Accueil > 12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ? > A l’opposé du "narco-communisme" glorifié par le NPA-R, la dictature du (…)
A l’opposé du "narco-communisme" glorifié par le NPA-R, la dictature du prolétariat communiste écrasera les maffias, comme à Varsovie en 1905
jeudi 11 décembre 2025, par
Un des plus gros mensonges politiques de la bourgeoise est actuellement la stigmatisation verbale du politicien bourgeois de gauche J-L Mélenchon et de ses partisans, traités d’islamo-gauchistes, de gauchistes, d’extrême-gauche, voire de trotskistes.
Mélenchon est un ancien ministre, la bourgeoisie française sait qu’elle n’a rien à en craindre, mais lui donne ainsi le crédit d’un dirigeant révolutionnaire, afin de détourner les exploités de l’algèbre de la révolution, le socialisme scientifique, le vrai communisme.
A ce mensonge de bonne guerre, s’ajoute celui, criminel, de l’extrême-gauche opportuniste qui se revendique comme cible de ces insultes anti-Mélenchon, espérant capter une partie de l’attention médiatique dont ce dernier bénéficie. Par "défi" puéril, les partis NPA-R et RP se revendiquent même de certains de ces termes "anti-Mélenchon", puisés dans le réservoir de l’anti-communisme primaire.
Récemment dans une réunion publique, le NPA-R (qui en petit comité se dit trotskiste) se vante par exemple d’être "gauchiste" :
(pour la petite histoire, en 2009, le noyau du futur NPA-R stigmatisait du terme "gauchisme" les camarades de la Fraction l’Etincelle qui dénonçaient à juste titre le caractère opportuniste du futur NPA, réclamant leur exclusion !)
Non, les trotskistes ne sont pas gauchistes. Car le gauchisme est une "maladie infantile du communisme", combattue sous ce titre par Lénine. Car même si les gauchistes sont souvent de sympathiques camarades (anti-bureaucrates syndicaux etc), leurs erreurs mènent le prolétariat à son écrasement politique. C’est une action de type gauchiste (soulèvement armé prématuré) qui aboutit à l’assassinat de R. luxemburg et K. Liebknecht en janvier 1919. C’est la mesure gauchiste de collectivisation des terres qui aboutit à la défaite de la révolution hongroise la même année.
Pire, le NPA-R n’a pas peur d’accoler le terme "islamo-" à celui de gauchisme :
Lénine et Trotsky se sont adressés aux musulmans lors du Congrès de Bakou, mais ont invité ces camarades musulmans à rejoindre les bolchéviks et combattre le "panislamisme" politique des religieux pro-bourgeois.
De pire en pire : le NPA-R, entre les maffieux de la drogue et le gouvernement, choisit le camp de la drogue :
et se revendique finalement du terrorisme, de l’islamo-gauchisme et du narco-communisme :
Le NPA-R, reprenant le vocabulaire grossier de la bourgeoisie anti-communiste, se rabaisse politiquement, espérant "recruter plus largement".
Lorsque les bolchéviks-léninistes se faisaient traiter par les staliniens de vipères lubriques, d’hitléro-trotskistes, ils ne répondaient pas : nous n’avons pas peur d’être traités d’agents de Hitler.
A propos de la guerre contre la maffia de la drogue, le NPA-R aurait dû préciser : nous ne croyons pas en leur prétendue guerre (celle du gouvernement) contre le narco-trafic, car l’appareil d’Etat français est historiquement maffieux, trafiquant de drogue. D’anciens ministres ou présidents de la République sont des maffieux notoires. Le NPA-R n’est plus capable de dire des vérités sur de tels sujets.
Il aurait fallu de plus ajouter, en référence au récent assassinat à Marseille : habitants des "quartiers", ce n’est pas en rejoignant la gauche bourgeoise que vous ferez quoi que ce soit contre la maffia de la drogue. Une guerre contre cette maffia est nécessaire, mais seul l’armement du prolétariat la rendra possible et victorieuse.
Lisons à ce sujet un chapitre du livre d’Hersh Mendel, né à Varsovie dans l’Empire russe : "Mémoire d’un révolutionnaire juif", qui décrit la guerre contre les "alfonses", les proxénètes, qui également rackettaient les ouvriers.
**********
Le printemps vient
En 1904, notre situation matérielle commença à s’améliorer. Il y avait à cela deux raisons : premièrement, la guerre contre le Japon et, deuxièmement, le début des mouvements de grève.
