Accueil > 12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ? > Ils disent combattre pour soutenir la lutte contre l’ICE mais refusent de (…)

Ils disent combattre pour soutenir la lutte contre l’ICE mais refusent de renverser l’impérialisme et de lutter pour sa défaite et reproduisent les mêmes impasses.

dimanche 8 février 2026, par Karob

Ils disent combattre pour soutenir la lutte contre l’ICE mais refusent de renverser l’impérialisme et de lutter pour sa défaite et reproduisent les mêmes impasses.

Depuis plusieurs semaines, l’extrême gauche internationale célèbre la mobilisation de Minneapolis contre l’ICE comme un moment historique. Les textes s’accumulent, les formules s’enhardissent, les descriptions deviennent épiques. Révolution Permanente affirme que « l’intensité de la lutte contre l’ICE pose un défi majeur à Donald Trump » et que la résistance locale aurait « ouvert un nouveau chapitre de la lutte des classes ». Left Voice parle d’un « heroic mass uprising » et explique que « l’appel à la grève générale n’est plus abstrait mais posé concrètement ». Le WSWS décrit une « occupation fédérale » de la ville et appelle à une mobilisation de masse pour « retirer l’ICE des villes ». Lutte Ouvrière salue « l’organisation spontanée de la population ». Le NPA-Révolutionnaires insiste sur la violence raciste et meurtrière de la police fédérale et appelle à la solidarité internationale.
Pris séparément, ces constats ne sont pas faux. Oui, la mobilisation a été massive. Oui, elle a révélé une capacité d’auto-organisation. Oui, elle a mis en difficulté les autorités locales et fédérales. Mais le cœur du problème n’est pas ce que ces organisations voient : c’est ce qu’elles refusent de voir, et surtout ce qu’elles refusent de dire.

Dans tous ces textes, un point commun saute aux yeux : personne ne pose la nécessité de renverser l’impérialisme américain ni de lutter pour sa défaite. L’ICE est dénoncée, parfois avec virulence, mais l’impérialisme comme système de domination globale, et la guerre comme horizon structurant, sont soigneusement évacués. Lorsqu’ils apparaissent, c’est sous la forme d’allusions générales, sans jamais devenir le centre stratégique de l’analyse.
Révolution Permanente parle d’un « défi à Trump ». La focale est claire : le problème serait avant tout une administration, un homme, une politique. L’État impérialiste comme tel disparaît derrière la figure présidentielle. Left Voice évoque bien l’impérialisme américain et rappelle que les États-Unis mènent des offensives à l’étranger, mais cette mention reste incantatoire : elle ne débouche sur aucun mot d’ordre pour la défaite de l’impérialisme américain, aucun appel au retrait des troupes, aucune orientation visant à transformer la guerre impérialiste en guerre de classe. Le WSWS parle de dérive autoritaire et de danger fasciste, mais là encore, la perspective reste celle d’une mobilisation défensive visant à faire reculer l’État, pas à le briser. Lutte Ouvrière et le NPA-R enferment la question dans un registre moral et antiraciste : crimes, violences, abus, racisme d’État.

Autrement dit, l’ICE est traitée comme un problème policier, racial ou autoritaire — jamais comme un organe de guerre impérialiste intérieure.

Or l’ICE n’est pas une anomalie. Elle n’est pas une excroissance monstrueuse qui aurait dévié d’un État autrement neutre. Elle est la frontière impérialiste armée, déplacée à l’intérieur du territoire, chargée de discipliner, trier et terroriser une fraction de la force de travail dans un contexte de crise globale. Elle est la continuité directe de la politique extérieure des États-Unis, appliquée sur le sol national. La même logique qui bombarde, sanctionne et occupe à l’étranger, militarise, réprime et fragmente à l’intérieur.

Nous sommes dans une période de montée des tensions inter-impérialistes : interventions extérieures, menaces militaires, redéploiements stratégiques, économie de guerre masquée par des bulles financières et technologiques. Dans une telle période, la guerre extérieure appelle nécessairement une guerre intérieure. Toute puissance impérialiste en crise durcit son appareil de contrôle interne. C’est une loi historique, pas une dérive morale.

