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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Quand les Etats europ&#233;ens soutenaient les bandes de tueurs de chaque camp de la guerre de Yougoslavie</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
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&lt;p&gt;Alors que l'Europe se dit tr&#232;s fi&#232;re de l'arrestation de Ratko Mladic, l'un des bouchers de la guerre de Yougoslavie, il convient de rappeler que toutes les puissances europ&#233;ennes soutenaient l'un des camps g&#233;nocidaires... &lt;br class='autobr' /&gt;
En avril 1987, alors num&#233;ro deux du r&#233;gime yougoslave, il est envoy&#233; en mission au Kosovo, pour calmer les nationalistes serbes qui consid&#232;rent &#234;tre victimes de discriminations et de violences de la part de la majorit&#233; albanaise. Lors de sa visite, les policiers locaux, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;23- Guerres de Yougoslavie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot205" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot247" rel="tag"&gt;croatie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;Slov&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que l'Europe se dit tr&#232;s fi&#232;re de l'arrestation de Ratko Mladic, l'un des bouchers de la guerre de Yougoslavie, il convient de rappeler que toutes les puissances europ&#233;ennes soutenaient l'un des camps g&#233;nocidaires...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En avril 1987, alors num&#233;ro deux du r&#233;gime yougoslave, il est envoy&#233; en mission au Kosovo, pour calmer les nationalistes serbes qui consid&#232;rent &#234;tre victimes de discriminations et de violences de la part de la majorit&#233; albanaise. Lors de sa visite, les policiers locaux, albanais, r&#233;priment une foule de nationalistes serbes qui leur ont lanc&#233; des pierres. Milo&#353;evi&#263;, consid&#233;rant probablement que la foule &#233;tait innocente, sera film&#233; en train de d&#233;clarer aux Serbes : &#171; On ne vous frappera plus jamais ! &#187;. Il devint alors un h&#233;ros des nationalistes serbes. En mai 1989, il est &#233;lu pr&#233;sident de la Serbie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi en une dizaine d'ann&#233;es, la Yougoslavie, ce pays apparemment calme, en tout cas o&#249; diff&#233;rentes populations cohabitaient pacifiquement, a-t-il bascul&#233; dans un tel bain de sang, avec des centaines de milliers de morts et autant de bless&#233;s et de familles d&#233;plac&#233;es (sans parler des cons&#233;quences &#233;conomiques catastrophiques : un revenu moyen qui a chut&#233; de 75_% en cinq ans et une production industrielle quasi r&#233;duite &#224; n&#233;ant) ? L'intervention imp&#233;rialiste n'explique pas tout. Ce sont les classes dirigeantes yougoslaves, serbes aussi bien que slov&#232;nes ou croates, qui ont fait le choix de diviser le pays pour s'en approprier chacune un bout, avec les affrontements militaires et l'hyst&#233;rie nationaliste que cela implique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qui a pouss&#233; ces couches favoris&#233;es de la soci&#233;t&#233; &#224; plonger dans une telle horreur ? Quel int&#233;r&#234;t avait un Milosevic, devenu pr&#233;sident de la f&#233;d&#233;ration yougoslave, dirigeant de la Ligue des Communistes (le parti communiste au pouvoir), &#224; choisir de cultiver le particularisme serbe, &#224; semer la haine entre les peuples et &#224; aboutir &#224; l'&#233;clatement du pays ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Derri&#232;re lui, il y a eu une bonne partie de ce que la soci&#233;t&#233; compte de gens hauts plac&#233;s, dirigeants politiques, &#233;conomiques, militaires et religieux, visant &#224; s'enrichir et &#224; profiter de l'&#233;volution du r&#233;gime. Ceux-ci se sont &#233;galement appuy&#233;s sur toute une s&#233;rie de notables locaux. Dans le contexte de la crise &#233;conomique, les app&#233;tits et ambitions de ces classes dirigeantes les ont amen&#233;es &#224; choisir l'option barbare de l'affrontement nationaliste et &#224; encourager toutes les d&#233;magogies d'extr&#234;me droite.&lt;br class='autobr' /&gt;
En Serbie, les sph&#232;res &#233;conomiques et politiques ont tendance &#224; se confondre jusqu'&#224; la caricature. Le premier ministre Marjanovic est PDG de l'entreprise &#233;nerg&#233;tique Progress. Le vice-premier ministre Tomic dirige SIMPO, firme agroalimentaire et de fabrication de meubles. Un ministre sans portefeuille, Karic, se trouve quant &#224; lui &#224; la t&#234;te d'un v&#233;ritable empire &#233;conomique comprenant des banques, des compagnies de travaux publics et m&#234;me une universit&#233; ! On appelle cela un ministre sans portefeuille !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nationalisme a &#233;t&#233; pour ces profiteurs un drapeau facile. Mais pour comprendre ce qui s'est pass&#233;, il ne suffit pas de parler de nationalisme. Il faut conna&#238;tre la situation de crise politique, &#233;conomique et sociale dans laquelle se trouvait la Yougoslavie &#224; la mort de Tito il y a pr&#232;s de vingt ans, en 1980. La crise &#233;conomique provoquera une crise sociale, et les classes dirigeantes choisiront la fuite en avant vers des affrontements nationalistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand Tito meurt c'est encore un leader mythique, mais le r&#233;gime, lui, n'a plus de cr&#233;dit politique et la situation &#233;conomique est catastrophique. Elle s'aggravera rapidement dans les ann&#233;es qui suivent. Dans le m&#234;me temps, les classes dirigeantes m&#232;nent une politique visant &#224; la constitution d'une bourgeoisie nationale au travers des privatisations de l'&#233;conomie jusqu'alors grandement &#233;tatis&#233;e. Le gros de l'argent de l'Etat va d&#233;sormais &#234;tre consacr&#233; &#224; aider cette bourgeoisie issue pour l'essentiel des membres de l'appareil de l'Etat et du parti. Milosevic lui-m&#234;me est un membre du parti unique, un apparatchik qui joue &#224; l'affairiste. C'est &#224; ce titre qu'il aura son premier contact avec deux hommes li&#233;s &#224; l'administration am&#233;ricaine du pr&#233;sident Bush et qui font des affaires en Yougoslavie : Eagleburger et Henry Kissinger. Il conservera ces liens avec les Etats-Unis&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;conomie yougoslave s'effondre sous la pression de la dette occidentale qui se monte en 1980 &#224; quinze milliards de dollars. Le FMI, l&#224; comme ailleurs, conseille de faire face &#224; la dette par des licenciements massifs et une baisse brutale des salaires. Malgr&#233; les plans successifs de sacrifices, la dette ne va cesser de s'accro&#238;tre : 18 milliards de dollars en 1981, 22 milliards de dollars en 1982&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1981&#8211;87 :&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ves ouvri&#232;res et effervescence sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; industrielle baisse, et la mis&#232;re grandit. La valeur de la monnaie est divis&#233;e par 5_000 en cinq ans alors que les salaires sont, au mieux, bloqu&#233;s ! La petite bourgeoisie est elle aussi frapp&#233;e. Les jeunes sont sans emploi et sans perspective, y compris les jeunes &#233;tudiants.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1981, la baisse des salaires est telle que le dirigeant du syndicat unique li&#233; au pouvoir, Miran Piotrc, a lui-m&#234;me mis en garde publiquement les autorit&#233;s contre le danger de r&#233;action ouvri&#232;re. En mars 1981, l'explosion sociale a lieu au Kosovo, la r&#233;gion la plus pauvre o&#249; le revenu par habitant est la moiti&#233; de la moyenne nationale, six fois moindre qu'en Slov&#233;nie, et o&#249; le ch&#244;mage est six fois plus important que dans le reste du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Pristina, une manifestation d'&#233;tudiants, d'ouvriers et de ch&#244;meurs contre la vie ch&#232;re et les bas salaires se transforme en &#233;meute. L'affrontement dure plusieurs jours. La r&#233;pression est f&#233;roce : deux cent morts et six mille condamnations allant jusqu'&#224; vingt ann&#233;es d'emprisonnement. Le mouvement avait au d&#233;part un caract&#232;re social comme le reconna&#238;tra le principal dirigeant kosovar Ibrahim Rugova, m&#234;me si par la suite les nationalistes du Kosovo ne s'en souviendront que comme un mouvement revendiquant le statut du Kosovo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal responsable &#233;conomique f&#233;d&#233;ral d&#233;clare en mai 1982 : &#8220;_si l'aust&#233;rit&#233; et une forte inflation continuent &#224; se d&#233;velopper pendant les deux ou trois prochaines ann&#233;es, je suis personnellement convaincu que cela m&#232;nera &#224; plusieurs conflits sociaux et &#224; des probl&#232;mes politiques. &#8221; De 1982 &#224; 1986, la politique d'aust&#233;rit&#233; s'accro&#238;t continuellement. Les &#233;conomies r&#233;gionales m&#232;nent de plus en plus des politiques diff&#233;rentes li&#233;es aux diff&#233;rences de d&#233;bouch&#233;s et au fait que la plupart de leurs acheteurs sont ext&#233;rieurs. Cela explique le choix des privil&#233;gi&#233;s de chaque r&#233;gion en faveur du s&#233;paratisme. Alors qu'on demande de plus en plus de sacrifices &#224; la population, le budget des arm&#233;es grandit continuellement : plus 24 % en 1983. En 1984, le nombre de ch&#244;meurs d&#233;passe le million. On va vers l'explosion sociale.&lt;br class='autobr' /&gt;
1986 marque la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res. Ce sont des mouvements massifs dans les grands centres industriels du pays, des mouvements contre les licenciements et contre le blocage des salaires et ces mouvements ne sont pas isol&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas fini : l'ann&#233;e suivante est celle de l'explosion des gr&#232;ves. En f&#233;vrier 1987, l'annonce du gel des salaires et de la r&#233;cup&#233;ration des augmentations accord&#233;es pr&#233;c&#233;demment par les entreprises met le feu aux poudres. L'agitation culmine en Croatie et en Mac&#233;doine. Les vagues de gr&#232;ve sont parties de Belgrade mais aussi des grands centres industriels de Zagreb, de Ljubljana et de Bosnie. Elles s'&#233;tendent, parcourent tout le pays. En 1987, le pays a connu 1570 gr&#232;ves auxquelles ont particip&#233; 365 000 travailleurs. Le pouvoir craint une v&#233;ritable explosion sociale. Mais le mouvement, en butte &#224; la r&#233;pression, reste inorganis&#233; et manque de direction. Le pouvoir a toutefois recul&#233; partout assez rapidement, accordant de fortes hausses de salaires. Pour calmer l'agitation, il annonce la d&#233;mission du premier ministre Branko Mikulic en d&#233;cembre 1988.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au m&#234;me moment o&#249; la bourgeoisie ne voit ses int&#233;r&#234;ts qu'en termes de division du pays en petites unit&#233;s, les travailleurs yougoslaves sont une seule et m&#234;me classe qui se bat pour les m&#234;mes objectifs &#224; l'&#233;chelle de tout le pays. La classe ouvri&#232;re ne se contente pas de revendications &#233;conomiques. Elle a perdu totalement confiance dans le pouvoir dont les scandales &#233;clatent au grand jour comme celui d'Agrokomerc, une firme agroalimentaire de Bosnie qui a &#233;mis des billets sans provision. Apr&#232;s des ann&#233;es de dictature sur la classe ouvri&#232;re dont les syndicats officiels n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre les courroies de transmission, la classe ouvri&#232;re est inorganis&#233;e syndicalement mais surtout politiquement. Le mouvement ouvrier renaissant pourrait remettre en cause le r&#233;gime, et unir derri&#232;re lui ceux qui luttent pour la libert&#233; politique et la fin de l'oppression des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir central est pr&#233;occup&#233; par cette crise et la remise en cause de l'unit&#233; du pays. Une des solutions envisag&#233;es par le gouvernement de Slobodan Milo&#353;evi&#263; est la concentration des pouvoirs en Serbie, en supprimant l'autonomie des provinces comme la Vo&#239;vodine et le Kosovo. Le Kosovo est peupl&#233; &#224; 90% d'Albanais qui souhaitaient le statut de r&#233;publique et non plus de province pour leur r&#233;gion. L'autonomie implique notamment un droit de veto, ce qui, pour le pouvoir &#224; Belgrade, nuirait &#224; l'imposition de r&#233;formes &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus de cr&#233;er une r&#233;publique au Kosovo fait aussi &#233;cho &#224; une peur des Serbes de voir les Albanais du Kosovo se d&#233;barrasser des Serbes du Kosovo, de plus en plus minoritaires. C'est ce qu'a voulu montrer le &#171; Memorandum de l'acad&#233;mie des sciences de Belgrade &#187; en 1985 (destin&#233; &#224; faire le point sur la situation de la r&#233;publique) en d&#233;non&#231;ant un risque de &#171; purification ethnique &#187; de la part des Albanais. Cette crainte a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e comme l'id&#233;ologie nationaliste de Slobodan Milo&#353;evi&#263;. En effet, ce dernier d&#233;veloppe l'id&#233;e qu'il faut prot&#233;ger les Serbes, dans une Yougoslavie et une Serbie de plus en plus rong&#233;es par le nationalisme. La Ligue des communistes de Yougoslavie, ancien parti unique de Serbie et de Yougoslavie, consid&#233;rait comme tabou le nationalisme et en r&#233;primait toute forme, jusqu'&#224; l'apparition de troubles au Kosovo et l'augmentation progressive des revendications des nationalistes albanais et serbes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1986-89 :&lt;br class='autobr' /&gt;
Milosevic, l'homme de la diversion nationaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que craignent les classes dirigeantes, d'autant qu'elles veulent se lancer dans une politique d&#233;brid&#233;e de d&#233;r&#233;glementations et d'aust&#233;rit&#233; qui ne peut que devenir de plus en plus impopulaire. C'est cela qui va les amener &#224; soutenir la campagne de d&#233;magogie nationaliste lanc&#233;e par un apparatchik serbe de Belgrade, Slobodan Milosevic.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment o&#249; l'Etat n'a plus aucun soutien populaire, Milosevic est l'homme politique qui lui propose de d&#233;tourner le m&#233;contentement social sur des bases ouvertement racistes. Envoy&#233; au Kosovo pour calmer les Serbes, Milosevic voit rapidement le parti qu'il peut tirer personnellement et politiquement de cette extr&#234;me droite serbe violemment remont&#233;e contre la population &#224; majorit&#233; albanaise. La t&#233;l&#233;vision anglaise BBC a montr&#233; un reportage dans lequel on le voit organiser avec l'aide de serbes d'extr&#234;me droite une fausse action de pogrome anti-serbe o&#249; les pr&#233;tendus agresseurs kosovars contre les Serbes ne sont autres que des militants d'extr&#234;me droite serbes d&#233;guis&#233;s en Kosovars ! C'est gr&#226;ce &#224; cette provocation datant de 1986, diffus&#233;e par les m&#233;dias yougoslaves tenus par des Serbes, que Milosevic va commencer toute une campagne qui pr&#233;tend qu'au Kosovo la minorit&#233; serbe est opprim&#233;e, que les fonctionnaires albanais les arr&#234;tent injustement, que les Albanais leur jettent des pierres et que m&#234;me les membres serbes du parti communiste du Kosovo sont vendus aux Albanais !&lt;br class='autobr' /&gt;
La politique ultra nationaliste de Milosevic s'appuie sur la propagande de pr&#233;tendus intellectuels ex-staliniens reconvertis au nationalisme grand serbe, comme Dobritsa Cosic qui se revendique de l'ancien royaume serbe de Yougoslavie d'avant guerre et lance le slogan &#8220; Tous les Serbes dans un seul Etat !&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un proche de Dobritsa Cosic, qui dirige la t&#233;l&#233;vision yougoslave, va parrainer Milosevic et construire sa popularit&#233;. Un commentateur de l'&#233;poque dira que c'&#233;tait un peu comme si le Ku Klux Klan avait tenu la t&#233;l&#233;vision nationale aux Etats-Unis. Les m&#233;dias d&#233;versent la peur et la haine. On y r&#233;pand ouvertement le racisme en pr&#244;nant l'expulsion du territoire de la population albanaise. Les nationalistes serbes mettent en avant un &#233;v&#233;nement de leur &#8220; glorieuse histoire &#8221; qui s'est d&#233;roul&#233; au Kosovo il y a 600 ans, en 1389 : la bataille que les Serbes ont livr&#233; et perdu contre les Turcs au Champ des Merles. Les nationalistes revendiquent le Kosovo en tant que &#8220;berceau national serbe&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces &#233;lucubrations empreintes de nostalgie moyen&#226;geuse sont diffus&#233;es massivement sur les ondes. L'on incite la population serbe &#224; c&#233;l&#233;brer la bataille du Champ des Merles au cours de manifestations au Kosovo. C'est un v&#233;ritable appel &#224; la haine &#224; l'encontre des Kosovars albanais. Milosevic remet en cause le statut d'autonomie de la province accord&#233; en 1974 par Tito suite aux &#233;meutes de 1968 &#8211; du temps de Tito, le peuple du Kosovo, le plus pauvre du pays, s'&#233;tait d&#233;j&#224; rebiff&#233; contre un r&#233;gime dictatorial bien incapable d'assurer une v&#233;ritable autod&#233;termination des peuples, en d&#233;pit de son &#233;tiquette communiste et autogestionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#224; la faveur de l'atmosph&#232;re de fin de r&#233;gime titiste, en 1987-89, que Milosevic lance sa campagne sur des th&#232;mes nationalistes extr&#233;mistes. Il s'appuie sur ce qu'on a appel&#233; le M&#233;morandum, un pamphlet nationaliste agressif &#233;labor&#233; par quelques pontes de l'acad&#233;mie des sciences serbes : un v&#233;ritable appel &#224; la haine raciale et au regroupement des Serbes qui pr&#233;tend que le r&#233;gime titiste a privil&#233;gi&#233; les Albanais du Kosovo au d&#233;triment des Serbes, tout en d&#233;favorisant les Serbes dans le reste de la Yougoslavie. Milosevic se rend au Kosovo en 1987. Il lance aux Serbes sa phrase fameuse personne n'a le droit de vous frapper ! Il en appelle &#224; la population serbe du reste du pays soi-disant pour d&#233;fendre les Serbes opprim&#233;s du Kosovo !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il parcourt le pays, tient une s&#233;rie de meetings monstres en Serbie avec notamment un &#233;norme rassemblement en novembre 1988 &#224; Belgrade. Milosevic se sert de cette mobilisation pour faire chuter tous les dirigeants locaux qui lui sont hostiles, en particulier ceux du gouvernement du Mont&#233;n&#233;gro en janvier 1988. Bien s&#251;r, il pr&#233;tend aussi lutter contre l'ancien appareil bureaucratique h&#233;rit&#233; du r&#233;gime titiste. Il se permet m&#234;me de lancer des slogans comme &#8220; A bas la nomenklatura ! &#8221;. Mais parmi les slogans des manifestants serbes, certains indiquent sans &#233;quivoque la politique que Milosevic va mettre en oeuvre : &#8220; Donnez nous des armes &#8221; et &#8220; Mort aux Albanais ! &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1989, gr&#226;ce &#224; ce soutien massif, il institue un v&#233;ritable apartheid au Kosovo. Les Kosovars perdent tous leurs postes de fonctionnaires et sont remplac&#233;s par des Serbes. Les &#233;coles et les h&#244;pitaux vont progressivement &#234;tre r&#233;serv&#233;s aux Serbes. L&#224; aussi, cela se passe de mani&#232;re atroce : le 22 mars 1990, les lyc&#233;ens albanais du lyc&#233;e de la ville de Podujevo sont tous myst&#233;rieusement empoisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1989-90 : r&#233;volte ouvri&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
r&#233;pression massive et&lt;br class='autobr' /&gt;
situation insurrectionnelle au Kosovo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1989, la population du Kosovo se r&#233;volte. Les travailleurs entrent en lutte. Les mineurs occupent le fond des puits et refusent de sortir. L'&#233;tat d'urgence est d&#233;cr&#233;t&#233; par l'Etat Yougoslave contre les travailleurs albanais. L'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale est assist&#233;e de forces anti-&#233;meutes et de nombreux soldats sont appel&#233;s &#224; la rescousse. Les leaders ouvriers et de nombreux mineurs sont arr&#234;t&#233;s. La r&#233;pression sera tr&#232;s dure et les mineurs albanais sont licenci&#233;s massivement. La classe ouvri&#232;re du reste du pays est solidaire. Ainsi, en Slov&#233;nie, un mouvement de soutien aux mineurs et aux gr&#232;ves albanaises est organis&#233; par les travailleurs slov&#232;nes. Ces derniers ne cesseront d'intervenir contre l'Etat &#224; chaque fois qu'il r&#233;primera les Kosovars.&lt;br class='autobr' /&gt;
En juin 1989, Milosevic organise un immense meeting de triomphe anti-albanais pour f&#234;ter le 600&#232;me anniversaire de la bataille du Champ des Merles : il fait venir au Kosovo, par trains et cars entiers, un million de Serbes de tout le pays qui f&#234;tent non seulement la bataille perdue contre les Turcs mais l'&#233;crasement des Kosovars. Port&#233; par cet &#233;lan de nationalisme, Milosevic est &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence serbe en novembre 1989.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de l'ann&#233;e 1990, la population kosovare organise des manifestations de masse dans toute la r&#233;gion, manifestations qui sont &#233;cras&#233;es par l'arm&#233;e. Une centaine de morts. Des lois d'exception sont d&#233;cr&#233;t&#233;es. Les institutions politiques auxquelles participaient encore des Kosovars sont dissoutes. Les ouvriers kosovars protestent et sont massivement licenci&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La population organise un contre-pouvoir avec une assembl&#233;e et des municipalit&#233;s, des &#233;coles et m&#234;me des h&#244;pitaux parall&#232;les. Le mouvement est dirig&#233; par Ibrahim Rugova et son parti, la Ligue D&#233;mocratique du Kosovo (LDK). Cr&#233;&#233; en 1989 avec une cinquantaine de membre, il en compte 200 000 six mois plus tard et un million au bout d'un an. Il fonde un parlement clandestin apr&#232;s une &#233;lection &#224; laquelle toute la population kosovare a particip&#233; sous le nez des forces serbes : Rugova est &#233;lu par les Kosovars pr&#233;sident de la R&#233;publique du Kosovo. Malgr&#233; le soutien massif de la population &#224; cette r&#233;publique, les Occidentaux n'envisagent &#224; aucun moment de la reconna&#238;tre. Cela ne doit pas &#234;tre oubli&#233; aujourd'hui quand ils pr&#233;tendent &#234;tre scandalis&#233;s par l'oppression nationale de Milosevic !&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait toute la population kosovare s'est soulev&#233;e de mani&#232;re insurrectionnelle. Mais la politique de son leader d&#233;mocrate, Ibrahim Rugova, lui assigne de ne rien faire qui soit susceptible de provoquer le pouvoir de Milosevic, et fixe comme but premier d'obtenir le soutien des Occidentaux. En d&#233;pit de la mobilisation massive dont il b&#233;n&#233;ficie, Rugova maintiendra cette politique jusqu'&#224; la guerre actuelle. Autant dire qu'il a assist&#233; aux diverses guerres men&#233;es par le pouvoir serbe contre les diff&#233;rents peuples du pays, sans affirmer clairement une alliance avec tous les peuples opprim&#233;s et du coup sans chercher &#224; ce que les Kosovars s'affirment comme les d&#233;fenseurs de la libert&#233; de tous les peuples de l'ex-Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1990-92 : la carte des multinationalismes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que la r&#233;pression violente au Kosovo, le pouvoir choisit de d&#233;cider l'ouverture politique et le multipartisme dans le reste de la Yougoslavie, c&#233;dant ainsi aux pressions des classes dirigeantes locales qui aspirent &#224; leur propre mainmise sur leur r&#233;gion. Une multitude de partis vont pour la premi&#232;re fois voir le jour, organis&#233;s par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie. Fait significatif, ce sont quasiment tous des partis fond&#233;s sur une seule nationalit&#233;. Quant &#224; la classe ouvri&#232;re, la seule qui pourrait se constituer sur d'autres bases, elle reste inorganis&#233;e politiquement. Bien s&#251;r, tout en ouvrant les portes au multipartisme, le pouvoir a tout fait pour que la classe ouvri&#232;re n'en profite pas. Mais il ne s'est pas non plus trouv&#233; de leader s'opposant au r&#233;gime tout en se revendiquant des travailleurs, de tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalit&#233;. En outre, la classe ouvri&#232;re est sous le coup du d&#233;veloppement brutal de la mis&#232;re et du ch&#244;mage. La gravit&#233; de la crise &#233;conomique n'a fait que s'accentuer : 2600 % d'inflation en 1989 et une dette ext&#233;rieure de 22 milliards de dollars.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1990, Milosevic lance une propagande anti-croate. La t&#233;l&#233;vision serbe pr&#233;sente les Croates comme les nouveaux Oustachis, c'est-&#224;-dire les compare aux troupes croates d'extr&#234;me droite qui ont soutenu Hitler et constitu&#233; un gouvernement qui s'est livr&#233; &#224; un v&#233;ritable g&#233;nocide anti-Serbes, Juifs et Tziganes pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale. Dans le m&#234;me temps, Milosevic s'unit &#224; l'extr&#234;me droite serbe du parti de Seselj auquel il propose d'agglom&#233;rer ses milices &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, ce qui est fait. D&#233;sormais les objectifs &#8220;d'&#233;puration ethnique&#8221; d'un Seselj deviennent objectif militaire en Croatie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sym&#233;triquement, en Croatie, c'est le nationaliste Franjo Tudjman et son parti HDZ qui est &#233;lu du fait de la mont&#233;e des craintes au sein de la population croate. Bien s&#251;r, Tudjman ne peut manquer de souligner que Seselj se revendique lui des anciens tchetniks, les nationalistes serbes du royaliste Mihailovic qui ont, eux aussi, commis des massacres durant la derni&#232;re guerre mondiale. Le discours du dirigeant croate Tudjman n'est pas fait pour rassurer les Serbes qui habitent la Croatie, ceux de la Krajina comme ceux de Slavonie notamment qui sont du coup livr&#233;s &#224; leur propre extr&#234;me droite, avec le soutien du pouvoir de Belgrade. Tudjman, &#224; peine &#233;lu en 1990, choisit comme drapeau de la r&#233;publique pour remplacer le drapeau yougoslave celui du fasciste oustachi Ante Pavelic qu'il d&#233;clare vouloir r&#233;habiliter. Voil&#224; comment les diff&#233;rents chefs nationalistes ont su &#224; merveille nourrir le nationalisme exacerb&#233; du voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1991-95 : trois guerres successives&lt;br class='autobr' /&gt;
dans l'ex Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1991, Milosevic d&#233;cide de maintenir la Serbie &#224; la t&#234;te de la pr&#233;sidence de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave alors que selon la r&#232;gle de pr&#233;sidence tournante elle devrait revenir au Croate Stipe Mesic. C'est tout le fonctionnement de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave qui est ainsi remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Slov&#233;nie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus tard, la Croatie et la Slov&#233;nie proclament leur ind&#233;pendance. Contrairement &#224; l'Allemagne qui a des liens &#233;conomiques avec ces deux r&#233;gions, les Etats-Unis et la France sont d&#233;favorables &#224; la division de la Yougoslavie et donnent leur soutien politique &#224; la Serbie. La Yougoslavie, sous pr&#233;sidence serbe disposant d'une arm&#233;e dont l'essentiel des chefs et des officiers sont serbes, d&#233;clare la guerre &#224; la Slov&#233;nie. La guerre est de courte dur&#233;e car tr&#232;s rapidement l'arm&#233;e yougoslave est d&#233;faite : l'ensemble de la population slov&#232;ne s'est organis&#233;e en milices de d&#233;fense, a bloqu&#233; les chars par des barricades, les soldats yougoslaves n'&#233;tant pas encore pr&#233;par&#233;s ni motiv&#233;s pour une guerre contre tout un peuple. L'ind&#233;pendance de la Slov&#233;nie est donc acquise et la paix restaur&#233;e dans cette r&#233;gion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour la population slov&#232;ne, ce n'est pas la prosp&#233;rit&#233; pour autant car cela ne fait que donner les moyens aux classes dirigeantes de mener leur offensive &#233;conomique : privatisations, sacrifices pour les travailleurs et bien s&#251;r licenciements. Le ch&#244;mage va augmenter de 1991 &#224; 1992 de 18 %, le niveau de vie des slov&#232;nes chuter avec une inflation de 261 % . Pour que les travailleurs ne r&#233;clament pas des salaires qui suivent la hausse du co&#251;t de la vie, le gouvernement signe avec les syndicats un pacte social sur le dos des travailleurs. En 1994, 2000 grandes entreprises sont privatis&#233;es. Le ch&#244;mage atteint 12 % en 1992, 13,4 % en 1993, puis 14 % en 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Croatie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e serbe humili&#233;e en Slov&#233;nie va prendre imm&#233;diatement sa revanche en Croatie. D&#233;sormais Milosevic appelle ouvertement l'arm&#233;e yougoslave &#224; se consid&#233;rer comme une arm&#233;e serbe et appelle les Serbes &#8220;_&#224; se tenir pr&#234;ts &#224; se d&#233;fendre &#8221;. Milosevic va &#224; nouveau s'appuyer sur une zone o&#249; les Serbes sont minoritaires pour d&#233;velopper sa strat&#233;gie de pr&#233;tendue d&#233;fense des Serbes. Il s'agit de la Krajina, une zone enclav&#233;e situ&#233;e au sud ouest de la Croatie, o&#249; d&#232;s juillet 1991 des groupes paramilitaires ont pris la population serbe en otage. Les milices d'un ancien mercenaire qui se fait appeler le capitaine Dragan terrorise d'abord les Serbes eux-m&#234;mes tout en s'attaquant &#224; la population croate.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre engag&#233;e sous le pr&#233;texte de d&#233;fendre la Krajina, d&#233;bute l'&#233;t&#233; 1991 et va durer six mois, faisant des dizaines de milliers de victimes et des destructions sans nombre, dont celle des villes de Vukovar et Dubrovnik, enti&#232;rement ras&#233;es par l'artillerie lourde serbe avant d'&#234;tre prises. A Vukovar, l'arm&#233;e croate a oblig&#233; la population &#224; rester dans la ville sous la menace pour la contraindre &#224; se battre contre les troupes serbes. Puis c'est le nettoyage ethnique qui consiste non seulement &#224; faire fuir les populations croates mais &#224; liquider tous ceux qui sont soup&#231;onn&#233;s de s'&#234;tre battus, &#224; violer leurs femmes et leurs filles devant leurs enfants. Les troupes serbes tiennent les enclaves serbes de Slavonie et de Krajina o&#249; elles pratiquent &#233;galement l'&#233;puration ethnique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Milosevic peut alors reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance de la Croatie : celle-ci est amput&#233;e du tiers de son territoire avec toute une population croate d&#233;plac&#233;e, contrainte de quitter ses maisons et la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-92, la Yougoslavie est donc divis&#233;e en cinq Etats : Croatie, Slov&#233;nie, Bosnie, Mac&#233;doine et une Serbie qui continue &#224; s'appeler Yougoslavie et qui d&#233;clenchera bient&#244;t une nouvelle guerre pour ce que Milosevic appelle &#8220; le droit des Serbes &#224; vivre dans un seul Etat &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le FMI a d&#233;j&#224; calcul&#233; la part de chacun des nouveaux Etats dans l'ancienne dette de la Yougoslavie ! Et ce sont bien s&#251;r les diff&#233;rents chefs de guerre qui sont charg&#233;s chacun par l'officine bancaire de l'imp&#233;rialisme de r&#233;cup&#233;rer le butin : des milliards de dollars sur le dos de la population !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1992-95 : La guerre de Bosnie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me guerre de la Serbie commence en avril 1992 contre la Bosnie-Herz&#233;govine qui s'&#233;tait proclam&#233;e r&#233;publique ind&#233;pendante sans pouvoir se revendiquer du droit d'un peuple particulier puisque tous les peuples qui y r&#233;sident sont minoritaires. Si les Croates &#233;taient faibles militairement face aux Serbes, la Bosnie, elle, n'a aucune arm&#233;e et va subir une vraie boucherie. D'autant que les dirigeants Serbes et Croates, Milosevic et Tudjman, &#233;taient d'accord sur le plan de d&#233;pe&#231;age de la Bosnie, plan qu'ils allaient finalement plus ou moins r&#233;aliser.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant au pr&#233;sident de la Bosnie, Alija Izetbegovic, il s'&#233;tait suffisamment d&#233;clar&#233; pro-islamiste pour servir de bouc &#233;missaire aux dirigeants serbes qui le traitaient de Turc. Sa politique va consister &#224; jouer lui aussi sur la fibre nationaliste tout en faisant appel &#224; la communaut&#233; internationale, autrement dit &#224; l'imp&#233;rialisme, au nom des populations bosniaques martyris&#233;es. Et effectivement entre mai et juin 1992, les troupes et groupes paramilitaires serbes se livrent &#224; des exactions atroces sur les populations civiles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la guerre de Bosnie, on aura donc un affrontement entre les trois nationalismes, serbe, croate et musulman bosniaque. A la t&#234;te de chacun, des dirigeants tout aussi dispos&#233;s &#224; exploiter la situation aux d&#233;pens des peuples afin d'asseoir leur domination sur le plus grand territoire possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1993 et 94, l'arm&#233;e serbe &#233;crase les enclaves musulmanes de Srebrenica, Zepa et Gorazde en Bosnie Orientale et c'est le nettoyage ethnique le plus violent auquel on ait assist&#233; jusque l&#224;, sans trop affoler la fameuse &#8220; communaut&#233; internationale &#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les populations continuent de servir d'otage &#224; chaque camp mais parfois les gens ou m&#234;me les soldats serbes se r&#233;voltent comme &#224; Banja Luka en septembre 1993. Ils se mutinent contre les profiteurs de guerre serbes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la r&#233;publique serbe s'est servi des enclaves serbes enserr&#233;es dans des territoires o&#249; d'autres nationalit&#233;s &#233;taient majoritaires pour justifier sa guerre et pour avoir &#224; disposition des troupes serbes, elle les l&#226;che aussi en fonction de ses propres int&#233;r&#234;ts comme la r&#233;publique serbe de Bosnie en ao&#251;t 1994, exactement comme elle l&#226;che la Krajina, enclave serbe de Croatie, aux troupes croates peu apr&#232;s. La d&#233;fense des Serbes n'&#233;tait pour Milosevic qu'un pr&#233;texte &#224; une politique guerri&#232;re. Son v&#233;ritable objectif est de gagner une part aussi grande que possible du pouvoir et de mener au service des classes dirigeantes une politique visant &#224; d&#233;tourner le m&#233;contentement social.