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	<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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	<description>Contribution au d&#233;bat sur la philosophie dialectique du mode de formation et de transformation de la mati&#232;re, de la vie, de l'homme et de la soci&#233;t&#233;. Ce site est compl&#233;mentaire de https://www.matierevolution.org/</description>
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		<title>Mati&#232;re et R&#233;volution</title>
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		<title>Socrate et Euripide, deux adversaires de... Hom&#232;re !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Socrate</dc:subject>

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&lt;p&gt;Socrate et Euripide, deux adversaires de&#8230; Hom&#232;re ! &lt;br class='autobr' /&gt;
La mythologie grecque est fond&#233;e en grande partie sur la l&#233;gende de la guerre de Troie attribu&#233;e &#224; Hom&#232;re. Elle affirme que ce qui a unifi&#233; le peuple grec, c'est d'avoir men&#233; une guerre contre ceux des Grecs qui pratiquaient la libert&#233; des femmes et d'avoir &#233;cras&#233; ceux-ci en les mettant en esclavage. Les dieux de Hom&#232;re ne sont l&#224; que pour justifier les comportements machistes, imp&#233;rialistes, esclavagistes des Grecs. Socrate et Euripide se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Socrate et Euripide, deux adversaires de&#8230; Hom&#232;re !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La mythologie grecque est fond&#233;e en grande partie sur la l&#233;gende de la guerre de Troie attribu&#233;e &#224; Hom&#232;re. Elle affirme que ce qui a unifi&#233; le peuple grec, c'est d'avoir men&#233; une guerre contre ceux des Grecs qui pratiquaient la libert&#233; des femmes et d'avoir &#233;cras&#233; ceux-ci en les mettant en esclavage. Les dieux de Hom&#232;re ne sont l&#224; que pour justifier les comportements machistes, imp&#233;rialistes, esclavagistes des Grecs. Socrate et Euripide se sont faits remarquer en d&#233;truisant cette mythologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate contre Hom&#232;re : extraits de &#8220;La R&#233;publique&#8221; de Platon (cherchez &#171; Hom&#232;re &#187; dans le texte) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous prierons Hom&#232;re et les autres po&#232;tes de ne point trouver mauvais que nous les effacions ; ce n'est point qu'ils manquent de po&#233;sie, et ne flattent l'oreille du grand nombre : mais, plus ils sont po&#233;tiques, moins il convient de les laisser entendre &#224; des enfants et &#224; des hommes qui doivent &#234;tre libres, et redouter l'esclavage plus que la mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je peux vous le dire &#224; vous ; car vous n'irez pas me d&#233;noncer aux po&#232;tes tragiques et aux autres auteurs qui pratiquent l'imitation. Il me semble que toutes les &#339;uvres de ce genre causent la ruine de l'&#226;me de ceux qui les entendent, s'ils n'ont pas l'antidote, c'est-&#224;-dire la connaissance de ce qu'elles sont r&#233;ellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle est, demanda-t-il, la raison qui te fait parler de la sorte ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut que je vous la dise, r&#233;pondis-je, bien qu'une certaine tendresse et un certain respect que j'ai d&#232;s l'enfance pour Hom&#232;re s'oppose &#224; cet aveu ; ccar il semble bien avoir &#233;t&#233; le premier ma&#238;tre et le guide de tous ces beaux po&#232;tes tragiques ; mais on doit plus d'&#233;gards &#224; la v&#233;rit&#233; qu'&#224; un homme, et, comme je l'ai dit, c'est un devoir de parler&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Maintenant nous ne demanderons pas compte &#224; Hom&#232;re ni &#224; tout autre po&#232;te de mille choses dont ils ont parl&#233; ; nous ne demanderons pas si ctel d'entre eux a &#233;t&#233; un habile m&#233;decin, et non un simple imitateur du langage des m&#233;decins, quels malades un po&#232;te ancien ou moderne passe pour avoir gu&#233;ris, comme l'a fait Ascl&#233;pios, ou quels disciples savants en m&#233;decine il a laiss&#233;s apr&#232;s lui, comme celui-ci a laiss&#233; ses descendants. Ne les interrogeons pas non plus sur les autres arts : faisons-leur en gr&#226;ce. Mais pour les sujets les plus importants et les plus beaux dont Hom&#232;re s'est m&#234;l&#233; de parler, tels que la guerre, le commandement des arm&#233;es, l'administration des &#201;tats, l'&#233;ducation de l'homme, dil est peut-&#234;tre juste de l'interroger et de lui dire : &#171; Cher Hom&#232;re, s'il est vrai qu'en ce qui regarde la vertu tu ne sois pas &#233;loign&#233; de trois degr&#233;s de la v&#233;rit&#233;, et que tu ne sois pas le simple ouvrier d'images que nous avons d&#233;nomm&#233; imitateur ; si tu t'&#233;l&#232;ves jusqu'au second degr&#233; et si tu fus jamais capable de conna&#238;tre quelles institutions rendent les hommes meilleurs ou pires dans la vie priv&#233;e et dans la vie publique, dis-nous quel &#201;tat te doit la r&#233;forme de son gouvernement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais crois-tu, Glaucon, que, si Hom&#232;re e&#251;t &#233;t&#233; r&#233;ellement capable d'instruire les hommes et de les rendre meilleurs, comme un homme qui peut parler de ces mati&#232;res en connaisseur, et non en simple imitateur, crois-tu qu'il ne se serait pas fait de nombreux disciples qui l'auraient honor&#233; et ch&#233;ri ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors nous avons raison de nous attaquer &#224; lui tout de suite, et de le mettre sur la m&#234;me ligne que le peintre ; car il lui ressemble en ce qu'il fait des ouvrages de peu de prix, si on les rapproche de la v&#233;rit&#233;, et il lui ressemble encore par les rapports qu'il a avec la partie de l'&#226;me qui est de peu de prix aussi, tandis qu'il n'en a pas avec la meilleure. Aussi voyons-nous l&#224; une premi&#232;re raison qui nous justifie de lui refuser l'entr&#233;e d'un &#201;tat qui doit &#234;tre gouvern&#233; par de bonnes lois, puisqu'il r&#233;veille cette mauvaise partie de l'&#226;me, la nourrit, la fortifie et par l&#224; ruine la raison, ainsi qu'il arrive dans un &#201;tat, lorsqu'on donne la force et le pouvoir &#224; des m&#233;chants et qu'on fait p&#233;rir les plus sages. De m&#234;me nous dirons du po&#232;te imitateur qu'il implante dans l'&#226;me de chaque individu un mauvais gouvernement, en flattant la partie d&#233;raisonnable, cqui ne sait pas distinguer ce qui est plus grand de ce qui est plus petit et qui tient les m&#234;mes choses tant&#244;t pour grandes, tant&#244;t pour petites ; qu'il cr&#233;e des fant&#244;mes et qu'il est toujours &#224; une distance infinie de la v&#233;rit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir bien en t&#234;te que c'est Platon qui pr&#234;te &#224; Socrate sa propre position (la po&#233;sie doit &#234;te bannie de la r&#233;publique), mais il se fonde sur un point r&#233;el : Socrate combattait la conception de les l&#233;gendes pr&#234;t&#233;es &#224; Hom&#232;re et devenues la mythologie officielle et g&#233;n&#233;rale d'Ath&#232;nes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/La_R%C3%A9publique_(trad._Chambry&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/La_R%C3%A9publique_(trad._Chambry&lt;/a&gt;)/Livre_X&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep1.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep1.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/rep3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir la critique par Socrate de Hom&#232;re dans &#171; Ph&#233;don &#187; de Platon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/phedonfr.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/phedonfr.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son proc&#232;s, Socrate aurait d&#233;clar&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si, d'autre part, on fait soci&#233;t&#233; avec Orph&#233;e, Mus&#233;e, H&#233;siode et Hom&#232;re, &#224; quel prix n'ach&#232;teriez-vous pas ce bonheur ? Quant &#224; moi, je consens &#224; mourir plusieurs fois, si ces r&#233;cits sont vrais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://philo-labo.fr/fichiers/Platon%20-%20Apologie%20de%20Socrate%20(BeQ&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://philo-labo.fr/fichiers/Platon%20-%20Apologie%20de%20Socrate%20(BeQ&lt;/a&gt;).pdf&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il combattait l'omnipr&#233;sence dans la politique de la Gr&#232;ce des r&#233;cits mythologiques racontant des faux h&#233;ros qui aveuglait le peuple, le rendait belliciste et guerrier &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euripide contre Hom&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re pi&#232;ce d'Euripide, d&#233;j&#224; en rupture avec Hom&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/rhesus.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/rhesus.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ion, une pi&#232;ce d&#233;j&#224; critique des dieux d'Hom&#232;re&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/ion.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/ion.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate et Euripide (ainsi que leurs amis) ont combattu toute leur vie la th&#232;se dite de Hom&#232;re qui justifie la politique ath&#233;nienne de guerre, de conqu&#234;tes coloniales, de prises d'esclaves, de domination de la Gr&#232;ce et aussi de patriarcat que contient les textes de l'Illiade et de l'Odyss&#233;e racontant la guerre de Troie (encore appel&#233;e Ilios ou Ilion) des peuples de Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient de rappeler que, avant d'&#234;tre condamn&#233; &#224; mort par Ath&#232;nes, Socrate a toujours discut&#233; le contenu des pi&#232;ces de son ami Euripide et qu'ils avaient des points de vue tr&#232;s proches au plan politique et social. Et c'&#233;taient des avis tr&#232;s minoritaires par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; ath&#233;nienne o&#249; ils vivaient. On dirait aujourd'hui des positions d'extr&#234;me gauche !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?page=recherche&amp;recherche=socrate&#034;&gt;voir ici&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le r&#233;cit d'Hom&#232;re soit mythologique et non historique, ce n'est plus contest&#233; par quasiment personne. On s'interroge seulement sur le fondement historique du r&#233;cit po&#233;tique. Il n'en reste pas moins que ce r&#233;cit attribu&#233; &#224; un certain Hom&#232;re a eu un r&#244;le social et politique fondamental dans la Gr&#232;ce antique jusqu'&#224; l'&#233;poque de Socrate et d'Euripide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/puc/27577?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/puc/27577?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire d'abord en quoi la guerre de Troie aurait un rapport avec la lutte du patriarcat contre le matriarcat et avec la lutte d'Ath&#232;nes pour dominer toute la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4146&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position tr&#232;s particuli&#232;re d'Euripide et Socrate sur le matriacat et sur la guerre de Troie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euripide &#233;crit que &#171; Puisque les dieux font des choses laides, commettent des actions basses, ce ne sont pas des dieux ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la ville de Troie, &#171; conquise &#187;, il disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Scamandre retentit des lamentai ions des captives &#224; qui le sort vient d'assigner un ma&#238;tre. Les unes sont &#233;chues aux Arcadiens, les autres aux Thessaliens, d'autres aux fils de Th&#233;s&#233;e (06) rois d'Ath&#232;nes. Celles des Troyennes qui n'ont pas &#233;t&#233; tir&#233;es au sort sont dans cette tente, r&#233;serv&#233;es aux chefs de l'arm&#233;e ; la fille de Tyndare, H&#233;l&#232;ne, est avec elles, et c'est avec justice qu'on la compte parmi les captives. L&#224;, s'offre &#224; tous les regards l'infortun&#233;e H&#233;cube ; prostern&#233;e &#224; l'entr&#233;e de la tente, elle verse des larmes abondantes sur la perte de tout ce qui lui fut cher. Sa fille Polyx&#232;ne vient d' &#234;tre immol&#233;e sur le tombeau d'Achille, &#224; l'insu de sa m&#232;re ; Priam n'est plus, ses enfants ne sont plus ; et celle dont Apollon respecta la virginit&#233;, Cassandre, qu'inspire l'esprit proph&#233;tique, Agamemnon, au m&#233;pris du dieu et par une violence impie, la contraint de s'unira lui par une alliance clandestine. Adieu, ville jadis florissante ; adieu, superbes remparts ; si Minerve, fille de Jupiter, n'e&#251;t voulu votre ruine, vous seriez encore debout. &#187; (Les Troyennes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se h&#233;ro&#239;que d'Hom&#232;re est ainsi transform&#233;e par Euripide :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un g&#233;n&#233;ral pr&#233;tendu sage sacrifie &#224; ses ennemis ce qu'il a de plus cher, les jouissances de la tendresse, ses enfants, qu'il livre &#224; son fr&#232;re pour une infid&#232;le qui n'a point &#233;t&#233; ravie par force, mais s'est donn&#233;e elle-m&#234;me &#224; son amant. &#187; (Les Troyennes)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euripide rapporte par le menu comment chaque Troyenne devient l'esclave sexuelle d'un des chefs de l'arm&#233;e grecque qui ont tu&#233;, pill&#233;, d&#233;truit et assassin&#233; les Troyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Chefs des cohortes, rassembl&#233;s pour embraser la ville de Priam, ne conservez plus dans vos mains la flamme inactive, lancez, les torches ardentes, afin qu'apr&#232;s avoir renvers&#233; Ilion de fond en comble, nous retournions pleins de joie dans notre patrie. Et vous, filles des Troyens, pour dire la m&#234;me chose d'une double mani&#232;re, d&#232;s que les chefs de l'arm&#233;e feront entendre le son &#233;clatant de la trompette, rendez- vous aux vaisseaux qui doivent vous transporter en Gr&#232;ce. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euripide donne la parole aux victimes troyennes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne faut pas que les souverains donnent des ordres injustes ; qu'ils ne pensent pas que leur prosp&#233;rit&#233; soit inalt&#233;rable. Moi-m&#234;me j'&#233;tais autrefois ; &#224; pr&#233;sent je ne suis plus. Tout mon bonheur, un jour me l'a ravi. O toi que je supplie, respecte ma vieillesse, aie piti&#233; de moi : retourne vers l'arm&#233;e des Grecs, repr&#233;sente-leur combien il est odieux d'&#233;gorger des femmes que vous avez &#233;pargn&#233;es d'abord, en les arrachant au pied des autels, et dont vous avez eu piti&#233;. Chez vous, la loi qui punit le meurtre est &#233;gale pour l'homme libre et pour l'esclave. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(H&#233;cube)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un g&#233;n&#233;ral pr&#233;tendu sage sacrifie &#224; ses ennemis ce qu'il a de plus cher, les jouissances de la tendresse, ses enfants, qu'il livre &#224; son fr&#232;re pour une infid&#232;le qui n'a point &#233;t&#233; ravie par force, mais s'est donn&#233;e elle-m&#234;me &#224; son amant. Arriv&#233;s aux bords du Scamandre, ils y trouvent la mort sans avoir perdu leur terre natale, sans &#234;tre bannis des murs de leur patrie. Ceux que Mars a moissonn&#233;s n'ont pas revu leurs enfants ; les mains de leurs &#233;pouses ne les ont pas envelopp&#233;s des voiles fun&#232;bres, et ils sont rest&#233;s couch&#233;s sur la terre &#233;trang&#232;re. M&#234;mes d&#233;sastres dans leurs foyers domestiques : les femmes y mouraient veuves des p&#232;res priv&#233;s de leurs enfants, qu'ils ont &#233;lev&#233;s pour autrui. Il n'est personne qui fasse couler sur leur tombeau le sang des victimes. Certes voil&#224; une exp&#233;dition bien glorieuse ! Que ma muse reste sans voix, plut&#244;t que de c&#233;l&#233;brer des crimes. Les Troyens, au contraire, sont morts pour leur patrie (ce qui est la plus belle des gloires) ; ceux que le fer a fait p&#233;rir ont &#233;t&#233; rapport&#233;s dans leurs maisons par leurs amis, ils ont re&#231;u la s&#233;pulture sur la terre de leurs p&#232;res, des mains de ceux &#224; qui appartenait ce saint devoir. Ceux des Phrygiens qui ne sont pas morts dans les combats ont pass&#233; leurs jours au milieu de leurs enfants et de leurs &#233;pouses, bonheur refus&#233; aux Grecs. Quant au destin d'Hector, si cruel &#224; tes yeux, &#233;coute ce qu'il en est : il est mort en laissant le renom d'un h&#233;ros, et c'est &#224; la venue des Grecs qu'il en doit l'honneur. S'ils n'eussent assi&#233;g&#233; Troie, sa valeur f&#251;t rest&#233;e inconnue. P&#226;ris a &#233;pous&#233; la fille de Jupiter, et sans cet hymen il e&#251;t trouv&#233; quelque alliance obscure dans sa patrie. Fuir la guerre est un devoir pour le sage ; mais, lorsqu'il faut la faire, la plus glorieuse couronne pour un &#201;tat est de mourir avec courage ; mourir l&#226;chement est une honte. Cesse donc, &#244; ma m&#232;re, de d&#233;plorer le sort de ta patrie et l'hymen de ta fille ; car cet hymen nous vengera de ceux que nous d&#233;testons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euripide rapporte mille exemples des crimes des pr&#233;tendus dieux r&#233;v&#233;r&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Apollon ? Abandonner une fille innocente apr&#232;s l'avoir s&#233;duite, et laisser mourir l'enfant dont il est le p&#232;re ! ah ! cette conduite est indigne de toi ; et puisque tu r&#232;gnes sur les mortels, sois fid&#232;le &#224; la vertu. Les dieux punissent parmi les hommes ceux dont le c&#339;ur est pervers : est-il donc juste que, vous qui avez &#233;crit les lois qui nous gouvernent, vous soyez vous-m&#234;mes les violateurs des lois ? S'il arrivait (chose impossible, je le sais, mais je le suppose), s'il arrivait qu'un jour les hommes vous fissent porter la peine de vos violences et de vos criminelles amours, bient&#244;t toi, Apollon, et Neptune, et Jupiter, roi du ciel, vous seriez contraints de d&#233;pouiller vos temples pour payer le prix de vos fautes. En vous livrant &#224; vos passions au m&#233;pris de la sagesse, vous &#234;tes coupables. Il n'est plus juste d'accuser les hommes, s'ils imitent les vices des dieux, qui leur donnent de si funestes exemples. &#187; (Ion)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#233;&#226;tre d'Euripide donne syst&#233;matiquement la parole aux femmes, rapporte leur grande humanit&#233;, leur courage, leur d&#233;vouement, montre qu'elles ont un plus grand sens des responsabilit&#233;s que les hommes, en particulier que les guerriers et les chefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce antique de cette &#233;poque est celle d'une domination oppressive, militaire et politique, d'Ath&#232;nes, d'une domination oppressive des hommes sur les femmes, particuli&#232;rement m&#233;pris&#233;es, d'une glorification de la guerre qui donnait sa sup&#233;riorit&#233; &#224; Ath&#232;nes, d'un m&#233;pris pour les peuples &#233;cras&#233;s et train&#233;s en esclavage et aussi d'un m&#233;pris des riches oisifs pour tous les travailleurs, artisans comme ouvriers ou domestiques. Tout cela est d&#233;nonc&#233; par Euripide. Ce dernier est parfaitement en accord sur tous ces points avec son ami Socrate et il d&#233;fend ainsi publiquement toutes les th&#232;ses socratiques sauf une : Socrate n'&#233;tait pas pour rendre publiques de cette mani&#232;re ses id&#233;es. Il a cependant accept&#233; de discuter et de relire les pi&#232;ces qu'Euripide r&#233;digeait et des t&#233;moins affirment qu'il les a largement influenc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7573&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7573&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Troyennes&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Troyennes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9cube_(Euripide&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9cube_(Euripide&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7322&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7322&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7268&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7268&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article234&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article234&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5991&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5991&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article233&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article233&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article351&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article351&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce &#171; H&#233;l&#232;ne &#187; d'Euripide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/helene.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/helene.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce &#171; Les troyennes &#187; d'Euripide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/troyennes.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/troyennes.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce &#171; H&#233;cube &#187; d'Euripide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/hecube.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/hecube.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce &#171; M&#233;d&#233;e &#187; d'Euripide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/medeefr.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/tragediens/euripide/medeefr.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hom&#232;re, qui aurait v&#233;cu au 8e si&#232;cle avant J.-C., &#233;poque du d&#233;veloppement des cit&#233;s-&#201;tats, aurait racont&#233; des &#233;v&#233;nements qui se seraient produits quatre si&#232;cles auparavant, vers 1250 avant J.-C., &#224; la fin de la civilisation myc&#233;nienne.&lt;br class='autobr' /&gt;
La guerre de Troie a-t-elle eu lieu ? Ce que raconte Hom&#232;re a-t-il exist&#233; ? Ces questions se posent et sont d&#233;battues depuis les premiers historiens grecs, qui s'accordent sur la dur&#233;e de la guerre (dix ans), mais font varier ses dates entre 1344 et 1150.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://essentiels.bnf.fr/fr/litterature/antiquite/523f3805-7ddb-43de-90c6-d1e964e8b833-homere-sur-traces-ulysse/article/58df44b9-741b-4578-b1bd-754b160f691d-realite-troie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://essentiels.bnf.fr/fr/litterature/antiquite/523f3805-7ddb-43de-90c6-d1e964e8b833-homere-sur-traces-ulysse/article/58df44b9-741b-4578-b1bd-754b160f691d-realite-troie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#171; histoires &#187; de la guerre de Troie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie4.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie4.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie5.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie5.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie6.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/dictys/troie6.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53655n.chemindefer&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53655n.chemindefer&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Troie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Troie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euripide montre que les Troyens sont des victimes, que les Grecs sont &#224; la fois vainqueurs et&#8230;vaincus, triomphants et victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/livres/patin/troyennes.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/livres/patin/troyennes.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment Socrate a gagn&#233; la bataille politique en perdant son proc&#232;s et en &#233;tant&#8230; condamn&#233; &#224; mort&#8230;</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8564</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8564</guid>
		<dc:date>2026-01-13T23:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Socrate</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand la d&#233;mocratie ath&#233;nienne d&#233;cidait, en 399 avant notre &#232;re, de condamner &#224; mort Socrate, elle s'est accus&#233;e elle-m&#234;me&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Diderot dans &#171; Le neveu de Rameau &#187; : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; De Socrate ou du magistrat qui lui a fait boire la cig&#252;e, quel est aujourd'hui le d&#233;shonor&#233; ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre d'&#233;crivains, d'historiens, de philosophes et d'autres commentateurs ont estim&#233; que la condamnation de Socrate, qui plus est par une toute neuve d&#233;mocratie qui venait d'en finir avec une dictature violente, avait un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_18654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/IMG/jpg/sans_titrez-2.jpg' width=&#034;173&#034; height=&#034;291&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quand la d&#233;mocratie ath&#233;nienne d&#233;cidait, en 399 avant notre &#232;re, de condamner &#224; mort Socrate, elle s'est accus&#233;e elle-m&#234;me&#8230; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Diderot dans &#171; Le neveu de Rameau &#187; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De Socrate ou du magistrat qui lui a fait boire la cig&#252;e, quel est aujourd'hui le d&#233;shonor&#233; ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre d'&#233;crivains, d'historiens, de philosophes et d'autres commentateurs ont estim&#233; que la condamnation de Socrate, qui plus est par une toute neuve d&#233;mocratie qui venait d'en finir avec une dictature violente, avait un caract&#232;re symboliquement fort, d&#233;passant les seules circonstances, Socrate devenant un h&#233;ros proclamant la libert&#233; du penseur par rapport &#224; l'ordre politique et social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de quoi &#233;tonner de voir que l'accusation de Socrate lui reproche de proposer d'autres dieux que ceux de la cit&#233;, alors que toute la soci&#233;t&#233; grecque, Ath&#232;nes y compris, croyait en de multiples dieux et tout un chacun pouvait adorer les dieux qui lui chantaient et introduire ceux qu'il voulait. L'accusation d'impi&#233;t&#233; existait mais concernait des gens qui avaient manifest&#233; publiquement le m&#233;pris des dieux et fait des gestes d&#233;sobligeants dans des manifestations religieuses, ce dont personne n'accuse Socrate. Il semble clair que l'accusation de Socrate a &#233;t&#233; mensong&#232;re. Non pas qu'il soit innocent en tout mais parce qu'on ne voulait pas dire clairement ce qu'on lui reprochait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort de Socrate, choisissant d'avaler la cig&#252;e et de mourir empoisonn&#233;, plut&#244;t que de fuir la ville d'Ath&#232;nes est certainement remarquable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Socrate lui-m&#234;me qui a d&#233;cid&#233; de faire de son proc&#232;s et de sa mort une le&#231;on aux Ath&#233;niens et m&#234;me au-del&#224; aux humains. Il a estim&#233;, lui, qu'il y avait un message profond &#224; retirer de cette condamnation de Socrate et m&#234;me que c'&#233;tait plus important que toutes les le&#231;ons qu'il aurait pu transmettre de son vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme tous les messages de Socrate, celui du proc&#232;s et de la condamnation n'est pas transparent. Ce penseur n'a jamais donn&#233; de le&#231;on directe, jamais transmis un enseignement au sens propre et il n'a pas dit en clair quelle le&#231;on il fallait tirer de sa mort, pas plus que de sa vie. Non seulement il ne l'a pas &#233;crit (il a choisi de ne rien laisser comme &#233;crit) mais sa le&#231;on philosophique, il ne l'a m&#234;me pas dit ouvertement bien qu'ayant sans doute parl&#233; philosophie (et politique) avec un plus grand nombre d'Ath&#233;niens que ses contemporains et de toutes les couches sociales, de haut en bas. Il connaissait personnellement les plus hautes personnalit&#233;s et fr&#233;quentait le petit peuple, ouvriers, domestiques, &#233;trangers, esclaves et femmes compris. Tout Ath&#232;nes savait qui il &#233;tait et, avant m&#234;me son proc&#232;s, il avait fait l'objet d'&#233;crits, de pi&#232;ces de th&#232;&#226;tre, que ce soit pour ou contre Socrate, et &#233;tait le sujet de nombre de conversations et &#233;t&#233; estim&#233; comme un personnage d&#233;rangeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re des le&#231;ons qui nous est parvenue, c'est qu'on ne peut tuer une id&#233;e. Jamais Socrate n'a &#233;t&#233; aussi connu que depuis qu'Ath&#232;nes l'a tu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tu&#233; par la d&#233;mocratie&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, la premi&#232;re chose qui &#233;tonne tout le monde, c'est que Socrate n'a pas &#233;t&#233; sp&#233;cialement inqui&#233;t&#233; par la dictature des Trente (dictature des tyrans impos&#233;e &#224; la cit&#233; ath&#233;nienne en 404 avant J.-C. par la d&#233;faite et l'occupation militaire spartiate pendant moins d'un an) et l'a &#233;t&#233; par la d&#233;mocratie qui lui a succ&#233;d&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.jlperillie.com/single-post/propos-5-la-d%C3%A9mocratie-ath%C3%A9nienne-a-tu%C3%A9-le-p%C3%A8re-de-la-philosophie&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.jlperillie.com/single-post/propos-5-la-d%C3%A9mocratie-ath%C3%A9nienne-a-tu%C3%A9-le-p%C3%A8re-de-la-philosophie&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cru trouver l'explication dans le fait que Socrate n'aimait pas la d&#233;mocratie. C'est d'autant plus curieux qu'il a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme le p&#232;re de la d&#233;mocratie ath&#233;nienne qui a suivi et qui s'est r&#233;clam&#233;e de lui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate n'&#233;tait pas un adepte de la dictature mais pas non plus du pouvoir des policiens fond&#233; sur le vote majoritaire camouflant une soci&#233;t&#233; domin&#233;e par les maitres d'esclaves, a fortiori s'il s'agissait du vote majoritaire des citoyens, en &#233;liminant les femmes, les esclaves, les mineurs, les &#233;trangers (dits m&#233;t&#232;ques, ce qui comprenait non seulement ceux venant d'autres pays que la Gr&#232;ce mais aussi d'autres cit&#233;s qu'Ath&#232;nes !). Pour Socrate, une majorit&#233; obtenue par des alliances, de la corruption, des complicit&#233;s, de la d&#233;magogie, une telle d&#233;mocratie n'&#233;tait pas le pouvoir du peuple mais des menteurs. Et derri&#232;re les politiciens, derri&#232;re le simulacre de d&#233;mocratie, il y avait une classe exploiteuse tr&#232;s riche de maitres d'esclaves. La d&#233;mocratie trompait le peuple ath&#233;nien en liant l'obtention de droits et de iens au d&#233;veloppement de l'imp&#233;rialisme. Voil&#224; ce que combattait Socrate !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Socrate r&#233;cuse est parfaitement symbolis&#233; par son proc&#232;s o&#249; un grand nombre de gens ont pu assister, entendre et m&#234;me juger directement sans avoir &#233;t&#233; capables de prendre la bonne d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exclure les femmes, les m&#233;t&#232;ques (il fallait deux parents ath&#233;niens d'origine pour &#234;tre citoyen ath&#233;nien d'apr&#232;s la d&#233;mocratie de P&#233;ricl&#232;s), les esclaves, les non-ath&#233;niens, Socrate n'&#233;tait pas non plus d'accord avec ce racisme, ce rejet des autres, ce m&#233;pris m&#234;me de tout ce qui n'&#233;tait pas m&#226;le ath&#233;nien et cette volont&#233; de dominer les autres. Il reprochait &#224; Ath&#232;nes non pas seulement ses dieux purement ath&#233;niens mais toute cette mentalit&#233; ath&#233;nienne selon laquelle ce qui n'est pas ath&#233;nien ne m&#233;rite pas le moindre int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, il reprochait au vote d'envoyer &#224; des fonctions des gens sur la base de leur popularit&#233; et pas de leurs comp&#233;tences dans des sp&#233;cialit&#233;s reconnues par d'autres sp&#233;cialistes. Pour Socrate, on ne d&#233;cide pas qui doit &#234;tre m&#233;decin ou conduire un bateau en faisant voter la population. Cette d&#233;magogie de la pr&#233;tendue d&#233;mocratie lui d&#233;plaisait. Il &#233;tait pour que le peuple se gouverne lui-m&#234;me mais en se fondant sur d'autres crit&#232;res que les r&#233;seaux d'influence et le client&#233;lisme qui permettaient d'acqu&#233;rir des voix populaires ind&#233;pendamment des capacit&#233;s r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Socrate a d&#233;clar&#233; publiquement qu'il ne voulait pas participer aux instances d&#233;mocratiques des citoyens, une d&#233;mocratie qu'il estimait biais&#233;e. Il ne s'est pr&#233;sent&#233; ni aux r&#233;unions des citoyens ni aux &#233;lections, il n'a pas vot&#233; et il l'a fait savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie qui a remplac&#233; la dictature des Trente tyrans en 403 avnt J.-C. &#233;tait fond&#233;e autant que la dictature qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;, sur une minorit&#233;, sur l'esclavage, sur l'exploitation, sur l'oppression et sur l'imp&#233;rialisme. Voil&#224; ce qu'en disait Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au proc&#232;s, les accusateurs se sont bien gard&#233;s de lui reprocher tout cela. Ils auraient lanc&#233; un proc&#232;s ouvertement politique et ne l'auraient m&#234;me pas forc&#233;ment gagn&#233;. Ils auraient mis en d&#233;bat les fondements de leur soci&#233;t&#233; et, justement, c'est ce que cette &#171; d&#233;mocratie &#187; ne permettait pas : remettre en cause les fondements de classe de la domination. Elle permettait seulement de changer le personnel politique. Eh oui, Ath&#232;nes avait invent&#233; le type de d&#233;mocratie que le capitalisme a ensuite utilis&#233;&#8230; Ce n'est pas par hasard que la bourgeoisie occidentale a glorifi&#233; la d&#233;mocratie ath&#233;nienne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cente loi d'amnistie de -403, vot&#233;e apr&#232;s le r&#233;tablissement de la d&#233;mocratie, explique sans doute pourquoi le proc&#232;s intent&#233; &#224; Socrate n'est pas ouvertement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, ses accusateurs lui ont fait des reproches biais&#233;s, n'allant pas directement aux raisons r&#233;elles de fond qui faisaient que le discours de Socrate devenait g&#234;nant pour les classes dirigeantes de la cit&#233; et le risque qu'il prenne du poids devenant consid&#233;rable &#224; la faveur de la crise qui frappait Ath&#232;nes suite aux d&#233;faites militaires et au d&#233;clin &#233;conomique et social, et m&#234;me moral, qui s'en est suivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Socrate ne souligne jamais le caract&#232;re pr&#233;f&#233;rable de la d&#233;mocratie sur la dictature, c'est qu'il r&#233;cusait la validit&#233; de l'Etat en g&#233;n&#233;ral. Cet Etat &#233;tait &#224; peine en train de se cr&#233;er. L'arm&#233;e permanente n'existait pas vraiment. Il n'y avait pas par exemple de fonction permanente de g&#233;n&#233;ral. La police permanente n'existait pas du tout. Il a fait face &#224; la justice grecque mais celle-ci n'&#233;tait pas une v&#233;ritable institution avec de nombreux fonctionnaires. La d&#233;mocratie voulait renforcer l'appareil d'Etat et le couvrir du voile des d&#233;cisions populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s Platon et X&#233;nophon, Socrate, qui conna&#238;ssait bien certains des Trente (en particulier Critias) et qui n'est peut-&#234;tre pas d&#233;favorable au principe d'une telle &#171; r&#233;volution &#187; oligarchique, a cependant toujours refus&#233; de se faire le complice de leurs exactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six ans apr&#232;s le proc&#232;s, le sophiste Polycrate n'est pas g&#234;n&#233; de reconnaitre les buts politiques de la condamnation de Socrate dont il pr&#233;tend d&#233;fendre la justesse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ath&#233;niens, Socrate entraine les jeunes gens &#224; combattre les lois (epi tous nomous askei S&#244;krat&#232;s tous neous). Le r&#233;gime est en p&#233;ril. Ce sont des audacieux, des amis de la tyrannie (tyrannikous), des individus insupportables (aphor&#232;tous), contempteurs de l'&#233;galit&#233; (to ison huperor&#244;ntas), ce sont ces gens-l&#224; que le sophiste nous fabrique (ho sophist&#232;s anthr&#244;pous d&#232;miourgei). Ne l'emp&#234;cherons-nous pas ? Ne l'arr&#234;terons-nous pas ? Ne le chasserons-nous pas (ouk ekbaloumen) avant que ses &#233;l&#232;ves (trephomenoi) ne renversent la puissance des lois ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Polycrate, &#171; L'accusation de Socrate &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, nous allons voir que cet ennemi de Socrate en dit plus que ne l'avouent ses amis : Socrate &#233;tait plus que g&#234;nant : il &#233;tait dangereux parce qu'il entrainait la jeunsse contre les fondements m&#234;me de la soci&#233;t&#233; ath&#233;nienne. Rappelons que son ami, le philosophe Z&#233;non d'El&#233;e avait essay&#233; de faire de m&#234;me sans sa ville contre un dictateur qui l'avait supprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, disons le mot : Socrate &#233;tait un r&#233;volutionnaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Socrate n'a-t-il pas tent&#233; de renverser la dictature des Trente plut&#244;t que de le tenter contre la fausse d&#233;mocratie fond&#233;e sur la d&#233;magogie politicienne ? Parce que cette fameuse dictature (dont le nom provient du petit nombre de gens qui exercent les fonctions du gouvernement : trente) avait d&#233;fendu victorieusement la cit&#233; contre l'invasion de Sparte et que Socrate estimait qu'une guerre d&#233;fensive &#233;tait juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure sur cette accusation venue apr&#232;s coup d'un Socrate qui aurait &#233;t&#233; partisan de la dictature, il faut souligner que de tels accusateurs (qui n'ont jamais pris la parole dans ce sens au proc&#232;s mais apr&#232;s) m&#234;lent malhonn&#234;tement deux points qui n'ont rien &#224; voir :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) Il est vrai que Socrate connaissait personnellement nombre de membres de la dictature des Trente, non pas parce qu'il aurait soutenu ce r&#233;gime, mais parce qu'ils ont &#233;t&#233; choisis par Sparte, vainqueur d'Ath&#232;nes, dans le personnel politique qui &#233;tait oppos&#233; &#224; la guerre de conqu&#234;te d'Ath&#232;nes contre Sparte, ce qui &#233;tait le cas de Socrate. Mais ce dernier n'a nullement tir&#233; profit de cette proximit&#233;, n'a pas particip&#233; &#224; ce r&#233;gime, n'a rien fait en sa faveur, m&#234;me s'il connaissait bien nombre de ces membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) D'un tout autre ordre sont les r&#233;proches de Socrate &#224; la d&#233;mocratie ath&#233;nienne de son temps, y compris celle d'avant la dictature des Trente, critiques qui, comme on l'a d&#233;j&#224; dit, portent sur le fait que sont exclus de la citoyennet&#233; une large majorit&#233; d'habitants d'Ath&#232;nes, qu'elle donnait le pouvoir aux plus d&#233;magogues, aux plus corrompus, aux plus trompeurs et pas aux plus comp&#233;tents, ni aux plus soucieux de l'int&#233;r&#234;t collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) Avant la guerre du P&#233;loponn&#232;se, la d&#233;mocratie ath&#233;nienne n'admettait comme citoyens que les personnes dont les deux parents &#233;taient ath&#233;niens. Pendant la guerre, elle a admis tous ceux qui voulaient d&#233;fendre la cit&#233; contre Sparte. Apr&#232;s la paix et la remise en place de la d&#233;mocratie, Ath&#232;nes a choisi de revenir au syst&#232;me qui ne reconnait comme citoyen que les Ath&#233;niens, une d&#233;mocratie pour une minorit&#233; et que combattait Socrate. Voil&#224; comment on a pu faire passer Socrate pour un ennemi de la d&#233;mocratie en g&#233;n&#233;ral et m&#234;me, pour certains de ses ennemis, pour un ami des spartiates alors qu'il &#233;tait seulement contre la guerre entre les cit&#233;s grecques, contre l'imp&#233;rialisme ath&#233;nien, contre les divisions entre les ath&#233;niens et non-ath&#233;niens, entre hommes et femmes, entre grecs et non-grecs, entre hommes libres et esclaves, contre toute exploitation et toute oppression. De plus, Socrate &#233;tait contre la d&#233;cision d'entrer en guerre contre toutes les cit&#233;s grecques qui ne voulaient pas se soumettre &#224; Ath&#232;nes et c'est la d&#233;mocratie ath&#233;nienne qui avait men&#233; cette politique imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) En fait, Socrate est le seul &#224; avoir eu le courage de s'opposer personnellement &#224; la fois &#224; la d&#233;mocratie et &#224; la dictature !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En -406, apr&#232;s la bataille des Arginuses, on d&#233;cide, sous l'influence des d&#233;magogues, de juger collectivement les g&#233;n&#233;raux ayant conduit cette bataille, au motif qu'ils n'ont pas recueilli les corps des morts. Le hasard veut que Socrate se trouve &#234;tre alors prytane et chef de l'assembl&#233;e. Il est le seul des cinquante prytanes &#224; s'opposer, au p&#233;ril de sa vie, &#224; cette proc&#233;dure ill&#233;gale : selon la loi ath&#233;nienne, c'est en effet un &#224; un, et non collectivement, qu'on pouvait condamner ces hommes. Son opposition n'emp&#234;che toutefois pas les g&#233;n&#233;raux d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; mort. En -404, sous le r&#233;gime des Trente, il refuse d'ob&#233;ir &#224; l'ordre qui lui est donn&#233; d'arr&#234;ter un proscrit, L&#233;on de Salamine, l&#224; encore au p&#233;ril de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;On peut se demander si ce n'est pas nous qui, apr&#232;s coup, grossissons l'importance de la condamnation de Socrate qui n'est peut-&#234;tre qu'un fait divers juridique qui n'aurait pas tellement compt&#233; pour la population et dans l'histoire d'Ath&#232;nes et de la Gr&#232;ce&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est faux. Le proc&#232;s de Socrate n'avait rien d'un non &#233;v&#233;nement. Selon les t&#233;moignages, tout Ath&#232;nes n'a pas cess&#233; de parler du proc&#232;s avant et surtout apr&#232;s. Une foule y assistait. Les juges qui ont pris la d&#233;cision ne sont pas un, deux ou trois jur&#233;s mais 500. Dans la salle du proc&#232;s, il y avait un grand nombre d'adversaires et d'amis. Et cela montre que Socrate n'&#233;tait pas un personnage sans importance et que son &#233;limination &#233;tait une d&#233;cision politique qui ne concernait pas seulement une petite coterie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut se dire que Socrate a seulement &#233;t&#233; accus&#233; par deux personnages sans grande importance (M&#233;l&#233;tos et Lycon) et pas par la classe dirigeante d'Ath&#232;nes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les principaux accusateurs sont deux personnages falots, sans grande envergure ni grand poids personnel : M&#233;l&#233;tos, un auteur et po&#232;te tragique grec, appuy&#233; par l'orateur Lycon mais derri&#232;re eux se cachait un personnage bien plus consid&#233;rable, le politicien Anytos qu'on peut consid&#233;rer comme le deuxi&#232;me plus puissant homme politique d'Ath&#232;nes &#224; l'&#233;poque du proc&#232;s, qui se pr&#233;sentait comme l'un des grands d&#233;fenseurs de la d&#233;mocratie qui avait particip&#233; au renversement de la Tyrannie des Trente peu d'ann&#233;es auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs arguments sont tr&#232;s formels, peu convaincants, fond&#233;s seulement sur la r&#233;putation de Socrate, peu &#233;tay&#233;s par des faits et peu appuy&#233;s de soutiens, de t&#233;moins, d'autres accusateurs, mais on sait que l'archonte-roi d'Ath&#232;nes, personnage clef de la Justice &#224; Ath&#232;nes a estim&#233;, lui, que l'accusation est valide et m&#233;rite proc&#232;s. C'est un message clair du feu vert des classes dirigeantes de la toute nouvelle d&#233;mocratie ath&#233;nienne pour se d&#233;barrasser d&#233;finitvement de Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Connaissant le personnage de Socrate, tout le monde savait qu'il rel&#232;verait le d&#233;fi d'une telle accusation et ne chercherait pas &#224; s'excuser et &#224; demander une petite punition, &#224; plaider coupable en somme pour sauver sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui se cache derri&#232;re l'accusateur M&#233;l&#233;tos, Anytos, est m&#234;me un personnage politique de premier plan de cette nouvelle d&#233;mocratie ath&#233;nienne qui vient de succ&#233;der &#224; la dictature des Trente&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intellectuel Isocrate, qui &#233;tudia ce proc&#232;s, affirme qu'Anytos &#233;tait, avec Thrasybule, celui qui jouit de la plus grande autorit&#233; &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anytos est un politicien qui a fait toute sa carri&#232;re en militant contre la tyrannie et en faveur du parti dit d&#233;mocratique, dont il est l'un des meneurs. Strat&#232;ge en 409 av. J.-C. avec Thrasybule, il participe activement &#224; la chute du gouvernement oligarchique des Trente en menant la perc&#233;e du Pir&#233;e. Il se montre &#233;galement un farouche adversaire des sophistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps apr&#232;s le proc&#232;s, Anytos s'est vu confier une magistrature importante &#224; Ath&#232;nes. Il est en effet nomm&#233; sitophylax et c'est lui qui est charg&#233; de veiller au transport du bl&#233; du port du Pir&#233;e &#224; Ath&#232;nes ainsi que de sa distribution. Cela montre la reconnaissance des classes dirigeantes qui ont manipul&#233; ce proc&#232;s en le faisant passer pour une action d&#233;mocratique du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la victoire juridique d'Anytos contre Socrate fut la derni&#232;re, car elle le d&#233;consid&#233;ra aupr&#232;s du peuple et il fut lui-m&#234;me mis ensuite en accusation et condamn&#233; ! Le peuple ath&#233;nien prit d&#232;s lors le parti de Socrate&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que la d&#233;fense de Socrate &#224; son proc&#232;s a surtout &#233;t&#233; une attaque contre Anytos, plus que contre M&#233;l&#233;tos et Lycon&#8230; Pour le reste, il ne semble converser qu'avec le peuple d'Ath&#232;nes comme s'il ne s'agissait pas d'un proc&#232;s mais d'une de ses fameuses discussions comme il &#233;tait le seul &#224; en mener !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a dit, Anytos n'est pas le seul haut personnage impliqu&#233;. Il y a d&#233;j&#224; l'archonte-roi. D'apr&#232;s &#171; L'Euthyphron &#187; de Platon, Euthyphron rencontre Socrate est le si&#232;ge du &#171; roi &#187; (Basileus1), qui s'occupe des proc&#232;s criminels religieux, c'est le lieu du greffe et de l'instruction : le roi y re&#231;oit la &#171; plainte &#187; (graph&#232;) d'un accusateur (ou de plusieurs), qui d&#233;termine une assignation &#224; compara&#238;tre devant lui pour l'accus&#233;, en vue de lui signifier le motif d'accusation (le &#171; crime &#187;), et pr&#233;parer le &#171; proc&#232;s &#187; proprement dit (dik&#232;). Mais graph&#232;, par opposition &#224; dik&#232;, signifie aussi, par extension, dans le droit attique (&#224; Ath&#232;nes), le proc&#232;s criminel (affaire qui concerne l'ordre public en g&#233;n&#233;ral) d&#233;clench&#233; par la plainte, par opposition au proc&#232;s civil (conflit entre simples particuliers). On y apprend que Socrate est poursuivi pour une &#171; affaire criminelle &#187; (son impi&#233;t&#233; est consid&#233;r&#233;e comme une affaire d'&#201;tat : graph&#232; par opposition &#224; dik&#232;) ; d'autre part, on apprend que Socrate n'a pas son &#171; proc&#232;s en cours &#187; (dik&#232; tis ousa) mais qu'il est proche, puisqu'il se rend d&#233;j&#224; &#224; l'assignation &#224; compara&#238;tre (graph&#232;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://books.openedition.org/vrin/4787?lang=fr&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://books.openedition.org/vrin/4787?lang=fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accus&#233; ne passe pas devant un juge mais devant 500 jur&#233;s et on ne peut pas dire que ce proc&#232;s n'ait concern&#233; qu'un petit milieu. Et c'est une foule de partisans des deux camps qui assistaient au proc&#232;s. En fait, tout le monde savait que le jugement &#233;tait politique et engageait l'avenir de la cit&#233;. Socrate lui-m&#234;me ne laissait &#224; Ath&#233;nes aucune autre possibilit&#233;. Il n'a fait aucun geste pour reculer l'affrontement, au contraire. Le jugement &#233;tait soit pour soit contre Socrate, c'est ce dernier qui l'exigeait. Une partie des poss&#233;dants d'Ath&#232;nes contre Socrate, les uns ou les autres devaient sortir gagnant ou perdant. Les deux parties voulaient la guerre. Socrate aurait pu demander la cl&#233;mence de multiples mani&#232;res, il a refus&#233;. Ce n'est pas par d&#233;faut de caract&#232;re mais par choix politique. S'il refuse de plaider de mani&#232;re classique, ce n'est pas pour faire le malin mais pour envoyer son dernier message politique &#224; tout le peuple d'Ath&#232;nes. C'est lui qui m&#232;ne le proc&#232;s. C'est lui l'accusateur. Il n'aura jamais, il le sait, de meilleure tribune pour ses id&#233;es. Et nous allons voir ensuite qu'il va gagner en fait l'affrontement tout en perdant le proc&#232;s car il aura discr&#233;dit&#233; ses adversaires durablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des principes que d&#233;fend Socrate &#224; son proc&#232;s et qui rompt avec toute d&#233;fense classique &#224; un proc&#232;s &#224; Ath&#232;nes est que l'individu n'est pas inf&#233;rieur &#224; la collectivit&#233;. La base m&#234;me de la justice ath&#233;nienne &#233;tait de consid&#233;rer que le vote des juges &#233;tait forc&#233;ment juste, indiscutable et inattaquable. Socrate, au contraire, estime qu'il est plus habilit&#233; &#224; savoir qu'il est utile &#224; Ath&#232;nes que ne peut le dire tout vote de jur&#233;s ou de citoyens. Il refuse que l'Etat soit sup&#233;rieur &#224; tout individu ! Il refuse que le vote des citoyens soit forc&#233;ment le plus juste. Il affirme qu'un individu peut avoir raison contre la collectivit&#233; ! Il affirme que ce n'est pas le nombre de votes qui indique o&#249; se situe la raison ! Pour lui, la raison est sup&#233;rieure &#224; tout. C'est exactement l'opinion contraire &#224; celle qui dominait alors &#224; Ath&#232;nes ! Mais, contrairement &#224; ce que disent ses ennemis, cela ne veut pas dire que Socrate soit un soutien de la dictature ! D'ailleurs, les vrais partisans de la dictature des Trente et qui avaient particip&#233; &#224; ses exactions violentes avaient &#233;t&#233; amnisti&#233;s. Et personne au proc&#232;s n'a pr&#233;tendu que c'&#233;tait le motif de l'accusation de Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'autres indices qui montrent que la campagne contre Socrate est bien plus large et date de bien plus longtemps. C'est en 423 avant J.-C., avec &#171; Les nu&#233;es &#187; d'Aristophane, une pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre qu'a d&#233;but&#233; la campagne de calomnies et d'accusations sociales, philosophiques et politiques contre Socrate. &#192; la fin de la pi&#232;ce d'Aristophane, l'&#233;cole de Socrate est m&#234;me enti&#232;rement br&#251;l&#233;e par des gens indign&#233;s contre Socrate. La plupart des pi&#232;ces d'Aristophane &#233;taient la critique satirique d'Euripide, disciple de Socrate. Ce dernier relisait, discutait et influen&#231;ait le contenu des pi&#232;ces d'Euripide. Comme Socrate, Euripide combattait contre l'oppression des femmes, contre le faux h&#233;ro&#239;sme guerrier d'Ath&#232;nes fond&#233; sur les mythes de Hom&#232;re dans la guerre contre Troie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est remarquable que toutes les accusations contre Socrate qui seront dites au proc&#232;s sont d&#233;j&#224; dans la pi&#232;ce &#171; Les nu&#233;es &#187; : d&#233;tournement de la jeunesse contre les parents, rejet des dieux traditionnels, sophisme, marginalit&#233; de Socrate, adoration de nouveaux dieux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Platon, Socrate aurait dit &#224; son proc&#232;s : &#171; C'est en effet ce que vous avez vu par vous-m&#234;mes dans la com&#233;die d'Aristophane. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, dans la pi&#232;ce d'Aristophane, Socrate n'est pas accus&#233; d'impi&#233;t&#233; mais d'ath&#233;isme :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa pi&#232;ce, Aristophane pr&#234;te ces mots &#224; Socrate :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Par quels dieux jureras-tu ? Car, pour commencer, les dieux, c'est une monnaie qui n'a pas cours chez nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Nu%C3%A9es&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Nu%C3%A9es&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;On peut aussi penser que Socrate n'&#233;tait en rien un personnage important &#224; Ath&#232;nes, n'occupant aucune position publique, n'en ayant jamais occup&#233; une, n'y postulant m&#234;me pas, n'&#233;crivant rien, n'appelant &#224; aucune r&#233;union publique, refusant de constituer une &#233;cole philosophique, qui n'a pas &#233;t&#233; un r&#233;el soutien politique &#224; aucun des r&#233;gimes pass&#233;s, et donc son proc&#232;s n'aurait aucune importance politique, sociale ou philosophique, juste une haine personnelle quelconque&#8230; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais cela est faux. Certes, Socrate n'est pas un personnage ordinaire, faisant de la politique de mani&#232;re classique, ni pour Ath&#232;nes, ni ailleurs, ni &#224; son &#233;poque ni apr&#232;s. Il affirme d'ailleurs qu'il est le seul &#224; faire vraiment de la politique, ce qui veut dire que sa politique n'a rien &#224; voir avec les cuisines et magouilles politiciennes de ses adversaires. Sa politique consiste en la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts collectifs de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il n'ait jamais particip&#233; au pouvoir, ni aux institutions de la d&#233;mocratie, ni &#224; celles des &#233;coles, des sophistes ou d'autres soci&#233;t&#233;s intellectuelles, ne signifie pas qu'il &#233;tait sans importance politique &#224; Ath&#232;nes. Il influen&#231;ait une grande partie de la jeunesse, y compris les enfants des responsables politiques les plus importants de tous les bords politiques, rejetons des &#233;lites, des grands propri&#233;taires comme des plus d&#233;munis. Par exemple, le fils d'Anytos fait partie de ses fid&#232;les&#8230; Platon, lui-m&#234;me, &#233;tait tout jeune quand il a fait partie des disciples de Socrate et il &#233;tait d'une grande famille de riches propri&#233;taires terriens influents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il n'influen&#231;ait pas que des enfants ou des jeunes&#8230; De nombreux intellectuels se r&#233;clament de lui, des hommes politiques aussi, toutes sortes de gens, du petit peuple comme des personnalit&#233;s, de toutes sortes de milieux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, il suffit de voir l'&#233;norme r&#233;action &#224; Ath&#232;nes &#224; la nouvelle de sa condamnation &#224; mort et de son d&#233;c&#232;s. Il y a eu un retournement d'opinion. Le peuple s'est rapidement oppos&#233; violemment &#224; ceux qui l'ont condamn&#233; et notamment &#224; Anytos et M&#233;l&#233;tos, eux m&#234;me accus&#233;s ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a de nombreuses preuves que l'Ath&#232;nes des ann&#233;es suivantes est &#224; fond pour Socrate. Ath&#232;nes demande ainsi au grand sculpteur Lysippe de r&#233;aliser une statue en bronze de Socrate qui est plac&#233;e &#224; l'entr&#233;e de l'Agora. Et 70 ans apr&#232;s avoir &#233;t&#233; accus&#233; de corrompre la jeunesse, il est pr&#233;sent&#233; comme un exemple pour elle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des &#233;crits pour justifier le proc&#232;s et la condamnation de Socrate comme le texte de Polycrate intitul&#233; &#171; Accusation contre Socrate &#187;, mais il y a eu beaucoup plus d'&#233;crits pour d&#233;fendre Socrate de mani&#232;res tr&#232;s diverses d'ailleurs. C'est d'ailleurs &#224; Polycrate que r&#233;pondent X&#233;nophon et Platon en d&#233;fense de Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les historiens estiment qu'il y a eu, dans les ann&#233;es qui ont suivi la mort de Socrate, environ trois cent ouvrages grecs concernant ce proc&#232;s, eh oui 300 !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;On peut se dire que Socrate n'est pas le seul &#224; avoir subi de telles condamnations ou &#224; en &#234;tre menac&#233;&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un proc&#232;s pour impi&#233;t&#233; ? Mais Socrate n'est effectivement pas le seul penseur et philosophe &#224; en avoir subi. Un d&#233;cret &#224; ce sujet, datant du d&#233;but de la guerre du P&#233;loponn&#232;se, est mentionn&#233; par Plutarque et aurait vis&#233; P&#233;ricl&#232;s &#224; travers Anaxagore. Ce dernier a sans doute &#233;t&#233; jug&#233; pour impi&#233;t&#233; en 445. Il a &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; mort et sauv&#233; gr&#226;ce &#224; l'intervention de P&#233;ricl&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aspasie, grande philosophe et joueuse de flute et amie personnelle de Socrate, et compagne de P&#233;ricl&#232;s, aurait elle-m&#234;me &#233;t&#233; menac&#233;e d'un proc&#232;s pour impi&#233;t&#233;. Apr&#232;s les premiers revers de P&#233;ricl&#232;s durant la guerre, la l&#233;gende dit que ses ennemis esp&#232;rent l'atteindre par le biais d'Aspasie en attaquant cette derni&#232;re pour impi&#233;t&#233; &#8212; on vise par l&#224; les conversations philosophiques qui se tiennent dans sa maison. Le po&#232;te comique Hermippos m&#232;ne l'accusation et P&#233;ricl&#232;s doit user de toute son influence pour la faire acquitter. En r&#233;alit&#233;, Aspasie &#233;tait une adepte philosophique de Socrate !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate a sans doute &#233;t&#233; longtemps sauv&#233; d'une condamnation par le fait que Aspasie intervenait aupr&#232;s de P&#233;ricl&#232;s pour le prot&#233;ger. La mort de P&#233;ricl&#232;s a signifi&#233; la fin d'un r&#233;gime politique &#224; Ath&#232;nes mais aussi la fin de la tranquilit&#233; pour Socrate !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait bien eu un autre proc&#232;s pour impi&#233;t&#233;, celui de Prodicos, mais l&#224; encore il s'agit d'un ami de Socrate !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;On peut se demander ce que la partie d'Ath&#232;nes qui d&#233;testait Socrate lui reprochait vraiment&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait, aucun acte de Socrate ne pouvait &#234;tre qualifi&#233; de preuve d'impi&#233;t&#233; au sens o&#249; on l'entendait &#224; Ath&#232;nes. Il n'a jamais commis d'actes pour m&#233;priser publiquement des manifestations ou des sites religieux, ni fait de grandes d&#233;clarations contre la religion et les dieux, mais il n'en parlait pas du tout, ce qui montre ce qu'il en pensait. Il &#233;tait ath&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que reprochait-il aux dieux d'Ath&#232;nes ? De n'&#234;tre des dieux que de la cit&#233; ! De ne prot&#233;ger que les ath&#233;niens ! D'&#234;tre des dieux protecteurs de l'exploitation des esclaves et de l'oppression des femmes, des enfants et des m&#233;t&#232;ques. Effectivement, la religion d'Ath&#232;nes &#233;tait fond&#233;e sur le patriarcat et combattait contre l'ancien matriarcat ! Les dieux d'Ath&#232;nes s'&#233;taient battus pour dominer les d&#233;esses ! Les femmes religieuses de Delphes, qui conservaient un certain poids malgr&#233; la domination de la religion patriarcale, affirmaient que Socrate &#233;tait le plus sage des philosophes et ce n'&#233;tait pas un hasard ! Socrate ne cessait pas de le clamer pour se moquer des religieux patriarcaux. Voil&#224; le genre de positions de Socrate que les pontes d'Ath&#232;nes lui reprochaient en termes de religion. C'est cela qu'ils appelaient &#171; vouloir introduire de nouveaux dieux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme un taon sur le flanc d'un cheval un peu mou. &#187; C'est ainsi que Socrate r&#233;sumait son r&#244;le d'agitateur infatigable, &#339;uvrant au sein de la cit&#233; ath&#233;nienne. Jusqu'&#224; sa condamnation &#224; mort en 399 av. J.-C., le philosophe n'eut de cesse de titiller ses concitoyens, au gr&#233; de discussions publiques o&#249; ses interlocuteurs, interrog&#233;s dans le cadre de son art d'accoucher les esprits, se voyaient finalement pi&#233;g&#233;s dans leurs propres contradictions et leurs pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des &#233;changes de rues, d'&#233;choppes et de portiques, o&#249; &#171; on lui r&#233;pondait &#224; coups de poing et en lui tirant les cheveux, et la plupart du temps il faisait rire de lui avec m&#233;pris &#187;, rapporte Diog&#232;ne La&#235;rce. Impassible et patient, Socrate v&#233;cut 70 ans &#224; Ath&#232;nes, qu'il ne quitta que tr&#232;s rarement, au point que Platon le dit ancr&#233; dans sa cit&#233; plus que les impotents, les aveugles et les invalides. Issu de l'union d'un sculpteur et d'une sage-femme, Socrate s'empara du savoir-faire maternel pour sa propre ma&#239;eutique philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon et Platon en t&#233;moignent, Socrate critiqua vertement deux fondements essentiels de la d&#233;mocratie ath&#233;nienne : le principe de majorit&#233; et le tirage au sort. Il affirmait ainsi que &#171; c'est folie de choisir avec une f&#232;ve les magistrats d'un &#201;tat, tandis que personne ne voudrait employer un pilote d&#233;sign&#233; par une f&#232;ve, ni un architecte, ni un joueur de fl&#251;te &#187;. Il d&#233;plorait encore qu'on laisse les passagers d'un navire commander au d&#233;triment du capitaine, le seul &#224; ma&#238;triser l'art de la navigation. Le philosophe condamna autant l'ignorance du peuple que le poids du nombre. Partisan du gouvernement de ceux qui d&#233;tiennent le savoir, Socrate ne pouvait qu'irriter ses concitoyens d&#233;mocrates ; en 399, le cheval mou eut finalement raison du taon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/antiquite/socrate-le-maitre-de-la-grece-2134.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/antiquite/socrate-le-maitre-de-la-grece-2134.php&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate d&#233;bute ainsi sa d&#233;fense au proc&#232;s :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Voyons, que disaient au juste ceux qui me calomniaient ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Supposons qu'ils nous traduisent devant vous et lisons leur acte d'accusation : &#171; Socrate est coupable : il recherche indiscr&#232;tement ce qui se passe sous la terre et dans le ciel, &lt;br class='autobr' /&gt;
il rend bonne la mauvaise cause et il enseigne &#224; d'autres &#224; faire comme lui. &#187; En voil&#224; la teneur : c'est ce que vous avez vu de vos propres yeux dans la com&#233;die d'Aristophane, c'est-&#224;-dire un certain Socrate qu'on charrie &#224; travers la sc&#232;ne, qui d&#233;clare qu'il se prom&#232;ne dans les airs et qui d&#233;bite cent autres extravagances sur des sujets o&#249; je n'entends absolument rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais alors, Socrate, quelle affaire est-ce donc que la tienne ? D'o&#249; sont venues ces calomnies r&#233;pandues contre toi ? Tu pr&#233;tends que tu ne fais rien de plus extraordinaire que les autres ; mais tu ne serais s&#251;rement pas l'objet de tant de bruits et de racontars, si tu ne faisais pas autre chose que les autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dis-nous donc ce qui en est, afin que nous ne te jugions pas &#224; la l&#233;g&#232;re. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le crime r&#233;volutionnaire de Socrate est quadruple : politique, religieux, social et de genre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politique parce que Socrate formait secr&#232;tement des jeunes r&#233;volutionnaires, religieux parce qu'il diffusait publiquement une vision ath&#233;e, social parce qu'il combattait la soci&#233;t&#233; de classe et l'esclavage&#8230; Et enfin, il d&#233;molissait le patriarcat ! Il sapait tous les fondements d'Ath&#232;nes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un qui se contente de bavarder dans les rues, est-ce un v&#233;ritable danger pour les classes poss&#233;dantes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas sous-estimer la crise profonde de la soci&#233;t&#233; grecque.&lt;br class='autobr' /&gt;
J. de Romilly, citant Thucydide d'Ath&#232;nes &#233;crit : &#171; La guerre entre les P&#233;lopon&#233;siens et les Ath&#233;niens&#8230; fut la plus grande crise qui &#233;mut la Gr&#232;ce et une fraction du monde barbare : elle gagna pour ainsi dire la majeure partie de l'humanit&#233;. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, la soci&#233;t&#233; grecque avait atteint son apog&#233;e et, si elle s'est d&#233;truite en se battant entre Grecs, c'est parce qu'elle tentait ainsi de se trouver un nouveau souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la fin de la crise du pouvoir et l'amnistie, Ath&#232;nes reste meurtrie dans sa chair et dans son orgueil : elle n'a plus de flotte, plus de chantiers, pas d'argent. Il fallait aux classes dirigeantes trouver des boucs &#233;missaires de cette situation catastrophique et sans issue. Dans ce but, Socrate a repr&#233;sent&#233; le coupable id&#233;al. Alors que la fiert&#233; d'&#234;tre Ath&#233;nien est port&#233;e &#224; son extr&#234;me par des politiciens d&#233;magogues, Socrate d&#233;clare qu'il n'est ni Ath&#233;nien, ni Grec mais citoyen du monde. Ensuite, Socrate critique les efforts guerriers d'Ath&#232;nes, y compris ceux de l'&#233;poque dite glorieuse, comme lors des ann&#233;es de P&#233;ricl&#232;s. Il d&#233;nonce les guerres de conqu&#234;te et ne donne raison qu'aux guerres de d&#233;fense. Il ne voit aucune gloire &#224; tuer d'autres hommes &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment les amis de Socrate ont-il r&#233;agi &#224; ce proc&#232;s ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tous les amis de Socrate ont, &#224; un moment ou un autre, &#233;t&#233; menac&#233;s par la d&#233;mocratie ath&#233;nienne et il n'est pas &#233;tonnant que, juste apr&#232;s le proc&#232;s, nombre de ses amis aient quitt&#233; pr&#233;cipitamment la cit&#233; et se soient r&#233;fugi&#233;s rapidement &#224; M&#233;gare, pensant qu'il allait y avoir une vaste r&#233;pression contre eux &#224; Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, comme on l'a dit, l'opinion des Ath&#233;niens s'est retourn&#233;e peu apr&#232;s la mort de Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ici :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2085&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2085&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s sa mort, des disciples ont continu&#233; que jamais &#224; se r&#233;clamer de lui et ont &#233;t&#233; plus nombreux aussi &#224; le faire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ses &#233;l&#232;ves, sept sont d'apr&#232;s Diog&#232;ne La&#235;rce consid&#233;r&#233;s comme particuli&#232;rement importants. Ce sont Antisth&#232;ne, Eschine de Sphettos, Platon, X&#233;nophon, Euclide de M&#233;gare, Aristippe de Cyr&#232;ne et Ph&#233;don d'&#201;lis. Tous, sauf peut-&#234;tre Aristippe, ont &#233;crit des dialogues socratiques. Ce sont des fictions litt&#233;raires dans lesquelles des sujets philosophiques font l'objet d'un d&#233;bat &#171; &#224; la mani&#232;re &#187; de Socrate. Seuls nous sont parvenus en entier des dialogues de Platon, du Pseudo-Platon (anciennement attribu&#233;s &#224; Platon mais qui n'ont pas &#233;t&#233; &#233;crits par lui) et de X&#233;nophon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il eut d'autres disciples, dont Apollodore et son fr&#232;re A&#239;antodore ; Isocrate, pendant une courte p&#233;riode ; C&#233;b&#232;s, Ch&#233;r&#233;phon, son ami d'enfance et assistant ; M&#233;nex&#232;ne, Simmias, M&#233;trodore, Alcibiade d&#232;s -431, Charmide, Critias, Th&#233;&#233;t&#232;te d'Ath&#232;nes, Criton et ses enfants Critobule, Hermog&#232;ne, Epig&#232;ne et Ct&#233;sippe ; Spintharos, p&#232;re d'Aristox&#232;ne ; Hermog&#232;ne, Lysanias de Sphettos, p&#232;re d'Eschine de Sphettos ; Coriscos de Scepsis, p&#232;re de N&#233;l&#233;e de Scepsis. L'un de ses disciples, Euclide de M&#233;gare, en 405 av. J.-C., fonda la premi&#232;re &#233;cole des &#171; Petits socratiques &#187; : le m&#233;garisme. En 400 av. J.-C., un autre disciple, Antisth&#232;ne, a fond&#233; la deuxi&#232;me &#233;cole des &#171; Petits socratiques &#187; : le cynisme. L'ann&#233;e suivante, Aristippe fonda la troisi&#232;me &#233;cole : le cyr&#233;na&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi Socrate, qui &#233;tait connu de longue date et violemment critiqu&#233; aussi &#224; Ath&#232;nes depuis longtemps, n'a-t-il &#233;t&#233; mis en proc&#232;s qu'en 399 avant J.-C. ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme on l'a dit, son proc&#232;s a lieu cinq ans apr&#232;s la fin de la guerre du P&#233;loponn&#232;se dans laquelle la cit&#233; d'Ath&#232;nes a &#233;t&#233; battue militairement par les Spartiates au bout d'un combat de plus de trente ann&#233;es et qui a amen&#233; la cit&#233; &#224; se d&#233;chirer &#224; l'int&#233;rieur dans une guerre civile entre partisans d'un r&#233;gime oligarchique et d&#233;fenseur d'un syst&#232;me &#233;lectoral dit d&#233;mocratique. Mais la crise interne &#233;tait plus profonde que celle li&#233;e &#224; cette guerre. D'abord, ce n'&#233;taient pas seulement Sparte mais une grande partie de la Gr&#232;ce qui en avait assez de l'oppression d'Ath&#232;nes. Certaines villes comme Corinthe ou Th&#232;bes voulaient m&#234;me plus que Sparte la destruction compl&#232;te et d&#233;finitive d'Ath&#232;nes. Des Ath&#233;niens comme Socrate ont combattu l'imp&#233;rialisme ath&#233;nien. Il y avait un risque qu'une grande partie de la population ath&#233;nienne veuille en finir avec ce syst&#232;me de domination guerri&#232;re et de vol de richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre avait supprim&#233; 10.000 Ath&#233;niens (sur une population de 50.000 citoyens !), fait passer la cit&#233; de la richesse &#224; la pauvret&#233; (destruction des artisanats, des fermes et du commerce, fuite des esclaves), de la grandeur exag&#233;r&#233;e &#224; la honte. Accuser l'aveuglement des classes dirigeantes qui avait men&#233; &#224; cette guerre &#233;tait ais&#233;. L'opinion populaire pouvait changer brutalement face aux classes poss&#233;dantes et c'est dans ces conditions qu'un extr&#233;miste de gauche comme Socrate pouvait d'un seul coup gagner un poids consid&#233;rable et c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas dans la jeunesse. L'accuser d'&#234;tre d'extr&#234;me droite (pro-tyrans ou pro-Sparte) &#233;tait une strat&#233;gie classique pour le discr&#233;diter. Socrate, en les contraignant &#224; carr&#233;ment l'&#233;liminer, a retourn&#233; l'accusation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'en tirer comme le&#231;ons ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quelles le&#231;ons les amis et disciples de Socrate en ont tir&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2085&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2085&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que voulait dire Socrate par son fameux &#171; connais-toi toi-m&#234;me &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4579&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4579&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi Nietzsche condamnait Socrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3586&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euripide, un disciple de Socrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7573&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7573&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4582&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4582&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7322&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7322&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristophane, un ennemi d&#233;clar&#233; de Socrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article233&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article233&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon, un pr&#233;tendu disciple de Socrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6175&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6175&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6379&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6379&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Platon, D&#233;mocrite, Socrate, Parm&#233;nide, Z&#233;non en d&#233;bat&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3458&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3458&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Socrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5464&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5464&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui es-tu Socrate ? Un r&#233;volutionnaire ? Un ennemi de l'esclavage ? Un f&#233;ministe ? Un dialecticien ? Un communiste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5991&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5991&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate, dialecticien et communiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article765&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article765&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on consid&#233;rer Socrate comme fondateur des bases de la philosophie des sciences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8017&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8017&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Gr&#232;ce antique : la philosophie de Z&#233;non d'El&#233;e et de Socrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1366&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1366&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Socrate nous a dit ....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve72&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve72&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est tous les jours que Socrate est condamn&#233; par&#8230; nous&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3765&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3765&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gen&#232;se de l'Etat ath&#233;nien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1363&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1363&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#171; Civilisation grecque &#187; n'&#233;tait pas&#8230; grecque !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5900&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5900&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me la civilisation grecque, sa d&#233;mocratie, sa philosophie, sa po&#233;sie, son th&#233;&#226;tre, sa politique n'ont &#233;t&#233; connus mondialement que par une dictature dont l'origine n'&#233;tait pas grecque mais mac&#233;donienne, celle de l'empereur Alexandre le Grand !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_le_Grand&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_le_Grand&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> The Mass Strike, the Political Party and the Trade Unions</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8346</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8346</guid>
		<dc:date>2025-08-18T05:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Allemagne Deutschland</dc:subject>
		<dc:subject>1905</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre War</dc:subject>
		<dc:subject>Socrate</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg &lt;br class='autobr' /&gt;
The Mass Strike, the Political Party and the Trade Unions &lt;br class='autobr' /&gt;
(1906) &lt;br class='autobr' /&gt;
I. The Russian Revolution, Anarchism and the General Strike &lt;br class='autobr' /&gt;
