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Socrate, Zénon et Diderot débattent de l’état du monde

jeudi 12 mars 2026, par Robert Paris, Tiekoura Levi Hamed

Débat sur la nouvelle situation du monde entre trois penseurs mondialement connus (Socrate, Zénon et Diderot)

Socrate

Chers amis, je suppose que, comme moi, vous en avez assez d’écouter sur télés, radios et autres médias les commentaires de prétendus experts sur l’état du monde et je vous ai réunis pour vous entendre à ce sujet, puisque j’estime que votre expérience passée peut parfaitement enrichir la compréhension de la situation présente de l’humanité.

Zénon

Tu veux dire que nous avons parfaitement connu des sociétés dont la domination était en crise voire mortellement menacée et qui ont choisi de se lancer dans l’impérialisme guerrier pour détourner celle-ci ?

Diderot

Pour ma part, j’ai connu et dénoncé la naissance des impérialisme anglais et français. Cependant, je suppose que tu ne veux pas comparer ces deux pays capitalistes en plein développement et le cours actuel du capitalisme incapable de poursuivre sa recherche du profit fondé sur le travail humain.

Socrate

J’ai surtout souvenir de votre manière particulière de combattre la tyrannie, chacun dans votre situation d’homme seul, sans aucune force apparente pour les soutenir et cependant capables d’envoyer de véritables bombes d’idées à la gueule des ennemis de l’humanité ! Ils ne vous l’ont pardonné ni l’un ni l’autre ! Et vos dires de l’époque sont encore cités aujourd’hui et largement commentés. Pourtant vous n’aviez ni Etat de votre côté, ni parti politique, ni même un nombre de soutiens très important.

Zénon

On peut surtout dire que le meilleur représentant de ce type de situation est toi, Socrate, qui a tellement combattu l’impérialisme athénien qu’il t’a condamné et t’a ainsi donné une notoriété historique.

Diderot

Mais sommes-nous bien placés pour apprécier la situation mondiale actuelle qui est, semble-t-il, très différente de celles d’hier et d’avant-hier ? Est-ce que la valeur attribuée dans le grand public à la pensée et aux penseurs n’a pas décliné de manière catastrophique ? Et bien plus que ce que les gens appelaient le droit international et qui a toujours été un mensonge. Les traités entre les puissants, ils les respectent seulement quand ils n’ont pas intérêt à faire autrement ! En général, les indignations sur ce genre de questions ne sont qu’erreur ou hypocrisie… Quand on ne veut pas expliquer les raisons de fond qui causent les guerres, on discute des droits qu’ont les Etats d’agir et on ne fait que cacher les vraies raisons, c’est-à-dire la crise de la domination d’une vieille société parvenue à ses limites.

Socrate

Nous avons connu ce type de situation, Zénon et moi, avec le régime athénien parvenu à ses limites et en crise aigüe, ayant échoué dans sa guerre contre Sparte. Dès qu’on dénonçait la politique impérialiste d’Athènes ou la politique guerrière de Sparte, on vous accusait d’être dans l’autre camp. Chaque camp cultivait la dénonciation de l’autre, comme justification de sa propre politique guerrière. Et les anti-guerres se noyaient dans la pure dénonciation sans comprendre que les fondements même de la société ancienne étaient en cause. Personne ne voulait nous suivre pour s’attaquer aux racines de cette chute vertigineuse, à la société esclavagiste elle-même, à l’oppression et à l’exploitation. Les indignations vertueuses sur la rupture du droit international que l’on entend aujourd’hui nous rappellent ce que nous vivions alors. Et tous ces moralistes d’aujourd’hui, pas plus que ceux d’hier, n’empêcheront pas le vieux monde de faire naufrage ! Ils ne dévoilent ainsi que leur propre manque de volonté de construire un autre monde et leur attachement à l’ancien pourtant incapable de se survivre.

Zénon

Ni toi, Socrate, ni moi n’avons obtenu un soutien ferme dans notre combat contre le système dominant. Nos amis étaient trop modérés pour cela. Ceux qui voulaient faire du radicalisme en faisait du faux car ils ne dénonçaient que la forme de la politique des classes possédantes, pas son fond. S’ils avaient eu des occasions de changer le régime, ils n’auraient ni supprimé l’esclavage, ni cessé de maltraiter les étrangers, ni supprimé le patriarcat, ni mis en cause la grande propriété et les grands marchands du commerce international, ni attaqué les fondements de l’impérialisme. Et ils ne le font pas davantage aujourd’hui, il me semble.

