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Antimilitarisme de parade, antimilitarisme de classe : la CGT Socétudes 31 et Révolution Permanente face à la guerre
dimanche 26 avril 2026, par
Dénoncer l’impérialisme — et après ?
Le communiqué du collectif CGT des sociétés d’études de la Haute-Garonne (30 mars 2026) dénonce la militarisation de l’économie française, nomme l’impérialisme, pointe la répression syndicale, relie l’austérité aux budgets militaires. Révolution Permanente Toulouse le relaie le 5 avril en saluant une « prise de position inédite et courageuse ».
fsetud-cgt.fr/non-au-tournant-militariste-nos-metiers-ne-doivent-pas-servir-la-guerre-la-surveillance-et-la-repression/
Examinons, point par point, ce que disent ces deux textes — et ce qu’ils taisent.
La guerre : « tournant » ou produit organique du capitalisme ?
La CGT Socétudes 31 parle d’un « tournant militariste ». Le mot est révélateur : un tournant, c’est un choix politique, une orientation réversible, qu’on pourrait corriger par un rapport de forces suffisant. C’est faux. La guerre est le produit nécessaire du capitalisme à son stade impérialiste. La concentration monopoliste, l’exportation de capitaux, la lutte pour les marchés et les matières premières conduisent nécessairement au conflit armé. Tant que la bourgeoisie tient l’État, elle fera la guerre. Ce n’est pas un tournant, c’est le fonctionnement normal du système.
RP ne relève pas cette erreur. Elle reprend le cadre du « tournant » sans broncher. Pourquoi le ferait-elle ? Dire que la guerre est organique au capitalisme, c’est dire que seule la révolution peut y mettre fin. Et cette conclusion, RP ne veut pas la tirer.
Nommer l’impérialisme français — mais sans le combattre jusqu’au bout
Le communiqué CGT a le mérite de nommer l’impérialisme français, de pointer son rôle au Moyen-Orient, en Ukraine, au Venezuela, en Afrique. C’est un point d’appui réel. Beaucoup de textes syndicaux se contentent de dénoncer « la guerre » en général, sans nommer leur propre bourgeoisie.
Mais nommer n’est pas combattre
Le communiqué dénonce l’impérialisme français sans jamais dire qu’il faut le désarmer, le renverser, briser la chaîne impérialiste au maillon français. Il reste dans le registre de la protestation — pas de la perspective révolutionnaire.
RP, de son côté, relaie cette dénonciation sans rien y ajouter. Elle écrit que « les capitalistes assument de plus en plus ouvertement voir dans les guerres des opportunités économiques » — constat d’une banalité confondante. Pas un mot sur le défaitisme révolutionnaire, sur l’ennemi principal dans son propre pays, sur la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. RP dénonce l’impérialisme en général — mais se garde bien de tirer les conclusions pratiques contre le sien.
Le « droit de retrait éthique » : soupape individuelle ou contrôle ouvrier ?
Le cœur du communiqué CGT est la revendication du « droit de retrait des salariés pour des raisons éthiques et politiques ». L’idée est compréhensible : des travailleurs refusent que leurs compétences servent la guerre. L’exemple de Capgemini et de l’ICE est parlant.
Mais cette revendication est une impasse. Le droit de retrait individuel — même exercé collectivement — laisse intacte la machine. On refuse un projet ; le projet suivant arrive. La question n’est pas de se retirer de la production de guerre : c’est de contrôler la production tout court. Qui décide ce qui est produit, comment, pour qui ? Voilà la question du contrôle ouvrier — qui mène à la question du pouvoir.
RP parle parfois de « contrôle des travailleurs » dans d’autres contextes — sur les entreprises pétrolières, par exemple. Mais ici, face à un texte qui porte précisément sur l’industrie de l’armement et le numérique militaire, pas un mot. Et pour cause : revendiquer le contrôle ouvrier sur les entreprises d’armement, c’est s’attaquer frontalement à son propre impérialisme. C’est aller au-delà de la dénonciation verbale. RP ne franchit pas cette ligne.
L’internationalisme : déclaration ou programme ?
Le communiqué appelle à « renforcer la solidarité internationaliste entre travailleurs du public et du privé » et à « s’organiser au-delà des frontières, notamment dans les entreprises multinationales ». RP ne commente pas cette partie.
Qu’est-ce qu’un internationalisme conséquent face à la guerre ?