Almost all works and pronouncements of international socialism on the subject of the mass strike date from the time before the Russian Revolution [of 1905], the first historical experience on a very large scale with the means of struggle. It is therefore evident that they are, for the most part, out-of-date. Their standpoint is essentially that (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot22" rel="tag"&gt;Allemagne Deutschland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot37" rel="tag"&gt;1905&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot48" rel="tag"&gt;Guerre War&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot300" rel="tag"&gt;Gilets jaunes, auto-organisation, comit&#233;s de gr&#232;ve, conseils ouvriers, assembl&#233;e interprofessionnelle, soviet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rosa Luxemburg&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Mass Strike, the Political Party and the Trade Unions&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1906)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;I. The Russian Revolution, Anarchism and the General Strike&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Almost all works and pronouncements of international socialism on the subject of the mass strike date from the time before the Russian Revolution [of 1905], the first historical experience on a very large scale with the means of struggle. It is therefore evident that they are, for the most part, out-of-date. Their standpoint is essentially that of Engels who in 1873 wrote as follows in his criticism of the revolutionary blundering of the Bakuninists in Spain :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The general strike, in the Bakuninists' program, is the lever which will be used for introducing the social revolution. One fine morning all the workers in every industry in a country, or perhaps in every country, will cease work, and thereby compel the ruling class either to submit in about four weeks, or to launch an attack on the workers so that the latter will have the right to defend themselves, and may use the opportunity to overthrow the old society. The proposal is by no means new : French and Belgian socialists have paraded it continually since 1848, but for all that is of English origin. During the rapid and powerful development of Chartism among the English workers that followed the crisis of 1837, the &#8216;holy month' &#8211; a suspension of work on a national scale &#8211; was preached as early as 1839, and was received with such favour that in July 1842 the factory workers of the north of England attempted to carry it out. And at the Congress of the Alliancists at Geneva on September 1, 1873, the general strike played a great part, but it was admitted on all sides to carry it out it was necessary to have a perfect organisation of the working-class and a full war chest. And that is the crux of the question. On the one hand, the governments, especially if they are encouraged by the workers' abstention from political action, will never allow the funds of the workers to become large enough, and on the other hand, political events and the encroachments of the ruling class will bring about the liberation of the workers long before the proletariat gets the length of forming this ideal organisation and this colossal reserve fund. But if they had these, they would not need to make use of the roundabout way of the general strike in order to attain their object.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here we have the reasoning that was characteristic of the attitude of international social democracy towards the mass strike in the following decades. It is based on the anarchist theory of the general strike &#8211; that is, the theory of the general strike as a means of inaugurating the social revolution, in contradistinction to the daily political struggle of the working-class &#8211; and exhausts itself in the following simple dilemma : either the proletariat as a whole are not yet in possession of the powerful organisation and financial resources required, in which case they cannot carry through the general strike ; or they are already sufficiently well organised, in which case they do not need the general strike. This reasoning is so simple and at first glance so irrefutable that, for a quarter of a century, it has rendered excellent service to the modern labour movement as a logical weapon against the anarchist phantom and as a means of carrying out the idea of political struggle to the widest circles of the workers. The enormous strides taken by the labour movement in all capitalist countries during the last twenty-five years are the most convincing evidence of the value of the tactics of political struggle, which were insisted upon by Marx and Engels in opposition to Bakuninism ; and German social democracy, in its position of vanguard of the entire international labour movement is not in the least the direct product of the consistent and energetic application of these tactics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The [1905] Russian Revolution has now effected a radical revision of the above piece of reasoning. For the first time in the history of the class struggle it has achieved a grandiose realisation of the idea of the mass strike and &#8211; as we shall discuss later &#8211; has even matured the general strike and thereby opened a new epoch in the development of the labour movement. It does not, of course, follow from this that the tactics of political struggle recommended by Marx and Engels were false or that criticism applied by them to anarchism was incorrect. On the contrary, it is the same train of ideas, the same method, the Engels-Marxian tactics, which lay at the foundation of the previous practice of the German social democracy, which now in the Russian Revolution are producing new factors and new conditions in the class struggle. The Russian Revolution, which is the first historical experiment on the model of the class strike, not merely does not afford a vindication of anarchism, but actually means the historical liquidation of anarchism. The sorry existence to which this mental tendency was condemned in recent decades by the powerful development of social democracy in Germany may, to a certain extent, be explained by the exclusive domination and long duration of the parliamentary period. A tendency patterned entirely upon the &#8220;first blow&#8221; and &#8220;direct action,&#8221; a tendency &#8220;revolutionary&#8221; in the most naked pitchfork sense, can only temporarily languish in the calm of parliamentarian day and, on a return of the period of direct open struggle, can come to life again and unfold its inherent strength.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Russia, in particular, appeared to have become the experimental field for the heroic deeds of anarchism. A country in which the proletariat had absolutely no political rights and extremely weak organisations, a many-coloured complex of various sections of the population, a chaos of conflicting interests, a low standard of education amongst the masses of the people, extreme brutality in the use of violence on the part of the prevailing regime &#8211; all this seemed as if created to raise anarchism to a sudden if perhaps short-lived power. And finally, Russia was the historical birthplace of anarchism. But the fatherland of Bakunin was to become the burial-place of his teachings. Not only did and do the anarchists in Russia not stand at the head of the mass strike movement ; not only does the whole political leadership of revolutionary action and also of the mass strike lie in the hands of the social democratic organisations, which are bitterly opposed as &#8220;bourgeois parties&#8221; by Russian anarchists, or partly in the hands of such socialist organisations as are more or less influenced by the social democracy and more or less approximate to it &#8211; such as the terrorist party, the &#8220;socialist revolutionaries&#8221; &#8211; but the anarchists simply do not exist as a serious political tendency in the Russian Revolution. Only in a small Lithuanian town with particularly difficult conditions &#8211; a confused medley of different nationalities among the workers, an extremely scattered condition of small-scale industry, a very severely oppressed proletariat &#8211; in Bialystok, there is, amongst the seven or eight different revolutionary groups a handful of half-grown &#8220;anarchists&#8221; who promote confusion and bewilderment amongst the workers to the best of their ability ; and lastly in Moscow, and perhaps in two or three other towns, a handful of people of this kidney make themselves noticeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But apart from these few &#8220;revolutionary&#8221; groups, what is the actual role of anarchism in the Russian Revolution ? It has become the sign of the common thief and plunderer ; a large proportion of the innumerable thefts and acts of plunder of private persons are carried out under the name of &#8220;anarchist-communism&#8221; &#8211; acts which rise up like a troubled wave against the revolution in every period of depression and in every period of temporary defensive. Anarchism has become in the Russian Revolution, not the theory of the struggling proletariat, but the ideological signboard of the counter-revolutionary lumpenproletariat, who, like a school of sharks, swarm in the wake of the battleship of the revolution. And therewith the historical career of anarchism is well-nigh ended.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand, the mass strike in Russia has been realised not as means of evading the political struggle of the working-class, and especially of parliamentarism, not as a means of jumping suddenly into the social revolution by means of a theatrical coup, but as a means, firstly, of creating for the proletariat the conditions of the daily political struggle and especially of parliamentarism. The revolutionary struggle in Russia, in which mass strikes are the most important weapon, is, by the working people, and above all by the proletariat, conducted for those political rights and conditions whose necessity and importance in the struggle for the emancipation of the working-class Marx and Engels first pointed out, and in opposition to anarchism fought for with all their might in the International. Thus has historical dialectics, the rock on which the whole teaching of Marxian socialism rests, brought it about that today anarchism, with which the idea of the mass strike is indissolubly associated, has itself come to be opposed to the mass strike which was combated as the opposite of the political activity of the proletariat, appears today as the most powerful weapon of the struggle for political rights. If, therefore, the Russian Revolution makes imperative a fundamental revision of the old standpoint of Marxism on the question of the mass strike, it is once again Marxism whose general method and points of view have thereby, in new form, carried off the prize. The Moor's beloved can die only by the hand of the Moor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. The Mass Strike, A Historical and Not an Artificial Product&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first revision of the question of the mass strike which results from the experience of Russia relates to the general conception of the problem. Till the present time the zealous advocates of an &#8220;attempt with the mass strike&#8221; in Germany of the stamp of Bernstein, Eisner, etc., and also the strongest opponents of such an attempt as represented in the trade-union camp by, for example, Bombelburg, stand when all is said and done, on the same conception, and that is the anarchist one. The apparent polar opposites do not mutually exclude each other but, as always, condition, and at the same time, supplement each other. For the anarchist mode of thought is direct speculation on the &#8220;great Kladderadatsch,&#8220; on the social revolution merely as an external and inessential characteristic. According to it, what is essential is the whole abstract, unhistorical view of the mass strike and of all the conditions of the proletarian struggle generally.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the anarchist there exist only two things as material suppositions of his &#8220;revolutionary&#8221; speculations &#8211; first, imagination, and second goodwill and courage to rescue humanity from the existing capitalist vale of tears. This fanciful mode of reasoning sixty years ago gave the result that the mass strike was the shortest, surest and easiest means of springing into the better social future. The same mode of reasoning recently gave the result that the trade-union struggle was the only real &#8220;direct action of the masses&#8221; and also the only real revolutionary struggle &#8211; which, as is well known, is the latest notion of the French and Italian &#8220;syndicalists.&#8221; The fatal thing for anarchism has always been that the methods of struggle improvised in the air were not only a reckoning without their host, that is, they were purely utopian, but that they, while not reckoning in the least with the despised evil reality, unexpectedly became in this evil reality, practical helps to the reaction, where previously they had only been, for the most part, revolutionary speculations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the same ground of abstract, unhistorical methods of observation stand those today who would, in the manner of a board of directors, put the mass strike in Germany on the calendar on an appointed day, and those who, like the participants in the trade-union congress at Cologne, would by a prohibition of &#8220;propaganda&#8221; eliminate the problem of the mass strike from the face of the earth. Both tendencies proceed on the common purely anarchistic assumption that the mass strike is a purely technical means of struggle which can be &#8220;decided&#8221; at their pleasure and strictly according to conscience, or &#8220;forbidden&#8221; &#8211; a kind of pocket-knife which can be kept in the pocket clasped &#8220;ready for any emergency,&#8221; and according to the decision, can be unclasped and used. The opponents of the mass strike do indeed claim for themselves the merit of taking into consideration the historical groundwork and the material conditions of the present conditions in Germany in opposition to the &#8220;revolutionary romanticists&#8221; who hover in the air, and do not at any point reckon with the hard realities and the possibilities and impossibilities. &#8220;Facts and figures ; figures and facts !&#8221; they cry, like Mr. Gradgrind in Dickens' Hard Times.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What the trade-union opponent of the mass strike understands by the &#8220;historical basis&#8221; and &#8220;material conditions&#8221; is two things &#8211; on the one hand the weakness of the proletariat, and on the other hand, the strength of Prussian-German militarism. The inadequate organisation of the workers and the imposing Prussian bayonet &#8211; these are the facts and figures upon which these trade-union leaders base their practical policy in the given case. Now it is quite true that the trade-union cash box and the Prussian bayonet are material and very historical phenomena, but the conception based upon them is not historical materialism in Marx's sense but a policemanlike materialism in the sense of Puttkammer. The representatives of the capitalist police state reckon on much, and indeed, exclusively, with the occasional real power of the organised proletariat as well as with the material might of the bayonet, and from the comparative example of these two rows of figures the comforting conclusion is always drawn that the revolutionary labour movement is produced by individual demagogues and agitators ; and that therefore there is in the prisons and bayonets an adequate means of subduing the unpleasant &#8220;passing phenomena.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The class-conscious German workers have at last grasped the humour of the policemanlike theory that the whole modern labour movement is an artificial, arbitrary product of a handful of conscienceless &#8220;demagogues and agitators.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is exactly the same conception, however, that finds expression when two or three worthy comrades unite in a voluntary column of night-watchmen in order to warn the German working-class against the dangerous agitation of a few &#8220;revolutionary romanticists&#8221; and their &#8220;propaganda of the mass strike&#8221; ; or, when on the other side, a noisy indignation campaign is engineered by those who, by means of &#8220;confidential&#8221; agreements between the executive of the party and the general commission of the trade unions, believe they can prevent the outbreak of the mass strike in Germany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If it depended on the inflammatory &#8220;propaganda&#8221; of revolutionary romanticists or on confidential or public decisions of the party direction, then we should not even yet have had in Russia a single serious mass strike. In no country in the world &#8211; as I pointed out in March 1905 in the S&#228;chsische Arbeiterzeitung &#8211; was the mass strike so little &#8220;propagated&#8221; or even &#8220;discussed&#8221; as in Russia. And the isolated examples of decisions and agreements of the Russian party executive which really sought to proclaim the mass strike of their own accord &#8211; as, for example, the last attempt in August of this year after the dissolution of the Duma &#8211; are almost valueless.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If, therefore, the Russian Revolution teaches us anything, it teaches above all that the mass strike is not artificially &#8220;made,&#8221; not &#8220;decided&#8221; at random, not &#8220;propagated,&#8221; but that it is a historical phenomenon which, at a given moment, results from social conditions with historical inevitability. It is not, therefore, by abstract speculations on the possibility or impossibility, the utility or the injuriousness of the mass strike, but only by an examination of those factors and social conditions out of which the mass strike grows in the present phase of the class struggle &#8211; in other words, it is not by subjective criticism of the mass strike from the standpoint of what is desirable, but only by objective investigation of the sources of the mass strike from the standpoint of what is historically inevitable, that the problem can be grasped or even discussed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the unreal sphere of abstract logical analysis it can be shown with exactly the same force on either side that the mass strike is absolutely impossible and sure to be defeated, and that it is possible and that its triumph cannot be questioned. And therefore the value of the evidence led on each side is exactly the same &#8211; and that is nil. Therefore, the fear of the &#8220;propagation&#8221; of the mass strike, which has even led to formal anathamas against the persons alleged to be guilty of this crime, is solely the product of the droll confusion of persons. It is just as impossible to &#8220;propagate&#8221; the mass strike as an abstract means of struggle as it is to propagate the &#8220;revolution.&#8221; &#8220;Revolution&#8221; like &#8220;mass strike&#8221; signifies nothing but an external form of the class struggle, which can have sense and meaning only in connection with definite political situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If anyone were to undertake to make the mass strike generally, as a form of proletarian action, the object of methodological agitation, and to go house-to-house canvassing with this &#8220;idea&#8221; in order to gradually win the working-class to it, it would be as idle and profitless and absurd an occupation as it would be to seek to make the idea of the revolution or of the fight at the barricades the object of a special agitation. The mass strike has now become the centre of the lively interest of the German and the international working-class because it is a new form of struggle, and as such is the sure symptom of a thoroughgoing internal revolution in the relations of the classes and in the conditions of the class struggle. It is a testimony to the sound revolutionary instinct and to the quick intelligence of the mass of the German proletariat that, in spite of the obstinate resistance of their trade-union leaders, they are applying themselves to this new problem with such keen interest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But it does not meet the case, in the presence of this interest and of this fine, intellectual thirst and desire for revolutionary deeds on the part of the workers, to treat them to abstract mental gymnastics on the possibility or impossibility of the mass strike ; they should be enlightened on the development of the Russian Revolution, the international significance of that revolution, the sharpening of class antagonisms in Western Europe, the wider political perspectives of the class struggle in Germany, and the role and the tasks of the masses in the coming struggles. Only in this form will the discussion on the mass strike lead to the widening of the intellectual horizon of the proletariat, to the sharpening of their way of thinking, and to the steeling of their energy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viewed from this standpoint however, the criminal proceedings desired by the enemies of &#8220;revolutionary romanticism&#8221; appear in all their absurdity, because, in treating of the problem, one does not adhere strictly to the text of the Jena resolution. The &#8220;practical politicians&#8221; agree to this resolution if need be, because they couple the mass strike chiefly with the fate of universal suffrage, from which it follows that they can believe in two things &#8211; first, that the mass strike is of a purely defensive character, and second, that the mass strike is even subordinate to parliamentarism, that is, has been turned into a mere appendage of parliamentarism. But the real kernel of the Jena resolution in this connection is that in the present position of Germany an attempt on the part of the prevailing reaction on the parliamentary vote would in all probability be the moment for the introduction of, and the signal for, a period of stormy political struggles in which the mass strike as a means of struggle in Germany might well come into use for the first time.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But to seek to narrow and to artificially smother the social importance, and to limit the historical scope, of the mass strike as a phenomenon and as a problem of the class struggle by the wording of a congress resolution is an undertaking which for short-sightedness can only be compared with the veto on discussion of the trade-union congress at Cologne. In the resolution of the Jena Congress, German social democracy has officially taken notice of the fundamental change which the Russian Revolution [of 1905] has effected in the international conditions of the proletarian class struggle, and has announced its capacity for revolutionary development and its power of adaptability to the new demands of the coming phase of the class struggle. Therein lies the significance of the Jena resolution. As for the peaceful application of the mass strike in Germany, history will decide that as it decided it in Russia &#8211; history in which German social democracy with its decisions is, it is true, an important factor, but, at the same time, only one factor amongst many.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. Development of the Mass Strike Movement in Russia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The mass strike, as it appears for the most part in the discussion in Germany, is a very clear and simply thought out, sharply sketched isolated phenomenon. It is the political mass strike exclusively that is spoken of. What is meant by it is a single grand rising of the industrial proletariat springing from some political motive of the highest importance, and undertaken on the basis of an opportune and mutual understanding on the part of the controlling authorities of the new party and of the trade unions, and carried through in the spirit of party discipline and in perfect order, and in still more perfect order brought to the directing committees as a signal given at the proper time, by which committees the regulation of support, the cost, the sacrifice &#8211; in a word, the whole material balance of the mass strike &#8211; is exactly determined in advance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now, when we compare this theoretical scheme with the real mass strike, as it appeared in Russia five years ago, we are compelled to say that this representation, which in the German discussion occupies the central position, hardly corresponds to a single one of the many mass strikes that have taken place, and on the other hand that the mass strike in Russia displays such a multiplicity of the most varied forms of action that it is altogether impossible to speak of &#8220;the&#8221; mass strike, of an abstract schematic mass strike. All the factors of the mass strike, as well as its character, are not only different in the different towns and districts of the country, but its general character has often changed in the course of the revolution. The mass strike has passed through a definite history in Russia, and is passing still further through it. Who, therefore, speaks of the mass strike in Russia must, above all things, keep its history before his eyes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The present official period, so to speak, of the Russian Revolution is justly dated from the rising of the proletariat on January 22, 1905, when the demonstration of 200,000 workers ended in a frightful bloodbath before the czar's palace. The bloody massacre in St. Petersburg was, as is well known, the signal for the outbreak of the first gigantic series of mass strikes which spread over the whole of Russia within a few days and which carried the call to action of the revolution from St. Petersburg to every corner of the empire and amongst the widest sections of the proletariat. But the St. Petersburg rising of January 22 was only the critical moment of a mass strike, which the proletariat of the czarist capital had previously entered upon in January 1905. The January mass strike was without doubt carried through under the immediate influence of the gigantic general strike, which in December 1904 broke out in the Caucasus, in Baku, and for a long time kept the whole of Russia in suspense. The events of December in Baku were on their part only the last and powerful ramification of those tremendous mass strikes which, like a periodic earthquake, shook the whole of south Russia, and whose prologue was the mass strike in Batum in the Caucasus in March 1902.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This first mass strike movement in the continuous series of present revolutionary eruptions is finally separated by five or six years from the great general strike of the textile workers in St. Petersburg in 1896 and 1897, and if this movement is apparently separated from the present revolution by a few years of apparent stagnation and strong reaction, everyone who knows the inner political development of the Russian proletariat to their present stage of class consciousness and revolutionary energy will realise that the history of the present period of the mass struggles begins with those general strikes in St. Petersburg. They are therefore important for the problems of the mass strike because they already contain, in the germ, all the principal factors of later mass strikes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Again, the St. Petersburg general strike of 1896 appears as a purely economic partial wage struggle. Its causes were the intolerable working conditions of the spinners and weavers in St. Petersburg ; a working day of thirteen, fourteen or fifteen hours, miserable piecework rates, and a whole series of contemptible chicaneries on the part of the employers. The workers, however, patiently endured this condition of things, for a long time till an apparently trivial circumstance filled the cup to overflowing. The coronation of the present czar, Nicholas II, which had been postponed for two years through fear of the revolutionaries, was celebrated in May 1896, and on that occasion the St. Petersburg employers displayed their patriotic zeal by giving their workers three days compulsory holidays, for which, curious to relate, they did not desire to pay their employees. The workers angered by this began to move. After a conference of about three hundred of the intelligent workers in the Ekaterinhof Garden a strike was decided upon, and the following demands were formulated : first, payment of wages for the coronation holidays ; second, a working day of ten hours ; third, increased rates for piecework. This happened on May 24. In a week every weaving and spinning establishment was at a standstill and 40,000 workers were in the general strike. Today, this event, measured by the gigantic mass strike of the revolution, may appear a little thing. In the political polar rigidity of the Russia of that time a general strike was something unheard of ; it was even a complete revolution in little. There began, of course, the most brutal persecution. About one thousand workers were arrested and the general strike was suppressed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here, already, we see all the fundamental characteristics of the later mass strikes. The next occasion of the movement was wholly accidental, even unimportant, its outbreak elementary ; but in the success of the movement the fruits of the agitation, extending over several years, of the social democracy were seen and in the course of the general strike the social democratic agitators stood at the head of the movement, directed it, and used it to stir up revolutionary agitation. Further, the strike was outwardly a mere economic struggle for wages, but the attitude of the government and the agitation of the social democracy made it a political phenomenon of the first rank. And lastly, the strike was suppressed ; the workers suffered a &#8220;defeat.&#8221; But in January of the following year the textile workers of St. Petersburg repeated the general strike once more and achieved this time a remarkable success : the legal introduction of a working day of eleven hours throughout the whole of Russia. What was nevertheless a much more important result was this : since the first general strike of 1896 which was entered upon without a trace of organisation or of strike funds, an intensive trade-union fight began in Russia proper which spread from St. Petersburg to the other parts of the country and opened up entirely new vistas to social democratic agitation and organisation, and by which to the apparently death-like peace of the following period, the revolution was prepared for by underground work.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The outbreak of the Caucasian strike in March 1902 was apparently as accidental and as much due to pure economic partial causes (although produced by quite other factors) as that of 1896. It was connected with the serious industrial and commercial crisis which, in Russia, was the precursor of the Japanese war and which, together with it, was the most powerful factor of the nascent revolutionary ferment. The crisis produced an enormous mass of unemployment which nourished the agitation amongst the proletarian masses, and therefore the government, to restore tranquillity amongst the workers, undertook to transport the &#8220;superfluous hands&#8221; in batches to their respective home districts. One such measure, which was to affect about four hundred petroleum workers called forth a mass protest in Batum, which led to demonstrations, arrests, a massacre, and finally to a political trial in which the purely economic and partial affair suddenly became a political and revolutionary event. The reverberation of the wholly &#8220;fruitless&#8221; expiring and suppressed strike in Batum was a series of revolutionary mass demonstrations of workers in Nizhni Novgorod, Saratov, and other towns, and therefore a mighty surge forward of the general wave of the revolutionary movement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Already in November 1902 the first genuine revolutionary echo followed in the shape of a general strike at Rostov-on-Don. Disputes about the rates of pay in the workshops of the Vladicaucasus Railway gave the impetus to this movement. The management sought to reduce wages and therefore the Don committee of social democracy issued a proclamation with a summons to strike for the following demands : a nine-hour day, increase in wages, abolition of fines, dismissal of obnoxious engineers, etc. Entire railway workshops participated in the strike. Presently all other industries joined in and suddenly an unprecedented state of affairs prevailed in Rostov : every industrial work was at a standstill, and every day monster meetings of fifteen to twenty thousand were held in the open air, sometimes surrounded by a cordon of Cossacks, at which for the first time social democratic popular speakers appeared publicly, inflammatory speeches on socialism and political freedom were delivered and received with immense enthusiasm, and revolutionary appeals were distributed by tens of thousands of copies. In the midst of rigid absolutist Russia the proletariat of Rostov won for the first time the right of assembly and freedom of speech by storm. It goes without saying that there was a massacre here. The disputes over wages in the Vladicaucasus Railway workshops grew in a few days into a political general strike and a revolutionary street battle. As an echo to this there followed immediately a general strike at the station of Tichoretzkaia on the same railway. Here also a massacre took place and also a trial, and thus even Tichoretzkaia has taken its place in the indissoluble chain of the factors of the revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The spring of 1903 gave the answer to the defeated strikes in Rostov and Tichoretzkaia ; the whole of South Russia in May, June and July was aflame. Baku, Tiflis, Batum, Elisavetgrad, Odessa, Kiev, Nikolaev and Ekaterinoslav were in a general strike in the literal meaning of those words. But here again the movement did not arise on any preconceived plan from one another ; it flowed together from individual points in each one from different causes and in a different form. The beginning was made by Baku where several partial wage struggles in individual factories and departments culminated in a general strike. In Tiflis, the strike was begun by 2000 commercial employees who had a working day from six o'clock in the morning to eleven at night. On the fourth of July they all left their shops and made a circuit of the town to demand from the proprietors of the shops that they close their premises. The victory was complete ; the commercial employees won a working day from eight in the morning to eight in the evening, and all the factories, workshops and offices, etc, immediately joined them. The newspapers did not appear, and tramway traffic could not be carried on under military protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Elisavetgrad on July 4 a strike began in all the factories with purely economic demands. These were mostly conceded, and the strike ended on the fourteenth. Two weeks later however it broke out again. The bakers this time gave the word and the bricklayers, the joiners, the dyers, the mill-workers, and finally all factory workers joined them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Odessa the movement began with a wage struggle in the course of which the &#8220;legal&#8221; workers' union, founded by government agents according to the programme of the famous gendarme Zubatov, was developed. Historical dialectics had again seized the occasion to play one if its malicious little pranks. The economic struggles of the earlier period (amongst them the great St. Petersburg general strike of 1896) had misled Russian social democracy into exaggerating the importance of so-called economics, and in this way the ground had been prepared amongst the workers for the demagogic activities of Zubatov. After a time, however, the great revolutionary stream turned round the little ship with the false flag and compelled it to ride right at the head of the revolutionary proletarian flotilla. The Zubatovian unions gave the signal for the great general strike in Odessa in the spring of 1904, as for the general strike in St. Petersburg in January 1905. The workers of Odessa, who were not to be deceived by the appearance of friendliness on the part of the government for the workers, and of its sympathy with purely economic strikes, suddenly demanded proof by example, and compelled the Zubatovian &#8220;workers union&#8221; in a factory to declare a strike for very moderate demands. They were immediately thrown on the streets, and when they demanded the protection of the authorities which was promised them by their leader, the gentleman vanished and left the workers in the wildest excitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The social democrats at once placed themselves at the head of affairs, and the strike movement extended to other factories. On the first day of July 2,500 dockers struck work for an increase of wages from eighty kopecks to two rubles, and the shortening of the work day by half-an-hour. On the sixteenth day of July the seamen joined the movement. On the thirteenth day the tramway staff began a strike. Then a meeting took place of all the strikers, seven or eight thousand men ; they formed a procession which went from factory to factory, growing like an avalanche, and presently a crowd of forty to fifty thousand betook themselves to the docks in order to bring all work there to a standstill. A general strike soon reigned throughout the whole city.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Kiev, a strike began in the railway workshops on July 21st. Here, also, the immediate cause was miserable conditions of labour, and wage demands were presented. On the following day the foundry men followed the example. On July 23rd, an incident occurred which gave the signal for the general strike. During the night two delegates of the railwaymen were arrested. The strikers immediately demanded their release, and as this was not conceded, they decided not to allow trains to leave the town. At the station all the strikers with their wives and families sat down on the railway track &#8211; a sea of human beings. They were threatened with rifle salvoes. The workers bared their breasts and cried, &#8220;Shoot !&#8221; A salvo was fired into the defenceless seated crowd, and thirty to forty corpses, amongst them women and children, remained on the ground. On this becoming known the whole town of Kiev went on strike on the same day. The corpses of the murdered workers were raised on high by the crowd and carried round in a mass demonstration. Meetings, speeches, arrests, isolated street fights &#8211; Kiev was in the midst of the revolution. The movement was soon at an end. But the printers had won a shortening of the working day by one hour and a wage increase of one rouble ; in a yeast factory the eight-hour day was introduced ; the railway workshops were closed by order of the ministry ; other departments continued partial strikes for their demands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Nikolaev, the general strike broke out under the immediate influence of news from Odessa, Baku, Batum and Tiflis, in spite of the opposition of the social democratic committee who wanted to postpone the outbreak of the movement till the time came when the military should have left the town for manoeuvres. The masses refused to hold back ; one factory made a beginning, the strikes went from one workshop to another, the resistance of the military only poured oil on the fire. Mass processions with revolutionary songs were formed in which all workers, employees, tramways officials, men and women took part. The cessation of work was complete. In Ekaterinoslav, the bakers came out on strike on August 5, on the seventh the men in the railway workshops, and then all the other factories on August 8. Tramway traffic stopped, and the newspapers did not appear.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus, the colossal general strike in south Russia came into being in the summer of 1903. By many small channels of partial economic struggles and little &#8220;accidental&#8221; occurrences it flowed rapidly to a raging sea, and changed the entire south of the czarist empire for some weeks into a bizarre revolutionary workers' republic. &#8220;Brotherly embraces, cries of delight and of enthusiasm, songs of freedom, merry laughter, humour and joy were seen and heard in the crowd of many thousands of persons which surged through the town from morning till evening. The mood was exalted ; one could almost believe that a new, better life was beginning on the earth. A most solemn and at the same time an idyllic, moving spectacle.&#8221; ... So wrote at the time the correspondent of the Liberal Osvoboshdenye of Peter Struve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The year 1904 brought with it war, and for a time, an interval of quiet in the mass strike movement. At first a troubled wave of &#8220;patriotic&#8221; demonstrations arranged by the police authorities spread over the country. The &#8220;liberal&#8221; bourgeois society was for the time being struck to the ground by the czarist official chauvinism. But soon the social democrats took possession of the arena ; revolutionary workers' demonstrations were opposed to the demonstrations of the patriotic lumpenproletariat, which were organised under police patronage. At last, the shameful defeats of the czarist army woke the liberal society from its lethargy ; then began the era of democratic congresses, banquets, speeches, addresses and manifestos. Absolutism, temporarily suppressed through the disgrace of the war, gave full scope to these gentlemen, and by and by they saw everything in rosy colours. For six months bourgeois liberalism occupied the centre of the stage and the proletariat remained in the shadows. But after a long depression, absolutism again roused itself, the camarilla gathered all its strength and by a single, powerful movement of the Cossack's heel the whole liberal movement was driven into a corner. Banquets, speeches, and congresses were prohibited out of hand as &#8220;intolerable presumption,&#8221; and liberalism suddenly found itself at the end of its tether.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But exactly at the point where liberalism was exhausted, the action of the proletariat began. In December 1904 the great general strike due to unemployment broke out in Baku ; the working-class was again on the field of battle. As speech was forbidden and rendered impossible, action began. In Baku for some weeks in the midst of the general strike the social democrats ruled as absolute masters of the situation ; and the peculiar events of December in the Caucasus would have caused an immediate sensation if they had not been so quickly put in the shade by the rising tide of the revolution. The fantastic confused news of the general strike in Baku had not reached all parts of the czarist empire when in January 1905 ; the mass strike in St. Petersburg broke out.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here also, as is well known, the immediate cause was trivial. Two men employed at the Putilov works were discharged on account of their membership in the legal Zubatovian union. This measure called forth a solidarity strike on January 16 of the whole of the 12,000 employed in this works. The social democrats seized the occasion of the strike to begin a lively agitation for the extension of the demands and set forth demands for the eight-hour day, the right of combination, freedom of speech and of the press, etc. The unrest among the Putilov workers communicated itself quickly to the remainder of the proletariat, and in a few days 140,000 workers were on strike. Joint conferences and stormy discussions led to the working out of that proletarian charter of bourgeois freedom with the eight-hour day at its head with which, on January 22nd, 200,000 workers led by Father Gapon, marched to the czar's palace. The conflict of the two Putilov workers who had been subjected to disciplinary punishment had changed within a week into the prologue of the most violent revolution in modern times.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The events that followed upon this are well known, the bloodbath in St. Petersburg called forth gigantic mass strikes and general strike in the month of January, and February in all the industrial centres and towns in Russia, Poland, Lithuania, the Baltic Provinces, the Caucasus, Siberia, from north to south and east to west. On closer inspection, however, it can be seen that the mass strike was appearing in other forms than those of the previous period. Everywhere at that time the social democratic organisations went before with appeals ; everywhere was revolutionary solidarity with the St. Petersburg proletariat expressly stated as the cause and aim of the general strike ; everywhere, at the same time, there were demonstrations, speeches, conflicts with the military.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But even here there was no predetermined plan, no organised action, because the appeals of the parties could scarcely keep pace with the spontaneous risings of the masses ; the leaders had scarcely time to formulate the watchwords of the onrushing crowd of the proletariat. Further, the earlier mass and general strikes had originated from individual coalescing wage struggles which, in the general temper of the revolutionary situation and under the influence of the social democratic agitation, rapidly became political demonstrations ; the economic factor and the scattered condition of trade unionism were the starting point ; all-embracing class action and political direction the result. The movement was now reversed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The general strikes of January and February broke out as unified revolutionary actions to begin with under the direction of the social democrats ; but this action soon fell into an unending series of local, partial, economic strikes in separate districts, towns, departments and factories. Throughout the whole of the spring of 1905 and into the middle of the summer there fermented throughout the whole of the immense empire an uninterrupted economic strike of almost the entire proletariat against capital &#8211; a struggle which caught, on the one hand, all the petty bourgeois and liberal professions, commercial employees, technicians, actors and members of artistic professions &#8211; and on the other hand, penetrated to the domestic servants, the minor police officials and even to the stratum of the lumpenproletariat, and simultaneously surged from the towns to the country districts and even knocked at the iron gates of the military barracks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This is a gigantic, many-coloured picture of a general arrangement of labour and capital which reflects all the complexity of social organisation and of the political consciousness of every section and of every district ; and the whole long scale runs from the regular trade-union struggle of a picked and tested troop of the proletariat drawn from large-scale industry, to the formless protest of a handful of rural proletarians, and to the first slight stirrings of an agitated military garrison, from the well-educated and elegant revolt in cuffs and white collars in the counting house of a bank to the shy-bold murmurings of a clumsy meeting of dissatisfied policemen in a smoke-grimed dark and dirty guardroom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;According to the theory of the lovers of &#8220;orderly and well-disciplined&#8221; struggles, according to plan and scheme, according to those especially who always ought to know better from afar &#8220;how it should have been done,&#8221; the decay of the great political general strike of January 1905 into a number of economic struggles was probably &#8220;a great mistake&#8221; which crippled that action and changed it into a &#8220;straw fire.&#8221; But social democracy in Russia, which had taken part in the revolution but had not &#8220;made&#8221; it, and which had even to learn its law from its course itself, was at the first glance put out of countenance for a time by the apparently fruitless ebb of the storm-flood of the general strike. History, however, which had made that &#8220;great mistake,&#8221; thereby accomplished, heedless of the reasonings of its officious schoolmaster, a gigantic work for the revolution which was as inevitable as it was, in its consequences, incalculable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The sudden general rising of the proletariat in January under the powerful impetus of the St. Petersburg events was outwardly a political act of the revolutionary declaration of war on absolutism. But this first general direct action reacted inwardly all the more powerfully as it for the first time awoke class feeling and class-consciousness in millions upon millions as if by an electric shock. And this awakening of class feeling expressed itself forthwith in the circumstances that the proletarian mass, counted by millions, quite suddenly and sharply came to realise how intolerable was that social and economic existence which they had patiently endured for decades in the chains of capitalism. Thereupon, there began a spontaneous general shaking of and tugging at these chains. All the innumerable sufferings of the modern proletariat reminded them of the old bleeding wounds. Here was the eight-hour day fought for, there piece-work was resisted, here were brutal foremen &#8220;driven off&#8221; in a sack on a handcar, at another place infamous systems of fines were fought against, everywhere better wages were striven for and here and there the abolition of homework. Backward, degraded occupations in large towns, small provincial towns, which had hitherto dreamed in an idyllic sleep, the village with its legacy from feudalism &#8211; all these, suddenly awakened by the January lightning, bethought themselves of their rights and now sought feverishly to make up for their previous neglect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here, the economic struggle was not really a decay, a dissipation of action, but merely change of front, a sudden and natural alteration of the first general engagement with absolutism, in a general reckoning with capital, which in keeping with its character assumed the form of individual, scattered wage struggles. Political class action was not broken in January by the decay of the general strike into economic strikes, but the reverse, after the possible content of political action in the given situation and at the given stage of the revolution was exhausted, it broke, or rather changed, into economic action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In point of fact, what more could the general strike in January have achieved ? Only complete thoughtlessness could expect that absolutism could be destroyed at one blow by a single &#8220;long-drawn&#8221; general strike after the anarchist plan. Absolutism in Russia must be overthrown by the proletariat. But in order to be able to overthrow it, the proletariat requires a high degree of political education, of class-consciousness and organisation. All these conditions cannot be fulfilled by pamphlets and leaflets, but only by the living political school, by the fight and in the fight, in the continuous course of the revolution. Further, absolutism cannot be overthrown at any desired moment in which only adequate &#8220;exertion&#8221; and &#8220;endurance&#8221; is necessary. The fall of absolutism is merely the outer expression of the inner social and class development of Russian society.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Before absolutism can, and so far that it may, be overthrown, the bourgeois Russia in its interior, in its modern class divisions, must be formed. That requires the drawing together of the various social layers and interests, besides the education of the proletarian revolutionary parties, and not less of the liberal, radical petty bourgeois, conservative and reactionary parties ; it requires self-consciousness, self-knowledge and the class-consciousness not merely of the layers of the people, but also of the layers of the bourgeoisie. But this also can be achieved and come to fruition in no way but in the struggle, in the process of revolution itself, through the actual school of experience, in collision with the proletariat as well as with one another, in incessant mutual friction. This class division and class maturity of bourgeois society, as well as its action in the struggle against absolutism, is on the one hand, hampered and made difficult by the peculiar leading role of the proletariat and, on the other hand, is spurred on and accelerated. The various undercurrents of the social process of the revolution cross one another, check one another, and increase the internal contradictions of the revolution, but in the end accelerate and thereby render still more violent its eruptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This apparently simple and purely mechanical problem may therefore be stated thus : the overthrow of absolutism is a long, continuous social process, and its solution demands a complete undermining of the soil of society ; the uppermost part be placed lowest and the lowermost part highest, the apparent &#8220;order&#8221; must be changed to a chaos, and the apparently &#8220;anarchistic&#8221; chaos must be changed into a new order. Now in this process of the social transformation of old Russia, not only the January lightning of the first general strike, but also the spring and summer thunderstorms that followed it, played an indispensable part. The embittered general relations of wage labour and capital contributed in equal measure to the drawing together of the various layers of the people and those of the bourgeoisie, to the class-consciousness of the revolutionary proletariat and to that of the liberal and conservative bourgeoisie. And just as the urban wage struggle contributed to the formation of a strong monarchist industrial party in Moscow, so the conflagration of the violent rural rising in Livonia led to the rapid liquidation of the famous aristocratic-agrarian zemstvo liberalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But at the same time, the period of the economic struggles of the spring and summer of 1905 made it possible for the urban proletariat, by means of active social democratic agitation and direction, to assimilate later all the lessons of the January prologue and to grasp clearly all the further tasks of the revolution. There was connected with this too, another circumstance of an enduring social character : a general raising of the standard of life of the proletariat, economic, social and intellectual.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The January strikes of 1905 ended victoriously almost throughout. As proof of this some data from the enormous, and still for the most part, inaccessible mass of material may be cited here relating to a few of the most important strikes carried through in Warsaw alone by the social democrats of Poland and Lithuania. In the great factories of the metal industry of Warsaw : Lilpos Ltd. ; Ran and Lowenstein ; Rudzki and Co. ; Borman, Schwede and Co. ; Handtke, Gerlach and Pulst ; Geisler Bros. ; Eberherd, Wolski and Co. ; Konrad and Yanruszkiewicz Ltd. ; Weber and Daehu ; Ewizdzinski and Co. ; Wolonski Wire Works ; Gostynski and Co., Ltd. ; Rrun and Son ; Frage Norblin ; Werner ; Buch ; Kenneberg Bros. ; Labour ; Dittunar Lamp Factory ; Serkowski ; Weszk &#8211; twenty-two factories in all, the workers won after a strike of four to five weeks (from January 24&#8211;26) a nine-hour day, a 25 per cent increase of wages and obtained various smaller concessions. In the large workshops of the timber industry of Warsaw, namely Karmanski, Damieki, Gromel, Szerbinskik, Twemerowski, Horn, Devensee, Tworkowski, Daab and Martens &#8211; twelve workshops in all &#8211; the strikes had won by the twenty-third of February the nine-hour day, which they also won, together with an increase in wages, after a further strike of a week.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The entire bricklaying industry began a strike on February 27 and demanded, in conformity with the watchword of social democracy, the eight-hour day ; they won the ten-hour day on March 11 together with an increase of wages for all categories, regular weekly payment of wages, etc. The painters, the cartwrights, the saddlers and the smiths all won the eight-hour day without decrease of wages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The telephone workshops struck for ten days and won the eight-hour day and an increase of wages of 10 to 15 per cent. The large linen-weaving establishment of Hielle and Dietrich (10,000 workers) after a strike lasting nine weeks, obtained a decrease of the working day by one hour and a wage increase of 5 to 10 per cent. And similar results in endless variation were to be seen in the older branches of industry in Warsaw, Lodz, and Sosnovitz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Russia proper the eight-hour day was won in December 1904 by a few categories of oil workers in Baku ; in May 1905 by the sugar workers of the Kiev district ; in January 1905 all the printing works in Samara (where at the same time an increase of piecework rates was obtained and fines were abolished) ; in February in the factory in which medical instruments for the army are manufactured, in a furniture factory and in the cartridge factory in St. Petersburg. Further, the eight-hour day was introduced in the mines at Vladiviostock, in March in the government mechanical workshops dealing with government stock and in May among the employees of the Tiflis electric town railway. In the same month a working day of eight-and-a-half hours was introduced in the large cotton-weaving factory of Marosov (and at the same time the abolition of night work and a wage increase of 8 per cent were won) ; in June an eight-hour day in a few oil works in St. Petersburg and Moscow ; in July a working day of eight-and-a-half hours among the smiths at the St. Petersburg docks ; and in November in all the private printing establishments of the town of Orel (and at the same time an increase of time rates of 20 per cent and piecework rates of 100 per cent, as well as the setting up of a conciliation board on which workers and employers were equally represented.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The nine-hour day in all the railway workshops (in February), in many government, military and naval workshops, in most of the factories of the town of Berdiansk, in all the printing works of the towns of Poltava and Munsk ; nine-and-a-half hours in the shipyards, mechanical workshops and foundries in the town of Nikolaev, in June, after a general strike of waiters in Warsaw, in many restaurants and cafes (and at the same time a wage increase of 20 to 40 per cent, with a two-week holiday in the year).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The ten-hour day in almost all the factories of the towns of Lodz, Sosnovitz, Riga, Kovno, Oval, Dorfat, Minsk, Kharkov, in the bakeries of Odessa, among the mechanics in Kishinev, at a few smelting works in St. Petersburg, in the match factories of Kovno (with an increase of wages of 10 per cent), in all the government marine workshops, and amongst all the dockers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The wage increases were, in general, smaller than the shortening of hours but always more significant : in Warsaw in the middle of March 1905 a general increase of wages of 15 per cent was fixed by the municipal factories department ; in the centre of the textile industry, Ivanovo Vosnesensk, the wage increase amounted to 7 to 15 per cent, in Kovno the increase affected 73 per cent of the workers. A fixed minimum wage was introduced in some of the bakeries in Odessa, in the Neva shipbuilding yards in St. Petersburg, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It goes without saying that these concessions were withdrawn again, now here and now there. This however was only the cause of renewed strife and led to still more bitter struggles for revenge, and thus the strike period of the spring of 1905 has of itself become the prologue to an endless series of ever-spreading and interlacing economic struggles which have lasted to the present day. In the period of the outward stagnation of the revolution, when the telegraph carried no sensational news from the Russian theatre of war to the outside world, and when the west European laid aside his newspaper in disappointment with the remark there &#8220;was nothing doing&#8221; in Russia, the great underground work of the revolution was in reality being carried on without cessation, day-by-day and hour-by-hour, in the very heart of the empire. The incessant intensive economic struggle effected, by rapid and abbreviated methods, the transition of capitalism from the stage of primitive accumulation, of patriarchal unmethodical methods of working, to a highly modern, civilised one.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;At the present time the actual working day in Russian industry leaves behind, not only the Russian factory legislation (that is the legal working day of eleven hours) but even the actual conditions of Germany. In most departments of large-scale industry in Russia the ten-hour day prevails, which in Germany is declared in social legislation to be an unattainable goal. And what is more, that longed-for &#8220;industrial constitutionalism,&#8221; for which there is so much enthusiasm in Germany, and for the sake of which the advocates of opportunist tactics would keep ever keen wind from the stagnant waters of their all-suffering parliamentarism, has already been born, together with political &#8220;constitutionalism,&#8221; in the midst of the revolutionary storm, from the revolution itself ! In actual fact it is not merely a general raising of the standard of life, or the cultural level of the working-class that has taken place. The material standard of life as a permanent stage of well-being has no place in the revolution. Full of contradictions and contrasts it brings simultaneously surprising economic victories and the most brutal acts of revenge on the part of the capitalists ; today the eight-hour day and tomorrow wholesale lockouts and actual starvation for the millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The most precious, lasting, thing in the rapid ebb and flow of the wave is its mental sediment : the intellectual, cultural growth of the proletariat, which proceeds by fits and starts, and which offers an inviolable guarantee of their further irresistible progress in the economic as in the political struggle. And not only that. Even the relations of the worker to the employer are turned round ; since the January general strike and the strikes of 1905 which followed upon it, the principle of the capitalist &#8220;mastery of the house&#8221; is de facto abolished. In the larger factories of all important industrial centres the establishment of workers' committees has, as if by itself, taken place, with which alone the employer negotiates and which decide all disputes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And finally another thing, the apparently &#8220;chaotic&#8221; strikes and the &#8220;disorganised&#8221; revolutionary action after the January general strike are becoming the starting point of a feverish work of organisation. Dame History, from afar, smilingly hoaxes the bureaucratic lay figures who keep grim watch at the gate over the fate of the German trade unions. The firm organisations which, as the indispensable hypothesis for an eventual German mass strike, should be fortified like an impregnable citadel &#8211; these organisations are in Russia, on the contrary, already born from the mass strike. And while the guardians of the German trade unions for the most part fear that the organisations will fall in pieces in a revolutionary whirlwind like rare porcelain, the Russian revolution shows us the exact opposite picture ; from the whirlwind and the storm, out of the fire and glow of the mass strike and the street fighting rise again, like Venus from the foam, fresh, young, powerful, buoyant trade unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Here again a little example, which, however, is typical of the whole empire. At the second conference of the Russian trade unions which took place at the end of February 1906 in St. Petersburg, the representative of the Petersburg trade unions, in his report on the development of trade-union organisations, of the czarist capital said :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;January 22, 1905, which washed away the Gapon union, was a turning point. The workers in large numbers have learned by experience to appreciate and understand the importance of organisation, and that only they themselves can create these organisations. The first trade union &#8211; that of the printers &#8211; originated in direct connection with the January movement. The commission appointed to work out the tariffs framed the statutes, and on July 19 the union began its existence. Just about this time the union of office-workers and bookkeepers was called into existence.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;In addition to those organisations, which extend almost openly, there arose from January to October 1905 semi-legal and illegal trade unions. To the former belonged, for example, the union of chemists' assistants and commercial employees. Amongst the illegal unions special attention must be drawn to the watchmakers' union, whose first secret session was held on April 24th. All attempts to convene a general open meeting were shattered on the obstinate resistance of the police and the employers in the form of the Chamber of Commerce. This mischance has not prevented the existence of the union. The tailors and tailoresses union was founded in 1905 at a meeting in a wood at which seventy tailors were present. After the question of forming the union was discussed a commission was appointed which was entrusted with the task of working out the statutes. All attempts of the commission to obtain a legal existence for the union were unsuccessful. Its activities were confined to agitation and the enrolling of new members in the individual workshops. A similar fate was in store for the shoemakers' union. In July, a secret night meeting was convened in a wood near the city. Over 100 shoemakers attended ; a report was read on the importance of trade unionism, on its history in Western Europe and its tasks in Russia. It was then decided to form a trade union ; a commission of twelve was appointed to work out the statutes and call a general meeting of shoemakers. The statutes were drawn up, but in the meantime it had not been found possible to print them nor had the general meeting been convened.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;These were the first difficult beginnings. Then came the October days, the second general strike, the czar's manifesto of October 30 and the brief &#8220;constitution period.&#8221; The workers threw themselves with fiery zeal into the waves of political freedom in order to use it forthwith for the purpose of the work of organisation. Besides daily political meetings, debates and the formation of clubs, the development of trade unionism was immediately taken in hand. In October and November forty new trade unions appeared in St. Petersburg. Presently a &#8220;central bureau,&#8221; that is, a trade-union council, was established, various trade-union papers appeared, and since November a central organ has also been published, The Trade Union.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What was reported above concerning Petersburg was also true on the whole of Moscow and Odessa, Kiev and Nikolaev, Saratov and Voronezh, Samara and Nizhni Novgorod, and all the larger towns of Russia, and to a still higher degree in Poland. The trade unions of different towns seek contact with one another and conferences are held. The end of the &#8220;constitution period,&#8221; and the return to reaction in December 1905 put a stop for the time being to the open widespread activity of the trade unions, but did not, however, altogether extinguish them. They operate as organisations in secret and occasionally carry on quite open wage struggles. A peculiar mixture of the legal and illegal condition of trade-union life is being built up, corresponding to the highly contradictory revolutionary situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But in the midst of the struggle the work of organisation is being more widely extended, in a thoroughgoing, not to say pedantic fashion. The trade-unions of the social democracy of Poland and Lithuania, for example, which at the last congress (in July 1906) were represented by five delegates from a membership of 10,000 are furnished with the usual statutes, printed membership cards, adhesive stamps, etc. And the same bankers and shoemakers, engineers and printers of Warsaw and Lodz who in June 1905 stood on the barricades and in December only awaited the word from Petersburg to begin street fighting, find time and are eager, between one mass strike and another, between prison and lockout, and under the conditions of a siege, to go into their trade-union statutes and discuss them earnestly. These barricade fighters of yesterday and tomorrow have indeed more than once at meetings severely reprimanded their leaders and threatened them with withdrawal from the party because the unlucky trade-union membership cards could not be printed quickly enough &#8211; in secret printing works under incessant police persecution. This zeal and this earnestness continue to this day. For example, in the first two weeks of July 1906 fifteen new trade unions appeared in Ekaterinoslav, six in Kostroma, several in Kiev, Poltava, Smolensk, Cherkassy, Proskurvo, down to the most insignificant provincial towns.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the session of the Moscow trade-union council of June 4 this year, after the acceptance of the reports of individual trade-union delegates, it was decided &#8220;that the trade-unions should discipline their members and restrain from street rioting because the time is not considered opportune for the mass strike. In the face of possible provocation on the part of the government, care should be taken that the masses do not stream out in the streets.&#8221; Finally, the council decided that if at any time one trade-union began a strike the others should hold back from any wages movement. Most of the economic struggles are now directed by the trade-unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus the great economic struggle which proceeded from the January general strike, and which has not ceased to the present day, has formed a broad background of the revolution from which, in ceaseless reciprocal action with the political agitation and the external events of the revolution, there ever arise here and there now isolated explosions, and now great sections of the proletariat. Thus there flame up against this background the following events one after the other ; at the May Day demonstration there was an unprecedented, absolute general strike in Warsaw which ended in a bloody encounter between the defenceless crowd and the soldiers. At Lodz in June a mass outing, which was scattered by the soldiers, led to a demonstration of 100,000 workers at the funeral of some of the victims of the brutal soldiery and to a renewed encounter with the military, and finally, on June 23, 24 and 25, passed into the first barricade fight in the czarist empire. Similarly in June the first great revolt of the sailors of the Black Sea Fleet exploded in the harbour of Odessa from a trifling incident on board the armoured vessel Potemkin which reacted immediately on Odessa and Nikolaev in the form of a violent mass strike. As a further echo followed the mass strike and the sailors' revolts in Kronstadt, Libau and Vladivostok.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the month of October the grandiose experiment of St. Petersburg was made with the introduction of the eight-hour day. The general council of workers delegates decided to achieve the eight-hour day in a revolutionary manner. That means that on the appointed day all the workers of Petersburg should inform their employers that they are not willing to work more than eight hours a day, and should leave their places of work at the end of eight hours. The idea was the occasion of lively agitation, was accepted by the proletariat with enthusiasm and carried out, but very great sacrifices were not thereby avoided. Thus for example, the eight-hour day meant an enormous fall in wages for the textile workers who had hitherto worked eleven hours and that on a system of piecework. This, however, they willingly accepted. Within a week the eight-hour day prevailed in every factory and workshop in Petersburg, and the joy of the workers knew no bounds. Soon, however, the employers, stupefied at first, prepared their defences ; everywhere they threatened to close their factories. Some of the workers consented to negotiate and obtained here a working day of ten hours and there one of nine hours. The elite of the Petersburg proletariat, however, the workers in the large government engineering establishments, remained unshaken, and a lockout ensued which threw from forty-five to fifty thousand men on the streets for a month. At the settlement the eight-hour day movement was carried into the general strike of December which the great lockout had hampered to a great extent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Meanwhile, however, the second tremendous general strike throughout the whole empire follows in October as a reply to the project of the Bulygin Duma &#8211; the strike to which the railwaymen gave the summons. This second great action of the proletariat already bears a character essentially different from that of the first one in January. The element of political consciousness already plays a much bigger role. Here also, to be sure, the immediate occasion for the outbreak of the mass strike was a subordinate and apparently accidental thing : the conflict of the railwaymen with the management over the pension fund. But the general rising of the industrial proletariat which followed upon it was conducted in accordance with clear political ideas. The prologue of the January strike was a procession to the czar to ask for political freedom : the watchword of the October strike ran away with the constitutional comedy of czarism !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And thanks to the immediate success of the general strike, to the czar's manifesto of October 30, the movement does not flow back on itself, as in January but rushes over outwardly in the eager activity of newly acquired political freedom. Demonstrations, meetings, a young press, public discussions and bloody massacres as the end of the story, and thereupon new mass strikes and demonstrations &#8211; such is the stormy picture of the November and December days. In November, at the instance of the social democrats in Petersburg the first demonstrative mass strike is arranged as a protest demonstration against the bloody deeds and proclamation of a state of siege in Poland and Livonia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The fermentation after the brief constitutional period and the gruesome awakening finally leads in December to the outbreak of the third general mass strike throughout the empire. This time its course and its outcome are altogether different from those in the two earlier cases. Political action does not change into economic action as in January, but it no longer achieves a rapid victory as in October. The attempts of the czarist camarilla with real political freedom are no longer made, and revolutionary action therewith, for the first time, and along its whole length, knocked against the strong wall of the physical violence of absolutism. By the logical internal development of progressive experience the mass strike this time changes into an open insurrection, to armed barricades, and street fighting in Moscow. The December days in Moscow close the first eventful year of the revolution as the highest point in the ascending line of political action and of the mass strike movement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Moscow events show a typical picture of the logical development and at the same time of the future of the revolutionary movement on the whole : their inevitable close in a general open insurrection, which again on its part cannot come in any other way than through the school of a series of preparatory partial insurrections, which end in partial outward &#8220;defeats&#8221; and, considered individually, may appear to be &#8220;premature.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The year 1906 brings the elections to the Duma and the Duma incidents. The proletariat, from a strong revolutionary instinct and clear knowledge of the situation, boycotts the whole czarist constitutional farce, and liberalism again occupies the centre stage for a few months. The situation of 1904 appears to have come again, a period of speeches instead of acts, and the proletariat for a time walk in the shadow in order to devote themselves the more diligently to the trade-union struggle and the work of the organisation. The mass strikes are no longer spoken of, while the clattering rockets of liberal rhetoric are fired off day after day. At last, the iron curtain is torn down, the actors are dispersed, and nothing remains of the liberal rockets but smoke and vapour. An attempt of the Central Committee of the Russian social democracy to call forth a mass strike, as a demonstration for the Duma and the reopening of the period of liberal speechmaking, falls absolutely flat. The role of the political mass strike alone is exhausted, but, at the same time, the transition of the mass strike into a general popular rising is not yet accomplished. The liberal episode is past, the proletarian episode is not yet begun. The stage remains empty for the time being.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. The Interaction of the Political and the Economic Struggle&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We have attempted in the foregoing to sketch the history of the mass strike in Russia in a few strokes. Even a fleeting glance at this history shows us a picture which in no way resembles that usually formed by discussions in Germany on the mass strike. Instead of the rigid and hollow scheme of an arid political action carried out by the decision of the highest committees and furnished with a plan and panorama, we see a bit of pulsating life of flesh and blood, which cannot be cut out of the large frame of the revolution but is connected with all parts of the revolution by a thousand veins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The mass strike, as the Russian Revolution shows it to us, is such a changeable phenomenon that it reflects all the phases of the political and economic struggle, all stages and factors of the revolution. Its adaptability, its efficiency, the factors of its origin are constantly changing. It suddenly opens new and wide perspectives of the revolution when it appears to have already arrived in a narrow pass and where it is impossible for anyone to reckon upon it with any degree of certainty. It flows now like a broad billow over the whole kingdom, and now divides into a gigantic network of narrow streams ; now it bubbles forth from under the ground like a fresh spring and now is completely lost under the earth. Political and economic strikes, mass strikes and partial strikes, demonstrative strikes and fighting strikes, general strikes of individual branches of industry and general strikes in individual towns, peaceful wage struggles and street massacres, barricade fighting &#8211; all these run through one another, run side by side, cross one another, flow in and over one another &#8211; it is a ceaselessly moving, changing sea of phenomena. And the law of motion of these phenomena is clear : it does not lie in the mass strike itself nor in its technical details, but in the political and social proportions of the forces of the revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The mass strike is merely the form of the revolutionary struggle and every disarrangement of the relations of the contending powers, in party development and in class division, in the position of counter-revolution &#8211; all this immediately influences the action of the strike in a thousand invisible and scarcely controllable ways. But strike action itself does not cease for a single moment. It merely alters its forms, its dimensions, its effect. It is the living pulse-beat of the revolution and at the same time its most powerful driving wheel. In a word, the mass strike, as shown to us in the Russian Revolution, is not a crafty method discovered by subtle reasoning for the purpose of making the proletarian struggle more effective, but the method of motion of the proletarian mass, the phenomenal form of the proletarian struggle in the revolution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Some general aspects may now be examined which may assist us in forming a correct estimate of the problem of the mass strike :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. It is absurd to think of the mass strike as one act, one isolated action. The mass strike is rather the indication, the rallying idea, of a whole period of the class struggle lasting for years, perhaps for decades. Of the innumerable and highly varied mass strikes which have taken place in Russia during the last four years, the scheme of the mass strike was a purely political movement, begun and ended after a cut and dried plan, a short single act of one variety only and, at that, a subordinate variety &#8211; pure demonstration strike. In the whole course of the five-year period we see in Russia only a few demonstration strikes, which be it noted, were generally confined to single towns. Thus the annual May Day general strike in Warsaw and Lodz in Russia proper on the first of May has not yet been celebrated to any appreciable extent by abstention from work ; the mass strike in Warsaw on September 11, 1905, as a memorial service in honour of the executed Martin Kasprzak ; that of November 1905 in Petersburg as protest demonstrations against the declaration of the state of siege in Poland and Livonia ; that of January 22, 1906 in Warsaw, Lodz, Czentochon and in Dombrowa coal basin, as well as, in part, those in a few Russian towns as anniversary celebrations of the Petersburg bloodbath ; in addition, in July 1906 a general strike in Tiflis as demonstration of sympathy with soldiers sentenced by court-martial on account of the military revolt ; and finally from the same cause, in September 1906, during the deliberations of the court-martial in Reval. All the above great and partial mass strikes and general strikes were not demonstration strikes but fighting strikes, and as such they originated, for the most part, spontaneously, in every case from specific local accidental causes, without plan or design, and grew with elemental power into great movements, and then they did not begin an &#8220;orderly retreat,&#8221; but turned now into economic struggles, now into street fighting, and now collapsed of themselves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this general picture the purely political demonstration strike plays quite a subordinate role &#8211; isolated small points in the midst of a mighty expanse. Thereby, temporarily considered, the following characteristic discloses itself : the demonstration strikes which, in contradistinction to the fighting strikes, exhibit the greatest mass of party discipline, conscious direction and political thought, and therefore must appear as the highest and most mature form of the mass strike, play in reality the greatest part in the beginnings of the movement. Thus, for example, the absolute cessation of work on May 1, 1905, in Warsaw, as the first instance of a decision of the social democrats carried throughout in such an astonishing fashion, was an experience of great importance for the proletarian movement in Poland. In the same way the sympathetic strike of the same year in Petersburg made a great impression as the first experiment of conscious systematic mass action in Russia. Similarly the &#8220;trial mass strike&#8221; of the Hamburg comrades on January 17, 1906, will play a prominent part in the history of the future German mass strike as the first vigorous attempt with the much disputed weapon, and also a very successful and convincingly striking test of the fighting temper and the lust for battle of the Hamburg working class. And just as surely will the period of the mass strike in Germany, when it has once begun in real earnest, lead of itself to a real, general cessation of work on May first. The May Day festival may naturally be raised to a position of honour as the first great demonstration under the aegis of the mass struggle. In this sense the &#8220;lame horse,&#8221; as the May Day festival was termed at the trade-union congress at Cologne, has still a great future before it and an important part to play, in the proletarian class struggle in Germany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But with the development of the earnest revolutionary struggle the importance of such demonstrations diminishes rapidly. It is precisely those factors which objectively facilitate the realisation of the demonstration strike after a preconceived plan and at the party's word of command &#8211; namely, the growth of political consciousness and the training of the proletariat &#8211; make this kind of mass strike impossible ; today the proletariat in Russia, the most capable vanguard of the masses, does not want to know about mass strikes ; the workers are no longer in a mood for jesting and will now think only of a serious struggle with all its consequences. And when, in the first great mass strike in January 1905, the demonstrative element, not indeed in an intentional, but more in an instinctive, spontaneous form, still played a great part, on the other hand, the attempt of the Central Committee of the Russian social democrats to call a mass strike in August as a demonstration for the dissolved Duma was shattered by, among other things, the positive disinclination of the educated proletariat to engage in weak half-actions and mere demonstrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. When, however, we have in view the less important strike of the demonstrative kind, instead of the fighting strike as it represents in Russia today the actual vehicle of proletarian action, we see still more clearly that it is impossible to separate the economic factors from one another. Here also the reality deviates from the theoretical scheme, and the pedantic representation in which the pure political mass strike is logically derived from the trade-union general strike as the ripest and highest stage, but at the same time is kept distinct from it, is shown to be absolutely false. This is expressed not merely in the fact that the mass strike from that first great wage struggle of the Petersburg textile workers in 1896&#8211;97 to the last great mass strike in December 1905, passed imperceptibly from the economic field to the political, so that it is almost impossible to draw a dividing line between them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Again, every one of the great mass strikes repeats, so to speak, on a small scale, the entire history of the Russian mass strike, and begins with a pure economic, or at all events, a partial trade-union conflict, and runs through all the stages to the political demonstration. The great thunderstorm of mass strikes in South Russia in 1902 and 1903 originated, as we have seen, in Baku from a conflict arising from the disciplinary punishment of the unemployed, in Rostov from disputes about wages in the railway workshops, in Tiflis from a struggle of the commercial employees for reduction of working hours, in Odessa from a wage dispute in a single small factory. The January mass strike of 1905 developed from an internal conflict in the Putilov works, the October strike from the struggle of the railway workers for a pension fund, and finally the December strike from the struggle of the postal and telegraph employees for the right of combination. The progress of the movement on the whole is not expressed in the circumstances that the economic initial stage is omitted, but much more in the rapidity with which all the stages to the political demonstration are run through and in the extremity of the point to which the strike moves forward.