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La grève de l’Ephad des Feuillants à Poitiers soutenue par les Gilets Jaunes

mardi 5 mai 2026, par Karob

La grève de l’Ephad des Feuillants à Poitiers soutenue par les Gilets jaunes

LIRE ICI LE TRACT DES GILETS JAUNES DE POITIERS :

PARTIE 1 — TRANSCRIPTIONS DES PRISES DE PAROLE AU RASSEMBLEMENT DU 22 AVRIL EN SOUTIEN AUX GRÉVISTES DES FEUILLANTS / ROSE D’ALIÉNOR / RÊVERIE
Document de travail interne ˋ

Transcription à partir des enregistrements audio, nettoyée des répétitions et hésitations propres à la dictée vocale ; les rectifications entre crochets signalent les restitutions de sens sur les passages peu audibles.

1. Julien Hémon — Secrétaire de l’Union Départementale CGT 86

Aujourd’hui, merci aux députés Lisa Belluco et François Ruffin d’être à nos côtés à Poitiers, ainsi qu’à notre camarade Florence Harris, conseillère départementale. Merci aux élus de la ville de Poitiers présents.

François, Lisa, vous connaissez ces batailles, vous les portez à l’Assemblée. Mais aujourd’hui, c’est le terrain qui vous parle, et le terrain aux Feuillants, il est en colère.

Depuis plus d’un mois, samedi et dimanche compris, les travailleuses et travailleurs de l’EHPAD Les Feuillants sont en grève. Face à une entreprise à but lucratif, sourde et méprisante, je peux souligner la formidable solidarité des grévistes. Le mouvement tient bon, c’est grâce à leur détermination.

Je tiens à saluer aussi l’action déterminante de l’USD Santé. Sur ce seul site, notre camarade Benoît, ici présent, est sur le pont tous les jours pour faire respecter les droits des salariés face aux intimidations et organiser concrètement la solidarité. Sans la CGT, sans le travail de fond de nos délégués, la voix des invisibles du soin se trouverait déjà étouffée.
Car rien n’aura été épargné aux travailleuses et travailleurs des EHPAD : pression sur l’emploi avec le non-renouvellement des CDD, sanctions et primes [supprimées] sur les lieux de travail, recours à des intérimaires et à de soi-disant bénévoles pour remplacer les grévistes, et finalement la réquisition du personnel.

Et oui, l’État français oblige [les salariés] à travailler pour générer du profit pour une entreprise à but lucratif. Ce n’est pas un service public, c’est une entreprise dont le premier but est de générer des dividendes. Car l’EHPAD fait bien partie du groupe Vivalto, groupe constitué sous forme de LBO. C’est-à-dire que les travailleurs salariés des Feuillants servent à rembourser les dettes des actionnaires, qui ne veulent qu’une chose : augmenter leur portefeuille.

Aux Feuillants, comme dans trop d’établissements du groupe et d’ailleurs, nous affrontons un système mortifère. Ce système, c’est celui qui transforme le grand âge en or gris et le soin en dividendes. On nous parle de rentabilité, nous répondons dignité des résidents. On nous impose des sous-effectifs chroniques, nous exigeons des bras et du temps pour soigner nos aînés. On nous maintient dans la précarité, nous exigeons des salaires à la hauteur de ce que nous apportons.

J’ai avec moi la fiche de paye d’une aide-soignante avec 7 ans d’ancienneté. Son salaire de base, en brut — car les cotisations, c’est aussi du salaire — est à 1 822,62 €. C’est-à-dire inférieur au SMIC. Alors que derrière, il y a [sept] ans de métier, le savoir-faire et l’expertise pour réaliser un métier que beaucoup d’entre nous sommes incapables de faire. Ces métiers du lien sont des métiers tenus majoritairement par des femmes, des femmes qu’on épuise, qu’on abîme, et qu’on refuse de payer dignement.

Ce combat est donc un combat social, un combat féministe et un combat profondément politique.

Camarades, si le groupe Vivalto parie sur notre usure, il se trompe. Le soutien que nous recevons aujourd’hui prouve que la lutte des Feuillants dépasse les murs de l’EHPAD. C’est l’affaire de toutes et tous.

Pour gagner, un rapport de force doit être implacable. Et ce rapport de force passe par le nerf de la guerre. Je vous appelle à donner massivement à la caisse de grève de l’UD CGT 86. Chaque euro versé est un jour de grève en plus, une pression supplémentaire sur la direction, et un pas de plus vers la victoire.

Ensemble, avec le soutien politique et citoyen, nous ne lâcherons rien. Vive la lutte des Feuillants, vive la solidarité, vive la CGT.

2. Raluya Noumani — Gréviste, aide-soignante à l’EHPAD Les Feuillants

Merci d’être présents aujourd’hui.
Je suis aide-soignante dans l’EHPAD des Feuillants. C’est un établissement à but lucratif, je veux bien préciser, et cet établissement vit [en partie] de l’État.

Et là actuellement, on est en grève parce qu’on demande une valorisation salariale, c’est-à-dire une reconnaissance de notre travail et de notre accompagnement vis-à-vis de nos résidents. Et là, on se retrouve face à du mépris, du mépris total envers les soignantes, envers tout le personnel qui travaille, qui fait vraiment le travail de base dans ces établissements. Car si un établissement n’a pas de direction ou de cadre, il fonctionne — car on prend soin de nos aînés. Et ils jouent là-dessus.
On demande de vivre, de vivre de notre salaire. Actuellement, on ne vit pas, on survit. Et dès qu’on parle de cela, ils trouvent ça indécent de parler d’argent. Comment ça se fait que ce soit indécent de vivre de notre travail et de demander une reconnaissance là-dessus ?

Et quand [ils disent] qu’ils sont indépendants, ils ne sont pas indépendants. Car durant cette grève, on a constaté que d’autres directions d’autres établissements sont venues travailler [ici], [avec] des bénévoles — des bénévoles qui sont payés.
Et quand on demande un entretien avec des personnes qui sont capables de répondre à nos revendications, on a du mépris total. [Monsieur] Sébastien Hermé, durant tout ce mouvement de grève, n’est en aucun cas venu nous discuter, échanger, même se présenter. C’est une manière de dire : taisez-vous, continuez à travailler et acceptez ce qu’on vous donne. C’est ça le fonctionnement de Vivalto.

Ils vivent au détriment de notre travail. C’est nous qui produisons, c’est nous qui prenons en charge les résidents, c’est nous qui maintenons cet établissement en fonctionnement.

Et là-dessus, je vais dire à mes collègues qui sont là, qui sont avec nous, et à toutes les personnes présentes : merci, on est là, on va continuer. [Aux directions], si vous voulez que les choses bougent, va falloir que vous sortiez de votre bureau et que vous veniez nous voir.

3. Benoît Gadeau — CGT Santé et Action Sociale 86 (USD Santé)

Par rapport [au salaire, ce qu’a dit Raluya], tout à l’heure... il faut savoir quand même qu’en ce moment, [chez Vivalto], ils embauchent. Offre de départ : 2 100 €, 2 500 €.

Vous vous rendez compte quand même que vous avez des aides-soignantes qui sont dans l’EHPAD depuis 10 ans, qui ne touchent pas ce salaire ?

Voilà ce que c’est, le mépris. Voilà ce que c’est, le mépris [de Vivalto].
Donc je vais m’adresser à la directrice des Feuillants et à [François] Blanchard : j’ai une annonce à faire. On a quand même pas mal d’éléments qui font qu’on a décidé, avec l’USD CGT 86, [d’engager une procédure et d’étendre la mobilisation — annonce à préciser]. [Note : l’USD CGT 86 annonce par ailleurs le dépôt d’une plainte contre Vivalto pour entrave au droit de grève, et qualifie Vivalto de « groupe mafieux »]

Donc merci. Et je vais faire quelques remerciements, parce que la lutte c’est dur.
Merci aux grévistes, bien sûr. On est au quotidien ensemble, et ce n’est pas facile, c’est tendu, voilà, c’est un piquet de grève. [Face à] la tension des directions, voilà.

Je vous remercie quand même — on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
L’ensemble de la CGT : parce que quand même, les [caisses] de grève fonctionnent en interne à la CGT. Et si on en est encore là au 36ᵉ jour, c’est grâce à vous aussi.

Merci au territoire pour [leur avance] et pour leur présence. Merci à eux.
Et juste un petit message : il y a quand même des camarades qui viennent de Charente, qui sont en grève depuis 6 mois, du groupe Colisée. Donc je voudrais vraiment qu’on les applaudisse.
Merci à vous, et puis on va passer [la parole].

4. Florence Harris — Conseillère départementale d’opposition PCF / La Vienne en Transition

[Au] 36ᵉ jour. Nous en sommes au 36ᵉ jour de grève. 36 jours que vous tenez, 36 jours que vous vous battez, 36 jours que vous demandez des salaires dignes et de meilleures conditions de travail. Votre mobilisation est exemplaire, j’en suis témoin.
On vous dit qu’il n’y aurait pas les moyens. Alors regardons les faits.

Dans ses brochures, l’EHPAD des Feuillants [affiche] 90 € le prix de la journée. C’est l’un des EHPAD les plus chers du département. La moyenne du département, c’est 73 €.

Voilà. Et [Les Feuillants est] en conclusion financière saine. Donc ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous produisez de la richesse. C’est tout à fait ça. Donc il n’y a pas de difficultés financières. La richesse, elle est produite par vous, elle est produite par le travail que vous [faites]. [Sans] ce travail-là, l’EHPAD ne fonctionne pas.

Alors, où va l’argent ? Eh bien on l’a dit tout à l’heure : à quoi sert-il ? Il sert à payer la dette du groupe Vivalto Vie, qui est de plus de 1,1 milliard d’euros.

