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LO : l’anti-impérialiste qui ne fait rien pour la défaite de son propre impérialisme

dimanche 3 mai 2026, par Karob

Rémy Bazzali (LO / élu CSE CGT Airbus Marignane) : l’anti-impérialiste qui ne fait rien pour la défaite de son propre impérialisme

Sous-titre :
Intervention au rassemblement pour la paix — Marseille, 29/03/2026

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## I. CE QUI A CHANGÉ PAR RAPPORT AUX MUNICIPALES

Le fait le plus frappant : **Bazzali nomme enfin l’impérialisme français.** Il exige le « retrait immédiat des troupes françaises au Moyen-Orient ». Il dit « l’ennemi est dans notre propre pays » — la formule de Liebknecht. Il dénonce nommément Macron, Total, le chef d’état-major Mondo, l’augmentation du budget militaire, la spéculation sur le pétrole.

Pendant les municipales, on avait établi — documents à l’appui — qu’il ne nommait pas l’impérialisme français, ne mentionnait pas Istres, ne formulait aucun programme d’action concret, et que son langage abstrait servait objectivement à ne pas déranger la direction CGT.

Alors : conversion ? Non. **La guerre a rendu le discours abstrait intenable.** Quand les missiles tombent sur l’Iran et que le prix à la pompe flambe, on ne peut plus se contenter de « la marche à la guerre » en général. Le réel a forcé la porte. C’est la pression des événements, pas un tournant politique de LO.

**L’impérialisme français toujours au second plan.** Même quand Bazzali le nomme enfin, il le fait dans un ordre révélateur : c’est l’impérialisme américain qui « a déclenché la guerre », « appuyé par Israël », « soutenu par l’impérialisme français ». L’impérialisme français n’apparaît que comme auxiliaire, comme complice — jamais comme acteur autonome ayant ses propres intérêts impérialistes au Moyen-Orient et en Afrique, sa propre industrie de guerre, sa propre politique néocoloniale. Surtout, Bazzali ne dit pas un mot sur le fait que **la France prétend ne pas être en guerre alors qu’elle l’est** — troupes déployées, bases actives, participation logistique, co-belligérance de fait. Ce mensonge d’État, qui est exactement la forme que prend l’Union sacrée en 2026, Bazzali ne le dénonce pas. Or c’est précisément le premier travail d’un révolutionnaire : arracher le masque de son propre gouvernement, montrer aux travailleurs français que LEUR État est en guerre, que c’est LEUR bourgeoisie qui tue.

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## II. CE QUI N’A PAS CHANGÉ — ET C’EST L’ESSENTIEL

### A. Aucun programme d’action

Le discours dénonce, il ne propose pas. Lénine, Trotsky, Barta ne se sont jamais contentés de diagnostics. La méthode transitoire exige la chaîne de revendications concrètes reliant la conscience immédiate à la prise du pouvoir.

Où sont les mots d’ordre ?

 Pas de « comités contre la guerre dans les entreprises et les quartiers »
 Pas de « contrôle ouvrier sur la production d’armement » — alors que Bazzali est élu CSE sur le programme NH90 à Airbus Helicopters Marignane, l’usine qui produit les hélicoptères de l’OTAN
 Pas de « refus de charger, produire, transporter du matériel de guerre » — le mot d’ordre classique du syndicalisme révolutionnaire (Monatte, Péricat, Rosmer, la Charte d’Amiens dans son sens antimilitariste originel)
 Pas d’appel à la grève, même comme perspective
 Pas de « fraternisation avec les travailleurs iraniens » ni d’adresse internationaliste concrète
 Pas de mot d’ordre sur la conscription ou le refus de mobilisation

Le Programme de transition (1938) et plus encore le Programme d’alarme et d’urgence de Trotsky (1940) sont explicites : face à la guerre, le programme transitoire exige l’expropriation de l’industrie de guerre, le contrôle ouvrier sur la production militaire, l’armement des travailleurs sous leur propre contrôle, le refus du secret militaire. Bazzali ne formule rien de tel.

C’est un discours de dénonciation, pas un programme d’action. C’est du pacifisme radical, pas du défaitisme révolutionnaire.