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vrai des autres nationalismes comme celui des dirigeants des musulmans bosniaques. En ao&#251;t 1994, &#224; Tuzla, dans la zone croato-musulmane, la population a essay&#233; de s'opposer &#224; la logique de tous les nationalismes, en constituant des &#8220;partis citoyens&#8221; sans appartenance ethnique qui refusent la logique de l'&#233;puration. Ils seront battus par les forces militaires et politiques nationalistes du pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1992, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain n'avait pas souhait&#233; que la Yougoslavie explose en petits morceaux du fait des risques que cela pouvait entra&#238;ner pour la stabilit&#233; de toute la r&#233;gion. En somme il avait plut&#244;t soutenu les efforts de Milosevic pour garder la mainmise sur le pays au nom de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave et &#233;galement soutenu financi&#232;rement celle-ci puisque Milosevic affirmait sa volont&#233; d'appliquer les plans &#233;conomiques des autorit&#233;s financi&#232;res internationales. C'est seulement en avril 1992 que la position de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain s'est retourn&#233;e contre la Serbie en lui enjoignant d'arr&#234;ter sa guerre en Bosnie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant les Occidentaux en sont rest&#233;s au discours. Tout au plus, en mai 1992, l'ONU a-t-elle adopt&#233; des sanctions contre la Serbie&#8230; qu'elle n'a gu&#232;re cherch&#233; &#224; faire appliquer. En novembre 1992, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain se posait la question d'intervenir dans un conflit guerrier et a, para&#238;t-il, h&#233;sit&#233; entre la Somalie et la Bosnie. Ce serait Georges Bush qui aurait tranch&#233; pour la Somalie o&#249; les USA ont envoy&#233; 30 000 soldats. En France, le gouvernement a fait mine de se pr&#233;occuper de la population bosniaque, de s'int&#233;resser &#224; l'aide humanitaire ou &#224; la sauvegarde de la ville de Sarajevo o&#249; Mitterrand a m&#234;me &#233;t&#233; se promener. Mais le m&#234;me Mitterrand a refus&#233; de commenter les informations donn&#233;es par le pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovitc sur les exactions commises par les troupes et groupes paramilitaire serbes, et a affirm&#233; n'en avoir jamais rien su, ce qui &#233;tait un aveu de complicit&#233; politique avec Milosevic.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, ce ne sont pas les pays occidentaux mais c'est la population serbe elle-m&#234;me qui a toujours repr&#233;sent&#233; la principale menace pour Milosevic. Et d'abord en 1992. Le 9 mars 1992, jour anniversaire des &#233;meutes de 1991 du Kosovo durement r&#233;prim&#233;es, 40 000 personnes ont manifest&#233; &#224; Belgrade contre le r&#233;gime. Des organisations d&#233;mocratiques sont alors apparues. Le 14 juin suivant, &#224; Belgrade, des milliers de manifestants pacifistes ont manifest&#233; contre la guerre et demand&#233; l'amnistie des 200 000 insoumis arr&#234;t&#233;s. Le 15 juin 1992 les &#233;tudiants de Belgrade se sont mis en gr&#232;ve, r&#233;clamant la d&#233;mission de Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1995 : la &#8220;paix&#8221; de Dayton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, les diverses troupes ont atteint les zones qui correspondent au rapport des forces militaires. Il ne reste plus &#224; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qu'&#224; arriver pour conclure la paix consistant essentiellement &#224; donner &#224; chaque chef de bande le territoire qu'il a conquis. Les intentions proclam&#233;es au d&#233;part, &#224; savoir le maintien de la Bosnie comme une entit&#233; et le refus du nettoyage ethnique sont all&#232;grement balay&#233;es aux accords de Dayton et les zones vont r&#233;ellement &#234;tre des zones ethniquement homog&#232;nes. Le regroupement des Croates et des musulmans Bosniaques n'est qu'une fiction de papier que les Am&#233;ricains ne cherchent pas &#224; faire appliquer. Quant aux chefs nationalistes, ces chefs de bandes de tueurs et de terroristes &#224; l'encontre des populations civiles, les Milosevic et les Tudjman comme les Izetbegovic, ils sont tous reconnus comme chefs d'Etats par l'imp&#233;rialisme. La seule pr&#233;occupation de celui-ci est de stabiliser un ordre durable avec des dirigeants qui sauront maintenir leur peuple sous leur f&#233;rule. Mais la paix n'est encore une fois que la pr&#233;paration de la nouvelle guerre, la quatri&#232;me, au Kosovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1998 : la guerre au Kosovo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le plus grand silence complice de la &#8220;communaut&#233; internationale&#8221; que Milosevic a pu lancer une grande offensive il y a six mois, lors de l'&#233;t&#233; 1998, contre les zones du Kosovo frontali&#232;res de l'Albanie. Sa m&#233;thode : le terrorisme des forces militaires et paramilitaires pratiquant le nettoyage ethnique en chassant les populations vers l'Albanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
En juin 1998, 65 000 Kosovars expuls&#233;s ; 150 000 en ao&#251;t, 230 000 en septembre. A l'&#233;poque, les r&#233;fugi&#233;s n'avaient pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la m&#234;me couverture m&#233;diatique que depuis l'intervention occidentale ! C'est que les Occidentaux comptaient s'arranger avec Milosevic et avaient planifi&#233; des n&#233;gociations &#224; Rambouillet pour faire la part du feu en octroyant une simple autonomie aux Kosovo en &#233;change de quoi les combattants kosovars devaient d&#233;poser les armes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu de Milosevic&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic ne pouvait pas, sans risquer d'&#234;tre renvers&#233; par son aile d'extr&#234;me droite, signer les accords de Rambouillet reconnaissant ne serait-ce que l'autonomie au Kosovo. Cela aurait voulu dire c&#233;der devant la petite arm&#233;e ind&#233;pendantiste des Kosovars, l'UCK, alors que Milosevic fondait toute son autorit&#233; sur l'inverse. Tout son pouvoir sur les diverses factions et bandes arm&#233;es nationalistes serbes a repos&#233; sur le fait qu'il a pris leur t&#234;te en 1987 sur la question justement de la domination par les Serbes du Kosovo qu'il avait proclam&#233; c&#339;ur historique des Serbes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Milosevic a choisi de tenir t&#234;te aux Occidentaux parce qu'il a calcul&#233;, &#224; tort ou &#224; raison, qu'ils ne pourront se passer de lui et ne voudront pas le renverser. Il sait aussi qu'il lui sera bien plus facile vis-&#224;-vis de ses soutiens extr&#233;mistes serbes de para&#238;tre devoir c&#233;der plus tard aux forces militaires coalis&#233;es des pays les plus riches du monde qu'&#224; l'UCK. D'autant que les puissances occidentales n'ont visiblement pas l'intention de lui imposer l'ind&#233;pendance du Kosovo mais son partage entre une zone serbe qu'il est en train de nettoyer ethniquement sans que les Occidentaux ne l&#232;vent le petit doigt pour l'en emp&#234;cher, et une zone qui serait donn&#233;e &#224; l'Albanie.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que sous couvert des bombardements, l'intervention militaire occidentale va probablement sauver la mise au pouvoir de Milosevic. Certes, il pourra perdre ainsi une partie du Kosovo, mais le conflit lui aura permis d'accentuer sa mainmise sur deux autres r&#233;gions qui mena&#231;aient de quitter la Serbie : le Mont&#233;n&#233;gro et la Vo&#239;vodine. Voil&#224; pourquoi Milosevic avait des raisons de penser qu'en d&#233;pit d'un rapport de forces militaires &#224; l'&#233;vidence d&#233;favorable, il avait &#224; gagner &#224; l'affrontement avec les grandes puissances.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intervention imp&#233;rialiste, loin d'aider la population &#224; se r&#233;volter contre Milosevic, lui coupe enti&#232;rement toutes ses possibilit&#233;s. Se dire contre Milosevic en Serbie aujourd'hui, c'est probablement appara&#238;tre comme favorable aux bombardements ! D&#232;s le d&#233;but de l'intervention occidentale, le dictateur s'est servi de la situation pour renforcer son pouvoir en d&#233;cr&#233;tant l'&#233;tat d'urgence, en interdisant toute expression d'opposition et en mena&#231;ant d'arr&#234;ter et de fusiller tout opposant. Il a imm&#233;diatement remplac&#233; les hommes politiques qui n'&#233;taient pas directement &#224; sa botte, y compris en rempla&#231;ant le chef des arm&#233;es et plusieurs g&#233;n&#233;raux. En tenant t&#234;te &#224; l'imp&#233;rialisme, Milosevic appara&#238;t comme celui qui se bat contre les puissances alli&#233;es pour la d&#233;fense des Serbes, comme celui qui r&#233;siste courageusement aux bombardements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de l'intervention des puissances imp&#233;rialistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'imp&#233;rialisme, ce n'est pas pour du p&#233;trole, des mines, des plantations ni pour aucun objectif &#233;conomique qu'il intervient en Yougoslavie mais en tant que gendarme du monde. Comme au Rwanda ou en Somalie. C'est pour d&#233;fendre sa ma&#238;trise du monde et pr&#233;venir tout risque d'un vide du pouvoir cons&#233;cutif aux guerres civiles. C'est en particulier pour emp&#234;cher que les peuples aient la moindre vell&#233;it&#233; de croire que c'est &#224; eux de d&#233;cider quel est l'ordre qui leur convient le mieux. De ce point de vue, ce n'est pas la chute de Milosevic que visent les Occidentaux. Il veulent &#8220;l'ordre&#8221;, pas la d&#233;stabilisation de la Serbie avec tous les risques sociaux qu'elle repr&#233;sente.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'objectif des grandes puissances dans cette guerre n'est pas li&#233; &#224; de simples questions d'int&#233;r&#234;ts locaux, de liens avec telle ou telle r&#233;gion, mais de faire une d&#233;monstration &#224; usage international. Les guerres du Golfe risquaient de ne pas avoir &#233;t&#233; d&#233;monstratives et l'imp&#233;rialisme a jug&#233; que la Yougoslavie pouvait &#234;tre un nouveau terrain pour affirmer son r&#244;le de gendarme international. Cela lui a paru d'autant plus opportun qu'avec l'aggravation de la situation &#233;conomique et sociale dans des continents entiers, une occasion un peu spectaculaire de sortir ses armes sophistiqu&#233;es se pr&#233;sentait. D'autant qu'on &#233;tait en Europe et que ce n'&#233;tait pas un mal pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain d'y affirmer son leadership mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suite &#224; venir...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En Yougoslavie, tout a commenc&#233; en 1986-1989 par une vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui a affol&#233; les classes dirigeantes au point qu'elles ont lanc&#233; la guerre entre nationalit&#233;s</title>
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		<dc:date>2022-07-17T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ve Strike</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Serbie</dc:subject>
		<dc:subject>Kosovo</dc:subject>
		<dc:subject>croatie</dc:subject>
		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>
		<dc:subject>Slov&#233;nie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Yougoslavie, tout a commenc&#233; en 1986-1989 par une vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui a affol&#233; les classes dirigeantes au point qu'elles ont lanc&#233; la guerre entre nationalit&#233;s &lt;br class='autobr' /&gt;
Avertissement : &lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne s'en souvient et pourtant c'est vrai : l'&#233;clatement de la Yougoslavie au travers d'une guerre civile sanglante est la r&#233;action des classes dirigeantes face &#224; une vaste gr&#232;ve ouvri&#232;re sur tout le territoire national. Cette gr&#232;ve n'avait aucun caract&#232;re nationaliste ou de division nationale&#8230; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;23- Guerres de Yougoslavie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot46" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve Strike&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot205" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot247" rel="tag"&gt;croatie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot292" rel="tag"&gt;Slov&#233;nie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_16569 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/index-122.jpg' width=&#034;295&#034; height=&#034;171&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En Yougoslavie, tout a commenc&#233; en 1986-1989 par une vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui a affol&#233; les classes dirigeantes au point qu'elles ont lanc&#233; la guerre entre nationalit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avertissement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne ne s'en souvient et pourtant c'est vrai : l'&#233;clatement de la Yougoslavie au travers d'une guerre civile sanglante est la r&#233;action des classes dirigeantes face &#224; une vaste gr&#232;ve ouvri&#232;re sur tout le territoire national. Cette gr&#232;ve n'avait aucun caract&#232;re nationaliste ou de division nationale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, la presse occidentale occultait les r&#233;voltes ouvri&#232;res contre la dictature stalinienne en Yougoslavie. De nos jours, personne ne s'en souvient plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, c'est bel et bien pour &#233;craser la mont&#233;e ouvri&#232;re que les classes dirigeantes ont lanc&#233; le bain de sang de la guerre civile entre nationalit&#233;s&#8230; La guerre de Yougoslavie s'appelle donc contre-r&#233;volution sociale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034;&gt;Lire ici comment cette contre-r&#233;volution sanglante a permis d'&#233;craser le prol&#233;tariat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe ouvri&#232;re yougoslave &#233;tait contre les mesures d'aust&#233;rit&#233; des ann&#233;es 80&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es 1980, un demi-million de personnes ont particip&#233; &#224; des gr&#232;ves ouvri&#232;res en r&#233;action &#224; la crise &#233;conomique. Les syndicats, bien qu'&#233;tant les organisations ouvri&#232;res les plus importantes, n'ont pas r&#233;ussi &#224; s'approprier ce combat. Au lieu de cela, il a &#233;t&#233; revendiqu&#233; par les partis politiques nationalistes en pleine ascension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des ann&#233;es 1980 et le d&#233;but des ann&#233;es 1990 ont entra&#238;n&#233; une transformation globale des relations sociales dans la Yougoslavie socialiste. La transformation comprenait principalement l'abolition de la propri&#233;t&#233; sociale et l'affaiblissement de l'influence politique de la classe ouvri&#232;re. Cela a &#233;t&#233; suivi par une occurrence de plus en plus fr&#233;quente de gr&#232;ves ouvri&#232;res qui se sont chevauch&#233;es avec d'autres types de conflits politiques. Ces conflits ont eu lieu simultan&#233;ment avec la restauration des rapports sociaux capitalistes. Pour cette raison, la position du travail, l'exp&#233;rience de la crise et la r&#233;sistance des travailleurs doivent &#234;tre analys&#233;es &#224; la fois dans le contexte de l'agitation politique locale et dans le contexte de la dynamique globale des flux de capitaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Yougoslavie, la p&#233;riode est caract&#233;ris&#233;e par des protestations et des gr&#232;ves auxquelles environ un demi-million de travailleurs ont pris part. La plupart d'entre eux se sont produits &#224; la fin des ann&#233;es 1980 et au d&#233;but des ann&#233;es 1990, en r&#233;ponse &#224; l'introduction des mesures d'aust&#233;rit&#233; et &#224; la &#171; reconstruction &#187; globale de l'&#233;conomie. Les gr&#232;ves sont devenues un ph&#233;nom&#232;ne quotidien. Selon les recherches, il n'y a gu&#232;re d'entreprise dans laquelle les travailleurs n'ont pas protest&#233;. Certaines des gr&#232;ves les plus importantes ont eu lieu dans : la mine de charbon croate &#171; Ra&#353;a &#187;, Labin (c'&#233;tait la gr&#232;ve la plus longue) ; &#171; Rakovica &#187;, Belgrade, Serbie ; bosniaque &#171; &#272;ur&#273;evik &#187; ; &#171; Borovo &#187;, Vukovar, Croatie. Dans leurs revendications, les gr&#233;vistes s'opposent avant tout &#224; la baisse du niveau de vie, &#224; l'appauvrissement et &#224; la pr&#233;carisation du travail. En plus de ces demandes, la direction syndicale a souvent &#233;t&#233; invit&#233;e &#224; d&#233;missionner de ses fonctions. Le temps des gr&#232;ves a montr&#233; que le syndicat &#233;tait une organisation inadapt&#233;e au r&#244;le qu'il &#233;tait charg&#233; de remplir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats &#8211; un foss&#233; entre possibilit&#233; et r&#233;alisation&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement, la syndicalisation s'est faite en m&#234;me temps que la lutte des travailleurs pour l'am&#233;lioration de leurs conditions de travail. Dans leur mode actuel, les syndicats sont de plus en plus souvent critiqu&#233;s, &#224; la lumi&#232;re des preuves croissantes de la corruption des repr&#233;sentants et de leur manque de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes priv&#233;s de leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'une attitude globalement n&#233;gative &#224; l'&#233;gard du syndicat persiste au sein de la soci&#233;t&#233;, il n'existe toujours pas d'alternative viable &#224; la syndicalisation . Pour cette raison, il existe une aspiration &#224; utiliser le potentiel existant des syndicats pour les r&#233;former de l'int&#233;rieur. Afin de pouvoir conceptualiser ad&#233;quatement les r&#233;organisations possibles, il est utile de r&#233;fl&#233;chir sur le r&#244;le et la position des syndicats &#224; la fin des ann&#233;es 80, et de repenser les cons&#233;quences de leur activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa recherche, &#171; La position des syndicats en RSFY &#224; la fin des ann&#233;es 80 &#187;, Mario Reljanovi&#263; explique le cadre normatif dans lequel op&#233;raient les syndicats &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingt. Ce cadre a &#233;t&#233; d&#233;fini par la Constitution yougoslave de 1974 et la loi de 1976 sur le travail en commun (ZUR). Si le cadre d&#233;crivait le syndicat comme la plate-forme la plus large possible de la classe ouvri&#232;re, con&#231;ue pour lutter, entre autres, en faveur de l'&#233;tablissement du travailleur comme acteur d&#233;cisif de la reproduction sociale, pour l'&#233;galit&#233; des travailleurs en voie d'entr&#233;e dans le monde du travail et des moyens de production, pour am&#233;liorer l'&#233;ducation ouvri&#232;re, la participation des travailleurs &#224; l'exercice du pouvoir politique, la protection des droits des travailleurs, la fourniture de la s&#233;curit&#233; sociale et l'&#233;l&#233;vation du niveau de vie, dans ses analyses, Reljanovi&#263; accentue l'existence d'un &#233;cart important entre les comp&#233;tences susmentionn&#233;es et la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Reljanovi&#263;, l'un des principaux d&#233;fauts du syndicat, et les raisons de son &#171; incomp&#233;tence &#187;, &#233;tait un manque total d'autonomie et une position p&#233;riph&#233;rique &#224; laquelle il &#233;tait nomm&#233;. Le syndicat &#233;tait li&#233; &#224; la Ligue des communistes tant sur le plan pratique qu'id&#233;ologique. En d'autres termes, il a tir&#233; son programme des documents programmatiques du SKJ, sans plate-forme politique autonome. Le Parti a conceptualis&#233; l'&#201;tat et la politique &#233;conomique, les politiques du travail, le prix et les conditions du travail, tandis que les syndicats &#233;taient principalement utilis&#233;s pour promouvoir et expliquer ces politiques aux travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que les syndicats aspiraient &#224; parvenir &#224; un compromis entre l'&#201;tat et les travailleurs, leurs tentatives ont &#233;t&#233; vaines. Selon les recherches, les travailleurs ne s'identifiaient pas aux syndicats. Reljanovi&#263; cite une recherche sur l'attitude des travailleurs envers le syndicat, effectu&#233;e dans les ann&#233;es 70, qui montre que les travailleurs &#233;taient d&#233;courag&#233;s de participer aux activit&#233;s du syndicat par sa faible influence dans la r&#233;solution de questions cruciales, le fait que le syndicat tournait autour d'elle-m&#234;me et se concentrait sur des probl&#232;mes p&#233;riph&#233;riques, s'&#233;loignait de ses membres et ne d&#233;fendait pas les int&#233;r&#234;ts des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne le r&#244;le du syndicat dans la soci&#233;t&#233; socialiste, Reljanovi&#263; pose une th&#232;se int&#233;ressante sur son r&#244;le r&#233;el, &#233;crivant que le syndicat en tant qu'institution avait pour objectif de faire un compromis entre le concept de lutte syndicale pour les droits des travailleurs et le fait que la soci&#233;t&#233; socialiste autogestionnaire aurait d&#251; repr&#233;senter l'incarnation d'un syst&#232;me id&#233;al dans lequel les travailleurs jouissent d&#233;j&#224; de tous les droits. C'&#233;taient deux concepts th&#233;oriques apparemment confront&#233;s. Le syndicat s'est donc construit sur des bases instables, qui ont &#233;t&#233; profond&#233;ment &#233;branl&#233;es lors des protestations et des gr&#232;ves de masse des ann&#233;es quatre-vingt. A l'&#233;poque, la RFSY &#233;tait balay&#233;e par une vague de gr&#232;ves. En 1989, plus de 470 000 travailleurs se sont mis en gr&#232;ve. Les gr&#232;ves ont d'abord &#233;t&#233; organis&#233;es au niveau de l'entreprise, et se sont progressivement &#233;tendues de la fabrication &#224; l'&#233;ducation,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison de leur position d&#233;pendante et marginale, les syndicats n'ont pas pu r&#233;agir comme ils le devraient, sont souvent rest&#233;s silencieux, se sont rang&#233;s du c&#244;t&#233; de l'administration de l'entreprise ou se sont ouvertement oppos&#233;s &#224; la r&#233;bellion ouvri&#232;re. Reljanovi&#263; d&#233;crit ainsi le syndicat comme une structure rest&#233;e coinc&#233;e dans un vide du syst&#232;me politique et &#233;conomique et qui, au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie d'autogestion, a &#233;t&#233; principalement utilis&#233;e pour promouvoir des politiques &#233;conomiques impopulaires. &#201;tant donn&#233; que le syndicat n'avait pas d'id&#233;es autonomes ni de plate-forme pour les concr&#233;tiser, tout espoir que la crise aurait pu &#234;tre utilis&#233;e pour sa r&#233;forme est rest&#233; vain. Alors que la Ligue des communistes et la Yougoslavie commen&#231;aient &#224; s'effondrer, le syndicat a suivi les traces de ses bastions. Plus pr&#233;cis&#233;ment, il a embrass&#233; la lib&#233;ralisation du march&#233; et de l'&#233;conomie. Autrement dit,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation du conflit de classe en conflit ethno-national&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un texte bas&#233; sur leur recherche &#171; La continuit&#233; du conflit social 1988-1991 : The Borovo Corporation &#187;, le groupe Borovo (Sven Cvek, Snje&#382;ana Iv&#269;i&#263;, Jasna Ra&#269;i&#263;) explique la discontinuit&#233; entre les gr&#233;vistes ouvriers susmentionn&#233;s &#224; la fin des ann&#233;es quatre-vingt et les conflits violents des ann&#233;es 90. Ils se sont concentr&#233;s sur &#034;une seule usine et une seule ville&#034;, ou une situation particuli&#232;re dans une seule r&#233;publique (SR Croatie). N&#233;anmoins, un aper&#231;u pr&#233;cieux des probl&#232;mes plus larges de conflit dans l'espace post-yougoslave peut &#234;tre obtenu en observant le micro-niveau d'une analyse socio-historique de l'usine de Borovo, souvent qualifi&#233;e de copie r&#233;duite de la Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode choisie (1988-91) repr&#233;sente une p&#233;riode de transformation sociale globale. Les auteurs lient les conflits yougoslaves &#224; la restauration des rapports sociaux capitalistes. Selon leur conclusion, le lien n'est nullement arbitraire. Il semble que tout ait subi une m&#233;tamorphose &#224; l'&#233;poque, de sorte que les communistes (qui n'&#233;taient communistes &#224; l'&#233;poque que de nom) se sont transform&#233;s en nouveaux d&#233;mocrates, la soci&#233;t&#233; &#233;tait destin&#233;e &#224; devenir priv&#233;e et la lutte ouvri&#232;re est devenue une lutte nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important de garder &#224; l'esprit que la transformation susmentionn&#233;e n'a pas &#233;t&#233; re&#231;ue sans la r&#233;sistance des travailleurs. Plus pr&#233;cis&#233;ment, certains changements et conflits ont commenc&#233; au moment o&#249; la lutte ouvri&#232;re s'&#233;tait d&#233;j&#224; acc&#233;l&#233;r&#233;e. &#8222;&#192; la fin des ann&#233;es 80, les ouvriers de l'usine de Borovo ont assist&#233; &#224; un abandon d&#233;finitif du projet socialiste yougoslave et &#224; l'effondrement du concept de sociabilit&#233; bas&#233;e sur le travail dans tous ses aspects &#233;conomiques, sociaux et id&#233;ologiques. Leur r&#233;ponse fut les gr&#232;ves de plus en plus fr&#233;quentes. La gr&#232;ve la plus dramatique, celle de 1988, a vu les travailleurs se diriger vers Belgrade et s'imposer au Parlement f&#233;d&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; mentionn&#233; que plus de 470 000 travailleurs &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve en ce moment. Les travailleurs de Borovo n'&#233;taient en aucun cas seuls. Les gr&#232;ves en Yougoslavie faisaient partie d'une &#034;vague de protestation internationale jusqu'ici sans t&#233;moin&#034; contre les mesures d'aust&#233;rit&#233; impos&#233;es aux pays endett&#233;s par le FMI. Selon un rapport de la Banque mondiale sur la &#171; restructuration industrielle &#187; de la Yougoslavie, datant de 1991, les &#233;l&#233;ments les plus importants &#233;taient la r&#233;forme de la propri&#233;t&#233; (en d'autres termes, la privatisation) et l'abolition de l'autogestion ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves en Yougoslavie repr&#233;sentaient avant tout une lutte contre la longue chute du niveau de vie, qui s'est sold&#233;e par des faillites et des licenciements d'entreprises. Pour cette raison, les conflits en question doivent &#234;tre interpr&#233;t&#233;s comme des conflits de classe. Cependant, la lutte de la classe ouvri&#232;re s'est transform&#233;e en un conflit ethno-nationaliste qui a abouti &#224; la guerre gr&#226;ce au dissimulation de la Ligue des communistes, au conflit entre les administrations politiques des r&#233;publiques, au fait que la politique des partis s'en est m&#234;l&#233;e, etc. . La recherche montre clairement que la position des travailleurs &#233;tait tr&#232;s complexe, et leur marge de man&#339;uvre assez limit&#233;e, en raison des diff&#233;rents conflits entrelac&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves ouvri&#232;res ont eu lieu avant et apr&#232;s les premi&#232;res &#233;lections multipartites de 1990, dont les r&#233;sultats ont largement d&#233;cid&#233; du sort des luttes. &#192; savoir, les options politiques de droite ont remport&#233; les &#233;lections dans toutes les r&#233;publiques yougoslaves. Leur politique s'est av&#233;r&#233;e plus tard anticommuniste et anti-yougoslave. En utilisant l'exemple de la situation en Croatie, les auteurs montrent que la politique nationaliste &#233;tait d&#233;j&#224; en hausse pendant la campagne &#233;lectorale, qui &#233;tait remplie de slogans nationalistes et lib&#233;raux. Les dirigeants &#171; se sont affront&#233;s en citant les dangers que la Serbie pr&#233;sentait &#224; la Croatie &#187;. Cependant, bien que la rh&#233;torique dominante des partis politiques ait &#233;t&#233; construite autour du march&#233; libre, de l'&#201;tat et de la nation, les r&#233;sultats des enqu&#234;tes d'opinion conduisent &#224; la conclusion que les ouvriers &#233;taient en fait pr&#233;occup&#233;s par l'exp&#233;rience de la crise et par une inqui&#233;tude pour l'avenir. On pourrait dire que la politique nationaliste a culmin&#233; apr&#232;s les &#233;lections gr&#226;ce au fait que les militants du parti se sont de plus en plus impliqu&#233;s dans la r&#233;bellion des travailleurs et ont brouill&#233; les objectifs des travailleurs en favorisant les divisions ethniques. &#192; cette &#233;poque, les dirigeants de nombreuses entreprises croates ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des personnes &#233;troitement li&#233;es aux nouvelles autorit&#233;s politiques. Les auteurs affirment que ce ph&#233;nom&#232;ne &#233;tait si r&#233;pandu que la presse l'a couramment qualifi&#233; de &#171; d&#233;capitation des PDG &#187;. La m&#233;thode utilis&#233;e par le HDZ pour &#233;tendre son influence dans le &#171; public syndical &#187; a &#233;t&#233; surnomm&#233;e la &#171; r&#233;volution anti-bureaucratique &#187;. En effet, le HDZ a repris les entreprises. On pourrait dire que la politique nationaliste a culmin&#233; apr&#232;s les &#233;lections gr&#226;ce au fait que les militants du parti se sont de plus en plus impliqu&#233;s dans la r&#233;bellion des travailleurs et ont brouill&#233; les objectifs des travailleurs en favorisant les divisions ethniques. &#192; cette &#233;poque, les dirigeants de nombreuses entreprises croates ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des personnes &#233;troitement li&#233;es aux nouvelles autorit&#233;s politiques. Les auteurs affirment que ce ph&#233;nom&#232;ne &#233;tait si r&#233;pandu que la presse l'a couramment qualifi&#233; de &#171; d&#233;capitation des PDG &#187;. La m&#233;thode utilis&#233;e par le HDZ pour &#233;tendre son influence dans le &#171; public syndical &#187; a &#233;t&#233; surnomm&#233;e la &#171; r&#233;volution anti-bureaucratique &#187;. En effet, le HDZ a repris les entreprises. On pourrait dire que la politique nationaliste a culmin&#233; apr&#232;s les &#233;lections gr&#226;ce au fait que les militants du parti se sont de plus en plus impliqu&#233;s dans la r&#233;bellion des travailleurs et ont brouill&#233; les objectifs des travailleurs en favorisant les divisions ethniques. &#192; cette &#233;poque, les dirigeants de nombreuses entreprises croates ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des personnes &#233;troitement li&#233;es aux nouvelles autorit&#233;s politiques. Les auteurs affirment que ce ph&#233;nom&#232;ne &#233;tait si r&#233;pandu que la presse l'a couramment qualifi&#233; de &#171; d&#233;capitation des PDG &#187;. La m&#233;thode utilis&#233;e par le HDZ pour &#233;tendre son influence dans le &#171; public syndical &#187; a &#233;t&#233; surnomm&#233;e la &#171; r&#233;volution anti-bureaucratique &#187;. En effet, le HDZ a repris les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentative de &#171; d&#233;capitation du PDG &#187; dans l'entreprise Borovo de la ville de Vukovar, &#224; l'&#233;t&#233; 1990, peut &#234;tre interpr&#233;t&#233;e comme l'exemple d'une tentative d'un parti politique de manipuler la gr&#232;ve ouvri&#232;re et de l'utiliser pour remplacer le PDG de l'entreprise. La gr&#232;ve a &#233;clat&#233; en r&#233;ponse &#224; l'annonce des licenciements, mais la direction de la gr&#232;ve a &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e par les travailleurs qui &#233;taient en m&#234;me temps des militants locaux du HDZ, suite &#224; l'&#233;chec des n&#233;gociations entre le premier conseil des gr&#233;vistes et la direction de l'entreprise. . Cela a discr&#233;dit&#233; la gr&#232;ve et conduit &#224; des accusations selon lesquelles la gr&#232;ve &#233;tait politiquement motiv&#233;e. Des affirmations ont &#233;t&#233; faites selon lesquelles &#171; les Serbes voulaient travailler, tandis que les Croates ne le voulaient pas &#187;, ce qui a aggrav&#233; la situation. Les auteurs ont conclu que les militants du parti ont cr&#233;&#233; des divisions qui &#233;taient auparavant inexistantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la peur de la privatisation &#224; la peur pour sa propre vie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de souligner une fois de plus que l'intervention du parti politique nouvellement form&#233; a eu une influence cruciale sur la cr&#233;ation de divisions parmi les travailleurs. C'est pourquoi les chercheurs concluent que les divisions fond&#233;es sur l'ethnicit&#233; &#233;taient loin d'&#234;tre compl&#232;tes &#224; l'&#233;poque. Les auteurs citent un exemple tir&#233; d'une s&#233;ance publique d'un conseil d'entreprise, au cours de laquelle une ouvri&#232;re a mis en garde : &#171; Allons-nous avaler l'app&#226;t de telles ruses et informations erron&#233;es, utilis&#233;es par les plus paresseux d'entre nous pour cr&#233;er des divisions, alors que tous nous aurons la m&#234;me faim demain : Croates, Serbes et Musulmans !