Cela montre une chose : ce n’est pas une question de manque, c’est une question de choix. Et quand il s’agit de vous réquisitionner, de payer un huissier pour aller à votre domicile — ça, 300 € — on n’hésite pas à dépenser tout cet argent.
Alors, on voudrait nous faire croire qu’il est impossible de vous augmenter ? Si on prend une hypothèse réaliste, en se concentrant sur les plus bas salaires, une hausse de 10 % représenterait seulement 2 à 3 millions d’euros par an [à l’échelle du groupe]. Ce n’est pas impossible.

En résumé : la richesse, elle est produite ici. Mais elle ne sert pas à augmenter vos salaires, elle ne sert pas à améliorer vos conditions de travail. La richesse, elle sert à financer le groupe, à rembourser la dette. Et cette dette, elle est détenue par des banques, des assurances [et] des actionnaires.

Nous sommes ici dans un rapport de force, dans ce que l’on appelle la lutte des classes. Ce que vous vivez n’est ni une anomalie, ni une exception. Historiquement, les métiers exercés majoritairement par des femmes sont dévalorisés parce qu’ils sont considérés comme naturels.

Votre lutte, elle est féministe. Les luttes féministes ont toujours fait avancer la société. Elles ont toujours permis des progrès sociaux pour tout le monde. Et elles révèlent une réalité : nous sommes dans un système capitaliste qui organise les inégalités pour asseoir sa domination. Un système dont les mécanismes révèlent une logique parasitaire. Ils vivent de la richesse produite sans contribuer aux services rendus, au détriment de vos salaires, au détriment de vos conditions de travail.
Là-bas, il y a le mépris. En face, il y a votre dignité. Votre slogan — « travail précieux, salaire honteux » — il est tout à fait juste.
Votre lutte est légitime. Vous refusez ce système. Vous refusez d’être sous-payées. Vous refusez le mépris.
Là-bas, ils comptent sur votre fatigue. Là-bas, ils comptent sur votre découragement. Mais vous êtes encore là grâce à la solidarité.

Et je veux le dire aussi : les tentatives d’intimidation ne me feront pas taire. Je continuerai à dénoncer cette situation de mépris. Je continuerai à vous soutenir.
Tenez bon. On est là, et on ne lâchera rien.

5. François Ruffin — Député Les Écologistes-NFP (Somme), candidat à la primaire unitaire du 11 octobre 2026, cofondateur du mouvement Debout !

L’exception, hier, est devenue l’ordinaire. C’est devenu normal d’entendre que des femmes, des hommes, qui font les métiers les plus essentiels et les plus utiles de notre pays, se privent — y compris sur leur alimentation, se rationnent.

Et de l’autre côté, on a qui ? De l’autre côté, il faut dire qu’il y a, derrière Vivalto, on a des financiers. On a BNP Paribas, on a IK Partners — qui [selon lui] appartient au gouvernement d’Abu Dhabi [rectification : IK Partners est un fonds de private equity européen indépendant ; c’est Mubadala qui est le fonds souverain d’Abu Dhabi] —, on a [d’autres fonds de] capital[-investissement].

Est-ce que vous croyez que ces gens-là, ils partiront en vacances ? Oui, ils partiront en vacances. Est-ce que vous croyez que ces gens-là, ils se privent quand ils vont au supermarché ? Non, ils ne se privent pas. D’ailleurs, ils n’y vont même pas au supermarché. Je suis sûr qu’il y a des gens qui y vont pour eux.

On a donc, d’un côté, celles qui tiennent le pays debout, qui mettent l’humain d’abord, de la naissance à la mort, et à qui on demande de se rationner — on va venir compter le pourcentage après la virgule. Et de l’autre côté, il y a des comptes en banque avec tellement de zéros qu’on ne peut même plus les compter. Voilà : d’un côté, celles qui se rationnent, et de l’autre côté, ceux qui se gavent.

Je fais un point là, parce qu’ils se justifient en disant : « oui mais on a une dette, on est en déficit ». Ils sont construits pour être en déficit. Il faut comprendre ça. Ce qui se passe là dans cet EHPAD, c’est ce que j’ai connu pendant des années, des décennies dans l’industrie : c’est du LBO. Alors maintenant ils appellent ça [avec un autre nom], si vous voulez vous mettre dans le langage des financiers… Mais ils se construisent en endettant la structure. De toute façon, c’est construit sur de la dette. Donc ça veut dire qu’ils sont en déficit, ils se construisent sur du déficit. Ça ne peut pas être un argument. Vous savez très bien que votre déficit ne tient absolument pas.

Donc la première responsabilité, elle est évidemment du côté financier.

Mais il y a une deuxième responsabilité — des autorités locales. C’est de l’argent public. Et même si ce n’était pas de l’argent public : quand on est au 36ᵉ jour de grève, l’État a un rôle entre le fort et le faible, entre le travail et le capital. L’État a un rôle de balance, un rôle de régulateur, un rôle d’apporter de la justice au milieu de tout ça. Et évidemment, le préfet, l’ARS, l’inspection du travail doivent mettre la direction et le syndicat dans une pièce, et vous n’aurez le droit d’en sortir que quand il y aura un compromis qui aura été signé, qui aura été trouvé. Voilà quel devrait être le rôle de l’État local.

Et enfin, tout ça s’inscrit dans un rôle de l’État national. Évidemment, le défi démographique, c’est un défi majeur pour le pays. Nous sommes dans un pays qui vieillit. Il y a de plus en plus de personnes âgées dont il faut s’occuper. Enfin, ça suppose de l’investissement. On sait combien — on sait qu’il faut 10 milliards d’euros par an pour permettre à la fois aux salariés du secteur de pouvoir vivre de leur travail, et de l’autre côté, que les personnes âgées puissent vieillir dignement et sans inquiétude. 10 milliards d’euros par an, ça a été chiffré. Cette fois, le gouvernement nous avait promis qu’il y aurait une loi Grand Âge — et cette fois, il a renoncé à la loi Grand Âge.

[Voilà] le sens du combat que vous menez. Pourquoi votre métier, mais aussi les métiers d’auxiliaire de vie, les métiers d’assistante maternelle, les métiers d’accompagnant d’enfants en situation de handicap, les métiers d’assistante familiale — pourquoi ces métiers-là sont méprisés, sont dévalorisés dans notre société ?

D’abord parce que ce sont des métiers de femmes. Ce sont des métiers populaires, et pour beaucoup [exercés par] des personnes d’origine immigrée. Enfin, ce sont des métiers du lien, des métiers de l’invisible. Ça ne se voit pas, et on considère que ça va de soi.

Et je vous dis que le combat que vous menez a un sens qui vous dépasse, qui dépasse les Feuillants aujourd’hui. C’est un sens sur la société qu’on veut demain. Oui, c’est un combat féministe. Oui, c’est un combat populaire, social. Oui, c’est un combat antiraciste. Mais c’est aussi un combat écologique.

Parce que ça vient dire qu’on considère que le progrès, maintenant, on ne va pas l’avoir en ayant un frigo connecté qui prévient Carrefour Market quand il n’y a plus d’olives à l’intérieur. Ce n’est plus ça. C’est ça [qu’on nous fait croire], mais c’est fini. Ce n’est plus ça qu’on veut.

Depuis les années 70, on sait que c’est fini, l’équivalence qui est venue pendant un siècle — où « plus » égalait « mieux ». Ça a été vrai pendant un siècle. Pendant un siècle, c’était vrai : chaque fois que le PIB grossissait, chaque fois qu’il y avait plus d’argent, plus de production, eh bien ça signifiait à l’arrivée des meilleures conditions, des améliorations de bien-être, du bonheur pour les gens.

À partir des années 70, cette équivalence, elle est cassée. Ça veut dire que le progrès humain, on doit aller le chercher ailleurs. Et le progrès humain, la société qu’on veut, c’est non pas plus de biens, mais mieux de liens.
Et voilà le combat que vous incarnez aujourd’hui : le respect des femmes populaires, immigrées, qui sont les plus essentielles à la société — mais aussi une société des liens plutôt que toujours plus de biens.

Un grand merci à vous pour votre bataille.

6. Lisa Belluco — Députée Les Écologistes-NFP de la Vienne (3ᵉ circonscription)

Pour chauffer un petit peu l’ambiance — bon, du coup je vais essayer quand même. Comment vous allez ? Moi, je suis en colère. Moi, je suis en colère et je suis contente de voir autant de monde ici. Je suis contente de voir autant de monde qui se mobilise. Je dois dire qu’il y a plus de monde ici que dans l’hémicycle pour voter le 1er mai — et heureusement pour nous, puisqu’on a sauvé le 1er mai au moins cette fois.

Mais je suis contente de voir qu’il y a du monde ici qui est en colère. Et j’espère que ça va continuer — parce qu’il y a des raisons d’être en colère. Pas seulement qu’« il faut que ça continue », mais continuons à nous mobiliser, parce que [de ce] qui se passe en ce moment, je ne vais pas revenir sur le fond évidemment : vous vous battez pour vos conditions de travail qui sont déplorables, vous vous battez pour vos salaires, vous vous battez pour tout simplement pouvoir vivre de votre travail. C’est quand même hallucinant de dire ça aujourd’hui : vous vous battez pour pouvoir vivre de votre travail. C’est ça le sujet, en fait.

Mais au-delà de ça, il y a des gens derrière votre travail. C’est-à-dire qu’il y a nos parents, nos grands-parents, nos oncles, nos tantes qui sont là, qui dépendent de votre travail, qui attendent, qui ont besoin qu’on leur consacre du temps, un peu de tendresse. Parfois leurs parents — enfin, leurs enfants ne peuvent pas venir les voir, parfois ils n’ont plus de famille. Tous ces gens-là, ils dépendent de votre travail.

