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Réponse de VDT au camarade Bibeau sur le défaitisme révolutionnaire

dimanche 7 juin 2026, par Karob

## L’insurrection populaire **avec** le défaitisme révolutionnaire, non contre lui

### Réponse fraternelle de Voix des Travailleurs à Normand et Robert Bibeau

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**Camarade Bibeau,**

Votre article *L’insurrection populaire plutôt que le « Défaitisme Révolutionnaire »* publié le 17 mars 2026 sur *les 7 du Québec* mérite une réponse circonstanciée. Sur la phase historique que nous traversons — décomposition de l’hégémonie occidentale, repli sur la « FORTERESSE AMERICA », repartage du monde par la guerre, troisième guerre mondiale interimpérialiste déjà engagée — il y a peu à objecter et beaucoup à reprendre dans votre dénonciation du social-chauvinisme. Sur le programme, en revanche, votre construction politique s’effondre dès qu’on confronte votre texte aux textes mêmes que vous invoquez. Cette réponse est fraternelle, mais elle ne fait pas de concession sur le fond.

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### 1. Le défi philologique se retourne contre vous

Vous mettez vos contradicteurs au défi de produire l’expression « défaitisme révolutionnaire » dans le russe original de Lénine, en présentant cette expression comme une « formulation employée par ses détracteurs pour discréditer les révolutionnaires ». Vous écrivez : « JAMAIS LÉNINE N’A ASSOCIÉ, DIRECTEMENT OU INDIRECTEMENT, LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE À LA MOINDRE ’DÉFAITE’ OU AU MOINDRE ’DÉFAITISME’ ».

Or vous citez vous-même *De la défaite de son propre gouvernement dans la guerre impérialiste* (26 juillet 1915). Relisons ce que Lénine y écrit littéralement :

> « Les adversaires **du mot d’ordre du défaitisme** ont tout simplement peur d’eux-mêmes, car ils n’osent pas regarder en face ce fait archiévident qu’il existe une liaison indissoluble entre l’agitation révolutionnaire contre le gouvernement et le concours apporté à la défaite de ce dernier. »

Et plus loin :

> « **Récuser le mot d’ordre de défaitisme**, c’est ramener l’esprit révolutionnaire à une phrase vide de sens ou à une pure hypocrisie. »

Le mot russe est *porazhenchestvo* (поражeнчество). Lénine ne l’emploie pas comme injure venue de ses adversaires : il l’assume comme **mot d’ordre prolétarien**, et il qualifie d’« adversaires » ceux qui le récusent. Vous adoptez précisément, mot pour mot, la position que Lénine identifie comme celle des social-chauvins et des conciliateurs : « Récuser le mot d’ordre de défaitisme ». Vous prétendez réfuter une formulation que Lénine avait déjà adoptée et défendue.

Quant à l’expression complète « défaitisme révolutionnaire », elle est employée littéralement par Trotsky en mai 1938 dans *Il faut apprendre à penser* :

> « **Le défaitisme révolutionnaire** signifie seulement que dans sa lutte de classe le parti du prolétariat ne s’arrête devant aucune considération ’patriotique’, car la défaite de son propre gouvernement impérialiste, provoquée ou accélérée par le mouvement révolutionnaire des masses est un mal infiniment moindre que la victoire de ce gouvernement, acquise au prix de l’union nationale, c’est-à-dire de la prostration politique du prolétariat. C’est en cela tout le sens du défaitisme, et ce sens est pleinement suffisant. »

Filiation directe : *porazhenchestvo* léninien 1915 → « défaitisme révolutionnaire » trotskyen 1938 → Programme de Transition → Barta et l’Union Communiste 1940-1953 → Matière et Révolution. Ce n’est ni une « formulation de détracteurs » ni une « version gauchiste » : c’est la colonne vertébrale stratégique de la tradition à laquelle vous prétendez vous rattacher.

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### 2. L’erreur d’attribution à Trotsky du slogan « ni victoire ni défaite »

Vous écrivez que « le slogan réducteur et démoralisant de ’défaitisme révolutionnaire’ semble être la version ’gauchiste’ du slogan de Trotsky de : ’ni victoire, ni défaite’ ». Erreur factuelle directement réfutable par le texte de Lénine que vous citez.

