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Carburants, taxes, salaires : pourquoi l’extrême gauche rate la question centrale

samedi 11 avril 2026, par Karob

CARBURANT, TAXES, SALAIRES : POURQUOI L’EXTRÊME GAUCHE RATE LA QUESTION CENTRALE

INTRODUCTION — UNE RÉPONSE QUI PASSE À CÔTÉ DU PROBLÈME

Face à la hausse du carburant, à l’inflation et à la dégradation continue du niveau de vie, les organisations d’extrême gauche — NPA Révolutionnaire, Révolution Permanente, Lutte Ouvrière — avancent une réponse qui paraît évidente : augmenter les salaires et les indexer sur les prix.

À première vue, la revendication semble légitime. Mais dès qu’on la replace dans la réalité concrète du système économique et fiscal, ses limites apparaissent — et avec elles, ses contradictions fondamentales.

Car en se cantonnant à cette seule exigence, ces organisations esquivent la question centrale : qui organise la hausse des prix, et par quels mécanismes le racket sur le peuple travailleur est rendu durable ?

Sans abolition des taxes bourgeoises, il n’y a pas de front unique possible.

I — LES GILETS JAUNES : UNE COMPRÉHENSION IMMÉDIATE DU PROBLÈME

Bien avant ces débats, le mouvement des Gilets Jaunes avait posé la question autrement — directement, depuis le terrain.

Le point de départ n’était pas une théorie : c’était une réalité vécue, quotidienne, insupportable. La taxe carbone.

Ce que le mouvement a saisi immédiatement, c’est que :

– la hausse du carburant n’était pas seulement un phénomène de marché ;

– elle passait par un racket organisé par l’État bourgeois ;

– il fallait donc attaquer ce prélèvement à la source.

La revendication était simple, lisible, immédiatement partageable : refus de la taxe. Fin du racket.

Mais au-delà de sa lisibilité, cette revendication avait une portée politique majeure : elle unifiait des couches sociales que les organisations d’extrême gauche traitent habituellement de manière séparée à savoir salariés, indépendants, artisans, agriculteurs, travailleurs précaires.

Elle constituait ainsi une base concrète de front unique du peuple travailleur — non pas proclamée, mais construite dans les faits.

II — UNE EXTRÊME GAUCHE QUI RÉDUIT LA RÉPONSE AUX SALAIRES

À l’inverse, les organisations d’extrême gauche actuelles centrent leur intervention sur deux axes : la hausse des salaires et leur indexation sur l’inflation.

Ce choix n’est pas anodin.

Il réduit l’ensemble du problème à une seule dimension : le revenu salarial. Or la hausse du carburant — et plus largement l’inflation du coût de la vie — mobilise un ensemble de mécanismes bien plus large : les prix, le racket fiscal, les marges, les circuits de distribution, et les politiques publiques qui en encadrent le fonctionnement.

En ne traitant qu’un seul de ces aspects, ces organisations proposent une réponse qui laisse intact le cœur du problème — le mécanisme de prélèvement organisé qu’elles prétendent combattre.

III — UNE COUPURE AVEC UNE PARTIE DU PEUPLE TRAVAILLEUR

Cette focalisation sur le salariat a une conséquence politique immédiate et grave.

Elle exclut de fait une fraction considérable du peuple travailleur : artisans, indépendants, agriculteurs, petits transporteurs. Pour ces catégories, la hausse du carburant n’est pas une question de revenu nominal — c’est le racket fiscal qui pèse directement sur leur coût de production, sur leur survie économique concrète.

En ne partant pas de cette réalité-là, l’extrême gauche :

– ne s’adresse pas à ces couches sociales ;

– ne formule aucune revendication susceptible de les rassembler ;

– interdit toute unification en amont.

Elle empêche ainsi la constitution d’un véritable front unique du peuple travailleur — non par accident, mais par la logique même de son orientation corporatiste — une orientation qui défend les intérêts d’une fraction du peuple travailleur, pas du peuple travailleur dans son ensemble

IV — LE « CONTRÔLE OUVRIER » SANS ORGANES DE POUVOIR

Certaines organisations, notamment Révolution Permanente, avancent le mot d’ordre de contrôle ouvrier. Il faut examiner ce que ce terme recouvre en pratique.

Dans les faits : pas de comités de travailleurs définis, pas de structures autonomes, pas de mécanismes concrets d’intervention. La revendication existe dans le discours, mais sans corps organisationnel pour la porter la rendant ainsi inopérante et surtout sans danger pour le grand capital et grand patronat.

Le résultat est sans ambiguïté : le contrôle ouvrier reste un mot d’ordre vide de contenu opérationnel.

Un contrôle qui ne s’appuie sur aucun organe réel, à savoir les comités d’usine, les comités de production, les soviets de travailleurs, n’est pas un contrôle — c’est une formule. Et une formule ne produit ni pouvoir effectif, ni capacité d’intervention, ni fin du racket.

V — UNE PRATIQUE QUI PASSE PAR L’ÉTAT

Si l’extrême gauche a abandonné le terrain de la lutte pour l’abolition des taxes ou impôts directs et indirects sur le travail c’est par adaptation et intégration au sein des directions syndicales intégrées à la république bourgeoise. Elles n’iront pas au-dela de ce que les directions syndicales tolèrent en leur sein soit en abandonnant certaines revendication ou en vidant de l’autres de leurs contenu radical. Pour preuve, la CGT reconnait le droit à l’Etat capitaliste de prleveer l’impot et les taxes et ne le remet nullement en cause. Au mieux demande t’elle comme la CGT Énergie un encadrement des prix, limitation des marges, régulation publique mais surtout ne combat pas l’Etat et son racket aux services du capitalistes.

