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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Les premi&#232;res r&#233;voltes contre le colonialisme fran&#231;ais au Vietnam</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
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&lt;p&gt;Les barbares coupeurs de t&#234;tes sont l'arm&#233;e fran&#231;aise et les colonisateurs fran&#231;ais !!! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les premi&#232;res r&#233;voltes contre le colonialisme fran&#231;ais au Vietnam &lt;br class='autobr' /&gt;
Les apports bienfaiteurs de la civilisation coloniale fran&#231;aise en Indochine &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la m&#233;moire des Fran&#231;ais, la violence militaire, au Vi&#234;t Nam, est celle de la guerre d'Indochine. On a oubli&#233; la violence de la conqu&#234;te, celle de la premi&#232;re guerre du Vi&#234;t Nam, dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, d'abord en Cochinchine d&#232;s la prise (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot291" rel="tag"&gt;Indochine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot296" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les barbares coupeurs de t&#234;tes sont l'arm&#233;e fran&#231;aise et les colonisateurs fran&#231;ais !!!&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15964 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/TetesPiratesDecapites1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/TetesPiratesDecapites1.jpg' width=&#034;824&#034; height=&#034;525&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15963 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/LaGuerreduTonkin.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/LaGuerreduTonkin.jpg' width=&#034;999&#034; height=&#034;691&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/-2054-3614b.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;375&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les premi&#232;res r&#233;voltes contre le colonialisme fran&#231;ais au Vietnam&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4318&#034;&gt;Les apports bienfaiteurs de la civilisation coloniale fran&#231;aise en Indochine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#233;moire des Fran&#231;ais, la violence militaire, au Vi&#234;t Nam, est celle de la guerre d'Indochine. On a oubli&#233; la violence de la conqu&#234;te, celle de la premi&#232;re guerre du Vi&#234;t Nam, dans la deuxi&#232;me moiti&#233; du XIXe si&#232;cle, d'abord en Cochinchine d&#232;s la prise de Tourane en 1858, mais surtout au Tonkin, entre 1882 et 1896. Le docteur Jules Harmand, d&#233;l&#233;gu&#233; du Tonkin en 1883, r&#233;sume le mot d'ordre de la conqu&#234;te fran&#231;aise : &#8220; moyen barbare, mais efficace ! &#8221; (cit&#233; dans Barnhart, 1999, p. 1041). Les combats au Tonkin ouvrent indiscutablement une longue p&#233;riode de sauvagerie. Cette guerre qui nous est bien connue gr&#226;ce aux travaux de Charles Fourniau, mobilise, au milieu des ann&#233;es 1880, un corps exp&#233;ditionnaire de 30 000 soldats venus de France et de 6500 tirailleurs tonkinois qui avec la rotation n&#233;cessaire des hommes mobilise 100 000 hommes (Fourniau, p. 20). Le corps exp&#233;ditionnaire, s'organise en colonnes qui s&#232;ment la terreur. Les pratiques guerri&#232;res de ces colonnes nous sont bien connues par les journaux de marche et les t&#233;moignages de certains combattants : apr&#232;s avoir lev&#233; des coolies sous menace de mort, les troupes coloniales r&#233;quisitionnent les vivres et le b&#233;tail, incendient les villages, ex&#233;cutent sommairement prisonniers et civils. C'est le r&#232;gne de la &#171; ba&#239;onn&#233;tade &#187;, dans la langue des militaires. Lors de la prise de la citadelle de Hano&#239; en 1882, Jules Petitjean Roget t&#233;moigne : &#8220; mes soldats ont fait un massacre &#233;pouvantable &#224; la ba&#239;onnette &#8221;, passant en moins d'une minute une soixantaine de combattants &#224; l'arme blanche. C'est aussi une guerre sans piti&#233;, les prisonniers, fr&#233;quemment bless&#233;s, sont imm&#233;diatement ex&#233;cut&#233;s (J. Petitjean Roget, op. cit.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prise de Hu&#233;, les 4 et 5 Juillet 1885, fait 11 morts fran&#231;ais et 1500 morts vi&#234;tnamiens dont un grand nombre de civils. La brutalit&#233; des chiffres souligne la sup&#233;riorit&#233; technique des troupes coloniales, disposant d'une artillerie de longue port&#233;e et de fusils &#224; chargement ventral et rapide. Mais ce n'est pas toujours le cas. Si les soldats de la citadelle de Hano&#239; se battent avec des fusils &#224; pierre ou m&#234;me &#224; m&#232;che, ils disposent de plus de deux cents tr&#232;s bons canons. La prise de Son T&#226;y en 1883 voit les forces fran&#231;aises affronter des troupes chinoises notamment, arm&#233;es de fusils &#224; r&#233;p&#233;tition, de carabines anglaises et am&#233;ricaines, disposant de canons. Mais l&#224; aussi, comme lors de la prise de Hano&#239;, l'utilisation en tir tendu de ces canons les rend inefficaces (J. Petitjean Roget, op. cit.). Autre trait d'in&#233;galit&#233; des forces en pr&#233;sence, l'artillerie d&#233;fensive des Vi&#234;tnamiens, &#224; faible rayon d'action, ne fait pas le poids devant les grosses pi&#232;ces de marine. Pierre Loti relate en ces termes, dans le Figaro du 28 septembre 1883, le bombardement des forts qui gardent la rivi&#232;re de Hu&#233;, le 19 ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e : &#8220; Pas de roulis aujourd'hui ; les pi&#232;ces de l'escadre, parfaitement point&#233;es, portent toutes en plein sur les batteries annamites, qui doivent &#234;tre &#233;cras&#233;es. &#192; chacun de nos coups, on voit voler des tourbillons de sable et de pierres. Leur feu ne tient pas dix minutes. Au bout d'une demi-heure, nous cessons aussi le n&#244;tre, la terre ne r&#233;pond plus &#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois le Vi&#234;t Nam &#171; pacifi&#233; &#187;, c'est encore &#224; l'arm&#233;e qu'on fait appel, en cas de d&#233;sordres graves. En 1909, la tentative d'empoisonnement de la garnison de Hano&#239; conduit les tribunaux &#224; prononcer des centaines de d&#233;capitation. Surtout, en 1930-31, la r&#233;pression militaire des mouvements nationalistes d&#233;bouche fr&#233;quemment sur des massacres. Ainsi, en septembre 1930, dans le centre du Vi&#234;t Nam, les aviateurs, autoris&#233;s par une circulaire du R&#233;sident sup&#233;rieur de l'Annam &#224; bombarder sans sommation tout attroupement, incendient les villages &#171; coupables &#187;, faisant plusieurs milliers de morts : &#8220; Un des aviateurs, revenu apr&#232;s quelques jours au dessus du th&#233;&#226;tre de ses exploits disait : &#171; Cela puait tellement que l&#224; haut m&#234;me j'en &#233;tait malade &#187; &#8221; (Viollis, p. 106). De m&#234;me, en d&#233;cembre 1930, pr&#232;s de la ville de Quang-Nai, au sud de Hu&#233;, une r&#233;union nocturne de 7 &#224; 800 indig&#232;nes, est mitraill&#233;e. Les tirs &#224; bout portant font 130 morts (Viollis, p. 69). La L&#233;gion &#233;trang&#232;re, dans la province centrale du Nghe Tinh, s'est particuli&#232;rement illustr&#233;e dans l'horreur, certains l&#233;gionnaires se vantant d'avoir d&#233;capit&#233; &#224; la scie leurs prisonniers (Le Petit Populaire du Tonkin, 15 mars 1931, cit&#233; dans Barnhart, p. 876).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1945, les troupes fran&#231;aises charg&#233;es de la &#171; pacification &#187; agissent avec la m&#234;me barbarie aveugle. Ngo Van cite le t&#233;moignage de l'ethnologue Jeanne Cuisinier qui, en 1945, entend un lieutenant de la L&#233;gion &#233;trang&#232;re raconter en ces termes son dernier engagement : &#8220; Nous avons eu des pertes, mais nous avons bien r&#233;pondu, et nous avons fait du d&#233;g&#226;t. Sur six kilom&#232;tres de profondeur, il ne reste rien ; des canards jusqu'au buffles, en passant par les femmes et les enfants, nous avons tout nettoy&#233; &#8221; (Ngo Van, 1995, p. 362). Un an apr&#232;s, le 23 Novembre 1946, le bombardement de Haiphong fait probablement 6000 morts, pour l'essentiel des civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la violence militaire ponctue la pr&#233;sence fran&#231;aise en Indochine, la violence polici&#232;re s'exerce quant &#224; elle quotidiennement. Dans les prisons, alors que les condamn&#233;s de droit commun, escrocs, voleurs et assassins, fran&#231;ais et indiens, sont convenablement trait&#233;s, il n'en est pas de m&#234;me pour les prisonniers politiques vi&#234;tnamiens, entre autres &#224; Hano&#239; : &#8220; ils sont environ 1500 dans des locaux destin&#233;s &#224; abriter 500 d&#233;tenus, entass&#233;s dans des salles empuanties par des tinettes, insuffisamment &#233;clair&#233;es et a&#233;r&#233;es ; aucun droit &#224; la cantine, point de visites, point de lecture ; ce n'est qu'en cas de maladies graves et souvent quand il est trop tard que les politiques indig&#232;nes ont droit &#224; l'infirmerie &#8221; (Viollis, p. 18). La palme de l'ignominie peut &#234;tre attribu&#233;e au c&#233;l&#232;bre bagne de Poulo Condor. Le commandant Tesseyre, ex-directeur de Poulo Condor, en 1946, d&#233;clare devant la commission interminist&#233;rielle d'enqu&#234;te sur les responsabilit&#233;s en Indochine : &#8220; Il y avait 5000 bagnards [sous Decoux, 1940-1945]. Le mois de mon arriv&#233;e, il y a eu 172 d&#233;c&#232;s, un peu plus que la moyenne d'une ann&#233;e d'autrefois &#8230; Un m&#233;decin indochinois &#8230; m'a d&#233;clar&#233; qu'il lui &#233;tait arriv&#233;, au matin, 5 cadavres au bagne politique &#8221; (cit&#233; par Ngo Van, 1995, p. 477).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pratique courante et corrobor&#233;e par d'innombrables t&#233;moignages, celle de la torture : tortures classiques, privation d'eau et de nourriture, coups de rotin sur les chevilles et la plante des pieds, tenailles appliqu&#233;es aux tempes ; torture plus raffin&#233;es invent&#233;es par la S&#251;ret&#233; de Cholon : introduction de coton que l'on br&#251;le ensuite dans des plaies faites avec des lames de rasoir, introduction dans le canal urinaire d'un fil de fer en tire-bouchon que l'on retire brusquement ; enfin, toute une gamme de tortures &#224; l'&#233;lectricit&#233;, pratiqu&#233;es journellement en 1931, par le commissariat de Binh Dong, &#224; Cholon (Viollis, p. 21). Les femmes sont &#233;galement soumises &#224; la torture, notamment les jeunes filles : &#8220; De jeunes conga&#239;es de seize &#224; dix-huit ans sont amen&#233;es de nuit &#224; la d&#233;l&#233;gation : viols, pendaison par les orteils, flagellation sur les cuisses et la plante des pieds, introduction de nids de fourmis rouges dans les parties intimes, leurs bras et leurs jambes attach&#233;es, jusqu'&#224; ce qu'elles avouent faire partie d'un groupement communiste &#8221; (Viollis, p. 22).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://indomemoires.hypotheses.org/3256&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que se d&#233;roule le soul&#232;vement cambodgien, les Fran&#231;ais sont toujours confront&#233;s, au Vietnam, &#224; l'insurrection C&#7847;n V&#432;&#417;ng. En Annam, la r&#233;volte est g&#233;n&#233;rale d&#232;s 1885, et les partisans de l'empereur d&#233;chu H&#224;m Nghi et du r&#233;gent T&#244;n Th&#7845;t Thuy&#7871;t tiennent des provinces au Nord. Jusqu'en 1888, les Fran&#231;ais et leurs suppl&#233;tifs vietnamiens ne parviennent qu'&#224; emp&#234;cher la concentration des gu&#233;rillas. Mais, malgr&#233; les difficult&#233;s que rencontrent les colonisateurs, ils peuvent compter sur le soutien des populations chr&#233;tiennes qui sont victimes de massacres commis par les insurg&#233;s. Le mouvement est affaibli par le d&#233;part de T&#244;n Th&#7845;t Thuy&#7871;t pour la Chine en 1887, puis par la capture de H&#224;m Nghi en novembre 1888 (l'ex-empereur est alors d&#233;port&#233; en Alg&#233;rie). L'insurrection, toujours men&#233;e au nom du souverain captif, continue cependant sous la direction de chefs comme T&#7889;ng Duy T&#226;n, Phan &#272;&#236;nh Ph&#249;ng, et plus tard Ho&#224;ng Hoa Th&#225;m dit le &#272;&#7873; Th&#225;m. Ce n'est qu'&#224; partir de 1891 que la &#171; pacification &#187; commence &#224; remporter de r&#233;els succ&#232;s en Annam et au Tonkin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ann&#233;es, le C&#7847;n V&#432;&#417;ng d&#233;cline et finit par s'&#233;teindre, victime de la sup&#233;riorit&#233; technologique des Europ&#233;ens, de sa propre absence d'unit&#233;, et d'un manque de r&#233;el projet politique. L'insurrection se limite en effet &#224; d&#233;fendre la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir imp&#233;rial, alors m&#234;me que les Nguy&#7877;n ne font plus l'unanimit&#233;, et que les Fran&#231;ais parviennent progressivement &#224; gagner le soutien du mandarinat. Le retrait des Chinois d&#232;s 1885, puis le rapprochement franco-chinois au moment de la guerre sino-japonaise de 1894, privent les insurg&#233;s de ravitaillement et de points de repli. La d&#233;fection de la cour imp&#233;riale, qui se range aux c&#244;t&#233;s des Fran&#231;ais, ach&#232;ve d'enlever au mouvement C&#7847;n V&#432;&#417;ng toute perspective politique. Ce ralliement de la cour, qui souhaite maintenir co&#251;te que co&#251;te la dynastie, aboutit &#233;galement sur le long terme &#224; discr&#233;diter la monarchie confuc&#233;enne, en rompant le lien entre l'empereur &#8212; qui semble, aux yeux de la population, avoir perdu le mandat c&#233;leste &#8212; et la nation vietnamienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re campagne militaire contre les insurg&#233;s vietnamiens a lieu en 1895-1896, apr&#232;s quoi les Fran&#231;ais sont r&#233;ellement ma&#238;tres du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1887, deux pouvoirs fran&#231;ais coexistent dans la p&#233;ninsule indochinoise : celui du gouverneur de la Cochinchine, subordonn&#233; au d&#233;partement des colonies et qui a par ailleurs autorit&#233; sur le protectorat du Cambodge, et celui du r&#233;sident sup&#233;rieur d'Annam-Tonkin, subordonn&#233; au minist&#232;re des Affaires &#233;trang&#232;res. En outre, la Cochinchine, pass&#233;e &#224; un gouvernement civil en 1879, dispose depuis 1880 d'un Conseil colonial, &#233;lu par les Fran&#231;ais vivant sur place &#8212; qui sont &#224; l'&#233;poque environ deux mille colons, n&#233;gociants, hommes d'affaires et fonctionnaires divers &#8212; et par un coll&#232;ge indig&#232;ne restreint. Les porte-parole du Conseil colonial d&#233;fendent l'autonomie budg&#233;taire et douani&#232;re de la colonie, et font obstacle aux projets de centralisation. La n&#233;cessit&#233; de soumettre l'Indochine &#224; l'autorit&#233; directe du gouvernement, indispensable pour arbitrer entre les int&#233;r&#234;ts, aboutit cependant &#224; la naissance de l'Union indochinoise, cr&#233;&#233;e par les d&#233;crets des 17 et 20 octobre 1887. Cette nouvelle entit&#233;, plac&#233;e sous l'autorit&#233; d'un gouverneur g&#233;n&#233;ral, est rattach&#233;e par un nouveau d&#233;cret du 21 avril 1891 &#224; l'administration des colonies, alors fief des &#171; opportunistes &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1911, le renouveau de l'agitation politique en Indochine et les informations relatives &#224; l'&#171; hostilit&#233; sourde &#187; des indig&#232;nes conduisent le gouvernement de Joseph Caillaux &#224; nommer le d&#233;put&#233; radical Albert Sarraut au poste de gouverneur g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empereur Th&#224;nh Th&#225;i monte sur le tr&#244;ne d'Annam en 1889, apr&#232;s la mort pr&#233;matur&#233;e de &#272;&#7891;ng Kh&#225;nh. S'&#233;tant r&#233;v&#233;l&#233; une personnalit&#233; peu maniable, il est tax&#233; de folie puis contraint en 1907 &#224; l'abdication et &#224; l'exil. Son fils Duy T&#226;n, &#226;g&#233; de sept ans, lui succ&#232;de. En 1916, Duy T&#226;n, encore adolescent, s'&#233;chappe du palais imp&#233;rial pour rejoindre les insurg&#233;s qui continuent de s'opposer aux Fran&#231;ais. Captur&#233;, il est contraint &#224; l'exil comme son p&#232;re. Avec l'assentiment des Fran&#231;ais, les dignitaires de la cour choisissent alors pour lui succ&#233;der Kh&#7843;i &#272;&#7883;nh, un fils de &#272;&#7891;ng Kh&#225;nh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, les Fran&#231;ais mettent progressivement sur pied un appareil militaire et s&#233;curitaire garantissant leur mainmise sur l'Indochine. La police, la gendarmerie et la justice fran&#231;aises implantent leurs services dans la colonie. Les tribunaux indig&#232;nes sont doubl&#233;s par des tribunaux fran&#231;ais ; &#224; partir de 1896, des juridictions d'exception, les commissions criminelles, sont institu&#233;es pour juger les atteintes &#224; la s&#233;curit&#233; des protectorats. De nombreuses prisons sont cr&#233;&#233;es, dont la plus c&#233;l&#232;bre est le bagne de Poulo Condor, ouvert d&#232;s 1862 et o&#249; sont d&#233;tenus au fil des d&#233;cennies de nombreux opposants &#224; la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La brutalit&#233; des conditions de d&#233;tention fut reconnue par les autorit&#233;s coloniales. Le commandant Tisseyre, qui dirigea le bagne durant la Seconde Guerre mondiale, t&#233;moigne : &#171; Il y avait 5 000 bagnards. On les laissait mourir (&#8230;). Le mois de mon arriv&#233;e, 172 d&#233;c&#232;s ; c'&#233;taient des locaux pour 25 ou 30 d&#233;tenus ; j'en ai trouv&#233; 110, 120, 130. Un m&#233;decin indochinois m'a racont&#233; qu'il lui &#233;tait arriv&#233; de trouver un matin sept cadavres au bagne des politiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rents r&#233;giments de tirailleurs indochinois sont form&#233;s rapidement. Les premi&#232;res compagnies de tirailleurs cochinchinois sont organis&#233;es par le colonel Reybaud d&#232;s 1879 et entrain&#233;es par le capitaine Th&#233;ophile Pennequin. Ces hommes furent envoy&#233;s au Tonkin en 1881 et contribu&#232;rent &#224; former les premiers r&#233;giments de tirailleurs tonkinois qui furent utilis&#233; lors de l'exp&#233;dition du Tonkin et dans les campagnes de &#171; pacification &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;chec du mouvement C&#7847;n v&#432;&#417;ng et le d&#233;clin du principe de mandat c&#233;leste, le nationalisme vietnamien s'impr&#232;gne des id&#233;es et du vocabulaire modernes : les notions de patriotisme et d'&#201;tat national font leur apparition dans la langue vietnamienne. C'est dans la g&#233;n&#233;ration des intellectuels ayant v&#233;cu l'insurrection contre les Fran&#231;ais qu'apparaissent les personnalit&#233;s qui portent, au d&#233;but du XXe si&#232;cle, les id&#233;es ind&#233;pendantistes. Phan B&#7897;i Ch&#226;u, issu d'une famille de lettr&#233;s, refuse ainsi le poste qui lui &#233;tait destin&#233; pour se consacrer &#224; la lutte patriotique ; en 1905, il s'exile au Japon, pays qui suscite alors les espoirs des nationalistes asiatiques, et noue des contacts avec des mouvements r&#233;volutionnaires comme le Tongmenghui chinois de Sun Yat-sen. Install&#233; &#224; Ta&#239;wan &#8212; alors possession japonaise &#8212; Phan B&#7897;i Ch&#226;u y est rejoint par un membre de la famille imp&#233;riale vietnamienne, le prince C&#432;&#7901;ng &#272;&#7875;. Ce dernier, qui revendique d&#232;s lors le tr&#244;ne, apporte aux ind&#233;pendantistes la l&#233;gitimit&#233; monarchique. En 1906, les deux hommes cr&#233;ent le Vi&#7879;t Nam Duy T&#226;n H&#7897;i (Soci&#233;t&#233; pour un nouveau Vietnam). Phan B&#7897;i Ch&#226;u publie ensuite des pamphlets contre la domination fran&#231;aise, parmi lesquels Lettre d'outre-mer &#233;crite avec du sang qui conna&#238;t &#224; l'&#233;poque un grand retentissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Indochine m&#234;me, les id&#233;es nationalistes profitent de l'essor de la presse pour s'exprimer, notamment dans le journal Luc Tinh Tan Van, que dirige Gilbert Chi&#7871;u. Une autre figure du nationalisme annamite, Phan Ch&#226;u Trinh, anime un courant ind&#233;pendantiste qui se m&#233;fie du militarisme japonais comme du traditionalisme confuc&#233;en, et pr&#244;ne au contraire la modernisation du Vietnam ; si Phan B&#7897;i Ch&#226;u compte sur l'aide du Japon pour lib&#233;rer le pays, Phan Ch&#226;u Trinh est oppos&#233; &#224; la violence et veut faire surgir le progr&#232;s et la d&#233;mocratie au sein de la soci&#233;t&#233; colonis&#233;e, en nouant des alliances avec les &#233;l&#233;ments lib&#233;raux de la colonisation. Il contribue, par ailleurs, &#224; remettre en usage, pour d&#233;signer le pays, le nom ancien de Vietnam plut&#244;t que celui d'Annam utilis&#233; par les Chinois puis par les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;position par les Fran&#231;ais de l'empereur Th&#224;nh Th&#225;i, en 1907, donne aux nationalistes l'occasion d'agir. L'ann&#233;e suivante, une s&#233;rie de mouvements insurrectionnels &#233;clatent au Centre-Annam, &#224; Hano&#239; et en Cochinchine. C'est au Tonkin, o&#249; le chef rebelle Ho&#224;ng Hoa Th&#225;m reprend lui aussi les armes, que la situation est la plus s&#233;rieuse. Le 27 juin 1908, les cuisiniers indig&#232;nes tentent d'empoisonner la garnison de Hano&#239; afin de permettre &#224; Ho&#224;ng Hoa Th&#225;m de prendre la ville. Le complot est &#233;vent&#233;, mais provoque un vent de panique : la police multiplie les arrestations de lettr&#233;s et de suspects, parmi lesquels Phan Ch&#226;u Trinh. C&#432;&#7901;ng &#272;&#7875; et Phan B&#7897;i Ch&#226;u sont condamn&#233;s &#224; mort par contumace. L'universit&#233; de Hano&#239;, que le gouverneur avait ouverte un an plus t&#244;t, est ferm&#233;e et ne rouvre qu'en 1917. Les insurrections sont finalement &#233;cras&#233;es, et les Fran&#231;ais obtiennent du Japon qu'il expulse Phan B&#7897;i Ch&#226;u et C&#432;&#7901;ng &#272;&#7875;, qui doivent se r&#233;fugier en Chine. Quelques ann&#233;es plus tard, la r&#233;volution chinoise de 1911 incite les leaders nationalistes &#224; reprendre leurs activit&#233;s : ils cr&#233;ent une nouvelle organisation, la Vi&#7879;t Nam Quang Ph&#7909;c H&#7897;i (Association pour la restauration du Vietnam) ainsi qu'un gouvernement en exil pr&#233;sid&#233; par C&#432;&#7901;ng &#272;&#7875;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plus de trois ans, des attaques sporadiques et des attentats ont lieu en Indochine, principalement au Tonkin. Ho&#224;ng Hoa Th&#225;m continue la lutte jusqu'&#224; son assassinat en f&#233;vrier 1913. Le gouverneur g&#233;n&#233;ral Albert Sarraut, nomm&#233; pour r&#233;former l'Indochine et qui avait annonc&#233; son intention d'am&#233;liorer le sort des indig&#232;nes, &#233;chappe en avril 1913 &#224; un attentat &#224; la bombe. Les id&#233;es nationalistes gagnent jusqu'au jeune empereur annamite Duy T&#226;n qui, en 1916, s'enfuit du palais pour tenter de rejoindre des insurg&#233;s. Repris, il est d&#233;tr&#244;n&#233; et exil&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin ao&#251;t 1917, une insurrection &#233;clate &#224; Th&#225;i Nguy&#234;n, bourgade situ&#233;e &#224; 70 kilom&#232;tres au nord de Hano&#239; et o&#249; se trouve un p&#233;nitencier. Bien que la politique y joue un r&#244;le, l'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur semble cependant avoir &#233;t&#233; le comportement des officiers locaux. Ce sont en effet les brimades et les mauvais traitements qui poussent les soldats indig&#232;nes &#224; se soulever ; incit&#233;s &#224; la r&#233;volte par des d&#233;tenus politiques, ils tuent leurs sup&#233;rieurs fran&#231;ais et lib&#232;rent les prisonniers. Environ 300 insurg&#233;s tiennent la ville pendant cinq jours, jusqu'&#224; l'intervention des troupes. La r&#233;bellion est &#233;cras&#233;e, mais des groupes de mutins continuent cependant &#224; agir dans la province jusqu'en janvier 1918.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1920, une g&#233;n&#233;ration de nationalistes annamites cesse le combat. Phan B&#7897;i Ch&#226;u est arr&#234;t&#233; en 1925 dans la concession fran&#231;aise de Shanghai ; condamn&#233; &#224; mort, il est graci&#233; par le gouverneur Varenne et assign&#233; &#224; r&#233;sidence &#224; Hu&#233;. Il finit par se faire l'ap&#244;tre de la collaboration franco-annamite. Phan Ch&#226;u Trinh, apr&#232;s des ann&#233;es de prison puis d'exil en France, est autoris&#233; &#224; rentrer en Indochine en 1925 mais, malade, il meurt l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, cependant, les discours de Sarraut sur la collaboration franco-annamite, ainsi que les principes wilsoniens sur le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, &#233;veillent un espoir au sein de la soci&#233;t&#233; civile vietnamienne, qui attend de la France qu'elle accorde au Vietnam un statut conforme aux souhaits de ses nouvelles classes sup&#233;rieures. Les &#233;lites indig&#232;nes expriment d&#233;sormais leurs dol&#233;ances par le biais de partis politiques : en 1923, l'ing&#233;nieur agronome et patron de presse B&#249;i Quang Chi&#234;u fonde le Parti constitutionnaliste, une formation nationaliste et l&#233;galiste influenc&#233;e par les id&#233;es de Phan Ch&#226;u Trinh. Expression de la bourgeoisie cochinchinoise, ce parti r&#233;clame pour les Annamites davantage de libert&#233;s et une place dans la direction du pays. Le th&#233;oricien politique Ph&#7841;m Qu&#7923;nh, inspir&#233; de Barr&#232;s et Maurras, pr&#244;ne un renouvellement des institutions annamites et une association loyale avec la France : ses id&#233;es, bien que mod&#233;r&#233;es, &#233;veillent la m&#233;fiance des colons qui le consid&#232;rent comme un dangereux nationaliste. L'empereur Kh&#7843;i &#272;&#7883;nh, dont les id&#233;es sont proches de celles de Ph&#7841;m Qu&#7923;nh, voyage en M&#233;tropole en 1922 ; mais cette visite &#8212; la premi&#232;re en France d'un souverain annamite &#8212; s'av&#232;re totalement improductive sur le plan politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte d'impasse de la collaboration franco-annamite que se d&#233;veloppe en Indochine une nouvelle intelligentsia. En 1923, Nguy&#7877;n An Ninh, jeune licenci&#233; en droit, fait sensation en pronon&#231;ant une conf&#233;rence dans laquelle il d&#233;nonce radicalement &#224; la fois la colonisation et les traditions confuc&#233;ennes. De nombreux journaux apparaissent, comme La Cloche f&#234;l&#233;e publi&#233; par Nguy&#7877;n An Ninh, devenu le ma&#238;tre &#224; penser des nouveaux intellectuels vietnamiens. Des id&#233;es nouvelles comme le pacifisme ou le f&#233;minisme obtiennent un grand succ&#232;s. Rapidement, la jeunesse instruite indig&#232;ne se radicalise. La victoire du Cartel des gauches en M&#233;tropole suscite des espoirs, mais les r&#233;formes du socialiste Varenne, nomm&#233; gouverneur g&#233;n&#233;ral en 1925, sont jug&#233;es trop timides. Ph&#7841;m Qu&#7923;nh n'obtient pas l'autorisation de former un parti politique. L'arrestation de Phan B&#7897;i Ch&#226;u en 1925, celle de Nguy&#7877;n An Ninh en mars 1926, puis les obs&#232;ques de Phan Ch&#226;u Trinh le mois suivant, provoquent des heurts entre les jeunes intellectuels et les autorit&#233;s coloniales. Un mouvement de boycott des &#233;coles est lanc&#233; : fin mai, plus d'un millier d'&#233;l&#232;ves sont renvoy&#233;s de leurs &#233;tablissements. Gr&#232;ves et incidents se multiplient dans les &#233;tablissements scolaires durant les trois ann&#233;es qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, un premier noyau communiste appara&#238;t dans les milieux politiques annamites, en premier lieu parmi les expatri&#233;s en France. Nguy&#7877;n Sinh Cung &#8212; le futur H&#244; Chi Minh &#8212;, fils d'un mandarin r&#233;voqu&#233; par les Fran&#231;ais, fr&#233;quente en M&#233;tropole le groupe anim&#233; par Phan Ch&#226;u Trinh. Comme d'autres Annamites, il adh&#232;re ensuite &#224; la SFIO et &#224; la franc-ma&#231;onnerie. En 1920, lors du congr&#232;s de Tours, il fait une intervention remarqu&#233;e en faveur de l'adh&#233;sion &#224; l'Internationale communiste (Komintern). Adoptant &#224; l'&#233;poque le pseudonyme de Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;ce, il part en 1924 pour l'Asie afin d'y travailler &#224; plein temps pour le Komintern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore tr&#232;s minoritaire, la mouvance communiste annamite gagne progressivement en importance &#224; partir de 1925. En Indochine m&#234;me, l'engagement communiste est per&#231;u comme une &#171; protestation patriotique &#187;. En M&#233;tropole, un noyau d'expatri&#233;s &#8212; qui attire des ouvriers, des tirailleurs ou des &#233;tudiants &#8212; se forme en 1926 autour du Vi&#7879;t Nam &#272;&#7897;c l&#7853;p &#272;&#7843;ng (Parti pour l'ind&#233;pendance du Vietnam) anim&#233; par Nguy&#7877;n Th&#7871; Truy&#7873;n. Install&#233; &#224; Canton avec les agents du Komintern charg&#233;s &#224; l'&#233;poque d'encadrer le Parti communiste chinois, Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c fonde avec d'autres militants un premier groupe communiste, le Thanh Nien, qui diffuse un bulletin en Indochine. Entre 1925 et 1929, le Thanh Nien accueille en Chine environ 300 Annamites, qui suivent une formation politique et repartent ensuite en Indochine pour y animer des cellules clandestines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communisme gagne rapidement en puissance aupr&#232;s de la jeunesse instruite ; il r&#233;pond &#224; la fois &#224; une demande des jeunes intellectuelles en fournissant une id&#233;ologie adapt&#233;e au combat anti-colonial, tout en paraissant apporter une solution &#224; la mis&#232;re ouvri&#232;re et paysanne. Il appara&#238;t &#233;galement comme une r&#233;forme &#233;thique, en greffant les valeurs de l'id&#233;ologie sovi&#233;tique &#224; celles de la morale confuc&#233;enne. Un mouvement dit de &#171; prol&#233;tarisation &#187; est lanc&#233;, qui voit des jeunes intellectuels s'engager comme travailleurs dans les plantations d'h&#233;v&#233;as, les usines et les mines, pour se rapprocher des milieux populaires et y cr&#233;er des cellules. &#192; partir de 1928, les militants annamites r&#233;clament la fondation d'un vrai parti communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mouvance communiste vietnamienne est tr&#232;s vite parcourue de divisions : dans le courant de 1929, les militants pr&#233;sents en M&#233;tropole scissionnent entre un groupe pro-stalinien et une tendance trotskiste anim&#233;e notamment par T&#7841; Thu Th&#226;u. En Indochine, la ligne d&#233;fendue par Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c &#8212; qui pr&#244;ne une synth&#232;se entre nationalisme et communisme &#8212; est provisoirement mise en minorit&#233;, au profit d'une tendance plus conforme &#224; la ligne &#171; classe contre classe &#187; du Komintern. En juin 1929, le groupe du Thanh Nien &#224; Hano&#239; fonde, sous l'impulsion de Ng&#244; Gia T&#7921;, un Parti communiste indochinois. Le Thanh Nien se disloque et la mouvance communiste indochinoise se trouve alors divis&#233;e en trois groupes, dont aucun n'a encore l'aval officiel du Komintern.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, en Indochine, les jeunes militants nationalistes se tournent bient&#244;t vers l'action ill&#233;gale : ils cr&#233;ent de nouveaux journaux &#8212; vite interdits &#8212; diffusent des tracts et des manifestes &#224; l'id&#233;ologie encore floue, forment des soci&#233;t&#233;s secr&#232;tes. En novembre 1927, un groupe de jeunes Tonkinois, men&#233;s par Nguy&#7877;n Th&#225;i H&#7885;c, fonde le Vi&#7879;t Nam Qu&#7889;c D&#226;n &#272;&#7843;ng (VNQDD) ou &#171; Parti nationaliste vietnamien &#187;, un mouvement inspir&#233; du Kuomintang chinois dont le nom a simplement &#233;t&#233; traduit en vietnamien. Tr&#232;s dynamique malgr&#233; la surveillance de la S&#251;ret&#233; g&#233;n&#233;rale, le VNQDD recrute rapidement des centaines de membres parmi les intellectuels, les travailleurs ou les femmes, et passe bient&#244;t &#224; l'action violente. Il est en outre, &#224; l'&#233;poque, le seul groupe ind&#233;pendantiste &#224; &#233;chapper &#224; l'attraction communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 1929, le VNQDD assassine &#224; Hano&#239; Alfred Bazin, directeur de l'Office g&#233;n&#233;ral de la main-d'&#339;uvre et, &#224; ce titre, symbole de l'exploitation coloniale. Dans les mois qui suivent, les autorit&#233;s multiplient les arrestations dans les milieux nationalistes. Le VNQDD, s&#233;rieusement menac&#233;, d&#233;cide alors de jouer son va-tout en organisant un v&#233;ritable soul&#232;vement. Dans la nuit du 10 au 11 f&#233;vrier 1930, deux compagnies du 4e r&#233;giment de tirailleurs tonkinois, aid&#233;s par des agitateurs civils, se mutinent &#224; Y&#234;n B&#225;i, tuant plusieurs officiers fran&#231;ais. Simultan&#233;ment, des bombes sont lanc&#233;es &#224; Hano&#239; sur des commissariats, des casernes et le b&#226;timent de la S&#251;ret&#233;, tandis que plusieurs autres tentatives d'insurrection ont lieu. Mais la r&#233;volte du 4e tonkinois, qui devait lancer un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral, ne s'&#233;tend pas. La mutinerie est rapidement &#233;cras&#233;e, et le VNQDD d&#233;cim&#233; par la r&#233;pression. Nguy&#7877;n Th&#225;i H&#7885;c, captur&#233; fin f&#233;vrier, est ex&#233;cut&#233; avec douze de ses camarades, et de nombreux militants sont envoy&#233;s au bagne de Poulo Condor. L'affaire de Y&#234;n B&#225;i marque beaucoup l'opinion dans la colonie, prise au d&#233;pourvu par cette insurrection alors que l'Indochine semblait stabilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, la mutinerie de Y&#234;n B&#225;i donne &#233;galement aux communistes l'occasion de passer &#224; l'action. Alors que l'&#233;chec de l'insurrection a d&#233;capit&#233; la mouvance ind&#233;pendantiste non communiste, Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c juge le moment propice pour rassembler autour de lui les nationalistes annamites. En f&#233;vrier 1930, il fonde &#224; Hong Kong le Parti communiste vietnamien. Il re&#231;oit cette fois l'aval du Komintern qui, souhaitant que le mouvement puisse s&#233;duire l'ensemble des peuples de l'Indochine, lui impose &#224; la fin de l'ann&#233;e de rebaptiser son mouvement Parti communiste indochinois (PCI). Les membres de cette nouvelle organisation sont cependant presque tous des Vietnamiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de f&#233;vrier, quelques jours avant Y&#234;n B&#225;i, des militants communistes commencent &#224; pousser &#224; la gr&#232;ve les coolies d'une plantation. Ce n'est que le d&#233;but d'une s&#233;rie de vastes mouvements sociaux, notamment dans le Nord de l'Annam et en Cochinchine, alors que l'&#233;conomie indochinoise commence &#224; d&#233;cliner dangereusement. C'est dans la r&#233;gion de Ngh&#7879; An, province d&#233;sh&#233;rit&#233;e &#8212; dont est par ailleurs originaire Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c &#8212; qui conna&#238;t alors une situation difficile du fait de mauvaises r&#233;coltes, que les communistes trouvent le terreau le plus propice. Le PCI mobilise les masses d&#233;sh&#233;rit&#233;s pour r&#233;clamer du riz aux autorit&#233;s. Le 1er mai, le mouvement compte ses premiers morts quand plusieurs gr&#233;vistes sont tu&#233;s &#224; Vinh par la Garde indig&#232;ne ; agitations, manifestations et marches de paysans se succ&#232;dent pendant tout l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparemment sans d&#233;cision pr&#233;alable du Comit&#233; central du PCI &#8212; qui s'est transf&#233;r&#233; entre-temps de Hong Kong &#224; Ha&#239;phong &#8212; les responsables communistes de l'Annam commencent &#224; organiser des Soviets ruraux : les conseils de notables sont dispers&#233;s et les rizi&#232;res communales r&#233;parties entre les pauvres. Plus d'une vingtaine de Soviets (traduit en vietnamien par Xo Viet) sont organis&#233;s entre l'automne 1930 et le d&#233;but de 1931. La r&#233;pression de l'appareil colonial est bient&#244;t enclench&#233;e : les Soviets de Ngh&#7879;-T&#297;nh sont dispers&#233;s, plusieurs milliers de personnes sont tu&#233;es et environ 10 000 emprisonn&#233;es. La plupart des membres du Comit&#233; central du PCI sont arr&#234;t&#233;s, et condamn&#233;s &#224; mort ou &#224; des peines d'emprisonnement. De nombreux militants, comme les futurs dirigeants nord-vietnamiens Ph&#7841;m V&#259;n &#272;&#7891;ng, L&#234; &#272;&#7913;c Th&#7885; et L&#234; Du&#7849;n, sont envoy&#233;s &#224; Poulo Condor ou dans d'autres prisons. Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c lui-m&#234;me est arr&#234;t&#233; &#224; Hong Kong en juin 1931 par la police britannique. Le mouvement communiste indochinois semble alors d&#233;mantel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son &#233;chec de 1930, l'appareil du VNQDD est exil&#233; en Chine o&#249;, &#233;clat&#233; en plusieurs tendances rivales, il survit gr&#226;ce au soutien du Kuomintang. Les caoda&#239;stes et les partisans du prince C&#432;&#7901;ng &#272;&#7875; comptent, quant &#224; eux, sur le soutien du Japon217. Le mouvement communiste, au contraire, reconstitue ses forces en Indochine. Les militants trotskistes annamites se montrent tr&#232;s dynamiques : T&#7841; Thu Th&#226;u et d'autres intellectuels cr&#233;ent en, avril 1933, l'hebdomadaire La Lutte et le groupe homonyme, tout en formant un &#171; front unique pour l'action ouvri&#232;re &#187; avec les restes du Parti communiste indochinois. Entre 1933 et 1935, six trotskistes parviennent &#224; se faire &#233;lire au conseil municipal de Sa&#239;gon. Entre-temps, les cellules clandestines du PCI se reforment progressivement, gr&#226;ce au soutien d&#233;cisif du Komintern qui renvoie notamment en Indochine une vingtaine de cadres form&#233;s &#224; Moscou. Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c, apr&#232;s sa lib&#233;ration par les Britanniques, passe plusieurs ann&#233;es en URSS &#233;loign&#233; des activit&#233;s du parti, avant d'&#234;tre renvoy&#233; en Chine &#224; la fin de la d&#233;cennie. La r&#233;silience des communistes face &#224; la r&#233;pression de l'appareil colonial leur permet de prendre un ascendant d&#233;cisif dans les rangs ind&#233;pendantistes et au sein de l'intelligentsia locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire du Front populaire lors des &#233;lections de 1936 suscite en Indochine un immense espoir, notamment avec la nomination du socialiste Marius Moutet &#8212; ancien avocat de Phan Ch&#226;u Trinh et opposant &#224; la r&#233;pression apr&#232;s Y&#234;n B&#225;i &#8212; au poste de ministre des colonies. Le chef du gouvernement, L&#233;on Blum, s'est lui aussi oppos&#233; aux exc&#232;s de la r&#233;pression coloniale. D&#232;s lors, les Indochinois voient dans l'arriv&#233;e au pouvoir du Front populaire la possibilit&#233;, non pas de l'ind&#233;pendance, mais du transfert en Indochine de la d&#233;mocratie politique et de la l&#233;gislation sociale fran&#231;aises. Le Parti communiste indochinois adopte pour sa part la consigne de front populaire du Komintern et s'allie avec les nationalistes de droite, la gauche fran&#231;aise, les trotskistes et une partie des constitutionnalistes. Les trotskistes de La Lutte lancent, d&#232;s la fin du mois de mai, une campagne en faveur de la r&#233;union d'un &#171; Congr&#232;s indochinois &#187;. Si le mouvement &#233;choue &#224; prendre son envol en Annam et au Tonkin, l'agitation est tr&#232;s forte en Cochinchine. Inquiet, le Gouvernement g&#233;n&#233;ral obtient le 9 septembre de Marius Moutet qu'il interdise le Congr&#232;s. Mais, entre-temps, d&#232;s le mois de juin, un vaste mouvement de gr&#232;ves &#8212; motiv&#233; notamment par la flamb&#233;e des prix avec la reprise &#233;conomique de 1936, alors que les travailleurs ont subi plusieurs ann&#233;es de baisses de salaires &#8212; s'est d&#233;clench&#233; en Indochine, en impliquant la quasi-totalit&#233; du salariat vietnamien et chinois : entre juin 1936 et ao&#251;t 1937, plus de 300 mouvements de gr&#232;ve sont recens&#233;s, mobilisant entre 500 000 et 1 000 000 de travailleurs. Les gr&#232;ves ouvri&#232;res ont un immense retentissement dans les campagnes : les plantations sont &#233;galement paralys&#233;es, et les paysans se mobilisent contre les taxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste indochinois b&#233;n&#233;ficie des mesures de lib&#233;ralisation : si le mouvement communiste demeure interdit dans les protectorats, il parvient &#224; constituer des groupes l&#233;gaux en Cochinchine, o&#249; il utilise le paravent d'un Front d&#233;mocratique indochinois dirig&#233; par Ph&#7841;m V&#259;n &#272;&#7891;ng et V&#245; Nguy&#234;n Gi&#225;p. L'alliance entre communistes et trotskistes vietnamiens est cependant rompue d&#232;s juin 1937, laissant place &#224; une guerre id&#233;ologique f&#233;roce entre les deux courants. Alors que les communistes continuent de renforcer leur influence, les nouvelles tentatives de r&#233;forme ne remportent aucun succ&#232;s. En 1938, l'empereur B&#7843;o &#272;&#7841;i voyage en M&#233;tropole o&#249; il tente d'obtenir davantage d'autonomie politique pour les protectorats, et le retour du Tonkin sous l'&#233;gide effective du gouvernement de l'Annam. Mais Georges Mandel, successeur de Moutet au minist&#232;re des Colonies, l'en dissuade : du fait des risques de guerre en Europe, une r&#233;forme du syst&#232;me colonial semble moins que jamais &#224; l'ordre du jour. B&#7843;o &#272;&#7841;i, d&#233;&#231;u, se r&#233;signe &#224; son r&#244;le de souverain d'apparat et consacre d&#233;sormais l'essentiel de son temps &#224; ses loisirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;cret du 26 septembre 1939, pris &#224; la suite du pacte germano-sovi&#233;tique, interdit &#224; nouveau toutes les organisations communistes et trotskistes, en M&#233;tropole comme dans les colonies. Des centaines d'arrestations sont effectu&#233;es en Indochine. Le Parti communiste indochinois est une nouvelle fois r&#233;duit &#224; la clandestinit&#233;, de m&#234;me que les autres organisations nationalistes, mais il maintient son influence sur l'&#171; Indochine souterraine &#187; oppos&#233;e &#224; l'appareil colonial. Alors que presque tous les dirigeants trotskistes vietnamiens ont &#233;t&#233; emprisonn&#233;s entre l'automne 1939 et janvier 1940, le Parti communiste conserve suffisamment de cadres en libert&#233; pour que son appareil clandestin continue de fonctionner. Ph&#7841;m V&#259;n &#272;&#7891;ng et V&#245; Nguy&#234;n Gi&#225;p, notamment, parviennent &#224; s'&#233;chapper et rejoignent ensuite Nguy&#7877;n &#193;i Qu&#7889;c en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6153&#034;&gt;La v&#233;ritable r&#233;volution d'ao&#251;t 1945 qui n'est pas celle de H&#244; Chi Minh&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&#034;&gt;Trotskystes et staliniens au Vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073&#034;&gt;En souvenir de la r&#233;volution et des r&#233;volutionnaires vietnamiens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6148&#034;&gt;Qui a assassin&#233; le militant et dirigeant r&#233;volutionnaire trotskiste Ta Thu T&#226;u ? C'est le Vietminh du contre-r&#233;volutionnaire stalinien Ho Chi Minh !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surpris par la nouvelle de la capitulation japonaise, H&#244; Chi Minh comprend qu'il ne peut plus attendre et seulement n&#233;gocier avec les Fran&#231;ais et qu'il doit prendre le pouvoir s'il ne veut pas le laisser au prol&#233;tariat. Le 13 ao&#251;t 1945, le Vi&#7879;t Minh cr&#233;e un Comit&#233; national d'insurrection et d&#233;cide du soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral. Trois jours plus tard, H&#244; Chi Minh est &#233;lu pr&#233;sident d'un Comit&#233; de lib&#233;ration nationale, sorte de gouvernement provisoire. Le 17 ao&#251;t, alors que les autorit&#233;s vietnamiennes de Hano&#239; sont en plein d&#233;sarroi, les agents du Vi&#7879;t Minh infiltrent les manifestations populaires. Leurs partisans, ramen&#233;s en masse depuis les villages, envahissent les rues de la capitale. Au soir du 19, ils contr&#244;lent les b&#226;timents publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des comit&#233;s r&#233;volutionnaires sont form&#233;s dans toutes les villes du Tonkin. Les Blancs et les m&#233;tis, cibles de la vindicte populaire, doivent se barricader chez eux. En Cochinchine, l'emprise des communistes est moins forte, du fait de la pr&#233;sence d'autres mouvements nationalistes qui leur font concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19 ao&#251;t 1945 : Apparition de comit&#233;s du peuple dans la r&#233;gion sud Vietnam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21 ao&#252;t 1945 : Constitution de centaines de comit&#233;s de la jeunesse d'avant-garde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me jour, le plus grand quartier ouvrier de Sa&#239;gon (Phu-Huan) &#233;lit son comit&#233; du peuple qui se proclame nouveau pouvoir central. Les paysans liquident les anciens serviteurs des gouvernements fran&#231;ais et japonais. Ils investissent les bureaux et tribunaux de l'administration locale. Constitution de tribunaux du peuple qui jugent les grands propri&#233;taires et les anciens fonctionnaires. Les comit&#233;s du peuple, d'ao&#251;t &#224; septembre, confisquent les biens des riches et partagent les terres. Manifestation de 300.000 personnes dont 30.000 derri&#232;re la banni&#232;re trotskyste de la LCI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23 ao&#251;t 1945 : Pour contrer la vague r&#233;volutionnaire, le Front National Unifi&#233; se dissous et adh&#232;re au Viet Minh tenu par les staliniens, seule force capable de contrer la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;25 ao&#251;t 1945 : Abdication de Bao Da&#239;. Formation par les staliniens du &#171; Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du sud Vietnam &#187; qui vise &#224; &#233;viter le vide du pouvoir en occupant tous les postes administratifs et en maintenant en place la police : sept staliniens sur neuf ministres et Ho Chi Minh &#224; la pr&#233;sidence. Grandiose manifestation &#224; Sa&#239;gon pour l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vi&#7879;t Minh r&#233;alise cependant le 25 ao&#251;t, &#224; Sa&#239;gon, une grande manifestation tenant lieu de d&#233;monstration de force, et proclame le jour m&#234;me un Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du Nam B&#7897;, &#224; majorit&#233; communiste. &#192; l'exception de quelques accrochages en Annam, et d'une bataille dans la province de Th&#225;i Nguy&#234;n o&#249; leur garnison a refus&#233; de se rendre, les Japonais n'opposent pas de vraie r&#233;sistance au Vi&#7879;t Minh, et font m&#234;me preuve d'une neutralit&#233; bienveillante, se r&#233;jouissant plut&#244;t de laisser l'Indochine dans une situation impossible pour les colonisateurs fran&#231;ais303,298. Ils ne se montrent d'ailleurs gu&#232;re press&#233;s de lib&#233;rer leurs prisonniers et pendant plusieurs semaines les militaires fran&#231;ais, pourtant th&#233;oriquement vainqueurs de la guerre, demeurent maintenus en d&#233;tention par les &#171; vaincus &#187; japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;26 ao&#251;t 1945 : Entr&#233;e des troupes chinoises au nord du Vietnam. Premi&#232;re assembl&#233;e des comit&#233;s du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;27 ao&#251;t 1945 : D&#233;claration du stalinien Nguyen Van Tao, ministre l'Int&#233;rieur, contre les trotskystes : &#171; Seront s&#233;v&#232;rement punis et impitoyablement frapp&#233;s tous ceux qui auront pouss&#233; les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res. (&#8230;) Nous n'avons pas encore fait la r&#233;volution communiste qui apportera la solution au probl&#232;me agraire. Ce gouvernement n'est qu'un gouvernement d&#233;mocratique, c'est pourquoi il ne lui appartient pas de r&#233;aliser une telle t&#226;che. Notre gouvernement, je le r&#233;p&#232;te, est un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois, bien que les communistes soient actuellement au pouvoir. &#187; Le Vi&#7879;t Minh cr&#233;e &#233;galement un &#171; Comit&#233; d'assassinat d'assaut &#187;, en grande partie recrut&#233; dans les rangs de la p&#232;gre, qui pratique intimidations et assassinats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28 ao&#251;t 1945 : D&#233;clenchement d'une vaste campagne de calomnies contre les trotskystes accus&#233;s de semer le d&#233;sordre et de provoquer des troubles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 29 ao&#251;t, H&#244; Chi Minh, arriv&#233; quelques jours plus t&#244;t &#224; Hano&#239;, forme un gouvernement provisoire, dont il d&#233;tient la pr&#233;sidence et le portefeuille des affaires &#233;trang&#232;res. V&#245; Nguy&#234;n Gi&#225;p d&#233;tient l'Int&#233;rieur et Ph&#7841;m V&#259;n &#272;&#7891;ng les Finances, tandis que l'ex-empereur B&#7843;o &#272;&#7841;i &#8212; devenu le &#171; citoyen V&#297;nh Th&#7909;y &#187; &#8212; est nomm&#233; conseiller politique. Le 2 septembre, par un discours &#224; la tonalit&#233; nationaliste et nullement marxiste &#8212; et &#224; la r&#233;daction duquel Patti a d'ailleurs particip&#233; &#8212; H&#244; Chi Minh proclame l'ind&#233;pendance de la &#171; r&#233;publique d&#233;mocratique du Vi&#234;t Nam &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est particuli&#232;rement tendue en Cochinchine, o&#249; s'installe un climat de haine antocoloniale. Des incidents, auxquels contribuent des B&#236;nh Xuy&#234;n, des trotskistes ou des groupes nationalistes, &#233;clatent &#224; Sa&#239;gon d&#232;s l'apr&#232;s-midi du 2 septembre : cinq Fran&#231;ais &#8212; dont un pr&#234;tre &#8212; sont tu&#233;s, plusieurs autres bless&#233;s et de nombreuses maisons europ&#233;ennes pill&#233;es par des &#233;meutiers. Des Fran&#231;ais, des m&#233;tis et des Vietnamiens &#171; collaborateurs &#187; continuent d'&#234;tre attaqu&#233;s dans les semaines qui suivent : des dizaines de cadavres sont retrouv&#233;s dans les rues de la ville. Jean C&#233;dile s'efforce de n&#233;gocier avec le Vi&#7879;t Minh, qui doit de son c&#244;t&#233; compter avec les H&#242;a H&#7843;o, les caoda&#239;stes et les trotskistes vietnamiens, lesquels s'opposent &#224; sa mainmise sur la colonie et veulent leur part du pouvoir. Hu&#7923;nh Ph&#250; S&#7893;, chef des H&#242;a H&#7843;o, devient membre du Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du Nam B&#7897;, mais les heurts entre factions vietnamiennes continuent de se multiplier. Les trotskistes, notamment, sont traqu&#233;s par le Vi&#7879;t Minh, qui entreprend d'&#233;liminer physiquement une partie de ses rivaux : B&#249;i Quang Chi&#234;u, fondateur du Parti constitutionnaliste, l'ancien conseiller imp&#233;rial Ph&#7841;m Qu&#7923;nh et le leader trotskiste T&#7841; Thu Th&#226;u sont assassin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rassurer l'ensemble de ses interlocuteurs, le Vi&#7879;t Minh entreprend alors de camoufler son identit&#233; communiste : du 8 au 10 novembre, le Parti communiste indochinois tient &#224; Hano&#239; un congr&#232;s, au terme duquel il annonce son auto-dissolution. Cette man&#339;uvre, cependant, ne convainc gu&#232;re, d'autant plus que le Parti continue d'exister officieusement. Les nationalistes du VNQDD et du &#272;&#7891;ng minh H&#7897;i contestent par ailleurs de plus en plus fortement le pouvoir du Vi&#7879;t Minh, et exigent de participer au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;n&#233;ral Leclerc ordonne alors aux troupes fran&#231;aises de faire route vers le Tonkin pour d&#233;barquer &#224; Ha&#239;phong. H&#244; Chi Minh, apr&#232;s avoir &#233;crit plusieurs fois &#224; Truman dans l'espoir d'obtenir le soutien des &#201;tats-Unis, doit reconna&#238;tre que la situation lui impose de faire des concessions. Il accepte alors de conclure un accord avec les Fran&#231;ais, et remanie dans le m&#234;me temps son gouvernement pour y inclure les nationalistes de droite. Le 6 mars 1946, le jour m&#234;me de l'arriv&#233;e des Fran&#231;ais &#224; Ha&#239;phong, les &#171; accords H&#244;-Sainteny &#187; sont sign&#233;s : le Vietnam y est reconnu par la France comme &#171; un &#201;tat libre (...) faisant partie de la F&#233;d&#233;ration indochinoise et de l'Union fran&#231;aise &#187;, tandis que le gouvernement vietnamien accepte le retour des troupes fran&#231;aises. Le texte, dont le mot &#171; ind&#233;pendance &#187; est absent, pr&#233;voit cependant des n&#233;gociations pour d&#233;finir le statut futur de l'Indochine, de m&#234;me qu'un r&#233;f&#233;rendum sur la r&#233;unification des trois pays vietnamiens. Les deux parties, ayant fait chacune des concessions importantes, peuvent alors esp&#233;rer &#233;viter le conflit ouvert. Leclerc peut, le 18 mars, faire son entr&#233;e dans Hano&#239; &#8212; ce qu'il pr&#233;sente dans la &#171; derni&#232;re &#233;tape de la lib&#233;ration &#187; &#8212; et rencontrer H&#244; Chi Minh le jour m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1er septembre 1945 : D&#233;claration de Tran Van Giau affirmant que l'ind&#233;pendance n'est pas le produit de la lutte mais des &#171; n&#233;gociations avec nos alli&#233;s &#187; et qui menacent quiconque pr&#233;tend combattre les armes &#224; la main les &#171; forces alli&#233;es &#187; : &#171; Ceux qui incitent le peuple &#224; l'armement seront consid&#233;r&#233;s comme des saboteurs et des provocateurs, ennemis de l'ind&#233;pendance nationale. Nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront octroy&#233;es et garanties par les Alli&#233;s d&#233;mocratiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 septembre 1945 : Manifestation organis&#233;e par le gouvernement et les staliniens pour &#171; accueillir les Alli&#233;s &#187; qui d&#233;barquent &#224; Sa&#239;gon. La manifestation se d&#233;roule dans le calme mais des coups de feu sont tir&#233;s contre les manifestants en marge du cort&#232;ge. La col&#232;re des Vietnamiens explose. La population explose de col&#232;re contre le retour des colonialistes. Le climat change. Des Fran&#231;ais sont pris &#224; partie et assassin&#233;s. Les staliniens accusent les trotskystes de la responsabilit&#233; des troubles. &lt;br class='autobr' /&gt;
7 septembre 1945 : A Hano&#239;, Tran Van Giau d&#233;cr&#232;te le d&#233;sarmement des organisations non-gouvernementales, dont les comit&#233;s populaires qui pr&#233;paraient une insurrection arm&#233;e contre le retour des troupes alli&#233;es au Vietnam. Le nouveau pouvoir stalinien se pr&#233;pare &#224; &#171; accueillir nos alli&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11 novembre 1945 : autodissolution du Parti Communiste &#171; pour placer les int&#233;r&#234;ts de la patrie au dessus de ceux des classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 mars 1946, le pr&#233;sident Ho Chi Minh re&#231;oit, &#224; la r&#233;sidence du gouverneur, le g&#233;n&#233;ral Leclerc, en pr&#233;sence du commissaire de la R&#233;publique du Tonkin, Jean Sainteny. C'est pour trinquer &#224; la soi-disant victoire d'un Vietnam ind&#233;pendant. En fait, ils trinquent &#224; l'assassinat des comit&#233;s de travailleurs r&#233;volutionnaires des grandes villes. Ce n'est pas un combattant contre l'imp&#233;rialisme qui n&#233;gocie mais un postulant au poste de gouverneur nomm&#233; par l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'absence de H&#244; Chi Minh, le gouvernement de Hano&#239; est supervis&#233; par V&#245; Nguy&#234;n Gi&#225;p. Ce dernier se pr&#233;pare &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'un conflit : les effectifs de l'Arm&#233;e populaire vietnamienne, les troupes r&#233;guli&#232;res du Vi&#7879;t Minh, passent pendant l'&#233;t&#233; 1946 de 30 000 &#224; 60 000 hommes. Parall&#232;lement, &#224; la faveur du retrait des Chinois, le Vi&#7879;t Minh lance en juin-juillet une offensive contre ses rivaux du Vi&#7879;t Nam Qu&#7889;c D&#226;n &#272;&#7843;ng et du &#272;&#7891;ng minh H&#7897;i, qu'il &#233;limine politiquement ou physiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence de Fontainebleau se termine sur un &#233;chec : apr&#232;s avoir r&#233;clam&#233; le 10 septembre un r&#233;f&#233;rendum sur la Cochinchine, Ph&#7841;m V&#259;n &#272;&#7891;ng et les autres d&#233;l&#233;gu&#233;s Vi&#7879;t Minh quittent les lieux avant m&#234;me que l'Assembl&#233;e nationale n'adopte les articles de la Constitution relatifs au statut de l'Union fran&#231;aise. H&#244; Chi Minh prolonge n&#233;anmoins son s&#233;jour et, le 14 septembre, signe avec Moutet un modus vivendi aux termes flous, qui convient cependant de cesser les actes de violence et pr&#233;voit de nouvelles n&#233;gociations en janvier 1947. Il revient ensuite en Indochine fin octobre, apr&#232;s une absence de pr&#232;s de cinq mois, retrouvant un pays que ses partisans ont fermement pris en main. D&#233;barrass&#233; des nationalistes non communistes, H&#244; a d&#233;sormais tous les pouvoirs &#224; Hano&#239;, et l'assembl&#233;e qui se r&#233;unit en novembre ne compte plus que des partisans du Vi&#7879;t Minh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mouvement C&#7847;n v&#432;&#417;ng 1885 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_C%E1%BA%A7n_v%C6%B0%C6%A1ng&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_C%E1%BA%A7n_v%C6%B0%C6%A1ng&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mutinerie de Y&#234;n B&#225;i :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutinerie_de_Y%C3%AAn_B%C3%A1i&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutinerie_de_Y%C3%AAn_B%C3%A1i&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en Indochine &#224; la &#034;Lib&#233;ration&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article465&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qui a assassin&#233; le militant et dirigeant r&#233;volutionnaire trotskiste Ta Thu T&#226;u ? C'est le Vietminh du contre-r&#233;volutionnaire stalinien Ho Chi Minh !</title>
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		<dc:date>2021-05-24T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>Indochine</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui a assassin&#233; le militant et dirigeant r&#233;volutionnaire trotskiste Ta Thu T&#226;u ? C'est le Vietminh du contre-r&#233;volutionnaire stalinien Ho Chi Minh ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Ai &#273;&#227; &#225;m s&#225;t th&#7911; l&#297;nh qu&#226;n Trotskyist T&#7841; Thu T&#226;u ? &#272;&#226;y l&#224; Vi&#7879;t gian c&#7911;a b&#7885;n ph&#7843;n c&#225;ch m&#7841;ng H&#7891; Ch&#237; Minh ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Ho Chi Minh interrog&#233; sur l'assassinat de Ta Thu T&#226;u par le Vietminh : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ceux qui ne suivront pas mon chemin seront &#233;cras&#233;s.&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Source : https://mousekeymakehistory.wordpress.com/2020/12/08/ai-giet-ta-thu-thau/ &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Les trotskystes ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;04- La r&#233;volution en Asie, &#224; la fin de la guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot291" rel="tag"&gt;Indochine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_15526 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ta_thu_thau-2.jpg' width=&#034;301&#034; height=&#034;360&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui a assassin&#233; le militant et dirigeant r&#233;volutionnaire trotskiste Ta Thu T&#226;u ? C'est le Vietminh du contre-r&#233;volutionnaire stalinien Ho Chi Minh !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ai &#273;&#227; &#225;m s&#225;t th&#7911; l&#297;nh qu&#226;n Trotskyist T&#7841; Thu T&#226;u ? &#272;&#226;y l&#224; Vi&#7879;t gian c&#7911;a b&#7885;n ph&#7843;n c&#225;ch m&#7841;ng H&#7891; Ch&#237; Minh !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho Chi Minh interrog&#233; sur l'assassinat de Ta Thu T&#226;u par le Vietminh :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ceux qui ne suivront pas mon chemin seront &#233;cras&#233;s.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://mousekeymakehistory.wordpress.com/2020/12/08/ai-giet-ta-thu-thau/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://mousekeymakehistory.wordpress.com/2020/12/08/ai-giet-ta-thu-thau/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les trotskystes ne sont pas seulement des ennemis du communisme, mais aussi des ennemis de la d&#233;mocratie et du progr&#232;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://espressostalinist.com/2011/07/30/ho-chi-minh-on-trotskyites/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://espressostalinist.com/2011/07/30/ho-chi-minh-on-trotskyites/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En octobre 1945, l'organe du Comit&#233; Central du PCI, Co Giai Phong, appelait &#224; &#171; abattre imm&#233;diatement les bandes de trotskystes &#187;, ce qu'il justifiait ainsi : &#171; Au Nam B&#244;, ils [les trotskystes] r&#233;clament l'armement du peuple, ce qui &#233;pouvante la mission anglaise, et l'accomplissement int&#233;gral des t&#226;ches de la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique dans le but de diviser le Front National et de provoquer l'opposition des propri&#233;taires fonciers &#224; la r&#233;volution &#187;. Alors que certains trotskystes tombent lors des combats contre les troupes fran&#231;aises de Leclerc, d'autres, dont Ta Thu Th&#226;u, au m&#234;me moment sont assassin&#233;s par les staliniens. La trag&#233;die du POUM espagnol se r&#233;p&#232;te dans les rizi&#232;res de Cochinchine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/Groupe_trotskyste_vietnamien_en_France&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/Groupe_trotskyste_vietnamien_en_France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1945, les forces japonaises ont liquid&#233; le r&#233;gime colonial fran&#231;ais et ont assum&#233; la domination directe sur l'Indochine. Ta Thu Thau avait &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; de Poulo-Condore &#224; la fin de 1944, apr&#232;s de cinq ans de prison. Il reprit l'activit&#233; politique et, pendant l'&#233;t&#233;, se rendit dans le nord, rencontrant des partisans trotskystes parmi les mineurs de charbon en gr&#232;ve. C'&#233;tait lors de son retour de ce voyage, &#224; mi-chemin de Sa&#239;gon, que Thau fut captur&#233; par les staliniens &#224; Quang Tri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Sa&#239;gon, le r&#233;tablissement de la domination coloniale fran&#231;aise et l'entr&#233;e des troupes britanniques ont d&#233;clench&#233; un soul&#232;vement populaire g&#233;n&#233;ral dans lequel les trotskystes ont jou&#233; un r&#244;le majeur, formant une milice ouvri&#232;re qui a &#233;t&#233; brutalement r&#233;prim&#233;e par les forces britanniques et fran&#231;aises, y compris lors d'un massacre de plus de 200 ouvriers au pont de Thi Nghe le 3 octobre 1945. Des militants trotskystes contraints de fuir la r&#233;pression de masse dans la ville ont &#233;t&#233; pris en &#233;tau &#224; la campagne entre le Viet Minh et les forces militaires coloniales r&#233;tablies. Seule une poign&#233;e put survivre en quittant compl&#232;tement le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Alors que les tensions s'intensifiaient en septembre 1945, les staliniens d&#233;sarm&#232;rent les comit&#233;s populaires, supprim&#232;rent le comit&#233; central provisoire et assassin&#232;rent des dizaines de trotskystes, dont le chef de La Lutte, Ta Thu Thau. Loin de garantir l'ind&#233;pendance, la collaboration du PCI avec les Fran&#231;ais n'a contribu&#233; qu'&#224; restaurer la domination coloniale dans le sud. Le peuple vietnamien devait payer un prix lourd pour la trahison de la mont&#233;e r&#233;volutionnaire d'apr&#232;s-guerre et les man&#339;uvres ult&#233;rieures des staliniens avec l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais puis am&#233;ricain. Trente ans de guerre ont d&#233;vast&#233; le pays et entra&#238;n&#233; des millions de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant de nombreuses d&#233;cennies, le sort tragique des trotskystes vietnamiens ainsi que leur r&#244;le politique de premier plan dans les ann&#233;es 1930 &#233;taient peu connus ou compris parmi les partisans de la Quatri&#232;me Internationale. Les r&#233;visionnistes dirig&#233;s par Michel Pablo et Ernest Mandel, qui tenaient des postes de direction jusqu'en 1953, avaient rejet&#233; le r&#244;le des trotskystes chinois et vietnamiens, qualifiant ceux-ci de &#171; r&#233;fugi&#233;s d'une r&#233;volution &#187;. Plus tard, dans les ann&#233;es 1960, les pablistes ont salu&#233; la direction stalinienne vietnamienne sous Ho Chi Minh pour sa r&#233;sistance &#224; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain lors de l'intervention am&#233;ricaine au Vietnam, et se sont oppos&#233;s &#224; soulever la question du sort des trotskystes vietnamiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans le conflit de 1945, Ho Chi Minh a r&#233;v&#233;l&#233; l'orientation nationaliste qui caract&#233;rise le stalinisme. Comme il l'a dit &#224; ses associ&#233;s, il a pr&#233;f&#233;r&#233; permettre l'entr&#233;e des forces fran&#231;aises et britanniques parce que les anciennes puissances coloniales &#233;taient faibles et discr&#233;dit&#233;es, tandis que les forces chinoises, beaucoup plus grandes et plus proches, constituaient la plus grande menace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a ainsi r&#233;v&#233;l&#233; un profond scepticisme quant aux perspectives d'une r&#233;volution r&#233;ussie en Chine : les arm&#233;es pr&#233;tendument puissantes du Kuomintang se d&#233;sagr&#233;g&#232;rent en &#224; peine trois ans et le Parti communiste chinois arriva au pouvoir. Dans le m&#234;me temps, refl&#233;tant les pr&#233;jug&#233;s anti-chinois d'un nationaliste vietnamien, il consid&#233;rait la Chine, qu'elle soit dirig&#233;e par Mao Zedong ou Chiang Kai-shek, comme plus &#224; craindre par le Vietnam que des imp&#233;rialistes europ&#233;ens, en raison de sa proximit&#233; et de sa longue histoire de conflit avec son petit voisin du sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho, suivant la logique du stalinisme, avait longtemps rejet&#233; la lutte pour une r&#233;volution socialiste mondiale et avait proc&#233;d&#233; dans une perspective nationaliste, dans le but d'&#233;tablir un Vietnam ind&#233;pendant. Sur la base de sa raison d'&#201;tat nationaliste, il a approuv&#233; le meurtre des internationalistes r&#233;volutionnaires, y compris celui de Ta Thu Thau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1945, le Vietminh dirig&#233; par le parti communiste vietnamien d'Ho Chi Minh n'&#233;tait fort que dans le nord du pays, au Tonkin. Dans le sud, en Cochinchine, Ho Chi Minh est beaucoup plus faible et les travailleurs ont un rapport de force beaucoup plus favorable et l'escamotage de la r&#233;volution va s'av&#233;rer beaucoup plus difficile. Il a en face de lui un courant trotskyste implant&#233; avec lequel il a d&#251; plusieurs fois s'entendre. En 1939, seul face &#224; toutes les forces nationalistes et staliniennes les trotskystes ont eu 80% des voix aux &#233;lections de Saigon. A l'annonce de la capitulation japonaise s'est en fait un v&#233;ritable soul&#232;vement r&#233;volutionnaire qui a lieu car la population est r&#233;volt&#233;e contre toutes les autorit&#233;s. Il faut dire qu'il y a eu au Vietnam un million de morts et par la seule famine il y a encore en 1945 des centaines de milliers de morts chaque mois. Au Tonkin et au Nord Annam, c'est la r&#233;volution. Des pauvres s'attaquent aux autorit&#233;s locales, aux profiteurs et oppresseurs de toutes sortes, les arr&#234;tent les tuent. Ils forment des comit&#233;s du peuple. Ils mettent en avant le partage des terres, la confiscation des biens des riches. A Saigon, l'op&#233;ration des nationalistes et des bourgeois qui a eu lieu au nord n'a pu se faire car ce sont les comit&#233;s du peuple qui se sont f&#233;d&#233;r&#233;s et qui ont pris le pouvoir &#224; l'issu d'une manifestation dirig&#233;e par les trotskystes sur les slogans armement du peuple, la terre aux paysans, nationalisation des usines sous contr&#244;le ouvrier. Des tribunaux du peuple jugent les anciens grands propri&#233;taires et fonctionnaires. Les comit&#233;s du peuple &#233;lisent alors une direction provisoire auquel ils affectent un local et qui est gard&#233; par un d&#233;tachement d'ouvriers en armes. C'est pour se d&#233;barrasser de cette r&#233;volution que le vietminh qui s'est associ&#233; d'anciennes forces vietnamiennes li&#233;es &#224; l'ancien r&#233;gime vichyste va pratiquer une politique se r&#233;pression et d'assassinat syst&#233;matique contre les membres des comit&#233;s du peuple et particuli&#232;rement contre les dirigeants trotskystes comme Ta Thu Tau et Tran Van Tach qui sont assassin&#233;s syst&#233;matiquement. C'est en brisant le soul&#232;vement ouvrier que le vietminh va se hisser au pouvoir et non en s'appuyant dessus. Nous le verrons dans un texte que nous lirons sur ce sujet. Et d&#232;s qu'il parvient au pouvoir son langage est clair : &#171; seront s&#233;v&#232;rement et impitoyablement punis ceux qui auront pouss&#233; les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res. Notre gouvernement n'est qu'un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois et il ne lui appartient pas de r&#233;aliser la r&#233;volution communiste. &#187; Le 2 septembre 1945 ils manifestent m&#234;me en l'honneur de la commission des alli&#233;s. Des colons fran&#231;ais tirent dans la foule qui arr&#234;te un certain nombre de ces assassins. Cependant le chef de la police stalinien les fait rapidement rel&#226;cher. L'exasp&#233;ration des masses grandit et les staliniens d&#233;cident d'en finir avec la r&#233;volution. Ils annoncent &#171; seront consid&#233;r&#233;s comme provocateurs et saboteurs ceux qui appellent le peuple &#224; l'armement et surtout &#224; la lutte contre les alli&#233;s occidentaux &#187;. En septembre 1945 les staliniens vont d&#233;sarmer les comit&#233;s du peuple puis pourront en finir d&#233;finitivement et physiquement avec les membres des comit&#233;s du peuple de Saigon. Ils avaient fini d'assassiner la r&#233;volution indochinoise. En octobre 1945, Ho Chi Minh d&#233;clare &#224; la presse : &#171; la France et le Vietnam ont depuis longtemps conclu un mariage. Le mariage n'a pas toujours &#233;t&#233; heureux mais nous n'avons pas int&#233;r&#234;t &#224; le briser. &#187; En novembre 1945, le parti communiste indochinois s'autodissous d&#233;clarant : &#171; il faut placer les int&#233;r&#234;ts de la patrie au dessus de ceux des classes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le nord, Ho suivait la m&#234;me politique de capitulation face aux forces alli&#233;es, dans ce cas aux Chinois et aux Fran&#231;ais. Cependant, cela prit beaucoup plus de temps qu'au sud, car les troupes chinoises arriv&#232;rent seulement fin septembre, laissant au Viet Minh le temps de consolider son pouvoir. Aussi, le Vietminh avait sa propre zone de gu&#233;rilla arm&#233;e au nord, et les Chinois n'&#233;taient pas activement oppos&#233;s &#224; un Vietnam ind&#233;pendant. Dans la ligne de sa politique d' &#187;ouverture &#187; de la coalition pour y inclure les nationalistes bourgeois et les leaders catholiques, Ho d&#233;cr&#233;ta en novembre la liquidation compl&#232;te du parti communiste indochinois. La d&#233;claration du Comit&#233; central affirmait que &#171; afin d'accomplir la t&#226;che du Parti &#8230; en vue d'une union nationale sans distinction de classes, de partis est un facteur indispensable &#187; et que ce geste a &#233;t&#233; fait pour montrer que les Communistes &#171; sont toujours dispos&#233;s de placer les int&#233;r&#234;ts de leur pays au dessus de ceux de classe, et de renoncer aux int&#233;r&#234;ts du Parti pour servir ceux du peuple vietnamien. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, cependant, l'opposition &#233;tait toujours forte au Nord. Le groupe La Lutte publiait &#224; ce moment un quotidien &#224; Hano&#239;, Tran Dao (La Lutte), qui avait une diffusion de 30.000 exemplaires &#224; la fin 1945. Un courrier du secr&#233;tariat de la Quatri&#232;me Internationale &#224; ce moment parlait d'un groupe La Lutte bien organis&#233; mais pers&#233;cut&#233; dans le nord. Conduit par Ta Thu Thau, ancien dirigeant des &#233;diteurs du Tonkin dans les ann&#233;es 1937-38, il tenait de grands meetings et publiait de nombreux ouvrages en plus de son quotidien. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta Thu Thau fut arr&#234;t&#233; par le Viet Minh au cours d'un voyage vers le sud. Jug&#233; trois fois par des comit&#233;s du peuple locaux, il fut acquitt&#233; trois fois, un tribut &#224; la r&#233;putation des trotskystes &#224; cette &#233;poque. Finalement, il fut simplement fusill&#233; &#224; Quang Ngai, en f&#233;vrier 1946, sur ordre du dirigeant stalinien du sud Tran Van Giau. (&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant liquid&#233; physiquement tous les dirigeants trotskystes au Vietnam, Ho pouvait maintenant conclure un &#171; march&#233; &#187; avec le gouvernement fran&#231;ais (qui comportait Fran&#231;ois Billoux comme ministre de la D&#233;fense !) L'accord pr&#233;liminaire entre la France et la. &#171; R&#233;publique D&#233;mocratique du Vietnam &#187; sign&#233; &#224; Hano&#239; le 6 mars pr&#233;voyait notamment que &#171; le gouvernement du Vietnam se d&#233;clarait pr&#234;t &#224; recevoir amicalement les forces arm&#233;es fran&#231;aises. &#187; et &#224; accepter le stationnement de 15.000 hommes des troupes fran&#231;aises au nord du 16e parall&#232;le. Le sens de l'accord &#233;tait une ind&#233;pendance limit&#233;e sous l'&#233;gide de l'Union fran&#231;aise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(extraits de &#171; Workers vanguard &#187; - Ligue spartakiste)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le r&#233;volutionnaire Ta Thu Thu est n&#233; le 5 mai 1906 &#224; Tan Binh (Long Xuyen), le quatri&#232;me enfant d'une famille nombreuse et pauvre. D&#232;s l'&#226;ge de 11 ans, apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de sa m&#232;re, il &#233;tudie tout en aidant son p&#232;re &#224; nourrir six bouches. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; dipl&#244;m&#233; du lyc&#233;e, il a enseign&#233; &#224; Sa&#239;gon et a rejoint des groupes de jeunes patriotiques, dont le Young Annam Party (Jeune Annam) en 1925, qui a ensuite &#233;t&#233; dissous par le gouvernement colonial. T&#7841; Thu Thau consid&#232;re cette &#233;tape de sa vie comme un &#034;r&#234;ve de jeunesse&#034;. En 1926, Ta Thu Thu a particip&#233; &#224; de nombreuses manifestations contre le gouvernement fran&#231;ais, r&#233;clamant la libert&#233; et la d&#233;mocratie pour le peuple vietnamien. Arriv&#233; en France en juillet 1927, alors qu'il n'avait que 21 ans, il fr&#233;quenta le d&#233;partement des sciences (Universit&#233; de Paris), il rejoignit le Parti de l'ind&#233;pendance vietnamienne (PAI) du patriotique Nguyen The Truyen et en prit le contr&#244;le en 1928. quand Nguyen The Truyen est rentr&#233; chez lui. En 1929, apr&#232;s une p&#233;riode d'action anticoloniale active sur la position d'un nationaliste, il a contact&#233; la gauche d'opposition fran&#231;aise et a &#233;t&#233; introduit par Alfred Rosmer - un ami, camarade et disciple de Trotsky.dans cette organisation. D&#232;s lors, il est devenu le premier chef trot&#233;rite vietnamien, avec ses camarades Huynh Van Phuong et Phan Van Chanh. Le 20 mai 1930, Ta Thu Thu et un certain nombre de ressortissants vietnamiens en France ont particip&#233; &#224; une manifestation devant l'Elys&#233;e (palais pr&#233;sidentiel fran&#231;ais), contre l'ex&#233;cution coloniale fran&#231;aise du parti de soldats patriotiques &#224; Yen Bai. Plus tard, il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; avec 18 autres Vietnamiens d'outre-mer et d&#233;port&#233; au Vietnam &#224; la fin du mois de mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins de 15 ans apr&#232;s son retour dans son pays jusqu'&#224; son assassinat en 1945, Ta Thu Thau &#233;tait un c&#233;l&#232;bre chef patriotique au Vietnam. En tant qu'organisateur et chef du mouvement d'opposition de la gauche tribite, devenu plus tard le Parti communiste indochinois, il a travaill&#233; la r&#233;volution par tous les moyens tels que la publication du prol&#233;tariat (mai 1932), travaillant dans le journal fran&#231;ais. 1933), candidat au conseil municipal de Saigon (mai 1933, candidat au conseil du district de Nam Ky, avril 1938) ... De 1932 &#224; 1940, Ta Thu Thu a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; 6 fois et condamn&#233; &#224; 5 fois, soit un total de 13 ans de prison et 10 ans d'exil. Fin 1944, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; de Con Dao, il envisage de cr&#233;er le Parti social des bateliers. Cette intention &#233;choua car d&#233;but septembre 1945, en route vers le sud, apr&#232;s avoir contact&#233; un certain nombre de camarades du nord pour publier Fighting, porte-parole du parti socialiste des bateliers du nord, il fut emmen&#233; par le Viet. Minh et assassin&#233; dans un champ de saules sur la c&#244;te de My Khe (province de Quang Ngai) alors qu'il avait 39 ans. Non seulement un r&#233;volutionnaire r&#233;silient, Ta Thu Thu &#233;tait aussi un &#233;crivain pointu (il &#233;tait dou&#233; pour &#233;crire la litt&#233;rature vietnamienne ainsi que la litt&#233;rature fran&#231;aise), un excellent orateur, un intellectuel prestigieux et un temp&#233;rament paisible., Amabilit&#233;. Ceux qui l'ont connu l'ont mentionn&#233; plus tard avec des mots respectueux. Son nom a &#233;t&#233; donn&#233; &#224; une rue pr&#232;s du march&#233; Ben Thanh, &#224; Saigon : 10 ans apr&#232;s le jour de la &#171; lib&#233;ration du Sud &#187;, cette route a &#233;t&#233; rebaptis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pourrons jamais avoir la bonne r&#233;ponse &#224; cette question. Une telle instruction, m&#234;me si elle existait par &#233;crit, &#233;tait s&#251;re d'avoir &#233;t&#233; br&#251;l&#233;e. &#192; cet &#233;gard, le &#171; grand fr&#232;re &#187; de l'Union sovi&#233;tique a cr&#233;&#233; un pr&#233;c&#233;dent &#171; &#224; suivre &#187; pour tous les autres &#171; vassaux &#187; du bloc &#171; socialiste &#187; : d&#232;s 1920 (c'est-&#224;-dire lorsque L&#233;nine &#233;tait vivant et &#233;veill&#233;), il y avait une directive approuv&#233;e qui interdisait strictement &#034;l'inclusion de r&#233;solutions sur les questions les plus importantes du Politburo dans les proc&#232;s-verbaux officiels [des sessions du Politburo].]&#034;. Dans les ann&#233;es suivantes, le Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique a publi&#233; une s&#233;rie de directives et de r&#233;solutions pour &#171; crypter &#187; ou dissimuler les preuves de leurs mauvais p&#233;ch&#233;s devant les historiens et avant la g&#233;n&#233;ration suivante [3]. Rappelons que le Parti communiste de l'Union sovi&#233;tique a pris la d&#233;cision ci-dessus en 1920, alors que la Russie sovi&#233;tique &#233;tait sortie d'une situation dangereuse en raison de l'intervention des pays &#171; capitalistes &#187; et de l'opposition des forces de la dipht&#233;rie dans l'eau. Au Vietnam, dans la seconde moiti&#233; de 1945, alors que le gouvernement du Viet Minh &#233;tait encore &#034;en bas &#226;ge&#034; et que les trotistes patriotiques &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des &#034;hommes de main imp&#233;riaux&#034;, &#034;des hommes de main pour les fascistes&#034; ..., doivent &#034;d&#233;truire imm&#233;diatement&#034; et &#034;proprement. punir &#034;, alors la d&#233;cision d'assassiner Ta Thu Thu et d'autres dirigeants pi&#233;tin&#233;s doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une&#034; r&#233;solution importante &#034;et digne de&#034; confidentialit&#233; &#034; avant la post&#233;rit&#233;&#034;. Mais le &#034;cryptage&#034; le plus efficace, est non fun&#233;raire, consiste &#224; supprimer tous les documents et papiers, est de tuer tous les t&#233;moins, m&#234;me les auteurs, dans la mesure du possible. Restaurer l'histoire apr&#232;s toutes ces ann&#233;es, en particulier l'histoire d'une p&#233;riode extr&#234;mement d&#233;routante et compliqu&#233;e comme 1945-1946, n'est pas une t&#226;che facile. Plusieurs fois, nous ne pouvons nous fier qu'aux sources &#171; orales &#187; rapport&#233;es par les gens. Les &#171; t&#233;moins &#187; de cette &#233;poque, le cas &#233;ch&#233;ant, sont maintenant &#233;galement au seuil de &#171; la perte &#187;. Peuvent-ils se rappeler et raconter exactement ce qui s'est pass&#233; ? Sous l'impact de la situation politique au Vietnam, dans quelle mesure les informations fournies par eux peuvent-elles &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme convaincantes ? Telles sont les questions et les doutes habituels que nous devons nous poser avant la mort de Ta Thu Thau, ainsi que d'&#233;ventuels &#171; soup&#231;ons &#187; historiques, qui sont consid&#233;r&#233;s comme des &#171; points blancs &#187; dans l'histoire Vietnam moderne et contemporain. Le Parti communiste du Vietnam, dans ses documents officiels, est d'avis que l'extermination des militants trio-patriotiques est une &#034;grande victoire&#034; pour le parti. Mais, tout en d&#233;formant et diffamant avec parcimonie les activit&#233;s patriotiques des cerfs-volants de trot, ils ne semblent jamais mentionner comment une telle &#171; grande victoire &#187; &#233;tait dans la pratique. Un article r&#233;sumant les &#171; glorieuses victoires &#187; du Parti communiste en 1945 dans la suppression et la destruction des organisations de gangsters, n'est que tr&#232;s g&#233;n&#233;ral : &#171; Ma presse a condamn&#233; strictement les tritks Notre peuple a d&#233;voil&#233; ses visages r&#233;actionnaires, le gouvernement populaire a correctement puni les troteurs ... La R&#233;volution d'ao&#251;t 1945 a balay&#233; un grand nombre de l'&#233;l&#233;ment gangster pourri &#187;[4]. Il n'y avait pas un mot sur les propri&#233;taires de cette &#034;glorieuse victoire&#034; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retracer la v&#233;rit&#233;, l'historien Daniel H&#233;mery, ancien membre du parti communiste fran&#231;ais, qui a fait de gros efforts pour reproduire la v&#233;rit&#233; sur la mort de Ta Thu Thu et de ses camarades. En tant qu'historien sp&#233;cialis&#233; dans le sujet du Vietnam, il a &#233;crit de nombreux livres sur l'histoire du Vietnam ; Sa th&#232;se de doctorat a &#233;galement abord&#233; le sujet de Ta Thu Thau et du groupe de treillis au Vietnam. Cependant, en raison de nombreux obstacles mat&#233;riels et de preuves (en particulier la dissimulation du Parti communiste du Vietnam), dans les ann&#233;es 1970, il a pu &#233;mettre des &#171; hypoth&#232;ses &#187; en d&#233;duire quelle &#171; hypoth&#232;se &#187; est la plus raisonnable. Parmi les documents en vietnamien, un accent particulier doit &#234;tre mis sur les d&#233;couvertes du groupe de gangsters vietnamiens en France, bas&#233;es sur de nouveaux &#233;v&#233;nements, les textes nouvellement r&#233;v&#233;l&#233;s, &#171; transparents &#187;, bas&#233;s sur le r&#233;cit de certains des anciens Trellites survivants. Ces conclusions ont &#233;t&#233; r&#233;sum&#233;es par M. Hoang Khoa Khoi, le chef du groupe, dans l'article Qui a assassin&#233; Ta Thu Thu et les politiciens vietnamiens ? post&#233; sur Profil du mouvement quaternaire du Vietnam [5]. Dans cet article, M. Hoang Khoa Khoi revient sur trois &#171; hypoth&#232;ses &#187; de l'historien Daniel H&#233;mery sur le cerveau de l'assassinat de Ta Thu Thu : 1. Le g&#233;n&#233;ral Nguyen Binh, commandant de l'arm&#233;e sud-vietnamienne. 2. Tran Van Giau et Duong Bach Mai, deux dirigeants publics du Parti communiste du Vietnam &#224; Saigon, sont &#233;galement notoires Zarinsi [6]. 3. Il s'agit de M. Ho Chi Minh, le chef supr&#234;me du parti [7].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des arguments et des preuves pointus et convaincants, l'auteur a exclu les deux premiers et a favoris&#233; le troisi&#232;me parce que, selon lui, H&#244; Chi Minh lui-m&#234;me est le &#034;p&#232;re spirituel&#034; de tous. M&#234;me les purges et le terrorisme des organisations de gangsters vietnamiens, car il &#233;tait vivant toujours &#224; l'&#233;tranger et op&#233;r&#233; sous le contr&#244;le de la Troisi&#232;me Internationale. Nous avons &#233;galement appris que six ans avant que le Viet Minh n'organise le massacre de tous les soldats patriotiques, six ans avant que l'article doit avoir &#233;t&#233; &#233;limin&#233; ! [8] ne soit officiellement introduit. Sur le drapeau de lib&#233;ration du Parti communiste vietnamien comme un cri pour tuer les assoiff&#233;s de sang, M. Ho Chi Minh, outre-mer, a utilis&#233; des mots tr&#232;s provocants pour appeler &#224; &#034;an&#233;antir&#034; les braves gens. -Kit, &#034;hommes de main fascistes&#034;, &#034;malhonn&#234;tet&#233;&#034;, &#034;chiens de chasse&#034;, &#034;vente bon march&#233; du pays&#034; ... Ainsi, M. Ho Chi Minh et ses successeurs devront r&#233;pondre lorsque lors d'une rencontre qui aura lieu en 1946 [9] avec l'&#233;crivain fran&#231;ais Daniel Gu&#233;rin, ami et ancien camarade de Ta Thu Thu dans la gauche d'opposition fran&#231;aise, il d&#233;clara : &#171; Ta Thu Thu est un grand patriote. J'ai pleur&#233; sa mort. &#187;(T&#7841; Thu Thau &#233;tait un grand patriote, nous le pleurons) ? Mais bient&#244;t, M. Ho Chi Minh a ajout&#233; : &#034;Mais quiconque ne suivra pas le chemin que j'ai trac&#233; sera bris&#233;&#034; [10]. Il est compr&#233;hensible que cette seconde d&#233;claration - que Tran Van Giau, dans une conf&#233;rence &#224; Paris &#224; l'&#233;t&#233; 1989, jugeait fausse - soit une confession sinc&#232;re de la responsabilit&#233; de Ho Chi Minh sur la mort de Ta Thu Thu [11] ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. Hoang Khoa Khoi, dans l'article susmentionn&#233;, a fait une d&#233;claration d&#233;finitive : &#171; &#8230; la personne tenant un couteau ou tirant n'est qu'un agent, pas le principal coupable. Le principal coupable doit &#234;tre trouv&#233; parmi les dirigeants du Parti communiste du Vietnam, dont Ho Chi Minh. [...] Le coupable est celui qui a aiguis&#233; le couteau et mont&#233; la balle pour la t&#234;te de la t&#234;te. Cependant, pour que l'histoire soit claire, il est &#233;galement souhaitable de comprendre les circonstances du meurtre de Ta Thu Thu et de &#034;r&#233;v&#233;ler le nom&#034; de ces bourreaux directs. &#192; cet &#233;gard, les ressources dont nous disposons actuellement sont &#233;galement tr&#232;s limit&#233;es. Apr&#232;s avoir interrog&#233; &#034;au Vietnam, qui a tu&#233; Ta Thu Thu et [vos] camarades ?&#034;, M. Hoang Khoa Khoi a d&#233;clar&#233; : &#034;Apr&#232;s enqu&#234;te, nous avons appris l'existence des trois coupables. Ce sont tous des communistes. La premi&#232;re personne est Kieu Dac Thang, responsable de l'Union. La deuxi&#232;me personne est Nguyen Van Tran, qui a &#233;tudi&#233; &#224; Moscou. La troisi&#232;me personne est Nguyen Van Tay, ancien ministre du gouvernement Tran Van Giau &#187;. Il faut ajouter que le personnage de Nguyen Van Tran dont il est question ici est M. Nguyen Van Tran, d&#233;c&#233;d&#233; depuis un certain temps, un communiste &#171; tra&#238;tre &#187;, l'auteur du livre &#201;crire &#224; la m&#232;re et &#224; l'Assembl&#233;e nationale est populaire en &#192; cette &#233;poque, il utilisait encore beaucoup de mots et de rh&#233;toriques grossiers, voire grossiers, en se r&#233;f&#233;rant &#224; Ta Thu Thau et aux patriotes trotistes au Vietnam. Dans le livre Vietnam 1920 - 1945 (R&#233;volution et contre-r&#233;volution sous la p&#233;riode coloniale [12]) de Ngo Van, un ancien trotiste, qui &#233;tait un camarade de Ta Thu Thu au Vietnam, je viens d'&#233;crire tr&#232;s bri&#232;vement : &#034;. .. Je suis retourn&#233; vers le sud. [&#8230;] Les gens racontent diff&#233;remment ce qui s'est pass&#233; par la suite. Nous ne savons pas exactement o&#249; Thu a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, mais tout le monde a dit que c'&#233;tait &#224; Quang Ngai et a tenu le Viet Minh pour responsable. Ils ont &#233;galement &#233;voqu&#233; les soup&#231;ons des gardes charg&#233;s de tirer [Ta Thu Thu], quand il a appris qu'il s'&#233;tait d&#233;fendu dans un soi-disant proc&#232;s : il avait justifi&#233; sa vie r&#233;volutionnaire. L'ordre appel&#233; &#224; tirer trois fois, les trois fois o&#249; les hommes arm&#233;s ont &#233;t&#233; abaiss&#233;s, &#224; ce moment-l&#224;, le &#171; juge &#187; s'est termin&#233; par un coup de pistolet dans le dos (le tueur nomm&#233; Tu Ty). C'&#233;tait le premier jour de septembre 1945 &#187;[13]. L'auteur Tran Ngon Phieu dans l'article The Final Witnesses a ajout&#233; : &#171; &#8230; M. [Ta Thu Thau] a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en passant par Quang Ngai le 18 ao&#251;t 1945, a &#233;t&#233; d&#233;tenu au domicile de Xuan Pho puis tu&#233; dans le champ de Duong, plage de My Khe &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les documents entre nos mains, seul l'article intitul&#233; J'ai vu Ta Thu Thau est mort d'un homme du nom de Nguyen Van Thiet, publi&#233; dans le journal The Soul Weekly de &#034;Vietnam Engineering Corporation&#034; (Rassemblement des travailleurs vietnamiens) de Paris en 7 (30-7) et 8 (7-8) en 1949, est un r&#233;cit d&#233;taill&#233; et complet de la mort de Ta Thu Thu. Cet article a &#233;t&#233; republi&#233; dans l'ouvrage historique des Vietnamiens en France 1940 - 1954 [14] par Dang Van Long, un ancien savant r&#233;sidant en France. Lors de certaines conversations avec l'auteur du livre, il nous a dit : selon lui, la plupart des informations contenues dans l'article pouvaient &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme v&#233;ridiques. Toujours selon lui, il y a quelques ann&#233;es, il semblerait que quelqu'un ait m&#234;me rencontr&#233; le coupable qui a tu&#233; Ta Thu Thu au Vietnam. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un demi-si&#232;cle apr&#232;s la naissance de l'article ci-dessus, il semble que &#034;la nation vietnamienne&#034; n'ait pas encore rencontr&#233; le d&#233;sir sinc&#232;re de l'auteur de l'article ci-dessus, de &#034;rembourser l'ennemi de Ta Thu Thu&#034; : amener les auteurs directement et indirectement devant la juridiction nationale. &#192; une &#233;poque o&#249; la &lt;&lt; r&#233;conciliation conciliante &gt;&gt; &#233;tait un slogan largement acclam&#233;, la r&#233;it&#233;ration de la v&#233;rit&#233; de certains &#233;v&#233;nements historiques qui se sont d&#233;roul&#233;s depuis longtemps visait &#233;galement &#224; effacer les ordures du pass&#233;, &#224; rendre l'honneur aux patriotes injustement massacr&#233;s. . &#034;La v&#233;rit&#233;, juste la v&#233;rit&#233; !&#034;, Un tr&#232;s bon slogan &#233;voqu&#233; lors de la r&#233;forme en Union sovi&#233;tique il y a cinquante ans, pourrait &#234;tre un &#034;miracle&#034; pour un Vietnam libre et d&#233;mocratique de ce troisi&#232;me si&#232;cle. L'auteur tient &#224; remercier les membres du groupe quaternaire du Vietnam en France pour leur permission d'utiliser certains des travaux et travaux de recherche du groupe. (Les premiers jours du printemps 1999)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Actualit&#233;s L'histoire du Parti communiste du Vietnam, publi&#233; pour la premi&#232;re fois en 1946, le livre &#034;oreiller de chevet&#034;, &#034;manuel&#034; de tous les membres du Parti communiste vietnamien. 2. Toujours en 1989, plus de 100 personnalit&#233;s en France et dans le monde ont co-sign&#233; un appel pour restaurer l'honneur et la dignit&#233; de Ta Thu Thu et de ses camarades tels que Tran Van Thach, Phan, Van Lob, Huynh Van Phuong. .. 3. &#192; cet &#233;gard, on peut citer deux livres de l'&#233;crivain et historien russe Edvard Radzinsky : Le dernier tsar (La vie et la mort de Nicolas II) et Staline. 4. R&#233;trospective de la lutte du parti contre les gangsters r&#233;actionnaires - The Tap (Communist Magazine No. 2-1983). 5. Biblioth&#232;que de recherche (Paris) publi&#233;e en 1993. 6. M. Tran Van An, un nationaliste, a &#233;galement d&#233;clar&#233; que &#034;Tran Van Giau est le principal coupable&#034; de l'assassinat de Ta Thu Thau. Veuillez voir l'entretien avec M. Tran Van An au printemps 1993, enregistr&#233; par le docteur Nguyen Hoai Van. 7. Dans le m&#233;moire politique sanglant vietnamien de ma ville natale (Van Nghe Publishing House, publi&#233; en 1993), le g&#233;n&#233;ral Hoang Linh Do Mau a &#233;galement d&#233;clar&#233; que &#171; le chef de la Quatri&#232;me Internationale, M. Ta Thu Thu, souffrait de H&#244; Chi Minh-Ville. Minh a complot&#233; pour que la milice Quang Ngai tue en route vers le sud &#187;. 8. Tan Trao's, dat&#233; du 23 octobre 1945, actuellement archiv&#233; au D&#233;partement des archives du Bureau central du Parti communiste du Vietnam. 9. &#192; l'&#233;poque, M. Ho Chi Minh &#233;tait le chef de la d&#233;l&#233;gation du gouvernement vietnamien en France. 10. Ce d&#233;tail est publi&#233; dans Au Service Des Colonis&#233;s 1930 - 1953, Editions de Minuit Publishing, Paris 1954. 11. Plus r&#233;cemment, dans un article intitul&#233; Les derniers t&#233;moins, l'auteur Tran Ngon Phieu a d&#233;clar&#233; : &#171; ... lorsque M. Thau est mort, un journaliste a interrog&#233; M. Ho Chi Minh &#224; Hano&#239; &#224; ce sujet. Il a r&#233;pondu que la localit&#233; avait tu&#233; un patriote. par erreur &#034;. 12. Langue originale fran&#231;aise : Vietnam 1920 - 1945 (R&#233;volution et contre-r&#233;volution sous la domination coloniale. 13. Extrait de l'annexe du livre (Paragraphes - Biographies de certains r&#233;volutionnaires vietnamiens), version vietnamienne (non publi&#233;e). 14. Bookcase Research publi&#233; en 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://nghiencuulichsu.com/2015/09/07/tim-hieu-vu-am-sat-ta-thu-thau/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://nghiencuulichsu.com/2015/09/07/tim-hieu-vu-am-sat-ta-thu-thau/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://mousekeymakehistory.wordpress.com/2020/12/08/ai-giet-ta-thu-thau/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ai Gi&#7871;t T&#7841; Thu Th&#226;u ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ta Thu Thau est n&#233; le 6 mai 1906 &#224; Tan Binh (Longxuy&#234;n, sud Vietnam), quatri&#232;me enfant d'une famille nombreuse et tr&#232;s pauvre : son p&#232;re &#233;tait menuisier. En 1925, il commen&#231;a &#224; travailler comme enseignant &#224; Saigon. [1] &#192; l'&#226;ge de 20 ans, avec la plupart des jeunes &#171; &#233;duqu&#233;s &#187;, Ta Thu Thau - dans une exp&#233;rience qu'il appela plus tard la &#171; folie de sa jeunesse &#187; - rejoignit le groupe nationaliste Young Annam, qui fut bient&#244;t dissous par le Gouvernement colonial fran&#231;ais. [2] Le 24 mars 1926, Ta Thu Thau a pris part &#224; une manifestation de masse pour marquer le retour de France du chef constitutionnel-nationaliste Bui Quang Chi&#234;u et le 4 avril 1926 &#224; la manifestation marquant les fun&#233;railles du nationaliste v&#233;t&#233;ran Phan Chau Trinh . [3] Le 21 mars de cette ann&#233;e-l&#224;, il avait pris part &#224; une r&#233;union dans la rue Lanzarotte, Saigon, organis&#233;e par Nguyen An Ninh, pour les libert&#233;s d&#233;mocratiques et contre l'exploitation des Annamites, tous deux originaires d'Annam et ceux du Tonkin. Il a &#233;crit pour le journal Annam de l'avocat nationaliste Phan Van Truong. [4]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta Thu Thau arrive en France en septembre 1927 et s'inscrit &#224; la facult&#233; des sciences de l'Universit&#233; de Paris. Il a rejoint le Dang Viet Nam D&#244;c Lap (Parti de l'ind&#233;pendance annamite - PAI), et apr&#232;s son fondateur Nguyen The Truyen est revenu au Vietnam en 1928, a pris la responsabilit&#233; de son travail. [5] La R&#233;surrection mensuelle anticolonialiste, qui a commenc&#233; en d&#233;cembre de la m&#234;me ann&#233;e, mais a &#233;t&#233; de courte dur&#233;e, a &#233;t&#233; publi&#233;e par Ta Thu Thau en collaboration avec Huynh Van Phuong. [6]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1929, les Jeunesse Patriotes de Pierre Taittinger [7] se heurt&#232;rent aux Annamites sous l'influence du PAI. Ta Thu Thau a attaqu&#233; L'Humanit&#233;, le journal du Parti communiste fran&#231;ais, pour la &#171; mauvaise foi &#187; de son r&#233;cit, et le Parti communiste fran&#231;ais (PCF) pour son incapacit&#233; &#224; intervenir au nom des Annamites arr&#234;t&#233;s lors de cette r&#233;union, et a &#233;crit sur le &#171; ch&#226;timent &#224; exiger de la Commission coloniale du PCF &#187; pour son &#171; travail de factions contre-r&#233;volutionnaire &#187; au sein du PAI. Le groupe annamite de la section coloniale du PCF, dirig&#233; par Nguyen Van Tao [8], esp&#233;rait &#224; travers ce travail transformer les membres du PAI en &#171; automates pour ex&#233;cuter leurs &#233;dits &#187;, comme il l'a &#233;crit. Un d&#233;pliant r&#233;dig&#233; par Ta Thu Thau conclut : &#171; De notre indescriptible esclavage, nous crions &#224; tous les opprim&#233;s des colonies : unissez-vous contre l'imp&#233;rialisme europ&#233;en, blanc ou rouge, si vous voulez une partie de ce monde pour vous-m&#234;mes. En mars 1929, Ta Thu Thau tenta en vain de d&#233;fendre le PAI contre sa dissolution l&#233;gale par le tribunal de premi&#232;re instance de la Seine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du 20 au 30 juillet 1929, Ta Thu Thau participa au deuxi&#232;me congr&#232;s de la Ligue anti-imp&#233;rialiste &#224; Francfort. [9] Dans les cercles parisiens de gauche, il rencontre F&#233;licien Challaye, Francis Jourdain et Daniel Gu&#233;rin. [10] Il a abandonn&#233; les croyances nationalistes de ses premi&#232;res ann&#233;es et est entr&#233; dans l'Opposition de gauche trotskyste. Il avait 23 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; l'insurrection de Y&#234;n Bay, dans la nuit du 9 au 10 f&#233;vrier 1930, inspir&#233; par le Viet Nam Qu&#244;c D&#226;n Dang (le Kuomintang annamite) [11], Ta Thu Thau expose sa perspective politique par rapport &#224; la r&#233;volution indochinoise &#224; La V&#233;rit&#233;, organe de l'opposition de gauche &#224; Paris (avril / mai / juin 1930).