Et c’est quand même… je ne sais pas où [les dirigeants de Vivalto mettent] leurs parents, leurs grands-parents, leurs oncles et leurs tantes. S’ils les mettaient dans leurs [propres] établissements, ils respecteraient un peu plus les travailleuses. Et c’est ce que je vais leur demander, c’est ce qu’on va aller leur demander, je pense : où est-ce qu’ils mettent leurs parents, leurs grands-parents, leurs oncles et leurs tantes ?

En tout cas, ce que je voulais vous dire, c’est que moi aussi je suis en colère, et je vous remercie de vous mobiliser. Nous sommes à vos côtés, on est à vos côtés au niveau national, on est à vos côtés [localement aussi].

Chaque jour, à Paris, on se bat pour faire reculer toutes les horreurs des macronistes qui, main dans la main avec la droite et l’extrême droite, [attaquent les travailleurs]. On va continuer pendant un an, mais l’année prochaine, c’est les élections présidentielles, et on peut faire changer ça tous ensemble. On peut faire changer ça. Je ne fais pas campagne pour François [Ruffin] ou un autre ; j’espère juste qu’on aura un candidat de gauche ou une candidate de gauche, et ensemble, ensemble, on peut changer les choses.

On le voit ici, on va changer les choses. On va faire changer les choses pour vous, les travailleurs de Vivalto. On va faire changer les choses pour vous, les travailleuses de l’EHPAD des Feuillants, mais aussi de l’EHPAD La Rose d’Aliénor, et de tous les EHPAD privés lucratifs de France. Parce que vous êtes un exemple, vous êtes un modèle pour ce qui se passe dans toute la France, dans les EHPAD et aussi dans les établissements de petite enfance. Pour moi, c’est le même sujet. On devrait sortir tout ça du privé lucratif. Il faut arrêter de faire de l’argent sur nos aînés et sur nos bébés — ce n’est plus possible.

Et vous êtes un exemple, et cet exemple va essaimer, je le sais. Je remercie beaucoup Florence [Harris] d’être là aujourd’hui, parce que grâce à toi, grâce à ta présence, cet exemple, cette mobilisation un peu assumée dans toute la France, on va en parler. Vous allez donner de la force. Votre force va [se] répandre, vous allez donner de la force et du courage aux autres travailleurs des autres EHPAD, des autres établissements de petite enfance. Et pour ça, je vous remercie. Votre force est magnifique, elle est formidable.

Vous êtes vraiment, vous êtes plus puissantes. Je mets tout au féminin — je sais qu’il y a aussi des hommes, mais pour le coup, ce sont des métiers de femmes où les femmes sont [majoritairement] représentées — et vous êtes vraiment puissantes, et je vous remercie pour ça. Et je crois qu’on peut faire beaucoup de bruit pour elles, pour celles qui sont mobilisées. Alors, faites du bruit, faites du bruit !

[Elles sont là] à se battre pour vous. Et dans un an, j’espère qu’on va transformer ça, parce que dans un an, on peut avoir l’occasion de changer la France vraiment. Et donc je compte sur vous, je compte sur votre mobilisation, et d’ici là, moi je suis là, je suis encore là et je serai à vos côtés. Force à vous.

7. Léonore Moncond’huy — Ancienne maire de Poitiers (2020-2026), ex-présidente du CCAS de Poitiers, ex-vice-présidente de Grand Poitiers, cheffe de file du groupe d’opposition Poitiers Collectif / EELV

Bonjour à tous aussi, mais bonjour Madame avant tout. Parce que si je suis là, c’est pour vous affirmer mon soutien, le soutien de Poitiers Collectif, de notre groupe à la mairie de Poitiers, et puis le soutien de plein de gens qui sont autour de nous.
Tout mon soutien pour votre mobilisation, d’abord parce qu’elle est légitime. Ce que vous demandez, c’est simple, c’est la reconnaissance des métiers qui sont en première ligne. Ça a déjà été dit, mais j’insiste : celles et ceux — celles en particulier — qui ont été applaudies pendant le Covid, qui étaient [dans] des métiers indispensables, qui devaient sortir tous les jours alors que tout le monde était confiné, pour aller s’occuper de nos parents, s’occuper des personnes âgées.

Et donc, à ce titre-là, votre demande est légitime. Et je souhaite insister sur le fait que ce que vous subissez, ce n’est pas une fatalité.

Il y a encore quelques semaines, j’étais à la tête du CCAS de Poitiers. Donc je sais aussi ce que c’est, les aides-soignantes dans d’autres cadres. Et [par] exemple, vous me racontiez qu’au bout de 10 ans — pour certaines d’entre vous, au bout de 10 ans d’exercice — vous n’arriviez même pas à atteindre le niveau du SMIC. Donc [dans] la fonction publique, en tout cas telle qu’elle était portée jusqu’à présent à Poitiers, les aides-soignantes qui commençaient, commençaient à 1 300 € plus 500 € de régime indemnitaire plus 180 € de prime Ségur. Ça veut dire qu’en début de carrière, il était possible d’être aide-soignante et d’avoir un travail reconnu à [environ 1 980 €].

Et pour moi, c’est possible à l’arrivée. Évidemment, ça a un coût, c’est assumé par le service public, mais ce n’est pas un coût — c’est de la valeur, c’est la valeur juste de votre travail.

Et donc, si c’est possible dans les établissements publics, ça doit être possible — en tout cas c’est justifié — dans les établissements privés. Parce que c’est la valeur de votre travail, c’est mérité, et donc votre mobilisation est légitime, elle mérite à ce titre d’être soutenue.

Et puis, d’être soutenue aussi parce que c’est une belle mobilisation. Ça a déjà été dit aussi, mais j’insiste : c’est une mobilisation particulièrement persévérante, c’est une mobilisation collective et féminine. C’est suffisamment rare pour être souligné. Et comme Lisa l’a dit, vous êtes très regardées [localement], mais je suis certaine que vous êtes aussi très regardées au niveau national. Et que si votre mobilisation continue, si votre combat est victorieux, votre exemple servira à plein d’autres salariés et à plein d’autres femmes en particulier, qui sont dans des métiers aussi difficiles que les vôtres, aussi peu reconnus que les vôtres.

Donc voilà. Parce que c’est une mobilisation légitime, parce que c’est une belle mobilisation, parce que c’est une mobilisation féminine. Tout mon soutien, tout notre soutien pour aujourd’hui, pour demain, pour la suite. On sera à vos côtés. On sera aussi une petite [voix complice] depuis notre position aujourd’hui. Et bon courage, et bravo Madame.

8. Bertrand Geay — Universitaire, élu d’opposition Poitiers en Commun / LFI (Union populaire)

Beaucoup de choses ont été dites, ça va être difficile [de ne pas répéter]. Je vais essayer d’être rapide.

Je voudrais d’abord dire un grand merci aux grévistes. Un grand merci parce que la lutte est légitime, je vais en reparler moi aussi, mais aussi parce qu’on vit une situation historique particulière où on se fait taper dessus tous les jours, où l’horizon est bouché, où les médias déversent toute leur haine sur ceux qui bougent, sur ceux qui se mobilisent. Et donc chaque jour de grève que vous ajoutez au jour de grève précédent, c’est quelque chose qui s’ouvre un peu dans la tête des gens. C’est une prise de conscience. C’est regarder différemment les problèmes sociaux, les problèmes politiques. Donc merci — parce que ça nous aide tous au quotidien, que vous soyez en grève.

Mais je voudrais dire quelques mots sur cette grève elle-même, qui est particulièrement exemplaire. Ça a été dit : avec, en haut, un oligopole capitaliste — donnons le mot — qui s’est constitué à partir de l’argent public pour faire du profit. Avec des décisions qui se prennent tout en haut : on le voit, vous le voyez tous les jours quand vous essayez d’avoir des interlocuteurs, vous n’en avez pas, parce que les directives viennent d’en haut. [Un oligopole] qui fait un profit remarquable, avec un doublement du profit au cours des dernières années, avec une extension du groupe à l’international, avec des investisseurs privés — on l’a dit — aussi recommandables que BNP Paribas.

Donc on est face à une entreprise de détournement de l’argent public au profit de quelques-uns.

Et on a, de l’autre côté, en bas, ceux qui travaillent tous les jours. Ceux qui travaillent sur des métiers qui sont aujourd’hui essentiels. Tous ceux qui ont eu dans leur famille des parents ou des grands-parents atteints par le grand âge, par le déclin cognitif, physique, tous ceux qui se sont trouvés dans cette situation savent qu’il est très difficile au quotidien de s’occuper [de ces personnes].

Ces métiers-là sont aujourd’hui des métiers absolument indispensables. C’est un progrès fondamental de notre société, à l’heure où nous sommes dispersés, où nous bougeons, où nous ne sommes pas au quotidien [auprès de nos proches]. Autrefois dans les campagnes, c’étaient [surtout] les femmes qui s’occupaient des vieux. Aujourd’hui, c’est un progrès que ce soit des professionnels qui prennent en charge ces métiers — c’est quelque chose d’essentiel pour la société.
Et ce sont des métiers parmi les plus méprisés aujourd’hui. Ce sont des métiers méprisés lorsqu’on vous force à faire 12 heures de travail par jour, à porter des objets, des personnes, dans des conditions où il faut courir d’un bout à l’autre des couloirs, où on vous paye à peine au-dessus du SMIC.

Ce mépris n’est pas seulement un mépris interpersonnel, comme c’est écrit ici : c’est un mépris organisé, c’est un mépris délibéré, voulu par ceux qui, en ignorant, en invisibilisant les personnes, créent les conditions d’un profit supplémentaire.
Votre lutte est essentielle. Et en même temps, ce qu’on constate, c’est qu’il n’y a pas de négociation. Ces gens parlent de dialogue social, mais ils n’ouvrent aucune perspective de discussion. La première chose à obtenir, c’est l’ouverture de ces négociations.

