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Quand l’État nous saigne avec ses taxes et ses impôts, Lutte Ouvrière tient le garrot

Et associe au RN quiconque lutte pour leur abolition — pour cacher son union sacrée et son social-chauvinisme fiscal

samedi 25 avril 2026, par Karob

Quand Lutte Ouvrière torpille une à une les revendications des travailleurs — De Marx à Barta, tout ce que LO trahit — Analyse de deux éditoriaux de Nathalie Arthaud (30 mars et 6 avril 2026)

Quand Lutte Ouvrière torpille une à une les revendications des travailleurs — De Marx à Barta, tout ce que LO trahit — Analyse de deux éditoriaux de Nathalie Arthaud (30 mars et 6 avril 2026)

En l’espace d’une semaine, Nathalie Arthaud a publié deux éditoriaux sur la flambée des prix de l’essence. Lus séparément, ils peuvent passer pour des textes radicaux — expropriation, confiscation, indexation des salaires. Lus ensemble, ils forment un système politique complet : la neutralisation méthodique de toutes les revendications qui menacent la structure de l’État bourgeois, au profit des seules revendications que cet État peut absorber. Et ce système trahit, point par point, tout ce que Marx, Trotsky et Barta — dont Lutte Ouvrière se revendique sans que Barta ait jamais reconnu ni construit cette organisation — ont défendu.

I. Le système en deux temps

Premier temps : le 30 mars — torpiller les revendications populaires

Dans son éditorial du 30 mars (« Essence : à bas les profiteurs de guerre ! Augmentation des salaires ! »), Arthaud entreprend de disqualifier une par une les revendications qui montent spontanément de la classe laborieuse.

Sur le blocage des prix, elle écrit : « Le gouvernement peut décider un blocage des prix des carburants, mais, alors, il compensera le manque à gagner des compagnies pétrolières. Et ce que nous ne paierons plus en passant à la pompe, nous le paierons à la pharmacie ou à l’hôpital faute d’argent pour la santé. »

Sur la suppression de la TVA : « C’est l’impôt le plus injuste car il fait payer la même chose aux riches et aux pauvres, et il mériterait de disparaître. Mais si l’argent collecté par la TVA n’était pas compensé par la bourgeoisie, ce serait une belle entourloupe ! »

Le procédé est toujours le même : concéder la justesse de la revendication, puis l’enterrer. « Il mériterait de disparaître, MAIS... » — ce « mais » neutralise tout. Et remarquez le conditionnel : « il mériterait ». Pas « nous exigeons sa disparition ». Pas « nous luttons pour son abolition ». Il mériterait. C’est un vœu pieux jeté en l’air pour se couvrir — un « il faudrait » qui ne sera jamais un « nous exigeons ».

Deuxième temps : le 6 avril — contaminer par association avec l’extrême droite

Une semaine plus tard, l’éditorial du 6 avril (« Sauvons notre peau du monde de fous qu’est le capitalisme ») durcit le procédé. Arthaud écrit : « Nombre de politiciens, à commencer par Le Pen et Bardella, ne veulent surtout pas s’en prendre aux profits patronaux et ne dénoncent que les taxes et la TVA. Ces taxes sont certes injustes (...) Il faudrait les supprimer (...) Mais (...) ne parler que de cela sert de diversion. »

LO ne dit jamais explicitement que dénoncer les taxes, c’est de l’extrême droite. Ce qu’elle fait est plus pervers : elle associe la dénonciation des taxes à Le Pen et Bardella dès la première phrase, puis conclut que « ne parler que de cela sert de diversion ». Le lecteur fait le raccourci tout seul. Le Pen au début de la phrase, « diversion » à la fin — et le cerveau du lecteur fait le travail. C’est de la contamination par association.

D’un éditorial à l’autre, LO est passée de la neutralisation (« c’est juste mais c’est piégé ») à la contamination (« c’est de la diversion lepéniste »). Le système se referme.

II. Le raisonnement circulaire : l’argument qui prouve le contraire de ce que LO veut démontrer

L’argument central de LO est celui-ci : si on supprime les taxes, l’État les reprendra de l’autre main ; si on bloque les prix, le gouvernement compensera les capitalistes avec l’argent de la santé ou de l’éducation. Donc, dit LO, ces revendications sont piégées.

Mais cet argument est en réalité un argument pour le contrôle ouvrier, pas contre l’abolition des taxes. Si tu crains que ce qui est arraché d’une main soit repris de l’autre, la réponse n’est pas d’abandonner la revendication — c’est de poser les organes de contrôle qui empêchent la reprise :

— Les comités de contrôle des prix, formés de délégués d’usines, de syndicats, de coopératives, de paysans, de « petites gens » des villes, de ménagères — exactement ce que Trotsky pose dans le Programme de transition.