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But the movement on the whole does not proceed from the economic to the political struggle, nor even the reverse. Every great political mass action, after it has attained its political highest point, breaks up into a mass of economic strikes. And that applies not only to each of the great mass strikes, but also to the revolution as a whole. With the spreading, clarifying and involution of the political struggle, the economic struggle not only does not recede, but extends, organises and becomes involved in equal measure. Between the two there is the most complete reciprocal action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Every new onset and every fresh victory of the political struggle is transformed into a powerful impetus for the economic struggle, extending at the same time its external possibilities and intensifying the inner urge of the workers to better their position and their desire to struggle. After every foaming wave of political action a fructifying deposit remains behind from which a thousand stalks of economic struggle shoot forth. And conversely. The workers' condition of ceaseless economic struggle with the capitalists keeps their fighting energy alive in every political interval ; it forms, so to speak, the permanent fresh reservoir of the strength of the proletarian classes, from which the political fight ever renews its strength, and at the same time leads the indefatigable economic sappers of the proletariat at all times, now here and now there, to isolated sharp conflicts, out of which public conflicts on a large scale unexpectedly explode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a word : the economic struggle is the transmitter from one political centre to another ; the political struggle is the periodic fertilisation of the soil for the economic struggle. Cause and effect here continually change places ; and thus the economic and the political factor in the period of the mass strike, now widely removed, completely separated or even mutually exclusive, as the theoretical plan would have them, merely form the two interlacing sides of the proletarian class struggle in Russia. And their unity is precisely the mass strike. If the sophisticated theory proposes to make a clever logical dissection of the mass strike for the purpose of getting at the &#8220;purely political mass strike,&#8221; it will by this dissection, as with any other, not perceive the phenomenon in its living essence, but will kill it altogether.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Finally, the events in Russia show us that the mass strike is inseparable from the revolution. The history of the Russian mass strike is the history of the Russian Revolution. When, to be sure, the representatives of our German opportunism hear of &#8220;revolution,&#8221; they immediately think of bloodshed, street fighting or powder and shot, and the logical conclusion thereof is : the mass strike leads inevitably to the revolution, therefore we dare not have it. In actual fact we see in Russia that almost every mass strike in the long run leads to an encounter with the armed guardians of czarist order, and therein the so-called political strikes exactly resemble the larger economic struggle. The revolution, however, is something other and something more than bloodshed. In contradiction to the police interpretation, which views the revolution exclusively from the standpoint of street disturbances and rioting, that is, from the standpoint of &#8220;disorder,&#8221; the interpretation of scientific socialism sees in the revolution above all a thorough-going internal reversal of social class relations. And from this standpoint an altogether different connection exists between revolution and mass strike in Russia from that contained in the commonplace conception that the mass strike generally ends in bloodshed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We have seen above the inner mechanism of the Russian mass strike which depends upon the ceaseless reciprocal action of the political and economic struggles. But this reciprocal action is conditioned during the revolutionary period. Only in the sultry air of the period of revolution can any partial little conflict between labour and capital grow into a general explosion. In Germany the most violent, most brutal collisions between the workers and employers take place every year and every day without the struggle overleaping the bounds of the individual departments or individual towns concerned, or even those of the individual factories. Punishment of organised workers in Petersburg and unemployment as in Baku, wage struggles as in Odessa, struggles for the right of combination as in Moscow are the order of the day in Germany. No single one of these cases however changes suddenly into a common class action. And when they grow into isolated mass strikes, which have without question a political colouring, they do not bring about a general storm. The general strike of Dutch railwaymen, which died away in spite of the warmest sympathy, in the midst of the complete impassivity of the proletariat of the country, affords a striking proof of this.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And conversely, only in the period of revolution, when the social foundations and the walls of the class society are shaken and subjected to a constant process of disarrangement, any political class action of the proletariat can arouse from their passive condition in a few hours whole sections of the working class who have hitherto remained unaffected, and this is immediately and naturally expressed in a stormy economic struggle. The worker, suddenly aroused to activity by the electric shock of political action, immediately seizes the weapon lying nearest his hand for the fight against his condition of economic slavery : the stormy gesture of the political struggle causes him to feel with unexpected intensity the weight and the pressure of his economic chains. And while, for example, the most violent political struggle in Germany &#8211; the electoral struggle or the parliamentary struggle on the customs tariff &#8211; exercised a scarcely perceptible direct influence upon the course and the intensity of the wage struggles being conducted at the same time in Germany, every political action of the proletariat in Russia immediately expresses itself in the extension of the area and the deepening of the intensity of the economic struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The revolution thus first creates the social conditions in which this sudden change of the economic struggle into the political and of the political struggle into the economic is possible, a change which finds its expression in the mass strike. And if the vulgar scheme sees the connection between mass strike and revolution only in bloody street encounters with which the mass strikes conclude, a somewhat deeper look into the Russian events shows an exactly opposite connection : in reality the mass strike does not produce the revolution but the revolution produces the mass strike.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. It is sufficient in order to comprehend the foregoing to obtain an explanation of the question of the conscious direction and initiative in the mass strike. If the mass strike is not an isolated act but a whole period of the class struggle, and if this period is identical with a period of revolution, it is clear that the mass strike cannot be called at will, even when the decision to do so may come from the highest committee of the strongest social democratic party. As long as the social democracy has not the power to stage and countermand revolutions according to its fancy, even the greatest enthusiasm and impatience of the social democratic troops will not suffice to call into being a real period of mass strike as a living, powerful movement of the people. On the basis of a decision of the party leadership and of party discipline, a single short demonstration may well be arranged similar to the Swedish mass strike, or to the latest Austrian strike, or even to the Hamburg mass strike of January 17. These demonstrations, however, differ from an actual period of revolutionary mass strikes in exactly the same way that the well-known demonstrations in foreign ports during a period of strained diplomatic relations differ from a naval war. A mass strike born of pure discipline and enthusiasm will, at best, merely play the role of an episode, of a symptom of the fighting mood of the working class upon which, however, the conditions of a peaceful period are reflected.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Of course, even during the revolution, mass strikes do not exactly fall from heaven. They must be brought about in some way or another by the workers. The resolution and determination of the workers also play a part and indeed the initiative and the wider direction naturally fall to the share of the organised and most enlightened kernel of the proletariat. But the scope of this initiative and this direction, for the most part, is confined to application to individual acts, to individual strikes, when the revolutionary period is already begun, and indeed, in most cases, is confined within the boundaries of a single town. Thus, for example, as we have seen, the social democrats have already, on several occasions, successfully issued a direct summons for a mass strike in Baku, in Warsaw, in Lodz, and in Petersburg. But this succeeds much less frequently when applied to general movements of the whole proletariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Further, there are quite definite limits set to initiative and conscious direction. During the revolution it is extremely difficult for any directing organ of the proletarian movement to foresee and to calculate which occasions and factors can lead to explosions and which cannot. Here also initiative and direction do not consist in issuing commands according to one's inclinations, but in the most adroit adaptability to the given situation, and the closest possible contact with the mood of the masses. The element of spontaneity, as we have seen, plays a great part in all Russian mass strikes without exception, be it as a driving force or as a restraining influence. This does not occur in Russia, however, because social democracy is still young or weak, but because in every individual act of the struggle so very many important economic, political and social, general and local, material and psychical, factors react upon one another in such a way that no single act can be arranged and resolved as if it were a mathematical problem. The revolution, even when the proletariat, with the social democrats at their head, appear in the leading role, is not a manoeuvre of the proletariat in the open field, but a fight in the midst of the incessant crashing, displacing and crumbling of the social foundation. In short, in the mass strikes in Russia the element of spontaneity plays such a predominant part, not because the Russian proletariat are &#8220;uneducated,&#8221; but because revolutions do not allow anyone to play the schoolmaster with them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand, we see in Russia that the same revolution which rendered the social democrats' command of the mass strike so difficult, and which struck the conductor's baton from, or pressed into, their hand at all times in such a comical fashion &#8211; we see that it resolved of itself all those difficulties of the mass strike which, in the theoretical scheme of German discussion are regarded as the chief concern of the &#8220;directing body&#8221; : the question of &#8220;provisioning,&#8221; &#8220;discovery of cost,&#8221; and &#8220;sacrifice.&#8221; It goes without saying that it does not resolve them in the way that they would be resolved in a quiet confidential discussion between the higher directing committees of the labour movement, the members sitting pencil in hand. The &#8220;regulation&#8221; of all these questions consists in the circumstance that the revolution brings such an enormous mass of people upon the stage that any computation or regulation of the cost of the movement such as can be effected in a civil process, appears to be an altogether hopeless undertaking.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The leading organisations in Russia certainly attempt to support the direct victims to the best of their ability. Thus, for example, the brave victims of the gigantic lockout in St. Petersburg, which followed upon the eight-hour day campaign, were supported for weeks. But all these measures are, in the enormous balance of the revolution, but as a drop in the ocean. At the moment that a real, earnest period of mass strikes begins, all these &#8220;calculations&#8221; of &#8220;cost&#8221; become merely projects for exhausting the ocean with a tumbler. And it is a veritable ocean of frightful privations and sufferings which is brought by every revolution to the proletarian masses. And the solution which a revolutionary period makes of this apparently invincible difficulty consists in the circumstances that such an immense volume of mass idealism is simultaneously released that the masses are insensible to the bitterest sufferings. With the psychology of a trade unionist who will not stay off his work on May Day unless he is assured in advance of a definite amount of support in the event of his being victimised, neither revolution nor mass strike can be made. But in the storm of the revolutionary period even the proletarian is transformed from a provident pater familas demanding support, into a &#8220;revolutionary romanticist,&#8221; for whom even the highest good, life itself, to say nothing of material well-being, possesses but little in comparison with the ideals of the struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If, however, the direction of the mass strike in the sense of command over its origin, and in the sense of the calculating and reckoning of the cost, is a matter of the revolutionary period itself, the directing of the mass strike becomes, in an altogether different sense, the duty of social democracy and its leading organs. Instead of puzzling their heads with the technical side, with the mechanism, of the mass strike, the social democrats are called upon to assume political leadership in the midst of the revolutionary period.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To give the cue for, and the direction to, the fight ; to so regulate the tactics of the political struggle in its every phase and at its every moment that the entire sum of the available power of the proletariat which is already released and active, will find expression in the battle array of the party ; to see that the tactics of the social democrats are decided according to their resoluteness and acuteness and that they never fall below the level demanded by the actual relations of forces, but rather rise above it &#8211; that is the most important task of the directing body in a period of mass strikes. And this direction changes of itself, to a certain extent, into technical direction. A consistent, resolute, progressive tactic on the part of the social democrats produces in the masses a feeling of security, self-confidence and desire for struggle ; a vacillating weak tactic, based on an underestimation of the proletariat, has a crippling and confusing effect upon the masses. In the first case mass strikes break out &#8220;of themselves&#8221; and &#8220;opportunely&#8221; ; in the second case they remain ineffective amidst direct summonses of the directing body to mass strikes. And of both the Russian Revolution affords striking examples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. Lessons of the Working-Class Movement in Russia Applicable to Germany&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us now see how far all these lessons which can be learned from the Russian mass strikes are applicable to Germany. The social and political conditions, the history and status of the labour movement are widely different in Germany and Russia. At first sight the inner law of the Russian mass strikes as sketched above may appear to be solely the product of specifically Russian conditions which need not be taken into account by the German proletariat. Between the political and economic struggle in the Russian Revolution there is a very close internal connection ; their unity becomes an actual fact in the period of mass strikes. But is not that simply a result of Russian absolutism ? In a state in which every form and expression of the labour movement is forbidden, in which the simplest strike is a political crime, it must logically follow that every economic struggle will become a political one.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Further, when, contrariwise, the first outbreak of the political revolution has drawn after it a general reckoning of the Russian working class with the employers, that is likewise a simple result of the circumstances that the Russian worker has hitherto had a very low standard of life, and has never yet engaged in a single economic struggle for an improvement of his condition. The proletariat in Russia has first, to a certain extent, to work their way out of these miserable conditions, and what wonder that they eagerly availed themselves, with the eagerness of youth, of the first means to that end as soon as the revolution brought the first fresh breeze into the heavy air of absolutism ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And finally, the stormy revolutionary course of the Russian mass strike as well as their preponderant spontaneous, elementary character is explained on the one hand by the political backwardness of Russia, by the necessity of first overthrowing the oriental despotism, and on the other hand, by the want of organisation and of discipline of the Russian proletariat. In a country in which the working-class has had thirty years experience of political life, a strong social democratic party of three million members and a quarter of a million picked troops organised in trade unions, neither the political struggle nor the mass strike can possibly assume the same stormy and elemental character as in a semi-barbarous state which has just made the leap from the Middle Ages into the modern bourgeois order. This is the current conception amongst those who would read the stage of maturity of the social conditions of a country from the text of the written laws.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us examine the questions in their order. To begin with it is going the wrong way about the matter to date the beginning of the economic struggle in Russia only from the outbreak of the revolution. As a matter of fact, the strikes and wage disputes in Russia proper were increasingly the order of the day since the nineties of the last century, and in Russian Poland even since the eighties, and had eventually won civic rights for the workers. Of course, they were frequently followed by brutal police measures, but nevertheless they were daily phenomena. For example, in both Warsaw and Lodz as early as 1891, there was a considerable strike fund, and the enthusiasm for trade unionism in these years had even created that &#8220;economic&#8221; illusion in Poland for a short time which a few years later prevailed in Petersburg and the rest of Russia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the same way there is a great deal of exaggeration in the notion that the proletarian in the czarist empire had the standard of life of a pauper before the revolution. The layer of the workers in large industries in the great towns who had been the most active and zealous in the economic as in the political struggle are, as regards the material conditions of life, on a scarcely lower plane than the corresponding layer of the German proletariat, and in some occupations as high wages are to be met with in Russia as in Germany, and here and there, even higher. And as regards the length of the working day, the difference in the large-scale industries in the two countries is here and there, insignificant. The notion of the presumed material and cultural condition of helotry of the Russian working-class is similarly without justification in fact. This notion is contradicted, as a little reflection will show, by the facts of the revolution itself and the prominent part that was played therein by the proletariat. With paupers no revolution of this political maturity and cleverness of thought can be made, and the industrial workers of St. Petersburg and Warsaw, Moscow and Odessa, who stand in the forefront of the struggle, are culturally and mentally much nearer to the west European type than is imagined by those who regard bourgeois parliamentarism and methodical trade-union practice as the indispensable, or even the only, school of culture for the proletariat. The modern large capitalist development of Russia and the intellectual influence of social democracy exerted for a decade-and-a-half, which has encouraged and directed the economic struggle, have accomplished an important piece of cultural work without the outward guarantees of the bourgeois legal order.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The contrast, however, grows less when, on the other hand, we look a little further into the actual standard of life in the German working-class. The great political mass strikes in Russia have, from the first, aroused the widest layers of the proletariat and thrown them into a feverish economic struggle. But are there not in Germany whole unenlightened sections amongst the workers to which the warm light of the trade unions has hitherto scarcely penetrated, whole layers which up to the present have never attempted, or vainly attempted, to raise themselves out of their social helotry by means of daily wage struggles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us consider the poverty of the miners. Already in the quiet working day, in the cold atmosphere of the parliamentary monotony of Germany &#8211; as also in other countries, and even in the El Dorado of trade unionism, Great Britain &#8211; the wage struggle of the mine workers hardly ever expresses itself in any other way than by violent eruptions from time-to-time in mass strikes of typical, elemental character. This only shows that the antagonism between labour and capital is too sharp and violent to allow of its crumbling away in the form of quiet systematic, partial trade-union struggles. The misery of the miners, with its eruptive soil which even in &#8220;normal&#8221; times is a storm centre of the greatest violence, must immediately explode, in a violent economic socialist struggle, with every great political mass action of the working class, with every violent sudden jerk which disturbs the momentary equilibrium of everyday social life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Let us take further, the case of the poverty of the textile workers. Here also the bitter, and for the most part fruitless, outbreaks of the wage struggle which raged through Vogtland every few years, give but a faint idea of the vehemence with which the great agglomerate mass of helots of trustified textile capital must explode during a political convulsion, during a powerful, daring mass action of the German proletariat. Again, let us take the poverty of the home-workers, of the ready-made clothing workers, of the electricity workers, veritable storm centres in which violent struggles will be the more certain to break out with every political atmospheric disturbance in Germany, the less frequently the proletariat take up the struggle in tranquil times ; and the more unsuccessfully they fight at any time, the more brutally will capital comply them to return, gnashing their teeth to the yoke of slavery.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Now, however, whole great categories of the proletariat have to be taken into account which, in the &#8220;normal&#8221; course of things in Germany, cannot possibly take part in a peaceful economic struggle for the improvement of their condition and cannot possibly avail themselves of the right of combination. First and foremost we give the example of the glaring poverty of the railway and the postal employees. For these government workers there exist Russian conditions in the midst of the parliamentary constitutional state of Germany, that is to say, Russian conditions as they existed only before the revolution, during the untroubled splendour of absolutism. Already in the great October strike of 1905 the Russian railwaymen in the then formally absolutist Russia, were, as regards the economic and social freedom of their movement, head and shoulders above the Germans. The Russian railway and postal employees won the de facto right of combination in the storm, and if momentarily trial upon trial and victimisation were the rule, they were powerless to affect the inner unity of workers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;However, it would be an altogether false psychological reckoning if one were to assume, with the German reaction, that the slavish obedience of the German railway and postal employees will last forever, that it is a rock which nothing can wear away. When even the German trade-union leaders have become accustomed to the existing conditions to such an extent that they, untroubled by an indifference almost without parallel in the whole of Europe, can survey with complete satisfaction the results of the trade-union struggle in Germany, then the deep-seated, long-suppressed resentment of the uniformed state slaves will inevitably find vent with a general rising of the industrial workers And when the industrial vanguard of the proletariat, by means of mass strikes, grasp at new political rights or attempt to defend existing ones, the great army of railway of railway and postal employees must of necessity bethink themselves of their own special disgrace, and at last rouse themselves for their liberation from the extra share of Russian absolutism which is specially reserved for them in Germany.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The pedantic conception which would unfold great popular movements according to plan and recipe regards the acquisition of the right of combination for the railway workers as necessary before anyone will &#8220;dare to think&#8221; of a mass strike in Germany. The actual and natural course of events can only be the opposite of this : only from a spontaneous powerful mass strike action can the right of combination from the German railway workers, as well as for the postal employees, actually be born. And the problems which in the existing conditions of Germany are insoluble will suddenly find their solution under the influence and the pressure of a universal political mass action of the proletariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And finally, the greatest and most important : the poverty of the land workers. If the British trade-unions are composed exclusively of industrial workers, that is quite understandable in view of the special character of the British national economy, and of the unimportant part that agriculture plays, on the whole, in the economic life of Britain. In Germany, a trade-union organisation, be it ever so well constructed, if it comprises only industrial workers, and is inaccessible to the great army of land workers, will give only a weak, partial picture of the conditions of the proletariat. But again it would be a fatal illusion to think that conditions in the country are unalterable and immovable and that the indefatigable educational work of the social democracy, and still more, the whole internal class politics of Germany, does not continually undermine the outward passivity of the agricultural workers and that any great general class action of the German proletariat, for whatever object undertaken, may not also draw the rural proletariat into the conflict.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Similarly, the picture of the alleged economic superiority of the German over the Russian proletariat is considerably altered when we look away from the tables of the industries and departments organised in trade-unions and bestow a look upon those great groups of the proletariat who are altogether outside the trade-union struggle, or whose special economic condition does not allow of their being forced into the narrow framework of the daily guerrilla warfare of the trade-unions. We see there one important sphere after another, in which the sharpening of antagonisms has reached the extreme point, in which inflammable material in abundance is heaped up, in which there is a great deal of &#8220;Russian absolutism&#8221; in its most naked form, and in which economically the most elementary reckonings with capital have first to be made.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a general political mass strike of the proletariat, then, all these outstanding accounts would inevitably be presented to the prevailing system. An artificially arranged demonstration of the urban proletariat, taking place once, a mere mass strike action arising out of discipline, and directed by the conductor's baton of a party executive, could therefore leave the broad masses of the people cold and indifferent. But a powerful and reckless fighting action of the industrial proletariat, born of a revolutionary situation, must surely react upon the deeper-lying layers, and ultimately draw all those into a stormy general economic struggle who, in normal times, stand aside from the daily trade-union fight.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But when we come back to the organised vanguard of the German industrial proletariat, on the other hand, and keep before our eyes the objects of the economic struggle which have been striven for by the Russian working class, we do not at all find that there is any tendency to look down upon the things of youth, as the oldest German trade-unions had reason to do. Thus the most important general demand of the Russian strikes since January 22 &#8211; the eight-hour day &#8211; is certainly not an unattainable platform for the German proletariat, but rather in most cases, a beautiful, remote ideal. This applies also to the struggle for the &#8220;mastery of the household&#8221; platform, to the struggle for the introduction of workers' committees into all the factories, for the abolition of piece-work, for the abolition of homework in handicraft, for the complete observance of Sunday rest, and for the recognition of the right of combination. Yes, on closer inspection all the economic objects of struggle of the Russian proletariat are also for the German proletariat very real, and touch a very sore spot in the life of the workers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It therefore inevitably follows that the pure political mass strike, which is operated with for preference, is, in Germany, a mere lifeless theoretical plan. If the mass strikes result, in a natural way from a strong revolutionary ferment, they will equally naturally, exactly as in Russia, change into a whole period of elementary, economic struggles. The fears of the trade-union leaders, therefore, that the struggle for economic interests in a period of stormy political strife, in a period of mass strikes, can simply be pushed aside and suppressed rest upon an utterly baseless, schoolboy conception of the course of events. A revolutionary period in Germany would also so alter the character of the trade-union struggle and develop its potentialities to such an extent that the present guerrilla warfare of the trade-unions would be child's play in comparison. And on the other hand, from this elementary economic tempest of mass strikes, the political struggle would always derive new impetus and fresh strength. The reciprocal action of economic and political struggle, which is the main-spring of present-day strikes in Russia, and at the same time the regulating mechanism of the revolutionary action of the proletariat, would also naturally result in Germany from the conditions themselves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. Co-operation of Organised and Unorganised Workers Necessary for Victory&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In connection with this, the question of organisation in relation to the problem of the mass strike in Germany assumes an essentially different aspect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The attitude of many trade-union leaders to this question is generally summed up in the assertion : &#8220;We are not yet strong enough to risk such a hazardous trial of strength as a mass strike.&#8221; Now this position is so far untenable that it is an insoluble problem to determine the time, in a peaceful fashion by counting heads, when the proletariat are &#8220;strong enough&#8221; for any struggle. Thirty years ago the German trade-unions had 50,000 members. That was obviously a number with which a mass strike on the above scale was not to be thought of. Fifteen years later the trade-unions were four times as strong, and counted 237,000 members. If, however, the present trade-union leaders had been asked at the time if the organisation of the proletariat was then sufficiently ripe for a mass strike, they would assuredly have replied that it was still far from it and that the number of those organised in trade-unions would first have to be counted by millions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Today the number of trade-unionists already runs into the second million, but the views of the leaders are still exactly the same, and may very well be the same to the end. The tacit assumption is that the entire working class of Germany, down to the last man and the last woman, must be included in the organisation before it &#8220;is strong enough&#8221; to risk a mass action, which then, according to the old formula, would probably be represented as &#8220;superfluous.&#8221; This theory is nevertheless absolutely utopian, for the simple reason that it suffers from an internal contradiction, that it goes in a vicious circle. Before the workers can engage in any direct class struggle they must all be organised. The circumstances, the conditions, of capitalist development and of the bourgeois state make it impossible that, in the normal course of things, without stormy class struggles, certain sections &#8211; and these the greatest, the most important, the lowest and the most oppressed by capital, and by the state &#8211; can be organised at all. We see even in Britain, which has had a whole century of indefatigable trade-union effort without any &#8220;disturbances&#8221; &#8211; except at the beginning in the period of the Chartist movement &#8211; without any &#8220;romantic revolutionary&#8221; errors or temptations, it has not been possible to do more than organise a minority of the better-paid sections of the proletariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On the other hand the trade-unions, like all fighting organisations of the proletariat, cannot permanently maintain themselves in any other way than by struggle, and that not struggles of the same kind as the war between the frogs and the mice in the stagnant waters of the bourgeois parliamentary period, but struggle in the troubled revolutionary periods of the mass strike. The rigid, mechanical-bureaucratic conception cannot conceive of the struggle save as the product of organisation at a certain stage of its strength. On the contrary, the living, dialectical explanation makes the organisation arise as a product of the struggle. We have already seen a grandiose example of this phenomenon in Russia, where a proletariat almost wholly unorganised created a comprehensive network of organisational appendages in a year-and-a-half of stormy revolutionary struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Another example of this kind is furnished by the history of the German unions. In the year 1878 the number of trade-union members amounted to 50,000. According to the theory of the present-day trade-union leaders this organisation, as stated above, was not nearly &#8220;strong enough&#8221; to enter upon a violent political struggle. The German trade-unions however, weak as they were at the time, did take up the struggle &#8211; namely the struggle against the anti-socialist law &#8211; and showed that they were &#8220;strong enough,&#8221; not only to emerge victorious from the struggle, but to increase their strength five-fold : in 1891, after the repeal of the anti-socialist laws, their membership was 277,659. It is true that the methods by which the trade-unions conquered in the struggle against the anti-socialist laws do not correspond to the ideal of a peaceful, bee-like, uninterrupted process : they went first into the fight absolutely in ruins, to rise again on the next wave and to be born anew. But this is precisely the specific method of growth corresponding to the proletarian class organisations : to be tested in the struggle and to go forth from the struggle with increased strength.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a closer examination of German conditions and of the condition of the different sections of the working class, it is clear that the coming period of stormy political mass struggles will not bring the dreaded, threatening downfall of the German trade-unions, but on the contrary, will open up hitherto unsuspected prospects of the extension of their sphere of power &#8211; an extension that will proceed rapidly by leaps and bounds. But the question has still another aspect. The plan of undertaking mass strikes as a serious political class action with organised workers only is absolutely hopeless. If the mass strike, or rather, mass strikes, and the mass struggle are to be successful they must become a real people's movement, that is, the widest sections of the proletariat must be drawn into the fight. Already in the parliamentary form the might of the proletarian class struggle rests not on the small, organised group but on the surrounding periphery of the revolutionary-minded proletariat. If the social democrats were to enter the electoral battle with their few hundred thousand organised members alone, they would condemn themselves to futility. And although it is the tendency of social democracy wherever possible to draw the whole great army of its voters into the party organisation, its mass of voters after thirty years experience of social democracy is not increased through the growth of the party organisation, but on the contrary, the new sections of the proletariat, won for the time being through the electoral struggle, are the fertile soil for the subsequent seed of organisation. Here the organisation does not supply the troops of the struggle, but the struggle, in an ever growing degree, supplies recruits for the organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a much greater degree does this obviously apply to direct political mass action than to the parliamentary struggle. If the social democrats, as the organised nucleus of the working class, are the most important vanguard of the entire body of the workers and if the political clarity, the strength, and the unity of the labour movement flow from this organisation, then it is not permissible to visualise the class movement of the proletariat as a movement of the organised minority. Every real, great class struggle must rest upon the support and co-operation of the widest masses, and a strategy of class struggle which does not reckon with this co-operation, which is based upon the idea of the finely stage-managed march out of the small, well-trained part of the proletariat is foredoomed to be a miserable fiasco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mass strikes and political mass struggles cannot, therefore, possibly be carried through in Germany by the organised workers alone, nor can they be appraised by regular &#8220;direction&#8221; from the central committee of a party. In this case, again &#8211; exactly as in Russia &#8211; they depend not so much upon &#8220;discipline&#8221; and &#8220;training&#8221; and upon the most careful possible regulation beforehand of the questions of support and cost, as upon a real revolutionary, determined class action, which will be able to win and draw into the struggle the widest circles of the unorganised workers, according to their mood and their conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The overestimate and the false estimate of the role of organisations in the class struggle of the proletariat is generally reinforced by the underestimate of the unorganised proletarian mass and of their political maturity. In a revolutionary period, in the storm of great unsettling class struggles, the whole educational effect of the rapid capitalist development and of social democratic influences first shows itself upon the widest sections of the people, of which, in peaceful times the tables of the organised, and even election statistics, give only a faint idea.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We have seen that in Russia, in about two years a great general action of the proletariat can forthwith arise from the smallest partial conflict of the workers with the employers, from the most insignificant act of brutality of the government organs. Everyone, of course, sees and believes that, because in Russia &#8220;the revolution&#8221; is there. But what does that mean ? It means that class feeling, the class instinct, is alive and very active in the Russian proletariat, so that immediately they regard every partial question of any small group of workers as a general question, as a class affair, and quick as lightening they react to its influence as a unity. While in Germany, France, Italy and Holland the most violent trade-union conflicts call forth hardly any general action of the working class &#8211; and when they do, only the organised part of the workers move &#8211; in Russia the smallest dispute raises a storm. That means nothing else however, than that at present &#8211; paradoxical as it may sound &#8211; the class instinct of the youngest, least trained, badly educated and still worse organised Russian proletariat is immeasurably stronger than that of the organised, trained and enlightened working class of Germany or of any other west European country. And that is not to be reckoned a special virtue of the &#8220;young, unexhausted East&#8221; as compared with the &#8220;sluggish West,&#8221; but is simply a result of direct revolutionary mass action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the case of the enlightened German worker the class consciousness implanted by the social democrats is theoretical and latent : in the period ruled by bourgeois parliamentarism it cannot, as a rule, actively participate in a direct mass action ; it is the ideal sum of the four hundred parallel actions of the electoral sphere during the election struggle, of the many partial economic strikes and the like. In the revolution when the masses themselves appear upon the political battlefield this class-consciousness becomes practical and active. A year of revolution has therefore given the Russian proletariat that &#8220;training&#8221; which thirty years of parliamentary and trade-union struggle cannot artificially give to the German proletariat. Of course, this living, active class feeling of the proletariat will considerably diminish in intensity, or rather change into a concealed and latent condition, after the close of the period of revolution and the erection of a bourgeois-parliamentary constitutional state.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And just as surely, on the other hand, will the living revolutionary class feeling, capable of action, affect the widest and deepest layers of the proletariat in Germany in a period of strong political engagement, and that the more rapidly and more deeply, more energetically the educational work of social democracy is carried on amongst them. This educational work and the provocative and revolutionising effect of the whole present policy of Germany will express itself in the circumstances that all those groups which at present in their apparent political stupidity remain insensitive to all the organising attempts of the social democrats and of the trade unions will suddenly follow the flag of social democracy in a serious revolutionary period. Six months of a revolutionary period will complete the work of the training of these as yet unorganised masses which ten years of public demonstrations and distribution of leaflets would be unable to do. And when conditions in Germany have reached the critical stage for such a period, the sections which are today unorganised and backward will, in the struggle, prove themselves the most radical, the most impetuous element, and not one that will have to be dragged along. If it should come to mass strikes in Germany it will almost certainly not be the best organised workers &#8211; and most certainly not the printers &#8211; who will develop the greatest capacity for action, but the worst organised or totally unorganised &#8211; the miners, the textile workers, and perhaps even the land workers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In this way we arrive at the same conclusions in Germany in relation to the peculiar tasks of direction in relation to the role of social democracy in mass strikes, as in our analysis of events in Russia. If we now leave the pedantic scheme of demonstrative mass strikes artificially brought about by order of parties and trade unions, and turn to the living picture of a peoples' movement arising with elementary energy, from the culmination of class antagonisms and the political situation &#8211; a movement which passes, politically as well as economically, into mass struggles and mass strikes &#8211; it becomes obvious that the task of social democracy does not consist in the technical preparation and direction of mass strikes, but, first and foremost, in the political leadership of the whole movement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The social democrats are the most enlightened, most class-conscious vanguard of the proletariat. They cannot and dare not wait, in a fatalist fashion, with folded arms for the advent of the &#8220;revolutionary situation,&#8221; to wait for that which in every spontaneous peoples' movement, falls from the clouds. On the contrary, they must now, as always, hasten the development of things and endeavour to accelerate events. This they cannot do, however, by suddenly issuing the &#8220;slogan&#8221; for a mass strike at random at any odd moment, but first and foremost, by making clear to the widest layers of the proletariat the inevitable advent of this revolutionary period, the inner social factors making for it and the political consequences of it. If the widest proletarian layer should be won for a political mass action of the social democrats, and if, vice versa, the social democrats should seize and maintain the real leadership of a mass movement &#8211; should they become, in a political sense, the rulers of the whole movement, then they must, with the utmost clearness, consistency and resoluteness, inform the German proletariat of their tactics and aims in the period of coming struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. The Role of the Mass Strike in the Revolution&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;We have seen that the mass strike in Russia does not represent an artificial product of premeditated tactics on the part of the social democrats, but a natural historical phenomenon on the basis of the present revolution. Now what are the factors which in Russia have brought forth this new phenomenal form of the revolution ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Russian revolution has for first task the abolition of absolutism and the establishment of a modern bourgeois-parliamentary constitutional state. It is exactly the same in form as that which confronted Germany in the March 1848 Revolution, and the Great French Revolution of the end of the eighteenth century. But the condition, the historical milieu, in which these formally analogous revolutions took place, are fundamentally different from those of present-day Russia. The essential difference is that between those bourgeois revolutions in the West, and the current bourgeois revolution in the East, the whole cycle of capitalist development has run its course. And this development had seized not only the West European countries, but also absolutist Russia. Large-scale industry with all its consequences &#8211; modern class divisions, acute social contrasts, modern life in large cities and the modern proletariat &#8211; has become in Russia the prevailing form, that is, in social development the decisive form of production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The remarkable, contradictory, historical situation results from this that the bourgeois revolution, in accordance with its formal tasks will, in the first place, be carried out by a modern class-conscious proletariat, and in an international milieu whose distinguishing characteristic is the ruin of bourgeois democracy. It is not the bourgeoisie that is now the driving force of revolution as in the earlier revolutions of the West, while the proletarian masses, swamped amidst a petty-bourgeois mass, simply furnish cannon-fodder for the bourgeoisie, but on the contrary, it is the class-conscious proletariat that is the active and leading element, while the big bourgeois turns out to be either openly against the revolution or liberal moderates, and only the rural petit-bourgeoisie and the urban petit-bourgeois intelligentsia are definitively oppositional and even revolutionary minded.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The Russian proletariat, however, who are destined to play the leading part in the bourgeois revolution, enter the fight free from all illusions of bourgeois democracy, with a strongly developed consciousness of their own specific class interests, and at a time when the antagonism between capital and labour has reached its height. This contradictory situation finds expression in the fact that in this formally bourgeois revolution, the antagonism of bourgeois society to absolutism is governed by the antagonism of the proletariat to bourgeois society, that the struggle of the proletariat to bourgeois society is directed simultaneously and with equal energy against both absolutism and capitalist exploitation, and that the programme of the revolutionary struggle concentrates with equal emphasis on political freedom, the winning of the eight-hour day, and a human standard of material existence for the proletariat. This two-fold character of the Russian Revolution is expressed in that close union of the economic with the political struggle and in their mutual interaction which we have seen is a feature of the Russian events and which finds its appropriate expression in the mass strike.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In the earlier bourgeois revolution where, on the one hand, the political training and the leadership of the revolutionary masses were undertaken by the bourgeois parties, and where, on the other hand, it was merely a question of overthrowing the old government, the brief battle at the barricades was the appropriate form of the revolutionary struggle. Today the working class must educate itself, marshal its forces, and direct itself in the course of the revolutionary struggle and thus the revolution is directed as much against capitalist exploitation as against the ancien regime ; so much so that the mass strike appears as the natural means to recruit, organize and prepare the widest proletarian layers for revolutionary struggle, as the means to undermine and overthrow the old state power, as well as to contain the capitalist exploitation. The urban industrial proletariat is now the soul of the revolution in Russia. But in order to carry through a direct political struggle as a mass, the proletariat must first be assembled as a mass, and for this purpose they must come out of the factory and workshop, mine and foundry, must overcome the atomisation and decay to which they are condemned under the daily yoke of capitalism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The mass strike is the first natural, impulsive form of every great revolutionary struggle of the proletariat and the more highly developed the antagonism is between capital and labour, the more effective and decisive must mass strikes become. The chief form of previous bourgeois revolutions, the fight at the barricades, the open conflict with the armed power of the state, is in the revolution today only the culminating point, only a moment on the process of the proletarian mass struggle. And therewith in the new form of the revolution there is reached that civilising and mitigating of the class struggle which was prophesied by the opportunists of German social democracy &#8211; the Bernsteins, Davids, etc. It is true that these men saw the desired civilising and mitigating of the class struggle in the light of petty bourgeois democratic illusions &#8211; they believed that the class struggle would shrink to an exclusively parliamentary contest and that street fighting would simply be done away with. History has found the solution in a deeper and finer fashion : in the advent of revolutionary mass strikes, which, of course, in no way replaces brutal street fights or renders them unnecessary, but which reduces them to a moment in the long period of political struggle, and which at the same time unites with the revolutionary period and enormous cultural work in the most exact sense of the words : the material and intellectual elevation of the whole working class through the &#8220;civilising&#8221; of the barbaric forms of capitalist exploitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The mass strike is thus shown to be not a specifically Russian product, springing from absolutism, but a universal form of the proletarian class struggle resulting from the present stage of capitalist development and class relations. From this standpoint the three bourgeois revolutions &#8211; the Great French Revolution, the German Revolution of March, and the present Russian Revolution &#8211; form a continuous chain of development in which the fortunes and the end of the capitalist century are to be seen. In the Great French Revolution the still wholly underdeveloped internal contradictions of bourgeois society gave scope for a long period of violent struggles, in which all the antagonisms which first germinated and ripened in the heat of the revolution raged unhindered and unrestrained in a spirit of reckless radicalism. A century later the revolution of the German bourgeoisie, which broke out midway in the development of capitalism, was already hampered on both sides by the antagonism of interests and the equilibrium of strength between capital and labour, and was smothered in a bourgeois-feudal compromise, and shortened to a miserable episode ending in words.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Another half century, and the present Russian Revolution stands at a point of the historical path which is already over the summit, which is on the other side of the culminating point of capitalist society, at which the bourgeois revolutions cannot again be smothered by the antagonism between bourgeoisie and proletariat, but, will, on the contrary, expand into a new lengthy period of violent social struggles, at which the balancing of the account with absolutism appears a trifle in comparison with the many new accounts which the revolution itself opens up. The present revolution realises in the particular affairs of absolutist Russia the general results of international capitalist development, and appears not so much as the last successor of the old bourgeois revolutions as the forerunner of the new series of proletarian revolutions of the West. The most backward country of all, just because it has been so unpardonably late with its bourgeois revolution, shows ways and methods of further class struggle to the proletariat of Germany and the most advanced capitalist countries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accordingly it appears, when looked at in this way, to be entirely wrong to regard the Russian Revolution as a grandiose spectacle, as something specifically &#8220;Russian,&#8221; and at best to admire the heroism of the fighting men, that is, as outside onlookers of the struggle. It is much more important that the German workers should learn to look upon the Russian Revolution as their own affair, not merely as a matter of international solidarity with the Russian proletariat, but first and foremost, as a chapter of their own social and political history. Those trade-union leaders and parliamentarians who regard the German proletariat as &#8220;too weak&#8221; and German conditions &#8220;as not ripe enough&#8221; for revolutionary mass struggles, have obviously not the least idea that the measure of the degree of ripeness of class relations in Germany and of the power of the proletariat does not lie in the statistics of German trade unionism or in election figures, but &#8211; in the events of the Russian Revolution. Exactly as the ripeness of French class antagonisms under the July monarchy and the June battle of Paris was reflected in the German March Revolution, in its course and its fiasco, so today the ripeness of German class antagonisms is reflected in the events and in the power of the Russian Revolution. And while the bureaucrats of the German labour movement rummage in their office drawers for information as to their strength and maturity, they do not see that that for which they seek is lying before their eyes in a great historical revolution, because, historically considered, the Russian Revolution is a reflex of the power and the maturity of the international, and therefore in the first place, of the German labour movement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It would therefore be a too pitiable and grotesquely insignificant result of the Russian Revolution if the German proletariat should merely draw from it the lesson &#8211; as is desired by Comrades Frohme, Elm, and others &#8211; of using the extreme form of the struggle, the mass strike, and so weaken themselves as to be merely a reserve force in the event of the withdrawal of the parliamentary vote, and therefore a passive means of parliamentary defensive. When the parliamentary vote is taken from us there we will resist. That is a self-evident decision. But for this it is not necessary to adopt the heroic pose of a Danton as was done, for example, by Comrade Elm in Jena ; because the defence of the modest measure of parliamentary right already possessed is less a Heaven-storming innovation, for which the frightful hecatombs of the Russian Revolution were first necessary as a means of encouragement, than the simplest and first duty of every opposition party. But the mere defensive can never exhaust the policy of the proletariat, in a period of revolution. And if it is, on the one hand, difficult to predict with any degree of certainty whether the destruction of universal suffrage would cause a situation in Germany which would call forth an immediate mass strike action, so on the other hand, it is absolutely certain that when we in Germany enter upon the period of stormy mass actions, it will be impossible for the social democrats to base their tactics upon a mere parliamentary defensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To fix beforehand the cause and the moment from and in which the mass strikes in Germany will break out is not in the power of social democracy, because it is not in its power to bring about historical situations by resolutions at party congresses. But what it can and must do is to make clear the political tendencies, when they once appear, and to formulate them as resolute and consistent tactics. Man cannot keep historical events in check while making recipes for them, but he can see in advance their apparent calculable consequences and arrange his mode of action accordingly.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The first threatening political danger with which the German proletariat have concerned themselves for a number of years is a coup d'&#233;tat of the reaction which will wrest from the wide masses of the people of the most important political right &#8211; universal suffrage. In spite of the immense importance of this possible event, it is, as we have already said, impossible to assert with certainty that an open popular movement would immediately break out after the coup d'&#233;tat, because today innumerable circumstances and factors have to be taken into account. But when we consider the present extreme acuteness of conditions in Germany, and on the other hand, the manifold international reactions of the Russian Revolution and of the future rejuvenated Russia, it is clear that the collapse of German politics which would ensue from the repeal of universal suffrage could not alone call a halt to the struggle for this right. This coup d'&#233;tat would rather draw after it, in a longer or shorter period and with elementary power, a great general political reckoning of the insurgent and awakened mass of the people &#8211; a reckoning with bread usury, with artificially caused dearness of meat, with expenditure on a boundless militarism and &#8220;navalism,&#8221; with the corruption of colonial policy, with the national disgrace of the Konigsberg trial, with the cessation of social reform, with the discharging of railway workers, the postal officials and the land workers, with the tricking and mocking of the miners, with the judgement of Lobtau and the whole system of class justice, with the brutal lockout system &#8211; in short, with the whole thirty-year-old oppression of the combined dominion of Junkerdom and large trustified capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But if once the ball is set rolling then social democracy, whether it wills it or not, can never again bring it to a standstill. The opponents of the mass strike are in the habit of denying that the lessons and examples of the Russian Revolution can be a criterion for Germany because, in the first place, in Russia the great step must first be taken from an Oriental despotism to a modern bourgeois legal order. The formal distance between the old and the new political order is said to be a sufficient explanation of the vehemence and the violence of the revolution in Russia. In Germany we have long had the most necessary forms and guarantees of a constitutional state, from which it follows that such an elementary raging of social antagonisms is impossible here.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Those who speculate thus forget that in Germany when it once comes to the outbreak of open political struggles, even the historically determined goal will be quite different from that in Russia today. Precisely because the bourgeois legal order in Germany has existed for a long time, because therefore it has had time to completely exhaust itself and to draw to an end, because bourgeois democracy and liberalism have had time to die out &#8211; because of this there can no longer be any talk of a bourgeois revolution in Germany. And therefore in a period of open political popular struggles in Germany, the last historically necessary goal can only be the dictatorship of the proletariat. The distance, however, of this task from the present conditions of Germany is still greater than that of the bourgeois legal order from Oriental despotism, and therefore, the task cannot be completed at one stroke, but must similarly be accomplished during a long period of gigantic social struggles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But is there not a gross contradiction in the picture we have drawn ? On the one hand it means that in an eventual future period of political mass action the most backward layers of the German proletariat &#8211; the land workers, the railwaymen, and the postal slaves &#8211; will first of all win the right of combination, and that the worst excrescences of exploitation must first be removed and on the other hand, the political task of this period is said to be the conquest of power by the proletariat ! On the one hand, economic, trade-union struggles for the most immediate interests, for the material elevation of the working class ; on the other hand the ultimate goal of social democracy ! Certainly these are great contradictions, but they are not contradictions due to our reasoning, but contradictions due to capitalist development. It does not proceed in a beautiful straight line but in a lightning-like zig-zag. Just as the various capitalist countries represent the most varied stages of development, so within each country the different layers of the same working class are represented. But history does not wait patiently till the backward countries, and the most advanced layers have joined together so that the whole mass can move symmetrically forward like a compact column. It brings the best prepared parts to explosion as soon as conditions there are ripe for it, and then in the storm of the revolutionary period, lost ground is recovered, unequal things are equalised, and the whole pace of social progress changed at one stroke to the double-quick.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Just as in the Russian Revolution all the grades of development and all the interests of the different layers of workers are united in the social democratic programme of the revolution, and the innumerable partial struggles united in the great common class action of the proletariat, so will it also be in Germany when the conditions are ripe for it. And the task of social democracy will then be to regulate its tactics, not by the most backward phases of development but by the most advanced.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII. Need for United Action of Trade Unions and Social Democracy&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The most important desideratum which is to be hoped for from the German working class in the period of great struggles which will come sooner or later is, after complete resoluteness and consistency of tactics, the utmost capacity for action, and therefore the utmost possible unity of the leading social democratic part of the proletarian masses. Meanwhile the first weak attempts at the preparation of great mass actions have discovered a serious drawback in this connection : the total separation and independence of the two organisations of the labour movement, the social democracy and the trade unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is clear on a closer consideration of the mass strikes in Russia as well as of the conditions in Germany itself, that any great mass action, if it is not confined to a mere one-day demonstration, but is intended to be a real fighting action, cannot possibly be thought of as a so-called political mass strike. In such an action in Germany the trade-unions would be implicated as much as the social democrats. Not because the trade-union leaders imagine that the social democrats, in view of their smaller organisation, would have no other resources than the co-operation of one and a quarter million trade-unionists and without them would be unable to do anything, but because of a much more deep-lying motive : because every direct mass action of the period of open class struggles would be at the same time both political and economic. If in Germany, from any cause and at any time, it should come to great political struggles, to mass strikes, then at that time an era of violent trade-union struggles would begin in Germany, and events would not stop to inquire whether the trade-union leaders had given their consent to the movement or not. Whether they stand aside or endeavour to resist the movement, the result of their attitude will only be that the trade-union leaders, like the party leaders in the analogous case, will simply be swept aside by the rush of events, and the economic and the political struggles of the masses will be fought out without them.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As a matter-of-fact the separation of the political, and the economic struggle and the independence of each, is nothing but an artificial product of the parliamentarian period, even if historically determined. On the one hand in the peaceful, &#8220;normal&#8221; course of bourgeois society, the economic struggle is split into a multitude of individual struggles in every undertaking and dissolved in every branch of production. On the other hand the political struggle is not directed by the masses themselves in a direct action, but in correspondence with the form of the bourgeois state, in a representative fashion, by the presence of legislative representation. As soon as a period of revolutionary struggle commences, that is, as soon as the masses appear on the scene of conflict, the breaking up the economic struggle into many parts, as well as the indirect parliamentary form of the political struggle ceases ; in a revolutionary mass action the political struggle ceases ; in a revolutionary mass action the political and economic struggle are one, and the artificial boundary between trade union and social democracy as two separate, wholly independent forms of the labour movement, is simply swept away. But what finds concrete expression in the revolutionary mass movement finds expression also in the parliamentary period as an actual state of affairs. There are not two different class struggles of the working class, an economic and a political one, but only one class struggle, which aims at one and the same time at the limitation of capitalist exploitation within bourgeois society, and at the abolition of exploitation together with bourgeois society itself.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When these two sides of the class struggle are separated from one another for technical reasons in the parliamentary period, they do not form two parallel concurrent actions, but merely two phases, two stages of the struggle for emancipation of the working class. The trade-union struggle embraces the immediate interests, and the social democratic struggle the future interests, of the labour movement. The communists, says the Communist Manifesto, represent, as against various group interests of the proletariat as a whole, and in the various stages of development of the class struggle, they represent the interests of the whole movement, that is, the ultimate goal &#8211; the liberation of the proletariat. The trade unions represent only the group interests and only one stage of development of the labour movement. Social democracy represents the working class and the cause of its liberation as a whole. The relation of the trade unions to social democracy is therefore a part of the whole, and when, amongst the trade-union leaders, the theory of &#8220;equal authority&#8221; of trade-unions and social democracy finds so much favour, it rests upon a fundamental misconception of the essence of trade-unionism itself and of its role in the general struggle for freedom of the working class.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;This theory of the parallel action of social democracy and the trade-unions and of their &#8220;equal authority&#8221; is nevertheless not altogether without foundation, but has its historical roots. It rests upon the illusion of the peaceful, &#8220;normal&#8221; period of bourgeois society, in which the political struggle of social democracy appears to be consumed in the parliamentary struggle. The parliamentary struggle, however, the counterpart of the trade-union struggle, is equally with it, a fight conducted exclusively on the on the basis of the bourgeois social order. It is by its very nature, political reform work, as that of the trade-unions is economic reform work. It represents political work for the present, as trade-unions represent economic work for the present. It is, like them, merely a phase, a stage of development in the complete process of the proletarian class struggle whose ultimate goal is as far beyond the parliamentary struggle as it is beyond the trade-union struggle. The parliamentary struggle is, in relation to social democratic policy, also a part of the whole, exactly as trade-union work is. Social democracy today comprises the parliamentary and the trade-union struggle in one class struggle aiming at the abolition of the bourgeois social order.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The theory of the &#8220;equal authority&#8221; of trade-unions and social democracy is likewise not a mere theoretical misunderstanding, not a mere case of confusion but an expression of the well-known tendency of that opportunist wing of social democracy which reduced the political struggle of the working class to the parliamentary contest, and desires to change social democracy from a revolutionary proletarian party into a petty-bourgeois reform one.[1] If social democracy should accept the theory of the &#8220;equal authority&#8221; of the trade-unions, it would thereby accept, indirectly and tacitly, that transformation which has long been striven for by the representatives of the opportunist tendency.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In Germany, however, there is such a shifting of relations within the labour movement as is impossible in any other country. The theoretical conception, according to which the trade-unions are merely a part of social democracy, finds its classic expression in Germany in fact, in actual practice, and that in three directions. First, the German trade-unions are a direct product of social democracy ; it was social democracy which created the beginnings of the present trade-union movement in Germany and which enabled it to attain such great dimensions, and it is social democracy which supplies it to this day with its leaders and the most active promoters of its organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Second, the German trade-unions are a product of social democracy also in the sense that social democratic teaching in the soul of trade-union practice, as the trade-unions owe their superiority over all bourgeois and denominational trade-unions to the idea of the class struggle ; their practical success, their power, is a result of the circumstance that their practice is illuminated by the theory of scientific socialism and they are thereby raised above the level of a narrow-minded socialism. The strength of the &#8220;practical policy&#8221; of the German trade-unions lies in their insight into the deeper social and economic connections of the capitalist system ; but they owe this insight entirely to the theory of scientific socialism upon which their practice is based. Viewed in this way, any attempt to emancipate the trade-unions from the social democratic theory in favour of some other &#8220;trade-union theory&#8221; opposed to social democracy, is, from the standpoint of the trade-unions themselves and of their future, nothing but an attempt to commit suicide. The separation of trade-union practice from the theory of scientific socialism would mean to the German trade-unions the immediate loss of all their superiority over all kinds of bourgeois trade-unions, and their fall from their present height to the level of unsteady groping and mere dull empiricism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thirdly and finally, the trade-unions are, although their leaders have gradually lost sight of the fact, even as regards their numerical strength, a direct product of the social democratic movement and the social democratic agitation. It is true that in many districts trade-union agitation precedes social democratic agitation, and that everywhere trade-union work prepares the way for party work. From the point of view of effect, party and trade-unions assist each other to the fullest extent. But when the picture of the class struggle in Germany is looked at as a whole and its more deep-seated associations, the proportions are considerably altered. Many trade-union leaders are in the habit of looking down triumphantly from the proud height of their membership of one and a quarter million on the miserable organised members of the Social Democratic Party, not yet half a million strong, and of recalling the time, ten or twelve years ago, when those in the ranks of social democracy were pessimistic as to the prospects of trade-union development.