Chacun doit choisir son camp aujourd’hui, y compris les cadres locaux de l’EHPAD. Ils doivent assumer ce qu’ils sont, doivent assumer qu’ils ont des directives à appliquer, et doivent avoir au minimum la décence de venir rencontrer les grévistes, de discuter au moins des conditions dans lesquelles se déroule la grève, et [permettre qu’]il puisse s’ouvrir des négociations. Il y a une espèce de mépris dans le fait d’ignorer comme cela les personnels qui sont devant eux et qui sont leurs collègues pourtant.

Chacun doit choisir son camp. Et nous, qu’est-ce qu’on peut faire dans cette perspective-là ?
Le rôle des politiques, c’est d’abord de respecter l’action syndicale, son indépendance. Parce qu’on sait, nous aussi — on est beaucoup syndicalistes — on sait le travail que c’est au quotidien. Pensez ce que c’est que le travail au quotidien : aller chercher [les collègues] les uns après les autres, les sortir de l’isolement, prendre le risque de s’exposer. Cette difficulté, c’est pareil dans le service public. Parce que c’est ce qui prépare l’éducation de tous à la lutte, c’est ce qui prépare les mobilisations les plus importantes.

Donc ce travail, on le respecte et on le soutient. On est d’abord là pour ça : apporter notre soutien. Et aussi ouvrir des perspectives.

Lisa Belluco a parlé de l’année prochaine. Oui, on a des perspectives à porter. On a des perspectives aussi en termes de propositions. Il faut imposer que les futurs gouvernements portent la question du temps de travail et du salaire des ASH, des aides-soignantes et de tous les personnels du soin et de l’accompagnement médical. Ça doit être dans la loi.
Mais aussi il faut se poser la question des conditions économiques. Il faut se poser la question du contrôle public de ces groupes privés capitalistes qui se sont constitués. Et, bien entendu, en maintenant les personnels sur leur poste, [il faut] faire évoluer cette situation.

Il faut poser des perspectives, des perspectives radicales qui représentent un changement de société. Mais vous êtes au cœur de cette problématique-là, porteuses de ce que peut être un autre choix de société qui permette de contrôler l’économie au service de l’intérêt du plus grand nombre.

Puis notre rôle, c’est aussi d’être là, unis. C’est aussi que toutes les forces de gauche, de la vraie gauche, de celle qui se bat, soient ensemble pour porter ce type de bagarre. C’est notre responsabilité — comme ça a été la nôtre au cours de la campagne municipale qui vient de s’achever, et comme on a à se poser la question dans les échéances à venir. Nous avons porté la question d’une alternative politique de manière rassembleuse, qui parle aux gens, qui les concerne. Et à cela aussi, vous nous aidez, parce que vous portez cette prise de conscience de l’importance des enjeux d’aujourd’hui.
Voilà. Merci encore, et vive la lutte de l’EHPAD, [vive la lutte] des soignantes.

liens vers les vidéos de leurs interventions respectives.
web86.info/videos-greve-a-lehpad-des-feuillants-a-poitiers-paroles-de-grevistes-de-syndicalistes-et-de-soutiens-politiques/

les articles dans la presse

france3-regions.franceinfo.fr/nouvelle-aquitaine/vienne/poitiers/on-est-qui-les-indispensables-au-36e-jour-de-greve-un-barbecue-combatif-pour-rechauffer-la-lutte-de-l-ehpad-des-feuillants-3339134.html

www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/ce-combat-depasse-les-feuillants-francois-ruffin-apporte-son-soutien-aux-grevistes-d-un-ehpad-a-poitiers-1776868517

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Mercredi 22 avril 2026, 36ᵉ jour de grève des travailleuses de Vivalto Vie (EHPAD Les Feuillants, La Rose d’Aliénor à Poitiers, La Rêverie à Château-Garnier). L’UD CGT 86 organisait un « barbecue combatif » devant le Palais de Justice avec la présence de cinq élus — François Ruffin (Debout !/Écologistes-NFP, député de la Somme), Lisa Belluco (Écologistes-NFP, députée de la Vienne), Léonore Moncond’huy (EELV, ex-maire de Poitiers), Bertrand Geay (LFI, conseiller municipal d’opposition à Poitiers), Florence Harris (PCF, conseillère départementale) — dont quatre sont directement liés au cartel de la « gauche unie » en vue de la présidentielle 2027. Le soir même, Ruffin tenait un meeting de campagne place Charles-de-Gaulle, intitulé « Entretien d’embauche à la présidence de la République ». Notre collectif Gilets Jaunes Poitiers a distribué son tract et ses affiches sur place. Voici ce qui s’est dit — et ce qui n’a pas été dit.

Ce que nous avons vu au barbecue du 22 avril

Une vingtaine de grévistes sur la quarantaine de salariées de Vivalto Vie. 36 jours de grève. Une petite moitié qui tient. Le piquet est très majoritairement féminin, les grévistes sont aides-soignantes et ASH. La revendication est précise : 2 € de l’heure. Soit 302 € bruts par mois pour un temps complet de 151 heures. La direction Vivalto avait annoncé 50 centimes d’augmentation horaire sur la paie de février — mais ne les a jamais appliqués (source : tract CGT). Elle a ensuite proposé 131 € de revalorisation — moins de la moitié de la revendication. Puis la direction a envoyé des huissiers à domicile chez les grévistes le 3 avril. Le préfet de la Vienne a réquisitionné des grévistes à partir du 7 avril à 300 € la réquisition — plutôt que d’imposer 50 centimes horaires d’augmentation.

Le rassemblement du 22 avril à 11h30 a attiré environ 200 personnes. Un « barbecue combatif » — grillades, musique festive, discours de soutien. Notre collectif Gilets Jaunes Poitiers était présent et a distribué son tract du 14 avril, Solidarité avec les grévistes EHPAD Feuillants / Rose d’Aliénor / Rêverie contre Vivalto Vie.

Avant d’entrer dans l’analyse, posons d’emblée les questions qui nous ont frappés sur place :

  • Pourquoi un barbecue devant le Palais de Justice, et pas un meeting ouvrier devant le CHU, la polyclinique ou un autre EHPAD ?
  • Pourquoi pas des réunions publiques un dimanche matin sur le marché des Couronneries ou d’un autre quartier populaire, qui subit aussi de plein fouet la vie chère ?
  • Pourquoi les élus en tête d’affiche sur le tract d’appel, et pas une seule photo de gréviste ?
  • Pourquoi une seule gréviste au micro, pour sept intervenants extérieurs ?
  • Pourquoi aucun appel à l’extension à d’autres secteurs ?
  • Pourquoi aucun chiffre de salaire précis — pas même la revendication des 2 €/heure — dans les prises de parole des élus ?
  • Pourquoi aucun mot sur les 449 milliards de la LPM 2024-2030, sur l’extension classée secret défense de Dassault Biard votée à quelques kilomètres, sur la base militaire française d’Abu Dhabi ?

Pourquoi aucun mot sur Bpifrance copropriétaire de Vivalto — c’est-à-dire sur l’État lui-même comme actionnaire de l’entreprise contre laquelle les grévistes se battent ?

Ces questions ne sont pas des détails. Elles dessinent, une par une, l’orientation politique qui a présidé à la forme même de ce rassemblement.

Un tract de campagne électorale signée CGT

Le tract d’appel au barbecue, imprimé et diffusé par l’UD CGT 86 et l’USD Santé 86 CGT, montre quatre portraits d’élus en gros plan : Ruffin et Belluco en tête (les deux députés), Harris et Moncond’huy en bas (l’élue locale PCF et l’ex-maire EELV). Cadrage type affiche de campagne présidentielle.

Ce qu’on n’y voit pas : pas une gréviste. Pas un piquet. Pas un visage d’aide-soignante. Pas la revendication des 2 €/heure. Pas un chiffre. Pas Vivalto ni ses actionnaires. Pas Blanchard. Pas la LPM. Pas Dassault Biard. Pas Abu Dhabi. Pas un appel à l’extension. Pas un mot d’ordre politique. « En soutien aux grévistes » est la formule finale — les grévistes sont l’objet du soutien, jamais le sujet du tract.

Ce qu’on y voit à la place : un « barbecue combatif » (oxymore qui condense tout : combatif est l’adjectif, barbecue est le nom), un QR code vers la caisse de grève Leetchi, des liens vers TikTok-Instagram-X, et la signature CGT. Réseaux capitalistes et plateformes de financement participatif privées — pas de site militant propre, pas de canal ouvrier autonome.

Ce tract dit, sous la signature syndicale, ce qu’est matériellement le rassemblement : une apparition publique des figures du cartel unitaire 2027 autour d’un prétexte ouvrier. Ce n’est pas un outil de mobilisation des travailleurs de Poitiers autour de la lutte des Feuillants. C’est une affiche de pré-campagne avec tampon CGT. L’UD CGT 86 n’est pas seulement associée — elle imprime, elle signe, elle diffuse. Elle donne sa signature syndicale à un tract de campagne électorale.

Pourquoi au Palais de Justice, et pas ailleurs ? On ne rassemble pas au hasard. Le Palais de Justice est un lieu institutionnel qui s’adresse à la presse et aux élus, pas à la classe ouvrière. Le CHU, la polyclinique, les autres EHPAD, les entrées de Safran Saint-Benoît et de Dassault Biard, le parvis de la gare, les marchés populaires des Couronneries un dimanche matin : voilà des lieux où un rassemblement rencontre d’autres travailleurs susceptibles de rejoindre la lutte. Le choix du Palais de Justice ferme cette jonction possible. Il s’adresse à la presse, à l’opinion bourgeoise, aux élus venus poser — pas aux travailleurs de Poitiers qui subissent, sans être encore en grève, la même vie chère.

