des oul&#233;mas d'Arabie saoudite et sans d'avantage voir la couleur de l'argent du p&#233;trole, sans changer leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;REFERENCES&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Sur Ben Laden&lt;br /&gt;
Ben Laden et l'Am&#233;rique, Florent Blanc, Editions Bayard&lt;br /&gt;
Au nom d'Oussama Ben Laden, Roland Jacquard, Editions Jean Picollec&lt;br /&gt;
Le Monde diplomatique d'avril 2000, septembre 1997 et ao&#251;t 1995&lt;br /&gt;
Biographie de Ben Laden (sur internet : frontline)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les financiers de Ben Laden&lt;br /&gt;
Rapport financier pour le service des imp&#244;ts am&#233;ricain mis &#224; jour en 2001 sur internet (Intelligence Online) et int&#233;gralement publi&#233; par le journal alg&#233;rien &#171; El Watan &#187; (&#233;galement disponible sur internet)&lt;br /&gt;
Rapport du D&#233;partement d'Etat am&#233;ricain d'ao&#251;t 1996 (disponible sur internet : outpost-of-freedom.com)&lt;br /&gt;
Le Monde du 18 septembre 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'Arabie saoudite&lt;br /&gt;
La dictature prot&#233;g&#233;e, Jean-Michel Foulquier, Albin Michel&lt;br /&gt;
Rapport d'Amnesty International : &#171; campagne sur l'Arabie saoudite &#187; et &#171; rapport annuel de 2000 &#187;&lt;br /&gt;
Courrier International du 11 octobre 2001&lt;br /&gt;
Le Monde du 12 octobre 2001&lt;br /&gt;
Jeune Afrique du 19 octobre 1989&lt;br /&gt;
Afrique-Asie n&#176; 122 de novembre 1999&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les Emirats&lt;br /&gt;
Les Etats du Golfe, de la prosp&#233;rit&#233; &#224; l'implosion, Ferhad Rad-Serecht, Editions ESKA&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Annexes&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Ben Laden, un dirigeant du monde capitaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&#171; Rapport sur les ramifications financi&#232;res&lt;br /&gt;
de la n&#233;buleuse islamiste de Ben Laden&lt;br /&gt;
(extraits du journal alg&#233;rien &#171; El Watan &#187;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis plusieurs jours, de Washington &#224; Paris, des experts de la lutte antiterroriste &#233;voquent &#224; mots couverts l'existence d'un &#233;pais rapport financier d&#233;crivant toutes les structures financi&#232;res soutenant les activit&#233;s d'Oussama Ben Laden. Intelligence Online a obtenu une copie de ce document confidentiel, de 71 pages, r&#233;dig&#233; en d&#233;cembre 1999 et actualis&#233; pour la derni&#232;re fois en juin 2001. Eu &#233;gard &#224; l'importance des informations qu'il contient, notamment sur les appuis persistants du chef int&#233;griste en Arabie Saoudite, aux Emirats arabes unis et en Grande-Bretagne, nous avons pris la d&#233;cision de diffuser ce rapport. Il est en ligne sur notre site web. Naturellement, les &#233;l&#233;ments qu'il pr&#233;sente pr&#233;cisent la nature des liens entre la finance internationale, le groupe int&#233;griste Al Qaida, dirig&#233; par Oussama Ben Laden, et la diplomatie parall&#232;le des Etats-Unis et de l'Arabie Saoudite. &lt;br /&gt;
La r&#233;daction &lt;i&gt;d'El Watan&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Intitul&#233; &#171; Environnement &#233;conomique d'Oussama Ben Laden &#187;, il est l'oeuvre d'un expert international des enqu&#234;tes financi&#232;res, ayant travaill&#233; sur ce sujet dans le cadre d'une mission pour un organisme fiscal. A la demande expresse de ce sp&#233;cialiste, nous nous sommes engag&#233;s &#224; ne pas r&#233;v&#233;ler son identit&#233;. Le rapport nous permet de distinguer trois types de supports financiers : les entreprises et les banques poss&#233;dant un lien capitalistique direct avec Oussama Ben Laden ; les hommes d'affaires influents sur les places financi&#232;res et proches du terroriste ; enfin, et pas des moindres, les organisations caritatives charg&#233;es de recruter des membres et d'organiser la circulation d'argent liquide. Cette derni&#232;re cat&#233;gorie de supports permet de financer les r&#233;seaux dormants, en Europe ou aux Etats-Unis. Quant aux deux premi&#232;res, elles servent au soutien de la t&#234;te de pont : l'organisation Al Qaida. &lt;br /&gt;
Sur les liens capitalistiques directs avec des entreprises et des banques, tous les &#233;l&#233;ments renvoient au Soudan. Des facteurs historiques l'expliquent. En 1989, apr&#232;s le retrait des troupes sovi&#233;tiques d'Afghanistan, les services secrets saoudiens et la CIA ont cherch&#233; &#224; d&#233;manteler les bases au Pakistan des l&#233;gions de mujahidine arabes (principalement des Egyptiens), qu'ils avaient form&#233;es en recrutant dans tout le Moyen-Orient. Oussama Ben Laden dirigeait alors la Maison Dar Al-Diafa de Peshawar, o&#249; il supervisait l'enr&#244;lement des combattants et le financement des activit&#233;s &#8212; gr&#226;ce &#224; des fonds d&#233;bloqu&#233;s par le chef des services saoudiens, le prince Turki Al Fay&#231;al. S'opposant au d&#233;mant&#232;lement des sites pakistanais, il gagne l'Afghanistan accompagn&#233; de quelques fid&#232;les d'origine &#233;gyptienne. Il y fonde le camp de Kunar, pr&#232;s de Jelalabad, depuis lequel il entend poursuivre la guerre sainte, nagu&#232;re entam&#233;e contre les Sovi&#233;tiques.&lt;br /&gt;
&#171; Cependant, une partie du clan du roi Fahd, au pouvoir en Arabie Saoudite, n'appr&#233;cie gu&#232;re cette dissidence trop voyante. Certains barons multiplient les invectives d'ordre &#233;conomique contre sa famille qui dirige le premier groupe de BTP du pays, Saudi Binladin Group (bas&#233; &#224; Djeddah, une soci&#233;t&#233; fond&#233;e en 1931, durant la cr&#233;ation du royaume, par le p&#232;re d'Oussama, cheikh Mohammed Ben Laden, ami intime du roi). Ainsi, pour poursuivre sa guerre sainte, Oussama Ben Laden comprend qu'il doit disposer de sa propre structure financi&#232;re, ind&#233;pendante des affaires familiales et des finances officielles. &lt;br /&gt;
&#171; Quittant l'Afghanistan en 1990 o&#249; sa pr&#233;sence est jug&#233;e encombrante, il s'installe &#224; Khartoum, au Soudan,&lt;br /&gt;
o&#249; il choisit de cr&#233;er une ossature financi&#232;re qu'il pourrait ma&#238;triser. En 1991, il participe &#224; l'&#233;mergence d'une nouvelle banque, la Al-Shamal Islamic Bank (PO box 10036, Khartoum, Soudan), dans laquelle il investit 50 millions de dollars. Cette somme repr&#233;sente alors 1/6e de sa fortune personnelle ; il a h&#233;rit&#233; de 300 millions $ apr&#232;s la mort de son p&#232;re (d&#233;c&#233;d&#233; en 1967, l'actuel chef du clan Ben Laden &#233;tant le fr&#232;re a&#238;n&#233; en vie, Bakr Ben Laden). &lt;br /&gt;
&#171; A cette &#233;poque, plusieurs institutions saoudiennes et &#233;miraties prennent des parts dans la banque Al-Shamal, alors que les intentions d'Oussama sont d&#233;j&#224; claires. Il s'agit de la Dubai Islamic Bank, mais aussi de la banque Dar Al Maal Al Islami (DMI), dirig&#233;e par le prince Mohammed Al Faisal Al Saoud d'Arabie Saoudite, cousin germain du roi Fahd. Note : au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es, la DMI a financ&#233; l'essentiel des mouvements islamistes radicaux que soutiennent les wahhabites au pouvoir &#224; Riyad. Outre cet &#233;tablissement financier, Oussama Ben Laden souhaite disposer d'une holding bas&#233;e &#224; Khartoum et capable de faire fructifier sa fortune. Il cr&#233;e la soci&#233;t&#233; Wadi Al Aqiq, laquelle va investir au Soudan, mais aussi au Kenya et au Y&#233;men, dans l'&#233;lectricit&#233;, l'&#233;dition (activit&#233; fondamentale pour son pros&#233;lytisme) et l'agroalimentaire.&lt;br /&gt;
