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L’extrême-gauche française : sur les traces du menchévisme de Martov et de la gauche révolutionnaire de Marceau Pivert

vendredi 24 avril 2026, par Alex, Waraa

L’extrême-gauche française : sur les traces du menchévisme de Martov et de la gauche révolutionnaire de Marceau Pivert

Le parti menchévique russe a commencé son existence comme courant révolutionnaire se battant contre le tsarisme mais n’a pas voulu admettre que la révolution prolétarienne qui le renverserait devait mener à la prise du pouvoir du prolétariat. Le parti menchévique a séparé la lutte contre la dictature du tsar et la lutte pour le socialisme en étapes distinctes. Il a rejeté la politique de révolution permanente. Il a fini dans les bras des forces tsaristes et des impérialismes en armes pour écraser la révolution russe.

Lénine : « Toute sa vie, Marx a lutté contre ce socialisme petit-bourgeois, ressuscité de nos jours en Russie par les partis socialiste-révolutionnaire et menchévik. »

Trotsky dans « Cours nouveau » : « Le trait essentiel de l’opportunisme, y compris de notre menchévisme russe, est la sous-estimation du rôle du prolétariat ou, plus exactement, le manque de confiance dans sa force révolutionnaire… Les menchéviks récusaient comme une utopie, un non-sens, le rôle dirigeant du prolétariat par rapport à la paysannerie, avec toutes les conséquences qui en découlent, c’est-à-dire la conquête du pouvoir par le prolétariat s’appuyant sur la paysannerie. C’était là le défaut de la cuirasse des menchéviks. »

La position menchévique, c’est celle qui consiste à affirmer que l’heure n’est pas à la formation de soviets et à leur prise du pouvoir, mais au soutien de tendances progressistes, politiques et syndicales, de résistances nationales, de luttes pour la démocratie et contre le fascisme, de luttes pour les droits nationaux, pour les droits des minorités même si elles ne mènent pas à la révolution sociale. On mène d’abord ces luttes qui avancent le camp du progrès nous disent-ils et cela fera plus tard avancer le but révolutionnaire qui n’est pas à l’ordre du jour de la situation. Arrêter les guerres impérialistes d’abord, gagner les guerres nationales (palestiniens, ukrainiens, etc.), imposer la démocratie contre fascisme et dictature, imposer les droits des travailleurs d’abord, repousser les reculs sociaux, on fera la révolution plus tard nous disent les nouveaux menchéviques.

A l’opposé de la révolution permanente du bolchevisme, ils séparent et opposent luttes immédiates et perspectives révolutionnaires socialistes et inventent une étape démocratique, de gauche, antifasciste, nationale, de défense des femmes, des minorités, de front populaire, de front de gauche, qui serait intermédiaire entre les attaques et la révolution prolétarienne qu’ils renvoient aux calendes…

A quoi a mené le menchévisme : au soutien par d’anciens révolutionnaires des forces tsaristes, réactionnaires, fascistes et impérialistes contre la révolution des soviets ! C’est le menchévisme qui a permis l’écrasement de la révolution en Europe, notamment en Allemagne, et qui a isolé la révolution des soviets, entrainant le stalinisme.

Après la social-démocratie le stalinisme a été une manière de rétablissement d’une politique menchévique au sein du prolétariat international et que l’extrême gauche en s’alignant sur les partis staliniens, sociaux-démocrates et les appareils syndicaux, fait de même.

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/12/lt19371217.htm

1903 : le menchévisme entre l’opportunisme et le bolchévisme

C’est au IIème congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie en 1903, à Bruxelles puis à Londres, que les bolchéviks (en russe "majoritaires", groupés autour de Lénine) et menchéviks ("minoritaires", groupés autour de Martov), donnèrent, sans en avoir l’intention, leur nom à deux tendances qui s’affrontent encore aujourd’hui. Outre Lénine et Martov, Trotsky, Plékhanov et Rosa Luxemburg (à travers ses deux émissaires Hanecki et Warski.) participèrent à ce congrès.

Au contraire, le terme "opportuniste" qui fit fortune avait été créé en France dans les années 1870 par le journaliste Rochefort. Ces deux termes d’opportunisme et de menchévisme se recouvrent, et être marxiste, c’est encore aujourd’hui combattre ces deux courants, dénommer ceux qui les incarnent dans chaque pays et à chaque époque, tant ces tendances sont protéiformes.