On nous dira peut-être que l’UD CGT 86 est déjà allée aux Couronneries. C’est vrai : sa page TikTok montre des distributions de tracts dans ce quartier. Mais distribuer un tract dans un quartier, ce n’est pas y construire un meeting politique. Ce n’est pas y tenir une réunion publique avec débat. Ce n’est pas y proposer de monter des comités de lutte contre la vie chère. C’est déposer un papier et repartir. L’extension d’une lutte ne se fait pas par dépôt de tracts — elle se fait par rencontre politique organisée et reproductible. Rien de tel n’a été fait le 22 avril. Rien de tel n’a été fait dans les 36 jours qui ont précédé.

La parole ouvrière que l’appareil et la tribune ne voulaient pas entendre jusqu’au bout

Une seule gréviste a pris la parole au micro : Raluya Noumani, aide-soignante aux Feuillants. Face à elle, sept intervenants extérieurs — deux cadres syndicaux (Julien Hémon de l’UD CGT 86, Benoît Gadeau de l’USD Santé 86), trois élus des Écologistes-NFP (Ruffin, Belluco, Moncond’huy), un élu LFI (Geay), une élue PCF (Harris). Ratio : une gréviste pour sept.

Ce déséquilibre est politique. Ce n’est pas un accident. C’est l’invisibilisation matérielle de la voix ouvrière sous couvert de soutien. C’est précisément ce que la CGT révolutionnaire, celle qui fonda la Charte d’Amiens en 1906, refusait programmatiquement. Émile Pouget, secrétaire adjoint de la CGT, co-rédacteur de la Charte d’Amiens, le formulait ainsi dans L’Action directe (1910) :

« La classe ouvrière n’attend rien des hommes, des puissances ou des forces extérieures à elle, mais elle crée ses propres conditions de lutte et puise en soi ses moyens d’action. » Émile Pouget, L’Action directe, 1910

L’UD CGT 86 du 22 avril 2026 trahit cent vingt ans de tradition syndicaliste révolutionnaire quand elle confie la parole politique du rassemblement à cinq élus extérieurs autour d’une seule gréviste. Ce n’est pas seulement de la maladresse tactique : c’est une inversion de principe par rapport à la charte fondatrice même de la confédération.

Et pourtant — voici ce qu’a dit Raluya Noumani en quelques phrases.

« C’est nous qui produisons, c’est nous qui prenons en charge les résidents, c’est nous qui maintenons cet établissement en fonctionnement. »

Une aide-soignante emploie le verbe produire à propos d’un travail que la sociologie bourgeoise range dans les « services », le « care », l’« improductif ». Elle affirme, sans vocabulaire théorique, ce que Marx établit dans Le Capital : le travail de reproduction de la force de travail produit de la valeur. Et dans un EHPAD sous LBO, cette valeur est extraite par le capital.

« Si un établissement n’a pas de direction ou de cadre, il fonctionne — car on prend soin de nos aînés. »

Affirmation de l’inutilité sociale du capital et de l’encadrement hiérarchique. Socle théorique du contrôle ouvrier et, à terme, de l’expropriation — formulé depuis l’expérience directe.

« Des bénévoles qui sont payés. »

Oxymore politique qui démasque les briseurs de grève déguisés. La solidarité patronale inter-établissements de Vivalto est organisée — la solidarité ouvrière inter-établissements reste à construire.

D’autres grévistes se sont exprimées dans la presse. Clarisse, aide-soignante aux Feuillants, citée par France 3 : « On sent la lassitude, la tension, les discussions avec la direction sont au point mort. Ce qui domine, c’est le découragement. » Jenny Girardey, six ans en poste, citée par ICI Poitou : « On est à plus d’un mois de grève, donc au point où on en est, nous on a rien à perdre. La direction, oui par contre. »

Une déléguée syndicale nous a également parlé des tentatives d’extension aux autres EHPAD : selon elle, les tracts étaient « souvent jetés par terre » et « les délégués locaux sont souvent achetés par la direction ». Nous y reviendrons — ce témoignage éclaire la méthode d’extension utilisée, et pourquoi elle n’a pas marché.

Ce que ces grévistes formulent en germe — la production ouvrière comme source de valeur, l’inutilité sociale du capital encadrant, la démystification des briseurs de grève, le « rien à perdre » de classe —, c’est précisément ce qu’aucun et aucune des élus n’osera thématiser. Ce n’est pas une gréviste qui manque de perspective politique. C’est la gauche bourgeoise qui s’interdit d’aller au bout de ce que la classe ouvrière dit elle-même.

Bilan et perspectives — les leurs contre les nôtres

« Ils ne font que recouvrir la thèse gouvernementale d’oripeaux révolutionnaires. »

—  Pierre Monatte, lettre du 17 avril 1916 depuis le front, à propos de Griffuelhes et Jouhaux, direction de la CGT ralliée à l’Union sacrée pour la guerre impérialiste. Monatte avait démissionné du Comité confédéral CGT en décembre 1914, en rupture avec cette direction.

Cent dix ans après Monatte, la même logique à l’œuvre dans la même confédération. L’UD CGT 86 du 22 avril 2026 a installé cinq élus du cartel 2027 sur la tribune qu’elle devait tendre aux grévistes. Il y eut un bilan, des perspectives — et il y eut des silences. Nous en faisons un autre bilan, et nous proposons d’autres perspectives. Confrontons les deux.

Leur bilan de la lutte

Ce qu’ils ont dit de la lutte, à la tribune du 22 avril, peut se résumer ainsi : les grévistes tiennent bon ; la direction Vivalto est « mafieuse », « méprisante », « cupide » ; l’entreprise est bénéficiaire, la dette LBO de 1,1 milliard d’euros explique tout (Harris) ; il y a un « oligopole capitaliste » construit sur l’argent public (Geay) ; le mécanisme LBO rend structurellement déficitaire (Ruffin) ; les grévistes doivent « faire du bruit », elles sont « courageuses » (Belluco, Moncond’huy) ; l’État doit « jouer son rôle de régulateur » (Ruffin), un compromis doit être signé.

Ce bilan a sa part de vérité matérielle, et nous ne la contestons pas. Florence Harris a construit l’analyse la plus rigoureuse des cinq élus : les Feuillants à 90 €/jour contre 73 € en moyenne départementale (tarif premium) ; entreprise bénéficiaire ; « vous produisez de la richesse » ; dette LBO de 1,1 milliard d’euros ; destination des profits — « banques, assurances, actionnaires » ; conclusion matérialiste — « ce n’est pas une question de manque, c’est une question de choix ». Elle a nommé explicitement la lutte des classes. Seule intervention à le formuler aussi clairement. Elle est par ailleurs poursuivie par Vivalto pour son soutien aux grévistes, ce que nous continuons de dénoncer.

Bertrand Geay a eu le vocabulaire de classe le plus rigoureux : « oligopole capitaliste », « en haut / en bas », « mépris organisé, délibéré, voulu par ceux qui, en invisibilisant les personnes, créent les conditions d’un profit supplémentaire », « chacun doit choisir son camp ».

François Ruffin a décrit correctement la mécanique LBO : « Ils sont construits pour être en déficit », « votre déficit ne tient absolument pas ». Il a chiffré, seul à le faire, les besoins annuels du Grand Âge à 10 milliards d’euros.

Benoît Gadeau (USD Santé 86) a livré le chiffre politique le plus fort : Vivalto embauche actuellement à 2 100-2 500 € bruts de salaire de départ — pour casser le piquet — pendant que les grévistes à 7 ans d’ancienneté sont à 1 822,62 €. Vivalto paie mieux ses briseurs de grève que ses grévistes fidélisées. Ce n’est pas une contradiction du capital, c’est sa logique normale. Gadeau a nommé François Blanchard (secrétaire départemental du PS de la Vienne et Directeur Opérationnel Adjoint de Vivalto Vie) ; il a annoncé la plainte CGT pour entrave au droit de grève ; il a mentionné les camarades de Colisée, en grève depuis 6 mois en Charente.

Mais ce bilan reste au bord du rapport de classe sans y entrer politiquement. Il nomme le capital mais le décrit comme déviation morale (« mafieux », « parasitaire »), pas comme fonctionnement normal. Il identifie la dette LBO mais sans en tirer la conclusion politique — expropriation sans indemnité ni rachat. Il reconnaît l’extraction de plus-value sans nommer la chaîne Vivalto-Bpifrance-Abu Dhabi-Mubadala-LPM. Et surtout, il tait tout ce qui dérangerait le cartel électoral 2027.

Leurs perspectives — la sainte trinité du réformisme bourgeois, social-patriote et social-chauvin

Quelles perspectives proposent-ils pour sortir de la lutte par le haut ?

Trois mots d’ordre, et trois seulement :

Un — Tenir la grève. Isolée. Établissement par établissement. Sans extension.

Deux — Ouvrir des négociations.  Demander au patronat qui envoie les huissiers et au préfet qui réquisitionne de bien vouloir s’asseoir à une table. Lisa Belluco le formulait déjà le 12ᵉ jour de grève, dans un courrier public cosigné avec le conseiller régional EELV Benoît Tirant : « Retrouver le chemin du dialogue. »

Trois — Attendre 2027. Transformer la lutte en carburant pour la primaire unitaire du 11 octobre 2026 et la présidentielle. Belluco : « Dans un an, on peut avoir l’occasion de changer la France vraiment. » Geay : « Il faut imposer que les futurs gouvernements portent… Ça doit être dans la loi. » Ruffin file, à l’issue du barbecue, place Charles-de-Gaulle pour son meeting baptisé « Entretien d’embauche à la présidence de la République ».

Voilà la sainte trinité du réformisme bourgeois, social-patriote et social-chauvin. Voilà tout le programme politique que la gauche parlementaire et son appareil syndical ont à offrir aux aides-soignantes qui se battent depuis 36 jours.

Et cette trinité se ramène à une chose : l’appel à l’État. Belluco avait interpellé l’État — le préfet a réquisitionné. Ruffin veut que préfet, ARS, inspection du travail « mettent la direction et le syndicat dans une pièce » jusqu’à ce qu’un compromis soit signé — le même préfet qui réquisitionne. Geay parle de « contrôle public des groupes privés capitalistes » — c’est-à-dire contrôle par la puissance publique, donc par l’État. Moncond’huy fait l’apologie du service public. Harris analyse la lutte des classes sans rompre avec le cadre étatique.

