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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>1789 - 1889 - 1905</title>
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		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>1789-1793</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;1789 - 1889 - 1905 &lt;br class='autobr' /&gt;
par Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique30" rel="directory"&gt;4&#232;me chapitre : R&#233;volutions prol&#233;tariennes jusqu'&#224; la deuxi&#232;me guerre mondiale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot34" rel="tag"&gt;1789-1793&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1789 - 1889 - 1905&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;par Karl Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'elle existe, la f&#234;te de Mai n'a pas encore &#233;t&#233; c&#233;l&#233;br&#233;e une ann&#233;e dans une situation aussi orageuse, aussi r&#233;volutionnaire. La R&#233;volution a &#233;clat&#233; en Russie, s'est empar&#233;e des masses et est en marche de fa&#231;on &#224; ne pouvoir &#234;tre arr&#234;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, &#171; entre la coupe et les l&#232;vres, il y a place pour un malheur &#187; et entre le moment o&#249; ces lignes sont &#233;crites (la mi-mars) et le I&#176; mai, il peut se produire bien des choses inattendues, bien du sang peut couler, bien des d&#233;faites peuvent &#234;tre essuy&#233;es. Mais &#224; quelques coups de force et des r&#233;sistances que le tsarisme puisse avoir recours encore, ce ne sont plus que les derni&#232;res convulsions d'une b&#234;te de proie agonisante, et plus longtemps les souverains et exploiteurs des bords de la N&#233;va persisteront dans leur lutte obstin&#233;e contre l'ennemi du dehors et du dedans, plus formidable sera l'&#233;croulement final, plus terrible le chaos qu'ils sont occup&#233;s &#224; &#233;voquer. La Russie, et avec elle le syst&#232;me de domination et d'exploitation du monde &#171; civilis&#233;e &#187; tout entier, marche au devant d'une catastrophe telle qu'il ne s'en est pas vu d'aussi gigantesque depuis les jours de la grande R&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces circonstances qu'&#224; lieu cette fois la manifestation du Premier Mai. Elle se rapproche ainsi, plus qu'aucune de celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e, du caract&#232;re que portait sa fondation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle fut fond&#233;e non seulement &#224; titre de d&#233;monstration pour la journ&#233;e de huit heures et la paix universelle, mais encore comme manifestation de la R&#233;volution sociale. C'est le centenaire de la grande R&#233;volution qui lui a donn&#233; naissance et elle fut d&#233;cid&#233;e &#224; une &#233;poque que nous consid&#233;rions comme la vieille de grands &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1885, Fr&#233;d&#233;ric Engels, dans sa pr&#233;face &#224; la nouvelle &#233;dition des R&#233;v&#233;lations sur le proc&#232;s des communistes &#224; Cologne par Karl Marx, d&#233;clare que &#171; le prochain bouleversement ne tardera pas &#187; et il remarque &#224; ce propos : &#171; L'&#232;re p&#233;riodique des r&#233;volutions europ&#233;ennes, 1815, 1830, 1848-1852, 1870, occupe dans notre si&#232;cle de quinze &#224; dix-huit ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si par &#171; bouleversement europ&#233;en &#187; il fallait entendre une grande r&#233;volution politique, ce pronostic d'Engels ne s'est pas, il est vrai, r&#233;alis&#233;. Et le philistin, dont toute la philosophie culmine dans cette id&#233;e profonde : &#171; Rien ne sert &#224; rien &#8211; nous pouvons faire ce que nous voulons, tout reste dans l'ancien &#233;tat &#187; &#8211; ce philistin n'a pas manqu&#233; de se donner le plaisir de railler sous cape Engels et ses amis, qui partageaient ses pr&#233;visions, &#224; cause de leurs &#171; vaines proph&#233;ties &#187;. Et, cependant, le triomphe du philistinisme ne se fondait que sur sa courte vue. Engels a eu parfaitement raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son pronostic reposait en tout cas sur la constatation g&#233;n&#233;rale que les conflits des classes comme des nations, provenant du mode de production capitaliste, vont, durant des p&#233;riodes d&#233;termin&#233;es, s'accumulant et grandissant, jusqu'&#224; ce qu'il ne soit plus possible de les r&#233;soudre par la pratique journali&#232;re ; mais qu'aussi, &#224; mesure que deviennent plus consid&#233;rables les t&#226;ches politiques provenant de ces conflits, les classes dominantes redoutent de plus en plus de grandes transformations dont elle ne peut mesurer la port&#233;e et qui menacent de lui monter au-dessus de la t&#234;te. Ainsi les obstacles au progr&#232;s social et politique vont croissant dans la mesure m&#234;me o&#249; l'anxi&#233;t&#233; sociale croissante rend n&#233;cessaire des progr&#232;s &#233;nergiques. La fin de cette &#233;volution est toujours un puissant &#233;branlement politique, une r&#233;volution qui fait violemment dispara&#238;tre les obstacles aux progr&#232;s et rend de nouveau possible pour quelque temps l'&#233;volution &#224; sociale de se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que le mode de production capitaliste engendre n&#233;cessairement, au point de vue &#233;conomique, le cycle qui va de l'essor &#233;conomique &#224; la crise, de m&#234;me, au point de vue politique, elle engendre le cycle qui va de la stagnation politique ou de la r&#233;action &#224; la r&#233;volution. Mais si l'exp&#233;rience enseigne que le cycle &#233;conomique s'accomplit en g&#233;n&#233;ral dans une p&#233;riode de dix ann&#233;es, elle montre que le cycle politique est plus long, qu'il lui faut de quinze &#224; vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait donc parfaitement justifi&#233; qu'Engels et ses amis s'attendissent &#224; un nouvel &#233;branlement politique pour la fin des ann&#233;es 89 ou suivantes du si&#232;cle dernier. Toute la situation politique justifiait cette vue. Le centre de gravit&#233; politique de l'Europe, qui auparavant se trouvait en Angleterre et en France, avait &#233;t&#233; depuis 1870 transf&#233;r&#233; en Allemagne. Mais l&#224;, les obstacles &#224; un progr&#232;s politique pacifique avaient &#233;t&#233; port&#233;s &#224; leur comble dans la loi contre les socialistes ; le r&#233;gime bismarckien allait s'usant de plus en plus compl&#232;tement et ne pouvait se maintenir que par le moyen de la force : mais il subissait de ce fait un &#233;chec apr&#232;s l'autre. L'&#233;croulement de ce syst&#232;me &#233;tait proche : or, que pouvait-elle amener d'autre qu'un fort &#233;branlement europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'avant-veille de cet &#233;croulement que la manifestation de mai fut d&#233;cid&#233;e par le Congr&#232;s international de Paris 1889. Ainsi, d&#232;s sa naissance, les esprits de la r&#233;volution &#233;taient &#224; ses c&#244;t&#233;s comme gardiens &#8211; l'esprit non seulement de la grande r&#233;volution pass&#233;e qui inaugura en Europe le syst&#232;me des cycles &#233;conomiques et politiques, mais aussi l'esprit de la r&#233;volution future, dont tant d'entre nous attendaient qu'elle serait aussi une grande r&#233;volution, la derni&#232;re des r&#233;volutions, la fin des cycles de crises politiques, et par cons&#233;quent &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, cette grande r&#233;volution n'est pas venue et de l&#224; les philistins conclurent que la proph&#233;tie d'Engels &#233;tait mis&#233;rablement tomb&#233;e dans l'eau. Mais ce qui est venu, c'est l'&#233;branlement europ&#233;en, quoique sous une forme moins visible, si bien que peu le reconnurent d'abord. La loi contre les socialistes disparut, et le manteau tomb&#233;, le duc s'&#233;vanouit &#8211; le r&#233;gime de Bismarck croula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, si consid&#233;rable qu'ait &#233;t&#233; cet &#233;branlement, il n'atteignit pas la force d'une r&#233;volution. Le prol&#233;tariat &#233;tait encore trop faible et le lib&#233;ralisme bourgeois d&#233;j&#224; trop en d&#233;cadence pour &#234;tre en &#233;tat de profiter de la situation nouvelle en balayant &#233;nergiquement tous les obstacles s'opposant au progr&#232;s. Et, cependant, il fut assez fort pour amener quelques ann&#233;es de vie politique intense et de progr&#232;s multiples dans toute l'Europe. Alors la France obtenait la journ&#233;e de dix heures (1892) et une importante repr&#233;sentation socialiste au Parlement ; la Belgique, le droit de suffrage universel, quoique non &#233;gal (1893) ; le minist&#232;re Gladstone, sous la pression du nouvel unionisme qui prenait un puissant effort, pensait s&#233;rieusement &#224; la journ&#233;e de dix heures ; on peut encore consid&#233;rer comme une derni&#232;re pouss&#233;e de cette p&#233;riode de progr&#232;s l'agitation pour le suffrage universel en Autriche (1896) &#8211; non pas seulement la derni&#232;re, il est vrai, mais la plus faible, car la nouvelle loi &#233;lectorale constituait la plus am&#232;re ironie contre la revendication du droit de suffrage &#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l' &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187; &#233;tait venu juste au moment o&#249; il devait se produire s'apr&#232;s le calcul de Fr&#233;d&#233;ric Engels. Mais il n'avait pas &#233;t&#233; une r&#233;volution &#224; proprement parler, il laissait subsister une foule d'entraves au progr&#232;s, rester sans solution une foule de questions br&#251;lantes pos&#233;es ant&#233;rieurement. Le souffle lui manqua bient&#244;t, il arriva &#224; l'accalmie. Plus grandes avaient &#233;t&#233; les esp&#233;rances que l'on avait mises sur l'&#233;branlement futur, plus grande fut la d&#233;sillusion caus&#233;e par ses effets minimes. Plus d'un se prit alors, dans les derni&#232;res ann&#233;es du XIX&#176; si&#232;cle, &#224; douter compl&#232;tement que nous pussions jamais atteindre ce but. D'autres firent de n&#233;cessit&#233; vertu, trouvant que pr&#233;cis&#233;ment cette stagnation politique &#233;tait la vraie m&#233;thode du progr&#232;s, que de cette fa&#231;on nous avancions puissamment et que seuls pouvaient encore compter sur des catastrophes et des bouleversements des hommes dont la pens&#233;e &#233;tait compl&#232;tement ankylos&#233;e dans les traditions du pass&#233;. Les partisans de cette conception nouvelle disaient &#224; la r&#233;volution adieu pour toujours, m&#234;me encore &#224; un moment o&#249; s'accumulaient les indices annon&#231;ant l'approche d'une nouvelle &#233;poque r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gens ne flairent jamais le diable, quand m&#234;me il les tiendrait &#224; la gorge. &#187; Cela n'est pas vrai seulement du diable, mais aussi de la R&#233;volution, qui, pour tout brave bourgeois, est l'incarnation du Malin &#8211; Dieu soit avec nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le mouvement de 1890 avait eu l'haleine courte, plus t&#244;t devait venir le plus prochain &#171; &#233;branlement europ&#233;en &#187;, et il vint, ponctuellement et exactement ; quinze ans apr&#232;s les &#233;lections de carnaval qui donn&#232;rent le coup mortel au r&#233;gime de Bismarck, s'accomplit le soul&#232;vement des ouvriers de Saint-P&#233;tersbourg, au 22 janvier, qui ouvrit la r&#233;volution russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce sera l&#224; une r&#233;volution d'une puissance bien plus forte que l'&#233;branlement de 1890. Elle poursuivra &#224; fond tout ce que ce dernier a laiss&#233; inachev&#233;. Elle a plus de puissance d&#233;j&#224; du fait qu'elle s'attaque au refuge de toutes les r&#233;actions et le transforme en centre de la r&#233;volution. Si, en 1890, l'&#233;branlement europ&#233;en a eu un cours si paisible, cela tenait entre autres raisons &#224; ce qu'il co&#239;ncida avec l'&#233;touffement complet de tout mouvement d'opposition en Russie. Le tsarisme avait r&#233;ussi une fois encore &#224; l'abattre apr&#232;s le gigantesque effort de 1878 &#224; 1881 et &#224; l'&#233;craser, et c'est pr&#233;cis&#233;ment aux approches de 1889 que le silence du tombeau r&#233;gna compl&#232;tement dans l'immense empire russe. Il fallait &#234;tre un &#171; dogmatique marxiste &#187; pour avoir le courage, au Congr&#232;s international de Paris en 1889, de s'aventurer &#224; la proph&#233;tie faite par Plekhanoff, en ces termes : &#171; Le mouvement r&#233;volutionnaire triomphera en Russie comme mouvement ouvrier. &#187; Maintenant enfin ce triomphe a commenc&#233;, triomphe non seulement du mouvement ouvrier, mais aussi du &#171; dogme marxiste &#187; qui permettait de reconna&#238;tre, non seulement la r&#233;volution approchante, mais encore son repr&#233;sentant et son agent, en un temps o&#249; l'on ne pouvait d&#233;couvrir le plus l&#233;ger souffle d'un mouvement dans l'empire des tsars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, il y a en Russie une r&#233;volution et m&#234;me, &#224; ce qu'il semble une r&#233;volution o&#249; les fourches paysannes jouent leur r&#244;le ; c'est la ruine d'un r&#233;gime qui a employ&#233; tous les &#233;normes moyens d'action de la civilisation moderne &#224; accro&#238;tre son exploitation et &#224; prolonger sa lutte contre la mort dans des proportions qui d&#233;passent de beaucoup ce qu'&#224; fait l'ancien r&#233;gime en France au XVIII&#176; si&#232;cle. Et si la ruine de la royaut&#233; f&#233;odale, lors de la grande R&#233;volution fran&#231;aise, a &#233;t&#233; la ruine d'une aristocratie qui avait h&#233;rit&#233; de l'esprit et de l'affinement de la plus haute civilisation qui e&#251;t exist&#233; jusqu'alors, l'&#233;croulement de maintenant est celui d'un despotisme barbare, que sa stupidit&#233; et sa sauvagerie met au plus bas degr&#233; de la vie intellectuelle en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut encore qu'&#224; peine pressentir quelles formes va rev&#234;tir cet &#233;croulement gigantesque et inou&#239;, quelles forces il va d&#233;cha&#238;ner, quels &#233;v&#233;nements il va faire &#233;clore. Mais une chose est certaine d&#232;s &#224; pr&#233;sent : Il ne restera pas limit&#233; &#224; la Russie ; il m&#232;ne &#224; un bouleversement europ&#233;en. La ruine &#233;conomique de l'Etat russe portera un coup terrible au capitalisme en Europe, notamment &#224; ceux de France et d'Allemagne qui ont &#224; l'envi d&#233;pens&#233; &#224; soutenir le r&#233;gime assassin de Russie les milliards qu'ils tirent du prol&#233;tariat de leur pays ; il &#233;branlera la constitution politique des Etats voisins de la Russie, et s'&#233;tendra aux nationalit&#233;s fragment&#233;es, qui sont repr&#233;sent&#233;es aussi dans l'empire russe ; il portera une profonde excitation dans le prol&#233;tariat du monde entier et l'appellera &#224; l'assaut contre tous les obstacles qui s'opposent &#224; son progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas encore ce qui va se produire, si le mouvement n'est qu'une de ces secousses qui se r&#233;p&#232;tent r&#233;guli&#232;rement dans la soci&#233;t&#233; capitaliste europ&#233;enne, ou si elle sera d&#232;s &#224; pr&#233;sent le d&#233;but de la R&#233;volution, de la derni&#232;re grande r&#233;volution mettant fin au cycle des r&#233;volutions du capitalisme pour cr&#233;er de nouvelles formes d'&#233;volution. Mais, quoi qu'il doive advenir, de grandes choses sont devant nous, de grandes luttes, de grandes victoires. Et c'est ce dont le prol&#233;tariat a le sentiment partout ; il s'&#233;meut et s'appr&#234;te avec plus d'ardeur que jamais depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La manifestation de mai de cette ann&#233;e le prouvera de la fa&#231;on la plus claire. Si, &#231;&#224; et l&#224;, sous l'influence du calme et de la stagnation de ces derni&#232;res ann&#233;es, elle est devenue parfois une innocente f&#234;te populaire, cette ann&#233;e elle sera plus que jamais ce qu'elle devait &#234;tre &#224; son d&#233;but : la revue annuelle du prol&#233;tariat pr&#233;par&#233; &#224; la lutte sociale et syndicale. Ce ne sera pas une parade pacifique, mais la lev&#233;e de l'arm&#233;e se pr&#233;parant au combat, &#224; la guerre, &#224; la guerre sainte contre l'exploitation capitaliste, contre l'oppression politique, guerre dans laquelle se livre actuellement en Russie une bataille d&#233;cisive, amenant peut-&#234;tre bient&#244;t l'Europe &#224; une crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et non pas seulement en Europe ; non, c'est partout o&#249; il y a un prol&#233;tariat combattant pour son &#233;mancipation que la manifestation du Premier mai sera cette fois domin&#233;e par l'id&#233;e de la R&#233;volution, qui a cess&#233; d'&#234;tre un r&#234;ve dont rient les &#171; politiques &#187;, qui du jour au lendemain est devenu une r&#233;alit&#233;, une force vivante, troublant et paralysant nos adversaires, nous entra&#238;nant nous-m&#234;mes en avant, nous excitant &#224; de grandes choses, pour notre grand but, pour la suppression de toute exploitation et de tout servage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Karl Kautsky, &#171; La r&#233;volution sociale &#187; (1902)</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6950</link>
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		<dc:date>2023-05-31T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Kautsky, &#171; La r&#233;volution sociale &#187; (1902) &lt;br class='autobr' /&gt;
Le concept de r&#233;volution sociale &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a peu de conceptions sur lesquelles il y ait eu tant de controverse que sur celle de la r&#233;volution. Cela peut &#234;tre attribu&#233; en partie au fait que rien n'est aussi contraire aux int&#233;r&#234;ts et aux pr&#233;jug&#233;s existants que ce concept, et en partie au fait que peu de choses sont aussi ambigu&#235;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les &#233;v&#233;nements ne peuvent pas &#234;tre d&#233;finis aussi pr&#233;cis&#233;ment que les choses. Cela est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique68" rel="directory"&gt;1 - 0 - Le programme r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

/ 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Kautsky, &#171; La r&#233;volution sociale &#187; (1902)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le concept de r&#233;volution sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu de conceptions sur lesquelles il y ait eu tant de controverse que sur celle de la r&#233;volution. Cela peut &#234;tre attribu&#233; en partie au fait que rien n'est aussi contraire aux int&#233;r&#234;ts et aux pr&#233;jug&#233;s existants que ce concept, et en partie au fait que peu de choses sont aussi ambigu&#235;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, les &#233;v&#233;nements ne peuvent pas &#234;tre d&#233;finis aussi pr&#233;cis&#233;ment que les choses. Cela est particuli&#232;rement vrai des &#233;v&#233;nements sociaux, qui sont extr&#234;mement compliqu&#233;s et qui se compliquent de plus en plus &#224; mesure que la soci&#233;t&#233; avance - plus les formes de coop&#233;ration de l'humanit&#233; se diversifient. Parmi ces &#233;v&#233;nements les plus compliqu&#233;s figure la R&#233;volution sociale, qui est une transformation compl&#232;te des formes habituelles d'activit&#233; associ&#233;e parmi les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant que ce mot, que chacun utilise, mais chacun dans un sens diff&#233;rent, soit parfois utilis&#233; par les m&#234;mes personnes &#224; des moments diff&#233;rents dans des sens tr&#232;s diff&#233;rents. Certains entendent par barricades r&#233;volutionnaires, incendies de ch&#226;teaux, guillotines, massacres de septembre et toutes sortes de choses hideuses. D'autres chercheront &#224; &#244;ter tout piquant au mot et &#224; l'employer dans le sens de grandes mais imperceptibles et pacifiques transformations de la soci&#233;t&#233;, comme, par exemple, celles qui eurent lieu par la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique ou par l'invention de la machine &#224; vapeur. Entre ces deux d&#233;finitions, il existe de nombreuses nuances de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx, dans son introduction &#224; la Critique de l'&#233;conomie politique , d&#233;finit la r&#233;volution sociale comme une transformation plus ou moins rapide des fondements de la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233; r&#233;sultant d'un changement de ses fondements &#233;conomiques. Si l'on s'en tient &#224; cette d&#233;finition, on &#233;limine aussit&#244;t de l'id&#233;e de r&#233;volution sociale &#171; les changements dans les fondements &#233;conomiques &#187;, comme, par exemple, ceux qui ont proc&#233;d&#233; de la machine &#224; vapeur ou de la d&#233;couverte de l'Am&#233;rique. Ces alt&#233;rations sont les causes de la r&#233;volution, non la r&#233;volution elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne veux pas m'en tenir trop strictement &#224; cette d&#233;finition de la r&#233;volution sociale. Il y a un sens encore plus &#233;troit dans lequel nous pouvons l'utiliser. Dans ce cas, il ne signifie pas non plus la transformation de la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233;, mais seulement une forme particuli&#232;re ou une m&#233;thode particuli&#232;re de transformation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout socialiste aspire &#224; la r&#233;volution sociale au sens large, et pourtant il y a des socialistes qui rejettent la r&#233;volution et n'atteindraient la transformation sociale que par la r&#233;forme. Ils opposent la r&#233;volution sociale &#224; la r&#233;forme sociale. C'est de ce contraste que nous discutons aujourd'hui dans nos rangs. Je veux consid&#233;rer ici la r&#233;volution sociale au sens &#233;troit d'une m&#233;thode particuli&#232;re de transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre r&#233;forme et r&#233;volution ne consiste pas dans l'application de la force dans un cas et pas dans l'autre. Toute mesure juridique et politique est une mesure de force qui est ex&#233;cut&#233;e par la force de l'Etat. Les formes particuli&#232;res d'application de la force, comme par exemple les combats de rue ou les ex&#233;cutions, ne constituent pas non plus l'essentiel de la r&#233;volution par opposition &#224; la r&#233;forme. Celles-ci naissent de circonstances particuli&#232;res, ne sont pas n&#233;cessairement li&#233;es &#224; des r&#233;volutions et peuvent facilement accompagner des mouvements de r&#233;forme. La constitution des d&#233;l&#233;gu&#233;s du tiers &#233;tat &#224; l'Assembl&#233;e nationale de France, le 17 juin 1789, est un acte &#233;minemment r&#233;volutionnaire sans recours apparent &#224; la force. Cette m&#234;me France avait, au contraire, en 1774 et 1775,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence aux combats de rue et aux ex&#233;cutions comme caract&#233;ristiques des r&#233;volutions est, cependant, un indice de la source &#224; partir de laquelle nous pouvons obtenir des enseignements importants quant &#224; l'essentiel de la r&#233;volution. La grande transformation qui a commenc&#233; en France en 1789 est devenue le type classique de la r&#233;volution. C'est celui auquel on pense ordinairement quand on parle de r&#233;volution. C'est &#224; partir de l&#224; que nous pouvons mieux &#233;tudier l'essentiel de la r&#233;volution et le contraste entre celle-ci et la r&#233;forme. Cette r&#233;volution fut pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une s&#233;rie d'efforts de r&#233;forme, dont les plus connus sont ceux de Turgot. Ces tentatives dans de nombreux cas visaient les m&#234;mes choses que la r&#233;volution a r&#233;alis&#233;es. Qu'est-ce qui distinguait les r&#233;formes de Turgot des mesures correspondantes de la r&#233;volution ? Entre les deux, la conqu&#234;te du pouvoir politique par une nouvelle classe, et c'est l&#224; que r&#233;side la diff&#233;rence essentielle entre la r&#233;volution et la r&#233;forme. Les mesures qui visent &#224; adapter la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233; aux nouvelles conditions &#233;conomiques sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale. Les mesures qui visent &#224; adapter la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233; aux nouvelles conditions &#233;conomiques sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale. Les mesures qui visent &#224; adapter la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233; aux nouvelles conditions &#233;conomiques sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale. sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale. sont des r&#233;formes si elles &#233;manent de la classe dirigeante politique et &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Ce sont des r&#233;formes, qu'elles soient donn&#233;es librement ou garanties par la pression de la classe assujettie, ou conquises par le pouvoir des circonstances. Au contraire, ces mesures sont le r&#233;sultat de la r&#233;volution si elles &#233;manent de la classe qui a &#233;t&#233; &#233;conomiquement et politiquement opprim&#233;e et qui a maintenant conquis le pouvoir politique et qui doit dans son propre int&#233;r&#234;t transformer plus ou moins rapidement la superstructure politique et juridique et cr&#233;er nouvelles formes de coop&#233;ration sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conqu&#234;te du pouvoir gouvernemental par une classe jusque-l&#224; opprim&#233;e, en d'autres termes, une r&#233;volution politique, est donc la caract&#233;ristique essentielle de la r&#233;volution sociale dans ce sens &#233;troit, par opposition &#224; la r&#233;forme sociale. Ceux qui rejettent la r&#233;volution politique comme principal moyen de transformation sociale ou qui souhaitent la limiter aux mesures accord&#233;es par la classe dirigeante sont des r&#233;formateurs sociaux, m&#234;me si leurs id&#233;es sociales peuvent contrarier les formes sociales existantes. Au contraire, est r&#233;volutionnaire celui qui cherche &#224; conqu&#233;rir le pouvoir politique pour une classe jusque-l&#224; opprim&#233;e, et il ne perd pas ce caract&#232;re s'il pr&#233;pare et h&#226;te cette conqu&#234;te par des r&#233;formes sociales arrach&#233;es aux classes dominantes. Ce n'est pas la recherche de r&#233;formes sociales, mais le fait de s'y confiner explicitement, qui distingue le r&#233;formateur social du r&#233;volutionnaire social. D'autre part, une r&#233;volution politique ne peut devenir une r&#233;volution sociale que lorsqu'elle proc&#232;de d'une classe jusque-l&#224; socialement opprim&#233;e. Une telle classe est contrainte de compl&#233;ter son &#233;mancipation politique par son &#233;mancipation sociale parce que sa position sociale ant&#233;rieure est en antagonisme irr&#233;conciliable avec sa domination politique. Une scission dans les rangs des classes dominantes, m&#234;me si elle prend la forme violente de la guerre civile, n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini. une r&#233;volution politique ne peut devenir une r&#233;volution sociale que lorsqu'elle proc&#232;de d'une classe jusque-l&#224; socialement opprim&#233;e. Une telle classe est contrainte de compl&#233;ter son &#233;mancipation politique par son &#233;mancipation sociale parce que sa position sociale ant&#233;rieure est en antagonisme irr&#233;conciliable avec sa domination politique. Une scission dans les rangs des classes dominantes, m&#234;me si elle prend la forme violente de la guerre civile, n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini. une r&#233;volution politique ne peut devenir une r&#233;volution sociale que lorsqu'elle proc&#232;de d'une classe jusque-l&#224; socialement opprim&#233;e. Une telle classe est contrainte de compl&#233;ter son &#233;mancipation politique par son &#233;mancipation sociale parce que sa position sociale ant&#233;rieure est en antagonisme irr&#233;conciliable avec sa domination politique. Une scission dans les rangs des classes dominantes, m&#234;me si elle prend la forme violente de la guerre civile, n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini. peu importe m&#234;me si elle devait prendre la forme violente de la guerre civile, ce n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini. peu importe m&#234;me si elle devait prendre la forme violente de la guerre civile, ce n'est pas une r&#233;volution sociale. Dans les pages qui suivent, nous ne parlerons que de r&#233;volution sociale dans le sens ici d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;volution et r&#233;volution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;forme sociale peut tr&#232;s bien &#234;tre en accord avec les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante. Il se peut que pour l'instant leur domination sociale demeure intacte, ou dans certaines circonstances, puisse m&#234;me la renforcer. La r&#233;volution sociale, au contraire, est d'embl&#233;e incompatible avec les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante, puisqu'elle signifie en toutes circonstances l'an&#233;antissement de son pouvoir. Il n'est pas &#233;tonnant que la classe dirigeante actuelle calomnie et stigmatise continuellement la r&#233;volution parce qu'elle pense qu'elle menace sa position. Ils opposent l'id&#233;e de r&#233;volution sociale &#224; celle de r&#233;forme sociale, qu'ils portent jusqu'au ciel, bien souvent m&#234;me sans jamais permettre qu'elle devienne un fait terrestre. Les arguments contre la r&#233;volution d&#233;rivent des formes de pens&#233;e dominantes actuelles. Tant que le christianisme dominait l'esprit des hommes, l'id&#233;e de r&#233;volution &#233;tait rejet&#233;e comme r&#233;volte p&#233;cheresse contre l'autorit&#233; divinement constitu&#233;e. Il &#233;tait facile d'en trouver des textes probants dans le Nouveau Testament, puisque celui de l'Empire romain, &#224; une &#233;poque o&#249; toute r&#233;volte contre les pouvoirs dominants paraissait sans espoir, et o&#249; toute vie politique ind&#233;pendante avait cess&#233; d'exister. Les classes r&#233;volutionnaires, bien s&#251;r, ont r&#233;pondu par des citations de l'Ancien Testament, dans lequel vivait encore une grande partie de l'esprit d'une d&#233;mocratie pastorale primitive. Une fois que la mani&#232;re de penser judiciaire a supplant&#233; la pens&#233;e th&#233;ologique, une r&#233;volution a &#233;t&#233; d&#233;finie comme une rupture violente avec l'ordre juridique existant. Nul cependant ne pouvait avoir droit &#224; la destruction des droits, un droit de r&#233;volution &#233;tait une absurdit&#233;, et la r&#233;volution dans tous les cas un crime. Mais les repr&#233;sentants de la classe aspirante opposent au droit existant, historiquement descendu, le droit pour lequel ils luttent, le repr&#233;sentant comme une loi &#233;ternelle de la nature et de la raison, et un droit inali&#233;nable de l'humanit&#233;. La reconqu&#234;te de ces derniers droits, qui manifestement n'auraient pu &#234;tre perdus que par une violation des droits, &#233;tait elle-m&#234;me impossible sans violation des droits, m&#234;me s'ils venaient &#224; la suite d'une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les phrases th&#233;ologiques ont perdu leur pouvoir d'asservissement, et surtout parmi les classes r&#233;volutionnaires du peuple. La r&#233;f&#233;rence au droit historique a aussi perdu de sa force. L'origine r&#233;volutionnaire des droits actuels et du gouvernement actuel est encore si r&#233;cente que leur l&#233;gitimit&#233; peut &#234;tre contest&#233;e. Non seulement le gouvernement de la France, mais les dynasties de l'Italie, de l'Espagne, de la Bulgarie, de l'Angleterre et de la Hollande sont d'origine r&#233;volutionnaire. Les rois de Bavi&#232;re et de Wurtemberg, le grand-duc de Bade et de Hesse, doivent, non seulement leurs titres, mais une grande partie de leurs provinces, &#224; la protection du parvenu r&#233;volutionnaire Napol&#233;on ; les Hohenzollern ont atteint leurs positions actuelles sur les ruines des tr&#244;nes, et m&#234;me les Habsbourgeois se sont inclin&#233;s devant la r&#233;volution hongroise. Andrassy, &#8203;&#8203;qui fut pendu en effigie pour haute trahison en 1852,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie elle-m&#234;me &#233;tait activement engag&#233;e dans toutes ces violations des droits historiques. Elle ne peut, d&#233;sormais, depuis qu'elle est devenue la classe dirigeante, bien condamner la r&#233;volution au nom de ce droit &#224; la r&#233;volution, m&#234;me si sa philosophie juridique fait tout pour concilier droits naturels et droits historiques. Elle doit chercher des arguments plus efficaces pour stigmatiser la r&#233;volution, et ceux-ci se trouvent dans la science naturelle naissante avec l'attitude mentale qui l'accompagne. Alors que la bourgeoisie &#233;tait encore r&#233;volutionnaire, la th&#233;orie catastrophique r&#233;gnait encore dans les sciences naturelles (g&#233;ologie et biologie). Cette th&#233;orie partait du principe que le d&#233;veloppement naturel s'est produit par de grands sauts soudains. Une fois la r&#233;volution capitaliste termin&#233;e, la place de la th&#233;orie catastrophique a &#233;t&#233; prise par l'hypoth&#232;se d'un d&#233;veloppement graduel imperceptible, proc&#233;dant par accumulation d'innombrables petites avanc&#233;es et ajustements dans une lutte concurrentielle. Pour la bourgeoisie r&#233;volutionnaire, l'id&#233;e de catastrophes dans la nature &#233;tait tr&#232;s acceptable, mais pour la bourgeoisie conservatrice, ces id&#233;es semblaient irrationnelles et contre nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, je n'affirme pas que les chercheurs scientifiques avaient toutes leurs th&#233;ories d&#233;termin&#233;es par les besoins politiques et sociaux de la bourgeoisie. Seuls les repr&#233;sentants des th&#233;ories de la catastrophe &#233;taient &#224; la fois les plus r&#233;actionnaires et les moins enclins aux vues r&#233;volutionnaires. Mais chacun est involontairement influenc&#233; par l'attitude mentale de la classe au milieu de laquelle il vit et en emporte quelque chose dans ses conceptions scientifiques. Dans le cas de Darwin, nous savons positivement que ses hypoth&#232;ses de sciences naturelles ont &#233;t&#233; influenc&#233;es par Malthus, cet adversaire d&#233;cisif de la r&#233;volution. Ce n'est pas tout &#224; fait par hasard que les th&#233;ories de l'&#233;volution (de Darwin et de Lyell) sont venues d'Angleterre, dont l'histoire pendant 250 ans n'a montr&#233; que des d&#233;buts r&#233;volutionnaires,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'une id&#233;e &#233;mane d'une classe particuli&#232;re, ou s'accorde avec ses int&#233;r&#234;ts, ne prouve &#233;videmment rien quant &#224; sa v&#233;racit&#233; ou sa fausset&#233;. Mais son influence historique d&#233;pend justement de ces choses. Que les nouvelles th&#233;ories de l'&#233;volution aient &#233;t&#233; rapidement accept&#233;es par les grandes masses populaires, qui n'avaient absolument aucune possibilit&#233; de les tester, prouve qu'elles reposaient sur des besoins profonds de ces classes. D'un c&#244;t&#233; ces th&#233;ories &#8211; et c'est ce qui leur donnait leur valeur pour les classes r&#233;volutionnaires &#8211; abolissaient de mani&#232;re beaucoup plus radicale que les anciennes th&#233;ories catastrophiques, toute n&#233;cessit&#233; d'une reconnaissance d'une puissance surnaturelle cr&#233;ant un monde par actes successifs. De l'autre c&#244;t&#233; - et cela plaisait le plus &#224; la bourgeoisie - ils d&#233;claraient que toutes les r&#233;volutions et catastrophes &#233;taient quelque chose d'anormal, contraire aux lois de la nature, et totalement absurde. Quiconque cherche aujourd'hui &#224; attaquer scientifiquement la r&#233;volution le fait au nom de la th&#233;orie de l'&#233;volution, d&#233;montrant que la nature ne fait pas de sauts, que par cons&#233;quent tout changement brusque des rapports sociaux est impossible ; cette avanc&#233;e n'est possible que par l'accumulation de petits changements et de l&#233;g&#232;res am&#233;liorations, appel&#233;es r&#233;formes sociales. Consid&#233;r&#233;e de ce point de vue, la r&#233;volution est une conception non scientifique &#224; propos de laquelle les gens scientifiquement cultiv&#233;s ne font que hausser les &#233;paules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait r&#233;pondre que l'analogie entre les lois naturelles et sociales n'est nullement parfaite. Certes, notre conception de l'un influencera inconsciemment notre conception de l'autre sph&#232;re comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu. Ce n'est pourtant pas un avantage et il vaut mieux freiner que favoriser ce transfert de lois d'un domaine &#224; l'autre. Certes, tout progr&#232;s dans les m&#233;thodes d'observation et de compr&#233;hension d'un domaine quelconque peut am&#233;liorer et am&#233;liorera nos m&#233;thodes et notre compr&#233;hension dans les autres, mais il est &#233;galement vrai qu'il existe &#224; l'int&#233;rieur de chacun de ces domaines des lois particuli&#232;res qui ne s'appliquent pas aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut tout d'abord noter la distinction fondamentale entre la nature anim&#233;e et la nature inanim&#233;e. Nul ne pr&#233;tendrait, au nom de la similitude externe, transf&#233;rer sans changement une loi qui s'applique &#224; l'une de ces sph&#232;res &#224; l'autre. On ne chercherait pas &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me de la reproduction sexu&#233;e et de l'h&#233;r&#233;dit&#233; par les lois de l'affiliation chimique. Mais la m&#234;me erreur est commise lorsque les lois naturelles sont appliqu&#233;es directement &#224; la soci&#233;t&#233;, comme par exemple lorsque la concurrence est justifi&#233;e comme une n&#233;cessit&#233; naturelle en raison de la loi de la lutte pour la survie, ou lorsque les lois de l'&#233;volution naturelle sont invoqu&#233;es pour montrer l'impossibilit&#233; de r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore plus &#224; dire en r&#233;ponse. Si l'ancienne th&#233;orie catastrophique a disparu &#224; jamais des sciences naturelles, la nouvelle th&#233;orie qui ne fait de l'&#233;volution qu'une s&#233;rie de petits changements insignifiants se heurte &#224; des objections de plus en plus fortes. D'un c&#244;t&#233;, il y a une tendance croissante vers des th&#233;ories qui&#233;tistes et conservatrices qui r&#233;duisent l'&#233;volution elle-m&#234;me au minimum, de l'autre, les faits nous obligent &#224; accorder une importance toujours plus grande aux catastrophes dans le d&#233;veloppement naturel. Ceci s'applique &#233;galement aux th&#233;ories g&#233;ologiques de Lyell et &#224; l'&#233;volution organique de Darwin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a donn&#233; lieu &#224; une sorte de synth&#232;se des anciennes th&#233;ories catastrophiques et des nouvelles th&#233;ories &#233;volutionnistes, semblable &#224; la synth&#232;se que l'on trouve dans le marxisme. De m&#234;me que le marxisme distingue entre le d&#233;veloppement &#233;conomique graduel et la transformation soudaine de la superstructure juridique et politique, de nombreuses nouvelles th&#233;ories biologiques et g&#233;ologiques reconnaissent, &#224; c&#244;t&#233; de la lente accumulation d'alt&#233;rations l&#233;g&#232;res et m&#234;me infinit&#233;simales, des transformations soudaines et profondes - des catastrophes - qui r&#233;sultent d'une &#233;volution plus lente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple notable en est fourni par les observations de de Bries rapport&#233;es au dernier congr&#232;s des sciences naturelles tenu &#224; Hambourg. Il a d&#233;couvert que les esp&#232;ces de plantes et d'animaux restent inchang&#233;es pendant une longue p&#233;riode ; certains d'entre eux finissent par dispara&#238;tre, lorsqu'ils sont devenus trop vieux pour s'adapter plus longtemps aux conditions d'existence, qui ont entre-temps chang&#233;. D'autres esp&#232;ces sont plus chanceuses ; elles &#171; explosent &#187; soudain, comme il l'a dit lui-m&#234;me, pour donner vie &#224; d'innombrables formes nouvelles, dont les unes perdurent et se multiplient, tandis que les autres, n'&#233;tant pas adapt&#233;es aux conditions de l'existence, disparaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas l'intention de tirer une conclusion en faveur de la r&#233;volution de ces nouvelles observations. Ce serait tomber dans la m&#234;me erreur que ceux qui soutiennent le rejet de la r&#233;volution de la th&#233;orie de l'&#233;volution. Mais ces observations montrent du moins que les savants eux-m&#234;mes ne sont pas enti&#232;rement d'accord sur le r&#244;le jou&#233; par les catastrophes dans le d&#233;veloppement organique et g&#233;ologique, et pour cette raison ce serait une erreur de vouloir tirer de l'une ou l'autre de ces hypoth&#232;ses des conclusions d&#233;finitives quant &#224; le r&#244;le jou&#233; par la r&#233;volution dans le d&#233;veloppement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si malgr&#233; ces faits on insiste encore sur de telles conclusions, alors nous pouvons leur r&#233;pondre par une illustration tr&#232;s populaire et famili&#232;re, qui d&#233;montre d'une mani&#232;re indubitable que la nature fait des sauts soudains : je me r&#233;f&#232;re &#224; l'acte de naissance. L'acte de naissance est un saut. Du coup un f&#339;tus, qui constituait jusqu'alors une partie de l'organisme de la m&#232;re, partageant sa circulation, se nourrissant d'elle, sans respirer, devient un &#234;tre humain ind&#233;pendant, avec son propre syst&#232;me circulatoire, qui respire et pleure, prend sa propre nourriture et utilise son tube digestif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analogie entre la naissance et la r&#233;volution, cependant, ne repose pas seulement sur la soudainet&#233; de l'acte. Si nous y regardons de plus pr&#232;s, nous trouverons que cette transformation soudaine &#224; la naissance est enti&#232;rement limit&#233;e aux fonctions. Les organes se d&#233;veloppent lentement et doivent atteindre un certain stade de d&#233;veloppement avant que ce saut ne soit possible, ce qui leur donne soudain leurs nouvelles fonctions. Si le saut a lieu avant que ce stade de d&#233;veloppement ne soit atteint, le r&#233;sultat n'est pas le d&#233;but de nouvelles fonctions pour les organes, mais la cessation de toutes les fonctions - la mort de la nouvelle cr&#233;ature. D'autre part, le lent d&#233;veloppement des organes dans le corps de la m&#232;re ne peut aller jusqu'&#224; un certain point, ils ne peuvent commencer leurs nouvelles fonctions sans l'acte r&#233;volutionnaire de la naissance. Cela devient in&#233;vitable lorsque le d&#233;veloppement des organes a atteint une certaine hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve la m&#234;me chose dans la soci&#233;t&#233;. Ici aussi les r&#233;volutions sont le r&#233;sultat d'un d&#233;veloppement (&#233;volution) lent et graduel. Ici aussi ce sont les organes sociaux qui se d&#233;veloppent lentement. Ce qui peut &#234;tre chang&#233; d'un coup, d'un bond, de mani&#232;re r&#233;volutionnaire, ce sont leurs fonctions. Le chemin de fer s'est lentement d&#233;velopp&#233;. D'autre part, le chemin de fer peut subitement se transformer de sa fonction d'instrument d'enrichissement d'un certain nombre de capitalistes, en une entreprise socialiste ayant pour fonction de servir le bien commun. Et comme &#224; la naissance de l'enfant, toutes les fonctions sont simultan&#233;ment r&#233;volutionn&#233;es &#8211; circulation, respiration, digestion &#8211; de m&#234;me toutes les fonctions du chemin de fer doivent &#234;tre simultan&#233;ment r&#233;volutionn&#233;es d'un coup, car elles sont toutes les plus &#233;troitement li&#233;es. Ils ne peuvent pas &#234;tre socialis&#233;s progressivement et successivement, les uns apr&#232;s les autres, comme si, par exemple, on transformait aujourd'hui les fonctions d'ing&#233;nieur et de pompier, quelques ann&#233;es plus tard celles de billetterie, et plus tard encore celles de comptable et de comptable, etc. Ce fait est parfaitement clair pour un chemin de fer, mais la socialisation successive des diff&#233;rentes fonctions d'un chemin de fer n'est pas moins absurde que celle du minist&#232;re d'un &#201;tat centralis&#233;. Un tel minist&#232;re constitue un organisme unique dont les organes doivent coop&#233;rer. Les fonctions d'un de ces organes ne peuvent &#234;tre modifi&#233;es sans modifier &#233;galement tous les autres. L'id&#233;e de la conqu&#234;te graduelle des divers d&#233;partements d'un minist&#232;re par les socialistes n'est pas moins absurde que ne le serait une tentative de diviser l'acte de naissance en un certain nombre d'actes mensuels cons&#233;cutifs,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque ni un chemin de fer ni un minist&#232;re ne peuvent &#234;tre chang&#233;s graduellement, mais seulement d'un seul coup, embrassant tous les organes &#224; la fois, des fonctions capitalistes aux fonctions socialistes, d'un organe du capitaliste &#224; un organe de la classe ouvri&#232;re, et cette transformation est possible seulement aux organes sociaux qui conservent un certain degr&#233; de d&#233;veloppement, on peut remarquer ici qu'avec l'organisme maternel il est possible de d&#233;terminer scientifiquement le moment o&#249; le degr&#233; de maturit&#233; est atteint, ce qui n'est pas le cas de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, la naissance ne marque pas la conclusion du d&#233;veloppement de l'organisme humain, mais plut&#244;t le d&#233;but d'une nouvelle &#233;poque de d&#233;veloppement. L'enfant entre maintenant dans de nouvelles relations dans lesquelles de nouveaux organes sont cr&#233;&#233;s, et ceux qui existaient auparavant se d&#233;veloppent davantage dans d'autres directions ; les dents poussent dans la bouche, les yeux apprennent &#224; voir ; les mains pour saisir, les pieds pour marcher, la bouche pour parler, etc. De m&#234;me une r&#233;volution sociale n'est pas l'aboutissement du d&#233;veloppement social, mais le d&#233;but d'une nouvelle forme de d&#233;veloppement. Une r&#233;volution socialiste peut d'un seul coup transf&#233;rer une usine de la propri&#233;t&#233; capitaliste &#224; la propri&#233;t&#233; sociale. Mais ce n'est que progressivement, au cours d'une lente &#233;volution, que l'on peut transformer une usine d'un lieu de travail monotone, repoussant et forc&#233; en un lieu attrayant pour l'activit&#233; joyeuse d'&#234;tres humains heureux. Une r&#233;volution socialiste peut d'un seul coup transformer les grandes exploitations agricoles en propri&#233;t&#233; sociale. Dans cette partie de l'agriculture o&#249; domine encore la petite industrie, il faut d'abord cr&#233;er les organes de la production sociale et socialiste, et cela ne peut venir que d'un lent d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc que l'analogie entre naissance et r&#233;volution va assez loin. Mais cela ne prouve naturellement rien de plus que l'on n'a pas le droit de faire appel &#224; la nature pour prouver qu'une r&#233;volution sociale est quelque chose d'inutile, de d&#233;raisonnable et de contre nature. Nous n'avons pas non plus, comme nous l'avons d&#233;j&#224; dit, le droit d'appliquer directement aux processus sociaux les conclusions tir&#233;es de la nature. Nous ne pouvons pas aller plus loin sur le terrain de telles analogies que de conclure : que, comme chaque cr&#233;ature animale doit &#224; un moment donn&#233; passer par une catastrophe pour atteindre un stade sup&#233;rieur de d&#233;veloppement (l'acte de naissance ou de rupture d'une coquille) , de sorte que la soci&#233;t&#233; ne peut &#234;tre &#233;lev&#233;e &#224; un stade sup&#233;rieur de d&#233;veloppement que par une catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volutions dans l'Antiquit&#233; et le Moyen &#194;ge&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute conclusion d&#233;finitive quant &#224; savoir si la r&#233;volution est une n&#233;cessit&#233; ou non ne peut &#234;tre tir&#233;e que d'une enqu&#234;te sur les faits du d&#233;veloppement social, et non par des analogies avec les sciences naturelles. Il suffit de jeter un coup d'&#339;il sur ces &#233;tapes ant&#233;rieures du d&#233;veloppement pour voir que la r&#233;volution sociale, au sens &#233;troit o&#249; nous l'employons ici, n'est pas un accompagnement n&#233;cessaire du d&#233;veloppement social. Il y a eu une &#233;volution sociale et de tr&#232;s grande envergure avant la mont&#233;e des antagonismes de classe et du pouvoir politique. Dans ces &#233;tapes, la conqu&#234;te du pouvoir politique par une classe opprim&#233;e, et par cons&#233;quent une r&#233;volution sociale, &#233;tait bien s&#251;r impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me apr&#232;s la naissance des antagonismes de classe et du pouvoir politique, il faut attendre longtemps pour trouver, soit dans l'Antiquit&#233;, soit au Moyen Age, quoi que ce soit qui corresponde &#224; notre id&#233;e de la r&#233;volution. Nous trouvons de nombreux exemples de luttes de classe acharn&#233;es, de guerres civiles et de catastrophes politiques, mais aucune de celles-ci n'a entra&#238;n&#233; une r&#233;novation fondamentale et permanente des conditions de propri&#233;t&#233; et, par cons&#233;quent, une nouvelle forme sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon avis, les raisons en sont les suivantes : Dans l'Antiquit&#233; et aussi au Moyen Age, le centre de gravit&#233; de la vie &#233;conomique et aussi de la vie politique &#233;tait la communaut&#233;. Chaque communaut&#233; se suffisait &#224; elle-m&#234;me dans tous les points essentiels et n'&#233;tait attach&#233;e au monde ext&#233;rieur que par des bandes l&#226;ches. Les grands &#201;tats n'&#233;taient que des conglom&#233;rats de communaut&#233;s qui ne tenaient ensemble que par une dynastie ou par une autre communaut&#233; dirigeante et exploiteuse. Chaque communaut&#233; avait son propre d&#233;veloppement &#233;conomique sp&#233;cial correspondant &#224; ses propres caract&#233;ristiques particuli&#232;res et correspondant &#224; celles-ci &#233;galement ses luttes de classe particuli&#232;res. Les r&#233;volutions politiques aussi &#224; cette &#233;poque n'&#233;taient surtout que des r&#233;volutions communales. Il &#233;tait bien s&#251;r impossible de transformer toute la vie sociale d'un grand territoire par une r&#233;volution politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le nombre d'individus dans un mouvement social est petit, moins il y a de mouvement social r&#233;el ; moins il y a d'universel et de cr&#233;ateur de loi, et plus le personnel et l'accidentel dominent. Cela a accru la diversit&#233; des luttes de classe dans les diff&#233;rentes communaut&#233;s. Parce que dans la lutte des classes aucun mouvement des masses ne pouvait appara&#238;tre, parce que le g&#233;n&#233;ral &#233;tait cach&#233; dans l'accidentel et le personnel, il ne pouvait y avoir de reconnaissance profonde des causes sociales et des buts des mouvements de classe. Quelle que soit la grandeur de la philosophie cr&#233;&#233;e par les Grecs, l'id&#233;e d'une &#233;conomie nationale scientifique leur &#233;tait &#233;trang&#232;re. Aristote ne fournit que les &#233;bauches d'un tel syst&#232;me. Les Grecs et les Romains sur le terrain &#233;conomique ne produisaient que des instructions pratiques pour l'&#233;conomie domestique, ou pour les industries agricoles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les causes sociales profondes qui ont donn&#233; naissance &#224; la condition des classes individuelles restaient cach&#233;es et &#233;taient voil&#233;es par les actes des individus et les particularit&#233;s locales, il n'&#233;tait pas &#233;tonnant que les classes opprim&#233;es aussi, d&#232;s qu'elles avaient conquis le pouvoir politique. , l'utilisait d'abord pour se d&#233;barrasser des individus et des particularit&#233;s locales et non pour &#233;tablir un nouvel ordre social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obstacle le plus important sur la route de tout mouvement r&#233;volutionnaire &#224; cette &#233;poque &#233;tait la lenteur du d&#233;veloppement &#233;conomique. Cela s'est d&#233;roul&#233; de mani&#232;re imperceptible. Paysans et artisans travaillaient comme leurs grands-p&#232;res et arri&#232;re-grands-p&#232;res avaient l'habitude de travailler. L'ancien, le coutumier, &#233;tait la seule chose bonne et parfaite. M&#234;me quand on cherchait &#224; cr&#233;er quelque chose de nouveau, on s'effor&#231;ait de prouver aux autres qu'il s'agissait bien d'un retour &#224; quelque tradition oubli&#233;e. Le progr&#232;s technique n'obligeait pas par lui-m&#234;me &#224; de nouvelles formes de propri&#233;t&#233;, car il ne consistait qu'en une division sociale croissante du travail, en la division d'un m&#233;tier en plusieurs. Mais, dans chacun des nouveaux m&#233;tiers, le travail manuel reste fondamental, les moyens de production sont insignifiants et l'&#233;l&#233;ment d&#233;cisif est l'habilet&#233; manuelle. Certes, dans les derni&#232;res ann&#233;es de l'Antiquit&#233;, on trouve &#224; c&#244;t&#233; des paysans et des artisans de grandes entreprises (voire des &#233;tablissements industriels), mais celles-ci &#233;taient exploit&#233;es par des esclaves consid&#233;r&#233;s comme des &#233;trangers hors de la vie communautaire. Ces industries ne produisaient que des produits de luxe et ne pouvaient d&#233;velopper aucune force &#233;conomique particuli&#232;re, sauf temporairement en temps de grandes guerres qui affaiblissaient l'agriculture et rendaient le mat&#233;riel esclave bon march&#233;. Une forme &#233;conomique &#233;lev&#233;e et un nouvel id&#233;al social ne peuvent surgir d'une &#233;conomie esclavagiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unique forme de capital qui s'est d&#233;velopp&#233;e dans l'Antiquit&#233; et le Moyen Age est l'usure et le capital commercial. Ces deux facteurs peuvent parfois entra&#238;ner des changements &#233;conomiques rapides. Mais le capital commercial ne pouvait que favoriser la division des anciens m&#233;tiers en d'innombrables nouveaux et le progr&#232;s de la grande industrie d&#233;pendante du travail des esclaves. Le capital usuraire agissait simplement pour retarder les formes de production existantes sans en cr&#233;er de nouvelles. La lutte contre le capital usuraire et contre les grandes industries agricoles exploit&#233;es par des esclaves a conduit &#224; des luttes politiques occasionnelles tr&#232;s semblables aux r&#233;volutions sociales de notre temps. Mais le but de celles-ci n'a toujours &#233;t&#233; que la restauration d'un &#233;tat ant&#233;rieur et non une r&#233;novation sociale. Tel fut le cas dans la liquidation des dettes op&#233;r&#233;e pour les paysans grecs, par Solon, et dans les mouvements des paysans et des prol&#233;taires romains dont les Gracques re&#231;oivent leur nom. A toutes ces causes - lenteur du d&#233;veloppement &#233;conomique, m&#233;connaissance des relations sociales profondes, division de la vie politique en d'innombrables communaut&#233;s diff&#233;rentes - s'ajoute le fait que dans l'Antiquit&#233; classique et bien souvent aussi au Moyen &#194;ge, les moyens de suppression d'une classe montante &#233;taient relativement insignifiantes. Il n'y avait pas de bureaucraties, ou du moins jamais o&#249; il y avait la vie politique la plus active, et o&#249; la lutte des classes &#233;tait la plus &#226;prement men&#233;e. Dans le monde romain, par exemple, la bureaucratie s'est d'abord d&#233;velopp&#233;e sous l'empire. Les relations internes des communaut&#233;s ainsi que leur commerce entre elles &#233;taient simples, faciles &#224; comprendre et ne pr&#233;supposaient aucune connaissance experte. Les classes gouvernantes pouvaient facilement s'assurer parmi elles les gouvernants n&#233;cessaires, et cela est d'autant plus vrai qu'&#224; cette &#233;poque la classe gouvernante &#233;tait &#233;galement habitu&#233;e &#224; s'engager dans une activit&#233; artistique, philosophique et politique. La classe dirigeante ne s'est pas content&#233;e de r&#233;gner, elle a aussi gouvern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, la masse du peuple n'&#233;tait pas enti&#232;rement sans d&#233;fense. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'&#226;ge d'or de l'Antiquit&#233; classique que le syst&#232;me de la milice &#233;tait la r&#232;gle, en vertu de laquelle chaque citoyen &#233;tait arm&#233;. Dans ces conditions, une tr&#232;s l&#233;g&#232;re alt&#233;ration du rapport de force des classes suffisait &#224; amener une nouvelle classe au pouvoir. Les antagonismes de classe ne pouvaient pas atteindre un degr&#233; tel que l'id&#233;e d'une transformation compl&#232;te de toutes les institutions existantes p&#251;t s'enraciner solidement dans l'esprit d'une classe opprim&#233;e et, de plus, dans ces classes opprim&#233;es, l'ent&#234;tement &#224; s'accrocher &#224; tous les privil&#232;ges &#233;tait la r&#232;gle. Comme on l'a d&#233;j&#224; not&#233;, cela a eu pour effet de limiter presque enti&#232;rement la r&#233;volution politique &#224; l'abolition des abus individuels et &#224; l'&#233;loignement des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les grandes nations des temps modernes, l'Angleterre est celle qui ressemble le plus au moyen &#226;ge, non &#233;conomiquement, mais par sa forme politique. Le militarisme et la bureaucratie y sont les moins d&#233;velopp&#233;s. Elle poss&#232;de encore une aristocratie qui non seulement r&#232;gne mais gouverne. Correspondant &#224; cela, l'Angleterre est la grande nation moderne dans laquelle les efforts des classes opprim&#233;es visent principalement &#224; &#233;liminer certains abus au lieu d'&#234;tre dirig&#233;s contre l'ensemble du syst&#232;me social. C'est aussi l'Etat o&#249; la pratique de la protection contre la r&#233;volution par le compromis est la plus d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'armement universel du peuple n'a pas encourag&#233; les grandes r&#233;volutions sociales, il a rendu beaucoup plus facile le d&#233;clenchement d'un conflit arm&#233; entre les classes &#224; la moindre occasion. Les soul&#232;vements violents et les guerres civiles ne manquent pas dans l'Antiquit&#233; et le Moyen &#194;ge. La f&#233;rocit&#233; avec laquelle ceux-ci ont &#233;t&#233; combattus &#233;tait souvent si grande qu'elle a conduit &#224; l'expulsion, &#224; l'expropriation et souvent &#224; l'extermination des vaincus. Ceux qui consid&#232;rent la violence comme un signe de r&#233;volution sociale trouveront beaucoup de telles r&#233;volutions dans les &#233;poques ant&#233;rieures. Mais ceux qui con&#231;oivent la r&#233;volution sociale comme la conqu&#234;te du pouvoir politique par une classe auparavant asservie et la transformation de la superstructure juridique et politique de la soci&#233;t&#233;, notamment dans les rapports de propri&#233;t&#233;, n'y trouveront pas de r&#233;volution sociale. Le d&#233;veloppement social s'est fait au coup par coup, &#233;tape par &#233;tape, non pas &#224; travers de grandes catastrophes isol&#233;es, mais en d'innombrables petits mouvements fragment&#233;s, apparemment d&#233;connect&#233;s, souvent interrompus, toujours renouvel&#233;s, pour la plupart inconscients. La grande transformation sociale de l'&#233;poque qui nous occupe, la disparition de l'esclavage en Europe, s'est op&#233;r&#233;e si insensiblement que les contemporains de ce mouvement n'y ont pas pr&#234;t&#233; attention, et qu'on est aujourd'hui oblig&#233; de la reconstituer par des hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;volution sociale sous le capitalisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses ont pris un tout autre aspect d&#232;s que le mode de production capitaliste s'est d&#233;velopp&#233;. Ce serait aller trop loin et ce ne serait que r&#233;p&#233;ter des choses bien connues si j'&#233;tais ici pour entrer dans le m&#233;canisme du capitalisme et ses cons&#233;quences. Qu'il suffise de dire que le mode de production capitaliste a cr&#233;&#233; l'&#201;tat moderne, a mis fin &#224; l'ind&#233;pendance politique des communaut&#233;s et en m&#234;me temps leur ind&#233;pendance &#233;conomique a cess&#233;, chacun est devenu une partie d'un tout et a perdu ses droits sp&#233;ciaux et ses particularit&#233;s particuli&#232;res. Tous furent r&#233;duits au m&#234;me niveau, tous re&#231;urent les m&#234;mes lois, les m&#234;mes imp&#244;ts, les m&#234;mes tribunaux, et furent soumis au m&#234;me gouvernement. L'&#201;tat moderne a donc &#233;t&#233; contraint de devenir un &#201;tat national et a ajout&#233; aux autres &#233;galit&#233;s l'&#233;galit&#233; de langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence du pouvoir gouvernemental sur la vie sociale &#233;tait alors quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent de ce qu'elle &#233;tait dans l'Antiquit&#233; ou le Moyen Age. Tout changement politique important dans un grand &#201;tat moderne influence &#224; la fois d'un seul coup et de la mani&#232;re la plus profonde une &#233;norme sph&#232;re sociale. La conqu&#234;te du pouvoir politique par une classe auparavant assujettie doit, de ce fait, d&#233;sormais avoir des r&#233;sultats sociaux tout &#224; fait diff&#233;rents qu'auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, le pouvoir dont dispose l'&#201;tat moderne s'est &#233;norm&#233;ment accru. La r&#233;volution technique du capitalisme atteint aussi la technique des armes. Depuis la R&#233;forme, les armes de guerre sont devenues de plus en plus parfaites, mais aussi plus co&#251;teuses. Ils deviennent ainsi un privil&#232;ge du pouvoir gouvernemental. Ce fait seul s&#233;pare l'arm&#233;e du peuple, m&#234;me dans les lieux o&#249; r&#232;gne la conscription universelle, &#224; moins qu'elle ne soit compl&#233;t&#233;e par l'armement populaire, ce qui n'est le cas dans aucun grand &#201;tat. Surtout, les chefs de l'arm&#233;e sont des militaires de m&#233;tier s&#233;par&#233;s du peuple auquel ils s'opposent en tant que classe privil&#233;gi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs &#233;conomiques de l'&#201;tat centralis&#233; moderne sont &#233;galement &#233;normes par rapport &#224; ceux des &#201;tats ant&#233;rieurs. Ils comprennent la richesse d'une sph&#232;re colossale dont les moyens techniques de production laissent loin derri&#232;re la culture sup&#233;rieure de l'antiquit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat moderne poss&#232;de &#233;galement une bureaucratie beaucoup plus centralis&#233;e que celle de tout &#201;tat ant&#233;rieur. Les probl&#232;mes de l'&#201;tat moderne se sont tellement d&#233;velopp&#233;s qu'il est impossible de les r&#233;soudre sans une vaste division du travail et un haut niveau de connaissances professionnelles. Le mode de production capitaliste prive la classe dirigeante de tous les loisirs dont elle disposait auparavant. M&#234;me s'ils ne produisent pas mais vivent de l'exploitation des classes productrices, ils ne sont pas pour autant des exploiteurs oisifs. Gr&#226;ce &#224; la concurrence, moteur de la vie &#233;conomique actuelle, les exploiteurs sont sans cesse contraints de mener entre eux une lutte &#233;puisante qui menace les vaincus d'an&#233;antissement complet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitalistes n'ont donc ni le temps ni les loisirs, ni la culture pr&#233;alable n&#233;cessaire &#224; l'activit&#233; artistique et scientifique. Ils n'ont m&#234;me pas les qualifications n&#233;cessaires pour participer r&#233;guli&#232;rement aux activit&#233;s gouvernementales. Non seulement dans l'art et la science, mais aussi dans le gouvernement de l'&#201;tat, la classe dirigeante est forc&#233;e de ne pas participer. Ils doivent laisser cela aux salari&#233;s et aux employ&#233;s bureaucratiques. La classe capitaliste r&#232;gne mais ne gouverne pas. Il se contente cependant de diriger le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me la noblesse f&#233;odale d&#233;cadente avant elle, se contenta de prendre les formes d'une noblesse royale. Mais tandis que chez la noblesse f&#233;odale le renoncement &#224; ses fonctions sociales &#233;tait le produit de la corruption, chez les capitalistes ce renoncement d&#233;coule directement de leurs fonctions sociales et fait partie int&#233;grante de leur existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'aide d'un gouvernement aussi puissant, une classe peut se maintenir longtemps, m&#234;me si c'est superflu. Oui, m&#234;me si c'est devenu nuisible. Et plus le pouvoir de l'Etat est fort, plus la classe dirigeante s'appuie sur lui, d'autant plus elle s'accroche obstin&#233;ment &#224; ses privil&#232;ges et d'autant moins est-elle encline &#224; accorder des concessions. Plus longtemps, cependant, il maintient sa domination de cette mani&#232;re, plus les antagonismes de classe deviennent aigus, plus l'effondrement politique doit &#234;tre prononc&#233; lorsqu'il se produit finalement, et plus la transformation sociale qui en r&#233;sulte est profonde, et plus la conqu&#234;te est appropri&#233;e. du pouvoir politique par une classe opprim&#233;e pour mener &#224; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simultan&#233;ment, les classes bellig&#233;rantes deviennent de plus en plus conscientes des cons&#233;quences sociales de leur lutte politique. Le syst&#232;me de production capitaliste tend &#224; acc&#233;l&#233;rer consid&#233;rablement la marche de l'&#233;volution &#233;conomique. La transformation &#233;conomique &#224; laquelle le si&#232;cle de l'invention a pr&#233;par&#233; la voie se poursuit par l'introduction des machines dans l'industrie. Depuis leur introduction, nos relations &#233;conomiques sont sujettes &#224; un changement continu, non seulement par la dissolution rapide de l'ancien, mais par la cr&#233;ation continue du nouveau. L'id&#233;e de l'ancien, du pass&#233;, cesse d'&#234;tre &#233;quivalente &#224; l'&#233;prouv&#233;, &#224; l'honorable, &#224; l'inviolable. Il devient synonyme d'imparfait et de d&#233;pass&#233;. Cette id&#233;e est transplant&#233;e de la vie &#233;conomique dans le domaine de l'art, de la science et de la politique. De m&#234;me qu'autrefois les gens s'accrochaient sans raison &#224; l'ancien, de m&#234;me aujourd'hui on rejette volontiers l'ancien sans raison simplement parce qu'il est ancien. Et le temps n&#233;cessaire pour rendre une machine, une institution, une th&#233;orie d&#233;pass&#233;es devient de plus en plus court. Et si jadis on travaillait dans l'intention de construire pour l'&#233;ternit&#233; avec tout le d&#233;vouement qui d&#233;coule d'une telle conscience, on travaille aujourd'hui pour l'effet fugitif d'un instant avec toute la frivolit&#233; de cette conscience. De sorte que la cr&#233;ation d'aujourd'hui est en peu de temps non seulement d&#233;mod&#233;e mais aussi inutile. Et si jadis on travaillait dans l'intention de construire pour l'&#233;ternit&#233; avec tout le d&#233;vouement qui d&#233;coule d'une telle conscience, on travaille aujourd'hui pour l'effet fugitif d'un instant avec toute la frivolit&#233; de cette conscience. De sorte que la cr&#233;ation d'aujourd'hui est en peu de temps non seulement d&#233;mod&#233;e mais aussi inutile. Et si jadis on travaillait dans l'intention de construire pour l'&#233;ternit&#233; avec tout le d&#233;vouement qui d&#233;coule d'une telle conscience, on travaille aujourd'hui pour l'effet fugitif d'un instant avec toute la frivolit&#233; de cette conscience. De sorte que la cr&#233;ation d'aujourd'hui est en peu de temps non seulement d&#233;mod&#233;e mais aussi inutile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau est pourtant pr&#233;cis&#233;ment ce que l'on observe, critique et investigue de plus pr&#232;s. L'ordinaire et le banal passent comme une &#233;vidence. L'humanit&#233; a &#233;tudi&#233; les causes de l'&#233;clipse bien avant le lever et le coucher du soleil. De la m&#234;me mani&#232;re, l'incitation &#224; &#233;tudier les lois des ph&#233;nom&#232;nes sociaux &#233;tait tr&#232;s faible tant que ces ph&#233;nom&#232;nes &#233;taient ordinaires, &#233;vidents, &#171; naturels &#187;. Cette incitation doit &#234;tre imm&#233;diatement renforc&#233;e d&#232;s que des formations nouvelles, jusqu'alors in&#233;dites, apparaissent dans la vie sociale. Ce n'est pas l'ancienne &#233;conomie f&#233;odale h&#233;r&#233;ditaire, mais plut&#244;t l'&#233;conomie capitaliste nouvellement apparue qui a suscit&#233; pour la premi&#232;re fois l'observation scientifique au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La science &#233;conomique &#233;tait encourag&#233;e plus encore par un autre motif. La production capitaliste est une production de masse, une production sociale. L'&#201;tat capitaliste moderne typique est le grand &#201;tat. L'&#233;conomie moderne, comme la politique moderne, doit faire face &#224; des ph&#233;nom&#232;nes de masse. Plus le nombre d'apparitions semblables que l'on observe est grand, plus la tendance &#224; remarquer l'universel - celles qui indiquent une loi sociale - et plus l'individuel et l'accidentel disparaissent, plus il est facile de d&#233;couvrir les lois des mouvements sociaux. L'observation math&#233;matique de masse des ph&#233;nom&#232;nes sociaux, des statistiques et de la science de la soci&#233;t&#233; qui d&#233;coule de l'&#233;conomie politique et atteint son point culminant dans la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, n'a &#233;t&#233; possible qu'au stade capitaliste de la production. Maintenant, pour la premi&#232;re fois, les classes pouvaient prendre pleinement conscience de la signification sociale de leurs luttes et, pour la premi&#232;re fois, se fixer de grands objectifs sociaux, non comme des r&#234;ves arbitraires et des v&#339;ux pieux destin&#233;s &#224; &#234;tre bris&#233;s par des faits concrets, mais comme des r&#233;sultats de la connaissance scientifique des possibilit&#233;s et des n&#233;cessit&#233;s &#233;conomiques. Pour &#234;tre s&#251;r que cette pens&#233;e scientifique peut se tromper, on peut montrer que nombre de ses conclusions sont des illusions. Mais si grandes que soient ces erreurs, on ne saurait la priver du caract&#232;re propre &#224; toute v&#233;ritable science, la recherche d'une conception uniforme de tous les ph&#233;nom&#232;nes sous un ensemble indiscutable. En sciences sociales, cela signifie la reconnaissance du tout social comme un organisme unique dans lequel on ne peut arbitrairement et pour lui-m&#234;me changer aucune partie. La classe socialement opprim&#233;e ne dirige plus sa critique th&#233;orique contre les individus et les tendances, mais contre l'ensemble de la soci&#233;t&#233; existante. Et justement de ce fait toute classe opprim&#233;e qui conquiert le pouvoir politique est amen&#233;e &#224; transformer l'ensemble des fondements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; capitaliste issue de la r&#233;volution de 1789 et de son issue &#233;tait pr&#233;vue dans ses grandes lignes par les physiocrates et leurs successeurs anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur cette distinction entre les &#201;tats et la soci&#233;t&#233; modernes et les organisations de l'Antiquit&#233; et du Moyen &#194;ge que repose la diff&#233;rence dans la mani&#232;re de leur d&#233;veloppement. Le premier &#233;tait principalement inconscient, divis&#233; en conflits locaux et personnels et en la r&#233;bellion d'innombrables petites communaut&#233;s &#224; diff&#233;rents stades de d&#233;veloppement ; celle-ci devient de plus en plus consciente d'elle-m&#234;me et tend vers un grand but social reconnu, d&#233;termin&#233; et propag&#233; par un travail scientifiquement critique. Les r&#233;volutions politiques sont moins fr&#233;quentes, mais plus compl&#232;tes et leurs r&#233;sultats sociaux plus &#233;tendus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage des guerres civiles de l'Antiquit&#233; et du Moyen &#194;ge aux r&#233;volutions sociales au sens ancien du terme a &#233;t&#233; op&#233;r&#233; par la R&#233;forme, qui appartenait pour moiti&#233; au Moyen &#194;ge et pour moiti&#233; aux temps modernes. A un stade plus &#233;lev&#233; encore, la r&#233;volution anglaise du milieu du XVIIe si&#232;cle, et enfin la grande r&#233;volution fran&#231;aise devient le type classique de la r&#233;volution sociale, dont les soul&#232;vements de 1830 et 1848 ne sont que de faibles &#233;chos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution sociale au sens ici donn&#233; est propre au stade de d&#233;veloppement social de la soci&#233;t&#233; capitaliste et de l'&#201;tat capitaliste. Il n'existait pas avant le capitalisme, car les fronti&#232;res politiques &#233;taient trop &#233;troites et la conscience sociale trop peu d&#233;velopp&#233;e. Elle dispara&#238;tra avec le capitalisme parce que celui-ci ne peut &#234;tre renvers&#233; que par le prol&#233;tariat qui, en tant que la plus basse de toutes les classes sociales, ne peut utiliser sa domination que pour abolir toute domination de classe et toutes les classes et, par l&#224; m&#234;me, les conditions essentielles de la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande question se pose maintenant, une question qui aujourd'hui nous touche profond&#233;ment, parce qu'elle a la plus grande influence sur nos relations politiques avec le pr&#233;sent : le temps de la r&#233;volution sociale est-il pass&#233; ou non ? Avons-nous d&#233;j&#224; les conditions politiques qui peuvent amener une transition du capitalisme au socialisme sans r&#233;volution politique, sans conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, ou faut-il encore s'attendre &#224; une &#233;poque de luttes d&#233;cisives pour la possession de ce pouvoir et avec lui une r&#233;volution r&#233;volutionnaire ? &#233;poque ? L'id&#233;e de r&#233;volution sociale appartient-elle &#224; ces id&#233;es archa&#239;ques qui ne sont soutenues que par des &#233;chos irr&#233;fl&#233;chis de conceptions d&#233;pass&#233;es ou par des sp&#233;culateurs d&#233;magogiques sous les applaudissements des masses irr&#233;fl&#233;chies, et que toute personne moderne honn&#234;te qui observe sans passion les faits de la soci&#233;t&#233; moderne doit mettre de c&#244;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la question. Certainement une question importante que quelques phrases ne serviront pas &#224; &#233;carter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;couvert que la r&#233;volution sociale est le produit de conditions historiques particuli&#232;res. Elles supposent, non seulement un antagonisme de classe tr&#232;s d&#233;velopp&#233;, mais aussi un grand &#201;tat national s'&#233;levant au-dessus de toutes les particularit&#233;s provinciales et communales, b&#226;ti sur une forme de production qui nivelle toutes les particularit&#233;s locales, un &#201;tat militaire et bureaucratique puissant, une science de la politique l'&#233;conomie et un rythme rapide de progr&#232;s &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun de ces facteurs de r&#233;volution sociale n'a diminu&#233; de puissance au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie. Beaucoup d'entre eux, au contraire, ont &#233;t&#233; fortifi&#233;s. Jamais le rythme du d&#233;veloppement &#233;conomique n'a &#233;t&#233; plus rapide. L'&#233;conomie scientifique conna&#238;t, du moins, un grand essor extensif, sinon intensif, gr&#226;ce aux journaux. Jamais la perspicacit&#233; &#233;conomique n'a &#233;t&#233; aussi largement dispers&#233;e ; jamais la classe dirigeante, ainsi que la masse du peuple, n'a &#233;t&#233; autant en &#233;tat de comprendre les cons&#233;quences profondes de ses actes et de ses efforts. Cela seul prouve que nous ne ferons pas inconsciemment la formidable transition du capitalisme au socialisme, et que nous ne pouvons lentement saper la domination de la classe exploiteuse sans que cette classe en soit consciente,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, cependant, la connaissance des relations sociales n'a jamais &#233;t&#233; aussi &#233;tendue qu'aujourd'hui, il est &#233;galement vrai que le pouvoir gouvernemental n'a jamais &#233;t&#233; aussi fort qu'aujourd'hui, ni les forces militaires, bureaucratiques et &#233;conomiques aussi puissamment d&#233;velopp&#233;es. Il s'ensuit que le prol&#233;tariat, lorsqu'il aura conquis les pouvoirs gouvernementaux, aura ainsi acquis le pouvoir de provoquer imm&#233;diatement les changements sociaux les plus &#233;tendus. Il s'ensuit &#233;galement que la classe dirigeante personnelle, avec l'aide de ces pouvoirs, peut continuer son existence et son pillage de la classe ouvri&#232;re longtemps apr&#232;s que sa n&#233;cessit&#233; &#233;conomique a cess&#233;. Cependant, plus les classes dirigeantes s'appuient sur l'appareil d'&#201;tat et en abusent &#224; des fins d'exploitation et d'oppression, plus l'amertume du prol&#233;tariat &#224; leur &#233;gard doit augmenter,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on a affirm&#233; que cette compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes socialistes les plus r&#233;cents ne tient pas compte du fait ind&#233;niable que le d&#233;veloppement se poursuit &#233;galement dans d'autres directions. On pr&#233;tend aussi que le contraste entre prol&#233;tariat et bourgeoisie n'augmente pas et qu'il existe dans tout Etat moderne suffisamment d'arrangements d&#233;mocratiques pour permettre au prol&#233;tariat, sinon d'acc&#233;der au pouvoir, du moins d'acc&#233;der progressivement au pouvoir , pas &#224; pas et augmentant constamment, de sorte que la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution sociale cesse. Voyons dans quelle mesure ces exceptions sont justifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'adoucissement des antagonismes de classes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant &#224; la premi&#232;re objection selon laquelle l'antagonisme social entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat diminue. Je n'&#233;voque pas ici la question des crises industrielles dont l'am&#233;lioration &#233;tait revendiqu&#233;e il y a quelques ann&#233;es. Cette id&#233;e a &#233;t&#233; si &#233;nergiquement d&#233;mentie depuis lors par des faits notoires qu'il me suffit d'y revenir ici sans tenter d'entrer dans une discussion qui nous entra&#238;nerait trop loin. Je ne souhaite pas non plus apporter une contribution suppl&#233;mentaire au d&#233;bat sur la soi-disant th&#233;orie de la mis&#232;re croissante, d&#233;j&#224; trop discut&#233;e, qui, avec une sorte d'astuce, quand on le veut, peut &#234;tre fil&#233;e &#224; l'infini et qui, chez nous, a ont de plus en plus tendance &#224; s'appuyer sur la d&#233;finition du mot &#171; mis&#232;re &#187; que sur la d&#233;termination de faits pr&#233;cis. Les socialistes sont tous d'accord pour dire que le mode de production capitaliste, lorsqu'il n'est pas entrav&#233;, a pour r&#233;sultat une augmentation de la mis&#232;re physique. Ils s'accordent aussi &#224; dire que dans la soci&#233;t&#233; actuelle l'organisation de la classe ouvri&#232;re et la prise des pouvoirs gouvernementaux ont atteint un degr&#233; tel qu'elles peuvent quelque peu am&#233;liorer cette mis&#232;re. Enfin, ils s'accordent &#224; dire que l'&#233;mancipation de la classe ouvri&#232;re n'est pas &#224; attendre de sa d&#233;moralisation croissante, mais de sa force croissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat est une tout autre question. Il s'agit avant tout d'accro&#238;tre l'exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cela augmente Marx l'a prouv&#233; il y a une g&#233;n&#233;ration, et &#224; mon avis personne ne l'a encore r&#233;fut&#233;. Quiconque nie l'exploitation croissante du prol&#233;tariat doit, avant tout, entreprendre une r&#233;futation du Capital de Marx .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on r&#233;pondra aussit&#244;t que c'est purement th&#233;orique et que pour nous rien ne doit &#234;tre tenu pour vrai et prouv&#233; que nous ne puissions saisir avec les mains. On ne nous donne pas de lois &#233;conomiques, mais seulement des chiffres statistiques. Ceux-ci ne sont pas si faciles &#224; d&#233;couvrir car, jusqu'&#224; pr&#233;sent, personne ne s'est plu &#224; &#233;noncer les montants, non seulement des salaires, mais aussi des b&#233;n&#233;fices sous une forme statistique, en raison du fait que les coffres-forts &#224; l'&#233;preuve du feu sont un ch&#226;teau que m&#234;me les bourgeois l&#226;ches et bienveillants d&#233;fendront comme un lion contre toute attaque administrative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) L'augmentation des salaires de 40 % de 1860 &#224; 1891 que Bowley calcule pour toute la classe ouvri&#232;re d'Angleterre, ne tient m&#234;me pas &#224; toute l'aristocratie ouvri&#232;re. A l'exception des ouvriers du coton qui n'ont pas &#233;t&#233; en vain les conservateurs de l'Angleterre et les enfants mod&#232;les de tous les r&#234;veurs de &#171; paix sociale &#187;, la moyenne de 1891 n'a &#233;t&#233; d&#233;pass&#233;e que par les ouvriers du gaz, les marins et les mineurs. Les ouvriers du gaz doivent leur augmentation, en partie du moins, aux politiciens, car dans les grandes villes la municipalisation a apport&#233; de nombreuses am&#233;liorations. Chez les travailleurs du gaz, les consid&#233;rations de concurrence et d'exploitation par le capital priv&#233; sont &#233;galement de moindre importance. En partie aussi, le bond en avant de 1891 ainsi que l'apparition soudaine du &#171; nouvel unionisme &#187; qui avait suscit&#233; de si vastes espoirs se sont maintenant effondr&#233;s. Plus encore que chez les ouvriers du gaz, la hausse des salaires en 1891 pour les marins et les mineurs para&#238;t tout &#224; fait anormale et temporaire. Chez les mineurs, les salaires de 1888 &#233;taient les m&#234;mes que ceux de 1860, mais en 1891, ils &#233;taient de 50 % plus &#233;lev&#233;s. On ne peut pas consid&#233;rer cela comme une avance s&#251;re. Chez les ouvriers du bois, les ouvriers lainiers et les ouvriers de l'industrie du fer, l'augmentation des salaires depuis 1860 est bien moindre. Bowley voudrait aussi nous faire croire que les salaires des ouvriers non syndiqu&#233;s d'Angleterre avaient augment&#233; de 40 % pendant la m&#234;me p&#233;riode o&#249; les ouvriers du fer bien organis&#233;s n'avaient augment&#233; que de 25 %. On ne peut pas consid&#233;rer cela comme une avance s&#251;re. Chez les ouvriers du bois, les ouvriers lainiers et les ouvriers de l'industrie du fer, l'augmentation des salaires depuis 1860 est bien moindre. Bowley voudrait aussi nous faire croire que les salaires des ouvriers non syndiqu&#233;s d'Angleterre avaient augment&#233; de 40 % pendant la m&#234;me p&#233;riode o&#249; les ouvriers du fer bien organis&#233;s n'avaient augment&#233; que de 25 %. On ne peut pas consid&#233;rer cela comme une avance s&#251;re. Chez les ouvriers du bois, les ouvriers lainiers et les ouvriers de l'industrie du fer, l'augmentation des salaires depuis 1860 est bien moindre. Bowley voudrait aussi nous faire croire que les salaires des ouvriers non syndiqu&#233;s d'Angleterre avaient augment&#233; de 40 % pendant la m&#234;me p&#233;riode o&#249; les ouvriers du fer bien organis&#233;s n'avaient augment&#233; que de 25 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais prenons le tableau tel qu'il est. Qu'est-ce que cela prouve vraiment ? M&#234;me selon cette pr&#233;sentation extraordinairement optimiste, les salaires deviennent une part toujours plus petite du revenu social. De 1860 &#224; 1874, le taux moyen d'augmentation a &#233;t&#233; de 45 % ; de 1877 &#224; 1891 seulement 42 2 / 3 pour cent. Si l'on oppose &#224; cela, faute de chiffres plus fiables, le total de l'imp&#244;t sur le revenu qui ne provenait pas des salaires mais des plus-values &#8203;&#8203;alors en 1860 ce serait quatre-vingt millions de dollars de moins que la somme des salaires. En 1891, le montant des plus-values &#8203;&#8203;d&#233;passait la somme des salaires d'une somme consid&#233;rable de pas moins de quatre cents millions de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie certainement une augmentation consid&#233;rable de l'exploitation. Le taux de la plus-value, c'est-&#224;-dire le taux d'exploitation du travailleur, s'est donc &#233;lev&#233; pendant ce temps de 96 % &#224; 112 %. En fait, m&#234;me selon les chiffres de Bowley, l'exploitation s'est au moins d&#233;velopp&#233;e tr&#232;s rapidement parmi les travailleurs les mieux organis&#233;s. L'exploitation des masses inorganis&#233;es doit avoir atteint un degr&#233; beaucoup plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'insistons pas beaucoup sur ces chiffres. Mais pour autant qu'ils montrent quoi que ce soit, ils parlent pour, et non contre, l'affirmation de l'exploitation croissante de la force de travail, que Marx a prouv&#233;e d'une autre mani&#232;re, par l'examen des lois des mouvements, le syst&#232;me de production capitaliste, et qui a pas encore &#233;t&#233; d&#233;mentie. Certes, on peut dire : Certes, l'exploitation augmente, mais les salaires augmentent aussi, m&#234;me si ce n'est pas au m&#234;me degr&#233; que les plus-values. Comment alors le travailleur d&#233;couvrira-t-il cette exploitation croissante si elle n'est pas tout &#224; fait &#233;vidente, mais ne peut &#234;tre d&#233;couverte que par une enqu&#234;te minutieuse ? La masse des ouvriers n'&#233;tudie pas les statistiques et ne r&#233;fl&#233;chit pas aux th&#233;ories de la valeur et du profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut &#234;tre accord&#233;. Mais il y a un moyen de rendre sensible l'augmentation de l'exploitation aux travailleurs. A mesure que la masse du profit s'&#233;l&#232;ve, le niveau de vie de la bourgeoisie s'&#233;l&#232;ve aussi. Mais les classes ne sont pas s&#233;par&#233;es les unes des autres par des murs imp&#233;n&#233;trables. Le niveau de vie croissant de la classe sup&#233;rieure se r&#233;percute sur ceux qui sont en dessous et &#233;veille en eux de nouveaux besoins et de nouvelles exigences &#224; la satisfaction desquels le salaire lentement croissant n'est en aucun cas satisfaisant. La bourgeoisie se plaint de la disparition de la pudeur dans les classes inf&#233;rieures et de leur envie croissante, et oublie que les exigences croissantes d'en bas ne sont que le reflet de l'&#233;l&#233;vation du niveau de vie d'en haut, qui fournit l'exemple et suscite l'envie des classes inf&#233;rieures. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le niveau de vie capitaliste cro&#238;t plus vite que celui du prol&#233;tariat va de soi. L'habitation de l'ouvrier ne s'est pas beaucoup am&#233;lior&#233;e depuis cinquante ans. Mais les demeures de la bourgeoisie sont magnifiques en comparaison de la maison capitaliste moyenne d'il y a cinquante ans. Le wagon de troisi&#232;me classe d'aujourd'hui et celui d'il y a cinquante ans diff&#232;rent peu dans leurs am&#233;nagements int&#233;rieurs. Mais quand on compare le wagon de chemin de fer de premi&#232;re classe du milieu du XIXe si&#232;cle avec la voiture de palais du train moderne ! Je ne crois pas que les marins des navires transatlantiques soient beaucoup mieux soign&#233;s aujourd'hui qu'il y a cinquante ans, alors que le luxe que l'on trouve dans le salon du paquebot moderne aurait &#233;t&#233; inconnu il y a cinquante ans, m&#234;me dans un palais royal. yacht de plaisance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour l'exploitation croissante du prol&#233;tariat. Mais ce facteur &#233;conomique n'est-il pas contrebalanc&#233; par l'approche politique croissante des classes ? La bourgeoisie ne reconna&#238;t-elle pas de plus en plus le travailleur comme son &#233;gal politique et social ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fait aucun doute que le prol&#233;tariat gagne rapidement sur le plan politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si son ascension dans les relations &#233;conomiques reste inf&#233;rieure &#224; celle de la bourgeoisie, cela engendre une envie et un m&#233;contentement sans cesse croissants. Le ph&#233;nom&#232;ne peut-&#234;tre le plus frappant des cinquante derni&#232;res ann&#233;es est la mont&#233;e rapide et ininterrompue du prol&#233;tariat dans les relations morales et intellectuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques d&#233;cennies &#224; peine, le prol&#233;tariat &#233;tait si bas qu'il y avait m&#234;me des socialistes qui s'attendaient aux pires r&#233;sultats pour la culture de la conqu&#234;te du prol&#233;tariat. En 1850, Rodbertus &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le danger le plus mena&#231;ant &#224; l'heure actuelle est que nous ayons une nouvelle invasion barbare, venant cette fois de l'int&#233;rieur de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me pour d&#233;truire la coutume, la civilisation et la richesse.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, Heinrich Heine d&#233;clarait que l'avenir appartenait aux communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Cet aveu que l'avenir appartient aux communistes, je le fais dans la douleur et la plus grande anxi&#233;t&#233;. Ce n'est en aucun cas une illusion. En r&#233;alit&#233; ; ce n'est qu'avec peur et fr&#233;missement que je pense &#224; l'&#233;poque o&#249; ces sombres iconoclastes arrivent au pouvoir ; de leurs mains calleuses ils d&#233;truiront toutes les statues de marbre de la beaut&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;niablement, il est maintenant devenu compl&#232;tement diff&#233;rent. Ce n'est pas par le prol&#233;tariat que la civilisation moderne est menac&#233;e. Ce sont ces m&#234;mes communistes qui constituent aujourd'hui le refuge s&#251;r de l'art et de la science, qu'ils d&#233;fendent de la mani&#232;re la plus d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que dispara&#238;t rapidement la peur qui, apr&#232;s la Commune de Paris, a domin&#233; toute la classe capitaliste ; la crainte que le prol&#233;tariat conqu&#233;rant n'entre dans notre culture comme les Vandales dans leurs migrations raciales et fonde sur ses ruines un gouvernement d'asc&#232;tes barbares.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en partie gr&#226;ce &#224; la disparition de cette peur que la sympathie pour le prol&#233;tariat et pour le socialisme s'accro&#238;t parmi les intellectuels bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le prol&#233;tariat, l'intelligence de classe est une particularit&#233; du syst&#232;me de production capitaliste. J'ai d&#233;j&#224; montr&#233; que ce syst&#232;me impose de telles exigences &#224; la classe dirigeante qu'elle n'a ni l'int&#233;r&#234;t ni le loisir de s'occuper des affaires du gouvernement, ou de cultiver l'art et la science, comme le faisaient l'aristocratie d'Ath&#232;nes ou le clerg&#233; des meilleurs. jours de l'&#201;glise catholique. Toute la sph&#232;re de l'activit&#233; intellectuelle sup&#233;rieure, qui &#233;tait autrefois un privil&#232;ge des classes dominantes, est maintenant laiss&#233;e par celles-ci aux ouvriers salari&#233;s, et le nombre de ces savants professionnels, artistes, ing&#233;nieurs et fonctionnaires augmente rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pris dans leur ensemble, ils constituent les soi-disant &#171; intellectuels &#187;, la &#171; nouvelle classe moyenne &#187;, mais ils se distinguent surtout de l'ancienne classe moyenne par l'absence de toute conscience de classe particuli&#232;re. Certaines divisions d'entre eux ont une conscience de caste particuli&#232;re, tr&#232;s souvent un aveuglement de caste, mais les int&#233;r&#234;ts de chacune de ces divisions sont trop particuliers pour qu'une conscience de classe commune puisse se d&#233;velopper. Ses membres s'unissent avec diverses classes et partis et fournissent les combattants intellectuels pour chacun. Une partie d&#233;fend les int&#233;r&#234;ts de la classe dirigeante pour laquelle de nombreux intellectuels servent professionnellement. D'autres ont d&#233;fendu la cause du prol&#233;tariat. La majorit&#233;, cependant, est rest&#233;e jusqu'&#224; pr&#233;sent emp&#234;tr&#233;e dans les petits cercles bourgeois de la pens&#233;e. Ce n'est pas le seul car beaucoup d'entre eux sont issus de cette classe,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces divisions des intellectuels, comme nous l'avons remarqu&#233; plus haut, que se manifeste une sympathie sans cesse croissante pour le prol&#233;tariat. Parce qu'ils n'ont pas d'int&#233;r&#234;t de classe particulier et qu'ils sont plus accessibles par leur point de vue professionnel et scientifique, ils sont plus faciles &#224; gagner pour notre parti par des consid&#233;rations scientifiques. La faillite th&#233;orique de l'&#233;conomie bourgeoise et la sup&#233;riorit&#233; th&#233;orique du socialisme doivent leur appara&#238;tre clairement. A travers cela, ils doivent continuellement d&#233;couvrir que les autres classes sociales s'efforcent continuellement d'avilir encore plus l'art et la science. Beaucoup d'autres sont finalement impressionn&#233;s par le fait de l'irr&#233;sistible avanc&#233;e de la social-d&#233;mocratie, surtout lorsqu'ils la comparent &#224; la d&#233;t&#233;rioration continue du lib&#233;ralisme. C'est ainsi que l'amiti&#233; pour le travail devient populaire parmi les classes cultiv&#233;es,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces cercles de la classe cultiv&#233;e &#233;taient synonymes de bourgeoisie, alors certes nous aurions gagn&#233; la partie et une r&#233;volution sociale serait superflue. Avec cette classe, il est facile de discuter des choses, et d'eux un d&#233;veloppement graduel tranquille ne rencontrera aucun obstacle forc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, cependant, ils ne sont qu'une partie de la bourgeoisie, bien s&#251;r, seulement ceux qui parlent et &#233;crivent au nom de la bourgeoisie, mais pas ceux qui d&#233;terminent leurs actes. Et les hommes aussi bien que les classes doivent &#234;tre jug&#233;s, non par leurs paroles, mais par leurs actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi se rappeler que c'est dans la partie la moins efficace des combattants et la moins combative de la bourgeoisie que se d&#233;veloppe la sympathie pour le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, alors que le socialisme &#233;tait stigmatis&#233; parmi toutes les classes cultiv&#233;es comme criminel ou fou, les &#233;l&#233;ments capitalistes ne pouvaient &#234;tre introduits dans le mouvement socialiste que par une rupture compl&#232;te avec l'ensemble du monde capitaliste. Quiconque venait dans le mouvement socialiste &#224; cette &#233;poque des &#233;l&#233;ments capitalistes avait besoin d'une grande &#233;nergie, d'une passion r&#233;volutionnaire et de fortes convictions prol&#233;tariennes. C'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment cet &#233;l&#233;ment qui constituait ordinairement l'aile la plus radicale et la plus r&#233;volutionnaire du mouvement socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va tout autrement aujourd'hui, o&#249; le socialisme est devenu une mode. Il ne demande plus d'&#233;nergie particuli&#232;re, ni de rupture avec la soci&#233;t&#233; capitaliste pour s'appeler socialiste. Il n'est donc pas &#233;tonnant que de plus en plus ces nouveaux socialistes restent emp&#234;tr&#233;s dans leur mode de pens&#233;e et de sentiment ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tactique de combat des intellectuels est en tout cas totalement diff&#233;rente de celle du prol&#233;tariat. A la richesse et &#224; la puissance des armes, celle-ci oppose son nombre &#233;crasant et sa solide organisation. Les intellectuels sont une minorit&#233; de plus en plus r&#233;duite sans aucune organisation de classe. Leur seule arme est la persuasion par la parole et l'&#233;criture ; la bataille avec les &#171; armes intellectuelles &#187; et la &#171; sup&#233;riorit&#233; morale &#187;, et ces &#171; socialistes de salon &#187; r&#233;gleraient la lutte de classe prol&#233;tarienne aussi avec ces armes. Ils se d&#233;clarent pr&#234;ts &#224; accorder au prol&#233;tariat leur soutien moral, mais seulement &#224; condition qu'il renonce &#224; l'id&#233;e de l'application de la force, et cela non seulement l&#224; o&#249; la force est sans espoir - l&#224; le prol&#233;tariat y a d&#233;j&#224; renonc&#233; - mais aussi l&#224; o&#249; il est encore plein de possibilit&#233;s. Aussi cherchent-ils &#224; jeter le discr&#233;dit sur l'id&#233;e de r&#233;volution et &#224; la repr&#233;senter comme un moyen inutile. Ils cherchent &#224; s&#233;parer une aile r&#233;formatrice sociale du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, et ils divisent et affaiblissent ainsi le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zip &#224; l'heure actuelle c'est pratiquement le seul r&#233;sultat des d&#233;buts de la conversion des &#034;Intellectuels&#034; au Socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de cette &#171; nouvelle classe moyenne &#187;, l'ancienne, la petite classe capitaliste, v&#233;g&#232;te encore. Cette partie de la classe moyenne &#233;tait &#224; un moment donn&#233; l'&#233;pine dorsale de la r&#233;volution ; avides de bataille et pleines de combats, elles se levaient sur de l&#233;g&#232;res provocations chaque fois que les conditions &#233;taient favorables, contre toute forme de servitude et d'exploitation d'en haut, contre la tyrannie de la bureaucratie et du militarisme, contre les privil&#232;ges f&#233;odaux et cl&#233;ricaux. Ils constituaient les troupes d'&#233;lite de la d&#233;mocratie bourgeoise. &#224; un moment cette classe, comme une partie de la &#171; nouvelle classe moyenne &#187; actuelle, &#233;tait tr&#232;s sympathique envers le prol&#233;tariat, coop&#233;rait avec lui, lui donnait et recevait de lui un soutien intellectuel et une force mat&#233;rielle. Mais ancienne ou nouvelle, la classe moyenne actuelle est un alli&#233; tr&#232;s peu fiable, et cela justement &#224; cause de sa position interm&#233;diaire entre les classes exploit&#233;es et les classes exploiteuses. Comme Marx l'a d&#233;j&#224; not&#233;, le petit capitaliste n'est ni tout &#224; fait prol&#233;taire, ni tout &#224; fait bourgeois, et se consid&#232;re, selon les cas, d'abord l'un puis l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette position contradictoire na&#238;t une division dans la classe des petits propri&#233;taires. Une partie s'identifie au prol&#233;tariat, l'autre &#224; ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite industrie est vou&#233;e &#224; la ruine, sa ruine se poursuit maintenant sans interruption. Cela se manifeste mais lentement dans la diminution effective du nombre des petites industries, mais rapidement dans leur d&#233;moralisation. Une partie de leurs propri&#233;taires sont dans la d&#233;pendance absolue du capital, n'&#233;tant que des ouvriers &#224; domicile et salari&#233;s, qui travaillent pour un ma&#238;tre dans leurs maisons au lieu d'&#234;tre dans une usine. D'autres, surtout les petits commer&#231;ants et aubergistes, restent ind&#233;pendants, mais ne trouvent leurs clients que dans les milieux ouvriers, de sorte que leur existence d&#233;pend absolument de la prosp&#233;rit&#233; ou de l'adversit&#233; des classes laborieuses. Ils ont d&#233;sesp&#233;r&#233; de jamais s'&#233;lever par leurs propres efforts, ils attendent tout d'en haut et ne comptent que sur les classes sup&#233;rieures et le gouvernement pour obtenir de l'aide. Et comme tout progr&#232;s les menace, ils s'opposent &#224; tout progr&#232;s. La servilit&#233; et la d&#233;pendance &#224; la r&#233;action font d'eux non seulement des partisans volontaires, mais des d&#233;fenseurs fanatiques de la monarchie, de l'&#233;glise et de la noblesse. Avec tout cela, ils restent d&#233;mocratiques, puisque ce n'est que par la d&#233;mocratie qu'ils peuvent exercer une quelconque influence politique, et obtenir l'aide des pouvoirs publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette division des petits propri&#233;taires qui est principalement responsable de la d&#233;cadence de la d&#233;mocratie bourgeoise. L'une de ces divisions se tourne vers la social-d&#233;mocratie prol&#233;tarienne ; l'autre vers la d&#233;mocratie r&#233;actionnaire, o&#249; elle appara&#238;t sous les couleurs les plus diverses comme l'antis&#233;mitisme, le nationalisme, la d&#233;mocratie chr&#233;tienne &#8211; fractions des partis conservateurs et centraux, mais toujours avec le m&#234;me contenu social. Cette d&#233;mocratie r&#233;actionnaire a emprunt&#233; nombre de ses id&#233;es et de ses arguments &#224; la pens&#233;e socialiste, et beaucoup en sont donc venus &#224; les consid&#233;rer comme des pr&#233;mices qui indiquent une forme particuli&#232;re de transition du lib&#233;ralisme au socialisme. L'intenabilit&#233; de cette position est claire aujourd'hui. Le socialisme n'a pas d'ennemi plus acharn&#233; que la d&#233;mocratie r&#233;actionnaire. Si les socialistes exigent un quelconque progr&#232;s dans la civilisation, que cette avanc&#233;e profite ou non directement aux int&#233;r&#234;ts de classe prol&#233;tariens, la d&#233;mocratie r&#233;actionnaire est pouss&#233;e de tout son &#234;tre &#224; s'y opposer, m&#234;me si elle ne menace pas directement les int&#233;r&#234;ts du petit propri&#233;taire. De m&#234;me que le parti socialiste est le parti le plus progressiste, de m&#234;me la d&#233;mocratie r&#233;actionnaire est le parti le plus r&#233;trograde, en ce qu'&#224; la haine du progr&#232;s qu'ils partagent avec les autres partis r&#233;actionnaires, ils ajoutent l'ignorance la plus grossi&#232;re de tout ce qui se passe en dehors de leur cercle &#233;troit. de pens&#233;e. Une autre raison de ce fait est que les petits capitalistes ne peuvent maintenir leur position d'exploiteurs que par la torture la plus inhumaine des plus faibles et des plus r&#233;sistants des possesseurs de la force de travail - les femmes et les enfants. En cons&#233;quence, ils sont naturellement les premiers adversaires des socialistes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la classe des petits propri&#233;taires, pour autant qu'elle ne devient pas socialiste, devient, au lieu d'un alli&#233;, ou d'un &#233;l&#233;ment conciliateur &#224; mi-chemin entre le prol&#233;tariat et les classes dominantes, un ennemi acharn&#233; du prol&#233;tariat. Au lieu d'un adoucissement des antagonismes de classe, nous voyons ici le point culminant le plus dur de l'antagonisme de classe, et de plus un point culminant rapidement, car ce n'est qu'au cours des derni&#232;res ann&#233;es qu'il est devenu clairement perceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous avons dit de la classe des petits propri&#233;taires s'applique avec peu de changements &#224; la classe des fermiers. Ils sont aussi divis&#233;s en deux camps, l'un prol&#233;taire, compos&#233; de petits fermiers, et l'autre de propri&#233;taires capitalistes. C'est notre t&#226;che d'acc&#233;l&#233;rer ce processus de division, afin que nous puissions clarifier les int&#233;r&#234;ts prol&#233;tariens &#233;crasants de la premi&#232;re classe et les conduire ainsi au socialisme. La d&#233;mocratie r&#233;actionnaire des campagnes est aussi hostile &#224; notre existence que celle des villes m&#234;me si cette opposition n'est pas toujours clairement reconnue. Les camarades qui ne voient dans la confusion agraire qu'un &#233;tat de transition des paysans des anciens partis vers la social-d&#233;mocratie se trompent aussi mal que ceux qui attendent la m&#234;me chose de l'antis&#233;mitisme dans les villes. Les agriculteurs moyens et grands d&#233;testent les socialistes,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la campagne aussi l'antagonisme social entre les possesseurs et le prol&#233;tariat s'accentue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est encore plus vrai de l'antagonisme entre les grands propri&#233;taires terriens et le salari&#233; que de celui entre le fermier et le salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les grandes industries agricoles, le salari&#233; joue un r&#244;le plus important que dans l'agriculture ordinaire. Pour le grand fermier aussi, le prix &#233;lev&#233; des vivres est beaucoup plus important que pour le fermier qui consomme une grande partie de son produit. L'antagonisme entre le producteur et le consommateur de vivres n'est certes pas le m&#234;me qu'entre le travailleur et l'exploiteur, mais plut&#244;t comme celui entre la ville et la campagne. Mais &#224; la ville le prol&#233;tariat est aujourd'hui la classe la plus nombreuse et la plus combative et par cons&#233;quent le marchand de vivres voit dans le prol&#233;tariat son ennemi le plus &#233;nergique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;tonnant que le grand propri&#233;taire terrien consid&#232;re aujourd'hui l'ouvrier industriel d'un point de vue totalement diff&#233;rent de celui qu'il a fait. Autrefois, il &#233;tait indiff&#233;rent &#224; la lutte entre le capitaliste industriel et son ouvrier et, en effet, il les suivait souvent avec des r&#233;jouissances malignes devant la situation difficile des capitalistes avec lesquels il y avait en effet souvent une certaine sympathie pour le prol&#233;tariat. Ce n'&#233;tait pas ce dernier qui se dressait alors sur sa route, mais plut&#244;t le capitaliste qui r&#233;clamait protection alors qu'il avait besoin du libre-&#233;change, et qui au contraire voyait dans les rentes fonci&#232;res une invasion de ses profits et qui cherchait &#224; ravir aux propri&#233;taires terriens le monopole des hautes sph&#232;res de l'arm&#233;e et de la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les choses sont tout &#224; fait diff&#233;rentes. Le temps des amis ouvriers, tels que les tories et les junkers, de Disraeli, Rodbertus, Vogelsang, est depuis longtemps r&#233;volu. Comme la classe des petits propri&#233;taires et la classe des moyens et gros agriculteurs, la classe des propri&#233;taires terriens devient de plus en plus antagoniste aux ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la classe capitaliste ? Ils sont aujourd'hui la classe d&#233;cisive. Ne sont-ils pas du moins comme les &#171; intellectuels &#187; de plus en plus favorables au travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette de dire que je ne vois aucun signe de cette amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la classe capitaliste est &#233;galement en train de changer. Il ne reste pas toujours le m&#234;me. Mais quels sont les changements les plus importants qu'elle ait subis au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, nous trouvons une diminution, voire en certains endroits l'abolition compl&#232;te, au moyen d'accords, de cartels et de trusts, de la concurrence que les capitalistes avaient autrefois &#224; affronter dans les diff&#233;rentes branches d'industrie. De l'autre c&#244;t&#233;, je vois l'intensification de la concurrence internationale &#224; travers la mont&#233;e de nouvelles puissances capitalistes, en particulier l'Allemagne et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les accords abolissent la concurrence entre les capitalistes non seulement vis-&#224;-vis des acheteurs de leurs produits, mais aussi vis-&#224;-vis de leurs ouvriers. Au lieu de nombreux acheteurs de force de travail, ils se pr&#233;sentent maintenant comme une unit&#233; oppos&#233;e aux travailleurs. Il n'est pas n&#233;cessaire d'expliquer plus avant dans quelle mesure cela augmente leur sup&#233;riorit&#233; et dans quelle mesure cela aiguise leur antagonisme envers les travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le dernier recensement des &#201;tats-Unis, les salaires des ouvriers dans les industries am&#233;ricaines ont absolument diminu&#233; pendant les dix ann&#233;es de 1890 &#224; 1900. Si cela est exact, ce n'est pas trop dire que c'est un des r&#233;sultats de la confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aiguisage de la concurrence internationale va dans le m&#234;me sens. Ici aussi, nous trouvons les travailleurs souffrant avec les consommateurs de ce d&#233;veloppement. Parall&#232;lement &#224; l'augmentation du prix des marchandises par le biais de tarifs protecteurs, qui favorisent &#233;galement la formation de trusts et de coalitions, nous constatons une exploitation accrue des travailleurs par laquelle les capitalistes cherchent &#224; faire face &#224; la concurrence &#233;trang&#232;re. La cons&#233;quence en est l'intensification de leur lutte contre les organisations combattantes des travailleurs, tant politiques qu'&#233;conomiques, qui s'opposent &#224; une telle exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici aussi, nous ne constatons pas un adoucissement mais une aggravation de l'antagonisme de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me force agissant dans le m&#234;me sens est l'amalgame croissant du capital industriel avec le capital mon&#233;taire, ou &#171; haute finance &#187;. Le capitaliste industriel est un dirigeant qui poss&#232;de une industrie dans le domaine de la production, en prenant ce mot dans son sens le plus large (y compris les transports) dans laquelle il exploite des salari&#233;s et en tire profit. Le capitaliste mon&#233;taire, au contraire, est la forme modernis&#233;e de l'ancien usurier. Il tire son revenu des int&#233;r&#234;ts de l'argent qu'il pr&#234;te, non seulement, comme jadis, &#224; des particuliers indigents, mais aussi &#224; des gestionnaires capitalistes, &#224; des institutions, &#224; des &#201;tats, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le capitaliste industriel et le capitaliste mon&#233;taire existe un grand antagonisme, semblable &#224; celui qui existe entre le premier et les propri&#233;taires terriens. Les int&#233;r&#234;ts sur le capital emprunt&#233; comme la rente fonci&#232;re constituent une r&#233;duction des b&#233;n&#233;fices industriels. Les int&#233;r&#234;ts des deux formes de capital sont ici contradictoires. Politiquement aussi ils sont dans l'opposition. Le grand propri&#233;taire terrien repr&#233;sente aujourd'hui une forme de gouvernement forte et de pr&#233;f&#233;rence monarchique parce qu'en tant que membre de la noblesse, il peut personnellement influencer le monarque &#224; travers eux et &#224; travers lui le pouvoir gouvernemental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus il est militaire ce qui offre des opportunit&#233;s d'offres accrues, des carri&#232;res auxquelles les fils de bourgeois &#233;taient peu enclins. Encore une fois, il a autrefois exig&#233; une politique de force dans les affaires &#233;trang&#232;res et int&#233;rieures. De la m&#234;me mani&#232;re, le financier trouve tr&#232;s agr&#233;able le militarisme et une politique gouvernementale active et forte, tant &#224; l'ext&#233;rieur qu'&#224; l'int&#233;rieur. Les rois de la finance n'ont pas &#224; craindre un pouvoir gouvernemental fort, ind&#233;pendant du peuple et du Parlement, car ils peuvent gouverner un tel pouvoir soit directement en tant qu'obligataires, soit par des influences personnelles et sociales. Dans le militarisme, la guerre et les dettes publiques, ils ont un int&#233;r&#234;t direct, non seulement en tant que cr&#233;anciers, mais aussi en tant qu'entrepreneurs du gouvernement, puisque la sph&#232;re de leur influence, de leur exploitation, de leur pouvoir et de leur richesse s'en trouve augment&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va tout autrement du capital industriel. Le militarisme, la guerre et les dettes publiques signifient des imp&#244;ts &#233;lev&#233;s que les riches doivent aider &#224; supporter, sinon le co&#251;t de production est augment&#233;. La guerre signifie en outre une stagnation de la production des marchandises, une rupture du commerce, des difficult&#233;s &#233;conomiques et souvent la ruine. L&#224; o&#249; le financier est t&#233;m&#233;raire, extravagant et violent, le directeur industriel est frugal, timide et pacifique. Un pouvoir gouvernemental fort suscite en lui de l'anxi&#233;t&#233; et d'autant plus qu'il ne peut pas le contr&#244;ler directement. Ses int&#233;r&#234;ts exigent plut&#244;t un parlement fort qu'un gouvernement fort. A l'oppos&#233; du grand propri&#233;taire terrien et du financier, il penche plut&#244;t vers le lib&#233;ralisme, parce que sa ti&#233;deur s'accorde avec sa propre position. Ses b&#233;n&#233;fices sont limit&#233;s d'un c&#244;t&#233; par la rente fonci&#232;re, les int&#233;r&#234;ts et les taxes, et de l'autre c&#244;t&#233; un prol&#233;tariat aspirant menace tout le syst&#232;me de profit. Lorsque le prol&#233;tariat devient trop mena&#231;ant, il pr&#233;f&#232;re adopter la m&#233;thode pacifique du &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;, de la corruption et de la compromission par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de la r&#233;pression par la force. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. Lorsque le prol&#233;tariat devient trop mena&#231;ant, il pr&#233;f&#232;re adopter la m&#233;thode pacifique du &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;, de la corruption et de la compromission par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de la r&#233;pression par la force. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. Lorsque le prol&#233;tariat devient trop mena&#231;ant, il pr&#233;f&#232;re adopter la m&#233;thode pacifique du &#171; diviser pour r&#233;gner &#187;, de la corruption et de la compromission par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de la r&#233;pression par la force. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. et de compromis par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de r&#233;pression forc&#233;e. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. et de compromis par des &#233;tablissements bienveillants, etc., plut&#244;t que la m&#233;thode de r&#233;pression forc&#233;e. L&#224; o&#249; le prol&#233;tariat n'est pas encore entr&#233; dans le champ de la politique ind&#233;pendante, le capitaliste industriel lui sert volontiers de guide pour accro&#238;tre son propre pouvoir politique. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re. Pour le petit bourgeois socialiste, l'opposition entre le capital industriel et le prol&#233;tariat appara&#238;t moins que celle entre le profit d'un c&#244;t&#233; et la rente fonci&#232;re et l'int&#233;r&#234;t de l'autre. Pour lui, la solution de la question sociale consiste dans l'abolition de l'int&#233;r&#234;t et de la rente fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'opposition entre la finance et l'industrie ne cesse de diminuer puisqu'avec la concentration progressive du capital, la finance domine de plus en plus l'industrie. Un moyen puissant &#224; cette fin est le remplacement continu des employeurs priv&#233;s par des soci&#233;t&#233;s par actions. Les optimistes bien intentionn&#233;s y ont vu un moyen de &#171; d&#233;mocratiser &#187; le capital pour qu'au bout d'un moment, de la mani&#232;re la plus paisible et sans que personne ne s'en aper&#231;oive, le capital se transforme en propri&#233;t&#233; sociale. En fait, ce mouvement signifie r&#233;ellement la transformation de tout l'argent des classes moyennes et inf&#233;rieures, qui n'est pas utilis&#233; par elles pour la consommation imm&#233;diate, en capital-argent et le met ainsi &#224; la disposition des grands financiers pour le rachat de directeurs industriels et ainsi contribuer &#224; la concentration de l'industrie entre les mains de quelques financiers. Sans le syst&#232;me des actions, les grands financiers ne contr&#244;leraient que les entreprises qu'ils ont achet&#233;es avec leur propre argent. Gr&#226;ce aux actions, ils peuvent faire d&#233;pendre d'eux d'innombrables industries et acc&#233;l&#233;rer ainsi la conqu&#234;te de celles qu'ils n'ont pas l'argent n&#233;cessaire pour acheter. Toute la puissance fabuleuse de Pierpont Morgan &amp; Co., qui au cours des derni&#232;res ann&#233;es a r&#233;uni dans une main d'innombrables chemins de fer, mines et la majorit&#233; des usines sid&#233;rurgiques, et a maintenant &#233;galement monopolis&#233; la plus grande ligne de navires &#224; vapeur transatlantique - cette acquisition soudaine de la domination sur l'industrie et le commerce du plus grand des mondes civilis&#233;s aurait &#233;t&#233; impossible sans les soci&#233;t&#233;s par actions. ils peuvent faire d&#233;pendre d'eux d'innombrables industries et acc&#233;l&#233;rer ainsi la conqu&#234;te de celles qu'ils n'ont pas l'argent n&#233;cessaire pour acheter. Toute la puissance fabuleuse de Pierpont Morgan &amp; Co., qui au cours des derni&#232;res ann&#233;es a r&#233;uni dans une main d'innombrables chemins de fer, mines et la majorit&#233; des usines sid&#233;rurgiques, et a maintenant &#233;galement monopolis&#233; la plus grande ligne de navires &#224; vapeur transatlantique - cette acquisition soudaine de la domination sur l'industrie et le commerce du plus grand des mondes civilis&#233;s aurait &#233;t&#233; impossible sans les soci&#233;t&#233;s par actions. ils peuvent faire d&#233;pendre d'eux d'innombrables industries et acc&#233;l&#233;rer ainsi la conqu&#234;te de celles qu'ils n'ont pas l'argent n&#233;cessaire pour acheter. Toute la puissance fabuleuse de Pierpont Morgan &amp; Co., qui au cours des derni&#232;res ann&#233;es a r&#233;uni dans une main d'innombrables chemins de fer, mines et la majorit&#233; des usines sid&#233;rurgiques, et a maintenant &#233;galement monopolis&#233; la plus grande ligne de navires &#224; vapeur transatlantique - cette acquisition soudaine de la domination sur l'industrie et le commerce du plus grand des mondes civilis&#233;s aurait &#233;t&#233; impossible sans les soci&#233;t&#233;s par actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le London Economist , cinq hommes, John D. Rockefeller, CH Harriman, Pierpont Morgan, WM Vanderbilt et GD Gould poss&#232;dent ensemble sept cent cinquante millions de dollars ; tandis que le capital total des banques, des chemins de fer et des compagnies industrielles des &#201;tats-Unis est de dix-sept mille cinq cents millions de dollars. Gr&#226;ce au syst&#232;me des actions, ils contr&#244;lent la moiti&#233; de ce capital, dont d&#233;pend &#224; son tour toute la richesse &#233;conomique de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme cela a toujours &#233;t&#233; le cas, lorsque l'in&#233;vitable crise viendra en Am&#233;rique, les petits actionnaires seront expropri&#233;s et les positions des grands seront &#233;largies et renforc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus grand est le pouvoir du financier dans l'industrie, plus grande est la tendance du capital industriel &#224; adopter les m&#233;thodes de la finance. Pour l'homme d'affaires priv&#233; qui vit &#224; c&#244;t&#233; de ses ouvriers, ce sont encore des hommes au bien-&#234;tre desquels il ne peut &#234;tre totalement indiff&#233;rent que s'il est devenu totalement insensible. Pour l'actionnaire, il n'existe que des dividendes, et les travailleurs ne sont que des chiffres dans un calcul math&#233;matique au r&#233;sultat duquel il est au plus haut point int&#233;ress&#233;, car il peut g&#233;n&#233;ralement lui apporter un bien-&#234;tre accru et un pouvoir accru, ou un retranchement et une d&#233;gradation sociale. . Le reste de consid&#233;ration pour le travailleur qui &#233;tait encore conserv&#233; dans le patron priv&#233; est ici enti&#232;rement perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capital-argent est la forme de capital qui tend le plus vers la violence, qui conduit le plus facilement au monopole et atteint ainsi un pouvoir illimit&#233; sur la classe ouvri&#232;re, qui est la plus &#233;loign&#233;e du travailleur, qui menace le plus le capital du capitaliste industriel priv&#233;, et de plus en plus. plus vient gouverner l'ensemble du syst&#232;me de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat n&#233;cessaire en est une aggravation des antagonismes sociaux. Mais l'Angleterre ! il sera imm&#233;diatement r&#233;pondu. Ne trouvons-nous pas en Angleterre un adoucissement sensible des antagonismes de classe, et Marx n'a-t-il pas dit que l'Angleterre est la terre classique de la production capitaliste, ce qui montre aujourd'hui ce que sera notre avenir ? L'&#233;tat actuel de l'Angleterre n'est-il pas celui vers lequel nous nous dirigeons ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est toujours &#224; l'Angleterre que nous renvoient les fanatiques de la paix sociale et il est significatif que ce soient ces m&#234;mes personnes qui nous narguent le plus bruyamment, nous, marxistes orthodoxes, sur la t&#233;nacit&#233; obstin&#233;e avec laquelle nous nous accrochons &#224; chaque phrase marxienne et qui jettent le plus souvent les mots marxistes ci-dessus. phrase &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, cependant, les conditions ont beaucoup chang&#233; depuis la r&#233;daction du Capital . L'Angleterre a cess&#233; d'&#234;tre la terre classique du capitalisme. Son d&#233;veloppement s'arr&#234;te de plus en plus, il devient de plus en plus subordonn&#233; &#224; d'autres nations, en particulier l'Allemagne et l'Am&#233;rique, et maintenant les conditions commencent &#224; s'inverser. L'Angleterre cesse de nous montrer notre avenir. Au contraire, notre &#233;tat actuel montre plut&#244;t l'avenir de l'Angleterre dans la production capitaliste. Ce qui montre que l'enqu&#234;teur des relations r&#233;elles est vraiment un marxiste orthodoxe, ce n'est pas qu'il suit Marx sans r&#233;fl&#233;chir, mais qu'il applique ses m&#233;thodes pour comprendre les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angleterre a &#233;t&#233; le terrain classique du capitalisme, celui sur lequel le capital industriel s'est d'abord impos&#233;. Le capitalisme anglais est arriv&#233; au pouvoir le ma&#238;tre &#233;conomique non seulement de la classe sup&#233;rieure de son propre pays mais aussi des terres &#233;trang&#232;res. C'est ainsi que tous les caract&#232;res que j'ai d&#233;sign&#233;s plus haut comme propres &#224; elle purent se d&#233;velopper le plus librement. Il a renonc&#233; &#224; la r&#233;pression violente de la classe ouvri&#232;re et s'est beaucoup plus appuy&#233; sur la diplomatie pacifique, a accord&#233; pendant un certain temps des privil&#232;ges politiques aux puissamment organis&#233;s et a cherch&#233; &#224; acheter et &#224; corrompre ses dirigeants par des avances amicales dans lesquelles il a trop souvent r&#233;ussi. En m&#234;me temps, il a renonc&#233; &#224; toute violence envers le monde ext&#233;rieur. Paix et libre-&#233;change &#233;taient ses mots d'ordre. Il a adopt&#233; une attitude pacifique envers les Beers,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, la concurrence &#233;trang&#232;re devient puissante, voire parfois &#233;crasante, ce qui oblige les capitalistes &#224; r&#233;sister &#224; toute opposition &#224; l'exploitation int&#233;rieure, tandis que les moyens les plus violents sont utilis&#233;s pour s'assurer des march&#233;s ext&#233;rieurs. Cela va de pair avec la croissance usuraire de la domination de la haute finance dans le processus de production. Depuis, l'Angleterre a pris une autre apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'esprit du temps &#187;, d&#233;clarent les Webbs in Socialen Praxis du 20 mars 1902, &#171; s'est retourn&#233; au cours des dix derni&#232;res ann&#233;es contre l'&#171; entraide corporative &#187; dans les relations entre employeur et employ&#233;, caract&#233;ristique d'une il y a une g&#233;n&#233;ration. En effet, l'opinion publique des classes ais&#233;es et professionnelles est en r&#233;alit&#233; hostile &#224; tout ce qui concerne les syndicats et les gr&#232;ves, ce qui n'&#233;tait pas le cas il y a une g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la suite de ce changement soudain, les syndicats sont tr&#232;s gravement entrav&#233;s dans leur activit&#233; par les tribunaux. Au lieu de libre-&#233;change, nous voyons le co&#251;t de la vie augment&#233; par l'imp&#244;t ; la politique de conqu&#234;te coloniale recommence, ainsi qu'une l&#233;gislation coercitive contre l'Irlande. Il suffit de constituer une arm&#233;e permanente sur le mod&#232;le prussien et l'Angleterre sera lanc&#233;e de plein pied sur la voie de la politique allemande, avec la m&#234;me politique polonaise, commerciale, sociale, &#233;trang&#232;re et militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne montre-t-il pas clairement que l'avenir de l'Angleterre peut aujourd'hui &#234;tre &#233;tudi&#233; en Allemagne (et aussi aux &#201;tats-Unis), et que la condition de l'Angleterre a cess&#233; de repr&#233;senter notre avenir ? L'&#233;tape de &#171; l'adoucissement des antagonismes de classes &#187; et de la construction de la voie de la &#171; paix sociale &#187; est confin&#233;e &#224; l'Angleterre, et aujourd'hui m&#234;me elle appartient au pass&#233;. Gladstone &#233;tait le premier repr&#233;sentant de la politique de concessions pour l'adoucissement des antagonismes, qui correspondait au capitalisme industriel de l'Angleterre &#224; l'&#233;poque o&#249; il dominait de mani&#232;re &#233;crasante toutes les autres classes et pays. Le plus grand repr&#233;sentant de la domination du capital-argent violent et conqu&#233;rant est Chamberlain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'accorderai volontiers que moi aussi j'avais jadis de grands espoirs pour l'Angleterre. M&#234;me si je ne m'attendais pas &#224; ce que le stade Gladstonien soit jamais transport&#233; en Allemagne, j'esp&#233;rais n&#233;anmoins qu'en raison de la particularit&#233; des conditions anglaises, le d&#233;veloppement du capitalisme au socialisme pourrait s'accomplir pacifiquement, non par une r&#233;volution sociale, mais au moyen d'un s&#233;rie de concessions progressistes de la classe dirigeante au prol&#233;tariat. L'exp&#233;rience des derni&#232;res ann&#233;es a &#233;galement d&#233;truit ces espoirs pour l'Angleterre. La politique int&#233;rieure anglaise commence maintenant &#224; se fa&#231;onner sur le mod&#232;le de son concurrent allemand. Puisse-t-il avoir une r&#233;action correspondante sur le prol&#233;tariat anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit maintenant jusqu'&#224; quel point l'acceptation de l'id&#233;e d'un adoucissement des antagonismes de classe et d'un rapprochement de la bourgeoisie et du prol&#233;tariat est justifi&#233;e. Certes, elle n'est pas toute b&#226;tie sur l'air, elle s'appuie sur certains faits, mais son d&#233;faut consiste &#224; avoir accept&#233; comme universels des faits qui sont en r&#233;alit&#233; confin&#233;s dans une sph&#232;re &#233;troite. Il consid&#232;re quelques divisions des Intellectuels comme l'ensemble de la bourgeoisie, et consid&#232;re une tendance sociale particuli&#232;re de l'Angleterre, qui appartient maintenant &#224; une &#233;poque r&#233;volue, comme une tendance universelle et toujours croissante de tout le syst&#232;me de production capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la d&#233;mocratie ne fonde-t-elle pas une transformation graduelle et imperceptible du capitalisme en socialisme sans rupture violente avec l'existant si l'on suppose seulement la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des politiciens qui affirment que seule la domination de classe despotique n&#233;cessite la r&#233;volution ; que la r&#233;volution est rendue superflue par la d&#233;mocratie. On pr&#233;tend que nous avons aujourd'hui suffisamment de d&#233;mocratie dans tous les pays civilis&#233;s pour rendre possible un d&#233;veloppement pacifique et sans r&#233;volution. Il est surtout possible de fonder des coop&#233;ratives de consommation dont l'extension introduira une production d'usage, et chassera ainsi lentement mais s&#251;rement la production capitaliste d'une sph&#232;re apr&#232;s l'autre. Plus important encore, il est possible d'organiser des syndicats qui limiteront continuellement le pouvoir du capitaliste dans son entreprise, jusqu'&#224; ce que le constitutionnalisme supplante l'absolutisme dans l'usine, et ainsi la voie sera pr&#233;par&#233;e pour la lente transition vers l'usine r&#233;publicanis&#233;e. Plus loin encore, les socialistes peuvent p&#233;n&#233;trer dans les conseils municipaux, influencer le travail public dans l'int&#233;r&#234;t de la classe ouvri&#232;re, &#233;tendre le cercle des activit&#233;s municipales et, par l'extension continue du cercle de la production municipale, r&#233;tr&#233;cir le champ de la production priv&#233;e. Enfin, les socialistes se pressent au parlement, o&#249; ils gagnent toujours plus d'influence, et font passer une r&#233;forme apr&#232;s l'autre, restreignent le pouvoir des capitalistes par la l&#233;gislation du travail, et simultan&#233;ment &#233;tendent de plus en plus le cercle de la production gouvernementale, tandis qu'ils travaillent pour la nationalisation des grands monopoles. Ainsi, par l'exercice des droits d&#233;mocratiques sur les bases existantes, la soci&#233;t&#233; capitaliste se transforme progressivement et sans aucun choc en socialisme. Par cons&#233;quent, la conqu&#234;te r&#233;volutionnaire des pouvoirs politiques par le prol&#233;tariat est inutile, et les efforts en ce sens directement nuisibles,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour les adversaires du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un tableau attrayant qu'ils nous ont peint, et encore une fois, on ne peut pas dire avec v&#233;rit&#233; qu'il est enti&#232;rement construit dans les airs. Les faits sur lesquels elle est fond&#233;e existent r&#233;ellement. Mais la v&#233;rit&#233; qu'ils disent n'est qu'une demi-v&#233;rit&#233;. Un peu de r&#233;flexion dialectique leur aurait montr&#233; le tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette idylle ne devient vraie que si l'on admet qu'un seul c&#244;t&#233; de l'opposition, le prol&#233;tariat, grandit et se renforce, tandis que l'autre c&#244;t&#233;, la bourgeoisie, reste in&#233;branlablement fix&#233; au m&#234;me endroit. En admettant cela, il s'ensuit naturellement que le prol&#233;tariat va peu &#224; peu, et sans r&#233;volution, d&#233;passer la bourgeoisie et l'exproprier insensiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les choses prennent un autre aspect quand on consid&#232;re l'autre camp, et l'on voit que la bourgeoisie se renforce &#233;galement et est pouss&#233;e par chaque avanc&#233;e du prol&#233;tariat &#224; d&#233;velopper de nouveaux pouvoirs, &#224; d&#233;couvrir et &#224; appliquer de nouvelles m&#233;thodes de r&#233;sistance et d'opposition. r&#233;pression. Ce qui, &#224; partir d'une observation unilat&#233;rale, appara&#238;t comme une croissance pacifique progressive vers le socialisme est alors consid&#233;r&#233; comme l'organisation de corps de combat toujours plus grands, comme le d&#233;veloppement et l'application de ressources toujours plus puissantes pour le conflit, comme un &#233;largissement continu de la bataille men&#233;e. Au lieu d'&#234;tre une victoire progressive de la lutte des classes par l'&#233;puisement du capitalisme, c'est plut&#244;t une reproduction de la lutte sur des sc&#232;nes toujours plus larges, et un approfondissement des cons&#233;quences de chaque victoire et de chaque d&#233;faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plus anodines de toutes sont les coop&#233;ratives, dont aujourd'hui les coop&#233;ratives de consommation sont pratiquement les seules &#224; consid&#233;rer. En raison de leur caract&#232;re purement pacifique, ils sont toujours hautement estim&#233;s par tous les adversaires du d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire. Il ne fait aucun doute qu'ils peuvent offrir de nombreux avantages importants &#224; la classe ouvri&#232;re, mais il est risible d'attendre d'eux m&#234;me une expropriation partielle de la classe capitaliste. Pour autant qu'ils exproprient une classe aujourd'hui, c'est celle des petits marchands et de nombreux grades d'ouvriers, qui ont pu se maintenir jusqu'&#224; pr&#233;sent. Parall&#232;lement on remarque que nulle part les grands capitalistes n'attaquent les coop&#233;ratives dont on pr&#233;tend qu'elles les menacent. Au contraire, ce sont les petits propri&#233;taires qui s'emportent contre les coop&#233;ratives, et ceux qui sont l&#233;s&#233;s sont pr&#233;cis&#233;ment ceux qui d&#233;pendent le plus de la classe ouvri&#232;re et qui peuvent &#234;tre le plus facilement gagn&#233;s &#224; la cause politique prol&#233;tarienne. Si les coop&#233;ratives ouvri&#232;res apportent des avantages mat&#233;riels &#224; certaines fractions de la classe ouvri&#232;re, elles &#233;loignent aussi de notre mouvement de nombreuses classes tr&#232;s proches du prol&#233;tariat. Ces moyens d'absorption pacifique du capitalisme et d'abrogation de la lutte des classes tendent plut&#244;t &#224; introduire une nouvelle pomme de discorde et &#224; susciter une nouvelle haine de classe. Pendant ce temps, le pouvoir du capital reste totalement intact. La coop&#233;rative de consommation n'a &#233;t&#233; jusqu'ici victorieuse que dans sa bataille contre le petit marchand ; la lutte avec les grands magasins est encore &#224; venir. Ce ne sera pas une victoire si facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e que les dividendes des coop&#233;ratives, m&#234;me s'ils ne sont pas divis&#233;s, mais maintenus intacts, puissent augmenter plus vite que l'accumulation du capital pour le d&#233;passer et r&#233;tr&#233;cir la sph&#232;re du capitalisme, est absolument insens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coop&#233;rative ne peut jouer un r&#244;le important dans l'&#233;mancipation du prol&#233;tariat que l&#224; o&#249; celui-ci est engag&#233; dans une lutte de classe active. La coop&#233;rative peut alors devenir un moyen d'approvisionner en ressources les prol&#233;taires en lutte. M&#234;me alors, ils d&#233;pendent enti&#232;rement de l'&#233;tat de la l&#233;gislation et de l'attitude de l'&#201;tat. Tant que le prol&#233;tariat n'aura pas acc&#233;d&#233; au pouvoir politique, l'importance des coop&#233;ratives pour la lutte de classe du prol&#233;tariat sera toujours tr&#232;s limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup plus importants pour le prol&#233;tariat que les coop&#233;ratives sont les syndicats. Cela n'est cependant vrai que lorsqu'il s'agit d'organisations de combat, et non lorsqu'il s'agit d'organisations de paix sociale. M&#234;me lorsqu'ils concluent des contrats avec des employeurs, que ce soit en tant qu'individus ou en tant qu'organisations, ils ne peuvent les obtenir et les maintenir que gr&#226;ce &#224; leur capacit&#233; de combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si importants, voire indispensables, que soient les syndicats pour le prol&#233;tariat en lutte, ils doivent t&#244;t ou tard compter avec le syndicat patronal qui, lorsqu'il prend la forme d'un accord &#233;troit, d'un cartel ou d'un trust, trouvera sa place. trop facile de devenir irr&#233;sistible au syndicat. Mais les syndicats d'employeurs ne sont pas les seules choses qui menacent les syndicats &#8211; plus important est le pouvoir gouvernemental. En Allemagne, nous pourrions raconter une histoire sur ce point. Que, cependant, m&#234;me dans un pays aussi d&#233;mocratique que l'Angleterre, les syndicats n'aient pas encore surmont&#233; toutes leurs difficult&#233;s dans cette direction, a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; par la r&#233;cente d&#233;cision bien connue des tribunaux qui menace de neutraliser compl&#232;tement les syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce point l'article d&#233;j&#224; cit&#233; des Webbs in Socialen Praxisoffre un exemple int&#233;ressant qui jette une lumi&#232;re significative sur l'avenir des syndicats. Ils y font r&#233;f&#233;rence &#224; la grande irr&#233;gularit&#233; du d&#233;veloppement des unions en Angleterre. D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les forts sont devenus plus forts, tandis que ceux qui &#233;taient auparavant faibles sont maintenant plus faibles qu'auparavant. Les syndicats des mineurs de charbon, des ouvriers du coton, des m&#233;tiers du b&#226;timent et de l'industrie du fer se sont d&#233;velopp&#233;s. Celles des ouvriers agricoles, des marins, des m&#233;tiers du v&#234;tement et des man&#339;uvres ont recul&#233;. Mais tout le monde syndical est aujourd'hui menac&#233; par l'opposition croissante des classes poss&#233;dantes. Les lois anglaises se pr&#234;tent remarquablement bien &#224; la suppression des organisations ind&#233;sirables, et le danger qu'elles font maintenant courir aux syndicats &#171; s'est accru, et la peur d'eux augmente avec l'hostilit&#233; contre les syndicats et les gr&#232;ves que les juges et les fonctionnaires partagent avec le reste des classes sup&#233;rieures et moyennes. Les lois existantes sont de nature &#224; &#171; livrer les ouvriers aux mains des patrons les mains li&#233;es &#187;. Si bien que les Webb sont contraints de compter avec une position &#171; dans laquelle la n&#233;gociation collective avec ses conditions ind&#233;niablement favorables, la cessation collective du travail et l'interruption opportune de l'industrie, est, par l'effet l&#233;gal de la loi, rendue impossible ou du moins co&#251;teuse &#187;. et difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela place les syndicats dans une position d&#233;cid&#233;ment embarrassante face aux capitalistes, de sorte qu'on ne peut gu&#232;re attendre d'eux une restriction effective de l'exploitation. On peut bien r&#233;fl&#233;chir &#224; l'action que le pouvoir gouvernemental entreprendra dans cet ancien eldorado des syndicats, l'Angleterre, si les syndicats tentent de restreindre par la force le capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, le soi-disant socialisme municipal est limit&#233; aux &#201;tats et aux organisations sociales o&#249; r&#232;gne le suffrage universel dans la municipalit&#233;. Elle doit toujours rester li&#233;e aux conditions &#233;conomiques et politiques g&#233;n&#233;rales et ne peut jamais proc&#233;der de mani&#232;re ind&#233;pendante. Certes, le prol&#233;tariat peut trouver entre ses mains le gouvernement municipal dans les diff&#233;rentes communaut&#233;s industrielles avant d'avoir la force de conqu&#233;rir le gouvernement g&#233;n&#233;ral, et il peut, au moyen de ce contr&#244;le, ou du moins restreindre, une action hostile au prol&#233;tariat et r&#233;aliser des am&#233;liorations individuelles qu'on ne pouvait attendre d'un r&#233;gime bourgeois. Mais ces gouvernements municipaux se trouvent limit&#233;s non seulement par le pouvoir de l'&#201;tat, mais aussi par leur propre impuissance &#233;conomique. Ce sont pour la plupart des communes pauvres, compos&#233;es presque exclusivement de prol&#233;taires, qui sont d'abord conquises par la social-d&#233;mocratie. O&#249; trouveront-ils les moyens de faire de grandes r&#233;formes ? Ordinairement, le pouvoir d'imposition de la municipalit&#233; est limit&#233; par les lois de l'&#201;tat, et m&#234;me l&#224; o&#249; ce n'est pas le cas, l'imposition des nantis et des riches ne peut d&#233;passer certaines limites sans ces r&#233;sidents, les seuls &#224; qui l'on peut tirer quelque chose. , chass&#233; de la commune. Toute &#339;uvre d&#233;cisive de r&#233;forme exige aussit&#244;t de nouveaux imp&#244;ts qui sont mal accueillis non seulement par les classes sup&#233;rieures mais aussi par des couches plus larges de la population. De nombreux gouvernements municipaux qui ont &#233;t&#233; captur&#233;s par des socialistes, ou des soi-disant r&#233;formateurs socialistes, leur ont &#233;t&#233; enlev&#233;s &#224; cause de la question de la fiscalit&#233;, malgr&#233; le fait que leurs actions ont &#233;t&#233; extr&#234;mement efficaces. C'&#233;tait vrai &#224; Londres et aussi &#224; Roubaix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la sph&#232;re politique ! qui ne conna&#238;t pas de limites ! N'y trouverons-nous pas une avanc&#233;e ininterrompue pour la protection des travailleurs, et chaque session du Parlement ne nous apporte-t-elle pas de nouvelles restrictions au capitalisme, et chaque &#233;lection r&#233;currente n'augmente-t-elle pas le nombre de nos repr&#233;sentants au Parlement ? Et notre pouvoir dans l'&#201;tat et notre influence sur le gouvernement n'augmentent-ils pas lentement et s&#251;rement mais de mani&#232;re interrompue, et cela n'entra&#238;ne-t-il pas une d&#233;pendance correspondante du capital vis-&#224;-vis du prol&#233;tariat ? Certes, le nombre de lois pour la protection du travail cro&#238;t d'ann&#233;e en ann&#233;e. Mais quand on y regarde de pr&#232;s, on s'aper&#231;oit qu'elles n'ont &#233;t&#233;, ces dix derni&#232;res ann&#233;es, qu'une extension &#224; de nouvelles sph&#232;res de protection d&#233;j&#224; existantes Sortir les enfants de l'usine, prot&#233;ger les employ&#233;s, les comptables, les industries m&#233;nag&#232;res, les marins, etc., une extension de caract&#232;re superficiel et douteux, et nullement un renforcement croissant de la protection l&#224; o&#249; elle existait d&#233;j&#224;. Si l'on consid&#232;re, d'autre part, &#224; quel point le syst&#232;me de protection capitaliste &#233;tend remarquablement sa sph&#232;re, &#224; quelle vitesse il saute d'une vocation &#224; l'autre, et d'un homme &#224; l'autre, on s'aper&#231;oit que l'extension de la protection du travail suit &#224; un rythme beaucoup plus lent ; qu'il ne peut jamais d&#233;passer l'extension du capitalisme, mais vient toujours en boitant derri&#232;re. Et tandis que l'extension de celle-ci s'acc&#233;l&#232;re sans cesse, celle-l&#224; tend de plus en plus &#224; s'immobiliser. comme le fait remarquable que le syst&#232;me capitaliste de protection &#233;tend sa sph&#232;re, avec quelle rapidit&#233; il saute d'une vocation &#224; l'autre, et d'un homme &#224; l'autre, on trouvera que l'extension de la protection du travail suit &#224; un rythme beaucoup plus lent ; qu'il ne peut jamais d&#233;passer l'extension du capitalisme, mais vient toujours en boitant derri&#232;re. Et tandis que l'extension de celle-ci s'acc&#233;l&#232;re sans cesse, celle-l&#224; tend de plus en plus &#224; s'immobiliser. comme le fait remarquable que le syst&#232;me capitaliste de protection &#233;tend sa sph&#232;re, avec quelle rapidit&#233; il saute d'une vocation &#224; l'autre, et d'un homme &#224; l'autre, on trouvera que l'extension de la protection du travail suit &#224; un rythme beaucoup plus lent ; qu'il ne peut jamais d&#233;passer l'extension du capitalisme, mais vient toujours en boitant derri&#232;re. Et tandis que l'extension de celle-ci s'acc&#233;l&#232;re sans cesse, celle-l&#224; tend de plus en plus &#224; s'immobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'avanc&#233;e de la protection du travail est largement insatisfaisante, intensivement nous ne trouverons absolument rien. En Angleterre en 1847, sous la pression du mouvement chartiste et la d&#233;gradation rapide de l'industrie textile, la journ&#233;e de dix heures est assur&#233;e pour les femmes et les enfants, c'est-&#224;-dire en fait pour toute la classe ouvri&#232;re de l'industrie textile. O&#249; avons-nous aujourd'hui une am&#233;lioration par rapport &#224; la journ&#233;e de dix heures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Deuxi&#232;me R&#233;publique fran&#231;aise en 1848 fixa la journ&#233;e de travail &#224; dix heures pour tous les ouvriers de Paris, et dans le reste de la France &#224; onze heures. Lorsque derni&#232;rement Millerand a annonc&#233; &#224; la Chambre la journ&#233;e de dix heures, et cela seulement sur le papier et avec beaucoup de restrictions, pour les industries dans lesquelles les femmes et les enfants travaillaient avec des ouvriers, et ce pas pour toutes les industries, cela a &#233;t&#233; salu&#233; comme un acte admirable de dont seul un ministre socialiste &#233;tait capable. Et pourtant il offrait moins que les l&#233;gislateurs bourgeois d'il y a un demi-si&#232;cle, car il n'&#233;tendait la journ&#233;e de dix heures qu'aux enfants pour lesquels en Angleterre une journ&#233;e de travail de six heures et demie avait &#233;t&#233; fix&#233;e en 1844.