— Le contrôle ouvrier sur les livres de comptes : « Montrez-nous vos livres ; nous exigeons le contrôle sur la politique des prix » — Trotsky, 1938.

— Les comités d’usine dans chaque entreprise pour exercer un droit de regard sur la production, la distribution, la fixation des prix.

Mais LO refuse de poser ces organes. Et comme elle refuse de les poser, elle utilise leur absence comme prétexte pour rejeter l’abolition des taxes. C’est un cercle vicieux volontaire : « on ne peut pas supprimer les taxes parce que l’État les reprendra » — mais on refuse de proposer les moyens d’empêcher l’État de les reprendre. Donc on ne peut jamais rien supprimer. Donc on reste à l’échelle mobile des salaires et à l’expropriation en abstrait. Et c’est tout.

Précisons : sur le blocage des prix en tant que tel, nous rejoignons la critique — c’est une fausse bonne idée qui ouvre la porte au marché noir et ne résout rien structurellement. Ce n’est pas là-dessus que porte notre critique. Notre critique porte sur le fait que LO utilise les limites du blocage des prix et de la suppression des taxes sans contrôle ouvrier pour rejeter ces revendications en bloc, au lieu de les articuler avec les organes de contrôle qui leur donnent leur efficacité.

III. Ce que Marx disait — et que LO trahit

L’abolition des impôts indirects : Marx, pas Le Pen

Marx, pour la Première Internationale, en 1866 : « S’il s’agit de choisir entre deux systèmes d’impôts, nous recommandons l’abolition complète des impôts indirects, et leur substitution complète par les impôts directs. » Il ajoutait que les impôts indirects font hausser les prix des marchandises, que les commerçants les surchargent d’intérêts et de profits, et que ces impôts cachent au travailleur ce qu’il verse réellement à l’État.

Le Programme du Parti Ouvrier Français, rédigé par Marx et Guesde en 1880, inscrit noir sur blanc au point 12 : « Abolition de tous les impôts indirects et transformation de tous les impôts directs en un impôt progressif sur les revenus dépassant 3 000 francs. Suppression de l’héritage en ligne collatérale et de tout héritage en ligne directe dépassant 20 000 francs. »

Remettons ces chiffres en contexte. En 1880, un ouvrier qualifié gagnait environ 1 500 francs par an. Le seuil de 3 000 francs représentait deux fois le salaire ouvrier annuel — ce qui signifie que pas un seul travailleur n’aurait payé un centime d’impôt. Rapporté aux salaires actuels, ce seuil correspond à environ 5 000 euros nets par mois, soit 60 000 euros par an. En dessous : rien. Ni TVA, ni TICPE, ni taxe foncière, ni impôt sur le revenu. Rien.

L’Internationale, écrite par Eugène Pottier en 1871, chante : « L’impôt saigne le malheureux. »

Le Manifeste du Parti Communiste (1848) place en deuxième revendication l’« impôt fortement progressif » — qui ne devait s’appliquer qu’aux couches les plus riches, à une époque où les ouvriers ne payaient pas d’impôt sur le revenu.

Marx faisait-il de la diversion ? Guesde faisait-il le jeu de l’extrême droite ? L’Internationale est-elle un tract lepéniste ?

Les limites de la lutte salariale : Marx contre le « mot d’ordre conservateur »

LO fait de l’échelle mobile des salaires et de l’expropriation l’alpha et l’oméga de son programme. Or, Marx, dans Salaire, prix et profit (1865), est d’une clarté implacable sur les limites de la lutte salariale :

« La tendance générale de la production capitaliste n’est pas d’élever le niveau moyen des salaires, mais de l’abaisser. » La lutte pour les salaires est nécessaire — l’ouvrier ne doit pas y renoncer, sous peine de « se ravaler à n’être plus qu’une masse informe, écrasée, d’êtres faméliques ». Mais Marx conclut : « Au lieu du mot d’ordre conservateur : "Un salaire équitable pour une journée de travail équitable", ils doivent inscrire sur leur drapeau le mot d’ordre révolutionnaire : "Abolition du salariat." »

Et sur les syndicats : « Les trade-unions manquent entièrement leur but dès qu’elles se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse. »

Que fait LO ? Exactement ce que Marx dénonce : une guerre d’escarmouches — échelle mobile, expropriation en abstrait — sans jamais poser la transformation du régime. Le « mot d’ordre conservateur » habillé en radicalité.

