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RN, LFI et Macron : trois rôles dans une seule et même pièce
mardi 21 avril 2026, par
RN, LFI et Macron : trois rôles dans une seule et même pièce
L’union sacrée contre la lutte de classe
Trois forces, un seul système
Macron a théorisé lui-même le schéma politique dans lequel il veut enfermer la France : **trois forces** — le centre républicain, l’extrême droite, l’extrême gauche. Ce n’est pas une description neutre du paysage politique. C’est une construction active, délibérée, entretenue au quotidien. Et elle fonctionne — précisément parce que chacun des trois pôles a besoin des deux autres pour exister.
Ce schéma n’est pas un marteau et une enclume. Ce n’est pas deux forces qui écrasent la classe ouvrière entre elles. C’est un **triangle de confinement** — trois pôles actifs qui se renforcent mutuellement, qui se nourrissent l’un l’autre, et qui ensemble empêchent toute sortie par la lutte de classe.
## Les trois pôles et leurs fonctions
**Le RN** joue le rôle de l’épouvantail réactionnaire. Il capte la colère des classes populaires déclassées, exprime la rage sociale dans un cadre nationaliste et raciste, et produit l’effet de terreur nécessaire : face au fascisme qui monte, il faut "faire barrage", voter utile, se ranger derrière les républicains. Le RN rend Macron nécessaire comme rempart. Sans RN menaçant, pas de "vote républicain" possible. Le RN est l’ennemi dont Macron a besoin.
**LFI** joue le rôle symétrique à gauche. Elle capte l’énergie de révolte des quartiers populaires, des précaires, des jeunes, des travailleurs racisés — et la convertit en vote présidentiel dans le cadre intégral de l’État bourgeois. Elle est l’"extrême gauche" dont Macron a besoin pour que le schéma tienne. Sans LFI comme pôle de "gauche radicale", il n’y a plus d’axe extrêmes/centre. LFI rend Macron nécessaire comme arbitre. Elle est l’allié objectif dont Macron a besoin.
**Macron** se pose en seul arbitre raisonnable entre les deux "extrêmes". Cette position lui permet de ne jamais répondre sur le fond — sur l’exploitation, les salaires, les expulsions, la guerre, le budget de réarmement. À chaque fois que la lutte de classe menace d’émerger, il suffit de pointer les "extrêmes" pour dissoudre la question de classe dans la question du régime.
## Les trois pôles ont besoin l’un de l’autre
C’est le point que la plupart des analyses ratent : **ce ne sont pas trois adversaires — ce sont trois fonctions complémentaires dans le même système.**
Sans RN, LFI n’existe pas comme "rempart de gauche" — elle perd sa justification électorale principale ("voter pour nous pour battre l’extrême droite").
Sans LFI, Macron n’a pas d’"extrême gauche violente" à pointer — il perd la moitié de son axe extrêmes/centre.
Sans Macron comme cible commune, RN et LFI perdent leur raison d’être comme "oppositions" — ils ne sont opposition que par rapport au centre qu’ils prétendent combattre.
Le triangle tient parce que chaque côté a besoin des deux autres. Enlève un pôle — le triangle s’effondre. C’est pourquoi aucun des trois ne cherche réellement à détruire les deux autres : ils se combattent en surface, ils se maintiennent en profondeur.
## La séquence Deranque/Bagayoko : le triangle en temps réel
La séquence de février-avril 2026 illustre le mécanisme avec une clarté brutale.
**14 février — mort de Quentin Deranque à Lyon.** Militant néofasciste tué lors d’affrontements en marge d’une conférence de Rima Hassan. Sa mort est immédiatement instrumentalisée par le gouvernement, l’extrême droite et Macron pour criminaliser LFI comme "extrême violente". L’Assemblée nationale observe une minute de silence — geste jamais accordé aux victimes de crimes racistes ou aux dizaines de militants tués par l’extrême droite depuis 2022. Fonction : positionner LFI comme pôle de "violence d’extrême gauche", symétrique au RN.
**15 mars — élection de Bagayoko à Saint-Denis.** LFI gagne la deuxième ville d’Île-de-France. Offensive médiatique immédiate sur CNews : comparaisons racistes aux "grands singes", "tribu primitive", "mâle dominant." Fonction pour la bourgeoisie : délégitimer une victoire électorale dans une ville ouvrière. Fonction pour LFI : se reconstruire en pôle antiraciste après la criminalisation post-Deranque.
**4 avril — rassemblement à Saint-Denis.** Bagayoko annonce que la lutte antiraciste sera "le cœur de la présidentielle 2027." Le triangle est reformé, chaque pôle à sa place : LFI = pôle antiraciste/extrême gauche, RN = pôle raciste/extrême droite, Macron = arbitre républicain silencieux mais présent.
En deux mois, le triangle a tourné, chaque pôle a joué son rôle, et la lutte de classe n’a pas eu lieu. Ce n’est pas un hasard. C’est le système qui fonctionne.