&#171; Cette phase soudanaise est essentielle pour comprendre la puissance actuelle d'Al Qaida. Khartoum est alors le &#171; Hano&#239; du monde arabe &#187; ; m&#234;me le terroriste Carlos y r&#233;side. Les &#171; Afghans &#187; y rencontrent les combattants du jihad &#233;gyptien qui fuient la r&#233;pression des services du Caire. Tous se rapprochent d'Oussama Ben Laden, jeune leader d&#233;termin&#233;, &#224; la t&#234;te d'une v&#233;ritable fortune. Deuxi&#232;me &#233;tape dans la constitution des circuits financiers du terroriste : l'&#233;tablissement de liens avec des hommes d'affaires internationaux, familiers des montages de fiduciaires dans les paradis fiscaux. Le premier alli&#233; de Ben Laden dans ce domaine s'appelle Khaled Ben Mahfouz, un personnage cl&#233;, bien connu de tous les services de renseignement pour son r&#244;le central dans le scandale de la BCCI (banque d'origine pakistanaise, reconnue coupable de l'une des plus vastes op&#233;rations de blanchiment du si&#232;cle, liquidation prononc&#233;e le 2 juillet 1991). Inculp&#233; aux Etats-Unis en 1992, ce Saoudien est surtout le patriarche de l'une des plus riches familles de la plan&#232;te, avec des actifs &#233;valu&#233;s &#224; 2,4 milliards de dollars, et des participations dans l'une des plus grandes banques saoudiennes, la National Commercial Bank (si&#232;ge social au 3555, King Abdul Street, Djeddah). &lt;br /&gt;
&#171; Derni&#232;re cat&#233;gorie d'appuis sur lesquels Al Qaida peut se reposer : les organisations caritatives. Le rapport financier d&#233;signe surtout International Islamic Relief Association (IIRO), un &#233;l&#233;ment confirm&#233; par le document des services jordaniens. L'IIRO est implant&#233;e 3, Worcester Street, &#224; Oxford, en Grande-Bretagne. Elle organise des collectes et distribue des fonds qu'elle re&#231;oit de la Rabitat Alam Islami, la Ligue islamique saoudienne, pr&#233;sente dans 90 pays (notamment en Tch&#233;tch&#233;nie et en Bosnie), forte d'un budget de 5 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Avertissement : ce rapport, obtenu par la r&#233;daction d'Intelligence Online, se donne pour objectif d'identifier les organisations (financi&#232;res, commerciales, caritatives) susceptibles de soutenir ou d'avoir soutenu le chef islamique int&#233;griste Oussama Ben Laden.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&#171; Environnement &#233;conomique de Ben Laden&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
1/ Le Saudi Ben Laden GROUP et ses filiales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A/ Saudi Ben Ladin group&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B/ SICO (SUISSE)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C/ SICO (structures Offshore et Londres)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Ossama Ben Laden et les institutions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A/ Les investissements identifi&#233;s Oussama Ben Laden&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B/ Al-Shamal Islamic Bank&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C/ Gum Arabic compagny LTD&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D/ Le site de production chimique d'Al Shifa El Duba&#239; Islamic Bank&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ Ossama Ben Laden et les organisations caritatives et humanitaires islamistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/ Les relations &#233;conomiques des membres des r&#233;seaux Oussama Ben Laden&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note de synth&#232;se&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;tude a port&#233; sur les structures et la p&#233;riph&#233;rie des structures susceptibles d'avoir facilit&#233;, par leur complexit&#233; et leur opacit&#233;, des connexions avec l'environnement &#233;conomique, financier ou terroriste, direct ou indirect, Oussama Bin Laden, n&#233; le 30 juillet 1957 &#224; Djeddah (Arabie Saoudite).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;sum&#233;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&#171; Plusieurs liens capitalistiques ont pu &#234;tre &#233;tablis entre Ossama Bin Laden et le groupe familial Saudi Ben Laden Group, ainsi qu'avec des proches, sinon des membres de la famille royale saoudienne. &lt;br /&gt;
Ces liens apparaissent notamment &#224; l'examen des r&#233;seaux financiers du groupe en Europe et des op&#233;rations ext&#233;rieures ou des investissements conduits par les r&#233;seaux financiers ou humanitaires saoudiens &#224; l'&#233;tranger. Les rapprochements sont souvent le fait de personnalit&#233;s appartenant &#224; des r&#233;seaux financiers frauduleux connus (notamment celui de la BCCI). &lt;br /&gt;
Les principaux &#233;l&#233;ments recueillis concernent : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Saudi Ben Laden Group (notamment par le biais de sa filiale SICO) : La proximit&#233; de certains&lt;br /&gt;
repr&#233;sentants europ&#233;ens avec Azzam Publications, soci&#233;t&#233; proche Oussama Bin Laden, un lien avec un membre du Jihad Islamique palestinien, un transfert de fonds inexpliqu&#233; au profit de la banque allemande BVH dont les dirigeants font l'objet d'une proc&#233;dure judiciaire pour banqueroute, blanchiment et escroquerie. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le syst&#232;me bancaire islamique : Le soutien apport&#233; par le biais de la Faisal Islamic Bank aux montages financiers Oussama Bin Laden au Soudan au travers de la banque AI Shamal, le soutien apport&#233; aux actionnaires du site d'Al Shifa, et le maintien en activit&#233; de certains membres des r&#233;seaux Oussama Bin Laden, les interconnexions avec le r&#233;seau frauduleux de la BCCI. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les organisations caritatives et humanitaires islamiques officielles : Les connexions entre le r&#233;seau de l'International lslamic Relief Organisation et les r&#233;seaux financiers soudanais, le soutien apport&#233; &#224; Ossama Bin Laden par une organisation &#224; vocation humanitaire dirig&#233;e par le beau-fr&#232;re du roi Fahd. &lt;br /&gt;
Plusieurs intervenants transversaux apparaissent &#224; l'issue de l'&#233;tude : &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;seau frauduleux de la BCCI dont les principaux acteurs gravitant autour de Ghaith Pharaon sont&lt;br /&gt;
identifi&#233;s &#224; plusieurs reprises (Khalid ain Mahfouz, Adnan AI Fulaij, Kamal Adham, Roger Tamraz). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;seau de la mouvance islamiste (Aasim Nicolas Ziadeh, Mona et Hisham AI-Solh). &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;seau financier saoudien d&#233;velopp&#233; sur la base de la holding Dar AI Maal AI Islami (DMI). &lt;br /&gt;
Le r&#233;seau financier identifi&#233; autour d'Oussama Ben Laden et de ses investissements correspond dans son architecture g&#233;n&#233;rale au r&#233;seau mis en place dans les ann&#233;es 80 par la BCCI pour ses op&#233;rations frauduleuses, avec souvent une identit&#233; des acteurs (anciens dirigeants ou cadres de la banque et de ses filiales, marchands d'armes et de p&#233;trole, investisseurs saoudiens...) et parfois des structures. &lt;br /&gt;
L'&#233;tude rel&#232;ve le suivi des r&#233;seaux de financement de la BCCI en d&#233;pit de l'appui parall&#232;le dont b&#233;n&#233;ficie&lt;br /&gt;
Ossama Bin Laden de la part des mouvements politiques ou terroristes de la mouvance islamiste. &lt;br /&gt;
La convergence des int&#233;r&#234;ts financiers et terroristes, r&#233;alis&#233;e notamment en Grande-Bretagne et au Soudan, ne semble pas avoir constitu&#233; un obstacle par rapport aux objectifs poursuivis. &lt;br /&gt;