Mais cet État qu’ils invoquent, c’est quoi matériellement ?

C’est l’État qui nous saigne par la CSG (9,2 % sur le brut), la CRDS (0,5 %), la TVA (20 % sur chaque achat), les taxes sur les carburants (plus de 60 % à la pompe). C’est l’État qui nous matraque — huissiers du 3 avril, réquisitions préfectorales depuis le 7 avril. C’est l’État qui permet à un fonds souverain du Golfe, Mubadala, de piller les retraités et les salariés français via Vivalto — en échange d’une base militaire française à Abu Dhabi qui protège les intérêts stratégiques de la monarchie absolue et du capital français dans la région. C’est l’État actionnaire de Vivalto via Bpifrance, banque publique. C’est l’État qui finance 449 milliards pour la LPM 2024-2030, portée à 57,1 milliards de budget défense en 2026 (+13 %), 3,5 % du PIB visés en 2035 — 106 milliards annuels à terme, sur le dos des cotisations ouvrières.

Demander à cet État d’arbitrer le conflit Vivalto, c’est demander au capital de se contrôler lui-même par son propre instrument. C’est la thèse de Karl Kautsky en 1918, explicitement critiquée par Lénine dans L’État et la Révolution comme l’illusion réformiste typique. L’État n’est pas une balance au-dessus des classes — c’est l’instrument d’une classe contre l’autre. Il n’a pas été défaillant dans ce conflit : il a accompli exactement son rôle structurel.

Et le service public qu’ils invoquent ? Ce sont leurs partis qui l’ont cassé quand ils étaient au gouvernement. La démonstration matérielle est directe.

Jean-Claude Gayssot, ministre communiste de l’Équipement, des Transports et du Logement dans le gouvernement Jospin de 1997 à 2002, a mis en œuvre la loi n° 97-135 du 13 février 1997 qui créait Réseau Ferré de France en séparant la SNCF en deux. Cette séparation a été votée par la droite (Juppé), mais appliquée par la gauche plurielle avec un ministre PCF. Comme le relève la Cour des comptes dans son rapport de 2007, la loi allait « au-delà des exigences » de la directive européenne 91/440, qui n’imposait qu’une séparation comptable. Les péages facturés par RFF à la SNCF sont passés de 900 millions à 2,7 milliards d’euros en dix ans. À chaque hausse de péages, l’État diminuait sa contribution. Cette séparation a été le premier pas vers l’ouverture à la concurrence aboutissant aux Ouigo low-cost. Gayssot a par ailleurs ouvert le capital d’Air France aux capitaux privés en 1998 ; le gouvernement Jospin a continué la privatisation de France Telecom. Et en avril 2017, Gayssot a publiquement appelé à voter Emmanuel Macron au second tour.

Europe Écologie Les Verts a participé au gouvernement Hollande de 2012 à 2014 avec Cécile Duflot (Logement) et Pascal Canfin (Développement). Période de la seconde réforme ferroviaire de 2014 qui a accentué la séparation. EELV a ensuite participé à la majorité Grand Poitiers 2020-2026 (avec PS et PCF) qui a viré Laurent Lucaud, vice-président communiste, en décembre 2023 pour avoir refusé la privatisation d’une station d’épuration — puis voté l’extension classée secret défense de 2 000 m² du site Dassault Biard le 5 décembre 2025, à quelques kilomètres du rassemblement des Feuillants.

Le PS a tenu massivement les leviers dans les gouvernements Jospin et Hollande par lesquels les services publics français ont été méthodiquement démantelés sous l’injonction européenne : retraites 2003 et 2010, santé, transports, énergie, La Poste. Et c’est le PS de la Vienne dont François Blanchard est secrétaire départemental, le même qui dirige comme Directeur Opérationnel Adjoint Vivalto Vie depuis 2023.

Tous ces partis — PS, EELV, PCF — ont rallié le NFP en 2024 et ont voté unanimement les 3 milliards d’aide militaire à l’Ukraine en mars 2024, cartel compatible avec l’économie de guerre qu’ils prétendent dénoncer ailleurs. Tous ces partis ont servi de marchepied à Macron aux présidentielles successives sous prétexte de « barrage à l’extrême droite ». Pendant ce temps, la marche au fascisme se fait déjà au plus haut de l’État — avec Macron lui-même : Lecornu à Matignon, 449 milliards pour la guerre, réquisitions préfectorales contre les grévistes, matraquage des manifestations, criminalisation de la solidarité, lois sécurité qui se succèdent.

Leur perspective, c’est de revenir au gouvernement pour gérer le même État capitaliste et impérialiste. Rien qui rompe. Rien qui sorte du cadre. Des oripeaux révolutionnaires sur la thèse gouvernementale.

L’approche moraliste pure — Belluco et Moncond’huy

Lisa Belluco est venue en tribune sans aucune analyse matérialiste. Ni LBO, ni actionnaires, ni chiffres. Trois registres : la colère affective (« moi aussi je suis en colère »), l’identification familiale (« nos parents, nos grands-parents »), l’exhortation à la force (« faites du bruit »). Colère, oui — mais colère de quoi ? Affect, pas haine de classe.

Sa thèse centrale : « S’ils [les dirigeants de Vivalto] mettaient [leurs parents] dans leurs établissements, ils respecteraient un peu plus les travailleuses. » La thèse la plus antimarxiste du rassemblement. Elle psychologise le rapport de classe. Comme si Daniel Caille, 200 millions d’euros de fortune, BNP, Crédit Agricole, Mubadala, Bpifrance, compressaient les salaires par défaut d’empathie. Ce n’est pas un défaut de caractère — c’est le fonctionnement normal du capital en régime LBO.

Léonore Moncond’huy a été plus modérée mais son bilan contredit directement ses paroles. Ex-maire de Poitiers 2020-2026, présidente du CCAS, vice-présidente de Grand Poitiers, membre du Conseil de surveillance du CH Henri Laborit. Pas une motion au conseil municipal en six ans pour les grévistes des Feuillants. Pas une conditionnalité CCAS envers les EHPAD privés. Cautionnement de l’éviction de Laurent Lucaud en 2023. Cautionnement du vote Dassault Biard en 2025. Et son ton — « bravo Madame », « bon courage » — inverse le rapport politique ouvrier : la tradition Charte d’Amiens / Pouget posait la légitimité de la base vers les porte-parole ; chez Moncond’huy, elle vient de l’élue qui décerne la reconnaissance à la travailleuse.

Elle a pourtant livré un chiffre qui se retourne contre elle : en début de carrière, fonction publique territoriale à Poitiers = 1 300 € + 500 € régime indemnitaire + 180 € Ségur = environ 1 980 € bruts.

Soit :

1 822,62 € bruts chez Vivalto après 7 ans d’ancienneté

2 100-2 500 € bruts chez Vivalto à l’embauche, pour casser le piquet

1 980 € bruts en début de carrière fonction publique

Vivalto paie mieux ses briseurs de grève que le service public ne paie ses aides-soignantes en début de carrière. Et le service public, tel qu’il a été maintenu par des élues EELV comme Moncond’huy pendant six ans, est lui-même à la limite du salaire de pauvreté. Ni aligner le privé sur le public, ni moraliser le privé — mais exproprier le privé, intégrer au public, et revaloriser l’ensemble sous contrôle des travailleurs.

Ce qui n’a pas été dit du tout — et qui condense toute leur orientation politique

Neuf silences, identiques d’une intervention à l’autre. Pas des oublis — la ligne politique commune.

  • La revendication chiffrée des grévistes : 2 €/heure. Aucun et aucune des élus ne la prononce. Aucun et aucune ne porte le chiffre que portent les grévistes elles-mêmes.
  • La fiscalité sociale-chauvine. CSG, CRDS, TVA, taxes carburants et énergie. Le nœud gordien : toute hausse de salaire est immédiatement reprise par la ponction fiscale d’État.
  • Le salaire socialisé. Les cotisations dites « patronales » sont du salaire différé des travailleurs, pas un cadeau du capital. Brut + cotisations dites patronales = la totalité du salaire.
  • L’imposition progressive et confiscatoire du grand capital. Aucune proposition pour que millionnaires, milliardaires, grands trusts financent Sécu et retraites à la place des travailleurs.
  • L’économie de guerre. Rien sur les 449 milliards de la LPM, les 57,1 milliards du budget défense 2026, l’extension classée secret défense de Dassault Biard, la base militaire française d’Abu Dhabi.
  • L’État actionnaire. Aucun et aucune des élus ne nomme Bpifrance, copropriétaire de Vivalto. L’État est déjà là — il est propriétaire, il a envoyé les huissiers et a réquisitionné.
  • Les embauches massives sous contrôle ouvrier. Contre le sous-effectif, contre le chômage, contre l’envoi de la jeunesse à l’armée par la LPM. Au lieu de former et d’embaucher dans le soin, on recrute pour aller mourir pour le capital français.
  • La nationalisation des banques privées (BNP, Crédit Agricole, Société Générale) en une seule banque publique sous contrôle des salariés et de la population laborieuse.
  • L’extension concrète. Aucune proposition de jonction matérielle avec Colisée (6 mois de grève en Charente), le CHU, la polyclinique, les aides à domicile, Safran, Dassault, les quartiers populaires, les petits paysans.

Ces silences ne sont pas des angles morts. Ce sont les silences structurels d’une gauche qui tait tout ce qui déborderait son cartel électoral.