Autrement dit :

– au lieu d’organiser une intervention directe des travailleurs sur les mécanismes qui les écrasent,

– on s’adresse à l’État — le même État qui organise le racket — pour qu’il régule ce que les travailleurs ne contrôlent pas.

La contradiction est flagrante : l’extrême gauche demande donc des hausses de salaire pour continuer à pouvoir payer le racket. Et l’absence de critique des directions syndicales qui demandent à l’État bourgeois de corriger les effets du racket qu’il organise lui-même, revient objectivement à soutenir la continuité du racket — qu’elles le disent ou non.

VI — L’ABANDON DE L’ABOLITION DES TAXES

Le point le plus révélateur est donc ce silence sur une revendication pourtant centrale : l’abolition des taxes bourgeoises pesant sur le travail.

Cette revendication n’est pas une invention récente. Elle figure explicitement dans le programme du Parti Ouvrier Français, formulé par Karl Marx. Elle n’est donc pas étrangère à la tradition du mouvement ouvrier révolutionnaire — c’est l’extrême gauche actuelle qui l’a abandonnée.

Elle est décisive parce que dans le cas du carburant, les taxes représentent entre 50 % et 60 % du prix à la pompe.Ce n’est pas une composante du prix — c’est le racket lui-même, inscrit dans la loi, prélevé à chaque plein.

Ne pas l’attaquer, c’est laisser intact le mécanisme central.

VII — UNE REVENDICATION QUI TOURNE EN BOUCLE

Dans ces conditions, réclamer une hausse des salaires sans remettre en cause le racket fiscal revient à une contradiction structurelle :

Augmenter les revenus pour compenser un prélèvement qu’on maintient. C’est demander à être mieux indemnisé du racket — pas à en sortir.

Le travailleur paie davantage de taxes avec un salaire plus élevé ; les prix s’ajustent ; le racket continue. La revendication tourne en boucle sans jamais toucher aux causes. Elle combat les conséquences sans toucher aux mécanismes.

VIII — UNE FONCTION POLITIQUE : MAINTENIR LE RACKET FISCAL

Ce positionnement ne relève pas d’un simple oubli ou d’une erreur tactique. Il s’inscrit dans une logique cohérente, qui découle de l’intégration progressive de ces organisations aux appareils syndicaux et aux structures institutionnelles.

Des directions syndicales parties prenantes de la gestion sociale ne peuvent porter des revendications qui :

– remettent en cause la fiscalité bourgeoise ;

– attaquent directement le racket organisé par l’État ;

– sortent du cadre de la négociation réglementée.

La contrainte n’est pas d’abord idéologique — elle est structurelle. Elle est inscrite dans le rapport d’intégration lui-même. Ces organisations défendent le cadre qui les fait exister.

IX — UNE JUSTIFICATION IDÉOLOGIQUE DU RACKET

Cette contrainte structurelle trouve sa traduction idéologique dans certains discours, notamment ceux de Nathalie Arthaud, qui présentent l’impôt comme nécessaire au financement des services publics.

Appeler l’impôt bourgeois « financement des services publics », c’est habiller le racket en solidarité nationale.

La réalité contemporaine contredit pourtant cette affirmation point par point : montée en puissance des budgets militaires, logique d’économie de guerre, dégradation continue des services publics. Le racket fiscal ne sert pas principalement à financer ces services — il finance le réarmement, la dette, et la reproduction du système dans son ensemble.

Défendre la fiscalité existante au nom des services publics, c’est valider le mécanisme de prélèvement en utilisant précisément ce que ce mécanisme détruit.

X — UNE POLITIQUE QUI EMPÊCHE LE FRONT UNIQUE

Pris dans sa totalité, le positionnement de l’extrême gauche actuelle produit un résultat politique clair :

– une base sociale limitée au salariat organisé ;

– aucune revendication capable d’unifier les couches travailleuses dans leur ensemble ;

– une dépendance organique à la médiation étatique ;

– le racket fiscal maintenu intact.

Il ne s’agit pas d’une insuffisance de degré. Il s’agit d’une orientation qui agit objectivement contre la formation d’un front unique du peuple travailleur.

CONCLUSION — UNE IMPASSE POLITIQUE

Le problème n’est pas que ces organisations manquent de radicalité dans le ton.

Le problème est qu’elles s’inscrivent dans une logique cohérente : répondre par le salaire, éviter la question du racket fiscal, passer par l’État, rester dans le cadre existant. Elles ne combattent pas le système — elles en corrigent les effets en laissant les causes intactes.

À l’inverse, une politique fondée sur les conditions matérielles réelles — comme l’avait fait le mouvement des Gilets Jaunes dans son élan initial — pose immédiatement la question qui dérange :

Qui rackette ? Sur quoi ? Et au nom de quoi ?

Sans abolition des taxes bourgeoises, il n’y a pas de front unique possible.

C’est seulement à partir de cette question que peut se constituer une véritable unité du peuple travailleur — non comme abstraction programmatique, mais comme force politique réelle, une force sociale capable de prendre conscience d’elle dans la lutte qu’elle mènera contre l’Etat et le capitalisme et capable de prendre la mesure des tâches qui lui incombe à savoir renverser l’ancienne société bourgeoise qui nous entraine dans sa tombe et ériger le pouvoir du peuple travailleur et des comités fédérés.

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