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La bourgeoisie indig&#232;ne cr&#233;&#233;e artificiellement n'est capable de faire aucune r&#233;volution ... le bloc bourgeois indig&#232;ne, incapable d'existence ind&#233;pendante, s'est solidement soud&#233; &#224; la bourgeoisie fran&#231;aise - qui la tient fermement et l'utilise pour briser la lutte r&#233;volutionnaire au nom du nationalisme annamite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le soul&#232;vement mal organis&#233; de Y&#234;n Bay ... sans liaison entre son organisation et la population civile ... a &#233;t&#233; lanc&#233; sur une base id&#233;ologique confuse ... une synth&#232;se sun-yat-seniste de d&#233;mocratie, nationalisme et socialisme [12 ] ... une sorte de mysticisme nationaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette politique obscurcit les relations de classe concr&#232;tes et la liaison r&#233;elle et organique entre la bourgeoisie indig&#232;ne et l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais ... Ceux qui parlent d'ind&#233;pendance imm&#233;diate et int&#233;grale n'ont rien de plus qu'une conception m&#233;canique et formaliste de la lutte. Aucun d'eux ne peut douter que, derri&#232;re ces mots impressionnants, il y a un peuple au sein duquel op&#232;rent des changements mol&#233;culaires perp&#233;tuels des classes sociales, d'autant plus imperceptibles qu'ils sont voil&#233;s par l'apparition du conflit entre les races, qui dans beaucoup de les yeux des gens sont r&#233;els et &#233;ternels ... Ni le terrorisme ni le gandhisme ne r&#233;soudront le probl&#232;me colonial ... Une r&#233;volution bas&#233;e sur l'organisation des masses prol&#233;tariennes et paysannes est la seule capable de lib&#233;rer les colonies ... La question de l'ind&#233;pendance doit &#234;tre li&#233; &#224; celui de la r&#233;volution socialiste prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta Thu Thau a critiqu&#233; ici la Troisi&#232;me Internationale et le PCF pour leur n&#233;gligence dans la formation des cadres marxistes, et pour leur approche empirique de la soi-disant &#171; situation r&#233;volutionnaire continue &#187; en Indochine ; il d&#233;non&#231;a la &#171; fausse politique de l'Internationale &#187;, la politique aventuriste de la troisi&#232;me p&#233;riode, &#224; la suite de laquelle &#171; les r&#233;volutionnaires prol&#233;tariens avaient capitul&#233; devant les partis nationalistes ... &#187; et &#171; la r&#233;volution chinoise avait &#233;t&#233; conduite au cimeti&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phrases&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 mai 1930, les &#233;tudiants annamites de Paris manifest&#232;rent sur les Champs d'Elys&#233;es contre plus de 50 condamnations &#224; mort prononc&#233;es contre des participants au soul&#232;vement de Y&#234;n Bay ; Ta Thu Thau a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et, le 30 mai, expuls&#233; de France vers le Vietnam avec 18 de ses compatriotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le trotskyste clandestin Ta doi l&#226;p (opposition de gauche) a &#233;t&#233; form&#233; &#224; Sa&#239;gon vers la fin de 1931, Ta Thu Thau &#233;tait l'un de ses fondateurs. Mais le groupe se divisa bient&#244;t en trois factions : Ta Thu Thau organisa le groupe D&#244;ng duong c&#244;ng san (communisme indochinois), qui, &#224; partir du 1er mai 1932, publia un double journal, V&#244; San (prol&#233;tarien). Huynh Van Phuong et Phan Van Chanh, qui faisaient &#233;galement partie des d&#233;port&#233;s de France, ont publi&#233; des journaux de propagande communiste sous le titre Ta doi l&#226;p tung tho (Publications de l'opposition de gauche). Un autre d&#233;port&#233; de France, Ho Huu Tuong, avec d'autres opposants au Parti communiste indochinois, a form&#233; le groupe Thang muoi (octobre). [13]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupes clandestins ont rapidement &#233;t&#233; frapp&#233;s par une r&#233;pression s&#233;v&#232;re. Quarante et une personnes ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;es &#224; Sa&#239;gon et dans les provinces de Baclieu, Baria, Giadinh et Soctrang. Arr&#234;t&#233; le 8 ao&#251;t 1932, Ta Thu Thau fut lib&#233;r&#233; avec un avertissement le 21 janvier 1933 ; mais 15 militants ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; entre quatre mois et cinq ans d'emprisonnement lors d'un proc&#232;s de 21 trotskystes le 1er mai 1933.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#233;lections municipales de Sa&#239;gon les 30 avril et 7 mai 1933, Ta Thu Thau a men&#233; une agitation l&#233;gale avec le communiste stalinien Nguyen Van Tao, les nationalistes Nguyen An Ninh, Tran Van Thach, Le Van Thu, Trinh Hung Ngau et d'autres. [14] Ce groupe a constitu&#233; une liste &#171; ouvri&#232;re &#187; (so lao dong) pour les &#233;lections, &#233;v&#233;nement inhabituel pour l'Indochine. Un journal de langue fran&#231;aise, La Lutte (La lutte), a &#233;t&#233; publi&#233; pour soutenir la campagne (les journaux de langue annamite &#233;taient soumis &#224; la censure) ; le premier num&#233;ro &#233;tait dat&#233; du 24 avril 1933 et le journal a disparu le lendemain de l'&#233;lection. Face &#224; une r&#233;action stup&#233;faite de la soci&#233;t&#233; colonialiste, deux candidats de la &#171; liste ouvri&#232;re &#187; ont &#233;t&#233; &#233;lus au conseil municipal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 novembre de la m&#234;me ann&#233;e, &#224; l'initiative d'un cercle d'&#233;tude d'anciens &#233;tudiants en France, Ta Thu Thau a donn&#233; une conf&#233;rence sur la dialectique, devant un large public d'&#233;tudiants et d'ouvriers r&#233;unis dans une coop&#233;rative coll&#233;giale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, du &#171; Front uni &#187; des trotskystes, des staliniens et des nationalistes &#171; pour la d&#233;fense de la classe ouvri&#232;re &#187;, le groupe La Lutte a &#233;t&#233; formellement constitu&#233; ; les trotskystes retiennent leur critique de l'URSS et du stalinisme, les staliniens leur critique du trotskysme et le journal La Lutte r&#233;appara&#238;t le 4 octobre 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur &#233;lection annul&#233;e [15], les membres du groupe se pr&#233;sentent &#224; nouveau pour l'&#233;lection municipale de mai 1935. Ta Thu Thau fait partie des &#233;lus. Recherch&#233; par les autorit&#233;s pour &#171; activit&#233; de presse subversive &#187;, il fut condamn&#233; le 27 juin 1935 &#224; deux ans de prison avec sursis, sanction confirm&#233;e par la cour d'appel le 10 septembre 1935. Le 26 d&#233;cembre 1935, Ta Thu Thau - avec trois autres &#233;lus repr&#233;sentants de La Lutte - a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; pour avoir prononc&#233; un discours en faveur des chauffeurs de tilbury en gr&#232;ve ; ils ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s le lendemain. Au proc&#232;s du journal La Lutte le 18 mars 1936, Ta Thu Thau fut condamn&#233; &#224; une amende de 500 francs devant le tribunal de Sa&#239;gon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e au pouvoir du gouvernement du Front populaire en France en juin 1936 [16] d&#233;clencha un vaste mouvement populaire qui balaya l'Indochine : gr&#232;ves dans les plantations de caoutchouc, dans l'Arsenal, sur les chemins de fer ... et manifestations paysannes. Lors d'une r&#233;union le 13 ao&#251;t 1936, principalement de militants du groupe La Lutte et de dirigeants du parti constitutionnel-nationaliste, des plans ont &#233;t&#233; esquiss&#233;s pour le mouvement du Congr&#232;s indochinois. Un comit&#233; a &#233;t&#233; form&#233; pour pr&#233;parer une charte des revendications d&#233;mocratiques &#224; pr&#233;senter au gouvernement du Front populaire. Le mouvement du Congr&#232;s fut interdit le 19 septembre 1936 et Ta Thu Thau, qui avait particip&#233; &#224; sa commission de l&#233;gislation pour les travailleurs, fut emprisonn&#233;e avec Nguyen Van Tao et Nguyen An Ninh. Ils ont tous &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s apr&#232;s 11 jours de gr&#232;ve de la faim, le 5 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1937, les gr&#232;ves industrielles et les manifestations paysannes ont de nouveau explos&#233;. Ta Thu Thau s'est retrouv&#233; en prison du 18 mai au 7 juin, puis a &#233;t&#233; condamn&#233; par le tribunal de Sa&#239;gon le 9 juillet &#224; deux ans de prison, condamnation contre laquelle il a fait appel. C'est &#224; ce moment que le PCF a ordonn&#233; aux staliniens de rompre avec les trotskystes (cf. la lettre de Gitton, 19 mai 1937). [17] Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des cheminots ramena Ta Thu Thau en prison le 23 juillet 1937. Apr&#232;s une gr&#232;ve de la faim de 12 jours, il fut ramen&#233; devant le tribunal de Sa&#239;gon le 17 septembre sur une civi&#232;re. Il &#233;tait semi-paralys&#233;. Condamn&#233; le 11 novembre &#224; une nouvelle peine de deux ans &#224; courir simultan&#233;ment, il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; sous condition trois mois avant la fin de sa peine, le 14 f&#233;vrier 1939, &#224; la veille du nouvel an annamite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travaillant avec ses camarades trotskystes Ta Thu Thau continua la publication du journal Tranh dau (anciennement La Lutte qui parut en langue annamite &#224; partir d'octobre 1938), soutenant la Quatri&#232;me Internationale. Dans les pages du journal, il m&#232;ne une campagne pour les &#233;lections au Conseil colonial des 16 et 30 avril 1939 [18] ,. o&#249; il a &#233;t&#233; &#233;lu avec ses deux camarades Tran Van Thach et Phan Var Hum [19] Leur programme comprenait l'opposition &#224; un pr&#234;t national de 33 millions de piastres lev&#233; aupr&#232;s du peuple &#171; pour la d&#233;fense de l'Indochine &#187; - et cela entrait en conflit avec la position de le Parti communiste indochinois, qui &#233;tait align&#233; sur celui du PCF, que la France devait mettre ses forces de s&#233;curit&#233; en &#233;tat de pr&#233;paration au combat, &#224; la suite du pacte Laval-Staline de mai 1935. Le 1er octobre 1939 Phan Van Hum a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; cinq ans de prison pour cette propagande antimilitariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta Thu Thau fut autoris&#233; &#224; quitter Sa&#239;gon le 21 ao&#251;t 1939 pour se rendre au Siam. Il avait l'intention d'y chercher un traitement m&#233;dical. Mais la guerre a &#233;clat&#233; et il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; et ramen&#233; &#224; Sa&#239;gon le 11 octobre 1939. Le journal Tranh dau faisait partie des personnes touch&#233;es par une ordonnance d'interdiction le 26 septembre 1939, et le groupe de Ta Thu Thau faisait partie de ces &#171; groupes et associations communistes &#187;Concern&#233; par un ordre de dissolution (d&#233;cr&#233;t&#233; en octobre 1939). Condamn&#233; par le tribunal de Sa&#239;gon le 16 avril 1940 &#224; cinq ans de prison, 10 ans d'interdiction et 10 ans de perte de ses droits civils, Ta Thu Thau fut d&#233;port&#233; vers le camp de concentration de l'&#238;le de Poulo Condore en octobre 1940.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coup&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s son retour du camp &#224; la fin de 1944, Ta Thu Thau a travaill&#233; &#224; la construction du Socialist Workers Party (Dan xa hoi tho thuyen). Le coup d'&#201;tat japonais a mis fin au pouvoir colonial fran&#231;ais en mars 1945 et l'a remplac&#233; par le gouvernement de Bao Dai et Tran Tron Kim. [20] Au milieu de 1945, Ta Thi Thau s'&#233;tait rendu au Tonkin et avait pris contact avec des militants trotskystes dans la r&#233;gion de Dan phuong, y compris Luon Due Thiep, Khuong Huu An et d'autres qui publiaient le journal Chieu dau (Combat) en tant qu'organe du Parti des travailleurs socialistes du nord du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta Thu Thau a particip&#233; &#224; des r&#233;unions de travailleurs clandestins et de paysans dans les zones mini&#232;res de Nam dinh, Haiphong et Hai duong. Apr&#232;s la chute du Japon et l'arriv&#233;e au pouvoir de Ho Chi Minh en ao&#251;t 1945 [21], Ta Thu Thau esp&#233;rait revenir au sud du Vietnam, mais fut arr&#234;t&#233; par les Vietminh &#224; Quang ngai et assassin&#233; en septembre 1945. [22]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire le deuil&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet de la mort de Ta Thu Thau, voici les paroles d'Ho Chi Minh en 1946, racont&#233;es par Daniel Guerin : &#171; C'&#233;tait un grand patriote et nous le pleurons ... mais tous ceux qui ne suivent pas la ligne que nous avons couch&#233; sera bris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mois qui a suivi l'insurrection de Sa&#239;gon du 23 septembre 1945, les camarades les plus proches de Ta Thu Thau ont men&#233; le groupe Tranh dau au combat contre la force franco-britannique qui visait &#224; reconqu&#233;rir le Vietnam, engagement dans lequel quelque 200 hommes Tranh dau ont perdu la vie ; comme Ta Thu Thau, les dirigeants de Tranh dau ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par les partisans de Ho Chi Minh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler qu'en 1939, faisant &#233;cho aux Proc&#232;s de Moscou, Ho Chi Minh &#233;crivit trois lettres &#224; ses &#171; camarades bien-aim&#233;s &#187; d&#233;crivant les trotskystes comme &#171; des espions et des tra&#238;tres notoires &#187;, au service du &#171; fascisme international, chinois, espagnol, italien et allemand &#187;. &#187;. Les exterminer en &#233;tait la conclusion implicite, mais tr&#232;s claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que personne, Ta Thu Thau &#233;tait sympathique et avait une grande ma&#238;trise de soi. R&#233;pondant &#224; une convocation du gouverneur Pages [23] en avril 1937, il d&#233;clara : &#171; Je suis r&#233;volutionnaire et je resterai r&#233;volutionnaire tant qu'il y aura du sang dans mes veines. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ngo Van Xuyet&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Sa&#239;gon a &#233;t&#233; rebaptis&#233; H&#244; Chi Minh-Ville apr&#232;s la victoire du Front de lib&#233;ration nationale en 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La France a envoy&#233; des missions militaires au Vietnam &#224; partir de 1848 (le centre et le sud du Vietnam constituant alors la nation d'Annam, le nord du Vietnam &#233;tant connu sous le nom de Tonkin). Le Vietnam et le Cambodge &#233;taient sous contr&#244;le fran&#231;ais complet dans les ann&#233;es 1860, et cela a &#233;t&#233; &#233;tendu &#224; toute l'Indochine avec la conqu&#234;te du Laos en 1893. Le mouvement d'ind&#233;pendance nationale a pris la forme de conspirations bourgeoises dans les premi&#232;res ann&#233;es du XXe si&#232;cle ; au d&#233;but des ann&#233;es 1920, il est apparu comme un mouvement de masse. Un parti constitutionnaliste a &#233;t&#233; form&#233; en 1923 ; Des organisations nationalistes r&#233;volutionnaires ont &#233;galement prolif&#233;r&#233;, dont Young Annam (Viet Nam Thanh Nien Dang) faisait partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Bui Quang Chieu a fond&#233; le Parti constitutionnaliste bourgeois qui a suscit&#233; un sentiment de masse contre la classe f&#233;odale et les colonialistes dans les ann&#233;es 1920, en utilisant des occasions telles que les fun&#233;railles de Phan Chau Trinh &#224; cette fin. Avec l'&#233;mergence des mouvements ouvriers, &#224; commencer par les soul&#232;vements avort&#233;s de 1930, les constitutionnalistes sont devenus extr&#234;mement hostiles &#224; leur &#233;gard et se sont rapproch&#233;s du gouvernement colonialiste et de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phan Chau Trinh &#233;tait un mandarin au tribunal de Hue, qui a quitt&#233; son poste par d&#233;go&#251;t de la corruption du tribunal en 1905 et a rejoint le v&#233;t&#233;ran nationaliste Phan Boi Chau en exil &#224; Hong Kong. De retour au Vietnam en 1906, il a &#233;t&#233; accus&#233; d'avoir inspir&#233; un soul&#232;vement paysan en 1908 et a &#233;t&#233; emprisonn&#233; pendant trois ans. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;, il a poursuivi ses activit&#233;s politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Nguyen An Ninh a &#233;tudi&#233; le droit &#224; Paris, o&#249; il a rejoint le mouvement nationaliste. De retour au Vietnam en 1923, il fonde pour la premi&#232;re fois le journal nationaliste La Cloche Fel&#233;e, qui publie pour la premi&#232;re fois le Manifeste communiste au Vietnam ; dans les ann&#233;es 1930, il a jou&#233; un r&#244;le de premier plan dans le mouvement du Congr&#232;s indochinois et dans La Lutte. La r&#233;union de la rue Lanzarotte, qui a r&#233;uni 3 000 personnes, a &#233;t&#233; le tout premier rassemblement politique public &#224; Sa&#239;gon. La Cloche Fel&#233;e fut suivie par l'Annam en mai 1926. Son r&#233;dacteur en chef, Phan Van Truong, avait rejoint le mouvement nationaliste en tant qu'&#233;tudiant en France en 1912.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Nguyen Les Truyen rejoignirent &#233;galement le mouvement nationaliste pendant leurs &#233;tudes en France et, en 1922-23, form&#232;rent l'Union Intercoloniale pour unir les anti-imp&#233;rialistes de tout l'empire fran&#231;ais. Il retourna au Vietnam en 1928. De retour en France en 1936-37, il tenta d'&#233;tablir une union de nationalit&#233;s opprim&#233;es avec l'Alg&#233;rien Messali Hadj.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Huynh Van Phuong venait d'une riche famille Mytho ; en 1927, il part &#233;tudier le droit &#224; Paris, o&#249; il rejoint l'opposition de gauche trotskyste. D&#233;port&#233; au Vietnam avec Ta Thu Thau en 1930, il a &#233;dit&#233; le journal de l'opposition de gauche &#224; Sa&#239;gon et a &#233;t&#233; actif dans le groupe La Lutte. Il a &#233;t&#233; assassin&#233; par les staliniens en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Les Jeunesses Patriotes de Pierre Taittinger &#233;taient des fascistes fran&#231;ais, inspir&#233;s par Mussolini, qui a &#233;merg&#233; en tant que force apr&#232;s l'&#233;lection en 1924 d'une coalition radicale-socialiste. C'&#233;taient des voyous lumpen, v&#234;tus d'imperm&#233;ables bleus et de b&#233;rets pour leurs provocations publiques, bas de gamme par rapport aux Croix de Feu (principalement d'anciens militaires) et &#224; Action Directe de Charles Maurras qui ont dirig&#233; la tentative de coup d'&#201;tat fasciste de f&#233;vrier 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. Nguyen Van Tao a rejoint le Parti communiste fran&#231;ais pendant ses &#233;tudes &#224; Paris et est devenu un employ&#233; &#224; plein temps en 1927 ; il a &#233;t&#233; d&#233;port&#233; au Vietnam en 1931, o&#249; il a jou&#233; un r&#244;le de premier plan dans l'organisation stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. La Ligue anti-imp&#233;rialiste, fond&#233;e sous l'influence des dirigeants staliniens du Komintern en 1927 &#224; Bruxelles, r&#233;unissait des pacifistes et d'autres gauchistes petits-bourgeois. Le congr&#232;s de Francfort, auquel Ta Thu Thau a particip&#233;, a mis fin &#224; sa courte vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. F&#233;licien Challaye, Francis Jourdain et l'historien et &#233;crivain Daniel Gu&#233;rin &#233;taient des anticolonialistes fran&#231;ais, inspirateurs de nombreuses actions de soutien &#224; la lib&#233;ration coloniale et fondateurs en 1933 d'un comit&#233; d'amnistie pour les prisonniers politiques vietnamiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. L'insurrection de Yen Bay a commenc&#233; comme une mutinerie des troupes annamites stationn&#233;es &#224; la fronti&#232;re chinoise ; ils massacr&#232;rent leurs officiers et contr&#244;l&#232;rent la garnison pendant une nuit, mais d'autres garnisons &#233;chou&#232;rent ou furent vaincues. Le village de Co Am se leva quelques jours plus tard et fut r&#233;prim&#233; par des bombardements a&#233;riens impitoyables. La s&#233;v&#233;rit&#233; de la r&#233;pression fran&#231;aise &#224; la suite du soul&#232;vement a fait du Viet Nam Quoc Dan Dong une force politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Sun Yat Sen &#233;tait le fondateur du nationaliste bourgeois chinois Guomindang ; sa philosophie combinait le nationalisme anti-imp&#233;rialiste, la d&#233;mocratie et les id&#233;es socialistes utopiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Phanh Van Chanh a rejoint l'opposition de gauche &#224; Paris en 1929 et a &#233;t&#233; d&#233;port&#233; avec Ta Thu Thau en 1930. Il a travaill&#233; comme enseignant et &#233;tait r&#233;dacteur en chef du journal Saigon de l'opposition de gauche. D&#233;port&#233; &#224; Poulo Condore 1940-43 ; il a &#233;t&#233; assassin&#233; par les staliniens en octobre 1945 &#224; Ben Sue, Thu Dau Mot. Pour Huynh Van Phuong, voir la note 6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho Huu Tuong a commenc&#233; sa vie politique en tant que nationaliste, et a rejoint le mouvement trotskyste en tant que haras&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ta Thu Thau a &#233;t&#233; tu&#233; par le Vietminh dans des circonstances qui n'ont toujours pas &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233;ment &#233;lucid&#233;es. Tran Van Thach, Nguyen Van So, Nguyen Van Tien et d'autres travailleurs ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par le Vietminh &#224; Kien-an le 23 octobre 1945. Phan Van Hum et Phan Van Chanh ont &#171; disparu &#187; quelque part dans les zones contr&#244;l&#233;es par les gu&#233;rilleros Vietminh en Cochinchine et &#224; Nguyen Thi Loi a &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; Binh Dang (Cholon) en octobre 1945. Le Ngoc et Nguyen Van Ky, membres du LCI, ont &#233;t&#233; tortur&#233;s &#224; mort par le Ty Cong-Au au d&#233;but de 1946. D'autres membres du LCI trotskiste tels que Hinh thai Thong ont &#233;t&#233; &#233;ventr&#233;s et enterr&#233;s dans une fosse commune avec des centaines d'autres r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des milliers de trotskistes et de travailleurs ou de jeunes qui les suivaient qui ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par les staliniens vietnamiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939, Ho Chi Minh &#233;crivit trois lettres pr&#233;parant le terrain pour les meurtres. Il a d&#233;crit les trotskystes comme &#171; une bande de criminels &#187;, &#171; des chiens de fuite du fascisme &#187; et &#171; les tra&#238;tres et les espions les plus inf&#226;mes &#187; (10 mai 1939). Il a poursuivi en disant aux membres du PCI que les trotskystes avaient &#171; collabor&#233; avec les envahisseurs &#187; et &#171; sabotaient le mouvement &#187; (7 juillet 1939). Il recevait 100 000 dollars par mois des Japonais. Dans un rapport r&#233;dig&#233; en m&#234;me temps, il a d&#233;clar&#233; que les trotskystes &#171; doivent &#234;tre politiquement extermin&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 1945, le journal du PCI publi&#233; &#224; Hano&#239; disait : &#034;Les bandes trotskystes doivent &#234;tre abattues imm&#233;diatement&#034; et en f&#233;vrier 1946, le ministre de l'Int&#233;rieur a d&#233;clar&#233; : &#034;Ceux qui ont pouss&#233; les paysans &#224; prendre le contr&#244;le des domaines seront punis sans piti&#233;.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque Ho Chi Minh &#233;tait &#224; Paris &#224; la fin de 1945, le trotskyste fran&#231;ais Rodolphe Prager lui demanda comment et pourquoi les trotskystes vietnamiens avaient &#233;t&#233; tu&#233;s. Il a dit que cela avait &#233;t&#233; fait par des responsables vietminh locaux dans des conditions dans lesquelles il &#233;tait impossible pour les habitants de Hano&#239; de contr&#244;ler ce que faisaient tous les dirigeants locaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au cours de ce m&#234;me voyage, Ho Chi Minh a d&#233;clar&#233; au socialiste fran&#231;ais Daniel Guerin, qui s'est &#233;galement renseign&#233; sur Ta Thu Thau : &#171; Tous ceux qui ne suivent pas la ligne que j'ai trac&#233;e seront bris&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans l'histoire officielle de la p&#233;riode, La R&#233;volution d'Ao&#251;t (1960), Ho Chi Minh a admis avoir d&#251; &#171; d&#233;noncer les saboteurs &#187; et &#171; arr&#234;ter les dirigeants de la bande trotskyste &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le massacre des trotskystes Indochinois du camp de Mazargues en France par les staliniens Indochinois en mai 1948</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6149</link>
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		<dc:date>2021-04-09T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>
		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>Indochine</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le massacre des trotskystes Indochinois du camp de Mazargues en France par les staliniens Indochinois en mai 1948 &lt;br class='autobr' /&gt;
Barta : &lt;br class='autobr' /&gt;
QUE S'EST-IL PASSE A MAZARGUES ? De L'Humanit&#233; au Monde, on rend responsable des &#034;trotskystes&#034; d'une &#233;meute sanglante, le 15 mai, au camp de travailleurs indochinois de Mazargues. La police a arr&#234;t&#233; Do Tham Ky, N'Gane et d'autres, soi-disant organisateurs de cette &#233;meute. En fait, il s'agit l&#224; d'une monstrueuse provocation de gangsters aux ordres des staliniens (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique53" rel="directory"&gt;13- Faux socialismes en Asie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot291" rel="tag"&gt;Indochine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_15733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-109.jpg' width=&#034;179&#034; height=&#034;282&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le massacre des trotskystes Indochinois du camp de Mazargues en France par les staliniens Indochinois en mai 1948&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Barta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUE S'EST-IL PASSE A MAZARGUES ?&lt;br class='autobr' /&gt;
De L'Humanit&#233; au Monde, on rend responsable des &#034;trotskystes&#034; d'une &#233;meute sanglante, le 15 mai, au camp de travailleurs indochinois de Mazargues. &lt;br class='autobr' /&gt;
La police a arr&#234;t&#233; Do Tham Ky, N'Gane et d'autres, soi-disant organisateurs de cette &#233;meute.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, il s'agit l&#224; d'une monstrueuse provocation de gangsters aux ordres des staliniens indochinois, prot&#233;g&#233;s par la police. Celle-ci, en effet, pour briser la r&#233;sistance des travailleurs indochinois, avait r&#233;cemment interdit et dissous les groupes de surveillance que les travailleurs du camp avaient organis&#233;s eux-m&#234;mes et qui maintenaient un ordre exemplaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que dans la nuit du 15 mai, &#224; 22 h. 30, des groupes de ces gangsters attaqu&#232;rent &#224; Mazargues les baraquements des travailleurs et se heurt&#232;rent vite &#224; la r&#233;sistance de ceux-ci, qui abattirent un des assaillants. Quarante minutes apr&#232;s, le camp &#233;tait cern&#233; par la police et les arrestations commen&#231;aient. Des d&#233;l&#233;gu&#233;s et travailleurs, connus pour leur d&#233;vouement et leur capacit&#233; &#224; d&#233;fendre leurs camarades, furent arr&#234;t&#233;s sous l'inculpation de &#034;complot terroriste&#034;, comme Do Ky, d&#233;l&#233;gu&#233; officiellement reconnu par la D.T.I., particuli&#232;rement dangereux, nous apprend Le Monde, parce que &#034;se trouvant dans notre pays depuis neuf ans (il y fut d&#233;port&#233; du travail &#224; l'occasion de la deuxi&#232;me guerre imp&#233;rialiste), il n'y a travaill&#233; que par intermittence, pr&#233;f&#233;rant consacrer son temps &#224; l'&#233;tude et &#224; la politique&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont l&#224;, certes, de bien grands crimes aux yeux de la bourgeoisie et c'est, assur&#233;ment, un &#034;complot&#034; que d'engager les exploit&#233;s &#224; s'organiser entre eux ... &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais n'est-ce pas un complot de la plus basse esp&#232;ce que de favoriser une machination sanglante contre les travailleurs vietnamiens et leurs d&#233;l&#233;gu&#233;s, pour ensuite mettre en accusation... les victimes ? N'est-ce pas un complot que d'organiser syst&#233;matiquement l'exploitation de travailleurs &#8211; doublement exploit&#233;s et comme travailleurs et comme peuple occup&#233; &#8211; et d'arr&#234;ter l'un apr&#232;s l'autre leurs porte-parole reconnus ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'en est assez des pers&#233;cutions contre les travailleurs vietnamiens, qui ont souvent montr&#233; une conscience de classe et une solidarit&#233; ouvri&#232;re exemplaires. Les v&#233;ritables responsables des &#233;v&#233;nements de Mazargues, ce n'est pas dans leurs rangs qu'il les faut chercher. LIBEREZ DO KY, N'GANE ET LEURS CAMARADES qui, pendant toute la guerre, n'ont jamais cess&#233; d'&#234;tre solidaires des travailleurs fran&#231;ais !&lt;br class='autobr' /&gt;
LA VOIX DES TRAVAILLEURS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/barta/1948/05/vdt47_051948.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/francais/barta/1948/05/vdt47_051948.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le massacre de Mazargues fut un affrontement violent qui eut lieu le 15 mai 1948 dans un camp de travailleurs vietnamiens (emmen&#233;s de force par la France coloniale pour soutenir son effort de guerre en 1939). Alors que les trotskistes avaient r&#233;alis&#233; un travail d'organisation important dans les camps d'ouvriers non sp&#233;cialis&#233;s (ONS) et y avaient acquis une influence consid&#233;rable, les staliniens d&#233;clench&#232;rent une tuerie &#224; l'aide de gros bras (5 morts et une soixantaine de bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des militants trotskistes avaient fond&#233; un journal large dans un cadre de front unique, Tranh &#208;&#7845;u (La lutte), &#224; un moment o&#249; les staliniens mettaient en veilleuse leur anticolonialisme (r&#233;sultat du virage nationaliste du PCF en 1935 et de l'alignement de Staline sur les Alli&#233;s). Ce journal &#233;tait donc devenu tr&#232;s majoritaire (selon certains, 90 % des Vietnamiens de France se reconnaissent dedans en 1945), et &#224; travers lui les trotskistes avaient une influence pr&#233;pond&#233;rante sur les organismes &#233;lus des ONS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, les journaux staliniens &#8211; Thuy Thu Lao Dong (Marins et Travailleurs), Cuu Qu&#244;c (Salut national) &#8211; multipliaient les attaques contre ces organismes. Apr&#232;s la r&#233;volution d'ao&#251;t 1945 au Vi&#234;t Nam, le Vi&#234;t Minh stalinien tente de reprendre l'ascendant sur les Vietnamiens de France, par tous les moyens. Le repr&#233;sentant de H&#244; Chi Minh, Tr&#226;n Ngoc Danh, essaie d'abord de contourner les structures &#233;lues qui existent dans les camps en en cr&#233;ant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Devant les ONS il &#233;tait toujours d'accord mais il cachait son jeu. C'&#233;tait &#231;a nuire aux autres en cachant son jeu. Le comit&#233; central des ONS avait organis&#233; une collecte, Danh en parrainait une autre organis&#233;e par le groupe &#171; le Salut National &#187; qui nous &#233;tait violemment hostile. &#224; Marseille, il n'avait trouv&#233; pour le soutenir qu'une bande de voyous que nous avions mis &#224; la porte du camp &#224; cause des trafics et des m&#233;faits de toutes sortes qu'ils commettaient. Et bien, du jour au lendemain, ces &#233;nergum&#232;nes ont d&#233;clar&#233; &#234;tre fid&#232;les &#224; H&#244; Chi Minh et sont devenus membre du Salut National. &#187; Dang Van Long&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp de Mazargues situ&#233; dans la banlieue Est de Marseille est le plus grand de France. C'est une des places forte du mouvement des ONS o&#249;, d&#232;s 1944, il fut mis fin aux jeux et aux trafics divers. Environ 2 000 Vietnamiens y vivent. Par manque de place, les autorit&#233;s ont cr&#233;&#233; un second camp &#224; environ deux kilom&#232;tres, appel&#233; Colgate. Il est surtout utilis&#233; pour regrouper les ONS en partance pour l'Indochine. L&#224;, la discipline est quasiment inexistante et c'est l&#224; que vous se regrouper les &#233;l&#233;ments d&#233;nonc&#233;s par les trotskystes comme &#171; malandrins, voyous et criminels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de l'expulsion des d&#233;l&#233;gu&#233;s ONS vers le Vi&#234;t Nam dont les plus connus &#233;taient Ho&#224;ng Nghinh, Bui Dinh Thi&#234;p, Nguy&#234;n Dinh L&#226;m&#8230; un certain rel&#226;chement dans la bonne tenue du camp se fit ressentir, ce qui fut, pour les soi-disant militants du groupe Salut National l'occasion d'investir la place. Quoique tr&#232;s minoritaire ce groupe se livra &#224; des provocations diverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dang Van Long se souvenait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce groupe se composait de 60 &#224; 70 &#233;l&#233;ments. Outre les voyous, il y avait des membres de la 41e compagnie qui &#233;taient originaires de Ha Tinh qui &#233;tait la terre natale de Phan Nhu&#226;n et certains membres de la 12e compagnie. Ils injuriaient les gens en d&#233;saccord avec eux, les agressaient parfois. Il y avait une tension extr&#234;me dans le camp &#224; cause d'eux. Quand ils &#233;taient majoritaires dans une compagnie, ils interdisaient nos journaux. Malgr&#233; leurs attaques calomnieuses nous n'avons jamais proc&#233;d&#233; de la m&#234;me fa&#231;on, nous avons toujours pr&#233;f&#233;r&#233; le d&#233;bat d&#233;mocratique. &#192; la veille du rapatriement des premiers ONS, les Staliniens se sont efforc&#233;s d'effrayer les travailleurs coupables de ne pas s'inf&#233;oder &#224; leur politique en les mena&#231;ant &#171; des tribunaux de la r&#233;publique d&#233;mocratique du Vi&#234;t Nam &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants des travailleurs furent qualifi&#233;s &#171; de ren&#233;gats et d'accus&#233;s en libert&#233; provisoire &#187; par leur journal Lao Dong. En f&#233;vrier un membre du Comit&#233; d'autod&#233;fense a re&#231;u un coup de poignard. Au mois de mai durant la premi&#232;re quinzaine il y eut cinq agressions physiques contre des d&#233;l&#233;gu&#233;s ou des membres du comit&#233;. &#187; Au d&#233;but du m&#234;me mois le Lao Dong publie une brochure en quoc ngu au titre &#233;vocateur : &#171; Les travailleurs d&#233;masquent les tra&#238;tres trotskystes vietnamiens &#187;. On y lit en autre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aux tra&#238;tres trotskystes vietnamiens nous disons : le jour de l'extermination de votre clique est arriv&#233;. Plus vous crierez fort plus vite vous serez d&#233;truits. Aux camarades encore h&#233;sitants nous disons revenez &#224; la patrie. La patrie g&#233;n&#233;reuse acceptera tous ses enfants vietnamiens. Chaque jour o&#249; vous resterez li&#233;s aux tra&#238;tres trotskystes vietnamiens est un crime de plus &#224; votre actif. Ne tardez plus vous en supporteriez les cons&#233;quences avec eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mai, deux trotskystes sont rou&#233;s de coups par des staliniens devant leur responsable r&#233;duit &#224; l'impuissance par les agresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dang Van Long :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le soir du 15 mai le Comit&#233; d'autod&#233;fense charg&#233; de la s&#233;curit&#233; du camp apprit que le groupe Salut National organisait une r&#233;union dans un r&#233;fectoire. Comme par le pass&#233; ils avaient dress&#233; des listes de personnes &#224; &#233;liminer, et comme les violences des jours pr&#233;c&#233;dents ne laissaient rien pr&#233;sager de bon, la nouvelle se r&#233;pandit qu'ils pr&#233;paraient l'&#233;limination de leurs opposants les plus farouches. En un clin d'&#339;il des dizaines d'ONS sortirent des baraques pour se joindre au groupe d'autod&#233;fense se munissant de mani&#232;re pr&#233;ventive de toutes sortes d'armes et d'objets divers. Jamais, nous Trotskistes, n'avons donn&#233; l'ordre d'aller attaquer cette r&#233;union. L'extr&#234;me tension des jours pr&#233;c&#233;dents avait rendu Mazargues comme un baril de poudre, cette r&#233;union a &#233;t&#233; l'&#233;tincelle fatale. Nous avons essay&#233; de calmer la situation, mais c'&#233;tait impossible. Des gens qui n'avaient rien &#224; voir avec tout &#231;a ont m&#234;me &#233;t&#233; menac&#233;s ; c'&#233;tait une nuit d'horreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moins affirment que des ONS avaient ceint leur front de tissu blanc : signe de reconnaissance pour une rixe dont ils savaient qu'elle aurait lieu dans le noir ? ou ce signe du deuil vietnamien &#233;tait-il un avertissement que l'affaire allait &#234;tre sanglante ? Personne n'a r&#233;pondu &#224; la question. Une violente dispute &#233;clate entre les deux groupes. Soudain, la lumi&#232;re est &#233;teinte dans tout le camp, l'affrontement &#233;clate, violent, meurtrier, des d&#233;tonations, des clameurs et des cris sont entendus jusqu'aux abords du camp. La police est pr&#233;venue par la standardiste du camp (une Irlandaise mari&#233;e &#224; un interpr&#232;te vietnamien) mais reste &#224; la lisi&#232;re n'entrant qu'au matin pour d&#233;couvrir cinq morts et une soixantaine de bless&#233;s dont certains, tr&#232;s gravement atteints, resteront handicap&#233;s &#224; vie. L&#234; Van Dich le responsable du Salut National est parmi les victimes. Beaucoup d'ONS ont quitt&#233; le campement apr&#232;s les violences, certains sont partis en ville, d'autres au camp Colgate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un rapport de police du 19 mars, il est signal&#233; que &#171; 130 Indochinois ont quitt&#233; d'autorit&#233; le camp Vi&#234;tnam pour le camp Colgate. Il s'agit d'&#233;l&#233;ments de la 12 Cie qui seraient favorables &#224; la politique de Bao Dai. Selon l'encadrement, 400 travailleurs ont d&#233;sert&#233; le camp pour passer la nuit en ville. &#187; Le probl&#232;me des archives polici&#232;res est que la compr&#233;hension politique des faits &#233;chappe le plus souvent aux inspecteurs et aux commissaires charg&#233;s des rapports. Trouver des partisans de l'empereur Bao Dai &#224; Mazargues semble relever de la plus pure fantaisie. Les premiers articles de journaux qui se basent sur les explications des policiers sont tout aussi incongrus : &#171; des pacifistes auraient attaqu&#233; des anarchistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, Bui Ngan, responsable du comit&#233; d'autod&#233;fense qui s'&#233;tait cach&#233; dans un poulailler proche du camp se trouva cern&#233; par des policiers en armes. Selon eux, il fit feu et fut alors abattu imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dang Van long : &#171; Au lendemain des affrontements nous pleurons tous les morts. C'est un deuil pour l'ensemble des ONS. Nous avons de la compassion pour l'ensemble des morts et des bless&#233;s. Nous ne les consid&#233;rons nullement comme des ennemis mais comme des victimes de M. Danh et du groupe Salut National, c'est-&#224;-dire de ceux qui us&#232;rent des calomnies &#224; la place de l'argumentation, qui abus&#232;rent de la violence pour imposer aux ONS une politique qu'ils refusaient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message adress&#233; &#171; aux Vietnamiens de France &#187; par Tr&#226;n Ngoc Danh le 18 mai, dans lequel &#171; il regrettait l'incident sanglant de Marseille et r&#233;prouvait totalement tous actes de violence entre compatriotes contraires &#224; la politique de large union nationale pr&#233;conis&#233; et poursuivie par le gouvernement du pr&#233;sident H&#244; Chi Minh &#187;, fut ressenti par certains comme le comble du cynisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse locale fit ses gros titres sur &#171; La Saint Barth&#233;lemy indochinoise &#187;, sur &#171; La secte des Tu V&#234; organisme d'ex&#233;cuteurs du groupe trotskyste de la IVe Internationale &#187;[4]. Certains articles regorgent de poncifs coloniaux et racistes : &#171; Sauvage sc&#232;ne de carnage au camp indochinois &#187; (Le M&#233;ridional). &#171; Ce fut un carnage et les hommes s'adonn&#232;rent &#224; des sc&#232;nes de sauvagerie inexplicable &#187; (commissaire principal Mevel). &#171; D&#233;cha&#238;n&#233;s, assoiff&#233;s de sang, les attaquants saut&#232;rent sur leurs camarades &#187; (Le Proven&#231;al du 17 mai). Force d&#233;tails sont donn&#233;s sur les yeux crev&#233;s ; un corps transperc&#233; par un tube de m&#233;tal, fich&#233; sur le sol comme un papillon ; les r&#226;les des bless&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs jours le bruit courut que des cadavres avaient &#233;t&#233; enterr&#233;s &#224; la h&#226;te dans le camp, puis que des groupes de tueurs se cachaient dans les calanques&#8230; Ce n'est que le 22 mai que Le Proven&#231;al commence &#224; publier les d&#233;clarations de la D&#233;l&#233;gation G&#233;n&#233;rale des Travailleurs Vietnamiens qui &#171; attribue la responsabilit&#233; des &#233;v&#232;nements &#224; des &#233;l&#233;ments qui, depuis trois mois, se sont livr&#233;s &#224; des provocations incessantes allant jusqu'&#224; menacer et frapper violemment certains repr&#233;sentants d&#233;mocratiquement &#233;lus par les travailleurs &#187;. Une d&#233;claration de la section vietnamienne de la IVe internationale va dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ 80 arrestations sont op&#233;r&#233;es. Apr&#232;s enqu&#234;te, dix-huit ONS sont inculp&#233;s. Rapidement un des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus du camp et responsable du comit&#233; d'auto d&#233;fense, Do Than Ky, 28 ans, est d&#233;sign&#233; comme le ma&#238;tre d'&#339;uvre de l'attaque. C'est le plus jeune des inculp&#233;s, tous les autres ont plus de trente ans. Un comit&#233; de d&#233;fense des travailleurs vietnamiens se met en place et publie un bulletin d&#232;s le mois d'ao&#251;t 1948. Sous le parrainage d'Andr&#233; Breton, Benjamin Perret ou encore Ren&#233; Dumont, il s'oppose &#224; la mani&#232;re brutale qui est la r&#232;gle pour les rapatriements et pour la d&#233;fense des emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://wikirouge.net/wr/index.php?title=Massacre_de_Mazargues&amp;mobileaction=toggle_view_desktop&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://wikirouge.net/wr/index.php?title=Massacre_de_Mazargues&amp;mobileaction=toggle_view_desktop&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui suit est le point de vue des staliniens sur le massacre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;sorganis&#233; par ces arrestations, le camp voit revenir en son sein une &#233;quipe de mauvais gar&#231;ons qui r&#233;in&#172;troduisent le jeu et divers trafics interdits lors de la prise en main des camps par les d&#233;l&#233;gu&#233;s. Au dire de certains des protagonistes, ils tentent de s'affubler de l'autorit&#233; du repr&#233;sentant d'H&#244; Chi Minh en France. Ils s'oppo-sent violement &#224;. ceux qui tentent de maintenir une discipline et un ordre qui ont pr&#233;valu jusqu'alors. Ils s'affrontent m&#234;me au sein du service d'ordre (la police interne du camp) reconnu par l'administration. La situation devient explosive de jour en jour : insultes, d&#233;nonciations, menaces de mort, agressions physiques etc... Dans la nuit du 15 mai 1948, ce groupe convoque une r&#233;union dans une salle du camp. Le bruit court qu'elle a pour but l'&#233;limination des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Une effervescence incontr&#244;lable s'empare du camp. La salle o&#249; s'entassent 70 personnes est attaqu&#233;e par des centaines de travailleurs exc&#233;d&#233;s par des semaines de tension et d'incidents. L'&#233;lectricit&#233; coup&#233;e, une violente bagarre Fait rage. La police fran&#231;aise trouvera 5 cadavres et quarante bless&#233;s jonchant le sol. La presse Fera ses choux gras des blessures horribles des corps transperc&#233;s par des barres de Fer ou des pieds de lit, d'yeux crev&#233;s etc... Officiellement, la version des &#233;v&#233;nements est que les trotskystes ont attaqu&#233; pr&#233;ventivement les staliniens. &#034;Mais non&#034; s'insurge encore aujourd'hui Dang Van Long. &#034;Nous Trotskystes&#034; n'avons jamais donn&#233; d'ordre de cette nature. Mais la situation &#233;tait incontr&#244;lable. Ces multiples incidents des semaines pr&#233;c&#233;dentes avaient pr&#233;par&#233; cette explosion de violence. Dans le camp des soi-disant staliniens, il n'y avait que tr&#232;s peu de militants politis&#233;s, mais beaucoup de voyous qui tentaient de se r&#233;clamer d'H&#244; Chi Minh pour cacher leurs trafics. Nous avons essay&#233; de calmer la situation, mais c'&#233;tait impossible. Des gens qui n'avaient rien &#224; voir avec tout &#231;a ont m&#234;me &#233;t&#233; menac&#233;s ; c'&#233;tait une nuit d'horreur.&#034; D'autres, se souviennent les assaillants, s'&#233;taient nou&#233; une serviette blanche autour du cou ou de la t&#234;te en signe de reconnaissance car ils avaient coup&#233; l'&#233;lectricit&#233; et ils devaient se reconna&#238;tre dans la nuit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://www.travailleurs-indochinois.org/images/MOI-PVN.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.travailleurs-indochinois.org/images/MOI-PVN.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ho Chi Minh : &#171; Les trotskystes ne sont pas seulement des ennemis du communisme, mais aussi des ennemis de la d&#233;mocratie et du progr&#232;s. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ho Chi Minh :&lt;br class='autobr' /&gt; &#8220;The Trotskyists are not only enemies of communism, but also enemies of democracy and progress.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://espressostalinist.com/2011/07/30/ho-chi-minh-on-trotskyites/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://espressostalinist.com/2011/07/30/ho-chi-minh-on-trotskyites/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stalinisme et trotskysme au Vietnam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/document/icl-spartacists/pamphlets/Stalinism%20and%20Trotskyism%20in%20Vietnam.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.marxists.org/history/etol/document/icl-spartacists/pamphlets/Stalinism%20and%20Trotskyism%20in%20Vietnam.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trotskystes et staliniens au Vietnam :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En souvenir de la r&#233;volution et des r&#233;volutionnaires vietnamiens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes vietnamiens en France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1371&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1371&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Lutte, journal et organisation des travailleurs communistes r&#233;volutionnaires indochinois, en France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5868&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5868&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Massacre &#224; Mazargues&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le camp de Mazargues situ&#233; dans la banlieue est de la ville de Marseille est le plus grand de France. C'est une des places forte du mouvement des ONS o&#249;, d&#232;s 1944, il fut mis fin aux jeux et aux trafics divers. Environ 2.000 Vietnamiens y vivent. Par manque de place, les autorit&#233;s ont cr&#233;&#233; un second camp &#224; environ deux kilom&#232;tres, appel&#233; Colgate. Il est surtout utilis&#233; pour regrouper les ONS en partance pour l'Indochine. L&#224;, la discipline est quasiment inexistante et c'est l&#224; que vous se regrouper les &#233;l&#233;ments d&#233;nonc&#233;s par les trotskystes comme &#171; malandrins, voyous et criminels &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la suite de l'expulsion des d&#233;l&#233;gu&#233;s ONS vers le Vi&#234;t Nam dont les plus connus &#233;taient Ho&#224;ng Nghinh, Bui Dinh Thi&#234;p, Nguy&#234;n Dinh L&#226;m&#8230; un certain rel&#226;chement dans la bonne tenue du camp se fit ressentir, ce qui fut, pour les soi-disant militants du groupe Salut National l'occasion d'investir la place. Quoique tr&#232;s minoritaire ce groupe se livra &#224; des provocations diverses. Dang Van Long se souvenait : &#171; Ce groupe se composait de 60 &#224; 70 &#233;l&#233;ments. Outre les voyous, il y avait des membres de la 41e compagnie qui &#233;taient originaires de Ha Tinh qui &#233;tait la terre natale de Phan Nhu&#226;n et certains membres de la 12e compagnie. Ils injuriaient les gens en d&#233;saccord avec eux, les agressaient parfois. Il y avait une tension extr&#234;me dans le camp &#224; cause d'eux. Quand ils &#233;taient majoritaires dans une compagnie, ils interdisaient nos journaux. Malgr&#233; leurs attaques calomnieuses nous n'avons jamais proc&#233;d&#233; de la m&#234;me fa&#231;on, nous avons toujours pr&#233;f&#233;r&#233; le d&#233;bat d&#233;mocratique. &#192; la veille du rapatriement des premiers ONS, les Staliniens se sont efforc&#233;s d'effrayer les travailleurs coupables de ne pas s'inf&#233;oder &#224; leur politique en les mena&#231;ant &#171; des tribunaux de la r&#233;publique d&#233;mocratique du Vi&#234;t Nam &#187;. Les dirigeants des travailleurs furent qualifi&#233;s &#171; de ren&#233;gats et d'accus&#233;s en libert&#233; provisoire &#187; par leur journal Lao Dong. En f&#233;vrier un membre du Comit&#233; d'autod&#233;fense a re&#231;u un coup de poignard. Au mois de mai durant la premi&#232;re quinzaine il y eut cinq agressions physiques contre des d&#233;l&#233;gu&#233;s ou des membres du comit&#233;. &#187; Au d&#233;but du m&#234;me mois le Lao Dong publie une brochure en quoc ngu au titre &#233;vocateur : &#171; Les travailleurs d&#233;masquent les tra&#238;tres trotskystes vietnamiens &#187;. On y lit en autre : &#171; Aux tra&#238;tres trotskystes vietnamiens nous disons : le jour de l'extermination de votre clique est arriv&#233;. Plus vous crierez fort plus vite vous serez d&#233;truits. Aux camarades encore h&#233;sitants nous disons revenez &#224; la patrie. La patrie g&#233;n&#233;reuse acceptera tous ses enfants vietnamiens. Chaque jour o&#249; vous resterez li&#233;s aux tra&#238;tres trotskystes vietnamiens est un crime de plus &#224; votre actif. Ne tardez plus vous en supporteriez les cons&#233;quences avec eux. &#187; [23]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 mai, deux trotskystes sont rou&#233;s de coups par des staliniens devant leur responsable r&#233;duit &#224; l'impuissance par les agresseurs. Dang Van Long : &#171; Le soir du 15 mai le Comit&#233; d'autod&#233;fense charg&#233; de la s&#233;curit&#233; du camp apprit que le groupe Salut National organisait une r&#233;union dans un r&#233;fectoire. Comme par le pass&#233; ils avaient dress&#233; des listes de personnes &#224; &#233;liminer, et comme les violences des jours pr&#233;c&#233;dents ne laissaient rien pr&#233;sager de bon, la nouvelle se r&#233;pandit qu'ils pr&#233;paraient l'&#233;limination de leurs opposants les plus farouches. En un clin d'&#339;il des dizaines d'ONS sortirent des baraques pour se joindre au groupe d'autod&#233;fense se munissant de mani&#232;re pr&#233;ventive de toutes sortes d'armes et d'objets divers. Jamais, nous Trotskystes, n'avons donn&#233; l'ordre d'aller attaquer cette r&#233;union. L'extr&#234;me tension des jours pr&#233;c&#233;dents avait rendu Mazargues comme un baril de poudre, cette r&#233;union a &#233;t&#233; l'&#233;tincelle fatale. Nous avons essay&#233; de calmer la situation, mais c'&#233;tait impossible. Des gens qui n'avaient rien &#224; voir avec tout &#231;a ont m&#234;me &#233;t&#233; menac&#233;s ; c'&#233;tait une nuit d'horreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moins affirment que des ONS avaient ceint leur front de tissu blanc : signe de reconnaissance pour une rixe dont ils savaient qu'elle aurait lieu dans le noir ? ou ce signe du deuil vietnamien &#233;tait-il un avertissement que l'affaire allait &#234;tre sanglante ? Personne n'a r&#233;pondu &#224; la question. Une violente dispute &#233;clate entre les deux groupes. Soudain, la lumi&#232;re est &#233;teinte dans tout le camp, l'affrontement &#233;clate, violent, meurtrier, des d&#233;tonations, des clameurs et des cris sont entendus jusqu'aux abords du camp. La police est pr&#233;venue par la standardiste du camp (une Irlandaise mari&#233;e &#224; un interpr&#232;te vietnamien) mais reste &#224; la lisi&#232;re n'entrant qu'au matin [24] pour d&#233;couvrir cinq morts [25] et une soixantaine de bless&#233;s dont certains, tr&#232;s gravement atteints, resteront handicap&#233;s &#224; vie. L&#234; Van Dich le responsable du Salut National est parmi les victimes. Beaucoup d'ONS ont quitt&#233; le campement apr&#232;s les violences, certains sont partis en ville, d'autres au camp Colgate. Dans un rapport de police du 19 mars, il est signal&#233; que &#171; 130 Indochinois ont quitt&#233; d'autorit&#233; le camp Vi&#234;tnam pour le camp Colgate. Il s'agit d'&#233;l&#233;ments de la 12 Cie qui seraient favorables &#224; la politique de Bao Dai. Selon l'encadrement, 400 travailleurs ont d&#233;sert&#233; le camp pour passer la nuit en ville. &#187; [26]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, Bui Ngan, responsable du comit&#233; d'autod&#233;fense qui s'&#233;tait cach&#233; dans un poulailler proche du camp se trouva cern&#233; par des policiers en armes. Selon eux, il fit feu et fut alors abattu imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dang Van long : &#171; Au lendemain des affrontements nous pleurons tous les morts. C'est un deuil pour l'ensemble des ONS. Nous avons de la compassion pour l'ensemble des morts et des bless&#233;s. Nous ne les consid&#233;rons nullement comme des ennemis mais comme des victimes de M. Danh et du groupe Salut National, c'est-&#224;-dire de ceux qui us&#232;rent des calomnies &#224; la place de l'argumentation, qui abus&#232;rent de la violence pour imposer aux ONS une politique qu'ils refusaient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message adress&#233; &#171; aux Vietnamiens de France &#187; par Tr&#226;n Ngoc Danh le 18 mai, dans lequel &#171; il regrettait l'incident sanglant de Marseille et r&#233;prouvait totalement tous actes de violence entre compatriotes contraires &#224; la politique de large union nationale pr&#233;conis&#233; et poursuivie par le gouvernement du pr&#233;sident H&#244; Chi Minh &#187;, fut ressenti par certains comme le comble du cynisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse locale fit ses gros titres sur &#171; La Saint Barth&#233;lemy indochinoise &#187;, sur &#171; La secte des Tu V&#234; organisme d'ex&#233;cuteurs du groupe trotskyste de la IVe Internationale &#187; [27]. Certains articles regorgent de poncifs coloniaux et racistes : &#171; Sauvage sc&#232;ne de carnage au camp indochinois &#187; (Le M&#233;ridional). &#171; Ce fut un carnage et les hommes s'adonn&#232;rent &#224; des sc&#232;nes de sauvagerie inexplicable &#187; (commissaire principal Mevel). &#171; D&#233;cha&#238;n&#233;s, assoiff&#233;s de sang, les attaquants saut&#232;rent sur leurs camarades &#187; (Le Proven&#231;al du 17 mai). Force d&#233;tails sont donn&#233;s sur les yeux crev&#233;s ; un corps transperc&#233; par un tube de m&#233;tal, fich&#233; sur le sol comme un papillon ; les r&#226;les des bless&#233;s&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs jours le bruit courut que des cadavres avaient &#233;t&#233; enterr&#233;s &#224; la h&#226;te dans le camp, puis que des groupes de tueurs se cachaient dans les calanques&#8230; Ce n'est que le 22 mai que Le Proven&#231;al commence &#224; publier les d&#233;clarations de la D&#233;l&#233;gation G&#233;n&#233;rale des Travailleurs Vietnamiens qui &#171; attribue la responsabilit&#233; des &#233;v&#232;nements &#224; des &#233;l&#233;ments qui, depuis trois mois, se sont livr&#233;s &#224; des provocations incessantes allant jusqu'&#224; menacer et frapper violemment certains repr&#233;sentants d&#233;mocratiquement &#233;lus par les travailleurs &#187;. Une d&#233;claration de la section vietnamienne de la IVe internationale va dans le m&#234;me sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ 80 arrestations sont op&#233;r&#233;es. Apr&#232;s enqu&#234;te, dix-huit ONS sont inculp&#233;s. Rapidement un des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus du camp et responsable du comit&#233; d'auto d&#233;fense, Do Than Ky, 28 ans, est d&#233;sign&#233; comme le ma&#238;tre d'&#339;uvre de l'attaque. C'est le plus jeune des inculp&#233;s, tous les autres ont plus de trente ans. Un comit&#233; de d&#233;fense des travailleurs vietnamiens se met en place et publie un bulletin d&#232;s le mois d'ao&#251;t 1948. Sous le parrainage d'Andr&#233; Breton, Benjamin Perret [28] il s'oppose &#224; la mani&#232;re brutale qui est la r&#232;gle pour les rapatriements et pour la d&#233;fense des emprisonn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Do Tham Ky et certains de ses camarades ont pour avocat &#201;mile Pollak qui quelques ann&#233;es plus tard deviendra un t&#233;nor du barreau marseillais. Le proc&#232;s commence le 6 mai 1952 &#224; la Cour d'Assises d'Aix-en-Provence. Parmi les dix-huit inculp&#233;s, dix ont &#233;t&#233; mis en libert&#233; provisoire. Entre temps, 52 autres inculp&#233;s avaient b&#233;n&#233;fici&#233; de non-lieu et un certain nombre avait &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; devant un tribunal correctionnel pour coups et blessures. &#192; cette date, la quasi-totalit&#233; des ONS ont &#233;t&#233; rapatri&#233;s (nous verrons ult&#233;rieurement dans quelles conditions). Les t&#233;moins, y compris ceux &#224; d&#233;charge pour les accus&#233;s, ont &#233;t&#233; renvoy&#233;s &#171; &#224; la demande du repr&#233;sentant de l'empereur Bao Dai &#224; Marseille selon lequel ils se livraient &#224; des activit&#233;s subversives dans les milieux indochinois &#187; d'apr&#232;s Le Monde. Le 20 juin 1950, le camp de Mazargues &#233;tait vide de tout Indochinois [29]. La presse, certes mieux renseign&#233;e qu'en mai 1948, n'en continue pas moins &#224; &#233;grener les clich&#233;s les plus &#233;cul&#233;s sur les Annamites : &#171; Comme ils sont sages et courtois ces hommes que leur race a pr&#233;vu de la taille &#8220;gar&#231;onnet&#8221; &#187; ; &#171; Imaginez un vol de corbeaux se battant sous un ciel obscur. Il y a des corbeaux morts et des corbeaux bless&#233;s. Un coup de filet arr&#234;te les corbeaux survivants. Ils se ressemblent au point qu'ils ne se distinguent m&#234;me plus entre eux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Do Than Ky est pr&#233;sent&#233; comme l'homme cl&#233; du proc&#232;s. C'est &#224; lui que la presse accorde le plus d'attention, pour son r&#244;le pr&#233;sum&#233;, pour sa parfaite ma&#238;trise du fran&#231;ais, pour son allure et ses capacit&#233;s intellectuelles : &#171; C'est un inqui&#233;tant personnage. Il a vingt-huit ans. Il est fin, rac&#233;, intelligent, nourri de culture fran&#231;aise. Il parle parfaitement notre langue. C'est un fanatique, raisonneur, insolent, et risque tout. &#187; (L'Aurore) ; &#171; Do Than Ky un gar&#231;on fin, distingu&#233;, exceptionnellement intelligent. Encore qu'il soit autodidacte, il a un physique d'intellectuel. On le verrait fort bien par&#233; de quelques titres princiers&#8230; &#187;. L'explication crapuleuse des faits par Combat : &#171; Le &#8220;fan tan&#8221; [30] et les femmes ont caus&#233; une rixe. Celle-ci d&#233;g&#233;n&#232;re en bagarre g&#233;n&#233;rale, le sang a coul&#233; &#187; ne r&#233;siste pas une seconde. Il est vrai que cette explication e&#251;t arrang&#233; bien des gens ; une rixe entre indig&#232;nes excit&#233;s par le jeu, l'alcool et les femmes aurait &#233;t&#233; moins g&#234;nante qu'une affaire politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;dition du 9 mai, Le Monde pose une question int&#233;ressante : &#171; Les t&#233;moins &#224; charge ont-ils &#233;t&#233; l'objet de pressions ? &#187;. &#171; Au moment de l'instruction, un des t&#233;moins &#224; charge Tran Hou Hanh fut trouv&#233; porteur d'une liste de noms dactylographi&#233;s portant cette mention &#8220;Liste des meneurs de la IVe internationale&#8221;. Tran Hou Hanh indiqua que le papier lui avait &#233;t&#233; remis par l'un des chefs de la tendance stalinienne du camp N'Guyen Van Duong avec la consigne de dire aux magistrats que tous les meneurs dont les noms figuraient sur la liste se livr&#232;rent au massacre du 15 mai et qu'ils avaient &#233;t&#233; vus en train d'y participer. Telle serait la &#8220;machination&#8221; mont&#233;e par un comit&#233; qui aurait influenc&#233; les t&#233;moins d'un bout &#224; l'autre de l'instruction &#187;. C'est ce m&#234;me Duong que, dans une lettre au juge d'instruction le 11 avril 1949, Do Than Ky accusait de &#171; fabriquer des faux t&#233;moins &#187;. Les avocats de la d&#233;fense et en particulier ma&#238;tre Kamoun insist&#232;rent sur le fait que Nguyen Van Duong qui avait &#233;t&#233; la cheville ouvri&#232;re de l'instruction avait &#233;t&#233; surpris plus d'une fois, au cours de l'audience du 9 mai, &#171; en flagrant d&#233;lit de mensonge &#187; ; et de conclure : &#171; nous sommes en pr&#233;sence d'une accusation qui peut se traduire par un mot : le n&#233;ant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait impossible au tribunal de prouver la participation de tel ou tel individu dans une rixe qui avait eu lieu dans l'obscurit&#233;. &#171; Ce qui est curieux, c'est que tant de gens m'aient reconnu, alors que l'affaire s'est d&#233;roul&#233;e dans l'obscurit&#233; &#187;, avait beau jeu de d&#233;clarer Do Than Ky. Les t&#233;moignages &#224; charge provenaient de personnes ayant eu des griefs divers envers les accus&#233;s qui s'occupaient du service d'ordre dans le camp. Surtout l'instruction et les d&#233;bats mirent en lumi&#232;re que la violence avait pour origine l'attitude des &#171; plaignants &#187;. Enfin, l'accusation s'appropria l'ensemble des victimes comme si, dans cette rixe, les morts et les bless&#233;s n'avaient &#233;t&#233; que d'un seul c&#244;t&#233;. Ce proc&#232;s fut l'occasion pour la presse de se pencher sur ce qu'avait &#233;t&#233; la vie de ces milliers d'Indochinois depuis 1940 et la mani&#232;re dont ils avaient &#233;t&#233; maltrait&#233;s. Pierre Scize dans Le Figaro : &#171; on traita cette main-d'&#339;uvre avec une d&#233;sinvolture qu'explique mais que n'excuse pas le d&#233;sordre de l'&#233;poque &#187;. L'arri&#232;re-fond de l'affaire, le traitement d&#233;plorable que les ONS avaient eu &#224; subir pendant des ann&#233;es, explique que les tensions aient pu s'exacerber &#224; ce point, mais il ne s'agissait pas alors de mettre en cause les diverses autorit&#233;s responsables de cet &#233;tat de fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre accus&#233;s furent acquitt&#233;s, les autres furent condamn&#233;s &#224; des peines s'&#233;talant de quatre ans &#224; dix-huit mois couvrant leur d&#233;tention en pr&#233;ventive. Les charges retenues : complicit&#233; de coups mortels, complicit&#233; de coups suivis d'incapacit&#233; permanente, complicit&#233; de coups suivis d'incapacit&#233; de plus de vingt jours. Cette affaire traumatisa durablement l'ensemble des gens pr&#233;sents &#224; Mazargues cette nuit-l&#224;. Le silence se fit. Des d&#233;cennies plus tard le malaise &#233;tait toujours palpable, peu de gens souhaitaient &#233;voquer ces &#233;v&#232;nements. Contact&#233; par l'auteur &#224; Saigon en 1995, Do Than Ky, apr&#232;s un premier accord de principe, refusa de parler de cette p&#233;riode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Carnets du Vi&#234;t Nam n&#176; 24 janvier 2010)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[23] Journal La V&#233;rit&#233; n&#176; 219, 18 juin 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[24] Les descriptions de cette nuit de violence diff&#232;rent selon les sources, t&#233;moins ou journaux en particulier &#224; propos de la coupure d'&#233;lectricit&#233; et de l'heure &#224; laquelle la police est intervenue. Lors du proc&#232;s de 1952, les m&#234;mes incoh&#233;rences subsistent &#224; propos de la coupure d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[25] Les d&#233;c&#233;d&#233;s sont Bui Van Ngo (matricule TJ 901), L&#234; Van Dich (TJ 1257), Bui Van La (TJ 927), Pham Van Doai (TJ 746) ; une derni&#232;re personne ne put &#234;tre identifi&#233;e. En fait, deux d'entre eux d&#233;c&#233;d&#232;rent &#224; l'h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[26] Le probl&#232;me des archives polici&#232;res est que la compr&#233;hension politique des faits &#233;chappe le plus souvent aux inspecteurs et aux commissaires charg&#233;s des rapports. Trouver des partisans de l'empereur Bao Dai &#224; Mazargues semble relever de la plus pure fantaisie. Les premiers articles de journaux qui se basent sur les explications des policiers sont tout aussi incongrus : &#171; des pacifistes auraient attaqu&#233; des anarchistes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[27] Dans le m&#234;me article du Proven&#231;al du 20 mai 1948, quelques lignes plus bas le Tu Ve devient tout &#224; coup &#171; un groupe d'auto-d&#233;fense regroupant marxistes staliniens et trotskystes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[28] Parmi les signataires, Ren&#233; Dumont, premier candidat &#233;cologiste &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique en 1974. &#192; la suite de son premier s&#233;jour en Indochine en 1929, il r&#233;digea La culture du riz dans le delta du M&#233;kong (r&#233;&#233;dit&#233; en 1995). R&#233;volt&#233; par le colonialisme il n'est pas &#233;tonnant de le trouver parmi les signataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[29] Vide de Vietnamiens, le camp continuera de recevoir durant des ann&#233;es des migrants de tous horizons ; voir &#201;mile Temime &amp; Nathalie Deguigne, Le camp du grand Ar&#233;nas, Marseille, 1944-1966, &#233;d. Autrement, 2001.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[30] Le fan tan jeu d'origine chinoise tomb&#233; en d&#233;su&#233;tude. Il s'agit de prendre une poign&#233;e de haricots, de les mettre sous un bol au centre d'une table ou d'un carton. Les parieurs misent ensuite sur les chiffres 4, 3, 2 ou 1 inscrits de part et d'autre du bol. Le meneur de jeu enl&#232;ve les haricots quatre par quatre. Le nombre de haricots correspond au chiffre gagnant. Faute de haricots on peut jouer avec quatre pi&#232;ces de monnaie et parier sur le nombre qui se retrouveront cot&#233; pile ou face apr&#232;s avoir secou&#233; et retourn&#233; le bol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[31] Bulletin d'information &#233;dit&#233; par le Comit&#233; de D&#233;fense des travailleurs vietnamiens, ao&#251;t 1948 ; ainsi que le n&#176; 319 de septembre 1948 de la revue syndicaliste r&#233;volutionnaire de Pierre Monatte La R&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>1945 : La Commune ouvri&#232;re r&#233;volutionnaire de Sa&#239;gon</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6153</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6153</guid>
		<dc:date>2021-03-26T23:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>Indochine</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En hommage &#224; Ta Thu Thau... &lt;br class='autobr' /&gt;
Hommage &#224; Tran Van Tach... &lt;br class='autobr' /&gt; ...et aux militants trotskystes vietnamiens &lt;br class='autobr' /&gt;
Ho Chi Minh et le Vietminh, comme toutes les forces staliniennes du monde, &#233;taient du c&#244;t&#233; de la contre-r&#233;volution Les trotskystes et les comit&#233;s du peuple ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par le Vietminh alli&#233;s aux bandits et &#224; l'imp&#233;rialisme. Le c&#244;t&#233; de la r&#233;volution sociale &#233;tait incarn&#233; par les trotskystes : Ici l'arrestation des militants r&#233;volutionnaires avant leur ex&#233;cution : &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire en anglais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;04- La r&#233;volution en Asie, &#224; la fin de la guerre mondiale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot291" rel="tag"&gt;Indochine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_15565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Ta_Thu_Thaud.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/Ta_Thu_Thaud.jpg' width=&#034;862&#034; height=&#034;768&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En hommage &#224; Ta Thu Thau...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15552 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/ta_thu_thau-3.jpg' width=&#034;301&#034; height=&#034;360&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Hommage &#224; Tran Van Tach...&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15567 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/TranVanThach1-333x500.jpg' width=&#034;333&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;...et aux militants trotskystes vietnamiens&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/downloadfiles0914-12.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/downloadfiles0914-12.jpg' width=&#034;1642&#034; height=&#034;1611&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/NgoVan_AuPaysDeLaClocheFelee.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/NgoVan_AuPaysDeLaClocheFelee.jpg' width=&#034;542&#034; height=&#034;867&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15569 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/9782348033896-200x303-1.jpg' width=&#034;177&#034; height=&#034;303&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ho Chi Minh et le Vietminh, comme toutes les forces staliniennes du monde, &#233;taient du c&#244;t&#233; de la contre-r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15554 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/838_400x400_hochiminh_bourget-46-2.jpg' width=&#034;235&#034; height=&#034;235&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/9d48d99a2e2c93241e11be08dbfa5a07-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/9d48d99a2e2c93241e11be08dbfa5a07-2.jpg' width=&#034;1100&#034; height=&#034;758&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15559 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/nguyen-van-to-2.jpg' width=&#034;302&#034; height=&#034;347&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15560 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/7a8cca39a2a4fa98e396e20d23982ed9-2.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/7a8cca39a2a4fa98e396e20d23982ed9-2.png' width=&#034;1024&#034; height=&#034;762&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15564 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/004_Correll_Hanoi.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/004_Correll_Hanoi.jpg' width=&#034;1002&#034; height=&#034;635&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15563 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/5822994.jpg' width=&#034;256&#034; height=&#034;281&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15562 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/leclerc_ho-chi-minh-51c15.jpg' width=&#034;320&#034; height=&#034;220&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes et les comit&#233;s du peuple ont &#233;t&#233; assassin&#233;s par le Vietminh alli&#233;s aux bandits et &#224; l'imp&#233;rialisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#244;t&#233; de la r&#233;volution sociale &#233;tait incarn&#233; par les trotskystes :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15553 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/-2098-53b6f-2.jpg' width=&#034;284&#034; height=&#034;177&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15555 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/trotskystes-2.jpg' width=&#034;493&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ici l'arrestation des militants r&#233;volutionnaires avant leur ex&#233;cution :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15561 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/images-106.jpg' width=&#034;294&#034; height=&#034;171&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1430&#034;&gt;Lire en anglais - 1945 : The Saigon commune&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/document/icl-spartacists/pamphlets/Stalinism%20and%20Trotskyism%20in%20Vietnam.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire en anglais - stalinism and trotskyism in Vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1603&#034;&gt;La politique contre-r&#233;volutionnaire du stalinien Ho Chi Minh&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073&#034;&gt;En souvenir de la r&#233;volution et des r&#233;volutionnaires vietnamiens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article63&#034;&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne en Asie &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&#034;&gt;Trotskystes et staliniens au Vietnam&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4318&#034;&gt;Pourquoi une insurrection fond&#233;e &#224; la fois sur une question sociale et une question d'oppression nationale en Indochine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/9782846030052-475x500-1.jpg' width=&#034;303&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution et contre-r&#233;volution d'ao&#251;t 1945 :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15551 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/pdf/img515-3.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 4.1 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.matierevolution.fr/plugins-dist/medias/prive/vignettes/pdf.svg?1760090026' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sa&#239;gon en r&#233;volution en ao&#251;t 1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une situation r&#233;volutionnaire &#233;clata au Vietnam le 16 ao&#251;t 1945 lorsque la capitulation japonaise fut annonc&#233;e. Dans les provinces de Trung Bo, Bac Bo, Sadec et Long Xuyen, les paysans renaissants tu&#232;rent leurs propri&#233;taires et expropri&#232;rent les terres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le centre de la r&#233;volution &#233;tait Sa&#239;gon. D'&#233;normes manifestations r&#233;clamant l'ind&#233;pendance nationale et la lib&#233;ration de tous les types d'oppression ont eu lieu : de 300 000 le 21 ao&#251;t et d'un million le 25 ao&#251;t. Les slogans des trotskystes pour le pouvoir ouvrier ont gonfl&#233; leurs contingents par milliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de 150 comit&#233;s populaires ont &#233;t&#233; mis en place (cette politique a &#233;t&#233; activement combattue par les trotskystes de l'ICL), le premier &#224; Ban Co le 19 ao&#251;t. Ils ont pris le pouvoir administratif dans de nombreuses banlieues de Saigon, &#224; commencer par Phu Nuan le 19 ao&#251;t. Une conf&#233;rence des comit&#233;s a publi&#233; un programme qui insiste sur le fait que &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;la bourgeoisie nationale sera compl&#232;tement incapable de jouer le r&#244;le d'avant-garde r&#233;volutionnaire, et que seule l'alliance populaire des ouvriers industriels et des travailleurs ruraux sera en mesure de lib&#233;rer la nation des domination des capitalistes &#233;trangers &#187;. Comme dans toutes les situations r&#233;volutionnaires, aucune quantit&#233; d'organisations ou de publications ne pouvait satisfaire la soif de direction politique des masses. Tranh Dau, le journal du groupe Struggle, est devenu quotidien; l'ICL a, &#224; un moment donn&#233;, publi&#233; des bulletins toutes les trois heures &#224; partir d'un si&#232;ge nouvellement &#233;tabli. Des centaines de comit&#233;s de la jeunesse de l'avant-garde ont &#233;t&#233; mis en place, certains sous la direction stalinienne, qui ont tous d&#233;clar&#233; qu'ils &#233;taient pr&#234;ts &#224; mourir pour la lib&#233;ration nationale. Les partis bourgeois et petit-bourgeois prolif&#232;rent &#233;galement; selon un rapport de l'ICL, pas moins de 50 nouveaux ont germ&#233;. Qui contr&#244;lait Saigon? Les diff&#233;rences entre les diff&#233;rents comptes montrent &#224; quel point la situation &#233;tait volatile. Il est certain que le Front national uni (UNF), qui avait un programme pour l'ind&#233;pendance nationale et comprenait des nationalistes bourgeois, les sectes religieuses Cao Dai et Hoa Hao et la jeunesse de l'avant-garde, a re&#231;u le pouvoir par le gouvernement effondr&#233; de Bao Dai le 14 ao&#251;t, et l'a adopt&#233;. sur le Vietminh une semaine plus tard. John Spencer, un partisan du groupe anti-trotskyste Banda, a r&#233;cemment fait l'all&#233;gation stupide que&lt;/code&gt; au moins certains des trotskystes vietnamiens ont particip&#233; &#224; la formation de l'UNF sous les auspices japonais le 14 ao&#251;t 1945 '', un &lt;code class='spip_code spip_code_inline' dir='ltr'&gt;groupement qui &#233;tait ch&#232;rement con&#231;u comme un contrepoids au Vietminh '. (Trotskysme vietnamien et r&#233;volution d'ao&#251;t 1945). Spencer essaie manifestement de donner un poids &#171;savant&#187; au mensonge stalinien, originaire de Ho Chi Minh, selon lequel les trotskystes travaillaient pour les Japonais. Mais au moins un compte rendu faisant autorit&#233; dit que l'UNF &#171;comprenait une petite minorit&#233; communiste&#187;, ainsi que les trotskystes du groupe Struggle. (Communisme vietnamien: ses origines et son d&#233;veloppement, par R. Turner, p. 39). Le m&#234;me r&#233;cit explique comment le dirigeant vietminh Tran Van Giau a arrang&#233; que l'UNF lui c&#232;de le pouvoir par voie de n&#233;gociation. &#187;* Deuxi&#232;mement, un rapport du groupe Lutte au Secr&#233;tariat international de la Quatri&#232;me Internationale (La R&#233;volution d'Ao&#251;t et le Groupe de Lutte, dans les archives de l'ISFI, Biblioth&#232;que de Documentation Internationale Contemporaine, Universit&#233; de Nanterre, Paris) d&#233;clare qu'ils ont propos&#233; aux staliniens un front uni sur la politique d'ind&#233;pendance nationale et de r&#233;forme agraire, ces derniers la refusant &#171;parce qu'ils croyaient pouvoir compter sur l'aide et le respect des Alli&#233;s, pour parvenir &#224; une&#171; r&#233;publique d&#233;mocratique du Vietnam &#187;par des moyens diplomatiques. apr&#232;s cela, et apr&#232;s que le Vietminh eut pris le contr&#244;le administratif, ils prirent part &#224; des r&#233;unions avec les nationalistes bourgeois - auxquelles les staliniens &#233;taient &#233;galement pr&#233;sents, accusant les trotskystes de &#171;sabotage&#187;. Quelques semaines plus tard, lorsque les troupes britanniques ont &#233;t&#233; accueillies &#224; Sa&#239;gon par les Vietminh, les trotskystes se sont certainement retrouv&#233;s dans une alliance de fait avec les nationalistes bourgeois: tous deux pr&#244;naient la r&#233;sistance arm&#233;e &#224; la r&#233;imposition du contr&#244;le imp&#233;rialiste. (Spencer n'exprime pas sa propre opinion sur la petite question de l'invasion britannique, en s'appuyant sur des citations de diverses sources soutenant le point de vue stalinien qui opposait ceux qui r&#233;sistaient aux Britanniques comme &#233;tant &#171;fous&#187;, &#171;provocateurs&#187; et &#171;ultra-gauches&#187;). Le 22 ao&#251;t, apr&#232;s deux semaines de troubles r&#233;volutionnaires, le Vietminh a tenu une r&#233;union avec des repr&#233;sentants de l'UNF qui ont accept&#233; de c&#233;der le contr&#244;le de la ville. Le 25 ao&#251;t, &#224; 5 heures du matin, jour de la manifestation d'un million de personnes, les Vietminh ont occup&#233; tous les b&#226;timents gouvernementaux et ont officiellement mis en place un &#171;Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire de la R&#233;publique du sud du Vietnam&#187;. La politique de cette administration &#233;tait double: maintenir, si possible, la bourgeoisie et la classe fonci&#232;re vietnamiennes chancelantes, et accueillir les troupes alli&#233;es dans des conditions o&#249; un accord serait n&#233;goci&#233; avec elles. Le dirigeant stalinien Tran Van Giau a proclam&#233; que &#171;les libert&#233;s d&#233;mocratiques seront assur&#233;es et garanties par les alli&#233;s d&#233;mocratiques&#187; (cit&#233; dans &#171;Quelques &#233;tapes&#8230;&#187; dans Quatri&#233;me Internationale). Un autre responsable vietminh, Nguyen Van Tao, a &#233;t&#233; plus explicite: &#171;Tous ceux qui ont incit&#233; les paysans &#224; saisir la propri&#233;t&#233; des propri&#233;taires terriens seront s&#233;v&#232;rement et impitoyablement punis. . . Nous n'avons pas encore fait la r&#233;volution communiste, qui r&#233;soudra le probl&#232;me agraire. Ce gouvernement n'est qu'un gouvernement d&#233;mocratique, c'est pourquoi une telle t&#226;che ne lui incombe pas. Notre gouvernement, je le r&#233;p&#232;te, est un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois, m&#234;me si les communistes sont maintenant au pouvoir. &#187;(Communisme vietnamien: ses origines et son d&#233;veloppement, p. 43). L'historien Phillipe Devilliers raconte que le leader vietminh Duong Bach Mai a parl&#233; de &#171;calmer l'ardeur tumultueuse des militants de base, en leur montrant que la t&#226;che du moment n'&#233;tait pas de faire une r&#233;volution prol&#233;tarienne mais de briser le&#171; colonialisme &#187;en appelant &#224; tous les peuples &#224; lutter contre elle. &#187;(History of Vietnam 1940-52, par P. Devilliers, p. 181). Buttinger dit que le gouvernement vietminh &#224; Sa&#239;gon &#171;est all&#233; jusqu'&#224; d&#233;cr&#233;ter la peine de mort pour les atteintes &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e&#187; (Vietnam: A Dragon Embattled, J. Buttinger, vol. 1, p. 347). Spencer, essayant de &#171;replacer dans son contexte&#187; le massacre des trotskystes vietnamiens, pr&#233;tend qu'ils &#233;taient &#171;sans ambigu&#239;t&#233; hostiles&#187; &#224; &#171;l'administration r&#233;volutionnaire&#187; du Vietminh. En fait, cette administration &#233;tait contre-r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire d&#233;termin&#233;e &#224; emp&#234;cher &#224; tout prix les prises de propri&#233;t&#233;, m&#234;me lorsque les comit&#233;s populaires et les soul&#232;vements paysans les avaient d&#233;j&#224; mis en &#339;uvre &#224; grande &#233;chelle. 1er OCTOBRE 1945: le Vietnam avait travers&#233; six semaines de convulsions r&#233;volutionnaires, atteignant un point culminant dans la derni&#232;re semaine de septembre lorsque les troupes britanniques, fran&#231;aises et japonaises occupaient le centre-ville de Sa&#239;gon, d&#233;pla&#231;ant l'administration vietminh et mena&#231;ant la terreur contre les ouvriers et les paysans r&#233;volutionnaires. Apr&#232;s des tentatives r&#233;p&#233;t&#233;es, les Vietminh ont n&#233;goci&#233; une tr&#234;ve avec les Britanniques le 1er octobre, dont le principal r&#233;sultat a &#233;t&#233; que les troupes imp&#233;rialistes - britanniques, fran&#231;aises et japonaises - ont obtenu le &#171;libre passage&#187; des Vietminh &#224; travers les banlieues rebelles de Sa&#239;gon. Un cessez-le-feu d'une semaine entre le 3 et le 10 octobre a &#233;t&#233; utilis&#233; par les imp&#233;rialistes pour renforcer leurs forces. Le 5 octobre, le g&#233;n&#233;ral Leclerc arrive &#224; la t&#234;te d'un corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais. Alors que les Fran&#231;ais et les Gurkhas renouvelaient leur offensive contre les trotskystes et d'autres forces de r&#233;sistance, Tran Van Giau eut le culot de publier un tract condamnant les trotskystes en tant qu '&#171; agents imp&#233;rialistes fran&#231;ais &#187;. &#171;Les combattants trotskystes qui se sont repli&#233;s vers l'ouest ont &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233;s &#224; Cho Dem&#187;, indique le rapport de Struggle. (The August Revolution and the Struggle Group, ISFI files, Paris).&lt;/code&gt; Les forces de lutte qui sont all&#233;es &#224; l'est ont tent&#233; de mobiliser deux arm&#233;es, le Hoang Pho I et le Hoang Pho II, lorsqu'elles ont &#233;t&#233; encercl&#233;es &#224; Xuan Truong par un grand nombre de forces arm&#233;es vietminh : Tran Van Thach, Nguyen Van So et Nguyen Van Tien &#233;taient emmen&#233;s &#224; Thu Dau Mot o&#249; ils ont &#233;t&#233; jug&#233;s militaires et fusill&#233;s sur les ordres de Kieu Dac Thang, un criminel ordinaire et un oiseau de prison fait gr&#226;ce &#224; la courtoisie g&#233;n&#233;rale de Duong Bach Mai (le chef de la police stalinienne) ; Phan Van Chanh et Phan Van Hum ont pris la direction de Bien Hoa, d'o&#249; ils esp&#233;raient rejoindre Hue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maintenant, nous n'avons aucune nouvelle de ces camarades. . . (Des rapports ult&#233;rieurs indiquent que Van Hum et Van Chanh ont &#233;t&#233; tu&#233;s par les Vietminh). Nguyen Thi Loi, un autre camarade en service actif, est tomb&#233; &#224; Can Giuoc (Cholon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tous les trotskystes de Thu Dau Mot ont &#233;t&#233; extermin&#233;s. A My Tho, Tan An, Bien Hoa, Can Tho, Tay Ninh, il y a eu des arrestations massives de trotskystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Hinh Thai Thong, de Struggle, a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; &#224; My Tho alors qu'il pr&#233;sidait une r&#233;union interprovinciale de d&#233;l&#233;gu&#233;s des villages et des districts. Thong a &#233;t&#233; &#233;ventr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Combien d'autres camarades de la Quatri&#232;me Internationale ont pay&#233; de leur vie leur all&#233;geance &#224; la cause de la r&#233;volution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y avait ceux qui ont pu rejoindre la r&#233;sistance (de l'arm&#233;e vietnamienne) dont les commandants &#233;taient soit avec nous, soit sympathiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par exemple, la troisi&#232;me division, command&#233;e par Nguyen Hoa Hiep, comptait un grand nombre de trotskystes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes des autres groupes se sont battus aussi h&#233;ro&#239;quement que ceux de Struggle. La milice des tramways de Go Yap, dirig&#233;e par des membres de l'ICL, a pris position contre les troupes vietnamiennes, gurkhas et fran&#231;aises sur la Plaine des Joncs. Ils ont r&#233;sist&#233; jusqu'en janvier 1946, date &#224; laquelle leur chef Tran Dinh Minh a &#233;t&#233; tu&#233; par les Vietminh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapport dans les fichiers ISFI indique que les combattants du LCI ont &#233;t&#233; an&#233;antis par les Vietminh &#224; Kien An le 23 octobre 1945. (Un &#171; proc&#232;s de Moscou &#187; dans le maquis de Ho Chi Minh, dans les fichiers ISFI).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du groupe de lutte, Ta Thu Thau, a rencontr&#233; son destin en revenant de son voyage au nord du Vietnam. Arr&#234;t&#233; &#224; Quang Ngai dans le centre du Vietnam par les Vietminh, il a &#233;t&#233; plac&#233; devant un tribunal populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En raison sans aucun doute de l'estime dans laquelle Thau &#233;tait tenu en tant que dirigeant ouvrier, le Tribunal l'a d&#233;clar&#233; &#224; trois reprises non coupable de crimes contre le peuple. Malgr&#233; cela, le r&#233;volutionnaire v&#233;t&#233;ran, un ancien enseignant qui avait &#233;t&#233; &#224; moiti&#233; paralys&#233; pendant son incarc&#233;ration &#224; Poulo Condor, a &#233;t&#233; emmen&#233; et fusill&#233; par les Vietminh. (Rapport&#233; dans Quatri&#233;me lnternationale, ao&#251;t 1946).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve document&#233;e de l'&#233;norme ampleur de la r&#233;pression ne peut pas &#234;tre concili&#233;e avec ces apologistes du stalinisme qui pr&#233;tendent que Ho Chi Minh n'&#233;tait pas au courant du massacre, que c'&#233;tait peut-&#234;tre le travail de certains rangs trop z&#233;l&#233;s, que Tran Van Giau a ensuite &#233;t&#233; sanctionn&#233; par les Vietminh &#224; la suite de cela, etc. etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rapports soumis &#224; l'ISFI, en particulier, confirment sans conteste que le Vietminh a travaill&#233; consciemment et d&#233;lib&#233;r&#233;ment, et souvent efficacement en aidant les Fran&#231;ais et les Britanniques, &#224; an&#233;antir les trotskystes et autres forces de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives de compromis du Vietminh avec les Alli&#233;s n'&#233;taient pas aussi fortes que la d&#233;termination de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; r&#233;tablir le pouvoir colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus les Vietminh d&#233;cimaient les forces r&#233;volutionnaires de la r&#233;sistance, plus ils se trouvaient attaqu&#233;s par un ennemi impitoyable qui ne donnait pas de quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;truit la direction r&#233;volutionnaire de la classe ouvri&#232;re vietnamienne, le Vietminh s'est tourn&#233; vers les nationalistes bourgeois de la Ligue r&#233;volutionnaire du Vietnam et du Parti nationaliste du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 octobre 1945, jour du massacre des militants du LCI &#224; Kien An, le gouvernement de Ho Chi Minh &#224; Hano&#239; signa un pacte avec les nationalistes pour travailler conjointement contre les Fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti communiste indochinois, lors de sa conf&#233;rence des 9-11 novembre 1945, d&#233;cida d'un geste encore plus &#233;tonnant pour apaiser les dirigeants anticommunistes des forces nationalistes : ils dissolvent le Parti communiste, qui ne sera reconstitu&#233; qu'en 1951 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais ont finalement accept&#233; de parler &#224; Ho apr&#232;s avoir renforc&#233; leur emprise militaire sur le Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiral Thierry d'Argenlieu a &#233;t&#233; install&#233; comme gouverneur &#224; Sa&#239;gon, tandis que le g&#233;n&#233;ral Leclerc a envoy&#233; une flottille transportant 13 000 soldats dans le golfe du Tonkin au nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 mars 1946, un accord est sign&#233; autorisant les troupes fran&#231;aises sur le sol vietnamien, reconnaissant le Vietnam comme &#201;tat libre au sein de l'Union fran&#231;aise - et laissant la question de la division du pays (les Fran&#231;ais y &#233;taient favorables) &#224; un futur r&#233;f&#233;rendum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet accord a &#233;t&#233; justifi&#233; par le g&#233;n&#233;ral vietminh Vo Nguyen Giap &#224; un rassemblement de masse &#224; Hanoi au motif que les bolcheviks avaient &#233;galement sign&#233; le trait&#233; de Brest-Litovsk avec l'Allemagne, ce qui lui a permis de se renforcer pour les luttes futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une diff&#233;rence : le trait&#233; de Brest-Litovsk a &#233;t&#233; sign&#233; par des r&#233;volutionnaires qui travaillaient activement pour le succ&#232;s de la r&#233;volution allemande et mobilisaient simultan&#233;ment l'Arm&#233;e rouge et la classe ouvri&#232;re russe pour combattre les forces imp&#233;rialistes envahissantes ; le trait&#233; avec les Fran&#231;ais a &#233;t&#233; sign&#233; par des staliniens qui s'&#233;taient engag&#233;s avec l'intention d&#233;clar&#233;e de conclure un accord avec l'imp&#233;rialisme, et qui, loin d'organiser les ouvriers r&#233;volutionnaires pour d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; de l'Etat, avaient menac&#233; de mort ceux qui prenaient la propri&#233;t&#233; &#224; la bourgeoisie et aux propri&#233;taires terriens. - et a impitoyablement ex&#233;cut&#233; cette condamnation contre les trotskystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/document/vietnam/pirani/pirani1.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le soul&#232;vement de Sa&#239;gon de septembre 1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 24 ao&#251;t, le Viet Minh a d&#233;clar&#233; une administration provisoire, un Comit&#233; administratif du Sud, &#224; Sa&#239;gon. Lorsque, dans le but d&#233;clar&#233; de d&#233;sarmer les Japonais, le Viet-Minh a accueilli le d&#233;barquement et le positionnement strat&#233;gique des troupes britanniques et anglo-indiennes, des groupes politiques rivaux sont apparus en force. Les 7 et 8 septembre 1945, dans la ville delta de C&#7847;n Th&#417;, le Comit&#233; dut s'appuyer sur ce qui avait &#233;t&#233; l'auxiliaire japonais, Jeunesse d'Avant-Garde / Thanh Nien Tienphong. Ils ont tir&#233; sur des foules, rejoints par l'ICL, exigeant des armes contre une restauration coloniale fran&#231;aise. [36]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Sa&#239;gon, la r&#233;affirmation brutale de l'autorit&#233; fran&#231;aise sous la protection des Japonais britanniques, britanniques-indiens et britanniques r&#233;quisitionn&#233;s a d&#233;clench&#233; un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral le 23 septembre [37]. Sous le slogan &#171; La terre aux paysans ! Les usines aux ouvriers ! &#187;, L'ICL a appel&#233; la population &#224; s'armer et &#224; s'organiser en conseils. Pour coordonner ces efforts, les Internationalistes ont cr&#233;&#233; un Comit&#233; R&#233;volutionnaire Populaire, un &#034;soviet embryonnaire qui a mis sa marque sur la r&#233;gion de Saigon-Cholon, Gia-dinh et Bien-Hoa.&#034; [38] Les d&#233;l&#233;gu&#233;s ont publi&#233; &#034;une d&#233;claration dans laquelle ils ont affirm&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des partis politiques et ont fermement condamn&#233; toute tentative de restreindre l'autonomie des d&#233;cisions prises par les ouvriers et les paysans. &#034;[39]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec d'autres camarades de la Ligue, Ng&#244; V&#259;n s'est associ&#233; aux ouvriers du tramway. Dans &#171; l'esprit internationaliste de la Ligue &#187;, les ouvriers avaient rompu avec leur syndicat, la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail (rebaptis&#233;e par le Viet Minh &#171; Ouvriers pour le salut national &#187;). Refusant l'&#233;toile jaune du Viet-Minh, ils se sont rassembl&#233;s sous le drapeau rouge sans fioritures &#171; de leur propre &#233;mancipation de classe &#187; [40]. Mais les milices ont &#233;t&#233; durement touch&#233;es par le retour des Fran&#231;ais. Ng&#244; V&#259;n enregistre &#224; eux seuls deux cents massacres, le 3 octobre, au pont de Thi Nghe. [41]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'ils retombaient dans la campagne, eux et d'autres formations ind&#233;pendantes (groupes arm&#233;s de nationalistes ind&#233;pendants et sectes syncr&#233;tiques Hoa Hao et Cao Dai) ont &#233;t&#233; pris entre deux feux alors que le Viet-Minh revenait pour encercler la ville. D&#432;&#417;ng B&#7841;ch Mai, qui avait &#233;t&#233; parmi les staliniens sur le comit&#233; de r&#233;daction original de La Lutte, [42] a conduit la s&#233;curit&#233; Vietminh &#224; traquer ses anciens coll&#232;gues sur le papier. &#192; la fin d'octobre, ils avaient captur&#233; et ex&#233;cut&#233;, entre autres, Nguyen Van Tien, l'ancien r&#233;dacteur en chef, et Phan V&#259;n H&#249;m. [43]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;36 Marr, David G. Vietnam : &#201;tat, guerre et r&#233;volution (1945-1946). Presses de l'Universit&#233; de Californie. pp. 408&#8211;409. ISBN 9780520274150.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;37 Rosie, George ; Borum, Bradley (1986). Op&#233;ration Masterdom : la guerre secr&#232;te de la Grande-Bretagne au Vietnam. Int&#233;grer. ISBN 9781851580002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;38 Ng&#244; V&#259;n, &#171; Proc&#232;s de Moscou &#187; dans le mouvement de gu&#233;rilla de Ho Chi Minh. &lt;a href=&#034;https://libcom.org/library/%E2%80%98moscow-trial%E2%80%99-ho-chi-minh%E2%80%99s-guerilla-movement&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://libcom.org/library/%E2%80%98moscow-trial%E2%80%99-ho-chi-minh%E2%80%99s-guerilla-movement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;39 V&#259;n, Dans le Crossfire p. 125&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 Ng&#244; V&#259;n, 1945 : La commune de Sa&#239;gon, &lt;a href=&#034;https://libcom.org/files/1945%20The%20Saigon%20commune.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://libcom.org/files/1945%20The%20Saigon%20commune.