Diderot

Ceux qui pouvaient se dire mes amis, ceux de l’Encyclopédie par exemple, n’osaient pas non plus remettre en cause fondamentalement le vieux monde, l’attaquer à la racine. La plupart se sont progressivement détournés de moi, les Rousseau, les Voltaire et bien d’autres. Aucun n’est venu à mon enterrement. Et surtout parce qu’aucun n’était capable d’assumer mon athéisme, mon combat contre la religion et mon matérialisme… Aucun n’a soutenu mon combat contre le colonialisme. Aucun n’a combattu avec moi le patriarcat…

Socrate

J’ai connu cela moi aussi, j’ai eu beaucoup de relations, bien des gens se sont dits mes disciples, mais aucun n’a soutenu mes positions révolutionnaires ! Or, dénoncer les régimes corrompus, guerriers, liberticides sans offrir une autre perspective, c’est faire du moralisme creux et hypocrite !

Zénon

Et leurs attitudes peureuses les empêchaient de penser sainement, de détruire la pensée anti-dialectique dominante. Ils ne pouvaient pas voir que le pourrissement de la vieille société était une occasion de la renverser, au lieu de verser des larmes sur ce qu’elle avait été autrefois.
Loin de vouloir se servir de son affaiblissement, de ses contradictions, ils luttaient, consciemment ou pas, pour redresser la vieille société. Et ils craignaient en fait de déchainer des forces révolutionnaires incontrôlables, comme d’autres réformistes qu’ils avaient pourtant combattus.

Socrate

Je me souviens des pleurs de mes amis qui ne se remettaient pas de mon procès et de ma condamnation à mort, essayant d’imaginer comment il aurait fallu faire pour l’éviter au lieu de se demander comment ils pouvaient l’utiliser comme force révolutionnaire contre l’impérialisme de cette fausse démocratie.

Diderot

Pour ma part, je n’avais pas à combattre de fausse démocratie mais j’avais quand même affaire au réformisme. Même des amis philosophes se complaisaient à croire que le vieux monde allait pouvoir se changer de lui-même. Ils ne voulaient pas couper complètement avec la royauté française. Pourtant, la révolte de tous les peuples de l’Europe, à commencer par la France, perçait et nos écrits en étaient une des manifestations. Nous étions un des effets de la crise profonde de la domination des classes dirigeantes, comme toi, Socrate, tu l’étais aussi… même s’il pouvait sembler que tout Athènes t’avait rejeté et condamné.

Socrate

J’aurai souhaité non pas une autre fin que ce procès mais une autre fin pour Athènes que cet impérialisme guerrier grec esclavagiste, violemment patriarcal, xénophobe, raciste, etc. Le plus extraordinaire est que la démocratie impérialiste de France ait choisi comme emblème la fausse démocratie athénienne ! Quelle ironie de l’histoire ! Le pays qui a connu l’une des révolutions les plus radicales se prenant pour exemple le pays qui refusait le plus ardemment la révolution sociale, l’égalitarisme, les droits des femmes, les droits des métèques, la liberté des esclaves… Et que l’impérialisme français soit l’aboutissement de cette révolution française qui a marqué le monde, encore une fois quelle ironie !

Zénon

N’y trouveront matière à étonnement que ceux qui ignorent que l’Histoire n’est pas moins matière à contradictions dialectiques que la nature, les lois physiques, la vie, l’homme et la société. C’est au moment où le monde semble basculer dans l’horreur, dans un recul violent, que l’humanité est capable des plus grands bonds en avant. Et sans de tels sauts dans l’inconnu, avancées tout à fait inattendues et brutales, l’humanité non seulement n’aurait pas progressé mais elle n’aurait pas survécu. Toi, Diderot, tu as vécu un temps de montée révolutionnaire. Même si elle ne s’était pas encore ouvertement déclarée en France, elle avait triomphé en Angleterre, s’était déclarée aux Amériques et montait dans la société française et européenne.

Diderot

En fait, je n’avais pas nécessairement conscience de cette montée révolutionnaire que je tentais d’exprimer et je n’avais aucune idée de l’utilisation que des peuples en révolte pouvaient faire de mes idées. Il s’est d’ailleurs avéré que les leaders révolutionnaires qui allaient suivre n’oseraient pas se revendiquer de mon athéisme ni de mon aspiration à la liberté des femmes et parfois même pas de mon engagement contre l’esclavage. J’assistais par contre à la montée guerrière dans le monde qui allait accroitre le domaine colonial malgré les luttes pour l’indépendance des Amériques et les luttes contre l’esclavage. Partout, les peuples essayaient de se libérer d’un étau qui était de plus en plus pesant, comme il l’est de plus en plus actuellement. J’exprimais l’opinion que les peuples colonisés avaient parfois des civilisations au moins aussi « civilisées » que celles des colonisateurs. Et que la colonisation étant une oppression imposée par la force, elle n’amenait aucune civilisation avec elle.

Socrate

Et je me souviens que sur toutes les opinions avancées que tu exprimais, tu affirmais aussi que plus le peuple se porterait lui aussi en avant vers de telles positions, plus les philosophes pourraient encore aller de l’avant. Tu ne pensais pas que les uns devaient justifier leurs reculs par le manque des avancées des autres. Dire que les intellectuels ou les militants de la cause de la liberté ne devaient pas se porter en avant pour ne pas être en avance sur le peuple n’était pas ton point de vue. Pas plus que la position inverse.