Lénine attribue explicitement ce slogan, non à Trotsky, mais à **Semkovski et au Comité d’organisation menchévique** :

> « Et par quoi donc nous offre-t-on de remplacer le ’mot d’ordre’ de la défaite ? Par le ’mot d’ordre’ : ’Ni victoire ni défaite !’ (Semkovski, dans le n°2 des *Izvestia*. De même que tout le Comité d’organisation dans le n°1). »

Le reproche de Lénine à Trotsky est autre, et il faut être précis : Lénine reproche à Trotsky des « phrases ampoulées par lesquelles Trotski justifie toujours l’opportunisme » et le fait de se placer pratiquement « au point de vue de la guerre que mènent les gouvernements ». Critique sévère, qui range Trotski en 1915 parmi les « acolytes impuissants des social-chauvins » — mais qui n’est pas le grief « ni victoire ni défaite » fait à Semkovski et aux mencheviks. Confondre les deux critiques brouille la cartographie léninienne de 1915.

Et accessoirement, Trotsky lui-même corrigera sa position de 1915 et fera la sienne celle de Lénine — c’est tout le sens de *Il faut apprendre à penser* en 1938, qui assume et défend explicitement le défaitisme révolutionnaire comme position de la Quatrième Internationale.

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### 3. La fausse opposition « défaitisme » contre « triomphalisme prolétarien »

Vous construisez le cœur rhétorique de votre article sur une opposition entre le « défaitisme » présenté comme « réducteur et démoralisant » et le « triomphalisme prolétarien » présenté comme son contraire dialectique. Cette opposition est fictive et elle repose sur une lecture sentimentale du mot.

Chez Lénine, le « défaitisme » n’a aucune charge psychologique de découragement : c’est le nom technique d’une position politique précise, qui consiste à souhaiter et à concourir à la défaite militaire de **son propre État bourgeois** dans une guerre réactionnaire, parce que cette défaite affaiblit l’appareil de répression bourgeois et crée les conditions objectives de la révolution. Lénine le dit avec une précision qui ne laisse aucune marge d’interprétation :

> « La révolution en temps de guerre, c’est la guerre civile ; or, d’une part, la transformation d’une guerre de gouvernements en une guerre civile est facilitée par les revers militaires (par la ’défaite’) des gouvernements ; d’autre part, il est impossible de contribuer pratiquement à cette transformation si l’on ne pousse pas, du même coup, à la défaite. »

Le défaitisme révolutionnaire est donc **la forme pratique** du triomphalisme prolétarien, pas son antonyme. Rejeter le défaitisme révolutionnaire au nom du « triomphalisme prolétarien » revient à conserver l’enveloppe rhétorique en vidant le contenu de classe : il reste un mot d’ordre déclamatoire (« renverser le capitalisme ») qui peut accueillir n’importe quel contenu — y compris celui de la « défense de la patrie » repeinte en rouge, comme l’avait montré David, le leader des opportunistes allemands, justement cité par Lénine.

Et historiquement, la Commune de Paris que vous mobilisez comme exemple paradigmatique est précisément un cas de défaitisme révolutionnaire victorieux : la Commune naît de la défaite de Sedan. Octobre 1917 naît de la défaite militaire de l’État tsariste puis de Kerenski. La révolution allemande de novembre 1918 naît de la défaite du Reich. La révolution prolétarienne victorieuse passe **toujours**, dans toute l’expérience historique du mouvement ouvrier, par la défaite militaire de son propre État bourgeois. C’est exactement ce que Lénine théorise et nomme défaitisme révolutionnaire.

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### 4. Le test léninien à trois critères que vous esquivez

Lénine, dans le même texte, propose un test rigoureux qui mérite d’être appliqué à votre article :

> « Celui qui voudrait sérieusement réfuter le ’mot d’ordre’ de la défaite de son propre gouvernement dans la guerre impérialiste devrait démontrer un de ces trois points : que la guerre de 1914-1915 n’est pas réactionnaire ; que la révolution à l’occasion de cette guerre est impossible ; que la corrélation et la coopération des mouvements révolutionnaires de tous les pays belligérants sont impossibles. »

Or, qu’est-ce que votre article démontre ?

Premièrement, il démontre que la guerre actuelle **est** réactionnaire et impérialiste : vous dénoncez la « FORTERESSE AMERICA » comme programme de la bourgeoisie impérialiste occidentale et identifiez la phase actuelle comme « 3e Guerre mondiale interimpérialiste qui a débuté ». Point 1 invalidé.

Deuxièmement, il démontre que la révolution prolétarienne **est** possible et nécessaire : vous citez Lénine sur les « semaines où se passent des décennies » et appelez à abattre « ce régime capitaliste de profits et d’emplois mortifères ». Point 2 invalidé.