Le bolchévisme, c’est avant tout Lénine jusqu’à sa mort en 1924, ses amis comme ses ennemis le reconnaissent. Trotsky et Rosa Luxemburg étaient bien avant 1903 déjà partisans de Lénine concernant la question fondamentale du rôle primordial de la classe ouvrière. Trotsky se rallia à Lénine sur la question du parti en 1917, alors que le bolchévisme, à travers Lénine se rallia à Trotsky concernant la question de la révolution permanente .

Trotsky fut bolchévik à 100% à partir de 1917, incarnant ce courant jusqu’à sa mort en 1940, dénommant "bolchéviks-léninistes" ses disciples français.

Le premier signe de l’opportunisme et du menchévisme de l’extrême-gauche française (LO, NPA-R, RP, et PT) est son refus patent de ce qualificatif de "bolchévik". Or cette scission de 1903 entre bolchéviks et menchéviks reste d’actualité, et qui se réclame du marxisme sans se dire bolchévik, est mécaniquement menchévik ou opportuniste. Cet argument par la négative, voyons comment il se manifeste de façon positive, dans l’action de ces partis, diamétralement opposée à leur programme supposé marxiste.

1914 : le menchévisme est entre l’opportunisme et le bolchévisme

Il existait depuis la légalisation du Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD) en 1890 un courant bourgeois, qui à partir de la mort d’Engels (1895) se déploya ouvertement autour du révisionnisme de Bernstein. La bourgeoisie a depuis cette époque besoin d’avoir des agents arborant le drapeau marxiste. Pourquoi ? Car à partir d’environ 1890, les idées marxistes avaient définitivement vaincu, sur le terrain des idées, des courants comme le Proudhonisme, l’anarchisme. Depuis cette époque, ceux qui combattent la révolution prolétarienne dans le mouvement ouvrier, pour être crédibles, doivent se réclamer au moins en partie du marxisme.

En 1903, les menchéviks tout comme comme les bolchéviks, ainsi que les électrons libres comme Plékhanov, Trotsky et Rosa Luxemburg, furent unanimes au Congrès de 1903, et condamnèrent l’opportunisme. Le menchévisme fut donc à sa naissance officiellement contre l’opportunisme. Alors que le révisionnisme prétend comme son nom l’indique réviser le marxisme, le menchévisme prétend l’incarner.

L’Union sacrée de 1914 ne changea pas grand-chose, Martov resta menchévique et internationaliste :

Puisque la faillite de l’Internationale devait aboutir inévitablement à de telles conséquences, les marxistes révolutionnaires avaient le devoir de travailler énergiquement pour souder les éléments prolétariens restés fidèles à la lutte de classes et pour réagir résolument contre le « social-patriotisme », alors même que les masses n’avaient pas encore secoué l’ivresse nationaliste et la panique de la guerre. Dans la mesure où il aurait été possible de réaliser cette soudure sur le plan international, il était encore permis d’espérer que le soulèvement des masses ne détruirait pas le patrimoine idéologique d’un demi-siècle de luttes ouvrières ; il était permis d’espérer qu’une digue serait opposée à l’assaut de l’anarchisme.

Tel était le sens objectif des tentatives de Zimmerwald et de Kienthal, en 1915-1916

Martov, 1923

1917 : le menchévisme et l’opportunisme fusionnent dans l’action

C’est la révolution russe de Février 1917 qui changea tout. Le menchévisme, qui avait voté pour la dictature du prolétariat lors du congrès de 1903, affirma qu’en 1917, le temps "opportun" n’était pas venu (cette formule est l’essence de l’opportunisme) et s’opposa à la révolution prolétarienne d’octobre 1917. Avec Octobre 1917 en Russie, le menchévisme devint ouvertement l’aile gauche de l’opportunisme.

Nous sommes pour la révolution prolétarienne, elle est souhaitable sur le papier, mais impossible aujourd’hui ! En parler aujourd’hui pourrait donc être "mal interprété", il faut effacer ce terme de la propagande et de l’agitation ! C’est un résumé du menchévisme.