La conjonction d'un r&#233;seau terroriste adoss&#233; &#224; une vaste structure de financement est le trait dominant des op&#233;rations conduites par Ossama Bin Laden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guerre&lt;/strong&gt; contre l'Irak et rivalit&#233;s imp&#233;rialistes &lt;br /&gt;
Bush annonce d&#233;sormais une guerre longue et difficile. Les dirigeants am&#233;ricains entendent &#233;videmment poursuivre, quitte &#224; s'y enliser, l'aventure militariste et meurtri&#232;re, &#224; grand renfort d'armes de destruction massive. Ils en font un enjeu majeur et une d&#233;monstration de force, non seulement vis-&#224;-vis des peuples du Moyen-Orient et du Tiers-Monde, mais des autres pays imp&#233;rialistes, lesquels tentent de sauvegarder comme ils peuvent les int&#233;r&#234;ts de leurs trusts respectifs dans la r&#233;gion. &lt;br /&gt;
Comme au temps des guerres coloniales, les grandes puissances se d&#233;fient et se repartagent les r&#233;gions riches en mati&#232;res premi&#232;res, en l'occurrence en p&#233;trole, par peuples interpos&#233;s. Aux chefs des grandes puissances les psychodrames diplomatiques, les marchandages en sous-main, le poker menteur, les &#233;clats et les rabibochages. Aux peuples livr&#233;s depuis des d&#233;cennies &#224; des dictateurs longtemps parrain&#233;s par les m&#234;mes grandes puissances, les bombardements et les destructions apocalyptiques. Le malheureux peuple irakien paiera pour la seconde fois (en fait la troisi&#232;me, car il ne faut pas oublier les huit ans de cette terrible guerre contre l'Iran t&#233;l&#233;guid&#233;e par les grandes puissances) le r&#233;&#233;quilibrage des int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes dans la r&#233;gion.&lt;br /&gt;
Comme en 1991, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain est l'agresseur patent&#233;. Le chef de la meute imp&#233;rialiste tient &#224; r&#233;affirmer ses droits et sa part r&#233;galienne partout dans le monde. C'est r&#233;current et la fin de l'URSS n'a en rien r&#233;duit les interventions militaires am&#233;ricaines, elle a, au contraire, donn&#233; aux USA plus de libert&#233; de man&#339;uvre. En 1991, les dominants subalternes avaient &#233;mis de tr&#232;s timides r&#233;serves pour s'aligner rapidement et participer sans regimber &#224; l'agression. Bush 1er leur avait m&#234;me peu ou prou fait payer la facture de la guerre ! A titre de revanche (car l'histoire n'est jamais &#233;crite d'avance, m&#234;me par le roi des brigands), les affid&#233;s mirent &#224; profit les douze ann&#233;es d'embargo qui suivirent pour passer des contrats avec Saddam Hussein, et se partager joyeusement sur le terrain le butin escompt&#233;. En red&#233;ployant aujourd'hui son armada, Bush II saisit l'occasion de leur faire l&#226;cher les plus beaux morceaux de la proie esp&#233;r&#233;e.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Sus &#224; la &#034; reconstruction &#034; &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Cette fois, le sc&#233;nario, du moins avant le d&#233;clenchement des op&#233;rations, s'est un peu modifi&#233;. Certains des vassaux, la France, l'Allemagne, la Russie et m&#234;me la Chine, forts de leurs mirifiques arrangements avec le r&#233;gime irakien, appr&#233;cient peu la nouvelle aventure militariste am&#233;ricaine. Adieu veaux, vaches, cochons, couv&#233;es des champs de p&#233;trole ? Que faire ? A quel jeu perdra-t-on le moins ? En participant ? En refusant ? En d&#233;fiant le chef de meute ou en l'assistant ? On h&#233;site. On calcule, on suppute, on marchande. On oscille. Le camp europ&#233;en se partage et Chirac de se r&#234;ver un instant prix Nobel de la paix ! Puis la guerre commence. S'annonce plus longue que pr&#233;vue. Blair et Chirac reprennent langue. Le gouvernement fran&#231;ais se ravise quelque peu : &lt;i&gt;&#034; Il ne faut pas se tromper d'ennemi. Il faut souhaiter la victoire de la d&#233;mocratie, c'est-&#224;-dire des Etats-Unis, contre la dictature de Saddam Hussein &#034;,&lt;/i&gt; d&#233;clare Raffarin. De Villepin rench&#233;rit.&lt;br /&gt;
En attendant ladite victoire qui pourrait se r&#233;v&#233;ler fort co&#251;teuse et aux r&#233;sultats politiques bien incertains, les rivaux et n&#233;anmoins alli&#233;s, &#034; ces brigands riv&#233;s &#224; la m&#234;me cha&#238;ne &#034; comme disait Trotsky, se disputent d&#233;j&#224; la &#034; reconstruction &#034; de l'Irak... financ&#233;e par les recettes p&#233;troli&#232;res du pays, autrement dit n&#233;gocient &#226;prement le pillage programm&#233; de ses futures ressources. Tous les barons de l'&#233;conomie et leurs sous-traitants sont sur les rangs, en Am&#233;rique comme en Europe : ceux du secteur p&#233;trolier bien s&#251;r, mais aussi du b&#226;timent et travaux publics, de la t&#233;l&#233;phonie, de l'automobile, des transports, des lignes &#224; haute tension... jusqu'aux &#233;diteurs des manuels scolaires !&lt;br /&gt;
Et voil&#224; le plus beau : le r&#244;le de l'Onu, dans cette m&#234;l&#233;e des pr&#233;dateurs. Pourquoi nos Chirac (et ses groupies de feu la gauche plurielle), nos Poutine et autres Schr&#246;der sont-ils si attach&#233;s aux r&#233;solutions de l'Onu ? Pour administrer la paix et le bonheur des peuples ? Plaisanterie. Non, pour affaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
La v&#233;rit&#233; tout nue vient de la bouche du Medef, via &lt;i&gt;Le Figaro. &lt;/i&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment d'un monsieur Jean-Marie Aouste, membre de la cellule du Medef qui avait coordonn&#233; &#034; l'effort fran&#231;ais de reconstruction &#034; au Kosovo. &lt;i&gt;Le Figaro-&#233;conomie &lt;/i&gt;du 31 mars dernier commente et rapporte ses propos dans un article intitul&#233; &lt;i&gt;&#034;Les patrons fran&#231;ais ont besoin de l'Onu&#034;&lt;/i&gt; : &lt;br /&gt;
Un vent d'inqui&#233;tude souffle sur les milieux d'affaires fran&#231;ais. L'Irak, dont la France fut pendant longtemps le premier fournisseur, va-t-il subitement devenir un pr&#233; carr&#233; am&#233;ricain ?(...) Le minist&#232;re de l'Economie et le Medef international ont d&#233;cid&#233; de r&#233;agir et d'organiser jeudi une r&#233;union pour coordonner les actions des entreprises fran&#231;aises. N'est-il pas trop tard ? (...) Il n'y aura pas de participation importante de la France dans la reconstruction sans une r&#233;solution de l'Onu. C'est la conviction de la diplomatie fran&#231;aise, mais aussi de Jean-Marie Aouste, qui rappelle que &#034;depuis le Kowe&#239;t, la France n'a jou&#233; un r&#244;le substantiel dans la reconstruction d'un pays que lorsque celle-ci &#233;tait r&#233;gie par une r&#233;solution de l'Onu &#034;. L'exemple du Kowe&#239;t est dans tous les esprits : en 1991, apr&#232;s la guerre du Golfe, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne s'&#233;taient taill&#233; la part du lion. Gerhard Schr&#246;der a plaid&#233; vendredi dernier pour que l'Onu s'empare des r&#234;nes de la reconstruction. M&#234;me Tony Blair, lors de sa derni&#232;re rencontre avec George W. Bush, a appel&#233; de ses v&#339;ux un tel sc&#233;nario.&lt;br /&gt;