IV. Ce que Trotsky articulait — et que LO mutile

Le Programme de transition (1938) ne pose JAMAIS l’échelle mobile des salaires comme revendication isolée. Il l’articule organiquement avec :

Les comités de surveillance des prix : « Les paysans, les artisans, les commerçants doivent cependant, en tant que consommateurs, s’immiscer activement, la main dans la main avec les ouvriers, dans la politique des prix. Aux lamentations des capitalistes sur les frais de production, de transport et de commerce, les consommateurs répondront : "Montrez-nous vos livres ; nous exigeons le contrôle sur la politique des prix." Les organes de ce contrôle doivent être des COMITÉS DE SURVEILLANCE DES PRIX, formés de délégués d’usines, de syndicats, de coopératives, d’organisations de fermiers, de "petites gens" des villes, de ménagères, etc. »

L’alliance ouvriers-paysans — et c’est ici que Trotsky enfonce le clou : « Le paysan, l’artisan, le petit commerçant, à la différence de l’ouvrier, de l’employé, du petit fonctionnaire, ne peut revendiquer une augmentation de salaire parallèle à l’augmentation des prix. »

Trotsky dit explicitement ce que LO refuse d’entendre : l’échelle mobile des salaires ne sert pas aux non-salariés. Le chômeur, l’étudiant, le paysan, le marin-pêcheur, le boulanger, le travailleur indépendant, le précaire — pour eux, l’échelle mobile ne donne rien. Il faut les comités de prix. Il faut le contrôle ouvrier. Il faut l’articulation complète.

Et Trotsky ajoute cette phrase qui décrit avec une précision chirurgicale ce que fait LO en 2026 : « La grande bourgeoisie fait artificiellement de la question des prix des marchandises un coin qu’elle introduit entre les ouvriers et les paysans. »

C’est exactement le rôle objectif de la politique de LO : en opposant la revendication salariale (les ouvriers) à la revendication fiscale (tout le monde), LO introduit un coin entre les salariés et le reste de la classe laborieuse. Elle divise ceux que le programme de transition vise à unifier.

V. Ce que Barta revendiquait — et que LO jette à la poubelle

Barta — David Korner — est le fondateur de l’Union Communiste, dont Lutte Ouvrière se revendique aujourd’hui. Précisons : Barta n’a jamais construit ni reconnu Voix Ouvrière ou Lutte Ouvrière. Hardy, qui fondera plus tard Voix Ouvrière, avait été exclu ou avait quitté le groupe de Barta. Des militants comme Pierre Bois, qui avaient effectivement fait partie de l’Union Communiste, ont ensuite rejoint l’organisation d’Hardy — mais Barta lui-même n’a jamais cautionné cette filiation. LO se revendique de Barta comme elle se revendique de Marx et de Trotsky : en sélectionnant ce qui l’arrange et en jetant le reste. Or, Barta, dans le tout premier numéro de Voix des Travailleurs (octobre 1945), pose six revendications — pas deux :

  • L’échelle mobile des salaires
  • L’échelle mobile des heures de travail
  • Le contrôle ouvrier sur la production
  • Les comités d’usine
  • L’abolition du secret commercial
  • La suppression des impôts cédulaires sur les salaires
  • Barta écrit : « Dernièrement les impôts sur les transactions en Bourse ont été supprimés, alors que des impôts formidables continuent à grever les salaires ouvriers. »

Barta, dont LO se revendique, revendiquait la suppression des impôts sur les salaires en 1945. Il ne disait pas que c’était de la diversion. Il ne l’associait pas à l’extrême droite. Il l’inscrivait dans un programme articulé, à côté de l’échelle mobile et du contrôle ouvrier.

En septembre 1945, dans Lutte de Classes (n°50-51), Barta pose le front unique autour de : « l’échelle mobile des salaires et des heures de travail, l’abolition du secret commercial et le contrôle ouvrier sur la production » — toujours l’articulation complète, jamais l’échelle mobile isolée.

En novembre 1947, le Syndicat Démocratique Renault — créé par les militants de Barta — inscrit dans son programme : « Le contrôle ouvrier sur les livres de compte patronaux : c’est-à-dire le moyen pour ceux qui produisent de dire aussi leur mot dans l’établissement des prix et ne pas les laisser au bon plaisir des capitalistes et des spéculateurs. » Ce sont les comités de contrôle des prix de Trotsky, appliqués concrètement chez Renault en 1947.