Le NPA-R incarne parfaitement cette tendance en intitulant un des ses textes de congrès : "La révolution maintenant !", ou intitulant son organe "Révolution" : la révolution prolétarienne n’est pas au programme, on se limite donc, sans le dire, à l’apologie des premières étapes naïves et spontanée des révolutions, où les révolutionnaires jouent souvent un rôle très secondaire. Alors qu’un des premiers concepts marxistes est depuis 1848 la distinction entre révolutions prolétariennes et bourgeoises, cette distinction disparaît.

Le menchévisme est un courant qui existe mondialement, mais il est peu connu car le stalinisme à partir de 1924, donna le nom de communisme et de bolchévisme à des courants (dont lui-même), qui pratiquaient sans le dire une politique menchévique, dénonçaient Trotsky et Rosa Luxemburg comme "menchéviks". Le menchévisme est donc un courant important en France, sans que cela se sache. Appeler marxiste un programme purement bourgeois, c’est un des traits du menchévisme.

Le programme politique national de l’extrême-gauche opportuniste : l’antifascisme, une idée réactionnaire

Les concepts même d’antifascisme et d’antifasciste ne sont que fiction et mensonge. le marxisme aborde tous les phénomènes d’un point de vue de classe.

Trotsky, 4 mars 1939, Ouvres, volume 20

L’extrême-gauche française met en avant pour justifier toutes ses actions communes, sans critique, avec la gauche réformiste, la question du racisme. Ainsi il y aurait eu une situation "urgente" et N. Arthaud est allée apporter son soutien au nouveau maire LFI de Saint-Denis, parce qu’il est "noir". Ainsi en théorie LO dénonce LFI au nom du marxisme, mais dans l’action c’est le soutien sans critique à LFI. La différence entre le programme et les actions, c’était le menchévisme en 1917.

Cette tactique en France a fait ses preuves, car le père du réformisme A. Millerand s’adressa à la bourgeoisie, lui demandant d’accepter les socialistes, la preuve ayant été faite lors de l’Affaire Dreyfus que ceux-ci sont les meilleurs alliés de la bourgeoisie "démocratique" contre l’extrême-droite antisémite qui menace la République.

Ces courants opportunistes prétendent défendre la démocratie contre le fascisme comme l’ont toujours fait les marxistes, mais ils ne font en fait que défendre la démocratie bourgeoise contre la dictature du prolétariat. Et lorsque cette démocratie bourgeoise se transforme ouvertement en dictature, les menchéviks continuent à défendre la bourgeoisie, ce fut le destin des menchéviks en 1917.

L’antiracisme et l’antifascisme de l’extrême-gauche sont un retour au Millerandisme.

1936 en France : le menchévisme incarné par le Front populaire

Trotsky, assimilait les politiques de Front populaire au menchévisme. :

Toute révolution, même dans un pays qui en a traversé une dizaine, commence avec des illusions naïves et une confiance simple : les nouvelles générations doivent apprendre de nouveau. Le Front populaire, en France, a assumé la même tâche que ce qu’on appelait la « coalition » des cadets, des mencheviks et des socialistes révolutionnaires en Russie en mars 1917 : A contenir la révolution à sa première étape.

Trotsky, 8 décembre 1938

Des illusions naïves et une confiance simple : c’est exactement ce que sont destinés à faire naître la propagande ininterrompue de l’extrême-gauche de type menchévique : antiracisme, antifascisme, anticapitalisme, anti-impérialisme soutien aux Palestiniens. Ces mots d’ordres essentiellement bourgeois veulent faire croire à la classe ouvrière que la révolution prolétarienne coïncide avec les luttes de la petite-bourgeoise démocratique, dans le but de contenir éternellement toute révolution bourgeoise à son étape bourgeoise, sa première étape.

Trotsky continuant en décrivant une situation française, qui a peu changé :

La différence est que la bureaucratie réformiste en France (socialistes, communistes, syndicalistes) est infiniment plus puissante qu’elle n’était en Russie en 1917. En outre, le Kremlin a soutenu le Front populaire français au nom de la révolution d’Octobre, qui avait gagné contre le Front populaire. Enfin, le parti révolutionnaire en France est infiniment plus faible qu’il ne l’était en Russie.

