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"Rosa Luxemburg - Oeuvres complètes - Tome II" vues par Smolny et C. Darmangeat le "spécialiste" de Lutte Ouvrière : un travail de charlatan-gribouille

mardi 11 novembre 2025, par Alex

Un article plus général concernant la publication des prétendues"Oeuvres complètes de Rosa Luxemburg" par les Editions Smolny est en préparation. Nous y donnerons les raisons politiques pour lesquelles ce projet mérite d’être discuté : c’est une entreprise avant tout commerciale très hostile au marxisme, et qui n’aboutit à quasiment aucune publication de textes inédits en français de Rosa Luxemburg, le copier-coller d’oeuvres déjà publiées étant une des méthodes favorites de ces éditeurs.

Pour les éditions Smolny, Lénine est un agent de la contre-révolution, Trotsky un sale patron (Tome I : repères biographiques, pages 449, 462), nous y reviendrons dans un prochain article. Nous partageons donc globalement cet avis.

Cet anticommunisme de Smolny est couvert par C. Darmangeat, carriériste universitaire de Lutte Ouvrière (publié par Smolny, cela tombe bien !). C. Darmangeat est donc un de ces cadres de Lutte Ouvrière qui à longueur d’articles fustigent l’ignorance crasse, le "manque de conscience" des travailleurs. Page 7 du tome II "A l’école du socialisme" nous lisons bien : "Edition préparée par (...), Christophe Darmangeat (...)" :

Nous nous concentrons ici sur les aspects techniques d’un seul texte. Ces anti-communistes de Smolny rejoints par C. Darmangeat de Lutte Ouvrière mettent en avant leur "expertise" : ils salissent Lénine et Trotsky, tentant d’utiliser RL dans ce but, mais ils prétendent faire un travail "scientifique" qui se vend cher, et leur travail serait donc "incontournable", crieront les social-démocrates en embuscade avec leur sourire cynique. Nous souhaitons réfuter dans cet article cette affirmation : leur prétendue valeur scientifique. Pas leur anticommunisme, qui fera l’objet d’un autre article.

Nous même avons publié sur ce site des traductions (du polonais, du russe et de l’allemand) de textes inédits de Rosa Luxemburg, traductions qui ne sont sans doute pas sans reproche car nous ne sommes spécialiste d’aucune des trois langues, mais elle sont diffusées gratuitement et ne demandent justement qu’’à être améliorées. A cette fin nous citons toujours toutes les sources originales des textes, alors que dans leur Tome II, les éditions Smolny pratiquent un plagiat source de bourdes, comme nous allons le montrer.

Reproduisons la page de couverture, ainsi que les première et dernière pages d’un texte de RL dans le Tome II de Smolny :

Les "experts" confondent les deux journaux "Vorwärts !" et "Vorwärts"
Première erreur : page 80 à la fin de l’article de Rosa Luxemburg, on lit donc que cet article aurait été publié dans "Vorwärts !", ce qui est un anachronisme.

En effet, Rappelons que le point d’exclamation distingue :

Vorwärts !
Vorwärts ! ("En Avant !"). Journal allemand, paraissant deux fois par semaine à Paris de janvier à décembre 1844. De tendance communiste. Critiquait en particulier la situation en Prusse. Ce qui valut à Marx, Engels et d’autres rédacteurs de se faire expulser de France en janvier 1845 par le ministère

https://www.marxists.org/francais/press/vorwarts1844.htm

de celui, ultérieur, sans point d’exclamation :

« Vorwärts » [En avant], quotidien, organe central du Parti social-démocrate allemand ; parut à Berlin partir de 1891. Engels y mena la lutte contre toutes les manifestations d’opportunisme. A partir de la seconde moitié des années 90, après la mort d’Engels, la rédaction du Vorwärts se retrouva aux mains de l’aile droite du parti et publia régulièrement les articles des opportunistes. Tout en donnant une appréciation tendancieuse de la lutte menée contre l’opportunisme et le révisionnisme au sein du parti social-démocrate russe, le Vorwärts soutenait les « économistes », puis, après la scission du parti, les mencheviks. Durant les années de la réaction, le Vorwärts fit paraître les articles calomnieux de Trotski, empêcha Lénine et les bolcheviks de les réfuter et de donner une appréciation objective de la situation au sein du parti.
Au cours de la première guerre mondiale, le Vorwärts adopta une position social chauvine. Après la Grande Révolution socialiste d’Octobre, il mena une propagande antisoviétique. Parut à Berlin jusqu’en 1933.