**Sur les soldats : l’absence la plus grave.** Le défaitisme révolutionnaire de Lénine, la politique de Liebknecht au Reichstag, le travail de Barta pendant l’Occupation — tout cela avait pour axe central le travail en direction des soldats. « Fraternisation » n’est pas un mot abstrait, c’est une politique concrète : tracts aux casernes, adresse directe aux conscrits et aux militaires, mot d’ordre de refus de partir, de refus de tirer, organisation clandestine dans l’armée. Bazzali dit « exiger le retrait des troupes françaises » — mais il ne s’adresse jamais aux troupes elles-mêmes. Il parle des soldats à la troisième personne (« nos enfants »), jamais à la deuxième. Une politique révolutionnaire face à la guerre, c’est dire aux soldats : « Refusez de partir. Ces intérêts ne sont pas les vôtres. Retournez vos armes contre ceux qui vous envoient mourir. » LO ne mène aucune campagne en direction des casernes, aucune agitation parmi les militaires, aucune adresse aux familles de soldats. Zéro.

### B. La CGT : le grand absent

Bazzali dénonce « tous les partis bourgeois ». Mais il ne dit pas un mot sur la direction de la CGT — sa propre confédération. Or la CGT de Sophie Binet a appelé à voter NFP, donc pour un bloc qui assume la livraison d’armes et la défense européenne. La CGT ne rompt pas avec l’économie de guerre. La CGT ne lance aucun mot d’ordre contre la guerre d’Iran. Dans les entreprises d’armement, la CGT défend l’emploi dans la production militaire sans jamais poser la question de la reconversion sous contrôle ouvrier.

Bazzali est élu CGT-CSE dans le NH90. Il parle depuis cette position. Et il ne dit rien sur l’appareil qui structure son activité syndicale quotidienne.

Lénine dans *La faillite de la IIe Internationale* : le critère du social-chauvinisme n’est pas ce qu’on dit sur l’ennemi lointain, c’est ce qu’on fait contre son propre appareil quand celui-ci soutient l’effort de guerre. Bazzali dit « l’ennemi est dans notre propre pays » mais il ne tire pas la conséquence : l’ennemi est aussi dans la direction de son propre syndicat, qui couvre la politique de guerre.

**Aucun appel à former des fractions communistes dans les syndicats.** C’est l’absence la plus révélatrice de la nature de LO. Un militant qui se réclame du bolchevisme et du trotskisme, face à une guerre impérialiste, devrait poser la question : comment organiser, à l’intérieur des syndicats, des noyaux de militants sur une ligne défaitiste révolutionnaire ? C’est la tâche élémentaire que les quatre premiers congrès de l’IC assignent aux communistes dans les syndicats : y constituer des fractions organisées, y défendre le programme communiste, y combattre la direction réformiste ou social-patriote pied à pied, en s’appuyant sur la base.

Et Bazzali pourrait le faire avec une légitimité historique considérable — parce qu’il est à la CGT. C’est dans la CGT que Monatte et Rosmer ont mené ce combat. C’est depuis la CGT que les syndicalistes révolutionnaires — Monatte, Rosmer, Péricat, Loriot — ont construit le Comité pour la reprise des relations internationales pendant la guerre de 14-18, contre l’Union sacrée et contre la direction confédérale de Jouhaux ralliée à la guerre. C’est ce courant-là, issu du syndicalisme révolutionnaire français et non d’une importation russe, qui a fondé la section française de l’Internationale communiste en 1920. La tradition bolchevique en France, elle est née dans la CGT, elle est née du combat de ces militants contre leur propre direction syndicale en temps de guerre.

Bazzali pourrait dire : « Ce que Monatte et Rosmer ont fait contre Jouhaux en 1915, nous devons le faire contre Binet en 2026. » Il pourrait montrer que le défaitisme révolutionnaire n’est pas un truc de Russes, que c’est une tradition française, ouvrière, syndicale, enracinée dans l’histoire de la CGT elle-même — avant que la dégénérescence stalinienne ne transforme la CGT en courroie de transmission du PCF et de la politique de défense nationale.

Il n’en fait rien. Pas un mot sur Monatte. Pas un mot sur Rosmer. Pas un appel à constituer la moindre fraction, le moindre courant, le moindre noyau dans la CGT sur la question de la guerre. C’est un élu CGT qui dénonce la guerre depuis une tribune publique mais qui ne mène aucun combat à l’intérieur de sa propre organisation sur cette même question. C’est la définition du double langage centriste : un discours pour l’extérieur, le silence pour l’intérieur.

### C. LO comme organisation

Bazzali dénonce « tous les partis bourgeois, d’accord avec Macron ». Mais LO en tant que parti, que fait-il ? Aucune campagne nationale structurée contre la guerre en Iran. Aucun mot d’ordre adressé à la CGT, à FO, à SUD. Aucune proposition de front unique ouvrier contre la guerre — le front unique tel que défini par les 3e et 4e congrès de l’IC, c’est-à-dire l’adresse aux organisations ouvrières pour l’action commune, tout en gardant l’indépendance politique et la liberté de critique. Pas de tract aux portes d’Airbus Marignane, pas de tract aux portes de Dassault, de Naval Group, de Safran.