Leur bilan matériel : le confinement organisé, la presse qui y participe, Ruffin qui s’en sert, et ce qu’ils ont effectivement versé

Le confinement comme politique délibérée de la CGT

Il faut le dire clairement : le confinement de la lutte n’est pas un accident, n’est pas une maladresse, n’est pas de l’incompétence. C’est une politique cohérente de l’appareil syndical, pratiquée depuis des décennies, qui consiste à isoler chaque lutte dans son périmètre d’entreprise tout en lui donnant une certaine visibilité médiatique individuelle — parce que cette visibilité renforce l’isolement au lieu de le rompre. Chaque lutte devient une « cause » visible mais isolée, avec ses « soutiens » venus de l’extérieur, au lieu d’un foyer d’extension.

Ce n’est pas qu’ils ne savent pas faire l’extension. C’est qu’ils ne veulent pas la faire. Une extension réussie échappe à la direction syndicale et au calendrier électoral. Elle fait basculer le rapport de force contre le capital — mais aussi contre l’appareil qui vit de gérer le mécontentement ouvrier.

Quatre éléments concrets dessinent ce confinement au 22 avril : le lieu (Palais de Justice, pas CHU, pas polyclinique, pas EHPAD voisins), la forme (barbecue pour « réchauffer les cœurs » — Clarisse : « Ce barbecue est là pour nous redonner du courage » —, pas meeting d’extension), la communication (TikTok, Leetchi, pas de site UD propre, pas de tract en ligne qui porte la revendication des 2 €/heure), la méthode d’extension tentée (parole de la déléguée : tracts jetés par terre aux autres EHPAD, délégués locaux achetés par la direction — et surtout, passage par les délégués du personnel, souvent intégrés, au lieu d’aller directement aux travailleurs devant l’établissement, sur leurs pauses, en AG. C’est la méthode Barta, méthode de la tradition ouvrière révolutionnaire, qui aurait permis de contourner les délégués intégrés).

La presse bourgeoise au service du confinement

France 3 Nouvelle-Aquitaine, ICI Poitou, La Nouvelle République, Le 7 Info, my-angers.info ont tous couvert le rassemblement. Images, citations, titres sympathiques. Mais aucun ne relaie la revendication précise des 2 €/h (sauf ICI Poitou en passant). Aucun ne nomme Blanchard. Aucun ne nomme Bpifrance. Aucun ne relie à la LPM, à Dassault Biard, à la base militaire d’Abu Dhabi. La presse bourgeoise ne couvre jamais ce qui déborde le cadre du « dialogue social ». Elle couvre jusqu’au point précis où le conflit reste gérable.

Cadrage France 3 : Ruffin tient le micro ; les grévistes sont en décor, floutées. C’est l’inversion symbolique du rapport réel — les grévistes portent la lutte depuis 36 jours, le député vient une fois et c’est lui qu’on cadre comme porteur politique. Le cadrage médiatique réalise visuellement ce que la sainte trinité fait politiquement : la lutte ouvrière devient le décor d’une campagne présidentielle.

On fait croire aux grévistes que passer dans France 3 est une victoire. C’est au mieux un instantané. Les salariées perdent entre 1 700 et 1 900 euros de salaire sur 32 jours calendaires. Les dividendes de Vivalto continuent à tomber. La dette LBO continue à se rembourser sur le travail ouvrier. Les grévistes payent en salaire perdu la visibilité médiatique que leurs « soutiens » encaissent en capital politique.

Ruffin — la lutte comme étape de campagne présidentielle

Il faut le dire net : le rassemblement du 22 avril a été pour Ruffin une étape de sa campagne présidentielle 2027, pas une action de solidarité. France 3 le dit mot pour mot : « Alors que François Ruffin est attendu ce soir place Charles-de-Gaulle pour un "entretien d’embauche à la présidence de la République", les soignantes des Feuillants s’apprêtent désormais à entamer leur 37ᵉ journée de lutte. »

À midi, barbecue-lutte ; le soir, meeting de campagne — dans la même ville, la même journée. La lutte des Feuillants a été encadrée entre un déjeuner convivial et un discours de candidat.

Précédent Civaux 2023 : Ruffin soutient les femmes de ménage en grève à la centrale nucléaire. 71 jours de grève, accord salarial partiel. Capital politique pour le député, femmes de ménage retournées au travail. C’est la forme type du capital politique de Ruffin : apparaître sur des luttes longues et isolées qu’il couronne médiatiquement. Il ne bâtit pas de front inter-entreprises. Il vient à la fin pour en tirer du capital — pas au début pour les faire gagner.

Gagner, c’est étendre, pas tenir

On nous citera peut-être la grève d’Arena Ibis Batignolles (Paris), 22 mois de grève — juillet 2019 à mai 2021 — des femmes de chambre sous-traitées, menée par Rachel Kéké et d’autres. Accord salarial partiel obtenu. Et alors — qu’ont-elles matériellement gagné ? Les augmentations, la reclassification, la fin du sous-statut Elior. C’était réel.

Mais est-ce que ces gains tiennent aujourd’hui, quatre ans plus tard ? L’inflation a-t-elle mangé les augmentations ? Les conditions se sont-elles dégradées à nouveau ? La sous-traitance a-t-elle repris ses pratiques ? Ce sont les vraies questions de bilan matérialiste. Rachel Kéké est entrée à l’Assemblée comme députée LFI en 2022, puis a perdu son siège en 2024. Son capital politique est monté et redescendu. Pendant ce temps, ses anciennes collègues sont-elles toujours en train de lutter sur leur lieu de travail ?

La leçon matérialiste : les gains arrachés par des luttes longues isolées sont systématiquement repris par l’inflation, la fiscalité d’État, la réorganisation patronale, dès que le rapport de force politique général ne change pas. Notre tract du 14 avril le disait : « Quand le grand capital lâche des hausses de salaires, il reprend d’une main ce qu’il a lâché de l’autre avec l’aide de l’État. » Par la TVA, par la CSG, par la CRDS, par les taxes énergie. Gagner 71 jours ou 22 mois, c’est perdre 71 jours ou 22 mois de salaire — puis voir les gains nominaux rongés par le temps et le capital.

Tenir n’est pas la perspective. Étendre est la perspective.

Qu’ont-ils donné à la caisse de grève ?

Question matérielle, concrète, publique. Ils disent « nous ne lâcherons rien ». Qu’est-ce qu’ils lâchent matériellement ? Les grévistes perdent entre 1 700 et 1 900 euros sur 32 jours. Les élus encaissent leur indemnité.

Indemnités parlementaires officielles en 2026 (source : Assemblée nationale) :

Député à l’Assemblée (Ruffin, Belluco) : 7 637,39 € bruts mensuels / 5 953,34 € nets avant impôt, plus AFM de 6 353 €/mois, plus crédit collaborateurs de 11 118 €/mois. Coût global par député : entre 26 000 et 27 000 € mensuels tous moyens compris.

Maire d’une ville de 90 000 habitants (Moncond’huy jusqu’en mars 2026) : environ 5 500 € bruts mensuels.

Conseillère départementale (Harris) : entre 1 500 et 1 900 € mensuels selon fonctions.

Geay est professeur des universités et conseiller municipal d’opposition depuis mars 2026 (14,05 % des voix aux municipales de Poitiers).

Face à 1 822,62 € bruts à 7 ans d’ancienneté pour une aide-soignante gréviste. Face à une retraite médiane autour de 1 500 € nets en France pour un ouvrier qui a travaillé toute sa vie.

Combien chacun a-t-il versé à la caisse de grève Leetchi ? Combien Ruffin personnellement ? Combien Belluco ? Combien Moncond’huy, Geay, Harris ? Et surtout — combien leurs partis ont-ils versé ? Les Écologistes ? Debout ! ? LFI ? PCF 86 ? Poitiers Collectif ? Poitiers en Commun ?

Ces informations devraient être publiques. Nous invitons chacun de ces élus, chacune de ces formations, à publier le montant versé. La solidarité matérielle se mesure en euros versés, pas en phrases prononcées.

Ce que nous disions dès le 14 avril, et que le 22 avril a confirmé

Huit jours avant le rassemblement, notre collectif publiait et distribuait un tract de 4 pages sous le titre Solidarité avec les grévistes EHPAD Feuillants / Rose d’Aliénor / Rêverie contre Vivalto Vie. Contre le grand capital — Contre l’impérialisme français et l’économie de guerre — Pour l’indépendance de notre classe.

Point par point, le 22 avril l’a confirmé ce que nous défendions déjà dans notre tract.

Nous identifions les actionnaires de Vivalto — Daniel Caille, BNP Paribas, Arkéa Capital, MACSF, Crédit Agricole, Mubadala (fonds souverain d’Abu Dhabi), IK Partners, Hayfin, Bpifrance. Harris et Ruffin l’ont partiellement repris (Ruffin en confondant IK Partners avec Mubadala comme fonds souverain). Notre tract reste plus précis que leurs discours.

Nous identifions la dette LBO et le mécanisme d’extraction. Harris et Ruffin l’ont confirmé (1,1 milliard, entreprise « construite pour être en déficit »).

Nous nommions François Blanchard, PS/Vivalto Vie. Gadeau l’a nommé en tribune. Les cinq élus ne l’ont pas nommé — silence cohérent avec le cartel 2027 où le PS est allié.

Nous listions les huissiers du 3 avril et les réquisitions du 7 avril. Repris par tous. Plainte CGT pour entrave annoncée par Gadeau — reprenant les éléments matériels de notre tract.

Nous articulions vie chère et économie de guerre — LPM 449 milliards, Dassault Biard, base d’Abu Dhabi, Bpifrance copropriétaire. Aucun et aucune des élus ne l’a fait. Notre tract reste la seule prise de parole locale qui ait porté cette articulation dans cette lutte.

Nous écrivions que « la gauche bourgeoise soutient les grévistes comme la corde soutient le pendu ». S’est déployé en direct sous nos yeux le 22 avril.

Notre analyse tient. Le tract du 14 avril reste valable — et plus valable encore après le 22 avril.