Trotsky, 8 décembre 1938

Cette gauche réformiste est encore puissante en France. Un parti "purement" menchévique en chair et en os est donc inutile pour la bourgeoisie. Par contre son existence symbolique, comme cinquième roue du carrosse réformiste est indispensable. Pour discréditer le bolchévisme qui fut incarné par Trotsky jusqu’en 1940, mais dont les idées sont bien vivantes et accessible à travers tous ses écrits, une extrême-gauche bolchévique en parole, menchévique dans les faits, et qui choisit de végéter à l’ombre du PC, de LFI, de la CGT et SUD, est utile comme le fut l’ouvrier Albert au gouvernement en février 1848.

C’est pour cette raison qu’accorder une telle attention à ces courants n’est pas perdre son temps à se lamenter sur la dérive de petites organisations. C’est observer pourquoi et comment les dirigeants de l’impérialisme français ont intérêt à rendre visible ces petits groupes inoffensifs.

Beaucoup de militants d’extrême-gauche de LO, du NPA sont sans doute "sincères", ils ont l’impression de "défendre" les idées de Trotsky. Celui-ci reconnaissait que la clique de Staline, voulait "sincèrement" la révolution en Chine, puis en 1933 en Allemagne. Mais portée par des forces bourgeoises (la bureaucratie soviétique qui voulait s’installer dans ses privilèges), c’est au service d’une politique bourgeoise dans la révolution qu’ils agirent.

Le programme économique national de l’extrême-gauche opportuniste : l’apologie du salariat

Le fait que l’extrême-gauche française ne joue que le rôle de la cinquième roue menchévique du carrosse opportuniste est illustré par sa politique actuelle face à la vie chère.

Alors que l’abolition du salariat est une des pierres angulaires de tout programme marxiste, car Marx a démontré dans le Capital que toute lutte pour les salaires est illusoire, l’extrême-gauche française donne comme idéal au prolétariat un "salaire juste et digne" ! Mais surtout, cette extrême-gauche exclut tout autre revendication, à part le lointain "renversement du capitalisme".

Alors qu’une des revendications d’un programme marxiste, au moins depuis 1880 en France (programme du Parti ouvrier français écrit sous la dictée de Marx) est : "Abolition des impôts indirects", et que face à l’augmentation du prix des carburants, ce slogan est parfaitement approprié, le NPA-R, LO et RP exaltent "l’augmentation des salaires" (nominaux mais pas réels), appelant les salariés à rejeter celui de "suppression des taxes" comme étant quasiment "d’extrême-droite" car porté par le RN.

Ces partis se font les porte-voix des directions syndicales réformistes. Car le mot d’ordre de suppression des taxes est évident, aurait un impact plus fort qu’une augmentation du salaire nominal, en augmentant le salaire réel, et entrainerait derrière le prolétariat les petits paysans, artisans etc. Bref, la classe ouvrière deviendrait en germe une classe dirigeante. Un tel slogan contre les taxes désigne de plus l’Etat-patron comme un ennemi bourgeois comme les autres, incarnant le capitalisme d’Etat. La lutte contre le capitalisme prendrait directement la forme de lutte économique contre l’Etat bourgeois, et rapidement la nécessité politique de sa destruction apparaitrait comme évidente. C’est, sans mauvais jeu de mots, l’essence des revendications transitoires

Mais la révolution prolétarienne est éternellement "pour le moment pas possible", c’est le discours du menchévisme. En pratique, cet Etat bourgeois est le protecteur, le financeur de l’aristocratie ouvrière des bureaucraties syndicales, des partis, des élus de la gauche réformiste. C’est l’Etat bourgeois qui fournit le beurre de l’Assiette au beurre où se complaisent ces courants. L’extrême-gauche opportuniste peut dénoncer dans ses écrits cette bureaucratie, mais en pratique elle veut garder ses positions même subalternes dans ces bureaucraties syndicales, et garde donc le silence sur cette question.

Ce trait du menchévisme est apparu comme chimiquement pur lors du rassemblement du 17 avril à Paris "Contre la guerre" qui réunit toute cette extrême-gauche menchévique : LO, NPA-R, RP, Parti des travailleurs. Quelle leçon de chose ! Ces groupuscules signent un appel, mais alors qu’ils viennent de présenter au élections municipales des dizaines de candidats se vantant d’être "syndicalistes" (étiquette étrangère au bolchévisme), aucun des syndicats dont les porte-parole de ces partis sont secrétaires, délégués ou autre, n’a signé cet appel ! Ils n’ont même pas essayé de mettre au vote dans leurs organisations syndicales leur appel ! Cette extrême-gauche se vante d’avoir eu 100 000 votes révolutionnaires aux élections municipales, mais se garde bien de permettre à un seul de ces électeurs de s’exprimer par des votes de motions révolutionnaires dans les syndicats.