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;41 Ng&#244; V&#259;n, Dans le feu crois&#233; p. 131&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;42 Alexander, Robert J. International Trotskyism, 1929-1985 : Une analyse document&#233;e du mouvement. Durham : Duke University Press, 1991. pp. 961-962&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;43 Van, dans le Crossfire p. 157&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1945 : La Commune ouvri&#232;re r&#233;volutionnaire de Sa&#239;gon&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Terreur : Le Vietminh, 1945 &#187; par Ngo Van :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bref compte rendu d'un soul&#232;vement ouvrier et paysan au Vietnam apr&#232;s la fin de la Seconde Guerre mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des principales pr&#233;occupations du Comit&#233; Vietminh &#233;tait d'assurer sa &#171; reconnaissance &#187; par les autorit&#233;s britanniques en tant que gouvernement de facto. &#192; cette fin, le comit&#233; a tout mis en &#339;uvre pour montrer sa force et d&#233;montrer sa capacit&#233; &#224; &#171; maintenir l'ordre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par sa presse, il ordonna la dissolution de tous les groupes partisans qui avaient jou&#233; un r&#244;le actif dans la lutte contre l'imp&#233;rialisme japonais. Toutes les armes devaient &#234;tre remises aux propres forces de police du Vietminh. La milice du Vietminh, connue sous le nom de &#171; Garde r&#233;publicaine &#187; (Cong hoa-ve-binh) et leur police avaient ainsi le monopole l&#233;gal du port d'armes. Les groupes vis&#233;s par cette d&#233;cision n'&#233;taient pas seulement certaines sectes religieuses (les Cao Dai et les Hoa Hao) mais aussi les comit&#233;s ouvriers, dont plusieurs &#233;taient arm&#233;s. La Vanguard Youth Organization et un certain nombre de &#171; groupes d'autod&#233;fense &#187;, dont beaucoup sont bas&#233;s sur des usines ou des plantations, &#233;taient &#233;galement vis&#233;s. Ceux-ci s'inscrivaient dans un programme social tr&#232;s radical mais n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; accepter le contr&#244;le complet par le Vietminh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes du groupe Spark (Tia Sang), anticipant une confrontation imminente et in&#233;vitable avec les forces militaires britanniques et fran&#231;aises, ont commenc&#233; &#224; distribuer des tracts appelant &#224; la formation de comit&#233;s d'action populaire (tochuc-uy-ban hanh-dong) et pour armement du peuple. Ils ont pr&#233;conis&#233; la cr&#233;ation d'une assembl&#233;e populaire, pour &#234;tre l'organe de lutte pour l'ind&#233;pendance nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs du grand d&#233;p&#244;t de tramway de Go Vap (&#224; environ huit kilom&#232;tres de Saigon), aid&#233;s par les militants de Tia Sang, ont organis&#233; une milice ouvri&#232;re. La milice a lanc&#233; un appel aux travailleurs de la r&#233;gion de Sa&#239;gon-Cholon pour qu'ils s'arment et se pr&#233;parent &#224; la lutte in&#233;vitable contre les forces de l'imp&#233;rialisme britannique et fran&#231;ais. A pr&#233;sent, le g&#233;n&#233;ral Gracey avait proclam&#233; la loi martiale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant d'abandonner le centre de Sa&#239;gon, le Comit&#233; Vietminh a enduit les murs d'affiches, invitant la population &#224; &#171; se disperser dans les campagnes &#187;, &#224; &#171; &#233;viter la confrontation &#187; et &#224; &#171; rester calme, car le Comit&#233; esp&#232;re ouvrir des n&#233;gociations &#187;. Un sentiment d'ins&#233;curit&#233; planait sur la ville, qui s'est lentement drain&#233;e d'une partie de sa population vietnamienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1945, les troupes fran&#231;aises, appuy&#233;es par des Gurkhas command&#233;s par des officiers britanniques, r&#233;occupent divers commissariats de police, la Poste, la Banque centrale et la mairie. Ils n'ont rencontr&#233; aucune r&#233;sistance imm&#233;diate. La nouvelle se r&#233;pandit comme une tra&#238;n&#233;e de poudre &#224; canon et d&#233;clencha une v&#233;ritable insurrection dans les quartiers populaires de la ville. Des explosions ont &#233;t&#233; entendues dans des zones largement s&#233;par&#233;es. Le mouvement s'&#233;tait rompu sans que personne ne donne aucune directive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vietminh n'avait certainement pas appel&#233; &#224; l'insurrection. Leur seule pr&#233;occupation &#233;tait &#171; la loi et l'ordre &#187; et leur propre accession au pouvoir - apr&#232;s les n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toutes les banlieues p&#233;riph&#233;riques, des arbres ont &#233;t&#233; abattus, des voitures et des camions retourn&#233;s et des meubles primitifs empil&#233;s dans les rues. Des barricades &#233;l&#233;mentaires ont &#233;t&#233; &#233;rig&#233;es pour emp&#234;cher le passage des patrouilles fran&#231;aises et gurkhas, et la prise de positions strat&#233;giques par les forces imp&#233;rialistes. Le centre de la ville tombe rapidement sous le contr&#244;le des troupes fran&#231;aises et japonaises, soutenues par les Gurkhas. Mais les banlieues les plus pauvres de Khanh Hoi, Cau Kho, Ban Co, Phu Nhuan, Tan Dinh et Thi Nghe &#233;taient fermement entre les mains des rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rebelles eux-m&#234;mes n'&#233;taient pas un lot homog&#232;ne. Parmi eux se trouvaient des membres des comit&#233;s populaires, de la jeunesse de l'avant-garde, des cao-daistes et m&#234;me des groupes &#171; hors ligne &#187; de gardes r&#233;publicains staliniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les zones o&#249; les forces populaires &#233;taient aux commandes, des Fran&#231;ais &#233;taient fusill&#233;s : les fonctionnaires les plus cruels de l'ancien r&#233;gime, les policiers d&#233;test&#233;s, connus par la population pour avoir particip&#233; &#224; la torture, &#233;taient recherch&#233;s, tu&#233;s et jet&#233;s dans les canaux. Le racisme, nourri par 80 ans de domination imp&#233;rialiste, et par le m&#233;pris de l'homme blanc pour l'homme jaune, a laiss&#233; son empreinte sur la violence des masses, qui a &#233;clat&#233; dans des moments comme ceux-ci. Le massacre d'une centaine de civils fran&#231;ais dans le domaine de l'H&#233;raud, &#224; Tan Dinh, a &#233;t&#233; un douloureux rappel de ce fait. Les menaces de certains colons fran&#231;ais d'&#233;corcher vifs les Annamites pour faire rebondir les sandales en cuir contre tous les blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces d'occupation ont fouill&#233; f&#233;brilement tout le centre de la ville. Cela n'a pas emp&#234;ch&#233; les insurg&#233;s de mettre le feu &#224; divers b&#226;timents importants, comme la Manufactured Rubber Company, et &#224; des entrep&#244;ts. Dans la nuit du 23 au 24 septembre, des gu&#233;rilleros ont attaqu&#233; le port sans r&#233;pit. Le lendemain, des groupes r&#233;volutionnaires d&#233;filent ouvertement dans la rue de Verdun et remontent le boulevard de la Somme, convergeant vers la place du march&#233;, qu'ils br&#251;lent plus tard. &#192; Sa&#239;gon, il n'y avait ni eau ni &#233;lectricit&#233;. Les fournitures tombaient en panne. Chaque jour, les Fran&#231;ais cherchent &#224; &#233;tendre la zone sous leur contr&#244;le, tandis que divers groupes arm&#233;s s'organisent en gu&#233;rilleros &#224; la p&#233;riph&#233;rie de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Comit&#233; Vietminh a produit une brochure : &#171; Les Fran&#231;ais ... semblent prendre plaisir &#224; assassiner notre peuple. Il n'y a qu'une seule r&#233;ponse : un blocus alimentaire. Tout en cherchant &#224; &#171; affamer &#187; les Fran&#231;ais (un espoir futile, car les navires britanniques contr&#244;laient l'acc&#232;s au port), le Vietminh s'accrochait &#224; son espoir d'entamer des n&#233;gociations avec les Britanniques. Les pourparlers avec Gracey ont enfin commenc&#233; ... et une tr&#234;ve a &#233;t&#233; annonc&#233;e le 1er octobre. Le 5 octobre, le g&#233;n&#233;ral Leclerc, chef du corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais, arrive. Sa mission &#233;tait de &#171; r&#233;tablir l'ordre et de&#171; construire une Indochine forte au sein de l'Union fran&#231;aise &#187;. Il a d&#233;barqu&#233; ses troupes. Les commandos du cuirass&#233; Triomphant ont d&#233;fil&#233; dans la rue Catinat. Le tricolore d&#233;test&#233; flottait &#224; nouveau &#224; diff&#233;rentes fen&#234;tres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#171; n&#233;gociations &#187; entre les Vietminh et les Britanniques se sont poursuivies. Le seul r&#233;sultat fut que les troupes britanniques et japonaises furent autoris&#233;es &#224; &#171; passer librement et sans encombre &#187; &#224; travers les zones occup&#233;es par les insurg&#233;s. Le Comit&#233; Vietminh, poursuivant sa politique d'apaisement envers les Alli&#233;s imp&#233;rialistes, avait pris consciemment cette d&#233;cision. Les Gurkhas et les Japonais ont d&#233;m&#233;nag&#233; de nouveaux d&#233;tachements occupant des points strat&#233;giques &#224; la p&#233;riph&#233;rie de Sa&#239;gon. Le 12 octobre, les troupes fran&#231;aises, appuy&#233;es par les Gurkhas, lancent une attaque g&#233;n&#233;rale vers le nord-est. Les mis&#233;rables huttes paysannes ont br&#251;l&#233; de Thi Nghe &#224; Tan Binh. L'encerclement de la ville par les rebelles a &#233;t&#233; progressivement rompu, dans des combats d&#233;sesp&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef du groupe de gu&#233;rilleros de Bay Vien a refus&#233; d'entreprendre un travail de police sournois contre d'autres tendances non affili&#233;es au Vietminh. Il a proclam&#233; son ind&#233;pendance vis-&#224;-vis de ces derniers. La sienne n'&#233;tait pas la seule bande arm&#233;e &#224; refuser l'autorit&#233; des staliniens. Le plus grand de ces groupes &#171; dissidents &#187; &#233;tait connu sous le nom de Troisi&#232;me Division, de-tam-su-doan. Elle &#233;tait dirig&#233;e par un ancien nationaliste, qui avait, pendant un certain temps, fait confiance au Japon. Quelques centaines d'hommes arm&#233;s organisent une r&#233;sistance soutenue aux Fran&#231;ais, dans la Plaine des Joncs, mais ils se rendent quelques mois plus tard et le groupe se dissout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vietminh ne tol&#233;rerait aucune tendance qui oserait en formuler la moindre critique. Il a trait&#233; de telles tendances en les liquidant physiquement. Les militants du groupe trotskyste La Lutte ont &#233;t&#233; les premi&#232;res victimes de la terreur stalinienne, malgr&#233; leurs proclamations de &#034;soutien critique au gouvernement vietminh&#034;. R&#233;unis dans un temple de la r&#233;gion de Thu Due, et tout en pr&#233;parant la lutte arm&#233;e contre les Fran&#231;ais sur le front de Gia Dinh, ils ont &#233;t&#233; encercl&#233;s un matin par les Vietminh, arr&#234;t&#233;s et intern&#233;s peu apr&#232;s &#224; Ben Sue dans la province de Thu Dau Mot. L&#224;, ils ont tous &#233;t&#233; fusill&#233;s - avec une trentaine d'autres prisonniers - &#224; l'approche des troupes fran&#231;aises. Parmi les assassin&#233;s figurait Tran Van Thach, ancien conseiller municipal de Sa&#239;gon, &#233;lu en 1933 sur une liste stalinienne-trotskyste,et quelques mois plus t&#244;t lib&#233;r&#233; de l'&#233;tablissement p&#233;nitentiaire de Poulo Condore. Ta Thu Thau, &#233;galement lib&#233;r&#233; de Poulo Condore, s'&#233;tait rendu dans la province du Tonkin pour aider &#224; organiser l'aide aux r&#233;gions frapp&#233;es par la famine. Il a &#233;t&#233; assassin&#233; par des partisans d'Ho Chi Minh, sur le chemin du retour, dans le centre de l'Annam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette atmosph&#232;re de terreur vietminh, la milice ouvri&#232;re du d&#233;p&#244;t de tramway Go Vap, une soixantaine de personnes, a particip&#233; &#224; l'insurrection, de sa propre initiative. Les 400 ouvriers et employ&#233;s de la Tramway Company &#233;taient r&#233;put&#233;s pour leur militantisme et leur ind&#233;pendance d'esprit. Sous le r&#233;gime imp&#233;rialiste fran&#231;ais, il n'y avait pas de droits syndicaux. Apr&#232;s le 9 mars 1945, lorsque les Japonais avaient remplac&#233; les Fran&#231;ais &#224; la t&#234;te de cette entreprise particuli&#232;re, les ouvriers avaient imm&#233;diatement constitu&#233; leur propre comit&#233; ouvrier et pr&#233;sent&#233; une s&#233;rie de revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militaires japonais, dirig&#233;s par le colonel Kirino, &#233;taient venus les menacer, mais confront&#233;s &#224; leur position militante et solidaire, avaient finalement &#233;t&#233; oblig&#233;s de leur accorder une augmentation de salaire et m&#234;me de reconna&#238;tre 11 d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par les 11 cat&#233;gories de travailleurs : &#233;lectriciens, charpentiers. , m&#233;tallurgistes, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ao&#251;t 1945, lorsque des techniciens &#233;trangers avaient momentan&#233;ment abandonn&#233; l'entreprise, le d&#233;p&#244;t avait &#233;t&#233; repris et g&#233;r&#233; par les ouvriers eux-m&#234;mes, jusqu'au moment de l'insurrection.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tous ces insurg&#233;s qui ne se sont pas ralli&#233;s imm&#233;diatement aux drapeaux vietminh ont &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s par les Vietminh comme des tra&#238;tres. Les travailleurs qui ne s'identifiaient pas &#224; la &#171; cause patriotique &#187; &#233;taient appel&#233;s &#171; saboteurs &#187; et &#171; r&#233;actionnaires &#187;. La CGT sud &#233;tait pr&#233;sid&#233;e par l'archi-stalinien Hoang Don Van. Sa fonction &#233;tait de contr&#244;ler les travailleurs de la r&#233;gion de Saigon-Cholon, en nommant leurs &#171; repr&#233;sentants &#187; pour eux, par le haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette atmosph&#232;re de totalitarisme id&#233;ologique violent, les ouvriers du d&#233;p&#244;t de tramway Go Vap, bien qu'affili&#233;s &#224; la CGT sud, ont refus&#233; le label de Cong-nhan cuu-quoc (Ouvrier Sauveur de la Patrie). Ils ont insist&#233; pour rester une milice prol&#233;tarienne et ont rejet&#233; le drapeau vietminh (&#233;toile jaune sur fond rouge), disant qu'ils continueraient leur combat sous le drapeau rouge, le drapeau de leur propre &#233;mancipation de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes du tramway se sont ensuite organis&#233;s en groupes de combat de 11 hommes dirig&#233;s par des &#233;lus - et sous le commandement g&#233;n&#233;ral de Tran Dinh Minh, un jeune trotskyste du nord qui avait publi&#233; un roman social &#224; Hanoi, sous le pseudonyme de Nguyen Hai Au, et qui &#233;tait venu dans le sud pour participer &#224; la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, les staliniens locaux, sous le commandement de Nguyen Dinh Thau, semblaient beaucoup plus soucieux d'arr&#234;ter et de tirer sur leurs d&#233;tracteurs de gauche - et en fait tous qu'ils consid&#233;raient comme des rivaux potentiels pour la direction du mouvement - que de poursuivre la lutte contre le fran&#231;ais. Les actes terroristes sont devenus la r&#232;gle. Ils ont laiss&#233; une empreinte profonde sur l '&#171; &#233;tat en embryon &#187; que le maquis allait bient&#244;t devenir. L'&#233;mergence du Vietminh en tant que force dominante, dans les ann&#233;es &#224; venir, n'a &#233;t&#233; possible qu'apr&#232;s que beaucoup de sang ouvrier et paysan ait &#233;t&#233; vers&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Refusant d'accepter l'autorit&#233; de Nguyen Dinh Thau, la milice des tramways cherchait &#224; se regrouper dans la Plaine des Joncs, vers laquelle elle s'&#233;tait ouverte, luttant entre-temps contre les Gurkhas et les Fran&#231;ais &#224; Loc Giang, Thot Not et My Hanh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Plaine des Joncs, les tramways ont pris contact avec les paysans pauvres. Et c'est ici que, dans un combat contre les forces imp&#233;rialistes, Tran Dinh Minh a &#233;t&#233; tu&#233;, le 13 janvier 1946. Une vingtaine d'autres ouvriers du tramway avaient d&#233;j&#224; perdu la vie au cours de batailles men&#233;es en chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intol&#233;rance du Vietminh vis-&#224;-vis de toutes les tendances ind&#233;pendantes, les accusations de trahison combin&#233;es aux menaces de meurtre et &#224; la faiblesse num&#233;rique de la milice des tramways ont finalement contraint ses membres &#224; se disperser. Trois d'entre eux, Le Ngoc, Ky et Huong, un jeune travailleur de 14 ans, ont &#233;t&#233; poignard&#233;s &#224; mort par des bandes vietminh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion de Sa&#239;gon s'est r&#233;percut&#233;e dans la campagne et dans les provinces les plus &#233;loign&#233;es. Les paysans s'empar&#232;rent des fonctionnaires locaux qui s'&#233;taient le plus distingu&#233;s par leur cruaut&#233; ou leurs extorsions, et beaucoup furent mis &#224; mort. Mais dans les campagnes, comme dans les villes, le pr&#233;texte de la col&#232;re populaire contre les exploiteurs &#233;tait partout utilis&#233; par les Vietminh pour r&#233;gler leurs comptes avec les dissidents politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Ngo Van Xuyet, l'un des participants&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le massacre oubli&#233; des trotskystes vietnamiens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors des manifestations des ann&#233;es 1960, il &#233;tait courant d'entendre des manifestants scandant &#171; Ho, Ho, Ho Chi Minh, nous nous battrons et nous gagnerons &#187;, en l'honneur du stalinien vietnamien qui a men&#233; la lutte contre l'occupation am&#233;ricaine. Les meilleures sections de la gauche ont r&#233;pondu avec leur propre comptine - Ho, Ho, Ho Chi Minh - combien de trots as-tu fait ? Ils faisaient r&#233;f&#233;rence au meurtre de masse des trotskystes vietnamiens par les forces staliniennes en 1945. Soixante ans plus tard, le massacre a &#233;t&#233; largement oubli&#233;. Les trotskystes vietnamiens d&#233;fendaient une politique ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re contre les imp&#233;rialistes fran&#231;ais et japonais, les staliniens et d'autres forces nationalistes. Le massacre de ces socialistes de la classe ouvri&#232;re, qui a ouvert la voie &#224; la domination de Ho Chi Minh, a soulign&#233; la nature de la r&#233;volution stalinienne au Vietnam qui a mis au pouvoir une nouvelle &#233;lite dirigeante. L'exemple du Vietnam montre pourquoi nous devons rester critiques &#224; l'&#233;gard des mouvements nationalistes les plus r&#233;ussis. Fond &#192; partir des ann&#233;es 1880, le Vietnam faisait partie de l'empire fran&#231;ais en Asie, connu sous le nom d'Indochine. Le Vietnam se composait de trois &#201;tats distincts. Au nord se trouvait le Tonkin, avec Hanoi sa ville principale. Le Tonkin et l'Annam au centre constituaient un seul protectorat fran&#231;ais. Au sud se trouvait la Cochinchine, une colonie fran&#231;aise centr&#233;e sur la ville de Sa&#239;gon. Le Parti communiste indochinois (PCI) a &#233;t&#233; form&#233; en 1930 sous la direction de Nguyen Ai Quoc, qui prendra plus tard le nom de Ho Chi Minh. Les premiers trotskystes vietnamiens &#233;taient des &#233;tudiants vivant en France. En 1932, une scission permanente a eu lieu entre eux. Un groupe, dirig&#233; par Ta Thu Thau, s'appelait le groupe de lutte. L'autre &#233;tait connu sous le nom de groupe Octobre d'apr&#232;s le nom de sa revue. Entre 1933 et 1937, le groupe Struggle a particip&#233; &#224; un front uni avec le PCI et d'autres marxistes, connu sous le nom de La Lutte (d'apr&#232;s le magazine qu'ils ont produit). Ils ont r&#233;ussi &#224; faire &#233;lire des membres de La Lutte, dont Ta Thu Thau, au conseil municipal de Saigon. Le groupe Octobre a soutenu La Lutte mais a critiqu&#233; le groupe Struggle pour sa collaboration trop &#233;troite avec le PCI. Le front uni a &#233;clat&#233; apr&#232;s que le PCI ait soutenu le Front populaire et soutenu les proc&#232;s de Moscou contre les trotskystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux groupes trotskystes ont fait des progr&#232;s consid&#233;rables dans le travail mouvement. En 1937, la F&#233;d&#233;ration syndicale du nom Ky a &#233;t&#233; organis&#233;e sous la direction trotskyste. La F&#233;d&#233;ration avait des organisateurs actifs dans au moins trente-neuf entreprises &#224; Saigon et Cholon, y compris l'usine d'arsenal du gouvernement, sur les chemins de fer, les tramways, dans la compagnie d'eau et d'&#233;lectricit&#233;, la compagnie p&#233;troli&#232;re, plusieurs entreprises de transformation du riz, des poteries, des raffineries de sucre, distilleries et sur les quais. Les trotskystes &#233;taient la force pr&#233;dominante dans la vague de gr&#232;ves qui a eu lieu en Cochinchine &#224; la fin de 1936 et au d&#233;but de 1937. Le groupe de lutte a continu&#233; &#224; publier La Lutte en fran&#231;ais et, en 1939, a &#233;galement publi&#233; une version en vietnamien Tranh Dau. Aux &#233;lections du Conseil colonial de Cochinchine en 1939, trois trotskystes du groupe de lutte, Ta Thu Thau, Tran Van Thach et Phan Van Hum, ont obtenu 80% du vote total, battant les constitutionnalistes, les staliniens et d'autres. En 1939, le groupe comptait environ 3 000 membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le groupe Octobre &#233;tait &#233;galement actif. Son journal juridique Le Militant a &#233;t&#233; supprim&#233; &#224; la fin de 1937 en raison de son soutien aux gr&#232;ves. Cependant, il a recommenc&#233; &#224; publier Octobre comme &#171; un magazine semi-l&#233;gal &#187; et a &#233;galement publi&#233; Tia Sang (Spark), d'abord en tant qu'hebdomadaire, puis au d&#233;but de 1939 en tant que quotidien. Au d&#233;clenchement de la Seconde Guerre mondiale, la police coloniale fran&#231;aise a arr&#234;t&#233; deux cents staliniens et trotskystes et a conduit leurs organisations &#224; la clandestinit&#233;. 1945 En mars 1945, les Japonais, qui avaient occup&#233; l'Indochine fran&#231;aise en 1940, se sont dispens&#233;s de l'administration fran&#231;aise fantoche qu'ils avaient maintenue jusque-l&#224;. Apr&#232;s que les &#201;tats-Unis ont largu&#233; des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, les Japonais se sont rendus le 15 ao&#251;t. Un vide s'est ouvert, d&#233;clenchant une situation r&#233;volutionnaire avec plusieurs forces en comp&#233;tition pour le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En 1941, Ho Chi Minh a convoqu&#233; une conf&#233;rence en Chine pour former le Viet Minh (une abr&#233;viation de Viet-nam dot-lap dong minh, la Ligue pour l'ind&#233;pendance du Vietnam). Le 18 ao&#251;t, le Vietminh a pris le contr&#244;le de Hanoi et a commenc&#233; &#224; organiser ses forces dans le sud. La politique stalinienne, d&#233;termin&#233;e par l'alliance de guerre entre l'URSS, la France, la Grande-Bretagne et les &#201;tats-Unis, &#233;tait de soutenir les Alli&#233;s comme une voie vers la &#171; lib&#233;ration nationale &#187;. Le Groupe d'octobre a &#233;t&#233; reconstitu&#233; sous le nom de Ligue communiste internationale (LCI) en ao&#251;t 1944. Il comptait plusieurs dizaines de membres, m&#234;me si beaucoup &#233;taient des cadres exp&#233;riment&#233;s. Le groupe Lutte a &#233;t&#233; r&#233;tabli en mai-juin 1945. &#192; Sa&#239;gon, le Front national uni (UNF) a pris le relais apr&#232;s la capitulation japonaise. L'UNF se composait de nationalistes tels que le Parti pour l'ind&#233;pendance du Vietnam, la jeunesse de l'avant-garde et des sectes religieuses telles que le Hoa Hao et le Cao Dai. Un mythe, mis sur pied par les staliniens et r&#233;p&#233;t&#233; depuis par les historiens universitaires, est que le groupe de lutte a particip&#233; &#224; l'UNF. Cependant, il n'y a aucune preuve de cela, que ce soit &#224; partir de documents &#233;mis par l'UNF ou du LCI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, les ouvriers se sont battus et les paysans ont commenc&#233; des soul&#232;vements. Le point culminant a &#233;t&#233; la cr&#233;ation d'une commune ouvri&#232;re dans la province du Tonkin. Selon le membre du LCI et t&#233;moin oculaire Ngo Van : &#171; Les mineurs de Hoa-gay dans le district de Camphu (une agglom&#233;ration de 300 000 habitants) se sont r&#233;volt&#233;s, ont cr&#233;&#233; des comit&#233;s ouvriers et, sur cette base, ont &#233;tabli un gouvernement v&#233;ritablement prol&#233;tarien. Les ouvriers ont repris les mines, les tramways, les voies ferr&#233;es et le syst&#232;me t&#233;l&#233;graphique, arr&#234;t&#233; les patrons et la police, et d&#233;truit l'appareil local de l'ancien &#201;tat imp&#233;rialiste ... Tous les moyens de production ont &#233;t&#233; plac&#233;s sous le contr&#244;le direct d'un comit&#233; de direction &#233;lu par le travailleurs eux-m&#234;mes et enti&#232;rement contr&#244;l&#233;s par eux. Le principe de l'&#233;galit&#233; de r&#233;mun&#233;ration pour tous les niveaux de travail manuel et intellectuel a &#233;t&#233; mis en &#339;uvre. L'ordre public &#233;tait maintenu par des travailleurs arm&#233;s. Pendant les trois mois de son existence (de la fin ao&#251;t &#224; d&#233;cembre 1945), ce premier gouvernement prol&#233;tarien a fait fonctionner normalement la production mini&#232;re, assur&#233; la vie &#233;conomique de la r&#233;gion, men&#233; une lutte intensive contre l'analphab&#233;tisme et apport&#233; des indemnit&#233;s de maladie. Les comit&#233;s des premiers peuples ont &#233;t&#233; organis&#233;s &#224; Sa&#239;gon le 19 ao&#251;t. Le LCI a &#233;t&#233; tr&#232;s actif dans la mise en place des comit&#233;s pour prendre le pouvoir dans les zones locales, en en organisant plus de 150 en trois semaines. Un comit&#233; central provisoire a &#233;t&#233; mis en place pour coordonner ces comit&#233;s populaires sous la direction trotskyste. Le LCI avait sa propre imprimerie et sa propre presse, et toutes les trois heures, ses directives politiques &#233;taient envoy&#233;es &#224; la population sous forme de communiqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Lu Sanh Hanh, membre du LCI et t&#233;moin oculaire : &#171; Le 19 ao&#251;t, les travailleurs du district de Ban Co &#224; Sa&#239;gon ont &#233;t&#233; les premiers &#224; passer &#224; l'action et &#224; mettre en place le premier comit&#233; populaire du sud. Certains sont sortis dans les rues avec des fusils de l'arm&#233;e qu'ils avaient vol&#233;s aux Japonais et cach&#233;s pendant des mois. D'autres portaient des pistolets d'origines diverses et douteuses. Pendant ce temps, le groupe Struggle a &#233;tendu ses activit&#233;s &#224; la r&#233;gion de Hano&#239; au nord. L&#224;, ils ont publi&#233; un quotidien, Tranh Dau (Lutte) avec un tirage rapport&#233; de plus de 15 000 exemplaires. Le 21 ao&#251;t, une manifestation de 300 000 personnes a d&#233;fil&#233; &#224; travers Sa&#239;gon. Les trotskystes ont appel&#233; &#224; l'armement des ouvriers, &#224; une assembl&#233;e nationale et &#224; un &#171; gouvernement ouvrier et paysan &#187;. Le 22 ao&#251;t, les staliniens de Saigon, dirig&#233;s par Tran Van Giau, ont demand&#233; &#224; l'UNF de se dissoudre. Les membres de Vanguard Youth ont fait d&#233;fection de l'UNF au Vietminh. Le 25 ao&#251;t, les Vietminh ont occup&#233; les bureaux de l'UNF et ont organis&#233; une &#233;norme manifestation &#224; Sa&#239;gon pour consolider leur pouvoir, &#233;tendant leur contr&#244;le sur les trois &#201;tats du Vietnam. Le 2 septembre, les staliniens organisent une manifestation pour d&#233;clarer l'ind&#233;pendance et, ironiquement, saluer l'arriv&#233;e des troupes alli&#233;es. Environ 400 000 personnes ont d&#233;fil&#233; &#224; Sa&#239;gon, pour &#234;tre attaqu&#233;es par des colons fran&#231;ais. Le 4 septembre, le comit&#233; r&#233;volutionnaire populaire de Sa&#239;gon a lanc&#233; un appel &#224; l'expropriation des usines. Le 6 septembre, le gouvernement vietminh lan&#231;a un assaut de propagande contre les trotskystes en m&#234;me temps que les troupes britanniques d&#233;barquaient au Vietnam. Le lendemain, Tran Van Giau a ordonn&#233; le d&#233;sarmement de toutes les organisations non gouvernementales. Le gouvernement vietminh a fait arr&#234;ter des membres du comit&#233; populaire de Sa&#239;gon. Selon Lu Sanh Hanh : &#171; Le 14 septembre, le chef de la police stalinienne, Duong Bach Mai, a envoy&#233; un d&#233;tachement arm&#233; pour encercler le si&#232;ge des comit&#233;s lorsque l'assembl&#233;e &#233;tait en pleine session. &#171; Nous nous sommes conduits comme de v&#233;ritables militants r&#233;volutionnaires. Nous nous sommes permis d'&#234;tre arr&#234;t&#233;s sans r&#233;sistance violente &#224; la police, m&#234;me si nous &#233;tions plus nombreux et que nous &#233;tions tous bien arm&#233;s. Ils ont emport&#233; nos mitrailleuses et nos pistolets, et ont saccag&#233; notre quartier g&#233;n&#233;ral, bris&#233; des meubles, d&#233;chir&#233; nos drapeaux, vol&#233; les machines &#224; &#233;crire et br&#251;l&#233; tous nos papiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'insurrection de Sa&#239;gon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1945, les troupes fran&#231;aises, appuy&#233;es par des Gurkhas command&#233;s par des officiers britanniques, r&#233;occupent divers commissariats de police, la poste, la banque centrale et la mairie de Sa&#239;gon. Certaines troupes fran&#231;aises voulaient &#233;corcher les Vietnamiens vivants &#171; pour fabriquer des sandales en cuir &#187;. La nouvelle a d&#233;clench&#233; une insurrection dans les quartiers ouvriers de la ville. Des explosions ont &#233;t&#233; entendues dans des zones largement s&#233;par&#233;es. Le mouvement a &#233;clat&#233; sans aucune direction. Selon Ngo Van, les rebelles n'&#233;taient pas un groupe homog&#232;ne. Ils comprenaient des membres des comit&#233;s populaires, des Vanguard Youth, des sectes religieuses et m&#234;me des groupes de staliniens &#171; hors ligne &#187;. Les travailleurs du grand d&#233;p&#244;t de tramway de Go Vap pr&#232;s de Sa&#239;gon, aid&#233;s par le LCI, ont organis&#233; une milice de 60 ouvriers. La milice a lanc&#233; un appel aux ouvriers pour qu'ils s'arment et se pr&#233;parent &#224; la lutte contre l'imp&#233;rialisme britannique et fran&#231;ais. Une tr&#234;ve a &#233;t&#233; annonc&#233;e le 1er octobre. Le 5 octobre, le g&#233;n&#233;ral Leclerc, chef du corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais, est arriv&#233; pour &#171; r&#233;tablir l'ordre &#187; et &#171; construire une Indochine forte au sein de l'Union fran&#231;aise &#187;. Dans les mois suivants, les Fran&#231;ais reprennent le contr&#244;le du Vietnam avec le consentement du Vietminh. En mars 1946, Ho Chi Minh a sign&#233; un accord pour accueillir les Fran&#231;ais dans le nord et pour r&#233;unifier le pays sous contr&#244;le fran&#231;ais. Ce n'est que lorsque les Fran&#231;ais ont r&#233;impos&#233; la domination coloniale directe que les Vietminh ont commenc&#233; la lutte pour l'ind&#233;pendance qui expulserait les Fran&#231;ais en 1954 et les &#201;tats-Unis en 1975.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;pression&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les staliniens se sont battus pour &#233;roder le pouvoir des comit&#233;s populaires qui ont surgi spontan&#233;ment dans les zones urbaines. Ils ont pu s'imposer par la d&#233;magogie nationaliste, par la force des armes et par les meurtres perp&#233;tr&#233;s par leur police secr&#232;te, le Ty Cong-Au. Le Vietminh ne tol&#233;rait aucune tendance qui os&#226;t en formuler la moindre critique. Il a trait&#233; de telles tendances en les liquidant physiquement. Les militants du groupe Struggle ont &#233;t&#233; les premi&#232;res victimes de la terreur stalinienne, malgr&#233; leurs proclamations de &#171; soutien critique au gouvernement vietminh &#187;. Ta Thu Thau a &#233;t&#233; tu&#233; dans des circonstances qui n'ont toujours pas &#233;t&#233; &#233;lucid&#233;es. Tran Van Thach, Nguyen Van So, Nguyen Van Tien et d'autres travailleurs ont &#233;t&#233; assassin&#233;s &#224; Kien-an le 23 octobre 1945. Phan Van Hum et Phan Van Chanh ont &#171; disparu &#187; quelque part dans les zones contr&#244;l&#233;es par les gu&#233;rilleros en Cochinchine et &#224; Nguyen Thi Loi a &#233;t&#233; assassin&#233; &#224; Binh Dang (Cholon) en octobre 1945. Le Ngoc et Nguyen Van Ky, membres du LCI, ont &#233;t&#233; tortur&#233;s &#224; mort par le Ty Cong-Au au d&#233;but de 1946. D'autres membres du LCI tels que Hinh thai Thong ont &#233;t&#233; &#233;ventr&#233;s et enterr&#233; dans une fosse commune avec des centaines d'autres. La commune de mineurs de la r&#233;gion du Tonkin a &#233;t&#233; dissoute par les troupes du gouvernement provisoire de Ho Chi Minh et les conseils d'ouvriers ont &#233;t&#233; d&#233;truits. A la campagne, le Vietminh a restaur&#233; les terres occup&#233;es par les paysans &#224; ses propri&#233;taires d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le r&#244;le sanglant de Ho Chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho Chi Minh a &#233;t&#233; le principal stalinien au Vietnam pendant pr&#232;s de quatre d&#233;cennies, dirigeant le mouvement &#224; Hanoi de 1945 jusqu'&#224; sa mort en 1969. Il &#233;tait l'auteur intellectuel du meurtre des trotskystes vietnamiens, sinon le bourreau r&#233;el. En 1939, il &#233;crivit trois lettres pr&#233;parant le terrain pour les meurtres. Il a d&#233;crit les trotskystes comme &#171; une bande de criminels &#187;, &#171; des chiens de fuite du fascisme &#187; et &#171; les tra&#238;tres et les espions les plus inf&#226;mes &#187; (10 mai 1939). Il a poursuivi en disant aux membres du PCI que les trotskystes &#171; collaboraient avec les envahisseurs &#187; et &#171; sabotaient le mouvement &#187; (7 juillet 1939). Il a affirm&#233; qu'ils recevaient 100 000 dollars par mois des Japonais. Dans un rapport r&#233;dig&#233; en m&#234;me temps, il a d&#233;clar&#233; que les trotskystes &#171; doivent &#234;tre politiquement extermin&#233;s &#187;. En octobre 1945, le journal du PCI publi&#233; &#224; Hano&#239; disait : &#171; Les bandes trotskystes doivent &#234;tre abattues imm&#233;diatement &#187; et en f&#233;vrier 1946, le ministre de l'Int&#233;rieur a d&#233;clar&#233; : &#171; Ceux qui ont pouss&#233; les paysans &#224; prendre le contr&#244;le des domaines seront punis sans piti&#233;. &#187; Lorsque Ho Chi Minh &#233;tait &#224; Paris &#224; la fin de 1945, le trotskyste fran&#231;ais Rodolphe Prager lui demanda comment et pourquoi les trotskystes vietnamiens avaient &#233;t&#233; tu&#233;s. Il a dit que cela avait &#233;t&#233; fait par des responsables vietminh locaux dans des conditions dans lesquelles il &#233;tait impossible pour les habitants de Hano&#239; de contr&#244;ler ce que faisaient tous les dirigeants locaux. Et au cours de ce m&#234;me voyage, Ho Chi Minh a d&#233;clar&#233; au socialiste fran&#231;ais Daniel Gu&#233;rin, qui s'est &#233;galement renseign&#233; sur Ta Thu Thau : &#171; Tous ceux qui ne suivent pas la ligne que j'ai trac&#233;e seront bris&#233;s. Dans l'histoire officielle de la p&#233;riode, La R&#233;volution d'Ao&#251;t (1960), le r&#233;gime de Ho Chi Minh a admis qu'il fallait &#171; d&#233;noncer les saboteurs &#187; et &#171; arr&#234;ter les dirigeants de la bande trotskyste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.workersliberty.org/story/2005/09/12/forgotten-massacre-vietnamese-trotskyists&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.workersliberty.org/story/2005/09/12/forgotten-massacre-vietnamese-trotskyists&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En septembre 1945, &#224; Sa&#239;gon, au lendemain d'une grande d&#233;monstration de force stalinienne, nous avons distribu&#233; un d&#233;pliant sur la place centrale du march&#233;, sign&#233; par la Ligue des communistes internationalistes, qui appelait le peuple &#224; prendre les armes, &#224; organiser des comit&#233;s populaires, former des milices populaires&#8230;. Les gens ont essay&#233; d'obtenir des armes. &#192; Sa&#239;gon, un grand nombre de comit&#233;s populaires (qui rappellent les comit&#233;s d'action de 1936) sont n&#233;s spontan&#233;ment en tant qu'institutions du gouvernement local. Les ouvriers des diff&#233;rents quartiers de Sa&#239;gon avaient d&#233;j&#224; &#233;lu leurs comit&#233;s en ao&#251;t. Des formes embryonnaires de conseils populaires ont &#233;merg&#233; partout ; la formation des conseils semblait poss&#233;der une dynamique irr&#233;sistible. La Ligue des communistes internationalistes a tout fait pour coordonner ce mouvement. Dans un quartier ouvrier de Sa&#239;gon, il a mis en place un bureau o&#249; les d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus de ces conseils pouvaient se r&#233;unir sous la protection des ouvriers arm&#233;s. Ces d&#233;l&#233;gu&#233;s ont diffus&#233; une d&#233;claration dans laquelle ils ont proclam&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du gouvernement de facto stalinien ainsi que leur condamnation r&#233;solue de toute atteinte &#224; l'autonomie des d&#233;cisions des travailleurs et des paysans12. les d&#233;l&#233;gu&#233;s, apr&#232;s les avoir jug&#233;s dans un pr&#233;tendu tribunal populaire. Les forces d'occupation britanniques ont r&#233;arm&#233; les Fran&#231;ais, qui ont rapidement entrepris de reconqu&#233;rir le sud du Vietnam. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'&#233;clate l'insurrection de Sa&#239;gon, le 23 septembre 1945. Cette nuit-l&#224;, les ouvriers des ateliers d'entretien et de r&#233;paration de l'entreprise de tramway d&#233;cident, en toute autonomie, de participer &#224; l'insurrection contre le retour des Fran&#231;ais. Conform&#233;ment &#224; l'esprit internationaliste de la Ligue, ils soutiennent sans &#233;quivoque les appels de la Ligue pour l'armement du peuple, rompent les relations avec la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale stalinienne du travail - rebaptis&#233;e &#171; Ouvriers de l'arm&#233;e nationale &#187; - et constituent un &#171; ouvrier &#187;. milice &#187; (un nom inspir&#233; de la guerre civile espagnole). Nous &#233;tions soixante combattants, organis&#233;s en groupes de onze, chacun &#233;tant sous la responsabilit&#233; d'un camarade que nous avons &#233;lu nous-m&#234;mes. La milice ouvri&#232;re a servi au centre de la ligne de front pendant le si&#232;ge de Sa&#239;gon, qui avait &#233;t&#233; occup&#233; par les troupes britanniques et fran&#231;aises. Il a donc particip&#233; au combat contre les forces coloniales tout en essayant en m&#234;me temps de cr&#233;er une organisation r&#233;volutionnaire qui n'&#233;tait pas redevable aux strat&#233;gies impos&#233;es d'en haut. Toutes les forces arm&#233;es qui se sont oppos&#233;es au retour des Fran&#231;ais dans le sud - les sectes religieuses Cao Dai et Hoa Hao, les diff&#233;rents groupes arm&#233;s, y compris les groupes trotskystes qui avaient combattu les troupes coloniales anglo-fran&#231;aises - ont tous &#233;t&#233; plus tard d&#233;truit, physiquement &#233;limin&#233; par le Viet Minh. Le Viet Minh a commenc&#233; par l'assassinat des trotskystes et a ensuite trait&#233; de m&#234;me avec les dirigeants des autres organisations, afin d'asseoir son pouvoir sans &#233;gal dans la direction de la r&#233;sistance. Au nord du Vietnam, Ho Chi Minh avait conclu plusieurs accords avec les troupes d'occupation chinoises pour qu'il puisse conserver le pouvoir jusqu'&#224; l'arriv&#233;e du corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais qui, une fois les Chinois retir&#233;s, entreprit alors de reconqu&#233;rir le pays en d&#233;cembre 1946. Tel &#233;tait le cas. Dans le cas du sud, Ho Chi Minh avait l'intention d'exterminer les trotskystes d&#232;s le moment o&#249; il a pris le pouvoir et, apr&#232;s le retrait des troupes chinoises, il a d&#233;truit tous les autres mouvements de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, je voudrais rappeler quelques-uns des temps forts m&#233;connus de cette v&#233;ritable lutte de classe dans la lutte pour l'ind&#233;pendance. Lorsque Ho Chi Minh a pris le pouvoir dans le nord du Vietnam, en ao&#251;t 1945, les 30000 mineurs de charbon du district de Hon Gai-Cam Pha, surfant sur la vague d'enthousiasme d&#233;clench&#233;e par la lib&#233;ration, pensaient qu'ils &#233;taient libres de prendre leur destin en main. . Ils ont &#233;lu des conseils pour administrer les mines et pour g&#233;rer les services publics du district, ses chemins de fer et son service t&#233;l&#233;graphique, et ont appliqu&#233; le principe du salaire &#233;gal pour tous dans toutes les cat&#233;gories de travail manuel et intellectuel. Ils ont m&#234;me men&#233; une campagne contre l'analphab&#233;tisme en organisant des cours parmi les mineurs. C'est ainsi que s'organisait la vie dans cette commune ouvri&#232;re, sans chefs, sans police. Mais le mouvement est rest&#233; isol&#233;, et donc terriblement vuln&#233;rable ; les troupes du gouvernement de Ho Chi Minh ont &#233;t&#233; envoy&#233;es pour assi&#233;ger le district minier ; son commandant s'adressa aux mineurs, invoquant la n&#233;cessit&#233; de l'unit&#233; nationale et, pour les inciter &#224; se rendre, il leur promit de leur permettre de pr&#233;server certains aspects de leur commune. Cette promesse s'est vite av&#233;r&#233;e creuse : non seulement il a arr&#234;t&#233; tous les d&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers &#233;lus, mais il a imm&#233;diatement remplac&#233; les conseils par une nouvelle hi&#233;rarchie de cadres vietnamiens. Et, assez t&#244;t, apr&#232;s trois mois d'autonomie r&#233;volutionnaire, l'ordre militaire et policier de la &#171; R&#233;publique d&#233;mocratique &#187; stalinienne r&#233;gna sur le district.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais &#233;galement mentionner les mouvements autonomes des paysans du nord. Au Tonkin et au nord de l'Annam, les paysans, sous la pression de la faim et se souvenant du slogan du Parti communiste indochinois de 1930, &#171; La terre &#224; ceux qui la cultivent &#187;, ont rejet&#233; l'appel du parti &#224; l'unit&#233; nationale en alliance avec les propri&#233;taires ruraux &#224; travers les comit&#233;s populaires pour confisquer la propri&#233;t&#233; des riches et exproprier la terre : ils savaient qu'ils pouvaient la rendre plus productive et que la r&#233;colte ne serait pas d&#233;tourn&#233;e vers des entreprises sp&#233;culatives. Ho Chi Minh n'a pas perdu de temps pour r&#233;primer leurs initiatives. Une circulaire &#233;mise en novembre 1945 aux comit&#233;s provinciaux stipulait que &#171; les rizi&#232;res et les terres cultiv&#233;es ne seront pas redistribu&#233;es &#187;, et un d&#233;cret sur &#171; l'organisation des institutions du pouvoir des peuples &#187; proclame le r&#233;tablissement d'une hi&#233;rarchie pyramidale comme celle de le Viet Minh. La hi&#233;rarchie stalinienne a exerc&#233; son pouvoir de police sur la situation et a forc&#233;, manu militari, la restitution des terres et des propri&#233;t&#233;s expropri&#233;es aux propri&#233;taires fonciers ruraux. Au sud, dans la r&#233;gion du M&#233;kong, les paysans se sont &#233;galement spontan&#233;ment empar&#233;s des terres appartenant &#224; leurs exploiteurs. Les militants staliniens qui ont tent&#233; de les arr&#234;ter ont &#233;t&#233; presque lynch&#233;s sur place par les expropriateurs. Un communiqu&#233; du Commissariat &#224; l'Int&#233;rieur du gouvernement stalinien de facto a &#233;t&#233; publi&#233; dans les journaux : &#171; Ceux qui ont encourag&#233; les paysans &#224; s'emparer des terres seront impitoyablement punis. La r&#233;volution communiste qui r&#233;soudra le probl&#232;me agraire n'a pas encore eu lieu. Notre gouvernement est un gouvernement d&#233;mocratique et bourgeois, bien que les communistes d&#233;tiennent le pouvoir. Le Viet Minh se dota ainsi de tous les moyens de maintenir une h&#233;g&#233;monie absolue sur le pouvoir et sur la conduite de la guerre. C'&#233;tait la veille de la guerre de trente ans. Le parti de Ho Chi Minh a gagn&#233; cette guerre, bien s&#251;r. Mais le peuple vietnamien a-t-il gagn&#233; autre chose qu'une nouvelle servitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a &#233;crit George Orwell : &#171; Ceux qui contr&#244;lent le pr&#233;sent, contr&#244;lent le pass&#233; et ceux qui contr&#244;lent le pass&#233; contr&#244;lent l'avenir &#187;. Quand l'histoire est attel&#233;e au discours du vainqueur, dissimulant et d&#233;formant toutes les luttes pass&#233;es dans un sch&#233;ma manich&#233;en qui dissout tous les choix r&#233;els, le pr&#233;sent s'impose comme destin in&#233;luctable. C'est pourquoi je veux &#233;voquer tous ces &#233;v&#233;nements en vue des luttes pr&#233;sentes et futures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ngo Van Xuyet - 2001&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://libcom.org/history/hundred-year-war-ngo-van-xuyet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Source&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La Lutte, journal et organisation des travailleurs communistes r&#233;volutionnaires indochinois, en France</title>
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		<dc:date>2020-09-29T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>
		<dc:subject>Indochine</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le groupe La Lutte en France &lt;br class='autobr' /&gt; La Lutte, journal et organisation des travailleurs communistes r&#233;volutionnaires indochinois, en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire en fran&#231;ais &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
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Lire toujours &lt;br class='autobr' /&gt;
Lire en anglais &lt;br class='autobr' /&gt;
Mai 1945 &lt;br class='autobr' /&gt;
DE QUI L'INDOCHINE DOIT-ELLE SE LIBERER ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis que l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain a mis a l'ordre du jour le &#034;trusteeship&#034;, moyen par lequel celui-ci veut s'assurer le contr&#244;le des colonies du monde entier, le gouvernement fran&#231;ais a &#034;r&#233;v&#233;l&#233;&#034; ses intentions de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;04- La r&#233;volution en Asie, &#224; la fin de la guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot291" rel="tag"&gt;Indochine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_15502 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/539px-Camp-Sorgues-1942.jpg' width=&#034;539&#034; height=&#034;199&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le groupe La Lutte en France&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15501 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/la_lutte.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;491&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15013 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/LaLutte_jeudi20-05-1937.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/LaLutte_jeudi20-05-1937.jpg' width=&#034;1513&#034; height=&#034;2024&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_15011 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/La_Lutte_frontpage.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/La_Lutte_frontpage.jpg' width=&#034;2887&#034; height=&#034;4084&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Lutte, journal et organisation des travailleurs communistes r&#233;volutionnaires indochinois, en France&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073&#034;&gt;Lire en fran&#231;ais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?mot130&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1603&#034;&gt;Lire toujours&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Y2Or_gAIyfYC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=La+Lutte,+ngo+van&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwiZkNPp1eDoAhVGXBoKHVmABksQ6AEIMjAB#v=onepage&amp;q=La%20Lutte%2C%20ngo%20van&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire en anglais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mai 1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;DE QUI L'INDOCHINE DOIT-ELLE SE LIBERER ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain a mis a l'ordre du jour le &#034;trusteeship&#034;, moyen par lequel celui-ci veut s'assurer le contr&#244;le des colonies du monde entier, le gouvernement fran&#231;ais a &#034;r&#233;v&#233;l&#233;&#034; ses intentions de transformer l'ancien syst&#232;me colonial en une &#034;Union fran&#231;aise&#034;. Les capitalistes fran&#231;ais cherchent, face aux revendications de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, &#224; rallier les ouvriers fran&#231;ais &#224; une politique colonialiste &#034;style nouveau&#034;, celle du &#034;bon patron&#034;, du &#034;bon collaborateur&#034;. Cette propagande, qui concerne surtout l'Indochine ne repr&#233;sente cependant qu'une nouvelle hypocrisie, parce que ce n'est pas au moyen de phrases nouvelles qu'on peut changer quelque chose &#224; un syst&#232;me qui, pour &#234;tre &#034;am&#233;lior&#233;&#034;, demande &#224; &#234;tre aboli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot m&#234;me de colonisation est synonyme de surexploitation, de vol et de terreur. C'est sur cette base que l'imp&#233;rialisme fonde sa force. C'est de l&#224; aussi qu'il tire les surprofits &#224; l'aide desquels il corrompt les &#034;chefs&#034; du mouvement ouvrier officiel, et entretient le lourd et co&#251;teux appareil de r&#233;pression que les travailleurs de la M&#233;tropole voient se dresser devant eux d&#232;s qu'ils entrent en lutte contre leurs exploiteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les capitalistes ont fait en Indochine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En occupant le pays, ils ne l'ont pas &#233;lev&#233; en bloc &#224; un niveau de vie et de culture sup&#233;rieur. Bien au contraire, ils ont pris sous leur protection et se sont appuy&#233;s sur la couche exploiteuse indig&#232;ne la plus ha&#239;e et la plus r&#233;trograde : la f&#233;odalit&#233;, toute puissante chez les peuplades arri&#233;r&#233;es du Laos et du Cambodge, et dont les restes, en pays annamite, ont &#233;t&#233; pr&#233;serv&#233;s de la liquidation compl&#232;te par l'administration fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Directement et par son interm&#233;diaire, les capitalistes fran&#231;ais pressurent et &#233;cr&#232;ment le pays de ses richesses. Les b&#233;n&#233;fices qu'ils en extraient sont tels qu'il leur est possible de c&#233;der des &#034;miettes&#034; importantes &#224; cette mince couche indig&#232;ne privil&#233;gi&#233;e dont ils ont fait une bande de gouverneurs, d'administrateurs et de fonctionnaires-bureaucrates, valets de l'imp&#233;rialisme, formant ce qu'on appelle le mandarinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En qualit&#233; de mandarins, ils d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts de leurs puissants ma&#238;tres et soutiens, et leurs int&#233;r&#234;ts propres, ceux des propri&#233;taires fonciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe laborieuse indochinoise se trouve ainsi doublement exploit&#233;e, l'exploitation capitaliste sans frein venant s'ajouter &#224; l'exploitation terrienne f&#233;odale. Aussi, comme celle de tous les autres peuples coloniaux, a-t-elle un standard de vie bien inf&#233;rieur au minimum vital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi un ouvrier agricole ne gagne qu'un litre de riz ou 1 franc par journ&#233;e de travail de 12 heures &#8211; rien de plus, sauf un &#034;repas&#034; &#224; midi pour chaque journ&#233;e de travail effective, et un lopin de terre avec une habitation mis&#233;rable fourni par le propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysan ne peut tirer de l'exploitation de sa parcelle de quoi se nourrir et se v&#234;tir, s'il veut payer ses imp&#244;ts : imp&#244;t individuel de 35 frs, ce qui repr&#233;sente un mois de travail, imp&#244;t sur le &#034;revenu&#034;, taxe sur chaque pied de tabac, sur chaque oranger, etc... qui frappe d'autant plus lourdement l'exploitation agricole qu'elle est plus petite. Et s'il survient une inondation (assez fr&#233;quente dans le delta tonkinois), si la r&#233;colte est ravag&#233;e, mais que la bicoque ne s'en aille pas compl&#232;tement &#224; l'eau et que son buffle (le cheval en France) lui reste, il faudra que le petit paysan trime encore plus dur pour payer quand m&#234;me ses imp&#244;ts, pour &#233;viter la perquisition, la confiscation de ce qui lui reste ou l'emprisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des ouvriers n'est pas moins terrible. Ceux des plantations de caoutchouc, th&#233; et caf&#233;, sont pour la plupart nourris et log&#233;s par les patrons dans la d&#233;pendance compl&#232;te desquels ils sont ainsi plac&#233;s. La maladie les frappe d'autant plus durement que les r&#233;gions de plantations sont de climat tr&#232;s dangereux, surtout pour des travailleurs sous-aliment&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrier d'usine sp&#233;cialis&#233; gagne de 5 &#224; 10 frs par jour mais il y en a bien peu. La plupart sont des ouvriers non sp&#233;cialis&#233;s dont le salaire ne d&#233;passe pas 2,50 &#224; 3 frs maximum par jour. Quant &#224; l'ouvri&#232;re, avec 1,50 fr par journ&#233;e de travail de plus de 10 h, elle doit pour vivre chercher &#224; compl&#233;ter ce salaire d&#233;risoire. Hano&#239;, capitale du Tonkin, est ainsi renomm&#233;e... pour sa place au 4&#232;me rang dans le monde, dans le &#034;domaine&#034; de la prostitution ! Voil&#224; la civilisation colonisatrice &#224; l'&#339;uvre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mille extorsions s'abattent sur la population, dont les plus connues sont peut-&#234;tre celles d&#233;coulant de la r&#233;gie du sel et de celle de l'alcool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le sel exploit&#233; est vendu obligatoirement &#224; l'Etat, au prix de 20 centimes ou 30 centimes le kilo, et celui-ci le revend 70 centimes &#224; la population &#8211; y compris &#224; l'ouvrier des salineries. Comment appeler cela autrement que de l'escroquerie ? La population n'a pas non plus le droit de fabriquer de l'alcool de riz pour sa consommation. Un service de douane sp&#233;cial a &#233;t&#233; form&#233; pour la lutte contre la fabrication en fraude, et le fraudeur doit payer une amende bien sup&#233;rieure &#224; tous ses biens. Pourquoi cela ? C'est que l'alcool de riz est vendu &#224; la population &#224; des tarifs &#034;r&#233;mun&#233;rateurs&#034; par l'administration fran&#231;aise qui, dans certaines r&#233;gions, oblige les autorit&#233;s indig&#232;nes &#224; &#233;couler des quantit&#233;s d'alcool arbitrairement fix&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; encore la colonisation civilisatrice &#224; l'&#339;uvre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur polici&#232;re compl&#232;te et maintient ce r&#233;gime d'exploitation sans borne. Un Indochinois n'a pas le droit de circuler librement dans son pays et les voyages &#224; l'&#233;tranger ne sont autoris&#233;s que par faveur, apr&#232;s un s&#233;rieux examen de la vie du candidat &#8211; sauf lorsque des milliers et des milliers de travailleurs sont arrach&#233;s &#224; leurs foyers pour aller rejoindre les travailleurs de la M&#233;tropole et mourir avec eux pour le profit des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#034;ordre&#034;, c'est-&#224;-dire la dictature arbitraire des capitalistes, est assur&#233; par des soldats marocains, s&#233;n&#233;galais, la L&#233;gion et une poign&#233;e de policiers indig&#232;nes. En revanche de nombreux corps d'infanterie indochinoise sont envoy&#233;s pour d&#233;fendre le m&#234;me &#034;ordre&#034;, dans toutes les possessions fran&#231;aises d'Afrique, de Chine, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, la r&#233;pression de tout mouvement nationaliste et r&#233;volutionnaire est impitoyable. Le moindre mouvement est qualifi&#233; de &#034;communiste&#034; &#8211; la bourgeoisie conna&#238;t son ennemi &#8211; et aussit&#244;t l'appareil de r&#233;pression entre en action. Les prisonniers politiques sont gard&#233;s par des soldats recrut&#233;s parmi les peuplades arri&#233;r&#233;es des hautes montagnes de l'int&#233;rieur, et soumis aux pires traitements. Les m&#233;thodes de torture sont tr&#232;s &#034;efficaces&#034; : piq&#251;res d'aiguilles sous les ongles, attache du &#034;coupable&#034; par les deux pouces du pied &#224; un poteau o&#249; on le laisse se dess&#233;cher au soleil, ingurgitation d'eau sal&#233;e pour provoquer la soif, enfoncement d'une tige de fer dans la verge, et mille autres proc&#233;d&#233;s aussi sauvages, bien dignes des capitalistes. Nourris de riz m&#233;lang&#233; &#224; du poisson pourri, 99% des prisonniers sont ainsi r&#233;duits &#224; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'oppression sans phrases est combin&#233;e avec la mascarade parlementaire. Mais 40.000 Fran&#231;ais envoient au Parlement indochinois deux fois plus de d&#233;put&#233;s que 27.000.000 d'indig&#232;nes, et encore la presque totalit&#233; des candidatures &#233;lectorales sont-elles choisies par le gouvernement : riches propri&#233;taires fonciers, industriels, etc..., qui d'ailleurs n'ont souvent qu'une connaissance incompl&#232;te de la langue fran&#231;aise. Lorsque le jeu des &#034;combines&#034; &#233;lectorales n'arrive pas compl&#232;tement &#224; emp&#234;cher les masses travailleuses de l'Indochine ; de se faire entendre, leur volont&#233; s'exprime par l'envoi de repr&#233;sentants communistes, tels Tran-Van-Trach et Ta-Thu-Thau, candidats de la IV&#232;me Internationale &#233;lus &#224; Sa&#239;gon en 1939, sous l'occupation japonaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quatre ans, deux camps imp&#233;rialistes oppriment &#233;conomiquement et nationalement le peuple indochinois. L'occupation japonaise, avec sa dictature capitaliste-f&#233;odale n'a pas permis &#224; la classe laborieuse indochinoise d'obtenir un niveau de vie plus &#233;lev&#233;. La classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; pouss&#233;e fr&#233;n&#233;tiquement au travail pour industrialiser l'Indochine (voies de communication, usines) ; ainsi s'est &#233;largie la base du mouvement prol&#233;tarien et se pr&#233;parent des contradictions futures plus terribles entre l'Indochine et la M&#233;tropole. Cette industrialisation n'est pas sans profiter aux capitalistes fran&#231;ais Ainsi la Compagnie des Tramways Indochinois continua pendant l'occupation &#224; verser des dividendes &#224; ses actionnaires et les Raffineries d'Indochine r&#233;alis&#232;rent en 1941 (derniers bilans publi&#233;s) le coquet b&#233;n&#233;fice de 9.541.158 frs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les r&#233;volutionnaires emprisonn&#233;s sont rest&#233;s dans les bagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour obtenir l'appui du peuple dans la guerre, l'imp&#233;rialisme japonais a proclam&#233; &#034;l'ind&#233;pendance&#034; de l'Annam, en flattant ainsi l'esprit nationaliste entretenu par l'occupation &#233;trang&#232;re. De son c&#244;t&#233;, l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais proclame la cr&#233;ation d'une &#034;Union fran&#231;aise&#034; accordant aux Indochinois pour l'avenir et aux &#034;&#233;lites&#034;, c'est-&#224;-dire aux classes riches, propri&#233;taires fonciers et capitalistes, certains droits, et l'espoir de places lucratives dans l'administration ou le gouvernement (d&#233;put&#233;s). En m&#234;me temps il est vrai, il fait propager l'id&#233;e que &#034;tous les territoires ayant appartenu &#224; leurs possesseurs naturels&#034; doivent leur &#234;tre &#034;rendus le plus t&#244;t possible&#034;. Et dans ce nombre... l'Indochine qui certainement, devrait &#234;tre rendue &#224; la France.&#034; (D&#233;claration de M. Fraser &#224; l'A.F.P., 30/3/45).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, de quelque c&#244;t&#233; qu'ils se tournent, les travailleurs indochinois ne voient que des pillards qui se r&#233;clament &#224; grands cris de leur droit &#034;naturel&#034; &#224; les mettre en coupe r&#233;gl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des Indochinois en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'en 1939 &#233;clata la deuxi&#232;me guerre de pillage mondial, 25.000 Indochinois, pour la plupart des paysans, furent arrach&#233;s &#224; leurs foyers pour aller travailler en France dans l'industrie de guerre, poudreries et arsenaux, o&#249; ils accomplirent les travaux les plus dangereux et les plus malsains, c&#244;te &#224; c&#244;te avec d'autres ouvriers coloniaux (arabes notamment) &#8211; 15.000 restent encore d&#233;port&#233;s en France, parce que la guerre a emp&#234;ch&#233; leur rapatriement. Et l'Etat &#8211; c'est-&#224;-dire les capitalistes &#8211; r&#233;alise sur eux de gros b&#233;n&#233;fices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exil&#233;s vivent en camps, soumis &#224; l'arbitraire le plus complet et &#224; une discipline terroriste qui, comme &#224; Bergerac, comprend souvent des s&#233;vices sanglants. Leur approvisionnement est le m&#234;me en principe que celui de la population civile, mais, &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le de la part des int&#233;ress&#233;s, il est &#034;&#233;cr&#233;m&#233;&#034; successivement par les commandants de L&#233;gion, de Groupements, de Compagnies, puis par toute la s&#233;quelle des &#034;sous-officiers&#034;, des chefs cuisiniers et cuisiniers, qui s'engraissent de la famine des requis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tandis que, d'une ann&#233;e sur l'autre, les travailleurs doivent se contenter de rebuffades et de promesses, leurs dignes chefs sont en mesure de fournir v&#234;tements et brodequins &#224; leurs amis et connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe qu'il g&#232;le en hiver, et que la tuberculose (60% des morts &#224; l'h&#244;pital indochinois de Marseille) d&#233;cime les effectifs ! L'important, pour les marchands d'esclaves, c'est que &#034;&#231;a rende&#034;, c'est-&#224;-dire que la sueur et le sang des travailleurs se transforment entre leurs mains en &#034;bon argent&#034; et grasses richesses. Aussi pressions et vexations s'abattent sur les camps, pour pousser au rendement : diminution des rations des malades, comme &#224; Salin-de-Giraud (Bouches du Rh&#244;ne), pour les obliger &#224; retourner sur le chantier, travail le dimanche &#034;en pr&#233;vision des jours de pluie&#034; comme &#224; la Soci&#233;t&#233; de Gadones, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et malheur &#224; qui tombe malade ! L'h&#244;pital le Dantec de Marseille, le &#034;Tombeau des Indochinois&#034;, l'attend. Au train o&#249; vont les choses, d'ici quelques ann&#233;es, deux bateaux suffiront &#224; rapatrier les survivants des 15.000 d&#233;port&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les travailleurs indochinois, les employeurs versent &#224; l'Etat, pour chaque journ&#233;e de travail effective, une moyenne de 65 frs. Mais celui-ci paye aux travailleurs un salaire de famine, et les oblige en m&#234;me temps &#224; d&#233;poser &#224; la caisse d'&#233;pargne 25 &#224; 30% de leur solde mensuelle (40 &#224; 60 frs), &#233;conomies forc&#233;es qui servent &#224; masquer aux yeux des masses la d&#233;tresse des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la barri&#232;re que la diff&#233;rence de langue dresse entre travailleurs fran&#231;ais et indochinois, cette barri&#232;re doit &#234;tre franchie, car il est indispensable aux uns et aux autres d'unir leurs efforts contre leurs exploiteurs capitalistes. Les masses indochinoises &#8211; surtout annamites &#8211; poss&#232;dent une tradition r&#233;volutionnaire riche d'abn&#233;gation et d'h&#233;ro&#239;sme. L'ind&#233;pendance qu'elles d&#233;sirent ne saurait &#234;tre obtenue par les marchandages de mandarins, li&#233;s &#224; l'oppression populaire. Elle ne peut &#234;tre que le r&#233;sultat d'une lutte acharn&#233;e, impitoyable, men&#233;e contre les grandes banques, les 200 familles, bref contre les capitalistes. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment la lutte qu'ont &#224; mener aussi les prol&#233;taires fran&#231;ais. Ceux-ci savent bien par exp&#233;rience, qu'un peuple qui en opprime un autre ne saurait &#234;tre un peuple libre, et doit s'attendre &#224; &#234;tre opprim&#233; &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des travailleurs indochinois est si terrible que les social-chauvins eux-m&#234;mes n'ont pu garder le silence. Le CCN de la CGT les a assur&#233;s de la &#034;solidarit&#233; ardente des travailleurs de France organis&#233;s dans la CGT&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut faire une r&#233;alit&#233; de cette assurance platonique des bureaucrates chauvins (qui par ailleurs ne disent rien de l'Indochine m&#234;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs indochinois exigent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA LIBERATION DES TRAVAILLEURS EMPRISONNES DE BERGERAC ET DE BORDEAUX,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ABOLITION DES MESURES D'EXCEPTION ET DU TERRORISME DISCIPLINAIRE DANS LES CAMPS,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE LIBRE EXERCICE DU DROIT SYNDICAL,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES SALAIRES QUI LEUR PERMETTENT DE VIVRE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'Indochine,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA TERRE AUX PAYSANS,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES DROITS POLITIQUES ET SYNDICAUX COMPLETS POUR LES OUVRIERS ET PAYSANS,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UNE ASSEMBLEE CONSTITUANTE ELUE LIBREMENT PAR LES INDOCHINOIS AU SUFFRAGE UNIVERSEL.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, travailleurs de la M&#233;tropole, devons appuyer et soutenir enti&#232;rement ces revendications et reconna&#238;tre en m&#234;me temps le droit du peuple indochinois &#224; disposer de lui-m&#234;me, y compris le droit de s&#233;paration de la M&#233;tropole (c'est-&#224;-dire des capitalistes fran&#231;ais).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Septembre 1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On croit mourir pour la patrie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INDOCHINE AUX INDOCHINOIS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouvrier fran&#231;ais ne sait en fait rien de l'Indochine. Ce n'est pas de sa faute. &#034;L'Empire&#034; indochinois n'est qu'une &#034;chasse gard&#233;e&#034; r&#233;serv&#233;e aux directeurs de banque, aux grands planteurs de caoutchouc, aux gros colons poss&#233;dant des mines et aux fonctionnaires coloniaux qui y m&#232;nent une vie de seigneurs f&#233;odaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'ouvrier indochinois est soumis depuis fort longtemps &#224; un r&#233;gime dont seule l'attitude de l'&#233;tat-major allemand en Pologne et en U.R.S.S. peut nous donner une id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1929-30, c'&#233;tait les massacres de Y&#234;n-Bai, de Co-Am dans le Tonkin parce que les paysans r&#233;clamaient l'ind&#233;pendance de leur pays. En 1933, c'&#233;tait la terreur et la r&#233;pression sanglante dans le nord de l'Annam parce que les paysans affam&#233;s par la s&#233;cheresse demandaient la suppression de l'imp&#244;t personnel. En 1937, r&#233;pression sur la classe ouvri&#232;re, par la condamnation arbitraire des militants syndicalistes et des leaders des partis politiques indochinois. En 1939, suppression de tous les avantages que les tra-vailleurs indochinois avaient acquis en 1936 : libert&#233; de presse, libert&#233; d'association et de r&#233;union (les droits syndicaux n'ont jamais exist&#233; en Indochine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que les colons fran&#231;ais accueillirent l'arm&#233;e japonaise pour prot&#233;ger leurs rapines (la m&#233;tropole fran&#231;aise occup&#233;e elle-m&#234;me n'&#233;tant plus assez forte pour les d&#233;fendre &#224; la fois contre les Indochinois et s'opposer &#224; la main-mise japonaise) la lutte devint tr&#232;s dure du fait de la coalition franco-japonaise. En octobre 1940 soul&#232;vement &#224; Bac-Son ; en novembre 1940, insurrection &#224; Caolanh dans la Cochinchine ; en janvier 1941, manifestation &#224; D&#244;-Luon dans l'Annam. La r&#233;pression fut terrible : en 1940, des dizaines de milliers d'Indochinois, femmes et enfants, furent mitraill&#233;s &#224; Caolanh. Les survivants de cette localit&#233; furent rafl&#233;s, attach&#233;s ensemble par un fil de fer pass&#233; &#224; travers la paume de leurs mains et pr&#233;cipit&#233;s dans le M&#233;kong.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les d&#233;faites sanglantes de 1940-41, les ouvriers et les paysans indochinois s'organis&#232;rent clandestinement en attendant le jour de l'&#233;croulement nippon pour se lib&#233;rer du joug colonialiste. Ainsi fut cr&#233;&#233;e la Ligue de l'Ind&#233;pendance du peuple indochinois &#8211; le Vi&#234;t-minh &#8211; dont le nom nous a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; ces temps derniers par la presse bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vi&#234;t-minh groupe les partis nationalistes r&#233;volutionnaires (anti-imp&#233;rialistes) pouss&#233;s en avant par les partis communistes (Trotskistes, et la fraction du P.C. ayant rompu avec la III&#232;me Internationale), ainsi que des organisations nationales de paysans, d'ouvriers, de soldats, de femmes et de jeunes. Au lendemain de la capitulation nippone, il renversa le gouvernement indochinois cr&#233;&#233; par les Japonais (Bao-Da&#239; et Tran-Trong-Kin) et prit le pouvoir en mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici son programme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Election d'une assembl&#233;e repr&#233;sentative de toutes les classes de la population dont la t&#226;che serait de dresser une constitution de l'Etat indochinois et d'un gouvernement fond&#233; sur des principes d&#233;mocratiques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Promulgation des droits et privil&#232;ges d&#233;mocratiques pour l'individu ; droit de propri&#233;t&#233;, libert&#233; d'organisation, libert&#233; de presse, droit d'association, libert&#233; de pens&#233;e, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Organisation d'une arm&#233;e nationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176; Confiscation des biens appartenant aux Japonais, Fran&#231;ais et Indochinois fascistes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5&#176; Amnistie g&#233;n&#233;rale pour les prisonniers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6&#176; Droits &#233;gaux entre les femmes et les hommes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7&#176; Respect des droits des minorit&#233;s nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, ce programme reprend les principes de la &#034;d&#233;claration des droits de l'homme&#034; dont tout petit-bourgeois fran&#231;ais est sens&#233; &#234;tre le d&#233;fenseur. Mais quoique cherchant sa voie en avant dans les traditions du pass&#233; r&#233;volutionnaire du peuple fran&#231;ais, le peuple indochinois se voit attaqu&#233; avec le mat&#233;riel fabriqu&#233; par M. Tillon et par M. Di&#233;thelm. C'est que les &#034;droits de l'homme indochinois&#034; excluent la domination des banques fran&#231;aises et autres sur l'Indochine dont ces ministres d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts.Di&#233;thelm demande partout des volontaires pour le corps exp&#233;ditionnaire en Extr&#234;me-Orient. Mais les travailleurs se montrant peu enthousiastes, il fit appel aux prisonniers de droit commun. A Marseille, ces troupes pillaient dans les bo&#238;tes de nuit, raflaient les caisses du quartier du port avant de s'embarquer. C'est avec des hommes de cette trempe que Di&#233;thelm et Giaccobi envisagent le r&#233;tablissement du &#034;prestige&#034; de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leclerc voulut obliger les troupes indochinoises retir&#233;es d'Allemagne &#224; aller combattre leurs propres fr&#232;res ; ayant refus&#233;, elles ont &#233;t&#233; intern&#233;es dans le Vaucluse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mener &#224; bien la r&#233;pression une campagne de calomnies fut lanc&#233;e par la bourgeoisie contre le peuple indochinois. On a pr&#233;tendu entre autres qu'il avait re&#231;u des armes des Japonais, mais les journaux annonc&#232;rent eux-m&#234;mes par la suite que c'est tout le contraire qui s'est pass&#233;. A Sa&#239;gon le commandement anglais avait charg&#233; les Japonais de maintenir l'ordre, de m&#234;me que Tchang-Ka&#239;-Chek en Chine leur avait intim&#233; l'ordre de garder les armes plut&#244;t que de les rendre aux arm&#233;es communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la &#034;paix&#034; qui devait suivre l'effondrement du Japon, M. Di&#233;thelm mobilise. Il est en train de verser le sang en Indochine comme il l'a fait en Afrique du Nord et en Syrie. Les travailleurs indochinois sont cependant d&#233;cid&#233;s &#224; lutter jusqu'au bout avec comme mot d'ordre : &#034;l'Ind&#233;pendance ou la Mort&#034; ! Pour les secourir les travailleurs fran&#231;ais doivent, dans leurs syndicats et leurs partis, faire voter des motions de solidarit&#233; avec la r&#233;volution indochinoise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'ind&#233;pendance de l'Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre l'envoi du corps exp&#233;ditionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'union entre les travailleurs fran&#231;ais et indochinois dans le cadre des Etats-Unis socialistes sovi&#233;tiques du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Novembre 1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'INDOCHINE AUX INDOCHINOIS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les militaristes Anglais, Japonais et Fran&#231;ais, essayent ensemble de &#034;sauver&#034; les int&#233;r&#234;ts des gros capitalistes en Indochine. C'est pour ces pillards colonialistes que le peuple fran&#231;ais doit supporter les imp&#244;ts &#233;crasants, l'inflation, la faim, la mobilisation et continue la guerre qu'on disait &#171; finie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la solidarit&#233; de ces militaristes, opposons la solidarit&#233; des travailleurs Fran&#231;ais, Indochinois, Anglais et Japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A bas l'intervention &#233;trang&#232;re en Indochine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vive la R&#233;publique Ind&#233;pendante Indochinoise, amie de tout peuple qui l'aidera dans cette voie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Novembre 1945&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Groupe Indochinois &#034;LA LUTTE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POUR LE RETRAIT DU CORPS EXPEDITIONNAIRE EN INDOCHINE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POUR L'INDEPENDANCE DE L'INDOCHINE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CAMARADES,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations ouvri&#232;res pr&#233;sentes &#224; ce meeting ont bien agi en exigeant la lib&#233;ration de nos camarades arr&#234;t&#233;s par la police fran&#231;aise pour le &#034;crime&#034; d'avoir expliqu&#233; au peuple fran&#231;ais, la justesse de la cause, pour laquelle lutte le peuple indochinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont bien agi en organisant ce meeting de protestation contre la r&#233;pression sauvage que le gouvernement fran&#231;ais poursuit en ce moment contre les travailleurs Indochinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce meeting suffit-il &#224; soutenir notre juste cause ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se montrer lib&#233;ral en ce qui concerne les Indochinois en France, et souhaiter que le gouvernement fran&#231;ais m&#232;ne une autre politique en Indochine, en m&#234;me temps que la r&#233;pression se poursuit l&#224;-bas de plus en plus f&#233;roce, nous ne pouvons pas regarder cela comme une solidarit&#233; r&#233;elle vis-&#224;-vis de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations ouvri&#232;res disposent de forces &#233;normes : si la r&#233;pression men&#233;e actuellement est un crime contre la libert&#233; &#8211; et c'est un crime ! &#8211; alors ces organisations doivent emp&#234;cher par des moyens en leur pouvoir, la r&#233;pression de se poursuivre ; ce que Marty avait fait en 1919 pour la Russie des Soviets, les partis ouvriers et la CGT doivent le faire pour l'Indochine : donner l'ordre aux travailleurs, aux marins, aux dockers, d'arr&#234;ter tout envoi d'armes et de troupes, &#224; destination de l'Indochine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne saurions regarder comme de v&#233;ritables amis que les organisations ouvri&#232;res fran&#231;aises, dont les actes sont en accord avec les paroles et qui ne se bornent pas &#224; d&#233;noncer, les exc&#232;s de la politique colonialiste, mais se prononcent pour l'ind&#233;pendance de l'Indochine, car sans cela, les adoucissements demand&#233;s seront des paroles utilis&#233;es dans la m&#233;tropole, tandis qu'&#224; Saigon, ce sera toujours les Leclerc qui agiront par leurs m&#233;thodes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les organisations qui participent ce soir au meeting, se prononcent donc clairement si elles sont pour le retrait du corps exp&#233;ditionnaire de l'Indochine, si elles sont pour l'ind&#233;pendance de l'Indochine d&#233;livr&#233;e des colons et des banques, si elles se solidarisent avec les opprim&#233;s d'Indochine par tous les moyens en leur pouvoir. Car si la CGT, le PCF, et le PS laissent les dockers charger les bateaux qui transportent les soldats pour assassiner nos fr&#232;res, et ces soldats marchent contre la cause que ces organisations reconnaissent &#234;tre celle de la libert&#233;, c'est qu'elles agissent en fait comme des complices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs fran&#231;ais sauront, comme nous, les juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A BAS LE CORPS EXPEDITIONNAIRE !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIVE LA SOLIDARITE ENTRE LES EXPLOITES ET LES OPPRIMES DE TOUS LES PAYS CONTRE L'IMPERIALISME !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13/11/45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;LA LUTTE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;cembre 1945&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression s'abat &#224; l'heure pr&#233;sente sur l'ensemble des tirailleurs indochinois encasern&#233;s en France. Travailleurs fran&#231;ais, vous vous &#234;tes sans doute demand&#233; la raison des mesures terroristes des hommes des trusts ? Quel est donc le crime des tirailleurs qu'on d&#233;sarme, qu'on emprisonne par centaines, qu'on charge &#224; la ba&#239;onnette et qu'on fusille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont d&#233;barqu&#233; en France il y a six ans, venus des coins les plus recul&#233;s d'Indochine. On les a arm&#233;s et pouss&#233;s au front comme du b&#233;tail. Pourquoi se battaient-ils ? On exigeait seulement d'eux qu'ils se fassent tuer. Les survivants ont connu les stalags et le travail sans salaire dans l'organisation Todt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortis des stalags, nous n'avons pas eu les m&#234;mes droits que les autres prisonniers (pas de prime de lib&#233;ration, par exemple). Nous avons demand&#233; au gouvernement de nous d&#233;mobiliser (ayant connu sept ans de caserne, certains d'entre nous huit et neuf ans de service militaire) et de nous orienter vers les centres de formation et de r&#233;&#233;ducation professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a en r&#233;ponse enr&#233;giment&#233;s &#224; nouveau, m&#234;me les malades, nous faisant travailler pour les patrons fran&#231;ais (dans les for&#234;ts, salineries, etc...), avec un salaire de 2 frs. par jour. Bien plus on veut nous forcer &#224; entrer dans le corps exp&#233;ditionnaire pour aller combattre nos fr&#232;res au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons demand&#233; au G&#233;n&#233;ral Leclerc de nous &#233;pargner pareille besogne : on nous a mis dans des camps disciplinaires &#224; Entraigues (Vaucluse), en nous enlevant tous nos effets et en nous privant de nourriture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela pour n'avoir pas voulu &#234;tre inf&#226;mes en faisant la guerre &#224; nos familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 18 octobre dernier, nous avons fait, avec nos compatriotes travailleurs, la gr&#232;ve de la faim pour protester contre l'embarquement de force de nos camarades &#224; Marseille, contre la guerre en Indochine et contre l'arrestation arbitraire des membres de la d&#233;l&#233;gation g&#233;n&#233;rale des Indochinois (notre organisation repr&#233;sentative en France). Partout nous avons rencontr&#233; la sympathie des travailleurs fran&#231;ais &#8211; tandis que les officiers colonialistes arr&#234;tent plus de 300 des n&#244;tres et jettent sur nous, d&#233;sarm&#233;s, les gardes-mobiles arm&#233;s de ba&#239;onnettes, comme &#224; Agen o&#249; une trentaine d'anciens prisonniers de guerre indochinois furent gri&#232;vement bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tirailleurs r&#233;partis dans les r&#233;gions de Strasbourg, Mulhouse, Aix-en-Provence, Agen, La Rochelle, Arles, Montpellier ont rendu leurs galons aux bourreaux et gardes-chiourme, demandant la lib&#233;ration de tous leurs camarades arr&#234;t&#233;s. Ou alors que l'on interne comme prisonniers de guerre, les 8.000 tirailleurs indochinois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ils estiment que leurs camarades n'ont fait que leur devoir. Ils vous demandent de les soutenir. Ce n'est pas dans des pays &#233;loign&#233;s et &#233;trangers que se passent ces choses, c'est ici, en France m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par leurs mesures terroristes, les colonialistes veulent faire de nous une machine &#224; r&#233;pression, bonne contre quiconque ; demain, on tentera d'utiliser contre vous ces tirailleurs : en les d&#233;fendant aujourd'hui, vous vous d&#233;fendez vous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montrez en nous soutenant par tous les moyens en votre pouvoir, que vous n'aiderez pas les crimes des colonialistes et des hommes des trusts. Partout localement, syndicalement et politiquement, aidez-nous &#224; obtenir sans attendre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA LIBERATION DE TOUS LES TIRAILLEURS ARRETES.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA DEMOBILISATION ET LA TRANSFORMATION EN TRAVAILLEURS DE TOUS LES TIRAILLEURS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'OCTROI AUX TIRAILLEURS DES MEMES AVANTAGES QUE CEUX AUXQUELS ONT DROIT LES AUTRES PRISONNIERS DE GUERRE, LEUR INSCRIPTION DANS LES CENTRES DE REEDUCATION ET D'APPRENTISSAGE PROFESSIONNELS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Tirailleurs Indochinois en France&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;F&#233;vrier 1947&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;clarations de D'Argenlieu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA GUERRE D'INDOCHINE, UNE GUERRE IMPERIALISTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, il y a deux mois, l'Etat-Major de d'Argenlieu recommen&#231;ait une politique de force pour remettre le Vi&#234;t-nam sous la coupe incontest&#233;e de la Banque d'Indochine, les consignes donn&#233;es &#224; la presse &#233;taient de pr&#233;senter cette offensive comme &#034;de simples op&#233;rations de police&#034;. Mais ce n'&#233;tait l&#224; qu'un pr&#233;texte pour nous entra&#238;ner dans une v&#233;ritable guerre, et pour masquer le caract&#232;re aventuriste de la politique du gouvernement fran&#231;ais. (Voir Lutte de Classes n&#176;81).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui nous sommes en pr&#233;sence des faits. Cette guerre contre un peuple de plus de vingt millions d'hommes et de femmes, d&#233;cid&#233; tout entier &#224; r&#233;sister jusqu'au bout aux colonialistes, est en r&#233;alit&#233; une guerre d'extermination, pour laquelle il faut engager des effectifs et des sommes consid&#233;rables, et qui condamne le peuple fran&#231;ais aux m&#234;mes cons&#233;-quences &#233;conomiques et politiques qui durent d&#233;j&#224; depuis 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des journaux ont calcul&#233;, et personne ne les a d&#233;mentis, que pour r&#233;instaurer &#034;l'ordre&#034; des banquiers fran&#231;ais en Indochine, il faudrait y envoyer une arm&#233;e de 500.000 hommes ! Et encore, dans ce cas, la guerre peut se poursuivre ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qui explique les appels, en apparence inattendus, que d'Argenlieu adresse en ce moment aux &#034;grandes puissances&#034;. &#034;La solution du probl&#232;me indochinois est retard&#233;e par le manque d'une politique commune des grandes nations...&#034;, vient-il de d&#233;clarer &#224; des journaux anglais et am&#233;ricains. &#034;La Grande-Bretagne, la France, les Pays-Bas, et si possible les Etats-Unis, doivent se concerter pour &#233;tudier la question et d&#233;cider d'une politique commune &#224; l'effet d'extirper les id&#233;es anti-d&#233;mocratiques (sic) qui pr&#233;valent dans ces territoires&#034; (en Asie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous disons des &#034;appels en apparence inattendus&#034;, car l'&#233;ventuelle intervention am&#233;ricaine, par exemple, ne nous avait &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;e jusqu'&#224; maintenant que comme un argument de plus pour faire la guerre, afin d'emp&#234;cher que d'autres &#034;ne prennent notre place&#034;. Cet argument colonialiste a &#233;t&#233; propag&#233; notamment par L'Humanit&#233;, &#224; l'usage des ouvriers aupr&#232;s desquels on ne pouvait pas utiliser des arguments proprement chauvins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'y a rien d'inattendu dans ces appels de d'Argenlieu. Ils ne font que confirmer que la guerre que m&#232;ne le peuple d'Indochine est une guerre &#233;mancipatrice, devant laquelle les man&#339;uvres des imp&#233;rialistes, pour s'&#233;vincer l'un l'autre, font place &#224; leur solidarit&#233; face &#224; un danger qui les menace tous pareillement. L'attitude des imp&#233;rialistes nous prouve que la guerre du Vi&#234;t-nam pour son ind&#233;-pendance constitue un facteur de lib&#233;ration de tous les travailleurs et de toute l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette solidarit&#233; des imp&#233;rialistes ne fait qu'affirmer les int&#233;r&#234;ts communs, dans cette guerre, des travailleurs des m&#233;tropoles et des colonies, solidarit&#233; d'int&#233;r&#234;ts dont malheureusement la majorit&#233; des travailleurs fran&#231;ais n'ont pas conscience. Cependant l'action de d'Argenlieu contre le Vi&#234;t-nam s'accompagne de d&#233;clarations anti-communistes (qui ne visent pas le ministre de la D&#233;fense Nationale Billoux, ou le vice-pr&#233;sident Thorez qui l'alimentent en armes et mat&#233;riel humain), mais la classe ouvri&#232;re. La lutte contre les travailleurs d'Indochine est men&#233;e par lui en tant que lutte anti-ouvri&#232;re en g&#233;n&#233;ral, et ce ne sont pas l&#224; des mots. Alors qu'en Indochine m&#234;me, les premiers incidents contre le Vi&#234;t-nam &#233;taient accompagn&#233;s par le sac d'un journal de tendance socialiste &#224; Sa&#239;gon, dans la m&#233;tropole, un deuxi&#232;me meeting du seul Parti qui s'est effectivement solidaris&#233; avec les travailleurs du Vi&#234;t-nam, le Parti Communiste Internationaliste (IV&#232;me Internationale), a &#233;t&#233; &#224; nouveau dispers&#233; &#224; coups de matraques et de violences par les policiers des ministres soi-disant &#034;communistes&#034; et &#034;socialistes&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la solidarit&#233; imp&#233;rialiste, qui unit les d'Argenlieu aux banquiers de Londres et de New-York et &#224; leurs g&#233;n&#233;raux, il faut opposer la solidarit&#233; prol&#233;tarienne qui unit les travailleurs de France aux travailleurs du Vi&#234;t-nam et &#224; ceux du monde entier. Il faut une solidarit&#233; agissante. A bas la guerre de d'Argenlieu ! Vive l'Union libre des peuples m&#233;tropolitains et coloniaux au sein des Etats-Unis socialistes sovi&#233;tiques du monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;GAUTHIER&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;F&#233;vrier 1948&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;SOLIDARITE avec les TRAVAILLEURS INDOCHINOIS !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La semaine derni&#232;re, les Indochinois, actuellement parqu&#233;s dans des camps de travail, en France, ont r&#233;pondu, unanimes, par la gr&#232;ve de la faim, &#224; l'arrestation arbitraire d'un de leurs repr&#233;sentants : Tran Ngoc Danh, d&#233;l&#233;gu&#233; officiel du Viet-Minh &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La riposte du gouvernement Schuman ne s'est &#233;videmment pas fait attendre : aussit&#244;t, perquisitions et rafles ont &#233;t&#233; effectu&#233;es, par la police, dans tous les camps. Ce que la presse bourgeoise, fondant alors en un seul choeur de louanges &#233;mues autour du cadavre de &#034;l'ap&#244;tre de la non-violence&#034;, Gandhi, s'est empress&#233;e de d&#233;mentir et de qualifier, honteusement, d'op&#233;rations de recensement (Le Monde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ces travailleurs, au nombre de dix mille, ont &#233;t&#233; amen&#233;s de force en France, au d&#233;but de la guerre. &#034;Ils ont connu la vie du front avec ses dangers, les camps de prisonniers avec leurs atrocit&#233;s. Beaucoup parmi eux sont sous l'uniforme depuis dix ans et tous, depuis bient&#244;t huit ans, n'ont re&#231;u aucune nouvelle des leurs&#034;, relations-nous dans La Voix num&#233;ro 27.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que les soldats vietnamiens, &#224; bout de forces, ont r&#233;clam&#233; leur d&#233;mobilisation et leur rapatriement, le gouvernement fran&#231;ais a r&#233;pondu par la provocation, la torture, les attaques aux grenades lacrymog&#232;nes, les emprisonnements en masse et les travaux forc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De terribles conditions de vie, la r&#233;pression incessante la plus f&#233;roce n'ont cependant pas r&#233;ussi, pas plus en France qu'en Indochine, &#224; briser le courage et la volont&#233; de lutte acharn&#233;e des Vietnamiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs fran&#231;ais ne peuvent pas rester indiff&#233;rents aux souffrances et aux luttes de leurs fr&#232;res opprim&#233;s des colonies. Seules, en effet, la fraternisation et la lutte solidaire des travailleurs fran&#231;ais et vietnamiens peuvent mettre fin aux massacres d'Indochine, source de mis&#232;re et de souffrances pour tous, et assurer le triomphe des forces de paix sur les forces de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S. - Au d&#233;fil&#233; du 8 f&#233;vrier, organis&#233; par la C.G.T., la police a attaqu&#233; les Vietnamiens qui avaient os&#233; porter une pancarte contre Bao Da&#239;, ex-empereur d'Indochine et prot&#233;g&#233; de la finance parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis certaines d&#233;clarations officielles, on savait Vincent Auriol inviolable (et on pr&#233;tend que nous sommes encore en R&#233;publique !). Mais Bao Da&#239; ? Simple pr&#233;texte pour taper dans le tas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mars 1948&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que se passe-t-il dans les camps de travailleurs indochinois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les camps de travailleurs indochinois, une f&#233;roce campagne de r&#233;pression est en cours pour briser la r&#233;sistance des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s sont, depuis quelque temps, syst&#233;matiquement arr&#234;t&#233;s. Les d&#233;tenus sont concentr&#233;s au camp de Blas (Lot-et-Garonne), en vue de leur &#034;rapatriement&#034; en Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le &#034;rapatriement&#034;, c'est la mort pour 90% d'entre eux : ceux qui ont &#233;t&#233; &#034;rapatri&#233;s&#034; depuis 1946 ont &#233;t&#233; maintenus dans les camps de concentration de Tourane et Cap-Saint-Jacques, et soumis aux travaux forc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s'opposer &#224; un premier d&#233;part de cent trente de leurs camarades, les travailleurs indochinois ont fait appel aux dockers et marins de Bordeaux et de Marseille. Mais, tandis que les travailleurs fran&#231;ais de base &#233;taient pr&#234;ts &#224; agir, la direction de la C.G.T. et le citoyen Tollet se content&#232;rent de bonnes paroles : les cent trente d&#233;port&#233;s sont partis en chantant l'&#034;Internationale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, une seconde fourn&#233;e se pr&#233;pare. Pour s'opposer &#224; son envoi au camp de Blas, la 49&#176; compagnie, &#224; Mont-de-Marsan, m&#232;ne depuis des jours la gr&#232;ve de la faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;l&#233;gu&#233;s parlant fran&#231;ais &#233;tant arr&#234;t&#233;s, les uns apr&#232;s les autres, la direction des camps refuse de reconna&#238;tre de nouveaux d&#233;l&#233;gu&#233;s sous pr&#233;texte, comme &#224; Remiremont (Est), &#034;qu'ils ne parlent pas fran&#231;ais&#034;. Cela revient &#224; interdire les d&#233;l&#233;gu&#233;s, c'est-&#224;-dire briser l'organisation des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est la vie de ceux que l'Etat fran&#231;ais veut bien laisser en libert&#233; surveill&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Syndicat du textile de Roanne signale qu'&#224; l'usine France-Rayonne, des travailleurs indochinois sont utilis&#233;s dans les ateliers les plus malsains, o&#249; beaucoup sont devenus aveugles. Pour les ch&#244;meurs, le syst&#232;me des corv&#233;es gratuites est de nouveau en vigueur : balayage de la chambre du commandant, etc...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les appels &#224; la solidarit&#233; des travailleurs indochinois se heurtent au silence des Tollet et comp&#232;res, qui, sous pr&#233;texte que &#034;trop d'ouvriers fran&#231;ais restaient encore en prison&#034;, ont refus&#233; d'organiser un meeting &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, en d&#233;fendant les travailleurs indochinois, ce sont eux-m&#234;mes que d&#233;fendent les travailleurs fran&#231;ais, alors qu'en les abandonnant &#224; leurs bourreaux, ce sont leurs propres cha&#238;nes qu'ils forgent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. RAMBOZ&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mai 1949&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;UN PEUPLE QUI EN OPPRIME UN AUTRE DOIT S'ATTENDRE A ETRE OPPRIME A SON TOUR...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les budgets civils doivent payer pour les d&#233;penses militaires&#034;, ou du moins leur surcro&#238;t qui vient surtout des op&#233;rations d'Indochine. Et c'est ici que la majorit&#233; de l'Assembl&#233;e et celle du pays sont un peu complices, que l'une et l'autre auraient en somme mauvaise gr&#226;ce &#224; faire la mauvaise t&#234;te... il faut savoir, dire et reconna&#238;tre que cette politique (outre-mer) exige de grands moyens, c'est-&#224;-dire de s&#233;rieux sacrifices mat&#233;riels et humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce un journal &#034;subversif&#034;, &#034;anti-national&#034; qui tire avec cette nettet&#233; les cons&#233;quences de la politique coloniale du gouvernement fran&#231;ais ? Pas du tout : il s'agit de l'officieux Monde du 10 Mai 49, sous la plume de J. Fauvet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ainsi reconnu officiellement que la raison premi&#232;re des sacrifices mat&#233;riels (imp&#244;ts, vie ch&#232;re et bas salaires) et humains (gaspillage de la jeunesse fran&#231;aise), C'EST LA GUERRE D'INDOCHINE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POURQUOI Y A-T-IL LA GUERRE EN INDOCHINE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essor de l'&#233;conomie capitaliste &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle a jet&#233; les grandes puissances &#8211; Angleterre, France, Etats-Unis, Russie, Allemagne et Italie &#8211; &#224; la conqu&#234;te du monde : il s'agissait de s'assurer les meilleurs d&#233;bouch&#233;s, sources de mati&#232;res premi&#232;res et sph&#232;res d'investissement des capitaux. Par toute la terre, c'est la ru&#233;e vers les pays &#034;neufs&#034;. En 1885, &#224; la suite de ses missionnaires, &#034;la France&#034; occupe le Tonkin &#8211; ayant apport&#233; Dieu aux peuples d'Indochine, elle venait leur en r&#233;clamer le denier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;sistance oppos&#233;e par les Etats chinois et annamite fut faible, CELLE DE LA POPULATION N'A PAS CESSE. La &#034;paix fran&#231;aise&#034; &#233;tait le calme du couvre-feu. D&#232;s 1917 profitant de la crise due &#224; la premi&#232;re guerre mondiale, l'Annam s'insurge. L'une apr&#232;s l'autre, toutes les couches populaires entrent dans l'action, culminant en 1929 dans une insurrection de paysans et de petits-bourgeois qui se termine par une &#034;pacification&#034; sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu d'ann&#233;es passent cependant avant de nouvelles luttes : 1933 voit les manifestations de masse des ouvriers et des paysans. Malgr&#233; la r&#233;pression f&#233;roce &#8212; la torture est monnaie courante &#8211; ces mouvements grandissent de 1936 &#224; 1939. La guerre de 39 est marqu&#233;e par l'arrestation et la d&#233;portation des principaux dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les insurg&#233;s sont des agents japonais. Le Viet-Minh n'est qu'une machine de guerre abandonn&#233;e par ceux-ci dans leur d&#233;faite.&#034; Ce sont ceux-l&#224; m&#234;mes qui se servent d'exprisonniers japonais comme &#233;claireurs et troupes de choc qui colportent ces accusations. En fait, l'occupation japonaise ne met pas fin aux soul&#232;vements. Fraternellement unis, policiers japonais de Bao-Da&#239; et policiers fran&#231;ais de Decoux font leur possible pour maintenir &#034;l'ordre&#034; &#8211; leur ordre &#8211; jusqu'au moment o&#249; l'effondrement japonais, affaiblissant, par contre-coup, son comp&#232;re-ennemi fran&#231;ais, donne issue &#224; l'insurrection g&#233;n&#233;rale du Viet-Minh en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre d'aujourd'hui n'est pas une &#034;nouvelle&#034; guerre. Elle continue la politique d'hier. Elle en est l'expression concentr&#233;e et fid&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QU'ONT FAIT, AU NOM DE LA FRANCE, LES CAPITALISTES EN INDOCHINE ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous leur bienveillante domination ont pu subsister la f&#233;odalit&#233; indig&#232;ne et le mandarinat. Rien d'&#233;tonnant que ce soit aujourd'hui, au Cambodge et en Cochinchine, les seuls soutiens et derniers espoirs de la politique &#034;fran&#231;aise&#034; ! Mais la situation des classes populaires n'a fait qu'empirer, une exploitation suppl&#233;mentaire au profit du ma&#238;tre &#233;tranger venant s'ajouter &#224; l'exploitation traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa terre, pour le petit paysan, est un moyen non de vivre, mais de mourir lentement, &#233;cras&#233; qu'il est d'imp&#244;ts &#8211; imp&#244;t individuel de 35 frs. en 1938 (soit un mois de travail), imp&#244;t sur le &#034;revenu&#034; (&#224; quand l'imp&#244;t sur la mis&#232;re ?), taxe sur chaque pied de tabac, d'oranger, etc... Dans ces conditions, les petits paysans sont la proie assur&#233;e des usuriers. Rong&#233;e par les hypoth&#232;ques, leur terre passe morceau par morceau dans le patrimoine de l'Eglise &#8211; les P&#232;res Blancs comptent parmi les plus grands propri&#233;taires fonciers &#8211; et des banques indochinoises. Ruin&#233;s les paysans prol&#233;taris&#233;s trouvent &#224; &#034;vivre&#034; comme ouvriers agricoles sur les grands domaines pour un salaire journalier de 2 &#224; 4 frs. avant la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les grandes plantations vit ainsi un prol&#233;tariat mis&#233;rable, plut&#244;t vendu que lou&#233;, &#224; la merci compl&#232;te de son employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La population ouvri&#232;re ne conna&#238;t pas une vie meilleure. A la m&#234;me &#233;poque, l'ouvrier sp&#233;cialis&#233; gagnait 5 &#224; 10 frs. par jour. Mais la masse des non sp&#233;cialis&#233;s touchait &#034;l'honn&#234;te&#034; salaire journalier de 2,50 frs. &#224; 3 frs. et l'ouvri&#232;re, pour 10 heures de travail, 1,50 fr. !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#034;pittoresques&#034; congaies des &#034;r&#233;cits exotiques&#034; ne sont souvent que de pauvres cr&#233;atures cherchant dans la prostitution un remplacement ou un compl&#233;ment &#224; un salaire de famine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1860, la Grande-Bretagne fit la guerre pour obliger les chinois &#224; acheter l'opium produit par ses grands planteurs de Birmanie et des Indes. L'Administration Fran&#231;aise n'emploie pas de telles m&#233;thodes. Il lui suffit, gr&#226;ce &#224; l'appui de ses fid&#232;les mandarins, d'obliger la population &#224; consommer des quantit&#233;s d'alcool arbitrairement fix&#233;es, vendues au prix fort au profit du gouvernement. De la m&#234;me fa&#231;on, le monopole sur le sel permet de revendre au travailleur des salineries 70 centimes (en 38-39) le kilo de sel qui lui a &#233;t&#233; achet&#233; 20 ou 30 centimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA FRANCE, MERE DE LA LIBERTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un indochinois ne peut circuler librement dans son pays. R&#233;quisitionn&#233;s comme main-d' &#339; uvre &#224; bon march&#233;, 12.000 travailleurs furent import&#233;s en France en 1939, parqu&#233;s dans des camps, soumis &#224; mille vexations. Dix ans apr&#232;s, les travailleurs rapatri&#233;s ne peuvent regagner leur village et restent &#034;concentr&#233;s&#034; dans des camps comme &#224; Tourane et Cap St. Jacques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; n'existe pas la libert&#233; mat&#233;rielle, il ne saurait exister de libert&#233; politique. Lorsque les &#233;lections ne sont pas &#034;bonnes&#034;, la parole reste &#224; la police. C'est ainsi qu'en 1939 furent arr&#234;t&#233;s et d&#233;port&#233;s les d&#233;put&#233;s trotskystes Tha-Thu-Tau et Tran-Van-Trach, &#233;lus triomphalement avec 80% des voix contre 15% au gouvernement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40.000 Fran&#231;ais envoyaient au parlement indochinois plus de repr&#233;sentants que 27 millions d'indig&#232;nes ! Les derni&#232;res &#233;lections fabriqu&#233;es en Cochinchine en 1949 ont montr&#233; la confiance du peuple en ses &#034;protecteurs&#034; : 85,5% des &#233;lecteurs pourtant choisis se sont abstenus, 14,5% &#8211; dont les policiers, les fonctionnaires, les propri&#233;taires fonciers, les mandarins... &#8211; ont accept&#233; de participer &#224; la com&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;CE QUE SIGNIFIE LA GUERRE D'INDOCHINE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les travailleurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SACRIFICES MATERIELS. &#034;Les budgets de la D&#233;fense Nationale et de la France d'Outre-mer d&#233;passent de 35,3 milliards le plafond de 350 milliards fix&#233; en D&#233;cembre... &#224; cela s'ajoutent les d&#233;penses suppl&#233;mentaires pour l'Indochine&#034; (Le Monde, 21 mai), le corps exp&#233;ditionnaire revenant &#224; peu pr&#232;s &#224; la moiti&#233; de l'entretien de l'arm&#233;e m&#233;tropolitaine. Les colonialistes fran&#231;ais auront des canons, mais les travailleurs fran&#231;ais se passeront de beurre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SACRIFICES HUMAINS : 37.000 jeunes hommes, rien que dans la marine, &#233;taient tomb&#233;s &#224; l'automne 1948. Combien d'autres tombes se sont ouvertes au printemps ? La presse si prompte &#224; nous renseigner sur les &#233;bats de la princesse Margaret a, quant &#224; ce sujet, un b &#339; uf sur la langue, et le &#034;paysan&#034; Petsche fait ce qu'il peut pour alimenter cette guerre qui fait fondre des milliers de jeunes paysans comme beurre sur la po&#234;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les capitalistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DES PROFITS ACCRUS. Le Monde du 7 avril nous apprend que : les &#034;H&#233;v&#233;as de Tayminh&#034; ont, pour l'exercice 48, r&#233;alis&#233; un b&#233;n&#233;fice net de 3.860.463 piastres indochinoises, le dividende &#233;tant fix&#233; &#224; 18 piastres par action (net 237,66 frs.) et &#224; 142,71 piastres pour les parts (net 1940,89 frs.) ; et le 9 avril, que les comptes de la &#034;Compagnie du Cambodge&#034; font appara&#238;tre pour 1948 un b&#233;n&#233;fice de 15.251.925 piastres contre 2.628.724 pour l'exercice pr&#233;c&#233;dent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre d'Indochine est grassement fum&#233;e de sang. Elle rapporte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ECHEANCE 1949&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 4 ans de guerre, quelle est la situation ? Des milliers de jeunes hommes sont tomb&#233;s, des milliers se battent... et cependant &#034;les troupes du Viet-Nam contr&#244;lent 80% du territoire. Les fran&#231;ais ne se trouvent en s&#233;curit&#233; que dans les grandes villes. Les forces militaires fran&#231;aises qui se servent de l'artillerie, de tanks, d'avions, se r&#233;v&#232;lent impuissantes devant la tactique de gu&#233;rilla des Viet-Namiens&#034;, &#233;crivait le p&#233;riodique am&#233;ricain U.S. News and World Report du 13 Ao&#251;t dernier et, le 2 Juin, le Far Eastern Survey : &#034;Tout ce qui est en dehors des centres et des grandes villes est aux mains d'Ho-Chi-Minh. La grande offensive d'hiver 1947-48 a &#233;t&#233; contenue et repouss&#233;e avec de lourdes pertes. Impasse politique et militaire, et ruine &#233;conomique, telle est la situation.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation a-t-elle chang&#233; depuis ? Dix divisions doivent partir, politiciens et g&#233;n&#233;raux sont envoy&#233;s en mission &#8211; mais les coups de mains des &#034;rebelles&#034; aux portes m&#234;mes de Saigon prouvent qu'en fait la situation a empir&#233; pour les Fran&#231;ais et leurs partisans. L'offensive de printemps moissonne de nouveaux hommes mais ne peut que prolonger une guerre qui risque de s'&#233;tendre au monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes fran&#231;ais mettent leur ultime espoir en Bao-Da&#239;, le repr&#233;sentant des f&#233;odaux pro japonais. &#034;Avec le retour de S.M. (sic) Bao-Da&#239; au Viet-Nam s'ouvrira pour ce pays une &#232;re nouvelle&#034; &#233;crit A. Surmer dans le suppl&#233;ment d'Avril &#224; La France d'Outre-Mer. Ainsi le n&#232;gre f&#233;tichiste mod&#232;le une poup&#233;e de boue et attend d'elle la pluie et le beau temps...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#201;CLAMER LA PAIX... ET LAISSER FAIRE LA GUERRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il faut n&#233;gocier aussi avec Ho-Chi-Minh&#034;, disent les uns &#8211; &#034;seulement avec Ho-Chi-Minh&#034; r&#233;pliquent les autres &#8211; mais la guerre continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fameuses n&#233;gociations ont d&#233;j&#224; eu lieu : en Mars et en Septembre 1946 ; et le trait&#233; avec Bao-Da&#239; ne fait que reproduire, avec quelques concessions en plus, les deux pr&#233;c&#233;dents trait&#233;s. A bon droit la revue La Lutte de Classes de mars 1949 &#233;crit : &#034;Ce n'est cependant pas la paix qui s'en est ensuivie : pendant que M. Thorez, avec M. Bidault, signait ces accords, M. Tillon, ministre de l'air, veillait &#224; la fabrication des 'Cormorans' pour le transport des tanks &#224; destination de l'Indochine. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;RETRAIT DU CORPS EXP&#201;DITIONNAIRE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Monde laisse &#233;chapper la v&#233;rit&#233; quand il parle de la complicit&#233; de l'Assembl&#233;e. Tous les partis qui y bavardent sont complices de la &#034;sale guerre&#034;, car aucun n'a voulu prendre la responsabilit&#233; d'une r&#233;sistance effective contre elle ! Mais c'est faux que le pays soit complice : il le serait s'il continuait &#224; se taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Vous voulez pactiser avec ceux qui versent le sang fran&#231;ais !&#034; Ceux qui anath&#232;ment ainsi contre les adversaires de la guerre, ce sont les hypocrites d&#233;fenseurs des politiciens et de l'Etat-Major qui se disposent &#224; verser sans compter le sang des nouvelles recrues. Si le sang vers&#233; devait &#234;tre pay&#233; par le sang, ces gens-l&#224; dormiraient-ils tranquilles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre n'est pas celle du peuple fran&#231;ais. Elle s'exerce directement contre lui, car les n&#233;cessit&#233;s du financement de la guerre servent &#224; justifier l'aggravation de la situation des travailleurs et une r&#233;pression &#034;&#224; la Jules Moch&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insuffisante pour venir &#224; bout de la r&#233;sistance d&#233;sesp&#233;r&#233;e de la population vietnamienne, la pr&#233;sence des troupes fran&#231;aises suffit &#224; &#233;terniser la guerre. Entre lui-m&#234;me et les peuples d'Indochine, 'd'une part, et, d'autre part, les dividendes d'une poign&#233;e de financiers, comment le peuple fran&#231;ais ne choisirait-il pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que cesse la guerre d'Indochine, IL FAUT CESSER DE LA FAIRE, il faut obtenir l'arr&#234;t des envois de troupes et le retrait du corps exp&#233;ditionnaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans chaque groupement corporatif, dans chaque syndicat, travailleuses et travailleurs de France doivent obliger leurs repr&#233;sentants &#224; agir nettement dans ce sens &#8211; ils doivent retirer toute confiance et tout appui aux soutiens avou&#233;s ou honteux des chacals de la Finance. Unis pour la d&#233;fense de leur int&#233;r&#234;t le plus &#233;l&#233;mentaire, il faut qu'ils crient &#224; ceux-ci : QUITTEZ L'INDOCHINE ! et qu'ils envisagent toutes les mesures pour que ce cri soit entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 1949&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques Ramboz&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-le-mouvement-social-2007-2-page-185.htm#&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4318&#034;&gt;Lire enfin&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article440&#034;&gt;Pour conclure&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vietnam : r&#233;volte ouvri&#232;re montante</title>