Troisièmement, votre article se conclut par « PROLÉTAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS » — donc la coordination internationale **est** possible. Point 3 invalidé.

Vous validez donc en pratique les trois prémisses du défaitisme révolutionnaire, mais vous en récusez la conclusion. C’est exactement la position que Lénine identifie comme « ne pas rompre réellement avec le social-chauvinisme ». Votre rejet du « défaitisme » n’est ni théorique ni politique — il est sentimental. Vous n’aimez pas le mot. Cela ne suffit pas à le réfuter.

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### 5. Ce que Trotsky 1938 ajoute — et qui vous concerne directement

Le texte *Il faut apprendre à penser* (20 mai 1938) ne polémique pas contre le défaitisme révolutionnaire — il le défend contre les ultra-gauches qui le transforment en formule abstraite et mécanique. Trotsky écrit :

> « Les scholastes ultra-gauches n’opèrent pas avec des notions concrètes, mais avec des abstractions vides. C’est en une abstraction vide de ce genre qu’ils ont changé l’idée de défaitisme. Ils ne se représentent de façon vivante ni la marche de la guerre ni la marche de la révolution. Ils cherchent une formule hermétiquement bouchée qui ne laisse pas passer l’air frais. »

Cette critique vise les ultra-gauches sectaires qui appliquent le défaitisme comme un signe « moins » automatique en face de tout signe « plus » de la bourgeoisie. Trotsky introduit la différenciation décisive du paragraphe 44 des Thèses de la Quatrième Internationale : « en distinguant strictement d’ailleurs un État ouvrier d’un État bourgeois, un pays colonial d’un pays impérialiste ».

Trotsky donne l’exemple d’un soulèvement national algérien armé par l’Italie fasciste contre la France démocratique : les ouvriers italiens ne saboteront pas les bateaux d’armes pour les rebelles, et les ouvriers français au contraire feront tout pour empêcher leur bourgeoisie d’envoyer des armes contre les rebelles. Le défaitisme y est non seulement compatible avec, mais identique à, l’internationalisme prolétarien — appliqué concrètement, pas mécaniquement.

Conséquence pour aujourd’hui : le défaitisme révolutionnaire dans la troisième guerre mondiale interimpérialiste ne signifie pas « renvoyer dos à dos » Washington et Pékin de façon abstraite. Il signifie que **dans chaque pays impérialiste**, le prolétariat doit faire la défaite militaire de **sa propre** bourgeoisie. Le prolétariat américain doit souhaiter et préparer la défaite de Trump et de la « FORTERESSE AMERICA ». Le prolétariat russe doit souhaiter et préparer la défaite de Poutine. Le prolétariat chinois la défaite de Xi. Le prolétariat français la défaite de Macron-Lecornu et de leur Loi de Programmation Militaire à 413 milliards d’euros. Le prolétariat britannique la défaite de Starmer et du complexe d’armement britannique. Le prolétariat allemand la défaite de Merz et du *Sondervermögen* de 500 milliards. Sans cela, votre dénonciation indifférenciée des « challengers RENÉGATS chinois, russes, iraniens et nord-coréens » devient interchangeable avec un campisme par défaut — soit anti-américain, soit anti-oriental, selon les humeurs du jour.

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### 6. Le risque objectif : campisme et essentialisme

Vous dénoncez à juste titre la « FORTERESSE AMERICA » comme programme de la bourgeoisie impérialiste occidentale. Mais quand vous écrivez « la couardise et la lâcheté **génétique** des challengers RENÉGATS chinois, russes, iraniens et nord-coréens », vous quittez le terrain du matérialisme historique pour entrer dans celui de l’essentialisme racial. « Génétique » n’est pas un mot que Marx, Engels, Lénine ou Trotski auraient laissé passer dans une polémique de classe.

De même quand vous dénoncez en bloc les « prétentions civilisationnelles de MARTYRS d’idéologies confucéennes, orthodox, islamiques, hindouistes, chrétiennes, etc. réactionnaire moyenâgeuses ». Les religions et idéologies sont des superstructures de rapports de production déterminés. Les traiter comme des essences civilisationnelles homogènes et coextensives à des peuples, c’est adopter le schéma de Samuel Huntington, pas celui de Marx. Et accessoirement, c’est un terrain où la bourgeoisie nous attend de pied ferme — celui où elle a réussi à faire passer le « choc des civilisations » pour une analyse du monde, en évacuant la lutte de classe au profit d’un déterminisme culturel-religieux.