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'il soit raisonnable de supposer que de nombreux travailleurs &#233;taient d'accord avec ces points de vue, ces turbulences seront devenues moins pertinentes en 1991. &#171; Au printemps de l'ann&#233;e suivante, de nombreux employ&#233;s des entreprises collectives n'auront pas eu le temps de r&#233;fl&#233;chir. sur les questions br&#251;lantes de la privatisation, puisqu'elles auront &#233;t&#233; assombries par la peur pour sa vie. En mai 1991, la ville de Vukovar est gouvern&#233;e par des civils arm&#233;s, le HDZ et des extr&#233;mistes serbes, et l'entr&#233;e de l'usine &#171; Borovo &#187; est gard&#233;e par des personnes qui tirent des coups de semonce &#224; l'approche. Dans le m&#234;me temps, quelque soixante-dix personnes, pour la plupart membres du SDS, prennent d'assaut l'entreprise &#171; Prehrana &#187; &#224; Glina. D&#232;s lors, le pain est p&#233;tri et cuit sous la protection de civils arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de leurs recherches, les auteurs tirent une th&#232;se importante, soulignant que le conflit arm&#233; n'avait pas seulement commenc&#233; pendant le conflit de classe, mais avait &#233;galement r&#233;ussi &#224; l'interrompre. Le probl&#232;me r&#233;side dans le fait que les travailleurs n'ont pas r&#233;ussi &#224; cr&#233;er une force politique supranationale ou non nationale, ce que les chercheurs imputent en partie au manque d'autonomie du syndicat. Dans de telles circonstances, les communistes r&#233;form&#233;s, ou les nouveaux d&#233;mocrates, ont r&#233;ussi &#224; s'imposer comme la seule alternative anti-syst&#232;me. Ils ont souvent utilis&#233; la rh&#233;torique de classe et d'exploitation de classe dans leurs apparitions publiques. L'alternative nationaliste, et soi-disant anti-syst&#232;me, a ainsi gagn&#233; de l'espace pour forger une nouvelle base pour les soci&#233;t&#233;s post-socialistes, et avec elle pour nos vies d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.masina.rs/eng/yugoslav-working-class-austerity-measures-eighties/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.masina.rs/eng/yugoslav-working-class-austerity-measures-eighties/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anticipation de r&#233;volte ouvri&#232;re contre la bureaucratie pseudo-communiste, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des dockers de Slov&#233;nie de 1970 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ssoar.info/ssoar/bitstream/handle/document/70339/ssoar-ehq-2015-2-rutar-Containing_Conflict_and_Enforcing_Consent.pdf?sequence=1&amp;isAllowed=y&amp;lnkname=ssoar-ehq-2015-2-rutar-Containing_Conflict_and_Enforcing_Consent.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.ssoar.info/ssoar/bitstream/handle/document/70339/ssoar-ehq-2015-2-rutar-Containing_Conflict_and_Enforcing_Consent.pdf?sequence=1&amp;isAllowed=y&amp;lnkname=ssoar-ehq-2015-2-rutar-Containing_Conflict_and_Enforcing_Consent.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps 1987, une vague de gr&#232;ves s'&#233;tait propag&#233;e de la Croatie et de la Slov&#233;nie au reste du pays, contre le gel des salaires ordonn&#233; par le gouvernement f&#233;d&#233;ral. Les troubles industriels sont rest&#233;s monnaie courante jusqu'&#224; la fin de 1988, impliquant des centaines de milliers de personnes dans tout le pays, dans ce qui &#233;tait certainement la plus grande vague de gr&#232;ves en Yougoslavie depuis la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais frapper, mesurer et montrer sa force ne pouvait en soi r&#233;soudre les probl&#232;mes de la classe ouvri&#232;re. Dans une situation o&#249; tout le pays &#233;tait pratiquement en faillite et menac&#233; d'une vague de chauvinisme, les travailleurs avaient besoin de plus que du militantisme, ils avaient besoin d'une politique leur permettant de rejoindre les rangs &#224; travers la Yougoslavie et de gagner le soutien des masses m&#233;contentes. Malheureusement, ce qui aurait &#233;t&#233; n&#233;cessaire pour mettre en avant une telle politique, &#224; savoir un parti r&#233;volutionnaire, n'existait pas. Au lieu de cela, le langage le plus radical que les travailleurs militants pouvaient entendre &#233;tait celui de Milosevic et de ses partisans parmi les dirigeants syndicaux non officiels. Certains travailleurs ont finalement &#233;t&#233; dup&#233;s par les d&#233;magogues, tandis que la majorit&#233; est rest&#233;e d&#233;sorient&#233;e et d&#233;moralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, lorsque les mineurs du Kosovo ont forc&#233; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans la r&#233;gion contre le coup d'&#201;tat chauvin de Milosevic contre le statut autonome du Kosovo, ils n'ont trouv&#233; aucun soutien de la part du reste de la classe ouvri&#232;re yougoslave et Milosevic a pu d&#233;clencher une r&#233;pression brutale comprenant des limogeages - bien qu'il n'ait pas pu emp&#234;cher les troubles de se poursuivre, en particulier dans les mines, pendant encore un an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.union-communiste.org/es/1993-04/10-yugoslavia-from-break-up-to-civil-war-warlords-and-politicians-against-the-population&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.union-communiste.org/es/1993-04/10-yugoslavia-from-break-up-to-civil-war-warlords-and-politicians-against-the-population&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1987 : gr&#232;ves en Slov&#233;nie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1987, les travailleurs de l'entreprise publique Litostroj, un fabricant de machines lourdes bas&#233; &#224; Ljubljana, ont commenc&#233; leur gr&#232;ve, que beaucoup consid&#232;rent comme l'un des &#233;v&#233;nements cruciaux de la d&#233;mocratisation de la Slov&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve d'environ cinq mille travailleurs de Litostroj sous la direction de l'ing&#233;nieur France Tom&#353;i&#269; a dur&#233; du 9 au 15 d&#233;cembre, n'a exprim&#233; aucune confiance dans la r&#232;gle de gouvernement &#224; parti unique en vigueur en exigeant que les syndicats puissent devenir ind&#233;pendants et a contr&#233; le parti au pouvoir &#224; au niveau politique en cr&#233;ant un comit&#233; d'initiative de l'Union sociale-d&#233;mocrate de Slov&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.total-slovenia-news.com/lifestyle/5157-december-9-in-slovenian-history-strike-in-litostroj-begins-democratisation-process&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.total-slovenia-news.com/lifestyle/5157-december-9-in-slovenian-history-strike-in-litostroj-begins-democratisation-process&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vague des gr&#232;ves ouvri&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, une vague de gr&#232;ves tr&#232;s disput&#233;es &#233;clate en Mac&#233;doine. L'une des usines les plus importantes de la r&#233;gion s'est d&#233;clar&#233;e en gr&#232;ve &#034;contre la mafia bureaucratique&#034;, une autre irait &#034;jusqu'&#224; la limite&#034;. Les gr&#232;ves dureront 46 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;t&#233; 1985, &#224; l'annonce d'une baisse des salaires et de licenciements pour manque d'activit&#233;, le port de Koper (seul grand port de Slov&#233;nie) est paralys&#233;. Les gr&#233;vistes se placent ouvertement sur un terrain antisyndical, contre la conciliation de classe (le syndicat a accept&#233; le plan de stabilisation). Face &#224; la radicalisation des travailleurs, le syndicat a collabor&#233; avec la police et l'administration portuaire dans la chasse aux &#034;meneurs&#034;. Cette gr&#232;ve fut le d&#233;but d'un vaste mouvement de protestation sociale qui paralysa tout le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Slov&#233;nie, plusieurs grandes entreprises ont &#233;t&#233; paralys&#233;es par la gr&#232;ve, les ouvriers ont d&#233;chir&#233; et br&#251;l&#233; leurs cartes syndicales. En Croatie, les gr&#232;ves se radicalisent et l'arm&#233;e passe &#224; l'action pour emp&#234;cher l'extension de la lutte. Dans de nombreuses r&#233;gions, le prol&#233;tariat a occup&#233; les routes en signe de solidarit&#233; avec les gr&#233;vistes. Les ouvriers des ports de Split et de Rijeka rejoignent le mouvement, paralysant ainsi le commerce ext&#233;rieur. La r&#233;action de la bourgeoisie fut rapide : le gouvernement slov&#232;ne autorisa les gr&#232;ves &#224; condition que les ouvriers se r&#233;unissent et discutent avec les syndicats et informent &#224; l'avance la direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un journal yougoslave (Studensk List, 3.10.85) disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;... L'information que nous avons rapport&#233;e cet &#233;t&#233; selon laquelle presque tous les jours, dans deux de nos entreprises, les ouvriers &#233;taient en gr&#232;ve... En consid&#233;rant les gr&#232;ves de cet &#233;t&#233;, des groupes de cadres sup&#233;rieurs (qui aiment visiter les usines le gr&#232;ve) ont exprim&#233; leur inqui&#233;tude face &#224; l'&#233;volution de circonstances nouvelles, absentes des gr&#232;ves pr&#233;c&#233;dentes, notamment le fait que les ouvriers impliqu&#233;s dans les gr&#232;ves expriment leur m&#233;contentement g&#233;n&#233;ral et pas seulement des revendications propres &#224; leur entreprise. qui sont en gr&#232;ve disent aux grands patrons des R&#233;publiques et de la F&#233;d&#233;ration qu'ils contestent la fa&#231;on dont ils dirigent le pays. ...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1986, une nouvelle tentative du gouvernement f&#233;d&#233;ral de &#034;fermer les entreprises non rentables&#034; a &#233;t&#233; lanc&#233;e. Les syndicats ont essay&#233; de faire accepter ce plan de restructuration aux travailleurs lors de &#034;r&#233;unions de direction d'entreprise&#034;. Cet effort gouvernemental est refus&#233; en bloc par la classe ouvri&#232;re : une nouvelle vague de gr&#232;ves inonde le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal allemand Die Zeit du 17.1.86 rapporte les propos d'un ouvrier m&#233;tallurgiste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Je ne peux que sourire &#224; cette th&#233;orie selon laquelle les actions de gr&#232;ve seraient n&#233;es subitement d'un caprice ou de la suggestion qui dit que l'oisif et le solitaire sont derri&#232;re les arr&#234;ts de travail. Notre patience est &#224; bout. La classe ouvri&#232;re n'a plus rien perdre ou avoir peur.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour survivre, de nombreux ouvriers ne travaillaient que trois ou quatre des sept heures officielles et se transformaient en &#034;paysans&#034; le reste du temps. Quelque 60% des habitants de la Yougoslavie vivaient de l'agriculture alors que seulement 38% vivaient &#224; la campagne. Les autres compl&#233;taient leur salaire en travaillant au noir apr&#232;s leur travail, 40 % du revenu familial provenant de cette source. La baisse du salaire r&#233;el a atteint des chiffres impressionnants : plus de 40 %. Les statisticiens du Minist&#232;re de l'Economie Nationale observent &#224; cette &#233;poque une baisse importante des d&#233;penses dites de consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1986, le gouvernement de Milka Planic tombe. La raison ? L'impossibilit&#233; de mener &#224; bien le plan du FMI face au m&#233;contentement prol&#233;tarien croissant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le nouveau gouvernement a promis de geler les salaires pendant 6 mois et d'augmenter les prix, la r&#233;ponse ne s'est pas fait attendre : gr&#232;ves, manifestations, occupations, sabotages... qui ont chang&#233; le rapport de force. Le prol&#233;tariat a impos&#233; ses conditions : une preuve de sa force s'est manifest&#233;e par une augmentation de 8 % des salaires r&#233;els. Dans le m&#234;me temps, les gr&#232;ves et les sabotages se sont traduits par une perte g&#233;n&#233;ralis&#233;e de rentabilit&#233; du capital sur l'ensemble du territoire yougoslave.&lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie avait recul&#233; devant la force prol&#233;tarienne mais les n&#233;cessit&#233;s de ses conditions concr&#232;tes d'accumulation du capital l'obligeaient &#224; adopter des solutions antagonistes toutes faites. C'est ainsi que le gouvernement f&#233;d&#233;ral a &#233;labor&#233;, avec la b&#233;n&#233;diction du FMI, une r&#233;forme mon&#233;taire qui avait pour but d'&#233;liminer les entreprises non comp&#233;titives (en retirant le soutien des banques locales), et de d&#233;valuer le Dinar de mani&#232;re &#224; provoquer une redistribution du revenu, c'est-&#224;-dire une augmentation radicale et relative du taux de profit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de l'automne 1986, toutes les banques de Mac&#233;doine, du Mont&#233;n&#233;gro et du Kosovo ont fait faillite. La pression ouvri&#232;re &#233;tait si forte qu'aucun responsable local ne se risquerait &#224; affronter les ouvriers en fermant des entreprises d&#233;cr&#233;t&#233;es non rentables. La situation s'est d&#233;t&#233;rior&#233;e. Les entreprises n'ont plus pu continuer &#224; fonctionner et elles ont &#233;t&#233; tout simplement abandonn&#233;es. Le ch&#244;mage a atteint des niveaux &#233;normes. On estime que pour 1986, le nombre de ch&#244;meurs &#233;tait de 1,2 million, l'inflation a atteint 130 %.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette m&#234;me ann&#233;e, le gaz et l'&#233;lectricit&#233; ont &#233;t&#233; coup&#233;s &#224; plus d'un millier de familles du centre de Belgrade qui ne pouvaient pas payer leurs factures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat a r&#233;agi au nouveau plan d'aust&#233;rit&#233; qui pr&#233;voyait la suppression de 35 000 emplois d'ici la fin de l'ann&#233;e - il a lanc&#233; une lutte massive. Dans les campagnes, des prol&#233;taires agricoles arm&#233;s de haches et de pelles s'en prennent &#224; la police et aux grandes entreprises industrielles.&lt;br class='autobr' /&gt;
1987 et 1988 voient le mouvement contestataire se radicaliser : les prol&#233;taires ne se contentent plus de s'opposer aux plans d'aust&#233;rit&#233; successifs, ils posent ouvertement la question du pouvoir. Les manifestations et les gr&#232;ves &#233;clatent des limites de l'usine et des grands centres industriels et remettent en cause tous les aspects de la vie : le travail, le &#171; socialisme &#187;, la famille, les patrons, les dirigeants, les mis&#233;rables logements ouvriers... Le capitaliste &#233;l&#233;mentaire les conditions d'un retour au travail n'existaient pas, la gr&#232;ve &#233;tait permanente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet aiguisage de l'action directe de notre classe en Yougoslavie s'est nourri en force et en ampleur du d&#233;veloppement d'un cycle de g&#233;n&#233;ralisation des luttes prol&#233;tariennes au niveau mondial. Dans les pays d'Europe centrale et de l'Est (les pays dits &#171; communistes &#187;) se d&#233;veloppe simultan&#233;ment une vague de luttes intenses qui remettent en cause l'ordre social et donnent le signal d'alarme qui entra&#238;ne les changements politico-formels qui s'op&#233;reront plus tard. &#224; la t&#234;te de ces &#201;tats, pour mieux g&#233;rer ces &#034;&#233;conomies malades&#034; et r&#233;pondre &#224; une agitation sociale croissante.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'&#233;t&#233; 1986, les mineurs &#171; hongrois &#187; d&#233;clar&#232;rent une gr&#232;ve contre les licenciements. En Roumanie en 1987 plusieurs vagues de lutte se sont termin&#233;es par les mutineries de Brasov (novembre 1987). A l'automne 1987, des gr&#232;ves &#233;clatent &#233;galement en Bulgarie - pour ne citer qu'un exemple, on peut citer celle de l'usine de Mezdra. Au printemps 1988 en Pologne, de nombreuses gr&#232;ves se d&#233;veloppent pour s'opposer &#224; l'augmentation massive des prix alimentaires et en ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e &#233;clate une vague de gr&#232;ves que Walesa et Solidarnosc ne pourront que difficilement contr&#244;ler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin f&#233;vrier 1987, en r&#233;action &#224; une hausse des prix de diverses denr&#233;es (jusqu'&#224; 20 % pour certains), &#224; un gel des salaires et &#224; une intensification du travail, &#233;clatent plusieurs gr&#232;ves qualifi&#233;es de &#034;sauvages&#034; par les les autorit&#233;s. Pendant un mois et demi, il y a eu quelque 80 frappes sans sommation dans toute la Yougoslavie, principalement en Croatie. Face &#224; ce mouvement, la bourgeoisie a r&#233;pondu par les mesures r&#233;pressives habituelles qu'elle utilise toujours en pareille circonstance : licenciements, non-paiement des jours de gr&#232;ve, menaces d'intervention militaire...&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais &#224; ce moment-l&#224;, le mouvement a continu&#233; de cro&#238;tre. Apr&#232;s une courte interruption au d&#233;but du mois d'avril de la m&#234;me ann&#233;e, dans le bassin houiller de Labin (Croatie), se d&#233;veloppe une gr&#232;ve qui est la plus longue enregistr&#233;e en Yougoslavie depuis la Seconde Guerre mondiale : elle dure 30 jours. Les mineurs ont exig&#233; l'annulation de toutes les augmentations de prix, une augmentation de 100% des salaires et un changement de direction de la mine. La bourgeoisie, face &#224; la perspective d'une &#233;ventuelle unit&#233; prol&#233;tarienne dans la lutte et surtout compte tenu du fait qu'&#224; ce moment pr&#233;cis dans le Nord-Ouest du pays et sur la c&#244;te Adriatique les prol&#233;taires lan&#231;aient une lutte ouverte, a conc&#233;d&#233; une augmentation des salaires nominaux de plus de 40% (alors que les ouvriers r&#233;clamaient 100% pour arr&#234;ter la gr&#232;ve &#224; Labin) et licencia divers fonctionnaires d&#233;sign&#233;s comme responsables de la situation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les autres r&#233;gions, des groupes de travailleurs se sont r&#233;unis pour coordonner leurs actions ! Les prol&#233;taires d'une aci&#233;rie bosniaque ont fond&#233; un nouveau parti communiste qui &#233;tait ouvertement contre &#034;le syndicat corrompu&#034; et appelait &#224; &#034;l'expropriation des biens de l'Etat et du Parti&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Malheureusement, nous n'avons pas plus d'informations sur cette tentative de centralisation de la lutte. Partout les protestations &#233;taient dirig&#233;es contre &#034;la mafia gouvernementale&#034; et les banques &#233;trang&#232;res. Au m&#234;me moment, plus de 700 sid&#233;rurgistes slov&#232;nes entament une gr&#232;ve &#171; contre la corruption et la mauvaise gestion &#187; avec une manifestation devant le parlement de la R&#233;publique. En juillet &#224; Vukovar, 10 000 ouvriers d'une entreprise de chaussures et de pneus se mettent en gr&#232;ve, 5 000 d'entre eux se rendent &#224; Belgrade pour r&#233;clamer le doublement de leur salaire et la t&#234;te de l'ancien directeur (&#224; l'&#233;poque ministre du Commerce ext&#233;rieur). Ils ont r&#233;clam&#233; le limogeage de la direction ainsi que de l'ensemble du conseil municipal de Vukovar.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au m&#234;me moment, il y avait des manifestations devant le Parlement croate &#224; Zagreb. L'exp&#233;dition des gr&#233;vistes de Vukovar &#224; Belgrade (deux autres luttes renouvel&#232;rent cette action &#224; peu pr&#232;s &#224; la m&#234;me &#233;poque) constitua une sorte de nouveau d&#233;part dans la mesure o&#249; c'&#233;tait la premi&#232;re fois au cours de cette vague de luttes que des prol&#233;taires s'organisaient pratiquement pour d&#233;passer les limites r&#233;gionales. De plus, ils sont all&#233;s non seulement crier leurs revendications au plus haut niveau de l'Etat, mais surtout appeler sur place &#224; l'unit&#233; avec les travailleurs de Belgrade. Une telle action n&#233;cessite, de la part des prol&#233;taires, une confrontation importante avec l'endiguement R&#233;publique par R&#233;publique entrepris par les syndicats. Cette initiative impliquait donc les grandes lignes d'une rupture avec le nationalisme dominant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, la presse officielle n'a jamais parl&#233; de gr&#232;ves mais seulement d'&#034;arr&#234;ts de travail&#034; en disant que le gouvernement de Belgrade avait menac&#233; d'utiliser des chars contre les gr&#233;vistes en l'absence d'un retour imm&#233;diat au travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fin mai 88, en r&#233;ponse &#224; une nouvelle loi de &#171; redistribution des revenus &#187; adopt&#233;e le 15 du mois par le Parlement f&#233;d&#233;ral &#224; Belgrade et qui aurait entra&#238;n&#233; une baisse des salaires comprise entre 20 et 45 % selon les secteur, le mouvement de gr&#232;ve a touch&#233; les secteurs des mines et des transports (en Bosnie-Herz&#233;govine et en Serbie). Plus de 10 000 prol&#233;taires en lutte ont manifest&#233; &#224; Belgrade &#171; contre la vie ch&#232;re &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En octobre de la m&#234;me ann&#233;e, de violents affrontements ont oppos&#233; des manifestants et des unit&#233;s sp&#233;ciales de la police. Certains ouvriers qui voulaient marcher sur Titograd pour se joindre aux manifestations ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s par la police. Pendant deux jours, la ville a &#233;t&#233; coup&#233;e par les unit&#233;s sp&#233;ciales. Douze mille prol&#233;taires ont particip&#233; &#224; la manif. Ils ont appel&#233; &#224; une &#034;r&#233;forme &#233;conomique&#034; et &#224; des salaires plus &#233;lev&#233;s. Ce mouvement a conduit &#224; la d&#233;mission du gouvernement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en a &#233;t&#233; de m&#234;me dans la province &#034;autonome&#034; de Vo&#239;vodine o&#249; le gouvernement a fait face &#224; la pression de la rue, mena&#231;ant notamment de d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tat d'urgence. Finalement, en d&#233;cembre 1988, le gouvernement f&#233;d&#233;ral se voit contraint de d&#233;missionner apr&#232;s deux ans de lutte ouverte contre la classe ouvri&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le gouvernement, apr&#232;s une p&#233;riode de crise politique et d'incapacit&#233; de la bourgeoisie locale &#224; contr&#244;ler la main-d'&#339;uvre, se reconstitue sous l'&#233;gide d'Ante Markovic, un Croate, nomm&#233; Premier ministre de la F&#233;d&#233;ration. Les points centraux de son programme &#233;taient la lib&#233;ration des prix, les int&#233;r&#234;ts du cr&#233;dit et l'adaptation du dinar aux n&#233;cessit&#233;s du march&#233; (ce qui signifiait son adaptation &#224; sa valeur r&#233;elle).&lt;br class='autobr' /&gt;
A cela, le prol&#233;tariat a r&#233;pondu par une nouvelle vague de gr&#232;ves au cours des premiers mois de 1989, r&#233;clamant une fois de plus une augmentation de salaire de 100 %.&lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'au mois de mars 89, pendant plusieurs semaines, le Kosovo a &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de luttes de plus en plus massives et violentes. Toutes les villes de cette &#171; province autonome &#187; furent touch&#233;es par une vague de luttes analogues &#224; celles qui avaient secou&#233; l'Alg&#233;rie quelques mois plus t&#244;t. Dans ce cas comme dans l'autre, les symboles et les repr&#233;sentations les plus &#233;vidents de l'&#201;tat sont pris pour cibles par les prol&#233;taires insurg&#233;s : les commissariats sont attaqu&#233;s. A Podujevo, le commandant de la police (&#034;de souche albanaise&#034;... mais peu importait aux insurg&#233;s, c'&#233;tait quand m&#234;me un flic !) a &#233;t&#233; tu&#233; et un peu partout les forces de l'ordre ont essuy&#233; des tirs depuis les toits de des maisons, des trains ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s, des magasins d&#233;vast&#233;s...&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#201;tat (sous ses formes f&#233;d&#233;rale et provinciale) a r&#233;pondu en d&#233;cr&#233;tant, &#224; partir du 1er mars, l'&#233;tat d'urgence dans la r&#233;gion, et, &#224; partir du 27 mars, par un couvre-feu. Le lendemain du jour o&#249; les &#233;meutes atteignirent leur paroxysme, c'est-&#224;-dire le 28 mars, le parlement de Serbie vota &#224; l'unanimit&#233; la suppression compl&#232;te de l'autonomie des provinces du Kosovo et de Vo&#239;vodine, dans le double but de permettre la r&#233;volte prol&#233;tarienne d'&#234;tre &#233;cras&#233; plus directement et de mieux le d&#233;tourner (par des polarisations nationalistes anti-albanaises et anti-serbes) et ainsi de r&#233;cup&#233;rer le m&#233;contentement en Serbie m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette explosion de col&#232;re au Kosovo, a &#233;t&#233; le point culminant d'une vague de lutte pratiquement ininterrompue qui, depuis 1985, avec ses hauts et ses bas, a secou&#233; tous les secteurs et recoins de la Yougoslavie.&lt;br class='autobr' /&gt;
En septembre 1989, 10 000 travailleurs manifestent &#224; Belgrade et &#224; Skopje et menacent de d&#233;clencher une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale si le gouvernement f&#233;d&#233;ral n'arr&#234;te pas l'inflation. Les ouvriers, qui &#233;taient d&#233;j&#224; en gr&#232;ve, r&#233;clamaient que le mark allemand devienne la principale monnaie dans laquelle ils &#233;taient pay&#233;s. Les patrons locaux de Zagreb, Split et Rijeka r&#233;clamaient de leur c&#244;t&#233;, sous la pression des gr&#233;vistes, un salaire minimum de 1 000 DM.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;cembre 1989, 650 000 ouvriers de Serbie, du Mont&#233;n&#233;gro et de Mac&#233;doine se sont d&#233;clar&#233;s en gr&#232;ve contre la politique du gouvernement et ont exig&#233; une augmentation des salaires de 100 %. Les chefs d'entreprise ont c&#233;d&#233; et, contrairement aux directives gouvernementales, ont acc&#233;d&#233; aux revendications.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#232;ves multiples accentu&#232;rent encore les faiblesses de l'&#233;conomie yougoslave. Pour donner une id&#233;e du niveau des luttes : en 1989 le taux de croissance annuel des prix de d&#233;tail &#233;tait officiellement de 1256%, le taux de croissance annuel des salaires pour la m&#234;me p&#233;riode &#233;tait de 1595% ! Ainsi, sur l'ensemble de l'ann&#233;e 1989, les revenus r&#233;els ont augment&#233; de 25% (selon le document Notes &amp; Etudes n&#176; 4920-r1). Les analystes de cette m&#234;me revue ajoutent : &#034;... une &#233;volution difficile &#224; accepter dans une &#233;conomie dite 'en crise'. Le ch&#244;mage et une baisse importante du niveau de vie sont le prix &#224; payer pour stabiliser la situation.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir &#233;num&#233;r&#233; les forces de notre classe, il nous faut maintenant exposer les faiblesses qui ont caract&#233;ris&#233; cette vague de lutte et qui sont devenues un levier important que l'&#201;tat a pu pleinement exploiter pour imposer la d&#233;faite au prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;rement, il y a la non-&#233;mergence d'organisations autonomes de prol&#233;taires en lutte, et ce malgr&#233; la dur&#233;e et l'intensit&#233; des luttes et malgr&#233; le fait d'un certain m&#233;contentement &#224; l'&#233;gard des syndicats officiels. Mais la critique des syndicats s'est souvent limit&#233;e &#224; une opposition &#224; la &#171; bureaucratie syndicale &#187;, r&#233;duisant la critique &#224; la question d'un &#171; mauvais dirigeant &#187; plut&#244;t qu'&#224; la lutte contre le caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire du syndicalisme. En cons&#233;quence de cette faiblesse de la critique du syndicalisme, les prol&#233;taires n'ont pas assum&#233; les t&#226;ches d'auto-organisation ni les actions classistes d'&#233;largissement et de centralisation de la lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette faiblesse dans la critique des institutions en termes de &#171; mauvais syndicats &#187;, de &#171; politiciens incomp&#233;tents &#187; ou de &#171; fonctionnaires corrompus &#187; s'est av&#233;r&#233;e utile &#224; l'&#201;tat et plus d'un &#171; bureaucrate individuel &#187; a ainsi &#233;t&#233; jet&#233; aux ouvriers en col&#232;re pour prot&#233;ger le la classe bourgeoise et les rapports sociaux capitalistes dans leur ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre facteur de faiblesse, qui constitue certainement un &#233;l&#233;ment explicatif de la premi&#232;re faiblesse que nous avons &#233;voqu&#233;e plus haut, &#233;tait le poids du nationalisme. En effet, le mouvement de lutte n'avait pas nettement rompu avec l'endiguement nationaliste, m&#234;me lors des &#233;meutes du Kosovo en 1989. Dans le contexte yougoslave, o&#249; la question nationale est l'arme par excellence avec laquelle l'&#201;tat affronte le prol&#233;tariat, toute le d&#233;veloppement doit se donner imm&#233;diatement et absolument pour t&#226;che une rupture effective, consciente, qui assume les forces de l'endiguement nationaliste. Si la solidarit&#233; prol&#233;tarienne au-del&#224; des fronti&#232;res des diff&#233;rentes r&#233;publiques a trouv&#233; maintes occasions de s'exprimer au cours de centaines de gr&#232;ves et de manifestations, cette solidarit&#233; ne s'est jamais transform&#233;e en solidarit&#233; concert&#233;e, actions organis&#233;es contre les diff&#233;rentes forces nationalistes ! Il faut donc &#234;tre prudent dans l'utilisation de termes comme &#171; unitaire &#187; ou &#171; solidaire &#187;. La r&#233;alit&#233; de l'existence de nombreuses gr&#232;ves simultan&#233;es sur plusieurs ann&#233;es est un fait. N&#233;anmoins, l'expression imm&#233;diate de l'unit&#233; de lutte et de perspective, au-del&#224; des solidarit&#233;s locales, ne s'est pas exprim&#233;e de mani&#232;re cons&#233;quente en termes d'organisation et de centralisation. M&#234;me au Kosovo, o&#249; les prol&#233;taires sont descendus dans la rue avec les armes pour s'attaquer violemment &#224; leur mis&#232;re, tout potentiel d'extension a &#233;t&#233; castr&#233; par l'Etat qui a tr&#232;s facilement su r&#233;duire les &#233;meutes &#224; une affaire purement &#171; albanaise &#187;. La r&#233;alit&#233; de l'existence de nombreuses gr&#232;ves simultan&#233;es sur plusieurs ann&#233;es est un fait. N&#233;anmoins, l'expression imm&#233;diate de l'unit&#233; de lutte et de perspective, au-del&#224; des solidarit&#233;s locales, ne s'est pas exprim&#233;e de mani&#232;re cons&#233;quente en termes d'organisation et de centralisation. M&#234;me au Kosovo, o&#249; les prol&#233;taires sont descendus dans la rue avec les armes pour s'attaquer violemment &#224; leur mis&#232;re, tout potentiel d'extension a &#233;t&#233; castr&#233; par l'Etat qui a tr&#232;s facilement su r&#233;duire les &#233;meutes &#224; une affaire purement &#171; albanaise &#187;. La r&#233;alit&#233; de l'existence de nombreuses gr&#232;ves simultan&#233;es sur plusieurs ann&#233;es est un fait. N&#233;anmoins, l'expression imm&#233;diate de l'unit&#233; de lutte et de perspective, au-del&#224; des solidarit&#233;s locales, ne s'est pas exprim&#233;e de mani&#232;re cons&#233;quente en termes d'organisation et de centralisation. M&#234;me au Kosovo, o&#249; les prol&#233;taires sont descendus dans la rue avec les armes pour s'attaquer violemment &#224; leur mis&#232;re, tout potentiel d'extension a &#233;t&#233; castr&#233; par l'Etat qui a tr&#232;s facilement su r&#233;duire les &#233;meutes &#224; une affaire purement &#171; albanaise &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://libcom.org/article/yugoslavia-imperialist-war-against-world-proletariat-1990s-icg&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://libcom.org/article/yugoslavia-imperialist-war-against-world-proletariat-1990s-icg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des relations ouvriers-dirigeants n'est pas rest&#233;e que dans les lettres&lt;br class='autobr' /&gt;
des citoyens. Il a provoqu&#233; des gr&#232;ves, qui &#233;taient auparavant consid&#233;r&#233;es comme impossibles&lt;br class='autobr' /&gt;
dans un syst&#232;me socialiste autogestionnaire. Le d&#233;clenchement des premi&#232;res grandes gr&#232;ves&lt;br class='autobr' /&gt;
en Yougoslavie en janvier 1958 fut un &#233;v&#233;nement choquant pour le plus haut&lt;br class='autobr' /&gt;
autorit&#233;s communistes (voir plus dans Ivani&#269;, 1986)16. La gr&#232;ve des mineurs&lt;br class='autobr' /&gt;
La Slov&#233;nie (Trbovlje) &#233;tait le sujet principal du Comit&#233; ex&#233;cutif &#233;largi&lt;br class='autobr' /&gt;
du Comit&#233; central du LCY r&#233;uni en f&#233;vrier 1958. Sur ce&lt;br class='autobr' /&gt;
occasion, Josip Broz Tito lui-m&#234;me a d&#233;clar&#233; que l'une des principales raisons de ces&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ves &#233;tait un &#233;norme &#233;cart de salaires entre les travailleurs et la direction&lt;br class='autobr' /&gt;
dans les collectifs de travail (Despot, 2009, p. 91). De plus, &#171; Tito a m&#234;me adopt&#233; le&lt;br class='autobr' /&gt;
paroles des mineurs de Trbovlje, soulignant qu'il n'&#233;tait pas pour l'&#233;galisation des salaires-&lt;br class='autobr' /&gt;
mais les ouvriers avaient raison : &#8216;Tous nos estomacs sont &#233;gaux !' &#187; (Unkovski-&lt;br class='autobr' /&gt;