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		<dc:date>2018-12-12T09:29:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vietnam : r&#233;volte ouvri&#232;re montante &lt;br class='autobr' /&gt;
On assiste au Vietnam &#224; une multiplication des gr&#232;ves sans syndicats, gr&#232;ves qui font t&#226;che d'huile, s'&#233;tendent, se transforment parfois en &#233;meutes ouvri&#232;res&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons que le prol&#233;tariat vietnamien est un des plus actifs, combatifs et plein d'initiatives du monde entier !!! &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi toujours des gr&#232;ves sauvages au Vietnam ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Les syndicats vietnamiens sont &#233;troitement li&#233;s au procapitaliste stalinien et dictatorial Parti communiste du Vietnam (PCV) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique95" rel="directory"&gt;10 - Livre Dix : SYNDICALISME ET AUTO-ORGANISATION DES TRAVAILLEURS&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;R&#233;volte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_11321 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/6000-workers-go-on-strike-at-garment-factory-in-northern-vie-1504842979_500x300.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;300&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vietnam : r&#233;volte ouvri&#232;re montante &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On assiste au Vietnam &#224; une multiplication des gr&#232;ves sans syndicats, gr&#232;ves qui font t&#226;che d'huile, s'&#233;tendent, se transforment parfois en &#233;meutes ouvri&#232;res&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que le prol&#233;tariat vietnamien est un des plus actifs, combatifs et plein d'initiatives du monde entier !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi toujours des gr&#232;ves sauvages au Vietnam ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats vietnamiens sont &#233;troitement li&#233;s au procapitaliste stalinien et dictatorial Parti communiste du Vietnam (PCV) et doivent encore trouver leur r&#244;le en tant que repr&#233;sentants autonomes des int&#233;r&#234;ts des travailleurs ce qui est tr&#232;s contradictoire. Cependant, l'influence toujours croissante des investisseurs &#233;trangers et l'augmentation du nombre de gr&#232;ves de chats sauvages font pression sur la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail du Vietnam (VGCL), le seul syndicat l&#233;galement enregistr&#233; au Vietnam. Cette pression a un impact &#224; la fois sur la perception id&#233;ologique de la VGCL et sur son comportement organisationnel. Elle fait ensuite face &#224; un dilemme politique difficile : si la situation reste inchang&#233;e et que la VGCL ne traite pas des probl&#232;mes li&#233;s &#224; l'&#233;volution des relations professionnelles, les travailleurs se battront n&#233;anmoins pour de meilleures conditions de travail et rendront les syndicats officiels obsol&#232;tes. Si la VGCL commence &#224; jouer son r&#244;le de v&#233;ritable repr&#233;sentant des int&#233;r&#234;ts des travailleurs vietnamiens, elle doit le faire ind&#233;pendamment du parti et de l'&#201;tat vietnamiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la r&#233;forme d'une &#233;conomie dirig&#233;e &#224; une &#233;conomie de march&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 90, les relations de travail au Vietnam ont &#233;galement chang&#233;, avec des conflits et des gr&#232;ves plus &#233;tendus. Depuis 1995, ann&#233;e de l'entr&#233;e en vigueur du Code du travail de la R&#233;publique socialiste du Vietnam, il y a eu plus de 6000 gr&#232;ves [1], mais ce qui est remarquable, c'est qu'aucune d'entre elles n'&#233;tait l&#233;gale (The Labour Newspaper, 2017). Une gr&#232;ve l&#233;gale doit remplir deux crit&#232;res : premi&#232;rement, elle ne peut avoir lieu qu'apr&#232;s une proc&#233;dure pr&#233;vue par la loi qui exclut les gr&#232;ves fond&#233;es sur les droits ; et deuxi&#232;mement, il doit &#234;tre dirig&#233; par un syndicat. Cependant, tous les incidents de gr&#232;ve au Vietnam semblent spontan&#233;s et non organis&#233;s ; ils sont donc ill&#233;gaux et qualifi&#233;s de gr&#232;ves sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proc&#233;dure de l'article 209 du Code du travail vietnamien pr&#233;voit des gr&#232;ves &#171; fond&#233;es sur les int&#233;r&#234;ts &#187;, c'est-&#224;-dire des conflits de travail portant sur des questions non r&#233;gies par la loi ou par une convention collective en vigueur. Les gr&#232;ves fond&#233;es sur les droits sont consid&#233;r&#233;es comme ill&#233;gales et tout litige portant sur ces droits doit &#234;tre r&#233;gl&#233; devant un tribunal, ce qui est souvent co&#251;teux et prend du temps. Les r&#232;gles des tribunaux sont inapplicables dans un certain nombre de cas. De plus, la loi sur le droit de gr&#232;ve pr&#233;voit des proc&#233;dures longues et difficiles (articles 212 et 213 du Code du travail). Un conflit collectif du travail doit d'abord passer par la m&#233;diation et l'arbitrage obligatoires, o&#249; il est &#233;galement d&#233;cid&#233; si le conflit est fond&#233; sur les droits ou sur les int&#233;r&#234;ts. Ces m&#233;canismes constituent souvent une p&#233;riode difficile pour les syndicats et les travailleurs avant toute possibilit&#233; de d&#233;clencher une gr&#232;ve. De plus, les syndicats doivent satisfaire &#224; des exigences tr&#232;s lourdes telles que l'obtention de signatures d'au moins 50% des travailleurs, la sp&#233;cification &#233;crite du moment, du lieu, de la port&#233;e et des revendications de la gr&#232;ve, ainsi que le nom et l'adresse des personnes &#224; contacter du comit&#233; syndical, et envoyer &#224; l'avance une copie de la d&#233;cision de gr&#232;ve aux employeurs, au syndicat sup&#233;rieur et &#224; l'agence publique de gestion du travail. Il peut s'&#233;couler trois semaines entre la d&#233;claration d'un conflit de travail et le moment o&#249; une gr&#232;ve l&#233;gale peut avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, les travailleurs victimes de violations de la part des employeurs et de traitements in&#233;quitables n'ont pas de meilleur choix que de se retirer. Selon les statistiques de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail du Vietnam (VGCL), pr&#232;s de 40% des gr&#232;ves enregistr&#233;es depuis 1995 sont des gr&#232;ves fond&#233;es sur les droits (VGCL, 2016). Dans un syst&#232;me de relations de travail peu d&#233;velopp&#233;, o&#249; les violations sont g&#233;n&#233;ralis&#233;es et o&#249; les m&#233;canismes de r&#232;glement des conflits ne fonctionnent pas correctement, l'exclusion des gr&#232;ves fond&#233;es sur les droits et des proc&#233;dures administratives a constitu&#233; un obstacle juridique &#224; la participation des syndicats aux gr&#232;ves des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la loi, l'ensemble de la main-d'&#339;uvre vietnamienne est repr&#233;sent&#233; par la VGCL, une &#171; organisation sociopolitique &#187; fond&#233;e en 1929 dans le cadre de la lutte pour l'ind&#233;pendance du pays. Malgr&#233; les r&#233;formes &#233;conomiques et la promulgation de nouvelles lois du travail au d&#233;but des ann&#233;es 90, le syst&#232;me ne s'est pas r&#233;form&#233; lui-m&#234;me, de sorte que les syndicats peuvent organiser des gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le des syndicats dans le syst&#232;me politique est historiquement fond&#233;. La VGCL a &#233;t&#233; fond&#233;e avant m&#234;me le Parti communiste du Vietnam. Les toutes premi&#232;res unions ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;es pour lutter contre l'oppression et l'exploitation du f&#233;odalisme et du colonialisme. Sous le mouvement de lib&#233;ration nationale, les syndicats &#233;taient conscients de l'objectif important et commun de l'ind&#233;pendance nationale visant &#224; l'&#233;limination compl&#232;te et radicale de l'oppression et de l'exploitation en vue de la lib&#233;ration totale des travailleurs. Les syndicats ont commenc&#233; &#224; mobiliser les travailleurs sous la direction du parti en faveur de la lib&#233;ration du pays. En temps de paix, les syndicats, ainsi que l'&#201;tat et les entreprises (qui ne comprenaient que des entreprises appartenant &#224; l'&#201;tat avant Doi Moi (phase pr&#233;c&#233;dente de la r&#233;forme &#233;conomique) en 1986) ont mobilis&#233; des travailleurs pour que la production reconstitue le pays. Ce contexte a li&#233; le parti, l'&#201;tat et la VGCL &#224; un syst&#232;me politique de lib&#233;ration nationale, de reconstruction et de d&#233;veloppement. Tous les probl&#232;mes devaient &#234;tre r&#233;solus ensemble, en partant de l'id&#233;e qu'il n'y avait pas de conflit d'int&#233;r&#234;ts et qu'il n'y avait donc pas de gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la transition vers une &#233;conomie de march&#233;, des conflits d'int&#233;r&#234;ts sont apparus et des gr&#232;ves sauvages ont &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;es au d&#233;but des ann&#233;es 2000, dans un contexte d'afflux d'investissements &#233;trangers. Les gr&#232;ves se produisent beaucoup plus dans les entreprises &#224; capitaux &#233;trangers que dans les entreprises appartenant &#224; l'&#201;tat ou aux entreprises nationales (Chi, 2007). Avec le mandat politique, les syndicats jouent un r&#244;le de passerelle entre les travailleurs et les employeurs dans le but d'assurer &#171; des relations de travail harmonieuses &#187; dans lesquelles l'emploi et la production sont r&#233;alis&#233;s. Dans ce syst&#232;me, les gr&#232;ves sont per&#231;ues comme malsaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que le Vietnam s'int&#232;gre plus profond&#233;ment dans l'&#233;conomie mondiale, la pression exerc&#233;e sur la VGCL pour qu'elle remplisse des r&#244;les de repr&#233;sentation ne cesse de cro&#238;tre. Cependant, contrainte par son propre mandat politique, la VGCL se trouve dans une position difficile en ce qui concerne les gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;conomie planifi&#233;e, les syndicats ont jou&#233; un r&#244;le distributif dans lequel ils ont aid&#233; la direction &#224; mobiliser les travailleurs pour produire le g&#226;teau, puis, avec la direction, &#224; distribuer le g&#226;teau aux travailleurs et aux dirigeants selon le principe &#034;travailler ensemble et partager ensemble&#034;. . Ceci a d&#233;fini la structure du comit&#233; syndical au niveau local comme incluant les membres de la direction, qui occupent g&#233;n&#233;ralement les postes de direction. On pr&#233;sumait qu'il n'y avait pas de conflit entre les int&#233;r&#234;ts des travailleurs et ceux des dirigeants dans les entreprises publiques, mais seulement des d&#233;saccords sur la r&#233;partition de la tarte entre les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;conomie de march&#233;, la convergence des int&#233;r&#234;ts des travailleurs et de la direction a commenc&#233; &#224; devenir une divergence des int&#233;r&#234;ts des travailleurs et des employeurs. Le r&#244;le distributif des syndicats s'est transform&#233; en un r&#244;le de n&#233;gociation entre des int&#233;r&#234;ts oppos&#233;s. Cependant, l'ancienne structure du comit&#233; syndical persiste. La pr&#233;sence de cadres dans les structures syndicales est cens&#233;e &#233;viter toute discrimination &#224; l'encontre des activit&#233;s syndicales et am&#233;liorer leur position de n&#233;gociation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'illusion de maintenir des relations de travail harmonieuses en d&#233;pit d'un conflit d'int&#233;r&#234;ts croissant sur le lieu de travail qui emp&#234;che les syndicats de base de se restructurer pour faciliter les actions collectives et les gr&#232;ves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#171; prendre soin &#187; de ses membres, la VGCL fournit des services sociaux tels que des activit&#233;s sociales, des cadeaux &#224; des occasions sp&#233;ciales, des examens m&#233;dicaux et des conseils en mati&#232;re de nutrition. En outre, les syndicats fournissent des conseils juridiques et prot&#232;gent les travailleurs. La n&#233;gociation collective est un autre service dans la fourniture de VGCL : ils n&#233;gocient pour les travailleurs tandis que les travailleurs restent en dehors du processus. Sur le lieu de travail, les syndicats relevant de la VGCL agissent en tant que tierces parties. Elles r&#233;digent la convention collective, recueillent formellement les opinions des travailleurs et n&#233;gocient avec l'employeur. Tout cela se fait d'une mani&#232;re o&#249; l'action collective et les gr&#232;ves ne sont pas consid&#233;r&#233;es. Sans l'influence des travailleurs pour modifier l'&#233;quilibre des pouvoirs, la version de VGCL de la n&#233;gociation collective consiste &#224; &#171; donner et prendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition et la culture au Vietnam limitent la r&#233;flexion sur l'application du droit. L'action de la VGCL se limite &#224; faire ce qui est prescrit dans la loi au lieu de faire ce que la loi n'interdit pas. Par cons&#233;quent, tout ce qui n'est pas clairement &#233;nonc&#233; dans la loi est difficile pour la VGCL. Par exemple, dans une entreprise &#224; Ho Chi Minh-Ville, l'employeur a refus&#233; de n&#233;gocier le d&#233;jeuner des travailleurs. Comme il n'est pas pr&#233;vu par la loi en tant que contenu pour la n&#233;gociation collective, le syndicat de l'entreprise ne pouvait faire aucune autre demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi vietnamienne n'a pas fourni de d&#233;tails sur les types d'actions collectives. Les dirigeants syndicaux sont confus et craintifs et ne savent pas comment traiter des probl&#232;mes qui ne sont ni sp&#233;cifi&#233;s ni ambigus dans la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#232;ves au Vietnam ont &#233;t&#233; et seront toujours des gr&#232;ves sauvages s'il n'y a pas de changement institutionnel. Les gr&#232;ves sauvages aident &#224; r&#233;pondre aux demandes imm&#233;diates des travailleurs mais ne contribuent pas &#224; la n&#233;gociation collective, ne renforcent pas l'organisation syndicale et ne d&#233;veloppent pas de relations professionnelles saines au Vietnam. La fr&#233;quence des gr&#232;ves sauvages au cours des derni&#232;res ann&#233;es inqui&#232;te beaucoup le gouvernement, car elle est une cause de d&#233;sordre social et d'instabilit&#233; susceptibles de nuire au climat de l'investissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour encourager les gr&#232;ves l&#233;gales, le droit du travail vietnamien doit &#234;tre r&#233;vis&#233; pour se conformer aux normes internationales, notamment les normes de libert&#233; syndicale et de n&#233;gociation collective. La VGCL doit passer de la base au niveau central, en s&#233;parant avant tout la direction du syndicat, changer son &#233;tat d'application en appliquant les lois et passer du mod&#232;le de service bas&#233; sur la loi au mod&#232;le d'organisation bas&#233; sur les membres. Avant tout, il doit &#234;tre autonome au sein du syst&#232;me politique. Alors seulement, les relations industrielles au Vietnam se d&#233;velopperaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] La VGCL met r&#233;guli&#232;rement &#224; jour les statistiques sur les gr&#232;ves &#224; partir des informations fournies par ses syndicats provinciaux, de district ou de niveau sup&#233;rieur et de base &#224; l'&#233;chelle nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] L'Institut des travailleurs et des syndicats (IWTU), un groupe de r&#233;flexion de la VGCL, proc&#232;de r&#233;guli&#232;rement &#224; des entretiens dans son enqu&#234;te statistique afin de r&#233;clamer chaque ann&#233;e une augmentation du salaire minimum au Conseil national des salaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pham Thi Thu Lan travaillait au D&#233;partement international de la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail du Vietnam (VGCL) depuis 1994. Elle a d&#233;but&#233; des travaux de recherche &#224; l'Institut des travailleurs et des syndicats (IWTU) en 2016. Elle est actuellement directrice adjointe du IWTU. .&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;f&#233;rences&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chi, DQ., Et van den Broek, D. (2013) &#171; Les gr&#232;ves sauvages : un catalyseur de la r&#233;forme syndicale au Vietnam ? &#187; Journal of Industrial Relations 55 (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Labour Newspaper (2017) &#171; La proc&#233;dure de gr&#232;ve est trop longue et compliqu&#233;e &#187; (en vietnamien), The Labour Newspaper, 12 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VGCL (2017) &#171; Rapport sur les gr&#232;ves pr&#233;sent&#233; par le D&#233;partement des relations professionnelles de la VGCL &#187;, pr&#233;sent&#233; &#224; l'atelier FES-VGCL sur le projet de Code du travail (r&#233;vis&#233;) &#224; Hanoi, les 10 et 11 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/040617/propos-des-greves-sauvages-au-vietnam&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La vague actuelle de gr&#232;ves &#171; sauvages &#187; au Vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/article/vietnam-colere-de-la-rue-contre-des-decisions-gouvernementales&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les travailleurs descendent dans la rue&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.ilo.org/global/about-the-ilo/newsroom/features/WCMS_364737/lang--fr/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les syndicats, eux, jouent le dialogue et la collaboration et pr&#233;tendent que c'est ce qu'il y a de mieux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://observers.france24.com/fr/20150401-ouvriers-vietnamiens-osent-greve-contre-une-loi-retraite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gr&#232;ves au Vietnam en 2015&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.industriall-union.org/fr/vietnam-90000-grevistes-pour-la-securite-sociale&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gr&#232;ve en 2015, vue par le syndicat&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve751&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emeute ouvri&#232;re en 2014&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://indomemoires.hypotheses.org/15104&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Luttes de classes en 2014&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve584&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emeute paysanne en 2013&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article800&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gr&#232;ves au Vietnam en 2006, 2008 et 2009&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://viettan.org/fr/de-nouvelles-greves-massives-au-viet-nam/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gr&#232;ves massives en 2007&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierinternational.com/article/2006/02/02/vague-de-greves-sauvages-dans-l-industrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La vague de gr&#232;ves sauvages au Vietnam en 2006&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/futurs/1996/05/17/le-viet-nam-reapprend-la-greve_171402&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;D&#233;j&#224; en 1996&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.org/spip.php?breve788&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les classes dirigeantes vietnamiennes essaient de d&#233;tourner l'explosion de col&#232;re ouvri&#232;re en flamb&#233;e nationaliste contre la Chine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php?article634&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Luttes de classes du pass&#233; au Vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130&#034;&gt;lire encore&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.labourstart.org/news/country.php?country=Vietnam&amp;langcode=en&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Read also&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En souvenir de la r&#233;volution et des r&#233;volutionnaires vietnamiens</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5073</guid>
		<dc:date>2018-11-15T23:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>
		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>trotskisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Discours de Hoang Khoa Khoi &lt;br class='autobr' /&gt;
Chers amis, &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la suspension de Chroniques Vietnamiennes, le Groupe Trotskiste Vietnamien en France concentre son &#233;nergie pour &#233;diter des livres dans la Biblioth&#232;que des Etudes. Notre objectif principal est de d&#233;fendre le Marxisme qui a &#233;t&#233; d&#233;form&#233; par les partis staliniens. Notre deuxi&#232;me objectif est la lutte pour une d&#233;mocratie pluraliste au Vietnam. &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; des difficult&#233;s, nous avons &#233;dit&#233; plus de 10 titres. Une partie de ces publications est r&#233;serv&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique46" rel="directory"&gt;04- La r&#233;volution en Asie, &#224; la fin de la guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot312" rel="tag"&gt;trotskisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Discours de Hoang Khoa Khoi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chers amis,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la suspension de Chroniques Vietnamiennes, le Groupe Trotskiste Vietnamien en France concentre son &#233;nergie pour &#233;diter des livres dans la Biblioth&#232;que des Etudes. Notre objectif principal est de d&#233;fendre le Marxisme qui a &#233;t&#233; d&#233;form&#233; par les partis staliniens. Notre deuxi&#232;me objectif est la lutte pour une d&#233;mocratie pluraliste au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; des difficult&#233;s, nous avons &#233;dit&#233; plus de 10 titres. Une partie de ces publications est r&#233;serv&#233;e &#224; la traduction des &#339;uvres classiques de L&#233;on Trotsky, un combattant qui a consacr&#233; toute sa vie &#224; d&#233;fendre le marxisme, et qui a &#233;t&#233; calomni&#233; puis assassin&#233; par Staline. Une autre partie est constitu&#233;e de nos propres contributions. En outre, nous avons &#233;dit&#233; une s&#233;rie sous le titre &#171; Dossier des Trotskistes Vietnamiens en France &#187; un choix de textes et documents que nous-m&#234;mes ou d'autres personnes avons publi&#233;s, concernant le trotskisme. &#171; Le Dossier Trotskyste &#187; pr&#233;sent&#233; ici, aujourd'hui, en est le 3e tome. &#192; cette occasion, nous nous permettons de rappeler que, dans la communaut&#233; vietnamienne, nous sommes les premiers &#224; avoir traduit en vietnamien le Rapport Secret de Khrouchtchev sur les crimes de Staline, devant le 20e congr&#232;s du PC Sovi&#233;tique. Le texte a &#233;t&#233; &#233;dit&#233; en 1000 exemplaires, et r&#233;&#233;dit&#233; en 1000 autres exemplaires. En outre, il a &#233;t&#233; diffus&#233; en vietnamien sur les r&#233;seaux Internet sous le titre &#171; Sur le culte de l'Individu et ses cons&#233;quences &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que l'opinion mondiale, m&#234;me au Vietnam, dans la majorit&#233; consid&#232;re le marxisme comme responsable des malheurs de l'humanit&#233; et qu'il est d&#233;pass&#233;, nous estimons que, au contraire, maintenant plus que jamais, il faut poser le probl&#232;me dans sa v&#233;rit&#233;. Les malheurs, comme la caducit&#233;, proviennent des malentendus involontaires ou volontaires. Sur ce point, nous vous prions de vous r&#233;f&#233;rer au texte : &#171; Les Malentendus sur le marxisme &#187; que le docteur Nguyen Hoai Van vient d'&#233;crire, que nous distribuons ici, aujourd'hui. Vous y verrez les points les plus importants ; j'ajoute seulement que le PCV d&#233;clare &#234;tre marxiste, mais en r&#233;alit&#233;, il agit dans le sens contraire aux principes fondamentaux du marxisme. L'exemple typique est le probl&#232;me de la libert&#233; et de la d&#233;mocratie. Apr&#232;s un demi-si&#232;cle de monopole du pouvoir, le PCV persiste dans la dictature uni-partiste. Pendant longtemps, la guerre a &#233;t&#233; un pr&#233;texte pour &#233;luder la question Libert&#233;-D&#233;mocratie. Aujourd'hui, la guerre finie, le r&#233;gime interdit toujours la pratique de la d&#233;mocratie : libert&#233; de presse, d'opinion, de r&#233;union, libert&#233; de former des partis, de manifester, le droit de gr&#232;ve, etc... ; en somme, les droits d&#233;mocratiques que les pays occidentaux ont acquis depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCV se r&#233;f&#232;re au Marxisme-L&#233;ninisme sans pour autant pr&#233;ciser l'origine de ses citations pour affirmer que, selon Marx et L&#233;nine, pour r&#233;aliser le r&#233;gime socialiste la dictature par un parti unique est indispensable. Or, cette dictature d'un parti unique, comme le culte du parti, le culte de la personnalit&#233;, &#233;tait inspir&#233;e de Staline et non pas de L&#233;nine, encore moins de Marx. Elle a engendr&#233; des malheurs sans commune mesure. Des millions de vies ont &#233;t&#233; victimes des cons&#233;quences de cette conception. Face &#224; la chute de l'empire sovi&#233;tique le PCV n'a tir&#233; aucune le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lutte, depuis plus de soixante ans le Groupe Trotskyste a toujours mis en premi&#232;re ligne le principe de la d&#233;mocratie. La Biblioth&#232;que des &#201;tudes continue cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Groupe Trotskyste vietnamien en France a vu le jour en 1943, dans une France occup&#233;e par les nazis. En 1944, apr&#232;s la Lib&#233;ration, des mouvements populaires ont renvers&#233; le r&#233;gime de P&#233;tain soutenu par les Allemands. De Gaulle a form&#233; le nouveau gouvernement. Avec le grand &#233;lan du peuple fran&#231;ais, 25 000 Vietnamiens en France, dont 20 000 ouvriers ONS (ouvriers non sp&#233;cialis&#233;s) et soldats ont saisi l'occasion pour cr&#233;er des Comit&#233;s de lutte pour leur droit, et r&#233;clamer l'ind&#233;pendance du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'initiative du Groupe Trotskyste, une association, la premi&#232;re en France, s'est cr&#233;&#233;e entre d'un c&#244;t&#233; les Trotskystes, et de l'autre, des intellectuels nationalistes et progressistes. Du c&#244;t&#233; nationaliste, on compte : Tran Duc Thao, Hoang Xuan Man, Nguyen van Thoai, Nguyen Dac Lo, Bui Thanh, Vo Quy Huan, L&#234; vi&#234;t Huong, Pham Quang L&#234;, (devenu Tran dai Nghia au Viet Nam). Du c&#244;t&#233; trotskyste, il y a : Nguyen Duoc, Hoang Don Tri, Hoang Khoa Khoi, Tran van Long, Dao van L&#234;, etc... Cette association a abouti &#224; un congr&#232;s &#224; Avignon qui a &#233;lu une direction sous le nom de : D&#233;l&#233;gation G&#233;n&#233;rale des Indochinois en France. En m&#234;me temps, dans tous les camps ONS, des Comit&#233;s des ouvriers et soldats ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s. Parmi ces Comit&#233;s, les ONS sont les plus organis&#233;s et constitueront le pilier du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ONS ont conscience que des activit&#233;s en France sont localis&#233;es dans le temps, seule la lutte au Vietnam contre les colonialistes sera l'activit&#233; principale ; ainsi dans les camps ONS sont apparues des Mutuelles d'entraide aux niveaux communal et provincial qui se transformeront en associations &#171; ouvriers-paysans &#187; communales et provinciales. Ces Mutuelles d'entraide envisagent la lutte au Vietnam, une fois que ses membres seront rentr&#233;s au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Groupe Trotskyste vietnamien grandit rapidement gr&#226;ce au d&#233;veloppement de ces organisations. Il se composait au d&#233;part de cinq &#224; sept personnes, et a atteint le nombre de 519 membres, en 1950 ; il esp&#232;re former des cadres qui repartiront au Vietnam, rejoignant l'organisation trotskyste de Ta Thu Thau (1), pour former un parti politique d'envergure. Mais l'histoire a pris une autre tournure. L'administration coloniale s'est effondr&#233;e rapidement. La guerre au Vietnam a &#233;clat&#233;, la r&#233;sistance qui dura trente ans a renvers&#233; toutes les donn&#233;es et les projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce aux luttes de la D&#233;l&#233;gation des Vietnamiens en France, et &#224; la lutte des Comit&#233;s des camps la vie des ouvriers ONS a &#233;t&#233; rapidement am&#233;lior&#233;e ; les ouvriers ONS, dor&#233;navant deviennent salari&#233;s comme des ouvriers fran&#231;ais, ils per&#231;oivent un salaire &#233;gal pour un travail &#233;gal, ils ont droit aux formations dans les &#233;coles professionnelles au m&#234;me titre que les Fran&#231;ais ; ils ont un droit de regard sur la distribution de la nourriture et des v&#234;tements, sur le budget des camps. Plus remarquable est la cr&#233;ation des cours d'alphab&#233;tisation. En l'espace de trois ou quatre mois, 90 % de ces ouvriers ont su lire et faire les quatre op&#233;rations arithm&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; la lutte pour la d&#233;fense des droits sociaux et mat&#233;riels, la D&#233;l&#233;gation Vietnamienne et les Comit&#233;s ONS ont lanc&#233; des mouvements politiques r&#233;clamant au gouvernement fran&#231;ais de reconna&#238;tre la souverainet&#233; et l'ind&#233;pendance du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1945 &#224; 1950, il n'y a pas un jour sans qu'il y ait une gr&#232;ve ou une manifestation contre la guerre au Vietnam. Il n'y a pas un jour sans que la police intervienne dans les camps de MOI (Main d'&#338;uvre Indig&#232;ne) pour r&#233;primer sauvagement les ouvriers vietnamiens, pour le motif d'avoir affich&#233; le drapeau vietnamien rouge frapp&#233; de l'&#233;toile d'or, symbole de la R&#233;sistance vietnamienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces combats politiques ont &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;s par Dang van Long dans son livre de 611 pages intitul&#233; &#171; Les Vietnamiens en France 1940-1950 &#187;. Au d&#233;but, la presse fran&#231;aise sous le contr&#244;le du gouvernement, &#233;touffait ces affaires, mais finit par donner l'information. Le gouvernement affol&#233;, donna l'ordre de dissoudre la D&#233;l&#233;gation G&#233;n&#233;rale des Vietnamiens en France et arr&#234;ta certains membres de la direction. En m&#234;me temps, il multiplia les r&#233;pressions contre les Comit&#233;s des camps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter que ces mouvements se d&#233;veloppent en dehors de l'influence du Vietminh et du Parti Communiste Fran&#231;ais. Le PCF non seulement ne les soutient pas mais encore, il les boycotte et fait obstruction. D'une part parce qu'il n'arrive pas &#224; les contr&#244;ler, d'autre part, parce qu'il ne partage pas la politique des ONS qui r&#233;clament l'ind&#233;pendance compl&#232;te du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1946, Ho Chi Minh d&#233;barque en France, &#224; l'occasion des pourparlers entre les gouvernements fran&#231;ais et vietnamien. Il estime qu'il faut an&#233;antir l'influence des trotskystes dans les milieux vietnamiens &#233;migr&#233;s en France. La premi&#232;re mesure est de d&#233;truire l'union entre les intellectuels nationalistes et les trotskystes. Cet objectif a &#233;t&#233; rapidement r&#233;alis&#233; : 90 % des nationalistes qui faisaient partie de la D&#233;l&#233;gation des Vietnamiens se penchent vers le Vietminh. Certains reviennent au Vietnam et rejoignent la r&#233;sistance. Mais peu d'entre eux ont un r&#244;le important dans le parti communiste. Le parti les utilise comme de simples experts techniques ou scientifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me mesure est de d&#233;truire l'union entre les ONS et les trotskystes ; cet objectif n'a pas &#233;t&#233; atteint quand Ho Chi Minh devait rentrer au Vietnam. Il confie &#224; M. Tran Ngoc Danh, son repr&#233;sentant en France, la t&#226;che d'achever ce travail. Mais ce dernier a totalement &#233;chou&#233;. La majorit&#233; des ONS qui a combattu ensemble avec les trotskystes et subi leur influence politique ne peut croire du jour au lendemain que les trotskystes sont des r&#233;actionnaires, des tra&#238;tres &#224; la patrie, des agents pay&#233;s par les imp&#233;rialistes et les colonialistes, comme le pr&#233;tendait M. Danh et ses partisans. Ces calomnies propag&#233;es par des groupuscules ont provoqu&#233; un contre-effet, une contre-propagande. Finalement M. Danh a cr&#233;&#233; le conflit avec les comit&#233;s d'ONS qui a abouti &#224; un affrontement sanglant au camp de Mazargues, pr&#232;s de Marseille, le 15 mai 1948. Agissant au nom de Danh, un groupe de voyous a organis&#233; des agressions contre des d&#233;l&#233;gu&#233;s ONS, provoquant des troubles dans le camp ; ils ont rencontr&#233; la r&#233;action violente de ses 1 000 travailleurs ONS. Ce qui a eu pour r&#233;sultat 30 bless&#233;s et 6 morts, dont celle d'un responsable de la s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1950, la plupart des ONS sont rapatri&#233;s. Il en reste en France environ 1000, dont 1/3 d&#233;sirent continuer la lutte. Ils cr&#233;ent une organisation sous le nom d' &#171; Association des ouvriers vietnamiens en France &#187; qui d&#233;clare poursuivre la structure et la politique des ONS. Comme dans les comit&#233;s ONS, les trotskystes constituent la force motrice de cette association, et ils respectent toujours les droits &#224; la discussion, &#224; la diff&#233;rence, suivant les principes de la d&#233;mocratie. La revue La Lutte (Tranh Dau) devient l'organe de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de l'association est la m&#234;me que celle des comit&#233;s ONS. &#192; l'&#233;gard de la r&#233;sistance et du gouvernement de Ho Chi Minh, son slogan est : Soutien critique. Soutien &#224; la r&#233;sistance contre les colonialistes fran&#231;ais ; critique pour ce qui est en d&#233;saccord. Le PCV n'accepte pas ce slogan : pour lui quand on soutient on n'a pas le droit de critiquer, et on doit suivre le parti, les yeux ferm&#233;s, comme Nguyen Khac Vien l'a expliqu&#233; dans un article de presse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'exemple de Staline en URSS et de Mao Ts&#233;-Tung en Chine, les dirigeants vietnamiens se donnent le droit &#171; de ne jamais se tromper &#187;, l'erreur est toujours du c&#244;t&#233; des gens qui critiquent ; seulement, ils ne reconnaissent pas aux opposants le droit &#224; l'erreur. Cons&#233;quence : ces derniers sont class&#233;s parmi les r&#233;actionnaires qu'il faut &#233;liminer. Il en est de m&#234;me dans les rangs du parti : on applique la m&#234;me m&#233;thode. En pire : on arr&#234;te, on emprisonne toute personne qui est en d&#233;saccord avec le parti, ou suspecte de s'opposer &#224; lui. Ces personnes passent des dizaines d'ann&#233;es en prison, sans proc&#232;s. Elles sont en prison sans savoir pourquoi ; quand elles sont lib&#233;r&#233;es, elles ne comprennent pas pourquoi elles le sont ; tout leur sort d&#233;pend du pouvoir absolu des dirigeants. Les dirigeants se trouvent au-dessus et en dehors de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature d'un parti unique n'est pas le fruit du hasard de l'histoire. Le parti, &#233;tape par &#233;tape, a cr&#233;&#233; des conditions pour qu'elle devienne r&#233;alit&#233;. De l'assassinat de Ta Thu Thau et d'autres trotskystes jusqu'aux &#233;liminations des membres des partis politiques nationalistes, de la r&#233;pression violente du groupe litt&#233;raire Belles &#338;uvres (Nhan van Giai Pham) jusqu'au ch&#226;timent inflig&#233; aux cadres accus&#233;s de r&#233;visionnisme anti-parti, &#233;tape par &#233;tape, le PCV a &#233;limin&#233; tout germe d'opposition possible, ouvrant le chemin aux pleins pouvoirs du parti. Le parti dit &#171; le peuple est ma&#238;tre &#187;. En r&#233;alit&#233;, le parti est le ma&#238;tre, et le peuple a le seul droit de le suivre les yeux ferm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Staline et le stalinisme non seulement ont enterr&#233; le marxisme, mais en plus, ils ont engendr&#233; des malheurs sans aucune mesure au mouvement de la classe ouvri&#232;re du monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion du 59e anniversaire de l'assassinat de Ta Thu Thau par le Vietminh, nous demandons au PCV de faire la lumi&#232;re sur ce meurtre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous demandons au PCV de r&#233;habiliter les membres trotskystes et ceux des partis nationalistes, accus&#233;s &#224; tort d'&#234;tre des agents &#224; la solde des colonialistes et des imp&#233;rialistes. Nous demandons la lib&#233;ration de tous les prisonniers d'opinion, et la r&#233;habilitation de tous ceux qui ont combattu pour la d&#233;mocratie au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous demandons de r&#233;viser les proc&#232;s de Belles &#338;uvres et ceux concernant &#171; les r&#233;visionnistes anti-parti &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 1er Ao&#251;t 2004&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) &#171; Le nom de Ta Tu Th&#226;u est ins&#233;parable de la lutte contre le colonialisme fran&#231;ais durant les d&#233;cennies 30 et 40. Il adh&#233;ra en France en 1927 au parti nationaliste &#034;Viet nam D&#244;c l&#226;p&#034; (Vi&#234;t-Nam ind&#233;pendant) dont le fondateur &#233;tait Nguyen Th&#234; Truy&#234;n. En 1929, il rejoignit l'Opposition de gauche de Trotsky et fut expuls&#233; apr&#232;s la manifestation devant l'Elys&#233;e qu'il avait organis&#233;e avec ses compagnons pour protester contre la r&#233;pression du soul&#232;vement de Y&#234;nbay. De retour au Vi&#234;t-Nam, il fonda l'Opposition de gauche trotskiste et d&#233;veloppa ses activit&#233;s r&#233;volutionnaires (publication du journal La Lutte, candidature aux &#233;lections du Conseil municipal de Sa&#239;gon et au Conseil colonial, etc.). de 1932 &#224; 1940, il fut arr&#234;t&#233; six fois et condamn&#233; cinq fois, totalisant treize ann&#233;es de prison et dix ans de d&#233;portation. De retour au bagne de Poulocondore, il entreprit en 1940 de fonder le Parti socialiste des travailleurs. Apr&#232;s la capitulation japonaise, sur la route qui le ramenait au Sud, Ta Thu Th&#226;u fut assassin&#233; en septembre 1945 &#224; My Kh&#234; (province de Quang ngai) dans la plaine de filao, &#224; c&#244;t&#233; d'une plage. Il avait 39 ans. &#187; (Hoang Khoa Khoi, &#171; Qui a assassin&#233; Ta Thu Th&#226;u et les trotskistes vietnamiens ? &#187;, Chroniques vietnamiennes, ao&#251;t 1997, p. 16.) [Note ajout&#233;e par la r&#233;daction.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&#034;&gt;La suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?hl=fr&amp;ei=r0W7W-T8H8zDgAa4jaCYDw&amp;q=ho+chi+minh+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;oq=ho+chi+minh+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_l=psy-ab.12...3485.3485.0.5323.1.1.0.0.0.0.66.66.1.1.0....0...1c.1.64.psy-ab..0.0.0....0.3A5diummeV8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sur la fausse r&#233;volution du Vietminh et r&#233;elle contre-r&#233;volution stalinienne en ao&#251;t 1945 :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_15550 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qui est Ngo Van </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>
		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui est Ngo Van ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Biographie &lt;br class='autobr' /&gt;
Wikipedia &lt;br class='autobr' /&gt;
Ecrits &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le Vi&#234;tnam &lt;br class='autobr' /&gt;
Paysannerie et r&#233;volte au Vietnam &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;mystification du mao&#239;sme au travers du petit livre rouge &lt;br class='autobr' /&gt;
Qui &#233;tait Ho Chi Minh ? &lt;br class='autobr' /&gt; R&#233;volution et contre r&#233;volution sous la domination coloniale &lt;br class='autobr' /&gt; Vi&#234;t-nam 1920-1945 &lt;br class='autobr' /&gt;
Eloge de Ngo Van &lt;br class='autobr' /&gt;
Au pays de la cloche f&#234;l&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt; Les camps de travailleurs vietnamiens en France &lt;br class='autobr' /&gt;
Trotskystes et staliniens au Vietnam &lt;br class='autobr' /&gt; Le Vietnam colonial qu'a connu et combattu Ngo Van &lt;br class='autobr' /&gt;
Textes de Ngo Van (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique82" rel="directory"&gt;5- La formation de la conscience de classe&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot129" rel="tag"&gt;1943-1947&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_9402 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qui est Ngo Van ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://bataillesocialiste.wordpress.com/biographies/ngo-van-xuyet-1913-2005/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biographie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Ng%C3%B4_V%C4%83n&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Wikipedia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://chatquipeche.free.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ecrits&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://chatquipeche.free.fr/ICO_51-69,_1967-68_2.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sur le Vi&#234;tnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article762&#034;&gt;Paysannerie et r&#233;volte au Vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article651&#034;&gt;D&#233;mystification du mao&#239;sme au travers du petit livre rouge&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1603&#034;&gt;Qui &#233;tait Ho Chi Minh ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php?article634&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;R&#233;volution et contre r&#233;volution sous la domination coloniale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://chroniques-rebelles.info/spip.php?article319&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vi&#234;t-nam 1920-1945&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.revue-ballast.fr/ngo-van-eloge/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Eloge de Ngo Van&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://indomemoires.hypotheses.org/tag/ngo-van&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au pays de la cloche f&#234;l&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://serpent-libertaire.over-blog.com/2015/06/brochure-les-camps-de-travailleurs-vietnamiens-en-france-1939-1952.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les camps de travailleurs vietnamiens en France&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article578&#034;&gt;Trotskystes et staliniens au Vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4318&#034;&gt;Le Vietnam colonial qu'a connu et combattu Ngo Van&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://chatquipeche.free.fr/articles.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Textes de Ngo Van&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.insomniaqueediteur.org/wp-content/blogs.dir/9/files/2012/03/au-pays-dheloise-bonnes-feuilles-1.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour saluer Ngo Van&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.bopsecrets.org/French/vietnam.chronology.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chronologie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://serpent-libertaire.over-blog.com/2015/08/en-hommage-a-ngo-van-xuyet-revolutionnaire-vietnamien.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En hommage &#224; Ng&#244; Van Xuyet, r&#233;volutionnaire vietnamien&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://culture.revolution.free.fr/en_question/2005-01-17-Ngo_Van-nous_a_quittes.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ngo Van nous &#224; quitt&#233;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://plusloin.org/plusloin/spip.php?rubrique29&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire encore sur Ngo Van&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In English :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1480&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Who was Ngo Van&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no2/onviet.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Biography&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article1442&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revolution in Vietnam (en)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article458&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Indochina and revolution (en)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1430&#034;&gt;1945 : The Saigon Commune (en)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.google.fr/books?id=Y2Or_gAIyfYC&amp;printsec=frontcover&amp;dq=ngo+van&amp;hl=fr&amp;sa=X&amp;ved=0ahUKEwjjoPLxo8TZAhVBvBQKHZr8DGEQ6AEILzAB#v=onepage&amp;q=ngo%20van&amp;f=false&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;In the Crossfire&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no2/thau.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ta Thu Thau : Vietnamese Trotskyist Leader&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no2/mostrial.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A &#8216;Moscow Trial' in Ho Chi Minh's Guerilla Movement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol9/no1/horrocks-pirani.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ngo Van : The Vietnamese Revolutionary Who Bridged Generations&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no2/onviet.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;On Vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no2/iclpos.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Theses adopted by the Provisional Central Committee of the International Communist League&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no2/hanh.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Some Stages of the Revolution in the South of Vietnam&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol3/no2/comradp.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;My First Steps Towards the Permanent Revolution&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol5/no4/richardson4.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revolutionaries They Could Not Break&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://libcom.org/history/revolution-counterrevolution-under-colonial-rule-now-%E2%80%93-ngo-van-xuyet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revolution and counterrevolution under colonial rule : And now ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://libcom.org/library/impressions-may-ngo-van&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Impressions of May&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://libcom.org/tags/ngo-van-xuyet&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Read also&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/espanol/ngo/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En Espa&#241;ol&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le PCF et le colonialisme fran&#231;ais</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3647</link>
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		<dc:date>2015-07-10T00:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Stalinisme</dc:subject>
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		<dc:subject>Alg&#233;rie</dc:subject>
		<dc:subject>Madagascar</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le PCF et le colonialisme &lt;br class='autobr' /&gt;
1- Quand il n'existait pas de PCF mais le Parti Communiste, section de France de l'Internationale Communiste &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s sa cr&#233;ation, l'Internationale communiste, produit de la victoire r&#233;volutionnaire en Russie et des d&#233;buts de la vague r&#233;volutionnaire en Europe et parmi les peuples opprim&#233;s, &#233;tait une organisation affirmant que la lutte r&#233;volutionnaire communiste du prol&#233;tariat international devait se coupler avec la lutte r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique (c'est-&#224;-dire le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot25" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot99" rel="tag"&gt;Stalinisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot130" rel="tag"&gt;Vietnam&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Alg&#233;rie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot151" rel="tag"&gt;Madagascar&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le PCF et le colonialisme&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1- Quand il n'existait pas de PCF mais le Parti Communiste, section de France de l'Internationale Communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa cr&#233;ation, l'Internationale communiste, produit de la victoire r&#233;volutionnaire en Russie et des d&#233;buts de la vague r&#233;volutionnaire en Europe et parmi les peuples opprim&#233;s, &#233;tait une organisation affirmant que la lutte r&#233;volutionnaire communiste du prol&#233;tariat international devait se coupler avec la lutte r&#233;volutionnaire d&#233;mocratique (c'est-&#224;-dire le plus souvent encore bourgeoise et petite-bourgeoise) des peuples coloniaux et opprim&#233;s par les grands empires et imp&#233;rialismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale communiste de L&#233;nine et Trotsky affirmait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La n&#233;cessit&#233; du concours de tous les partis communistes aux mouvements r&#233;volutionnaires d'&#233;mancipation dans ces pays, concours qui doit &#234;tre v&#233;ritablement actif et dont la forme doit &#234;tre d&#233;termin&#233;e par le Parti communiste du pays, s'il en existe un. L'obligation de soutenir activement ce mouvement incombe naturellement en premier lieu aux travailleurs de la m&#233;tropole ou du pays, dans la d&#233;pendance financi&#232;re duquel se trouve le peuple en question&#8230; Il est d'une importance toute sp&#233;ciale de soutenir le mouvement paysan des pays arri&#233;r&#233;s contre les propri&#233;taires fonciers, contre les survivances ou les manifestations de l'esprit f&#233;odal ; on doit avant tout s'efforcer de donner au mouvement paysan un caract&#232;re r&#233;volutionnaire, d'organiser partout o&#249; il est possible. les paysans et tous les opprim&#233;s en Soviets et ainsi de cr&#233;er une liaison tr&#232;s &#233;troite du prol&#233;tariat communiste europ&#233;en et du mouvement r&#233;volutionnaire paysan de l'Orient, des colonies, et des pays arri&#233;r&#233;s en g&#233;n&#233;ral&#8230; Il est n&#233;cessaire de combattre &#233;nergiquement les tentatives faites par des mouvements &#233;mancipateurs qui ne sont en r&#233;alit&#233; ni communistes, ni r&#233;volutionnaires, pour arborer les couleurs communistes ; l'Internationale Communiste ne doit soutenir les mouvements r&#233;volutionnaires dans les colonies et les pays arri&#233;r&#233;s, qu'&#224; la condition que les &#233;l&#233;ments des plus purs partis communistes - et communistes en fait - soient group&#233;s et instruits de leurs t&#226;ches particuli&#232;res, c'est-&#224;-dire de leur mission de combattre le mouvement bourgeois et d&#233;mocratique. L'Internationale Communiste doit entrer en relations temporaires et former aussi des unions avec les mouvements r&#233;volutionnaires dans les colonies et les pays arri&#233;r&#233;s, sans toutefois jamais fusionner avec eux, et en conservant toujours le caract&#232;re ind&#233;pendant de mouvement prol&#233;tarien m&#234;me dans sa forme embryonnaire&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A sa naissance, au congr&#232;s de Tours, en d&#233;cembre 1920, le parti communiste de France affirmait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans le sang de millions de prol&#233;taires, la coalition imp&#233;rialiste des Alli&#233;s a vaincu la coalition adverse et a cru s'assurer l'h&#233;g&#233;monie mondiale. Ma&#238;tresse des colonies d'Asie et d'Afrique, elle impose sa volont&#233; aux anciens &#201;tats neutres, elle r&#233;duit en esclavage les peuples de l'Europe centrale par des trait&#233;s consacrant le triomphe de sa force et son &#171; droit &#187; de spoliation, de pillage &#224; outrance&#8230; Le Parti est pleinement d'accord avec l'Internationale communiste pour d&#233;noncer l'imp&#233;rialisme colonial et pour prendre activement le parti des populations subjugu&#233;es par le capitalisme europ&#233;en dans leur lutte contre l'oppression sous toutes ses formes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pendant trop peu d'ann&#233;es que le parti communiste SFIC de France, sous la pression de l'Internationale communiste, va rompre progressivement avec son pass&#233; r&#233;formiste et opportuniste, et donc colonialiste, pour pratiquer une politique r&#233;volutionnaire, vraiment communiste et vraiment anti-coloniale. Il aura juste une courte p&#233;riode, un petit peu r&#233;volutionnaire, entre son pass&#233; social-d&#233;mocrate et son futur stalinien contre-r&#233;volutionnaire cautionnant le nationalisme bourgeois et renon&#231;ant &#224; la r&#233;volution dans les colonies comme dans les m&#233;tropoles au nom de la d&#233;fense de la Russie, en fait de celle des int&#233;r&#234;ts de la bureaucratie stalinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce petit nombre d'ann&#233;es, de 1921 &#224; 1924, il aura cependant l'occasion de donner une petite id&#233;e de ce qu'aurait &#233;t&#233; un parti communiste en France, combattant aussi bien l'occupation fran&#231;aise de la Ruhr que la guerre coloniale contre Abdel Krim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette p&#233;riode, les communistes de France aident &#224; la formation de partis communistes r&#233;volutionnaires dans toutes les colonies de la France : du Maghreb &#224; l'Indochine, en passant par l'Afrique. Ces partis sont ind&#233;pendants des classes dirigeantes nationales comme de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Ce sont des organisations de classe qui d&#233;fendent une perspective internationaliste en liaison avec la r&#233;volution sovi&#233;tique mondiale commenc&#233;e en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces partis, comme le parti communiste SFIC de France, visent au renversement de l'imp&#233;rialisme mondial et non au statu quo avec la &#171; coexistence pacifique &#187;, comme cela sera le cas avec l'av&#232;nement du stalinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces partis soutiennent toutes les luttes sociales et politiques en leur offrant la perspective la plus large : celle de la r&#233;volution socialiste mondiale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le Parti communiste de France (SFIC) est fond&#233; &#224; Tours en 1920, pour adh&#233;rer &#224; l'Internationale Communiste, il dut accepter les fameuses 21 conditions, dont la huiti&#232;me exigeait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Tout Parti appartenant &#224; la IIIe Internationale a pour devoir de d&#233;voiler impitoyablement les prouesses de &#034;ses&#034; imp&#233;rialistes aux colonies, de soutenir, non en paroles mais en fait, tout mouvement d'&#233;mancipation dans les colonies, d'exiger l'expulsion des colonies des imp&#233;rialistes de la m&#233;tropole, de nourrir au c&#339;ur des travailleurs du pays des sentiments v&#233;ritablement fraternels vis-&#224;-vis de la population laborieuse des colonies et des nationalit&#233;s opprim&#233;s et d'entretenir parmi les troupes de la m&#233;tropole une agitation continue contre toute oppression des peuples coloniaux. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En Alg&#233;rie et en Tunisie, il existait des sections du Parti socialiste (SFIO), et apr&#232;s la scission de Tours des sections du PCF y furent form&#233;es. Les trois f&#233;d&#233;rations d&#233;partementales d'Alg&#233;rie se prononc&#232;rent pour l'adh&#233;sion &#224; la Troisi&#232;me Internationale par 34 mandats sur 41. Mais, selon Jacob Moneta, en Afrique du Nord comme en d'autres pays coloniaux, &#171; le mouvement communiste&#8230; n'&#233;tait rien d'autre qu'un prolongement du PCF dans ces pays. Il &#233;tait organis&#233; par des Fran&#231;ais qui vivaient sur place et le nombre des membres autochtones &#233;tait peu important. Ils avaient dans l'organisation des fonctions de second ordre. &#187; Selon Charles-Robert Ageron, &#171; les sections d'Alg&#233;rie comprenaient surtout des petits fonctionnaires (employ&#233;s de chemins de fer, des P.T.T. et de l'enseignement), mais aussi des ouvriers et employ&#233;s ainsi que des dockers et des petits colons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les conditions vot&#233;es &#224; Tours ne suffisaient donc pas pour transformer les partis communistes du Maghreb. Le 24 septembre 1922, un rapport fut pr&#233;sent&#233; au 2e Congr&#232;s Interf&#233;d&#233;ral Communiste de l'Afrique du Nord, et adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le rapport jugeait que le texte de la huiti&#232;me condition &#233;tait &#171; trop g&#233;n&#233;ral &#187; et n&#233;gligeait les &#171; conditions particuli&#232;res &#187; des diff&#233;rents pays. En Alg&#233;rie, il fallait reconna&#238;tre que &#171; ce qui caract&#233;rise la masse indig&#232;ne, c'est son ignorance. C'est, avant tout, le principal obstacle &#224; son &#233;mancipation &#187;. En particulier, &#171; le fatalisme et le fanatisme religieux &#187; chez le prol&#233;tariat musulman s'expliquait par &#171; l'emprise des marabouts et des confr&#233;ries religieuses sur une masse totalement ignorante et &#233;prise du merveilleux &#187;. D'autre part, les prol&#233;taires musulmans ne reconnaissaient nullement l'&#233;galit&#233; de la femme et &#171; la femme arabe elle-m&#234;me se refuse &#224; comprendre l'humiliation de son &#233;tat &#187;. De plus, les syndicats indig&#232;nes &#233;taient &#171; &#224; peu pr&#232;s inexistants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans cette situation lamentable, &#171; l'&#233;mancipation des populations indig&#232;nes d'Alg&#233;rie ne pourra &#234;tre que la cons&#233;quence de la R&#233;volution en France &#187;. Par cons&#233;quent, le but des communistes en Alg&#233;rie n'&#233;tait pas de soutenir un mouvement r&#233;volutionnaire parmi la population indig&#232;ne : &#171; La propagande communiste directe aupr&#232;s des indig&#232;nes alg&#233;riens du bled est actuellement inutile et dangereuse. Elle est inutile parce que ces indig&#232;nes n'ont pas atteint encore un niveau intellectuel et moral qui leur permette d'acc&#233;der aux conceptions communistes. &#187; La priorit&#233; &#233;tait d&#232;s lors l'activit&#233; parmi les Europ&#233;ens syndiqu&#233;s : &#171; Le premier but &#224; atteindre est donc l'&#233;ducation des Europ&#233;ens avant d'entreprendre directement l'&#233;ducation sociale du prol&#233;tariat indig&#232;ne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le rapport provoqua plusieurs r&#233;ponses. Hadjali Abdelkader, un Alg&#233;rien habitant &#224; Paris, qui avec Messali Hadj devait fonder l'&#201;toile Nord-Africaine, r&#233;pliqua qu'il fallait se rendre compte que &#171; dans toutes les colonies les travailleurs indig&#232;nes, gr&#226;ce &#224; la R&#233;volution russe, se r&#233;veillent et commencent &#224; se grouper et chercher leur voie, afin d'arriver &#224; briser leur cha&#238;nes &#187;. Le PCF devait donc &#171; faire de la propagande et du recrutement parmi les indig&#232;nes et, pour y parvenir, prendre comme plate-forme les revendications imm&#233;diates des indig&#232;nes &#187;. Et pour conclure, il insista : &#171; Il est temps que le Communisme ne soit plus limit&#233; &#224; quelques Europ&#233;ens diss&#233;min&#233;s dans les colonies, alors qu'on laisse de c&#244;t&#233; des millions de prol&#233;taires indig&#232;nes qui nous tendent la main. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au quatri&#232;me congr&#232;s de l'Internationale communiste, L&#233;on Trotsky a condamn&#233; avec m&#233;pris les positions des communistes alg&#233;riens : &#171; Nous ne pouvons pas tol&#233;rer deux heures ni deux minutes des camarades qui ont une mentalit&#233; de possesseurs d'esclaves et qui souhaitent que Poincar&#233; les maintienne dans les bienfaits de la civilisation capitaliste ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la guerre du Rif qui permit au Parti, notamment aux Jeunesses communistes dirig&#233;es par Jacques Doriot, et &#224; la section coloniale de d&#233;ployer une strat&#233;gie anticolonialiste d'envergure : t&#233;l&#233;grammes de soutien aux insurg&#233;s, d&#233;clarations incendiaires &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s, distribution de tracts et de brochures antimilitaristes jusque dans les casernes, et m&#234;me un mot d'ordre de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui, relay&#233;e par la CGTU Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail unifi&#233;e, connut, le 12 octobre 1925, un certain succ&#232;s en r&#233;gion parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e le parti communiste prit publiquement position en envoyant &#224; Abd-el-Krim le t&#233;l&#233;gramme suivant : &#171; La fraction communiste du Parlement, le comit&#233; central du Parti Communiste et des Jeunesses Communistes saluent la victoire &#233;clatante du peuple marocain sur les imp&#233;rialistes espagnols. Ils f&#233;licitent leur chef courageux, Abd-el-Krim. Ils esp&#232;rent qu'apr&#232;s sa victoire d&#233;finitive sur l'imp&#233;rialisme espagnol il poursuivra, en liaison avec le prol&#233;tariat fran&#231;ais et europ&#233;en, sa lutte contre tous les imp&#233;rialistes, y compris les imp&#233;rialistes fran&#231;ais, jusqu'&#224; la lib&#233;ration compl&#232;te du territoire marocain... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mobilisation d'intellectuels s'&#233;bauchait autour du mensuel Clart&#233; qui, intelligemment dirig&#233; par l'&#233;crivain pacifiste Henri Barbusse, parvenait &#224; rallier &#224; la cause rifaine les noms prestigieux, et fort &#233;loign&#233;s du communisme, de l'&#233;conomiste Charles Gide et de l'&#233;crivain Georges Duhamel. La m&#234;me ann&#233;e, la r&#233;volte du Djebel druze en Syrie, est &#233;galement cit&#233;e en exemple, malgr&#233; ses &#233;vidents relents de f&#233;odalisme. Et c'est dans l'orbite du Parti que na&#238;t &#224; Paris, en 1926, l'&#201;toile nord-africaine, le premier mouvement nationaliste alg&#233;rien explicitement acquis &#224; l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le terrain, le Parti mobilisa ses militants. De nombreux meetings contre la guerre du Maroc et de Syrie eurent lieu. Une gr&#232;ve de protestation de 24 heures fut organis&#233;e en octobre 1925. Aux dires de L'Humanit&#233;, 900 000 travailleurs y particip&#232;rent. A cette agitation s'ajouta un travail de propagande en direction de l'arm&#233;e &#224; l'initiative de la Jeunesse Communiste. Des unit&#233;s, jug&#233;es trop sensibles aux arguments du Parti Communiste, durent &#234;tre retir&#233;es du Rif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces actions ne furent certes pas suffisantes pour contraindre le gouvernement &#224; &#233;vacuer le Maroc. Mais elle montr&#232;rent qu'il &#233;tait possible, m&#234;me &#224; un parti encore faible, de mobiliser, ne serait-ce qu'une fraction de la jeunesse et de l'opinion publique ouvri&#232;re, contre les men&#233;es colonialistes de la bourgeoisie fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&#176; Congr&#232;s de l'Internationale Communiste
&lt;p&gt;Th&#232;ses sur la question n&#232;gre&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;1. Pendant et apr&#232;s la guerre, il s'est d&#233;velopp&#233; parmi les peuples coloniaux et semi-coloniaux, un mouvement de r&#233;volte contre le pouvoir du capital mondial, mouvement qui fait de grands progr&#232;s. La p&#233;n&#233;tration et la colonisation intense des r&#233;gions habit&#233;es par des races noires pose le dernier grand probl&#232;me dont d&#233;pend le d&#233;veloppement futur du capitalisme. Le capitalisme fran&#231;ais admet clairement que son imp&#233;rialisme, apr&#232;s la guerre, ne pourra se maintenir que par la cr&#233;ation d'un empire franco-africain, reli&#233; par une voie terrienne transsaharienne. Les maniaques financiers de l'Am&#233;rique, qui exploitent chez eux 12 millions de n&#232;gres, s'appliquent maintenant &#224; p&#233;n&#233;trer pacifiquement en Afrique. Les mesures extr&#234;mes prises pour &#233;craser la gr&#232;ve du Rrand montrent assez combien l'Angleterre redoute la menace surgie pour sa position en Afrique. De m&#234;me que sur le Pacifique le danger d'une autre guerre mondiale est devenu mena&#231;ant par suite de la concurrence des puissances imp&#233;rialistes, de m&#234;me l'Afrique appara&#238;t comme l'objet de leurs rivalit&#233;s. Bien plus, la guerre, la r&#233;volution russe, les grands mouvements qui ont soulev&#233; les nationalistes d'Asie et les musulmans contre l'imp&#233;rialisme, ont &#233;veill&#233; la conscience de millions de n&#232;gres opprim&#233;s par les capitalistes, r&#233;duits &#224; une situation inf&#233;rieure depuis des si&#232;cles, non seulement en Afrique, mais peut-&#234;tre m&#234;me encore davantage en Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'histoire a d&#233;volu aux n&#232;gres d'Am&#233;rique un r&#244;le important dans l'affranchissement de toute la race africaine. Il y a 300 ans que les n&#232;gres am&#233;ricains ont &#233;t&#233; arrach&#233;s de leur pays natal, l'Afrique, transport&#233;s en Am&#233;rique o&#249; ils ont &#233;t&#233; l'objet des pires traitements et vendus comme esclaves. Depuis 250 ans, ils ont travaill&#233; sous le fouet des propri&#233;taires am&#233;ricains : ce sont eux qui ont coup&#233; les for&#234;ts, construit les routes, plant&#233; les cotonniers, pos&#233; les traverses de chemins de fer et soutenu l'aristocratie du Sud. Leur r&#233;compense a &#233;t&#233; la mis&#232;re, l'ignorance, la d&#233;gradation. Le n&#232;gre n'&#233;tait pas un esclave docile, il a eu recours &#224; la r&#233;bellion, &#224; l'insurrection, aux men&#233;es souterraines pour recouvrer sa libert&#233; ; mais ses soul&#232;vements ont &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;s dans le sang ; par la torture, on l'a forc&#233; &#224; se soumettre ; la presse bourgeoise et la religion se sont associ&#233;es pour justifier son esclavage. Quand l'esclavage concurren&#231;a le salariat et devint un obstacle au d&#233;veloppement de l'Am&#233;rique capitaliste, il dut dispara&#238;tre. La guerre de s&#233;cession entreprise, non pas pour affranchir les n&#232;gres, mais pour maintenir la supr&#233;matie industrielle des capitalistes du Nord, mit le n&#232;gre dans l'obligation de choisir entre l'esclavage dans le Sud et le salariat dans le Nord. Les muscles, le sang, les larmes du n&#232;gre &#171; affranchi &#187; ont aid&#233; &#224; l'&#233;tablissement du capitalisme am&#233;ricain, et quand, devenue une puissance mondiale, l'Am&#233;rique a &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;e dans la guerre mondiale, le n&#232;gre am&#233;ricain a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; l'&#233;gal du blanc, pour tuer et se faire tuer pour la d&#233;mocratie. Quatre cent mille ouvriers de couleur ont &#233;t&#233; enr&#244;l&#233;s dans les troupes am&#233;ricaines, o&#249; ils ont form&#233; les r&#233;giments de &#171; Jim crow &#187;. A peine sortis de la fournaise de la guerre, les soldats n&#232;gres, revenus au foyer, ont &#233;t&#233; pers&#233;cut&#233;s, lynch&#233;s, assassin&#233;s, priv&#233;s de toute libert&#233; et clou&#233;s au pilori. Ils ont combattu, mais pour affirmer leur personnalit&#233; ils ont d&#251; payer cher. On les a encore plus pers&#233;cut&#233; qu'avant la guerre pour leur apprendre &#224; &#171; rester &#224; leur place &#187;. La large participation des n&#232;gres &#224; l'industrie apr&#232;s la guerre, l'esprit de r&#233;bellion qu'ont &#233;veill&#233; en eux les brutalit&#233;s dont ils sont les victimes, met les n&#232;gres d'Am&#233;rique, et surtout ceux de l'Am&#233;rique du Nord, &#224; l'avant-garde de la lutte de l'Afrique contre l'oppression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. C'est avec une grande joie que l'Internationale Communiste voit les ouvriers n&#232;gres exploit&#233;s r&#233;sister aux attaques des exploiteurs, car l'ennemi de la race n&#232;gre est aussi celui des travailleurs blancs. Cet ennemi, c'est le capitalisme, l'imp&#233;rialisme. La lutte internationale de la race n&#232;gre est une lutte contre le capitalisme et l'imp&#233;rialisme. C'est sur la base de cette lutte que le mouvement n&#232;gre doit &#234;tre organis&#233; : en Am&#233;rique, comme centre de culture n&#232;gre et centre de cristallisation de la protestation des n&#232;gres ; en Afrique, comme r&#233;servoir de main-d'&#339;uvre pour le d&#233;veloppement du capitalisme ; en Am&#233;rique Centrale (Costa-Rica, Guat&#233;mala, Colombie, Nicaragua et les autres r&#233;publiques &#171; ind&#233;pendantes &#187; o&#249; l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain est pr&#233;dominant) ; &#224; Porto-Rico, &#224; Ha&#239;ti, &#224; Saint-Domingue et dans les autres &#238;les de la mer du Cara&#239;bes, o&#249; les mauvais traitements inflig&#233;s aux n&#232;gres par les envahisseurs am&#233;ricains ont soulev&#233; les protestations des n&#232;gres protestations des n&#232;gres conscients et des ouvriers blancs r&#233;volutionnaires. En Afrique du Sud et au Congo, l'industrialisation croissante de la population n&#232;gre a provoqu&#233; des soul&#232;vements de formes vari&#233;es ; en Afrique Orientale, la p&#233;n&#233;tration r&#233;cente du capital mondial pousse la population indig&#232;ne &#224; r&#233;sister activement &#224; l'imp&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. L'Internationale Communiste doit indiquer au peuple n&#232;gre qu'il n'est pas seul &#224; souffrir de l'oppression du capitalisme et de l'imp&#233;rialisme, elle doit lui montrer que les ouvriers et les paysans d'Europe, d'Asie et d'Am&#233;rique, sont aussi les victimes de l'imp&#233;rialisme ; que la lutte contre l'imp&#233;rialisme n'est pas la lutte d'un seul peuple, mais de tous les peuples du monde ; qu'en Chine, en Perse, en Turquie, en Egypte et au Maroc, les peuples coloniaux combattent avec h&#233;ro&#239;sme contre leurs exploiteurs imp&#233;rialistes, que ces peuples se soul&#232;vent contre les m&#234;mes maux que ceux qui accablent les n&#232;gres (oppression de race, exploitation industrielle intensifi&#233;e. mise &#224; l'index) ; que ces peuples r&#233;clament les m&#234;mes droits que les n&#232;gres : affranchissement et &#233;galit&#233; industrielle et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale Communiste, qui repr&#233;sente les ouvriers et les paysans r&#233;volutionnaires du monde entier dans leur lutte pour abattre l'imp&#233;rialisme, l'Internationale Communiste qui n'est pas seulement l'organisation des ouvriers blancs d'Europe et d'Am&#233;rique, mais aussi celle des peuples de couleur opprim&#233;s du monde entier, consid&#232;re qu'il est de son devoir d'encourager et d'aider l'organisation internationale du peuple n&#232;gre dans sa lutte contre l'ennemi commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le probl&#232;me n&#232;gre est devenu une question vitale de la r&#233;volution mondiale. La III&#176; Internationale qui a reconnu le pr&#233;cieux secours que pouvaient apporter &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne les populations asiatiques dans les pays semi-capitalistes, regarde la coop&#233;ration de nos camarades noirs opprim&#233;s essentielle &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne qui d&#233;truira la puissance capitaliste. C'est pourquoi le 4&#176; Congr&#232;s d&#233;clare que tous les communistes doivent sp&#233;cialement appliquer au probl&#232;me n&#232;gre les &#171; th&#232;ses sur la question coloniale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. a) Le 4&#176; Congr&#232;s reconna&#238;t la n&#233;cessit&#233; de soutenir toute forme du mouvement n&#232;gre ayant pour but de miner et d'affaiblir le capitalisme ou l'imp&#233;rialisme, ou d'arr&#234;ter sa p&#233;n&#233;tration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'Internationale Communiste luttera pour assurer aux n&#232;gres l'&#233;galit&#233; de race, l'&#233;galit&#233; politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;c) L'internationale Communiste utilisera tous les moyens &#224; sa disposition pour amener les trade-unions &#224; admettre les travailleurs n&#232;gres dans leurs rangs ; l&#224; o&#249; ces derniers ont le droit nominal d'adh&#233;rer aux trade-unions, elle fera une propagande sp&#233;ciale pour les attirer ; si elle n'y r&#233;ussit pas, elle organisera les n&#232;gres dans des syndicats sp&#233;ciaux et appliquera particuli&#232;rement la tactique du front unique pour forcer les syndicats &#224; les admettre dans leur sein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d) L'Internationale Communiste pr&#233;parera imm&#233;diatement un Congr&#232;s ou une conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale des n&#232;gres &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.fr/spip.php?article1869&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quand le courant communiste &#233;tait r&#233;volutionnaire, il &#233;tait en t&#234;te des luttes d'ind&#233;pendance au Maghreb&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2- Quand le PCF, devenu stalinien, adopte, avec la contre-r&#233;volution, le nationalisme fran&#231;ais et le colonialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'isolement de la r&#233;volution russe se retrouvant seule dans un pays arri&#233;r&#233; et d&#233;vast&#233;, l'effondrement &#233;conomique et social de la Russie des soviets suite &#224; la guerre mondiale et la guerre civile meurtri&#232;re, assassinant une bonne part de l'avant-garde r&#233;volutionnaire russe, guerre totale men&#233;e par toutes les bourgeoisies du monde contre le pouvoir aux travailleurs, tout cela ont entra&#238;n&#233; une mis&#232;re incroyable qui a oblig&#233; les dirigeants russe &#224; un recul tactique : la NEP. La grande bourgeoisie n'a pas pu revenir mais la petite bourgeoisie a &#233;t&#233; autoris&#233;e &#224; remettre ses filets et &#224; s'enrichir. La mis&#232;re, le ch&#244;mage, la destruction de l'appareil &#233;conomique et de transports &#224; la fin de la guerre civile avec la d&#233;mobilisation de masse et le ch&#244;mage qui en sont d&#233;coul&#233;, suivie de la NEP, les d&#233;faites r&#233;volutionnaires en Europe et dans le monde ont entra&#238;n&#233; une grande d&#233;moralisation des travailleurs russe, leur retrait de la vie sovi&#233;tique et politique et l'autonomisation progressive de la bureaucratie russe. Celle-ci est parvenue &#224; envahir progressivement les soviets d&#233;sert&#233;s, l'appareil d'Etat et, finalement, le parti bolchevik. Staline s'en est fait l'instrument. La bureaucratie usurpant le pouvoir du prol&#233;tariat au nom de la construction du communisme, se sachant mensong&#232;rement au pouvoir, n'a rien craint tant que la reprise de la r&#233;volution, que ce soit en Russie ou dans le reste du monde. Elle s'est cach&#233;e de ses buts contre-r&#233;volutionnaires et les a camoufl&#233;s sous un verbiage radical mais elle n'a eu de cesse que de d&#233;truire les r&#233;volutionnaires et les r&#233;volutions, notamment celles des pays coloniaux et domin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis communistes, devenus des courroies de transmission au sein du prol&#233;tariat de la politique de la bureaucratie russe, ceux-ci ont cherch&#233; &#224; soutenir toute bourgeoisie se disant favorable &#224; un pacte, fut-il provisoire, avec la bureaucratie russe. Elle l'a justifi&#233; au nom de la d&#233;fense de la Russie des soviets, de la paix pour les peuples ou de la guerre contre le fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenu l'auxiliaire de la couche parasitaire bureaucratique dirig&#233;e par le Kremlin de Staline, peureuse &#224; l'id&#233;e d'une remont&#233;e r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat russe car elle usurpe le pouvoir au nom du prol&#233;tariat, le stalinisme international &#233;tait tout aussi peureux dans le monde qu'en Russie &#224; l'id&#233;e d'une telle remont&#233;e r&#233;volutionnaire dans n'importe quel pays du monde. En particulier, les dirigeants russes n'&#233;taient plus, comme au temps des L&#233;nine et Trotsky, les partisans de l'union des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires et des peuples colonis&#233;s mais les partisans d'une union entre la Russie et les pays imp&#233;rialistes, ce qui &#233;tait la politique diam&#233;tralement oppos&#233;e de celle des soviets russes, avant-garde de la r&#233;volution mondiale, politique de l'Internationale communiste du temps de L&#233;nine et Trotsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1926-1927, l'Internationale Communiste s'orientait, par la volont&#233; de Staline, dans ligne politique dite de &#171; classe contre classe &#187; qui impliquait la d&#233;nonciation des nationalistes des pays colonis&#233;s. Pour ces derniers, cela signifiait que, sous pr&#233;texte de d&#233;nonciation du &#171; nationalisme bourgeois &#187;, les partis communistes ne soutenaient plus les aspirations des peuples coloniaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le printemps 1927, le PCF suspendit son aide mat&#233;rielle &#224; l'Etoile Nord-Africaine qu'il avait contribu&#233; &#224; fonder au Maghreb, en lui retirant notamment les locaux que les communistes mettaient &#224; sa disposition. L'Etoile Nord-Africaine dans ses premi&#232;res ann&#233;es d'existence fut tr&#232;s proche du PCF puisqu'elle &#233;tait membre de &#171; l'Union Inter Coloniale &#187; et que nombre de ses cadres &#233;taient pass&#233;s dans les rangs du Parti communiste ou de la CGTU. La s&#233;paration entre les nationalistes alg&#233;riens et les communistes qui devait aboutir &#224; la rupture presque totale apr&#232;s la dissolution de l'Etoile le 26 janvier 1937, commen&#231;ait d&#232;s la fin du congr&#232;s Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 1935, le pr&#233;sident du Conseil, Pierre Laval, se rendait &#224; Moscou et signait un pacte d'assistance franco-sovi&#233;tique. Staline d&#233;clara alors qu'il approuvait la politique de d&#233;fense de la France. Imm&#233;diatement, le PCF cessa toute activit&#233; et propagande anti-militariste, adoptant le drapeau tricolore et La Marseillaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le retour au nationalisme fran&#231;ais en 1935, le PCF renoue avec &#171; la n&#233;cessit&#233; de la d&#233;fense nationale fran&#231;aise &#187; soutenue par Staline apr&#232;s son pacte avec Laval. En d&#233;coule le soutien au colonialisme fran&#231;ais au nom de &#171; l'int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur de la nation fran&#231;aise &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En donnant pour raison que les colonies pourraient tomber entre les mains de Hitler et de Mussolini, le PCF s'opposa &#224; l'ind&#233;pendance des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la question coloniale, le Front Populaire de 1936 continua exactement la m&#234;me politique que ses pr&#233;d&#233;cesseurs. L'un des &#233;l&#233;ments de cette politique resta une r&#233;pression violente. D&#232;s que, dans la foul&#233;e du d&#233;veloppement des luttes ouvri&#232;res en France, des gr&#232;ves se d&#233;velopp&#232;rent dans les colonies, ce m&#234;me Marius Moutet t&#233;l&#233;graphia aux autorit&#233;s coloniales indochinoises de la fa&#231;on la plus claire : &#171; Vous maintiendrez l'ordre public par tous les moyens l&#233;gitimes et l&#233;gaux, m&#234;me par poursuites. Ordre fran&#231;ais doit r&#233;gner en Indochine comme ailleurs &#187;. Les affrontements furent sanglants en Tunisie o&#249; la gendarmerie ouvrit le feu contre les gr&#233;vistes des mines de potasse en mars 1937. Il y eut 19 morts et 27 bless&#233;s. Et ce ne fut pas la seule gr&#232;ve r&#233;prim&#233;e. Un an plus tard, la police tira sur une manifestation organis&#233;e par le mouvement nationaliste, le N&#233;o-Destour : au bout de quatre heures d'affrontements on releva, d'apr&#232;s les chiffres officiels, 22 morts et 150 bless&#233;s. Selon le N&#233;o-Destour, la r&#233;pression avait fait 200 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; l'indiff&#233;rence des dirigeants du Front Populaire concernant la question coloniale, les dirigeants nationalistes alg&#233;riens pos&#232;rent plus nettement le probl&#232;me de la lib&#233;ration nationale. Constatant que leurs revendications n'&#233;taient pas prises en compte, ils &#233;taient oblig&#233;s d'affirmer leurs id&#233;es et leurs revendications de mani&#232;res plus directes. D&#232;s lors, la question &#233;tait moins de m&#233;nager le Front Populaire que de s'opposer &#224; toute politique d'assimilation. Au printemps 1936, &#224; la gare de Lyon, devant plus de cinquante mille personnes rassembl&#233;es &#224; l'occasion des obs&#232;ques d'Achechour, &#171; un ouvrier alg&#233;rien victime du fascisme, &#187; Messali Hadj, dirigeant de l'Etoile Nord-Africaine qui avait rompu avec le courant stalinien, d&#233;clarait : &lt;i&gt;&#171; la politique d'assimilation ne peut se faire, elle est condamn&#233;e par la raison, par la justice et par l'histoire. La seule solution du probl&#232;me est l'&#233;mancipation totale de l'Afrique du Nord et nous disons franchement que nous d&#233;sirons et nous souhaitons voir se r&#233;aliser cette &#233;mancipation par l'aide effective de la France, en consid&#233;ration des int&#233;r&#234;ts communs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 24 mai 1936, devant le mur des f&#233;d&#233;r&#233;s, dix mille maghr&#233;bins vinrent comm&#233;morer la Commune de Paris, en m&#234;me temps que l'insurrection alg&#233;rienne de 1871 men&#233;e par Mohammed el-Mokrani et le Cheikh el-Haddad de la confr&#233;rie soufie Rahmaniya. Par ce geste, les militants nationalistes montraient que pour eux la question sociale et la question nationale &#233;taient intimement li&#233;es dans leur combat pour la lib&#233;ration du Maghreb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'empathie originelle des militants nationalistes &#224; l'&#233;gard de la gauche, le ton de l'Etoile Nord Africaine se faisait plus offensif &#224; l'&#233;gard du Front Populaire. Ce dernier ne souhaitait pas r&#233;pondre aux revendications des nationalistes alg&#233;riens qui n'&#233;taient pas au centre des pr&#233;occupations de son &#233;lectorat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la direction du Parti Communiste, partie prenante du Front Populaire, ne s'opposa pas &#224; la politique coloniale mise en oeuvre par les socialistes, mais au contraire elle la soutint sans jamais marchander ses efforts pour la faire admettre &#224; ses propres militants : : &#171; Si la question d&#233;cisive du moment, c'est la lutte victorieuse contre le fascisme, l'int&#233;r&#234;t des peuples coloniaux est dans leur union avec le peuple de France et non dans une attitude qui pourrait favoriser les entreprises du fascisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Alg&#233;rie, le Parti Communiste Alg&#233;rien menait d'ailleurs une campagne contre les courants nationalistes et expliquait : &lt;i&gt;&#171; Concevoir l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie sans l'alliance franco-alg&#233;rienne, en face d'un fascisme international agressif et assoiff&#233; de conqu&#234;tes coloniales, c'est fou et criminel... C'est faire le jeu du fascisme international que de se livrer &#224; des provocations en r&#233;clamant l'ind&#233;pendance &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Thorez affirme dans son discours au congr&#232;s du PCF de d&#233;cembre 1937 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si la question d&#233;cisive du moment c'est la lutte victorieuse contre le fascisme, l'int&#233;r&#234;t des peuples coloniaux est dans leur union avec le peuple de France et non dans une attitude qui pourrait favoriser les entreprises du fascisme et placer par exemple l'Alg&#233;rie, la Tunisie et le Maroc sous le joug de Mussolini et d'Hitler&#8230; Cr&#233;er les conditions de cette union libre, confiante et fraternelle des peuples coloniaux avec notre peuple, n'est-ce pas, l&#224; encore, travailler &#224; remplir la mission de la France &#224; travers le monde ? &#171; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 f&#233;vrier 1939, &#224; Alger, Maurice Thorez prononce un discours qui tourne le dos &#224; la revendication d'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie. L'Alg&#233;rie ne serait qu'une &#171; nation en formation, dans le creuset de vingt races &#187;. H exalte le r&#244;le de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Il s'agit bien, n'est-il pas vrai, de lutter pour le salut de la d&#233;mocratie et de la paix dans l'honneur et la dignit&#233; de notre France &#224; tous [...] &#187;, lance-t-il &#224; son auditoire. &#171; Nous avons dit et nous r&#233;p&#233;tons : unir tous les hommes qui veulent vivre libres, sans distinction de races ni de religions, tous les Fran&#231;ais de France et tous les Fran&#231;ais d'Alg&#233;rie. Quand je dis Fran&#231;ais d'Alg&#233;rie, je vous entends tous ici pr&#233;sents, vous les Fran&#231;ais d'origine, les Fran&#231;ais naturalis&#233;s, les Isra&#233;lites, et vous aussi les Musulmans arabes et berb&#232;res, tous les fils, sinon par le sang, du moins par le c&#339;ur de la Grande R&#233;volution fran&#231;aise qui ne faisait aucune distinction entre les races et les religions quand elle affirmait que la R&#233;publique fran&#231;aise &#233;tait une et indivisible. Unir enfin autour du peuple de France continuant sa marche historique vers le progr&#232;s et r&#233;alisant sa grande mission de libert&#233; et de paix dans le monde, tous les peuples de bonne volont&#233; [...] O&#249; est maintenant dans votre pays la race &#233;lue, celle qui pourrait pr&#233;tendre &#224; la domination exclusive, celle qui pourrait dire : cette terre a &#233;t&#233; la terre de mes seuls anc&#234;tres et elle doit &#234;tre la mienne ? Il y a la nation alg&#233;rienne qui se constitue historiquement et dont l'&#233;volution peut &#234;tre facilit&#233;e, aid&#233;e par l'effort de la R&#233;publique fran&#231;aise. Ne trouverait-on pas ici parmi vous peut-&#234;tre, les descendants de ces anciennes peuplades numides civilis&#233;es d&#233;j&#224;, au point d'avoir fait de leurs terres le grenier de la Rome antique ; les descendants de ces Berb&#232;res qui ont donn&#233; &#224; l'&#201;glise catholique saint Augustin, l'&#233;v&#234;que d'Hippone, en m&#234;me temps que le schismatique Donat ; les descendants de ces Carthaginois, de ces Romains, de tous ceux qui, pendant plusieurs si&#232;cles, ont contribu&#233; &#224; l'&#233;panouissement d'une civilisation attest&#233;e encore aujourd'hui par tant de vestiges comme ces ruines de T&#233;bessa et de Madaure que nous visitions il y a quelques jours. Sont ici maintenant les fils des Arabes venus derri&#232;re l'&#233;tendard du Proph&#232;te, les fils aussi des Turcs convertis &#224; l'Islam venus apr&#232;s eux en conqu&#233;rants nouveaux, des Juifs install&#233;s nombreux sur ce sol depuis des si&#232;cles. Tous ceux-l&#224; se sont m&#234;l&#233;s sur votre terre d'Alg&#233;rie, auxquels 8C sont ajout&#233;s des Grecs, des Maltais, des Espagnols, des Italiens et des Fran&#231;ais, et quels Fran&#231;ais ! Les Fran&#231;ais de toutes nos provinces, mais en particulier les Fran&#231;ais des terres fran&#231;aises de Corse et de Savoie, ceux de la terre fran&#231;aise d'Alsace venus pour ne pas &#234;tre Prussiens. Il y a une nation qui se constitue, elle aussi, dans le m&#233;lange de vingt races. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance de la Russie stalinienne avec les imp&#233;rialismes occidentaux (USA et GB) va supposer l'alliance du PCF avec De Gaulle et le soutien des gouverneurs coloniaux &#224; De Gaulle am&#232;ne le PCF &#224; soutenir ouvertement le colonialisme fran&#231;ais au Tchad comme en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la propagande stalinienne pr&#233;sente les dirigeants de la &#171; r&#233;sistance &#187; comme oeuvrant pour la libert&#233; des peuples, la r&#233;alit&#233; est tout autre : ils oeuvrent ouvertement pour la remise en place de la France bourgeoise, imp&#233;rialiste et coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution de 1946 de l' &#171; Union Fran&#231;aise &#187;, union pr&#233;tendant regrouper la m&#233;tropole et les territoires coloniaux, en t&#233;moigne :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le pr&#233;sident de la R&#233;publique fran&#231;aise est pr&#233;sident de l'Union fran&#231;aise dont il repr&#233;sente les inter&#234;ts permanents&#8230; L'Assembl&#233;e de l'Union fran&#231;aise, compos&#233;e de repr&#233;sentants &#233;lus (&#8230;) a un r&#244;le consultatif. ( !) &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la politique du PCF va se placer dans le cadre de cette hypocrite &#171; union &#187; qui attache les peuples colonis&#233;s &#224; leur colonisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'empire colonial fran&#231;ais, hypocritement appel&#233; &#171; Union fran&#231;aise &#187;, est d&#233;fendu par le PCF. Dans les &#171; Cahiers du communisme &#187; d'avril 1945, on peut lire : &#171; A l'heure pr&#233;sente, la s&#233;paration des peuples coloniaux avec la France irait &#224; l'encontre des int&#233;r&#234;ts de ces populations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF ne parle plus, &#224; propos des colonies que de cette &#171; union &#187; qu'il appelle au printemps 1945 : &#171; union f&#233;conde &#187;, &#171; union fraternelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Cahiers du communisme de f&#233;vrier 1945 affirment que &lt;i&gt;&#171; La revendication ouverte de la s&#233;paration d'avec la France irait trop loin dans la voie de la libert&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1946, un d&#233;put&#233; du PCF &#224; l'assembl&#233;e d&#233;clarait : &lt;i&gt;&#171; Fondons l'Union fran&#231;aise sur l'adh&#233;sion libre et volontaire des pays qui la composent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233;, en somme,&#8230; de se r&#233;signer &#224; l'esclavage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lozeray affirmait devant les d&#233;put&#233;s le 18 mars 1947 que &lt;i&gt;&#171; L'Union ne se constituera sur des bases solides et durables que si elle repose sur des rapports de mutuelle confiance. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment le rapport entre oppresseur et opprim&#233; pourrait-il &#234;tre un rapport de confiance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les colonies fran&#231;aises, &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale, la politique du PCF au pouvoir consistera donc &#224; aider au r&#233;tablissement de l'empire colonial fran&#231;ais. Comme en t&#233;moignent, par exemple, ces extraits du &#171; Programme d'action gouvernementale &#187; pr&#233;sent&#233; par le PCF (&#233;dit&#233; par les Cahiers du communisme de novembre 1946) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Mais on commettrait une lourde erreur en ne discernant pas, parmi les puissances capitalistes, celles qui, les plus avanc&#233;es dans la voie de la d&#233;mocratie, permettront aux peuples coloniaux d'aller, dans les conditions les plus favorables, vers la libert&#233; et le progr&#232;s. (&#8230;) La question de la reconnaissance du droit &#224; la s&#233;paration ne doit pas &#234;tre confondue avec l'utilit&#233; de la s&#233;paration dans de telles conditions (&#8230;) et cela se comprend puisque le mouvement national est intimement li&#233; au mouvement d&#233;mocratique en g&#233;n&#233;ral. (&#8230;) A l'heure actuelle, face aux vis&#233;es imp&#233;rialistes, l'int&#233;r&#234;t commun des peuples d'Outre-mer et du peuple fran&#231;ais sont de rester unis. (&#8230;) Toute tentative de sortie de l'Union fran&#231;aise ne pourrait qu'amener, avec une pseudo-ind&#233;pendance, illusoire et momentan&#233;e, le renforcement de l'imp&#233;rialisme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;put&#233; PCF proclamait : &lt;i&gt;&#171; nous affirmons d'abord que la R&#233;publique fran&#231;aise, m&#233;tropole et territoires d'outremer, est une et indivisible &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florimond Bonte, du Comit&#233; central du PCF, exhortait le Comit&#233; Fran&#231;ais de Lib&#233;ration Nationale &#171; &#224; mettre en oeuvre tous les moyens dont disposent la France et son empire (...) pour faire la guerre totale, pour cr&#233;er et perfectionner une arm&#233;e unique d'un million de combattants, arm&#233;e qui ne serait d&#232;s lors plus consid&#233;r&#233;e comme une force d'appoint &#187; (sous-entendu, par les alli&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique pr&#233;conis&#233;e pour l'apr&#232;s-guerre fut tout aussi colonialiste. La politique du PCF est expos&#233;e dans une brochure publi&#233;e fin 1944 qui s'intitulait Au service de la renaissance fran&#231;aise. Tout un programme !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte affirmait tout net que &lt;i&gt;&#171; Pour la France, &#234;tre une grande puissance et tout simplement continuer d'&#234;tre, c'est la m&#234;me chose &#187; . Et de pr&#233;ciser : &#171; Notre pays est une puissance des cinq parties du monde et ne d&#233;couvre pas de raison pour laquelle il devrait cesser de l'&#234;tre au profit d'autres grands &#201;tats, en abdiquant en leur faveur une part de sa souverainet&#233; sur les territoires ou sur les richesses... &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion s'imposait : &lt;i&gt;&#171; le gouvernement maintiendra jalousement l'int&#233;grit&#233; des territoires sous pavillon fran&#231;ais et l'int&#233;grit&#233; des richesses fran&#231;aises en capital &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Vietnam et en France, les staliniens (fran&#231;ais comme indochinois) d&#233;fendent la d&#233;pendance de l'Indochine par rapport &#224; la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1946, les troupes fran&#231;aises reviennent au Vietnam. Loin de combattre le retour des troupes fran&#231;aise, Ho Chi Minh va les accueillir, esp&#233;rant toujours que celles-ci vont accepter de le mettre &#224; la t&#234;te d'un territoire autonome li&#233; &#224; la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une ind&#233;pendance pr&#233;matur&#233;e du Vietnam risque de ne pas &#234;tre dans la ligne des perspectives sovi&#233;tiques et embarrasserait l'URSS dans ses efforts pour gagner la France en tant qu'alli&#233;e. &#187; &#233;crit le PCF, dans un document transmis au Viet Minh par le Groupe culturel marxiste (li&#233; au PCF) de Saigon le 25 septembre 1945 et publi&#233; par Harold Isaacs dans &#171; Pas de paix en Asie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#233;goire Madjarian rapporte dans &#171; La question coloniale et la politique du Parti communiste fran&#231;ais &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le 16 f&#233;vrier, Ho Chi Minh communiquait &#224; Jean Sainteny, l'envoy&#233; du Haut commissaire D'Argenlieu, qu'il consentait &#224; n&#233;gocier, sur la base de l'unit&#233; et de l'ind&#233;pendance du Vietnam, l'adh&#233;sion &#224; l'Union fran&#231;aise. Leclerc et Sainteny press&#232;rent le gouvernement fran&#231;ais d'accepter. Ce qu'il fit, se d&#233;clarant pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre un gouvernement vietnamien autonome, &#224; condition que ce dernier accueille amicalement les troupes fran&#231;aises lorsqu'elles viendraient remplacer les troupes du Kuomintang. On apprenait le 4 mars, &#224; Hano&#239;, que la flotte de d&#233;barquement fran&#231;aise faisait route vers Ha&#239;phong &#8211; le grand port du nord du Vietnam. (&#8230;) Le 5 mars, le comit&#233; central du Viet Minh, r&#233;uni &#224; Huong-Canh, dans la campagne proche de Hano&#239;, d&#233;cidait que &#171; dans cette conjoncture, la meilleure condition &#224; suivre pour le salut de la patrie n'&#233;tait pas de couper les ponts, mais de sauver la paix. &#187; (&#8230;) Le journal (du Viet Minh) de Hu&#233; le 5 mars, sous le titre &#171; Calmes mais pr&#234;ts &#187; : (&#8230;) &#171; La France a pris l'initiative de n&#233;gocier. Nous sommes heureux de n&#233;gocier selon la demande des Fran&#231;ais. (&#8230;) Les n&#233;gociations n'aboutiront que si nous obtenons l'ind&#233;pendance. &#187; (&#8230;) Ho Chi Minh et Sainteny signaient le 6 mars 1946 une convention pr&#233;liminaire. (&#8230;) L'id&#233;e d'ind&#233;pendance &#233;tait absente ; l'unit&#233; du Vietnam restait suspendue &#224; un r&#233;f&#233;rendum - dont la date n'&#233;tait pas fix&#233;e - qui d&#233;ciderait du sort de la Cochinchine (Nam-Bo) contr&#244;l&#233;e par les troupes coloniales. Enfin des unit&#233;s fran&#231;aises &#8211; quinze mille hommes &#8211; s'installaient dans le Tonkin pour y effectuer, conjointement avec l'arm&#233;e vietnamienne, la rel&#232;ve des troupes de Tchang Ka&#239;-chek. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1946, le Vietminh repr&#233;sent&#233; par Pham Van Dong et Ho Chi Minh, encore en n&#233;gociations avec la France &#224; Fontainebleau, est aid&#233; par des troupes fran&#231;aises pour achever sa purge et en finir avec les militants trotskystes. Ho d&#233;clare alors sur son alliance avec la France : &#171; nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront octroy&#233;es et garanties par nos alli&#233;s d&#233;mocratiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s le bombardement massif du port de Haiphong, qui fait 6000 morts en novembre 1946, que les nationalistes vietnamiens se trouveront contraints d'admettre qu'il va falloir se battre avec l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. En d&#233;cembre 46 c'est l'attaque des troupes fran&#231;aises qui reprend possession du Vietnam et contraint les nationalistes &#224; la lutte arm&#233;e &#224; Hano&#239; qui est occup&#233;e par l'arm&#233;e fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long des &#233;v&#233;nements sanglants de Madagascar en 1947, de l'insurrection et de la r&#233;pression coloniale, les principales organisations malgaches comme fran&#231;aises n'ont pas pris le parti des insurg&#233;s. Le Parti communiste fran&#231;ais ne risquait pas de le faire puisqu'il participait au pouvoir colonial fran&#231;ais qui &#233;crasait la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1947, au onzi&#232;me congr&#232;s du PCF &#224; Strasbourg, Maurice Thorez conclue : &lt;i&gt;&#171; A Madagascar, comme dans d'autres parties de l'Union Fran&#231;aise, certaines puissances &#233;trang&#232;res ne se privent pas d'intriguer contre notre pays. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Madagascar, l'attitude des organisations de gauche ne vaut pas mieux. Le 8 avril, ils envoient &#224; Ramadier, pr&#233;sident du Conseil, le t&#233;l&#233;gramme suivant : &lt;i&gt;&#171; Les comit&#233;s et groupes suivants, France combattante, Union rationaliste, CGT, Ligue des droits de l'homme, Groupes d'&#233;tudes communistes, F&#233;d&#233;ration socialiste, soucieux de traduire l'opinion de tous les Fran&#231;ais et Malgaches unis dans un sinc&#232;re d&#233;sir de construire une v&#233;ritable Union fran&#231;aise, profond&#233;ment indign&#233;s des troubles actuels, s'inclinent devant les victimes, condamnent toute la r&#233;action factieuse, approuvent les mesures prises par l'autorit&#233; civile et lui font confiance pour r&#233;tablir l'ordre dans la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique et poursuivre l'&#339;uvre constructive vers une v&#233;ritable union. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'opposition d&#233;mocratique malgache, elle, avait &#233;t&#233; accus&#233;e d'avoir organis&#233; la r&#233;volte, accusation totalement infond&#233;e en ce qui concerne sa direction. Les dirigeants du M.D.R.M (Mouvement d&#233;mocratique de r&#233;novation malgache) n'&#233;taient nullement politiquement de taille &#224; vouloir une insurrection contre le colonialisme fran&#231;ais. Il s'agissait tout au plus de politiciens lib&#233;raux. Mais il fallait bien que le pouvoir trouve des coupables ayant manipul&#233; les masses malgaches. D&#232;s le lendemain de l'insurrection des 29-30 mars, ses dirigeants sont arr&#234;t&#233;s et tortur&#233;s. Le MDRM avait d&#233;clar&#233; : &#171; Les &#233;v&#233;nements du 30 mars apparaissent comme le fait d'&#233;l&#233;ments ou de groupes isol&#233;s de la population ayant agi spontan&#233;ment sous la pression des souffrances endur&#233;es et des pers&#233;cutions subies. &#187; M de Coppet, Haut commissaire &#224; Madagascar, d&#233;clare : &#171; Le M.D.R.M est le responsable des troubles &#224; Madagascar. La preuve de la pr&#233;m&#233;ditation des crimes est &#233;tablie, c'est l&#224; un coup pr&#233;par&#233; minutieusement et de longue date. &#187; Le 26 mars, le M.D.R.M collait une affiche appelant les populations au calme. Pourtant, le 7 mai, d&#233;j&#224; 13.000 militants de ce parti sont arr&#234;t&#233;s et tortur&#233;s et les d&#233;put&#233;s sont inculp&#233;s de crime et d'atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'Etat. Il en r&#233;sultera dix condamnations &#224; mort et trois aux travaux forc&#233;s &#224; perp&#233;tuit&#233;, qui se rajoutent &#224; plus de cent mille morts. M&#234;me apr&#232;s l'ind&#233;pendance, la mainmise de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais se maintiendra, notamment avec la mise en place de la dictature de Tsiranana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Paris, &#224; la suite de la pression des &#233;tats g&#233;n&#233;raux de la colonisation fran&#231;aise, les parlementaires &#8211; dont ceux du PCF &#8211; votaient et faisaient approuver la constitution colonialiste de la quatri&#232;me r&#233;publique. L'assimilation &#233;tait la r&#232;gle : Madagascar &#233;tait int&#233;gr&#233;e d'office, en tant que territoire d'outre-mer, dans la R&#233;publique fran&#231;aise &#171; une et indivisible &#187; ; les Malgaches &#233;taient d&#233;sormais &#171; citoyens fran&#231;ais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la m&#233;tropole, les dirigeants du mouvement ouvrier ne manifestent visiblement aucune sympathie vis-&#224;-vis des insurg&#233;s, mais prononcent au contraire une condamnation sans appel. L'une des plus sanglantes intervention militaire de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais commence sous un gouvernement &#224; direction socialiste, auquel, jusqu'au 5 mai, participe largement le PCF. Ce dernier occupe, entre autres, le minist&#232;re de la D&#233;fense nationale (Fran&#231;ois Billoux). (&#8230;) Le Parti communiste, remarquait Le Monde du 18 avril, n'avait (&#8230;.) Manifest&#233; aucune opposition cat&#233;gorique &#224; l'envoi de renforts comme &#224; la r&#233;pression des &#233;meutes. &#187; (&#8230;) &lt;br class='autobr' /&gt;
Tandis que Madagascar n'arrivait plus &#224; enterrer ses morts, le chef du groupe parlementaire PCF invoquait le &#171; courant de libert&#233; &#187; que repr&#233;sentait l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, appelait &#224; l'union sacr&#233;e pour d&#233;fendre les droits de son pays &#224; opprimer d'autres peuples : &#171; Je le dis, et c'est l&#224; note sentiment profond : la France a des positions dans le monde, tous les Fran&#231;ais et j'ajoute tous les peuples associ&#233;s, nous avons int&#233;r&#234;t que la France puisse maintenir ses positions. Mais nous serions bien aveugles si nous ne tenions pas compte de ce fait important, &#224; savoir que les positions fran&#231;aises dans le monde sont terriblement convoit&#233;es. &#187; (d&#233;bat au parlement le 9 mai 1947)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en allait de m&#234;me en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le d&#233;barquement des alli&#233;s au Maghreb, le 8 novembre 1942, et la publication du Manifeste de la libert&#233; en f&#233;vrier 1943, les communistes fran&#231;ais et alg&#233;riens d&#233;nonc&#232;rent les revendications port&#233;es par l'ensemble du mouvement national alg&#233;rien. Selon eux, il s'agissait de &#171; faux nationalistes &#187; et de &#171; fils rejetons de f&#233;odaux ou de gros bourgeois r&#233;trogrades &#187;. Ces &#171; faux nationalistes &#187; &#233;taient accus&#233;s &#171; d'avoir abandonn&#233; le bourricot nazi pour monter le bateau de la Charte de l'Atlantique &#187;. Dans L'Humanit&#233; du 25 octobre 1944, Dumois d&#233;non&#231;ait ceux qui r&#233;clamaient l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie et &#171; la bande d'apaches et de malfaiteurs qui, &#224; la solde du fascisme et sous couvert de religion, suscitait des incidents anti-alcooliques &#187;. Par ces termes racistes et insultants, l'auteur visait les militants nationalistes du PPA et de l'Association des oul&#233;mas qui menaient une campagne contre la consommation d'alcool aupr&#232;s de la population alg&#233;rienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le Parti Communiste Fran&#231;ais, qui participe au gouvernement, soutient le colonialisme, le PCA d&#233;clare :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Fr&#232;res musulmans, le peuple de France lutte contre tes ennemis : le fascisme et les trusts qui oppriment l'Alg&#233;rie en m&#234;me temps qu'ils trahissent la France (&#8230;) dans cette lutte, une France nouvelle se cr&#233;e, qui n'aura rien de commun avec celle d'hier. (&#8230;) Ton int&#233;r&#234;t propre est donc d'aider cette France nouvelle &#224; se cr&#233;er, &#224; se forger, car c'est le chemin de salut pour toi. &#187; &lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(extrait de &#171; Le PCA au service de la population d'Alg&#233;rie &#187;, rapport de Amar Ouzegane &#224; la conf&#233;rence centrale du PCA &#224; Alger le 23 septembre 1944).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grave encore, &#224; partir du printemps 1945, l'accusation de collusion avec le fascisme ne servit plus uniquement &#224; justifier la r&#233;pression men&#233;e contre les dirigeants nationalistes, mais aussi &#224; l&#233;gitimer des crimes de masse contre l'ensemble de la population alg&#233;rienne. Le tr&#232;s colonial principe de responsabilit&#233; collective permettait le glissement d'une r&#233;pression &#171; cibl&#233;e &#187; contre des militants politiques organis&#233;s, &#224; un vaste ch&#226;timent collectif contre la masse informe des colonis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la r&#233;pression des manifestions du 1er mai 1945 &#224; Alger, Oran et Blida, qui avait fait plusieurs morts, la CGT et le Parti communiste accus&#232;rent le PPA d'avoir foment&#233; &#171; une provocation &#187;. Dans un tract diffus&#233; le 3 mai 1945, le Parti communiste rappelait que le 1ier mai 1945 avait &#233;t&#233; une &#171; grandiose journ&#233;e &#187; de &#171; lutte r&#233;publicaine et anti-fasciste &#187; perturb&#233;e par &#171; des hommes &#224; la solde de l'ennemi &#187; qui &#171; ont fait couler le sang innocent &#187;. Le tract ajoutait que la &#171; provocation &#187; venait &#171; du PPA qui prend ses mots d'ordre &#224; Berlin chez Hitler &#187;. Selon les communistes, le Parti du peuple alg&#233;rien &#233;tait &#171; le parti qui applique en Alg&#233;rie les mots d'ordre que donnent les hitl&#233;riens &#224; la radio nazie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justification de la r&#233;pression sanglante des manifestations du 1er mai 1945 par l'administration coloniale, et l'association des militants nationalistes r&#233;volutionnaires alg&#233;riens au nazisme, ouvraient la porte &#224; la l&#233;gitimation d'un crime de masse d'une toute autre ampleur : les massacres du nord-constantinois survenus apr&#232;s les manifestations du 8 mai 1945. Durant pr&#232;s de deux mois, des milliers d'Alg&#233;riennes et d'Alg&#233;riens de tous &#226;ges furent victimes de la politique &#233;radicatrice men&#233;e par un gouvernement fran&#231;ais, qui comportait en son sein toutes les tendances politiques ayant particip&#233; &#224; la r&#233;sistance &#224; l'occupation nazie. En effet, ces terribles massacres furent l'&#339;uvre du Gouvernement provisoire de la R&#233;publique fran&#231;aise. En raison de cette configuration politique, la r&#233;pression ne pouvait se faire qu'au nom de la lutte contre des &#171; agitateurs hitl&#233;riens &#187; et autres &#171; supp&#244;ts du fascisme &#187;, contre qui l'emploi de la force devenait totalement l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;meutes et les pogromes de 1945 en Alg&#233;rie (S&#233;tif et le Constantinois) sont l'occasion pour le PCF de traiter les nationalistes et les r&#233;volt&#233;s de fascistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 mai 1945, dans toute l'Alg&#233;rie, devait &#234;tre c&#233;l&#233;br&#233; l'armistice. Des c&#233;r&#233;monies officielles avaient &#233;t&#233; pr&#233;vues. La population, &#233;puis&#233;e par la guerre, r&#233;volt&#233;e contre le colonialisme fran&#231;ais, n'entendait pas revenir sous sa coupe &#224; la fin de la guerre. Le jour de l'armistice, eurent lieu dans plusieurs villes des manifestations d'ampleur et de forme diverses. A B&#244;ne et Didjelli, les manifestations se joignirent au cort&#232;ge officiel et d&#233;ploy&#232;rent leurs propres banderoles. Des d&#233;fil&#233;s analogues furent organis&#233;s &#224; Batna, Biskra, Kenchela, Blida, Berrouaghia et Bel-Abb&#232;s. A Sa&#239;da, la mairie fut incendi&#233;e. A Alger, les fid&#232;les n'assist&#232;rent pas &#224; la c&#233;r&#233;monie officielle de la Grande Mosqu&#233;e. Les incidents les plus graves eurent lieu &#224; S&#233;tif et Guelma. A Guelma, peu de musulmans avaient assist&#233; aux c&#233;r&#233;monies officielles : les comit&#233; des AML organisait sa propre manifestation avec des mots d'ordre tels que &#171; Vive la d&#233;mocratie ! &#187;, &#171; A bas l'imp&#233;rialisme ! &#187;, &#171; Vive l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante ! &#187;. La police tira sur la foule. A S&#233;tif, un cort&#232;ge de quinze mille personnes se dirigeait vers le monument aux morts afin d'y d&#233;poser une gerbe, arborant pour la premi&#232;re fois le drapeau alg&#233;rien vert et blanc. Les manifestants brandissaient des pancartes et des banderoles : &#171; D&#233;mocratie pour tous ! &#187;, &#171; Lib&#233;rez Messali ! &#187;, &#171; Lib&#233;rez nos leaders emprisonn&#233;s ! &#187;, &#171; Vive la victoire alli&#233;e ! &#187;, &#171; Vive l'Alg&#233;rie ind&#233;pendante ! &#187;, &#171; A bas le colonialisme ! &#187;, &#171; Pour une Constituante alg&#233;rienne souveraine ! &#187;. La police ouvrit le feu &#224; la suite d'un ordre du sous-pr&#233;fet de retirer pancartes et banderoles. Ces manifestations furent le point de d&#233;part d'un soul&#232;vement qui s'&#233;tendit &#224; la Kabylie des Babords, se propagea dans une grande partie de la r&#233;gion du Constantinois. Des messagers allaient dans les campagnes, les villages les plus recul&#233;s, pour faire le r&#233;cit des manifestations de S&#233;tif et Guelma et de leur r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Duval, la r&#233;pression du soul&#232;vement du Constantinois fut d'une sauvagerie indescriptible. Dans un message &#224; l'ONU, Messali Hadj dira des &#233;v&#233;nements du Constantinois qu'ils &#171; ont co&#251;t&#233; plus de quarante mille victimes au peuple alg&#233;rien. &#187; (&#8230;) Comment ces massacres furent-ils justifi&#233;s par les autorit&#233;s et accept&#233;s par l'opinion de la m&#233;tropole ? La version officielle du gouvernement de l'Alg&#233;rie, version qui fut &#233;galement celle des trois partis politiques au pouvoir sous la t&#234;te gaulliste (MRP, SFIO et PCF) &#233;tait la suivante : le soul&#232;vement du Constantinois &#233;tait un &#171; complot fasciste &#187; accompli par des &#171; agents hitl&#233;riens &#187;. L'arm&#233;e n'&#233;tait d&#233;p&#234;ch&#233;e que pour &#171; poursuivre l'action patriotique de nettoyage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 mai 1945, &#171; L'Humanit&#233; &#187; relatait les &#233;v&#233;nements du 8 en rapportant la d&#233;claration du gouvernement g&#233;n&#233;ral : &#171; Des &#233;l&#233;ments troubles d'inspiration hitl&#233;rienne se sont livr&#233;s &#224; S&#233;tif &#224; une agression arm&#233;e contre la population qui f&#234;tait la capitulation hitl&#233;rienne. La police, aid&#233;e de l'arm&#233;e, maintient l'ordre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En publiant sans r&#233;serves ces propos sous le titre : &lt;i&gt;&#171; A S&#233;tif, attentat fasciste le jour de la victoire &#187;&lt;/i&gt;, le quotidien du PCF accr&#233;ditait la version de l'administration coloniale. Le 12 mai, le Comit&#233; central du PCF, prenant une position sans nuances, recommandait explicitement une r&#233;pression rapide et impitoyable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il publiait imm&#233;diatement la r&#233;volution suivante : &lt;i&gt;&#171; Il faut tout de suite ch&#226;tier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la r&#233;volte et les hommes de main qui ont dirig&#233; l'&#233;meute. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; du 19 mai 1945 enfonce le clou :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qu'il faut, c'est punir comme ils le m&#233;ritent les meneurs hitl&#233;riens ayant particip&#233; aux &#233;v&#232;nements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont essay&#233; de tromper les masses musulmanes, faisant aussi le jeu des 100 seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations alg&#233;riennes et le peuple de France. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur une distance de 150 kilom&#232;tres, de S&#233;tif &#224; la mer, la loi martiale fut proclam&#233;e. La troupe re&#231;ut l'ordre de tirer sans sommation &#171; sur le burnous &#187;. Tout arabe ne portant pas le brassard r&#233;glementaire &#233;tait abattu (t&#233;moignage de Charles-Andr&#233; Julien dans &#171; L'Afrique du Nord &#187;). Les l&#233;gionnaires furent autoris&#233;s &#224; massacrer toute la population arabe de S&#233;tif et m&#234;me ailleurs, o&#249; aucune manifestation n'avait eu lieu. A Villard, pendant deux jours, une batterie de 75 bombarda les douars environnants. A Saint-Armand, les soldats eurent pour mission de raser tous les villages se trouvant &#224; 15 kilom&#232;tres des centres de colonisation. P&#233;rigotville et Chevreuil furent enti&#232;rement d&#233;truits. L'aviation bombardait et mitraillait &#224; l'int&#233;rieur, tandis que les navires de guerre canonnaient des villages c&#244;tiers. D'apr&#232;s ce que reconnut le g&#233;n&#233;ral Weiss, il y eut, en quinze jours, vingt actions a&#233;riennes contre la population. Les avions d&#233;truisirent 44 mechtas (groupe de maisons pouvant aller de 50 &#224; 1000 habitants). La marine intervint devant Bougie et &#224; Djijeli. Le croiseur Dugay-Trouin, venu de B&#244;ne, fut employ&#233; au bombardement des environs de Kerrata. Le douar Tararest fut ras&#233;. Des douars entiers disparurent. A Guelma, la r&#233;action visc&#233;rale de la population europ&#233;enne, sous l'initiative du sous-pr&#233;fet, mena &#224; l'organisation d'une milice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de vigilance, qui recrutait et contr&#244;lait la milice, comportait une forte majorit&#233; de combattants de la &#171; France combattante &#187;, y compris deux responsables du Parti communiste alg&#233;rien, ainsi que le secr&#233;taire de l'Union locale de la CGT. Dans ce qui fut l'une des op&#233;rations de repr&#233;sailles les plus meurtri&#232;res de mai 1945, les miliciens massacr&#232;rent entre 500 et 700 &#171; musulmans &#187;. Le mouvement syndical de la m&#233;tropole, par l'interm&#233;diaire de son principal repr&#233;sentant, la CGT, adopte des positions voisines du PCF afin de &#171; souligner l'action courageuse et magnifique des organisations syndicales d'Alg&#233;rie pour emp&#234;cher que le mouvement ne s'&#233;tende &#224; d'autres r&#233;gions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte a &#233;clat&#233; en 1945 en Alg&#233;rie, alors que les travailleurs et les masses populaires ne disposent d'aucune organisation favorable &#224; une r&#233;volution sociale renversant le colonialisme. Le plus important parti dans les masses populaires, alg&#233;riennes comme pied-noires, est le Parti Communiste Alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le parti communiste fran&#231;ais, en France comme en Alg&#233;rie, va d&#233;noncer la lutte d'ind&#233;pendance comme &#171; fasciste &#187;. L'Humanit&#233; affirmait : &lt;i&gt;&#171; A S&#233;tif, attentat fasciste le jour de la victoire &#187; : &#171; Des &#233;l&#233;ments troubles d'inspiration hitl&#233;rienne se sont livr&#233;s &#224; S&#233;tif &#224; une agression arm&#233;e contre la population qui f&#234;tait la capitulation hitl&#233;rienne. La police, aid&#233;e de l'arm&#233;e, maintient l'ordre &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; du 12 mai 1945 d&#233;non&#231;ait les organisations nationalistes en &#233;crivant : &lt;i&gt;&#171; les instruments criminels de la grosse colonisation sont le MTLD et le PPA et ses chefs, tels Messali et les mouchards &#224; sa solde, qui, lorsque la France &#233;tait sous la domination nazie, n'ont rien dit et rien fait et qui, maintenant, r&#233;clament l'ind&#233;pendance. Ce qu'il faut, c'est ch&#226;tier impitoyablement les organisateurs de troubles &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 6 mai 1945, la France avait fait d&#233;barquer en Syrie, o&#249; elle gardait des bases militaires, des renforts de troupes, ce qui provoqua de violentes r&#233;actions populaires, et le 8 mai, le jour m&#234;me de l'armistice, il y eut des attaques contre les garnisons fran&#231;aises. Le 28 mai tous les postes fran&#231;ais furent attaqu&#233;s &#224; Damas. Le gouvernement fran&#231;ais r&#233;pondit en faisant bombarder la capitale syrienne, faisant pr&#232;s de 500 morts dont 400 civils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Humanit&#233; du 29 mai 1945 proposait &#224; la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise l'explication suivante des &#233;v&#233;nements de Syrie : &lt;i&gt;&#171; Des informations concordantes &#233;manant de diverses sources permettent d'affirmer que des &#233;l&#233;ments doriotistes agissant dans divers milieux et de divers c&#244;t&#233;s ont jou&#233; un r&#244;le particuli&#232;rement important dans ces regrettables &#233;v&#233;nements. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 30 mai 1945, l'Humanit&#233; analysait de m&#234;me les &#233;v&#233;nements de la fa&#231;on suivante : &lt;i&gt;&#171; Ces d&#233;sordres ont &#233;t&#233; organis&#233;s par des agents doriotistes du PPF en Syrie qui ne cherchent qu'&#224; nuire &#224; l'entente des peuples de France, de Syrie et du Liban &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'organe de la SFIO, Le Populaire, dat&#233; du 12 mai 1945, &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Des troubles se sont produits, des villages ont &#233;t&#233; occup&#233;s avec la complicit&#233; du parti populaire arabe [pour le Parti du peuple alg&#233;rien], des agents hitl&#233;riens encore tr&#232;s nombreux et enfin de sectes religieuses qui cherchent leur mot d'ordre aupr&#232;s des agitateurs panarabes du Caire &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son &#233;dition du 12 mai 1945, L'Humanit&#233; appela &#224; &#171; ch&#226;tier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la r&#233;volte et les hommes de mains qui ont dirig&#233; l'&#233;meute &#187;. Le 31 mai 1945, le journal communiste recommandait de &#171; punir comme ils le m&#233;ritent les tueurs hitl&#233;riens ayant particip&#233; aux &#233;v&#232;nements de mai 1945, et les chefs pseudo-nationalistes &#187;. Le PCF, pour qui l'aspiration &#224; l'ind&#233;pendance restait totalement &#233;trang&#232;re &#224; la population alg&#233;rienne, se f&#233;licita des sanctions prises contre Messali Hadj, Ferhat Abbas et le cheikh Bachir El Ibrahimi, ainsi que de la dissolution des Amis du Manifeste et de la Libert&#233; (AML).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 mai, L'Humanit&#233; annonce des troubles en Alg&#233;rie, sp&#233;cialement &#224; S&#233;tif ; elle signale &#171; le r&#244;le de quelques &#233;l&#233;ments provocateurs au sein de la population alg&#233;rienne [...] ; la population affam&#233;e a &#233;t&#233; pouss&#233;e &#224; des violences par des provocateurs bien connus de l'administration. &#187; Le 13, un communiqu&#233; du gouverneur g&#233;n&#233;ral de l'Alg&#233;rie met en cause &#171; des &#233;l&#233;ments d'inspiration et de m&#233;thodes hitl&#233;riennes &#187;. Regrettant que toute la responsabilit&#233; soit rejet&#233;e sur les musulmans, l'organe central du PC commente : &#171; Qu'il y ait, parmi eux, quelques hitl&#233;riens, c'est d'autant plus &#233;vident que le chef pseudo-nationaliste Bourguiba &#233;tait en Allemagne au moment de la capitulation hitl&#233;rienne et vient d'arriver dans un pays d'Afrique du Nord. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15, L'Humanit&#233; r&#233;it&#232;re : &#171; Les agents provocateurs sont parfaitement connus de l'administration alg&#233;rienne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16, une note du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, reproduite dans la presse, rejette la responsabilit&#233; des &#233;v&#233;nements sur le PPA et sur l'AML. L'Humanit&#233; commente : &#171; Le communiqu&#233; accuse les Amis du Manifeste d'avoir pouss&#233; &#224; la r&#233;volte. En supposant qu'il y ait du vrai dans cette affirmation, pourquoi donc le gouvernement g&#233;n&#233;ral a-t-il autoris&#233; la parution du journal de cette organisation (&#201;galit&#233;) dont nous poss&#233;dons le num&#233;ro du 4 mai ? Le directeur des affaires indig&#232;nes tient donc &#224; ce qu'on fasse appel &#224; la r&#233;volte. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Parti communiste alg&#233;rien, qui restait formellement ind&#233;pendant mais qui, dans les faits, s'alignait int&#233;gralement sur la politique du Parti communiste fran&#231;ais, reprenait mot pour mot le vocabulaire antifasciste de ses camarades parisiens. Sa presse reproduisait int&#233;gralement les analyses du PCF, qui faisaient office de directives politiques &#224; suivre. Dans le num&#233;ro du 17 mai 1945 de Libert&#233;, &#171; Un appel de la d&#233;l&#233;gation du PCF en Afrique du Nord &#187; n'h&#233;sitait pas &#224; faire de la surench&#232;re colonialiste et r&#233;pressive :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce qu'il faut faire tout de suite : ch&#226;tier rapidement et impitoyablement les organisateurs des troubles. Passer par les armes les instigateurs de la r&#233;volte et les hommes de main qui ont dirig&#233; l'&#233;meute. Il ne s'agit pas de vengeance ni de r&#233;pression, il s'agit de mesures de justice. Il s'agit de mesures de s&#233;curit&#233; pour le pays &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le PCA, qui ne faisait finalement que suivre le PCF, les manifestations nationalistes n'&#233;taient que des &#171; complots hitl&#233;riens &#187;, et toutes les r&#233;pressions, m&#234;me les plus sanglantes, devenaient automatiquement l&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 mai, L'Humanit&#233; prend la d&#233;fense des musulmans, du moins de ceux des campagnes, en ces termes : &#171; Les musulmans des campagnes [...] n'ont pas pris la moindre part aux agissements d'une poign&#233;e de tueurs &#224; gages dont les chefs sont connus comme mouchards. &#187; Et elle indique la solution : &#171; Ce qu'il faut, c'est punir comme ils le m&#233;ritent les tueurs hitl&#233;riens ayant particip&#233; aux &#233;v&#233;nements du 8 mai et les chefs pseudo-nationalistes qui ont sciemment essay&#233; de tromper les masses musulmanes, faisant ainsi le jeu des 100 seigneurs dans leur tentative de rupture entre les populations alg&#233;riennes et le peuple de France. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 mai, le comit&#233; central du PCF, r&#233;uni en session extraordinaire, s'adresse au Parti communiste alg&#233;rien. Selon lui, les &#233;v&#233;nements montrent que &#171; les provocations des 100 seigneurs de la terre, des mines et de la banque, disposant d'agents directs ou inconscients dans certains milieux musulmans qui se pr&#233;tendent nationalistes, ont pu &#234;tre d&#233;jou&#233;es partout o&#249; le PC alg&#233;rien poss&#232;de des organisations puissantes. Le PC alg&#233;rien remplit ainsi sa grande t&#226;che de rassembler les populations alg&#233;riennes sans distinction de race ni de religion dans la lutte contre les tra&#238;tres et les diviseurs et dans une alliance &#233;troite avec le peuple de France contre l'ennemi commun, le fascisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les colonnes de Fraternit&#233;, du 17 mai 1945, les socialistes bl&#226;m&#232;rent ceux qui &#171; avaient sali la grande heure de la Victoire des d&#233;mocraties &#187; et estim&#232;rent que &#171; la grande masse des populations musulmanes n'avait pas encore atteint le degr&#233; d'&#233;volution minimum n&#233;cessaire pour justifier les revendications du Manifeste ; le fait que les &#233;lites dirigeantes aient organis&#233; et d&#233;clench&#233; ce mouvement n'indique pas non plus que celles-ci ont une maturit&#233; politique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le Parti communiste fran&#231;ais d&#233;non&#231;ait l'action &#171; d'agents secrets hitl&#233;riens et d'autres agents camoufl&#233;s dans des organisations, qui se pr&#233;tendent d&#233;mocratiques, au service de l'imp&#233;rialisme fasciste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivant la ligne politique du PCF, le 31 mai 1945, le premier secr&#233;taire du Parti communiste alg&#233;rien d&#233;non&#231;a &#171; la collusion criminelle des faux nationalistes du PPA avec la Haute Administration non &#233;pur&#233;e et les soutiens du fascisme &#187;. L'organe du PCA, Libert&#233;, &#233;voquait un &#171; complot fasciste &#187;, dont les militants du PPA &#233;taient les principaux agents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains cadres du PCA n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; se rendre en d&#233;l&#233;gation aupr&#232;s du gouvernement g&#233;n&#233;ral pour appuyer la r&#233;pression. Le num&#233;ro du 17 mai 1945 de Libert&#233; donnait un compte-rendu pr&#233;cis d'une rencontre entre une d&#233;l&#233;gation du PCA et le chef du cabinet politique et diplomatique du gouverneur g&#233;n&#233;ral. Le compte-rendu expliquait que la d&#233;l&#233;gation de cadres communistes s'&#233;tait &#171; entretenue des provocations des agents hitl&#233;riens du PPA, du PPF et d'autres agents camoufl&#233;s dans des organisations qui se pr&#233;tendent d&#233;mocratiques&#8230; Cette coalition criminelle, apr&#232;s avoir tent&#233; vainement de faire couler le sang&#8230; Elle a soulign&#233; que le but recherch&#233; par cette coalition criminelle est de provoquer une guerre civile] &#187;. Non satisfait de ce type d'appel aux meurtres, &#224; Guelma, au nom de la lutte contre le fascisme, certains communistes particip&#232;rent directement &#224; la r&#233;pression en organisant des milices charg&#233;es d'appuyer les forces coloniales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la situation &#233;tait r&#233;volutionnaire en Alg&#233;rie &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale, en Alg&#233;rie comme sur une bonne partie de la plan&#232;te, l'inexistence de partis r&#233;volutionnaires &#233;tait aussi tr&#232;s g&#233;n&#233;rale et d&#233;truisait l'essentiel des possibilit&#233;s de la situation. La r&#233;volte a &#233;clat&#233; en 1945 en Alg&#233;rie, alors que les travailleurs et les masses populaires ne disposent d'aucune organisation favorable &#224; une r&#233;volution sociale renversant le colonialisme. Le plus important parti dans les masses populaires, alg&#233;riennes comme pied-noires, est le Parti Communiste Alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va d&#233;noncer la lutte d'ind&#233;pendance comme &#171; fasciste &#187;. Le PPA, parti nationaliste de Messali Hadj, qui avait des origines communistes (L'Etoile Nord-africaine), choisit tactiquement de jouer le jeu des &#233;lections dans le cadre colonial, comme l'avait fait l'Association du Manifeste et de la Libert&#233; de Ferhat Abbas. M&#234;me sa frange paramilitaire, l'Organisation Sp&#233;ciale, dirig&#233;e par Ben Bella et A&#239;t Ahmed, plus port&#233;e sur l'action directe comme le montrera son &#233;volution en FLN, affirme qu'il ne fallait pas faire la r&#233;volution sociale, pas de soul&#232;vement en masse, en 1945. Le rapport de l'OS en 1947 sur l'analyse des &#233;v&#233;nements de 1945 dans le Constantinois et dans toute l'Alg&#233;rie, dont voici quelques extraits, est &#233;difiant sur le caract&#232;re contre-r&#233;volutionnaire de la petite bourgeoisie nationaliste radicale :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1947, le ministre PS Depreux r&#233;dige un statut pour l'Alg&#233;rie qui instaure deux coll&#232;ges &#233;lectoraux : le premier comprend les &#171; citoyens fran&#231;ais de plein droit &#187; et 58 000 &#171; citoyens de statut local &#187; parmi les &#171; musulmans &#187; ; le second r&#233;unit 1 300 000 &#171; musulmans &#187; qui &#233;lisent une Assembl&#233;e alg&#233;rienne. Une voix d'Europ&#233;en vaut ainsi huit voix d'Arabes. Le PCF s'abstient :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans le moment pr&#233;sent, &#171; l'ind&#233;pendance &#187; de l'Alg&#233;rie constituerait &#224; la fois un leurre et une consolidation des bases de l'imp&#233;rialisme en Alg&#233;rie et dans le monde : les communistes condamnent cette position fausse&#8230; Nous sommes en effet convaincus que l'Union fran&#231;aise, malgr&#233; toutes les imperfections&#8230; donne actuellement aux peuples d'Outre-mer la seule possibilit&#233; de marcher s&#251;rement &#224; la conqu&#234;te de la libert&#233; et de la d&#233;mocratie. &#187;&lt;/i&gt; (Cahiers du communisme, septembre 1947, p. 869)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons l'article de L&#233;on Feix, dans les Cahiers du communisme de septembre 1947. L'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie n'y est pas consid&#233;r&#233;e comme souhaitable, ni m&#234;me comme in&#233;vitable : elle est pr&#233;sent&#233;e comme une solution fausse, une th&#232;se condamnable, que les communistes doivent rejeter :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La th&#232;se de l'ind&#233;pendance imm&#233;diate de l'Alg&#233;rie, pr&#233;conis&#233;e par le Parti du Peuple alg&#233;rien (PPA) conduirait aux pires d&#233;boires. La situation actuelle de l'Alg&#233;rie, pays colonial dont l'&#233;conomie a &#233;t&#233; volontairement maintenue dans un &#233;tat arri&#233;r&#233;, le ferait passer imm&#233;diatement sous la coupe des trusts am&#233;ricains. &#187; Et plus loin : &#171; Les communistes ne sauraient soutenir la fraction du mouvement national alg&#233;rien qui pr&#233;conise pour ce pays l'ind&#233;pendance imm&#233;diate, car cette revendication ne sert pas les int&#233;r&#234;ts de l'Alg&#233;rie et de la France. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1954 commence la guerre d'Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 Mars 1956, le Bureau politique du P.C.F. publie une d&#233;claration qui sera &#224; la base de la lutte du P.C.F. &#224; un moment o&#249; il escompte sortir de l'isolement : &lt;i&gt;&#171; Nous sommes pour l'existence et pour la permanence des liens politiques, &#233;conomiques et culturels, particuliers entre la France st l'Alg&#233;rie... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1956, la coalition de &#171; Front r&#233;publicain &#187;, compos&#233;e essentiellement de socialistes et de radicaux, gagna les &#233;lections avec 30% des voix et 170 d&#233;put&#233;s, gr&#226;ce &#224; une campagne pour &#171; la paix en Alg&#233;rie &#187;. Le dirigeant du Parti Socialiste Guy Mollet se retrouva &#224; la t&#234;te du gouvernement avec le soutien du Parti Communiste (qui repr&#233;sentait 26% des voix et 150d&#233;put&#233;s). Pourtant si Guy Mollet pr&#233;tendait que &#171; l'objectif de la France, la volont&#233; du gouvernement c'est avant tout de r&#233;tablir la paix &#187;, il ajoutait &#233;galement : &#171; Dans l'imm&#233;diat, le potentiel militaire des forces d&#233;ploy&#233;es en Alg&#233;rie ne peut encore &#234;tre diminu&#233;. Les besoins des troupes seront satisfaits et leur rel&#232;ve assur&#233;e. &#187; Mais le PCF fit comme s'il n'avait pas entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 12 mars 1956, les pouvoirs sp&#233;ciaux furent vot&#233;s avec l'apport du PCF. Ce vote signifiait pourtant la suspension de toutes les libert&#233;s individuelles en Alg&#233;rie et l'intensification de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 avril 1956, le gouvernement du socialiste Guy Mollet d&#233;cidait de rappeler 70000 soldats du contingent &#171; disponibles &#187; pour intensifier la guerre contre le peuple alg&#233;rien en lutte pour son ind&#233;pendance. Le service militaire passait de 18 mois &#224; 27 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations de rappel&#233;s commenc&#232;rent dans les jours qui suivirent cette d&#233;cision. La plupart de ces soldats avaient un travail et n'avaient aucune envie de quitter leur famille, ni de risquer de se faire tuer pour une guerre dont ils pensaient qu'elle ne les concernait pas. Ils b&#233;n&#233;ficiaient souvent du soutien d'une partie de la population. Parfois, dans une usine, quand un ouvrier recevait sa feuille de route, les ouvriers d&#233;brayaient en signe de protestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme en 1955, les rappel&#233;s tentaient de bloquer les trains, refusaient de monter, saccageaient la gare, insultaient les officiers et, une fois dans le train, tiraient les sonnettes d'alarme pour l'arr&#234;ter. Ce fut le cas le mercredi 18avril &#224; Vauvert dans le Gard, o&#249; un millier de personnes bloqu&#232;rent l'autorail qui devait emmener les douze rappel&#233;s de la commune. Des faits similaires se produisirent le 3mai &#224; L&#233;signan, le 10mai &#224; Saint-Aignan-des-Noyers dans le Loir-et-Cher, le 17mai au Mans. Le 18mai, &#224; Grenoble, des milliers de manifestants s'oppos&#232;rent au d&#233;part d'un train de rappel&#233;s. Le m&#234;me jour, 700rappel&#233;s mettaient &#224; sac la gare de Dreux aux cris de &#171; Lacoste au poteau &#187; (Lacoste &#233;tait le ministre socialiste r&#233;sident &#224; Alger), &#171; Mollet au poteau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ports aussi des mouvements eurent lieu, le 24 mai au Havre, le 28 mai &#224; Saint-Nazaire o&#249; 8000 ouvriers d&#233;bray&#232;rent et manifest&#232;rent &#224; la gare avec 200 rappel&#233;s du contingent. Et cela continua durant tout le mois de juin et au d&#233;but juillet. Partout, on assistait &#224; peu pr&#232;s au m&#234;me sc&#233;nario : des manifestants accompagnaient les rappel&#233;s en bloquant les voies, en coulant du ciment dans les aiguillages ou en d&#233;crochant les attelages des voitures. Souvent suivaient des affrontements avec les CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les casernes connurent aussi des troubles. Le 19 mai, les soldats rappel&#233;s du 92e RI forc&#232;rent les grilles de la caserne de Montlu&#231;on &#224; pr&#232;s de 800. Le m&#234;me jour, &#224; &#201;vreux, cinq cents rappel&#233;s du 9er&#233;giment d'infanterie coloniale manifest&#232;rent dans les rues et &#224; l'int&#233;rieur de la caserne aux cris de : &#171; Pas d'envoi de disponibles ! &#187;, &#171; Paix en Alg&#233;rie &#187;. Le 8 juillet encore, au camp de Mourmelon, trois mille rappel&#233;s conspu&#232;rent leurs officiers et prirent le contr&#244;le du camp et du d&#233;p&#244;t d'armes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces explosions &#233;taient aussi br&#232;ves que soudaines, et les rappel&#233;s finissaient par partir. Hormis quelques rares cas de soldats qui refus&#232;rent de combattre, ils se retrouv&#232;rent pris dans l'engrenage de cette &#171; sale guerre &#187; coloniale. Et de 200000 hommes d&#233;but 1956, les troupes en Alg&#233;rie pass&#232;rent &#224; 450000 en juillet 1956, et &#224; 500000 en 1957.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rappel&#233;s se battaient sans soutien des syndicats, ni des partis. De ce fait, une fois l'explosion de col&#232;re pass&#233;e, ils ne savaient pas quoi faire de plus. Certes, il se trouva nombre de militants ouvriers, de syndicalistes, de militants du Parti Communiste pour initier ces mouvements, et m&#234;me pour les organiser. Mais ces militants &#233;taient aussi livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne parlons pas du Parti Socialiste qui &#233;tait au pouvoir et dont le dirigeant, Guy Mollet, avait pris l'initiative d'intensifier la guerre. Mais le PCF, qui condamnait la guerre en parole, dans les colonnes de l'Humanit&#233;, n'entreprit rien pour g&#234;ner le gouvernement. Son vote des pouvoirs sp&#233;ciaux &#224; Guy Mollet, que le PCF justifia par la n&#233;cessit&#233; de pr&#233;server l'unit&#233; entre ouvriers communistes et socialistes, signifiait clairement qu'il comptait lui laisser carte blanche pour faire la guerre. En fait, le Parti Communiste voulait se pr&#233;server des chances pour gouverner &#224; nouveau avec les socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sa propagande &#233;tait limit&#233;e. Le PCF r&#233;clamait la &#171; paix en Alg&#233;rie &#187;, des &#171; n&#233;gociations pour un cessez-le-feu &#187; et d&#233;non&#231;ait la r&#233;pression. L'Alg&#233;rie &#233;tait une &#171; nation en formation &#187;. Il parlait du &#171; fait national alg&#233;rien &#187;. En un mot, il ne prenait pas clairement position pour l'ind&#233;pendance imm&#233;diate et sans condition de l'Alg&#233;rie. Le Parti Communiste ne chercha pas &#224; appuyer les manifestations, &#224; les coordonner, &#224; donner des perspectives concr&#232;tes &#224; tous ces militants qui tentaient de r&#233;agir comme ils le pouvaient. Ce faisant, il &#233;c&#339;ura nombre de militants ouvriers fran&#231;ais, parmi les rappel&#233;s en particulier, qui se sentaient &#224; juste titre &#171; l&#226;ch&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plus fort des manifestations des rappel&#233;s, on pouvait lire dans l'Humanit&#233; dat&#233; du 30 mai 1956 : &#171; Ce qu'il faut faire ? On l'entend journellement dans les gares, on le lit sur les murs : c'est n&#233;gocier avec ceux qui peuvent faire taire les armes, avec ceux contre qui on se bat. Dans les jours &#224; venir, des millions de Fran&#231;ais s'emploieront &#224; le faire savoir aux d&#233;put&#233;s. &#187; Voil&#224; tout ce que proposait le PCF, l'organisation de d&#233;l&#233;gations aupr&#232;s de d&#233;put&#233;s qui soutenaient Guy Mollet dans sa politique de r&#233;pression !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti Communiste fit encore moins appel au reste de la classe ouvri&#232;re, qui seule pouvait paralyser l'effort de guerre. L&#224; encore, il laissait les militants livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF ne prit pas non plus d'initiatives en ce qui concernait la solidarit&#233; avec les travailleurs alg&#233;riens en France, ou pour d&#233;fendre les militants alg&#233;riens contre la r&#233;pression. Il laissa les travailleurs alg&#233;riens r&#233;agir seuls, sans soutien des travailleurs fran&#231;ais, contribuant &#224; creuser le foss&#233; entre travailleurs alg&#233;riens et travailleurs fran&#231;ais. Ce fut le cas le 5juillet 1956, lorsque les travailleurs alg&#233;riens furent appel&#233;s &#224; faire une journ&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale en Alg&#233;rie et en France. L'Humanit&#233; en fit le compte rendu : 3000 ouvriers alg&#233;riens en gr&#232;ve &#224; Renault, 1100 chez Panhard, &#233;galement &#224; Citro&#235;n, &#224; Chausson. La liste &#233;tait longue, mais le PCF n'avait pas appel&#233; les travailleurs fran&#231;ais &#224; les rejoindre dans cette gr&#232;ve. L'attitude g&#233;n&#233;rale de la CGT, li&#233;e au PCF, fut identique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours &#224; l'Assembl&#233;e du 20 Mars 1957, L. Casanova r&#233;sume clairement cette politique :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Notre parti tient compte des donn&#233;es de fait compl&#233;mentaires que voici, d'abord l'existence entre la France et l'Alg&#233;rie de liens historiques concrets. Ensuite, la pr&#233;sence sur le sol d'Afrique, depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations d'une population alg&#233;rienne d'origine fran&#231;aise et europ&#233;enne dont les int&#233;r&#234;ts n'ont rien &#224; voir avec le colonialisme. Enfin, l'assistance dont les peuples nouvellement &#233;mancip&#233;s ont besoin pour combler le retard que le r&#233;gime colonial leur a impos&#233; &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de telles pr&#233;misses, le P.C.F. se prononce (Fajon, 13-4-56) &lt;i&gt;&#171; pour l'existence de liens durables entre la France et l'Alg&#233;rie dans l'ordre politique, &#233;conomique et culture ! au sein d'une v&#233;ritable Union Fran&#231;aise &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1956, dans les Cahiers du Communisme, L. Feix explicite les fondements doctrinaux de l'attitude du P.C.F. :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Certains dirigeants nationalistes pr&#233;conisent la fusion des trois pays au sein d'un Maghreb arabe ou musulman, li&#233; &#224; tous les pays arabes ou musulmans, depuis le Maroc jusqu'au Pakistan. C'est l&#224; une vieille id&#233;e de la Ligue arabe, reprise et impuls&#233;e par les milieux bourgeois dirigeants du Caire et de Karachi... Voil&#224; longtemps que L&#233;nine et Staline ont montr&#233; le caract&#232;re forc&#233;ment r&#233;actionnaire des courants bas&#233;s sur la race ou la religion. Il est tout naturel que les Alg&#233;riens, les Tunisiens, les Marocains &#233;prouvent les uns pour les autres des sentiments fraternels. Il est &#233;galement naturel qu'ils &#233;prouvent une grande sympathie pour les peuples du Proche et du Moyen-Orient, tant en raison de la communaut&#233; de religion et de la similitude de langue, que du soutien qu'ils ont re&#231;u de ces peuples au cours de ces derni&#232;res ann&#233;es. Mais cela ne justifie pas une communaut&#233; politique contre laquelle jouent tant d'&#233;l&#233;ments historiques, g&#233;ographiques, &#233;conomiques et autres. Une autre voie est possible ou mieux, encore possible, pour les peuples d'Afrique du Nord : la voie de l'Union Fran&#231;aise &#187;. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; S'il est possible pour les Fran&#231;ais en Alsace et en Lorraine d'avoir un statut religieux sp&#233;cial... pourquoi l'ayant admis une fois dans l'esprit de l'unit&#233; fran&#231;aise, ne pourrions-nous le consentir pour la m&#234;me raison aux musulmans d'Alg&#233;rie ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; Unir tous les hommes qui veulent vivre libres... tous les Fran&#231;ais de France et tous les Fran&#231;ais d'Alg&#233;rie, les Fran&#231;ais naturalis&#233;s, les isra&#233;lites et vous aussi les musulmans arabes et berb&#232;res, tous les fils unis par le sang, du moins par le c&#339;ur de la grande r&#233;volution fran&#231;aise &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le droit au divorce n'entra&#238;ne pas l'obligation de divorcer &#187;&lt;/i&gt;, affirme M. Thorez qui conclut &#224; la n&#233;cessit&#233; de l'union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF, comme la CGT, ne firent vraiment rien pour tenter d'arr&#234;ter cette guerre coloniale. En s'appuyant sur cette mobilisation des mois de mai et juin 1956, il aurait pourtant peut-&#234;tre &#233;t&#233; possible d'y parvenir. L'immense majorit&#233; des rappel&#233;s voulait simplement ne pas partir. Mais, avec le soutien du reste de la classe ouvri&#232;re, il y avait peut-&#234;tre une possibilit&#233; d'emp&#234;cher l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais de mener &#224; bien la r&#233;pression contre le peuple alg&#233;rien. En tout cas, m&#234;me si cette tentative n'avait pas &#233;t&#233; couronn&#233;e de succ&#232;s, cela aurait au moins permis que les travailleurs alg&#233;riens n'aient pas le sentiment de ne rien avoir &#224; attendre de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes organisations se r&#233;clamant de la classe ouvri&#232;re se firent de fait une fois de plus les complices de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;volution prol&#233;tarienne en Asie &#224; la fin de la deuxi&#232;me guerre mondiale</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article63</link>
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		<dc:date>2011-01-08T06:48:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Max</dc:creator>


		<dc:subject>Asie Asia</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>prol&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Inde India</dc:subject>
		<dc:subject>1943-1947</dc:subject>
		<dc:subject>Vietnam</dc:subject>
		<dc:subject>Indon&#233;sie Indonesia</dc:subject>
		<dc:subject>Pakistan</dc:subject>

		<description>
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La r&#233;volution prol&#233;tarienne en Asie &lt;br class='autobr' /&gt;
Un dirigeant bourgeois d&#233;clarait : &#171; le Japon vaincu a gagn&#233;. L&#224; o&#249; les japonais sont pass&#233;s, ils ont d&#233;moli l'id&#233;e de la sup&#233;riorit&#233; du colonialisme occidental &#187;. Le 16 ao&#251;t 45, c'est la d&#233;faite japonaise. Ce m&#234;me mois &#233;clatent des mouvements insurrectionnels en m&#234;me temps en Indon&#233;sie, en Cor&#233;e, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;volution prol&#233;tarienne en Asie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dirigeant bourgeois d&#233;clarait : &#171; le Japon vaincu a gagn&#233;. L&#224; o&#249; les japonais sont pass&#233;s, ils ont d&#233;moli l'id&#233;e de la sup&#233;riorit&#233; du colonialisme occidental &#187;. Le 16 ao&#251;t 45, c'est la d&#233;faite japonaise. Ce m&#234;me mois &#233;clatent des mouvements insurrectionnels en m&#234;me temps en Indon&#233;sie, en Cor&#233;e, au Vietnam. Il ne s'agit pas de mouvements de gu&#233;rillas paysannes comme on l'a souvent pr&#233;sent&#233; pour dire que la direction nationaliste &#233;tait une fatalit&#233;. Dans les trois cas, ces mouvements ont lieu dans les grandes villes, et dans les trois cas ils sont essentiellement populaires et m&#234;me prol&#233;tariens.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br /&gt;
Indon&#233;sie&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;C'est en Indon&#233;sie que la r&#233;volution a commenc&#233;. Ao&#251;t 1945 au d&#233;part des japonais, quand les Hollandais &#224; peine ressortis de prison veulent remettre en place la dictature coloniale, les ind&#233;pendantistes et les staliniens d'Indon&#233;sie prennent les armes et le pouvoir. Ils proclament imm&#233;diatement l'ind&#233;pendance mais ils ne parviendront &#224; virer compl&#232;tement le colonialisme hollandais qu'en 1949. Le courant nationaliste bourgeois de Soekarno, le parti national, est loin d'&#234;tre le seul. Bien que d&#233;capit&#233; par une r&#233;pression f&#233;roce des hollandais lors de l'insurrection de 1928 le PKI, le parti communiste est au moins aussi puissant et beaucoup plus influent dans la classe ouvri&#232;re. Sa strat&#233;gie est le soutien total &#224; Soekarno au point que le parti communiste met toute son &#233;nergie freiner la lutte des ouvriers et des paysans, &#224; emp&#234;cher les occupations d'usines, et de terres des plantations &#233;trang&#232;res et des grands propri&#233;taires, &#224; justifier le rachat des propri&#233;t&#233;s nationalis&#233;es par l'Etat, &#224; justifier le d&#233;sarmement des travailleurs et la formation de l'arm&#233;e bourgeoise. Rapidement les forces nationalistes se trouvent circonscrites dans l'&#238;le de Java, la plus peupl&#233;e. Mais m&#234;me l&#224;, une insurrection populaire partie de Madium conteste le pouvoir de Soekarno. Le parti communiste, bien que r&#233;ticent &#224; mener une politique offensive contre la bourgeoisie nationaliste, est port&#233; &#224; la t&#234;te de l'insurrection par les masses populaires. Celle-ci fut noy&#233;e dans le sang par l'arm&#233;e de Soekarno et les militants du parti communiste sont pourchass&#233;s. Un avant go&#251;t de ce qui allait se passer des ann&#233;es plus tard o&#249; cette m&#234;me arm&#233;e assassinera le parti communiste indon&#233;sien qui &#233;tait le plus grand parti communiste de tous les pays du bloc non communiste, faisant en trois mois un v&#233;ritable massacre, des centaines de milliers de victimes, dans les rangs de ce parti qui comptait 15 millions de membres en comptant toutes les associations qu'il dirigeait. Un parti communiste qui avait pourtant &#233;t&#233; &#224; nouveau un soutien sans faille au r&#233;gime nationaliste qui cependant n'&#233;tait qu'une f&#233;roce dictature qui s'est content&#233;e de faire passer l'exploitation p&#233;troli&#232;re de la compagnie Shell &#224; la Standard Oil et de surexploiter violemment la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Inde&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Les Anglais constatant qu'il y a un mouvement r&#233;volutionnaire irr&#233;sistible, pr&#233;f&#232;rent c&#233;der le pouvoir d'eux-m&#234;mes &#224; des nationalistes avec lesquels ils tentent des accords pour conserver leurs int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques plut&#244;t que de risquer que les masses populaires ne s'embrasent. Le travailliste, le major Attlee qui a succ&#233;d&#233; &#224; Churchill d&#233;clare qu'il craint un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire des masses en Inde et c'est comme cela qu'il obtient tr&#232;s rapidement l'accord de la bourgeoisie anglaise pour c&#233;der &#224; toute vitesse l'ind&#233;pendance ce que l'Angleterre n'envisageait absolument pas un an plus t&#244;t. En octobre 1946 il explique &#224; la chambre que tout retard dans l'accession &#224; l'ind&#233;pendance provoquera des graves troubles r&#233;volutionnaires selon le compte rendu de la mission minist&#233;rielle qu'il a envoy&#233;e sur place et que selon lui il sera inutile et impossible d'amener suffisamment de renforts sur place. Il est certain que la population anglaise qui r&#233;clamait d'abord et avant tout sa d&#233;mobilisation et qui venait de faire chuter Churchill le repr&#233;sentant de tous les sacrifices consentis au nom de l'effort de guerre ne se sentait pas pr&#234;te &#224; verser son sang pour lutter contre la population de l'Inde soulev&#233;e. Et en f&#233;vrier 47 &#224; la chambre des lords Pethic-Lawrence d&#233;clare que l'on a d&#233;j&#224; trop tard&#233; que selon ses termes &#171; il existe en Inde une situation et un danger r&#233;volutionnaire extr&#234;me, que si le transfert du pouvoir ne s'effectue pas &#224; bref d&#233;lai la r&#233;volution dont l'&#233;ruption a &#233;t&#233; momentan&#233;ment retard&#233;e par l'annonce de la pr&#233;paration de l'ind&#233;pendance par la mission minist&#233;rielle &#233;clatera in&#233;vitablement &#187;. L'exemple Birman montre toute l'utilit&#233; d'aller vers l'ind&#233;pendance qui a permis en janvier 1947 un rapprochement entre l'Angleterre et le nationaliste Ang San ce qui leur a permis de casser l'alliance entre les nationalistes mod&#233;r&#233;s et radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Inde la direction incontest&#233;e de la bourgeoisie nationale est le parti du congr&#232;s de Gandhi. Sa position est caract&#233;ristique vis &#224; vis de la classe ouvri&#232;re : aucune ind&#233;pendance syndicale. Ainsi la seule organisation syndicale qui lui soit li&#233;e, celle des ouvriers du textile d'Ahmedabad qui lui sont li&#233;es, est organis&#233;es syndicalement au sein du parti s&#233;par&#233;ment du reste du mouvement ouvrier qui appartient &#224; une f&#233;d&#233;ration unifi&#233;e regroupant tous les autres syndicalistes des staliniens aux r&#233;formistes et aux militants radicaux. Le mouvement ouvrier organis&#233; compte autant de membres que le parti du congr&#232;s soit 400 000 membres chacun en 1935. Mais plus la revendication politique devient pr&#233;pond&#233;rante, plus la distance s'accro&#238;t en faveur de la formation nationaliste bourgeoise faute d'une politique du mouvement ouvrier. Directement li&#233; aux propri&#233;taires fonciers, industriels et commer&#231;ants, le parti du congr&#232;s est r&#233;ticent &#224; inclure toute mesure sociale y compris un programme agraire dans ses revendications ce qui laisserait une &#233;norme marge pour un mouvement ouvrier r&#233;volutionnaire afin de s'adresser &#224; une paysannerie en r&#233;volte. Tout mouvement &#224; caract&#232;re r&#233;volutionnaire contre l'imp&#233;rialisme anglais d&#233;borderait in&#233;vitablement le mouvement politique bourgeois puisque celui-ci s'interdit toute insurrection arm&#233;e contre les anglais. Le mouvement nationaliste de Gandhi appelle les masses au pacifisme sous des pr&#233;textes philosophiques. N'oublions pas que cette philosophie n'avait pas emp&#234;ch&#233; Gandhi de choisir d'appeler les Indiens &#224; soutenir l'effort de guerre de l'imp&#233;rialisme britannique pendant la premi&#232;re guerre mondiale. Par contre, la mont&#233;e du mouvement ind&#233;pendantiste avant guerre va le contraindre &#224; une position plus radicale. En octobre 1939, 90 000 ouvriers d'industrie de Bombay participent &#224; une gr&#232;ve politique contre la guerre qui va obliger le parti du congr&#232;s &#224; une petite d&#233;claration de non coop&#233;ration &#224; la guerre aux c&#244;t&#233;s des anglais. C'est seulement en 1941 qu'il peut &#224; nouveau offrir sa coop&#233;ration &#224; l'effort de guerre anglais. Mais, de 1942 &#224; 1944, l'imp&#233;rialisme anglais ne veut qu'&#233;craser le mouvement nationaliste et pratique des arrestations massives de ses dirigeants comme des militants plus radicaux. Et ce jusqu'&#224; la fin de la guerre. C'est pour n&#233;gocier avec eux de leur donner le pouvoir &#224; l'ind&#233;pendance que l'imp&#233;rialisme anglais les fait lib&#233;rer en 1945. L'ann&#233;e 1946 est marqu&#233;e par la mont&#233;e des luttes ouvri&#232;res et par une v&#233;ritable maturation r&#233;volutionnaire qui d&#233;bute par une mutinerie militaire. Les marins d'une caserne d'entra&#238;nement de Bombay manifestent leur m&#233;contentement le 18 f&#233;vrier 1946. Le lendemain il s'agit d&#233;j&#224; d'un v&#233;ritable soul&#232;vement de plus de 20 000 marins casern&#233;s &#224; Bombay et de 20 b&#226;timents ancr&#233;s dans le port. Les marins soulev&#233;s &#233;lisent un comit&#233; central de gr&#232;ve. Et &#224; Karachi des troubles semblables se produisent. Face &#224; la menace de r&#233;pression violente le comit&#233; central de gr&#232;ve de la flotte en appelle aux travailleurs. Le parti du congr&#232;s et la ligue musulmane, les organisations ind&#233;pendantistes de la bourgeoisie refusent leur soutien au soul&#232;vement. Les 22 et 23 f&#233;vrier la bataille fait rage dans Bombay o&#249; la population ouvri&#232;re qui a pris le parti des mutin&#233;s est violemment r&#233;prim&#233;e : 250 morts. Parti du Congr&#232;s et Ligue musulmane contraignent finalement les marins &#224; se rendre et le comit&#233; de gr&#232;ve d&#233;clare : &#171; nous nous rendons &#224; l'Inde mais pas &#224; l'Angleterre &#187;. Les mutins sont s&#233;v&#232;rement condamn&#233;s par les partis bourgeois. Gandhi les traite de &#171; racaille &#187; et de combinaison impie d'hindous et de musulmans &#187;. Les dirigeants musulmans d&#233;clarent que la flotte doit &#234;tre disciplin&#233;e. C'est l&#224; le point commun que ces partis bourgeois ont avec l'Angleterre : la crainte commune du d&#233;clenchement d'un mouvement de masse r&#233;volutionnaire. Et cela alors qu'ont lieu aussi des troubles dans l'arm&#233;e anglaise des Indes. Les tommies qui veulent rentrer plus vite et sentent que &#231;a va chauffer manifestent pour rentrer plus vite en Angleterre que ce soit &#224; Delhi ou dans l'Uttar Pradesh. Au m&#234;me moment, les luttes gr&#233;vistes des travailleurs sont au point le plus &#233;lev&#233; jamais atteint avec la gr&#232;ve insurrectionnelle de deux millions de travailleurs dans un climat de tension extraordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire diversion ces formations nationalistes, la Ligue musulmane et le Hindu Masahabha, organisent des manifestations d'opposition inter-ethnique, principalement dans le Bengale et dans le Bihar avec des heurts sanglants entre les communaut&#233;s religieuses. La Ligue musulmane annonce qu'elle r&#233;clame la partition du pays sur des bases religieuses hindous d'un c&#244;t&#233; et musulmans de l'autre. Cette id&#233;e a &#233;t&#233; en fait discut&#233;e par la Ligue &#224; Londres et c'est l'imp&#233;rialisme anglais qui en a fait lui-m&#234;me la suggestion pour d&#233;tourner le m&#233;contentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la r&#233;pression et malgr&#233; les diversions racistes, dans les mois qui suivent, le pays plonge dans le soul&#232;vement et le chaos. Dans des r&#233;gions enti&#232;res, plus personne n'ob&#233;it plus &#224; l'administration colonialiste. Dans ces conditions, l'Angleterre acc&#233;l&#232;re &#224; toute vitesse le plan d'accession &#224; l'ind&#233;pendance. Sign&#233; d&#233;but juillet 1947, le plan de partage en Inde et Pakistan, est adopt&#233; le 18 juillet et le nouveau pouvoir install&#233; le 15 ao&#251;t 1947. On n'aura jamais vu un pouvoir colonial aussi press&#233; de donner sa place !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace prol&#233;tarienne en Inde &#233;tait tout ce qu'il y a de plus s&#233;rieuse. Les salari&#233;s repr&#233;sentaient 55% de population des villes et les travailleurs ind&#233;pendants n'exploitant personne 32% alors que les employeurs n'y &#233;taient que 1%. L'essentiel du prol&#233;tariat travaillait dans de grandes entreprises industrielles et pr&#232;s des trois quarts vivaient dans de tr&#232;s grandes cit&#233;s. Et la lutte s'est d&#233;roul&#233;e essentiellement dans les villes. Il y aurait eu pour une r&#233;volution prol&#233;tarienne un &#233;norme potentiel de soutien d'une paysannerie tr&#232;s exploit&#233;e et r&#233;volt&#233;e. L'influence de la grande bourgeoisie sur le petite et moyenne &#233;tait faible et c'est l'absence politique des travailleurs alors que les poss&#233;dants ont eu des dirigeants de haut niveau capables d'unir toutes les classes poss&#233;dantes indiennes qui a permis aux grands propri&#233;taire, banquiers et grands commer&#231;ants de tenir le haut du pav&#233;. Le parti communiste indien ne risquait pas de repr&#233;senter m&#234;me de mani&#232;re d&#233;form&#233;e une politique de classe pour les travailleurs, lui qui proclamait vouloir &#171; un gouvernement de d&#233;mocratie populaire qui sera celui de tous les groupes, individus et partis d&#233;mocratiques repr&#233;sentant les ouvriers, les paysans, les classes moyennes et la bourgeoisie nationale, celle qui est favorable &#224; une v&#233;ritable industrialisation du pays et &#224; l'ind&#233;pendance de l'Inde &#187;. Pour se donner un visage plus radical que celui qu'il a eu au moment de l'ind&#233;pendance, le parti communiste soutient un soul&#232;vement paysan arm&#233; de deux r&#233;gions en 1948 l'Andhra et Telengana o&#249; sur un territoire de 4000 km&#178; 2000 villages sont organis&#233;s en comit&#233;s populaires, soul&#232;vement qui est r&#233;prim&#233; dans le sang par la nouvelle arm&#233;e de l'Inde ind&#233;pendante, en guise d'avertissement aux couches populaires. La classe ouvri&#232;re a tr&#232;s vite eu &#224; s'opposer &#224; ce nouveau pouvoir avec notamment une grande gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de la ville de Calcutta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'absence d'une politique ouvri&#232;re ind&#233;pendante n'est pas due &#224; l'absence de soutien qu'il rencontrerait dans la population. Ainsi aux premi&#232;re &#233;lections g&#233;n&#233;rales en Inde, le parti communiste recueille quand m&#234;me plus de 6 millions de voix et quatre autres groupes se r&#233;clamant de l'extr&#234;me gauche font respectivement 2,5 millions de voix, 1,1 millions, un million et 400 000 voix &#224; rajouter aux 22, 8 millions de voix obtenues par l'opposition socialiste et communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons l'ouvrage de &lt;strong&gt;Charles Bettelheim &lt;/strong&gt;&#171; L'Inde ind&#233;pendante &#187; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; La naissance de L'union indienne est intimement li&#233;e &#224; l'action du Congr&#232;s national indien (parti du Congr&#232;s). Cette action elle-m&#234;me n'a pu aboutir que parce que, sur les ruines de l'ancienne soci&#233;t&#233;, s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;es des forces sociales nouvelle, une bourgeoisie et un prol&#233;tariat, qui devaient s'opposer de fa&#231;on de plus en plus active &#224; la domination &#233;trang&#232;re. (&#8230;) Au cours d'une premi&#232;re p&#233;riode, qui s'&#233;tend jusqu'&#224; 1905, le parti du Congr&#232;s a &#233;t&#233;, essentiellement, le porte-parole de la grande bourgeoisie indienne et des couches sup&#233;rieures des classes moyennes cultiv&#233;es. Il se fixait pour but l'ind&#233;pendance nationale. Il d&#233;sirait voir les Britanniques mettre en &#339;uvre une politique de r&#233;formes sociales et de progr&#232;s &#233;conomique. (&#8230;) En 1905, ann&#233;e de la premi&#232;re victoire d'un Etat d'Asie, le Japon, sur une puissance europ&#233;enne et ann&#233;e de la premi&#232;re r&#233;volution russe, le parti du Congr&#232;s se prononce pour le boycott &#233;conomique des Anglais afin de protester contre le partage du Bengale. (...) Pendant la guerre de 1914-18, le parti du Congr&#232;s se prononce pour le soutien de la guerre, Gandhi lui-m&#234;me demande aux Indiens de s'engager dans l'arm&#233;e anglaise. A la fin de la guerre mondiale, le parti du Congr&#232;s est pr&#234;t &#224; accepter, avec quelques r&#233;serves, les r&#233;formes promulgu&#233;es par le gouvernement britannique. (&#8230;) Cependant, le mouvement des masses (mouvement qui se manifeste principalement par un puissant essor des gr&#232;ves ouvri&#232;res), la mise en &#339;uvre par le gouvernement britannique d'une politique de r&#233;pression, puis la vague d'indignation que cette r&#233;pression suscite dans la population indienne conduisent le parti du Congr&#232;s &#224; raidir ses positions. Ces positions plus combatives sont abandonn&#233;es par Gandhi en 1922. Tout semble indiquer que ce revirement correspond &#224; la crainte de voir le Congr&#232;s d&#233;bord&#233; par l'action des masses. Cette interpr&#233;tation est celle que Jawaharlal Nehru lui-m&#234;me semble admettre (dans &#171; Une autobiographie &#187;). Peu &#224; peu, cependant, l'activit&#233; syndicale et politique de la classe ouvri&#232;re indienne prend de la force. Les organisations syndicales se multiplient et deviennent permanentes. Le Gouvernement doit m&#234;me reconna&#238;tre officiellement leur existence par le Trade Union Act (1926) qui, d'ailleurs, impose de nombreuses limitations &#224; la libert&#233; et &#224; l'action syndicales. Au cours des ann&#233;es 1922-27, le Trade Union Congress se remplit d'une vie syndicale r&#233;elle et, en 1927, il compte 57 syndicats affili&#233;s et 150.000 membres environ. La direction du mouvement syndical &#233;chappe alors, progressivement, au parti du Congr&#232;s et passe &#224; des syndicalistes ainsi qu'&#224; des militants se r&#233;clamant du socialisme ou du mouvement communiste indien. L'essor syndical se poursuit malgr&#233; une r&#233;pression s&#233;v&#232;re. De nouvelles centrales se forment. Parall&#232;lement, sur le plan politique, on assiste &#224; la naissance des partis ouvriers et paysans n&#233;s de la jonction des militants les plus combatifs du mouvement syndical et des &#233;l&#233;ments de la gauche du parti du Congr&#232;s. D'abord constitu&#233; sur une base provinciale (au Bengale, &#224; Bombay, dans les Provinces-Unies, au Pendjab, etc&#8230;), ces partis s'unissent pour former en 1928 le parti pan-indien des ouvriers et des paysans.(&#8230;) &lt;br /&gt;
En 1935, avec la promulgation du Government of India Act, la partie &#171; provinciale &#187; de cet acte va donner l'occasion au parti du Congr&#232;s de participer pour la premi&#232;re fois sur une large &#233;chelle &#224; la gestion des affaires publiques. (&#8230;) Sur le plan syndical, l'&#233;v&#233;nement important est la fusion qui a lieu en 1935, du Red Trade Union Congress, centrale &#224; direction communiste qui s'&#233;tait form&#233;e en 1930, et du All India Trade Union Congress. En 1938, la fusion s'effectue aussi avec la National Federation of Trade Unions &#224; direction r&#233;formiste. Le mouvement syndical indien est alors unifi&#233; &#224; l'exception de l'Association des travailleurs du textile d'Ahmedabad cr&#233;e par Gandhi et qui est toujours rest&#233;e en dehors du mouvement ouvrier et compte environ 400 000 membres en 1938-39. Au sein du parti du Congr&#232;s, les id&#233;es socialistes trouvent un &#233;cho. Leurs partisans se regroupent dans le parti socialiste du Congr&#232;s (form&#233; en 1934). (&#8230;)&lt;br /&gt;
La Ligue musulmane avait &#233;t&#233; fond&#233;e en 1906 &#224; l'initiative des autorit&#233;s britanniques. Celles-ci cherchaient &#224; opposer une force nouvelle au Congr&#232;s dont l'orientation leur d&#233;plaisait de plus en plus. (&#8230;) Les &#233;lections ont lieu en 1937 dans les diff&#233;rentes &#171; provinces &#187;. Ces &#233;lections, tenues sur une base censitaire, aboutissent &#224; une victoire &#233;crasante du Congr&#232;s. La Ligue musulmane, par contre, n'obtient que de maigres r&#233;sultats : 4,6% du total des votes musulmans. L'accession du parti du Congr&#232;s aux gouvernements de la majorit&#233; des Provinces accro&#238;t consid&#233;rablement son prestige. En 1938-39, le Congr&#232;s est devenu un parti de masse comptant 4 400 000 membres, contre environ 500 000 trois ans plus t&#244;t. L'action pratique du parti du Congr&#232;s &#224; travers les gouvernements provinciaux qu'il dirige se trouve doublement limit&#233;e : par les pouvoirs restreints dont ces gouvernements disposent et par la diff&#233;renciation politique qui ne tarde pas de s'op&#233;rer &#224; nouveau au sein du parti. (&#8230;) La majorit&#233; des cadres dirigeants du parti du Congr&#232;s &#233;taient &#233;troitement li&#233;s aux propri&#233;taires fonciers, aux industriels et aux commer&#231;ants indiens et n'&#233;taient donc pas particuli&#232;rement dispos&#233;s &#224; promouvoir les mesures qui, comme une r&#233;forme agraire quelque peu profonde, ou des moratoires importants accord&#233;s aux paysans &#233;cras&#233;s par les dettes ou des augmentations de salaires, etc, auraient port&#233; pr&#233;judice aux int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels de la bourgeoisie indienne. Bien entendu, les masses qui avaient soutenu le parti du Congr&#232;s s'attendaient &#224; un changement plus sensible de leurs conditions d'existence, d'o&#249; l'apparition d'une certaine d&#233;sillusion. Comme le disait Jawaharlal Nehru : &#171; Le progr&#232;s &#233;tait lent et le m&#233;contentement se fit jour. &#187; (&#8230;)&lt;br /&gt;
Au d&#233;but de la seconde guerre mondiale, le parti du Congr&#232;s prend une position de principe radicalement diff&#233;rente de celle adopt&#233;e en 1914-18. Tandis que le Congr&#232;s avait alors apport&#233; son concours &#224; la guerre, le Comit&#233; d&#233;clare qu'il &#171; ne peut s'associer &#224; une guerre de caract&#232;re imp&#233;rialiste et dont le but est de consolider l'imp&#233;rialisme en Inde &#187;. (&#8230;) La classe ouvri&#232;re indienne prenait elle-m&#234;me l'initiative de la &#171; non-coop&#233;ration &#187; : elle d&#233;clenchait sur l'initiative de ses propres organisations (et sans l'accord du parti du Congr&#232;s) une gr&#232;ve pacifique de protestation contre la guerre. Comme le note justement R. Palme-Dutt, &#171; cette gr&#232;ve du 2 octobre 1939, &#224; laquelle particip&#232;rent 90 000 ouvriers de l'industrie de Bombay, a &#233;t&#233; la premi&#232;re gr&#232;ve contre la guerre dans l'histoire du mouvement ouvrier mondial. &#187; (&#8230;) Le refus de coop&#233;ration du parti du Congr&#232;s se limite &#224; la d&#233;mission des minist&#232;res provinciaux en octobre 1939. (&#8230;) En juillet 1940, le parti du Congr&#232;s change d'attitude. Il offre sa coop&#233;ration &#224; l'effort de guerre, &#224; condition que soit reconnu le principe de l'ind&#233;pendance de l'Inde (&#8230;) Cette proposition est rejet&#233;e par le gouvernement britannique. Les propositions britanniques sont unanimement rejet&#233;es par le Congr&#232;s. (&#8230;) Au cours de l'&#233;t&#233; 1941, l'extension de la guerre &#224; l'Union sovi&#233;tique puis en d&#233;cembre de cette m&#234;me ann&#233;e, l'entr&#233;e en guerre du Japon contre les Etats-Unis am&#232;nent la majorit&#233; de la direction du Congr&#232;s &#224; r&#233;viser encore une fois de position &#224; l'&#233;gard de la guerre. Fin d&#233;cembre 1941, le Congr&#232;s offre sa coop&#233;ration aux Nations Unies. (&#8230;) Finalement c'est la politique de Gandhi qui l'emporte avec le vote de la r&#233;solution d'ao&#251;t 1942. Cette r&#233;solution d&#233;clare que le Congr&#232;s ne veut nuire ni &#171; &#224; la d&#233;fense de la Chine et de la Russie &#187; ni &#171; &#224; la campagne de d&#233;fense des Nations Unies &#187;. (&#8230;) La d&#233;claration de Nehru au cours du d&#233;bat o&#249; cette r&#233;solution &#233;t&#233; adopt&#233;e est particuli&#232;rement significative : &#171; Cette r&#233;solution n'est pas une menace ; c'est une invitation et une explication, c'est une offre de coop&#233;ration. &#187; Le gouvernement britannique, loin d'interpr&#233;ter ainsi la d&#233;claration du 8 ao&#251;t 1942 (la &#171; lutte non-violente &#187; de Gandhi), y trouve une occasion de d&#233;clencher une vaste op&#233;ration de r&#233;pression. (&#8230;) Entre ao&#251;t 1942 et la fin de l'ann&#233;e, les manifestations entra&#238;nent, d'apr&#232;s les chiffres officiels, plus de 60 000 arrestations, tandis que 940 personnes sont tu&#233;es et 1 630 bless&#233;es &#224; la suite d'actions de r&#233;pression men&#233;es par la police ou les forces militaires. La r&#233;pression se poursuivra jusqu'&#224; la fin de la guerre. Le 6 mai 1944, au moment o&#249; la guerre se termine en Europe, Gandhi est lib&#233;r&#233; pour raison de sant&#233; et il annonce que la partie de la r&#233;solution d'ao&#251;t 1942 relative &#224; la d&#233;sob&#233;issance civile est annul&#233;e. (&#8230;) La formation en Grande-Bretagne d'un gouvernement travailliste, &#224; la suite des &#233;lections de l'&#233;t&#233; 1945, n'acc&#233;l&#232;re pas l'accession de l'Inde &#224; l'ind&#233;pendance. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Les premiers mois de l'ann&#233;e 1946 sont marqu&#233;s par deux &#233;v&#233;nements qui influencent s&#233;rieusement l'&#233;volution &#224; venir : la tenue des &#233;lections aux assembl&#233;es l&#233;gislatives et d'importants soul&#232;vements dans la Royal Indian Navy. Aux &#233;lections aux assembl&#233;es provinciales (&#233;lections toujours tenues sur une base censitaire et auxquelles ne peuvent participer que 11% de la population), le Congr&#232;s obtient 930 si&#232;ges (et 55,5 &#249; des voix) et la Ligue musulmane obtient 427 des 507 si&#232;ges destin&#233;s aux musulmans. (&#8230;) ces &#233;lections mettent en lumi&#232;re le caract&#232;re &#171; repr&#233;sentatif &#187; de ces organisations mais ne suffisent pas &#224; inciter le gouvernement britannique &#224; prendre l'initiative de nouvelles discussions sur le probl&#232;me de l'ind&#233;pendance indienne. Cependant, depuis de longs mois, on assiste &#224; une maturation r&#233;volutionnaire qui est acc&#233;l&#233;r&#233;e par l'action syndicale et ouvri&#232;re. Le 18 f&#233;vrier les marins d'un centre d'entra&#238;nement de Bombay manifestent leur m&#233;contentement, nombre de leurs dol&#233;ances n'&#233;tant pas satisfaites depuis longtemps. D&#232;s le 19 au matin, on est en pr&#233;sence d'un v&#233;ritable soul&#232;vement auquel participent plus de 20 000 marins casern&#233;s &#224; Bombay et dans ses environs ainsi que 30 b&#226;timents &#224; l'ancre dans le port. Les marins soulev&#233;s &#233;lisent un Comit&#233; central de gr&#232;ve. (&#8230;) Le 21 f&#233;vrier au matin, la bataille s'engage. Le Comit&#233; central de gr&#232;ve de la Flotte fait appel au soutien de la population et des organisations politiques. Le Congr&#232;s et la Ligue musulmane se refusent &#224; apporter tout soutien aux marins ; par contre, les syndicats de Bombay et le parti communiste leur apportent leur concours et d&#233;cident d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui commence effectivement le 22 f&#233;vrier. Les 22 et 23 f&#233;vrier, la bataille fait rage dans Bombay et une r&#233;pression, massive et brutale, s'abat sur la population, faisant plus de 250 morts. Le Congr&#232;s et la Ligue font alors pression sur le Comit&#233; central de gr&#232;ve pour que les marins se rendent. Le Comit&#233; central de gr&#232;ve d&#233;cide finalement de c&#233;der, en d&#233;clarant : &#171; Nous nous rendons &#224; l'Inde, non &#224; l'Angleterre. &#187; Gandhi condamne s&#233;v&#232;rement la &#171; combinaison impie &#187; des hindous et des musulmans qui, si elle avait triomph&#233; aurait &#171; livr&#233; l'Inde &#224; la racaille &#187;, tandis que Valabhbhai Patel d&#233;clare que &#171; la flotte doit &#234;tre disciplin&#233;e. &#187; Ainsi se confirme la volont&#233; de la direction du Congr&#232;s d'&#233;viter le d&#233;clenchement ou l'expansion d'un mouvement de masse qui pourrait mettre en cause non seulement la domination &#233;trang&#232;re mais le r&#233;gime social.&lt;br /&gt;
A partir de la mi-ao&#251;t 1946, les heurts sanglants entre les communaut&#233;s religieuses se multiplient, principalement au Bengale et dans le Bihar. A l'action de la Ligue musulmane, les organisations politico-religieuses hindoues, et principalement le Hindu Mahasabha qui, dans cette situation, reprend des forces, r&#233;pondent &#233;galement par la violence. &lt;br /&gt;
Parall&#232;lement, les luttes revendicatives se d&#233;veloppent, englobant pr&#232;s de 2 millions de travailleurs dans des mouvements de gr&#232;ve. Un tel chiffre n'avait jamais &#233;t&#233; atteint jusque l&#224;. &lt;br /&gt;
C'est dans ces conditions que le vice-roi d&#233;cide de constituer le premier gouvernement int&#233;rimaire. Celui-ci entre en fonctions le 2 septembre 1946. Il est dirig&#233; par Jawaharlal Nehru, Premier ministre. (&#8230;) La situation est telle que l'Assembl&#233;e constituante d&#233;cide de s'ajourner jusqu'&#224; avril. La formation du gouvernement int&#233;rimaire, en effet, n'a pas mis fin &#224; la d&#233;t&#233;rioration de la situation int&#233;rieure. En d&#233;pit de la r&#233;pression massive et de milliers d'arrestations, le pays glisse vers le chaos et l'administration elle-m&#234;me cesse par endroits de fonctionner. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Le 20 avril 1947, alors que la situation int&#233;rieure indienne se d&#233;t&#233;riore rapidement, le Premier ministre britannique, Cl&#233;ment Attlee, d&#233;clare que le gouvernement de sa Majest&#233; est &#171; d&#233;cid&#233; &#224; prendre les mesures n&#233;cessaires pour transf&#233;rer le pouvoir en des mains indiennes responsables, au plus tard en juin 1948. &#187; En m&#234;me temps le Premier ministre annonce (&#8230;) que lord Mountbattent est nomm&#233; vice-roi de l'Inde en remplacement de lord Wavell. Lord Mountbatten, aussit&#244;t arriv&#233; en Inde, pr&#233;pare un plan de partage de l'Inde. Celle-ci doit &#234;tre divis&#233;e en deux dominions : l'Union indienne et le Pakistan, tandis que les Etats princiers conserveront leur ind&#233;pendance et joindront, apr&#232;s n&#233;gociations, l'un des deux dominions. Le parti du Congr&#232;s et la Ligue musulmane acceptent ces propositions (&#8230;). Au d&#233;but de juillet 1947, le plan est soumis au gouvernement britannique qui le discute et l'adopte en un temps record, faisant preuve d'un remarquable r&#233;alisme, &#233;tant donn&#233; la place tenue par l'Inde dans l'empire britannique. Le 18 juillet 1947, la loi d'ind&#233;pendance de l'Inde est adopt&#233;e par le parlement britannique. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vietnam&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chronologie&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;8 mars 1945 : Coup de force japonais qui fait tomber le r&#233;gime fran&#231;ais au Vietnam&lt;br /&gt;
9 mars 1945 : D&#233;mant&#232;lement des troupes fran&#231;aises d'Indochine&lt;br /&gt;
11 mars 1945 : Bao Da&#239; proclame l'ind&#233;pendance de l'Indochine en collaboration avec le Japon&lt;br /&gt;
17 avril 1945 : Constitution du gouvernement vietnamien projaponais de Tran Van Kim&lt;br /&gt;
26 juillet 1945 : Aux accords de Potsdam, les Alli&#233;s d&#233;cident l'occupation chinoise au nord du Vietnam et anglaise au sud, zones limit&#233;es par le 16e parall&#232;le.&lt;br /&gt;
13 ao&#251;t 1945 : Pour anticiper l'arriv&#233;e des Alli&#233;s, les staliniens du &#171; Comit&#233; de Libaration du peuple vietnamien &#187; parlent de renversement du pouvoir japonais, la veille de sa reddition.&lt;br /&gt;
15 ao&#251;t 1945 : Capitulation du Japon dans la guerre mondiale&lt;br /&gt;
18 ao&#251;t 1945 : Constitution du Front National Unifi&#233; qui regroupe bourgeoisie et f&#233;odaux (Caoda&#239;stes, Hoa Hao et Parti de l'ind&#233;pendance).&lt;br /&gt;
19 ao&#252;t 1945 : Apparition de comit&#233;s du peuple dans la r&#233;gion sud&lt;br /&gt;
21 ao&#252;t 1945 : Constitution de centaines de comit&#233;s de la jeunesse d'avant-garde&lt;br /&gt;
Le m&#234;me jour, le plus grand quartier ouvrier de Sa&#239;gon (Phu-Huan) &#233;lit son comit&#233; du peuple qui se proclame nouveau pouvoir central. Les paysans liquident les anciens serviteurs des gouvernements fran&#231;ais et japonais. Ils investissent les bureaux et tribunaux de l'administration locale. Constitution de tribunaux du peuple qui jugent les grands propri&#233;taires et les anciens fonctionnaires. Les comit&#233;s du peuple, d'ao&#251;t &#224; septembre, confisquent les biens des riches et partagent les terres. Manifestation de 300.000 personnes dont 30.000 derri&#232;re la banni&#232;re trotskyste de la LCI.&lt;br /&gt;
23 ao&#251;t 1945 : Pour contrer la vague r&#233;volutionnaire, le Front National Unifi&#233; se dissous et adh&#232;re au Viet Minh tenu par les staliniens, seule force capable de contrer la r&#233;volution sociale.&lt;br /&gt;
25 ao&#251;t 1945 : Abdication de Bao Da&#239;. Formation par les staliniens du &#171; Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du sud Vietnam &#187; qui vise &#224; &#233;viter le vide du pouvoir en occupant tous les postes adminstratifs et en maintenant en place la police : sept staliniens sur neuf ministres et Ho Chi Minh &#224; la pr&#233;sidence. Grandiose manifestation &#224; Sa&#239;gon pour l'ind&#233;pendance.&lt;br /&gt;
26 ao&#251;t 1945 : Entr&#233;e des troupes chinoises au nord du Vietnam. Premi&#232;re assembl&#233;e des comit&#233;s du peuple.&lt;br /&gt;
27 ao&#251;t 1945 : D&#233;claration du stalinien Nguyen Van Tao, ministre l'Int&#233;rieur, contre les trostskystes : &lt;i&gt;&#171; Seront s&#233;v&#232;rement punis et impitoyablement frapp&#233;s tous ceux qui auront pouss&#233; les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res. (&#8230;) Nous n'avons pas encore fait la r&#233;volution communiste qui apportera la solution au probl&#232;me agraire. Ce gouvernement n'est qu'un gouvernement d&#233;mocratique, c'est pourquoi il ne lui apartient pas de r&#233;aliser une telle t&#226;che. Notre gouvernement, je le r&#233;p&#232;te, est un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois, bien que les communistes soient actuellement au pouvoir. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;28 ao&#251;t 1945 : D&#233;clenchement d'une vaste campagne de calomnies contre les trotskystes accus&#233;s de semer le d&#233;sordre et de provoquer des troubles. &lt;br /&gt;
29 ao&#251;t 1945 : Formation du gouvernement provisoire vietnamien&lt;br /&gt;
1er septembre 1945 : D&#233;claration de Tran Van Giau affirmant que l'ind&#233;pendance n'est pas le produit de la lutte mais des &#171; n&#233;gociations avec nos alli&#233;s &#187; et qui menancent quiconque pr&#233;tend combattre les armes &#224; la main les &#171; forces alli&#233;es &#187; : &lt;i&gt;&#171; Ceux qui incitent le peuple &#224; l'armement seront consid&#233;r&#233;s comme des saboteurs et des provocateurs, ennemis de l'ind&#233;pendance nationale. Nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront octroy&#233;es et garanties par les Alli&#233;s d&#233;mocratiques. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;2 septembre 1945 : Manifestation organis&#233;e par le gouvernement et les staliniens pour &#171; accueillir les Alli&#233;s &#187; qui d&#233;barquent &#224; Sa&#239;gon. La manifestation se d&#233;roule dans le calme mais des coups de feu sont tir&#233;s contre les manifestants en marge du cort&#232;ge. La col&#232;re des Vietnamiens explose. La population explose de col&#232;re contre le retour des colonialistes. Le climat change. Des Fran&#231;ais sont pris &#224; partie et assassin&#233;s. Les staliniens accusent les trotskystes de la responsabilit&#233; des troubles. &lt;br /&gt;
7 septembre 1945 : A Hano&#239;, Tran Van Giau d&#233;cr&#232;te le d&#233;sarmement des organisations non-gouvernementales, dont les comit&#233;s populaires qui pr&#233;paraient une insurrection arm&#233;e contre le retour des troupes alli&#233;es au Vietnam. Le nouveau pouvoir stalinien se pr&#233;pare &#224; &#171; accueillir nos alli&#233;s. &#187; &lt;br /&gt;
10 septembre 1945 : D&#233;barquement des troupes anglaises &#224; Sa&#239;gon&lt;br /&gt;
12 septembre 1945 : Manifeste commun des comit&#233;s du peuple et du groupe trostskyste LCI d&#233;non&#231;ant la politique de trahison du gouvernement stalinien et capitulation devant l'Etat-major des troupes anglaises.&lt;br /&gt;
14 septembre 1945 : Un d&#233;tachement arm&#233; sous les ordres du chef de la police, le stalinien Quang Bach, arr&#234;te les membres du comit&#233; populaire r&#233;volutionnaire de Tan Dinh (banlieue de Sa&#239;gon). Le massacre des trotskystes est lanc&#233; par les staliniens et le nouveau pouvoir dans tout le pays pour d&#233;capiter la r&#233;volution. &lt;br /&gt;
22 septembre 1945 : Le g&#233;n&#233;ral britannique Gracey arme les troupes fran&#231;aises, liquide le &#171; comit&#233; ex&#233;cutif du sud Vietnam &#187; et proclame la loi martiale.&lt;br /&gt;
Octobre 1945 : Les troupes de leclerc se rendeznt maitresses de Sa&#239;gon.&lt;br /&gt;
Octobre 1945 &#224; janvier 1946 : Leclerc et les troupes fran&#231;aises r&#233;occupent la Cochinchine. &lt;br /&gt;
11 novembre 1945 : autodissolution du Parti Communiste &lt;i&gt;&#171; pour placer les int&#233;r&#234;ts de la patrie au dessus de ceux des classes. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;6 mars 1946 : Accord entre la France et le Viet Minh : le Vietnam appartient &#224; la F&#233;d&#233;ration Indochinoise et d&#233;pend de l'Union fran&#231;aise (c'est-&#224;-dire &#224; l'empire colonial fran&#231;ais).&lt;br /&gt;