L’imprécation polémique massive de votre texte (« SIONAZIS », « nabot petite-fille de nazie », « idiote de service », « agent orangé aux cheveux peroxydés », « Vercingétorix sous le joug », « gourous SIONAZIS CHRÉTIENS/JUIFS PENTECÔTISTES ») ne remplace pas l’analyse de classe. Marx, Engels, Lénine, Trotski polémiquent vigoureusement — mais ils analysent **toujours** les positions politiques par leur contenu de classe et leur fonction objective, pas par les attributs physiques, ethniques ou religieux des personnes. La forme du discours n’est pas neutre : elle conditionne l’audience prolétarienne qu’on peut espérer toucher et elle protège ou non le texte des récupérations confusionnistes. Le ton fielleux et personnalisé éloigne le prolétariat conscient autant qu’il rapproche les amateurs d’invectives.

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### 7. « Insurrection populaire » contre « défaitisme révolutionnaire » : un glissement de paradigme

Vous renvoyez à votre livre *De l’insurrection populaire à la révolution prolétarienne*. Sur la terminologie elle-même : « insurrection populaire » est un terme interclassiste — *peuple*, dans toute sa polysémie populiste depuis 1848 jusqu’à aujourd’hui. « Défaitisme révolutionnaire » désigne au contraire la **rupture de classe** au sein de chaque camp belligérant, le moment précis où le prolétariat se sépare politiquement et pratiquement de sa propre bourgeoisie.

Substituer le premier au second, ce n’est pas un gain de clarté agitationnelle : c’est un glissement de paradigme. Si l’insurrection populaire est conçue comme moment tactique qui précède dialectiquement la révolution prolétarienne, soit. La Commune de Paris commence comme insurrection populaire et devient pouvoir prolétarien. Mais elle ne saurait **remplacer** le mot d’ordre stratégique central qui distingue le prolétariat révolutionnaire de toutes les variantes du défensisme petit-bourgeois et du social-chauvinisme.

Le risque politique du glissement est concret : dans la phase actuelle, où le RN s’organise comme parti de gouvernement bonapartiste et où des fractions militantes se laissent gagner par le populisme jaune-brun, le mot d’ordre d’« insurrection populaire » sans qualification de classe explicite peut accueillir tout et son contraire — du communisme prolétarien au confusionnisme conspirationniste anti-élites de type Soral-Asselineau-Chouard. Le défaitisme révolutionnaire, lui, est imperméable à cette récupération : il définit exactement contre qui (sa propre bourgeoisie nationale), par qui (le prolétariat organisé en parti), et pour quoi (la dictature du prolétariat).

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### 8. L’élément que vous omettez : la dictature du prolétariat et le parti

Le commentaire reproduit dans le fil de discussion sous votre article, par un correspondant fraternel, pointe à juste titre l’absence dans votre communiqué initial sur l’Iran et le Liban d’un élément central : « pour tout communiste la guerre révolutionnaire doit mener à la dictature du prolétariat ce qui n’est pas mentionné dans le communiqué. Et pour que cette révolution prolétarienne soit victorieuse il faut un parti internationale et internationaliste qui est à créer. »

C’est le point décisif. Sans dictature du prolétariat comme objectif stratégique explicite, et sans parti internationaliste à construire comme tâche organisationnelle, « insurrection populaire » et « triomphalisme prolétarien » restent des slogans agitationnels — utiles mais insuffisants. Le défaitisme révolutionnaire de Lénine n’est pas un mot d’ordre tactique isolé : il est indissociable du programme complet :

> guerre impérialiste → défaitisme révolutionnaire dans chaque pays → transformation en guerre civile → dictature du prolétariat → Internationale communiste mondiale → société sans classes.

Vous coupez le défaitisme du programme et vous récusez le défaitisme : il ne reste alors qu’une indignation morale anti-impérialiste, certes vigoureuse, certes nécessaire, mais sans tranchant programmatique et sans débouché organisationnel.

Or aujourd’hui, alors que la Russie de Poutine fait la guerre à l’Ukraine, que l’Iran est attaqué, que les USA imposent leur recomposition impérialiste à l’Europe (700 milliards d’euros arrachés par Trump à von der Leyen), que la France relance son industrie d’armement (Dassault, Thales, Nexter, Naval Group, Safran, MBDA) sous prétexte d’« autonomie stratégique européenne », que l’Allemagne mobilise 500 milliards de *Sondervermögen*, que le Royaume-Uni réarme massivement, alors que la troisième guerre mondiale interimpérialiste est entrée dans sa phase active — le mot d’ordre du défaitisme révolutionnaire est précisément ce qui manque dans tout le mouvement ouvrier officiel français et international. Le récuser au moment où il devient le plus nécessaire, c’est un contresens politique majeur.