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;They do see that between these two things &#8211; the large number of organised trade unionists and the small number of organised Social Democrats &#8211; there exists in a certain degree a direct causal connection. Thousands and thousands of workers do not join the party organisations precisely because they join the trade-unions. According to the theory, all the workers must be doubly organised, must attend two kinds of meetings, pay double contributions, read two kinds of workers' papers, etc. But for this it is necessary to have a higher standard of intelligence and of that idealism which, from a pure feeling of duty to the labour movement, is prepared for the daily sacrifice of time and money, and finally, a higher standard of that passionate interest in the actual life of the party which can only be engendered by membership of the party organisation. All this is true of the most enlightened and intelligent minority of social democratic workers in the large towns, where party life is full and attractive and where the workers' standard of living is high. Amongst the wider sections of the working masses in the large towns, however, as well as in the provinces, in the smaller and the smallest towns where political life is not an independent thing but a mere reflex of the course of events in the capital, where consequently, party life is poor and monotonous, and where, finally, the economic standard of life of the workers is, for the most part, miserable, it is very difficult to secure the double form of organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For the social democratically-minded worker from the masses the question will be solved by his joining his trade-union. The immediate interests of his economic struggle which are conditioned by the nature of the struggle itself cannot be advanced in any other way than by membership of a trade-union organisation. The contribution which he pays, often amidst considerable sacrifice of his standard of living, bring him immediate, visible results. His social democratic inclinations, however, enable him to participate in various kinds of work without belonging to a special party organisation ; by voting at parliamentary elections, by attendance at social democratic public meetings, by following the reports of social democratic speeches in representatives bodies, and by reading the party press. Compare in this connection the number of social democratic electors or the number of subscribers to Vorw&#228;rts with the number of organised party members in Berlin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And what is most decisive, the social democratically-minded average worker who, as a simple man, can have no understanding of the intricate and fine so-called two-soul theory, feels that he is, even in the trade union, social democratically organised. Although the central committees of the unions have no official party label, the workman from the masses in every city and town sees the head of his trade-union as the most active leader, those colleagues whom he knows also as comrades and social democrats in public life, now as Reichstag, Landstag or local representatives, now as trusted men of the social democracy, members of election committees, party editors and secretaries, or merely as speakers and agitators. Further, he hears expressed in the agitational work of his trade-union much the same ideas, pleasing and intelligible to him, of capitalist exploitation, class relations, etc., as those that have come to him from social democratic agitation. Indeed, the most and best loved of the speakers at trade-union meetings are those same social democrats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus everything combines to give the average class-conscious worker the feeling that he, in being organised in his trade-union, is also a member of his labour party and is social democratically organised, and therein lies the peculiar recruiting strength of the German trade-unions. Not because of the appearance of neutrality, but because of the social democratic reality of their being, have the central unions being enabled to attain their present strength. This is simply through the co-existence of the various unions &#8211; Catholic, Hirsch-Dunker, etc. &#8211; founded by bourgeois parties by which it was sought to establish the necessity for that political &#8220;neutrality.&#8221; When the German worker who has full freedom of choice to attach himself to a Christian, Catholic, Evangelical or Free-thinking trade-union, chooses none of these but the &#8220;free trade-union&#8221; instead, or leaves one of the former to join the latter, he does so only because he considers that the central unions are the avowed organisations of the modern class struggle, or, what is the same thing in Germany, that they are social democratic trade-unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In a word the appearance of &#8220;neutrality,&#8221; which exists in the minds of many trade-union leaders, does not exist for the mass of organised trade-unionists. And that is the good fortune of the trade-union movement. If the appearance of &#8220;neutrality&#8221; that alienation and separation of the trade-unions from social democracy, really and truly becomes a reality in the eyes of the proletarian masses, then the trade-unions would immediately lose all their advantages over competing bourgeois unions, and therewith their recruiting power, their living fire. This is conclusively proved by the facts which are generally known. The appearance of party-political &#8220;neutrality&#8221; of the trade-unions could, as a means of attraction, render inestimable service in a country in which social democracy itself has no credit among the masses, in which its odium as a workers' organisation injures it in the eyes of the masses rather than advantages it &#8211; where, in a word, the trade-unions must first of all recruit their troops from a wholly unenlightened, bourgeois-minded mass.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The best example of such a country was, throughout the whole of the last century, and is to a certain extent today, Great Britain. In Germany, however, party relations are altogether different. In a country, in which social democracy is the most powerful political party, in which its recruiting power is represented by an army of over three million proletarians, it is ridiculous to speak of the deterrent effect of social democracy and of the necessity for a fighting organisation of the workers to ensure political neutrality. The mere comparison of the figures of social democratic voters with the figures of the trade-union organisations in Germany is sufficient to prove to the most simple-minded that the trade-unions in Germany do not, as in England, draw their troops from the unenlightened bourgeois-minded mass, but from the mass of proletarians already aroused by the social democracy and won by it to the idea of the class struggle. Many trade-union leaders indignantly reject the idea &#8211; a requisite of the &#8220;theory of neutrality&#8221; &#8211; and regard the trade-unions as a recruiting school for social democracy. This apparently insulting, but in reality, highly flattering presumption is in Germany reduced to mere fancy by the circumstance that the positions are reversed ; it is the social democracy which is the recruiting school for the trade-unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moreover, if the organisational work of the trade-unions is for the most part of a very difficult and troublesome kind, it is, with the exception of a few cases and some districts, not merely because on the whole, the soil has not been prepared by the social democratic plough, but also because the trade-union seed itself, and the sower as well, must also be &#8220;red,&#8221; social democratic before the harvest can prosper. But when we compare in this way the figures of trade-union strength, not with those of the social democratic organisations, but &#8211; which is the only correct way &#8211; with those of the mass of social democratic voters, we come to a conclusion which differs considerably from the current view of the matter. The fact then comes to light that the &#8220;free trade-unions&#8221; actually represent today but a minority of the class-conscious workers of Germany, that even with their one and a quarter million organised members they have not yet been able to draw into their ranks one-half of those already aroused by social democracy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The most important conclusion to be drawn from the facts above cited is that the complete unity of the trade-union and the social democratic movements, which is absolutely necessary for the coming mass struggles in Germany, is actually here, and that it is incorporated in the wide mass which forms the basis at once of social democracy and trade-unionism, and in whole consciousness both parts of the movement are mingled in a mental unity. The alleged antagonism between Social Democracy and trade unions shrinks to an antagonism between Social Democracy and a certain part of the trade-union officials, which is, however, at the same time an antagonism within the trade unions between this part of the trade-union leaders and the proletarian mass organized in trade unions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The rapid growth of trade-union movement in Germany in the course of the last fifteen years, especially in the period of great economic prosperity from 1895 to 1900 has brought with it a great independence of the trade-unions, a specialising of their methods of struggle, and finally the introduction of a regular trade-union officialdom. All these phenomena are quite understandable and natural historical products of the growth of the trade-unions in this fifteen-year period, and of the economic prosperity and political calm of Germany. They are, although inseparable from certain drawbacks, without doubt a historically necessary evil. But the dialectics of development also brings with it the circumstance that these necessary means of promoting trade-union growth become, on the contrary, obstacles to this further development at a certain stage of organisation and at a certain degree of ripeness of conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The specialisation of professional activity as trade-union leaders, as well as the naturally restricted horizon which is bound up with disconnected economic struggles in a peaceful period, leads only too easily, amongst trade-union officials, to bureaucratism and a certain narrowness of outlook. Both, however, express themselves in a whole series of tendencies which may be fateful in the highest degree for the future of the trade-union movement. There is first of all the overvaluation of the organisation, which from a means has gradually been changed into an end in itself, a precious thing, to which the interests of the struggles should be subordinated. From this also comes that openly admitted need for peace which shrinks from great risks and presumed dangers to the stability of the trade-unions, and further, the overvaluation of the trade-union method of struggle itself, its prospects and its successes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The trade-union leaders, constantly absorbed in the economic guerrilla war whose plausible task it is to make the workers place the highest value on the smallest economic achievement, every increase in wages and shortening of the working day, gradually lose the power of seeing the larger connections and of taking a survey of the whole position. Only in this way can one explain why many trade-union leaders refer with the greatest satisfaction to the achievements of the last fifteen years, instead of, on the contrary, emphasising the other side of the medal ; the simultaneous and immense reduction of the proletarian standard of life by land usury, by the whole tax and customs policy, by landlord rapacity which has increased house rents to such an exorbitant extent, in short, by all the objective tendencies of bourgeois policy which have largely neutralised the advantages of the fifteen years of trade-union struggle. From the whole social democratic truth which, while emphasising the importance of the present work and its absolute necessity, attaches the chief importance to the criticism and the limits to this work, the half trade-union truth is taken which emphasises only the positive side of the daily struggle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And finally, from the concealment of the objective limits drawn by the bourgeois social order to the trade-union struggle, there arises a hostility to every theoretical criticism which refers to these limits in connection with the ultimate aims of the labour movement. Fulsome flattery and boundless optimism are considered to be the duty of every &#8220;friend of the trade-union movement.&#8221; But as the social democratic standpoint consists precisely in fighting against uncritical parliamentary optimism, a front is at last made against the social democratic theory : men grope for a &#8220;new trade-union theory,&#8221; that is, a theory which would open an illimitable vista of economic progress to the trade-union struggle within the capitalist system, in opposition to the social democratic doctrine. Such a theory has indeed existed for some time &#8211; the theory of Professor Sombart which was promulgated with the express intention of driving a wedge between the trade-unions and the social democracy in Germany, and of enticing the trade-unions over to the bourgeois position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In close connection with these theoretical tendencies is a revolution of leaders and rank-and-file. In place of the direction by colleagues through local committees, with their admitted inadequacy, there appears the business-like direction of the trade-union officials. The initiative and the power of making decisions thereby devolve upon trade-union specialists, so to speak, and the more passive virtue of discipline upon the mass of members. This dark side of officialdom also assuredly conceals considerable dangers for the party, as from the latest innovation, the institution of local party secretaries, it can quite easily result, if the social democratic mass is not careful that these secretariats may remain mere organs for carrying out decisions and not be regarded in any way the appointed bearers of the initiative and of the direction of local party life. But by the nature of the case, by the character of the political struggle, there are narrow bounds drawn to bureaucratism in social democracy as in trade-union life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But here the technical specialising of wage struggles as, for example, the conclusion of intricate tariff agreements and for the like, frequently means that the mass of organised workers are prohibited from taking a &#8220;survey of the whole industrial life,&#8221; and their incapacity for taking decisions is thereby established. A consequence of this conception is the argument with which every theoretical criticism of the prospects and possibilities of trade-union practice is tabooed and which alleges that it represents a danger to the pious trade-union sentiment of the masses. From this, a point of view has been developed, that it is only by blind, child-like faith in the efficacy of the trade-union struggle that the working masses can be won and held for the organisation. In contradistinction to social democracy which bases its influence on the unity of the masses amidst the contradictions of the existing order and in the complicated character of its development, and on the critical attitude of the masses to all factors and stages of their own class struggle, the influence and the power of the trade-unions are founded upon the upside-down theory of the incapacity of the masses for criticism and decision. &#8220;The faith of the people must be maintained&#8221; &#8211; that is the fundamental principle, acting upon which many trade-union officials stamp as attempts on the life of this movement, all criticisms of the objective inadequacy of trade-unionism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;And finally, a result of all this specialisation and this bureaucratism amongst trade-union officials is the great independence and the &#8220;neutrality&#8221; of the trade-unions in relation to social democracy. The extreme independence of the trade-union organisation is a natural result of its growth, as a relation which has grown out of the technical division of work between the political and the trade-union forms of struggle. The &#8220;neutrality&#8221; of the German trade-unions, on its part, arose as a product of the reactionary trade-union legislation of the Prusso-German police state. With time, both aspects of their nature have altered. From the condition of political &#8220;neutrality&#8221; of the trade-unions imposed by the police, a theory of their voluntary neutrality has been evolved as a necessity founded upon the alleged nature of the trade-union struggle itself. And the technical independence of the trade-unions which should rest upon the division of work in the unified social democratic class struggle, the separation of the trade-unions from social democracy, from its views and its leadership, has been changed into the so-called equal authority of trade-unions and social democracy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The appearance of separation and equality of trade-unions and social democracy is, however, incorporated chiefly in the trade-union officials, and strengthened through the managing apparatus of the trade-unions. Outwardly, by the co-existence of a complete staff of trade-union officials, of a wholly independent central committee, of numerous professional press, and finally of a trade-union congress, the illusion is created of an exact parallel with the managing apparatus of the social democracy, the party executive, the party press and the party conference. This illusion of equality between social democracy and the trade-union had led to, amongst other things, the monstrous spectacle that, in part, quite analogous agendas are discussed at social democratic conferences and trade-union congresses, and that on the same questions different, and even diametrically opposite, decisions are taken. From the natural division of work between the party conference (which represents the general interests ans tasks of the labour movement), and the trade-union congress (which deals with the much narrower sphere of social questions and interests) the artificial division has been made of a pretended trade-union and a social democratic outlook in relation to the same general questions and interests of the labour movement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thus the peculiar position has arisen that this same trade-union movement which below, in the wide proletarian masses, is absolutely one with social democracy, parts abruptly from it above, in the super-structure of management, and sets itself up as an independent great power. The German labour movement therefore assumes the peculiar form of a double pyramid whose base and body consist of one solid mass but whose apexes are wide apart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is clear from this presentation of the case in what way alone in a natural and successful manner that compact unity of the German labour movement can be attained which, in view of the coming political class struggles and of the peculiar interests of the further development of the trade-unions, is indispensably necessary. Nothing could be more perverse or more hopeless than to desire to attain the unity desired by means of sporadic and periodical negotiations on individual questions affecting the labour movement between the Social Democratic Party leadership the trade-union central committees. It is just the highest circles of both forms of the labour movement, which as we have seen, incorporate their separation and self-sufficiency, which are themselves, therefore, the promoters of the illusion of the &#8220;equal authority&#8221; and of the parallel existence of social democracy and trade-unionism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;To desire the unity of these through the union of the party executive and the general commission is to desire to build a bridge at the very spot where the distance is greater and the crossing more difficult. Not above, amongst the heads of the leading directing organisations and in their federative alliance, but below, amongst the organised proletarian masses, lies the guarantee of the real unity of the labour movement. In the consciousness of the million trade-unionists, the party and the trade unions are actually one, they represent in different forms the social democratic struggle for the emancipation of the proletariat. And the necessity automatically arises therefrom of removing any causes of friction which have arisen between the social democracy and a part of the trade unions, of adapting their mutual relation to the consciousness of the proletarian masses, that is, of re-joining the trade-unions to social democracy. The synthesis of the real development which led from the original incorporation of the trade-unions to their separation from social democracy will thereby be expressed, and the way will be peppered for the coming period of great proletarian mass struggles during the period of vigorous growth, of both trade-unions and social democracy and their reunion, in the interests of both, will become a necessity.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is not, of course, a question of the merging of the trade-union organisation in the party, but of the restoration of the unity of social democracy and the trade-unions which corresponds to the actual relation between the labour movement as a whole and its partial trade-union expression. Such a revolution will inevitably call forth a vigorous opposition from a part of the trade-union leadership. But it is high time for the working masses of social democracy to learn how to express their capacity for decision and action, and therewith to demonstrate their ripeness for that time of great struggles and great tasks in which they, the masses, will be the actual chorus and the directing bodies will merely act the &#8220;speaking parts,&#8221; that is, will only be the interpreters of the will of the masses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The trade-union movement is not that which is reflected in the quite understandable but irrational illusion of a minority of the trade-union leaders, but that which lives in the consciousness of the mass of proletarians who have been won for the class struggle. In this consciousness the trade-union movement is part of social democracy. &#8220;And what it is, that should it dare to appear.&#8221;&lt;br class='autobr' /&gt;
Footnote&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[1] As the existence of such a tendency within German social democracy is generally denied, one must be grateful for the candour with which the opportunist trend has recently formulated its real aims and wishes. At a party meeting in Mayence on September 10, 1909, the following revolution, proposed by Dr. David, was carried.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Whereas the Social Democratic Party interprets the term &#8216;revolution' not in the sense of violent overthrow, but in the peaceful sense of development, that is, the gradual realisation of a new economic principle, the public party meeting at Mayence repudiates every kind of revolutionary romance.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The meeting sees in the conquest of political power nothing but the winning over of the majority of the people to the ideas and demands of the social democracy ; a conquest which cannot be achieved by means of violence, but only by the revolutionising of the mind by means of intellectual propaganda and practical reform work in all spheres of political, economic and social life.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;In the conviction that social democracy flourishes far better when it employs legal means that when it relies on illegal means and revolution, the meeting repudiates &#8216;direct mass action' as a tactical principle, and holds fast to the principle of &#8216;parliamentary reform action,' that is, it desires that the party in the future as in the past, shall earnestly endeavour to achieve its aims by legislation and gradual organisational development.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;The indispensable condition for this reformist method of struggle is that the possibility of participation of the dispossessed masses of the people in the legislation of the empire and of the individual states shall not be lessened but increased to the fullest possible extent. For this reason, the meeting declares it to be an incontestable right of the working class to withhold its labour for a longer or shorter period to ward off attacks on its legal rights and to gain further rights, when all other means fail.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;But as the political mass strike can only be victoriously carried through when kept within strictly legal limits and when the strikers give no reasonable excuse to the authorities to resort to armed force, the meeting perceives the only necessary and real preparation for the exercise of this method of struggle in the further extension of the political, trade-union and co-operative organisations. Because only in this way can the conditions be created amongst the wide masses of the people which can guarantee the successful prosecution of a mass strike : conscious discipline and adequate economic support.&#8221;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Plato and Socrates : what divergences</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Socrate</dc:subject>

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&lt;p&gt;Plato and Socrates : what personal, philosophical, political and social differences and divergences ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Plato often hides behind Socrates to spread his own theses and it is not easy to distinguish, knowing that Socrates never wanted to write anything. Both seem to claim dialectics, maieutics, reasoning, an ideal of scientific knowledge (the search for truth), an ideal of human behavior (the search for happiness through virtue), wisdom, the practice of philosophy, knowledge through critical (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique88" rel="directory"&gt;20- ENGLISH - MATERIAL AND REVOLUTION&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plato and Socrates : what personal, philosophical, political and social differences and divergences ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plato often hides behind Socrates to spread his own theses and it is not easy to distinguish, knowing that Socrates never wanted to write anything. Both seem to claim dialectics, maieutics, reasoning, an ideal of scientific knowledge (the search for truth), an ideal of human behavior (the search for happiness through virtue), wisdom, the practice of philosophy, knowledge through critical analysis, the rejection of pure sophistry, the need to define concepts, the distinction between appearance and reality, the need to verify even the most deeply held beliefs, the contradictory nature of experience (both sensitive and wary of the limits of the senses, both objective and subjective, methodical and devoid of method, based on knowledge and false beliefs, etc.), the use of dichotomies without being enslaved by them and seeing them everywhere, the need to study trades and arts professionally...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If we want to briefly summarize what Socrates and Plato oppose on all levels, personal, philosophical, scientific, intellectual, social and political, it suffices to say that Socrates is profoundly a revolutionary and Plato a conservative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates is against the emergence of state power in Athens, against its attempt to dominate all of Greece and the surrounding regions, against its dictatorship, even under the guise of &#034;democracy,&#034; against any personal participation in state power, even when his own friends participate, against war and the cult of warriors, and Plato takes the exact opposite position, even participating in state power, which represents the first direct and public break between the two. This is an indisputable element, precisely because it was the subject of a public discussion and led the two to announce that they publicly diverged. In fact, in this public debate, they remained at moderate statements, with Socrates not publicly claiming to be a revolutionary, a supporter of the overthrow of state power, while Plato proclaims that he is a supporter of a systematic policy of strengthening state power and particularly the warrior caste ! He will later theorize this in his &#034;Republic.&#034; His willingness to build clandestine discussion circles and his links with other revolutionaries like Zeno bear witness to this.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Not only does Socrates not want to participate in state power, but he refuses to participate in the &#034;democratic&#034; institutions that cover this dictatorship. He even rejects the social foundations of this class power, and first of all slavery, while Plato does not even fight it. Plato belongs, by birth, to the propertied class and does not break with this social milieu. Socrates, on the other hand, does not want to practice any institutionalized profession, not even that of teacher, philosopher, or sophist. During the warlike episodes in which he participated, he held responsibilities at the level of a general but refused to accept them later, playing the modest man in front of his comrades. He gives himself the appearance of a man who lives off the help of his friends, who does not want to build any university around him, but only to take part in private debates, for the simple pleasure of the participants. Plato, on the contrary, wants to establish an official school. Socrates does not want to leave behind writings that betray his revolutionary goals. Plato, on the contrary, leaves writings which claim to express the views of Socrates, while the latter, during his lifetime and in public, rejects Plato's writings and their claim to give him a voice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;But this question, however burning it may be (one does not easily oppose the dictatorship of Athens by being an Athenian citizen !), is not the only or the main divergence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Throughout his life, Plato built a religion that would herald Christianity, while Socrates fought against institutional or state religions, or at least public ones, and only admitted private beliefs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates' thought is revolutionary and Plato's is conservative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;It is not by reading Plato that we learn this, nor even from other &#034;disciples&#034; of Socrates. On the contrary, it is by reading the violent adversaries of Socrates who teach us that Socrates was a communist, a follower of women's freedom, an opponent of slavery, affirmed that slaves had no particular nature differentiating them from free men, considered himself neither Greek nor a citizen of Athens, was a communist, was an opponent of private ownership of the means of production, refused to scorn foreigners, &#034;inferior&#034; and manual professions, etc. Yet none of these positions are found in Plato's texts, not even in the words attributed to Socrates !!! Plato does not cite any of these positions, not even to distance himself from them. He gives a watered-down version of the character of Socrates, far from the sulphurous revolutionary, feminist, communist, anti-statist, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristophanes, Socrates's violent adversary, traces his revolutionary positions much better than Plato. This author describes, in his plays against Socrates, a man inclined to study experiments, natural sciences, and not only abstract thoughts, notably mathematics, which only Plato cultivates, full of the religious body/soul dualism that Socrates did not defend. There is no evidence that Socrates places the soul in a world other than the body, nor abstract sciences above experimental sciences, nor any religious dualism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moreover, Socrates took a stand against religions, for which reason he was condemned to death, while Plato was the builder of a religious thought, close to what Christianity would be, with a good and super-powerful creator.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;When Socrates was condemned to death, all his friends in Athens were in the hot seat and felt compelled to present Socrates as a victim of an unjust misunderstanding, which he was not at all. The propertied classes of Athens knowingly condemned him to death, not for the crime of philosophical or religious opinion, but for revolutionary activities against power and the social system. Plato was certainly not only a philosophical but also a political and revolutionary follower as a young adolescent, but this did not last, and as soon as he had an opportunity to participate in political power, he seized it.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates had nothing to do with the government of the Thirty Tyrants and did not support the tyranny, even refusing to obey its orders at the risk of his life. Socrates never envisioned his group participating in this government of the Thirty Tyrants. He even dissuaded Plato, who had briefly set foot there.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;An example of the opposing attitudes of Plato and Socrates towards the power of the Thirty in Athens&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If Socrates was disappointed by his young disciple, Plato, the latter after a somewhat left-wing youth revolt, having quickly fallen back into his original social rut, Plato himself trained Aristotle, a true theoretician of counter-revolution alongside the possessing classes and trainer of monarchs !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In his &#034;Laws,&#034; Plato treats with the utmost severity those in his ideal city who do not conform to the religious rules respected by the city. He is therefore in favor of a state religion imposed on citizens, an idea that is the antithesis of the positions taken by Socrates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In terms of his conception of the philosopher, Plato is as far removed from Socrates as possible. The former claims to be a fount of knowledge, the holder of knowledge, and the latter claims to know nothing, meaning that he in no way claims to know more than others, but rather to be a seeker of truths who is primarily concerned with his research and not with holding knowledge as private property, like one who possesses libraries of unobtainable works.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For Socrates, knowledge as the accumulation of knowledge is worthless, or at least, it does not replace personal reflection. To each according to his questions. The answer can be very different from one person to another, from one society to another, from one class to another. Socrates did not consider that there was only one notion of good. He only noted that men managed to communicate through language, because they shared something through words. And it was this something that he was looking for, because it seemed to him to represent deeper truths than immediate images. A definitive morality for all was not in Socrates' mind, contrary to your conception, Plato. Defining it and then imposing it on everyone was even further from his conception. Personal morality must be produced by each individual, but this is not enough, according to Socrates, to resolve the question of the goals of society as a whole. Nor does society exist once and for all, nor is it as men wish. Plato, you try to bridge this great distance between individuals and society by taking states corresponding to cities with small populations, but the leap is no less significant, to go from individuals to society. It is not the sum of individuals, and it is not enough for each individual to try to follow the morality of virtue for society to be organized in the same direction. Socrates did not refuse to ask the question in global, social and political terms, but he did not do so entirely publicly and not at all in writing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates once had the opportunity to play a role in public politics. Threatened with death, Athens recovered in a final burst, promising, at Socrates' initiative, citizenship to metics and slaves to form a fleet that defeated Callicratidas at the Battle of the Arginusae. This success was, however, tarnished by the execution of the victorious strategists (including Pericles the Younger and Thrasyllus). Athens, in a fit of anger under pressure from demagogues, therefore eliminated its best generals. It was out of disapproval of these decisions that Socrates permanently withdrew from public political life.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates' refusal to participate in public life and to write down his thoughts does not primarily have a philosophical cause, but a political one. Socrates is not silent, but he does not disseminate his philosophical lessons in writing for political reasons. There is neither a fear nor a rejection of politics on his part. He has his own goals and, therefore, his own political method. This is not discretion in general, since he has distinguished himself by his opposition to power and his refusal to participate in it, his rejection of money, his refusal to endorse all the unjust acts to which all powers have invited him. For example, he publicly stands up to a delirious Assembly in the trial of the generals of Arginusae. He refuses to obey the Thirty Tyrants who ordered him to go and arrest Leo of Salamis, an innocent man who was to be condemned to death. He also refuses to endorse the false democracy that succeeds tyranny. He even refuses to play the conventional game of trials, the charade of pleading guilty, of regrets, of offers of a fine to pay, which would have allowed him to avoid being sentenced to death. And he will also refuse to flee, a completely possible and morally defensible escape to save himself from an unjust and fabricated sentence. He is sentenced to death at the age of seventy for having diverted the children of the ruling classes from the dominant ideology and, in particular, from religion. This is not a miscarriage of justice, it is not a political error by Athens, it is not a personal revenge. It is simply the end of a revolutionary attempt that failed. It is that it hides, more deeply, the reproach of having tried to divert children of the ruling class to win them over to an ideology of abolishing social classes : communism. Socrates calls into question many things : patriotism, religion, machismo, contempt for and oppression of women, exploitation of children, contempt for the poor and poverty, corruption of the rich and worship of wealth, social foundation based on individual interest against that of the community, etc. Socrates said : &#034;The City, where those who must hold power are least desirous of power, is necessarily the one which is best and most peacefully run.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates was very far from the dualistic philosophy of good and evil. Socrates said to Euthydemus : &#034;First, I consider health as a good and illness as an evil ; and then, if I consider the cause of these two states, I believe that drinks, foods, activities are all good when they bring health, and evils when they bring illness. Consequently, health and illness will be in themselves goods when they bring good and evils when they cause harm.&#034; Euthydemus, still not convinced, replied : &#034;But how could health cause harm ?&#034; And Socrates replied : &#034;Oh, by Jupiter, those who are strong take part in a bad expedition, and they perish, while those who are weak stay and are alive ! Good athletes will participate in increasingly difficult competitions which will eventually make them sick. Their good health will turn out to be an evil. &#187; Euthydemus insisted : &#034;But is knowledge a good and ignorance an evil ? Is wealth a good and poverty an evil ? Is happiness a good and unhappiness an evil ?&#034; One is so rich that he ends up ruined. Another is so poor that he invents a way out and becomes very rich. One has such extensive knowledge that he ends up disturbing the powerful and is eliminated. Another is so ignorant that, arrested during a riot, he is released because he is deemed harmless. And what did Socrates do ? He gave multiple examples, according to which good turns into evil and evil into good. He was therefore very far from wanting to spread a philosophy of the diametric opposition of Good and Evil ! It is rather the permanent and dynamic internal contradiction that Socrates studied. Thus, a man who wanted to govern for the good of the people became a politician and governed violently&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The essential thing is that Socrates' dialectic does not just oppose opposites but composes them, binds them, makes them indispensable to one another, and therefore it is anything but a dualism &#224; la Plato which conceives of a perfectible and perishable material world and a world of souls, forms and ideas, perfect and immutable...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Why forget Socrates who, seeing a master who had harshly punished his servant, said to him : &#034;I wonder who deserves to be punished more, you or your servant !&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates always spoke of man, not just of citizens, including foreigners and slaves. And he also fought for women's freedom. To take just one example of the Athenian mentality on this point, let us recall Sophocles, who wrote in his play &#034;Ajax&#034; : &#034;For a woman, her adornment is her silence.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates frequently cited examples of peoples among whom women had practiced the art of war with great success : the Amazons of ancient Greece, the women of certain regions of Mali, and, above all, the Scythian warriors. And he showed that these societies were in no way inferior to our own.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Why not recall that at all times, Socrates recounted that all his teachers in philosophy had been women. One of his teachers was Pericles's wife, herself ! And he proclaimed it to Athenians who were in no way ready to listen to him on this subject !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The one who proclaimed &#034;I am no one's master&#034; did not only mean that he abhorred having a parade of disciples who would follow him like sheep. He did not think only of the master and the disciple, but rather of the master and the slave ! This meant that slavery horrified him. While the way many of our citizens have found to live without working is to be maintained by investing in slaves who work in the mines and fields, Socrates always refused this means of providing for his needs. Just as he did not accept, like his fellow citizens, to hand over his feet to slaves to be washed with perfumed water while he lay lounging in bed. Let us recall that his greatest victory for Athens was achieved by proposing to foreigners, non-citizens of Athens, and to slaves to participate as free citizens in the battle. This is how we were able to defeat Callicratidas at the Battle of the Arginusae Islands. Socrates always rejected the possession of slaves to meet his needs. Charmides reminded us of this : he repeatedly tried to offer slaves to Socrates to help him materially, without success. Socrates, several times in public, denounced the searches for runaway slaves launched by citizens of Athens. Even beyond the question of slavery, Socrates questioned the entire economic and social system that was triumphing : the accumulation of wealth at one pole, of misery at the other, the growth of social dictatorship under the guise of political democracy, the growing oppression of formerly free and independent cities, the share given to the plundering of the wealth of ever-larger territories while the wealth acquired through work diminished, the growing corruption and the vices associated with it becoming the new virtue of Athens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrates freed a large number of slaves. Phaedo of Elis knows something about this, having been kidnapped by pirates and sold into slavery, and whom Socrates had freed by an Athenian landowner. He did not only undertake individual liberations, since he took advantage of an exceptional threat against the city to free all the slaves who agreed to take up arms alongside the citizens and to grant them freedom and the status of citizens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plato never took such positions, neither on women, nor on foreigners, nor on slaves, nor on the wars of Athens, nor on state power, and he even had completely opposite opinions on these questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In short, between Plato and Socrates, there is indeed the gap from the conservative to the revolutionary, from the dualist (body and mind) to the monist, from the thinker of freedom to the thinker of the State, from the atheist to the religious, from the student of natural sciences to the defender of the theory of forms according to which abstract thought (forms, ideas) dominates material objects which are only a pale imitation of perfection of the mathematical and religious type...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Histoire de la philosophie de Socrate, par Diderot dans l'Encyclop&#233;die</title>
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		<dc:date>2025-04-18T22:41:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Socrate</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Diderot</dc:subject>

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&lt;p&gt;Histoire de la philosophie de Socrate, par Diderot dans l'Encyclop&#233;die &lt;br class='autobr' /&gt;
Le syst&#232;me du monde &amp; les ph&#233;nomenes de la nature avoient &#233;t&#233;, jusqu'&#224; Socrate, l'objet de la m&#233;ditation des philosophes. Ils avoient n&#233;glig&#233; l'&#233;tude de la morale. Ils croyoient que les principes nous en &#233;toient intimement connus, &amp; qu'il &#233;toit inutile d'entretenir de la distinction du bien &amp; du mal, celui dont la conscience &#233;toit muette. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute leur sagesse se r&#233;duisoit &#224; quelques sentences que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique17" rel="directory"&gt;Annexes philosophiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot172" rel="tag"&gt;Diderot&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Histoire de la philosophie de Socrate, par Diderot dans l'Encyclop&#233;die&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me du monde &amp; les ph&#233;nomenes de la nature avoient &#233;t&#233;, jusqu'&#224; Socrate, l'objet de la m&#233;ditation des philosophes. Ils avoient n&#233;glig&#233; l'&#233;tude de la morale. Ils croyoient que les principes nous en &#233;toient intimement connus, &amp; qu'il &#233;toit inutile d'entretenir de la distinction du bien &amp; du mal, celui dont la conscience &#233;toit muette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute leur sagesse se r&#233;duisoit &#224; quelques sentences que l'exp&#233;rience journaliere leur avoit dict&#233;es, &amp; qu'ils d&#233;bitoient dans l'occasion. Le seul Arch&#233;la&#252;s avoit entam&#233; dans son &#233;cole la question des m&#339;urs, mais sa m&#233;thode &#233;toit sans solidit&#233;, &amp; ses le&#231;ons furent sans succ&#232;s. Socrate son disciple, n&#233; avec une grande ame, un grand jugement, un esprit port&#233; aux choses importantes, &amp; d'une utilit&#233; g&#233;n&#233;rale &amp; premiere, vit qu'il falloit travailler par rendre les hommes bons, avant que de commencer &#224; les rendre savans ; que tandis qu'on avoit les yeux attach&#233;s aux astres, on ignoroit ce qui se passoit &#224; ses pi&#233;s ; qu'&#224; force d'habiter le ciel, on &#233;toit devenu &#233;tranger dans sa propre maison ; que l'entendement se perfectionnoit peut-&#234;tre, mais qu'on abandonnoit &#224; elle-m&#234;me la volont&#233; ; que le tems se perdoit en sp&#233;culations frivoles ; que l'homme vieillissoit, sans s'&#234;tre interrog&#233; sur le vrai bonheur de la vie, &amp; il ramena sur la terre la philosophie &#233;gar&#233;e dans les r&#233;gions du soleil. Il parla de l'ame, des passions, des vices, des vertus, de la beaut&#233; &amp; de la laideur morales, de la soci&#233;t&#233;, &amp; des autres objets qui ont une liaison imm&#233;diate avec nos actions &amp; notre f&#233;licit&#233;. Il montra une extr&#233;me libert&#233; dans sa fa&#231;on de penser. Il n'y eut aucune sorte d'int&#233;r&#234;t ou de terreurs qui ret&#238;nt la v&#233;rit&#233; dans sa bouche. Il n'&#233;couta que l'exp&#233;rience, la r&#233;flexion, &amp; la loi de l'honn&#234;te ; &amp; il m&#233;rita, parmi ceux qui l'avoient pr&#233;c&#233;d&#233;, le titre de philosophe par excellence, titre que ceux qui lui succ&#233;derent ne lui ravirent point. Il tira nos anc&#234;tres de l'ombre &amp; de la poussiere, &amp; il en fit des citoyens, des hommes d'&#233;tat. Ce projet ne pouvoit s'ex&#233;cuter sans p&#233;ril, parmi des brigands int&#233;resses &#224; perp&#233;tuer le vice, l'ignorance &amp; les pr&#233;jug&#233;s. Socrate le savoit ; mais qui est-ce qui &#233;toit capable d'intimider celui qui avoit plac&#233; ses esp&#233;rances au-del&#224; de ce monde, &amp; pour qui la vie n'&#233;toit qu'un lieu incommode qui le retenoit dans une prison, loin de sa v&#233;ritable patrie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon &amp; Platon, ses disciples, ses amis, les t&#233;moins &amp; les imitateurs de sa vertu, ont &#233;crit son histoire ; X&#233;nophon avec cette simplicit&#233; &amp; cette candeur qui lui &#233;toient propres, Platon avec plus de faste &amp; un attachement moins scrupuleux &#224; la v&#233;rit&#233;. Un jour que Socrate entendoit r&#233;citer un des dialogues de celui-ci ; c'&#233;toit, je crois, celui qu'il a intitul&#233; le lysis : &#244; dieux, s'&#233;cria l'homme de bien, les beaux mensonges que le jeune homme a dit de moi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristoxene, D&#233;m&#233;trius de Phalere, Panetius, Calisthene, &amp; d'autres s'&#233;toient aussi occup&#233;s des actions, des discours, des m&#339;urs, du caractere, &amp; de la vie de ce philosophe, mais leurs ouvrages ne nous sont pas parvenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ath&#233;nien Socrate naquit dans le village d'Alop&#233;, dans la soixante &amp; dix-septieme olympiade, la quatrieme ann&#233;e, &amp; le sixieme de thargelion, jour qui fut dans la suite marqu&#233; plus d'une fois par d'heureux &#233;v&#233;nemens, mais qu'aucun ne rendit plus m&#233;morable que sa naissance. Sophronisque son pere, &#233;toit statuaire, &amp; Phinarete sa mere, &#233;toit sage-femme. Sophronisque qui s'apper&#231;ut bien-t&#244;t que les dieux ne lui avoient pas donn&#233; un enfant ordinaire, alla les consulter sur son &#233;ducation. L'oracle lui r&#233;pondit, laisse-le faire, &amp; sacrifie &#224; Jupiter &amp; aux muses. Le bon homme oublia le conseil de l'oracle, &amp; mit le ciseau &#224; la main de son fils. Socrate, apr&#232;s la mort de son pere, fut oblig&#233; de renoncer &#224; son go&#251;t, &amp; d'exercer par indigence une profession &#224; laquelle il ne se sentoit point appell&#233; ; mais entra&#238;n&#233; &#224; la m&#233;ditation, le ciseau lui tomboit souvent des mains, &amp; il passoit les journ&#233;es appuy&#233; sur le marbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Criton, homme opulent &amp; philosophe, touch&#233; de ses talens, de sa candeur &amp; de sa misere, le prit en amiti&#233;, lui fournit les choses n&#233;cessaires &#224; la vie, lui donna des ma&#238;tres, &amp; lui confia l'&#233;ducation de ses enfans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate entendit Anaxagoras, &#233;tudia sous Arch&#233;la&#252;s, qui le ch&#233;rit, apprit la musique de Damon, se forma &#224; l'art oratoire aupr&#232;s du sophiste Prodicus, &#224; la po&#233;sie sur les conseils d'Evenus, &#224; la g&#233;om&#233;trie avec Th&#233;odore, &amp; se perfectionna par le commerce de Diotime &amp; d'Aspasie, deux femmes dont le m&#233;rite s'est fait distinguer chez la nation du monde ancien la plus polie, dans son siecle le plus c&#233;lebre &amp; le plus &#233;clair&#233;, &amp; au milieu des hommes du premier g&#233;nie. Il ne voyagea point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne crut point que sa profession de philosophe le dispens&#226;t des devoirs p&#233;rilleux du citoyen. Il quitta ses amis, sa solitude, ses livres, pour prendre les armes, &amp; il servit pendant trois ans dans la guerre cruelle d'Ath&#232;nes &amp; de Lac&#233;d&#233;mone ; il assista au siege de Potid&#233;e &#224; c&#244;t&#233; d'Alcibiade, o&#249; personne, au jugement de celui-ci, ne se montra ni plus patient dans la fatigue, la soif &amp; la faim, ni plus serein. Il marchoit les pi&#233;s nuds sur la glace ; il se pr&#233;cipita au milieu des ennemis, &amp; couvrit la retraite d'Alcibiade, qui avoit &#233;t&#233; bless&#233;, &amp; qui seroit mort dans la m&#234;l&#233;e. Il ne se contenta pas de sauver la vie &#224; son ami ; apr&#232;s l'action, il lui fit adjuger le prix de bravoure, qui lui avoit &#233;t&#233; d&#233;cern&#233;. Il lui arriva plusieurs fois dans cette campagne de passer deux jours entiers de suite immobile &#224; son poste, &amp; absorb&#233; dans la m&#233;ditation. Les Ath&#233;niens furent malheureux au siege de Delium : X&#233;nophon renvers&#233; de son cheval y auroit perdu la vie, si Socrate, qui combattoit &#224; pi&#233;, ne l'e&#251;t pris sur ses &#233;paules, &amp; ne l'e&#251;t port&#233; hors de l'atteinte de l'ennemi. Il marcha sous ce fardeau non comme un homme qui fuit, mais comme un homme qui compte ses pas &amp; qui mesure le terrein. Il avoit le visage tourn&#233; &#224; l'ennemi, &amp; on lui remarquoit tant d'intr&#233;pidit&#233;, qu'on n'osa ni l'attaquer ni le suivre. Averti par son d&#233;mon, ou le pressentiment secret de sa prudence, il d&#233;livra dans une autre circonstance Alcibiade &amp; Loch&#232;s d'un danger dont les suites devinrent funestes &#224; plusieurs. Il ne se comporta pas avec moins d'honneur au siege d'Amphipolis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corruption avoit gagn&#233; toutes les parties de l'administration des affaires publiques ; les Ath&#233;niens g&#233;missoient sous la tyrannie ; Socrate ne voyoit &#224; entrer dans la magistrature que des p&#233;rils &#224; courir, sans aucun bien &#224; faire : mais il fallut sacrifier sa r&#233;pugnance au v&#339;u de sa tribu, &amp; paro&#238;tre au s&#233;nat. Il &#233;toit alors d'un &#226;ge assez avanc&#233; ; il porta dans ce nouvel &#233;tat sa justice &amp; sa fermet&#233; accoutum&#233;es. Les tyrans ne lui en imposerent point ; il ne cessa de leur reprocher leurs vexations &amp; leurs crimes ; il brava leur puissance : falloit-il souscrire au jugement de quelque innocent qu'ils avoient condamn&#233;, il disoit je ne sais pas &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne fut pas moins admirable dans sa vie priv&#233;e ; jamais homme ne fut n&#233; plus sobre ni plus chaste : ni les chaleurs de l'&#233;t&#233;, ni les froids rigoureux de l'hiver, ne suspendirent ses exercices. Il n'agissoit point sans avoir invoqu&#233; le ciel. Il ne nuisit pas m&#234;me &#224; ses ennemis. On le trouva toujours pr&#234;t &#224; servir. Il ne s'en tenoit pas au bien, il se proposoit le mieux en tout. Personne n'eut le jugement des circonstances &amp; des choses plus s&#251;r &amp; plus sain. Il n'y avoit rien dans sa conduite dont il ne p&#251;t &amp; ne se compl&#251;t &#224; rendre raison. Il avoit l'&#339;il ouvert sur ses amis ; il les reprenoit parce qu'ils lui &#233;toient chers ; il les encourageoit &#224; la vertu par son exemple, par ses discours ; &amp; il fut pendant toute sa vie le modele d'un homme tr&#232;s-accompli &amp; tr&#232;s-heureux. Si l'emploi de ses momens nous &#233;toit plus connu, peut-&#234;tre nous d&#233;montreroit-il mieux qu'aucun raisonnement, que pour notre bonheur dans ce monde, nous n'avons rien de mieux &#224; faire que de pratiquer la vertu ; these importante qui comprend toute la morale, &amp; qui n'a point encore &#233;t&#233; prouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;parer les ravages que la peste avoit faits, les Ath&#233;niens permirent aux citoyens de prendre deux femmes ; il en joignit une seconde par commis&#233;ration pour sa misere, &#224; celle qu'il s'&#233;toit auparavant choisie par inclination. L'une &#233;toit fille d'Aristide, &amp; s'appelloit Mirtus, &amp; l'autre &#233;toit n&#233;e d'un citoyen obscur, &amp; s'appelloit Xantippe. Les humeurs capricieuses de celle-ci donnerent un long exercice &#224; la philosophie de son &#233;poux. Quand je la pris, disoit Socrate &#224; Antisthene, je connus qu'il n'y auroit personne avec qui je ne pusse vivre si je pouvois la supporter ; je voulois avoir dans ma maison quelqu'un qui me rappell&#226;t sans cesse l'indulgence que je dois &#224; tous les hommes, &amp; que j'en attens pour moi. Et &#224; Lamprocle son fils : Vous vous plaignez de votre mere ! &amp; elle vous a con&#231;u, port&#233; dans son sein, alait&#233;, soign&#233;, nourri, instruit, &#233;lev&#233; ? A combien de p&#233;rils ne l'avez-vous pas expos&#233;e ? combien de chagrins, de soucis, de soins, de travail, de peines ne lui avez-vous pas co&#251;t&#233; ?&#8230; Il est vrai, elle a fait &amp; souffert &amp; plus peut-&#234;tre encore que vous ne dites ; mais elle est si dure, si f&#233;roce&#8230; Lequel des deux, mon fils, vous paro&#238;t le plus difficile &#224; supporter, ou de la f&#233;rocit&#233; d'une b&#234;te, ou de la f&#233;rocit&#233; d'une mere ?&#8230; Celle d'une mere&#8230; D'une mere ! la v&#244;tre vous a-t-elle frapp&#233;, mordu, d&#233;chir&#233; ? en avez-vous rien &#233;prouv&#233; de ce que les b&#234;tes f&#233;roces font assez commun&#233;ment aux hommes ?&#8230; Non ; mais elle tient des propos qu'on ne dig&#233;reroit de personne, y all&#226;t-il de la vie&#8230; J'en conviens ; mais &#234;tes-vous en reste avec elle ? &amp; y a-t-il quelqu'un au monde qui vous e&#251;t pardonn&#233; les mauvais discours que vous avez tenus, les actions mauvaises, ridicules ou folles que vous avez commises, &amp; tout ce qu'il a fallu qu'elle endur&#226;t de vous la nuit, le jour, &#224; chaque instant depuis que vous &#234;tes n&#233;, jusqu'&#224; l'&#226;ge que vous avez ? Qui est-ce qui vous e&#251;t soign&#233; dans vos infirmit&#233;s comme elle ? Qui est ce qui e&#251;t trembl&#233; pour vos jours comme elle ? Il arrive &#224; votre mere de parler mal ; mais elle ne met elle-m&#234;me aucune valeur a ce qu'elle dit : dans sa colere m&#234;me vous avez son c&#339;ur : elle vous souhaite le bien. Mon fils, l'injustice est de votre c&#244;t&#233;. Croyez-vous qu'elle ne f&#251;t pas d&#233;sol&#233;e du moindre accident qui vous arriveroit ?&#8230; Je le crois&#8230; Qu'elle ne se r&#233;duis&#238;t pas &#224; la misere pour vous en tirer ?&#8230; Je le crois&#8230; Qu'elle ne s'arrach&#226;t pas le pain de la bouche pour vous le donner ?&#8230; Je le crois&#8230; Qu'elle ne sacrifi&#226;t pas sa vie pour la v&#244;tre ?&#8230; Je le crois&#8230; Que c'est pour vous &amp; non pour elle qu'elle s'adresse sans cesse aux dieux ?&#8230; Que c'est pour moi&#8230; Et vous la trouvez dure, f&#233;roce, &amp; vous vous en plaignez. Ah, mon fils, ce n'est pas votre mere qui est mauvaise, c'est vous ! je vous le r&#233;pete, l'injustice est de votre c&#244;t&#233;&#8230; Quel homme ! quel citoyen ! quel magistrat ! quel &#233;poux ! quel pere ! Moins Xantippe m&#233;ritoit cet apologue, plus il faut admirer Socrate. Ah, Socrate, je te ressemble peu ; mais du-moins tu me fais pleurer d'admiration &amp; de joie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate ne se croyoit point sur la terre pour lui seul &amp; pour les siens ; il vouloit &#234;tre utile &#224; tous, s'il le pouvoit, mais sur-tout aux jeunes gens, en qui il esp&#233;roit trouver moins d'obstacles au bien. Il leur &#244;toit leurs pr&#233;jug&#233;s. Il leur faisoit aimer la v&#233;rit&#233;. Il leur inspiroit le go&#251;t de la vertu. Il fr&#233;quentoit les lieux de leurs amusemens. Il alloit les chercher. On le voyoit sans cesse au milieu d'eux, dans les rues, dans les places publiques, dans les jardins, aux bains, aux gymnases, &#224; la promenade. Il parloit devant tout le monde ; s'approchoit &amp; l'&#233;coutoit qui vouloit. Il faisoit un usage &#233;tonnant de l'ironie &amp; de l'induction ; de l'ironie, qui d&#233;voiloit sans effort le ridicule des opinions ; de l'induction, qui de questions &#233;loign&#233;es en questions &#233;loign&#233;es, vous conduisoit imperceptiblement &#224; l'aveu de la chose m&#234;me qu'on nioit. Ajoutez &#224; cela le charme d'une &#233;locution pure, simple, facile, enjou&#233;e ; la finesse des id&#233;es, les graces, la l&#233;geret&#233; &amp; la d&#233;licatesse particuliere &#224; sa nation, une modestie surprenante, l'attention scrupuleuse &#224; ne point offenser, &#224; ne point avilir, &#224; ne point humilier, &#224; ne point contrister. On se faisoit honneur &#224; tout moment de son esprit. &#171; J'imite ma mere, disoit-il, elle n'&#233;toit pas f&#233;conde ; mais elle avoit l'art de soulager les femmes f&#233;condes, &amp; d'amener &#224; la lumiere le fruit qu'elles renfermoient dans leurs seins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sophistes n'eurent point un fl&#233;au plus redoutable. Ses jeunes auditeurs se firent insensiblement &#224; sa m&#233;thode, &amp; bien-t&#244;t ils exercerent le talent de l'ironie &amp; de l'induction d'une maniere tr&#232;s-incommode pour les faux orateurs, les mauvais po&#235;tes, les pr&#233;tendus philosophes, les grands injustes &amp; orgueilleux. Il n'y eut aucune sorte de folie &#233;pargn&#233;e, ni celles des pr&#234;tres, ni celles des artistes, ni celles des magistrats. La chaleur d'une jeunesse enthousiaste &amp; fol&#226;tre suscita des haines de tous c&#244;t&#233;s &#224; celui qui l'instruisoit. Ces haines s'accrurent &amp; se multiplierent. Socrate les m&#233;prisa ; peu inquiet d'&#234;tre ha&#239;, jou&#233;, calomni&#233;, pourvu qu'il f&#251;t innocent. Cependant il en devint la victime. Sa philosophie n'&#233;toit pas une affaire d'ostentation &amp; de parade, mais de courage &amp; de pratique. Apollon disoit de lui : &#171; Sophocle est sage, Euripide est plus sage que Sophocle ; mais Socrate est le plus sage de tous les hommes &#187;. Les sophistes se vantoient de savoir tout ; Socrate, de ne savoir qu'une chose, c'est qu'il ne savoit rien. Il se m&#233;nageoit ainsi l'avantage de les interroger, de les embarrasser &amp; de les confondre de la maniere la plus s&#251;re &amp; la plus honteuse pour eux. D'ailleurs cet homme d'une prudence &amp; d'une exp&#233;rience consomm&#233;e, qui avoit tant &#233;cout&#233;, tant lu, tant m&#233;dit&#233;, s'&#233;toit ais&#233;ment apper&#231;u que la v&#233;rit&#233; est comme un fil qui part d'une extr&#233;mit&#233; des t&#233;nebres &amp; se perd de l'autre dans les t&#233;nebres ; &amp; que dans toute question, la lumiere s'accroit par degr&#233;s jusqu'&#224; un certain terme plac&#233; sur la longueur du fil d&#233;li&#233;, au-del&#224; duquel elle s'affoiblit peu &#224; peu &amp; s'&#233;teint. Le philosophe est celui qui sait s'arr&#234;ter juste ; le sophiste imprudent marche toujours, &amp; s'&#233;gare lui-m&#234;me &amp; les autres : toute sa dialectique se resout en incertitudes. C'est une le&#231;on que Socrate donnoit sans cesse aux sophistes de son tems, &amp; dont ils ne profiterent point. Ils s'&#233;loignoient de lui m&#233;contens sans savoir pourquoi. Ils n'avoient qu'&#224; revenir sur la question qu'ils avoient agit&#233;e avec lui, &amp; ils se seroient apper&#231;us qu'ils s'&#233;toient laiss&#233;s entra&#238;ner au-del&#224; du point indivisible &amp; lumineux, terme de notre foible raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'accusa d'impi&#233;t&#233; ; &amp; il faut avouer que sa religion n'&#233;toit pas celle de son pays. Il m&#233;prisa les dieux &amp; les superstitions de la Grece. Il eut en piti&#233; leurs mysteres. Il s'&#233;toit &#233;lev&#233; par la seule force de son g&#233;nie &#224; la connoissance de l'unit&#233; de la divinit&#233;, &amp; il eut le courage de r&#233;veler cette dangereuse v&#233;rit&#233; &#224; ses disciples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir plac&#233; son bonheur pr&#233;sent &amp; &#224; venir dans la pratique de la vertu, &amp; la pratique de la vertu dans l'observation des lois naturelles &amp; politiques, rien ne fut capable de l'en &#233;carter. Les &#233;v&#233;nemens les plus f&#226;cheux, loin d'&#233;tonner son courage, n'alt&#233;rerent pas m&#234;me sa s&#233;r&#233;nit&#233;. Il arracha au suplice les dix juges que les tyrans avoient condamn&#233;s. Il ne voulut point se sauver de la prison. Il apprit en souriant l'arr&#234;t de sa mort. Sa vie est pleine de ces traits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m&#233;prisa les injures. Le m&#233;pris &amp; le pardon de l'injure qui sont des vertus du chr&#233;tien, sont la vengeance du philosophe. Il garda la temp&#233;rance la plus rigoureuse, rapportant l'usage des choses que la nature nous a destin&#233;es &#224; la conservation &amp; non &#224; la volupt&#233;. Il disoit que moins l'homme a de besoins, plus sa condition est voisine de celle des dieux ; il &#233;toit pauvre, &amp; jamais sa femme ne put le d&#233;terminer &#224; recevoir les pr&#233;sens d'Alcibiade &amp; des hommes puissans dont il &#233;toit honor&#233;. Il regardoit la justice comme la premiere des vertus. Sa bienfaisance, semblable &#224; celle de l'Etre supr&#232;me, &#233;toit sans exception. Il d&#233;testoit la flatterie. Il aimoit la beaut&#233; dans les hommes &amp; dans les femmes, mais il n'en fut point l'esclave : c'&#233;toit un go&#251;t innocent &amp; honn&#234;te, qu'Aristophane m&#234;me, ce vil instrument de ses ennemis, n'osa pas lui reprocher. Que penserons-nous de la facilit&#233; &amp; de la complaisance avec laquelle quelques hommes parmi les anciens &amp; parmi les modernes ont re&#231;u &amp; r&#233;p&#233;t&#233; contre la puret&#233; de ses m&#339;urs ? une calomnie que nous rougirions de nommer ; c'est qu'eux-m&#234;mes &#233;toient envieux ou corrompus. Serons-nous &#233;tonn&#233;s qu'il y ait e&#251; de ces ames infernales ? Peut-&#234;tre, si nous ignorions ce qu'un int&#233;r&#234;t violent &amp; secret inspire, voyez ce que nous dirons de son d&#233;mon &#224; l'article Th&#233;osophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate ne tint point &#233;cole, &amp; n'&#233;crivit point. Nous ne savons de sa doctrine que ce que ses disciples nous en ont transmis. C'est dans ces sources que nous avons puis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentimens de Socrate sur la divinit&#233;. Il disoit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Dieu a d&#233;rob&#233; sa nature &#224; notre entendement, il a manifest&#233; son existence, sa sagesse, sa puissance &amp; sa bont&#233; dans ses ouvrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l'auteur du monde, &amp; le monde est la complexion de tout ce qu'il y a de bon &amp; de beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous sentions toute l'harmonie qui regne dans l'univers, nous ne pourrions jamais regarder le hasard comme la cause de tant d'effets encha&#238;n&#233;s partout, selon les lois de la sagesse la plus surprenante, &amp; pour la plus grande utilit&#233; possible. Si une intelligence supr&#232;me n'a pas concouru &#224; la disposition, a la propagation &amp; &#224; la conservation g&#233;n&#233;rale des &#234;tres, &amp; n'y veille pas sans cesse, comment arrive-t-il qu'aucun d&#233;sordre ne s'introduit dans une machine aussi compos&#233;e, aussi vaste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu pr&#233;side &#224; tout : il voit tout en un instant ; notre pens&#233;e qui s'&#233;lance d'un vol instantan&#233; de la terre aux cieux ; notre &#339;il qui n'a qu'&#224; s'ouvrir pour appercevoir les corps plac&#233;s &#224; la plus grande distance, ne sont que de foibles images de la c&#233;l&#233;rit&#233; de son entendement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un seul acte il est pr&#233;sent &#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois ne sont point des hommes, mais de Dieu. C'est lui proprement qui en condamne les infracteurs, par la voix des juges qui ne sont que ses organes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentimens de Socrate sur les esprits. Ce philosophe remplissoit l'intervalle de l'homme &#224; Dieu d'intelligences moyennes qu'il regardoit comme les g&#233;nies tut&#233;laires des nations : il permetroit qu'on les honor&#226;t : il les regardoit comme les auteurs de la divination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sentimens de Socrate sur l'ame. Il la croyoit pr&#233;existante au corps, &amp; dou&#233;e de la connoissance des id&#233;es &#233;ternelles. Cette connoissance qui s'assoupissoit en elle par son union avec le corps, se r&#233;veilloit avec le tems, &amp; l'usage de la raison &amp; des sens. Apprendre, c'&#233;toit se ressouvenir ; mourir, c'&#233;toit retourner &#224; son premier &#233;tat de f&#233;licit&#233; pour les bons, de ch&#226;timent pour les m&#233;chans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principes de la Philosophie morale de Socrate. Il disoit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un bien, c'est la science ; qu'un mal, c'est l'ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les richesses &amp; l'orgueil de la naissance sont les sources principales des maux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse est la sant&#233; de l'ame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui conno&#238;t le bien &amp; qui fait le mal est un insens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est plus utile &amp; plus doux que la pratique de la vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme sage ne croira point savoir ce qu'il ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice &amp; le bonheur sont une m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui distingua le premier l'utile du juste, fut un homme d&#233;testable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse est la beaut&#233; de l'ame, le vice en est la laideur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La beaut&#233; du corps annonce la beaut&#233; de l'ame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est d'une belle vie comme d'un beau tableau, il faut que toutes les parties en soient belles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie heureuse &amp; tranquille est pour celui qui peut s'examiner sans honte ; rien ne le trouble, parce qu'il ne se reproche aucun crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'homme s'&#233;tudie lui-m&#234;me, &amp; qu'il se connoisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui se connoit &#233;chappera &#224; bien des maux, qui attendent celui qui s'ignore ; il concevra d'abord qu'il ne sait rien, &amp; il cherchera &#224; s'instruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir bien commenc&#233;, ce n'est pas n'avoir rien fait ; mais c'est avoir fait peu de chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'une sagesse, la vertu est une.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure maniere d'honorer les dieux, c'est de faire ce qu'ils ordonnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut demander aux dieux en g&#233;n&#233;ral ce qui nous est bon ; sp&#233;cifier quelque chose dans sa priere, c'est pr&#233;tendre &#224; une connoissance qui leur est reserv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut adorer les dieux de son pays, &amp; regler son offrande sur ses facult&#233;s ; les dieux regardent plus &#224; la puret&#233; de nos c&#339;urs, qu'&#224; la richesse de nos sacrifices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lois sont du ciel ; ce qui est selon la loi, est juste sur la terre, &amp; l&#233;gitim&#233; dans le ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui prouve l'origine c&#233;leste des lois, telles que d'adorer les dieux, d'honorer ses parens, d'aimer son bienfaiteur, c'est que le ch&#226;timent est n&#233;cessairement attach&#233; &#224; leur infraction ; cette liaison n&#233;cessaire de la loi, avec la peine de l'infraction, ne peut &#234;tre de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut avoir pour un pere trop s&#233;vere, la m&#234;me ob&#233;issance qu'on a pour une loi trop dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atrocit&#233; de l'ingratitude est proportionn&#233;e &#224; l'importance du bienfait ; nous devons &#224; nos parens le plus important des biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant ingrat n'obtiendra ni la faveur du ciel, ni l'estime des hommes ; quel retour attendrai-je, moi, &#233;tranger, de celui qui manque aux personnes &#224; qui il doit le plus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui vend aux autres sa sagesse pour de l'argent, se prostitue comme celui qui vend sa beaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les richesses sont entre les mains de l'homme, sans la raison, comme sous lui un cheval fougueux, sans frein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les richesses de l'avare ressemblent &#224; la lumiere du soleil, qui ne recr&#233;e personne apr&#232;s son coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appelle avare celui qui amasse des richesses par des moyens vils, &amp; qui ne veut point d'indigens pour amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La richesse du prodigue ne sert qu'aux adulateurs &amp; aux prostitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a point de fonds qui rende autant qu'un ami sincere &amp; vertueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a point d'amiti&#233; vraie, entre un m&#233;chant &amp; un m&#233;chant, ni entre un m&#233;chant &amp; un bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On obtiendra l'amiti&#233; d'un homme, en cultivant en soi les qualit&#233;s qu'il estime en lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a point de vertus qui ne puisse se perfectionner &amp; s'accro&#238;tre, par la reflexion &amp; l'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est ni la richesse, ni la naissance, ni les dignit&#233;s, ni les titres, qui font la bont&#233; de l'homme ; elle est dans ses mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incendie s'accroit par le vent, &amp; l'amour par le commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arrogance consiste &#224; tout dire, &amp; &#224; ne vouloir rien entendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se familiariser avec la peine, afin de la recevoir quand elle viendra, comme si on l'avoit attendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut point redouter la mort, c'est un assoupissement ou un voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne reste rien de nous apr&#232;s la mort, c'est plut&#244;t encore un avantage, qu'un inconv&#233;nient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il vaut mieux mourir honorablement, que vivre deshonor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se soustraire &#224; l'incontinence, par la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus on est sobre, plus on approche de la condition des dieux, qui n'ont besoin de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas n&#233;gliger la sant&#233; du corps, celle de l'ame en d&#233;pend trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tranquillit&#233; est le plus grand des biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de trop : c'est l'&#233;loge d'un jeune homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les hommes vivent pour manger, les bons mangent pour vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre sage dans la haute prosp&#233;rit&#233;, c'est savoir marcher sur la glace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen le plus s&#251;r d'&#234;tre consid&#233;r&#233;, c'est de ne pas affecter de se montrer aussi bon que l'on est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si vous &#234;tes un homme de bien, on aura autant de confiance en votre parole, qu'au serment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tournez le dos au calomniateur &amp; au m&#233;disant, c'est quelque perversit&#233; qui le fait agir ou parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principes de Socrate, sur la prudence domestique. Il disoit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui saura gouverner sa maison, tirera parti de tout, m&#234;me de ses ennemis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;fiez-vous de l'indolence, de la paresse, de la n&#233;gligence ; evitez le luxe ; regardez l'agriculture comme la ressource la plus importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des occupations sordides auxquelles il faut se refuser, elles avilissent l'ame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas laisser ignorer &#224; sa femme ce qu'il lui importe de savoir, pour votre bonheur &amp; pour le sien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout doit &#234;tre commun entre les &#233;poux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme veillera aux choses du dehors, la femme &#224; celles du dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas sans raison que la nature a attach&#233; plus fortement les meres aux enfans, que les peres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Principes de la prudence politique de Socrate. Les vrais souverains, ce ne sont point ceux qui ont le sceptre en main, soit qu'ils le tiennent ou de la naissance, ou du hasard, ou de la violence, ou du consentement des peuples ; mais ceux qui savent commander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le monarque est celui qui commande &#224; ceux qui se sont soumis librement &#224; son ob&#233;issance ; le tyran, celui qui contraint d'ob&#233;ir : l'un fait ex&#233;cuter la loi, l'autre, sa volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bon citoyen contribuera autant qu'il est en lui, &#224; rendre la republique florissante pendant la paix, &amp; victorieuse pendant la guerre ; il invitera le peuple &#224; la concorde, s'il se souleve ; d&#233;put&#233; chez un ennemi, il tentera toutes les voies honn&#234;tes de conciliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi n'a point &#233;t&#233; faite pour les bons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville la mieux gard&#233;e, est celle qui renferme le plus d'honn&#234;tes gens : la mieux polic&#233;e, celle o&#249; les magistrats agissent de concert : celle qu'il faut pr&#233;f&#233;rer &#224; toutes, o&#249; la vertu a des r&#233;compenses assur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habitez celle o&#249; vous n'ob&#233;irez qu'aux lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce seroit ici le lieu de parler des accusations qu'on intenta contre lui, de son apologie, &amp; de sa mort ; mais ces choses sont &#233;crites en tant d'endroits. Qui est-ce qui ignore qu'il fut le martyr de l'unit&#233; de Dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la mort de Socrate, ses disciples se jetterent sur sa robe &amp; la d&#233;chirerent. Je veux dire qu'ils se livrerent &#224; diff&#233;rentes parties de la philosophie, &amp; qu'ils fonderent une multitude de sectes diverses, oppos&#233;es les unes aux autres, qu'il faut regarder comme autant de familles divis&#233;es, quoiqu'elles avouassent toutes la m&#234;me souche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les uns s'&#233;toient approch&#233;s de Socrate, pour se disposer par la connoissance de la v&#233;rit&#233;, l'&#233;tude des m&#339;urs, l'amour de la vertu, &#224; remplir dignement les premiers emplois de la r&#233;publique auxquels ils &#233;toient destin&#233;s : tel fut X&#233;nophon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, parmi lesquels on peut nommer Criton, lui avoient confi&#233; l'&#233;ducation de leurs enfans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en eut qui ne vinrent l'entendre que dans le dessein de se rendre meilleurs ; c'est ce qui arriva &#224; Diodore, &#224; Euthyd&#232;me, &#224; Euthere, &#224; Aristarque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Critias &amp; Alcibiade lui furent attach&#233;s d'amiti&#233;. Il enseigna l'art oratoire &#224; Lysias. Il forma les po&#235;tes Ev&#233;nus &amp; Euripide. On croit m&#234;me qu'il concourut avec ce dernier dans la composition des trag&#233;dies qui portent son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son disciple Aristippe fonda la secte cyr&#233;na&#239;que, Ph&#233;don l'&#233;liaque, Euclide la m&#233;garique, Platon l'acad&#233;mique, Anthist&#232;ne la cynique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon, Eschine, Criton, Simon &amp; Ceb&#232;s, se contenterent de l'honneur de l'avoir eu pour ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon naquit dans la quatre vingt-deuxieme olympiade. Socrate l'ayant rencontr&#233; dans une rue, comme il passoit, mis son b&#226;ton en travers, l'arr&#234;ta, &amp; lui demanda o&#249; se vendoient les choses n&#233;cessaires &#224; la vie. La beaut&#233; de X&#233;nophon l'avoit frapp&#233;. Ce jeune homme fit &#224; sa question une r&#233;ponse s&#233;rieuse, selon son caractere. Socrate l'interrogeant une seconde fois, lui demanda s'il ne sauroit point o&#249; les hommes apprenoient &#224; devenir bons. X&#233;nophon d&#233;clarant son embarras par son silence &amp; son maintien, Socrate lui dit : suivez moi, &amp; vous le saurez. Ce fut ainsi que X&#233;nophon devint son disciple. Ce n'est pas ici le lieu d'&#233;crire l'histoire de X&#233;nophon. Nous avons de lui la cyrop&#233;die, une apologie de Socrate, quatre livres des dits &amp; des faits m&#233;morables de ce philosophe, un banquet, un livre de l'&#233;conomie, un dialogue sur la tyrannie, l'&#233;loge d'Ag&#233;silas &amp; la comparaison des r&#233;publiques d'Ath&#232;nes &amp; de Lac&#233;d&#233;mone, ouvrages &#233;crits avec une grande douceur de style, de la v&#233;rit&#233;, de la gravit&#233; &amp; de la simplicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maniere dont Eschine s'offrit &#224; Socrate est d'une na&#239;vet&#233; charmante. Il &#233;toit pauvre : je n'ai rien, dit-il au philosophe dont il venoit prendre les le&#231;ons, qui soit digne de vous &#234;tre offert ; &amp; c'est-l&#224; ce qui me fait sentir ma pauvret&#233;. Je n'ai que moi : voyez si vous me voulez. Quels que soient les pr&#233;sens que les autres vous aient faits, ils ont retenu par-devers eux plus qu'ils ne vous ont donn&#233;. Quant au mien, vous ne l'aurez pas plut&#244;t accept&#233; qu'il ne me restera plus rien. Vous m'offrez beaucoup, lui r&#233;pondit Socrate, &#224; moins que vous ne vous estimiez peu. Mais venez, je vous accepte. Je t&#226;cherai que vous vous estimiez davantage, &amp; de vous rendre &#224; vous-m&#234;me meilleur que je ne vous aurai re&#231;u. Socrate n'eut point d'auditeur plus assidu ni de disciple plus z&#233;l&#233;. Son sort le conduisit &#224; la cour de Denis le tyran, qui en fit d'abord peu de cas. Son indigence fut une tache qui le suivit par-tout. Il &#233;crivit quelques dialogues &#224; la maniere de Socrate. Cet ouvrage arr&#234;ta les yeux sur lui. Platon &amp; Aristippe rougirent du m&#233;pris qu'ils avoient affect&#233; pour cet homme. Ils le recommanderent &#224; Denis, qui le traita mieux. Il revint dans Ath&#232;nes, o&#249; il trouva deux &#233;coles florissantes &#233;tablies. Platon enseignoit dans l'une, Aristippe dans l'autre. Il n'osa pas se montrer publiquement au milieu de ces deux philosophes. Il s'en tint &#224; donner des le&#231;ons particulieres. Lorsqu'il se fut assur&#233; du pain, par cette ressource, il se livra au barreau, o&#249; il eut du succ&#232;s. M&#233;nedeme lui reprochoit de s'&#234;tre appropri&#233; des dialogues que Socrate avoit &#233;crits, &amp; que Xantippe lui avoit confi&#233;s. Ce reproche fait beaucoup d'honneur &#224; Eschine. Il avoit bien singulierement saisi le caractere de son ma&#238;tre, puisque M&#233;nedeme &amp; Aristippe s'y trompoient. On remarque en effet, dans les dialogues qui nous restent d'Eschine, la simplicit&#233;, l'expression, les maximes, les comparaisons &amp; toute la morale de Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'ajouterons rien &#224; ce que nous avons dit de Criton, sinon qu'il ne quitta point Socrate pendant le tems de sa prison ; qu'il veilla &#224; ce que les choses n&#233;cessaires ne lui manquassent pas ; que Socrate offens&#233; de l'abus qu'on faisoit de la facilit&#233; de son caractere pour le tourmenter, lui conseilla de chercher quelque homme turbulent, m&#233;chant, violent, qui f&#238;t t&#234;te &#224; ses ennemis, &amp; que ce conseil lui r&#233;ussit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simon &#233;toit un corroyeur dont Socrate fr&#233;quentoit quelquefois la maison. L&#224;, comme par-tout ailleurs, il parloit des vices, des vertus, du bon, du beau, du d&#233;cent, de l'honn&#234;te, &amp; le corroyeur l'&#233;coutoit ; &amp; le soir, lorsqu'il avoit quitt&#233; son ouvrage, il jettoit sur le papier les principales choses qu'il avoit entendues. Pericl&#232;s fit cas de cet homme, il chercha &#224; se l'attacher par les promesses les plus flatteuses : mais Simon lui r&#233;pondit qu'il ne vendoit point sa libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceb&#232;s &#233;crivit trois dialogues, dont il ne nous reste que le dernier, connu sous le nom du tableau. C'est un petit roman sur les go&#251;ts, les penchans, les pr&#233;jug&#233;s, les m&#339;urs des hommes, compos&#233; d'apr&#232;s une peinture qu'on voyoit dans le temple de Saturne. On y suppose les principes suivans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ames ont pr&#233;exist&#233; aux corps. Un sort heureux ou malheureux les attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont un d&#233;mon qui les inspire, dont la voix se fait entendre &#224; elles, &amp; qui les avertit de ce qu'elles ont &#224; faire &amp; &#224; &#233;viter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles apportent avec elles un penchant inn&#233; &#224; l'imposture, &#224; l'erreur, &#224; l'ignorance &amp; au vice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce penchant n'a pas la m&#234;me force en toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il promet &#224; tous les hommes le bonheur ; mais il les trompe &amp; les perd. Il y a une condition vraie, &amp; une condition fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La po&#233;sie, l'art oratoire, la musique, la dialectique, l'arithm&#233;tique, la g&#233;ometrie &amp; l'astrologie, sont de l'&#233;rudition fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connoissance des devoirs &amp; la pratique des vertus, sont la seule &#233;rudition vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par l'&#233;rudition vraie que nous &#233;chappons dans ce monde &#224; la peine, &amp; que nous nous pr&#233;parons la f&#233;licit&#233; dans l'autre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette f&#233;licit&#233; n'arrivera qu'&#224; ceux qui auront bien v&#233;cu, ou qui auront expi&#233; leurs fautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de ce s&#233;jour de d&#233;lices qu'ils contempleront la folie &amp; la misere des hommes. Mais ce spectacle ne troublera point leur jouissance. Ils ne peuvent plus souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#233;chans, au sortir de cette vie, trouveront le d&#233;sespoir. Ils en seront saisis, &amp; ils erreront ; jouets continuels des passions auxquelles ils se seront livr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est point la richesse, mais l'&#233;rudition vraie qui rend l'homme heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut ni se fier &#224; la fortune, ni trop estimer ses pr&#233;sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui croit savoir ce qu'il ignore, est dans une erreur qui l'emp&#234;che de s'instruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On met encore du nombre des disciples de Socrate, Timon le Misantrope. Cet homme crut qu'il fuyoit la soci&#233;t&#233; de ses semblables, parce qu'ils &#233;toient m&#233;chans ; il se trompoit, c'est que lui-m&#234;me n'&#233;toit pas bon. Je n'en veux pas d'autre preuve, que la joie cruelle que lui causerent les applaudissemens que les Ath&#233;niens prodiguoient &#224; Alcibiade ; &amp; la raison qu'il en donna, le pressentiment du mal que ce jeune homme leur feroit un jour. Je ne hais pas les hommes, disoit-il, mais les b&#234;tes f&#233;roces qui portent ce nom ; &amp; qu'&#233;tois-tu toi-m&#234;me, entre ces b&#234;tre f&#233;roces, sinon la plus intraitable ce toutes ? Quel jugement porter de celui qui se sauve d'une ville, o&#249; Socrate vivoit, &amp; o&#249; il y avoit une foule de gens de bien ; sinon qu'il &#233;toit plus frapp&#233; de la laideur du vice, que touch&#233; des charmes de la vertu ? Ce caractere est mauvais. Quel spectacle plus grand &amp; plus doux que celui d'un homme juste, grand, vertueux, au-dessus de toutes les terreurs &amp; de toutes les s&#233;ductions ! Les dieux s'inclinent du haut de leur demeure bienheureuse, pour le voir marcher sur la terre ; &amp; le triste &amp; m&#233;lancolique Timon d&#233;tourne ses regards farouches, lui tourne le dos, &amp; va, le c&#339;ur rempli d'orgueil, d'envie &amp; de fiel, s'enfoncer dans une for&#234;t.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un texte in&#233;dit : la premi&#232;re lettre de R. Luxemburg &#224; L. Jogiches : (avant le 18 mars 1893) </title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8083</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8083</guid>