## Ce que le triangle efface
Le triangle des trois forces a une fonction précise et unique : **rendre invisible la lutte de classe en tant que telle.**
Dans le triangle, il n’y a pas de bourgeoisie et de prolétariat. Il n’y a pas d’exploitation, pas de rapport de production, pas de conflit entre capital et travail. Il y a des "extrêmes" et un "centre", des "républicains" et des "populistes", des "antiracistes" et des "racistes."
Ces catégories ne sont pas fausses dans l’absolu — le racisme existe, l’extrême droite est dangereuse, Macron est au centre. Mais ces catégories **remplacent** les catégories de classe au lieu de les compléter. Elles découpent la réalité sociale selon un axe qui ne touche pas au rapport d’exploitation.
Un ouvrier blanc qui vote RN et un ouvrier noir qui vote LFI sont dans le même rapport au capital — même employeur, même précarité, même expulsion potentielle, même hôpital public dégradé. Le triangle leur dit qu’ils sont dans des camps opposés. La lutte de classe leur dirait qu’ils ont le même ennemi.
C’est exactement ce que le triangle doit empêcher.
## LFI accepte le cadre — et en profite
Il faut dire ce qui est : LFI **accepte** volontairement sa place dans le triangle. Ce n’est pas une piège dans lequel elle serait tombée malgré elle. C’est sa stratégie.
La stratégie Mélenchon depuis 2017 est explicite : occuper le pôle "gauche" du triangle, se positionner comme seule alternative crédible à Macron, et gagner la présidentielle. Cette stratégie nécessite que le triangle existe et soit perçu comme la réalité politique. Elle nécessite que LFI soit vue comme "extrême gauche" — pas comme parti bourgeois réformiste, pas comme héritier de Millerand et Blum, mais comme opposition radicale au système.
Le 4 avril est un acte de cette stratégie. L’antiracisme politique n’est pas pour LFI une conviction théorique sur la nature de l’oppression — c’est un positionnement dans le triangle. En devenant le pôle antiraciste, LFI se distingue du centre macroniste et se pose en seule alternative à 2027.
Le peuple travailleur de Saint-Denis, les travailleurs racisés des quartiers populaires — leur colère réelle, leur vécu réel du racisme — sont le **carburant** de cette stratégie électorale. Pas son objectif.
## La sortie : hors du triangle
La sortie du triangle n’est pas de choisir le "moins mauvais" des trois pôles. Ce n’est pas non plus de rester à l’écart de toute mobilisation au nom de la pureté programmatique.
La sortie est de **nommer le triangle comme tel** — de dire à voix haute que ces trois pôles se renforcent mutuellement, que LFI joue un rôle dans le système qu’elle prétend combattre, que l’antiracisme politique sans lutte de classe est compatible avec le capitalisme et lui est même utile.
Et de construire, dans chaque mobilisation, dans chaque "urgence" que le triangle produit, une présence indépendante qui pose les questions que le triangle efface : qui exploite qui ? qui produit la richesse ? qui décide de la production, du logement, de la santé ? comment les travailleurs s’organisent-ils eux-mêmes, sans parti au-dessus d’eux ?
Pas le centre. Pas les extrêmes du triangle. **Les comités de travailleurs, fédérés, souverains** — comme en 1871, quand le peuple de Paris a brisé le cadre politique de son époque et construit le sien.
*Gilets Jaunes Poitiers / matierevolution.fr*



Messages
1. RN, LFI et Macron : trois rôles dans une seule et même pièce, 24 avril, 03:40, par Jefresi
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Bien vu ! Le triangle dit de Karpman ou triangle dramatique utilisé dans toutes les pièces de théâtre ou dans le cinéma où se jouent à tour de rôle les relations entre bourreau, victime et sauveteur, le bourreau pouvant devenir victime ou sauveteur, la victime passant de sauveteur à bourreau, etc.. . A noter que d’autres triangles dramatique sont possibles à chaque sommet qui peuvent se démultiplier dans l’espace et le temps. La guerre est un exemple des relations humaines complexes...
Selon l’article, la scène est bourgeoise et les acteurs sont bourgeois, O combien compétents, drôle, amusants, enjoués à jouer sur la scène politique bourgeoise leurs jeux obscènes, débiles, cruels devant le prolétariat spectateur qui s’il peut s’en amuser ne peut les contenter. Changer les acteurs bourgeois ou, ce paraîtrait mieux, les remplacer par des acteurs du prolétariat ne change pas les jeux de rôle car il y a toujours un bénéfice pour les acteurs ; aussi bien pour les gagnants que les perdants, soit dans le plaisir, soit dans le trépas. La scène prolétarienne pourrait modifier le contenu présenté, ce qui reste à démontrer. Les jeux humains sont le passe-temps favori de leur courte existence sur ce caillou céleste.
Alors ?