Korica, 2016, p. 168).17 Les travailleurs ont r&#233;pondu &#224; un autre discours public du&lt;br class='autobr' /&gt;
plus tard en 1958, par lequel Tito cherchait &#224; calmer la situation apr&#232;s le min-&lt;br class='autobr' /&gt;
gr&#232;ve des ers. Ses paroles &#233;taient significatives comme en t&#233;moignent les lettres de soutien&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'il recevait des ouvriers eux-m&#234;mes. Ainsi, par exemple, un ouvrier &#233;crit&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; Tito en disant que &#034;ses paroles &#233;taient en m&#234;me temps les paroles de millions de&lt;br class='autobr' /&gt;
les Yougoslaves ordinaires, les gens et les travailleurs &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie yougoslave a d&#251; s'appuyer davantage sur la r&#233;partition par le march&#233; des&lt;br class='autobr' /&gt;
services pour accro&#238;tre sa comp&#233;titivit&#233; sur le march&#233; international. Ce&lt;br class='autobr' /&gt;
signifiait aussi r&#233;duire le pouvoir d'achat des salaires. Les cols bleus, qui&lt;br class='autobr' /&gt;
avaient les salaires les plus bas, ont r&#233;pondu par des gr&#232;ves (Popov, 1969 ; Wachtel, 1972 ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Jovanov, 1979 ; Woodward 1995, p. 272-273).18 Jovanov (1979, p. 185-186)&lt;br class='autobr' /&gt;
parle de la position contradictoire des travailleurs qui &#233;taient dans un &#233;tat subordonn&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
position vis-&#224;-vis de ceux qui &#233;taient cens&#233;s les repr&#233;senter - la politique&lt;br class='autobr' /&gt;
la bureaucratie civile, administrative et &#233;conomique et l'oligarchie financi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gr&#233;vistes &#233;taient principalement des cols bleus qui avaient le plus petit pouvoir d&#233;cisif&lt;br class='autobr' /&gt;
l'influence dans les collectifs de travail, qui &#233;tait l'un des motifs de leurs gr&#232;ves,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#224; c&#244;t&#233; de leurs faibles revenus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les lettres ouvri&#232;res indiquaient des faiblesses syst&#233;matiques dans l'auto-homme yougoslave.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#226;ge. Le gouvernement consid&#233;rait le syst&#232;me d'autogestion comme un&lt;br class='autobr' /&gt;
syst&#232;me non conflictuel de relations industrielles dans lequel le conflit industriel19 &#233;tait&lt;br class='autobr' /&gt;
per&#231;u non pas comme normal mais comme un ph&#233;nom&#232;ne pathologique (&#381;upanov, 1971,&lt;br class='autobr' /&gt;
p. 11). &#381;upanov (1971, p. 7) a soutenu que le conflit industriel &#233;tait in&#233;vitable m&#234;me&lt;br class='autobr' /&gt;
dans le socialisme autogestionnaire ouvrier, malgr&#233; ses diff&#233;rences avec&lt;br class='autobr' /&gt;
capitalisme et socialisme oriental (sovi&#233;tique). Dans la vie quotidienne des travailleurs, les sources&lt;br class='autobr' /&gt;
de conflit subsistait, ce qui ressort de la grande majorit&#233; de leurs lettres&lt;br class='autobr' /&gt;
&#233;crit aux plus hautes autorit&#233;s politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dix ans apr&#232;s les premi&#232;res grandes gr&#232;ves, les travailleurs &#233;taient aux prises avec&lt;br class='autobr' /&gt;
probl&#232;mes ilaires, mais ils ne sont pas descendus dans la rue dans l'ann&#233;e troubl&#233;e de&lt;br class='autobr' /&gt;
1968. En t&#233;moignent des lettres comme celle envoy&#233;e par quelques ouvriers d'un&lt;br class='autobr' /&gt;
l'entreprise de Belgrade au pr&#233;sident Tito en juin 1968. Cependant, ils ont averti&lt;br class='autobr' /&gt;
Tito sur les in&#233;galit&#233;s sociales et la position de l'&#233;lite manag&#233;riale qui&lt;br class='autobr' /&gt;
qu'ils consid&#233;raient comme inappropri&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RECEO1_501_0025&amp;download=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=RECEO1_501_0025&amp;download=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1981&#8211;1987 : gr&#232;ves ouvri&#232;res et effervescence sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; industrielle baisse, et la mis&#232;re grandit. La valeur de la monnaie est divis&#233;e par 5000 en cinq ans alors que les salaires sont, au mieux, bloqu&#233;s ! La petite bourgeoisie est elle aussi frapp&#233;e. Les jeunes sont sans emploi et sans perspective, y compris les jeunes &#233;tudiants. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1981, la baisse des salaires est telle que le dirigeant du syndicat unique li&#233; au pouvoir, Miran Piotrc, a lui-m&#234;me mis en garde publiquement les autorit&#233;s contre le danger de r&#233;action ouvri&#232;re. En mars 1981, l'explosion sociale a lieu au Kosovo, la r&#233;gion la plus pauvre o&#249; le revenu par habitant est la moiti&#233; de la moyenne nationale, six fois moindre qu'en Slov&#233;nie, et o&#249; le ch&#244;mage est six fois plus important que dans le reste du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Pristina, une manifestation d'&#233;tudiants, d'ouvriers et de ch&#244;meurs contre la vie ch&#232;re et les bas salaires se transforme en &#233;meute. L'affrontement dure plusieurs jours. La r&#233;pression est f&#233;roce : deux cent morts et six mille condamnations allant jusqu'&#224; vingt ann&#233;es d'emprisonnement. Le mouvement avait au d&#233;part un caract&#232;re social comme le reconna&#238;tra le principal dirigeant kosovar Ibrahim Rugova, m&#234;me si par la suite les nationalistes du Kosovo ne s'en souviendront que comme un mouvement revendiquant le statut du Kosovo.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principal responsable &#233;conomique f&#233;d&#233;ral d&#233;clare en mai 1982 : &#8220;si l'aust&#233;rit&#233; et une forte inflation continuent &#224; se d&#233;velopper pendant les deux ou trois prochaines ann&#233;es, je suis personnellement convaincu que cela m&#232;nera &#224; plusieurs conflits sociaux et &#224; des probl&#232;mes politiques. &#8221; De 1982 &#224; 1986, la politique d'aust&#233;rit&#233; s'accro&#238;t continuellement. Les &#233;conomies r&#233;gionales m&#232;nent de plus en plus des politiques diff&#233;rentes li&#233;es aux diff&#233;rences de d&#233;bouch&#233;s et au fait que la plupart de leurs acheteurs sont ext&#233;rieurs. Cela explique le choix des privil&#233;gi&#233;s de chaque r&#233;gion en faveur du s&#233;paratisme. Alors qu'on demande de plus en plus de sacrifices &#224; la population, le budget des arm&#233;es grandit continuellement : plus 24 % en 1983. En 1984, le nombre de ch&#244;meurs d&#233;passe le million. On va vers l'explosion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1986 marque la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res. Ce sont des mouvements massifs dans les grands centres industriels du pays, des mouvements contre les licenciements et contre le blocage des salaires et ces mouvements ne sont pas isol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas fini : l'ann&#233;e suivante est celle de l'explosion des gr&#232;ves. En f&#233;vrier 1987, l'annonce du gel des salaires et de la r&#233;cup&#233;ration des augmentations accord&#233;es pr&#233;c&#233;demment par les entreprises met le feu aux poudres. L'agitation culmine en Croatie et en Mac&#233;doine. Les vagues de gr&#232;ve sont parties de Belgrade mais aussi des grands centres industriels de Zagreb, de Ljubljana et de Bosnie. Elles s'&#233;tendent, parcourent tout le pays. En 1987, le pays a connu 1570 gr&#232;ves auxquelles ont particip&#233; 365 000 travailleurs. Le pouvoir craint une v&#233;ritable explosion sociale. Mais le mouvement, en butte &#224; la r&#233;pression, reste inorganis&#233; et manque de direction. Le pouvoir a toutefois recul&#233; partout assez rapidement, accordant de fortes hausses de salaires. Pour calmer l'agitation, il annonce la d&#233;mission du premier ministre Branko Mikulic en d&#233;cembre 1988.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment o&#249; la bourgeoisie ne voit ses int&#233;r&#234;ts qu'en termes de division du pays en petites unit&#233;s, les travailleurs yougoslaves sont une seule et m&#234;me classe qui se bat pour les m&#234;mes objectifs &#224; l'&#233;chelle de tout le pays. La classe ouvri&#232;re ne se contente pas de revendications &#233;conomiques. Elle a perdu totalement confiance dans le pouvoir dont les scandales &#233;clatent au grand jour comme celui d'Agrokomerc, une firme agroalimentaire de Bosnie qui a &#233;mis des billets sans provision. Apr&#232;s des ann&#233;es de dictature sur la classe ouvri&#232;re dont les syndicats officiels n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre les courroies de transmission, la classe ouvri&#232;re est inorganis&#233;e syndicalement mais surtout politiquement. Le mouvement ouvrier renaissant pourrait remettre en cause le r&#233;gime, et unir derri&#232;re lui ceux qui luttent pour la libert&#233; politique et la fin de l'oppression des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Washington Post du 25 mars 1987 rapporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Une vague de gr&#232;ves sans pr&#233;c&#233;dent ici et dans toute la Yougoslavie s'est termin&#233;e sans perturbations majeures, mais les responsables gouvernementaux affirment que la mise en &#339;uvre imminente d'un programme d'aust&#233;rit&#233; &#233;conomique s&#233;v&#232;re pourrait raviver les protestations des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente-neuf arr&#234;ts de travail ont &#233;t&#233; enregistr&#233;s ici par la R&#233;publique de Croatie et au moins 168 se sont produits dans tout le pays apr&#232;s que les travailleurs ont re&#231;u des ch&#232;ques de paie g&#233;n&#233;ralement r&#233;duits de 20 &#224; 30 % ce mois-ci. Les arr&#234;ts de travail auraient impliqu&#233; 20 000 travailleurs. La plupart se sont termin&#233;s en quelques heures et aucun n'aurait continu&#233; cette semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, de hauts responsables ont d&#233;clar&#233; que la vague de gr&#232;ves &#8211; la premi&#232;re en 40 ans de r&#233;gime communiste &#224; &#234;tre provoqu&#233;e par un m&#233;contentement national face &#224; une mesure gouvernementale &#8211; &#233;tait susceptible de revenir et de s'amplifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toute l'ann&#233;e 1987 sera une ann&#233;e au cours de laquelle nous pouvons nous attendre au m&#233;contentement du public&#034;, a d&#233;clar&#233; Bozo Marendic, le chef du d&#233;partement de planification croate et membre de l'ex&#233;cutif au pouvoir de la r&#233;publique. &#034;Nous nous attendons &#224; ce que ces probl&#232;mes de revenus et d'emploi ne fassent que commencer. Mais nous devons mener &#224; bien notre programme ind&#233;pendamment des gr&#232;ves.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s yougoslaves, dirig&#233;es par le Premier ministre f&#233;d&#233;ral Branko Mikulic, sont confront&#233;es &#224; une grave crise &#233;conomique marqu&#233;e par une inflation de plus de 90 %, un ch&#244;mage de 14 % et des probl&#232;mes d'exportations n&#233;cessaires pour payer la dette ext&#233;rieure du pays de 20 milliards de dollars. Des contr&#244;les d'urgence sur les salaires ont &#233;t&#233; annonc&#233;s le 27 f&#233;vrier apr&#232;s que les entreprises d'&#201;tat ont accord&#233; d'&#233;normes augmentations de salaire &#224; partir de d&#233;cembre en pr&#233;vision des mesures d'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marendic et d'autres responsables ont d&#233;clar&#233; que de nouvelles manifestations pourraient &#233;clater d&#232;s le mois prochain, lorsque les travailleurs des entreprises non rentables, 110 000 rien qu'en Croatie, subiront de nouvelles r&#233;ductions de salaire pouvant atteindre 50 %. D'autres manifestations pourraient survenir alors que le gouvernement met en place de nouveaux contr&#244;les sur les salaires, des r&#233;ductions importantes des d&#233;penses de l'&#201;tat et des fermetures d'entreprises en faillite au cours des trois prochains mois, ont-ils d&#233;clar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables ont averti que les travailleurs participant &#224; des gr&#232;ves pourraient &#234;tre licenci&#233;s. Cependant, Marendic a soulign&#233; que l'arm&#233;e ne serait pas utilis&#233;e pour r&#233;primer les protestations des travailleurs, malgr&#233; une r&#233;cente d&#233;claration de Mikulic selon laquelle les troupes pourraient &#234;tre utilis&#233;es pour d&#233;fendre le &#034;syst&#232;me constitutionnel&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'arm&#233;e ne serait pas appel&#233;e&#034;, a d&#233;clar&#233; Marendic dans une interview ici. &#034;M&#234;me si quelqu'un osait appeler l'arm&#233;e, qui sait ce qui lui arriverait pour cela ? Si nous avons des groupes r&#233;volutionnaires, alors l'arm&#233;e est charg&#233;e de d&#233;fendre le syst&#232;me. Mais quand il s'agit d'arr&#234;ts de travail, l'arm&#233;e n'agirait jamais pour les r&#233;primer m&#234;me si on l'appelait.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journalistes yougoslaves et les diplomates occidentaux ont soulign&#233; que les d&#233;brayages, pour la plupart brefs, de ce mois-ci n'avaient pas pos&#233; de menace s&#233;rieuse aux autorit&#233;s. Bien qu'agissant simultan&#233;ment, les travailleurs &#233;taient d&#233;sorganis&#233;s, n'avaient &#233;tabli aucun lien entre les usines ou avec les intellectuels et n'avaient formul&#233; aucune revendication politique, ont indiqu&#233; ces sources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels arr&#234;ts sauvages en Yougoslavie sont courants, bien qu'ils ne se soient jamais produits auparavant dans une vague nationale. Quelque 900 gr&#232;ves ont &#233;t&#233; signal&#233;es l'ann&#233;e derni&#232;re et il y a eu plus de 5 000 d&#233;brayages depuis que les autorit&#233;s communistes ont commenc&#233; &#224; les tol&#233;rer &#224; la fin des ann&#233;es 1950.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants communistes ont r&#233;pondu &#224; la vague de gr&#232;ves par quelques concessions. La l&#233;gislature nationale devrait maintenant modifier la loi sur les salaires de f&#233;vrier, qui pr&#233;voyait un retour des salaires au niveau de l'ann&#233;e derni&#232;re, gelait les salaires dans certaines industries et liait les augmentations pour d'autres travailleurs aux gains de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les responsables gouvernementaux et syndicaux en Croatie, r&#233;pondant &#224; la grande vague de gr&#232;ves ici, ont critiqu&#233; la mesure salariale comme trop rigide et ont d&#233;clar&#233; que des exemptions seraient probablement accord&#233;es &#224; certaines industries, comme le tourisme et la construction navale, qui n'ont pas b&#233;n&#233;fici&#233; d'&#233;normes hausses de salaire &#224; la fin de l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des diplomates ont d&#233;clar&#233; que les autorit&#233;s de certaines des sept autres r&#233;publiques et provinces semi-autonomes avaient modifi&#233; les r&#233;ductions de salaire ou ne les avaient pas du tout mises en &#339;uvre dans les usines cl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, Mikulic et d'autres autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales se sont engag&#233;es &#224; poursuivre le programme d'aust&#233;rit&#233;, qui pr&#233;voit une annulation de l'augmentation de salaire de 10 % que les travailleurs yougoslaves ont r&#233;alis&#233;e en moyenne l'ann&#233;e derni&#232;re, d'&#233;normes r&#233;ductions de salaire suppl&#233;mentaires pour les travailleurs des entreprises non rentables et une augmentation du ch&#244;mage. Cinq mille travailleurs pourraient &#234;tre licenci&#233;s rien qu'en Croatie, ont indiqu&#233; des responsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les repr&#233;sentants du gouvernement disent que les sacrifices sont n&#233;cessaires pour mettre fin &#224; l'inflation et commencer &#224; stabiliser une &#233;conomie en proie &#224; la stagnation et &#224; l'inefficacit&#233; pendant la majeure partie de cette d&#233;cennie. Mikulic, qui a pris ses fonctions en mai dernier, semble d&#233;termin&#233; &#224; mettre fin aux ann&#233;es de faible leadership central et de d&#233;rive nationale qui ont suivi la mort du mar&#233;chal Tito en 1980, ont d&#233;clar&#233; des diplomates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La peur des troubles ouvriers a &#233;t&#233; un facteur limitant pour les gouvernements pr&#233;c&#233;dents&#034;, a d&#233;clar&#233; un diplomate occidental, &#034;mais Mikulic semble pr&#234;t &#224; faire ce qui est n&#233;cessaire pour ma&#238;triser la situation. Ils se rendent compte qu'ils doivent faire quelque chose de plut&#244;t dramatique plut&#244;t de toute urgence.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sources occidentales ont d&#233;clar&#233; que les autorit&#233;s faisaient face &#224; une pression particuli&#232;re pour montrer une action &#233;nergique sur l'&#233;conomie en raison des prochaines &#233;ch&#233;ances pour le renouvellement des accords de r&#233;&#233;chelonnement de la dette avec les gouvernements et les banques occidentaux. Les responsables yougoslaves ont demand&#233; aux cr&#233;anciers gouvernementaux, y compris l'administration Reagan, de confirmer le r&#233;&#233;chelonnement des pr&#234;ts arrivant &#224; &#233;ch&#233;ance en 1987 et au d&#233;but de 1988 d'ici la fin de ce mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gouvernements occidentaux et les banques commerciales sont susceptibles d'&#234;tre influenc&#233;s par un nouveau rapport sur la situation &#233;conomique r&#233;cemment achev&#233; par le Fonds mon&#233;taire international, ont d&#233;clar&#233; des responsables. Des sources ont d&#233;clar&#233; que le FMI critiquait l'incapacit&#233; du gouvernement &#224; atteindre ses objectifs d'exportation ou &#224; contr&#244;ler la hausse acc&#233;l&#233;r&#233;e des salaires et des prix au cours des six derniers mois. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.washingtonpost.com/archive/politics/1987/03/26/yugoslavia-awaits-2d-wave-of-strikes/e848b509-c380-45e7-901a-0efcb85e3016/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.washingtonpost.com/archive/politics/1987/03/26/yugoslavia-awaits-2d-wave-of-strikes/e848b509-c380-45e7-901a-0efcb85e3016/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UPI de mai 1987 rapporte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mine ferm&#233;e lors de la plus grande gr&#232;ve de Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ 300 mineurs ont rejoint d'autres gr&#233;vistes &#224; la mine de charbon de Rasa mardi pour exiger une augmentation de salaire, fermant &#224; nouveau la mine dans la plus grande gr&#232;ve de Yougoslavie depuis la prise de pouvoir communiste en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un responsable de la mine pr&#232;s de Labin, &#224; environ 300 miles &#224; l'ouest de Belgrade sur la c&#244;te adriatique, a d&#233;clar&#233; que les 1 200 mineurs avaient arr&#234;t&#233; le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve a commenc&#233; le 8 avril, mais environ 300 mineurs - pour la plupart membres du Parti communiste - ont repris le travail le 24 avril apr&#232;s des appels de l'organisation du parti de la mine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, ils ont d&#233;cid&#233; mardi de rejoindre leurs coll&#232;gues jusqu'&#224; ce que la mine r&#233;ponde &#224; leurs demandes d'augmentation de salaire et de licenciement de plusieurs directeurs de mine. La mine compte environ 500 employ&#233;s administratifs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gestionnaires et les responsables du gouvernement local se r&#233;unissaient mardi pour discuter des revendications des mineurs en gr&#232;ve. L'arr&#234;t est le plus important en Yougoslavie depuis la prise de contr&#244;le communiste en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement f&#233;d&#233;ral a introduit un gel des salaires le 26 f&#233;vrier qui liait les salaires aux augmentations de productivit&#233; et visait &#224; freiner l'inflation annuelle &#224; pr&#232;s de 100 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi a d&#233;clench&#233; des gr&#232;ves dans tout le pays. Les travailleurs se sont plaints que les prix augmentaient d'environ 7 % par mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu plus de 200 gr&#232;ves impliquant plus de 30 000 travailleurs depuis l'imposition du gel des salaires, mais la plupart n'ont dur&#233; qu'entre trois heures et trois jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.upi.com/Archives/1987/05/05/Mine-shut-down-in-Yugoslavias-biggest-strike/5611547185600/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.upi.com/Archives/1987/05/05/Mine-shut-down-in-Yugoslavias-biggest-strike/5611547185600/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1987-04-07-mn-218-story.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.latimes.com/archives/la-xpm-1987-04-07-mn-218-story.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1987, un col bleu &#233;crit et publie un article cinglant dans lequel il d&#233;peint une situation o&#249; des cols blancs abusent de leur poste aux d&#233;pens d'autres travailleurs. Cela a &#233;t&#233; publi&#233; dans son p&#233;riodique professionnel (&#224; l'&#233;poque, la plupart des grandes entreprises yougoslaves publiaient de tels documents semi-internes). Bien qu'une grande partie du contenu soit consacr&#233;e &#224; la performance &#233;conomique de l'entreprise ou &#224; l'&#233;volution d'un secteur industriel particulier, il &#233;tait &#233;galement courant que des discussions aient lieu sur des questions d'int&#233;r&#234;t social - sur l'offre de logement, les activit&#233;s de loisirs, la participation politique, le sport, la sant&#233; publique. , et le niveau de vie des travailleurs. La presse d'usine offrait g&#233;n&#233;ralement un espace aux travailleurs et &#224; la direction pour exprimer leurs opinions sur les sujets de pr&#233;occupation.note de bas de page 1 Les travailleurs contribuaient souvent &#224; ces publications en envoyant des lettres, des blagues, des po&#232;mes et des dessins anim&#233;s ; ils ont &#233;galement &#233;t&#233; interview&#233;s sur des questions d'actualit&#233;. Dans l'esprit de la r&#233;flexivit&#233; socialiste yougoslave, les points de vue avanc&#233;s sont assez vari&#233;s. Les publications repr&#233;sentaient un lieu de m&#233;diation o&#249; une diversit&#233; de points de vue et d'int&#233;r&#234;ts concurrents pouvaient s'exprimer.&lt;br class='autobr' /&gt;
La contribution particuli&#232;re, intitul&#233;e &#034;Une crise de comportement&#034;, &#233;tait plus dure que la plupart, bien que refl&#233;tant une soci&#233;t&#233; yougoslave de plus en plus conflictuelle dans laquelle le m&#233;contentement des travailleurs se traduisait par une activit&#233; de gr&#232;ve croissante au cours de la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1980 (Fo&#269;oR&#233;f&#233;rence Fo&#269;o1989 ). L'auteur &#233;crit d'un ton caustique :&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment dois-je me comporter lorsque le bureaucrate d&#233;cide de mon sort [ kroji kapu] &#8230; Comment dois-je me comporter quand &#224; la r&#233;union ils ne me laissent presque jamais parler ? Comment dois-je me comporter lorsque je dois travailler le dimanche et les jours f&#233;ri&#233;s mais ILS commencent d&#233;j&#224; le vendredi leur week-end et le lundi reviennent rafra&#238;chis ? Comment dois-je me comporter quand je dois attendre vingt ans pour un appartement mais EUX seulement deux ? Comment dois-je me comporter lorsque je n'ai pas de relations ou de copains mais ILS en ont et que je suis libre de les appeler par t&#233;l&#233;phone ? Comment dois-je me comporter lorsque, pendant la journ&#233;e de travail, ils vont au caf&#233; et &#224; l'h&#244;tel pour &#171; boire &#187; mais bien s&#251;r, je ne peux pas ? Comment dois-je me comporter pendant qu'ils boivent du caf&#233; et que j'attends qu'ils valident mon assurance maladie ? &#8230; Comment dois-je me comporter quand les d&#233;l&#233;gu&#233;s, les repr&#233;sentants, les patrons et tout le monde me disent : C'est de l'autogestion, pour tous ces r&#232;glements, accords et accords que vous avez vot&#233;s ! &#171; Nous vous avons dit, on t'a expliqu&#233;, tu as tout compris. Oui camarade, camarade autogestionnaire !&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ainsi j'obtiens que j'agis de mani&#232;re &#034;autog&#233;r&#233;e&#034; [ samoupravno ]...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'ai d&#233;cid&#233; que je devrais travailler :&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi simple que possible,&lt;br class='autobr' /&gt;
aussi petit que possible,&lt;br class='autobr' /&gt;
le plus court possible&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8230; parce que c'est comme &#231;a qu'ils travaillent, mais ils re&#231;oivent un salaire d&#233;cent.note de bas de page 2 &lt;br class='autobr' /&gt;
Il pourrait sembler que la voix furieuse de cet ouvrier provienne tr&#232;s probablement d'un centre industriel de Serbie, ou peut-&#234;tre du Mont&#233;n&#233;gro. L'&#233;t&#233; prochain, les travailleurs de l'industrie joueraient un r&#244;le d&#233;terminant dans le renversement des dirigeants municipaux, provinciaux et des lieux de travail en Vo&#239;vodine et au Mont&#233;n&#233;gro et participeraient &#224; des manifestations dans toute la Serbie, consolidant ainsi la position de Slobodan Milo&#353;evi&#263;. La plainte de l'ouvrier pourrait alors &#234;tre lue comme un signe avant-coureur du mouvement de masse militant qui allait bient&#244;t suivre - en effet, la premi&#232;re cible de l'ouvrier dans sa diatribe est le &#171; bureaucrate &#187; et tout le texte suit la dichotomie populiste du &#171; nous et eux &#187;. &#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, ce texte n'est pas originaire de Serbie. Il a &#233;t&#233; publi&#233; dans le p&#233;riodique de Jugolinija, une grande entreprise de navigation &#224; Rijeka, dans le nord-ouest de la Croatie. L'auteur est cr&#233;dit&#233; comme Branislav Kosti&#263;, qui est vraisemblablement un ouvrier. M&#234;me si Kosti&#263; s'est peut-&#234;tre identifi&#233; comme serbe, Rijeka &#233;tait un centre industriel multiethnique et un bastion de la &#171; fraternit&#233; et de l'unit&#233; &#187; avec une forte pr&#233;sence de Serbes, de Slov&#232;nes, d'Italiens et d'autres minorit&#233;s (AbramR&#233;f&#233;rence Abram2018 , 72&#8211;77 ; RutarRutar de r&#233;f&#233;rence2015 , 277-278) &#8211; les cibles de ses plaintes &#233;taient les travailleurs de Jugolinija bas&#233;s &#224; Rijeka. L'article a &#233;t&#233; publi&#233; dans une section r&#233;guli&#232;re pour les contributions des travailleurs intitul&#233;e &#171; Questions sans r&#233;ponses &#187;, sugg&#233;rant que les id&#233;es de la section &#233;taient des questions rh&#233;toriques d&#233;j&#224; en circulation dans le public. &#192; la lecture du texte de Kosti&#263; de septembre 1987 ainsi que du contenu pr&#233;c&#233;dent des documents de Jugolinija et de ceux de la compagnie maritime voisine Jadrolinija, du port de Rijeka (RO &#034;Luka&#034;) et de la soci&#233;t&#233; de construction navale Uljanik bas&#233;e &#224; Pula, on peut constater que bon nombre des griefs qui trouvent leur expression en Serbie-et-Mont&#233;n&#233;gro un an plus tard &#233;taient &#233;galement tr&#232;s palpables parmi les cols bleus des villes c&#244;ti&#232;res croates.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article explore le contexte de la r&#233;volution antibureaucratique, le soi-disant &#233;v&#233;nement du peuple qui a balay&#233; la Serbie et le Mont&#233;n&#233;gro en 1988 et 1989, en interrogeant comment les conditions de la Yougoslavie socialiste tardive se pr&#234;taient &#224; la production de repr&#233;sentations populistes parmi les travailleurs. Plut&#244;t que de se concentrer sur les militants militants serbes du Kosovo et les travailleurs protestataires des villes et quartiers &#171; de premi&#232;re ligne &#187; comme Titov Vrbas et Ba&#269;ka Palanka en Vo&#239;vodine ; Rakovica et Zemun &#224; Belgrade ; ou Nik&#353;i&#263; et Titograd au Mont&#233;n&#233;gro (&#224; ce sujet, voir Grde&#353;i&#263;, ce volume ; Musi&#263;R&#233;f&#233;rence Musi&#263;, Archer, Duda et Stubbs2016 ; Leki&#263;, Pavi&#263; et Leki&#263;R&#233;f&#233;rence Leki&#263;, Pavi&#263; et Leki&#263;2009 ; Vladisavljevi&#263;R&#233;f&#233;rence Vladisavljevi&#263;2008 ), je me concentre sur les villes c&#244;ti&#232;res du nord-ouest de la Croatie comme Rijeka qui n'ont pas &#233;t&#233; directement impliqu&#233;es dans la r&#233;volution antibureaucratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Se concentrer sur la d&#233;rision de la bureaucratie dans la Croatie socialiste tardive sert &#224; mettre en &#233;vidence les &#233;l&#233;ments pan-yougoslaves d'un ph&#233;nom&#232;ne id&#233;ologique, culturel et discursif qui culminera avec la r&#233;volution antibureaucratique en Serbie et au Mont&#233;n&#233;gro en 1988 et 1989. Je soutiens que malgr&#233; une autarcie accrue , un d&#233;veloppement in&#233;gal et des impulsions de d&#233;centralisation &#224; travers les r&#233;publiques yougoslaves, bon nombre des m&#233;contentements fondamentaux &#224; l'&#233;gard des &#171; mondes du travail &#187; &#233;taient comparables et coh&#233;rents dans toute la f&#233;d&#233;ration. Ainsi, lorsqu'on examine les repr&#233;sentations du travail, l'insatisfaction au travail et les probl&#232;mes de m&#233;contentement des communaut&#233;s populaires &#224; Prizren ou Pula, &#224; Rakovica ou Rijeka, &#224; Lapovo ou Labin, les tropes sont remarquablement similaires. Les travailleurs &#233;taient pr&#233;occup&#233;s par la baisse du niveau de vie ; les divisions croissantes entre cols bleus et cols blancs ; la prolif&#233;ration de la bureaucratie, le carri&#233;risme, la corruption et le vol de la propri&#233;t&#233; sociale ; et une crise du travail et de l'&#233;thique du travail &#233;vidente dans l'augmentation de l'&#233;vitement [nerad ], l'absent&#233;isme et les cong&#233;s de maladie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article identifie d'abord les caract&#233;ristiques particuli&#232;res du syst&#232;me yougoslave qui ont rendu l'&#201;tat-parti ouvert aux expressions &#171; antibureaucratiques &#187; du m&#233;contentement des travailleurs - &#224; savoir, le socialisme autogestionnaire a identifi&#233; la bureaucratie d'&#201;tat comme l'ennemi des travailleurs et a ainsi l&#233;gitim&#233; le discours antibureaucratique. L'expansion objective de la bureaucratie dans les ann&#233;es 1970 &#224; la suite de la restructuration de l'&#233;conomie selon les lignes d'Edvard Kardelj a donn&#233; un nouvel &#233;lan &#224; la critique antibureaucratique. L'ouverture relative du syst&#232;me yougoslave a encourag&#233; un certain degr&#233; de critique au sein duquel des d&#233;bats sur les &#233;carts grandissants entre la th&#233;orie et la pratique pouvaient avoir lieu dans un march&#233; m&#233;diatique tablo&#239;d en expansion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suite &#224; cette discussion, j'examine certains des cas d'insatisfaction dans les lieux de travail du nord-ouest de la Croatie comme Jugolinija. Je soutiens que ceux-ci &#233;taient plut&#244;t similaires aux th&#232;mes dominants en circulation parmi les travailleurs de Serbie et du Mont&#233;n&#233;gro dans les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant la r&#233;volution antibureaucratique. Bien que tous les travailleurs yougoslaves aient continu&#233; &#224; &#234;tre formellement investis d'un capital symbolique, la chute pr&#233;cipit&#233;e du niveau de vie contrevenait au contrat social titiste (AndrejevichR&#233;f&#233;rence Andrejevich1988b , 21), le &#171; r&#234;ve yougoslave &#187; (PattersonR&#233;f&#233;rence Patterson2011 ) qui reposait sur une hausse continue du niveau de vie et de la consommation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette chute du niveau de vie et la baisse des salaires et des primes en raison de la baisse de la productivit&#233;, des pertes et des mesures d'aust&#233;rit&#233; (&#171; stabilisation &#233;conomique &#187;) ont annonc&#233; une vague de gr&#232;ves dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1980. Ces gr&#232;ves, bien qu'initialement concern&#233;es par la dynamique intra-usine (principalement la r&#233;partition des salaires), ont commenc&#233; &#224; s'attaquer &#224; des probl&#232;mes soci&#233;taux plus larges. Ils ont non seulement cibl&#233; la direction de l'usine en manifestant &#224; proximit&#233; du lieu de travail, mais ont &#233;galement p&#233;n&#233;tr&#233; dans des espaces publics symboliques depuis les centres-villes jusqu'au Parlement f&#233;d&#233;ral de Yougoslavie &#224; Belgrade (Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;R&#233;f&#233;rence Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;2015 ; MusiqueR&#233;f&#233;rence Musi&#263;, Archer, Duda et Stubbs2016 ). Ces gr&#232;ves tr&#232;s m&#233;diatis&#233;es ont transcend&#233; les fronti&#232;res r&#233;publicaines et ont fait de larges revendications socio-&#233;conomiques, politiques et morales au nom de la classe ouvri&#232;re yougoslave. En Serbie-et-Mont&#233;n&#233;gro, les gr&#232;ves ont fusionn&#233; avec un mouvement nationaliste d&#233;fendant les droits des Serbes du Kosovo, mais la composante socio-&#233;conomique est rest&#233;e constamment saillante, avec des oscillations entre le contenu national et social des manifestations (AndrejevichR&#233;f&#233;rence Andrejevich1988c , 23).&lt;br class='autobr' /&gt;