		<dc:date>2025-01-17T23:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alex</dc:creator>


		<dc:subject>Socrate</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est publi&#233; en libre acc&#232;s, sauf erreur de notre part, pour la premi&#232;re fois en version originale (polonais), et traduit en fran&#231;ais. Il provient d'une revue publi&#233;e en Russie par des marxistes (officiels) polonais dans les ann&#233;es 30, peu avant l'extermination du PC polonais par Staline. &lt;br class='autobr' /&gt; Or toutes les traductions des lettres de Luxemburg semblent se baser sur un ouvrage de F. Tych publi&#233; en Pologne dans les ann&#233;es 60, qui omet cette lettre, pour des raisons que nous ignorons. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique198" rel="directory"&gt;29- artyku&#322;y w j&#281;zyku polskim - ARTICLES EN POLONAIS&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte est publi&#233; en libre acc&#232;s, sauf erreur de notre part, pour la premi&#232;re fois en version originale (polonais), et traduit en fran&#231;ais. Il provient d'une revue publi&#233;e en Russie par des marxistes (officiels) polonais dans les ann&#233;es 30, peu avant l'extermination du PC polonais par Staline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Or toutes les traductions des lettres de Luxemburg semblent se baser sur un ouvrage de F. Tych publi&#233; en Pologne dans les ann&#233;es 60, qui omet cette lettre, pour des raisons que nous ignorons. Le fait que Warski, ouvrier camarade de toute une vie pour Rosa Luxemburg, ex&#233;cut&#233; en 1937 par Staline, apparait sur la premi&#232;re ligne (non censur&#233;e) de la premi&#232;re lettre de Rosa Luxemburg ci-dessous est-il une explication ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute rectification concernant le pr&#233;sent article sera la bienvenue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les lettres de R. Luxemburg &#224; L. Jogiches sont pour beaucoup bien connues, certaines ayant &#233;t&#233; traduites en fran&#231;ais dans la &lt;i&gt;Collection femmes&lt;/i&gt; chez Deno&#235;l Gonthier :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L254xH199/lettres-e9601.jpg?1779680307' width='254' height='199' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cependant la premi&#232;re lettre traduite dans ce livre pr&#233;cise, page 65,&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;[Sans date. D'apr&#232;s la teneur : Paris, 24 mars 1884 Dimanche, 3 heures 1/2]&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Rosa Luxemburg, qui venait, en 1884, de f&#234;ter ses 13 ans (n&#233;e le 5 mars 1871), aurait donc d&#233;j&#224; &#233;t&#233; la ma&#238;tresse de L. Jogiches, &#224; qui elle &#233;crivait des lettres politiques ? Quelle g&#233;nie pr&#233;coce ! Mais rassurons les associations de protection de l'Enfance, Rosa Luxemburg &#233;tait en 1884 une &#233;l&#232;ve s&#233;rieuse du Lyc&#233;e num&#233;ro 2 de Varsovie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut sans doute lire &lt;i&gt;Paris, 24 mars 1894 &lt;/i&gt;, ou plus exactement : dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 mars 1894 :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH356/capture_d_ecran_2025-01-06_081008-5baa8.jpg?1779680307' width='500' height='356' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur un site qui est une r&#233;f&#233;rence pour la publication des oeuvres de R. Luxemburg en libre acc&#232;s, sont mentionn&#233;es des lettres ant&#233;rieures, de mars 1893 :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Concernant la correspondance, dans le tome 1, paru chez le m&#234;me &#233;diteur [Dietz Verlag et qui reste toujours la source la plus compl&#232;te de documentation], on trouve cinq lettres, adress&#233;es &#224; Leo Jogiches :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De Clarens, le dimanche 19 mars 1893, P 7&lt;br class='autobr' /&gt;
De Clarens, le lundi 20 mars 1893, P 7 - 8&lt;br class='autobr' /&gt;
De Gen&#232;ve, le jeudi 23 mars 1893, P 9&lt;br class='autobr' /&gt;
De Clarens, le 14 avril 1893, P 9 - 10&lt;br class='autobr' /&gt;
De Clarens, le samedi soir du 15 avril 1893, P 10- 13&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://comprendre-avec-rosa-luxemburg.over-blog.com/article-rosa-luxemburg-l-annee-1893-cinq-lettres-a-leo-jogiches-80688521.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pour comprendre avec Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le lieu d'o&#249; R. Luxemburg &#233;crivit, en 1893, ses premi&#232;res lettres &#224; L. Jogiches, est donc clairement identifi&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH627/capture_d_ecran_2025-01-06_061308-f1a80.jpg?1779680307' width='500' height='627' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais celle que nous publions pr&#233;c&#232;de ces cinq lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous donnons la version originale en polonais, puis la traduction avec les notes de l'&#233;diteur, que nous compl&#233;tons par quelques remarques pr&#233;c&#233;d&#233;es de la mention [M&amp;R].&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.matierevolution.fr/IMG/png/capture_d_ecran_2025-01-06_095111.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L500xH401/capture_d_ecran_2025-01-06_095111-b633d.jpg?1779680307' width='500' height='401' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;**********&lt;br class='autobr' /&gt;
[Wie&#347; pod Clarens (1) . Przed 18. III r. ]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...)&lt;br class='autobr' /&gt;
Wczoraj napisa&#322;am i Mitkowi (2) i Adolfowi (3) listy (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) czu&#322;am si&#281; bardzo os&#322;abion&#261;, tak &#380;e pisa&#263; ani uczy&#263; si&#281; nie mog&#322;am wcale. Potrafi&#322;am tylko &lt;i&gt;zustande bringen&lt;/i&gt; (4) owe 2 listy (wprawdzie obszerne), nast&#281;pnie przeczyta&#263; wszystkie gazety, potem 3 godziny czyta&#322;am Mi&#281;dzynarod&#243;wk&#281; (5) (sko&#324;czywszy Zasulicz wzi&#281;&#322;am Meyera) (6) . To ostatnie nie mnie bardo zaj&#281;&#322;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Jak zobaczy&#263; z za&#322;&#261;czonego Peupla (7), izba w Belgii odrzuci&#322;a powszechne g&#322;osowanie (8) i zacz&#281;&#322;a si&#281; og&#243;lna grewa. (9) Czytaj teraz uwa&#380;nie &#8212; b&#281;d&#281; Ci co dzie&#324; posy&#322;a&#263;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Clarens &#8212; miasteczko,nad jeziorem genewskim w Szwajcarii.&lt;br class='autobr' /&gt;
(2) Mieczys&#322;aw Hartman &#8212; student politechniki , &#347;ci&#347;le zwi&#261;zany z pierwsza zagraniczna grupa socjaldemokrat&#243;w polskich, jeden z najbli&#380;szych przyjaci&#243;&#322; R&#243;&#380;y L., wystrza&#322;em z rewolweru odebra&#322; sobie &#380;ycie w Zurichu 13 czerwca 1893 r. , maj&#261;c zaledwie 24 lata.&lt;br class='autobr' /&gt;
(3) Adolf Warski&lt;br class='autobr' /&gt;
(4) Zustande bringen &#8212; po niemiecku znaczy : wykona&#263;&lt;br class='autobr' /&gt;
(5) Wiera Zasulicz : &#171; Oczerki istorji,mie&#380;unarodnowo obszczestwa raboczich &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(6) R. Meyer : &#171; Der Emanzipationskampf des vierten Standes &#187;. Berllin, 1882, Verlag von Hermann Bahr. &lt;br class='autobr' /&gt;
(7) &#171; Peuple &#187; &#8212; (&#171; Ludu &#187;), organ centralny belgijskiej partji socjalistycznej, wychodzi dotychczas&lt;br class='autobr' /&gt;
(8) W r. 1879 powsta&#322;a &#171; belgijska partia socjalistyczna &#187;, kt&#243;ra rozpocz&#281;&#322;a walk&#281; o powszechne prawo g&#322;osowania, co oznacza&#322;o tryumf marksizmu nad prudonizmem&lt;br class='autobr' /&gt;
(9) Grewa &#8212; po francusku znaczy : strajk&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*****&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Traduction&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'un village pr&#232;s de Clarens (1) . Avant 18 III 1893&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, j'ai &#233;crit des lettres &#224; Mitek (2) et &#224; Adolf (3) (...)&lt;br class='autobr' /&gt;
(...) je me sentais tr&#232;s faible, de sorte que je ne pouvais ni &#233;crire ni &#233;tudier. Je n'ai pu que &lt;i&gt;zustande bringen&lt;/i&gt; (4) ces 2 lettres (certes volumineuses), puis lire tous les journaux, puis lire l'Internationale (5) pendant 3 heures (ayant fini Zassoulitch, j'ai pris Meyer) (6) . Ce dernier ne m'a pas pris beaucoup de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(...) Comme on peut le voir sur &lt;i&gt;Le Peuple&lt;/i&gt; ci-joint (7), la chambre en Belgique a rejet&#233; le suffrage universel (8) et la &lt;i&gt;grewa&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;rale a commenc&#233;. (9) Lis maintenant attentivement &#8212; je t'enverrai chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Clarens &#8212; ville situ&#233;e sur le lac L&#233;man en Suisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Mieczys&#322;aw Hartman, &#233;tudiant &#224; l'&#201;cole polytechnique (de Zurich) , &#233;troitement associ&#233; au premier groupe &#233;tranger de sociaux-d&#233;mocrates polonais, l'un des amis les plus proches de Rosa L., se donne la mort &#224; Zurich le 13 juin 1893 d'un coup de revolver. Il n'avait que 24 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[M&amp;R] : voir, seulement quatre mois apr&#232;s cette lettre, en juillet 1893, la &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7950&#034;&gt;n&#233;crologie de Mieczys&#322;aw Hartman&lt;/a&gt; dans le num&#233;ro 1 de &lt;i&gt;Sprawa Robotnicza&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Adolf Warski&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[M&amp;R] : n&#233; en 1868 &#224; Varsovie, mort en Russie en 1937, assassin&#233; par Staline. Il fut r&#233;habilit&#233; apr&#232;s-guerre en Pologne, mais on voit sur la couverture de ce livre que le lieu de sa mort restait pr&#233;tendument &#034;inconnu&#034; :&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_17740 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.matierevolution.fr/local/cache-vignettes/L370xH591/warski-76802.jpg?1779680307' width='370' height='591' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Trotsky le d&#233;crit ainsi dans &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/mavie/mv44.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ma Vie&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Des &#233;v&#233;nements non moins notables avaient lieu, &#224; la m&#234;me &#233;poque, en Pologne. La petite bourgeoisie, cherchant avec effarement une issue, s'&#233;tait engag&#233;e dans la voie de l'insurrection et avait &#233;lev&#233; sur le pavois Pilsudski. Le leader du parti communiste, Warski, d&#233;cida que, sous ses yeux, se d&#233;veloppait &#171; la dictature d&#233;mocratique du prol&#233;tariat et des paysans &#187;, et il appela le parti communiste &#224; l'aide de Pilsudski. Je connaissais Warski depuis longtemps. Du vivant de Rosa Luxembourg, il pouvait encore occuper sa place dans les rangs de la r&#233;volution. Par lui-m&#234;me, il n'avait jamais &#233;t&#233; qu'une place vide. En 1924, Warski, apr&#232;s de grandes h&#233;sitations, d&#233;clara qu'il avait enfin compris combien le &#171; trotskysme &#187; &#233;tait nuisible, comme sous-estimant la classe paysanne dans l'affaire de la dictature d&#233;mocratique. Comme r&#233;compense pour sa docilit&#233;, il obtint le r&#244;le de leader et il attendait avec impatience l'occasion d'&#233;trenner les galons qu'il avait re&#231;us si tard. En mai 1926, Warski ne manqua pas de profiter d'une occasion si exceptionnelle pour se fl&#233;trir lui-m&#234;me et souiller le drapeau du parti. Bien entendu, il n'en fut pas ch&#226;ti&#233; : l'appareil de Staline le prot&#233;gea contre l'indignation des ouvriers polonais.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Trotsky connaissait en effet Warski au moins depuis le 2&#232;me congr&#232;s du POSDR en 1903, car Warski y &#233;tait d&#233;l&#233;gu&#233; de la SDKPiL, en contact quotidien &#233;troit avec R. Luxemburg. Voir cette &lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8003&#034;&gt;d&#233;p&#234;che&lt;/a&gt;, cette &lt;a href=&#034;https://www.marxists.org/francais/luxembur/works/1903/08/warski.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;lettre&lt;/a&gt;, qui montrent que Staline pourra facilement, 30 ans plus tard, rappeler que Warski s'&#233;tait oppos&#233; aux bolch&#233;viks lors de ce congr&#232;s fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) en allemand, signifie : ex&#233;cuter&lt;br class='autobr' /&gt;
(5) &lt;a href=&#034;http://az.lib.ru/z/zasulich_w_i/text_1889_ocherk_istorii.shtml&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#1054;&#1095;&#1077;&#1088;&#1082; &#1080;&#1089;&#1090;&#1086;&#1088;&#1080;&#1080; &#1084;&#1077;&#1078;&#1076;&#1091;&#1085;&#1072;&#1088;&#1086;&#1076;&#1085;&#1086;&#1075;&#1086; &#1086;&#1073;&#1097;&#1077;&#1089;&#1090;&#1074;&#1072; &#1088;&#1072;&#1073;&#1086;&#1095;&#1080;&#1093;&lt;/a&gt; (Esquisse de l'histoire de l'Association internationale des travailleurs) par V&#233;ra Zassoulitch&lt;br class='autobr' /&gt;
(6) R. Meyer : &#171; La lutte pour l'&#233;mancipation du quatri&#232;me &#233;tat &#187;. Berllin, 1882, maison d'&#233;dition de Hermann Bahr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(7) &#171; &lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Peuple_(Belgique)&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Peuple&lt;/a&gt; &#187; organe central du parti socialiste belge, publi&#233; jusqu'&#224; nos jours.&lt;br class='autobr' /&gt;
(8) En 1879, le &#171; Parti socialiste belge &#187; est fond&#233; et entame la lutte pour le suffrage universel, cequi marque le triomphe du marxisme sur le proudhonisme.&lt;br class='autobr' /&gt;
(9) grewa - en fran&#231;ais : la gr&#232;ve.&lt;br class='autobr' /&gt;
[M&amp;R] : Rosa Luxemburg retranscrit phon&#233;tiquement le mot fran&#231;ais gr&#232;ve, ce qui donne &lt;i&gt;grew&lt;/i&gt;, puis lui ajoute le suffixe f&#233;minin -a, forgeant ainsi le mot polonais &lt;i&gt;grewa&lt;/i&gt;, la gr&#232;ve. Les Polonais assimilent facilement des mots &#233;trangers, les modifiant avec les divers suffixes des d&#233;clinaisons .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Peut-on consid&#233;rer Socrate comme fondateur des bases de la philosophie des sciences ?</title>
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		<dc:date>2024-11-24T23:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed</dc:creator>


		<dc:subject>Socrate</dc:subject>
		<dc:subject>Science</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-on consid&#233;rer Socrate comme fondateur des bases de la philosophie des sciences ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Socrate, fondateur des bases scientifiques du concept &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99%C5%93uvre_de_Socrate &lt;br class='autobr' /&gt;
Socrate a d&#233;velopp&#233; la notion de doute scientifique et de m&#233;thode d'interrogation de la science &lt;br class='autobr' /&gt;
https://lapausephilo.fr/2016/02/18/je-sais-que-je-ne-sais-rien-socrate/ &lt;br class='autobr' /&gt;
La logique de Socrate, anc&#234;tre de la logique scientifique &lt;br class='autobr' /&gt;
Socrate a s&#233;par&#233; la Physique de la M&#233;taphysique. Il a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Mati&#232;re &#224; philosopher ?&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot281" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Peut-on consid&#233;rer Socrate comme fondateur des bases de la philosophie des sciences ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Socrate, fondateur des bases scientifiques du concept&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99%C5%93uvre_de_Socrate&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99%C5%93uvre_de_Socrate&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate a d&#233;velopp&#233; la notion de doute scientifique et de m&#233;thode d'interrogation de la science&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lapausephilo.fr/2016/02/18/je-sais-que-je-ne-sais-rien-socrate/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://lapausephilo.fr/2016/02/18/je-sais-que-je-ne-sais-rien-socrate/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de Socrate, anc&#234;tre de la logique scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate a s&#233;par&#233; la Physique de la M&#233;taphysique. Il a &#233;t&#233; accus&#233; d'&#233;tudier la r&#233;alit&#233; plut&#244;t que de se contenter des vieilles croyances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2085&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2085&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristophane l'en avait d&#233;j&#224; publiquement accus&#233;, pr&#233;sentant ces &#233;tudes comme la mesure du saut des grenouilles....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6534&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A son proc&#232;s, il aurait d&#233;clar&#233; : &#171; beaucoup de jeunes gens, qui ont du loisir, et qui appartiennent &#224; de riches familles, s'attachent &#224; moi, et prennent un grand plaisir &#224; voir de quelle mani&#232;re j'&#233;prouve les hommes ; eux-m&#234;mes ensuite t&#226;chent de m'imiter, et se mettent &#224; &#233;prouver ceux qu'ils rencontrent ; et je ne doute pas qu'ils ne trouvent une abondante moisson ; car il ne manque pas de gens qui croient tout savoir, quoiqu'ils ne sachent rien, ou tr&#232;s peu de chose. Tous ceux qu'ils convainquent ainsi d'ignorance s'en prennent &#224; moi, et non pas &#224; eux, et vont disant qu'il y a un certain Socrate, qui est une vraie peste pour les jeunes gens ; et quand on leur demande ce que fait ce Socrate, ou ce qu'il enseigne, ils n'en savent rien ; mais, pour ne pas demeurer court, ils mettent en avant ces accusations banales qu'on fait ordinairement aux philosophes, qu'il recherche ce qui se passe dans le ciel et sous la terre ; qu'il ne croit point aux dieux, et qu'il rend bonnes les plus mauvaises causes ; car ils n'osent dire ce qui en est, que Socrate les prend sur le fait, et montre qu'ils font semblant de savoir, quoiqu'ils ne sachent rien. Intrigants, actifs et nombreux, parlant de moi d'apr&#232;s un plan concert&#233; et avec une &#233;loquence fort capable de s&#233;duire, ils vous ont depuis longtemps rempli les oreilles des bruits les plus perfides, et poursuivent sans rel&#226;che leur syst&#232;me de calomnie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/apologie.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/apologie.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate a cherch&#233; &#224; d&#233;finir la science, donnant une part &#224; l'exp&#233;rience (&#171; la sensation &#187;) et une part au raisonnement (&#171; le jugement &#187;), et d&#233;finissant la science comme une dialectique de ces contraires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est pr&#233;cis&#233;ment cela qui cause mon embarras et je n'arrive pas &#224; concevoir par moi-m&#234;me assez clairement ce que peut bien &#234;tre la science. (&#8230;) Vous dites que tout se meut et tout s'&#233;coule. (&#8230;) Donc nous avons distingu&#233; deux formes du mouvement : d&#233;placement et changement. (&#8230;) Mais on ne peut pas tabler qu'il y ait d&#233;placement sans alt&#233;ration. (&#8230;) Donc la chose se d&#233;robe toujours puisqu'on a dit qu'elle s'&#233;coule sans cesse et change donc sans cesse. (&#8230;) D&#232;s lors, on ne peut pas dire que la sensation est science. (&#8230;) Ce n'est point dans les impressions des sens que r&#233;side la science, mais dans le raisonnement sur les impressions. (&#8230;) Lors donc que, s'&#233;tant rendu possesseur d'une science, on l'a enferm&#233;e dans l'enclos, on peut dire que l'on a appris ou trouv&#233; la chose dont est faite sa science (&#8230;) Nous disons que quand on transmet ses connaissances, on enseigne ; que quand on les re&#231;oit, on apprend ; et que quand on les a, qu'on les poss&#232;de comme les oiseaux dans un colombier, on sait. (&#8230;) Si l'on est depuis longtemps possesseur de sciences qu'on a apprises et qu'on sait, on peut rapprendre &#224; nouveau ces m&#234;mes sciences, en ressaisissant la science chaque objet, qu'on avait en sa possession, mais qu'on n'avait pas pr&#233;sente &#224; la pens&#233;e. (&#8230;) Celui qui ne peut donner ni recevoir l'explication rationnelle d'une chose reste dans l'ignorance au sujet de cette chose. Si &#224; l'opinion juste sur la chose justement examin&#233;e, il joint cette explication, il poss&#232;de la science parfaite. (&#8230;) Quelle science pourrait-il y avoir en dehors de la raison ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1366&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article1366&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/theetetefr.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/theetetefr.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et penses-tu que ce soit aussi une petite affaire de d&#233;couvrir la nature de la science, comme je le demandais tout &#224; l'heure ? Ne serait-ce pas plut&#244;t une des questions les plus difficiles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;&#233;t&#232;te :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des plus difficiles, par Jupiter !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/theetete2.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/theetete2.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel moyen de d&#233;fense reste-t-il donc, mon enfant, &#224; celui qui pr&#233;tend que la sensation est la science, et que ce qui para&#238;t &#224; chacun est tel qu'il lui para&#238;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/theetete3.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/theetete3.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En guise de science (seulement fond&#233;e sur la sensation), &#171; vous ne m'opposez ni d&#233;monstration, ni preuve concluante, et n'employez contre moi que des vraisemblances. Cependant si Th&#233;odore ou tout autre g&#233;om&#232;tre argumentait de la sorte en g&#233;om&#233;trie, personne ne daignerait l'&#233;couter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9%C3%A9t%C3%A8te_(Platon&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9%C3%A9t%C3%A8te_(Platon&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; Platon, Socrate pr&#244;nait le mat&#233;rialisme scientifique&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6175&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6175&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; Nietzche, Socrate est partisan de la recherche rationnelle sur le monde, de la science, de l'optimisme sur l'avenir du monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3586&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3586&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment Socrate discute avec Z&#233;non :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6531&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6531&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Vous voulez me suivre, ne vous pr&#233;occupez pas o&#249; est Socrate, cherchez seulement la v&#233;rit&#233;...&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Comment d&#233;couvrir d&#233;couvrir des v&#233;rit&#233;s ? Dans vos observations, remarquez des contradictions. Frottez les comme deux morceaux de bois pour obtenir de la lumi&#232;re. La connaissance jaillit des contradictions.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'&#234;tre et le non-&#234;tre sont partout pr&#233;sents, &#224; tous les niveaux. le devenir et le mouvement sont toujours &#224; la fois &#234;tre et non-&#234;tre.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Science et philosophie sont ins&#233;parables. Une science qui n'est pas fond&#233;e sur la philosophie est sans valeur.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4579&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article4579&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenant aujourd'hui, Socrate pourrait dire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve qu'il est vrai de consid&#233;rer que le courant principal de la philosophie grecque a d&#233;fendu, &#224; l'oppos&#233; de ta m&#233;taphysique, Aristote, la dialectique de l'ordre et du d&#233;sordre, celle qui fonde la dialectique de la mati&#232;re et du vide, celle de la mati&#232;re et de l'&#233;nergie, celle de la mati&#232;re et du mouvement, celle des lois, des concepts, des d&#233;finitions con&#231;us comme rapport dialectique entre des forces oppos&#233;es, &#224; l'oppos&#233; de ta philosophie qui est v&#233;ritablement celle d'un ordre naturel, permanent et immanent, comme tu l'exposes en &#233;crivant dans ta &#171; Physique &#187;, contre Anaxagore et Emp&#233;docle, que &#171; Assur&#233;ment, il n'est rien de d&#233;sordonn&#233; dans les choses qui sont par nature et conformes &#224; la nature, car la nature est cause d'ordre pour toutes choses. &#187; Et, contrairement &#224; nombre d'entre nous, tu as con&#231;u le mouvement et le changement comme ext&#233;rieurs &#224; la mati&#232;re, en quoi j'estime que la science moderne t'a donn&#233; enti&#232;rement tort. Tu &#233;crivais ainsi dans le m&#234;me ouvrage : &#171; D'abord, aucun changement n'est &#233;ternel. Car tout changement est par nature de quelque chose qui va vers quelque chose&#8230; En outre, nous voyons que quelque chose peut &#234;tre m&#251; sans avoir &#224; l'int&#233;rieur de soi aucun mouvement ; par exemple, les choses inanim&#233;es, dont aucune partie ni la totalit&#233; n'est en mouvement, mais en repos, sont mues &#224; certains moments. Or il conviendrait que le mouvement soit toujours ou bien jamais, s'il est vrai qu'il n'advient pas alors il n'est pas. Ce genre de choses est du reste bien plus manifeste chez les &#234;tres anim&#233;s, car lorsque parfois il n'y a en nous aucun mouvement, et que nous nous reposons, &#224; un certain moment nous bougeons et un d&#233;but de mouvement se produit en nous de notre propre initiative, parfois m&#234;me si rien n'est m&#251; &#224; l'ext&#233;rieur. Nous ne voyons rien de semblable chez les choses inanim&#233;es, mais c'est toujours autre chose qui les meut de l'ext&#233;rieur, tandis que l'animal, affirmons-nous, se meut lui-m&#234;me. Par cons&#233;quent, si le tout est &#224; un certain moment en repos, un mouvement adviendrait dans l'immobile, de lui-m&#234;me et non de l'ext&#233;rieur. Et si cela peut advenir dans un animal, qu'est-ce qui emp&#234;che que la m&#234;me chose arrive dans le tout ? En effet, si le mouvement advient dans un petit organisme, il adviendra aussi dans un grand, et s'il advient dans l'univers, il adviendra aussi dans l'infini, pour autant que l'infini puisse &#234;tre m&#251; et &#234;tre en repos tout entier&#8230; Il est ainsi n&#233;cessaire que tout ce qui est m&#251; soit m&#251; par quelque chose&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3458&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article3458&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire encore Socrate vu par Platon :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/gorgias.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/gorgias.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/apologie.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/platon/cousin/apologie.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/xenophon/apologie.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/xenophon/apologie.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/socrate.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/philosophes/laerce/socrate.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/demonsocrate.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/demonsocrate.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les Nu&#233;es d'Aristophane, acte d'accusation criminelle contre Socrate</title>
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		<dc:date>2024-05-27T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Socrate</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Les nu&#233;es &#187; d'Aristophane, la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre qui a d&#233;but&#233; la campagne de calomnies et d'accusations sociales, philosophiques et politiques contre Socrate &lt;br class='autobr' /&gt;
Le dramaturge comique Aristophane &#233;tait un contemporain de Socrate et son adversaire d&#233;clar&#233;, et il a d&#233;velopp&#233; non seulement des critiques pour le ridiculiser, mais aussi certaines accusations graves contre Socrate, dans sa pi&#232;ce &#034;Les Nu&#233;es&#034;, qui n'a &#233;t&#233; mise en sc&#232;ne qu'une seule fois en 423 avant notre &#232;re soit 24 ans avant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Les nu&#233;es &#187; d'Aristophane, la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre qui a d&#233;but&#233; la campagne de calomnies et d'accusations sociales, philosophiques et politiques contre Socrate&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dramaturge comique Aristophane &#233;tait un contemporain de Socrate et son adversaire d&#233;clar&#233;, et il a d&#233;velopp&#233; non seulement des critiques pour le ridiculiser, mais aussi certaines accusations graves contre Socrate, dans sa pi&#232;ce &#034;Les Nu&#233;es&#034;, qui n'a &#233;t&#233; mise en sc&#232;ne qu'une seule fois en 423 avant notre &#232;re soit 24 ans avant l'ex&#233;cution mais qui n'a cess&#233; de faire des remous ensuite &#224; Ath&#232;nes. Dans &#034;Les nu&#233;es&#034;, Socrate est d&#233;peint comme un enseignant distant et hautain qui s'est d&#233;tourn&#233; de la religion grecque soutenue par l'&#201;tat pour d&#233;velopper une philosophie personnelle qui le d&#233;livre de l'ob&#233;issance aux lois de la cit&#233;. Dans la pi&#232;ce, Socrate dirige une &#233;cole, appel&#233;e l'Institut de la Pens&#233;e, qui enseigne ces id&#233;es subversives aux jeunes hommes et les pousse &#224; devenir r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attaque est tr&#232;s violente. &#192; la fin de la pi&#232;ce d'Aristophane, l'&#233;cole de Socrate est m&#234;me enti&#232;rement br&#251;l&#233;e par des gens indign&#233;s contre Socrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des pi&#232;ces d'Aristophane &#233;taient la critique satirique d'Euripide, disciple de Socrate et de Socrate. Les Nu&#233;es donnent une image ridiculement d&#233;form&#233;e de Socrate et de son &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, Socrate a &#233;t&#233; accus&#233; d'encourager ses &#233;tudiants dans la voie qu'il avait choisie - en particulier, celle qui l'avait conduit &#224; combattre la &#171; d&#233;mocratie &#187; &#233;lectorale, une d&#233;magogie de l'&#233;poque. Socrate croyait que les urnes &#233;taient un moyen stupide de &#233;lire des repr&#233;sentants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X&#233;nophon explique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Socrate am&#232;ne ses associ&#233;s &#224; m&#233;priser les lois &#233;tablies quand il insiste sur la folie de la nomination d'officiers de l'&#201;tat par scrutin : un principe que, dit-il, personne ne se soucierait d'appliquer en choisissant un pilote ou un joueur de fl&#251;te ou en tout cas similaire, o&#249; une erreur serait beaucoup moins d&#233;sastreuse qu'en mati&#232;re politique. Des mots comme ceux-ci, selon l'accusateur, avaient tendance &#224; inciter les jeunes &#224; m&#233;priser la constitution &#233;tablie, les rendant violents et ent&#234;t&#233;s. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LES NU&#201;ES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iou ! Iou ! &#212; souverain Zeus, quelle chose &#224; n'en pas finir que les nuits ! Le jour ne viendra donc pas ? Et il y a d&#233;j&#224; longtemps que j'ai entendu le coq ; et mes esclaves dorment encore. Cela ne serait pas arriv&#233; autrefois. Maudite sois-tu, &#244; guerre, pour toutes sortes de raisons, mais surtout parce qu'il ne m'est pas permis de ch&#226;tier mes esclaves ! Et ce bon jeune homme, qui ne se r&#233;veille pas de la nuit ! Non, il p&#232;te, empaquet&#233; dans ses cinq couvertures. Eh bien, si bon nous semble, ronflons dans notre enveloppe. Mais je ne puis dormir, malheureux, rong&#233; par la d&#233;pense, l'&#233;curie et les dettes de ce fils qui est l&#224;. Ce bien peign&#233; monte &#224; cheval, conduit un char et ne r&#234;ve que chevaux. Et moi, je ne vis pas, quand je vois la lune ramener les vingt jours : car les &#233;ch&#233;ances approchent. &#8212; Enfant, allume la lampe, et apporte mon registre, pour que, l'ayant en main, je lise &#224; combien de gens je dois, et que je suppute les int&#233;r&#234;ts. Voyons, que dois-je ? Douze mines &#224; Pasias. Pourquoi douze mines &#224; Pasias ? Pourquoi ai-je fait cet emprunt ? Parce que j'ai achet&#233; Koppatias. Malheureux que je suis, pourquoi n'ai-je pas eu plut&#244;t l'&#339;il fendu par une pierre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S, r&#234;vant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philon, tu triches : fournis ta course toi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, voil&#224; le mal qui me tue ; m&#234;me en dormant, il r&#234;ve chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S, r&#234;vant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien de courses doivent fournir ces chars de guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; moi, ton p&#232;re, que tu en fais fournir de nombreuses courses ! Voyons quelle dette me vient apr&#232;s Pasias. Trois mines &#224; Amynias pour un char et des roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S, r&#234;vant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emm&#232;ne le cheval &#224; la maison, apr&#232;s l'avoir roul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, malheureux, tu as d&#233;j&#224; fait rouler mes fonds ! Les uns ont des jugements contre moi, et les autres disent qu'ils vont prendre des s&#251;ret&#233;s pour leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S, &#233;veill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh ! mon p&#232;re, qu'est-ce qui te tourmente et te fait te retourner toute la nuit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis mordu par un d&#232;markhe sous mes couvertures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laisse-moi, mon bon p&#232;re, dormir un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dors donc ; mais sache que toutes ces dettes retomberont sur ta t&#234;te. H&#233;las ! P&#233;risse mis&#233;rablement l'agence matrimoniale qui me fit &#233;pouser ta m&#232;re ! Moi, je menais aux champs une vie des plus douces, inculte, n&#233;glig&#233;, et couch&#233; au hasard, riche en abeilles, en brebis, en marc d'olives. Alors je me suis mari&#233;, moi paysan, &#224; une personne de la ville, &#224; la ni&#232;ce de M&#233;gakl&#232;s, fils de M&#233;gakl&#232;s, femme alti&#232;re, luxueuse, fastueuse comme K&#339;syra. Lorsque je l'&#233;pousai, je me mis au lit, sentant le vin doux, les figues s&#232;ches, la tonte des laines, elle tout parfum, safran, tendres baisers, d&#233;pense, gourmandise, Kolias, G&#233;n&#233;tyllis. Je ne dis pas qu'elle f&#251;t oisive ; non, elle tissait. Et moi, lui montrant ce v&#234;tement, je prenais occasion de lui dire : &#171; Femme, tu serres trop les fils. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN SERVITEUR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons plus d'huile dans la lampe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheur ! Pourquoi m'avoir allum&#233; une lampe buveuse ? Viens ici, que je te fasse crier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE SERVITEUR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourquoi crierai-je ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que tu as mis une trop grosse m&#232;che&#8230; Apr&#232;s cela, lorsque nous arriva ce fils qui est l&#224;, nous nous disput&#226;mes, moi et mon excellente femme, au sujet du nom qu'il porterait. Elle voulait qu'il y e&#251;t du cheval dans son nom : &#171; Xanthippos, Kh&#230;rippos, Kallippid&#232;s &#187;. Enfin, au bout de quelque temps, nous f&#238;mes un arrangement, et nous le nomm&#226;mes &#171; Phidippid&#232;s &#187;. Elle, embrassant son fils, le caressait : &#171; Quand tu seras grand, tu conduiras un char &#224; travers la ville, comme M&#233;gakl&#232;s, et v&#234;tu d'une belle robe. &#187; Moi, je disais : &#171; Quand donc feras-tu descendre tes ch&#232;vres du mont Phelleus, comme ton p&#232;re, v&#234;tu d'une peau de bique ? &#187; Mais il n'&#233;coutait pas mes discours, et sa passion pour le cheval a coul&#233; mon avoir. Maintenant, durant cette nuit, &#224; force d'y songer, j'ai trouv&#233; un exp&#233;dient merveilleux qui, si je puis le convaincre, sera pour moi le salut. Mais je veux d'abord l'&#233;veiller. Seulement, comment l'&#233;veiller le plus doucement possible ? Comment ?&#8230; Phidippid&#232;s, mon petit Phidippid&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi, mon p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un baiser, et donne-moi la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici. Qu'y a-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi, m'aimes-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en jure par Pos&#233;id&#244;n, dieu des chevaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, non, pas de ce dieu des chevaux ! C'est lui qui est la cause de mes malheurs. Mais si tu m'aimes r&#233;ellement et de tout c&#339;ur, &#244; mon enfant, suis mon conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en quoi faut-il que je suive ton conseil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Change au plus t&#244;t de conduite, et va prendre des le&#231;ons o&#249; je t'indiquerai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parle, qu'ordonnes-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu ob&#233;iras ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ob&#233;irai, j'en jure par Dionysos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regarde de ce c&#244;t&#233;. Vois-tu cette petite porte et cette petite maison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je les vois ; mais, mon p&#232;re, qu'est-ce que cela veut dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le philosophoir des &#226;mes sages. L&#224; sont log&#233;s des hommes qui disent et d&#233;montrent que le ciel est un &#233;touffoir, dont nous sommes entour&#233;s, et nous, des charbons. Ils enseignent, si on leur donne de l'argent, &#224; gagner les causes justes ou injustes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas exactement leur nom. Ce sont de profonds penseurs, beaux et bons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! oui, les mis&#233;rables, je les connais. Ce sont des charlatans, des hommes p&#226;les, des va-nu-pieds, que tu veux dire, et, parmi eux, ce maudit Sokrat&#232;s et Kh&#230;r&#233;ph&#244;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; ! h&#233; ! tais-toi ! ne dis pas de b&#234;tises. Si tu as souci des orges paternelles, deviens l'un d'eux, et l&#226;che-moi l'&#233;quitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! non, par Dionysos ! quand tu me donnerais les faisans que nourrit L&#233;ogoras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vas-y, je t'en supplie, &#244; toi, l'homme le plus cher &#224; mon c&#339;ur. Entre &#224; leur &#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'est-ce que je t'y apprendrai ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils disent qu'il y a deux raisonnements : le sup&#233;rieur et l'inf&#233;rieur. Ils pr&#233;tendent que, par le moyen de l'un de ces deux raisonnements, c'est-&#224;-dire de l'inf&#233;rieur, on gagne les causes injustes. Si donc tu m'y apprenais ce raisonnement injuste, de toutes les dettes que j'ai contract&#233;es pour toi, je ne paierais une obole &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'y saurais consentir : je n'oserais pas regarder les cavaliers avec ma face jaune et maigre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, par D&#232;m&#232;t&#232;r, vous ne mangerez plus mon bien, ni toi, ni ton attelage, ni ton cheval. Je te chasse de ma maison et je t'envoie aux corbeaux marqu&#233; au &#931;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon oncle M&#233;gakl&#232;s ne me laissera pas sans monture. Je vais chez lui, et je me moque de toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, moi, pour une chute, je ne reste point par terre. Mais j'invoquerai les dieux et j'irai moi-m&#234;me au philosophoir. Seulement, vieux comme je suis, sans m&#233;moire et l'esprit lent, comment apprendrai-je les broutilles de leurs raisonnements raffin&#233;s ? Il faut y aller. Pourquoi h&#233;siter encore et ne pas frapper &#224; la porte ?&#8230; Enfant, petit enfant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;UN DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Va-t'en aux corbeaux ! Qui frappe &#224; la porte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fils de Phid&#244;n, Strepsiad&#232;s du d&#234;me de Kikynna.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par Zeus ! tu dois &#234;tre un grossier personnage, toi qui donnes &#224; la porte un coup de pied si brutal, et qui fais avorter la conception de ma pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pardonne-moi, car j'habite loin dans la campagne ; mais dis-moi la chose avort&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est permis de la dire qu'aux disciples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-la-moi donc sans crainte, car je viens comme disciple au philosophoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je la dirai ; mais songe donc que ce sont des myst&#232;res. Sokrat&#232;s demandait tout &#224; l'heure &#224; Kh&#230;r&#233;ph&#244;n combien de fois une puce saute la longueur de ses pattes. Elle avait piqu&#233; Kh&#230;r&#233;ph&#244;n au sourcil, et de l&#224; elle &#233;tait saut&#233;e sur la t&#234;te de Sokrat&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment a-t-il mesur&#233; cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s adroitement. Il a fait fondre de la cire, puis il a pris la puce, et il lui a tremp&#233; les pattes dedans. La cire refroidie a fait &#224; la puce des souliers persiques ; en les d&#233;chaussant, il a mesur&#233; l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; Zeus souverain, quelle finesse d'esprit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que serait-ce, si tu apprenais une autre invention de Sokrat&#232;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle ? Je t'en prie, dis-la-moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kh&#230;r&#233;ph&#244;n, du d&#234;me de Sphattos, lui demandait s'il pensait que le bourdonnement des cousins v&#238;nt de la trompe ou du derri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'a-t-il dit au sujet du cousin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a dit que l'intestin du cousin est &#233;troit ; et que, &#224; cause de cette &#233;troitesse, l'air est pouss&#233; tout de suite avec force vers le derri&#232;re ; ensuite, l'ouverture de derri&#232;re communiquant avec l'intestin, le derri&#232;re r&#233;sonne par la force de l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le derri&#232;re des cousins est une trompette. Trois fois heureux l'auteur de cette d&#233;couverte ! Il doit &#234;tre facile d'&#233;chapper &#224; une poursuite en justice, quand on conna&#238;t &#224; fond l'intestin du cousin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;rement il fut d&#233;tourn&#233; d'une haute pens&#233;e par un l&#233;zard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quelle mani&#232;re ? Dis-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il observait le cours de la lune et ses r&#233;volutions, la t&#234;te en l'air, la bouche ouverte ; un l&#233;zard, du haut du toit, pendant la nuit, lui envoya sa fiente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est amusant ce l&#233;zard, qui fait dans la bouche de Sokrat&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, nous n'avions pas &#224; souper pour le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! qu'imagina-t-il pour avoir des vivres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tend sur la table une l&#233;g&#232;re couche de cendre, courbe une tige de fer, prend un fil &#224; plomb, et de la palestre il enl&#232;ve un manteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous admirons le c&#233;l&#232;bre Thal&#232;s ! Ouvre-moi, ouvre vite le philosophoir ; et fais-moi voir au plus t&#244;t Sokrat&#232;s. J'ai h&#226;te d'&#234;tre son disciple. Mais ouvre donc la porte. &#212; H&#233;rakl&#232;s ! de quels pays sont ces animaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui t'&#233;tonne ? &#192; quoi trouves-tu qu'ils ressemblent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux prisonniers de Pylos, aux Lakoniens. Mais pourquoi regardent-ils ainsi la terre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils cherchent ce qui est sous la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils cherchent donc des oignons. Ne vous donnez pas maintenant tant de peine ; je sais, moi, o&#249; il y en a de gros et de beaux. Mais que font ceux-ci tellement courb&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sondent les ab&#238;mes du Tartaros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et leur derri&#232;re, qu'a-t-il &#224; regarder le ciel ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il apprend aussi pour son compte &#224; faire de l'astronomie&#8230; Mais rentrez, de peur que le ma&#238;tre ne vous surprenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas encore, pas encore : qu'ils restent, afin que je leur communique une petite affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils ne peuvent pas demeurer trop longtemps &#224; l'air et dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom des dieux, qu'est ceci ? Dis-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'astronomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;om&#233;trie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi cela sert-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesurer la terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle qui se partage au sort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ; la terre enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est charmant ce que tu dis l&#224; : voil&#224; une invention populaire et utile !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiens, voici la surface de la terre enti&#232;re : vois-tu ? Ici, c'est Ath&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dis-tu ? Je ne te crois pas ; je n'y vois point de juges en s&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant r&#233;ellement le territoire Attique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et o&#249; sont mes concitoyens de Kikynna ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'ils habitent. Voici l'Eub&#339;a, tu vois, cette terre qui s'&#233;tend en longueur infinie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois : nous l'avons pressur&#233;e, nous et P&#233;rikl&#232;s. Mais o&#249; est Lak&#233;d&#230;m&#244;n ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; elle est ? Ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme c'est pr&#232;s de nous ! Songez-y bien, &#233;loignez-la de nous &#224; la plus grande distance possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Zeus ! vous en g&#233;mirez. Mais quel est donc cet homme juch&#233; dans un panier ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui, lui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sokrat&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sokrat&#232;s ! Voyons, toi, appelle-le-moi donc bien fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appelle-le toi-m&#234;me. Moi, je n'en ai pas le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sokrat&#232;s, mon petit Sokrat&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi m'appelles-tu, &#234;tre &#233;ph&#233;m&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord que fais-tu l&#224; ? Je t'en prie, dis-le-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je marche dans les airs et je contemple le soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors c'est du haut de ton panier que tu regardes les dieux, et non pas de la terre, si toutefois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne pourrais jamais p&#233;n&#233;trer nettement dans les choses d'en haut, si je ne suspendais mon esprit, et si je ne m&#234;lais la subtilit&#233; de ma pens&#233;e avec l'air similaire. Si, demeurant &#224; terre, je regardais d'en bas les choses d'en haut, je ne d&#233;couvrirais rien. Car la terre attire &#224; elle l'humidit&#233; de la pens&#233;e. C'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui arrive au cresson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dis-tu ? Ta pens&#233;e attire l'humidit&#233; sur le cresson ? Mais maintenant descends, mon petit Sokrat&#232;s, afin de m'enseigner les choses pour lesquelles je suis venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi es-tu venu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux apprendre &#224; parler. Les pr&#234;teurs &#224; int&#233;r&#234;ts, race intraitable, me poursuivent, me harc&#232;lent, se nantissent de mon bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment t'es-tu donc endett&#233; sans le savoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'hippomanie qui m'a ruin&#233;, maladie d&#233;vorante. Mais enseigne-moi l'un de tes deux raisonnements, celui qui sert &#224; ne pas payer, et, quel que soit le salaire, je jure par les dieux de te le payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quels dieux jures-tu ? D'abord les dieux ne sont pas chez nous une monnaie courante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quoi jurez-vous donc ? Est-ce par de la monnaie de fer, comme &#224; Byzantion ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Veux-tu conna&#238;tre nettement les choses c&#233;lestes, ce qu'elles sont au juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par Zeus ! si elles sont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et converser avec les Nu&#233;es, nos divinit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assois-toi donc sur la banquette sainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, je suis assis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant prends cette couronne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi bon une couronne ? Malheur &#224; moi, Sokrat&#232;s ! Est-ce que vous allez me sacrifier comme Athamas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ; c'est tout ce que nous faisons aux initi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, qu'y gagnerai-je ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'&#234;tre un rou&#233; en fait de langage, une cliquette, une fleur de farine. Seulement, ne bouge pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Zeus ! tu ne mens pas ! Saupoudr&#233; comme je suis, je vais devenir fleur de farine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que ce vieillard observe le silence et qu'il &#233;coute la pri&#232;re : &#171; Souverain ma&#238;tre, Air immense, qui enveloppes la terre de toutes parts, &#198;ther brillant, et vous, Nu&#233;es, v&#233;n&#233;rables d&#233;esses, m&#232;res du tonnerre et de la foudre, levez-vous, &#244; souveraines, apparaissez au penseur dans les r&#233;gions sup&#233;rieures ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas encore, pas encore ; pas avant que je me sois envelopp&#233; de ce manteau, de peur d'&#234;tre inond&#233;. N'avoir pas pris, en sortant de chez moi, une casquette de peau de chien, quelle malechance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venez, &#244; Nu&#233;es v&#233;n&#233;r&#233;es, vous manifester &#224; cet homme, soit que vous occupiez les cimes sacr&#233;es de l'Olympos, battues par les neiges, soit que dans les jardins de votre p&#232;re Ok&#233;anos vous formiez un ch&#339;ur sacr&#233; avec les Nymphes, soit que, aux bouches du Nilos, vous puisiez des eaux dans des cornes d'or, que vous r&#233;sidiez aux Palus M&#230;otides ou sur le rocher neigeux du Mimas, &#233;coutez-nous, accueillez notre sacrifice, et que nos c&#233;r&#233;monies vous fassent plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nu&#233;es &#233;ternelles, &#233;levons-nous, en ros&#233;e transparente et l&#233;g&#232;re, du sein de notre p&#232;re Ok&#233;anos aux bruissements profonds, jusqu'aux sommets des monts couronn&#233;s de for&#234;ts, afin de d&#233;couvrir les horizons lointains, les fruits qui ornent la Terre sacr&#233;e, le cours sonore des fleuves divins, et la Mer aux mugissements sourds ; car l'&#339;il de l'&#198;ther brille sans rel&#226;che de rayons &#233;clatants. Mais dissipons le voile pluvieux qui cache nos figures immortelles, et embrassons le monde de notre regard illimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; Nu&#233;es tr&#232;s v&#233;n&#233;rables, il est certain que vous avez entendu mon appel. Et toi, as-tu entendu leur voix divine avec le mugissement du tonnerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi aussi je vous r&#233;v&#232;re, Nu&#233;es respectables, et je veux r&#233;pondre au bruit du tonnerre, tant il m'a caus&#233; de tremblement et d'effroi. Aussi, tout de suite, permis ou non, je l&#226;che tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne raille pas et ne fais pas comme les po&#232;tes que grise la vendange. Sois silencieux : un nombreux essaim de d&#233;esses s'avance en chantant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR, se rapprochant de la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vierges dispensatrices des pluies, allons vers la terre f&#233;conde de Pallas, voyons le royaume de K&#233;krops, riche en grands hommes et mille fois aim&#233;. L&#224; se trouve le culte des initiations sacr&#233;es, le sanctuaire mystique des c&#233;r&#233;monies saintes, les offrandes aux divinit&#233;s c&#233;lestes, les temples magnifiques et les statues, les processions trois fois saintes des bienheureux, victimes couronn&#233;es immol&#233;es aux dieux ; les festins dans toutes les saisons ; et l&#224;, au renouveau, la f&#234;te de Bromios, les chants m&#233;lodieux des ch&#339;urs et la musique des fl&#251;tes fr&#233;missantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nom de Zeus, je t'en prie, dis-moi, Sokrat&#232;s, quelles sont ces femmes qui font entendre un chant si respectable ? Sont-ce quelques h&#233;ro&#239;nes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du tout ; mais les Nu&#233;es c&#233;lestes, grandes divinit&#233;s des hommes oisifs, qui nous sugg&#232;rent pens&#233;e, parole, intelligence, charlatanisme, loquacit&#233;, ruse, compr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour cela qu'en &#233;coutant leur voix, mon &#226;me se sent des ailes ; elle cherche &#224; &#233;piloguer, &#224; ergoter sur de la fum&#233;e, &#224; coudre trait d'esprit &#224; trait d'esprit, pour riposter &#224; l'autre raisonnement. De telle sorte que, s'il est possible, je souhaite vivement de les voir en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, regarde du c&#244;t&#233; de la Parn&#232;s. Je les vois descendre lentement par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; donc ? Montre-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles s'avancent en grand nombre, &#224; travers les cavit&#233;s et les bois, sur une ligne oblique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc ? Je ne les vois pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, &#224; l'entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! oui, maintenant un peu, par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu dois maintenant les voir tout &#224; fait, &#224; moins que tu n'aies une coloquinte de chassie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par Zeus ! &#212; v&#233;n&#233;rables divinit&#233;s, elles remplissent toute la sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant tu ne savais pas, tu ne croyais pas que ce fussent des d&#233;esses ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, par Zeus ! mais je me figurais que c'&#233;tait du brouillard, de la ros&#233;e, de la fum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, non, par Zeus ! Sache que ce sont elles qui nourrissent une foule de sophistes, des devins de Thourion, des empiriques, des oisifs &#224; bagues qui vont au bout des ongles et &#224; longs cheveux, des fabricants de chants pour les ch&#339;urs cycliques, des tireurs d'horoscopes, fain&#233;ants, dont elles nourrissent l'oisivet&#233;, parce qu'ils les chantent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi ils chantent &#171; le rapide essor des Nu&#233;es humides qui lancent des &#233;clairs, les tresses du Typh&#244;n aux cent t&#234;tes, les temp&#234;tes furieuses, filles de l'air, agiles oiseaux qu'un vol oblique fait nager dans les airs, torrents de pluies &#233;manant des Nu&#233;es humides &#187;. Et, pour prix de leurs vers, ils engloutissent des tranches sal&#233;es d'&#233;normes et bons mulets, et la chair d&#233;licate des grives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; elles toutefois, et n'est-ce pas juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi, comment se fait-il, si ce sont vraiment des Nu&#233;es, qu'elles ressemblent &#224; des mortelles ? Elles ne le sont pourtant pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que sont-elles donc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas trop. Elles ressemblent &#224; des flocons de laine et non &#224; des femmes, j'en atteste Zeus, pas le moins du monde. Et celles-ci ont des nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponds maintenant &#224; mes questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi vite ce que tu veux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As-tu vu quelquefois, en regardant en l'air, une nu&#233;e semblable &#224; un centaure, &#224; un l&#233;opard, &#224; un loup, &#224; un taureau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par Zeus ! j'en ai vu. Eh bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont tout ce qu'elles veulent. Et alors, si elles voient un d&#233;bauch&#233; &#224; longue chevelure, quelqu'un de ces sauvages velus, comme le fils de X&#233;nophant&#232;s, pour se moquer de sa manie, elles se changent en centaures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce &#224; dire ? Si elles voient Sim&#244;n, le voleur des deniers cyniques, que font-elles ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le repr&#233;senter au naturel, elles deviennent tout &#224; coup des loups.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc pour cela certainement que, hier, voyant Kl&#233;onymos, qui a jet&#233; son bouclier, &#224; la vue de ce l&#226;che, elles sont devenues cerfs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, quand elles ont aper&#231;u Klisth&#233;n&#232;s, tu vois, c'est pour cela qu'elles sont devenues femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut, &#244; souveraines ! Aujourd'hui, si vous l'avez fait pour quelque autre, faites r&#233;sonner pour moi votre voix c&#233;leste, reines toutes-puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salut, vieillard des anciens jours, pourchasseur des &#233;tudes ch&#232;res aux Muses ; et toi, pr&#234;tre des plus subtiles niaiseries, dis-nous ce que tu d&#233;sires. Car nous ne pr&#234;tons l'oreille &#224; aucun des sophistes &#233;gar&#233;s dans les nuages, si ce n'est &#224; Prodikos, &#224; cause de sa sagesse et de son bon sens, et &#224; toi, &#224; cause de ta d&#233;marche fi&#232;re dans les rues, ton regard d&#233;daigneux, tes pieds nus, ta patience &#224; supporter nombre de maux, et l'air de gravit&#233; que tu tiens de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; Terre, quelle voix ! Qu'elle est sainte, auguste, prodigieuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'elles seules sont d&#233;esses ; tout le reste n'est que bagatelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, dis-moi, par la Terre ! notre Zeus Olympien n'est-il pas dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel Zeus ? Tr&#234;ve de plaisanteries ! Il n'y a pas de Zeus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dis-tu ? Et qui est-ce qui pleut ? Dis-moi cela avant tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont elles ; et je t'en donnerai de bonnes preuves. Voyons, o&#249; as-tu jamais vu pleuvoir sans Nu&#233;es ? Si c'&#233;tait lui, il faudrait qu'il pl&#251;t par un jour serein, elles absentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Apoll&#244;n ! Ta parole s'applique bien &#224; notre conversation actuelle. Autrefois je croyais bonnement que Zeus pissait dans un crible. Mais qui est-ce qui tonne ? Dis-le-moi. Cela me fait trembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles tonnent en roulant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cela, &#244; toi qui braves tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'elles sont pleines d'eau, et contraintes &#224; se mouvoir, pr&#233;cipit&#233;es d'en haut violemment, avec la pluie qui les gonfle, puis alourdies, et lanc&#233;es les unes contre les autres, elles se brisent et &#233;clatent avec fracas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qui donc les contraint et les emporte ? N'est-ce pas Zeus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du tout, mais le Tourbillon &#198;th&#233;r&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Tourbillon ? J'ignorais et que Zeus n'exist&#226;t pas et que le Tourbillon r&#233;gn&#226;t aujourd'hui &#224; sa place. Mais tu ne m'as encore rien appris sur le bruit du tonnerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne m'as-tu pas entendu te dire que les Nu&#233;es &#233;taient pleines d'eau et, tombant les unes sur les autres, font ce fracas &#224; cause de leur densit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons, comment peut-on croire cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais te l'enseigner par ton propre exemple. Quand tu t'es rempli de viande aux Panath&#232;n&#230;a et que tu as ensuite le ventre troubl&#233;, le d&#233;sordre ne le fait-il pas r&#233;sonner tout &#224; coup ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par Apoll&#244;n ! je souffre aussit&#244;t, le trouble se met en moi ; comme un tonnerre le manger &#233;clate et fait un bruit d&#233;plorable, d'abord sourdement, pappax, pappax, puis plus fort, papapappax, et quand je fais mon cas, c'est un vrai tonnerre, papapappax, comme les Nu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#232;re donc que, avec ton petit ventre, tu as fait un pet r&#233;sonnant : n'est-il pas naturel alors que l'air qui est immense produise un bruit d&#233;tonant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les mots &#171; bruit d&#233;tonant &#187; et &#171; pet r&#233;sonnant &#187; ont entre eux quelque ressemblance. Mais la foudre, d'o&#249; lui vient son &#233;tincelle de feu, dis-le-moi, qui tant&#244;t nous frappe et nous consume, tant&#244;t laisse vivants ceux qu'elle a effleur&#233;s ? Il est &#233;vident que c'est Zeus qui la lance sur les parjures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment, sot que tu es, toi qui sens l'&#226;ge de Kronos, plus vieux que le pain et la lune, s'il frappait les parjures, comment n'aurait-il pas foudroy&#233; Sim&#244;n, Kl&#233;onymos, Th&#233;oros ? Ce sont pourtant bien des parjures. Mais il frappe ses propres temples et Sounion, le cap de l'Attique, et les grands ch&#234;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais ; mais tu sembles avoir raison. Qu'est-ce donc alors que la foudre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'un vent sec s'&#233;l&#232;ve vers les Nu&#233;es et s'y enferme, il en gonfle l'int&#233;rieur comme une vessie ; ensuite, par une force fatale il les cr&#232;ve, s'&#233;chappe au dehors avec violence, en raison de la densit&#233;, et s'enflamme lui-m&#234;me par la fougue de son &#233;lan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Zeus ! la m&#234;me chose tout &#224; fait m'est arriv&#233;e un jour aux Diasia : je faisais cuire pour ma famille un ventre de truie ; je n&#233;glige de le fendre ; il se gonfle, &#233;clate tout &#224; coup, me d&#233;bonde dans les yeux et me br&#251;le le visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Homme, qui as d&#233;sir&#233; apprendre de nous la grande sagesse, tu seras tr&#232;s heureux parmi les Ath&#233;niens et les Hell&#232;nes, si tu as de la m&#233;moire, de la r&#233;flexion, et de la patience dans l'&#226;me ; si tu ne te lasses ni de rester debout, ni de marcher, ni d'endurer la rigueur du froid ; si tu ne d&#233;sires pas te mettre &#224; table ; si tu t'abstiens de vin, des gymnases et des autres folies ; si tu regardes comme le meilleur de tout, ainsi qu'il convient &#224; un homme sens&#233;, d'&#234;tre le premier par ta conduite, ta prudence et par la force pol&#233;mique de ta langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est d'une &#226;me forte, d'un souci qui brave l'insomnie, d'un ventre &#233;conome, qui ne s'&#233;coute pas, et qui d&#238;ne de sarriette, sois sans crainte, pour tout cela, je servirais bravement d'enclume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'avenir, n'est-ce pas, tu ne reconna&#238;tras plus d'autres dieux que ceux que nous reconnaissons nous-m&#234;mes : le Khaos, les Nu&#233;es et la Langue, ces trois-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais, franchement, je ne converserai avec les autres, m&#234;me si je les rencontrais : pas de sacrifices, pas de libations, pas d'encens br&#251;l&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-nous maintenant avec confiance ce que nous devons faire pour toi ; tu auras pleine satisfaction, si tu nous honores, si tu nous admires, et si tu veux devenir un habile homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; Souveraines, je ne vous demande qu'une toute petite chose : c'est d'&#234;tre de cent stades le plus fort des Hell&#232;nes dans l'art de parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu l'obtiendras de nous : d&#233;sormais, &#224; partir de ce moment, devant le peuple, personne ne fera triompher plus d'id&#233;es que toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne tiens pas &#224; exposer de grandes id&#233;es ; ce n'est pas l&#224; que je vise, mais &#224; retourner la justice de mon c&#244;t&#233; et &#224; &#233;chapper &#224; mes cr&#233;anciers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu obtiendras donc ce que tu d&#233;sires ; car tu ne vises pas au grand : livre-toi donc bravement &#224; nos ministres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le ferai en toute confiance ; car la n&#233;cessit&#233; m'y contraint, &#233;tant donn&#233;s ces chevaux marqu&#233;s du Koppa, et le mariage qui m'a ruin&#233;. Maintenant que ceux-ci fassent de moi ce qu'ils voudront : je leur livre mon corps &#224; frapper, &#224; lui faire endurer la faim, la soif, le chaud, le froid, &#224; le tailler en outre, pourvu que je ne paie pas mes dettes : je consens &#224; &#234;tre aux yeux des hommes insolent, beau diseur, effront&#233;, impudent, vil coquin, colleur de mensonges, h&#226;bleur, rompu aux proc&#232;s, table de lois, cliquette, renard, tari&#232;re, souple, dissimul&#233;, visqueux, fanfaron, gibier &#224; &#233;trivi&#232;res, ordure, retors, hargneux, l&#233;cheur d'&#233;cuelles. D&#251;t-on me donner ces noms au passage, qu'ils fassent de moi ce qu'ils voudront ; et, s'ils veulent, par D&#232;m&#232;t&#232;r ! qu'ils me servent en andouille aux penseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; une volont&#233; ! Il n'a pas peur, il a du c&#339;ur. Sache que d&#232;s que tu tiendras de moi cette science, tu auras parmi les mortels une gloire montant jusqu'aux cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que m'arrivera-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le temps avec moi tu passeras la vie la plus enviable qui soit parmi les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Verrai-je jamais cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foule ne cessera d'assi&#233;ger tes portes : on voudra t'aborder, causer avec toi d'affaires et de proc&#232;s d'un grand nombre de talents, dignes des conseils de ta prudence. (&#192; Sokrat&#232;s.) Mais toi, commence &#224; donner au vieillard quelqu'une de tes le&#231;ons ; mets en mouvement son esprit, et fais l'&#233;preuve de son intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons, voyons, dis-moi ton caract&#232;re, afin que, sachant qui tu es, je dirige, d'apr&#232;s un plan nouveau, mes machines de ton c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi donc ? Songes-tu, au nom des dieux ! &#224; me battre en br&#232;che ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du tout, mais je veux t'adresser quelques questions. As-tu de la m&#233;moire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est selon, par Zeus ! Si l'on me doit, j'en ai beaucoup ; mais si je dois, infortun&#233;, je n'en ai aucune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As-tu de la facilit&#233; naturelle &#224; parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; parler, non ; mais &#224; voler, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment pourras-tu donc apprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne t'inqui&#232;te pas ; tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ; quand je te laisserai quelque sage pens&#233;e au sujet des ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, saisis-la vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi donc ? Happerai-je la sagesse, comme un chien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! l'homme ignorant, le barbare ! J'ai peur, mon vieux, que tu n'aies besoin de coups. Voyons, que ferais-tu, si l'on te battait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On me bat ; un peu apr&#232;s, je prends des t&#233;moins, et ensuite, apr&#232;s un moment de r&#233;pit, je vais en justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ; &#244;te ton manteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ai-je commis quelque faute ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ; mais il est prescrit d'entrer nu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je n'entre pas chercher un objet vol&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212;te-le : pourquoi ce bavardage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi seulement ceci : si je suis attentif, et si j'apprends avec z&#232;le, auquel des disciples serai-je comparable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu seras le portrait de Kh&#230;r&#233;ph&#244;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheur &#224; moi ! J'aurai l'air d'un cadavre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas un mot ; mais suis-moi de ce c&#244;t&#233; : h&#226;tons-nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mets-moi donc maintenant entre les mains un g&#226;teau miell&#233; : j'ai peur, en entrant l&#224; dedans, comme si je descendais dans l'antre de Trophonios.