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congr&#232;s de Gen&#232;ve de 1866, &#171; l'Internationale &#187; avait d&#233;j&#224; d&#233;clar&#233; que la journ&#233;e de huit heures &#233;tait la condition pr&#233;alable &#224; toute r&#233;forme sociale fructueuse. Trente-six ans plus tard, au dernier Congr&#232;s socialiste fran&#231;ais de Tours, un d&#233;l&#233;gu&#233; pouvait encore se lever et d&#233;clarer que la journ&#233;e de huit heures devait &#234;tre notre prochaine revendication. Il souhaitait seulement exiger &#171; des mesures pr&#233;paratoires &#224; la journ&#233;e de huit heures &#187;, et faire en sorte que cet homme ne se moque pas de la salle. Au contraire, il a pu &#234;tre candidat &#224; la derni&#232;re &#233;lection &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que la seule chose dans la r&#233;forme sociale qui progresse rapidement est la modestie des r&#233;formateurs sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment cela est-il possible malgr&#233; l'augmentation des repr&#233;sentants socialistes dans les organes parlementaires ? Cela devient parfaitement clair si l'on ne regarde pas la question enti&#232;rement d'un c&#244;t&#233;, mais &#233;tudie le revers de la m&#233;daille. Il ne fait aucun doute que le nombre de repr&#233;sentants socialistes augmente, mais en m&#234;me temps la d&#233;mocratie bourgeoise s'effondre. Tr&#232;s souvent, cela se manifeste ouvertement par la diminution de leur vote aux &#233;lections. Plus fr&#233;quemment, on le voit dans la chute de tous les r&#233;sultats. Ils sont de plus en plus l&#226;ches, sans caract&#232;re et ne r&#233;sistent &#224; la r&#233;action que pour se pr&#233;parer &#224; mener eux-m&#234;mes une politique r&#233;actionnaire d&#232;s qu'ils arrivent au gouvernail. En effet, c'est la m&#233;thode par laquelle le lib&#233;ralisme cherche aujourd'hui &#224; conqu&#233;rir le pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Bismarck voyait son pouvoir d&#233;cliner, il a exig&#233; que les mandats du Reichstag allemand soient prolong&#233;s de trois &#224; vivre ans. C'&#233;tait une mesure incontestablement r&#233;actionnaire qui souleva une temp&#234;te d'indignation. En France, cependant, le dernier minist&#232;re radical de la d&#233;fense r&#233;publicaine, dans lequel se trouvait un ministre socialiste, demanda une prolongation de la l&#233;gislature de quatre &#224; six ans, et la majorit&#233; r&#233;publicaine consentit &#224; l'accorder. Sans le S&#233;nat, cette mesure r&#233;actionnaire serait devenue une loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement que le lib&#233;ralisme bourgeois dispara&#238;t au m&#234;me degr&#233; que la social-d&#233;mocratie augmente. En m&#234;me temps que l'influence de la social-d&#233;mocratie grandit au Parlement, l'influence du Parlement diminue. Ces deux ph&#233;nom&#232;nes se d&#233;roulent simultan&#233;ment sans toutefois avoir de rapport direct l'un avec l'autre. Au contraire, les parlements o&#249; il n'y a pas de social-d&#233;mocrates, comme par exemple les chambres de Saxe et de Prusse, perdent leur influence et leur pouvoir cr&#233;ateur beaucoup plus rapidement que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;moralisation des parlements a diverses causes. Les causes les plus essentielles ne sont pas celles qui appartiennent &#224; la tactique parlementaire qui, par une alt&#233;ration de l'ordre des affaires ou de la sph&#232;re du Parlement, abolit son efficacit&#233;. Le plus essentiel r&#233;side dans le caract&#232;re des classes qui sont capables, par le Parlement, d'influencer significativement le gouvernement. Pour que le parlementarisme prosp&#232;re, deux conditions pr&#233;alables sont n&#233;cessaires : la premi&#232;re, une seule forte majorit&#233;, et la seconde, un grand but social vers lequel cette majorit&#233; tend &#233;nergiquement et vers lequel elle peut aussi forcer le gouvernement. Les deux existaient &#224; l'&#226;ge d'or du parlementarisme. Tant que le capitalisme repr&#233;sentait l'avenir de la nation, toutes les classes du peuple qui poss&#233;daient une importance parlementaire, et surtout la masse des intellectuels, d&#233;fendait la libert&#233; du capitalisme. C'&#233;tait le cas de la majorit&#233; des petits capitalistes, et m&#234;me les ouvriers suivaient la direction bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lib&#233;ralisme se pr&#233;sentait ainsi comme un parti uni avec de grands objectifs. La lutte des lib&#233;raux pour le Parlement et dans le Parlement a donn&#233; &#224; ce dernier son sens. Depuis lors, comme je l'ai d&#233;crit ci-dessus, un nouveau d&#233;veloppement s'est produit. Une conscience de classe sp&#233;ciale s'est d&#233;velopp&#233;e dans le prol&#233;tariat, de sorte qu'une partie des intellectuels, des petits propri&#233;taires et des petits agriculteurs sont refoul&#233;s dans le camp socialiste. Le reste de la petite bourgeoisie et les paysans deviennent enti&#232;rement r&#233;actionnaires, tandis que les &#233;l&#233;ments puissants du capital industriel s'unissent &#224; la haute finance qui ne se soucie du Parlement que lorsqu'il peut l'utiliser &#224; ses fins - vide Panama.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Parti lib&#233;ral se dissout alors dans ses &#233;l&#233;ments sans qu'un autre grand parti parlementaire avec son caract&#232;re uni s'&#233;l&#232;ve de la classe dirigeante pour prendre sa position. Plus les classes poss&#233;dantes deviennent r&#233;actionnaires, moins elles forment un corps uni, et plus elles se divisent en petits morceaux individuels, plus il est difficile de r&#233;unir une majorit&#233; parlementaire unie. D'autant plus qu'une majorit&#233; n'est possible qu'en r&#233;unissant les diff&#233;rentes tendances pour une coalition momentan&#233;e reposant sur les fondements les plus incertains, parce qu'aucun lien int&#233;rieur, mais seulement des consid&#233;rations d'opportunit&#233; ext&#233;rieure, ne les contr&#244;le. De telles coalitions sont d'embl&#233;e vou&#233;es &#224; l'inf&#233;condit&#233; parce que leurs &#233;l&#233;ments sont si divers qu'elles ne tiennent ensemble qu'en renon&#231;ant &#224; l'action d&#233;cisive qui leur donnerait vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'&#233;volution sociale ne conduit pas simplement &#224; la dissolution des grands partis parlementaires unis en factions innombrables, diverses et m&#234;me souvent hostiles. Il en r&#233;sulte aussi que tr&#232;s souvent les majorit&#233;s parlementaires sont plus r&#233;actionnaires et plus hostiles que le gouvernement. M&#234;me si les gouvernements ne sont que des agents des classes dirigeantes, ils ont encore plus de perspicacit&#233; dans l'ensemble des relations politiques et sociales, et, si consentante que soit la servante que la bureaucratie officielle est envers le gouvernement, elle d&#233;veloppe n&#233;anmoins sa propre vie et ses propres tendances. qui r&#233;agissent sur le gouvernement. De plus, la bureaucratie se recrute parmi les intellectuels, dans lesquels, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, la compr&#233;hension de la signification du prol&#233;tariat progresse, bien que timidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela fait en sorte qu'il n'est pas rare que le gouvernement, avec toutes ses attitudes r&#233;actionnaires et son hostilit&#233; envers les travailleurs, ne proc&#232;de pas avec une rage aussi aveugle que la classe dirigeante, avec sa petite queue bourgeoise et agraire, qui se tient derri&#232;re le gouvernement. Le Parlement qui &#233;tait autrefois le moyen de pousser le gouvernement en avant sur la voie du progr&#232;s devient de plus en plus le moyen d'annuler le peu de progr&#232;s que les conditions obligent le gouvernement &#224; faire. Dans la mesure o&#249; la classe qui gouverne par le parlementarisme est rendue superflue et m&#234;me nuisible, la machinerie parlementaire perd sa signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, au contraire, la consid&#233;ration de l'&#233;lectorat prol&#233;tarien oblige le corps repr&#233;sentatif &#224; tendre vers l'amiti&#233; du travail et de la d&#233;mocratie et &#224; outrepasser le gouvernement, celui-ci trouve facilement le moyen de contourner le Parlement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, la lutte contre les syndicats se fait beaucoup moins par les organes repr&#233;sentatifs que par les tribunaux. De la m&#234;me mani&#232;re, ce sont les d&#233;cisions de la Chambre des Lords, et non la l&#233;gislation de la Chambre des Communes &#233;lue par le peuple, qui ont r&#233;cemment ouvert la voie &#224; une attaque contre les syndicats en Angleterre ; et comment l'esprit des lois d'exception abolies vit encore dans les tribunaux allemands, les travailleurs allemands peuvent raconter bien des histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chandelle br&#251;le donc par les deux bouts, et les partis au pouvoir comme le gouvernement condamnent de plus en plus le Parlement &#224; la st&#233;rilit&#233;. Le parlementarisme est de plus en plus incapable de mener une politique d&#233;cisive dans n'importe quelle direction. Il devient de plus en plus s&#233;nile et impuissant, et ne peut retrouver une jeunesse et une force nouvelles que lorsqu'il est, avec l'ensemble du pouvoir gouvernemental, conquis par le prol&#233;tariat naissant et mis au service de ses desseins. Le parlementarisme, loin de rendre une r&#233;volution inutile et superflue, a lui-m&#234;me besoin d'une r&#233;volution pour le vivifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas &#234;tre compris comme tenant la d&#233;mocratie pour superflue, ou pour prendre la position que les coop&#233;ratives, les syndicats, l'entr&#233;e de la social-d&#233;mocratie dans les municipalit&#233;s et les parlements, ou la r&#233;alisation de r&#233;formes uniques, sont sans valeur. Rien ne serait plus incorrect. Au contraire, tout cela est d'une valeur incalculable pour le prol&#233;tariat. Ils ne sont que des moyens insignifiants pour &#233;viter une r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat est de la plus haute valeur pr&#233;cis&#233;ment parce qu'elle rend possible une forme sup&#233;rieure de la lutte r&#233;volutionnaire. Cette lutte n'est plus, comme en 1789, une bataille de foules inorganis&#233;es sans forme politique, sans aper&#231;u de la force relative des facteurs en pr&#233;sence : sans compr&#233;hension profonde des objectifs de la lutte et des moyens de sa solution ; plus une bataille de foules qui peuvent &#234;tre tromp&#233;es et d&#233;concert&#233;es par chaque rumeur ou accident. C'est une bataille de masses organis&#233;es, intelligentes, pleines de stabilit&#233; et de prudence, qui ne suivent pas toutes les impulsions, n'explosent pas &#224; chaque insulte, ne s'effondrent pas &#224; chaque malheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, les &#233;lections sont un moyen de se compter et de compter l'ennemi et elles donnent ainsi une vision claire de la force relative des classes et des partis, de leur avance et de leur recul. Ils pr&#233;viennent les &#233;pid&#233;mies pr&#233;matur&#233;es et ils pr&#233;munissent contre les d&#233;faites. Ils accordent &#233;galement la possibilit&#233; que les opposants reconnaissent eux-m&#234;mes l'intenabilit&#233; de nombreuses positions et les abandonnent librement lorsque leur maintien n'est pas une question de vie ou de mort pour eux. De sorte que la bataille exige moins de victimes, est moins sanglante et d&#233;pend moins du hasard aveugle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas non plus sous-&#233;valuer les acquisitions politiques acquises gr&#226;ce &#224; la d&#233;mocratie et &#224; l'application de sa libert&#233; et de ses droits. Ils sont bien trop insignifiants pour restreindre r&#233;ellement la domination du capitalisme et provoquer sa transition imperceptible vers le socialisme. La moindre r&#233;forme ou organisation peut avoir une grande importance pour la renaissance physique ou intellectuelle du prol&#233;tariat.qui, sans eux, serait livr&#233; impuissant au capitalisme et laiss&#233; seul dans la mis&#232;re qui le menace en permanence. Mais ce n'est pas seulement le soulagement du prol&#233;tariat de sa mis&#232;re qui rend indispensable l'activit&#233; du prol&#233;tariat au Parlement et le fonctionnement des organisations prol&#233;tariennes. Ils sont &#233;galement utiles comme moyen de familiariser pratiquement le prol&#233;tariat avec les probl&#232;mes et les m&#233;thodes du gouvernement national et municipal et des grandes industries, ainsi que pour l'acquisition de cette maturit&#233; intellectuelle dont le prol&#233;tariat a besoin pour supplanter la bourgeoisie comme la classe dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie est aussi indispensable comme moyen de m&#251;rir le prol&#233;tariat pour la r&#233;volution sociale. Mais il n'est pas capable d'emp&#234;cher cette r&#233;volution. La d&#233;mocratie est au prol&#233;tariat ce que la lumi&#232;re et l'air sont &#224; l'organisme ; sans eux, il ne peut pas d&#233;velopper ses pouvoirs. Mais nous ne devons pas &#234;tre tellement occup&#233;s &#224; observer la croissance d'une classe que nous ne pouvons pas voir la croissance simultan&#233;e de son adversaire. La d&#233;mocratie n'emp&#234;che pas le d&#233;veloppement du capital, dont l'organisation et les pouvoirs politiques et &#233;conomiques augmentent en m&#234;me temps que le pouvoir du prol&#233;tariat. Certes, les coop&#233;ratives se multiplient, mais simultan&#233;ment et pourtant plus vite s'accro&#238;t l'accumulation du capital ; certes, les syndicats se multiplient, mais simultan&#233;ment et plus vite cro&#238;t la concentration du capital et son organisation en gigantesques monopoles. &#202;tre s&#251;r, la presse socialiste se d&#233;veloppe (pour ne mentionner ici qu'un point qui ne peut plus &#234;tre discut&#233;), mais simultan&#233;ment se d&#233;veloppe la presse sans parti et sans caract&#232;re qui empoisonne et &#233;nerve des cercles populaires de plus en plus larges. Certes, les salaires augmentent, mais la masse des profits augmente encore plus vite. Certes, le nombre de repr&#233;sentants socialistes au Parlement augmente, mais diminue encore plus la signification et l'efficacit&#233; de cette institution, tandis que simultan&#233;ment les majorit&#233;s parlementaires, comme le gouvernement, tombent dans une d&#233;pendance toujours plus grande des pouvoirs de la haute finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; c&#244;t&#233; des ressources du prol&#233;tariat se d&#233;veloppent aussi celles du capital, et la fin de ce d&#233;veloppement ne peut &#234;tre rien de moins qu'une grande bataille d&#233;cisive qui ne peut se terminer tant que le prol&#233;tariat n'a pas remport&#233; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe capitaliste est superflue et le prol&#233;tariat, en revanche, est devenu une classe sociale indispensable. La classe capitaliste n'est en &#233;tat ni d'&#233;lever le prol&#233;tariat ni de l'extirper. Apr&#232;s chaque d&#233;faite, ce dernier se rel&#232;ve, plus mena&#231;ant qu'auparavant. Ainsi le prol&#233;tariat, lorsqu'il aura remport&#233; la premi&#232;re grande victoire sur le capital qui lui remettra les pouvoirs politiques, ne pourra les appliquer qu'&#224; l'abolition du syst&#232;me capitaliste. Tant que cela ne s'est pas encore produit, la bataille entre les deux classes ne prendra pas et ne pourra pas prendre fin. La paix sociale &#224; l'int&#233;rieur du syst&#232;me capitaliste est une utopie qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; partir des besoins r&#233;els des classes intellectuelles, mais qui n'a en r&#233;alit&#233; aucun fondement pour son d&#233;veloppement. Et non moins d'une utopie est la croissance imperceptible du capitalisme vers le socialisme. Nous n'avons pas la moindre raison d'admettre que les choses se termineront diff&#233;remment de ce qu'elles ont commenc&#233;. Ni l'&#233;volution &#233;conomique ni l'&#233;volution politique n'indiquent que l'&#232;re de la r&#233;volution qui caract&#233;rise le syst&#232;me capitaliste est close. La r&#233;forme sociale et le renforcement des organisations prol&#233;tariennes ne peuvent l'emp&#234;cher. Ils peuvent tout au plus faire en sorte que la lutte des classes dans les classes les plus d&#233;velopp&#233;es du prol&#233;tariat combattant se transforme d'une bataille pour les premi&#232;res conditions d'existence en une bataille pour la possession de la domination. Ni l'&#233;volution &#233;conomique ni l'&#233;volution politique n'indiquent que l'&#232;re de la r&#233;volution qui caract&#233;rise le syst&#232;me capitaliste est close. La r&#233;forme sociale et le renforcement des organisations prol&#233;tariennes ne peuvent l'emp&#234;cher. Ils peuvent tout au plus faire en sorte que la lutte des classes dans les classes les plus d&#233;velopp&#233;es du prol&#233;tariat combattant se transforme d'une bataille pour les premi&#232;res conditions d'existence en une bataille pour la possession de la domination. Ni l'&#233;volution &#233;conomique ni l'&#233;volution politique n'indiquent que l'&#232;re de la r&#233;volution qui caract&#233;rise le syst&#232;me capitaliste est close. La r&#233;forme sociale et le renforcement des organisations prol&#233;tariennes ne peuvent l'emp&#234;cher. Ils peuvent tout au plus faire en sorte que la lutte des classes dans les classes les plus d&#233;velopp&#233;es du prol&#233;tariat combattant se transforme d'une bataille pour les premi&#232;res conditions d'existence en une bataille pour la possession de la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Formes et armes de la r&#233;volution sociale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle sera la forme pr&#233;cise sous laquelle se livreront les batailles d&#233;cisives entre la classe dirigeante et le prol&#233;tariat ? Quand peut-on s'attendre &#224; ce qu'ils se produisent ? Quelles armes seront au service du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces questions, il est difficile de donner des r&#233;ponses d&#233;finitives. On peut dans une certaine mesure sugg&#233;rer le sens du d&#233;veloppement mais pas sa forme ni sa vitesse. La recherche du sens de l'&#233;volution ne s'int&#233;resse qu'&#224; des lois relativement simples. Ici on ne peut qu'isoler de l'ensemble confus les ph&#233;nom&#232;nes que nous reconnaissons comme non r&#233;guliers ou n&#233;cessaires, ou qui nous paraissent accidentels. Ces derniers jouent au contraire un r&#244;le important dans la d&#233;termination de la forme et de la vitesse du mouvement. Par exemple, dans toute la civilisation moderne, la direction du d&#233;veloppement capitaliste au cours du si&#232;cle dernier a &#233;t&#233; la m&#234;me, mais dans chacune d'elles la forme et la vitesse &#233;taient tr&#232;s diff&#233;rentes. Les particularit&#233;s g&#233;ographiques, les individualit&#233;s raciales, la faveur et la d&#233;faveur du voisin, la contrainte ou l'assistance de grandes individualit&#233;s, toutes ces choses et bien d'autres ont eu leur influence. Beaucoup d'entre eux ne pouvaient pas &#234;tre pr&#233;vus, mais m&#234;me les plus facilement reconnaissables de ces facteurs agissent les uns sur les autres de mani&#232;re si diverse que le r&#233;sultat est si extr&#234;mement compliqu&#233; qu'il est impossible de le d&#233;terminer &#224; partir d'une &#233;tape ant&#233;rieure. C'est ainsi que m&#234;me les gens qui, par une connaissance fondamentale et compl&#232;te des relations sociales d'autres pays civilis&#233;s et par des m&#233;thodes de recherche m&#233;thodiques et fructueuses, d&#233;passaient de loin tous leurs contemporains, comme par exemple Marx et Engels, ont pu d&#233;terminer la direction du d&#233;veloppement &#233;conomique depuis de nombreuses d&#233;cennies &#224; un degr&#233; que le cours des &#233;v&#233;nements a magnifiquement justifi&#233;. Mais m&#234;me ces enqu&#234;teurs pouvaient se tromper de mani&#232;re frappante lorsqu'il s'agissait de pr&#233;dire la vitesse et la forme du d&#233;veloppement du mois suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il n'y a qu'une chose que l'on puisse certainement dire aujourd'hui de la r&#233;volution qui approche. Il sera totalement diff&#233;rent de tous ses pr&#233;d&#233;cesseurs. C'est une des plus grandes erreurs que les r&#233;volutionnaires comme leurs adversaires commettent fr&#233;quemment de pr&#233;senter la r&#233;volution &#224; venir selon le mod&#232;le des r&#233;volutions pass&#233;es car il n'y a rien de plus facile que de prouver que de telles r&#233;volutions ne sont plus possibles. La conclusion est alors &#224; port&#233;e de main que l'id&#233;e d'une r&#233;volution sociale est compl&#232;tement d&#233;pass&#233;e. C'est la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde que nous sommes confront&#233;s &#224; une lutte r&#233;volutionnaire &#224; mener sous l'application de formes d&#233;mocratiques par des organisations cr&#233;&#233;es sur le fondement de la libert&#233; d&#233;mocratique contre des ressources telles que le monde n'en a pas encore vu,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des particularit&#233;s de la situation actuelle consiste dans le fait que, comme nous l'avons d&#233;j&#224; signal&#233;, ce ne sont plus les gouvernements qui nous opposent la r&#233;sistance la plus dure. Sous l'absolutisme, contre lequel se retournaient les r&#233;volutions ant&#233;rieures, le gouvernement &#233;tait supr&#234;me et les antagonismes de classe ne pouvaient se d&#233;velopper clairement. Le gouvernement a emp&#234;ch&#233; non seulement les classes exploit&#233;es mais aussi les classes exploiteuses de d&#233;fendre librement leurs int&#233;r&#234;ts. Du c&#244;t&#233; du gouvernement, il n'y avait qu'une partie de la classe exploiteuse ; un autre et une partie tr&#232;s consid&#233;rable des exploiteurs, &#224; savoir les capitalistes industriels, simplement dans le camp de l'opposition, avec toute la masse de la classe ouvri&#232;re - non seulement les prol&#233;taires, mais aussi les petits bourgeois et les paysans - sauf dans certains cas. localit&#233;s arri&#233;r&#233;es. Le gouvernement &#233;tait &#233;galement isol&#233; du peuple. Il n'avait aucune emprise sur les larges masses populaires ; elle repr&#233;sentait la force la plus favoris&#233;e de l'oppression et de l'exploitation du peuple. UNun coup d'&#201;tat pouvait, dans certaines circonstances, suffire &#224; le renverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une d&#233;mocratie, non seulement la classe exploit&#233;e, mais la classe exploiteuse peut d&#233;velopper plus librement son organisation, et il est n&#233;cessaire qu'elle le fasse si elle veut pouvoir r&#233;sister &#224; ses adversaires. La force non seulement des premiers mais aussi des seconds est plus grande que sous l'absolutisme. Ils utilisent leurs forces avec imprudence et plus durement que le gouvernement lui-m&#234;me, qui ne se tient plus au-dessus d'eux, mais plut&#244;t en dessous d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cercles r&#233;volutionnaires ont aussi affaire non seulement au gouvernement mais aussi aux puissantes organisations d'exploiteurs. Et les milieux r&#233;volutionnaires ne repr&#233;sentent plus comme dans les premi&#232;res r&#233;volutions une majorit&#233; &#233;crasante du peuple oppos&#233;e &#224; une poign&#233;e d'exploiteurs. Aujourd'hui, ils ne repr&#233;sentent en r&#233;alit&#233; qu'une seule classe, le prol&#233;tariat, &#224; laquelle s'opposent non seulement l'ensemble de la classe exploiteuse, mais aussi la grande masse des paysans et une grande majorit&#233; des intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une fraction des intellectuels et des tr&#232;s petits paysans et des petits bourgeois effectivement salari&#233;s et d&#233;pendants de leur coutume s'unit au prol&#233;tariat. Mais ce sont d&#233;cid&#233;ment des alli&#233;s incertains ; ils manquent tous grandement de cette arme dont le prol&#233;tariat tire toute sa force : l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les r&#233;volutions ant&#233;rieures &#233;taient des soul&#232;vements de la population contre le gouvernement, la r&#233;volution &#224; venir, &#224; l'exception peut-&#234;tre de la Russie, aura davantage le caract&#232;re de la lutte d'une partie du peuple contre une autre, et en cela, et seulement en cela, ressemblera davantage &#224; la luttes de la R&#233;forme que le type de la R&#233;volution fran&#231;aise. Je dirais presque qu'il s'agira bien moins d'un soul&#232;vement brutal contre le pouvoir que d'une longue guerre civile, si l'on ne joint pas n&#233;cessairement &#224; ces derniers mots l'id&#233;e de v&#233;ritables tueries et batailles. Nous n'avons aucune raison de penser que les batailles de barricades et autres accompagnements guerriers similaires joueront aujourd'hui un r&#244;le d&#233;cisif. Les raisons en ont &#233;t&#233; donn&#233;es si souvent que je n'ai pas besoin de m'y attarder davantage. Le militarisme ne peut &#234;tre renvers&#233; qu'en rendant l'arm&#233;e elle-m&#234;me infid&#232;le aux dirigeants, et non en la conqu&#233;rant par des soul&#232;vements populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tout aussi peu &#224; attendre d'une crise financi&#232;re que d'un soul&#232;vement arm&#233; produisant un effondrement des conditions existantes. A cet &#233;gard la situation est aussi tout &#224; fait diff&#233;rente de celle de 1789 et 1848. A cette &#233;poque le capitalisme &#233;tait encore faible, l'accumulation de capital encore faible et le capital difficile &#224; obtenir. Dans cette relation, le capital &#233;tait partiellement hostile &#224; l'absolutisme ou du moins s'en m&#233;fiait. Le gouvernement &#233;tait d&#233;pendant du capital et surtout du capital industriel et son d&#233;veloppement &#233;tait impossible sans lui, ou du moins contre son gr&#233;. Le f&#233;odalisme mourant, cependant, a conduit &#224; l'ass&#232;chement de toutes les sources mat&#233;rielles d'aide, de sorte que le gouvernement recevait encore moins d'argent de ses terres et &#233;tait de plus en plus d&#233;pendant des pr&#234;teurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est tout autrement aujourd'hui. Le capitalisme ne conduit pas, comme le f&#233;odalisme, &#224; la sous-production, mais &#224; la surproduction, et s'&#233;touffe dans sa propre graisse. Ce n'est pas un manque de capital, mais un superflu de capital qui aujourd'hui exige des investissements rentables et, dans la poursuite des dividendes, ne recule devant aucun risque. Les gouvernements sont compl&#232;tement d&#233;pendants de la classe capitaliste et cette derni&#232;re a toutes les raisons de les prot&#233;ger et de les soutenir. L'augmentation des dettes publiques ne peut devenir un facteur r&#233;volutionnaire que dans la mesure o&#249; elle accro&#238;t la pression des imp&#244;ts et conduit ainsi &#224; un soul&#232;vement des classes inf&#233;rieures, mais gu&#232;re (il faut peut-&#234;tre excepter la Russie) &#224; un effondrement financier direct, ni m&#234;me &#224; un s&#233;rieux embarras financier pour le gouvernement. Nous avons aussi peu de raisons d'attendre une r&#233;volution d'une crise financi&#232;re que d'une insurrection arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moyen propre au prol&#233;tariat pour la lutte et l'exercice de l'influence est la r&#233;tention organis&#233;e du travail, la gr&#232;ve. Plus le mode de production capitaliste se d&#233;veloppe et plus le capital se concentre, plus les dimensions de la gr&#232;ve sont gigantesques, et plus le mode de production capitaliste presse les petites industries, plus la soci&#233;t&#233; enti&#232;re d&#233;pendra de la poursuite ininterrompue de la production capitaliste. et d'autant plus que toute perturbation importante de ce dernier, comme par exemple une gr&#232;ve de grande dimension, apportera avec elle des calamit&#233;s nationales et des r&#233;sultats politiques. A un certain niveau de d&#233;veloppement &#233;conomique, l'id&#233;e viendra aussit&#244;t d'utiliser la gr&#232;ve comme moyen de lutte politique. Il est d&#233;j&#224; apparu tel quel en France et en Belgique et a &#233;t&#233; utilis&#233; avec de bons r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est mon point de vue depuis longtemps. Dans mes articles sur le nouveau programme du parti de 1891 ( Neue Zeit , 1890-1891, n&#176; 50, page 757) je soulignais la possibilit&#233; que &#171; dans certaines conditions, lorsqu'une grande d&#233;cision est &#224; prendre, lorsque de grands &#233;v&#233;nements se sont d&#233;plac&#233;s les masses ouvri&#232;res jusqu'au plus profond d'elles-m&#234;mes, une cessation extensive du travail peut facilement avoir de grands r&#233;sultats politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je n'utilise pas l'id&#233;e de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale au sens o&#249; les anarchistes et les syndicalistes fran&#231;ais l'emploient. Pour ces derniers, l'activit&#233; politique et surtout parlementaire du prol&#233;tariat doit &#234;tre compl&#233;t&#233;e par la gr&#232;ve et elle doit devenir un moyen de jeter l'ordre social par-dessus bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est stupide. Une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale dans le sens o&#249; tous les travailleurs du pays &#224; un signe donn&#233; d&#233;poseront leur travail suppose une unanimit&#233; et une organisation des travailleurs qui n'est gu&#232;re possible dans la soci&#233;t&#233; actuelle, et qui, si elle &#233;tait une fois atteinte, serait si irr&#233;sistible qu'aucune gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ne serait n&#233;cessaire. Une telle gr&#232;ve, cependant, rend impossible d'un seul coup l'existence non seulement de la soci&#233;t&#233; existante, mais de toute existence, et celle des prol&#233;taires bien avant celle des capitalistes, et doit par cons&#233;quent s'effondrer inutilement au moment m&#234;me o&#249; sa vertu r&#233;volutionnaire commence &#224; s'affaiblir. d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve en tant qu'arme politique ne prendra presque jamais, certainement pas &#224; un moment visible maintenant, la forme d'une gr&#232;ve de tous les travailleurs d'un pays. Elle ne peut pas non plus avoir pour but de supplanter les autres moyens de lutte politique mais seulement de les compl&#233;ter et de les renforcer . Nous entrons maintenant dans une &#233;poque o&#249;, oppos&#233;e &#224; la puissance &#233;crasante du capital organis&#233;, une gr&#232;ve apolitique isol&#233;e sera tout aussi d&#233;sesp&#233;r&#233;e que l'action parlementaire isol&#233;e des partis ouvriers oppos&#233;e &#224; la pression des pouvoirs gouvernementaux domin&#233;s par le capitalisme. Il sera de plus en plus n&#233;cessaire que l'un et l'autre grandissent et tirent une nouvelle force de la coop&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est le cas avec toutes les nouvelles armes, la meilleure mani&#232;re d'utiliser une frappe politique doit d'abord &#234;tre apprise. Ce n'est pas une panac&#233;e comme l'annoncent les anarchistes, et ce n'est pas un moyen infaillible, dans toutes les conditions, comme ils le consid&#232;rent. Il d&#233;passerait mon propos de rechercher ici les conditions dans lesquelles elle s'applique. Consid&#233;rant les derniers &#233;v&#233;nements en Belgique, je pourrais observer qu'ils ont montr&#233; combien elle exige ses propres m&#233;thodes qui ne se combinent pas favorablement avec d'autres m&#233;thodes, comme par exemple avec des alliances avec les lib&#233;raux. Je ne rejette pas n&#233;cessairement une telle alliance sous toutes conditions. Il serait insens&#233; de notre part de ne pas utiliser les d&#233;saccords et les divisions de nos adversaires. Mais il ne faut pas attendre plus des lib&#233;raux que ce qu'ils sont capables d'accorder. Dans le domaine de l'activit&#233; prol&#233;tarienne, il peut &#234;tre facilement possible, sous certaines conditions, que l'opposition entre eux et nous &#224; propos de telle ou telle mesure soit moindre qu'entre eux et nos adversaires bourgeois. &#192; un tel moment, une alliance peut avoir sa place. Mais en dehors du champ parlementaire, aucun effort pour une revendication r&#233;volutionnaire ne peut &#234;tre combattu avec l'aide des lib&#233;raux. Chercher &#224; renforcer les pouvoirs prol&#233;tariens dans une telle lutte par une alliance lib&#233;rale, c'est tenter d'utiliser les armesdans un but qui sont habituellement utilis&#233;s pour faire &#233;chec &#224; ce but. La gr&#232;ve politique est une arme prol&#233;tarienne puissante qui n'est applicable que dans une bataille que le prol&#233;tariat livre seul et dans laquelle il s'engage contre l'ensemble de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. En ce sens, c'est peut-&#234;tre l'arme la plus r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs il est probable que se d&#233;velopperont encore d'autres moyens et m&#233;thodes de combat dont nous ne r&#234;vons m&#234;me pas aujourd'hui. Il y a cette diff&#233;rence entre la compr&#233;hension des m&#233;thodes et des organes et de la direction de la bataille sociale que ces derni&#232;res appellent &#234;tre th&#233;oriquement investigu&#233;es &#224; l'avance alors que les premi&#232;res sont cr&#233;&#233;es dans la pratique et ne peuvent &#234;tre observ&#233;es que par les logiciens apr&#232;s coup, qui peuvent alors enqu&#234;ter. leur importance pour l'&#233;volution future. Les syndicats, les gr&#232;ves, les corporations, les trusts, etc., sont n&#233;s de la pratique et non de la th&#233;orie. Dans ce domaine, de nombreuses surprises peuvent encore nous appara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme moyen d'acc&#233;l&#233;rer le d&#233;veloppement politique et d'amener le prol&#233;tariat dans une position de pouvoir politique, la guerre peut jouer un r&#244;le. La guerre s'est d&#233;j&#224; souvent r&#233;v&#233;l&#233;e &#234;tre un facteur tr&#232;s r&#233;volutionnaire. Il existe des situations historiques dans lesquelles la r&#233;volution est n&#233;cessaire au progr&#232;s ult&#233;rieur de la soci&#233;t&#233;, mais o&#249; les classes r&#233;volutionnaires sont encore trop faibles pour renverser les pouvoirs en place. La n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution n'implique pas toujours que les classes aspirantes aient exactement la bonne force au bon moment. Malheureusement, le monde n'est pas aussi d&#233;lib&#233;r&#233;ment planifi&#233; que cela. Il y a des situations o&#249; la r&#233;volution est indubitablement r&#233;clam&#233;e, o&#249; une classe dirigeante devrait &#234;tre supplant&#233;e par une autre, mais o&#249; celle-ci est encore fermement soumise &#224; la premi&#232;re. Si cette situation perdure trop longtemps, toute la soci&#233;t&#233; s'effondre. Tr&#232;s souvent, dans une telle situation, la guerre remplit la fonction &#224; laquelle la classe aspirante n'a pas encore grandi. Il y r&#233;pond de deux mani&#232;res. La guerre ne peut &#234;tre men&#233;e que par l'exercice de tous les pouvoirs d'un peuple. S'il y a une profonde division dans la nation, la guerre obligera la classe dirigeante &#224; accorder &#224; la classe aspirante des concessions qu'elle n'aurait pas obtenues sans la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la classe dirigeante n'est pas capable d'un tel sacrifice ou c&#232;de trop tard pour qu'il soit efficace, la guerre peut facilement conduire &#224; une d&#233;faite de l'ext&#233;rieur qui entra&#238;ne avec elle un effondrement &#224; l'int&#233;rieur. Un gouvernement reposant principalement sur une arm&#233;e est renvers&#233; d&#232;s que l'arm&#233;e est vaincue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas rare que la guerre ait &#233;t&#233; un moyen extr&#234;mement efficace, f&#251;t-il brutal et destructeur, pour r&#233;aliser un progr&#232;s dont les autres moyens &#233;taient incapables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie allemande, par exemple, a &#233;t&#233; rendue trop faible par le transfert du centre &#233;conomique de l'Europe sur la c&#244;te maritime de l'oc&#233;an Atlantique, et par la guerre de trente ans et ses r&#233;sultats pour renverser par ses propres forces l'absolutisme f&#233;odal. lib&#233;r&#233; de cela que par les guerres napol&#233;oniennes, puis plus tard par les guerres de l'&#232;re bismarckienne. L'h&#233;ritage de 1848 a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; principalement &#224; travers les guerres des forces contre-r&#233;volutionnaires, car ces forces avaient elles-m&#234;mes &#233;t&#233; &#233;tablies auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes aujourd'hui dans une p&#233;riode d'antagonismes politiques externes et internes analogue &#224; celle qui existait dans les ann&#233;es 50 et 60. Une fois de plus, une masse d'amadou social s'est accumul&#233;e. Les probl&#232;mes de politique ext&#233;rieure et int&#233;rieure exigeant une solution deviennent de plus en plus &#233;normes. Mais aucune des classes dirigeantes ou des partis n'ose s&#233;rieusement tenter leur solution parce que cela n'est pas possible sans de grands bouleversements et ils reculent devant ceux-ci parce qu'ils ont appris &#224; conna&#238;tre le pouvoir gigantesque du prol&#233;tariat que tout bouleversement aussi grand menace de lib&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parl&#233; plus haut de la d&#233;cadence de la vie politique int&#233;rieure qui trouve son expression la plus frappante dans la d&#233;cadence croissante des Parlements. Mais cela va de pair avec le d&#233;clin de la politique ext&#233;rieure. On redoute toute politique &#233;nergique pouvant conduire &#224; un conflit international, non par aversion &#233;thique pour la guerre, mais par peur de la r&#233;volution, dont elle peut &#234;tre le pr&#233;curseur. En cons&#233;quence, l'esprit d'&#201;tat de nos gouvernants consiste simplement, non seulement &#224; l'int&#233;rieur, mais aussi &#224; l'ext&#233;rieur, &#224; mettre chaque question au placard et &#224; augmenter ainsi le nombre de probl&#232;mes non r&#233;solus. Gr&#226;ce &#224; cette politique, il existe maintenant une rang&#233;e d'&#201;tats de l'ombre comme la Turquie et l'Autriche, qu'une race r&#233;volutionnaire &#233;nergique d'il y a un demi-si&#232;cle a plac&#233; sur la liste des &#201;tats &#233;teints. D'autre part, et pour la m&#234;me raison,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces crat&#232;res sociaux ne s'&#233;teignent pas, ils peuvent ressurgir d'un jour &#224; l'autre dans une guerre d&#233;vastatrice, comme la montagne Pel&#233;e &#224; la Martinique. L'&#233;volution &#233;conomique elle-m&#234;me cr&#233;e continuellement de nouveaux crat&#232;res, de nouvelles causes de crises, de nouveaux points de friction et de nouvelles occasions de d&#233;veloppements guerriers, en ce qu'elle &#233;veille dans les classes dirigeantes l'avidit&#233; de monopolisation des march&#233;s et de conqu&#234;te de colonies &#233;trang&#232;res et en ce qu'elle se substitue &#224; l'attitude pacifique du capitaliste industriel, celle violente du financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unique s&#233;curit&#233; de la libert&#233; se trouve aujourd'hui dans la peur du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. Nous devons encore voir combien de temps cela r&#233;duira les causes toujours croissantes de conflit. Et il y a aussi un certain nombre de puissances qui n'ont pas &#224; craindre de prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire ind&#233;pendant et beaucoup d'entre elles sont compl&#232;tement domin&#233;es par une clique sans scrupules et brutale d'hommes de la &#034;haute finance&#034;. Ces puissances, jusqu'ici insignifiantes ou pacifiques dans la politique internationale, deviennent de plus en plus importantes en tant que perturbateurs internationaux de la paix. C'est vrai pour la plupart des &#201;tats-Unis, mais aussi pour l'Angleterre et le Japon. La Russie figurait auparavant en premi&#232;re place dans la liste des perturbateurs internationaux ; son prol&#233;tariat h&#233;ro&#239;que l'a momentan&#233;ment retenue. Mais tout comme l'exc&#232;s de confiance d'un gouvernement dans un pouvoir int&#233;rieur illimit&#233; sans classe r&#233;volutionnaire derri&#232;re lui, le d&#233;sespoir d'un gouvernement chancelant peut d&#233;clencher une guerre. Ce fut le cas de Napol&#233;on III en 1870 et peut-&#234;tre encore le cas de Nicolas II. Le grand danger pour la paix du monde aujourd'hui vient de ces puissances et de leurs antagonismes et non de ceux qui existent entre l'Allemagne et la France, ou entre l'Autriche et l'Italie. Il faut compter sur la possibilit&#233; d'une guerre dans un d&#233;lai perceptible et avec elle aussi sur la possibilit&#233; de convulsions politiques qui aboutiront directement &#224; des soul&#232;vements prol&#233;tariens ou du moins &#224; leur ouvrir la voie. Le grand danger pour la paix du monde aujourd'hui vient de ces puissances et de leurs antagonismes et non de ceux qui existent entre l'Allemagne et la France, ou entre l'Autriche et l'Italie. Il faut compter sur la possibilit&#233; d'une guerre dans un d&#233;lai perceptible et avec elle aussi sur la possibilit&#233; de convulsions politiques qui aboutiront directement &#224; des soul&#232;vements prol&#233;tariens ou du moins &#224; leur ouvrir la voie. Le grand danger pour la paix du monde aujourd'hui vient de ces puissances et de leurs antagonismes et non de ceux qui existent entre l'Allemagne et la France, ou entre l'Autriche et l'Italie. Il faut compter sur la possibilit&#233; d'une guerre dans un d&#233;lai perceptible et avec elle aussi sur la possibilit&#233; de convulsions politiques qui aboutiront directement &#224; des soul&#232;vements prol&#233;tariens ou du moins &#224; leur ouvrir la voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que personne ne me comprenne mal. J'enqu&#234;te ici, je ne proph&#233;tise pas et encore moins j'exprime des souhaits. J'enqu&#234;te sur ce qui peut arriver ; Je ne d&#233;clare pas ce qui arrivera, et encore moins j'exige ce qui doit arriver. Quand je parle, ici, de la guerre comme moyen de r&#233;volution, cela ne veut pas dire que je d&#233;sire la guerre. Ses horreurs sont si terribles qu'il n'y a aujourd'hui que des fanatiques militaires dont l'affreux courage pourrait les amener &#224; exiger une guerre de sang-froid. Mais m&#234;me lorsqu'une r&#233;volution n'est pas un moyen pour parvenir &#224; une fin mais une fin en soi, qui m&#234;me au prix le plus sanglant ne saurait &#234;tre trop ch&#232;rement achet&#233;e, on ne peut toujours pas d&#233;sirer la guerre comme moyen de d&#233;clencher la r&#233;volution car c'est le moyen le plus irrationnel. &#224; cette fin. Elle apporte des destructions si terribles et cr&#233;e des exigences si gigantesques sur l'&#201;tat que toute r&#233;volution qui en est issue est lourdement charg&#233;e de t&#226;ches qui ne lui sont pas essentielles mais qui absorbent momentan&#233;ment tous ses moyens et son &#233;nergie. Par cons&#233;quent, une r&#233;volution qui sort de la guerre est un signe de la faiblesse de la classe r&#233;volutionnaire, et souvent la cause d'une nouvelle faiblesse, par le seul fait du sacrifice qu'elle entra&#238;ne, ainsi que par la d&#233;gradation morale et intellectuelle &#224; laquelle la guerre donne monter. Elle augmente aussi &#233;norm&#233;ment les t&#226;ches du r&#233;gime r&#233;volutionnaire et affaiblit simultan&#233;ment ses pouvoirs. En cons&#233;quence, une r&#233;volution n&#233;e d'une guerre est plus facilement d&#233;truite ou perd plus t&#244;t sa force motrice. Combien diff&#233;rents furent les r&#233;sultats de la r&#233;volution bourgeoise en France o&#249; elle est n&#233;e d'un soul&#232;vement du peuple, de ceux d'Allemagne, o&#249; il a &#233;t&#233; import&#233; &#224; travers un certain nombre de guerres. Et la cause prol&#233;tarienne aurait re&#231;u bien plus de justice du soul&#232;vement du prol&#233;tariat parisien si elle n'avait pas &#233;t&#233; provoqu&#233;e pr&#233;matur&#233;ment par la guerre de 70 et 71, mais avait attendu une p&#233;riode ult&#233;rieure o&#249; les Parisiens auraient eu suffisamment la force d'avoir chass&#233; Louis Napol&#233;on et sa bande sans guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas non plus la moindre raison de souhaiter une acc&#233;l&#233;ration artificielle de notre avance par une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les choses ne bougent pas selon nos souhaits. Certes, les hommes font leur propre histoire, mais ils ne choisissent pas selon leurs d&#233;sirs les probl&#232;mes qu'ils ont &#224; r&#233;soudre, ni les conditions dans lesquelles ils vivent, ni les moyens par lesquels ces probl&#232;mes doivent &#234;tre r&#233;solus. S'il venait selon nos d&#233;sirs, qui de nous ne pr&#233;f&#233;rerait la route pacifique &#224; la route violente pour laquelle nos forces actuelles n'ont peut-&#234;tre pas suffisamment grandi et qui peut-&#234;tre nous engloutirait. Mais ce n'est pas notre t&#226;che d'exprimer des v&#339;ux pieux et d'exiger du monde qu'il s'y conforme, mais de reconna&#238;tre les t&#226;ches, les conditions et les moyens qui se pr&#233;sentent et d'utiliser ces derniers &#224; bon escient pour r&#233;soudre les premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investigation des faits existants est le fondement de toute politique rationnelle. Si j'en suis arriv&#233; &#224; la conviction que nous entrons dans une &#233;poque r&#233;volutionnaire, sur les conclusions de laquelle tout n'est pas encore clair, j'y suis pouss&#233; par l'investigation des conditions r&#233;elles et non par mes d&#233;sirs. Je ne souhaite rien de plus que d'avoir tort et d'avoir raison ceux qui soutiennent que les plus grandes difficult&#233;s de la p&#233;riode de transition du capitalisme au socialisme sont derri&#232;re nous et que nous avons toutes les bases essentielles pour une avanc&#233;e pacifique vers le socialisme. Malheureusement, je ne vois aucune possibilit&#233; d'accepter ce point de vue. La plus grande et la plus difficile des batailles pour le pouvoir politique est encore devant nous. Il ne sera d&#233;cid&#233; qu'apr&#232;s une longue et dure lutte qui mettra &#224; l'&#233;preuve toutes nos forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut rien faire de pire au prol&#233;tariat que de lui conseiller de s'appuyer sur ses bras pour encourager une attitude favorable de la bourgeoisie. Dans les conditions actuelles, cela ne signifie rien de moins que livrer le prol&#233;tariat &#224; la bourgeoisie et le placer dans la d&#233;pendance intellectuelle et politique de cette derni&#232;re, l'affaiblir, le d&#233;grader et le rendre incapable de remplir ses grands objectifs historiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La preuve que ce n'est pas exag&#233;r&#233; est fournie par les travailleurs anglais. Nulle part le prol&#233;tariat n'est plus nombreux, nulle part son organisation &#233;conomique n'est mieux d&#233;velopp&#233;e, nulle part sa libert&#233; n'est plus grande qu'en Angleterre, ici le prol&#233;tariat est politiquement plus impuissant. Il n'a pas simplement perdu toute ind&#233;pendance dans la haute politique. Elle ne sait m&#234;me plus pr&#233;server ses int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats. Ici aussi, nous pouvons &#224; nouveau nous r&#233;f&#233;rer &#224; l'article de Webb pr&#233;c&#233;demment cit&#233;, qui ne peut certainement pas &#234;tre suspect&#233; d'&#234;tre consciemment r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au cours du mouvement ascendant des dix derni&#232;res ann&#233;es, dit-il dans l'article mentionn&#233; pr&#233;c&#233;demment, la participation des travailleurs anglais &#224; la politique ouvri&#232;re a progressivement diminu&#233;. La loi des huit heures et le socialisme constructif des Fabiens vers lesquels les syndicats se sont tourn&#233;s avec tant d'empressement dans la p&#233;riode de 90 et 93 cessent de plus en plus d'occuper leurs pens&#233;es. Le nombre de repr&#233;sentants du travail &#224; la Chambre basse n'augmente pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me les derni&#232;res flagellations de leurs adversaires n'ont pas servi &#224; r&#233;veiller le prol&#233;tariat d'Angleterre. Ils restent muets, m&#234;me quand leurs mains sont rendues impuissantes, muets quand leur pain est rendu plus co&#251;teux. Les travailleurs anglais sont aujourd'hui inf&#233;rieurs en tant que facteur politique aux travailleurs du pays le plus arri&#233;r&#233; &#233;conomiquement d'Europe, la Russie. C'est la v&#233;ritable conscience r&#233;volutionnaire de ces derniers qui leur donne leur grande puissance politique. C'est le renoncement &#224; la r&#233;volution, le r&#233;tr&#233;cissement de l'int&#233;r&#234;t aux int&#233;r&#234;ts du moment, &#224; la politique dite pratique, qui ont fait de celle-ci un chiffre dans la politique r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans cette politique pratique, la perte du pouvoir politique va de pair avec la d&#233;gradation morale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait r&#233;f&#233;rence ci-dessus &#224; la renaissance morale du prol&#233;tariat qui l'a transform&#233; de barbares de la soci&#233;t&#233; moderne en le facteur le plus important du maintien et de l'avancement de notre culture. Mais ils ne se sont ainsi &#233;lev&#233;s que lorsqu'ils sont rest&#233;s dans l'antagonisme le plus aigu avec la bourgeoisie ; o&#249; la lutte pour le pouvoir politique a entretenu en eux la conscience qu'ils sont appel&#233;s &#224; s'&#233;lever avec l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Ici encore, l'Angleterre nous offre l'exemple d'une classe ouvri&#232;re qui renonce &#224; la r&#233;volution et ne s'int&#233;resse qu'&#224; la politique pratique, riant avec m&#233;pris de ses id&#233;aux suspendus &#224; une cheville d'un c&#244;t&#233; et rejetant d'eux tous les buts de bataille qu'ils ne peuvent exprimer en livres et en livres. shillings. De la bouche des bourgeois eux-m&#234;mes sortent des plaintes contre cette d&#233;cadence morale et intellectuelle de l'&#233;lite des travailleurs anglais qu'ils partagent avec la bourgeoisie elle-m&#234;me et aujourd'hui en effet ils ne sont gu&#232;re que de petits bourgeois et ne s'en distinguent que par un plus grand manque de culture. Leur plus grand id&#233;al consiste &#224; singer leurs ma&#238;tres et &#224; entretenir leur respectabilit&#233; hypocrite, leur admiration pour la richesse, quelle qu'en soit l'obtention, et leur mani&#232;re insens&#233;e de tuer leurs loisirs. L'&#233;mancipation de leur classe leur appara&#238;t comme un r&#234;ve insens&#233;. Par cons&#233;quent, c'est le football, la boxe, les courses hippiques et les jeux d'argent qui les &#233;meuvent le plus et auxquels sont consacr&#233;s tout leur temps libre, leurs forces individuelles et leurs moyens mat&#233;riels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment &#224; &#233;veiller par des pr&#233;dications politiques les ouvriers anglais &#224; un mode de vie plus &#233;lev&#233;, &#224; un esprit capable de consid&#233;rations plus nobles. L'&#233;thique du prol&#233;tariat d&#233;coule de ses efforts r&#233;volutionnaires et ce sont eux qui l'ont renforc&#233; et ennobli. C'est l'id&#233;e de la r&#233;volution qui a provoqu&#233; cette merveilleuse &#233;l&#233;vation du prol&#233;tariat de sa plus profonde d&#233;gradation, &#233;l&#233;vation qui est le plus grand r&#233;sultat de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cet id&#233;alisme r&#233;volutionnaire il faut avant tout s'accrocher, advienne que pourra, porter le plus lourd, atteindre le plus haut, et rester digne du grand dessein historique qui nous attend.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Les buts et les limites de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6392</link>
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		<dc:date>2022-10-20T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Les buts et les limites de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &lt;br class='autobr' /&gt;
(ao&#251;t 1902) &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous, partisans des m&#233;thodes du socialisme scientifique, telles qu'elles sont &#233;nonc&#233;es par Marx et Engels, sommes les plus malchanceux ; non seulement les adversaires de Marx et d'Engels nous combattent - d'ailleurs c'est naturel - mais, il y a aussi des gens qui de temps en temps vont trop loin dans leur &#233;loge de Marx et d'Engels, et pourtant qui trouvent cela incompatible avec la dignit&#233; d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Karl Kautsky
&lt;p&gt;Les buts et les limites de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(ao&#251;t 1902)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous, partisans des m&#233;thodes du socialisme scientifique, telles qu'elles sont &#233;nonc&#233;es par Marx et Engels, sommes les plus malchanceux ; non seulement les adversaires de Marx et d'Engels nous combattent - d'ailleurs c'est naturel - mais, il y a aussi des gens qui de temps en temps vont trop loin dans leur &#233;loge de Marx et d'Engels, et pourtant qui trouvent cela incompatible avec la dignit&#233; d'un libre penseur d'appliquer leurs th&#233;ories de mani&#232;re logique. La remarque pleine d'esprit de Marx qu'il n'&#233;tait pas lui-m&#234;me marxiste, ils l'appliquent avec s&#233;rieux, et ils aimeraient beaucoup faire croire que Marx consid&#233;rait ceux qui partageaient son point de vue comme des idiots, qui &#233;taient tout &#224; fait incapables de penser par eux-m&#234;mes. Ou bien ils d&#233;clarent que les marxistes sont pour l'essentiel incapables de comprendre Marx, et qu'eux, les non-marxistes, sont viol&#233;s pour d&#233;fendre la th&#233;orie de Marx contre le fanatisme des marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement ces &#234;tres curieux se contentent de prononcer certaines de ces phrases qui, lorsqu'elles sont prononc&#233;es avec le ton requis d'indignation morale, sont s&#251;res de r&#233;ussir dans une assembl&#233;e de libres penseurs. Une tentative un peu plus s&#233;rieuse de ce genre est faite par le socialiste anglais Belfort Bax, avec un article intitul&#233; La conception mat&#233;rialiste de l'histoire , qu'il a publi&#233; dans un num&#233;ro r&#233;cent de l'hebdomadaire viennois Die Zeit .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax dit de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, apr&#232;s une phrase introductive :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prise dans sa forme la plus extr&#234;me, donc, cette conception (mat&#233;rialiste) (du d&#233;veloppement historique) ne dit rien de moins que la morale, la religion et l'art ne sont pas simplement influenc&#233;s par les conditions &#233;conomiques, mais qu'ils d&#233;coulent seuls de la pens&#233;e -r&#233;flexe de ces conditions dans la conscience sociale. En un mot, les fondements essentiels de toute histoire sont la richesse mat&#233;rielle, sa production et son &#233;change. La religion, la morale et l'art sont des ph&#233;nom&#232;nes al&#233;atoires, dont l'expression peut &#234;tre directement ou indirectement retrac&#233;e &#224; un fondement &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans une note de bas de page, Bax remarque en plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aucun connaisseur des th&#233;ories de Karl Marx n'aura besoin de savoir que Marx lui-m&#234;me &#233;tait loin d'adopter un point de vue aussi extr&#234;me dans son &#233;nonc&#233; de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. &#171; Moi m&#234;me je ne suis pas marxiste &#187; &#8211; (moi, je ne suis pas marxiste) a-t-il &#233;crit une fois, et il aurait tr&#232;s certainement r&#233;p&#233;t&#233; cette opinion s'il avait vu les derni&#232;res repr&#233;sentations des &#171; marxistes &#187;, Plechanoff, Mehring ou Kautsky . &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette note de bas de page est d&#233;cid&#233;ment originale. Les derni&#232;res performances des marxistes ont &#233;t&#233; une source de m&#233;contentement pour Bax. Mais il craint que cela n'ait pas suffisamment de poids s'il exprimait simplement ses sentiments personnels d'insatisfaction &#224; notre &#233;gard. Avec une t&#233;nacit&#233; qui aurait fait honneur &#224; Miss Eusapia, il invoque l'esprit de Karl Marx et lui permet de nous d&#233;savouer formellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous est sans doute au plus haut point fatal si Marx, par l'interm&#233;diaire de Bax, avait d&#233;savou&#233; nos derni&#232;res performances. Mais Bax n'a vraiment pas besoin de mettre &#224; rude &#233;preuve ses pouvoirs th&#233;osophiques. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire est l'&#339;uvre non seulement de Marx, mais aussi d'Engels, et il avait vu les &#171; derni&#232;res performances des marxistes &#187;. Pourquoi Bax ne mentionne-t-il pas Engels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le seul point remarquable de cette note de bas de page. Il est clair que le seul but est de se d&#233;barrasser, une fois pour toutes, des trois marxistes en question. A l'&#233;claircissement du probl&#232;me, il ne contribue pas le moins du monde. Au contraire. Dans le texte, nous n'entendons parler que de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. La note, en revanche, nous dit que la conception d&#233;velopp&#233;e dans le texte n'est pas celle de Marx. Mais il se garde bien de nous dire de qui il s'agit r&#233;ellement. Bax veut-il insinuer que la conception de l'histoire qui y est expliqu&#233;e est celle de Mehring, Kautsky, etc. ? Alors je dois protester contre cela, non seulement en mon nom mais en celui des marxistes en g&#233;n&#233;ral. Aucun marxiste, qui doit &#234;tre pris au s&#233;rieux, n'est venu &#224; l'id&#233;e de parler de &#171; pens&#233;es-r&#233;flexes dans la conscience sociale,&#034; Qu'est-ce que Bax a pu vouloir dire par l&#224; ? Nous n'avons jamais cherch&#233; le &#171; vrai fondement de toute l'histoire dans le bien-&#234;tre mat&#233;riel &#187;, puisque nous ne cherchons jamais le vrai fondement de toute activit&#233; humaine dans le seul &#171; bien-&#234;tre mat&#233;riel &#187;. Et il n'est pas n&#233;cessaire d'avoir &#233;tudi&#233; tr&#232;s profond&#233;ment la litt&#233;rature du mat&#233;rialisme historique pour savoir qu'aucun marxiste ne soutient que la religion, la morale et l'art sont des ph&#233;nom&#232;nes &#171; hasardeux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'est &#233;galement totalement inconnu qu'un historien mat&#233;rialiste ait &#233;crit des b&#234;tises de ce genre. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire que combat Bax n'est donc ni la conception de Marx, ni celle des marxistes qui, dit-on, diff&#232;rent de Marx. Nous le remettons &#224; Bax avec plaisir, et ne nous sentirons en aucun cas affect&#233;s s'il le d&#233;truit racine et branche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Bax ne prend pas seulement une position n&#233;gative, mais aussi positive, comme le devient un critique philosophique. Il am&#233;liore la conception mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour lui trop unilat&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La tentative, dit-il, de d&#233;duire toute la vie humaine d'un &#233;l&#233;ment, de d&#233;clarer toute l'histoire sur la base de l'&#233;conomie, n&#233;glige le fait que toute r&#233;alit&#233; concr&#232;te doit avoir deux faces, une mat&#233;rielle et une formelle, donc &#224; au moins deux &#233;l&#233;ments fondamentaux... Selon mon id&#233;e, la th&#233;orie en question a besoin d'&#234;tre am&#233;lior&#233;e dans le sens suivant : Les capacit&#233;s sp&#233;culatives, &#233;thiques et artistiques de l'homme existent en tant que telles dans la soci&#233;t&#233; humaine - m&#234;me si elles pas simplement des produits des conditions mat&#233;rielles de l'existence humaine, bien que leur expression &#224; chaque fois dans le pass&#233;, toujours dans une faible mesure et tr&#232;s souvent dans une mesure consid&#233;rable, ait &#233;t&#233; modifi&#233;e par ces facteurs. Tout le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; est beaucoup plus modifi&#233; par ses conditions mat&#233;rielles que par n'importe quelle sp&#233;culation,cause &#233;thique ou artistique. Mais cela n'&#233;quivaut pas &#224; dire que toute cause &#171; id&#233;ologique &#187; peut se r&#233;soudre en une condition purement mat&#233;rielle... J'admets pleinement que la forme particuli&#232;re d'un mouvement, qu'il soit intellectuel, &#233;thique ou artistique, est d&#233;termin&#233;e par les conditions mat&#233;rielles. de la soci&#233;t&#233; dans laquelle il s'affirme, mais il sera &#233;galement d&#233;termin&#233; par les &#233;l&#233;ments et les tendances psychologiques dont il est issu. La capacit&#233; de penser, par exemple le pouvoir de g&#233;n&#233;ralisation, d'expliquer les &#233;v&#233;nements comme cause et effet, ne peut certainement pas &#234;tre r&#233;duite au r&#233;flexe psychologique des circonstances &#233;conomiques. En bref, pour r&#233;sumer les vues que j'ai repr&#233;sent&#233;es ici en opposition aux marxistes extr&#234;mes : Ces extr&#233;mistes soutiennent que les affaires humaines sont uniquement r&#233;gl&#233;es par des causes physiques ext&#233;rieures, tandis que d'autres soutiennent exactement le contraire,ne voyant que des motifs psychologiques et id&#233;alistes int&#233;rieurs. Les deux points de vue que je consid&#232;re comme unilat&#233;raux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous enlevons le noyau de tout cet apprentissage philosophique, alors nous constatons que Bax veut dire que la morale, la religion, l'art et la science ne sont pas produits par les seules conditions &#233;conomiques ; il faut que ces conditions agissent sur des hommes dot&#233;s de certaines capacit&#233;s &#233;thiques, artistiques et sp&#233;culatives. Ce n'est que par la coop&#233;ration des deux facteurs qu'un mouvement social, artistique ou &#233;thique surgit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui peut nier que Bax a raison, et que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire est compl&#232;tement hors de cause ? Mais pas la th&#233;orie de Marx, pas m&#234;me des marxistes, mais celle d&#233;couverte par Bax, selon laquelle la morale, la religion et l'art formaient la &#171; pens&#233;e-r&#233;flexe des conditions &#233;conomiques &#187; dans la &#171; conscience sociale &#187;, le bien-&#234;tre mat&#233;riel le fondement. de toute action, et le &#171; pouvoir de la pens&#233;e &#187; pourrait &#234;tre &#171; r&#233;duit au r&#233;flexe psychologique des conditions &#233;conomiques &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste marxiste est malheureusement beaucoup trop unilat&#233;rale et &#233;troite pour pouvoir pr&#233;tendre expliquer l'intellect, ou toute l'histoire. Elle n'a pas la pr&#233;tention d'&#234;tre autre chose qu'une conception de l'histoire, une m&#233;thode de recherche des forces motrices du d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; humaine. Certes, il serait absurde de dire qu'une &#339;uvre d'art ou un syst&#232;me philosophique consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me est simplement le produit de conditions sociales ou en dernier lieu &#233;conomiques. Mais il n'appartient pas non plus &#224; une hypoth&#232;se historique d'expliquer l'activit&#233; artistique ou philosophique. Il n'a qu'&#224; expliquer les changements que cette activit&#233; a d&#251; subir au cours des diff&#233;rentes p&#233;riodes. Sans doute, sans intelligence, sans id&#233;es. Mais cette connaissance approfondie nous aide-t-elle dans une moindre mesure &#224; r&#233;pondre &#224; la question,pourquoi les id&#233;es du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle diff&#232;rent de celles du treizi&#232;me, et celles-ci encore ne sont pas les m&#234;mes que celles des anciens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une absurdit&#233; palpable de pr&#233;tendre que la volont&#233; et la pens&#233;e des hommes comme, selon Bax, &#034;l'aile extr&#234;me de la conception mat&#233;rialiste&#034; disent - sont &#034;seules d&#233;termin&#233;es par la force physique ext&#233;rieure&#034;. Il va de soi que l'organisme humain joue un r&#244;le dans la production de l'id&#233;e, en tant que monde ext&#233;rieur. Mais l'organisme humain a-t-il chang&#233; ses pouvoirs de pens&#233;e, sa capacit&#233; artistique, dans une mesure notable au cours du temps historique ? Certainement pas. Les capacit&#233;s de pens&#233;e d'un Aristote sont certainement &#224; peine d&#233;pass&#233;es ; tout aussi peu la capacit&#233; artistique des anciens. Qu'est-ce, par contre, qui a chang&#233; dans le monde ext&#233;rieur ? La nature ? Assur&#233;ment pas. La Gr&#232;ce jouit aujourd'hui du m&#234;me paradis qu'au temps de P&#233;ricl&#232;s mais la soci&#233;t&#233; a chang&#233;, c'est-&#224;-direvraiment la condition &#233;conomique et dans la mesure o&#249; la nature et les hommes ont chang&#233;, elle a &#233;t&#233; sous l'influence des conditions &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions &#233;conomiques ne sont donc pas les seules choses qui d&#233;terminent les &#171; affaires humaines &#187;, les &#171; processus de la vie humaine &#187;, mais elles sont, parmi les facteurs d&#233;terminants, le seul &#233;l&#233;ment variable. Les autres sont constants, ne s'alt&#232;rent pas du tout, ou seulement sous l'influence des changements de l'&#233;l&#233;ment variable ; ils ne sont donc pas des moteurs du d&#233;veloppement historique, m&#234;me s'ils sont des &#233;l&#233;ments indispensables de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien mat&#233;rialiste ne n&#233;glige aucunement, il ne sous-estime pas l'importance du facteur psychologique dans l'histoire. Mais tr&#232;s loin d'&#234;tre un moteur du d&#233;veloppement historique, ce facteur se pr&#233;sente bien plus comme un &#233;l&#233;ment essentiellement conservateur. Tout historien sait quelle grande force la tradition pr&#233;sente dans l'histoire. Tandis que le d&#233;veloppement &#233;conomique ne conna&#238;t pas d'arr&#234;t, l'esprit humain fait toujours l'effort de rester dans des formes de pens&#233;e qui ont &#233;t&#233; une fois atteintes ; elle ne suit pas directement le d&#233;veloppement &#233;conomique mais se fossilise et reste dans les anciennes formes longtemps apr&#232;s que les conditions sociales et &#233;conomiques qui les ont cr&#233;&#233;es se soient &#233;vanouies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi devient, selon les mots du po&#232;te, raison, folie ; la bont&#233; un tourment. Cela ne se manifeste pas seulement l&#224;, lorsqu'il s'agit d'un int&#233;r&#234;t mat&#233;riel au maintien des anciennes fa&#231;ons de penser. Nous rappelons, par exemple, que les d&#233;signations de parent&#233; sont beaucoup plus conservatrices que les formes familiales [1], de m&#234;me que nos f&#234;tes, qui d&#233;fient toute r&#233;volution, bien que les conditions dont elles sont issues soient pass&#233;es depuis longtemps. Les formes-pens&#233;es d'un &#226;ge plus avanc&#233; offrent donc de nombreux indices importants pour la reconnaissance des conditions sociales d'une p&#233;riode ant&#233;rieure. Le d&#233;veloppement &#233;conomique doit alors &#234;tre tr&#232;s d&#233;velopp&#233;, ses besoins et les nouvelles relations sociales qu'il produit doivent d&#233;j&#224; &#234;tre en contradiction flagrante avec les formes accept&#233;es de loi, de morale et toutes les formes traditionnelles de sentiment, de pens&#233;e et d'organisation. de la soci&#233;t&#233;, avant m&#234;me que les &#233;lus, particuli&#232;rement p&#233;n&#233;trants et courageux, soient forc&#233;s par elle de d&#233;velopper et de d&#233;fendre de nouvelles vues, de nouveaux id&#233;aux pour le droit et la morale, et pour l'organisation de la soci&#233;t&#233;, avec les moyens alors existants de l'art et de la science,id&#233;aux qui doivent leur origine et leur importance historique aux nouveaux besoins et rapports sociaux, et dont l'importance historique, dont l'influence sur la r&#233;volution de la conscience humaine, et la reconstruction de la soci&#233;t&#233; d&#233;pend du degr&#233; de leur approche de celle requise par la d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la pens&#233;e humaine est si conservatrice, que m&#234;me les esprits les plus r&#233;volutionnaires au commencement d'une r&#233;volution de la pens&#233;e ne peuvent s'emp&#234;cher de verser le vin nouveau dans de vieilles bouteilles et de consid&#233;rer leurs id&#233;es non comme le renversement, mais comme l'accomplissement. Christ est venu, comme on le sait, non pour abolir mais pour accomplir la loi ; les r&#233;formateurs n'avaient pas le d&#233;sir d'&#233;riger un christianisme nouveau, qui correspondait aux besoins des XVe ou XVIe si&#232;cles, mais de ramener le christianisme primitif des &#201;vangiles, et les premiers socialistes d&#233;mocrates de notre temps croyaient n'avoir qu'&#224; achever le &#339;uvre que la R&#233;volution fran&#231;aise avait commenc&#233;e mais non achev&#233;e. La social-d&#233;mocratie n'&#233;tait &#224; l'origine qu'une d&#233;mocratie logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte du nouveau avec les &#233;l&#233;ments anciens doit &#234;tre d&#233;j&#224; bien avanc&#233;e avant que les penseurs de l'id&#233;e nouvelle se rendent compte du fait que ceux-ci sont irr&#233;m&#233;diablement oppos&#233;s &#224; l'ancien. Encore plus tard, c'est naturellement le cas de l'homme moyen &#8211; m&#234;me au sein de ces classes qui s'int&#233;ressent &#224; la r&#233;organisation des choses. L'antagonisme de classe doit avoir atteint son paroxysme, les masses doivent &#234;tre profond&#233;ment remu&#233;es et agit&#233;es par la guerre des classes avant qu'elles n'acqui&#232;rent le moindre int&#233;r&#234;t pour les th&#233;ories actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; cette inertie de la conscience humaine, le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233; appara&#238;t &#224; l'observation superficielle comme le produit d'id&#233;es, qui viennent &#224; certains &#171; esprits favoris&#233;s de Dieu &#187;, pour reprendre une expression qui a particuli&#232;rement mis Bax en col&#232;re, d'id&#233;es dont alors les champions du progr&#232;s gagner la masse de l'humanit&#233;. Il semble donc que ce soient les id&#233;es qui produisent le progr&#232;s de la soci&#233;t&#233;. Rien de plus na&#239;f que lorsque les repr&#233;sentants de l'id&#233;alisme reprochent aux mat&#233;rialistes de n&#233;gliger le r&#244;le des id&#233;es dans l'histoire. Comme si c'&#233;tait possible, comme si le processus d&#233;crit ci-dessus ne s'imposait pas &#224; quiconque se mettait m&#234;me &#224; &#233;tudier l'histoire. Non, les mat&#233;rialistes ne n&#233;gligent pas ce processus, mais ils ne s'en contentent pas, &#224; la mani&#232;re des m&#233;thodes ant&#233;rieures d'&#233;criture de l'histoire,qui consiste &#224; rester &#224; la surface des ph&#233;nom&#232;nes. Ils &#233;tudient plus profond&#233;ment, et ils constatent que l'ordre des id&#233;es n'est pas arbitraire ou al&#233;atoire, mais d&#233;termin&#233; par la loi ; qu'&#224; chaque &#233;poque &#233;conomique distincte de l'humanit&#233; correspondent des formes distinctes de religion, de morale et de loi, que l'on trouve dans tous les climats et chez toutes les races, et que, partout o&#249; les changements correspondants permettent d'&#233;tudier, le changement des conditions &#233;conomiques pr&#233;c&#232;de, et l'alt&#233;ration dans les id&#233;es des hommes ne s'ensuit que lentement, que par cons&#233;quent celle-ci doit &#234;tre d&#233;clar&#233;e par la premi&#232;re et non le contraire.que l'on trouve dans tous les climats et parmi toutes les races, et que, partout o&#249; les changements correspondants permettent d'&#233;tudier le changement dans les conditions &#233;conomiques pr&#233;c&#232;de, et le changement dans les id&#233;es des hommes ne suit que lentement, que par cons&#233;quent ce dernier doit &#234;tre d&#233;clar&#233; par le premier et non le contraire.que l'on trouve dans tous les climats et parmi toutes les races, et que, partout o&#249; les changements correspondants permettent d'&#233;tudier le changement dans les conditions &#233;conomiques pr&#233;c&#232;de, et le changement dans les id&#233;es des hommes ne suit que lentement, que par cons&#233;quent ce dernier doit &#234;tre d&#233;clar&#233; par le premier et non le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la conception mat&#233;rialiste de l'histoire ; non pas tel que Bax le d&#233;crit, mais tel qu'il est &#233;tabli par Marx et Engels (qu'on compare entre autres choses du premier la Pr&#233;face &#224; la Critique de l'&#233;conomie politique , et du second &amp; Feuerbach ) et leurs &#233;l&#232;ves. Que la critique de Bax et m&#234;me l'amendement de Bax ne soient pas pertinents, c'est clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la critique que Bax applique &#224; la conception mat&#233;rialiste de l'histoire repose sur sa confusion du d&#233;veloppement historique avec &#171; l'ensemble de la vie humaine &#187;. Il pense qu'une explication de la premi&#232;re doit suffire pour donner une explication compl&#232;te de la seconde. Mais il ne se contente pas de cette confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;couvert que les affaires humaines sont r&#233;gl&#233;es par des causes ext&#233;rieures et int&#233;rieures, il met imm&#233;diatement sa d&#233;couverte en application, et remarque qu'au cours du d&#233;veloppement historique alternativement un facteur, &#034;les tendances psychologiques fondamentales&#034;, alternativement l'autre, &#034; les conditions &#233;conomiques &#187;, a acquis la ma&#238;trise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous arrivons maintenant, dit-il, &#224; la question importante, dans quelle proportion l'un par rapport &#224; l'autre les deux &#233;l&#233;ments entrent en vigueur aux diverses &#233;poques. Que l'un puisse consid&#233;rablement pr&#233;dominer, et que celui-ci dans toute l'histoire de la soci&#233;t&#233; humaine ait &#233;t&#233; l'&#233;l&#233;ment mat&#233;riel, est certainement aujourd'hui indiscutable. Mais m&#234;me dans les p&#233;riodes pour lesquelles nous poss&#233;dons une trace historique, nous trouvons &#8211; et c'est indiscutable &#8211; des p&#233;riodes distinctes o&#249; l'&#171; &#233;l&#233;ment id&#233;ologique &#187; pr&#233;domine. C'est &#224; cette &#233;poque qu'une croyance sp&#233;culative est si fermement tenue par ses adeptes qu'elle repousse les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels de la vie &#224; l'arri&#232;re-plan. A ceux-ci appartiennent les commencements du christianisme... Dans le d&#233;veloppement du christianisme dans les deux premi&#232;res g&#233;n&#233;rations, les conditions mat&#233;rielles ont jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s peu important, presque seulement n&#233;gatif.De m&#234;me, dans les premiers mouvements h&#233;r&#233;tiques du Moyen &#194;ge, l'&#233;l&#233;ment sp&#233;culatif pr&#233;dominait... Certes, il est difficile pour nous qui vivons &#224; une &#233;poque o&#249; le facteur &#233;conomique met tout autre au second plan, de comprendre une &#233;poque o&#249; ce facteur n'&#233;tait pas le cas, de sorte que les enfants de ce monde auraient jamais pu accepter l'enseignement de la th&#233;ologie avec une foi si in&#233;branlable, qu'il a influenc&#233; leur action ; que la chevalerie, la fid&#233;lit&#233;, les relations de sang aient jamais pu &#234;tre si fortes qu'elles repoussent toutes les autres expressions de la vie &#224; l'arri&#232;re-plan, semble &#224; l'homme moderne inconcevable.de sorte que les enfants de ce monde aient jamais pu accepter l'enseignement de la th&#233;ologie avec une foi si in&#233;branlable, qu'il a influenc&#233; leur action ; que la chevalerie, la fid&#233;lit&#233;, les relations de sang aient jamais pu &#234;tre si fortes qu'elles repoussent toutes les autres expressions de la vie &#224; l'arri&#232;re-plan, semble &#224; l'homme moderne inconcevable.de sorte que les enfants de ce monde aient jamais pu accepter l'enseignement de la th&#233;ologie avec une foi si in&#233;branlable, qu'il a influenc&#233; leur action ; que la chevalerie, la fid&#233;lit&#233;, les relations de sang aient jamais pu &#234;tre si fortes qu'elles repoussent toutes les autres expressions de la vie &#224; l'arri&#232;re-plan, semble &#224; l'homme moderne inconcevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels gens du commun, nous, mat&#233;rialistes, devons &#234;tre ! Tous les sentiments les plus fins de l'&#226;me humaine, qui s'&#233;l&#232;vent au-dessus de la passion de l'argent, nous sont inconcevables. Les vertus de la chevalerie, de la loyaut&#233;, de l'altruisme, celles-ci ne sont pas &#224; saisir par les mat&#233;rialistes, mais seulement par certains id&#233;alistes choisis parmi lesquels Bax compte &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme nous, mat&#233;rialistes, sommes ignorants ! Chaque &#233;colier sait quelle forte croyance poss&#233;dait l'&#226;me des premiers croyants du christianisme et des r&#233;formateurs du Moyen &#194;ge, seulement nous, mat&#233;rialistes, ne le savons pas. Mais Bax n'a pas besoin d'aller jusqu'aux marxistes extr&#234;mes pour trouver cette ignorance crasse, m&#234;me Marx en est coupable. Il est bien connu que dans la Pr&#233;face de sa Critique de l'&#233;conomie politique, 1859, il d&#233;veloppa la &#171; Th&#233;orie du mat&#233;rialisme historique &#187;. Un critique am&#233;ricain fit la m&#234;me d&#233;couverte que notre critique anglais fait aujourd'hui : Marx avait d&#233;clar&#233; que &#171; le mode de production de la vie mat&#233;rielle d&#233;termine la vie sociale, politique et spirituelle en g&#233;n&#233;ral &#187; ; &#224; quoi le critique r&#233;pond &#171; c'est tr&#232;s bien pour le monde d'aujourd'hui, o&#249; les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels dominent, mais ni pour le moyen &#226;ge o&#249; le catholicisme, ni pour Ath&#232;nes ou Rome o&#249; l'int&#233;r&#234;t politique &#233;tait pr&#233;dominant &#187;. Dans une note du Capital &#224; ce sujet, Marx remarqua :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En premier lieu, il est &#233;trange que quiconque ait choisi de supposer que ces figures de style universellement connues sur le Moyen &#194;ge et le monde antique aient pu rester inconnues de quiconque. Une chose est claire, que ni le moyen &#226;ge ne pouvait vivre du catholicisme, ni le monde antique de la politique. La m&#233;thode par laquelle ils gagnaient leur vie, au contraire, explique pourquoi l&#224;-bas la politique, et ici le catholicisme, a jou&#233; le r&#244;le principal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce passage r&#233;v&#232;le Marx dans toute sa m&#233;chancet&#233; mat&#233;rialiste. Les nouvelles d&#233;couvertes de Bax, il a d&#233;clar&#233; il y a une g&#233;n&#233;ration, &#233;taient des phrases universellement connues. Mais ce genre de discours semble profiter de l'immortalit&#233;, nous allons donc l'examiner de pr&#232;s une fois de plus. Selon Bax, dans l'histoire de la soci&#233;t&#233;, tant&#244;t les conditions mat&#233;rielles, tant&#244;t les &#171; forces motrices id&#233;ologiques psychiques &#187; ont le plus d'influence, et il pense le prouver en pointant les origines du christianisme ; chez les premiers chr&#233;tiens, les &#171; int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels &#187; jouaient un r&#244;le tout &#224; fait n&#233;gligeable. Ils &#233;taient port&#233;s par une foi in&#233;branlable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne devrais pas songer &#224; le nier, mais peut-&#234;tre puis-je me permettre de demander o&#249; les historiens mat&#233;rialistes ont affirm&#233; que les &#234;tres humains &#233;taient guid&#233;s dans leurs actions uniquement par des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels, c'est -&#224;- dire par l'&#233;go&#239;sme. Bax tombe dans la grave erreur de confondre les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels , qui forment les motifs conscients des actions des individus, avec les conditions mat&#233;rielles qui sous-tendent une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, et donc aussi la pens&#233;e et les sentiments des membres de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De pair avec cela va une autre confusion. Alors que Bax met les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels des individus sur un pied d'&#233;galit&#233; avec les fondements mat&#233;riels de la soci&#233;t&#233;, il transforme le premier, c'est -&#224;- dire l' &#233;go&#239;sme, en une influence ext&#233;rieure agissant sur les hommes qu'il met en opposition avec le facteur psychologique int&#233;rieur. Mais il est clair que l'&#233;go&#239;sme est tout autant &#224; prendre en compte avec les facteurs psychologiques internes que la chevalerie, l'altruisme, la foi, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc Bax d&#233;couvre que l'humanit&#233; est tant&#244;t mue par l'&#233;go&#239;sme, tant&#244;t par d'autres motifs, il ne prouve pas par l&#224; ce qu'il veut prouver, &#224; savoir que tant&#244;t les conditions mat&#233;rielles, tant&#244;t les conditions psychologiques dominent. soci&#233;t&#233;, mais que la puissance motrice psychologique est diff&#233;rente sous diff&#233;rentes formes de soci&#233;t&#233;. Le fait qu'&#224; Bax, gr&#226;ce &#224; une s&#233;rie de contreparties, pr&#233;sente la solution, forme juste le probl&#232;me qui doit &#234;tre r&#233;solu. Pourquoi les hommes de l'Empire romain ont-ils &#233;t&#233; saisis par l'id&#233;e de fuir le monde, par le besoin de bonheur dans le ciel, par le sentiment d'internationalisme et d'&#233;galit&#233;, et toutes les autres caract&#233;ristiques distinctives du christianisme ? Le mat&#233;rialisme historique &#233;tudie les changements qui ont eu lieu &#224; cette &#233;poque dans la structure &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;, et en m&#234;me temps dans ses conditions politiques et juridiques, et trouve que ces changements rendent suffisamment compte des changements des motifs psychologiques. Je dois peut-&#234;tre signaler ici que j'ai tent&#233;, en 1885, de donner une explication mat&#233;rialiste des origines du christianisme ( Die Entstehung der Christenthums , Neue Zeit , 1885, p. 481 sqq.) Cette enqu&#234;te a n&#233;cessit&#233; de nombreuses recherches. Bax en fait un travail tr&#232;s l&#233;ger. Il d&#233;clare simplement que les changements dans les forces motrices psychologiques au moment de la mont&#233;e du christianisme sont le r&#233;sultat de la puissance motrice psychologique qui, comme Munchausen, se tire de ses propres ailes du bourbier et donne une nouvelle direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, il y a une signification plus profonde dans la loi que Bax propose. Il me semble que, m&#234;me s'il est peu propre &#224; faire avancer l'&#233;tude de l'organisation sociale dans le pass&#233;, il donne un indice sur les m&#233;thodes d'&#233;criture de l'histoire de Bax.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'&#171; &#233;tudiant &#187; des &#233;crits de Marx et des &#171; performances &#187; des marxistes, il a trouv&#233; non seulement dans le premier, mais aussi dans le second, bien qu'&#233;valu&#233; par lui si bas, de nombreux indices qu'il ne n&#233;glige pas. Mais il ne s'en contente pas. Il doit mettre en jeu sa &#171; capacit&#233; de r&#233;flexion &#187;, sa &#171; puissance motrice psychologique &#187; ; l&#224;, nous rencontrons l'&#233;l&#233;ment id&#233;al int&#233;rieur. La synth&#232;se sup&#233;rieure des deux constitue les &#233;crits de Bax. Un &#233;chantillon a suffi. Dans son dernier livre : Socialism, its Growth and Outcome (revue Neue Zeit , XII, i., pp. 630 sqq.), il attribue &#224; la page 92, en accord avec les marxistes, la mont&#233;e de l'esprit puritain en Angleterre au d&#233;veloppement &#233;conomique conduisant au capitalisme. Il d&#233;crit la prol&#233;tarisation de la population agricole anglaise et poursuit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'Angleterre payait ainsi tribut au commerce et ne le payait que par la perte de cette rude jovialit&#233;, de cette abondance et de ce sentiment d'amour-propre qui suscitaient jadis l'admiration des &#233;trangers qui souffraient plus d'&#233;preuves de la f&#233;odalit&#233;. syst&#232;me et ses abus que les Anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la page 97, Bax &#233;crit tout &#224; fait autrement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le puritanisme protestant... est un fait isol&#233; tout &#224; fait remarquable, probablement le r&#233;sultat de certaines caract&#233;ristiques particuli&#232;res du peuple qui se sont d&#233;velopp&#233;es &#224; travers leurs conditions... Il faut admettre que l'origine de cet esprit (puritain) est tout aussi myst&#233;rieuse que son existence est dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suggestion mat&#233;rialiste qui conduisit Bax &#224; chercher l'explication de l'esprit puritain dans le d&#233;veloppement capitaliste particulier de l'Angleterre ne fit donc pas trop d'impression. A la page 92, il explique l'esprit puritain d'une mani&#232;re parfaitement mat&#233;rialiste ; cinq pages plus tard, il l'a compl&#232;tement oubli&#233;, et maintenant la &#171; puissance motrice psychologique &#187; entre dans son droit, et &#224; peine Bax a-t-il rendu bien clair la jovialit&#233; de la joyeuse vieille Angleterre qu'il d&#233;couvre le fondement de l'esprit puritain dans une tendance dangereuse de la les Anglais &#224; la morosit&#233;. C'est clair. On ne peut reprocher &#224; cette mani&#232;re d'&#233;crire l'histoire d'&#234;tre unilat&#233;rale. Non seulement il explique un ph&#233;nom&#232;ne historique sur des bases mat&#233;rialistes, et l'autre sur des bases id&#233;alistes, mais explique aussi le m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne une fois comme mat&#233;rialiste,l'autre fois comme id&#233;aliste &#8211; selon la &#171; puissance motrice psychologique &#187; sous l'influence de laquelle se trouve actuellement l'intellect de l'historien. Nous, marxistes extr&#234;mes &#224; sens unique, ne pouvons certainement pas atteindre ce sommet de &#171; synth&#232;se &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. &#171; La famille, dit Morgan, est l'&#233;l&#233;ment actif ; elle n'est jamais stationnaire, mais ne va d'une forme inf&#233;rieure &#224; une forme sup&#233;rieure que dans la mesure o&#249; la soci&#233;t&#233; se d&#233;veloppe d'une forme inf&#233;rieure &#224; une forme sup&#233;rieure. Les syst&#232;mes de relations, en revanche, sont passifs ; ce n'est qu'au cours de longues p&#233;riodes qu'ils enregistrent le progr&#232;s que la famille a fait au cours du temps, et nous ne constatons alors le changement radical que lorsque la famille a subi une transformation radicale. &#171; Et, ajoute Marx, il en est de m&#234;me des syst&#232;mes politiques, juridiques, religieux et philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les critiques de la th&#233;orie
&lt;p&gt;(octobre 1902)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ma r&#233;ponse &#224; l'article de Bax dans le num&#233;ro pr&#233;c&#233;dent de la Neue Zeit ne sera pas aussi courte que je l'aurais souhait&#233; moi-m&#234;me. Pour que la poursuite de la discussion soit utile, il sera n&#233;cessaire d'approfondir la discussion sur certaines questions importantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est certainement pas pour moi une plaisanterie quand Bax, sans aucune h&#233;sitation, m'attribue des &#171; interpolations &#187; et des &#171; trucs qui sont au-dessous de la dignit&#233; d'une critique scientifique &#187;. Ces accusations trouvent leur r&#233;ponse dans le fait que j'ai cit&#233; tous les passages que Bax m'accuse de falsifier pleinement et pr&#233;cis&#233;ment. Mes lecteurs &#233;taient donc en mesure de contr&#244;ler ma critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si quelqu'un n'est pas fond&#233; &#224; soulever l'accusation de fausse citation de ses propos, c'est bien Bax, qui aussi bien dans la pr&#233;sentation de ses propres vues que dans celles des autres fait preuve d'un manque d'int&#233;r&#234;t assez &#233;tonnant pour l'exactitude. C'est d'autant plus d&#233;sagr&#233;able qu'il n'a pas l'habitude de citer verbalement les phrases qu'il critique. Il pr&#233;f&#232;re, comme il le dit lui-m&#234;me, les donner dans &#171; un langage l&#233;g&#232;rement remani&#233; par souci de concision &#187;. Le d&#233;sir de bri&#232;vet&#233; est tr&#232;s louable, mais je pense que la n&#233;cessit&#233; d'exactitude devrait l'emporter sur cela dans une discussion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple suffit. Bax &#233;crit dans sa r&#233;ponse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et maintenant consid&#233;rons un cas concret de l'application par Kautsky des m&#233;thodes de Marx. Kautsky affirme dans son Histoire du socialismeque toute la dispute sur la question de la C&#232;ne du Seigneur, dans la guerre des Hussites, n'&#233;tait qu'un &#171; manteau &#187; sous lequel les luttes de classe de l'&#233;poque &#233;taient men&#233;es... Maintenant, je demande ce que signifie le mot &#171; manteau &#187; &#224; cet &#233;gard ? Si l'expression &#171; manteau &#187; a un sens, ce doit &#234;tre ceci, que la question de la coupe, par exemple, la croyance th&#233;ologique de l'&#233;poque, n'avait aucune force ind&#233;pendante pour d&#233;terminer l'action de ceux qui ont jou&#233; un r&#244;le ; en bref, si l'expression de Kautsky doit signifier quoi que ce soit, alors elle ne peut signifier que ce qui suit : soit la croyance &#233;tait sinc&#232;re et r&#233;elle, soit une hypocrisie consciente ou inconsciente comme de telles croyances le sont aujourd'hui pour la plupart ; ce n'est que dans ce dernier cas qu'on peut parler avec raison d'une &#171; cape &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi Bax s'interroge longuement pour savoir ce que j'entends par le mot &#171; cape &#187;. C'est cette expression qui le peine. Qu'ai-je &#233;crit en r&#233;alit&#233; dans l' Histoire du socialisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'&#201;glise catholique, c'&#233;tait devenu la coutume de donner aux la&#239;cs non pas du pain et du vin, mais simplement du vin. C'est tout &#224; fait conforme &#224; une th&#233;orie qui visait &#224; abolir les privil&#232;ges du sacerdoce, qu'elle prit aussi position contre cette position privil&#233;gi&#233;e. La coupe, la coupe des la&#239;cs, devint d&#232;s lors le symbole des Hussites. Selon la m&#233;thode traditionnelle d'&#233;crire l'histoire, dans les luttes gigantesques des guerres hussites, il n'y avait rien de plus en jeu que la question de savoir si la Communion devait &#234;tre prise sous les deux esp&#232;ces ou non, et le &#171; peuple &#233;clair&#233; &#187; n'oublie pas de signaler avec satisfaction &#224; cet &#233;gard combien &#233;troits les gens de ce temps &#233;taient et combien clairs, au contraire, sont les libres penseurs de notre temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais cette pr&#233;sentation du mouvement hussite est &#224; peu pr&#232;s aussi sage et justifi&#233;e qu'elle le serait si, en d&#233;crivant historiquement dans les si&#232;cles &#224; venir les luttes r&#233;volutionnaires de notre temps, on disait que les gens &#233;taient encore aussi ignorants au XIXe si&#232;cle que d'attribuer une importance superstitieuse &#224; certaines couleurs, de sorte que des luttes sanglantes s'&#233;lev&#232;rent pour savoir si les couleurs de la France devaient &#234;tre blanches ou bleu-blanc-rouge, celle de la Hongrie noir-jaune ou rouge-blanc-vert, celle de l'Allemagne. pendant longtemps, tous ceux qui portaient une bande noir-rouge-or &#233;taient condamn&#233;s &#224; de longues peines de prison, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce que les diff&#233;rents drapeaux signifient aujourd'hui pour les diff&#233;rentes nations et partis signifiait aussi la coupe pour les Hussites ; leur banni&#232;re, autour de laquelle ils s'assemblaient, qu'ils d&#233;fendaient jusqu'au dernier, mais non l'objet pour lequel ils combattaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'importe qui peut voir que je n'ai pas utilis&#233; le mot &#171; manteau &#187;, et je me suis exprim&#233; suffisamment et clairement pour exclure tout doute sur la fa&#231;on dont je souhaite que la question de la coupe soit con&#231;ue. Je n'ai n&#233;anmoins de mon c&#244;t&#233; pas l'intention de renverser la vapeur et d'accuser Bax de conduite d&#233;shonorante ou d'interpolation intentionnelle. Je me retiendrai de faire une telle accusation &#224; la l&#233;g&#232;re. Je n'ai pas &#233;voqu&#233; l'affaire pour poursuivre Bax dans un acc&#232;s d'indignation morale. Je note le fait de l'indiff&#233;rence de Bax &#224; l'exactitude uniquement pour ces motifs, car elle se manifeste non seulement dans des d&#233;tails mineurs, mais aussi dans la question principale, dans la pr&#233;sentation de l'objet de la discussion elle-m&#234;me, et lui donne ainsi son caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette indiff&#233;rence prend parfois, comme je l'ai d&#233;j&#224; remarqu&#233;, une forme &#171; assez monstrueuse &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai signal&#233; &#224; Bax ( Neue Zeit , Jahrg. 1895-1896, n&#176; 47, traduit dans Social-Democrat , ao&#251;t), dans ma r&#233;ponse &#224; son article du Zeit , qu'il est coupable de la &#171; confusion assez monstrueuse de int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels avec des conditions mat&#233;rielles. Et que r&#233;pond Bax ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le d&#233;veloppement de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, je constate que ces id&#233;es co&#239;ncident plus ou moins... Les conditions mat&#233;rielles qui ont d&#233;termin&#233; l'histoire remontent incontestablement, dans la plupart des cas, aux int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels des classes ou des nations, c'est pourquoi je consid&#232;re l'indignation de Kautsky un peu exag&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas assez pour que Bax confond les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels avec les conditions mat&#233;rielles, mais il s'accroche fermement &#224; sa confusion, m&#234;me apr&#232;s qu'il lui a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233; que c'est absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se peut-il que Bax ne sache vraiment pas ce que l'on entend par les conditions mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233; ? Ces conditions mat&#233;rielles, c'est-&#224;-dire les conditions de production, ce mot pris au sens le plus large du mot ; comment peut-on affirmer que cela est pour la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose que les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels des classes et des nations ? La diff&#233;rence entre les deux mots est montr&#233;e par la consid&#233;ration suivante : Il est, &#224; mon avis, possible, d'apr&#232;s les conditions mat&#233;rielles de l'empire romain, d'expliquer le d&#233;go&#251;t des choses terrestres et le d&#233;sir passionn&#233; de la part des chr&#233;tiens. Mais il serait monstrueux de regarder derri&#232;re le d&#233;sir de mort pour un int&#233;r&#234;t mat&#233;riel ! Et pourtant, Bax trouve que la condition mat&#233;rielle, &#171; dans la plupart des cas &#187;, doit &#234;tre attribu&#233;e &#224; des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels. Il aurait doncexpliquer les m&#233;thodes de production &#224; partir des int&#233;r&#234;ts de classe, et non l'inverse ! Selon Bax, il n'est pas n&#233;cessaire d'&#233;tudier les m&#233;thodes de production pour comprendre les int&#233;r&#234;ts de classe des capitalistes et du prol&#233;tariat, mais vice versa. Les m&#233;thodes de l'Economie Politique acqui&#232;rent ainsi un pr&#233;cieux compl&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette indiff&#233;rence &#224; une d&#233;finition exacte des id&#233;es a, cependant, une influence d'autant plus troublante sur la discussion, que Bax nous laisse si r&#233;solument dans l'ignorance sur ce contre quoi sa critique est dirig&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans son article du Zeit , de m&#234;me dans sa r&#233;ponse, il persiste &#224; soutenir qu'il existe une diff&#233;rence entre la conception historique de Marx et d'Engels, et ; celui de leurs adeptes. Certes, il s'exprime moins d&#233;cid&#233;ment que dans son premier article. Dans cet article, il d&#233;clarait en note de bas de page :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Personne qui conna&#238;t les th&#233;ories de Karl Marx n'aura besoin de savoir que Marx lui-m&#234;me &#233;tait loin d'adopter un point de vue aussi extr&#234;me dans son &#233;nonc&#233; de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire. &#171; Moi, je ne suis pas marxiste, &#233;crivit-il un jour ; et il aurait tr&#232;s certainement r&#233;p&#233;t&#233; son opinion s'il avait vu les derni&#232;res repr&#233;sentations des &#171; marxistes &#187;, Pl&#233;chanoff, Mehring ou Kautsky.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, Bax dit simplement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais d'avis que Marx, et d'apr&#232;s certaines expressions qu'il a utilis&#233;es, Engels &#233;galement, aurait consid&#233;r&#233; la conception mat&#233;rialiste de l'histoire telle qu'interpr&#233;t&#233;e par Kautsky, Mehring et Plechanoff comme trop st&#233;r&#233;otyp&#233;e. N&#233;anmoins, je fais de Kautsky un cadeau de toute la question personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est certes tr&#232;s gentil de Bax, mais il me fait cadeau de quelque chose qui n'appartient plus &#224; lui mais au public. L'ensemble de son premier article repose sur la supposition d'un antagonisme, entre Marx et ses &#233;l&#232;ves. A ma r&#233;ponse, il r&#233;p&#232;te cette affirmation, qui est exprim&#233;e dans le titre de son deuxi&#232;me article, et parcourt son article comme une tra&#238;n&#233;e rouge ; mais quand Bax doit prouver cette affirmation, alors il me fait g&#233;n&#233;reusement cadeau de la question et lui-m&#234;me cadeau de la r&#233;ponse, n'oubliant pas, cependant, de laisser tomber un indice obscur qu'Engels, &#171; &#224; partir de certaines expressions qu'il a utilis&#233;es &#187;, ont consid&#233;r&#233; la conception mat&#233;rialiste de l'histoire telle qu'interpr&#233;t&#233;e par Kautsky, Mehring et Plechanoff, comme &#171; trop st&#233;r&#233;otyp&#233;e &#187;. Malheureusement, Bax ne nous donne pas la moindre information si ces expressions &#233;taient orales ou &#233;crites,publics ou priv&#233;s, &#224; quoi ils faisaient r&#233;f&#233;rence et &#8211; comment ils fonctionnaient. Tant qu'il reste muet sur ces points, il doit me permettre de tenir pour acquis que ces &#171; certaines expressions &#187; ont autant de points communs avec une d&#233;sapprobation de mes m&#233;thodes historiques qu'une &#171; cape &#187; avec un &#171; drapeau &#187; ou un int&#233;r&#234;t avec condition d'autant plus que je suis dans l'heureuse position de pouvoir signaler certains propos bien distincts d'Engels qui disent tout le contraire de ce qu'affirme Bax.car je suis dans l'heureuse position de pouvoir signaler certaines d&#233;clarations tr&#232;s distinctes d'Engels qui disent exactement le contraire de ce qu'affirme Bax.car je suis dans l'heureuse position de pouvoir signaler certaines d&#233;clarations tr&#232;s distinctes d'Engels qui disent exactement le contraire de ce qu'affirme Bax.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, je ne veux pas dire qu'Engels aurait souscrit &#224; chaque mot que moi, ou tout autre marxiste - je ne peux ici parler que pour moi-m&#234;me - avais exprim&#233;. Chacun de nous est une individualit&#233; pour lui-m&#234;me, qui fait pour lui-m&#234;me ses propres recherches et en rend compte, et aucun de nous n'est un Marx ou un Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui nous est commun, c'est le point de vue, et c'est le m&#234;me que celui de Marx et d'Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Bax veut prouver que notre application des principes de Marx-Engels est fausse, il doit traiter chacun de nous comme une individualit&#233; ind&#233;pendante, et pour chacun de nous sp&#233;cialement de ses propres &#233;crits apporter la preuve qu'il veut exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne veut pourtant critiquer qu'en termes g&#233;n&#233;raux, comme c'est le cas actuellement, notre point de vue commun, alors il est absolument arbitraire pour lui d'&#233;tablir entre nous et nos ma&#238;tres une diff&#233;rence que nous ne reconnaissons pas nous-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax pense qu'il est inutile de s'en pr&#233;occuper, car toute l'affaire est au dernier degr&#233; une question personnelle sans importance. &#171; En ce qui me concerne, Marx ou m&#234;me Engels auraient-ils pu &#234;tre des marxistes au sens de Kautsky ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il ne me para&#238;t pas qu'&#224; cet &#233;gard cette question soit si purement personnelle. Avant de discuter d'une th&#233;orie, l'objet du litige doit &#234;tre clairement d&#233;fini. Mais le m&#234;me manque de pr&#233;cision est d&#233;velopp&#233; par Bax, comme ailleurs. Tant&#244;t c'est la conception &#171; n&#233;o-marxiste &#187; &#171; extr&#234;me &#187; qu'il combat, puis encore la conception mat&#233;rialiste de l'histoire en g&#233;n&#233;ral, mais il &#233;vite toujours soigneusement d'indiquer quelles sont en r&#233;alit&#233; les opinions qu'il critique. Marx, Engels, chacun des &#171; n&#233;o-marxistes &#187; se sont fr&#233;quemment exprim&#233;s sur la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, mais Bax ne cite pas une seule phrase pour accrocher sa critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impr&#233;cision, aussi bien dans la d&#233;finition du sujet que dans la s&#233;paration des concepts, et dans l'expression, est sans doute un obstacle s&#233;rieux &#224; toute discussion ; c'est pourtant une perturbation deux fois plus grande dans une discussion des id&#233;es marxistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des avantages essentiels par lesquels Marx et Engels ont pu faire leurs grandes d&#233;couvertes scientifiques, &#233;tait leur clart&#233; dans la division et la s&#233;paration des id&#233;es. Quiconque aspire &#224; &#234;tre &#171; marxiste &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; travailler dans l'esprit &#224; la fois de la ma&#238;trise &#233;voqu&#233;e, doit en premier lieu viser cette nettet&#233; et cette clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, les choses ne sont pas aussi tranch&#233;es que dans l'abstrait ; une chose passe &#224; une autre, et ceux qui restent en surface, qui veulent expliquer le monde des ph&#233;nom&#232;nes d'embl&#233;e, trouvent facilement que l'id&#233;e marxienne est unilat&#233;rale ou qu'elle est arbitraire, et ne correspond pas &#224; la r&#233;alit&#233; . Presque tous les critiques des id&#233;es de Marx commencent par confondre les id&#233;es qu'il a divis&#233;es ; commence donc par une rechute scientifique. Certains confondent valeur d'utilit&#233; et valeur d'&#233;change, valeur et prix, plus-value et profit. Ils trouvent que Rodbertus &#171; assez bien &#187;, &#171; dans un langage l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent &#187;, dit la m&#234;me chose que Marx, parle d'une th&#233;orie de la valeur de Marx-Rodbertus, et &#171; r&#233;fute &#187; ou am&#233;liore cela. Encore d'autres auteurs confondent organisme animal et organisme social, lois du d&#233;veloppement social et lois de l'individu ;ils ne distinguent pas entre l'&#234;tre des hommes et leur conscience, entre les contenus de l'histoire et leurs formes superficielles, entre les int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et les conditions mat&#233;rielles, et parviennent ainsi facilement &#224; d&#233;passer les id&#233;es unilat&#233;rales de Marx et &#224; regarder avec piti&#233; les marxistes qui se sont enferm&#233;s dans cette &#171; formule unilat&#233;rale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, cependant, presque toutes les critiques des vues de Marx reposent sur une telle confusion, la discussion qui s'ensuit est souvent infructueuse et souvent aussi peu &#233;difiante, puisque pour d&#233;fendre les th&#233;ories marxistes, nous marxistes n'avons pour la plupart rien d'autre &#224; faire que d'&#233;noncer ce que Marx ou l'un des marxistes a vraiment dit, et de pr&#233;ciser que c'est tout &#224; fait diff&#233;rent de ce que le critique lui avait fait dire, que, donc, la critique n'&#233;tait pas valable, une occupation qui n'est ni tr&#232;s, amusante ni tr&#232;s suggestive, mais qu'en raison du genre de critique adress&#233;e au marxisme, on est malheureusement toujours et toujours &#224; reprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi aussi la discussion dont nous nous occupons doit d'abord arriver &#224; cette place qui devrait &#234;tre le point de d&#233;part, c'est-&#224;-dire une discussion sur ce que l'on entend r&#233;ellement par le mat&#233;rialisme historique tant d&#233;battu, abus&#233; et si peu compris. Le th&#232;me n'est pas nouveau, mais il n'est pas simplement d'ordre acad&#233;mique, comme je vais encore le montrer, mais aussi d'importance pratique, et puisque les remarques de Bax me donneront l'occasion d'apporter, je crois, quelques points de vue nouveaux dans la discussion, J'esp&#232;re qu'elle ne sera pas enti&#232;rement d&#233;nu&#233;e d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela demande un article sp&#233;cial.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La th&#233;orie historique