En conclusion de l'article, j'aborde un aspect peu &#233;tudi&#233; de la r&#233;volution antibureaucratique : sa r&#233;ception en Yougoslavie en dehors de la Serbie et du Mont&#233;n&#233;gro. Les r&#233;unions organis&#233;es par les activit&#233;s serbes du Kosovo et leurs alli&#233;s anti-autonomistes ont &#233;t&#233; tent&#233;es dans d'autres r&#233;publiques, le cas le plus tristement c&#233;l&#232;bre &#233;tant la &#171; r&#233;union de la v&#233;rit&#233; &#187; interdite pr&#233;vue &#224; Ljubljana en d&#233;cembre 1989 (SundhaussenR&#233;f&#233;rence Sundhaussen2012 , 286-287). Avant cela, cependant, les autorit&#233;s de Croatie, de Bosnie-Herz&#233;govine et de Mac&#233;doine ont r&#233;pondu n&#233;gativement aux tentatives d'organiser des r&#233;unions. Les &#233;v&#233;nements pr&#233;vus &#224; Jajce, &#352;ipovo et Sarajevo en septembre 1988 n'ont pas eu lieu en raison de l'intervention des autorit&#233;s r&#233;publicaines et locales de Bosnie-Herz&#233;govine, et une tentative de tenir une r&#233;union &#224; Skopje a &#233;galement &#233;t&#233; annul&#233;e (AndrejevichR&#233;f&#233;rence Andrejevich1988a , 8). Dans certaines parties de la Croatie comptant d'importantes populations serbes, comme Kninska Krajina et la Slavonie orientale, des d&#233;clarations de soutien et des manifestations ont eu lieu en 1989 (MarijanR&#233;f&#233;rence Marijan2016 ). &#192; Rijeka et dans ses environs, cependant, le ton nationaliste des manifestations en Serbie de l'&#233;t&#233; 1988 n'a pas trouv&#233; de r&#233;sonance et les motivations des manifestants ont commenc&#233; &#224; &#234;tre remises en question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bureaucratie dans la Yougoslavie socialiste tardive&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le socialisme yougoslave, la d&#233;signation de la bureaucratie d'&#201;tat comme &#171; principal adversaire des int&#233;r&#234;ts de la classe ouvri&#232;re &#187; (Archer et Musi&#263;R&#233;f&#233;rence Archer et Music2017 , 47) a assur&#233; que le spectre abstrait de la bureaucratie en opposition au socialisme autogestionnaire serait un trope fr&#233;quent et l&#233;gitime de discussion dans la vie publique (ZukinR&#233;f&#233;rence Zukin1975 , 210). Birokratizam &#233;tait consid&#233;r&#233; par Edvard Kardelj au d&#233;but des ann&#233;es 1950 comme &#171; l'h&#233;ritage ultime et le plus tenace du syst&#232;me de classes et donc l'ennemi le plus dangereux du socialisme &#187; (cit&#233; dans SuvinR&#233;f&#233;rence Suvin2012a , 142 ; pour une discussion d&#233;taill&#233;e du concept de bureaucratie, voir Darko SuvinR&#233;f&#233;rence Suvin2011 ,R&#233;f&#233;rence Suvin2012a ,R&#233;f&#233;rence Suvin2012b ; ZukinR&#233;f&#233;rence Zukin1975 , 210-212).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le vocabulaire du socialisme yougoslave, la bureaucratie [ birokracija ] &#233;tait souvent utilis&#233;e aux c&#244;t&#233;s d'autres marqueurs n&#233;gatifs du comportement antisocialiste tels que le nationalisme , le lib&#233;ralisme , le technomanag&#233;rialisme , et peut-&#234;tre le plus n&#233;gatif des termes, la contre- r&#233;volution (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 8). Un dictionnaire de 1981 de la terminologie de l'autogestion d&#233;finit la bureaucratie comme &#224; la fois une couche de gestionnaires professionnels et un syst&#232;me de relations sociales et politiques dans lequel les bureaucrates ont le r&#244;le principal. Le terme encore plus n&#233;gatif birokratizam est compris comme un &#171; ensemble d'&#233;v&#233;nements qui sont le r&#233;sultat des actions de la bureaucratie ; la mani&#232;re dont la bureaucratie se manifeste et affecte la soci&#233;t&#233; &#187; (Sori&#263;R&#233;f&#233;rence Sori&#263;1981 , 21). La bureaucratie &#233;tait un terme de d&#233;rision omnipr&#233;sent quoique indistinct dans le socialisme yougoslave depuis la cr&#233;ation de l'&#201;tat socialiste, et c'&#233;tait un signifiant vide ou flottant suffisamment flexible (Grde&#353;i&#263;R&#233;f&#233;rence Grde&#353;i&#263;2016 , 779) &#224; modeler selon les besoins du jour. Ainsi, comme Neboj&#353;a Vladisavljevi&#263; (R&#233;f&#233;rence Vladisavljevi&#263;2008 , 176) &#233;crit : &#171; [l]'enracinement du th&#232;me antibureaucratique dans la vie politique et culturelle de la Yougoslavie explique pourquoi il a si bien r&#233;sonn&#233; aupr&#232;s de ses citoyens &#224; l'automne 1988 &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialisme r&#233;flexif yougoslave a permis &#224; un degr&#233; assez large de discussion publique et de critique constructive de se produire, bien que dans certains param&#232;tres et &#224; condition qu'il soit formul&#233; dans la terminologie appropri&#233;e de l'autogestion socialiste (RobinsonR&#233;f&#233;rence Robinson1977 ; RametR&#233;f&#233;rence Ramet et Ramet1985b ). Le th&#232;me bureaucratique &#233;tait un cadre l&#233;gitime dans lequel critiquer le travail des responsables de la presse. La &#171; cruaut&#233; &#187; bureaucratique du personnel municipal &#233;tait un sujet omnipr&#233;sent depuis au moins la fin des ann&#233;es 1970 dans un march&#233; des m&#233;dias de plus en plus commercialis&#233; et orient&#233; vers les formats proto-tablo&#239;d.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les reportages sur les probl&#232;mes de l'&#233;poque n'&#233;taient cependant pas l'apanage des tablo&#239;ds. Des journaux grand format &#233;tablis comme Borba et Vjesnik ont &#233;galement rendu compte plus souvent d'histoires d'int&#233;r&#234;t humain et de questions controvers&#233;es telles que les &#171; arr&#234;ts de travail &#187; et les bureaucraties municipales inefficaces. Lors des retomb&#233;es des manifestations r&#233;prim&#233;es au Kosovo en 1981, la presse &#233;tait &#034;pleine de r&#233;v&#233;lations sur les abus politiques et &#233;conomiques... devenant de plus en plus franches dans ses critiques&#034;.note de bas de page 3 Cela n'a pas &#233;chapp&#233; au parti-&#201;tat yougoslave, qui &#233;tait frustr&#233; par les reportages &#171; sensationnalistes et mal intentionn&#233;s [ nedobronamerno ] &#187; sur des questions sensibles comme l'instabilit&#233; au Kosovo.note de bas de page 4 Des documents du milieu des ann&#233;es 1980 sugg&#232;rent &#233;galement que les &#233;chelons sup&#233;rieurs du parti-&#201;tat &#233;taient conscients de la frustration croissante des citoyens ordinaires dans leurs relations avec les fonctionnaires de l'&#201;tat et des municipalit&#233;s.note de bas de page 5 Un rapport de 1986 sur la situation politique et s&#233;curitaire en Serbie mettait en garde,&lt;br class='autobr' /&gt;
[l]es citoyens ont du mal et perdent beaucoup de temps dans un labyrinthe de proc&#233;dures et d'institutions qui les irritent et les rendent tr&#232;s critiques envers le syst&#232;me. Dans de nombreux organes et administrations vers lesquels les citoyens sont dirig&#233;s, une logique bureaucratique r&#232;gne&#8230; et les occurrences qui violent la dignit&#233; des individus, des travailleurs et des citoyens (la fa&#231;on de s'adresser &#224; eux, l'impolitesse, l'inconvenance, un ton grossier et autoritaire) sont palpables.note de bas de page 6 &lt;br class='autobr' /&gt;
Une presse plus robuste et curieuse, pr&#233;occup&#233;e par les histoires int&#233;ressant les Yougoslaves ordinaires, a &#233;merg&#233; en m&#234;me temps que les couches de bureaucratie &#224; travers le pays se d&#233;veloppaient objectivement et que les citoyens perdaient patience dans leurs relations avec eux. Dejan Jovi&#263;, dans son &#233;tude d&#233;taill&#233;e de l'&#233;lan id&#233;ologique sous-tendant la d&#233;sint&#233;gration de la Yougoslavie - le &#034;d&#233;p&#233;rissement&#034; de l'&#201;tat - d&#233;taille comment la restructuration de 1976 avec la loi sur le travail associ&#233; a vu l'&#233;conomie se d&#233;composer &#034;en diverses petites unit&#233;s, toutes devenant de plus en plus 'autarcique.' Au lieu de permettre la d&#233;mocratie directe au sein de &#171; l'autogestion &#187; [l'&#201;tat-parti], est devenu plus bureaucratique que jamais &#187; (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 83). Au lieu de la &#171; d&#233;bureaucratisation de la soci&#233;t&#233; &#187;, une mer de nouvelles r&#233;glementations a &#233;t&#233; &#233;mise pour soutenir et expliquer les nouvelles structures &#187; (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 143).&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec la crise &#233;conomique de l'&#232;re post-Tito et la r&#233;ponse des autorit&#233;s f&#233;d&#233;rales affectant de mani&#232;re disproportionn&#233;e les travailleurs de la production et r&#233;duisant le niveau de vie (Maga&#353;R&#233;f&#233;rence Maga&#353;1993 : 190), le contexte &#233;tait mis en place pour des repr&#233;sentations de plus en plus populistes des divisions entre &#171; nous et eux &#187;. De l'avis de la plupart des travailleurs, les bureaucrates &#233;taient des employ&#233;s administratifs et des cadres inf&#233;rieurs ( re&#382;ija ) surpay&#233;s, non productifs, qui ne cr&#233;aient pas directement de richesse. Dans les ann&#233;es 1980, cependant, la cat&#233;gorisation s'est &#233;largie pour inclure des fonctionnaires, d'abord des fonctionnaires municipaux et r&#233;gionaux, mais plus tard aussi de hauts fonctionnaires (Vladisavljevi&#263;R&#233;f&#233;rence Vladisavljevi&#263;2008 , 173).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me antibureaucratique n'&#233;tait pas seulement un aspect r&#233;sonnant du discours politique yougoslave, mais alimentait &#233;galement la culture populaire. Marko Grde&#353;i&#263; (R&#233;f&#233;rence Grde&#353;i&#263;2016 , 775) fournit un argument culturel pour expliquer l'imbrication du nationalisme serbe et du socialisme l&#233;niniste (et la relative faiblesse du lib&#233;ralisme) dans le contexte de la r&#233;volution antibureaucratique en s'inspirant de Veljko Vuja&#269;i&#263; (R&#233;f&#233;rence Vuja&#269;i&#263;2003 ) travail sur la convergence id&#233;ologique entre le communisme orthodoxe et les nationalistes extr&#234;mes dans la Serbie socialiste tardive. En plus de cet argument convaincant, je sugg&#232;re qu'il existe une dimension culturelle plus large &#224; &#171; l'antibureaucratisme &#187; en Yougoslavie qui n'est pas sp&#233;cifique &#224; la Serbie et qui &#233;tait visible dans tout le pays au d&#233;but des ann&#233;es 1980. Les ann&#233;es 1980 ont vu ce que SP Ramet (R&#233;f&#233;rence Ramet et Ramet1985a , 3) a qualifi&#233; de &#171; culture de l'apocalypse &#187;, une anomie introvertie et une &#171; qu&#234;te de sens &#187; qui remettent en question les &#171; valeurs politiques et sociales fondamentales de la soci&#233;t&#233; &#187;. Peut-&#234;tre en r&#233;ponse &#224; des citoyens de plus en plus cyniques, le parti-&#201;tat a lanc&#233; diverses mesures ad hoc pour lutter contre la corruption et les abus de pouvoir dans l'&#232;re post-Tito imm&#233;diate. Plut&#244;t que de consolider la Ligue des communistes, cependant, les r&#233;sultats ti&#232;des ont nui davantage &#224; la r&#233;putation du parti (ArcherArcher de r&#233;f&#233;rence2015 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une s&#233;rie de scandales publics largement rapport&#233;s a atteint son apog&#233;e &#224; la fin de 1987, lorsque le syst&#232;me de transformation alimentaire d'Agrokomerc &#224; Velika Kladu&#353;a, au nord-ouest de la Bosnie-Herz&#233;govine, s'est effondr&#233; sous le poids d'un syst&#232;me de billets &#224; ordre non garantis (AndjelicR&#233;f&#233;rence Andjelic2003 , 57&#8211;61 ; WoodwardR&#233;f&#233;rence Woodward1995 , 295), un &#233;v&#233;nement qui a davantage int&#233;gr&#233; la notion de bureaucrates corrompus abusant de positions de pouvoir politique. Des cas de corruption m&#233;diatis&#233;s comme Agrokomerc ont cr&#233;&#233; un lien direct dans l'esprit de nombreux Yougoslaves entre les machinations qui se produisent sur leur lieu de travail et la nomenklatura politique r&#233;publicaine et f&#233;d&#233;rale. Par exemple, &#224; la suite du scandale Agrokomerc, une interview de l'agence de presse Tanjug avec Branko Mikuli&#263;, alors pr&#233;sident du Conseil ex&#233;cutif f&#233;d&#233;ral, a abord&#233; le danger du &#171; centralisme, de l'&#233;tatisme et des bureaucratismes &#187; f&#233;d&#233;raux (yougoslaves) ( Novi list , 8 septembre 2008). 1987, 3).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les m&#233;dias de la fin de la Yougoslavie socialiste, de nombreuses bureaucraties municipales &#233;taient qualifi&#233;es de &#171; sans c&#339;ur &#187; et accus&#233;es d'interpr&#233;ter incorrectement les r&#233;glementations et d'entraver les possibilit&#233;s pour les r&#233;sidents d'obtenir des permis afin de construire des logements convenables (ArcherArcher de r&#233;f&#233;rence2018 , 144-145). Des articles de journaux sympathiques se rangeraient du c&#244;t&#233; des citoyens ordinaires, reconnaissant l'application injuste et in&#233;gale des r&#232;gles. Le quotidien de Zagreb Vjesnik (26 octobre 1980) annon&#231;ait par exemple dans un titre que &#171; la vie n'attend pas les plans d'am&#233;nagement &#187;. Le 4 avril 1987, les journaux r&#233;gionaux Novi list (Rijeka) et Glas Istre (Pula) ont titr&#233; le &#171; th&#232;me de la semaine &#187; sur les pr&#233;occupations concernant les proc&#233;dures bureaucratiques sur l'&#238;le de Pag concernant la construction de logements, &#171; Le cri contre l'arbitraire bureaucratique .&#8221;note de bas de page 7 L'assembl&#233;e municipale a &#233;t&#233; accus&#233;e par des journalistes de &#171; violence bureaucratique &#187; en appliquant de mani&#232;re incorrecte des r&#232;glements de construction qui emp&#234;chaient les particuliers de construire l&#233;galement sur leur propre terrain pendant quatre ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Travailleurs du nord-ouest de la Croatie dans les ann&#233;es 1980&lt;br class='autobr' /&gt;
Politiquement, la Croatie a &#233;t&#233; qualifi&#233;e par les observateurs de &#171; r&#233;publique maussade &#187; entre 1974 et 1989 (IrvineR&#233;f&#233;rence Irvine, Cohen et Dragovi&#263;-Soso2007 , 168). Sa culture politique avait tendance &#224; &#234;tre plus inerte et conservatrice que celles de la Slov&#233;nie et de la Serbie, qui avaient &#233;t&#233; t&#233;moins du d&#233;veloppement de sous-cultures et de mouvements sociaux de plus en plus vivants et autonomes, ainsi que de groupements politiques combatifs au sein de la Ligue des communistes dans les ann&#233;es 1980. Le conservatisme socialiste croate &#233;tait en grande partie une cons&#233;quence du retrait des cadres nationalistes et lib&#233;raux et des membres du parti apr&#232;s le printemps croate au d&#233;but des ann&#233;es 1970. Cependant, malgr&#233; la d&#233;signation de la r&#233;gion comme &#171; maussade &#187;, les travailleurs croates &#233;taient aussi engag&#233;s politiquement que leurs homologues ailleurs en Yougoslavie. Alors que les travailleurs &#233;taient sous-repr&#233;sent&#233;s dans les structures de pouvoir dans toute la Yougoslavie (Obradovi&#263; et DunnR&#233;f&#233;rence Obradovi&#263; et Dunn1978 ), leurs pr&#233;occupations et leurs perspectives &#233;taient parfois exprim&#233;es de mani&#232;re critique dans le parti-&#201;tat. Par exemple, en novembre 1981, un ouvrier membre du Comit&#233; central de la Ligue des communistes de Croatie, Pavao Be&#382;an de Duga Resa, aurait pris la parole lors d'une r&#233;union du Comit&#233; central, attirant l'attention par sa critique du parti :&lt;br class='autobr' /&gt;
Les gens attendaient des d&#233;cisions plus concr&#232;tes de la r&#233;union du Comit&#233; central croate en novembre ; les responsables des &#233;checs, erreurs, d&#233;lits doivent &#234;tre nomm&#233;s ; il y avait trop de corps bureaucratiques, et trop de corps qui ne faisaient pas leur travail&#8230; Les ouvriers n'ont pas le sentiment que le parti est au-dessus des choses&#8230; . Il a laiss&#233; filer les choses&#8230; Il devrait y avoir plus d'ouverture, pas de manipulation en coulisses.note de bas de page 8 &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre influenc&#233;s par les activit&#233;s dramatiques du syndicat Solidarit&#233; en Pologne, au d&#233;but des ann&#233;es 1980, les observateurs nationaux et &#233;trangers ont pris au s&#233;rieux &#171; l'humeur des travailleurs &#187;. Par exemple, des documents de l'ambassade britannique en Yougoslavie de 1981 mentionnent &#224; plusieurs reprises le d&#233;fi d'&#233;valuer &#171; l'humeur des travailleurs &#187; insaisissable. La disposition des travailleurs yougoslaves a &#233;t&#233; discut&#233;e lors d'une conversation t&#233;l&#233;phonique entre l'ambassadeur britannique et Vladimir Bakari&#263;, membre de la pr&#233;sidence yougoslave, en octobre 1981. Le m&#234;me mois, l'ambassadeur britannique a rencontr&#233; le pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration des syndicats croates &#224; Zagreb. et re&#231;u un rapport sur les 21 frappes survenues en Croatie entre juillet et septembre 1981.note de bas de page 9 Initialement, les mobilisations ouvri&#232;res &#233;taient plus nombreuses en Croatie (et en Slov&#233;nie) que dans les r&#233;gions moins d&#233;velopp&#233;es de Yougoslavie (Vladisavljevi&#263;R&#233;f&#233;rence Vladisavljevi&#263;2008 , 111). En 1987, la gr&#232;ve la plus m&#233;diatis&#233;e en Yougoslavie socialiste &#224; ce jour a eu lieu dans la mine de Labin en Istrie (Kuzmani&#263;R&#233;f&#233;rence Kuzmani&#263;1988 ).note de bas de page 10 Une autre gr&#232;ve notable a vu les travailleurs de l'usine de Borovo pr&#232;s de Vukovar marcher vers le b&#226;timent du Parlement f&#233;d&#233;ral &#224; Belgrade en juillet 1988 (Iv&#269;i&#263;, Neki&#263; et Ra&#269;i&#263;R&#233;f&#233;rence Iv&#269;i&#263;, Neki&#263; et Ra&#269;i&#263;2014 ; Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;R&#233;f&#233;rence Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;2015 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une litt&#233;rature croissante sur les &#171; mondes du travail &#187; yougoslaves prend au s&#233;rieux l'agentivit&#233; des travailleurs et s'engage dans des avanc&#233;es th&#233;oriques et m&#233;thodologiques dans le domaine de l'histoire mondiale du travail qu'elle associe &#224; une recherche empirique rigoureuse (BonfiglioliR&#233;f&#233;rence Bonfiglioli2015 ,R&#233;f&#233;rence Bonfiglioli2018 ; Calori et JurkatR&#233;f&#233;rence Calori et Jurkat2018 ; Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;R&#233;f&#233;rence Cvek, Iv&#269;i&#263; et Ra&#269;i&#263;2015 ; MusiqueR&#233;f&#233;rence Musi&#263;, Archer, Duda et Stubbs2016 ; RutarR&#233;f&#233;rence Rutar et Rutar2014 ,Rutar de r&#233;f&#233;rence2015 ; SchultR&#233;f&#233;rence Schult2017 ). Plut&#244;t que de r&#233;v&#233;ler &#171; le syndrome de l'&#233;galitarisme radical &#187; selon Josip &#381;upanov (R&#233;f&#233;rence &#381;upanov1983 ), dans laquelle des travailleurs yougoslaves auraient affirm&#233; qu'&#034;ils ne pouvaient pas me payer aussi peu que je pouvais travailler&#034; (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 163) une analyse de la crise du d&#233;but des ann&#233;es 1980 au niveau du travail autog&#233;r&#233; r&#233;v&#232;le que les travailleurs, loin d'&#234;tre un ensemble homog&#232;ne, avaient une diversit&#233; de motivations, de pr&#233;occupations et d'int&#233;r&#234;ts (Archer et Musi&#263;R&#233;f&#233;rence Archer et Music2017 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que les repr&#233;sentations cyniques et l'insatisfaction &#233;taient tangibles, cela se recoupait et coexistait avec un engagement significatif envers le travail et le lieu de travail ; une &#171; structure de sentiment &#187; (WilliamsR&#233;f&#233;rence Williams1978 , 131&#8211;132 ; voir aussi BonfiglioliR&#233;f&#233;rence Bonfiglioli2019 ) et une socialit&#233; fa&#231;onn&#233;e par le travail en usine. L'usine &#233;tait souvent consid&#233;r&#233;e comme une &#171; deuxi&#232;me maison &#187; et le centre de sa communaut&#233;. Les rapports &#201;tat-soci&#233;t&#233; parfois ambivalents ne peuvent donc &#234;tre r&#233;duits &#224; la jalousie, &#224; la rancune ou &#224; &#171; l'&#233;galit&#233; dans la pauvret&#233; &#187; de la part des travailleurs (Jovi&#263;R&#233;f&#233;rence Jovi&#263;2009 , 162-163) comme le r&#233;v&#232;le une lecture attentive des sources du monde du travail et des communaut&#233;s locales. A supposer que les &#233;lites et les cols bleus aient conclu un pacte garanti par la paresse et la tromperie risque de reproduire ce qu'Alexei Yurchak (R&#233;f&#233;rence Yurchak2005 , 9) critique comme &#171; l'hypoth&#232;se sous-jacente selon laquelle le socialisme &#233;tait bas&#233; sur un r&#233;seau complexe d'immoralit&#233;s &#187;. Il n&#233;glige &#233;galement les divers m&#233;canismes formels et informels auxquels les travailleurs et autres acteurs se sont engag&#233;s comme moyen de r&#233;soudre le conflit social en Yougoslavie. Par exemple, en 1971, un reportage de Radio Free Europe sur une gr&#232;ve des dockers de Rijeka a not&#233; que les parties en conflit avaient entam&#233; des n&#233;gociations de mani&#232;re professionnelle et que les reportages des m&#233;dias &#233;taient pr&#233;cis et mesur&#233;s. En fait, ce qui a rendu cette mobilisation ouvri&#232;re remarquable, selon le rapport, c'est qu'elle &#233;tait banale et proc&#233;durale (AnticR&#233;f&#233;rence Antic1971 ).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Combien de plus les individus prendront-ils en charge la propri&#233;t&#233; sociale ? &#187; Repr&#233;sentations de l'insatisfaction des travailleurs dans le nord-ouest de la Croatie&lt;br class='autobr' /&gt;
Alison Stenning (R&#233;f&#233;rence Stenning2005, 987) &#233;crit que la centralit&#233; des travailleurs dans les soci&#233;t&#233;s socialistes d'&#201;tat &#171; avait tendance &#224; encourager des repr&#233;sentations extr&#234;mes des communaut&#233;s ouvri&#232;res, allant de l'h&#233;ro&#239;que au ridicule &#187;. La Yougoslavie n'a pas fait exception &#224; cet &#233;gard, les repr&#233;sentations des ouvriers et du travail d'usine oscillant entre une r&#233;v&#233;rence inh&#233;rente et un profond scepticisme, dont les contrastes se sont encore accrus tout au long des ann&#233;es 1980 &#224; mesure que les revenus et le capital symbolique des ouvriers de l'industrie diminuaient. Les travailleurs eux-m&#234;mes &#233;taient concern&#233;s par un large &#233;ventail de &#171; ph&#233;nom&#232;nes n&#233;gatifs &#187; dans l'usine, li&#233;s &#224; la fois &#224; la performance &#233;conomique du collectif et &#224; l'&#233;thique du travail. Dans des documents provenant de lieux de travail tels que des p&#233;riodiques d'entreprise, des commentaires d&#233;taill&#233;s, des caricatures mordantes et des aphorismes d&#233;ploraient une forte baisse du niveau de vie des travailleurs de la production ; les divisions toujours croissantes entre cols bleus et cols blancs ; les p&#233;nuries de logements ; la prolif&#233;ration de la bureaucratie, le carri&#233;risme, la corruption et le vol de la propri&#233;t&#233; sociale ; et le d&#233;clin d'une &#233;thique de travail socialiste de la part des cols bleus et des cols blancs, comme en t&#233;moigne l'augmentation de l'&#233;vitement, de l'absent&#233;isme et des cong&#233;s de maladie. De tels th&#232;mes &#233;taient largement diffus&#233;s dans le public dans des centres industriels comme Rijeka, Labin et Pula.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but de 1977, quelques ann&#233;es avant la crise &#233;conomique qui allait envelopper le pays, un marin, &#381;ivko Mataija, &#233;crivit une lettre ouverte au p&#233;riodique du travail de Jugolinija. Il a affirm&#233; avoir vu des capitaines et des copilotes &#171; privatiser la propri&#233;t&#233; sociale &#187; (en d'autres termes, voler) &#224; bord des navires Jugolinija. L'inventaire du navire serait retir&#233; et vendu aux rouleurs et aux concessionnaires dans des ports mondiaux comme Alexandrie, Suez, Singapour et Hong Kong, et une r&#233;duction serait accord&#233;e &#224; l'&#233;quipage. Mataija a d&#233;clar&#233; que ce n'&#233;tait pas son souhait d'&#233;crire une lettre en raison de &#034;mauvaises intentions&#034; ou &#034;&#224; cause d'une altercation avec quelqu'un&#034;. Au contraire, ses objectifs &#233;taient &#171; conformes aux normes soci&#233;tales &#187; et repr&#233;sentaient un &#171; appel aux travailleurs de Jugolinija &#224; se battre pour un avenir meilleur &#187;.note de bas de page 11 &lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;diteur du p&#233;riodique Jugolinija - une publication brillante mais s&#233;rieuse avec un tirage d'environ 7 000 exemplaires - a soutenu le point de vue de Mataija et a sugg&#233;r&#233; que sa lettre &#233;tait tr&#232;s pertinente ; Jugolinija s'est retrouv&#233; dans des difficult&#233;s &#233;conomiques et l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente avait &#233;t&#233; la plus difficile de ses 30 ans d'histoire. Comme dans de nombreuses discussions publi&#233;es dans les p&#233;riodiques du lieu de travail, un lien direct a &#233;t&#233; &#233;tabli entre le vol de l'entreprise et les difficult&#233;s &#233;conomiques dans lesquelles l'entreprise se trouvait. Ainsi, l'&#233;diteur a approuv&#233; l'appel de Mataija, a encourag&#233; les autres travailleurs de Jugolinija &#224; &#234;tre tout aussi consciencieux et engag&#233;s. &#224; rendre compte de chaque suggestion et commentaire qui pourrait favoriser cet objectif.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'intervention de Mataija, cependant, ne semble pas avoir eu l'effet escompt&#233; de freiner les vols et de r&#233;cup&#233;rer les pertes pour l'entreprise. En examinant les p&#233;riodiques du lieu de travail de Jugolinija dans la d&#233;cennie qui a suivi la publication de sa lettre, ainsi que des documents d'autres organisations de travail dans les r&#233;gions de Kvarner et d'Istrie et de la branche de Rijeka de la Ligue des communistes de Croatie, il est &#233;vident que la crise &#233;conomique et politique en Yougoslavie a &#233;galement eu un impact sur ce coin relativement riche du nord-ouest de la Croatie. En 1987, plus d'un quart de la main-d'&#339;uvre du nord-ouest de la Croatie travaillait chez des poids lourds industriels r&#233;gionaux qui accusaient des pertes.note de bas de page 12 Les gr&#232;ves augmentaient en nombre et en intensit&#233;. La Ligue des communistes et les grandes industries tentaient des r&#233;formes ad hoc en r&#233;ponse au m&#233;contentement public et aux appels &#224; la destitution des fonctionnaires compromis. De m&#234;me, le vol sur les lieux de travail, ph&#233;nom&#232;ne d&#233;cri&#233; par Mataija, reste un probl&#232;me p&#233;renne. Le vol a pris la forme &#224; la fois du vol occasionnel d'articles qui ont ensuite &#233;t&#233; transport&#233;s hors du p&#233;rim&#232;tre de l'usine (par exemple dans le cas du chantier naval d'Uljanik, souvent par petit bateau)note de bas de page 13 et des stratag&#232;mes plus &#233;labor&#233;s impliquant des individus en position d'autorit&#233;, tels que les ouvriers de cuisine seniors sur un navire Jugolinija qui ont vendu une grande partie de la nourriture pour l'&#233;quipage pendant qu'ils &#233;taient au port, puis ont commenc&#233; &#224; servir une nourriture inf&#233;rieure et moins ch&#232;re en mer, faisant m&#234;me l'&#233;quipage p&#234;che pour son d&#238;ner lorsque les approvisionnements diminuent.note de bas de page 14 &lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me de la bureaucratie, &#233;troitement li&#233; au vol et &#224; l'abus de fonction, &#233;tait &#233;galement r&#233;current dans les p&#233;riodiques et documents d'entreprise, notamment dans les caricatures et images moins formelles accompagnant les textes et dans les lettres et plaintes de travailleurs individuels, o&#249; les critiques &#233;taient particuli&#232;rement prononc&#233; (Archer et MusicR&#233;f&#233;rence Archer et Music2017 , 55). La bureaucratie &#233;tait directement li&#233;e &#224; l'abus de pouvoir, inhibant les affaires et contribuant aux in&#233;galit&#233;s sociales croissantes et &#224; d'autres pathologies. Par exemple, dans une &#233;dition de 1983 du p&#233;riodique de Jugolinija, dans la section &#171; Questions sans r&#233;ponses &#187;, un sous-titre demandait : &#171; Que signifie &#171; vuln&#233;rable &#187; ? &#187; Le commentaire d&#233;taillait comment les vacances gratuites avaient &#233;t&#233; prises par 170 travailleurs de Jugolinija, dont seulement 80 &#233;taient des marins (cols bleus) tandis que les autres occupaient des postes administratifs. &#171; Si nous ne nous trompons pas, l'institution [sociale] d'un cong&#233; gratuit est destin&#233;e aux travailleurs occupant les postes les plus vuln&#233;rables avec un statut mat&#233;riel faible&#8230; Nous nous demandons, tant de travailleurs administratifs sont-ils vraiment &#171; vuln&#233;rables &#187; ou sont-ils &#171; vuln&#233;rables &#187; ? ' Cat&#233;gorie ?&#034;note de bas de page 15 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les p&#233;riodiques et proto-tablo&#239;des yougoslaves sur le lieu de travail pr&#233;sentaient syst&#233;matiquement sous forme de texte et d'images des travailleurs profitant ou &#233;tant d'une mani&#232;re ou d'une autre affect&#233;s n&#233;gativement par les actions des cols blancs. Un dessin anim&#233; de 1983 dans le p&#233;riodique de Jugolinija sugg&#232;re que les cols bleus ont &#233;t&#233; r&#233;duits au silence par les bureaucrates : un col blanc en plein essor voit sa voix amplifi&#233;e par cinq microphones distincts, mais la voix du col bleu d&#233;courag&#233;, parlant sans amplification, n'est pas entendue ( figure 1 ). Des images similaires positionnant les travailleurs contre les bureaucrates peuvent &#234;tre vues dans le chantier naval Uljanik de Pula. Dans une image r&#233;v&#233;latrice sur la couverture arri&#232;re du p&#233;riodique de l'entreprise, des cols bleus sont montr&#233;s dans un bras de fer avec des hommes corpulents et en costume. L'activit&#233; est cependant truqu&#233;e en faveur des bureaucrates : la corde est attach&#233;e &#224; un poteau derri&#232;re eux.note de bas de page 16 Les mesures d'aust&#233;rit&#233; sont pr&#233;sent&#233;es comme un fardeau plac&#233; sur les &#233;paules des cols bleus, n'affectant pas les cols blancs dans la m&#234;me mesure. Une caricature du p&#233;riodique de l'entreprise de commerce et de tourisme Brodokomerc repr&#233;sente un ouvrier en uniforme qui ploie sous le poids de la lourde extr&#233;mit&#233; d'un tronc d'arbre dit &#034;mesures d'intervention&#034; qu'il porte, tandis que derri&#232;re lui, un employ&#233; administratif dans un costume d&#233;tient une part beaucoup plus petite de la charge&lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours des ann&#233;es 1980, la bureaucratie excessive sur le lieu de travail a commenc&#233; &#224; &#234;tre plus fortement li&#233;e aux critiques de la bureaucratie aux niveaux municipal, r&#233;publicain et f&#233;d&#233;ral. Ce fut un point de r&#233;sonance non seulement en Serbie et au Mont&#233;n&#233;gro, mais aussi parmi les travailleurs croates. Parfois, les bureaucrates &#233;taient repr&#233;sent&#233;s comme des fotelja&#353;i (&#171; accapareurs de fauteuils &#187;), occupant des postes de pouvoir uniquement en raison des avantages sociaux qu'ils recevaient. Ils ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s dans les p&#233;riodiques ouvriers et la presse populaire comme tournant entre les positions et se comportant avec arrogance, pas dans l'int&#233;r&#234;t des travailleurs, du collectif de travail ou de la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral ( figure 3). &#192; d'autres occasions, la bureaucratie a &#233;t&#233; repr&#233;sent&#233;e comme freinant les affaires et inhibant l'activit&#233; &#233;conomique. Une &#233;dition de 1984 du p&#233;riodique Uljanik d&#233;crit un grand navire appel&#233; &#171; Yugo-administration &#187; qu'un petit bateau appel&#233; &#171; business &#187;, ram&#233; par un ouvrier fr&#233;n&#233;tique, tente en vain de remorquer. L'administration pl&#233;thorique est pr&#233;sent&#233;e sans ambigu&#239;t&#233; comme un frein &#224; la rentabilit&#233;. Ainsi, le sentiment antibureaucratique pourrait &#234;tre d&#233;ploy&#233; &#224; partir d'une position &#233;conomiquement lib&#233;rale ainsi que d'une position col bleu plus famili&#232;re, redistributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parlant de leurs lieux de travail, de nombreux cols bleus, en plus de souligner le fardeau des bas salaires et de la d&#233;ception face aux mesures f&#233;d&#233;rales r&#233;duisant encore leur salaire, ont &#233;galement critiqu&#233; l'administration et la gestion de leurs entreprises. Un travailleur des transports du port de Rijeka, Branko Bitunjac, a d&#233;clar&#233; qu'il ne croyait pas &#034;qu'un nombre aussi &#233;lev&#233; de personnel administratif existe dans un autre pays d&#233;velopp&#233;&#034;.note de bas de page 17 Non seulement la prolif&#233;ration des postes bureaucratiques est remise en cause, mais aussi leur statut moral. Une enqu&#234;te sur la moralit&#233; et l'&#233;thique des travailleurs du port de Rijeka men&#233;e dans les semaines qui ont suivi le scandale Agrokomerc a fait ses premi&#232;res ondes de choc a donn&#233; la parole &#224; de nombreux travailleurs m&#233;contents et confus quant au r&#244;le de leur lieu de travail dans l'affaire. En particulier, ils &#233;taient pr&#233;occup&#233;s par les actions des administrateurs et des gestionnaires qui auraient pu sciemment &#234;tre de connivence avec Fikret Abdi&#263; et le syst&#232;me Agromkomerc ou coupables par association.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ivan Obajdin, un ouvrier de l'unit&#233; de stockage d'outils du port de Rijeka, a d&#233;clar&#233; :&lt;br class='autobr' /&gt;