Zénon

Nous n’avons pas craint ni les uns ni les autres d’être isolés. Nous n’avons pas craint d’être incompris. Nous savions que nous travaillions pour l’avenir et pas pour le présent. C’est pour cela que nos idées ne sont pas mortes alors que nombre de nos contradicteurs sont complètement inconnus aujourd’hui. Nous savions aussi qu’il n’est pas vrai que l’humanité serait plus apte à faire des petits pas que des grands. Il y a des périodes où elle n’arrive pas à faire de petits pas en avant et même fait des grands pas en arrière et peu après elle fait un bond inattendu et considérable.

Diderot

Préparer un autre avenir pour une humanité libérée de l’exploitation et l’oppression, nous avons chacun de nous tenté de le faire de notre vivant autant que pour l’avenir. Nous n’avons ni les uns ni les autres réussi de notre vivant mais nous n’avons pas pour autant réduit nos positions soi-disant pour les rendre plus acceptables. Bien sûr, mes positions comme les vôtres que ce soient en faveur des femmes, des exploités ou des opprimés, des colonisés ou pas, ne nous ont pas permis d’être immédiatement soutenus mais elles permettent encore aujourd’hui d’être des boussoles pour l’avenir.
Bien sûr, cela ne signifie pas que les peuples s’y retrouvent aujourd’hui pour tracer leur chemin. Comme en bien des périodes passées, les peuples semblent comme perdus dans un océan agité sans savoir de quel côté se tourner. Raison de plus pour préparer l’avenir en s’armant d’idées pour un nouveau bond en avant.

Socrate

La manière dont les idées finissent par triompher dans des mondes où elles semblaient définitivement rejetées est marquée par les lois des contradictions dialectiques. C’est là où l’esclavage était le plus fermement ancrée (Haïti) que la révolte des esclaves a été la plus forte, la plus durable, menant même à un pouvoir des esclaves. C’est là où les peuples étaient enchainés qu’ils se sont davantage soulevés. C’est la Russie écrasée par l’autocratie, là où le peuple appelait le tyran « le petit père du peuple », qui a connu la plus rapide et plus radicale des révolutions. Et cela au pire des moments, quand le peuple avait accepté d’aller à la guerre mondiale massacrer le peuple d’en face, quand ses organisations les plus radicales avaient cédé à la pression, avaient trahi, quand le peuple travailleur semblait seul, démuni, abandonné, assassiné en masse sans capacité de réagir. C’est alors qu’il a fait un grand bond en avant, retrouvant dans ses rangs des militants très avancés, capables de prendre des positions révolutionnaires.

Zénon

Un exemple d’idée révolutionnaire est la question du pouvoir. Les prétendus moralistes de la politique opposent diamétralement démocratie et dictature. Pourtant, c’est la démocratie d’Athènes qui a imposé sa dictature et son impérialisme dans toute la Grèce.

Diderot

Je rajouterai, pour ce qui est de mon expérience, que la démocratie bourgeoise anglaise, la première victorieuse, a tout fait pour être la seule, n’accordant aucun soutien à la révolution démocratique sur le continent européen, écrasant militairement la démocratie américaine. Inversement, l’Ancien régime français, dictature personnelle du roi et des nobles, a tout fait pour aider la démocratie américaine dans la mesure où elle affaiblissait son principal adversaire, l’Angleterre. Et toutes ces « démocraties », une fois parvenues au pouvoir ont imposé leur dictature sur tous les pays dominés, à commencer par les pays colonisés. Et ils continuent d’imposer leur dictature sur le monde, pouvoir que l’on appelle l’impérialisme du capitalisme ! En somme, les pouvoirs de classe ne soutiennent pas des positions morales ni idéologiques mais des intérêts de classe ! C’est cela l’idée qui est révolutionnaire. Et, parfois, leur intérêt de classe, c’est de pactiser avec une classe adverse. Ainsi, la bourgeoisie capitaliste américaine pactise avec les féodaux d’Arabie saoudite. Et elle prétend sauver des peuples en les écrasant sous les bombes !

Socrate

Pour ma part, on m’a accusé de ne pas soutenir la démocratie athénienne qui esclavagisait les peuples, qui conquérait la Grèce les armes à la main, qui écrasait les femmes, qui se moquait de toute vraie démocratie en favorisant les populistes et les démagogues, qui soutenait les classes exploiteuses. Eh oui ! La politique du moralisme qui proclame faire la guerre pour la paix, contre la dictature, pour le droit international, a toujours servi des gens qui se moquent de la politique comme de la morale humaine et ne s’en servent que pour couvrir leurs vraies orientations. Ils sont viscéralement opposés à toute révolution sociale, pourtant le seul moyen d’en finir avec la guerre, le fascisme, l’oppression et l’exploitation ! La lutte des classes menée par le prolétariat est la seule voie d’avenir pour l’humanité !

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