&lt;p&gt;(novembre 1902)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bax dit : &#171; Kautsky m'accuse de confondre le d&#233;veloppement historique avec l'ensemble de la vie humaine. Certes, je maintiens qu'on a le droit d'exiger d'une th&#233;orie compl&#232;te du d&#233;veloppement historique, qu'elle soit capable de donner une explication appropri&#233;e de l'ensemble de la vie humaine, ou des indications suffisantes &#224; de telles explications, &#233;tant donn&#233; que l'ensemble de la vie humaine se d&#233;veloppe dans l'histoire.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi pr&#233;cis que cela puisse para&#238;tre, je me permets n&#233;anmoins de douter de l'inviolabilit&#233; de cette phrase &#8211; que toute la vie humaine se d&#233;veloppe dans l'histoire. Les fonctions de l'organisme humain - digestion, procr&#233;ation, accouchement, appartiennent dans une certaine mesure &#224; &#034;l'ensemble de la vie humaine&#034; mais il ne viendra &#224; l'esprit de personne d'affirmer qu'elles se sont d&#233;velopp&#233;es au cours de l'histoire. Mais &#224; part cela, je ne suis pas d'avis qu'on puisse exiger d'une th&#233;orie qu'elle explique plus qu'elle ne pr&#233;tend expliquer. Si la th&#233;orie darwinienne donne une explication du d&#233;veloppement des esp&#232;ces de plantes et d'animaux, on ne peut l'accuser d'&#234;tre insuffisante car elle n'explique pas par ailleurs la vie organique elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut aussi d&#233;crire la soci&#233;t&#233; humaine comme un organisme, mais certainement pas comme animal ou v&#233;g&#233;tal. Il forme un organisme particulier, qui a ses propres lois et sa propre vie. La vie humaine, en tant qu'elle est la vie animale, la vie de l'organisme individuel, est soumise &#224; des lois bien diff&#233;rentes de celles de la vie sociale. L'histoire n'a qu'&#224; rechercher les lois de ce dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire n'est pas d'&#233;tudier l'universel dans l'histoire humaine, ce qui est commun aux hommes de tous les temps, mais ce qui est historiquement particulier, ce qui distingue les hommes &#224; diff&#233;rentes &#233;poques les uns des autres. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, leur objet est de voir ce que les gens d'une &#233;poque, d'une nation ou d'une classe particuli&#232;re ont en commun, et non ce qui s&#233;pare un individu particulier des autres individus avec lesquels il vit et travaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'est en rien modifi&#233; par le fait que les livres d'histoire nous ont jusqu'ici relat&#233; non pas l'habituel, le social, mais l'insolite et l'individuel. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire ne se laisse pas guider dans ses vis&#233;es par les anciennes m&#233;thodes d'&#233;criture de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception mat&#233;rialiste de l'histoire ne pr&#233;tend pas expliquer le fait et le faire remonter sans plus attendre aux conditions &#233;conomiques, que C&#233;sar n'a pas eu d'enfants et a adopt&#233; Octave, qu'Antoine est tomb&#233; amoureux de Cl&#233;op&#226;tre, et que L&#233;pide &#233;tait un faible impuissant. Certes, cependant, il se croit capable d'expliquer l'&#233;clatement de la R&#233;publique romaine et la mont&#233;e du c&#233;sarisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, il est clair que Bax se fait une fausse id&#233;e de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, lorsqu'il pense qu'elle aspire &#224; expliquer le &#171; don po&#233;tique particulier du po&#232;te, les qualit&#233;s po&#233;tiques d'un Shakespeare ou d'un Goethe &#187;. Ce qu'il ne peut ni ne veut faire. Il peut s'agir d'un d&#233;faut ; mais Bax affirmera-t-il qu'une autre conception historique est en mesure d'expliquer ces qualit&#233;s ? Je pense que c'est un exploit &#224; ne pas m&#233;priser si la conception mat&#233;rialiste de l'histoire peut expliquer l'&#233;tendue des id&#233;es que Shakespeare ou Goethe avaient en commun avec leurs contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de la litt&#233;rature marxiste existante, Bax aurait pu d&#233;couvrir par lui-m&#234;me que le mat&#233;rialisme historique n'est pas d'avis que le g&#233;nie doit &#234;tre directement li&#233; aux faits &#233;conomiques. Il me sera peut-&#234;tre permis, pour preuve de cela, de citer mes propres &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon travail sur Thomas More, je distingue trois facteurs qui ont influenc&#233; son travail. En premier lieu, et c'est le facteur le plus important, les relations sociales g&#233;n&#233;rales de son &#233;poque et de son pays, qui remontent aux conditions &#233;conomiques. Ensuite, le milieu social particulier dans lequel More s'est d&#233;velopp&#233;, et &#224; celui-ci appartiennent non seulement les conditions &#233;conomiques particuli&#232;res dans lesquelles il a v&#233;cu, mais aussi les hommes avec lesquels il s'est associ&#233;, dont les id&#233;es particuli&#232;res sont encore &#224; faire remonter &#224; des facteurs de diverses sortes. , les traditions qu'il a trouv&#233;es, la litt&#233;rature qui lui &#233;tait accessible, &amp;c. Mais tous ces &#233;l&#233;ments ne suffisent pas &#224; rendre bien clair l'effet de &#171; l'utopie &#187;, et il faut aussi tenir compte de la particularit&#233; personnelle de More.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire n'est en aucun cas aussi simple et tranch&#233;e que certains le d&#233;crivent. Comme autre exemple, je peux citer mon travail sur Das Kapital et l' Elend der Philosophie (traduit en anglais par Poverty of Philosophy ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les conditions sociales g&#233;n&#233;rales, en dernier ressort, les conditions &#233;conomiques de leur temps entrent en compte pour les r&#233;sultats de Marx et Engels, leur environnement particulier. Si More se distinguait des Anglais par sa combinaison d'humanisme et d'activit&#233; de juriste pratique, Marx et Engels se distinguaient aussi par la combinaison des &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires que l'Allemagne produisait alors avec ceux de la France et de l'Angleterre. Mais d'abord quand on tient compte de leurs dons personnels, c'est leur influence dans l'histoire pour &#234;tre comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous consid&#233;rions le socialisme comme un ph&#233;nom&#232;ne social, nous pourrons par cons&#233;quent faire abstraction des influences individuelles, d'autant plus que nous le consid&#233;rerons comme un ph&#233;nom&#232;ne o&#249; les masses entrent en compte. Pour une compr&#233;hension des contenus communs des mouvements socialistes collectifs du XIXe si&#232;cle, les rapports sociaux du syst&#232;me de production capitaliste suffisent pleinement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode mat&#233;rialiste est tout aussi indispensable &#224; une juste compr&#233;hension de l'individu dans l'histoire. Nous pouvons d'abord saisir sa particularit&#233; si nous avons d&#233;couvert ce qu'il avait en commun avec son temps, et quels en &#233;taient les principaux motifs. On peut d'abord examiner ce qu'il a donn&#233; &#224; son temps quand on sait ce qu'il en a retir&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'individu, selon la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, peut-il donner quelque chose &#224; la soci&#233;t&#233; ? Ne se pr&#233;sente-t-il pas simplement en tant que destinataire par rapport &#224; elle ? La conception mat&#233;rialiste de l'histoire n'exclut-elle pas toute id&#233;e d'influence r&#233;ciproque entre l'individu et la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici arriv&#233;s &#224; la question de savoir quelle part l'homme, ou si l'on pr&#233;f&#232;re &#171; l'esprit &#187;, le &#171; moteur psychologique &#187;, l'id&#233;e, joue dans l'histoire. Pour les historiens id&#233;alistes, l'id&#233;e est en mesure de mener une existence ind&#233;pendante pour elle-m&#234;me. Pour nous, c'est simplement une fonction du cerveau humain, et la question de savoir si l'id&#233;e peut influencer la soci&#233;t&#233; co&#239;ncide avec la question de savoir si et comment cela est possible pour l'individu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax sera tr&#232;s surpris lorsque je d&#233;clarerai que je suis enti&#232;rement d'accord avec la phrase qu'il m'adresse : &#171; Les conditions &#233;conomiques ne font l'histoire qu'en combinaison avec l'esprit et la volont&#233; humains. &#187; Je ne suis cependant pas d'accord lorsqu'il poursuit : &#171; Cela &#233;quivaut &#224; dire que la conception n&#233;o-marxiste de l'histoire fait fausse route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir une id&#233;e presque mystique du d&#233;veloppement &#233;conomique si l'on croit qu'il pourrait faire le moindre pas en avant sans l'activit&#233; de l'esprit humain. Il ne faut cependant pas confondre d&#233;veloppement &#233;conomique et conditions &#233;conomiques. Ce sont deux choses bien diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dernier ressort, le d&#233;veloppement &#233;conomique n'est rien d'autre que le d&#233;veloppement de la technique, c'est-&#224;-dire des inventions et des d&#233;couvertes successives. Qu'est-ce que c'est que le &#171; travail alternatif &#187; entre l'intellect et les conditions &#233;conomiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme historique, loin de nier la force motrice de l'intellect humain dans la soci&#233;t&#233;, ne donne qu'une explication sp&#233;ciale, et diff&#233;rente de celle admise jusqu'ici, du fonctionnement de cet intellect. [1]L'esprit gouverne la soci&#233;t&#233;, mais non en ma&#238;tre des relations &#233;conomiques, mais en leur serviteur. C'est eux qui fixent &#224; l'esprit le probl&#232;me qu'il doit r&#233;soudre &#224; l'&#233;poque. Et, par cons&#233;quent, ce sont aussi eux qui d&#233;terminent les r&#233;sultats qu'il peut et doit atteindre dans des conditions historiques donn&#233;es. Le r&#233;sultat imm&#233;diat que l'intellect humain atteint avec la solution d'un de ses probl&#232;mes peut &#234;tre celui qu'il a souhait&#233; et pr&#233;vu. Mais chacune de ces solutions doit produire des effets qu'elle ne pouvait pr&#233;voir, et qui contredisent souvent ses intentions. Le d&#233;veloppement &#233;conomique est le produit de l'alternance entre les circonstances &#233;conomiques et l'intellect humain, mais il n'est pas le produit de l'activit&#233; libre et sans entrave de l'humanit&#233; organisant les conditions &#233;conomiques comme il leur semble bon.Chaque solution d'une t&#226;che technique nous confronte &#224; de nouvelles t&#226;ches. Le franchissement de toute barri&#232;re naturelle nous confronte &#224; de nouvelles barri&#232;res que nous devons encore surmonter ; la satisfaction de tout besoin produit un nouveau besoin. Chaque avanc&#233;e technique apporte cependant de nouveaux moyens d'accomplir de nouvelles t&#226;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas seulement &#231;a. Aucune modification technique, aucune modification des modes de production ou de vie n'est possible sans r&#233;action sur les rapports des hommes entre eux. Une certaine somme de progr&#232;s technique impliquera continuellement de nouvelles conditions de travail et de vie, incompatibles avec l'organisation dominante de la soci&#233;t&#233;, avec les principes dominants du droit, de la morale, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le progr&#232;s technique cr&#233;e non seulement de nouveaux probl&#232;mes pour le d&#233;couvreur et l'inventeur, mais aussi pour les organisateurs et les dirigeants de la soci&#233;t&#233; ; probl&#232;mes dont la solution est continuellement rendue difficile en raison de la puissance de la tradition, principalement aussi en raison du manque de connaissances et de perspicacit&#233;, et, dans les soci&#233;t&#233;s avec antagonisme de classe, &#233;galement en raison des int&#233;r&#234;ts des classes qui tirent un avantage de l'&#233;tat de choses existant , mais qui dans de tels cas seront finalement forc&#233;s en raison des int&#233;r&#234;ts des classes dont les int&#233;r&#234;ts r&#233;sident dans l'ordre nouveau et toujours en raison de la n&#233;cessit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soci&#233;t&#233;s qui n'ont pas la force et la perspicacit&#233; requises pour proc&#233;der &#224; l'adaptation de l'organisation sociale aux nouvelles conditions &#233;conomiques rendues n&#233;cessaires doivent d&#233;p&#233;rir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux d&#233;buts de la soci&#233;t&#233; pr&#233;valait le mode darwinien de d&#233;veloppement inconscient, la survie des organismes les mieux adapt&#233;s et la disparition de ceux qui ne pouvaient pas s'adapter. Mais plus on avance dans l'histoire, plus l'homme contr&#244;le la nature, plus les hommes r&#233;agissent consciemment aux suggestions que leur donne le d&#233;veloppement &#233;conomique ; d'autant plus que ce progr&#232;s progresse rapidement et de mani&#232;re frappante, d'autant plus les probl&#232;mes qui se posent deviennent faciles &#224; la conscience des hommes et d'autant plus d&#233;velopp&#233;es sont les m&#233;thodes pour r&#233;soudre consciemment les nouveaux probl&#232;mes, d'autant plus la r&#233;volution sociale cesse d'&#234;tre simplement instinctif, et commence &#224; &#234;tre con&#231;u par des id&#233;es, par des buts que les hommes se fixent, et finalement par des recherches syst&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La relation entre les conditions &#233;conomiques, qui placent l'humanit&#233; avant ses probl&#232;mes et produisent les moyens de leur solution, et l'activit&#233; intellectuelle ainsi produite de l'humanit&#233;, devient toujours plus compliqu&#233;e, plus s'&#233;tendent et se compliquent &#224; la fois les sph&#232;res dans lesquelles cette activit&#233; se d&#233;roule, le sph&#232;re de la nature contr&#244;l&#233;e par l'homme et la soci&#233;t&#233;, et de plus en plus d'interm&#233;diaires s'imposent entre la cause et l'effet. A partir des tentatives originellement purement empiriques de rendre l'une ou l'autre force naturelle au service de l'homme, la science naturelle s'est finalement d&#233;velopp&#233;e ; c'est l&#224; qu'intervient la division du travail entre les hommes de th&#233;orie et de pratique, entre les hommes de recherche et ceux qui appliquent les r&#233;sultats, lesquels eux-m&#234;mes se subdivisent toujours en diff&#233;rents groupes et cat&#233;gories. Et c'est le cas dans la soci&#233;t&#233;.Le philosophe social se s&#233;pare du politique, et la politique et la philosophie sociale elles-m&#234;mes se divisent &#224; nouveau en subdivisions. A c&#244;t&#233; du l&#233;gislateur pratique vient le juriste, &#224; c&#244;t&#233; du pr&#233;dicateur et gardien de la morale vient le philosophe moral, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune de ces activit&#233;s se s&#233;pare de l'autre, croit vivre une vie int&#233;rieure &#224; part, et oublie que ses devoirs, et les moyens de leur accomplissement, lui sont en dernier ressort impos&#233;s par les conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233;. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax est d'un autre avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire de la philosophie, dit-il, n'est nullement, dans ses principaux d&#233;veloppements, &#224; faire remonter &#224; des causes &#233;conomiques. Bien que l'application pratique des syst&#232;mes philosophiques et de la pens&#233;e puisse s'expliquer en partie sur ce terrain, nous avons, n&#233;anmoins, pour l'essentiel, affaire &#224; une r&#233;volution dans le domaine de la pens&#233;e, comme il est tr&#232;s facile de le prouver. Kautsky souhaite peut-&#234;tre expliquer que la philosophie ne peut s'&#233;panouir qu'apr&#232;s que la civilisation, y compris le d&#233;veloppement &#233;conomique, soit suffisamment avanc&#233;e pour permettre qu'un nombre suffisant d'hommes aient suffisamment de loisirs pour se livrer &#224; la pens&#233;e sp&#233;culative, ce qui ne serait &#233;videmment qu'une condition n&#233;gative. de l'apparition de la philosophie, et ni une cause positive de l'origine de la philosophie en g&#233;n&#233;ral, encore moins le contenu de la m&#234;me &#224; diverses p&#233;riodes.Si Kautsky demande en outre comment les germes originaux des id&#233;es philosophiques ont surgi, je r&#233;ponds par l'observation des processus de la nature ext&#233;rieure et de l'esprit humain, et par l'analyse des conditions de la connaissance et de la conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon affirmation n'est pas si inoffensive que Bax le pr&#233;tend. Je ne pr&#233;tends nullement que le rapport de la philosophie aux conditions &#233;conomiques de leur temps r&#233;side simplement dans le loisir que ces conditions laissent aux philosophes pour l'observation de la nature et de l'intellect, et pour les &#171; r&#233;volutions de la pens&#233;e &#187;. Non, le philosophe obtient encore quelque chose de plus de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il est remarquable que Bax mentionne, parmi les objets de la philosophie, simplement la nature ext&#233;rieure et l'esprit humain, mais non la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. A mon avis, la philosophie s'est occup&#233;e jusqu'ici en partie de l'investigation de la nature &#8211; dans laquelle je compte aussi l'esprit humain &#8211; en partie de l'investigation de la soci&#233;t&#233;. Qu'un philosophe ne puisse tirer ses id&#233;es sur la soci&#233;t&#233; humaine que de la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me, et que la structure d'une soci&#233;t&#233; &#224; n'importe quelle p&#233;riode doit &#234;tre expliqu&#233;e &#224; partir de ses conditions &#233;conomiques, je n'ai pas besoin d'expliquer davantage, mais de l&#224; il d&#233;coule d&#233;j&#224; que une partie tr&#232;s importante de la philosophie est, par sa nature m&#234;me, imputable aux conditions &#233;conomiques et non pas simplement &#224; expliquer par une &#171; r&#233;volution de la pens&#233;e &#187; ou un d&#233;veloppement formel-logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il des sciences naturelles ? Bax fait remonter cela &#224; la simple &#171; observation des proc&#233;dures de la nature ext&#233;rieure &#187;. Mais avec &#231;a on ne va pas tr&#232;s loin. Le sauvage peut aussi observer, et il observe, en g&#233;n&#233;ral, les d&#233;marches de la nature beaucoup plus vivement que nous. Mais cela ne fait pas de lui un philosophe. Ce n'est que dans la mesure o&#249; l'observation de la nature conduit &#224; la ma&#238;trise de la nature qu'elle parvient &#224; l'investigation de la nature. Ce qui distingue le philosophe du sauvage, ce n'est pas le fait de l'observation de la nature ; la distinction consiste en ceci : Pour le sauvage, la nature est une &#233;vidence, pour le philosophe elle est une &#233;nigme. La simple observation ne nous montre que le &#171; comment &#187; des d&#233;marches de la nature. La recherche philosophique de la nature commence d'abord par la question du &#171; pourquoi &#187;. L'homme doit d'abord, dans une certaine mesure,avoir coup&#233; le cordon du nombril, qui le lie &#224; la nature ; il doit, dans une certaine mesure, dominer la nature, s'&#233;lever au-dessus d'elle, avant de pouvoir songer &#224; la dominer. Et ce n'est que dans la mesure o&#249; s'&#233;tend la ma&#238;trise de l'homme sur la nature, o&#249; s'avance le progr&#232;s technique, que le champ de la recherche scientifique de la nature s'&#233;tend. Les philosophes ne seraient pas all&#233;s tr&#232;s loin dans leur &#171; r&#233;volution de la pens&#233;e &#187; sans t&#233;l&#233;phone, et microscope, instruments de pesage et de mesure, laboratoires et observatoires, etc. Ceux-ci ne produisent pas seulement les moyens de r&#233;soudre les probl&#232;mes des sciences naturelles, ils produisent eux-m&#234;mes les probl&#232;mes m&#234;mes. Mais ils sont eux-m&#234;mes les r&#233;sultats du d&#233;veloppement &#233;conomique - des r&#233;sultats qui, &#224; travers l'homme, redeviennent la cause de nouveaux progr&#232;s.Le d&#233;veloppement des sciences naturelles va de pair avec le d&#233;veloppement technique &#8211; ce mot &#233;tant entendu dans son sens le plus large. Dans les conditions techniques d'une &#233;poque, les outils et les machines ne sont pas uniquement &#224; comprendre. Les m&#233;thodes modernes de recherche chimique et les math&#233;matiques modernes font partie int&#233;grante de la technique existante. Que n'importe qui construise un bateau &#224; vapeur ou un pont ferroviaire sans math&#233;matiques ! Sans le math&#233;maticien d'aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; capitaliste serait impossible. La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.Dans les conditions techniques d'une &#233;poque, les outils et les machines ne sont pas uniquement &#224; comprendre. Les m&#233;thodes modernes de recherche chimique et les math&#233;matiques modernes font partie int&#233;grante de la technique existante. Que n'importe qui construise un bateau &#224; vapeur ou un pont ferroviaire sans math&#233;matiques ! Sans le math&#233;maticien d'aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; capitaliste serait impossible. La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.Dans les conditions techniques d'une &#233;poque, les outils et les machines ne sont pas uniquement &#224; comprendre. Les m&#233;thodes modernes de recherche chimique et les math&#233;matiques modernes font partie int&#233;grante de la technique existante. Que n'importe qui construise un bateau &#224; vapeur ou un pont ferroviaire sans math&#233;matiques ! Sans le math&#233;maticien d'aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; capitaliste serait impossible. La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.La position actuelle des math&#233;matiques appartient tout autant aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; actuelle que la position actuelle de la technique des machines ou du commerce mondial. Tout tient ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de la philosophie naturelle et sociale est donc &#233;troitement li&#233; au d&#233;veloppement &#233;conomique. Les conditions &#233;conomiques de l'&#233;poque donnent au philosophe non seulement le loisir n&#233;cessaire &#224; ses observations, mais quelque chose de plus : les probl&#232;mes qui remuent l'&#233;poque et attendent qu'un penseur les r&#233;solve, et les moyens de les r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction dans laquelle cette solution doit &#233;voluer dans chaque cas est d&#233;finie une fois pour toutes avec les &#233;l&#233;ments de la solution. Cela ne veut pas dire qu'il est toujours imm&#233;diatement reconnaissable pour tout le monde. Les probl&#232;mes, &#224; savoir ceux de la soci&#233;t&#233;, et seulement avec ceux-ci que nous avons &#224; faire, bien que, mutatis mutandis , cela soit &#233;galement valable pour le progr&#232;s des sciences naturelles, concernent des ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s compliqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, avec le d&#233;veloppement &#233;conomique, les aides et les m&#233;thodes de recherche augmentent, mais dans la m&#234;me mesure les objets de recherche se compliquent &#233;galement. L'homme d'&#201;tat et philosophe du moyen &#226;ge n'avait pas &#224; sa disposition les moyens ni les m&#233;thodes de la statistique moderne ; mais il n'avait affaire qu'&#224; de petites communaut&#233;s paysannes et citadines, qui vivaient chacune pour elles-m&#234;mes, &#233;taient faciles &#224; surveiller, et n'&#233;taient mises en contact avec le reste du monde que par un commerce tout &#224; fait insignifiant. Aujourd'hui, les hommes d'&#201;tat et les &#233;conomistes ont affaire &#224; un commerce qui embrasse les &#233;l&#233;ments les plus importants de la production et de la consommation des &#201;tats civilis&#233;s. Les ph&#233;nom&#232;nes qui restent &#224; expliquer, les t&#226;ches &#224; accomplir sont si compliqu&#233;s qu'il est pour l'individu, en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, impossible d'en reconna&#238;tre tous les aspects,et ainsi trouver ce qui est en tous points la bonne explication et la bonne solution. S'il ne peut y avoir qu'une solution &#224; un probl&#232;me, on voit pourtant s'avancer d'innombrables solutions, dont chacune tire un &#233;l&#233;ment de la question en compte. D'un autre c&#244;t&#233;, aucun n'est l'&#233;l&#233;ment du m&#234;me. Par cons&#233;quent, la vari&#233;t&#233; des opinions sur le m&#234;me sujet parmi les hommes, et m&#234;me parmi ceux qui se tiennent tous &#224; la m&#234;me hauteur de connaissances et de capacit&#233;s. On ne peut pas comprendre l'autre, non pas pour cette raison que l'un est plus b&#234;te que l'autre, mais parce que, dans la m&#234;me chose, l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.dont chacun tire l'un ou l'autre des &#233;l&#233;ments de la question. D'un autre c&#244;t&#233;, aucun n'est l'&#233;l&#233;ment du m&#234;me. Par cons&#233;quent, la vari&#233;t&#233; des opinions sur le m&#234;me sujet parmi les hommes, et m&#234;me parmi ceux qui se tiennent tous &#224; la m&#234;me hauteur de connaissances et de capacit&#233;s. On ne peut pas comprendre l'autre, non pas pour cette raison que l'un est plus b&#234;te que l'autre, mais parce que, dans la m&#234;me chose, l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.dont chacun tire l'un ou l'autre des &#233;l&#233;ments de la question. D'un autre c&#244;t&#233;, aucun n'est l'&#233;l&#233;ment du m&#234;me. Par cons&#233;quent, la vari&#233;t&#233; des opinions sur le m&#234;me sujet parmi les hommes, et m&#234;me parmi ceux qui se tiennent tous &#224; la m&#234;me hauteur de connaissances et de capacit&#233;s. On ne peut pas comprendre l'autre, non pas pour cette raison que l'un est plus b&#234;te que l'autre, mais parce que, dans la m&#234;me chose, l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.dans la m&#234;me chose l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.dans la m&#234;me chose l'un voit quelque chose de tout diff&#233;rent de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rences de capacit&#233; intellectuelle produisent naturellement aussi des diff&#233;rences d'opinion, mais dans la masse de l'humanit&#233;, ces diff&#233;rences de capacit&#233; sont tr&#232;s peu importantes. Mais ce qui est tr&#232;s diff&#233;rent chez les hommes, c'est leur point de vue, c'est-&#224;-dire la position sociale &#224; partir de laquelle ils abordent les questions de leur temps. Et ces diff&#233;rences augmentent avec les progr&#232;s du d&#233;veloppement &#233;conomique. Les diff&#233;rences de position des individus dans la soci&#233;t&#233; postulent non seulement des diff&#233;rences dans le d&#233;veloppement de leurs capacit&#233;s et de leurs connaissances, mais aussi dans leurs traditions, donc des pr&#233;jug&#233;s, et enfin dans leurs int&#233;r&#234;ts &#8211; int&#233;r&#234;ts personnels et de classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit de toutes les distinctions individuelles, le point de vue &#224; partir duquel la masse des membres d'une classe particuli&#232;re aborde une question particuli&#232;re est n&#233;anmoins fixe, et c'est ainsi qu'on lui donne &#233;galement la direction dans laquelle elle cherche une solution. Ce point de vue est cependant &#224; faire remonter aux conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233; &#224; l'&#233;poque ; &#224; travers ces conditions, non seulement le probl&#232;me sera donn&#233;, et la direction dans laquelle seule il peut trouver une solution, mais aussi les diverses directions dans lesquelles les diverses classes et sections de la soci&#233;t&#233; recherchent cette solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute la p&#233;riode qui a &#233;t&#233; jusqu'ici soumise &#224; l'investigation scientifique de l'histoire, aucune classe n'a jamais r&#233;ussi, et encore moins aucun individu, &#224; trouver une solution compl&#232;te &#224; l'une des questions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bonne et unique solution possible, issue des luttes d'int&#233;r&#234;ts et d'opinions, &#233;tait toujours diff&#233;rente de celles vis&#233;es et recherch&#233;es par les diverses classes, partis et penseurs. Mais nous constatons continuellement que les classes dont les int&#233;r&#234;ts co&#239;ncidaient avec ceux du d&#233;veloppement n&#233;cessaire sont plus ouvertes &#224; la v&#233;rit&#233; que d'autres dont les int&#233;r&#234;ts s'y opposent. Et, tandis que les id&#233;es et les vues du premier se rapprochaient toujours de la solution r&#233;elle de l'ensemble du probl&#232;me, l'autre manifestait une tendance &#224; s'en &#233;loigner de plus en plus. Nous voici arriv&#233;s au point o&#249; l'on peut voir jusqu'o&#249; l'individu peut modifier le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;. Il ne peut lui inventer de nouveaux probl&#232;mes, m&#234;me s'il est parfois en mesure d'y reconna&#238;tre des probl&#232;mes, l&#224; o&#249; d'autres n'ont jusqu'ici rien trouv&#233; qui les embarrasse.Il est dans le respect de la solution de ces probl&#232;mes limit&#233; aux moyens que son temps lui offre. En revanche le choix des probl&#232;mes auxquels il s'applique, celui du point de vue &#224; partir duquel il aborde leur solution, la direction dans laquelle il la cherche, et enfin la force avec laquelle il se bat pour elle ne sont pas, sans r&#233;serve. , &#224; attribuer aux seules conditions &#233;conomiques ; car, outre celles-ci, l'individualit&#233; s'affirme aussi avec cette &#233;nergie particuli&#232;re qu'elle a d&#233;velopp&#233;e, gr&#226;ce &#224; la nature particuli&#232;re de son talent et &#224; la nature particuli&#232;re des circonstances sp&#233;ciales dans lesquelles elle est plac&#233;e. Toutes les circonstances rapport&#233;es ici ont une influence, m&#234;me si ce n'est pas dans le sens du d&#233;veloppement, n&#233;anmoins sur sa marche, sur la forme sous laquelle se produit le r&#233;sultat, finalement in&#233;vitable.Et &#224; cet &#233;gard, les individus peuvent faire beaucoup, beaucoup pour leur &#226;ge. Certains, en tant que penseurs, lorsqu'ils acqui&#232;rent une vision plus profonde que les gens qui les entourent, s'&#233;mancipent davantage que ceux-ci des traditions et des pr&#233;jug&#233;s h&#233;rit&#233;s, surmontent la vision de classe &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier peut para&#238;tre curieux dans la bouche d'un marxiste. Mais en fait le socialisme repose sur un d&#233;passement de la vision de classe &#233;troite. Pour le bourgeois myope, la question sociale consiste dans le probl&#232;me, comment garder les ouvriers tranquilles et satisfaits ; pour le salari&#233; myope, c'est simplement une question de nourriture, la question de salaires plus &#233;lev&#233;s, d'heures de travail plus courtes et de travail assur&#233;. Il faut avoir surmont&#233; l'&#233;troitesse de l'un comme de l'autre, pour arriver &#224; l'id&#233;e que la solution des probl&#232;mes sociaux de notre temps doit &#234;tre plus globale, et telle qu'elle n'est possible que dans un nouvel ordre social. .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cela ne veut pas dire, cependant, que cette connaissance sup&#233;rieure des socialistes soit la connaissance compl&#232;te, et que la soci&#233;t&#233; nouvelle ne d&#233;veloppera peut-&#234;tre pas d'autres formes que nous ne l'esp&#233;rons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le penseur qui surmonte la tradition de classe et l'&#233;troitesse de classe se place dans une position plus &#233;lev&#233;e et d&#233;couvre ainsi de nouvelles v&#233;rit&#233;s ; ce qui signifie qu'il est plus pr&#232;s de la solution de la question que l'individu moyen, par cons&#233;quent, il ne peut pas compter sur les applaudissements de toutes les classes. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, seules les classes seront d'accord avec celui dont les int&#233;r&#234;ts co&#239;ncident avec le d&#233;veloppement g&#233;n&#233;ral - tr&#232;s souvent m&#234;me pas ceux, si le penseur s'est trop &#233;lev&#233; au-dessus de son environnement. En tout cas, l'int&#233;r&#234;t a de merveilleux pouvoirs d'aiguiser l'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas le penseur seul qui peut abr&#233;ger le chemin du d&#233;veloppement, et peut diminuer ses sacrifices. L'artiste qui saisit les v&#233;rit&#233;s d&#233;couvertes par le penseur et les exprime d'une mani&#232;re &#224; la fois plus claire, plus s&#233;duisante, plus entra&#238;nante, plus inspirante ; l'organisateur et le tacticien, qui rassemble les forces &#233;parses et les applique &#224; l'action concert&#233;e, ils peuvent tous h&#226;ter et aider au d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai parl&#233; d'organisateurs et de tacticiens. A ceux-ci appartiennent non seulement les politiciens, mais aussi les g&#233;n&#233;raux. Il est devenu de mode dans les cercles d&#233;mocratiques de m&#233;priser un peu le g&#233;n&#233;ral et la guerre, comme si cela n'avait aucune importance pour le d&#233;veloppement de l'humanit&#233;. C'est la r&#233;action contre la conception historique du royaliste des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, dont on voit encore aujourd'hui les traces dans les ouvrages historiques d'hommes capables de se faire une opinion, que tout progr&#232;s part des monarques, et que les guerres sont les &#233;v&#233;nements les plus importants et les plus b&#233;n&#233;fiques de leurs r&#232;gnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est absurde. Mais c'est un fait, que jusqu'ici parmi les leviers les plus puissants de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire la h&#226;te forc&#233;e du d&#233;veloppement social, a appartenu &#224; la guerre, et que les g&#233;n&#233;raux qui ont remport&#233; les victoires pour la cause de la r&#233;volution doivent &#234;tre nomm&#233;s parmi les premier de ceux qui ont promu la cause du d&#233;veloppement humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le nombre de ces g&#233;n&#233;raux qui se sont oppos&#233;s au d&#233;veloppement, et l'ont retard&#233; par leurs victoires, serait probablement beaucoup plus grand. Mais dans le camp des r&#233;actionnaires et de ceux qui entravent la cause du d&#233;veloppement se trouvent non seulement des g&#233;n&#233;raux, mais aussi des politiciens et des l&#233;gislateurs ; et pas mal de philosophes et d'artistes ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s dans ce camp. Pas plus que la tendance r&#233;actionnaire de la majorit&#233; des officiers des temps modernes, notre opposition de principe contre le militarisme ne doit nous conduire &#224; sous-estimer l'influence du g&#233;nie militaire sur le processus du d&#233;veloppement historique ant&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il signaler un autre pr&#233;jug&#233; d&#233;mocratique, que l'on ne cherche que trop facilement &#224; justifier au moyen de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire ; l'aversion pour l'attribution d'honneur et de distinction aux individus, ce qu'ils rejettent comme un &#171; culte de la personnalit&#233; &#187;, &#171; l'autoritarisme &#187;, etc. Ce sont les cris de guerre que nous avons h&#233;rit&#233;s de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise, et qui, &#224; cause de leur belle sonorit&#233;, courent encore dans nos rangs, quoiqu'ils ne servent qu'&#224; donner aux anarchistes un argument contre nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est certain que chaque individu est un produit des circonstances ; qu'il h&#233;rite de la particularit&#233; de son organisme, tout est redevable de son d&#233;veloppement particulier au milieu particulier dans lequel il a &#233;t&#233; jet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;nie n'est donc pas responsable du fait qu'il soit du g&#233;nie. Ce n'est pourtant pas une raison pour qu'un philistin de cabaret ait pour moi la m&#234;me importance et le m&#234;me int&#233;r&#234;t qu'un penseur qui a ma&#238;tris&#233; les connaissances de son si&#232;cle, et qui a infiniment &#233;tendu ma perspicacit&#233;, ou que je devrais pr&#234;ter autant d'attention &#224; la les opinions d'une recrue politique comme celles d'un homme politique exp&#233;riment&#233; qui, au cours de sa vie, a donn&#233; des preuves de ses capacit&#233;s par d'innombrables victoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas besoin de nous excuser pour notre &#171; culte de la personnalit&#233; &#187; si nous v&#233;n&#233;rons la m&#233;moire d'un Lassalle ou d'un Marx ; si nous demandons plus souvent &#224; entendre un Bebel ou un Liebknecht qu'un Smith ou un Jones, et nous avons besoin de protester vivement contre le reproche que nous avons des chefs. Oui, nous avons des dirigeants, et cela d&#233;pend dans une mesure non infinit&#233;simale de la qualit&#233; de nos dirigeants si notre chemin vers la victoire est plus ou moins long, rugueux ou lisse. Mais non seulement le respect, mais aussi l'antagonisme envers les personnes individuelles, n'est pas incompatible avec notre point de vue mat&#233;rialiste. Les gens disent volontiers : &#171; Nous ne combattons pas les personnes, mais contre le syst&#232;me. Mais le syst&#232;me n'existe que dans les personnes, et je ne puis l'attaquer sans attaquer les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis abolir le r&#233;gime monarchique sans d&#233;poser la personne du monarque. Je ne peux pas mettre fin au mode de production capitaliste sans exproprier la personne du capitaliste. Et si quelqu'un parmi nos adversaires se d&#233;marque par sa capacit&#233; sp&#233;ciale, son pouvoir, son hostilit&#233;, ou nous inflige des d&#233;g&#226;ts sp&#233;ciaux, nous devons combattre cette personne en particulier. Cela n'est en rien incompatible avec notre conception mat&#233;rialiste de l'histoire. Dans le pr&#233;sent, nous ne sommes pas simplement des historiens, mais avant tout des combattants. Notre conception mat&#233;rialiste nous met en position de comprendre nos adversaires, mais pas pour que nous cessions de les combattre. La conception mat&#233;rialiste n'est pas une conception fataliste. Seulement au combat, au combat contre une nature hostile, un peuple hostile, une classe hostile, une opinion hostile, l'individu hostile,l'individu arrive-t-il &#224; achever son d&#233;veloppement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non seulement le combattant du pr&#233;sent, mais aussi l'&#233;crivain de l'histoire du pass&#233; ne pourra jamais ignorer enti&#232;rement les individus, s'il veut d&#233;crire la mani&#232;re exacte dont le d&#233;veloppement historique s'est d&#233;roul&#233; dans des circonstances particuli&#232;res, et dans loin s'av&#233;rera-t-il que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire ne suffit pas &#224; elle seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est que dans la mesure o&#249; s'&#233;tend la sph&#232;re de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire que l'investigation et la description du d&#233;veloppement historique sont une science . Si vite qu'il quitte ce territoire, il devient tout simplement de l' art , ce qui n&#233;cessite aussi de poser les bases par la m&#233;thode mat&#233;rialiste s'il veut s'y implanter de mani&#232;re s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons maintenant clairement ce que cela peut accomplir et ce que cela permettra. Elle part du principe que le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; et les opinions qui y pr&#233;valent sont r&#233;gis par la loi, et que nous devons rechercher la force motrice de ce d&#233;veloppement et le fondement ultime de celui-ci dans le d&#233;veloppement des conditions &#233;conomiques. A chaque stade particulier du d&#233;veloppement des conditions &#233;conomiques correspondent des formes particuli&#232;res de soci&#233;t&#233; et d'id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;tudier ces lois et ces connexions est le travail le plus important et le plus fondamental de la recherche historique. Ceci accompli, il est relativement facile de comprendre les formes particuli&#232;res du d&#233;veloppement dans des cas particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, je con&#231;ois la conception mat&#233;rialiste de l'histoire, et si je n'ai pas totalement m&#233;connu Marx et Engels, cette conception est tout &#224; fait dans leur sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si cela fait plaisir &#224; quelqu'un, on peut l'appeler n&#233;o-marxiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point principal est naturellement la question de savoir si c'est juste. La r&#233;ponse &#224; cela doit &#234;tre donn&#233;e par la pratique, l'application de la m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre article donnera quelques illustrations suppl&#233;mentaires, dans lesquelles nous prendrons la critique de Bax comme point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.Marx fait remarquer qu'il n'existe pas encore d'histoire critique de la technologie, et remarque plus loin : &#171; Darwin nous a int&#233;ress&#233; &#224; l'histoire de la technologie naturelle, c'est-&#224;-dire &#224; la formation des organes des plantes et des animaux, lesquels organes servent d'instruments de production. pour maintenir la vie. L'histoire des organes productifs de l'homme, des organes qui sont la base mat&#233;rielle de tout organisme social, ne m&#233;rite-t-elle pas une &#233;gale attention ? Et une telle histoire ne serait-elle pas plus facile &#224; compiler puisque, comme le dit Vico, l'histoire humaine diff&#232;re de l'histoire naturelle en ceci : que nous avons fait la premi&#232;re, mais pas la seconde ? La technologie r&#233;v&#232;le les modes de traitement de l'homme avec la Nature, le processus de production par lequel il entretient sa vie, et met ainsi &#224; nu le mode de formation de ses relations sociales et des conceptions mentales qui en d&#233;coulent.Toute histoire de la religion m&#234;me qui ne tient pas compte de cette base mat&#233;rielle est sans critique. Il est en r&#233;alit&#233; beaucoup plus facile de d&#233;couvrir par l'analyse le noyau terrestre des cr&#233;ations brumeuses de la religion qu'il ne l'est inversement de d&#233;velopper &#224; partir des rapports r&#233;els de la vie les formes c&#233;lestes correspondantes de ces rapports. Cette derni&#232;re m&#233;thode est la seule mat&#233;rialiste et, par cons&#233;quent, la seule scientifique. (Capitale , vol. Moi, ing. trad., p. 367)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'application de la th&#233;orie
&lt;p&gt;(d&#233;cembre 1902)&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute th&#233;orie doit &#234;tre fond&#233;e sur des faits. Mais, d'autre part, une enqu&#234;te m&#233;thodique des faits n'est pas possible sans un point de vue th&#233;orique fixe. Les apparences de la r&#233;alit&#233; sont si multiples et compliqu&#233;es que l'empiriste pur et simple s'y perd d&#233;sesp&#233;r&#233;ment. Le chemin &#224; travers les broussailles sans fin ne peut &#234;tre trouv&#233; que par celui qui a d&#233;j&#224; acquis une large perspective, et qui sait distinguer entre l'essentiel et l'inessentiel, l'accidentel du typique, le g&#233;n&#233;ral du particulier, la cause r&#233;elle du occasion. L'investigation m&#233;thodique vient donc apr&#232;s et non avant la th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle th&#233;orie ne peut na&#238;tre que lorsque certains faits nouveaux sont connus, ou des faits connus auparavant apparaissent sous un jour nouveau, faits qui sont si frappants et caract&#233;ristiques qu'ils, &#224; un &#233;tat donn&#233; de la pens&#233;e th&#233;orique, forcent au moins le g&#233;nie &#224; une nouvelle conception. de choses. Par les lois acquises par la g&#233;n&#233;ralisation, nous arrivons &#224; une nouvelle th&#233;orie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute th&#233;orie est d'abord d&#233;fectueuse, car elle surgit avant que nous soyons parvenus &#224; une investigation syst&#233;matique de l'ensemble des faits qu'elle veut expliquer. Exactement comme l'aide &#224; cette enqu&#234;te doit prouver sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas d'objection valable &#224; une nouvelle th&#233;orie lorsqu'on lui reproche qu'elle n'a pas expliqu&#233; tous les ph&#233;nom&#232;nes auxquels elle s'applique. Le nombre des ph&#233;nom&#232;nes qu'elle n'a pas encore expliqu&#233;s et qu'elle laisse encore &#224; expliquer, ne montre que sa jeunesse relative et le nombre limit&#233; de ses repr&#233;sentants, mais ne peut jamais servir de preuve contre sa justesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il n'y a qu'un seul test &#8211; la critique de la th&#233;orie o&#249; elle vient s'appliquer. C'est &#224; ses fruits qu'il doit &#234;tre connu, et doit &#234;tre jug&#233; par ce qu'il a fait, non selon ce qu'il aurait d&#251; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, par exemple, les marxistes ou les n&#233;o-marxistes n'ont pas encore &#233;crit d'histoire mat&#233;rialiste de la philosophie, cela ne prouve nullement que la philosophie ne d&#233;pend pas des conditions mat&#233;rielles de la soci&#233;t&#233;. Malgr&#233; la jeunesse de la m&#233;thode mat&#233;rialiste, et malgr&#233; cela ses initiateurs, et depuis lors, presque sans exception, tous ses &#233;tudiants plus jeunes, n'&#233;taient pas des professeurs ais&#233;s qui pouvaient s'appliquer exclusivement &#224; la th&#233;orie, mais &#233;taient des combattants pour la cause. du prol&#233;tariat, cette m&#233;thode a-t-elle d&#233;j&#224; &#233;t&#233; appliqu&#233;e dans les domaines les plus divers de l'histoire. Les occasions ne manquent donc pas pour lui appliquer le seul test qui soit d&#233;cisif, et se demander si elle peut mieux expliquer qu'aucune th&#233;orie historique n'a pr&#233;sent&#233; jusqu'ici les faits d'histoire dont elle a tent&#233; l'explication.Telle est la question, et non &#171; si l'homme peut la consid&#233;rer comme la v&#233;rit&#233; finale ou non &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tant d'adversaires que la conception mat&#233;rialiste de l'histoire a d&#233;j&#224; trouv&#233;, aucune tentative s&#233;rieuse n'a encore &#233;t&#233; faite pour appliquer cette preuve aux r&#233;alisations historiques m&#234;me d'un seul des &#233;l&#232;ves, sans parler du ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut renverser la vapeur et appliquer la preuve ci-dessus &#224; la performance de nos adversaires. Cela doit &#234;tre tent&#233; de la mani&#232;re suivante. Prenons deux exemples utiles, que l'ami Bax a donn&#233;s dans sa r&#233;ponse. On verra par l&#224; combien sa m&#233;thode est sup&#233;rieure &#224; celle des n&#233;o-marxistes, si elle est plus f&#233;conde que celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Kautsky demande, remarque Bax dans sa r&#233;ponse, pourquoi, s'il en est ainsi, les Grecs modernes n'ont produit ni Aristote, ni P&#233;ricl&#232;s, etc. ; en d'autres termes, pourquoi la Gr&#232;ce moderne est diff&#233;rente de l'ancienne ; il est d'avis qu'en r&#233;alit&#233; seules les conditions &#233;conomiques ont chang&#233;, il ignore ainsi tout ce qui n'est pas d'accord avec sa th&#233;orie ; comme, par exemple, qu'une race, comme cela arrive aux individus, peut vieillir ; deuxi&#232;mement, le fait du m&#233;lange des races ; troisi&#232;mement, qu'une grande p&#233;riode du d&#233;veloppement historique de l'humanit&#233;, ind&#233;pendamment de l'&#233;volution &#233;conomique, s'est d&#233;roul&#233;e entre-temps. Tous ces facteurs ont coop&#233;r&#233; en Gr&#232;ce et ailleurs. L'esprit grec, litt&#233;raire, philosophique et esth&#233;tique, &#233;tait manifestement &#233;puis&#233; bien avant qu'aucune alt&#233;ration r&#233;elle des moyens de production et d'&#233;change n'ait eu lieu.Si cet &#233;puisement pouvait &#234;tre mis en rapport avec un facteur social, il serait plut&#244;t d'ordre politique ou religieux qu'&#233;conomique. La perte de l'ind&#233;pendance politique et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peuvent bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.&#034;&#034;elle serait plut&#244;t d'ordre politique ou religieux qu'&#233;conomique. La perte de l'ind&#233;pendance politique et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peuvent bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.elle serait plut&#244;t d'ordre politique ou religieux qu'&#233;conomique. La perte de l'ind&#233;pendance politique et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peuvent bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; acc&#233;l&#233;rer la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peut bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; h&#226;ter la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.et l'introduction des id&#233;es orientales, et plus tard du christianisme, peut bien avoir beaucoup contribu&#233; &#224; h&#226;ter la d&#233;cadence. De plus, un grand nombre de races ont travers&#233; la Gr&#232;ce, dont toutes ont laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.qui ont tous laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.qui ont tous laiss&#233; des traces ; Goths, Slaves, Normands, Catalans, V&#233;nitiens et Turcs, dont aussi beaucoup, surtout des Slaves, s'y sont install&#233;s et se sont compl&#232;tement absorb&#233;s dans la population pr&#233;c&#233;dente. Le grec moderne est ethniquement un &#234;tre assez diff&#233;rent de l'ancien. Enfin Kautsky ignore, comme l'a dit, dans son z&#232;le, tout le d&#233;veloppement historique, spirituel, politique et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est produit entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est d&#233;roul&#233;e entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.et &#233;thique aussi bien qu'&#233;conomique, qui s'est d&#233;roul&#233;e entre l'&#233;poque antique et l'&#233;poque moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, je dois dire que j'ai pos&#233; une toute autre question que celle que Bax me fait poser. J'ai, dans ma premi&#232;re r&#233;ponse &#224; Bax (au n&#176; 47 Neue Zeit ), jet&#233; la question, lequel des trois &#233;l&#233;ments qui contr&#244;lent les affaires humaines, l'organisme humain, la nature et les conditions &#233;conomiques de la soci&#233;t&#233;, avait chang&#233; depuis les temps anciens. . J'expliquai que le premier n'avait pas chang&#233; et que sa facult&#233; de penser est la m&#234;me qu'en Gr&#232;ce ; l'intelligence d'un Aristote est &#224; peine surpass&#233;e, de m&#234;me que le talent artistique des anciens. De plus, la nature n'a pas chang&#233;. &#034;Au-dessus de la Gr&#232;ce rit aujourd'hui le m&#234;me ciel bleu qu'au temps de P&#233;ricl&#232;s.&#034; Mais la soci&#233;t&#233; a chang&#233; ; c'est-&#224;-dire, en dernier ressort, les conditions &#233;conomiques. Ce sont les facteurs variables du d&#233;veloppement humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que c'est assez diff&#233;rent de la question pos&#233;e par Bax. Cette divergence peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une illustration frappante de sa justesse, si souvent &#233;voqu&#233;e. L'obstination de Bax est une chose &#224; s'&#233;tonner. &#192; l'exactitude, il ne fait aucune r&#233;clamation. A peine ai-je prononc&#233; les noms d'Aristote et de P&#233;ricl&#232;s, aussit&#244;t Bax me pose la question de savoir pourquoi la Gr&#232;ce n'a aujourd'hui ni Aristote ni P&#233;ricl&#232;s &#224; montrer. Oui, plus encore, il m'entend d&#233;j&#224; r&#233;pondre &#224; cela et apprend de moi qu'essentiellement &#171; seules les conditions &#233;conomiques ont chang&#233; &#187;, et pas toute la soci&#233;t&#233; avec elles. En attendant, ce genre de critique a dans le cas ci-dessus un avantage. Cela am&#232;ne Bax &#224; exposer les motifs qui, &#224; son avis, expliquent pourquoi la Gr&#232;ce a cess&#233; de produire des hommes comme P&#233;ricl&#232;s et Aristote, &#224; montrer quelles sont les causes de la d&#233;cadence de la philosophie et de l'art grecs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, Bax a toute une s&#233;rie de causes qui rendent l'&#233;conomie tout &#224; fait superflue. Comme premier et principal, il donne le m&#233;lange des races qui a eu lieu en Gr&#232;ce. Or, je suis bien loin de nier que les particularit&#233;s raciales exercent une certaine influence sur la mani&#232;re dont se d&#233;roule le d&#233;veloppement historique. Mais cette influence ne doit pas &#234;tre surestim&#233;e, comme sont pr&#234;ts &#224; le faire les tenants de la th&#233;orie moderne de l'h&#233;r&#233;dit&#233;. L'organisme humain s'est r&#233;v&#233;l&#233; &#234;tre l'un des organismes les plus adaptables, et le cerveau humain appartient certainement aux organes humains les plus adaptables et les plus variables. En tout cas, si les Grecs s'&#233;taient m&#234;l&#233;s aux Botucudos ou aux Patagoniens, cela aurait pu, au moins temporairement, paralyser leurs capacit&#233;s artistiques et philosophiques. Les peuples que Bax nomme, Allemands, Slaves, Espagnols, Italiens, sont cependantcertainement pas &#224; compter parmi ceux qui manquent de toute aptitude philosophique et artistique. On peut peut-&#234;tre dire cela des Turcs, mais ceux-ci sont arriv&#233;s pour la premi&#232;re fois en Gr&#232;ce au XVe si&#232;cle et n'ont eu qu'une faible influence sur l'existence raciale des Grecs. Mais m&#234;me les autres peuples sont arriv&#233;s trop tard en Gr&#232;ce pour expliquer la d&#233;cadence artistique et philosophique. Cela a commenc&#233; au quatri&#232;me si&#232;cle avant JC ; la premi&#232;re invasion des Goths eut lieu au IIIe si&#232;cle apr&#232;s JC. A cette &#233;poque, la Gr&#232;ce &#233;tait compl&#232;tement d&#233;labr&#233;e.Mais m&#234;me les autres peuples sont arriv&#233;s trop tard en Gr&#232;ce pour expliquer la d&#233;cadence artistique et philosophique. Cela a commenc&#233; au quatri&#232;me si&#232;cle avant JC ; la premi&#232;re invasion des Goths eut lieu au IIIe si&#232;cle apr&#232;s JC. A cette &#233;poque, la Gr&#232;ce &#233;tait compl&#232;tement d&#233;labr&#233;e.Mais m&#234;me les autres peuples sont arriv&#233;s trop tard en Gr&#232;ce pour expliquer la d&#233;cadence artistique et philosophique. Cela a commenc&#233; au quatri&#232;me si&#232;cle avant JC ; la premi&#232;re invasion des Goths eut lieu au IIIe si&#232;cle apr&#232;s JC. A cette &#233;poque, la Gr&#232;ce &#233;tait compl&#232;tement d&#233;labr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange des races dans ce rapport n'explique donc rien. Si je m'&#233;tais vraiment occup&#233; de la question que Bax avait d'abord soulev&#233;e, alors j'aurais eu toutes les raisons d'ignorer le fait du m&#233;lange des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Bax a une deuxi&#232;me consid&#233;ration &#224; faire valoir, que j'ai, par ma discussion jamais &#233;crite d'une question que je n'ai jamais pos&#233;e, &#171; pas prise en compte &#187;, naturellement parce que &#171; elle ne correspond pas &#224; ma conception &#187;, &#224; savoir : le fait &#171; qu'une race, comme cela arrive avec les individus, peut vieillir... L'esprit grec &#233;tait manifestement &#233;puis&#233; bien avant qu'une r&#233;elle alt&#233;ration des moyens de production et d'&#233;change n'ait eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est sans doute &#171; &#233;vident &#187; que &#171; l'esprit grec &#187; s'est &#233;puis&#233; lorsque la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de la philosophie et de l'art grecs a commenc&#233;. Cet &#171; &#233;puisement de l'esprit &#187; n'est pourtant qu'une mani&#232;re quelque peu po&#233;tique de d&#233;crire le fait de la d&#233;g&#233;n&#233;rescence. Je pourrais tout aussi bien dire &#171; &#233;videmment l'esprit grec &#233;tait compl&#232;tement d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, lorsque commen&#231;a la d&#233;g&#233;n&#233;rescence de l'art et de la philosophie grecs &#187;. Si &#233;vident que cela est pour moi, j'esp&#232;re &#234;tre excus&#233; si cette explication exhaustive &#034;ne correspond pas &#224; ma conception&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bax a &#233;galement raison lorsqu'il suppose que l'hypoth&#232;se selon laquelle une race vieillit tout comme un individu &#034;ne correspond pas &#224; ma conception&#034;. Bax veut-il dire par l&#224; que l'organisme social est un organisme du m&#234;me genre que l'animal, de sorte que les lois de l'un s'appliquent sans plus attendre &#224; l'autre ? Alors j'appellerais l'attention sur la particularit&#233; que poss&#232;de la race, par opposition aux individus, le renouveau de la jeunesse. La nation fran&#231;aise sous Louis XV &#233;tait devenue tr&#232;s s&#233;nile. Le bain d'acier de la grande R&#233;volution les rajeunit et leur donne une force de g&#233;ant. De notre temps aussi, nous avons vu que la nation japonaise, qui donnait aussi de nombreux signes de s&#233;nilit&#233;, s'&#233;tait rajeunie par un bain d'acier semblable, certainement plus faible, et s'&#233;tait impos&#233;e dans le rang des peuples croissants et prometteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vieillesse d'un peuple n'est aussi qu'une description po&#233;tique et donc pas tout &#224; fait exacte du fait de sa d&#233;cadence sociale. Avec ce genre de phrase on n'explique pratiquement rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, ai-je comme troisi&#232;me consid&#233;ration dans l'explication de la d&#233;cadence de la vie spirituelle grecque &#171; ignor&#233; dans mon z&#232;le &#187; tout le d&#233;veloppement concret entre les temps anciens et modernes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que je n'aie rien dit de tout cela dans mon article, je dois en tout cas le permettre, mais je peux prier Bax d'attribuer cela non pas a mon z&#232;le mais au fait que j'ai entrepris de r&#233;pondre &#224; cette question simplement selon son imagination et non selon &#224; la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis, &#224; savoir, d'avis que tout d&#233;pend du d&#233;veloppement concret. Mais malheureusement Bax nous laisse sans aide au point d&#233;cisif, et se contente d'une r&#233;f&#233;rence obscure &#224; la perte de l'ind&#233;pendance politique et &#224; l'influence d&#233;gradante du christianisme, mais lui-m&#234;me n'attribue aux facteurs que l'acc&#233;l&#233;ration, et non la cause, du d&#233;clin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous offre donc la m&#233;thode am&#233;lior&#233;e de Bax comme cause du d&#233;clin ? Rien, rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essayons maintenant, sinon de traiter de mani&#232;re exhaustive &#8211; pour laquelle nous n'avons pas de place et pour laquelle une revue hebdomadaire ne convient pas &#8211; du moins de donner un aper&#231;u de l'article d&#233;j&#224; de Bax critiqu&#233; m&#234;me s'il n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit par moi au cours de la chute. de la vie spirituelle grecque, pour voir si nous, avec les facteurs que Bax a ignor&#233;s, n'aurons pas plus de chance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, notre travail consiste &#224; d&#233;finir exactement la t&#226;che. Le d&#233;clin spirituel de la Gr&#232;ce commence au IVe si&#232;cle av. quatri&#232;me si&#232;cle. Si l'on veut apprendre &#224; comprendre pourquoi la Gr&#232;ce dans les si&#232;cles suivants n'a pas produit un Aristote ou un P&#233;ricl&#232;s, alors il faut d'abord savoir pourquoi la Gr&#232;ce a &#224; un moment donn&#233; un Aristote et un P&#233;ricl&#232;s. Il est donc n&#233;cessaire d'examiner la p&#233;riode d'&#233;panouissement de la culture grecque ainsi que la p&#233;riode de d&#233;clin. Ceci est limit&#233; &#224; quelques g&#233;n&#233;rations d'humanit&#233;, &#224; un si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le si&#232;cle entre les plus grands philosophes grecs : H&#233;raclite l'obscurit&#233; (vers 500 av. J.-C.), Platon (n&#233; en 429 av. J.-C.) et Aristote (n&#233; en 385 av. ses plus grands dramaturges, Eschyle, Sophocle, Euripide et Aristophane ; ses plus grands ma&#238;tres dans le domaine des arts plastiques, Phidias et Polygnotos. Le IVe si&#232;cle av. J.-C. voit encore d'autres grandes performances dans ces domaines comme des s&#233;quelles du grand mouvement du Ve si&#232;cle av. J.-C. mais commence d&#233;j&#224; le d&#233;clin, rapide et irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que nous avons d&#233;fini exactement le ph&#233;nom&#232;ne &#224; expliquer, examinons le mouvement &#233;conomique, qui co&#239;ncide avec le mouvement ci-dessus en ce qui concerne l'espace et le temps. L&#224;, nous constatons que la p&#233;riode florissante commence avec les guerres perses (492-479 avant JC) et se termine avec le P&#233;loponn&#232;se (431-404 avant JC). Chacune de ces guerres a inaugur&#233; une r&#233;volution &#233;conomique. Jusqu'aux guerres de Perse, le centre de gravit&#233; &#233;conomique et aussi intellectuel des Grecs se trouvait en Asie Mineure. Il est &#224; noter qu'Albert Lange, le grand adversaire du mat&#233;rialisme, explique la philosophie des Grecs d'Asie Mineure (et aussi de la Magna Graecia) de fa&#231;on tout &#224; fait mat&#233;rialiste. Certainement, seulement parce que les faits l'y obligeaient, pas par z&#232;le mat&#233;rialiste. Il dit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous jetons un coup d'&#339;il sur les rives de l'Asie Mineure dans les si&#232;cles qui pr&#233;c&#232;dent imm&#233;diatement la p&#233;riode brillante de la vie intellectuelle hell&#233;nique, les colonies des Ioniens se distinguent par la richesse et la prosp&#233;rit&#233; mat&#233;rielle, ainsi que par la sensibilit&#233; artistique et le raffinement de la vie. Les alliances commerciales et politiques, et l'avidit&#233; croissante pour la connaissance, ont conduit les habitants de Milet et d'&#201;ph&#232;se &#224; faire de longs voyages, les ont amen&#233;s &#224; de multiples rapports avec des sentiments et des opinions &#233;trangers, et ont favoris&#233; l'&#233;l&#233;vation d'une aristocratie libre-penseuse au-dessus du point de vue des masses plus &#233;troites. . Une prosp&#233;rit&#233; pr&#233;coce similaire a &#233;t&#233; appr&#233;ci&#233;e par les colonies doriques de Sicile et de Magna Graecia. Dans ces circonstances, nous pouvons supposer sans risque que, bien avant l'apparition des philosophes,une conception plus libre et plus &#233;clair&#233;e de l'univers s'&#233;tait r&#233;pandue parmi les rangs sup&#233;rieurs de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ces cercles d'hommes &#8211; riches, distingu&#233;s, avec une grande exp&#233;rience acquise par les voyages &#8211; que la philosophie est n&#233;e. (Lange : History of Materialism , traduction anglaise, pp. 7 et 8)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire des habitants de la Gr&#232;ce proprement dite sur les Perses a transf&#233;r&#233; le centre de gravit&#233; &#233;conomique de la c&#244;te est &#224; la c&#244;te ouest de la mer &#201;g&#233;e. Elle n'a rapport&#233; qu'un &#233;norme butin aux paysans et marins grecs qui vivaient jusqu'alors pour la plupart dans des circonstances tr&#232;s simples ; il fit aussi que les vainqueurs, apr&#232;s avoir repouss&#233; l'attaque, pass&#232;rent &#224; l'offensive. Ce n'&#233;tait pourtant pas l'affaire du paysan accroch&#233; au sol, mais celui du marin rapide. La ville commer&#231;ante, Ath&#232;nes, prit la t&#234;te de la lutte ; et elle atteignit la ma&#238;trise et l'exploitation de la mer &#201;g&#233;e et de la mer Ionienne, voire de la mer Noire. L'exploitation &#233;tait en partie la plus d&#233;sastreuse, au moyen du tribut des &#238;les et des c&#244;tes conquises, en partie indirecte ;tandis qu'Ath&#232;nes cherchait autant que possible &#224; monopoliser le commerce grec, devenu un commerce mondial, interm&#233;diaire entre l'Orient et l'Occident. D'&#233;normes tr&#233;sors ont &#233;t&#233; rassembl&#233;s &#224; Ath&#232;nes ; il en r&#233;sulte un r&#233;veil &#233;conomique inou&#239;, mais aussi un r&#233;veil des arts et des sciences. Ath&#232;nes devint le centre o&#249; se r&#233;unissaient les plus brillants esprits de la Gr&#232;ce, auxquels ils consacraient leurs services. Nulle part les artistes et les penseurs n'ont trouv&#233; des conditions aussi favorables pour se d&#233;velopper et exercer leur activit&#233;, nulle part une suggestion aussi abondante que l&#224;-bas.Ath&#232;nes devint le centre o&#249; se r&#233;unissaient les plus brillants esprits de la Gr&#232;ce, auxquels ils consacraient leurs services. Nulle part les artistes et les penseurs n'ont trouv&#233; des conditions aussi favorables pour se d&#233;velopper et exercer leur activit&#233;, nulle part une suggestion aussi abondante que l&#224;-bas.Ath&#232;nes devint le centre o&#249; se r&#233;unissaient les plus brillants esprits de la Gr&#232;ce, auxquels ils consacraient leurs services. Nulle part les artistes et les penseurs n'ont trouv&#233; des conditions aussi favorables pour se d&#233;velopper et exercer leur activit&#233;, nulle part une suggestion aussi abondante que l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;taient pas les richesses seules qui offraient ces conditions ; cela se trouvait aussi ailleurs. Mais jamais et nulle part dans l'antiquit&#233; une r&#233;volution &#233;conomique, comme je viens de le d&#233;crire, ne s'est d&#233;roul&#233;e avec une telle rapidit&#233;, ou si imm&#233;diatement, qu'&#224; Ath&#232;nes du Ve si&#232;cle av. la capacit&#233; philosophique et artistique ; nulle part des succ&#232;s aussi inou&#239;s n'ont &#233;t&#233; remport&#233;s de mani&#232;re aussi inattendue ; nulle part la population n'&#233;tait si pleine de confiance et de bravoure qui se communiquaient aux artistes et aux penseurs et les for&#231;aient &#224; tenter les probl&#232;mes les plus difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les richesses qui afflu&#232;rent &#224; Ath&#232;nes ne rest&#232;rent pas, comme ailleurs, confin&#233;es au cercle &#233;troit d'une aristocratie dirigeante. Ath&#232;nes &#233;tait une communaut&#233; d&#233;mocratique, le corps collectif des citoyens a particip&#233; &#224; l'&#233;veil &#233;conomique, mais aussi &#224; l'&#233;veil intellectuel. Nulle part les penseurs et les artistes n'ont trouv&#233; un tel public qu'&#224; Ath&#232;nes. Mais si le penseur et l'artiste font leur public, ce dernier aussi, vice versa , et &#224; un degr&#233; encore plus grand, font le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tout cela, il faut ajouter le fait qu'Ath&#232;nes au d&#233;but des guerres de Perse &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; la t&#234;te de la civilisation contemporaine. Ce n'&#233;tait pas le cas, par exemple, &#224; Rome, dont le d&#233;veloppement &#233;tait semblable, alors qu'il n'&#233;tait pas tout &#224; fait aussi concentr&#233; que celui d'Ath&#232;nes. Les Romains arriv&#232;rent dans le bassin oriental de la M&#233;diterran&#233;e comme des barbares, comme des parvenus, qui arriv&#232;rent au mieux &#224; une civilisation d&#233;j&#224; existante, qu'ils ne pouvaient pas &#224; la fois pousser plus loin et surpasser par eux-m&#234;mes. A Rome, la richesse apport&#233;e par la politique de conqu&#234;te et d'exploitation pouvait faire na&#238;tre des amateurs d'art, des collectionneurs, des savants et des compilateurs, mais pas des philosophes et des artistes originaux comme &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque Rome avait assimil&#233; la culture de l'Orient, alors son d&#233;veloppement &#233;conomique &#233;tait d&#233;j&#224; arriv&#233; &#224; la p&#233;riode de d&#233;clin, et alors l'empire mondial romain ne pouvait rien produire de plus sur le plan intellectuel &#8211; que le christianisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rome ne pouvait donc jamais faire dans le domaine de l'intellect ce qu'avait fait Ath&#232;nes, mais m&#234;me pour cette derni&#232;re le d&#233;veloppement &#233;conomique allait dans le m&#234;me sens que celui de Rome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les richesses qui, depuis les guerres de Perse, affluaient en Gr&#232;ce, d&#233;truisirent l'ancien syst&#232;me de troc, et l'argent devint le moyen d'&#233;change. Sur la terre, le paysan s'endette et se ruine ; &#224; la place du paysan venaient les grands domaines, exploit&#233;s par des esclaves. Le pays &#233;tait d&#233;peupl&#233;. La masse du peuple se pressait dans les villes. A c&#244;t&#233; des riches, de plus en plus riches &#8211; marchands, sp&#233;culateurs, usuriers, grands propri&#233;taires terriens, g&#233;n&#233;raux fortun&#233;s qui rentraient chez eux charg&#233;s de butin &#8211; se pressait une masse toujours croissante du &#171; dixi&#232;me submerg&#233; &#187;. Les anciennes vertus disparurent, les caract&#233;ristiques des nouvelles classes s'affirm&#232;rent. A la place du sentiment de solidarit&#233; vint la v&#233;nalit&#233;, au lieu de la vaillance la l&#226;chet&#233; et la mollesse. Le citoyen-soldat qui combattait pour son propre foyer &#233;tait supplant&#233; par le mercenaire, qui servait celui qui payait le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a conduit en Gr&#232;ce, comme &#224; Rome, &#224; la d&#233;cadence sociale g&#233;n&#233;rale. Mais en Gr&#232;ce, le d&#233;clin ne s'est pas d&#233;roul&#233; dans un processus qui a dur&#233; des si&#232;cles, comme chez nous, o&#249; il a &#233;t&#233; provoqu&#233; de mani&#232;re tout aussi inattendue par une catastrophe de guerre que le r&#233;veil par une victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Ath&#232;nes, centre de la r&#233;volution &#233;conomique, les influences corruptrices des nouvelles conditions &#233;conomiques se firent d'abord et de fa&#231;on frappante. Mais Ath&#232;nes devint le centre de la haine de toute la Gr&#232;ce. D'autant plus que l'usage de l'argent se d&#233;veloppait, et que le &#171; dixi&#232;me submerg&#233; &#187; augmentait, d'autant plus s'accroissait la pression &#233;conomique sur les sujets d'Ath&#232;nes, d'autant plus grande aussi devenait la convoitise des cantons paysans r&#233;actionnaires pour les tr&#233;sors de la ville-monde. Voisins et sujets s'alli&#232;rent et, dans une lutte d&#233;sesp&#233;r&#233;e, d&#233;truisirent &#224; jamais la puissance mondiale. Cette guerre de trente ans a &#233;puis&#233; et d&#233;vast&#233; toute la Gr&#232;ce, et gr&#226;ce aux tendances d&#233;clinantes de son d&#233;veloppement &#233;conomique, elle ne s'est jamais compl&#232;tement r&#233;tablie. Bient&#244;t elle devint le butin des &#233;trangers, qui la vid&#232;rent ; le commerce mondial,le commerce entre l'Orient et l'Occident prenait des chemins qui d&#233;passaient la Gr&#232;ce, et ainsi il resta &#233;conomiquement sans importance jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tels sont les faits les plus importants, que j'aurais d&#251; signaler si j'avais vraiment entrepris d'expliquer la d&#233;cadence de la vie intellectuelle grecque du point de vue mat&#233;rialiste. Je pense que ces faits parlent assez clairement d'eux-m&#234;mes. Aussi bien &#224; la hausse qu'&#224; la baisse, le d&#233;veloppement &#233;conomique a pris le pas et le d&#233;veloppement intellectuel l'a v&#233;ritablement suivi. Le lien entre les deux est cependant trop &#233;troit pour que le post hoc, dans ce cas, ne soit pas aussi un propter hoc ; cela sera plus &#233;vident quand on entrera plus dans le d&#233;tail qu'il n'est possible ici. A c&#244;t&#233; de cela, le m&#234;me parall&#233;lisme est &#233;galement observ&#233; ailleurs, donc ce n'est pas un simple hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dois laisser aux lecteurs le soin de d&#233;cider si quelqu'un qui est arriv&#233; par la conception mat&#233;rialiste de l'histoire &#224; la connaissance de ce parall&#233;lisme &#233;prouve encore le besoin de se tourner vers le m&#233;lange des races avec les Slaves et les Turcs, ou m&#234;me vers &#171; l'&#233;puisement de l'esprit grec. &#187; et d'autres moyens d&#233;sesp&#233;r&#233;s, pour rendre compr&#233;hensible la d&#233;cadence intellectuelle de la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le deuxi&#232;me exemple historique, dans lequel nous avons compar&#233; la m&#233;thode Bax &#224; la m&#233;thode mat&#233;rialiste, nous pouvons nous exprimer plus bri&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma r&#233;ponse au n&#176; 47 de la Neue Zeit , j'avais accus&#233; Bax d'incoh&#233;rence, en ce sens qu'il, dans Socialism : Its Growth and Outcome , retrace la perte de l'amour m&#233;di&#233;val de la vie et la mont&#233;e du puritanisme en Angleterre &#224; une occasion au d&#233;veloppement &#233;conomique, et quelques lignes plus tard &#224; l'esprit particulier du peuple anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En g&#233;n&#233;ral, je suis d'accord avec Kautsky et ses amis pour dire que l'alt&#233;ration de l'humeur anglaise &#224; la fin du XVIe et au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle doit &#234;tre attribu&#233;e &#224; la r&#233;volution &#233;conomique qui a eu lieu alors. Mais il y a certaines caract&#233;ristiques du mouvement protestant anglais qui, sur le continent, bien qu'une r&#233;volution similaire ait eu lieu dans les conditions &#233;conomiques - m&#234;me si cela s'est produit en de nombreux endroits un peu plus tard - ne se sont manifest&#233;es nulle part au m&#234;me degr&#233;. O&#249;, sur le continent, trouve-t-on le dimanche anglais, dogme de la m&#233;chancet&#233; de la danse, du th&#233;&#226;tre ou de la lecture de romans ? Toutes ces particularit&#233;s ne doivent pas &#234;tre expliqu&#233;es par une formule g&#233;n&#233;rale, en cons&#233;quence j'ai sugg&#233;r&#233; que le puritanisme dont elles sont issues,pourrait d'une mani&#232;re ou d'une autre remonter &#224; la particularit&#233; du m&#233;lange de races qui a produit le peuple anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici encore, donc, le m&#233;lange des races joue un r&#244;le. Mais, malheureusement, m&#234;me cette fois, il ne vient pas au bon moment pour expliquer quoi que ce soit. Le m&#233;lange des races avec le peuple grec commen&#231;a 500 ans apr&#232;s le commencement de ce ph&#233;nom&#232;ne dont il devait, selon Bax, rendre compte. Le m&#233;lange racial dans le cas de l'Angleterre &#233;tait d&#233;j&#224; achev&#233; au XIIe si&#232;cle &#8211; &#224; la fin du XIe si&#232;cle eut lieu la derni&#232;re grande invasion de l'Angleterre, celle des Normands. Il vient donc environ 500 ans trop t&#244;t pour rendre compte du puritanisme anglais du XVIIe si&#232;cle. Entre ce m&#233;lange et le puritanisme se situe exactement la p&#233;riode de la joyeuse Angleterre. Nous, mat&#233;rialistes, sommes d'abord enclins &#224; chercher la cause des particularit&#233;s d'une &#233;poque dans les conditions de celle-ci.Se peut-il maintenant que l'Angleterre du dix-septi&#232;me si&#232;cle ne se distingue du reste de l'Europe que par son m&#233;lange de races, de sorte qu'il faut lui attribuer le puritanisme anglais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous regardons de plus pr&#232;s, nous trouvons &#224; la fois une particularit&#233; tr&#232;s frappante et importante de l'Angleterre au XVIIe si&#232;cle. C'est pour l'Angleterre le fait le plus marquant de tout le si&#232;cle : la R&#233;volution de 1642-1660, c'est-&#224;-dire le r&#232;gne des classes d&#233;mocratiques, des petits commer&#231;ants, des paysans et des salari&#233;s. Ce ph&#233;nom&#232;ne est tout &#224; fait unique dans toute l'Europe au cours du XVIIe si&#232;cle, puisque partout ailleurs l'absolutisme f&#233;odal a pris le dessus, et les classes d&#233;mocratiques ont &#233;t&#233; compl&#232;tement &#233;cras&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est tout aussi bien connu que le puritanisme n'&#233;tait pas une tendance mentale caract&#233;ristique de tout le peuple anglais, mais la tendance mentale de classes sp&#233;ciales, et m&#234;me de ces m&#234;mes classes qui, en Angleterre, par opposition au reste de l'Europe, atteignirent temporairement le sommet main au XVIIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on regarde de plus pr&#232;s, on trouve encore plus. Si le puritanisme &#233;tait la tendance mentale non du peuple anglais, mais de certaines classes en Angleterre au cours des XVIe et XVIIe si&#232;cles, il n'&#233;tait d'ailleurs pas non plus simplement en Angleterre caract&#233;ristique de ces classes, mais dans l'ensemble de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que Bernstein et moi travaillions sur le deuxi&#232;me volume de l' Histoire du socialisme, nous n'avons pas &#233;t&#233; peu surpris, lorsque nous avons, tout &#224; fait ind&#233;pendamment les uns des autres, dans tous les partis et courants socialistes-d&#233;mocrates de la fin du Moyen &#194;ge et du d&#233;but des temps modernes, trouv&#233; exactement les m&#234;mes vues puritaines, en accord souvent assez ridicule . Ce que Bernstein a trouv&#233; en Angleterre, je l'ai trouv&#233; chez les Fr&#232;res de Boh&#234;me, parmi les disciples de M&#252;nzer, les anabaptistes et les mennonites. Nous sommes arriv&#233;s &#224; la conviction que cet accord n'&#233;tait pas un hasard, mais une n&#233;cessit&#233; historique. Le puritanisme est une m&#233;thode n&#233;cessaire de la pens&#233;e de classes particuli&#232;res dans des conditions particuli&#232;res. De m&#234;me qu'au Moyen &#194;ge, avec leur syst&#232;me de troc presque universel, &#171; vivre et laisser vivre &#187; est la maxime des paysans, des petits bourgeois et des salari&#233;s, de m&#234;me ces classes succombent au d&#233;but du mode de production capitaliste &#224; un sombre puritanisme,et, en effet, plus, plus rapide et plus incisif le d&#233;veloppement &#233;conomique et le d&#233;veloppement politique correspondant se fait sentir, plus vive est la r&#233;action des classes les plus basses contre lui. Mais parce que le puritanisme, s'il est apparu aussi dans le reste de l'Europe, n'a pris le dessus qu'en Angleterre, n'a pu que l&#224; s'imposer &#224; la soci&#233;t&#233;, s'explique d'apr&#232;s ce qui vient d'&#234;tre racont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne m&#234;me, que Bax avec sa &#034;m&#233;thode am&#233;lior&#233;e a trouv&#233; si compl&#232;tement insoluble, qu'il s'est r&#233;fugi&#233; pour la solution du probl&#232;me dans une particularit&#233; compl&#232;tement arbitrairement con&#231;ue d'un m&#233;lange de races d&#233;j&#224; vieux de plusieurs si&#232;cles, forme pour nous l'un des les plus brillantes corroborations de la conception mat&#233;rialiste de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette f&#233;condit&#233; et cette pr&#233;cision ont &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;es dans tous les domaines o&#249; nous l'avons essay&#233;e, que ce soit la recherche du pass&#233; ou la compr&#233;hension du pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sert ce dernier but aussi bien que le premier, et c'est l&#224; son importance pratique, c'est l&#224; sa grande importance non seulement pour le socialiste engag&#233; dans la recherche, mais aussi pour le socialiste combattant, et pour cette raison la conception mat&#233;rialiste n'est pas une simple question. pour les savants, mais une question d'int&#233;r&#234;t pour tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Que d&#233;fendait le dirigeant &#171; marxiste &#187; social-d&#233;mocrate Karl Kautsky</title>
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		<dc:date>2017-09-25T23:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


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		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;Que d&#233;fendait le dirigeant &#171; marxiste &#187; social-d&#233;mocrate Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
Engels &#224; Karl Kautsky, 14 octobre 1891 : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Dans ton projet reproduit par le Vorw&#228;rts, je d&#233;couvre tout &#224; coup, &#224; mon grand &#233;tonnement la formule de &#171; la masse r&#233;actionnaire &#187;. Je t'&#233;cris aussit&#244;t &#224; ce sujet, bien que je craigne d'arriver trop tard. Cette formule d'agitation jette une fausse note discordante et g&#226;te toute l'harmonie des th&#233;or&#232;mes scientifiques, formul&#233;s de mani&#232;re condens&#233;e et tranch&#233;e. &#201;tant une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique159" rel="directory"&gt;7- La question de l'Etat&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot89" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que d&#233;fendait le dirigeant &#171; marxiste &#187; social-d&#233;mocrate Karl Kautsky&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Engels &#224; Karl Kautsky, 14 octobre 1891 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans ton projet reproduit par le Vorw&#228;rts, je d&#233;couvre tout &#224; coup, &#224; mon grand &#233;tonnement la formule de &#171; la masse r&#233;actionnaire &#187;. Je t'&#233;cris aussit&#244;t &#224; ce sujet, bien que je craigne d'arriver trop tard. Cette formule d'agitation jette une fausse note discordante et g&#226;te toute l'harmonie des th&#233;or&#232;mes scientifiques, formul&#233;s de mani&#232;re condens&#233;e et tranch&#233;e. &#201;tant une formule d'agitation parfaitement unilat&#233;rale, elle est absolument fausse sous la forme apodictique absolue qui seule la fait r&#233;sonner efficacement. Elle est fausse, car elle exprime comme un fait accompli ce qui n'est qu'une tendance historique exacte seulement comme telle. Au moment o&#249; surgit la r&#233;volution socialiste, tous les autres partis appara&#238;tront en face de nous comme une seule masse r&#233;actionnaire. Il est possible, au reste, qu'ils le soient d'ores et d&#233;j&#224; et qu'ils aient perdu toute capacit&#233; &#224; une action progressive quelle qu'elle soit, mais pas n&#233;cessairement. A l'heure actuelle, nous ne pouvons pas l'affirmer, avec la certitude avec laquelle nous &#233;non&#231;ons les autres principes du programme. M&#234;me en Allemagne il peut se pr&#233;senter des circonstances o&#249; les partis de gauche, malgr&#233; leur indigence profonde, soient oblig&#233;s de d&#233;blayer la sc&#232;ne d'une partie du fatras f&#233;odal et bureaucratique antibourgeois qui subsiste encore en si grande quantit&#233;. Or, &#224; ce moment pr&#233;cis, ils ne feront plus partie int&#233;grante de la masse r&#233;actionnaire. Aussi longtemps que nous ne sommes pas assez forts pour prendre en mains les r&#234;nes du pouvoir et appliquer nos principes, il ne saurait - &#224; strictement parler - &#234;tre question d'une masse r&#233;actionnaire vis-&#224;-vis de nous. Sinon, toute la nation se partagerait en une majorit&#233; de r&#233;actionnaires et une minorit&#233; d'impuissants. Les hommes qui ont bris&#233; en Allemagne la division en &#201;tats minuscules, donn&#233; &#224; la bourgeoisie les coud&#233;es franches pour sa r&#233;volution industrielle, introduit des conditions unitaires de circulation pour les marchandises et les personnes, et par l&#224;-m&#234;me, devaient nous procurer &#224; nous-m&#234;mes un plus grand champ d'action et plus de libert&#233; de mouvement l'ont-ils fait comme &#171; masse r&#233;actionnaire &#187; ? Les bourgeois r&#233;publicains fran&#231;ais qui, de 1871 &#224; 1878, ont d&#233;finitivement vaincu la monarchie et la tutelle cl&#233;ricale, ont assur&#233; une libert&#233; de la presse, d'association et de r&#233;union &#224; un degr&#233; inconnu jusqu'ici en France en des temps non r&#233;volutionnaires, qui ont institu&#233; l'obligation scolaire pouf tous et hauss&#233; l'enseignement &#224; un niveau tel que nous pourrions en prendre de la graine en Allemagne &#8211; ont - ils agi en tant que masse r&#233;actionnaire ? Les Anglais des deux partis officiels, qui ont consid&#233;rablement &#233;tendu le droit de suffrage universel, quintupl&#233; le nombre des votants, &#233;galis&#233; les circonscriptions &#233;lectorales, instaur&#233; l'obligation scolaire et am&#233;lior&#233; le syst&#232;me d'enseignement qui, &#224; chaque session parlementaire votent non seulement des r&#233;formes bourgeoises, mais encore des concessions sans cesse renouvel&#233;es aux travailleurs avancent certes d'un pas lent et mou, mais personne ne peut les taxer d'&#234;tre &#171; une seule et m&#234;me masse r&#233;actionnaire &#187; en g&#233;n&#233;ral. Bref, nous n'avons aucun droit de pr&#233;senter une tendance qui se r&#233;alise progressivement comme un fait d&#233;j&#224; achev&#233; - d'autant qu'en Angleterre, par exemple, cette tendance ne se r&#233;alisera jamais jusqu'au bout dans les faits. Le jour o&#249; la r&#233;volution se produira, la bourgeoisie sera toujours pr&#234;te encore &#224; toutes sortes de r&#233;formes de d&#233;tail. Seulement il n'y aura plus de sens &#224; continuer de vouloir des r&#233;formes de d&#233;tail d'un syst&#232;me qui s'effondre tout entier. Dans certaines circonstances, le slogan de Lassalle a une certaine justification dans l'agitation, bien qu'on en fasse chez nous d'incroyables abus, par exemple dans le Vorw&#228;rts, depuis le 1er octobre 1890. Mais elle n'a pas sa place dans le programme, car dans l'absolu elle est fausse et trompeuse. Elle s'y pr&#233;sente un peu comme la femme du banquier Bethmann, pour lequel on voulait ajouter un balcon &#224; sa r&#233;sidence : &#171; Si vous m'y &#233;difiez un balcon, v'la que ma femme s'y mettra et me d&#233;figurera &#224; moi toute la fa&#231;ade &#187; ! Je ne puis parler des autres modifications dans le texte publi&#233; par le Vorw&#228;rts ; je ne retrouve pas le journal, et la lettre doit partir. Le congr&#232;s du parti se tient &#224; une date glorieuse. Le 14 octobre est l'anniversaire des batailles de I&#233;na et d'Auerstadt, &#224; l'occasion desquelles la vieille Prusse d'avant la r&#233;volution s'est effondr&#233;e. Puisse le 14 octobre 1891 devenir pour l'Allemagne prussianis&#233;e le &#171; I&#233;na int&#233;rieur &#187; pr&#233;dit par Marx ! En compensation l'antistrophe est, par contre, une citation lassalienne de la plus belle eau &#171; [la classe ouvri&#232;re] en face de laquelle toutes les autres classes ne forment qu'une masse r&#233;actionnaire &#187;. Dans le Manifeste communiste, il est dit : &#171; De toutes les classes qui, &#224; l'heure pr&#233;sente, s'opposent &#224; la bourgeoisie, le prol&#233;tariat seul est une classe vraiment r&#233;volutionnaire. Les autres classes p&#233;riclitent et p&#233;rissent avec la grande industrie ; le prol&#233;tariat, au contraire, en est le produit le plus authentique. &#187; La bourgeoisie est ici consid&#233;r&#233;e comme une classe r&#233;volutionnaire, - en tant qu'elle est l'agent de la grande industrie, - vis-&#224;-vis des f&#233;odaux et des classes moyennes r&#233;solus &#224; maintenir toutes les positions sociales qui sont le produit de modes de production p&#233;rim&#233;s. F&#233;odaux et classes moyennes ne forment donc pas avec la bourgeoisie une m&#234;me masse r&#233;actionnaire. D'autre part, le prol&#233;tariat est r&#233;volutionnaire vis-&#224;-vis de la bourgeoisie parce que, issu lui-m&#234;me de la grande industrie, il tend &#224; d&#233;pouiller la production de son caract&#232;re capitaliste que la bourgeoisie cherche &#224; perp&#233;tuer. Mais le Manifeste ajoute que &#171; les classes moyennes... sont r&#233;volutionnaires... en consid&#233;ration de leur passage imminent au prol&#233;tariat &#187;. De ce point de vue, c'est donc une absurdit&#233; de plus que de faire des classes moyennes, conjointement avec la bourgeoisie, et, par-dessus le march&#233;, des f&#233;odaux &#171; une m&#234;me masse r&#233;actionnaire &#187; en face de la classe ouvri&#232;re. Lors des derni&#232;res &#233;lections, a-t-on cri&#233; aux artisans, aux petits industriels, etc., et aux paysans : &#171; Vis-&#224;-vis de nous, vous ne formez, avec les bourgeois et les f&#233;odaux, qu'une seule masse r&#233;actionnaire &#187; ? Lassalle savait par c&#339;ur le Manifeste communiste, de m&#234;me que ses fid&#232;les savent les saints &#233;crits dont il est l'auteur. S'il le falsifiait aussi grossi&#232;rement, ce n'&#233;tait que pour farder son alliance avec les adversaires absolutistes et f&#233;odaux contre la bourgeoisie. Dans le paragraphe pr&#233;cit&#233;, sa maxime est d'ailleurs bien tir&#233;e par les cheveux, sans aucun rapport avec la citation d&#233;figur&#233;e des statuts de l'internationale. Il s'agit donc ici simplement d'une impertinence et, &#224; la v&#233;rit&#233;, une impertinence qui ne peut-&#234;tre nullement d&#233;plaisante aux yeux de M. Bismarck : une de ces grossi&#232;ret&#233;s &#224; bon compte comme en confectionne le Marat berlinois. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine, L'avilissement du marxisme par les opportunistes, &#171; L'Etat et la R&#233;volution &#187;, 1917 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Prenons le premier ouvrage important de Kautsky contre l'opportunisme, son livre Bernstein et le programme social-d&#233;mocrate. Kautsky r&#233;fute minutieusement Bernstein. Mais voici qui est caract&#233;ristique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans ses Pr&#233;misses du socialisme, oeuvre qui l'a rendu c&#233;l&#232;bre &#224; la mani&#232;re d'Erostrate, Bernstein accuse le marxisme de &#034;blanquisme &#034; (accusation mille fois reprise depuis lors par les opportunistes et les bourgeois lib&#233;raux de Russie contre les repr&#233;sentants du marxisme r&#233;volutionnaire, les bolch&#233;viks). Ici, Bernstein s'arr&#234;te sp&#233;cialement sur La Guerre civile en France de Marx ; il tente, sans y r&#233;ussir aucunement, comme on l'a vu, d'identifier le point de vue de Marx sur les enseignements de la Commune avec celui de Proudhon. Ce qui attire surtout l'attention de Bernstein, c'est la conclusion que Marx a soulign&#233;e dans la pr&#233;face de 1872 au Manifeste communiste, et o&#249; il est dit que &#034;la classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te et de la faire fonctionner pour son propre compte&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette formule &#034;pla&#238;t&#034; tellement &#224; Bernstein qu'il la r&#233;p&#232;te au moins trois fois dans son livre, en l'interpr&#233;tant dans un sens tout &#224; fait d&#233;form&#233;, opportuniste.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme on l'a vu, Marx veut dire que la classe ouvri&#232;re doit briser, d&#233;molir, faire sauter (Sprengung , explosion, - l'expression est d'Engels) toute la machine d'Etat. Or, d'apr&#232;s Bernstein, Marx aurait par ces mots mis en garde la classe ouvri&#232;re contre une ardeur trop r&#233;volutionnaire lors de la prise du pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne saurait imaginer d&#233;formation plus grossi&#232;re, plus scandaleuse, de la pens&#233;e de Marx.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et comment Kautsky a-t-il proc&#233;d&#233; dans sa r&#233;futation si minutieuse de cette &#034;bernsteiniade&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'est bien gard&#233; d'analyser dans toute sa profondeur la d&#233;formation inflig&#233;e sur ce point au marxisme par les opportunistes. Il a reproduit le passage cit&#233; plus haut de la pr&#233;face d'Engels &#224; La Guerre civile de Marx en affirmant que, d'apr&#232;s Marx, la classe ouvri&#232;re ne peut pas se contenter de prendre la machine de l'Etat toute pr&#234;te, mais qu'en g&#233;n&#233;ral elle peut s'en emparer, et il n'a rien dit de plus. Que Bernstein ait attribu&#233; &#224; Marx juste le contraire de sa pens&#233;e v&#233;ritable, et que d&#232;s 1852 Marx ait assign&#233; &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne la t&#226;che de &#034;briser&#034; la machine d'Etat - de tout cela Kautsky ne souffle mot.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il en r&#233;sulte que ce qui distingue fonci&#232;rement le marxisme de l'opportunisme dans la question des t&#226;ches de la r&#233;volution prol&#233;tarienne se trouve escamot&#233; par Kautsky !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous pouvons en toute tranquillit&#233;, &#233;crit Kautsky &#034;contre&#034; Bernstein, laisser &#224; l'avenir le soin de r&#233;soudre le probl&#232;me de la dictature du prol&#233;tariat&#034; (p. 172 de l'&#233;dit. allemande).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas l&#224; une pol&#233;mique contre Bernstein ; c'est, au fond, une concession &#224; ce dernier, une capitulation devant l'opportunisme ; car, pour le moment, les opportunistes ne demandent rien d'autre que de &#034;laisser en toute tranquillit&#233; &#224; l'avenir&#034; les questions capitales relatives aux t&#226;ches de la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
De 1852 &#224; 1891, durant quarante ann&#233;es, Marx et Engels ont enseign&#233; au prol&#233;tariat qu'il doit briser la machine d'Etat. Et Kautsky, en 1899, devant la trahison totale du marxisme par les opportunistes sur ce point, escamote la question de savoir s'il faut briser cette machine, en lui substituant celle des formes concr&#232;tes de cette d&#233;molition ; il se retranche derri&#232;re cette &#034;incontestable&#034; (et st&#233;rile) v&#233;rit&#233; philistine, que nous ne pouvons conna&#238;tre &#224; l'avance ces formes concr&#232;tes !&lt;br class='autobr' /&gt;
Un ab&#238;me s&#233;pare Marx et Kautsky dans leur attitude envers la t&#226;che du parti prol&#233;tarien, qui est de pr&#233;parer la classe ouvri&#232;re &#224; la r&#233;volution. Prenons l'ouvrage suivant, plus m&#251;ri, de Kautsky, &#233;galement consacr&#233; dans une notable mesure &#224; la r&#233;futation des erreurs de l'opportunisme. C'est sa brochure sur La R&#233;volution sociale. L'auteur y a pris sp&#233;cialement comme sujet les probl&#232;mes de la &#034;r&#233;volution prol&#233;tarienne&#034; et du &#034;r&#233;gime prol&#233;tarien&#034;. Il apporte quantit&#233; d'id&#233;es tr&#232;s pr&#233;cieuses, mais il omet justement le probl&#232;me de l'Etat. Dans cette brochure, il est partout question de la conqu&#234;te du pouvoir d'Etat, sans plus ; c'est-&#224;-dire que l'auteur a choisi une formule qui est une concession aux opportunistes, puisqu'elle admet la conqu&#234;te du pouvoir sans la destruction de la machine d'Etat. Kautsky ressuscite en 1902 pr&#233;cis&#233;ment ce qu'en 1872 Marx d&#233;clarait &#034;p&#233;rim&#233;&#034; dans le programme du Manifeste communiste .&lt;br class='autobr' /&gt;
La brochure consacre un chapitre particulier aux &#034;formes et aux armes de la r&#233;volution sociale&#034;. On y traite et de la gr&#232;ve politique de masse, et de la guerre civile, et des &#034;instruments de domination d'un grand Etat moderne, tels que la bureaucratie et l'arm&#233;e&#034; ; mais pas un mot sur les enseignements que la Commune a d&#233;j&#224; fourni aux ouvriers. Ce n'est certes pas par hasard qu'Engels mettait en garde les socialistes allemands, plus que quiconque, contre la &#034;v&#233;n&#233;ration superstitieuse&#034; de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky pr&#233;sente la chose ainsi : le prol&#233;tariat victorieux &#034;r&#233;alisera le programme d&#233;mocratique&#034; ; suit l'expos&#233; des articles de ce programme. Quant &#224; ce que 1871 a donn&#233; de nouveau touchant le remplacement de la d&#233;mocratie bourgeoise par la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, pas un mot. Kautsky se r&#233;fugie dans des banalit&#233;s d'apparence &#034;s&#233;rieuse&#034;, comme celle-ci :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il va de soi que nous n'arriverons pas au pouvoir dans les conditions du r&#233;gime actuel. La r&#233;volution elle-m&#234;me suppose des luttes de longue haleine, d'une grande profondeur, qui auront eu le temps de modifier notre structure politique et sociale actuelle.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela &#034;va de soi&#034; assur&#233;ment, et comme il est vrai aussi que les chevaux mangent de l'avoine et que la Volga se jette dans la mer Caspienne. Il est seulement &#224; regretter qu'&#224; l'aide d'une phrase creuse et ronflante sur la lutte &#034;d'une grande profondeur&#034;, on &#233;lude une question vitale pour le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, celle de savoir en quoi consiste la &#034;profondeur&#034; de sa r&#233;volution par rapport &#224; l'Etat et &#224; la d&#233;mocratie, &#224; la diff&#233;rence des r&#233;volutions ant&#233;rieures non prol&#233;tariennes.&lt;br class='autobr' /&gt;
En &#233;ludant cette question, Kautsky fait en r&#233;alit&#233; sur ce point capital une concession &#224; l'opportunisme, il lui d&#233;clare une guerre redoutable en paroles, souligne l'importance de l'&#034;id&#233;e de r&#233;volution&#034; (mais que peut bien valoir cette &#034;id&#233;e&#034; lorsqu'on a peur de propager parmi les ouvriers les enseignements concrets de la r&#233;volution ?), ou bien il dit : &#034;L'id&#233;alisme r&#233;volutionnaire avant tout&#034;, ou bien il proclame qu'aujourd'hui les ouvriers anglais ne sont &#034;gu&#232;re plus que des petits bourgeois&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Dans la soci&#233;t&#233; socialiste, &#233;crit Kautsky, peuvent coexister... les formes les plus vari&#233;es d'entreprises : bureaucratiques( ? ?), trade-unionistes, coop&#233;ratives, individuelles... il y a, par exemple, des entreprises qui ne peuvent pas se passer d'une organisation bureaucratique( ? ?), tels les chemins de fer. Ici, l'organisation d&#233;mocratique peut rev&#234;tir l'aspect suivant : les ouvriers &#233;liraient des d&#233;l&#233;gu&#233;s, qui formeraient une sorte de Parlement ayant pour mission d'&#233;tablir le r&#233;gime de travail et de surveiller le fonctionnement de l'appareil bureaucratique. D'autres exploitations peuvent &#234;tre confi&#233;es aux syndicats ouvriers ; d'autres encore peuvent &#234;tre fond&#233;es sur le principe de la coop&#233;ration&#034; (pp. 148 et 115 de la trad. russe, publi&#233;e &#224; Gen&#232;ve en 1903).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette fa&#231;on de voir est erron&#233;e ; elle marque un recul par rapport aux &#233;claircissements que Marx et Engels donnaient entre 1870 et 1880, en s'inspirant des enseignements de la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
En ce qui concerne la n&#233;cessit&#233; d'une organisation pr&#233;tendument &#034;bureaucratique&#034;, les chemins de fer ne se distinguent rigoureusement en rien de toutes les entreprises de la grande industrie m&#233;canis&#233;e en g&#233;n&#233;ral, de n'importe quelle usine, d'un grand magasin, d'une grande exploitation agricole capitaliste. Dans toutes ces entreprises, la technique prescrit une discipline absolument rigoureuse, la plus grande ponctualit&#233; dans l'accomplissement de la part de travail assign&#233;e &#224; chacun, sous peine d'arr&#234;t de toute l'entreprise ou de d&#233;t&#233;rioration des m&#233;canismes, du produit fabriqu&#233;. Dans toutes ces entreprises, &#233;videmment, les ouvriers &#034;&#233;liront des d&#233;l&#233;gu&#233;s qui formeront une sorte de Parlement &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le grand point ici, c'est que cette &#034;sorte de Parlement&#034; ne sera pas un parlement dans le sens des institutions parlementaires bourgeoises. Le grand point ici, c'est que cette &#034;sorte de Parlement&#034; ne se contentera pas d'&#034;&#233;tablir le r&#233;gime de travail et de surveiller le fonctionnement de l'appareil bureaucratique&#034;, comme se l'imagine Kautsky dont la pens&#233;e ne d&#233;passe pas le cadre du parlementarisme bourgeois. Il est certain qu'en soci&#233;t&#233; socialiste une &#034;sorte de Parlement&#034; compos&#233; de d&#233;put&#233;s ouvriers &#034;d&#233;terminera le r&#233;gime de travail et surveillera le fonctionnement&#034; de l'&#034;appareil&#034;, mais cet appareil-l&#224; ne sera pas &#034;bureaucratique&#034;. Les ouvriers, apr&#232;s avoir conquis le pouvoir politique, briseront le vieil appareil bureaucratique, le d&#233;moliront jusqu'en ses fondements, n'en laisseront pas pierre sur pierre et le remplaceront par un nouvel appareil comprenant ces m&#234;mes ouvriers et employ&#233;s. Pour emp&#234;cher ceux-ci de devenir des bureaucrates, on prendra aussit&#244;t des mesures minutieusement &#233;tudi&#233;es par Marx et Engels : 1. &#233;lectivit&#233;, mais aussi r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment ; 2. un salaire qui ne sera pas sup&#233;rieur &#224; celui d'un ouvrier ; 3. adoption imm&#233;diate de mesures afin que tous remplissent des fonctions de contr&#244;le et de surveillance, que tous deviennent pour un temps &#034;bureaucrates&#034; et que, de ce fait, personne ne puisse devenir &#034;bureaucrate&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky n'a pas du tout r&#233;fl&#233;chi au sens de ces mots de Marx : &#034;La Commune &#233;tait non pas un organisme parlementaire, mais un corps agissant, ex&#233;cutif et l&#233;gislatif &#224; la fois.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky n'a absolument pas compris la diff&#233;rence entre le parlementarisme bourgeois - qui unit la d&#233;mocratie (pas pour le peuple ) &#224; la bureaucratie (contre le peuple ) - et le d&#233;mocratisme prol&#233;tarien, qui prendra imm&#233;diatement des mesures pour couper le bureaucratisme &#224; la racine et qui sera &#224; m&#234;me de les appliquer jusqu'au bout, jusqu'&#224; la destruction compl&#232;te du bureaucratisme, jusqu'&#224; l'&#233;tablissement complet d'une d&#233;mocratie pour le peuple.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky a fait preuve ici, comme tant d'autres, d'un &#034;respect superstitieux&#034; envers l'Etat, d'une &#034;v&#233;n&#233;ration superstitieuse&#034; du bureaucratisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Passons au dernier et meilleur ouvrage de Kautsky contre les opportunistes, &#224; sa brochure Le Chemin du pouvoir (il semble qu'elle n'ait pas &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e en russe, car elle parut en 1909, au plus fort de la r&#233;action en Russie). Cette brochure marque un grand progr&#232;s, puisqu'elle ne traite ni du programme r&#233;volutionnaire en g&#233;n&#233;ral, comme la brochure de 1899 dirig&#233;e contre Bernstein, ni des t&#226;ches de la r&#233;volution sociale ind&#233;pendamment de l'&#233;poque de son av&#232;nement, comme la brochure La R&#233;volution sociale de 1902, mais des conditions concr&#232;tes qui nous obligent &#224; reconna&#238;tre que l'&#034;&#232;re des r&#233;volutions&#034; commence .&lt;br class='autobr' /&gt;
L'auteur parle explicitement de l'aggravation des contradictions de classe en g&#233;n&#233;ral et de l'imp&#233;rialisme, lequel joue &#224; cet &#233;gard un r&#244;le particuli&#232;rement important. Apr&#232;s la &#034;p&#233;riode r&#233;volutionnaire de 1789 &#224; 1871&#034; pour l'Europe occidentale, l'ann&#233;e 1905 inaugure une p&#233;riode analogue pour l'Est. La guerre mondiale approche avec une rapidit&#233; redoutable. &#034;Il ne saurait plus &#234;tre question, pour le prol&#233;tariat, d'une r&#233;volution pr&#233;matur&#233;e.&#034; &#034;Nous sommes entr&#233;s dans la p&#233;riode r&#233;volutionnaire.&#034; L'&#034;&#232;re r&#233;volutionnaire commence&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;clarations parfaitement claires. Cette brochure de Kautsky permet de comparer ce que la social-d&#233;mocratie allemande promettait d'&#234;tre avant la guerre imp&#233;rialiste et jusqu'o&#249; elle est tomb&#233;e (et Kautsky avec elle) apr&#232;s que la guerre eut &#233;clat&#233;. &#034;La situation actuelle, &#233;crivait Kautsky dans la brochure analys&#233;e, comporte un danger : c'est qu'on peut ais&#233;ment nous prendre (nous, social-d&#233;mocrates allemands) pour plus mod&#233;r&#233;s que nous ne sommes en r&#233;alit&#233;.&#034; Il est apparu que le Parti social-d&#233;mocrate allemand &#233;tait en r&#233;alit&#233; infiniment plus mod&#233;r&#233; et plus opportuniste qu'il ne le paraissait !&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est d'autant plus caract&#233;ristique qu'apr&#232;s avoir proclam&#233; si cat&#233;goriquement que l'&#232;re des r&#233;volutions &#233;tait ouverte, Kautsky, dans une brochure pourtant sp&#233;cialement consacr&#233;e, comme il le dit lui-m&#234;me &#224; l'analyse du probl&#232;me de la &#034;r&#233;volution politique &#034;, laisse de nouveau compl&#232;tement de c&#244;t&#233; la question de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes ces tentatives pour tourner la question, tous ces silences et r&#233;ticences ont eu pour r&#233;sultat in&#233;vitable ce ralliement complet &#224; l'opportunisme dont nous allons parler ci-apr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
La social-d&#233;mocratie allemande semblait proclamer par la bouche de Kautsky : je garde mes conceptions r&#233;volutionnaires (1899) ; je reconnais notamment que la r&#233;volution sociale du prol&#233;tariat est in&#233;vitable (1902), je reconnais qu'une nouvelle &#232;re de r&#233;volutions s'est ouverte (1909). Mais d&#232;s l'instant o&#249; se pose la question des t&#226;ches de la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; l'&#233;gard de l'Etat, j'op&#232;re un recul par rapport &#224; ce que Marx disait d&#233;j&#224; en 1852 (1912).&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est ainsi que la question s'est pos&#233;e de front lors de la pol&#233;mique de Kautsky avec Pannekoek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pannekoek, adversaire de Kautsky, &#233;tait l'un des repr&#233;sentants de la tendance &#034;radicale de gauche&#034;, qui comptait dans ses rangs Rosa Luxembourg, Karl Radek, d'autres encore. Pr&#233;conisant la tactique r&#233;volutionnaire, ils s'accordaient &#224; reconna&#238;tre que Kautsky adoptait une position &#034;centriste&#034;, d&#233;nu&#233;e de principes, et oscillait entre le marxisme et l'opportunisme. La justesse de cette appr&#233;ciation a &#233;t&#233; pleinement d&#233;montr&#233;e par la guerre, lorsque la tendance dite &#034;du centre&#034; (appel&#233;e &#224; tort marxiste) ou &#034;kautskiste&#034; s'est r&#233;v&#233;l&#233;e dans toute sa hideuse indigence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans son article &#034;L'action de masse et la r&#233;volution&#034; (Neue Zeit, 1912, XXX, 2), qui traite, entre autres, du probl&#232;me de l'Etat, Pannekoek d&#233;finissait la position de Kautsky comme un &#034;radicalisme passif&#034;, comme une &#034;th&#233;orie de l'attente inactive&#034;. &#034;Kautsky ne veut pas voir le processus de la r&#233;volution&#034; (p. 616). En posant ainsi la question, Pannekoek a abord&#233; le sujet qui nous int&#233;resse : les t&#226;ches de la r&#233;volution prol&#233;tarienne &#224; l'&#233;gard de l'Etat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La lutte du prol&#233;tariat. &#233;crivait-il, n'est pas simplement une lutte contre la bourgeoisie pour le pouvoir d'Etat ; c'est aussi une lutte contre le pouvoir d'Etat... La r&#233;volution prol&#233;tarienne consiste &#224; an&#233;antir les instruments de la force de l'Etat et &#224; les &#233;liminer (Aufl&#246;sung, litt&#233;ralement : dissoudre) par les instruments de la force du prol&#233;tariat... La lutte ne cesse qu'au moment o&#249; le r&#233;sultat final est atteint, au moment o&#249; l'organisation d'Etat est compl&#232;tement d&#233;truite. L'organisation de la majorit&#233; prouve sa sup&#233;riorit&#233; en an&#233;antissant l'organisation de la minorit&#233; dominante&#034; (p. 548).&lt;br class='autobr' /&gt;
La formule dont Pannekoek a rev&#234;tu sa pens&#233;e souffre de tr&#232;s graves d&#233;fauts. N&#233;anmoins, l'id&#233;e est claire, et il est int&#233;ressant de voir comment Kautsky a cherch&#233; &#224; la r&#233;futer.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Jusqu'ici, a-t-il &#233;crit, l'opposition entre les social-d&#233;mocrates et les anarchistes consistait en ce que les premiers voulaient conqu&#233;rir le pouvoir d'Etat, et les seconds le d&#233;truire. Pannekoek veut l'un et l'autre&#034; (p. 724).&lt;br class='autobr' /&gt;
L'expos&#233; de Pannekoek manque de clart&#233; et de pr&#233;cision (sans compter les autres d&#233;fauts de son article, qui ne se rapportent pas au sujet trait&#233;) ; mais Kautsky a pris la question de principe soulev&#233;e par Pannekoek et, dans cette question de principe capitale , il abandonne tout &#224; fait les positions du marxisme pour passer enti&#232;rement &#224; l'opportunisme. La distinction qu'il &#233;tablit entre social-d&#233;mocrates et anarchistes est compl&#232;tement erron&#233;e ; le marxisme est d&#233;finitivement d&#233;natur&#233; et avili.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voici ce qui distingue les marxistes des anarchistes : 1&#176; Les premiers, tout en se proposant de supprimer compl&#232;tement l'Etat, ne croient la chose r&#233;alisable qu'apr&#232;s la suppression des classes par la r&#233;volution socialiste, comme r&#233;sultat de l'instauration du socialisme qui m&#232;ne &#224; la disparition de l'Etat, les seconds veulent la suppression compl&#232;te de l'Etat du jour au lendemain, sans comprendre les conditions qui la rendent possible. 2&#176; Les premiers proclament la n&#233;cessit&#233; pour le prol&#233;tariat, apr&#232;s qu'il aura conquis le pouvoir politique, de d&#233;truire enti&#232;rement la vieille machine d'Etat et de la remplacer par une nouvelle, qui consiste dans l'organisation des ouvriers arm&#233;s, sur le mod&#232;le de la Commune ; les seconds, tout en plaidant pour la destruction de la machine d'Etat, ne se repr&#233;sentent que tr&#232;s confus&#233;ment par quoi le prol&#233;tariat la remplacera et comment il usera du pouvoir r&#233;volutionnaire ; les anarchistes vont jusqu'&#224; repousser l'utilisation du pouvoir d'Etat par le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, jusqu'&#224; repousser la dictature r&#233;volutionnaire. 3&#176; Les premiers veulent que le prol&#233;tariat se pr&#233;pare &#224; la r&#233;volution en utilisant l'Etat moderne ; les anarchistes sont contre cette fa&#231;on de faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans cette discussion, c'est Pannekoek qui repr&#233;sente le marxisme contre Kautsky, car Marx a pr&#233;cis&#233;ment enseign&#233; que le prol&#233;tariat ne peut pas se contenter de conqu&#233;rir le pouvoir d'Etat (en ce sens que le vieil appareil d'Etat ne doit pas passer simplement en d'autres mains), mais qu'il doit briser, d&#233;molir cet appareil et le remplacer par un nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky abandonne le marxisme pour l'opportunisme, car il escamote tout &#224; fait pr&#233;cis&#233;ment cette destruction de la machine d'Etat, absolument inacceptable pour les opportunistes, et laisse ainsi &#224; ces derniers une &#233;chappatoire qui leur permet d'interpr&#233;ter la &#034;conqu&#234;te&#034; comme une simple acquisition de la majorit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de dissimuler cette d&#233;formation du marxisme, Kautsky agit en bon glossateur : il y va d'une &#034;citation&#034; de Marx lui-m&#234;me. Marx affirmait en 1850 la n&#233;cessit&#233; d'une &#034;centralisation r&#233;solue de la force entre les mains de l'Etat&#034;. Et Kautsky de triompher : Pannekoek ne voudrait-il pas d&#233;truire le &#034;centralisme&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Simple tour de passe-passe, qui rappelle celui de Bernstein identifiant le marxisme et le proudhonisme dans leurs vues sur la f&#233;d&#233;ration consid&#233;r&#233;e comme pr&#233;f&#233;rable au centralisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#034;citation&#034; de Kautsky vient comme un cheveux sur la soupe. Le centralisme est possible avec la vieille machine d'Etat comme avec la nouvelle. Si les ouvriers unissent librement leurs forces arm&#233;es, ce sera du centralisme, mais celui-ci reposera sur la &#034;destruction compl&#232;te&#034; de l'appareil d'Etat centraliste, de l'arm&#233;e permanente, de la police, de la bureaucratie. Kautsky agit d'une fa&#231;on tout &#224; fait malhonn&#234;te en &#233;ludant les consid&#233;rations bien connues de Marx et d'Engels sur la Commune pour aller d&#233;terrer une citation qui n'a rien &#224; voir avec la question.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Peut-&#234;tre Pannekoek voudra-t-il supprimer les fonctions publiques des fonctionnaires ? poursuit Kautsky. Mais nous ne nous passons de fonctionnaires ni dans l'organisation du parti ni dans celle des syndicats, sans parler des administrations de l'Etat. Notre programme demande non pas la suppression des fonctionnaires de l'Etat, mais leur &#233;lection par le peuple... Il s'agit maintenant chez nous non de savoir quelle forme rev&#234;tira l'appareil administratif dans l'&#034;Etat futur&#034;, mais de savoir si notre lutte politique d&#233;truira (aufl&#246;st , litt&#233;ralement : dissoudra) le pouvoir de l'Etat avant que nous l'ayons conquis [soulign&#233; par Kautsky]. Quel est le minist&#232;re avec ses fonctionnaires qui pourrait &#234;tre d&#233;truit ?&#034; Il &#233;num&#232;re les minist&#232;res de l'Instruction publique, de la Justice, des Finances, de la Guerre. &#034;Non, pas un des minist&#232;res actuels ne sera supprim&#233; par notre lutte politique contre le gouvernement... Je le r&#233;p&#232;te, pour &#233;viter les malentendus : il ne s'agit pas de savoir quelle forme la social-d&#233;mocratie victorieuse donnera &#224; l'&#034;Etat futur&#034;, il s'agit de savoir comment notre opposition transformera l'Etat actuel&#034; (p. 725)&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; un v&#233;ritable escamotage. Pannekoek posait le probl&#232;me pr&#233;cis de la r&#233;volution . Le titre de son article et les passages cit&#233;s le disent clairement. En sautant &#224; la question de l'&#034;opposition&#034;, Kautsky ne fait que substituer au point de vue r&#233;volutionnaire le point de vue opportuniste. Son raisonnement se ram&#232;ne &#224; ceci : maintenant, opposition ; apr&#232;s la conqu&#234;te du pouvoir, on avisera. La r&#233;volution dispara&#238;t ! C'est exactement ce que demandaient les opportunistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne s'agit ni de l'opposition, ni de la lutte politique en g&#233;n&#233;ral, mais pr&#233;cis&#233;ment de la R&#233;volution. La r&#233;volution consiste en ceci : le prol&#233;tariat d&#233;truit l'&#034;appareil administratif&#034; et l'appareil d'Etat tout entier pour le remplacer par un nouveau, qui est constitu&#233; par les ouvriers arm&#233;s. Kautsky montre une &#034;v&#233;n&#233;ration superstitieuse&#034; pour les &#034;minist&#232;res&#034; ; mais pourquoi ne pourraient-ils pas &#234;tre remplac&#233;s, mettons par des commissions de sp&#233;cialistes aupr&#232;s des Soviet souverains et tout-puissants de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'essentiel n'est point de savoir si les &#034;minist&#232;res&#034; subsisteront ou s'ils seront remplac&#233;s par des &#034;commissions de sp&#233;cialistes&#034;, ou par d'autres organismes : cela n'a absolument aucune importance. L'essentiel est de savoir si la vieille machine d'Etat (li&#233;e &#224; la bourgeoisie par des milliers d'attaches et toute p&#233;n&#233;tr&#233;e de routine et de conservatisme) sera maintenue ou si elle sera d&#233;truite et remplac&#233;e par une nouvelle . La r&#233;volution ne doit pas aboutir &#224; ce que la classe nouvelle commande et gouverne &#224; l'aide de la vieille machine d'Etat, mais &#224; ceci, qu'apr&#232;s l'avoir bris&#233;e , elle commande &#224; l'aide d'une machine nouvelle : c'est cette id&#233;e fondamentale du marxisme que Kautsky escamote ou qu'il n'a absolument pas comprise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa question relative aux fonctionnaires montre de toute &#233;vidence qu'il n'a compris ni les enseignements de la Commune ni la doctrine de Marx. &#034;Nous ne nous passons de fonctionnaires ni dans l'organisation du parti, ni dans celle des syndicats&#034;...&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous ne nous passons pas de fonctionnaires en r&#233;gime capitaliste , sous la domination de la bourgeoisie. Le prol&#233;tariat est opprim&#233;, les masses laborieuses sont asservies par le capitalisme. En r&#233;gime capitaliste, la d&#233;mocratie est r&#233;tr&#233;cie, comprim&#233;e, tronqu&#233;e, mutil&#233;e par cette ambiance que cr&#233;ent l'esclavage salari&#233;, le besoin et la mis&#232;re des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour cette raison, et seulement pour cette raison, que dans nos organisations politiques et syndicales les fonctionnaires sont corrompus (ou plus exactement ont tendance &#224; l'&#234;tre) par l'ambiance capitaliste et manifestent une tendance &#224; se transformer en bureaucrates, c'est-&#224;-dire en personnages privil&#233;gi&#233;s, coup&#233;s des masses et plac&#233;s au-dessus d'elles.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224; est l'essence du bureaucratisme. Et tant que les capitalistes n'auront pas &#233;t&#233; expropri&#233;s, tant que la bourgeoisie n'aura pas &#233;t&#233; renvers&#233;e, une certaine &#034;bureaucratisation&#034; des fonctionnaires du prol&#233;tariat eux-m&#234;mes est in&#233;vitable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky dit en somme ceci : puisqu'il subsistera des employ&#233;s publics &#233;lus, il y aura donc aussi en r&#233;gime socialiste des fonctionnaires et une bureaucratie ! C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui est faux. Pr&#233;cis&#233;ment par l'exemple de la Commune, Marx a montr&#233; que les titulaires des fonctions publiques cessent, en r&#233;gime socialiste, d'&#234;tre des &#034;bureaucrates&#034;, &#034;fonctionnaires&#034; au fur et &#224; mesure que, sans parler de leur &#233;lectivit&#233;, on &#233;tablit en outre leur r&#233;vocabilit&#233; &#224; tout moment, qu'on r&#233;duit en outre leur traitement &#224; un salaire moyen d'ouvrier, et qu'en plus on remplace les organismes parlementaires par des corps &#034;agissants&#034;, &#034;ex&#233;cutifs et l&#233;gislatifs &#224; la fois&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond, toute l'argumentation de Kautsky contre Pannekoek, et surtout cet argument admirable que dans les organisations syndicales, pas plus que dans celles du parti, nous ne pouvons nous passer de fonctionnaires, attestent que Kautsky reprend les vieux &#034;arguments&#034; de Bernstein contre le marxisme en g&#233;n&#233;ral. Dans son livre de ren&#233;gat Les Pr&#233;misses du socialisme , Bernstein part en guerre contre l'id&#233;e de d&#233;mocratie &#034;primitive, contre ce qu'il appelle le &#034;d&#233;mocratisme doctrinaire&#034; : mandats imp&#233;ratifs, fonctionnaires non r&#233;tribu&#233;s, repr&#233;sentation centrale sans pouvoir, etc. Afin de prouver la carence de cette d&#233;mocratie &#034;primitive&#034;, Bernstein invoque l'exp&#233;rience des trade-unions anglaises, interpr&#233;t&#233;e par les &#233;poux Webb. Au cours des soixante-dix ann&#233;es de leur d&#233;veloppement, les trade-unions, qui auraient soi-disant &#233;volu&#233; &#034;en pleine libert&#233;&#034; (p. 137 de l'&#233;dit. allemande), se seraient convaincues de l'inefficacit&#233; de la d&#233;mocratie primitive et l'auraient remplac&#233;e par l'habituel parlementarisme alli&#233; au bureaucratisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, les trade-unions n'ont pas &#233;volu&#233; &#034;en pleine libert&#233;&#034; mais en plein esclavage capitaliste , o&#249;, certes, l'on &#034;ne saurait &#233;viter&#034; les concessions au mal r&#233;gnant, &#224; la violence, au mensonge, &#224; l'&#233;limination des pauvres de l'administration &#034;sup&#233;rieure&#034;. En r&#233;gime socialiste, bien des aspects de la d&#233;mocratie &#034;primitive&#034; revivront n&#233;cessairement, car, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es, la masse de la population se haussera &#224; une participation autonome , non seulement aux votes et aux &#233;lections, mais encore &#224; l'administration journali&#232;re . En r&#233;gime socialiste, tout le monde gouvernera &#224; tour de r&#244;le et s'habituera vite &#224; ce que personne ne gouverne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec son g&#233;nial esprit d'analyse et de critique, Marx a vu dans les mesures pratiques de la Commune ce tournant que craignent tant et ne veulent pas reconna&#238;tre les opportunistes, par l&#226;chet&#233; et parce qu'ils se refusent &#224; rompre d&#233;finitivement avec la bourgeoisie ; que ne veulent pas voir les anarchistes, soit qu'ils se h&#226;tent trop, soit qu'en g&#233;n&#233;ral ils ne comprennent pas les conditions dans lesquelles s'op&#232;rent les grandes transformations sociales. &#034;Il ne faut m&#234;me pas songer &#224; d&#233;truire la vieille machine d'Etat : comment pourrions-nous nous passer des minist&#232;res et des fonctionnaires ?&#034; raisonne l'opportuniste imbu de philistinisme et qui au fond, loin de croire &#224; la r&#233;volution et &#224; sa puissance cr&#233;atrice, en a une peur mortelle (comme en ont peur nos mench&#233;viks et nos socialistes-r&#233;volutionnaires).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il faut penser uniquement &#224; la destruction de la vieille machine d'Etat ; inutile d'approfondir les enseignements concrets des r&#233;volutions prol&#233;tariennes ant&#233;rieures, et d'analyser par quoi et comment remplacer ce que l'on d&#233;truit&#034;, raisonne l'anarchiste (le meilleur des anarchistes, naturellement, et non celui qui, &#224; la suite des Kropotkine et consorts, se tra&#238;ne derri&#232;re la bourgeoisie) ; c'est pourquoi l'anarchiste en arrive &#224; la tactique du d&#233;sespoir, et non &#224; une activit&#233; r&#233;volutionnaire concr&#232;te intr&#233;pide, inexorable, mais qui tient compte en m&#234;me temps des conditions pratiques du mouvement des masses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx nous apprend &#224; &#233;viter ces deux erreurs : il nous apprend &#224; faire preuve de la plus grande audace dans la destruction totale de la vieille machine d'Etat ; il nous enseigne d'autre part &#224; poser le probl&#232;me d'une fa&#231;on concr&#232;te, la Commune a pu, en quelques semaines, commencer &#224; construire une machine d'Etat nouvelle, prol&#233;tarienne, proc&#233;dant de telle et telle fa&#231;on, en prenant les mesures pr&#233;cit&#233;es tendant &#224; assurer une plus grande d&#233;mocratie et &#224; extirper le bureaucratisme. Apprenons donc des communards l'audace r&#233;volutionnaire, t&#226;chons de voir dans leurs mesures pratiques une esquisse des mesures pratiquement urgentes et imm&#233;diatement r&#233;alisables ; c'est ainsi que nous parviendrons, en suivant cette voie, &#224; d&#233;truire compl&#232;tement le bureaucratisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui garantit la possibilit&#233; de cette destruction, c'est que le socialisme r&#233;duira la journ&#233;e de travail, &#233;l&#232;vera les masses &#224; une vie nouvelle, placera la majeure partie de la population dans des conditions permettant &#224; tous, sans exception, de remplir les &#034;fonctions publiques&#034;. Et c'est ce qui conduira &#224; l'extinction compl&#232;te de tout Etat en g&#233;n&#233;ral.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le r&#244;le de la gr&#232;ve de masse, poursuit Kautsky, ne peut jamais &#234;tre de d&#233;truire le pouvoir d'Etat, mais seulement d'amener le gouvernement &#224; des concessions sur une question donn&#233;e, ou de remplacer un gouvernement hostile au prol&#233;tariat par un gouvernement allant au-devant (entgegenkommende ) des besoins du prol&#233;tariat... Mais jamais et en aucun cas, cela [c'est-&#224;-dire la victoire du prol&#233;tariat sur le gouvernement hostile] ne peut mener &#224; la destruction du pouvoir d'Etat ; il ne peut en r&#233;sulter qu'un qu'un certain d&#233;placement (Verschiebung ) du rapport des forces &#224; l'int&#233;rieur du pouvoir d'Etat ... le but de notre lutte politique reste donc, comme par le pass&#233;, la conqu&#234;te du pouvoir d'Etat par l'acquisition de la majorit&#233; au Parlement et la transformation de ce dernier en ma&#238;tre du gouvernement&#034; (pp. 726, 727, 732).&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; bien l'opportunisme le plus pur et le plus plat ; c'est renoncer en fait &#224; la r&#233;volution tout en la reconnaissant en paroles. La pens&#233;e de Kautsky ne va pas au-del&#224; d'un &#034;gouvernement allant au-devant des besoins du prol&#233;tariat&#034;, c'est un pas en arri&#232;re vers le philistinisme par rapport &#224; 1847, quand le Manifeste communiste proclamait &#034;l'organisation du prol&#233;tariat en classe dominante&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky en sera r&#233;duit &#224; r&#233;aliser l'&#034;unit&#233;&#034; qu'il ch&#233;rit avec les Scheidemann, les Pl&#233;khanov, les Vandervelde, tous unanimes &#224; lutter pour un gouvernement &#034;allant au-devant des besoins du prol&#233;tariat&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; nous, nous romprons avec ces ren&#233;gats du socialisme et lutterons pour la destruction de toute la vieille machine d'Etat, afin que le prol&#233;tariat arm&#233; devienne lui-m&#234;me le gouvernement. Ce sont &#034;deux grandes diff&#233;rences&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky restera dans l'agr&#233;able compagnie des Legien et des David, des Pl&#233;khanov, des Potressov, des Ts&#233;r&#233;t&#233;li et des Tchernov, qui ne demandent pas mieux que de lutter pour un &#034;d&#233;placement du rapport de forces &#224; l'int&#233;rieur du pouvoir d'Etat&#034;, pour &#034;l'acquisition de la majorit&#233; au Parlement et la transformation de ce dernier an ma&#238;tre du gouvernement&#034;, but des plus nobles o&#249; tout peut &#234;tre accept&#233; par les opportunistes, o&#249; rien ne sort du cadre de la r&#233;publique bourgeoise parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quant &#224; nous, nous romprons avec les opportunistes ; et le prol&#233;tariat conscient sera tout entier avec nous dans la lutte, non pour un &#034;d&#233;placement du rapport de forces&#034;, mais pour le renversement de la bourgeoisie, pour la destruction du parlementarisme bourgeois, pour une r&#233;publique d&#233;mocratique du type de la Commune ou une R&#233;publique des Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, pour la dictature r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. &lt;br class='autobr' /&gt;
* * *&lt;br class='autobr' /&gt;
Le socialisme international comprend des courants qui se situent plus &#224; droite que celui de Kautsky : les Cahiers socialistes mensuels en Allemagne (Legien, David, Kolbe et bien d'autres, y compris les Scandinaves Stauning et Branting) ; les jauressistes et Vandervelde en France et en Belgique ; Turati, Tr&#232;ves et les autres repr&#233;sentants de l'aile droite du parti italien ; les fabiens et les &#034;ind&#233;pendants&#034; (l'&#034;Independant Labour Party&#034; qui, en r&#233;alit&#233;, fut toujours sous la d&#233;pendance des lib&#233;raux) en Angleterre, etc... Tous ces messieurs, qui jouent un r&#244;le consid&#233;rable et tr&#232;s souvent pr&#233;pond&#233;rant dans l'activit&#233; parlementaire et dans les publications du parti, rejettent ouvertement la dictature du prol&#233;tariat et pratiquent un opportunisme non d&#233;guis&#233;. Pour ces messieurs, la &#034;dictature&#034; du prol&#233;tariat &#034;contredit&#034; la d&#233;mocratie ! ! Au fond, rien de s&#233;rieux ne les diff&#233;rencie des d&#233;mocrates petits-bourgeois.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s lors, nous sommes en droit de conclure que la IIe Internationale, dans l'immense majorit&#233; de ses repr&#233;sentants officiels, a enti&#232;rement vers&#233; dans l'opportunisme. L'exp&#233;rience de la Commune a &#233;t&#233; non seulement oubli&#233;e, mais d&#233;natur&#233;e. Loin d'inculquer aux masses ouvri&#232;res la conviction que le moment approche o&#249; il leur faudra agir et briser la vieille machine d'Etat en la rempla&#231;ant par une nouvelle et en faisant ainsi de leur domination politique la base de la transformation socialiste de la soci&#233;t&#233;, - on leur sugg&#233;rait tout le contraire, et la &#034;conqu&#234;te du pouvoir&#034; &#233;tait pr&#233;sent&#233;e de telle fa&#231;on que mille br&#232;ches restaient ouvertes &#224; l'opportunisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;formation et la conjuration du silence autour du probl&#232;me de l'attitude de la r&#233;volution prol&#233;tarienne envers l'Etat ne pouvaient manquer de jouer un r&#244;le consid&#233;rable au moment o&#249; les Etats, pourvus d'un appareil militaire renforc&#233; par suite de la comp&#233;tition imp&#233;rialiste, sont devenus des monstres belliqueux exterminant des millions d'hommes afin de d&#233;cider qui, de l'Angleterre ou de l'Allemagne, du capital financier anglais ou du capital financier allemand, r&#233;gnera sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;on Trotsky, &#171; Terrorisme et Communisme &#187; :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Ou la d&#233;mocratie, ou la guerre civile&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky ne conna&#238;t qu'une voie de salut : la d&#233;mocratie. Il suffit qu'elle soit reconnue de tous et que tous consentent &#224; s'y soumettre. Les socialistes de la droite doivent renoncer aux violences sanglantes par lesquelles ils ex&#233;cutent la volont&#233; de la bourgeoisie. La bourgeoisie elle-m&#234;me doit renoncer &#224; l'id&#233;e de maintenir jusqu'au bout sa situation privil&#233;gi&#233;e gr&#226;ce aux Noske et aux lieutenants Vogel. Le prol&#233;tariat doit enfin, une fois pour toutes, abandonner le dessein de renverser la bourgeoisie autrement que par les voies constitutionnelles. Ces conditions &#233;tant bien observ&#233;es, la r&#233;volution sociale doit se dissoudre sans douleur au sein de la d&#233;mocratie. Il suffit, comme on s'en rend compte, que notre orageuse histoire consente &#224; coiffer le bonnet de coton de Kautsky et &#224; puiser de la sagesse dans sa tabati&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il n'y a que deux alternatives, - expose notre sage - ou la d&#233;mocratie, ou la guerre civile&#034; (p. 145). En Allemagne, o&#249; se trouvent, pourtant r&#233;unis les &#233;l&#233;ments d'une d&#233;mocratie formelle, la guerre civile ne s'interrompt pas pour une heure, Kautsky en convient : &#034;Avec l'Assembl&#233;e nationale actuelle, l'Allemagne ne peut certes pas retrouver la sant&#233;. Mais loin de concourir &#224; sa gu&#233;rison, nous la contrecarrerions si nous transformions la lutte contre l'Assembl&#233;e actuelle en une lutte contre le suffrage universel d&#233;mocratique&#034; (p. 152). Comme s'il s'agissait, en Allemagne, des formes de scrutin et non de la possession effective du pouvoir !&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Assembl&#233;e nationale actuelle, Kautsky le reconna&#238;t, ne peut pas rendre la sant&#233; du pays. Que s'ensuit-il ? Qu'il faut recommencer la partie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos partenaires y consentiront-ils ? On peut en douter. Si la partie ne nous est pas avantageuse, c'est sans doute qu'elle les avantage.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Assembl&#233;e nationale, incapable de &#034;redonner la sant&#233;&#034; au pays, est fort capable de pr&#233;parer, par la dictature r&#233;ticente de Noske, la dictature &#034;s&#233;rieuse&#034; de Ludendorff. Il en fut ainsi de l'Assembl&#233;e constituante qui pr&#233;para la voie &#224; Koltchak. La pr&#233;destination historique de Kautsky, c'est pr&#233;cis&#233;ment d'&#233;crire, apr&#232;s le coup d'Etat, la n-plus-uni&#232;me brochure qui expliquera la chute de la r&#233;volution par tout le cours ant&#233;rieur de l'histoire, du singe &#224; Noske et de Noske &#224; Ludendorff. Autre est la t&#226;che d'un parti r&#233;volutionnaire : elle consiste &#224; pr&#233;voir le danger en temps opportun et &#224; le pr&#233;venir par l'action. Pour cela, il n'y a aujourd'hui qu'une chose &#224; faire : arracher le pouvoir &#224; ses d&#233;tenteurs v&#233;ritables, aux agrariens et aux capitalistes qui se cachent derri&#232;re Ebert et Noske. La route bifurque donc en partant de l'Assembl&#233;e nationale : ou la dictature d'une clique imp&#233;rialiste, ou la dictature du prol&#233;tariat. Nul chemin ne s'ouvre vers la &#034;d&#233;mocratie&#034;. Kautsky ne le voit pas. Non sans prolixit&#233;, il expose l'importance de la d&#233;mocratie pour le d&#233;veloppement politique et l'&#233;ducation organisatrice des masses et fait valoir qu'elle peut conduire le prol&#233;tariat &#224; l'&#233;mancipation totale des masses (p. 72). C'est &#224; croire qu'il ne s'est rien pass&#233; d'important ici-bas depuis le jour o&#249; fut &#233;crit le programme d'Erfurt !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat fran&#231;ais, allemand et celui de quelques autres pays des plus importants, a pourtant milit&#233; pendant quelques d&#233;cennies, en b&#233;n&#233;ficiant de tous les avantages de la d&#233;mocratie, pour cr&#233;er de puissantes organisations politiques. Cette voie de l'&#233;ducation du prol&#233;tariat &#224; travers la d&#233;mocratie vers le socialisme a pourtant &#233;t&#233; interrompue par un &#233;v&#233;nement assez consid&#233;rable : la guerre imp&#233;rialiste mondiale. L'Etat de classe a pu, au moment o&#249; la guerre &#233;clatait par sa faute, tromper le prol&#233;tariat avec l'aide des organisations dirigeantes de la d&#233;mocratie socialiste et l'entra&#238;ner dans son orbite. Les m&#233;thodes d&#233;mocratiques ont ainsi prouv&#233;, en d&#233;pit des avantages indiscutables qu'elles procuraient &#224; une certaine &#233;poque, leur action extr&#234;mement limit&#233;e, puisque l'&#233;ducation d&#233;mocratique de deux g&#233;n&#233;rations prol&#233;tariennes n'avait aucunement pr&#233;par&#233; le terrain politique &#224; la compr&#233;hension et &#224; l'appr&#233;ciation d'un &#233;v&#233;nement tel que la guerre imp&#233;rialiste mondiale. Cette exp&#233;rience ne permet pas d'affirmer que si la guerre avait &#233;clat&#233; dix ou vingt ans plus tard, elle e&#251;t trouv&#233; le prol&#233;tariat politiquement mieux pr&#233;par&#233;. L'Etat d&#233;mocratique bourgeois ne se borne pas &#224; accorder aux travailleurs de meilleures conditions de d&#233;veloppement politique par rapport &#224; celles de l'absolutisme ; il limite ce m&#234;me d&#233;veloppement par sa l&#233;galit&#233;, il accumule et renforce avec art, parmi de petites aristocraties prol&#233;tariennes, les m&#339;urs opportunistes et les pr&#233;jug&#233;s l&#233;galistes. Au moment o&#249; la catastrophe - la guerre - devint imminente, l'&#233;cole de la d&#233;mocratie se r&#233;v&#233;la tout &#224; fait incapable de conduire le prol&#233;tariat &#224; la r&#233;volution. Il y fallut l'&#233;cole barbare de la guerre, des ambitions social-imp&#233;rialistes, des plus grands succ&#232;s militaires et d'une d&#233;faite sans exemple. Apr&#232;s ces &#233;v&#233;nements, qui ont apport&#233; quelques modifications dans le monde et m&#234;me dans le programme d'Erfurt, resservir les anciens lieux communs sur la signification du parlementarisme pour l'&#233;ducation du prol&#233;tariat, c'est retomber politiquement en enfance. Et c'est le malheur de Kautsky.&lt;br class='autobr' /&gt;
Celui-ci &#233;crit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Une profonde m&#233;fiance &#224; l'encontre de la lutte politique du prol&#233;tariat pour son &#233;mancipation, et &#224; l'encontre de son action politique, caract&#233;risait le proudhonisme. La m&#234;me opinion se manifeste aujourd'hui [!!] et se recommande comme le nouvel &#233;vangile de la pens&#233;e socialiste, comme un produit de l'exp&#233;rience que Marx ne connut pas et ne put pas conna&#238;tre. En fait, nous n'y voyons qu'une variante d'une id&#233;e vieille d'un demi-si&#232;cle, que Marx a combattue et qu'il a vaincue&#034; (pp. 58-59).&lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi le bolchevisme n'est que... du proudhonisme r&#233;chauff&#233; ! Au point de vue th&#233;orique, cette affirmation sans vergogne est l'une des plus impudentes de la brochure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les proudhoniens r&#233;pudiaient la d&#233;mocratie pour la raison m&#234;me qui leur faisait r&#233;pudier la lutte politique en g&#233;n&#233;ral. Ils &#233;taient partisans de l'organisation &#233;conomique des travailleurs sans intervention du pouvoir de l'Etat, sans bouleversements r&#233;volutionnaires ; ils &#233;taient partisans de la mutualit&#233; ouvri&#232;re sur les bases de l'&#233;conomie marchande. Dans la mesure o&#249; la force des choses les poussait &#224; la lutte politique, ils pr&#233;f&#233;raient, en tant qu'id&#233;ologues petits-bourgeois, la d&#233;mocratie non seulement &#224; la ploutocratie, mais m&#234;me &#224; dictature r&#233;volutionnaire. Qu'y a-t-il de commun avec nous, alors que nous rejetons la d&#233;mocratie au nom d'un pouvoir prol&#233;tarien concentr&#233;, les proudhoniens &#233;taient au contraire tous dispos&#233;s &#224; s'accorder avec une d&#233;mocratie quelque peu dilu&#233;e de f&#233;d&#233;ralisme, afin d'&#233;viter le pouvoir r&#233;volutionnaire exclusif de la classe ouvri&#232;re. Kaustky aurait pu nous comparer avec bien plus de raison aux blanquistes adversaires des proudhoniens, aux blanquistes qui saisissaient bien l'importance du pouvoir r&#233;volutionnaire et se gardaient bien, en posant la question de sa conqu&#234;te, de tenir religieusement compte des aspects formels de la d&#233;mocratie. Mais pour justifier la comparaison des communistes avec les blanquistes, il faudrait ajouter que nous disposons d'une organisation r&#233;volutionnaire telle que n'en r&#234;v&#232;rent jamais les blanquistes : les soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats ; que nous avons eu et nous avons en notre parti une incomparable organisation de direction politique, pourvu d'un programme complet de r&#233;volution sociale ; et enfin que nos syndicats, marchant avec ensemble sous le drapeau communiste et soutenant sans r&#233;serve le pouvoir des Soviets, constituent un puissant appareil de transformation &#233;conomique. On ne peut, dans ces conditions, parler de la r&#233;surrection par le bolchevisme des pr&#233;jug&#233;s proudhoniens, qu'en perdant jusqu'aux derniers vestiges du sens historique et de la probit&#233; en mati&#232;re de doctrine. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence imp&#233;rialiste de la d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas sans raison que le mot d&#233;mocratie a dans le vocabulaire politique une double signification. D'une part, il d&#233;signe le r&#233;gime politique fond&#233; sur le suffrage universel et sur les autres attributs de la &#034;souverainet&#233; populaire formelle. De l'autre, le mot &#034;d&#233;mocratie&#034; d&#233;signe les masses populaires elles-m&#234;mes, dans la mesure o&#249; elles ont une vie politique. Dans ces deux significations, la notion de d&#233;mocratie s'&#233;rige au-dessus des consid&#233;rations de classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces particularit&#233;s de la terminologie ont leur profonde signification politique. La d&#233;mocratie en tant que syst&#232;me politique est d'autant plus in&#233;branlable, plus achev&#233;e, plus ferme que la masse petite-bourgeoise des villes et des campagnes, insuffisamment diff&#233;renci&#233;e au point de vue des classes, tient plus de place dans la vie sociale. La d&#233;mocratie a atteint son apog&#233;e au XIX&#176; si&#232;cle aux Etats-Unis d'Am&#233;rique et en Suisse. Outre-Oc&#233;an, la d&#233;mocratie gouvernementale de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rative se fondait sur la d&#233;mocratie agraire des fermiers. Dans la petite R&#233;publique helv&#233;tique, la petite bourgeoisie des villes et les paysans riches ont form&#233; la base de la d&#233;mocratie conservatrice des cantons r&#233;unis.&lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233; de la lutte du Tiers-Etat contre le f&#233;odalisme, l'Etat d&#233;mocratique devient tr&#232;s rapidement une arme contre les antagonismes de classes qui se d&#233;veloppent au sein de la soci&#233;t&#233; bourgeoise. La d&#233;mocratie bourgeoise r&#233;ussit d'autant mieux &#224; remplir sa t&#226;che qu'elle est appuy&#233;e par une couche plus large de petite bourgeoisie, que l'importance de cette derni&#232;re est plus grande dans la vie &#233;conomique du pays, que le niveau des antagonismes de classes est donc plus bas. Mais les classes moyennes prennent un retard croissant et sans espoir sur le d&#233;veloppement historique, et plus elles retardent, moins elles peuvent parler au nom de la nation. Les doctrinaires petits-bourgeois (Bernstein et consorts) ont bien pu &#233;tablir avec satisfaction que les classes moyennes ne disparaissent pas aussi rapidement que le supposait l'&#233;cole marxiste. Et l'on peut convenir en effet que les &#233;l&#233;ments petits-bourgeois des villes et surtout des campagnes occupent encore num&#233;riquement une place tr&#232;s importante. Mais la signification capitale du d&#233;veloppement est dans la perte par la petite bourgeoisie de son importance dans la production : la masse de valeur que cette classe apporte au revenu total de la nation a chut&#233; infiniment plus vite que son importance num&#233;rique. Le d&#233;veloppement historique s'est fond&#233; toujours plus sur les p&#244;les oppos&#233;s de la soci&#233;t&#233; - bourgeoisie capitaliste et prol&#233;tariat - et non sur ces couches conservatrices h&#233;rit&#233;es du pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus la petite bourgeoisie perdait son importance sociale, et moins elle &#233;tait capable de tenir avec autorit&#233; le r&#244;le d'arbitre dans le grand conflit historique entre le capital et le travail. Num&#233;riquement tr&#232;s nombreuse, la petite bourgeoisie des villes et, plus encore, des campagnes, continuait pourtant &#224; trouver son expression directe dans la statistique &#233;lectorale du parlementarisme. L'&#233;galit&#233; formelle de tous les citoyens en qualit&#233; d'&#233;lecteurs ne faisait qu'attester plus nettement, dans cette circonstance, l'incapacit&#233; du &#034;parlementarisme d&#233;mocratique&#034; &#224; r&#233;soudre les questions essentielles que faisait surgir le d&#233;veloppement historique. L'&#034;&#233;galit&#233;&#034; des suffrages du prol&#233;taire, du paysan en position de m&#233;diateur entre les deux antagonistes. Mais en fait la classe paysanne, arri&#233;r&#233;e au double point de vue de la culture et de la vie sociale, politiquement impuissante, servait dans tous les pays d'appui aux partis les plus r&#233;actionnaires, les plus aventuristes, les plus confus et les plus mercenaires, qui finissaient invariablement par soutenir le capital contre le travail.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'encontre de toutes les proph&#233;ties de Bernstein, des Sombart, des Tougan-Baranovsky, la vitalit&#233; des classes moyennes n'a pas att&#233;nu&#233; l'intensit&#233; des crises r&#233;volutionnaires de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, mais les a au contraire aggrav&#233;es &#224; l'extr&#234;me. Si la prol&#233;tarisation de petite bourgeoisie et de la classe paysanne avait rev&#234;tu des formes chimiquement pures, la conqu&#234;te pacifique du pouvoir par le prol&#233;tariat au moyen du m&#233;canisme de la d&#233;mocratie parlementaire aurait &#233;t&#233; bien plus probable qu'elle ne l'est aujourd'hui. Le fait auquel se cramponnaient les partisans de la petite bourgeoisie - sa vitalit&#233; - a &#233;t&#233; fatal m&#234;me aux formes ext&#233;rieures de la d&#233;mocratie apr&#232;s que le capitalisme eut &#233;branl&#233; ses fondements. Occupant dans la politique parlementaire une place qu'elle avait perdue dans la production, la petite bourgeoisie a d&#233;finitivement compromis le parlementarisme en le r&#233;duisant &#224; un bavardage diffus et &#224; l'obstruction l&#233;gislative. Ce seul fait imposait au prol&#233;tariat le devoir de s'emparer du pouvoir de l'Etat ind&#233;pendamment de la petite bourgeoisie et m&#234;me contre elle, - non contre ses int&#233;r&#234;ts, mais contre son ineptie et contre sa politique inconsistante, toute en acc&#232;s impulsifs et impuissants.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;L'imp&#233;rialisme - &#233;crivait Marx &#224; propos de l'empire de Napol&#233;on III - est la forme la plus prostitu&#233;e et ultime du pouvoir d'Etat que (...) la soci&#233;t&#233; bourgeoise pleinement d&#233;velopp&#233;e a transform&#233; en instrument d'asservissement du travail au capital&#034;. Cette d&#233;finition d&#233;passe le second Empire fran&#231;ais et embrasse le nouvel imp&#233;rialisme engendr&#233; dans le monde entier par les convoitises du capital national des grandes puissances. Dans le domaine &#233;conomique, l'imp&#233;rialisme supposait la chute d&#233;finitive du r&#244;le de la petite bourgeoisie ; dans le domaine politique, il signifiait l'an&#233;antissement total de la d&#233;mocratie, par la transformation de sa contexture m&#234;me et par la subordination de tous ses moyens et de toutes ses institutions aux buts de l'imp&#233;rialisme. Embrassant tous les pays ind&#233;pendamment de leur destin&#233;e politique ant&#233;rieure, l'imp&#233;rialisme montra que tous les pr&#233;jug&#233;s politiques lui &#233;taient &#233;trangers et qu'il &#233;tait &#233;galement dispos&#233; et capable de se servir, apr&#232;s les avoir socialement transform&#233;es et soumises, des monarchies de Nicolas Romanov ou de Wilhelm Hohenzollern, de l'autocratie pr&#233;sidentielle des Etats-Unis, et de l'impuissance de quelques centaines de l&#233;gislateurs frelat&#233;s du Parlement fran&#231;ais. La derni&#232;re grande tuerie, ce bain de sang dans lequel la bourgeoisie a tent&#233; de se rajeunir, nous a offert le tableau d'une mobilisation sans exemple de toutes les formes d'Etat, d'administration, d'orientation politique, d'&#233;coles religieuses ou philosophiques, au service de l'imp&#233;rialisme. Parmi les p&#233;dants m&#234;me, dont la l&#233;thargie longue de quelques dizaines d'ann&#233;es n'avait pas &#233;t&#233; troubl&#233;e par le d&#233;veloppement de l'imp&#233;rialisme, et qui continuaient &#224; consid&#233;rer la d&#233;mocratie, le suffrage universel, etc., de leur point de vue traditionnel, bon nombre finirent par se rendre compte pendant la guerre que les notions coutumi&#232;res avaient d&#233;sormais un nouveau contenu. Absolutisme, monarchie parlementaire, d&#233;mocratie : face &#224; l'imp&#233;rialisme - et donc face &#224; la r&#233;volution qui vient prendre sa succession - toutes les formes gouvernementales de la domination bourgeoise, du tsarisme russe au f&#233;d&#233;ralisme quasi-d&#233;mocratique de l'Am&#233;rique du Nord, sont &#233;gales en droits et font partie de combinaisons dans lesquelles elles se compl&#232;tent indissolublement l'une l'autre. L'imp&#233;rialisme a r&#233;ussi &#224; se soumettre au moment critique, par tous les moyens &#224; sa disposition et notamment par les parlements - quelle que f&#251;t l'arithm&#233;tique des scrutins - la petite bourgeoisie des villes et des campagnes, et m&#234;me les couches sup&#233;rieures du prol&#233;tariat. L'id&#233;e nationale qui avait guid&#233; le Tiers-Etat dans son av&#232;nement au pouvoir eut au cours de la guerre imp&#233;rialiste sa p&#233;riode de renaissance avec la &#034;d&#233;fense nationale&#034;. L'id&#233;ologie nationale se ralluma une derni&#232;re fois avec une vivacit&#233; inattendue au d&#233;triment de l'id&#233;ologie de classe. Le naufrage des illusions imp&#233;rialistes non seulement chez les pays vaincus mais aussi avec quelque retard - chez les pays vainqueurs, a d&#233;finitivement abattu ce qui fut autrefois la d&#233;mocratie nationale, et avec elle son instrument essentiel, le parlement d&#233;mocratique. La mollesse, la d&#233;composition, l'impuissance de la petite bourgeoisie et de ses partis apparurent partout avec une terrible &#233;vidence. Dans tous les pays, la question du pouvoir se posa nettement en tant qu'&#233;preuve de force ouverte entre la clique capitaliste r&#233;gnant au grand jour ou en secret, disposant d'un corps de centaines de milliers d'officiers dress&#233;s, aguerris et sans scrupules, et le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire insurg&#233; - tout cela en pr&#233;sence des classes moyennes &#233;pouvant&#233;es, &#233;perdues et prostr&#233;es. Pi&#232;tres billeves&#233;es que les propos que l'on peut tenir dans ces circonstances sur la conqu&#234;te pacifique du pouvoir par le prol&#233;tariat au moyen du parlementarisme d&#233;mocratique !&lt;br class='autobr' /&gt;