Si l'Onu se voyait confier cette t&#226;che, les entreprises fran&#231;aises seraient sur les rangs. Quelques grands groupes du b&#226;timent (Bouygues, Vinci), qui ont d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; des infrastructures &#224; Bagdad, l'&#233;quipementier Alcatel ou encore TotalFinaElf sont pr&#234;ts &#224; proposer leurs services. Leur participation &#224; la reconstruction b&#233;n&#233;ficierait, par effet de domino, &#224; toute une kyrielle de PME. Au Syndicat des entreprises de g&#233;nie &#233;lectrique (Serce), on estime, par exemple, que &#034; si TotalFinaElf r&#233;ussit &#224; faire valoir un certain nombre de contrats, il est tr&#232;s probable que les entreprises r&#233;unies au sein du Serce feraient partie des bagages du p&#233;trolier fran&#231;ais. Des lignes haute tension ayant &#233;t&#233; d&#233;truites, des opportunit&#233;s existent dans la phase apr&#232;s-guerre &#034;. A l'inverse, chacun sait que si British Petroleum obtient un contrat d'infrastructure, ce sont surtout des sous-traitants britanniques qui en b&#233;n&#233;ficieront ensuite. Raison de plus pour &#234;tre pr&#233;sent au tout d&#233;but des n&#233;gociations. &#034;&lt;br /&gt;
&#034; Si l'Onu se voyait confier cette t&#226;che, les entreprises fran&#231;aises seraient sur les rangs... &#034; Merveilleux programme ! La mesure du pacifisme chiraquien est donn&#233;e.&lt;br /&gt;
Mais qu'en est-il des ambitions am&#233;ricaines ?&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Le projet pour &#034; un nouveau si&#232;cle am&#233;ricain &#034; &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;C&#244;t&#233; am&#233;ricain, le clan p&#233;trolier pr&#233;sidentiel nourrit de vastes objectifs strat&#233;giques. On envisage d&#233;j&#224;, apr&#232;s celle d'Irak, de nouvelles offensives contre le pr&#233;tendu &#034; axe du Mal &#034; (Irak, Cor&#233;e du Nord et Iran). Le g&#233;n&#233;ral am&#233;ricain Wesley Clark d&#233;clare dans un article intitul&#233; &#034; &lt;i&gt;Irak, une courte bataille avant une longue guerre&lt;/i&gt; &#034; : &lt;br /&gt;
&#034; Et si notre but ultime est d'obtenir la fin des menaces terroristes, alors il faut admettre que l'Irak ne constitue qu'une bataille dans une campagne autrement plus vaste. Lorsque nous aurons d&#233;tr&#244;n&#233; Saddam et oeuvr&#233; &#224; la mise en place d'un nouveau gouvernement, il faudra alors se poser cette question : la chute de Saddam nous a-t-elle rapproch&#233; de notre objectif ? Et quelle est maintenant la prochaine &#233;tape ? &#034; (Lib&#233;ration, 17 mars 2003).&lt;br /&gt;
Selon Le Monde Diplomatique de mars 2003, cette strat&#233;gie &#034; &#233;tait d&#233;j&#224; formul&#233;e dans un document de septembre 2000 &#034;. C'est m&#234;me &#224; l'&#233;t&#233; 1997 qu'un &#034;Projet pour un nouveau si&#232;cle am&#233;ricain &#034; &#233;tait r&#233;dig&#233;, dont l'objectif &#233;tait d'&#034; &#233;tablir la paix dans le monde &#034; et le moyen : &#034; accro&#238;tre les d&#233;penses militaires en augmentant d'au moins 15 milliards de dollars le total des d&#233;penses annuelles &#034;. Le 11 septembre n'a &#233;t&#233; qu'une occasion de justifier cette politique et de lui donner un tour plus offensif.&lt;br /&gt;
&#034; &lt;i&gt;La strat&#233;gie nationale pour la s&#233;curit&#233; des Etats-Unis&lt;/i&gt; &#034;, c'est sous ce titre qu'en septembre 2002, l'administration Bush diffusait le document explicitant la nouvelle strat&#233;gie am&#233;ricaine. Ce document d&#233;bute par ces mots : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; &lt;i&gt;Les Etats-Unis poss&#232;dent une force sans pr&#233;c&#233;dent et sans &#233;gale&lt;/i&gt; &#034; et poursuit &#034; &lt;i&gt;La guerre contre le terrorisme &#224; grand rayon d'action est une entreprise de dimension mondiale et dont il nous est impossible de d&#233;terminer la dur&#233;e (...) L'Am&#233;rique interviendra avant que la menace ne se concr&#233;tise. &#034;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Le Washington Post du 16 juin 2002 affirmait : &#034; Ce qui est en jeu n'est rien de moins qu'un d&#233;placement fondamental de l'Am&#233;rique sur l'&#233;chiquier mondial. Plut&#244;t que de continuer &#224; op&#233;rer en t&#234;te d'un groupe de nations &#233;gales dans le syst&#232;me international qui succ&#233;da &#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale, les Etats-Unis &#233;laboreraient leurs propres lois et cr&#233;eraient de nouvelles r&#232;gles. Sans l'accord des autres pays &#034;.&lt;br /&gt;
Il s'agit d'&#233;tablir, par une politique syst&#233;matiquement militariste, les nouvelles r&#232;gles internationales r&#233;gissant les rapports de forces mondiaux suite &#224; la chute de l'URSS et &#224; la fin de la politique des blocs.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Le bras arm&#233; des trusts am&#233;ricains&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Via l'organisation am&#233;ricaine USaid, l'Agence des Etats-Unis pour le D&#233;veloppement International, charg&#233;e de l'aide et de la reconstruction en Irak, ce ne sont que des trusts US proches de l'&#233;quipe pr&#233;sidentielle qui ont &#233;t&#233; pour le moment s&#233;lectionn&#233;s, notamment Halliburton (li&#233; au vice-pr&#233;sident Dick Cheney) qui a remport&#233; 7,1 millions de dollars de contrat de reconstruction. Le premier objectif de guerre des USA a &#233;t&#233; de &#034; s&#233;curiser &#034; les puits de p&#233;trole sous le pr&#233;texte que Saddam risquait de les faire flamber. Colin Powell l'avait par avance annonc&#233; : &lt;i&gt;&#034; S'il y a un conflit avec l'Irak, la direction de la coalition prendra le contr&#244;le des puits de p&#233;trole &lt;/i&gt;&#034;.&lt;br /&gt;
A la fin de l'ann&#233;e 2002, le vice-pr&#233;sident Dick Cheney avait organis&#233; une r&#233;union des dignitaires du lobby p&#233;trolier am&#233;ricain destin&#233;e &#224; envisager les sc&#233;narios de l'apr&#232;s-guerre, plus pr&#233;cis&#233;ment le mode de r&#233;partition des champs p&#233;troliers irakiens &#224; exploiter. Etaient pr&#233;sents des repr&#233;sentants de Exxon Mobil, Texaco, Chevron et Halliburton. L'&#233;quipe de Bush c'est aussi l'&#233;quipe des trusts p&#233;troliers : Dick Cheney, le vice-pr&#233;sident, fut pendant cinq ans PDG de la soci&#233;t&#233; de services p&#233;troliers Halliburton (il touche toujours un million de dollars de Halliburton selon &lt;i&gt;The Guardian&lt;/i&gt; cit&#233; par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; du 28 mars 2003) ; Condoleezza Rice, chef du conseil national de s&#233;curit&#233;, est &#233;galement l'ancienne directrice de Chevron (un super tanker de la compagnie Chevron portait son nom !), sans m&#234;me parler de Bush, ancien patron texan du p&#233;trole (li&#233; aux trusts de l'&#233;nergie comme l'a montr&#233; le scandale Enron). Le lobby p&#233;trolier a &#233;t&#233; le principal bailleur de fonds de la campagne &#233;lectorale de Bush (&#224; hauteur de 26 millions de dollars selon &lt;i&gt;L'Expansion&lt;/i&gt; de novembre 2002.) Jamais un gouvernement n'est apparu autant pour ce qu'il est : le conseil d'administration de trusts !&lt;br /&gt;
Le Point de f&#233;vrier 2003 analysait les cons&#233;quences d'une victoire am&#233;ricaine : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;... comme l'arm&#233;e am&#233;ricaine contr&#244;lerait les gisements de p&#233;trole et de gaz irakiens pendant un bon moment, les entreprises am&#233;ricaines pourraient s'arroger une grosse part du g&#226;teau. Elles pourraient par ailleurs d&#233;crocher des droits de forage. Des entreprises comme Halliburton et Baker Hughes ainsi que le g&#233;ant du b&#226;timent Bechtel Group pourraient se sentir tout aussi victorieux que les troupes des forces sp&#233;ciales am&#233;ricaines &#034;. &lt;br /&gt;