Et en décembre 1945, Barta écrit cette phrase qui pourrait être adressée directement à Arthaud en 2026 : « Ce qu’il donne d’une main, le gouvernement se prépare à le reprendre de l’autre, en liant l’augmentation des salaires à une augmentation des prix du tabac, des PTT, des chemins de fer. »

C’est mot pour mot l’argument d’Arthaud : « si on supprime la TVA, l’État reprendra de l’autre main ». Sauf que Barta, lui, en tire la conclusion opposée : il faut le contrôle ouvrier pour empêcher ça. Pas abandonner la revendication.

VI. Deux diversions qui se complètent

Voilà le fond du problème. Il n’y a pas une diversion — il y en a deux.

La diversion de l’extrême droite  : Le Pen et Bardella parlent des taxes mais ne touchent pas aux profits. Ils dénoncent la TVA pour protéger le patronat. Ils ne posent ni l’expropriation, ni le contrôle ouvrier, ni la question du pouvoir.

La diversion de Lutte Ouvrière : LO parle des profits mais ne touche pas aux taxes. Elle dénonce les pétroliers mais disqualifie la colère sur les impôts en la renvoyant dans le camp de Le Pen. Elle ne pose ni les comités de prix, ni le contrôle ouvrier réel, ni la question du pouvoir.

Les deux diversions se complètent. À elles deux, elles couvrent le système complet. Personne ne pose la totalité du programme — abolition des taxes ET expropriation ET contrôle ouvrier ET comités de prix ET question du pouvoir. Marx et Guesde posaient tout ça ensemble dans le POF. Trotsky posait tout ça ensemble dans le Programme de transition. Barta posait tout ça ensemble dans Voix des Travailleurs. LO découpe, sélectionne, et jette la moitié — exactement la moitié qui menace la structure fiscale de l’État impérialiste.

VII. Bazali à Marignane : le silence sur les profiteurs de guerre qui payent ses militants

LO écrit qu’il faut « confisquer les bénéfices des profiteurs de guerre ». Elle cite Total, Exxon, BP, Shell. Mais pas un mot sur Airbus Helicopters Marignane.

Le camarade Rémy Bazzali, candidat de LO aux municipales de Marseille, élu CSE sur le secteur NH90, travaille chez Airbus Helicopters. Il produit des hélicoptères de combat — les NH90 Caïman, les Tigre, les Caracal — vendus à l’Arabie Saoudite, aux Émirats, à l’Égypte. Son salaire vient de l’industrie de guerre.

Pas un mot sur le contrôle ouvrier chez Airbus. Pas un appel aux travailleurs de Marignane à ouvrir les livres de comptes. Pas un mot sur Dassault, MBDA, Thales, Naval Group. On confisque les bénéfices de Total — mais ceux d’Airbus Helicopters, circulez.

LO dénonce les profiteurs de guerre dont elle ne dépend pas. Ceux qui payent ses militants, elle les protège. C’est à vomir.

VIII. Le social-chauvinisme fiscal : bilan

LO ne fait pas d’erreur théorique. Elle fait un choix politique.

Elle disqualifie par contamination avec l’extrême droite la revendication la plus unifiante de toute la classe laborieuse — celle que Marx inscrivait dans le programme minimum, celle que Pottier chantait dans L’Internationale, celle que Barta revendiquait en 1945.

Elle mutile le programme de transition en gardant l’échelle mobile des salaires et en jetant les comités de prix, le contrôle ouvrier réel, et l’articulation avec les non-salariés.

Elle fait de la lutte salariale l’alpha et l’oméga de son programme — exactement le « mot d’ordre conservateur » que Marx dénonçait en 1865.

Elle utilise un raisonnement circulaire pour rejeter l’abolition des taxes (« l’État reprendra de l’autre main ») tout en refusant de poser les organes qui empêcheraient cette reprise.

Elle protège concrètement le complexe militaro-industriel où travaillent ses militants tout en dénonçant abstraitement les « profiteurs de guerre ».

Le procédé est plus pervers qu’un refus ouvert. LO reconnaît que c’est injuste. LO dit qu’il faudrait supprimer. Non seulement LO ne le revendique pas, mais elle ne lutte pas pour leur abolition. Et elle associe ceux qui le font à Le Pen et Bardella. C’est la neutralisation par l’aveu — on concède pour mieux enterrer.

Lénine avait un mot pour ça : le social-chauvinisme — la défense de l’ordre impérialiste sous couverture socialiste. LO fait du social-chauvinisme fiscal : elle défend le système fiscal de l’État impérialiste français tout en se réclamant de la révolution.