Le sch&#233;ma de la situation politique &#224; l'&#233;chelle mondiale est absolument clair. Ayant amen&#233; les peuples &#233;puis&#233;s et exsangues au bord de l'ab&#238;me, la bourgeoisie, et tout d'abord celle des pays vainqueurs, a d&#233;montr&#233; son incapacit&#233; absolue &#224; les tirer de leur terrible situation et l'incompatibilit&#233; de son existence avec les progr&#232;s ult&#233;rieurs de l'humanit&#233;. Tous les groupes politiques interm&#233;diaires, et en tout premier lieu les partis social-patriotes, pourrissent vivants sur pied. Le prol&#233;tariat qu'ils ont tromp&#233; leur est tous les jours plus hostile et se renforce dans sa conviction r&#233;volutionnaire comme la seule force qui puisse sauver les peuples de la barbarie et de la mort. L'histoire n'assure pourtant pas &#224; cet instant au parti de la r&#233;volution sociale une majorit&#233; parlementaire formelle. En d'autres termes, elle n'a pas transform&#233; les nations en clubs de discussion votant solennellement &#224; la majorit&#233; des voix le passage &#224; la r&#233;volution sociale, Au contraire, la r&#233;volution violente est devenue une n&#233;cessit&#233;, justement parce que les exigences pressantes de l'histoire ne peuvent &#234;tre satisfaites par l'appareil de la d&#233;mocratie parlementaire. La bourgeoisie capitaliste se dit :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Tant que je poss&#233;derai les terres, les usines, les fabriques, les banques, tant que je dominerai la presse, les &#233;coles, les universit&#233;s, tant que je tiendrai entre mes mains - et c'est l'essentiel - l'arm&#233;e, le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie, de quelque fa&#231;on qu'on le remanie, demeurera soumis &#224; ma volont&#233;. La petite bourgeoisie inepte, conservatrice et d&#233;pourvue de caract&#232;re, m'est aussi soumise spirituellement qu'elle l'est mat&#233;riellement. J'&#233;craserai ses aspirations par la puissance de mes entreprises, de mes b&#233;n&#233;fices, de mes projet et de mes crimes. Quand, m&#233;contente, elle murmurera, je cr&#233;erai des soupapes de s&#251;ret&#233;, des paratonnerres &#224; la douzaine. Je susciterai, quand j'en aurai besoin, des partis d'opposition qui dispara&#238;tront aussit&#244;t apr&#232;s avoir rempli leur mission en donnant &#224; la petite bourgeoisie l'occasion de manifester son indignation sans causer le moindre pr&#233;judice au capitalisme. Je maintiendrai pour les masses populaires le r&#233;gime de l'instruction g&#233;n&#233;rale obligatoire qui les maintient &#224; la limite de l'ignorance et ne leur permet pas de s'&#233;lever au-dessus du niveau reconnu inoffensif par mes experts en soumission des esprits. Je corromprai, je tromperai et je terroriserai les couches les plus privil&#233;gi&#233;es ou les plus arri&#233;r&#233;es du prol&#233;tariat. Gr&#226;ce &#224; l'ensemble de ces mesures, tant que ces instruments indispensables d'oppression et d'intimidation resteront entre mes mains, j'emp&#234;cherai l'avant-garde de la classe ouvri&#232;re de conqu&#233;rir la conscience du plus grand nombre&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
A quoi le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire r&#233;pond :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Par cons&#233;quent, la premi&#232;re condition de salut est d'arracher &#224; la bourgeoisie ses instruments de domination. Nul espoir n'est permis d'atteindre pacifiquement au pouvoir alors que la bourgeoisie conserve tous les instruments de domination. Triplement insens&#233;, l'espoir d'arriver au pouvoir par la voie que la bourgeoisie indique et qu'elle barricade en m&#234;me temps, la voie de la d&#233;mocratie parlementaire. Il n'est qu'un chemin : arracher le pouvoir &#224; la bourgeoisie en lui &#244;tant les instruments mat&#233;riels de sa domination. Quel que soit le rapport apparent des forces au parlement, je socialiserai les principales forces et les principaux moyens de production. Je lib&#233;rerai la conscience des classes petites-bourgeoises hypnotis&#233;es parle capitalisme. Je leur montrerai par les faits ce qu'est la production socialiste. Alors m&#234;me les couches les plus arri&#233;r&#233;es, les plus ignorantes et les plus terroris&#233;es de la population me soutiendront et adh&#233;reront volontairement et consciemment &#224; l'&#339;uvre d'&#233;dification socialiste&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le pouvoir russe des Soviets dispersa l'Assembl&#233;e constituante, ce fait parut aux dirigeants social-d&#233;mocrates de l'Europe, sinon le pr&#233;lude de la fin du monde, du moins une rupture arbitraire et brutale avec tout le d&#233;veloppement ant&#233;rieur du socialisme. Ce n'&#233;tait cependant qu'une cons&#233;quence in&#233;vitable de la nouvelle situation cr&#233;&#233;e par l'imp&#233;rialisme et la guerre. Si le communisme russe a &#233;t&#233; le premier &#224; en tirer les conclusions th&#233;oriques et pratiques, c'est pour les m&#234;mes raisons historiques qui ont contraint le prol&#233;tariat russe &#224; s'engager le premier dans la voie de la lutte pour le pouvoir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout ce qui s'est pass&#233; depuis en Europe nous d&#233;montre que nous avons eu raison. Croire &#224; la possibilit&#233; de restaurer la d&#233;mocratie dans toute sa puret&#233;, c'est se nourrir de pauvres utopies r&#233;actionnaires. M&#233;taphysique de la d&#233;mocratie&lt;br class='autobr' /&gt;
Sentant le sol historique se d&#233;rober sous ses pas dans la question de la d&#233;mocratie, Kautsky passe sur le terrain de la philosophie normative. Au lieu d'examiner ce qui est, il se met &#233;piloguer sur ce qui devrait &#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les principes de la d&#233;mocratie - souverainet&#233; du peuple, suffrage universel, libert&#233;s - lui apparaissent dans l'aur&#233;ole du devoir moral. Ils se dissocient de leur contenu historique et, consid&#233;r&#233;s dans leur nature abstraite, apparaissent invariables et sacr&#233;s. Ce p&#233;ch&#233; m&#233;taphysique n'est pas le fait du hasard. Feu Plekhanov, apr&#232;s avoir &#233;t&#233;, dans les meilleures &#233;poques de sa vie, l'adversaire irr&#233;ductible du kantisme, tenta lui aussi ver la fin de ses jours, alors qu'il &#233;tait emport&#233; par la vague du patriotisme, de s'accrocher au f&#233;tu de paille de l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique ; et c'est bien caract&#233;ristique...&lt;br class='autobr' /&gt;
A la d&#233;mocratie r&#233;elle dont le peuple allemand vient de faire la connaissance pratique, Kautsky oppose une esp&#232;ce de d&#233;mocratie id&#233;ale, comme on oppose la chose en soi au ph&#233;nom&#232;ne vulgaire. Kautsky ne nous indique avec assurance aucun pays dont la d&#233;mocratie garantisse le passage indolore au socialisme. En revanche, il est fermement convaincu que cette d&#233;mocratie doit exister. A l'Assembl&#233;e nationale allemande actuelle, cet instrument de l'impuissance, de la malfaisance r&#233;actionnaire, des exp&#233;dients vils, Kautsky oppose une autre Assembl&#233;e nationale, une Assembl&#233;e nationale v&#233;ritable, authentique, qui poss&#232;de toutes les qualit&#233;s - &#224; une pr&#232;s : elle n'existe pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
La doctrine de la d&#233;mocratie formelle n'est pas du socialisme scientifique, mais se rattache &#224; la th&#233;orie du soi-disant droit naturel. L'essence du droit naturel r&#233;side dans la reconnaissance de normes juridiques &#233;ternelles et invariables qui trouvent aux diff&#233;rentes &#233;poques et chez les diff&#233;rents peuples des expression plus ou moins restreintes et d&#233;form&#233;es. Le droit naturel de l'histoire moderne, tel que l'a produit le moyen-&#226;ge, comportait avant tout une protestation contre les privil&#232;ges des ordres, contre les abus de la l&#233;gislation du despotisme et contre d'autres produits &#034;artificiels&#034; du droit positif f&#233;odal. Les id&#233;ologues du Tiers-Etat, encore faible, exprimaient ses int&#233;r&#234;ts de classe sous la forme de quelques normes id&#233;ales qui devaient devenir par la suite l'enseignement de la d&#233;mocratie et acqu&#233;rir en m&#234;me temps un caract&#232;re individualiste. L'individu est une fin en soi ; les hommes ont tous le droit d'exprimer leur pens&#233;e par la parole et l'&#233;crit ; tout homme a un droit de suffrage &#233;gal &#224; celui des autres. En tant que mots d'ordre de lutte contre le f&#233;odalisme, les revendications de la d&#233;mocratie avaient un caract&#232;re progressif. Mais plus on avance, et plus la m&#233;taphysique du droit naturel (la th&#233;orie de la d&#233;mocratie formelle) r&#233;v&#232;le son aspect r&#233;actionnaire : l'instauration d'une norme id&#233;ale pour contr&#244;ler les exigences r&#233;elles des masses ouvri&#232;res et des partis r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on jette un coup d'&#339;il sur la succession historique des conceptions du monde, la th&#233;orie du droit naturel appara&#238;t comme une transposition du spiritualisme chr&#233;tien, d&#233;barrass&#233; de son mysticisme grossier. L'Evangile annon&#231;a &#224; l'esclave qu'il avait une &#226;me pareille &#224; celle de son ma&#238;tre et institua ainsi l'&#233;galit&#233; de tous les hommes devant le tribunal c&#233;leste. En fait, l'esclave resta esclave et la soumission lui devint un devoir religieux. Il trouvait dans l'enseignement chr&#233;tien une expression mystique &#224; son obscure protestation contre sa condition d'humili&#233;. Mais &#224; c&#244;t&#233; de la protestation, il y avait aussi la consolation. &#034;Tu poss&#232;des une &#226;me immortelle, m&#234;me si tu es pareil &#224; une b&#234;te de somme&#034;, lui disait le christianisme ; l&#224; r&#233;sonnait une note d'indignation. Mais le christianisme ajoutait : &#034;Tu es peut-&#234;tre pareil &#224; une b&#234;te de somme, mais une r&#233;compense &#233;ternelle attend ton &#226;me immortelle&#034; ; c'&#233;tait la voix de la consolation. Ces deux notes se sont associ&#233;es de diverses mani&#232;res dans le christianisme historique, selon les &#233;poques et selon les classes. Mais dans l'ensemble le christianisme devint, comme toutes les autres religions, un moyen d'endormir la conscience des masses opprim&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le droit naturel, devenu th&#233;orie de la d&#233;mocratie, disait &#224; l'ouvrier : &#034;Tous les hommes sont &#233;gaux devant la loi, quels que soient leur origine, leurs biens et le r&#244;le qu'ils remplissent ; ils ont tous un droit &#233;gal &#224; d&#233;cider par leur suffrage des destin&#233;es du peuple&#034;. Cette norme id&#233;ale a fait &#339;uvre r&#233;volutionnaire dans la conscience des masses dans la mesure o&#249; elle condamnait l'absolutisme, les privil&#232;ges aristocratiques, le suffrage censitaire. Mais plus on avan&#231;ait, plus elle endormait la conscience des masses, plus elle l&#233;galisait l'esclavage et l'humiliation : comment, en effet, se r&#233;volter contre l'asservissement si chacun a une voix &#233;gale pour d&#233;terminer les destin&#233;es du peuple ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Rothschild, qui a su monnayer le sang et la sueur du monde en beaux napol&#233;ons d'or, n'a qu'une voix &#233;lections parlementaires. L'obscur mineur qui ne sait pas signer son nom, qui toute sa vie durant dort sans se d&#233;v&#234;tir et m&#232;ne dans la soci&#233;t&#233; l'existence d'une taupe, est pourtant, lui aussi, d&#233;tenteur d'une parcelle de la souverainet&#233; populaire, l'&#233;gal de Rotschild devant les tribunaux et aux &#233;lections. Dans les conditions r&#233;elles de la vie, dans le processus &#233;conomique, dans les relations sociales, dans le mode de vie, les hommes sont devenus de plus en plus in&#233;gaux : accumulation de richesses inou&#239;es &#224; un p&#244;le, de la mis&#232;re et du d&#233;sespoir &#224; l'autre. Mais dans la sph&#232;re de la superstructure juridique de l'Etat, ces terribles contradictions disparaissaient ; on n'y rencontre que des ombres l&#233;gales d&#233;pourvues de corps. Propri&#233;taire foncier, journalier agricole, capitaliste, prol&#233;taire, ministre, cireur de bottes, tous sont &#233;gaux en tant que &#034;citoyens&#034; et &#034;l&#233;gislateurs&#034;. L'&#233;galit&#233; mystique du christianisme est descendue des cieux d'un degr&#233; sous la forme de l'&#233;galit&#233; &#034;naturelle&#034; et &#034;juridique&#034; de la d&#233;mocratie. Mais elle n'est pas descendue jusqu'&#224; la terre m&#234;me, jusqu'au fondement &#233;conomique de la soci&#233;t&#233;. Pour l'obscur journalier qui ne cesse &#224; aucune heure de sa vie d'&#234;tre une b&#234;te de somme au service de la bourgeoisie, le droit id&#233;al d'influer sur les destin&#233;es du peuple par les &#233;lections parlementaires est &#224; peine plus r&#233;el que la f&#233;licit&#233; qu'on lui promettait nagu&#232;re au royaume des cieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Guid&#233; par les int&#233;r&#234;ts pratiques du d&#233;veloppement de la classe ouvri&#232;re, le parti socialiste entra &#224; un moment donn&#233; dans la voie du parlementarisme. Mais cela ne signifiait absolument pas qu'il ait reconnu en principe la th&#233;orie m&#233;taphysique de la d&#233;mocratie comme fond&#233;e sur un droit sup&#233;rieur &#224; l'histoire et aux classes sociales. La doctrine prol&#233;tarienne consid&#233;rait la d&#233;mocratie comme un instrument au service de la soci&#233;t&#233; bourgeoise, enti&#232;rement adapt&#233; aux besoins et aux buts des classes dominantes. Mais, vivant du travail du prol&#233;tariat et ne pouvant lui refuser, sous peine de se ruiner, de l&#233;galiser au moins quelques aspects de la lutte des classes, la soci&#233;t&#233; bourgeoise donnait ainsi aux partis socialistes la possibilit&#233; d'utiliser, &#224; une p&#233;riode donn&#233;e et dans des limites donn&#233;es, le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie, sans le moins du monde lui pr&#234;ter serment comme s'il s'agissait d'un principe intangible.&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#226;che essentielle du parti socialiste fut, &#224; toutes les &#233;poques de sa lutte, de cr&#233;er les conditions d'une &#233;galit&#233; r&#233;elle, &#233;conomique, d'une &#233;galit&#233; de vie entre les membres de la communaut&#233; humaine fond&#233;e sur la solidarit&#233;. C'est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi les th&#233;oriciens du prol&#233;tariat devaient d&#233;masquer la m&#233;taphysique de la d&#233;mocratie, qui sert de couverture philosophique &#224; des mystifications politiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le parti d&#233;mocratique, d&#233;voilant aux masses, &#224; l'&#233;poque de son enthousiasme r&#233;volutionnaire, le mensonge du dogme de l'Eglise, qui ne sert qu'&#224; les opprimer et &#224; les endormir, leur disait : &#034;On vous berce avec la promesse du bonheur &#233;ternel apr&#232;s la mort, alors qu'ici-bas vous &#234;tes sans droits et encha&#238;n&#233;s par l'arbitraire&#034;. De m&#234;me, le parti socialiste n'avait pas moins raison de leur dire quelques dizaines d'ann&#233;es plus tard : &#034;On vous endort avec une fiction d'&#233;galit&#233; civique et de droits politiques ; mais la possibilit&#233; de r&#233;aliser ces droits vous est &#244;t&#233;e ; l'&#233;galit&#233; juridique, conventionnelle et illusoire, devient une id&#233;ale cha&#238;ne de for&#231;at qui encha&#238;ne chacun d'entre vous au char du capital&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
En vue de sa t&#226;che fondamentale, le parti socialiste mobilisa les masses aussi pour l'action parlementaire, mais jamais et nulle part le parti en tant que tel ne s'engagea &#224; ne conduire les masses vers le socialisme que par la d&#233;mocratie. En nous adaptant au r&#233;gime parlementaire, nous nous bornions, au cours de l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, &#224; d&#233;masquer th&#233;oriquement la d&#233;mocratie que nous n'avions pas encore la force de vaincre pratiquement. Mais la parabole id&#233;ologique du socialisme, qui se dessine en d&#233;pit de toutes les d&#233;viations, chutes et m&#234;me trahisons, aboutit in&#233;luctablement au rejet de la d&#233;mocratie et &#224; son remplacement par un m&#233;canisme prol&#233;tarien d&#232;s que la classe ouvri&#232;re a les forces n&#233;cessaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'en donnerons qu'une preuve, mais suffisamment frappante. En 1888, Paul Lafargue &#233;crivait dans le Social-D&#233;mocrate (russe) : &#034;Le parlementarisme est un syst&#232;me gouvernemental qui donne au peuple l'illusion de g&#233;rer lui-m&#234;me les affaires du pays, alors que tout le pouvoir est, en fait, concentr&#233; entre les mains de la bourgeoisie, et pas m&#234;me de la bourgeoisie enti&#232;re, mais de quelques couches sociales se rattachant &#224; cette classe. Dans la premi&#232;re p&#233;riode de sa domination, la bourgeoisie ne comprend pas ou ne ressent pas le besoin de donner cette illusion au peuple. C'est pourquoi tous les pays parlementaires de l'Europe ont commenc&#233; par un suffrage restreint ; partout, le droit de diriger les destin&#233;es politiques du pays en &#233;lisant les d&#233;put&#233;s a d'abord appartenu aux propri&#233;taires plus ou moins riches et ne s'est &#233;tendu qu'ensuite aux citoyens moins favoris&#233;s par la fortune, jusqu'au moment o&#249; le privil&#232;ge de quelques-uns est devenu dans certains pays le droit de tous et de chacun.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En soci&#233;t&#233; bourgeoise, plus le patrimoine social est consid&#233;rable et plus faible est le nombre de ceux qui se l'approprient ; il en est de m&#234;me du pouvoir : au fur et &#224; mesure que s'accroissent la masse des citoyens jouissant de droits politiques et le nombre des gouvernants &#233;lus, le pouvoir effectif se concentre et devient le monopole d'un groupe de personnalit&#233;s chaque jour plus &#233;troit.&#034; Tel est le myst&#232;re des majorit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux yeux du marxiste Lafargue, le parlementarisme. subsiste aussi longtemps que la domination de la bourgeoisie. &#034;Le jour, &#233;crit-il, o&#249; le prol&#233;tariat d'Europe et d'Am&#233;rique s'emparera de l'Etat, il devra organiser un pouvoir r&#233;volutionnaire et administrer dictatorialement la soci&#233;t&#233; tant que la bourgeoisie n'aura pas disparu en tant que classe&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky connaissait &#224; l'&#233;poque cette appr&#233;ciation marxiste du parlementarisme, et il l'a maintes fois r&#233;p&#233;t&#233; lui-m&#234;me, quoique sans cette clart&#233; et ce mordant fran&#231;ais. Le reniement th&#233;orique de Kautsky consiste pr&#233;cis&#233;ment &#224; abandonner la dialectique mat&#233;rialiste pour revenir au droit naturel en reconnaissant le principe d&#233;mocratique comme absolu et intangible. Ce que le marxisme d&#233;non&#231;ait comme un m&#233;canisme transitoire de la bourgeoisie, ce qui ne pouvait faire l'objet que d'une utilisation politique temporaire dans le but de pr&#233;parer la r&#233;volution prol&#233;tarienne, est sanctifi&#233; par Kautsky comme le principe supr&#234;me situ&#233; au-dessus des classes et auquel se subordonnent sans discussion les m&#233;thodes de la lutte prol&#233;tarienne. La d&#233;g&#233;n&#233;rescence contre-r&#233;volutionnaire du parlementarisme a trouv&#233; son expression la plus achev&#233;e dans la divinisation de la d&#233;mocratie par les th&#233;oriciens d&#233;cadents de la II&#176; Internationale. L'Assembl&#233;e constituante&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, l'obtention par le parti du prol&#233;tariat d'une majorit&#233; d&#233;mocratique dans un parlement d&#233;mocratique n'est pas une impossibilit&#233; absolue. Mais ce fait, m&#234;me s'il se r&#233;alisait, n'apporterait rien de nouveau en mati&#232;re de principe au d&#233;roulement des &#233;v&#233;nements. Influenc&#233;s par la victoire parlementaire du prol&#233;tariat, des &#233;l&#233;ments interm&#233;diaires de l'intelligentsia offriraient peut-&#234;tre une moindre r&#233;sistance au nouveau r&#233;gime. Mais la r&#233;sistance essentielle de la bourgeoisie serait d&#233;termin&#233;e par des faits tels que l'&#233;tat d'esprit de l'arm&#233;e, le degr&#233; d'armement des ouvriers, la situation dans les pays voisins ; et la guerre civile suivrait son cours sous l'influence de ces facteurs tr&#232;s r&#233;els et non de l'instable arithm&#233;tique parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre parti ne s'est pas refus&#233; &#224; conduire le prol&#233;tariat &#224; la dictature en passant par la d&#233;mocratie, car il se rendait clairement compte des avantage offerts &#224; la propagande et &#224; l'action politique par un tel passage &#034;l&#233;galis&#233;&#034; au nouveau r&#233;gime. De l&#224; notre tentative de convoquer l'Assembl&#233;e constituante. Cette tentative a &#233;chou&#233;. Le paysan russe, que la r&#233;volution venait d'&#233;veiller &#224; la vie politique, se trouva en pr&#233;sence d'une douzaine de partis dont chacun semblait se donner pour but de lui brouiller les id&#233;es. L'Assembl&#233;e constituante se mit en travers de la r&#233;volution et fut balay&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La majorit&#233; &#034;conciliatrice&#034; de l'Assembl&#233;e constituante n'&#233;tait que le reflet politique de la sottise et de l'irr&#233;solution des couches interm&#233;diaires des villes et des campagnes et des &#233;l&#233;ments les plus arri&#233;r&#233;s du prol&#233;tariat. Si nous nous placions au point de vue des possibilit&#233;s historiques abstraites, nous pourrions dire que la crise e&#251;t &#233;t&#233; moins douloureuse si l'Assembl&#233;e constituante avait, en un ou deux ans de travail, d&#233;finitivement discr&#233;dit&#233; les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, montrant aux masses qu'il n'y a en r&#233;alit&#233; que deux forces : le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire dirig&#233;s par les. communistes, et la d&#233;mocratie contre-r&#233;volutionnaire a la t&#234;te de laquelle se placent des g&#233;n&#233;raux et des amiraux. Mais le n&#339;ud de la question &#233;tait ailleurs : le pouls de la situation int&#233;rieure &#233;tait alors loin de battre au m&#234;me rythme que celui de la situation internationale. Si notre parti s'en &#233;tait remis, pour toutes les responsabilit&#233;s, &#224; la p&#233;dagogie objective du &#034;cours des choses&#034;, l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements militaires aurait pu nous devancer. L'imp&#233;rialisme allemand aurait pu s'emparer de Petersbourg dont le gouvernement de Kerensky avait fait commencer l'&#233;vacuation. La perte de Petersbourg aurait &#233;t&#233; un coup mortel pour le prol&#233;tariat russe, car toutes les meilleurs forces de la r&#233;volution &#233;taient concentr&#233;es l&#224;, dans la flotte de la Baltique et dans la capitale rouge.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne peut donc pas reprocher &#224; notre parti d'avoir agi &#224; contre-courant du cours historique, mais plut&#244;t d'avoir saut&#233; d'un bond plusieurs degr&#233;s de l'&#233;volution politique. Il a enjamb&#233; les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks pour ne pas permettre au militarisme allemand d'enjamber le prol&#233;tariat russe et de conclure la paix avec l'Entente au d&#233;triment de la r&#233;volution, avant que celle-ci ait eu le temps de d&#233;ployer ses ailes sur le monde entier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'est pas difficile de d&#233;duire de ce qui pr&#233;c&#232;de les r&#233;ponses aux deux questions que nous pose insidieusement Kautsky. D'abord, pourquoi avons-nous convoqu&#233; l'Assembl&#233;e constituante, puisque nous avions en vue la dictature du prol&#233;tariat ? Et ensuite, si la premi&#232;re Assembl&#233;e constituante que nous avons cru devoir convoquer s'est montr&#233;e r&#233;actionnaire et si elle n'a pas correspondu aux int&#233;r&#234;ts de la r&#233;volution, pourquoi nous refusons-nous &#224; convoquer une nouvelle Assembl&#233;e constituante ? L'arri&#232;re-pens&#233;e de Kautsky, c'est que nous avons r&#233;pudi&#233; la d&#233;mocratie, non pas pour des raisons de principe, mais parce qu'elle &#233;tait contre nous. R&#233;tablissons les faits afin de mieux attraper par ses deux oreilles cette insinuante &#226;nerie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot d'ordre : &#034;Tout le pouvoir aux Soviets !&#034; fut avanc&#233; par notre parti d&#232;s le d&#233;but de la r&#233;volution, c'est-&#224;-dire bien avant la dissolution de l'Assembl&#233;e constituante, et m&#234;me bien longtemps avant la parution du d&#233;cret qui la convoquait. Nous n'opposions pas, il est vrai, les Soviets &#224; la future Assembl&#233;e constituante, dont le gouvernement de Kerensky rendait, en la retardant sans cesse, la convocation tout &#224; fait probl&#233;matique ; mais en tout cas nous ne consid&#233;rions pas la future Assembl&#233;e constituante &#224; la mani&#232;re des d&#233;mocrates petits-bourgeois qui voyaient en elle le ma&#238;tre du pays russe appel&#233; &#224; tout d&#233;cider.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous faisions comprendre aux masses que leurs propres organisations r&#233;volutionnaires, les Soviets, devaient et pouvaient &#234;tre v&#233;ritablement ma&#238;tresses de la situation. Si nous n'avons pas r&#233;pudi&#233; formellement &#224; l'avance l'Assembl&#233;e constituante, c'est uniquement parce qu'elle ne se pr&#233;sentait pas en opposition avec le pouvoir des Soviets, mais avec celui de Kerensky, qui n'&#233;tait pourtant lui-m&#234;me que l'homme de paille de la bourgeoisie. Nous avions d&#233;cid&#233; &#224; l'avance que si la majorit&#233; nous appartenait &#224; l'Assembl&#233;e constituante, elle se dissoudrait elle-m&#234;me en transmettant ses pouvoirs aux Soviets, comme fit plus tard la Douma municipale de P&#233;trograd, &#233;lue sur les bases du suffrage d&#233;mocratique le plus large. Dans mon petit livre sur la R&#233;volution d'octobre [1] , je me suis efforc&#233; de montrer les raisons qui faisaient de l'Assembl&#233;e constituante le reflet attard&#233; d'une &#233;poque d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233;e par la r&#233;volution.&lt;br class='autobr' /&gt;
N'envisageant l'organisation du pouvoir r&#233;volutionnaire que dans les Soviets, et ceux-ci d&#233;tenant d&#233;j&#224;, au moment de la convocation de l'Assembl&#233;e constituante, le pouvoir effectif, la question &#233;tait in&#233;vitablement r&#233;solue pour nous dans le sens de la dispersion par la force de l'Assembl&#233;e constituante, qui ne pouvait &#234;tre dispos&#233;e &#224; se dissoudre elle-m&#234;me au b&#233;n&#233;fice du pouvoir des Soviets.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pourquoi, nous demande Kautsky, ne convoquez-vous pas une nouvelle Assembl&#233;e constituante ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que nous n'en voyons pas le besoin. Si la premi&#232;re Assembl&#233;e constituante pouvait encore momentan&#233;ment jouer un r&#244;le progressif en sanctionnant, aux yeux des &#233;l&#233;ments petits-bourgeois, le r&#233;gime des Soviets qui se constitue &#224; peine, maintenant, apr&#232;s deux ann&#233;es de dictature victorieuse du prol&#233;tariat, apr&#232;s l'&#233;chec total de toutes les entreprises d&#233;mocratiques en Sib&#233;rie, sur les c&#244;tes de la mer Blanche, en Ukraine, au Caucase, le pouvoir sovi&#233;tique n'a plus besoin d'&#234;tre consacr&#233; par l'autorit&#233; douteuse de l'Assembl&#233;e constituante. Mais Kautsky d'interroger sur le ton de Lloyd George : ne sommes-nous pas en droit, s'il en est ainsi, de conclure que le pouvoir des Soviets se maintient par la volont&#233; d'une minorit&#233;, puisqu'il &#233;lude une consultation g&#233;n&#233;rale qui permettrait de v&#233;rifier sa supr&#233;matie ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce trait passe &#224; c&#244;t&#233; du but.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me pendant la p&#233;riode de d&#233;veloppement &#034;pacifique&#034; et stable, le r&#233;gime parlementaire ne traduisait qu'assez grossi&#232;rement l'Etat d'esprit du pays ; &#224; l'&#233;poque des temp&#234;tes r&#233;volutionnaires, il a compl&#232;tement perdu la facult&#233; de suivre la lutte et l'&#233;volution de la conscience politique. Le r&#233;gime des Soviets, lui, institue un contact infiniment plus &#233;troit, plus organique, plus honn&#234;te avec la majorit&#233; des travailleurs. Sa signification la plus importante n'est pas de refl&#233;ter statiquement la majorit&#233;, mais de la former dynamiquement. Entr&#233;e dans la voie de la dictature r&#233;volutionnaire, la classe ouvri&#232;re russe a signifi&#233; par cela m&#234;me qu'elle n'&#233;difie pas, en p&#233;riode de transition, sa politique sur l'art inconsistant de rivaliser avec des partis cam&#233;l&#233;ons dans la chasse aux voix paysannes, mais sur la participation effective des masse paysannes, la main dans la main avec le prol&#233;tariat, &#224; l'&#339;uvre d'administration du pays en fonction des int&#233;r&#234;ts v&#233;ritables des travailleurs. C'est l&#224; une d&#233;mocratie autrement profonde que la d&#233;mocratie parlementaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant que la t&#226;che essentielle de la r&#233;volution, la question de vie ou de mort, consiste &#224; repousser militairement l'attaque enrag&#233;e des bandes blanches, Kautsky pense-t-il qu'une &#034;majorit&#233; parlementaire&#034; quelconque pourrait assurer une organisation plus &#233;nergique, plus d&#233;vou&#233;e, plus victorieuse de la d&#233;fense r&#233;volutionnaire ? Les conditions de lutte se posent si nettement dans le pays de la r&#233;volution l&#226;chement pris &#224; la gorge par l'&#233;tau du blocus, que tous les groupes des classes interm&#233;diaires n'ont le choix qu'entre Denikine et le gouvernement des Soviets. En faut-il de nouvelles preuves apr&#232;s que l'on a vu les partis du juste milieu par principe, les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires, se diviser selon cette ligne m&#234;me ?&lt;br class='autobr' /&gt;
En nous proposant un nouveau scrutin pour la Constituante, Kautsky pr&#233;sumerait-il l'interruption de la guerre civile pendant la p&#233;riode &#233;lectorale ? En vertu de quelle d&#233;cision ? S'il a l'intention de faire agir dans ce sens la II&#176; Internationale, h&#226;tons-nous de lui r&#233;v&#233;ler qu'elle n'a gu&#232;re plus de cr&#233;dit chez Denikine que chez nous. Si la guerre entre les bandes de l'imp&#233;rialisme et l'arm&#233;e des ouvriers et des paysans se poursuit, si les &#233;lections doivent n&#233;cessairement se limiter au territoire des Soviets, Kautsky exigera-t-il que nous laissions aux partis qui soutiennent Denikine contre nous le droit de r&#233;appara&#238;tre librement ? Bavardage m&#233;prisable et vain : jamais, quelles que soient les circonstances, aucun gouvernement ne peut permettre de mobiliser &#224; l'arri&#232;re de ses arm&#233;es les forces des ennemis auxquels il fait la guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que la fleur de notre population travailleuse est en ce moment aux fronts n'occupe pas une des moindres places dans la position de la question. Les prol&#233;taires avanc&#233;s, les paysans les plus conscients, ceux qui, dans toutes les &#233;lections comme dans toutes les actions politiques des masses, se placent au premier rang et dirigent l'opinion publique des travailleurs, sont tous en ce moment en train de se battre et de mourir comme commandants, commissaires, soldats de l'Arm&#233;e rouge. Si les gouvernements les plus &#034;d&#233;mocratiques&#034; des Etats bourgeois, dont le r&#233;gime se fonde sur le parlementarisme, n'ont pas estim&#233; possible de proc&#233;der aux &#233;lections pendant toute la dur&#233;e de la guerre, il est d'autant plus absurde de demander une chose pareille &#224; la R&#233;publique des Soviets, dont le r&#233;gime n'est en rien fond&#233; sur le parlementarisme. Il nous suffit largement que le gouvernement r&#233;volutionnaire de la Russie n'ait pas entrav&#233;, m&#234;me aux heures les plus graves, le renouvellement p&#233;riodique de ses propres organes &#233;lectifs, les Soviets locaux et centraux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous dirons enfin, ultime conclusion - the last and the least - pour l'information de Kautsky, que les kautskistes russes eux-m&#234;mes, les mencheviks Martov et Dan, ne croient pas possible de demander actuellement la convocation de l'Assembl&#233;e constituante et remettent ce beau projet &#224; des temps meilleurs. Mais en aura-t-on besoin, alors ? Il est permis d'en douter. La guerre civile termin&#233;e, la dictature de la classe ouvri&#232;re r&#233;v&#233;lera sa force cr&#233;atrice et montrera dans les faits aux masses les plus arri&#233;r&#233;es tout ce qu'elle peut leur donner. Par l'application rationnelle du travail obligatoire et par une organisation centralis&#233;e de la r&#233;partition des produits, toute la population du pays sera entra&#238;n&#233;e dans le syst&#232;me sovi&#233;tique g&#233;n&#233;ral d'&#233;conomie et d'auto-gouvernement. Les Soviets eux-m&#234;mes, aujourd'hui organes du pouvoir, se transformeront peu &#224; peu en organisations purement &#233;conomiques. Dans ces conditions, nous doutons que l'id&#233;e de couronner la trame r&#233;elle de la soci&#233;t&#233; socialiste au moyen d'une Assembl&#233;e constituante bien archa&#239;que, vienne &#224; qui que ce soit, d'autant plus que cette Assembl&#233;e ne pourrait que constater la &#034;constitution&#034; avant elle et sans elle de toutes les institutions dont le pays avait besoin [2] .&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Traduction fran&#231;aise : L'av&#232;nement du bolchevisme, Paris, 1977 (Petite collection Maspero).&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Afin de nous s&#233;duire en faveur de l'Assembl&#233;e constituante, Kautsky appuie son argumentation fond&#233;e sur l'imp&#233;ratif cat&#233;gorique de consid&#233;ration emprunt&#233;es au cours des changes. Citons : &#034;La Russie a besoin de l'aide du capital &#233;tranger ; or, cette aide fera d&#233;faut &#224; la Russie des Soviets, si elle ne convoque pas l'Assembl&#233;e constituante et n'accorde pas de libert&#233; de presse, non que les capitalistes soient p&#233;n&#233;tr&#233;s d'id&#233;alisme d&#233;mocratique - ils n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; pr&#234;ter au tsarisme bon nombre de milliards - mais parce qu'ils ne feront pas, en affaires, confiance au r&#233;gime des des Soviets&#034; (p.114). Il y a un grain de v&#233;rit&#233; dans ce galimatias. La Bourse a, en effet, soutenu le gouvernement de Koltchak quand il s'appuyait sur l'Assembl&#233;e constituante. Mais elle le soutint plus &#233;nergiquement encore quand il eut dispers&#233; la Constituante. Par l'exp&#233;rience de Koltchak, la Bourse s'est confirm&#233;e dans sa conviction que le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie bourgeoise peut &#234;tre utile pour servir la cause du capitalisme, et jet&#233; ensuite comme un v&#234;tement us&#233;. Il se peut bien que la Bourse consente &#224; l'Assembl&#233;e constituante de nouveaux pr&#234;ts sur gage, dans l'espoir, pleinement justifi&#233; par l'exp&#233;rience ant&#233;rieure, de voir l'Assembl&#233;e constituante ramener la dictature capitaliste. Nous ne pensons pas payer &#224; ce prix la &#034;confiance en affaires&#034; de la Bourse, et nous lui pr&#233;f&#233;rons r&#233;solument la &#034;confiance&#034; inspir&#233;e &#224; toute Bourse r&#233;aliste par les armes de l 'Arm&#233;e rouge. (Note de l'auteur)&lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de Terrorisme et Communisme&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le court &#233;pisode de la premi&#232;re r&#233;volution faite par le prol&#233;tariat pour le prol&#233;tariat s'est termin&#233; par le triomphe de ses ennemis. Cet &#233;pisode (du 18 mars au 28 mai) a dur&#233; 72 jours&#034;. (P.L. Lavrov, La Commune de Paris. du 18 mars 1871. Petrograd, 1919, p. 160). L'impr&#233;paration des partis socialistes de la Commune&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris de 1871 a &#233;t&#233; la premi&#232;re tentative historique - faible encore - de domination de la classe ouvri&#232;re. Nous ch&#233;rissons le souvenir de la Commune en d&#233;pit de son exp&#233;rience par trop restreinte, du manque de pr&#233;paration de ses membres, du caract&#232;re confus de son programme, de l'absence d'unit&#233; parmi ses dirigeants, de l'ind&#233;cision de ses projets, de l'irr&#233;m&#233;diable confusion dans l'ex&#233;cution, et de l'effroyable d&#233;sastre qui en r&#233;sulta fatalement. Nous saluons dans la Commune, selon une expression de Lavrov, &#034;la premi&#232;re aurore, encore bien p&#226;le, de la premi&#232;re R&#233;publique du prol&#233;tariat&#034;. Kautsky ne l'entend pas du tout ainsi. Consacrant la plus grande partie de son livre &#224; &#233;tablir une opposition grossi&#232;rement tendancieuse entre la Commune et le pouvoir sovi&#233;tique, il voit les qualit&#233;s pr&#233;dominantes de la Commune l&#224; o&#249; nous voyons son malheur et ses torts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky d&#233;montre avec application que la Commune de Paris ne fut pas pr&#233;par&#233;e &#034;artificiellement&#034; mais qu'elle surgit &#224; l'improviste, en prenant les r&#233;volutionnaires par surprise, contrairement &#224; la r&#233;volution d'Octobre, qui fut minutieusement pr&#233;par&#233;e par notre parti. C'est indiscutable. N'ayant pas le courage de formuler clairement ses id&#233;es profond&#233;ment r&#233;actionnaires, Kautsky ne nous dit pas franchement si les r&#233;volutionnaires parisiens de 1871 m&#233;ritent d'&#234;tre approuv&#233;s pour n'avoir pas pr&#233;vu l'insurrection prol&#233;tarienne et, partant, pour ne pas s'y &#234;tre pr&#233;par&#233;s, et si nous devons &#234;tre bl&#226;m&#233;s pour avoir pr&#233;vu l'in&#233;vitable et pour &#234;tre all&#233;s consciemment &#224; la rencontre des &#233;v&#233;nements. Mais tout l'expos&#233; de Kautsky est con&#231;u de mani&#232;re &#224; provoquer dans l'esprit du lecteur pr&#233;cis&#233;ment cette impression : un malheur s'est tout bonnement abattu sur les communards (le philistin bavarois Vollmar n'a-t-il pas, un jour, regrett&#233; que les communards ne soient pas all&#233;s se coucher plut&#244;t que de prendre le pouvoir ?) et c'est pourquoi ils m&#233;ritent toute notre indulgence ; les bolcheviks, eux, sont all&#233;s consciemment au devant du malheur (la conqu&#234;te du pouvoir) et c'est pourquoi il ne leur sera pardonn&#233; ni dans ce monde, ni dans l'autre. Poser la question de la sorte peut para&#238;tre d'une incroyable absurdit&#233;. Il n'en est pas moins vrai que cela d&#233;coule in&#233;vitablement de la position des &#034;ind&#233;pendants kautskystes&#034; qui rentrent l&#224; t&#234;te dans leurs &#233;paules pour ne rien voir, pour ne rien pr&#233;voir, et qui ne peuvent faire un pas en avant s'ils n'ont re&#231;u au pr&#233;alable une bonne bourrade dans le dos.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Humilier Paris, &#233;crit Kautsky, lui refuser l'autonomie, le destituer de son titre de capitale, le d&#233;sarmer pour s'aventurer ensuite, en toute s&#233;curit&#233;, dans un coup d'Etat monarchiste, telle &#233;tait la t&#226;che capitale de l'Assembl&#233;e Nationale et de Thiers qu'elle venait d'&#233;lire chef du pouvoir ex&#233;cutif. De cette situation naquit le conflit qui devait mener &#224; l'insurrection parisienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;On voit &#224; quel point est diff&#233;rent le coup d'Etat accompli par le bolchevisme, qui puisa sa force dans les aspirations &#224; la paix, qui avait derri&#232;re lui la masse paysanne ; qui, &#224; l'Assembl&#233;e Nationale, n'avait pas de monarchistes contre lui, mais des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Les bolcheviks sont parvenus au pouvoir par une r&#233;volution bien pr&#233;par&#233;e, qui leur mit d'un coup entre les mains toute la machine gouvernementale, dont ils tirent &#224; l'heure actuelle le parti le plus &#233;nergique et le plus impitoyable pour soumettre leurs adversaires, y compris ceux qui appartiennent au prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;En revanche, personne ne fut plus &#233;tonn&#233; de l'insurrection de la Commune que les r&#233;volutionnaires eux-m&#234;mes, et pour beaucoup de ceux-ci ce conflit &#233;tait au plus haut point ind&#233;sirable&#034; (p. 44).&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de se faire une id&#233;e bien nette du sens r&#233;el de ce qui est dit ici par Kautsky &#224; propos des communards, nous apporterons l'int&#233;ressant t&#233;moignage suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le 1er mars 1871, &#233;crit Lavrov dans son livre instructif sur la Commune, c'est-&#224;-dire six mois apr&#232;s la chute de l'Empire et quelques avant l'explosion de la Commune, les personnalit&#233;s dirigeantes de l'Internationale &#224; Paris n'avaient toujours pas de programme politique d&#233;fini.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Apr&#232;s le 18 mars, Paris &#233;tait aux mains du prol&#233;tariat, mais ses leaders, d&#233;concert&#233;s par leur puissance inattendue, ne prirent pas les mesures les plus &#233;l&#233;mentaires [1]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Vous n'&#234;tes pas taill&#233;s pour votre r&#244;le, votre seul souci est de vous d&#233;gager&#034;, d&#233;clara un membre du Comit&#233; central de la Garde Nationale. &#034;Il y avait l&#224; beaucoup de v&#233;rit&#233; - &#233;crit Lissagaray , participant et historien de la Commune - mais, au moment m&#234;me de l'action, le manque d'organisation pr&#233;alable et de pr&#233;paration provient trop souvent du fait que les r&#244;les incombent &#224; des hommes qui ne sont pas de taille &#224; les remplir [2]&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ressort d&#233;j&#224; de ce qui pr&#233;c&#232;de (plus loin, ce sera plus &#233;vident encore) que si les socialistes parisiens n'ont pas entrepris de lutte directe pour le pouvoir, cela s'explique par leur inconsistance th&#233;orique et leur d&#233;sarroi politique, et nullement par des consid&#233;rations de tactique plus &#233;lev&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est hors de doute que la fid&#233;lit&#233; du m&#234;me Kautsky aux traditions de la Commune se traduira surtout par le profond &#233;tonnement avec lequel il accueillera la R&#233;volution prol&#233;tarienne en Allemagne, o&#249; il ne voit qu'&#034;un conflit au plus haut degr&#233; ind&#233;sirable&#034;. Nous doutons cependant que les g&#233;n&#233;rations futures lui en fassent un m&#233;rite. L'essence m&#234;me de son analogie historique n'est, devons-nous dire, qu'un m&#233;lange de confusion, de r&#233;ticences et de truquages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les intentions que Thiers nourrissait &#224; l'&#233;gard de Paris, Milioukov, soutenu ouvertement par Tchernov et Tseretelli, les nourrissait &#224; l'&#233;gard de Petersbourg. De Kornilov &#224; Potressov, tous r&#233;p&#233;taient jour apr&#232;s jour que Petersbourg s'&#233;tait isol&#233; du pays, qu'il n'avait plus rien de commun avec celui-ci, et que, d&#233;prav&#233; jusqu'&#224; la moelle, il voulait lui imposer sa volont&#233;. Abattre et humilier Petersbourg, telle &#233;tait la t&#226;che premi&#232;re de Milioukov et de ses acolytes. Et cela se passait &#224; l'&#233;poque o&#249; Petersbourg &#233;tait le v&#233;ritable foyer de la r&#233;volution qui n'avait pas encore r&#233;ussi &#224; s'affermir dans les autres parties du pays. Afin de lui faire donner une bonne le&#231;on, Rodzianko, ex-pr&#233;sident de la Douma, parlait ouvertement de livrer Petersbourg aux Allemands comme on avait d&#233;j&#224; livr&#233; Riga. Rodzianko ne faisait qu'&#233;noncer ce qui constituait la t&#226;che de Milioukov, et que Kerensky appuyait de toute sa politique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Milioukov voulait, &#224; l'exemple de Thiers, d&#233;sarmer le prol&#233;tariat. Mais ce qui &#233;tait pire encore, c'est que par l'entremise de Kerensky, Tchernov et Tseretelli, le prol&#233;tariat de Petersbourg avait &#233;t&#233; d&#233;sarm&#233; en juillet 1917. Il s'&#233;tait de nouveau partiellement r&#233;arm&#233; lors de l'offensive de Kornilov sur Petersbourg en ao&#251;t, Et ce r&#233;armement fut un &#233;l&#233;ment s&#233;rieux pour la pr&#233;paration de l'insurrection d'octobre-novembre. De sorte que ce sont pr&#233;cis&#233;ment les points sur lesquels Kautsky oppose l'insurrection de mars des ouvriers parisiens &#224; notre r&#233;volution d'octobre qui co&#239;ncident dans une tr&#232;s large mesure.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en quoi diff&#232;rent-elles ? Avant tout, en ce que Thiers a r&#233;alis&#233; ses sinistres projets : Paris fut &#233;trangl&#233; et des dizaines de milliers d'ouvriers massacr&#233;s. Milioukov, lui, s'est piteusement effondr&#233; : Petersbourg est rest&#233; la citadelle inexpugnable du prol&#233;tariat, et les leaders de la bourgeoisie russe sont all&#233;s en Ukraine solliciter l'occupation de la Russie par les arm&#233;es du Kaiser. Cette diff&#233;rence est due en grande partie &#224; notre faute, et nous sommes pr&#234;ts &#224; en porter la responsabilit&#233;. Il y a aussi une diff&#233;rence capitale, qui s'est faite plus d'une fois sentir dans le d&#233;veloppement ult&#233;rieur des &#233;v&#233;nements, dans le fait suivant : tandis que les communards partaient de pr&#233;f&#233;rence de consid&#233;rations patriotiques, nous nous placions invariablement du point de vue de la r&#233;volution internationale. La d&#233;faite de la Commune a men&#233; &#224; l'effondrement de fait de la Premi&#232;re Internationale. La victoire du pouvoir sovi&#233;tique a conduit &#224; la fondation de la Troisi&#232;me Internationale.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais Marx, &#224; la veille m&#234;me de l'insurrection, conseillait aux communards, non de se soulever, mais de cr&#233;er une organisation ! On pourrait &#224; la rigueur comprendre que Kautsky cite ce t&#233;moignage pour montrer que Marx avait sous-estim&#233; l'acuit&#233; de la situation &#224; Paris. Mais Kautsky s'efforce d'exploiter le conseil de Marx comme preuve du caract&#232;re bl&#226;mable de l'insurrection en g&#233;n&#233;ral. Pareil &#224; tous les mandarins de la social-d&#233;mocratie allemande, Kautsky voit avant tout dans l'organisation une entrave &#224; l'action r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
M&#234;me si on se limite &#224; la question de l'organisation en tant que telle, il ne faut pas oublier que la r&#233;volution d'Octobre a &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;d&#233;e par les neuf mois d'existence du gouvernement de K&#233;rensky, pendant lesquels notre parti s'est occup&#233;, non sans succ&#232;s, non seulement d'agitation, mais aussi d'organisation. La r&#233;volution d'Octobre a eu lieu apr&#232;s que nous ayons conquis l'&#233;crasante majorit&#233; dans les Soviets d'ouvriers et de soldats de Petersbourg, de Moscou et en g&#233;n&#233;ral dans tous les centres industriels du pays, et transform&#233; les Soviets en organisation dirig&#233;es par notre parti. Chez les communards il n'y eut rien de semblable. Enfin, nous avions derri&#232;re nous l'h&#233;ro&#239;que Commune de Paris, de l'effondrement de laquelle nous avions tir&#233; cette d&#233;duction que les r&#233;volutionnaires doivent pr&#233;voir les &#233;v&#233;nements et s'y pr&#233;parer. Voil&#224; encore un de nos torts La Commune de Paris et le terrorisme&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky ne fait sa vaste comparaison entre la Commune et la Russie sovi&#233;tique que pour calomnier et humilier la dictature du prol&#233;tariat vivante et victorieuse au profit d'une tentative de dictature qui remonte &#224; un pass&#233; d&#233;j&#224; assez lointain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky cite avec une extraordinaire satisfaction une d&#233;claration du Comit&#233; Central de la garde nationale en date du 19 mars, au sujet de l'assassinat par les soldats de deux g&#233;n&#233;raux : &#034;Nous le disons avec indignation : la boue sanglante dont on essaie de fl&#233;trir notre honneur est une ignoble infamie. Jamais un arr&#234;t d'ex&#233;cution n'a &#233;t&#233; sign&#233; par nous ; jamais la garde nationale n'a pris part &#224; l'ex&#233;cution d'un crime [3] &#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va de soi que le Comit&#233; Central n'avait aucune raison de prendre sur lui la responsabilit&#233; d'un meurtre dans lequel il n'&#233;tait pour rien. Mais le ton path&#233;tique et sentimental de la d&#233;claration caract&#233;rise tr&#232;s clairement la timidit&#233; politique de ces hommes devant l'opinion publique bourgeoise. Ce n'est pas &#233;tonnant. Les repr&#233;sentants de la garde nationale &#233;taient pour la plupart des hommes au pass&#233; r&#233;volutionnaire fort modeste. &#034;Il n'y a, &#233;crit Lissagaray, pas un nom connu. Tous les &#233;lus sont des petits-bourgeois, boutiquiers, employ&#233;s, &#233;trangers aux coteries, jusque-l&#224; m&#234;me &#224; la politique pour la plupart&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le sentiment discret, quelque peu craintif, de sa terrible responsabilit&#233; historique, et le d&#233;sir d'y &#233;chapper au plus t&#244;t - &#233;crit Lavrov &#224; ce sujet - perce dans toutes les proclamations de ce Comit&#233; Central entre les mains duquel &#233;tait tomb&#233; le destin de Paris&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant cit&#233;, pour nous faire honte, cette d&#233;claration sur l'effusion de sang, Kautsky critique ensuite, suivant en cela Marx et Engels, l'ind&#233;cision de la Commune : &#034;Si les Parisiens [c'est-&#224;-dire les communards] s'&#233;taient lanc&#233;s pour de bon &#224; la poursuite de Thiers, peut-&#234;tre auraient-ils r&#233;ussi &#224; s'emparer du gouvernement. Les troupes qui se retiraient de Paris n'auraient pu leur opposer la moindre r&#233;sistance [...]. Mais Thiers put battre en retraite sans encombre. On lui permit de se retirer avec son arm&#233;e, de la r&#233;organiser &#224; Versailles, de lui insuffler un nouveau moral et de la renforcer&#034; (p. 49).&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky ne peut pas comprendre que ce sont les m&#234;mes hommes, et pour les m&#234;mes raisons, qui ont publi&#233; la d&#233;claration cit&#233;e du 19 mars et qui ont permis &#224; Thiers de se retirer sans coup f&#233;rir et de regrouper son arm&#233;e. Si les communards avaient vaincu en exer&#231;ant une influence purement morale, leur d&#233;claration aurait &#233;t&#233; d'un grand poids. Mais cela n'a pas &#233;t&#233; le cas. En fait, leur humanitarisme sentimental n'&#233;tait que l'envers de leur passivit&#233; r&#233;volutionnaire. Des hommes &#224; qui par la volont&#233; du sort est &#233;chu le gouvernement de Paris, et qui ne comprennent pas la n&#233;cessit&#233; de s'en servir imm&#233;diatement et jusqu'au bout pour se lancer &#224; la poursuite de Thiers, pour l'&#233;craser compl&#232;tement avant qu'il ait eu le temps de se reprendre, pour concentrer les troupes dans leurs mains, pour proc&#233;der &#224; l'&#233;puration indispensable du corps de commandement, pour s'emparer de la province - de tels hommes ne pouvaient &#233;videmment pas &#234;tre dispos&#233;s &#224; s&#233;vir rigoureusement contre les &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires. Les deux choses sont &#233;troitement li&#233;es. On ne peut se lancer &#224; la poursuite de Thiers sans arr&#234;ter ses agents &#224; Paris et sans fusiller les conspirateurs et les espions. Si l'on consid&#232;re l'assassinat des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires comme un crime abominable, il est impossible de galvaniser les &#233;nergies pour poursuivre les troupes qui sont command&#233;es par des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la r&#233;volution, la plus grande humanit&#233; n'est autre que la plus grande &#233;nergie. &#034;Ce sont pr&#233;cis&#233;ment, &#233;crit fort justement Lavrov, ceux qui attachent tant de prix &#224; la vie humaine, au sang humain, qui doivent mettre tout en &#339;uvre pour obtenir une victoire rapide et d&#233;cisive et qui, ensuite, doivent agir au plus vite et &#233;nergiquement pour soumettre l'ennemi ; car ce n'est que par cette mani&#232;re de proc&#233;der que l'on peut obtenir le minimum de pertes in&#233;vitables et le minimum de sang vers&#233;&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;claration du 19 mars peut cependant &#234;tre appr&#233;ci&#233;e plus correctement si on l'envisage non comme une profession de foi absolue, mais comme l'expression d'un &#233;tat d'esprit passager au lendemain d'une victoire inattendue obtenue sans la moindre effusion de sang. Totalement &#233;tranger &#224; la compr&#233;hension de la dynamique de la r&#233;volution et de la d&#233;termination interne de son &#233;tat d'esprit qui &#233;volue rapidement, Kautsky pense au moyen de formules mortes et d&#233;forme la perspective des &#233;v&#233;nements par des analogies arbitraires. Il ne comprend pas que cette ind&#233;cision g&#233;n&#233;reuse en g&#233;n&#233;ral naturelle aux masses dans la premi&#232;re &#233;poque de la r&#233;volution. Les ouvriers ne passent &#224; l'offensive que sous l'empire d'une n&#233;cessit&#233; de fer, comme ils ne passent &#224; la terreur rouge que sous la menace des massacres contre-r&#233;volutionnaires. Ce que Kautsky d&#233;peint comme le r&#233;sultat d'une morale particuli&#232;rement &#233;lev&#233;e du prol&#233;tariat parisien de 1871, ne fait en r&#233;alit&#233; que caract&#233;riser la premi&#232;re &#233;tape de la guerre civile. Des faits semblables ont &#233;t&#233; &#233;galement observ&#233;s chez nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
A Petersbourg, nous avons conquis le pouvoir en octobre-novembre 1917 presque sans effusion de sang, et m&#234;me sans arrestations. Les ministres du gouvernement de K&#233;rensky ont &#233;t&#233; remis en libert&#233; aussit&#244;t apr&#232;s la r&#233;volution. Bien plus, le g&#233;n&#233;ral cosaque Krasnov, qui avait attaqu&#233; Petersbourg de concert avec K&#233;rensky apr&#232;s que le pouvoir f&#251;t pass&#233; au soviet, et qui avait &#233;t&#233; fait prisonnier &#224; Gatchina, fut remis en libert&#233; contre sa parole d'honneur d&#232;s le lendemain. Cette &#034;magnanimit&#233;&#034; &#233;tait bien dans l'esprit des premiers jours de la Commune, mais elle n'en fut pas moins une erreur. Le g&#233;n&#233;ral Krasnov, apr&#232;s avoir guerroy&#233; contre nous pendant pr&#232;s d'un an dans le Sud, apr&#232;s avoir massacr&#233; plusieurs milliers de communistes, a r&#233;cemment attaqu&#233; une nouvelle fois Petersbourg, cette fois dans les rangs de l'arm&#233;e de Youd&#233;nitch. La r&#233;volution prol&#233;tarienne ne se fit plus dure qu'apr&#232;s le soul&#232;vement des junkers &#224; Petersbourg et surtout apr&#232;s la r&#233;volte (tram&#233;e par les cadets, les socialistes-r&#233;volutionnaires, les mencheviks) des tch&#233;coslovaques dans la r&#233;gion de la Volga - o&#249; les communistes furent extermin&#233;s en masse - apr&#232;s l'attentat contre L&#233;nine, l'assassinat d'Ouritsky, etc, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces m&#234;mes tendances, mais seulement dans leurs premi&#232;res phases, nous les observons aussi dans l'histoire de la Commune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pouss&#233;e par la logique de la lutte, celle-ci entra en mati&#232;re de principe dans la voie de l'intimidation. La cr&#233;ation du Comit&#233; de Salut public &#233;tait dict&#233;e pour beaucoup de ses partisans par l'id&#233;e de la terreur rouge. Ce comit&#233; avait pour objet de &#034;faire tomber les t&#234;tes des tra&#238;tres&#034; et de &#034;r&#233;primer les trahisons&#034; (s&#233;ances du 30 avril et du 1er mai). Parmi les d&#233;crets d'&#034;intimidation&#034;, il convient de signaler l'ordonnance (du 3 avril) sur la s&#233;questration des biens de Thiers et de ses ministres, la d&#233;molition de sa maison, le renversement de la colonne Vend&#244;me, et en particulier le d&#233;cret sur les otages. Pour chaque prisonnier ou partisan de la Commune fusill&#233; par les Versaillais, on devait fusiller trois otages. Les mesures prises par la Pr&#233;fecture de police, dirig&#233;e par Raoul Rigault, &#233;taient d'un caract&#232;re purement terroriste, quoiqu'elles ne fussent pas toujours adapt&#233;es au but poursuivi.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'efficacit&#233; de toutes ces mesures d'intimidation fut paralys&#233;e par l'inconsistance et l'&#233;tat d'esprit conciliateur des &#233;l&#233;ments dirigeants de la Commune, par leurs efforts pour faire accepter le fait accompli &#224; la bourgeoisie au moyen de phrases pitoyables, par leurs oscillations entre la fiction de la d&#233;mocratie et la r&#233;alit&#233; de la dictature. Cette derni&#232;re id&#233;e est admirablement formul&#233;e par Lavrov dans son livre sur la Commune :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le Paris des riches bourgeois et des prol&#233;taires mis&#233;reux, en tant que communaut&#233; politique des diff&#233;rentes classes, exigeait au nom des principes lib&#233;raux une compl&#232;te libert&#233; de parole, de r&#233;union, de critique du gouvernement, etc. Le Paris qui venait d'accomplir la r&#233;volution dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat, et qui s'&#233;tait donn&#233; pour but de la r&#233;aliser dans les institutions, r&#233;clamait, en tant que communaut&#233; du prol&#233;tariat ouvrier &#233;mancip&#233;, des mesures r&#233;volutionnaires, c'est-&#224;-dire dictatoriales, vis-&#224;-vis des ennemis du nouveau r&#233;gime&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si la Commune de Paris n'&#233;tait pas tomb&#233;e, si elle avait pu se maintenir dans une lutte ininterrompue, il ne peut y avoir de doute qu'elle aurait &#233;t&#233; oblig&#233;e de recourir &#224; des mesures de plus en plus rigoureuses pour &#233;craser la contre-r&#233;volution. Il est vrai que Kautsky n'aurait pas eu alors la possibilit&#233; d'opposer les communards humanitaires aux bolcheviks inhumains. En revanche, Thiers n'aurait pu commettre sa monstrueuse saign&#233;e du prol&#233;tariat de Paris. L'histoire y aurait peut-&#234;tre trouv&#233; son compte. Le Comit&#233; Central arbitraire et la Commune &#034;d&#233;mocratique&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le 19 mars, rapporte Kautsky, au Comit&#233; Central de la garde nationale, les uns exig&#232;rent qu'on marche sur Versailles, les autres qu'on en appelle aux &#233;lecteurs, les troisi&#232;mes qu'on recoure avant tout aux mesures r&#233;volutionnaires, comme si chacun de ces pas - nous apprend notre auteur avec une grande profondeur d'esprit - n'&#233;tait pas &#233;galement n&#233;cessaire et comme si l'un e&#251;t exclu l'autre&#034; (p. 54).&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les lignes qui suivent, Kautsky, au sujet de ces d&#233;saccords au sein de la Commune, nous offrira des banalit&#233;s r&#233;chauff&#233;es sur les rapports r&#233;ciproques entre les r&#233;formes et la r&#233;volution. En r&#233;alit&#233;, la question se posait ainsi : si l'on voulait prendre l'offensive et marcher sur Versailles sans perdre un instant, il &#233;tait n&#233;cessaire de r&#233;organiser sur le champ la Garde Nationale, de mettre &#224; sa t&#234;te les &#233;l&#233;ments les plus combatifs du prol&#233;tariat parisien, ce qui e&#251;t entra&#238;n&#233; un affaiblissement temporaire de Paris du point de vue r&#233;volutionnaire. Mais organiser les &#233;lections &#224; Paris tout en faisant sortir de ses murs l'&#233;lite de la classe ouvri&#232;re aurait &#233;t&#233; une absurdit&#233; du point de vue du parti r&#233;volutionnaire. En th&#233;orie, la marche sur Versailles et les &#233;lections &#224; la Commune ne se contredisaient nullement ; mais dans la pratique, elles s'excluaient : pour le succ&#232;s des &#233;lections, il fallait remettre la marche sur Versailles ; pour le succ&#232;s de la marche, il fallait remettre les &#233;lections. Enfin, si l'on mettait le prol&#233;tariat en campagne en affaiblissant temporairement Paris, il devenait indispensable de s'assurer contre toute possibilit&#233; de tentatives contre-r&#233;volutionnaires dans la capitale, car Thiers ne se f&#251;t arr&#234;t&#233; devant rien pour allumer derri&#232;re les communards l'incendie de la r&#233;action. Il fallait &#233;tablir dans la capitale un r&#233;gime plus militaire, c'est-&#224;-dire plus rigoureux. &#034;Il fallait lutter, &#233;crit Lavrov, contre une multitude d'ennemis int&#233;rieurs qui foisonnaient dans Paris et qui, hier encore, se r&#233;voltaient aux abords de la Bourse et de la Place Vend&#244;me, qui avaient leurs repr&#233;sentants dans l'administration et dans la Garde Nationale, qui avaient leur presse, leurs r&#233;unions, qui entretenaient des rapports presque au grand jour avec les Versaillais, et qui se faisaient toujours plus r&#233;solus et audacieux, &#224; chaque imprudence, &#224; chaque insucc&#232;s de la Commune&#034;. Il fallait en m&#234;me temps prendre des mesures r&#233;volutionnaires d'ordre financier et &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral, avant tout pour satisfaire aux besoins de l'arm&#233;e r&#233;volutionnaire. Toutes ces mesures les plus indispensables de la dictature r&#233;volutionnaire auraient difficilement &#233;t&#233; conciliables avec une large campagne &#233;lectorale. Mais Kautsky n'a pas la moindre compr&#233;hension de ce qu'est une r&#233;volution en fait. Il pense que concilier th&#233;oriquement signifie r&#233;aliser pratiquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Comit&#233; Central avait fix&#233; les &#233;lections &#224; la Commune au 22 mars ; mais manquant de confiance en soi, effray&#233; de sa propre ill&#233;galit&#233;, s'effor&#231;ant d'agir en accord avec une institution plus &#034;l&#233;gale&#034;, il ouvrit des pourparlers ridicules et interminables avec l'assembl&#233;e, tout &#224; fait impuissante, des maires et des d&#233;put&#233;s de Paris, pr&#234;t &#224; partager le pouvoir avec elle ne f&#251;t-ce que pour arriver &#224; un accord. On perdit ainsi un temps pr&#233;cieux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Marx, sur lequel Kautsky, selon une vieille habitude, tente de s'appuyer, n'a nullement propos&#233; d'&#233;lire la Commune et de lancer simultan&#233;ment les ouvriers dans une campagne militaire. Dans sa lettre &#224; Kugelmann du 12 avril 1871, Marx &#233;crivait que le Comit&#233; Central de la Garde Nationale avait bien trop t&#244;t fait abandon de ses pouvoirs pour laisser le champ libre &#224; la Commune. Kautsky, selon ses propres paroles, &#034;ne comprend pas&#034; cette opinion de Marx. La chose est bien simple. Marx comprenait en tout cas que la t&#226;che ne consistait pas &#224; courir apr&#232;s la l&#233;galit&#233;, mais &#224; porter un coup mortel &#224; l'ennemi. &#034;Si le Comit&#233; Central avait &#233;t&#233; compos&#233; de vrais r&#233;volutionnaires, &#233;crit fort justement Lavrov, il aurait d&#251; agir bien diff&#233;remment. Il aurait &#233;t&#233; impardonnable de sa part d'accorder dix jours &#224; ses ennemis avant l'&#233;lection et la convocation de la Commune, pour qu'ils puissent se r&#233;tablir au moment o&#249; les dirigeants du prol&#233;tariat abandonnaient leur devoir et ne se reconnaissaient pas le droit de diriger imm&#233;diatement le prol&#233;tariat. L'impr&#233;paration totale des partis populaires produisait maintenant un Comit&#233; qui consid&#233;rait ces dix jours d'inaction comme obligatoires&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les aspirations du Comit&#233; Central cherchant comment remettre au plus vite le pouvoir &#224; un gouvernement &#034;l&#233;gal&#034; &#233;taient moins dict&#233;es par les superstitions d'une d&#233;mocratie formelle qui, du reste, ne faisaient pas d&#233;faut, que par la peur des responsabilit&#233;s. Sous pr&#233;texte qu'il n'&#233;tait qu'une institution provisoire, le Comit&#233; Central, bien que tout l'appareil mat&#233;riel du pouvoir f&#251;t concentr&#233; entre ses mains, refusa de prendre les mesures les plus n&#233;cessaires et les plus urgentes. Or, la Commune ne reprit pas la totalit&#233; du pouvoir politique Central, qui continua, sans beaucoup se g&#234;ner, &#224; s'immiscer dans toutes les affaires. Il en r&#233;sulta une dualit&#233; de pouvoir extr&#234;mement dangereuse, notamment dans le domaine militaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le 3 mai, le Comit&#233; Central envoya &#224; la Commune une d&#233;l&#233;gation qui exigea qu'on lui remette la conduite de l'administration de la guerre. De nouveau, rapporte Lissagaray, on discuta pour savoir s'il fallait faire arr&#234;ter le Comit&#233; Central ou bien lui donner la direction des op&#233;rations de guerre.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il s'agissait ici, non des principes de la d&#233;mocratie, mais de l'absence chez les deux parties d'un clair programme d'action ainsi que de la tendance, tant de la part de l'organisation r&#233;volutionnaire &#034;arbitraire&#034; personnifi&#233;e par le Comit&#233; Central, que de l'organisation &#034;d&#233;mocratique&#034; de la Commune, &#224; se d&#233;charger l'une sur l'autre des responsabilit&#233;s sans pour autant renoncer enti&#232;rement au pouvoir. On ne peut pas dire que de tels rapports politiques soient dignes d'&#234;tre imit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mais le Comit&#233; Central - ainsi se console Kautsky - n'a jamais tent&#233; de porter atteinte au principe en vertu duquel le pouvoir sup&#233;rieur doit appartenir aux &#233;lus du suffrage universel. Sur ce point, la Commune de Paris &#233;tait l'oppos&#233; direct de la R&#233;publique sovi&#233;tique&#034; (p. 55). Il n'y avait pas d'unit&#233; de volont&#233; gouvernementale, il n'y avait pas de fermet&#233; r&#233;volutionnaire, il y avait dualit&#233; de pouvoir, et le r&#233;sultat en f&#251;t un &#233;croulement rapide et &#233;pouvantable. En revanche - n'est-ce pas r&#233;confortant ? - aucune atteinte ne fut port&#233;e au &#034;principe&#034; de la d&#233;mocratie. La Commune d&#233;mocratique et la dictature r&#233;volutionnaire&lt;br class='autobr' /&gt;
Le camarade L&#233;nine a d&#233;j&#224; d&#233;montr&#233; &#224; Kautsky que tenter de d&#233;peindre la Commune comme une d&#233;mocratie formelle n'est que charlatanisme th&#233;orique. La Commune, tant par les traditions que par les intentions de son parti dirigeant - les blanquistes - &#233;tait l'expression de la dictature de la ville r&#233;volutionnaire sur le pays. Il en fut ainsi dans la Grande R&#233;volution fran&#231;aise ; il en e&#251;t &#233;t&#233; de m&#234;me dans la R&#233;volution de 1871 si la Commune n'&#233;tait pas tomb&#233;e d&#232;s le d&#233;but. Le fait que dans Paris m&#234;me le pouvoir ait &#233;t&#233; &#233;lu sur la base du suffrage universel, n'exclut pas l'autre fait, bien plus important : l'action militaire de la Commune, d'une ville, contre la France paysanne, c'est-&#224;-dire contre toute la nation. Pour donner satisfaction au grand d&#233;mocrate Kautsky, les r&#233;volutionnaires de la Commune auraient d&#251; pr&#233;alablement consulter, par la voie du suffrage universel, toute la population de la France, pour savoir si elle les autorisait &#224; faire la guerre aux bandes de Thiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, dans Paris m&#234;me, les &#233;lections s'effectu&#232;rent apr&#232;s la fuite de la bourgeoisie soutenant Thiers, ou du moins de ses &#233;l&#233;ments les plus actifs, et apr&#232;s l'&#233;vacuation des troupes de Thiers. La bourgeoisie qui restait &#224; Paris, malgr&#233; toute son impudence, n'en redoutait pas moins les bataillons r&#233;volutionnaires, et c'est sous le signe de cette crainte, qui faisait pressentir l'in&#233;vitable terreur rouge de l'avenir, que se d&#233;roul&#232;rent les &#233;lections. Se consoler en pensant que le Comit&#233; Central de la Garde Nationale, sous la dictature - molle et inconsistante, h&#233;las - duquel s'effectuaient les &#233;lections &#224; la Commune n'a pas attent&#233; au principe du suffrage universel, c'est, en r&#233;alit&#233;, donner des coups d'&#233;p&#233;e dans l'eau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Multipliant les comparaisons st&#233;riles, Kautsky profite de ce que ses lecteurs ignorent les faits. A Petersbourg, en novembre 1917, nous avons aussi &#233;lu une Commune (la Douma municipale) sur la base du suffrage le plus &#034;d&#233;mocratique&#034;, sans restrictions pour la bourgeoisie. Ces &#233;lections, par suite du boycottage des partis bourgeois, nous donn&#232;rent une &#233;crasante majorit&#233; [4]. La Douma &#034;d&#233;mocratiquement&#034; &#233;lue se soumit volontairement au Soviet de Petersbourg, c'est-&#224;-dire qu'elle mit le fait de la dictature du prol&#233;tariat au-dessus du &#034;principe&#034; du suffrage universel ; et quelque temps apr&#232;s, elle se dissolvait de sa propre initiative en faveur d'une des sections du Soviet p&#233;tersbourgeois. De la sorte, le Soviet de Petersbourg, - ce vrai p&#232;re du pouvoir sovi&#233;tique - a sur lui la gr&#226;ce divine d'une cons&#233;cration d&#233;mocratique formelle qui ne le c&#232;de en rien &#224; celle de la Commune de Paris.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Lors des &#233;lections du 26 mars, &#233;crit Kautsky, 90 membres avaient &#233;t&#233; &#233;lus &#224; la Commune. Parmi eux se trouvaient 15 membres du parti gouvernemental (Thiers) et 6 radicaux bourgeois qui, tout en &#233;tant les adversaires du gouvernement, n'en condamnaient pas moins l'insurrection (des ouvriers parisiens).&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La R&#233;publique sovi&#233;tique, nous enseigne notre auteur, n'aurait jamais tol&#233;r&#233; que de pareils &#233;l&#233;ments contre-r&#233;volutionnaires puissent se pr&#233;senter ne serait-ce que comme candidats, et encore moins se faire &#233;lire. La Commune, par respect de la d&#233;mocratie, ne mit pas le moindre obstacle &#224; l'&#233;lection de ses adversaires bourgeois&#034; (p. 55-56).&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons d&#233;j&#224; vu plus haut qu'ici Kautsky passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de la question. En premier lieu, dans la phase analogue du d&#233;veloppement de la R&#233;volution russe, on a proc&#233;d&#233; &#224; des &#233;lections pendant lesquelles le pouvoir sovi&#233;tique laissa toute latitude aux partis bourgeois. Si les cadets, les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, qui avaient leur presse qui appelait ouvertement au renversement du pouvoir sovi&#233;tique, ont boycott&#233; les &#233;lections, c'est uniquement parce qu'ils esp&#233;raient &#224; cette &#233;poque en finir rapidement avec nous par la force des armes. En second lieu, il n'y eut pas dans la Commune de Paris de d&#233;mocratie exprimant toutes les classes. Pour les d&#233;put&#233;s bourgeois - conservateurs, lib&#233;raux, gambettistes - il ne s'y trouva pas de place.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Presque tous ces personnages, &#233;crit Lavrov, sortirent soit sur le champ, soit tr&#232;s vite, du conseil de la Commune. Ils auraient pu &#234;tre les repr&#233;sentants de Paris en tant que ville libre sous l'administration de la bourgeoisie, mais ils &#233;taient compl&#232;tement d&#233;plac&#233;s dans le conseil de la Commune qui, bon gr&#233;, mal gr&#233;, consciemment ou inconsciemment, compl&#232;tement ou incompl&#232;tement, repr&#233;sentait tout de m&#234;me la r&#233;volution du prol&#233;tariat et la tentative, aussi faible qu'elle f&#251;t, de cr&#233;er les formes de soci&#233;t&#233; correspondant &#224; cette r&#233;volution&#034;. Si la bourgeoisie p&#233;tersbourgeoise n'avait pas boycott&#233; les &#233;lections communales, ses repr&#233;sentants seraient entr&#233;s &#224; la Douma de Petersbourg. Ils y seraient rest&#233;s jusqu'au premier soul&#232;vement des socialistes-r&#233;volutionnaires et des cadets, apr&#232;s quoi - avec ou sans la permission de Kautsky - ils auraient probablement &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s s'ils n'avaient pas quitt&#233; la Douma &#224; temps, comme l'avaient fait &#224; un certain moment les membres bourgeois de la Commune de Paris. Le cours des &#233;v&#233;nements serait rest&#233; le m&#234;me, &#224; ceci pr&#232;s qu'&#224; la surface quelques &#233;pisodes se seraient d&#233;roul&#233;s diff&#233;remment.&lt;br class='autobr' /&gt;
Glorifiant la d&#233;mocratie de la Commune et l'accusant en m&#234;me temps d'avoir manqu&#233; de hardiesse &#224; l'&#233;gard de Versailles, Kautsky ne comprend pas que les &#233;lections communales, qui se firent avec la participation &#224; double sens des maires et des d&#233;put&#233;s &#034;l&#233;gaux&#034;, refl&#233;taient l'espoir d'un accord pacifique avec Versailles. C'est tout le fond de la question. Les dirigeants voulaient l'entente et non la lutte. Les masses n'avaient pas encore &#233;puis&#233; leurs illusions. Les autorit&#233;s r&#233;volutionnaires factices n'avaient pas encore eu le temps de r&#233;v&#233;ler leur v&#233;ritable nature. Et le tout s'appelait &#034;d&#233;mocratie&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nous devons dominer nos ennemis par la force morale...&#034;, pr&#234;chait Vermorel. &#034;Il ne faut pas toucher &#224; la libert&#233; et &#224; la vie de l'individu...&#034;. S'effor&#231;ant de conjurer la &#034;guerre intestine&#034;, Vermorel conviait la bourgeoisie lib&#233;rale, qu'il stigmatisait jadis si impitoyablement, &#224; former un &#034;pouvoir r&#233;gulier, reconnu et respect&#233; par toute la population parisienne&#034;. Le Journal officiel, publi&#233; sous la direction de l'internationaliste Longuet, &#233;crivait : &#034;Le d&#233;plorable malentendu qui, aux journ&#233;es de juin [1848], arma l'une contre l'autre deux classes [...] ne pouvait se renouveler. Cette fois l'antagonisme n'existait pas de classe &#224; classe&#034; (30 mars). Et plus loin : &#034;Toute dissidence aujourd'hui, s'effacera, parce que tous se sentent solidaires, parce que jamais il n'y a eu moins de haine, moins d'antagonisme social&#034; (3 avril). A la s&#233;ance de la Commune du 25 avril, ce ne fut pas sans raison que Jourde se vanta que la Commune n'ait &#034;jamais port&#233; atteinte &#224; la propri&#233;t&#233;&#034;. C'est ainsi qu'il s'imaginaient conqu&#233;rir l'opinion des milieux bourgeois et trouver la voie d'un accord.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ce genre de sermon, &#233;crit fort justement Lavrov, ne d&#233;sarma nullement les ennemis du prol&#233;tariat, qui comprenaient parfaitement ce dont le triomphe de celui-ci les mena&#231;ait : par contre, il enleva au prol&#233;tariat toute &#233;nergie combative et l'aveugla comme &#224; dessein en pr&#233;sence d'ennemis irr&#233;ductibles&#034;. Mais ces pr&#234;ches &#233;mollients &#233;taient indissolublement li&#233;s &#224; la fiction de la d&#233;mocratie. Cette fiction de l&#233;galit&#233; faisait croire que la question pouvait se r&#233;soudre sans lutte : &#034;En ce qui concerne les masses de la population - &#233;crit un membre de la Commune, Arthur Arnould - elles croyaient, non sans quelque raison, &#224; l'existence au moins d'une entente tacite avec le gouvernement&#034;. Impuissants &#224; attirer la bourgeoisie, les conciliateurs, comme toujours, induisaient le prol&#233;tariat en erreur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que dans les conditions de l'in&#233;vitable guerre civile qui commen&#231;ait d&#233;j&#224;, le parlementarisme n'exprim&#226;t plus que l'impuissance conciliatrice des groupes dirigeants, c'est ce dont t&#233;moigne de la fa&#231;on la plus &#233;vidente la proc&#233;dure insens&#233;e des &#233;lections compl&#233;mentaires &#224; la Commune (16 avril). A ce moment, &#233;crit Arthur Arnould, &#034;on n'avait plus que faire du vote. La situation &#233;tait devenue tragique au point qu'on n'avait plus ni le loisir, ni le sang-froid n&#233;cessaires pour que les &#233;lections g&#233;n&#233;rales puissent faire leur &#339;uvre. Tous les hommes fid&#232;les &#224; la Commune &#233;taient sur les fortifications, dans les forts, dans les postes avanc&#233;s. Le peuple n'attachait aucune importance &#224; ces &#233;lections compl&#233;mentaires. Ce n'&#233;tait au fond que du parlementarisme. L'heure n'&#233;tait plus &#224; compter les &#233;lecteurs mais &#224; avoir des soldats ; non &#224; rechercher si nous avions grandi ou baiss&#233; dans l'opinion de Paris, mais &#224; d&#233;fendre Paris contre les Versaillais&#034;. Ces paroles auraient pu faire comprendre &#224; Kautsky pourquoi il n'est pas si facile de combiner dans la r&#233;alit&#233; la guerre de classe avec une d&#233;mocratie groupant toutes les classes.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La Commune n'est pas une Assembl&#233;e Constituante&#034;, &#233;crivait dans sa publication Milli&#232;re, une des meilleures t&#234;tes de la Commune, &#034;elle est un conseil de guerre. Elle ne doit avoir qu'un but : la victoire ; qu'une arme : la force ; qu'une loi : celle du salut public&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Ils n'ont jamais pu comprendre&#034;, s'&#233;crie Lissagaray en accusant les dirigeants, &#034;que la Commune &#233;tait une barricade&#034;, et non une administration. Ils ne commenc&#232;rent &#224; le comprendre qu'&#224; la fin, lorsqu'il &#233;tait d&#233;j&#224; trop tard. Kautsky ne l'a pas encore compris. Et rien ne laisse pr&#233;voir qu'il le comprenne un jour.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune a &#233;t&#233; la n&#233;gation vivante de la d&#233;mocratie formelle, car, dans son d&#233;veloppement, elle a signifi&#233; la dictature du Paris ouvrier sur la nation paysanne. Ce fait domine tous tes autres. Quels que fussent les efforts des routiniers politiques au sein de la Commune m&#234;me pour se cramponner &#224; l'apparence de la l&#233;galit&#233; d&#233;mocratique, chaque action de la Commune, insuffisante pour la victoire, &#233;tait suffisante pour convaincre de sa nature ill&#233;gale.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune, c'est-&#224;-dire la municipalit&#233; parisienne, abrogea la conscription nationale. Elle intitula son organe officiel : Journal officiel de la R&#233;publique fran&#231;aise. Bien que timidement, elle toucha &#224; la Banque de France. Elle proclama la s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat et supprima le budget des cultes. Elle entra en relations avec les ambassades &#233;trang&#232;res, etc, etc... Tout cela, elle le fit au nom de la dictature r&#233;volutionnaire. Mais le d&#233;mocrate Cl&#233;menceau, encore vert &#224; l'&#233;poque, ne voulait pas reconna&#238;tre ce droit.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la r&#233;union avec le Comit&#233; Central, Cl&#233;menceau d&#233;clara : &#034;L'insurrection s'est op&#233;r&#233;e sur un motif ill&#233;gitime [...]. Bient&#244;t le Comit&#233; deviendra ridicule et ses d&#233;crets seront m&#233;pris&#233;s... D'ailleurs, Paris n'a aucun droit de s'insurger contre la France il doit reconna&#238;tre absolument l'autorit&#233; de l'Assembl&#233;e&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#226;che de la Commune &#233;tait de dissoudre l'Assembl&#233;e Nationale. Elle n'y a malheureusement pas r&#233;ussi. Et maintenant, Kautsky recherche des circonstances att&#233;nuantes &#224; ses criminels desseins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il fait remarquer que les communards avaient pour adversaires &#224; l'Assembl&#233;e Nationale des monarchistes, tandis qu'&#224; l'Assembl&#233;e Constituante nous avions contre nous... des socialistes en la personne des socialistes-r&#233;volutionnaires et des mencheviks. Voil&#224; bien une totale &#233;clipse d'esprit ! Kautsky parle des mencheviks et des socialistes-r&#233;volutionnaires, mais il oublie l'unique ennemi s&#233;rieux : les cadets. Ils constituaient pr&#233;cis&#233;ment notre parti &#034;versaillais&#034; russe, c'est-&#224;-dire le bloc des propri&#233;taires au nom de la propri&#233;t&#233;, et le professeur Milioukov essayait de toutes ses forces d'imiter le &#034;petit grand homme&#034; Thiers. De tr&#232;s bonne heure - bien avant la r&#233;volution d'Octobre - Milioukov - s'&#233;tait mis &#224; la recherche d'un Galliffet, qu'il avait tour &#224; tour cru trouver en la personne des g&#233;n&#233;raux Kornilov, Alex&#233;iev, Kal&#233;dine, Krasnov ; et apr&#232;s que Koltchak eut rel&#233;gu&#233; &#224; l'arri&#232;re-plan les partis politiques et dissous l'Assembl&#233;e Constituante, le parti cadet, l'unique parti bourgeois s&#233;rieux, de nature essentiellement monarchiste, non seulement ne lui refusa pas son appui, mais l'entoura d'une sympathie encore plus grande.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les mencheviks et les socialistes-r&#233;volutionnaires ne jou&#232;rent chez nous aucun r&#244;le ind&#233;pendant, comme il en est d'ailleurs du parti de Kautsky pendant les &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires d'Allemagne. Ils avaient &#233;difi&#233; toute leur politique sur la coalition avec les cadets, leur assurant ainsi une situation pr&#233;pond&#233;rante qui ne correspondait gu&#232;re au rapport des forces politiques. Les partis socialiste-r&#233;volutionnaire et menchevik n'&#233;taient qu'un appareil de transmission destin&#233; &#224; gagner dans les meetings et aux &#233;lections la confiance politiques des masses r&#233;veill&#233;es par la r&#233;volution pour en faire b&#233;n&#233;ficier le parti imp&#233;rialiste contre-r&#233;volutionnaire cadet - cela ind&#233;pendamment de l'issue des &#233;lections. La d&#233;pendance de la majorit&#233; menchevik et socialiste-r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;gard de la minorit&#233; cadette n'&#233;tait en elle-m&#234;me qu'une raillerie &#224; peine voil&#233;e de l'id&#233;e de &#034;d&#233;mocratie&#034;. Mais ce n'est pas tout. Dans les parties du pays o&#249; le r&#233;gime de &#034;d&#233;mocratie&#034; subsistait assez longtemps, il se terminait in&#233;vitablement par un coup d'Etat contre-r&#233;volutionnaire ouvert. Il en fut ainsi en Ukraine o&#249; la Rada d&#233;mocratique, qui avait vendu le pouvoir sovi&#233;tique &#224; l'imp&#233;rialisme allemand, se vit elle-m&#234;me rejet&#233;e par le monarchiste Skoropadsky. Il en fut ainsi au Kouban, o&#249; la Rada d&#233;mocratique se retrouva sous la botte de Denikine. Il en fut ainsi - et c'est l'exp&#233;rience la plus importante de notre &#034;d&#233;mocratie&#034; - en Sib&#233;rie, o&#249; l'Assembl&#233;e Constituante, formellement domin&#233;e, en l'absence des bolcheviks, par les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mencheviks, et dirig&#233;e en fait par les cadets, conduisit &#224; la dictature de l'amiral tsariste Koltchak. Il en fut ainsi, enfin, dans le Nord, o&#249; les membres de la Constituante, personnifi&#233;s par le gouvernement du socialiste-r&#233;volutionnaire Tchaikovsky, se transform&#232;rent en d&#233;coration de pacotille au profit des g&#233;n&#233;raux contre-r&#233;volutionnaires russes et anglais. Dans tous les petits gouvernements limitrophes, les choses se sont pass&#233;es ou se passent ainsi : en Finlande, en Estonie, en Lettonie, en Lituanie, en Pologne, en G&#233;orgie, en Arm&#233;nie, o&#249;, sous le pavillon formel de la d&#233;mocratie, se renforce la domination des propri&#233;taires fonciers, des capitalistes et du militarisme &#233;tranger. L'ouvrier parisien de 1871 - Le prol&#233;taire p&#233;tersbourgeois de 1917&lt;br class='autobr' /&gt;
Une des comparaisons les plus grossi&#232;res, les plus injustifi&#233;es et les plus honteuses politiquement que fait Kautsky entre la Commune et la Russie sovi&#233;tique, concerne le caract&#232;re de l'ouvrier parisien de 1871 et du prol&#233;taire russe de 1917-1919. Kautsky nous d&#233;peint le premier comme un r&#233;volutionnaire enthousiaste capable de la plus haute abn&#233;gation, le second comme un &#233;go&#239;ste, un profiteur, un anarchiste spontan&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'ouvrier parisien a derri&#232;re lui un pass&#233; trop bien d&#233;fini pour avoir besoin de recommandations r&#233;volutionnaires ou pour devoir se d&#233;fendre des louanges du Kautsky actuel. N&#233;anmoins, le prol&#233;tariat de Petersbourg n'a pas et ne peut avoir de motifs de renoncer &#224; se comparer &#224; son h&#233;ro&#239;que fr&#232;re a&#238;n&#233;. Les trois ann&#233;es de lutte ininterrompue des ouvriers p&#233;tersbourgeois, d'abord pour la conqu&#234;te du pouvoir, ensuite pour son maintien et son affermissement au milieu des souffrances sans pr&#233;c&#232;dent de la faim, du froid, des dangers continuels, constituent une chronique exceptionnelle de l'h&#233;ro&#239;sme et de l'abn&#233;gation collectifs. Kautsky, comme nous le montrons par ailleurs, prend, pour les comparer &#224; lu fine fleur des communards, les &#233;l&#233;ments les plus obscurs du prol&#233;tariat russe. Il ne se distingue en rien sur ce point des sycophantes bourgeois, pour lesquels les communards morts sont toujours infiniment plus attrayants que les vivants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat p&#233;tersbourgeois a pris le pouvoir quarante-cinq ans apr&#232;s le prol&#233;tariat parisien. Cet intervalle nous a dot&#233;s d'une immense sup&#233;riorit&#233;. Le caract&#232;re petit-bourgeois et artisan du vieux et en partie du nouveau Paris est totalement &#233;tranger &#224; Petersbourg, centre de l'industrie la plus concentr&#233;e du monde. Cette derni&#232;re circonstance nous a consid&#233;rablement facilit&#233; nos t&#226;ches d'agitation et d'organisation, ainsi que l'instauration du syst&#232;me sovi&#233;tique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notre prol&#233;tariat est loin de poss&#233;der les riches traditions du prol&#233;tariat fran&#231;ais. Mais en revanche, au d&#233;but de la r&#233;volution pr&#233;sente, la grande exp&#233;rience des insucc&#232;s de 1905 &#233;tait encore vivante dans la m&#233;moire de la g&#233;n&#233;ration a&#238;n&#233;e de nos ouvriers, qui n'oubliait pas le devoir de vengeance qui lui avait &#233;t&#233; l&#233;gu&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les ouvriers russes ne sont pas pass&#233;s, comme les ouvriers fran&#231;ais, par la longue &#233;cole de la d&#233;mocratie et du parlementarisme, &#233;cole qui, &#224; certaines &#233;poques, fut un facteur important de culture politique du prol&#233;tariat. Mais d'autre part, l'amertume des d&#233;ceptions et le poison du scepticisme qui lient - jusqu'&#224; une heure que nous esp&#233;rons proche - la volont&#233; r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat fran&#231;ais, n'avaient pas eu le temps de se d&#233;poser dans l'&#226;me de la classe ouvri&#232;re russe.&lt;br class='autobr' /&gt;
La Commune de Paris a subi un d&#233;sastre militaire avant d'avoir vu se dresser devant elle, de toute leur hauteur, les questions &#233;conomiques. En d&#233;pit des magnifiques qualit&#233;s guerri&#232;res des ouvriers parisiens, le destin militaire de la Commune fut de bonne heure d&#233;sesp&#233;r&#233; : l'ind&#233;cision et l'esprit de conciliation au sommet avaient engendr&#233; la d&#233;sagr&#233;gation &#224; la base.&lt;br class='autobr' /&gt;
La solde de garde national &#233;tait pay&#233;e &#224; 162.000 simples soldats et &#224; 6.500 officiers, mais le nombre de ceux qui allaient r&#233;ellement au combat, surtout apr&#232;s la sortie infructueuse du 3 avril, variait entre vingt et trente mille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces faits ne compromettent nullement les ouvriers parisiens et ne donnent &#224; personne le droit de les traiter de l&#226;ches ou de d&#233;serteurs - bien que les cas de d&#233;sertion n'aient certainement pas &#233;t&#233; rares. La combativit&#233; d'une arm&#233;e requiert avant tout l'existence d'un appareil de direction pr&#233;cis et centralis&#233;. Les communards n'en avaient pas m&#234;me id&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;partement de la guerre de la Commune &#233;tait, selon l'expression d'un auteur, comme dans une chambre sombre o&#249; tout le monde se bousculait. Le bureau du minist&#232;re &#233;tait rempli d'officiers, de gardes qui exigeaient des fournitures militaires, des approvisionnements, ou qui se plaignaient qu'on ne les relev&#226;t pas. On les renvoyait au commandement...&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Tels bataillons, &#233;crit Lissagaray, restaient vingt, trente jours aux tranch&#233;es, d&#233;nu&#233;s du n&#233;cessaire, tels demeuraient continuellement en r&#233;serve [...]. Cette incurie tua vite la discipline. Les hommes braves ne voulurent relever que d'eux seuls, les autres esquiv&#232;rent le service. Les officiers firent de m&#234;me, ceux-ci quittant leur poste pour aller au feu du voisin, ceux-l&#224; abandonnant&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pareil r&#233;gime ne pouvait rester impuni : la Commune fut noy&#233;e dans le sang. Mais &#224; ce sujet, on trouve chez Kautsky une consolation inimitable : &#034;La conduite de la guerre, dit-il en hochant la t&#234;te, n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat&#034; (p. 76).&lt;br class='autobr' /&gt;
Cet aphorisme digne de Pangloss est &#224; la hauteur d'une autre sentence de Kautsky, &#224; savoir que l'Internationale n'est pas une arme utile en temps de guerre, &#233;tant par nature &#034;un instrument de paix&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le Kautsky actuel se r&#233;sume, au fond, tout entier dans ces deux aphorismes ; et sa valeur est &#224; peine sup&#233;rieure au z&#233;ro absolu. La conduite de la guerre, voyez-vous, n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat, d'autant que l'Internationale n'a pas &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e pour une p&#233;riode de guerre. Le navire de Kautsky a &#233;t&#233; construit pour naviguer sur les &#233;tangs et les baies calmes, pas du tout pour la pleine mer et une &#233;poque agit&#233;e. S'il commence &#224; faire eau et coule maintenant &#224; fond, la faute en revient &#224; la temp&#234;te, &#224; la masse d'eau exc&#233;dentaire, &#224; l'immensit&#233; des vagues et &#224; toute une s&#233;rie d'autres circonstances impr&#233;vues auxquelles Kautsky ne destinait pas son magnifique instrument.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le prol&#233;tariat international s'est donn&#233; pour t&#226;che de conqu&#233;rir le pouvoir. Que la guerre civile &#034;en g&#233;n&#233;ral&#034; soit ou non un des attributs indispensables de la r&#233;volution &#034;en g&#233;n&#233;ral&#034;, il n'en reste pas moins incontestable que le mouvement en avant du prol&#233;tariat en Russie, en Allemagne et dans certaines parties de l'ancienne Autriche-Hongrie, a rev&#234;tu la forme d'une guerre civile intense, et ce non seulement sur les fronts int&#233;rieurs, mais sur les fronts ext&#233;rieurs. Si la conduite de la guerre n'est pas le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat, et si l'Internationale ouvri&#232;re n'est bonne que pour les &#233;poques pacifiques, il faut faire une croix sur la r&#233;volution et sur le socialisme, car la conduite de la guerre est un c&#244;t&#233; suffisamment fort du gouvernement capitaliste, qui ne permettra pas aux ouvriers d'arriver au pouvoir sans guerre. Il ne reste plus qu'&#224; consid&#233;rer ce qu'on appelle d&#233;mocratie &#034;socialiste&#034; comme un parasite de la soci&#233;t&#233; capitaliste et du parlementarisme bourgeois, c'est-&#224;-dire &#224; sanctionner ouvertement ce que font en politique les Ebert, les Scheidemann, les Renaudel, et ce contre quoi Kautsky, semble-t-il, s'&#233;l&#232;ve encore.&lt;br class='autobr' /&gt;
La conduite de la guerre n'&#233;tait pas le c&#244;t&#233; fort de la Commune. C'est la raison pour laquelle elle a &#233;t&#233; &#233;cras&#233;e - et avec quelle sauvagerie !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Il faut remonter, &#233;crivait en son temps le lib&#233;ral assez mod&#233;r&#233; Fiaux, aux proscriptions de Sylla, d'Antoine et d'Octave pour trouver pareils assassinats dans l'histoire des nation civilis&#233;es ; les guerres religieuses sous les derniers Valois, la nuit de la Saint-Barth&#233;l&#233;my, l'&#233;poque de la Terreur ne sont en comparaison que des jeux d'enfants. Dans la seule derni&#232;re semaine de mai, on a relev&#233; &#224; Paris 17.000 cadavres de f&#233;d&#233;r&#233;s insurg&#233;s... On tuait encore vers le 15 juin&#034;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La conduite de la guerre n'est pas en g&#233;n&#233;ral le c&#244;t&#233; fort du prol&#233;tariat&#034; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est faux ! Les ouvriers russes ont montr&#233; qu'ils sont capables de se rendre ma&#238;tres aussi de la &#034;machine de guerre&#034;. Nous voyons ici un gigantesque pas en avant par rapport &#224; la Commune. Nous portons coup sur coup &#224; ses bourreaux. La Commune, nous la vengeons, et nous prenons sa revanche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des 168.500 gardes nationaux qui recevaient leur solde, 20 ou 30.000 allaient au combat. Ces chiffres sont une mati&#232;re int&#233;ressante pour les d&#233;ductions qu'on peut en tirer sur le r&#244;le de la d&#233;mocratie formelle en p&#233;riode r&#233;volutionnaire. Le sort de la Commune de Paris ne s'est pas d&#233;cid&#233; dans les &#233;lections, mais dans les combats contre l'arm&#233;e de Thiers. Les 168.500 gardes nationaux repr&#233;sentaient la masse principale des &#233;lecteurs. Mais en fait 20 ou 30.000 hommes, minorit&#233; la plus d&#233;vou&#233;e et la plus combative, ont d&#233;termin&#233; dans les combats les destin&#233;es de la Commune. Cette minorit&#233; n'&#233;tait pas isol&#233;e, elle ne faisait qu'exprimer avec plus de courage et d'abn&#233;gation la volont&#233; de la majorit&#233;. Mais ce n'&#233;tait tout de m&#234;me que la minorit&#233;. Les autres, qui se cach&#232;rent au moment critique, n'&#233;taient pas hostiles &#224; la Commune ; au contraire, ils la soutenaient activement ou passivement, mais ils &#233;taient moins conscients, moins r&#233;solus. Sur l'ar&#232;ne de la d&#233;mocratie politique, leur niveau de conscience plus faible rendit possible la supercherie des aventuriers, des escrocs, des charlatans petits-bourgeois et des honn&#234;tes lourdauds qui se leurraient eux-m&#234;mes. Mais lorsqu'il s'agit d'une guerre de classes d&#233;clar&#233;e, ils suivirent plus ou moins la minorit&#233; d&#233;vou&#233;e. Cette situation trouva encore son expression dans l'organisation de la Garde Nationale. Si l'existence de la Commune s'&#233;tait prolong&#233;e, ces rapports r&#233;ciproques entre l'avant-garde et la masse du prol&#233;tariat se seraient renforc&#233;s de plus en plus. L'organisation qui se serait constitu&#233;e et consolid&#233;e en tant qu'organisation des masses travailleuses dans le processus de la lutte ouverte serait devenue l'organisation de leur dictature, le Soviet des d&#233;put&#233;s du prol&#233;tariat en armes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Notes&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] P.L. Lavrov, La Commune de Paris du 18 mars 1871, Editions de la librairie Goloss, P&#233;trograd, 1919. Les passages cit&#233;s par Trotsky dans ce chapitre se trouvent pp. 64-65, 71, 77, 225, 143-144, 87, 112, 371, 100.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] Nous n'avons pas retrouv&#233; la seconde partie de cette citation que Trotsky attribue &#224; Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, Bruxelles, 1876, p. 106. Les autres passages de cet ouvrage cit&#233;s dans le chapitre ont &#233;t&#233; collationn&#233;s sur l'&#233;dition originale, respectivement pp. 70-71, 107 (citation de Cl&#233;menceau) et 238 (que Trotsky attribue sans doute par erreur &#224; Lavrov).&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] D&#233;claration du Comit&#233; Central de la Garde Nationale du 19 mars 1871, publi&#233;e dans le Journal Officiel de la Commune, 20 mars 1871. Nous avons &#233;galement collationn&#233; sur la source originale les citations faites plus loin : s&#233;ances de la Commune du 30 avril et du 1er mai (JO des 3 et 4 mai), JO des 30 mars et 3 avril, JO du 25 avril (d&#233;claration de Jourde).&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de noter qu'aux &#233;lections communales de 1871 &#224; Paris, 230 000 &#233;lecteurs particip&#232;rent au vote. Aux &#233;lections municipales de novembre 1917 &#224; Petersbourg, en d&#233;pit du boycottage des &#233;lections par tous les partis sauf le n&#244;tre et celui des socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche, qui n'avait presque aucune influence dans la capitale, 390.000 &#233;lecteurs particip&#232;rent au vote. Paris comptait en 1871 2.000.000 d'habitants. Il faut noter que notre syst&#232;me &#233;lectoral &#233;tait incomparablement plus d&#233;mocratique, le Comit&#233; Central de la Garde Nationale ayant fait les &#233;lections sur la base de la loi &#233;lectorale de l'Empire. (Note de l'auteur)&lt;br class='autobr' /&gt;
Extrait de Terrorisme et Communisme&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ecrits de Karl Kautsky :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ceux qui dressent le tableau de la r&#233;volution fran&#231;aise en la pr&#233;sentant comme l'&#339;uvre des philosophes, des Voltaire et des Rousseau, d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre, des orateurs de l'Assembl&#233;e Nationale, des Mirabeau et des Robespierre, ne pouvaient cependant pas ne pas noter que le conflit qui a d&#233;bouch&#233; sur la r&#233;volution provenait de l'antagonisme opposant les deux premiers ordres et le Tiers &#201;tat. Ils ont vu que cet antagonisme n'&#233;tait pas &#233;ph&#233;m&#232;re et contingent : il avait d&#233;j&#224; op&#233;r&#233; dans les &#201;tats G&#233;n&#233;raux de 1614 et dans ceux qui les avaient pr&#233;c&#233;d&#233;s, il avait &#233;t&#233; un facteur essentiel de l'&#233;volution historique, et au premier chef de la consolidation de la royaut&#233; absolue. Il ne pouvait leur &#233;chapper que ce conflit prenait ses racines dans les structures &#233;conomiques. Certes, dans la plupart des ouvrages consacr&#233;s &#224; la p&#233;riode r&#233;volutionnaire, la lutte des classes n'apparaissait pas, elle n'appara&#238;t encore aujourd'hui toujours pas, comme le moteur du bouleversement, mais seulement comme un &#233;pisode situ&#233; au milieu des luttes des philosophes, des orateurs et des hommes d'&#201;tat, comme si ces derni&#232;res n'&#233;taient pas le r&#233;sultat n&#233;cessaire de celle-l&#224;. Il a fallu un gigantesque travail conceptuel pour que ce qui semblait &#234;tre un ph&#233;nom&#232;ne &#233;pisodique, f&#251;t identifi&#233; comme le ressort r&#233;el, non seulement de toute la R&#233;volution, mais aussi de toute l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s depuis que se sont constitu&#233;s les antagonismes de classes. La conception mat&#233;rialiste de l'histoire est encore aujourd'hui tr&#232;s contest&#233;e. Mais l'id&#233;e que la r&#233;volution fran&#231;aise est l'aboutissement d'une lutte de classes entre le Tiers &#201;tat et les deux autres ordres, est en revanche presque g&#233;n&#233;ralement admise depuis longtemps. Elle a cess&#233; d'&#234;tre une th&#233;orie destin&#233;e seulement aux sp&#233;cialistes, elle est devenue totalement populaire, notamment aupr&#232;s de la classe ouvri&#232;re allemande. Les adeptes de cette id&#233;e ont actuellement moins pour t&#226;che de la d&#233;fendre que de la pr&#233;server de toute &#233;dulcoration. Quand on ram&#232;ne le cours de l'histoire &#224; celle des luttes de classes, la tentation est grande de supposer que dans la soci&#233;t&#233; en question il n'y a que deux camps, deux classes en lutte, deux masses compactes et homog&#232;nes, la masse r&#233;volutionnaire et la masse r&#233;actionnaire, qu'il n'y a qu'un &#171; eux et nous &#187;. &#192; ce compte, la t&#226;che de l'historien serait assez facile. Mais la r&#233;alit&#233; est loin d'&#234;tre aussi simple. La soci&#233;t&#233; est un organisme extraordinairement complexe, elle le devient chaque jour davantage, c'est un enchev&#234;trement de classes multiples et d'int&#233;r&#234;ts les plus divers, lesquels peuvent, en fonction de la situation, se regrouper en formant les partis les plus vari&#233;s. Cela vaut pour aujourd'hui, et cela vaut aussi pour l'&#233;poque de la r&#233;volution fran&#231;aise. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Les antagonismes de classes &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise &#187;, 1889&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'action &#233;conomique de l'&#201;tat moderne est l'origine naturelle de l'&#233;volution qui conduit &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste. Nous ne pr&#233;tendons nullement dire par l&#224; que toute mise en r&#233;gie d'une fonction &#233;conomique ou d'une exploitation &#233;conomique constitue un progr&#232;s fait vers la soci&#233;t&#233; socialiste et que celle-ci puisse &#234;tre le r&#233;sultat de la mise en r&#233;gie g&#233;n&#233;rale de toute l'organisation &#233;conomique sans qu'il soit n&#233;cessaire de modifier l'essence de l'&#201;tat. Cette opinion, l'opinion de ce qu'on appelle les socialistes d'&#201;tat, provient d'une id&#233;e fausse de l'&#201;tat. Comme tout &#201;tat, l'&#201;tat moderne est en premier lieu l'arme destin&#233;e &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux des classes dominantes. Sa nature ne se trouve pas atteinte par le fait qu'il se charge de fonctions qui n'int&#233;ressent pas seulement les classes dominantes, mais la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Souvent, il ne se les attribue que parce que, si on les n&#233;gligeait, non seulement l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233;, mais encore la situation des classes dominantes s'en trouveraient menac&#233;s. Mais, en aucun cas, il ne les remplit contrairement aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux des classes sup&#233;rieures ou de fa&#231;on &#224; mettre en p&#233;ril leur pouvoir. Si l'&#201;tat actuel se charge de certaines entreprises, de certaines fonctions, il ne le fait pas pour restreindre l'exploitation capitaliste, mais pour prot&#233;ger et consolider le mode de production capitaliste, ou bien encore pour participer &#224; cette exploitation, augmenter ainsi ses revenus et diminuer les contributions que la classe capitaliste doit verser pour le maintenir. Comme exploiteur, l'&#201;tat a cette sup&#233;riorit&#233; sur le capitaliste individuel de disposer non seulement des forces &#233;conomiques que poss&#232;de le capitaliste, mais encore des pouvoirs politiques dont il jouit comme autorit&#233; publique. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'&#201;tat n'a pratiqu&#233; la mise en r&#233;gie qu'autant qu'elle &#233;tait conforme aux int&#233;r&#234;ts des classes dominantes. Il agira de m&#234;me &#224; l'avenir. Aussi longtemps donc que les classes poss&#233;dantes seront les classes dominantes, la mise &#224; la charge de l'&#201;tat d'entreprises et de fonctions n'ira jamais jusqu'&#224; porter pr&#233;judice d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale au capital et &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re priv&#233;e, de fa&#231;on &#224; restreindre leur pouvoir et leur exploitation.. Ce n'est que quand les classes laborieuses domineront dans l'&#201;tat que celui-ci cessera d'&#234;tre une entreprise capitaliste. Ce n'est qu'alors qu'il sera possible de le transformer en une soci&#233;t&#233; coop&#233;rative et socialiste. Cette constatation est l'origine de la t&#226;che que se propose la d&#233;mocratie socialiste : elle veut que les classes laborieuses conqui&#232;rent le pouvoir politique pour, avec son. aide, transformer l'&#201;tat en une grande coop&#233;rative &#233;conomique se suffisant &#224; elle-m&#234;me pour l'essentiel. (&#8230;) Quand le prol&#233;tariat, en temps que classe consciente, prend part aux luttes parlementaires, dans les &#233;lections et dans l'assembl&#233;e elle-m&#234;me, le parlementarisme commence &#224; changer de nature. Il cesse d&#232;s lors d'&#234;tre un simple moyen de domination de la bourgeoisie. Ces luttes constituent pr&#233;cis&#233;ment le moyen le plus puissant de secouer les couches encore indiff&#233;rentes du prol&#233;tariat, de leur inspirer la confiance et l'espoir. Elles forment le moyen le plus puissant de fondre les diff&#233;rentes cat&#233;gories de prol&#233;taires en une classe unique ; elles sont enfin le moyen le plus puissant dont dispose le prol&#233;tariat pour agir sur le gouvernement et lui arracher les concessions qui peuvent l'&#234;tre dans l'&#233;tat des circonstances. Bref, ces luttes sont le levier le plus puissant pour faire sortir le prol&#233;tariat de son abaissement &#233;conomique, social et moral. Ainsi donc, non seulement la classe ouvri&#232;re n'a aucune raison de rester &#233;trang&#232;re au parlementarisme, elle a, au contraire, tous les motifs de fortifier le Parlement au d&#233;triment de l'autorit&#233; publique, de fortifier sa repr&#233;sentation dans le Parlement. A c&#244;t&#233; du droit de coalition et de la libert&#233; de la presse, le suffrage universel est la condition du d&#233;veloppement du prol&#233;tariat. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Le programme socialiste &#187;, 1892&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous trouvons avant tout entre les r&#233;volutions pr&#233;c&#233;dentes et celle d'aujourd'hui, cette grande diff&#233;rence que dans celle-ci, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde, le prol&#233;tariat industriel appara&#238;t en vainqueur &#224; l'&#233;tat de force directrice ind&#233;pendante. L'insurrection de la Commune de Paris, en 1871, n'&#233;tait que l'insurrection d'une seule ville et elle fut d&#233;faite au bout de quelques semaines. Aujourd'hui nous voyons la R&#233;volution en marche, depuis un an d&#233;j&#224;, de la mer Glaciale &#224; la mer Noire, de la Baltique &#224; l'Oc&#233;an Pacifique, et le prol&#233;tariat croissant sans cesse en elle, en force et en conscience. A la v&#233;rit&#233;, nous n'avons pas encore le pouvoir absolu, pas encore la dictature du prol&#233;tariat, pas encore la R&#233;volution socialiste ; nous n'en avons que le commencement. Le prol&#233;tariat de Russie ne fait que briser ses cha&#238;nes afin d'avoir les mains libres pour la lutte de classe contre le capital ; il ne se sent pas encore assez vigoureux pour s'attaquer &#224; l'expropriation du capital. Mais d&#233;j&#224; le mot d'ordre de : lutte de classe prol&#233;tarienne est, au point de vue socialiste, un progr&#232;s consid&#233;rable en comparaison des r&#233;volutions de 1648 et de 1789. (&#8230;) Aujourd'hui, au commencement du vingti&#232;me si&#232;cle, les rapports internationaux sont devenus si &#233;troits que le d&#233;but de la R&#233;volution en Russie a d&#233;j&#224; suffi &#224; &#233;veiller un &#233;cho enthousiaste dans le prol&#233;tariat du monde entier, d'acc&#233;l&#233;rer le mouvement de la lutte de classe, et de faire trembler, du premier coup sur ses fondements, l'empire d'Autriche, voisin de la Russie. Au contraire, une coalition des puissances europ&#233;ennes contre la R&#233;volution, comme en 1793, n'est pas &#224; pr&#233;voir. L'Autriche est en ce moment absolument hors d'&#233;tat de mener une action vigoureuse &#224; l'ext&#233;rieur ; en France, le prol&#233;tariat serait, malgr&#233; tout, assez fort vis-&#224;-vis du gouvernement r&#233;publicain pour lui rendre impossible toute intervention pour le tsarisme, si jamais les gouvernants avaient la folie d'en former le dessein. Ce n'est donc pas &#224; une coalition contre la R&#233;volution qu'il faut s'attendre : il n'y a qu'une puissance &#224; laquelle on attribue encore l'id&#233;e d'une intervention en Russie, c'est l'empire d'Allemagne. Mais les gouvernants de l'empire d'Allemagne se garderont bien, sans doute aussi, de d&#233;cha&#238;ner une guerre qui ne serait pas une guerre nationale, mais donnerait l'impression d'une guerre dynastique, aussi impopulaire, aussi odieuse que le fut en Russie la guerre contre le Japon, et qui pourrait amener, pour les gouvernements de l'Allemagne, les m&#234;mes cons&#233;quences int&#233;rieures que la guerre russo-japonaise a amen&#233;es pour le tsarisme. Quoi qu'il en soit sur ce point, en aucun cas nous ne devons nous attendre &#224; une &#232;re de longues guerres mondiales comme celle qu'inaugura la R&#233;volution fran&#231;aise ; nous n'avons, par cons&#233;quent, pas &#224; craindre que la R&#233;volution russe n'aboutisse comme celle-l&#224; &#224; une dictature militaire ou &#224; une sorte de Sainte-Alliance. Ce qui promet de s'ouvrir c'est, au contraire, une &#232;re de r&#233;volutions europ&#233;ennes, qui aboutiront &#224; la dictature du prol&#233;tariat, &#224; la mise en train de la soci&#233;t&#233; socialiste. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Ancienne et nouvelle R&#233;volution &#187;, Le Socialiste, 9 d&#233;cembre 1905&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Si le patriotisme de la bourgeoisie et le patriotisme du prol&#233;tariat sont deux choses tout &#224; fait diff&#233;rentes, et m&#234;me oppos&#233;es, il y a quand m&#234;me des situations dans lesquelles ces deux sortes de patriotisme peuvent converger pour agir de concert, m&#234;me dans le cas d'une guerre. La bourgeoisie et le prol&#233;tariat d'une nation sont l'un comme l'autre int&#233;ress&#233;s &#224; son ind&#233;pendance et &#224; son autonomie, ils veulent tous deux l'&#233;limination et l'&#233;loignement de toute sorte d'oppression et d'exploitation par une nation &#233;trang&#232;re ; au cours des luttes nationales naissant de pareilles aspirations, le patriotisme du prol&#233;tariat s'est toujours uni &#224; celui de la bourgeoisie. Depuis lors, cependant, le prol&#233;tariat est devenu une force qui, chaque fois que l'Etat subit un grand &#233;branlement, se montre dangereuse pour les classes dirigeantes ; depuis lors, &#224; la fin de toute guerre, la r&#233;volution menace, comme l'ont montr&#233; la Commune de Paris et le terrorisme russe apr&#232;s la guerre russo-turque ; et depuis lors, m&#234;me la bourgeoisie des nations qui ne sont pas du tout ou trop peu ind&#233;pendantes et unifi&#233;es a effectivement abandonn&#233; ses buts nationaux lorsqu'ils ne pouvaient &#234;tre atteints que par le renversement du gouvernement, car elle d&#233;teste et redoute la r&#233;volution plus qu'elle n'aime l'ind&#233;pendance et la grandeur de la nation. C'est pourquoi elle renonce &#224; l'ind&#233;pendance de la Pologne et laisse subsister des formes d'&#201;tats aussi ant&#233;diluviens que l'Autriche et la Turquie, qui, il y a une g&#233;n&#233;ration d&#233;j&#224;, semblaient destin&#233;s &#224; dispara&#238;tre. De ce fait, les probl&#232;mes nationaux qui, aujourd'hui encore, ne peuvent &#234;tre r&#233;solus que par la guerre ou la r&#233;volution ne pourront d&#233;sormais trouver une solution qu'apr&#232;s la victoire pr&#233;alable du prol&#233;tariat. Car ils prendront aussit&#244;t, en raison de la solidarit&#233; internationale, une toute autre forme aujourd'hui, dans la soci&#233;t&#233; de l'exportation et de l'oppression. Le prol&#233;tariat des &#201;tats capitalistes n'aura plus &#224; s'occuper comme aujourd'hui de ses luttes pratiques, il pourra consacrer toutes ses forces &#224; d'autres t&#226;ches. &#187; (pp. 12-14.)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Entre-temps, il devient de moins en moins vraisemblable que le patriotisme prol&#233;taire et le patriotisme bourgeois puissent encore s'unir pour d&#233;fendre la libert&#233; de leur pays. &#187; La bourgeoisie fran&#231;aise, dit-il, s'est unie au tsarisme. La Russie n'est plus un danger pour la libert&#233; de l'Europe occidentale, parce que affaiblie par la r&#233;volution. &#171; Dans ces conditions, on ne doit plus s'attendre &#224; assister encore &#224; une guerre de d&#233;fense nationale au cours de laquelle le patriotisme prol&#233;tarien et le patriotisme bourgeois pourraient s'allier. &#187; (p. 16.)&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous avons vu pr&#233;c&#233;demment qu'avaient cess&#233; les oppositions qui, au XIXe si&#232;cle encore, pouvaient obliger bien des peuples libres &#224; entrer en conflit arm&#233; avec leurs voisins, nous avons vu que le militarisme actuel ne servait plus du tout la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts essentiels du peuple, mais seulement du profit ; qu'il ne contribuait plus &#224; maintenir l'ind&#233;pendance et l'int&#233;grit&#233; nationales qui ne sont menac&#233;es par personne, mais seulement &#224; conserver et &#224; &#233;tendre les conqu&#234;tes d'outre-mer qui favorisent uniquement le profit capitaliste. Les oppositions actuelles entre les &#201;tats ne permirent plus de mener une guerre &#224; laquelle le patriotisme prol&#233;tarien ne devrait pas s'opposer de la mani&#232;re la plus cat&#233;gorique. &#187; (p. 23.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Patriotisme et social-d&#233;mocratie &#187; (1907)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La Commune de Paris constitue comme on l'a d&#233;j&#224; dit, la derni&#232;re grande d&#233;faite du prol&#233;tariat. Depuis, la classe ouvri&#232;re a fait des progr&#232;s constants dans presque tous les pays, suivant la m&#233;thode que nous avons d&#233;crite ; progr&#232;s moins rapides que ce que nous esp&#233;rions mais plus s&#251;rs que ceux de tous les mouvements r&#233;volutionnaires ant&#233;rieurs... Depuis 1871, le mouvement ouvrier ne souffr&#238;t de revers notables que dans quelques cas. Et &#224; chaque fois, l'erreur fut caus&#233;e par l'intervention de certaines personnes qui se servirent des moyens que l'usage d&#233;signe actuellement comme anarchistes et qui r&#233;pondent en tout cas &#224; la tactique de la &#034;propagande par le fait&#034; pr&#234;ch&#233;e par l'immense majorit&#233; des anarchistes actuels. Souvenons-nous le pr&#233;judice que les anarchistes occasionn&#232;rent &#224; l'Internationale et au soul&#232;vement espagnol de 1873. Cinq ans apr&#232;s ce soul&#232;vement, se produisit la r&#233;action g&#233;n&#233;rale de col&#232;re provoqu&#233;e par les attentas de H&#246;del et Nobiling ; sans ces attentats, Bismark aurait difficilement pu faire approuver la loi contre les socialistes... Ensuite, ce fut en Autriche o&#249;... la puissante &#233;nergie du mouvement socialiste fut cass&#233;e non pas par les autorit&#233;s mais par la fureur g&#233;n&#233;rale de la population qui attribua aux socialistes l'oeuvre de ces anarchistes. Un autre revers se produisit en Am&#233;rique en 1886. Le mouvement ouvrier avait pris alors dans ce pays une impulsion rapide et puissante... Le 4 mai 1886, lors d'un des nombreux affrontements qui se produisirent &#224; cette &#233;poque entre la police et les ouvriers, fut lanc&#233;e &#224; Chicago la fameuse bombe. On ignore toujours qui fut l'auteur de l'attentat. Les anarchistes ex&#233;cut&#233;s pour ce fait le 11 novembre et leurs camarades condamn&#233;s &#224; plusieurs ann&#233;es de prison furent victimes d'un assassinat judiciaire. Mais l'acte r&#233;pondait &#224; la tactique qu'avaient toujours pr&#233;conis&#233;e les anarchistes et, pour cette raison, d&#233;cha&#238;na la furie de la bourgeoisie am&#233;ricaine, sema le d&#233;sordre dans les rangs ouvriers et discr&#233;dita les socialistes qui souvent ne purent ou ne surent se distinguer des anarchistes... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Le chemin du pouvoir &#187; (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La situation politique dans laquelle se trouve le prol&#233;tariat laisse pr&#233;voir que, tant qu'il le pourra, il tentera de profiter de l'usage exclusif des m&#233;thodes l&#233;gales mentionn&#233;es plus haut. Le danger de voir cette tendance contrecarr&#233;e, r&#233;side surtout dans l'exasp&#233;ration des classes dominantes. Leurs hommes d'Etat souhaitent g&#233;n&#233;ralement cet acc&#232;s de col&#232;re, et si possible, non seulement de la part de la classe dirigeante mais aussi de celle de la masse des indiff&#233;rents ; ils d&#233;sirent voir la col&#232;re &#233;clater le plus t&#244;t possible, avant que le parti socialiste n'aie la force de r&#233;sister. C'est l'unique moyen qui leur reste encore pour retarder, pour quelques ann&#233;es au moins, la victoire des socialistes... C'est pourquoi le parti socialiste n'a aucun raison d'adopter cette politique d&#233;sesp&#233;r&#233;e ; il a m&#234;me toutes les raisons de manoeuvrer de fa&#231;on &#224; ce que l'acc&#232;s de col&#232;re des dirigeants, s'il &#233;tait in&#233;vitable, soit retard&#233; le plus possible afin qu'il n'&#233;clate que lorsque le prol&#233;tariat sera devenu suffisamment fort pour combattre la col&#232;re et la dominer sans avoir besoin d'autres moyens ; de cette mani&#232;re, cet acc&#232;s de rage sera le dernier et les dommages qu'il causera, les sacrifices qu'il co&#251;tera seront les plus minimes possibles. Le parti socialiste doit donc &#233;viter et m&#234;me combattre tout ce qui pourrait &#233;quivaloir &#224; une provocation inutile des classes dirigeantes, tout ce qui pourrait donner &#224; leurs hommes d'Etat un pr&#233;texte pour r&#233;veiller chez les bourgeois et leur coterie le d&#233;cha&#238;nement de fureur assassine dont les socialistes payeraient les cons&#233;quences. Si nous d&#233;clarons qu'il est impossible d'organiser les r&#233;volutions, si nous jugeons qu'il est insens&#233; et m&#234;me funeste de vouloir fomenter une r&#233;volution, et si nous oeuvrons en cons&#233;quence, ce n'est certainement pas par amour pour nos gouvernants, mais seulement dans l'int&#233;r&#234;t du prol&#233;tariat militant. Et sur ce point, la social-d&#233;mocratie allemande est d'accord avec les partis socialistes des autres pays. Gr&#226;ce &#224; cette attitude les hommes d'Etat des classes dirigeantes n'ont pu jusqu'&#224; maintenant s'acharner sur le prol&#233;tariat militant comme ils l'auraient voulu. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky , cit&#233; par lui-m&#234;me dans &#171; Le chemin du pouvoir &#187; (1909), &lt;br class='autobr' /&gt;
en r&#233;f&#233;rence &#224; un texte de 1893 paru &#224; l'occasion du douzi&#232;me anniversaire du Neue Zeit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour cela, les forces du prol&#233;tariat devront augmenter consid&#233;rablement dans le feu de la lutte ; le prol&#233;tariat ne pourra sortir victorieux de celle-ci, il ne pourra atteindre l'objectif d&#233;fini plus haut, c'est-&#224;-dire la d&#233;mocratie et la suppression du militarisme, s'il n'arrive pas &#224; prendre une position dominante dans l'Etat... La folie de l'armement ira croissante jusqu'&#224; ce que le prol&#233;tariat aie la force de diriger la politique de l'Etat, jusqu'&#224; ce qu'il aie la force de mettre fin &#224; la politique imp&#233;rialiste et de la remplacer par le socialisme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Le chemin du Pouvoir &#187; (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... L'Etat est un instrument, il est l'instrument le plus formidable de domination classiste, et la r&#233;volution sociale vers laquelle tendent tous les efforts du prol&#233;tariat ne pourra s'accomplir tant qu'il n'aura pas conquis le pouvoir politique... Il incombe au parti socialiste d'assortir toutes les diff&#233;rentes modalit&#233;s d'action,... conscient du dessein qu'il cherche &#224; atteindre et qui culminera dans les grandes luttes finales par la conqu&#234;te du pouvoir politique. Telle est la conception expos&#233;e dans le Manifeste du Parti Communiste et reconnue aujourd'hui par les socialistes de tous les pays. C'est sur elle que repose le socialisme international de notre &#233;poque. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Le chemin du pouvoir &#187; (1909)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La l&#233;gislation directe par le peuple ne peut... rendre le parlement superflu... Il est absolument impossible que cette l&#233;gislation directe d&#233;cide de la l&#233;gislation d'un Etat... Aussi longtemps que subsisteront les grands Etats modernes, la majeure partie de l'autorit&#233; incombera aux parlements. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Kautsky, &#171; Programme de Erfurt &#187; (1891)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;... l'id&#233;e que le parlementarisme &#233;tait, avant tout, une repr&#233;sentation de la bourgeoisie,... &#233;tait, d'une certaine fa&#231;on, justifiable... du moins... du temps o&#249; Rittinghaussen con&#231;u son projet de l&#233;gislation directe. De nos jours, ce n'est plus le cas. En effet, entre ce moment-l&#224; et aujourd'hui s'&#233;tend une p&#233;riode de forte pouss&#233;e prol&#233;tarienne. Il faudrait &#234;tre aveugle pour soutenir que le syst&#232;me repr&#233;sentatif assure, m&#234;me sous le r&#232;gne du suffrage universel, la domination de la bourgeoisie, et que, pour la renverser, il faudrait donc rompre avec ce syst&#232;me. Il est clair aujourd'hui qu'un r&#233;gime r&#233;ellement parlementaire peut &#234;tre un instrument de la dictature du prol&#233;tariat comme il le fut pour la dictature de la bourgeoisie.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Parlementarisme et socialisme &#187; (1893)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; ... la dictature du prol&#233;tariat est l'utilisation du pouvoir de classe du prol&#233;tariat dans le contexte des libert&#233;s d&#233;mocratiques... pour transformer les rapports sociaux et r&#233;primer, avec la force et l'autorit&#233; &#233;manant du consensus de la majorit&#233;, l'action des contre-r&#233;volutionnaires. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kautsky, &#171; Edouard Bernstein et la social-d&#233;mocratie allemande &#187; (1899)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1086&#034;&gt;Commentaire de &#034;La lutte des classes en France en 1789&#034; de Kautsky (1889)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399&#034;&gt;Kautsky, tra&#238;tre &#224; la classe ouvri&#232;re, au marxisme et &#224; la r&#233;volution durant la premi&#232;re guerre mondiale&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1905/12/kautsky_19051209.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ancienne et nouvelle R&#233;volution, Kautsky, d&#233;cembre 1905&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1908/00/kautsky_19080000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky, &#171; Les trois sources du marxisme, 1908&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1089&#034;&gt;&#171; Le programme socialiste &#187;, Kautsky, 1892&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1889/00/antagonismes-table.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky, Les antagonismes de classes &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise, 1889&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110a.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky, &#171; La Dictature du prol&#233;tariat &#187;, 1918, commentaire de L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3132&#034;&gt;Lettres d'Engels &#224; Kautsky&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1918/11/vl19181110.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; La r&#233;volution prol&#233;tarienne et le r&#233;n&#233;gat Kautsky &#187; de L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.matierevolution.org/spip.php?article3084&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky et la r&#233;volution russe, comment&#233; par L&#233;nine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/works/1922/00/kautsky_19220000.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Rosa Luxemburg et le bolchevisme &#187;, Kautsky, 1922&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/1912/00/pannek_19120001.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pannekoek contre Kautsky : &#171; Action de masse et r&#233;volution &#187;, 1912&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/archive/kautsky/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Kautsky in english&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/kautsky/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#338;uvre de Kautsky en fran&#231;ais&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La premi&#232;re guerre mondiale en Europe n'&#233;tait nullement une surprise pour Marx, Engels et les r&#233;volutionnaires marxistes qui estimaient que le monde entrait dans l'&#232;re des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions !</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3399</link>