Quant &#224; l' &#034; opposition irakienne &#034; courtis&#233;e par Washington, elle s'engage par avance tr&#232;s clairement &#224; ne respecter aucun des engagements de Saddam (vis-&#224;-vis des trusts europ&#233;ens - on comprend l'&#233;motion du &lt;i&gt;Point&lt;/i&gt;), mais &#224; financer le co&#251;t de la guerre am&#233;ricaine par des livraisons de p&#233;trole irakien ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; pour les projets initiaux am&#233;ricains, qui provoqu&#232;rent tant d'&#233;moi chez Chirac, Schr&#246;der ou Poutine... Mais l'affaire sur le terrain se complique, et certains espoirs renaissent de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique, dont &lt;i&gt;Le Figaro-&#233;conomie&lt;/i&gt; du 31 mars du moins se faisait l'&#233;cho, dans l'article intitul&#233; &#034; &lt;i&gt;P&#233;trole, l'enjeu strat&#233;gique de l'apr&#232;s-guerre &#034;&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;&#034; S'agissant de l'octroi des concessions des zones p&#233;trolif&#232;res, v&#233;ritable enjeu du bras de fer qui se profile pour l'apr&#232;s-guerre, les discussions sont d'abord politiques avant d'&#234;tre &#233;conomiques (...) &#034; Tout va donc d&#233;pendre de la rapidit&#233; avec laquelle un r&#233;gime souverain inspirant confiance se mettra en place. En attendant, il faudra sans doute pr&#233;voir une p&#233;riode de transition avant que les discussions sur l'octroi de concessions puissent se concr&#233;tiser &#034; &lt;/i&gt;reprend Pierre Terzian, [directeur de l'hebdomadaire sp&#233;cialis&#233;&lt;i&gt; P&#233;trostrat&#233;gies]... Une autre id&#233;e re&#231;ue tient dans la mainmise programm&#233;e des Am&#233;ricains sur le p&#233;trole irakien (...) Sans oublier ensuite le poids de la technostructure (ing&#233;nieurs et techniciens) p&#233;troli&#232;re irakienne, consid&#233;r&#233;e de l'avis unanime comme l'une des plus performantes dans la r&#233;gion du Golfe. &#034; Dans ces conditions, m&#234;me si les Etats-Unis en ont r&#234;v&#233; ouvertement, le sc&#233;nario d'une domination sans partage sur le p&#233;trole irakien me para&#238;t aujourd'hui totalement exclu. On s'oriente davantage vers un r&#233;gime mixte, avec des contrats de partage de production entre une compagnie nationale irakienne et des compagnies &#233;trang&#232;res &#034;&lt;/i&gt;, ajoute encore Pierre Terzian&lt;i&gt;. &#034; &lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Espoirs fran&#231;ais ou r&#233;alit&#233;, les bombardements peuvent continuer sur Bagdad. L'heure n'est pas franchement au front du refus, mais aux marchandages.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La reprise de la course aux armements&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Les compagnies d'armement am&#233;ricaines ne sont pas oubli&#233;es par la nouvelle politique de Bush. Pendant les ann&#233;es 1990, les Etats-Unis ont diminu&#233; leurs d&#233;penses militaires, en particulier entre 1991 et 1996, et certaines entreprises d'armement am&#233;ricaines ont commenc&#233; &#224; entrer dans le rouge. En 1999, bien avant les attentats, Clinton avait relanc&#233; la course aux armements. Les attentats de 2001 ont permis d'acc&#233;l&#233;rer le mouvement. De 2001 &#224; 2002, le budget passe de 307 milliards de dollars &#224; 339. Dans son discours sur l'Etat de l'Union, Bush proposait d'&#233;lever le budget &#224; 379 milliards de dollars avec l'objectif de 451 milliards de dollars en 2007. &lt;br /&gt;
D&#232;s son entr&#233;e en fonction, Bush a d&#233;but&#233; des essais de missiles. Le 13 janvier 2002, il retirait l'adh&#233;sion des Etats-Unis au trait&#233; international anti-missiles balistiques. Il torpillait la conclusion de la convention des armes biologiques qui aurait suppos&#233; une v&#233;rification de la non fabrication de telles armes sur le territoire m&#234;me des Etats-Unis. En d&#233;cembre 2001, le gouvernement am&#233;ricain bloquait toute discussion internationale sur ce th&#232;me et ce malgr&#233; l'attaque &#224; l'anthrax sur le sol am&#233;ricain. Il relan&#231;ait la production d'armes nucl&#233;aires et d&#233;cidait que les armes qu'il s'&#233;tait engag&#233; &#224; d&#233;truire selon les accords avec la Russie seraient seulement stock&#233;es mais non d&#233;truites ! Dans le m&#234;me temps, il lan&#231;ait le programme de bouclier anti-missiles balistiques (le NMD, National Missil Defense).&lt;br /&gt;
L'augmentation du budget militaire propos&#233;e le 29 janvier 2003 par le secr&#233;taire &#224; la D&#233;fense Donald Rumsfeld, apr&#232;s la d&#233;cision de pr&#233;parer la guerre, est impressionnante : il s'agit de &#034; &lt;i&gt;48 milliards de dollars de plus, soit 150 % du budget militaire de la France&lt;/i&gt; &#034; (selon Eric Laurent dans son livre &lt;i&gt;&#034; La guerre des Bush &#034;)&lt;/i&gt;. Le budget am&#233;ricain des armements est donc port&#233; &#224; 396 milliards de dollars soit le plus important de l'histoire des Etats-Unis, plus que celui de l'ensemble des 25 pays suivants de la liste.&lt;br /&gt;
Entre 2002 et 2007, 2144 milliards de dollars devraient &#234;tre d&#233;pens&#233;s &#224; des fins militaires. Ces d&#233;penses permettent &#224; la fois d'offrir des investissements &#224; des secteurs en difficult&#233; comme les entreprises a&#233;ronautiques, les ordinateurs, les hautes technologies (souvent incluses dans les mat&#233;riels militaires utilisant des capteurs perfectionn&#233;s, des mat&#233;riaux &#034; furtifs &#034; et autres technologies avanc&#233;es). &lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;La relance des armements n'a sans doute pas le pouvoir de redresser l'&#233;conomie et de parer aux menaces de r&#233;cession. Mais elle permet du moins de donner une prime confortable aux trusts am&#233;ricains, dans un contexte de r&#233;cession, face &#224; leurs concurrents mondiaux. Un r&#233;sultat au moins est acquis depuis le d&#233;but de l'intervention : la bourse am&#233;ricaine se rythme d&#233;sormais plus volontiers, pour le meilleur ou le pire, sur les communiqu&#233;s militaires que sur les indicatifs &#233;conomiques des Etats-Unis.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Les int&#233;r&#234;ts l&#233;s&#233;s des bourgeoisies concurrentes&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La liste des pays ayant pris position, avant le conflit et chacun avec ses propres nuances, contre la guerre am&#233;ricaine, Allemagne, Russie, Chine et France, correspond exactement &#224; la liste des pays qui ont sign&#233; des accords avec l'Irak en perspective de la lev&#233;e de l'embargo, les m&#234;mes ayant donc avanc&#233; de l'argent &#224; Saddam Hussein dans l'optique d'&#234;tre rembours&#233;s quand le p&#233;trole irakien pourrait &#234;tre mis librement sur le march&#233;. Pendant les douze ann&#233;es de l'embargo, ces pays se sont engag&#233;s dans des relations &#233;conomiques avec Saddam Hussein, ont conclu des accords prometteurs avec lui alors que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne imposaient &#224; leurs entreprises de respecter l'embargo. Ils ont ainsi obtenu des contrats avantageux. Mais les m&#234;mes contrats devenaient virtuels voire carr&#233;ment fictifs, avec l'intervention am&#233;ricaine. Toujours est-il que la Russie, la France, l'Allemagne et la Chine ont estim&#233; qu'ils risquaient&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;de&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;perdre leur mise qui se compte en milliards de dollars.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un des gestes tr&#232;s remarqu&#233; de Saddam Hussein en octobre 2000, contre les USA et en faveur de l'Europe, avait &#233;t&#233; d'annoncer que dor&#233;navant il se ferait payer son p&#233;trole en euros et non plus en dollars (contrairement &#224; tous les autres pays p&#233;troliers) alors que l'argent de son p&#233;trole allait d&#233;j&#224; dans une banque fran&#231;aise, la BNP. &lt;br /&gt;