D’ailleurs, ce rassemblement du 17 avril était une caricature d’internationalisme prolétarien, bien illustré par cette vidéo pacifiste du NPA-R

Le programme international de l’extrême-gauche opportuniste : le social-impérialisme

Comment rentrer dans l’Union sacrée par la petite porte ? Tout d’abord il faut montrer patte blanche, et reconnaître que la France est une démocratie, alors que l’Iran est une dictature. Le NPA-R le fait très bien :

Pour les marxistes, les Etats de France et d’Iran sont autant bourgeois l’un que l’autre. Mais l’Iran est un Etat opprimé par l’impérialisme. Le terme de "réactionnaire" ne fait pas partie de la théorie marxiste de l’Etat. Tout Etat a des traits réactionnaires. Celui du prolétariat, l’Etat ouvrier, l’est un peu moins car il met au programme sa propre disparition.

Mais dans l’Union sacrée les bonnes places sont déjà prises. L’extrême-gauche opportuniste doit y créer son propre emploi, montrer à la bourgeoisie qu’une aile qui se dit léniniste est utile. Le NPA-R caricature Lénine, en faisant référence à la politique du défaitisme :

Tout comme le rassemblement du 17 avril, on est encore face à un menchévisme chimiquement pur, mais qui se transforme déjà en opportunisme. Car être marxiste, c’est être avant tout pour la défaite de son propre impérialisme : l’impérialisme français. Etre pour la défaite des impérialismes rivaux dont celui de l’Allemagne, c’était le discours social-patriote en 1914. Le "défaitisme" du NPA-R, c’est un défaitisme nationaliste.

Ce n’est pas seulement à ce titre que le slogan "pour la défaite des USA et d’Israël" du NPA-R n’a rien de marxiste ou de léniniste. C’est du défaitisme Comme nous l’avons déjà dit plus haut, la source de tout le menchévisme réside dans le fait qu’il repousse la révolution prolétarienne. Or, concernant les USA et Israël, les marxistes ont pour objectif la révolution prolétarienne. La politique de Lénine n’était pas le "défaitisme", c’était le défaitisme révolutionnaire prolétarien. C’était parce que la défaite de l’impérialisme russe créerait les meilleures conditions pour la révolution prolétarienne en Russie que Lénine mit ce type de slogans en avant. Or le NPA-R ne mentionne la révolution prolétarienne ni aux USA ni en Israël, ni d’ailleurs en Palestine.

Le programme du NPA-R pour la Palestine dénonce d’ailleurs le bolchévisme sous le vieux terme de "maximalisme", et nous averti que la révolution prolétarienne n’est pas au programme

Donner la priorité simultanément à la construction de forces socialistes révolutionnaires, tout en évitant les pièges des « maximalistes » d’extrême gauche et de leurs abstractions excessives d’une part, et du suivisme opportuniste des humeurs d’autre part. Les marxistes apprennent en permanence et il est essentiel que la gestion de ces circonstances extrêmement difficiles passe également par la discussion, le débat et d’éventuelles collaborations politiques utiles dans la lutte entre socialistes non sectaires à travers la région et dans le monde entier.

Ce type de jargon est dans le style menchévique, Trotsky le rappelait à propos de Martov :

Je doute qu’il y ait jamais un politique socialiste qui aura su exploiter le Marxisme avec autant de talent pour justifier sa propre fuite et ses trahisons envers la doctrine. Sous ce rapport, Martov peut être considéré comme un virtuose. D’autres plus instruits que lui, tels que Hilferding, Bayer, Renner et même Kautsky n’étaient que des « sous-maîtres », comparés à Martov sur le plan de la falsification politique du Marxisme, c’est-à-dire en représentant la passivité et l’esprit de capitulation comme les formes suprêmes de l’impitoyable lutte des classes.