Barta, avec l’Union communiste (1939-1952), a mené la lutte défaitiste pendant l’Occupation avec une poignée de militants, en s’adressant directement aux travailleurs allemands en uniforme. LO, qui revendique des milliers de militants, ne lance rien de comparable.

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## III. PACIFISME DE GAUCHE OU DÉFAITISME RÉVOLUTIONNAIRE ?

La distinction est celle de Lénine dans *Le socialisme et la guerre* (1915).

**Le pacifiste** dit : « La guerre c’est mal, nous voulons la paix, l’ennemi c’est le capitalisme en général. » C’est la structure du discours de Bazzali.

**Le défaitiste révolutionnaire** dit : « La défaite de MON gouvernement est le moindre mal ; je travaille à transformer la guerre impérialiste en guerre civile ; je m’organise concrètement dans les usines, les casernes, les syndicats pour saboter l’effort de guerre de MA bourgeoisie. »

Bazzali emprunte la rhétorique du second (« l’ennemi est dans notre propre pays ») mais la pratique du premier (aucune action concrète, aucun programme, aucune rupture avec l’appareil CGT).

C’est du centrisme en temps de guerre. Et le centrisme en temps de guerre, Trotsky l’a dit cent fois, est plus dangereux que le réformisme déclaré, parce qu’il donne l’illusion de l’opposition tout en laissant le mécanisme de guerre fonctionner sans obstacle.

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## IV. LA CONTRADICTION MATÉRIELLE : LE NH90

Bazzali dit « l’ennemi est dans notre propre pays ». Bazzali travaille à Airbus Helicopters Marignane. Bazzali est élu CSE sur le programme NH90 — l’hélicoptère militaire de l’OTAN. Ces hélicoptères servent dans les opérations militaires en cours.

Le Programme de transition, section sur la guerre : « Expropriation de l’industrie de guerre. » Trotsky, Programme d’alarme : « Pas un sou, pas un homme, pas une machine pour la bourgeoisie impérialiste. » La Charte d’Amiens dans son prolongement antimilitariste (Hervé, Monatte, CGT d’avant 1914) : grève contre la guerre, refus de produire pour l’armée.

Bazzali ne dit rien de tout ça. Rien sur Airbus. Rien sur le NH90. Rien sur le contrôle ouvrier sur la production militaire. Rien sur la reconversion. Rien sur le refus de produire.

Un bolchevik à sa place dirait depuis la tribune : « Je suis ouvrier à Airbus Marignane, on produit les hélicoptères de l’OTAN, et je dis ici que les travailleurs d’Airbus doivent avoir un droit de regard sur ce qu’ils produisent et pour qui. » Voilà la chaîne transitoire appliquée concrètement.

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## V. NOTRE VERDICT

Le discours de Bazzali du 29 mars 2026 confirme intégralement l’analyse que nous avons développée sur LO.

**Internationalisme verbal, adaptation pratique** — la formule que nous avions posée pendant les municipales reste exacte, même si le vocabulaire s’est radicalisé sous la pression des événements.

**Absence de programme d’action** — LO dénonce sans organiser, ce qui est la définition même du centrisme.

**Protection de l’appareil CGT** — le silence sur la direction CGT en temps de guerre est une couverture objective du social-chauvinisme.

**Contradiction matérielle irrésolue** — un élu CSE dans l’industrie de guerre qui ne pose pas la question du contrôle ouvrier sur la production d’armement est un militant qui a choisi, objectivement, de laisser fonctionner la machine de guerre.

Ce que révèle ce discours du 29 mars, c’est que même sous la pression de la guerre réelle, LO est incapable de passer de la dénonciation au programme. Les mots se sont radicalisés, mais la méthode reste identique : des déclarations générales qui cherchent encore à masquer une seule chose — **l’absence d’une politique réelle et concrète fondée sur le défaitisme révolutionnaire et le programme prolétarien.** Pas de campagne en direction des soldats. Pas de campagne dans les industries d’armement. Pas de campagne vers les organisations syndicales. Trois terrains d’intervention concrets, trois silences absolus. Ce n’est pas un oubli. C’est une politique — celle du centrisme, qui préfère le confort des tribunes à l’affrontement réel avec sa propre bourgeoisie et ses propres appareils.

*Marx, Adresse inaugurale de l’AIT, 1864 : les travailleurs doivent « se rendre maîtres eux-mêmes des mystères de la politique internationale ». Pas applaudir des discours qui dénoncent sans armer.*

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