Notre bilan

Leur bilan voit le rapport de classe et s’arrête au bord. Le nôtre entre dedans et en tire les conclusions.

Ce que montre cette lutte matériellement :

Vivalto est le capitalisme financier français dans son fonctionnement normal. Pas une déviation, pas un cas « mafieux ». LBO, banques françaises, fonds souverain du Golfe, Bpifrance. Voilà la forme normale du capital dans le grand âge aujourd’hui.

L’État n’est pas défaillant — il est parfaitement cohérent : actionnaire de Vivalto, envoyeur d’huissiers, pourvoyeur de réquisitions, financeur de la guerre, protecteur de Mubadala par la base d’Abu Dhabi. Il n’y a pas d’État-balance à réveiller — cet État-là est l’instrument d’une classe contre l’autre.

L’appareil CGT 86 confine politiquement — et tend le micro aux figures du cartel électoral. 1 gréviste pour 7 extérieurs, c’est le chiffre.

La gauche bourgeoise sociale-chauvine n’a pas de programme ouvrier — elle a un calendrier électoral. Elle utilise les grévistes comme décor.

Les grévistes portent politiquement plus que leurs « soutiens ». Ce que Raluya Noumani dit en trois formules dépasse ce que cinq élus disent en une heure.

Nos perspectives

Nous ne prétendons pas qu’il suffira de faire ce que nous proposons ici pour gagner. Les rapports de force se construisent dans la durée, contre des adversaires puissants. Mais nous savons ce qui ne marche pas : tenir isolé, ouvrir des négociations avec ceux qui envoient les huissiers, attendre 2027 avec un cartel qui couvre le PS de Blanchard. Et nous savons ce qui a une chance de faire basculer : l’extension, l’auto-organisation, la rupture programmatique avec l’impérialisme français.

Pour cette lutte et celles qui viennent, voici ce que nous défendons.

Étendre LA LUTTE

Sortir du confinement. Aller voir les travailleurs — pas seulement les délégués souvent intégrés — à l’entrée des autres EHPAD, du CHU, de la polyclinique, de Safran, de Dassault. Micro-meetings et réunions publiques dans les quartiers populaires — Couronneries, Trois-Cités, Saint-Éloi, Beaulieu et ailleurs — un dimanche matin sur le marché, avec les grévistes à la parole en premier, débat ouvert, objectif politique explicite : construire des comités de soutien, de solidarité, de lutte contre la vie chère, quartier par quartier, secteur par secteur.

Jonction ouvriers / paysans / petits artisans — même ennemi de classe

Le Crédit Agricole est actionnaire de Vivalto et il étrangle les petits paysans français par les taux. Même capital. Même ennemi.

Le 21 avril 2026 — veille du barbecue des Feuillants — le Premier ministre Sébastien Lecornu annonçait 20 centimes « rendus » aux « grands rouleurs modestes » et 15 centimes aux agriculteurs sur le GNR, alors que la hausse du gazole atteint 60 centimes en quelques semaines sous l’effet de la guerre au Moyen-Orient. Le céréalier Olivier Coupery, cité par France Info le 21 avril : « 15 centimes c’est toujours moins que les 60 centimes de hausse de prix du gazole que j’ai subi en quelques semaines. Ça correspond à peu près à un quart de l’augmentation. »

L’État a pris 60 centimes, il en rend 15 avec tambour, et finance en partie son propre geste avec le surplus qu’il a lui-même engrangé sur les taxes carburant. Exactement la mécanique TVA-CSG-CRDS — saigner de 100, rendre 15-20 pour calmer, tout en accumulant au passage.

Les aides-soignantes des Feuillants, les aides à domicile, les infirmières libérales, les petits paysans étranglés par le Crédit Agricole, les petits artisans, les ouvriers du BTP, les pêcheurs — ils ont tous le même ennemi. Aucun et aucune des élus à la tribune du 22 avril n’a fait le lien. Le lien, c’est la rupture avec l’impérialisme français. C’est ce qu’ils ne peuvent politiquement pas dire.

Auto-organisation ouvrière

Comités de grève élus dans chaque site (Feuillants, Rose d’Aliénor, Rêverie). AG souveraines et décisionnelles — pas le bureau de l’UD, pas les élus, pas les « soutiens » extérieurs — l’AG des grévistes et des travailleurs qui rejoindraient. Mandatement précis, révocabilité immédiate. Assemblées du peuple travailleur souveraines, pour réunir les non-grévistes autour de la lutte et la transformer en foyer d’extension.

Nos revendications programmatiques — du tract du 14 avril, toujours valables

  • Pour les grévistes : contrôle ouvrier, interdiction des réquisitions préfectorales, embauches massives sous contrôle ouvrier (contre l’envoi de la jeunesse à l’armée), fin des CDD et de l’intérim, titularisation de tous les contrats précaires, ouverture des livres de compte de Vivalto.
  • Salaires : indexation sur les prix (échelle mobile automatique), récupération de l’intégralité du salaire (direct + socialisé), abolition de toute taxe et impôt sur le salaire (CSG, CRDS, TVA, taxes énergie et carburants : 20 % de pouvoir d’achat rendu immédiatement), imposition confiscatoire du grand capital.
  • Retraites : financement exclusif par l’imposition du grand capital (Programme du Parti Ouvrier Français, Marx/Guesde 1880), sortie des représentants patronaux des caisses, fin des fonds de pension publics et privés.
  • Santé et dépendance : expropriation de Vivalto Vie sans indemnité ni rachat, intégration dans un grand service public unifié de santé et de la dépendance sous contrôle des travailleurs et des usagers. Les vieux n’ont pas à financer eux-mêmes leur prise en charge : retraite médiane autour de 1 500 €, EHPAD « moins cher » à 73 €/jour = 2 190 €/mois, Feuillants à 90 €/jour = 2 700 €/mois. Qui peut payer ça dans la classe ouvrière ? Personne. Les familles vendent les maisons, s’endettent. Le grand âge doit être financé par l’imposition confiscatoire du capital — pas par les retraités, pas par les familles, pas par la compression des salaires des aides-soignantes.
  • Banques : une seule banque publique sous contrôle des salariés et de la population laborieuse — nationalisation sans indemnité ni rachat de BNP, Crédit Agricole, Société Générale et autres banques privées.
  • Contre l’impérialisme français : fermeture de la base militaire française d’Abu Dhabi, retrait des forces françaises du Moyen-Orient, contre la LPM 2024-2030 et ses 449 milliards — cet argent doit aller aux salaires, aux retraites, aux services publics.

Front unique du peuple travailleur

Ce rassemblement a démontré trois choses.

Un. Les grévistes des Feuillants portent déjà politiquement plus que leurs « soutiens ». Ce que Raluya Noumani, Clarisse, Jenny Girardey, la déléguée formulent — production ouvrière, inutilité sociale du capital encadrant, démystification des briseurs de grève, « rien à perdre » de classe — va plus loin en quelques phrases que tout ce que cinq élus ont dit en une heure. La tâche n’est pas de leur apprendre la politique. Elle est de consolider, d’articuler, d’étendre ce qu’elles formulent déjà.

Deux. L’appareil CGT 86 — interprofessionnel (Hémon, UD) comme sectoriel (Gadeau, USD Santé) — tait l’économie de guerre, la LPM 449 milliards, Dassault Biard, Bpifrance, la base d’Abu Dhabi, la fiscalité sociale-chauvine, et organise le confinement matériel de la lutte. Que Gadeau nomme Blanchard quand Hémon le tait montre que la contradiction traverse la CGT elle-même. Cent dix ans après Monatte écrivant d’avril 1916 : « Ils ne font que recouvrir la thèse gouvernementale d’oripeaux révolutionnaires. » La formule tient, mot pour mot. Aux militants CGT de base, aux militants de l’USD Santé, de reprendre leur syndicat.

Trois. Les cinq élus — Ruffin, Belluco, Moncond’huy, Geay, Harris — ont convergé sur la sainte trinité du réformisme social-chauvin : grève isolée, ouverture de négociations, attente de 2027. Aucun et aucune n’a porté la revendication chiffrée (2 €/heure). Aucun et aucune n’a lié vie chère et économie de guerre. Aucun et aucune n’a proposé l’extension. Aucun et aucune n’a évoqué le contrôle ouvrier. Aucun et aucune n’a rompu avec le cartel qui les relie à François Blanchard, secrétaire départemental du PS de la Vienne et Directeur Opérationnel Adjoint de Vivalto Vie. Cette gauche est aujourd’hui l’obstacle principal à la victoire des grévistes.

La voie de la victoire est ailleurs. Dans le front unique du peuple travailleur  — ouvrières d’EHPAD, aides-soignantes, aides à domicile, postiers, cheminots, travailleurs de Safran et Dassault, précaires, chômeurs, petits paysans étranglés par le Crédit Agricole actionnaire de Vivalto, petits artisans, ouvriers du BTP, pêcheurs, quartiers populaires. Construit par les travailleurs eux-mêmes, avec leurs propres formes d’auto-organisation : comités de grève élus, AG souveraines et décisionnelles, mandatement précis, révocabilité immédiate, assemblées du peuple travailleur souveraines.

Dans un programme qui articule ce qu’ils ont séparé : vie chère et économie de guerre, salaire direct et salaire socialisé, abolition de la fiscalité sur le travail et imposition confiscatoire du grand capital, nationalisation des banques privées en une seule banque publique sous contrôle des salariés, expropriation des EHPAD privés sans indemnité ni rachat, fermeture de la base française d’Abu Dhabi, contre la LPM et ses 449 milliards.

C’est ce que portent nos affiches. C’est ce que porte notre tract du 14 avril, dont le 22 avril a confirmé la validité. C’est ce que notre collectif Gilets Jaunes Poitiers défend à Poitiers.

La grève n’est pas notre seule arme. La paie n’est pas notre seul combat.

Portfolio

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