C’est précisément ce lien — guerre extérieure / guerre intérieure — que l’extrême gauche refuse d’assumer jusqu’au bout. Elle parle de l’ICE sans parler de guerre. Elle parle de répression sans parler d’impérialisme. Elle parle de mobilisation sans parler de pouvoir. Et surtout, elle refuse explicitement toute politique de défaite de “son propre” impérialisme.
Nulle part, dans ces textes, on ne trouve un appel clair à la défaite de l’impérialisme américain. Nulle part un mot d’ordre pour le retrait des troupes US. Nulle part une orientation de défaitisme révolutionnaire. Trump avait été élu en se présentant comme “anti-guerre”. Cette mystification n’est jamais attaquée frontalement. La guerre est traitée comme un arrière-plan gênant, jamais comme l’axe structurant de la période.

Cette capitulation se prolonge logiquement sur la question décisive de l’appareil d’État. Aucune de ces organisations ne développe une politique sérieuse en direction des forces armées et répressives. Pas un mot sur des comités de soldats du rang. Pas un mot sur la Garde nationale déployée. Pas de perspective de fraternisation, de désobéissance, de rupture dans l’armée. Rien non plus sur les policiers du rang.

On critique Trump, on critique parfois les Démocrates, mais l’appareil d’État bourgeois impérialiste est traité comme un bloc extérieur, intouchable. Or toute la tradition bolchevique-léniniste enseigne l’inverse : en période de guerre, la lutte de classes traverse l’armée et la police, et c’est là que se joue une partie décisive du rapport de forces.

Sur la question du pouvoir, la faillite est totale et assumée.

Dans tous ces textes de la soi-disant extrême gauche :

Pas d’armement du prolétariat.
Pas d’autodéfense ouvrière organisée.
Pas de milices populaires.
Pas de soviets.
Pas de fédération des comités de travailleurs, de quartiers et de soldats.
Pas de perspective de renversement de l’État impérialiste.

À la place, on nous propose une radicalité sans pouvoir, une lutte sans rupture, une mobilisation sans stratégie. Une extrême gauche qui dénonce mais ne renverse pas, qui proteste mais ne combat pas pour la défaite de l’ennemi principal.

Et c’est ici que le point français devient central, et non secondaire.

L’extrême gauche française soutient bruyamment le mouvement de Minneapolis. Elle l’érige en exemple, en inspiration, en modèle. Mais elle le soutient précisément parce qu’il reste enfermé dans les mêmes limites qu’elle impose et maintient en France. Ici aussi, on dénonce les violences policières, les lois sécuritaires, les rafles, l’extrême droite. Ici aussi, on refuse de poser l’impérialisme français comme ennemi principal. Ici aussi, aucun défaitisme révolutionnaire, aucune politique vers les soldats, aucune rupture avec l’appareil d’État.
Autrement dit, l’extrême gauche française applaudit Minneapolis parce qu’elle y voit le miroir de sa propre capitulation stratégique. Elle soutient un mouvement qu’elle peut soutenir sans se remettre en cause, parce qu’il ne pose pas ce qu’elle refuse de poser ici : la guerre, l’impérialisme, l’État, le pouvoir.

La conclusion est simple, et elle est politique.

On ne combat pas la guerre intérieure sans combattre la guerre extérieure.

On ne combat pas l’ICE sans combattre l’impérialisme.

On ne combat pas l’État sans lutter pour sa défaite.

La seule ligne cohérente aujourd’hui est celle du défaitisme révolutionnaire : lutte pour la défaite de son propre impérialisme, retrait des troupes, sabotage politique de l’économie de guerre, transformation de la guerre impérialiste en guerre de classe. Cela implique une politique consciente vers l’appareil armé, la construction de comités de travailleurs, de quartiers et de soldats, leur fédération en soviets, et l’armement du prolétariat comme condition de toute rupture réelle.

Sans cela, la « lutte contre l’ICE » telle qu’elle est aujourd’hui défendue par l’extrême gauche n’est pas une stratégie révolutionnaire.

C’est une gestion radicale de l’impuissance, qui protège l’impérialisme en refusant de lutter pour sa défaite.

Que signifie vouloir la défaite de notre impérialisme ? Militer par exemple pour le sortir complètement d’Afrique ! Notamment sortir les troupes françaises de Côte d’Ivoire, du Gabon, du Nigéria, de Mauritanie, de Djibouti…. Faire connaitre toutes les sales affaires de corruption des patrons français avec les dictatures en Afrique. Dénoncer les déclarations des chefs d’armée français comme Lecointre qui veulent recoloniser les pays d’où l’armée française a dû partir de force.