18 mars 1946 : Entr&#233;e des troupes fran&#231;aises &#224; Hano&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Historique&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;En janvier 1945, les forces arm&#233;es japonaises, qui avaient laiss&#233; la France de Vichy au pouvoir, occupent militairement le Vietnam et d&#233;cident de d&#233;clarer l'ind&#233;pendance aux Etats indochinois. Un coup de force en mars 1945 suffit &#224; d&#233;sarmer les troupes fran&#231;aises li&#233;es au gouvernement de Vichy qui sont arr&#234;t&#233;es et remplac&#233;es par un gouvernement vietnamien pseudo ind&#233;pendant puisqu'il reste li&#233; aux Japonais. Il s'agit de se servir des aspirations nationales des peuples d'Indochine contre les alli&#233;s anglo-am&#233;ricains qui ripostent en d&#233;clarant accorder l'ind&#233;pendance &#224; l'Indochine. Seulement la d&#233;faite du Japon est tr&#232;s rapide et le 5 ao&#251;t c'est le bombardement de Hiroshima. Le 10 ao&#251;t, le dirigeant nationaliste stalinien Ho Chi Minh devant la carence des autorit&#233;s projaponaises s'autoproclame nouveau pouvoir. L'essentiel de sa sup&#233;riorit&#233; n'est pas politique mais militaire. C'est lui que les alli&#233;s ont arm&#233; au Vietnam contre les japonais via le gouvernement chinois du Kuomintang. Il n'a aucune difficult&#233; &#224; d&#233;mettre le pouvoir fantoche projaponais. Loin d'&#234;tre un acte r&#233;volutionnaire contre le colonialisme fran&#231;ais, Ho Chi Minh consid&#232;re alors cette action du 5 ao&#251;t comme un acte anti-japonais dans le cadre de l'Etat fran&#231;ais auquel il demande seulement une autonomie au sein de l'empire. Partisans de cette politique anti-fran&#231;aise, Ho Chi Minh s'est empress&#233; de proclamer un gouvernement pour &#233;viter un vide du pouvoir en un soul&#232;vement r&#233;volutionnaire des masses vietnamiennes devenait possible. Le 10 ao&#251;t est proclam&#233; par son mouvement la r&#233;volution vietnamienne alors qu'en r&#233;alit&#233; il s'est juste content&#233; d'un accord au sommet avec toutes les forces bourgeoises et nationalistes en &#233;cartant seulement les militants ouvriers syndicalistes, staliniens des villes et trotskystes. Et surtout les masses ont &#233;t&#233; soigneusement tenues &#224; l'&#233;cart lors de sa constitution. Puis il a orchestr&#233; des manifestations contre le r&#233;gime pro-japonais pr&#233;c&#233;dent qui n'a pu que se retirer. Dans une proclamation pourtant appel&#233;e d&#233;claration d'ind&#233;pendance, le nouveau pouvoir se dit d&#233;favorable &#224; une ind&#233;pendance imm&#233;diate et admet que celle-ci sera accord&#233;e par la France dans un d&#233;lai de 5 &#224; dix ans !&lt;br /&gt;
Mais le vietminh dirig&#233; par le parti communiste vietnamien d'Ho Chi Minh n'est fort que dans le nord du pays, au Tonkin. Dans le sud, en Cochinchine, Ho Chi Minh est beaucoup plus faible et les travailleurs ont un rapport de force beaucoup plus favorable et l'escamotage de la r&#233;volution va s'av&#233;rer beaucoup plus difficile. Il a en face de lui un courant trotskyste implant&#233; avec lequel il a d&#251; plusieurs fois s'entendre. En 1939, seul face &#224; toutes les forces nationalistes et staliniennes les trotskystes ont eu 80% des voix aux &#233;lections de Saigon. A l'annonce de la capitulation japonaise s'est en fait un v&#233;ritable soul&#232;vement r&#233;volutionnaire qui a lieu car la population est r&#233;volt&#233;e contre toutes les autorit&#233;s. Il faut dire qu'il y a eu au Vietnam un million de morts et par la seule famine il y a encore en 1945 des centaines de milliers de morts chaque mois. Au Tonkin et au Nord Annam, c'est la r&#233;volution. Des pauvres s'attaquent aux autorit&#233;s locales, aux profiteurs et oppresseurs de toutes sortes, les arr&#234;tent les tuent. Ils forment des comit&#233;s du peuple. Ils mettent en avant le partage des terres, la confiscation des biens des riches. A Saigon, l'op&#233;ration des nationalistes et des bourgeois qui a eu lieu au nord n'a pu se faire car ce sont les comit&#233;s du peuple qui se sont f&#233;d&#233;r&#233;s et qui ont pris le pouvoir &#224; l'issu d'une manifestation dirig&#233;e par les trotskystes sur les slogans armement du peuple, la terre aux paysans, nationalisation des usines sous contr&#244;le ouvrier. Des tribunaux du peuple jugent les anciens grands propri&#233;taires et fonctionnaires. Les comit&#233;s du peuple &#233;lisent alors une direction provisoire auquel ils affectent un local et qui est gard&#233; par un d&#233;tachement d'ouvriers en armes. C'est pour se d&#233;barrasser de cette r&#233;volution que le vietminh qui s'est associ&#233; d'anciennes forces vietnamiennes li&#233;es &#224; l'ancien r&#233;gime vichyste va pratiquer une politique se r&#233;pression et d'assassinat syst&#233;matique contre les membres des comit&#233;s du peuple et particuli&#232;rement contre les dirigeants trotskystes comme Ta Thu Tau et Tran Van Tach qui sont assassin&#233;s syst&#233;matiquement. C'est en brisant le soul&#232;vement ouvrier que le vietminh va se hisser au pouvoir et non en s'appuyant dessus. Nous le verrons dans un texte que nous lirons sur ce sujet. Et d&#232;s qu'il parvient au pouvoir son langage est clair : &#171; seront s&#233;v&#232;rement et impitoyablement punis ceux qui auront pouss&#233; les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res. Notre gouvernement n'est qu'un gouvernement d&#233;mocratique bourgeois et il ne lui appartient pas de r&#233;aliser la r&#233;volution communiste. &#187; Le 2 septembre 1945 ils manifestent m&#234;me en l'honneur de la commission des alli&#233;s. Des colons fran&#231;ais tirent dans la foule qui arr&#234;te un certain nombre de ces assassins. Cependant le chef de la police stalinien les fait rapidement rel&#226;cher. L'exasp&#233;ration des masses grandit et les staliniens d&#233;cident d'en finir avec la r&#233;volution. Ils annoncent &#171; seront consid&#233;r&#233;s comme provocateurs et saboteurs ceux qui appellent le peuple &#224; l'armement et surtout &#224; la lutte contre les alli&#233;s occidentaux &#187;. En septembre 1945 les staliniens vont d&#233;sarmer les comit&#233;s du peuple puis pourront en finir d&#233;finitivement et physiquement avec les membres des comit&#233;s du peuple de Saigon. Ils avaient fini d'assassiner la r&#233;volution indochinoise. En octobre 1945, Ho Chi Minh d&#233;clare &#224; la presse : &#171; la France et le Vietnam ont depuis longtemps conclu un mariage. Le mariage n'a pas toujours &#233;t&#233; heureux mais nous n'avons pas int&#233;r&#234;t &#224; le briser. &#187; En novembre 1945, le parti communiste indochinois s'autodissous d&#233;clarant : &lt;i&gt;&#171; il faut placer les int&#233;r&#234;ts de la patrie au dessus de ceux des classes &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1946, les troupes fran&#231;aises reviennent au Vietnam. Loin de combattre le retour des troupes fran&#231;aise, Ho Chi Minh va les accueillir, esp&#233;rant toujours que celles-ci vont accepter de le mettre &#224; la t&#234;te d'un territoire autonome li&#233; &#224; la France. &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Une ind&#233;pendance pr&#233;matur&#233;e du Vietnam risque de ne pas &#234;tre dans la ligne des perspectives sovi&#233;tiques et embarrasserait l'URSS dans ses efforts pour gagner la France en tant qu'alli&#233;e. &#187; &lt;/i&gt;&#233;crit le PCF, dans un document transmis au Viet Minh par le Groupe culturel marxiste (li&#233; au PCF) de Saigon le 25 septembre 1945 et publi&#233; par Harold Isaacs dans &#171; Pas de paix en Asie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gr&#233;goire Madjarian &lt;/strong&gt;rapporte dans &#171; La question coloniale et la politique du Parti communiste fran&#231;ais &#187; : &lt;i&gt;&#171; Le 16 f&#233;vrier, Ho Chi Minh communiquait &#224; Jean Sainteny, l'envoy&#233; du Haut commissaire D'Argenlieu, qu'il consentait &#224; n&#233;gocier, sur la base de l'unit&#233; et de l'ind&#233;pendance du Vietnam, l'adh&#233;sion &#224; l'Union fran&#231;aise. Leclerc et Sainteny press&#232;rent le gouvernement fran&#231;ais d'accepter. Ce qu'il fit, se d&#233;clarant pr&#234;t &#224; reconna&#238;tre un gouvernement vietnamien autonome, &#224; condition que ce dernier accueille amicalement les troupes fran&#231;aises lorsqu'elles viendraient remplacer les troupes du Kuomintang. On apprenait le 4 mars, &#224; Hano&#239;, que la flotte de d&#233;barquement fran&#231;aise faisait route vers Ha&#239;phong &#8211; le grand port du nord du Vietnam. (&#8230;) Le 5 mars, le comit&#233; central du Viet Minh, r&#233;uni &#224; Huong-Canh, dans la campagne proche de Hano&#239;, d&#233;cidait que &#171; dans cette conjoncture, la meilleure condition &#224; suivre pour le salut de la patrie n'&#233;tait pas de couper les ponts, mais de sauver la paix. &#187; (&#8230;) Le journal (du Viet Minh) de Hu&#233; le 5 mars, sous le titre &#171; Calmes mais pr&#234;ts &#187; : (&#8230;) &#171; La France a pris l'initiative de n&#233;gocier. Nous sommes heureux de n&#233;gocier selon la demande des Fran&#231;ais. (&#8230;) Les n&#233;gociations n'aboutiront que si nous obtenons l'ind&#233;pendance. &#187; (&#8230;) Ho Chi Minh et Sainteny signaient le 6 mars 1946 une convention pr&#233;liminaire. (&#8230;) L'id&#233;e d'ind&#233;pendance &#233;tait absente ; l'unit&#233; du Vietnam restait suspendue &#224; un r&#233;f&#233;rendum - dont la date n'&#233;tait pas fix&#233;e - qui d&#233;ciderait du sort de la Cochinchine (Nam-Bo) contr&#244;l&#233;e par les troupes coloniales. Enfin des unit&#233;s fran&#231;aises &#8211; quinze mille hommes &#8211; s'installaient dans le Tonkin pour y effectuer, conjointement avec l'arm&#233;e vietnamienne, la rel&#232;ve des troupes de Tchang Ka&#239;-chek. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
En juillet 1946, le Vietminh repr&#233;sent&#233; par Pham Van Dong et Ho Chi Minh, encore en n&#233;gociations avec la France &#224; Fontainebleau, est aid&#233; par des troupes fran&#231;aises pour achever sa purge et en finir avec les militants trotskystes. Ho d&#233;clare alors sur son alliance avec la France : &lt;i&gt;&#171; nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront octroy&#233;es et garanties par nos alli&#233;s d&#233;mocratiques. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement apr&#232;s le bombardement massif du port de Haiphong, qui fait 6000 morts en novembre 1946, que les nationalistes vietnamiens se trouveront contraints d'admettre qu'il va falloir se battre avec l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. En d&#233;cembre 46 c'est l'attaque des troupes fran&#231;aises qui reprend possession du Vietnam et contraint les nationalistes &#224; la lutte arm&#233;e &#224; Hano&#239; qui est occup&#233;e par l'arm&#233;e fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Documents sur la situation insurrectionnelle au Vietnam :&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Extraits de &#171; Staliniens et trotskystes au Vietnam &#187; &lt;strong&gt;John Sharpe &lt;/strong&gt; :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Les journ&#233;es d'ao&#251;t&lt;br /&gt;
&#171; Le 16 ao&#251;t 1945, les nouvelles de la d&#233;faite du Japon parvinrent en Indochine. Le lendemain, le commandement japonais proclamait l'ind&#233;pendance de l'Indochine (Vietnam, Laos et Cambodge). La rapidit&#233; de la reddition surprit tout le monde. Cependant, le Viet Minh avait d&#233;j&#224; convoqu&#233; un congr&#232;s qui formait le jour m&#234;me un Comit&#233; populaire de lib&#233;ration nationale, sorte de gouvernement provisoire. Partout, ils se d&#233;p&#234;ch&#232;rent d'occuper le vide du pouvoir, en s'emparant simplement de l'appareil du pouvoir colonial franco-japonais. Les troupes du Viet Minh occup&#232;rent rapidement Hano&#239; sans opposition de la part des Japonais. D&#233;sirant d'&#233;viter toute apparence de r&#233;volution, le Viet Minh demanda et re&#231;u l'abdication officielle de Bao Da&#239;, l'empereur traditionnel, qui devint du coup &#171; conseiller politique supr&#234;me &#187; du nouveau gouvernement. &lt;br /&gt;
Dans un geste tr&#232;s significatif, Ho r&#233;digea (conjointement avec les conseillers am&#233;ricains) une D&#233;claration d'Ind&#233;pendance, qui commence en citant la D&#233;claration d'Ind&#233;pendance am&#233;ricaine et la D&#233;claration des droits de l'homme fran&#231;aise, deux documents clefs des r&#233;volutions bourgeoises. Selon la th&#233;orie stalinienne de la r&#233;volution par &#233;tapes, parler de socialisme &#224; ce stade aurait &#233;t&#233; pr&#233;matur&#233;, puisque la premi&#232;re t&#226;che &#233;tait la d&#233;faite des f&#233;odaux et de l'imp&#233;rialisme. La r&#233;alit&#233; de cette &#171; th&#233;orie &#187; avait &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; un mois avant par l'appel de Ho &#224; la France pour une ind&#233;pendance au sein de l'Union fran&#231;aise &#171; dans au moins cinq ans et au plus dix ans &#187; et par l'accord sign&#233; &#224; Hano&#239; au d&#233;but de 1946 en vue du retour des troupes fran&#231;aises ! &lt;br /&gt;
Au Sud Vietnam, la situation &#233;volua diff&#233;remment du fait de la faiblesse relative des staliniens. Le 19 ao&#251;t, les travailleurs de Ban Co, quartier de Sa&#239;gon, formaient le premier Comit&#233; du peuple du sud Vietnam. Le jour suivant, un comit&#233; similaire du quartier Phu Nhuan de Sa&#239;gon, le plus important quartier ouvrier de la ville, occupa le pouvoir gouvernemental. En m&#234;me temps, les paysans se soulevaient dans les campagnes, br&#251;lant les villas des grands propri&#233;taires ainsi que plusieurs entreprises rizicoles, le 19 ao&#251;t dans la province de Sadec. Dans la seule province de Long Xuyen, plus de deux cents repr&#233;sentants du gouvernement et policiers furent tu&#233;s par les paysans dans les premiers jours qui suivirent la reddition du Japon. &lt;br /&gt;
Le 21 ao&#251;t, le Front National Uni appela &#224; une manifestation qui attira plus de 300.000 participants. Hoa Hao et Cao Da&#239; marchaient derri&#232;re le drapeau de la monarchie suivis d'un groupe de 100.000 manifestants. Les trotskystes la Ligue Communiste Internationale repr&#233;sentait l'autre p&#244;le important de la manifestation. Derri&#232;re une large banderole de la Quatri&#232;me Internationale venaient des pancartes et des drapeaux avec les principaux slogans de la LCI : &#171; A bas l'imp&#233;rialisme ! &#187;, &#171; Longue vie &#224; la r&#233;volution mondiale ! &#187;, &#171; Front des ouvriers et des paysans ! &#187;, &#171; Formons partout des comit&#233;s du peuple ! &#187;, &#171; Assembl&#233;e populaire ! &#187;, &#171; Armement du peuple &#187;, &#171; nationalisation des usines sous le contr&#244;le des travailleurs ! &#187;, &#171; Gouvernement ouvrier et paysan &#187;. Quand la banni&#232;re de la quatri&#232;me internationale apparut, des centaines et des milliers de travailleurs, qui n'avaient pas oubli&#233; le mouvement r&#233;volutionnaire de 1930, se rassembl&#232;rent derri&#232;re, embrassant de vieux amis. (&#8230;) En quelques heures, les manifestants d'ICL se mont&#232;rent &#224; 30.000. &lt;br /&gt;
Face &#224; la mont&#233;e du mouvement de masse, les staliniens du Viet Minh s'empress&#232;rent de prendre le pouvoir. Leur premi&#232;re tactique consista &#224; se pr&#233;senter comme les repr&#233;sentants l&#233;gitimes des forces alli&#233;es victorieuses. Ainsi, dans la proclamation du Viet Minh du 23 ao&#251;t, Tran van Giau, le dirigeant des staliniens du sud, proclama : &#171; Nous nous sommes battus durant cinq ann&#233;es aux c&#244;t&#233;s des d&#233;mocraties alli&#233;es&#8230; &#187; La nuit pr&#233;c&#233;dente, Giau avait envoy&#233; un ultimatum au Front National Uni, le sommant de se dissoudre et remettre ses postes administratifs au Viet Minh. Le lendemain, le Front National Uni se dissolvait et rejoignait le Viet Minh. (pour couronner la trahison du groupe La Lutte qui avait organis&#233; le Front National Uni en tant que &#171; front populaire &#171; trotskyste &#187;, il leur fut accord&#233; un si&#232;ge au &#171; Comit&#233; du sud &#187; du Viet Minh, le 10 septembre 1945 !) &lt;br /&gt;
La LCI n'&#233;tait pas inactive durant cette p&#233;riode, mettant en place une imprimerie, &#233;ditant des bulletins adress&#233;s &#224; la population toutes les trois heures et formant des unit&#233;s militaires, comme &#233;tape vers l'armement des travailleurs.&lt;br /&gt;
Mais les staliniens &#233;taient plus rapides. Le 25 ao&#251;t, &#224; 5 heures du matin, le Viet Minh faisaient un coup d'&#233;tat sans verser une goutte de sang occupant l'h&#244;tel de ville et les commissariats. Agissant dans le dos des masses et avec l'aide de la bourgeoisie nationaliste (Hoa Hao, Cao Da&#239;, VNQDD), les staliniens s'empar&#232;rent simplement de l'appareil d'&#233;tat en place et install&#232;rent un nouveau r&#233;gime bonapartiste bourgeois.&lt;br /&gt;
Ensuite, les staliniens appel&#232;rent &#224; une manifestation monstre avec plus d'un million de participants. Plus de trente associations politiques &#233;taient pr&#233;sentes, mais les forces le plus remarquables &#233;taient celles des staliniens et de la LCI. Lors de l'effondrement de l'administration japonaise, les forces de police elles-m&#234;mes se divis&#232;rent en deux camps, la majorit&#233; soutenant le Viet Minh, mais une minorit&#233; se pla&#231;ant sous la banni&#232;re de la quatri&#232;me internationale ! La d&#233;l&#233;gation de la LCI &#224; la manifestation &#233;tait nettement plus petite cette fois (2000 manifestants seulement) que lors de la pr&#233;c&#233;dente, mais cette fois ceux qui soutenaient la LCI &#233;taient venus avec des contingents de leurs syndicats. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Deux jours apr&#232;s le coup d'&#233;tat, Nguyen Van Tao, devenu ministre de l'int&#233;rieur du r&#233;gime Viet Minh, lan&#231;a un d&#233;fit mena&#231;ant : &#171; Celui qui encouragera les paysans &#224; s'emparer des propri&#233;t&#233;s fonci&#232;res sera puni s&#233;v&#232;rement et sans piti&#233;&#8230; Nous n'avons pas encore lanc&#233; une r&#233;volution communiste qui apporterait une solution au probl&#232;me agraire. Ce gouvernement est seulement un gouvernement d&#233;mocratique ( !), et de ce fait il ne peut pas prendre en charge cette t&#226;che. Je le r&#233;p&#232;te, notre gouvernement est d&#233;mocratique bourgeois m&#234;me si les Communistes sont au pouvoir. &#187; On ne pouvait pas &#234;tre plus clair ! (&#8230;)&lt;br /&gt;
Suite &#224; une conf&#233;rence de presse de Tao, le Viet Minh lan&#231;a une campagne anti-trotskyste incessante dans la presse accusant la quatri&#232;me internationale de semer le d&#233;sordre. Le 1er septembre, Tran Van Giau d&#233;clara : &#171; Ceux qui incitent le peuple &#224; s'armer seront consid&#233;r&#233;s comme des saboteurs et des provocateurs, ennemis de l'ind&#233;pendance nationale. Nos libert&#233;s d&#233;mocratiques seront garanties et assur&#233;es par les d&#233;mocraties alli&#233;es. &#187;&lt;br /&gt;
Pendant qu'Ho Chi Minh lisait la D&#233;claration d'Ind&#233;pendance &#224; Hano&#239;, le Viet Minh du sud organisait une d&#233;monstration le 2 septembre pour accueillir les troupes britanniques qui arrivaient. Plus tard dans l'apr&#232;s-midi du 2 septembre, plus de 400.000 personnes se joignaient &#224; une d&#233;monstration pacifique allant &#224; la cath&#233;drale. Alors qu'un pr&#234;tre connu comme sympathisant des Vietnamiens parlait sur les marches de la cath&#233;drale, des tirs partirent et il fut tu&#233;. La foule courut se prot&#233;ger mais 150 personnes furent bless&#233;es. Des &#233;meutes &#233;clat&#232;rent avec des attaques des colons fran&#231;ais responsables de crimes. Nombre de Fran&#231;ais furent arr&#234;t&#233;s mais imm&#233;diatement rel&#226;ch&#233;s par Duong Bach Mai, qui publia une d&#233;claration &#171; d&#233;plorant des exc&#232;s qui ont &#233;t&#233; commis &#187;. &lt;br /&gt;
En r&#233;ponse aux &#233;v&#233;nements du 2 septembre, staliniens et trotskystes &#233;mirent deux appels clairement oppos&#233;s. Alors que les troupes anglaises sous la direction du g&#233;n&#233;ral Gracey &#233;taient attendues d'un jour &#224; l'autre, le Viet Minh proclamait : &#171; Dans l'int&#233;r&#234;t de la nation, nous appelons chacun &#224; avoir confiance en nous et &#224; ne pas se laisser &#233;garer par des gens qui trahissent notre pays. C'est seulement de cette mani&#232;re que nous pourrons faciliter nos relations avec les repr&#233;sentants des Alli&#233;s. &#187; (tract du 7 septembre 1945)&lt;br /&gt;
A l'oppos&#233;, la LCI d&#233;clarait : &#171; Nous, communistes internationalistes, n'avons aucune illusion sur la capacit&#233; d'un gouvernement Viet Minh, du fait sa politique de collaboration de classe, de se battre victorieusement contre l'invasion imp&#233;rialiste qui va avoir lieu dans les prochaines heures. Cependant, s'il s'engage &#224; d&#233;fendre l'ind&#233;pendance nationale et les libert&#233;s populaires, nous n'h&#233;siterons &#224; l'y aider et &#224; le soutenir par tous les moyens possibles de la lutte r&#233;volutionnaire. Mais, par contre, nous devons r&#233;p&#233;ter que nous maintiendrons l'absolue ind&#233;pendance de notre parti vis-&#224;-vis du gouvernement et des autres partis, car l'existence m&#234;me d'un parti qui se revendique du bolchevik-l&#233;ninisme d&#233;pend enti&#232;rement de son ind&#233;pendance politique. &#187; (Communiqu&#233; du 4 septembre 1947)&lt;br /&gt;
Sous l'influence de la LCI, durant les trois mois apr&#232;s le 16 ao&#251;t, plus de cent cinquante comit&#233;s du peuple (To Chuc Uy Banh Hanh Dong) ont &#233;t&#233; mis en place au Nam Bo (Vietnam du sud), dont approximativement cent dans la r&#233;gion Sa&#239;gon-Cholon. Un Comit&#233; central provisoire compos&#233; de neuf membres (qui sera ensuite port&#233; &#224; 15) est form&#233; apr&#232;s les manifestations du 21 ao&#251;t. &lt;br /&gt;
La question du r&#244;le historique de ces &#171; comit&#233;s du peuple &#187; est d'une importance cruciale pour le courant r&#233;volutionnaire trotskyste. Dans la revue &#171; Quatri&#232;me internationale &#187;, un article sign&#233; Lucien (pseudonyme d'un leader vietnamien de la LCI) &#233;crivait : &#171; La LCI dirigeait les masses par l'interm&#233;diaire des comit&#233;s du peuple&#8230; Malgr&#233; sa faiblesse num&#233;rique, la LCI r&#233;ussit, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la r&#233;volution indochinoise, la t&#226;che historique grandiose de cr&#233;ation de comit&#233;s du peuple, c'est-&#224;-dire de soviets. &#187;&lt;br /&gt;
La LCI et les comit&#233;s du peuple propos&#232;rent concr&#232;tement une politique d'opposition &#224; la bourgeoisie. Ainsi, les comit&#233;s du peuple ne donn&#232;rent aucun soutien politique au gouvernent bourgeois du Viet Minh, quand il appelait (hypocritement) &#224; un bloc militaire contre l'invasion des troupes alli&#233;es (ce que le Viet Minh rejetait en r&#233;alit&#233; puisque sa politique consistait &#224; &#171; accueillir &#187; les Alli&#233;s). La LCI appela &#224; l'armement des masses travailleuses et commen&#231;a &#224; prendre des premi&#232;res mesures pour le mettre en pratique. Les slogans de la LCI ne se born&#232;rent pas &#224; appeler &#224; une r&#233;volution &#171; d&#233;mocratique &#187; limit&#233;e &#224; l'ind&#233;pendance nationale, mais appel&#232;rent aussi &#224; l'expropriation de l'industrie sous contr&#244;le ouvrier ;&lt;br /&gt;
N&#233;anmoins, le terme m&#234;me de comit&#233;s &#171; du peuple &#187; obscurcissait la n&#233;cessit&#233; d'une mobilisation ind&#233;pendante du prol&#233;tariat, organis&#233; de mani&#232;re s&#233;par&#233;e sur des bases de classe. Bien que l'alliance avec la paysannerie et une partie de la petite bourgeoisie urbaine contre l'imp&#233;rialisme et les propri&#233;taires semi-f&#233;odaux &#233;tait d'une br&#251;lante n&#233;cessit&#233;, cette alliance devait &#234;tre fond&#233;e avant tout sur l'organisation ind&#233;pendante du prol&#233;tariat. Dans des pays o&#249; la paysannerie domine num&#233;riquement, la mobilisation indissoci&#233;e &#171; du peuple &#187; garantit qu'une petite bourgeoisie instable dominera les travailleurs. L'alliance n&#233;cessaire entre soviets de travailleurs et soviets de paysans doit viser &#224; d&#233;truire l'Etat bourgeois et &#224; son remplacement par un Etat ouvrier. &lt;br /&gt;
Ces consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales avaient des cons&#233;quences pratiques imm&#233;diates. Alors que les comit&#233;s du peuple repoussaient l'ultimatum du Viet Minh leur intimant de se subordonner au r&#233;gime bonapartiste, l'opposition de classe entre les deux pouvoirs n'apparaissait pas toujours clairement aux masses. Les comit&#233;s du peuple, sp&#233;cialement &#224; Sa&#239;gon, &#233;taient essentiellement des organes du pouvoir ouvrier, alors que le comit&#233; du sud du gouvernement du Viet Minh &#233;tait un front populaire bas&#233; sur l'Etat bourgeois en place. Mais aux yeux des masses, cela apparaissait simplement comme une diff&#233;rence entre deux gouvernements &#171; du peuple &#187;, un domin&#233; par les staliniens et l'autre par les trotskystes. Le clash violent &#233;tait in&#233;vitable entre ces deux pouvoirs, mais en appelant &#224; la formation de &#171; comit&#233;s du peuple &#187;, la LCI &#233;chouait &#224; pr&#233;parer politiquement les masses &#224; la bataille &#224; la bataille imminente.&lt;br /&gt;
Le clash in&#233;vitable prit rapidement forme. Le 7 septembre, Giau publia un d&#233;cret ordonnant le d&#233;sarmement de toutes les organisations non-gouvernementales. Toutes les armes devaient &#234;tre rendues &#224; la &#171; garde r&#233;publicaine &#187; du Viet Minh. Cela concernait les sectes religieuses mais aussi les &#171; organisations de la jeunesse d'avant-garde &#187; et les groupes d'autod&#233;fense bas&#233;s dans les usines qu'avaient fond&#233; les trotskystes. Le plus important de tous ces groupes &#233;tait la milice ouvri&#232;re organis&#233;e conjointement par les travailleurs du d&#233;p&#244;t de bus de Go Vap et par la LCI. Cette milice lan&#231;a un appel &#224; tous les travailleurs de Sa&#239;gon-Cholon de s'armer eux-m&#234;mes en vue de la lutte contre l'invasion imminente des anglo-fran&#231;ais.&lt;br /&gt;
Les troupes anglaises et indiennes sous les ordres du g&#233;n&#233;ral Gracey arriv&#232;rent &#224; Sa&#239;gon le 10 septembre. Le long de la route vers l'a&#233;roport, le Viet Minh a plac&#233; des pancartes et des banderoles avec des slogans souhaitant la bienvenue aux Alli&#233;s. A l'H&#244;tel de ville, flottent les drapeaux alli&#233;s aux c&#244;t&#233;s du drapeau du Viet Minh. Le &#171; Comit&#233; du sud &#187;, du Viet Minh se r&#233;unissait &#224; l'int&#233;rieur, continuant son travail administratif pendant que les troupes anglaises s'occupaient de supprimer leur pouvoir sur la ville. Le g&#233;n&#233;ral Gracey qui quelques semaine plus t&#244;t d&#233;clarait : &#171; La question du gouvernement de l'Indochine est exclusivement une question fran&#231;aise. &#187;, supprima la presse vietnamienne, proclama la loi martiale et imposa un strict couvre-feu. Toute manifestation &#233;tait interdite, ainsi que le port d'armes, y compris des b&#226;tons de bambous.&lt;br /&gt;
Le 12 septembre, les comit&#233;s du peuple et la LCI publiaient conjointement un manifeste d&#233;non&#231;ant la politique tra&#238;tresse du gouvernement Viet Minh. Le m&#233;contentement populaire &#233;tait sensible dans les quartiers ouvriers. Devant la probabilit&#233; d'une insurrection ouvri&#232;re, le Viet Minh se pr&#233;para &#224; y faire face. A 4 heures du matin, le 14 septembre, Duong Bach Mai, le chef stalinien de la police, envoya un d&#233;tachement de la Garde r&#233;publicaine encercler le local des comit&#233;s du peuple qui &#233;tait en r&#233;union. Les trotskystes se content&#232;rent de se rendre &#224; ces bouchers, ce qui est incroyable ! &lt;br /&gt;
La LCI le raconte en ces termes : &#171; Nous nous sommes conduits comme d'authentiques militants r&#233;volutionnaires. Nous nous sommes laiss&#233;s arr&#234;ter sans violence contre la police, bien que nous soyons plus nombreux et bien arm&#233;s. Ils nous enlev&#232;rent nos fusils et nos pistolets. Ils saccag&#232;rent nos bureaux, d&#233;truisant le mat&#233;riel, d&#233;chirant nos drapeaux, cassant nos machines &#224; &#233;crire et br&#251;lant nos papiers. &#187;&lt;br /&gt;
En agissant ainsi, les dirigeants de la LCI firent leur propre perte et celui de la r&#233;volution vietnamienne. Derri&#232;re cette capitulation, il y avait une grave incompr&#233;hension de la vraie nature du stalinisme. Il est vrai que dans les ann&#233;es trente, les leaders de l'Internationale communiste du Vietnam sud maintinrent un bloc de longue dur&#233;e avec le groupe La lutte et eurent une politique plus &#171; &#224; gauche &#187; que Ho. (&#8230;) Cette situation est pr&#233;sent&#233;e par les staliniens comme une d&#233;viation droiti&#232;re de leur parti au sud et comme une sous-estimation du danger trotskyste et sur le caract&#232;re sans principe d'une coop&#233;ration avec les trotskystes dans la p&#233;riode des fronts populaires.&lt;br /&gt;
Parmi les dirigeants trotskystes qui ont &#233;t&#233; victimes de ce coup de force stalinien, il y a Lo Ngoc, membre du comit&#233; central de la LCI, Nguyen Van Ky, dirigeant ouvrier de la LCI, et Nguyen Huong, jeune dirigeant des milices ouvri&#232;res. &lt;br /&gt;
Le 22 septembre, les Anglais avaient suffisamment fortifi&#233; leur position pour tenter de mesurer leur rapport de force. Les Anglais ont repris la prison de Sa&#239;gon, pendant que les troupes fran&#231;aises du 11e r&#233;giment d'infanterie coloniale &#233;taient r&#233;arm&#233;es. Les colons fran&#231;ais sont devenus sauvages &#224; partir de ce jour, arr&#234;tant, frappant, tuant d'innombrables Vietnamiens. Dans la nuit suivante, les troupes fran&#231;aises occup&#232;rent plusieurs postes de police, la poste, la banque centrale et l'h&#244;tel de ville, le tout sans aucune r&#233;sistance arm&#233;e.&lt;br /&gt;
A l'annonce de cette nouvelle dans les quartiers ouvriers, un mouvement spontan&#233; de r&#233;sistance a &#233;clat&#233;. Le Viet Minh se disait oppos&#233; &#171; aux violences &#187;, et essayait plut&#244;t de proposer &#171; des n&#233;gociations &#187; avec le g&#233;n&#233;ral Gracey. Dans les quartiers p&#233;riph&#233;riques, des arbres ont &#233;t&#233; abattus, des v&#233;hicules renvers&#233;s et du mat&#233;riel amoncel&#233; pour former des barricades grossi&#232;res. Pendant ce temps, les travailleurs des quartiers ouvriers (Khanh Hoi, Cau Kho, Ban Co, Phu Nhuan, Tan Dinh et Thi Nghe) &#233;taient compl&#232;tement aux mains des insurg&#233;s. Dans certaines zones, des Fran&#231;ais ont &#233;t&#233; tu&#233;s dans des explosions de haine raciale, r&#233;sultat de 80 ans de domination coloniale brutale. (&#8230;) Les forces insurg&#233;es paradaient dans les rues principales du centre ville. &lt;br /&gt;
Le plus important contingent arm&#233; de l'insurrection &#233;tait la milice ouvri&#232;re du d&#233;p&#244;t de bus de Go Vap, une force arm&#233;e de 60 combattants. Les 400 travailleurs de la compagnie &#233;taient connus pour leur intervention militante dans la classe ouvri&#232;re. Alors qu'ils &#233;taient encore affili&#233;s &#224; la f&#233;d&#233;ration syndicale stalinienne, ils refus&#232;rent la d&#233;nomination de Cong Nhan Cuu Quoc (&#171; Travailleurs qui sauvent la patrie &#187;), et refus&#232;rent de porter le drapeau du Viet Minh (&#233;toile jaune sur fond rouge), disant qu'ils voulaient se battre exclusivement sous le drapeau rouge de la classe ouvri&#232;re. Leur force fut organis&#233;e en groupes de choc de onze membres, dirig&#233;e par des responsables &#233;lus, sous la direction g&#233;n&#233;rale de Tranh Dinh Minh, un jeune dirigeant de la LCI et romancier venu de Hano&#239;.&lt;br /&gt;
Faisant face &#224; l'opposition conjointe des Alli&#233;s et de la police du Viet Minh, la milice ouvri&#232;re de Go Vap tenta un repli vers la zone de la plaine de joncs. Apr&#232;s plusieurs batailles contre les troupes fran&#231;aises et indiennes, ils atteignent un point de regroupement, o&#249; ils purent &#233;tablir un contact avec des paysans pauvres. Ayant d&#233;j&#224; perdu vingt hommes, et ayant vu leur dirigeant Minh le 13 janvier 1946 dans une bataille contre les forces imp&#233;rialistes, la milice fut finalement &#233;cras&#233;e et nombre de ses membres frapp&#233;s &#224; mort par des bandes du Viet Minh. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Giau se pr&#233;occupait avant tout de ses n&#233;gociations avec les Anglais. Une tr&#234;ve fut annonc&#233;e le 1er octobre, mais d&#232;s le 5 octobre, le g&#233;n&#233;ral Leclerc et le corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais arrivaient et agissaient rapidement pour &#171; r&#233;tablir l'ordre &#187; et &#171; construire une Indochine forte au sein de l'Union fran&#231;aise &#187;. La tr&#234;ve le plus beau cadeau que les forces alli&#233;es fran&#231;aise et anglaise pouvaient recevoir (du Viet Minh) comme trahison honteuse des masses insurg&#233;es.&lt;br /&gt;
Pendant que le Viet Minh continuait sa politique visant &#224; apaiser les Alli&#233;s, autorisant le libre passage aux troupes anglaises et japonaises au milieu de la zone rebelle, les troupes fran&#231;aises et indiennes attaquaient au nord-est, cassant ainsi le blocus de la cit&#233; par l'insurrection. Au lieu de s'en tenir &#224; la d&#233;fensive, les staliniens concentraient leurs attaques en vue d'&#233;liminer les trotskystes. Ayant &#233;limin&#233; la LCI et les dirigeants des comit&#233;s du peuple le 14 septembre, ils se tourn&#232;rent contre le groupe La Lutte et encercl&#232;rent son si&#232;ge dans le quartier Thu Duc, ils arr&#234;t&#232;rent l'ensemble du groupe et les enferm&#232;rent &#224; Ben Suc. L&#224;, ils furent tous fusill&#233;s (par le Viet Minh), &#224; l'approche des troupes fran&#231;aises. Parmi ceux qui furent assassin&#233;s ainsi se trouvaient Tran Van Trach (&#233;lu conseiller municipal de Sa&#239;gon aux &#233;lections de 1933), Phan Van Hum, Nguyen Van So et dix autres militants r&#233;volutionnaires. Peu apr&#232;s, le Viet Minh fut forc&#233; de quitter Sa&#239;gon.&lt;br /&gt;
Dans le nord, Ho suivait la m&#234;me politique de capitulation face aux forces alli&#233;es, dans ce cas aux Chinois et aux Fran&#231;ais. Cependant, cela prit beaucoup plus de temps qu'au sud, car les troupes chinoises arriv&#232;rent seulement fin septembre, laissant au Viet Minh le temps de consolider son pouvoir. Aussi, le Vietminh avait sa propre zone de gu&#233;rilla arm&#233;e au nord, et les Chinois n'&#233;taient pas activement oppos&#233;s &#224; un Vietnam ind&#233;pendant. Dans la ligne de sa politique d' &#187;ouverture &#187; de la coalition pour y inclure les nationalistes bourgeois et les leaders catholiques, Ho d&#233;cr&#233;ta en novembre la liquidation compl&#232;te du parti communiste indochinois. La d&#233;claration du Comit&#233; central affirmait que &#171; afin d'accomplir la t&#226;che du Parti &#8230; en vue d'une union nationale sans distinction de classes, de partis est un facteur indispensable &#187; et que ce geste a &#233;t&#233; fait pour montrer que les Communistes &#171; sont toujours dispos&#233;s de placer les int&#233;r&#234;ts de leur pays au dessus de ceux de classe, et de renoncer aux int&#233;r&#234;ts du Parti pour servir ceux du peuple vietnamien. &#187;&lt;br /&gt;
A cette &#233;poque, cependant, l'opposition &#233;tait toujours forte au Nord. Le groupe La Lutte publiait &#224; ce moment un quotidien &#224; Hano&#239;, Tran Dao (La Lutte), qui avait une diffusion de 30.000 exemplaires &#224; la fin 1945. Un courrier du secr&#233;tariat de la Quatri&#232;me Internationale &#224; ce moment parlait d'un groupe La Lutte bien organis&#233; mais pers&#233;cut&#233; dans le nord. Conduit par Ta Thu Thau, ancien dirigeant des &#233;diteurs du Tonkin dans les ann&#233;es 1937-38, il tenait de grands meetings et publiait de nombreux ouvrages en plus de son quotidien. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Ta Thu Thau fut arr&#234;t&#233; par le Viet Minh au cours d'un voyage vers le sud. Jug&#233; trois fois par des comit&#233;s du peuple locaux, il faut acquitt&#233; trois fois, un tribut &#224; la r&#233;putation des trotskystes &#224; cette &#233;poque. Finalement, il fut simplement fusill&#233; &#224; Quang Ngai, en f&#233;vrier 1946, sur ordre du dirigeant stalinien du sud Tran Van Giau. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Ayant liquid&#233; physiquement tous les dirigeants trotskystes au Vietnam, Ho pouvait maintenant conclure un &#171; march&#233; &#187; avec le gouvernement fran&#231;ais (qui comportait Fran&#231;ois Billoux comme ministre de la D&#233;fense !) L'accord pr&#233;liminaire entre la France et la. &#171; R&#233;publique D&#233;mocratique du Vietnam &#187; sign&#233; &#224; Hano&#239; le 6 mars pr&#233;voyait notamment que &#171; le gouvernement du Vietnam se d&#233;clarait pr&#234;t &#224; recevoir amicalement les forces arm&#233;es fran&#231;aises. &#187; et &#224; accepter le stationnement de 15.000 hommes des troupes fran&#231;aises au nord du 16e parall&#232;le. Le sens de l'accord &#233;tait une ind&#233;pendance limit&#233;e sous l'&#233;gide de l'Union fran&#231;aise. &#187;&lt;br /&gt;
(extraits de &#171; Workers vanguard &#187; - Ligue spartakiste) &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Expos&#233; du militant trotskyste vietnamien Ngo Van &lt;br /&gt;
&#171; Rappelons qu'apr&#232;s la d&#233;faite fran&#231;aise en Europe, les Japonais occup&#232;rent l'Indochine et, en accord avec Vichy, conserv&#232;rent l'appareil administratif et r&#233;pressif fran&#231;ais, avec un nouveau gouverneur colonial d&#233;sormais &#224; leur service. La politique des Japonais tendit &#224; &#233;liminer la tendance stalinienne et &#224; rechercher un compromis de collaboration avec les tendances nationalistes et les sectes ; en 1942, le &#034;bonze fou&#034; exil&#233; au Laos fut lib&#233;r&#233; par eux et lorsque, le 9 mars 1945, les Japonais eurent mis fin au gouvernement colonial fran&#231;ais, ils arm&#232;rent les adeptes de ces deux sectes, esp&#233;rant les utiliser comme auxiliaires militaires en cas de d&#233;barquement am&#233;ricain.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons aux staliniens et &#224; leurs activit&#233;s, jusqu'&#224; la prise du pouvoir en 1945. H&#244; chi Minh, qui vivait en Chine, dans le Kouang si, r&#233;unit en mai 1941, un congr&#232;s qui groupa des &#233;l&#233;ments vietnamiens de toutes provenances et forma avec eux, sous l'&#233;tiquette peu compromettante de Vi&#234;tminh (abr&#233;g&#233; de Vi&#234;tnam d&#244;c-l&#226;p d&#244;ng-minh, Ligue pour l'Ind&#233;pendance du Vi&#234;tnam une organisation dont la direction effective appartenait &#224; ses propres partisans.&lt;br /&gt;
Les g&#233;n&#233;raux chinois du Kuomingtang r&#233;unirent une seconde conf&#233;rence des r&#233;fugi&#233;s politiques vietnamiens en Chine, le 4 octobre 1942 &#224; Lieou-tcheou, dans le but d'&#233;carter la tendance communiste et mirent sur pied le D&#244;ng-minh h&#244;i, Association pour la Lib&#233;ration Nationale, pr&#233;sid&#233; par le vieil &#233;migr&#233; prochinois Nguyen-hai Th&#226; ; H&#244; chi Minh fut emprisonn&#233; pour 18 mois. Cependant, au Congr&#232;s de Lieou-tcheou de mars 1944 au cours duquel fut &#233;labor&#233; le programme d'un &#034;gouvernement r&#233;publicain provisoire du Vi&#234;tnam&#034;, le Vi&#234;tminh &#233;tait repr&#233;sent&#233;, il avait un portefeuille. Ce programme consistait en deux points : liquidation de la domination fran&#231;aise et japonaise, ind&#233;pendance du Vi&#234;t-nam avec l'aide du Kuomingtang ; tandis que les nationalistes de ce gouvernement restaient en Chine o&#249; ils attendaient que l'intervention du Kuomintang leur assur&#226;t le pouvoir au Vi&#234;t-nam, le groupe de H&#244; chi Minh, sous la banni&#232;re du Vi&#234;tminh, rentra au Tonkin et s'&#233;tablit dans la r&#233;gion de Thai-nguyen. Lorsque le coup de force japonais du 9 mars 1945 mit un terme &#224; l'autorit&#233; fran&#231;aise en Indochine, le Vi&#234;tminh se trouva pratiquement ma&#238;tre du Haut pays. S'orientant politiquement vers les alli&#233;s (Russie, Chine nationaliste, Grande Bretagne, &#201;tats Unis), H&#244; chi Minh organisa quelques escarmouches contre les Japonais, prit contact avec les Am&#233;ricains &#224; Kun-ming, et en obtint des armes pour lutter aux c&#244;t&#233;s des alli&#233;s. Apr&#232;s la capitulation des Japonais le 15 ao&#251;t 1945, le groupe de H&#244; chi Minh (le Vi&#234;tminh) &#233;tait d&#233;j&#224; une force militaire organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ao&#251;t 1945. Av&#232;nement de H&#244; chi Minh&lt;br /&gt;
Nous examinerons ici la situation qui permit la prise du pouvoir par H&#244; chi Minh et ses partisans du Vi&#234;tminh en ao&#251;t 1945.&lt;br /&gt;
Les premiers coups de canon inaugurant en Europe la &#034;continuation de la politique&#034; des puissances par le sang des esclaves, ouvrirent &#224; l'imp&#233;rialisme japonais, en pleine guerre de conqu&#234;te de la Chine depuis 1937, la perspective de r&#233;aliser le plan de la Grande Asie de Tojo, par l'&#233;viction des anciens ma&#238;tres occidentaux du sud-est asiatique. En 1940 sur le refus des Fran&#231;ais de laisser p&#233;n&#233;trer leurs troupes au Tonkin, les Japonais pass&#232;rent &#224; l'attaque &#224; Lan-son et Dong-dang dans la nuit du 22 septembre et d&#233;barqu&#232;rent &#224; Haiphong le 24, apr&#232;s avoir bombard&#233; le port. Ainsi d&#233;buta l'occupation japonaise de l'Indochine ; elle conserva l'appareil administratif colonial fran&#231;ais ayant &#224; sa t&#234;te un amiral de Vichy qui collabora dans une grande mesure avec l'&#233;tat-major japonais. Le pillage syst&#233;matique des produits du pays pour les fins de guerre plongea la population dans une mis&#232;re accrue ; les masses paysannes v&#233;curent plus que jamais dans le d&#233;nuement. Bombardements am&#233;ricains, typhons, froid exceptionnel, firent culminer le d&#233;sastre dans la grande famine de mars &#224; mai 1945, avec environ un million de morts dans le nord, jusque dans les rues de Hanoi.&lt;br /&gt;
Dans le sud du pays, les sectes religieuses pers&#233;cut&#233;es par les Fran&#231;ais entrevoient un espoir dans le Japon : les cao-da&#239;stes, dont le pape Pham cong Tac vivait exil&#233; &#224; Nossi-lava (Madagascar) comptent sur le retour du prince Cuong-d&#234; r&#233;fugi&#233; au Japon ; les fid&#232;les du &#034;bonze fou&#034;, les Hoa-hao, obtiennent des Japonais en 1942 le retour de leur ma&#238;tre Huynh phu S&#244; qui avait &#233;t&#233; exil&#233; au Laos par les Fran&#231;ais. Des groupes nationalistes pro-japonais se forment d&#232;s 1943 et leurs membres sont utilis&#233;s dans les services japonais de propagande et de gendarmerie.&lt;br /&gt;
Dans le nord, vers 1943, dans la r&#233;gion montagneuse de Tuy&#234;n-quang, voisin de la fronti&#232;re chinoise, H&#244; chi Minh organise son foyer de gu&#233;rilla, se met en contact avec les Am&#233;ricains pour leur demander des armes, se proclamant aux c&#244;t&#233;s des &#034;alli&#233;s d&#233;mocratiques&#034; &#034;contre le fascisme japonais&#034; ; son &#034;arm&#233;e populaire&#034; est officiellement institu&#233;e dans le maquis &#224; partir du 22 d&#233;cembre 1944.&lt;br /&gt;
Devant l'offensive am&#233;ricaine dans le Pacifique et la menace de d&#233;b&#226;cle de l'axe Berlin-Tokio-Rome, le japonais, par un coup de force, mettent fin &#224; l'autorit&#233; des Fran&#231;ais sur toute la p&#233;ninsule &#224; partir du 9 mars 1945. Les troupes fran&#231;aises sont d&#233;sarm&#233;es et cantonn&#233;es dans leurs casernes, les dirigeants emprisonn&#233;s ou mis &#224; mort ; la population est rassembl&#233;e et strictement contr&#244;l&#233;e. Les Japonais font proclamer l'ind&#233;pendance par l'empereur Bao-da&#239; et constituer par Tr&#226;n trong Kim un &#034;gouvernement national&#034; &#224; Hu&#234; le 2 mars. Le couvercle de plomb qui pesait sur le pays s'est fissur&#233;. Les masses populaires se sentent soulag&#233;es deux brigands vous pillent et l'un est tomb&#233; sous les coups de l'autre, prises du sentiment de contentement de l'impuissant, de l'illusion qu'avec &#034;l'ind&#233;pendance nationale&#034;, quelque chose de positif va se produire dans leur condition. Les policiers arrogants du r&#233;gime fran&#231;ais n'apostropheront plus dans les rues de Saigon, pour v&#233;rification de leur carte d'imp&#244;t personnel (gi&#226;y thu&#234; th&#226;n) les ouvriers et employ&#233;s se rendant au travail ; on n'entendra plus les colons fran&#231;ais menacer de coups de pied au cul les coolies-pousse qui r&#233;clament leur d&#251;. Les membres des groupes nationalistes pro-japonais re&#231;oivent les postes cl&#233;s de l'administration. La jeunesse du pays, des villes et des villages, est organis&#233;e paramilitairement afin de servir de force auxiliaire &#224; l'arm&#233;e japonaise en cas de d&#233;barquement am&#233;ricain ; ce mouvement est connu sous le nom de Jeunesse d'avant-garde (Thanh-ni&#234;n ti&#234;n-phong). Les cao-da&#239;stes forment leurs groupes arm&#233;s tandis que les Hoa-hao forgent des armes blanches en &#034;attendant les &#233;v&#233;nements&#034;, c'est-&#224;-dire l'occasion de prendre le pouvoir. Les militants du groupe stalinien qui ont &#233;chapp&#233; &#224; la r&#233;pression ou ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;s des camps de concentration apr&#232;s le 9 mars, travaillent en quelque sorte mobilis&#233;e par &#034;le gouvernement national&#034; et les paysans et noyautent la Jeunesse d'avant-garde. Tout ce bouillonnement politique dans le sud durant les cinq mois qui pr&#233;c&#232;dent la d&#233;faite des Japonais &#233;chappe &#224; leur contr&#244;le, tandis que dans les r&#233;gions du Haut-Tonkin s'&#233;tend la zone des groupes arm&#233;s de H&#244; chi Minh ; eux aussi attendent les &#034;&#233;v&#233;nements&#034;.&lt;br /&gt;
Les bombes de Hiroshima et de Nagasaki suivies de la capitulation du Japon le 15 ao&#251;t 1945, marquent une autre &#232;re sanglante pour ce coin d'Asie destin&#233; par les puissances imp&#233;rialistes (accord de Postdam entre Staline, Churchill et Roosevelt) &#224; &#234;tre occup&#233; au nord du 17e parall&#232;le par les troupes chinoises, et au sud, par les troupes anglaises. Le nouveau partage du monde efface de la carte indochinoise l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et les Am&#233;ricains comptent, par le truchement des Chinois, de Tchang-Ka&#239; Chek, inclure le nord Vi&#234;t-nam dans leur zone d'influence au sud-est asiatique.&lt;br /&gt;
Devant le vide politique cr&#233;&#233; par la reddition japonaise et devan&#231;ant les troupes chinoises qui allaient ramener avec elles les nationalistes prochinois du Dong-minh-h&#244;i et du Vi&#234;tnam qu&#244;c d&#226;n dang, H&#244; chi Minh r&#233;unit ses partisans au village de T&#226;ntrao (province de Thai-nguy&#234;n) et cr&#233;a un Comit&#233; de lib&#233;ration nationale du Vi&#234;t-nam (Uy-ban giai-phong d&#226;n-t&#244;c Vi&#234;tnam) dont la majorit&#233; se composait d'une dizaine d'anciens membres du PC. Ainsi rompit-il avec le &#034;gouvernement en exil&#034; en Chine, donc avec les nationalistes prochinois. Apr&#232;s quelques manifestations spectaculaires organis&#233;es par ses &#233;missaires &#224; Hanoi, H&#244; chi Minh y fit son entr&#233;e &#224; la t&#234;te de son &#034;arm&#233;e populaire&#034; vers ao&#251;t. Le repr&#233;sentant &#224; Hanoi du gouvernement pro-japonais de Bao-Da&#239;, Phan k&#234; Toai, se retira sans ambages. Ainsi se constitua le pouvoir de facto du Vi&#234;tminh dans l'indiff&#233;rence des Japonais qui avaient re&#231;u des alli&#233;s la mission de maintenir l'ordre jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des troupes chinoises. On dit m&#234;me que les Japonais rel&#226;ch&#232;rent les quelque quatre cents prisonniers politiques enferm&#233;s dans les b&#226;timents de la Shell et r&#233;clam&#233;s par le Vi&#234;tminh et qu'ils les laiss&#232;rent s'emparer des armes. En m&#234;me temps, des &#034;comit&#233;s populaires&#034; prirent le contr&#244;le de l'administration dans les provinces et les mandarins disparurent ou se soumirent. Un gouvernement provisoire Vi&#234;tminh fut form&#233; &#224; Hanoi le 25 ao&#251;t, pr&#233;sid&#233; par H&#244; chi Minh ; &#224; Hu&#234;, apr&#232;s la d&#233;mission du gouvernement Tr&#226;n trong Kim, Bao-da&#239; abdiqua et fut choisi par H&#244; chi Minh comme &#034;conseiller supr&#234;me&#034;.&lt;br /&gt;
Que s'est-il pass&#233; dans le sud du pays apr&#232;s le 15 ao&#251;t ? &#192; Saigon la m&#234;me absence de pouvoir que dans le nord se fit sentir : les troupes japonaises semblaient frapp&#233;es d'immobilit&#233; en attendant l'arriv&#233;e des Anglais, tandis que les Fran&#231;ais d&#233;sarm&#233;s depuis le 9 mars attendaient leur &#034;lib&#233;ration&#034; et leur retour au pouvoir. Les partisans de H&#244; chi Minh (quelques &#233;missaires venus du Tonkin rejoignent le groupe stalinien de Cochinchine), en pleine ville, circulent dans des voitures munies de haut-parleurs en criant : &#034;d&#233;fendez le Vi&#234;tMinh&#034; (ung-h&#244; Vi&#234;t minh) Viet Minh, mot inconnu jusqu'alors &#224; Saigon et qui avait tout l'attrait du myst&#232;re puis, ils distribuent des tracts, se proclament &#034;aux c&#244;t&#233;s des alli&#233;s Russie, Chine, Angleterre, &#201;tats Unis pour l'Ind&#233;pendance&#034;. Apr&#232;s une manifestation Vi&#234;tminh d'essai organis&#233;e le 18 ao&#251;t dans les rues de Saigon, et en l'absence de r&#233;action japonaise, ils appellent &#224; une manifestation g&#233;n&#233;rale pour le 20. Pour la premi&#232;re fois dans la vie politique du pays, de v&#233;ritables masses humaines s'assemblent comme des fourmis d&#232;s le matin et emplissent le boulevard Norodom, depuis le jardin botanique jusqu'au palais du gouverneur, puis en ordre, d&#233;filent &#224; travers les art&#232;res importantes en scandant les mots d'ordre : &#034;&#192; bas l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais (Da-dao d&#234;-qu&#244;c phap) ! Vive l'Ind&#233;pendance du Vi&#234;t-nam (Vietnam ho&#224;n d&#244;c-l&#226;p) ! D&#233;fense du Front Vi&#234;tminh !...&#034;. Drapeaux et banderoles flottant au-dessus de cette arm&#233;e mouvante indiquent la pr&#233;sence de la Jeunesse d'avant-garde, la veille encore organisation pro-japonaise, des paysans conduits par des militants staliniens et venus des alentours de Saigon, des ouvriers de Saigon-Cholon, des cao-da&#239;stes, des bouddhistes de diverses sectes encadr&#233;s par leurs bonzes, des Hoa-hao, des militants des groupes trotskistes La Lutte et la Ligue des communistes internationalistes. Certains manifestants sont arm&#233;s de b&#226;tons de bambou. On remarque des banderoles avec des inscriptions insolites &#034;groupe d'assassinat d'assaut (Ban am-sat xung-phong)&#034; arbor&#233;es par des hommes aux torses nus et tatou&#233;s, porteurs d'armes blanches et de vieux fusils. La police vietnamienne au service de l'occupant ne sait plus o&#249; prendre les ordres : elle reste impassible devant le d&#233;fil&#233; &#224; travers la ville en gr&#232;ve, et la foule ne se disperse que dans l'apr&#232;s-midi. Cette manifestation, dont l'initiative appartint au Vi&#234;tminh est la tactique classique pr&#233;paratoire &#224; la prise du pouvoir, elle figure le sceau de l'approbation g&#233;n&#233;rale. En r&#233;alit&#233; chacun est descendu dans la rue avec un espoir diff&#233;rent. Seul sentiment commun mais tout puissant : ne plus voir les Fran&#231;ais au pouvoir, vivre la fin du r&#233;gime colonial.&lt;br /&gt;
Du premier &#233;veil de ces masses depuis toujours dans les &#034;menottes et les baillons&#034; &#233;mane une tension &#233;lectrique dans un calme insolite, ce calme pr&#233;occupant qui pr&#233;c&#232;de la temp&#234;te. Toute contrainte est rompue et tout le monde semble vivre un instant de totale libert&#233;, o&#249; l'absence de l'&#201;tat, la carence de la police permet &#224; chacun de se pr&#233;parer &#224; sa guise &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'un combat terrible. Que l'obscurit&#233; &#224; l'horizon d'un changement fondamental ! &#192; Yalta, &#224; Postdam, Roosevelt, Churchill et Staline, ont d&#233;cid&#233; de notre sort, nous nous jetterons pourtant corps et &#226;me dans un sans lendemain. Devant la perspective de l'arriv&#233;e imminente des troupes anglaises, devant la menace du retour de l'ancien r&#233;gime colonial, l'envoy&#233; sp&#233;cial de la &#034;France Nouvelle&#034; le colonel C&#233;dile, est d&#233;j&#224; &#224; Saigon au palais du gouverneur g&#233;n&#233;ral , tous les hommes d&#233;cid&#233;s cherchent &#224; se procurer des armes ; chacun vit dans la m&#234;me atmosph&#232;re explosive.&lt;br /&gt;
Avec la rapidit&#233; de l'&#233;clair, les &#233;v&#233;nements vont se d&#233;rouler en ces moments cruciaux de crise g&#233;n&#233;rale. Les groupes nationalistes et sectes qui furent pro-japonais restent arm&#233;s, mais incapables d'initiative : avec la chute du Japon, leur temps est r&#233;volu. Le Vi&#234;tminh politiquement renforc&#233; par l'av&#232;nement de H&#244; chi Minh &#224; Hanoi et ayant d&#233;j&#224; en main le mouvement de la Jeunesse d'avant-garde dont les dirigeants se sont ralli&#233;s, fort aussi de la manifestation monstre du 20 dans laquelle il voit l'approbation des masses &#224; sa politique de collaboration avec les &#034;alli&#233;s&#034; pour l'ind&#233;pendance nationale, va imposer son gouvernement.&lt;br /&gt;
Bient&#244;t en effet, appara&#238;t sur les murs de la ville une proclamation sign&#233;e du Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du sud (Uv-ban b&#224;nh-chanh l&#226;m-thoi Nam-b&#244;). Le comit&#233; appelle la population &#224; se mettre derri&#232;re lui en vue d'obtenir l'ind&#233;pendance du pays par la n&#233;gociation avec les &#034;alli&#233;s&#034; et promet la formation d'une r&#233;publique d&#233;mocratique parlementaire. En m&#234;me temps que cette affiche annonce la &#034;prise du pouvoir&#034; par le Vi&#234;tminh, la liste des membres du gouvernement provisoire pr&#233;sid&#233; par le stalinien Tran van Giau est dress&#233;e devant l'H&#244;tel de ville de Saigon affich&#233;e sur une imposante colonne couverte d'&#233;tamine rouge ; Nguyen van Tao, autre stalinien, ancien conseiller municipal de Saigon, est d&#233;sign&#233; pour l'int&#233;rieur ; pour donner &#224; leur comit&#233; une allure d'union nationale acceptable par les alli&#233;s imp&#233;rialistes dans une &#233;ventuelle n&#233;gociation, les staliniens se sont assur&#233; la collaboration gouvernementale d'un m&#233;decin, de quelques intellectuels non staliniens et m&#234;me d'un propri&#233;taire foncier. Le Comit&#233; Nam-b&#244; si&#232;ge &#224; l'H&#244;tel de ville, gard&#233; par des miliciens en uniforme blanc. La police et la s&#251;ret&#233; se sont ralli&#233;es, les commissariats sont contr&#244;l&#233;s par les camarades de Tran van Giau ; les pirates de L&#234; van Vi&#234;n dit Bay Vi&#234;n, sont embrigad&#233;s comme policiers et agents des futurs assassinats staliniens (on les connaissait depuis toujours sous les Fran&#231;ais, sous l'appellation &#034;bandes de Binh-xuy&#234;n&#034;, du nom d'un hameau situ&#233; entre Saigon et Cholon).&lt;br /&gt;
L'activit&#233; du Comit&#233; Nam-b&#244; s'&#233;tendit vers les provinces o&#249; il constitua ses propres comit&#233;s provinciaux, qui prirent en main les comit&#233;s populaires n&#233;s spontan&#233;ment dans les villages, de l'ancienne Jeunesse d'avant-garde. L'arriv&#233;e de la commission alli&#233;e &#233;tait annonc&#233;e pour le d&#233;but de septembre. Dans les rues de Saigon flottaient d'immenses banderoles portant des inscriptions de bon accueil en anglais, en russe, en chinois et en vietnamien : &#034;Welcome to the Allied Forces !...&#034;. Quelques actes spectaculaires marqu&#232;rent la volont&#233; du Comit&#233; Nam-b&#244; d'en finir avec la colonisation fran&#231;aise : les rues de Saigon chang&#232;rent de noms ; la rue Catinat, art&#232;re de luxe de la ville, c&#233;l&#232;bre par ses locaux de la s&#251;ret&#233; cachots et chambres de tortures fut baptis&#233;e rue de la Commune de Paris ; le boulevard Norodom s'appela boulevard de la R&#233;publique... Les statues des &#034;h&#233;ros&#034; de la conqu&#234;te (&#201;v&#234;que d'Adran tenant par la main le jeune prince Canh devant la cath&#233;drale, amiral Rigault de Genouilly au bord de la rivi&#232;re de Saigon, Bonnard devant le th&#233;&#226;tre municipal) et autres monuments de l'&#232;re coloniale furent d&#233;truits.&lt;br /&gt;
Au matin du 2 septembre, un grand d&#233;fil&#233; officiel fut organis&#233; par le Comit&#233; Nam-b&#244;. La nouvelle milice arm&#233;e en uniforme ouvrait la marche. Dans l'apr&#232;s-midi place de la cath&#233;drale, quelques coups de feu tir&#233;s on ne sait d'o&#249; provoquent un d&#233;cha&#238;nement g&#233;n&#233;ral ; les manifestants se ruent sur les maisons fran&#231;aises et la manifestation se termine tard le soir avec des bless&#233;s et des tu&#233;s de part et d'autre.&lt;br /&gt;
Bient&#244;t arrivent par avion les gurkhas de la 20e division indienne sous le commandement du g&#233;n&#233;ral anglais Gracey. D&#232;s son arriv&#233;e Gracey fait r&#233;pandre sur la ville, par des avions de chasse japonais, des tracts proclamant qu'il charge les Japonais du maintien de l'ordre public et qu'il interdit &#224; la population sous peine de punition s&#233;v&#232;re la d&#233;tention de toutes armes. Une immense affiche reproduisant cette proclamation est coll&#233;e sur les murs de la ville. Le ton hautain du militaire repr&#233;sentant les alli&#233;s &#233;quivaut &#224; une mise en demeure adress&#233;e non seulement aux groupes arm&#233;s des sectes religieuses qui d&#233;tenaient des quantit&#233;s d'armes japonaises mais &#233;galement au Comit&#233; Nam-b&#244; dont la milice arm&#233;e est plus ou moins tenue pour responsable des &#034;d&#233;sordres&#034; du 2 septembre. Gracey installe son quartier g&#233;n&#233;ral au petit palais du gouverneur de la Cochinchine. Une activit&#233; fi&#233;vreuse anime groupes et sectes. Les Hoa-hao prennent l'&#233;tiquette de Parti social-d&#233;mocrate (Dang d&#226;n-xa) et il semble qu'ils aient &#233;t&#233; invit&#233;s ainsi que les cao-da&#239;stes &#224; quelques postes subalternes du minist&#232;re Vi&#234;tminh des affaires sociales. Les trotskistes du groupe La Lutte se prononcent pour le soutien du Vi&#234;tminh stalinien dans la phase de la lutte pour l'ind&#233;pendance nationale et pour la formation d'une r&#233;publique d&#233;mocratique, mais d&#233;clarent se r&#233;server le droit de critique ; une autre tendance trotskiste d&#233;nonce comme illusion entretenue dans les masses la possibilit&#233; d'obtenir l'ind&#233;pendance nationale par la n&#233;gociation avec des brigands imp&#233;rialistes dont le Vi&#234;tminh sollicite l'alliance ; pr&#233;conisant l'armement du peuple (ce qui est contre la volont&#233; de contr&#244;le du Comit&#233; Nam-b&#244; sur tous les groupes arm&#233;s) et la pr&#233;paration de l'insurrection arm&#233;e contre le retour de l'ancien r&#233;gime, ils regroupent quelques dizaines d'ouvriers et d'employ&#233;s en un Comit&#233; populaire r&#233;volutionnaire (Uy-ban nh&#226;n-d&#226;n cach-mang) &#224; T&#226;n-dinh banlieue de Saigon ; un comit&#233; populaire semblable se forme &#224; Bi&#234;n-ho&#224; &#224; une trentaine de kilom&#232;tres de Saigon ; mais l'activit&#233; de tels comit&#233;s, n&#233;gation du pouvoir de facto stalinien, risque de faire tache d'huile et l'arrestation et l'incarc&#233;ration de leurs membres par la police Vi&#234;tminh y met fin. Notons que les militants de T&#226;n-dinh se laissent d&#233;sarmer sans riposte car ils craignent qu'en tirant sur la police, ils n'arrivent qu'&#224; nourrir l'accusation de provocation port&#233;e contre eux par les gens de l'H&#244;tel de ville, et restent incompris des masses. Les chefs des sectes &#233;galement objets des recherches de la police, disparaissent avec leurs groupes arm&#233;s. La r&#233;pression Vi&#234;tminh vise d&#233;j&#224; tous les opposants en puissance.&lt;br /&gt;
&#192; l'H&#244;tel de ville si&#232;ge toujours le Comit&#233; Nam-b&#244; auquel Gracey a accord&#233; quelques contacts courtois sans reconnaissance officielle ; d'autre part C&#233;dile qui manigance fi&#233;vreusement avec les Anglais pour &#034;r&#233;tablir l'ordre colonial&#034; a &#233;tabli avec ce m&#234;me Comit&#233; un dialogue de sourds. Le 17 septembre des tracts du Comit&#233; appellent &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale contre le fran&#231;ais et, toujours dans l'espoir d'une n&#233;gociation possible avec les Anglais, recommande le calme &#224; la population. Trois jours apr&#232;s, le 20, la presse vietnamienne est interdite par les Anglais et les proclamations du Comit&#233; sont lac&#233;r&#233;es et arrach&#233;es des murs de la ville. Le 22, les Anglais contr&#244;lent la prison et r&#233;arment quelque mille cinq cents soldats fran&#231;ais enferm&#233;s par les Japonais dans les casernes du deuxi&#232;me RIC ; enfin dans la nuit du 22 au 23, les Fran&#231;ais aid&#233;s des gurkhas r&#233;occupent les commissariats de police, la S&#251;ret&#233;, le Tr&#233;sor, la Poste. Le Comit&#233; Vi&#234;tminh quitte l'H&#244;tel de ville et se retire dans les environs de Cholon ; l'insurrection de Saigon &#233;clate la nuit m&#234;me. &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&lt;br /&gt;
L'insurrection de Saigon de 23 septembre 1945&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt;Le Comit&#233; Vi&#234;tminh dans le but d'obtenir sa reconnaissance par les Anglais comme gouvernement de facto fit tout pour montrer son pouvoir et sa capacit&#233; de &#034;maintenir l'ordre&#034;. Il ordonna par voie de presse la dissolution de tous les groupes arm&#233;s et la remise des armes &#224; sa propre police. La milice Vi&#234;tminh, appel&#233;e &#034;garde r&#233;publicaine (Cong-ho&#224;-v&#234;-binh)&#034; eut avec cette police le monopole l&#233;gal du port des armes. &#201;taient vis&#233;s non seulement les sectes religieuses Cao-da&#239; et Ho&#224;-hao, mais aussi les comit&#233;s ouvriers, la Jeunesse d'avant-garde et les groupes d'autod&#233;fense, c'est-&#224;-dire tous ceux qui se trouvaient hors du contr&#244;le Vi&#234;tminh.&lt;br /&gt;
Les trotskistes du groupe Tia-sang (l'Etincelle) devant la perspective imminente d'un affrontement in&#233;vitable avec les forces militaires anglaises et fran&#231;aises, appellent par tracts &#224; la formation de comit&#233;s d'action populaires (t&#244;-chuc-uy-ban h&#224;nh-d&#244;ng) et &#224; l'armement du peuple (thi&#234;t-l&#226;p d&#226;n-qu&#226;n) en vue de la constitution d'une assembl&#233;e populaire, organe de lutte pour l'ind&#233;pendance nationale. Les ouvriers du d&#233;p&#244;t de tramways de Go-v&#226;p, &#224; quelque huit kilom&#232;tres de Saigon, aid&#233;s des militants du groupe Tia-sang, organisent une milice et invitent les ouvriers de la r&#233;gion Saigon-Cholon &#224; s'armer et &#224; se pr&#233;parer au combat.&lt;br /&gt;
Le Comit&#233; Vi&#234;tminh avant de quitter la ville, fait coller partout des papillons la presse &#233;tant interdite et la loi martiale proclam&#233;e par Gracey d&#232;s le 22 invitant la population &#224; se disperser &#224; la campagne et &#224; &#034;rester calme car le gouvernement esp&#232;re arriver &#224; n&#233;gocier&#034;. Une psychose d'ins&#233;curit&#233; r&#232;gne dans la ville qui se vide peu &#224; peu d'une partie de sa population vietnamienne. Dans la nuit du 22 au 23, les Fran&#231;ais, r&#233;arm&#233;s et appuy&#233;s par les Gurkhas, r&#233;occupant pratiquement sans r&#233;sistance les commissariats de police, la S&#251;ret&#233;, la Poste, le Tr&#233;sor, l'H&#244;tel de ville... La nouvelle qui se r&#233;pand comme une tra&#238;n&#233;e de poudre, d&#233;clenche l'insurrection dans les quartiers populaires et les faubourgs de la ville. De partout, des d&#233;tonations s&#232;ches d&#233;chirent la nuit : c'est l'explosion spontan&#233;e des masses. Personne ne peut avoir une vue globale d'&#233;v&#233;nements de cet ordre. Nous recueillons ici les souvenirs de deux t&#233;moins plus ou moins acteurs dans le drame. Des arbres abattus, des v&#233;hicules renvers&#233;s, du mobilier divers entass&#233;s dans les rues, telles sont les &#233;bauches de barricades qui s'improvisent aussit&#244;t pour emp&#234;cher le passage des patrouilles et le d&#233;ploiement des troupes imp&#233;rialistes. Les insurg&#233;s se tiennent cach&#233;s &#224; proximit&#233;. Si le centre de la ville est sous le contr&#244;le des Fran&#231;ais second&#233;s par les Gurkhas et les Japonais, la p&#233;riph&#233;rie et les faubourgs (Khanh-h&#244;i, C&#226;u-kho, B&#224;n-co, Phu-nhu&#226;n, T&#226;n-dinh, Thi-ngh&#232;...) habitat des pauvres, appartiennent aux insurg&#233;s : comit&#233;s populaires, Jeunes d'avant-garde, garde r&#233;publicaine, cao-da&#239;stes... Les Fran&#231;ais rencontr&#233;s sont abattus ; les fonctionnaires cruels de l'ancien r&#233;gime, les policiers r&#233;put&#233;s tortionnaires rep&#233;r&#233;s depuis longtemps par la population, sont mis &#224; mort et jet&#233;s dans l'Arroyo chinois. Le racisme entretenu par quatre-vingts ans de domination, par le m&#233;pris de l'homme blanc &#224; l'&#233;gard de l'homme jaune, marque de son sceau aveugle les violences populaires qui &#233;clatent en ces heures critiques. Le massacre d'une centaine de civils fran&#231;ais de la cit&#233; H&#233;raud &#224; T&#226;n-dinh, le 25, en est une illustration douloureuse. La menace de certains Fran&#231;ais, r&#233;pandue en ville, de &#034;faire la peau aux Annamites pour en tirer des sandales&#034; s'est retourn&#233;e contre tous les blancs.&lt;br /&gt;
Des fouilles et des perquisitions syst&#233;matiques dans le centre n'emp&#234;chent pas les insurg&#233;s de mettre le feu &#224; la Compagnie du caoutchouc manufactur&#233;, aux entrep&#244;ts, etc.... Dans la nuit du 23 au 24, le commissariat du port est attaqu&#233; sans r&#233;sultat par les gu&#233;rilleros. Le 24, les insurg&#233;s contre-attaquent : des groupes descendent la rue de Verdun et remontent le boulevard de la Somme, convergeant vers le march&#233; ; dans la nuit, le march&#233; br&#251;le. Il n'y a plus &#224; Saigon ni eau, ni &#233;lectricit&#233;, ni ravitaillement et chacun vit dans une &#034;ambiance de massacre et de famine&#034;. Tandis que chaque jour les Fran&#231;ais tentent d'&#233;largir le cercle de leur contr&#244;le, des groupes arm&#233;s divers s'organisent en gu&#233;rilla tout autour de la ville. Le Comit&#233; Vi&#234;tminh d&#233;clare alors dans un tract : &#034;les Fran&#231;ais... prennent plaisir &#224; assassiner notre peuple. Une seule r&#233;ponse s'impose : appliquer le d&#233;cret du blocus alimentaire. Les soldats fran&#231;ais pris seront mis &#224; mort&#034;. Il conserve cependant l'espoir de s'entendre avec les Anglais et dans l'attente du corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais dirig&#233; par le g&#233;n&#233;ral Leclerc. Gracey r&#233;ussit &#224; engager des conversations avec lui, et une tr&#234;ve est annonc&#233;e le premier octobre. Le 3, Leclerc arrive, avec mission de &#034;r&#233;tablir l'ordre&#034; et &#034;construire une Indochine forte au sein de la communaut&#233; fran&#231;aise&#034;. Les commandes du Triomphant d&#233;filent rue Catinat et les drapeaux tricolores flottent de nouveau aux fen&#234;tres. Les conversations continuent et n'ont d'autre r&#233;sultat que le libre passage des troupes anglaises et japonaises dans les zones contr&#244;l&#233;es par les insurg&#233;s ; c'est le Comit&#233; Vi&#234;tminh qui, suivant sa politique d'entente avec les imp&#233;rialistes alli&#233;s a pris cette d&#233;cision. Les Gurkhas et les Japonais ouvrent la marche, occupent les endroits strat&#233;giques dans la p&#233;riph&#233;rie puis, le 12 octobre, les troupes fran&#231;aises second&#233;es par les Gurkhas passent &#224; l'attaque g&#233;n&#233;rale vers le nord-est : les paillotes br&#251;lent &#224; Thi-ngh&#232; jusqu'au poste de T&#226;n-binh et l'encerclement de la ville par les insurg&#233;s s'effrite dans des combats acharn&#233;s. Les anciens font observer que les Fran&#231;ais se dirigent d'abord vers les provinces de l'est, comme ils ont fait au d&#233;but de la colonisation.&lt;br /&gt;
Du c&#244;t&#233; de la gu&#233;rilla, le chef de bande Ray Vi&#234;n, se refusant aux basses besognes polici&#232;res contre toutes les tendances non affili&#233;es au Vi&#234;tminh, se rend ind&#233;pendant de ce dernier et op&#232;re pour son propre compte : tout en guerroyant contre les Fran&#231;ais, il se livre au pillage. Comme nous l'avons vu, il n'est pas le seul groupe arm&#233; &#224; ne pas accepter l'autorit&#233; du Vi&#234;tminh. Les plus nombreux de ces groupes connus sous le nom de Troisi&#232;me division (d&#234;-tam su-do&#224;n) sont dirig&#233;s par un ancien nationaliste qui avait un moment plac&#233; son espoir dans le Japon ; il se retire avec ses quelques centaines d'hommes arm&#233;s dans la Plaine des Joncs en vue d'organiser la r&#233;sistance aux Fran&#231;ais ; mais il se rend quelques mois plus tard et se dissout.&lt;br /&gt;
Le Vi&#234;tminh ne tol&#232;re aucune tendance qui lui porte ombrage et il en vient &#224; bout par la liquidation physique. Les militants du groupe trotskiste La Lutte qui pourtant s'&#233;taient prononc&#233;s pour le soutien critique du gouvernement Vi&#234;tminh, en sont presque imm&#233;diatement les victimes. R&#233;unis dans un temple de la r&#233;gion de Thu-duc, o&#249; ils se pr&#233;parent &#224; participer &#224; la lutte arm&#233;e sur le front de Gia-dinh, ils sont cern&#233;s le matin par la police Vi&#234;tminh, arr&#234;t&#233;s et intern&#233;s un peu plus tard &#224; B&#234;n-suc, province de Thu-d&#226;u-m&#244;t, o&#249; ils furent tous fusill&#233;s avec une trentaine d'autres prisonniers lors de l'approche des troupes fran&#231;aises. Tr&#226;n van Thach, ancien conseiller municipal de Saigon &#233;lu en 1933 sur la liste stalino-trotskiste et revenu peu de temps auparavant du bagne de Poulo-Condor, &#233;tait parmi eux. On apprit quelques mois plus tard que le leader du groupe La Lutte, Ta thu Th&#226;u, revenu du bagne lui aussi, et qui s'&#233;tait ensuite rendu au Tonkin en vue d'organiser des secours contre la famine, avait &#233;galement &#233;t&#233; assassin&#233; par les partisans de H&#244; chi Minh sur le chemin du retour dans le centre Annam.&lt;br /&gt;
Dans cette atmosph&#232;re de terreur Vi&#234;tminh, la milice ouvri&#232;re des Tramways de Go-v&#226;p (Do&#226;n c&#244;ng-binh) dont l'effectif s'&#233;l&#232;ve &#224; une soixantaine de personnes, participe &#224; l'insurrection en dehors de toute autorit&#233;. Les quelque quatre cents ouvriers et employ&#233;s des Tramways &#233;taient r&#233;put&#233;s pour leur esprit de lutte et d'ind&#233;pendance. On sait que sous les Fran&#231;ais le droit syndical n'existait pas. Lorsque les Japonais, apr&#232;s le 9 mars, avaient remplac&#233; les Fran&#231;ais &#224; la t&#234;te de l'entreprise, les ouvriers avaient constitu&#233; eux-m&#234;mes un comit&#233; d'entreprise et pr&#233;sent&#233; des revendications ; les militaires japonais, colonel Kirino en t&#234;te, &#233;taient venus menacer les ouvriers mais, devant leur attitude ferme, les Japonais avaient c&#233;d&#233; accordant non seulement une augmentation de salaire, mais la reconnaissance de onze d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par les onze cat&#233;gories de travailleurs : &#233;lectriciens, forgerons, menuisiers, etc.... En ao&#251;t, lorsque les techniciens fran&#231;ais abandonn&#232;rent momentan&#233;ment l'entreprise, le comit&#233; la g&#233;ra jusqu'&#224; l'insurrection.&lt;br /&gt;
Or tous les insurg&#233;s qui ne se rangent pas sous le drapeau Vi&#234;tminh sont aussit&#244;t qualifi&#233;s de Viet-gian, tra&#238;tres ; tous les ouvriers qui ne s'identifient pas au nationalisme sont qualifi&#233;s de r&#233;actionnaires, de saboteurs. C'est dans cette atmosph&#232;re de violence mentale totalitaire que les ouvriers des Tramways de Go-v&#226;p quoiqu'adh&#233;rant &#224; la CGT du Sud (cr&#233;ation du gouvernement Vi&#234;tminh de facto sous la pr&#233;sidence du stalinien Ho&#224;ang-d&#244;n V&#226;n et destin&#233;e &#224; s'assurer le contr&#244;le des ouvriers de la r&#233;gion Saigon-Cholon ; les d&#233;l&#233;gu&#233;s y &#233;taient d&#233;sign&#233;s d'office par Ho&#224;ang-d&#244;n V&#226;n et consorts malgr&#233; les protestations des quelques d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;lus par les ouvriers eux-m&#234;mes) refusent de prendre l'&#233;tiquette de &#034;Travailleurs Sauveurs de la patrie (C&#244;ng-nh&#226;n cuu-qu&#244;c)&#034; impos&#233;e par les staliniens de la CGT et d'adopter le drapeau rouge &#224; &#233;toile jaune du Vi&#234;tminh ; ils gardent leur appellation de milice ouvri&#232;re, symbole de leur ind&#233;pendance dans le &#034;front commun&#034;, et combattent sous l'embl&#232;me du drapeau rouge non pour la patrie mais pour leur propre &#233;mancipation de classe. Ils s'organisent en groupes de combat de deux personnes sous la direction d'un responsable &#233;lu et les responsables &#233;lisent comme commandant Tr&#226;n dinh Minh ; c'&#233;tait un jeune trotskiste du nord qui avait publi&#233; un roman social &#224; Hanoi sous le pseudonyme de Nguy&#234;n hai Au, et &#233;tait venu participer &#224; la lutte ouvri&#232;re dans le sud. Par la force des choses, cette formation ouvri&#232;re entra en contact avec les autres groupes de combat des faubourgs est de Saigon dont le commandement &#233;tait aux mains du chef Vi&#234;tminh, Nguy&#234;n dinh Th&#226;u.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux faits divers donneront une id&#233;e de ce que put &#234;tre la dictature sur les insurg&#233;s par des individus hiss&#233;s au commandement et consacr&#233;s par le Vi&#234;tminh. Nguy&#234;n dinh Th&#226;n entend celer par le sang sa parcelle d'autorit&#233; : des gu&#233;rilleros du groupe T&#226;y-son (ainsi nomm&#233; en souvenir de la r&#233;volte des paysans des montagnes T&#226;y-son contre les seigneurs f&#233;odaux au 18&#232; si&#232;cle) ont r&#233;quisitionn&#233; du tissu chez la tante d'un stalinien notoire, Duong bach Mai, ancien conseiller municipal de Saigon. Au m&#233;pris du combat contre les imp&#233;rialistes, il les fait fusiller. Il fait arr&#234;ter T., suspect de trotskisme, secr&#233;taire ex&#233;cutif Vi&#234;tminh de T&#226;n-binh, et conseiller du Groupe I des Volontaires de la mort (do&#224;n cam-tu s&#244; I) dirig&#233; par Khu&#226;t ; on pr&#234;tait &#224; ce dernier le projet de descendre Nguy&#234;n dinh Th&#226;u malgr&#233; sa garde personnelle arm&#233;e jusqu'aux dents, plut&#244;t que de le laisser assassiner T., lorsque le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT du sud, Ly chi&#234;n Thang, le fit lib&#233;rer. De tels actes terroristes et totalitaires ne sont pas des exceptions, mais seront pratiques courantes dans l'embryon d'&#201;tat du maquis.&lt;br /&gt;
Refusant de se soumettre &#224; l'autorit&#233; de Nguy&#234;n dinh Th&#226;u, la milice des tramways d&#233;cide de se regrouper dans la Plaine des Joncs, vers laquelle elle se dirige, tout en combattant contre Fran&#231;ais et Gurkhas &#224; Loc-giang, Th&#244;t-n&#244;t, My-hanh... Dans la Plaine des Joncs, ces ouvriers prennent contact avec les paysans pauvres, et c'est l&#224; qu'ils perdent au combat leur camarade Tr&#226;n dinh Minh le 13 janvier 1946. Une vingtaine d'autres avaient d&#233;j&#224; trouv&#233; la mort dans les batailles livr&#233;es en cours de route.&lt;br /&gt;
L'intol&#233;rance du Vi&#234;tminh &#224; l'&#233;gard de toutes les tendances ind&#233;pendantes, l'accusation de tra&#238;trise assortie de menace de mort qu'il porte contre elles, et la faiblesse num&#233;rique du groupe des Tramways, obligent ses membres &#224; se disperser. Trois d'entre eux, L&#234; Ngoc, Ky, Huong, jeune ouvrier de 14 ans, seront poignard&#233;s par les bandes Vi&#234;tminh apr&#232;s avoir &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s puis rel&#226;ch&#233;s par les troupes fran&#231;aises &#224; Hoc-m&#244;n.&lt;br /&gt;
L'explosion de Saigon s'est r&#233;percut&#233;e &#224; la campagne est dans les provinces. Comme dans le pass&#233;, les paysans ont saisi les notables qui s'&#233;taient distingu&#233;s par leur cruaut&#233;, les propri&#233;taires fonciers r&#233;put&#233;s pour leurs extorsions ; beaucoup sont mis &#224; mort, leurs maisons et leurs greniers incendi&#233;s. On dit que des militants paysans staliniens, revenus de Poulo Condor, le mois pr&#233;c&#233;dent, tent&#232;rent d'intervenir dans certains endroits pour temp&#233;rer les violences et furent eux-m&#234;mes menac&#233;s dans leur vie, suspect&#233;s qu'ils furent alors de se mettre aux c&#244;t&#233;s des anciens oppresseurs. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Ecrit par &lt;strong&gt;Ngo Van&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;br class='autobr' /&gt; La d&#233;nonciation de la politique de la pr&#233;tendue &#034;Quatri&#232;me Internationale&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La IV&#176; Internationale en danger&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Natalia Trotsky, Benjamin P&#233;ret, Grandizo Munis&lt;br class='autobr' /&gt;
27 juin 1947&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Enfin nous trouvons l'Indochine, o&#249; pendant longtemps on a oubli&#233; de soutenir notre section, y compris de demander qui a assassin&#233; &#224; Ta-Thu-Thau pour soutenir, sans aucune critique rigoureuse, le gouvernement stalinien de Ho-Chi-Minh, si chaudement accept&#233; par The Militant et la V&#233;rit&#233;. (...)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1979&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;(...) Est-il possible qu'au cours de la nouvelle p&#233;riode de la r&#233;volution, de cette p&#233;riode qui va voir se multiplier les &#171; circonstances exceptionnelles &#187;, &#224; nouveau des partis petits-bourgeois, y compris staliniens, soient contraints d'aller plus loin qu'ils ne le voudraient sur la voie de la rupture avec la bourgeoisie ? Vraisemblablement oui.&#034; Un article de &#034;La V&#233;rit&#233;&#034; n&#176;588 (Septembre 1979)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A propos d'une possibilit&#233; th&#233;orique et de la lutte pour la dictature du prol&#233;tariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;de &lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
St&#233;phane Just&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Indochine, un autre exemple&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Vietnam, au Laos, au Cambodge, tout est beaucoup plus clair. La colonisation fran&#231;aise commence d&#232;s 1860 avec la conqu&#234;te de la Cochinchine. Elle s'ach&#232;ve en 1890. Toutes les conqu&#234;tes coloniales fran&#231;aises sont plac&#233;es sous l'autorit&#233; du Gouvernement g&#233;n&#233;ral de l'Indochine qui d&#233;pend du minist&#232;re des Colonies. Le Gouvernement g&#233;n&#233;ral exerce l'administration directe. L'appareil d'Etat est l'appareil d'Etat fran&#231;ais. L'Indochine est consid&#233;r&#233;e comme &#171; territoire fran&#231;ais &#187;. Cependant une royaut&#233; fantoche est maintenue : l'empereur d'Annam &#171; r&#232;gne &#187; sur le Tonkin et l'Annam, qui sont formellement &#171; protectorats fran&#231;ais &#187;. Sa capitale est &#224; Hu&#233;. Il nomme ses &#171; ministres &#187;. Au Laos et au Cambodge aussi la monarchie est maintenue. Par contre, la Cochinchine a &#233;t&#233; &#171; c&#233;d&#233;e &#187; &#224; la France, en toute souverainet&#233;, par l'empereur d'Annam, d&#232;s 1874. Elle est consid&#233;r&#233;e comme colonie fran&#231;aise, ainsi que le deviendront en 1888 Hano&#239;, Haiphong et Tourane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le maintien des monarchies r&#233;pond &#224; certaines exigences : utiliser les anciennes classes dominantes au profit de la colonisation fran&#231;aise. Ce sont les mandarins, les anciens notables communaux, les anciens seigneurs, qui deviennent les agents de la colonisation et de l'administration fran&#231;aise. La Cochinchine, &#171; b&#233;n&#233;ficiant &#187; du statut colonial, est dot&#233;e en 1880 d'une Assembl&#233;e &#233;lue, le Conseil colonial, o&#249; si&#232;gent quelques Annamites d&#233;sign&#233;s par les chambres de commerce et d'agriculture. Le suffrage et l'&#233;ligibilit&#233; sont r&#233;serv&#233;s aux citoyens fran&#231;ais, et les Annamites, &#171; sujets fran&#231;ais &#187;, n'acc&#232;dent &#224; la citoyennet&#233; que par un acte analogue &#224; la naturalisation (on ne comptait au total dans les trois pays annamites que 2 555 &#171; nationalis&#233;s &#187; fran&#231;ais, dont les trois cinqui&#232;mes en Cochinchine, en 1937 - &#171; Histoire du Vietnam &#187;, Philippe Devillers). Plus tard, le Conseil colonial et les principales municipalit&#233;s seront &#233;lus sur la base du double coll&#232;ge. En m&#234;me temps, un nombre relativement important de Vietnamiens seront int&#233;gr&#233;s &#224; l'administration coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur ensemble, apr&#232;s leur capitulation face &#224; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, les anciennes classes dominantes de ce pays f&#233;odal sont devenues ses agents. Mais la colonisation a boulevers&#233; les rapports de production qui, de f&#233;odaux, sont devenus capitalistes. Lorsque les anciens rapports de production n'&#233;taient pas radicalement &#233;limin&#233;s, ils &#233;taient transform&#233;s, subordonn&#233;s dans le sillage de la colonisation, en fonction des int&#233;r&#234;ts de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, aux rapports de production capitalistes. Une bourgeoisie autochtone se constituait et se d&#233;veloppait dans le processus de la transformation des rapports de production. C'est d'elle, de ses &#233;l&#233;ments petits-bourgeois notamment, que surgirent les premiers mouvements de lutte contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Tr&#232;s rapidement, en raison de la d&#233;pendance de cette bourgeoisie coloniale par rapport &#224; l'imp&#233;rialisme d'un c&#244;t&#233;, de sa peur du prol&#233;tariat de l'autre, la bourgeoisie vietnamienne atteint l'&#233;troite limite de sa lutte contre l'imp&#233;rialisme. L'&#233;chec du mouvement insurrectionnel de f&#233;vrier 1930 que le Parti national annamite avait organis&#233; porta un coup mortel au mouvement r&#233;volutionnaire impuls&#233; par la petite bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes entreprises capitalistes sont sous le contr&#244;le de la Banque d'Indochine et de la Banque Franco-chinoise qui d&#233;tiennent une partie plus ou moins importante du capital et appartiennent exclusivement &#224; des soci&#233;t&#233;s fran&#231;aises. M&#234;me dans l'agriculture il en est ainsi. En 1937, par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; 700 europ&#233;ens, une poign&#233;e de colons et quelques grandes soci&#233;t&#233;s poss&#232;dent un cinqui&#232;me de la surface des terres des trois pays d'Indochine et en laissent la moiti&#233; sans la mettre en valeur, alors que 17 millions d'indig&#232;nes v&#233;g&#232;tent sur une terre trop petite, ou peinent et meurent de faim au service des grands propri&#233;taires. &#187; (Mouvements nationaux et lutte des classes au Vietnam - Anh Van et Jacqueline Roussel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie indig&#232;ne industrielle et commer&#231;ante est faible. Elle a ses racines dans le contexte de la &#171; mise en valeur &#187; des pays d'Indochine par le capital fran&#231;ais ; de plus, ses int&#233;r&#234;ts sont &#233;troitement imbriqu&#233;s &#224; ceux des propri&#233;taires fonciers, car la possession de la terre est un refuge s&#251;r pour ses capitaux. L'usure est aussi un de ses &#171; d&#233;bouch&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands propri&#233;taires fonciers au Tonkin poss&#233;daient 16,6% des terres. En Cochinchine centrale, 1% des propri&#233;taires poss&#232;dent 31,3% du sol ; dans la Cochinchine occidentale, 9,6% poss&#232;dent 65,5% du sol. Et surtout, bourgeois et propri&#233;taires fonciers sont les b&#233;n&#233;ficiaires des pr&#234;ts usuraires aux paysans &#171; propri&#233;taires &#187; endett&#233;s jusqu'au cou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la veille de la guerre la paysannerie repr&#233;sentait 92 % du total de la population. La plus grande partie, les deux tiers, &#233;tait compos&#233;e de coolies agricoles sans terre, une autre partie extr&#234;mement importante &#233;tait compos&#233;e de paysans terriblement endett&#233;s mais poss&#233;dant de mis&#233;rables lopins de terre. A c&#244;t&#233; d'une petite bourgeoisie tr&#232;s diversifi&#233;e, la classe ouvri&#232;re, familles comprises, repr&#233;sentait 5% de la population.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre et la politique du PCV&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle apparaissait, au moment o&#249; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#233;tait d&#233;fait, en juin 1940, par l'imp&#233;rialisme allemand, &#171; l'Indochine fran&#231;aise &#187;. D&#232;s le 19 juin, les Japonais exigeaient le contr&#244;le des transports entre Ha&#239;phong et la fronti&#232;re chinoise. Le 29 septembre, un accord &#233;tait conclu : une force de 6 000 hommes devait permettre &#224; l'arm&#233;e japonaise, au Kwang-Si, d'utiliser les moyens de communication du Tonkin et de les couper aux arm&#233;es chinoises. Le 29 juillet 1941, un accord Darlan-Kato int&#233;gra l'Indochine qui resta, sous la souverainet&#233; de la France, dans le syst&#232;me militaire japonais. L'effectif des troupes japonaises stationn&#233;es en Indochine s'&#233;l&#232;vera aux environs de 35 000 hommes. Mais elles laiss&#232;rent l'administration fran&#231;aise fonctionner et les troupes fran&#231;aises assurer l'&#171; ordre &#187; en Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liquidation du gouvernement de Vichy en 1944 en France a amen&#233; l'arm&#233;e fran&#231;aise d'Indochine &#224; changer de camp, tandis que le retournement de la situation militaire dans le Pacifique faisait redouter aux Japonais un d&#233;barquement am&#233;ricain en Indochine avec l'arm&#233;e fran&#231;aise dans le dos. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, les Japonais attaquent les troupes fran&#231;aises et en vingt-quatre heures liquident leur r&#233;sistance. Les Japonais n'ont pas les moyens d'improviser une administration de l'Indochine. ils demandent aux fonctionnaires fran&#231;ais ou appartenant &#224; l'administration fran&#231;aise de rester en place, nommant en Cochinchine, en Annam et au Tonkin des gouverneurs qui se substituent aux gouverneurs fran&#231;ais. L'&#171; empereur &#187; Bao Da&#239; incarnera le pouvoir central au Vietnam. A cet effet, Bao Da&#239; constitue un nouveau &#171; gouvernement &#187; : le gouvernement Tran Trong Kim, instrument des Japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essentiel est cependant que le coup de force japonais du 10 mars a fait s'effondrer l'appareil administratif et militaire fran&#231;ais et ouvert un vide politique immense que le &#171; gouvernement imp&#233;rial &#187; est incapable de combler. A la capitulation du Japon, le 14 ao&#251;t, les troupes japonaises sont charg&#233;es du maintien de l'ordre jusqu'&#224; l'arriv&#233;e des troupes chinoises au nord du 16&#176; parall&#232;le, et anglaises au sud. Mais la r&#233;volution d&#233;ferle, non impuls&#233;e par la politique du Vietminh, mais en d&#233;pit d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ces temps o&#249; beaucoup font l'apologie du Parti communiste vietnamien et de sa direction, il n'est pas inutile de faire un bref r&#233;capitulatif de sa politique avant, pendant et &#224; la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Au Vietnam, tr&#232;s rapidement, les partis bourgeois et petits-bourgeois ont &#233;t&#233; d&#233;consid&#233;r&#233;s. D&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1930, le Parti communiste du Vietnam comptait plusieurs centaines de membres et plusieurs milliers &#224; la veille de la guerre. A la m&#234;me p&#233;riode, sous la direction de Tha Tu Thau, qui venait d'&#234;tre expuls&#233; de France, un groupe trotskyste se constituait en Cochinchine. Il allait avoir au cours des ann&#233;es suivantes un puissant rayonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne du PCV a suivi rigoureusement jusqu'en 1947-1949 la ligne que Staline dictait. Jusqu'en 1932, cette ligne est gauchiste. En 1933, l'influence grandissante du groupe trotskyste impose la r&#233;alisation d'un front unique entre staliniens et trotskystes. Ils pr&#233;sentent en commun une liste aux suffrages du deuxi&#232;me coll&#232;ge de Sa&#239;gon, lors d'une &#233;lection municipale, soutenue par un organe commun, &#171; La Lutte &#187;. Deux candidats de &#171; La Lutte &#187; sont &#233;lus. Pour le PCV, ce n'&#233;tait qu'une transition. En 1935, il applique au Vietnam la ligne du front populaire qui, non seulement tendait la main &#224; la bourgeoisie dite &#171; nationale &#187; vietnamienne, mais, au nom de la d&#233;fense de la d&#233;mocratie, soutenait l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais contre la &#171; menace fasciste &#187; japonaise. Cette ligne, les staliniens vietnamiens l'appliqu&#232;rent jusqu'au pacte germano-russe d'ao&#251;t 1939. Aux &#233;lections de 1937 le journal &#171; La Lutte &#187; pr&#233;sentait encore une liste de front unique entre staliniens et trotskystes, dont trois des candidats furent &#233;lus. Cependant le 14 juin 1937, les staliniens refusaient de voter une r&#233;solution anti-imp&#233;rialiste que Tha Tu Thau leur soumettait. Ce fut la rupture. Les trotskystes gagn&#232;rent la majorit&#233; au sein du groupe &#171; La Lutte &#187; et poursuivirent la parution du journal sur leur orientation. Au Conseil municipal de Saigon, en 1939, les staliniens votaient un nouvel imp&#244;t destin&#233; &#224; financer la d&#233;fense nationale de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aussi, au cours des &#233;lections au Conseil colonial de Cochinchine le 30 avril 1939, Tha Tu Thau et Tran Van Trach, candidats trotskystes, furent-ils &#233;lus (au deuxi&#232;me coll&#232;ge) bien que ce fut au suffrage restreint dont beaucoup de travailleurs &#233;taient exclus... 80 % des voix, staliniens et bourgeois se partageant le reste. &#187; (op. cit.) Bient&#244;t, le pacte Hitler-Staline fut le pr&#233;texte d'une terrible r&#233;pression dont furent victimes aussi bien les staliniens que les trotskystes, qui, alors que la guerre &#233;clatait, rest&#232;rent fermes sur la ligne du d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre, la ligne du PCV correspond absolument &#224; celle de la bureaucratie du Kremlin. Deux mois apr&#232;s l'int&#233;gration de l'Indochine dans le syst&#232;me militaire japonais, deux mois et demi apr&#232;s l'attaque hitl&#233;rienne contre l'URSS, alors que visiblement le Japon pr&#233;pare la guerre, le 8 septembre 1941, Ho Chi Minh annonce la constitution d'un front national : le Front de l'ind&#233;pendance du Vietnam, ou Vietminh. Le 25 octobre, le &#171; Vietminh &#187; lance son premier manifeste :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Union de toutes les couches sociales, de toutes les organisations r&#233;volutionnaires, de toutes les minorit&#233;s ethniques. Alliance avec tous les peuples opprim&#233;s de l'Indochine. Collaboration avec tous les &#233;l&#233;ments anti-fascistes fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la couverture du Vietminh, le PCV va pouvoir se r&#233;organiser. A la diff&#233;rence des trotskystes compl&#232;tement isol&#233;s et sans moyens, il b&#233;n&#233;ficie de l'appui du Kremlin. Il peut m&#234;me utiliser le territoire chinois comme base arri&#232;re. Ho Chi Minh, qui s'appelle alors Nguyen Ai Duoc, collabore avec les services chinois. Un moment arr&#234;t&#233;, il sera rel&#226;ch&#233; sous l'identit&#233; de Ho Chi Minh en f&#233;vrier 1943. Philippe Devillers pr&#233;cise : &#171; Il recevra d&#233;sormais les 100 000 dollars chinois par mois attribu&#233;s jusqu'alors &#224; Nguyen Kai Thau. &#187; La propagande et l'organisation du Vietminh progressent, notamment au Tonkin. En 1944, il commence la gu&#233;rilla. La ligne officielle est celle de l'ind&#233;pendance. Elle correspond aux positions d'alors de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain qui vise &#224; substituer son influence &#224; la colonisation fran&#231;aise et &#224; la ligne de partage du monde en zones d'influence &#233;labor&#233;e &#224; Yalta par Staline, Roosevelt et Churchill, r&#233;duisant l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais &#224; la portion congrue, et contre laquelle se dresse de Gaulle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le 10 mars 1945, le Vietminh op&#232;re sans difficult&#233;s hors des gros centres et b&#233;n&#233;ficie du soutien de la population qui esp&#232;re que l'heure de la fin du colonialisme est proche. Les Am&#233;ricains lui parachutent des armes. Le Vietminh est aussi en relation, par la m&#233;diation de Sainteny, avec le gouvernement de De Gaulle. Sainteny en mission en Chine s'efforce de regrouper les d&#233;bris du corps exp&#233;ditionnaire fran&#231;ais en Indochine qui ont &#233;chapp&#233; aux Japonais, et de pr&#233;parer le retour de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en Indochine. Il envoie selon ses moyens des instructeurs militaires et des armes au Vietminh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vietminh fait transmettre en juillet 1945, par l'interm&#233;diaire de l'OSS, un aide-m&#233;moire o&#249; il r&#233;sume ses vues sur &#171; l'Indochine fran&#231;aise future &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous, Ligue du Vietminh, demandons que les points suivants soient annonc&#233;s par les Fran&#231;ais et observ&#233;s dans la politique future en Indochine fran&#231;aise :&lt;br class='autobr' /&gt; 1. Un parlement sera &#233;lu au suffrage universel. Il l&#233;gif&#233;rera pour le pays. Un gouverneur fran&#231;ais exercera les fonctions de pr&#233;sident jusqu'&#224; ce que l'ind&#233;pendance nous soit assur&#233;e. Ce pr&#233;sident choisira un cabinet ou un groupe de conseillers accept&#233;s par le parlement. Les pouvoirs pr&#233;cis de tous ces organes pourront &#234;tre mis au point dans l'avenir.&lt;br class='autobr' /&gt; 2. L'ind&#233;pendance sera donn&#233;e &#224; ce pays dans un minimum de cinq ans et un maximum de dix.&lt;br class='autobr' /&gt; 3. Les ressources naturelles de ce pays retourneront &#224; ses habitants apr&#232;s un d&#233;dommagement &#233;quitable des d&#233;tenteurs pr&#233;sents. La France b&#233;n&#233;ficiera d'avantages &#233;conomiques.&lt;br class='autobr' /&gt; 4. Toutes les libert&#233;s proclam&#233;es par les Nations-Unies seront garanties aux Indochinois.&lt;br class='autobr' /&gt; 5. La vente de l'opium sera interdite.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous esp&#233;rons que ces conditions seront jug&#233;es acceptables par le gouvernement fran&#231;ais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution au Nord&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 ao&#251;t 1945, apr&#232;s la capitulation, les Japonais transf&#232;rent le pouvoir au d&#233;l&#233;gu&#233; de l'&#171; empereur &#187; Bao Da&#239;, &#224; Hano&#239;. Le mouvement des masses va d&#233;ferler. Philippe Devillers raconte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le 16, conform&#233;ment aux engagements pris, les Japonais transf&#232;rent au d&#233;l&#233;gu&#233; imp&#233;rial Phan Ke Toai les services du Gouvernement g&#233;n&#233;ral et lib&#232;rent les prisonniers politiques. La &#171; R&#233;volution &#187; va maintenant pouvoir se d&#233;rouler sans heurts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la matin&#233;e du 17 ao&#251;t, tandis que se r&#233;unit &#224; la R&#233;sidence sup&#233;rieure l'Assembl&#233;e consultative du Tonkin convoqu&#233;e d'urgence, les manifestations commencent. Dans l'apr&#232;s-midi, &#224; l'appel du Comit&#233; central des fonctionnaires, 20 000 manifestants se rassemblent devant le Th&#233;&#226;tre municipal. Pour la premi&#232;re fois, le Front Vietminh appara&#238;t alors ouvertement devant la foule. Des leaders Vietminh se mettent soudain au balcon du th&#233;&#226;tre, culbutent le drapeau imp&#233;rial, hissent au milieu des acclamations le drapeau rouge &#224; &#233;toile d'or. Partout dans la ville, les drapeaux rouges apparaissent. Les Japonais demeurent impassibles. Les manifestations s'amplifient le 18. Les rues sont pleines de drapeaux, de tracts, de m&#233;gaphones et de gens qui hurlent. Phan Ke Toai, tremblant devant l'&#233;meute, somm&#233; de se d&#233;mettre, s'ex&#233;cute, passe le pouvoir &#224; un Comit&#233; directeur provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 19, les nationalistes se sont &#233;vanouis. Il n'y a plus dans la ville que des Vietminh. Leurs harangues enflamm&#233;es m&#233;nagent curieusement les Japonais. Les &#171; sections d'assaut &#187; Vietminh occupent les b&#226;timents publics, sans susciter aucune r&#233;action des Nippons. Ceux-ci, apr&#232;s quelques heures de n&#233;gociations, c&#232;dent aux insurg&#233;s les armes de la Garde indochinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 20, le Vietminh, sans lutte, est ma&#238;tre de toute l'administration, de tous les services de Hano&#239;. Mais les manifestations violentes continuent. De nombreux Fran&#231;ais sont molest&#233;s, deux disparaissent, beaucoup sont arr&#234;t&#233;s. Un massacre sera &#233;vit&#233; de justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 21, la r&#233;volution politique gagne en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tandis que dans tout le pays, dans les bourgs et villages, les Comit&#233;s populaires, &#233;vin&#231;ant les notables, s'installent dans les maisons communes, &#224; Hanoi des intellectuels &#034;gauchistes&#034;, sans instructions du Comit&#233; central du Vietminh, prennent de grandes initiatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;unis &#224; la Cit&#233; universitaire sur la convocation de l'Association g&#233;n&#233;rale des &#233;tudiants, des &#034;repr&#233;sentants de tous les partis et de toutes les couches de. la Population &#034; votent la motion suivante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034; Vu la n&#233;cessit&#233; d'unifier, dans les circonstances actuelles, toutes les forces nationales du Tonkin, de l'Annam et de la Cochinchine sous l'&#233;gide d'un gouvernement b&#233;n&#233;ficiant de l'appui des masses, en vue d'&#233;tablir des relations diplomatiques avec les &#201;tats &#233;trangers et de consolider l'ind&#233;pendance nationale,&lt;br class='autobr' /&gt; Vu que le Vietminh a lanc&#233; le mot d'ordre de l'insurrection g&#233;n&#233;rale et a pris le pouvoir dans le Nord,&lt;br class='autobr' /&gt; Vu qu'en Annam et en Cochinchine tous les partis esp&#232;rent que le Vietminh prendra le pouvoir en ses mains :&lt;br class='autobr' /&gt; 1. Exigent l'abdication de l'empereur d'Annam, l'instauration du r&#233;gime r&#233;publicain, la remise du pouvoir &#224; un gouvernement provisoire form&#233; par le Vietminh ;&lt;br class='autobr' /&gt; 2. Demandent au Front Vietminh d'ouvrir imm&#233;diatement les n&#233;gociations avec les autres partis en vue de former un gouvernement provisoire ;&lt;br class='autobr' /&gt; 3. Appellent tous les partis, toutes les couches de la population et les plus larges masses du peuple &#224; soutenir le gouvernement provisoire afin de commencer l'&#339;uvre de consolidation de l'ind&#233;pendance nationale. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La motion est transmise, par t&#233;l&#233;gramme, &#224; Hu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A Hu&#233;, la capitulation du Japon a plac&#233; le gouvernement Tran Trong Kim devant l'&#233;ch&#233;ance pr&#233;vue. Les difficult&#233;s auxquelles il se heurtait l'avaient d&#233;j&#224; amen&#233;, le 7 ao&#251;t, &#224; offrir sa d&#233;mission, mais Bao Da&#239; l'avait pri&#233; de continuer &#224; exp&#233;dier les affaires courantes. Le 16 ao&#251;t, Tran Trong Kim, qui n'est pas encore autoris&#233; par les Japonais &#224; diffuser la nouvelle de la capitulation, affirme son intention de d&#233;fendre l'ind&#233;pendance acquise le 9 mars. &#034;Les peuples du Vietnam, dit-il en substance, refusent d'&#234;tre assujettis de nouveau &#224; la France sous la contrainte de qui ils ont longtemps souffert &#034;, et il demande l'union de tous dans la lutte pour l'ind&#233;pendance. Le 18, il cr&#233;e un Comit&#233; de salut national, groupant tous les partis politiques, en vue de diriger cette lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'objectif est maintenant d'obtenir des puissances alli&#233;es la reconnaissance de l'ind&#233;pendance du Vietnam. Sur les conseils de son ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, Bao Da&#239; adresse des messages en ce sens au pr&#233;sident Truman, au roi d'Angleterre, au mar&#233;chal Tchang Ka&#239;-chek, au g&#233;n&#233;ral de Gaulle. Ce dernier message, par son accent, pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t particulier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Je m'adresse au peuple de France, au pays de ma jeunesse. Je m'adresse aussi &#224; son chef et lib&#233;rateur et je veux parler en ami plus qu'en chef d'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt; Vous avez trop souffert pendant quatre mortelles ann&#233;es pour ne pas comprendre que le peuple vietnamien, qui a vingt si&#232;cles d'histoire et un pass&#233; souvent glorieux, ne veut plus, ne peut plus supporter aucune domination ni aucune administration &#233;trang&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt; Vous comprendriez encore mieux si vous pouviez voir ce qui se passe ici, si vous pouviez sentir cette ind&#233;pendance qui couvait au fond de tous les c&#339;urs et qu'aucune force humaine ne peut plus comprimer. M&#234;me si vous arriviez &#224; r&#233;tablir ici une administration fran&#231;aise, elle ne serait plus ob&#233;ie : chaque village serait un nid de r&#233;sistance, chaque ancien collaborateur un ennemi, et vos fonctionnaires et vos colons eux-m&#234;mes demanderaient &#224; sortir de cette atmosph&#232;re irrespirable.&lt;br class='autobr' /&gt; Je vous prie de, comprendre que le seul moyen de sauvegarder les int&#233;r&#234;ts fran&#231;ais et l'influence spirituelle de la France en Indochine est de reconna&#238;tre franchement l'ind&#233;pendance du Vietnam et de renoncer &#224; toute id&#233;e de r&#233;tablir ici la souverainet&#233; ou une administration fran&#231;aise sous quelque forme que ce soit.&lt;br class='autobr' /&gt; Nous pourrions si facilement nous entendre et devenir des amis si vous vouliez cesser de pr&#233;tendre &#224; redevenir nos ma&#238;tres.&lt;br class='autobr' /&gt; Faisant appel &#224; l'id&#233;alisme bien connu du peuple fran&#231;ais et &#224; la grande sagesse de son chef, nous esp&#233;rons que la paix et la joie qui ont sonn&#233; pour tous les peuples du monde seront assur&#233;es &#233;galement &#224; tous les habitants tant autochtones qu'&#233;trangers en Indochine.&lt;br class='autobr' /&gt; BAO DA&#207;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais &#224; Hu&#233; m&#234;me, la pression du Vietminh se fait sentir. Le bruit court qu'&#224; Hano&#239; le Vietminh, soutenu par les Alli&#233;s, a pris le pouvoir et qu'il a re&#231;u de ceux-ci toutes garanties quant &#224; l'ind&#233;pendance du Vietnam. Le 22 ao&#251;t, Bao Da&#239; d&#233;cide alors de charger le Vietminh de former le nouveau gouvernement en remplacement du cabinet Tran Trong Kim, d&#233;missionnaire en bloc. Mais le t&#233;l&#233;gramme de Hanoi, exigeant l'abdication, arrive sur ces entrefaites. Les Vietminh locaux en ont imm&#233;diatement connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bao Da&#239;, sous la pression d'une partie de son entourage, c&#232;de. Le 24, il fait r&#233;pondre par son Conseil priv&#233; qu'il a d&#233;j&#224; pris la d&#233;cision d'abdiquer, de s'effacer, pour ne pas &#234;tre un obstacle &#224; la lib&#233;ration du pays. Il d&#233;sire cependant que le peuple soit consult&#233;. En attendant, d&#233;sireux de c&#233;der l&#233;galement ses pouvoirs, il demande que les chefs du Vietminh viennent le plus t&#244;t possible &#224; Hu&#233; pour la c&#233;r&#233;monie de transfert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 25, les deux repr&#233;sentants du Vietminh, Tran Huy Lieu, vice-Pr&#233;sident du Comit&#233; de lib&#233;ration, et Cu Huy Can, arrivent &#224; Hu&#233;. Sans le moindre incident, le r&#233;gime imp&#233;rial dispara&#238;t. Bao Da&#239; remet les sceaux imp&#233;riaux et, tandis que le drapeau rouge monte au m&#226;t du &#034; Cavalier du Roi &#034;, l'acte d'abdication est sign&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution au Sud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Sud, la r&#233;volution va aussi prendre son essor. Voici le r&#233;cit qu'en fait Devillers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le 14 ao&#251;t se constitue, en pr&#233;sence de repr&#233;sentants nippons, un &#034;Front national unifi&#233;&#034;. Il groupe, avec le &#034;Parti vietnamien de l'ind&#233;pendance&#034; de Ho Van Nga, les &#034;Jeunesses d'avant-garde&#034;, le &#034;Groupe des intellectuels&#034;, les syndicats de fonctionnaires, les Caoda&#239;stes, les Phuc Quoc, les Hoa Hao, enfin le groupe trotskyste &#171; La Lutte &#187;. Ce front dispose de forces importantes. Les groupes de choc caoda&#239;stes et les &#034;Jeunesses d'avant-garde&#034; en forment l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 16, un &#034;ex&#233;cutif&#034; est form&#233;. Le nouveau d&#233;l&#233;gu&#233; imp&#233;rial, Nguyen Van Sam, n'est pas encore arriv&#233; de Hu&#233;, mais peu importe. Ho Van Nga, le chef du Parti de l'ind&#233;pendance, s'installe comme d&#233;l&#233;gu&#233; (Kharn Soi) int&#233;rimaire, Trait Van An comme &#034;Pr&#233;sident du Conseil de Cochinchine&#034;, Kh&#234; Van Can comme pr&#233;fet de Saigon-Cholon, et c'est &#224; eux que dans la journ&#233;e les Japonais commencent &#224; transf&#233;rer pouvoirs et services. Des manifestations se dessinent. Quelques &#034;Jeunesses d'avant-garde&#034; en profitent pour op&#233;rer des perquisitions chez les Europ&#233;ens &#034; sous pr&#233;texte d'y d&#233;couvrir des armes &#034;. Des incidents surgissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le Vietminh choisit ce moment pour sortir de l'ombre. Il r&#233;pand le 21, dans l'agglom&#233;ration sa&#239;gonnaise, des tracts o&#249; il se pr&#233;sente comme un puissant mouvement de r&#233;sistance vietnamien, soutenu par l'URSS, la Chine et l'Am&#233;rique, aux c&#244;t&#233;s de qui il a combattu Fran&#231;ais et Japonais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Entre communistes et nationalistes, une lutte de vitesse s'engage. Nguyen Van Sam, parvenu &#224; Sa&#239;gon le 19, est imm&#233;diatement entr&#233; en rapport avec l'&#233;tat-major nippon pour obtenir des armes pour les partis nationalistes et leurs milices. Les communistes, au courant de ces tractations, r&#233;alisent le danger : s'ils laissent l'armement nippon passer aux nationalistes,. ils devront abandonner tout espoir de diriger la r&#233;volution. Le 22, les Vietminh passent &#224; l'action, provoquent une r&#233;union avec les dirigeants du &#034;Front national unifi&#233;&#034;. Ils leur d&#233;montrent combien leur position, n&#233;e de la force et de la volont&#233; nippone, est pr&#233;caire et g&#234;nante au moment o&#249; est attendue &#224; Sa&#239;gon la Commission d'armistice alli&#233;e. Si un changement de front n'est pas rapidement op&#233;r&#233;, font-ils valoir, le mouvement vietnamien d'ind&#233;pendance risque fort de se voir traiter par les Alli&#233;s comme une pure cr&#233;ation japonaise et il sera sans doute &#233;cras&#233;. Pour permettre au peuple vietnamien de conserver l'ind&#233;pendance qu'il vient de conqu&#233;rir, il faut que les autres partis s'effacent devant le Vietminh qui, lui, par les titres qu'il s'est acquis &#224; la reconnaissance des Alli&#233;s, pourra n&#233;gocier utilement avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C&#233;dant &#224; cette subtile argumentation, les chefs nationalistes d&#233;cident de s'effacer et de faire adh&#233;rer leurs partis et groupes au Front Vietminh qui devient ainsi en quelque sorte un &#034;front national&#034; tr&#232;s &#233;largi. Ils croient d'ailleurs que ce changement d'&#233;tiquette leur profitera beaucoup plus qu'aux communistes dont ils savent la faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une grande manifestation consacre le 25 ao&#251;t le succ&#232;s de la r&#233;volution. Un d&#233;fil&#233; monstre, de 9 heures &#224; 18 heures, permet aux nationalistes et au Vietminh d'&#233;taler leurs forces. La manifestation, admirablement orchestr&#233;e, se d&#233;roule dans un ordre parfait et m&#234;me impressionnant, sans le moindre incident, devant les Fran&#231;ais m&#233;dus&#233;s. Les drapeaux jaunes des nationalistes ont disparu, et tandis que partout surgissent les banni&#232;res rouges du Vietminh, un &#034;Comit&#233; ex&#233;cutif provisoire du Sud du Vietnam&#034; s'installe au palais du Gouvernement de Cochinchine. Sur 9 membres, il compte 7 communistes : Giau en assume la pr&#233;sidence et les affaires militaires. Le Dr Thach est commissaire aux Affaires &#233;trang&#232;res, Nguyen Van Tao, le leader syndicaliste de 1937, qui vient de purger une peine de cinq ans &#224; Poulo-Condore, est secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral et commissaire &#224; l'Int&#233;rieur. Huynh Van Tieng, lui aussi militant syndicaliste, tr&#232;s actif de 1936-1939, &#224; la Propagande. Duong Bach Mai et Nguyen Van Tay (le lieutenant de Giau) sont enfin commissaires aux Affaires politiques et administratives, respectivement de l'Est et de l'Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le 25 ao&#251;t 1945, dix jours apr&#232;s la capitulation japonaise, le Vietminh domine ainsi tout le pays vietnamien. Avec une facilit&#233; d&#233;concertante, par l'effet conjugu&#233; de la n&#233;gociation, du noyautage, de la propagande et de l'intimidation, gr&#226;ce &#224; la &#034;neutralit&#233; &#034; japonaise surtout, il a conquis le pouvoir. Son drapeau flotte maintenant partout, du Nord au Sud, de Hano&#239; &#224; la pointe de Camau. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution &#224; l'&#339;uvre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29, Ho Chi Minh formait &#224; Hano&#239; un gouvernement provisoire. Le 2 septembre, il proclamait la R&#233;publique d&#233;mocratique du Vietnam. Pendant ce temps, les troupes chinoises occupaient le Nord-Vietnam jusqu'au 16&#176; parall&#232;le. D&#232;s septembre, les premi&#232;res troupes anglaises charg&#233;es d'occuper provisoirement le Sud-Vietnam arrivaient &#224; Sa&#239;gon. Le Vietminh engage alors des discussions de son propre chef avec le repr&#233;sentant du gouvernement fran&#231;ais, le colonel C&#233;dile, qui a &#233;t&#233; parachut&#233; fin ao&#251;t au Sud. Une puissante manifestation a lieu le 2 septembre o&#249; se produisent des incidents. Le 4 septembre, Giau, repr&#233;sentant du Vietminh, les d&#233;savoue et pr&#234;che l'apaisement dans son journal &#171; Le Peuple &#187;. Philippe Devillers &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les Vietminh sont alors ouvertement accus&#233;s de trahison. Caoda&#239;stes et trotskystes ordonnent &#224; la population de ne pas livrer ses armes. La pression sur les communistes devient intense. Le 10 septembre, Giau doit c&#233;der. Il abandonne la pr&#233;sidence du Comit&#233; ex&#233;cutif du Namb&#244; &#224; un &#034;sans parti&#034;, Pham Van Bach. Le comit&#233; est &#233;largi. Alors que dans sa premi&#232;re formule il comprenait 6 communistes sur 9 membres, il n'en comporte plus d&#233;sormais que 4 sur 13. Trois &#034;sans parti&#034;, deux nationalistes, un caoda&#239;ste, un trotskyste, et le chef des Hoa Hao, le bonze Huynh Phu So, faisaient leur entr&#233;e. Cet &#233;largissement consacrait l'abandon tactique par les communistes de la direction r&#233;elle du mouvement et l'orientation de plus en plus nationaliste du Comit&#233; du Namb&#244;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin, il &#233;crit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le renforcement progressif des &#034;forces de l'ordre&#034; faisait en effet esp&#233;rer, dans un avenir proche, un &#034;assainissement&#034; de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Depuis son entretien malheureux avec les chefs communistes, C&#233;dile a &#233;t&#233; soumis &#224; l'influence d&#233;terminante d'un groupe : celui que forment Bocquel et ses amis, en particulier le planteur Baz&#233;, un Eurasien, et un avocat, Me B&#233;ziat. Il a repris contact &#233;galement avec certains administrateurs des Services civils, dont quelques-uns, comme Lalanne, sont pourtant tr&#232;s discut&#233;s par les r&#233;sistants. Tous pressent C&#233;dile de ne pas traiter avec les &#034;aventuriers&#034; du Vietminh, ces &#034;bagnards&#034;, ces &#034;bandits&#034; et &#034;agitateurs&#034; compromis avec les Japs, etc. Cette agitation, lui dit-on, est absolument artificielle et provoqu&#233;e. Elle n'est qu'un bluff fantastique. Il faut r&#233;armer les soldats, agir. &#034;Les Annamites sont des l&#226;ches. D&#232;s que vous vous montrerez fermes, et que vous sortirez la trique, broutt', ils f..ront le camp comme des moineaux (sic).&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Taper dans le tas ! Du c&#244;t&#233; fran&#231;ais comme du c&#244;t&#233; vietnamien, la formule a ses partisans. Le capitaine de fr&#233;gate de Riencourt, chef de la DGER &#224; Saigon, en est un des plus ardents. C&#233;dile n'abandonne cependant pas l'espoir de n&#233;gocier. Partisan convaincu des nouvelles formules coloniales, il s'efforce de ne pas c&#233;der &#224; ces instances. Mais que disent ses instructions ? R&#233;tablir l'ordre. R&#233;installer la souverainet&#233; fran&#231;aise. Pr&#233;voir une consultation populaire g&#233;n&#233;rale pour trouver les d&#233;l&#233;gu&#233;s repr&#233;sentant r&#233;ellement la nation avant l'&#233;tablissement du futur r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Avec de telles directives, est-il possible de convaincre les Annamites de la g&#233;n&#233;rosit&#233; de la France ? Entre celui qui a pour mission de r&#233;tablir la souverainet&#233; fran&#231;aise et ceux qui n'ont qu'un but, d&#233;fendre l'ind&#233;pendance conquise, il est clair que le dialogue est difficile, sinon impossible. Plut&#244;t que de risquer une nouvelle Saint-Barth&#233;l&#233;my, mieux vaut brusquer les choses. Le pr&#233;texte ? C&#233;dile l'&#233;nonce froidement dans sa conf&#233;rence de presse du 19 septembre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#034;Le Vietminh, dit-il, ne repr&#233;sente pas l'opinion populaire. Il est incapable de maintenir l'ordre et d'&#233;viter le pillage. Il faut d'abord que l'ordre r&#232;gne, puis nous constituerons un gouvernement conform&#233;ment &#224; la d&#233;claration du 24 mars.&#034; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, les Fran&#231;ais se livrent &#224; de multiples exactions contre les Vietnamiens. L'insurrection et la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale se d&#233;clenchent &#224; Saigon. Mais le 2 octobre, les dirigeants Vietminh du Namb&#244; acceptent la &#171; tr&#234;ve &#187; : en d'autres termes, ils brisent la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et liquident l'insurrection. A partir du 5 octobre, les premi&#232;res troupes fran&#231;aises, que commande Leclerc, arrivent &#224; Saigon. Comme l'&#233;crit Devillers, &#171; il (Leclerc) ne croit pas &#224; la vertu de la tr&#234;ve &#187;. Imm&#233;diatement, il engage les op&#233;rations militaires et la r&#233;pression la plus brutale. Il r&#233;occupe les points principaux de la Cochinchine, du Sud-Annam et du Cambodge. L'occupation dure jusqu'en f&#233;vrier 1946. Quelque temps apr&#232;s Leclerc, est arriv&#233; &#224; Saigon le &#171; moine sanglant &#187;, l'amiral Thierry d'Argenlieu, que le g&#233;n&#233;ral de Gaulle a nomm&#233; haut-commissaire en Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours de ces &#233;v&#233;nements, que le Vietminh a assassin&#233; Tha Tu Thau et des centaines de militants trotskystes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;investissement de la Cochinchine, du Sud-Annam et du Cambodge n'&#233;tait que le point de d&#233;part pour le r&#233;investissement total de l'Indochine. Cependant, au Nord, la pr&#233;sence de l'arm&#233;e chinoise complique encore la situation, d&#233;j&#224; difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution a volatilis&#233; les anciennes structures politiques et administratives. Partout se sont constitu&#233;s des comit&#233;s. Le programme du Vietminh et celui du gouvernement ne comprennent aucune disposition allant au-del&#224; de la r&#233;publique bourgeoise : ils respectaient et l&#233;gitimaient la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Le gouvernement ne fait qu'ent&#233;riner le r&#233;sultat de l'action r&#233;volutionnaire des masses lorsqu'il d&#233;cide la suppression du mandarinat et de toute la hi&#233;rarchie administrative et politique coloniale. Par contre, dans les villes et les villages, les comit&#233;s qui se sont constitu&#233;s devront s'ouvrir aux repr&#233;sentants de la bourgeoisie et des classes poss&#233;dantes. Le gouvernement ne d&#233;cr&#232;te que des r&#233;formes in&#233;luctables et pratiquement d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;es de fait : assiette de l'imp&#244;t, condamnation de l'usure, servitudes h&#233;rit&#233;es du mandarinat. Alors, voyons ce qu'en dit Devillers :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ce qui compte en effet pour le moment, c'est moins ce qui se dit ou s'&#233;crit dans les villes comme Hano&#239; ou Hu&#233;, o&#249; arrivent des missions alli&#233;es, o&#249; par cons&#233;quent le gouvernement doit sauver les apparences et maintenir l'ordre, que ce qui se passe dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;volution y a pris d'embl&#233;e un caract&#232;re absolu, radical. Avant m&#234;me que les instructions sur les comit&#233;s du peuple aient &#233;t&#233; &#233;labor&#233;es, la r&#233;volution, la vraie, y a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans les villages et les bourgs, notables et mandarins sont, par centaines, pris &#224; partie, molest&#233;s, arr&#234;t&#233;s, voire massacr&#233;s, par des groupes d&#233;cha&#238;n&#233;s, men&#233;s par des agitateurs le plus souvent inconnus, sans que la population, en g&#233;n&#233;ral terroris&#233;e mais parfois consentante, r&#233;agisse. Toutes les prisons, tous les bagnes, simultan&#233;ment ouverts, d&#233;versaient sur le pays, ivres de libert&#233; et de revanche, &#034;politiques&#034; et condamn&#233;s de droit commun. Le chaos, la confusion eurent d'autant moins de peine &#224; s'instaurer que depuis plusieurs mois l'autorit&#233; du gouvernement, ailleurs que dans les centres, n'avait plus qu'un caract&#232;re nominal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On ne compta bient&#244;t plus les pillages et les perquisitions, les extorsions de fonds, les &#034;confiscations de biens des bourgeois fascistes et contre-r&#233;volutionnaires&#034;, les arrestations arbitraires et les assassinats apr&#232;s (ou sans) simulacre de jugement par des &#034;tribunaux populaires&#034; h&#226;tivement mis sur pied. Les militants du PCV croyaient l'heure venue d'appliquer le programme &#034;d'&#233;limination du capitalisme fasciste&#034; qui leur avait &#233;t&#233; enseign&#233; dans les manuels d'agitateurs professionnels. Dans de nombreux centres de province et villages, notamment dans le Nord-Annam (Ngh&#234; An, Ha Tinh, Thanh Hoa) et au Tonkin (Bac Ninh, Thai Binh), les comit&#233;s du peuple, sous leur direction, ordonn&#232;rent la suppression des c&#233;r&#233;monies rituelles, le partage des terres, la confiscation des biens des riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les Comit&#233;s du peuple avaient pris en main les villages et les tyranneaux qui les composaient faisaient r&#233;gner la terreur. Partout, le pouvoir effectif appartenait &#224; des communistes (souvent &#233;trangers au village) ou &#224; des individus se pr&#233;tendant tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La r&#233;volution prenait ainsi au d&#233;part un caract&#232;re extr&#234;mement violent de lutte sociale. Elle s'affirmait, dans la plupart des r&#233;gions, comme d'essence communiste, se d&#233;roulant sur les lignes absolues du sch&#233;ma l&#233;niniste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une appr&#233;ciation sur la politique du PCV et la r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, Devillers expose la situation difficile et la politique des dirigeants du PCV :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Ces exc&#232;s ne pouvaient que d&#233;consid&#233;rer la r&#233;volution, la faire sombrer dans le chaos. Les dirigeants communistes le sentent imm&#233;diatement. L'un d'eux, Duong Bach Mai, me dira bien plus tard (en mars 1947) comment, en sa qualit&#233; d'inspecteur des Affaires politiques et administratives de l'Est du Namb&#244; (Cochinchine), il s'&#233;tait employ&#233; &#224; calmer les ardeurs intempestives des militants de la base, en leur montrant que la t&#226;che du moment n'&#233;tait pas de faire une r&#233;volution prol&#233;tarienne, mais d'abattre le &#034;colonialisme&#034; en appelant tout le peuple &#224; lutter contre lui. ( ... )&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Leur seul espoir de se maintenir et de survivre, c'&#233;tait de prendre la t&#234;te de la lame de fond patriotique, en se portant &#224; la pointe du combat pour l'ind&#233;pendance. Non seulement ils &#233;taient s&#251;rs de rallier ainsi l'immense majorit&#233; de la population, mais ils b&#233;n&#233;ficieraient aussi, les premiers, du soutien des repr&#233;sentants des deux pays alli&#233;s, Chine et Etats&#8209;Unis, dont ils connaissaient d&#233;j&#224; les sentiments &#224; l'&#233;gard de la colonisation, de celle de la France en particulier. Le discours que Giap prononce le 2 septembre &#224; Hano&#239; ne traduit pas seulement une volont&#233; passionn&#233;e d'ind&#233;pendance ; il montre que les dirigeants Vietminh ont clairement en vue ces deux aspects du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; R&#233;primer les exc&#232;s, obtenir l'union du peuple : c'est &#224; ces deux objectifs que Ho Chi Minh et son &#233;quipe s'emploient imm&#233;diatement. Ho Chi Minh reste en effet convaincu, comme en 1930 lorsqu'il fonda le Parti, de l'impossibilit&#233; d'une instauration brutale du socialisme au Vietnam. Le peuple n'y est absolument pas pr&#233;par&#233;, &#224; la fois de par ses traditions et de par son esprit. Pendant de longues ann&#233;es, le Vietnam devra s'acheminer lentement vers le socialisme par l'apprentissage et la pratique de la d&#233;mocratie. Ce qui importe avant tout, c'est l'ind&#233;pendance sans laquelle il n'est pas de r&#233;gime r&#233;ellement d&#233;mocratique possible. Le peuple vietnamien doit pouvoir librement d&#233;cider de son destin sans intervention &#233;trang&#232;re. Le socialisme sera son but. Mais le chemin sera long qui y m&#232;nera, car il faudra des ann&#233;es pour consolider le r&#233;gime &#034;d&#233;mocratique&#034;, liquider les tendances r&#233;actionnaires, jeter les bases d'une &#233;conomie et d'une &#034;vie&#034; nouvelles. Pendant cette p&#233;riode, l'union de toutes les classes, de toutes les couches de la population est indispensable. Du reste, la pr&#233;pond&#233;rance &#233;crasante de la classe paysanne ne permet pas d'&#233;difier au Vietnam un r&#233;gime de dictature de la classe ouvri&#232;re. Celle-ci est trop peu nombreuse (3 %de la population active) et elle n'est pas pr&#233;par&#233;e du tout &#224; jouer un r&#244;le dirigeant. Le r&#233;gime d&#233;mocratique ne peut se permettre au d&#233;part de rejeter des intellectuels et des techniciens sous pr&#233;texte qu'ils sont d'origine bourgeoise. L'important est de sceller en toute confiance et de fa&#231;on indissoluble l'alliance de la bourgeoisie nationale, de la paysannerie et de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette clart&#233; de vue, cette conscience des r&#233;alit&#233;s et des n&#233;cessit&#233;s vietnamiennes ce sens de l'&#233;volution historique, cette absence de sectarisme, font sans conteste de Ho Chi Minh un des leaders les plus remarquables du mouvement de lib&#233;ration asiatique. Sa vaste culture, sa connaissance des mondes occidental, russe et chinois, font de lui un homme &#224; part dans le communisme jaune. Il est certes marxiste, profond&#233;ment marxiste, et cependant il ne donne pas l'impression de croire au mat&#233;rialisme de la dialectique. Ses paroles, ses actes sont en effet marqu&#233;s d'un sens profond de l'humain. Toute sa vie il a lutt&#233;. Il a &#233;t&#233; traqu&#233;, pourchass&#233;, emprisonn&#233; m&#234;me. Il garde cependant une s&#233;r&#233;nit&#233; impressionnante. Cet homme fr&#234;le, asc&#233;tique, de sant&#233; fragile, nourrissait l'ambition de devenir le Gandhi de l'Indochine ? Certains, qui l'ont beaucoup approch&#233;, l'assurent. Il &#233;tait en tous cas indiscutablement un adversaire de la violence, surtout inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le z&#232;le excessif des &#034;militants de la base&#034; avait maintenant plong&#233; le Vietnam dans le chaos. Pour reprendre le contr&#244;le, Ho Chi Minh ne disposait que d'une &#233;quipe r&#233;duite, quelques dizaines de &#034;t&#234;tes&#034; &#224; Hano&#239;, &#224; peine autant dans toutes les provinces. La Propagande, la persuasion (car la force n'existe pas encore) sont les seuls moyens sur lesquels il puisse compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Un puissant effort d'organisation est imm&#233;diatement entrepris. Faute de base sur qui on puisse compter, la reprise en main s'op&#233;rera de haut en bas. L'autorit&#233; dans les villes sera assez rapidement consolid&#233;e. Des comit&#233;s ex&#233;cutifs, compos&#233;s ou contr&#244;l&#233;s par des militants s&#251;rs, assumeront vite les responsabilit&#233;s &#224; la t&#234;te de chaque ky et de chaque province. Mais les difficult&#233;s s'accuseront au fur et &#224; mesure que l'autorit&#233; p&#233;n&#233;trera dans les campagnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement ne veut surtout pas que se r&#233;unisse un congr&#232;s des comit&#233;s. Il lui oppose l'&#233;lection d'une Assembl&#233;e constituante. Il fait appel &#224; la hi&#233;rarchie catholique. Il s'emploie &#224; se constituer une arm&#233;e r&#233;guli&#232;re : &#171; au noyau tr&#232;s s&#251;r de gu&#233;rilleros arm&#233;s &#224; l'am&#233;ricaine de la &#034;zone affranchie&#034;, il adjoindra peu &#224; peu, apr&#232;s un tri s&#233;v&#232;re, d'anciens tirailleurs de l'arm&#233;e fran&#231;aise, instruits et disciplin&#233;s, d'anciens &#034;gardes indochinois&#034;, des auxiliaires japonais, des jeunesses du commandement Ducoroy. &#187; En d'autres termes, il s'emploie &#224; constituer un appareil capable de contenir et de refouler la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Tonkin, la bourgeoisie &#171; indig&#232;ne &#187; et les propri&#233;taires fonciers, qui b&#233;n&#233;ficiaient de l'appui des autorit&#233;s chinoises, se regroup&#232;rent et s'organis&#232;rent tr&#232;s vite. Ils form&#232;rent le Bloc nationaliste. Le PC indochinois multipliait les concessions : le 11 novembre 1945, il alla m&#234;me jusqu'&#224; proclamer sa propre dissolution ! Les &#233;lections furent d'abord report&#233;es, mais on vota le 6 janvier 1946 dans les zones contr&#244;l&#233;es par le Vietminh. Les r&#233;sultats furent un triomphe pour celui-ci, mais, sous le pr&#233;texte que les partis bourgeois n'avaient pu se constituer &#224; temps, soixante-dix si&#232;ges sur trois cent cinquante furent d'office attribu&#233;s &#224; l' &#171; opposition &#187;. Un peu plus tard, le Vietminh forma un nouveau gouvernement, dit d'Union nationale, auquel le Bloc nationaliste participait. Bao Da&#239; restait &#171; conseiller supr&#234;me du gouvernement &#187;. Le contact &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;tabli entre Sainteny, &#171; commissaire pour le Tonkin &#187; du gouvernement fran&#231;ais, et Ho Chi Minh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#233;gociations entre les gouvernements chinois et fran&#231;ais aboutirent d'autre part, le 28 f&#233;vrier 1946, &#224; la signature d'un trait&#233; franco-chinois : l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais abandonnait ses &#171; droits &#187; en Chine et s'engageait &#224; prot&#233;ger les commer&#231;ants chinois en Indochine ; en &#233;change, les troupes fran&#231;aises rel&#232;veraient les troupes chinoises occupant le Tonkin entre le 1&#176; et le 15 mars 1946 ! L'op&#233;ration devait &#234;tre termin&#233;e le 30 mars.&lt;br class='autobr' /&gt;
La convention du 6 mars 1946&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le 6 mars 1946, la flotte fran&#231;aise se pr&#233;senta devant Ha&#239;phong et bombarda la ville sous le pr&#233;texte que des canons chinois auraient tir&#233; sur elle ; le m&#234;me jour, Ho Chi Minh et son gouvernement sign&#232;rent avec Sainteny une convention qui stipulait notamment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; 1&#176; Le gouvernement fran&#231;ais reconna&#238;t la R&#233;publique du Vietnam comme un Etat libre ayant son gouvernement, son parlement, son arm&#233;e et ses finances, faisant partie de la F&#233;d&#233;ration indochinoise et de l'Union fran&#231;aise.&lt;br class='autobr' /&gt; En ce qui concerne les &#034;Trois Ky&#034; (le Tonkin, l'Annam, la Cochinchine), le gouvernement fran&#231;ais s'engage &#224; ent&#233;riner les d&#233;cisions prises par la population consult&#233;e par r&#233;f&#233;rendum.&lt;br class='autobr' /&gt; 2&#176; Le gouvernement du Vietnam se d&#233;clare pr&#234;t &#224; accueillir amicalement l'arm&#233;e fran&#231;aise lorsque, conform&#233;ment aux accords internationaux, elle rel&#232;vera les troupes chinoises. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces conditions que les troupes fran&#231;aises reprirent pied au Tonkin. Au nom de l'&#171; Unit&#233; nationale &#187;, indispensable, selon lui, &#224; la lutte pour l'ind&#233;pendance nationale, le Vietminh avait subordonn&#233; les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans &#224; son alliance avec la bourgeoisie et les grands propri&#233;taires fonciers ; maintenant, il renon&#231;ait &#224; l'ind&#233;pendance ! Sainteny n'avait pas accept&#233; de signer un texte o&#249; figur&#226;t ce vocable, il consentait seulement &#224; ce que les mots &#171; Etat libre &#187; y soient port&#233;s. En contrepartie, Ho Chi Minh acceptait que son &#171; Etat libre &#187; soit subordonn&#233; au double carcan de l'Union indochinoise et de l'Union fran&#231;aise. Enfin et surtout, il accueillait &#171; amicalement &#187; au Tonkin l'arm&#233;e fran&#231;aise, qui venait de se faire la main en Cochinchine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho Chi Minh partit pour la France &#224; la t&#234;te d'une d&#233;l&#233;gation de son gouvernement. Apr&#232;s de longues n&#233;gociations &#224; Fontainebleau, qui n'aboutirent pas, il signa au dernier moment, le 14 septembre 1946, juste avant de repartir pour Hano&#239;, un modus vivendi. Les termes m&#234;mes du modus vivendi &#233;taient significatifs. Ho Chi Minh ent&#233;rinait la &#171; proclamation &#187;, intervenue le 1er juin &#224; Dalat, sous l'&#233;gide de Thierry d'Argenlieu, d'une &#171; R&#233;publique autonome de Cochinchine &#187; ; il acceptait &#233;galement ces lignes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Les deux gouvernements s'engagent &#224; mettre fin de part et d'autre aux actes d'hostilit&#233; et de violence en Cochinchine et en Annam du Sud. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit, il acceptait que les combattants vietnamiens s'engagent &#224; mettre bas les armes, tandis que le maintien des troupes fran&#231;aises au Tonkin faisait tout naturellement partie du modus vivendi. En outre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le Vietnam accepte le principe de l'unit&#233; mon&#233;taire et douani&#232;re de l'Indochine. La piastre indochinoise fera partie de la zone franc... Le statut des biens et entreprises fran&#231;aises au Vietnam ne pourra &#234;tre modifi&#233; que d'un commun accord entre les deux gouvernements. Les biens r&#233;quisitionn&#233;s par le gouvernement vietnamien seront rendus &#224; leurs propri&#233;taires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ceci encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le Vietnam s'engage &#224; faire appel en priorit&#233; aux ressortissants, fran&#231;ais chaque fois qu'il aura besoin de conseillers, de techniciens, d'experts. Cette priorit&#233; ne cessera de jouer qu'au cas d'impossibilit&#233; pour la France de fournir le personnel demand&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;claration du gouvernement provisoire du Vietnam, form&#233; le 3 septembre 1945 par ce m&#234;me Ho Chi Minh qui signait maintenant ce modus vivendi, &#233;tait bien loin. N'y lisait-on pas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Nous, membres du gouvernement provisoire repr&#233;sentant la population enti&#232;re du Vietnam, d&#233;clarons n'avoir d&#233;sormais aucun rapport avec la France imp&#233;rialiste, annuler tous les trait&#233;s que la France a sign&#233;s au sujet du Vietnam, abolir tous les privil&#232;ges que les Fran&#231;ais se sont arrog&#233;s sur notre territoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des cons&#233;quences in&#233;luctables&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique suivie par le Vietminh comportait des cons&#233;quences in&#233;vitables : m&#234;me ses alli&#233;s nationalistes bourgeois n'acceptaient pas cette capitulation, soit par man&#339;uvre, soit parce que r&#233;ellement partisans de l'ind&#233;pendance. La r&#233;pression s'abattit sur eux et l'une des armes utilis&#233;es pour les &#233;liminer fut l'assassinat politique. Le gouvernement d'Union nationale d&#233;missionna devant l'Assembl&#233;e constituante, o&#249; deux cent dix d&#233;put&#233;s seulement &#233;taient pr&#233;sents, dont vingt d&#233;put&#233;s de l'opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ho Chi Minh forma un nouveau gouvernement le 3 novembre : un gouvernement de &#171; Bloc national &#187;. Cependant, le &#171; citoyen &#187; Vinh-Thuey restait encore &#171; conseiller supr&#234;me du gouvernement &#187;. Il &#233;tait impossible au Vietminh, dans ces conditions, de laisser les trotskystes d&#233;fendre leur politique et s'organiser : on comprend d&#232;s lors que l'assassinat de Tha Tu Thau et de centaines de trotskystes combattant contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais en Cochinchine &#233;tait pour Ho Chi Minh et le Vietminh une mesure indispensable dans le cadre de leur politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout cela ne suffisait pas encore &#224; l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 novembre 1946, la flotte fran&#231;aise bombardait Ha&#239;phong ; cette fois, les pi&#232;ces de marine, arrosant d'obus les quartiers indig&#232;nes de la ville, firent des milliers et des milliers de morts. Le pr&#233;texte de ce bombardement ? Le contr&#244;le des douanes. La raison v&#233;ritable ? Le contr&#244;le total par l'arm&#233;e fran&#231;aise de la r&#233;gion militaire de Ha&#239;phong. Ce n'&#233;tait manifestement l&#224; qu'une &#233;tape vers l'occupation totale du Tonkin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, le 19 d&#233;cembre 1946, sous couleur de pr&#233;venir une attaque contre les troupes fran&#231;aises que l'arm&#233;e vietnamienne &#233;tait cens&#233;e pr&#233;parer, celles-ci renouvel&#232;rent &#224; Hano&#239; le coup de Ha&#239;phong : elles occup&#232;rent le si&#232;ge du gouvernement vietnamien, qui dut s'enfuir.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;faite de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le Parti communiste chinois en 1946, le Vietminh, en r&#233;alit&#233; le PCV, n'avait plus d'autre recours : ou &#234;tre liquid&#233; physiquement, ou combattre les armes &#224; la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors seulement que le Vietminh appela les Vietnamiens au combat. La guerre d'Indochine commen&#231;ait. Le Vietminh ne modifiait pas pour autant l'axe de sa politique ; le 19 avril 1947, dans un message adress&#233; au gouvernement fran&#231;ais, le gouvernement de Ho Chi Minh affirmait encore :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'int&#233;r&#234;t des deux peuples est de collaborer fraternellement au sein de l'Union fran&#231;aise, association de peuples libres, qui se comprennent et qui s'aiment (sic). ( ... ) Pour prouver le sinc&#232;re attachement du Vietnam &#224; la paix et son amiti&#233; pour le peuple de France, le gouvernement vietnamien propose la cessation imm&#233;diate des hostilit&#233;s et l'ouverture de n&#233;gociations en vue d'un r&#232;glement pacifique du conflit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette politique ne pouvait qu'affaiblir la lutte du peuple vietnamien et le Vietminh lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la gu&#233;rilla n'ait pas cess&#233; dans une grande partie de la Cochinchine, du delta tonkinois et en nombre de r&#233;gions du Vietnam,, la situation militaire du Vietminh deviendra extr&#234;mement difficile &#224; la fin de 1947, en 1948 et en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de Tchang Ka&#239;-chek et la constitution de la R&#233;publique populaire de Chine vont changer radicalement les rapports. Le 18 janvier 1950, le gouvernement chinois reconna&#238;t le gouvernement de Ho Chi Minh. Le 31, l'agence Tass annon&#231;ait &#233;galement la reconnaissance de la RDV par le gouvernement de l'URSS (ce qu'il n'avait pas fait en 1945 et depuis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de la guerre r&#233;volutionnaire en Chine donnait obligatoirement une puissante impulsion au combat contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais au Vietnam. De plus, la guerre de Cor&#233;e et la menace am&#233;ricaine vont non seulement obliger le gouvernement chinois &#224; intervenir directement en Cor&#233;e, mais aussi &#224; apporter un puissant soutien au PCV. En octobre 1950, une premi&#232;re offensive vietminh aboutit &#224; la d&#233;faite fran&#231;aise de Cao-bang, et le Vietminh va contr&#244;ler toute la r&#233;gion des hauts plateaux tonkinois. D&#233;sormais, il menace directement le delta tonkinois. Au d&#233;but 1951, gr&#226;ce aux renforts, de Lattre de Tassigny bloqua une premi&#232;re tentative du Vietminh d'envahir le delta. Mais la guerre allait se poursuivre d&#233;sormais en d'autres conditions, sans espoir de victoire pour l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. A la fin de 1953 et au d&#233;but de 1954, l'appui militaire de la Chine est sans conteste un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant de la d&#233;faite fran&#231;aise de Dien Bien Phu. Ce n'est qu'en 1952, trois ans apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution chinoise, que le PCV, officiellement reconstitu&#233; sous le nom de Parti du travail, a adopt&#233; un programme qui impliquait l'expropriation de l'imp&#233;rialisme, des grands propri&#233;taires terriens et de la bourgeoisie compradore, le programme d'un gouvernement ouvrier et paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les huit ann&#233;es de guerre en Indochine, loin de permettre le r&#233;tablissement de l'ancien ordre colonial, ont fini de le miner d&#233;finitivement. Alors m&#234;me qu'il tentait d&#233;sesp&#233;r&#233;ment de reconqu&#233;rir l'Indochine, l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais a &#233;t&#233; contraint de constituer sous l'&#233;gide de Bao Da&#239; la fiction d'un Etat vietnamien. Formellement, le gouvernement fran&#231;ais abandonnait le 30 d&#233;cembre 1949 sa souverainet&#233; sur le Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite de Dien Bien Phu a surtout une importance politique. Elle intervient apr&#232;s la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale spontan&#233;e d'ao&#251;t 1953 en France, alors que l'agitation pour l'ind&#233;pendance prend une dimension consid&#233;rable en Tunisie et au Maroc, &#224; la veille de l'insurrection alg&#233;rienne du 1&#176; novembre 1954. Elle intervient &#233;galement au moment o&#249; la r&#233;volution politique frappe son premier coup en Europe de l'Est. A son tour, elle est un facteur de crise politique de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais. Au Vietnam, toutes les structures artificiellement construites apr&#232;s 1946 par les Fran&#231;ais se d&#233;composent. L'&#171; Etat &#187; de Bao Da&#239; s'effondre. Le pourrissement &#233;conomique et social est impensable. L'arm&#233;e fran&#231;aise est totalement d&#233;moralis&#233;e. Les accords de Gen&#232;ve que, de concert, la bureaucratie du Kremlin et la bureaucratie chinoise imposent au PCV, sauvent du d&#233;sastre l'arm&#233;e fran&#231;aise. Ils imposent la partition du Vietnam en deux, &#224; la hauteur du 17&#176; parall&#232;le. Tandis que l'arm&#233;e fran&#231;aise se retire au Sud, les partisans du Vietminh doivent &#233;vacuer le Sud, le Laos et le Cambodge. Mais ces circonstances extraordinaires, succ&#233;dant &#224; celles de huit ann&#233;es de guerre r&#233;volutionnaire, &#224; la r&#233;volution de 1945 au Vietnam, font du gouvernement de Ho Chi Minh le type de gouvernement ouvrier et paysan dont le &#171; Programme de transition &#187; pr&#233;voit la possibilit&#233; th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Sud, par contre, le maintien des troupes fran&#231;aises &#224; un premier stade, le soutien massif de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, la liquidation des sectes caoda&#239;stes, Hoa Hao, des pirates Bin Xuyen, et surtout le coup politique que constitue le retrait au nord du 17&#176; parall&#232;le des combattants et des militants du Vietminh, vont permettre, ainsi qu'au Laos et au Cambodge, de constituer un Etat compradore qui d&#233;pend &#233;troitement de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous reprenons ici ce que &#171; La V&#233;rit&#233; &#187; &#233;crivait en faisant un premier bilan de la deuxi&#232;me guerre r&#233;volutionnaire et de l'intervention am&#233;ricaine au Vietnam (n&#176; 567, mai 1975)&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;faite de l'imp&#233;rialisme US : le GRP &#224; Sa&#239;gon&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; cet article est &#233;crit, les troupes du Nord-Vietnam et du GRP entrent &#224; Saigon. La pr&#233;sidence du g&#233;n&#233;ral Minh, repr&#233;sentant de la soi-disant &#171; troisi&#232;me composante &#187;, n'aura &#233;t&#233; que tr&#232;s provisoire. Il a accept&#233; la capitulation militaire sans conditions que le gouvernement de Hano&#239; et le GRP ont finalement exig&#233;e. Visiblement, il a assur&#233; l'int&#233;rim de &#171; l'autorit&#233; &#187; entre le d&#233;part de Thieu et l'arriv&#233;e du GRP. Il y a eu transmission de pouvoir afin d'&#233;viter au maximum le vide politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre, r&#233;volutionnaire et juste du c&#244;t&#233; des masses du Vietnam et d'Indochine, se termine par une tr&#232;s dure d&#233;faite de l'imp&#233;rialisme, de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain en particulier. Les gouvernements compradores du Cambodge et du Sud-Vietnam ont &#233;t&#233; &#233;cras&#233;s, liquid&#233;s. Leurs arm&#233;es, leurs administrations, leurs &#171; Etats &#187; se sont totalement d&#233;sagr&#233;g&#233;s. Rien n'a pu les sauver. Sous une forme d&#233;termin&#233;e, la r&#233;volution prol&#233;tarienne mondiale a remport&#233; une victoire au Vietnam et en Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; l'heure actuelle, tout n'est pas encore dit &#224; Sa&#239;gon. Le gouvernement de Hano&#239; et le GRP, apr&#232;s avoir exig&#233; la transmission du pouvoir et la capitulation militaire, va-t-il s'ouvrir &#224; des ministres repr&#233;sentant la soi-disant &#171; troisi&#232;me composante &#187; ? Malgr&#233; le d&#233;sastre total des gouvernements compradores, la pression de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain se manifeste encore par la pr&#233;sence de la Vll&#176; Flotte au large des c&#244;tes sud&#8209;vietnamiennes, et surtout la pression du Kremlin et de P&#233;kin continue &#224; s'exercer sur le GRP et le gouvernement de Hano&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du FNL n'a pas &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; caduc. Or il garantit la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et, de ce seul fait, la division du Vietnam en deux. D&#233;j&#224;, sous la pression du Kremlin et de P&#233;kin et au nom de la politique de coexistence pacifique, d'union nationale, furent sign&#233;s en 1954 les accords de Gen&#232;ve et, il y a deux ans, les accords de Paris. Le peuple vietnamien et les peuples d'Indochine ont pay&#233; d'un prix effroyable la signature des accords de Gen&#232;ve en 1954 et de ceux de Paris en janvier 1973, comme ils avaient d&#233;j&#224; pay&#233; terriblement cher les accords de Fontainebleau d'ao&#251;t 1946 et la politique d'int&#233;gration &#224; l'Union fran&#231;aise que Ho Chi Minh et le Vietnam pratiqu&#232;rent jusqu'en 1947-1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les millions de morts de cette guerre de trente ans, les incommensurables sacrifices des peuples du Vietnam et d'Indochine, les terribles destructions, les plaies et innombrables s&#233;quelles exigent imp&#233;rieusement que le principe des droits des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes soit pleinement et totalement appliqu&#233; au Vietnam et en Indochine. Les masses de ces pays reconnaissent dans le GRP, le gouvernement de Hano&#239;, le FNL et le Parti des travailleurs vietnamiens leur direction politique, mais elles veulent en finir avec la bourgeoisie compradore, les propri&#233;taires fonciers, elles veulent l'unit&#233; du Vietnam et de l'Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;gimes bourgeois compradores du Sud&#8209;Vietnam et du Cambodge se sont effondr&#233;s. Les classes exploiteuses de toutes ces r&#233;gions d'Indochine sont socialement et politiquement d&#233;compos&#233;es. Un vide politique et social b&#233;ant est ouvert, quelle que soit la pr&#233;caution prise de la transmission du pouvoir &#224; Sa&#239;gon. Les masses, au Cambodge et au Vietnam du Sud, respecteront-elles la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et de la terre ? Sera-t-il possible de leur imposer la pr&#233;sence politique, au gouvernement et dans le pays, de leurs bourreaux d'hier et de maintenir la division du pays ? Au niveau le plus &#233;lev&#233; du FNL, du Parti des travailleurs vietnamiens, du gouvernement de Hano&#239; et du GRP, ces aspirations des masses trouveront une expression parmi les cadres dirigeants. Il est impossible qu'elles puissent &#234;tre &#233;touff&#233;es. Les dirigeants du FNL et du Parti des travailleurs vietnamiens ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; contraints, &#224; de nombreuses reprises, d'aller plus loin qu'ils ne le voulaient sur la voie de la rupture avec l'imp&#233;rialisme et la bourgeoisie. Ils ont d&#251;, notamment, passer finalement outre aux &#171; accords de Paris &#187;. Le GRP et le FNL sont entr&#233;s &#224; Sa&#239;gon et y assurent le pouvoir. Ils seront oblig&#233;s, compte tenu de la situation, d'abandonner en pratique le programme du FNL et de s'engager politiquement beaucoup plus loin que celui-ci ne le pr&#233;voyait. A cela se mesure la victoire de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; D'excellents accords &#187;&#8230; ils n'en moururent pas tous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En derni&#232;re analyse, les accords de Paris de 1973 n'ont pu emp&#234;cher l'irr&#233;m&#233;diable d&#233;faite du gouvernement compradore de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. Certains, pablistes, staliniens et autres, ont affirm&#233; qu'il &#233;tait donc juste et n&#233;cessaire de soutenir la conclusion de ces accords. Encore ces derni&#232;res semaines, le sp&#233;cialiste maison, Pierre Rousset, &#233;crivait dans &#171; Rouge &#187; qu'il fallait exiger l'application des accords de Paris. Ce raisonnement revient &#224; tout confondre, la maladie et sa gu&#233;rison. A ce compte, il faudrait dire que les accords de Fontainebleau d'ao&#251;t 1946, qui subordonnaient le Vietnam &#224; l'&#171; Union fran&#231;aise &#187;, ont &#233;t&#233; une bonne chose puisqu'en fin de compte ils n'ont pu emp&#234;cher Dien Bien Phu et que, dans une certaine mesure, ils y ont m&#234;me abouti. Les accords de Gen&#232;ve auraient &#233;t&#233; &#233;galement une bonne chose. Ils organisaient la partition du Vietnam, &#224; la hauteur du 17&#176;&#176; parall&#232;le, le retrait du Vietminh au Nord de cette ligne, retrait militaire et politique. Mais &#224; l'issue d'une nouvelle guerre r&#233;volutionnaire, les troupes du GRP et de la RDVN sont entr&#233;es, le 30 avril 1975, &#224; Saigon. Donc, la conclusion &#233;tant impliqu&#233;e dans les pr&#233;misses : c'est gr&#226;ce aux accords de Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les dirigeants du peuple vietnamien aient &#233;t&#233; contraints de signer de semblables accords, s'ils n'avaient pas les moyens politiques et militaires de s'y opposer, se discute et peut se justifier. L&#233;nine et Trotsky ont bien &#233;t&#233; contraints de signer, en 1918, le trait&#233; de Brest-Litovsk qui c&#233;dait l'Ukraine &#224; l'Allemagne. Il faut pourtant se rappeler que Ho Chi Minh acceptait, en 1945-1946, le cadre de l'Union fran&#231;aise, conform&#233;ment &#224; la politique du Kremlin ; que lui, Ho Chi Minh, acceptait le partage du monde en zones d'influence et la d&#233;fense du syst&#232;me imp&#233;rialiste mondial. C'est l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais qui a contraint le Vietminh et Ho Chi Minh au combat, en prenant l'offensive politiquement et militairement, en bombardant Haiphong le 23 novembre 1946 et en occupant ensuite &#224; Hano&#239; le si&#232;ge du gouvernement de la r&#233;publique du Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Vietminh dirigeait alors la guerre r&#233;volutionnaire du peuple vietnamien. A partir de 1949, sous l'effet de la r&#233;volution chinoise victorieuse, le Vietminh reprenait l'initiative politique et militaire. En 1954, c'&#233;tait Dien Bien Phu. Ensuite, le gouvernement de la RDVN et le Parti des travailleurs vietnamiens se sont pour le moins accommod&#233;s de la partition du Vietnam. La d&#233;composition sociale et politique des classes poss&#233;dantes au Sud, du gouvernement de Ngo Dinh Diem, ont suscit&#233; et nourri sur place les premiers mouvements de la nouvelle guerre r&#233;volutionnaire. La situation politique qui se cr&#233;ait et l'intervention directe des troupes am&#233;ricaines ont amen&#233; Hano&#239; &#224; s'engager et &#224; commencer &#224; intervenir militairement en 1960. Il n'y a pas lieu, pour autant, de c&#233;l&#233;brer ainsi qu'une grande victoire les accords de Gen&#232;ve qui frustraient les masses vietnamiennes de leur victoire de 1954 et leur imposaient une nouvelle guerre r&#233;volutionnaire de plus de quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;fenseurs des accords de Gen&#232;ve affirment : ces accords pr&#233;voyaient des &#171; &#233;lections libres dans les deux ans &#187; ; si cette clause avait &#233;t&#233; appliqu&#233;e, tout se serait pass&#233; diff&#233;remment. D&#232;s 1954, chacun savait que c'&#233;tait l&#224; une pure et simple fioriture diplomatique. Le fait essentiel, d&#233;terminant, &#233;tait : la partition du Vietnam, le retrait du Vietnam du Nord, la concentration de l'arm&#233;e fran&#231;aise au Sud, l'&#233;tablissement au Sud d'une structure gouvernementale et &#233;tatique compradore enti&#232;rement sous le contr&#244;le de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain relayant l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords de Paris de 1973 doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s sous le m&#234;me angle. Ils consacraient la renonciation de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain &#224; sa strat&#233;gie ant&#233;rieure des ann&#233;es soixante qui conjuguait l'intervention am&#233;ricaine au Vietnam, plus de 550 000 soldats au Sud et la guerre a&#233;rienne au Nord, &#224; la pr&#233;paration de la guerre contre la Chine. A ce propos, il faut d&#233;truire une l&#233;gende, car elle a de redoutables et multiples implications politiques : il est faux que l'imp&#233;rialisme US ait &#233;t&#233; battu militairement au Vietnam. Apr&#232;s l'offensive du T&#234;t de 1968, les forces am&#233;ricaines ont contr&#244;l&#233; militairement l'ensemble du Sud ; les troupes US &#233;taient pour ainsi dire plaqu&#233;es sans racines sur le sol vietnamien, bien que le FNL ait subi une terrible saign&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les accords de Paris en &#233;chec&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la situation politique mondiale et celle aux USA &#233;taient telles que, politiquement, pr&#233;parer la guerre contre la Chine devenait une folie. Il aurait fallu que le prol&#233;tariat des principaux pays capitalistes d'Europe soit &#233;cras&#233;, que le r&#233;gime du talon de fer soit institu&#233; aux USA, que la bourgeoisie am&#233;ricaine et toutes les bourgeoisies des grandes puissances imp&#233;rialistes soient &#233;troitement soumises et disciplin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de mai-juin 1968 en France et le processus de r&#233;volution politique en Tch&#233;coslovaquie, ces conditions &#233;taient &#224; &#233;tablir. L'imp&#233;rialisme US pouvait peut-&#234;tre esp&#233;rer qu'elles le seraient au cours de la pr&#233;paration de cette guerre. Tout au contraire, en 1968, une nouvelle p&#233;riode r&#233;volutionnaire s'est ouverte en Europe. La coalition imp&#233;rialiste &#233;tait d&#233;chir&#233;e de contradictions. Les rapports sociaux et politiques aux USA &#233;taient extr&#234;mement instables. On &#233;tait loin de l'&#201;tat et du gouvernement forts. D&#232;s lors, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain a d&#251; r&#233;orienter sa strat&#233;gie mondiale. Il a nou&#233; une nouvelle Sainte Alliance contre-r&#233;volutionnaire pour faire face &#224; la r&#233;volution montante en Europe et dans le monde. La bureaucratie du Kremlin est toujours disponible pour ce genre d'accord. Celle de P&#233;kin se r&#233;v&#233;lera tout aussi disponible. Ce sera le voyage de Nixon &#224; P&#233;kin et ensuite &#224; Moscou. Nixon ne pouvait plus maintenir d'importants contingents an Vietnam. Il s'orientera vers la &#171; vietnarnisation &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme US pouvait compter sur P&#233;kin et Moscou pour imposer au gouvernement de Hano&#239; et au FNL une &#171; solution &#187; qui respecte ses int&#233;r&#234;ts. Le programme du FNL permet les ouvertures politiques allant dans ce sens. Ce furent les accords de Paris de janvier 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout comme pour les accords de Gen&#232;ve, on peut trouver dans ces accords tel ou tel paragraphe qui, isol&#233; du contexte, peut faire prendre des vessies pour des lanternes. La r&#233;alit&#233; politique concr&#232;te &#233;tait que l'arm&#233;e am&#233;ricaine se retirait du Vietnam mais que le gouvernement et l'administration de Thieu &#233;taient reconnus ainsi que ceux du Vietnam du Sud. Les centaines de milliers de prisonniers politiques restaient dans leurs ge&#244;les. La constitution d'un gouvernement &#224; &#171; trois composantes &#187; cher au GRP &#233;tait renvoy&#233;e aux calendes grecques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cessez-le-feu intervenait alors que le FNL n'occupait aucune ville importante (pas un chef-lieu de province) et qu'il &#233;tait repouss&#233; dans des campagnes plus ou moins d&#233;sertiques. Les USA fournissaient &#224; l'arm&#233;e du Sud&#8209;Vietnam un fantastique arsenal. Des milliers de &#171; conseillers &#187; am&#233;ricains restaient. La puissance de feu de l'arm&#233;e sud&#8209;vietnamienne &#233;tait une des plus fortes du monde, son aviation la quatri&#232;me du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les accords de Paris ont mis en place un dispositif politico&#8209;militaire qui n'avait d'autre but que de broyer le FNL et le GRP. Les accords de Paris &#224; peine sign&#233;s, Thieu s'est employ&#233; &#224; r&#233;aliser le plan que contenaient en pratique ces accords. Partout, l'arm&#233;e sud-vietnamienne a attaqu&#233; les partisans du FNL, en m&#234;me temps que la terreur polici&#232;re s'&#233;tendait et se renfor&#231;ait. Seul le soutien du Nord au FNL lui a permis de tenir au cours de la premi&#232;re ann&#233;e qui a suivi la conclusion des accords de Paris. Le prix sanglant des accords de Paris, ce sont des centaines de milliers de morts suppl&#233;mentaires au cours des deux ann&#233;es qui ont suivi leur signature, un nouveau cort&#232;ge de souffrances inou&#239;es que subirent les Vietnamiens du Sud, et aussi du Nord, an cours des bombardements US. De quoi &#171; r&#233;jouir &#187; Pierre Rousset... Et puis c'est l'effondrement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Effondrement de l'appareil compradore&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la presse en convient : il n'y a pas eu d'offensive d'importance comparable, par exemple, &#224; celle du T&#234;t en 1968 ou &#224; celle du printemps de 1972. La RDVN n'a pas envoy&#233; d'importantes troupes puissamment arm&#233;es au Sud en ce d&#233;but d'ann&#233;e 1975. Ainsi la presse a rapport&#233; que le premier chef-lieu de province occup&#233; sur les hauts plateaux l'a &#233;t&#233; par 1 500 maquisards descendus des montagnes, tr&#232;s mal arm&#233;s, qui ont mis en fuite 15 000 soldats de l'arm&#233;e de Thieu, arm&#233;s jusqu'aux dents. Thieu a donn&#233; l'ordre, alors, d'abandonner les hauts plateaux pour regrouper ses forces. Ce fut la d&#233;bandade pratiquement sans combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime Thieu (ainsi que celui de Lon Nol au Cambodge) s'est litt&#233;ralement effondr&#233; sur lui-m&#234;me, pourri de l'int&#233;rieur. Cela rappelle, en pire, l'effondrement de Tchang Ka&#239;-chek en Chine, en 1947-1949. Les troupes, les officiers, ont abandonn&#233; sur place, sans combat, armes et bagages. L'administration, l'arm&#233;e, se sont dissoutes. L'arm&#233;e du Nord et du GRP a r&#233;cup&#233;r&#233; des centaines de millions de dollars d'armes, d'&#233;quipements militaires les plus modernes intacts et jusqu'&#224; des centaines d'avions en &#233;tat de vol, abandonn&#233;s sur les champs d'aviation. D&#233;sormais, l'arm&#233;e du Nord-Vietnam et du GRP dispose d'un armement consid&#233;rable et moderne qu'elle n'a jamais eu auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestement, le gouvernement de la RDVN, le FNL, le GRP ont &#233;t&#233; surpris de cette victoire, sans offensive r&#233;elle, sans combats d'envergure, et cela leur pose des probl&#232;mes qui les embarrassent. Alors que les troupes du Nord et du FNL &#233;taient &#224; quelques port&#233;es de canon de Sa&#239;gon, ils affirmaient encore qu'ils voulaient l'application des accords de Paris. Au nom de ces accords, ils demandaient &#224; Sa&#239;gon de r&#233;aliser les conditions de la constitution d'un &#171; gouvernement &#224; trois composantes &#187;, derni&#232;re formule qui pouvait sauver ce qui n'&#233;tait plus d&#233;j&#224; qu'un tragique souvenir : le maintien d'un pouvoir et d'un gouvernement faisant place aux repr&#233;sentants de la bourgeoisie compradore. Tout s'effondrait, ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus possible. Et alors que Pierre Rousset, toujours au nom des accords de Paris, r&#233;clamait encore la constitution d'un &#171; gouvernement &#224; trois composantes &#187;, l'effondrement du gouvernement et de l'Etat compradores aboutissait &#224; la r&#233;alisation des aspirations des masses : le GRP &#224; Sa&#239;gon, &#224; la victoire sous une forme donn&#233;e de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une terrible d&#233;faite de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, de l'imp&#233;rialisme en g&#233;n&#233;ral, et, au-del&#224;, de la politique de coexistence pacifique, de la Sainte&#8209;Alliance contre&#8209;r&#233;volutionnaire. L'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, oblig&#233; de modifier sa strat&#233;gie et de se retirer militairement du Vietnam, subissait d&#233;j&#224; un dur &#233;chec. Mais la politique de coexistence pacifique le limitait, en imposant au peuple vietnamien les accords de Paris. L'effondrement du gouvernement et de l'Etat compradores du Sud&#8209;Vietnam, et de ceux du Cambodge, est une catastrophe. Pendant vingt-cinq ans, l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain s'est acharn&#233; &#224; maintenir sa pr&#233;sence en Indochine : il a fait de son maintien au Vietnam une question centrale de sa politique mondiale. Depuis plus de vingt ans, il s'est engag&#233; directement, et il est balay&#233;. La plus grande puissance imp&#233;rialiste du monde est d&#233;faite sur un terrain qu'elle consid&#233;rait comme d&#233;terminant. Plus encore, la Sainte&#8209;Alliance contre&#8209;r&#233;volutionnaire n'est pas parvenue &#224; le garantir, &#224; emp&#234;cher cette d&#233;faite et la victoire des ouvriers et des paysans du Vietnam et d'Indochine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fa&#231;on dont cette d&#233;faite s'est produite et les raisons profondes qui en sont la cause sont tout aussi importantes. Jamais l'imp&#233;rialisme n'est parvenu &#224; structurer un Etat r&#233;el, implant&#233; dans le sol national du Vietnam (et dans les pays d'Indochine). L'imp&#233;rialisme fran&#231;ais n'y est pas parvenu. Le gouvernement et l'administration de Bao Da&#239; n'&#233;taient que des fant&#244;mes. Apr&#232;s les accords de Gen&#232;ve de 1954, au Sud, le gouvernement et l'Etat de Ngo Dhin Diem ont eu raison, gr&#226;ce ait soutien des Arn&#233;ricains, des bandes pillardes des Hoa Hao, des Bixuens, des Caoda&#239;stes, des bouddhistes ; mais l'arm&#233;e, la police, l'administration de Diem ne formaient pas un Etat. Elles ne le c&#233;daient en rien aux bandes de pillards qu'elles &#233;liminaient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'a tent&#233; l'imp&#233;rialisme US&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coups d'Etat des ann&#233;es 1963 &#224; 1965, au cours desquels Diem a &#233;t&#233; renvers&#233; et o&#249; Thieu a acc&#233;d&#233; au pouvoir, la n&#233;cessit&#233; de l'intervention am&#233;ricaine &#233;tant donn&#233; la d&#233;composition des forces de Diem et de Thieu confront&#233;es &#224; une guerre r&#233;volutionnaire qui se rallumait, mais que les combattants du FNL menaient avec des moyens d&#233;risoires, d&#233;montraient qu'il n'y avait pas d'Etat sud&#8209;vietnamien. Par contre, lorsque les arm&#233;es am&#233;ricaines eurent pris le contr&#244;le militaire du Vietnam en 1968, constitu&#233; et arm&#233; une arm&#233;e sud&#8209;vietnamienne apparemment puissante, l'illusion de la constitution d'un Etat sud-vietnamien fort na&#238;tra. Pourtant, des signes importants d&#233;montraient le peu d'efficacit&#233; et de solidit&#233; de l'administration, de l'arm&#233;e, de l'Etat et du gouvernement compradores de Thieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout en proc&#233;dant &#224; la r&#233;duction des forces arm&#233;es am&#233;ricaines, apr&#232;s avoir cess&#233; les bombardements du Nord et engag&#233; des n&#233;gociations, ayant le contr&#244;le militaire du Sud&#8209;Vietnam, Nixon a voulu acculer le Nord. La CIA a organis&#233; au mois de mars 1970 un coup d'Etat au Cambodge. il s'agissait d'attaquer et de chasser du Cambodge les troupes du Nord&#8209;Vietnam qui y stationnaient et y circulaient en direction du Sud&#8209;Vietnam. Une op&#233;ration militaire conjointe, arm&#233;e am&#233;ricaine&#8209;arm&#233;e sud&#8209;vietnamienne, fut mont&#233;e. Les r&#233;sultats furent m&#233;diocres, bien que la voie fluviale du M&#233;kong ait &#233;t&#233; d&#233;gag&#233;e. Apr&#232;s que les troupes am&#233;ricaines aient &#233;t&#233; retir&#233;es du Cambodge en juin 1970, les op&#233;rations sud-vietnamiennes &#233;chou&#232;rent. Poursuivant toujours le m&#234;me but, l'imp&#233;rialisme US lan&#231;a les troupes d'&#233;lite du Sud&#8209;Vietnam, en f&#233;vrier 1970, au Laos et au Cambodge, en vue de couper la &#171; piste Ho Chi Minh &#187;. Aux premiers, engagements s&#233;rieux, les &#171; troupes d'&#233;lite &#187; &#233;taient mises en d&#233;route et ne durent leur salut qu'&#224; l'intervention de l'aviation am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 1972, apr&#232;s le voyage de Nixon &#224; P&#233;kin et avant son voyage &#224; Moscou, le FNL et l'arm&#233;e du Nord ont d&#233;clench&#233; leur premi&#232;re offensive puissante depuis celle du T&#234;t en 1968. L'arm&#233;e de terre am&#233;ricaine n'intervenant plus dans les combats, les troupes au sol sud-vietnamiennes ont eu &#224; faire face toutes seules. Une fois encore, elles ont &#233;t&#233; mises en d&#233;route. L'aviation am&#233;ricaine intervint alors avec une telle puissance qu'elle obligea les troupes du Nord et du FNL &#224; renoncer &#224; atteindre les objectifs de leur offensive : Hu&#233;, Kontum, Pleiku, An Loc. Elles durent reculer et &#233;vacuer Quang Tri, seule ville qu'elles avaient r&#233;ussi &#224; prendre. &#171; La V&#233;rit&#233; &#187; &#233;crivait en septembre 1973, en commentant les accords de Paris :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Bien que le FNL et le GRP soient dans une situation tr&#232;s difficile, rien n'est encore stabilis&#233; s&#233;rieusement. Le gouvernement Thieu est corrompu, son administration et son arm&#233;e sont pourries et incapables. Les masses tout enti&#232;res lui sont hostiles. Il n'est pas impossible qu'il se d&#233;sagr&#232;ge purement et simplement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FNL, la RDVN ne pouvaient abandonner le Sud&#8209;Vietnam purement et simplement &#224; Thieu. Ils n'ont pourtant men&#233; aucune grande offensive. ils ont seulement r&#233;sist&#233; aux attaques de Thieu. La haine des masses n'a cess&#233; de grandir contre Thieu. Thieu et son gouvernement n'aboutissaient pas. La situation &#233;conomique devenait catastrophique. La corruption, la d&#233;moralisation, l'incomp&#233;tence gagnaient,.. gagnaient sans cesse plus profond&#233;ment. Cela a suffi pour que se d&#233;compose l'administration et la &#171; formidable &#187; ( sur le papier ) arm&#233;e de Thieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quatre-vingts ans de colonialisme, trente ans de guerre r&#233;volutionnaire, il a &#233;t&#233; impossible, malgr&#233; les &#233;normes moyens que l'imp&#233;rialisme a mis en &#339;uvre, de construire un Etat bourgeois au Sud ayant des fondations sur le sol national. La simple pr&#233;sence de l'Etat ouvrier du Nord-Vietnam, si d&#233;form&#233; soit-il, minait toute base d&#233;j&#224; extr&#234;mement faible. L'appareil constitu&#233; &#224; grands renforts de dollars a pourri sur lui-m&#234;me et s'est effondr&#233; subitement ainsi qu'une vieille b&#226;tisse, sous son propre poids, sous l'impact d'une tr&#232;s faible secousse. La Sainte-Alliance contre&#8209;r&#233;volutionnaire n'a pu le sauver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le PCV au pouvoir au Sud&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'&#233;normes cons&#233;quences en r&#233;sultent. Au Vietnam et en Indochine, les limites du programme du FNL, du FUNK, ne peuvent plus &#234;tre respect&#233;es. Les gouvernements du Nord et du Sud&#8209;Vietnam seront amen&#233;s &#224; exproprier le capital, les propri&#233;taires fonciers, &#224; unifier le Vietnam, &#224; constituer la F&#233;d&#233;ration indochinoise, c'est-&#224;-dire &#224; r&#233;aliser certaines t&#226;ches qu'un gouvernement ouvrier et paysan doit r&#233;aliser, &#224; instituer un Etat ouvrier extr&#234;mement d&#233;form&#233;, tout en faisant barrage &#224; la constitution d'une authentique dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils s'efforceront cependant de maintenir, en la rajustant, en Asie du Sud&#8209;Est et dans le monde, la politique dite de &#171; coexistence pacifique &#187;. De toute fa&#231;on, cette terrible d&#233;faite que l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain vient de subir, cette extraordinaire victoire que viennent de remporter les masses exploit&#233;es d'Indochine, m&#234;me si le prol&#233;tariat de ces pays ne peut saisir et exercer directement le pouvoir politique, donneront une nouvelle et puissante impulsion &#224; la lutte de classe du prol&#233;tariat mondial. Tous les peuples d'Asie, d'Am&#233;rique latine, d'Afrique, soumis &#224; l'imp&#233;rialisme, &#224; commencer par ceux du Sud-Est asiatique et de l'Inde, seront pouss&#233;s &#224; engager la lutte. La victoire des ouvriers et paysans d'Indochine annonce et pr&#233;pare un nouveau bond en avant de la r&#233;volution en Asie &#233;videmment, mais aussi en Am&#233;rique latine, au Moyen-Orient [1].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement de la RDV a exerc&#233; d&#232;s le d&#233;but le pouvoir r&#233;el au Sud-Vietnam apr&#232;s l'effondrement du gouvernement et de l'Etat, compradore de Thieu. Il a surtout &#233;vit&#233; que les masses n'agissent sur leur propre plan et selon leurs propres moyens. C'est l'arm&#233;e vietnamienne qui a &#233;t&#233; l'instrument du maintien de l'ordre, en attendant qu'un appareil bureaucratique, prolongation de l'Etat existant au Nord et constitu&#233; dans son ossature de bureaucrates envoy&#233;s du Nord au Sud, soit constitu&#233;. La tentative de maintenir au Sud les rapports de propri&#233;t&#233; bourgeois &#233;tait destin&#233;e &#224; &#233;chouer, car ils sont incompatibles avec les rapports de propri&#233;t&#233; existant au Nord, de m&#234;me que la division du pays en deux, alors que l'appareil d'Etat est le m&#234;me. Aujourd'hui, il n'en reste plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Laos et au Cambodge, l'effondrement des appareils d'Etat compradores a &#233;t&#233; tout aussi brutal qu'au Sud-Vietnam. Dans le contexte de la d&#233;faite de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain, l&#224; aussi, l'expropriation des grands propri&#233;taires fonciers, et des capitalistes &#233;tait in&#233;vitable. Mais la peur du prol&#233;tariat, des masses urbaines, a provoqu&#233; de la part des &#171; Khmers rouges &#187; des mesures d'une brutalit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent : chasser les masses des villes, &#224; commencer par les habitants de Phnom Penh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Fin de la reprise du texte de mai 1975, La V&#233;rit&#233; n&#176; 567.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Annexe : trois lettres d'Ho Chi Minh (3e tome des &#339;uvres compl&#232;tes)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Premi&#232;re lettre d'Ho Chi Minh&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Le 10 mai 1939&lt;br /&gt;
&#171; Chers camarades bien aim&#233;s,&lt;br /&gt;
Dans le pass&#233;, &#224; mesyeux et aux yeux de nombre de camarades, le traotskysme nous a sembl&#233; une question de lutte entre les tendances au sein du parti communiste chinois. C'est pourquoi nous n'y pr&#234;tions gu&#232;re attention. Mais, peu avant l'&#233;clatement de la guerre, plus exactement depuis la fin de l'ann&#233;e 1936 et notamment pendant la guerre, la propagande criminelle des trotskystes nous a ouvert les yeux. Depuis, nous nous sommes mis &#224; &#233;tudier le probl&#232;me. Et notre &#233;tude nous a conduits aux conclusions suivantes :&lt;br /&gt;
Le probl&#232;me du trotskysme n'est pas une lutte entre les tendances au sein du Parti communiste chinois. Car, entre communistes et trotskystes il n'y a aucun lien, absolument aucun lien. Il s'agit d'un sujet concernant le peuple tout entier : la lutte contre la patrie. &lt;br /&gt;
Les fascistes japonais et &#233;trangers le savent. C'est pourquoi ils cherchent &#224; cr&#233;er des d&#233;saccords pour tromper l'opinion et porter atteinte au renom des communistes, en faisant croire que communistes et trotskystes sont du m&#234;me camp.&lt;br /&gt;
Les trotskystes chinois comme les trotskystes d'autres pays ne repr&#233;sentent pas un groupe, encore moins un parti politique. Ils ne sont qu'une bande malfaiteurs, de chiens de chasse du fascisme japonais et du fascisme international. &lt;br /&gt;
Dans tous les pays, les trotskystes se sont donn&#233; de belles appellations afin de masquer leur sale besogne de bandits. Par exemple, en Espagne ils se nomment Parti ouvrier unifi&#233; marxiste (POUM). Savez-vous que ce sont eux qui constituent le niz d'espions &#224; Madrid, &#224; Barcelone et d'autres endroits, au service de Franco ? Ce sont eux qui organisent la c&#233;l&#232;bre &#171; cinqui&#232;me colonne &#187;, organisme d'espionnage de l'arm&#233;e des fascistes italiens et allemands. Au Japon, ils s'appellent Ligue Marx-Engels-L&#233;nine (MEL). Les trotskystes japonais attirent les jeunes dans leur ligne puis ils les d&#233;noncent &#224; la police. Ils cherchent &#224; p&#233;n&#233;trer dans le Parti communiste japonais afin de le d&#233;truire de l'int&#233;rieur. A mon avis, les troskystes fran&#231;ais organis&#233;s autour du groupe R&#233;volution prol&#233;tarienne se sont fix&#233;s pour but de saboter le Font populaire. Sur ce sujet, je pense que vous &#234;tes s&#251;rmeent plus renseign&#233;s que moi. Dans notre pays de Chine, les trotskystes se regroupent autour de formation telles que La Lutte.&lt;br /&gt;
Les trotskystes ne sont pas seulement les ennemis du communisme. Ils sont aussi les ennemis de la d&#233;mocratie et du progr&#232;s. Ce sont les tra&#238;tres et les espions les plus inf&#226;mes. Peut-&#234;tre avez-vous lu les actes d'accusation des proc&#232;s en Union sovi&#233;tique contre les trotskystes. Si vous ne les avez pas lus, je vous conseille de les lire et de les faire lire aux amis. Cette lecture est tr&#232;s utile. Elle vous aidera &#224; voir le vrai visage r&#233;pugnant du trotskysme. (&#8230;)&lt;br /&gt;
Lettre parue dans &#171; Notre voix &#187; du 23 juin 1939 et au tome 3 des &#338;uvres de Ho Chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Deuxi&#232;me lettre d'Ho Chi Minh :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&#171; Chers camarades bien aim&#233;s,&lt;br /&gt;
&#171; Avant que je vous r&#233;ponde sur les activit&#233;s des trotskystes de Chine, permettez-moi de vous pr&#233;senter la demi-douzaine de leurs chefs de file, ma&#238;tres reconnus qui ont &#339;uvr&#233; pour le renom de la IVe Internationale. Tran Doc Tu (Chen Duxiu), Banh Thakt Chi, Lu Han, Dep Thanh, Thuong Mo Dao, Hiang Cong Luoc.&lt;br /&gt;
Chronologiquement, voil&#224; les actions qu'ils ont commises :&lt;br /&gt;
En septembre 1931, lors de l'invasion japonaise en Mandchourie, la S&#251;ret&#233; japonaise a pris contact avec les trois premiers. Les deux parties ont sign&#233; un pacte ; le groupe trotskyste s'engage &#224; ne mener aucune propagande contre l'invasion japonaise. La S&#251;ret&#233; japonaise s'engage &#224; lui verser mensuellement une somme de trois cent dollars ainsi que d'autres sommes suppl&#233;mentaires, selon les &#171; r&#233;sultats du service rendu &#187;. &lt;br /&gt;
A partir de ce moment, Chen Duxiu (Tran Doc Tu) et ses complices se mirent imm&#233;diatement au travail. Avce les subventions japonaises, ils publi&#232;rent des brochures et des revues satiriques pour propager des id&#233;es telles que &#171; En occupant la Mandchourie, les Japonais ont voulu r&#233;gler rapidement le diff&#233;rend en suspens, ils n'ont pas le but de s'emparer de la Chine. &#187;&lt;br /&gt;
A peine ces id&#233;es se propageaient dans les colonnes de leurs publications, Shanga&#239; fut attaqu&#233;e &#224; son tour en janvier 1932 par les troupes japonaises. &lt;br /&gt;
A ce moment que disent les trotskystes ? Reconnaissent-ils qu'ils se sont tromp&#233;s ? Cessent-ils de collaborer avec les occupants ? Absolument pas ! Alors que les soldats de la 19e arm&#233;e versent leur sang pour d&#233;fendre la patrie, les trotskystes en actes comme en paroles continuent de commettre crime sur crime. D'un c&#244;t&#233; ils &#233;crivent : &#171; La guerre de Shanga&#239; ne concerne nullement le peuple. Il ne s'agit pas d'une guerre nationale r&#233;volutionnaire. Il s'agit d'une guerre interimp&#233;rialiste. &#187; &#8230; D'un autre c&#244;t&#233;, ils r&#233;pandent des fausses rumeurs, agitent des mots d'ordre &#224; caract&#232;re d&#233;faitiste, d&#233;voilent les secrets de la d&#233;fense, etc&#8230;&lt;br /&gt;
Mais ce n'est pas tout. Les trotskystes tels que Hoa Van Khoi et Cung Van Thu, en liaison avec la police et les patrons japonais, s'introduisent dans la gr&#232;ve des ouvriers &#224; Shanga&#239; et emploient tous les moyens pour saboter le mouvement. Au point qu'ils arrvient &#224; faire arr&#234;ter les dirigeants les plus talentueux de la gr&#232;ve.&lt;br /&gt;
En 1933, le g&#233;n&#233;ralissime Phung Ngoc Tuong et le g&#233;n&#233;ral Cat Hong Xuong, membres du parti communiste, organisent une troupe de r&#233;sistance &#224; Kal-gan. A cette &#233;poque, &#233;tant dans la clandestinit&#233;, la liaison entre le centre et le nord s'av&#232;re difficile. Profitant de cette situation, le trotskyste Truong Mo Dao, se disant &#171; repr&#233;sentant du Parti communiste &#187;, tente de transformer la guerre anti-japonaise en guerre civile avec le mot d'ordre &#171; Marcher avec les Japonais, lutter contre Tchang Ka&#239; Shek &#187;. &#8230; etc ..&lt;br /&gt;
Lettre parue dans &#171; Notre Voix &#187; du 7 juillet 1939 et au tome 3 des Oeuvres de Ho Chi Minh&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Troisi&#232;me lettre d'Ho Chi Minh&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&#171; Camarades bien aim&#233;s,&lt;br /&gt;
&#171; Dans ma derni&#232;re lettre, je vous ai racont&#233; coment les trotskystes ont re&#231;u leur salaire pay&#233; par les Japonais et comment ils ont essay&#233; de saboter notre h&#233;ro&#239;que lutte &#224; Shanga&#239; et notre mouvement patriotique &#224; Kal-gan. Aujourd'hui, je vous raconterai la suite de leurs crimes. &lt;br /&gt;
Se repliant &#224; Fu Kien, la 19e arm&#233;e reprend sa lutte. Elle forme le gouvernement antijaponaiset m&#232;ne la propagande pour le front uni gr&#226;ce &#224; la signature d'un pacte avec l'Arm&#233;e rouge chinoise. Peu de temps avant, la 19e arm&#233;e &#233;tait l'une des forces les plus anticommunistes. Mais, devant le danger qui menace la patrie, elle accepte d'oubler les querelles et les haines pour ne viser qu'un but unique : la lutte contre les envahisseurs.&lt;br /&gt;
Ob&#233;issant aux ordres des Japonais, les trotskystes entent imm&#233;diatement en action : d'une part, ils suscitent le sentiment r&#233;gionaliste parmi la population &#8211; la 19e arm&#233;e &#233;tant venue de Kouang Toung &#8211; pour combattre le nouveau gouvernement. D'autre part, ils cherchent &#224; affaiblir l'Arm&#233;e rouge. La fa&#231;on dont ils accomplissent la deuxi&#232;me t&#226;che est la suivante : ils demandent &#224; entrer dans l'Arm&#233;e rouge en tant que militants r&#233;volutionnaires. Au d&#233;but, afin de gagner la confiance, ils ont men&#233; des actions tr&#232;s positives. Une fois plac&#233;s aux postes de responsabilit&#233; plus ou moins importants, ils ont commenc&#233; &#224; commettre des actes criminels. Je vous cite quelques exemples : Dans la bataille, quand il faut reculer, ils donnent l'ordre d'avancer. Quand il faut avancer, ils donnent l'ordre de reculer. Ils envoient des renfots et des armes dans les endroits o&#249; on n'en pas besoin. Mais dans les endroits o&#249; on en a besoin, ils ne les envoient pas. Ils badigeonnent de poison des blessures des combattants, surtout des cadres de l'arm&#233;e, dans le but de leur faire amputer les bras et les jambes, etc. Ces actes ont &#233;t&#233; heureusement d&#233;couverts &#224; temps. Quelle chance pour les communistes !&lt;br /&gt;
Depuis 1935, les communistes m&#232;nent une campagne d'une grande ampleur pour la formation du Frant national contre les Japonais. Le peuple, et particuli&#232;rement les ouvriers et les paysans, a soutenu activement ce programme. Dans le Kuo-min-tang, l'id&#233;e du front national progresse. Pendant ce temps, on constate que les trotskystes jouent le double jeu, en recourant &#224; la fois &#224; la calomnie et &#224; la division. Ils disent aux masses : &#171; Vous voyez les communistes se sont vendus &#224; la bourgeoisie. Le Kuo-min-tang ne se battra pas contre les Japonais ! &#187; S'adressant au Kuo-min-tang, ils lui disent : &#171; le Front national, ce n'est qu'une ruse des communistes. Pour combattre les Japonais, il faut d&#233;truire les communistes. &#187;&lt;br /&gt;
Vers la fin de 1936, la politique de l'union contre les Japonais a triomph&#233; dans les &#233;v&#233;nements de Tay A&#239;n. Devant la d&#233;faite de leur politique de guerre civile, les trotskystes Truong Mo Dao et Ta Duy Liet d&#233;cident d'organiser l'assassinat de Vuong Di Triet, un des partisans convaincus de la politique de Front national.&lt;br /&gt;
Maintenant, je vous parle de 1937, &#233;poque qui pr&#233;c&#232;de la guerre. Tout le monde s'unit pour combattre les Japonais, sauf les trotskystes. Ces tra&#238;tres se sont r&#233;unis clandestinement et ont &#233;dopt&#233; &#171; la r&#233;solution &#187; dont voci quelques extraits : &#171; Dans la guerre contre les Japonais, notre position est claire : ceux qui veulent la guerreet ont des illusions sur le gouvernement du Kuo-min-tang, ceux-l&#224; concr&#232;tement ont trahi. L'union entre le Parti communiste et le Kuo-min-tang n'est qu'une trahison. &#187; Et d'autres ignominies de ce genre.&lt;br /&gt;
Quand la guerre s'approche, les promesses japonaises se mat&#233;rialisent. Les trostskystes de Shanga&#239; re&#231;oivent 100.000 dollars chaque mois por leurs activit&#233;s dans le centre et le sud de la patrie. Ceux de Tien Sin et de P&#233;kin 50.000 chaque mois pour leurs activit&#233; dans le Hoa Bac (r&#233;gion du nord) afin de mener la lutte contre la 8e arm&#233;e et contre les organisations patriotiques. &lt;br /&gt;
Vers le milieu de 1937, les trotskystes ont &#233;t&#233; d&#233;couverts et arr&#234;t&#233;s dans la &#171; zone sp&#233;ciale &#187; (dac khu). D'apr&#232;s les aveux de Ton Nghia Hai, ils se sont fix&#233;s comme objectif : &amp;- d&#233;truire la 8e arm&#233;e, 2- Emp&#234;cher le d&#233;veloppement du front national, 3- Espionner, 4- Organiser l'assassinat des dirigeants.&lt;br /&gt;
Devant le tribunal populaire de la &#171; zone sp&#233;ciale &#187;, le trotskyste Hoang Phat Hi, entre autres aveux, a d&#233;clar&#233; qu'au cours de la quatri&#232;me entrevue avec Truong Mo Dao, celui-ci lui a fait les recommandations suivantes : &#171; Tu dois &#233;tudier attentivement les m&#233;thodes et le syst&#232;me d'organisation de l'Arm&#233;e rouge. Apr&#232;s, tu organiseras des centres de jeunes qui assureront la t&#226;che de sabotage. Notre but est de provoquer le d&#233;sordre au sein de l'Arm&#233;e rouge et de liquider ses dirigeants. &#187; Truong Mo Dao a ajout&#233; : &#171; Il faut persuader une partie des cades de la base de nous suivre, susciter leur nostalgie du pays natal, encourager leur d&#233;sertion en leur fournissant un peu d'argent. C'est un des moyens de d&#233;sint&#233;gration de cette arm&#233;e. &#187;&lt;br /&gt;
Le trotskyste Quach Uan Kinh a avou&#233; que Ton Nghia Hai l'a charg&#233; de mener la propagande pour le d&#233;faitisme chez les combattants en leur d&#233;montrant que &#171; La Chine ne pourra pas vaincre. &#187;, car, &#171; m&#234;me si nous arrivons &#224; chasser les Japonais, les Am&#233;ricains et les Anglais seront encore l&#224; pour nous opprimer &#187; ; que &#171; non seulement nous ne pourrons pas vaincre, mais notre pays sera d&#233;truit si nous continuons le combat &#187;, que &#171; la Chine est trop faible pour lutter &#224; la fois contre le Japon, l'Angleterre et l'Am&#233;rique. &#187; Truong Mo Dao a compl&#233;t&#233; ses instructions par ces paroles : &#171; Il faut exploiter la politique du front national pour calomnier les communistes et dire qu'ils ont vendu la classe ouvri&#232;re. Notre but est de scusciter le m&#233;contentement parmi les combattants. &#187; Sous le pr&#233;texte de les &#233;duquer, les trotskystes les trotskystes organisent les &#233;l&#233;ments les plus retard&#233;s de l'arm&#233;e en petits groupes puis profitant des conditions p&#233;nibles de la vie dans l'arm&#233;e, ils les encouragent &#224; d&#233;serter avec armes et munitions. En liaison avec les brigands, ils cr&#233;ent des d&#233;sordres &#224; l'arri&#232;re de la 8e arm&#233;e en plein combat.&lt;br /&gt;
Ce sont l&#224; les proc&#233;d&#233;s des trotskystes dans lutte contre la 8e arm&#233;e nationale r&#233;volutionnaire. (&#8230;) &lt;br /&gt;
Lettre parue dans &#171; Notre voix &#187; du 28 juillet 1939 et au tome 3 des &#339;uvres de Ho Chi Minh &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits du Rapport de Ho Chi Minh &#224; l'Internationale communiste intitul&#233; &#171; Quelques id&#233;es sur la ligne politique pr&#233;conis&#233;e par le parti pendant la p&#233;riode du Front d&#233;mocratique (1936-1939) &#187; :&lt;br /&gt;
&#171; &lt;i&gt;Vis-&#224;-vis des trotskystes, il ne doit y avoir aucun compromis, aucun concession. Il faut utiliser tous les moyens pour les d&#233;masquer comme agents du fascisme. Il faut les extermine politquement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de &#171; R&#233;volution d'ao&#251;t &#187;, ouvrage &#233;crit par le Parti communiste vietnamien :&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br /&gt;
&#171; Apr&#232;s le coup de force des Japonais contre les Fran&#231;ais (le 8 mars 1945), la situation de la province de Quang nam fut des plus complexes. Le pouvoir des Fran&#231;ais fut renvers&#233; mais le nouveau pouvoir des Japonais ne s'&#233;tait pas encore install&#233; ; les Japonais men&#232;rent activement la propagande pour la r&#233;alisation de la &#171; Grande Asie &#187;. (&#8230;) Il y eut un groupe se proclamant anti-imp&#233;rialiste compos&#233; de trotskystes qui mettait en avant le mot d'ordre : &#171; lutter ocntre tous les imp&#233;rialismes &#187;. Ce faisant il combattait la politique qui &#233;tait alors celle de notre parti, qui pr&#233;conisait l'alliance avec les Forces alli&#233;es. (&#8230;) Dans cette p&#233;riode, bien qu'ils n'eussent jou&#233; aucun r&#244;le tant soit peu important, les trotskystes complot&#232;rent pour la prise du pouvoir. Ils plac&#232;rent Ho Ta Khanh&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mensonges : cet ancien ministre de Tran Trong Kim n'a jamais &#233;t&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une de leurs partisans comme ministre dans le gouvernement fantoche des pro-japonais et Huynh Van Phuong comme directeur de la S&#251;ret&#233; japonaise. Ils d&#233;p&#234;ch&#232;rent Ta Thu Thau, leur chef de file, &#224; Hu&#233; pour occuper la place de conseiller du gouvernement de Tran Truong Kim, avec l'espoir qu'apr&#232;s le renversement de celui-ci, Thau remplacerait Kim et s'installerait au pouvoir. En un mot, &#224; partir de mars 1945, et plus pr&#233;cis&#233;ment apr&#232;s le coup de force des Japonais renversant les Fran&#231;ais, se constitu&#232;rent autour des Japonais les couches de gens, des sectes religieuses pro-japonaises, avec le soutien des trotskystes. (&#8230;) Le 11 septembre 1945, les soldats anglais et indiens arriv&#232;rent au Sud Vietnam. Ils lib&#233;r&#232;rent aussit&#244;t 7000 Fran&#231;ais emprisonn&#233;s lors du coup de force du 8 mars 1945 et leur distribu&#232;rent des armes prises aux Japonais. En plus, ils aid&#232;rent les Fran&#231;ais &#224; r&#233;organiser leur appareil administrtatif, des fonctionnaires dont le r&#244;le consistait &#224; mener des activit&#233;s de division et de provocation. Ce fut l'occasion pour les trostskystes de commettre des actes de destuctions. Ils avanc&#232;rent les mots d'ordre ultra-gauchistes tels que &#171; d&#233;truire les ennemis fran&#231;ais &#187;, &#171; distribuer la terre aux paysans &#187;. Notre service de s&#251;ret&#233; intercepta &#224; Tan Binh un document dans lequel ils envisageaient le renversement de notre pouvoir. Dans la r&#233;alit&#233;, ils collabor&#232;rent avec les r&#233;actionnaires des sectes religieuses, cherchant &#224; amadouer et &#224; organiser nos compatriotes, venant des provinces, en unit&#233;s de combat arm&#233;es. (&#8230;) &lt;br /&gt;
&#171; R&#233;pression contre les trostskystes r&#233;ctionnaires&lt;br /&gt;
&#171; Apr&#232;s notre prise de pouvoir, les trotskystes ont publi&#233; un journal ayant pour titre Doc Lap (Ind&#233;pendance) tendant &#224; saborder notre politique. Ils demand&#232;rent la confiscation de toutes les rizi&#232;res et terres pour qu'elles soient partag&#233;es entre les paysans. Nous avons d&#233;cid&#233; de saisir le journal Doc Lap, de d&#233;masuqer les saboteurs devant le peuple ; en m&#234;me temps, nous avons donn&#233; l'ordre d'arr&#234;ter les chefs de la bande trotskyste qui s'&#233;taient cach&#233;s &#224; Di An, Thu Duc (&#224; 18 kilom&#232;tres au nord de Sa&#239;gon) ; parmi eux Nguyen Van So, Phan Van Hun, Phan Van Chanh, Tran Van Thach, etc&#8230; (&#8230;) En d&#233;masquant les Japonais, nous avons d&#233;masqu&#233; en m&#234;me temps les r&#233;actionnaires caoda&#239;stes pro-japonais qui cherch&#232;rent &#224; embrigader la population (&#8230;) Nous avons d&#233;masqu&#233; &#233;galement les trostskystes, espions des Japonais. (&#8230;) Les trotskystes ont &#233;t&#233; dirig&#233;s par Tran Van Thach, Ho Huu Tuong, Nguyen Van So. Pendant la p&#233;riode o&#249; ils &#233;taient plac&#233;s sous le r&#233;gime de surveillance par les Fran&#231;ais &#224; Can Tho, ils orient&#232;rent leurs activit&#233;s en direction des intellectuels et des fonctionnaires. Mais leur influence fut minime. Apr&#232;s le coup de force des Japonais, ils men&#232;rent la propagande pour le soutien de Tran Truong Kim, milit&#232;rent pour le retour au tr&#244;ne du prince Cuong D&#233;, et se prononc&#232;rent contre le Viet Minh et les communistes. Ils s'alli&#232;rent &#224; la secte religieuse Hoa Hao pour lutter contre la r&#233;volution. &#187; &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Conclusion &lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La lutte de lib&#233;ration nationale du Vietnam a &#233;t&#233; la plus longue et la plus douloureuse de tous les combats contre l'oppressio nationale. Une des raisons en est que l'imp&#233;rialisme ne se battait pas seulement pour conqu&#233;rir ou reconqu&#233;rir une petite langue de terre sans grandes richesses et, m&#234;me, sans situation si strat&#233;gique que cela, au regard des efforts en hommes, en argent et en mat&#233;riel. Se jouait au Vietnam toute l'image aux yeux du monde entier du colonialisme fran&#231;ais et de l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain. En face, on trouvait toute la d&#233;termination d'un petit peuple qui, ayant vu qu'un peuple jaune n'&#233;tait pas fatalement un peuple d'esclaves et qu'un pays occidental n'&#233;tait pas toujours le vainqueur, ne supportait plus d'&#234;tre trait&#233; comme du b&#233;tail. Cependant, ce combat avait pris une tournure sociale &#224; ses d&#233;buts en 1945. Il avait &#233;t&#233; men&#233; par le prol&#233;tariat des villes insurg&#233;, se constituant en comit&#233;s autonomes, donc des soviets, un double pouvoir ou du moins son embryon, Cette capacit&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat en Asie n'avait pas concern&#233; que le Vietnam. C'est gr&#226;ce &#224; une allliance de la bourgeoisie, de la petite bourgeoisie et des imp&#233;rialismes que la r&#233;volution a &#233;t&#233; en partie d&#233;toun&#233;e, en partie battue en 1945. Les nationalistes, sous couvert de communisme, ont monopolis&#233; le pouvoir, assassin&#233; les membres des comit&#233;s et livr&#233; la r&#233;volution au colonialisme. &lt;br /&gt;
Le colonialisme fran&#231;ais a voulu faire du Vietnam une d&#233;monstration de sa force retrouv&#233;e. L'imp&#233;rialisme anglais vouliat y d&#233;montrer son alliance avec la France. La bourgeoisie vietnamienne voulait se d&#233;barrasser de son pire ennemi : le prol&#233;tariat vietnamien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trotskystes en Indochine de 1930 &#224; 1946&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet article se propose de retracer bri&#232;vement l'histoire des trotskystes en Indochine de 1930 &#224; 1946. C'est une p&#233;riode relativement peu connue, mais importante pour le mouvement trotskyste en g&#233;n&#233;ral car il s'agit d'une des rares occasions o&#249; des trotskystes ont jou&#233; un r&#244;le politique de premier plan et ont eu une grande influence dans les masses populaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
De 1930 &#224; 1932, les premiers groupes clandestins se r&#233;clamant de l'Opposition de Gauche commenc&#232;rent &#224; s'organiser &#224; Saigon, en Cochinchine. De 1933 &#224; 1937, on assista &#224; une collaboration insolite entre trotskystes et staliniens autour du journal La Lutte. En 1945, les principaux dirigeants trotskystes sortirent de prison, o&#249; ils avaient &#233;t&#233; jet&#233;s au d&#233;but de la Seconde Guerre Mondiale, et tent&#232;rent de r&#233;organiser le mouvement. Mais bient&#244;t, ils furent assassin&#233;s et leurs organisations liquid&#233;es par le Vi&#234;t-Minh sous la conduite des staliniens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Contexte historique et situation sociale et &#233;conomique du Vi&#234;t-Nam en 1930&lt;br class='autobr' /&gt;
La colonisation&lt;br class='autobr' /&gt;
Avant la colonisation fran&#231;aise, le Vi&#234;t-Nam &#233;tait gouvern&#233; par une monarchie despotique s'appuyant sur un syst&#232;me mandarinal hi&#233;rarchis&#233;. Son &#233;conomie &#233;tait tr&#232;s arri&#233;r&#233;e et reposait essentiellement sur l'agriculture. Cette agriculture se pratiquait de mani&#232;re archa&#239;que, sur des superficies tr&#232;s r&#233;duites. L'artisanat et le commerce &#233;taient tr&#232;s peu d&#233;velopp&#233;s. L'&#233;crasante majorit&#233; de la population vivait de mani&#232;re mis&#233;rable.&lt;br class='autobr' /&gt;
La colonisation militaire fran&#231;aise commen&#231;a en 1859. La France fit de la Cochinchine (sud) une colonie fran&#231;aise tandis que l'Annam (centre) et le Tonkin (nord) devinrent des &#171; protectorats &#187; fran&#231;ais. L'exploitation &#233;conomique du Vi&#234;t-Nam ne d&#233;buta v&#233;ritablement qu'&#224; partir de 1900. Elle se traduisait en pratique par la mise en place des plantations d'h&#233;v&#233;as, des mines et de quelques industries de transformation (cimenterie, distillation...). Cependant, la quasi-totalit&#233; des mati&#232;res premi&#232;res extraites &#233;tait export&#233;e vers la m&#233;tropole et ne servait pas &#224; un d&#233;veloppement cons&#233;quent de l'industrie locale. &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, ce d&#233;veloppement industriel, m&#234;me embryonnaire, eut pour effet de produire une nouvelle cat&#233;gorie de travailleurs. On compta ainsi en 1933, 223 000 travailleurs de l'industrie ou des plantations d'h&#233;v&#233;as, soit 1,5 % de la population (1). Ces ouvriers travaillaient dans des conditions particuli&#232;rement difficiles et gagnaient des salaires mis&#233;rables.&lt;br class='autobr' /&gt;
Premi&#232;res r&#233;actions&lt;br class='autobr' /&gt;
Le peuple vietnamien n'avait jamais cess&#233; de se battre contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais depuis le d&#233;but de la colonisation. Ce combat se menait d'abord sous la direction des mandarins et des militaires insoumis. Des lettr&#233;s cherchaient ensuite l'aide des pays &#233;trangers, notamment celle de la Chine ou du Japon, pour renverser la domination fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les partis collaborationnistes&lt;br class='autobr' /&gt;