Les relations commerciales entre l'Europe et les Etats-Unis sont parfois orageuses. En 2000, l'Europe protestait contre les avantages, vieille histoire, accord&#233;s par les Etats-Unis &#224; leurs entreprises nationales. Tout r&#233;cemment, le ministre des affaires &#233;trang&#232;res fran&#231;ais, De Villepin, a annonc&#233; la couleur en annon&#231;ant, suite au d&#233;bat sur le veto : &lt;i&gt;&#034; Le d&#233;bat que nous avons men&#233; &#224; l'Onu, nous allons le poursuivre &#224; l'OMC &lt;/i&gt;&#034;. M&#234;me si ce n'est pas nouveau, de prochains affrontements entre int&#233;r&#234;ts commerciaux concurrents se profilent entre l'Europe et les USA. En ce sens, la guerre qui vise &#224; renforcer la supr&#233;matie am&#233;ricaine au Moyen-Orient est une guerre &#233;conomique inter-imp&#233;rialiste. Mais une guerre o&#249; les int&#233;r&#234;ts imp&#233;rialistes sont aussi pour une bonne part entrem&#234;l&#233;s et am&#232;nent &#224; bien des r&#233;visions et am&#233;nagements d'alliance. &lt;br /&gt;
Des int&#233;r&#234;ts sonnants et tr&#233;buchants nourrissent la fronde anti-am&#233;ricaine.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La France&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Comme le d&#233;clarait Jacques Delors, cit&#233; par L'Expansion d'avril 2003 : &#034; Ce n'est pas parce que le coq gaulois pince les fesses de l'&#233;l&#233;phant que cela change quoi que ce soit &#224; la taille de l'&#233;l&#233;phant &#034;. Le coq gaulois esp&#233;rait toutefois s'approvisionner grassement dans sa basse-cour.&lt;strong&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Dans un article intitul&#233; &#034; L'Irak, terre des contrats fran&#231;ais &#034;, L'Expansion du 26 f&#233;vrier 2003 &#233;crivait : &#034; Peugeot, Schneider, Alcatel... les entreprises fran&#231;aises redoutent les effets d'une guerre sur des relations commerciales vieilles de 30 ans &#034;. La France occupait ainsi jusqu'en 2001 la premi&#232;re place &#224; Bagdad, dans les grands chantiers de l'a&#233;roport ou de l'autoroute du sud, ou pour le r&#233;seau d'eau, l'&#233;lectricit&#233;, la centrale nucl&#233;aire de recherche. En 2001, Peugeot a sign&#233; un contrat pour 6000 v&#233;hicules et en 2003, le ministre irakien du commerce ext&#233;rieur parlait sur France 2 d'un contrat de 20 000 v&#233;hicules avec Peugeot. Alcatel a sign&#233; pour 280 000 lignes &#233;lectriques et ainsi de suite avec des trusts comme Legrand et Schneider Electric et de multiples trusts (chiffres cit&#233;s par L'Expansion du 26 f&#233;vrier 2003). &lt;br /&gt;
Selon Lib&#233;ration du 28 mars 2003 : &#034; Depuis 1996, la France &#233;tait devenue le premier pays fournisseur de l'Irak avec pr&#232;s de 15 % des importations. L'&#233;quipementier T&#233;l&#233;com Alcatel qui avait d&#233;j&#224; construit le r&#233;seau t&#233;l&#233;phonique irakien dans les ann&#233;es 80 a ainsi obtenu un contrat de 80 millions de dollars (...) Pour certaines firmes qui travaillaient avec l'Irak, l'interruption des &#233;changes se solde d'ailleurs par un probl&#232;me financier. En 1990, la Coface, l'assureur des exportations, avait donn&#233; sa garantie &#224; 20 milliards de francs avec l'Irak &#034;. &lt;br /&gt;
Les patrons fran&#231;ais avaient sign&#233; des contrats pour l'apr&#232;s embargo. L'Etat fran&#231;ais les a suivis, a couvert des associations entre patrons fran&#231;ais et irakiens, et les banques fran&#231;aises aussi. En 2002, la F&#233;d&#233;ration des industries m&#233;caniques fran&#231;aises d&#233;clarait : &lt;i&gt;&#034; Par ailleurs, en Irak, les exportations fran&#231;aises ont bondi de 206 % pour atteindre 142,5 millions d'euros &#034;.&lt;/i&gt; Tous ont mis&#233; sur l'assurance que l'embargo finirait par &#234;tre lev&#233; et qu'alors ce serait l'envol&#233;e des profits des soci&#233;t&#233;s fran&#231;aises. &lt;br /&gt;
Selon Business Week du 7 f&#233;vrier 2003 : &#034; Des n&#233;gociations tr&#232;s avanc&#233;es ont permis &#224; TotalFinaElf d'obtenir il y a quatre ans les droits d'exploitation du champ de Majnoon, au sud du pays. Elle d&#233;tiendrait une participation de 40 % sur ce site aux r&#233;serves abondantes (on parle de 20 milliards de barils). Elle aurait des droits sur un site plus modeste de 6 milliards de barils. De quoi placer TotalFinaElf au premier rang des op&#233;rateurs potentiels de ce pays, au coude &#224; coude avec le russe Lukoil (...) L'opposition irakienne pressentie pour gouverner a averti qu'elle d&#233;noncerait les contrats &#034;. &lt;br /&gt;
R&#233;pondant &#224; ces affirmations, un dirigeant de TotalFinaElf cit&#233; par&lt;i&gt; L'Expansion &lt;/i&gt;du 19 mars 2003 essayait de rassurer pour enrayer la chute du titre : &#034; &lt;i&gt;Personne ne nous chassera d'Irak &#034;.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;L'Allemagne&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
C'est la puissance imp&#233;rialiste qui a tenu le langage le plus ferme contre la guerre des USA, le chancelier Schr&#246;der (certes anim&#233; de surcro&#238;t de consid&#233;rations politiciennes) allant jusqu'&#224; dire qu'Onu ou pas Onu, il &#233;tait contre la guerre d'Irak.&lt;br /&gt;
Des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques de l'Allemagne se heurtent &#233;galement &#224; ceux des Etats-Unis. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Diplomatique&lt;/i&gt; de juillet 2002 sous le titre &lt;i&gt;&#034; L'Allemagne s'active au Proche-Orient&lt;/i&gt; &#034; exposait que &#034; &lt;i&gt;Le commerce des armes a renforc&#233; le socle de l'influence de Berlin dans la r&#233;gion. L'Allemagne y figurait en t&#234;te des fournisseurs d'armement des ann&#233;es 1980. Elle a notamment permis &#224; l'Irak, &#224; l'Iran et &#224; la Libye d'acqu&#233;rir les technologies de fabrication d'armes chimiques. Ce sont &#233;galement des entreprises allemandes qui permirent la fabrication des Scud B irakiens (...)&lt;/i&gt; &#034; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La Russie &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
En entrant en Irak, les Etats-Unis l&#232;sent les int&#233;r&#234;ts de la Russie pour la m&#234;me raison qu'ils l&#232;sent les int&#233;r&#234;ts de la France. &lt;i&gt;&#034; L'Irak a accord&#233; &#224; la Russie les droits d'exploitation d'un champ p&#233;trolif&#232;re &#224; Kouma dans des conditions exceptionnellement favorables&lt;/i&gt; &#034; rapportait &lt;i&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/i&gt; de juin 1998. En fait, l'entreprise p&#233;troli&#232;re russe Lukoil avait obtenu de Saddam Hussein des pr&#233;-contrats en attendant la lev&#233;e de l'embargo d'une importance &#233;gale &#224; ceux de TotalFinaElf en Irak. Selon &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; du 20 mars 2003, &lt;i&gt;&#034; L'Irak doit &#224; la Russie 8 milliards de dollars au titre des anciens contrats militaires sans compter les pr&#233;-contrats avec Youkos et Lukoil&lt;/i&gt; (firmes p&#233;troli&#232;res).&#034;&lt;br /&gt;