Le défaitisme révolutionnaire n’est pas le pacifisme, les fausses extrêmes gauches ont l’air de l’ignorer. Il consiste à souhaiter et œuvrer concrètement pour la défaite de notre propre impérialisme.

Il faut combattre l’armement de la bourgeoisie, notamment en demandant aux syndicats pourquoi ils refusent de dénoncer l’industrie d’armements qui arme les dictatures et permet les guerres impérialistes !

Il faut dénoncer tous ceux qui, au sein des syndicats, oeuvrent seulement pour que les entreprises prospèrent et emploient du monde, même si c’est en servant aux massacres des peuples !

Il faut appeler les soldats à désobéir ! Il faut appeler le peuple travailleur à organiser lui-même son avenir et pas seulement à protester en paroles quand un chef d’état-major reconnait vouloir sacrifier la vie de nos enfants !

Il faut être prêt à dire aux classes dirigeantes, qu’un peuple qui a force d’âme est prêt à sacrifier la vie de tous les bouchers qui veulent nous plonger dans des guerres, qu’ils soient civils ou militaires !

A bas l’impérialisme veut dire aucun soldat ne doit participer à une guerre hors des frontières, aucun soldat ne doit participer à une guerre contre un peuple et pas non plus contre le peuple de France ! Le seul moyen est de cesser d’obéir à la hiérarchie militaire et de ne plus obéir qu’aux conseils du peuple travailleur unis aux conseils des petits soldats qui ne reconnaissent plus les chefs militaires sacricateurs des vies des soldats !

Alors « à bas l’ICE » et « pas de rois et pas de dictateurs », « pas de sacrifices de nos enfants », non à la guerre intérieure et extérieure signifie A MORT L’IMPERIALISME ! Vive le monde débarrassé des exploiteurs et des oppresseurs !

Et pour commencer à bas les faux amis de gauche ou syndicaux qui refusent ces perspectives !

Dirigeons-nous nous-mêmes en élisant nos délégués des conseils du peuple travailleur, nos SOVIETS !

Impérialisme français dehors !

https://www.matierevolution.fr/spip.php?breve1368

Messages

  • .

    « La malédiction pour la jeune génération de tous les pays est qu’on a créé, sous l’étiquette de marxisme, une gigantesque fabrique de falsifications historiques, théoriques et autres. »

    (Trotsky, « La Chine et la révolution russe », juillet 1940)

    « Exprimant à certains moments la poussée à gauche des masses, les centristes, en dernière analyse, freinent le regroupement révolutionnaire à l’intérieur du prolétariat et freinent par conséquent la lutte contre la guerre. »

    (Trotsky, « La guerre et la IVe Internationale », juin 1934)

    « Ces courants centristes n’ont pas et par leur nature même ne peuvent avoir une base sociale bien définie. Cependant que le réformisme représente les intérêts des sommets privilégiés de la classe ouvrière et que le communisme est le porte-drapeau du prolétariat lui-même, le centrisme exprime le processus de transition à l’intérieur du prolétariat, différentes vagues à l’intérieur de ses différentes couches, et les difficultés dans le progrès vers les positions révolutionnaires finales.
    C’est précisément pourquoi les organismes de masse centristes ne sont jamais stables ni viables.
    Il est vrai qu’il y aura toujours à l’intérieur de la classe ouvrière une couche de centristes constants qui ne veulent pas aller jusqu’au bout avec les réformistes, mais qui ne peuvent pas non plus devenir organiquement révolutionnaires. »

    (Trotsky, « Qu’est-ce que le centrisme », mai 1930)

    Les centristes de la fausse extrême gauche se refusent à appeler au défaitisme face à leur propre impérialisme, à prôner la démoralisation de l’armée, à casser la trahison syndicale des appareils bureaucratiques, à appeler au désarmement de la bourgeoisie et à l’armement du prolétariat, à unir les salariés et les autres fractions de la population qui vivent de leur travail, à prôner le mouvement de la base et la construction de soviets, à combattre les religions, à construire dès maintenant le futur pouvoir aux travailleurs...

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.