[t]ous nous qui sommes employ&#233;s dans l'organisation du travail &#171; Rijeka Port &#187; sommes insatisfaits. Nous sommes insatisfaits non seulement &#224; cause de nos salaires mais &#224; cause de tout ce qui s'est pass&#233; dans notre soci&#233;t&#233; et de ce qui se passe dans le port. Les gens sont tout simplement surpris, perdus, mais toujours pr&#234;ts &#224; prouver qu'ils en sont capables car ils souhaitent encore aller travailler, travailler dur, cr&#233;er de la valeur [par leur travail].&lt;br class='autobr' /&gt;
De la direction &#224; tous les niveaux, on pr&#233;tend que notre syst&#232;me est excellent. Pourtant, les actifs dont le niveau de vie est chaque jour plus menac&#233; ne sont plus convaincus. De toute &#233;vidence, ils ont &#233;t&#233; tromp&#233;s. Je pense personnellement que nous devons faire des changements dans les cadres. La solution r&#233;side s&#251;rement dans de meilleurs cadres, plus capables et plus moraux.note de bas de page 18 &lt;br class='autobr' /&gt;
Les coll&#232;gues d'Obajdin ont exprim&#233; des opinions similaires : des changements &#233;taient n&#233;cessaires dans les structures de gestion pour r&#233;duire l'administration et augmenter la production. Un groupe de ses coll&#232;gues a exprim&#233; sa frustration face &#224; la diff&#233;renciation de traitement entre les cols bleus et la direction. Peut-&#234;tre inspir&#233;s en grande partie par les discours m&#233;diatiques dominants de l'&#233;poque, leurs points de vue correspondaient au type de sentiment populiste &#233;mergeant des lieux de travail serbes et mont&#233;n&#233;grins &#224; la fin des ann&#233;es 1980 :&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a beaucoup d'honn&#234;tet&#233; parmi nous les travailleurs. Mais chez les cadres il y en a trop peu&#8230; De la presse, de la t&#233;l&#233;vision, partout autour de nous on voit des exemples de vol de biens sociaux&#8230; Tout est mis sur le dos du travailleur. Les outils sont vol&#233;s, en particulier ceux qui sont chers et de qualit&#233;. Nous travaillons &#224; l'air libre. Pendant notre pause, nous ne pouvons pas laisser d'outils sur le lieu de travail [car ils seront vol&#233;s]&#8230; . Lorsque les outils &#171; disparaissent &#187;, nous, les travailleurs, devons payer, sur nos propres salaires. Nous nous demandons, est-il d&#233;j&#224; arriv&#233; qu'un gestionnaire ait jamais d&#251; assumer la responsabilit&#233; d'un outil manquant ou d'un investissement rat&#233; ? Sommes-nous tous &#233;galement responsables de ce que nous faisons et sommes-nous jug&#233;s selon les m&#234;mes crit&#232;res ?note de bas de page 19 &lt;br class='autobr' /&gt;
Un rapport d'int&#233;r&#234;t humain de 1989, enqu&#234;tant sur la vie des travailleurs du chantier naval d'Uljanik &#224; Pula, pr&#233;sentait un entretien avec l'agent de s&#233;curit&#233; Marijan Posavac, qui exprimait des opinions similaires aux travailleurs du port de Rijeka. Concernant la crise d'Uljanik, Posavec a d&#233;clar&#233; qu'il &#233;tait essentiel de &#034;r&#233;duire imm&#233;diatement l'administration &#233;norme et inutile&#034; non seulement dans le chantier naval mais dans le pays en g&#233;n&#233;ral. Il croyait qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de &#034;r&#233;duire l'&#233;norme appareil &#233;tatique [f&#233;d&#233;ral], r&#233;publicain et municipal&#034;.note de bas de page 20 parall&#232;lement aux vues &#233;manant de la Serbie qui appelaient &#224; une recentralisation de la Yougoslavie, soi-disant sur une base &#233;conomique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Du Kosovo &#224; Agrokomerc : la circulation des tropes dans la Yougoslavie socialiste tardive&lt;br class='autobr' /&gt;
Une caricature de Jugolinija a montr&#233; les divers probl&#232;mes auxquels est confront&#233; le Yougoslave ordinaire, qui est qualifi&#233; de &#034;consommateur, luttant pour supporter un fardeau de lourdes pierres qui comprend l'esquive, une administration &#233;norme, des r&#233;unions massives, la n&#233;gligence ( java&#353;luk ), l'irrationalit&#233;, la non-productivit&#233; et la simulation ( folirancija ) ( figure 5 ). Les probl&#232;mes respectifs regroup&#233;s visuellement dans cette caricature ont souvent &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s comme li&#233;s dans les p&#233;riodiques du travail et la presse yougoslave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les &#233;v&#233;nements plut&#244;t tumultueux sur le lieu de travail et le remplacement des cadres, les gr&#232;ves et les manifestations &#224; Rijeka entre 1987 et 1989 n'avaient pas pour objectif de provoquer le m&#234;me type de changement fondamental que les vagues de protestations plus organis&#233;es cherchaient &#224; induire en Serbie et au Mont&#233;n&#233;gro. La Ligue des communistes de Rijeka a rapport&#233; que pendant les gr&#232;ves dans la ville, les travailleurs ne quittaient jamais le p&#233;rim&#232;tre de l'usine et qu'ils &#233;taient principalement pr&#233;occup&#233;s par les bas salaires.note de bas de page 37 Un article de Novi list soulignait que l'argent &#233;tait le &#171; seul motif &#187; des 16 gr&#232;ves survenues au cours des deux premiers mois de 1989 &#224; Rijeka ( Novi list , 26-27 f&#233;vrier 1989, 5). Alors que les manifestations serbes devenaient plus visiblement associ&#233;es aux revendications nationalistes serbes, les communistes croates ont commenc&#233; &#224; exprimer avec prudence leurs pr&#233;occupations concernant les relations interethniques et le nationalisme dans leur propre r&#233;publique. Alors que les conflits du travail locaux et r&#233;gionaux et l'expression des revendications ouvri&#232;res se produisant &#224; Rijeka continuaient d'&#234;tre largement rapport&#233;s dans la presse d'usine et locale, une attitude plus cynique &#224; l'&#233;gard des objectifs et des moyens des manifestants serbes commen&#231;ait &#224; s'exprimer au fur et &#224; mesure que la r&#233;volution antibureaucratique gagnait traction &#224; l'&#233;t&#233; 1988.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 8 ao&#251;t 1988, un commentaire du jeune journaliste de Rijeka Branko Miji&#263; est apparu dans la liste quotidienne de Novi. Se r&#233;f&#233;rant aux manifestations qui ont balay&#233; la Serbie et le Mont&#233;n&#233;gro pendant l'&#233;t&#233;, il a d&#233;crit avec pr&#233;cision la situation par laquelle le culte de Tito pourrait &#234;tre (ab)utilis&#233; pour dissimuler des activit&#233;s moins salubres :&lt;br class='autobr' /&gt;
Portrait de Tito dans les bras des travailleurs de &#171; Zmaj &#187; devant le parlement f&#233;d&#233;ral yougoslave. Le portrait de Tito dans les bras des gr&#233;vistes &#224; Maribor, sur la route de Borovo &#224; Belgrade, au parlement [croate] dans les bras des ouvriers de &#171; Vartilen &#187;&#8230; Le portrait de Tito est d'autant plus souvent devant des masses d'insatisfaits, &#224; gr&#232;ves, rassemblements de protestation, voyages et r&#233;unions publiques [ zborovi ]&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
[C]ependant, en arri&#232;re-plan des &#233;talages de la photo de Tito se cachent parfois des motifs sinistres qui donnent aux manifestants et aux gr&#233;vistes individuels une autre dimension, un tout autre cachet. Car, Tito cache des b&#226;timents municipaux bris&#233;s et d&#233;molis, des attaques physiques de masses sur des individus comme une sc&#232;ne de lynchage de western.&lt;br class='autobr' /&gt;
( Novi list , 8 ao&#251;t 1989, 2). &lt;br class='autobr' /&gt;
Le soutien inconditionnel qui avait &#233;t&#233; offert lors des n&#233;gociations avec le Kosovo au d&#233;but et au milieu des ann&#233;es 1980 &#233;tait d&#233;sormais entrecoup&#233; de pr&#233;occupations concernant les relations interethniques en Croatie. Au cours de l'&#233;t&#233; 1988, les organisations politiques locales de Knin sont intervenues pour emp&#234;cher les travailleurs serbes de tenir des r&#233;unions de soutien aux Serbes du Kosovo (MarijanR&#233;f&#233;rence Marijan2016 , 440). Lorsque la gr&#232;ve des mineurs du Kosovo a &#233;clat&#233; en f&#233;vrier 1989, polarisant la f&#233;d&#233;ration yougoslave, cette m&#234;me polarisation a commenc&#233; &#224; &#234;tre reconfigur&#233;e &#224; travers la Croatie, et une r&#233;union de protestation en faveur des Serbes du Kosovo a eu lieu &#224; Knin (MarijanR&#233;f&#233;rence Marijan2016 , 441). La F&#233;d&#233;ration syndicale croate rompt avec les rangs f&#233;d&#233;raux et soutient les mineurs albanais du Kosovo, ouvrant un compte bancaire pour les dons aux mineurs en gr&#232;ve et &#224; leurs familles ( Novi list , 1er mars 1989, 2). Des objections &#224; cela ont &#233;t&#233; exprim&#233;es par des travailleurs des r&#233;gions de Croatie habit&#233;es par des Serbes, notamment de la mine de bauxite d'Obrovac, de l'usine de caoutchouc de Borovo pr&#232;s de Vukovar et du syndicat de Benkovac, qui a exig&#233; que les dons aux mineurs albanais du Kosovo cessent imm&#233;diatement et que le compte &#234;tre ferm&#233;e ( Novi list , 2 mars 1989, 2).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; Rijeka, la Ligue des communistes a d&#233;clar&#233; que &#171; le nationalisme ne passera pas &#8212; &#224; Rijeka, r&#232;gnent des relations interethniques stables &#187; ( Novi list , 3 mars 1989, 5). Les rapports qualifiaient Rijeka de ville multinationale, de bastion de la Fraternit&#233; et de l'Unit&#233;, et de &#171; Yougoslavie en miniature &#187;.note de bas de page 38 Selon Novi list (3 mars 1989, 5), plut&#244;t que l'appartenance ethno-nationale, la qualit&#233; personnelle la plus importante &#233;tait &#171; le genre de personne que vous &#234;tes, le genre de travailleur que vous &#234;tes &#187;. Plut&#244;t que l'ethnonationalisme, la plus grande pr&#233;occupation des citoyens et des travailleurs de Rijeka &#233;tait de savoir comment augmenter les salaires et am&#233;liorer le niveau de vie ( Novi list , 3 mars 1989, 5).&lt;br class='autobr' /&gt;
Conclusion&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cet article, j'ai cherch&#233; &#224; revisiter le &#171; th&#232;me antibureaucratique &#187; dans la Yougoslavie socialiste tardive en soulignant un certain nombre de raisons pour lesquelles il avait une telle r&#233;sonance. En Yougoslavie, la bureaucratie d'&#201;tat &#233;tait pr&#233;sent&#233;e comme un objet de critique l&#233;gitime selon les fondements de l'id&#233;ologie autogestionnaire, qui pr&#233;voyait le &#171; d&#233;p&#233;rissement &#187; &#233;ventuel de l'&#201;tat. La critique du comportement bureaucratique &#233;tait donc courante dans la vie publique, et le spectre de la bureaucratie allait se mat&#233;rialiser et se dissiper sous diverses formes. La bureaucratie &#224; tous les niveaux de prise de d&#233;cision en Yougoslavie, y compris le lieu de travail et les municipalit&#233;s - institutions avec lesquelles les travailleurs interagissaient fr&#233;quemment - a prolif&#233;r&#233; avec les impulsions de d&#233;centralisation des ann&#233;es 1970. Apr&#232;s une restructuration politique et &#233;conomique avec la loi de 1976 sur le travail associ&#233;, les ouvriers per&#231;oivent l'augmentation des postes administratifs dans les usines et dans les organisations politiques locales. Le &#171; signifiant vide &#187; de la bureaucratie est devenu d'autant plus reconnaissable dans la vie quotidienne. &#192; la suite d'une crise &#233;conomique soutenue apr&#232;s 1979, une culture populaire de plus en plus cynique et un march&#233; m&#233;diatique tablo&#239;d naissant ont abord&#233; des histoires d'int&#233;r&#234;t humain qui comprenaient des griefs de la classe ouvri&#232;re, des exemples d'in&#233;galit&#233;s sociales et de privil&#232;ges d'&#233;lite, et des mobilisations ouvri&#232;res. Ce faisant, le m&#233;contentement des travailleurs s'est encore amplifi&#233;. une culture populaire de plus en plus cynique et un march&#233; m&#233;diatique tablo&#239;d naissant ont abord&#233; des histoires d'int&#233;r&#234;t humain qui comprenaient des griefs de la classe ouvri&#232;re, des exemples d'in&#233;galit&#233;s sociales et de privil&#232;ges d'&#233;lite, et des mobilisations ouvri&#232;res. Ce faisant, le m&#233;contentement des travailleurs s'est encore amplifi&#233;. une culture populaire de plus en plus cynique et un march&#233; m&#233;diatique tablo&#239;d naissant ont abord&#233; des histoires d'int&#233;r&#234;t humain qui comprenaient des griefs de la classe ouvri&#232;re, des exemples d'in&#233;galit&#233;s sociales et de privil&#232;ges d'&#233;lite, et des mobilisations ouvri&#232;res. Ce faisant, le m&#233;contentement des travailleurs s'est encore amplifi&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un examen des documents produits sur les lieux de travail &#224; travers la Yougoslavie d&#233;montre un degr&#233; assez &#233;lev&#233; de coh&#233;rence concernant les questions de m&#233;contentement, les pr&#233;occupations des cols bleus et les vies typiques des communaut&#233;s ouvri&#232;res. Ainsi, malgr&#233; des tendances bien document&#233;es &#224; la d&#233;centralisation et &#224; l'autarcie dans la vie politique et &#233;conomique de la fin de la Yougoslavie socialiste (Devi&#263;R&#233;f&#233;rence Devi&#263;, Archer, Duda et Stubbs2016 ; RametR&#233;f&#233;rence Ramet1992 ), le foyer du m&#233;contentement de la classe ouvri&#232;re (et ses repr&#233;sentations) est rest&#233; remarquablement similaire &#224; travers les fronti&#232;res r&#233;publicaines, au moins jusqu'&#224; l'&#233;t&#233; 1988. Ce n'est qu'&#224; ce moment que les m&#233;dias locaux et la presse du travail dans la r&#233;gion de Rijeka ont commenc&#233; &#224; entre le m&#233;contentement de leur propre main-d'&#339;uvre en gr&#232;ve et les revendications plus militantes et transformatrices formul&#233;es en Serbie et au Mont&#233;n&#233;gro.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;volution antibureaucratique de 1988-1989 a r&#233;ussi &#224; exploiter &#224; la fois le m&#233;contentement socio-&#233;conomique et les griefs formul&#233;s au niveau national dans un mouvement de masse nationaliste serbe dans lequel les courants de m&#233;contentement nationaliste et &#233;conomique se sont renforc&#233;s les uns les autres. Si c'est le nationalisme serbe qui a finalement &#233;tabli des liens aussi forts entre les revendications nationales et les revendications sociales en maintenant le peuple ou narod au centre des discussions en termes &#224; la fois nationalistes et marxistes, la d&#233;rision de la &#171; bureaucratie &#187; a &#233;t&#233; un discours de base du socialisme yougoslave tout au long de l'histoire. le pays et n'a &#233;t&#233; monopolis&#233; par les nationalistes serbes qu'au cours des ann&#233;es 1988 et 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.cambridge.org/core/journals/nationalities-papers/article/antibureaucratism-as-a-yugoslav-phenomenon-the-view-from-northwest-croatia/E7BEFB86D0993CB2BF89E92A2159F3A4#&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.cambridge.org/core/journals/nationalities-papers/article/antibureaucratism-as-a-yugoslav-phenomenon-the-view-from-northwest-croatia/E7BEFB86D0993CB2BF89E92A2159F3A4#&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire en anglais :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=eyzjBAAAQBAJ&amp;pg=PT221&amp;lpg=PT221&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=P8-sAH_vyD&amp;sig=ACfU3U0fHH_Uj_hUSDE0fYVjlAUo-12B0Q&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgpEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=eyzjBAAAQBAJ&amp;pg=PT221&amp;lpg=PT221&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=P8-sAH_vyD&amp;sig=ACfU3U0fHH_Uj_hUSDE0fYVjlAUo-12B0Q&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgpEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=gRXJBQAAQBAJ&amp;pg=PT249&amp;lpg=PT249&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=Pz48Nj7tmp&amp;sig=ACfU3U2ISMrjWWUc5Mn4xq5py_1gjuirzQ&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgoEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=gRXJBQAAQBAJ&amp;pg=PT249&amp;lpg=PT249&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=Pz48Nj7tmp&amp;sig=ACfU3U2ISMrjWWUc5Mn4xq5py_1gjuirzQ&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgoEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=gRXJBQAAQBAJ&amp;pg=PT249&amp;lpg=PT249&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=Pz48Nj7tmp&amp;sig=ACfU3U2ISMrjWWUc5Mn4xq5py_1gjuirzQ&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgoEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.google.fr/books?id=gRXJBQAAQBAJ&amp;pg=PT249&amp;lpg=PT249&amp;dq=1987++strike+yugoslavia&amp;source=bl&amp;ots=Pz48Nj7tmp&amp;sig=ACfU3U2ISMrjWWUc5Mn4xq5py_1gjuirzQ&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=2ahUKEwjb5JezqP34AhXFxoUKHbT8DGwQ6AF6BAgoEAM#v=onepage&amp;q=1987%20%20strike%20yugoslavia&amp;f=false&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Premier ministre Branko Mikulic, confront&#233; &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;ralis&#233;es et &#224; une dissidence politique croissante, a d&#233;clar&#233; aujourd'hui que l'arm&#233;e serait utilis&#233;e si n&#233;cessaire pour d&#233;fendre le syst&#232;me politique communiste du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a averti que les autorit&#233;s utiliseraient &#034;tous les moyens&#034; disponibles contre ceux qui tenteraient de renverser le syst&#232;me constitutionnel yougoslave, ajoutant : &#034;Et cela inclut l'arm&#233;e&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le premier commentaire public direct de M. Mikulic sur la vague de troubles sociaux. Il avait &#233;t&#233; hors de vue du public pendant une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 10 000 travailleurs auraient officiellement pris part &#224; 70 gr&#232;ves, qui ont commenc&#233; au d&#233;but de ce mois et semblent &#234;tre spontan&#233;es et non coordonn&#233;es. Des rapports non officiels donnent un nombre beaucoup plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ la moiti&#233; des d&#233;brayages ont eu lieu en Croatie, l'une des r&#233;publiques les plus industrialis&#233;es de Yougoslavie. Les gr&#232;ves sont intervenues en r&#233;ponse &#224; un gel des salaires et &#224; d'autres mesures prises pour lutter contre l'inflation et faire face &#224; la dette ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Mikulic, qui parle rarement &#224; la presse &#233;trang&#232;re, s'est exprim&#233; dans une interview avec des journalistes ouest-allemands. Il doit se rendre &#224; Bonn jeudi. L'interview a &#233;t&#233; publi&#233;e aujourd'hui par l'agence de presse officielle yougoslave Tanyug.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;''Si ces gens s'organisaient pour renverser le syst&#232;me constitutionnel de notre pays, alors nous ferions la m&#234;me chose que vous feriez si le syst&#232;me constitutionnel de votre pays &#233;tait menac&#233;'', aurait-il d&#233;clar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;''Il ne devrait y avoir aucun doute dans le pays ou &#224; l'&#233;tranger que nous d&#233;fendrons notre syst&#232;me par tous les moyens. C'est &#233;crit dans notre constitution. Nous ne pouvons accepter aucun dialogue sur la question de savoir si la Yougoslavie restera ou non un pays f&#233;d&#233;rateur.''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.nytimes.com/1987/03/23/world/yugoslav-warns-against-strikes.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://www.nytimes.com/1987/03/23/world/yugoslav-warns-against-strikes.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Yougoslabie, une vague de gr&#232;ves majeures se d&#233;veloppa en 1987-1988, alors que les travailleurs r&#233;clamaient des salaires plus &#233;lev&#233;s pour compenser l'inflation, le FMI exigeant la suppression de diverses subventions et s'accompagnant de d&#233;nonciations de corruption du syst&#232;me dans son ensemble. Enfin, la politique d'aust&#233;rit&#233; mit en &#233;vidence les tensions entre les &#171; nantis &#187; des r&#233;publiques comme la Slov&#233;nie et la Croatie et les plus pauvres &#171; n'ont pas &#187;[Quoi ?] des r&#233;publiques comme la Serbie. La Croatie et la Slov&#233;nie estimaient qu'elles versaient trop d'argent dans le budget f&#233;d&#233;ral pour soutenir les r&#233;publiques &#171; d&#233;favoris&#233;es &#187;, tandis que la Serbie souhaitait que la Croatie et la Slov&#233;nie versent plus d'argent dans le budget f&#233;d&#233;ral pour les soutenir en p&#233;riode d'aust&#233;rit&#233;. De plus en plus, la Serbie r&#233;clamait une plus grande centralisation afin de contraindre la Croatie et la Slov&#233;nie &#224; contribuer davantage au budget f&#233;d&#233;ral, revendications qui furent compl&#232;tement rejet&#233;es par les r&#233;publiques &#171; riches &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://translate.google.fr/translate?u=https://en.wikipedia.org/wiki/1989_Kosovo_miners%27_strike&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://translate.google.fr/translate?u=https://en.wikipedia.org/wiki/1989_Kosovo_miners%27_strike&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La lutte des classes en Yougoslavie </title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article79</link>
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		<dc:date>2009-10-28T09:02:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Mont&#233;n&#233;gro</dc:subject>
		<dc:subject>Serbie</dc:subject>
		<dc:subject>Bosnie Herz&#233;govine</dc:subject>
		<dc:subject>Kosovo</dc:subject>
		<dc:subject>Yougoslavie</dc:subject>
		<dc:subject>Lutte des classes- Class struggle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Et les guerres et guerres civiles de l'ex-Yougoslavie &lt;br class='autobr' /&gt; SITE : Mati&#232;re et R&#233;volution &lt;br class='autobr' /&gt;
www.matierevolution.fr &lt;br class='autobr' /&gt;
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(article &#233;crit durant les bombardements sur la Serbie des imp&#233;rialismes, qui se sont eux-m&#234;me appel&#233;s &#034; les puissances occidentales&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une sale guerre imp&#233;rialiste qui a d&#233;but&#233; le jeudi 25 mars 1999 avec le bombardement par les forces de l'OTAN de la R&#233;publique F&#233;d&#233;rale de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique55" rel="directory"&gt;23- Guerres de Yougoslavie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot187" rel="tag"&gt;Mont&#233;n&#233;gro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot203" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot204" rel="tag"&gt;Bosnie Herz&#233;govine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot205" rel="tag"&gt;Kosovo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot248" rel="tag"&gt;Yougoslavie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot295" rel="tag"&gt;Lutte des classes- Class struggle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Et les guerres et guerres civiles de l'ex-Yougoslavie&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;SITE : Mati&#232;re et R&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.matierevolution.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article88&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sommaire du site&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pourquoi ce site ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous &#233;crire, cliquez sur &lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?page=forum&amp;id_article=79&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; cet article&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;(article &#233;crit durant les bombardements sur la Serbie des imp&#233;rialismes, qui se sont eux-m&#234;me appel&#233;s &#034; les puissances occidentales&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une sale guerre imp&#233;rialiste qui a d&#233;but&#233; le jeudi 25 mars 1999 avec le bombardement par les forces de l'OTAN de la R&#233;publique F&#233;d&#233;rale de Yougoslavie. Le droit des peuples n'a rien &#224; y faire. &lt;br /&gt;
Les bombardements ont simplement permis aux troupes de Milosevic d'intensifier son plan d'&#233;puration ethnique au Kosovo, en poussant en quelques jours plus d'un demi million de civils dans les camps de r&#233;fugi&#233;s d'Albanie et de Mac&#233;doine. Il a fallu une semaine aux puissances occidentales pour s'aviser que les r&#233;fugi&#233;s pouvaient avoir besoin de tentes, de nourriture et de couvertures.&lt;br /&gt;
Aujourd'hui, la pr&#233;tendue assistance humanitaire &#8211; si tardive &#8211; n'a d'autre but que de justifier la terreur des bombardements. Les images t&#233;l&#233;vis&#233;es des centaines de milliers de Kosovars dans la d&#233;tresse servent &#224; masquer les d&#233;g&#226;ts meurtriers des bombardements sur toutes les populations, celle de Serbie comme celle du Kosovo. Quant &#224; la campagne de propagande sur l'accueil des r&#233;fugi&#233;s dans les pays occidentaux, l'appel &#224; la g&#233;n&#233;rosit&#233; &#8211; effective et compr&#233;hensible &#8211; de la population, elle est d'une parfaite ind&#233;cence de la part de ces gouvernements de pays riches qui d&#233;ploient chaque jour en bombardiers sur l'ex Yougoslavie cent fois, mille fois le total r&#233;colt&#233; pour secourir les r&#233;fugi&#233;s. &lt;br /&gt;
En Mac&#233;doine, le premier geste de l'OTAN a &#233;t&#233; de construire des barbel&#233;s pour enfermer les r&#233;fugi&#233;s dans des camps alors qu'ils &#233;taient jusque l&#224; h&#233;berg&#233;s par des familles. Puis ils se sont brusquement ravis&#233;s, r&#233;fl&#233;chissant qu'ils ne souhaitaient pas que des centaines de milliers de Kosovars restent stationn&#233;s pr&#232;s de la fronti&#232;re. Ils ont pr&#233;f&#233;r&#233; aller les parquer beaucoup plus loin, dans des pays qui ne sont pas frontaliers de la Serbie. G&#233;n&#233;rosit&#233; ? Les premiers furent embarqu&#233;s de force, s&#233;par&#233;s de leur famille et amis, ne connaissant m&#234;me pas leur destination. &lt;br /&gt;
Les Etats-Unis ont pris la t&#234;te de l'op&#233;ration &#8220;_humanitaire &#8221; visant &#224; accueillir les r&#233;fugi&#233;s. A Washington, &#224; New York ? Non. Les Kosovars au nom desquels on bombarde les Balkans ne verront pas la statue de la libert&#233;. Ils seront envoy&#233;s, autant dire d&#233;port&#233;s, vers la base am&#233;ricaine de Guantanamo &#224; Cuba et dans une &#238;le du Pacifique. Ah, la g&#233;n&#233;rosit&#233; imp&#233;rialiste !&lt;br /&gt;
La crainte des forces &#8220;alli&#233;es&#8221; dans cette affaire est de voir se constituer des camps de centaines de milliers d'exil&#233;s kosovars pr&#232;s de la fronti&#232;re, qui pourraient demain &#234;tre autant de combattants susceptibles de d&#233;stabiliser le pouvoir serbe comme le pouvoir mac&#233;donien ou albanais. L'imp&#233;rialisme voudrait &#233;viter de reconstituer des foyers de r&#233;volte dans cette r&#233;gion comme cela a &#233;t&#233; le cas avec les camps de r&#233;fugi&#233;s palestiniens aux fronti&#232;res d'Isra&#235;l.&lt;br /&gt;
Quant &#224; la France, elle a r&#233;ussi sur cette question &#224; se singulariser. Dans l'odieux et le sordide. Le socialiste Jospin ne voulait pas recevoir en France de r&#233;fugi&#233;s, m&#234;me s'il s'est pr&#233;tendument ravis&#233; ensuite, non pas pour les laisser pr&#232;s de chez eux comme il le pr&#233;tendait, mais pour ne pas risquer de perdre quelques voix au profit d'un Le Pen &#224; quelques mois de Europ&#233;ennes. Jospin pourfend courageusement Milosevic en commen&#231;ant par c&#233;der &#224; la simple pression &#233;lectorale de l'extr&#234;me droite. &lt;br /&gt;
Chirac comme Jospin ont tenu &#224; rappeler que la France est une puissance qui intervient pleinement dans le conflit, militairement comme politiquement, et pas seulement &#224; la tra&#238;ne des Etats-Unis. C'est en plein accord que l'un et l'autre ont d&#233;cid&#233; de participer &#224; la guerre, rompant avec leur th&#232;se habituelle puisqu'ils avaient affirm&#233; jusque l&#224; n'accepter d'intervenir que sur mandat de l'ONU.&lt;br /&gt;
Le discours commun des Clinton, Chirac, Jospin est sommairement le suivant : &#8220; Milosevic est responsable de milliers de morts en Yougoslavie depuis dix ans. En ce moment il s'attaque &#224; la population albanaise du Kosovo et nous intervenons militairement pour y mettre un terme et imposer qu'il n&#233;gocie.&#8221; Une th&#232;se fond&#233;e sur une somme de mensonges et d'hypocrisie impressionnante. En r&#233;alit&#233;, l'intervention des forces alli&#233;es n'a pas pour but de s'attaquer au pouvoir du dictateur Serbe Milosevic ni celui de d&#233;fendre les Kosovars m&#234;me si elle se pare du devoir de solidarit&#233; et de la d&#233;fense du droit des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les occidentaux ont-ils d&#233;cid&#233; de bombarder ?&lt;br /&gt;
Que veulent -ils ?&lt;br /&gt;
Quels int&#233;r&#234;ts d&#233;fendent-ils dans cette r&#233;gion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diverses justifications de l'intervention militaire occidentale sont les suivantes :&lt;br /&gt;
&#8211; prot&#233;ger la population kosovare albanaise contre la purification ethnique entreprise par les forces serbes ; &lt;br /&gt;
&#8211; &#233;viter que le conflit ne s'&#233;tende notamment &#224; la Mac&#233;doine, &#224; la Gr&#232;ce et &#224; l'Albanie ;&lt;br /&gt;
&#8211; imposer le plan de paix que les grandes puissances avaient avanc&#233; &#224; Rambouillet et ainsi arr&#234;ter la guerre&lt;br /&gt;
Ces trois arguments ont &#233;t&#233; d&#233;mont&#233;s par le directeur des recherches militaires strat&#233;giques anglaises, Jonathan Eyal dans le journal &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;du mardi 30 mars de mani&#232;re si limpide que le mieux est de le citer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question du Monde : selon les dirigeants des pays de l'OTAN, le principal motif de l'intervention militaire est de stopper l'offensive serbe contre les Albanais du Kosovo. Elle semble au contraire s'amplifier et de nombreux villages br&#251;lent. Est-ce que tout se d&#233;roule comme pr&#233;vu dans cette affaire ?&lt;br /&gt;
Jonathan Eyal r&#233;pond :&lt;br /&gt;
&#61550;	On savait parfaitement dans les milieux militaires de toutes les capitales concern&#233;es que, paradoxalement, la catastrophe humanitaire serait bien plus grave d&#232;s lors que les bombardements commenceraient. La justification humanitaire de l'op&#233;ration en cours n'est rien d'autre que cela, une justification juridico-politique visant &#224; conserver un caract&#232;re l&#233;gal - au nom des lois humanitaires internationales - &#224; une op&#233;ration d&#233;munie d'un clair mandat du Conseil de s&#233;curit&#233; des Nations unies. (...) &lt;br /&gt;
Question du Monde : La deuxi&#232;me raison invoqu&#233;e par les leaders des pays de l'OTAN pour l'intervention &#233;tait le risque de d&#233;bordement du conflit serbo-albanais sur les pays voisins. &lt;br /&gt;
R&#233;ponse du strat&#232;ge britannique :&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#61550; Le risque &#233;tait minime. C'est encore une fois un pr&#233;texte, pas la vraie raison. Il y a treize mille soldats de l'OTAN en Mac&#233;doine : c'est plus que suffisant pour emp&#234;cher celle-ci d'entrer &#233;ventuellement dans une alliance avec la Serbie, ou pour emp&#234;cher Milosevic de faire quoi que ce soit en Mac&#233;doine. (...) Il y a bien s&#251;r un risque que l'Albanie s'effondre ou soit m&#234;l&#233;e au conflit, mais n'oublions pas que l'Albanie n'est pas en position de faire grand-chose. Vous voyez que les risques d'embrasement r&#233;gional ont &#233;t&#233; tr&#232;s exag&#233;r&#233;s. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Le Monde : La troisi&#232;me justification publique de l'intervention est officiellement de forcer Milosevic &#224; signer le plan de Rambouillet. Ce plan existe-t-il encore ?&lt;br /&gt;
R&#233;ponse de Jonathan Eyal :&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&#61550;	Non. Aucun gouvernement occidental n'est pr&#234;t &#224; le reconna&#238;tre, mais Rambouillet est mort &#224; la minute m&#234;me o&#249; la premi&#232;re bombe de l'OTAN est tomb&#233;e en Serbie. (...) Rambouillet n'a plus aucune chance parce que, m&#234;me si Milosevic d&#233;cidait de signer la semaine prochaine, ce sont les Albanais qui n'en voudraient plus. (...) Si vous regardez l'offensive militaire de pr&#232;s, il est en train de facto de pr&#233;parer la partition de la r&#233;gion. Il gardera le morceau qu'il aura r&#233;ussi &#224; nettoyer ethniquement et il s'en satisfera. &lt;br /&gt; Il suffit d'ajouter que l'imp&#233;rialisme s'en satisfera &#233;galement et ne sera en rien g&#234;n&#233; de signer un tel accord avec Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mensonges de l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier r&#233;sultat de l'intervention arm&#233;e des Occidentaux, en plus bien s&#251;r du bombardement des populations civiles serbes comme kosovares, c'est que les forces arm&#233;es et polici&#232;res serbes flanqu&#233;es des groupes paramilitaires d'extr&#234;me droite ont acc&#233;l&#233;r&#233; brutalement leur politique consistant &#224; terroriser la population du Kosovo pour la forcer &#224; quitter le territoire. Les puissances occidentales savaient d'avance que &#8220;la catastrophe humanitaire&#8221;, comme ils disent, aurait lieu, m&#234;me s'ils ont fait mine de s'en &#233;tonner et de s'en indigner. &lt;br /&gt;