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		<dc:date>2014-09-10T01:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La premi&#232;re guerre mondiale en Europe n'&#233;tait nullement une surprise pour Marx, Engels et les r&#233;volutionnaires marxistes qui estimaient que le monde entrait dans l'&#232;re des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand Marx, Engels, Kautsky (encore r&#233;volutionnaire pour peu de temps), Trotsky, Rosa Luxemburg et L&#233;nine annon&#231;aient bien longtemps &#224; l'avance que l'Europe allait in&#233;luctablement vers la guerre mondiale&#8230; et en m&#234;me temps vers la r&#233;volution mondiale ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Marx a expos&#233;, d&#232;s la fin de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique77" rel="directory"&gt;1-2 R&#233;formisme, stalinisme et fascisme contre la r&#233;volution sociale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La premi&#232;re guerre mondiale en Europe n'&#233;tait nullement une surprise pour Marx, Engels et les r&#233;volutionnaires marxistes qui estimaient que le monde entrait dans l'&#232;re des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quand Marx, Engels, Kautsky (encore r&#233;volutionnaire pour peu de temps), Trotsky, Rosa Luxemburg et L&#233;nine annon&#231;aient bien longtemps &#224; l'avance que l'Europe allait in&#233;luctablement vers la guerre mondiale&#8230; et en m&#234;me temps vers la r&#233;volution mondiale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx a expos&#233;, d&#232;s la fin de la guerre franco-allemande de 1870, qu'une nouvelle guerre opposant la France alli&#233;e &#224; la Russie d'un c&#244;t&#233; et l'Allemagne de l'autre en d&#233;coulait n&#233;cessairement et que cette guerre serait cette fois mondiale. Engels a expliqu&#233; ensuite dans de multiples articles et courriers que la perspective de la guerre mondiale se couplait avec la mont&#233;e du mouvement ouvrier et des r&#233;volutions (r&#233;volutions sociales comme r&#233;volutions des nationalit&#233;s contre les empires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx &#233;crit ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quiconque n'est pas compl&#232;tement abruti par les criailleries du moment ou n'a pas int&#233;r&#234;t &#224; duper le peuple allemand, doit reconna&#238;tre que la guerre de 1870 porte tout aussi n&#233;cessairement dans son sein une guerre entre l'Allemagne et la Russie alli&#233;e &#224; la France que la guerre de 1870 est elle-m&#234;me n&#233;e de celle de 1866. Je dis fatalement, sauf dans le cas peu probable o&#249; une r&#233;volution &#233;claterait auparavant en Russie. &#187;&lt;/i&gt; (lettre de fin ao&#251;t 1870 au comit&#233; social-d&#233;mocrate de Brunswick)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarquera dans ce courrier comme dans les textes qui suivent que Marx et Engels, loin de pr&#233;dire que la r&#233;volution europ&#233;enne allait d&#233;buter forc&#233;ment dans les pays les plus d&#233;velopp&#233;s d'Europe comme on leur pr&#234;te &#224; tort, ont parfaitement analys&#233; le r&#244;le r&#233;volutionnaire de la situation en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels affirmait d&#233;j&#224;, d&#233;but 1886, concernant la perspective de guerre europ&#233;enne, que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La guerre, si elle &#233;clate, ne sera men&#233;e que dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;volution&#8230; Une guerre mondiale d'une ampleur et d'une violence encore jamais vues. Huit &#224; dix millions de soldats s'entr&#233;gorgeront ; ce faisant, ils d&#233;voreront toutes l'Europe comme jamais ne le fit encore une nu&#233;e de sauterelles. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels reprend plus en d&#233;tails ces id&#233;es dans une lettre &#224; Lafargue repoduite par le journal Le Socialiste, organe du Parti ouvrier, le 6 novembre 1886, article r&#233;&#233;dit&#233; ensuite en Am&#233;rique par le journal Der Socialist et le journal Sozial-demokrat ainsi que la Revista Socialista en Roumanie en d&#233;cembre 1886 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Sous Napol&#233;on III, la rive gauche du Rhin avait servi &#224; d&#233;tourner vers l'ext&#233;rieur les passions r&#233;volutionnaires ; de m&#234;me, le gouvernement russe montra au peuple inquiet et remuant la conqu&#234;te de Constantinople, la &#171; d&#233;livrance &#187; des Slaves opprim&#233;s par les Turcs, et leur r&#233;union en une grande f&#233;d&#233;ration sous la pr&#233;sidence de la Russie&#8230; Le chauvinisme grandissait de jour en jour et devenait mena&#231;ant pour le gouvernement russe&#8230; Le chauvinisme slavophile est plus puissant que le tsar, il faut qu'il c&#232;de par peur d'une r&#233;volution, les slavophiles s'allieraient aux constitutionnels, aux nihilistes, enfin &#224; tous les m&#233;contents. La d&#233;tresse financi&#232;re complique la situation. Personne ne veut plus pr&#234;ter &#224; ce gouvernement qui a d&#233;j&#224; emprunt&#233; 1 milliard 750.000 francs &#224; Londres et qui menace la paix europ&#233;enne&#8230; La r&#233;volution en Russie changerait imm&#233;diatement la situation en Allemagne : elle d&#233;truirait d'un coup cette foi aveugle en la toute-puissance de Bismarck, qui lui assure le concours des classes dirigeantes ; elle murirait la r&#233;volution en Allemagne&#8230; Pour se sauver de la r&#233;volution, le pauvre tsar est oblig&#233; de faire un nouveau pas en avant. Mais chaque pas devient plus dangereux ; car il ne se fait qu'au risque d'une guerre europ&#233;enne, ce que la diplomatie russe a toujours cherch&#233; &#224; &#233;viter. Il est certain que, s'il y a intervention directe du gouvernement russe en Bulgarie et qu'elle am&#232;ne des complications ult&#233;rieures, il arrivera un moment o&#249; l'hostilit&#233; des int&#233;r&#234;ts russes et autrichiens &#233;clatera ouvertement. Il sera alors impossible de localiser la guerre ; elle deviendra g&#233;n&#233;rale&#8230; Il est plus que probable que, si la guerre &#233;clate entre la Russie et l'Autriche, l'Allemagne viendra au secours de cette derni&#232;re pour emp&#234;cher son complet &#233;crasement&#8230; Afin d'&#233;chapper &#224; une r&#233;volution en Russie, il faut au tsar Constantinople ; Bismarck h&#233;site, il voudrait le moyen d'&#233;viter l'une et l'autre &#233;ventualit&#233;. Et la France ? Les Fran&#231;ais patriotes, qui depuis seize ans r&#234;vent de revanche, croient qu'il n'y a rien de plus naturel que de saisir l'occasion qui peut-&#234;tre s'offrira. Mais, pour notre parti, la question n'est pas aussi simple ; elle ne l'est pas m&#234;me pour messieurs les chauvins. Une guerre de revanche, faite avec l'alliance et sous l'&#233;gide de la Russie, pourrait amener une r&#233;volution ou une contre-r&#233;volution en France&#8230; La force qui, en Europe, pousse &#224; une guerre est grande&#8230; Une guerre g&#233;n&#233;rale nous rejetterait en arri&#232;re&#8230; La r&#233;volution en Russie et en France serait retard&#233;e : notre parti subirait le sort de la Commune de 1871. Sans doute, les &#233;v&#233;nements finiraient par tourner en notre faveur ; mais quelle perte de temps, quels sacrifices, quels nouveaux obstacles &#224; surmonter !... Cette guerre qui nous menace jetterait dix millions de soldats sur le champ de bataille&#8230; Si guerre il y a, elle ne se fera que dans le but d'emp&#234;cher la r&#233;volution ; en Russie, pour pr&#233;venir l'action commune de tous les m&#233;contents, slavophiles, constitutionnalistes, nihilistes, paysans ; en Allemagne, pour maintenir Bismarck ; en France, pour refouler le mouvement victorieux des socialistes et pour r&#233;tablir la monarchie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les courriers d'Engels continuent ce type d'analyse. Par exemple, le 13 septembre 1886, Engels &#233;crit &#224; Bebel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour Bismarck et l'Empereur, l'alternative est la suivante : d'une part, r&#233;sister &#224; la Russie et avoir alors la perspective d'une alliance franco-russe et d'une guerre mondiale, ou la certitude d'une r&#233;volution russe gr&#226;ce &#224; l'alliance des panslavistes et des nihilistes ; d'autre part, c&#233;der &#224; la Russie, autrement dit trahir l'Autriche&#8230; En tout cas, l'antagonisme entre l'Autriche et la Russie s'est aiguis&#233; dans les Balkans, au point que la guerre semble plus vraisemblable que la paix. Et ici, il n'y a plus de localisation possible de la guerre&#8230; Bref, il y aura un chaos et la seule certitude est : boucherie et massacre d'une ampleur sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire ; &#233;puisement de toute l'Europe &#224; un degr&#233; inou&#239; jusqu'ici, enfin effondrement de tout le vieux syst&#232;me&#8230; La meilleure solution serait la r&#233;volution russe, que l'on ne peut escompter qu'apr&#232;s de tr&#232;s lourdes d&#233;faites de l'arm&#233;e russe. Ce qui est certain, c'est que la guerre aurait pour premier effet de rejeter notre mouvement &#224; l'arri&#232;re-plan dans toute l'Europe, voire le disloquerait totalement dans de nombreux pays, attiserait le chauvinisme et la haine entre les peuples, et parmi les nombreuses possibilit&#233;s n&#233;gatives nous assurerait seulement d'avoir &#224; recommencer apr&#232;s la guerre par le commencement, bien que le terrain lui-m&#234;me serait alors bien plus favorable qu'aujourd'hui. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 23 octobre 1886, il rajoutait, dans une lettre &#224; Bebel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les Russes ont dit &#224; Bismarck, et il sait que c'est vrai, que &#171; Nous avons besoin de grands succ&#232;s du c&#244;t&#233; de Constantinople ou bien, alors, c'est la r&#233;volution &#187;&#8230; Or ce que Bismarck redoute le plus, c'est une r&#233;volution russe, car la chute du tsarisme russe entra&#238;ne avec elle celle du r&#232;gne prusso-bismarckien. Et c'est pour cela qu'il met tout en &#339;uvre pour emp&#234;cher l'effondrement de la Russie &#8211; malgr&#233; l'Autriche, malgr&#233; l'indignation des bourgeois allemands, malgr&#233; que Bismarck sache qu'il enterre lui aussi en fin de compte son syst&#232;me&#8230; Nul ne peut pr&#233;voir quel sera le regroupement des combattants : avec qui l'un s'alliera et contre qui il s'alliera. Il est clair que l'issue finale sera la r&#233;volution. Mais avec quels sacrifices ! Avec quelle d&#233;perdition des forces &#8211; et apr&#232;s combien de tourments et de zigzags ! (&#8230;) Qu'il y ait la guerre ou la paix, l'h&#233;g&#233;monie allemande est an&#233;antie depuis quelques mois, et l'on redevient le laquais servile de la Russie. Or, ce n'&#233;tait que cette satisfaction chauvine, &#224; savoir &#234;tre l'arbitre de l'Europe, qui cimentait tout le syst&#232;me politique allemand. La crainte du prol&#233;tariat fait certainement le reste&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Insistons, durant toutes les ann&#233;es 1880, Engels r&#233;p&#232;te que &lt;i&gt;&#171; La Russie est &#224; l'avant-garde du mouvement r&#233;volutionnaire en Europe. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La social-d&#233;mocratie, &#224; commencer par celle, dirigeante d'Allemagne, avec son chef th&#233;orique Kautsky aura fait ce qu'elle a pu pour effacer de telles analyses, faire croire qu'elle ne faisait que suivre Marx et Engels en affirmant que la r&#233;volution devait commencer dans les pays les plus d&#233;velopp&#233;s d'Europe de l'Ouest, que le d&#233;veloppement &#233;conomique et le r&#233;formisme pouvaient croitre sans limite, sans menace, sans n&#233;cessaire r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais jusqu'en 1907, Kautsky lui-m&#234;me avait affirm&#233; tout le contraire, comme lui rappelle L&#233;nine dans son journal de guerre intitul&#233; &#171; Contre le courant &#187; qu'il r&#233;dige avec Zinoviev. Ici dans un article intitul&#233; &#171; Encore au sujet de la guerre civile &#187; du 29 f&#233;vrier 1916 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je ne puis me rappeler un seul exemple dans l'histoire o&#249; l'on ait vu qu'en r&#233;ponse &#224; une d&#233;claration de guerre, il se produisait une insurrection dans le pays m&#234;me qui ouvrait les hostilit&#233;s. &#187; Voil&#224; ce qu'&#233;crit le thoricien le plus en vue de la deuxi&#232;me internationale, Karl Kautsky (dans la Neue Zeit, 1916, n&#176;18, 567). Et Kautsky &#233;crit ainsi non pas au d&#233;but m&#234;me de la guerre, mais dix-huit mois apr&#232;s l'ouverture des hostilit&#233;s&#8230; Nous sommes en pr&#233;sence du fond m&#234;me de la politique de Kautsky, - toute rong&#233;e par le fatalisme &#171; historique &#187;, toute couverte de sa moisissure d'opportunisme. Il &#171; ne peut se rappeler un seul exemple dans l'histoire &#187;, ce th&#233;oricien de la deuxi&#232;me internationale ! Et, se fondant l&#224;-dessus, il nie la possibilit&#233; des actes r&#233;volutionnaires contre la guerre imp&#233;rialiste de 1914-1916 !! (&#8230;) Kautsky peut-il &#171; se rappeler au moins un exemple dans l'histoire &#187;, o&#249; l'on aurait vu une poign&#233;e de brigands imp&#233;rialistes oser entreprendre une pareille guerre, si oppos&#233;e aux int&#233;r&#234;ts de centaines de millions d'hommes, si sanglante, si r&#233;actionnaire, si impudemment esclavagiste, si lourde d'incalculables malheurs et souffrances pour les grandes masses populaires ? Kautsky peut-il se rappeler &#171; au moins un exemple dans l'histoire &#187;, o&#249; une guerre mondiale se serait produite alors que les conditions mat&#233;rielles d'une r&#233;volution socialiste avaient m&#251;ri dans les rapports de production des plus importants pays de l'Europe et des Etats-Unis d'Am&#233;rique ? (&#8230;) Pour se justifier devant les social-chauvins, Kautsky &#233;crit dans le m&#234;me article : &#171; Que la guerre qui commence am&#232;ne une r&#233;volution, je ne m'y suis pas attendu, pas plus que ne s'y attendait Bebel. &#187; (&#8230;) Kautsky, en parlant ainsi, &#233;nonce tout simplement&#8230; un mensonge. Dans sa brochure &#171; Le chemin du pouvoir &#187; (1908), om l'on entend le chant du cygne de Kautsky en tant que marxiste r&#233;volutionnaire, il pla&#231;ait la r&#233;volution en connexion directe avec la guerre, et parlait nettement de l' &#171; &#233;poque des guerres et des r&#233;volutions &#187;&#8230; Que voulions nous dire en lan&#231;ant le mot d'ordre de la transformation de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile ? Nous voulions dire ce qui avait &#233;t&#233; reconnu des centaines de fois par tous les leaders de la deuxi&#232;me internationale dans les ann&#233;es qui pr&#233;c&#233;d&#232;rent la guerre, savoir : que les conditions objectives de notre &#233;poque mettent en connexion la guerre et la r&#233;volution. Rien de plus ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours dans le journal Contre le courant de L&#233;nine et Zinoviev, un article intitul&#233; &#171; La deuxi&#232;me internationale et le probl&#232;me de la guerre &#8211; Renon&#231;ons-nous &#224; notre h&#233;ritage ? &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Voil&#224; ce qu'&#233;crit Engels dans son article &#171; La politique &#233;trang&#232;re du tsarisme &#187; : &#171; Que se passera-t-il cependant si aucune r&#233;volution europ&#233;enne ne se produit et si, au lieu de cela, la Russie alli&#233;e &#224; la France tombe sur l'Allemagne ? Quelles seront les cons&#233;quences d'un pareil &#233;v&#233;nement pour le sort du mouvement socialiste allemand ? &#187; &#171; On peut, dans tous les cas, assurer une chose &#8211; remarque Engels &#224; ce sujet dans &#171; Le socialisme en Allemagne &#187; - ni le tsarisme russe, ni la r&#233;publique bourgeoise fran&#231;aise, ni m&#234;me le gouvernement allemand ne laisseront perdre une pareille occasion pour &#233;touffer le seul parti qui soit le vrai ennemi des trois puissances, c'est-&#224;-dire pour &#233;touffer la social-d&#233;mocratie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est donc bien clair que la premi&#232;re guerre mondiale &#233;tait d'abord et avant tout, pour les r&#233;volutionnaires marxistes, une guerre des bourgeoisies imp&#233;rialistes contre le mouvement ouvrier et r&#233;volutionnaire montant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce mouvement est mont&#233; jusqu'en 1914&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que pensait en effet L&#233;nine de la situation en Russie et en Europe avant la guerre mondiale ? Eh bien que c'&#233;tait une situation qui allait vers la r&#233;volution (ou la guerre mondiale et ensuite la r&#233;volution)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons, par exemple, ce qu'en dit L&#233;nine dans sa brochure &#171; Le socialisme et la guerre &#187; (1915) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Les ann&#233;es 1912-1914 ont marqu&#233; le d&#233;but d'un nouvel et prodigieux essor r&#233;volutionnaire en Russie. Nous avons de nouveau assist&#233; &#224; un vaste mouvement de gr&#232;ve, sans pr&#233;c&#233;dent dans le monde. La gr&#232;ve r&#233;volutionnaire de masse a englob&#233; en 1913, selon les estimations les plus modestes, un million et demi de participants ; en 1914, elle en comptait plus de deux millions et se rapprochait du niveau de 1905. A la veille de la guerre, &#224; P&#233;tersbourg, on &#233;tait d&#233;j&#224; aux premiers combats de barricades&#8230; D&#232;s le d&#233;but de la guerre, le gouvernement tsariste fit arr&#234;ter et d&#233;porter des milliers et des milliers d'ouvriers avanc&#233;s, membres du POSDR ill&#233;gal (le parti de L&#233;nine), ce qui, &#224; c&#244;t&#233; de la proclamation de la loi martiale dans le pays, de l'interdiction de nos journaux, etc., eut pour effet de retarder le mouvement&#8230; Notre Parti groupait alors autour de la tactique social-d&#233;mocrate r&#233;volutionnaire les 4/5 des ouvriers conscients de la Russie&#8230;pendant toute la dur&#233;e de ce prodigieux essor du mouvement ouvrier en Russie et des gr&#232;ves de masse de 1912-1914&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour la Russie d'avant guerre. Et l'Europe alors ? Qu'en pensait L&#233;nine ? Une situation seulement contre-r&#233;volutionnaire ? Et pas r&#233;volutionnaire avant la guerre mondiale ? Pas du tout, ce n'est nullement son point de vue ! D'ailleurs, lui qui rappelait l'expression marxiste d' &#171; &#232;re des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions &#187; ne risquait pas de parler ainsi&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
La perspective de la situation en Europe avant la premi&#232;re guerre mondiale &#233;tait-elle r&#233;volutionnaire, voil&#224; comment r&#233;pondait L&#233;nine &#224; cette question clef dans son journal Contre le courant du 12 d&#233;cembre 1914, dans un article intitul&#233; &#171; Le chauvinisme mort et le socialisme vivant &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La brochure de Karl Kautsky &#233;dit&#233;e en 1909 et traduite dans diverses langues, &#171; Le chemin du pouvoir &#187;, peut donner une r&#233;ponse. C'est l'expos&#233; le plus complet, le plus favorable &#224; la social-d&#233;mocratie allemande, par les espoirs qu'il suscite, des objectifs de notre &#233;poque ; il est d&#251; &#224; la plume de l'&#233;crivain le plus autoris&#233; de la deuxi&#232;me internationale. Rappelons avec plus de pr&#233;cision cette brochure : &#171; La social-d&#233;mocratie est un parti r&#233;volutionnaire. Non seulement r&#233;volutionnaire comme l'est la machine &#224; vapeur, mais r&#233;volutionnaire dans un autre sens &#233;galement. Elle aspire &#224; la conqu&#234;te du pouvoir politique par le prol&#233;tariat, &#224; la dictature du prol&#233;tariat. &#187; Ciblant de sarcasmes &#171; ceux qui doutent de la r&#233;volution &#187;, Kautsky &#233;crivait : &#171; Nous devons, &#233;videmment, lors de chaque mouvement important ou de chaque insurrection, compter avec la possibilit&#233; d'une d&#233;faite. Il n'y a qu'un imb&#233;cile qui puisse, avant la lutte, se sentir parfaitement certain d'une victoire. Mais ne pas compter avec la possibilit&#233; d'une victoire serait une trahison manifeste de notre cause. La r&#233;volution peut se produire &#224; l'occasion de la guerre, pendant la guerre ou apr&#232;s la guerre. On ne peut pas pr&#233;dire quand l'extr&#234;me tension des antagonismes de classe am&#232;nera &#224; la r&#233;volution. Mais je puis affirmer que la r&#233;volution, apport&#233;e par la guerre, &#233;clatera pendant ou aussit&#244;t apr&#232;s la guerre : rien de plus mis&#233;rable que la th&#233;orie de la croissance pacifique du socialisme&#8230; Quand on s'effor&#231;ait &#8211; dans le Vorwaerts notamment &#8211; d'interpr&#233;ter, dans un sens opportuniste, la c&#233;l&#232;bre pr&#233;face d'Engels aux &#171; Luttes de classes en France &#187; de Marx, Engels s'en indignait et trouvait d&#233;shonorant que l'on p&#251;t admettre qu'il f&#251;t &#171; un adepte paisible de la l&#233;galit&#233; &#224; tout prix &#187;. Nous avons toutes les raisons de croire que nous entrons dans une p&#233;riode de lutte pour le pouvoir politique. Cette lutte peut durer des dizaines d'ann&#233;es. Nous n'en savons rien. Mais, tr&#232;s probablement, elle am&#232;nera prochainement un affermissement consid&#233;rable du prol&#233;tariat, si ce n'est sa dictature en Europe occidentale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &#233;crivait Kautsky en 1909 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;tait-il un cas d'esp&#232;ce, l'un des rares &#224; voir une mont&#233;e r&#233;volutionnaire face &#224; laquelle la bourgeoisie europ&#233;enne &#233;tait amen&#233;e in&#233;luctablement &#224; la guerre mondiale ? Pas du tout ! Tout le courant mondial de la social-d&#233;mocratie, influenc&#233; par Engels, raisonnait en ce sens. En voici un exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Alors arrivera la catastrophe. Alors sonnera en Europe l'heure de la marche g&#233;n&#233;rale, qui conduira sur le champ de bataille de 16 &#224; 18 millions d'hommes, la fleur des diff&#233;rentes nations, &#233;quip&#233;s des meilleurs instruments de mort et dress&#233;s les uns contre les autres. Mais, &#224; mon avis, derri&#232;re la grande marche g&#233;n&#233;rale, il y a le grand chambardement. Ce n'est pas de notre faute : c'est de leur faute. Ils poussent les choses &#224; leur comble. Ils vont provoquer une catastrophe. Ils r&#233;colteront ce qu'ils ont sem&#233;. Le cr&#233;puscule des dieux du monde bourgeois approche. Soyez-en s&#251;rs, il approche ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que d&#233;clarait l'orateur de la fraction social-d&#233;mocrate allemande, Bebel, au cours du d&#233;bat sur le Maroc au Reichstag.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Jaur&#232;s, commentant le congr&#232;s international socialiste de B&#226;le de novembre 1912, d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous n'irons pas &#224; la guerre contre nos fr&#232;res, nous ne tirerons pas sur eux : si les choses en arrivent &#224; une conflagration, ce sera la guerre sur un autre front, ce sera la r&#233;volution. &#187;&lt;/i&gt; (cit&#233; par le journal Basler Vorwaerts, n&#176;277).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Allemagne n'&#233;tait nullement un cas &#224; part non plus puisque le congr&#232;s international de Stuttgart puis le congr&#232;s de B&#226;le de la deuxi&#232;me internationale d&#233;crivaient la situation comme r&#233;volutionnaire et mena&#231;aient les bourgeoisies europ&#233;ennes de r&#233;volution prol&#233;tarienne en cas de guerre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans son article intitul&#233; &#171; Les sophistes des social-chauvins &#187;, L&#233;nine &#233;crit ainsi le 1er mai 1915 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Au congr&#232;s de Stuttgart de 1907, pour la premi&#232;re fois dans l'histoire, les socialistes de tous les pays bellig&#233;rants, longtemps avant la guerre, se sont r&#233;unis et ont dit : &#171; Nous tirerons parti de la conflagration pour h&#226;ter le krach du capitalisme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, dans un article intitul&#233; &#171; Le krach de la deuxi&#232;me internationale &#187;, en ao&#251;t 1915, L&#233;nine &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le manifeste de B&#226;le dit que : 1&#176;) La guerre provoquera une crise &#233;conomique et politique ; 2&#176;) Les ouvriers consid&#232;rent leur participation &#224; la guerre comme un crime, consid&#232;rent comme un crime de tirer les uns sur les autres pour les b&#233;n&#233;fices capitalistes, l'honneur des dynasties, l'ex&#233;cution des trait&#233;s secrets, et que la guerre provoquera parmi les ouvriers l'indignation et la r&#233;volte ; 3&#176;) Cette crise et cet &#233;tat d'esprit des ouvriers doivent &#234;tre exploit&#233;s par les socialistes afin de soulever les peuples et de h&#226;ter le krach du capitalisme ; 4&#176;) Les gouvernements &#8211; tous sans exception &#8211; ne peuvent commencer la guerre sans danger pour eux-m&#234;mes ; 5&#176;) Les gouvernements craignent la r&#233;volution prol&#233;tarienne ; 6&#176;) Les gouvernements doivent se souvenir de la Commune de Paris (c'est-&#224;-dire de la guerre civile), de la r&#233;volution russe de 1905, etc.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et L&#233;nine poursuit ainsi le raisonnement sur la signification de cette proclamation du congr&#232;s de B&#226;le en ce qui concerne l'appr&#233;ciation de la mont&#233;e r&#233;volutionnaire en Europe :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Pour un marxiste, il est certain que nulle r&#233;volution n'est possible &#224; d&#233;faut d'une situation r&#233;volutionnaire. Toute situation r&#233;volutionnaire, du reste, n'aboutit pas &#224; une r&#233;volution. Quels sont en g&#233;n&#233;ral les indices d'une situation r&#233;volutionnaire ? Nous ne nous tromperons pas en indiquant les trois indices suivants : 1&#176;) L'impossibilit&#233; pour les classes dirigeantes de maintenir int&#233;gralement leur domination ; une crise des milieux dirigeants, crise politique de la classe exer&#231;ant le pouvoir, produisant une faille dans laquelle p&#233;n&#232;trent les m&#233;contentement et l'indignation des classes opprim&#233;es. Pour qu'une r&#233;volution ait lieu, il est en g&#233;n&#233;ral insuffisant que l'on n'accepte plus en bas ; il faut aussi que l'on ne puisse plus, en haut, vivre comme par le pass&#233;. 2&#176;) L'aggravation anormale des privations et des souffrances des classes opprim&#233;es. 3&#176;) L'augmentation sensible, en raison de ce qui pr&#233;c&#232;de, de l'activit&#233; des masses qui, en temps de paix, se laissent paisiblement voler, mais, en temps d'orage, sont incit&#233;es par toute la crise et aussi par les dirigeants &#224; prendre l'initiative d'une action historique. A d&#233;faut de ces modifications objectives, ind&#233;pendantes de la volont&#233; des groupes isol&#233;s et des partis, comme des classes, une r&#233;volution est &#8211; en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale &#8211; impossible. L'ensemble de ces modifications objectives constitue pr&#233;cis&#233;ment la situation r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et L&#233;nine poursuit son raisonnement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Demandons-nous : que supposait &#224; ce propos le manifeste de B&#226;le en 1912, et qu'est-il arriv&#233; en 1914-1915 ? On supposait une situation r&#233;volutionnaire, sommairement indiqu&#233;e par les mots &#171; crise &#233;conomique et politique &#187;. S'est-elle produite ? Assur&#233;ment oui. Le social-chauvin Lensch (qui d&#233;fend le chauvinisme avec plus de franchise et d'honn&#234;tet&#233; que les Cunow, les Kautsky, les Pl&#233;khanov et autres hypocrites) s'est m&#234;me exprim&#233; ainsi : &#171; Nous traversons une sorte de r&#233;volution &#187; (page 6 de sa brochure &#171; La social-d&#233;mocratie allemande et la guerre &#187;, Berlin, 1915. La crise politique est un fait : aucun des gouvernements n'est s&#251;r du lendemain, aucun n'est s&#251;r d'&#233;viter la banqueroute, de ne pas perdre des territoires, de ne pas &#234;tre chass&#233; de son pays. Tous les gouvernements vivent sur un volcan&#8230; Nous entrons dans une &#232;re de formidables bouleversements politiques&#8230; En un mot, il existe dans la plupart des Etats avanc&#233;s et des grandes puissances de l'Europe, une situation r&#233;volutionnaire&#8230; A cet &#233;gard, la pr&#233;vision du manifeste de B&#226;le s'est pleinement justifi&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine d&#233;butait sa brochure &#171; Le mouvement ouvrier et la premi&#232;re guerre mondiale &#187; par ces mots :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Plus le mouvement ouvrier se d&#233;veloppe, et plus sont acharn&#233;es les tentatives de la bourgeoisie et des f&#233;odaux pour l'&#233;craser ou le disloquer. Ces deux proc&#233;d&#233;s, l'&#233;crasement par la force et la dislocation sous l'influence bourgeoise, sont constamment pratiqu&#233;s dans le monde entier, dans tous les pays, la priorit&#233; &#233;tant accord&#233;e tant&#244;t &#224; l'un, tant&#244;t &#224; l'autre, par les diff&#233;rents partis des classes dominantes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine est-il un des rares &#224; avoir consid&#233;r&#233; que la situation de 1905 &#224; 1914 &#233;tait celle &#171; des r&#233;volutions et des contre-r&#233;volutions &#187; ? Non, c'est tout le contraire. C'&#233;tait un point appr&#233;ciation alors tr&#232;s g&#233;n&#233;ral chez les marxistes r&#233;volutionnaires comme Rosa Luxemburg et elle ferraille dur contre les dirigeants social-d&#233;mocrate pour la gr&#232;ve de masse insurrectionnelle en Allemagne, en Belgique et dans toute l'Europe en 1905 mais aussi en 1912&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1910 &#224; 1914, Rosa Luxemburg m&#232;ne une pol&#233;mique publique contre Kautsky et reproche publiquement &#224; la social-d&#233;mocratie allemande de freiner les gr&#232;ves, de refuser les gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales politiques, de refuser de tirer des le&#231;ons du vaste mouvement europ&#233;en de gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales tendant &#224; devenir insurrectionnelles. Alors que Kautsky affirme que les gr&#232;ves se font de plus en plus rares en Allemagne, Rosa Luxemburg &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que nous montre, par exemple, la statistique des gr&#232;ves en Allemagne ? &#8230; Pendant toute la derni&#232;re d&#233;cennie du XIXe si&#232;cle, il y a eu en Allemagne, en tout, 3 772 gr&#232;ves et lockes outs, tandis que durant les neuf ann&#233;es allant de 1900 &#224; 1908, il y en a eu 15.994. Les gr&#232;ves deviennent si peu &#171; de plus en plus rares &#187; qu'au contraire elles ont quadrupl&#233; au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie ; en chiffres absolus, 425.142 travailleurs ont pris part &#224; des gr&#232;ves au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie du XIXe si&#232;cle et 1.709.415 au cours des neuf premi&#232;re ann&#233;es de ce si&#232;cle, sit quatre fois plus &#224; nouveau&#8230; Mais regardons l'Europe occidentale. Le camarade Kautsky qui conteste tout ce que je viens de dire s'oblige &#224; rompre des lances avec une autre contradictrice que moi : la r&#233;alit&#233;. Car que voyons-nous, si nous examinons attentivement les gr&#232;ves de masse les plus importantes des dix derni&#232;res ann&#233;es ? Les grandes gr&#232;ves de masse en Belgique qui avaient impos&#233; le suffrage universel demeurent, dans les ann&#233;es 90, un exemple isol&#233;, une exp&#233;rience pleine de hardiesse. Mais depuis lors, quelle richesse d'exp&#233;rience, quelle diversit&#233; ! En 190, c'est la gr&#232;ve de masse des mineurs de Pennsylvanie qui, selon les camarades am&#233;ricains, a fait davantage pour la diffusion des id&#233;es socialistes que dix ans d'agitation ; en 1900 encore, c'est la gr&#232;ve de masse des mineurs en Auutriche, en 1902 celle des mineurs en France, en 1902 encore celle qui paralyse tout l'appareil de production &#224; Barcelone, en solidarit&#233; avec les m&#233;tallurgistes en lutte, en 1902 toujours, la gr&#232;ve de masse d&#233;monstrative en Su&#232;de pour le suffrage universel &#233;galitaire &#233;galement ; la gr&#232;ve de masse des ouvriers agricoles dans l'ensemble de la Galicie orientale (plus de 200.000 participants) en d&#233;fense du droit de coalition, en janvier et avril 1903, deux gr&#232;ves de masse des employ&#233;s des chemins de fer en Hollande, en 1904 gr&#232;ve d&#233;monstrative en Italie, pour protester contre les massacres en Sardaigne, en janvier 1905, gr&#232;ve de masse des mineurs dans le bassin de la Ruhr, en octobre 1905, gr&#232;ve d&#233;monstrative &#224; Prague et dans la r&#233;gion praguoise (100.000 travailleurs) pour le suffrage universel au parlement de Boh&#234;me, en ocotbre 1905, gr&#232;ve de masse d&#233;monstrative &#224; Lemberg pour le suffrage universel &#233;galitaire au Conseil d'Empire, en 1905 encore gr&#232;ve de masse des travailleurs agricoles en Italie, 1905 toujours, gr&#232;ve de masse des employ&#233;s de chemin de fer en Italie, en 1906, gr&#232;ve de masse d&#233;monstrative &#224; Trieste pour le suffrage universel &#233;galitaire au Parlement r&#233;gional, gr&#232;ve couronn&#233;e de succ&#232;s ; en 1906, gr&#232;ve de masse des travailleurs de fonderies de Wittkowitz (Moravie) en solidarit&#233; avec les 400 hommes de confiance licenci&#233;s pour avoir ch&#244;m&#233; le 1er mai, gr&#232;ve couronn&#233;e de succ&#232;s ; en 1909, gr&#232;ve de masse en Su&#232;de pour la d&#233;fense du droit de coalition ; en 1909, gr&#232;ve de masse des employ&#233;s de postes en France ; en octobre 1909, gr&#232;ve d&#233;monstrative de l'ensemble des travailleurs de Trente et Rovereto, en protestation contre les poursuites engag&#233;es contre la social-d&#233;mocratie ; en 1910, gr&#232;ve de masse &#224; Philadelphie, en solidarit&#233; avec les employ&#233;s de tramways en lutte pour le droit de coalition, et, en ce moment m&#234;me, se pr&#233;pare une gr&#232;ve de masse des employ&#233;s des chemins de fer en France. Voil&#224; donc pour ce qui est de l' &#171; impossibilit&#233; &#187; des gr&#232;ves de masse, notamment des gr&#232;ves de masse d&#233;monstratives, si superbement d&#233;montr&#233;e noir sur blanc par le camarade Kautsky. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg d&#233;crivait ainsi dans &#034;Was weiter&#034; (O&#249; allons-nous ?) l'impuissance du mouvement ouvrier organis&#233; (politique et syndical) face aux mouvements de masse montants en Europe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La question est de savoir si la social-d&#233;mocratie allemande, qui s'appuie sur les organisations syndicales les plus puissantes et la plus grande arm&#233;e d'&#233;lecteurs existant au monde, est capable d'impulser une action de masse du genre de celle qui a &#233;t&#233; suscit&#233;e... avec un grand succ&#232;s dans la petite Belgique, en Italie, en Autriche-Hongrie, en Su&#232;de - sans parler de la Russie - ou si, par contre, en Allemagne, une organisation syndicale comptant deux millions de membres et un puissant parti bien disciplin&#233; sont aussi peu capables, dans les moments d&#233;cisifs, de d&#233;clencher une action de masse efficace que les syndicats fran&#231;ais paralys&#233;s par la confusion anarchiste et que le Parti socialiste fran&#231;ais, affaibli par ses conflits internes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg pensait-elle que la menace de la r&#233;volution prol&#233;tarienne mena&#231;ait-elle avant 1914 au point de pousser les classes dirigeantes &#224; la guerre mondiale ? La r&#233;ponse est oui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La haine de classe contre le prol&#233;tariat et la menace imm&#233;diate de r&#233;volution sociale qu'il repr&#233;sente d&#233;termine int&#233;gralement les faits et gestes des classes bourgeoises&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxembourg dans &#171; Fragment sur la guerre, la question nationale et la r&#233;volution &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;on Trotsky, dans son autobiographie intitul&#233;e &#171; Ma vie &#187; titre la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dant la premi&#232;re guerre mondiale : &#171; Pr&#233;paration de la nouvelle r&#233;volution &#187;. C'est tout un programme&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Y a-t-il une continuit&#233; des organisations r&#233;volutionnaires de Marx &#224; L&#233;nine et Trotsky, de la premi&#232;re &#224; la deuxi&#232;me et &#224; la troisi&#232;me internationale, ou m&#234;me de la Ligue des communistes &#224; la quatri&#232;me internationale de Trotsky et au trotskysme d'aujourd'hui ? Non !</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1328</guid>
		<dc:date>2009-10-31T08:48:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>Trotsky</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;nine</dc:subject>
		<dc:subject>Engels</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Discontinuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>IV&#176; Internationale</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>
		<dc:subject>Parti r&#233;volutionnaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La plupart des groupes r&#233;volutionnaires se revendiquent, disent-ils, de la continuit&#233; qui irait de Marx &#224; L&#233;nine, Trotsky et au del&#224; au trotskysme pour certains... &lt;br class='autobr' /&gt;
De quelle type de continuit&#233; s'agit-il ? Celle des buts ? Celle des id&#233;es ? Celle des programmes ? Celle des organisations ? Ce sont des consid&#233;rations de type tr&#232;s diff&#233;rent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si c'est celle des id&#233;es et des analyses, reconnaissons d'abord qu'il n'y a pas continuit&#233; au sein m&#234;me de chacun de ces dirigeants r&#233;volutionnaires. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique117" rel="directory"&gt;14 - Livre Quatorze : PROLETAIRES SANS FRONTIERES&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot29" rel="tag"&gt;Trotsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot30" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot31" rel="tag"&gt;L&#233;nine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot41" rel="tag"&gt;Engels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot61" rel="tag"&gt;Discontinuit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot105" rel="tag"&gt;IV&#176; Internationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Parti r&#233;volutionnaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La plupart des groupes r&#233;volutionnaires se revendiquent, disent-ils, de la continuit&#233; qui irait de Marx &#224; L&#233;nine, Trotsky et au del&#224; au trotskysme pour certains...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle type de continuit&#233; s'agit-il ? Celle des buts ? Celle des id&#233;es ? Celle des programmes ? Celle des organisations ? Ce sont des consid&#233;rations de type tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si c'est celle des id&#233;es et des analyses, reconnaissons d'abord qu'il n'y a pas continuit&#233; au sein m&#234;me de chacun de ces dirigeants r&#233;volutionnaires. Marx passe de d&#233;mocrate r&#233;volutionnaire &#224; communiste, L&#233;nine passe de la conception de la r&#233;volution d&#233;mocratique en Russie &#224; la r&#233;volution permanente, Trotsky change de conception sur le parti r&#233;volutionnaire. pour ne citer que les changements de premi&#232;re importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'abord il convient de remarquer que la r&#233;alit&#233; historique est discontinue. Cette discontinuit&#233; fondamentale entra&#238;ne celle de tous les autres domaines cit&#233;s pr&#233;c&#233;demment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir du moment o&#249; certains &#233;v&#233;nements historiques changent la face du monde, ils changent aussi les programmes, les organisations, les buts &#233;ventuellement et en tous cas l'appr&#233;hension des probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf pour les religieux qui pr&#233;tendent ne jamais changer d'id&#233;e ni d'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la premi&#232;re guerre mondiale a entra&#238;n&#233; une rupture du mouvement ouvrier que l'on ne doit ni effacer ni minimiser en la pr&#233;sentant comme un effet du sectarisme pr&#233;tendu de L&#233;nine ou de l'opportunisme de la social-d&#233;mocratie seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la situation des classes qui a chang&#233; et a fait que l'opportunisme s'est transform&#233; en trahison sanglante. (les chefs sociaux-d&#233;mocrates devenant des ministres de la guerre de la boucherie de 14 avant d'&#234;tre les fusilleurs des r&#233;volutions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels changements n'ont pas fait que cliver durablement les organisations. ils ont dress&#233; des foss&#233;s de sang entre les classes en lutte. Ils ont fait s'effondrer des illusions d&#233;mocratiques, celles qui font croire &#224; l'alliance des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement les ailes r&#233;formistes et r&#233;volutionnaires qui se s&#233;parent. C'est aussi le r&#233;formisme qui ne sera plus jamais le m&#234;me. Et le courant r&#233;volutionnaire non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles ruptures ne se sont pas produites qu'une seule fois. Chaque &#233;v&#233;nement a &#233;t&#233; l'origine de changements radicaux dans les orientations, les conceptions et m&#234;me la nature des mouvements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut croire qu'il y a une continuit&#233; entre la social-d&#233;mocratie avant 14 et apr&#232;s 14 mais ce n'est pas vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut croire qu'il y a une continuit&#233; entre les bolcheviks avant 17 et apr&#232;s mais, l&#224; non plus, ce n'est pas exact. Il y a eu ainsi plusieurs discontinuit&#233;s au sein des bolcheviks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bolcheviks ont chang&#233;, face &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne, de conceptions fondamentales en choisissant avec les th&#232;ses d'avril de L&#233;nine la r&#233;volution permanente contre la &#034;r&#233;volution d&#233;mocratique&#034;. C'est la r&#233;alit&#233; qui les a contraint &#224; changer. S'ils ne l'avaient pas fait, ils auraient &#233;galement chang&#233; et seraient devenus comme les mencheviks un parti bourgeois d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons donc montrer dans la suite qui se veut un court historique des organisations et courants internationaux du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire que les dirigeants Marx, Engels, L&#233;nine, Trotsky ont d'abord et avant tout &#233;t&#233; les artisans de ruptures plut&#244;t que de continuit&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, Marx a tenu &#224; marquer des discontinuit&#233;s avec les h&#233;g&#233;liens de gauche, avec les communistes vrais, avec les communards, avec la ligue des justes, puis avec la ligue des communistes apr&#232;s 1848 (il l'a dissoute), avec les anarchistes de la premi&#232;re internationale, avec l'internationale elle-m&#234;me ensuite (il l'a encore dissoute au congr&#232;s de la Haye (2-7 septembre 1872, en transportant le Conseil g&#233;n&#233;ral &#224; New-York, o&#249; l'association s'&#233;teindra formellement en 1876.), avec la deuxi&#232;me internationale en formation au travers du parti socialiste allemand (au travers des critiques des programmes de Gotha et d'Ertfurt notamment). La meilleure mani&#232;re de le comprendre est de relire la &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/marx/works/1875/05/18750500.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Critique du programme de Gotha&#034;&lt;/a&gt; par laquelle les fondateurs du marxisme se d&#233;marquent publiquement d'un grand parti (la social-d&#233;mocratie allemande en train de se fonder) qui pr&#233;tendait les suivre... et on peut relire &#233;galement &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/08/er00t.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;L'Etat et la r&#233;volution&#034;&lt;/a&gt; de L&#233;nine qui repr&#233;sente une rupture avec la version r&#233;formiste du marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne L&#233;nine, ce serait un parfait contresens d'en faire un partisan &#224; tout crin de la continuit&#233; organisationnelle, lui qui &#233;tait accus&#233; de sans cesse scissionner ! Nous ne citons que l'exemple de la scission fondamentale de la social d&#233;mocratie russe entre mencheviks et bolcheviks. Mais on peut &#233;galement citer la scission de 1914 et bien d'autres, par exemple avec Bogdanov, Struv&#233;, le marxisme l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes issus en particulier de la scission de Trotsky avec le stalinisme. Ce sont de telles discontinuit&#233;s qui sont fondatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du sectarisme. A preuve : ces ruptures peuvent repr&#233;senter des regroupements autant que des scissions, comme le regroupement de L&#233;nine et Trotsky en 1917. mais ce n'est pas des regroupements fond&#233;s sur des calculs organisationnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la manifestation de militants qui consid&#232;rent que les orientations sont plus importantes que la taille des organisations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La ligue des communistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce sont Marx et Engels qui ont interrompu l'exp&#233;rience de la Ligue des communistes et dissout l'organisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lettre &#224; E. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 novembre 1882&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Lettre de Karl Marx &#224; Ferdinand Freiligrath du 29 f&#233;vrier 1860 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Freiligrath,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je te fais remarquer d'abord que depuis que la Ligue a &#233;t&#233; dissoute sur ma proposition en novembre 1852, je n'ai plus jamais appartenu et n'appartient toujours pas &#224; une quelconque association secr&#232;te ou publique ; que, par cons&#233;quent, le &#171; parti &#187;, en ce sens tout &#233;ph&#233;m&#232;re du terme, a cess&#233; d'exister pour moi depuis huit ans. Les cours d'&#233;conomie politique que j'ai donn&#233;s depuis la parution de mon livre (&#171; Contribution &#224; la critique de l'&#233;conomie politique &#187;) depuis l'automne 1859, &#224; quelques membres de l'&#233;lite ouvri&#232;re, parmi lesquels se trouvaient aussi d'anciens adh&#233;rents de la Ligue, n'avaient rien de commun avec les r&#233;unions d'une soci&#233;t&#233; ferm&#233;e (&#8230;) Depuis 1852, je n'avais plus de rapports avec aucune association et j'&#233;tais fermement convaincu que mes travaux th&#233;oriques seraient plus utiles &#224; la classe ouvri&#232;re que l'adh&#233;sion &#224; des associations dont le temps sur le continent &#233;taient r&#233;volu. Par la suite, je fus &#224; nouveau et &#224; plusieurs reprises pris &#224; partie pour cette &#171; inaction &#187;. (&#8230;) On d&#233;non&#231;a mon indiff&#233;rence &#171; doctrinaire &#187;. Donc, d'un &#171; parti &#187;, au sens o&#249; tu l'entends dans ta lettre, je ne sais plus rien depuis 1852. Si toi tu fais de la po&#233;sie, moi je fais de la &#171; critique &#187;, et les exp&#233;riences faites de 1849 &#224; 1852 m'ont suffi amplement. La &#171; Ligue &#187;, de m&#234;me que la Soci&#233;t&#233; des Saisons de paris et que cent autres soci&#233;t&#233;s ne fut qu'un &#233;pisode dans l'histoire du parti qui surgit de toutes part et tout naturellement du sol de la soci&#233;t&#233; moderne. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur la dissolution de la premi&#232;re internationale, une lettre de Engels &#224; Bebel du 3 juin 1873 :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;Il ne faut pas se laisser induire en erreur par les appels &#224; l' &#171; Unit&#233; &#187;. Les plus grands facteurs de discorde, ce sont justement ceux qui ont le plus ce mot &#224; la bouche. C'est ce que d&#233;montrent les Jurassiens bakouninistes de Suisse, fauteurs de toutes les scissions, qui crient maintenant le plus fort pour avoir l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fanatiques de l'unit&#233; sont ou bien des petites t&#234;tes qui veulent que l'on m&#233;lange tout en une sauce ind&#233;termin&#233;e dans laquelle on retrouve les divergences sous forme d'antagonismes encore plus aigus d&#232;s qu'on cesse de la remuer, ne serait-ce que parce qu'on les trouve ensemble dans une seule marmite (en Allemagne, vous en avez un bel exemple chez les gens qui pr&#234;chent la fraternisation entre ouvriers et petits bourgeois), ou bien des gens qui n'ont aucune conscience, politique claire (par exemple, M&#252;hlberger), ou bien des &#233;l&#233;ments qui veulent sciemment brouiller et fausser les positions. C'est pourquoi, ce sont les plus grands sectaires, les plus grands chamailleurs et filous, qui crient le plus fort &#224; l'unit&#233; dans certaines situations. Tout au long de notre vie, c'est toujours avec ceux qui criaient le plus &#224; l'unit&#233; que nous avons eu les plus grands ennuis et re&#231;u les plus mauvais coups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute direction d'un parti veut, bien s&#251;r, avoir des r&#233;sultats - et c'est normal. Mais il y a des circonstances o&#249; il faut avoir le courage de sacrifier le succ&#232;s momentan&#233; &#224; des choses plus importantes. Cela est surtout vrai pour un parti comme le n&#244;tre, dont le triomphe final doit &#234;tre complet et qui, depuis que nous vivons, et, sous nos yeux encore, se d&#233;veloppe si colossalement que l'on n'a pas besoin, &#224; tout prix, et toujours, de succ&#232;s momentan&#233;s. Prenez, par exemple, l'Internationale apr&#232;s la Commune, elle connut un immense succ&#232;s, Les bourgeois, comme frapp&#233;s par la foudre, la croyaient toute - puissante. La grande masse de ses membres crut que cela durerait toujours. Nous savions fort bien que le ballon devait crever. Toute la racaille s'accrochait &#224; nous. Les sectaires qui s'y trouvaient devenaient insolents, abusaient de l'Internationale dans l'espoir qu'on leur passerait les pires b&#234;tises et bassesses. Mais nous ne l'avons pas support&#233;. Sachant fort bien que le ballon cr&#232;verait tout de m&#234;me, il ne s'agissait pas pour nous de diff&#233;rer la catastrophe, mais de nous pr&#233;occuper de ce que l'Internationale demeure pure et attach&#233;e &#224; ses principes sans les falsifier, et ce jusqu'&#224; son terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ballon creva au congr&#232;s de la Haye, et vous savez que la majorit&#233; des membres du congr&#232;s rentra chez elle, en pleurnichant de d&#233;ception. Et pourtant, presque tous ceux qui &#233;taient si d&#233;&#231;us, parce qu'ils croyaient trouver dans l'Internationale l'id&#233;al de la fraternit&#233; universelle et de la r&#233;conciliation, n'avaient - ils pas connu chez eux des chamailleries bien pires que celles qui &#233;clat&#232;rent &#224; la Haye ! Les sectaires brouillons se mirent alors &#224; pr&#234;cher la r&#233;conciliation et nous d&#233;nigr&#232;rent en nous pr&#233;sentant comme des intraitables et des dictateurs. Or, si nous nous &#233;tions pr&#233;sent&#233;s &#224; la Haye en conciliateurs, et si nous avions &#233;touff&#233; les vell&#233;it&#233;s de scission, quel en e&#251;t &#233;t&#233; le r&#233;sultat ? Les sectaires - notamment les bakouninistes - auraient dispos&#233; d'un an de plus pour commettre, au nom de l'Internationale, des b&#234;tises et des infamies plus grandes encore ; les ouvriers des pays les plus avanc&#233;s se seraient d&#233;tourn&#233;s avec d&#233;go&#251;t. Le ballon au lieu d'&#233;clater se serait d&#233;gonfl&#233; doucement sous l'effet de quelques coups d'&#233;pingles, et au congr&#232;s suivant la crise se serait tout de m&#234;me produite, mais au niveau le plus bas des querelles personnelles, puisqu'on avait d&#233;j&#224; quitt&#233; le terrain des principes &#224; la Haye. C'est alors que l'Internationale avait effectivement p&#233;ri, p&#233;ri &#224; cause de l'unit&#233; ! Au lieu de cela, &#224; notre honneur, nous nous sommes d&#233;barrass&#233;s des &#233;l&#233;ments pourris. Les membres de la Commune qui ont assist&#233; &#224; la derni&#232;re r&#233;union d&#233;cisive ont dit qu'aucune r&#233;union de la Commune ne leur avait laiss&#233; un effet aussi terrible que cette s&#233;ance du tribunal jugeant les tra&#238;tres au prol&#233;tariat europ&#233;en. Nous les avions laiss&#233;s pendant dix mois se d&#233;penser en mensonges, calomnies et intrigues - et qu'en est-il r&#233;sult&#233; ? Ces pr&#233;tendus repr&#233;sentants de la grande majorit&#233; de l'Internationale d&#233;clarent eux-m&#234;mes &#224; pr&#233;sent qu'ils n'osent plus venir au prochain congr&#232;s. Pour ce qui est des d&#233;tails, ci - joint mon article destin&#233; au Volksstaat. Si c'&#233;tait &#224; refaire, nous agirions en somme de la m&#234;me fa&#231;on, &#233;tant entendu qu'on peut toujours commettre des erreurs tactiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, je crois que les &#233;l&#233;ments sains parmi les Lassall&#233;ens viendront d'eux-m&#234;mes &#224; vous au fur et &#224; mesure, et qu'il ne serait donc pas sage de cueillir les fruits avant qu'ils soient m&#251;rs, comme le voudraient les partisans de l'unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au reste, le vieil Hegel disait d&#233;j&#224; : un parti &#233;prouve qu'il vaincra en se divisant - et supportant la scission. Le mouvement du prol&#233;tariat passe n&#233;cessairement par divers stades de d&#233;veloppement. A chaque stade, une partie des gens reste accroch&#233;e et ne r&#233;ussit pas &#224; passer le cap. Ne serait - ce que pour cette raison, on voit que la pr&#233;tendue solidarit&#233; du prol&#233;tariat se r&#233;alise en pratique par les groupements les plus divers de parti qui se combattent &#224; mort, comme les sectes chr&#233;tiennes dans l'Empire romain, et ce en subissant toutes les pires pers&#233;cutions...&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait de &#034;La critique du programme de Gotha&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;L'action internationale des classes ouvri&#232;res ne d&#233;pend en aucune fa&#231;on de l'existence (formelle) de l'Association internationale des travailleurs. Celle-ci n'a &#233;t&#233; qu'une premi&#232;re tentative pour doter cette action d'un organe central. cette tentative, par l'impulsion qu'elle a donn&#233;e, a eu des effets durables, mais elle ne pouvait se poursuivre longtemps dans sa premi&#232;re forme historique apr&#232;s la chute de la Commune de Paris.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La social-d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Engels et Marx sont pr&#233;sent&#233;s comme les p&#232;res de la social-d&#233;mocratie et des courants dits marxistes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quand vous ne cessez de r&#233;p&#233;ter que le &#171; marxisme &#187; est en grand discr&#233;dit en France, vous n'avez en somme vous m&#234;me d'autre source que celle l&#224; du Malon de seconde main. Ce que l'on appelle &#171; marxisme &#187; en France est certes un article tout sp&#233;cial, au point que Marx a dit &#224; Lafargue : &#171; Ce qu'il y a de certain, c'est que moi je ne suis pas marxiste &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lettre &#224; E. Bernstein&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Friedrich Engels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 novembre 1882&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur la fondation de la social-d&#233;mocratie allemande&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous nous demandez notre avis sur toute cette histoire de fusion [6]. Il en a &#233;t&#233;, h&#233;las, pour nous exactement comme pour vous : ni Liebknecht ni qui que ce soit d'autre ne nous en avait souffl&#233; le moindre mot, et nous aussi nous ne savons que ce qui se trouve dans les journaux. Or, jusqu'&#224; la semaine derni&#232;re lorsque fut publi&#233; le projet de programme , il ne s'y trouvait rien [7]. En tout cas, ce projet ne nous a pas peu &#233;tonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre parti avait si souvent tendu la main aux lassall&#233;ens pour une r&#233;conciliation, ou du moins leur avait offert la conclusion d'un cartel, il s'&#233;tait heurt&#233; si souvent &#224; un refus d&#233;daigneux des Hasenclever, Hasselmann et T&#246;lcke, que n'importe quel enfant e&#251;t d&#251; tirer la conclusion suivante : si ces messieurs font eux-m&#234;mes le pas aujourd'hui et nous offrent la r&#233;conciliation, c'est qu'ils doivent &#234;tre dans une sale passe. Or, &#233;tant donn&#233; le genre notoirement connu de ces gens, il est de notre devoir d'exploiter cette circonstance afin que ce ne soit pas aux d&#233;pens de notre parti qu'ils se tirent de cette mauvaise passe et renforcent de nouveau leur situation dans l'opinion des masses ouvri&#232;res. Il fallait les accueillir tout &#224; fait fra&#238;chement, leur t&#233;moigner la plus grande m&#233;fiance et faire d&#233;pendre la fusion de leur plus ou moins grande disposition &#224; abandonner leurs positions de secte et leurs id&#233;es sur l'aide de l'&#201;tat et &#224; accepter, pour l'essentiel, le programme d'Eisenach [8] de 1869 ou &#224; en adopter une &#233;dition am&#233;lior&#233;e eu &#233;gard &#224; la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre parti n'a absolument rien &#224; apprendre des lassall&#233;ens au point de vue th&#233;orique, autrement dit pour ce qui est d&#233;cisif dans le programme, mais il n'en est pas du tout ainsi pour les lassall&#233;ens. La premi&#232;re condition de l'unification est qu'ils cessent d'&#234;tre des sectaires, des lassall&#233;ens, et qu'ils abandonnent donc la panac&#233;e de l'aide de l'&#201;tat, ou du moins n'y voient plus qu'une mesure transitoire et secondaire, &#224; c&#244;t&#233; de nombreuses autres mesures possibles. Le projet de programme d&#233;montre que les n&#244;tres dominent de tr&#232;s haut les dirigeants lassall&#233;ens dans le domaine th&#233;orique, mais qu'ils sont loin d'&#234;tre aussi malins qu'eux sur le plan politique. Ceux qui sont honn&#234;tes se sont une fois de plus fait cruellement duper par les &#171; malhonn&#234;tes [9] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence par accepter la phrase ronflante, mais historiquement fausse, selon laquelle : face &#224; la classe ouvri&#232;re, toutes les autres classes forment une seule masse r&#233;actionnaire. Cette phrase n'est vraie que dans quelques cas exceptionnels : dans une r&#233;volution du prol&#233;tariat, la Commune, par exemple, ou dans un pays o&#249; non seulement la bourgeoisie a imprim&#233; son image &#224; l'&#201;tat et &#224; la soci&#233;t&#233;, mais encore o&#249;, apr&#232;s elle, la petite bourgeoisie d&#233;mocratique a parachev&#233; elle aussi sa transformation jusque dans ses derni&#232;res cons&#233;quences [10].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, en Allemagne, par exemple, la petite bourgeoisie d&#233;mocratique faisait partie de cette masse r&#233;actionnaire, comment le Parti ouvrier social-d&#233;mocrate e&#251;t-il pu, des ann&#233;es durant, marcher la main dans la main avec le Parti populaire [11] ? Comment se fait-il que le Volksstaat puise presque toute sa rubrique politique dans l'organe de la petite bourgeoisie d&#233;mocratique, La Gazette de Francfort ? Et comment se fait-il que pas moins de sept revendications de ce m&#234;me programme correspondent presque mot pour mot au programme du Parti populaire et de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise ? J'entends les sept revendications politiques des articles 1 &#224; 5 et de 1 et 2 [12], dont il n'en est pas une qui ne soit d&#233;mocrate bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, le principe de l'internationalisme du mouvement ouvrier est pratiquement repouss&#233; dans son entier pour le pr&#233;sent, et ce par des gens qui, cinq ans durant et dans les conditions les plus difficiles, ont proclam&#233; ce principe de la mani&#232;re la plus glorieuse. La position des ouvriers allemands &#224; la t&#234;te du mouvement europ&#233;en se fonde essentiellement sur leur attitude authentiquement internationaliste au cours de la guerre. Nul autre prol&#233;tariat ne se serait aussi bien comport&#233;. Or, aujourd'hui que partout &#224; l'&#233;tranger les ouvriers revendiquent ce principe avec la m&#234;me &#233;nergie que celle qu'emploient les divers gouvernements pour r&#233;primer toute tentative de l'organiser, c'est &#224; ce moment qu'ils devraient le renier en Allemagne ! Que reste-t-il dans tout ce projet de l'internationalisme du mouvement ouvrier ? Pas m&#234;me une p&#226;le perspective de coop&#233;ration future des ouvriers d'Europe en vue de leur lib&#233;ration ; tout au plus une future &#171; fraternisation internationale des peuples &#187; : les &#171; &#201;tats-Unis d'Europe &#187; des bourgeois de la Ligue de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, il n'&#233;tait pas indispensable de parler de l'Internationale proprement dite. Mais &#224; tout le moins ne devait-on pas aller en de&#231;&#224; du programme de 1869, et fallait-il dire : bien que le parti ouvrier allemand soit contraint pour l'heure d'agir dans les limites des fronti&#232;res que lui trace l'&#201;tat il n'a pas le droit de parler au nom du prol&#233;tariat europ&#233;en et encore moins d'avancer des th&#232;ses fausses , il est conscient des liens solidaires qui l'unissent aux ouvriers de tous les pays et sera toujours pr&#234;t &#224; remplir, comme par le pass&#233;, les devoirs que lui impose cette solidarit&#233;. M&#234;me si l'on ne se proclame ni ne se consid&#232;re express&#233;ment comme faisant partie de l'Internationale, ces devoirs subsistent : par exemple, apporter sa contribution lors des gr&#232;ves, emp&#234;cher le recrutement d'ouvriers destin&#233;s &#224; prendre la place de leurs fr&#232;res en gr&#232;ve, veiller &#224; ce que les organes du parti tiennent les ouvriers allemands au courant du mouvement &#224; l'&#233;tranger, faire de l'agitation contre la menace ou le d&#233;cha&#238;nement effectif de guerres ourdies par les cabinets, et se comporter comme on l'a fait de mani&#232;re exemplaire en 1870 et 1871, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, les n&#244;tres se sont laiss&#233; octroyer la &#171; loi d'airain &#187; de Lassalle qui se fonde sur une conception &#233;conomique parfaitement d&#233;pass&#233;e, &#224; savoir que l'ouvrier moyen ne touche que le minimum de salaire pour son travail, et ce parce que, d'apr&#232;s la th&#233;orie de la population de Malthus, les ouvriers sont toujours en surnombre (c'&#233;tait effectivement le raisonnement de Lassalle). Or, dans Le Capital, Marx a amplement d&#233;montr&#233; que les lois qui commandent les salaires sont tr&#232;s complexes et que, selon les circonstances, c'est tant&#244;t tel facteur et tant&#244;t tel autre qui pr&#233;domine ; bref, que cette loi n'est pas d'airain, mais est au contraire fort &#233;lastique, et qu'il est impossible par cons&#233;quent de r&#233;gler l'affaire en quelques mots, comme Lassalle se le figurait. Dans son chapitre sur l'accumulation du capital [13], Marx a r&#233;fut&#233; dans le d&#233;tail le fondement malthusien de la loi que Lassalle a copi&#233;e de Malthus et de Ricardo (en falsifiant ce dernier), et qu'il expose, par exemple, dans son Arbeiterlesebuch, page 5, o&#249; il se r&#233;f&#232;re lui-m&#234;me &#224; un autre de ses ouvrages [14].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, le programme pr&#233;sente, sous sa forme la plus crue, une seule revendication sociale, emprunt&#233;e de Buchez par Lassalle : l'aide de l'&#201;tat. Et ce apr&#232;s que Bracke en a prouv&#233; toute l'inanit&#233; [15] et que presque tous les orateurs de notre parti ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de prendre position contre elle dans leur lutte contre les lassall&#233;ens ! Notre parti ne pouvait s'infliger &#224; lui-m&#234;me d'humiliation plus profonde. L'internationalisme d&#233;grad&#233; au niveau de celui d'un Armand Goegg, et le socialisme &#224; celui d'un bourgeois r&#233;publicain Buchez qui opposait cette revendication aux socialistes pour les confondre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le meilleur des cas, l' &#171; aide de l'&#201;tat &#187;, au sens de Lassalle, n'&#233;tait qu'une mesure parmi de nombreuses autres pour atteindre le but d&#233;fini ici par la formule d&#233;lav&#233;e que voici : &#171; pour pr&#233;parer la voie &#224; la solution de la question sociale &#187;, comme s'il y avait pour nous, sur le plan th&#233;orique, une question sociale qui n'ait pas &#233;t&#233; r&#233;solue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence, si l'on dit : le parti ouvrier allemand tend &#224; l'abolition du salariat et, par l&#224;, des diff&#233;rences de classe, en organisant la production coop&#233;rative &#224; l'&#233;chelle nationale dans l'industrie et l'agriculture, et il appuie toute mesure qui puisse contribuer &#224; atteindre ce but aucun lassall&#233;en n'aurait &#224; y redire quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;mement, il n'est question nulle part de l'organisation de la classe ouvri&#232;re en tant que classe par le moyen des syndicats professionnels. Or, c'est l&#224; un point tout &#224; fait essentiel, puisqu'il s'agit au fond d'une organisation du prol&#233;tariat en classe au moyen de laquelle il m&#232;ne sa lutte quotidienne contre le capital et fait son apprentissage pour la lutte supr&#234;me, d'une organisation qui, de nos jours, m&#234;me en plein d&#233;ferlement de la r&#233;action (comme c'est aujourd'hui le cas &#224; Paris apr&#232;s la Commune), ne peut plus &#234;tre d&#233;truite. &#201;tant donn&#233; l'importance prise par cette organisation en Allemagne aussi, nous estimons qu'il est absolument indispensable de lui consacrer une place dans le programme et, si possible, de lui donner son rang dans l'organisation du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; tout ce que les n&#244;tres ont conc&#233;d&#233; aux lassall&#233;ens pour leur &#234;tre agr&#233;ables. Et ceux-ci, qu'ont-ils donn&#233; en &#233;change ? L'inscription dans le programme d'une masse confuse de revendications purement d&#233;mocratiques, dont certaines sont uniquement dict&#233;es par la mode, comme la l&#233;gislation directe qui existe en Suisse et y fait plus de mal que de bien, si tant est qu'elle y fasse quelque chose : administration par le peuple, cela aurait quelque sens. De m&#234;me, il manque la condition premi&#232;re de toute libert&#233;, &#224; savoir que, vis-&#224;-vis de chaque citoyen, tout fonctionnaire soit responsable de tous ses actes devant les tribunaux ordinaires et selon la loi commune. Je ne veux pas perdre un mot sur des revendications telles que libert&#233; de la science, libert&#233; de conscience, qui figurent dans tout programme bourgeois lib&#233;ral et ont quelque chose de choquant chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le libre &#201;tat populaire est mu&#233; en &#201;tat libre. Du point de vue grammatical, un &#201;tat libre est celui qui est libre vis-&#224;-vis de ses citoyens, soit un &#201;tat gouvern&#233; despotiquement. Il conviendrait de laisser tomber tout ce bavardage sur l'&#201;tat, surtout depuis la Commune qui n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus un &#201;tat au sens propre du terme [16]. Les anarchistes nous ont suffisamment jet&#233; &#224; la t&#234;te l'&#201;tat populaire, bien que d&#233;j&#224; l'ouvrage de Marx contre Proudhon [17], puis le Manifeste communiste aient exprim&#233; sans ambages que l'&#201;tat se d&#233;fera au fur et &#224; mesure de l'av&#232;nement de l'ordre socialiste pour dispara&#238;tre enfin. Comme l'&#201;tat n'est en fin de compte qu'une institution provisoire, dont on se sert dans la lutte, dans la r&#233;volution, pour r&#233;primer par la force ses adversaires, il est absurde de parler d'un libre &#201;tat populaire : tant que le prol&#233;tariat utilise encore l'&#201;tat, il ne le fait pas dans l'int&#233;r&#234;t de la libert&#233;, mais de la coercition de ses ennemis, et d&#232;s qu'il pourra &#234;tre question de libert&#233;, l'&#201;tat, comme tel, aura cess&#233; d'exister. Nous proposerions, en cons&#233;quence, de remplacer partout le mot &#171; &#201;tat &#187; par Gemeinwesen, un bon vieux mot allemand, que le mot fran&#231;ais &#171; commune &#187; traduit &#224; merveille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;limination de toute in&#233;galit&#233; sociale et politique &#187; est une formule douteuse pour &#171; abolition de toutes les diff&#233;rences de classe &#187;. D'un pays &#224; l'autre, d'une province &#224; l'autre, voire d'une localit&#233; &#224; l'autre, il y aura toujours une certaine in&#233;galit&#233; dans les conditions d'existence : on pourra certes les r&#233;duire &#224; un minimum, mais non les faire dispara&#238;tre compl&#232;tement. Les habitants des Alpes auront toujours d'autres conditions de vie que les gens des plaines. Se repr&#233;senter la soci&#233;t&#233; socialiste comme le r&#232;gne de l'&#233;galit&#233; est une conception unilat&#233;rale de Fran&#231;ais, conception s'appuyant sur la vieille devise Libert&#233;, &#201;galit&#233;, Fraternit&#233;, et se justifiant, en ses temps et lieu, comme phase de d&#233;veloppement ; mais, de nos jours, elle devrait &#234;tre d&#233;pass&#233;e comme toutes les visions unilat&#233;rales des vieilles &#233;coles socialistes, car elle ne cr&#233;e plus que confusion dans les esprits et doit donc &#234;tre remplac&#233;e par des formules plus pr&#233;cises et mieux adapt&#233;es aux choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'arr&#234;te, bien que pour ainsi dire chaque mot soit &#224; critiquer dans ce programme sans s&#232;ve ni vigueur. C'est si vrai qu'au cas o&#249; il serait accept&#233;, Marx et moi nous ne pourrions jamais reconna&#238;tre comme n&#244;tre ce nouveau parti, s'il s'&#233;rige sur une telle base ; nous serions oblig&#233;s de r&#233;fl&#233;chir tr&#232;s s&#233;rieusement &#224; l'attitude que nous prendrions publiquement aussi vis-&#224;-vis de lui. Songez qu'&#224; l'&#233;tranger on nous tient pour responsables de chaque d&#233;claration et action du Parti ouvrier social-d&#233;mocrate allemand. Bakounine, par exemple, nous a rendus responsables dans son &#201;tat et Anarchie de chaque parole inconsid&#233;r&#233;e que Liebknecht a pu dire et &#233;crire depuis la cr&#233;ation du Demokratisches Wochenblatt. On s'imagine que nous tirons les ficelles de toute l'affaire &#224; partir de Londres, alors que vous savez aussi bien que moi que nous ne sommes pratiquement jamais intervenus dans les affaires int&#233;rieures du parti, et lorsque nous l'avons fait, ce n'&#233;tait jamais que pour &#233;viter que l'on fasse des b&#233;vues, toujours d'ordre th&#233;orique, ou pour qu'on les redresse si possible. Vous vous apercevrez vous-m&#234;mes que ce programme marque un tournant, qui pourrait fort bien nous obliger &#224; r&#233;cuser toute responsabilit&#233; vis-&#224;-vis du parti qui l'a fait sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ral, le programme officiel d'un parti importe moins que sa pratique. Cependant, un nouveau programme est toujours comme un drapeau que l'on affiche en public, et d'apr&#232;s lequel on juge ce parti. Il ne devrait donc en aucun cas &#234;tre en retrait par rapport au pr&#233;c&#233;dent, celui d'Eisenach en l'occurrence. Et puis il faut r&#233;fl&#233;chir aussi &#224; l'impression que ce programme fera sur les ouvriers des autres pays, et &#224; ce qu'ils penseront en voyant tout le prol&#233;tariat socialiste d'Allemagne ployer ainsi les genoux devant le lassall&#233;anisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec cela, je suis persuad&#233; qu'une fusion sur cette base ne tiendrait pas un an. Peut-on concevoir que les hommes les plus conscients de notre parti se pr&#234;tent &#224; la com&#233;die qui consiste &#224; r&#233;citer des litanies de Lassalle sur la loi d'airain du salaire et l'aide de l'&#201;tat ? Vous, par exemple, je voudrais vous y voir. Et si vous le faisiez tous, votre auditoire vous sifflerait. Or, je suis s&#251;r que les lassall&#233;ens tiennent autant &#224; ces partie-l&#224; du programme que le juif Shylock &#224; sa livre de chair. Il se produira une scission, mais nous aurons de nouveau &#171; lav&#233; de leurs fautes &#187; les Hasselmann, Hasenclever, T&#246;lcke et consorts ; nous sortirons de la scission plus faibles et les lassall&#233;ens plus forts. En outre, notre parti aura perdu sa virginit&#233; politique, et ne pourra plus s'opposer franchement aux phrases de Lassalle, puisque nous les aurons inscrites pendant un certain temps sur notre propre &#233;tendard. Enfin, si les lassall&#233;ens reprennent alors de nouveau leur affirmation selon laquelle ils repr&#233;sentent seuls le parti ouvrier et que les n&#244;tres sont des bourgeois, le programme sera l&#224; pour le d&#233;montrer : toutes les mesures socialistes y sont les leurs, et tout ce que notre parti y a ajout&#233;, ce sont des revendications de la d&#233;mocratie petite-bourgeoise que ce m&#234;me programme qualifie par ailleurs de fraction de la &#171; masse r&#233;actionnaire &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#034;ENGELS ET LE DEPASSEMENT DE LA DEMOCRATIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels eut &#224; se prononcer sur ce point en traitant de l'inexactitude scientifique de la d&#233;nomination &#034;social-d&#233;mocrate&#034;. Dans la pr&#233;face au recueil de ses articles des ann&#233;es 1870-1880, consacr&#233;s &#224; divers th&#232;mes, principalement &#034;internationaux&#034;, pr&#233;face dat&#233;e du 3 janvier 1894, c'est-&#224;-dire r&#233;dig&#233;e un an et demi avant sa mort, il &#233;crit que dans tous ses articles il emploie le mot &#034;communiste&#034;, parce qu'&#224; cette &#233;poque les proudhoniens en France et les lassaliens en Allemagne s'intitulaient social-d&#233;mocrates. &#034;Pour Marx comme pour moi, poursuit Engels, il y avait donc impossibilit&#233; absolue d'employer, pour exprimer notre point de vue propre, une expression aussi &#233;lastique. Aujourd'hui, il en va autrement, et ce mot (&#034;social-d&#233;mocrate&#034;) peut &#224; la rigueur passer bien qu'il reste impropre pour un parti dont le programme &#233;conomique n'est pas simplement socialiste en g&#233;n&#233;ral, mais express&#233;ment communiste, pour un parti dont le but politique final est la suppression de tout l'Etat et, par cons&#233;quent, de la d&#233;mocratie.&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;dans &#034;L'Etat et la r&#233;volution&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels n'avaient pas adh&#233;r&#233; &#224; la social-d&#233;mocratie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous n'appartenons gu&#232;re plus au parti allemand qu'au fran&#231;ais, &#224; l'am&#233;ricain ou au russe, et nous ne nous consid&#233;rons pas plus li&#233;s par le programme allemand que par le programme &#171; Minimum &#187;. En fait, nous tenons &#224; notre position particuli&#232;re de repr&#233;sentants du socialisme international. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lettre de Engels &#224; Edouard Bernstein, 28 f&#233;vrier-1er mars 1883&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Dans tous ces &#233;crits, je ne me qualifie jamais de social-d&#233;mocrate, mais de communiste. Pour Marx, comme pour moi, il est absolument impossible d'employer une expression aussi &#233;lastique pour d&#233;signer notre conception propre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fr. Engels - Pr&#233;face &#224; la brochure du Volksstaat de 1871-1875.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1884&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;P&#233;n&#233;tration petite-bourgeoise de la social-d&#233;mocratie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un parti dans le Parti, lettre d' Engels &#224; E. Bernstein, 5 juin 1884.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que messieurs les opportunistes pleurnicheurs se sont litt&#233;ralement constitu&#233;s en parti et disposent de la majorit&#233; dans la fraction parlementaire, depuis qu'ils se sont rendu compte de la position de force que leur procurait la loi anti-socialiste et qu'ils l'aient utilis&#233;e, je consid&#232;re qu'il est doublement de notre devoir de d&#233;fendre jusqu'&#224; l'extr&#234;me toutes les positions de force que nous d&#233;tenons - et surtout la position-cl&#233; du Sozialdemokrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;l&#233;ments vivent gr&#226;ce &#224; la loi anti-socialiste. S'il y avait demain des libres d&#233;bats, je serais pour frapper aussit&#244;t, et alors ils seraient vite &#233;cras&#233;s. Mais tant qu'il n'y a pas de libres d&#233;bats, qu'ils dominent toute la presse imprim&#233;e en Allemagne et que leur nombre (comme majorit&#233; des &#171; chefs &#187;) leur donne la possibilit&#233; d'exploiter &#224; plein les ragots, les intrigues et la calomnie insidieuse, nous devons, je crois, emp&#234;cher tout ce qui pourrait mettre &#224; notre compte une rupture, c'est-&#224;-dire la responsabilit&#233; d'une scission. C'est la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale dans la lutte au sein du parti m&#234;me, et elle est aujourd'hui valable plus que jamais. La scission doit &#234;tre organis&#233;e de telle sorte que nous continuons le vieux parti, et qu'ils le quittent ou qu'ils en soient chass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, &#224; l'&#233;poque o&#249; nous vivons actuellement tout leur est favorable [1]. Nous ne pouvons pas les emp&#234;cher, apr&#232;s la scission, de nous d&#233;nigrer et de nous calomnier en Allemagne, de s'exhiber comme les repr&#233;sentants des masses (&#233;tant donn&#233; que les masses les ont &#233;lus !). Nous n'avons que le Sozialdemokrat et la presse de l'&#233;tranger. Us ont toutes les facilit&#233;s pour se faire entendre, et nous, les difficult&#233;s. Si nous provoquons la scission, toute la masse du parti dira non sans raison que nous avons suscit&#233; la discorde et d&#233;sorganis&#233; le parti &#224; un moment o&#249; il &#233;tait justement en train de se r&#233;organiser &#224; grand peine et au milieu des p&#233;rils. Si nous pouvons l'&#233;viter, alors la scission serait - &#224; mon avis - simplement remise &#224; plus tard, lorsqu'un quelconque changement en Allemagne nous aura procur&#233; un peu plus de marge de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la scission devient n&#233;anmoins in&#233;vitable, il faudra lui enlever tout caract&#232;re personnel et &#233;viter toute chamaillerie individuelle (ou ce qui pourrait en avoir l'air) entre toi et ceux de Stuttgart, par exemple. Elle devra s'effectuer sur un point de principe tout &#224; fait d&#233;termin&#233;, en d'autres termes, sur une violation du programme. Tout pourri que soit le programme [de Gotha], tu verras n&#233;anmoins, en l'&#233;tudiant de plus pr&#232;s, qu'on peut y trouver suffisamment de points d'appui. Or, la fraction n'a aucun pouvoir de jugement sur le programme. En outre, la scission doit &#234;tre assez pr&#233;par&#233;e, pour que Bebel au moins soit d'accord, et marche d&#232;s le d&#233;but avec nous. Et troisi&#232;mement, il faut que tu saches ce que tu veux et ce que tu peux, lorsque la scission sera faite. Laisser le Sozialdemokrat passer dans les mains de tels hommes serait discr&#233;diter le parti allemand dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impatience est la pire des choses qui soit en l'occurrence : les d&#233;cisions de la premi&#232;re minute dict&#233;es par la passion peuvent para&#238;tre en elles-m&#234;mes comme tr&#232;s nobles et h&#233;ro&#239;ques. mais conduisent r&#233;guli&#232;rement &#224; des b&#234;tises - comme je ne l'ai constat&#233; que trop bien dans une praxis cent fois renouvel&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence : 1&#186; diff&#233;rer autant que possible la scission ; 2&#186; devient-elle in&#233;vitable, alors il faut la laisser venir d'eux ; 3&#186; dans l'intervalle tout pr&#233;parer ; 4&#186; ne rien faire, sans qu'au moins Bebel, et si possible Liebknecht qui est de nouveau tr&#232;s bien (peut-&#234;tre trop bien), d&#232;s qu'il voit que les choses sont irr&#233;m&#233;diables, et 5&#186; tenir envers et contre tous la place forte du Sozialdemokrat, jusqu'&#224; la derni&#232;re cartouche. Tel est mon avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; condescendance &#187;, dont ces messieurs font preuve &#224; votre &#233;gard, vous pouvez en v&#233;rit&#233; la leur rendre mille fois. N'avez-vous pas la langue bien pendue ? Et vous pouvez toujours faire preuve d'assez d'ironie et de morgue vis-&#224;-vis de ces &#226;nes, pour leur faire la vie dure. Il ne faut pas discuter s&#233;rieusement avec des gens aussi ignorants et, qui plus est, d'ignorants pr&#233;tentieux ; il faut plut&#244;t les railler et les faire tourner dans leur propre m&#233;lasse, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'oublie pas non plus que si la bagarre commence, j'ai les mains tr&#232;s li&#233;es par d'&#233;normes engagements en raison de mes travaux th&#233;oriques, et je ne disposerai pas de beaucoup de temps pour taper dans le tas comme je le voudrais bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais bien aussi que tu me donnes quelques d&#233;tails sur ce que ces philistins nous reprochent et ce qu'ils r&#233;clament, au lieu de t'en tenir &#224; des g&#233;n&#233;ralit&#233;s. Nota bene : plus longtemps tu resteras en tractation avec eux, plus ils devront te fournir de mat&#233;riel qui permettra de les condamner eux-m&#234;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cris-moi pour me dire dans quelle mesure je peux aborder ce sujet dans ma correspondance avec Bebel ; je vais devoir lui &#233;crire ces jours-ci, mais je vais remettre ma r&#233;ponse au lundi 9 c., date &#224; laquelle je peux avoir ta r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Engels ne fait pas seulement allusion &#224; la loi anti-socialiste, serre chaude de l'opportunisme sous la protection indirecte du r&#233;gime bismarckien, mais encore au faible d&#233;veloppement des antagonismes de classes en Allemagne : &#171; Les chamailleries dans le parti allemand ne m'ont pas surpris. Dans un pays encore aussi petit-bourgeois que l'Allemagne, le parti a n&#233;cessairement aussi une aile droite de petits bourgeois philistins et &#171; cultiv&#233;s &#187;, dont il se d&#233;barrasse au moment voulu. Le socialisme petit-bourgeois date de 1844 en Allemagne, et nous l'avons d&#233;j&#224; critiqu&#233; dans le Manifeste communiste. Il est aussi tenace que le petit bourgeois allemand lui-m&#234;me. Tant que dure la loi anti-socialiste, je ne suis pas favorable &#224; une scission que nous provoquerions, &#233;tant donn&#233; que les armes ne sont pas &#233;gales. Mais si ces messieurs provoquaient eux-m&#234;mes la scission, en attaquant le caract&#232;re prol&#233;tarien du parti en lui substituant un philanthropisme abstrait, esth&#233;tique et sentimental sans vie ni saveur, alors il faudra bien que nous prenions les choses comme elles viennent &#187; (&#224; J.-Ph. Becker, 15-6-1885).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'une des caract&#233;ristiques les plus n&#233;gatives de la majorit&#233; de la fraction parlementaire sociale-d&#233;mocrate c'est pr&#233;cis&#233;ment l'esprit prudhommesque du philistin qui veut convaincre son adversaire au lieu de le combattre : &#171; notre cause n'est-elle pas si noble et si juste &#187; que tout autre petit bourgeois doit in&#233;vitablement se joindre &#224; nous &#224; condition seulement qu'il ait bien compris ? Pour en appeler ainsi &#224; l'esprit prudhommesque, il faut m&#233;conna&#238;tre enti&#232;rement les int&#233;r&#234;ts qui guident cet esprit, voire les ignorer d&#233;lib&#233;r&#233;ment. C'est ce qui est l'une des caract&#233;ristiques essentielles du philistinisme sp&#233;cifiquement allemand. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Engels &#224; A. Bebel, 18-03-1886&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1903&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Extrait de L&#233;on Trotsky :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MA VIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le congr&#232;s du parti et la scission&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine &#233;tait arriv&#233; &#224; l'&#233;tranger dans sa maturit&#233;, &#224; l'&#226;ge de trente ans. En Russie, dans les cercles d'&#233;tudiants, dans les premiers groupes de la social-d&#233;mocratie, dans les colonies de d&#233;port&#233;s, il avait occup&#233; la premi&#232;re place. Il ne pouvait pas ne pas sentir sa force, d&#233;j&#224; pour cette simple raison que tous ceux qu'il rencontrait et avec qui il travaillait la reconnaissaient. Il partit pour l'&#233;tranger d&#233;j&#224; en possession d'un important bagage th&#233;orique et d'une s&#233;rieuse provision d'exp&#233;rience r&#233;volutionnaire. A l'&#233;tranger, il devait d'abord collaborer avec le &#034;Groupe de l'Emancipation du Travail&#034; et, avant tout, avec Pl&#233;khanov, brillant commentateur de Marx, qui avait instruit plusieurs g&#233;n&#233;rations, th&#233;oricien, politique, publiciste, orateur, qui s'&#233;tait fait un nom europ&#233;en et des relations dans toute l'Europe. A c&#244;t&#233; de Pl&#233;khanov se trouvaient deux hautes autorit&#233;s : Zassoulitch et Axelrod. Non seulement son h&#233;ro&#239;que pass&#233; mettait au premier rang V&#233;ra Ivanovna -c'&#233;tait un esprit des plus p&#233;n&#233;trants, d'une large instruction, principalement historique, et d'une rare intuition psychologique. Par l'interm&#233;diaire de Zassoulitch s'&#233;tait faite, en son temps, la liaison du &#034;Groupe&#034; avec le vieil Engels. A la. diff&#233;rence de Pl&#233;khanov et de Zassoulitch, qui &#233;taient plus &#233;troitement li&#233;s avec le socialisme latin, Axelrod repr&#233;sentait dans le &#034;Groupe&#034; les id&#233;es et l'exp&#233;rience de la social-d&#233;mocratie allemande. Pour Pl&#233;khanov, cependant, commen&#231;ait d&#233;j&#224;, en ces ann&#233;es, la p&#233;riode de la d&#233;cadence. Ce qui le minait, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment ce qui donnait des forces &#224; L&#233;nine : l'approche de la r&#233;volution. Toute l'activit&#233; de Pl&#233;khanov tendit &#224; pr&#233;parer la r&#233;volution par les id&#233;es. Il fut le propagandiste et le pol&#233;miste du marxisme, mais non pas le politique r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Plus la r&#233;volution devenait imminente, plus il sentait le sol lui glisser sous les pieds. Il ne pouvait pas ne pas le sentir, et c'&#233;tait l&#224; le motif essentiel de l'agacement qu'il manifestait &#224; l'&#233;gard des jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le directeur politique de l'Iskra fut L&#233;nine. La grande. ressource du journal &#233;tait Martov, publiciste qui &#233;crivait facilement et interminablement, de m&#234;me qu'il parlait. Coude &#224; coude avec L&#233;nine, qui &#233;tait alors son plus proche compagnon de lutte, Martov ne se sentait d&#233;j&#224; plus &#224; son aise. Ils se tutoyaient encore, mais, de toute &#233;vidence, un certain froid commen&#231;ait &#224; passer entre eux. Martov vivait beaucoup plus du jour pr&#233;sent, de ses int&#233;r&#234;ts &#233;ph&#233;m&#232;res, de son travail courant de publiciste, ainsi que de derni&#232;res nouvelles et de conversations. L&#233;nine, &#233;crasant sous lui les faits du jour, p&#233;n&#233;trait profond&#233;ment par la pens&#233;e dans le lendemain. Martov avait d'innombrables et souvent brillantes intuitions, il concevait des hypoth&#232;ses, il faisait des propositions que lui-m&#234;me, parfois, oubliait &#224; bref d&#233;lai ; mais L&#233;nine saisissait ce dont il avait besoin et seulement au moment o&#249; il en avait besoin. La transparente fragilit&#233; des pens&#233;es de Martov obligea plus d'une fois L&#233;nine &#224; hocher la t&#234;te en signe d'inqui&#233;tude. Aucune diff&#233;rence entre leurs lignes politiques n'avait encore eu le temps de se d&#233;finir, ni m&#234;me d'appara&#238;tre. Plus tard, lors de la scission au IIe congr&#232;s, les collaborateurs de l'Iskra se divis&#232;rent en &#034;durs&#034; et &#034;doux&#034;. Ces appellations, comme on sait, eurent cours dans les premiers temps, prouvant que s'il n'existait pas encore de ligne de partage, il y avait pourtant une diff&#233;rence dans la fa&#231;on d'aborder les questions, dans la d&#233;cision, dans la pers&#233;v&#233;rance vers le but. Pour ce qui est de L&#233;nine et de Martov, on peut dire que m&#234;me avant la scission et avant le congr&#232;s L&#233;nine &#233;tait d&#233;j&#224; un &#034;dur&#034;, tandis que Martov &#233;tait un &#034;doux&#034;. Et tous deux le savaient bien. L&#233;nine consid&#233;rait Martov, qu'il estimait beaucoup, d'un oeil critique et l&#233;g&#232;rement soup&#231;onneux ; Martov, sentant ce regard sur lui, en &#233;tait g&#234;n&#233; et, par un tic nerveux, secouait sa maigre &#233;paule. Lorsqu'ils se rencontraient et causaient, il n'y avait plus entre eux d'intonations amicales, de plaisanteries, ou du moins ne m'en apercevais-je pas. L&#233;nine, en parlant, ne le regardait pas en face, et les yeux de Martov se vitrifiaient sous son pince-nez, pench&#233; en avant et qu'il n'essuyait jamais. Et quand L&#233;nine causait avec moi de Martov, il y avait dans sa voix une nuance particuli&#232;re : &#034;Quoi donc, c'est Julius qui a dit cela ?&#034; Et alors, le nom de Julius &#233;tait prononc&#233; d'une certaine fa&#231;on, l&#233;g&#232;rement soulign&#233;, comme si L&#233;nine donnait un avertissement : &#034;Il est bon, sans doute, il est bon, il est m&#234;me remarquable, mais vraiment trop doux...&#034; De plus, incontestablement, V&#233;ra Ivanovna Zassoulitch exer&#231;ait sur Martov une influence, non politique mais psychologique, l'&#233;cartant de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liaison avec la Russie &#233;tait toute entre les mains de L&#233;nine. C'&#233;tait sa femme, Nadejda Konstantinovna Kroupska&#239;a, qui avait assum&#233; le secr&#233;tariat de la r&#233;daction. Elle &#233;tait au centre de tout le travail d'organisation, recevait les camarades venus de loin, instruisait et accompagnait les partants, fixait les moyens de communication, les lieux de rendez-vous, &#233;crivait les lettres, les chiffrait et les d&#233;chiffrait. Dans sa chambre, il y avait presque toujours une odeur de papier br&#251;l&#233; venant des lettres secr&#232;tes qu'elle chauffait au-dessus du po&#234;le pour les lire. Et fr&#233;quemment elle se plaignait, avec sa douce insistance, de ne pas recevoir assez de lettres, ou de ce que l'on s'&#233;tait tromp&#233; de chiffre, ou de ce que l'on avait &#233;crit &#224; l'encre sympathique de telle fa&#231;on qu'une ligne grimpait sur l'autre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;nine dans son travail courant d'organisation politique, s'effor&#231;ait de d&#233;pendre le moins possible des anciens, et, avant tout de Pl&#233;khanov, avec lequel il avait eu d&#233;j&#224; de graves conflits pour diff&#233;rents motifs, notamment lors de l'&#233;laboration du projet de programme du parti. Le premier projet de L&#233;nine, oppos&#233; &#224; celui de Pl&#233;khanov, avait provoqu&#233; de la part de ce dernier une appr&#233;ciation tr&#232;s brutale, formul&#233;e sur un ton de raillerie hautaine, par quoi se distinguait, dans ces cas-l&#224;, Georges Valentinovitch. Mais ce n'&#233;tait pas ainsi, bien entendu, que l'on pouvait d&#233;courager ou intimider L&#233;nine. Le conflit prit un caract&#232;re tout &#224; fait dramatique. Les m&#233;diateurs furent Zassoulitch et Martov ; Zassoulitch pour Pl&#233;khanov, Martov pour L&#233;nine. Les deux interm&#233;diaires &#233;taient tout dispos&#233;s &#224; obtenir la conciliation et, en outre, ils avaient l'un pour l'autre, beaucoup d'amiti&#233;. V&#233;ra Ivanovna, elle-m&#234;me l'a racont&#233;, disait &#224; L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Georges (Pl&#233;khanov) est un l&#233;vrier : il mordille bien, mais il finit toujours par l&#226;cher ; vous &#234;tes un bouledogue : quand vous mordez, vous ne l&#226;chez plus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand V&#233;ra Ivanovna, plus tard, me rapporta ce propos, elle ajouta :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et il (L&#233;nine) a beaucoup aim&#233; &#231;a. &#034;Je mords et ne l&#226;che plus&#034; ? a-t-il r&#233;p&#233;t&#233;, avec plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et V&#233;ra Ivanovna imitait avec une bonhomie railleuse l'intonation et le grasseyement de L&#233;nine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces graves escarmouches avaient eu lieu avant mon arriv&#233;e &#224; l'&#233;tranger. Je ne les avais pas soup&#231;onn&#233;es. Je ne savais pas non plus que les rapports &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;daction s'aggrav&#232;rent encore quand il fut question de moi. Quatre mois apr&#232;s mon arriv&#233;e, L&#233;nine &#233;crivait &#224; Pl&#233;khanov :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 2 mars 1903.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'invite tous les membres de la r&#233;daction &#224; admettre par cooptation P&#233;ro, avec des droits &#233;gaux &#224; ceux des autres membres (j'estime que pour une cooptation, la majorit&#233; ne suffit pas, il faut l'unanimit&#233;). Nous avons fort besoin d'un septi&#232;me membre, tant pour la commodit&#233; dans les votes (six &#233;tant un nombre pair) que pour compl&#233;ter nos forces. P&#233;ro &#233;crit depuis des mois dans chaque num&#233;ro. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, il travaille pour l'Iskra de la fa&#231;on la plus &#233;nergique, il fait des conf&#233;rences (et avec un &#233;norme succ&#232;s). Pour les rubriques d'actualit&#233; (articles et notes) il nous sera non seulement tr&#232;s utile, mais vraiment indispensable. C'est un homme aux capacit&#233;s indubitablement hors de pair, convaincu, &#233;nergique, qui ira encore de l'avant. Et, dans le domaine des traductions et de la litt&#233;rature populaire, il saura faire bien des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objections possibles : 1. il est jeune ; 2. il rentrera (peut-&#234;tre bient&#244;t) en Russie ; 3. sa plume (sans guillemets) garde des traces du style des feuilletons, il s'exprime d'une fa&#231;on par trop recherch&#233;e, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p. 1. -On ne pr&#233;sente pas P&#233;ro pour qu'il occupe un poste ind&#233;pendant, mais pour qu'il soit membre d'une collectivit&#233;. Il y prendra de l'exp&#233;rience. Le &#034;flair&#034;, d'un membre de parti, d'un homme de fraction, est indubitablement en lui ; quant aux connaissances et &#224; l'exp&#233;rience, ce sont des choses qui s'acqui&#232;rent dans la vie. Il est &#233;galement indubitable qu'il &#233;tudie et travaille. Il est indispensable de le coopter pour l'attacher d&#233;finitivement &#224; nous et l'encourager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p. 2. -Si P&#233;ro se met au courant de tous les travaux, il se peut qu'il ne parte pas de sit&#244;t. S'il part, la liaison de l'organisation avec notre groupe et sa subordination &#224; ce dernier ne seront pas un minus (-) mais un &#233;norme plus (+).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p. 3. -Les d&#233;fauts de style n'ont pas d'importance. Il se formera. Actuellement, il accepte qu'on le &#034;corrige&#034; en silence (et pas tr&#232;s volontiers). Dans notre groupe, il y aura des discussions ; les votes et &#034;indications&#034; prendront une forme mieux d&#233;termin&#233;e et plus insistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, je propose : 1. aux six membres de la r&#233;daction de voter &#224; l'unanimit&#233; la cooptation de P&#233;ro ; 2. ensuite, si celui-ci est admis, de r&#233;glementer d&#233;finitivement les rapports et les modalit&#233;s de vote &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;daction, d'&#233;laborer des statuts pr&#233;cis. C'est n&#233;cessaire pour nous-m&#234;mes et c'est important pour le congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.-S. - J'estime qu'il serait extr&#234;mement incommode et maladroit de diff&#233;rer la cooptation, car, pour moi, j'ai d&#233;j&#224; constat&#233; un assez s&#233;rieux m&#233;contentement de P&#233;ro (qu'il n'exprime pas directement, bien entendu) : il se voit toujours comme l'oiseau sur la branche, il lui semble toujours qu'on le traite comme &#034;un petit jeune homme&#034;. Si nous ne recevons pas P&#233;ro imm&#233;diatement et s'il part, disons dans un mois, pour la Russie, je suis convaincu qu'il prendra cela comme un refus formel de l'admettre &#224; la r&#233;daction. Nous pouvons ainsi &#034;laisser &#233;chapper l'occasion&#034; et ce serait tr&#232;s mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je cite presque int&#233;gralement cette lettre, (exception faite pour des d&#233;tails techniques), dont je n'ai eu moi-m&#234;me connaissance que r&#233;cemment, parce qu'elle caract&#233;rise au plus haut degr&#233; la situation qui s'&#233;tait faite &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;daction, la personne de L&#233;nine et son attitude &#224; mon &#233;gard. De la lutte qui se d&#233;roula &#224; mon insu, quand il fut question de m'admettre parmi les r&#233;dacteurs, je ne sus rien, comme je l'ai d&#233;j&#224; dit. Lorsque L&#233;nine &#233;crivait que j'&#233;tais &#034;assez s&#233;rieusement&#034; m&#233;content de n'&#234;tre pas admis dans la r&#233;daction, il disait quelque chose d'erron&#233;, et cela ne correspondait pas du tout &#224; mon &#233;tat d'esprit d'alors. En fait, cette ambition ne m'&#233;tait m&#234;me pas venue &#224; la pens&#233;e. Dans la r&#233;daction, je me conduisais en &#233;colier devant ses ma&#238;tres. J'avais vingt-trois ans. J'&#233;tais le plus jeune. Martov avait sept ans de plus et L&#233;nine dix. J'&#233;tais grandement satisfait du sort qui m'avait introduit si intimement dans ce groupe remarquable. De chacun d'eux, je pouvais apprendre bien des choses, et je m'y appliquais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il que L&#233;nine ait parl&#233; de mon m&#233;contentement ? Je pense que c'&#233;tait tout simplement un proc&#233;d&#233; de tacticien. Toute la lettre de L&#233;nine est p&#233;n&#233;tr&#233;e du d&#233;sir de d&#233;montrer, de convaincre et d'arriver &#224; ses fins. C'est &#224; dessein que L&#233;nine cherche &#224; inqui&#233;ter les autres membres de la r&#233;daction en leur parlant de mon m&#233;contentement suppos&#233; et de mon &#233;loignement possible de l'Iskra. C'est de sa part un argument compl&#233;mentaire, rien de plus. Il en est de m&#234;me de l'argument concernant &#034;le petit jeune homme&#034;. Le vieux Deutch m'appelait souvent ainsi, et il &#233;tait seul &#224; me donner ce nom. Or, justement, Deutch, qui n'avait et ne pouvait avoir sur moi aucune influence politique, entretenait avec moi les rapports les plus amicaux. L&#233;nine se sert du mot uniquement pour persuader les anciens de la n&#233;cessit&#233; de me compter comme un homme parvenu &#224; sa maturit&#233; en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit jours apr&#232;s l'exp&#233;dition de la lettre de L&#233;nine, Martov &#233;crivait &#224; Axelrod :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Londres, le 10 mars 1903.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vladimir Ilitch nous invite &#224; accepter comme membre de la r&#233;daction, jouissant des m&#234;mes droits que ses coll&#232;gues, P&#233;ro que vous connaissez. Ses travaux litt&#233;raires montrent qu'il est indubitablement dou&#233; ; il est tout &#224; fait &#034;n&#244;tre&#034; par ses tendances, il est compl&#232;tement entr&#233; dans les int&#233;r&#234;ts de l'Iskra et jouit ici (&#224; l'&#233;tranger) d'une grande influence gr&#226;ce &#224; son talent d'orateur, qui est hors de pair. Il parle magnifiquement, on ne peut mieux. Je m'en suis convaincu de m&#234;me que Vladimir Ilitch. Il a des connaissances et travaille de toutes ses forces &#224; les compl&#233;ter. Je donne mon adh&#233;sion sans condition &#224; la proposition de Vladimir Ilitch.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette lettre, Martov n'est que le juste &#233;cho de la voix de L&#233;nine. Mais il ne reprend pas l'argument de mon m&#233;contentement. Nous vivions, Martov et moi, dans le m&#234;me logement, c&#244;te &#224; c&#244;te, il m'observait de trop pr&#232;s pour me soup&#231;onner de l'impatiente ambition de devenir membre de la r&#233;daction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi L&#233;nine insistait-il tellement sur la n&#233;cessit&#233; de m'attacher de plus pr&#232;s au groupe ? Il voulait obtenir une majorit&#233; stable. Sur un bon nombre d'importantes questions, la r&#233;daction se divisait en deux groupes &#233;gaux : les anciens, Pl&#233;khanov, Zassoulitch, Axelrod ; et les jeunes, L&#233;nine, Martov, Potressov. L&#233;nine ne doutait pas que sur les points les plus graves je serais avec lui. Un jour, comme il fallait se prononcer contre Pl&#233;khanov, L&#233;nine me prit &#224; part et me dit malicieusement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Que Martov y aille d'abord !... Il essaiera de graisser... Apr&#232;s, vous taillerez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et remarquant sur mon visage un certain &#233;tonnement, il ajouta aussit&#244;t :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Moi, j'aime mieux tailler, mais, pour cette fois, contre Pl&#233;khanov, mieux vaut graisser...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition de L&#233;nine, tendant &#224; me faire admettre dans la r&#233;daction, rencontra la r&#233;sistance de Pl&#233;khanov. Bien pis ; cette proposition fut la cause principale de la vive antipathie que devait manifester Pl&#233;khanov &#224; mon &#233;gard. Il avait devin&#233; que, contre lui-m&#234;me, L&#233;nine cherchait une solide majorit&#233;. La question d'une r&#233;forme de la r&#233;daction fut diff&#233;r&#233;e jusqu'au congr&#232;s. Cependant, le groupe d&#233;cida que, sans attendre ce congr&#232;s, je participerais aux s&#233;ances, avec voix consultative. Pl&#233;khanov s'opposa cat&#233;goriquement m&#234;me &#224; cette solution. Mais V&#233;ra Ivanovna lui dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Eh bien, c'est moi qui l'am&#232;nerai...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, effectivement, c'est elle qui &#034;m'amena&#034; &#224; la s&#233;ance suivante. Ne connaissant pas le secret des coulisses, je ne fus pas peu interloqu&#233; lorsque Georges Valentinovitch m'accueillit avec la froideur distingu&#233;e dans laquelle il &#233;tait pass&#233; ma&#238;tre. L'antipathie de Pl&#233;khanov &#224; mon &#233;gard dura longtemps ; en somme, elle ne disparut jamais. En avril 1904, Martov, dans une lettre &#224; Axelrod, parlait d'une &#034;haine personnelle, humiliante pour lui (Pl&#233;khanov) et peu noble, &#224; l'&#233;gard d'une certaine personne&#034;. Il s'agissait de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'observation faite par L&#233;nine, dans sa lettre, au sujet de mon style d'alors, est curieuse. Elle est juste sous les deux rapports : j'&#233;crivais d'une fa&#231;on quelque peu recherch&#233;e, et je n'acceptais pas tr&#232;s volontiers qu'on me corrige&#226;t. Mes premiers ouvrages dataient d'environ deux ans et les questions de style occupaient une grande place, tout &#224; fait &#224; part, dans mon travail. Je commen&#231;ais seulement &#224; prendre go&#251;t &#224; la mati&#232;re litt&#233;raire. Comme les enfants, quand ils font leurs dents, &#233;prouvent le besoin de se frotter les gencives, m&#234;me &#224; l'aide d'objets peu appropri&#233;s &#224; cet usage, la recherche spontan&#233;e du mot, de la formule, de l'image, r&#233;pondait &#224; la p&#233;riode o&#249;, comme &#233;crivain, je faisais mes dents. Je ne devais parvenir &#224; &#233;purer mon style qu'avec le temps. Mais comme mon effort pour arriver &#224; l'expression n'&#233;tait ni fortuit, ni superficiel, comme il correspondait aux d&#233;marches int&#233;rieures de mon esprit, il n'est pas &#233;tonnant que, malgr&#233; toute ma d&#233;f&#233;rence pour la r&#233;daction, j'aie d&#233;fendu instinctivement ma personnalit&#233; d'&#233;crivain en formation contre l'intrusion d'autres &#233;crivains compl&#232;tement faits, mais d'une structure diff&#233;rente...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la date fix&#233;e pour le congr&#232;s approchait et, finalement, on d&#233;cida de transf&#233;rer la r&#233;daction &#224; Gen&#232;ve : la vie y co&#251;tait incomparablement moins cher et la liaison avec la Russie y &#233;tait plus facile. L&#233;nine, &#224; contre-coeur, y consentit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;A Gen&#232;ve, nous nous install&#226;mes dans deux petites chambres mansard&#233;es, &#233;crit S&#233;dova. L. D. &#233;tait absorb&#233; par les travaux pr&#233;paratoires pour le congr&#232;s. Je me disposais &#224; me rendre en Russie, pour y militer dans le parti.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers d&#233;l&#233;gu&#233;s arrivaient et l'on avait avec eux des conf&#233;rences incessantes. Dans ce travail pr&#233;paratoire, L&#233;nine avait incontestablement la direction, bien que son r&#244;le ne f&#251;t pas toujours perceptible. Une partie des d&#233;l&#233;gu&#233;s &#233;taient venus avec des doutes ou des r&#233;criminations. Cette &#233;laboration pr&#233;liminaire prenait beaucoup de temps. Dans nos r&#233;unions, on se pr&#233;occupa fort d'&#233;tablir des statuts : le point important, dans les sch&#233;mas d'organisation, &#233;tait de d&#233;terminer les rapports mutuels de l'organe central (l'Iskra) et du comit&#233; central qui agissait en Russie. J'&#233;tais arriv&#233; &#224; l'&#233;tranger avec cette id&#233;e que la r&#233;daction devait se &#034;subordonner&#034; au comit&#233; central. Telle &#233;tait la disposition d'esprit de la majorit&#233; des adeptes de l'Iskra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#199;a ne marchera pas, me r&#233;pliquait L&#233;nine. La proportion des forces ne se pr&#233;sente pas ainsi. Voyons, comment feront-ils pour nous diriger du fond de la Russie ? &#199;a ne marchera pas... Nous sommes un centre stable, nous sommes id&#233;ologiquement plus forts, et c'est nous qui dirigerons d'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Alors, c'est la compl&#232;te dictature de la r&#233;daction ? demandai-je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Et qu'y voyez-vous de mal ? r&#233;pliqua L&#233;nine. C'est ainsi qu'il en doit &#234;tre dans la pr&#233;sente situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plans d'organisation de L&#233;nine m'inspiraient certains doutes. Mais j'&#233;tais loin de penser que le congr&#232;s du parti exploserait sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;**&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais mandat&#233; par l'Union sib&#233;rienne, avec laquelle j'avais &#233;t&#233; &#233;troitement li&#233; au temps de ma d&#233;portation. Avec le d&#233;l&#233;gu&#233; de Toula, le m&#233;decin Oulianov, fr&#232;re cadet de L&#233;nine, je partis pour le congr&#232;s, non de Gen&#232;ve, pour &#233;chapper aux filatures, mais de Nyon, la station suivante, petite gare tranquille, o&#249; le rapide ne s'arr&#234;tait qu'une demi-minute. En bons provinciaux de Russie que nous &#233;tions, nous attend&#238;mes le train sur le quai oppos&#233; &#224; celui qu'il fallait prendre, et, quand le rapide arriva, nous nous &#233;lan&#231;&#226;mes vers un de ses wagons &#224; travers les voies. Nous n'avions pas eu le temps de grimper que le train se mit en marche. Le chef de gare, apercevant deux voyageurs sur une des voies, lan&#231;a un coup de sifflet d'alarme. Le train s'arr&#234;ta. Aussit&#244;t que nous f&#251;mes mont&#233;s en wagon, un contr&#244;leur vint nous faire comprendre qu'il voyait pour la premi&#232;re fois de sa vie d'aussi stupides individus et que nous avions &#224; payer 50 francs pour avoir caus&#233; l'arr&#234;t du train. A notre tour, nous lui donn&#226;mes &#224; comprendre que nous ne savions pas un mot de fran&#231;ais. Ce n'&#233;tait pas tout &#224; fait vrai, mais c'&#233;tait indiqu&#233; pour la circonstance : apr&#232;s nous avoir grond&#233;s deux ou trois minutes encore, ce Suisse &#233;pais nous laissa tranquilles. Et il fut, en cela, d'autant plus raisonnable, que nous ne poss&#233;dions pas les 50 francs. Il se contenta, un peu plus tard, en contr&#244;lant les billets, d'exprimer &#224; d'autres voyageurs son opinion extr&#234;mement m&#233;prisante pour ces deux messieurs qu'on avait d&#251; ramasser sur la voie. Le malheureux ne savait pas que nous &#233;tions en route pour fonder un parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La session s'ouvrit &#224; la Maison du Peuple de Bruxelles. Dans le magasin qui nous fut assign&#233;, endroit suffisamment dissimul&#233; aux regards curieux, il y avait des balles de laine, et nous sub&#238;mes les attaques d'une innombrable quantit&#233; de puces. Nous les appel&#226;mes les guerriers d'Anseele, mobilis&#233;s pour donner l'assaut &#224; la soci&#233;t&#233; bourgeoise. Les s&#233;ances furent pour nous une v&#233;ritable torture physique. Bien pis : d&#232;s les premiers jours, les d&#233;l&#233;gu&#233;s remarqu&#232;rent qu'ils &#233;taient activement fil&#233;s. J'avais un passeport au nom d'un Bulgare, un certain Samokovliev, que je ne connaissais pas. Dans le courant de la seconde semaine, comme nous sortions, Zassoulitch et moi, tard dans la nuit, du petit restaurant &#034;Au Faisan dor&#233;&#034;, un d&#233;l&#233;gu&#233; d'Odessa, Z***, nous coupa la route et, sans nous regarder, chuchota rapidement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un mouchard derri&#232;re vous... S&#233;parez-vous... Il suivra l'homme...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Z*** &#233;tait un grand sp&#233;cialiste en mati&#232;re de filatures, son coup d'oeil, &#224; cet &#233;gard, avait la pr&#233;cision d'un instrument d'astronomie. Comme il s'&#233;tait log&#233; &#224; proximit&#233; du &#034;Faisan dor&#233;&#034;, &#224; un &#233;tage sup&#233;rieur, il avait fait de sa fen&#234;tre un poste d'observation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pris aussit&#244;t cong&#233; de Zassoulitch et continuai mon chemin tout droit. J'avais dans la poche le passeport bulgare et cinq francs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouchard, un grand et maigre Flamand au nez en bec de canard, embo&#238;ta le pas derri&#232;re moi. Il &#233;tait d&#233;j&#224; plus de minuit et la rue &#233;tait absolument d&#233;serte. Je revins brusquement en arri&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; M'sieu, comment s'appelle cette rue ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Flamand, abasourdi, s'adossa contre un mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je ne sais pas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'attendait s&#251;rement &#224; recevoir un coup de revolver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je continuai mon chemin toujours tout droit par un boulevard. Quelque part, une horloge sonna une heure. Parvenu &#224; la premi&#232;re rue transversale, je m'y engageai et me mis &#224; courir &#224; toutes jambes. Le Flamand s'&#233;lan&#231;a &#224; ma poursuite. C'est ainsi qu'en pleine nuit, deux hommes qui ne se connaissaient pas d&#233;talaient, l'un cherchant &#224; rattraper l'autre par les rues de Bruxelles. J'entends encore le tapotement de leurs chaussures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant fait le tour d'un p&#226;t&#233; de maisons par ses trois c&#244;t&#233;s, je ramenai le Flamand sur le boulevard. Nous &#233;tions tous deux fatigu&#233;s et furieux ; nous nous rem&#238;mes au pas, d'une allure maussade. J'aper&#231;us deux ou trois fiacres. Mais &#224; quoi bon, en prendre un ? Le mouchard e&#251;t saut&#233; dans l'autre. Nous continu&#226;mes &#224; marcher. L'interminable boulevard semblait arriver &#224; sa fin, nous allions sortir de la ville. Pr&#232;s d'un petit cabaret de nuit stationnait encore un fiacre. Et l&#224;, il n'y en avait pas d'autres. D'un bond, j'y pris place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; En route ! Et vivement ! Je suis press&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; O&#249; allez-vous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouchard tendit l'oreille. Je nommai un parc qui &#233;tait &#224; cinq minutes de marche de mon logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est cent sous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Allez toujours !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cocher ramassa ses guides. Le mouchard se pr&#233;cipita dans le cabaret, en ressortit avec un gar&#231;on et lui d&#233;signa du doigt l'ennemi en fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une demi-heure plus tard, j'&#233;tais dans ma chambre. Ayant allum&#233; une bougie, j'aper&#231;us sur ma table de nuit une lettre qui portait mon nom de Bulgare. Qui donc pouvait m'&#233;crire &#224; cette adresse ? Il se trouva que &#034;le sieur Samokowlieff&#034; &#233;tait invit&#233; &#224; se pr&#233;senter le lendemain, &#224; dix heures du matin, au commissariat de police, avec son passeport. Un autre mouchard avait donc r&#233;ussi &#224; me filer la veille, et toute cette galopade nocturne par le boulevard n'avait &#233;t&#233; qu'un exercice d&#233;sint&#233;ress&#233; pour l'un et l'autre partenaire. D'autres d&#233;l&#233;gu&#233;s, dans la m&#234;me nuit, eurent l'honneur de recevoir une toute pareille invitation. Ceux qui se pr&#233;sent&#232;rent &#224; la police furent somm&#233;s d'avoir &#224; quitter la Belgique dans les vingt-quatre heures. Je n'allai pas au commissariat ; je partis tout simplement pour Londres o&#249; le congr&#232;s &#233;tait transf&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui dirigeait alors, &#224; Berlin, l'agence de la police russe, un certain Harting, &#233;crivit dans son rapport au d&#233;partement dont il d&#233;pendait, que &#034;la police bruxelloise s'&#233;tait &#233;tonn&#233;e d'un consid&#233;rable afflux d'&#233;trangers et qu'elle avait soup&#231;onn&#233; dix personnes d'agissements anarchistes&#034;. Harting lui-m&#234;me &#034;&#233;tonna&#034; &#224; son tour la police bruxelloise ; il s'appelait en r&#233;alit&#233; Heckelmann ; c'&#233;tait un dynamiteur provocateur ; il avait &#233;t&#233; condamn&#233; par contumace, par un tribunal fran&#231;ais, aux travaux forc&#233;s ; il devint ensuite g&#233;n&#233;ral dans l'Okhrana du tsarisme et, sous un faux nom, chevalier de la L&#233;gion d'honneur... Il &#233;tait renseign&#233; par un autre agent provocateur, le docteur Jitomirsky, qui, de Berlin, participa activement &#224; l'organisation du congr&#232;s. Mais tout cela ne se d&#233;couvrit que plusieurs ann&#233;es apr&#232;s. Il semblait que le tsarisme tint entre ses mains tous les fils... Cela ne l'a pourtant pas sauv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du congr&#232;s se manifest&#232;rent les antagonismes entre les cadres principaux de l'Iskra. On commen&#231;a &#224; distinguer les &#034;durs&#034; et les &#034;doux&#034;. Au d&#233;but, les dissensions s'exprim&#232;rent sur le paragraphe 1er des statuts : qui devait-on consid&#233;rer comme membre du parti ? L&#233;nine insistait pour assimiler le parti &#224; une organisation ill&#233;gale. Martov voulait que l'on reconn&#251;t aussi comme membres du parti ceux qui militaient sous la direction d'une organisation ill&#233;gale. Pratiquement, ce dissentiment n'avait pas d'importance imm&#233;diate, puisque, selon les formules de l'un et de l'autre, les membres des organisations ill&#233;gales &#233;taient seuls &#224; jouir du droit de voix d&#233;lib&#233;rative. N&#233;anmoins, on se trouvait sans aucun doute devant deux tendances divergentes. L&#233;nine voulait de la nettet&#233; dans les formes, une ligne rigoureusement marqu&#233;e dans les rapports &#224; l'int&#233;rieur du parti. Martov &#233;tait enclin &#224; admettre les flottements. La fa&#231;on dont on se groupa sur cette question devait d&#233;terminer toute la marche du congr&#232;s et fixer, en particulier, la composition des institutions dirigeantes du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la coulisse, il y avait lutte pour ou contre tel d&#233;l&#233;gu&#233;. L&#233;nine n'&#233;pargna aucun effort pour me gagner. Il fit avec Krassikov et moi une longue promenade au cours de laquelle tous deux s'efforc&#232;rent de me d&#233;montrer que la voie suivie par Martov ne pouvait &#234;tre la mienne, car Martov &#233;tait un &#034;doux&#034;. Krassikov caract&#233;risait les membres de la r&#233;daction de l'Iskra avec un tel sans-g&#234;ne que L&#233;nine faisait la grimace et que je fr&#233;missais. Je consid&#233;rais encore la r&#233;daction en jeune homme tr&#232;s sentimental. Cette conversation m'&#233;loigna plus qu'elle ne me s&#233;duisit. Les dissentiments &#233;taient encore vagues, tous avan&#231;aient &#224; t&#226;tons et op&#233;raient sur des impond&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut d&#233;cid&#233; qu'on convoquerait une conf&#233;rence des principaux membres de l'Iskra et qu'on s'expliquerait. Mais le choix d'un pr&#233;sident suscitait d&#233;j&#224; des difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Je propose d'&#233;lire votre Benjamin, dit Deutch, cherchant une issue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que j'eus &#224; pr&#233;sider la r&#233;union des membres de l'Iskra, o&#249; se d&#233;cida la future scission entre bolcheviks et mench&#233;viks. Chez tous, la tension nerveuse &#233;tait &#224; l'extr&#234;me. L&#233;nine sortit de l&#224; en faisant claquer la porte. C'est la seule fois que, sous mes yeux, il ait perdu possession de lui-m&#234;me dans une grave lutte &#224; l'int&#233;rieur du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation devint encore plus s&#233;rieuse. Les dissensions se manifest&#232;rent au congr&#232;s m&#234;me. L&#233;nine fit encore une tentative pour m'amener du c&#244;t&#233; des &#034;durs&#034;. Il m'envoya la d&#233;l&#233;gu&#233;e Z*** et son fr&#232;re cadet, Dmitri. L'entretien avec eux, dans un parc, dura plusieurs heures. Les &#233;missaires ne voulaient &#224; aucun prix me l&#226;cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nous avons l'ordre de vous ramener, &#224; quelque prix que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, je refusai carr&#233;ment de les suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La scission &#233;clata d'une fa&#231;on inattendue pour tous les membres du congr&#232;s. L&#233;nine qui, dans cette lutte, &#233;tait le plus actif, n'avait pas pr&#233;vu la scission et n'en voulait pas. Des deux c&#244;t&#233;s, les &#233;v&#233;nements qui avaient &#233;clat&#233; furent ressentis d'une fa&#231;on extr&#234;mement p&#233;nible. Apr&#232;s le congr&#232;s, L&#233;nine souffrit plusieurs semaines d'une maladie nerveuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les M&#233;moires de S&#233;dova, on lit ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;De Londres, L. D. &#233;crivait presque journellement ; ses lettres &#233;taient de plus en plus alarm&#233;es, et, enfin, la lettre sur la scission dans l'Iskra disait avec d&#233;sespoir que l'Iskra n'existait plus, qu'elle &#233;tait morte... Nous souffr&#238;mes beaucoup de cette scission. Bient&#244;t apr&#232;s le retour de L. D., venant du congr&#232;s, je partis pour P&#233;tersbourg, emportant des documents sur ces assises, copi&#233;s de l'&#233;criture la plus fine sur de fin papier qui fut ins&#233;r&#233; dans la reliure d'un dictionnaire Larousse.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi me suis-je trouv&#233; au congr&#232;s parmi les &#034;doux&#034; ? De tous les membres de la r&#233;daction, j'&#233;tais le plus li&#233; avec Martov, Zassoulitch, et Axelrod. Leur influence sur moi fut indiscutable. Dans la r&#233;daction, jusqu'au congr&#232;s, il y avait eu des nuances, mais non des dissentiments nettement exprim&#233;s. J'&#233;tais surtout &#233;loign&#233; de Pl&#233;khanov : apr&#232;s les premiers conflits, qui n'avaient en somme qu'une importance secondaire, Pl&#233;khanov m'avait pris en aversion. L&#233;nine me traitait fort bien. Mais c'&#233;tait justement lui, alors, qui, sous mes yeux, attaquait une r&#233;daction formant &#224; mon avis un ensemble unique et portant le nom prestigieux de l'Iskra. L'id&#233;e d'une scission dans le groupe me paraissait sacril&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le centralisme r&#233;volutionnaire est un principe dur, autoritaire et exigeant. Souvent, &#224; l'&#233;gard de personnes ou de groupes qui partageaient hier vos id&#233;es, il prend des formes impitoyables. Ce n'est pas par hasard que, dans le vocabulaire de L&#233;nine, se rencontrent si fr&#233;quemment les mots : irr&#233;conciliable et implacable. C'est seulement la plus haute tension vers le but, ind&#233;pendante de toutes les questions bassement personnelles, qui peut justifier une pareille incl&#233;mence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1903, il ne s'agissait tout au plus que d'exclure Axelrod et Zassoulitch de la r&#233;daction de l'Iskra. A leur &#233;gard, j'&#233;tais p&#233;n&#233;tr&#233; non seulement de respect, mais d'affection. L&#233;nine, lui aussi, les estimait hautement pour leur pass&#233;. Mais il en &#233;tait arriv&#233; &#224; conclure qu'ils devenaient de plus en plus g&#234;nants sur la route de l'avenir. Et, en organisateur, il d&#233;cida qu'il fallait les &#233;liminer des postes de direction. C'est &#224; quoi je ne pouvais me r&#233;signer. Tout mon &#234;tre protestait contre cette impitoyable suppression d'anciens qui &#233;taient enfin parvenus au seuil du parti. De l'indignation que j'&#233;prouvais alors provint ma rupture avec L&#233;nine au IIe congr&#232;s. Sa conduite me semblait inacceptable, impardonnable, r&#233;voltante. Pourtant, cette conduite &#233;tait juste au point de vue politique et, par cons&#233;quent n&#233;cessaire pour l'organisation. La rupture avec les anciens qui &#233;taient rest&#233;s fig&#233;s dans l'&#233;poque pr&#233;paratoire &#233;tait de toutes fa&#231;ons in&#233;vitable. L&#233;nine l'avait compris avant les autres. Il fit encore une tentative pour conserver Pl&#233;khanov, en le s&#233;parant de Zassoulitch et d'Axelrod. Mais cet essai, comme le montr&#232;rent bient&#244;t les &#233;v&#233;nements, ne devait donner aucun r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, ma rupture avec L&#233;nine eut lieu en quelque sorte sur un terrain &#034;moral&#034;, et m&#234;me sur un terrain individuel. Mais ce n'&#233;tait qu'en apparence. Pour le fond, nos divergences avaient un caract&#232;re politique qui ne se manifesta que dans le domaine de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me consid&#233;rais comme centraliste. Mais il est hors de doute qu'en cette p&#233;riode je ne voyais pas tout &#224; fait &#224; quel point un centralisme serr&#233; et imp&#233;rieux serait n&#233;cessaire au parti r&#233;volutionnaire pour mener au combat contre la vieille soci&#233;t&#233; des millions d'hommes. Ma premi&#232;re jeunesse s'&#233;tait &#233;coul&#233;e dans une atmosph&#232;re cr&#233;pusculaire de r&#233;action qui dura, &#224; Odessa, cinq ans de plus qu'ailleurs. L'adolescence de L&#233;nine remontait &#224; l'&#233;poque de la &#034;Libert&#233; du Peuple&#034;. Ceux qui &#233;taient plus jeunes que moi de quelques ann&#233;es &#233;taient d&#233;j&#224; &#233;duqu&#233;s dans l'ambiance d'un nouveau redressement politique. Au temps du congr&#232;s de Londres de 1903, une r&#233;volution &#233;tait encore &#224; mes yeux, pour une bonne moiti&#233;, une abstraction th&#233;orique. Le centralisme l&#233;niniste ne proc&#233;dait pas encore pour moi d'une conception r&#233;volutionnaire claire et ind&#233;pendamment m&#233;dit&#233;e. Or, le besoin de comprendre par moi-m&#234;me un probl&#232;me et d'en tirer toutes les d&#233;ductions indispensables fut toujours, ce me semble, l'exigence la plus imp&#233;rieuse de ma vie spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gravit&#233; du conflit qui avait &#233;clat&#233; au congr&#232;s, si l'on met de c&#244;t&#233; les dissensions de principe qui commen&#231;aient &#224; peine &#224; se dessiner, avait pour cause le manque de justesse des appr&#233;ciations port&#233;es par les anciens, qui ne voyaient pas comme il fallait la croissance et l'importance de L&#233;nine. Pendant le congr&#232;s et aussit&#244;t apr&#232;s, l'indignation d'Axelrod et des autres membres de la r&#233;daction, devant la conduite de L&#233;nine, s'accompagnait d'un certain &#233;tonnement : &#034;Comment avait-il pu oser ?...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il n'y a pourtant pas si longtemps qu'il est arriv&#233; &#224; l'&#233;tranger, disaient les anciens ; il est arriv&#233; en qualit&#233; de disciple, et son attitude &#233;tait celle d'un &#233;l&#232;ve. D'o&#249; lui vient tout &#224; coup cette outrecuidance ? Comment a-t-il eu l'audace ?...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais L&#233;nine pouvait oser, et il s'y &#233;tait d&#233;cid&#233;. Pour cela, il lui avait fallu se convaincre de l'incapacit&#233; des anciens et prendre en mains la direction imm&#233;diate de l'organisation qui militait pour l'avant-garde prol&#233;tarienne, aux approches de la r&#233;volution. Les anciens s'y tromp&#232;rent, et non seulement les anciens : L&#233;nine n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus, simplement, un militant d'&#233;lite ; c'&#233;tait un chef, tout entier tendu vers son but et qui, ce me semble, se sentit d&#233;finitivement devenu chef lorsqu'il se trouva coude &#224; coude avec les anciens, avec les ma&#238;tres, et constata qu'il &#233;tait plus fort et plus indispensable qu'eux. Parmi les &#233;tats d'esprit assez confus encore qui se groupaient sous le drapeau de l'Iskra, L&#233;nine fut seul &#224; se repr&#233;senter enti&#232;rement et jusqu'au bout le lendemain, avec toutes ses t&#226;ches aust&#232;res, ses cruels conflits et ses innombrables victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au congr&#232;s, L&#233;nine conquit Pl&#233;khanov, mais sans espoir de le garder ; en m&#234;me temps, il perdait Martov, et ce fut pour toujours. Pl&#233;khanov avait &#233;videmment senti quelque chose &#224; ce congr&#232;s. Du moins dit-il alors &#224; Axelrod, parlant de L&#233;nine :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; C'est de cette p&#226;te que l'on fait les Robespierre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pl&#233;khanov lui-m&#234;me avait jou&#233; au congr&#232;s un r&#244;le peu enviable. Il ne m'arriva qu'une fois de le voir et de l'entendre dans toute sa force : ce fut &#224; la commission du congr&#232;s qui devait &#233;tablir le projet de programme. Il avait dans la t&#234;te un sch&#233;ma clair, scientifiquement parachev&#233;. S&#251;r de lui-m&#234;me, de ses connaissances, de sa sup&#233;riorit&#233;, le regard allum&#233; d'une gaie lueur d'ironie, les moustaches, qui grisonnaient, pointues et gaies &#233;galement, faisant des gestes d'une mani&#232;re l&#233;g&#232;rement th&#233;&#226;trale, mais des gestes vifs et expressifs, Pl&#233;khanov, qui pr&#233;sidait, projetait sa lumi&#232;re sur la nombreuse r&#233;union comme un vivant feu d'artifice de science et d'humour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le leader des mench&#233;viks, Martov, fut une des plus tragiques figures du mouvement r&#233;volutionnaire. Ecrivain tr&#232;s dou&#233;, inventif en politique, esprit p&#233;n&#233;trant, Martov &#233;tait infiniment sup&#233;rieur au courant d'id&#233;es dont il prit la t&#234;te. Mais sa pens&#233;e n'&#233;tait pas assez courageuse, sa perspicacit&#233; n'&#233;tait pas aid&#233;e par la volont&#233;. La t&#233;nacit&#233; ne pouvait remplacer ce qui lui manquait. La premi&#232;re r&#233;action de Martov devant les &#233;v&#233;nements manifestait toujours une tendance r&#233;volutionnaire. Mais, tout aussit&#244;t, sa pens&#233;e qui n'avait pas le ressort de la volont&#233;, retombait sur elle-m&#234;me. Mes affinit&#233;s avec lui ne r&#233;sist&#232;rent pas &#224; l'&#233;preuve des premiers grands &#233;v&#233;nements de la r&#233;volution qui venait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le IIe congr&#232;s fut une grande &#233;tape dans ma vie, au moins pour cette raison qu'il me s&#233;para de L&#233;nine pour plusieurs ann&#233;es. Quand je consid&#232;re maintenant le pass&#233; dans son ensemble, je ne regrette pas ce qui arriva. Je revins &#224; L&#233;nine plus tard que bien d'autres, mais je revins &#224; lui par mes propres voies, ayant travers&#233; et m&#233;dit&#233; l'exp&#233;rience de la r&#233;volution, de la contre-r&#233;volution et de la guerre imp&#233;rialiste. Gr&#226;ce &#224; ces circonstances, je revins &#224; lui plus fermement et s&#233;rieusement que ceux de ses &#034;disciples&#034; qui, de son vivant, imitaient, parfois d'une fa&#231;on d&#233;plac&#233;e, le ma&#238;tre dans ses paroles et ses gestes, et qui, apr&#232;s sa mort, se sont av&#233;r&#233;s d'impuissants &#233;pigones et d'inconscients instruments aux mains des forces ennemies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1914&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les internationalistes veulent-ils une scission ?