Pour ce qui est de la guerre contre le Japon nous l’avons à peine sentie passer. Elle se déroulait dans la lointaine Mandchourie, à l’autre bout de l’empire russe. C’est tout juste si nous en discutions, chez nous. De temps à autres, des événements insignifiants venaient nous rappeler que nous étions en guerre. Dans la rue Gesia, juste en face de notre porte, il y avait une grande caserne où le Régiment de Volhynie tenait ses quartiers. Comme on voyait parfois des soldats quitter la caserne avec tout leur barda, on se disait qu’ils partaient combattre les Japonais. Il se peut aussi que nous ne nous soyons pas sentis concernés par cette guerre parce que, chez nous, personne n’était en âge d’accomplir le service militaire.
Nous n’eûmes donc pas à souffrir de la guerre. Au contraire, notre situation matérielle s’améliora. Mon père reçut des commandes de cuir pour les bottes militaires, et ce surcroît de travail lui permit d’engager deux ouvriers.
Plus tard, en étudiant l’histoire du mouvement révolutionnaire russe, j’appris que la Russie tout entière avait alors traversé une période de croissance économique. Dans la littérature marxiste de l’époque, on débattait de la question suivante : une révolution est-elle concevable en pleine expansion économique ?
Pour Léon Trotsky , cette période était nettement favorable au développement de la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière. En temps de crise, l’ouvrier combat le dos au mur tandis qu’en période d’expansion, il se sent plus fier, il améliore sa condition matérielle et un sentiment de dignité grandit en lui qui l’incite à passer à l’action révolutionnaire.
Mais tous ces problèmes m’étaient alors étrangers. La seule chose dont je me rendis compte c’est que nous avions engagé deux ouvriers et que nous gagnions plus d’argent qu’auparavant. Le mouvement de grève contribua également à l’amélioration de notre situation. Il était nettement perceptible dans les quartiers ouvriers, même si, chez nous, il n’était pas encore question d’y participer. Nous étions commis, mon frère et moi, et nous ne nous joignîmes pas à la grève. Quant aux deux nouveaux ouvriers, ils n`étaient pas du genre à cesser le travail. Nos revenus s’accrurent donc.
Ceci s’explique par la situation propre à notre profession composée de petites entreprises employant de trois à six ouvriers. Pour avoir la garantie que les ouvriers n’acceptent pas de travailler à des conditions inférieures au tarif syndical, le syndicat avait établi des prix que les meisters devaient imposer aux commerçants. De plus, pour combattre la concurrence, le syndicat interdisait aux commerçants d’annuler une commande déjà passée à un meister dans le but de conclure l’affaire avec un autre a moindre prix. De cette manière, les grèves profitaient aussi bien aux meisters qu’aux ouvriers. Mon père en bénéficia comme les autres, bien entendu. Une amélioration de notre situation matérielle se fit sentir immédiatement. Le Shabess, mon père put désormais quitter ses pantalons de travail souillés et enfiler des pantalons propres. On m’acheta également un beau costume pour le Shabess. Ma mère cessa de délayer exagérément les plats qui, préparés le vendredi, ne nous remplissaient guère l’estomac le lendemain mais dégageaient dans la cour un fumet destiné à tromper les voisins. Mon père put enfin faire le Kidísh sur autre chose qu’un khalè solitaire car ma mère avait de quoi nous préparer un vrai Shabess, comme toutes les maîtresses de maison. Les soupirs et les lamentations des Shabess passés firent place à la joie et à la quiétude. Il fut même question de chercher à se loger plus confortablement.
Mon frère se fiança et ma sœur ne tarda pas à l’imiter ; nous eûmes besoin d’un bel appartement pour recevoir les futures belles-familles sans rougir de honte. Comparé à celui de la rue Gesia, notre nouvel appartement, situé dans la rue Pawia, n° 51, était un jardin d’Eden ; une pièce spacieuse, une large fenêtre et une grande cuisine dont la moitié fut consacré à l’atelier de mon père. Il faisait claire, il faisait chaud chez nous. Cet appartement présentait cependant un gros défaut les toilettes et les poubelles se trouvaient de part et d’autre de notre fenêtre. Mais nous n’y accordâmes pas d’importance, l’espace et la clarté suffisant à nous rendre heureux. Fin 1904, mon frère se maria et nous disposâmes de plus de place encore.