&#034; &lt;i&gt;La Russie et l'Am&#233;rique ne sont pas des ennemis, mais doivent &#234;tre des rivaux &#034; &lt;/i&gt;expliquait le &lt;i&gt;Herald&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Tribune&lt;/i&gt; du 15 f&#233;vrier 1998. Les app&#233;tits des Etats-Unis les ont amen&#233;s &#224; cerner la Russie : &#224; la fois &#224; l'ouest par l'int&#233;gration &#224; l'Otan de la Hongrie, la Pologne, la R&#233;publique Tch&#232;que, puis bient&#244;t par les R&#233;publiques Baltes et en perspective l'Ukraine. Et d'autre part en Asie centrale. &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Diplomatique&lt;/i&gt; de f&#233;vrier 2003, sous le titre &#034; &lt;i&gt;l'Asie centrale, base arri&#232;re am&#233;ricaine&lt;/i&gt;&#034;, rapporte : &#034; &lt;i&gt;L'arriv&#233;e des forces sp&#233;ciales am&#233;ricaines - si loin du champ de bataille afghan - a raviv&#233; les sp&#233;culations autour du grand jeu p&#233;trolier. Les investissements occidentaux dans le secteur p&#233;trolier de la Caspienne soulignent l'importance de l'enjeu : les entreprises occidentales ont investi environ 13 milliards de dollars au Kazakhstan depuis 1993, 8 milliards de dollars en Azerba&#239;djan depuis 1994. &#034; &lt;/i&gt;Selon &lt;i&gt;L'Expansion &lt;/i&gt;de novembre 2002, &#034; &lt;i&gt;De nouvelles routes du p&#233;trole, sous protection am&#233;ricaine, se mettent en place pour siphonner les r&#233;serves de la r&#233;gion au d&#233;triment de la f&#233;d&#233;ration de Russie&lt;/i&gt; &#034;.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;La Chine&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;La Chine a d&#233;velopp&#233; des bonnes relations avec le r&#233;gime irakien, ayant besoin de p&#233;trole du fait de sa taille et son d&#233;veloppement industriel. A l'inverse, l'Irak sous embargo avait besoin des armes et marchandises chinoises. La Chine lui a vendu du mat&#233;riel militaire, notamment les fameux missiles sol-sol, d&#233;nomm&#233;s &#034; vers &#224; soie &#034;. Nombre de soci&#233;t&#233;s chinoises ont &#233;t&#233; plac&#233;es sur la liste noire des USA pour avoir contourn&#233; l'embargo. La Chine poss&#232;de &#233;galement des contrats p&#233;troliers avec l'Irak. Elle a sign&#233; des contrats pour des prospections et des exploitations de nouveaux champs p&#233;troliers, notamment celui de Ahdab.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Etats-Unis ont signifi&#233; &#224; la Chine plusieurs rappels &#224; l'ordre. Le &#034; &lt;i&gt;Rapport annuel sur la puissance militaire de la R&#233;publique populaire de Chine &lt;/i&gt;&#034; remis au congr&#232;s am&#233;ricain en juillet 2002 a affirm&#233; que le d&#233;veloppement militaire de la Chine prenait un caract&#232;re mena&#231;ant.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;La proposition des USA &#224; Ta&#239;wan de b&#233;n&#233;ficier du bouclier anti-missile am&#233;ricain est venue s'ajouter aux diverses interventions am&#233;ricaines en Asie, montrant &#224; la Chine que la guerre contre l'Irak avait &#233;galement valeur d'avertissement dans la r&#233;gion, m&#234;me si la menace est dirig&#233;e contre la Cor&#233;e du Nord.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Craintes et calculs. Le front mouvant des alliances&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Il faut &#234;tre clair. Il n'y a jamais eu &#224; l'Onu un camp de la paix contre un camp de la guerre. Il y a seulement eu divergences de tactique pour amener l'Irak &#224; la plus compl&#232;te suj&#233;tion... et qui en profiterait. Comme disait Chirac, il faut envisager la guerre... en solution de dernier recours.&lt;br /&gt;
Sur le fond, mettre la main sur l'Irak, tout le monde est parfaitement d'accord. Tous les t&#233;nors europ&#233;ens de l'Onu &#233;taient &#233;galement pour le maintien de l'embargo en exigeant le d&#233;sarmement de l'Irak. Le r&#233;tablissement de la d&#233;mocratie n'a rien &#224; voir dans l'affaire. Seul ou &#224; plusieurs, on pille plus facilement un pays totalement d&#233;sarm&#233;. Rappelons qu'en 2001 la France avait pr&#244;n&#233; des sanctions plus l&#233;g&#232;res contre l'Irak, mais non la lev&#233;e de l'embargo. Le gouvernement irakien en prit ombrage et en 2002, rapporte &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;du 1er avril dernier, les exportations fran&#231;aises baiss&#232;rent de 29 %, au profit de l'Egypte, de la Jordanie, de la Syrie et des Emirats arabes unis mais aussi de la Russie, de l'Australie et de la Chine. De premier fournisseur en 2001, la France aurait r&#233;trograd&#233; au-del&#224; du dixi&#232;me rang. D&#233;cid&#233;ment, les rapports de rivalit&#233;s sont bien partag&#233;s, et les camps pas si tranch&#233;s que les prises de position &#224; l'Onu le laiss&#232;rentun tempspara&#238;tre. Ce n'est pas pour rien que Chirac et Raffarin estiment r&#233;guli&#232;rement n&#233;cessaire de saluer l'ami am&#233;ricain. Pour souffler le chaud et froid diplomatique, sans doute. Mais pas seulement. Sur le terrain il existe aussi d'&#233;troits partenariats. D'apr&#232;s le m&#234;me article du &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;(&lt;i&gt;&#034; Les patrons fran&#231;ais redoutent une h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine en Irak &#034;) :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&#034; ...335 millions de dollars de contrats ont &#233;t&#233; pass&#233;s depuis 1998 par des entreprises am&#233;ricaines via leurs filiales fran&#231;aises, tel le groupe Halliburton qui aurait obtenu pour 97,3 millions de dollars de contrats, essentiellement pour des pompes. De plus, 308 contrats ont &#233;t&#233; sign&#233;s par des agents fran&#231;ais vendant des produits am&#233;ricains pour un montant de 160,7 millions de dollars. Les contrats de produits am&#233;ricains avoisineraient donc les 500 millions de dollars. Certaines soci&#233;t&#233;s britanniques sont &#233;galement pass&#233;es par leurs filiales fran&#231;aises pour obtenir des contrats, pour un montant, depuis 1998, de l'ordre de 87 millions de dollars. Les brigands se disputent le pactole, mais il n'est pas toujours facile de d&#233;m&#234;ler le tien du mien...&lt;br /&gt;
Il y avait sans doute plusieurs politiques possibles pour r&#233;duire l'Etat irakien &#224; la plus parfaite impuissance, &#224; la plus compl&#232;te docilit&#233;. L'embargo contre l'Irak, avec les d&#233;g&#226;ts subis par la population civile que l'on conna&#238;t, dure depuis 1991, et les bombardements am&#233;ricains n'ont jamais totalement cess&#233;. Ni la France ni l'Allemagne ni la Russie et autres &#233;ph&#233;m&#232;res d&#233;fenseurs de la paix ne s'y sont jamais oppos&#233;s. C'est m&#234;me dans ce contexte, autrement dit sous couvert militaire am&#233;ricain, que les m&#234;mes ont fait leurs affaires avec Saddam Hussein. La guerre, en fait, n'a jamais cess&#233;. Somme toute, les imp&#233;rialismes europ&#233;ens s'accommodaient assez bien de ce si&#232;ge interminable de l'Irak. Le d&#233;sarmement de l'Irak sous contr&#244;le des inspecteurs de l'Onu, confort&#233;s par les bombardements sporadiques anglais et am&#233;ricains, n'&#233;tait pas loin d'&#234;tre achev&#233;. Le &#034; retour &#224; la normale &#034;, autrement dit la reprise des affaires dans un pays exsangue, avec la lev&#233;e de l'embargo, s'annon&#231;ait proche. L'heure &#233;tait &#224; cette m&#234;me &#034; reconstruction &#034; financ&#233;e par la rente du p&#233;trole qui attire les convoitises du patronat du monde entier.&lt;br /&gt;
L'Irak &#233;tait d&#233;j&#224; vaincu. Mais pour le gouvernement am&#233;ricain, ce n'&#233;tait pas assez. Et parmi les raisons qui ont pr&#233;sid&#233; au choix du gouvernement am&#233;ricain d'&#233;craser militairement le vaincu, il y a l'intention de couper l'herbe sous le pied des Europ&#233;ens, Russes, voire Chinois trop gourmands, de faire place nette sur le terrain et par la m&#234;me occasion d'&#233;carter des amis concurrents.&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;Mais comme rien n'est simple ni gagn&#233; d'avance, les concurrents et n&#233;anmoins amis prennent la mouche. Pis, contre tous les pronostics, le d&#233;j&#224; vaincu r&#233;siste. La strat&#233;gie de Bush se r&#233;v&#232;le hasardeuse. La guerre n'est plus gagn&#233;e d'avance. R&#233;ticences et critiques s'expriment publiquement dans l'&#233;tat-major am&#233;ricain. Jusqu'au fid&#232;le d'entre les fid&#232;les, Tony Blair, qui se demande si le vent ne va pas tourner, s'il a mis&#233; sur le bon cheval, si le lobby militaro-p&#233;trolier de Bush s'appr&#234;te vraiment &#224; r&#233;compenser son z&#232;le &#224; la hauteur des esp&#233;rances des capitalistes britanniques... et qui s'appr&#234;te &#224; nuancer sinon r&#233;viser ses alliances en invoquant &#224; son tour les vertus de l'Onu, voire &#224; renouer l'alliance s&#233;culaire... avec la France !&lt;br /&gt;