Les puissances imp&#233;rialistes n'ont jamais agi autrement durant les diff&#233;rents conflits de l'ex-Yougoslavie depuis 1992. Leur derni&#232;re intervention visait para&#238;t-il &#224; d&#233;fendre les Bosniaques musulmans. En r&#233;alit&#233; ils les ont emp&#234;ch&#233; de recevoir des armes et les ont laiss&#233; se faire massacrer pendant trois ans pour, au bout du compte, en 1995, consacrer par la paix de Dayton les territoires gagn&#233;s par les bandes arm&#233;es et officialiser le pouvoir des chefs de bandes organisateurs de massacres que sont les Milosevic et les Tudjman sur le reste de la Yougoslavie. Chacun d'eux s'est retrouv&#233; &#224; la t&#234;te de territoires d'o&#249; il a expuls&#233; les autres nationalit&#233;s. Une fois leur paix sign&#233;e, les Occidentaux n'ont jamais cherch&#233; &#224; imposer que les expuls&#233;s reviennent chez eux comme le pr&#233;voyaient les accords sur le papier. Le nettoyage ethnique a simplement &#233;t&#233; couvert de l'autorit&#233; de ce que l'on appelle &#8220; la communaut&#233; internationale &#8221;.&lt;br /&gt;
C'est m&#234;me cette paix de Dayton fabriqu&#233;e par l'imp&#233;rialisme qui a pr&#233;par&#233; la guerre que nous connaissons aujourd'hui puisque cet accord a donn&#233; &#224; la fois le Kosovo &#224; la Serbie et la Serbie &#224; Milosevic. Et cela, sans la moindre consultation de la population du Kosovo, sans la moindre garantie pour la population &#224; majorit&#233; albanaise qui subissait pourtant des exactions depuis des ann&#233;es. D&#233;cid&#233;ment, les Kosovars qui sur les conseils de leurs dirigeants nationalistes ont fond&#233; des espoirs sur l'intervention de l'OTAN, ont &#233;t&#233; cruellement tromp&#233;s. La population bosniaque avait &#233;t&#233; tromp&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on auparavant, et en vint aux m&#234;me cuisantes d&#233;sillusions. Impossible de pr&#234;ter foi au discours d'un Clinton d&#233;clarant en 1992 : &#8220;&lt;i&gt;_nous ne laisserons pas se reproduire au Kosovo ce qui s'est pass&#233; en Bosnie&lt;/i&gt;_&#8221;. En Bosnie comme au Kosovo, les Occidentaux se sont servis de la guerre civile pour justifier leur intervention au nom des peuples opprim&#233;s, mais n'ont jamais lev&#233; le petit doigt pour les d&#233;fendre. Non seulement ils n'ont jamais eu l'intention de donner les moyens militaires de se d&#233;fendre &#224; ces peuples mais ils ont bloqu&#233; les armes pour la Bosnie et comptaient de la m&#234;me fa&#231;on imposer aux combattants kosovars de rendre leurs armes.&lt;br /&gt;
Am&#233;ricains, Fran&#231;ais, Allemands et Anglais bombardent la Serbie et bombardent &#233;galement le Kosovo. Les forces alli&#233;es ont d&#233;fini une ligne qui coupe en deux le Kosovo : d'un c&#244;t&#233; de la ligne les Occidentaux bombardent tout mouvement des troupes serbes, de l'autre elles laissent Milosevic pratiquer la purification ethnique. Car leur calcul est d'obtenir un accord avec Milosevic pour un partage du Kosovo, l'arm&#233;e de Milosevic se chargeant par la violence de la serbisation forc&#233;e de sa part de la r&#233;gion.&lt;br /&gt;
Le nettoyage ethnique, cela faisait plus d'un an que Milosevic le pratiquait au Kosovo sans que les alli&#233;s s'en soient autrement &#233;mus. Ils ne sont intervenus que lorsque les exactions serbes ont convaincu la plupart des Kosovars de la n&#233;cessit&#233; de soutenir la lutte arm&#233;e de l'UCK. C'est &#224; ce moment seulement que l'imp&#233;rialisme s'est inqui&#233;t&#233; et pas pour la vie des Kosovars ! Il a craint que la lutte du peuple kosovar ne d&#233;s&#233;quilibre l'ordre qu'il avait impos&#233; &#224; Dayton.&lt;br /&gt; Prot&#233;ger les populations n'a jamais &#233;t&#233; le souci des puissances imp&#233;rialistes. On l'a bien vu dans les combats de Croatie de 1992 o&#249; elles ont attendu que le rapport des forces d&#233;finisse les zones de domination pour les ent&#233;riner, ou &#224; Sarajevo o&#249; elles ne sont intervenues qu'&#224; la fin des combats dans la capitale bosniaque. On l'a vu aussi lors des massacres de Srebrenica en 1994 o&#249; la force internationale a assist&#233; directement &#224; un v&#233;ritable g&#233;nocide sans bouger : les soldats de cette force des Nations Unies avaient l'ordre de ne pas intervenir, m&#234;me pour emp&#234;cher des femmes d'&#234;tre viol&#233;es et des enfants d'&#234;tre massacr&#233;s, m&#234;me face &#224; un g&#233;nocide. Les troupes internationales ont m&#234;me fait un match de foot avec les massacreurs le lendemain du g&#233;nocide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mythe de la haine des peuples&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est justement pour leur bien qu'on intervient, nous dit-on_ ! &lt;br /&gt;
Et on nous sert la vieille histoire des peuples des Balkans. Les peuples ne sauraient faire autre chose que se ha&#239;r et s'entre-tuer et auraient, nous dit-on, besoin de pays plus civilis&#233;s pour les s&#233;parer ! Pourtant c'est en Bosnie, le territoire o&#249; tous ces peuples &#233;taient les plus imbriqu&#233;s, li&#233;s les uns aux autres, ayant des si&#232;cles de mariages intercommunautaires, que la lutte arm&#233;e a &#233;t&#233; la plus violente, la plus terrible. Pourtant, cela faisait un demi-si&#232;cle qu'il n'y avait pas eu en Bosnie d'affrontement interethnique s&#233;rieux. La guerre n'est pas due &#224; une pr&#233;tendue haine des peuples, &#224; une hostilit&#233; r&#233;dhibitoire, mais &#224; la politique des dirigeants nationalistes. En particulier au plus puissant d'entre eux, le dirigeant serbe Milosevic, qui s'&#233;tant empar&#233; de l'essentiel de l'ancienne arm&#233;e yougoslave a syst&#233;matiquement organis&#233; la guerre aux quatre coins du pays en s'appuyant sur les milices d'extr&#234;me droite. Rien &#224; voir avec une explosion spontan&#233;e de nationalisme_ !&lt;br /&gt;
Les m&#233;dias fran&#231;ais parlent non seulement de &lt;i&gt;&#8220; haines ancestrales entre les peuples balkaniques &#8221;&lt;/i&gt; mais m&#234;me de guerre de religion entre des Kosovars musulmans et des Serbes orthodoxes. Mensonge ! Pour ne parler que de la derni&#232;re guerre de Bosnie, les Croates chr&#233;tiens &#233;taient alli&#233;s aux Bosniaques musulmans contre les Serbes chr&#233;tiens orthodoxes.&lt;br /&gt;
Mitterrand, lui, n'h&#233;sitait pas &#224; parler d' &lt;i&gt;&#171; antagonismes multis&#233;culaires &#187;&lt;/i&gt;_ ! En 1992, au cours de la guerre de Bosnie, quand on a finalement su en Occident que les Serbes avaient install&#233; de v&#233;ritables camps de concentration, Georges Bush a d&#233;clar&#233; pour minimiser le choc dans l'opinion qu'il s'agissait d'une&lt;i&gt; &#8220; vendetta due &#224; de vieilles haines&#8221;&lt;/i&gt;. De la part des dirigeants occidentaux, c'est une mani&#232;re de cacher la responsabilit&#233; des classes dirigeantes de ces pays afin de pouvoir tranquillement continuer &#224; nouer des alliances avec elles. C'est tellement simple d'accuser les peuples_ ! Bush expliquait que c'&#233;tait malheureux mais qu'il n'y pouvait rien et Mitterrand soutint jusqu'au bout Milosevic en d&#233;clarant que jamais il n'accepterait une intervention des Occidentaux &#224; son encontre. En 1995, lors des accords de Dayton, les grandes puissances auront tout &#224; fait oubli&#233; les camps de concentration de Milosevic, les viols syst&#233;matiques de femmes bosniaques et les massacres. &lt;br /&gt;
C'est surtout l'irr&#233;dentisme du nationalisme serbe que l'on invoque aujourd'hui, puisque c'est contre lui qu'on pr&#233;tend intervenir. Mais l&#224; aussi on nous ment. On essaie de nous faire croire qu'un Milosevic est derri&#232;re chaque Serbe. C'est faux ! Maintes fois la population serbe s'est mobilis&#233;e contre le dictateur. En 1991, les jeunes serbes ont organis&#233; un mouvement massif de refus de la conscription et sont descendus dans la rue en 1992 pour d&#233;fendre les insoumis emprisonn&#233;s. On a alors appris qu'ils &#233;taient 200_000 &#224; avoir refus&#233; de participer &#224; cette guerre ! Les actes barbares des arm&#233;es et des bandes d'extr&#234;me droite enr&#233;giment&#233;es par les divers Etats nous sont pr&#233;sent&#233;s comme des actes spontan&#233;s des peuples ! Mais toute l'histoire de cette guerre civile nous montre le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Plusieurs fois des villages et m&#234;me des r&#233;gions, comme celle de Tuzla au cours de la guerre de Bosnie, se sont organis&#233;s pour prot&#233;ger leurs minorit&#233;s et refuser l'&#233;puration ethnique, mais ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s par l'arm&#233;e et les bandes d'extr&#234;me droite de leur propre nationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Quand les serbes de la Krajina ont &#233;t&#233; attaqu&#233;s, les forces nationalistes serbes ont essay&#233; d'appeler massivement la population serbe &#224; s'enr&#233;gimenter dans des milices mais celle-ci a refus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; En 1996 le pouvoir serbe a voulu faire signer une lettre d'all&#233;geance au pouvoir &#224; tous les professeurs d'universit&#233; : une centaine ont refus&#233; et ont &#233;t&#233; exclus de l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Ceux que l'on appelle les partis citoyens et qui refusent les divisions raciales ont &#233;t&#233; majoritaires dans plusieurs r&#233;gions puis r&#233;duits par la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#164; Des villes comme Banja Luka dans la zone serbe de Bosnie se sont r&#233;volt&#233;es contre les bandes arm&#233;es et les profiteurs de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela s'est produit en Serbie comme dans les autres r&#233;gions et il faut se m&#233;fier des commentaires qui ont vite fait de faire croire que tous les Serbes sont du c&#244;t&#233; de l'extr&#234;me droite et de Milosevic, m&#234;me en ce moment. La communaut&#233; serbe immigr&#233;e en France peut &#234;tre beaucoup plus port&#233;e &#224; un soutien inconditionnel &#224; Milosevic que ceux qui subissent sur place la politique des dirigeants. Il y a certes un fort mouvement nationaliste serbe qui dispose aujourd'hui d'un important soutien dans la population, mais il y a eu aussi un fort mouvement hostile &#224; cette politique et &#224; ce r&#233;gime, un mouvement d'opposition populaire qui s'est manifest&#233; massivement &#224; plusieurs reprises. &lt;br /&gt;
Le journal Lib&#233;ration du 13 septembre citait un paysan bosniaque musulman : &#8220; nous avons toujours eu de bonnes relations avec nos voisins, serbes ou croates. Le probl&#232;me c'est qu'eux aussi ont peur des extr&#233;mistes qui les manipulent. Si on arrive &#224; mettre ces gars l&#224; sur la touche, les choses devraient s'arranger. &#8221;&lt;br /&gt;
Ce qui permet aux ultra nationalistes de l'emporter c'est d'abord qu'ils sont li&#233;s au pouvoir politique dans chacune des nations, se servent des moyens de propagande et surtout des moyens de pression et de r&#233;pression. Les extr&#233;mistes de droite de chaque nationalit&#233; ont d'abord terroris&#233; leur propre peuple &#224; la fois en les mena&#231;ant et en mena&#231;ant les peuples voisins. Leur strat&#233;gie est efficace : par des actes violents de provocation contre le peuple voisin, ils parviennent &#224; entra&#238;ner des r&#233;actions de peur et de haine entre les peuples, m&#234;me quand l'hostilit&#233; et la crainte n'existaient pas au pr&#233;alable. &lt;br /&gt;
Chacun sait que pendant les ann&#233;es qui ont suivi la guerre mondiale la plupart se disaient simplement yougoslaves et ne mettaient pas sp&#233;cialement en avant une appartenance &#224; une nationalit&#233; serbe, croate ou autre_ ! Dans les usines en France, beaucoup avaient un camarade immigr&#233; yougoslave mais tr&#232;s rarement ils se disaient Croate ou Serbe. On n'a pas entendu parler d'affrontements ni de haines ancestrales &#224; l'&#233;poque. Les villages de chacune des communaut&#233;s &#233;taient imbriqu&#233;s les uns dans les autres, notamment dans le sud de la Yougoslavie. Nombre de yougoslaves ne pourraient m&#234;me pas dire &#224; quelle nationalit&#233; ils appartiennent tant il y a eu de mariages crois&#233;s. &lt;br /&gt;
Tous les peuples ont &#233;t&#233; &#233;galement victimes de la politique criminelle des classes dirigeantes de toutes les nationalit&#233;s, y compris les 470 000 Serbes expuls&#233;s de Croatie ou tous ceux qui furent expuls&#233;s des r&#233;gions qu'ils occupaient en Bosnie, notamment ceux de Sarajevo. Le pouvoir serbe, qui les avait pris en otage par sa politique guerri&#232;re contre les autres nationalit&#233;s, a voulu se servir d'eux r&#233;cemment en en faisant les colons de nouvelles r&#233;gions &#224; &#8220;serbiser&#8221;. Le &lt;i&gt;Monde Diplomatique &lt;/i&gt;rapporte que nombre d'entre eux ont refus&#233;, notamment parmi ceux qu'on voulait pousser &#224; s'installer au Kosovo pour coloniser et remplacer la population kosovare albanaise.&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Les grandes puissances voulaient-elles vraiment &lt;br /&gt;
abattre le r&#233;gime de Milosevic ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bombardements viseraient &#224; affaiblir, voire &#224; renverser Milosevic. On en finirait alors avec tous les probl&#232;mes de l'ex-Yougoslavie. En somme, le m&#234;me discours que pour Saddam Hussein au cours de la guerre du Golfe. L&#224; aussi, c'est le dictateur que les Occidentaux ont toujours soutenu ou couvert qui est pr&#233;sent&#233; comme la b&#234;te &#224; abattre. &lt;br /&gt;
Mais l'intervention militaire affaiblit-elle Milosevic ? Un enseignant de l'universit&#233; qui en a &#233;t&#233; licenci&#233; pour s'&#234;tre oppos&#233; publiquement &#224; la politique raciste de Milosevic d&#233;clarait il y a quelques jours &#224; un journaliste fran&#231;ais (&lt;i&gt;Le Figaro &lt;/i&gt;du 29 mars) :&lt;i&gt; &#8220; si votre but avait &#233;t&#233; de sauver le pouvoir d&#233;clinant de Slobodan Milosevic, vous ne vous y seriez pas pris autrement ! &#8221;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Le premier effet du bombardement de la population serbe a sans doute &#233;t&#233; de resserrer les rangs des Serbes autour de Milosevic et, en tout cas, de rendre encore plus difficile le combat de ceux qui s'opposent &#224; Milosevic. Les puissances imp&#233;rialistes savaient parfaitement qu'il en serait ainsi. &lt;br /&gt;
Elles interviennent justement &#224; un moment o&#249; sa dictature &#233;tait &#224; nouveau contest&#233;e &#224; la fois par l'opposition d&#233;mocratique de la petite bourgeoisie qu'un r&#233;gime s'appuyant de plus en plus sur l'extr&#234;me droite inqui&#233;tait, par les revendications sociales des travailleurs qui en ont assez d'&#234;tre sacrifi&#233;s pour le plus grand b&#233;n&#233;fice des profiteurs de guerre et par la volont&#233; scissionniste de deux r&#233;gions int&#233;gr&#233;es pour le moment &#224; la Serbie, le Mont&#233;n&#233;gro et la Vo&#239;vodine. Ce n'&#233;tait pas seulement le combat des partisans albanais du Kosovo qui inqui&#233;taient Milosevic. En intervenant militairement contre lui, les puissances occidentales en ont fait le chef incontournable de la d&#233;fense des Serbes. Mais, de leur part, ce n'est ni une erreur ni une maladresse. C'est un calcul. L'objectif des puissances alli&#233;es n'est pas d'en finir avec les horreurs de Milosevic en le renversant. Si elles le combattent aujourd'hui, cela ne veut pas dire qu'elles ne comptent plus s'en servir comme elles l'ont fait tr&#232;s longtemps. Chirac l'a avou&#233; &#224; sa mani&#232;re, apr&#232;s avoir expliqu&#233; que c'&#233;tait un massacreur, en affirmant que leur seul objectif &#233;tait que Milosevic lui-m&#234;me vienne n&#233;gocier.&lt;br /&gt;
Il y a quatre ans, Clinton traitait Milosevic de &#8220; tyran sanguinaire &#8221; et de &#8220; criminel de guerre &#8221; ! Mais au moment de la signature de la paix de Dayton de 1995, les m&#234;mes chefs d'Etat occidentaux l'avaient pr&#233;sent&#233; comme l'artisan de la paix, et lui avaient accord&#233; une reconnaissance internationale comme dirigeant des Serbes. Les dirigeants occidentaux savaient bien qu'il &#233;tait l'un des principaux artisans de la vague de haine nationaliste et raciale qui s'est d&#233;velopp&#233;e en Yougoslavie, mais ils avaient alors d&#233;cid&#233; de faire croire que seuls les dirigeants serbes de Bosnie, les Mladic et Karadzic, &#233;taient responsables des massacres. &lt;br /&gt;
Pourquoi avoir si longtemps couvert d'un voile de respectabilit&#233; un assassin comme Milosevic ? C'est que les dirigeants occidentaux avaient bien besoin d'un dictateur pour l'ordre qu'ils voulaient imposer &#224; ce pays pauvre, d&#233;stabilis&#233; par la chute brutale du niveau de vie, par la perte totale de confiance de la population dans le r&#233;gime politique. Autant s'appuyer sur quelqu'un qui pouvait d&#233;tourner vers la haine nationaliste et ethnique la contestation sociale. Milosevic a &#8220;stabilis&#233;&#8221; la soci&#233;t&#233; m&#234;me si c'est en la jetant dans la barbarie. Il a concentr&#233; tous les pouvoirs entre ses mains, unifi&#233; les partis nationalistes serbes, pouss&#233; les autres peuples &#224; se mettre sous la protection et sous la coupe d'autres dirigeants nationalistes tout aussi barbares, &#233;cras&#233; les oppositions d&#233;mocratiques et les travailleurs. Les dirigeants imp&#233;rialistes lui sont redevables de cela. De ce point de vue, Milosevic &#233;tait un homme fiable. Et les Occidentaux ont avant tout cherch&#233; &#224; stabiliser ce pouvoir, non &#224; le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les objectifs de Milosevic_ ?&lt;br /&gt;
Que recouvre la politique dite d'&#233;puration ethnique ?&lt;br /&gt;
Pourquoi a-t-il choisi de tenir t&#234;te aux dirigeants occidentaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi en une dizaine d'ann&#233;es, la Yougoslavie, ce pays apparemment calme, en tout cas o&#249; diff&#233;rentes populations cohabitaient pacifiquement, a-t-il bascul&#233; dans un tel bain de sang, avec des centaines de milliers de morts et autant de bless&#233;s et de familles d&#233;plac&#233;es (sans parler des cons&#233;quences &#233;conomiques catastrophiques : un revenu moyen qui a chut&#233; de 75_% en cinq ans et une production industrielle quasi r&#233;duite &#224; n&#233;ant) ? L'intervention imp&#233;rialiste n'explique pas tout. Ce sont les classes dirigeantes yougoslaves, serbes aussi bien que slov&#232;nes ou croates, qui ont fait le choix de diviser le pays pour s'en approprier chacune un bout, avec les affrontements militaires et l'hyst&#233;rie nationaliste que cela implique. &lt;br /&gt;
Qu'est-ce qui a pouss&#233; ces couches favoris&#233;es de la soci&#233;t&#233; &#224; plonger dans une telle horreur ? Quel int&#233;r&#234;t avait un Milosevic, devenu pr&#233;sident de la f&#233;d&#233;ration yougoslave, dirigeant de la Ligue des Communistes (le parti communiste au pouvoir), &#224; choisir de cultiver le particularisme serbe, &#224; semer la haine entre les peuples et &#224; aboutir &#224; l'&#233;clatement du pays ? &lt;br /&gt;
Derri&#232;re lui, il y a eu une bonne partie de ce que la soci&#233;t&#233; compte de gens hauts plac&#233;s, dirigeants politiques, &#233;conomiques, militaires et religieux, visant &#224; s'enrichir et &#224; profiter de l'&#233;volution du r&#233;gime. Ceux-ci se sont &#233;galement appuy&#233;s sur toute une s&#233;rie de notables locaux. Dans le contexte de la crise &#233;conomique, les app&#233;tits et ambitions de ces classes dirigeantes les ont amen&#233;es &#224; choisir l'option barbare de l'affrontement nationaliste et &#224; encourager toutes les d&#233;magogies d'extr&#234;me droite.&lt;br /&gt;
En Serbie, les sph&#232;res &#233;conomiques et politiques ont tendance &#224; se confondre jusqu'&#224; la caricature. Le premier ministre Marjanovic est PDG de l'entreprise &#233;nerg&#233;tique Progress. Le vice-premier ministre Tomic dirige SIMPO, firme agroalimentaire et de fabrication de meubles. Un ministre sans portefeuille, Karic, se trouve quant &#224; lui &#224; la t&#234;te d'un v&#233;ritable empire &#233;conomique comprenant des banques, des compagnies de travaux publics et m&#234;me une universit&#233; ! On appelle cela un ministre sans portefeuille ! &lt;br /&gt;
Le nationalisme a &#233;t&#233; pour ces profiteurs un drapeau facile. Mais pour comprendre ce qui s'est pass&#233;, il ne suffit pas de parler de nationalisme. Il faut conna&#238;tre la situation de crise politique, &#233;conomique et sociale dans laquelle se trouvait la Yougoslavie &#224; la mort de Tito il y a pr&#232;s de vingt ans, en 1980. La crise &#233;conomique provoquera une crise sociale, et les classes dirigeantes choisiront la fuite en avant vers des affrontements nationalistes. &lt;br /&gt;
Quand Tito meurt c'est encore un leader mythique, mais le r&#233;gime, lui, n'a plus de cr&#233;dit politique et la situation &#233;conomique est catastrophique. Elle s'aggravera rapidement dans les ann&#233;es qui suivent. Dans le m&#234;me temps, les classes dirigeantes m&#232;nent une politique visant &#224; la constitution d'une bourgeoisie nationale au travers des privatisations de l'&#233;conomie jusqu'alors grandement &#233;tatis&#233;e. Le gros de l'argent de l'Etat va d&#233;sormais &#234;tre consacr&#233; &#224; aider cette bourgeoisie issue pour l'essentiel des membres de l'appareil de l'Etat et du parti. Milosevic lui-m&#234;me est un membre du parti unique, un apparatchik qui joue &#224; l'affairiste. C'est &#224; ce titre qu'il aura son premier contact avec deux hommes li&#233;s &#224; l'administration am&#233;ricaine du pr&#233;sident Bush et qui font des affaires en Yougoslavie : Eagleburger et Henry Kissinger. Il conservera ces liens avec les Etats-Unis&#8230;&lt;br /&gt;
L'&#233;conomie yougoslave s'effondre sous la pression de la dette occidentale qui se monte en 1980 &#224; quinze milliards de dollars. Le FMI, l&#224; comme ailleurs, conseille de faire face &#224; la dette par des licenciements massifs et une baisse brutale des salaires. Malgr&#233; les plans successifs de sacrifices, la dette ne va cesser de s'accro&#238;tre : 18 milliards de dollars en 1981, 22 milliards de dollars en 1982&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1981&#8211;87 : &lt;br /&gt;
gr&#232;ves ouvri&#232;res et effervescence sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; industrielle baisse, et la mis&#232;re grandit. La valeur de la monnaie est divis&#233;e par 5_000 en cinq ans alors que les salaires sont, au mieux, bloqu&#233;s ! La petite bourgeoisie est elle aussi frapp&#233;e. Les jeunes sont sans emploi et sans perspective, y compris les jeunes &#233;tudiants. &lt;br /&gt;
En 1981, la baisse des salaires est telle que le dirigeant du syndicat unique li&#233; au pouvoir, Miran Piotrc, a lui-m&#234;me mis en garde publiquement les autorit&#233;s contre le danger de r&#233;action ouvri&#232;re. En mars 1981, l'explosion sociale a lieu au Kosovo, la r&#233;gion la plus pauvre o&#249; le revenu par habitant est la moiti&#233; de la moyenne nationale, six fois moindre qu'en Slov&#233;nie, et o&#249; le ch&#244;mage est six fois plus important que dans le reste du pays. &lt;br /&gt;
A Pristina, une manifestation d'&#233;tudiants, d'ouvriers et de ch&#244;meurs contre la vie ch&#232;re et les bas salaires se transforme en &#233;meute. L'affrontement dure plusieurs jours. La r&#233;pression est f&#233;roce : deux cent morts et six mille condamnations allant jusqu'&#224; vingt ann&#233;es d'emprisonnement. Le mouvement avait au d&#233;part un caract&#232;re social comme le reconna&#238;tra le principal dirigeant kosovar Ibrahim Rugova, m&#234;me si par la suite les nationalistes du Kosovo ne s'en souviendront que comme un mouvement revendiquant le statut du Kosovo.&lt;br /&gt;
Le principal responsable &#233;conomique f&#233;d&#233;ral d&#233;clare en mai 1982 : &#8220;_si l'aust&#233;rit&#233; et une forte inflation continuent &#224; se d&#233;velopper pendant les deux ou trois prochaines ann&#233;es, je suis personnellement convaincu que cela m&#232;nera &#224; plusieurs conflits sociaux et &#224; des probl&#232;mes politiques. &#8221; De 1982 &#224; 1986, la politique d'aust&#233;rit&#233; s'accro&#238;t continuellement. Les &#233;conomies r&#233;gionales m&#232;nent de plus en plus des politiques diff&#233;rentes li&#233;es aux diff&#233;rences de d&#233;bouch&#233;s et au fait que la plupart de leurs acheteurs sont ext&#233;rieurs. Cela explique le choix des privil&#233;gi&#233;s de chaque r&#233;gion en faveur du s&#233;paratisme. Alors qu'on demande de plus en plus de sacrifices &#224; la population, le budget des arm&#233;es grandit continuellement : plus 24 % en 1983. En 1984, le nombre de ch&#244;meurs d&#233;passe le million. On va vers l'explosion sociale.&lt;br /&gt;
1986 marque la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res. Ce sont des mouvements massifs dans les grands centres industriels du pays, des mouvements contre les licenciements et contre le blocage des salaires et ces mouvements ne sont pas isol&#233;s. &lt;br /&gt;
Ce n'est pas fini : l'ann&#233;e suivante est celle de l'explosion des gr&#232;ves. En f&#233;vrier 1987, l'annonce du gel des salaires et de la r&#233;cup&#233;ration des augmentations accord&#233;es pr&#233;c&#233;demment par les entreprises met le feu aux poudres. L'agitation culmine en Croatie et en Mac&#233;doine. Les vagues de gr&#232;ve sont parties de Belgrade mais aussi des grands centres industriels de Zagreb, de Ljubljana et de Bosnie. Elles s'&#233;tendent, parcourent tout le pays. En 1987, le pays a connu 1570 gr&#232;ves auxquelles ont particip&#233; 365 000 travailleurs. Le pouvoir craint une v&#233;ritable explosion sociale. Mais le mouvement, en butte &#224; la r&#233;pression, reste inorganis&#233; et manque de direction. Le pouvoir a toutefois recul&#233; partout assez rapidement, accordant de fortes hausses de salaires. Pour calmer l'agitation, il annonce la d&#233;mission du premier ministre Branko Mikulic en d&#233;cembre 1988. &lt;br /&gt;
Au m&#234;me moment o&#249; la bourgeoisie ne voit ses int&#233;r&#234;ts qu'en termes de division du pays en petites unit&#233;s, les travailleurs yougoslaves sont une seule et m&#234;me classe qui se bat pour les m&#234;mes objectifs &#224; l'&#233;chelle de tout le pays. La classe ouvri&#232;re ne se contente pas de revendications &#233;conomiques. Elle a perdu totalement confiance dans le pouvoir dont les scandales &#233;clatent au grand jour comme celui d'Agrokomerc, une firme agroalimentaire de Bosnie qui a &#233;mis des billets sans provision. Apr&#232;s des ann&#233;es de dictature sur la classe ouvri&#232;re dont les syndicats officiels n'ont pas cess&#233; d'&#234;tre les courroies de transmission, la classe ouvri&#232;re est inorganis&#233;e syndicalement mais surtout politiquement. Le mouvement ouvrier renaissant pourrait remettre en cause le r&#233;gime, et unir derri&#232;re lui ceux qui luttent pour la libert&#233; politique et la fin de l'oppression des minorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1986-89 : &lt;br /&gt;
Milosevic, l'homme de la diversion nationaliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que craignent les classes dirigeantes, d'autant qu'elles veulent se lancer dans une politique d&#233;brid&#233;e de d&#233;r&#233;glementations et d'aust&#233;rit&#233; qui ne peut que devenir de plus en plus impopulaire. C'est cela qui va les amener &#224; soutenir la campagne de d&#233;magogie nationaliste lanc&#233;e par un apparatchik serbe de Belgrade, Slobodan Milosevic. &lt;br /&gt;
Au moment o&#249; l'Etat n'a plus aucun soutien populaire, Milosevic est l'homme politique qui lui propose de d&#233;tourner le m&#233;contentement social sur des bases ouvertement racistes. Envoy&#233; au Kosovo pour calmer les Serbes, Milosevic voit rapidement le parti qu'il peut tirer personnellement et politiquement de cette extr&#234;me droite serbe violemment remont&#233;e contre la population &#224; majorit&#233; albanaise. La t&#233;l&#233;vision anglaise BBC a montr&#233; un reportage dans lequel on le voit organiser avec l'aide de serbes d'extr&#234;me droite une fausse action de pogrome anti-serbe o&#249; les pr&#233;tendus agresseurs kosovars contre les Serbes ne sont autres que des militants d'extr&#234;me droite serbes d&#233;guis&#233;s en Kosovars ! C'est gr&#226;ce &#224; cette provocation datant de 1986, diffus&#233;e par les m&#233;dias yougoslaves tenus par des Serbes, que Milosevic va commencer toute une campagne qui pr&#233;tend qu'au Kosovo la minorit&#233; serbe est opprim&#233;e, que les fonctionnaires albanais les arr&#234;tent injustement, que les Albanais leur jettent des pierres et que m&#234;me les membres serbes du parti communiste du Kosovo sont vendus aux Albanais ! &lt;br /&gt;
La politique ultra nationaliste de Milosevic s'appuie sur la propagande de pr&#233;tendus intellectuels ex-staliniens reconvertis au nationalisme grand serbe, comme Dobritsa Cosic qui se revendique de l'ancien royaume serbe de Yougoslavie d'avant guerre et lance le slogan &lt;i&gt;&#8220; Tous les Serbes dans un seul Etat !&#8221;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Un proche de Dobritsa Cosic, qui dirige la t&#233;l&#233;vision yougoslave, va parrainer Milosevic et construire sa popularit&#233;. Un commentateur de l'&#233;poque dira que c'&#233;tait un peu comme si le Ku Klux Klan avait tenu la t&#233;l&#233;vision nationale aux Etats-Unis. Les m&#233;dias d&#233;versent la peur et la haine. On y r&#233;pand ouvertement le racisme en pr&#244;nant l'expulsion du territoire de la population albanaise. Les nationalistes serbes mettent en avant un &#233;v&#233;nement de leur &#8220; glorieuse histoire &#8221; qui s'est d&#233;roul&#233; au Kosovo il y a 600 ans, en 1389 : la bataille que les Serbes ont livr&#233; et perdu contre les Turcs au Champ des Merles. Les nationalistes revendiquent le Kosovo en tant que &#8220;berceau national serbe&#8221;. &lt;br /&gt;
Ces &#233;lucubrations empreintes de nostalgie moyen&#226;geuse sont diffus&#233;es massivement sur les ondes. L'on incite la population serbe &#224; c&#233;l&#233;brer la bataille du Champ des Merles au cours de manifestations au Kosovo. C'est un v&#233;ritable appel &#224; la haine &#224; l'encontre des Kosovars albanais. Milosevic remet en cause le statut d'autonomie de la province accord&#233; en 1974 par Tito suite aux &#233;meutes de 1968 &#8211; du temps de Tito, le peuple du Kosovo, le plus pauvre du pays, s'&#233;tait d&#233;j&#224; rebiff&#233; contre un r&#233;gime dictatorial bien incapable d'assurer une v&#233;ritable autod&#233;termination des peuples, en d&#233;pit de son &#233;tiquette communiste et autogestionnaire.&lt;br /&gt;
C'est &#224; la faveur de l'atmosph&#232;re de fin de r&#233;gime titiste, en 1987-89, que Milosevic lance sa campagne sur des th&#232;mes nationalistes extr&#233;mistes. Il s'appuie sur ce qu'on a appel&#233; &lt;i&gt;le M&#233;morandum&lt;/i&gt;, un pamphlet nationaliste agressif &#233;labor&#233; par quelques pontes de l'acad&#233;mie des sciences serbes : un v&#233;ritable appel &#224; la haine raciale et au regroupement des Serbes qui pr&#233;tend que le r&#233;gime titiste a privil&#233;gi&#233; les Albanais du Kosovo au d&#233;triment des Serbes, tout en d&#233;favorisant les Serbes dans le reste de la Yougoslavie. Milosevic se rend au Kosovo en 1987. Il lance aux Serbes sa phrase fameuse &lt;i&gt;personne n'a le droit de vous frapper !&lt;/i&gt; Il en appelle &#224; la population serbe du reste du pays soi-disant pour d&#233;fendre les Serbes opprim&#233;s du Kosovo ! &lt;br /&gt;
Il parcourt le pays, tient une s&#233;rie de meetings monstres en Serbie avec notamment un &#233;norme rassemblement en novembre 1988 &#224; Belgrade. Milosevic se sert de cette mobilisation pour faire chuter tous les dirigeants locaux qui lui sont hostiles, en particulier ceux du gouvernement du Mont&#233;n&#233;gro en janvier 1988. Bien s&#251;r, il pr&#233;tend aussi lutter contre l'ancien appareil bureaucratique h&#233;rit&#233; du r&#233;gime titiste. Il se permet m&#234;me de lancer des slogans comme &lt;i&gt;&#8220; A bas la nomenklatura ! &#8221;.&lt;/i&gt; Mais parmi les slogans des manifestants serbes, certains indiquent sans &#233;quivoque la politique que Milosevic va mettre en oeuvre : &lt;i&gt;&#8220; Donnez nous des armes &#8221;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#8220; Mort aux Albanais ! &#8221;&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;
En 1989, gr&#226;ce &#224; ce soutien massif, il institue un v&#233;ritable apartheid au Kosovo. Les Kosovars perdent tous leurs postes de fonctionnaires et sont remplac&#233;s par des Serbes. Les &#233;coles et les h&#244;pitaux vont progressivement &#234;tre r&#233;serv&#233;s aux Serbes. L&#224; aussi, cela se passe de mani&#232;re atroce : le 22 mars 1990, les lyc&#233;ens albanais du lyc&#233;e de la ville de Podujevo sont tous myst&#233;rieusement empoisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1989-90 : r&#233;volte ouvri&#232;re, &lt;br /&gt;
r&#233;pression massive et &lt;br /&gt;
situation insurrectionnelle au Kosovo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1989, la population du Kosovo se r&#233;volte. Les travailleurs entrent en lutte. Les mineurs occupent le fond des puits et refusent de sortir. L'&#233;tat d'urgence est d&#233;cr&#233;t&#233; par l'Etat Yougoslave contre les travailleurs albanais. L'arm&#233;e f&#233;d&#233;rale est assist&#233;e de forces anti-&#233;meutes et de nombreux soldats sont appel&#233;s &#224; la rescousse. Les leaders ouvriers et de nombreux mineurs sont arr&#234;t&#233;s. La r&#233;pression sera tr&#232;s dure et les mineurs albanais sont licenci&#233;s massivement. La classe ouvri&#232;re du reste du pays est solidaire. Ainsi, en Slov&#233;nie, un mouvement de soutien aux mineurs et aux gr&#232;ves albanaises est organis&#233; par les travailleurs slov&#232;nes. Ces derniers ne cesseront d'intervenir contre l'Etat &#224; chaque fois qu'il r&#233;primera les Kosovars. &lt;br /&gt;