&lt;p&gt;Alexandra Kollonta&#239;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 1916&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis que la Conf&#233;rence des socialistes internationalistes a eu lieu &#224; Zimmerwald , les socialistes d'esprit patriotique tentent de d&#233;montrer que les internationalistes r&#233;volutionnaires ne veulent rien d'autre que d&#233;truire le travail des socialistes de ces cinquante derni&#232;res ann&#233;es, qu'ils veulent une scission du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les bureaucrates des partis des pays bellig&#233;rants, apr&#232;s avoir proclam&#233; &#034;la paix civile&#034; avec leurs gouvernements de classe et approuv&#233; la guerre, d&#233;sapprouvent les buts de la Conf&#233;rence de Zimmerwald, c'est tout &#224; fait compr&#233;hensibles et logique. Mais il appara&#238;t que le poison du nationalisme et de l'opportunisme a corrompu jusqu'aux bureaucrates des pays neutres. Les cadres des partis socialistes du Danemark, de Suisse et de Hollande non seulement d&#233;sapprouvent la Conf&#233;rence de Zimmerwald, mais signalent que leur parti n'a jamais &#034;r&#234;v&#233;&#034; d'envoyer des d&#233;l&#233;gu&#233;s officiels &#224; une conf&#233;rence qui croit en n&#233;cessit&#233; d'une forte conscience de classe internationale, qui rejette la politique de &#034;paix civile&#034; et condamne l'alliance avec les gouvernements capitalistes poursuivant une guerre imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En reniant la Conf&#233;rence de Zimmerwald et son objectif, les bureaucrates des partis europ&#233;ens renient les principes m&#234;mes du mouvement socialiste, du marxisme scientifique, ils renient les fondements sur lesquels les deux Internationales furent b&#226;ties : la solidarit&#233; internationale et la lutte des classes r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes r&#233;unis &#224; Zimmerwald n'avaient aucune intention de &#034;scissionner&#034; le mouvement ou d'y nuire. Leur but &#233;tait et reste tout &#224; fait oppos&#233; : en travaillant pour la paix, en se battant contre la guerre, en appelant les prol&#233;taires de tous les pays &#224; s'unir sur le vieux champ de bataille de la lutte des classes, ils veulent faire revivre l'Internationale, revivifier plus que jamais la solidarit&#233; de classe internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sociaux-patriotes, les bureaucrates des diff&#233;rents partis, les opportunistes qui pleurent contre les internationalistes r&#233;volutionnaires et affirment qu'ils nuisent au mouvement en y apportant la discorde et la d&#233;sunion, semblent oublier que &#034;la scission&#034; de la Seconde Internationale est un fait, une r&#233;alit&#233; brutale qu'on doit bien reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette scission a &#233;t&#233; caus&#233;e par la guerre, la ligne de partage n'en a pas &#233;t&#233; trac&#233;e par les rebelles internationalistes, mais par d'habiles diplomates gouvernementaux. D'un c&#244;t&#233; nous avons le cartel des socialistes patriotiques qui approuvent les alli&#233;s, et de l'autre, ceux qui suivent les empires centraux. Chaque camp assure le prol&#233;tariat - Scheidemann et David en Allemagne, Plekhanov et Alechinsky en Russie, Guesde et Vandervelde en Belgique et en France - que la victoire de leur propre gouvernement imp&#233;rialiste mettra un terme &#224; l'autocratie et au militarisme, &#233;tablira la libert&#233; et la d&#233;mocratie en Europe, aidera &#224; la victoire du socialisme ! Le chemin de la lutte des classes devient celui de la &#034;paix civile,&#034; r&#233;sultat logique des tendances opportunistes dans le mouvement europ&#233;en de ces dix ou quinze derni&#232;res ann&#233;es, une voie d&#233;clar&#233;e comme la plus sage des tactiques socialistes. En ce moment, les bureaucrates des partis en Allemagne, France, Autriche, Belgique et les sociaux-patriotes dans les autres pays s'accusent les uns les autres d'approuver leurs gouvernements respectifs, mais on peut facilement deviner que quand cette guerre sera finie, les sociaux-patriotes des pays bellig&#233;rants se pardonneront, que Vandervelde r&#233;habilitera Scheidemann, que Plekhanov accordera son pardon aux sociaux-patriotes allemands et que les Allemands oublieront les fautes des Anglais &#034;d&#233;loyaux&#034;.... N'ont-ils pas tous commis le m&#234;me crime ? N'ont-ils pas trahi en tous points leur classe et les principes de l'internationalisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette amnistie g&#233;n&#233;rale aiderait les bureaucrates des partis &#224; ramener &#224; la vie la vieille Internationale bas&#233;e sur le nationalisme et l'opportunisme. Et sit&#244;t qu'une nouvelle guerre imp&#233;rialiste d&#233;buterait, ce serait la m&#234;me rengaine, la scission, la crise du mouvement prol&#233;tarien international qui recommencerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;... Est-ce cela que le prol&#233;tariat d&#233;sire ? Est-ce la le&#231;on que les socialistes tirent de la souffrance et des tortures de cette guerre terrible ?....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a fait beaucoup de mal, mais cette guerre peut repr&#233;senter un pas en avant dans le mouvement prol&#233;tarien si on tire la bonne le&#231;on des &#233;v&#233;nements actuels. Cette guerre a clairement mis le prol&#233;tariat mondial en face de la question suivante : choisir lors du d&#233;clenchement d'une guerre imp&#233;rialiste (et &#224; ce stade du d&#233;veloppement capitaliste, ne peut-il pas y avoir une autre guerre ?) entre la d&#233;fense de la patrie capitaliste-imp&#233;rialiste ou la d&#233;fense de leurs propres int&#233;r&#234;ts de classe et la solidarit&#233; internationale du prol&#233;tariat mondial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades qui se sont r&#233;unis &#224; Zimmerwald ont estim&#233; n&#233;cessaire de ne laisser aucun malentendu sur ce point. Le mouvement prol&#233;tarien ne peut r&#233;aliser son objectif final - la conqu&#234;te des moyens de production et l'&#233;tablissement de la dictature du prol&#233;tariat - que par une lutte des classes internationale . Le nationalisme et l'internationalisme sont des principes oppos&#233;s l'un &#224; l'autre. Vous ne pouvez pas &#234;tre &#224; la fois un &#034;bon monarchiste&#034; et un bon r&#233;publicain, de m&#234;me que vous ne pouvez pas &#234;tre &#224; la fois un internationaliste et un nationaliste. Les prol&#233;taires doivent faire le choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette guerre nous a appris que la politique nationaliste, approuv&#233;e par les sociaux-patriotes, est un &#233;chec. Une nouvelle ligne doit &#234;tre trac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conf&#233;rence de Zimmerwald pos&#233; la premi&#232;re pierre pour tracer cette ligne ; c'&#233;tait la premi&#232;re tentative de reconstruire l'Internationale sur les bases saines de l'anti-militarisme (aucun vote pour des cr&#233;dits de guerre), l'internationalisme (au lieu d'une repr&#233;sentation physique formelle des partis nationaux au Bureau Socialiste International) et l'action r&#233;volutionnaire de masse (au lieu d'un &#034;pur et simple&#034; parlementarisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades mobilis&#233;s derri&#232;re la conf&#233;rence de Zimmerwald ne travaillent pas en vue d'une scission du mouvement socialiste, mais ils veulent pr&#233;parer les bases pour une conscience de classe internationale qui sera assez forte pour battre la politique imp&#233;rialiste des &#233;tats capitalistes, ce qui serait d'ors et d&#233;j&#224; une t&#226;che &#034;pr&#233;paratoire&#034; &#224; la bataille r&#233;volutionnaire finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les internationalistes ne veulent pas casser les organisations du prol&#233;tariat, ils d&#233;cident tout simplement de d&#233;penser leur force et leur &#233;nergie &#224; gagner les masses aux principes de la Troisi&#232;me Internationale. Ils esp&#232;rent que lorsque le prochain Congr&#232;s International aura lieu le prol&#233;tariat sera assez fort et &#233;clair&#233; pour demander aux bureaucrates sociaux-patriotes de tous les pays : qu'avez-vous fait de notre confiance ? Assumez-vous la responsabilit&#233; de vos actes d&#233;loyaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les internationalistes esp&#232;rent que dans la nouvelle Internationale il n'y aura pas de place pour les opportunistes et les patriotes, qui au moment d&#233;cisif abandonnent le mouvement de classe et d&#233;fendent les int&#233;r&#234;ts de leurs capitalistes nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, quand l'approbation de la conf&#233;rence de Zimmerwald est soumise &#224; discussion dans le parti am&#233;ricain, c'est aux prol&#233;taires am&#233;ricains de d&#233;cider o&#249; ils doivent militer. S'accrocheront-ils aux nationalistes et aux tendances opportunistes de la Seconde Internationale ou aideront-ils &#224; reconstruire le mouvement du prol&#233;tariat sur les saines bases de l'esprit de r&#233;bellion et sur la solidarit&#233; de classe internationale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades am&#233;ricains doivent s'en rappeler : les socialistes internationalistes ne travaillent pas pour une scission, ils travaillent pour amener le mouvement entier sur une ligne d'action de classe et de conscience de classe, pour nettoyer la Troisi&#232;me Internationale de tous les &#233;l&#233;ments qui soutiennent le militarisme et le nationalisme et croient en la &#034;paix civile&#034;. Alors, mais alors seulement, appelons le prol&#233;tariat mondial &#224; condamner la politique imp&#233;rialiste de la classe capitaliste et &#224; r&#233;aliser le but final du mouvement, la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'imp&#233;rialisme et la scission du socialisme
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1916&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Existe-t-il un lien entre l'imp&#233;rialisme et la victoire ignoble, monstrueuse, que l'opportunisme (sous les esp&#232;ces du social chauvinisme) a remport&#233;e sur le mouvement ouvrier europ&#233;en ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la question fondamentale du socialisme contemporain. Et maintenant que nous avons parfaitement &#233;tabli dans notre litt&#233;rature du parti :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. le caract&#232;re imp&#233;rialiste de notre &#233;poque et de la guerre actuelle ;&lt;br class='autobr' /&gt; 2. l'indissoluble liaison historique entre le social chauvinisme et l'opportunisme, ainsi que l'identit&#233; de leur contenu politique et id&#233;ologique, nous pouvons et nous devons passer &#224; l'examen de cette question fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut commencer par donner la d&#233;finition la plus pr&#233;cise et la plus compl&#232;te possible de l'imp&#233;rialisme. L'imp&#233;rialisme est un stade historique particulier du capitalisme. Cette particularit&#233; est de trois ordres : l'imp&#233;rialisme est&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. le capitalisme monopoliste ;&lt;br class='autobr' /&gt; 2. le capitalisme parasitaire ou pourrissant ;&lt;br class='autobr' /&gt; 3. le capitalisme agonisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La substitution du monopole &#224; la libre concurrence est le trait &#233;conomique capital, l'essence de l'imp&#233;rialisme. Le monopolisme se manifeste sous cinq formes principales :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. les cartels, les syndicats patronaux, et les trusts ; la concentration de la production a atteint un degr&#233; tel qu'elle a engendr&#233; ces groupements monopolistes de capitalistes ;&lt;br class='autobr' /&gt; 2. la situation de monopole des grosses banques : trois a cinq banques gigantesques r&#233;gentent toute la vie &#233;conomique de l'Am&#233;rique, de la France, de l'Allemagne ;&lt;br class='autobr' /&gt; 3. l'accaparement des sources de mati&#232;res premi&#232;res par les trusts et l'oligarchie financi&#232;re (le capital financier est le capital industriel monopolis&#233;, fusionn&#233; avec le capital bancaire) ;&lt;br class='autobr' /&gt; 4. le partage (&#233;conomique) du monde par les cartels internationaux a commenc&#233;. Ces cartels internationaux, d&#233;tenteurs du march&#233; mondial tout entier qu'ils se partagent &#171; &#224; l'amiable &#187; - tant que la guerre ne l'a pas repartag&#233; on en compte d&#233;j&#224; plus de cent ! L'exportation des capitaux, ph&#233;nom&#232;ne particuli&#232;rement caract&#233;ristique, &#224; la diff&#233;rence de l'exportation des marchandises &#224; l'&#233;poque du capitalisme non monopoliste, est en relation &#233;troite avec le partage &#233;conomique et politico territorial du monde ;&lt;br class='autobr' /&gt; 5. le partage territorial du monde (colonies) est termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#233;rialisme, stade supr&#234;me du capitalisme d'Am&#233;rique et d'Europe, et ensuite d'Asie, a fini de se constituer vers 1898-1914. Les guerres hispano-am&#233;ricaine (1898), anglo-boer (1899-1902), russo-japonaise (1904-1905) et la crise &#233;conomique de 1900 en Europe, tels sont les principaux jalons historiques de la nouvelle &#233;poque de l'histoire mondiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'imp&#233;rialisme soit un capitalisme parasitaire ou pourrissant, c'est ce qui appara&#238;t avant tout dans la tendance &#224; la putr&#233;faction qui distingue tout monopole sous le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. La diff&#233;rence entre la bourgeoisie imp&#233;rialiste d&#233;mocratique r&#233;publicaine, d'une part, et r&#233;actionnaire monarchiste, d'autre part, s'efface pr&#233;cis&#233;ment du fait que l'une et l'autre pourrissent sur pied (ce qui n'exclut pas du tout le d&#233;veloppement &#233;tonnamment rapide du capitalisme dans diff&#233;rentes branches d'industrie, dans diff&#233;rents pays, en diff&#233;rentes p&#233;riodes). En second lieu, la putr&#233;faction du capitalisme se manifeste par la formation d'une vaste couche de rentiers, de capitalistes vivant de la &#171; tonte des coupons &#187;. Dans quatre pays imp&#233;rialistes avanc&#233;s : l'Angleterre, l'Am&#233;rique du Nord, la France et l'Allemagne, le capital en titres est de 100 &#224; 150 milliards de francs, ce qui repr&#233;sente un revenu annuel d'au moins 5 &#224; 8 milliards par pays. En troisi&#232;me lieu, l'exportation des capitaux est du parasitisme au carr&#233;. En quatri&#232;me lieu, &#171; le capital financier vise &#224; l'h&#233;g&#233;monie, et non &#224; la libert&#233; &#187;. La r&#233;action politique sur toute la ligne est le propre de l'imp&#233;rialisme. V&#233;nalit&#233;, corruption dans des propor&#173;tions gigantesques, panamas de tous genres. En cinqui&#232;me lieu, l'exploitation des nations opprim&#233;es, indissolublement li&#233;e aux annexions, et surtout l'exploitation des colonies par une poign&#233;e de &#171; grandes &#187; puissances, transforme de plus en plus le monde &#171; civilis&#233; &#187; en un parasite sur le corps des peuples non civilis&#233;s, qui comptent des centaines de millions d'hommes. Le prol&#233;taire de Rome vivait aux d&#233;pens de la soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; actuelle vit aux d&#233;pens du prol&#233;taire con&#173;temporain. Marx a particuli&#232;rement soulign&#233; cette profonde remarque de Sismondi. L'imp&#233;rialisme change un peu les choses. Une couche privil&#233;gi&#233;e du prol&#233;tariat des puissan&#173;ces imp&#233;rialistes vit en partie aux d&#233;pens des centaines de millions d'hommes des peuples non civilis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend pourquoi l'imp&#233;rialisme est un capitalisme agonisant, qui marque la transition vers le socialisme : le monopole qui surgit dit capitalisme, c'est d&#233;j&#224; l'agonie du capitalisme, le d&#233;but de sa transition vers le socialisme. La socialisation prodigieuse du travail par l'imp&#233;rialisme (ce que les apologistes, les &#233;conomistes bourgeois, appellent l'&#171; interp&#233;n&#233;tration &#187;) a la m&#234;me signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finissant ainsi l'imp&#233;rialisme, nous entrons en contradiction compl&#232;te avec K. Kautsky, qui se refuse &#224; voir dans l'imp&#233;rialisme une &#171; phase du capitalisme &#187;, et le d&#233;finit comme la politique &#171; pr&#233;f&#233;r&#233;e &#187; du capital financier, comme une tendance des pays &#171; industriels &#187; &#224; annexer les pays [1] &#171; agraires &#187;. Du point de vue th&#233;orique, cette d&#233;finition de Kautsky est absolument fausse. La particularit&#233; de l'imp&#233;rialisme, c'est justement la domination du capital non pas industriel, mais financier, la tendance &#224; s'annexer non pas les seuls pays agraires, mais toutes sortes de pays. Kautsky dissocie la politique de l'imp&#233;rialisme de son &#233;conomie ; il dissocie le monopolisme en politique du monopolisme dans l'&#233;conomie, afin de frayer la voie &#224; son r&#233;formisme bourgeois : le &#171; d&#233;sarmement &#187;, l'&#171; ultra imp&#233;rialisme &#187; et autres sottises du m&#234;me acabit. Le sens et le but de cette th&#233;orie falsifi&#233;e sont uniquement d'estomper les contradictions les plus profondes de l'imp&#233;rialisme et de justifier ainsi la th&#233;orie de l'&#171; unit&#233; &#187; avec les apologistes de l'imp&#233;rialisme, les social chauvins et opportunistes avou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#233;j&#224; suffisamment insist&#233; sur cette rupture de Kautsky avec le marxisme, et dans Le Social D&#233;mocrate, et dans Le Communiste. Nos kautskistes de Russie, les &#171; okistes &#187; avec Axelrod et Spectator en t&#234;te, sans en excepter Martov et, dans une notable mesure, Trotski, ont pr&#233;f&#233;r&#233; passer sous silence la question du kautskisme en tant que tendance. N'osant pas d&#233;fendre ce que Kautsky a &#233;crit pendant la guerre, ils se sont content&#233;s d'exalter purement et simplement Kautsky (Axelrod dans sa brochure allemande que Ie Comit&#233; d'organisation a promis de publier en russe) ou d'invoquer des lettres priv&#233;es de Kautsky (Spectator), dans lesquelles il assure appartenir &#224; l'opposition et essaie j&#233;suitiquement de faire consid&#233;rer ses d&#233;clarations chauvines comme nulles et non avenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que dans sa &#171; conception &#187; de l'imp&#233;rialisme, qui revient &#224; farder ce dernier, Kautsky marque un recul non seulement par rapport au Capital financier de Hilferding (quel que soit le z&#232;le que mette aujourd'hui Hilferding lui-m&#234;me &#224; d&#233;fendre Kautsky et l' &#171; unit&#233; &#187; avec les social-chauvins !), mais aussi par rapport au social lib&#233;ral J. A. Hobson. Cet &#233;conomiste anglais, qui n'a pas la moindre pr&#233;tention au titre de marxiste, d&#233;finit avec beaucoup plus de profondeur l'imp&#233;rialisme et en d&#233;voile les contradictions dans son ouvrage de 1902 [2]. Voici ce que disait cet auteur (chez qui l'on retrouve presque toutes les platitudes pacifistes et &#171; conciliatrices &#187; de Kautsky) sur la question particuli&#232;rement importante du caract&#232;re parasitaire de l'imp&#233;rialisme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des circonstances de deux ordres affaiblissaient, selon Hobson, la puissance des anciens Empires :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; 1. le &#171; parasitisme &#233;conomique &#187; et&lt;br class='autobr' /&gt; 2. le recrutement d'une arm&#233;e parmi les peuples d&#233;pendants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La premi&#232;re circonstance est la coutume du parasitisme &#233;conomique, en vertu de laquelle l'Etat dominant utilise ses provinces, ses colonies et les pays d&#233;pendants pour enrichir sa classe gouvernante et corrompre ses classes inf&#233;rieures, afin qu'elles se tiennent tranquilles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne la seconde circonstance, Hobson &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; L'un des sympt&#244;mes les plus singuliers de la c&#233;cit&#233; de l'imp&#233;rialisme &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(dans la bouche du social lib&#233;ral Hobson, ce refrain sur la &#171; c&#233;cit&#233; &#187; des imp&#233;rialistes est moins d&#233;plac&#233; que chez le &#171; marxiste &#187; Kautsky),&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; c'est l'insouciance avec laquelle la Grande Bretagne, la France et les autres nations imp&#233;rialistes s'engagent dans cette voie. La Grande Bretagne est all&#233;e plus loin que toutes les autres. La plupart des batailles par lesquelles nous avons conquis notre Empire des Indes ont &#233;t&#233; livr&#233;es par nos troupes indig&#232;nes : dans l'Inde, comme plus r&#233;cemment aussi en Egypte, de grandes arm&#233;es permanentes sont plac&#233;es sous le commandement des Britanniques ; presque toutes nos guerres de conqu&#234;te en Afrique, sa partie Sud except&#233;e, ont &#233;t&#233; faites pour notre compte par les indig&#232;nes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective du partage de la Chine provoque chez Hobson l'appr&#233;ciation &#233;conomique que voici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Une grande partie de l'Europe occidentale pourrait alors prendre l'apparence et le caract&#232;re qu'ont maintenant certaines parties des pays qui la composent le Sud de l'Angleterre, la Riviera, les r&#233;gions d'Italie et de Suisse les plus fr&#233;quent&#233;es des touristes et peupl&#233;es do gens riches &#224; savoir : de petits groupes de riches aristocrates recevant des dividendes et des pensions du lointain Orient, avec un groupe un peu plus nombreux d'employ&#233;s professionnels et de commer&#231;ants et un nombre plus important de domestiques et d'ouvriers occup&#233;s dans les transports et dans l'industrie travaillant &#224; la finition des produits manufactur&#233;s. Quant aux principales branches d'industrie, elles dispara&#238;traient, et la grande masse des produits alimentaires et semi ouvr&#233;s affluerait d'Asie et d'Afrique comme un tribut. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Telles sont les possibilit&#233;s que nous offre une plus large alliance des Etats d'Occident, une f&#233;d&#233;ration europ&#233;enne des grandes puissances : loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant &#224; constituer un groupe &#224; part de nations industrielles avanc&#233;es, dont les classes sup&#233;rieures recevraient un &#233;norme tribut de l'Asie et de l'Afrique et entretiendraient, &#224; l'aide de ce tribut, de grandes masses domestiqu&#233;es d'employ&#233;s et de serviteurs, non plus occup&#233;s &#224; produire en grandes quantit&#233;s des produits agricoles et industriels, mais rendant des services priv&#233;s ou accomplissant, sous le contr&#244;le de la nouvelle aristocratie financi&#232;re, des travaux industriels de second ordre. Que ceux qui sont pr&#234;ts &#224; tourner le dos &#224; cette th&#233;orie &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(il aurait fallu dire : &#224; cette perspective)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; comme ne m&#233;ritant pas d'&#234;tre examin&#233;e, m&#233;ditent sur les conditions &#233;conomiques et sociales des r&#233;gions de l'Angleterre m&#233;ridionale actuelle, qui en sont d&#233;j&#224; arriv&#233;es &#224; cette situation. Qu'ils r&#233;fl&#233;chissent &#224; l'extension consid&#233;rable que pourrait prendre ce syst&#232;me si la Chine &#233;tait soumise au contr&#244;le &#233;conomique de semblables groupes de financiers, de &#171; placeurs de capitaux &#187; (les rentiers), de leurs fonctionnaires politiques et de leurs employ&#233;s de commerce et d'industrie, qui drainent les profits du plus grand r&#233;servoir potentiel que le monde ait jamais connu afin de les consommer en Europe. Certes, la situation est trop complexe et le jeu des forces mondiales trop difficile &#224; escompter pour qu'une pr&#233;vision celle-ci ou toute autre de l'avenir dans une seule direction puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la plus probable. Mais les influences qui r&#233;gissent &#224; l'heure actuelle l'imp&#233;rialisme de l'Europe occidentale s'orientent dans cette direction, et si elles ne rencontrent pas de r&#233;sistance, si elles ne sont pas d&#233;tourn&#233;es d'un autre c&#244;t&#233;, c'est dans ce sens qu'elles orienteront l'ach&#232;vement de ce processus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social lib&#233;ral Hobson ne voit pas que cette &#171; r&#233;sistance &#187; ne peut &#234;tre oppos&#233;e que par le prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, et seulement sous la forme d'une r&#233;volution sociale. Il n'est pas social lib&#233;ral pour rien ! Mais il a fort bien abord&#233;, d&#232;s 1902, la question du r&#244;le et de la port&#233;e des &#171; Etats Unis d'Europe &#187; (avis au kautskiste Trotski !), comme aussi de tout ce que cherchent &#224; voiler les kautskistes hypocrites des diff&#233;rents pays, &#224; savoir le fait que les opportunistes (les social chauvins) font cause commune avec la bourgeoisie imp&#233;rialiste justement dans le sens de la cr&#233;ation d'une Europe imp&#233;rialiste sur le dos de l'Asie et de l'Afrique ; le fait que les opportunistes apparaissent objectivement comme une partie de la petite bourgeoisie et de certaines couches de la classe ouvri&#232;re, soudoy&#233;e avec les fonds du surprofit des imp&#233;rialistes et convertie en chiens de garde du capitalisme, en corrupteurs du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons maintes fois signal&#233;, non seulement dans des articles, mais aussi dans des r&#233;solutions de notre Parti, cette liaison &#233;conomique extr&#234;mement profonde de la bourgeoisie imp&#233;rialiste, tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment, avec l'opportunisme qui a triomph&#233; aujourd'hui (est&#173;-ce pour longtemps ?) du mouvement ouvrier. Nous en avons inf&#233;r&#233;, notamment, que la scission avec le social chauvinisme &#233;tait in&#233;vitable. Nos kautskistes ont pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;luder la question ! Martov, par exemple, avance depuis un bon moment dans ses conf&#233;rences un sophisme qui, dans les Izvestia du secr&#233;tariat &#224; l'&#233;tranger du Comit&#233; d'organisation (n&#176; 4 du 10 avril 1916), est &#233;nonc&#233; en ces termes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (&#8230;) &#171; La cause de la social d&#233;mocratie r&#233;volutionnai : re serait tr&#232;s mauvaise, voire d&#233;sesp&#233;r&#233;e, si les groupes d'ouvriers qui, par leur d&#233;veloppement intellectuel, se sont le plus rapproch&#233;s de l'&#171; intelliguentsia &#187; et sont les plus qualifi&#233;s, abandonnaient fatalement cette derni&#232;re pour rejoindre l'opportunisme &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;An moyen du vocable absurde &#171; fatalement &#187; et d'un certain &#171; escamotage &#187;, on &#233;lude le fait que certains contingents d'ouvriers ont ralli&#233; l'opportunisme et la bourgeoisie imp&#233;rialiste ! Or &#233;luder ce fait, c'est tout ce que veulent les sophistes du Comit&#233; d'organisation ! Ils se retranchent derri&#232;re cet &#171; optimisme officiel &#187;, dont font aujourd'hui parade et le kautskiste Hilferding et beaucoup d'autres individus : les conditions objectives, pr&#233;tendent ils, se portent garantes de l'unit&#233; du prol&#233;tariat et de la victoire de la tendance r&#233;volutionnaire ! Nous sommes, disent ils, &#171; optimistes &#187; en ce qui concerne le prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en r&#233;alit&#233; tous ces kautskistes, Hilferding, les okistes, Martov et Cie sont des optimistes... en ce qui concerne l'opportunisme. Tout est l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat est un produit du capitalisme, du capitalisme mondial et pas seulement europ&#233;en, pas seulement imp&#233;rialiste. A l'&#233;chelle mondiale, que ce soit cinquante ans plus t&#244;t ou cinquante ans plus tard, &#224; cette &#233;chelle, c'est une question de d&#233;tail, il est bien &#233;vident que le &#171; prol&#233;tariat &#187; &#171; sera &#187; uni, et qu'on son sein la social d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire vaincra &#171; in&#233;luctablement &#187;. Il ne s'agit pas de cela, messieurs les kautskistes, il s'agit du fait que maintenant, dans les pays imp&#233;rialistes d'Europe, vous rampez &#224; plat ventre devant les opportunistes, qui sont &#233;trangers au prol&#233;tariat en tant que classe, qui sont les serviteurs, les agents de la bourgeoisie, les v&#233;hicules de son influence ; et s'il ne s'affranchit pas d'eux, le mouvement ouvrier restera un mouvement ouvrier bourgeois. Votre propagande en faveur de I' &#171; unit&#233; &#187; avec les opportunistes, avec les Legien et les David, les Pl&#233;khanov ou les Tchkhenk&#233;li, les Potressov, etc., revient objectivement &#224; favoriser l'asservissement des ouvriers par la bourgeoisie imp&#233;rialiste, &#224; l'aide de ses meilleurs agents au sein du mouvement ouvrier. La victoire de la social d&#233;mocratie r&#233;volutionnaire &#224; l'&#233;chelle mondiale est absolument in&#233;vitable, mais elle se poursuit et se poursuivra, elle se fait et se fera uniquement contre vous ; elle sera une victoire sur vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux tendances, disons m&#234;me les deux partis dans le mouvement ouvrier contemporain, qui se sont si manifestement s&#233;par&#233;s dans le monde entier en 1914 1916, ont &#233;t&#233; observ&#233;es de pr&#232;s par Engels et Marx en Angleterre pendant plusieurs dizaines d'ann&#233;es, de 1858 &#224; 1892 environ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni Marx, ni Engels n'ont v&#233;cu jusqu'&#224; l'&#233;poque imp&#233;rialiste du capitalisme mondial, dont le d&#233;but ne remonte pas au del&#224; de 1898 1900. Mais l'Angleterre, d&#232;s le milieu du XIX&#176; si&#232;cle, avait ceci de particulier qu'au moins deux traits distinctifs fondamentaux de l'imp&#233;rialisme s'y trouvaient r&#233;unis :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d'immenses colonies et&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;des profits de monopoles (en raison de sa situation de monopole sur le march&#233; mondial).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ces deux rapports, l'Angleterre faisait alors exception parmi les pays capitalistes. Et Engels et Marx, analysant cette exception, ont montr&#233;, d'une fa&#231;on parfaitement claire et pr&#233;cise sa liaison avec la victoire (momentan&#233;e) de l'opportunisme dans le mouvement ouvrier anglais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre &#224; Marx du 7 octobre 1858, Engels &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En r&#233;alit&#233;, le prol&#233;tariat anglais s'embourgeoise de plus en plus, et il semble bien que cette nation bourgeoise entre toutes veuille en arriver &#224; avoir, &#224; c&#244;t&#233; de sa bourgeoise, une aristocratie bourgeoise et un prol&#233;tariat bourgeois. &#201;videmment, de la part d'une nation qui exploite le monde entier, c'est jusqu'&#224; un certain point logique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre &#224; Sorge du 21 septembre 1872, Engels fait savoir que Hales a provoqu&#233; au Conseil f&#233;d&#233;ral de l'Internationale un grand esclandre et a fait voter un bl&#226;me &#224; Marx pour avoir dit que &#171; les chefs ouvriers anglais s'&#233;taient vendus &#187;. Marx &#233;crit &#224; Sorge le 4 ao&#251;t 1874 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; En ce qui concerne les ouvriers des villes (en Angleterre), il y a lieu de regretter que toute la bande des chefs ne soit pas entr&#233;e au Parlement. C'e&#251;t &#233;t&#233; le plus s&#251;r moyen de se d&#233;barrasser de cette racaille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre &#224; Marx du 11 ao&#251;t 1881, Engels parle des &#171; pires trade unions anglaises, qui se laissent diriger par des hommes que la bourgeoisie a achet&#233;s ou tout au moins pay&#233;s &#187;. Dans sa lettre &#224; Kautsky du 12 septembre 1882, Engels &#233;crivait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Vous me demandez ce que les ouvriers anglais pensent de la politique coloniale. Exactement ce qu'ils pensent de la politique en g&#233;n&#233;ral. Ici, point de parti ouvrier, il n'y a que des conservateurs et des radicaux lib&#233;raux ; quant aux ouvriers, ils jouissent en toute tranquillit&#233; avec eux du monopole colonial de l'Angleterre et de son monopole sur le march&#233; mondial. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 7 d&#233;cembre 1889, Engels &#233;crit &#224; Sorge :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ... Ce qu'il y a de plus r&#233;pugnant ici (en Angleterre), c'est la &#171; respec&#173;tabilit&#233; &#187; (respectability) bourgeoise, qui p&#233;n&#232;tre jusque dans la chair des ouvriers ... m&#234;me Tom Mann, que je con&#173;sid&#232;re comme le meilleur de tous, confie tr&#232;s volontiers qu'il d&#233;jeunera avec le lord maire. Lorsqu'on fait la comparaison avec les Fran&#231;ais, on voit ce que c'est que la r&#233;volution. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une lettre du 19 avril 1890 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; le mouve&#173;ment (de la classe ouvri&#232;re en Angleterre) progresse sous la surface, il gagne des couches de plus en plus larges, et surtout parmi la masse inf&#233;rieure (soulign&#233; par Engels) jusque l&#224; immobile. Le jour n'est pas loin o&#249; cette masse se retrouve&#173;ra elle m&#234;me, o&#249; elle aura compris que c'est elle, pr&#233;cis&#233;&#173;ment, qui est cette masse colossale en mouvement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 mars 1891 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; l'&#233;chec de l'union des dockers qui s'est d&#233;sagr&#233;g&#233;e ; les &#171; vieilles &#187; trade unions conservatrices, riches et partant poltronnes, restent seules sur le champ de batail&#173;le &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 septembre 1891 : au congr&#232;s des trade unions &#224; Newcastle, ont &#233;t&#233; vaincus les vieux unionistes, adversai&#173;res de la journ&#233;e de huit heures, &#171; et les journaux bourgeois avouent la d&#233;faite du parti ouvrier bourgeois &#187;(soulign&#233; par&#173;tout par Engels)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ces pens&#233;es d'Engels, reprises pendant des dizaines d'ann&#233;es, aient aussi &#233;t&#233; formul&#233;es par lui publiquement, dans la presse, c'est ce que prouve sa pr&#233;face &#224; la deuxi&#232;me &#233;dition (1892) de La situation des classes laborieuses en Angleterre. Il y traite de &#171; l'aristocratie de la classe ouvri&#232;re &#187;, de la &#171; minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e des ouvriers &#187;, qu'il oppose &#224; la &#171; grande masse des ouvriers &#187;. &#171; La petite minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e et prot&#233;g&#233;e &#187; de la classe ouvri&#232;re b&#233;n&#233;ficiait seule des &#171; avantages durables &#187; de la situation privil&#233;gi&#233;e de l'Angleterre en 1848 1868 ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; la grande masse, en mettant les choses au mieux, ne b&#233;n&#233;ficiait que d'am&#233;liorations de courte dur&#233;e &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Avec l'effondrement du monopole industriel de l'Angleterre, la classe ouvri&#232;re anglaise perdra sa situation privil&#233;gi&#233;e ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres des &#171; nouvelles &#187; unions, des syndicats d'ouvriers non sp&#233;cialis&#233;s,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ont un avantage inappr&#233;ciable : leur mentalit&#233; est un terrain encore vierge, parfaitement libre du legs des &#171; respectables &#187; pr&#233;jug&#233;s bourgeois, qui d&#233;sorientent les esprits des &#171; vieux unionistes &#187; mieux plac&#233;s &#187; ... Les &#171; pr&#233;tendus repr&#233;sentants ouvriers &#187;, en Angleterre, sont des gens &#171; &#224; qui ou pardonne leur appartenance &#224; la classe ouvri&#232;re, parce qu'ils sont eux-m&#234;mes pr&#234;ts &#224; noyer cette qualit&#233; dans l'oc&#233;an de leur lib&#233;ralisme &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; dessein que nous avons reproduit des extraits assez abondants des d&#233;clarations on ne peut plus explicites de Marx et d'Engels, afin que les lecteurs puissent les &#233;tudier dans leur ensemble. Et il est indispensable de les &#233;tudier, il vaut la peine d'y r&#233;fl&#233;chir attentivement. Car l&#224; est le n&#339;ud de la tactique impos&#233;e au mouvement ouvrier par les conditions objectives de l'&#233;poque imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore Kautsky a d&#233;j&#224; essay&#233; de &#171; troubler l'eau &#187; et de substituer au marxisme une conciliation mielleuse avec les opportunistes. Dans une pol&#233;mique avec les social imp&#233;rialistes d&#233;clar&#233;s et na&#239;fs (dans le genre de Lensch) qui justifient la guerre du c&#244;t&#233; de l'Allemagne comme une destruction du monopole de l'Angleterre, Kautsky &#171; rectifie &#187; cette contre v&#233;rit&#233; &#233;vidente au moyen d'une autre contre v&#233;rit&#233;, non moins &#233;vidente. Il remplace la contre v&#233;rit&#233; cynique par une contre v&#233;rit&#233; doucereuse ! Le monopole industriel de l'Angleterre, dit il, est depuis longtemps bris&#233;, depuis longtemps d&#233;truit, il n'est ni n&#233;cessaire ni possible de le d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi cet argument est il faux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce que, premi&#232;rement, il passe sous silence le monopole colonial de l'Angleterre. Or, comme nous l'avons vu, Engels a soulev&#233; cette question d'une fa&#231;on parfaitement claire d&#232;s 1882, c'est &#224; dire il y a 34 ans ! Si le monopole industriel de l'Angleterre est d&#233;truit, le monopole colonial non seulement demeure, mais a entra&#238;n&#233; de graves complications, car tout le globe terrestre est d&#233;j&#224; partag&#233; ! A la faveur de son mensonge mielleux, Kautsky fait passer subrepticement sa petite id&#233;e pacifiste bourgeoise et petite bourgeoise opportuniste selon laquelle il n'y aurait &#171; aucune raison de faire la guerre &#187;. Au contraire, non seulement les capitalistes ont maintenant une raison de faire la guerre, mais il leur est impossible de ne pas la faire s'ils veulent sauvegarder le capitalisme ; car, sans proc&#233;der &#224; un repartage des colonies par la violence, les nouveaux pays imp&#233;rialistes ne peuvent obtenir les privil&#232;ges dont jouissent les puissances imp&#233;rialistes plus vieilles (et moins fortes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement. Pourquoi le monopole de l'Angleterre explique-t-il la victoire (momentan&#233;e) de l'opportunisme dans ce pays ? Parce que le monopole fournit un surprofit, c'est &#224; dire un exc&#233;dent de profit par rapport au profit capitaliste normal, ordinaire dans le monde entier. Les capitalistes peuvent sacrifier une, parcelle (et m&#234;me assez grande !) de ce surprofit pour corrompre leurs ouvriers, cr&#233;er quelque chose comme une alliance (rappelez vous les fameuses &#171; alliances &#187; des trade unions anglaises avec leurs patrons, d&#233;crites par les Webb), une alliance des ouvriers d'une nation donn&#233;e avec leurs capitalistes contre les autres pays. Le monopole industriel de l'Angleterre a &#233;t&#233; d&#233;truit d&#232;s la fin du XIX&#176; si&#232;cle. Cela est incontestable. Mais comment cette destruction s'est elle op&#233;r&#233;e ? Aurait elle entra&#238;n&#233; la disparition de tout monopole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il en &#233;tait ainsi, la &#171; th&#233;orie &#187; de la conciliation (avec l'opportunisme) de Kautsky recevrait une certaine justification. Mais ce n'est justement pas le cas. L'imp&#233;rialisme est le capitalisme monopoliste. Chaque cartel, trust, syndicat patronal, chaque banque g&#233;ante, est un monopole. Le surprofit n'a pas disparu, il subsiste. L'exploitation par un seul pays privil&#233;gi&#233;, financi&#232;rement riche, de tous les autres pays demeure et se renforce. Une poign&#233;e de pays riches ils ne sont que quatre en tout, si l'on veut parler de la richesse &#171; moderne &#187;, ind&#233;pendante et v&#233;ritablement prodigieuse : l'Angleterre, la France, les Etats Unis et l'Allemagne ont d&#233;velopp&#233; les monopoles dans d'immenses proportions, re&#231;oivent un surprofit se chiffrant par centaines de millions sinon par milliards, &#171; chevauchent sur l'&#233;chine &#187; de centaines et de centaines de millions d'habitants des autres pays, et luttent entre eux pour le partage d'un butin particuli&#232;re ment abondant, particuli&#232;rement gras et de tout repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; est justement l'essence &#233;conomique et politique de l'imp&#233;rialisme, dont Kautsky cherche &#224; estomper les tr&#232;s profondes contradictions, au lieu de les d&#233;voiler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La. bourgeoisie d'une &#171; grande &#187; puissance imp&#233;rialiste peut, &#233;conomiquement, soudoyer les couches sup&#233;rieures de &#171; ses &#187; ouvriers en sacrifiant &#224; cette fin quelque cent ou deux cent millions de francs par ai, , car son surprofit s'&#233;l&#232;ve probablement &#224; pr&#232;s d'un milliard. Et la question de savoir comment cette petite aum&#212;ne est partag&#233;e entre ouvriers-ministres, &#171; ouvriers d&#233;put&#233;s &#187; (rappelez&#173;-vous l'excellente analyse donn&#233;e de cette notion par Engels), ouvriers membres des comit&#233;s des industries de guerre, ouvriers fonctionnaires, ouvriers organis&#233;s en associations &#233;troitement corporatives, employ&#233;s, etc., etc., c'est l&#224; une question secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1848 &#224; 1868, et aussi partiellement plus tard, l'Angleterre &#233;tait seule &#224; b&#233;n&#233;ficier du monopole ; c'est pourquoi l'opportunisme a pu y triompher des dizaines d'ann&#233;es durant ; il n'y avait pas d'autres pays poss&#233;dant de riches colonies ou disposant d'un monopole industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dernier tiers du XIX&#176; si&#232;cle a marqu&#233; le passage &#224; une nouvelle &#233;poque, celle de l'imp&#233;rialisme. Le capital financier b&#233;n&#233;ficie d'une situation de monopole non pas dans une seule, mais dans plusieurs grandes puissances, tr&#232;s peu nombreuses. (Au Japon et, en Russie, le monopole de la force militaire, l'immensit&#233; du territoire ou des commodit&#233;s particuli&#232;res de spoliation des allog&#232;nes, de la Chine, etc., suppl&#233;ent en partie, remplacent en partie le monopole du capital financier contemporain, moderne.) Il r&#233;sulte de cette diff&#233;rence que le monopole de l'Angleterre a pu demeurer incontest&#233; pondant des dizaines d'ann&#233;es. Le monopole du capital financier actuel est furieusement disput&#233; ; l'&#233;poque des guerres imp&#233;rialistes a commenc&#233;. Autrefois l'on pouvait soudoyer, corrompre pour des dizaines d'ann&#233;es la classe ouvri&#232;re de tout un pays. Aujourd'hui, ce serait invraisemblable, voire impossible ; par contre, chaque &#171; grande &#187; puissance imp&#233;rialiste peut soudoyer et soudoie des couches moins nombreuses (que dans l'Angleterre des ann&#233;es 1848 &#224; 1868) de l'&#171; aristocratie ouvri&#232;re &#187;. Autrefois, un &#171; parti ouvrier bourgeois &#187;, selon l'expression remarquablement profonde d'Engels, ne pouvait se constituer que dans un seul pays, attendu qu'il &#233;tait seul &#224; d&#233;tenir le monopole, mais en revanche pour longtemps. Aujourd'hui, &#171; le parti ouvrier bourgeois &#187; est in&#233;vitable et typique pour tous les pays imp&#233;rialistes ; mais, &#233;tant donn&#233; leur lutte acharn&#233;e pour le partage du butin, il est improbable qu'un tel parti puisse triompher pour longtemps dans plusieurs pays. Car les trusts, l'oligarchie financi&#232;re, la vie ch&#232;re, etc., en permettant de corrompre de petits groupes de l'aristocratie ouvri&#232;re, &#233;crasent, oppriment, &#233;touffent et martyrisent de plus en plus la masse du prol&#233;tariat et du semi prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, la tendance de la bourgeoisie et des opportunistes &#224; transformer une poign&#233;e de tr&#232;s riches nations privil&#233;gi&#233;es en parasites &#171; &#224; perp&#233;tuit&#233; &#187; vivant sur le corps du reste de l'humanit&#233;, &#224; &#171; s'endormir sur les lauriers &#187; de l'exploitation des Noirs, des Indiens, etc., en les maintenant dans la soumission &#224; l'aide du militarisme moderne pourvu d'un excellent mat&#233;riel d'extermination. D'autre part, la tendance des masses, opprim&#233;es plus que par le pass&#233; et subissant toutes les affres des guerres imp&#233;rialistes, &#224; secouer ce joug, &#224; jeter bas la bourgeoisie. C'est dans la lutte entre ces deux tendances que se d&#233;roulera d&#233;sormais in&#233;luctablement l'histoire du mouvement ouvrier. Car la premi&#232;re tendance n'est pas fortuite : elle est &#233;conomiquement &#171; fond&#233;e &#187;. La bourgeoisie a d&#233;j&#224; engendr&#233; et form&#233; &#224; son service des &#171; partis ouvriers bourgeois &#187; de social chauvins dans tous les pays. Il n'y &#224; aucune diff&#233;rence essentielle entre un parti r&#233;guli&#232;rement constitu&#233; comme, par exemple, celui de Bissolati en Italie, parti parfaitement social-&#173;imp&#233;rialiste, et, disons, le pseudo parti &#224; demi constitu&#233; des Potressov, Gvozdev, Boulkine, Tchkh&#233;idz&#233;. Skobelev et Cie. Ce qui importe, c'est que, du point de vue &#233;conomique, le rattachement de l'aristocratie ouvri&#232;re &#224; la bourgeoisie est parvenu &#224; sa maturit&#233; et s'est achev&#233; ; quant &#224; la forme politique, ce fait &#233;conomique, ce changement des rapports de classe s'en trouvera une sans trop de &#171; difficult&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base &#233;conomique indiqu&#233;e, les institutions politiques du capitalisme moderne la presse, le Parlement, les syndicats, les congr&#232;s, etc. ont cr&#233;&#233; &#224; l'intention des ouvriers et des employ&#233;s r&#233;formistes et patriotes, respectueux et bien sages, des privil&#232;ges et des aum&#244;nes politiques correspondant aux privil&#232;ges et aux aum&#244;nes &#233;conomiques. Les sin&#233;cures lucratives et de tout repos dans un minist&#232;re ou au comit&#233; des industries de guerre, au Parlement et dans diverses commissions, dans les r&#233;dactions de &#171; solides &#187; journaux l&#233;gaux ou dans les directions de syndicats ouvriers non moins solides et &#171; d'ob&#233;dience bourgeoise &#187;, voil&#224; ce dont use la bourgeoisie imp&#233;rialiste pour attirer et r&#233;compenser les repr&#233;sentants et les partisans des &#171; partis ouvriers bourgeois &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme de la d&#233;mocratie politique joue dans le m&#234;me sens. Il n'est pas question, au si&#232;cle o&#249; nous sommes, de se passer d'&#233;lections ; on ne saurait se passer des masses ; or, &#224; l'&#233;poque de l'imprimerie et du parlementarisme, on ne peut entra&#238;ner les masses derri&#232;re soi sans un syst&#232;me largement ramifi&#233;, m&#233;thodiquement organis&#233; et solidement outill&#233; de flatteries, de mensonges, d'escroqueries, de jongleries avec des mots populaires &#224; la mode, sans promettre &#224; droite et &#224; gauche toutes sortes de r&#233;formes et de bienfaits aux ouvriers, pourvu qu'ils renoncent &#224; la lutte r&#233;volutionnaire pour la subversion de la bourgeoisie. Je qualifierais ce syst&#232;me de Iloydgeorgisme, du nom d'un des repr&#233;sentants les plus &#233;minents et les plus experts de ce syst&#232;me dans le pays classique du &#171; parti ouvrier bourgeois &#187;, le ministre. anglais Lloyd George. Brasseur d'affaires bourgeois de premier ordre et vieux flibustier de la politique, orateur populaire, habile &#224; prononcer n'importe quel discours, m&#234;me rrr&#233;volutionnaire, devant un auditoire ouvrier, et capable de faire accorder de coquettes aum&#244;nes aux ouvriers ob&#233;issants sous l'aspect de r&#233;formes sociales (assurances, etc.), Lloyd George sert &#224; merveille la bourgeoisie [3] ; et il la sert justement parmi les ouvriers, il propage son influence justement au sein du prol&#233;tariat, l&#224; o&#249; il est le plus n&#233;cessaire et le plus difficile de s'assurer une emprise morale sur les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et y a-t-il une grande diff&#233;rence entre Lloyd George et les Scheidemann, les Legien, les Henderson et les Hyndman, les Pl&#233;khanov, les Renaudel et consorts ? Parmi ces derniers, nous objectera-t-on, il en est qui reviendront au socialisme r&#233;volutionnaire de Marx. C'est possible, mais c'est l&#224; une diff&#233;rence de degr&#233; insignifiante si l'on consid&#232;re la question sur le plan politique, c'est &#224; dire &#224; une &#233;chelle de masse. Certains personnages parmi les chefs social chauvins actuels peuvent revenir au prol&#233;tariat. Mais le courant social chauvin ou (ce qui est la m&#234;me chose) opportuniste ne peut ni dispara&#238;tre, ni &#171; revenir &#187; au prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire. L&#224; o&#249; le marxisme est populaire parmi les ouvriers, ce courant politique, ce &#171; parti ouvrier bourgeois &#187;, invoquera avec v&#233;h&#233;mence le nom de Marx. On ne peut le leur interdire, comme on ne peut interdire &#224; une firme commerciale de faire usage de n'importe quelle &#233;tiquette, de n'importe quelle enseigne ou publicit&#233;. On a toujours vu, au cours de l'histoire, qu'apr&#232;s la mort de chefs r&#233;volutionnaires populaires parmi les classes opprim&#233;es, les ennemis de ces chefs tentaient d'exploiter leur nom pour duper ces classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait que les &#171; partis ouvriers bourgeois &#187;, en tant que ph&#233;nom&#232;ne politique, se sont d&#233;j&#224; constitu&#233;s dans tous les pays capitalistes avanc&#233;s, et que sans une lutte d&#233;cisive et implacable, sur toute la ligne, contre ces partis ou, ce qui revient au m&#234;me, contre ces groupes, ces tendances, etc., il ne saurait &#234;tre question ni de lutte contre l'imp&#233;rialisme, ni de marxisme, ni de mouvement ouvrier socialiste. La fraction Tchkh&#233;idz&#233;, Nach&#233; Di&#233;lo, Golos Trouda en Russie et les &#171; okistes &#187; &#224; l'&#233;tranger, ne sont rien de plus qu'une vari&#233;t&#233; d'un de ces partis. Nous n'avons pas la moindre raison de croire que ces partis puissent dispara&#238;tre avant la r&#233;volution sociale. Au contraire, plus cette r&#233;volution se rapprochera, plus puissamment elle s'embrasera, plus brusques et plus vigoureux seront les tournants et les bonds de son d&#233;veloppement, et plus grand sera, dans le mouvement ouvrier, le r&#244;le jou&#233; par la pouss&#233;e du flot r&#233;volutionnaire de masse contre le flot opportuniste petitbourgeois. Le kautskisme ne repr&#233;sente aucun courant ind&#233;pendant ; il n'a de racines ni dans les masses, ni dans la couche privil&#233;gi&#233;e pass&#233;e &#224; la bourgeoisie. Mais le kautskisme est dangereux en ce sens qu'utilis&#224;nt l'id&#233;ologie du pass&#233;, il s'efforce de concilier le prol&#233;tariat avec le &#171; parti ouvrier bourgeois &#187;, de sauvegarder l'unit&#233; du prol&#233;tariat avec ce parti et d'accro&#238;tre ainsi le prestige de ce dernier. Les masses ne suivent plus les social chauvins d&#233;clar&#233;s ; Lloyd George a &#233;t&#233; siffl&#233; en Angleterre dans des r&#233;unions ouvri&#232;res ; Hyndman a quitt&#233; le parti ; les Renaudel et les Scheidemann, les Potressov et les Gvozdev sont prot&#233;g&#233;s par la police. Rien n'est plus dangereux que la d&#233;fense d&#233;guis&#233;e des social chauvins par les kautskistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des sophismes kautskistes les plus r&#233;pandus consiste &#224; se r&#233;f&#233;rer aux &#171; masses &#187;. Nous ne voulons pas, pr&#233;tendent ils, nous d&#233;tacher des masses et des organisations de masse ! Mais r&#233;fl&#233;chissez &#224; la fa&#231;on dont Engels pose la question. Les &#171; organisations de masse &#187; des trade unions anglaises &#233;taient au XIX&#176; si&#232;cle du c&#244;t&#233; du parti ouvrier bourgeois. Marx et Engels ne recherchaient pas pour autant une conciliation avec ce dernier, mais le d&#233;non&#231;aient. Ils n'oubliaient pas, premi&#232;rement, que les organisations des trade-unions englobent directement une minorit&#233; du prol&#233;tariat. Dans l'Angleterre d'alors comme dans l'Allemagne d'aujourd'hui, les organisations ne rassemblent pas plus de 1/5 du prol&#233;tariat. On ne saurait penser s&#233;rieusement qu'il soit possible, en r&#233;gime capitaliste, de faire entrer dans les organisations la majorit&#233; des prol&#233;taires. Deuxi&#232;mement, et c'est l&#224; l'essentiel, il ne s'agit pas tellement du nombre des adh&#233;rents &#224; l'organisation que de la signification r&#233;elle, objective, de sa politique : cette politique repr&#233;sente-t-elle les masses, sert elle les masses, c'est &#224; dire vise-t-elle &#224; les affranchir du capitalisme, ou bien repr&#233;sente-t-elle les int&#233;r&#234;ts de la minorit&#233;, sa conciliation avec le capitalisme ? C'est pr&#233;cis&#233;ment cette derni&#232;re conclusion qui &#233;tait vraie pour l'Angleterre du XIX&#176; si&#232;cle, et qui est vraie maintenant pour l'Allemagne, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Engels distingue entre le &#171; parti ouvrier bourgeois &#187; des vieilles trade unions, la minorit&#233; privil&#233;gi&#233;e, et la &#171; masse inf&#233;rieure &#187;, la majorit&#233; v&#233;ritable ; il en appelle &#224; cette majorit&#233; qui n'est pas contamin&#233;e par la &#171; respectabilit&#233; bourgeoise &#187;. L&#224; est le fond de la tactique marxiste !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons et personne ne peut pr&#233;voir quelle est au juste la partie du prol&#233;tariat qui suit et suivra les social chauvins et les opportunistes. Seule la lutte le montrera, seule la r&#233;volution socialiste, en d&#233;cidera finalement. Mais ce que nous savons pertinemment, c'est que les &#171; d&#233;fenseurs de la patrie &#187; dans la guerre, imp&#233;rialiste ne repr&#233;sentent qu'une minorit&#233;. Et notre devoir, par cons&#233;quent, si nous voulons rester des socialistes, est d'aller plus bas et plus profond, vers les masses v&#233;ritables : l&#224; est toute la signification de la lutte contre l'opportunisme et tout le contenu de cette lutte. En montrant que les opportunistes et les social chauvins trahissent en fait l&#233;s int&#233;r&#234;ts de la masse, d&#233;fendant les privil&#232;ges momentan&#233;s d'une minorit&#233; d'ouvriers, propagent les id&#233;es et l'influence bourgeoises et sont en fait les alli&#233;s et les agents de la bourgeoisie, nous apprenons aux masses &#224; discerner leurs v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts politiques et &#224; lutter pour le socialisme et la r&#233;volution &#224; travers les longues et douloureuses p&#233;rip&#233;ties des guerres imp&#233;rialistes et des armistices imp&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquer aux masses que la scission avec l'opportunisme est in&#233;vitable et n&#233;cessaire, les &#233;duquer pour la r&#233;volution par une lutte implacable contre ce dernier, mettre &#224; profit l'exp&#233;rience de la guerre pour d&#233;voiler toutes les ignominies de la politique ouvri&#232;re nationale lib&#233;rale au lieu de les camoufler : telle est la seule ligne marxiste dans le mouvement ouvrier mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre prochain article, nous essaierons de r&#233;sumer les principaux caract&#232;res distinctifs de cette ligne, en l'opposant au kautskisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] &#171; L'imp&#233;rialisme est un produit du capitalisme industriel hautement &#233;volu&#233;. Il consiste dans la tendance de toute nation capitaliste industrielle &#224; se soumettre et &#224; s'adjoindre des r&#233;gions agraires toujours plus nombreuses sans &#233;gard aux nations qui les habitent &#187; (Kautsky, dans la Neue Zeit du 11.IX.1914).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2] J. A. Hobson ; Imperialism, London 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3] R&#233;cemment, dans une revue anglaise, j'ai trouv&#233; l'article d'un tory, adversaire politique de Lloyd George : &#171; Lloyd George vu par un tory. &#187; La guerre a ouvert les yeux &#224; cet adversaire et lui a montr&#233; quel parfait commis de la bourgeoisie est ce Lloyd George ! Les tories ont fait la paix avec lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1917&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine
&lt;p&gt;Lettre aux camarades&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Camarades, les heures que nous traversons sont si critiques, les &#233;v&#233;nements se d&#233;roulent avec une rapidit&#233; si incroyable qu'un publiciste, maintenu par la volont&#233; du sort quelque peu &#224; l'&#233;cart du courant essentiel de l'histoire, risque d'&#234;tre constamment en retard ou mal inform&#233;, surtout si ce qu'il &#233;crit ne para&#238;t pas &#224; temps. Bien que pleinement conscient du fait, je n'en suis pas moins forc&#233; d'adresser cette lettre aux bolch&#233;viks, m&#234;me en courant le risque qu'elle ne soit pas publi&#233;e, car les h&#233;sitations contre lesquelles je consid&#232;re de mon devoir de m'&#233;lever avec la plus grande fermet&#233;, sont sans pr&#233;c&#233;dent et peuvent avoir une influence n&#233;faste sur le parti, sur le mouvement du prol&#233;tariat international, sur la r&#233;volution. Quant au danger d'&#234;tre en retard, pour le pr&#233;venir, j'indiquerai quelles informations je poss&#232;de et de quand elles datent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement le lundi matin 18 octobre que j'ai pu voir un camarade qui avait particip&#233; la veille &#224; une tr&#232;s importante r&#233;union bolch&#233;vique de P&#233;trograd et qui me donna des informations d&#233;taill&#233;es sur les d&#233;bats [1]. On y avait discut&#233; la question de l'insurrection qu'avaient discut&#233;e &#233;galement les journaux du dimanche de toutes tendances. A la r&#233;union se trouvaient repr&#233;sent&#233;s les &#233;l&#233;ments les plus influents de toutes les branches du travail des bolch&#233;viks dans la capitale. Et seulement une infime minorit&#233; des participants, exactement deux camarades en tout et pour tout, avaient eu une attitude d'opposition. Les arguments avanc&#233;s par ces camarades &#233;taient si faibles, ces arguments sont une manifestation si frappante du d&#233;sarroi, de la peur et de la faillite de toutes les id&#233;es essentielles du bolch&#233;visme et de l'internationalisme r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien, qu'il est difficile de trouver une explication &#224; des h&#233;sitations aussi d&#233;shonorantes. Mais le fait existe ; et comme un parti r&#233;volutionnaire n'a pas le droit de tol&#233;rer d'h&#233;sitations sur une question aussi s&#233;rieuse, comme ces deux camarades qui abandonnent les principes peuvent cr&#233;er un certain trouble, il est n&#233;cessaire d'analyser leurs arguments, de mettre &#224; nu leurs h&#233;sitations, de montrer combien elles sont d&#233;shonorantes. Les lignes qui suivent s'efforceront de remplir cette t&#226;che.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Nous n'avons pas la majorit&#233; parmi le peuple et, sans cette condition, l'insurrection est impossible... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes, capables de parler ainsi, ou bien d&#233;naturent la v&#233;rit&#233;, on bien sont des formalistes qui, sans tenir le moins du monde compte de la situation r&#233;elle de la r&#233;volution, d&#233;sirent obtenir d'avance, &#224; toute force, la garantie que dans tout le pays le Parti bolch&#233;vik a recueilli exactement la moiti&#233; des voix plus une. Jamais l'histoire, dans aucune r&#233;volution, n'a offert de telles garanties et elle ne peut absolument pas les offrir. Formuler une pareille exigence, c'est se moquer des auditeurs, c'est couvrir sa fuite devant la r&#233;alit&#233;, ni plus ni moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la r&#233;alit&#233; nous montre avec &#233;vidence que depuis les journ&#233;es de juillet, la majorit&#233; du peuple a commenc&#233; &#224; se ranger rapidement du c&#244;t&#233; des bolch&#233;viks. C'est ce qu'ont montr&#233; les &#233;lections du 20 ao&#251;t &#224; P&#233;trograd, avant m&#234;me l'aventure Kornilov, lorsque le pourcentage des voix obtenues par les bolch&#233;viks est pass&#233; de 20% &#224; 33%, dans la ville sans les faubourgs, puis les &#233;lections aux doumas d'arrondissement de Moscou, en septembre, o&#249; le pourcentage des voix obtenues par les bolch&#233;viks est pass&#233; de 11% &#224; 49,3% (un camarade de Moscou, que j'ai vu ces jours-ci, me disait que le chiffre exact est 51 %). C'est ce qu'a montr&#233; aussi le renouvellement des Soviets. C'est ce qu'a montr&#233; le fait que la majorit&#233; des Soviets paysans, en d&#233;pit du ralliement de leur Conseil central &#224; Avksentiev, s'est prononc&#233;e contre la coalition. Etre contre la coalition, c'est en fait suivre les bolch&#233;viks. Bien plus, les informations du front montrent de plus en plus souvent et de plus en plus nettement que la masse des soldats, en d&#233;pit des imputations calomnieuses et des attaques des dirigeants socialistes-r&#233;volutionnaires et mench&#233;viks, des officiers, des d&#233;put&#233;s, etc., etc., se rangent de plus en plus r&#233;solument aux c&#244;t&#233;s des bolch&#233;viks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le fait capital dans la vie actuelle de la Russie, c'est le soul&#232;vement paysan. Voil&#224; comment s'effectue en r&#233;alit&#233; le passage du peuple aux c&#244;t&#233;s des bolch&#233;viks ; la d&#233;monstration est faite non point en paroles, mais en actes. Car, quels que soient les mensonges de la presse bourgeoise et de ses pitoyables thurif&#233;raires parmi les &#233;l&#233;ments &#171; h&#233;sitants &#187; de la Nova&#239;a Jizn et consorts qui crient aux pogroms et &#224; l'anarchie, le fait est l&#224;. Le mouvement des paysans dans la province de Tambov [2] &#233;tait un soul&#232;vement, au sens physique et au sens politique, un soul&#232;vement qui a donn&#233; de si magnifiques r&#233;sultats politiques : il a conduit, par exemple, en premier lieu, &#224; remettre la terre aux paysans. Ce n'est pas pour rien que toute la racaille socialiste-r&#233;volutionnaire, jusques et y compris le Di&#233;lo Naroda, effray&#233;e par le soul&#232;vement, hurle maintenant qu'il faut remettre la terre aux paysans ! Ainsi, les faits confirment la justesse de la ligne du bolch&#233;visme et ses progr&#232;s. &#171; &#201;clairer &#187; les bonapartistes et leurs valets du Pr&#233;parlement s'est av&#233;r&#233; impossible autrement que par l'insurrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait. Les faits sont t&#234;tus. Et un &#171; argument &#187; de fait de cette nature en faveur de l'insurrection est plus fort que mille tergiversations &#171; pessimistes &#187; d'un politicien h&#233;sitant et timor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le soul&#232;vement paysan n'&#233;tait pas un &#233;v&#233;nement d'une importance politique nationale, les valets socialistes-r&#233;volutionnaires au sein du Pr&#233;parlement ne crieraient pas &#224; la n&#233;cessit&#233; de remettre la terre aux paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre cons&#233;quence politique et r&#233;volutionnaire magnifique du soul&#232;vement paysan, d&#233;j&#224; signal&#233; par le Rabotchi Pout, est l'arrivage de bl&#233; dans les gares de chemins de fer de la province de Tambov. Voici encore un &#171; argument &#187;, messieurs les paniquards, un argument en faveur de l'insurrection, seul moyen de sauver le pays de la famine et de la crise sans pr&#233;c&#233;dent qui frappent d&#233;j&#224; &#224; la porte. Pendant que les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mench&#233;viks, tra&#238;tres au peuple, grognent, menacent, r&#233;digent des r&#233;solutions, promettent de nourrir les affam&#233;s en convoquant l'Assembl&#233;e constituante, le peuple se met &#224; r&#233;soudre, &#224; la mani&#232;re bolch&#233;viks, la question du pain par l'insurrection contre les propri&#233;taires fonciers, les capitalistes et les accapareurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les fruits merveilleux de cette solution (la seule r&#233;aliste) de la question du pain, la presse bourgeoise a d&#251; les reconna&#238;tre, y compris la Rousska&#239;a Volia qui a publi&#233; une information disant que les gares de chemins de fer de la province de Tambov regorgent de bl&#233;... Depuis que les paysans se sont soulev&#233;s !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, douter aujourd'hui que la majorit&#233; du peuple suit et suivra les bolch&#233;viks, c'est h&#233;siter de fa&#231;on honteuse et rejeter en fait tous les principes de la r&#233;volution prol&#233;tarienne, c'est purement et simplement renier le bolchevisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Nous ne sommes pas assez forts pour prendre le pouvoir, et la bourgeoisie n'est pas assez forte pour faire &#233;chouer l'Assembl&#233;e constituante... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie de cet argument n'est que la simple r&#233;p&#233;tition de l'argument pr&#233;c&#233;dent. Il ne gagne rien en force et en persuasion du fait que l'on exprime son d&#233;sarroi et sa peur de la bourgeoisie en faisant preuve de pessimisme &#224; l'&#233;gard des ouvriers et d'optimisme &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie. Si les &#233;l&#232;ves-officiers et les cosaques disent qu'ils se battront jusqu'&#224; la derni&#232;re goutte de leur sang contre les bolch&#233;viks, on peut les croire ; mais si, dans des centaines de r&#233;unions, les ouvriers et les soldats expriment leur pleine confiance aux bolch&#233;viks et affirment qu'ils sont pr&#234;ts &#224; faire un rempart de leur poitrine pour donner le pouvoir aux Soviets, il est &#171; sage &#187; de ne pas oublier que voter est une chose et se battre une autre chose !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A raisonner ainsi, l'insurrection est &#233;videmment &#171; &#233;cart&#233;e &#187; d'avance. Mais on se demande ce qui distingue ce &#171; pessimisme &#187; singuli&#232;rement orient&#233;, singuli&#232;rement tourn&#233; dans un sens unique, - du ralliement politique &#224; la bourgeoisie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jetez un coup d'&#339;il sur les faits, rappelez-vous les milliers de d&#233;clarations faites par les bolch&#233;viks et que nos pessimistes &#171; oublient &#187;. Nous avons dit des milliers de fois que les Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats sont une force, l'avant-garde de la r&#233;volution, qu'ils peuvent prendre le pouvoir. Nous avons des milliers de fois reproch&#233; aux mench&#233;viks et aux socialistes-r&#233;volutionnaires de faire des phrases sur les &#171; organes de la d&#233;mocratie investis des pleins pouvoirs &#187;, tout en craignant que les Soviets prennent le pouvoir en mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'a donc prouv&#233; l'aventure Kornilov ? Elle a prouv&#233; que les Soviets sont r&#233;ellement une force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et apr&#232;s cette preuve donn&#233; par l'exp&#233;rience, par les faits, nous abandonnerions le bolch&#233;visme, nous nous renierions nous-m&#234;mes et nous dirions : nous ne sommes pas assez forts (bien que nous ayons les Soviets des deux capitales et la majorit&#233; des Soviets de province du c&#244;t&#233; des bolch&#233;viks) ! ! ! Voyons, ces h&#233;sitations ne sont-elles pas une infamie ? Au fond, nos &#171; pessimistes &#187; rejettent le mot d'ordre &#171; tout le pouvoir aux Soviets &#187;, tout en craignant de l'avouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on prouver que la bourgeoisie n'est pas assez forte pour faire &#233;chouer l'Assembl&#233;e constituante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les Soviets n'ont pas la force de renverser la bourgeoisie, elle est donc assez forte pour faire &#233;chouer l'Assembl&#233;e constituante, car personne ne peut plus l'en emp&#234;cher. Croire aux promesses de K&#233;renski et Cie, croire aux r&#233;solutions du Pr&#233;parlement de valets, est-ce digne d'un membre du parti prol&#233;tarien, d'un r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie a non seulement la force de faire &#233;chouer l'Assembl&#233;e constituante, si le gouvernement actuel n'est pas renvers&#233;, mais elle peut encore atteindre ce r&#233;sultat indirectement, en livrant P&#233;trograd aux Allemands, en ouvrant le front, en multipliant les lock-out, en sabotant le transport du bl&#233;. Il est prouv&#233; par les faits que tout cela la bourgeoisie l'a d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; partiellement. Donc, elle a la force de le faire jusqu'au bout si les ouvriers et les soldats ne la renversent pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Les Soviets doivent &#234;tre un revolver appuy&#233; sur la tempe du gouvernement pour exiger de lui qu'il convoque l'Assembl&#233;e constituante et renonce aux aventures Kornilov... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; en est arriv&#233; un de nos deux pessimistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a d&#251; en arriver l&#224;, car renoncer &#224; l'insurrection, c'est renoncer au mot d'ordre : &#171; tout le pouvoir aux Soviets &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, les mots d'ordre ne sont pas &#171; paroles d'Evangile &#187;. Mais pourquoi ne s'est-il trouv&#233; personne pour soulever la question de la modification de ce mot d'ordre (comme je l'ai fait, apr&#232;s les journ&#233;es de juillet [3]) ? pourquoi craint-on de parler franchement, alors que, depuis septembre, le parti discute la question de l'insurrection, d&#233;sormais in&#233;vitable pour appliquer le mot d'ordre : &#171; tout le pouvoir aux Soviets &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos pessimistes ne se tireront jamais de l&#224;. Renoncer &#224; l'insurrection, c'est renoncer &#224; la remise du pouvoir aux Soviets, c'est &#171; confier &#187; tous nos espoirs, tous nos v&#339;ux &#224; la brave bourgeoisie qui a &#171; promis &#187; de convoquer l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il vraiment difficile de comprendre que, une fois le pouvoir aux mains des Soviets, l'Assembl&#233;e constituante est assur&#233;e, que son succ&#232;s est assur&#233; ? C'est ce que les bolch&#233;viks ont dit des milliers de fois. Personne n'a jamais tent&#233; de le d&#233;mentir. Ce &#171; type mixte &#187;, tous l'ont admis ; mais faire passer aujourd'hui sous le terme &#171; type mixte &#187; la renonciation &#224; la remise du pouvoir aux Soviets, la faire passer en dessous, par crainte de renoncer ouvertement &#224; notre mot d'ordre, qu'est-ce donc ? Peut-on trouver des formules parlementaires pour caract&#233;riser cette attitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a tr&#232;s justement r&#233;pondu &#224; notre pessimiste : &#171; un revolver sans balle ? &#187; Si oui, c'est passer purement et simplement aux c&#244;t&#233;s des Liber-Dan qui ont mille fois proclam&#233; que les Soviets sont un &#171; revolver &#187; et qui ont des milliers de fois tromp&#233; le peuple, car les Soviets sous leur domination &#233;taient r&#233;duits &#224; z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, s'il s'agit d'un revolver &#171; charg&#233; &#187;, c'est alors la pr&#233;paration technique de l'insurrection, car la balle il faut se la procurer, il faut charger le revolver ; et une seule balle, c'est peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou le passage aux c&#244;t&#233;s des Liber-Dan et la renonciation avou&#233;e au mot d'ordre : &#171; tout le pouvoir aux Soviets &#187;, ou l'insurrection. Pas de milieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...La bourgeoisie ne peut pas livrer P&#233;trograd aux Allemands, bien que Rodzianko le veuille, car ce ne sont pas les bourgeois qui combattent, mais nos h&#233;ro&#239;ques matelots... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument nous ram&#232;ne lui aussi &#224; cet &#171; optimisme &#187; &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie que manifestent fatalement &#224; chaque pas ceux qui n'ont pas confiance dans les forces r&#233;volutionnaires et les capacit&#233;s du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les h&#233;ro&#239;ques matelots qui combattent, mais cela n'a pas emp&#234;ch&#233; deux amiraux de prendre la fuite avant la prise de l'&#238;le d'&#338;sel !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait. Les faits sont t&#234;tus. Les faits prouvent que des amiraux sont capables de trahir tout comme Kornilov. Le G.Q.G. n'a pas &#233;t&#233; remani&#233;, le commandement est partisan de Kornilov, c'est un fait incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les korniloviens (K&#233;renski en t&#234;te, car c'est aussi un kornilovien) veulent livrer P&#233;trograd, ils peuvent le faire de deux et m&#234;me de trois mani&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, ils peuvent ouvrir le front de terre au nord, gr&#226;ce &#224; la trahison du commandement acquis &#224; Kornilov.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, ils peuvent &#171; s'entendre &#187; avec les imp&#233;rialistes allemands et anglais pour laisser toute libert&#233; d'action &#224; la flotte allemande qui est plus forte que nous. En outre, les &#171; amiraux en fuite &#187; ont pu livrer les plans aux Allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, par les lock-out et par le sabotage des arrivages de bl&#233;, ils peuvent r&#233;duire nos troupes au d&#233;sespoir et &#224; l'impuissance totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune de ces trois voies ne saurait &#234;tre &#233;cart&#233;e. Les faits ont prouv&#233; que le parti bourgeois-cosaque de Russie a d&#233;j&#224; frapp&#233; &#224; ces trois portes, il a d&#233;j&#224; cherch&#233; &#224; les ouvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent ? Par cons&#233;quent, nous n'avons pas le droit d'attendre que la bourgeoisie ait &#233;touff&#233; la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que les &#171; vis&#233;s &#187; de Rodzianko ne soient pas bulles de savon, l'exp&#233;rience l'a d&#233;montr&#233;. Rodzianko est un homme d'action. Il est soutenu par le capital. C'est un fait incontestable. Le capital est une force prodigieuse, tant que le prol&#233;tariat ne s'est pas empar&#233; du pouvoir. Pendant des dizaines d'ann&#233;es, Rodzianko a fait loyalement la politique du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent ? Par cons&#233;quent, h&#233;siter sur la question de l'insurrection comme seul moyen de sauver la r&#233;volution, c'est tomber dans cette l&#226;che confiance en la bourgeoisie, confiance qui tient &#224; la fois de l'esprit des Liber-Dan, des mench&#233;viks, des socialistes-r&#233;volutionnaires et de la cr&#233;dulit&#233; aveugle du &#171; moujik &#187; contre laquelle les bolch&#233;viks ont surtout lutt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien se croiser des bras inutiles sur une poitrine vide et attendre, en jurant d'avoir &#171; foi &#187; en l'Assembl&#233;e constituante, que Rodzianko et Cie livrent P&#233;trograd et &#233;touffent la r&#233;volution, ou bien passer &#224; l'insurrection. Pas de milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me la convocation de l'Assembl&#233;e constituante, prise isol&#233;ment, ne changerait rien &#224; la situation, car aucune &#171; constitution &#187;, aucun vote d'assembl&#233;e, m&#234;me souveraine, ne triompheront de la faim, ne triompheront de Guillaume. La convocation de l'Assembl&#233;e constituante et son succ&#232;s d&#233;pendent du passage du pouvoir aux mains des Soviets ; cette vieille v&#233;rit&#233; bolch&#233;vique est confirm&#233;e de fa&#231;on toujours plus concr&#232;te et toujours plus cruelle par la r&#233;alit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Nous nous renfor&#231;ons chaque jour, nous pouvons entrer &#224; l'Assembl&#233;e constituante comme une puissante opposition, pourquoi tout risquer sur une carte... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argument d'un philistin qui &#171; a lu &#187; que l'Assembl&#233;e constituante va &#234;tre convoqu&#233;e et qui se repose en toute confiance sur les voies constitutionnelles les plus l&#233;gales, les plus loyales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est seulement dommage que ni la question de la famine, ni la question de la reddition de P&#233;trograd ne puissent &#234;tre r&#233;solues par l'attente de l'Assembl&#233;e constituante. Les na&#239;fs ou les gens sans boussole, ou les paniquards oublient ce &#171; d&#233;tail &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faim n'attend pas. Le soul&#232;vement paysan n'a pas attendu. La guerre n'attend pas. Les amiraux en fuite n'ont pas attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que nous, bolch&#233;viks, proclamerions notre confiance dans la convocation de l'Assembl&#233;e constituante, la faim consentira-t-elle &#224; attendre ? Les amiraux en fuite consentiront-ils &#224; attendre ? Les Maklakov et les Rodzianko consentiront-ils &#224; mettre fin aux lock-out, au sabotage du transport du bl&#233;, &#224; la collusion avec les imp&#233;rialistes anglais et allemands ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui semble en effet ressortir des paroles des champions des &#171; illusions constitutionnelles &#187; et du cr&#233;tinisme parlementaire. La r&#233;alit&#233; vivante dispara&#238;t, et il ne reste que le papier concernant la convocation de l'Assembl&#233;e constituante, il ne reste que les &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les aveugles s'&#233;tonnent que le peuple affam&#233; et les soldats trahis par les g&#233;n&#233;raux et les amiraux soient, indiff&#233;rents aux &#233;lections ! O sagesse !&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Si les korniloviens recommen&#231;aient, alors nous leur montrerions &#224; qui ils ont affaire ! Mais commencer nous-m&#234;mes, &#224; quoi bon risquer ?... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui est remarquablement convaincant, remarquablement r&#233;volutionnaire. L'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas, mais si nous lui tournons le dos, si, contemplant la premi&#232;re aventure Kornilov, nous r&#233;p&#233;tons : &#171; Ah ! si les korniloviens commen&#231;aient &#187; ; si nous agissons ainsi, quelle magnifique strat&#233;gie r&#233;volutionnaire ! Comme elle ressemble au &#171; petit bonheur la chance &#187; ! Esp&#233;rons que les korniloviens recommenceront mal &#224; propos ! n'est-il pas vrai que c'est un &#171; argument &#187; puissant ? Que c'est une base s&#233;rieuse pour une politique prol&#233;tarienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si les korniloviens de la deuxi&#232;me vague avaient appris quelque chose ? S'ils avaient la patience d'attendre des &#233;meutes de la faim, la rupture du front, la reddition de P&#233;trograd, sans commencer jusqu'&#224; ce moment ? Qu'arriverait-il alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous propose de fonder la tactique du parti prol&#233;tarien sur la r&#233;p&#233;tition &#233;ventuelle d'une de leurs anciennes fautes par les korniloviens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oublions tout ce que les bolch&#233;viks ont montr&#233; et prouv&#233; des centaines de fois, ce qu'ont prouv&#233; six mois d'histoire de notre r&#233;volution, &#224; savoir qu'il n'existe pas objectivement d'autre issue, qu'il ne peut pas y avoir d'autre issue que la dictature des korniloviens ou la dictature du prol&#233;tariat ; oublions cela, laissons tout cela et attendons ! Attendons quoi ? Attendons un miracle : attendons que le courant tumultueux, catastrophique des &#233;v&#233;nements qui se sont d&#233;roul&#233;s du 20 avril au 29 ao&#251;t disparaisse (&#224; l'occasion de la prolongation de la guerre et de l'aggravation de la famine) devant la convocation pacifique, tranquille, l&#233;gale, sans heurt, de l'Assembl&#233;e constituante et l'ex&#233;cution de ses d&#233;cisions l&#233;gales. La voil&#224; bien la tactique &#171; marxiste &#187; ! Attendez, affam&#233;s, K&#233;renski a promis de convoquer l'Assembl&#233;e constituante !&lt;br class='autobr' /&gt;
starstarstar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ...Dans la situation internationale, il n'y a rien, &#224; proprement parler, qui nous oblige &#224; agir sur-le-champ ; nous nuirions plut&#244;t &#224; la cause de la r&#233;volution socialiste en Occident si nous nous faisions fusiller... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet argument est magnifique en v&#233;rit&#233; : Scheidemann &#171; lui-m&#234;me &#187;, Renaudel [4] &#171; lui-m&#234;me &#187; ne saurait avec plus d'art tirer parti de la sympathie des ouvriers vis-&#224;-vis des succ&#232;s de la r&#233;volution socialiste internationale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;fl&#233;chissez donc : dans des conditions p&#233;nibles, infernales, avec le seul Liebknecht (enferm&#233; au bagne, par surcro&#238;t), sans journaux, sans libert&#233; de r&#233;unions, sans Soviets, au milieu de l'hostilit&#233; incroyable de toutes les classes de la population - jusqu'au dernier paysan ais&#233; - &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;e de l'internationalisme, malgr&#233; l'organisation sup&#233;rieure de la grande, de la moyenne et de la petite bourgeoisie imp&#233;rialiste, les Allemands, c'est-&#224;-dire les r&#233;volutionnaires internationalistes allemands, les ouvriers portant la vareuse de matelot, ont d&#233;clench&#233; une mutinerie de la flotte, alors qu'ils n'avaient peut-&#234;tre qu'une chance sur cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous qui avons des dizaines de journaux, la libert&#233; de r&#233;union, qui avons la majorit&#233; dans les Soviets, nous qui sommes des internationalistes prol&#233;tariens poss&#233;dant les positions les plus solides du monde entier, nous refuserions de soutenir par notre insurrection les r&#233;volutionnaires allemands. Nous raisonnerions comme les Scheidemann et les Renaudel : le plus sage est de ne pas nous soulever, car si on nous fusille tous tant que nous sommes, le monde perdra des internationalistes d'une si belle trempe, si sens&#233;s, si parfaits !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prouvons notre bon sens. Adoptons une r&#233;solution de sympathie &#224; l'&#233;gard des insurg&#233;s allemands et renon&#231;ons &#224; l'insurrection en Russie. Ce sera de l'internationalisme v&#233;ritable, d'esprit rassis. Et comme l'internationalisme fleurira vite entre les peuples, si partout triomphe cette politique de sagesse !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre a impos&#233; aux ouvriers de tous les pays les pires souffrances ; elle les a &#233;puis&#233;s. Les explosions se multiplient en Italie, en Allemagne, en Autriche. Nous sommes seuls &#224; avoir des Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats et nous resterions dans l'attente, nous trahirions les internationalistes allemands comme nous trahissons les paysans russes qui, non pas par des paroles, mais par des actes, par un soul&#232;vement contre les propri&#233;taires fonciers, nous appellent &#224; nous soulever contre le gouvernement K&#233;renski...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons s'amonceler les nuages de la conspiration imp&#233;rialiste des capitalistes de tous les pays qui sont pr&#234;ts &#224; &#233;touffer la r&#233;volution russe, attendons tranquillement qu'ils nous &#233;touffent &#224; coups de roubles ! Au lieu de fondre sur les conspirateurs et de rompre leur front par la victoire des Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers et soldats, attendons l'Assembl&#233;e constituante o&#249; seront &#233;cras&#233;s par le vote tous les complots internationaux, si K&#233;renski et Rodzianko convoquent en toute bonne foi l'Assembl&#233;e constituante. Avons-nous le droit de douter de la bonne foi de K&#233;renski et de Rodzianko ?&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Mais &#171; tous &#187; sont contre nous ! Nous sommes isol&#233;s ; le Comit&#233; ex&#233;cutif central, les mench&#233;viks internationalistes, les hommes de la Nova&#239;a Jizn, les socialistes r&#233;volutionnaires de gauche ont lanc&#233; et lanceront des appels contre nous !... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argument de premi&#232;re force. Nous avons jusqu'ici combattu sans merci les h&#233;sitants pour leurs h&#233;sitations. Nous avons sur ce point acquis la sympathie du peuple. Nous avons sur ce point conquis les Soviets, sans lesquels l'insurrection ne pourrait &#234;tre rapidement et s&#251;rement victorieuse. Profitons maintenant des Soviets que nous avons conquis pour passer nous aussi au camp des h&#233;sitants. Quelle magnifique carri&#232;re pour le bolch&#233;visme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence m&#234;me de la politique des Liber-Dan et des Tchernov, comme celle des &#171; gauches &#187; parmi les socialistes-r&#233;volutionnaires et les mench&#233;viks, c'est l'h&#233;sitation. Ce qui indique que les masses vont &#224; gauche, c'est que les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et les mench&#233;viks internationalistes ont une &#233;norme importance politique. Ces deux faits : le passage de pr&#232;s de 40% respectivement des mench&#233;viks et des socialistes-r&#233;volutionnaires dans le camp de la gauche d'une part et, d'autre part, le soul&#232;vement paysan, sont incontestablement li&#233;s entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela m&#234;me d&#233;voile la veulerie sans bornes de ceux qui s'avisent aujourd'hui de pleurnicher sous le pr&#233;texte que le Comit&#233; ex&#233;cutif central, pourri jusqu'&#224; la moelle, ou les socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et autres h&#233;sitants se sont prononc&#233;s contre nous. Car ces h&#233;sitations des dirigeants de la petite-bourgeoisie, les Martov, les Kamkov, les Soukhanov et Cie, il faut les mettre en parall&#232;le avec le soul&#232;vement paysan. Voil&#224; un parall&#232;le r&#233;ellement politique. Avec qui marcher ? Avec la poign&#233;e de dirigeants h&#233;sitants de P&#233;trograd qui ont exprime indirectement l'&#233;volution &#224; gauche des masses et qui &#224; chaque tournant politique ont pleurnich&#233;, h&#233;sit&#233; honteusement, ont couru demander pardon aux Liber-Dan, aux Avksentiev et Cie, ou faut-il marcher avec ces masses qui vont vers la gauche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi, et ainsi seulement, que se pose la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'occasion de la trahison des Martov, des Kamkov, des Soukhanov envers le soul&#232;vement paysan, on nous propose &#224; nous aussi, parti ouvrier des internationalistes r&#233;volutionnaires, de le trahir. Voil&#224; o&#249; aboutit la politique qui consiste &#224; dire &#171; amen &#187; aux socialistes-r&#233;volutionnaires de gauche et aux mench&#233;viks internationalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, nous avons dit : pour aider les h&#233;sitants, nous devons nous-m&#234;mes cesser d'h&#233;siter. Ces &#171; chers &#187; d&#233;mocrates petits-bourgeois de gauche h&#233;sitaient aussi &#224; se prononcer pour la coalition ! Nous les avons entra&#238;n&#233;s en fin de compte &#224; notre suite parce que nous-m&#234;mes nous n'h&#233;sitions pas. Et la vie nous a donn&#233; raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par leurs h&#233;sitations, ces messieurs conduisaient irr&#233;m&#233;diablement la r&#233;volution &#224; sa perte. C'est nous seuls qui l'avons sauv&#233;e. Et maintenant nous flancherions, alors que la famine frappe aux portes de P&#233;trograd, dont Rodzianko et consorts pr&#233;parent la reddition ?&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Mais nous n'avons pas m&#234;me de liaison solide avec les cheminots et les postiers. Leurs repr&#233;sentants officiels sont les Planson [5]. Et pouvons-nous triompher sans la poste et sans les chemins de fer ?... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui, ici les Planson, l&#224; les Liber-Dan. Quelle confiance les masses leur ont-elles manifest&#233;e ? N'est-ce pas nous qui nous sommes toujours attach&#233;s &#224; prouver que ces dirigeants trahissent les masses ? N'est-ce pas de ces dirigeants que les Masses se sont d&#233;tourn&#233;es pour nous suivre aux &#233;lections de Moscou comme aux &#233;lections des Soviets ? La masse des cheminots et des postiers n'a-t-elle pas faim ? ne fait-elle pas la gr&#232;ve contre le gouvernement K&#233;renski et Cie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Et avant le 28 f&#233;vrier, avions-nous des liaisons avec ces syndicats ? &#187; a demand&#233; un camarade au &#171; pessimiste &#187;. Celui-ci a r&#233;pondu en all&#233;guant qu'il &#233;tait impossible de comparer les deux r&#233;volutions. Mais cette all&#233;gation n'a fait que renforcer la position de celui qui posait la question. Car, sur la longue pr&#233;paration de la r&#233;volution prol&#233;tarienne contre la bourgeoisie justement les bolch&#233;viks se sont expliqu&#233;s des milliers de fois (et ils n'en ont pas parl&#233; pour l'oublier &#224; la veille du moment d&#233;cisif). C'est pr&#233;cis&#233;ment par la diff&#233;renciation entre les &#233;l&#233;ments prol&#233;tariens de la masse et les couches sup&#233;rieures petites-bourgeoises et bourgeoises que se caract&#233;rise la vie politique et &#233;conomique des syndicats des postes et des chemins de fer. Il ne s'agit pas du tout de s'assurer n&#233;cessairement par avance des &#171; liaisons &#187; avec tel ou tel syndicat, il s'agit que seule la victoire du soul&#232;vement des prol&#233;taires et des paysans puisse satisfaire les masses dans les arm&#233;es de cheminots et de postiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Il y a du pain pour deux ou trois jours &#224; P&#233;trograd. Pouvons-nous donner du pain aux insurg&#233;s ?... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une des innombrables remarques des sceptiques (les sceptiques sont toujours pr&#234;ts &#224; &#171; douter &#187;, et rien ne peut leur donner un d&#233;menti que l'exp&#233;rience), une de ces remarques qui rejettent la faute du coupable sur l'innocent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les Rodzianko et Cie, c'est la bourgeoisie qui pr&#233;parent la famine et qui sp&#233;culent sur la famine pour &#233;touffer la r&#233;volution. On n'&#233;chappera et on ne peut &#233;chapper &#224; la famine autrement que par le soul&#232;vement des paysans contre les propri&#233;taires fonciers &#224; la campagne et par la victoire des ouvriers sur les capitalistes dans les villes et au centre. Faute de quoi, on ne peut pas prendre le bl&#233; chez les riches, ni le transporter malgr&#233; le sabotage qu'ils pratiquent, ni briser la r&#233;sistance des employ&#233;s corrompus et des capitalistes qui s'enrichissent, ni cr&#233;er un contr&#244;le rigoureux. C'est ce qu'a montr&#233; pr&#233;cis&#233;ment. l'histoire des organisations de ravitaillement et des d&#233;boires subis en cette mati&#232;re par la &#171; d&#233;mocratie &#187;, qui s'est plainte des millions de fois du sabotage des capitalistes, a pleurnich&#233;, a suppli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe pas de force au monde, sauf celle de la r&#233;volution prol&#233;tarienne victorieuse, qui puisse passer des plaintes, des pri&#232;res et des larmes &#224; l'action r&#233;volutionnaire. Et plus la r&#233;volution prol&#233;tarienne sera retard&#233;e, plus les &#233;v&#233;nements ou les h&#233;sitations des timor&#233;s et des gens sans boussole, l'ajourneront, plus elle co&#251;tera de victimes, plus il sera difficile d'organiser l'arrivage et la r&#233;partition du pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temporiser dans l'insurrection c'est la mort, voil&#224; ce qu'il faut r&#233;pondre &#224; ceux qui ont le triste &#171; courage &#187; de voir la d&#233;sorganisation s'accentuer, la famine approcher, et de d&#233;conseiller aux ouvriers l'insurrection (c'est-&#224;-dire de leur conseiller d'attendre et de s'en remettre encore une fois &#224; la bourgeoisie).&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...La situation au front est encore elle aussi sans danger. Si m&#234;me les soldats concluent eux-m&#234;mes une tr&#234;ve, ce n'est pas un grand malheur... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les soldats ne concluront pas une tr&#234;ve. Il faut pour cela un pouvoir politique qu'il est impossible d'obtenir sans insurrection. Les soldats d&#233;serteront tout bonnement. Les rapports du front en t&#233;moignent. Il n'est pas possible d'attendre sans risquer d'aider Rodzianko &#224; s'entendre avec Guillaume et de favoriser la d&#233;sorganisation compl&#232;te avec la d&#233;sertion g&#233;n&#233;rale des soldats, si (d&#233;j&#224; d&#233;moralis&#233;s) ils en arrivent au d&#233;sespoir et abandonnent tout au gr&#233; du vent.&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ... Mais si nous prenons le pouvoir et si nous n'obtenons pas d'armistice, ni de paix d&#233;mocratique, alors les soldats peuvent ne pas accepter l'id&#233;e d'une guerre r&#233;volutionnaire. Alors ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Argument qui fait penser &#224; l'aphorisme : un imb&#233;cile peut poser &#224; lui seul dix fois plus de questions que dix sages ensemble ne sauraient en r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons jamais ni&#233; les difficult&#233;s que rencontre le pouvoir pendant une guerre imp&#233;rialiste, mais nous n'en avons pas moins pr&#234;ch&#233; la dictature du prol&#233;tariat et de la paysannerie pauvre. Et nous y renoncerions maintenant que le moment d'agir est arriv&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons toujours dit que la dictature du prol&#233;tariat dans un pays entra&#238;ne d'immenses changements &#224; la fois dans la situation internationale, dans l'&#233;conomie du pays, dans la situation de l'arm&#233;e et dans son moral, et nous &#171; oublierions &#187; tout cela aujourd'hui pour nous laisser effrayer par les &#171; difficult&#233;s &#187; de la r&#233;volution ? ?&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt; &#171; ...Les masses, comme on l'annonce de partout, ne sont pas d'humeur &#224; descendre dans la rue. Parmi les indices qui justifient le pessimisme se trouve aussi la diffusion tr&#232;s fortement accrue de la presse ultra-r&#233;actionnaire, de la presse des Cent-Noirs... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des gens se laissent effrayer par la bourgeoisie, il est naturel alors que tout se colore en jaune pour eux. D'abord, ils substituent au crit&#232;re marxiste du mouvement un crit&#232;re intellectuel-impressionniste ; &#224; la place de l'analyse politique du d&#233;veloppement de la lutte de classe et du cours des &#233;v&#233;nements dans le pays dans son ensemble, dans la conjoncture internationale dans son ensemble, ils introduisent des impressions subjectives sur l'&#233;tat d'esprit des masses ; ils oublient naturellement &#171; &#224; propos &#187; que la fermet&#233; de la ligne du parti, sa r&#233;solution inflexible sont aussi un facteur de cet &#233;tat d'esprit, surtout dans les moments les plus critiques de la r&#233;volution. Il est parfois tr&#232;s &#171; opportun &#187; d'oublier que, par leurs h&#233;sitations et par leur tendance &#224; br&#251;ler aujourd'hui ce qu'ils adoraient hier, les dirigeants responsables font na&#238;tre les h&#233;sitations les plus d&#233;plac&#233;es dans l'&#233;tat d'esprit de certaines couches de la masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite et c'est l&#224; l'essentiel en l'occurrence - en parlant de l'&#233;tat d'esprit des masses, les gens veules oublient d'ajouter&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que &#171; tous &#187; d&#233;peignent cet &#233;tat d'esprit comme un esprit de r&#233;flexion, d'expectative ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que &#171; tous &#187; sont d'accord pour reconna&#238;tre que, &#224; l'appel des Soviets et pour la d&#233;fense des Soviets les ouvriers se l&#232;veront comme un seul homme ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que &#171; tous &#187; sont d'accord pour reconna&#238;tre le fort m&#233;contentement des ouvriers devant l'ind&#233;cision des directions centrales quant &#224; &#171; la lutte finale &#187;, qui appara&#238;t clairement comme in&#233;luctable ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que &#171; tous &#187; d&#233;finissent l'&#233;tat d'esprit des plus larges masses comme proche de la d&#233;moralisation et apportent comme preuve l'accroissement de l'anarchisme sur ce terrain pr&#233;cis&#233;ment ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;que &#171; tous &#187; reconnaissent &#233;galement que parmi les ouvriers conscients il existe une r&#233;pugnance certaine &#224; descendre dans la rue pour la seule manifestation, seulement pour une lutte partielle, car on sent dans l'air l'approche non pas d'une lutte partielle, mais d'une lutte g&#233;n&#233;rale, car la st&#233;rilit&#233; de gr&#232;ves, de manifestations et d'actions partielles se fait pleinement sentir et comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous abordons cet aspect de l'&#233;tat d'esprit des masses du point de vue du d&#233;veloppement de la lutte de classe et de la lutte politique et de la marche des &#233;v&#233;nements au cours des six mois de notre r&#233;volution, alors on verra clairement combien ceux qu'effraye la bourgeoisie ont une vue erron&#233;e des choses. La situation ne se pr&#233;sente pas comme avant les 20-21 avril, avant le 9 juin, le 3 juillet, car il existait alors une effervescence spontan&#233;e que nous, en tant que parti, ne saisissions pas (20 avril), ou contenions et transformions en une manifestation pacifique (9 juin et 3 juillet). Car nous savions fort bien alors que les Soviets n'&#233;taient pas encore pour nous, que les paysans croyaient encore &#224; la voie trac&#233;e par les Liber-Dan et les Tchernov, et non pas &#224; la voie des bolch&#233;viks (l'insurrection) ; que, par suite, la majorit&#233; du peuple ne pouvait pas &#234;tre pour nous ; que, par suite, l'insurrection &#233;tait pr&#233;matur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pour la majorit&#233; des ouvriers conscients, la question de la lutte finale n'&#233;tait pas encore apparue ; parmi tous les comit&#233;s du parti, pas un seul comit&#233; ne posait cette question. Et parmi la tr&#232;s grande masse &#224; demi-consciente il n'existait encore ni la tension, ni le courage du d&#233;sespoir, mais une effervescence spontan&#233;e alli&#233;e &#224; l'espoir pu&#233;ril qu'une simple &#171; intervention &#187;, qu'une simple manifestation &#171; influerait &#187; sur les K&#233;renski et sur la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas ce qu'il faut pour une insurrection ; ce qu'il faut, c'est la volont&#233; consciente, ferme, in&#233;branlable de la part des &#233;l&#233;ments conscients de se battre jusqu'au bout, d'une part. Et d'autre part, il faut le d&#233;sespoir r&#233;fl&#233;chi des larges masses qui sentent qu'il est impossible de rien sauver maintenant par des demi-mesures, que n'importe quelle &#171; pression &#187; resterait sans effet, que les affam&#233;s &#171; balaieront tout, fracasseront tout m&#234;me anarchiquement &#187;, si les bolch&#233;viks ne savent pas les diriger dans la lutte d&#233;cisive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce m&#233;lange de r&#233;flexion enseign&#233;e par l'exp&#233;rience chez les &#233;l&#233;ments conscients et de haine proche du d&#233;sespoir &#224; l'&#233;gard des lock-outeurs et des capitalistes chez les larges masses que le d&#233;veloppement de la r&#233;volution a amen&#233; en fait et les ouvriers et la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;galement ce qui explique le &#171; succ&#232;s &#187; des gredins de la presse des Cent-Noirs qui singent le bolch&#233;visme. Que la pire r&#233;action &#233;prouve une joie maligne &#224; voir approcher la lutte d&#233;cisive entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat, il en a toujours &#233;t&#233; ainsi, on l'a observ&#233; sans aucune exception dans toutes les r&#233;volutions, c'est absolument in&#233;vitable. Et si on se laisse effrayer par cela il faut renoncer non seulement &#224; l'insurrection, mais encore &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne en g&#233;n&#233;ral. Car, dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, cette r&#233;volution ne peut pas se d&#233;velopper sans &#234;tre accompagn&#233;e de la joie mauvaise des Cent-Noirs et de l'espoir qu'ils ont de faire leur heurte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ouvriers conscients savent fort bien que les Cent-Noirs travaillent la main dans la main avec la bourgeoisie et que la victoire d&#233;cisive des ouvriers (victoire &#224; laquelle les petits bourgeois ne croient pas, que les capitalistes redoutent, que les Cent-Noirs d&#233;sirent parfois par joie maligne, car ils sont convaincus que les bolch&#233;viks ne garderont pas le pouvoir) &#233;crasera d&#233;finitivement les Cent-Noirs, que les bolch&#233;viks sauront conserver le pouvoir d'une main ferme, pour le plus grand bien de toute l'humanit&#233; &#233;puis&#233;e et d&#233;chir&#233;e par la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui, en effet, s'il n'est pas fou, peut douter que les Rodzianko et les Souvorine n'agissent ensemble ? qu'entre eux les r&#244;les ne soient r&#233;partis ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les faits n'ont-ils pas prouv&#233; que Rodzianko m&#232;ne K&#233;renski &#224; la baguette et que l'&#171; Imprimerie nationale de la R&#233;publique de Russie &#187; (sans rire) publie aux frais de l'Etat les discours des Cent-Noirs &#224; la &#171; Douma d'Etat &#187; ? Ce fait n'a-t-il pas &#233;t&#233; d&#233;voil&#233; m&#234;me par les larbins du Di&#233;lo Naroda &#224; plat ventre devant &#171; leur homoncule &#187; ? L'exp&#233;rience de toutes les &#233;lections n'a-t-elle pas prouv&#233; que le Novo&#239;&#233; Vr&#233;mia [6], journal vendu, inspir&#233; par les &#171; int&#233;r&#234;ts &#187; des propri&#233;taires fonciers et du tsarisme, apporte le soutien le plus complet aux listes des cadets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'avons-nous pas lu hier que le capital commercial et industriel (sans-parti, &#233;videmment, sans-parti, cela va de soi, ce n'est pas avec les cadets que les Vikhliaev, les Rakitnikov, les Gvozdev et les Nikitine se coalisent, Dieu merci ! mais avec les milieux commerciaux et industriels sans-parti !) a d&#233;bours&#233; aux cadets 300 000 roubles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la presse des Cent-Noirs, si on regarde les choses non pas d'un point de vue sentimental, mais d'un point de vue de classe, est une succursale de la firme &#171; Riabouchinski, Milioukov et Cie &#187;. Le capital ach&#232;te pour son usage d'une part les Milioukov, les Zaslavski, les Potressov et consorts et, d'autre part, les Cent-Noirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut y avoir d'autre moyen d'en finir avec cet empoisonnement scandaleux du peuple, avec cette contamination que propage la presse cent-noir bon march&#233;, que la victoire du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et peut-on s'&#233;tonner que la masse &#233;puis&#233;e, tortur&#233;e par la faim et par la prolongation de la guerre, &#171; se jette &#187; sur ce poison des Cent-Noirs ? Peut-on concevoir une soci&#233;t&#233; capitaliste &#224; la veille de sa faillite sans que le d&#233;sespoir envahisse les masses opprim&#233;es ? Et le d&#233;sespoir des masses, parmi lesquelles r&#232;gne l'ignorance, peut-il ne pas s'exprimer par une consommation accrue de poisons de toutes sortes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, la position de ceux qui, parlant de l'&#233;tat d'esprit des masses, rejettent sur les masses leur propre veulerie, est d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Les masses se divisent en &#233;l&#233;ments qui attendent consciemment et en &#233;l&#233;ments pr&#234;ts &#224; tomber inconsciemment dans le d&#233;sespoir ; mais les masses opprim&#233;es et affam&#233;es ne sont pas veules.&lt;br class='autobr' /&gt;
starstarstar&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; ... Le parti marxiste ne saurait, d'autre part, ramener la question de l'insurrection &#224; un complot militaire &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme est une science d'une profondeur et d'une diversit&#233; extr&#234;mes. Il n'est donc pas &#233;tonnant de rencontrer des fragments de citations de Marx, surtout si ces citations sont faites mal &#224; propos, parmi les &#171; arguments &#187; de ceux qui rompent avec le marxisme. Un complot militaire rel&#232;ve du blanquisme si ce n'est pas le parti d'une classe d&#233;termin&#233;e qui l'organise, si ceux qui l'organisent n'ont pas fait &#233;tat de la situation politique en g&#233;n&#233;ral et de la situation internationale en particulier ; si les faits objectifs n'ont pas prouv&#233; la sympathie de la majorit&#233; du peuple pour ce parti, si la marche des &#233;v&#233;nements de la r&#233;volution n'a pas r&#233;fut&#233; pratiquement les illusions conciliatrices de la petite bourgeoisie ; si la majorit&#233; n'a pas &#233;t&#233; conquise dans les organismes de lutte r&#233;volutionnaire &#224; qui sont reconnus les &#171; pleins pouvoirs &#187; ou qui ont fait leurs preuves autrement, tels les &#171; Soviets &#187; ; si, dans l'arm&#233;e (en admettant que les &#233;v&#233;nements se passent en temps de guerre) n'a pas m&#251;ri un &#233;tat d'esprit hostile au gouvernement qui prolonge une guerre injuste contre la volont&#233; du peuple ; si les mots d'ordre de l'insurrection (tels que &#171; tout le pouvoir aux Soviets &#187;, &#171; la terre aux paysans &#187;, &#171; proposition imm&#233;diate de paix d&#233;mocratique &#224; tous les peuples en guerre en m&#234;me temps qu'annulation imm&#233;diate des trait&#233;s secrets et de la diplomatie secr&#232;te &#187;, etc.) n'ont pas acquis la plus large diffusion et la plus large popularit&#233;, si les ouvriers avanc&#233;s ne sont pas convaincus de la situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e des masses et de l'appui de la campagne, appui qui s'est manifest&#233; par un s&#233;rieux mouvement paysan, ou par un soul&#232;vement contre les propri&#233;taires fonciers et contre le gouvernement qui les d&#233;fend, si la situation &#233;conomique du pays inspire de s&#233;rieux espoirs en vue d'une solution favorable de la crise par des voies pacifiques et parlementaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voil&#224; assez, peut-&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma brochure : Les bolch&#233;viks garderont-ils le pouvoir ? (j'esp&#232;re qu'elle para&#238;tra un de ces jours) j'ai introduit une citation de Marx qui se rapporte r&#233;ellement &#224; la question de l'insurrection et qui d&#233;finit celle-ci comme un &#171; art [7] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis pr&#234;t &#224; parier que si l'on propose aux bavards qui aujourd'hui crient en Russie au complot militaire d'ouvrir la bouche et si on les invite &#224; expliquer la diff&#233;rence entre l'&#171; art &#187; de l'insurrection arm&#233;e et un complot militaire digne de bl&#226;me, ou bien ils r&#233;p&#233;teront ce qui est dit plus haut, ou bien ils se couvriront de honte et provoqueront le rire g&#233;n&#233;ral des ouvriers. Essayez donc, chers pseudo-marxistes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantez-nous donc une petite chanson contre le &#171; complot militaire &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;POSTFACE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lignes pr&#233;c&#233;dentes &#233;taient d&#233;j&#224; &#233;crites lorsque j'ai re&#231;u, mardi &#224; 8 heures du soir, les journaux du matin de P&#233;trograd avec l'article de M. V. Bazarov dans la Nova&#239;a Jizn. Monsieur V. Bazarov affirme qu'&#171; il circule par la ville une feuille manuscrite exprimant l'hostilit&#233; de deux bolch&#233;viks notoires contre l'action &#224; engager &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela est vrai, je prie les camarades entre les mains de qui cette lettre ne peut pas tomber avant mercredi midi, de la publier le plus vite possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a &#233;t&#233; &#233;crite non pas pour la presse, mais seulement en vue d'un entretien avec les membres du parti par correspondance. Mais si les h&#233;ros de la Nova&#239;a Jizn (qui ont vot&#233; avant hier pour les bolch&#233;viks, hier pour les mench&#233;viks et qui ont presque r&#233;uni les uns et les autres au congr&#232;s d'unification universellement connu) qui n'appartiennent pas au parti, lequel les a mille fois raill&#233;s pour leur m&#233;prisable veulerie, si des individus pareils re&#231;oivent une feuille des mains de membres de notre parti qui m&#232;nent campagne contre l'insurrection, alors il n'est pas possible de se taire. Il faut mener campagne aussi en faveur de l'insurrection. Que les anonymes se d&#233;masquent d&#233;finitivement et qu'ils re&#231;oivent le ch&#226;timent qu'ils m&#233;ritent pour leurs honteuses h&#233;sitations, ne f&#251;t-ce que sous la forme des railleries de tous les ouvriers conscients. Je n'ai plus qu'une heure &#224; ma disposition avant d'envoyer cette lettre &#224; P&#233;trograd ; c'est pourquoi je ne signalerai qu'en deux mots un des &#171; proc&#233;d&#233;s &#187; des tristes h&#233;ros de la stupide Nova&#239;a Jizn. Monsieur V. Bazarov tente de mener une pol&#233;mique avec le camarade Riazanov qui a dit et qui a mille fois raison de dire que &#171; ceux qui pr&#233;parent l'insurrection, ce sont ceux qui cr&#233;ent dans les masses le d&#233;sespoir et l'indiff&#233;rence &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triste h&#233;ros d'une triste cause &#171; r&#233;plique &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;sespoir et l'indiff&#233;rence ont-ils jamais vaincu ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O, lamentables ben&#234;ts de la Nova&#239;a Jizn ! Connaissent-ils dans l'histoire des exemples d'insurrection o&#249; les masses des classes opprim&#233;es ont triomph&#233; dans un combat d&#233;sesp&#233;r&#233;, si elles n'avaient pas &#233;t&#233; r&#233;duites au d&#233;sespoir par des souffrances prolong&#233;es et par l'aggravation extr&#234;me de crises de toutes sortes ? Quand ces masses n'ont-elles pas &#233;t&#233; amen&#233;es &#224; l'indiff&#233;rence envers les pr&#233;parlements de laquais, envers la parodie de la r&#233;volution, envers les man&#339;uvres des Liber-Dan qui ravalent les Soviets, organes du pouvoir et de l'insurrection, au r&#244;le de parlotes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou, peut-&#234;tre, les lamentables ben&#234;ts de la Nova&#239;a Jizn ont-ils d&#233;couvert parmi les masses de l'indiff&#233;rence... &#224; l'&#233;gard de la question du pain ? de la prolongation de la guerre ? de la terre aux paysans ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les notes rajout&#233;es par l'&#233;diteur sont signal&#233;es par [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]. L&#233;nine fait allusion &#224; la s&#233;ance &#233;largie du Comit&#233; central en date du 16 (29) octobre 1917. Se trouvant ill&#233;galement &#224; P&#233;trograd, L&#233;nine cache sa participation &#224; la s&#233;ance et change la vraie date en celle du 15 (28) octobre ; pour des consid&#233;rations de s&#233;curit&#233;, L&#233;nine se r&#233;f&#232;re &#224; un camarade qui l'aurait inform&#233; sur cette s&#233;ance. [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]. En septembre 1917, les soul&#232;vements des paysans de la province de Tambov s'intensifi&#232;rent. Les paysans s'emparaient des terres des gros propri&#233;taires fonciers, saccageaient et incendiaient leurs domaines, mettaient la main sur les r&#233;serves de c&#233;r&#233;ales. Durant le mois de septembre, les paysans r&#233;volt&#233; de 68 provinces et r&#233;gions de la Russie pill&#232;rent 82 domaines, dont 32 dans la seule province de Tambov : on enregistra au total dans la province de Tambov 166 soul&#232;vements paysans. Le plus grand nombre de r&#233;voltes se produisit dans l&#233; district de Kozlov. Les propri&#233;taires fonciers, pris de panique, firent arriver pour la vente de grandes quantit&#233;s de bl&#233; dans les gares de chemins de fer, de sorte que celles-ci se trouv&#232;rent litt&#233;ralement envahies par les c&#233;r&#233;ales. Pour &#233;craser le soul&#232;vement, le commandant de la r&#233;gion militaire de Moscou exp&#233;dia des troupes dans la province de Tambov. L'&#233;tat de si&#232;ge fut d&#233;cr&#233;t&#233; dans la province. Mais la lutte r&#233;volutionnaire des paysans pour la terre ne cessa de s'&#233;largir et de gagner en force. [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3]. Cf. L&#233;nine, &#171; A propos des mots d'ordre &#187;, &#338;uvres, t. 25, pp. 198-206, Paris-Moscou. (N. R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]. Scheidemann Philipp (1865-1939), un des leaders de l'aile extr&#234;me-droite Opportuniste d la social-d&#233;mocratie allemande ; prit part &#224; l'&#233;crasement sanglant du mouvement ouvrier allemand en 1918-1921.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renaudel Pierre (1871-1935), un des leaders opportunistes du Parti socialiste fran&#231;ais. [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5]. Planson A.A., socialiste-populiste, membre du premier Comit&#233; ex&#233;cutif central, un des dirigeants du Vikjel (syndicat des cheminots de Russie), organisation qui se trouvait entre les mains des conciliateurs. [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6]. Le &#171; Novoi&#233; Vr&#233;mia &#187; [Temps nouveaux], quotidien, parut &#224; P&#233;tersbourg de 1868 &#224; 1917 ; appartenant &#224; diff&#233;rents &#233;diteurs, il changea plusieurs fois de tendance politique. A partir de 1905, il devint l'organe des Cent-Noirs. Apr&#232;s la r&#233;volution de f&#233;vrier 1917, le journal prit une orientation contre-r&#233;volutionnaire et s'acharna contre les bolch&#233;viks. Interdit le 26 octobre (8 novembre) 1917 par le Comit&#233; militaire r&#233;volutionnaire pr&#232;s le Soviet de P&#233;trograd. L&#233;nine qualifia Novoi&#233; Vr&#233;mia de mod&#232;le de la presse v&#233;nale. [N.E.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7]. Voir Les bolch&#233;viks garderont-ils le pouvoir ? - postface&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les t&#226;ches du prol&#233;tariat dans notre r&#233;volution
&lt;p&gt;L&#233;nine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel doit &#234;tre le nom de notre parti pour &#234;tre scientifiquement exact et contribuer &#224; &#233;clairer la conscience politique du prol&#233;tariat ?&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'en arrive &#224; la derni&#232;re question, &#224; la d&#233;nomination de notre Parti. Nous devons nous appeler Parti communiste, comme l'ont fait Marx et Engels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons proclamer une fois de plus que nous sommes des marxistes et que nous prenons pour base le Manifeste communiste, d&#233;natur&#233; et trahi par la social&#8209;d&#233;mocratie sur deux points principaux : 1. les ouvriers n'ont pas de patrie : &#171; d&#233;fendre la patrie &#187; dans la guerre imp&#233;rialiste, c'est trahir le socialisme ; 2. la th&#233;orie marxiste de l'Etat a &#233;t&#233; d&#233;natur&#233;e par la II&#176; Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;nomination de &#171; social&#8209;d&#233;mocratie &#187; est scientifiquement inexacte, comme Marx l'a d&#233;montr&#233; plus d'une fois notamment dans la Critique du programme de Gotha, et comme Engels l'a r&#233;p&#233;t&#233; dans un expos&#233; plus populaire en 1894 [1]. Du capitalisme l'humanit&#233; ne peut passer directement qu'au socialisme, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire &#224; la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production et &#224; la r&#233;partition des produits selon le travail de chacun. Notre Parti voit plus loin : le socialisme doit in&#233;vitablement se transformer peu &#224; peu en communisme, sur le drapeau duquel est &#233;crit : &#171; De chacun selon ses capacit&#233;s, &#224; chacun selon ses besoins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel est mon premier argument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici le deuxi&#232;me : la seconde partie de notre d&#233;nomination (social&#8209;d&#233;mocrates) est, elle aussi, scientifiquement inexacte. La d&#233;mocratie est une des formes de l'Etat. Or, nous, marxistes, nous sommes adversaires de tout Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs de la II&#176; Internationale (1889&#8209;1914), MM. Pl&#233;khanov, Kautsky et leurs pareils, ont avili et d&#233;natur&#233; le marxisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le marxisme se distingue de l'anarchisme en ceci qu'il reconna&#238;t la n&#233;cessit&#233; d'un Etat pour passer au socialisme, mais (et c'est ce qui le distingue de Kautsky et Cie) d'un Etat comme la Commune de Paris de 1871, comme les Soviets des d&#233;put&#233;s ouvriers de 1905 et 1917, et non d'un Etat comme la r&#233;publique d&#233;mocratique bourgeoise parlementaire du type habituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon troisi&#232;me argument : la vie a cr&#233;&#233;, la r&#233;volution a d&#233;j&#224; cr&#233;&#233; chez nous en fait, bien que sous une forme encore pr&#233;caire, embryonnaire, pr&#233;cis&#233;ment ce nouvel &#171; Etat &#187;, qui n'en est pas un au sens propre du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d&#233;j&#224; l&#224; une question relevant de l'activit&#233; pratique des masses, et non pas simplement une th&#233;orie des chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Etat, au sens propre du mot, c'est le commandement exerc&#233; sur les masses par des d&#233;tachements d'hommes arm&#233;s, s&#233;par&#233;s du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre nouvel Etat naissant est lui aussi un Etat, car il nous faut des d&#233;tachements d'hommes arm&#233;s, il nous faut un ordre rigoureux, il nous faut user de violence pour r&#233;primer sans merci toutes les tentatives de la contre&#8209;r&#233;volution, aussi bien tsariste que bourgeoise, goutchkoviste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais notre nouvel Etat naissant n'est d&#233;j&#224; plus un Etat au sens propre du mot, car en bien des endroits de la Russie ces d&#233;tachements d'hommes arm&#233;s, c'est la masse elle&#8209;m&#234;me, le peuple entier, et non pas quelqu'un plac&#233; au&#8209;dessus de lui, s&#233;par&#233; de lui, privil&#233;gi&#233;, pratiquement inamovible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut regarder en avant et non pas en arri&#232;re, vers la d&#233;mocratie du type bourgeois ordinaire, qui s'attachait &#224; consolider la domination de la bourgeoisie au moyen des vieux organismes monarchiques d'administration, de la police, de l'arm&#233;e, d'un corps de fonctionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut regarder en avant, vers la nouvelle d&#233;mocratie naissante, qui d&#233;j&#224; cesse d'&#234;tre une d&#233;mocratie, car la d&#233;mocratie, c'est la domination du peuple, et le peuple arm&#233; ne peut exercer de domination sur lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme de d&#233;mocratie, appliqu&#233; au Parti communiste, n'est pas seulement inexact au point de vue scientifique. Aujourd'hui, apr&#232;s mars 1917, c'est un bandeau mis sur les yeux du peuple r&#233;volutionnaire, qui l'emp&#234;che de faire du neuf librement, hardiment et sur sa propre initiative, c'est-&#224;-dire d'organiser des Soviets de d&#233;put&#233;s ouvriers, paysans et autres en tant que pouvoir unique dans l' &#171; Etat &#187;, un tant qu'annonciateurs du &#171; d&#233;p&#233;rissement &#187; de tout Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon quatri&#232;me argument : il faut tenir compte de la situation objective du socialisme dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'est plus ce qu'elle &#233;tait en 1871&#8209;1914, &#224; l'&#233;poque o&#249; Marx et Engels se r&#233;signaient sciemment au terme inexact, opportuniste, de &#171; social&#8209;d&#233;mocratie &#187;. Car, &#224; l'&#233;poque apr&#232;s la d&#233;faite de la Commune de Paris, l'histoire avait mis &#224; l'ordre du jour le lent travail d'organisation et d'&#233;ducation. Il n'y en avait pas d'autre. Les anarchistes avaient (et ont encore) fonci&#232;rement tort, tant au point de vue th&#233;orique qu'en mati&#232;re d'&#233;conomie et de politique. Ils se faisaient une id&#233;e fausse de l'&#233;poque, pour n'avoir pas compris la situation internationale : l'ouvrier anglais corrompu par les profits imp&#233;rialistes, la Commune de Paris &#233;cras&#233;e, le mouvement national bourgeois venant juste de triompher (1871) en Allemagne, la Russie semi&#8209;f&#233;odale dormant son sommeil s&#233;culaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marx et Engels ont donn&#233; une appr&#233;ciation juste de cette &#233;poque : ils ont compris la situation internationale d'alors, compris la n&#233;cessit&#233; d'une lente pr&#233;paration de la r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachons comprendre, &#224; notre tour, les t&#226;ches et les particularit&#233;s de la nouvelle &#233;poque. N'imitons pas ces pseudo&#8209;marxistes dont Marx disait : &#171; J'ai sem&#233; des dragons et r&#233;colt&#233; des puces [2]. &#187; La n&#233;cessit&#233; objective du capitalisme, devenu imp&#233;rialisme, a engendr&#233; la guerre imp&#233;rialiste. La guerre a conduit l'humanit&#233; tout enti&#232;re au bord du gouffre, de la ruine de toute civilisation, de la barbarie ; elle menace d'entra&#238;ner la mort de nouveaux millions d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y pas d'autre issue que la r&#233;volution prol&#233;tarienne. Et au moment o&#249; cette r&#233;volution commence, o&#249; elle fait ses premiers pas timides, mal assur&#233;s, o&#249; elle est encore inconsciente et trop cr&#233;dule &#224; l'&#233;gard de la bourgeoisie, la plupart (c'est la v&#233;rit&#233;, c'est un fait) des chefs &#171; social-d&#233;mocrates &#187;, des parlementaires &#171; social&#8209;d&#233;mocrates &#187;, des journaux &#171; social&#8209;d&#233;mocrates &#187; &#8209; car ce sont l&#224; autant de moyens d'action sur les masses &#8209; ont abandonn&#233; le socialisme, trahi le socialisme, sont pass&#233;s du c&#244;t&#233; de &#171; leur &#187; bourgeoisie nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses sont troubl&#233;es, d&#233;sorient&#233;es, tromp&#233;es par ces chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous encouragerions cette duperie, nous la favoriserions en gardant la vieille d&#233;nomination p&#233;rim&#233;e, aussi pourrie que la II&#176; Internationale elle&#8209;m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de &#171; nombreux &#187; ouvriers con&#231;oivent la social&#8209;d&#233;mocratie dans le bon sens, soit ! Mais il est temps d'apprendre &#224; faire la diff&#233;rence entre le subjectif et l'objectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subjectivement, ces ouvriers social&#8209;d&#233;mocrates sont des guides fid&#232;les des masses prol&#233;tariennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la situation objective dans le monde est telle que l'ancien nom de notre parti facilite la mystification des masses, freine le mouvement en avant. Car, &#224; chaque pas, dans chaque journal, dans chaque fraction parlementaire, la masse voit des chefs, c'est&#8209;&#224;&#8209;dire des hommes dont la parole est mieux entendue, dont l'action se voit de plus loin ; et tous ils sont des &#171; social&#8209;d&#233;mocrates eux aussi &#187;, tous sont &#171; pour l'unit&#233; &#187; avec les social&#8209;chauvins, tra&#238;tres au socialisme ; tous cherchent &#224; faire honorer des traites anciennement tir&#233;es par la &#171; social&#8209;d&#233;mocratie &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les arguments contre ? ... &#171; On nous confondra avec les communistes anarchistes &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ne craignons&#8209;nous pas d'&#234;tre confondus avec les socialistes nationaux, les socialistes lib&#233;raux ou les radicaux&#8209;socialistes qui, de tous les partis bourgeois de la R&#233;publique fran&#231;aise, sont les plus avanc&#233;s et les plus experts dans l'art de duper les masses au profit de la bourgeoisie ?... &#171; Les masses sont accoutum&#233;es &#224; leur parti social-d&#233;mocrate, les ouvriers lui &#171; sont attach&#233;s &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le seul argument. Oui, mais cet argument ne tient compte ni de la science marxiste, ni des t&#226;ches qui se poseront demain &#224; la r&#233;volution, ni de la situation objective du socialisme dans le monde entier, ni de la faillite honteuse de la II&#176; Internationale, ni du tort fait pratiquement &#224; la cause par les nu&#233;es de &#171; social&#8209;d&#233;mocrates eux aussi &#187; qui entourent les prol&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'argument de la routine, l'argument de la l&#233;thargie, l'argument de l'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or nous voulons refaire le monde. Nous voulons mettre fin &#224; la guerre imp&#233;rialiste mondiale dans laquelle sont entra&#238;n&#233;s des centaines de millions d'hommes, o&#249; sont impliqu&#233;s les int&#233;r&#234;ts de capitaux se chiffrant par des centaines et des centaines de milliards, &#8209; guerre qu'il est impossible de terminer par une paix v&#233;ritablement d&#233;mocratique sans accomplir la r&#233;volution prol&#233;tarienne, la plus grande des r&#233;volutions que l'histoire de l'humanit&#233; ait jamais connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous avons peur de nous-m&#234;mes. Nous tenons &#224; notre chemise sale, qui nous est &#171; ch&#232;re &#187;, dont nous avons l'&#171; habitude &#187; !...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est temps de jeter la chemise sale, il est temps de mettre du linge propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#233;trograd, 10 avril 1917&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]. Voir F. Engels, Pr&#233;face au recueil &#171; Internationales ans dem Volksstaat &#187; (1871&#8209;1875).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]. Cette expression est de Heine, selon K. Marx et F. Engels, qui la cit&#232;rent pour la premi&#232;re fois dans l'Id&#233;ologie allemande.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L&#233;nine
&lt;p&gt;Les t&#226;ches de la III&#176; Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramsay Macdonald et la III&#176; Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1919&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le n&#176; 5475 du journal social-chauvin fran&#231;ais l'Humanit&#233;, en date du 14 avril 1919, a publi&#233; un &#233;ditorial de Ramsay Macdonald, le chef bien connu du parti britannique dit &#171; Parti ouvrier ind&#233;pendant &#187;, en fait un parti opportuniste qui a toujours d&#233;pendu de la bourgeoisie. Cet article est tellement typique du courant appel&#233; commun&#233;ment le &#171; centre &#187;, et que le I&#176; congr&#232;s de l'Internationale Communiste de Moscou a d&#233;sign&#233; par ce nom, que nous le reproduisons int&#233;gralement ainsi que les lignes d'introduction de la r&#233;daction de l'Humanit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; la III&#176; Internationale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Notre ami Ramsay Macdonald &#233;tait, avant la guerre, le leader &#233;cout&#233; du Labour Party &#224; la chambre des Communes. Sa haute conscience de socialiste et de croyant lui ayant fait un devoir de r&#233;prouver la guerre imp&#233;rialiste et de ne pas se joindre &#224; ceux qui la saluaient du nom de guerre du droit, il abandonna apr&#232;s le 4 ao&#251;t la direction du Labour Party et, avec ses camarades de l'Ind&#233;pendant, avec notre admirable Keir Hardie, il ne craignit pas de d&#233;clarer la guerre &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y fallait de l'h&#233;ro&#239;sme quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Macdonald montra alors que le courage, c'est comme le disait Jaur&#232;s : &#171; De ne pas subir la loi du mensonge triomphant et de ne pas faire &#233;cho aux applaudissements imb&#233;ciles et aux hu&#233;es fanatiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; M. Lloyd George a fait battre Macdonald aux &#233;lections &#171; kaki [1] &#187; de fin novembre. Soyons tranquilles, Macdonald aura sa revanche, et elle est proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ce fut le malheur du mouvement socialiste dans sa politique nationale et internationale d'&#234;tre travaill&#233; par des tendances s&#233;paratistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il n'est cependant pas mauvais qu'il y ait en lui des nuances d'opinions et des variations de m&#233;thode. Notre socialisme en est encore au stade exp&#233;rimental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ses principes g&#233;n&#233;raux sont fix&#233;s, mais la mani&#232;re de les bien appliquer, les combinaisons qui feront triompher la R&#233;volution, la fa&#231;on dont l'&#201;tat socialiste doit &#234;tre construit sont autant de questions &#224; discuter et sur lesquelles le dernier mot n'a pas &#233;t&#233; dit. Une &#233;tude approfondie de tous ces points nous m&#232;nera &#224; une plus grande v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les extr&#234;mes peuvent se combattre et leurs luttes peuvent servir &#224; fortifier les conceptions socialistes, mais le mal recommence lorsque chacun regarde l'autre comme un tra&#238;tre, comme un croyant qui a perdu la gr&#226;ce et &#224; qui les portes du Parti doivent &#234;tre ferm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quand les socialistes sont poss&#233;d&#233;s d'un esprit dogmatique semblable &#224; celui qui pr&#234;chait autrefois dans la chr&#233;tient&#233; la guerre civile pour la gloire de Dieu et l'&#233;crasement du Diable, alors la bourgeoisie peut &#234;tre en paix, car sa p&#233;riode de domination n'est pas encore termin&#233;e, quels que soient &#224; ce moment les succ&#232;s socialistes locaux et internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Aujourd'hui notre mouvement rencontre malheureusement un nouvel obstacle. Une nouvelle Internationale est proclam&#233;e &#224; Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je le regrette beaucoup, car l'Internationale socialiste est &#224; l'heure actuelle suffisamment ouverte &#224; toutes les formes de la pens&#233;e socialiste, et malgr&#233; les controverses th&#233;oriques et pratiques soulev&#233;es par le bolch&#233;visme, je ne vois pas de raison pour que la gauche se s&#233;pare du centre et forme un groupe ind&#233;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous devons nous rappeler d'abord que nous sommes encore dans la p&#233;riode d'enfantement de la R&#233;volution ; les formes de gouvernement issues des destructions politiques et sociales de la guerre n'ont pas encore fait leurs preuves et ne sont pas d&#233;finitivement fix&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le premier coup de balai semble toujours remarquable, mais on n'est pas s&#251;r de l'efficacit&#233; du dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La Russie n'est pas la Hongrie, la Hongrie n'est pas la France, la France n'est pas l'Angleterre, et diviser l'Internationale d'apr&#232;s l'exp&#233;rience d'une seule nation est une &#233;troitesse d'esprit criminelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En outre, que vaut l'exp&#233;rience de la Russie ? Qui peut en parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les gouvernements alli&#233;s ont peur de nous laisser nous renseigner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais il y a deux choses que nous savons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La premi&#232;re, c'est qu'il n'y avait pas de plan pr&#233;par&#233; pour la R&#233;volution qu'a faite le gouvernement russe actuel. Elle s'est d&#233;velopp&#233;e selon le cours des &#233;v&#233;nements. L&#233;nine commen&#231;a &#224; attaquer K&#233;renski en demandant une Assembl&#233;e Constituante. Les &#233;v&#233;nements le conduisirent &#224; supprimer cette Assembl&#233;e. Quand arriva la R&#233;volution sociale en Russie, personne ne pensait que les Soviets prendraient dans le gouvernement la place qu'ils y ont prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par la suite, L&#233;nine a justement exhort&#233; la Hongrie &#224; ne pas copier servilement la Russie, mais &#224; laisser la R&#233;volution hongroise &#233;voluer selon son propre caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les fluctuations et l'&#233;volution des exp&#233;riences auxquelles nous assistons en ce moment ne doivent &#224; aucun prix amener une division dans l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tous les gouvernements socialistes ont besoin de l'aide et des conseils de l'Internationale : l'Internationale a besoin de surveiller leurs exp&#233;riences d'un &#339;il attentif et d'un esprit ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je viens d'apprendre d'un ami, qui a vu L&#233;nine r&#233;cemment, que personne ne critique plus librement le gouvernement des Soviets que L&#233;nine ne le fait lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Si les troubles. et les r&#233;volutions d'apr&#232;s-guerre ne justifient pas une scission, l'attitude de certaines sections socialistes pendant la guerre la justifie-t-elle ? Ici, je confesse avec candeur que la raison peut para&#238;tre meilleure. Mais s'il y a vraiment un motif de scission dans l'Internationale, la conf&#233;rence de Moscou a pos&#233; la question de la plus mauvaise mani&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je suis parmi ceux qui consid&#232;rent que la discussion de Berne sur les responsabilit&#233;s de la guerre n'&#233;tait qu'une concession &#224; l'opinion publique non socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Non seulement &#224; Berne on ne pouvait &#233;mettre sur cette question un jugement qui e&#251;t une valeur historique quelconque (bien qu'il p&#251;t avoir quelque valeur politique), mais le sujet lui-m&#234;me n'a pas &#233;t&#233; abord&#233; comme il convient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Une condamnation de la majorit&#233; allemande (que la majorit&#233; allemande a amplement m&#233;rit&#233;e et &#224; laquelle j'ai &#233;t&#233; tr&#232;s heureux d'adh&#233;rer) ne pouvait pas &#234;tre un expos&#233; des origines de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les d&#233;bats de Berne n'ont pas amen&#233; une discussion franche de l'attitude des autres socialistes &#224; l'&#233;gard de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils n'ont donn&#233; aucune formule pour la conduite des socialistes pendant une guerre. Tout ce que l'Internationale avait dit jusqu'alors, c'est que, dans une guerre de d&#233;fense nationale, les socialistes devaient se joindre aux autres partis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans ces conditions, qui allons-nous condamner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Quelques-uns d'entre nous savaient que ce qu'avait dit l'Internationale ne signifiait rien. et ne constituait pas pour l'action un guide pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ils savaient qu'une telle guerre finirait par une victoire imp&#233;rialiste, et sans &#234;tre pacifistes, au sens habituel du mot, ou antipacifistes, nous adh&#233;rions &#224; une politique que nous pensions &#234;tre la seule compatible avec l'Internationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais l'Internationale ne nous avait jamais prescrit cette r&#232;gle de conduite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est pourquoi, &#224; l'heure o&#249; commen&#231;a la guerre, l'Internationale s'&#233;croula. Elle fut sans autorit&#233;, et n'&#233;dicta aucune loi au nom de laquelle nous puissions aujourd'hui condamner ceux qui ont honn&#234;tement ex&#233;cut&#233; les r&#233;solutions des Congr&#232;s internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En cons&#233;quence la position qu'il faut prendre aujourd'hui est la suivante : au lieu de nous diviser sur ce qui a eu lieu, &#233;difions une Internationale r&#233;ellement active et qui prot&#232;ge le mouvement socialiste pendant la p&#233;riode de R&#233;volution et de construction que nous allons traverser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il faut que nous restaurions nos principes socialistes. Il faut que nous posions les bases solides de la conduite socialiste internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Puis, s'il se trouve que sur ces principes nous diff&#233;rions essentiellement, si nous ne tombons pas d'accord sur la libert&#233; et la d&#233;mocratie, si nous avons des vues d&#233;finitivement divergentes sur les conditions dans lesquelles le prol&#233;tariat peut prendre le pouvoir, si la guerre a empoisonn&#233; d'imp&#233;rialisme certaines sections de l'Internationale, alors il peut y avoir scission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne pense pas cependant qu'une telle calamit&#233; se produise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par suite, je regrette le manifeste de Moscou comme &#233;tant pour le moins pr&#233;matur&#233; et certainement inutile, et j'esp&#232;re que mes camarades fran&#231;ais qui ont support&#233; avec moi les calomnies et les douleurs des quatre tristes derni&#232;res ann&#233;es ne vont pas, dans un mouvement d'impatience, contribuer &#224; briser la solidarit&#233; internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Leurs enfants auraient &#224; la reconstruire si le prol&#233;tariat doit jamais gouverner le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; J. Ramsay Macdonald&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le constate le lecteur, l'auteur de cet article s'efforce de d&#233;montrer l'inutilit&#233; de la scission. Or, au contraire, l'in&#233;vitabilit&#233; de celle-ci d&#233;coule pr&#233;cis&#233;ment de la fa&#231;on de raisonner de Ramsay Macdonald, repr&#233;sentant typique de la II&#176; Internationale, digne compagnon d'armes de Scheidemann et de Kautsky, de Vandervelde et de Branting, etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'article de Ramsay Macdonald est le meilleur &#233;chantillon de ces phrases coulantes, m&#233;lodieuses, st&#233;r&#233;otyp&#233;es, en apparence socialistes, qui servent depuis bien longtemps dans tous les pays capitalistes avanc&#233;s &#224; masquer la politique bourgeoise au sein du mouvement ouvrier.&lt;br class='autobr' /&gt;