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marche ; pourquoi lanterner devant la porte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Va gaiement, en raison de ton ouvrage. Bonne chance &#224; ce vieillard, que son &#226;ge avanc&#233; n'emp&#234;che pas de prendre une teinture des nouveaut&#233;s &#224; la mode, et qui s'exerce &#224; la sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PARABASE ou CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spectateurs, je vous dirai librement la v&#233;rit&#233;, j'en atteste Dionysos, dont je suis le nourrisson. Puiss&#233;-je &#234;tre vainqueur et r&#233;put&#233; sage, moi qui, vous regardant comme des spectateurs intelligents, et pensant que cette pi&#232;ce est la meilleure de mes com&#233;dies, ai cru devoir vous la donner &#224; go&#251;ter les premiers, vu qu'elle m'a co&#251;t&#233; beaucoup de peine ! Et pourtant je me suis retir&#233;, vaincu par des lourdauds, sans l'avoir m&#233;rit&#233;. C'est donc ce que je vous reproche, &#224; vous, hommes habiles, pour lesquels je me suis donn&#233; tant de mal. Et cependant jamais je ne me soustrairai &#224; des juges intelligents comme vous l'&#234;tes. Car depuis que dans cette r&#233;union, &#224; laquelle il est agr&#233;able de s'adresser, mon Modeste et mon D&#233;bauch&#233; ont &#233;t&#233; &#233;cout&#233;s avec un plein succ&#232;s, moi aussi, vierge alors et n'ayant pas encore la permission d'enfanter, j'exposai mon fruit ; une autre jeune femme le recueillit, l'emporta, et vous l'avez g&#233;n&#233;reusement nourri et &#233;lev&#233;. Depuis lors votre bienveillance pour moi a eu la constance d'un serment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, comme une autre &#201;lektra, cette com&#233;die para&#238;t, cherchant &#224; rencontrer des spectateurs aussi &#233;clair&#233;s. Elle reconna&#238;tra, du premier coup d'&#339;il, la chevelure de son fr&#232;re. Voyez comme elle est r&#233;serv&#233;e. Elle est la premi&#232;re qui ne vienne pas tra&#238;nant un morceau de cuir, rouge par le bout, gros &#224; faire rire les enfants. Elle ne se moque pas des chauves ; elle ne danse pas le kordax ; elle n'a pas de vieillard qui, en d&#233;bitant les vers, frappe de son b&#226;ton son interlocuteur, pour dissimuler ses grossi&#232;res plaisanteries ; elle n'entre pas une torche &#224; la main, en criant : &#171; Iou ! Iou ! &#187; mais elle s'avance confiante en elle-m&#234;me et en ses vers. Pour moi, qui suis un po&#232;te de ce caract&#232;re, je ne porte pas la t&#234;te haute, et je ne cherche pas &#224; vous tromper, en vous servant deux ou trois fois le m&#234;me sujet : je vous apporte des pi&#232;ces nouvelles de mon invention, qui ne se ressemblent point entre elles et qui sont toutes ing&#233;nieuses. Au moment de toute sa grandeur j'ai frapp&#233; Kl&#233;&#244;n en plein ventre, mais je n'ai pas eu l'audace de le fouler aux pieds abattu. Eux, une fois que Hyperbolos a donn&#233; prise sur lui, ils ne cessent d'&#233;craser ce malheureux, ainsi que sa m&#232;re. Eupolis le premier tra&#238;na sur la sc&#232;ne son Marikas ; c'&#233;taient nos Chevaliers mal retourn&#233;s par une main mauvaise, avec l'addition d'une vieille ivre, qui dansait le kordax, invention surann&#233;e de Phrynikhos, et une baleine l'avalait. &#192; son tour, Hermippas a jou&#233; Hyperbolos, et maintenant tous les autres se ruent sur Hyperbolos et m'empruntent la comparaison des anguilles. Que ceux qui rient avec eux se d&#233;plaisent &#224; mes &#339;uvres. Mais si vous vous amusez avec moi et avec mes pi&#232;ces, on dira dans les &#226;ges &#224; venir que vous avez bon go&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le souverain des dieux, Zeus, plein de grandeur et de toute-puissance, que j'invoque d'abord pour ce Ch&#339;ur, et puis le ma&#238;tre magnanime du trident, remueur farouche de la Terre et de la plaine sal&#233;e ; et toi, notre p&#232;re au grand nom, &#198;ther v&#233;n&#233;rable, qui entretiens la vie universelle ; et toi, Conducteur de coursiers, dont les rayons &#233;blouissants embrassent l'espace terrestre, divinit&#233; grande parmi les dieux et parmi les mortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s sages spectateurs, ici pr&#234;tez-nous attention. Malmen&#233;s par vous, nous vous adressons nos reproches. Plus que tous les autres dieux nous avons rendu service &#224; votre ville, et nous sommes les seules divinit&#233;s &#224; qui vous n'offriez ni sacrifices ni libations, nous qui vous prot&#233;geons. Si l'on d&#233;cr&#232;te quelque exp&#233;dition insens&#233;e, nous toussons ou nous pleurons. Cet ennemi des dieux, le corroyeur paphlagonien, lorsque vous l'avez &#233;lu strat&#232;ge, nous avons fronc&#233; les sourcils et manifest&#233; notre col&#232;re : &#171; le tonnerre bruit au milieu des &#233;clairs &#187;, la Lune d&#233;via de sa route, et soudain le Soleil, repliant son flambeau sur lui-m&#234;me, refusa de nous luire, si Kl&#233;&#244;n &#233;tait strat&#232;ge. Cependant vous l'avez &#233;lu. Aussi dit-on que la d&#233;mence s'est r&#233;pandue sur la ville, mais que toutefois les dieux tournent &#224; bien vos fautes. Comment celle-ci peut facilement &#234;tre utile, nous allons vous le dire. Si, convainquant ce Kl&#233;&#244;n, vraie mouette de corruption et de vol, vous lui serrez le cou dans une trav&#233;e, c'en est fait aussit&#244;t de vos fautes pass&#233;es, et les affaires de la ville remontent vers le mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viens aussi, souverain Ph&#339;bos, dieu de D&#232;los, qui habites la roche escarp&#233;e du Kynthos ; et toi, bienheureuse habitante du Temple d'or d'&#201;ph&#233;sos, o&#249; les jeunes filles des Lydiens te rendent des honneurs solennels ; et toi encore, D&#233;esse de notre contr&#233;e, ma&#238;tresse de l'&#233;gide, protectrice de la ville, Ath&#232;na ; et toi, qui habites la roche du Parnasse, brillant au milieu des torches agit&#233;es par les Bakkhantes de Delph&#339;, roi des Orgies, Dionysos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#249; nous &#233;tions pr&#234;tes &#224; partir, S&#233;l&#232;n&#232; nous aborde, et nous enjoint d'abord de souhaiter toute joie aux Ath&#233;niens et &#224; leurs alli&#233;s ; puis elle dit qu'elle est furieuse parce que vous l'avez indignement trait&#233;e apr&#232;s qu'elle vous a &#233;t&#233; utile &#224; tous, non pas en paroles, mais en r&#233;alit&#233;. Premi&#232;rement, par mois vous n'&#233;conomisez pas moins d'une drakhme de lumi&#232;re ; car tous ceux qui sortent le soir disent : &#171; Enfant, n'ach&#232;te pas de torches ; la lueur de S&#233;l&#232;n&#232; est brillante. &#187; Elle y ajoute, dit-elle, d'autres services ; et vous, au lieu de compter exactement les jours, vous renversez tout du haut en bas. Aussi, les dieux l'accablent de fr&#233;quentes menaces, lorsque, frustr&#233;s du festin, ils reviennent chez eux, sans avoir eu la f&#234;te d'apr&#232;s l'ordre des jours. Quand il faudrait sacrifier, vous donnez la question ou vous &#234;tes en proc&#232;s. Souvent, tandis que, nous autres dieux, nous je&#251;nons en signe de deuil pour la mort de Memn&#244;n ou de Sarp&#233;d&#244;n, vous vous livrez aux libations ou au rire. Voil&#224; pourquoi Hyperbolos, &#233;lev&#233; cette ann&#233;e aux fonctions de hi&#233;romn&#233;m&#244;n, nous, dieux, nous lui avons enlev&#233; sa couronne. Il saura mieux d&#233;sormais que c'est d'apr&#232;s S&#233;l&#232;n&#232; qu'il faut r&#233;gler les jours de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la Respiration ! Par le Khaos ! Par l'Air, je n'ai jamais vu d'homme si grossier, si stupide, si gauche, si oublieux ! Les jeux d'esprit les plus simples, il les oublie, avant m&#234;me de les avoir appris. Cependant, je veux l'appeler ici &#224; la porte, au grand jour. O&#249; es-tu, Strepsiad&#232;s ? Sors, et prends ton grabat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elles ne veulent pas me le laisser apporter, les punaises !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pose-le vite, et fais attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'y voici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons, que veux-tu d'abord apprendre, pour le moment, de toutes les choses que tu ignores, dis-le-moi ? Les mesures, les rhythmes, les vers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi ? Les mesures : car, l'autre jour, un marchand de farine d'orge m'a tromp&#233; de deux kh&#339;nix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas l&#224; ce que je te demande, mais quelle mesure te para&#238;t la plus belle, le trim&#232;tre ou le t&#233;tram&#232;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, rien n'est sup&#233;rieur au demi-setier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu dis des sottises, brave homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parie avec moi que le demi-setier est un t&#233;tram&#232;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Va-t'en aux corbeaux ! Tu n'es qu'un rustre et un ignorant ! Peut-&#234;tre pourras-tu mieux apprendre les rhythmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi me serviront les rhythmes pour la farine d'orge ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord &#224; &#234;tre aimable en soci&#233;t&#233;, puis &#224; comprendre ce que sont dans les rhythmes le rhythme &#233;noplien et le rhythme du daktyle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du daktyle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par Zeus !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le connais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel autre cela peut-il &#234;tre que ce doigt-ci. J'en ai us&#233;, d&#232;s mon enfance, de ce doigt-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es un rustre et un lourdaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, mis&#233;rable, je ne d&#233;sire apprendre rien de tout cela, rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi donc alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici, voici ; le raisonnement le plus injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a d'abord, avant cela, beaucoup d'autres choses &#224; apprendre : ainsi, parmi les quadrup&#232;des, quels sont vraiment les m&#226;les ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je connais les m&#226;les, si j'ai bien ma t&#234;te ; b&#233;lier, bouc, taureau, chien, coq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vois-tu ce qui t'arrive ? Tu donnes le nom de coq aussi bien &#224; la femelle qu'au m&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment donc ? voyons !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? Un coq et une coq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Pos&#233;id&#244;n ! mais de quel nom veux-tu que je l'appelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Femelle du coq &#187; et l'autre &#171; coq &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Femelle du coq &#187; ! Par l'Air ! voil&#224; qui est bien. Pour cette le&#231;on seule, je remplirais de farine d'orge, jusqu'aux bords, ton auge &#224; p&#233;trir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre faute ! Tu donnes la qualit&#233; de m&#226;le &#224; un &#234;tre femelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, en la d&#233;signant, fais-je de l'auge un m&#226;le ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absolument comme quand tu dis &#171; Kl&#233;onymos &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cela ? Dis-le-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que auge (kardopos) et Kl&#233;onymos sont du m&#234;me genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, mon bon, Kl&#233;onymos n'avait pas d'auge &#224; p&#233;trir : il se servait d'un mortier rond. Enfin, comment dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? &#171; La auge &#187;, comme tu dirais &#171; la Sostrata &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La auge &#187; au f&#233;minin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela m&#234;me : &#171; la auge &#187; (kardop&#232;) comme &#171; la Kl&#233;onym&#232; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant il faut que tu apprennes &#224; distinguer les noms propres masculins des f&#233;minins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je connais des noms f&#233;minins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lysilla, Philinna, Klitagora, D&#232;m&#232;tria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et des noms masculins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix mille : Philox&#233;nos, M&#233;l&#232;sias, Amynias.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, malheureux ! ce ne sont pas l&#224; des noms d'hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ! Pas des noms d'hommes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du tout. Comment, si cela se rencontrait, appellerais-tu Amynias ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? &#171; Oh&#233;, dirais-je, ici, ici, Amynia ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vois-tu ? Tu appelles Amynias &#171; Amynia &#187;, d'un nom de femme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi ai-je raison, puisqu' &#171; elle &#187; ne va pas &#224; l'arm&#233;e. Mais &#224; quoi sert d'apprendre ce que nous savons tous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; rien, par Zeus ! Mais couche-toi l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Songe un peu &#224; tes affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! je t'en prie, pas l&#224;. S'il le faut, laisse-moi m'&#233;tendre par terre pour r&#234;ver &#224; tout cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne se peut pas autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureux ! Quel supplice les punaises vont m'infliger aujourd'hui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;dite et r&#233;fl&#233;chis ; tourne ton esprit dans tous les sens ; concentre-le. D&#232;s que tu tomberas dans le vide, bondis vers une autre id&#233;e : que le sommeil doux &#224; l'&#226;me soit absent de tes yeux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aie ! aie ! aie ! aie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'as-tu donc ? que souffres-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est fait de moi, mis&#233;rable ! Du lit s'&#233;chappent des Korinthiens qui me mordent ; ils me d&#233;chirent les flancs, ils me boivent l'&#226;me, ils m'arrachent les testicules, ils me fouillent le derri&#232;re, ils me tuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que ta douleur ne crie pas si fort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment ? Envol&#233; mon argent, envol&#233;e ma couleur, envol&#233;e ma chance, envol&#233;e ma chaussure, et, pour comble de maux, tout en chantant pendant que je monte la garde, envol&#233; moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; ! l'homme ! Que fais-tu l&#224; ? Ne songes-tu pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi ? Oui, par Pos&#233;id&#244;n !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; quoi songes-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; savoir si les punaises laisseront quelque bribe de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Va-t'en &#224; la malheure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, mon bon, la malheure est arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh ! le mollasse ! enveloppe-toi la t&#234;te. Il faut trouver un proc&#233;d&#233; artificieux, une ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! qui m'enveloppera, comme proc&#233;d&#233; artificieux, d'une peau de mouton ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant ! Commen&#231;ons par regarder ce que fait notre homme. H&#233; ! l'homme ! Dors-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Apoll&#244;n ! non, je ne dors pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiens-tu quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Zeus ! rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien absolument ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien qu'un certain objet dans ma main droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons ! couvre-toi vite, et m&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ? Dis-le-moi, Sokrat&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis toi-m&#234;me d'abord ce que tu veux trouver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as entendu dix mille fois ce que je veux au sujet des int&#233;r&#234;ts, le moyen de n'en payer &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Va donc, couvre-toi ; fixe ta pens&#233;e fugitive ; examine la chose par le menu, distinguant et r&#233;fl&#233;chissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureux que je suis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doucement. Si une pens&#233;e t'embarrasse, laisse-la, passe outre ; puis reviens-y ; remets en mouvement la m&#234;me pens&#233;e, et place-la dans la balance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; mon petit Sokrat&#232;s bien-aim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce donc, vieillard ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet des int&#233;r&#234;ts j'ai une id&#233;e ing&#233;nieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indique-la. Allons, dis-moi ce que c'est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'achetais une femme thessalienne pour faire descendre la lune pendant la nuit ! Je l'enfermerais ensuite comme un miroir dans un &#233;tui rond, et puis je la garderais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi cela te servirait-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; quoi ? Si d&#233;sormais la lune ne se levait plus du tout, je ne paierais pas d'int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, chaque mois, on paie l'argent pr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s bien. Mais je vais te proposer un autre tour d'adresse. Si l'on te condamnait en justice &#224; payer cinq talents, comment annulerais-tu cet arr&#234;t ? Dis-le-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ? Comment ? Je ne sais pas. Aussi faut-il chercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'enroule pas toujours ta pens&#233;e autour de toi ; mais l&#226;che tes id&#233;es dans l'air, donne-leur l'essor, comme &#224; un hanneton qu'un fil retient par la patte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai une annulation d'arr&#234;t des plus ing&#233;nieuses, tu vas en convenir avec moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as sans doute d&#233;j&#224; vu chez les vendeurs de drogues une pierre belle, diaphane, au moyen de laquelle ils allumaient du feu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cristal que tu veux dire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, qu'en ferais-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prendrais cette pierre, et quand le greffier &#233;crirait l'arr&#234;t, moi, debout, &#224; l'&#233;cart, j'emploierais le soleil &#224; fondre les lettres de ma condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sagement fait, j'en atteste les Kharites !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle jouissance pour moi d'effacer une condamnation de cinq talents !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons, trouve-moi vite ceci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moyen de retourner une condamnation contre tes adversaires, au moment m&#234;me de la subir, faute de t&#233;moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'il y a de plus insignifiant, et tr&#232;s facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, je le dis. S'il ne restait plus qu'une affaire &#224; juger, avant qu'on appel&#226;t la mienne, je courrais me pendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si, de par les dieux ! Personne &#224; moi une fois mort n'enverrait d'assignation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu d&#233;raisonnes. Va-t'en ; je ne veux plus te donner de le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi, Sokrat&#232;s, au nom des dieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que, &#224; chaque instant, tu oublies ce qu'on t'apprend. Pour le moment, qu'est-ce que je t'ai d'abord enseign&#233; ici ? Parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons un peu ! Qu'est-ce-que c'&#233;tait d'abord ? Qu'est-ce que c'&#233;tait d'abord ? Qu'est-ce que c'&#233;tait que la chose o&#249; l'on p&#233;trit la farine d'orge ? Malheur ! Qu'est-ce que c'&#233;tait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux corbeaux et &#224; la malheure cette vieille ganache oublieuse et stupide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! Que vais-je devenir ? Je suis un homme perdu, si je n'apprends pas &#224; bien retourner ma langue. &#212; Nu&#233;es, donnez-moi quelque bon conseil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, &#244; vieillard, nous te conseillons, si tu as un fils, &#233;lev&#233; par toi, de l'envoyer apprendre &#224; ta place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, j'ai un fils beau et bon, mais il ne veut pas apprendre. Que ferai-je ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu le souffres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est plein de vigueur et de sant&#233;, et, par des femmes de haute vol&#233;e, il descend de K&#339;syra. Je vais le trouver. S'il ne veut pas, je n'ai plus qu'&#224; le chasser de la maison. (&#192; Sokrat&#232;s.) Toi, rentre, et attends-moi un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR, &#224; Sokrat&#232;s pr&#232;s de sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne vois-tu pas tous les biens que tu vas obtenir sur-le-champ de nous seules parmi les divinit&#233;s ? Voil&#224; un homme pr&#234;t &#224; faire tout ce que tu lui ordonneras. Tu le vois. Le connaissant &#233;merveill&#233;, et absolument enthousiasm&#233;, il faut le laper autant que possible, et vivement. D'ordinaire, les affaires de ce genre c&#232;dent la place &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, par le Brouillard ! tu ne resteras pas ici davantage. Va manger, si tu veux, les colonnes de M&#233;gakl&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, excellent p&#232;re, qu'as-tu donc ? Tu n'es pas dans ton bon sens, j'en jure par Zeus Olympien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyez, voyez, &#171; Zeus Olympien &#187; ! Quelle folie ! Croire &#224; Zeus, &#224; ton &#226;ge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient donc que tu ris ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que je songe que tu es assez petit gar&#231;on pour avoir en t&#234;te ces vieilleries. Cependant approche, pour en savoir davantage ; je vais te dire une chose, dont la connaissance fera de toi un homme. Seulement, n'en dis rien &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons, qu'est-ce que c'est ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as jur&#233; par Zeus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vois donc comme il est bon d'apprendre. Phidippid&#232;s, il n'y a pas de Zeus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'y a-t-il alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Tourbillon qui r&#232;gne, apr&#232;s avoir chass&#233; Zeus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons donc ! est-ce que tu radotes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sache que c'est comme cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qui le dit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sokrat&#232;s de M&#234;los, et Kh&#230;r&#233;ph&#244;n, qui conna&#238;t les sauts des puces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En es-tu donc &#224; ce point de d&#233;mence, que tu croies &#224; ces hommes bilieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parles-en mieux, et ne dis pas de mal de ces hommes habiles et pleins de sens, dont pas un, par &#233;conomie, ne se fait jamais raser, ni ne se parfume, ni ne va aux bains pour se laver ; tandis que toi, comme si j'&#233;tais mort, tu gaspilles mon avoir. Mais va-t'en au plus vite &#233;tudier &#224; ma place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et que peut-on apprendre de bon de ces gens-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraiment ? Tout ce qu'il y a de sciences parmi les hommes. Tu verras combien toi-m&#234;me tu es ignorant et &#233;pais. Mais attends-moi ici un instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel malheur ! Que faire ? Mon p&#232;re est fou ! Dois-je le faire interdire pour cause de d&#233;mence, ou pr&#233;venir de sa folie les faiseurs de cercueils ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons un peu ! Comment appelles-tu cet oiseau ? Dis-le-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un coq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien. Et cette femelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un coq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les deux de m&#234;me ; tu me fais rire. Ne recommence plus dor&#233;navant, mais appelle celle-ci &#171; femelle du coq &#187; et cet autre &#171; coq &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Femelle du coq &#187; ! Ce sont l&#224; les nesses que tu viens d'apprendre chez les Fils de la Terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et beaucoup d'autres choses. Mais ce que j'apprenais successivement, je l'oubliais tout de suite, &#224; cause du nombre des ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce aussi pour cela que tu as perdu ton manteau ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne l'ai pas perdu, mais je l'ai emphilosoph&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tes sandales, qu'en as-tu fait, pauvre insens&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme P&#233;rikl&#232;s, je les ai perdues pour le n&#233;cessaire. Mais viens, marche, allons ; et, si c'est pour ob&#233;ir &#224; ton p&#232;re, sois en faute. Moi, quand tu n'avais encore que six ans et que tu b&#233;gayais, je t'ob&#233;issais, et la premi&#232;re obole que je touchai, comme juge au tribunal des h&#232;liastes, je t'en ai achet&#233; un petit chariot aux Diasia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais un temps viendra o&#249; tu te repentiras de ce que tu fais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout va bien, puisque tu ob&#233;is. Ici, ici, Sokrat&#232;s ! Sors, je t'am&#232;ne mon fils, que voici : il ne voulait pas, mais je l'ai d&#233;cid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore un enfant, peu rompu &#224; nos paniers suspendus en l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; toi de t'y rompre, si tu y restais pendu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux corbeaux ! Tu insultes ton ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! &#171; Si tu y restais pendu &#187;, quelle mauvaise mani&#232;re de parler, et les l&#232;vres largement ouvertes ! Comment ce jeune homme saura-t-il jamais se tirer d'un proc&#232;s, citer des t&#233;moins, avoir la facult&#233; persuasive ou dissolvante ? Voil&#224; donc ce que pour un talent enseignait Hyperbolos !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe ? Instruis-le. C'est une nature philosophique. Tout petit petit enfant, il b&#226;tissait chez nous des maisons, il sculptait des vaisseaux, il construisait des chariots de cuir, et avec des &#233;corces de grenade il faisait des grenouilles : c'&#233;tait &#224; ravir. Apprends-lui donc les deux Raisonnements, le fort et puis le faible, qui triomphe du fort &#224; l'aide de l'injustice : tout au moins enseigne-lui l'injuste par n'importe quel moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va s'instruire en entendant les deux Raisonnements eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je m'en vais. Souviens-toi maintenant de le mettre en &#233;tat de r&#233;futer tout ce qui est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viens ici, et montre-toi aux spectateurs, si impudent que tu sois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons o&#249; tu voudras, il me sera beaucoup plus facile, en parlant devant la multitude, de t'an&#233;antir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M'an&#233;antir, toi ? Qui es-tu donc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le plus faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je te vaincrai, toi qui te vantes d'&#234;tre le plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par quel art ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la nouveaut&#233; de mes id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, elles fleurissent parmi les insens&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas ; aupr&#232;s des sages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je te mettrai &#224; male mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi, en quoi faisant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En disant ce qui est juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et moi je renverserai tout cela, en te contredisant. Et d'abord je soutiens absolument qu'il n'y a pas de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de justice ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui ; o&#249; est-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment donc, si la justice existe, Zeus n'a-t-il pas p&#233;ri pour avoir encha&#238;n&#233; son p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh quoi ! Voil&#224; o&#249; en est venue la perversit&#233; ? Apporte-moi un bassin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es un vieux radoteur, un mal &#233;quilibr&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es un inf&#226;me et un &#233;hont&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me couvres de roses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un impie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me couronnes de lis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parricide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu m'arroses d'or, sans t'en apercevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrefois ce n'&#233;tait pas de l'or, mais du plomb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ce m'est une parure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu n'es pas mal effront&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toi, une vraie ganache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cause de toi que les jeunes gens ne veulent plus fr&#233;quenter les &#233;coles. On ne tardera pas &#224; conna&#238;tre chez les Ath&#233;niens ce que tu enseignes &#224; des fous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu es d'une salet&#233; honteuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toi dans une bonne situation ; mais il n'y a pas longtemps que tu mendiais. Tu disais : &#171; Je suis T&#233;l&#233;phos le Mysien, &#187; tirant de ta besace, pour les grignoter, des maximes de Pand&#233;l&#233;tos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La belle sagesse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La belle folie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que tu nous vantes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la tienne et celle de la ville qui te nourrit, toi le corrupteur des jeunes gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne veux-tu pas instruire ce jeune homme, vieux Kronos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute, s'il faut le sauver et ne pas l'exercer seulement au bavardage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viens ici, et laisse celui-ci &#224; sa folie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je te ferai crier, si tu avances la main vers lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#234;ve &#224; cette lutte et &#224; ces insultes. Mais fais voir, toi, ce que tu enseignais aux hommes d'autrefois ; toi, ce qu'est l'&#233;ducation nouvelle. De la sorte, apr&#232;s vous avoir entendus tous les deux exposer le pour et le contre, il jugera quelle &#233;cole il faut fr&#233;quenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux bien faire ainsi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi aussi je le veux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc qui des deux parlera le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui accorde la parole ; puis, quand il aura parl&#233;, je d&#233;cocherai sur lui des expressions et des pens&#233;es nouvelles. &#192; la fin, s'il se met &#224; grommeler, je fais de mes id&#233;es une vol&#233;e de bourdons, qui lui piquent la figure et les deux yeux et le mettent &#224; mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, que les rivaux, confiants dans leurs proc&#233;d&#233;s oratoires, dans leurs pens&#233;es, dans leurs r&#233;flexions sentencieuses, montrent lequel des deux para&#238;tra le plus fort dans l'art de parler. Aujourd'hui, en effet, c'est l'&#233;preuve d&#233;cisive de la philosophie, pour laquelle mes amis livrent un grand combat. Allons, toi, qui couronnas les anciens de si nobles vertus, romps le silence en faveur de l'&#233;ducation que tu aimes, et fais-nous conna&#238;tre ton caract&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirai donc l'ancienne &#233;ducation, en quoi elle consistait, lorsque florissait mon enseignement de la justice et que la prudence &#233;tait en honneur. D'abord il ne fallait pas entendre un enfant souffler mot ; puis ils s'avan&#231;aient en bon ordre dans les rues vers l'&#233;cole du ma&#238;tre de musique, les cheveux longs, nus, serr&#233;s, la neige tomb&#226;t-elle comme d'un tamis. L&#224; ils apprenaient, les cuisses &#233;cart&#233;es, &#224; chanter : &#171; Pallas redoutable destructrice des villes &#187; ou : &#171; Cri retentissant au loin &#187; ; soutenant l'harmonie que leurs p&#232;res leur avaient enseign&#233;e. Si quelqu'un d'eux faisait quelque bouffonnerie ou donnait &#224; sa voix une inflexion m&#233;lodique comme celles que les &#233;l&#232;ves de Phrynis modulent &#224; l'oppos&#233; de la m&#233;lodie, il &#233;tait ch&#226;ti&#233;, rou&#233; de coups, comme insultant aux Muses. Dans la palestre, les enfants s'asseyaient les jambes allong&#233;es, de mani&#232;re &#224; ne faire voir aux voisins rien d'ind&#233;cent. Aussit&#244;t qu'ils s'&#233;taient remis debout, ils essuyaient la place, et veillaient &#224; ne laisser aux amants aucune empreinte de leur sexe. Pas un enfant ne se frottait d'huile au-dessous du nombril ; et le milieu de leur corps florissait de ros&#233;e et de duvet comme les fruits. Nul d'entre eux, donnant &#224; sa voix une mollesse toute f&#233;minine, ne s'avan&#231;ait vers un amant, en l'attirant des yeux. Nul, au repas, ne se f&#251;t permis de prendre une t&#234;te de raifort ; nul de s'emparer de l'an&#232;thon r&#233;serv&#233; aux vieillards ou du persil ; nul de manger du poisson ou des grives, nul d'avoir les pieds crois&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieilleries contemporaines des Diopolia, des Cigales, de K&#233;kidas, des Bouphonies !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant ce qu'il en est ; c'est par cette &#233;ducation que j'ai form&#233; les h&#233;ros qui combattaient &#224; Marath&#244;n. Mais toi, tu leur enseignes aujourd'hui &#224; s'empaqueter tout d'abord dans des v&#234;tements. Aussi je m'indigne, quand il leur faut danser aux Panath&#232;n&#230;a, de les voir tenir leurs boucliers devant leur corps sans songer &#224; Tritog&#233;n&#233;ia. Ose donc, jeune homme, me choisir, moi, le Raisonnement sup&#233;rieur. Tu apprendras &#224; d&#233;tester l'Agora, &#224; t'abstenir des bains, &#224; avoir honte de ce qui est honteux, et, si quelqu'un te raille, &#224; prendre feu ; &#224; te lever de ton si&#232;ge au passage des vieillards, &#224; ne rien faire de mal &#224; tes parents, &#224; ne commettre aucun acte ind&#233;cent, car tu dois figurer la statue de la Pudeur ; &#224; ne pas courir apr&#232;s une danseuse, car si tu te mets &#224; cette poursuite, une courtisane te jettera une pomme, et tu seras priv&#233; de ta r&#233;putation ; &#224; ne pas contredire ton p&#232;re, &#224; ne pas lui donner le nom de Iap&#233;tos, en reprochant son &#226;ge &#224; ce vieillard qui t'a nourri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu crois, jeune homme, &#224; tout ce qu'il te dit, par Dionysos ! tu ressembleras aux fils de Hippokrat&#232;s, et on t'appellera le &#171; poupon qui tette &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu passeras ton temps, luisant et fleurant bon, dans les gymnases, ne d&#233;bitant pas sur l'Agora de mauvaises pointes comme on le fait aujourd'hui ; on ne te tra&#238;nera pas en justice pour une m&#233;chante affaire pleine d'objections subtiles et ruineuses. Mais tu descendras &#224; l'Akad&#232;mia, pour courir sous les oliviers sacr&#233;s, la t&#234;te ceinte d'un roseau blanc, avec un sage compagnon de ton &#226;ge, respirant le smilax, le loisir et la jonch&#233;e blanche des peupliers&#8230; &#233;panoui par la saison printani&#232;re, quand le platane et l'ormeau &#233;changent leurs murmures. Si tu fais ce que je te dis, et si tu y appliques ton intelligence, tu auras toujours la poitrine grasse, le teint clair, les &#233;paules larges, la langue courte, les fesses charnues, le p&#233;nis petit. Mais si tu t'attaches &#224; ceux du jour, tu auras tout de suite le teint p&#226;le, les &#233;paules petites, la poitrine resserr&#233;e, la langue longue, les fesses petites, les parties fortes, des d&#233;crets &#224; n'en plus finir. On te rendra pr&#234;t &#224; croire que le honteux est honn&#234;te et que l'honn&#234;te est honteux, et tu seras, en outre, l'image de l'infamie d'Antimakhos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; toi qui habites les tours &#233;lev&#233;es de la glorieuse sagesse, quel doux parfum de bon sens fleurit dans tes discours ! Heureux ceux qui vivaient au temps des hommes de jadis ! (&#192; l'Injuste.) Quant &#224; toi, qui poss&#232;des les s&#233;ductions du langage, il te faut trouver des id&#233;es nouvelles, car ton rival a eu du succ&#232;s. Tu as besoin, ce me semble, de vigoureux arguments pour le surpasser et pour ne pas &#234;tre un objet de ris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin ! Il y a longtemps que la bile m'&#233;touffe et que je br&#251;le de renverser tous ces arguments par les miens. Moi, je m'entends appeler le Raisonnement inf&#233;rieur par ces m&#233;taphysiciens, parce que, le premier, j'ai imagin&#233; de contredire les lois et le droit. Mais n'est-ce pas une valeur de dix mille stat&#232;res, que de prendre en main la cause la plus faible et de la gagner ? Or, vois comment je ruine l'&#233;ducation dans laquelle il met sa confiance. Il dit d'abord qu'il ne te permettra pas de prendre des bains chauds. Mais quelle raison as-tu de bl&#226;mer les bains chauds ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'ils sont tr&#232;s mauvais et qu'ils amollissent l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;te ! Je te tiens tout de suite &#224; bras-le-corps, et tu ne peux &#233;chapper. Parle. Dis-moi quel est des fils de Zeus le h&#233;ros &#224; l'&#226;me, selon toi, le plus haut plac&#233;e, et qui accomplit le plus de travaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il n'y a pas d'homme sup&#233;rieur &#224; H&#232;rakl&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien ! O&#249; as-tu jamais vu des bains froids portant le nom de H&#232;rakl&#232;s ? Et cependant qui a &#233;t&#233; plus courageux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, voil&#224;, voil&#224; bien les raisons que les jeunes gens ont, chaque jour, &#224; la bouche pour remplir les bains et vider les palestres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu bl&#226;mes ensuite l'habitude de l'Agora ; moi, je l'approuve. Si c'&#233;tait un mal, jamais Hom&#232;ros n'aurait fait un harangueur de Nest&#244;r et des autres sages. De l&#224; je passe &#224; l'usage de la langue : il dit que les jeunes gent ne doivent pas l'exercer, moi je pr&#233;tends le contraire ; il dit qu'il faut user de modestie : voil&#224; deux principes d&#233;testables. O&#249; as-tu jamais vu que la modestie f&#251;t un bien r&#233;el ? Parle, convaincs-moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; nombre de gens. C'est ainsi que P&#232;leus re&#231;ut une &#233;p&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;p&#233;e ? Il y fit un joli profit, le malheureux ! Hyperbolos, au moyen de ses lampes, n'a-t-il pas gagn&#233; des milliers de talents avec sa m&#233;chancet&#233; et non, par Zeus ! avec son &#233;p&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant P&#232;leus, en raison de sa modestie, a &#233;pous&#233; Th&#233;tis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui ne tarda pas &#224; le quitter et &#224; dispara&#238;tre ; car il n'&#233;tait pas un libidineux, un homme &#224; passer toute une nuit agr&#233;able entre deux couvertures : une femme, au contraire, aime &#224; &#234;tre cajol&#233;e. Tu n'es, toi, qu'une vieille ganache. Vois donc, jeune homme, toutes les privations impos&#233;es &#224; la modestie, tous les plaisirs dont tu dois &#234;tre priv&#233;, gar&#231;ons, femmes, kottabes, festins, boissons, &#233;clats de rire. Vraiment, est-ce pour toi la peine de vivre, priv&#233; de tout cela ? Mais en voil&#224; assez. Je passe maintenant aux exigences de la nature. Tu as fait une faute, aim&#233;, commis un adult&#232;re, et tu t'es fait prendre. Tu es perdu ; car tu ne sais point parler. En suivant mes le&#231;ons, jouis de la vie, danse, ris, ne rougis de rien. On t'a surpris en adult&#232;re : affirme au mari que tu n'es pas coupable ; rejette la faute sur Zeus ; dis qu'il c&#233;da lui-m&#234;me &#224; l'amour et aux femmes. Comment toi, mortel, pourrais-tu faire plus qu'un dieu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si, pour t'avoir cru, il a une rave enfonc&#233;e dans le derri&#232;re, s'il subit une &#233;pilation &#224; la cendre chaude, pourra-t-il all&#233;guer comme quoi il n'a pas le derri&#232;re &#233;largi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh ! s'il a le derri&#232;re &#233;largi, quel mal cela lui fera-t-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que peut-il donc lui arriver de plus f&#226;cheux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que diras-tu, si j'ai raison contre toi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me tairai. Comment faire autrement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons, dis-moi, quelle esp&#232;ce de gens sont les orateurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ceux qui ont le derri&#232;re &#233;largi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le crois. Et les auteurs tragiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ceux qui ont le derri&#232;re &#233;largi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien dit. Et les d&#233;magogues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ceux qui ont le derri&#232;re &#233;largi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant, ne reconnais-tu pas que tu ne dis que des sottises ? Et les spectateurs ? Vois de quel c&#244;t&#233; est la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que vois-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233;, de par les dieux ! se compose de larges derri&#232;res. En voil&#224; un que je connais ; celui-l&#224; encore, et cet autre avec ses longs cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'INJUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, que dis-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE JUSTE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes vaincus, &#234;tres inf&#226;mes. Au nom des dieux ! recevez mon manteau : je passe de votre c&#244;t&#233;. (Ils s'en vont.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce &#224; dire ? Veux-tu prendre ton fils, le remmener, ou que je l'instruise &#224; parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instruis-le, ch&#226;tie-le, et souviens-toi de bien lui affiler la langue, de mani&#232;re qu'il ait l'une des deux m&#226;choires pour les petites causes et l'autre m&#226;choire pour les grandes affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sois tranquille ; tu auras chez toi un sophiste habile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#226;le, je crois, et mis&#233;rable. (Ils entrent chez Sokrat&#232;s.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entrez maintenant. Je crois que tu t'en repentiras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les juges gagneront, s'ils accordent au Ch&#339;ur un appui l&#233;gitime, nous voulons le dire. Et, premi&#232;rement, si vous voulez labourer vos champs, &#224; la saison, nous pleuvrons sur vous d'abord, et sur les autres ensuite. Puis nous garderons les fruits et les vignes de mani&#232;re qu'ils ne souffrent ni de la s&#233;cheresse, ni d'une pluie excessive. Mais si un de vous, mortels, nous offense, nous d&#233;esses, qu'il songe quels maux il endurera de nous, ne recueillant ni vin, ni rien, de son champ. Quand les oliviers et les vignes pousseront, ils seront ras&#233;s, tant nous les frapperons de frondes. Si nous le voyons faire des briques, nous pleuvrons, et nous briserons sous des tas de gr&#234;le les tuiles de son toit. S'il se marie, lui, ou quelqu'un de ses parents ou de ses amis, nous pleuvrons toute la nuit, si bien qu'il aimerait mieux se trouver en &#198;gypte que d'avoir jug&#233; injustement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S, il sort de chez lui, charg&#233; d'un sac de farine, et se dirige vers la porte de Sokrat&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq, quatre, trois, puis deux, et enfin celui de tous les jours que je redoute le plus, qui me fait frissonner, que je d&#233;teste, ce maudit jour de la lune vieille et nouvelle. C'est un serment fait par tous ceux &#224; qui je dois, et qui d&#233;posent leurs assignations au tribunal des Prytanes, de me ruiner, de me perdre, malgr&#233; la mod&#233;ration et la justice de mes propositions : &#171; Mon cher, ne me demande pas cela maintenant, donne-moi du temps pour cette somme, fais-moi quitte de cette autre ! &#187; Ils pr&#233;tendent qu'ainsi ils ne recevront rien ; ils m'injurient, disant que je leur fais du tort et qu'ils vont me citer devant les juges. Qu'ils me citent donc ; je m'en soucie peu, aujourd'hui que Phidippid&#232;s a appris l'art de bien parler. Je vais, du reste, m'en assurer, en frappant &#224; la porte du philosophoir&#8230; Enfant ! hol&#224; ! Enfant, enfant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Strepsiad&#232;s, bonjour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; toi aussi bonjour. Mais d'abord accepte ce sac. Il est juste de faire un joli cadeau &#224; son ma&#238;tre. Et mon fils, a-t-il appris le fameux Raisonnement, ce gar&#231;on que tu as emmen&#233; tant&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il l'a appris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien, &#244; souveraine Fourberie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De sorte que tu vas gagner tous les proc&#232;s que tu voudras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand m&#234;me il y aurait des t&#233;moins que j'ai emprunt&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant mieux, fussent-ils mille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crierai donc &#224; haute voix : &#171; Oh&#233; ! soyez maudits, peseurs d'oboles, vous, le principal, et les int&#233;r&#234;ts des int&#233;r&#234;ts ! Vous ne me nuirez plus d&#233;sormais. Pour moi s'&#233;l&#232;ve dans cette maison un fils, dont la langue brille, &#224; deux tranchants, mon soutien, le sauveur de la famille, le fl&#233;au de mes ennemis, le lib&#233;rateur des grandes infortunes de son p&#232;re. &#187;&#8230; Cours l'appeler de l&#224; dedans, qu'il vienne vers moi. Mon fils, mon enfant, sors de la maison ; entends la voix de ton p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le voici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ami, ami !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prends ton fils, et va-t'en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; mon fils ! Oh ! oh ! Quelle joie je go&#251;te tout d'abord &#224; voir ce teint ! Maintenant, &#224; te voir, tu es tout de suite un homme pr&#234;t &#224; nier, &#224; contredire. C'est franchement chez toi une fleur du terroir que ces mots : &#171; Qu'as-tu &#224; dire ? &#187; et cette apparence d'offens&#233; quand on offense et qu'on fait tort aux autres ; je vois cela. Tu as sur ton visage le regard attique. Maintenant vois &#224; me sauver, puisque c'est toi qui m'as perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui te fait peur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lune vieille et nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la lune vieille et nouvelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour o&#249; ils disent qu'ils d&#233;poseront leurs assignations au tribunal des Prytanes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adieu leurs assignations ! Il n'y a pas moyen qu'un jour soit deux jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas moyen ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ; &#224; moins que la m&#234;me femme ne soit en m&#234;me temps vieille et jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la loi le veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'ils n'en comprennent pas bien le sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel en est le sens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieux Sol&#244;n &#233;tait, de sa nature, ami du peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne fait rien &#224; la lune vieille et nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui-ci fixa deux jours pour la citation, la lune vieille et la lune nouvelle, afin que les consignations fussent d&#233;pos&#233;es &#224; la nouvelle lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc a-t-il ajout&#233; la vieille ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin, pauvre homme, que les d&#233;biteurs assign&#233;s eussent d'abord un jour pour arranger l'affaire de gr&#233; &#224; gr&#233; ; sinon, pour qu'on redoubl&#226;t les poursuites le matin m&#234;me de la nouvelle lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi alors les magistrats ne re&#231;oivent-ils pas les consignations le premier jour du mois, mais le jour de la vieille et nouvelle lune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils me paraissent agir en cela comme les gourmets : afin de profiter le plus t&#244;t possible des sommes d&#233;pos&#233;es, ils avancent la d&#233;gustation d'un jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, pauvres sots, pourquoi restez-vous l&#224; stupidement pour notre profit &#224; nous les sages ? Vraies bornes, d'ailleurs, nombre, moutons, cruches amoncel&#233;es au hasard ! Aussi faut-il qu'en mon honneur et en l'honneur de mon fils, notre bonne chance me fasse entonner un chant d'&#233;loges : &#171; Heureux Strepsiad&#232;s, qui es toi-m&#234;me sage, et qui &#233;l&#232;ves un pareil fils ! &#187; Voil&#224; ce que diront mes amis et mes concitoyens, jaloux de ta parole et de tes victoires dans les proc&#232;s ! Mais je veux d'abord te faire entrer pour prendre un bon repas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS, &#224; son t&#233;moin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il qu'un homme sacrifie jamais quelque chose de son avoir ? Non, assur&#233;ment. Mais il e&#251;t mieux valu tout de suite &#234;tre sans vergogne plut&#244;t que se faire des affaires, comme moi, qui, aujourd'hui, afin d'avoir mon argent, te tra&#238;ne ici pour t&#233;moigner, et qui, de plus, vais devenir l'ennemi d'un citoyen. Cependant, jamais, tant que je vivrai, je ne ferai rougir de moi ma patrie. J'appellerai donc Strepsiad&#232;s en justice&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est-ce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8230;Pour le jour de la vieille et de la nouvelle lune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous prends &#224; t&#233;moin qu'il a indiqu&#233; deux jours. Et pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour douze mines que tu as re&#231;ues, afin d'acheter un cheval pommel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cheval ? L'entendez-vous, moi qui, vous le savez tous, ai horreur de l'&#233;quitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'en atteste Zeus, tu juras par tous les dieux que tu me les rendrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, de par Zeus ! mon Phidippid&#232;s n'avait pas encore appris le Raisonnement irr&#233;sistible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant &#224; cause de cela tu songes &#224; nier ta dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, quel autre profit tirerais-je de cette science ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu oserais me la nier par serment devant les dieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels dieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui que je t'indiquerai, Zeus, Herm&#232;s, Pos&#233;id&#244;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zeus. Je donnerais de bon c&#339;ur un triobole pour pr&#234;ter ce serment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisses-tu p&#233;rir pour ton impudence !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il gagnerait &#224; &#234;tre sal&#233;, cet homme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que tu te moques du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il tiendrait bien six kongia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, de par le grand Zeus et par les autres dieux ! tu ne te joueras pas de moi impun&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis enchant&#233;, ravi de ces dieux. Un serment par Zeus est ridicule pour des gens instruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, un jour viendra o&#249; tu expieras ces impi&#233;t&#233;s. Mais me rendras-tu mes fonds ou non ? R&#233;ponds, que je m'en aille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sois tranquille &#224; pr&#233;sent ; car je vais bient&#244;t te r&#233;pondre clairement. (Il entre dans la maison.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS, &#224; son t&#233;moin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que crois-tu qu'il fasse ? Crois-tu qu'il me paie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S, rentrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est l'homme qui me demande de l'argent ? Parle. Qu'est-ce que cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ? Une auge (kardopos).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tu me demandes de l'argent quand tu es ce que tu es ? Non, je ne donnerais pas une obole &#224; qui que ce soit qui appelle une auge &#171; kardopos &#187; au lieu de &#171; kardop&#232; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne me paieras pas ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas, que je sache. Allons, finissons-en ; d&#233;campe au plus vite loin de la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PASIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'en vais, mais sache bien que je cours d&#233;poser ma consignation, ou que je meure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est autant de perdu en sus des douze mines. Cependant, je regrette de voir dans cette situation un homme qui se trompe sur le genre de &#171; kardopos &#187; et de &#171; kardop&#232; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! quel malheur est le mien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hol&#224; ! Quel est celui qui g&#233;mit de la sorte ! Ne serait-ce point quelqu'un des dieux de Karkinos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quel &#233;tat je suis, vous voulez le savoir ? Un homme infortun&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passe ton chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; cruel destin ! &#212; fatalit&#233;, qui as bris&#233; les roues du char tra&#238;n&#233; par mes chevaux ! &#212; Pallas, tu m'as perdu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel mal t'a fait Tl&#232;pol&#232;mos ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne raille pas, mon ami, mais fais-moi rendre par ton fils l'argent qu'il me doit, aujourd'hui surtout que je suis tomb&#233; dans le malheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel argent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qu'il m'a emprunt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait tu es mal en point, &#224; ce qu'il me semble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis tomb&#233; en lan&#231;ant mes chevaux, j'en atteste les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi ces sornettes ? Tu es chu de &lt;i&gt; &lt;i&gt;\displaystyle \left{&lt;i&gt;\begin&lt;i&gt;matrix&lt;/i&gt;\\\\end&lt;i&gt;matrix&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;\right.&lt;/i&gt; \left{&lt;i&gt;\begin&lt;i&gt;matrix&lt;/i&gt;\\\\end&lt;i&gt;matrix&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;\right. ton &#226;ne&lt;br class='autobr' /&gt;
ou de&lt;br class='autobr' /&gt;
ton &#226;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des sornettes ! Parce que je veux ravoir mon d&#251; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas possible que tu sois sain d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me fais l'effet d'avoir la cervelle troubl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Herm&#232;s ! je te fais assigner, si tu ne me rends pas l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi, crois-tu que Zeus pleuve toujours et contin&#251;ment de l'eau nouvelle, ou bien le soleil repompe-t-il la m&#234;me eau de dessus la terre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas laquelle des deux, et je n'en ai cure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comment est-il juste que tu me demandes de l'argent, toi qui ne sais pas un mot des choses m&#233;t&#233;orologiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si tu es &#224; court, paie-moi au moins l'int&#233;r&#234;t de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'int&#233;r&#234;t ! Qu'est-ce que c'est que cette b&#234;te-l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce autre chose, sinon que mois par mois, jour par jour, de plus en plus l'argent augmente, &#224; mesure que le temps s'&#233;coule ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien dit. Et puis apr&#232;s ? Crois-tu que la mer soit beaucoup plus grande maintenant qu'autrefois ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, de par Zeus ! elle est la m&#234;me : car il n'est pas juste qu'elle grandisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien alors, mis&#233;rable, comment, la mer ne grossissant pas des fleuves qui s'y jettent, essaies-tu, toi, de faire grossir ton argent ? Ne vas-tu pas d&#233;guerpir loin de la maison ? Qu'on m'apporte un b&#226;ton !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des t&#233;moins !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;campe ! Qu'attends-tu ? Tu ne cours pas, vilaine rosse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;AMYNIAS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas l&#224; une violence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne partiras pas ? Je vais t'enfoncer l'aiguillon sous la croupe, porteur de longes ! Te sauveras-tu ? C'est moi qui t'aurais men&#233; bon train avec tes roues et ta paire de chevaux. (Il rentre dans la maison.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce que c'est que de se plaire aux bassesses ! Ce vieillard, qui en a la passion, veut frustrer l'argent qu'il a emprunt&#233;. Mais il est impossible qu'il ne soit pris aujourd'hui dans quelque affaire, et que ce sophiste, en retour des friponneries qu'il a mises en train, ne soit frapp&#233; d'un malheur impr&#233;vu. Je pense qu'il trouvera tout de suite ce qu'il demandait depuis longtemps, que son fils soit habile &#224; exprimer des id&#233;es contraires &#224; la justice, &#224; vaincre tous ses adversaires, m&#234;me en disant ce qu'il y a de plus mauvais. Mais peut-&#234;tre, peut-&#234;tre, voudra-t-il qu'il devienne muet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S, sortant pr&#233;cipitamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iou ! iou ! Voisins, parents, citoyens, au secours ! On me bat ! &#192; moi, de toute votre aide ! H&#233;las ! malheureux que je suis ! Oh ! la t&#234;te ! Oh ! la m&#226;choire ! Sc&#233;l&#233;rat, tu bats ton p&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mon p&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le voyez, il avoue qu'il me bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sc&#233;l&#233;rat, parricide, enfonceur de murailles !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;p&#232;te-moi cela, r&#233;p&#232;te et dis-en plus encore. Ne sais-tu pas que je prends un vif plaisir &#224; entendre ces gros mots ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; derri&#232;re &#224; tout le monde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Couvre-moi de roses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu bats ton p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, par Zeus ! je te prouverai que j'ai eu raison de te battre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inf&#226;me gredin, comment peut-il y avoir une raison de battre son p&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le d&#233;montrerai et je te vaincrai par mon discours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, vaincu par toi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'il y a de plus facile. Choisis lequel des deux Raisonnements tu veux que j'emploie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels deux Raisonnements ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fort et le faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De par Zeus ! je t'ai fait donner une belle &#233;ducation, animal, en t'apprenant &#224; contredire la justice, si tu me prouves qu'il est juste et beau que les p&#232;res soient battus par leurs fils !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je compte pourtant te le prouver si bien que, quand tu m'auras entendu, tu n'auras rien &#224; r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons, je veux bien entendre ce que tu vas dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ton affaire, vieillard, de songer aux moyens de r&#233;duire un homme qui, s'il n'&#233;tait s&#251;r du succ&#232;s, ne serait pas si insolent. Il est clair qu'il a quelque appui. Mais d'abord dis au Ch&#339;ur par o&#249; a commenc&#233; votre querelle : c'est ce que tu dois faire tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel a &#233;t&#233; le point de d&#233;part de nos injures, je vais vous le dire. &#192; la fin de notre repas, comme vous le savez, je l'ai engag&#233; &#224; prendre tout de suite sa lyre et &#224; chanter la chanson de Simonid&#232;s sur le B&#233;lier et sa Toison. Il me r&#233;pond aussit&#244;t que c'est vieux jeu de prendre la lyre et de chanter &#224; table, comme une femme qui moud de l'orge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je ne devais pas &#224; l'instant m&#234;me te battre et te pi&#233;tiner, toi qui m'ordonnais de chanter comme si tu donnais &#224; d&#238;ner &#224; des cigales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a dit &#224; la maison ce qu'il redit maintenant. Il ajoutait que Simonid&#232;s est un mauvais po&#232;te. J'ai de la peine &#224; me contenir, je le fis pourtant d'abord. Alors je l'invitai &#224; prendre une branche de myrte et &#224; nous dire quelque chose d'&#198;skhylos. Il me r&#233;pond tout de suite : &#171; Je crois qu'&#198;skhylos est le premier des po&#232;tes, mais il est plein de fracas, incoh&#233;rent, emphatique, escarp&#233;. &#187; Comment croyez-vous que mon c&#339;ur bondit &#224; ces paroles ? Cependant je dis, en me mordant l'&#226;me : &#171; Eh bien, chante-nous quelque chose des jeunes, un joli passage. &#187; Et lui de r&#233;citer aussit&#244;t une tirade d'Euripid&#232;s, o&#249; un fr&#232;re, qu'un dieu nous soit en aide ! viole sa propre s&#339;ur. Je ne puis plus me contenir ; je l'accable aussit&#244;t de reproches durs et humiliants. &#192; partir de ce moment, comme il arrive, nous nous rejetons paroles sur paroles ; il bondit sur moi, puis il me p&#233;trit, m'&#233;trille, m'&#233;trangle, me broie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'avais-je pas raison ? Ne pas louer Euripid&#232;s, la sagesse m&#234;me !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sagesse m&#234;me ! Lui ! Ah ! si je pouvais parler ! Mais je serais encore battu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, par Zeus ! et je serais dans mon droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, dans ton droit ? Impudent ! C'est moi qui t'ai nourri, attentif, quand tu b&#233;gayais encore, &#224; tout ce &#224; quoi tu songeais. D&#232;s que tu disais : &#171; Br&#375;n, &#187; je comprenais, et je te pr&#233;sentais &#224; boire. Quand tu demandais : &#171; Mamm&#226;n, &#187; j'arrivais et je t'apportais du pain. Je ne te donnais pas le temps de dire : &#171; Kakk&#226;n &#187;, je te prenais, je te transf&#233;rais &#224; la porte et je te soutenais moi-m&#234;me. Et toi, lorsque tu m'&#233;tranglais tout &#224; l'heure, criant et hurlant que j'avais envie d'aller, tu n'as pas eu le c&#339;ur, sc&#233;l&#233;rat, de me porter dehors, devant la porte, mais tu me serrais la gorge et je fis tout sous moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que le c&#339;ur des jeunes gens palpite du d&#233;sir d'entendre ce qu'il va dire. Car si un homme qui a fait de pareilles choses, se disculpe en parlant, je n'estimerais pas la peau des vieux m&#234;me un pois chiche. C'est ton affaire, remueur et lanceur de paroles nouvelles, de chercher la persuasion et de para&#238;tre t'exprimer selon la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il est doux de vivre au milieu des nouveaut&#233;s, des inventions ing&#233;nieuses, et de pouvoir m&#233;priser les lois &#233;tablies ! Et de fait, moi, quand j'avais l'esprit uniquement occup&#233; d'&#233;quitation, je n'&#233;tais pas capable de dire trois mots sans faire une faute. Mais maintenant que cet homme a mis fin &#224; mes go&#251;ts, et que je suis form&#233; aux pens&#233;es subtiles, &#224; l'art de la parole et aux m&#233;ditations, je crois pouvoir prouver que j'ai le droit de ch&#226;tier mon p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retourne donc &#224; tes chevaux, de par Zeus ! Mieux vaut pour moi nourrir l'attelage d'un quadrige que d'&#234;tre battu et broy&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviens au point o&#249; tu m'as interrompu, et d'abord je te demanderai ceci : quand j'&#233;tais petit, me battais-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute ; c'&#233;tait &#224; bonne intention et pour ton bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dis-moi, n'est-il pas juste que j'aie pour toi la m&#234;me bonne intention et que je te frappe, puisque avoir une bonne intention et frapper c'est la m&#234;me chose ? Conviendrait-il, en effet, que ton corps f&#251;t &#224; l'abri des coups, et le mien point ? Cependant je suis libre aussi, moi. Les enfants pleurent, et les p&#232;res ne pleureraient pas, s'il fallait t'en croire ? Diras-tu que la loi exige que ce ch&#226;timent soit l'affaire de l'enfance ? Moi je r&#233;pondrai que les vieillards sont deux fois enfants. Il est donc juste que les vieux pleurent plus que les jeunes, d'autant plus que leurs fautes sont moins excusables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nulle part la loi n'exige qu'un p&#232;re subisse ce traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'&#233;tait-il donc pas homme, comme toi et moi, celui qui a, le premier, &#233;tabli cette loi, dont la parole a convaincu les anciens ? Pourquoi donc me serait-il moins permis, &#224; moi, d'&#233;tablir une loi nouvelle qui perm&#238;t aux fils de battre leurs p&#232;res &#224; leur tour ? Tous les coups que nous avons re&#231;us avant l'&#233;tablissement de cette loi, nous vous en faisons gr&#226;ce et nous vous accordons d'avoir &#233;t&#233; impun&#233;ment battus. Mais vois les coqs et les autres animaux, comme ils se d&#233;fendent contre leurs p&#232;res. Cependant en quoi diff&#232;rent-ils de nous, sinon qu'ils ne r&#233;digent pas de d&#233;crets ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, puisque tu imites les coqs en tout, pourquoi ne manges-tu pas du fumier et ne dors-tu pas sur un perchoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la m&#234;me chose, cher p&#232;re ; et Sokrat&#232;s ne l'admettrait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ne frappe pas. Sinon, quelque jour tu t'accuseras toi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il est juste que je te ch&#226;tie, tu en feras autant &#224; ton fils, si tu en as un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si je n'en ai pas, c'est en vain que j'aurai pleur&#233;, et tu me riras au nez en mourant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vraiment, hommes de mon &#226;ge, il me fait l'effet d'avoir raison : et moi-m&#234;me je crois devoir leur accorder ce qui est juste. Il est &#233;quitable que nous pleurions, si nous agissons mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examine encore cette autre raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis un homme mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre ne seras-tu pas f&#226;ch&#233; d'avoir pass&#233; par o&#249; tu as pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment cela ? Dis-moi, quel avantage en retireras-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je battrai ma m&#232;re de la m&#234;me mani&#232;re que toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dis-tu l&#224; ? Voil&#224; qui est bien pire encore !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce &#224; dire, si, &#224; l'aide du Raisonnement faible, je te prouve que j'ai raison de battre ma m&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien, sinon que, apr&#232;s avoir fait cela, tu n'auras plus qu'&#224; te jeter dans le Barathron, toi, Sokrat&#232;s et le Raisonnement faible. Voil&#224;, Nu&#233;es, ce que j'endure, pour vous avoir commis toutes mes affaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien toi qui t'es attir&#233; cela, te tournant vers le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc ne me le disiez-vous pas, au lieu d'abuser un homme campagnard et vieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que nous faisons constamment avec les gens que nous savons port&#233;s vers les choses mauvaises, jusqu'&#224; ce que nous les lancions dans quelque infortune qui leur apprenne &#224; craindre les dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! C'est dur, &#244; Nu&#233;es, mais juste&#8230; Il ne fallait pas frustrer mes cr&#233;anciers de ce qui leur &#233;tait d&#251;. Maintenant, mon cher fils, avisons au moyen d'aller mettre &#224; mal ce coquin de Kh&#230;r&#233;ph&#244;n ainsi que Sokrat&#232;s, qui nous ont tromp&#233;s, toi et moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne veux pas maltraiter mes ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui ; mais respecte Zeus Paternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zeus Paternel ! Que tu es arri&#233;r&#233;. Est-ce qu'il y a un Zeus ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en a un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non, il n'y en a pas, puisque c'est le Tourbillon qui r&#232;gne, apr&#232;s avoir chass&#233; Zeus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il ne l'a pas chass&#233;. Seulement je le croyais, &#224; cause du Tourbillon qui est l&#224;. Insens&#233; que j'&#233;tais. J'ai pris ce vase d'argile pour un dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PHIDIPPID&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, d&#233;raisonne et extravague &#224; ton aise. (Il s'en va.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureux que je suis. Quel d&#233;lire ! Que j'&#233;tais donc fou de rejeter les dieux, sur la foi de Sokrat&#232;s. Mais, &#244; cher Herm&#232;s, ne sois pas irrit&#233; contre moi, ne m'&#233;crase pas ; au contraire, pardonne &#224; un homme &#233;gar&#233; par leurs bavardages. Deviens mon conseiller, soit pour leur intenter un proc&#232;s, soit pour prendre tel parti qu'il te conviendra&#8230; Oui, tu m'engages avec raison &#224; ne pas faire un proc&#232;s, mais &#224; mettre le feu, le plus t&#244;t possible, &#224; cette maison de fous. J'ai, ici, Xanthias ; viens, prends une &#233;chelle, apporte une hache, monte ensuite sur le philosophoir, et, si tu aimes ton ma&#238;tre, abats le toit, jusqu'&#224; ce que la maison s'&#233;croule sur eux. Puis, que l'on m'apporte une torche allum&#233;e, et, d&#232;s ce moment m&#234;me, je me ferai justice, quoique ce soient de fameux h&#226;bleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PREMIER DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; ! h&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fais ton &#339;uvre, &#244; torche ! jette une vive flamme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PREMIER DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; ! l'homme ! Que fais-tu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je fais ? Mais rien qu'un dialogue subtil avec les poutres de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEUXI&#200;ME DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheur &#224; moi ! Qui met le feu &#224; notre maison ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui &#224; qui vous avez pris son manteau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;DEUXI&#200;ME DISCIPLE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu nous tues, tu nous tues !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est justement ce que je veux, pourvu que la hache ne trahisse pas mes esp&#233;rances, et qu'auparavant je ne me casse pas le cou, en tombant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233; ! l'homme ! Qu'est-ce que tu fais donc r&#233;ellement, toi qui es sur le toit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je marche dans les airs, et je contemple le soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOKRAT&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheur &#224; moi ! Je vais mis&#233;rablement &#233;touffer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;KH&#198;R&#201;PH&#212;N.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et moi infortun&#233;, j'ai l'infortune d'&#234;tre r&#244;ti !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;STREPSIAD&#200;S.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi insultiez-vous les dieux et contempliez-vous le s&#233;jour de la Lune ?...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuis, frappe, d&#233;truis ! Ils ont eu bien des torts, et surtout celui que tu sais d'avoir manqu&#233; aux dieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE CH&#338;UR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retirez-vous ! Le Ch&#339;ur nous para&#238;t avoir assez figur&#233; aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Source :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Nu%C3%A9es_(trad._Eug%C3%A8ne_Talbot&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Nu%C3%A9es_(trad._Eug%C3%A8ne_Talbot&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/keryl_1275-6229_2000_act_10_1_1018&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/keryl_1275-6229_2000_act_10_1_1018&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/socrate--9782130812678-page-27.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.cairn.info/socrate--9782130812678-page-27.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://insula.univ-lille3.fr/2017/08/la-comedie-a-t-elle-tue-socrate/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://insula.univ-lille3.fr/2017/08/la-comedie-a-t-elle-tue-socrate/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article782&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2085&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2085&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Parm&#233;nide, Z&#233;non, Socrate et Platon</title>
		<link>https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6531</link>
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		<dc:date>2023-09-07T22:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Z&#233;non d'El&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Socrate</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lire aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
Platon &lt;br class='autobr' /&gt;
PARM&#201;NIDE &lt;br class='autobr' /&gt;
OU &lt;br class='autobr' /&gt;
SUR LES ID&#201;ES.[1] C&#201;PHALE raconte[2]. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; notre arriv&#233;e &#224; Ath&#232;nes, de Clazom&#232;ne[3], notre patrie, nous rencontr&#226;mes sur la place publique Adimante et Glaucon[4]. Adimante me dit en me prenant la main : Bonjour, C&#233;phale ! Si tu as besoin ici de quelque chose qui soit en notre pouvoir, tu n'as qu'&#224; parler. &#8212; Mais, lui dis-je, c'est pour cela m&#234;me que je suis venu ; j'ai quelque chose &#224; vous demander. &#8212; Parle, reprit-il. &#8212; Quel &#233;tait, lui demandai-je, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique27" rel="directory"&gt;2eme chapitre : R&#233;volutions de la Pr&#233;histoire et de l'Antiquit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot87" rel="tag"&gt;Z&#233;non d'El&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.google.fr/search?q=Parm%C3%A9nide%2C+Z%C3%A9non%2C+Socrate+et+Platon+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;hl=fr&amp;ei=1xmSYZj9K8iKaoCpmrgN&amp;oq=Parm%C3%A9nide%2C+Z%C3%A9non%2C+Socrate+et+Platon+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.fr+OR+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.matierevolution.org&amp;gs_lcp=Cgdnd3Mtd2l6EAMyBwgAEEcQsAMyBwgAEEcQsAMyBwgAEEcQsAMyBwgAEEcQsANKBAhBGABQ7AhY7Ahg4Q1oAXACeACAAQCIAQCSAQCYAQCgAQKgAQHIAQTAAQE&amp;sclient=gws-wiz&amp;ved=0ahUKEwjYxM-W-Zn0AhVIhRoKHYCUBtcQ4dUDCA0&amp;uact=5&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Lire aussi&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16277 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