Sur les traces de la Gauche révolutionnaire Marceau Pivert

Le menchévisme français doit s’adapter à la France. Or Marceau Pivert qui anima la Gauche révolutionnaire dans la SFIO de Léon Blum de 1935 à 1938 est le modèle idéal. C’est derrière cette étiquette que le RP se présente aux élections, appelant à Reconstruire une gauche révolutionnaire à Saint Denis !, derrière un programme anti-raciste

Le succès de RP a Saint-Denis a fait des émules dans le menchévisme. Le NPA-R, a repris ce terme, dans sa vidéo du 30 mars après les élections municipales :

Entre les bolchviks-léninistes de Trotsky, organisés en fraction de la SFIO en 1934-1935, et la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert, le NPA-R choisit cette dernière !

Conclusion

Menchévisme, centrisme, opportunisme : ces trois termes désignent des courants bourgeois dans le mouvement ouvrier.

La position menchévique, c’est celle qui consiste à affirmer que l’heure n’est pas à la formation de soviets et à leur prise du pouvoir mais au soutien de tendances progressistes, politiques et syndicales, de résistances nationales, de luttes pour la démocratie et contre le fascisme, de luttes pour les droits nationaux, pour les droits des minorités même si elles ne mènent pas à la révolution sociale. On mène d’abord ces luttes qui avancent le camp du progrès nous disent-ils et cela fera plus tard avancer le but révolutionnaire qui n’est pas à l’ordre du jour de la situation. Arrêter les guerres impérialistes d’abord, gagner les guerres nationales (palestiniens, ukrainiens, etc.), imposer la démocratie contre fascisme et dictature, imposer les droits des travailleurs d’abord, repousser les reculs sociaux, on fera la révolution plus tard nous disent les nouveaux menchéviques. 

A l’opposé de la révolution permanente du bolchevisme, ils séparent et opposent luttes immédiates et perspectives révolutionnaires socialistes et inventent une étape démocratique, de gauche, antifasciste, nationale, de défense des femmes, des minorités, de front populaire, de front de gauche, qui serait intermédiaire entre les attaques et la révolution prolétarienne qu’ils renvoient aux calendes… 

A quoi a mené le menchévisme : au soutien par d’anciens révolutionnaires des forces tsaristes, réactionnaires, fascistes et impérialistes contre la révolution des soviets ! C’est le menchévisme qui a permis l’écrasement de la révolution en Europe, notamment en Allemagne, et qui a isolé la révolution des soviets, entrainant le stalinisme.

Le programme suivant du trotskiste Pierre Naville, qui s’opposait à celui de Marceau Pivert, est d’actualité pour rappeler ce qu’est un programme bolchévik en période de marche à la guerre et de vie chère.

Le prolétariat ne brisera le cercle infernal du régime qu’en rompant avec la collaboration de classe.
Assez de fraternisation avec les chefs radicaux, et les hommes du capital ! A bas les ministres radicaux !
On veut de l’argent pour payer les fonctionnaires ?
Qu’on les paie avec les indemnisations données aux marchands de canon Brandt et autres !
Qu’on dégonfle le monstrueux budget de guerre.
Ainsi on pourra payer et rajuster les traitements, et aider efficacement par des indemnités de crise les petits paysans et commerçants.
Pour enrayer la hausse des prix, lutte sur le terrain de classe, constitution de comités de masse par quartiers, qui par un mode autrement efficace que l’honorable commission pratiqueront l’action directe, contre les spéculateurs et les accapareurs, en imposant par des manifestations, comme le fit le prolétariat italien, la diminution des denrées. Les jacobins pendaient les spéculateurs à la lanterne ! Le peuple de Paris repoussera les Jacobins dégénérés du radicalisme, mais mettra à son tour les spéculateurs à la lanterne !
Pour imposer le rajustement des salaires, assez de diplomatie !
De solides comités d’usines, un puissant congrès de délégués. Et en route vers une contre-offensive de masse, pour l’échelle mobile et le contrôle ouvrier.
Mais ces réformes elles-mêmes, arrachées à la manière de juin, seront instables, et ne pourront être conservées que si elles sont développées par la lutte contre le régime. Il faut les véritables nationalisations, par l’expropriation sans indemnités des gros capitalistes. Le moyen d’y aboutir : le gouvernement ouvrier et paysan appuyé par les comités d’ouvriers, de paysans, de soldats.

26 février 1937

Lire encore :

https://shs.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2003-2-page-112?lang=fr

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1906/08/vil19060821.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1939/03/lt19390310.htm

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