1&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par ce qui est le moins important, mais particuli&#232;rement caract&#233;ristique. De m&#234;me que Kautsky (dans sa brochure La dictature du prol&#233;tariat), l'auteur reprend le mensonge bourgeois selon lequel personne en Russie n'aurait pr&#233;vu &#224; l'avance le r&#244;le des Soviets, selon lequel les bolch&#233;viks et moi-m&#234;me aurions engag&#233; la lutte contre K&#233;renski uniquement au nom de l'Assembl&#233;e constituante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un mensonge bourgeois. En r&#233;alit&#233;, d&#232;s le 4 avril 1917, d&#232;s le premier jour de mon arriv&#233;e &#224; P&#233;trograd, j'ai propos&#233; des &#171; th&#232;ses &#187; revendiquant la r&#233;publique des Soviets, et non la r&#233;publique parlementaire bourgeoise. Je l'ai r&#233;p&#233;t&#233; de nombreuses fois &#224; l'&#233;poque de K&#233;renski, dans la presse et &#224; des r&#233;unions. Le parti bolch&#233;vik l'a d&#233;clar&#233; solennellement et officiellement dans les d&#233;cisions de sa conf&#233;rence du 29 avril 1917 [2]. Ne pas savoir cela, c'est ne pas vouloir conna&#238;tre la v&#233;rit&#233; sur la r&#233;volution socialiste en Russie. Ne pas vouloir comprendre qu'une r&#233;publique parlementaire bourgeoise avec une Assembl&#233;e constituante est un pas en avant par rapport &#224; la m&#234;me r&#233;publique sans Assembl&#233;e constituante, tandis qu'une r&#233;publique des Soviets est deux pas en avant, c'est fermer les yeux devant la diff&#233;rence entre la bourgeoisie et le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se dire socialiste et ne pas voir cette diff&#233;rence deux ans apr&#232;s que la question ait &#233;t&#233; pos&#233;e en Russie et un an et demi apr&#232;s la victoire de la r&#233;volution sovi&#233;tique en Russie, c'est demeurer obstin&#233;ment et totalement prisonnier de &#171; l'opinion publique des milieux non socialistes &#187;, c'est-&#224;-dire des id&#233;es et de la politique de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec de tels individus, la scission est n&#233;cessaire et in&#233;vitable ; car il est impossible de faire la r&#233;volution socialiste la main dans la main avec ceux qui tirent du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si des gens comme Ramsay Macdonald ou Kautsky et consorts n'ont m&#234;me pas voulu surmonter cette petite &#171; difficult&#233; &#187; qui aurait consist&#233; pour ces &#171; chefs &#187; &#224; prendre connaissance des documents relatifs &#224; l'attitude des bolch&#233;viks devant le pouvoir des Soviets, &#224; leur fa&#231;on de poser cette question avant et apr&#232;s le 25 octobre (7 novembre) 1917, ne serait-il pas ridicule d'attendre de ces gens qu'ils soient dispos&#233;s &#224; surmonter, et capables de le faire, les difficult&#233;s incomparablement plus grandes de la lutte actuelle pour la r&#233;volution socialiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
2&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons &#224; la deuxi&#232;me contrev&#233;rit&#233; (parmi les innombrables contrev&#233;rit&#233;s dont fourmille l'article de Ramsay Macdonald, car il en contient sans doute plus que de mots). Cette contrev&#233;rit&#233; est peut-&#234;tre la plus grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J. R. Macdonald affirme que l'Internationale aurait seulement dit, avant la guerre de 1914-1918, que &#171; dans une guerre de d&#233;fense nationale, les socialistes devaient se joindre aux autres partis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est s'&#233;carter d'une fa&#231;on flagrante et monstrueuse de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun sait que le manifeste de B&#226;le de 1912 a &#233;t&#233; adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233; par tous les socialistes et qu'il est le seul, parmi tous les documents de l'Internationale, &#224; concerner justement cette guerre entre le groupe anglais et le groupe allemand de rapaces imp&#233;rialistes, guerre qui, de toute &#233;vidence, se pr&#233;parait en 1912 et qui &#233;clata en 1914. C'est &#224; propos de cette guerre que le manifeste de B&#226;le a dit trois choses que Macdonald passe aujourd'hui sous silence, commettant ainsi le crime le plus grave contre le socialisme, et d&#233;montrant qu'avec les gens comme lui la scission est indispensable, car ils servent en fait la bourgeoisie, et non le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces trois choses sont les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; la guerre dont on est menac&#233; ne saurait le moins du monde &#234;tre justifi&#233;e au nom des int&#233;r&#234;ts de la libert&#233; nationale ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; de la part des ouvriers, ce serait un crime au cours de cette guerre de tirer les uns sur les autres ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; La guerre conduit &#224; la r&#233;volution prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; les trois v&#233;rit&#233;s essentielles et fondamentales que Macdonald &#171; oublie &#187; (bien qu'il y ait souscrit avant la guerre), passant en fait aux c&#244;t&#233;s de la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat et d&#233;montrant que la scission est indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Internationale Communiste n'acceptera pas l'unit&#233; avec des partis qui se refusent &#224; reconna&#238;tre cette v&#233;rit&#233; et sont incapables de d&#233;montrer par leurs actes qu'ils sont pr&#234;ts, r&#233;solus et aptes &#224; faire p&#233;n&#233;trer ces v&#233;rit&#233;s dans la conscience des masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix de Versailles a d&#233;montr&#233; m&#234;me aux sots et aux aveugles, m&#234;me &#224; la masse des myopes, que l'Entente &#233;tait et demeure un rapace imp&#233;rialiste aussi immonde et sanguinaire que l'Allemagne. Seuls pouvaient ne pas le voir soit des hypocrites et des menteurs, qui font sciemment la politique de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, des agents et commis d&#233;clar&#233;s de la bourgeoisie (labor lieutenants of the capitalist class, officiers ouvriers au service de la classe capitaliste, comme disent les socialistes am&#233;ricains), soit des gens tellement perm&#233;ables aux id&#233;es bourgeoises et &#224; l'influence bourgeoise qu'ils ne sont socialistes qu'en paroles, et sont en r&#233;alit&#233; des petits bourgeois, des philistins, des sous-fifres des capitalistes. La diff&#233;rence entre ces deux cat&#233;gories est importante du point de vue des individus, c'est-&#224;-dire pour juger Pierre ou Paul parmi les social-chauvins de tous les pays. Pour un homme politique, c'est-&#224;-dire du point de vue des rapports entre des millions d'hommes, entre des classes, cette diff&#233;rence n'est pas essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes qui n'ont pas compris, pendant la guerre de 1914-1918, que c'&#233;tait une guerre criminelle, r&#233;actionnaire, une guerre imp&#233;rialiste de brigandage des deux c&#244;t&#233;s, sont des social-chauvins, c'est-&#224;-dire des socialistes en paroles et des chauvins en fait ; des amis de la classe ouvri&#232;re en paroles, mais en fait des laquais de &#171; leur &#187; bourgeoisie nationale, qu'ils aident &#224; tromper le peuple, en peignant comme &#171; nationale &#187;, &#171; lib&#233;ratrice &#187;, &#171; d&#233;fensive &#187;, &#171; juste &#187;, etc., la guerre entre le groupe anglais et le groupe allemand de forbans imp&#233;rialistes, &#233;galement immondes, sordides, sanguinaires, criminels, r&#233;actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; avec les social-chauvins est une trahison de la r&#233;volution, une trahison du prol&#233;tariat, une trahison du socialisme, le passage aux c&#244;t&#233;s de la bourgeoisie, car c'est &#171; l'unit&#233; &#187; avec la bourgeoisie nationale de &#171; son &#187; pays contre l'unit&#233; du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire international, c'est l'unit&#233; avec la bourgeoisie contre le prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que la guerre de 1914-1918 a d&#233;montr&#233; une fois pour toutes. Que celui qui ne l'a pas compris reste &#224; l'Internationale jaune des social-tra&#238;tres de Berne.&lt;br class='autobr' /&gt;
3&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la na&#239;vet&#233; comique du socialiste &#171; de salon &#187;, qui jette les paroles en l'air sans comprendre le moins du monde leur signification s&#233;rieuse et sans penser du tout que les paroles engagent &#224; des actes, Ramsay Macdonald d&#233;clare : on a fait &#224; Berne &#171; une concession &#224; l'opinion publique non socialiste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment ! Nous consid&#233;rons toute l'Internationale de Berne comme une Internationale jaune de tra&#238;tres et de ren&#233;gats parce que toute sa politique est une &#171; concession &#187; &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramsay Macdonald sait parfaitement que nous avons fond&#233; la III&#176;Internationale et rompu totalement avec la IIe car nous nous &#233;tions convaincus qu'elle &#233;tait incurable, condamn&#233;e, qu'elle &#233;tait le serviteur de l'imp&#233;rialisme, l'agent de l'influence bourgeoise, du mensonge bourgeois et de la d&#233;pravation bourgeoise dans le mouvement ouvrier. Si Ramsay Macdonald, en voulant parler de la III&#176;Internationale, &#233;lude le fond de la question, tourne autour du pot, prononce des phrases vides et ne parle pas de ce dont il faut parler, &#224; lui la faute, &#224; lui le crime. Car le prol&#233;tariat a besoin de la v&#233;rit&#233;, et rien n'est plus nuisible &#224; sa cause que le mensonge de belle apparence et de bon ton du petit bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'imp&#233;rialisme et de sa liaison avec l'opportunisme dans le mouvement ouvrier, avec la trahison de la cause ouvri&#232;re par les chefs ouvriers, est pos&#233;e depuis longtemps, depuis tr&#232;s longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant quarante ans, de 1852 &#224; 1892, Marx et Engels ont constamment signal&#233; l'embourgeoisement des couches sup&#233;rieures de la classe ouvri&#232;re d'Angleterre en raison de ses particularit&#233;s &#233;conomiques (colonies ; monopole sur le march&#233; mondial, etc. [3]). Vers 1870, Marx s'est acquis la haine honorifique des vils h&#233;ros de la tendance internationale &#171; bernoise &#187; de l'&#233;poque, des opportunistes et des r&#233;formistes, pour avoir stigmatis&#233; nombre de leaders des trade-unions anglaises, vendus &#224; la bourgeoisie ou pay&#233;s par elle pour services rendus &#224; sa classe &#224; l'int&#233;rieur du mouvement ouvrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la guerre des Boers, la presse anglo-saxonne avait d&#233;j&#224; pos&#233; en toute clart&#233; la question de l'imp&#233;rialisme, stade le plus r&#233;cent (et ultime) du capitalisme. Si ma m&#233;moire ne me trompe pas, c'est bien Ramsay Macdonald lui-m&#234;me qui quitta alors la &#171; Soci&#233;t&#233; des Fabiens &#187;, ce prototype de l'Internationale &#171; de Berne &#187;, cette p&#233;pini&#232;re et ce mod&#232;le de l'opportunisme, caract&#233;ris&#233; par Engels avec une vigueur, une clart&#233; et une v&#233;rit&#233; g&#233;niales dans sa correspondance avec Sorge [4]. &#171; Imp&#233;rialisme fabien &#187; &#8212; telle &#233;tait alors l'expression en usage dans la presse socialiste anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Ramsay Macdonald l'a oubli&#233;, tant pis pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Imp&#233;rialisme fabien &#187; et &#171; social-imp&#233;rialisme &#187; sont une seule et m&#234;me chose : socialisme en paroles, imp&#233;rialisme dans les faits, transformation de l'opportunisme en imp&#233;rialisme. Ce ph&#233;nom&#232;ne est devenu maintenant, pendant et apr&#232;s la guerre de 1914-1918, un ph&#233;nom&#232;ne universel. Ne pas l'avoir compris est le plus grand aveuglement de l'Internationale jaune &#171; de Berne &#187; et son plus grand crime. L'opportunisme ou le r&#233;formisme devait in&#233;vitablement se transformer en imp&#233;rialisme socialiste ou social-chauvinisme, de port&#233;e historique mondiale, car l'imp&#233;rialisme a promu une poign&#233;e de nations avanc&#233;es richissimes qui pillent le monde entier, et par l&#224; m&#234;me a permis &#224; la bourgeoisie de ces pays d'acheter avec son surprofit de monopole (l'imp&#233;rialisme, c'est le capitalisme monopoliste) leur aristocratie ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas voir que c'est un fait &#233;conomiquement in&#233;luctable sous l'imp&#233;rialisme, il faut &#234;tre ou bien un parfait ignorant, ou bien un hypocrite qui trompe les ouvriers en r&#233;p&#233;tant des lieux communs sur le capitalisme pour dissimuler l'am&#232;re v&#233;rit&#233; du passage d'un courant socialiste tout entier du c&#244;t&#233; de la bourgeoisie imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, deux conclusions incontestables en d&#233;coulent :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re conclusion : L'Internationale &#171; de Berne &#187; est en r&#233;alit&#233;, de par son r&#244;le historique et politique v&#233;ritable, ind&#233;pendamment de la bonne volont&#233; et des v&#339;ux pieux de tel ou tel de ses membres, une organisation d'agents de l'imp&#233;rialisme international, qui agissent &#224; l'int&#233;rieur du mouvement ouvrier, et font p&#233;n&#233;trer dans ce mouvement l'influence bourgeoise, les id&#233;es bourgeoises, le mensonge bourgeois et la d&#233;pravation bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les pays de vieille culture parlementaire d&#233;mocratique, la bourgeoisie a admirablement appris &#224; agir non seulement par la violence, mais aussi par la tromperie, la corruption, la flatterie, jusqu'aux formes les plus raffin&#233;es de ces proc&#233;d&#233;s. Ce n'est pas pour rien que les &#171; d&#233;jeuners &#187; des &#171; leaders ouvriers &#187; anglais (c'est-&#224;-dire des commis de la bourgeoisie charg&#233;s de duper les ouvriers) sont devenus c&#233;l&#232;bres et qu'Engels en parlait d&#233;j&#224; [5]. La r&#233;ception &#171; exquise &#187; que fit monsieur Clemenceau au social-tra&#238;tre Merrheim, les r&#233;ceptions aimables faites par les ministres de l'Entente aux chefs de l'Internationale de Berne, etc., etc., rel&#232;vent du m&#234;me ordre d'id&#233;es. &#171; Vous, instruisez-les, et nous, nous les ach&#232;terons &#187;, disait une capitaliste anglaise intelligente &#224; monsieur le social-imp&#233;rialiste Hyndman, qui relate dans ses m&#233;moires comment cette dame, plus avis&#233;e que tous les chefs de l'Internationale &#171; de Berne &#187; r&#233;unis, jugeait les &#171; efforts &#187; des intellectuels socialistes pour instruire les leaders socialistes issus de la classe ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre, alors que les Vandervelde, les Branting et toute cette clique de tra&#238;tres organisaient des conf&#233;rences &#171; internationales &#187;, les journaux bourgeois fran&#231;ais ricanaient fort sarcastiquement et fort &#224; propos : &#171; Ces Vandervelde ont une sorte de tic. De m&#234;me que les personnes sujettes aux tics ne peuvent pas prononcer deux phrases sans une contraction bizarre des muscles faciaux, de m&#234;me les Vandervelde ne peuvent pas faire un discours politique sans r&#233;p&#233;ter comme des perroquets : internationalisme, socialisme, solidarit&#233; ouvri&#232;re internationale, r&#233;volution prol&#233;tarienne, etc. Qu'ils r&#233;p&#232;tent les formules sacramentelles qu'ils veulent, pourvu qu'ils nous aident &#224; mener par le bout du nez les ouvriers et nous rendent service, &#224; nous les capitalistes, pour faire la guerre imp&#233;rialiste et asservir les ouvriers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bourgeois anglais et fran&#231;ais sont parfois tr&#232;s intelligents et ils savent parfaitement appr&#233;cier la servilit&#233; de l'Internationale &#171; de Berne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martov a &#233;crit quelque part : vous, les bolch&#233;viks, vous vilipendez l'Internationale de Berne, et pourtant &#171; votre &#187; ami Loriot en fait partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un argument de canaille. Chacun sait, en effet, que Loriot lutte ouvertement, honn&#234;tement, h&#233;ro&#239;quement pour la III&#176;Internationale. Lorsque Zoubatov rassemblait en 1902 &#224; Moscou des ouvriers pour les abrutir avec son &#171; socialisme policier &#187;, l'ouvrier Babouchkine, que je connaissais depuis 1894, depuis qu'il faisait partie de mon cercle ouvrier de P&#233;tersbourg, Babouchkine, l'un des meilleurs et des plus d&#233;vou&#233;s ouvriers &#171; iskristes &#187;, l'un des chefs du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire, fusill&#233; en 1906 par Rennenkampf en Sib&#233;rie, Babouchkine se rendait aux assembl&#233;es de Zoubatov, pour lutter contre ces man&#339;uvres et arracher les ouvriers &#224; ses griffes. Babouchkine &#233;tait aussi peu &#171; zoubatoviste &#187; que Loriot est &#171; bernois &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me conclusion : la III&#176; Internationale, l'Internationale communiste, a &#233;t&#233; justement fond&#233;e pour ne pas permettre &#224; des &#171; socialistes &#187; de se tirer d'affaire par la reconnaissance verbale de la r&#233;volution, comme celle dont Ramsay Macdonald fournit des &#233;chantillons dans son article. La reconnaissance verbale de la r&#233;volution, qui recouvre en fait une politique totalement opportuniste, r&#233;formiste, nationaliste et petite-bourgeoise, &#233;tait le p&#233;ch&#233; capital de la IIe Internationale et nous luttons &#224; mort contre ce mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on dit : la II&#176; Internationale est morte apr&#232;s une faillite honteuse, il faut savoir le comprendre. Cela veut dire : Ce qui a fait faillite, ce qui est mort, c'est l'opportunisme, le r&#233;formisme, le socialisme petit-bourgeois. Car la IIe Internationale a un m&#233;rite historique, elle a r&#233;alis&#233; une conqu&#234;te pour toujours, &#224; laquelle l'ouvrier conscient ne renoncera jamais, &#224; savoir : la cr&#233;ation d'organisations ouvri&#232;res de masse, coop&#233;ratives, syndicales et politiques, l'utilisation du parlementarisme bourgeois, comme, en g&#233;n&#233;ral, de toutes les institutions de la d&#233;mocratie bourgeoise, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour vaincre effectivement l'opportunisme, qui a entra&#238;n&#233; la mort honteuse de la IIe Internationale, pour aider effectivement la r&#233;volution, dont Ramsay Macdonald lui-m&#234;me est oblig&#233; de reconna&#238;tre l'approche, il faut :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement, mener toute la propagande et toute l'agitation du point de vue de la r&#233;volution, par opposition aux r&#233;formes, en expliquant syst&#233;matiquement aux masses cette opposition, &#224; la fois dans la th&#233;orie et dans la pratique, &#224; chaque pas de l'activit&#233; parlementaire, syndicale, coop&#233;rative, etc. Ne refuser en aucun cas (hormis des cas de force majeure) de mettre &#224; profit le parlementarisme et toutes les &#171; libert&#233;s &#187; de la d&#233;mocratie bourgeoise, ne pas refuser les r&#233;formes, mais les consid&#233;rer uniquement comme un r&#233;sultat accessoire de la lutte de classe r&#233;volutionnaire du prol&#233;tariat. Aucun des partis de l'Internationale &#171; de Berne &#187; ne satisfait &#224; cette exigence. Aucun m&#234;me ne comprend comment il faut mener toute la propagande et toute l'agitation, en expliquant la diff&#233;rence entre les r&#233;formes et la r&#233;volution, comment il faut &#233;duquer sans rel&#226;che &#224; la fois le Parti et les masses en vue de la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, on doit combiner travail l&#233;gal et travail ill&#233;gal. Les bolch&#233;viks l'ont toujours enseign&#233;, et surtout avec une insistance particuli&#232;re pendant la guerre de 1914-1918. Les h&#233;ros de l'abject opportunisme ricanaient, portant aux nues avec fatuit&#233; la &#171; l&#233;galit&#233; &#187;, la &#171; d&#233;mocratie &#187;, la &#171; libert&#233; &#187; des pays et des r&#233;publiques d'Europe occidentale, etc. D&#233;sormais, seules de franches canailles qui dupent les ouvriers avec des paroles peuvent nier que les bolch&#233;viks aient eu raison. Il n'est pas un seul pays au monde, f&#251;t-ce la plus avanc&#233;e et la plus &#171; libre &#187; des r&#233;publiques bourgeoises, o&#249; ne r&#232;gne la terreur bourgeoise, o&#249; ne soit proscrite la libert&#233; de militer en faveur de la r&#233;volution socialiste, de faire de la propagande et d'organiser les masses, pr&#233;cis&#233;ment dans ce sens. Un parti qui jusqu'&#224; pr&#233;sent ne l'a pas reconnu dans un r&#233;gime de domination bourgeoise et qui n'effectue pas un travail ill&#233;gal syst&#233;matique, sur tous les plans, malgr&#233; les lois de la bourgeoisie et des parlements bourgeois, est un parti de tra&#238;tres et de gredins qui trompent le peuple en reconnaissant verbalement la r&#233;volution. Ces partis ont leur place &#224; l'Internationale jaune &#171; de Berne &#187;. Il n'y en aura pas dans l'Internationale Communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, il faut se battre sans r&#233;pit et sans piti&#233; pour chasser compl&#232;tement du mouvement ouvrier les chefs opportunistes qui se sont d&#233;masqu&#233;s avant la guerre et surtout pendant la guerre, tant sur l'ar&#232;ne politique que, notamment, dans les syndicats et les coop&#233;ratives. La th&#233;orie du &#171; neutralisme &#187; est un stratag&#232;me vil et malhonn&#234;te qui, en 1914-1918, a aid&#233; la bourgeoisie &#224; dominer les masses. Les partis qui sont pour la r&#233;volution en paroles, mais pratiquement ne travaillent pas sans rel&#226;che &#224; ce que le Parti r&#233;volutionnaire et lui seul exerce son influence dans les diverses organisations ouvri&#232;res de masse, sont des partis de tra&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, on ne saurait tol&#233;rer que certains condamnent l'imp&#233;rialisme en paroles, et qu'en fait ils ne m&#232;nent pas une lutte r&#233;volutionnaire pour affranchir les colonies (et nations d&#233;pendantes) de leur propre bourgeoisie imp&#233;rialiste. C'est de l'hypocrisie. C'est la politique des agents de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier (labor lieutenants of the capitalist class). Les partis anglais, fran&#231;ais, hollandais, belge, etc., hostiles &#224; l'imp&#233;rialisme en paroles, mais qui, en r&#233;alit&#233;, n'engagent pas une lutte r&#233;volutionnaire &#224; l'int&#233;rieur de &#171; leurs &#187; colonies pour renverser &#171; leur &#187; bourgeoisie, qui n'aident pas syst&#233;matiquement le travail r&#233;volutionnaire, d&#233;j&#224; amorc&#233; partout dans les colonies, qui n'y introduisent pas des armes et de la litt&#233;rature pour les partis r&#233;volutionnaires des colonies, ces partis sont des partis de gredins et de tra&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;mement, le comble de l'hypocrisie est ce ph&#233;nom&#232;ne typique des partis de l'Internationale &#171; de Berne &#187; : reconna&#238;tre en paroles la r&#233;volution et faire miroiter aux yeux des ouvriers des phrases pompeuses affirmant qu'ils reconnaissent la r&#233;volution, mais, dans les faits, consid&#233;rer d'un point de vue purement r&#233;formiste les germes, les pousses et les manifestations de croissance de la r&#233;volution que constituent toutes les actions des masses qui forcent les lois bourgeoises et rompent avec toute l&#233;galit&#233; ; ce sont, par exemple, les gr&#232;ves de masse, les manifestations de rue, les protestations des soldats, les meetings parmi les troupes, la diffusion de tracts dans les casernes et les camps militaires, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous demandez &#224; n'importe quel h&#233;ros de l'Internationale &#171; de Berne &#187; si son parti se livre &#224; ce travail syst&#233;matique, il vous r&#233;pondra soit par des phrases &#233;vasives pour dissimuler l'absence de ce travail : inexistence d'organisations et d'appareil &#224; cet effet, inaptitude de son parti &#224; le mener, ou bien par des d&#233;clamations contre le &#171; putschisme &#187;, l'&#171; anarchisme &#187;, etc. Or, c'est ainsi que l'Internationale de Berne a trahi la classe ouvri&#232;re, est pass&#233;e en fait dans le camp de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les gredins que sont les chefs de l'Internationale de Berne jurent leurs grands dieux, proclament leur &#171; sympathie &#187; pour la r&#233;volution en g&#233;n&#233;ral et la r&#233;volution russe en particulier. Mais seuls des hypocrites ou des sots peuvent ne pas comprendre que les succ&#232;s particuli&#232;rement rapides de la r&#233;volution en Russie sont dus &#224; de longues ann&#233;es de travail du parti r&#233;volutionnaire dans le sens indiqu&#233;, des ann&#233;es pendant lesquelles un appareil clandestin organis&#233; &#233;tait mis sur pied pour diriger les manifestations et les gr&#232;ves, pour militer parmi les troupes ; il &#233;tudiait minutieusement les moyens d'action, &#233;ditait une litt&#233;rature ill&#233;gale qui dressait le bilan de l'exp&#233;rience et &#233;duquait tout le parti dans l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; de la r&#233;volution, formait les dirigeants pour de pareilles actions, etc., etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divergences les plus profondes, les plus fondamentales, qui r&#233;sument tout ce qui a &#233;t&#233; indiqu&#233; ci-dessus et expliquent le caract&#232;re in&#233;vitable d'une lutte intransigeante, sur le plan th&#233;orique et politique pratique, du prol&#233;tariat r&#233;volutionnaire contre l'Internationale &#171; de Berne &#187;, tiennent aux questions de la transformation de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile et de la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui r&#233;v&#232;le le mieux que l'Internationale de Berne est prisonni&#232;re de l'id&#233;ologie bourgeoise, c'est que, ne comprenant pas (ou bien ne voulant pas comprendre, ou bien faisant semblant de ne pas comprendre) le caract&#232;re imp&#233;rialiste de la guerre de 1914-1918, elle n'a pas compris qu'elle devait in&#233;luctablement se transformer en guerre civile entre le prol&#233;tariat et la bourgeoisie de tous les pays avanc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque, d&#232;s novembre 1914, les bolch&#233;viks signalaient cette &#233;volution in&#233;luctable, les philistins de tous les pays r&#233;pondaient par des railleries stupides, et au nombre de philistins figuraient tous les chefs de l'Internationale de Berne. &#192; pr&#233;sent, la transformation de la guerre imp&#233;rialiste en guerre civile est devenue un fait dans de nombreux pays, non seulement en Russie, mais aussi en Finlande, en Hongrie, en Allemagne, et m&#234;me dans la Suisse neutre, et on observe, on sent, on palpe la mont&#233;e de la guerre civile dans tous les pays avanc&#233;s sans exception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; pr&#233;sent, passer cette question sous silence (comme le fait Ramsay Macdonald) ou bien essayer de se d&#233;tourner de la guerre civile in&#233;vitable au moyen de phrases conciliantes et doucereuses (comme le font messieurs Kautsky et Cie), cela &#233;quivaut &#224; une trahison manifeste du prol&#233;tariat, cela &#233;quivaut &#224; passer en fait aux c&#244;t&#233;s de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les v&#233;ritables chefs politiques de la bourgeoisie ont compris depuis longtemps que la guerre civile est in&#233;vitable, et ils s'y pr&#233;parent de fa&#231;on excellente, r&#233;fl&#233;chie et syst&#233;matique, renforcent leurs positions en vue de cette guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toutes ses forces, avec une &#233;nergie, une intelligence et une r&#233;solution immenses, ne reculant devant aucun crime, vouant &#224; la famine et &#224; l'extermination compl&#232;te des pays entiers, la bourgeoisie du monde entier pr&#233;pare l'&#233;crasement du prol&#233;tariat dans la guerre civile qui approche. Cependant, les h&#233;ros de l'Internationale de Berne, comme des sots ou d'hypocrites petits cur&#233;s, ou des professeurs p&#233;dants, roucoulent la vieille chanson r&#233;formiste, rebattue, us&#233;e jusqu'&#224; la corde ! Il n'y a pas de spectacle plus hideux, plus r&#233;pugnant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Kautsky et les Macdonald poursuivent leurs efforts pour faire peur aux capitalistes en agitant l'&#233;pouvantail de la r&#233;volution, effrayer la bourgeoisie en agitant l'&#233;pouvantail de la guerre civile, afin d'en obtenir des concessions et leur accord pour la voie du r&#233;formisme. C'est &#224; quoi se ram&#232;nent les &#233;crits, toute la philosophie, toute la politique de toute l'Internationale de Berne. Ce pitoyable proc&#233;d&#233; de laquais, nous l'avons observ&#233; en Russie en 1905 chez les lib&#233;raux (les cadets), et en 1917-1919 chez les mench&#233;viks et les &#171; socialistes-r&#233;volutionnaires &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;duquer les masses en leur expliquant qu'il est in&#233;vitable et n&#233;cessaire de vaincre la bourgeoisie dans la guerre civile, mener toute sa politique en vue de cet objectif, mettre en lumi&#232;re, poser et trancher toutes les questions de ce point de vue, et seulement de ce point de vue &#8212; &#224; cela, les &#226;mes de laquais de l'Internationale de Berne n'y songent m&#234;me pas. Et c'est pourquoi notre but doit uniquement consister &#224; pousser d&#233;finitivement les r&#233;formistes incorrigibles, c'est-&#224;-dire les neuf dixi&#232;mes des chefs de l'Internationale de Berne, dans la fosse aux ordures des larbins de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie a besoin de larbins qui jouissent de la confiance d'une partie de la classe ouvri&#232;re et qui parent, enjolivent la bourgeoisie par des propos sur la possibilit&#233; de la voie r&#233;formiste, qui bandent ainsi les yeux du peuple, qui le d&#233;tournent de la r&#233;volution en &#233;talant les charmes et les perspectives de la voie r&#233;formiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#233;crits de Kautsky, comme ceux de nos mench&#233;viks et de nos socialistes-r&#233;volutionnaires, se ram&#232;nent &#224; ce badigeonnage, aux pleurnicheries du petit bourgeois couard qui craint la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons pas ici les moyens de reprendre en d&#233;tail les causes &#233;conomiques fondamentales qui ont rendu in&#233;vitable pr&#233;cis&#233;ment la voie r&#233;volutionnaire et seulement la voie r&#233;volutionnaire, et ont rendu impossible une autre solution des probl&#232;mes que l'histoire pose &#224; l'ordre du jour, hormis la guerre civile. Il faudrait &#233;crire des volumes &#224; ce sujet, et ils seront &#233;crits. Si messieurs Kautsky et autres chefs de l'Internationale de Berne ne l'ont pas compris, il ne reste plus qu'&#224; dire : l'ignorance est moins &#233;loign&#233;e de la v&#233;rit&#233; que le pr&#233;jug&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les travailleurs et leurs partisans, ignorants mais sinc&#232;res, comprennent maintenant, apr&#232;s la guerre, le caract&#232;re in&#233;vitable de la r&#233;volution, de la guerre civile et de la dictature du prol&#233;tariat, plus facilement que messieurs Kautsky, Macdonald, Vandervelde, Branting, Turati et tutti quanti, bourr&#233;s des pr&#233;jug&#233;s r&#233;formistes les plus doctes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit reconna&#238;tre que les romans de Henri Barbusse, le Feu et Clart&#233;, sont une confirmation particuli&#232;rement frappante du ph&#233;nom&#232;ne massif, observ&#233; partout, de la croissance de la conscience r&#233;volutionnaire dans les masses. Le premier a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; traduit dans toutes les langues et vendu en France &#224; 230 000 exemplaires. Comment l'homme de la rue, un homme parmi la masse, compl&#232;tement ignorant et totalement &#233;cras&#233; par les id&#233;es et les pr&#233;jug&#233;s, se transforme en r&#233;volutionnaire, pr&#233;cis&#233;ment sous l'influence de la guerre, Barbusse le montre avec une force, un talent et une v&#233;racit&#233; extraordinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les masses des prol&#233;taires et des semi-prol&#233;taires sont avec nous et viennent &#224; nous non pas de jour en jour, mais d'heure en heure. L'Internationale de Berne est un &#233;tat-major sans arm&#233;e qui s'&#233;croulera comme un ch&#226;teau de cartes si on la d&#233;nonce jusqu'au bout devant les masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nom de Karl Liebknecht a &#233;t&#233; utilis&#233; pendant la guerre dans toute la presse bourgeoise de l'Entente pour tromper les masses : pr&#233;senter les brigands et les pillards de l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et anglais comme s'ils sympathisaient avec ce h&#233;ros, ce &#171; seul Allemand honn&#234;te &#187;, selon leur expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; pr&#233;sent, les h&#233;ros de l'Internationale de Berne si&#232;gent dans la m&#234;me organisation que les Scheidemann qui ont tram&#233; l'assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxemburg, que les Scheidemann qui ont jou&#233; le r&#244;le de bourreaux issus du mouvement ouvrier et rendant des services de bourreaux &#224; la bourgeoisie. En paroles, tentatives hypocrites pour &#171; condamner &#187; les Scheidemann (comme si une &#171; condamnation &#187; y changeait quelque chose !). Dans les faits, la pr&#233;sence dans la m&#234;me organisation que les assassins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1907, feu Harry Quelch fut expuls&#233; de Stuttgart par le gouvernement allemand pour avoir qualifi&#233; d'&#171; assembl&#233;e de voleurs &#187; la r&#233;union des diplomates europ&#233;ens [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chefs de l'Internationale de Berne ne sont pas seulement une assembl&#233;e de voleurs, ils sont une assembl&#233;e d'inf&#226;mes assassins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'&#233;chapperont pas &#224; la sentence des ouvriers r&#233;volutionnaires.&lt;br class='autobr' /&gt;
6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ramsay Macdonald se d&#233;barrasse de la question de la dictature du prol&#233;tariat en deux mots, comme si elle &#233;tait un sujet de discussion sur la libert&#233; et la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Il est temps d'agir. Il est trop tard pour discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus dangereux, de la part de l'Internationale de Berne, c'est la reconnaissance verbale de la dictature du prol&#233;tariat. Ces gens sont capables de tout reconna&#238;tre, de tout signer, pourvu qu'ils restent &#224; la t&#234;te du mouvement ouvrier. Kautsky dit maintenant qu'il n'est pas contre la dictature du prol&#233;tariat ! Les social-chauvins et les &#171; centristes &#187; fran&#231;ais signent une r&#233;solution en faveur de la dictature du prol&#233;tariat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne m&#233;ritent pas une once de confiance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une reconnaissance verbale qu'il faut, mais une rupture compl&#232;te, dans les faits, avec la politique r&#233;formiste, avec les pr&#233;jug&#233;s de la libert&#233; bourgeoise et de la d&#233;mocratie bourgeoise, l'application dans les faits d'une politique de lutte de classe r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voudrait admettre verbalement la dictature du prol&#233;tariat pour faire passer &#224; la fois, en catimini, &#171; la volont&#233; de la majorit&#233; &#187;, &#171; le suffrage universel &#187; (comme le fait justement Kautsky), le parlementarisme bourgeois, le refus de d&#233;truire, de faire sauter, de briser compl&#232;tement et jusqu'au bout l'appareil d'&#201;tat bourgeois. Ces nouveaux subterfuges, ces nouveaux faux-fuyants du r&#233;formisme sont &#224; craindre par-dessus tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dictature du prol&#233;tariat serait impossible si la majorit&#233; de la population n'&#233;tait pas compos&#233;e de prol&#233;taires et de semi-prol&#233;taires. Cette v&#233;rit&#233;, Kautsky et Cie s'emploient &#224; la falsifier, sous pr&#233;texte qu'il faudrait un &#171; vote de la majorit&#233; &#187; pour reconna&#238;tre comme &#171; juste &#187; la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels comiques p&#233;dants ! Ils n'ont pas compris que le vote dans le cadre du parlementarisme bourgeois, avec ses institutions et ses coutumes, fait partie de l'appareil de l'&#201;tat bourgeois, qui doit &#234;tre vaincu et bris&#233; de haut en bas pour r&#233;aliser la dictature du prol&#233;tariat, pour passer de la d&#233;mocratie bourgeoise &#224; la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont pas compris que, d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ce n'est pas par des votes mais par la guerre civile que se tranchent toutes les questions politiques s&#233;rieuses &#224; l'heure o&#249; l'histoire a mis &#224; l'ordre du jour la dictature du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils n'ont pas compris que la dictature du prol&#233;tariat est le pouvoir d'une classe, qui prend entre ses mains tout l'appareil de l'&#201;tat nouveau, qui vainc la bourgeoisie et neutralise toute la petite bourgeoisie, la paysannerie, les philistins, les intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Kautsky et les Macdonald reconnaissent en paroles la lutte des classes, pour l'oublier en fait au moment le plus d&#233;cisif de l'histoire de la lutte pour la lib&#233;ration du prol&#233;tariat : au moment o&#249;, apr&#232;s avoir pris le pouvoir d'&#201;tat et b&#233;n&#233;ficiant de l'appui du semi-prol&#233;tariat, le prol&#233;tariat continue la lutte des classes avec l'aide de ce pouvoir et la conduit jusqu'&#224; la suppression des classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme de v&#233;ritables philistins, les chefs de l'Internationale de Berne r&#233;p&#232;tent les phrases d&#233;mocratiques bourgeoises sur la libert&#233;, l'&#233;galit&#233; et la d&#233;mocratie, sans voir qu'ils ressassent les d&#233;bris des id&#233;es sur le propri&#233;taire des marchandises libre et &#233;gal, sans comprendre que le prol&#233;tariat a besoin de l'&#201;tat non pour la &#171; libert&#233; &#187;, mais pour &#233;craser son ennemi, l'exploiteur, le capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; et l'&#233;galit&#233; du propri&#233;taire de marchandises sont mortes, comme est mort le capitalisme. Ce ne sont pas les Kautsky et les Macdonald qui le ressusciteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat a besoin de l'abolition des classes : voil&#224; le contenu r&#233;el de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne, de la libert&#233; prol&#233;tarienne (libert&#233; par rapport au capitaliste, &#224; l'&#233;change des marchandises), de l'&#233;galit&#233; prol&#233;tarienne (non pas &#233;galit&#233; des classes, cette platitude o&#249; s'embourbent les Kautsky, les Vandervelde et les Macdonald, mais &#233;galit&#233; des travailleurs, qui renversent le capital et le capitalisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant qu'il y a des classes, libert&#233; et &#233;galit&#233; des classes sont une duperie bourgeoise. Le prol&#233;tariat prend le pouvoir, devient la classe dominante, brise le parlementarisme bourgeois et la d&#233;mocratie bourgeoise, &#233;crase la bourgeoisie, &#233;crase toutes les tentatives de toutes les autres classes pour revenir au capitalisme, donne la libert&#233; et l'&#233;galit&#233; v&#233;ritables aux travailleurs (ce qui n'est r&#233;alisable qu'avec l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production), leur donne non seulement des &#171; droits &#187;, mais la jouissance re&#233;lle de ce qui a &#233;t&#233; &#244;t&#233; &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui n'a pas compris ce contenu-l&#224; de la dictature du prol&#233;tariat (ou, ce qui revient au m&#234;me, du pouvoir des Soviets ou de la d&#233;mocratie prol&#233;tarienne), emploie ces mots vainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne puis d&#233;velopper ici plus en d&#233;tail ces r&#233;flexions, que j'ai expos&#233;es dans l'&#201;tat et la R&#233;volution et dans la brochure La r&#233;volution prol&#233;tarienne et le ren&#233;gat Kautsky. Je peux terminer en d&#233;diant ces notes aux d&#233;l&#233;gu&#233;s qui assisteront le 10 ao&#251;t 1919 au Congr&#232;s de Lucerne [7], de l'Internationale de Berne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 juillet 1919&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1]. D&#233;sign&#233;es ainsi par les soldats qui avaient re&#231;u l'ordre de voter pour les candidats du gouvernement. (N.R.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[2]. Il est question des d&#233;cisions de la VII&#176; Conf&#233;rence (conf&#233;rence d'Avril) du P.O.S.D.R.(b), qui se tint &#224; P&#233;trograd du 24 au 29 avril (7 au 12 mai) 1917.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[3]. Voir lettres : F. Engels &#224; K. Marx du 7 octobre 1858 ; F. Engels &#224; K. Kautsky du 12 septembre 1882 ; F. Engels &#224; F. A. Sorge du 7 d&#233;cembre 1889, du 21 septembre 1872 et du 4 ao&#251;t 1874 ; F. Engels &#224; K. Marx du 11 ao&#251;t 1881.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[4]. Voir lettre F. Engels &#224; F. A. Sorge du 18 janvier 1893.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[5]. Voir lettre F. Engels &#224; F. A. Sorge du 7 d&#233;cembre 1889.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[6]. Il s'agit du discours d'un des leaders des social-d&#233;mocrates anglais, Harry Quelch, au Congr&#232;s de Stuttgart de la II&#176; Internationale, en 1907. Dans son discours, il qualifia d'&#171; assembl&#233;e de voleurs &#187; (&#171; a thief's supper &#187;) la conf&#233;rence internationale de La Haye qui se tenait &#224; cette &#233;poque, et fut pour cette raison expuls&#233; de Stuttgart par le gouvernement allemand (voir L&#233;nine, &#171; Harry Quelch &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[7]. L&#233;nine veut parler de la Conf&#233;rence de la II&#176; Internationale qui se tint &#224; Lucerne, en Suisse, du 2 au 9 ao&#251;t 1919. L&#233;nine a caract&#233;ris&#233; les interventions de certains d&#233;l&#233;gu&#233;s dans son article &#171; Comment la bourgeoisie utilise les ren&#233;gats &#187;, &#233;crit en septembre 1919.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1933&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trotsky
&lt;p&gt;Les ouvriers allemands se rel&#232;veront, le stalinisme jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14 mars 1933&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;tariat le plus puissant d'Europe par son r&#244;le dans la production, son poids social et la force de ses organisations, n'a oppos&#233; aucune r&#233;sistance &#224; l'arriv&#233;e d'Hitler au pouvoir et aux premi&#232;res attaques violentes contre les organisations ouvri&#232;res. Tel est le fait dont il faut partir dans les calculs strat&#233;giques futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait une absurdit&#233; &#233;vidente que de penser que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de l'Allemagne suivrait la voie italienne : qu'Hitler consolidera pas &#224; pas sa domination, sans rencontrer de s&#233;rieuses r&#233;sistances ; que le fascisme allemand a devant lui de longues ann&#233;es de domination. Non, il faudra tirer le destin futur du national-socialisme de l'analyse de la situation allemande et internationale, et non de simples analogies historiques. Mais d&#232;s maintenant, une chose est claire : si d&#232;s septembre 1930 nous r&#233;clamions de l'Internationale communiste qu'elle fixe des objectifs &#224; court terme en Allemagne, maintenant il faut b&#226;tir une politique &#224; longue &#233;ch&#233;ance. Avant que des combats d&#233;cisifs soient possibles, l'avant-garde du prol&#233;tariat allemand devra s'orienter sur une nouvelle voie c'est-&#224;-dire comprendre clairement ce qui c'est pass&#233;, d&#233;finir sa responsabilit&#233; pour cette grande d&#233;faite historique, tracer de nouvelles voies et retrouver ainsi son assurance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#244;le criminel de la social-d&#233;mocratie n'a pas besoin de commentaires : la cr&#233;ation de l'Internationale communiste il y a quatorze ans avait pr&#233;cis&#233;ment pour but d'arracher le prol&#233;tariat &#224; l'influence d&#233;moralisatrice de la social-d&#233;mocratie. Si cela n'a pas r&#233;ussi jusqu'&#224; pr&#233;sent, si le prol&#233;tariat allemand s'est r&#233;v&#233;l&#233;, lors d'une tr&#232;s grande &#233;preuve historique, impuissant, d&#233;sarm&#233;, paralys&#233;, la faute directe et imm&#233;diate en incombe &#224; la direction post-l&#233;ninienne de l'Internationale communiste. C'est la premi&#232;re conclusion qu'il est urgent de tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous les coups perfides de la bureaucratie stalinienne, l'opposition de gauche a conserv&#233; jusqu'au bout sa fid&#233;lit&#233; au parti officiel. Les bolcheviks-l&#233;ninistes partagent aujourd'hui le sort de toutes les autres organisations communistes : nos cadres sont arr&#234;t&#233;s, nos publications interdites, notre litt&#233;rature confisqu&#233;e ; Hitler s'est m&#234;me empress&#233; de fermer le Bulletin de l'opposition, qui para&#238;t en russe. Mais si les bolcheviks-l&#233;ninistes subissent &#224; &#233;galit&#233; avec l'ensemble de l'avant-garde prol&#233;tarienne, toutes les cons&#233;quences de la premi&#232;re victoire s&#233;rieuse du fascisme, par contre, ils ne peuvent ni ne veulent porter la moindre parcelle de responsabilit&#233; pour la politique officielle de l'Internationale communiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s 1923, c'est-&#224;-dire depuis le d&#233;but de la lutte contre l'opposition de gauche, la direction stalinienne a aid&#233; de toutes ses forces, bien qu'indirectement, la social-d&#233;mocratie &#224; d&#233;sorienter, &#224; embrouiller et &#224; d&#233;courager le prol&#233;tariat allemand : elle retenait et freinait les ouvriers, alors que la situation exigeait une offensive r&#233;volutionnaire audacieuse ; elle proclamait l'approche d'une situation r&#233;volutionnaire, alors que celle-ci appartenait d&#233;j&#224; au pass&#233; ; elle passait des accords avec des phraseurs et des bavards de la petite bourgeoisie ; elle se mettait impuissamment &#224; la remorque de la social-d&#233;mocratie sous pr&#233;texte de mener la politique de front unique ; elle proclamait la &#034; troisi&#232;me p&#233;riode &#034; et la lutte pour la conqu&#234;te de la rue dans des conditions de reflux politique et de faiblesse du Parti communiste ; elle rempla&#231;ait la lutte s&#233;rieuse par des bonds, des aventures ou des parades ; elle isolait les communistes des syndicats de masse ; elle identifiait la social-d&#233;mocratie au fascisme et refusait le front unique avec les organisations ouvri&#232;res de masse, face aux attaques des bandes du national-socialisme ; elle sabotait toute initiative locale de front unique d&#233;fensif et, en m&#234;me temps, trompait syst&#233;matiquement les ouvriers en ce qui concerne le rapport de forces r&#233;el, d&#233;formait les faits, pr&#233;sentait les amis comme des ennemis, et les ennemis comme des amis, et serrait de plus en plus fortement le parti &#224; la gorge, ne lui permettant ni de respirer librement, ni de parler, ni de penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la tr&#232;s abondante litt&#233;rature consacr&#233;e &#224; la question du fascisme, il suffit de se r&#233;f&#233;rer au discours du chef officiel du parti allemand, Thaelmann, qui, au pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, en avril 1931, d&#233;masquait dans les termes suivants les &#034; pessimistes &#034;, c'est-&#224;-dire les gens qui savaient regarder l'avenir en face : &#034; nous ne nous sommes pas laiss&#233; &#233;garer par les paniquards... Nous avons &#233;tabli fermement et avec bon sens que le 14 septembre (1930) &#233;tait, d'une certaine mani&#232;re, le plus grand jour d'Hitler, et que les jours qui suivraient, seraient non pas meilleurs mais pires ; cette appr&#233;ciation que nous avons donn&#233;e du d&#233;veloppement de ce parti, est confirm&#233;e par les &#233;v&#233;nements... Aujourd'hui, les fascistes n'ont d&#233;j&#224; plus aucun motif de rire &#034;. Faisant allusion au fait que la social-d&#233;mocratie formait ses propres groupes de d&#233;fense, Thaelmann d&#233;montra dans ce discours que ces d&#233;tachements ne se distinguaient en rien des troupes de choc du national-socialisme, et qu'ils se pr&#233;paraient les uns comme les autres &#224; &#233;craser les communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, Thaelmann est arr&#234;t&#233;. Les bolcheviks-l&#233;ninistes se retrouvent avec Thaelmann sous les coups de la r&#233;action triomphante. Mais la politique de Thaelmann est la politique de Staline, c'est-&#224;-dire la politique officielle de l'Internationale communiste. C'est pr&#233;cis&#233;ment cette politique qui est la cause de la compl&#232;te d&#233;moralisation du parti au moment du danger, quand les chefs perdent la t&#232;te, que les membres du parti qui ont perdu l'habitude de penser, tombent dans un &#233;tat de prostration et que les positions historiques les plus hautes sont rendues sans combat. Une th&#233;orie politique erron&#233;e porte en elle-m&#234;me son ch&#226;timent. La force et l'ent&#234;tement de l'appareil ne font qu'augmenter l'ampleur de la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant rendu &#224; l'ennemi tout ce qu'il &#233;tait possible de rendre en un aussi court laps de temps, les staliniens essaient de corriger ce qui s'est pass&#233;, par des actions d&#233;sordonn&#233;es qui ne font que jeter une lumi&#232;re plus crue sur toute la cha&#238;ne de leurs crimes. Aujourd'hui, alors que la presse du Parti communiste est &#233;touff&#233;e, l'appareil d&#233;truit, qu'au-dessus de la maison de Liebknecht flotte impun&#233;ment le chiffon sanglant du fascisme, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste s'engage sur la voie du front unique non seulement &#224; la base, mais aussi au sommet. Ce nouveau zigzag, plus abrupt que tous ceux qui ont pr&#233;c&#233;d&#233;, n'a pas &#233;t&#233; accompli cependant par le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste sous sa propre impulsion : la bureaucratie stalinienne en a laiss&#233; l'initiative &#224; la II&#176; Internationale. Elle a r&#233;ussi &#224; saisir dans ses mains l'instrument du front unique, dont elle avait mortellement peur jusqu'&#224; pr&#233;sent. Pour autant que l'on puisse parler d'avantages dans une situation de recul panique, ceux-ci sont enti&#232;rement du c&#244;t&#233; du r&#233;formisme. Oblig&#233;e de r&#233;pondre &#224; une question directe, la bureaucratie stalinienne choisit la pire des solutions : elle ne refuse pas l'accord des deux Internationales, mais elle ne l'accepte pas non plus ; elle joue &#224; cache-cache. Elle a &#224; tel point perdu confiance en soi, elle est &#224; tel point humili&#233;e, qu'elle n'ose d&#233;j&#224; plus affronter de face, devant le prol&#233;tariat mondial, les chefs de la II&#176; Internationale, ces agents patent&#233;s de la bourgeoisie, ces &#233;lecteurs de Hindenburg, qui ont fray&#233; la voie au fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'appel du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste (&#034; Aux ouvriers de tous les pays &#034;) du 5 mars, les staliniens ne parlent pas du &#034; social-fascisme &#034;, comme de l'ennemi principal. Ils ne rappellent pas non plus la grande trouvaille de leur chef : &#034; la social-d&#233;mocratie et le fascisme ne sont pas des antipodes, mais des jumeaux &#034;. Ils n'affirment plus que la lutte contre le fascisme exige l'&#233;crasement pr&#233;alable de la social-d&#233;mocratie. Ils ne soufflent mot de l'impossibilit&#233; du front unique par en haut. Au contraire, ils &#233;num&#232;rent scrupuleusement les cas o&#249;, dans le pass&#233;, la bureaucratie stalinienne, de mani&#232;re inattendue pour les ouvriers et pour elle-m&#234;me, s'est trouv&#233;e dans l'obligation de proposer, en passant, &#224; l'improviste, le front unique aux dirigeants r&#233;formistes. C'est ainsi que sous la rafale de la temp&#234;te historique, s'&#233;parpillent les th&#233;ories artificielles et fausses, dignes de charlatans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;f&#233;rant aux &#034; conditions originales de chaque pays &#034; et &#224; l'impossibilit&#233; qui, soi-disant, en d&#233;coule, d'organiser le front unique &#224; l'&#233;chelle internationale (on oublie d'un seul coup toute la lutte contre &#034; l'exceptionnalisme &#034;, c'est-&#224;-dire la th&#233;orie des droitiers sur les particularit&#233;s nationales !), la bureaucratie stalinienne recommande aux Partis communistes nationaux d'adresser une proposition de front unique aux &#034; Comit&#233;s Centraux des Partis sociaux-d&#233;mocrates &#034;. Hier encore, on appelait cela capituler devant le social-fascisme ! C'est ainsi que passent sous la table, dans la corbeille &#224; papiers, les plus hautes le&#231;ons du stalinisme de ces quatre derni&#232;res ann&#233;es, et que tombe en poussi&#232;re tout un syst&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire ne s'arr&#234;te pas l&#224; : venant juste apr&#232;s avoir d&#233;clar&#233; qu'il &#233;tait impossible d'&#233;laborer des conditions de front unique dans l'ar&#232;ne internationale, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste l'oublie aussit&#244;t et, vingt lignes plus loin, formulent les conditions dans lesquelles le front unique est acceptable et admissible dans tous les pays, quelles que soient les diff&#233;rences des conditions nationales. Le recul devant le fascisme s'accompagne d'un recul panique devant les commandements th&#233;oriques du stalinisme. Des &#233;clats et des d&#233;bris d'id&#233;es et de principes sont jet&#233;s sur la route comme du lest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de front unique, mises en avant par l'Internationale communiste pour tous les pays (Comit&#233;s d'action contre le fascisme, manifestations et gr&#232;ves contre l'abaissement des salaires) n'apportent rien de nouveau, au contraire, elles sont la reproduction sch&#233;matis&#233;e, bureaucratis&#233;e des mots d'ordre que l'opposition de gauche avait formul&#233;s de mani&#232;re beaucoup plus pr&#233;cise et concr&#232;te il y a deux ans et demi, et qui lui avait valu d'&#234;tre rang&#233;e dans le camp du social-fascisme. Un front unique sur ces bases pourrait donner en Allemagne des r&#233;sultats d&#233;cisifs ; mais, pour cela, il devrait &#234;tre r&#233;alis&#233; &#224; temps. Le temps est le facteur le plus important en politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est donc la valeur pratique des propositions du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste actuellement ? Pour l'Allemagne, elle est r&#233;duite au minimum. La politique de front unique suppose un &#034; front &#034;, c'est-&#224;-dire des positions fermes et une direction centralis&#233;e. L'opposition de gauche a avanc&#233; dans le pass&#233; les conditions du front unique, en tant que conditions de d&#233;fense active, avec la perspective d'un passage &#224; l'offensive. Aujourd'hui, le prol&#233;tariat allemand en est arriv&#233; au stade de la retraite d&#233;sordonn&#233;e, qui ne comporte m&#234;me pas de combats d'arri&#232;re-garde. Dans ces circonstances, .peuvent et vont se former des unions spontan&#233;es entre ouvriers communistes et sociaux-d&#233;mocrates pour des t&#226;ches isol&#233;es et &#233;pisodiques, mais la r&#233;alisation syst&#233;matique du front unique est remise in&#233;vitablement &#224; un avenir ind&#233;fini. Il ne faut d&#233;j&#224; plus se faire d'illusions &#224; ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un an et demi, nous d&#233;clarions que la cl&#233; de la situation se trouvait dans les mains du Parti communiste allemand. Aujourd'hui, la bureaucratie stalinienne a laiss&#233; &#233;chapper cette cl&#233;. Il faudra des &#233;v&#233;nements importants, &#233;chappant &#224; la volont&#233; du parti pour donner la possibilit&#233; aux ouvriers de faire une halte, de se raffermir, de reformer leurs rangs et de passer &#224; une d&#233;fense active. Quand viendra pr&#233;cis&#233;ment ce moment, nous ne le savons pas. Peut-&#234;tre beaucoup plus vite que ne l'escompte la contre-r&#233;volution triomphante. Mais en tout cas, ce ne sont pas ceux qui ont compos&#233; le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, qui dirigeront la politique de front unique en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la position centrale a &#233;t&#233; abandonn&#233;e &#224; l'ennemi, il faut se renforcer aux abords, il faut pr&#233;parer des points d'appui pour une future attaque concentrique. Cette pr&#233;paration &#224; l'int&#233;rieur de l'Allemagne implique qu'on fasse une analyse critique du pass&#233;, qu'on entretienne le moral des combattants d'avant-garde et leur coh&#233;sion, et que l'on organise l&#224; o&#249; c'est possible, les combattants d'arri&#232;re-garde, dans l'attente du moment o&#249; les d&#233;tachements isol&#233;s pourront se r&#233;unir en une grande arm&#233;e. Cette pr&#233;paration implique, en m&#234;me temps, la d&#233;fense des positions prol&#233;tariennes dans les pays &#233;troitement li&#233;s &#224; l'Allemagne, ou qui sont ses voisins imm&#233;diats : en Autriche, en Tch&#233;coslovaquie, en Pologne, dans les Pays baltes, en Scandinavie, en Belgique, en Hollande, en France et en Suisse. Il faut entourer l'Allemagne fasciste d'un anneau puissant de positions prol&#233;tariennes. Sans cesser une seule minute de tenter d'arr&#234;ter la retraite d&#233;sordonn&#233;e des ouvriers allemands, il faut maintenant cr&#233;er pour la lutte contre le fascisme des positions prol&#233;tariennes fortes autour des fronti&#232;res de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu vient l'Autriche qui est la plus directement menac&#233;e par le coup d'Etat fasciste. On peut dire avec certitude que, si le prol&#233;tariat autrichien s'emparait aujourd'hui du pouvoir et transformait son pays en une place d'armes r&#233;volutionnaire, l'Autriche deviendrait pour la r&#233;volution du prol&#233;tariat allemand, ce qu'&#233;tait le Pi&#233;mont pour la r&#233;volution de la bourgeoisie italienne. Il est impossible de pr&#233;voir jusqu'o&#249; ira sur cette voie le prol&#233;tariat autrichien, pouss&#233; en avant par les &#233;v&#233;nements mais paralys&#233; par la bureaucratie r&#233;formiste. La t&#226;che du communisme est d'aider les &#233;v&#233;nements contre l'austro-marxisme. Le moyen en est la politique de front unique. Les conditions que le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'internationale communiste r&#233;p&#232;te avec tant de retard apr&#232;s l'opposition de gauche, conservent ainsi toute leur force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de front unique, cependant, pr&#233;sente non seulement des avantages mais aussi des dangers. Elle donne facilement naissance &#224; des combinaisons des dirigeants derri&#232;re le dos des masses, &#224; une adaptation passive &#224; l'alli&#233; et &#224; des oscillations opportunistes. On ne peut pr&#233;venir ces dangers qu'en se donnant deux garanties expresses : maintien de la libert&#233; totale de critique en ce qui concerne l'alli&#233; et r&#233;tablissement de la libert&#233; totale de critique &#224; l'int&#233;rieur de son propre parti. Le refus de critiquer ses alli&#233;s conduit directement et imm&#233;diatement &#224; la capitulation devant le r&#233;formisme. La politique de front unique sans d&#233;mocratie &#224; l'int&#233;rieur du parti, c'est-&#224;-dire sans le contr&#244;le du parti sur l'appareil, laisse les mains libres aux chefs pour des exp&#233;riences opportunistes, compl&#233;ment in&#233;vitable des exp&#233;riences aventuristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment agit dans ce cas le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste ? Des dizaines de fois, l'opposition de gauche a pr&#233;dit que, sous le coup des &#233;v&#233;nements, les staliniens seraient oblig&#233;s d'abandonner leur ultra-gauchisme, et que, une fois sur la voie du front unique, ils commettraient toutes les trahisons opportunistes qu'ils nous attribuaient la veille. Cette pr&#233;diction s'est r&#233;alis&#233;e, cette fois encore, mot pour mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir fait un saut p&#233;rilleux pour se retrouver sur les positions du front unique, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste foule aux pieds les garanties fondamentales qui, seules, peuvent assurer un contenu r&#233;volutionnaire &#224; la politique de front unique. Les staliniens prennent acte et font leur la demande hypocrite et diplomatique des r&#233;formistes, concernant la soi-disant &#034; non-agression mutuelle &#034;. Reniant toutes les traditions du marxisme et du bolchevisme, le Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste recommande aux Partis communistes, en cas de r&#233;alisation du front unique, de &#034; renoncer aux attaques contre les organisations sociales-d&#233;mocrates, pendant la lutte commune &#034;. C'est ainsi formul&#233; ! Renoncer &#034; aux attaques (!) contre la social-d&#233;mocratie &#034; (quelle formule honteuse !) implique que l'on renonce &#224; la libert&#233; de critique politique, c'est-&#224;-dire &#224; la fonction fondamentale du parti r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette capitulation est provoqu&#233;e non par une n&#233;cessit&#233; pratique, mais par la panique. Les r&#233;formistes viennent et viendront &#224; un accord dans la mesure o&#249; la pression des &#233;v&#233;nements, conjugu&#233;e &#224; celle des masses, les y oblige. L'exigence de &#034; non-agression &#034; est un chantage, c'est-&#224;-dire une tentative de la part des chefs r&#233;formistes d'obtenir un avantage suppl&#233;mentaire. Se soumettre au chantage signifie construire le front unique sur des bases pourries, et donner la possibilit&#233; aux combinards r&#233;formistes de le faire &#233;clater sous n'importe quel pr&#233;texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La critique en g&#233;n&#233;ral, et encore plus dans les conditions du front unique, doit, &#233;videmment, correspondre aux rapports r&#233;els et ne pas d&#233;passer certaines limites. Il faut rejeter l'absurdit&#233; du &#034; social-fascisme &#034; : ce n'est pas une concession &#224; la social-d&#233;mocratie mais au marxisme. Il ne faut pas critiquer l'alli&#233; pour ses trahisons en 1918, mais pour son mauvais travail en 1933. La critique, &#224; l'image de la vie politique elle-m&#234;me dont elle est la voix, ne saurait s'arr&#234;ter m&#234;me une heure. Si les r&#233;v&#233;lations communistes correspondent &#224; la r&#233;alit&#233;, elles servent les objectifs du front unique, poussent en avant l'alli&#233; temporaire et, ce qui est encore plus important, donnent une &#233;ducation r&#233;volutionnaire au prol&#233;tariat dans son ensemble. Le premier degr&#233; de la politique honteuse et criminelle, que Staline imposa aux communistes chinois par rapport au Kuomintang, fut pr&#233;cis&#233;ment marqu&#233;e par le renoncement &#224; cette obligation fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire n'est pas meilleure en ce qui concerne la deuxi&#232;me garantie. Renon&#231;ant &#224; critiquer la social-d&#233;mocratie, l'appareil stalinien ne pense m&#234;me pas &#224; rendre le droit de critique aux membres de son propre parti. Le tournant lui-m&#234;me est accompli comme &#224; l'habitude, sous la forme d'une r&#233;v&#233;lation bureaucratique. Aucun congr&#232;s national, aucun congr&#232;s international ni m&#234;me de pl&#233;num du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste, aucune pr&#233;paration dans la presse du parti, aucune analyse des &#233;v&#233;nements politiques pass&#233;s. Et ce n'est pas &#233;tonnant : d&#232;s le d&#233;but de la discussion dans le parti, tout ouvrier qui r&#233;fl&#233;chit, poserait aux gens de l'appareil, la question : pourquoi les bolcheviks-l&#233;ninistes ont-ils &#233;t&#233; exclus de toutes les sections, pourquoi sont-ils arr&#234;t&#233;s, d&#233;port&#233;s et fusill&#233;s en URSS ? Est-ce donc seulement parce qu'ils creusent plus profond&#233;ment et qu'ils voient plus loin ? La bureaucratie stalinienne ne peut admettre cette conclusion. Elle est capable de n'importe quel bond et tournant, elle ne peut ni n'ose accepter une confrontation loyale avec les bolcheviks-l&#233;ninistes devant les ouvriers. Ainsi, dans la lutte pour sa conservation, l'appareil d&#233;pr&#233;cie son nouveau tournant, en ruinant &#224; l'avance son cr&#233;dit non seulement aupr&#232;s des sociaux-d&#233;mocrates, mais aussi aupr&#232;s des ouvriers communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication du manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste s'accompagne encore d'une circonstance, qui est un peu &#224; c&#244;t&#233; de la question d&#233;battue, mais qui jette une vive lumi&#232;re sur la situation actuelle de l'Internationale communiste et sur l'attitude du groupe dirigeant stalinien &#224; son &#233;gard. Le manifeste est imprim&#233; dans la Pravda du 6 mars, non comme un appel direct et ouvert au nom du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste qui se trouve &#224; Moscou, comme cela s'est toujours fait, mais il est pr&#233;sent&#233; comme la traduction d'un document de l'Humanit&#233;, transmis par l'Agence Tass de Paris. Quelle ruse insens&#233;e et humiliante ! Apr&#232;s tous les succ&#232;s, apr&#232;s la r&#233;alisation du premier plan quinquennal, apr&#232;s la &#034; liquidation des classes &#034;, apr&#232;s &#034; l'entr&#233;e dans le socialisme &#034;, la bureaucratie stalinienne n'ose pas imprimer sous son propre nom, le manifeste du Comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste ! Voil&#224; sa v&#233;ritable attitude envers l'Internationale communiste, voil&#224; comment elle se sent r&#233;ellement dans l'ar&#232;ne internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manifeste n'est pas la seule r&#233;ponse &#224; l'initiative de la II&#176; Internationale. Par le biais d'organisations servant de paravent : l'opposition syndicale rouge (RGO), allemande et polonaise, l'Antifa et la Conf&#233;d&#233;ration g&#233;n&#233;rale du travail italienne, l'Internationale communiste convoque pour le mois d'avril &#034; un congr&#232;s paneurop&#233;en, ouvrier et antifasciste &#034;. La liste des invit&#233;s est, comme il convient, confuse et vaste : les &#034; entreprises &#034; (c'est ainsi formul&#233; : les &#034; entreprises &#034;, bien que les communistes soient &#233;vinc&#233;s de presque toutes les entreprises du monde, gr&#226;ce aux efforts de Staline-Lozovsky), les organisations ouvri&#232;res locales, r&#233;volutionnaires, r&#233;formistes, catholiques et sans parti, les organisations sportives, antifascistes et paysannes. Bien plus : &#034; Nous voulons inviter toutes les personnes isol&#233;es qui se battent effectivement (!) pour la cause des travailleurs.&#034; Ayant ruin&#233; pour longtemps la cause des masses, les strat&#232;ges font appel aux &#034; personnes isol&#233;es &#034;, ces justes qui n'ont pas trouv&#233; place dans les masses, mais qui, n&#233;anmoins, &#034; se battent effectivement pour la cause des travailleurs &#034;. Barbusse et le g&#233;n&#233;ral Sch&#246;naich seront &#224; nouveau mobilis&#233;s pour sauver l'Europe d'Hitler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons devant nous le livret tout pr&#234;t de l'une de ces repr&#233;sentations de charlatans, dont les staliniens se servent habituellement pour masquer leur impuissance. Qu'a fait le bloc d'Amsterdam des centristes et des pacifistes dans la lutte contre l'attaque des brigands japonais contre la Chine ? Rien. Par respect pour la &#034; neutralit&#233; &#034; stalinienne, les pacifistes ne firent m&#234;me pas para&#238;tre un manifeste de protestation. Aujourd'hui, on pr&#233;pare une r&#233;&#233;dition du congr&#232;s d'Amsterdam, non contre la guerre, mais contre le fascisme. Que fera le bloc antifasciste des &#034; entreprises &#034; absentes et des &#034; isol&#233;s &#034; impuissants. Rien. On sortira un manifeste creux, si, cette fois-ci, on arrive jusqu'au congr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le penchant pour les &#034; personnes isol&#233;es &#034; a deux extr&#233;mit&#233;s : opportuniste et aventuriste. Les socialistes r&#233;volutionnaires russes, dans le pass&#233;, tendaient la main droite aux lib&#233;raux et tenaient une bombe de la main gauche. L'exp&#233;rience des dix derni&#232;res ann&#233;es prouve qu'apr&#232;s chaque grande d&#233;faite, provoqu&#233;e ou, du moins, aggrav&#233;e par la politique de l'Internationale communiste, la bureaucratie stalinienne a invariablement essay&#233; de sauver sa r&#233;putation &#224; l'aide de quelque grandiose aventure (l'Esthonie, la Bulgarie, Canton). Ce danger n'est-il pas encore pr&#233;sent aujourd'hui ? En tout cas, nous consid&#233;rons comme notre devoir d'&#233;lever la voix pour une mise en garde. Les aventures qui ont pour but de se substituer &#224; l'action des masses paralys&#233;es, d&#233;sorganisent encore plus les masses et aggravent la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions de la situation mondiale actuelle, ainsi que les conditions de chaque pays pris s&#233;par&#233;ment, sont aussi mortelles pour la social-d&#233;mocratie que favorables au parti r&#233;volutionnaire. Mais la bureaucratie stalinienne a su transformer la crise du capitalisme et celle du r&#233;formisme en crise du communisme. Tel est le bilan de dix ans de direction incontr&#244;l&#233;e des &#233;pigones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve des tartuffes pour dire : l'opposition de gauche critique un parti tomb&#233; entre les mains du bourreau. Les canailles ajoutent : l'opposition aide le bourreau. En combinant un sentimentalisme hypocrite et un mensonge empoisonn&#233;, les staliniens essaient de cacher le Comit&#233; central derri&#232;re l'appareil, l'appareil derri&#232;re le parti, et d'&#233;luder la question des responsables de la catastrophe, de la strat&#233;gie erron&#233;e, du r&#233;gime d&#233;sastreux, de la direction criminelle : c'est cela aider les bourreaux d'aujourd'hui et de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique de la bureaucratie stalinienne en Chine n'&#233;tait pas moins d&#233;sastreuse que la politique actuelle en Allemagne. Mais l&#224;-bas, les choses se pass&#232;rent derri&#232;re le dos du prol&#233;tariat mondial, dans des circonstances qu'il ne comprenait pas. La voix critique de l'opposition de gauche en URSS ne parvenait pour ainsi dire pas jusqu'aux ouvriers des autres pays. L'exp&#233;rience de la Chine se passa presque impun&#233;ment pour l'appareil stalinien. En Allemagne il en va autrement. Toutes les &#233;tapes du drame se sont d&#233;roul&#233;es sous les yeux du prol&#233;tariat mondial. A chaque &#233;tape, l'opposition a fait entendre sa voix. Tout le cours du d&#233;veloppement a &#233;t&#233; pr&#233;dit &#224; l'avance. La bureaucratie stalinienne a calomni&#233; l'opposition, lui a imput&#233; des id&#233;es et des plans qui lui &#233;taient &#233;trangers, a exclu tous ceux qui parlaient de front unique, a aid&#233; la bureaucratie sociale-d&#233;mocrate &#224; saboter les comit&#233;s unifi&#233;s de d&#233;fense &#224; l'&#233;chelon local, a enlev&#233; aux ouvriers toute possibilit&#233; de d&#233;boucher sur la voie de la lutte de masse, a d&#233;sorganis&#233; l'avant-garde et paralys&#233; le prol&#233;tariat. Ainsi, en s'opposant au front unique de d&#233;fense avec la social-d&#233;mocratie, les staliniens se sont retrouv&#233;s avec elle, dans un front unique de panique et de capitulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui, se trouvant d&#233;j&#224; devant des ruines, la direction de l'Internationale communiste craint plus que tout la lumi&#232;re et la critique. Que p&#233;risse la r&#233;volution mondiale, mais que vive le faux prestige ! Les banqueroutiers s&#232;ment la confusion et brouillent les traces. La Pravda consid&#232;re comme une &#034; immense victoire politique &#034; le fait que le Parti communiste allemand, alors qu'il recevait les premiers coups a perdu &#034; seulement &#034; 1 200 000 voix, pour une augmentation globale des votants de quatre millions. De la m&#234;me mani&#232;re, Staline, en 1924, jugeait comme une &#034; victoire immense &#034;, le fait que les ouvriers allemands qui avaient recul&#233; sans combat, aient r&#233;ussi &#224; donner au Parti communiste 3 600 000 voix. Si le prol&#233;tariat, tromp&#233; et d&#233;sarm&#233; par les deux appareils, a donn&#233; cette fois-ci au Parti communiste pr&#232;s de cinq millions d'&#233;lecteurs, cela signifie seulement qu'il lui aurait donn&#233; deux fois ou trois fois plus, s'il avait eu confiance en sa direction. Il l'aurait port&#233; au pouvoir, si le parti avait su montrer qu'il &#233;tait capable de le prendre et de le conserver. Mais il n'a rien donn&#233; au prol&#233;tariat si ce n'est la confusion, des zigzags, des d&#233;faites et des malheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, cinq millions de communistes sont encore parvenus &#224; se rendre un &#224; un aux urnes. Mais ils ne sont ni dans les entreprises, ni dans la rue. Ils sont d&#233;sempar&#233;s, &#233;parpill&#233;s, d&#233;moralis&#233;s. Sous le joug de l'appareil, ils ont perdu l'habitude d'&#234;tre ind&#233;pendants. La terreur bureaucratique du stalinisme a paralys&#233; leur volont&#233;, avant que soit venu le tour de la terreur criminelle du fascisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire clairement, nettement, ouvertement : le stalinisme en Allemagne a eu son 4 ao&#251;t. D&#233;sormais, les ouvriers d'avant-garde de ce pays ne parleront plus de la p&#233;riode de domination de la bureaucratie stalinienne qu'avec un sentiment br&#251;lant de honte, qu'avec des paroles de haine et de mal&#233;diction. Le Parti communiste officiel d'Allemagne est condamn&#233;. D&#233;sormais, il ne peut que perdre du terrain, s'effriter et se r&#233;duire &#224; n&#233;ant. Aucun moyen artificiel ne peut le sauver. Le communisme allemand ne peut rena&#238;tre que sur de nouvelles bases, et avec une nouvelle direction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi du d&#233;veloppement in&#233;gal s'exprime aussi dans le destin du stalinisme. Il se trouve dans les diff&#233;rents pays &#224; diff&#233;rents stades de son d&#233;clin. Dans quelle mesure l'exp&#233;rience tragique de l'Allemagne servira d'impulsion pour la renaissance des autres sections de l'Internationale communiste, c'est l'avenir qui le dira. En Allemagne, en tout cas, la sinistre chanson de la bureaucratie stalinienne a fini d'&#234;tre chant&#233;e. Le prol&#233;tariat allemand se rel&#232;vera, le stalinisme jamais. Les ouvriers d'avant-garde allemands doivent construire un nouveau parti sous les coups terribles de l'ennemi. Les bolcheviks-l&#233;ninistes consacreront toutes leurs forces &#224; ce travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le socialisme, vu par Karl Kautsky</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1089</link>
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		<dc:date>2009-04-13T16:24:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Socialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;Extraits du &#034;Programme socialiste&#034; de Karl Kautsky &lt;br class='autobr' /&gt;
1 : R&#233;forme sociale et R&#233;volution. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les forces productives qui se sont d&#233;velopp&#233;es au sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste ne sont plus compatibles avec le mode de propri&#233;t&#233; qui forme sa base. Vouloir maintenir cette forme de propri&#233;t&#233;, c'est rendre &#224; l'avenir son progr&#232;s social impossible, c'est condamner la soci&#233;t&#233; au repos, &#224; la corruption, mais &#224; une corruption la frappant en pleine vie, s'accompagnant des convulsions les plus douloureuses. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique81" rel="directory"&gt;4- Ce qu'est le socialisme et ce qu'il n'est pas&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot97" rel="tag"&gt;Socialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Extraits du &#034;Programme socialiste&#034; de Karl Kautsky&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 : R&#233;forme sociale et R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les forces productives qui se sont d&#233;velopp&#233;es au sein de la soci&#233;t&#233; capitaliste ne sont plus compatibles avec le mode de propri&#233;t&#233; qui forme sa base. Vouloir maintenir cette forme de propri&#233;t&#233;, c'est rendre &#224; l'avenir son progr&#232;s social impossible, c'est condamner la soci&#233;t&#233; au repos, &#224; la corruption, mais &#224; une corruption la frappant en pleine vie, s'accompagnant des convulsions les plus douloureuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout progr&#232;s ult&#233;rieur des forces productives accuse la contradiction o&#249; se trouvent ces forces et le mode de propri&#233;t&#233; existant. Toutes les tentatives de r&#233;soudre cette contradiction ou simplement de l'att&#233;nuer sans toucher &#224; la propri&#233;t&#233; ont montr&#233; leur inutilit&#233; et devaient le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un si&#232;cle, les penseurs et les hommes politiques appartenant aux classes poss&#233;dantes s'efforcent d'&#233;viter le renversement violent ( la r&#233;volution ) de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production par des r&#233;formes sociales. C'est ainsi qu'ils appellent toutes les interventions dans la vie &#233;conomique destin&#233;es &#224; supprimer ou att&#233;nuer un effet de cette propri&#233;t&#233; priv&#233;e, sans toucher &#224; cette derni&#232;re. Depuis un si&#232;cle, les moyens les plus divers ont &#233;t&#233; pr&#233;conis&#233;s et &#233;prouv&#233;s dans ce but. Il est presque impossible d'imaginer quelque chose de neuf &#224; ce propos. Les derni&#232;res nouveaut&#233;s de nos charlatans, en mati&#232;re sociale, qui doivent gu&#233;rir les maux les plus inv&#233;t&#233;r&#233;s en peu de jours, sans douleur, et sans frais, ne sont, si on les regarde de pr&#232;s, que des vieux plats r&#233;chauff&#233;s, ne sont que des inventions fort anciennes que l'on a d&#233;j&#224; mises en pratique autre part, en d'autres temps, et qui ont prouv&#233; toute leur inefficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'on nous comprenne bien. Nous affirmons que les r&#233;formes sociales sont inefficaces en tant qu'elles ont pour but de supprimer la contradiction croissante existant entre les forces productives et le mode de propri&#233;t&#233; actuel, tout en maintenant et en fortifiant ce dernier. Mais nous ne voulons pas dire par l&#224; que la r&#233;volution sociale, l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production se produira d'elle-m&#234;me, que l'&#233;volution irr&#233;sistible s'accomplira toute seule. Nous ne pr&#233;tendons pas non plus que toutes les r&#233;formes sociales soient choses inutiles, et qu'il ne reste &#224; ceux qui ont &#224; souffrir de la contradiction entre les forces productives et le mode de propri&#233;t&#233; qu'&#224; se croiser les bras et &#224; attendre avec r&#233;signation qu'elle disparaisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle du caract&#232;re irr&#233;sistible n&#233;cessaire d'une n&#233;cessit&#233; naturelle de l'&#233;volution sociale, on suppose que les hommes sont des hommes et non des corps inertes, des hommes ayant certains besoins, certaines passions, dou&#233;s de certaines forces physiques et morales qu'ils emploient de leur mieux. Une soumission passive &#224; ce qui para&#238;t in&#233;vitable ne laisse pas libre cours &#224; l'&#233;volution sociale, mais la condamne au repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous tenons pour in&#233;vitable l'abolition de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production, nous ne pr&#233;tendons pas par l&#224; qu'un beau jour les alouettes de la r&#233;volution sociale tomberont toutes r&#244;ties. Nous tenons la ruine de la soci&#233;t&#233; actuelle pour in&#233;vitable, parce que nous savons que l'&#233;volution &#233;conomique cr&#233;e n&#233;cessaire&#173;ment des conditions telles qu'elles forcent les exploit&#233;s &#224; combattre cette propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Nous savons que le nombre et la force des exploit&#233;s s'accroissent, que le nombre et la force des exploiteurs qui s'attachent &#224; l'ordre existant diminuent. Nous savons enfin que cette &#233;volution cr&#233;e des conditions intol&#233;rables pour la masse de la population, conditions qui ne laissent le choix qu'entre la disparition passive ou le renversement actif de l'ordre de la propri&#233;t&#233; existant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un semblable renversement peut affecter les formes les plus diverses, suivant les circonstances o&#249; il se produit. Il n'est, en aucune fa&#231;on, li&#233; n&#233;cessairement &#224; des actes de violence, &#224; du sang r&#233;pandu. Dans l'histoire universelle, on rencontre des cas o&#249; les classes dominantes particuli&#232;rement sens&#233;es ou particuli&#232;rement faibles et l&#226;ches ont librement abdiqu&#233;. De plus, le sort d'une r&#233;volution sociale peut ne pas &#234;tre d&#233;cid&#233; d'un seul coup. Ce cas, d'ailleurs, ne s'est presque jamais produit. Les r&#233;volutions se pr&#233;parent dans des luttes politiques et &#233;conomiques qui durent des ann&#233;es, des dizaines d'ann&#233;es ; elles se poursuivent &#224; travers des alternatives, des changements continuels dans les forces des classes et des partis, et souvent elles sont interrompues par de longues p&#233;riodes de r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelque vari&#233;es que soient les formes que puisse prendre une r&#233;volution sociale, jamais un &#233;v&#233;nement semblable ne s'est produit insensiblement sans qu'interviennent &#233;nergiquement ceux que les conditions r&#233;gnantes opprimaient le plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous d&#233;clarons encore que les r&#233;formes sociales qui s'arr&#234;tent &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e sont incapables de supprimer les contradictions n&#233;es de l'&#233;volution sociale actuelle, nous ne voulons pas dire par l&#224; que, pour les exploit&#233;s, dans les limites du mode actuel de propri&#233;t&#233;, il soit impossible de s'attaquer aux maux dont ils souffrent, qu'ils doivent se soumettre patiemment &#224; tous les mauvais traitements, &#224; toutes les formes d'exploitation que leur impose le mode de production capitaliste, que, tant qu'ils seront exploit&#233;s, peu importe sous quelle forme ils le seront. Nous voulons dire seulement que les exploit&#233;s ne doivent pas exag&#233;rer la valeur des r&#233;formes sociales, croire qu'on peut ainsi transformer les conditions actuelles &#224; leur satisfaction. Il leur faut appr&#233;cier exactement les r&#233;formes qu'on leur propose et pour lesquelles ils interviennent. Les neuf dixi&#232;mes des projets de r&#233;formes sont non seulement inutiles, mais nuisibles pour les exploit&#233;s, Les propositions les plus n&#233;fastes sont celles qui, pour sauver le mode de propri&#233;t&#233; actuel, veulent y adapter les forces productives et tenir pour non avenu le d&#233;veloppement &#233;conomique des derniers si&#232;cles. Les exploit&#233;s qui agissent en ce sens gaspillent leurs forces en des efforts absurdes pour ressusciter ce qui est bien mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut agir de bien des fa&#231;ons sur l'&#233;volution &#233;conomique, on peut l'acc&#233;l&#233;rer, la retarder, on peut affaiblir ou renforcer ses effets, on peut la rendre plus douloureuse ou moins p&#233;nible, suivant l'intelligence qu'on en a, suivant la puissance dont on dispose dans la soci&#233;t&#233;. Mais une chose est impossible ; on ne peut ni arr&#234;ter cette r&#233;volution ni la faire revenir en arri&#232;re. L'exp&#233;rience enseigne, au contraire, que tous les moyens que l'on emploie pour l'enrayer se montrent inefficaces ou m&#234;me empirent les maux qu'ils devaient faire dispara&#238;tre, tandis que les moyens r&#233;ellement susceptibles de rem&#233;dier plus ou moins &#224; l'un ou l'autre des inconv&#233;nients existants ont pour effet de pr&#233;cipiter le cours de l'&#233;volution,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, par exemple, les artisans veulent r&#233;tablir le r&#233;gime des corporations pour redonner au m&#233;tier une nouvelle prosp&#233;rit&#233;, leurs efforts sont vou&#233;s &#224; l'insucc&#232;s et doivent l'&#234;tre ; ils sont en effet en contradiction avec les n&#233;cessit&#233;s des forces productives modernes, de la grande industrie. Il faudrait que cette derni&#232;re e&#251;t disparu, que tout le progr&#232;s technique des temps modernes f&#251;t non avenu pour que le r&#233;gime corporatif p&#251;t actuellement r&#233;ussir. C'est tout simplement impossible. Le mouvement favorable au r&#233;tablissement des corporations n'a qu'un but : mettre les forces, l'argent et l'influence politique &#224; la disposition des partis r&#233;actionnaires, qui les utiliseront au d&#233;triment, non au profit des &#171; petites gens &#187;, en provoquant le rench&#233;&#173;rissement du prix du pain, l'augmentation des imp&#244;ts et des charges militaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les moyens que les artisans peuvent employer dans certaines circonstances pour am&#233;liorer leur sort sont aussi ceux qui leur permettent de donner de l'extension &#224; leur exploitation, de passer &#224; la production par masses et de devenir de petits capitalistes. Ces moyens, coop&#233;ratives des genres les plus diff&#233;rents, introduction de moteurs &#224; bon march&#233;, etc., peuvent aider les mieux partag&#233;s des artisans, mais seulement parce qu'ils leur permettent de quitter la petite industrie. Les moins favoris&#233;s, qui ne peuvent se procurer des moteurs, n'ont pas de cr&#233;dit, etc., s'en ruinent d'autant plus vite. Ces moyens favorisent donc divers artisans, mais ne sauvent pas le m&#233;tier ; ils en h&#226;tent plut&#244;t la disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'origine les salari&#233;s eux aussi voulaient arr&#234;ter le d&#233;veloppement de la grande industrie capitaliste, ils d&#233;truisaient les nouvelles machines, s'opposaient &#224; l'introduction du travail des femmes. Mais ils ont compris plus vite que les artisans combien une telle conduite &#233;tait absurde. Ils ont trouv&#233; d'autres moyens plus efficaces de rem&#233;dier autant que possible aux effets n&#233;fastes de l'exploitation capitaliste : ce sont leurs organisations &#233;conomiques (syndicats) et leur action politique qui se compl&#232;tent r&#233;ciproquement ; ils sont aussi arriv&#233;s &#224; remporter des succ&#232;s plus ou moins consid&#233;rables dans les divers pays. Mais chacune de ces victoires, qu'il s'agisse d'&#233;l&#233;vation de salaire, de diminution de temps de travail, d'interdiction du travail des jeunes enfants, de dispositions concernant l'hygi&#232;ne, donne une nouvelle impulsion &#224; l'&#233;volution &#233;conomique et poussant les capitalistes &#224; remplacer, par exemple, les forces de travail, devenues plus co&#251;teuses, par des machines, ou en rendant indispen&#173;sables des exc&#233;dants de d&#233;penses qui sont plus lourds pour les petits capitalistes et leur permettent plus difficilement de soutenir la concurrence, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l&#233;gitime donc et si n&#233;cessaire qu'il soit que, par exemple, des artisans isol&#233;s cherchent &#224; am&#233;liorer leur situation en employant de petits moteurs ou que des ouvriers fondent des organisations ou cherchent &#224; obtenir des dispositions l&#233;gales leur assurant une diminution du temps de travail, une am&#233;lioration des conditions du travail et des adoucissements semblables, il serait cependant absurde de croire que de telles r&#233;formes peuvent arr&#234;ter la r&#233;volution sociale. Mais il est tout aussi faux d'admettre que l'on ne peut reconna&#238;tre l'utilit&#233; de certaines r&#233;formes sans affirmer par l&#224; m&#234;me qu'il est possible de maintenir la soci&#233;t&#233; sur ses bases actuelles. On peut, au contraire, intervenir en faveur de ces r&#233;formes en se pla&#231;ant au point de vue r&#233;volutionnaire. Comme nous l'avons vu, elles h&#226;tent, en effet, le cours des &#233;v&#233;nements, et bien loin de supprimer les effets meurtriers du mode de production capitaliste dont nous venons d'esquisser un tableau dans les chapitres pr&#233;c&#233;dents, elles les fortifient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prol&#233;tarisation des masses populaires, la r&#233;union de tout le capital entre les mains d'un petit nombre d'individus qui gouvernent la vie &#233;conomique des nations capitalistes, les crises, l'ins&#233;curit&#233; de l'existence, tous ces effets d&#233;sastreux et r&#233;voltants du mode du mode de production capitaliste ne peuvent, sur la base du mode de propri&#233;t&#233; actuelle, &#234;tre arr&#234;t&#233;s dans leurs progr&#232;s constants par des r&#233;formes quelque &#233;tendues qu'on les suppose .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas de parti, f&#251;t ce le plus insens&#233;, le plus attach&#233; aux anciennes coutumes qui n'en ait quelque soup&#231;on. Tous repr&#233;sentent leurs r&#233;formes particuli&#232;res comme des moyens d'&#233;viter la grande catastrophe, aucun ne croit fermement &#224; l'efficacit&#233; de leurs recettes magiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne peut d&#233;truire ce fait. La base juridique du mode de production actuel, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production se concilie de moins en moins avec la nature des moyens de production. Nous l'avons vu dans les chapitres pr&#233;c&#233;dents, l'abolition de cette forme de propri&#233;t&#233; n'est plus qu'une question de temps. Elle se produira infailliblement, bien que personne ne puisse dire exactement quand et de quelle fa&#231;on cette r&#233;volution aura lieu.&lt;br class='autobr' /&gt;
2 : Propri&#233;t&#233; priv&#233;e et propri&#233;t&#233; coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la question qui se pose n'est plus de savoir si la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production doit &#234;tre maintenue et comment elle doit l'&#234;tre. Ce qui importe c'est ce qui devrait la remplacer, ou plut&#244;t ce qui doit n&#233;cessairement la remplacer. Il ne s'agit pas ici, en effet, de fantaisies arbitraires, mais de quelque chose d'impos&#233; en vertu d'une n&#233;cessit&#233; naturelle. La forme de propri&#233;t&#233; par laquelle nous remplacerons la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'est pas laiss&#233;e &#224; notre libre appr&#233;ciation. Nous ne sommes pas davantage libres de vouloir maintenir cette derni&#232;re ou la jeter par-dessus bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution &#233;conomique qui pose cette question : par quoi sera remplac&#233;e la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production ? nous fournit &#233;galement les moyens de la r&#233;soudre. La nouvelle propri&#233;t&#233; sommeille d&#233;j&#224; au sein de l'ancienne. Pour conna&#238;tre cette nouvelle propri&#233;t&#233;, nous n'avons pas &#224; nous tenir &#224; nos inclinations et &#224; nos d&#233;sirs personnels, mais aux faits que nous avons sous les yeux et qui sont les m&#234;mes pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui conna&#238;t les conditions de la production actuelle sait &#233;galement quelle forme de propri&#233;t&#233; elles exigent d&#232;s que le mode de propri&#233;t&#233; existant est devenu impossible. Aussi prions nous nos lecteurs d'avoir toujours pr&#233;sent &#224; l'esprit ce que nous leur avons dit du pr&#233;sent et du pass&#233; maintenant que nous allons nous occuper de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production a, comme nous le savons, sa racine dans la petite industrie. La production industrielle rend n&#233;cessaire la propri&#233;t&#233; individuelle. La grande exploitation au contraire signifie la production coop&#233;rative , la production sociale . Dans la grande industrie, chaque ouvrier ne travaille pas pour lui, une grande masse de travailleurs, toute une soci&#233;t&#233; coop&#232;re pour cr&#233;er un tout. Les moyens de production de la grande industrie moderne sont &#233;tendus et puissants. Il est impossible que chaque travailleur individuel poss&#232;de lui-m&#234;me ses moyens de production. La grande industrie dans l'&#233;tat actuel de la technique ne permet que deux formes de propri&#233;t&#233; : la propri&#233;t&#233; priv&#233;e exerc&#233;e par un individu sur les moyens de production n&#233;cessaires &#224; un groupement coop&#233;ratif de travailleurs. C'est alors le mode de production capitaliste qui domine aujourd'hui, tra&#238;nant &#224; sa suite la mis&#232;re et l'exploitation pour l'ouvrier, et une surabondance &#233;norme pour le capitaliste. Il ne reste plus d&#232;s lors qu'une seule forme possible : la propri&#233;t&#233; commune exerc&#233;e par tous les travailleurs sur la totalit&#233; des moyens de production Mais c'est alors le mode coop&#233;ratif de production, c'est la suppression de l'exploitation des ouvriers qui deviennent les ma&#238;tres de leurs propres produits et auxquels revient d&#232;s lors la plus-value que le capitaliste s'appropriait jusque l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;volution &#233;conomique exige de plus en plus imp&#233;rieusement la substitution de la propri&#233;t&#233; coop&#233;rative &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;mocrates socialistes ne sont pas seuls &#224; &#234;tre convaincus de la n&#233;cessit&#233; de la propri&#233;t&#233; coop&#233;rative. Cette conviction est &#233;galement partag&#233;e par les anarchistes et les lib&#233;raux. Il est vrai que ceux-ci pr&#233;tendent n'employer pour atteindre ce but que les moyens qui ne pourront jamais y conduire. Pr&#244;ner aux ouvriers la fondation de grandes exploitations avec les gros sous qu'ils ont &#233;conomis&#233;s, c'est les mystifier, ce n'est ni les conseiller ni les aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, pour le moment, nous n'avons pas &#224; nous pr&#233;occuper des voies et moyens &#224; employer. Nous traiterons ce sujet dans le chapitre suivant. Il s'agit actuel&#173;le&#173;ment de d&#233;terminer d'une fa&#231;on plus compl&#232;te la propri&#233;t&#233; coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus simple est de d&#233;clarer que chaque exploitation capitaliste doit &#234;tre transform&#233;e en coop&#233;rative. Les ouvriers qui y travaillent en seraient en m&#234;me temps les propri&#233;taires. Pour le reste, rien de chang&#233;. La production marchande continuerait &#224; subsister. Chaque entreprise isol&#233;e serait compl&#232;tement ind&#233;pendante des autres et produirait pour le march&#233;, pour la vente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se repr&#233;senter un tel mode de production ne t&#233;moigne pas d'une trop grande fantaisie. Il est aussi semblable que possible au mode de production actuel. Il cons&#173;titue l'id&#233;al des anarchistes et des lib&#233;raux, Les uns et les autres ne se distinguent que par le moyen d'y atteindre. Les premiers veulent que dans une r&#233;volution g&#233;n&#233;rale les ouvriers s'emparent des diverses entreprises. Les derniers conseillent, comme nous l'avons vu, d'employer l'&#233;pargne pour arriver au but,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons les cons&#233;quences que comporte cette solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aboutit &#224; transformer les ouvriers en entrepreneurs, non en capitalistes ; il n'y a plus de capitalistes en effet quand tous les ouvriers sont en possession de leurs moyens de production. Les travailleurs &#233;chappent ainsi aux inconv&#233;nients que l'exploitation capitaliste leur m&#233;nage. Mais les dangers qui menacent aujourd'hui l'entrepreneur individuel subsistent : la concurrence, la surproduction, les crises, la banqueroute n'ont nullement disparu. Les exploitations les mieux &#233;tablies &#233;vinceront les autres du march&#233; et finiront par les ruiner. Les entreprises isol&#233;es d'une m&#234;me branche d'industrie peuvent se constituer en trust : l'&#233;volution ne s'en trouvera pas modifi&#233;e. Nous n'avons pour le montrer qu'&#224; renvoyer &#224; nos d&#233;veloppements du chapitre pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me qu'aujourd'hui des entreprises capitalistes se ruinent, de m&#234;me des entreprises coop&#233;ratives feront faillite. Les ouvriers perdront ainsi leurs moyens de production et reviendront des prol&#233;taires oblig&#233;s de vendre leur force de travail pour pouvoir continuer &#224; vivre. Les travailleurs appartenant aux coop&#233;ratives plus heureuses trouveront avantageux d'introduire des salari&#233;s au lieu de travailler eux-m&#234;mes. Ils se changeront en exploiteurs, en capitalistes, et, au bout du compte, dans un certain temps l'ancien &#233;tat de choses, l'ancien mode de production capitaliste se trouvera r&#233;tabli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production marchande et la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production sont &#233;troitement li&#233;es ensemble. La production marchande suppose la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, cette production rend vaine toutes les tentatives d'abolir cette derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous le r&#233;gime de la production marchande, la grande exploitation prend n&#233;ces&#173;sairement la forme capitaliste . La forme coop&#233;rative ne peut se produire que d'une fa&#231;on imparfaite et isol&#233;e ; elle ne peut jamais devenir dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on veut s&#233;rieusement substituer &#224; la propri&#233;t&#233; capitaliste la propri&#233;t&#233; coop&#233;&#173;rative des moyens de production, il faut faire un pas de plus que les anarchistes et les lib&#233;raux, il faut aller jusqu'&#224; la suppression de la production marchande .&lt;br class='autobr' /&gt;
3 : La Production socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supprimer la production marchande, c'est substituer &#224; la production pour la vente la production destin&#233;e &#224; satisfaire les besoins de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re peut rev&#234;tir deux aspects : ce peut &#234;tre la production de l'individu pour satisfaire ses besoins personnels, ou la production d'une soci&#233;t&#233; ou d'une coop&#233;rative pour satisfaire ses propres besoins, les besoins de ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re forme de production n'a jamais &#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale. L'homme, si loin que l'on remonte, a toujours &#233;t&#233; un &#234;tre social. Pour satisfaire toute une s&#233;rie de ses besoins, l'homme a toujours &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; travailler en commun, avec d'autres hommes. D'autres ont d&#251; travailler pour lui ce qui supposait en g&#233;n&#233;ral qu'il travaillait &#233;galement pour autrui. La production de l'individu pour lui-m&#234;me n'a jamais jou&#233; qu'un r&#244;le restreint. Aujourd'hui c'est &#224; peine s'il y a encore lieu d'en parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production coop&#233;rative destin&#233;e &#224; satisfaire les besoins est rest&#233;e la forme dominante de production tant que la production marchande ne s'est pas d&#233;velopp&#233;e. Elle est aussi ancienne que l'acte m&#234;me de produire. Si l'on suppose qu'un mode de production r&#233;pond surtout &#224; la nature humaine, c'est cette esp&#232;ce de production que l'on pourrait le mieux qualifier de naturelle. Elle compte peut-&#234;tre autant de dizaines de milliers d'ann&#233;es que la production marchande de milliers. La nature, l'&#233;tendue, les droits de la coop&#233;rative qui se livrait &#224; la production changeaient avec l'esp&#232;ce des moyens et du mode de production. Mais que ce f&#251;t une horde, une gens, une mark ou une coop&#233;rative domestique (une grande famille de paysans), une s&#233;rie de traits essentiels &#233;taient communs. Chacun de ces groupes satisfaisait tous ses besoins (au moins tous les besoins n&#233;cessaires et essentiels) avec les fruits de sa propre production. Les moyens de production &#233;taient la propri&#233;t&#233; de la coop&#233;rative. Ses membres travaillaient librement, en &#233;gaux, en suivant les usages ou d'apr&#232;s un plan qu'ils avaient eux-m&#234;mes con&#231;u, sous une direction qu'ils avaient eux-m&#234;mes &#233;lue et qui &#233;tait responsable envers eux. Le produit du travail commun appartenait &#224; la communaut&#233;. Elle en employait une partie &#224; satisfaire des besoins communs (de consommation ou de production). Le reste &#233;tait distribu&#233; suivant la coutume ou d'apr&#232;s une mesure d&#233;termin&#233;e par l'ensemble de ses membres, aux personnes ou aux groupes qui constituaient la coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prosp&#233;rit&#233; d'une communaut&#233; semblable, se suffisant &#224; elle-m&#234;me, d&#233;pendait de conditions naturelles et personnelles. Plus le domaine qu'elle occupait &#233;tait fertile, plus ses membres &#233;taient laborieux, inventifs, vigoureux, et plus aussi le bien-&#234;tre &#233;tait grand, assur&#233;. Les &#233;pid&#233;mies, les inondations, les incursions d'ennemis plus forts pouvaient la mettre dans une situation p&#233;nible, l'an&#233;antir m&#234;me, mais il y avait une chose qui ne l'atteignait pas, les fluctuations du march&#233;. Elle les ignorait compl&#232;te&#173;ment ou ne les connaissait que pour les objets de luxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une production coop&#233;rative de cette esp&#232;ce constitue une production communiste, ou, comme on dit aujourd'hui, socialiste. Seul un mode de production de ce genre peut mettre fin &#224; la production marchande. C'est la seule forme possible de production quand la production marchande doit dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nous ne voulons pas dire par l&#224; qu'il faut aujourd'hui ressusciter ce qui est mort et r&#233;tablir les anciennes formes de la possession en commun et de la production coop&#233;rative. Ces formes correspondaient &#224; des moyens de production d&#233;termin&#233;s. Ils &#233;taient incompatibles avec des moyens de production plus d&#233;velopp&#233;s ; ils le sont encore. Aussi disparaissent ils partout, au cours de l'&#233;volution &#233;conomique, devant la production marchande encore &#224; ses d&#233;buts. Et quand elles cherchent &#224; s'opposer aux progr&#232;s de celles-ci, elles deviennent un obstacle au d&#233;veloppement des forces productives. Les tentatives que l'on pourrait faire pour supprimer la production marchande en maintenant et en revivifiant les restes de l'ancien communisme qui ont persist&#233; jusqu'&#224; nos jours, surtout dans certaines communaut&#233;s paysannes arri&#233;r&#233;es, seraient aussi vaines, aussi r&#233;actionnaires que les efforts qui tendent &#224; la recons&#173;titution du r&#233;gime corporatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La production socialiste, rendue n&#233;cessaire aujourd'hui par la banqueroute imminente de la production marchande, aura, doit avoir certains traits communs avec les anciennes formes de production communiste. L'une et l'autre sont des esp&#232;ces de la production exerc&#233;e en vue de la consommation. Mais la production capitaliste a &#233;galement des traits communs avec la production fond&#233;e sur le m&#233;tier ; toutes deux, en effet, sont des esp&#232;ces de la production marchande. La production capitaliste, forme sup&#233;rieure de la production marchande, est n&#233;anmoins totalement diff&#233;rente de la production exerc&#233;e par l'artisan. De m&#234;me le mode de production coop&#233;ratif, devenu actuellement n&#233;cessaire, sera totalement diff&#233;rent des formes ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas au communisme primitif que le mode de production socialiste qui s'annonce se rattachera, mais bien &#224; la production capitaliste qui d&#233;veloppe elle-m&#234;me les &#233;l&#233;ments dont se formera le mode de production qui lui succ&#233;dera. C'est la production capitaliste elle-m&#234;me qui, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, cr&#233;e les hommes nouveaux dont le nouveau mode le production a besoin. Mais elle cr&#233;e aussi les organisations sociales qui formeront les bases du nouveau mode de production d&#232;s que ces hommes nouveaux s'en seront empar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le mode de production socialiste exige, c'est d'abord la transformation des entreprises capitalistes individuelles en entreprises coop&#233;ratives. Cette transformation est propos&#233;e par ce fait que, comme nous l'avons vu, la personne du capitaliste devient un rouage de plus en plus inutile dans le m&#233;canisme &#233;conomique. Puis, le mode de production socialiste exige encore la r&#233;union en une seule grande coop&#233;&#173;rative de toutes les exploitations qui, pour un &#233;tat d&#233;termin&#233; de la production, sont n&#233;cessaires pour que soient satisfaits les besoins essentiels d'une soci&#233;t&#233;. Nous avons vu dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent comment l'&#233;volution &#233;conomique pr&#233;pare, d&#232;s mainte&#173;nant, cette transformation en r&#233;unissant de plus en plus les entreprises capitalistes en quelques mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quelle doit &#234;tre l'&#233;tendue d'une semblable association se suffisant &#224; elle-m&#234;me ? La communaut&#233; socialiste n'est nullement une fantaisie arbitraire, c'est un produit n&#233;cessaire de l'&#233;volution &#233;conomique, que chacun reconna&#238;t d'autant plus clairement qu'il comprend mieux cette derni&#232;re. Aussi, l'&#233;tendue de cette association n'est-elle pas quelconque ; elle est d&#233;termin&#233;e par chaque moment de l'&#233;volution. Plus celle-ci progresse, plus la division du travail se d&#233;veloppe, plus le commerce s'&#233;tend et plus aussi cette communaut&#233; devra &#234;tre vaste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura bient&#244;t. deux si&#232;cles qu'un Anglais bien intentionn&#233;, du nom de John Bellers proposa au Parlement (en 1696) de mettre un terme &#224; la mis&#232;re que le mode de production capitaliste, si jeune qu'il f&#251;t, commen&#231;ait d&#233;j&#224; &#224; r&#233;pandre. Il demandait la fondation de coop&#233;ratives, produisant tout ce dont elles auraient besoin, produits industriels comme produits agricoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'industrie, le m&#233;tier &#233;tait encore la forme de production pr&#233;dominante. A c&#244;t&#233; de lui r&#233;gnait la manufacture capitaliste. Il n'&#233;tait pas encore question de la fabrique capitaliste employant la machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un si&#232;cle plus tard, les penseurs socialistes reprirent cette id&#233;e, consid&#233;rablement approfondie d'ailleurs et compl&#233;t&#233;e. Mais les d&#233;buts du r&#233;gime de la fabrique se faisaient d&#233;j&#224; sentir. Le m&#233;tier tombait en d&#233;cadence. Toute la vie sociale s'&#233;tait &#233;lev&#233;e d'un degr&#233;. Les coop&#233;ratives se suffisant &#224; elle-m&#234;me, que les socialistes r&#233;clamaient au commencement de ce si&#232;cle pour mettre un terme aux inconv&#233;nients du mode de production capitaliste, &#233;taient d&#233;j&#224;, dix fois plus grandes que celles que proposait Bellers (les phalanst&#232;res de Fourier, par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, quelque importantes que fussent les conditions &#233;conomiques de l'&#233;poque de Fourier, compar&#233;es &#224; celles de l'&#233;poque de Bellers, elles paraissent mesquines une g&#233;n&#233;ration plus tard. Dans sa marche conqu&#233;rante, la machine bouleversait toute la vie &#233;conomique. Elle a donn&#233; une si grande extension aux entreprises capitalistes que quelques-unes exer&#231;aient leur influence sur des &#201;tats entiers. Elle a fait de plus en plus d&#233;pendre les unes des autres les diverses entreprises d'un pays, si bien qu'&#233;conomiquement, elles n'en forment plus qu'une seule. Elle tend de plus en plus &#224; r&#233;unir en un seul tout &#233;conomique la vie &#233;conomique des nations capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La division du travail se d&#233;veloppe toujours. Les diff&#233;rentes maisons s'appliquent de plus en plus &#224; ne produire que certaines sp&#233;cialit&#233;s, pour tout l'univers, il est vrai. Les entreprises isol&#233;es deviennent de plus en plus gigantesques. Certains patrons comptent leurs ouvriers par milliers. Aussi, une association coop&#233;rative, voulant satisfaire tous ses besoins et comprendre toutes les d&#233;penses n&#233;cessaires &#224; leur satisfaction, doit avoir une tout autre &#233;tendue que les phalanst&#232;res et les colonies du commencement du si&#232;cle pass&#233;. De toutes les organisations sociales existantes, une seule a une &#233;tendue suffisante pour qu'on en puisse faire le cadre o&#249; se d&#233;veloppera la communaut&#233; coop&#233;rative socialiste : c'est l'&#201;tat moderne .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me l'extension prise par la production de certaines entreprises est si consid&#233;rable, les rapports &#233;conomiques qui unissent les nations capitalistes sont si &#233;troits que l'on peut se demander si le cadre de l'&#201;tat suffira &#224; embrasser la commu&#173;naut&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant lieu de consid&#233;rer le point suivant. L'extension prise aujourd'hui par le commerce international est conditionn&#233;e plut&#244;t par les rapports d'exploitation que par les rapports de production. Plus la production capitaliste a pris du d&#233;veloppe&#173;ment dans un pays, plus est grande l'exploitation des classes ouvri&#232;res qu'elle cause, et plus aussi est consid&#233;rable l'exc&#233;dent des produits que le pays ne peut consommer lui-m&#234;me et qu'il faut exporter. Si la population d'un pays n'a pas suffisamment d'argent pour acheter elle-m&#234;me un des produits qu'elle fabrique, les capitalistes cherchent &#224; exporter cette marchandise, qu'elle soit d'ailleurs on non indispensable &#224; la population. Ce qu'ils cherchent, ce sont des acheteurs, non des consommateurs. Aussi a-t-on pu voir souvent se produire ce fait abominable : dans un moment de famine, l'Irlande exportait du bl&#233; en quantit&#233;s relativement importantes. Au cours de l'effroyable famine qui s&#233;vit sur leur pays, on ne peut arr&#234;ter les capitalistes d'exporter le grain qu'en le leur interdisant formellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on vient &#224; mettre un terme &#224; l'exploitation et que la production en vue de la consommation soit substitu&#233;e &#224; la production en vue de la vente, l'exportation comme l'importation s'en trouveront fort diminu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, des relations de cet ordre ne cesseront jamais d'exister entre les divers &#201;tats. D'un c&#244;t&#233; la division du travail est d&#233;velopp&#233;e &#224; un tel point, l'&#233;coulement dont les industries g&#233;antes ont besoin pour leurs produits est si consid&#233;rable ; d'autre part gr&#226;ce au d&#233;veloppement du commerce international dans les &#201;tats modernes, tant de besoins ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s qui, d&#232;s maintenant, sont devenus des n&#233;cessit&#233;s et peuvent &#234;tre satisfaits par l'importation ( de caf&#233;, par exemple ) en Europe qu'il semble impossible d'arriver &#224; ce que les diverses communaut&#233;s socialistes, m&#234;me eussent-elles l'exten&#173;sion d'un &#201;tat actuel, puis&#173;sent satisfaire &#224; toutes les exigences par leur propre production. Au d&#233;but, il subsistera donc une esp&#232;ce d'&#233;change de marchandises entre les diff&#233;rentes communaut&#233;s. Mais leur ind&#233;pendance &#233;conomique ne s'en trouve pas menac&#233;e si elles produisent elles-m&#234;mes tout le n&#233;cessaire et n'ont recours &#224; l'&#233;change que par le superflu , si elles agissent &#224; peu pr&#232;s comme une famille paysan&#173;ne aux d&#233;buts de la production marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour que chaque communaut&#233; socialiste produise elle-m&#234;me tout le n&#233;cessaire, il suffit actuellement qu'elle ait la m&#234;me &#233;tendue qu'un &#201;tat moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, cette &#233;tendue elle-m&#234;me n'est nullement immuable. L'&#201;tat moderne, comme nous l'avons d&#233;j&#224; remarqu&#233;, n'est au fond que le produit et l'instrument du mode de production capitaliste. Il grandit avec ce dernier et, suivant les n&#233;cessit&#233;s, non seulement en force, mais encore en extension. Le march&#233; int&#233;rieur, le march&#233; situ&#233; dans l'&#201;tat auquel elle appartient, est toujours, pour la classe capitaliste, le plus s&#251;r, celui qu'il est le plus facile de d&#233;fendre et que l'on peut le mieux exploiter. Aussi, dans la mesure o&#249; se d&#233;veloppe le mode de production capitaliste, s'accro&#238;t la tendance de la classe capitaliste de chaque pays d'&#233;tendre ses fronti&#232;res. En ce sens, l'homme d'&#201;tat qui pr&#233;tendait que les guerres modernes n'&#233;taient plus dynastiques, mais nationales, n'avait-il pas compl&#232;tement tort. Seulement, il faut entendre par tendances nationales les tendances de la classe capitaliste. Rien ne l&#232;se davantage l'int&#233;r&#234;t des capitalistes d'une nation que la diminution du territoire. La bourgeoisie fran&#231;aise aurait pardonn&#233; il y a longtemps &#224; l'Allemagne les cinq milliards vers&#233;s, mais elle ne peut admettre l'annexion de l'Alsace-Lorraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#201;tats modernes ont besoin de prendre de l'extension. C'est pour les &#201;tats-Unis que la chose est plus facile ; ils disposeront bient&#244;t de toute l'Am&#233;rique ; il en est de m&#234;me pour l'Angleterre, &#224; laquelle l'empire des mers permet d'agrandir continuel&#173;le&#173;ment par des colonies la sph&#232;re de son influence. La Russie elle-m&#234;me n'a pas rencontr&#233; trop de difficult&#233;s &#224; reculer ses fronti&#232;res sur certains points. Mais aujourd'hui, elle se heurte presque partout &#224; des voisins qui la valent. Dans l'Asie Orientale, elle se trouve en pr&#233;sence du Japon et de l'Angleterre, qui, directement ou indirectement, cherchent dans divers &#201;tats &#224; emp&#234;cher ses progr&#232;s ult&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les &#201;tats du continent europ&#233;en qui se trouvent dans la situation la plus difficile ; et cependant, comme les autres ils ont besoin d'&#233;tendre constamment leur domaine. Mais ils se touchent de trop pr&#232;s, et aucun d'eux ne peut se d&#233;velopper sans d&#233;truire un voisin qui le vaut. La politique coloniale ne satisfait que m&#233;diocrement le besoin d'extension caus&#233; par leur production capitaliste. C'est l&#224; une des causes les plus puissantes du militarisme, de cette transformation de l'Europe en un camp qui menace d'&#233;craser les &#201;tats europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, chaque &#201;tat moderne s'efforce de s'&#233;tendre, suivant en cela le cours de l'&#233;volution &#233;conomique. Celle-ci assure ainsi partout aux communaut&#233;s socialistes &#224; venir une &#233;tendue suffisante [1] .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#201;tat moderne n'est pas seulement la seule des organisations sociales actuel&#173;le&#173;ment existantes qui poss&#232;de l'extension suffisante pour fournir le cadre n&#233;cessaire &#224; une communaut&#233; socialiste, il en forme encore la seule base naturelle. On nous permettra une petite digression destin&#233;e &#224; faire mieux comprendre ce point.&lt;br class='autobr' /&gt;
4 : L'importance &#233;conomique de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les communaut&#233;s isol&#233;es ont d&#233;j&#224; eu &#224; accomplir des t&#226;ches &#233;conomiques. Cela va de soi dans les communaut&#233;s communistes primitives que nous rencontrons au seuil de l'histoire des nations. Quand se d&#233;velopperont l'exploitation individuelle de la petite industrie, la propri&#233;t&#233; des moyens de production et la production marchande, il n'en subsistera pas moins toute une s&#233;rie de fonctions sociales : les remplir d&#233;passait les forces de la petite industrie, ou bien encore elles &#233;taient trop importantes pour qu'on les abandonn&#226;t &#224; l'arbitraire des individus. A c&#244;t&#233; des soins &#224; donner &#224; la jeunesse, aux pauvres, aux vieillards et aux malades, (institutions d'&#233;ducation, de secours aux pauvres et aux malades), la r&#233;glementation, le d&#233;veloppement du com&#173;merce (construction de routes, frappe de monnaies, police des march&#233;s), la r&#233;glemen&#173;tation et la s&#233;curit&#233; de bases g&#233;n&#233;rales et importantes de la production (police des eaux et for&#234;ts), incombaient &#224; la communaut&#233;. Dans la soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale, c'&#233;taient en effet les &#171; marks &#187; et les diff&#233;rentes communaut&#233;s rurales ou urbaines qui en d&#233;pendent auxquelles ces obligations revenaient. L'&#201;tat au moyen &#226;ge ne se pr&#233;occupait nullement de ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en fut plus de m&#234;me quand cet &#201;tat devint un &#201;tat moderne, un &#201;tat militaire et bureaucratique, l'instrument de la classe capitaliste qui vint se placer &#224; c&#244;t&#233; de la noblesse fonci&#232;re au nombre des classes dominantes, disputant le pouvoir &#224; cette derni&#232;re le partageant avec elle ou l'&#233;vin&#231;ant compl&#232;tement de sa situation pr&#233;do&#173;minante. Comme tout &#201;tat, l'&#201;tat moderne est lui aussi un instrument de la domination de classe. Mais il ne pouvait remplir son r&#244;le et satisfaire aux exigences de la classe capitaliste sans dissoudre ou assujettir les organisations &#233;conomiques qu'il trouvait et qui formaient les soutiens du r&#233;gime pr&#233;-capitaliste. Mais pour cette raison m&#234;me, il lui fallait se charger de quantit&#233; de fonctions qu'elles remplissaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; m&#234;me o&#249; l'&#201;tat laissa subsister les organisations m&#233;di&#233;vales, elles ne tard&#232;rent pas &#224; se montrer en d&#233;cadence et &#224; se montrer de plus en plus incapables de remplir toutes les fonctions. A mesure que le mode de production capitaliste se d&#233;veloppait, celles-ci prenaient une extension de plus en plus grande. Au sein de l'&#201;tat, elles ont d&#233;pass&#233; et d&#233;passent encore les organisations isol&#233;es, si bien que celui-ci est finalement contraint de se charger m&#234;me des fonctions qui lui tiennent peu au c&#339;ur. Ainsi la prise &#224; sa charge des institutions d'enseignement et de bienfaisance est devenue une n&#233;cessit&#233; absolue &#224; laquelle il s'est d&#233;j&#224; soumis en partie. La frappe de la monnaie lui est &#233;chue tout d'abord, la protection des for&#234;ts, les r&#232;glements concernant les eaux, la construction des routes rel&#232;vent de plus en plus de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut une &#233;poque o&#249;, dans sa confiance, la classe capitaliste crut pouvoir se passer de l'action &#233;conomique de l'&#201;tat. Il devait se borner &#224; assurer la s&#233;curit&#233; &#224; l'int&#233;rieur et &#224; l'ext&#233;rieur, maintenir en respect les prol&#233;taires et les concurrents &#233;trangers, mais confier toute la vie &#233;conomique aux mains des capitalistes. Ceux-ci avaient de bonnes raisons de le souhaiter. Quelle que f&#251;t leur puissance, le pouvoir ne s'&#233;tait pas toujours montr&#233; aussi serviable qu'ils le demandaient. Il avait &#233;t&#233; de m&#234;me momentan&#233;ment accapar&#233; par d'autres fractions des classes dominantes, par la noblesse fonci&#232;re par exemple. Et dans les pays m&#234;mes o&#249; l'autorit&#233; publique s'&#233;tait montr&#233;e bienveillante &#224; l'&#233;gard de la classe capitaliste, les fonctionnaires publics, qui n'entendaient absolument rien aux affaires, s'&#233;taient r&#233;v&#233;l&#233;s sous l'aspect d'amis parfaitement incommodes, aussi lourds, aussi maladroits que l'ours qui, voulant chasser une mouche du front de l'ermite, son ami, lui fendit le cr&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; le mouvement socialiste commen&#231;ait &#224; se d&#233;ve&#173;lopper que cette tendance hostile &#224; l'intervention de l'&#201;tat dans la vie &#233;conomique pr&#233;valait, d'abord en Angleterre o&#249; elle prit le nom d'&#233;cole de Manchester qu'on lui donna &#233;galement en Allemagne. Les doctrines manchest&#233;riennes &#233;taient les premi&#232;res armes spirituelles que la classe capitaliste dirigeait contre le mouvement socialiste, en Angleterre et en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;tonnant que parmi les ouvriers socialistes l'opinion s'implanta souvent que les concepts de manchest&#233;rien et de capitaliste ou ami des capitalistes d'un c&#244;t&#233;, et d'intervention de l'Etat dans les conditions &#233;conomiques et de socialisme de l'autre, &#233;taient &#233;quivalents. ; il n'est pas &#233;tonnant non plus qu'ils aient cru que vaincre le manchest&#233;rianisme c'&#233;tait triompher du capitalisme. Il n'en est rien. Le manchest&#233;rianisme n'a jamais &#233;t&#233; qu'une simple doctrine, une th&#233;orie, que la classe capitaliste dirige contre les ouvriers et &#224; l'occasion contre les gouvernements ; mais elle s'est toujours soigneusement gard&#233;e de l'appliquer logiquement. Actuellement la doctrine de l'&#233;cole de Manchester a d&#233;j&#224; perdu presque toute son influence sur la classe capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci n'a pas seulement perdu cette confiance en elle-m&#234;me qui &#233;tait la condition pr&#233;alable du manchest&#233;rianisme, elle s'est de plus convaincue que l'&#233;vo&#173;lution politique et &#233;conomique rendait in&#233;vitable la mise &#224; la charge de l'&#201;tat de certains devoirs sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces devoirs deviennent chaque jour plus consid&#233;rables. Non seulement les fonctions dont l'&#201;tat s'est charg&#233; apr&#232;s les avoir retir&#233;es aux organisations dont nous avons parl&#233; prennent une importance de plus en plus grande, qu'on se rappelle seulement la construction des canaux modernes et la r&#233;glementation fluviale, mais encore le mode de production capitaliste donne naissance &#224; des fonctions que ne soup&#231;onnaient pas les institutions sociales du moyen &#226;ge et qui le forcent &#224; intervenir profond&#233;ment dans la vie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si au cours des si&#232;cles pass&#233;s, les hommes d'&#201;tat devaient &#234;tre surtout des diplomates et des juristes, aujourd'hui ils doivent, ou du moins ils devraient &#234;tre surtout des &#233;conomistes. Dans les d&#233;bats actuels, ce ne sont plus les trait&#233;s et les privil&#232;ges, les documents authentiques et les pr&#233;c&#233;dents, mais les propositions de l'&#233;conomie politique qui servent d'arguments d&#233;cisifs. Souvenons nous de tout ce qui rentre aujourd'hui dans le domaine de la politique : politique financi&#232;re, coloniale, douani&#232;re, politique des chemins de fer, politique sociale (protection ouvri&#232;re, assurance ouvri&#232;re, assistance, etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus. L'&#233;volution &#233;conomique entra&#238;ne l'&#201;tat &#224; r&#233;unir entre ses mains les exploitations de plus en plus nombreuses, soit dans l'int&#233;r&#234;t de sa propre conservation, soit pour mieux remplir ses fonctions, soit enfin pour augmenter ses revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moyen &#226;ge, le d&#233;tenteur du pouvoir tirait la plus grande partie de sa puissance de son domaine ou du domaine public. Aux XVIe XVIIe XVIIIe si&#232;cles, on &#233;tendit souvent ce dernier en lui adjoignant des biens eccl&#233;siastiques ou des biens de paysans. D'un autre c&#244;t&#233;, le manque d'argent auquel les princes &#233;taient en proie les amenait &#224; vendre &#224; des capitalistes des biens de la couronne. Mais, dans la plupart des pays, des restes consid&#233;rables ont subsist&#233; sous la forme des domaines publics et des mines domaniales. Le d&#233;veloppement du militarisme y fit joindre des arsenaux et des chantiers pour les constructions navales, le d&#233;veloppement des communications, &#8211; les postes, les chemins de fer, les t&#233;l&#233;graphes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'origine du mode de production capitaliste, quand les besoins d'argent des princes &#233;taient consid&#233;rable &#8211; et leurs ressources peu importantes, ils s'appliqu&#232;rent &#224; se m&#233;nager la production de certaines marchandises et &#224; se procurer des profits par la constitution de monopoles d'&#201;tat. Mais les fonctionnaires se montr&#232;rent peu propres &#224; diriger avec profit les entreprises de production marchande. Le d&#233;veloppement pris par les imp&#244;ts f&#238;t conna&#238;tre des sources plus abondantes de revenus. Puis les doctrines manchest&#233;riennes, que les hommes d'&#201;tat bourgeois s'assimil&#232;rent, vinrent &#224; pr&#233;valoir. On consid&#233;ra comme un p&#233;ch&#233; de frustrer les capitalistes d'une occasion de profit. Aussi, au cours de ce si&#232;cle, le r&#233;gime des monopoles d'&#201;tat n'a t il pas fait de progr&#232;s jusque dans ces derniers temps ; il a, au contraire, perdu du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que dans ces deux derni&#232;res dizaines d'ann&#233;es qu'il a repris quelque faveur. Les besoins financiers des &#201;tats croissent rapidement, tandis que les masses populaires s'appauvrissent de plus en plus. L'augmentation des imp&#244;ts devient de moins en moins fructueuse. D'autre part, le d&#233;veloppement du mode de production capitaliste rend la personne du capitaliste de moins en moins indispensable. Il a donn&#233; naissance &#224; une arm&#233;e d'employ&#233;s qui ont pris &#224; leur charge les fonctions de capitaliste et les remplissent Dans la plupart des grandes entreprises capitalistes il a cr&#233;&#233; une organisation telle qu'elles pourraient devenir purement et simplement une propri&#233;t&#233; impersonnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions pr&#233;alables d'un monopole sont donc maintenant plus favorables qu'au si&#232;cle pass&#233;, et dans ce si&#232;cle m&#234;me, qu'il y a quelques dizaines d'ann&#233;es. &#201;tant donn&#233;s cette circonstance et les besoins financiers croissants de l'&#201;tat, il n'est pas &#233;tonnant que le monopole d'&#201;tat reprenne de la faveur ; il l'a emport&#233; dans bien des circonstances. Nous jouissons d&#233;j&#224; des monopoles du tabac, du sel, de des allumettes et les projets de mise en r&#233;gie d'autres industries ne manquent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les fonctions &#233;conomiques et la puissance &#233;conomique de l'&#201;tat prennent une extension de plus en plus grande, le m&#233;canisme &#233;conomique devient de plus en plus compliqu&#233;, de plus en plus d&#233;licat, et les entreprises capitalistes individuelles voient cro&#238;tre de plus en plus leur d&#233;pendance r&#233;ciproque. Mais, en m&#234;me temps, leur sensibilit&#233; et leur d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des influences exerc&#233;es par la grande entreprise de la classe capitaliste, l'&#201;tat, grandissent &#233;galement. Dans le m&#233;canisme &#233;conomique les perturbations, les d&#233;sordres s'accroissent aussi, et la classe capitaliste s'en remet du soin d'y rem&#233;dier au pouvoir &#233;conomique actuellement le plus puissant, &#224; l'&#201;tat. Ainsi, m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; actuelle, l'&#201;tat a de plus en plus la t&#226;che d'intervenir dans l'organisation &#233;conomique pour la r&#233;glementer et la r&#233;gler. Les moyens dont il dispose dans ce but sont de plus en plus puissants. L'omnipotence &#233;conomique de l'&#201;tat qui pour les manchest&#233;riens est une utopie socialiste, se d&#233;veloppe sous leurs yeux comme une des cons&#233;quences n&#233;cessaires du mode de production capitaliste.&lt;br class='autobr' /&gt;