En juin 1989, Milosevic organise un immense meeting de triomphe anti-albanais pour f&#234;ter le 600&#232;me anniversaire de la bataille du Champ des Merles : il fait venir au Kosovo, par trains et cars entiers, un million de Serbes de tout le pays qui f&#234;tent non seulement la bataille perdue contre les Turcs mais l'&#233;crasement des Kosovars. Port&#233; par cet &#233;lan de nationalisme, Milosevic est &#233;lu &#224; la pr&#233;sidence serbe en novembre 1989. &lt;br /&gt;
Au d&#233;but de l'ann&#233;e 1990, la population kosovare organise des manifestations de masse dans toute la r&#233;gion, manifestations qui sont &#233;cras&#233;es par l'arm&#233;e. Une centaine de morts. Des lois d'exception sont d&#233;cr&#233;t&#233;es. Les institutions politiques auxquelles participaient encore des Kosovars sont dissoutes. Les ouvriers kosovars protestent et sont massivement licenci&#233;s. &lt;br /&gt;
La population organise un contre-pouvoir avec une assembl&#233;e et des municipalit&#233;s, des &#233;coles et m&#234;me des h&#244;pitaux parall&#232;les. Le mouvement est dirig&#233; par Ibrahim Rugova et son parti, la &lt;i&gt;Ligue D&#233;mocratique du Kosovo&lt;/i&gt; (LDK). Cr&#233;&#233; en 1989 avec une cinquantaine de membre, il en compte 200 000 six mois plus tard et un million au bout d'un an. Il fonde un parlement clandestin apr&#232;s une &#233;lection &#224; laquelle toute la population kosovare a particip&#233; sous le nez des forces serbes : Rugova est &#233;lu par les Kosovars pr&#233;sident de la R&#233;publique du Kosovo. Malgr&#233; le soutien massif de la population &#224; cette r&#233;publique, les Occidentaux n'envisagent &#224; aucun moment de la reconna&#238;tre. Cela ne doit pas &#234;tre oubli&#233; aujourd'hui quand ils pr&#233;tendent &#234;tre scandalis&#233;s par l'oppression nationale de Milosevic ! &lt;br /&gt;
En fait toute la population kosovare s'est soulev&#233;e de mani&#232;re insurrectionnelle. Mais la politique de son leader d&#233;mocrate, Ibrahim Rugova, lui assigne de ne rien faire qui soit susceptible de provoquer le pouvoir de Milosevic, et fixe comme but premier d'obtenir le soutien des Occidentaux. En d&#233;pit de la mobilisation massive dont il b&#233;n&#233;ficie, Rugova maintiendra cette politique jusqu'&#224; la guerre actuelle. Autant dire qu'il a assist&#233; aux diverses guerres men&#233;es par le pouvoir serbe contre les diff&#233;rents peuples du pays, sans affirmer clairement une alliance avec tous les peuples opprim&#233;s et du coup sans chercher &#224; ce que les Kosovars s'affirment comme les d&#233;fenseurs de la libert&#233; de tous les peuples de l'ex-Yougoslavie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1990-92 : la carte des multinationalismes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps que la r&#233;pression violente au Kosovo, le pouvoir choisit de d&#233;cider l'ouverture politique et le multipartisme dans le reste de la Yougoslavie, c&#233;dant ainsi aux pressions des classes dirigeantes locales qui aspirent &#224; leur propre mainmise sur leur r&#233;gion. Une multitude de partis vont pour la premi&#232;re fois voir le jour, organis&#233;s par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie. Fait significatif, ce sont quasiment tous des partis fond&#233;s sur une seule nationalit&#233;. Quant &#224; la classe ouvri&#232;re, la seule qui pourrait se constituer sur d'autres bases, elle reste inorganis&#233;e politiquement. Bien s&#251;r, tout en ouvrant les portes au multipartisme, le pouvoir a tout fait pour que la classe ouvri&#232;re n'en profite pas. Mais il ne s'est pas non plus trouv&#233; de leader s'opposant au r&#233;gime tout en se revendiquant des travailleurs, de tous les travailleurs, quelle que soit leur nationalit&#233;. En outre, la classe ouvri&#232;re est sous le coup du d&#233;veloppement brutal de la mis&#232;re et du ch&#244;mage. La gravit&#233; de la crise &#233;conomique n'a fait que s'accentuer : 2600 % d'inflation en 1989 et une dette ext&#233;rieure de 22 milliards de dollars.&lt;br /&gt;
En 1990, Milosevic lance une propagande anti-croate. La t&#233;l&#233;vision serbe pr&#233;sente les Croates comme les nouveaux Oustachis, c'est-&#224;-dire les compare aux troupes croates d'extr&#234;me droite qui ont soutenu Hitler et constitu&#233; un gouvernement qui s'est livr&#233; &#224; un v&#233;ritable g&#233;nocide anti-Serbes, Juifs et Tziganes pendant la deuxi&#232;me guerre mondiale. Dans le m&#234;me temps, Milosevic s'unit &#224; l'extr&#234;me droite serbe du parti de Seselj auquel il propose d'agglom&#233;rer ses milices &#224; l'arm&#233;e r&#233;guli&#232;re, ce qui est fait. D&#233;sormais les objectifs &#8220;d'&#233;puration ethnique&#8221; d'un Seselj deviennent objectif militaire en Croatie. &lt;br /&gt;
Sym&#233;triquement, en Croatie, c'est le nationaliste Franjo Tudjman et son parti HDZ qui est &#233;lu du fait de la mont&#233;e des craintes au sein de la population croate. Bien s&#251;r, Tudjman ne peut manquer de souligner que Seselj se revendique lui des anciens tchetniks, les nationalistes serbes du royaliste Mihailovic qui ont, eux aussi, commis des massacres durant la derni&#232;re guerre mondiale. Le discours du dirigeant croate Tudjman n'est pas fait pour rassurer les Serbes qui habitent la Croatie, ceux de la Krajina comme ceux de Slavonie notamment qui sont du coup livr&#233;s &#224; leur propre extr&#234;me droite, avec le soutien du pouvoir de Belgrade. Tudjman, &#224; peine &#233;lu en 1990, choisit comme drapeau de la r&#233;publique pour remplacer le drapeau yougoslave celui du fasciste oustachi Ante Pavelic qu'il d&#233;clare vouloir r&#233;habiliter. Voil&#224; comment les diff&#233;rents chefs nationalistes ont su &#224; merveille nourrir le nationalisme exacerb&#233; du voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1991-95 : trois guerres successives &lt;br /&gt;
dans l'ex Yougoslavie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1991, Milosevic d&#233;cide de maintenir la Serbie &#224; la t&#234;te de la pr&#233;sidence de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave alors que selon la r&#232;gle de pr&#233;sidence tournante elle devrait revenir au Croate Stipe Mesic. C'est tout le fonctionnement de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave qui est ainsi remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Slov&#233;nie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois plus tard, la Croatie et la Slov&#233;nie proclament leur ind&#233;pendance. Contrairement &#224; l'Allemagne qui a des liens &#233;conomiques avec ces deux r&#233;gions, les Etats-Unis et la France sont d&#233;favorables &#224; la division de la Yougoslavie et donnent leur soutien politique &#224; la Serbie. La Yougoslavie, sous pr&#233;sidence serbe disposant d'une arm&#233;e dont l'essentiel des chefs et des officiers sont serbes, d&#233;clare la guerre &#224; la Slov&#233;nie. La guerre est de courte dur&#233;e car tr&#232;s rapidement l'arm&#233;e yougoslave est d&#233;faite : l'ensemble de la population slov&#232;ne s'est organis&#233;e en milices de d&#233;fense, a bloqu&#233; les chars par des barricades, les soldats yougoslaves n'&#233;tant pas encore pr&#233;par&#233;s ni motiv&#233;s pour une guerre contre tout un peuple. L'ind&#233;pendance de la Slov&#233;nie est donc acquise et la paix restaur&#233;e dans cette r&#233;gion. &lt;br /&gt;
Pour la population slov&#232;ne, ce n'est pas la prosp&#233;rit&#233; pour autant car cela ne fait que donner les moyens aux classes dirigeantes de mener leur offensive &#233;conomique : privatisations, sacrifices pour les travailleurs et bien s&#251;r licenciements. Le ch&#244;mage va augmenter de 1991 &#224; 1992 de 18 %, le niveau de vie des slov&#232;nes chuter avec une inflation de 261 % . Pour que les travailleurs ne r&#233;clament pas des salaires qui suivent la hausse du co&#251;t de la vie, le gouvernement signe avec les syndicats un pacte social sur le dos des travailleurs. En 1994, 2000 grandes entreprises sont privatis&#233;es. Le ch&#244;mage atteint 12 % en 1992, 13,4 % en 1993, puis 14 % en 1994.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en Croatie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e serbe humili&#233;e en Slov&#233;nie va prendre imm&#233;diatement sa revanche en Croatie. D&#233;sormais Milosevic appelle ouvertement l'arm&#233;e yougoslave &#224; se consid&#233;rer comme une arm&#233;e serbe et appelle les Serbes &lt;i&gt;&#8220;_&#224; se tenir pr&#234;ts &#224; se d&#233;fendre &#8221;&lt;/i&gt;. Milosevic va &#224; nouveau s'appuyer sur une zone o&#249; les Serbes sont minoritaires pour d&#233;velopper sa strat&#233;gie de pr&#233;tendue d&#233;fense des Serbes. Il s'agit de la Krajina, une zone enclav&#233;e situ&#233;e au sud ouest de la Croatie, o&#249; d&#232;s juillet 1991 des groupes paramilitaires ont pris la population serbe en otage. Les milices d'un ancien mercenaire qui se fait appeler le capitaine Dragan terrorise d'abord les Serbes eux-m&#234;mes tout en s'attaquant &#224; la population croate.&lt;br /&gt;
La guerre engag&#233;e sous le pr&#233;texte de d&#233;fendre la Krajina, d&#233;bute l'&#233;t&#233; 1991 et va durer six mois, faisant des dizaines de milliers de victimes et des destructions sans nombre, dont celle des villes de Vukovar et Dubrovnik, enti&#232;rement ras&#233;es par l'artillerie lourde serbe avant d'&#234;tre prises. A Vukovar, l'arm&#233;e croate a oblig&#233; la population &#224; rester dans la ville sous la menace pour la contraindre &#224; se battre contre les troupes serbes. Puis c'est le nettoyage ethnique qui consiste non seulement &#224; faire fuir les populations croates mais &#224; liquider tous ceux qui sont soup&#231;onn&#233;s de s'&#234;tre battus, &#224; violer leurs femmes et leurs filles devant leurs enfants. Les troupes serbes tiennent les enclaves serbes de Slavonie et de Krajina o&#249; elles pratiquent &#233;galement l'&#233;puration ethnique. &lt;br /&gt;
Milosevic peut alors reconna&#238;tre l'ind&#233;pendance de la Croatie : celle-ci est amput&#233;e du tiers de son territoire avec toute une population croate d&#233;plac&#233;e, contrainte de quitter ses maisons et la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la mi-92, la Yougoslavie est donc divis&#233;e en cinq Etats : Croatie, Slov&#233;nie, Bosnie, Mac&#233;doine et une Serbie qui continue &#224; s'appeler Yougoslavie et qui d&#233;clenchera bient&#244;t une nouvelle guerre pour ce que Milosevic appelle &lt;i&gt;&#8220; le droit des Serbes &#224; vivre dans un seul Etat &#8221;.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Le FMI a d&#233;j&#224; calcul&#233; la part de chacun des nouveaux Etats dans l'ancienne dette de la Yougoslavie ! Et ce sont bien s&#251;r les diff&#233;rents chefs de guerre qui sont charg&#233;s chacun par l'officine bancaire de l'imp&#233;rialisme de r&#233;cup&#233;rer le butin : des milliards de dollars sur le dos de la population !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1992-95 : La guerre de Bosnie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me guerre de la Serbie commence en avril 1992 contre la Bosnie-Herz&#233;govine qui s'&#233;tait proclam&#233;e r&#233;publique ind&#233;pendante sans pouvoir se revendiquer du droit d'un peuple particulier puisque tous les peuples qui y r&#233;sident sont minoritaires. Si les Croates &#233;taient faibles militairement face aux Serbes, la Bosnie, elle, n'a aucune arm&#233;e et va subir une vraie boucherie. D'autant que les dirigeants Serbes et Croates, Milosevic et Tudjman, &#233;taient d'accord sur le plan de d&#233;pe&#231;age de la Bosnie, plan qu'ils allaient finalement plus ou moins r&#233;aliser. &lt;br /&gt;
Quant au pr&#233;sident de la Bosnie, Alija Izetbegovic, il s'&#233;tait suffisamment d&#233;clar&#233; pro-islamiste pour servir de bouc &#233;missaire aux dirigeants serbes qui le traitaient de Turc. Sa politique va consister &#224; jouer lui aussi sur la fibre nationaliste tout en faisant appel &#224; la communaut&#233; internationale, autrement dit &#224; l'imp&#233;rialisme, au nom des populations bosniaques martyris&#233;es. Et effectivement entre mai et juin 1992, les troupes et groupes paramilitaires serbes se livrent &#224; des exactions atroces sur les populations civiles. &lt;br /&gt;
Dans la guerre de Bosnie, on aura donc un affrontement entre les trois nationalismes, serbe, croate et musulman bosniaque. A la t&#234;te de chacun, des dirigeants tout aussi dispos&#233;s &#224; exploiter la situation aux d&#233;pens des peuples afin d'asseoir leur domination sur le plus grand territoire possible. &lt;br /&gt;
En 1993 et 94, l'arm&#233;e serbe &#233;crase les enclaves musulmanes de Srebrenica, Zepa et Gorazde en Bosnie Orientale et c'est le nettoyage ethnique le plus violent auquel on ait assist&#233; jusque l&#224;, sans trop affoler la fameuse &#8220; communaut&#233; internationale &#8221;.&lt;br /&gt;
Les populations continuent de servir d'otage &#224; chaque camp mais parfois les gens ou m&#234;me les soldats serbes se r&#233;voltent comme &#224; Banja Luka en septembre 1993. Ils se mutinent contre les profiteurs de guerre serbes. &lt;br /&gt;
Si la r&#233;publique serbe s'est servi des enclaves serbes enserr&#233;es dans des territoires o&#249; d'autres nationalit&#233;s &#233;taient majoritaires pour justifier sa guerre et pour avoir &#224; disposition des troupes serbes, elle les l&#226;che aussi en fonction de ses propres int&#233;r&#234;ts comme la r&#233;publique serbe de Bosnie en ao&#251;t 1994, exactement comme elle l&#226;che la Krajina, enclave serbe de Croatie, aux troupes croates peu apr&#232;s. La d&#233;fense des Serbes n'&#233;tait pour Milosevic qu'un pr&#233;texte &#224; une politique guerri&#232;re. Son v&#233;ritable objectif est de gagner une part aussi grande que possible du pouvoir et de mener au service des classes dirigeantes une politique visant &#224; d&#233;tourner le m&#233;contentement social.&lt;br /&gt;
C'est vrai des autres nationalismes comme celui des dirigeants des musulmans bosniaques. En ao&#251;t 1994, &#224; Tuzla, dans la zone croato-musulmane, la population a essay&#233; de s'opposer &#224; la logique de tous les nationalismes, en constituant des &lt;i&gt;&#8220;partis citoyens&#8221;&lt;/i&gt; sans appartenance ethnique qui refusent la logique de l'&#233;puration. Ils seront battus par les forces militaires et politiques nationalistes du pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de l'imp&#233;rialisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1992, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain n'avait pas souhait&#233; que la Yougoslavie explose en petits morceaux du fait des risques que cela pouvait entra&#238;ner pour la stabilit&#233; de toute la r&#233;gion. En somme il avait plut&#244;t soutenu les efforts de Milosevic pour garder la mainmise sur le pays au nom de la F&#233;d&#233;ration Yougoslave et &#233;galement soutenu financi&#232;rement celle-ci puisque Milosevic affirmait sa volont&#233; d'appliquer les plans &#233;conomiques des autorit&#233;s financi&#232;res internationales. C'est seulement en avril 1992 que la position de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain s'est retourn&#233;e contre la Serbie en lui enjoignant d'arr&#234;ter sa guerre en Bosnie. &lt;br /&gt;
Cependant les Occidentaux en sont rest&#233;s au discours. Tout au plus, en mai 1992, l'ONU a-t-elle adopt&#233; des sanctions contre la Serbie&#8230; qu'elle n'a gu&#232;re cherch&#233; &#224; faire appliquer. En novembre 1992, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain se posait la question d'intervenir dans un conflit guerrier et a, para&#238;t-il, h&#233;sit&#233; entre la Somalie et la Bosnie. Ce serait Georges Bush qui aurait tranch&#233; pour la Somalie o&#249; les USA ont envoy&#233; 30 000 soldats. En France, le gouvernement a fait mine de se pr&#233;occuper de la population bosniaque, de s'int&#233;resser &#224; l'aide humanitaire ou &#224; la sauvegarde de la ville de Sarajevo o&#249; Mitterrand a m&#234;me &#233;t&#233; se promener. Mais le m&#234;me Mitterrand a refus&#233; de commenter les informations donn&#233;es par le pr&#233;sident bosniaque Alija Izetbegovitc sur les exactions commises par les troupes et groupes paramilitaire serbes, et a affirm&#233; n'en avoir jamais rien su, ce qui &#233;tait un aveu de complicit&#233; politique avec Milosevic.&lt;br /&gt;
En fait, ce ne sont pas les pays occidentaux mais c'est la population serbe elle-m&#234;me qui a toujours repr&#233;sent&#233; la principale menace pour Milosevic. Et d'abord en 1992. Le 9 mars 1992, jour anniversaire des &#233;meutes de 1991 du Kosovo durement r&#233;prim&#233;es, 40 000 personnes ont manifest&#233; &#224; Belgrade contre le r&#233;gime. Des organisations d&#233;mocratiques sont alors apparues. Le 14 juin suivant, &#224; Belgrade, des milliers de manifestants pacifistes ont manifest&#233; contre la guerre et demand&#233; l'amnistie des 200 000 insoumis arr&#234;t&#233;s. Le 15 juin 1992 les &#233;tudiants de Belgrade se sont mis en gr&#232;ve, r&#233;clamant la d&#233;mission de Milosevic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1995 : la &#8220;paix&#8221; de Dayton&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1995, les diverses troupes ont atteint les zones qui correspondent au rapport des forces militaires. Il ne reste plus &#224; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qu'&#224; arriver pour conclure la paix consistant essentiellement &#224; donner &#224; chaque chef de bande le territoire qu'il a conquis. Les intentions proclam&#233;es au d&#233;part, &#224; savoir le maintien de la Bosnie comme une entit&#233; et le refus du nettoyage ethnique sont all&#232;grement balay&#233;es aux accords de Dayton et les zones vont r&#233;ellement &#234;tre des zones ethniquement homog&#232;nes. Le regroupement des Croates et des musulmans Bosniaques n'est qu'une fiction de papier que les Am&#233;ricains ne cherchent pas &#224; faire appliquer. Quant aux chefs nationalistes, ces chefs de bandes de tueurs et de terroristes &#224; l'encontre des populations civiles, les Milosevic et les Tudjman comme les Izetbegovic, ils sont tous reconnus comme chefs d'Etats par l'imp&#233;rialisme. La seule pr&#233;occupation de celui-ci est de stabiliser un ordre durable avec des dirigeants qui sauront maintenir leur peuple sous leur f&#233;rule. Mais la paix n'est encore une fois que la pr&#233;paration de la nouvelle guerre, la quatri&#232;me, au Kosovo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1998 : la guerre au Kosovo&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le plus grand silence complice de la &#8220;communaut&#233; internationale&#8221; que Milosevic a pu lancer une grande offensive il y a six mois, lors de l'&#233;t&#233; 1998, contre les zones du Kosovo frontali&#232;res de l'Albanie. Sa m&#233;thode : le terrorisme des forces militaires et paramilitaires pratiquant le nettoyage ethnique en chassant les populations vers l'Albanie. &lt;br /&gt;
En juin 1998, 65 000 Kosovars expuls&#233;s ; 150 000 en ao&#251;t, 230 000 en septembre. A l'&#233;poque, les r&#233;fugi&#233;s n'avaient pas b&#233;n&#233;fici&#233; de la m&#234;me couverture m&#233;diatique que depuis l'intervention occidentale ! C'est que les Occidentaux comptaient s'arranger avec Milosevic et avaient planifi&#233; des n&#233;gociations &#224; Rambouillet pour faire la part du feu en octroyant une simple autonomie aux Kosovo en &#233;change de quoi les combattants kosovars devaient d&#233;poser les armes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu de Milosevic&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Milosevic ne pouvait pas, sans risquer d'&#234;tre renvers&#233; par son aile d'extr&#234;me droite, signer les accords de Rambouillet reconnaissant ne serait-ce que l'autonomie au Kosovo. Cela aurait voulu dire c&#233;der devant la petite arm&#233;e ind&#233;pendantiste des Kosovars, l'UCK, alors que Milosevic fondait toute son autorit&#233; sur l'inverse. Tout son pouvoir sur les diverses factions et bandes arm&#233;es nationalistes serbes a repos&#233; sur le fait qu'il a pris leur t&#234;te en 1987 sur la question justement de la domination par les Serbes du Kosovo qu'il avait proclam&#233; c&#339;ur historique des Serbes. &lt;br /&gt;
Milosevic a choisi de tenir t&#234;te aux Occidentaux parce qu'il a calcul&#233;, &#224; tort ou &#224; raison, qu'ils ne pourront se passer de lui et ne voudront pas le renverser. Il sait aussi qu'il lui sera bien plus facile vis-&#224;-vis de ses soutiens extr&#233;mistes serbes de para&#238;tre devoir c&#233;der plus tard aux forces militaires coalis&#233;es des pays les plus riches du monde qu'&#224; l'UCK. D'autant que les puissances occidentales n'ont visiblement pas l'intention de lui imposer l'ind&#233;pendance du Kosovo mais son partage entre une zone serbe qu'il est en train de nettoyer ethniquement sans que les Occidentaux ne l&#232;vent le petit doigt pour l'en emp&#234;cher, et une zone qui serait donn&#233;e &#224; l'Albanie. &lt;br /&gt;
C'est ainsi que sous couvert des bombardements, l'intervention militaire occidentale va probablement sauver la mise au pouvoir de Milosevic. Certes, il pourra perdre ainsi une partie du Kosovo, mais le conflit lui aura permis d'accentuer sa mainmise sur deux autres r&#233;gions qui mena&#231;aient de quitter la Serbie : le Mont&#233;n&#233;gro et la Vo&#239;vodine. Voil&#224; pourquoi Milosevic avait des raisons de penser qu'en d&#233;pit d'un rapport de forces militaires &#224; l'&#233;vidence d&#233;favorable, il avait &#224; gagner &#224; l'affrontement avec les grandes puissances. &lt;br /&gt;
L'intervention imp&#233;rialiste, loin d'aider la population &#224; se r&#233;volter contre Milosevic, lui coupe enti&#232;rement toutes ses possibilit&#233;s. Se dire contre Milosevic en Serbie aujourd'hui, c'est probablement appara&#238;tre comme favorable aux bombardements ! D&#232;s le d&#233;but de l'intervention occidentale, le dictateur s'est servi de la situation pour renforcer son pouvoir en d&#233;cr&#233;tant l'&#233;tat d'urgence, en interdisant toute expression d'opposition et en mena&#231;ant d'arr&#234;ter et de fusiller tout opposant. Il a imm&#233;diatement remplac&#233; les hommes politiques qui n'&#233;taient pas directement &#224; sa botte, y compris en rempla&#231;ant le chef des arm&#233;es et plusieurs g&#233;n&#233;raux. En tenant t&#234;te &#224; l'imp&#233;rialisme, Milosevic appara&#238;t comme celui qui se bat contre les puissances alli&#233;es pour la d&#233;fense des Serbes, comme celui qui r&#233;siste courageusement aux bombardements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons de l'intervention des puissances imp&#233;rialistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'imp&#233;rialisme, ce n'est pas pour du p&#233;trole, des mines, des plantations ni pour aucun objectif &#233;conomique qu'il intervient en Yougoslavie mais en tant que gendarme du monde. Comme au Rwanda ou en Somalie. C'est pour d&#233;fendre sa ma&#238;trise du monde et pr&#233;venir tout risque d'un vide du pouvoir cons&#233;cutif aux guerres civiles. C'est en particulier pour emp&#234;cher que les peuples aient la moindre vell&#233;it&#233; de croire que c'est &#224; eux de d&#233;cider quel est l'ordre qui leur convient le mieux. De ce point de vue, ce n'est pas la chute de Milosevic que visent les Occidentaux. Il veulent &#8220;l'ordre&#8221;, pas la d&#233;stabilisation de la Serbie avec tous les risques sociaux qu'elle repr&#233;sente.&lt;br /&gt;
L'objectif des grandes puissances dans cette guerre n'est pas li&#233; &#224; de simples questions d'int&#233;r&#234;ts locaux, de liens avec telle ou telle r&#233;gion, mais de faire une d&#233;monstration &#224; usage international. Les guerres du Golfe risquaient de ne pas avoir &#233;t&#233; d&#233;monstratives et l'imp&#233;rialisme a jug&#233; que la Yougoslavie pouvait &#234;tre un nouveau terrain pour affirmer son r&#244;le de gendarme international. Cela lui a paru d'autant plus opportun qu'avec l'aggravation de la situation &#233;conomique et sociale dans des continents entiers, une occasion un peu spectaculaire de sortir ses armes sophistiqu&#233;es se pr&#233;sentait. D'autant qu'on &#233;tait en Europe et que ce n'&#233;tait pas un mal pour l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain d'y affirmer son leadership mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles solutions pour les peuples des Balkans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, quelles solutions dans cet engrenage de violences et d'affrontements nationalistes pour les peuples de l'ex-Yougoslavie ? Pour les r&#233;volutionnaires, le renversement de Milosevic peut et doit venir du peuple serbe lui-m&#234;me et pas de l'intervention imp&#233;rialiste qui ne r&#233;soudra jamais les probl&#232;mes des peuples. Maintes fois la population serbe a contest&#233; le dictateur au nom de la d&#233;mocratie comme au nom des revendications sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hiver 1996-97 :&lt;br /&gt;
la population serbe s'oppose &#224; Milosevic&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des plus grands mouvements de contestation populaire serbe contre le r&#233;gime de Milosevic a dur&#233; trois mois. Il a touch&#233; toute la population. C'&#233;tait il y a seulement un an et demi, pendant l'hiver 1996-97. L&#224; encore, contrairement &#224; ce que la presse occidentale a choisi de relever, tout a commenc&#233; au sein de la classe ouvri&#232;re serbe. &lt;br /&gt;
C'est au printemps 1996 que les mouvements sociaux ont d&#233;marr&#233; du fait des sacrifices &#233;conomiques que le pouvoir entendait faire supporter aux travailleurs. Il y a eu une mont&#233;e des luttes se succ&#233;dant les unes aux autres_ : gr&#232;ve des enseignants, protestation ouvri&#232;re massive &#224; Nis, la deuxi&#232;me ville de Serbie, gr&#232;ve des personnels de sant&#233;, et bien d'autres. Ce m&#233;contentement s'est traduit par un recul important des voix pour les partis de la coalition de Milosevic (qui comprend essentiellement en plus de son propre parti et de celui de sa femme, le groupe d'extr&#234;me droite de Seselj) aux &#233;lections municipales de novembre. 189 mairies de grandes villes, dont Belgrade, ont &#233;t&#233; gagn&#233;es par l'opposition dite d&#233;mocratique. Le pouvoir a refus&#233; les r&#233;sultats et il en est r&#233;sult&#233; un grand mouvement de contestation politique dans la rue qui a dur&#233; trois mois avec des manifestations dans toutes les villes, dont certaines de plusieurs centaines de milliers de personnes. Voil&#224; qui fait justice de la th&#232;se selon laquelle tous les Serbes sont derri&#232;re Milosevic. Il faut rappeler que les voix du parti de Milosevic au parlement serbe n'avaient cess&#233; de chuter, passant de 190 si&#232;ges sur 250 en 1990, &#224; 123 en 1993 et &#224; 110 en 1997.&lt;br /&gt;
Le mouvement de contestation a mobilis&#233; les &#233;tudiants et la petite bourgeoisie des villes. C'&#233;tait un mouvement massif et d&#233;termin&#233; qui pouvait entra&#238;ner avec lui toute une fronde sociale et menacer r&#233;ellement le pouvoir. Mais tel n'&#233;tait pas le but des dirigeants politiques qui se sont propuls&#233;s &#224; sa t&#234;te o&#249; l'on retrouvait ceux qui avaient gagn&#233; les &#233;lections municipales contre Milosevic : le royaliste et nationaliste Vuk Draskovic, le nationaliste Zoran Dzindzic et Vesna Pesic, l'une des rares opposantes &#224; prendre au d&#233;but du conflit yougoslave des positions r&#233;solument pacifistes et anti-nationalistes, pour finalement se rallier en 1996 &#224; une coalition avec les leaders pr&#233;c&#233;dents. &lt;br /&gt;
Aucun de ces leaders n'a jamais cherch&#233; &#224; s'adresser aux travailleurs. Ce sont au contraire de chauds partisans des privatisations et des sacrifices pour les travailleurs. Du coup, ces derniers, qui avaient contribu&#233; au succ&#232;s &#233;lectoral des leaders de l'opposition, n'ont pas r&#233;ellement particip&#233; &#224; la mobilisation. Un travailleur interview&#233; d&#233;clarait qu'&#8220;&lt;i&gt; il&lt;/i&gt; &lt;i&gt;n'avait pas assez confiance dans ces leaders pour risquer son emploi en entrant en lutte.&lt;/i&gt; &#8221;&lt;br /&gt;
Depuis, les dirigeants politiques de l'opposition ont obtenu en partie gain de cause et certains comme Vuk Draskovic ont m&#234;me rejoint le gouvernement de Milosevic. La population n'en fut que plus d&#233;courag&#233;e. Mais cela ne signifie pas qu'aujourd'hui, comme ont vite fait de le dire les m&#233;dias, qu'elle est tout enti&#232;re derri&#232;re Milosevic. Hormis le spectacle de rock &#224; Belgrade, les rassemblements nationalistes organis&#233;s par le pouvoir ont rassembl&#233; peu de monde : quelques centaines de personnes. Rien &#224; voir avec les grandes mobilisations nationalistes serbes des ann&#233;es 1987-89.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique qui a manqu&#233;&lt;br /&gt; &#224; la classe ouvri&#232;re de Serbie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se selon laquelle tous les Serbes acquiescent &#224; un nationalisme exacerb&#233; et au racisme anti-albanais est compl&#232;tement mensong&#232;re. Ce sont les bandes arm&#233;es et les dirigeants politiques serbes qui ont lanc&#233; la guerre &#224; outrance, appuy&#233;s par quelques intellectuels fascistes. Ils ont commenc&#233; par mener une politique visant &#224; terroriser toute opposition. &lt;br /&gt;
Pour les combattre, il aurait fallu &#224; la population une politique autrement combative et offensive que celle des d&#233;mocrates ou pr&#233;tendus tels, une politique qui ne pactise nullement avec le nationalisme et surtout une politique capable de mobiliser la classe ouvri&#232;re. Les occasions o&#249; la population s'est mobilis&#233;e et o&#249; le pouvoir pouvait &#234;tre contest&#233; ont &#233;t&#233; manqu&#233;es. La classe ouvri&#232;re n'a pas jou&#233; le r&#244;le qui aurait pu &#234;tre le sien_ : prendre la t&#234;te des couches petites bourgeoises d&#233;stabilis&#233;es par la crise. Du coup, cela a laiss&#233; le chemin libre aux nationalistes d'extr&#234;me droite qui ont pu y recruter massivement. &lt;br /&gt;
La seule perspective efficace pour les travailleurs, serait de se d&#233;barrasser de leurs chefs nationalistes, de d&#233;sarmer les bandes d'extr&#234;me droite et de faire basculer les soldats des forces arm&#233;es r&#233;guli&#232;res de leur c&#244;t&#233;. Alors seulement on pourra parler de mise en place d'un r&#233;gime d&#233;mocratique dans lequel la population pourrait elle-m&#234;me d&#233;cider du r&#233;gime politique sous lequel elle veut vivre. Un tel r&#233;gime ne signifie pas n&#233;cessairement la constitution de toutes petites unit&#233;s nationales, non viables &#233;conomiquement, car les peuples peuvent avoir leur organisation politique ind&#233;pendante et constituer un f&#233;d&#233;ration qui leur permette de construire des liens &#233;conomiques tout en reforgeant la confiance entre les peuples meurtris par les guerres.&lt;br /&gt;
Cette perspective n&#233;cessite que des hommes et des femmes de Serbie comme de Croatie, du Kosovo comme de Bosnie l&#232;vent un tout autre drapeau que celui de la d&#233;fense d'un seul peuple, m&#234;me opprim&#233;, celui de la d&#233;fense de tous les opprim&#233;s et de tous les exploit&#233;s. En somme celui d'un parti ouvrier r&#233;volutionnaire affirmant qu'il y a un autre combat &#224; mener que celui contre les opprim&#233;s d'une autre nation, celui contre les classes dirigeantes et leurs repr&#233;sentants politiques, y compris ceux qui se cachent derri&#232;re le masque de la d&#233;mocratie. C'est de tels partis qui ont fait si cruellement d&#233;faut dans les mobilisations pass&#233;es de la classe ouvri&#232;re et qu'il est indispensable et urgent de b&#226;tir, en Yougoslavie comme partout dans ce monde capitaliste fauteur de guerres et de mis&#232;re.&lt;br /&gt;
M&#234;me si des occasions ont &#233;t&#233; manqu&#233;es par la classe ouvri&#232;re, il peut y en avoir d'autres, y compris des occasions r&#233;volutionnaires de r&#233;ellement changer l'ordre des choses. L'imp&#233;rialisme craint d'ailleurs avant tout une telle perspective. C'est m&#234;me la principale raison de son intervention. Cette guerre permanente dans les Balkans, l'imp&#233;rialisme sait qu'elle peut aussi d&#233;boucher sur une intervention directe des exploit&#233;s et de tous les opprim&#233;s au cas o&#249; une d&#233;stabilisation de l'un des r&#233;gimes nationalistes conduirait &#224; un vide du pouvoir.&lt;br /&gt;
Face &#224; la barbarie guerri&#232;re des Milosevic et autres d&#233;magogues nationalistes, les peuples n'ont d'autre solution que de se battre pour les renverser. En un mot de se r&#233;soudre &#224; la solution r&#233;volutionnaire. Il n'est d'ailleurs pas impossible que la guerre puisse d&#233;boucher sur des situations o&#249; le pouvoir est d&#233;stabilis&#233;. L'impr&#233;vu n'est pas impossible. M&#234;me sans le souhaiter, les imp&#233;rialistes peuvent provoquer la chute d'un Milosevic et la population serbe intervenir pour ne pas voir un dictateur aussi pourri le remplacer. &lt;br /&gt;
Et m&#234;me si ce n'est pas un tel sc&#233;nario qui se produit, l'int&#233;r&#234;t des travailleurs serbes n'est certainement pas de se mettre du m&#234;me c&#244;t&#233; que leur oppresseur. Car s'il est un point qu'il faut toujours rappeler, c'est que Milosevic est d'abord un dictateur contre les Serbes eux-m&#234;mes. Si on n'entend aujourd'hui que des voix serbes en sa faveur, c'est que les autres sont pour l'heure r&#233;prim&#233;es et musel&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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