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### 9. Sur la troisième guerre mondiale interimpérialiste : la double tâche

Sur l’analyse de la phase, comme dit en ouverture, nous partageons l’essentiel. La « FORTERESSE AMERICA » est bien le programme de recomposition de la bourgeoisie impérialiste occidentale — repli stratégique sur le continent américain, sanctuarisation des deux douves océaniques, vassalisation tarifaire des « alliés » européens et asiatiques, captation des marchés énergétiques par destruction concurrente, relance de l’industrie d’armement comme dernier secteur compétitif. L’analyse est juste, et elle est cohérente avec la lecture léninienne de l’impérialisme — concurrence interimpérialiste, repartage du monde, crise de surproduction résolue par la destruction et la guerre.

Mais cette analyse de la phase appelle précisément le mot d’ordre que vous récusez. La double tâche du prolétariat dans cette phase est :

D’une part, dénoncer simultanément tous les pôles impérialistes — Washington, Bruxelles, Paris, Londres, Berlin, Moscou, Pékin — sans concession à aucun « moindre mal » géopolitique, sans illusion sur les BRICS comme alternative progressiste, sans soutien à un État capitaliste contre un autre, en distinguant strictement (selon le paragraphe 44 trotskyen) les États impérialistes des pays opprimés sous joug colonial ou semi-colonial.

D’autre part, et c’est inséparable, organiser le défaitisme révolutionnaire dans **chaque** pays impérialiste : refus des crédits de guerre, refus de l’union sacrée, refus de la mobilisation industrielle militaire, expropriation de l’industrie d’armement nationale, comités de soldats avec droit de refus d’ordre, fraternisation aux frontières, grèves dans les ports et les arsenaux contre les transports de troupes et de matériel, transformation de la guerre extérieure en guerre civile pour la dictature du prolétariat.

Sans le second volet, le premier devient bavardage internationaliste sans contenu. Et sans dénoncer la fonction objective des appareils syndicaux et politiques qui freinent ce mot d’ordre — CGT, FSU, Solidaires, LO, NPA-R, RP, LFI, PCF — l’appel au « PROLÉTAIRES DU MONDE ENTIER UNISSEZ-VOUS » reste verbal.

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10. Conclusion fraternelle

Sur la phase historique — décomposition de l’hégémonie occidentale, repli sur la forteresse américaine, troisième guerre mondiale interimpérialiste — nous partageons l’essentiel. Sur le programme, désaccord central et irréductible. Le mot d’ordre pour la phase actuelle reste celui de Lénine 1915, repris et précisé par Trotsky 1938, le Programme de Transition, Barta et l’Union Communiste, et aujourd’hui Matière et Révolution :

**Défaitisme révolutionnaire dans chaque pays. Transformation de la guerre interimpérialiste en guerre civile. Dictature du prolétariat. Internationale ouvrière à reconstruire.**

L’insurrection populaire n’est pas une alternative au défaitisme révolutionnaire — elle peut en être un moment tactique, à condition de se dépasser dialectiquement en révolution prolétarienne consciente, organisée en parti, articulée à l’objectif de la dictature du prolétariat. Coupée du défaitisme, elle reste interclassiste et peut basculer dans n’importe quelle direction, y compris bonapartiste ou jaune-brun. C’est précisément ce dépassement, et non son refus, qui définit la continuité Marx-Engels-Lénine-Trotsky-Barta dont nous nous réclamons.

Comme l’écrivait Trotsky en clôture de *Il faut apprendre à penser* : « Pour mener une juste politique en temps de guerre, il faut apprendre à penser correctement en temps de paix. » La troisième guerre mondiale interimpérialiste a commencé. Il ne reste plus beaucoup de temps de paix pour apprendre.

Fraternellement, sur le terrain commun de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile et de la dictature du prolétariat.

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La Voix des Travailleurs

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Lire aussi :

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https://les7duquebec.net/archives/305021

https://les7duquebec.net/archives/304675

https://les7duquebec.net/archives/305101

https://les7duquebec.net/archives/304759

https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61771

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1915/07/vil19150726.html

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/05/lt19380520.htm
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/hrrusse/hrr15.htm

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8715

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8249

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6753

https://www.persee.fr/doc/efr_0000-0000_1987_act_95_1_2888

https://www.matierevolution.org/spip.php?article3484

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7509

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8709

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article8155

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7973

https://www.matierevolution.fr/spip.php?article7390

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