Au sortir de la Premi&#232;re Guerre Mondiale, la bourgeoisie et la petite bourgeoisie indig&#232;nes s'&#233;taient renforc&#233;es, mais encore trop faibles, elles acceptaient le r&#244;le de compradore de l'imp&#233;rialisme. Ainsi lit-on dans la th&#232;se de doctorat de Huynh Xu&#226;n Canh : &#171; L'Indochine, qu'elle le veuille ou non, ne peut encore se passer de la tutelle de la France, et la richesse pour l'une est aussi un peu de bien-&#234;tre pour l'autre. &#187; (2) Toute une frange de cette bourgeoisie se retrouvait donc dans des partis plus conciliants qu'oppos&#233;s au gouvernement colonial, comme le Parti Constitutionnaliste ou le Parti Progressiste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le Kuomintang vietnamien&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1927 se constitua au Tonkin le Vi&#234;t Nam Qu&#244;c D&#226;n Dang (Kuomintang vietnamien), parti nationaliste dont le but &#233;tait de chasser l'imp&#233;rialisme par la violence pour &#233;tablir un gouvernement r&#233;publicain d&#233;mocratique. En f&#233;vrier 1930, il fomenta l'insurrection des tirailleurs de la garnison de Yen-Bay, qui fut r&#233;prim&#233;e dans le sang. Le Parti fut ensuite annihil&#233;, frapp&#233; par la r&#233;pression f&#233;roce du gouvernement colonial.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Thanh Ni&#234;n, puis le PCI&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1925, Nguy&#234;n Ai Qu&#244;c, le futur H&#244; Chi Minh, cr&#233;a &#224; Canton, en Chine, le Vi&#234;t Nam Cach Mang Thanh Ni&#234;n H&#244;i (Association de la Jeunesse R&#233;volutionnaire du Vi&#234;t-Nam). Son but &#233;tait de recruter des jeunes Annamites sur place ou du pays, de les former politiquement et de les renvoyer ensuite construire l'organisation &#224; l'int&#233;rieur du pays. En 1929, environ 200 militants avaient ainsi &#233;t&#233; form&#233;s, et on comptait un millier d'adh&#233;rents ou sympathisants du Thanh Ni&#234;n en Indochine. En 1930, il se r&#233;organisa en D&#244;ng Duong C&#244;ng San Dang (Parti Communiste Indochinois) et adh&#233;ra officiellement &#224; l'Internationale communiste (IC) en 1931. L'histoire du PCI en ces ann&#233;es, regard&#233;e parall&#232;lement avec celle du Parti communiste chinois et celle de l'IC, est riche d'enseignements, mais son &#233;tude d&#233;passerait le cadre de cet article.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des mouvements de protestation de grande ampleur secou&#232;rent le pays du Nord au Sud en 1930-1931. En effet, &#224; la suite de mauvaises r&#233;coltes, des milliers de paysans manifest&#232;rent &#224; partir de mai 1930 devant les centres administratifs pour demander la diminution ou le report de l'imp&#244;t. En septembre 1930, ces manifestations prirent une tournure insurrectionnelle en Annam. Les paysans s'&#233;rig&#232;rent en soviets, ex&#233;cut&#232;rent notables et propri&#233;taires, prirent en main l'administration dans plusieurs provinces de l'Annam. Mais ces tentatives furent bient&#244;t r&#233;prim&#233;es violemment par le gouvernement colonial (4000 arrestations, plus de 1700 morts). Le PCI, tenu pour responsable, fut impitoyablement traqu&#233; et quasiment d&#233;cim&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Naissance des organisations trotskystes au Vi&#234;t-Nam (1930-1932)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les organisations trotskystes au Vi&#234;t-Nam naquirent sous l'impulsion des &#233;tudiants revenus de France, o&#249; ils avaient &#233;t&#233; en contact avec des oppositionnels comme Rosmer. Penchons-nous un moment sur l'un d'eux, Ta Thu Th&#226;u, figure importante du mouvement trotskyste au Vi&#234;t-Nam.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ta Thu Th&#226;u&lt;br class='autobr' /&gt;
Ta Thu Th&#226;u (1906-1945) arriva en 1927 &#224; Paris o&#249; il s'inscrivit &#224; la Facult&#233; des Sciences. Il rejoignit le Vi&#234;t Nam D&#244;c L&#226;p Dang (Parti pour l'Ind&#233;pendance du Vi&#234;t-Nam) dont il prit la direction en 1928. La p&#233;riode 1928-1929 marqua un glissement id&#233;ologique de Ta Thu Th&#226;u et de ses camarades du nationalisme radical au marxisme. Cependant, ils &#233;taient m&#233;contents de la politique aussi bien de l'Internationale Communiste que de sa section fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ta Thu Th&#226;u &#233;crivit : &#171; Apr&#232;s cette constatation que la bourgeoisie indig&#232;ne n&#233;e artificiellement n'est capable d'aucune r&#233;volution, &#233;coutons Doriot (3) professer maintenant sa th&#233;orie coloniale : &#034;r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique d'abord&#034;, dit-il derni&#232;rement [...]. Aussit&#244;t d&#233;filent dans mon esprit avec une nettet&#233; aveuglante les horribles sc&#232;nes de torture en Chine lors de l'exp&#233;rience &#034;r&#233;volutionnaire&#034; Tchang Kai Tchek-Staline. Doriot peut-il comprendre que, frapp&#233;e d'impuissance cong&#233;nitale, la bourgeoisie indig&#232;ne ne fera pas sa r&#233;volution d&#233;mocratique, mais se placera au c&#244;t&#233; de l'imp&#233;rialisme ? &#187; (4) Il fustigeait ainsi l'Internationale Communiste qui avait conduit au massacre des milliers d'ouvriers chinois par sa politique d'alliance organique avec le Kuomintang nationaliste. &lt;br class='autobr' /&gt;
Concernant plus pr&#233;cis&#233;ment la politique du PCF vis-&#224;-vis de l'Indochine, Ta Thu Th&#226;u &#233;crivait aussi : &#171; Cette grave lacune [i.e. le manque de pr&#233;paration id&#233;ologique et de formation th&#233;orique, NdlR] fut signal&#233;e plus d'une fois &#224; l'Internationale Communiste et &#224; sa section fran&#231;aise. Qu'ont-ils fait pour la combler ? Le parti fran&#231;ais continue &#224; entra&#238;ner les &#233;l&#233;ments d'ailleurs petits-bourgeois qu'il encadre vers une agitation st&#233;rile, sans penser &#224; la formation des cadres. [...] Ce n'est plus entre nous et l'Internationale une question de diff&#233;rence tactique. C'est la vieille lutte que L&#233;nine a toujours men&#233;e contre la spontan&#233;it&#233; dans le mouvement r&#233;volutionnaire, contre l'empirisme r&#233;volutionnaire d&#233;g&#233;n&#233;rant en opportunisme d'autant plus hideux qu'aux yeux des masses il porte encore le manteau r&#233;volutionnaire. &#187; (5) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ta Thu Th&#226;u et ses camarades rejoignirent ainsi fin 1929 l'Opposition de Gauche en France, dirig&#233;e alors par Alfred Rosmer. Lorsqu'&#233;clata la r&#233;volte de Yen-Bay en 1930, Ta Thu Th&#226;u r&#233;digea en avril-mai plusieurs articles pour La V&#233;rit&#233;, organe de la Ligue Communiste. Le 24 mai, il organisa avec ses camarades une manifestation devant le Palais de l'&#201;lys&#233;e d&#233;non&#231;ant la condamnation &#224; mort des insurg&#233;s Yen-Bay. Les manifestants furent arr&#234;t&#233;s et expuls&#233;s au Vi&#234;t-Nam.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Opposition &#224; Saigon en 1932&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1932, il existait trois groupes de l'Opposition de Gauche &#224; Saigon : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; D&#244;ng Duong C&#244;ng San (Communisme Indochinois), organis&#233; autour de Ta Thu Th&#226;u ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Thang Muoi (Octobre) organis&#233; autour de D&#224;o Hung Long et H&#244; Huu Tuong, un autre expuls&#233; de France ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ta D&#244;i L&#226;p T&#249;ng Thu (&#201;ditions de l'Opposition de Gauche), anim&#233; par Huynh Van Phuong et Phan Van Chanh, deux amis de Ta Thu Th&#226;u expuls&#233;s comme lui &#224; la suite de la manifestation des Champs-&#201;lys&#233;es. Ce cercle d'&#233;tudes diffusait des traductions des classiques du marxisme en vietnamien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces trois groupes clandestins &#233;taient actifs parmi les coolies et les ouvriers de Saigon et comptaient quelque dizaines de militants. Bien que travaillant ensemble &#224; certains moments, ils &#233;taient divis&#233;s sur la tactique vis-&#224;-vis des staliniens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, ce mouvement, &#224; peine n&#233;, fut momentan&#233;ment bris&#233; par la r&#233;pression cons&#233;cutive aux &#233;v&#233;nements de 1930-31. En ao&#251;t 32, la S&#251;ret&#233; arr&#234;ta la plupart des militants trotskystes et les jeta en prison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le front unique trotskystes-staliniens autour de La Lutte (1933-1937)&lt;br class='autobr' /&gt;
Les campagnes &#233;lectorales&lt;br class='autobr' /&gt;
Il existait sous le gouvernement colonial un Conseil Municipal de Saigon, instance consultative sans pouvoir r&#233;el. Seules les personnes soumises &#224; l'imp&#244;t personnel pouvaient voter, ce qui faisait 4332 &#233;lecteurs sur une population de 300 000. Ces &#233;lecteurs &#233;taient en majorit&#233; employ&#233;s, commer&#231;ants ou fonctionnaires. La repr&#233;sentation annamite avait &#233;t&#233; l'apanage du Parti Constitutionnaliste pendant des ann&#233;es. Les r&#233;volutionnaires voulaient s'en servir comme tribune l&#233;gale pour diffuser plus largement leurs id&#233;es dans les masses. Ainsi sous l'autorit&#233; du nationaliste Nguy&#234;n An Ninh, que tous consid&#233;raient comme leur a&#238;n&#233;, se constitua un front &#233;lectoral commun pour les &#233;lections de mai.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 avril, un meeting &#233;lectoral se tint devant une foule nombreuse et effervescente. Une liste &#233;lectorale compos&#233;e d'intellectuels et d'ouvriers fut pr&#233;sent&#233;e. Les candidats expos&#232;rent leurs objectifs : droit syndical, droit de gr&#232;ve, journ&#233;e de huit heures, suffrage universel, repas gratuits pour les ch&#244;meurs, cr&#233;ation de cr&#232;ches, etc. L'auditoire se familiarisait avec des vocables in&#233;dits : &#171; capitalistes &#187;, &#171; syndicats &#187;, &#171; gr&#232;ves &#187;, &#171; lutte de classe &#187;, etc. Trois jours plus tard parut le n&#176; 1 de La Lutte, tir&#233; &#224; 10 000 exemplaires, o&#249; figuraient notamment le programme politique de la liste, une initiation au syndicalisme et une attaque contre le Parti Constitutionnaliste. Le 7 mai, et pour la premi&#232;re fois dans l'histoire de la colonie, deux candidats &#171; communistes &#187; (Nguy&#234;n Van Tao et Tr&#226;n Van Thach), furent &#233;lus au Conseil Municipal de Saigon. Mais leur &#233;lection fut bient&#244;t invalid&#233;e par l'administration coloniale. &lt;br class='autobr' /&gt;
En octobre 1934, l'exp&#233;rience de La Lutte fut tent&#233;e de nouveau, cette fois de mani&#232;re plus r&#233;guli&#232;re et durable. Son comit&#233; de r&#233;daction se composait de trois nationalistes (dont Nguy&#234;n An Ninh), de quatre staliniens (dont Nguy&#234;n Van Tao, qui avait fait les manifestations des Champs Elys&#233;es), et de cinq trotskystes (dont Ta Thu Th&#226;u, Phan Van Chanh, Huynh Van Phuong, H&#244; Huu Tuong). Cependant, il semble que l'influence des staliniens fut pr&#233;pond&#233;rante jusqu'en 1936. La ligne &#233;ditoriale &#233;tait : lutte contre le pouvoir colonial et ses alli&#233;s (Parti Constitutionnaliste) ; soutien des revendications des ouvriers et des paysans ; &#233;chos des luttes dans le monde ; histoire des mouvements r&#233;volutionnaires pass&#233;s ; diffusion du tronc commun de la pens&#233;e marxiste. D'un accord mutuel, on s'abstenait cependant de critiquer l'URSS ou l'Opposition de Gauche.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1935 eurent lieu les &#233;lections au Conseil Colonial de Cochinchine et au Conseil Municipal de Saigon. La Lutte pr&#233;senta &#224; chaque fois une liste intellectuels-ouvriers et &#224; chaque fois elle obtint des &#233;lus. Son influence grandissait manifestement dans la petite bourgeoisie et dans le menu peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'activit&#233; des trotskystes&lt;br class='autobr' /&gt;
On a vu qu'il existait des divergences &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du courant trotskyste. En dehors de la collaboration au hebdomadaire La Lutte, les trotskystes &#233;taient organis&#233;s dans deux groupes principalement : le groupe La Lutte, men&#233; par Ta Thu Th&#226;u, et le groupe Octobre, dirig&#233; par H&#244; Huu Tuong. Octobre critiquait notamment La Lutte pour sa collaboration trop &#233;troite avec les staliniens. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces deux tendances d&#233;ployaient des efforts consid&#233;rables pour organiser le mouvement syndical. En 1937, elles impuls&#232;rent notamment la cr&#233;ation de la F&#233;d&#233;ration Syndicale de Cochinchine. Cette F&#233;d&#233;ration &#233;tait implant&#233;e dans au moins 39 entreprises de Saigon et influente dans certaines d'entre elles, dont l'Arsenal, les chemins de fer, le tramway ou encore chez les dockers. Ainsi les militants trotskystes jou&#232;rent-ils un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans l'organisation des gr&#232;ves de 1936-1937 au Sud.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant malgr&#233; leur influence, l'une et l'autre tendances gardaient une structure de groupe, sans arriver &#224; construire un parti solidement organis&#233; et de masse, contrairement au PCI. En effet, ce dernier s'&#233;tait r&#233;organis&#233; apr&#232;s sa quasi-liquidation en 1930-1931. Il avait prit un essor incontestable et poss&#233;dait une structure solide, ramifi&#233;e &#224; l'&#233;chelle nationale. Comment expliquer ce contraste ? Selon l'historien Daniel H&#233;m&#233;ry, Ta Thu Th&#226;u &#171; &#233;tait avant tout un tribun, par temp&#233;rament personnel peut-&#234;tre &#187; (6). Nous pouvons raisonnablement faire l'hypoth&#232;se que le PCI b&#233;n&#233;ficiait d'un soutien important de l'URSS et de la Chine (logistique, th&#233;orique &#8212; formation des cadres en Chine &#8212;, financier...), soutien sur lequel ne pouvaient &#233;videmment pas compter les trotskystes vietnamiens.&lt;br class='autobr' /&gt;
La rupture du front unique et les &#233;v&#233;nements qui s'ensuivirent (1936-1939)&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;lection du Front Populaire en France et l'effervescence en Indochine&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1936, le Front Populaire fut port&#233; au pouvoir en France. Cela provoqua un immense espoir en Indochine. Parall&#232;lement aux occupations d'usines en France, des vagues de gr&#232;ves monstres secou&#232;rent l'Indochine du Nord 1936 &#224; f&#233;vrier 1937. En m&#234;me temps, La Lutte lan&#231;a la formation des Comit&#233;s d'Action, destin&#233;s &#224; recueillir les plaintes des ouvriers et paysans, en vue d'un Congr&#232;s Indochinois. Ce Congr&#232;s devait accueillir la commission d'enqu&#234;te parlementaire venue de m&#233;tropole. &#192; peine lanc&#233;s, ces CA eurent un succ&#232;s fulgurants : en deux mois, quelques 600 CA furent cr&#233;&#233;s. L'effervescence populaire &#233;tait telle que l'administration coloniale, inqui&#232;te du dynamisme du mouvement, y mit un coup d'arr&#234;t. Elle interdit en effet les r&#233;unions publiques, jeta momentan&#233;ment en prison plusieurs militants dont Ta Thu Th&#226;u et Nguy&#234;n An Ninh. Des entreprises licenci&#232;rent les ouvriers participant aux CA.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233;anmoins, l'importance des gr&#232;ves et l'essor des CA oblig&#232;rent la m&#233;tropole &#224; des concessions. Ainsi le d&#233;cret Blum-Moutet de d&#233;cembre 1936 &#171; r&#233;glementa le travail libre [...], interdit l'emploi des enfants de moins de 12 ans... &#187;. Il y eut aussi quelques augmentations de salaires. Cependant, ni droit syndical, ni droit de gr&#232;ve, ni droits aux d&#233;l&#233;gu&#233;s ne furent accord&#233;s... &lt;br class='autobr' /&gt;
Divergences entre les trotskystes et les staliniens&lt;br class='autobr' /&gt;
Le PCI adopta en 1936 la ligne d&#233;finie par l'Internationale Communiste et d&#233;j&#224; adopt&#233;e par le PCF, consistant en la constitution d'un Front Populaire Indochinois antifasciste avec des forces &#171; de gauche &#187;. Il devait &#233;galement soutenir le Gouvernement de Front Populaire en m&#233;tropole, et ne pouvait donc critiquer librement l'administration coloniale. Les trotskystes en revanche &#233;taient r&#233;solument attach&#233;s &#224; un Front Unique anti-imp&#233;rialiste, et r&#233;cus&#232;rent tout soutien ou toute neutralit&#233; &#224; l'&#233;gard du Front Populaire (fran&#231;ais).&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autres &#233;l&#233;ments contribu&#232;rent &#224; la rupture : le d&#233;but des proc&#232;s de Moscou, l'intensification des diffamations anti-trotskystes par le r&#233;gime stalinien&#8230; De plus, aussi bien les organisations trotskystes clandestines que le PCI s'&#233;taient d&#233;velopp&#233;s durant les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes et pouvaient donc se passer d'une collaboration de plus en plus insoutenable. &#192; l'&#233;t&#233; 1937, les staliniens quitt&#232;rent La Lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s la rupture&lt;br class='autobr' /&gt;
La Lutte &#233;tait d&#233;sormais sous le contr&#244;le des trotskystes. Les staliniens constitu&#232;rent avec le Parti Constitutionnaliste un Front D&#233;mocratique. En juillet 1938, ils soutinrent l'emprunt de 33 millions de piastres &#171; pour la d&#233;fense de l'Indochine &#187; et le recrutement de 20 000 indig&#232;nes par le gouvernement de Dalladier. Les trotskystes, d&#233;sormais membres de la IVe Internationale fond&#233;e en septembre 1938, d&#233;fendaient le d&#233;faitisme r&#233;volutionnaire consistant &#224; &#171; d&#233;gager le caract&#232;re imp&#233;rialiste de toute guerre en ce pays entre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et un autre imp&#233;rialisme envahisseur et &#224; expliquer aux masses qu'en cas de guerre, elles n'auront personne pour les d&#233;fendre &#187; (7). &#192; cause de ce combat contre l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais, ils se virent trait&#233;s d'&#171; agents du fascisme &#187; par les staliniens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais leur propagande eut des effets spectaculaires. Aux &#233;lections municipales de 1939, ils obtinrent 80 % des voix, loin devant le Parti Constitutionnaliste et les staliniens. Cependant, d&#232;s le d&#233;but de la guerre, tous les leaders trotskystes furent arr&#234;t&#233;s par la S&#251;ret&#233;, et le mouvement trotskyste, ainsi d&#233;capit&#233;, resta silencieux presque jusqu'&#224; la fin de la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La liquidation des trotskystes par le Vi&#234;t-Minh (1945-1946)&lt;br class='autobr' /&gt;
La conqu&#234;te du pouvoir par le Vi&#234;t-Minh&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant la guerre, Nguy&#234;n Ai Qu&#244;c avait ressuscit&#233; le Vi&#234;t Nam D&#244;c L&#226;p D&#244;ng Minh H&#244;i (Front pour l'Ind&#233;pendance du Vi&#234;t-Nam, Vi&#234;t-Minh en abr&#233;g&#233;), qui se donnait pour but la lib&#233;ration du Vi&#234;t-Nam et l'instauration d'une r&#233;publique d&#233;mocratique. Il ne fait d'ailleurs pas de r&#233;f&#233;rence au communisme afin de se donner la possibilit&#233; de regrouper en son sein des partis nationalistes bourgeois. Sa propagande &#233;tait alors particuli&#232;rement nationaliste, en t&#233;moigne un exemple tir&#233; du po&#232;me Lich su nuoc ta (L'histoire de notre pays) diffus&#233; en 1942 : &#171; L'histoire du Vi&#234;t-Nam le montre / Notre peuple fut glorieusement h&#233;ro&#239;que / Il combattit plus d'une fois le Nord, il pacifia l'Est / Invincibles sont les fils de Dragons et petits-fils d'Immortels. &#187; (8)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; partir de 1944, des guerilleros Vi&#234;t-Minh s'infiltr&#232;rent au Nord du Vi&#234;t-Nam &#224; partir de la Chine. En mars 1945, le coup de force japonais renversa le pouvoir fran&#231;ais qui avait domin&#233; le Vi&#234;t-Nam pendant 80 ans. L'empereur Bao Dai proclama l'ind&#233;pendance, mais d&#233;clara que le Vi&#234;t-Nam &#171; suivrait les directives du Manifeste commun de la Grande Asie orientale &#187;, autrement dit qu'il deviendrait un protectorat japonais. En ao&#251;t 1945, le Japon capitula sous les bombes. Les Alli&#233;s d&#233;cid&#232;rent que le Nord serait occup&#233; par les troupes de Tchang Kai Tchek et le sud par celles de Mountbatten. Ces arm&#233;es avaient pour but de d&#233;sarmer les troupes japonaises et de &#171; restaurer l'ordre public &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cependant, profitant du vide politique entre la capitulation japonaise et l'arriv&#233;e des Alli&#233;s, le Vi&#234;t-Minh d&#233;clencha le soul&#232;vement arm&#233;. Le 19 ao&#251;t, les guerilleros de l'arm&#233;e de lib&#233;ration prirent Hanoi, les Japonais laissant faire. Le 2 septembre, H&#244; Chi Minh proclama la R&#233;publique D&#233;mocratique du Vi&#234;t-Nam devant une foule en liesse.&lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;organisation des groupes trotskystes&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappelons que la plupart des leaders trotskystes avaient &#233;t&#233; jet&#233;s en prison au commencement de la guerre, et leurs organisations avaient &#233;t&#233; quasiment d&#233;truites. En 1943-1944, &#224; l'expiration de leur peine, ils tent&#232;rent de r&#233;organiser le mouvement. En ao&#251;t 1944, le groupe Octobre (sans H&#244; Huu Tuong, qui avait abandonn&#233; le marxisme en prison) se r&#233;organisa en Ligue Communiste Internationaliste, avec des effectifs r&#233;duits (quelques dizaines de militants, dont Ng&#244; Van). En mai 1945, des anciens du groupe La Lutte, dont Ta Thu Th&#226;u et Phan Van Chanh, fond&#232;rent le Dang Tho Thuy&#234;n Cach Mang (Parti Ouvrier R&#233;volutionnaire) et tent&#232;rent de reprendre le contact avec des groupes trotskystes du Nord. Ces derniers avaient pu continuer leurs activit&#233;s durant la guerre et jouissaient d'une influence grandissante. Ils diffusaient notamment la feuille Tranh D&#226;u (La Lutte) au lendemain de la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les &#233;v&#233;nements d'ao&#251;t-septembre 1945 dans le Sud&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Vi&#234;t-Minh prit le pouvoir dans le Sud le 25 ao&#251;t. Le groupe La Lutte aurait particip&#233; au Comit&#233; Ex&#233;cutif Provisoire pendant cette courte p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant la reconqu&#234;te fran&#231;aise aid&#233;e par l'arm&#233;e britannique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant le m&#234;me temps, la LCI et La Lutte mettaient en avant dans les manifestations les mots d'ordre : &#171; Armement du peuple ! &#187; et &#171; Pour un Gouvernement ouvrier et paysan ! &#187;. La LCI tentait de faire revivre les Comit&#233;s Populaires, d'organiser des milices ouvri&#232;res, et refusait tout compromis avec le Vi&#234;t-Minh. Cependant, la LCI et La Lutte furent toutes deux bient&#244;t liquid&#233;es par les staliniens.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ta Thu Th&#226;u qui avait &#233;t&#233; envoy&#233; au Nord pour r&#233;tablir le contact avec les trotskystes du Nord fut arr&#234;t&#233; et jug&#233; plusieurs fois par des tribunaux populaires du Vi&#234;t-Minh &#224; son retour dans le Sud. &#192; chaque fois, il fut acquitt&#233;, mais finalement, il fut myst&#233;rieusement ex&#233;cut&#233; en f&#233;vrier 1946. Tr&#226;n Van Chanh, Tr&#226;n Van Thach (anciens du front La Lutte et du Conseil Municipal de Saigon) et un grand nombre de leurs camarades furent tour &#224; tour assassin&#233;s ou ex&#233;cut&#233;s sous l'ordre des cadres connus du PCI fin 1945-1946. Comment expliquer cette politique meurtri&#232;re vis-&#224;-vis des militants aussi d&#233;vou&#233;s &#224; la cause de la R&#233;volution ?&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s 1939, dans trois lettres envoy&#233;es de Chine au PCI &#8212; et publi&#233;es dans la version officielle de ses &#338;uvres compl&#232;tes &#8212; H&#244; Chi Minh avait d&#233;j&#224; accus&#233; les trotskystes d'&#234;tre des agents du fascisme et ne l&#233;sinait sur aucun proc&#233;d&#233; diffamatoire. Dans un rapport &#224; l'Internationale Communiste &#233;crit par H&#244; Chi Minh, on peut lire : &#171; Vis-&#224;-vis des trotskistes, il ne doit y avoir aucun compromis, aucune concession. Il faut utiliser tous les moyens pour les d&#233;masquer comme agents du fascisme, il faut les exterminer politiquement. &#187; (Cf. &#171; Trois lettres de H&#244; Chi Minh in&#233;dites en France &#187;, dans Chroniques Vietnamiennes n&#176; 1, 1986 ; revue &#233;dit&#233;e par le Groupe Trotskyste Vietnamien.)&lt;br class='autobr' /&gt;
En octobre 1945, l'organe du Comit&#233; Central du PCI, Co Giai Phong, appelait &#224; &#171; abattre imm&#233;diatement les bandes de trotskistes &#187;, ce qu'il justifiait ainsi : &#171; Au Nam B&#244; [Cochinchine], ils [les trotskystes] r&#233;clament l'armement du peuple, ce qui &#233;pouvante la mission anglaise, et l'accomplissement int&#233;gral des t&#226;ches de la r&#233;volution bourgeoise d&#233;mocratique dans le but de diviser le Front National et de provoquer l'opposition des propri&#233;taires fonciers &#224; la r&#233;volution. &#187; (Cit&#233; dans Tap Chi C&#244;ng San, f&#233;vrier 1983, p. 50, cit&#233; par Ng&#244; Van, op. cit., p. 359.)&lt;br class='autobr' /&gt;
On voit ainsi clairement la volont&#233; du Vi&#234;t-Minh d'encadrer la population, de se pr&#233;senter comme un gouvernement d'union nationale capable de maintenir l'ordre public afin de n&#233;gocier dans les meilleurs termes avec les Alli&#233;s. Cela &#233;tait en contradiction manifeste avec les mots d'ordre des trotskystes d'&#171; armement du peuple &#187; et de &#171; gouvernement ouvrier et paysan &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En 1946, un militant fran&#231;ais, Daniel Gu&#233;rin, eut une entrevue avec H&#244; Chi Minh lors de sa venue en France dans le cadre des n&#233;gociations avec le gouvernement fran&#231;ais. Interrog&#233; sur la mort de Ta Thu Th&#226;u, H&#244; Chi Minh r&#233;pondit ainsi : &#171; Ce fut un patriote et nous le pleurons &#187;, avant d'ajouter : &#171; Mais tous ceux qui ne suivront pas la ligne trac&#233;e par moi seront bris&#233;s. &#187; Interrog&#233; &#224; deux autres reprises sur ce sujet, il ne fournit jamais de r&#233;ponse pr&#233;cise ou &#233;luda tout simplement la question.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, la plupart des militants r&#233;volutionnaires trotskystes furent abattus. Quelques-uns surv&#233;curent et furent contraints &#224; l'exil. Ils continu&#232;rent leurs activit&#233;s militantes principalement en France, au sein de diff&#233;rents groupes comme le Groupe Trotskyste Vietnamien (cf. le dernier num&#233;ro du CRI des travailleurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Cit&#233; par Anh Van et Jacqueline Roussel dans Mouvements nationaux et lutte de classe au Vi&#234;t-Nam, Publications de la IVe internationale, 1947. &lt;br class='autobr' /&gt;
2) Ibid. &lt;br class='autobr' /&gt;
3) Membre du CC du PCF. Il sera plus tard exclu du PCF et tournera au fascisme. &lt;br class='autobr' /&gt;
4) Ta Thu Th&#226;u, &#171; &#192; la lueur de la r&#233;volte de Yen Bay &#187;, dans La V&#233;rit&#233; n&#176; 31, 11 avril 1930. &lt;br class='autobr' /&gt;
5) Ta Thu Th&#226;u, &#171; La r&#233;volte de Yen Bay et ce qu'elle signifie &#187;, dans La V&#233;rit&#233; n&#176; 30, 4 avril 1930. &lt;br class='autobr' /&gt;
6) Daniel H&#233;m&#233;ry, R&#233;volutionnaires vietnamiens et pouvoir colonial en Indochine, Editions Maspero, 1975. &lt;br class='autobr' /&gt;
7) Cit&#233; par Ng&#244; Van, Vi&#234;t-Nam 1920-1945, R&#233;volution et contre-r&#233;volution sous la domination coloniale, Nautilus Editions, 2000, p. 258. &lt;br class='autobr' /&gt;
8) Cit&#233; par Ng&#244; Van, ibid., p. 298.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cor&#233;e&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
En Cor&#233;e les alli&#233;s avaient d&#233;cid&#233; d'un syst&#232;me d'occupation apparemment absurde et qui allait donner lieu au pire affrontement de la guerre froide en 1950 mais qui, en cette fin de guerre mondiale, correspondait aux diff&#233;rentes zones dans cette r&#233;gion. En effet la p&#233;ninsule cor&#233;enne &#233;tait divis&#233;e en deux, une partie sous occupation russe et une autre sous occupation am&#233;ricaine, les deux &#233;tant s&#233;par&#233;es par le 38&#232;me parall&#232;le. En fait en disant cela on oublie lune grande part du probl&#232;me, on attribuait &#224; la Chine la partie de la Cor&#233;e continentale, le Kan Do, prise lors des conqu&#234;tes militaires et cela allait s'av&#233;rer tr&#232;s important par la suite.&lt;br /&gt;
Au d&#233;part cette division discut&#233;e lors des conf&#233;rences de T&#233;h&#233;ran en 1943 et Yalta en 1945 devait &#234;tre provisoire. Les premiers arriv&#233;s sur place sont les russes au nord le 24 ao&#251;t 1945. Puis les USA arrivent un mois plus tard au sud en septembre 45. Des deux c&#244;t&#233;s tout est programm&#233; et aucun des deux camps n'a l'intention de demander &#224; la population de d&#233;cider. Les russes ont dans leurs bagages Kim Il Sung qu'ils comptent imposer comme dirigeant sous l'&#233;tiquette parti communiste. Pourtant il existe en Cor&#233;e un parti communiste clandestin dont Kim n'est pas le dirigeant mais c'est l'homme des russes et dans l'ambiance d'effervescence sociale les russes s'en m&#233;fient comme ils se m&#233;fient de tous les militants d&#233;mocrates ou syndicalistes qui vont tr&#232;s vite peupler leurs prisons. Pour se d&#233;barrasser du r&#233;el parti communiste cor&#233;en, les russes vont avoir de grandes difficult&#233;s car il faut s'en d&#233;barrasser &#224; la fois au nord et au sud. Au nord cela se fera sous l'occupation militaire russe, les anciens dirigeants iront en prison ainsi qu'au fur et &#224; mesure tous les opposants &#224; Kim Il Sung. Au sud, ce sera beaucoup plus difficile d'autant que traditionnellement la direction du parti communiste r&#233;sidait au sud &#224; S&#233;oul et que le parti va rester un seul parti malgr&#233; la division du pays. &lt;br /&gt;
Des deux c&#244;t&#233;s, il y a la m&#234;me situation catastrophique pour la population qui se traduit tout de suite par une explosion sociale La mis&#232;re des travailleurs est catastrophique. Le nombre des morts est consid&#233;rable. Et, en plus la population sort de nombreuses ann&#233;es d'occupation japonaise o&#249; ils ont souffert atrocement. Ce n'est pas pour accepter facilement une autre occupation militaire. Enfin, tr&#232;s vite le probl&#232;me du partage du pays en deux qui semble &#234;tre du provisoire qui dure va devenir un probl&#232;me politique de premier ordre, emp&#234;chant les deux pouvoirs de se stabiliser et de gagner du cr&#233;dit. En effet, sur ordre de Staline, Kim Il Sung au nord va d&#233;fendre la division du pays de la m&#234;me mani&#232;re qu'au sud le fantoche des am&#233;ricains Syngman Rhee, un dictateur d'extr&#234;me-droite corrompu et ultra-violent. Des deux c&#244;t&#233;s, la classe ouvri&#232;re va s'opposer &#224; cette division et en particulier les syndicats d'origine plut&#244;t anarcho-syndicalistes avec des militants d'extr&#234;me gauche et qui ne sont pas encore contr&#244;l&#233;s par le parti communiste. La pression est telle au sud que le parti communiste sud cor&#233;en prend son ind&#233;pendance politique de la direction du nord en ao&#251;t 46. Mais en m&#234;me temps il le fait sur des bases tout ce qu'il y a de moins r&#233;volutionnaire, du moins dans un sens prol&#233;tarien. La th&#232;se d'ao&#251;t qui souligne cette ind&#233;pendance politique &#224; la fois n'accepte plus la division du pays mais affirme qu'il faut mener une r&#233;volution bourgeoise en vue de la r&#233;unification, r&#233;volution qui aura pour base les campagnes et non les villes. Et cela signifie aussi que le PC du sud appelle les ouvriers et les paysans &#224; rejoindre les montagnes pour y organiser la gu&#233;rilla. Le syndicat des ouvriers du sud va s'opposer violemment &#224; ces propositions. En effet, les travailleurs sont tr&#232;s loin de se sentir impuissants dans leurs luttes dans les usines au point d'aller se retrancher dans les montagnes. La th&#232;se du caract&#232;re bourgeois de la r&#233;volution n'est pas mieux accept&#233;e. &lt;br /&gt;
En fait, dans les usines c'est &#224; une offensive ouvri&#232;re que l'on assiste en Cor&#233;e du sud. L'insurrection ouvri&#232;re part de deux villes : Taekou, grande ville du sud est et Busan le grand port du sud. C'est un soul&#232;vement spontan&#233; qui d&#233;bute par une gr&#232;ve des cheminots et qui se termine par de v&#233;ritables affrontements arm&#233;s, les travailleurs s'&#233;tant organis&#233;s en milice ouvri&#232;re. Partout des comit&#233;s de gr&#232;ve sont mis en place et la gr&#232;ve s'&#233;tend &#224; de nombreuses autres villes. La r&#233;action des troupes am&#233;ricaines est tr&#232;s violente. La r&#233;pression s'&#233;tend &#224; tout le pays contre les syndicats et les militants radicaux. Le PC du sud qui n'&#233;tait pour rien dans le mouvement est interdit. La dictature de Syngman Rhee devient f&#233;roce. Des opposants politiques et des dirigeants syndicalistes sont assassin&#233;s comme le leader anarcho-syndicaliste. &lt;br /&gt;
Kim Ku et le dirigeant social-d&#233;mocrate Yo Un Hyong. Le Parti communiste a &#233;t&#233; contraint de passer dans la clandestinit&#233; totale. La direction politique du PC du nord en profite pour r&#233;ussir pour la premi&#232;re fois &#224; &#233;tablir sa domination sur l'ensemble du parti communiste.&lt;br /&gt;
En 1946-47, loin de se stabiliser, le r&#233;gime de Cor&#233;e du sud est attaqu&#233; sur tous les fronts : mutineries militaires, insurrections paysannes, mouvements politiques dans les villes contre le r&#233;gime de Syngman Rhee et mouvements sociaux. Le pouvoir central de S&#233;oul est tellement affaibli qu'il est contraint de laisser les paysans occuper toute une r&#233;gion dite lib&#233;r&#233;e. Le PC du sud d&#233;cide de s'investir dans cette r&#233;volution paysanne et il appelle &#224; nouveau les ouvriers &#224; le suivre. La plupart des ouvriers et des militants intellectuels qui vont suivre cet appel sont massacr&#233;s avant m&#234;me qu'ils aient pu rejoindre la r&#233;gion ni s'armer. Le PC du sud va quand m&#234;me prendre la direction politique de ces paysans insurg&#233;s. Il leur conseille de quitter les terres agricoles pour rejoindre les montagnes et effectivement cette gu&#233;rilla va tenir l&#224; jusqu'&#224; la guerre de Cor&#233;e en 1950, o&#249; elle fera sa jonction avec l'arm&#233;e nord cor&#233;enne. Paradoxalement c'est cela qui lui sera fatal car le r&#233;gime de Cor&#233;e du nord n'avait nullement envie de soutenir les paysans du sud et va les abandonner en cessant de les armer d&#232;s l'offensive am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chine&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
La &#171; r&#233;volution &#187; mao&#239;ste est l'une de celles qui a produit le plus de mythes mensongers pour couvrir d'un voile &#171; r&#233;volutionnaire &#187; et &#171; communiste &#187; des politiques qui &#233;taient tout le contraire de cela. On a m&#234;me longtemps pr&#233;sent&#233; la Chine comme plus communiste, plus anti-imp&#233;rialiste et plus r&#233;volutionnaire que la Russie de Staline, et m&#234;me de L&#233;nine. Selon cette l&#233;gende, Mao serait arriv&#233; au pouvoir &#224; la t&#234;te d'une r&#233;volution paysanne. Il aurait construit un pouvoir des ouvriers et des paysans, du type sovi&#233;tique comme en octobre 1917 en Russie. Il aurait rompu avec l'imp&#233;rialisme. Il aurait aid&#233; la r&#233;volution mondiale, en restant r&#233;volutionnaire, contrairement au &#171; r&#233;visionnisme &#187; russe. La r&#233;volution culturelle marquerait le caract&#232;re de &#171; r&#233;volution permanente &#187; du r&#233;gime chinois, sa capacit&#233; &#224; s'attaquer aux id&#233;ologoqies r&#233;actionnaires et la jeunesse des id&#233;es r&#233;volutionnaires en Chine. Voil&#224; quelques uns des mensonges qui courent sur le pouvoir chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La R&#233;volution chinoise de 1949&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Nous allons essayer de r&#233;tablir une r&#233;alit&#233; qui n'a pas grand-chose &#224; voir avec les affirmations pr&#233;c&#233;dentes. Ce qui a donn&#233; ses forces arm&#233;es &#224; Mao, ce n'est pas la lutte des classes, ni la r&#233;volution sociale, mais la lutte de d&#233;fense nationale contre le Japon. Il a ainsi pu construire sa fameuse &#171; huiti&#232;me arm&#233;e de route &#187; int&#233;gr&#233;e &#224; l'ensemble des forces arm&#233;es chinoises, aux c&#244;t&#233;s de Tchang Ka&#239; Chek, et aux c&#244;t&#233;s des USA. C'est cette arm&#233;e, une fois la d&#233;faite japonaise acquise, qui lui a permis de prendre le pouvoir. M&#234;me s'il a eu un recrutement dans les campagnes, l'arm&#233;e de Mao est tout sauf une organisation fond&#233;e sur une lutte radicale de la paysannerie. Mao a gouvern&#233; des r&#233;gions paysannes comme un chef d'arm&#233;e qui s'entend bien avec les paysans, mais qui s'accommode avec les poss&#233;dants locaux, propri&#233;taires fonciers, banquiers, commer&#231;ants et usuriers. Dans ces zones dites lib&#233;r&#233;es, il n'appliquait pas un programme social radical, se contentait de baisser les imp&#244;ts. Il n'a pas appliqu&#233; un programme radical de distribution de terres aux paysans pauvres. Mao n'est m&#234;me pas un chef de r&#233;volte paysanne, comme la Chine en a connu dans le pass&#233;. Quant &#224; la r&#233;volution paysanne, quand elle a &#233;clat&#233; &#8211; nullement &#224; l'initiative de Mao &#8211; il a longuement h&#233;sit&#233; &#224; prendre son parti, et, m&#234;me apr&#232;s cette d&#233;cision, il a toujours refus&#233; d'armer les paysans. Y compris durant l'offensive contre le r&#233;gime de Tchang Ka&#239; Chek, il d&#233;clarait que &lt;i&gt;&#171; Les paysans qui nous rejoignent peuvent nous apporter &#224; manger, pousser nos chariots, ou s'occuper des soins des bless&#233;s. En aucun cas, ils ne doivent &#234;tre arm&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; En ce sens, son arm&#233;e et son appareil d'Etat sont des instruments classiques de pouvoir et non des organes r&#233;volutionnaires. Son parti est un organe politique de pouvoir et, avant m&#234;me la prise de pouvoir, un parti unique. Il n'est pas question de remettre en question cette direction dictatoriale. Mao n'a pas un seul instant envisag&#233; d'organiser les travailleurs de villes au cours de sa &#171; r&#233;volution &#187;, m&#234;me pas au moment de la prise de pouvoir dans les villes. Dans les villes, il a, par contre, pris contact avec les bourgeois, petits et grands, et les intellectuels, auxquels il donnera des places dans le pouvoir. Il a &#233;galement recycl&#233; l'essentiel du pouvoir de Tchang Ka&#239; Chek, notamment ses chefs militaires, m&#234;me ceux ralli&#233;s de la derni&#232;re seconde. Il est encore moins, malgr&#233; le titre de communiste dont il pare son parti, un dirigeant du prol&#233;tariat chinois. A partir de 1927, il avait quitt&#233; ce prol&#233;tariat et ne l'a jamais retrouv&#233;. La lettre aux militants trotskystes qu'&#233;crit Trotsky explique que, si l'arm&#233;e de Mao prend le pouvoir, elle interviendra contre le prol&#233;tariat. La politique de Mao n'est pas communiste, ne vise pas au pouvoir du prol&#233;tariat, n'a nullement renou&#233; avec Marx ni rompu d&#233;finitivement avec l'imp&#233;rialisme et le capitalisme, comme le rappelle son idylle actuelle. Le terme le plus juste sur son r&#233;gime est celui de bonapartisme bourgeois. Le bonapartisme signifie une dictature militaire qui est populaire et dont l'apparence de force provient de l'&#233;quilibre entre deux forces r&#233;elles. Ici ces forces sont, d'un c&#244;t&#233; la bourgeoisie imp&#233;rialiste et de l'autre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document :&lt;br /&gt;
L&#233;on Trotsky &lt;br /&gt;
LA GUERRE DES PAYSANS EN CHINE ET LE PROL&#201;TARIAT&lt;br /&gt;
(Letttre aux Bolcheviks-l&#233;ninistes chinois)&lt;br /&gt;
22 septembre 1932&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s une longue interruption, nous avons enfin re&#231;u votre lettre du 15 juin. Il est superflu de vous dire combien nous nous f&#233;licitons de la r&#233;surrection de l'Opposition de Gauche chinoise, apr&#232;s la d&#233;sorganisation apport&#233;e dans ses rangs par les pers&#233;cutions polici&#232;res.&lt;br /&gt;
Pour autant que l'on puisse juger d'ici avec nos informations tout &#224; fait insuffisantes, la position exprim&#233;e dans votre lettre concorde avec la n&#244;tre. L'attitude intransigeante envers les opinions d&#233;mocratiques vulgaires des staliniens sur le mouvement paysan, ne peut &#233;videmment rien avoir de commun avec une attitude passive et inattentionn&#233;e envers le mouvement paysan lui-m&#234;me. Le manifeste de l'Opposition de Gauche internationale publi&#233; il y a deux ans (Sur les perspectives et les t&#226;ches de la r&#233;volution chinoise), appr&#233;ciant le mouvement paysan des provinces du sud de la Chine, disait : &#034;La r&#233;volution chinoise trahie, d&#233;truite, exsangue, montre qu'elle est vivante. Esp&#233;rons que le temps n'est plus loin o&#249; elle l&#232;vera de nouveau sa t&#234;te prol&#233;tarienne.&#034; Et plus loin : &#034;La large crue du soul&#232;vement paysan peut incontestablement donner une impulsion &#224; l'animation de la lutte politique dans les centres industriels. Nous comptons fermement l&#224;-dessus.&#034;&lt;br /&gt;
Votre lettre montre que, sous l'influence de la crise et de l'intervention japonaise, la lutte des ouvriers des villes rena&#238;t sur le fond de la guerre paysanne. Dans notre manifeste nous &#233;crivions sur ce fait, avec toute la prudence n&#233;cessaire : &#034; Personne ne peut pr&#233;dire d'avance si les foyers des soul&#232;vements paysans se maintiendront sans interruption pendant toute la p&#233;riode prolong&#233;e dont l'avant-garde prol&#233;tarienne aurait besoin pour se renforcer, pour engager dans la bataille la classe ouvri&#232;re, et accorder sa lutte pour le pouvoir avec les offensives paysannes g&#233;n&#233;ralis&#233;es contre ses ennemis les plus imm&#233;diats. &#034;&lt;br /&gt;
Actuellement, il semble que l'on puisse exprimer avec quelque certitude l'espoir qu'avec une juste politique on r&#233;ussisse &#224; lier le mouvement ouvrier, et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, le mouvement des villes, avec la guerre paysanne. Cela serait le commencement de la troisi&#232;me r&#233;volution chinoise. Mais pour l'instant, ce n'est l&#224; qu'un espoir, et non une certitude. Le principal travail reste &#224; accomplir dans l'avenir.&lt;br /&gt;
Dans cette lettre je ne voudrais poser qu'un seul probl&#232;me, en tout cas celui qui me semble avoir de beaucoup la plus grande importance et &#234;tre le plus br&#251;lant. Je vous rappelle encore une fois que les informations dont je dispose sont absolument insuffisantes, occasionnelles et fragmentaires. C'est avec plaisir que j'accueillerais toute information compl&#233;mentaire et toute rectification.&lt;br /&gt;
Le mouvement paysan a cr&#233;&#233; son arm&#233;e, a conquis un grand territoire, et l'a couvert de ses institutions. Au cas de nouveaux succ&#232;s, &#8211; et nous souhaitons &#233;videmment ces succ&#232;s &#8211; le mouvement se heurtera aux centres citadins et industriels, et par l&#224;-m&#234;me, se trouvera face &#224; face avec la classe ouvri&#232;re. Comment se passera cette rencontre ? Sera-t-elle assur&#233;e d'un caract&#232;re pacifique et amical ?&lt;br /&gt;
Cette question peut sembler &#224; premi&#232;re vue superflue. A la t&#234;te du mouvement paysan se trouvent des communistes ou des sympathisants ; n'est-il donc pas &#233;vident que les ouvriers et les paysans doivent, lorsqu'ils se rencontreront, s'unifier sous le drapeau du communisme ?&lt;br /&gt;
Malheureusement, le probl&#232;me n'est pas si simple. Je m'appuierai sur l'exp&#233;rience de la Russie. Durant les ann&#233;es de la guerre civile, la paysannerie, dans diff&#233;rentes r&#233;gions, cr&#233;ait ses propres troupes de partisans, et parfois m&#234;me, naissaient des arm&#233;es enti&#232;res. Quelques-uns de ces corps d'arm&#233;e se consid&#233;raient comme bolcheviks et &#233;taient souvent dirig&#233;s par des ouvriers. D'autres restaient sans parti et avaient &#224; leur t&#234;te le plus souvent d'anciens sous-officiers paysans. Il y avait aussi l'arm&#233;e &#034; anarchiste &#034; sous le commandement de Makhno. Tant que les arm&#233;es de partisans agissaient sur le revers de l'arm&#233;e blanche, elles servaient la cause de la r&#233;volution. Certaines d'entre elles se remarquaient par un h&#233;ro&#239;sme et une t&#233;nacit&#233; particuli&#232;re. Mais, dans les villes, ces arm&#233;es entraient souvent en conflit avec les ouvriers et avec les organisations locales du parti. Les conflits naissaient aussi lors de la rencontre des partisans et de l'arm&#233;e rouge r&#233;guli&#232;re, et dans certains cas, cela prenait un caract&#232;re aigu et morbide.&lt;br /&gt;
La rude exp&#233;rience de la guerre civile nous a d&#233;montr&#233; la n&#233;cessit&#233; d&#233; d&#233;sarmer les corps d'arm&#233;e des paysans d&#232;s que l'arm&#233;e rouge assumait le pouvoir dans une r&#233;gion d&#233;barrass&#233;e des gardes blancs. Les meilleurs &#233;l&#233;ments, les plus conscients et les plus disciplin&#233;s, s'int&#233;graient dans les rangs de l'arm&#233;e rouge. Mais la plus grande partie des partisans tentait de conserver une existence ind&#233;pendante, et entrait souvent en lutte arm&#233;e directe avec le pouvoir sovi&#233;tique. Il en fut ainsi avec l'arm&#233;e &#034; anarchiste &#034;, indirectement koulak par son esprit, de Makhno, mais pas seulement avec elle. De nombreux corps paysans, luttant fermement contre la restauration des propri&#233;taires fonciers, se transformaient apr&#232;s la victoire en une arme de la contre-r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les conflits arm&#233;s entre les paysans et les ouvriers, quelle qu'en soit l'origine dans les cas particuliers, que ce soit la provocation consciente des gardes blancs, le manque de tact des communistes, ou le concours malheureux d&#233;s circonstances, avaient &#224; leur base la m&#234;me cause sociale : la situation de classe et l'&#233;ducation diff&#233;renci&#233;e des ouvriers et des paysans. L'ouvrier aborde les probl&#232;mes sous l'angle socialiste ; le paysan sous l'angle petit-bourgeois. L'ouvrier tente de socialiser la propri&#233;t&#233; qu'il a reprise &#224; ses exploiteurs ; le paysan, tente, lui, de la partager. L'ouvrier veut faire servir les ch&#226;teaux et les parcs dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral ; le paysan, pour peu qu'il ne puisse les partager, est enclin &#224; br&#251;ler les ch&#226;teaux et &#224; d&#233;boiser les parcs. L'ouvrier fait effort pour r&#233;soudre les probl&#232;mes &#224; l'&#233;chelle &#233;tatique, et selon un plan ; mais le paysan aborde tous les probl&#232;mes &#224; l'&#233;chelle locale, et se conduit d'une fa&#231;on hostile envers le plan du centre, etc...&lt;br /&gt;
Il est &#233;vident que le paysan peut lui aussi s'&#233;lever jusqu'&#224; un point de vue socialiste. Sous le r&#233;gime prol&#233;tarien, une masse de plus en plus grande de paysans se r&#233;&#233;duque dans l'esprit socialiste. Mais cela exige du temps, &#8211; des ann&#233;es, et m&#234;me des d&#233;cades. Si l'on n'envisage que la premi&#232;re &#233;tape de la r&#233;volution, alors les contradictions entre le socialisme prol&#233;tarien et l'individualisme paysan prennent souvent un caract&#232;re aigu.&lt;br /&gt;
Mais ce sont des communistes qui se trouvent &#224; la t&#234;te des arm&#233;es rouges chinoises. Cela n'exclut-il pas les conflits entre les corps paysans et les organisations ouvri&#232;res ? Non cela ne les exclut pas. Le fait que des communistes se trouve individuellement &#224; la t&#234;te des arm&#233;es paysannes ne change en rien le caract&#232;re social de ces derni&#232;res, m&#234;me si la direction communiste a une bonne trempe prol&#233;tarienne. Mais comment la situation se pr&#233;sente-t-elle en Chine ? Parmi les dirigeants communistes des corps de partisans rouges, il y a, sans aucun doute, pas mal d'intellectuels ou de semi-intellectuels d&#233;class&#233;s qui ne sont pas pass&#233;s par la s&#233;rieuse &#233;cole de la lutte prol&#233;tarienne. Durant deux ou trois ans, ils vivent la vie des commandants et des commissaires de partisans. Ils commandent, ils conqui&#232;rent des territoires, etc... Ils s'impr&#232;gnent de l'esprit du milieu environnant. La plus grande partie des communistes du rang dans les corps de partisans rouges se compose de toute &#233;vidence de paysans qui, tr&#232;s honn&#234;tement et sinc&#232;rement, se prennent pour des communistes, mais qui sont des r&#233;volutionnaires &#034;paup&#233;ris&#233;s&#034; ou des petits propri&#233;taires r&#233;volutionnaires. Celui qui, en politique, juge selon les &#233;tiquettes et les d&#233;nominations, et non selon les faits sociaux, est perdu. Surtout lorsqu'il s'agit d'une politique qui se fait l'arme &#224; la main. Le v&#233;ritable parti communiste est l'organisation de l'avant-garde prol&#233;tarienne. En outre, la classe ouvri&#232;re de Chine se trouve depuis quatre ans dans une situation dispers&#233;e et asservie, et c'est seulement maintenant qu'apparaissent les sympt&#244;mes d'une renaissance. Lorsque le Parti communiste, fermement appuy&#233; sur le prol&#233;tariat des villes, essaye de commander l'arm&#233;e paysanne par une direction ouvri&#232;re, c'est une chose. C'est tout autre chose lorsque quelques milliers, ou m&#234;me quelques dizaines de milliers de r&#233;volutionnaires qui dirigent la guerre paysanne, sont ou se d&#233;clarent communistes, sans avoir aucun appui s&#233;rieux dans le prol&#233;tariat. Or, telle est avant tout la situation en Chine. Cela accro&#238;t dans une grande mesure le danger des conflits possibles entre les ouvriers et les paysans arm&#233;s. Dans tous les cas, les provocateurs bourgeois ne manqueront pas.&lt;br /&gt;
En Russie, &#224; l'&#233;poque de la guerre civile, le prol&#233;tariat &#233;tait au pouvoir dans la plus grande partie du pays. La direction de la lutte appartenait &#224; un parti fermement tremp&#233;, et malgr&#233; cela, les corps de paysans, qui &#233;taient incomparablement plus faibles que l'arm&#233;e rouge, entraient souvent en conflit avec elle lorsque celle-ci avan&#231;ait victorieusement sur le territoire des partisans paysans.&lt;br /&gt;
En Chine, la situation absolument d&#233;savantageuse des ouvriers est visible.&lt;br /&gt;
Dans les principaux centres de la Chine, le pouvoir appartient aux militaristes bourgeois. Dans d'autres districts, aux dirigeants des paysans arm&#233;s. Le prol&#233;tariat, lui, n'a de pouvoir nulle part. Les syndicats sont faibles, et l'influence du parti parmi les ouvriers infime. Les corps des partisans paysans qui ont la pleine conscience de la victoire acquise sont couverts par l'I.C. Ils se nomment &#034; l'arm&#233;e rouge &#034;, c'est-&#224;-dire qu'ils s'identifient ainsi avec le pouvoir sovi&#233;tique arm&#233;.&lt;br /&gt;
On voit que les &#233;l&#233;ments dirigeants de la paysannerie r&#233;volutionnaire de Chine s'attribuent par avance une valeur politique et morale qui, en r&#233;alit&#233;, appartient aux ouvriers chinois.&lt;br /&gt;
Ne peut-il pas en r&#233;sulter que toutes ces valeurs se retourneront &#224; un moment donn&#233; contre les ouvriers ?&lt;br /&gt;
Il est &#233;vident que les paysans pauvres qui constituent la majorit&#233; en Chine, pour peu qu'ils r&#233;fl&#233;chissent politiquement, et ceux-l&#224; sont une infime minorit&#233;, d&#233;sirent sinc&#232;rement et ardemment l'union et l'amiti&#233; avec les ouvriers. Mais la paysannerie, m&#234;me arm&#233;e, est incapable de mener une politique ind&#233;pendante.&lt;br /&gt;
Occupant dans les circonstances actuelles une situation ind&#233;termin&#233;e et instable, la paysannerie peut au moment d&#233;cisif, aller soit vers le prol&#233;tariat, soit vers la bourgeoisie. La paysannerie ne trouve pas facilement la voie vers le prol&#233;tariat, et elle ne la trouve qu'apr&#232;s une s&#233;rie d'erreurs et de d&#233;faites. Le pont entre la paysannerie et la bourgeoisie est constitu&#233; par la moyenne bourgeoisie citadine, principalement par les intellectuels qui interviennent sous le drapeau du socialisme, et m&#234;me du communisme.&lt;br /&gt;
Les cercles dirigeants de l'arm&#233;e rouge chinoise ont, sans aucun doute, r&#233;ussi &#224; se cr&#233;er une psychologie de commandement. En l'absence d'un fort parti r&#233;volutionnaire et d'organisations de masses prol&#233;tariennes, il ne peut y avoir en fait de contr&#244;le sur les cercles dirigeants. Les commandants et les commissaires apparaissent comme les ma&#238;tres incontest&#233;s de la situation et, en entrant dans les villes, ils seront avant tout enclins &#224; regarder les ouvriers de haut en bas. Les revendications des ouvriers leur sembleront souvent inopportunes et mal venues. Il ne faut pas oublier aussi des &#034; futilit&#233;s &#034;, comme celle-ci : dans les villes, l'Etat-major et toute l'organisation de l'arm&#233;e ne s'installent pas dans les taudis prol&#233;tariens, mais au contraire, dans les meilleurs &#233;difices de la ville, dans les maisons, et les appartements des bourgeois. C'est une raison qui peut pousser le sommet de l'arm&#233;e paysanne &#224; se consid&#233;rer comme une partie de la classe &#034; cultiv&#233;e et instruite &#034;, et non comme le prol&#233;tariat.&lt;br /&gt;
Ainsi, en Chine, des causes et des motifs d'une conflagration entre l'arm&#233;e paysanne par son contenu et petite-bourgeoise par sa direction &#8211; et les ouvriers, existent. Et m&#234;me toute la situation augmente consid&#233;rablement les possibilit&#233;s et m&#234;me l'in&#233;vitabilit&#233; de tels conflits. Par l&#224; m&#234;me, les chances du prol&#233;tariat se pr&#233;sentent d&#232;s le d&#233;but moins favorablement qu'en Russie.&lt;br /&gt;
Du point de vue th&#233;orique et politique, le danger s'accro&#238;t d'autant plus que la bureaucratie stalinienne recouvre cette situation pleine de contradictions, par le mot d'ordre de la &#034; dictature d&#233;mocratique des ouvriers et des paysans &#034;. Peut-on trouver un pi&#232;ge plus agr&#233;able ext&#233;rieurement, plus perfide en son essence ? Les &#233;pigones r&#233;fl&#233;chissent non pas avec une compr&#233;hension sociale, mais avec des phrases toutes faites : le formalisme est le trait fondamental de la bureaucratie.&lt;br /&gt;
Les populistes (narodniki) russes reprochaient parfois aux marxistes russes leur ignorance de la paysannerie, leur aveuglement sur le travail &#224; faire &#224; la campagne, etc... A quoi les marxistes r&#233;pondaient : &#034; Nous soulevons et organisons les ouvriers du rang, et gr&#226;ce &#224; eux, nous soul&#232;verons la paysannerie. Telle est la seule voie du parti prol&#233;tarien. &#034;&lt;br /&gt;
Dans les ann&#233;es 1925-1927 de la r&#233;volution, les staliniens ont soumis directement et sans recours les int&#233;r&#234;ts des paysans &#224; ceux de la bourgeoisie nationale. Dans les ann&#233;es de la contre-r&#233;volution, ils sont pass&#233;s du prol&#233;tariat &#224; la paysannerie, et ainsi, ont pris sur eux le r&#244;le qu'assumaient chez nous les socialistes-r&#233;volutionnaires au temps o&#249; ils &#233;taient un parti r&#233;volutionnaire. Si, durant ces derni&#232;res ann&#233;es, le Parti communiste chinois avait concentr&#233; son effort dans les villes, dans les centres industriels, dans les chemins de fer, s'il avait soutenu les syndicats, fr&#233;quent&#233; les clubs de culture et les cercles, si, sans se s&#233;parer des ouvriers, il leur avait appris ce qui se passait au village, &#8211; la situation du prol&#233;tariat dans le rapport g&#233;n&#233;ral des forces serait aujourd'hui beaucoup plus favorable. En fait, le parti s'est s&#233;par&#233; de sa propre classe.&lt;br /&gt;
Justement pour cela, il peut porter en fin de compte un pr&#233;judice &#224; la paysannerie, car, si le prol&#233;tariat est et reste dans l'avenir &#224; l'&#233;cart, sans organisation et sans direction, alors la guerre paysanne, m&#234;me en plein succ&#232;s, s'enlisera.&lt;br /&gt;
Dans la vieille Chine, chaque victoire de la r&#233;volution paysanne se terminait par la cr&#233;ation d'une nouvelle dynastie, avec, en outre, de nouveaux grands propri&#233;taires. Le mouvement aboutissait &#224; un cercle vicieux. Dans la situation actuelle, la guerre paysanne, par elle-m&#234;me sans une direction imm&#233;diate de l'avant-garde prol&#233;tarienne, ne peut que donner le pouvoir &#224; une nouvelle clique de la bourgeoisie, &#224; un quelconque Kuomintang de &#034; gauche &#034;, &#224; un &#034;troisi&#232;me parti &#034;, qui en pratique se diff&#233;rencieront tr&#232;s peu du Kuomintang de Tchang-Kai-Chek. Et cela signifierait une nouvelle d&#233;faite des ouvriers due &#224; l'arme de la &#034; dictature d&#233;mocratique &#034;.&lt;br /&gt;
Quelles conclusions peut-on tirer de l&#224; ? La premi&#232;re conclusion est qu'il faut fermement et ouvertement regarder les faits en face. Le mouvement paysan est un grand facteur r&#233;volutionnaire dans la mesure o&#249; il est dirig&#233; contre les gros propri&#233;taires fonciers, les militaristes, les ge&#244;liers et les usuriers. Mais dans le mouvement paysan lui-m&#234;me, il y a une tr&#232;s forte tendance r&#233;actionnaire et de propri&#233;taires. Et &#224; un certain stade la paysannerie peut se retourner contre les ouvriers, en ayant en outre les armes &#224; la main. Celui qui oublie la double origine de la paysannerie n'est pas un marxiste. Il faut apprendre aux ouvriers du rang &#224; diff&#233;rencier par des connaissances et des recherches &#034; communistes &#034; les processus sociaux r&#233;els.&lt;br /&gt;
Il faut suivre avec soin les op&#233;rations de l'arm&#233;e rouge &#034;, &#233;clairer syst&#233;matiquement aux yeux des ouvriers la marche, la signification et les perspectives de la guerre paysanne, et lier les revendications actuelles et les probl&#232;mes du prol&#233;tariat avec le mot d'ordre de la lib&#233;ration de la paysannerie.&lt;br /&gt;
Sur la base de vos propres investigations, de rapports et autres documents, il faut &#233;tudier avec t&#233;nacit&#233; la vie int&#233;rieure des arm&#233;es paysannes et des corps d'arm&#233;es dans les r&#233;gions occup&#233;es par elle, d&#233;voiler sur des faits concrets les tendances de classe contradictoires, et montrer clairement aux ouvriers quelles sont les tendances que nous soutenons, et quelles sont celles que nous combattons.&lt;br /&gt;
Il faut veiller avec attention &#224; la coordination entre l'arm&#233;e rouge et les ouvriers des petites localit&#233;s sans perdre de vue m&#234;me les plus petites discordances entre eux. Dans le cadre des conflits de villes et de rayons isol&#233;s, m&#234;me tr&#232;s aigus, ces discordances peuvent sembler des &#233;pisodes locaux, mais, dans un d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements, les conflits de classe peuvent s'&#233;tendre &#224; l'&#233;chelle nationale, et mener la r&#233;volution &#224; la catastrophe, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; une nouvelle destruction des ouvriers par les paysans arm&#233;s tromp&#233;s par la bourgeoisie. L'histoire de la r&#233;volution est pleine d'exemples semblables.&lt;br /&gt;
Dans la mesure o&#249; les ouvriers comprendront plus clairement la dialectique vivante des relations de classe entre le prol&#233;tariat, la paysannerie et la bourgeoisie, plus ils rechercheront sans h&#233;sitations des liaisons avec les couches paysannes les plus proches, et plus ils se dresseront ardemment contre les provocateurs contre-r&#233;volutionnaires, tant dans le cadre des arm&#233;es paysannes elles-m&#234;mes, que dans les villes.&lt;br /&gt;
Il faut cr&#233;er des unions syndicales, des cellules du parti, &#233;duquer des ouvriers du rang, unifier l'avant-garde prol&#233;tarienne et l'entra&#238;ner dans la lutte.&lt;br /&gt;
Il faut s'adresser &#224; tous les membres du parti officiel par des appels, et des demandes d'&#233;claircissements. Il est vraisemblable que les ouvriers communistes li&#233;s &#224; la fraction stalinienne ne nous comprendront pas imm&#233;diatement. Les bureaucrates hurleront sur notre &#034; sous-estimation &#034; de la paysannerie, et m&#234;me, s'il vous pla&#238;t, sur notre &#034; hostilit&#233; &#034; envers la paysannerie (Tchernov accusait toujours L&#233;nine d'hostilit&#233; envers la paysannerie). Il est &#233;vident que de tels cris n'&#233;mouvront pas les bolcheviks-l&#233;ninistes. Lorsqu'avant avril 1927 nous donnions les avertissements n&#233;cessaires contre le coup d'Etat in&#233;vitable de Tchang-Ka&#239;-Chek, les staliniens nous accusaient d'hostilit&#233; envers la r&#233;volution nationale chinoise. Les &#233;v&#233;nements ont d&#233;montr&#233; qui a eu raison. Les &#233;v&#233;nements apporteront de nouveau leur v&#233;rification. L'opposition de gauche peut appara&#238;tre trop faible pour impulser dans l'&#233;tape pr&#233;sente une direction aux &#233;v&#233;nements dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat. Mais elle est suffisamment forte d&#232;s maintenant pour montrer aux ouvriers la voie juste et, s'appuyant sur le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de la lutte de classes, pour d&#233;montrer aux yeux des ouvriers sa justesse et sa perspicacit&#233; politique. Ce n'est qu'ainsi que le parti r&#233;volutionnaire peut conqu&#233;rir la confiance, cro&#238;tre, se fortifier, et se mettre &#224; la t&#234;te des masses populaires.&lt;br /&gt;
Prinkipo, 22 septembre 1932.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
P. S&lt;/i&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;i&gt; Pour donner le plus de clart&#233; possible &#224; ma pens&#233;e, je noterai la variante th&#233;orique suivante, qui est fort plausible.&lt;br /&gt;
Supposons que l'Opposition de Gauche d&#233;veloppe dans le plus prochain avenir un travail &#233;norme et plein de succ&#232;s au sein du prol&#233;tariat industriel et acqui&#232;re en son sein une influence capitale. Le parti communiste officiel continue, pendant ce temps, &#224; limiter toutes ses forces &#224; &#034;l'arm&#233;e rouge&#034; et aux rayons paysans. Arrive le moment o&#249; les troupes paysannes entrent dans les centres industriels et se heurtent aux ouvriers. Il n'est pas difficile de pr&#233;voir qu'ils opposeront hostilement l'arm&#233;e paysanne aux &#034; contre-r&#233;volutionnaires trotskystes &#034;. En d'autres termes, ils se mettront &#224; surexciter les paysans arm&#233;s contre les ouvriers du rang. C'est ainsi qu'ont agi les S. R. russes et les mencheviks en 1917 ; ayant perdu les ouvriers, ils lutt&#232;rent de toutes leurs forces pour conserver leur appui unitaire, et envoy&#232;rent les casernes contre les usines, le paysan arm&#233; contre l'ouvrier bolchevik. Kerenski, Tseretelli, Dan, baptisaient les bolcheviks si ce n'est du nom de &#034; contre-r&#233;volutionnaire &#034;, tout au moins &#034; d'agents involontaires &#034; ou &#034; d'aides inconscients &#034; de la contre-r&#233;volution. Les staliniens s'embarrassent moins que quiconque de la terminologie politique. Mais les tendances sont identiques : une orientation hostile des paysans et en g&#233;n&#233;ral des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois contre les d&#233;tachements du rang de la classe ouvri&#232;re.&lt;br /&gt;
Le centrisme bureaucratique, en tant que centrisme ne peut avoir une base de classe ind&#233;pendante. Mais dans sa lutte contre les bolcheviks-l&#233;ninistes, il est contraint de rechercher un appui &#224; droite, c'est-&#224;-dire dans la paysannerie et la petite-bourgeoisie, les opposant au prol&#233;tariat. La lutte des deux fractions communistes, les staliniens et les bolcheviks-l&#233;ninistes renferme ainsi en son sein, des tendances &#224; se transformer en une lutte de classe. Le d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire en Chine peut d&#233;velopper ces tendances jusqu'au bout, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la guerre civile entre les dirigeants de l'arm&#233;e paysanne et l'avant-garde prol&#233;tarienne sous la direction des l&#233;ninistes.&lt;br /&gt;
Si un tel conflit, par la faute des staliniens, survenait, cela signifierait que l'Opposition de Gauche et la fraction stalinienne cesseraient d'&#234;tre des fractions communistes mais seraient devenues des partis politiques hostiles l'un &#224; l'autre, ayant une base de classe diff&#233;rente.&lt;br /&gt;
Une telle perspective est-elle in&#233;vitable ? Non, je ne le pense aucunement. Dans la fraction stalinienne (P.C. chinois officiel), il y a non seulement des paysans, c'est-&#224;-dire des petits-bourgeois mais aussi des tendances prol&#233;tariennes. Il est de toute premi&#232;re importance pour l'Opposition de Gauche de rechercher un rapprochement avec l'aile prol&#233;tarienne des staliniens, de lui d&#233;velopper les appr&#233;ciations marxistes sur les &#034; arm&#233;es rouges &#034; et en g&#233;n&#233;ral sur la relation entre le prol&#233;tariat et la paysannerie.&lt;br /&gt;
Gardant son ind&#233;pendance politique, l'avant-garde prol&#233;tarienne doit &#234;tre in&#233;vitablement pr&#234;te &#224; r&#233;aliser l'unit&#233; d'action avec la d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire. Si nous ne sommes pas d'accord pour identifier les corps arm&#233;s des paysans avec l'arm&#233;e rouge, comme la force arm&#233;e du prol&#233;tariat, si nous ne sommes pas enclins &#224; fermer les yeux sur le fait que l'on couvre le drapeau communiste par le mouvement paysan d'un contenu petit-bourgeois, par contre, nous nous rendons parfaitement compte de la signification, de l'importance &#233;norme du caract&#232;re d&#233;mocratique-r&#233;volutionnaire des guerres de paysans, nous apprenons aux ouvriers &#224; comprendre cette signification et nous sommes pr&#234;ts &#224; faire tout ce qui est en notre pouvoir, pour aboutir avec les organisations paysannes &#224; un accord militaire n&#233;cessaire.&lt;br /&gt;
Notre t&#226;che consiste, en cons&#233;quence, non seulement &#224; emp&#234;cher tout commandement militaire et politique sur le prol&#233;tariat de la part de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, s'appuyant sur les paysans arm&#233;s, mais aussi &#224; pr&#233;parer et assurer la direction prol&#233;tarienne sur le mouvement paysan et, en particulier sur son &#034;arm&#233;e rouge&#034;.&lt;br /&gt;
Plus nette sera pour les bolcheviks-l&#233;ninistes la compr&#233;hension de la situation politique et des t&#226;ches qui en d&#233;coulent ; plus sera couvert de succ&#232;s l'&#233;largissement de leur base dans le prol&#233;tariat ; plus sera tenace la mani&#232;re dont ils pratiqueront la politique du front unique envers le parti officiel et le mouvement paysan dirig&#233; par lui, d'autant mieux ils r&#233;ussiront &#224; pr&#233;server la r&#233;volution du heurt plein de danger entre la paysannerie et le prol&#233;tariat ; non seulement ils assureront l'unit&#233; d'action n&#233;cessaire entre deux classes r&#233;volutionnaires, mais aussi ils transformeront leur front unique en un pas historique vers la dictature du prol&#233;tariat. &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;L&#233;on Trotsky&lt;br /&gt;
Prinkipo, 26 septembre 1932.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'&#234;tre une force combattue par l'imp&#233;rialisme, l'arm&#233;e de Mao a repr&#233;sent&#233; pour les Am&#233;ricains une force combattante &#224; soutenir pendant la guerre contre les japonais ; Ils l'ont arm&#233; et soutenu. Ils ont fait pression sur Tchang Ka&#239; Chek pour qu'il collabore avec Mao. Ce dernier a accept&#233; mais, d&#232;s la fin de la guerre, Tchang a pens&#233; &#234;tre capable d'&#233;craser Mao avec l'aide am&#233;ricaine. C'&#233;tait compter sans la vague r&#233;volutionnaire qui parcourt alors les campagnes, un mouvement spontan&#233; qu'apr&#232;s une h&#233;sitation Mao d&#233;cide d'accompagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Document :&lt;br /&gt;
&#171; La &#034;R&#233;volution&#034; de Mao Tse-Toung &#187;&lt;br /&gt; &#171; Rapport sur le stalinisme chinois &#187;&lt;br /&gt;
&#233;crit par Hsieh Yueh&lt;/p&gt;
&lt;table class=&#034;table spip&#034;&gt;
&lt;tbody&gt;
&lt;tr class='row_odd odd'&gt;
&lt;td class='numeric '&gt;1948&lt;/td&gt;
&lt;td&gt;Paru dans la revue &#034;Fourth International&#034; (New-York), d&#233;cembre 1949, avec l'introduction suivante : &#171; Le texte suivant est un r&#233;sum&#233; d'un article paru dans le premier num&#233;ro du magazine &#034;Fourth International&#034; (publi&#233; &#224; Hong Kong), organe du Parti Communiste R&#233;volutionnaire, section chinoise de la IV&#232;me Internationale. L'auteur est un des principaux leaders du trotskisme chinois et un des pionniers du mouvement communiste en extr&#234;me orient. Bien qu'ayant &#233;t&#233; &#233;crit il y a huit mois, le 15 avril 1948, l'article rapporte des faits et des tendances dans le soi-disant mouvement communiste chinois qui ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; maintenant ignor&#233;s &#224; l'ouest. &#187;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;p&gt;15 avril 1948&lt;br /&gt;
&#171; La victoire militaire du stalinisme en Chine a fait croire &#224; certains que les pays arri&#233;r&#233;s fournissent un sol fertile au d&#233;veloppement du stalinisme. C'est un raisonnement empirique. Il est vrai que les pays coloniaux sont compos&#233;s dans leur majorit&#233; de petits bourgeois et d'&#233;l&#233;ments paysans, mais cette seule condition n'est pas suffisante pour garantir le succ&#232;s des staliniens. La petite bourgeoisie n'est pas isol&#233;e du reste de la soci&#233;t&#233;. En d&#233;pit de son importance num&#233;rique dans certains pays, elle ne peut jouer un r&#244;le ind&#233;pendant &#224; l'&#233;poque du d&#233;clin capitaliste. Elle doit prendre position dans le combat qui oppose le prol&#233;tariat &#224; la bourgeoisie en faveur de l'une de ces deux classes. Les staliniens chinois ne peuvent &#234;tre victorieux en s'appuyant uniquement sur la petite bourgeoisie, une classe qui est incapable de r&#233;sister &#224; la pression des capitalistes. Cela est d'autant plus vrai que le prol&#233;tariat a &#233;t&#233; &#233;cras&#233; et le mouvement paysan isol&#233;. Ainsi l'insurrection paysanne dans la province du Kiangsi en 1927-37 a &#233;t&#233; vaincue par le blocus capitaliste.&lt;br /&gt;
Le stalinisme a pu remporter de grandes victoires en Chine parce que la paralysie du prol&#233;tariat s'est accompagn&#233;e d'un effondrement du capitalisme. La guerre de 1935-1947 a affaibli les bases mat&#233;rielles de la puissance capitaliste. Les masses, m&#234;me celles qui soutiennent normalement la bourgeoisie, se sont retourn&#233;es contre elle. Mais les m&#234;mes conditions historiques qui ont favoris&#233; la croissance du stalinisme, cr&#233;ent &#233;galement des difficult&#233;s pour lui lorsque ses arm&#233;es s'approchent des grandes villes. Le probl&#232;me pour le stalinisme est alors de s'allier lui-m&#234;me au prol&#233;tariat ou aux capitalistes. Les faits prouvent qu'il a pr&#233;f&#233;r&#233; s'allier &#224; la bourgeoise plut&#244;t qu'au prol&#233;tariat.&lt;br /&gt;
Le facteur principal des succ&#232;s militaires du stalinisme fut la r&#233;forme agraire d'octobre 1947. Pendant la guerre sino-japonaise, les staliniens ont abandonn&#233; la r&#233;forme agraire et se sont content&#233;s de r&#233;duire les loyers revenant aux propri&#233;taires. Apr&#232;s la guerre, le PC fut vaincu par le Kuomintang pour le contr&#244;le des zones lib&#233;r&#233;es. Les leaders staliniens reconnaissaient eux-m&#234;mes que les paysans n'&#233;taient pas satisfaits de leur politique r&#233;formiste et r&#233;clamaient des terres. Lors de la r&#233;union du Comit&#233; Central du 4 mai 1946, le PC d&#233;cida d'effectuer un tournant vers la r&#233;forme agraire afin de gagner le soutien de la paysannerie dans la guerre contre Tchang Kai-chek.&lt;br /&gt;
Pourtant, les effets de cette r&#233;forme dans les zones initialement contr&#244;l&#233;es par les staliniens furent limit&#233;s. Les propri&#233;taires re&#231;urent leur part dans la distribution de terre et cette part fut souvent plus importante que celle re&#231;ue par les paysans. Les paysans riches conserv&#232;rent toutes leurs terres. Mais m&#234;me cette r&#233;forme limit&#233;e dut faire face &#224; l'opposition des propri&#233;taires fonciers qui avaient p&#233;n&#233;tr&#233; dans les rangs du PC chinois.&lt;br /&gt;
La &#034;lettre ouverte aux membres du parti&#034; publi&#233;e en janvier 1948 par le Comit&#233; Central de la r&#233;gion Shansi-Shantung-Honan d&#233;clarait : &#034;Les directives actuelles du Parti visent une fraction du parti qui est compos&#233;e de propri&#233;taires et de paysans riches qui pr&#233;servent les biens de leur famille et de leurs amis.&#034; Et le stalinien Nieh Yung-jin, dans son texte sur &#034;le Renouvellement de nos Rangs&#034;, admet que &#034;ces &#233;l&#233;ments (les propri&#233;taires et les paysans riches) occupent la plupart des postes dans notre parti.&#034; Il va m&#234;me jusqu'&#224; d&#233;clarer que, &#034;vue &#224; la lumi&#232;re de la r&#233;forme agraire, notre politique appara&#238;t comme refl&#233;tant les vues des propri&#233;taires et des paysans riches.&#034;&lt;br /&gt;
De plus, ces documents donnent une description tr&#232;s concr&#232;te de l'attitude de ces propri&#233;taires membres du PC chinois. Ces &#233;l&#233;ments furent les principaux opposants &#224; la r&#233;forme agraire mais quand elle eut lieu, ils cherch&#232;rent &#224; en obtenir le maximum d'avantages. Ils se conduisirent &#034;toujours avec la plus grande avidit&#233;&#034;, utilisant m&#234;me les forces arm&#233;es pour se r&#233;server les meilleures terres, la plupart des vivres, des outils, des maisons et des v&#234;tements, etc. Ces &#233;l&#233;ments sont d&#233;j&#224; devenus &#034;un groupe oppos&#233; au peuple&#034;, oppos&#233; aux paysans pauvres et d&#233;pourvus de terres. Le document cit&#233; ajoute : &#034;Les paysans pauvres et sans terres sont aujourd'hui dans une situation pire que jamais car ils n'ont pas assez de terre &#224; cultiver, pas assez de maison, pas assez de v&#234;tements. Ils n'ont m&#234;me pas le droit de parler dans les comit&#233;s de village. Exploit&#233;s auparavant par les propri&#233;taires, les paysans pauvres et sans terre sont maintenant exploit&#233;s par ces mauvais membres du Parti.&#034;&lt;br /&gt;
Sous la pression de cette crise interne dans ses rangs comme du tournant &#224; gauche de la politique ext&#233;rieure du Kremlin, le PC effectua alors un nouveau tournant avec la publication le 10 octobre 1947 du &#034;Programme de R&#233;forme Agraire.&#034; Il s'agissait d'un appel aux masses pour compl&#233;ter la r&#233;forme agraire. Mais le caract&#232;re limit&#233; de cette &#034;orientation vers les masses&#034; apparaissait non seulement dans le fait que la r&#233;forme agraire n'a rien chang&#233; du droit d'acheter et de vendre la terre confisqu&#233;e aux propri&#233;taires - ce qui favorisait une nouvelle concentration de terre entre les mains des paysans riches - mais aussi parce qu'elle autorisait express&#233;ment le libre transfert de capital aux entreprises industrielles et commerciales. Il apparut plus tard que la r&#233;forme elle-m&#234;me s'arr&#234;ta rapidement.&lt;br /&gt;
La bureaucratie fut effray&#233;e par le d&#233;veloppement de la lutte des masses. &#034;Les masses combattent automatiquement les mauvais membres du parti. Dans certaines r&#233;gions, les membres du Parti sont arr&#234;t&#233;s et battus par le peuple.&#034; Telle est la plainte de Liou Chao-chi dans &#034;Le&#231;ons de la R&#233;forme Agraire dans le Pinshang.&#034; Dans un autre document important, le Comit&#233; Central du district de Shansi-Hopei-Shantung-Honan r&#233;sume ainsi le conflit entre les paysans et la ligne politique du PC :&lt;br /&gt;
1) Dans le but d'obtenir davantage de terres, les paysans donnent de fausses informations sur la taille des terres des propri&#233;taires.&lt;br /&gt;
2) Apr&#232;s le partage, ils n'admettent pas que les propri&#233;taires obtiennent davantage de terres qu'eux-m&#234;mes.&lt;br /&gt;
3) Ils veulent confisquer les usines et les entreprises des propri&#233;taires et des paysans riches.&lt;br /&gt;
Cela d&#233;montre clairement le conflit entre les tendances r&#233;volutionnaires des masses qui veulent exproprier compl&#232;tement les classes poss&#233;dantes et la tendance bureaucratique et conservatrice du PC qui, en pratique, prot&#232;ge les positions de ces classes. La bureaucratie accuse invariablement les masses d'&#034;&#234;tre trop &#224; gauche&#034; ou d'&#034;aventurisme de gauche&#034; afin de limiter leurs actions qui menacent la ligne stalinienne et ses alli&#233;s bourgeois.&lt;br /&gt;
Il fallut bient&#244;t stopper toutes les actions des masses. Le 24 ao&#251;t 1948, la New China News Agency (New China press service) publia le texte d'un article du West Honan Daily News qui annon&#231;ait officiellement que la r&#233;forme agraire devait &#234;tre arr&#234;t&#233;e et que les paysans devraient se satisfaire d'une r&#233;duction des loyers, des imp&#244;ts et des int&#233;r&#234;ts aux usuriers.&lt;br /&gt;
Ainsi, la r&#233;forme agraire qui d&#233;buta le 4 mai 1946 dans les r&#233;gions ant&#233;rieurement occup&#233;es par les staliniens fut interrompue en ao&#251;t 1948 dans les r&#233;gions qu'ils occupaient depuis peu. Un document officiel du PC chinois du 22 f&#233;vrier indique que dans les r&#233;gions lib&#233;r&#233;es depuis longtemps ou plus r&#233;cemment, la r&#233;forme qui s'&#233;tait achev&#233;e par diff&#233;rentes mesures avait conduit &#224; la constitution de trois zones distinctes :&lt;br /&gt;
Dans la premi&#232;re, une petite fraction de propri&#233;taires et de paysans riches avait acquis les terres les meilleures et les plus grandes. Dans cette zone, les paysans riches et moyens constitueraient 50 &#224; 80 % de la population des villages et poss&#233;deraient en moyenne deux fois plus de terres que les paysans pauvres. Le Comit&#233; Central du PC chinois dit que la distribution des terres dans cette zone est termin&#233;e.&lt;br /&gt;
Dans la seconde zone, les paysans riches et les vieux propri&#233;taires disposent relativement de plus de terres que dans la zone pr&#233;c&#233;demment d&#233;crite. La plupart d'entre eux, selon le CC du PC, ont de meilleures et de plus grandes propri&#233;t&#233;s que les paysans pauvres et il en est de m&#234;me pour les membres du Parti. Les paysans pauvres et sans terre comptent 50 &#224; 70 % de la population villageoise et &#034;pour la plupart d'entre eux, la vie n'a pas beaucoup chang&#233;&#034;. Ici, la distribution des terres a eu lieu, mais dans une forme incompl&#232;te.&lt;br /&gt;
Enfin, une troisi&#232;me zone n'a connu aucune distribution de terres et les propri&#233;taires et les paysans riches disposent de la plus grande partie de la terre alors que les paysans pauvres n'ont rien re&#231;u. Cela provient aussi d'une information officielle du CC du PC chinois.&lt;br /&gt;
Il appara&#238;t de toute &#233;vidence que la &#034;cupidit&#233;&#034; des propri&#233;taires et des paysans riches, qu'ils soient ou non membres du PC, a eu les mains libres dans cette r&#233;forme et que la plupart de ceux &#224; qui des terres ont &#233;t&#233; confisqu&#233;es s'enrichissent d&#233;j&#224; &#224; nouveau. Les &#034;paysans moyens&#034; dont parle le CC dans la premi&#232;re zone, comprennent de nombreux exploiteurs et propri&#233;taires fonciers.&lt;br /&gt;
Les soi-disant r&#233;gions lib&#233;r&#233;es comprennent tout le territoire situ&#233; au nord du Hoang-Ho (Fleuve Jaune). La r&#233;forme agraire &#233;tait et est encore appliqu&#233;e dans cette r&#233;gion de mani&#232;re variable. Nous sommes en pr&#233;sence ici d'une politique typiquement stalinienne. Pour r&#233;sister &#224; la pression de la bourgeoisie, les staliniens sont forc&#233;s de s'appuyer sur les masses. Mais quand le mouvement des masses risque d'entra&#238;ner un bouleversement social, la bureaucratie stalinienne tente de canaliser ces actions et, dans sa frayeur, effectue un virage &#224; droite, n&#233;gocie avec la bourgeoisie et ordonne l'arr&#234;t du mouvement populaire.&lt;br /&gt;
Politique industrielle et commerciale&lt;br /&gt;
Le principal frein de la r&#233;forme agraire est la politique nomm&#233;e &#034;protection de l'industrie et du commerce&#034;. Elle autorise le libre transfert des capitaux des paysans riches aux entreprises industrielles et commerciales m&#234;me dans les villages et les petites villes des zones lib&#233;r&#233;es. Les usines et les mines ant&#233;rieurement nationalis&#233;es dans les premiers districts occup&#233;s sont peu &#224; peu remises aux capitalistes priv&#233;s. Liu Ning-i le montre clairement dans son texte sur &#034;La politique Industrielle dans les R&#233;gions Lib&#233;r&#233;es&#034; o&#249; il &#233;crit : &#034;Le gouvernement veut renforcer les diff&#233;rents secteurs d'industrie lourde et l&#233;g&#232;re. Pour cela, tout le monde, y compris les grands capitalistes, doit &#234;tre mobilis&#233; en utilisant toutes les forces et gr&#226;ce &#224; une coop&#233;ration totale.&#034;&lt;br /&gt;
Pour contribuer au d&#233;veloppement industriel et commercial, le PC chinois a mis en oeuvre une politique fiscale stimulant l'initiative priv&#233;e &#224; la place de la politique fiscale du Kuomintang qui &#233;touffe l'entrepreneur. Mais le miracle de la construction rapide d'une industrie lourde dans les r&#233;gions arri&#233;r&#233;s et agricoles ne s'est pas produit. La plupart des entreprises industrielles et commerciales de cette r&#233;gion sont de type artisanal. Il y a de petites machines. La composition organique du capital est donc tr&#232;s basse. Mais la propagande du PC chinois proclame que la t&#226;che principale sur le terrain de l'industrie et du commerce est (selon Lui Ning-i) &#034;de d&#233;velopper les forces productives et de r&#233;duire les co&#251;ts de production.&#034; Plus la composition organique est basse, Plus la part du capital variable, celle des salaires est importante dans la d&#233;termination du co&#251;t de production. Par cons&#233;quent, la politique industrielle et commerciale du PC chinois implique en premier lieu une baisse des salaires r&#233;els, l'allongement de la journ&#233;e de travail et la surexploitation de la force de travail par la m&#233;thode bien connue du travail aux pi&#232;ces.&lt;br /&gt;
Le PC chinois a introduit ces m&#233;thodes d'exploitation dans toutes les zones lib&#233;r&#233;es. Voil&#224; ce qu'il en est de la &#034;politique salariale&#034; dont il est si fier. Les documents du PC chinois parlent ouvertement de &#034;salaires trop &#233;lev&#233;s&#034;. La journ&#233;e de travail a &#233;t&#233; allong&#233;e jusqu'&#224; 10 et m&#234;me 12 heures. Non seulement le syst&#232;me du travail aux pi&#232;ces a &#233;t&#233; introduit mais les staliniens ont tent&#233; de le justifier sur le plan th&#233;orique. Ils expliquent que &#034;dans le syst&#232;me du paiement aux pi&#232;ces, les ouvriers obtiennent des salaires plus &#233;lev&#233;s si ils augmentent la production ; ils augmenteront donc la production pour obtenir des salaires plus &#233;lev&#233;s : c'est une conception tr&#232;s raisonnable et progressive de la r&#233;mun&#233;ration du travail manuel.&#034; (Chang Per-la, &#034;Politique du Travail et de l'Imp&#244;t dans le D&#233;veloppement Industriel&#034;)&lt;br /&gt;
Quand l'arm&#233;e du PC chinois entra dans les grandes villes, elle prot&#233;gea toutes les entreprises priv&#233;es, chinoises ou &#233;trang&#232;res. Seul le vieux &#034;capital bureaucratique&#034;, c'est &#224; dire les entreprises directement contr&#244;l&#233;es par le gouvernement du Kuomintang, furent touch&#233;es ; m&#234;me dans ce cas, les investissements des capitalistes priv&#233;s dans ces &#034;entreprises bureaucratiques&#034; rest&#232;rent intacts. Ainsi, la politique des staliniens dans les villes est le prolongement de leur politique dans les campagnes. Et tout comme les staliniens sacrifient les int&#233;r&#234;ts des ouvriers et des paysans pauvres sous la pression de la bourgeoisie nationale, ils prendront des mesures similaires sous la pression de l'imp&#233;rialisme.&lt;br /&gt;
Le transfert du pouvoir&lt;br /&gt;
Apr&#232;s avoir examin&#233; les faits &#233;conomiques, venons-en &#224; la situation politique. Avant la r&#233;forme agraire dans les r&#233;gions primitivement occup&#233;es, le pouvoir &#233;tait d&#233;j&#224; pass&#233; entre les mains des paysans riches et des propri&#233;taires sans que les paysans pauvres puissent se faire entendre dans le Parti ou dans leurs organisations. Apr&#232;s le d&#233;but de la r&#233;forme agraire, le PC chinois commen&#231;a &#224; cr&#233;er des Comit&#233;s de Paysans Pauvres afin d'obtenir un soutien populaire de masse &#224; leur politique. Ces Comit&#233;s group&#232;rent les pauvres des campagnes et permirent d'acc&#233;l&#233;rer la r&#233;alisation de la r&#233;forme agraire. Les Comit&#233;s de Paysans Pauvres ont donn&#233; naissance au Congr&#232;s des d&#233;l&#233;gations paysannes. Au moment de leur formation, les Comit&#233;s de Paysans Pauvres remplissaient toujours le r&#244;le de v&#233;ritables soviets paysans : ils confisquaient les terres des propri&#233;taires fonciers et levaient les imp&#244;ts.&lt;br /&gt;
Le Congr&#232;s des D&#233;l&#233;gations Paysannes rempla&#231;a les Comit&#233;s de Paysans Pauvres par des Comit&#233;s Paysans auxquels les paysans riches et exploiteurs appartenaient &#233;galement. En fait, les documents du PC chinois se plaignent de ce que &#034;certains de ces Comit&#233;s Paysans ne comprennent m&#234;me pas les paysans moyens.&#034; Il faut noter que le PC chinois ne diff&#233;rencie pas scientifiquement les diff&#233;rentes couches de la paysannerie et consid&#232;re souvent les paysans riches comme des &#034;paysans moyens&#034;. De plus, le parti est toujours constitu&#233; par des &#233;l&#233;ments riches et m&#234;me souvent exploiteurs. Cela explique les plaintes constantes de la bureaucratie au sujet des paysans pauvres qui &#034;veulent toujours tout contr&#244;ler&#034;, qui &#034;violent la propri&#233;t&#233; des paysans moyens&#034;.&lt;br /&gt;
Au sujet de l'ach&#232;vement de la r&#233;forme agraire, la bureaucratie insiste particuli&#232;rement sur la dissolution des Comit&#233;s de Paysans Pauvres ; tout au plus autorise-t-elle une&#034;commission des paysans pauvres&#034; &#224; l'int&#233;rieur des Comit&#233;s Paysans. Pour leur part, les Comit&#233;s Paysans furent uniquement constitu&#233;s dans un but &#233;conomique. La bureaucratie a tout fait pour les emp&#234;cher de devenir une autorit&#233; politique Ce pouvoir devait passer du Congr&#232;s des D&#233;l&#233;gations Paysannes au Congr&#232;s des, D&#233;l&#233;gu&#233;s du Peuple de village qui devaient devenir l'autorit&#233; politique dans le village. Il est dit express&#233;ment que ce Congr&#232;s de Village des D&#233;l&#233;gu&#233;s du Peuple &#034;r&#233;unirait toutes les classes d&#233;mocratiques, c'est &#224; dire les ouvriers, les paysans, les artisans, les professions lib&#233;rales, les intellectuels, les entrepreneurs et les propri&#233;taires &#233;clair&#233;s.&#034; (Discours de Mao Ts&#233;-toung au Congr&#232;s du PC du Shansi-Shuiyun) C'est donc un organe de pouvoir bas&#233; sur la collaboration de classes et qui remplace l'autorit&#233; des paysans pauvres.&lt;br /&gt;
Les chefs de l'&#034;arm&#233;e de lib&#233;ration&#034; font preuve du m&#234;me esprit conservateur et r&#233;actionnaire quand ils p&#233;n&#232;trent dans les grandes villes. Cherchant &#224; r&#233;concilier les factions de l'ancien gouvernement Kuomintang, les staliniens ont consid&#233;r&#233; la &#034;paix de Peiping&#034; comme un mod&#232;le pour le transfert du pouvoir. Aussi ils ont d&#233;montr&#233; que ce qui comptait pour eux &#233;tait seulement de gagner la confiance de la bourgeoisie Kuomintang et non celle de la classe ouvri&#232;re qui aurait d&#233;truit l'appareil d'&#233;tat bourgeois dans les villes. Le PC chinois a &#233;galement maintenu les moyens de r&#233;pression dans les villes parmi lesquels l'inf&#226;me principe de la responsabilit&#233; collective. (Si la police ne peut trouver un &#034;fauteur de troubles&#034;, elle peut arr&#234;ter un membre de sa famille ou un otage). Les staliniens ont aboli le droit de gr&#232;ve et institu&#233; l'arbitrage obligatoire. Tout comme le pouvoir des paysans pauvres fut supprim&#233; dans l'int&#233;r&#234;t de la collaboration de classe, les premiers efforts des ouvriers pour cr&#233;er une organisation ind&#233;pendante dans les villes furent &#233;touff&#233;s par la bureaucratie.&lt;br /&gt;
Les syndicats ont traditionnellement servi au mouvement ouvrier d'&#233;cole de la lutte de classe. Les staliniens chinois ont transform&#233; cette formule. Pour eux, le syndicat est devenu &#034;une &#233;cole de production qui encourage les caract&#232;res productifs et positifs du prol&#233;tariat.&#034; Le devoir de d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des ouvriers est appel&#233; &#034;aventurisme gauchiste.&#034;&lt;br /&gt;
Dans les entreprises priv&#233;es, les capitalistes ont conserv&#233; un pouvoir illimit&#233;. Dans les entreprises nationalis&#233;es - appartenant auparavant au &#034;capital bureaucratique&#034; - le pouvoir appartient &#224; un comit&#233; de contr&#244;le dont le directeur de l'usine est le pr&#233;sident et comprenant des repr&#233;sentants des anciens propri&#233;taires, des repr&#233;sentants de la ma&#238;trise et des repr&#233;sentants des ouvriers. Mais les ouvriers disposent seulement de voix consultatives, le directeur ayant le dernier mot pour toutes les d&#233;cisions.&lt;br /&gt;
La cons&#233;quence de cette politique anti-ouvri&#232;re, comme l'admit r&#233;cemment le North East Daily News, est que &#034;les membres du parti travaillant dans les usines abandonnent le point de vue des masses et croient que le directeur prend toutes les d&#233;cisions importantes sans demander l'avis du parti et du syndicats et que le comit&#233; de contr&#244;le est superflu.&#034; Le journal poursuit : &#034;Il ne sera pas possible de maintenir longtemps l'attitude positive des ouvriers si nous ne les prot&#233;geons pas par des m&#233;thodes de gestion d&#233;mocratique. A c&#244;t&#233; du directeur, des ing&#233;nieurs et de la ma&#238;trise, les comit&#233;s de contr&#244;le doivent comprendre une majorit&#233; d'ouvriers, Ces ouvriers seraient &#233;lus par les syndicats ou par le Congr&#232;s des d&#233;l&#233;gu&#233;s Ouvriers&#034; (Le 16 mars 1949, la New China News Agency rapporte de Mukden un article de la North East Daily News intitul&#233; : &#034;La d&#233;mocratisation de la gestion des entreprises est une importante mesure pour augmenter la production.&#034;)&lt;br /&gt;
Cette citation indique que les Comit&#233;s de Contr&#244;le dans les usines nationalis&#233;es n'existent m&#234;me pas dans toutes les r&#233;gions primitivement occup&#233;es par les staliniens. Quand ils existent, ce sont des organes purement administratifs s&#233;par&#233;s de la classe ouvri&#232;re et qui sont devenus en fait des organes au service des directeurs. Mais quand le Congr&#232;s des D&#233;l&#233;gu&#233;s ouvriers existe, il sert de corps consultatif comme les syndicats.&lt;br /&gt;
Le caract&#232;re du &#034;Pouvoir du Peuple&#034;.&lt;br /&gt;
L'analyse faite plus haut nous procure un mat&#233;riel important sur le caract&#232;re du soi-disant &#034;pouvoir populaire&#034; du PC chinois et son &#233;volution future. La progression des arm&#233;es a partir de la campagne vers les villes industrielles a fait passer le PC d'un pouvoir r&#233;gional instable avec une base agricole isol&#233;e &#224; un pouvoir reposant sur une base relativement stable et urbaine. Cette transformation s'est accompagn&#233;e d'une politique de collaboration de classe. Au fur et &#224; mesure que le PC chinois s'est empar&#233; du pouvoir national, il s'est &#233;loign&#233; des ouvriers et des paysans pauvres et il a c&#233;d&#233; &#224; la pression de la bourgeoisie. Mao Ts&#233;-toung pr&#233;tend que son pouvoir sera &#034;une dictature populaire d&#233;mocratique conduite par le prol&#233;tariat alli&#233; &#224; la paysannerie&#034;. Mais en expliquant quelles classes forment la base de son pouvoir, il d&#233;clare franchement qu'il s'agit &#034;des ouvriers, des paysans, des artisans ind&#233;pendants, des professions lib&#233;rales, des intellectuels, des capitalistes &#034;libres&#034; et des propri&#233;taires &#034;&#233;clair&#233;s&#034; qui ont rompu avec leur classe&#034;. Nous, marxistes, ne nous trompons pas sur cette formule ; nous comprenons que ce n'est rien d'autre qu'un pouvoir bourgeois embelli.&lt;br /&gt;
Aujourd'hui, alors que les arm&#233;es du PC chinois s'emparent des grandes villes, ce pouvoir est encore en pleine &#233;volution et se d&#233;place des campagnes vers les villes. La victoire du PC chinois n'a pu &#234;tre acquise sans le soutien arm&#233; de la paysannerie qui r&#233;sulte d'un compromis entre ces arm&#233;es et la bourgeoisie. Nous pouvons nous rendre compte pourtant, en fonction de son attitude conservatrice envers la classe ouvri&#232;re et les paysans pauvres et de sa peur des actions de masse, que le PC s'oriente vers une dictature militaire. Presque toutes les villes ont &#233;t&#233; plac&#233;es sous contr&#244;le militaire direct. Les bureaucrates se d&#233;gagent tellement des organisations de masse qu'ils sont oblig&#233;s de s'appuyer directement sur l'arm&#233;e, la police et les services secrets. Bien sur, ce processus est encore loin d'&#234;tre achev&#233;. Il en est seulement &#224; son d&#233;but mais son futur d&#233;veloppement peut d&#233;j&#224; &#234;tre discern&#233;.&lt;br /&gt;
Les perspectives du stalinisme chinois&lt;br /&gt;
L'&#233;volution de la Chine a d'importantes cons&#233;quences :&lt;br /&gt;
1. Dans les campagnes :&lt;br /&gt;
a) Dans les &#034;r&#233;gions anciennement ou plus r&#233;cemment lib&#233;r&#233;es&#034; o&#249; la r&#233;forme agraire a &#233;t&#233; effectu&#233;e ou est en voie d'ach&#232;vement, les nouveaux paysans riches et propri&#233;taires, parmi lesquels se trouvent des membres du parti qui ont acquis de nombreux privil&#232;ges, constituent les principaux &#233;l&#233;ments dans le Cong&#233;s de village des D&#233;l&#233;gu&#233;s du Peuple alors que les comit&#233;s paysans, lorsqu'ils avaient un pouvoir r&#233;el, ont &#233;t&#233; subordonn&#233;s &#224; des &#034;gouvernements de coalition&#034; &#224; l'&#233;chelon du village. Les paysans pauvres, &#233;ternelles victimes, sont m&#233;contents du pouvoir exerc&#233; par les membres locaux du parti et des paysans riches qui proviennent d'une nouvelle diff&#233;renciation.&lt;br /&gt;
b) La r&#233;forme agraire a &#233;t&#233; stopp&#233;e dans les r&#233;gions &#034;r&#233;cemment lib&#233;r&#233;es&#034;. Les anciens paysans riches et propri&#233;taires sont consid&#233;r&#233;s comme la composante principale dans la formation du &#034;gouvernement de coalition&#034;. Les paysans pauvres, incapables de satisfaire leurs besoins, continueront comme auparavant la lutte de classe en introduisant des oppositions dans les rangs du mouvement stalinien lui-m&#234;me.&lt;br /&gt;
2. Dans les villes :&lt;br /&gt;
Ces diff&#233;renciations et ces contradictions conduisent &#224; la formation de nombreuses tendances oppositionnelles au sein du mouvement stalinien mais celles-ci sont encore r&#233;gionales, isol&#233;es, individualistes et souvent de type paysan. Elles sont condamn&#233;es et r&#233;prim&#233;es comme manifestations d'&#034;aventurisme gauchiste&#034; et de &#034;trotskysme&#034;. Un grand nombre d'ouvriers rejoindront le PC apr&#232;s l'entr&#233;e des arm&#233;es staliniennes dans les villes mais la politique anti-ouvri&#232;re de la bureaucratie fera na&#238;tre un m&#233;contentement parmi le prol&#233;tariat. Leur r&#233;sistance aggravera la lutte de classe dans les rangs des staliniens eux-m&#234;mes. Les ouvriers &#233;duqu&#233;s tenteront de former des groupes d'opposition politique. Cela marquera le d&#233;but de l'effondrement du stalinisme en Chine.&lt;br /&gt;
3. A l'&#233;chelle nationale :&lt;br /&gt;
Le PC chinois s'oriente vers un pouvoir bas&#233; sur la collaboration de classe. Il exercera le pouvoir en maintenant les anciennes bases sociales de la Chine et se trouvera face &#224; face avec les anciennes difficult&#233;s. Pour les r&#233;soudre sur le plan &#233;conomique comme sur le plan politique, la bureaucratie ne pourra se contenter de petites r&#233;formes partielles (comme le sacrifice du &#034;capital bureaucratique&#034; et d'une partie des int&#233;r&#234;ts des landlords). Elle ne recevra aucune aide substantielle du Kremlin. La r&#233;putation du Kremlin est d&#233;j&#224; mauvaise dans la population chinoise : il demande des services pour lesquels il ne donne rien en &#233;change. La seule voie ouverte au PC chinois est l'utilisation de la bourgeoisie nationale pour mendier l'assistance de l'imp&#233;rialisme. Etant moins capable de r&#233;sister &#224; la pression imp&#233;rialiste que Tito, Mao Ts&#233;-toung entrera plus rapidement en conflit avec l' &#034;internationalisme&#034; de Staline (lisez : le nationalisme grand-russien). (&#8230;) &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mensonges : cet ancien ministre de Tran Trong Kim n'a jamais &#233;t&#233; trotskyste. Pas plus que le chef de la S&#251;ret&#233; n'&#233;tait bien s&#251;r un trostskyste, ni que le dirigeant trotskyste le plus connu, Ta Thu Thau, ait &#233;t&#233; conseiller d'un gouvernement quel qu'il soit ! Ces all&#233;gations grossi&#232;res, qui ne sont &#233;tay&#233;es d'aucune preuve, sont des calomnies classiques des staliniens. Si leurs auteurs y avaient cru, ils les auraient utilis&#233; &#224; l'&#233;poque des faits, ce qui n'est m&#234;me pas le cas. Elles servent seulement de justification apr&#232;s coup d'une politique d'assassinats cibl&#233;s. Pas de pardon pour des agents de l'imp&#233;rialisme japonais !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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