5 : Socialisme d'&#201;tat et D&#233;mocratie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action &#233;conomique de l'&#201;tat moderne est l'origine naturelle de l'&#233;volution qui conduit &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pr&#233;tendons nullement dire par l&#224; que toute mise en r&#233;gie d'une fonction &#233;conomique ou d'une exploitation &#233;conomique constitue un progr&#232;s fait vers la soci&#233;t&#233; socialiste et que celle-ci puisse &#234;tre le r&#233;sultat de la mise en r&#233;gie g&#233;n&#233;rale de toute l'organisation &#233;conomique sans qu'il soit n&#233;cessaire de modifier l'essence de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette opinion, l'opinion de ce qu'on appelle les socialistes d'&#201;tat, provient d'une id&#233;e fausse de l'&#201;tat. Comme tout &#201;tat, l'&#201;tat moderne est en premier lieu l'arme destin&#233;e &#224; d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux des classes dominantes. Sa nature ne se trouve pas atteinte par le fait qu'il se charge de fonctions qui n'int&#233;ressent pas seulement les classes dominantes, mais la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Souvent, il ne se les attribue que parce que, si on les n&#233;gligeait, non seulement l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233;, mais encore la situation des classes dominantes s'en trouveraient menac&#233;s. Mais, en aucun cas, il ne les remplit contrairement aux int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux des classes sup&#233;rieures ou de fa&#231;on &#224; mettre en p&#233;ril leur pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'&#201;tat actuel se charge de certaines entreprises, de certaines fonctions, il ne le fait pas pour restreindre l'exploitation capitaliste, mais pour prot&#233;ger et consolider le mode de production capitaliste, ou bien encore pour participer &#224; cette exploitation, augmenter ainsi ses revenus et diminuer les contributions que la classe capitaliste doit verser pour le maintenir. Comme exploiteur, l'&#201;tat a cette sup&#233;riorit&#233; sur le capitaliste individuel de disposer non seulement des forces &#233;conomiques que poss&#232;de le capitaliste, mais encore des pouvoirs politiques dont il jouit comme autorit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, l'&#201;tat n'a pratiqu&#233; la mise en r&#233;gie qu'autant qu'elle &#233;tait conforme aux int&#233;r&#234;ts des classes dominantes. Il agira de m&#234;me &#224; l'avenir. Aussi longtemps donc que les classes poss&#233;dantes seront les classes dominantes, la mise &#224; la charge de l'&#201;tat d'entreprises et de fonctions n'ira jamais jusqu'&#224; porter pr&#233;judice d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale au capital et &#224; la propri&#233;t&#233; fonci&#232;re priv&#233;e, de fa&#231;on &#224; restreindre leur pouvoir et leur exploitation..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que quand les classes laborieuses domineront dans l'&#201;tat que celui-ci cessera d'&#234;tre une entreprise capitaliste. Ce n'est qu'alors qu'il sera possible de le transformer en une soci&#233;t&#233; coop&#233;rative et socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette constatation est l'origine de la t&#226;che que se propose la d&#233;mocratie socialiste : elle veut que les classes laborieuses conqui&#232;rent le pouvoir politique pour, avec son. aide, transformer l'&#201;tat en une grande coop&#233;rative &#233;conomique se suffisant &#224; elle-m&#234;me pour l'essentiel .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous reproche de ne pas avoir de but d&#233;termin&#233;, de nous entendre seulement &#224; critiquer sans savoir par quoi remplacer ce qui existe. Eh bien, nous pensons qu'aucun autre parti ne poursuit un but aussi pr&#233;cis, aussi clair, que la d&#233;mocratie socialiste. Et m&#234;me les autres partis ont ils un but ? Tous s'en tiennent &#224; ce qui existe actuellement et qui est insupportable et intol&#233;rable. Leurs programmes ne contiennent que des repl&#226;trages mesquins. Ils promettent, ils esp&#232;rent rendre l'intol&#233;rable tol&#233;rable, l'insupportable supportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie socialiste, au contraire, ne b&#226;tit rien sur des espoirs et sur des promesses, mais sur la n&#233;cessit&#233; implacable de l'&#233;volution &#233;conomique. Quiconque reconna&#238;t cette n&#233;cessit&#233; doit &#233;galement adopter notre but. Celui qui veut prouver que ce but est erron&#233; doit montrer que notre th&#233;orie de l'&#233;volution &#233;conomique est fausse, que le passage de la petite industrie &#224; la grande industrie n'est pas un progr&#232;s, qu'actuellement on produit comme il y a cent et deux cents ans, qu'il en a toujours &#233;t&#233; comme aujourd'hui. Celui qui pourrait apporter cette d&#233;monstration aurait certes le droit de croire que tout doit rester dans l'&#233;tat. Mais celui qui n'est pas assez insens&#233; pour croire que l'&#233;tat social est toujours immuable ne peut admettre, s'il est raisonnable, que la situation actuelle est &#233;ternelle. Mais un autre parti peut il lui indiquer ce qui la remplacera, ce qui doit la remplacer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les autres partis ne vivent que pour le pr&#233;sent, au jour le jour. La d&#233;mocratie socialiste est le seul qui se propose un but palpable dans l'avenir, qui dirige son activit&#233; vers la conqu&#234;te de ce but. Les autres partis ne veulent, ni ne peuvent, il est vrai, voir ce but, parce que la d&#233;mocratie socialiste ne peut l'atteindre qu'en les d&#233;passant. Et comme ils ne veulent ni ne peuvent l'apercevoir, parce qu'ils fixent obstin&#233;ment les brouillards du ciel, ils ont l'audace de pr&#233;tendre que nous n'avons pas de but pr&#233;cis et que nous voulons renverser tout ce qui existe pour monter &#224; l'assaut des nuages.&lt;br class='autobr' /&gt;
6 : Constitution de la soci&#233;t&#233; future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne pouvons songer &#224; examiner toutes les objections, les m&#233;prises et les alt&#233;rations dont nos adversaires se servent pour nous combattre. Il est vain de vouloir d&#233;sabuser la m&#233;chancet&#233; et la b&#234;tise. Nous pourrions &#233;crire &#224; en perdre les doigts, nous n'en viendrions pas &#224; bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne retiendrons qu'une seule objection, parce qu'elle a son origine dans le socialisme lui-m&#234;me. Elle est assez importante pour que nous soyons oblig&#233;s de la discuter tout au long. L'ayant r&#233;fut&#233;e, le point de vue, le but de la d&#233;mocratie socialiste n'en appara&#238;tra que plus clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos adversaires d&#233;clarent que l'on pourrait consid&#233;rer la soci&#233;t&#233; socialiste comme praticable, qu'elle ne pourrait &#234;tre un but poursuivi par des gens raisonnables que si son plan &#233;tait d&#233;j&#224; &#233;labor&#233;, s'il avait &#233;t&#233; jug&#233; et reconnu utile et r&#233;alisable. Aucune personne raisonnable ne voudrait commencer &#224; &#233;difier une maison avant que son plan tout entier f&#251;t termin&#233; et approuv&#233; par les gens comp&#233;tents. Mais, en tout cas, il ne songerait jamais &#224; abattre son logis pour &#233;difier la maison qu'il projette avant d'&#234;tre en possession de ce plan. Il nous faudrait donc pr&#233;senter cette &#171; soci&#233;t&#233; future &#187;, comme on se pla&#238;t &#224; appeler l'association ou la soci&#233;t&#233; socialiste. Si nous la tenons cach&#233;e, c'est une preuve que nous ne savons exactement ce que nous voulons et que nous n'avons pas une confiance bien &#233;tablie dans notre cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, l'objection semble tr&#232;s sp&#233;cieuse, si sp&#233;cieuse que, non seulement nos adversaires, mais beaucoup de socialistes, ont affirm&#233; la n&#233;cessit&#233; d'un plan semblable, En fait, on devait le consid&#233;rer comme la condition indispensable d'une soci&#233;t&#233; nouvelle tant qu'on ne connaissait pas les lois de l'&#233;volution sociale et qu'on croyait que les formes sociales s'&#233;difiaient arbitrairement comme une maison. Aujourd'hui encore, on parle volontiers d'&#233;difice social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas bien longtemps que l'on r&#233;fl&#233;chit &#224; l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;. Autrefois, l'&#233;volution &#233;conomique avait un cours si lent qu'il &#233;tait presque insensible. Pendant des centaines d'ann&#233;es, des milliers m&#234;me, l'homme restait au m&#234;me stade de la civilisation. Les outils des paysans sont, dans quelques contr&#233;es arri&#233;r&#233;es, en Russie, par exemple, &#224; peine diff&#233;rents de ceux que nous rencontrons au seuil de l'histoire traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'individu, dans les &#233;poques anciennes, le mode de production donn&#233; &#233;tait immuable : son p&#232;re, son grand-p&#232;re avaient proc&#233;d&#233; comme lui, ses fils, ses petit-fils, proc&#233;deraient de m&#234;me. L'ordre social donn&#233; &#233;tait immuable, &#233;tabli par Dieu ; y toucher &#233;tait une impi&#233;t&#233;. Quelque grandes que fussent les modifications apport&#233;es par les guerres et les luttes de classe dans la soci&#233;t&#233;, elles n'int&#233;ressaient, &#224; ce qu'il semblait, que sa surface. Ces luttes influaient bien sur les fondements de la soci&#233;t&#233;, mais ces effets ne pouvaient &#234;tre observ&#233;s par le spectateur individuel qui vivait au milieu de ces &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement encore, l'histoire n'est pour l'essentiel que le r&#233;sum&#233; plus ou moins fid&#232;le des renseignements de ces spectateurs qui nous sont parvenus. Elle aussi ne d&#233;passe pas la surface des choses, et bien que celui qui passe en revue les milliers d'ann&#233;es du pass&#233; puisse suivre clairement le cours de l'&#233;volution sociale, nos historiens ne l'aper&#231;oivent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le mode de production capitaliste qui, le premier, a imprim&#233; une impulsion assez rapide &#224; l'&#233;volution sociale pour que l'homme puisse en prendre conscience et commence &#224; y r&#233;fl&#233;chir. Naturellement, il a tout d'abord cherch&#233; les causes superficielles de cette &#233;volution avant de descendre dans les profondeurs. Mais celui qui s'en tient &#224; la surface n'aper&#231;oit que les ressorts qui d&#233;terminent directement le d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233;, et ce ne sont pas les conditions variables de production, mais les id&#233;es variables de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le mode de production capitaliste s'&#233;tablit, il fit na&#238;tre chez les personnes qui en d&#233;pendaient : capitalistes, prol&#233;taires, etc., de nouveaux besoins totalement diff&#233;rents de ceux des individus li&#233;s aux survivances du mode de production f&#233;odale, des besoins des grands propri&#233;taires fonciers, des ma&#238;tres artisans, etc. A ces besoins diff&#233;rents correspondirent des id&#233;es diff&#233;rentes du juste et de l'injuste, du n&#233;cessaire et du superflu, de l'utile et du nuisible. Plus le mode de production capitaliste se d&#233;veloppa, plus les classes int&#233;ress&#233;es devinrent puissantes, et plus aussi les id&#233;es correspondant &#224; ce mode de production devinrent claires et ind&#233;pendantes. Elles se r&#233;pandirent davantage, gagn&#232;rent en influence dans l'&#201;tat, devinrent d&#233;cisives dans la vie politique et sociale jusqu'&#224; ce qu'enfin les classes nouvelles vinrent &#224; s'emparer du pouvoir dans l'&#201;tat et dans la soci&#233;t&#233; et purent adapter ceux-ci &#224; leurs id&#233;es et &#224; leurs besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les penseurs qui recherch&#232;rent les causes de l'&#233;volution sociale, ce qui se manifesta d'abord comme les ressorts de cette &#233;volution, ce furent les id&#233;es. Ils reconnurent, il est vrai, jusqu'&#224; un certain point, que ces id&#233;es avaient leur source dans les besoins mat&#233;riels. Mais ils ne voyaient pas encore que ces besoins se modifiaient, que ces modifications provenaient des changements des conditions &#233;conomiques, des changements de production. Ils admirent que les besoins de l'homme ( la &#171; nature humaine &#187; ) &#233;taient toujours identiques. Aussi, &#224; leurs yeux, n'existe-t-il qu'un seul ordre social &#171; vrai &#187;, &#171; naturel &#187;, &#171; l&#233;gitime &#187;, parce qu'un seul ordre social peut correspondre compl&#232;tement &#224; la v&#233;ritable nature de l'homme. Toutes les autres formes de soci&#233;t&#233; sont des &#233;garements rendus possibles parce que l'homme ne savait pas ce qu'il lui fallait : sa raison &#233;tait obscurcie soit, comme le pensaient les uns, par la stupidit&#233; qui lui &#233;tait naturelle, soit, comme d'autres le pr&#233;tendaient, par un abrutis&#173;sement intentionnel, &#339;uvre des pr&#234;tres et des gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, l'&#233;volution sociale est une cons&#233;quence du d&#233;veloppement de la raison, de l'&#233;volution des id&#233;es. Plus les hommes sont intelligents, plus ils montrent de sagesse dans la d&#233;couverte des formes sociales les plus conformes &#224; la nature humaine, et plus aussi la soci&#233;t&#233; devient juste et bonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle &#233;tait la conception des penseurs bourgeois, lib&#233;raux. Elle pr&#233;vaut encore aujourd'hui. Les premiers socialistes, au commencement du XIXe si&#232;cle, partageaient &#233;galement cette croyance. Comme les lib&#233;raux, ils croyaient aussi que les institutions de la soci&#233;t&#233; et de l'&#201;tat bourgeois avaient leur origine dans les id&#233;es des penseurs du si&#232;cle pass&#233;, des &#233;conomistes et des savants. Mais ils s'apercevaient &#233;galement que la nouvelle soci&#233;t&#233; bourgeoise n'&#233;tait nullement aussi parfaite que le pr&#233;voyaient les philosophes du XVIIIe si&#232;cle. Ce n'&#233;tait donc pas la vraie soci&#233;t&#233;. Ces penseurs devaient avoir commis quelque erreur. Il restait &#224; la d&#233;couvrir et trouver une nouvelle forme de soci&#233;t&#233; r&#233;pondant mieux &#224; la nature humaine que celle qui existait. Mais il s'agissait aussi d'&#233;laborer le plan du nouvel &#233;difice social avec plus de soin que ne l'avaient fait les Quesnay et les Adam Smith, les Montesquieu et les Rousseau, pour que de nouvelles influences inattendues ne puissent d&#233;ranger les pr&#233;visions. Il semblait que ce f&#251;t d'autant plus n&#233;cessaire que les socialistes, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, ne se trouvaient pas, comme les penseurs du XVIIIe en pr&#233;sence ni d'une forme de soci&#233;t&#233; pr&#234;te &#224; dispara&#238;tre, ni d'une classe puissante int&#233;ress&#233;e &#224; la disparition de cette soci&#233;t&#233;. Ils ne pouvaient pas poser la soci&#233;t&#233; qu'ils d&#233;siraient comme in&#233;vitable, mais seulement comme souhaitable. Aussi leur fallait il mettre leur id&#233;al de soci&#233;t&#233; sous les yeux des hommes d'une fa&#231;on tr&#232;s pr&#233;cise, formellement palpable, pour que ceux-ci en eussent l'eau &#224; la bouche et que personne ne dout&#226;t de sa possibilit&#233; et de son agr&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leur conception de la soci&#233;t&#233;, nos adversaires n'ont jamais d&#233;pass&#233; le point de vue auquel s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e la science, au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. La seule esp&#232;ce de socialisme qu'ils pussent comprendre est le socialisme utopique, qui part du m&#234;me principe qu'eux. Nos adversaires consid&#232;rent la soci&#233;t&#233; socialiste comme une entreprise capitaliste, une soci&#233;t&#233; par action., qui doit &#234;tre &#171; fond&#233;e &#187;, et ils refusent de souscrire avant que les fondateurs, Bebel et Cie , n'aient suffisamment &#233;tabli, dans un prospectus, le caract&#232;re pratique et r&#233;mun&#233;rateur de l'affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception pouvait &#234;tre encore l&#233;gitime au d&#233;but du si&#232;cle. Aujourd'hui, la soci&#233;t&#233; socialiste n'a plus besoin du cr&#233;dit de ces messieurs pour se r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; capitaliste est &#224; bout. Sa dissolution n'est plus qu'une affaire de temps. L'irr&#233;sistible &#233;volution &#233;conomique conduit n&#233;cessairement &#224; la banqueroute du mode de production capitaliste. La constitution d'une nouvelle soci&#233;t&#233;, destin&#233;e &#224; remplacer celle qui existe, n'est plus seulement souhaitable, elle est devenue, in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus nombreuse, de plus en plus puissante devient la masse des tra&#173;vailleurs non poss&#233;dants, pour lesquels le mode de production existant est intol&#233;rable, qui n'ont rien &#224; perdre et tout &#224; gagner &#224; sa disparition, qui se voient contraints d'&#233;tablir une nouvelle forme de soci&#233;t&#233; correspondante &#224;. leurs int&#233;r&#234;ts, s'ils ne veulent pas p&#233;rir, s'ils ne veulent pas que p&#233;risse avec eux toute la soci&#233;t&#233; dont ils forment les &#233;l&#233;ments les plus importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont pas l&#224; des imaginations. Les penseurs de la d&#233;mocratie ont prouv&#233; ce que nous venons de dire en s'appuyant sur les faits manifestes qui se produisent dans le mode de production actuel. Ces faits ont une valeur probante plus grande que les tableaux de la soci&#233;t&#233; future trac&#233;s avec le plus de g&#233;nie et le soin le plus minutieux, Dans le cas le plus favorable, ces peintures peuvent d&#233;montrer que la soci&#233;t&#233; socialiste n'est pas impossible. Mais ils ne peuvent jamais esquisser la vie sociale dans sa totalit&#233; ; ils pr&#233;sentent forc&#233;ment des lacunes, qui donnent passage &#224; nos adversaires. Mais, quand on a prouv&#233; le caract&#232;re in&#233;vitable de quelque chose, on a montr&#233; non seulement que cette chose &#233;tait possible , mais qu'elle &#233;tait la seule possible . Si la soci&#233;t&#233; socialiste &#233;tait impossible, tout d&#233;veloppement &#233;conomique le serait &#233;galement &#224; l'avenir. La soci&#233;t&#233; actuelle devrait alors tomber en d&#233;composition comme l'a fait, il y a pr&#232;s de deux mille ans, l'Empire romain, pour finir dans la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est impossible de demeurer plus longtemps en civilisation capitaliste. Il s'agit soit de progresser jusqu'au socialisme, soit de retomber dans la barbarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses &#233;tant ainsi, il est fort inutile de vouloir, par des perspectives s&#233;dui&#173;santes, amener nos adversaires &#224; nous donner leur cr&#233;dit. Celui que les faits palpables du mode de production actuel ne convainquent pas de la n&#233;cessit&#233; de la soci&#233;t&#233; socialiste restera sourd aux louanges adress&#233;es &#224; un &#233;tat social qui n'existe pas encore, qu'il ne peut ni toucher de la main, ni comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#233;laborer le plan sur lequel devrait &#234;tre b&#226;tie la soci&#233;t&#233; future est une &#339;uvre non seulement inutile, mais encore en contradiction avec le point de vue scientifique actuel. Au cours de ce si&#232;cle, il s'est produit non seulement une grande r&#233;volution &#233;conomique, mais encore une grande r&#233;volution intellectuelle. L'intelligence des causes du d&#233;veloppement social a fait des progr&#232;s extraordinaires. D&#233;j&#224;, vers 1840, Marx et Engels nous ont d&#233;montr&#233;, et depuis lors toutes les conqu&#234;tes de la science sociale l'ont confirm&#233;, qu'en derni&#232;re analyse l'histoire de l'humanit&#233; n'est pas d&#233;termin&#233;e par les id&#233;es, mais par l'&#233;volution &#233;conomique, qui progresse irr&#233;sistible&#173;ment et se poursuit, suivant certaines lois, et non suivant les d&#233;sirs ou les fantaisies des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu, dans les chapitres pr&#233;c&#233;dents. comment elle proc&#233;dait, comment elle cr&#233;ait de nouvelles formes de production, qui entra&#238;nent la n&#233;cessit&#233; de nouvelles formes sociales. Nous avons vu qu'elle cr&#233;e de nouveaux besoins qui obligent les hommes &#224; &#233;tudier les conditions de la soci&#233;t&#233; et &#224; trouver les moyens d'adapter celle-ci aux nouvelles conditions de production. Cette adaptation, en effet, ne se produit pas spontan&#233;ment. Elle a besoin de l'interm&#233;diaire du cerveau humain, de la pens&#233;e, des id&#233;es. Sans pens&#233;e, sans id&#233;e, il n'y a pas de progr&#232;s. Mais les id&#233;es ne sont que les interm&#233;diaires du progr&#232;s social. Ce n'est pas d'elles que part la premi&#232;re impulsion, comme on le croyait autrefois et comme beaucoup le croient encore, c'est de la modification des conditions &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ne sont-ce pas non plus les penseurs, les philosophes, qui d&#233;terminent la direction du progr&#232;s social ; elle est donn&#233;e par l'&#233;volution &#233;conomique. Les penseurs peuvent reconna&#238;tre cette direction, ils le peuvent d'autant mieux que leur intelligence de l'&#233;volution ant&#233;rieure est plus profonde, mais il leur est impossible de la tracer arbitrairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la connaissance de la direction du progr&#232;s social a ses limites. Le m&#233;canisme de la soci&#233;t&#233; humaine est, en effet, extraordinairement compliqu&#233;, et l'esprit le plus p&#233;n&#233;trant est incapable d'&#233;tudier assez compl&#232;tement toutes ses faces, de mesurer assez exactement toutes les forces agissantes pour pr&#233;voir avec certitude les formes sociales qui r&#233;sulteront de l'action simultan&#233;e et r&#233;ciproque de ces forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire qu'une nouvelle forme de soci&#233;t&#233; se produise de la fa&#231;on suivante : quelques esprits, particuli&#232;rement avis&#233;s, &#233;laboreraient le meilleur plan suivant lequel elle peut &#234;tre &#233;difi&#233;e, puis ils convaincraient peu &#224; peu autrui de l'utilit&#233; de ce projet, et, enfin, quand ils se seraient m&#233;nag&#233; les moyens indispensables, ils n'auraient plus qu'&#224; construire et &#224; &#233;lever tout &#224; leur aise l'&#233;difice social d'apr&#232;s ce plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, une nouvelle forme de soci&#233;t&#233; n'a jamais &#233;t&#233; que le r&#233;sultat de longues luttes, pleines d'alternatives. Les classes exploit&#233;es luttaient contre les classes exploitantes ; les classes en d&#233;cadence, r&#233;actionnaires, luttaient contre les classes naissantes, r&#233;volutionnaires. Dans ces conflits, les classes les plus diverses s'allient de la fa&#231;on la plus vari&#233;e pour combattre leurs rivales. Le camp des exploit&#233;s r&#233;unissait r&#233;volutionnaires et r&#233;actionnaires ; le camp des r&#233;volutionnaires rassemblait exploi&#173;teurs et exploit&#233;s. Au sein m&#234;me des diff&#233;rentes classes se font souvent jour des courants divers qui varient suivant l'intelligence, le temp&#233;rament, la situation des individus et de couches enti&#232;res de la population. Enfin la force de chaque classe &#233;tait extr&#234;mement variable ; elle augmentait ou diminuait suivant qu'augmentait ou diminuait leur intelligence des conditions r&#233;elles, l'int&#233;grit&#233; et la grandeur de leurs organisations et leur importance dans l'organisme &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des luttes pleines de vicissitudes que se livraient ces classes, les anciennes formules sociales devenues intol&#233;rables disparurent peu &#224; peu et furent &#233;vinc&#233;es par de nouvelles. Le nouveau qui rempla&#231;ait ainsi l'ancien n'&#233;tait pas toujours exactement ce qu'il e&#251;t fallu. Dans le cas contraire, cela supposait que les classes r&#233;volutionnaires poss&#233;daient tout &#224; la fois la puissance autocratique et le jugement le plus p&#233;n&#233;trant en mati&#232;re sociale L&#224; o&#249; cela n'avait pas lieu et tant que cela n'avait pas lieu, des fautes &#233;taient in&#233;vitables ; souvent les innovations se r&#233;v&#233;&#173;laient enti&#232;rement ou partiellement aussi peu solides que des institutions anciennes qu'on avait supprim&#233;es. Mais &#224; mesure que l'&#233;volution &#233;conomique gagna en puissance, on comprit plus clairement ses exigences, et les classes r&#233;volutionnaires eurent plus de force pour &#233;tablir ce qui &#233;tait n&#233;cessaire. Les institutions fond&#233;es par les classes r&#233;volutionnaires qui &#233;taient en contradiction avec les n&#233;cessit&#233;s de l'&#233;volution &#233;conomique tomb&#232;rent en d&#233;cadence et furent bient&#244;t oubli&#233;es. Celles qui &#233;taient n&#233;cessaires s'implant&#232;rent rapidement, fortement, et les partisans de l'ancien ordre de choses ne purent plus les abattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de cette fa&#231;on que jusqu'&#224; ce jour s'est &#233;tabli tout nouvel ordre social. Ce que l'on appelle &#171; p&#233;riodes r&#233;volutionnaires &#187; ne se distingue des autres moments de l'&#233;volution sociale qu'en ce que ces proc&#232;s se poursuivent avec plus de rapidit&#233; et de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit ; les forces sociales s'&#233;l&#232;vent autrement que les &#233;difices. Des plans &#233;labor&#233;s &#224; l'avance ne se r&#233;alisent pas. Aujourd'hui que ce point est acquis, faire des &#171; propositions positives &#187; &#224; propos de l'&#233;dification de la soci&#233;t&#233; future est une &#339;uvre sensiblement aussi utile et aussi judicieuse que d'&#233;crire &#224; l'avance l'histoire de la prochaine guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cours de l'&#233;volution n'est nullement ind&#233;pendant des personnalit&#233;s isol&#233;es. Quiconque agit dans la soci&#233;t&#233;, influe plus ou moins sur lui. Des personnes que leurs qualit&#233;s ou leur position sociale mettent hors de pair peuvent influer sur le cours des &#233;v&#233;nements, dans des &#201;tats entiers pour des dizaines d'ann&#233;es ; les unes peuvent acc&#233;l&#233;rer le progr&#232;s en ouvrant de nouvelles perspectives sur les rapports sociaux, ou en organisant les classes r&#233;volutionnaires, en concentrant leurs forces ou en en provoquant l'usage judicieux. D'autres peuvent paralyser la marche du progr&#232;s en r&#233;agissant contre lui. L'&#339;uvre des uns h&#226;te l'&#233;volution diminue les maux et les sacrifices qu'elle entra&#238;ne ; celle des autres retarde le d&#233;veloppement, accro&#238;t les souffrances et les sacrifices qu'il provoque. Mais ce que personne ne peut, ni le monarque le plus puissant, ni le penseur le plus profond, c'est diriger le sens de l'&#233;volution &#224; son gr&#233;, et pr&#233;dire avec nettet&#233; les formes qu'elle prendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi rien n'est-il plus ridicule que de nous demander de donner un tableau de la &#171; soci&#233;t&#233; future &#187; que nous nous proposons d'atteindre. Cette pr&#233;tention, que d'ailleurs on n'a jamais &#233;mise &#224; l'&#233;gard d'un autre parti, est si ridicule qu'il serait inutile de perdre beaucoup de mots &#224; ce sujet, si elle ne formait pas l'objection la plus s&#233;rieuse que nos adversaires nous adressent. Les autres objections sont encore beaucoup plus plaisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute l'histoire du monde, il n'est encore jamais arriv&#233; qu'un parti r&#233;volu&#173;tionnaire ait pu, je ne dis pas d&#233;terminer arbitrairement, mais seulement pr&#233;voir quelles formes prendrait la nouvelle soci&#233;t&#233; qu'il poursuit de ses efforts. On avait d&#233;j&#224; beaucoup fait dans l'int&#233;r&#234;t du progr&#232;s quand on avait r&#233;ussi &#224; reconna&#238;tre les tendances qui aboutissaient &#224; cette soci&#233;t&#233;. Son action politique &#233;tait d&#232;s lors consciente , et non plus instinctive . On ne peut exiger davantage de la d&#233;mocratie socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'a jamais exist&#233; de parti qui ait p&#233;n&#233;tr&#233; si profond&#233;ment les tendances sociales de son &#233;poque et les ait saisies aussi exactement que la d&#233;mocratie socialiste .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne constitue pas son m&#233;rite, mais son bonheur. Elle le doit &#224; ce qu'elle s'appuie sur l'&#233;conomie bourgeoise qui, la premi&#232;re, a entrepris l'&#233;tude scientifique des rapports et des &#233;tats sociaux. C'est &#224; elle que l'on est redevable de la conscience plus claire de leurs devoirs sociaux qu'ont eue les classes r&#233;volutionnaires qui ont d&#233;truit le mode de production f&#233;odale. Elles ont eu moins que toute autre classe r&#233;volutionnaire &#224; souffrir d'illusions. Mais les penseurs appartenant &#224; la d&#233;mocratie socialiste ont pouss&#233; plus loin l'&#233;tude des rapports sociaux, ont p&#233;n&#233;tr&#233; plus profond&#233;ment que tous les &#233;conomistes bourgeois qui les ont pr&#233;c&#233;d&#233;s. Le Capital, de K. Marx, est le pivot reconnu de la science &#233;conomique moderne. Il d&#233;passe autant les &#339;uvres des Quesnay, des Adam Smith, des Ricardo que le jugement et la conscience de la d&#233;mocratie socialiste d&#233;passent celles des classes r&#233;volutionnaires &#224; la fin du XVIIIe et au commencement du XIXe si&#232;cle. Si notre parti se refuse &#224; mettre sous les yeux de l'honorable public un tableau de la soci&#233;t&#233; future, les &#233;crivains bourgeois n'ont aucune raison de nous railler et d'en conclure que nous ne savons pas ce que nous voulons. La d&#233;mocratie socialiste a une vue plus claire de l'avenir que ne pouvaient l'avoir les &#233;conomistes, les pr&#233;curseurs de l'ordre social actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons dit qu'un penseur peut, il est vrai, reconna&#238;tre les tendances de l'&#233;volution &#233;conomique &#224; son &#233;poque, mais qu'il est incapable de pr&#233;voir les formes sous lesquelles elles s'exprimeront. Un coup d'&#339;il jet&#233; sur les conditions actuelles prouvera l'exactitude de cette proposition. Dans tous les pays o&#249; elles r&#232;gnent, les tendances du mode de production capitaliste sont les m&#234;mes. Et cependant combien sont diverses les formes politiques et sociales dans les diff&#233;rentes nations capitalistes. L'aspect change de l'Angleterre &#224; la France, de la France &#224; l'Allemagne et de l'Allemagne &#224; l'Am&#233;rique. Les tendances historiques du mouvement ouvrier, n&#233; du mode de production actuel sont partout les m&#234;mes. Mais les formes que rev&#234;t ce mouvement varient avec les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t exactement aujourd'hui les tendances du mode de production capi&#173;taliste. Cependant personne n'osera dire quelles formes il rev&#234;tira dans dix, vingt ou trente ans &#8211; suppos&#233; d'ailleurs qu'il se maintienne aussi longtemps. Ce qui n'emp&#234;che pas d'exiger de nous un expos&#233; de formes sociales qui d&#233;passent l'existence du mode de production actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous nous refusons de r&#233;pondre &#224; l'invitation de donner un plan de la &#171; soci&#233;t&#233; future &#187; et d'indiquer les mesures transitoires pour y atteindre, cela ne signifie pas que nous tenions pour inutiles ou nuisibles les r&#233;flexions consacr&#233;es &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste. Ce serait jeter l'or avec les crasses. Ce qui est oiseux, ce qui est nuisible, c'est de faire des propositions positives sur l'organisation de cette soci&#233;t&#233; et sur les moyens d'y arriver. On ne peut faire de projets visant &#224; une forme d&#233;termin&#233;e des conditions sociales que dans des sph&#232;res que l'on domine dans le temps et dans l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie-socialiste ne peut donc faire de propositions positives que si elles concernent la soci&#233;t&#233; actuelle et non la soci&#233;t&#233; future. Des propositions visant cette derni&#232;re peuvent faire fond non de faits, mais d'hypoth&#232;ses ; se sont des fantaisies, des r&#234;ves qui, dans le cas le plus favorable, restent sans effet. Si leur auteur est assez bien dou&#233;, assez &#233;nergique pour leur m&#233;nager une certaine influence sur les esprits, cet effet ne peut &#234;tre qu'une erreur et un gaspillage de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas confondre ces songes, qu'il est n&#233;cessaire de combattre d&#233;cid&#233;ment, avec les tentatives faites pour rechercher la direction que prendra l'&#233;volution &#233;cono&#173;mique d&#232;s que le principe socialiste aura &#233;t&#233; substitu&#233; au principe capitaliste. Il ne s'agit plus ici de &#171; recettes pour la gargote de l'avenir &#187;, mais de l'interpr&#233;tation scientifique de donn&#233;es r&#233;sultant de l'&#233;tude de certains faits. Les recherches de cette nature ne sont nullement oiseuses, car &#224; mesure que nos vues sur l'avenir deviennent plus claires, nous emploierons plus convenablement nos forces dans le pr&#233;sent. Les penseurs les plus consid&#233;rables de la d&#233;mocratie socialiste se sont livr&#233;s &#224; des &#233;tudes de cette esp&#232;ce. Dans les &#339;uvres de Marx et de Engels, on rencontre quantit&#233; de r&#233;sultats d'&#233;tudes semblables. Bebel, dans son livre Die Frau und der Sozialismus , nous a donn&#233; un r&#233;sum&#233; des travaux qu'il a faits dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout socialiste qui r&#233;fl&#233;chit a fait le m&#234;me travail pour lui-m&#234;me, en silence ; quiconque, en effet, s'est propos&#233; un grand but, &#233;prouve le besoin d'&#233;claircir les circonstances dans lesquelles il se r&#233;alisera. Les conceptions les plus diverses se sont fait jour suivant la vari&#233;t&#233; des notions &#233;conomiques, de la situation, du temp&#233;rament, de l'imagination, de la connaissance d'autres formes de soci&#233;t&#233; non capitalistes, communistes par exemple. Ces diff&#233;rences, ces contradictions n'atteignent nullement l'int&#233;grit&#233; et l'unit&#233; de la d&#233;mocratie socialiste. Quelque diff&#233;rentes que soient les vues que des yeux diff&#233;rents aient de notre but, pourvu que !a direction dans laquelle ils le voient soit la m&#234;me et la bonne, peu importe le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pourrions clore ici ce chapitre. Les diff&#233;rentes conceptions que l'on a dans la d&#233;mocratie socialiste sur la &#171; soci&#233;t&#233; future &#187; n'ont rien &#224; voir avec ce que les d&#233;mo&#173;crates socialistes veulent. Ce que nous voulons, c'est la transformation de l'Etat en une association &#233;conomique se suffisant &#224; elle-m&#234;me. Sur ce point, pas de divergence d'opinion parmi nous. Il n'est nullement oiseux de rechercher comment cette soci&#233;t&#233; se d&#233;veloppera, quelles tendances elle cr&#233;era. Mais le fruit de ces r&#233;flexions est l'affaire de chacun, n'est pas l'affaire du parti et n'a pas besoin de l'&#234;tre ; elle n'influe pas en effet sur l'action du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant il s'est r&#233;pandu tant d'id&#233;es fausses sur la fa&#231;on dont les d&#233;mocrates socialistes institueront leur soci&#233;t&#233; future, d'erreurs remontant aux socialistes utopiques ou invent&#233;es par des litt&#233;rateurs ignorants ou mal intentionn&#233;s, que nous semblerons vouloir &#233;luder la question si nous ne touchions pas un mot de quelques unes d'entre elles. Nous montrerons donc par quelques exemples quelles formes les tendances de l'&#233;volution &#233;conomique devront rev&#234;tir dans une communaut&#233; socialiste.&lt;br class='autobr' /&gt;
7 : La &#171; Destruction de la famille &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des pr&#233;jug&#233;s les plus r&#233;pandus contre la d&#233;mocratie socialiste est la croyance qu'elle veut d&#233;truire la famille. Nous avons d&#233;j&#224; eu l'occasion de dire un mot &#224; ce sujet au chapitre II, aussi pourrons nous &#234;tre brefs sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personne dans notre parti ne songe &#224; d&#233;truire fa famille, &#224; la supprimer l&#233;gale&#173;ment, &#224; la dissoudre violemment. C'est une fausset&#233; grossi&#232;re que de lui imputer cette intention, seul un fou peut m&#234;me s'imaginer qu'une forme de famille peut &#234;tre cr&#233;&#233;e ou supprim&#233;e par d&#233;cret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille actuelle n'a rien de contraire &#224; la nature de la production coop&#233;rative. La r&#233;alisation de la soci&#233;t&#233; socialiste n'exige donc nullement en soi la dissolution de la forme de famille qui existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduit &#224; cette dissolution, ce n'est pas la nature de la production coop&#233;&#173;rative, mais l'&#233;volution &#233;conomique. Dans le chapitre que nous venons de rappeler nous avons vu comment de nos jours la famille est dissoute, l'homme, la femme, les enfants s&#233;par&#233;s les uns des autres, comment le c&#233;libat et la prostitution deviennent des ph&#233;nom&#232;nes collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; socialiste n'entrave pas l'&#233;volution &#233;conomique, elle lui donnera plut&#244;t une nouvelle impulsion. Cette &#233;volution donc &#224; faire progressivement des travaux du m&#233;nage les objet de certaines industries, &#224; transformer l'ouvri&#232;re dans son m&#233;nage individuel en une ouvri&#232;re employ&#233;e dans la grande industrie. Mais ce changement ne sera plus le passage de l'esclavage domestique &#224; l'esclavage salari&#233; ; elle ne la poussera pas de la famille qui la prot&#232;ge dans les sph&#232;res sans d&#233;fense, sans protec&#173;tion du prol&#233;tariat. Par son travail dans la grande industrie coop&#233;rative, la femme sera mise sur le m&#234;me pied que l'homme et obtiendra la m&#234;me part &#224; la communaut&#233; que lui. Elle sera sa libre compagne, &#233;mancip&#233;e non seulement de l'asservissement domestique mais encore de la suj&#233;tion au capital. Disposant librement d'elle-m&#234;me, l'&#233;gale de l'homme, elle mettra un terme &#224; toute prostitution, l&#233;gale ou ill&#233;gale, et pour la premi&#232;re fois dans l'histoire du monde, le mariage monogamique, devant qui seront &#233;gaux l'homme et la femme, deviendra une institution r&#233;elle, o&#249; il n'y aura plus seulement le mot, mais encore la chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont plus l&#224; des propositions utopistes, mais des convictions scientifiques fond&#233;es sur des faits d&#233;termin&#233;s. Pour pouvoir les contester, il faut d&#233;montrer d'abord que ces conditions sont inexistantes. Comme on n'y a pas encore r&#233;ussi, il ne reste plus aux messieurs et aux dames qui ne veulent pas entendre parler de cette &#233;volution qu'un seul proc&#233;d&#233; de r&#233;futation : ils n'ont plus qu'&#224; t&#233;moigner d'une indignation morale et placer dans un jour favorable leur moralit&#233; en faisant appel au mensonge et &#224; la fausset&#233;. Mais qu'ils se disent bien que par ce moyen ils n'arr&#234;teront pas une seule minute l'&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#233;tabli, c'est que ce n'est pas la d&#233;mocratie socialiste, ni l'essence de la production socialiste qui provoque la dissolution de la forme familiale traditionnelle, c'est l'&#233;volution &#233;conomique qui se poursuit sous nos yeux depuis des dizaines d'ann&#233;es. La soci&#233;t&#233; socialiste ne l'arr&#234;tera pas, ne peut pas l'arr&#234;ter, mais elle d&#233;pouillera les cons&#233;quences de cette &#233;volution de tous les c&#244;t&#233;s douloureux et bas qui les accompagnent dans la soci&#233;t&#233; capitaliste. Tandis que cette derni&#232;re provoque la dissolution de toute soci&#233;t&#233; familiale, de tout mariage, dans la soci&#233;t&#233; socialiste, la dissolution de la forme actuelle de famille ne se poursuivra que dans la mesure o&#249; elle sera supplant&#233;e par une forme sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; comment la d&#233;mocratie socialiste poursuit la destruction du mariage et de la famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
8 : La Confiscation de la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos adversaires qui savent mieux que nous-m&#234;mes ce que nous voulons et s'entendent &#224; faire de la &#171; soci&#233;t&#233; future &#187; un tableau plus pr&#233;cis que nous ne le saurions, ont trouv&#233; que la d&#233;mocratie socialiste ne pourrait commencer son r&#232;gne que par l'expropriation des artisans et des paysans auxquels on confisquerait sans plus tout ce qui leur appartiendrait, non seulement leur maison et leurs biens, mais encore les meubles indispensables et leurs d&#233;p&#244;ts dans les caisses d'&#233;pargne. Apr&#232;s la rupture de tous les liens familiaux que nous voudrions consommer, cette derni&#232;re accusation forme un des principaux arguments qu'on nous oppose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons d'abord qu'une soci&#233;t&#233; socialiste n'implique nullement une semblable confiscation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme d&#233;mocrate socialiste n'en souffle pas mot. Ce n'est pas par timidit&#233;, pour ne pas choquer, mais simplement parce qu'on ne peut rien affirmer de pr&#233;cis &#224; ce sujet. On ne peut affirmer qu'une chose de pr&#233;cise, c'est que la tendance de l'&#233;volution &#233;conomique rend n&#233;cessaire la transformation des grandes entreprises en propri&#233;t&#233;s sociales et leur exploitation dans l'int&#233;r&#234;t de la soci&#233;t&#233;. Nul ne peut dire comment s'op&#233;rera cette r&#233;volution, si l'expropriation in&#233;vitable prendra la forme d'une confiscation ou d'un rachat, si elle se produira pacifiquement ou brutalement. A ce propos, il sert peu de faire appel &#224; l'histoire. Ce passage peut s'effectuer de diff&#233;rentes fa&#231;ons, de m&#234;me que la suppression des charges impos&#233;es par la f&#233;odalit&#233; s'est produite de diff&#233;rentes fa&#231;ons dans les diff&#233;rents pays. La mani&#232;re dont se r&#233;alisera ce passage d&#233;pend de la situation g&#233;n&#233;rale o&#249; il se produira, de la force, du jugement de chaque classe int&#233;ress&#233;e, toutes conditions qu'il est impossible de calculer &#224; l'avance. Dans l'&#233;volution historique, l'impr&#233;vu joue le plus grand r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, les d&#233;mocrates socialistes d&#233;sirent que l'expropriation devenue in&#233;vitable des grandes entreprises ait lieu le moins douloureusement possible, pacifi&#173;quement, d'un consentement unanime. Mais nos d&#233;sirs ne d&#233;terminent pas plus l'&#233;volution historique que ceux de nos adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en aucun cas on ne peut dire que l'application du programme d&#233;mocrate socialiste exige en toutes circonstances que chaque propri&#233;t&#233;, dont l'expropriation est devenue n&#233;cessaire, soit confisqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on peut affirmer d'une fa&#231;on pr&#233;cise, c'est que l'&#233;volution &#233;conomique ne rend indispensable que l'expropriation d'une partie de la propri&#233;t&#233; actuelle. Ce qu'elle exige, c'est la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e des objets d'usage personnel n'en est nullement atteinte. Notre observation ne s'applique pas seulement aux moyens d'existence, aux meubles, etc. Souvenons nous de ce que nous avons dit dans le chapitre pr&#233;c&#233;dent sur les banques d'&#233;pargne. Elles sont un moyen de mettre &#224; la disposition des capitalistes ce qui appartient aux classes non-capitalistes. Chacune des petites sommes &#233;pargn&#233;es est trop insignifiante pour permettre l'exploitation d'une entreprise capitaliste. Seule leur r&#233;union leur permet de remplir les fonctions d'un capital. A mesure que les entreprises capitalistes passeront dans la propri&#233;t&#233; sociale, la possibilit&#233; de placer ses &#233;pargnes &#224; int&#233;r&#234;t diminuera. Elles cesseront d'&#234;tre un capital, elles constitueront un tr&#233;sor ne portant pas int&#233;r&#234;t , un fonds de consommation. Mais cette transformation n'a rien de commun avec la confiscation des &#233;conomies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semblable mesure, d'ailleurs, n'est pas seulement inutile pour des raisons &#233;conomiques , elle est encore absolument invraisemblable pour des raisons politiques . Les petites &#233;conomies proviennent en grande partie des classes exploit&#233;es, de celles dont seule la force est capable d'introduire le socialisme dans la soci&#233;t&#233;. Il faut tenir ces classes pour absolument imb&#233;ciles pour croire qu'a fin d'avoir les moyens de production entre leurs mains elles commenceront par se priver des sous qu'elles auront &#233;conomis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le passage &#224; la production socialiste non seulement n'implique pas l'expro&#173;priation des moyens de consommation, il n'exige m&#234;me pas celle de tous les possesseurs de moyens de production .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la grande industrie qui rend n&#233;cessaire la soci&#233;t&#233; socialiste. La production coop&#233;rative exige &#233;galement la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production. Mais de m&#234;me que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production est contradictoire avec le travail coop&#233;ratif dans la grande industrie, de m&#234;me la propri&#233;t&#233; collective ou sociale des moyens de production est en contradiction avec la petite industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re, comme nous l'avons vu, implique la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. L'abolition de cette propri&#233;t&#233; dans la petite industrie serait d'autant plus vaine que la tendance du socialisme aboutit &#224; mettre les travailleurs en possession des moyens de production n&#233;cessaires. Pour les petites exploitations l'expropriation des moyens de production aurait pour r&#233;sultat d'enlever ces derniers &#224; leurs possesseurs pour les leur rendre ensuite. Ce serait absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le passage &#224; la soci&#233;t&#233; socialiste n'implique donc nullement l'expropriation des petits paysans et des petits artisans . Non seulement cette transition ne leur enl&#232;vera rien, mais elle devrait contraire leur apporter certains avantages. Comme la soci&#233;t&#233; socialiste comporte, comme nous l'avons vu, la tendance &#224; remplacer la production marchande par la production pour l'usage direct, elle doit s'efforcer &#224; transformer le paiement en argent par le paiement en nature, bl&#233;, vin, b&#233;tail, etc., des obligations contract&#233;es, envers la soci&#233;t&#233;, imp&#244;ts int&#233;r&#234;ts des hypoth&#232;ques pass&#233;s dans la pro&#173;pri&#233;t&#233; sociale, si toutefois ces charges ne sont pas absolument supprim&#233;es. Ce proc&#233;d&#233; pr&#233;sente des facilit&#233;s &#233;normes pour le paysan. Il r&#233;clame d&#232;s maintenant cette substitution. Mais elle est impossible sous le r&#233;gime de la production marchande. Seule la soci&#233;t&#233; socialiste est capable de la r&#233;aliser et de supprimer ainsi une des causes principales de ruine pour le paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, ce sont les capitalistes, qui, comme nous l'avons vu exproprient paysans et artisans. La soci&#233;t&#233; socialiste mettra un terme &#224; cette expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, le socialisme n'arr&#234;tera pas l'&#233;volution &#233;conomique. Au contraire, il forme le seul moyen d'en assurer le progr&#232;s &#224; un certain moment. Comme dans la soci&#233;t&#233; actuelle, dans la soci&#233;t&#233; socialiste la grande industrie se d&#233;veloppera de plus en plus et absorbera de plus en plus les petites exploitations. Mais l'observation que nous avons faite &#224; propos de la famille et du mariage s'applique &#233;galement ici. Le sens de l'&#233;volution reste le m&#234;me, mais le socialisme supprime les douleurs, les horreurs qui accompagnent son cours dans la soci&#233;t&#233; actuelle, en en assurant !es avantages &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la transformation du paysan ou de l'artisan d'ouvrier de la petite industrie en travailleur de la grande industrie &#233;quivaut &#224; le changer de propri&#233;taire en prol&#233;taire. Dans une soci&#233;t&#233; socialiste, le paysan ou l'artisan veut s'adonner an travail dans une grande exploitation coop&#233;rative, profite de tous les avantages de la grande industrie. Sa situation s'am&#233;liore consid&#233;rablement ; son passage de la petite &#224; la grande industrie n'a plus rien de comparable avec la transformation d'un propri&#233;taire en prol&#233;taire ; c'est bien plut&#244;t quelqu'un qui, poss&#233;dant peu autrefois, vient &#224; poss&#233;der beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite industrie est irr&#233;m&#233;diablement condamn&#233;e &#224; dispara&#238;tre. Mais seule la d&#233;mocratie socialiste peut permettre aux paysans et aux artisans de devenir dans leur ensemble des ouvriers de la grande industrie sans pour cela tomber dans le prol&#233;&#173;tariat . Ce n'est que dans une soci&#233;t&#233; socialiste que la disparition, devenue in&#233;vitable, de l'agriculture paysanne et du m&#233;tier peut signifier une am&#233;lioration du sort du paysan et de l'artisan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ressort de l'&#233;volution &#233;conomique ne sera plus la concurrence qui proscrit les industries retardataires et exproprie leurs possesseurs, mais l'attrait qu'exercent les exploitations et les formes d'exploitation d'un degr&#233; de d&#233;veloppement sup&#233;rieur sur les ouvriers des entreprises et des formes d'entreprises retardataires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mode d'&#233;volution ne se borne pas &#224; n'&#234;tre pas douloureux, il se poursuit de plus avec une rapidit&#233; plus grande que celui qu'am&#232;ne la concurrence. Aujourd'hui o&#249; l'introduction de nouvelles formes, de formes sup&#233;rieures d'exploitation ne peut se produire sans l'expropriation des possesseurs d'exploitations retardataires, sans les privations et les souffrances de grandes masses ouvri&#232;res devenues inutiles, tout progr&#232;s &#233;conomique se heurte &#224; une r&#233;sistance opini&#226;tre. Nous avons vu avec quelle obstination les producteurs s'attachent encore aux formes de production les plus arri&#233;r&#233;es, comme ils s'y accrochent d&#233;sesp&#233;r&#233;ment tant qu'il leur reste encore un soup&#231;on de force. Jamais un mode de production n'a &#233;t&#233; si r&#233;volutionnaire que le mode actuel, jamais un mode de production n'a, dans l'espace d'un si&#232;cle et dans tous les domaines de l'activit&#233; humaine, produit des bouleversements aussi gigantesques, et pourtant combien nombreuses sont encore les formes de production surann&#233;es, finies, qui subsistent encore &#224; l'&#233;tat de ruines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s qu'aura disparu la crainte d'&#234;tre jet&#233; dans le prol&#233;tariat par l'abandon d'une exploitation ind&#233;pendante, que les avantages de la grande industrie sociale seront assur&#233;s &#224; tous les participants dans les domaines les plus vari&#233;s, que chacun aura la possibilit&#233; de jouir de ces avantages, seuls des insens&#233;s pourront s'efforcer encore de maintenir des formes d'exploitation surann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que la grande industrie capitaliste n'a pu accomplir dans le cours d'un si&#232;cle, la grande exploitation socialiste le fera en peu de temps : elle absorbera les petites entreprises retardataires. Elle y arrivera sans expropriation, par la seule force d'attraction d'une exploitation plus fructueuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les r&#233;gions o&#249; la production agricole n'est pas encore une production mar&#173;chande, mais surtout une production pour la consommation personnelle, l'agricul&#173;ture paysanne subsistera encore quelque temps dans la soci&#233;t&#233; socialiste. Mais &#224; la fin, dans ces sph&#232;res m&#234;me, on comprendra les avantages de la grande exploitation coop&#233;rative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'agriculture, la substitution de la grande &#224; la petite exploitation sera h&#226;t&#233;e et facilit&#233;e par la disparition de l'antagonisme entre la ville et la campagne, par la ten&#173;dance qui n&#233;cessairement doit pr&#233;valoir en soci&#233;t&#233; socialiste &#224; transporter l'industrie en rase campagne. Il nous faut malheureusement ici nous borner &#224; cette indication, un expos&#233; plus d&#233;taill&#233; nous entra&#238;nerait trop loin.&lt;br class='autobr' /&gt;
9 : La R&#233;partition des produits dans la &#171; soci&#233;t&#233; future &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons l'intention de ne plus examiner qu'un point &#224; propos de la &#171; soci&#233;t&#233; future &#187;, c'est celui qui para&#238;t le plus important. La premi&#232;re question que l'on adresse &#224; un socialiste est en g&#233;n&#233;ral la suivante : &#171; Comment proc&#233;derez vous &#224; la r&#233;partition de vos richesses ? Chacun recevra-t-il autant ? Chacun recevra-t-il la m&#234;me chose ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partage ? Voil&#224; ce qui int&#233;resse le bourgeois. C'est au partage que se r&#233;duisent toutes ses conceptions du socialisme,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas encore bien longtemps qu'en Allemagne les gens les plus instruits admettaient que les communistes voulaient partager au peuple toutes les richesses de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette croyance s'est obstin&#233;ment maintenue malgr&#233; toutes les protestations &#233;lev&#233;es par la d&#233;mocratie socialiste. La malice de nos adversaires n'en est pas uniquement cause. C'est bien plut&#244;t leur impuissance &#224; comprendre les conditions cr&#233;&#233;es par le d&#233;veloppement de la grande industrie. Bien souvent leur horizon est incapable de d&#233;passer les conceptions qui correspondent &#224; la petite industrie. Du point de vue de la petite industrie, le partage est la seule forme possible d'une esp&#232;ce de socialisme. Le partage est en r&#233;alit&#233; tr&#232;s familier au paysan et au petit bourgeois. Depuis l'&#233;tablissement de la production marchande, il est arriv&#233; un nombre incal&#173;culable de fois, chaque fois que quelques familles de marchands ou de propri&#233;taires fonciers avaient amass&#233; de grandes richesses et r&#233;duit les artisans et les paysans &#224; la servitude et &#224; la mis&#232;re, que ces derniers tentaient de se tirer d'affaire en chassant les riches et en partageant leurs biens. Il y a cent ans encore, pendant la R&#233;volution fran&#231;aise qui proclamait si haut le droit de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, artisans et paysans se sont partag&#233; les biens du clerg&#233; par exemple. Le partage est le socialisme de la petite industrie, le socialisme des couches populaires &#171; conservatrices &#187; , ce n'est pas le socialisme du prol&#233;tariat de la grande industrie . Il a fallu du temps, mais on a r&#233;ussi enfin &#224; inculquer aux penseurs allemands l'id&#233;e que les d&#233;mocrates socialistes ne voulaient pas le partage, qu'ils en poursuivaient l'oppos&#233;, la r&#233;union dans les mains de la soci&#233;t&#233; des moyens de production divis&#233;s jusqu'&#224; pr&#233;sent entre divers propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question du partage n'en subsiste pas moins. Les moyens de production appartenant &#224; la soci&#233;t&#233;, celle-ci dispose d&#232;s lors des produits &#233;tablis &#224; l'aide de ces moyens. Comment les r&#233;partira-t-elle entre ses membres ? Suivant le principe de l'&#233;galit&#233; ou d'apr&#232;s le travail fourni par chacun ? Et dans ce dernier cas, tout travail recevra-t-il la m&#234;me r&#233;mun&#233;ration, qu'il soit agr&#233;able ou d&#233;sagr&#233;able, facile ou difficile, qu'il exige ou non des connaissances pr&#233;alables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cette question para&#238;t &#234;tre le point essentiel du socialisme. Il n'y a pas que nos adversaires pour enfourcher avec ardeur ce cheval de bataille, les anciens socialistes d&#233;j&#224; ont accord&#233; la plus grande attention &#224; la r&#233;partition des produits. De Fourier &#224; Weitling, de Weitling &#224; Bellamy, on rencontre une s&#233;rie de tentatives consacr&#233;es aux solutions les plus vari&#233;es et qui souvent t&#233;moignent d'une profondeur admirable. Les &#171; propositions pratiques &#187; ne font pas d&#233;faut, et beaucoup d'entre elles sont aussi simples que pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'a cependant pas, &#224; beaucoup pr&#232;s, l'importance qu'on lui attribue si souvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On avait coutume autrefois de consid&#233;rer la r&#233;partition des produits comme un probl&#232;me tout &#224; fait ind&#233;pendant de la production. Et comme les contradictions et les inconv&#233;nients du mode de production capitaliste se manifestaient tout d'abord dans le mode de r&#233;partition des produits qui lui est propre, il &#233;tait tout naturel que les exploit&#233;s et leurs amis vissent dans l' &#171; injuste &#187; r&#233;partition des produits la source de tous les maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conform&#233;ment aux conceptions en faveur au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, ils admet&#173;taient naturellement que cette r&#233;partition &#233;tait une cons&#233;quence des id&#233;es dominantes, des notions juridiques. Pour supprimer cette injuste r&#233;partition, il fallait donc en imaginer une autre, meilleure et plus juste, et convaincre l'univers de ses avantages. La juste r&#233;partition ne pouvait &#234;tre que le contraire de celle qui &#233;tait appliqu&#233;e. Aujourd'hui r&#232;gne l'in&#233;galit&#233; la plus criante ; aussi, suivant les uns, le principe de la r&#233;partition doit il &#234;tre l'&#233;galit&#233; . Aujourd'hui, l'oisif est au sein de l'opulence et le pauvre p&#226;tit : aussi d'autres s'&#233;criaient ils : &#224; chacun suivant son travail (ou sous une forme plus moderne : &#224; chacun le produit de son travail ). Mais l'une et l'autre de ces formules donnaient mati&#232;re &#224; r&#233;flexion ; il en naquit une troisi&#232;me : &#224; chacun suivant ses besoins .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis lors, les socialistes ont reconnu que, dans une soci&#233;t&#233;, la r&#233;partition des produits n'est pas conditionn&#233;e par les conceptions et les formules juridiques qui y pr&#233;valent, mais par le mode de production qui y domine. Dans la soci&#233;t&#233; actuelle, la part des propri&#233;taires fonciers, des capitalistes et des salari&#233;s au produit total est d&#233;termin&#233;e par le r&#244;le que le sol, le capital et la force de travail jouent dans le mode de production actuel. Dans une soci&#233;t&#233; socialiste, la r&#233;partition des produits ne s'effectuera pas en vertu de lois aveugles qui s'appliquent sans arriver &#224; la conscience des int&#233;ress&#233;s. Aujourd'hui, dans une grande entreprise industrielle, la production et le paiement des salaires sont surveill&#233;s, syst&#233;matiquement r&#233;gl&#233;s. Il en sera de m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; socialiste, qui n'est qu'une entreprise industrielle unique, gigantes&#173;que. Les r&#232;gles suivant lesquelles s'accomplira la r&#233;partition des produits seront &#233;tablies par les int&#233;ress&#233;s. Mais ils ne seront pas libres dans le choix de ces r&#232;gles. Elles ne pourront &#234;tre &#233;labor&#233;es en vertu de tel ou tel &#171; principe &#187;, elles seront d&#233;termin&#233;es par les conditions r&#233;elles qui dominent dans la soci&#233;t&#233;, surtout par les conditions de la production .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, le degr&#233; de productivit&#233; de travail aura toujours une grande influence sur le mode de r&#233;partition du produit du travail. On peut imaginer que l'application de la science &#224; l'industrie provoquera un jour une telle productivit&#233; que l'homme poss&#233;dera surabondamment tout ce dont il a besoin. Alors, la formule &#171; &#224; chacun suivant ses besoins &#187; trouvera son application sans difficult&#233;, presque naturellement. Par contre, la conviction la plus profonde dans la l&#233;gitimit&#233; de ce principe ne pourrait en provoquer l'application si la productivit&#233; du travail &#233;tait si faible qu'on ne puisse produire sans une d&#233;pense excessive de travail pr&#233;cis&#233;ment ce dont on a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule &#171; &#224; chacun le produit de son travail &#187; se heurtera toujours aux exigences de la production. Car si cette formule a un sens, elle suppose que le produit total du travail de la soci&#233;t&#233; sera partag&#233; entre les membres de la communaut&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conception ainsi que celle qui admet que le grand partage, par lequel doit d&#233;buter le r&#233;gime socialiste, ne sortent pas de la sph&#232;re de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e actuelle. R&#233;partir annuellement tous les produits aurait peu &#224; peu pour r&#233;sultat le r&#233;tablis&#173;sement de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'essence m&#234;me de la production socialiste suppose n&#233;cessairement qu'une fraction seulement des produits fabriqu&#233;s seront distribu&#233;s. Tous les produits destin&#233;s &#224; maintenir et &#224; d&#233;velopper la production (et &#224; couvrir certaines pertes) ne seront &#233;videmment pas r&#233;partis. Il en est de m&#234;me des produits servant &#224; la consommation collective, &#224; &#233;tablir, &#224; entretenir et &#224; d&#233;velopper des institutions publiques d'enseigne&#173;ment, d'&#233;ducation, de plaisirs, de r&#233;cr&#233;ation, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre et l'&#233;tendue des &#233;tablissements de cette nature s'accroissent constam&#173;ment d&#233;j&#224; dans la soci&#233;t&#233; actuelle. Sur ce terrain encore, la grande entreprise &#233;vince la petite, ici la famille. Dans une soci&#233;t&#233; socialiste, cette &#233;volution ne sera naturellement pas entrav&#233;e, mais, au contraire, favoris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nombre des produits qui, dans une semblable soci&#233;t&#233;, entreront dans la consommation priv&#233;e (seront propri&#233;t&#233; priv&#233;e), sera beaucoup plus faible par rapport &#224; la masse du produit total que dans la soci&#233;t&#233; actuelle, o&#249; presque tous les produits sont des marchandises, sont propri&#233;t&#233; priv&#233;e. A la diff&#233;rence de ce qui a lieu aujourd'hui, ce ne sera plus la totalit&#233;, presque enti&#232;re du produit qui se trouvera r&#233;partie, mais seulement un reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la soci&#233;t&#233; socialiste ne pourra m&#234;me pas disposer arbitrairement de ce reste. L&#224; encore les exigences de la production seront d&#233;cisives. Et comme la production sera dans un perp&#233;tuel &#233;tat de transformation, de d&#233;veloppement, les formes et les modes de r&#233;partition du produit seront soumises &#224; de nombreuses variations dans une soci&#233;t&#233; socialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est penser en v&#233;ritable utopiste que de croire qu'il faudrait s'efforcer de cr&#233;er un syst&#232;me particulier de r&#233;partition valable pour l'&#233;ternit&#233;. Sur ce terrain encore, la soci&#233;t&#233; socialiste ne fera pas de saut, mais se rattachera &#224; ce qu'elle trouvera d&#233;j&#224; &#233;tabli. La r&#233;partition des biens dans une soci&#233;t&#233; future devra, pendant un temps appr&#233;ciable, suivre des formes constituant un progr&#232;s sur les salaires existant actuellement. Il lui faudra partir de ces derniers. Et de m&#234;me que ceux-ci changent non seulement suivant l'&#233;poque mais encore varient simultan&#233;ment dans des branches diff&#233;rentes et dans des r&#233;gions diff&#233;rentes, de m&#234;me il n'est nullement impossible que, dans une soci&#233;t&#233; socialiste, on voit subsister c&#244;te &#224; c&#244;te les formes les plus diverses de r&#233;partition, variant avec les diff&#233;rentes survivances historiques et les exigences variables de la production. il ne faut pas se repr&#233;senter la soci&#233;t&#233; socialiste comme une organisation rigide, uniforme ; elle est toujours en mouvement, toujours emport&#233;e par le cours de l'&#233;volution, jouissant de cette abondance de formes changeantes qui r&#233;sulte n&#233;cessairement du d&#233;veloppement de la division du travail, des communi&#173;cations et du r&#232;gne de la science et de l'art dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le &#171; partage &#187;, c'est l' &#171; &#233;galit&#233; &#187; qui cause le plus de migraines &#224; nos adversaires. &#171; Les d&#233;mocrates socialistes, disent-ils, veulent que chacun re&#231;oive une part &#233;gale du produit total. L'homme laborieux obtiendra donc autant que le pares&#173;seux, le travail p&#233;nible et d&#233;sagr&#233;able sera donc r&#233;mun&#233;r&#233; comme celui qui est facile et agr&#233;able, le travail du man&#339;uvre comme le travail le plus artistique qui demande des ann&#233;es de pr&#233;paration, etc. Dans ces conditions, chacun travaillera aussi peu que possible, personne n'accomplira les travaux p&#233;rilleux ou d&#233;sagr&#233;ables, personne ne voudra plus rien apprendre, ce sera la ruine compl&#232;te de la soci&#233;t&#233;, la barbarie. Aussi tout cela nous montre bien que ce que poursuivent les d&#233;mocrates socialistes est impraticable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ce que nous venons de dire, il est inutile de s'attarder &#224; montrer l'absurdit&#233; de cette affirmation. Nous sommes beaucoup moins perspicaces que nos adversaires, aussi ne pouvons nous montrer la m&#234;me pr&#233;cision et d&#233;clarer &#224; l'avance si la soci&#233;t&#233; future d&#233;cr&#233;tera ou non la parfaite &#233;galit&#233; de tous les revenus. Mais si une soci&#233;t&#233; socialiste imaginait un jour de prendre une semblable d&#233;cision, si cette mesure commen&#231;ait &#224; produire les r&#233;sultats d&#233;testables que nos adversaires ont pr&#233;vus avec tant de d&#233;tails, l'effet serait que, non la production socialiste, mais le principe de l'&#233;galit&#233;, serait jet&#233; par-dessus bord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos ennemis n'auraient le droit de conclure de l'&#233;galit&#233; des revenus &#224; l'impos&#173;sibilit&#233; de la soci&#233;t&#233; socialiste que s'ils r&#233;ussissaient &#224; prouver : 1) que cette &#233;galit&#233; est, en toutes circonstances, incompatible avec le progr&#232;s de la production. Ils n'ont jamais apport&#233; cette preuve, ils ne pourront jamais le faire, parce que la participation de l'individu &#224; la production ne d&#233;pend pas uniquement de la r&#233;mun&#233;ration qu'il re&#231;oit, mais encore des circonstances les plus diff&#233;rentes, comme sentiment du devoir, ambition, &#233;mulation, habitude, attrait du travail, etc. Nous ne pouvons faire &#224; leur sujet que des suppositions, nous ne pouvons avoir de certitude et notons, en passant, que ces pr&#233;visions sont, loin de l'appuyer, contraires &#224; l'opinion de nos adversaires. Ceux-ci devraient d'ailleurs nous prouver encore que : 2) l'&#233;galit&#233; des revenus est de l'essence m&#234;me d'une soci&#233;t&#233; socialiste, que, sans cette &#233;galit&#233;, une semblable soci&#233;t&#233; est inconcevable. Cette d&#233;monstration est &#233;galement impossible. Un simple coup d'&#339;il jet&#233; sur les diff&#233;rentes formes de production communiste, qui ont d&#233;j&#224; exist&#233; depuis le communisme primitif jusqu'&#224; la mark et aux familles paysannes, montre combien sont diverses les formes de r&#233;partition des produits, compatibles avec la propri&#233;t&#233; collective des moyens de production. Tous les modes actuels de r&#233;mu&#173;n&#233;ration, traitement fixe, salaire au temps, salaire aux pi&#232;ces, primes pour les travaux suppl&#233;mentaires, paiement diff&#233;rent des diff&#233;rents travaux, tous ces modes de r&#233;mun&#233;ration, convenablement modifi&#233;s, sont compatibles avec le principe d'une soci&#233;t&#233; socialiste, et chacun d'entre eux jouera un r&#244;le plus ou moins grand pendant un certain temps encore dans les diverses communaut&#233;s socialistes, eu &#233;gard &#224; la diversit&#233; des besoins et des habitudes de leurs membres et aux exigences de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne signifie pas que le principe de l'&#233;galit&#233; (qui n'est pas n&#233;cessairement l'uniformit&#233;) des revenus ou des conditions mat&#233;rielles de l'existence ne jouera pas un r&#244;le dans les soci&#233;t&#233;s socialistes, mais il ne faut pas la consid&#233;rer comme le but d'un nivellement impos&#233; directement par la force, mais comme le terme d'une &#233;volution naturelle, comme une tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le mode de production capitaliste r&#232;gnent non seulement la tendance &#224; l'augmentation, mais encore la tendance &#224; la diminution des diff&#233;rences de revenu, la tendance &#224; l'augmentation et la tendance &#224; la diminution de l'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En faisant dispara&#238;tre les classes moyennes et en provoquant l'accroissement de plus en plus consid&#233;rable des grands capitaux, ce r&#233;gime creuse l'ab&#238;me qui s&#233;pare la masse de la population de ses chefs. Ceux-ci s'&#233;l&#232;vent de plus en plus au-dessus de leurs concitoyens, deviennent de moins en moins accessibles. Mais en m&#234;me temps, le r&#233;gime capitaliste tend &#224; niveler de plus en plus les diff&#233;rences de revenus dans la masse de la population. Il ne se contente pas de jeter dans le prol&#233;tariat les paysans et les petits bourgeois ou de r&#233;duire leurs revenus au salaire prol&#233;tarien, il supprime &#233;galement, au sein du prol&#233;tariat, les diff&#233;rences qui subsistent encore. La machine a pour effet de faire tomber les in&#233;galit&#233;s qu'un apprentissage plus ou moins long, une offre plus ou moins grande de force de travail, une organisation plus ou moins stricte avaient provoqu&#233;s dans les salaires des diff&#233;rentes esp&#232;ces d'ouvriers sous le r&#233;gime du m&#233;tier et m&#234;me de la manufacture, in&#233;galit&#233;s qui, eu &#233;gard au caract&#232;re de fixit&#233; des formes de production ant&#233;rieures &#224; l'introduction de la machine, se chang&#232;rent en des diff&#233;rences constantes immuables. Aujourd'hui, ces diff&#233;rences varient sans cesse et tendent de plus en plus &#224; s'annuler. En m&#234;me temps, la r&#233;mun&#233;ration du travailleur intellectuel tend &#224; se rapprocher du salaire de l'ouvrier. Le nivellement, que nos adversaires fl&#233;trissent avec une grande indignation parce qu'ils croient qu'il est de l'intention des socialistes de l'&#233;tablir, se poursuit, sous leurs yeux, dans la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; socialiste, il est clair que toutes les tendances &#224; l'augmentation de l'in&#233;galit&#233; qui proviennent de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production prendront fin. Par contre, la tendance au nivellement des diff&#233;rences de revenu se manifestera avec une force plus grande. Mais nous pouvons ici renouveler la remarque que nous faisions plus haut quand nous parlions de la dissolution de la famille traditionnelle et de la disparition le la petite industrie, la direction suivie par l'&#233;volution &#233;conomique reste en une certaine mesure la m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; socialiste et dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, seulement elle se manifeste d'une fa&#231;on diff&#233;rente. Aujourd'hui, le nivellement des revenus dans la masse de la population a pour r&#233;sultat d'abaisser les revenus sup&#233;rieurs au niveau des revenus inf&#233;rieurs. Dans une soci&#233;t&#233; socialiste, il aura pour effet d'&#233;lever les revenus inf&#233;rieurs et de les &#233;galer aux revenus plus consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos adversaires cherchent &#224; effrayer les ouvriers et les petits bourgeois en leur disant qu'une semblable &#233;galit&#233; ne pourrait que rendre pire leur situation. Suivant eux, en effet, la totalit&#233; du revenu des classes riches ne suffirait pas, une fois r&#233;parti, &#224; porter le revenu des classes les plus mis&#233;rables au niveau moyen de celui de la classe ouvri&#232;re. Pour l'amour de &#171; l'&#233;galit&#233; &#187; les ouvriers et les petits bourgeois les plus favoris&#233;s devraient donc faire abandon d'une partie de leurs ressources. Ils auraient &#224; perdre et non &#224; gagner &#224; l'av&#232;nement du socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les mis&#233;reux, le &#171; Lumpenprol&#233;tariat &#187;, sont si nombreux, leur situation est si lamentable que les &#233;normes revenus des classes riches une fois r&#233;partis, suffiraient &#224; peine &#224; leur assurer l'existence d'un ouvrier ais&#233;. Mais il est peut-&#234;tre douteux que ce soit une raison de maintenir n&#233;cessairement la soci&#233;t&#233; actuelle. Nous aimons &#224; croire que l'adoucissement de la mis&#232;re caus&#233; par cette r&#233;partition constituerait d&#233;j&#224; un progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme nous le savons, il n'est pas question de &#171; partage &#187;, mais de modification apport&#233;e au mode de production. Le passage de la production capitaliste &#224; la production socialiste provoquera absolument une augmentation rapide de la masse des produits &#233;tablis annuellement. N'oublions pas que la production capitaliste est devenue un obstacle &#224; l'&#233;volution &#233;conomique, emp&#234;che le plein d&#233;veloppement des forces productives de la soci&#233;t&#233; moderne. Non seulement elle est incapable d'absorber les petites industries dans la mesure o&#249; le permettrait ou l'exigerait m&#234;me le progr&#232;s technique, mais il lui est m&#234;me impossible d'utiliser toutes les forces de travail disponibles. Elle les gaspille en for&#231;ant une masse de plus en plus consid&#233;rable &#224; entrer dans les rangs des sans-travail, du &#171; Lumpenprol&#233;tariat &#187;, des parasites et des interm&#233;diaires improductifs et en en entretenant sans profit une autre partie dans les arm&#233;es permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une soci&#233;t&#233; socialiste saurait m&#233;nager une t&#226;che productive &#224; toutes ces forces de travail. Elle augmenterait consid&#233;rablement le chiffre des travaux actifs, le doublerait peut-&#234;tre et elle accro&#238;trait proportionnellement la masse totale des produits annuels. Cette extension de la production suffirait &#224; elle seule &#224; &#233;lever le revenu de tous les ouvriers et non pas seulement des plus mis&#233;rables d'entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, la substitution de la production socialiste h&#226;terait beaucoup, comme nous l'avons d&#233;j&#224; expos&#233;, l'absorption des petites industries et leur remplacement par de grandes entreprises : la productivit&#233; du travail s'en trouverait ainsi notablement augment&#233;e en g&#233;n&#233;ral. Il deviendrait d&#232;s lors possible non seulement d'&#233;lever le salaire, mais encore de diminuer le temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi est il tout &#224; fait absurde de pr&#233;tendre que le socialisme signifie pour tous l'&#233;galit&#233; du porte-monnaie. Cette &#233;galit&#233; ne constitue pas la tendance socialiste, mais celle du mode de production actuel. Le passage &#224; la production socialiste doit entra&#238;&#173;ner naturellement une am&#233;lioration du sort de toutes les classes laborieuses, du paysan comme du petit bourgeois. Suivant les circonstances et les conditions &#233;conomiques dans lesquelles elle s'effectuera, cette am&#233;lioration sera plus ou moins grande, mais en tout cas elle sera sensible. Chaque nouveau progr&#232;s &#233;conomique provoquera d&#232;s lors une augmentation et non plus une diminution du bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce changement apport&#233; &#224; la direction suivie par l'&#233;volution du revenu nous para&#238;t plus favorable &#224; la sant&#233; du corps social que l'augmentation absolue des revenus. Aujourd'hui tout &#234;tre pensant vit plus dans l'avenir que dans le pr&#233;sent ; la promesse ou la menace qu'on lui fait l'occupe plus que la jouissance du moment. Ce n'est pas l'&#234;tre, mais le devenir, ce ne sont pas les &#233;tats, mais les tendances qui d&#233;cident du bonheur de l'individu et de soci&#233;t&#233;s enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous apprenons ici &#224; conna&#238;tre une nouvelle sup&#233;riorit&#233; de la soci&#233;t&#233; socialiste sur la soci&#233;t&#233; capitaliste. Elle n'offre pas seulement un bien-&#234;tre sup&#233;rieur, mais encore une s&#233;curit&#233; de l'existence que la plus grande richesse ne peut assurer aujourd'hui. Si le premier avantage int&#233;resse surtout les exploit&#233;s d'aujourd'hui, l'autre constitue un don pr&#233;cieux pour les exploiteurs actuels, dont le bien-&#234;tre n'a plus besoin ou ne peut m&#234;me plus &#234;tre accru. L'ins&#233;curit&#233; menace le riche comme le pauvre, elle est peut-&#234;tre plus p&#233;nible que la mis&#232;re. Elle fait ressentir en esprit la mis&#232;re &#224; ceux qui ne sont pas encore aux prises avec elle. C'est un spectre qui n'&#233;pargne pas les palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les hommes de science qui ont &#233;tudi&#233; les communaut&#233;s communistes, les communes rurales de l'Inde ou de la Russie (avant que la production marchande, les interventions administratives, l'argent et l'usure les aient d&#233;truites) ou les com&#173;munaut&#233;s familiales, telles qu'elles existent encore chez les Slaves m&#233;ridionaux, ont tous observ&#233; les sentiments de calme, de s&#233;curit&#233;, d'&#233;galit&#233; d'humeur qui caract&#233;r&#173;isaient leurs membres. Compl&#232;tement ind&#233;pendantes des fluctuations du march&#233;, en pleine possession de leurs instruments de production, elles se suffisent &#224; elles-m&#234;mes, r&#232;glent le travail sur leurs besoins, et savent &#224; l'avance ce qui les attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant la s&#233;curit&#233; que ces communaut&#233;s primitives pouvaient offrir n'&#233;tait pas compl&#232;te. Leur pouvoir sur la nature &#233;tait faible, la communaut&#233; elle-m&#234;me &#233;tait peu &#233;tendue. Les pertes r&#233;sultant d'&#233;pizooties, de mauvaises r&#233;coltes, d'inondations, &#233;taient fr&#233;quentes et atteignaient toute la soci&#233;t&#233;. Combien plus s&#251;re serait une communaut&#233; socialiste de l'&#233;tendue d'un &#201;tat moderne et disposant de toutes les conqu&#234;tes de la science actuelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
10 : Le Socialisme et la Libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de nos adversaires savent et reconnaissent qu'une soci&#233;t&#233; socialiste offrirait &#224; ses membres le bien-&#234;tre et la s&#233;curit&#233;. Mais, objectent-ils, ces avantages sont achet&#233;s trop cher, ils seront pay&#233;s de la perte compl&#232;te de la libert&#233;. L'oiseau dans sa cage peut chaque jour compter sur sa nourriture, il est assur&#233; contre la faim, les intemp&#233;ries, prot&#233;g&#233; contre ses ennemis. Mais il n'a pas la libert&#233;, aussi n'est il qu'un &#234;tre digne de piti&#233; qui n'a qu'un d&#233;sir, &#234;tre replac&#233; dans le monde des dangers et des besoins, rejet&#233; dans la lutte pour l'existence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le socialisme, nous disent-ils, d&#233;truit la libert&#233; &#233;conomique, la libert&#233; du travail. Il institue un despotisme au prix duquel l'absolutisme politique le plus complet constitue un &#233;tat de libert&#233;, l'absolutisme ne s'empare que d'une partie de l'homme, le despo&#173;tisme socialiste le prend tout entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est juste de dire que la production socialiste est incompatible avec la pleine libert&#233; du travail, c'est-&#224;-dire avec la libert&#233; pour l'ouvrier de travailler o&#249; il veut quand il veut et comme il veut. Mais cette libert&#233; de l'ouvrier est incompatible avec tout travail en commun syst&#233;matique, quelle que soit d'ailleurs la forme qu'il rev&#234;te, capitaliste ou coop&#233;rative. La libert&#233; du travail n'est possible que dans la petite industrie et dans une certaine mesure seulement. M&#234;me l&#224; o&#249; la petite exploitation est exempte de prescriptions restrictives, agricoles ou corporatives, l'ouvrier individuel d&#233;pend encore d'influences naturelles et sociales, le paysan par exemple de la temp&#233;rature, l'artisan de l'&#233;tat du march&#233;, etc. La petite exploitation a toujours permis une certaine libert&#233; du travail. Cette libert&#233; a toujours &#233;t&#233; son id&#233;al, l'id&#233;al le plus r&#233;volutionnaire dont fut capable le petit bourgeois qui ne peut d&#233;passer l'horizon de la petite industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cent ans encore, &#224; l'&#233;poque de la R&#233;volution fran&#231;aise, cet id&#233;al reposait sur des rapports &#233;conomiques. Aujourd'hui il n'a plus de valeur, il ne peut persister que dans l'esprit de gens qui ne voient pas quelle r&#233;volution &#233;conomique s'est accomplie depuis. La disparition de la libert&#233; du travail est n&#233;cessairement li&#233;e &#224; la disparition de la petite industrie. Ce ne sont pas les d&#233;mocrates socialistes qui les abolissent, mais les progr&#232;s irr&#233;sistibles de la grande industrie. Ceux m&#234;mes qui ont le plus souvent &#224; la bouche la n&#233;cessit&#233; de la libert&#233; du travail, les capitalistes, sont ceux qui contribuent le plus &#224; l'abolir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; du travail ne dispara&#238;t pas seulement dans le travail &#224; la fabrique ; elle cesse encore d'exister pour tout travail o&#249; l'individu n'agit que comme partie d'un tout. Elle est inconnue non seulement des travailleurs parcellaires de la manufacture et de la grande industrie, mais encore des travailleurs intellectuels qui employ&#233;s dans de grandes maisons n'agissent pas spontan&#233;ment comme individus, par eux-m&#234;mes. Le m&#233;decin d'h&#244;pital comme l'instituteur, l'employ&#233; de chemins de fer comme le journaliste, etc., ne jouissent pas de la libert&#233; du travail, mais sont astreints &#224; certains r&#232;glements, doivent travailler &#224; des endroits prescrits, &#224; des moments d&#233;termin&#233;s, etc. Et comme, nous l'avons d&#233;j&#224; fait observer, dans le domaine de l'activit&#233; intellectuelle, la grande industrie &#233;vince la petite comme dans tous les domaines de l'activit&#233; humaine, pour le travailleur intellectuel, la libert&#233; du travail dispara&#238;t de plus en plus dans la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, sous le r&#233;gime de la grande industrie capitaliste, l'ouvrier jouit encore d'une certaine libert&#233;. S'il ne lui convient pas de travailler dans une certaine entreprise, il est libre de se chercher un emploi dans une autre. Il peut changer de service. Dans une communaut&#233; socialiste, tous les moyens de production sont concentr&#233;s en une seule main, il n'y a plus qu'un seul employeur qu'il est impossible de changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce point de vue, le salari&#233; actuel a sur le travailleur d'une soci&#233;t&#233; socialiste, l'avantage d'une certaine libert&#233;. Mais on ne peut l'appeler la libert&#233; du travail. Il peut changer de fabrique autant qu'il voudra, il ne trouvera dans aucune la libert&#233; du travail. Dans chacune d'elles, il trouvera les actes &#224; accomplir par un ouvrier r&#233;glement&#233;s et d&#233;termin&#233;s d'une fa&#231;on pr&#233;cise. C'est une n&#233;cessit&#233; technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; qui menace de dispara&#238;tre pour l'ouvrier dans la production socialiste n'est donc pas la libert&#233; du travail, mais celle de chercher soi-m&#234;me son patron. Cette libert&#233; n'est aujourd'hui, nullement insignifiante. C'est une garantie pour l'ouvrier, et quiconque a travaill&#233; dans une industrie monopolis&#233;e le sait bien. Mais l'&#233;volution &#233;conomique rend cette libert&#233; de moins en moins s&#251;re. L'extension du ch&#244;mage a pour effet de diminuer le nombre des emplois disponibles compar&#233; au chiffre des postulants. Le sans-travail doit s'estimer heureux de trouver une place. La concen&#173;tration des moyens de production entre les mains de personnes de moins en moins nombreuses aboutit &#224; ce r&#233;sultat finalement, l'ouvrier retrouve toujours le m&#234;me employeur ou du moins les m&#234;mes conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nos adversaires qualifient de mauvaise intention de la d&#233;mocratie socialiste, ennemie de la civilisation et de la libert&#233;, n'est que la tendance n&#233;cessai&#173;rement suivie par l'&#233;volution &#233;conomique dans la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la d&#233;mocratie socialiste, mais l'&#233;volution &#233;conomique qui abolit la facult&#233; de choisir les conditions de travail ainsi que la libert&#233; pendant le travail. La d&#233;mocratie socialiste ne peut certes, ni ne veut d'ailleurs, entraver l'&#233;volution. Mais l&#224; encore, comme dans d'autres domaines, l'&#233;volution prendra une nouvelle forme, plus favorable &#224; l'ouvrier. Elle ne peut supprimer la d&#233;pendance de l'ouvrier dans un organisme &#233;conomique dont il ne forme qu'un petit rouage, mais elle substitue &#224; la d&#233;pendance du travailleur vis-&#224;-vis d'un capitaliste dont les int&#233;r&#234;ts sont oppos&#233;s aux siens, la d&#233;pendance vis-&#224;-vis d'une soci&#233;t&#233; dont il est membre, d'une soci&#233;t&#233; compos&#233;e de camarades &#233;gaux en droits qui ont les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semblable d&#233;pendance peut para&#238;tre insupportable &#224; un avocat, &#224; un litt&#233;ra&#173;teur lib&#233;raux. Elle ne l'est pas pour un prol&#233;taire moderne, comme nous. le prouve un simple coup d'&#339;il jet&#233; sur le mouvement syndical. Les syndicats nous offrent d&#233;j&#224; le spectacle de ce que sera cette &#171; tyrannie de l'&#201;tat socialiste &#187; dont nos adversaires radotent tant. D&#232;s maintenant les conditions de travail de l'individu sont r&#233;gl&#233;es de la fa&#231;on la plus pr&#233;cise et la plus s&#233;v&#232;re, et cependant aucun des membres de ces associations n'y a vu une atteinte insupportable port&#233;e &#224; sa libert&#233; personnelle. Ce ne sont pas les travailleurs, mais leurs exploiteurs qui ont trouv&#233; n&#233;cessaire de d&#233;fendre contre ce &#171; terrorisme &#187; cette &#171; libert&#233; du travail &#187;, et souvent ils ont fait appel &#224; la force des armes et le sang a &#233;t&#233; r&#233;pandu. Pauvre libert&#233; qui ne trouve plus d'autres d&#233;fenseurs que les ma&#238;tres d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette absence de libert&#233; du travail ne perd pas seulement son caract&#232;re oppresseur dans une soci&#233;t&#233; socialiste, elle deviendra la base de la plus grande libert&#233; dont il ait &#233;t&#233; jamais possible &#224; l'humanit&#233; de jouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre proposition semble contradictoire. Elle ne l'est qu'en apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'&#233;tablissement de la grande industrie, le travail destin&#233; &#224; cr&#233;er et &#224; acqu&#233;rir les produits n&#233;cessaires &#224; l'entretien de la vie occupait tout entier ceux, qui y &#233;taient employ&#233;s. Il exigeait le maximum d'efforts non seulement du corps, mais encore de l'esprit. Cette remarque ne s'applique pas seulement au chasseur et au p&#234;cheur, mais encore au paysan, &#224; l'artisan, au marchand. La vie de l'homme indus&#173;trieux, se d&#233;pensait presque uniquement dans son industrie. C'&#233;tait le travail qui trempait ses d&#233;sirs et ses nerfs, qui rendait son cerveau inventif, lui inspirait la soif de s'instruire. Compl&#232;tement pris par le travail parcellaire du moment, les classes laborieuses perdirent la compr&#233;hension des ph&#233;nom&#232;nes g&#233;n&#233;raux qui les entouraient. Un d&#233;veloppement complet et harmonique des forces morales et corporelles, l'&#233;tude approfondie des probl&#232;mes soulev&#233;s par les rapports sociaux et politiques, une pens&#233;e philosophique, c'est-&#224;-dire la recherche des plus grandes v&#233;rit&#233;s pour elle-m&#234;me, ne pouvaient dans ces circonstances se rencontrer que chez les hommes lib&#233;r&#233;s de toute industrie. Jusqu'&#224; l'introduction de la machine, seul le transfert de ces travaux &#224; autrui, l'exploitation rendit la chose possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La race la plus occup&#233;e d'id&#233;al, la plus philosophique que l'histoire connaisse, la seule soci&#233;t&#233; de penseurs et d'artistes que nous puissions relever, qui cultivait la science et les arts pour eux-m&#234;mes, fut l'aristocratie ath&#233;nienne, qui fut compos&#233;e des grands propri&#233;taires fonciers d'Ath&#232;nes, ma&#238;tres d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour eux le travail (non seulement le travail servile, mais encore le travail libre) &#233;tait une d&#233;ch&#233;ance et cela &#224; juste titre. Socrate n'exag&#233;rait pas quand il disait : &#171; Les boutiquiers et les artisans manquent de culture parce qu'ils manquent des loisirs sans lesquels une bonne &#233;ducation est impossible. Ils n'apprennent que ce qu'exige leur profession. La science en soi n'a pas d'attrait pour eux. C'est ainsi qu'ils ne s'occupent d'arithm&#233;tique que parce que cette science est utile au commerce et non pour se familiariser avec la nature des nombres. Ils n'ont pas la force de porter plus haut leurs vis&#233;es. Voici ce que dit l'homme qui se livre &#224; une industrie : la joie que procure l'honneur et l'instruction n'a pas de valeur au prix du gain. Les forgerons, les charpentiers, les cordonniers, peuvent &#234;tre experts dans leur art, la plupart ont des &#226;mes d'esclaves, ils ignorent le beau, le bien, le juste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mesure que l'&#233;volution &#233;conomique poursuivait ses progr&#232;s, la division du travail atteignait un degr&#233; incroyable et la production marchande for&#231;ait les exploi&#173;teurs et les gens instruits &#224; se livrer &#224; l'industrie. Comme le paysan et l'artisan, le riche est maintenant pris tout entier par son activit&#233; industrieuse. Ce n'est pas dans les gymnases et dans les acad&#233;mies qu'ils se rassemblent, mais dans les bourses et sur les march&#233;s ; les sp&#233;culations auxquelles ils se consacrent n'ont pas pour objet les notions de v&#233;rit&#233; et de justice, mais la laine et l'eau-de-vie, les emprunts russes et les coupons portugais. Leurs facult&#233;s intellectuelles s'usent dans ces sp&#233;culations. Leur travail fait, il ne leur reste plus de force que pour s'abandonner aux plaisirs les moins spirituels possibles qui seuls peuvent encore les int&#233;resser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour ceux qui la poss&#232;dent, l'instruction est devenue une marchandise, comme nous l'avons vu. Eux aussi n'ont ni le temps ni le go&#251;t de se livrer &#224; la recherche d&#233;sint&#233;ress&#233;e de la v&#233;rit&#233;, d'un id&#233;al. Chacun se renferme dans sa sp&#233;cialit&#233; et tient pour perdue chaque minute employ&#233;e &#224; acqu&#233;rir une connaissance dont il ne pourra tirer profit. Aussi tend-on maintenant &#224; exclure le latin et le grec des &#233;coles moyennes. Dans cette affaire, les raisons p&#233;dagogiques ont peu de poids : ce que l'on veut c'est apprendre aux jeunes gens seulement ce dont ils ont besoin, c'est &#224; dire ce qu'ils peuvent convertir en argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me chez les hommes de science ou chez les artistes, l'intelligence du tout, l'effort vers un d&#233;veloppement harmonique et g&#233;n&#233;ral ont disparu. Partout les &#233;tudes se sp&#233;cialisent, se professionnalisent. La science et l'art deviennent des m&#233;tiers. Ce que Socrate dit des professions viles s'applique maintenant &#224; elles. L'esprit philosophique est en train de mourir, du moins dans les classes dont nous venons de parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant un nouveau mode de travail, le travail &#224; la machine, s'est introduit, et une nouvelle classe, le prol&#233;tariat, s'est constitu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La machine enl&#232;ve au travail tout fond intellectuel. Le travailleur &#224; la machine n'a plus &#224; penser, &#224; r&#233;fl&#233;chir ; il lui suffit d'ob&#233;ir passivement &#224; la machine. Elle lui indique ce qu'il a &#224; faire, il devient son prolongement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous venons de dire du travail &#224; la machine s'applique &#233;galement, bien qu'en g&#233;n&#233;ral &#224; un moindre degr&#233;, aux travaux parcellaires ex&#233;cut&#233;s, soit &#224; la manu&#173;facture soit &#224; domicile. La division du travail de l'artisan qui cr&#233;e un objet entier en une s&#233;rie de travaux parcellaires dont chacun, au moyen d'une seule ou de plusieurs manipulations, ne fabrique qu'une partie du produit complet, forme comme on sait le point de d&#233;part, l'introduction au machinisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re cons&#233;quence que l'uniformit&#233; et la platitude du travail entra&#238;nent pour le prol&#233;taire est la mort apparente de son intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second r&#233;sultat est qu'il se sent pouss&#233; &#224; se r&#233;volter contre le prolongement trop grand du travail. Pour lui, travailler ce n'est pas vivre. La vie ne commence pour lui que quand il cesse le travail. Pour l'ouvrier pour lequel le travail et la vie sont une seule et m&#234;me chose, la libert&#233; du travail peut signifier une vie libre. Mais le prol&#233;&#173;taire qui ne vit que quand il ne travaille pas ne peut atteindre &#224; une vie libre qu'en se lib&#233;rant du travail. Il va de soi que la tendance de cette derni&#232;re classe d'ouvriers ne peut aller jusqu'&#224; vouloir se d&#233;rober &#224; tout travail. Le travail est la condition de la vie. Mais leurs efforts doivent tendre n&#233;cessairement &#224; limiter suffisamment le travail pour qu'ils aient le loisir de vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une des raisons les plus fortes de la lutte men&#233;e par le prol&#233;taire moderne en faveur de la r&#233;duction du temps de travail, que les paysans et les artisans &#224; l'ancienne mode ne comprennent pas. Le but de cette lutte n'est pas d'obtenir de petits avantages &#233;conomiques, une l&#233;g&#232;re &#233;l&#233;vation de salaire, la diminution du nombre des sans-travail. Tous ces objets arrivent par surcro&#238;t, mais, au fond, c'est une lutte pour la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivons enfin &#224; une derni&#232;re cons&#233;quence de ce fait que le travail a &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233; par la machine de tout caract&#232;re intellectuel : les facult&#233;s spirituelles du prol&#233;taire ne sont pas &#233;puis&#233;es par l'activit&#233; industrieuse qu'il d&#233;ploie ; elles sommeillent. Aussi chez l'ouvrier le d&#233;sir d'exercer son esprit en dehors du travail devient de plus en plus puissant, si toutefois il lui reste quelque loisir de le faire. Un des ph&#233;nom&#232;nes les plus frappants de la soci&#233;t&#233; actuelle est la soif de s'instruire qu'on rencontre dans le prol&#233;tariat. Tandis que toutes les autres classes cherchent &#224; tuer le temps qu'elles ont libre aussi sottement que possible, le prol&#233;tariat montre une v&#233;ritable avidit&#233; &#224; s'instruire. Il faut avoir eu l'occasion d'agir avec des prol&#233;taires pour appr&#233;cier pleinement ce d&#233;sir d'instruction et de culture. Mais celui qui reste &#233;tranger au mouve&#173;ment peut soup&#231;onner ces efforts en comparant les revues, brochures, journaux lus par les ouvriers avec la litt&#233;rature que pr&#233;f&#232;rent les autres sph&#232;res de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette soif d'apprendre est absolument d&#233;sint&#233;ress&#233;e. La science ne peut aider le travailleur &#224; la machine &#224; &#233;lever ses revenus. S'il recherche la v&#233;rit&#233;, il le fait pour elle-m&#234;me et non dans l'esp&#233;rance d'un profit mat&#233;riel. Aussi ne se borne-t-il pas &#224; un domaine unique, r&#233;tr&#233;ci. Il porte ses vues sur l'ensemble. Il veut comprendre toute la soci&#233;t&#233;, tout l'univers. Les probl&#232;mes les plus difficiles sont ceux qui l'attirent le plus. Il se pla&#238;t aux questions de philosophie, de m&#233;taphysique. Souvent il est difficile de lui faire quitter les nuages et de le ramener sur la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la possession du savoir mais le d&#233;sir de savoir qui fait le philosophe. Et c'est chez ces prol&#233;taires m&#233;pris&#233;s, ignorants, que revit l'esprit philosophique des plus brillants penseurs de l'aristocratie ath&#233;nienne. Mais dans la soci&#233;t&#233; actuelle, cet esprit ne peut se d&#233;velopper pleinement. Les prol&#233;taires ne poss&#232;dent pas les moyens de s'instruire, n'ont pas la direction n&#233;cessaire aux &#233;tudes syst&#233;matiques, sont abandonn&#233;s &#224; tous les hasards, &#224; toutes les difficult&#233;s de l'initiation auto-didactique, mais manquent surtout des loisirs n&#233;cessaires. La science et l'art restent pour eux des terres promises qu'ils aper&#231;oivent de loin, pour la possession desquelles ils combattent, mais o&#249; ils ne pourront entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul le triomphe du socialisme donnera au prol&#233;tariat toute facilit&#233; de s'instruire ; seul le triomphe du socialisme permettra de r&#233;duire suffisamment le temps de travail n&#233;cessaire pour ses loisirs indispensables &#224; l'acquisition des connaissances. Le mode de production capitaliste &#233;veille chez le prol&#233;taire le d&#233;sir de savoir ; seul le mode de production socialiste peut arriver &#224; le satisfaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la libert&#233; du travail , mais l'exemption du travail que rend possible dans une large mesure l'emploi de la machine dans une soci&#233;t&#233; socialiste, qui donnera &#224; l'humanit&#233; une vie libre, la libert&#233; de s'adonner aux arts et aux sciences, la libert&#233; de ressentir les jouissances les plus nobles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;veloppement heureux et harmonique, rest&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent le. privil&#232;ge d'une poign&#233;e d'aristocrates &#233;lus, deviendra le bien commun de toutes les nations civilis&#233;es. L'office que les esclaves remplissaient au profit des premiers sera accompli par les machines au profit des peuples. Lib&#233;r&#233;s du travail lucratif, les peuples jouiront de tous les avantages de cette d&#233;livrance sans avoir &#224; subir aucun des effets d&#233;gradants, gr&#226;ce auxquels l'esclavage finit par &#233;nerver les aristocrates d'Ath&#232;nes. De m&#234;me que les moyens dont disposent actuellement, les sciences et les arts, sont bien sup&#233;rieurs &#224; ceux que l'on connaissait il y a deux mille ans, de m&#234;me que le monde civilis&#233; moderne l'emporte de beaucoup sur le petit pays de Gr&#232;ce ; de m&#234;me la soci&#233;t&#233; socialiste d&#233;passera en hauteur morale et en bien-&#234;tre mat&#233;riel la communaut&#233; la plus brillante que l'histoire ait jamais connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureux celui auquel il est donn&#233; d'employer ses forces &#224; r&#233;aliser ce noble id&#233;al.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] Remarquons en passant que, comme l'institution &#233;conomique ne peut nullement rester stationnaire en &#233;tat socialiste, son progr&#232;s aura pour cons&#233;quence d'&#233;tendre constamment l'&#233;tendue dont une communaut&#233; socialiste aura besoin pour r&#233;ussir. Nous sommes fermement convaincus que les diverses nations socialistes finiront par se fondre en une communaut&#233; unique, que toute l'humanit&#233; ne formera plus qu'une soci&#233;t&#233;. Cependant, nous n'avons &#224; nous pr&#233;occuper ici que des origines et non du cours ult&#233;rieur que suivra l'&#233;volution des formes sociales socialistes. Nous n'avons donc pas &#224; examiner, au cour de nos d&#233;veloppements, la question de la R&#233;publique universelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Luttes de classe en France</title>
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		<dc:date>2009-04-11T19:46:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Kautsky</dc:subject>

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&lt;p&gt;Introduction d'Alex &#224; la brochure de Kautsky sur les &#034;Luttes de classes en France&#034; dans la r&#233;volution fran&#231;aise : &lt;br class='autobr' /&gt;
Sur &#034;La lutte des classes en France en 1789&#034; de Kautsky (1889.) &lt;br class='autobr' /&gt;
La lutte des classes en France en 1789 est la traduction en fran&#231;ais, parue en 1901, d'un article &#233;crit en allemand en 1889 pour le 100&#232;me anniversaire de la r&#233;volution fran&#231;aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les 10 chapitres qui le constituent ne suivent pas un ordre chronologique. Chacun d&#233;crit un groupe social, sa situation et ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique29" rel="directory"&gt;3&#232;me chapitre : R&#233;volutions bourgeoises et populaires&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot42" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot45" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot113" rel="tag"&gt;Kautsky&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction d'Alex &#224; la brochure de Kautsky sur les &#034;Luttes de classes en France&#034; dans la r&#233;volution fran&#231;aise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur &#034;La lutte des classes en France en 1789&#034; de Kautsky (1889.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des classes en France en 1789 est la traduction en fran&#231;ais, parue en 1901, d'un article &#233;crit en allemand en 1889 pour le 100&#232;me anniversaire de la r&#233;volution fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 10 chapitres qui le constituent ne suivent pas un ordre chronologique. Chacun d&#233;crit un groupe social, sa situation et ses aspirations politiques, &#233;conomiques, ses relations avec les autres groupes, la description de ses interventions aux diff&#233;rents stades de la r&#233;volution . Cette forme est tr&#232;s adapt&#233;e &#224; l'objectif de Kautsky qui &#233;tait sans doute de donner pour la premi&#232;re fois de mani&#232;re syst&#233;matique, d'un point de vue du mat&#233;rialisme historique de Marx et Engels, donc en termes de lutte des classes, une analyse de cette r&#233;volution bourgeoise, &#224; l'image des Luttes de classes en France (1848-1850) de Karl Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte contient des remarques pol&#233;miques int&#233;ressantes contre certaines th&#233;ories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les unes sont bien s&#251;r dirig&#233;es contre les conceptions id&#233;alistes : &#171; (...) dans la plupart des expos&#233;s sur la R&#233;volution, la lutte des classes appara&#238;t encore non comme le ressort de tout le bouleversement social, mais comme un &#233;pisode s'intercalant entre les luttes des philosophes, des orateurs et des hommes d'Etat, comme si celles-ci n'&#233;taient pas la cons&#233;quence n&#233;cessaires de celles-l&#224; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d' autres sont dirig&#233;es contre ceux qui seraient tent&#233;s d'apercevoir les pr&#233;misses d'une tendance socialiste dans la r&#233;volution fran&#231;aise, une dissociation du tiers-Etat en deux p&#244;les, l'un bourgeois, l'autre prol&#233;tarien, bref un processus de r&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le chapitre 8 sur les Sans-Culottes, Kautsky &#233;crit, &#224; propos des plus radicaux d'entre eux : &#171; Mais en d&#233;pit de cette haine et quelle que soit la verve avec laquelle ils l'exprimaient parfois, ces r&#233;volutionnaires ne doivent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme socialistes. Le prol&#233;tariat comme classe ayant conscience d'elle-m&#234;me n'existait pas avant la R&#233;volution. Il vivait encore enti&#232;rement dans dans le cercle d'id&#233;e de la petite-bourgeoisie, dont l'id&#233;al et les revendications ne d&#233;passaient pas l'horizon de la production marchande &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Daniel Gu&#233;rin a tordu de mani&#232;re convaincante le cou &#224; cette vision m&#233;caniste de la lutte des classes en 1789 dans son livre &#034;Bourgeois et bras nus&#034;. En quoi perce le r&#233;formisme de Kautsky dans cette vision ? Tout d'abord une question se pose : qu'entend-on par socialisme, ou aspect socialiste d'une r&#233;volution ? Un premier aspect du socialisme, ce qu'a apport&#233; le &#171; socialisme scientifique &#187; de Marx et Engels est qu'aujourd'hui, il ne peut &#234;tre distingu&#233; de la lutte de la classe ouvri&#232;re pour sa lib&#233;ration. En ce sens, Kautsky a bien s&#251;r raison d'&#233;voquer l'inexistence d'un prol&#233;tariat moderne en 1789. Les forces productives, les rapports de production capitalistes n'&#233;taient donc pas assez d&#233;velopp&#233;es pour le passage au socialisme, pour l'existence m&#234;me d'une tendance autre que celle de la bourgeoisie pourrait-on r&#233;sumer sous une forme &#171; orthodoxe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le socialisme co&#239;ncide avec la lutte du prol&#233;tariat pour sa lib&#233;ration seulement parce que la lib&#233;ration de cette classe est la condition de la lib&#233;ration de l'humanit&#233; dans son ensemble. Ceci parce que la classe ouvri&#232;re est la seule capable de renverser la bourgeoisie, classe aujourd'hui responsable de toutes les formes d'oppressions humaines, &#233;conomiques, sociales, nationales. Le socialisme est donc en premier lieu l'aspiration &#224; mettre fin &#224; toutes les formes d'oppressions. et de ce point de vue certains aspects du socialisme sont pr&#233;sent sous une certaine forme dans toutes les luttes sociales men&#233;es par les opprim&#233;s depuis l'antiquit&#233;, avant m&#234;me l'apparition du capitalisme, ind&#233;pendament du degr&#233; de d&#233;veloppement des forces productives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 7 sur les classes lib&#233;rales est le plus marqu&#233; par les contradictions qu'implique la vision tr&#232;s m&#233;canistes de Kautsky, qui minimise les antagonismes politiques et sociaux qui divisent Tiers-Etat. Il en vient &#224; faire des intellectuels les d&#233;positaires d'une limpide conscience de classe bourgeoise, comme s'ils avaient &#233;t&#233; les dirigeants conscients du fait que l'humanit&#233; en &#233;tait &#224; l'&#233;tape bourgeoise de la r&#233;volution : &#171; (...) les penseurs bourgeois avaient une vue trop nette des rapports sociaux r&#233;els pour les m&#233;conna&#238;tre et donner dans un socialisme alors sans port&#233;e (...) ils ne se laissaient point non plus aveugler par les int&#233;r&#234;ts particuliers de certaines cat&#233;gories capitalistes au point de m&#233;conna&#238;tre les int&#233;r&#234;ts permanents et sup&#233;rieurs de la classe bourgeoise tout enti&#232;re, et les exigences du d&#233;veloppement du capitalisme : non, s'&#233;levant au-dessus de ces int&#233;r&#234;ts particuliers, qui rendaient tant de capitalistes partisans du r&#233;gime f&#233;odal et presque tous d&#233;fiants vis-&#224;-vis des innovations, ne s'arr&#234;tant pas &#224; l'&#233;troitesse born&#233;e des bourgeois int&#233;ress&#233;s dans les affaires, aimant par profession &#224; g&#233;n&#233;raliser, &#224; tirer des conclusions logiques, &#224; embraser dans leur connaissances des rapports sociaux le pass&#233; et le pr&#233;sent, les Intellectuels furent la force qui sut discerner les grands int&#233;r&#234;ts de classe de la bourgeoisie qui &#224; cet &#233;poque co&#239;ncidaient avec l'int&#233;r&#234;t social g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision est p&#233;trie d'id&#233;alisme (au sens philosophique), conception de l'histoire que Kautsky veut combattre dans ce livre. On est (heureusement) surpris de voir qu'elle est compl&#232;tement contredite par la conclusion qu'il donne &#224; ce m&#234;me chapitre. Comment l'expliquer ? Cheminement dialectique du raisonnement ? L'explication plus prosa&#239;que se trouve sans doute dans une lettre du 20 f&#233;vrier 1889 dans laquelle Engels envoie &#224; Kautsky ses commentaires sur une premi&#232;re &#233;bauche de l'article. Il rappelle que &#171; (...) seuls ces pl&#233;b&#233;iens ont fait la r&#233;volution &#187;. Kautsky d&#233;veloppe donc ce point dans sa conclusion du chapitre 7, mais &#224; la lumi&#232;re de cette lettre d'Engels, on comprend que cette conclusion a sans doute &#233;t&#233; plaqu&#233;e &#224; la fin du chapitre, sans lien avec ce qui pr&#233;c&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa lettre, Engels mentionne &#233;galement le caract&#232;re artificiel des r&#233;f&#233;rences aux forces productives : &#171; je parlerais beaucoup moins du mode de production. A chaque fois il est s&#233;par&#233; par une &#233;norme distance des faits dont tu parles et appara&#238;t ainsi, de par son isolement m&#234;me, comme une pure abstraction qui ne rend pas les choses plus simple mais plut&#244;t plus obscures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces pl&#233;b&#233;iens qu'Engels mentionne sont intervenus pendant la r&#233;volution fran&#231;aise par une d&#233;nonciation virulente de l'oppression de &#171; l'aristocratie financi&#232;re &#187; qui prenait peur &#224; peu les rennes du pouvoir. Cette d&#233;nonciation de la domination de la bourgeoisie a un contenu socialiste. Pour s'en convaincre, il suffit de lire le Manifeste des enrag&#233;s (juin 1793) dont certaines formules d&#233;non&#231;ant les capitaux marchands et la sp&#233;culation seraient &#224; leur place dans un tract aujourd'hui en cette p&#233;riode de crise syst&#233;mique du capitalisme. Il est inexact de dire que cette tendance du mouvement pl&#233;b&#233;ien &#171; (...) vivait encore enti&#232;rement dans dans le cercle d'id&#233;e de la petite-bourgeoisie, dont l'id&#233;al et les revendications ne d&#233;passaient pas l'horizon de la production marchande &#187;, selon les temes de Kautsky cit&#233;s plus haut &#224; propos de tous les sans-cullottes. Le Manifeste des enrag&#233;s comme plus celui de &#233;gaux sont justement dirig&#233;s, en partie, contre le capital marchand, commercial, sp&#233;culatif. Sans cette prise de conscience que la bourgeoisie est l'ennemi principal des exploit&#233;s, Marx et Engels, comme tous les r&#233;volutionnaires d'aujourd'hui, ne pourraient arriver &#224; leurs conceptions faisant de la classe ouvri&#232;re la classe r&#233;volutionnaire de notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre aspect socialiste dans la r&#233;volution de 1789 : la question de la femme. Les femmes ont jou&#233; un r&#244;le majeur dans la R&#233;volution. Elles luttaient au c&#244;t&#233; des hommes pour abattre le f&#233;odalisme, mais certaines ont men&#233; parall&#232;lement une lutte pour leur &#233;mancipation. Cette lutte des femmes reste un aspect fondamental de la lutte pour le socialisme. Or les forces productives ont eu beau cro&#238;tre depuis 1789, imposer la lib&#233;ration des femmes comme t&#226;che essentielle pour le mouvement ouvrier est un combat &#224; mener, re-mener en permanence. Par rapport &#224; cette question le &#171; manque de maturit&#233; des forces productives pour le socialisme &#187; ne donnera jamais d'explication. Le fait que les mouvements de femmes ont subi la r&#233;pression des diff&#233;rents pouvoirs r&#233;volutionnaires en 1789 ne peut &#234;tre mis sur le compte de ce retard des forces productives Car cette tendance r&#233;pressive existe encore &#224; l'heure actuelle dans toutes les luttes de lib&#233;ration, &#233;conomique, sociales, nationales, y compris celles de la classe ouvri&#232;re, encore aujourd'hui, m&#234;me dans les pays les plus d&#233;velopp&#233;s. Remarquons qu'aucun chapitre du livre de Kautsky n'est consacr&#233; sp&#233;cialement aux femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre 7 n'est-il pas &#224; l'image de Kautsky et de la social-d&#233;mocratie allemande jusqu'en 1914 , m&#234;lant r&#233;formisme et marxisme ? Il est frappant de constater que les arguments employ&#233;s par Kautsky en 1889 font partie de l'arsenal des r&#233;formistes (dans le sens : ceux qui freinent en permanence les aspirations r&#233;volutionnaires), et des nationalistes, notamment dans les pays du tiers-monde. Les forces productives n'&#233;tant pas assez d&#233;velopp&#233;es (dans certains pays d'Afrique ou d'Asie par exemple), une politique ind&#233;pendante de la classe ouvri&#232;re, des opprim&#233;s en g&#233;n&#233;ral, dont les femmes, n'est pas &#224; l'ordre du jour, elle n'est ni possible ni de toute fa&#231;on souhaitable, elle diviserait le camp &#171; progressiste &#187;. Ce choix politique est souvent justifi&#233; par un argument qui se veut marxiste : les forces productives ne sont pas assez d&#233;velopp&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la r&#233;volution fran&#231;aise d&#233;montre le contraire : LA r&#233;volution bourgeoise par excellence n'a pu vaincre que gr&#226;ce &#224; l'intervention des masses pl&#233;b&#233;iennes, ayant pour certaines de nettes tendances anti-bourgeoises. D&#233;j&#224; &#224; cette &#233;poque, les taches de la r&#233;volution bourgeoise n'ont pu &#234;tre men&#233;es &#224; bout que parce que la pl&#232;be a combattu pour ses propres revendications et s'est organis&#233;e ind&#233;pendamment de la bourgeoisie, parfois contre elle. Sur le fait que cet antagonisme dans le tiers Etat, qui s'est traduit par un double pouvoir a exist&#233; en permanence de 1789 &#224; 1795, voir les ouvrages de Daniel Gu&#233;rin qui donnent un point de vue compl&#232;tement diff&#233;rent de celui de Kautsky. Le livre de Kautsky est par ailleurs bien &#233;crit et tr&#232;s int&#233;ressant &#224; lire pour sa description des ressorts de classe de cette r&#233;volution qui reste, &#224; juste titre une r&#233;f&#233;rence pour des milliards d'opprim&#233;s. La description de certains groupes de la bourgeoisie et de la noblesse, les m&#233;canismes &#233;tatiques par lesquels ils captent, en parasites, une part de la richesse nationale sur le dos des plus pauvres fait penser &#224; certaines bourgeoisie de pays du tiers-monde d'aujourd'hui...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extraits de la brochure de Kautsky :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Sans-culottes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artisans faisaient aussi partie du Tiers-&#201;tat. l'organisation corporative s'&#233;tait depuis longtemps &#171; encro&#251;t&#233;e &#187; : gr&#226;ce &#224; elle, la production artisane s'&#233;tait monopolis&#233;e entre les mains de quelques-uns, et la ma&#238;trise &#233;tait devenue un privil&#232;ge, qui favorisait d'autant plus l'exploitation des compagnons et des consommateurs, que le cercle des privil&#233;gi&#233;s &#233;tait plus petit. L'&#233;l&#233;vation d'un compagnon &#224; la ma&#238;trise, &#224; moins qu'il ne f&#251;t le fils ou le gendre du ma&#238;tre, ou qu'il n'&#233;pous&#226;t sa veuve, &#233;tait presque impossible. Pour les autres, l'acc&#232;s de la ma&#238;trise, non seulement &#233;tait rendu tr&#232;s malais&#233; par toutes sortes de conditions, mais &#233;tait en g&#233;n&#233;ral a priori impossible. Souvent, on d&#233;clarait la corporation ferm&#233;e, et le nombre des ma&#238;tres qu'elle pouvait contenir &#233;tait une fois pour toutes d&#233;termin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, ces messieurs les ma&#238;tres de corporation se trompaient, s'ils croyaient pouvoir, dans la monarchie du XVIIIe si&#232;cle, &#233;tablir et conserver leur monopole par leurs propres forces. L'ancienne monarchie tenait pour hautement immorale l'exploitation du peuple par une coterie, si celle-ci ne voulait pas partager le butin avec elle. Le droit d'accorder des lettres de ma&#238;trise - lettres qu'elle vendait cher, chose essentielle - fut d&#233;clar&#233; un privil&#232;ge de la couronne, et ce rachat n'avait pas lieu une fois pour toutes, mais il devait se renouveler souvent : la couronne se souvenait volontiers de son droit de souverainet&#233; vis-&#224;-vis des corporations, et le faisait valoir chaque fois - et cela se pr&#233;sentait souvent - qu'elle avait besoin d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ma&#238;tres de corporation avaient naturellement grand int&#233;r&#234;t &#224; la conservation du r&#233;gime des privil&#232;ges. Ils auraient &#233;t&#233;, &#233;tant les plus faibles, les premi&#232;res victimes d'une r&#233;forme politique. Et c'est &#224; eux, en fait, que s'en prit tout d'abord le r&#233;formateur Turgot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'antagonisme le plus aigu dressait contre eux leurs compagnons. Le compagnonnage ne formait plus un simple stage pour la ma&#238;trise, les compagnons &#233;taient devenus une classe ayant des int&#233;r&#234;ts particuliers. Pourtant, ils n'avaient pas cette conscience de classe dont les prol&#233;taires modernes sont anim&#233;s. Leurs int&#233;r&#234;ts se trouvaient bien en opposition tr&#232;s tranch&#233;e avec ceux des ma&#238;tres corporatifs, mais ils n'aspiraient &#224; rien d'autre qu'&#224; devenir, eux aussi, des ma&#238;tres. ils faisaient cause commune avec les ma&#238;tres non corporatifs, classe dont le nombre et l'importance croissaient rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans beaucoup de villes, il y avait des quartiers qui &#233;chappaient, par privil&#232;ge, au r&#233;gime corporatif. Ce r&#233;gime, en g&#233;n&#233;ral, n'&#233;tait appliqu&#233; que dans les villes, et no dans les villages. Or, beaucoup de villages, se trouvant &#224; proximit&#233; d'une grande ville, et celle-ci se d&#233;veloppant encore, avaient fini par n'en &#234;tre plus que les faubourgs, tout en continuant &#224; &#233;chapper au joug corporatif. Sous Louis XVI, la mis&#232;re des artisans qui n'&#233;taient pas soumis au r&#233;gime des corporations s'accrut et l'opposition contre ce r&#233;gime s'accentua : le gouvernement apaisa les m&#233;contentements en &#233;tendant les privil&#232;ges des faubourgs, en les accordant &#224; des quartiers nouveaux. &#192; Paris, les faubourgs Saint-Antoine et du Temple furent ainsi particuli&#232;rement favoris&#233;s. Tous les compagnons qui voulaient devenir ind&#233;pendants et n'avaient aucun espoir d'arriver &#224; la ma&#238;trise dans une corporation, afflu&#232;rent dans ces faubourgs. Une foule innombrable de petits ma&#238;tres v&#233;g&#233;tait lamentablement dans ces quartiers resserr&#233;s, en dehors desquels ils n'avaient pas le droit de vendre leurs produits. Et au fur et &#224; mesure que leur nombre croissait et que s'avivait la concurrence qu'ils se faisaient entre eux, leur impatience grandissait devant es barri&#232;res que le r&#233;gime des privil&#232;ges leur imposait, et ils comparaient, avec une amertume chaque jour plus exasp&#233;r&#233;e, leur mis&#232;re avec la vaniteuse aisance que les ma&#238;tres de corporations &#233;talaient &#224; la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi dans ces quartiers affranchis du joug des corporations que les capitalistes avaient install&#233; leurs manufactures. Ils y trouvaient en abondance ce dont ils avaient besoin, une grande offre d'ouvriers habiles, qu'ils avaient tout loisir d'exploiter. &#192; c&#244;t&#233; des innombrables petits artisans et compagnons, il y avait ainsi dans les faubourgs en question de nombreux salari&#233;s, qui se recrutaient, partie parmi les artisans, partie &#224; la campagne. Et l'industrie capitaliste employait d&#233;j&#224; aussi, &#224; c&#244;t&#233; des travailleurs qualifi&#233;s, des man&#339;uvres, des journaliers, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les petits commer&#231;ants, aubergistes, etc. qui se recrutaient parmi ces artisans et ces prol&#233;taires, et qui trouvaient en eux leur client&#232;le, faisaient cause commune avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; enfin de cette masse de travailleurs et de petits bourgeois vivait une masse de gueux dont le nombre grandissait de jour en jour, et qui affluait dans les villes, surtout &#224; Paris, pour y trouver l'occasion de gains licites ou illicites. Le nombre des mendiants comprenait le vingti&#232;me de ma nation ; en 1777 il y en avait 1.200.000. &#192; Paris, ils formaient un dixi&#232;me de la population, 120.000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande partie de ces sans-travail n'&#233;tait pas encore pleinement corrompus et se montrait encore capable d'un rel&#232;vement moral, aussit&#244;t qu'elle apercevrait une lueur d'esp&#233;rance. C'est avec enthousiasme qu'ils se lanc&#232;rent dans le mouvement r&#233;volutionnaire qui leur promettait la fin de leurs souffrances. Sans doute, il se m&#234;la &#224; la R&#233;volution des &#233;l&#233;ments douteux, qui voulurent simplement p&#234;cher en eau troubl&#233;e, pr&#234;ts &#224; vendre et &#224; trahir leur cause en toute occasion. Mais il est ridicule de pr&#233;senter ces existences troubles comme le type de tout le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si bigarr&#233; que soit cet assemblage, il avait une certaine unit&#233;, c'&#233;tait r&#233;ellement une masse r&#233;volutionnaire. Une haine intense en faisait le lien, non seulement la haine contre les privil&#233;gi&#233;s, les ma&#238;tres de corporation, les pr&#234;tres, les aristocrates, mais aussi contre les bourgeois, qui les exploitaient en partie comme fermiers g&#233;n&#233;raux, comme sp&#233;culateurs sur les bl&#233;s, comme usuriers, entrepreneurs, etc. en partie comme concurrents, et dont tous, petits bourgeois ou prol&#233;taires, avaient &#224; souffrir sous mille formes diverses. mais en d&#233;pit de cette haine, et quelle que soit la verve avec laquelle ils l'exprimaient parfois, ces r&#233;volutionnaires ne doivent pas &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme socialistes. Le prol&#233;tariat comme classe ayant conscience de lui-m&#234;me n'existait pas encore avant la R&#233;volution. Il vivait encore enti&#232;rement dans le cercle d'id&#233;es de la petite bourgeoisie, dont l'id&#233;al et les revendications ne d&#233;passaient pas l'horizon de la production marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assimiler ces &#233;l&#233;ments r&#233;volutionnaires aux prol&#233;taires modernes de la grande industrie, et leur supposer les m&#234;mes tendances, c'est se faire une id&#233;e enti&#232;rement fausse des &#171; sans-culottes &#187;, comme on les appelle, et de la R&#233;volution, sur la marche de laquelle ils ont eu une si grande influence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie ne formait, nous l'avons vu, en aucune fa&#231;on une masse r&#233;volutionnaire homog&#232;ne. Diverses de ses fractions [sic] &#233;taient int&#233;ress&#233;es par des avantages momentan&#233;s, au maintien de l'ancien r&#233;gime ; d'autres ne regardaient la R&#233;volution qu'avec d&#233;fiance et froideur ; et si d'autres, par contre, sympathisaient avec elle, il leur manquait l'&#233;nergie et la force.Et la partie r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie n'aurait pas pu, &#224; elle seule, garder la R&#233;volution des coups de ses adversaires, de la cour surtout, qui pouvait compter sur une partie de l'arm&#233;e, sur ces r&#233;giments fran&#231;ais qu'on recrutait dans les provinces r&#233;actionnaires, et sur les r&#233;giments de Suisse[s] et d'Allemands embauch&#233;s, sans compter l'&#233;tranger, avec qui elle &#233;tait alli&#233;e. Pour r&#233;sister &#224; la contre-r&#233;volution, il fallait d'autres gens que la bourgeoisie, des gens qui n'eussent rien &#224; perdre dans une tourmente sociale, point de haute client&#232;le &#224; m&#233;nager, et qui apportassent dans la lutte la force de leurs bras ; il fallait surtout de grandes masses [4]. C'est dans les paysans, les petits bourgeois et les prol&#233;taires que la fraction r&#233;volutionnaire de la bourgeoisie trouva l'appui, sans lequel elle e&#251;t &#233;t&#233; vaincue. Mais les paysans, comme aussi les petits bourgeois et les prol&#233;taires des villes de province, &#233;taient trop diss&#233;min&#233;s, trop peu organis&#233;s, trop loin de Paris, o&#249; les mouvements politiques se concentraient, pour pouvoir participer aux crises politiques soudaines.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur de la R&#233;volution, ce furent les faubourgs de Paris : &#224; proximit&#233; du si&#232;ge du gouvernement, rassembl&#233;s par la politique m&#234;me du r&#233;gime des privil&#232;ges, se trouvaient les &#233;l&#233;ments les plus actifs et les plus r&#233;solus, des gens qui n'avaient rien &#224; perdre et tout &#224; gagner.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce furent eux qui prot&#233;g&#232;rent l'Assembl&#233;e Nationale des attaques de la cour, qui, par le soul&#232;vement du 14 juillet, non seulement prirent la Bastille, dont les canons mena&#231;aient le faubourg r&#233;volutionnaire de Saint-Antoine, mais &#233;touff&#232;rent dans le germe une tentative contre-r&#233;volutionnaire de Versailles, et donn&#232;rent le signal &#224; la r&#233;volte g&#233;n&#233;rale des paysans. Ce furent aux qui bris&#232;rent une deuxi&#232;me tentative de la cour, qui, avec l'aide d'une partie de l'arm&#233;e rest&#233;e fid&#232;le, voulait abattre la R&#233;volution : ils firent le roi prisonnier et le ramen&#232;rent &#224; Paris sous leur garde (5/6 octobre 1789).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bient&#244;t les sans-culottes, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; des alli&#233;s de la bourgeoisie, devinrent ses ma&#238;tres.Leur autorit&#233;, leur puissance, leur maturit&#233;, leur fiert&#233; s'accrurent &#224; chaque bataille o&#249; leur intervention opportune et toute-puissante sauvait la R&#233;volution. Plus la situation devint dangereuse pour la R&#233;volution, plus l'action des faubourgs r&#233;volutionnaires devint aussi n&#233;cessaire, plus exclusive leur domination. Elle atteignit son apog&#233;e au moment o&#249; les monarchies coalis&#233;es de l'Europe se ru&#232;rent sur la France, tandis que la contre-r&#233;volution &#233;clatait en plusieurs provinces et que le roi et les chefs de l'arm&#233;e conspiraient avec l'ennemi. Ce n'est pas la L&#233;gislative, ce n'est pas la Convention, qui sauv&#232;rent alors la R&#233;volution, mais les sans-culottes. Ils s'empar&#232;rent du club des Jacobins, et avec lui d'une organisation dont le centre &#233;tait &#224; Paris et qui se ramifiait sur toute la France ; ils s'empar&#232;rent de la Commune de Paris et dispos&#232;rent par elle d'&#233;normes moyens de puissance ; et gr&#226;ce au club des Jacobins et gr&#226;ce &#224; la Commune, - et l&#224; o&#249; ils ne suffisaient pas, par l'insurrection -, ils domin&#232;rent la Convention, ils domin&#232;rent le gouvernement, ils domin&#232;rent la France : en pleine guerre, dans la situation la plus critique, entour&#233;s de dangers de toutes parts, menac&#233;s d'une ruine compl&#232;te, ils exerc&#232;rent le droit de guerre le plus impitoyable, ils oppos&#232;rent l'exc&#232;s de la force &#224; l'exc&#232;s du danger, et ils &#233;touff&#232;rent non seulement toute r&#233;sistance, toute trahison, mais m&#234;me toute possibilit&#233; de r&#233;sistance et de trahison, dans le sang des suspects.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le terrorisme n'&#233;tait pas seulement une arme de guerre, destin&#233;e &#224; abattre l'ennemi de l'int&#233;rieur et &#224; inspirer aux d&#233;fenseurs de la R&#233;volution une confiance absolue dans la lutte contre les ennemis ext&#233;rieurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre avait aid&#233; les sans-culottes &#224; s'emparer du pouvoir. Mais ils voulaient la guerre pour un &#201;tat, pour une soci&#233;t&#233; selon leur c&#339;ur. On avait renvers&#233; la f&#233;odalit&#233;, mais non le capitalisme, qui, d&#233;j&#224;, sous le r&#233;gime des privil&#232;ges, avait lev&#233; la t&#234;te. Et pr&#233;cis&#233;ment la chute de la f&#233;odalit&#233; avait permis au capitalisme, &#224; l'exploitation capitaliste de prendre un rapide essor. Supprimer, ou tout au moins limiter les diff&#233;rentes sortes d'exploitation capitaliste, en particulier le commerce, la sp&#233;culation et l'agiotage, parut bient&#244;t aux sans-culottes aussi n&#233;cessaire que combattre la contre-R&#233;volution. Mais renverser le capitalisme par la base &#233;tait alors chose impossible : les conditions pour le passage &#224; une forme de production nouvelle, sup&#233;rieure, n'&#233;taient pas encore donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi les sans-culottes se trouvaient-ils dans une impasse [5] . Les circonstances leur aveint mis en main le pouvoir, mais ne leur permettaient pas de cr&#233;er des institutions qui pussent d'une mani&#232;re durable servir leurs int&#233;r&#234;ts. Eux, qui gouvernaient toute la France, ils ne purent ni ne voulurent vaincre la mis&#232;re, que l'essor rapide du capitalisme amenait avec lui et que la guerre augmentait encore ; ils furent forc&#233;s d'intervenir dans la vie &#233;conomique par des mesures violentes, r&#233;quisitionner, fixer un maximum, guillotiner les exploiteurs, les sp&#233;culateurs, les joueurs de Bourse, les usuriers et les marchands frauduleux : mais tout fut vain. L'exploitation capitaliste &#233;tait comme une hydre : plus on lui coupait de t&#234;tes, plus il lui en poussait. Pour la combattre, les sans-culottes durent aller d'exc&#232;s en exc&#232;s ; ils durent d&#233;clarer la R&#233;volution en permanence, accentuer de jour en jour le syst&#232;me de la terreur, que la guerre rendait d&#233;j&#224; n&#233;cessaire, car par leur lutte contre le capitalisme ils se mettaient de plus en plus en opposition avec les besoins de la production, avec les int&#233;r&#234;ts des autres classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque les victoires des arm&#233;es fran&#231;aises, au dedans et au dehors, eurent consolid&#233; la situation de la R&#233;publique, la terreur cessa d'&#234;tre une n&#233;cessit&#233; pour le salut de la R&#233;volution. Elle devint chaque jour plus intol&#233;rable : elle n'&#233;tait plus qu'un obstacle &#224; l'essor &#233;conomique. Et tandis que leurs adversaires se fortifiaient rapidement, les sans-culottes, d&#233;j&#224; d&#233;cim&#233;s par leurs perp&#233;tuelles luttes intestines, virent leur puissance d&#233;cliner parmi les d&#233;sertions et le rel&#226;chement g&#233;n&#233;ral. Plus les armes de la France &#233;taient victorieuses, et plus les sans-culottes perdaient de cr&#233;dit vis-&#224;-vis de l'arm&#233;e et de la bourgeoisie, qui maintenant relevait la t&#234;te et achetait les gueux mercenaires ? Ils perdirent leurs positions l'une apr&#232;s l'autre, jusqu'au jour o&#249; finalement ils furent r&#233;duits &#224; une compl&#232;te impuissance.&lt;br class='autobr' /&gt;
On a vu dans leur chute - qui commence avec celle de Robespierre (9 thermidor ou 27 juillet 1794), qu'avait pr&#233;c&#233;d&#233;e celle d'H&#233;bert, et qui fut consomm&#233;e au 4 prairial (24 mai 1795) - le naufrage de la R&#233;volution. Comme si un &#233;v&#233;nement historique, un fait, r&#233;sultant des rapports sociaux r&#233;elles, pouvait &#171; faire naufrage &#187; ! Une entreprise projet&#233;e par des individus, une r&#233;volte, une &#233;meute peuvent &#233;chouer, mais non un processus historique, dont une R&#233;volution est le terme ; une r&#233;volution qui &#233;choue n'est pas une R&#233;volution. Une R&#233;volution peut aussi peu &#233;chouer qu'un orage. Dans un orage, il peut bien arriver que des navires fassent naufrage, et dans une R&#233;volution des partis ; mais il ne faut pas identifier la R&#233;volution avec ces partis, ni confondre les buts de ceux-ci avec ceux de celle-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Jacobins et les faubourgs de Paris ont &#233;chou&#233;, parce que les circonstances ne permettaient pas une R&#233;volution petite-bourgeoise ou prol&#233;tarienne, et que leur &#339;uvre &#233;tait incompatible avec la r&#233;volution capitaliste. Leur action n'a pas &#233;t&#233; vaine cependant. Ce sont eux qui ont sauv&#233; la R&#233;volution bourgeoise et d&#233;truit le r&#233;gime f&#233;odal, et cela de telle sorte que pareille chose ne s'&#233;tait pas encore vue en aucun pays du monde ; ce sont eux qui ont am&#233;nag&#233; et pr&#233;par&#233; le terrain sur lequel, sous le Directoire et sous l'Empire, en l'espace de quelques ann&#233;es, une nouvelle forme de production, une nouvelle soci&#233;t&#233; devaient prendre un essor si rapide et si merveilleux. L'ironie est grande ! Ce sont les plus mortels ennemis des capitalistes qui involontairement accomplirent pour les capitalistes ce que les capitalistes &#224; eux seuls n'auraient jamais pu faire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le combat des petits bourgeois et des prol&#233;taires r&#233;volutionnaires de France, en particulier de Paris, m&#234;me termin&#233; par leur d&#233;faite, n'a pas &#233;t&#233; sans r&#233;sultats pour eux. La puissance gigantesque qu'ils ont fait &#233;clater, le r&#244;le historique &#233;norme qu'ils ont jou&#233;, leur ont donn&#233; une fiert&#233; et une maturit&#233; politiques qu'ils ne devaient point perdre et qui sont encore vivaces aujourd'hui. Les traditions jacobines jettent encore comme une lueur juv&#233;nile sur le radicalisme bourgeois de la France ; et il n'est pas de pays en Europe o&#249;, malgr&#233; sa s&#233;nilit&#233;, le radicalisme soit plus vigoureux qu'en France, si bien qu'il tra&#238;ne encore &#224; sa remorque une partie, &#224; la v&#233;rit&#233; chaque jour d&#233;croissante, du prol&#233;tariat.&lt;br class='autobr' /&gt;
La &#171; p&#226;le crainte &#187; fait voir &#224; nos historiens un communiste dans chaque Jacobin. La v&#233;rit&#233;, c'est que les traditions jacobines sont aujourd'hui parmi les obstacles les plus s&#233;rieux qui entravent en France la formation d'un grand parti ouvrier, un et ind&#233;pendant [6].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai utilis&#233; l'&#233;dition photocopi&#233;e de la brochure de Kautsky, Les Cahiers du CERMTRI, n&#176; 5, d&#233;cembre 1999.&lt;br class='autobr' /&gt;
On pourra se reporter &#224; l'article de Ducange &#171; Comment Daniel Gu&#233;rin utilise-t-il l'&#339;uvre de Karl Kautsky sur la R&#233;volution fran&#231;aise dans La Lutte de classes sous la premi&#232;re R&#233;publique, et pourquoi ? &#187;, dans le vol. 2 de Dissidences, L'Harmattan, 2007, &#171; Daniel Gu&#233;rin, r&#233;volutionnaire en mouvement(s) &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[1] Berth a &#233;t&#233; un militant syndicaliste r&#233;volutionnaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
[2] La phrase est modifi&#233;e dans l'&#233;dition augment&#233;e de 1968, p. 410 : &#171; des aper&#231;us profonds mais trop brefs &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
[3] Kautsky, &#171; Jaur&#232;s et la politique religieuse en France &#187;, Neue Zeit, 17 janvier 1903, trad. fr., Mouvement socialiste, 15 avril 1903, p. 686, in Gu&#233;rin, op. cit. vol. II p. 357, &#233;d. 1946.&lt;br class='autobr' /&gt;
[4] Le point final manque dans l'original. &#192; moins que quelques mots aient &#233;t&#233; omis...&lt;br class='autobr' /&gt;
[5] Ces trois derni&#232;res phrases, &#224; partir de &#171; Supprimer... &#187; sont reproduites par Gu&#233;rin, qui les approuve (op. cit., t. I, p. 81).&lt;br class='autobr' /&gt;
[6] L'original allemand du texte est publi&#233; en 1889.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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