Rosmer, Monatte, Loriot, Péricat l’ont montré pendant la Première Guerre mondiale. Quand la direction de la CGT — Jouhaux — a rallié l’union sacrée en août 1914, ces militants ont refusé. Monatte a rompu publiquement avec la direction confédérale. Rosmer a maintenu le courant internationaliste aux côtés de Trotsky à Paris. Loriot a organisé le Comité pour la reprise des relations internationales — embryon du futur Parti communiste. Péricat a animé le Comité de défense syndicaliste.
Leur trajectoire est parlante : de l’antimilitarisme syndical, ils sont passés au ralliement aux bolcheviks. Parce que les bolcheviks avaient compris que l’internationalisme sans programme révolutionnaire est un mot vide. Le défaitisme révolutionnaire — l’ennemi principal est dans son propre pays — et la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile : voilà le contenu réel de l’internationalisme prolétarien.
Le communiqué CGT Socétudes 31 en est au stade de la protestation internationaliste — comme la majorité de la CGT avant août 1914. La question est : ira-t-il plus loin, ou sera-t-il emporté par la prochaine vague d’union sacrée ? L’histoire montre que sans organisation révolutionnaire dans le syndicat, la seconde issue est la plus probable.
Et RP ? RP connaît cette histoire. Elle s’en réclame verbalement. Mais elle ne tire aucune leçon pratique. Elle ne propose pas de fraction révolutionnaire dans la CGT, pas de programme commun antimilitariste qui aille au-delà de la protestation, pas de coordination internationale concrète. Elle salue — et passe à autre chose.
Un texte tolérable par la direction confédérale
Voici le test décisif : le communiqué CGT Socétudes 31 pose-t-il un problème à la direction confédérale de la CGT ? Non. Un « droit de retrait éthique » ne menace pas l’appareil. Il ne remet pas en cause le social-chauvinisme de la confédération — cette direction intégrée à la République bourgeoise, intégrée à l’État, qui fonctionne comme courroie de transmission de l’impérialisme français dans la classe ouvrière sous couvert de « défense des acquis ».
Le communiqué reste dans le cadre du capitalisme. Il ne dit jamais qu’il faut désarmer la bourgeoisie, renverser son pouvoir, instaurer le pouvoir ouvrier. Son antimilitarisme est un antimilitarisme qui reste l’arme au pied.
Et c’est exactement pour cela que RP peut le soutenir sans gêne. RP n’a pas d’autre programme que celui de la CGT ou de SUD-Solidaires, habillé d’une terminologie trotskisante. Elle « radicalise » le vocabulaire — « contrôle des travailleurs », « capitalistes qui voient dans les guerres des opportunités » — sans jamais radicaliser la politique. Son soutien au communiqué n’est pas un acte de solidarité révolutionnaire : c’est une adaptation au social-chauvinisme ambiant.
Ce qu’aurait fait une organisation révolutionnaire
Des militants révolutionnaires dans la CGT auraient pris ce communiqué comme point de départ — non comme point d’arrivée. Ils auraient dit aux camarades de Toulouse :
"Nous sommes d’accord avec votre dénonciation de l’impérialisme français. Allons plus loin : ouverture des livres de comptes, comités de contrôle ouvrier avec droit de veto sur les contrats militaires, rupture avec toute union sacrée — y compris celle des directions syndicales qui participent aux commissions de « défense nationale ».
Nous sommes d’accord avec votre internationalisme. Rendons-le concret : défaitisme révolutionnaire, coordination des travailleurs de Capgemini, Atos, Sopra Steria dans tous les pays, refus de tout soutien à l’impérialisme français sous aucun prétexte.
Nous sommes d’accord que les travailleurs ont leur mot à dire sur la production. Tirons la conclusion : seul le pouvoir ouvrier — un gouvernement des travailleurs issu de l’auto-organisation de la classe (conseils, soviets) — pourra réorienter la production vers les besoins sociaux, parce que seul il pourra exproprier les marchands de canons et briser l’État de la bourgeoisie.
Et nous combattons ouvertement le social-chauvinisme de la direction confédérale, qui est le premier obstacle à cette perspective."
Voilà ce que devrait être une politique de fraction communiste dans le syndicat. Voilà ce que RP ne fait pas, n’a jamais fait, et ne fera pas — parce que son « trotskisme » est un trotskisme de vitrine, qui utilise les mots de Trotsky pour pratiquer la politique de Jouhaux.