Et puis, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain a beau &#234;tre &#034; tout puissant &#034;, il lui faut bien compter avec les int&#233;r&#234;ts propres de ses plus fid&#232;les vassaux, y compris parmi ceux qui ne font pas partie des grandes puissances, int&#233;r&#234;ts qui ne co&#239;ncident pas forc&#233;ment avec ses objectifs propres. C'est ce qu'a montr&#233; sa d&#233;convenue avec la Turquie, qui entre la perspective de voir se forger un Etat kurde ind&#233;pendant &#224; ses fronti&#232;res et la promesse des milliards am&#233;ricains, a pr&#233;f&#233;r&#233; renoncer &#224; ces derniers et refus&#233; aux Am&#233;ricains le passage de leurs troupes terrestres sur son territoire (mais, singeant en cela les puissances europ&#233;ennes, France ou Allemagne, a quand m&#234;me r&#233;serv&#233; l'avenir en acceptant le passage des avions dans son espace a&#233;rien).&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Pas d'alignement sur le pr&#233;tendu &#034; front du refus &#034; imp&#233;rialiste&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Dans un contexte d'accentuation des rivalit&#233;s imp&#233;rialistes, il convient d'&#234;tre tr&#232;s clair vis-&#224;-vis des discours pr&#233;tendument anti-guerre de diverses bourgeoisies europ&#233;ennes et en particulier de notre propre imp&#233;rialisme. Les raisons qu'a la France de contester - pour l'instant - la guerre am&#233;ricaine en Irak n'ont rien &#224; voir avec les raisons des peuples d'y &#234;tre fondamentalement hostiles. Et la flagornerie de la gauche envers Chirac repr&#233;sente un alignement pur et simple sur les int&#233;r&#234;ts affich&#233;s de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. C'est oublier le r&#244;le que la France joue par exemple en Afrique, ne serait-ce que sa responsabilit&#233; de puissance n&#233;o-coloniale dans la situation actuelle en C&#244;te-d'Ivoire ou en Centrafrique. C'est oublier que l'Etat fran&#231;ais est capable de mener ou de t&#233;l&#233;guider des guerres tout aussi meurtri&#232;res que l'Etat am&#233;ricain. Rappelons-nous qu'elle avait pris fait et cause pour les massacreurs dans la guerre du Rwanda, qui firent un million de victimes, alors que les Etats-Unis &#233;taient dans le camp d'en face ! &lt;br /&gt;
Les peuples, et notamment ceux d'Europe, n'ont aucune raison de se placer derri&#232;re cette banni&#232;re du front du refus imp&#233;rialiste, au demeurant bien pr&#233;caire. Aucune des positions d'un Chirac ne m&#233;ritait d'&#234;tre soutenue malgr&#233; ce qu'ont pr&#233;tendu tous les hommes politiques de gauche fran&#231;ais, de Fran&#231;ois Hollande &#224; Marie-George Buffet, qui ont d&#233;cern&#233; au pr&#233;sident fran&#231;ais leurs f&#233;licitations. &#034; &lt;i&gt;Nous rejoignons les positions de la diplomatie fran&#231;aise &lt;/i&gt;&#034; a d&#233;clar&#233; Bernard Thibault, interview&#233; par la radio RFI en sortant du congr&#232;s de la CGT. La gauche gouvernementale et les dirigeants syndicaux sont trop attach&#233;s aux int&#233;r&#234;ts de la bourgeoisie fran&#231;aise pour aller au-del&#224; de la position d'un Chirac. Chirac met en avant l'Onu, ce club d'affaires des grandes puissances. Chirac veut d&#233;sarmer l'Irak alors que ce sont les pays imp&#233;rialistes comme les Etats-Unis, l'Angleterre et la France qui sont arm&#233;s jusqu'aux dents et qu'il faudrait d&#233;sarmer. Chirac veut assurer aux compagnies fran&#231;aises le droit de piller les richesses d'Irak, alors qu'il faudrait que les peuples s'unissent pour mettre les trusts imp&#233;rialistes et leurs Etats hors d'&#233;tat de nuire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le combat contre la guerre ne doit pas se d&#233;rouler sous le drapeau d'un Chirac. Non seulement ce serait s'aligner sur la bourgeoisie fran&#231;aise alors que celle-ci s'attaque aux travailleurs mais cela risquerait de nous mener &#224; soutenir notre imp&#233;rialisme si l'exacerbation des rivalit&#233;s entra&#238;nait &#224; l'avenir de nouvelles confrontations.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Pour la d&#233;faite de tous les imp&#233;rialismes en Irak&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Une fois la guerre commenc&#233;e, Chirac a r&#233;affirm&#233; qu'il &#233;tait un alli&#233; des Etats-Unis. Les peuples auraient au contraire tout int&#233;r&#234;t &#224; une d&#233;faite am&#233;ricaine, d'autant qu'une victoire am&#233;ricaine, on l'a vu en 1991, ne garantit en rien la d&#233;mocratie au peuple irakien. Et souvenons-nous comment la d&#233;faite am&#233;ricaine au Vietnam a dissuad&#233; le gouvernement am&#233;ricain d'intervenir militairement dans le monde, en tous cas directement, pendant des ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Etats-Unis ne sortiront pas forc&#233;ment gagnants de la guerre, &#224; supposer m&#234;me que le succ&#232;s strictement militaire soit garanti. La r&#233;sistance &#224; l'occupation de Bagdad peut &#234;tre importante. Le r&#233;sultat peut-&#234;tre un demi-succ&#232;s avec occupation seulement des puits de p&#233;troles enlev&#233;s &#224; Saddam Hussein, ce qui est l'essentiel pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, mais au prix d'une d&#233;stabilisation de la r&#233;gion. L'arm&#233;e US peut tr&#232;s bien entra&#238;ner des r&#233;voltes dans les pays musulmans en particulier dans les pays arabes. La r&#233;volte contre le sort r&#233;serv&#233; aux Palestiniens par Isra&#235;l peut venir s'ajouter &#224; la r&#233;volte contre le sort r&#233;serv&#233; &#224; la population irakienne pour d&#233;stabiliser les r&#233;gimes jordanien, saoudien ou &#233;gyptien. Brent Scowcroft, ancien conseiller &#224; la s&#233;curit&#233; nationale de Bush p&#232;re d&#233;clarait dans un article du &lt;i&gt;Wall Street Journal &lt;/i&gt; : &#034; &lt;i&gt;Je pense que nous pourrions conna&#238;tre une v&#233;ritable explosion au Moyen-Orient. Cela pourrait transformer cette r&#233;gion en une marmite bouillante et d&#233;truire notre combat contre le terrorisme.&#034;&lt;/i&gt; (cit&#233; dans &lt;i&gt;La guerre des Bush&lt;/i&gt; de Eric Laurent).&lt;br /&gt;
Si les troupes am&#233;ricaines s'enlisent dans un conflit long et dur, les manifestations d'hostilit&#233; &#224; la guerre dans le monde, mais surtout les r&#233;sistances en Irak et au Moyen-Orient, peuvent mettre l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain dans une situation difficile. Ce pourrait &#234;tre une opportunit&#233; pour que la classe ouvri&#232;re des pays imp&#233;rialistes entre en sc&#232;ne et se porte solidaire des peuples du Tiers-Monde en ouvrant de nouvelles perspectives &#224; tous ceux que les boucheries imp&#233;rialistes r&#233;voltent : le renversement complet et d&#233;finitif de l'imp&#233;rialisme sur toute la plan&#232;te, la seule mani&#232;re qu'il nous la fiche... la paix !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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