Notre niveau culturel fit des progrès lui aussi. Nous prîmes l’habitude d’acheter le journal tous les jours pour avoir des nouvelles du front. Evidemment, cette amélioration ne se fit pas d’un seul coup ; chaque jour apportait un léger mieux.
A douze ans, j’étais devenu un bon ouvrier, voire même un ouvrier qualifié. J’aurais pu prendre la place d’un adulte.
Au travail, mon frère racontait des histoires comme je n’en avais encore jamais entendues. En général, il vantait les exploits de ses amis des bas-fonds. Mais il se mit subitement à nous entretenir de sujets inhabituels qui exprimaient son évolution morale. Par exemple, qu’il existait en Russie des groupes secrets comprenant même des gens issus de la cour impériale et dont le but était d’assassiner le Tsar, ses ministres et les riches, et de distribuer toutes les richesses aux ouvriers. Ces récits m’impressionnaient beaucoup ; leur forme naïve m’envoûtait.
A la même époque, de jeunes voisins qui passaient souvent chez nous ne cessaient de fredonner une rengaine dont tous les couplets se terminaient par : << Battu le pourceau, le magnifique héros » ! C’était une satire contre le Tsar qui venait d’être défait par les Japonais. Quelle merveille ! Il existait donc des gens qui osaient traiter le Tsar de pourceau ! Mon père, que cette chanson offusquait, les mettait à la porte sans se rendre compte qu’il renforçait ainsi mon estime pour cette joyeuse bande. C’est d’ailleurs de cette manière que ma sympathie pour les gens du << milieu >> s’est refroidie. Car comparée à la perspective d’abattre le Tsar, leurs bordées du samedi après-midi, en fiacre, gourdin au poing, me paraissaient franchement dérisoires.
Cette transformation morale n’affecta pas que mon frère et moi ; elle toucha également l’entourage de ma sœur. Jusque-là, les amies qu’elle ramenait à la maison étaient des filles sans intérêt qui ne vivaient que pour le bal du samedi soir. Mais elle se mit à fréquenter des amies qui, si elles allaient au bal tous les samedis, poursuivaient entre elles des discussions sur une série de sujets d’actualité, comme la politique, les grèves , etc. De plus, et ce fut l’essentiel pour moi, elles connaissaient des chants révolutionnaires. Le premier qu’elles m’apprirent fut le vieux Serment du Bund. Cet hymne revêtit une importance capitale pour moi. Il est vrai que je n’avais jamais entendu de chants révolutionnaires avant celui-là, mais c’est ainsi que, très naturellement, Bund et révolution devinrent une seule et même chose à mes yeux.
Les idées révolutionnaires et socialistes fusaient de toutes parts et bouleversaient totalement nos sentiments et nos pensées. Toutefois, bien des choses restaient conformes aux anciennes habitudes. Il fallut attendre de longs mois encore pour que des transformations radicales affectent ma famille. En fait, le tournant décisif fut pris lorsque mon frère et ses amis se décidèrent enfin à prendre le parti des ouvriers.
Entre-temps, Schloïmè fréquentait toujours ses anciens camarades du « milieu ». Aussitôt le travail fini, il les rejoignait pour jouer aux cartes. Il est intéressant de remarquer que nous éprouvions tous une profonde sympathie pour cette bande-là. Mon père et ma mère, d’honnêtes travailleurs, se mettaient à sangloter lorsqu’un de ces voyous « tombait », c’est-à-dire lorsqu’il était arrêté pour vol. Et bien que déjà totalement gagné aux idées révolutionnaires, je leur restais moi-même très attaché. C’est sans doute parce qu’ils nous étaient d’un grand secours en cas de danger.
Dans la cour de l’immeuble où nous venions d’emménager, vivaient une Polonaise et son homme, un Russe. Elle faisait notre lessive et chaque fois qu’elle rapportait notre linge, son ivrogne de Russe arrivait sur ses talons et déclenchait un vrai scandale. Il l’abreuvait d’injures et la battait en hurlant comme un forcené.