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Platon
&lt;p&gt;PARM&#201;NIDE&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;OU&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SUR LES ID&#201;ES.[1]&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;C&#201;PHALE raconte[2].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; notre arriv&#233;e &#224; Ath&#232;nes, de Clazom&#232;ne[3], notre patrie, nous rencontr&#226;mes sur la place publique Adimante et Glaucon[4]. Adimante me dit en me prenant la main : Bonjour, C&#233;phale ! Si tu as besoin ici de quelque chose qui soit en notre pouvoir, tu n'as qu'&#224; parler. &#8212; Mais, lui dis-je, c'est pour cela m&#234;me que je suis venu ; j'ai quelque chose &#224; vous demander. &#8212; Parle, reprit-il. &#8212; Quel &#233;tait, lui demandai-je, le nom de votre fr&#232;re maternel ? je ne m'en souviens pas ; il &#233;tait encore enfant quand je vins ici pour la premi&#232;re fois de Clazom&#232;nes, et il y a fort longtemps. Son p&#232;re s'appelait, je crois, Pyrilampe. &#8212; Oui, me dit-il, et lui Antiphon. Mais o&#249; veux-tu en venir ? &#8212; Voici, lui dis-je, de mes compatriotes, grands amateurs de philosophie ; ils ont entendu dire que ce m&#234;me Antiphon &#233;tait intimement li&#233; avec un certain Pythodore[5], ami de Z&#233;non, et qu'il se rappelait les entretiens de Socrate avec Z&#233;non et Parm&#233;nide, pour les avoir souvent entendu r&#233;p&#233;ter &#224; Pythodore. &#8212; C'est vrai, dit il. &#8212; Eh bien ! ces entretiens, nous d&#233;sirons les entendre. &#8212; Ce ne sera pas difficile, reprit Adimante ; car il se les est rendus familiers d&#232;s sa premi&#232;re jeunesse. Il est maintenant aupr&#232;s de son a&#239;eul, qui porte le m&#234;me nom que lui, et il s'occupe presque exclusivement de l'&#233;ducation des chevaux. Allons le trouver, si vous voulez. Il vient de partir d'Ath&#232;nes pour se rendre chez lui, &#224; M&#233;lite[6], tout pr&#232;s d'ici. Cela dit, nous nous m&#238;mes en route, et nous rencontr&#226;mes Antiphon chez lui, au moment o&#249; il donnait &#224; un ouvrier une bride &#224; raccommoder. Celui-ci cong&#233;di&#233;, ses fr&#232;res lui expliqu&#232;rent le motif de notre visite, et Antiphon me salua, me reconnaissant pour m'avoir vu &#224; mon premier voyage. Nous le pri&#226;mes de nous r&#233;p&#233;ter les entretiens de Socrate avec Z&#233;non et Parm&#233;nide : il h&#233;sita d'abord, nous assurant que c'&#233;tait un grand travail ; cependant il finit par y consentir. Voici ce que nous dit alors Antiphon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pythodore me raconta qu'un jour Z&#233;non et Parm&#233;nide arriv&#232;rent &#224; Ath&#232;nes pour les grandes Panath&#233;n&#233;es[7]. Parm&#233;nide, d&#233;j&#224; vieux et blanchi par les ann&#233;es (il avait pr&#232;s de soixante-cinq ans), &#233;tait beau encore et de l'aspect le plus noble. Z&#233;non approchait de la quarantaine : c'&#233;tait un homme bien fait, d'une figure agr&#233;able, et il passait pour &#234;tre tr&#232;s aim&#233; de Parm&#233;nide[8]. Ils demeur&#232;rent ensemble chez Pythodore, hors des murs, dans le C&#233;ramique[9] ; et c'est l&#224; que Socrate vint, suivi de beaucoup d'autres personnes, entendre lire les &#233;crits de Z&#233;non ; car c'&#233;tait la premi&#232;re fois que celui-ci et Parm&#233;nide les avaient apport&#233;s avec eux &#224; Ath&#232;nes. Socrate &#233;tait alors fort jeune[10]. Z&#233;non faisait lui-m&#234;me la lecture, Parm&#233;nide &#233;tant par hasard absent ; et il &#233;tait d&#233;j&#224; pr&#232;s d'achever lorsque Pythodore entra, accompagn&#233; de Parm&#233;nide et d'Aristote, qui fut plus tard un des trente[11]. Il n'entendit donc que fort peu de ce qui restait encore &#224; lire ; mais auparavant il avait d&#233;j&#224; entendu Z&#233;non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate ayant &#233;cout&#233; jusqu'&#224; la fin, invita Z&#233;non &#224; relire la premi&#232;re proposition du premier livre. Cela fait, il reprit : Comment entends-tu ceci, Z&#233;non : si les &#234;tres sont multiples, il faut qu'ils soient &#224; la fois semblables et dissemblables entre eux ? Or, cela est impossible ; car ce qui est dissemblable ne peut &#234;tre semblable, ni ce qui est semblable &#234;tre dissemblable. N'est-ce pas l&#224; ce que tu entends ? &#8212; C'est cela m&#234;me, r&#233;pondit Z&#233;non. &#8212; Si donc il est impossible que le dissemblable soit semblable et le semblable dissemblable, il est aussi impossible que les choses soient multiples ; car si les choses &#233;taient multiples, il faudrait en affirmer des choses impossibles. N'est-ce pas l&#224; le but de tes raisonnements, de prouver, contre l'opinion commune, que la pluralit&#233; n'existe pas ? Ne penses-tu pas que chacun de tes raisonnements en est une preuve, et que par cons&#233;quent tu en as donn&#233; autant de preuves que tu as &#233;tabli de raisonnements ? Voil&#224; ce que tu veux dire, ou j'ai mal compris. &#8212; Non pas, dit Z&#233;non, tu as fort bien compris le but de mon livre. &#8212; Je vois bien, Parm&#233;nide, dit alors Socrate, que Z&#233;non t'est attach&#233; non seulement par les liens ordinaires de l'amiti&#233;, mais encore par ses &#233;crits ; car il dit au fond la m&#234;me chose que toi ; seulement il s'exprime en d'autres termes, et cherche &#224; nous persuader qu'il nous dit quelque chose de diff&#233;rent. Toi, tu avances dans tes po&#235;mes[12] que tout est un, et tu en apportes de belles et de bonnes preuves ; lui, il pr&#233;tend qu'il n'y a pas de pluralit&#233;, et de cela aussi il donne des preuves tr&#232;s nombreuses et tr&#232;s fortes. De la sorte, en disant, l'un que tout est un, l'autre qu'il n'y a pas de pluralit&#233;, vous avez l'air de soutenir chacun de votre c&#244;t&#233; des choses toutes diff&#233;rentes, tandis que vous ne dites gu&#232;re que la m&#234;me chose, et vous croyez nous avoir fait prendre le change &#224; nous autres ignorants. &#8212; Tu as raison, Socrate, r&#233;pondit Z&#233;non ; cependant tu n'as pas tout-&#224;-fait saisi le vrai sens de mon livre, quoique tu saches tr&#232;s bien, comme les chiennes de Laconie[13], suivre la piste du discours. Ce que tu n'as pas compris, d'abord, c'est que je ne mets pas &#224; cet ouvrage tant d'importance, et qu'en'&#233;crivant ce que tu dis que j'ai eu en pens&#233;e, je n'en fais pas myst&#232;re, comme si je faisais l&#224; quelque chose de bien extraordinaire. Mais tu as rencontr&#233; juste en un point : la v&#233;rit&#233; est que cet &#233;crit est fait pour venir &#224; l'appui du syst&#232;me de Parm&#233;nide, contre ceux qui voudraient le tourner en ridicule en montrant que si tout &#233;tait un, il s'ensuivrait une foule de cons&#233;quences absurdes et contradictoires. Mon ouvrage r&#233;pond donc aux partisans de la pluralit&#233; et leur renvoie leurs objections et m&#234;me au-del&#224;, en essayant de d&#233;montrer qu'&#224; tout bien consid&#233;rer, la supposition qu'il y a de la pluralit&#233; conduit &#224; des cons&#233;quences encore plus ridicules que la supposition que tout est un. Entra&#238;n&#233; par l'esprit de controverse, j'avais compos&#233; cet ouvrage dans ma jeunesse, et on me le d&#233;roba avant que je me fusse demand&#233; s'il fallait ou non le mettre au jour. Ainsi, Socrate, tu te trompais en croyant cet &#233;crit inspir&#233; par l'ambition d'un homme m&#251;r, au lieu de l'attribuer au go&#251;t de dispute d'un jeune homme. Du reste, je l'ai d&#233;j&#224; dit, tu n'as pas mal caract&#233;ris&#233; mon ouvrage. &#8212; Soit, r&#233;pondit Socrate : je crois que les choses sont telles que tu le dis ; mais dis-moi, ne penses-tu pas qu'il existe en elle-m&#234;me une id&#233;e de ressemblance, et une autre, contraire &#224; celle-l&#224;, savoir, une id&#233;e de dissemblance, et que ces deux id&#233;es existant, toi et moi et tout ce que nous appelons plusieurs, nous en participons ; que les choses qui participent de la ressemblance, deviennent semblables en tant et pour autant qu'elles y participent, et dissemblables celles qui participent de la dissemblance, et semblables et dissemblables en m&#234;me temps celles qui participent &#224; la fois des deux id&#233;es ? Or, que tout participe de ces deux contraires et que cette double participation rende les choses &#224; la fois semblables et dissemblables entre elles, qu'y a-t-il l&#224; d'&#233;tonnant ? Mais si l'on me montrait la ressemblance elle-m&#234;me devenant dissemblable et la dissemblance semblable, voil&#224; ce qui m'&#233;tonnerait, tandis qu'il ne me para&#238;trait pas extraordinaire que, participant de ces deux id&#233;es diff&#233;rentes, les choses fussent aussi diff&#233;remment affect&#233;es, non plus que si on me d&#233;montrait que tout est un par participation de l'unit&#233;, et multiple par participation de la multiplicit&#233;. Mais prouver que l'unit&#233; en soi est pluralit&#233;, et la pluralit&#233; en soi unit&#233;, voil&#224; ce qui me surprendrait ; et de m&#234;me, pour tout le reste, il ne faudrait pas moins s'&#233;tonner si on venait &#224; d&#233;montrer que les genres et les esp&#232;ces sont en eux-m&#234;mes susceptibles de leurs contraires ; mais il n'y aurait rien de surprenant &#224; ce qu'on d&#233;montr&#226;t que moi je suis &#224; la fois un et multiple. Pour prouver que je suis multiple, il suffirait de montrer que la partie de ma personne qui est &#224; droite diff&#232;re de celle qui est &#224; &#224; gauche, celle qui est devant de celle qui est derri&#232;re, et de m&#234;me pour celles qui sont en haut et en bas ; car, sous ce rapport, je participe, ce me semble, de la multiplicit&#233;. Et, pour prouver que je suis un, on dirait que de sept hommes ici pr&#233;sents j'en suis un, de sorte que je participe aussi de l'unit&#233;. L'un et l'autre serait vrai. Si donc on entreprend de prouver que des choses telles que des pierres ou du bois[14], sont &#224; la fois unes et multiples, nous dirons qu'en nous montrant l&#224; une unit&#233; multiple et une multitude une, on ne nous prouve pas que l'un est le multiple et que le multiple est l'un, et qu'on ne dit rien qui &#233;tonne et que nous n'accordions tous. Mais si, comme je viens de le dire, apr&#232;s avoir mis &#224; part les id&#233;es en elles-m&#234;mes, comme la ressemblance et la dissemblance, la multiplicit&#233; et l'unit&#233;, le repos et le mouvement et toutes les autres du m&#234;me genre ; si, dis-je, on venait &#224; d&#233;montrer que les id&#233;es sont susceptibles de se m&#234;ler et de se s&#233;parer ensuite, voil&#224;, Z&#233;non, ce qui me surprendrait. Je reconnais la force que tu as d&#233;ploy&#233;e dans tes raisonnements ; mais, je te le r&#233;p&#232;te, ce que j'admirerais bien davantage, ce serait qu'on p&#251;t me montrer la m&#234;me contradiction impliqu&#233;e dans les id&#233;es elles-m&#234;mes, et faire pour les objets de la pens&#233;e ce que tu as fait pour les objets visibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que Socrate parlait ainsi, Pythodore crut, &#224; ce qu'il me dit, que Parm&#233;nide et Z&#233;non se f&#226;cheraient &#224; chaque mot. Mais, au contraire, ils pr&#234;taient une grande attention et se regardaient souvent l'un l'autre en souriant comme s'ils &#233;taient charm&#233;s de Socrate ; ce qu'en effet, apr&#232;s que celui-ci e&#251;t cess&#233; de parler, Parm&#233;nide exprima en ces termes : Que tu es louable, Socrate, dans ton ardeur pour les recherches philosophiques ! Mais, dis-moi, distingues-tu en effet, comme tu l'as dit, d'une part les id&#233;es elles-m&#234;mes, et de l'autre ce qui en participe, et crois-tu que la ressemblance en elle-m&#234;me soit quelque chose de distinct de la ressemblance que nous poss&#233;dons ; et de m&#234;me pour l'unit&#233;, la multitude et tout ce que tu viens d'entendre nommer &#224; Z&#233;non ? &#8212; Oui, r&#233;pondit Socrate. &#8212; Peut-&#234;tre, continua Parm&#233;nide, y a-t-il aussi quelque id&#233;e en soi du juste, du beau, du bon et de toutes les choses de cette sorte ? &#8212; Assur&#233;ment, reprit Socrate. &#8212; Eh quoi ! y aurait-il aussi une id&#233;e de l'homme s&#233;par&#233;e de nous et de tous tant que nous sommes, enfin une id&#233;e en soi de l'homme, du feu ou de l'eau ? &#8212; J'ai souvent dout&#233;, Parm&#233;nide, r&#233;pondit Socrate, si on en doit dire autant de toutes ces choses que des autres dont nous venons de parler. &#8212; Es-tu dans le m&#234;me doute, Socrate, pour celles-ci, qui pourraient te para&#238;tre ignobles, telles que poil, boue, ordure, enfin tout ce que tu voudras de plus abject et de plus vil ? et crois-tu qu'il faut ou non admettre pour chacune de ces choses des id&#233;es diff&#233;rentes de ce qui tombe sous nos sens ? &#8212; Nullement, reprit Socrate ; ces objets n'ont rien de plus que ce que nous voyons ; leur supposer une id&#233;e serait peut-&#234;tre par trop absurde. Cependant, quelquefois il m'est venu &#224; l'esprit que toute chose pourrait bien avoir &#233;galement son id&#233;e. Mais quand je tombe sur cette pens&#233;e, je me h&#226;te de la fuir, de peur de m'aller perdre dans un ab&#238;me sans fond. Je me r&#233;fugie donc aupr&#232;s de ces autres choses dont nous avons reconnu qu'il existe des id&#233;es, et je me livre tout entier &#224; leur &#233;tude. &#8212; C'est que tu es encore jeune, Socrate, reprit Parm&#233;nide ; la philosophie ne s'est pas encore empar&#233;e de toi, comme elle le fera un jour si je ne me trompe, lorsque tu ne m&#233;priseras plus rien de ces choses. Aujourd'hui tu regardes l'opinion des hommes &#224; cause de ton &#226;ge. Dis-moi, crois-tu donc qu'il y a des id&#233;es dont les choses qui en participent tirent leur d&#233;nomination ; comme, par exemple, ce qui participe de la ressemblance est semblable ; de la grandeur, grand ; de la beaut&#233; et de la justice, juste et beau ? &#8212; Oui, dit Socrate. &#8212; Et tout ce qui participe d'une id&#233;e, participe-t-il de l'id&#233;e enti&#232;re, ou seulement d'une partie de l'id&#233;e ? ou bien y a-t-il encore une autre mani&#232;re de participer d'une chose ? &#8212; Comment cela serait-il possible, r&#233;pondit Socrate. &#8212; Eh bien ! crois-tu que l'id&#233;e soit tout enti&#232;re dans chacun des objets qui en participent, tout en &#233;tant une ? ou bien quelle est ton opinion ? &#8212; Et pourquoi l'id&#233;e n'y serait-elle pas ? repartit Socrate. &#8212; Ainsi, l'id&#233;e une et identique serait &#224; la fois tout enti&#232;re en plusieurs choses s&#233;par&#233;es les unes des autres, et par cons&#233;quent elle serait elle-m&#234;me hors d'elle-m&#234;me ? &#8212; Point du tout, reprit Socrate ; car, comme le jour, tout en &#233;tant un seul et m&#234;me jour, est en m&#234;me temps dans beaucoup de lieux sans &#234;tre pour cela s&#233;par&#233; de lui-m&#234;me, de m&#234;me chacune des id&#233;es sera en plusieurs choses &#224; la fois sans cesser d'&#234;tre une seule et m&#234;me id&#233;e. &#8212; Voil&#224;, Socrate, une ing&#233;nieuse mani&#232;re de faire que la m&#234;me chose soit en plusieurs lieux &#224; la fois ; comme si tu disais qu'une toile dont on couvrirait &#224; la fois plusieurs hommes, est tout enti&#232;re en plusieurs ; n'est-ce pas &#224; peu pr&#232;s ce que tu veux dire ? &#8212; Peut-&#234;tre. &#8212; La toile serait-elle donc tout enti&#232;re au-dessus de chacun, ou bien seulement une partie ? &#8212; Une partie. &#8212; Donc, Socrate, les id&#233;es sont elles-m&#234;mes divisibles, et les objets qui participent des id&#233;es ne participent que d'une partie de chacune, et chacune n'est pas tout enti&#232;re en chacun, mais seulement une partie. &#8212; Cela para&#238;t clair. &#8212; Voudras-tu donc dire, Socrate, que l'id&#233;e qui est une, se divise en effet et qu'elle n'en reste pas moins une ? &#8212; Point du tout. &#8212; En effet, si tu divises, par exemple, la grandeur en soi, et que tu dises que chacune des choses qui sont grandes, est grande par une partie de la grandeur plus petite que la grandeur elle-m&#234;me, ne sera-ce pas une absurdit&#233; manifeste ? &#8212; Sans doute. &#8212; Eh quoi ! un objet quelconque qui ne participerait que d'une petite partie de l'&#233;galit&#233;, pourrait-il par cette petite chose, moindre que l'&#233;galit&#233; elle-m&#234;me, &#234;tre &#233;gal &#224; une autre chose ? &#8212; C'est impossible. &#8212; Si quelqu'un de nous avait en lui une partie de la petitesse, comme la petitesse elle-m&#234;me sera naturellement plus grande que sa partie ; ce qui est le petit en soi ne serait-il pas plus grand, tandis que la chose &#224; laquelle s'ajoute ce qu'on lui enl&#232;ve, en sera plus petite et non plus grande qu'auparavant ? &#8212; C'est impossible, reprit Socrate. &#8212; Mais enfin, Socrate, de quelle mani&#232;re veux-tu que les choses participent des id&#233;es, puisqu'elles ne peuvent participer ni de leurs parties ni de leur totalit&#233; ? &#8212; Par Jupiter, r&#233;pondit Socrate, cette question ne me para&#238;t pas facile &#224; r&#233;soudre. &#8212; Que penseras-tu maintenant de ceci ? &#8212; Voyons. &#8212; Si je ne me trompe, toute id&#233;e te para&#238;t &#234;tre une, par cette raison : lorsque plusieurs objets te paraissent grands, si tu les regardes tous &#224; la fois, il te semble qu'il y a en tous un seul et m&#234;me caract&#232;re, d'o&#249; tu inf&#232;res que la grandeur est une. &#8212; C'est vrai, dit Socrate. &#8212; Mais quoi ! si tu embrasses &#224; la fois dans ta pens&#233;e la grandeur elle-m&#234;me avec les objets grands, ne vois-tu pas appara&#238;tre encore une autre grandeur avec un seul et m&#234;me caract&#232;re qui fait que toutes ces choses paraissent grandes ? &#8212; Il semble. &#8212; Ainsi, au-dessus de la grandeur et des objets qui en participent, il s'&#233;l&#232;ve une autre id&#233;e de grandeur ; et au-dessus de tout cela ensemble une autre id&#233;e encore, qui fait que tout cela est grand, et tu n'auras plus dans chaque id&#233;e une unit&#233;, mais une multitude infinie. &#8212; Mais, Parm&#233;nide, reprit Socrate, peut-&#234;tre chacune de ces id&#233;es n'est-elle qu'une pens&#233;e qui ne peut exister ailleurs que dans l'&#226;me. Dans ce cas, chaque id&#233;e serait une et indivisible, et tu ne pourrais plus lui appliquer ce que tu viens de dire. &#8212; Comment ! chaque pens&#233;e serait-elle une, sans que ce f&#251;t la pens&#233;e de rien ? &#8212; C'est impossible. &#8212; Ce serait donc la pens&#233;e de quelque chose ? &#8212; Oui. &#8212; De quelque chose qui est, ou qui n'est pas ? &#8212; De quelque chose qui est. &#8212; N'est-ce pas la pens&#233;e d'une certaine chose une que cette m&#234;me pens&#233;e pense d'une multitude de choses comme une forme qui leur est commune ? &#8212; Oui. &#8212; Mais ce qui est ainsi pens&#233; comme &#233;tant un, ne serait-ce pas pr&#233;cis&#233;ment l'id&#233;e toujours une et identique &#224; elle-m&#234;me dans toutes choses ? &#8212; Cela para&#238;t &#233;vident. &#8212; Eh bien donc, dit Parm&#233;nide, si, comme tu le pr&#233;tends, les choses en g&#233;n&#233;ral participent des id&#233;es, n'est-il pas n&#233;cessaire d'admettre ou que toute chose est faite de pens&#233;es et que tout pense, ou bien que tout, quoique pens&#233;e, ne pense pas ? &#8212; Mais cela n'a pas de sens, Parm&#233;nide ! Voici plut&#244;t ce qui en est selon moi : Les id&#233;es sont naturellement comme des mod&#232;les ; les autres objets leur ressemblent et sont des copies, et par la participation des choses aux id&#233;es il ne faut entendre que la ressemblance. &#8212; Lors donc, reprit Parm&#233;nide, qu'une chose ressemble &#224; l'id&#233;e, est-il possible que cette id&#233;e ne soit pas semblable &#224; sa copie dans la mesure m&#234;me o&#249; celle-ci lui ressemble ? Ou y a-t-il quelque moyen de faire que le semblable ressemble au dissemblable ? &#8212; Il n'y en a point. &#8212; N'est-il pas de toute n&#233;cessit&#233; que le semblable participe de la m&#234;me id&#233;e que son semblable ? &#8212; Oui. &#8212; Et ce par quoi les semblables deviennent semblables en y participant, n'est-ce pas cette id&#233;e ? &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Il est donc impossible qu'une chose soit semblable &#224; l'id&#233;e ni l'id&#233;e &#224; une autre chose ; sinon, au-dessus de l'id&#233;e il s'&#233;l&#232;vera encore une autre id&#233;e, et si celle-ci &#224; son tour ressemble &#224; quelque chose, une autre id&#233;e encore, et toujours il arrivera une nouvelle id&#233;e, s'il arrive toujours que l'id&#233;e ressemble &#224; ce qui participe d'elle. &#8212; Tu as raison. &#8212; Ce n'est donc pas par la ressemblance que les choses participent des id&#233;es, et il faut chercher un autre mode de participation. &#8212; Il semble. &#8212; Tu vois donc, Socrate, dans quelles difficult&#233;s on tombe lorsqu'on &#233;tablit des id&#233;es existant par elles-m&#234;mes. &#8212; Je le vois. &#8212; Sache bien pourtant que tu n'as pas touch&#233; encore, pour ainsi dire, toute la difficult&#233; qu'il y a &#224; &#233;tablir pour chaque &#234;tre une id&#233;e diff&#233;rente. &#8212; Comment donc ! reprit Socrate. &#8212; Parmi bien d'autres difficult&#233;s, voici la plus grande : si quelqu'un disait que les id&#233;es ne pourraient pas &#234;tre connues si elles &#233;taient telles qu'elles doivent &#234;tre suivant nous, on ne pourrait lui prouver qu'il se trompe, &#224; moins qu'il n'e&#251;t beaucoup d'exp&#233;rience de ces sortes de discussions, qu'il ne f&#251;t pas mal dou&#233; de la nature, et qu'il ne consent&#238;t &#224; suivre celui qui se serait charg&#233; de prouver ce qu'il conteste, dans des argumentations tr&#232;s diverses et tir&#233;es de fort loin ; autrement, on ne pourrait r&#233;futer celui qui nierait que les id&#233;es pussent &#234;tre connues. &#8212; Pourquoi donc, Parm&#233;nide ? demanda Socrate. &#8212; Parce que toi et tous ceux qui attribuent &#224; chaque chose particuli&#232;re une certaine essence existant en soi, vous conviendrez d'abord, si je ne me trompe, qu'aucune de ces essences n'est en nous. &#8212; En effet, reprit Socrate, comment alors pourrait-elle exister en soi ? &#8212; Tu as raison. Ainsi, celles des id&#233;es qui sont ce qu'elles sont par leurs rapports r&#233;ciproques, tiennent leur essence de leurs rapports les unes avec les autres, et non de leurs rapports avec les copies qui s'en trouvent aupr&#232;s de nous, ou comme on voudra appeler ce dont nous participons et recevons par l&#224; tel ou tel nom[15] ; et, &#224; leur tour, les copies qui ont les m&#234;mes noms que les id&#233;es existent par leurs rapports entre elles, et non avec les id&#233;es qui portent ces noms. &#8212; Comment entends-tu cela ? reprit Socrate. &#8212; Suppos&#233; que quelqu'un d'entre nous soit le ma&#238;tre ou l'esclave d'un autre, il ne sera pas l'esclave du ma&#238;tre en soi ou de l'id&#233;e du ma&#238;tre, ni le ma&#238;tre de l'esclave en soi ; homme, il sera le ma&#238;tre ou l'esclave d'un homme. De m&#234;me, c'est la domination en soi qui est la domination par rapport &#224; l'esclavage en soi, et l'esclavage en soi par rapport &#224; la domination en soi. Ce qui est en nous ne se rapporte pas aux id&#233;es, ni les id&#233;es &#224; nous ; mais, je le r&#233;p&#232;te, les id&#233;es se rapportent les unes aux autres, et les choses sensibles les unes aux autres. Comprends-tu ce que je dis ? &#8212; Parfaitement, reprit Socrate. &#8212; La science en soi est donc la science de la v&#233;rit&#233; en soi ? &#8212; Oui. &#8212; Chaque science en soi serait donc aussi la science d'un &#234;tre en soi ? &#8212; Oui. &#8212; Et la science qui est parmi nous ne sera-t-elle pas la science de la v&#233;rit&#233; qui est parmi nous ? Et, par cons&#233;quent, chacune des sciences qui sont parmi nous ne serait-elle pas la science d'une des choses qui existent parmi nous ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Mais, tu conviens que nous ne poss&#233;dons pas les id&#233;es elles-m&#234;mes, et qu'elles ne peuvent pas &#234;tre parmi nous. &#8212; Oui. &#8212; Or, n'est-ce pas seulement par l'id&#233;e de la science qu'on conna&#238;t les id&#233;es en elles-m&#234;mes ? &#8212; Oui. &#8212; Et cette id&#233;e de la science, nous ne la poss&#233;dons pas ? &#8212; Non. &#8212; Donc, nous ne connaissons aucune id&#233;e, puisque nous n'avons pas part &#224; la science en soi. &#8212; Il semble. &#8212; Donc, nous ne connaissons ni le beau en soi, ni le bon en soi, ni aucune de ces choses que nous reconnaissons comme des id&#233;es existant par elles-m&#234;mes. &#8212; J'en ai peur. &#8212; Mais voici quelque chose de plus grave encore. &#8212; Quoi donc ? &#8212; M'accorderas-tu que s'il y a une science en soi, elle doit &#234;tre beaucoup plus exacte et plus parfaite que la science qui est en nous ? De m&#234;me pour la beaut&#233; et pour tout le reste. &#8212; Oui. &#8212; Et si jamais un &#234;tre peut poss&#233;der la science en soi, ne penseras-tu pas que c'est &#224; Dieu seul, et &#224; nul autre, que peut appartenir la science parfaite ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Mais Dieu poss&#233;dant la science en soi, pourra-t-il conna&#238;tre ce qui est en nous ? &#8212; Pourquoi pas ? &#8212; Parce que nous sommes convenus, Socrate, reprit Parm&#233;nide, que les id&#233;es ne se rapportent pas &#224; ce qui est parmi nous, ni ce qui est parmi nous aux ; id&#233;es, mais les id&#233;es &#224; elles-m&#234;mes, et ce qui est parmi nous &#224; ce qui est parmi nous. &#8212; Nous en sommes convenus. &#8212; Si donc la domination et la science parfaite appartienne aux dieux, leur domination ne s'exercera jamais sur nous, et leur science ne nous conna&#238;tra jamais, ni nous, ni rien de ce qui nous appartient ; mais, de m&#234;me que l'empire que nous poss&#233;dons parmi nous ne nous donne aucun empire sur les dieux, et que notre science ne conna&#238;t rien des choses divines, de m&#234;me et par la m&#234;me raison ils ne peuvent, tout dieux qu'ils sont, ni &#234;tre nos ma&#238;tres, ni conna&#238;tre les choses humaines. &#8212; Mais, dit Socrate, n'est-il pas trop &#233;trange d'&#244;ter &#224; Dieu la connaissance ? &#8212; C'est cependant, r&#233;pondit Parm&#233;nide, ce qui doit n&#233;cessairement arriver, cela et bien d'autres choses encore, s'il y a des id&#233;es des &#234;tres subsistant en elles-m&#234;mes et si on tente de d&#233;terminer la nature de chacune d'elles ; de sorte que celui qui entendra avancer cette doctrine, pourra soutenir, ou qu'il n'y a pas de semblables id&#233;es, ou que, s'il y en a, elles ne peuvent &#234;tre connues par la nature humaine. Et cela aura tout l'air d'une difficult&#233; s&#233;rieuse, et, comme nous le disions tout &#224; l'heure, il sera singuli&#232;rement malais&#233; de convaincre d'erreur celui qui l'aura propos&#233;e. Il faudra un homme bien heureusement n&#233; pour comprendre qu'&#224; toute chose r&#233;pond un genre et une essence en soi ; et il en faudrait un plus admirable encore, pour trouver tout cela et pour l'enseigner &#224; un autre avec les explications convenables. &#8212; J'en conviens, Parm&#233;nide, dit Socrate ; je suis tout-&#224;-fait de ton avis. &#8212; Mais, cependant, reprit Parm&#233;nide, si en consid&#233;rant tout ce que nous venons de dire et tout ce que l'on pourrait dire encore, on venait &#224; nier qu'il y e&#251;t des id&#233;es des &#234;tres, et qu'on se refus&#226;t &#224; en assigner une &#224; chacun d'eux, on ne saurait plus o&#249; tourner sa pens&#233;e, lorsqu'on n'aurait plus pour chaque &#234;tre une id&#233;e subsistant toujours la m&#234;me, et, par l&#224;, on rendrait le discours absolument impossible. Il me semble que tu comprends tr&#232;s bien cela. &#8212; Tu dis vrai, repartit Socrate. &#8212; Quel parti prendras-tu donc au sujet de la philosophie ? et de quel c&#244;t&#233; te tourneras-tu, dans cette incertitude ? &#8212; Je ne le vois point pour l'heure. &#8212; C'est que tu entreprends, Socrate, de d&#233;finir le beau, le juste, le bon et les autres id&#233;es avant d'&#234;tre suffisamment exerc&#233;. Je m'en suis d&#233;j&#224; aper&#231;u derni&#232;rement, lorsque je t'ai entendu t'entretenir avec Aristote, que voici. Elle est belle et divine, sache-le bien, cette ardeur qui t'anime pour les discussions philosophiques. Mais essaie tes forces et exerce-toi, tandis que tu es jeune encore, &#224; ce qui semble inutile et para&#238;t au vulgaire un pur verbiage ; sans quoi la v&#233;rit&#233; t'&#233;chappera. &#8212; Et en quoi consiste donc cet exercice, Parm&#233;nide ? &#8212; Z&#233;non t'en a donn&#233; l'exemple ; seulement j'ai &#233;t&#233; charm&#233; de t'entendre lui dire que tu voudrais voir la discussion porter non sur des objets visibles, mais sur les choses que l'on saisit par la pens&#233;e seule, et qu'on peut regarder comme des id&#233;es. &#8212; C'est qu'en effet il me semble que dans le premier point de vue il n'est pas difficile de d&#233;montrer que les m&#234;mes choses sont semblables et dissemblables, et susceptibles de tous les contraires. &#8212; Tr&#232;s bien, r&#233;pondit Parm&#233;nide. Cependant, pour te mieux exercer encore, il ne faut pas te contenter de supposer l'existence de quelqu'une de ces id&#233;es dont tu parles, et d'examiner les cons&#233;quences de cette hypoth&#232;se ; il faut supposer aussi la non-existence de cette m&#234;me id&#233;e. &#8212; Que veux-tu dire ? &#8212; Par exemple, si tu veux reprendre l'hypoth&#232;se d'o&#249; partait Z&#233;non, celle de l'existence de la pluralit&#233;, et examiner ce qui doit arriver tant &#224; la pluralit&#233; elle-m&#234;me relativement &#224; elle-m&#234;me et &#224; l'unit&#233;, qu'&#224; l'unit&#233; relativement &#224; elle-m&#234;me et &#224; la pluralit&#233; ; de m&#234;me aussi il te faudra consid&#233;rer, ce qui arriverait s'il n'y avait point de pluralit&#233; ; &#224; l'unit&#233; et &#224; la pluralit&#233;, chacune relativement &#224; elle-m&#234;me et relativement &#224; son contraire. Tu pourras pareillement supposer tour &#224; tour l'existence et la non-existence de la ressemblance, et examiner ce qui doit arriver dans l'une et l'autre hypoth&#232;se, tant aux id&#233;es que tu auras suppos&#233;es &#234;tre ou ne pas &#234;tre, qu'aux autres id&#233;es, les unes et les autres par rapport &#224; elles-m&#234;mes et par rapport les unes aux autres. Et de m&#234;me pour le dissemblable, le mouvement et le repos, la naissance et la mort, l'&#234;tre et le non-&#234;tre eux-m&#234;mes. En un mot, pour toute chose que tu pourras supposer &#234;tre ou ne pas &#234;tre ou consid&#233;rer comme affect&#233;e de tout autre attribut, il faut examiner ce qui lui arrivera, soit par rapport &#224; elle-m&#234;me, soit par rapport &#224; toute autre chose qu'il te plaira de lui comparer, ou par rapport &#224; plusieurs choses, ou par rapport &#224; tout ; puis examiner &#224; leur tour les autres choses, et par rapport &#224; elles-m&#234;mes et par rapport &#224; toute autre dont tu voudras de pr&#233;f&#233;rence supposer l'existence ou la non-existence : voil&#224; ce qu'il te faut faire si tu veux t'exercer compl&#232;tement, afin de te rendre capable de discerner clairement la v&#233;rit&#233;. &#8212; Tu me parles-l&#224;, Parm&#233;nide, dit Socrate, d'un travail bien ardu ; au reste, je ne comprends pas encore tr&#232;s bien. Mais pourquoi n'entreprends-tu pas toi-m&#234;me de d&#233;velopper les cons&#233;quences de quelque hypoth&#232;se, afin que je t'entende mieux ? &#8212; Tu me demandes, Socrate, une entreprise p&#233;nible &#224; mon &#226;ge. &#8212; Et toi, Z&#233;non, reprit Socrate, pourquoi ne te charges-tu pas toi-m&#234;me de d&#233;velopper quelque hypoth&#232;se ? &#8212; Alors Z&#233;non dit en riant : Socrate, prions-en Parm&#233;nide lui-m&#234;me. Ce n'est pas une petite affaire exercice dont il parle ; et peut-&#234;tre ne vois-tu pas quelle t&#226;che tu lui imposes. Si notre r&#233;union &#233;tait plus nombreuse, il ne si&#233;rait pas de lui adresser cette pri&#232;re, parce qu'il n'est pas convenable, surtout pour un vieillard comme lui, de traiter de pareils sujets en pr&#233;sence de beaucoup de monde ; car la foule ignore qu'il est impossible d'atteindre la v&#233;rit&#233; sans ces recherches et sans ces voyages &#224; travers toutes choses. Maintenant, Parm&#233;nide, je me joins aux pri&#232;res de Socrate pour t'entendre encore une fois, apr&#232;s si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces mots, nous dit Antiphon d'apr&#232;s le r&#233;cit de Pythodore, celui-ci, ainsi qu'Aristote et les autres, se mirent &#224; prier Parm&#233;nide de ne pas se refuser &#224; donner un exemple de ce qu'il venait de dire. &#8212; Allons, dit Parm&#233;nide, il faut ob&#233;ir, quoiqu'il m'arrive la m&#234;me chose qu'au cheval d'Ibycus, vieux coursier souvent victorieux autrefois, qu'on allait encore atteler au char, et &#224; qui son exp&#233;rience faisait redouter l'&#233;v&#233;nement. Le vieux po&#235;te se d&#233;signait par l&#224; lui-m&#234;me pour montrer que c'&#233;tait bien &#224; contrec&#339;ur qu'&#224; son &#226;ge il subit le joug de l'amour[16]. Et moi aussi je tremble quand je songe, moi, vieillard, quelle foule de discussions j'ai &#224; traverser. Cependant il faut vous complaire, puisque Z&#233;non le veut aussi ; et du reste, nous sommes entre nous. Par o&#249; donc commencerons-nous ? Quelle hypoth&#232;se &#233;tablirons-nous d'abord ? Voulez-vous, puisqu'il faut jouer ce jeu p&#233;nible, que je commence par moi et ma th&#232;se sur l'unit&#233;, en examinant quelles seront les cons&#233;quences de l'existence ou de la non-existence de l'unit&#233; ? &#8212; Fort bien, dit Z&#233;non. &#8212; Maintenant, reprit Parm&#233;nide, qui est-ce qui me r&#233;pondra ? Le plus jeune ? oui ; c'est celui qui &#233;l&#232;vera le moins de difficult&#233;s, et qui me r&#233;pondra le plus sinc&#232;rement ce qu'il pense ; et en m&#234;me temps ses r&#233;ponses ne me fatigueront pas. &#8212; Me voil&#224; pr&#234;t, Parm&#233;nide, dit alors Aristote ; car c'est moi que tu d&#233;signes, quand tu parles du plus jeune. Ainsi, interroge-moi, je te r&#233;pondrai. &#8212; Soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'un existe, il n'est pas multiple ? &#8212; Comment en serait-il autrement ? &#8212; Il n'a donc pas de parties, et n'est pas un tout ? &#8212; Eh bien ! &#8212; La partie est une partie d'un tout. &#8212; D'accord. &#8212; Or, le tout n'est-il pas ce dont aucune partie ne manque ? &#8212; &#201;videmment. &#8212; Donc, de l'une et de l'autre mani&#232;re, comme tout et comme ayant des parties, l'un serait form&#233; de parties ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Ainsi, de l'une et de l'autre mani&#232;re, l'un serait multiple et non un. &#8212; En effet. &#8212; Or, il faut que l'un soit un et non pas multiple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il le faut. &#8212; Si l'un est un, il ne peut donc pas &#234;tre un tout, ni avoir des parties. &#8212; Non. &#8212; Si donc l'un n'a pas de parties, il n'aura non plus ni commencement, ni fin, ni milieu, car ce seraient l&#224; des parties. &#8212; C'est juste. &#8212; Le commencement et la fin sont les limites d'une chose. &#8212; Certainement. &#8212; L'un est donc illimit&#233;, s'il n'a ni commencement ni fin. &#8212; Il est illimit&#233;. &#8212; Et il n'a point de figure, puisqu'il n'est ni rond ni droit. &#8212; Et pourquoi ? &#8212; N'appelle-t-on pas rond ce dont les extr&#233;mit&#233;s sont partout &#224; &#233;gale distance du milieu ? &#8212; Oui. &#8212; Et droit, ce dont le milieu est en avant de chacune des deux extr&#233;mit&#233;s ? &#8212; Oui. &#8212; Ainsi l'un aurait des parties et serait multiple, s'il &#233;tait de figure ronde ou droite. &#8212; Incontestablement. &#8212; Il n'est donc ni droit ni rond, puisqu'il n'a pas de parties. &#8212; Sans doute. &#8212; Cela &#233;tant, il ne sera nulle part, car il ne peut &#234;tre ni en lui-m&#234;me ni en aucune autre chose. &#8212; Comment cela ? &#8212; S'il &#233;tait en une autre chose que lui-m&#234;me, il en serait entour&#233; comme en cercle, et la toucherait par beaucoup d'endroits. Or, ce qui est un, indivisible, et ne participant aucunement de la forme du cercle, ne peut pas &#234;tre touch&#233; en plusieurs endroits circulairement. &#8212; C'est impossible. &#8212; S'il est en lui-m&#234;me, il s'entourera lui-m&#234;me, sans &#234;tre pourtant autre que lui-m&#234;me, si c'est en lui-m&#234;me qu'il est ; car on ne peut &#234;tre en une chose qu'on n'en soit entour&#233;. &#8212; Impossible. &#8212; Par cons&#233;quent, ce qui entoure sera autre que ce qui est entour&#233; ; car une seule et m&#234;me chose ne peut pas faire et souffrir tout enti&#232;re en m&#234;me temps la m&#234;me chose : l'un ne serait plus un, mais deux. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; L'un n'est donc nulle part, et il n'est ni dans lui-m&#234;me ni dans aucune autre chose. &#8212; Non. &#8212; Cela &#233;tant, vois s'il est possible que l'un soit en repos ou en mouvement. &#8212; Pourquoi ? &#8212; Parce que, s'il est en mouvement, ou il chang&#233; de lieu ou il s'alt&#232;re, car il n'y a que ces deux mouvements. &#8212; Eh bien ! &#8212; Si l'un est alt&#233;r&#233; dans sa nature, il est impossible qu'il soit encore un. &#8212; Oui. &#8212; Donc il ne se meut pas par alt&#233;ration. &#8212; Cela est &#233;vident. &#8212; Ce serait donc par changement de lieu ? &#8212; Peut-&#234;tre. &#8212; Dans ce cas, ou l'un tournerait sur un m&#234;me lieu en cercle autour de lui-m&#234;me, ou il changerait successivement de place. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Or, ce qui tourne en cercle autour de soi-m&#234;me doit s'appuyer sur son milieu, et avoir des parties diff&#233;rentes de lui-m&#234;me et qui se meuvent autour du milieu ; car, comment ce qui n'a ni milieu ni parties pourrait-il se mouvoir en cercle autour de son milieu ? &#8212; Cela ne serait pas possible. &#8212; Mais s'il change de place, il arrive successivement dans diff&#233;rents lieux, et c'est de cette mani&#232;re qu'il se meut. &#8212; Dans ce cas, oui. &#8212; Or, n'avons-nous pas vu qu'il est impossible que l'un soit contenu quelque part dans aucune chose ? &#8212; Oui. &#8212; Et &#224; plus forte raison, est-il impossible qu'il vienne &#224; entrer dans aucune chose. &#8212; Je ne vois pas comment. &#8212; Lorsqu'une chose arrive dans une autre, n'est-ce pas une n&#233;cessit&#233; qu'elle n'y soit pas encore tandis qu'elle arrive, et qu'elle n'en soit pas enti&#232;rement dehors, si elle y arrive d&#233;j&#224; ? &#8212; C'est une n&#233;cessit&#233;. &#8212; Or, c'est ce qui ne peut arriver qu'&#224; une chose qui ait des parties ; car il n'y a qu'une pareille chose qui puisse avoir quelque chose d'elle-m&#234;me dedans et quelque chose dehors. Mais ce qui n'a pas de parties, ne peut en aucune mani&#232;re se trouver &#224; la fois tout entier ni en dehors ni en dedans d'une autre chose. &#8212; C'est vrai. &#8212; Mais, n'est-il pas encore bien plus impossible que ce qui n'a pas de parties et qui n'est pas un tout, arrive quelque part, soit par parties soit en totalit&#233; ? &#8212; C'est &#233;vident. &#8212; L'un ne change donc pas de place, ni en allant quelque part et en arrivant en quelque chose, ni en tournant en un m&#234;me lieu, ni en changeant de nature. &#8212; Il semble. &#8212; L'un est donc absolument immobile. &#8212; Oui. &#8212; De plus, nous soutenons qu'il ne peut &#234;tre en rien. &#8212; Nous le soutenons. &#8212; Il n'est donc jamais dans le m&#234;me lieu. &#8212; Comment ? &#8212; Parce qu'alors il demeurerait dans un lieu. &#8212; D'accord. &#8212; Or, il ne peut &#234;tre, comme nous avons vu, ni dans lui-m&#234;me ni dans rien autre. &#8212; Oui. &#8212; L'un n'est donc jamais au m&#234;me lieu. &#8212; Il semble. &#8212; Mais, ce qui n'est jamais dans le m&#234;me lieu n'est point en repos ni ne s'arr&#234;te. &#8212; Non. &#8212; Donc, l'un n'est ni en repos ni en mouvement. &#8212; Cela est manifeste. &#8212; Il n'est donc pas non plus identique ni &#224; un autre ni &#224; lui-m&#234;me, et il n'est pas autre non plus ni que lui-m&#234;me ni qu'aucun autre. &#8212; Comment cela ? &#8212; S'il &#233;tait autre que lui-m&#234;me, il serait autre que l'un et ne serait pas un. &#8212; C'est vrai. &#8212; Et s'il &#233;tait le m&#234;me qu'un autre, il serait cet autre et ne serait plus lui-m&#234;me ; en sorte que, dans ce cas aussi, il ne serait plus ce qu'il est, &#224; savoir l'un, mais autre que l'un. &#8212; Sans doute. &#8212; Donc il ne peut &#234;tre le m&#234;me qu'un autre, ni autre que lui-m&#234;me. &#8212; Tu as raison. &#8212; Mais il ne sera pas autre qu'un autre tant qu'il sera un ; car ce n'est pas l'un qui peut &#234;tre autre que quoi que ce soit, mais bien l'autre seulement et rien autre chose. &#8212; Bien. &#8212; Ainsi, il ne peut pas &#234;tre autre, en tant qu'il est un ; n'est-ce pas ton avis ? &#8212; Oui. &#8212; Or, s'il n'est pas autre par l&#224;, il ne l'est pas par lui-m&#234;me ; et s'il ne l'est pas par m&#234;me, il ne l'est pas lui-m&#234;me ; n'&#233;tant donc lui-m&#234;me autre en aucune fa&#231;on, il ne sera autre que rien. &#8212; Fort bien. &#8212; Et il ne sera pas non plus le m&#234;me que lui-m&#234;me. &#8212; Comment ? &#8212; Parce que la nature de l'un n'est pas celle du m&#234;me. &#8212; Eh bien ! &#8212; Parce que ce qui est devenu le m&#234;me qu'un autre ne devient pas pour cela un. &#8212; Comment ? &#8212; Ce qui est devenu le m&#234;me que plusieurs choses, doit &#234;tre plusieurs et non pas un. &#8212; C'est vrai. &#8212; Mais si l'un et le m&#234;me ne diff&#233;raient en rien, toutes les fois qu'une chose deviendrait la m&#234;me, elle deviendrait une, et ce qui deviendrait un deviendrait toujours le m&#234;me. &#8212; C'est cela. &#8212; Si donc l'un est le m&#234;me que lui-m&#234;me, il ne sera pas un avec lui-m&#234;me ; de sorte que, tout en &#233;tant un, il ne sera pas un. &#8212; Mais cela est impossible. &#8212; Donc il est impossible que l'un soit ni autre qu'un autre, ni le m&#234;me que soi-m&#234;me. &#8212; Impossible. &#8212; Ainsi l'un ne peut &#234;tre ni autre, ni le m&#234;me, ni qu'aucune autre chose ni que soi-m&#234;me. &#8212; Non. &#8212; Mais l'un ne sera pas non plus semblable ni dissemblable ni &#224; lui-m&#234;me ni &#224; un autre. &#8212; Comment ? &#8212; Parce que le semblable participe en quelque mani&#232;re du m&#234;me. &#8212; Oui. &#8212; Or, nous avons vu que le m&#234;me est &#233;tranger par nature &#224; l'un. &#8212; Nous l'avons vu. &#8212; Mais si l'un participait encore &#224; une autre mani&#232;re d'&#234;tre que celle d'&#234;tre un, il serait plus qu'un ; ce qui est impossible. &#8212; Oui. &#8212; Ainsi l'un ne peut &#234;tre le m&#234;me ni qu'autre chose ni que lui-m&#234;me. &#8212; Il para&#238;trait. &#8212; Donc, il ne peut &#234;tre semblable ni &#224; rien autre ni &#224; lui-m&#234;me. &#8212; Il y a apparence. &#8212; Mais l'un ne peut pas non plus participer de la diff&#233;rence ; car, de cette fa&#231;on encore, il se trouverait participer de plusieurs mani&#232;res d'&#234;tre, et non pas seulement de l'unit&#233;. &#8212; En effet. &#8212; Or, ce qui participe de la diff&#233;rence soit envers soi-m&#234;me, soit envers une autre chose, est dissemblable ou &#224; soi-m&#234;me ou &#224; autre chose, si le semblable est ce qui participe du m&#234;me. &#8212; C'est juste. &#8212; Par cons&#233;quent, l'un ne participant en aucune mani&#232;re de la diff&#233;rence, n'est dissemblable en aucune mani&#232;re ni &#224; soi-m&#234;me ni &#224; aucune autre chose. &#8212; D'accord. &#8212; Donc, l'un n'est semblable, de m&#234;me qu'il n'est dissemblable, ni &#224; lui-m&#234;me ni &#224; rien autre. &#8212; Cela para&#238;t &#233;vident. &#8212; Cela &#233;tant, il ne sera &#233;gal ni &#224; lui-m&#234;me ni &#224; rien autre. &#8212; Comment ? &#8212; S'il est &#233;gal &#224; une autre chose, il sera de m&#234;me mesure que la chose &#224; laquelle il est &#233;gal. &#8212; Oui. &#8212; S'il est plus grand ou plus petit, et commensurable avec les choses relativement auxquelles il est plus grand o&#249; plus petit, il contiendra plus de fois la mesure commune que celles qui sont plus petites que lui, et moins de fois que celles qui sont plus grandes. &#8212; Oui. &#8212; S'il n'est pas commensurable avec elles, il contiendra des mesures plus grandes ou plus petites que celles des choses plus petites ou plus grandes que lui. &#8212; Sans doute. &#8212; Or, n'est-il pas impossible que ce qui ne participe pas du m&#234;me, ait la m&#234;me mesure ou quoi que ce soit de m&#234;me que quelque chose que ce soit ? &#8212; C'est impossible. &#8212; L'un n'est donc &#233;gal ni &#224; lui-m&#234;me ni &#224; rien autre, s'il n'est pas de m&#234;me mesure. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Mais soit qu'il cont&#238;nt plus de mesures ou des mesures plus petites ou plus grandes, autant il en contiendrait, autant il aurait de parties, et alors il ne serait plus un ; il serait autant de choses qu'il aurait de parties. &#8212; C'est juste. &#8212; Et s'il ne contenait qu'une seule mesure, il serait &#233;gal &#224; la mesure ; or, nous avons vu qu'il &#233;tait impossible qu'il f&#251;t &#233;gal &#224; rien. &#8212; Nous l'avons vu. &#8212; Par cons&#233;quent l'un ne participant pas d'une seule mesure, ni d'un plus grand nombre, ni d'un moins grand nombre, en un mot ne participant aucunement du m&#234;me, l'un, dis-je, ne sera &#233;gal ni &#224; lui-m&#234;me ni &#224; aucune autre chose, de m&#234;me qu'il ne sera ni plus grand ni plus petit que lui-m&#234;me ni qu'aucune autre chose. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Mais quoi ! penses-tu que l'un puisse &#234;tre plus vieux ou plus jeune, ou du m&#234;me &#226;ge qu'aucune autre chose ? &#8212; Pourquoi pas ? &#8212; C'est que s'il a le m&#234;me &#226;ge que lui-m&#234;me ou que telle autre chose, il participera de l'&#233;galit&#233; et de la ressemblance relativement au temps, et que nous avons dit que ni la ressemblance ni l'&#233;galit&#233; ne conviennent &#224; ce qui est un. &#8212; Nous l'avons dit. &#8212; Et nous avons dit aussi que l'un ne participe ni de la dissemblance ni de l'in&#233;galit&#233;. &#8212; Oui. &#8212; Cela &#233;tant, comment se pourrait-il qu'il f&#251;t plus jeune ou plus vieux ou du m&#234;me &#226;ge que quoi que ce soit ? &#8212; Cela ne se peut. &#8212; Ainsi donc, l'un ne sera ni plus jeune ni plus vieux ni du m&#234;me &#226;ge que lui-m&#234;me, ni qu'aucune autre chose. &#8212; Cela est &#233;vident. &#8212; Mais si telle est la nature de l'un, il ne peut &#234;tre dans le temps ; car n'est-ce pas une n&#233;cessit&#233; que ce qui est dans le temps devienne toujours plus vieux que soi-m&#234;me ? &#8212; Cela est n&#233;cessaire. &#8212; Et ce qui est plus vieux n'est-il pas toujours plus vieux que quelque chose de plus jeune ? &#8212; Sans doute. &#8212; Ce qui devient plus vieux que soi-m&#234;me, devient donc aussi plus jeune que soi-m&#234;me, puisqu'il doit toujours y avoir quelque chose par rapport &#224; quoi il devienne plus vieux. &#8212; Que veux-tu dire ? &#8212; Le voici : une chose ne peut devenir diff&#233;rente d'une autre qui est d&#233;j&#224; diff&#233;rente d'elle ; une chose est diff&#233;rente d'une autre chose qui est actuellement diff&#233;rente d'elle ; une chose est devenue ou deviendra diff&#233;rente d'une chose qui est d&#233;j&#224; devenue ou qui deviendra diff&#233;rente d'elle ; mais une chose n'est pas devenue, ni ne deviendra, ni n'est actuellement diff&#233;rente de ce qui devient diff&#233;rent d'elle ; elle en devient seulement diff&#233;rente : or plus vieux est une diff&#233;rence par rapport &#224; plus jeune, et &#224; rien autre chose. &#8212; Oui. &#8212; Donc, ce qui devient plus vieux que soi-m&#234;me devient n&#233;cessairement en m&#234;me temps plus jeune que soi-m&#234;me. &#8212; Il para&#238;t. &#8212; Et toute chose qui devient, qui est, qui est devenue, ou qui deviendra, devient, est, est devenue, ou deviendra dans un temps, non pas plus grande ou plus petite qu'elle-m&#234;me, mais &#233;gale &#224; elle-m&#234;me. &#8212; Cela est encore n&#233;cessaire. &#8212; Il est donc n&#233;cessaire, &#224; ce qu'il para&#238;t, que tout ce qui est dans le temps, et ce qui participe de cette mani&#232;re d'&#234;tre, ait toujours le m&#234;me &#226;ge que soi, et devienne &#224; la fois et plus vieux et plus jeune que soi-m&#234;me. &#8212; Il y a apparence. &#8212; Or, nous avons vu que rien de tout cela ne convient &#224; l'un. &#8212; Rien de tout cela. &#8212; Il n'a donc aucun rapport avec le temps, et n'est dans aucun temps. &#8212; Assur&#233;ment ; nous venons d'en voir la d&#233;monstration. &#8212; Mais, dis-moi, ces mots : il &#233;tait, il devient, il est devenu, ne semblent-ils pas signifier, dans ce qui est devenu, une participation &#224; un temps pass&#233; ? &#8212; Certainement. &#8212; Et ces autres mots : il sera, il deviendra, il sera devenu ne signifient-ils pas une participation &#224; un temps &#224; venir ? &#8212; Oui. &#8212; Et il est, il devient, une participation &#224; un temps pr&#233;sent ? &#8212; Tout-&#224;-fait. &#8212; Si donc l'un ne participe absolument d'aucun temps, il ne devient jamais, ni ne devenait, ni n'&#233;tait jamais ; il n'est devenu, ni ne devient, ni n'est &#224; pr&#233;sent ; il ne deviendra, ni ne sera devenu, ni ne sera jamais par la suite. &#8212; Cela est tr&#232;s vrai. &#8212; Or, peut-on participer de l'&#234;tre autrement qu'en quelqu'une de ces mani&#232;res ? &#8212; Non. &#8212; Donc, l'un ne participe aucunement de l'&#234;tre. &#8212; Selon toute apparence. &#8212; L'un n'est donc d'aucune mani&#232;re ? &#8212; Il para&#238;trait. &#8212; Il n'est donc pas non plus tel qu'il soit un, puisque alors il serait un &#234;tre, et participerait de l'&#234;tre. Par cons&#233;quent, si nous devons nous fier &#224; cette d&#233;monstration, l'un n'est pas un et n'est pas. &#8212; Je le crains. &#8212; Et ce qui n'est pas, peut-il y avoir quelque chose qui soit &#224; lui ou de lui ? &#8212; Comment serait-ce possible ? &#8212; Il n'a donc pas de nom, et on n'en peut avoir ni id&#233;e, ni science, ni sensation, ni opinion. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Il ne peut donc &#234;tre ni nomm&#233; ni exprim&#233; ; on ne peut s'en former d'opinion ni de connaissance, et aucun &#234;tre ne peut le sentir. &#8212; Il n'y a pas d'apparence. &#8212; Mais est-il donc possible qu'il en soit ainsi de l'un ? &#8212; Je ne puis pas le penser. Veux-tu maintenant que nous revenions &#224; notre supposition, pour voir si, en reprenant la chose de nouveau, nous n'obtiendrons pas d'autres r&#233;sultats ? &#8212; Tr&#232;s volontiers. &#8212; Ainsi ne disons-nous pas que si l'un existe, il faut lui attribuer tout ce qui suit en lui de son existence ? N'est-ce pas cela ? &#8212; Oui. &#8212; Reprenons donc du commencement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'un est, se peut-il qu'il soit sans participer de l'&#234;tre ? Ne devons-nous pas reconna&#238;tre l'&#234;tre de l'un comme n'&#233;tant pas la m&#234;me chose que l'un ? Car, autrement, ce ne serait pas son &#234;tre, et l'un n'en participerait pas ; mais ce serait &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose que de dire : l'un est, ou l'un un. Or, ce que nous nous sommes propos&#233;, c'est de rechercher ce qui arrivera, non pas dans l'hypoth&#232;se de l'unit&#233; de l'un, mais dans celle de l'existence de l'un. N'est-il pas vrai ? &#8212; Tout-&#224;-fait. &#8212; Ainsi, nous voulons dire que est signifie autre chose que un. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Dire que l'un est, c'est donc dire en abr&#233;g&#233; que l'un participe de l'&#234;tre ? &#8212; Oui. &#8212; Disons donc encore une fois ce qui arrivera si l'un est. Examine si de notre hypoth&#232;se ainsi &#233;tablie il ne suit pas que l'&#234;tre est une chose qui a des parties. &#8212; Comment ? &#8212; Le voici. Si il est est se dit de l'un qui est, et un de l'&#234;tre un, et si l'&#234;tre et l'un ne sont pas la m&#234;me chose, mais appartiennent &#233;galement &#224; cette chose que nous avons suppos&#233;e, je veux dire l'un qui est, ne faut-il pas reconna&#238;tre dans cet un qui est, un tout, dont l'un et l'&#234;tre sont les parties ? &#8212; Il le faut. &#8212; Appellerons-nous chacune de ces deux parties une partie simplement, ou plut&#244;t la partie ne doit-elle pas &#234;tre dite la partie d'un tout ? &#8212; Oui, la partie d'un tout. &#8212; Et un tout, c'est ce qui est un et qui a des parties. &#8212; Sans doute. &#8212; Mais quoi ! ces deux parties de l'un qui est, l'un et l'&#234;tre, se s&#233;parent-elles jamais l'une de l'autre, l'un de l'&#234;tre ou l'&#234;tre de l'un ? &#8212; Jamais. &#8212; Ainsi chacune des deux parties contient encore l'autre, et la plus petite partie, &#234;tre ou un, est compos&#233;e de deux parties. On peut poursuivre toujours le m&#234;me raisonnement ; quelque partie que l'on prenne, elle contient toujours, par la m&#234;me raison, les deux parties : l'un contient toujours l'&#234;tre, et l'&#234;tre toujours l'un, en sorte que chacun est toujours deux et jamais un. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; De cette mani&#232;re, l'un qui est serait une multitude infinie ? &#8212; Il semble. &#8212; Tournons-nous maintenant de ce c&#244;t&#233;. &#8212; Lequel ? &#8212; Nous disions que l'un participe de l'&#234;tre, et que c'est ce qui fait qu'il est un &#234;tre. &#8212; Oui. &#8212; Et c'est par l&#224; que l'un qui est nous est apparu comme multiple. &#8212; Oui. &#8212; Mais quoi ! ce m&#234;me un, que nous disons qui participe de l'&#234;tre, si nous le consid&#233;rons seul en lui-m&#234;me, s&#233;par&#233;ment de ce dont il participe, nous appara&#238;tra-t-il comme simplement un, ou comme multiple ? &#8212; Comme un, &#224; ce qu'il me semble. &#8212; Voyons. Il faut bien que son &#234;tre et lui soient deux choses diff&#233;rentes, si l'un n'est pas l'&#234;tre, mais seulement participe &#224; l'&#234;tre en tant qu'il est un. &#8212; Il le faut. &#8212; Or, si autre chose est l'&#234;tre, autre chose l'un, ce n'est pas par son unit&#233; que l'un est autre que l'&#234;tre, ni par son &#234;tre que l'&#234;tre est autre que l'un : c'est par l'autre et le diff&#233;rent qu'ils sont autres. &#8212; Oui. &#8212; De sorte que l'autre n'est pas la m&#234;me chose que l'un ni que l'&#234;tre. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Mais quoi ! si nous prenons ensemble, soit l'&#234;tre et l'autre, soit l'&#234;tre et l'un, soit l'un et l'autre, comme tu l'aimeras le mieux, n'aurons-nous pas pris &#224; chaque fois un assemblage que nous serons en droit de d&#233;signer par cette expression, tous deux ? &#8212; Comment ? &#8212; Le voici. Ne peut-on pas nommer l'&#234;tre ? &#8212; Oui. &#8212; Et nommer l'un ? &#8212; Aussi. &#8212; Ne les nomme-t-on donc pas l'un et l'autre ? &#8212; Oui. &#8212; Mais lorsque je dis : l'&#234;tre et l'un, ne les ai-je pas nomm&#233;s tous deux ? &#8212; Sans doute. &#8212; Et lorsque je dis l'&#234;tre et l'autre, ou l'&#234;tre et l'un, ne puis-je pas &#233;galement dire chaque fois tous deux ? &#8212; Oui. &#8212; Et ce dont on est en droit de dire tous deux, cela peut-il faire tous deux sans faire deux ? &#8212; C'est impossible. &#8212; Or, o&#249; il y a deux choses, est-il possible que chacune ne soit pas une ? &#8212; Ce n'est pas possible. &#8212; Si donc les choses que nous venons de consid&#233;rer peuvent &#234;tre prises deux &#224; deux, chacune d'elles est une. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Mais si chacune est une, en ajoutant une chose quelconque &#224; l'un quelconque de ces couples, le tout ne formerait-il pas trois ? &#8212; Oui. &#8212; Trois n'est-il pas impair, et deux n'est-il pas pair ? &#8212; Oui. &#8212; Or, l&#224; o&#249; il y a deux, n'y a-t-il pas aussi n&#233;cessairement deux fois, et o&#249; il y a trois, trois fois, s'il est vrai que le deux se compose de deux fois un, et le trois de trois fois un ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Et l&#224; o&#249; il y a deux et deux fois, n'y a-t-il pas aussi n&#233;cessairement deux fois deux ? Et l&#224; o&#249; il y a trois et trois fois, trois fois trois ? &#8212; Certainement. &#8212; Et l&#224; o&#249; il y a trois par deux fois, et deux par trois fois, n'y a-t-il pas aussi n&#233;cessairement trois fois deux et deux fois trois ? &#8212; Il le faut bien. &#8212; On aura donc les nombres pairs un nombre de fois pair, les impairs un nombre de fois impair, les pairs un nombre de fois impair, les impairs un nombre de fois pair. &#8212; Oui. &#8212; S'il en est ainsi, ne crois-tu pas qu'il n'y a pas un nombre qui ne doive &#234;tre n&#233;cessairement ? &#8212; Fort bien. &#8212; Donc, si l'un est, il faut n&#233;cessairement que le nombre soit aussi. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Et si le nombre est, il y a aussi de la pluralit&#233; et une multitude infinie d'&#234;tres. Ou n'est-il pas vrai qu'il y aura un nombre infini et qui en m&#234;me temps participe de l'&#234;tre ? &#8212; Si, cela est vrai. &#8212; Mais si tout nombre participe de l'&#234;tre, chaque partie du nombre n'en participe-t-elle pas &#233;galement ? &#8212; Oui. &#8212; Donc, l'&#234;tre est d&#233;parti &#224; tout ce qui est multiple, et aucun &#234;tre, ni le plus petit, ni le plus grand, n'en est d&#233;pourvu. N'est-il m&#234;me pas d&#233;raisonnable de poser un pareille question ? car, comment un &#234;tre pourrait-il &#234;tre d&#233;pourvu de l'&#234;tre ? &#8212; C'est impossible. &#8212; L'&#234;tre est donc partag&#233; entre les &#234;tres les plus petits et les plus grands, en un mot, entre tous les &#234;tres ; il est divis&#233; plus que toute autre chose, et il y a une infinit&#233; de parties de l'&#234;tre. &#8212; C'est cela. &#8212; Rien n'a donc plus de parties que l'&#234;tre ? &#8212; Rien. &#8212; Parmi toutes ces parties, en est-il une qui fasse partie de l'existence sans &#234;tre une partie ? &#8212; Comment serait-ce possible ? &#8212; Et si telle ou telle partie existe, il faut, ce me semble, que tant qu'elle existe elle soit une chose ; et il n'est pas possible qu'elle n'en soit pas une. &#8212; Il le faut. &#8212; L'un se trouve donc en chaque partie de l'&#234;tre ; grande ou petite il n'en est aucune &#224; laquelle il manque. &#8212; Oui. &#8212; Mais s'il est un, se peut-il qu'il soit tout entier en plusieurs endroits &#224; la fois. Pensez-y bien. &#8212; J'y pense, et je vois que cela est impossible. &#8212; Il est donc divis&#233;, s'il n'est pas partout tout entier ; car ce n'est qu'en se divisant qu'il peut se trouver &#224; la fois dans toutes les parties de l'&#234;tre. &#8212; Oui. &#8212; Mais ce qui est divisible est n&#233;cessairement autant de choses qu'il a de parties ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Nous n'avons pas dit vrai tout &#224; l'heure, en disant que l'&#234;tre &#233;tait distribu&#233; en une multitude de parties ; il ne peut pas &#234;tre distribu&#233; en plus de parties que l'un, mais pr&#233;cis&#233;ment en autant de parties que l'un ; car l'&#234;tre ne manque jamais &#224; l'un, ni l'un &#224; l'&#234;tre : ce sont deux choses qui vont toujours de pair. &#8212; Cela est manifeste. &#8212; L'un, partag&#233; par l'&#234;tre, est donc aussi plusieurs et infini en nombre. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Ce n'est donc pas seulement l'&#234;tre un qui est plusieurs, mais aussi l'un lui-m&#234;me, divis&#233; par l'&#234;tre. &#8212; Sans aucun doute. &#8212; Et puisque les parties sont toujours les parties d'un tout, l'un sera limit&#233; en tant qu'il est un tout ; ou bien les parties ne sont-elles pas renferm&#233;es dans le tout ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Mais ce qui renferme doit &#234;tre une limite. &#8212; Oui. &#8212; L'un est donc &#224; la fois un et plusieurs, tout et parties, limit&#233; et illimit&#233; en nombre. &#8212; Il semble bien. &#8212; Mais s'il est limit&#233;, n'a-t-il pas des bornes ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Et s'il est un tout, n'aura-t-il pas aussi un commencement, un milieu et une fin ? ou bien un tout peut-il exister sans ces trois conditions ? et s'il vient &#224; en manquer quelqu'une, sera-t-il encore un tout ? &#8212; Il n'en sera plus un. &#8212; L'un aurait donc, &#224; ce qu'il para&#238;t, un commencement, un milieu et une fin. &#8212; Il les aurait. &#8212; Or, le milieu est &#224; &#233;gale distance des extr&#233;mit&#233;s ; car autrement il ne serait pas le milieu. &#8212; Tu as raison. &#8212; Cela &#233;tant, l'un participerait d'une certaine forme, soit droite, soit ronde, soit mixte. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Et, alors ne sera-t-il pas et en lui-m&#234;me et en autre chose ? &#8212; Comment ? &#8212; Toutes les parties sont dans le tout, et il n'y en a aucune hors du tout. &#8212; Oui. &#8212; Toutes les parties sont renferm&#233;es par le tout. &#8212; Oui. &#8212; Et toutes les parties de l'un, prises ensemble, constituent l'un, toutes, ni plus ni moins. &#8212; Sans contredit. &#8212; Le tout n'est-il donc pas aussi l'un ? &#8212; Soit. &#8212; Or, si toutes les parties sont dans un tout, et si toutes les parties ensemble constituent l'un et le tout lui-m&#234;me, et que toutes les parties soient renferm&#233;es par le tout, l'un serait renferm&#233; par l'un, et, par cons&#233;quent, nous voyons d&#233;j&#224; que l'un serait dans lui-m&#234;me. &#8212; Cela est clair. &#8212; D'un autre c&#244;t&#233;, le tout n'est pas dans les parties, ni dans toutes, ni dans quelqu'une. En effet, s'il &#233;tait dans toutes les parties, il faudrait bien qu'il f&#251;t dans une des parties ; car, s'il y en avait une dans laquelle il ne f&#251;t pas, il ne pourrait pas &#234;tre dans toutes. Et si cette partie que nous consid&#233;rons est du nombre de toutes les parties, et que le tout ne soit pas en elle, comment serait-il dans toutes ? &#8212; D'aucune mani&#232;re. &#8212; Or, le tout ne peut pas &#234;tre non plus dans quelques-unes des parties ; car, s'il &#233;tait dans quelques-unes, le plus serait dans le moins, ce qui est impossible. &#8212; Oui, impossible. &#8212; Mais si le tout n'est ni dans un plus grand nombre de parties qu'il en renferme, ni dans une de ses parties, ni dans toutes, il faut n&#233;cessairement qu'il soit en quelque autre chose, ou qu'il ne soit nulle part. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; N'est-il pas vrai que s'il n'&#233;tait nulle part, il ne serait rien ? et, par cons&#233;quent, puisqu'il est un tout, et qu'il n'est pas en lui-m&#234;me, il doit &#234;tre en quelque autre chose. &#8212; Tout-&#224;-fait. &#8212; Ainsi l'un, en tant qu'il est un tout, est en quelque chose d'autre que lui-m&#234;me ; mais en tant qu'il est toutes les parties dont le tout est form&#233;, il est en lui-m&#234;me ; en sorte que l'un est n&#233;cessairement et en lui-m&#234;me et en quelque chose d'autre que lui-m&#234;me. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; &#201;tant ainsi fait, l'un ne doit-il pas &#234;tre en mouvement et en repos ? &#8212; Comment ? &#8212; Il est en repos, s'il est lui-m&#234;me dans lui-m&#234;me ; car, &#233;tant dans une chose et n'en sortant pas, comme il arriverait s'il &#233;tait toujours en lui-m&#234;me, il serait toujours dans la m&#234;me chose. &#8212; Oui. &#8212; Or, ce qui est toujours dans la m&#234;me chose est n&#233;cessairement toujours en repos. &#8212; Sans doute. &#8212; Au contraire, ce qui est constamment en quelque chose de diff&#233;rent, ne doit-il pas n&#233;cessairement n'&#234;tre jamais dans le m&#234;me ? Et n'&#233;tant jamais dans le m&#234;me, ne doit-il pas n'&#234;tre jamais en repos ; et n'&#233;tant pas en repos, ne doit-il pas &#234;tre en mouvement ? &#8212; Oui. &#8212; Donc, l'un &#233;tant toujours et en lui-m&#234;me et en autre chose, est n&#233;cessairement toujours en mouvement et toujours en repos. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Si ce que nous avons dit jusqu'ici de l'un, est vrai, il s'ensuit encore qu'il est tout &#224; la fois identique &#224; lui-m&#234;me et diff&#233;rent de lui-m&#234;me, et pareillement le m&#234;me et autre que les autres choses. &#8212; Comment ? &#8212; On peut dire ceci de toute chose &#224; l'&#233;gard de toute autre chose : qu'elle est la m&#234;me ou autre ; ou que si elle n'est ni la m&#234;me ni autre qu'une certaine chose, elle est ou une partie de cette chose, ou le tout dont cette chose est une partie. &#8212; D'accord. &#8212; Or, l'un est-il une partie de lui-m&#234;me ? &#8212; Non. &#8212; L'un ne peut donc pas non plus &#234;tre le tout de lui-m&#234;me, en &#233;tant la partie de ce tout, et par cons&#233;quent de lui-m&#234;me. &#8212; Il ne le peut pas non plus. &#8212; L'un serait-il donc autre que l'un ? &#8212; Non certes. &#8212; Il ne peut pas &#234;tre autre que lui-m&#234;me. &#8212; Non. &#8212; Mais s'il n'est, par rapport &#224; lui-m&#234;me, ni autre, ni tout, ni partie, n'est-il pas n&#233;cessairement le m&#234;me que lui-m&#234;me ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Mais quoi ! ce qui est ailleurs que lui-m&#234;me, f&#251;t-il dans le m&#234;me que soi-m&#234;me, n'est-il pas autre que lui-m&#234;me, puisqu'il est ailleurs ? &#8212; Il me le semble. &#8212; Or, nous avons vu qu'il en est ainsi de l'&#234;tre, qu'il est &#224; la fois en lui-m&#234;me et en un autre. &#8212; Nous l'avons vu. &#8212; Ainsi, par cette raison, l'un serait, ce semble, autre que lui-m&#234;me. &#8212; Il semble. &#8212; Quoi donc ! si quelque chose est autre que quelque chose, cette seconde chose ne sera-t-elle pas aussi autre que la premi&#232;re ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Mais tout ce qui n'est pas un n'est-il pas autre que l'un, et l'un &#224; son tour autre que ce qui n'est pas un ? &#8212; Certainement. &#8212; L'un serait donc autre que tout le reste. &#8212; Oui. &#8212; Maintenant, fais attention : le m&#234;me et l'autre ne sont-ils pas contraires entre eux ? &#8212; Soit. &#8212; Et le m&#234;me se trouvera-t-il jamais dans l'autre, ou l'autre dans le m&#234;me ? &#8212; Cela ne sera jamais. &#8212; Si donc l'autre n'est jamais dans le m&#234;me, il n'y a pas un &#234;tre dans lequel l'autre se trouve jamais pendant un temps ; car s'il se trouvait quelque temps en quelque chose, pendant ce temps l'autre serait compris dans le m&#234;me, n'est-ce pas ? &#8212; Oui. &#8212; Puis donc, que l'autre n'est jamais compris dans le m&#234;me, il ne sera jamais dans aucun &#234;tre. &#8212; C'est vrai. &#8212; L'autre ne sera donc pas dans ce qui n'est pas un, ni dans ce qui est un. &#8212; Non. &#8212; Ce ne sera donc pas par l'autre que l'un sera autre que ce qui n'est pas un, et ce qui n'est pas un autre que l'un. &#8212; Non. &#8212; Mais ce n'est pas non plus par eux-m&#234;mes que l'un et le non-un seront autres, s'ils ne participent point de l'autre. &#8212; Sans doute. &#8212; Or, s'ils ne sont autres ni par eux-m&#234;mes ni par l'autre, la diff&#233;rence entre eux ne s'&#233;vanouira-t-elle pas ? &#8212; Elle s'&#233;vanouira. &#8212; D'un autre c&#244;t&#233;, ce qui n'est pas un ne participe pas de l'un ; car, autrement, il ne serait pas ce qui n'est pas un, mais plut&#244;t il serait un. &#8212; C'est vrai. &#8212; Ce qui n'est pas un ne peut pas non plus &#234;tre un nombre ; car avoir du nombre ne serait pas &#234;tre tout-&#224;-fait sans unit&#233;. &#8212; Non, en v&#233;rit&#233;. &#8212; Mais quoi ! ce qui n'est pas un pourrait-il former des parties de l'un ? ou plut&#244;t ne serait-ce pas encore participer de l'un ? &#8212; Ce serait en participer. &#8212; Si donc l'un est absolument un, et le non-un absolument non-un, l'un ne peut &#234;tre ni une partie du non-un, ni un tout dont le non-un fasse partie ; et r&#233;ciproquement, le non-un ne peut former ni le tout ni les parties de l'un. &#8212; Non. &#8212; Or, nous avons dit que les choses qui ne sont, &#224; l'&#233;gard les unes des autres, ni tout, ni parties, ni autres, sont les m&#234;mes. &#8212; Oui, nous l'avons dit. &#8212; Dirons-nous donc aussi que l'un &#233;tant dans ce rapport avec le non-un, lui est identique ? &#8212; Nous le dirons. &#8212; Ainsi, &#224; ce qu'il para&#238;t, l'un est autre que tout et que lui-m&#234;me, et le m&#234;me que tout et que lui-m&#234;me. &#8212; J'ai bien peur que ce ne soit la cons&#233;quence &#233;vidente de notre d&#233;duction. &#8212; L'un serait-il aussi semblable et dissemblable &#224; lui-m&#234;me et aux autres choses ? &#8212; Peut-&#234;tre. &#8212; Mais, puisqu'il s'est montr&#233; autre que tout le reste, tout le reste est aussi autre que lui. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Et n'est-il pas autre que ce qui n'est pas un, pr&#233;cis&#233;ment comme ce qui n'est pas lui est autre que lui, ni plus ni moins ? &#8212; Certainement. &#8212; Si ce n'est ni plus ni moins, c'est donc semblablement ? &#8212; Oui. &#8212; Ainsi, par cela m&#234;me que l'un se trouve &#234;tre autre que tout le reste, et tout le reste autre que lui, par cela m&#234;me et dans la m&#234;me mesure l'un se trouvera le m&#234;me que tout le reste, et tout le reste le m&#234;me que l'un. &#8212; Que veux-tu dire ? &#8212; Le voici : chaque nom, ne l'appliques-tu pas &#224; une chose ? &#8212; Oui. &#8212; Eh bien ! peux-tu prononcer le m&#234;me nom plusieurs fois, ou ne le peux-tu prononcer qu'une fois ? &#8212; Plusieurs fois. &#8212; Est-ce que, en pronon&#231;ant un nom une fois, tu d&#233;signes la chose qui porte ce nom, et qu'en l'&#233;non&#231;ant plusieurs fois, tu ne la d&#233;signes pas ? ou bien ne d&#233;signes-tu pas n&#233;cessairement la m&#234;me chose, soit que tu prononces le m&#234;me nom une fois, ou plusieurs fois ? &#8212; Sans doute. &#8212; Or, le mot autre est aussi le nom de quelque chose ? &#8212; Certainement. &#8212; Ainsi, lorsque tu le prononces, soit une fois, soit plusieurs fois, tu ne nommes par l&#224; que la chose dont c'est le nom. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Quand nous disons que tout le reste est autre que l'un, et l'un autre que tout le reste, en pronon&#231;ant ainsi deux fois le mot autre, il n'en est pas moins vrai que nous ne d&#233;signons par l&#224; que cette seule et unique chose dont le mot autre est le nom. &#8212; Nul doute. &#8212; Ainsi, en tant que l'un est autre que tout le reste, et tout le reste autre que l'un, l'un, participant au m&#234;me autre que tout le reste, ne participe pas &#224; une chose diff&#233;rente, mais &#224; la m&#234;me chose que tout le reste. Or, ce qui participe en quelque mani&#232;re de la m&#234;me chose, est semblable. N'est-il pas vrai ? &#8212; Oui. &#8212; Ainsi, c'est par la m&#234;me raison qui fait que l'un se trouve &#234;tre autre que tout le reste, que tout serait semblable &#224; tout ; car toute chose est autre que toute chose. &#8212; Il semble. &#8212; Cependant le semblable est contraire au dissemblable ? &#8212; Oui. &#8212; Et le m&#234;me contraire &#224; l'autre ? &#8212; Encore. &#8212; Or, nous avons aussi vu que l'un est le m&#234;me que tout le reste. &#8212; Oui. &#8212; Mais, &#234;tre le m&#234;me que tout le reste, c'est un &#233;tat contraire &#224; celui d'&#234;tre autre que tout le reste. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Et nous avons vu qu'en tant qu'autre, l'un est semblable. &#8212; Oui. &#8212; Donc, en tant que le m&#234;me, il sera dissemblable, puisqu'il sera dans l'&#233;tat contraire &#224; celui qui fait la ressemblance ; car n'&#233;tait-ce pas l'autre qui rendait semblable ? &#8212; Oui. &#8212; Le m&#234;me rendra donc dissemblable, ou bien il ne sera pas le contraire du diff&#233;rent. &#8212; Il semble. &#8212; Donc, l'un sera semblable et dissemblable aux autres choses : semblable en tant qu'autre, dissemblable en tant que le m&#234;me. &#8212; Oui, selon toute apparence. &#8212; Voici encore une autre cons&#233;quence. &#8212; Laquelle ? &#8212; En tant que l'un participe du m&#234;me, il ne participe pas du diff&#233;rent ; en tant qu'il ne participe pas du diff&#233;rent, il n'est pas dissemblable ; et en tant qu'il n'est pas dissemblable, il est semblable. D'un autre c&#244;t&#233;, en tant qu'il participe du diff&#233;rent, il est diff&#233;rent, et en tant qu'il est diff&#233;rent, il est dissemblable. &#8212; Tu as raison. &#8212; Ainsi l'un, &#233;tant le m&#234;me et &#233;tant autre que toutes les choses qui sont diff&#233;rentes de lui, leur sera, par ces deux raisons &#224; la fois et par chacune d'elles s&#233;par&#233;ment, semblable et dissemblable en m&#234;me temps. &#8212; Tout-&#224;-fait. &#8212; Mais si nous avons trouv&#233; qu'il est &#224; la fois le m&#234;me et autre que lui-m&#234;me, ne devons-nous pas trouver &#233;galement qu'il est en m&#234;me temps par ces deux raisons ensemble, et par chacune s&#233;par&#233;ment, semblable et dissemblable &#224; lui-m&#234;me ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Maintenant, l'un est-il ou n'est-il pas en contact et avec lui-m&#234;me et avec les autres choses ? Penses-y bien. &#8212; Je vais y penser. &#8212; L'&#234;tre nous est apparu comme contenu en quelque sorte dans le tout de lui-m&#234;me. &#8212; Oui. &#8212; N'est-il donc pas aussi contenu dans les autres choses ? &#8212; Oui. &#8212; Eh bien, en tant qu'il est dans les autres choses, il les touchera ; en tant qu'il est dans lui-m&#234;me, il lui sera impossible, il est vrai, de toucher les autres choses, mais il se touchera lui-m&#234;me, s'il est en lui-m&#234;me. &#8212; C'est &#233;vident. &#8212; De cette mani&#232;re l'un se touchera lui-m&#234;me et les autres choses. &#8212; Oui. &#8212; Eh bien, maintenant, tout ce qui doit toucher une chose ne doit-il pas se trouver imm&#233;diatement &#224; la suite de ce qu'il doit toucher, et occuper la place qui vient apr&#232;s celle o&#249; se trouve ce qu'il touche ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; L'un aussi, s'il doit se toucher lui-m&#234;me, doit donc &#234;tre imm&#233;diatement &#224; la suite de lui-m&#234;me. &#8212; Il le faut bien. &#8212; Or, c'est ce qui ne peut arriver qu'&#224; ce qui est entre deux et qui se trouve &#224; la fois en deux endroits ; et tant que l'un sera un, cela lui sera interdit. &#8212; Oui. &#8212; C'est donc pour l'un la m&#234;me n&#233;cessit&#233; de n'&#234;tre pas deux et de ne pas se toucher lui-m&#234;me ? &#8212; La m&#234;me. &#8212; Mais il ne touchera pas davantage les autres choses. &#8212; Pour quoi ? &#8212; Parce que, comme nous venons de le dire, ce qui touche doit &#234;tre en dehors et &#224; la suite de ce qu'il touche, sans qu'il se trouve en tiers aucun interm&#233;diaire. &#8212; C'est vrai. &#8212; Il faut, pour le contact, au moins deux choses. &#8212; Oui. &#8212; Si entre deux choses il s'en trouve une troisi&#232;me &#224; la suite de l'une et de l'autre, il y aura trois choses, mais seulement deux contacts. &#8212; Oui. &#8212; Et chaque fois qu'on ajoute une chose, s'ajoute un nouveau contact, et toujours il y a un contact de moins qu'il n'y a de choses qui se touchent. Car tout comme les deux premi&#232;res choses qui se touchent surpassaient le nombre des contacts, de m&#234;me et dans la m&#234;me proportion le nombre des choses qui se touchent surpasse ensuite le nombre de contacts ; car on n'ajoute jamais pour une chose qu'un seul contact. &#8212; Fort bien. &#8212; Donc, quel que soit le nombre des choses, le nombre des contacts sera toujours plus petit d'une unit&#233;. &#8212; Oui. &#8212; Et, s'il n'y a qu'une seule chose et point de dualit&#233;, il n'y aura pas de contact. &#8212; Comment pourrait-il y en avoir ? &#8212; Or, nous avons dit que les choses autres que l'un ne sont pas unes, ni ne participent de l'un, d&#232;s qu'elles sont autres. &#8212; Oui, certes. &#8212; Donc il n'y a pas de nombre dans les autres choses d&#232;s qu'il n'y a pas en elles d'unit&#233;. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Alors les autres choses ne sont ni une, ni deux, et il n'y a aucun nom de nombre qui puisse les d&#233;signer. &#8212; Non. &#8212; L'un existe donc seul, et il n'y a pas de dualit&#233;. &#8212; D'accord. &#8212; Il n'y a donc pas de contact, puisqu'il n'y a pas de dualit&#233;. &#8212; Non. &#8212; Et puisqu'il n'y a pas de contact, l'un ne touche pas d'autres choses, ni les autres choses l'un. &#8212; Non. &#8212; De tout cela il r&#233;sulte que l'un touche et ne touche pas et les autres choses et lui-m&#234;me. &#8212; Il para&#238;t. &#8212; L'un est donc aussi &#224; la fois &#233;gal et in&#233;gal &#224; lui-m&#234;me et aux autres choses ? &#8212; Comment ? &#8212; Si l'un &#233;tait plus grand ou plus petit que les autres choses, ou qu'au contraire les autres choses fussent plus grandes ou plus petites que l'un, n'est-il pas vrai que ce ne serait pas par cela seul que l'un est l'un, et que les choses diff&#233;rentes de l'un en sont diff&#233;rentes ; que ce ne serait pas, dis-je, par cela seul que l'un serait plus grand ou plus petit que les autres choses, et celles-ci plus grandes ou plus petites que l'un, mais, que si elles &#233;taient &#233;gales, ce serait parce qu'en outre elles auraient de l'&#233;galit&#233; et que si les choses autres que l'un avaient de la grandeur, et l'un de la petitesse, ou qu'au contraire l'un e&#251;t de la grandeur, et les autres choses de la petitesse, ce serait celle de ces deux id&#233;es qui aurait de la grandeur qui serait plus grande, et celle qui rait de la petitesse, qui serait plus petite ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; N'existent-elles pas, ces deux id&#233;es de la grandeur et de la petitesse ? car si elles n'existaient pas, elles ne seraient pas contraires l'une &#224; l'autre, et ne deviendraient pas telles dans les &#234;tres. &#8212; Sans doute. &#8212; Or, si la petitesse se trouve dans l'un, elle est ou dans sa totalit&#233; ou dans une de ses parties. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Mais quoi ! si elle &#233;tait dans sa totalit&#233;, ne serait-elle pas ou &#233;galement r&#233;pandue dans la totalit&#233; de l'un, ou &#233;tendue tout autour ? &#8212; Il est vrai. &#8212; Mais, si elle se trouve &#233;galement r&#233;pandue sur l'un, ne sera-t-elle pas &#233;gale &#224; l'un, et plus grande si elle l'environne ? &#8212; &#201;videmment. &#8212; Est-il donc possible que la petitesse soit &#233;gale &#224; quelque chose, ou plus grande que quelque chose, et qu'elle joue le r&#244;le de la grandeur et de l'&#233;galit&#233;, et non pas le sien ? &#8212; C'est impossible. &#8212; Ainsi donc la petitesse, si elle est comprise dans l'un, n'est pas dans la totalit&#233; de l'un, et elle ne peut &#234;tre que dans quelqu'une de ses parties. &#8212; Oui. &#8212; Elle ne peut pas &#234;tre non plus dans une partie tout enti&#232;re ; car alors elle se comporterait &#224; l'&#233;gard de la partie comme &#224; l'&#233;gard du tout, c'est-&#224;-dire qu'elle serait &#233;gale &#224; la partie o&#249; elle se trouverait, ou plus grande que cette partie. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; La petitesse ne sera donc dans rien de ce qui existe, puisqu'elle n'est ni dans le tout, ni dans la partie ; et il n'y aura rien de petit que la petitesse elle-m&#234;me. &#8212; Il para&#238;t. &#8212; Et alors, la grandeur ne sera pas non plus en aucune chose ; car, pour renfermer la grandeur, il faudrait quelque chose de plus grand que la grandeur elle-m&#234;me, et cela sans qu'il y e&#251;t rien de petit dans cette grandeur qu'il s'agit de surpasser, puisqu'elle est essentiellement grande. D'ailleurs, il ne peut pas y avoir de petitesse dans la grandeur s'il n'y a pas de petitesse en aucune chose. &#8212; C'est vrai. &#8212; Cependant, ce n'est que par rapport &#224; la petitesse en soi que la grandeur en soi peut &#234;tre dite plus grande, et par rapport &#224; la grandeur en soi que la petitesse en soi peut &#234;tre dite plus petite. &#8212; Par cons&#233;quent, les autres choses ne sont ni plus grandes, ni plus petites que l'un, puisqu'elles n'ont ni grandeur ni petitesse ; la grandeur et la petitesse elles-m&#234;mes ne peuvent ni surpasser l'un, ni en &#234;tre surpass&#233;es, mais seulement se surpasser l'une l'autre, et r&#233;ciproquement, si l'un n'a ni grandeur ni petitesse, il ne peut &#234;tre plus grand ou plus petit ni que la grandeur en soi et la petitesse en soi ni qu'aucune autre chose. &#8212; Cela est &#233;vident. &#8212; Si donc l'un n'est ni plus grand, ni plus petit que les autres choses, ne s'ensuit-il pas n&#233;cessairement qu'il ne les surpasse pas et qu'il n'en est pas surpass&#233; ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Or, ce qui ne surpasse ni n'est surpass&#233;, n'est-il pas n&#233;cessairement d'&#233;gale grandeur, et ce qui est d'&#233;gale grandeur n'est-il pas &#233;gal ? &#8212; Sans doute. &#8212; Il en serait donc aussi de m&#234;me de l'un par rapport &#224; lui-m&#234;me ; n'ayant en lui-m&#234;me ni grandeur ni petitesse, il ne sera pas surpass&#233; par lui-m&#234;me, ni ne se surpassera, mais &#233;tant avec lui-m&#234;me d'&#233;gale grandeur, il sera &#233;gal &#224; lui-m&#234;me. &#8212; Certainement. &#8212; L'un serait donc &#233;gal et &#224; lui-m&#234;me et aux autres choses. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Mais s'il est lui-m&#234;me en lui-m&#234;me, il doit aussi &#234;tre en dehors et autour de lui-m&#234;me, et en tant qu'il se renferme ainsi, il doit &#234;tre plus grand, et en tant qu'il est renferm&#233; en lui, plus petit que lui-m&#234;me. De la sorte l'un serait plus grand et plus petit que lui-m&#234;me. &#8212; Oui, en effet. &#8212; N'est-il pas impossible aussi qu'il y ait rien en dehors de l'un, et des choses qui sont autres que l'un ? &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Or, ce qui est doit toujours &#234;tre quelque part. &#8212; Oui. &#8212; Mais toutes les fois qu'une chose est dans une autre, n'est-ce pas un plus petit dans un plus grand ? Car il serait impossible autrement que deux choses diff&#233;rentes fussent l'une dans l'autre. &#8212; Impossible. &#8212; Or, puisqu'il n'existe rien en dehors de l'un et des autres choses, et qu'il est pourtant n&#233;cessaire que l'un et les autres choses soient en quelque chose, ne faut-il pas que l'un et les autres choses soient mutuellement compris les uns dans les autres, les autres choses dans l'un, et l'un dans les autres choses ; car autrement l'un et les autres choses ne seraient nulle part. &#8212; Cela est &#233;vident. &#8212; Mais d&#232;s que l'un est dans les autres choses, celles-ci seront plus grandes que l'un, puisqu'elles le renferment, et l'un plus petit qu'elles, puisqu'il en est renferm&#233;. D'un autre c&#244;t&#233;, d&#232;s que les autres choses sont comprises dans l'un, par la m&#234;me raison l'un sera plus grand que les autres choses, et celles-ci plus petites que l'un. &#8212; Il semble. &#8212; L'un est donc &#224; la fois &#233;gal &#224; lui-m&#234;me et aux autres choses, plus grand et plus petit que lui-m&#234;me et que les autres choses. &#8212; Certainement. &#8212; Mais si l'un est plus grand, plus petit et &#233;gal, il aura des mesures &#233;gales &#224; lui-m&#234;me et aux autres choses, ou plus ou moins nombreuses ; et si des mesures, des parties aussi. &#8212; Soit. &#8212; Avec des mesures &#233;gales ou avec plus ou moins de mesures, il sera plus ou moins grand que lui-m&#234;me et que les autres choses, ou &#233;gal en nombre aux autres choses et &#224; lui-m&#234;me par la m&#234;me raison. &#8212; Comment ? &#8212; Pour &#234;tre plus grand que telle, autre chose, il faut qu'il ait plus de mesures, et autant de mesures, autant de parties ; il en est de m&#234;me pour &#234;tre plus petit ou pour &#234;tre &#233;gal. &#8212; Oui. &#8212; Par cons&#233;quent, l'un &#233;tant plus grand et plus petit que lui-m&#234;me et &#233;gal &#224; lui-m&#234;me, ne sera-t-il pas d'&#233;gale mesure avec lui-m&#234;me, et n'aura-t-il pas plus et moins de mesures que lui-m&#234;me ? Et ce qui est vrai des mesures ne l'est-il pas des parties ? &#8212; Oui. &#8212; &#201;tant donc &#233;gal &#224; lui-m&#234;me en parties, il sera &#233;gal &#224; lui-m&#234;me en nombre ; ayant plus ou moins de parties que lui-m&#234;me, il sera plus et moins que lui-m&#234;me en nombre. &#8212; D'accord. &#8212; Et n'en sera-t-il pas de m&#234;me de l'un dans son rapport avec les autres choses ? Plus grand qu'elles, il sera plus qu'elles en nombre ; plus petit, il sera moins en nombre &#233;gal, il sera &#233;gal en nombre. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Il para&#238;t donc que l'un est en nombre &#224; la fois &#233;gal, sup&#233;rieur et inf&#233;rieur et &#224; lui-m&#234;me et aux autres choses. &#8212; Oui. &#8212; L'un participe-t-il aussi du temps ? est-il, devient-il plus jeune et plus vieux que lui-m&#234;me et les autres choses ; ou, tout en participant du temps, n'est-il au contraire ni plus jeune ni plus vieux que lui-m&#234;me et les autres choses ? &#8212; Comment ? &#8212; L'un est de quelque mani&#232;re, s'il est un. &#8212; Oui. &#8212; Or, &#234;tre, qu'est-ce autre chose que participer de l'existence dans le temps pr&#233;sent, de m&#234;me que il &#233;tait signifie la participation &#224; l'existence dans le pass&#233;, et il sera, dans le temps &#224; venir ? &#8212; Fort bien. &#8212; L'un participe donc du temps, s'il participe de l'&#234;tre. &#8212; Sans doute. &#8212; Donc il participe du temps qui passe. &#8212; Oui. &#8212; Il devient donc toujours plus vieux que lui-m&#234;me, s'il marche avec le temps. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Or, n'avons-nous pas dit que ce qui devient plus vieux, devient plus vieux par rapport &#224; un plus jeune ? &#8212; Oui. &#8212; Donc, puisque l'un devient plus vieux que lui-m&#234;me, il le devient par rapport &#224; lui-m&#234;me qui devient plus jeune. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; De cette mani&#232;re il devient et plus jeune et plus vieux que lui-m&#234;me. &#8212; Oui. &#8212; N'est-il pas plus vieux lorsqu'il est arriv&#233; au temps pr&#233;sent, interm&#233;diaire entre avoir &#233;t&#233; et devoir &#234;tre ? Car, en allant du pass&#233; &#224; l'avenir, il ne pourrait sauter par-dessus le pr&#233;sent. &#8212; Non, sans doute. &#8212; Ne cesse-t-il pas de devenir plus vieux au moment o&#249; il touche au pr&#233;sent, et n'est-il pas vrai qu'il ne devient plus alors, mais qu'il est plus vieux ? Car s'il avan&#231;ait toujours, il ne serait jamais renferm&#233; dans le pr&#233;sent. Il est dans la nature de ce qui avance, de toucher &#224; la fois &#224; deux choses, au pr&#233;sent et &#224; l'avenir, abandonnant le pr&#233;sent pour poursuivre l'avenir, et venant toujours au milieu entre le pr&#233;sent et l'avenir. &#8212; C'est vrai. &#8212; Et, si ce qui devient ne peut jamais sauter par-dessus le pr&#233;sent, il cesse de devenir, d&#232;s qu'il est dans le pr&#233;sent, et il est alors ce qu'il devenait. &#8212; C'est &#233;vident. &#8212; Ainsi donc, l'un, en devenant plus vieux, atteint le pr&#233;sent ; aussit&#244;t il cesse de devenir plus vieux ; il l'est. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; D&#232;s lors il est plus vieux que ce par rapport &#224; quoi il devenait plus vieux ; or, cela c'&#233;tait lui &#8212; m&#234;me. &#8212; Oui. &#8212; Et le plus vieux est plus vieux qu'un plus jeune ? &#8212; Oui. &#8212; L'un est donc aussi plus jeune que lui-m&#234;me, lorsque, en devenant plus vieux, il atteint le pr&#233;sent. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Mais le pr&#233;sent accompagne l'un dans toute son existence, car il est toujours pr&#233;sentement, tant qu'il est. &#8212; Sans doute. &#8212; Par cons&#233;quent l'un est et devient toujours plus vieux et plus jeune que lui-m&#234;me. &#8212; Il para&#238;t. &#8212; Est-il ou devient-il en plus de temps que lui-m&#234;me, ou dans un temps &#233;gal ? &#8212; Dans un temps &#233;gal. &#8212; Mais ce qui devient ou qui est dans un temps &#233;gal, a le m&#234;me &#226;ge. &#8212; Oui. &#8212; Et ce qui a le m&#234;me &#226;ge n'est ni plus vieux, ni plus jeune. &#8212; Non. &#8212; Par cons&#233;quent, l'un &#233;tant et devenant dans un temps &#233;gal &#224; lui-m&#234;me, n'est ni ne devient ni plus vieux ni plus jeune que lui-m&#234;me. &#8212; Je le crois. &#8212; Peut-&#234;tre devient-il ou est-il plus vieux et plus jeune que les autres choses. &#8212; Je ne sais que r&#233;pondre. &#8212; Tu peux dire du moins que, si les choses diff&#233;rentes de l'un sont des choses autres, et non pas une seule chose autre, elles sont plus nombreuses que l'un ; car, si elles n'&#233;taient qu'une chose autre, elles ne seraient qu'un ; mais puisque ce sont des choses autres, elles sont en nombre plus que l'un, et forment une multitude. &#8212; Oui. &#8212; Et si elles forment une multitude, elles participent d'un nombre plus grand que l'unit&#233;. &#8212; Soit. &#8212; Dans le nombre, qu'est-ce qui devient ou a d&#251; devenir d'abord, le plus grand, ou le moindre ? &#8212; Le moindre. &#8212; Le premier est donc ce qu'il y a de plus petit. Or, ce qu'il y a de plus petit, c'est l'un. N'est-il pas vrai ? &#8212; Oui. &#8212; L'un est donc n&#233; le premier entre tout ce qui a du nombre ; et toutes les autres choses ont du nombre, si elles sont des choses, et non pas une seule chose. &#8212; Oui. &#8212; Or, ce qui est n&#233; le premier, est, ce me semble, n&#233; avant, et les autres choses apr&#232;s ; et ce qui est n&#233; apr&#232;s est plus jeune que ce qui est n&#233; avant ; de la sorte, toutes les autres choses seraient plus jeunes que l'un, et l'un plus vieux que les autres choses. &#8212; Oui. &#8212; Dis-moi, l'un est-il n&#233; d'une mani&#232;re contraire &#224; sa nature, ou cela est-il impossible ? &#8212; Cela est impossible. &#8212; Or, nous avons vu que l'un a des parties, et que, s'il a des parties, il a aussi un commencement, une fin et un milieu. &#8212; Oui. &#8212; Le commencement ne na&#238;t-il pas partout le premier, dans l'un aussi bien que dans chacune des autres choses ; et apr&#232;s le commencement, tout le reste jusqu'&#224; la fin ? &#8212; Incontestablement. &#8212; Et ce que nous venons d'appeler tout le reste, ce sont, dirons-nous, des parties du tout et de l'un ; mais l'un et le tout ne sont n&#233;s qu'avec la fin. &#8212; Oui. &#8212; Mais la fin na&#238;t, ce me semble, la derni&#232;re, et avec elle, l'un, suivant sa nature ; de telle sorte que, s'il n'est pas possible que l'un naisse d'une mani&#232;re contraire &#224; sa nature, naissant avec la fin, il sera dans sa nature de na&#238;tre de toutes les autres choses la derni&#232;re. &#8212; C'est &#233;vident. &#8212; L'un est donc plus jeune que les autres choses, et les autres choses plus vieilles que l'un. &#8212; Cela me para&#238;t encore vrai. &#8212; Eh bien, le commencement, ou une autre partie de l'un ou de toute autre chose, pourvu que ce soit une partie et non pas des parties, ne sera-ce pas une unit&#233;, puisque c'est une partie ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; De l&#224;, l'un na&#238;tra en m&#234;me temps que la premi&#232;re chose ; il na&#238;tra aussi en m&#234;me temps que la seconde, et il accompagnera ainsi tout ce qui na&#238;t, jusqu'&#224; ce que, arriv&#233; &#224; la derni&#232;re, l'un soit n&#233; tout entier, n'ayant manqu&#233; dans sa naissance ni au milieu ni &#224; la fin ni au commencement ni &#224; aucune autre partie quelconque. &#8212; C'est vrai. &#8212; L'un a donc le m&#234;me &#226;ge que les autres choses, de mani&#232;re que, &#224; moins d'&#234;tre n&#233; contrairement &#224; sa nature, il n'est n&#233; ni avant ni apr&#232;s les autres choses, mais en m&#234;me temps qu'elles ; et par cette raison, l'un ne sera ni plus vieux ni plus jeune que les autres choses, ni les autres choses plus jeunes ou plus vieilles que l'un ; tandis que, d'apr&#232;s les raisons que nous avions donn&#233;es tout &#224; l'heure, l'un devait &#234;tre plus vieux et plus jeune que les autres choses, et les autres choses plus jeunes et plus vieilles que l'un. &#8212; Il est vrai. &#8212; Voil&#224; donc comment l'un est, apr&#232;s qu'il est n&#233;. Mais, que dire maintenant de l'un, en tant qu'il devient plus vieux et plus jeune que les autres choses, que les autres choses deviennent plus jeunes et plus vieilles que l'un, et qu'au contraire il ne devient ni plus jeune, ni plus vieux ? En est-il du devenir comme de l'&#234;tre, ou en est-il autrement ? &#8212; Je ne sais que t'en dire. &#8212; Pour moi, je puis dire au moins qu'une chose qui d&#233;j&#224; est plus vieille qu'une autre, ne peut pas devenir encore plus vieille, et d'une quantit&#233; diff&#233;rente de celle dont elle a &#233;t&#233; plus vieille d&#232;s le moment de la naissance ; et de m&#234;me ce qui est plus jeune ne peut devenir plus jeune encore. Car, si &#224; des quantit&#233;s in&#233;gales on ajoute des quantit&#233;s &#233;gales, soit de temps soit de toute autre chose, la diff&#233;rence subsiste toujours, et toujours &#233;gale &#224; celle qui existait d&#232;s l'origine. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Ainsi, ce qui est plus vieux ou plus jeune ne deviendra jamais plus vieux ni plus jeune que ce qui est plus jeune ou plus vieux que lui, car la diff&#233;rence d'&#226;ge reste toujours &#233;gale ; on est et on est n&#233; l'un plus vieux, l'autre plus jeune ; on ne le devient point. &#8212; C'est vrai. &#8212; Il en est donc de m&#234;me de l'un ; il est et ne devient pas plus vieux ou plus jeune que les autres choses. &#8212; Sans doute. &#8212; Regarde maintenant si en consid&#233;rant les choses de ce c&#244;t&#233;-ci, nous trouverons qu'elles deviennent plus vieilles et plus jeunes. &#8212; De quel c&#244;t&#233; ? &#8212; De celui par lequel l'un nous est apparu comme plus vieux que les autres choses, et celles-ci comme plus vieilles que l'un. &#8212; Eh bien ? &#8212; Si l'un est plus vieux que les autres choses, il a &#233;t&#233; plus longtemps qu'elles. &#8212; Oui. &#8212; R&#233;fl&#233;chis encore &#224; ceci ; si on ajoute un temps &#233;gal &#224; un temps plus long et &#224; un temps plus court, le plus long diff&#233;rera-t-il encore du plus court d'une partie &#233;gale ou d'une partie plus petite ? &#8212; D'une partie plus petite. &#8212; Et la diff&#233;rence d'&#226;ge qui distinguait d'abord l'un des autres choses, ne sera plus dans la suite ce qu'elle &#233;tait d'abord ; mais, si l'un et les autres choses prennent un temps &#233;gal, la diff&#233;rence d'&#226;ge deviendra toujours moindre qu'auparavant, n'est-ce pas ? &#8212; Oui. &#8212; Et ce qui diff&#232;re d'&#226;ge par rapport &#224; une autre chose moins qu'auparavant, ne devient-il pas plus jeune qu'auparavant, relativement &#224; cette m&#234;me chose par rapport &#224; laquelle il &#233;tait plus vieux auparavant ? &#8212; Oui, il devient plus jeune. &#8212; Or, si l'un devient plus jeune, les autres choses ne deviendront-elles pas, par rapport &#224; l'un, plus vieilles qu'auparavant ? &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Ce qui est plus jeune par naissance devient donc plus vieux par rapport &#224; ce qui est n&#233; avant lui et qui est plus vieux. Sans &#234;tre jamais plus vieux que lui, il devient toujours plus vieux que lui ; car celui-l&#224; gagne toujours en jeunesse par rapport &#224; celui-ci, et celui-ci en vieillesse. R&#233;ciproquement, le plus vieux devient toujours plus jeune que le plus jeune, car ils vont en sens contraire, et par cons&#233;quent ils deviennent toujours le contraire l'un de l'autre. Le plus jeune devient plus vieux que le plus vieux, et le plus vieux plus jeune que le plus jeune ; mais il n'y aura jamais un moment o&#249; ils le soient devenus ; car, s'ils l'&#233;taient devenus, ils ne le deviendraient plus, ils le seraient. Or, ils deviennent &#224; pr&#233;sent et plus vieux et plus jeunes l'un que l'autre ; l'un devient plus jeune que les autres choses, en tant qu'il nous est apparu comme plus vieux et comme n&#233; plus t&#244;t, tandis que les autres choses deviennent plus vieilles que l'un, en tant qu'elles sont n&#233;es plus tard. Et le m&#234;me raisonnement s'applique aux autres choses par rapport &#224; l'un, en tant qu'elles se sont pr&#233;sent&#233;es &#224; nous comme plus vieilles que l'un, et n&#233;es plus t&#244;t que lui. &#8212; Tout cela me para&#238;t &#233;vident. &#8212; Par cons&#233;quent, en tant que rien ne devient ni plus jeune ni plus vieux que telle autre chose, parce que la diff&#233;rence &#233;valu&#233;e en nombre reste toujours &#233;gale, l'un ne devient ni plus vieux ni plus jeune que les autres choses, et les autres choses ne deviennent ni plus vieilles ni plus jeunes que l'un. Mais en tant que les choses qui sont n&#233;es les premi&#232;res diff&#232;rent de celles qui sont n&#233;es plus tard, et celles-ci de celles-l&#224;, d'une partie de leur &#226;ge toujours diff&#233;rente, l'un devient toujours et plus vieux et plus jeune que les autres choses, et les autres choses &#224; leur tour plus vieilles et plus jeunes que l'un. &#8212; Tout-&#224;-fait. &#8212; D'apr&#232;s tout cela, l'un est et devient plus jeune et plus vieux que lui-m&#234;me et les autres choses, et il n'est ni ne devient ni plus jeune ni plus vieux ni que lui-m&#234;me ni que les autres choses. &#8212; Incontestablement. &#8212; Or, puisque l'un participe du temps et qu'il est susceptible de devenir plus vieux et plus jeune, ne faut-il pas aussi, pour participer du temps, qu'il participe du pass&#233;, de l'avenir et du pr&#233;sent ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Ainsi l'un &#233;tait, est et sera ; il devenait, devient et deviendra. &#8212; Nul doute. &#8212; Il pourra donc y avoir, il y avait, il y a et il y aura quelque chose d'appartenant &#224; l'un, et quelque chose de l'un. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Il y aura donc aussi une science, une opinion, une sensation de l'un, s'il est vrai que pr&#233;sentement nous connaissions l'un de ces trois mani&#232;res. &#8212; C'est juste. &#8212; Il y a donc aussi un nom et une d&#233;finition de l'un ; on le nomme et on le d&#233;finit, et en g&#233;n&#233;ral tout ce qui convient aux autres choses de ce genre, convient aussi &#224; l'un. &#8212; Incontestablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant arrivons &#224; notre troisi&#232;me point : l'un &#233;tant tel que nous l'avons montr&#233;, s'il est un et multiple, et s'il n'est ni un ni multiple, et qu'il participe du temps, n'est-il pas n&#233;cessaire qu'en tant qu'il est un, il participe quelque jour de l'&#234;tre, et que, en tant qu'il n'est pas un, il n'en participe jamais ? &#8212; C'est n&#233;cessaire. &#8212; Lorsqu'il en participe, est-il possible qu'il n'en participe pas ; et est-il possible qu'il en participe alors qu'il n'en participe pas ? &#8212; C'est impossible. &#8212; C'est donc dans un certain temps qu'il participe de l'&#234;tre, et dans un autre qu'il n'en participe pas ; car ce n'est que de cette mani&#232;re qu'il peut participer et ne pas participer de la m&#234;me chose. &#8212; Oui. &#8212; Il y a donc un temps o&#249; l'un prend part &#224; l'&#234;tre, et un autre o&#249; il l'abandonne ; car comment serait-il possible que tant&#244;t on e&#251;t, tant&#244;t on n'e&#251;t pas une m&#234;me chose, si on ne la prenait et ne la laissait tour &#224; tour ? &#8212; Cela ne serait pas possible. &#8212; Prendre part &#224; l'&#234;tre, n'appelles-tu pas cela na&#238;tre ? &#8212; Oui. &#8212; Et l'abandonner, n'est-ce pas p&#233;rir ? &#8212; Certainement. &#8212; Dans ce cas, l'un, prenant et laissant l'&#234;tre, na&#238;t et p&#233;rit. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Or, &#233;tant un et multiple, puis naissant et p&#233;rissant, ne p&#233;rit-il pas comme multiple, lorsqu'il devient un, et comme un, lorsqu'il devient multiple ? &#8212; Oui. &#8212; Quand il devient un et multiple, n'est-il pas n&#233;cessaire qu'il se divise et qu'il se r&#233;unisse ? &#8212; Sans aucun doute, &#8212; Quand il devient semblable et dissemblable, il faut qu'il ressemble et qu'il ne ressemble pas. &#8212; Oui. &#8212; Et quand il devient plus grand, plus petit et &#233;gal, il faut qu'il augmente, qu'il diminue, et qu'il s'&#233;galise ? &#8212; Encore. &#8212; Et lorsqu'il change du mouvement au repos et du repos au mouvement, est-il possible que ce soit dans le m&#234;me temps ? &#8212; Non, &#233;videmment. &#8212; Se reposer d'abord, puis se mouvoir, ou d'abord se mouvoir et se reposer ensuite, tout cela peut-il se faire sans changement ? ---- Comment serait-ce possible ? &#8212; Il n'y a aucun temps o&#249; une chose puisse &#234;tre &#224; la fois en mouvement et en repos. &#8212; Non. &#8212; Et rien ne change sans &#234;tre dans le changement. &#8212; Bien. &#8212; Quand donc a lieu le changement ? car on ne change ni quand on est en repos, ni quand on est en mouvement, ni quand on est dans le temps. &#8212; Certainement non. &#8212; Ce o&#249; l'on est quand on change, n'est-ce pas cette chose &#233;trange ? &#8212; Laquelle ? &#8212; L'instant. Car l'instant semble d&#233;signer le point o&#249; on change en passant d'un &#233;tat &#224; un autre. Ce n'est pas pendant le repos que se fait le changement du repos au mouvement, ni pendant le mouvement que se fait le changement du mouvement au repos ; mais cette chose &#233;trange qu'on appelle l'instant, se trouve au milieu entre le mouvement et le repos ; sans &#234;tre dans aucun temps, et c'est de l&#224; que part et l&#224; que se termine le changement, soit du mouvement au repos, soit du repos au mouvement. &#8212; Il y a apparence. &#8212; Si donc l'un est en repos et en mouvement, il change de l'un &#224; l'autre &#233;tat ; car c'est la seule mani&#232;re d'entrer dans l'un et dans l'autre ; mais s'il change, il change dans un instant, et quand il change, il n'est ni dans le temps, ni en mouvement, ni en repos. &#8212; Soit. &#8212; Maintenant, en est-il de m&#234;me pour les autres changements ? Lorsque l'un change de l'&#234;tre au n&#233;ant, ou du n&#233;ant &#224; la naissance, est-il vrai de dire alors qu'il tient le milieu entre le mouvement et le repos, qu'il ne se trouve ni &#234;tre ni ne pas &#234;tre, qu'il ne na&#238;t ni ne p&#233;rit ? &#8212; Selon toute apparence. &#8212; Par la m&#234;me raison, l'un, en passant de l'un au multiple et du multiple &#224; l'un, n'est ni un ni multiple, ne se divise ni ne se r&#233;unit, et en passant du semblable au dissemblable et du dissemblable au semblable, il ne devient ni semblable ni dissemblable, et en passant du petit au grand, de l'in&#233;gal &#224; l'&#233;gal, et r&#233;ciproquement, il n'est ni petit, ni grand, ni &#233;gal, il n'augmente, ni ne diminue, ni ne s'&#233;galise. &#8212; Il para&#238;t. &#8212; Ainsi donc, tout cela est vrai de l'un, s'il existe. &#8212; Assur&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons &#224; pr&#233;sent ce qui doit arriver aux autres choses, si l'un existe. &#8212; Voyons. &#8212; Posons donc que l'un existe, et examinons ce qui arrivera dans cette hypoth&#232;se aux choses autres que l'un. &#8212; Examinons. &#8212; S'il y a d'autres choses que l'un, ces autres choses ne sont pas l'un, car, autrement, elles ne seraient pas autres que l'un. &#8212; Certainement. &#8212; Cependant, les autres choses ne sont pas tout-&#224;-fait priv&#233;es de l'un, et elles en participent en quelque mani&#232;re. &#8212; Comment ? &#8212; Parce que les autres choses ne sont autres que si elles ont des parties ; car si elles n'avaient pas de parties, elles ne feraient absolument qu'un. &#8212; C'est juste. &#8212; Or, nous avons dit qu'il n'y a de parties que des parties d'un tout. &#8212; Oui. &#8212; Mais le tout est n&#233;cessairement l'unit&#233; form&#233;e de plusieurs choses et dont les parties sont ce que nous appelons des parties ; car chacune des parties est la partie non de plusieurs choses, mais d'un tout. &#8212; Comment cela ? &#8212; Si une chose faisait partie de plusieurs choses parmi lesquelles elle serait comprise elle-m&#234;me, elle serait une partie d'elle-m&#234;me, ce qui est impossible, et de chacune des autres choses, si elle &#233;tait r&#233;ellement une partie de toutes. Car s'il y en avait une dont elle ne f&#238;t pas partie, elle ferait partie de toutes, &#224; l'exception de celle-l&#224;, et de la sorte elle ne ferait pas partie de chacune d'elles ; et si elle n'&#233;tait pas une partie de chacune, elle ne le serait d'aucune ; et dans ce cas, il serait impossible qu'elle f&#251;t rien de toutes ces choses, parmi lesquelles il n'y en aurait aucune dont elle f&#251;t ni la partie ni quoi que ce f&#251;t. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Ainsi donc, la partie ne fait partie ni de plusieurs choses, ni de toutes, mais d'une certaine id&#233;e et d'une certaine unit&#233; que nous appelons un tout, unit&#233; parfaite, form&#233;e par la r&#233;union de toutes les parties ensemble. Voil&#224; ce dont fait partie ce que nous appelons partie. &#8212; Incontestablement. &#8212; Donc, si les autres choses ont des parties, elles participeront et du tout et de l'un. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Par cons&#233;quent, les autres choses diff&#233;rentes de l'un forment n&#233;cessairement un tout un et parfait, compos&#233; de parties. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Et il en faut dire autant de chaque partie ; chacune doit participer de l'un ; car si chacune des parties est une partie, ce mot chacun signifie sans doute ce qui est un, s&#233;par&#233; des autres choses et existant en soi. &#8212; Justement. &#8212; Mais si chaque partie peut participer de l'un, &#233;videmment c'est qu'elle est autre chose que l'un ; autrement elle n'en participerait pas, elle serait l'un lui-m&#234;me ; or, rien ne peut &#234;tre un que l'un lui-m&#234;me. &#8212; Non, rien. &#8212; Ainsi le tout et la partie doivent n&#233;cessairement participer de l'un ; le premier sera un tout, dont les parties sont ce que nous appelons parties, et chacune des parties sera une partie du tout auquel elle appartient. &#8212; En effet. &#8212; Ainsi donc, ce qui participe de l'un ne peut en participer qu'en &#233;tant autre que l'un. &#8212; Sans doute. &#8212; Or, si ce qui est autre que l'un n'&#233;tait ni un, ni en plus grand nombre que l'un, ce ne serait rien du tout. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Mais, puisque ce qui participe de l'un comme partie, et de l'un comme tout, est en plus grand nombre que l'un, ne faut-il pas bien que toutes ces choses qui participent de l'unit&#233; soient infinies en nombre ? &#8212; Comment ? &#8212; Le voici. Lorsque les choses re&#231;oivent l'un, ne le re&#231;oivent-elles pas comme des choses qui ne sont pas encore l'un et qui n'en participent pas encore ? &#8212; &#201;videmment. &#8212; N'est-ce pas comme des pluralit&#233;s dans lesquelles est l'un sans qu'elles soient l'un ? &#8212; Oui, comme des pluralit&#233;s. &#8212; Eh bien, si nous voulions en enlever par la pens&#233;e la portion la plus petite qu'il soit possible, n'est-il pas n&#233;cessaire que cette portion enlev&#233;e, si elle ne participe pas de l'un, soit une pluralit&#233; et non une unit&#233; ? &#8212; Oui, c'est, n&#233;cessaire. &#8212; Donc, en consid&#233;rant toujours de cette mani&#232;re et en soi-m&#234;me cette sorte d'&#234;tre qui est autre que l'id&#233;e (17), n'y trouverons-nous pas, tant que nous y regarderons, une pluralit&#233; infinie ? &#8212; Sans aucun doute. &#8212; Mais lorsque chacune des parties est devenue une partie, les parties ont des limites les unes &#224; l'&#233;gard des autres et &#224; l'&#233;gard du tout, et le tout &#224; l'&#233;gard des parties. &#201;videmment. &#8212; Dans les choses autres que l'un, il na&#238;t, ce semble, de leur commerce avec l'un, quelque chose de diff&#233;rent qui leur donne des limites les unes &#224; l'&#233;gard des autres ; tandis que leur nature propre ne donne par elle-m&#234;me qu'illimitation. &#8212; Eh bien ? &#8212; Ainsi les choses autres que l'un, sont, comme le tout et comme les parties, illimit&#233;es et participant de la limite. &#8212; Tout-&#224;-fait. &#8212; Ne sont-elles pas aussi semblables et dissemblables &#224; elles-m&#234;mes et entre elles ? &#8212; Comment ? &#8212; Par cela seul qu'elles sont toutes illimit&#233;es par leur nature, elles ont toutes la m&#234;me qualit&#233;. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Et par cela seul qu'elles sont toutes limit&#233;es, elles ont encore toutes la m&#234;me qualit&#233;. &#8212; Soit. &#8212; Et, par cela m&#234;me qu'elles sont &#224; la fois limit&#233;es et illimit&#233;es, elles ont les m&#234;mes qualit&#233;s les unes que les autres, et les qualit&#233;s contraires. &#8212; Oui. &#8212; Or, les contraires sont ce qu'il y a de plus dissemblable. &#8212; &#192; coup s&#251;r. &#8212; Donc, elles seraient semblables &#224; elles-m&#234;mes et les unes aux autres par rapport &#224; ces deux qualit&#233;s, et en m&#234;me temps par rapport &#224; ces deux m&#234;mes qualit&#233;s, tout ce qu'il y a de plus contraire et de plus dissemblable soit &#224; elles, m&#234;mes soit aux autres. &#8212; Je le crains. &#8212; Ainsi les autres choses sont &#224; la fois semblables et dissemblables et &#224; elles-m&#234;mes et les unes aux autres. &#8212; Oui. &#8212; Apr&#232;s avoir une fois montr&#233; que les choses autres que l'un sont susceptibles &#224; la fois de ces qualit&#233;s oppos&#233;es, il ne nous serait pas difficile de faire voir qu'elles sont et les m&#234;mes et autres les unes que les autres, en mouvement et en repos, et qu'elles r&#233;unissent ainsi tous les contraires. &#8212; Tu as raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons donc cela comme suffisamment &#233;clairci, et voyons si, en supposant que l'un existe, il en sera diff&#233;remment des choses autres que l'un ou s'il n'en peut &#234;tre que ce que nous venons de voir. &#8212; Volontiers. &#8212; Reprenons donc du commencement, et exposons ce qui doit arriver, si l'un existe, aux choses autres que l'un. &#8212; Exposons-le. &#8212; L'un n'est-il pas &#224; part des autres choses, et les autres choses &#224; part de l'un&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Pourquoi cela ? &#8212; Parce qu'il n'y a rien qui puisse, outre l'un et les autres choses, &#234;tre autre que l'un, et autre que les choses autres que l'un. On a tout dit quand on a dit : l'un et les autres choses. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Il n'existe donc rien autre o&#249; se trouvent &#224; la fois l'un et les autres choses ? &#8212; Non. &#8212; L'un et les autres choses ne sont donc jamais dans une m&#234;me chose ? &#8212; Jamais. &#8212; Ils sont donc s&#233;par&#233;s ? &#8212; Oui. &#8212; Et nous sommes convenus que ce qui est v&#233;ritablement un n'a pas de parties ? &#8212; Sans doute. &#8212; Si donc l'un est en dehors des autres choses, et sans parties, il ne peut &#234;tre dans les autres choses, ni tout entier, ni par parties. &#8212; Soit. &#8212; Les autres choses ne participent donc de l'un en aucune mani&#232;re, puisqu'elles n'en participent ni dans ses parties ni dans son tout ? &#8212; Cela est clair. &#8212; Les autres choses ne sont donc jamais rien d'un, et n'ont rien d'un en elles ? &#8212; &#201;videmment. &#8212; Les autres choses ne sont donc pas plusieurs ; car si elles, &#233;taient plusieurs, chacune d'elles serait une partie du tout. Or, les choses autres que l'un ne sont ni une, ni plusieurs, ni tout, ni parties, puisqu'elles ne participent aucunement de l'un. &#8212; C'est juste. &#8212; Elles ne sont donc elles-m&#234;mes ni deux, ni trois, ni ne contiennent deux ou trois en elles, s'il n'y a en elles rien de l'un. &#8212; Fort bien. Les choses autres que l'un ne sont ni semblables ni dissemblables elles-m&#234;mes &#224; l'un, et il n'y a en elles ni ressemblance ni dissemblance ; car si elles &#233;taient elles-m&#234;mes semblables et dissemblables et avaient en elles de la ressemblance et de la dissemblance, elles auraient en elles deux id&#233;es contraires l'une &#224; l'autre. &#8212; C'est &#233;vident. &#8212; Or, il est impossible que ce qui ne participe de rien participe de deux choses. &#8212; Impossible. &#8212; Les autres choses ne sont donc ni semblables ni dissemblables, ni l'un ni l'autre &#224; la fois ; car si elles &#233;taient semblables ou dissemblables, elles participeraient d'une de ces id&#233;es contraires, et de toutes les deux, si elles &#233;taient semblables et dissemblables &#224; la fois ; or, c'est ce que nous avons trouv&#233; impossible. &#8212; Il est vrai. &#8212; Elles ne sont donc ni m&#234;mes ni autres, ni en mouvement ni en repos ; elles ne naissent ni ne p&#233;rissent ; elles ne sont ni plus grandes, ni plus petites, ni &#233;gales ; bref, elles n'ont aucune de ces qualit&#233;s ; car, si elles en admettaient quelqu'une, elles participeraient de l'un, du double, du triple, de l'impair, du pair, ce que nous avons vu &#234;tre impossible, d&#232;s qu'elles sont enti&#232;rement priv&#233;es de l'un. &#8212; Tr&#232;s vrai. &#8212; Ainsi donc, si l'un existe, l'un est toutes choses, et il n'est plus un ni pour lui, ni pour les autres choses. &#8212; Incontestablement. &#8212; &#192; la bonne heure. Apr&#232;s cela, ne faut-il pas examiner ce qui doit arriver si l'un n'existe pas ? &#8212; Certainement, il le faut. &#8212; Qu'est-ce donc que cette supposition : si l'un n'existe pas ? diff&#232;re-t-elle de celle-ci : si le non-un n'existe pas ? &#8212; Certes elle en diff&#232;re. &#8212; En diff&#232;re-t-elle seulement, ou plut&#244;t cette supposition : si le non-un n'existe pas, n'est-elle pas tout le contraire de celle-ci : si l'un n'existe pas ? &#8212; Tout le contraire. &#8212; Mais quoi ! quand on dit : si la grandeur n'existe pas, si la petitesse n'existe pas, ni rien de cette sorte, ne d&#233;signe-t-on pas comme diff&#233;rente chaque chose dont on dit qu'elle n'existe pas ? &#8212; Tout &#224; fait. &#8212; Eh bien ! dans le cas pr&#233;sent, lorsque l'on dit : si l'un n'existe pas, ne donne-t-on pas &#224; entendre que cette chose qu'on dit ne pas &#234;tre, est diff&#233;rente de toutes les autres ; et savons-nous quelle est cette chose dont on parle ? &#8212; Nous le savons. &#8212; D'abord on parle de quelque chose qui peut &#234;tre connu, et ensuite de quelque chose de diff&#233;rent de toute autre chose, si on parle de l'un, soit qu'on lui attribue l'&#234;tre ou le non-&#234;tre ; car, pour dire d'une chose qu'elle n'est pas, il n'en faut pas moins conna&#238;tre ce qu'elle est, et qu'elle diff&#232;re de toutes les autres. N'est-il pas vrai ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Reprenons donc du commencement, et voyons ce qu'il y aura si l'un n'existe pas. D'abord, il faut qu'il y ait une connaissance de l'un, sous peine de ne pas savoir ce qu'on dit quand on dit : si l'un n'existe pas. &#8212; Fort bien. &#8212; Et ne faut-il pas encore que les autres choses soient diff&#233;rentes de lui, sans quoi on ne pourrait pas dire qu'il est lui-m&#234;me autre que les autres choses ? &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Outre la science, il faut donc attribuer &#224; l'un la diff&#233;rence ; car ce n'est pas de la diff&#233;rence des autres choses que l'on parle, quand on dit que l'un est diff&#233;rent des autres choses, mais de sa diff&#233;rence &#224; lui. &#8212; Certainement. &#8212; L'un qui n'existe pas participe donc du celui-l&#224;, du quelque chose, du celui-ci, et du &#224; celui-ci, du ceux-ci, enfin de toutes les choses de cette sorte ; car, autrement on ne pourrait pas parler de l'un ni des choses diff&#233;rentes de l'un ; on ne pourrait dire qu'il y a quelque chose &#224; celui-l&#224; ou de celui-l&#224;, ni qu'il est lui-m&#234;me quelque chose, s'il ne participait pas de quelque chose et de tout le reste. &#8212; C'est vrai. &#8212; Sans doute si l'un n'existe pas, on ne peut pas dire qu'il existe. Mais rien ne l'emp&#234;che de participer de beaucoup de choses, et il faut m&#234;me qu'il en participe, si c'est l'un, si c'est celui-l&#224; qui n'existe pas, et non pas autre chose. Si, au contraire, ce n'est pas l'un, si ce n'est pas celui-l&#224; qui n'existe pas, et qu'il soit question d'une autre chose, il n'est plus possible d'en dire un mot. Mais si c'est l'un, ce que nous d&#233;signons par celui-l&#224;, et non autre chose, qu'on suppose ne pas exister, il faut bien qu'il participe et de celui-l&#224; et de beaucoup d'autres choses. &#8212; &#192; la bonne heure. &#8212; Il y a donc aussi en lui dissemblance par rapport aux autres choses ; car les autres choses &#233;tant diff&#233;rentes de l'un, doivent &#234;tre aussi de nature diff&#233;rente. &#8212; Oui. &#8212; Et ce qui est de nature diff&#233;rente n'est-il pas divers ? &#8212; Sans contredit. &#8212; Et ce qui est divers, n'est-il pas dissemblable ? &#8212; Oui. &#8212; Et s'il y a des choses dissemblables &#224; l'un, il est &#233;vident que ces choses dissemblables sont dissemblables &#224; quelque chose qui leur est dissemblable. &#8212; Oui. &#8212; Il y a donc aussi dans l'un une dissemblance, par rapport &#224; laquelle les autres choses lui sont dissemblables. &#8212; C'est &#233;vident. &#8212; Or, s'il a en lui une dissemblance &#224; l'&#233;gard des autres choses, n'aura-t-il pas n&#233;cessairement une ressemblance avec lui-m&#234;me ? &#8212; Comment ? &#8212; S'il y avait dans l'un de la dissemblance &#224; l'&#233;gard de l'un, il ne pourrait pas &#234;tre question d'une chose telle que l'un, et notre hypoth&#232;se ne porterait pas sur l'un, mais sur autre chose que l'un. &#8212; Certainement. &#8212; Or, c'est ce qui ne doit pas &#234;tre. &#8212; Non. &#8212; Il faut donc que l'un ait de la ressemblance avec lui-m&#234;me ? &#8212; Il le faut. &#8212; Mais il n'est pas non plus &#233;gal aux autres choses ; car s'il leur &#233;tait &#233;gal, d&#232;s lors il leur serait semblable en vertu de cette &#233;galit&#233; ; or, l'un et l'autre est impossible, si l'un n'existe pas. &#8212; Impossible. &#8212; Puisqu'il n'est pas &#233;gal aux autres choses, n'est-il pas n&#233;cessaire que les autres choses ne soient pas non plus &#233;gales &#224; lui ? &#8212; C'est n&#233;cessaire. &#8212; Et ce qui n'est pas &#233;gal, n'est-il pas in&#233;gal ? &#8212; Oui. &#8212; Et ce qui est in&#233;gal n'est-il pas in&#233;gal &#224; l'in&#233;gal ? &#8212; Sans contredit. &#8212; L'un participe donc aussi de l'in&#233;galit&#233; par rapport &#224; laquelle les autres choses lui sont in&#233;gales. &#8212; Il en participe. &#8212; Or, &#224; l'in&#233;galit&#233; appartiennent la grandeur et la petitesse. &#8212; Oui. &#8212; L'un aura donc aussi de la grandeur et de la petitesse. &#8212; Il y a apparence. &#8212; La grandeur et la petitesse sont toujours &#233;loign&#233;es l'une de l'autre. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Il y a donc entre elles quelque chose d'interm&#233;diaire. &#8212; Oui. &#8212; Connais-tu quelque autre chose qui puisse &#234;tre interm&#233;diaire entre elles, que l'&#233;galit&#233; ? &#8212; Non, aucune autre que celle-l&#224;. &#8212; Ainsi, ce qui a la grandeur et la petitesse a aussi l'&#233;galit&#233; qui en forme l'interm&#233;diaire. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Il para&#238;t donc que l'un qui n'existe pas, participe de l'&#233;galit&#233;, de la grandeur et de la petitesse. &#8212; Il para&#238;t. &#8212; Mais il faut encore qu'il participe aussi de l'&#234;tre. &#8212; Comment cela ? &#8212; Il faut qu'il en soit de l'un comme nous disons l&#224; ; si non, nous ne dirions pas vrai en disant que l'un n'existe pas ; et si nous avons dit vrai, il est &#233;vident que nous avons dit ce qui est ; n'est-ce pas ? &#8212; Oui. &#8212; Mais, puisque nous pr&#233;tendons avoir dit vrai, nous pr&#233;tendons aussi n&#233;cessairement avoir dit ce qui est. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; L'un est donc n'&#233;tant pas, car s'il n'est pas n'&#233;tant pas, s'il laisse arriver quelque chose de l'&#234;tre dans le non-&#234;tre, de non-&#234;tre aussit&#244;t il devient un &#234;tre. &#8212; Sans aucun doute. &#8212; Il faut donc, pour ne pas &#234;tre, qu'il soit attach&#233; au non-&#234;tre par l'&#234;tre du non-&#234;tre, de m&#234;me que l'&#234;tre, pour poss&#233;der parfaitement l'&#234;tre, doit avoir le non-&#234;tre du non-&#234;tre. En effet, c'est ainsi seulement que l'&#234;tre sera et que le non-&#234;tre ne sera pas, l'&#234;tre en participant &#224; l'&#234;tre d'&#234;tre un &#234;tre et au non &#234;tre d'&#234;tre un non-&#234;tre ; car ce n'est que de cette mani&#232;re qu'il sera parfaitement un &#234;tre ; le non-&#234;tre, au contraire, en participant au non-&#234;tre de ne pas &#234;tre un non &#234;tre et &#224; l'&#234;tre d'&#234;tre un non-&#234;tre ; car ce n'est aussi que de cette mani&#232;re que le non-&#234;tre sera parfaitement le non-&#234;tre. &#8212; Tr&#232;s bien. &#8212; Puis donc que l'&#234;tre participe du non-&#234;tre, et le non-&#234;tre de l'&#234;tre, l'un aussi, s'il n'est pas, doit n&#233;cessairement participer de l'&#234;tre par rapport au non-&#234;tre. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Nous voyons donc l'&#234;tre appartenir &#224; l'un, s'il n'est pas. &#8212; Nous le voyons. &#8212; Et le non-&#234;tre aussi, par cela m&#234;me qu'il n'est pas. &#8212; Oui. &#8212; Mais est-il possible qu'une chose qui est d'une certaine mani&#232;re ne soit pas de cette mani&#232;re sans qu'elle change de mani&#232;re d'&#234;tre ? &#8212; Cela n'est pas possible. &#8212; Ainsi, &#234;tre d'une mani&#232;re et &#234;tre d'une autre indique toujours un changement. &#8212; Sans doute. &#8212; Or, le changement, c'est du mouvement ; ou bien devons-nous dire autrement ? &#8212; C'est du mouvement. &#8212; Mais l'un ne nous a-t-il pas paru &#234;tre et n'&#234;tre pas ? &#8212; Oui. &#8212; Il nous a donc paru &#234;tre d'une mani&#232;re et n'&#234;tre pas de cette mani&#232;re. &#8212; Oui. &#8212; L'un n'&#233;tant pas nous a donc paru en mouvement, puisqu'il nous a paru avoir chang&#233; de l'&#234;tre au non-&#234;tre. &#8212; Il semble. &#8212; Cependant, si l'un ne fait aucunement partie des &#234;tres, comme en effet il n'en peut faire partie s'il n'est pas, il ne peut pas passer d'un endroit &#224; un autre. &#8212; Sans contredit. &#8212; Il ne peut donc se mouvoir en changeant de lieu. &#8212; Non. &#8212; Mais il ne peut pas non plus tourner dans le m&#234;me lieu, n'ayant pas de rapport avec le m&#234;me ; car le m&#234;me est un &#234;tre ; or, ce qui n'est pas ne peut &#234;tre dans aucun &#234;tre. &#8212; C'est impossible. &#8212; L'un, n'&#233;tant pas, ne peut donc pas tourner en quelque chose o&#249; il n'est pas. &#8212; Non. &#8212; Cependant, l'un ne change pas non plus en s'alt&#233;rant, ni s'il est, ni s'il n'est pas ; car, il ne pourrait &#234;tre question de l'un s'il changeait de nature, mais d'autre chose. &#8212; C'est juste. &#8212; Or, s'il ne s'alt&#232;re pas, ni ne tourne pas dans un m&#234;me lieu, ni ne change pas de lieu, pourra-t-il encore &#234;tre en mouvement ? &#8212; Non, sans doute. &#8212; Mais ce qui n'est pas en mouvement reste n&#233;cessairement tranquille, et ce qui reste tranquille est en repos. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Donc, l'un, en tant qu'il n'est pas, est, &#224; ce qu'il para&#238;t, et en repos et en mouvement. &#8212; Oui. &#8212; Mais s'il est en mouvement, il faut absolument qu'il subisse une alt&#233;ration ; car autant une chose se meut, autant elle s'&#233;loigne de sa premi&#232;re mani&#232;re d'&#234;tre, pour en prendre une autre. &#8212; Oui. &#8212; Ainsi, si l'un change, il s'alt&#232;re. &#8212; Oui. &#8212; Mais s'il n'&#233;tait aucunement en mouvement, il ne s'alt&#233;rerait en aucune fa&#231;on. &#8212; Il est vrai. &#8212; Par cons&#233;quent, en tant que l'un n'&#233;tant pas se meut, il s'alt&#232;re ; et en tant qu'il ne se meut pas, il ne s'alt&#232;re pas. &#8212; Oui. &#8212; Donc, l'un n'&#233;tant pas s'alt&#232;re et ne s'alt&#232;re pas. &#8212; Non. &#8212; Mais ce qui s'alt&#232;re ne doit-il pas devenir autre qu'il n'&#233;tait d'abord, et p&#233;rir par rapport &#224; sa premi&#232;re mani&#232;re d'&#234;tre ? Et ce qui ne change pas, ne doit-il pas ne pas na&#238;tre ni ne pas p&#233;rir ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Donc, l'un n'&#233;tant pas, en tant qu'il s'alt&#232;re, na&#238;t et p&#233;rit ; et il ne na&#238;t ni ne p&#233;rit, en tant qu'il ne s'alt&#232;re pas. Et, de cette mani&#232;re, l'un n'&#233;tant pas, na&#238;t et p&#233;rit, de m&#234;me qu'il ne na&#238;t ni ne p&#233;rit. &#8212; Il en faut convenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons encore une fois au commencement, pour voir si les choses nous para&#238;tront encore telles qu'elles nous paraissent en ce moment, ou si elles nous para&#238;tront autres. &#8212; Voyons. &#8212; Si l'un n'est pas, disions-nous, qu'arrivera-t-il de l'un ? &#8212; Oui, c'est ce que nous demandions. &#8212; Par n'est pas, voulons-nous indiquer autre chose sinon que l'&#234;tre manque &#224; ce que nous disons ne pas &#234;tre ? &#8212; Pas autre chose. &#8212; Quand nous disons qu'une chose n'est pas, voulons-nous dire qu'en un sens elle n'est pas, et qu'elle est en un autre ; ou bien ce n'est pas exprime-t-il sans restriction que ce qui n'est pas n'est absolument pas, et ne participe en rien de l'&#234;tre ? &#8212; Oui, sans aucune restriction. &#8212; Ainsi, ce qui n'est pas ne peut &#234;tre, ni participer de l'&#234;tre en aucune mani&#232;re. &#8212; En aucune mani&#232;re. &#8212; Et na&#238;tre et p&#233;rir, est-ce autre chose que recevoir l'&#234;tre et perdre l'&#234;tre ? &#8212; Pas autre chose. &#8212; Or, ce qui ne participe pas de l'&#234;tre ne peut ni le recevoir ni le perdre. &#8212; D'accord. &#8212; Donc l'un, n'&#233;tant en aucune mani&#232;re ne peut aucunement poss&#233;der ni abandonner l'&#234;tre ni en participer. &#8212; Naturellement. &#8212; Donc l'un, qui n'est pas, ne p&#233;rit ni ne na&#238;t, puisqu'il ne participe aucunement de l'&#234;tre. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Donc il ne s'alt&#232;re aucunement, car s'il s'alt&#233;rait, il na&#238;trait et p&#233;rirait par cela m&#234;me. &#8212; C'est vrai. &#8212; Et s'il ne s'alt&#232;re pas, ne s'ensuit-il pas n&#233;cessairement qu'il ne se meut pas ? &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Nous ne dirons pas non plus que ce qui n'est en aucune mani&#232;re, soit en repos, car ce qui est en repos doit toujours &#234;tre le m&#234;me dans le m&#234;me lieu. &#8212; Sans contredit. &#8212; R&#233;p&#233;tons donc que ce qui n'est pas n'est ni en repos ni en mouvement. &#8212; Oui. &#8212; Il n'aura non plus rien de ce qui est, car s'il participait de quelque chose qui f&#251;t, il participerait de l'&#234;tre. &#8212; C'est &#233;vident. &#8212; Donc il n'a ni grandeur, ni petitesse, ni &#233;galit&#233;. &#8212; Non. &#8212; Ni ressemblance, ni diff&#233;rence, soit par rapport &#224; lui-m&#234;me, soit par rapport aux autres choses. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Mais quoi ! les autres choses peuvent-elles lui &#234;tre quelque chose, s'il n'y a rien qui puisse lui rien &#234;tre ? &#8212; Non. &#8212; Les autres choses ne lui sont donc ni semblables ni dissemblables, et elles ne sont ni les m&#234;mes ni autres que lui. &#8212; Non. &#8212; Mais quoi ! ces diff&#233;rents termes : de celui-l&#224;, &#224; celui-l&#224;, quelque chose, cela, de cela, d'autre chose, &#224; autre chose, autrefois, apr&#232;s, maintenant, science, opinion, sensation, d&#233;finition, nom, en un mot, rien de ce qui est peut-il &#234;tre rapport&#233; &#224; ce qui n'est pas ? &#8212; Non. &#8212; Alors l'un n'&#233;tant pas n'a absolument aucune mani&#232;re d'&#234;tre. &#8212; Aucune, &#224; ce qu'il para&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons encore ce qui arrivera aux autres choses, si l'un n'est pas. &#8212; Disons-le. &#8212; D'abord, il faut que les autres choses soient de quelque mani&#232;re ; car s'il n'y avait pas d'autres choses, on ne pourrait pas parler d'autres choses. &#8212; En effet. &#8212; Et quand on parle des autres choses, on entend par-l&#224; les choses qui sont diff&#233;rentes, ou bien les mots autre et diff&#233;rent ne signifient-ils pas la m&#234;me chose ? &#8212; La m&#234;me chose. &#8212; Ne disons-nous pas que ce qui est diff&#233;rent est diff&#233;rent de quelque chose de diff&#233;rent, et ce qui est autre autre que quelque chose d'autre ? &#8212; Oui. &#8212; Si donc les autres choses sont autres, il y a quelque chose relativement &#224; quoi elles sont autres. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Que sera-ce donc ? car elles ne sont pas autres par rapport &#224; l'un, si l'un n'est pas. &#8212; Non. &#8212; Elles sont donc autres les unes que les autres ; car il ne leur reste que cela, &#224; moins de n'&#234;tre autres que rien. &#8212; C'est juste. &#8212; C'est donc par la pluralit&#233; qu'elles sont autres les unes que les autres, car ce ne peut &#234;tre par l'un, si l'un n'est pas. Apparemment la masse de chacune renferme une pluralit&#233; infinie, et lorsqu'on croit avoir pris la chose du monde la plus petite, on verra tout &#224; coup, comme dans un r&#234;ve, au lieu de l'unit&#233; qu'on croyait tenir, une multitude, au lieu d'une petite chose, une chose immense, eu &#233;gard aux divisions dont elle est susceptible. &#8212; C'est tr&#232;s juste. &#8212; Ainsi ce serait par leurs masses que les autres choses seraient autres, en &#233;tant autres les unes que les autres, si elles sont autres et que l'un ne soit pas. &#8212; Sans doute. &#8212; Si donc l'un n'est pas, il y a plusieurs de ces masses dont chacune semblera &#234;tre une, et ne le sera pas en effet. &#8212; Oui. &#8212; Et ces masses auront l'air de former un certain nombre, si chacune d'elles est une et qu'elles soient plusieurs. &#8212; Assur&#233;ment. &#8212; Elles para&#238;tront les unes paires, les autres impaires, quoique faussement, si l'un n'est pas. &#8212; Sans contredit. &#8212; De m&#234;me, elles semblent aussi renfermer, avons-nous dit, la plus petite quantit&#233; ; et pourtant cette quantit&#233; nous appara&#238;t comme multiple et grande, comparativement &#224; chacune des parties plus petites de la multitude qu'elle renferme. &#8212; Incontestablement. &#8212; Et chaque masse nous semblera &#234;tre &#233;gale &#224; une multitude de petites masses ; car aucune ne peut para&#238;tre passer du plus grand au plus petit sans avoir paru en venir d'abord au milieu ; et ce milieu serait l'apparence de l'&#233;galit&#233;. &#8212; &#201;videmment. &#8212; Chaque masse n'est-elle pas limit&#233;e relativement &#224; toute autre masse et relativement &#224; elle-m&#234;me, tout en n'ayant ni commencement ni fin ni milieu ? &#8212; Comment cela ? &#8212; Si l'on veut consid&#233;rer quelque chose dans ces masses comme leur appartenant, on verra toujours appara&#238;tre avant le commencement un autre commencement, apr&#232;s la fin une autre fin encore, et dans le milieu quelque chose de plus au milieu encore, et qui est toujours plus petit, dans l'impuissance de saisir aucune de ces choses comme une, si l'un n'existe pas. &#8212; C'est tr&#232;s vrai. &#8212; Enfin, quelqu'&#234;tre que l'on saisisse par la pens&#233;e, on le verra toujours se diviser et se disperser, car on ne saisira jamais qu'une masse sans unit&#233;. &#8212; D'accord. &#8212; &#192; les voir de loin et en gros, chacune de ces masses para&#238;t &#234;tre une, tandis qu'examin&#233;e de pr&#232;s et en d&#233;tail elle est manifestement une multitude infinie, puisqu'elle est priv&#233;e de l'un, d&#232;s que l'un n'est pas. &#8212; N&#233;cessairement. &#8212; Ainsi il faut que chaque chose autre que l'un paraisse infinie et limit&#233;e, une et plusieurs, si l'un n'est pas et qu'il y ait d'autres choses que l'un. &#8212; Oui. &#8212; Et ces choses ne semblent-elles pas &#234;tre aussi semblables et dissemblables ? &#8212; Comment ? &#8212; Les figures d'un tableau vues de loin se confondent toutes en une seule et paraissent semblables. &#8212; Oui. &#8212; Si on s'approche, au contraire, elles paraissent plusieurs et diff&#233;rentes, et la diversit&#233; se manifestant, on les reconna&#238;t pour diverses et dissemblables entre elles. &#8212; Cela est vrai. &#8212; De m&#234;me les agr&#233;gats apparaissent comme semblables et dissemblables et &#224; eux-m&#234;mes et les uns aux autres. &#8212; Oui. &#8212; Par cons&#233;quent aussi ils apparaissent comme les m&#234;mes et comme autres les uns que les autres, comme se touchant et comme isol&#233;s, comme se mouvant de toutes les esp&#232;ces de mouvement, et comme &#233;tant absolument en repos, comme naissant et p&#233;rissant et ne naissant ni ne p&#233;rissant, et tout ce qu'il nous serait loisible de d&#233;velopper dans l'hypoth&#232;se o&#249; l'un n'est pas et o&#249; il y a de la pluralit&#233;. &#8212; C'est tr&#232;s vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, revenons encore une fois au commencement, et voyons ce qui doit arriver si l'un n'est pas et qu'il y ait d'autres choses que l'un. &#8212; Voyons. &#8212; Nulle autre chose ne sera une. &#8212; Non, sans doute. &#8212; Ni plusieurs ; car l'unit&#233; serait comprise dans la pluralit&#233; ; et si aucune des autres choses n'est quelque chose d'un, toutes ne seront rien, et par cons&#233;quent il n'y aura pas non plus de pluralit&#233;. &#8212; Soit. &#8212; Si donc l'un n'existe pas dans les autres choses, celles-ci ne sont ni plusieurs ni une. &#8212; Non. &#8212; De m&#234;me, elles ne paraissent ni une ni plusieurs. &#8212; Pourquoi ? &#8212; Parce que les autres choses ne peuvent jamais avoir absolument rien de commun avec rien de ce qui n'est pas, et que rien de ce qui n'est pas n'appartient &#224; aucune des autres choses, car ce qui n'existe pas n'a pas de parties. &#8212; C'est vrai. &#8212; Donc il n'y a chez les autres choses ni opinion ni image de ce qui n'est pas, et le non-&#234;tre n'est jamais ni d'aucune mani&#232;re con&#231;u comme appartenant &#224; aucune autre chose. &#8212; Non, sans doute. &#8212; Alors si l'un n'est pas, rien, parmi les autres choses, ne peut &#234;tre con&#231;u ni comme un ni comme plusieurs ; car il est impossible de concevoir la pluralit&#233; sans l'unit&#233;. &#8212; Oui, impossible. &#8212; Donc, si l'un n'est pas, les autres choses n'existent ni ne sont con&#231;ues ni comme unit&#233; ni comme pluralit&#233;. &#8212; Il para&#238;t. &#8212; Ni par cons&#233;quent comme semblables ni comme dissemblables. &#8212; Non. &#8212; Ni comme identiques ni comme diff&#233;rentes, ni comme se touchant ni comme isol&#233;es ; enfin tout ce que tout &#224; l'heure elles nous paraissaient &#234;tre, elles ne le sont pas, ni ne paraissent l'&#234;tre, si l'un n'est pas. &#8212; &#192; la bonne heure. &#8212; Si donc nous disions en r&#233;sum&#233; : si l'un n'est pas, rien n'est ? ne dirions-nous pas bien ? &#8212; Tr&#232;s bien. &#8212; Disons-le donc, et disons en outre que, &#224; ce qu'il semble, soit que l'un soit ou qu'il ne soit pas, lui et les autres choses, par rapport &#224; eux-m&#234;mes et par rapport les uns aux autres, sont absolument tout et ne le sont pas, le paraissent et ne le paraissent pas. &#8212; Rien de plus vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;NOTES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1- Ce second titre, comme en g&#233;n&#233;ral tous les seconds titres, n'appartient point &#224; Platon. Proclus le dit express&#233;ment dans son Commentaire, &#233;dit. de Paris, liv. I, p. 14 : &#8033;&#962; &#1008;&#945;&#8054; &#964;&#8056;&#957; &#948;&#953;&#940;&#955;&#959;&#947;&#959;&#957; &#7952;&#960;&#953;&#947;&#961;&#940;&#968;&#945;&#953; &#964;&#953;&#957;&#8048;&#962; &#960;&#949;&#961;&#8054; &#964;&#8182;&#957; &#949;&#7984;&#948;&#8182;&#957;. Il dit aussi que cette seconde inscription est tr&#232;s ancienne, &#960;&#945;&#956;&#960;&#940;&#955;&#945;&#953;&#959;&#957; &#959;&#8022;&#963;&#945;&#957;, ibid., p. 22. Elle remonte au moins jusqu'&#224; Thrasylle, c'est-&#224;-dire au premier si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2- Ce ne peut &#234;tre le C&#233;phale de la R&#233;publique. La raison d&#233;cisive, c'est que le C&#233;phale de la R&#233;publique est de Syracuse et celui-ci de Clazom&#232;nes. Proclus dit seulement : &#964;&#953;&#962; &#922;&#941;&#966;&#945;&#955;&#959;&#962;, p. 13.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3- Ville d'Ionie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4- Malgr&#233; quelques petites difficult&#233;s chronologiques, qui, comme on le sait, n'embarrassent gu&#232;re Platon, Adimante, Glaucon et Antiphon sont &#233;videmment, selon nous, ses trois fr&#232;res, et les personnages de la R&#233;publique. Autrement Platon n'aurait pas manqu&#233; de le dire ; ou c'e&#251;t &#233;t&#233; nous induire en erreur comme &#224; plaisir. Toute l'antiquit&#233; l'a ainsi compris. Voyez Plutarque, cit&#233; par Heindorf, de Frat. Am. II. Proclus donne partout Adimante et Glaucon comme les personnages de la R&#233;publique ; et p. 67, il rappelle ainsi l'histoire de la famille de Platon. &#171; Quant &#224; l'histoire, si quelqu'un en est curieux, voici les faits : Perictione eut d'Ariston, son premier mari, trois enfants : Platon, Adimante et Glaucon. Apr&#232;s la mort d'Ariston, elle se remaria avec Pyrilampe, dont il est parl&#233; dans le Gorgias, et qui lui-m&#234;me avait eu une premi&#232;re femme, laquelle lui avait donn&#233; un fils, appel&#233; D&#233;mos. Perictione eut en secondes noces, de ce Pyrilampe, un quatri&#232;me fils, Antiphon ; et voil&#224; pourquoi celui-ci est nomm&#233; dans cet endroit du Parm&#233;nide le fr&#232;re maternel de Glaucon et d'Adimante. Tels sont les faits historiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5- Voyez le premier Alcibiade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6- M&#233;lite, d&#232;me de la tribu de C&#233;crops. Meursius, de Pop. Att., p. 75.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7- Les petites Panath&#233;n&#233;es se c&#233;l&#233;braient chaque ann&#233;e ; les grandes, tous les cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8- Le texte dit &#960;&#945;&#953;&#948;&#953;&#1008;&#940;. Heindorf pr&#233;tend qu'il ne faut pas entendre ici ce mot dans un plus mauvais sens que le mot &#7952;&#961;&#945;&#963;&#964;&#942;&#962; que Socrate se donne &#224; lui-m&#234;me relativement &#224; Alcibiade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9- Quartier d'Ath&#232;nes, que Proclus et le Schliaste divisent en deux, le C&#233;ramique int&#233;rieur et le C&#233;ramique hors de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10- Platon dit trois fois que Socrate, tr&#232;s jeune, a convers&#233; avec Parm&#233;nide, tr&#232;s vieux, dans le Th&#233;&#233;t&#232;te, dans le Sophiste et ici ; et F&#252;lleborn, dans les Beytr&#228;ge zur Geschichte der Philosophie, t. VI, p. 12, et Schleirmacher, ont prouv&#233; qu'il n'y a l&#224; aucune impossibilit&#233; chronologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11- X&#233;nophon, Hist. Gr. II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12- Voyez Arist. Met. I. 5. III. 4. Phys. i 3. Simpl. in Arist. Phys., p. 17 et 31. Sur la question de savoir si Parm&#233;nide avait compos&#233; des po&#235;mes ou un seul po&#235;me, voyez F&#252;lleborn, Beyt., VII, p. 16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13- Arist. de gener. animal., V. Cf. Meursius, Miscell. lacon. III. i.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14- Tout cet endroit et les exemples qui le terminent, rappellent le c&#233;l&#232;bre passage du Ph&#233;don, t. I, p., p. 223-226.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15- Par exemple la grandeur et la petitesse relative et sensible, distincte de la grandeur absolue et id&#233;ale, et qui nous fait appeler nous et tout ce qui en participe, grands, petits, etc. Dans la pens&#233;e et dans le langage de Platon, c'est aux id&#233;es que nous participons et des id&#233;es que nous prenons tels ou tels noms. Mais ici, dans l'hypoth&#232;se o&#249; nous n'avons aucun rapport avec les id&#233;es, il faut supposer quelque autre chose de relatif et de sensible dont nous participions et dont nous recevions le nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16- Ibycus, po&#235;te de Regghio. Le scholiaste de Platon nous a conserv&#233; les vers auxquels il est fait ici allusion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Socrate, ce dialecticien</title>
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		<dc:date>2022-06-08T22:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robert Paris</dc:creator>


		<dc:subject>Gr&#232;ce</dc:subject>
		<dc:subject>Antiquit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Dialectique</dc:subject>
		<dc:subject>Socrate</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#171; Comment d&#233;couvrir des v&#233;rit&#233;s ? Dans vos observations, remarquez des contradictions. Frottez les comme deux morceaux de bois pour obtenir de la lumi&#232;re. La connaissance jaillit des contradictions. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; L'&#234;tre et le non-&#234;tre sont partout pr&#233;sents, &#224; tous les niveaux. Le devenir et le mouvement sont toujours &#224; la fois &#234;tre et non-&#234;tre. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Nous ne nous approchons de la v&#233;rit&#233; que dans la mesure o&#249; nous nous &#233;loignons de la vie. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; On n'h&#233;sitera pas &#224; reconna&#238;tre que le mouvement m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?rubrique15" rel="directory"&gt;Dialectique naturelle et sociale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot24" rel="tag"&gt;Gr&#232;ce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot36" rel="tag"&gt;Antiquit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot60" rel="tag"&gt;Dialectique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.matierevolution.fr/spip.php?mot106" rel="tag"&gt;Socrate&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Comment d&#233;couvrir des v&#233;rit&#233;s ? Dans vos observations, remarquez des contradictions. Frottez les comme deux morceaux de bois pour obtenir de la lumi&#232;re. La connaissance jaillit des contradictions. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; L'&#234;tre et le non-&#234;tre sont partout pr&#233;sents, &#224; tous les niveaux. Le devenir et le mouvement sont toujours &#224; la fois &#234;tre et non-&#234;tre. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous ne nous approchons de la v&#233;rit&#233; que dans la mesure o&#249; nous nous &#233;loignons de la vie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &#171; On n'h&#233;sitera pas &#224; reconna&#238;tre que le mouvement m&#234;me est l'essence ; tout corps qui tire son mouvement du dehors est inanim&#233;. Mais il s'ensuit n&#233;cessairement que le mouvement n'aura pas de fin. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il est aussi difficile de d&#233;partager le bien du mal, le juste de l'injuste, la vertu du vice, ou le bon du mauvais que de d&#233;m&#234;ler le chaud du froid. Il n'y a pas de r&#233;ponse toute faite &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Socrate, ce dialecticien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour Socrate, il n'y a pas de philosophie sans dialogue contradictoire mais ce dialogue n'est pas seulement entre deux personnes. Il est aussi d'une personne avec lui-m&#234;me. Dans ses dialogues, Socrate sert seulement de miroir, de psychanalyste. Il permet &#224; une personne de s'interroger sur ce qu'elle pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate lui-m&#234;me est en pleine contradiction dialectique : produit de la Gr&#232;ce et ne se consid&#233;rant pas comme Grec, homme libre et conscient de son esclavage, tourn&#233; sans cesse vers la connaissance et consid&#233;rant qu'il n'a accumul&#233; aucune connaissance, ne cessant de chercher &#224; conna&#238;tre la mani&#232;re de voir de tous sans chercher du tout &#224; fonder une mani&#232;re de voir qui s'impose &#224; tous, ayant une &#233;norme influence et ne cherchant nullement &#224; pousser quiconque &#224; devenir son adepte, d&#233;veloppant une universit&#233; orale mais n'ayant aucune aspiration &#224; devenir ma&#238;tre d'universit&#233; ni enseignant de quoique ce soit, discutant sans cesse du bon, du beau, du juste, mais consid&#233;rant que le bon est en m&#234;me temps mauvais, le beau en m&#234;me temps laid, le juste en m&#234;me temps injuste, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socrate n'a pas seulement d&#233;velopp&#233; une dialectique parce qu'il ne concevait une pens&#233;e qu'au travers d'un dialogue contradictoire mais parce qu'il ne concevait la r&#233;alit&#233; que comme contradiction. Le bon se transforme en mauvais, le beau en laid, le juste en injuste et inversement. L'homme pense mais sa petite voix interdire lui dit le contraire. Il veut faire telle ou telle action mais sa petite voix int&#233;rieure le bloque. Son propre cerveau est d&#233;j&#224; un dialogue int&#233;rieur. Son corps lui-m&#234;me est un changement permanent. Tous les &#233;l&#233;ments de son corps sont sans cesse chang&#233;s : il est &#224; la fois lui-m&#234;me et un autre. Il veut faire une chose et son contraire. Ce qu'il veut faire m&#232;ne aux r&#233;sultats inverses de ce qu'il souhaitait. Il veut &#234;tre libre et c'est ainsi qu'il se rend esclave. Il veut s'enrichir et cela l'appauvrit. Il cherche le bonheur et agit en sens inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Socrate rencontre Parm&#233;nide et Z&#233;non qui sont les plus proches des philosophes, ceux-ci discutent de l'unicit&#233; et de la multiplicit&#233;, de ma mati&#232;re et du mouvement. Il leur dit qu'on ne peut opposer ces deux termes car ils sont dialectiquement ins&#233;parables. Socrate r&#233;sume leurs conclusions : la mati&#232;re est et n'est pas, est unit&#233; et pluralit&#233;, est s&#233;parable et non s&#233;parable en parties, est existant et n&#233;ant, limit&#233; et sans limite, etc&#8230;Il rappelle que chaque quantit&#233; est &#224; la fois somme de plusieurs quantit&#233;s et ne l'est pas. La mati&#232;re &#224; la fois s'alt&#232;re et ne s'alt&#232;re pas, change et ne change pas, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dialectique de Socrate d&#233;crite par Platon dans &#171; Ph&#233;don &#187; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; - Socrate : Maintenant, ne borne pas ton enqu&#234;te aux hommes, si tu veux d&#233;couvrir plus ais&#233;ment la v&#233;rit&#233; ; &#233;tend la &#224; tous les animaux et aux plantes, bref &#224; tout ce qui a naissance et voyons, en consid&#233;rant tout cela, s'il est vrai qu'aucune chose ne saurait na&#238;tre que de son contraire, quand elle a un contraire. &#171; (&#8230;) Voyons donc si c'est une n&#233;cessit&#233; que tout ce qui a un contraire ne naisse d'aucune autre chose que de contraire. (&#8230;) Autre question : n'y a-t-il pas entre tous ces couples de contraires une double naissance, l'une qui tire l'un des deux contraires de l'autre, et l'autre qui tire celui-ci du premier ? (&#8230;) N'en est-il pas de m&#234;me de ce que nous appelons se d&#233;composer et se combiner, se refroidir et s'&#233;chauffer, et ainsi de tout ? Et si parfois les mots nous font d&#233;faut pour le d&#233;crire, en fait du moins, c'est toujours une n&#233;cessit&#233; qu'il en soit ainsi, que les contraires naissent les uns des autres et qu'il y ait g&#233;n&#233;ration de l'un des deux &#224; l'autre. (&#8230;) N'admet-tu pas que le contraire de la vie, ce soit la mort ? (&#8230;) Et qu'elles naissent l'une de l'autre ? (&#8230;) Si en effet les naissance ne s'&#233;quilibraient pas d'un contraire &#224; l'autre, et tournaient pour ainsi dire en cercle, si au contraire elles se faisaient en ligne droite et uniquement d'un contraire &#224; celui qui lui fait face, si elles ne revenaient pas vers l'autre et ne prenaient pas le sens inverse, tu te rends bien compte qu'&#224; la fin toutes les choses auraient la m&#234;me figure et tomberaient dans le m&#234;me &#233;tat et que la g&#233;n&#233;ration s'arr&#234;terait. (&#8230;) Si, par exemple, l'assoupissement existait seul, sans avoir pour lui faire &#233;quilibre le r&#233;veil n&#233; du sommeil, tu te rend compte (&#8230;) que tout le monde serait endormi. (&#8230;) D'o&#249; nous vient l'id&#233;e d'&#233;galit&#233; ? (&#8230;) Nous disons bien qu'il y a quelque chose d'&#233;gal, je n'entend pas parler d'un morceau de bois &#233;gal &#224; un autre morceau de bois, ni d'une pierre &#233;gale &#224; une pierre, ni de rien de pareil, mais d'autre chose qui est par del&#224; toutes celles-l&#224;, de l'&#233;galit&#233; elle-m&#234;me. (&#8230;) Il faut donc que nous ayons eu connaissance de l'&#233;galit&#233; avant le temps o&#249;, voyant pour la premi&#232;re fois des choses &#233;gales, nous nous sommes dit : &#171; Toutes ces choses tendent &#224; &#234;tre telles que l'&#233;galit&#233;, mais ne le sont qu'imparfaitement. &#187; (&#8230;) Il faut donc que l'&#233;galit&#233; ait exist&#233; avant que nous naissions pour qu'elle nous apparaisse ensuite comme une r&#233;miniscence. (&#8230;) Te parait-il aussi que tous les hommes puissent rendre raison de ces r&#233;alit&#233;s dont nous parlions tout &#224; l'heure ? (&#8230;) Tu ne crois pas que tous les hommes connaissent ces r&#233;alit&#233;s ? (&#8230;) Qu'on m'apporte le poison. (&#8230;) Jusque l&#224; nous avions eu presque tous assez de force pour retenir nos larmes ; mais en le voyant boire et quand il eut bu, nous n'en f&#251;mes plus les ma&#238;tres. (&#8230;) Que faites vous mes &#233;tranges amis, s'&#233;cria-t-il, soyez donc calmes et fermes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Socrate, rapport&#233; par Platon, dans &#171; Le Banquet &#187; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La nature mortelle cherche, selon ses moyens, &#224; se perp&#233;tuer et &#224; &#234;tre immortelle ; or le seul moyen dont elle dispose pour cela, c'est de produire de l'existence, en tant que perp&#233;tuellement &#224; la place de l'&#234;tre ancien elle en laisse un nouveau, qui s'en distingue. A preuve cela m&#234;me qu'on appelle la vie individuelle de chaque vivant et son identit&#233; personnelle, c'est-&#224;-dire le fait que, de son enfance jusqu'au temps de sa vieillesse, on dit qu'il est le m&#234;me individu ; oui, en v&#233;rit&#233;, cet &#234;tre, qui en lui n'a jamais les m&#234;mes choses, on l'appelle n&#233;anmoins le m&#234;me ! Alors qu'au contraire perp&#233;tuellement, mais non sans certaines pertes, il se renouvelle, dans ses cheveux, dans sa chair, dans ses os, dans son sang, bref dans tout son corps entier. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate dans &#171; La R&#233;publique &#187; de Platon (All&#233;gorie de la caverne) :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La Cit&#233; o&#249; ceux qui doivent d&#233;tenir le pouvoir sont le moins d&#233;sireux du pouvoir est n&#233;cessairement celle qui est la mieux et la plus paisiblement dirig&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate &#224; son proc&#232;s :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le plus sage d'entre vous, c'est celui qui, comme Socrate, reconna&#238;t que sa sagesse n'est rien. Convaincu de cette v&#233;rit&#233;, pour m'en assurer encore davantage, et pour ob&#233;ir au dieu, je continue ces recherches, et vais examinant tous ceux de nos concitoyens et des &#233;trangers, en qui j'esp&#232;re trouver la vraie sagesse ; et quand je ne l'y trouve point, je sers d'interpr&#232;te &#224; l'oracle, en leur faisant voir qu'ils ne sont point sages. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate face &#224; Glaucon :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; N&#233;cessairement, un tel Etat n'en est pas un, mais deux : celui des pauvres et celui des riches, qui habitent le m&#234;me sol et conspirent sans cesse les uns contre les autres. (...) Il est certain que, si on n'y met aucun obstacle, les uns seront riches &#224; l'exc&#232;s et les autres indigents. (...) Il est manifeste que partout o&#249; tu vois des mendiants dans un Etat, le m&#234;me endroit rec&#232;le des voleurs, des coupeurs de bourse, des sacril&#232;ges et des malfaiteurs de toute esp&#232;ce. (...) Or, comme il suffit &#224; un petit corps d&#233;bile d'un petit &#233;branlement du dehors pour tomber malade, que parfois m&#234;me des troubles &#233;clatent sans cause ext&#233;rieure, ainsi un Etat, dans une situation analogue, devient &#224; la moindre occasion la proie de la maladie et de la guerre intestine. (...) N'en va-t-il pas de m&#234;me dans la d&#233;mocratie fond&#233;e sur l'argent ? N'est-ce pas la richesse excessive qui a servi &#224; l'&#233;tablissement de l'oligarchie ? (...) Eh bien, c'est la m&#234;me recherche de l'argent, le m&#234;me d&#233;sir insatiable, qui cause la perte de la d&#233;mocratie fond&#233;e sur le m&#234;me d&#233;sir insatiable d'accumulation de biens. (...) La m&#234;me maladie qui, n&#233;e dans l'oligarchie, a caus&#233; sa ruine, naissant aussi dans la d&#233;mocratie, s'y d&#233;veloppe avec plus de force et de virulence et r&#233;duit &#224; l'esclavage l'Etat d&#233;mocratique. (...) Partageons par la pens&#233;e l'Etat d&#233;mocratique en trois classes, dont il est compos&#233;. La premi&#232;re est la m&#234;me engeance qui s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; la t&#234;te de l'oligarchie. (...) Il y a ensuite une autre classe qui se distingue toujours de la multitude. C'est celle qui recherche de l'argent. (...) La troisi&#232;me classe, c'est le peuple, c'est-&#224;-dire tous les ouvriers manuels et les particuliers &#233;trangers aux affaires publiques qui n'ont qu'un petit avoir. Dans la d&#233;mocratie, ce serait la classe la plus nombreuse et donc la plus puissante si elle &#233;tait assembl&#233;e. Mais elle n'est gu&#232;re dispos&#233;e &#224; s'assembler. (...) Le peuple a l'habitude de choisir un favori qu'il met &#224; sa t&#234;te et dont il nourrit et accro&#238;t le pouvoir. (...) Et le protecteur du peuple commence &#224; se transformer en tyran. (...) C'est le moment pour tous les ambitieux qui en sont venus &#224; ce point de recourir &#224; la fameuse requ&#234;te du tyran, de demander au peuple des gardes du corps, afin que le &#034;d&#233;fenseur du peuple&#034; se conserve pour le servir. Et le peuple lui en donne ; car toutes ses craintes sont pour le d&#233;fenseur du peuple. Pour sa propre d&#233;fense, il ne fait rien : il est trop plein d'assurance. (...) Dans les premiers jours, il n'a que sourires et saluts pour tous ceux qu'il rencontre, qu'il se d&#233;fend d'&#234;tre un tyran, qu'il multiplie les promesses en particulier et en public, qu'il remet des dettes et partage des terres au peuple et &#224; ses favoris et affecte la bienveillance et la douceur envers tout le monde. (...) Mais, quand il en a fini avec ses ennemis du dehors, (...) il ne cesse de susciter des guerres pour que le peuple ait besoin d'un chef. Et aussi, il se d&#233;brouille pour que les citoyens soient appauvris par les imp&#244;ts et soient ainsi forc&#233;s de s'appliquer &#224; leurs besoins journaliers et conspirent moins contre lui. Et s'il soup&#231;onne que certains d'entre eux ont l'esprit trop ind&#233;pendant pour se plier &#224; sa domination, la guerre lui donne un pr&#233;texte de les perdre, en les livrant &#224; l'ennemi. Pour toutes ces raisons, un tyran est toujours contraint de fomenter des guerres. (...) Ainsi, en r&#233;alit&#233;, quoiqu'en pensent certaines gens, le v&#233;ritable tyran est un v&#233;ritable esclave, d'une bassesse et d'une servilit&#233; extr&#234;mes, r&#233;duit qu'il est &#224; flatter les hommes les plus m&#233;chants, impuissant &#224; satisfaire tant soi peu ses d&#233;sirs (...) Il passe sa vie dans une frayeur continuelle, en proie &#224; des douleurs convulsives. (...) Mais outre ces maux, il est victime de ceux que le pouvoir d&#233;veloppe encore davantage, je veux dire l'envie, la perfidie, l'injustice, le manque d'amis. (...) Ainsi donc le sage refusera de prendre part aux affaires publiques, s'il a de telles id&#233;es ? Non par le Chien ! Il s'en occupera dans son propre Etat et activement. J'entends, r&#233;pondis-t-il, tu parles de l'Etat dont nous venons de tracer le plan, et qui n'existe que dans nos discours ; car je ne crois pas qu'il y en ait un pareil en aucun lieu du monde. (...) Peu importe que cet Etat soit r&#233;alis&#233; quelque part ou soit encore &#224; r&#233;aliser, c'est sur celui-l&#224; et lui seul qu'il se fixera et dont il suivra les lois. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate face &#224; Polos dans Gorgias&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; J'entends. Tu ne crois pas, &#224; ce qu'il para&#238;t, que le beau et le laid, le bon et le mauvais soient la m&#234;me chose. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate face &#224; Aristippe dans &#171; M&#233;morables &#187; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; - Tu veux dire, reprit Aristippe, que les m&#234;mes objets sont &#224; la fois beaux et laids ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;- Oui, par Zeus, r&#233;pondit Socrate, et qu'ils sont &#224; la fois bons et mauvais. Souvent en effet ce qui est bon pour la faim est mauvais pour la fi&#232;vre et ce qui est bon pour la fi&#232;vre est mauvais pour la faim ; souvent ce qui est beau pour la course est laid pour la lutte, ce qui est beau pour la lutte est laid pour la course. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Socrate face &#224; Euthyd&#232;mos dans &#171; M&#233;morables &#187; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; - En cons&#233;quence, dit Socrate, la sant&#233; et la maladie elles-m&#234;mes sont des biens, quand elles sont causes de quelque bien, et des maux quand elles causent du mal.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt; - Mais dans quel cas, demanda Euthyd&#232;mos, la sant&#233; peut-elle causer du mal, et la maladie du bien ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Lorsque, par Zeus, les uns, confiants dans leur force, prennent part &#224; une honteuse exp&#233;dition, &#224; une navigation funeste et aux nombreuses entreprises du m&#234;me genre et qu'ils y trouvent la mort, et que les autres, se d&#233;fiant de leur faiblesse, restent en arri&#232;re et se sauvent&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Mais au moins la science, Socrate, est incontestablement un bien ; car y a-t-il une affaire o&#249; le savant ne fasse pas mieux que l'ignorant ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Socrate lui cite un tel exemple o&#249; le savant est mort et l'ignorant s'en sort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Que de gens, confiants dans leur force, entreprennent des travaux trop grands et tombent dans des maux redoutables ! Combien, amollis par la richesse, p&#233;rissent dans les emb&#251;ches o&#249; elle les expose ! Combien &#224; qui la gloire et le pouvoir ont valu d'affreux malheurs ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Socrate &#224; Glaucon dans &#171; La R&#233;publique &#187; de Platon :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Seule la dialectique a cette puissance d'atteindre l'ultime r&#233;alit&#233; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la science discute Socrate, conversant directement avec le g&#233;om&#232;tre Th&#233;odore et Th&#233;&#233;t&#232;te (rapport&#233; par Platon dans &#171; Th&#233;&#233;t&#232;te &#187;) :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est pr&#233;cis&#233;ment cela qui cause mon embarras et je n'arrive pas &#224; concevoir par moi-m&#234;me assez clairement ce que peut bien &#234;tre la science. (&#8230;) Vous dites que tout se meut et tout s'&#233;coule. (&#8230;) Donc nous avons distingu&#233; deux formes du mouvement : d&#233;placement et changement. (&#8230;) Mais on ne peut pas tabler qu'il y ait d&#233;placement sans alt&#233;ration. (&#8230;) Donc la chose se d&#233;robe toujours puisqu'on a dit qu'elle s'&#233;coule sans cesse et change donc sans cesse. (&#8230;) D&#232;s lors, on ne peut pas dire que la sensation est science. (&#8230;) Ce n'est point dans les impressions des sens que r&#233;side la science, mais dans le raisonnement sur les impressions. (&#8230;) Lors donc que, s'&#233;tant rendu possesseur d'une science, on l'a enferm&#233;e dans l'enclos, on peut dire que l'on a appris ou trouv&#233; la chose dont est faite sa science (&#8230;) Nous disons que quand on transmet ses connaissances, on enseigne ; que quand on les re&#231;oit, on apprend ; et que quand on les a, qu'on les poss&#232;de comme les oiseaux dans un colombier, on sait. (&#8230;) Si l'on est depuis longtemps possesseur de sciences qu'on a apprises et qu'on sait, on peut rapprendre &#224; nouveau ces m&#234;mes sciences, en ressaisissant la science chaque objet, qu'on avait en sa possession, mais qu'on n'avait pas pr&#233;sente &#224; la pens&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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