IX. Ce que dirait un programme d’action basé sur le front unique

Un programme d’action basé sur le front unique des prolétaires et des travailleurs ne séparerait pas les revendications et ne disqualifierait pas la colère des masses. Il en partirait. Il poserait la totalité de l’articulation, conformément à Marx, Trotsky et Barta :

— L’abolition de toutes les taxes et impôts indirects pesant sur les travailleurs et la population laborieuse, conformément au Programme du POF de 1880, à L’Internationale, à toute la tradition programmatique du mouvement ouvrier, et à Barta lui-même — dont LO se revendique — en 1945 ;

— L’augmentation massive des salaires, pensions et allocations, et leur indexation sur les prix réels — l’échelle mobile, mais articulée, pas isolée ;

— Les comités de contrôle des prix formés de délégués d’usines, de syndicats, de coopératives, de paysans, de ménagères — conformément au Programme de transition de 1938 ;

— Le contrôle ouvrier sur la production et la distribution, y compris dans l’industrie d’armement — pas la dénonciation verbale des « profiteurs de guerre », mais le contrôle réel par les travailleurs de ce qui est produit et pour qui ;

— L’expropriation sans indemnité sous contrôle ouvrier — pas la « confiscation des bénéfices » qui laisse la propriété capitaliste intacte ;

— La perspective du gouvernement ouvrier et paysan et des organes d’auto-organisation comme aboutissement de la mobilisation.

L’échelle mobile sans l’abolition des taxes, c’est donner d’une main et reprendre de l’autre. L’abolition des taxes sans le contrôle ouvrier, c’est le piège que décrit Arthaud — mais le piège se referme parce qu’Arthaud refuse d’en poser la solution. L’expropriation sans le contrôle ouvrier, c’est la nationalisation bourgeoise. La dénonciation des profiteurs de guerre sans le contrôle ouvrier dans l’armement, c’est du bavardage. Et disqualifier la colère sur les taxes en la renvoyant dans le camp de Le Pen, c’est rejeter la revendication la plus ressentie par les masses au lieu d’en faire le point de départ de la mobilisation.

C’est l’exact opposé de la méthode transitoire : Trotsky dit qu’on part de la revendication telle qu’elle est ressentie par les masses, et on la prolonge vers la question du pouvoir. LO fait le contraire : elle rejette la revendication ressentie par les masses pour imposer la sienne.

Conclusion

Lutte Ouvrière trahit Marx. Lutte Ouvrière trahit Trotsky. Lutte Ouvrière trahit Barta — dont elle se revendique sans qu’il l’ait jamais reconnue. Et elle le fait en se réclamant d’eux.

Marx exigeait l’abolition des impôts indirects — LO l’associe à l’extrême droite. Marx disait que se borner aux salaires c’est le mot d’ordre conservateur — LO en fait tout son programme. Trotsky articulait l’échelle mobile avec les comités de prix et le contrôle ouvrier — LO garde l’échelle mobile et jette le reste. Barta, dont LO se revendique, revendiquait la suppression des impôts sur les salaires — LO jette cette revendication à la poubelle.

Ce n’est pas de l’incompétence. C’est de l’intégration. Quand on défend la structure fiscale de l’État bourgeois, quand on divise la classe laborieuse en opposant les salariés aux non-salariés, quand on protège l’industrie d’armement où travaillent ses propres militants, on n’est plus un parti révolutionnaire — on est un auxiliaire de l’ordre existant qui se cache derrière des mots radicaux.

Ça porte un nom : le social-chauvinisme fiscal — la défense de l’État bourgeois déguisée en radicalité ouvrière. Quand l’État nous saigne avec ses taxes et ses impôts, Lutte Ouvrière tient le garrot.

Sources LO :

« Essence : à bas les profiteurs de guerre ! Augmentation des salaires ! » — 30 mars 2026
« Sauvons notre peau du monde de fous qu’est le capitalisme » — 6 avril 2026

Références :

  • Karl Marx, Résolution de l’AIT sur la fiscalité, 1866
  • Karl Marx et Jules Guesde, Programme du Parti Ouvrier Français, 1880 — Point 12
  • Karl Marx, Salaire, prix et profit, 1865 — Conclusion
  • Eugène Pottier, L’Internationale, 1871
  • Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti Communiste, 1848
  • Léon Trotsky, L’Agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale (Programme de transition), 1938 — Chapitres 4 et 11
  • Barta, Voix des Travailleurs n°1, octobre 1945
  • Barta, Lutte de Classes n°50-51, septembre 1945
  • Barta, Voix des Travailleurs n°27, novembre 1947 — Programme du Syndicat Démocratique Renault
  • Barta, Voix des Travailleurs n°4, décembre 1945

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