Dans la même cour vivaient d’autres Polonais, de grands antisémites. Lorsque ma sœur revenait à la maison avec des camarades, il arrivait fréquemment que les Polonais se mettent à lancer des pierres dans nos carreaux. Une fois, alors que le Russe nous faisait une de ses scènes habituelles, les Polonais prirent son parti et commencèrent à enfoncer la porte et à briser les vitres. Mon frère, qui rentrait à cet instant précis, vit aussitôt le danger et partit en courant ameuter ses copains. Ils accoururent comme un ouragan et se mirent aussitôt à l’ouvrage, distribuant des coups dans tous les sens. Depuis, personne ne nous chercha plus misère. Les amis de mon frère passaient chaque jour pour voir si on nous fichait la paix .
Qui sait combien de temps notre sympathie pour la révolution et notre attachement à la pègre eussent ainsi coexisté si n’étaient survenus des événements qui nous obligèrent à choisir entre la révolution et les bas-fonds ?
En 1904, le mouvement de grève s’amplifia et la lutte des ouvriers contre la pègre passa à un stade supérieur à cause d’une bande de délinquants qu’on appelait les << percepteurs ». Le vendredi , au moment où les meisters réglaient le salaire de la semaine, les « percepteurs » étaient présents pour toucher la « perception », comme on disait alors. Et les ouvriers payaient.
Les « percepteurs » étaient un fléau épouvantable, une véritable peste, d’odieux parasites. Mais les ouvriers avaient peur et ils s’exécutaient. Quand les grèves commencèrent, les patrons louèrent les services des « percepteurs », attendant d’eux qu’ils terrorisent les ouvriers et les forcent à reprendre le travail.
Il fut d’emblée évident que les ouvriers auraient à en découdre avec la pègre tôt ou tard. Au début, apeurés, les ouvriers reprirent le travail. Mais à mesure que le mouvement de grève s’étendit, la pègre eut en face d’elle non plus des ouvriers isolés, mais des masses de travailleurs organisés dans leurs syndicats. Relativement primaire, le « milieu » ne put contenir cette force nouvelle, cette grande force qui montait des masses ouvrières. La « perception » fut bientôt abandonnée. Finalement, la lutte contre les meisters devint également une lutte contre le« milieu ». La tension monta, le conflit s’aggrava et finit par déboucher sur une véritable bataille rangée.
C’est ce qui se produisit à l’occasion de la première grande grève, lorsque les ouvriers de tous les métiers, abandonnant le travail, descendirent dans la rue pour affronter le << milieu » .
En 1905, on assista à une bataille rangée qui dura plusieurs jours. Les travailleurs se livrèrent à un véritable pogrome contre les maisons closes, parcourant la ville munis de listes noires, passant à tabac les hommes de main et traquant la canaille Jusque dans les chambres. En plusieurs endroits, les voleurs et les alphonses furent jetés par les fenêtres. La pègre, obligée d’évacuer le centre de Varsovie, se réfugia dans la vieille ville, au bord de la Vistule. Cet endroit étant difficilement accessible, ils le baptisèrent Port Arthur.
Persuadée que les ouvriers perdraient la partie, la police observa tout d’abord la plus stricte neutralité. Mais devant la tournure prise par les événements, elle se porta au secours de la pègre. On les vit procéder ensemble à des arrestations en masse.
Les patrouilles chargées d’effectuer des contrôles d’identité dans les rues étaient fréquemment accompagnées d’un truand qui, revolver au poing, désignait les ouvriers suspects. Cet état de chose dura jusqu’en 1907, c’est-à-dire jusqu’à la victoire complète des réactionnaires. Je me souviens qu’on discutait ferme, à la maison. Quel parti prendre ? se demandaient mon frère et le mari de ma sœur. Celui des ouvriers ou celui de la pègre ? Ils ne parvenaient pas à trancher. Avec les ouvriers, disaient-ils, il nous faudra combattre nos propres frères. Mais peut-on s’opposer aux ouvriers, alors qu’ils luttent pour le bien-être de tous ceux qui vivent de leur travail, y compris le nôtre ? Ils restèrent indécis durant des mois. Mais quand il devint évident que les ouvriers finiraient par l’emporter et que le mouvement révolutionnaire s’attirait les sympathies de larges couches de travailleurs, voire de toute la population, on put noter une soudaine évolution chez mon frère, mon beau-frère, et chez tous ceux qui fréquentaient notre appartement. Ils prirent tous le parti du mouvement ouvrier et finirent par devenir socialistes. Certains s’engagèrent activement dans la lutte. Mon frère, pour sa part, est demeuré fidèle au socialisme toute sa vie.