Lénine Oeuvres Tome 25, note 28

(nous reproduisons à dessein cette note en entier : les staliniens dénoncent ouvertement Trotsky, implicitement Rosa Luxemburg, mais ils sont précis dans les dates, donnent des pistes à explorer)

Donc le journal « Vorwärts ! » a disparu plus de 50 ans avant que Rosa Luxemburg ne publie ses premiers articles dans « Vorwärts ». Nos "spécialistes" ne s’arrêtent pas à de telles nuances. Le "Vorwärts" de la date de notre article (numéro 263 de l’année 1902) est pourtant bien sans point d’exclamation :

Les éditeurs ayant sans doute créé un "raccourci-clavier", c’est dans tout le livre que "Vorwärts !" est répété de façon automatique, des dizaines de fois, à la place de "Vorwärts". Aucun de nos "spécialistes" ne l’a remarqué !

Comment ces universitaires économistes, germanistes, spécialistes de la politique en Allemagne (Jean-Numa Ducange) peuvent-ils laisser passer de telles erreurs ? C’est un détail ? Oui, c’est ce qui différencie le professionnel des amateurs.

Les "spécialistes" confondent "troisième" et "quatrième" volume

Reproduisons la note de fin d’article, prétendant nous en donner la source, car elle vaut, nous allons le voir, son pesant d’or :

Le fait que Rosa Luxemburg née en 1871 voyagea dans le temps pour s’adresser à « Vörwärts ! » mort et né en 1844 est donc bien confirmé par nos spécialistes, sous le contrôle de C. Darmangeat de Lutte Ouvrière, trop occupé à dénoncer le manque de conscience des travailleurs, et remercier chaleureusement les journalistes bourgeois de france Inter Thomas Snegaroff, Natacha Polony

En lisant

Cet article n’est pas signé, mais la lettre de Rosa Luxemburg à Léo Jogiches en date du 20 septembre 1902 nous apprend ...

l’amateur (celui qui ne fait pas bien une chose que pourtant il aime faire) est subjugué : ces "spécialistes" ont donc lu et relu la correspondance de Rosa Luxemburg pour certifier sa paternité (terme technique en bibliographie) de cet article ?!

Le professionnel (qui fait bien, même ce qu’il n’a pas envie de faire), par contre, commence à douter. Car cette formule "la lettre de Rosa Luxemburg à Léo Jogiches nous apprend que ..." est rituelle dans son catalogue de Kaczanovska / Tych. Or nos "spécialistes" n’ont pas l’air d’avoir puisé leur formule dans ce catalogue, et ils ne le mentionnent même pas.

Ou alors la note [79] renvoie justement à ce catalogue ? Mais le professionnel, avant même de se référer à cette "note dans une note", procédé très peu amical pour le lecteur, a un doute, car nos spécialistes citent Rosa Luxemburg qui mentionne "le quatrième volume de Mehring". Or si l’on revient au tout début de l’article de Rosa Luxemburg, on voit que Rosa Luxemburg traite des "Oeuvres complètes volumes II et III" de Marx, du "troisième volume" de Mehring, pas d’un quelconque "quatrième volume". Donc la citation de Rosa Luxemburg ne semble pas pouvoir être prise comme "certificat de paternité" pour cet article du 9 novembre 1902 ! Nos "spécialistes" ne mentionnent pas cette contradiction.

Pour dissiper ces malaises, l’amateur parce qu’il est courageux, et le professionnel parce qu’il est professionnel, se résignent donc à lire la note [79] relative à la "lettre de Rosa Luxemburg" :

[79] Rosa Luxemburg, Gesammelte Briefe, Bd. 1, Berlin, Dietz Verlag, 1989 p. 630

Quelle horreur ! L’Allemagne paiera ! a-t-on simplement envie de répéter dans un moment de faiblesse, dans un Front unique avec Clémenceau. Car en note dans une note, on trouve de l’allemand en abréviations, pourquoi cette torture ?! De plus : page 630 signifie un pavé indigeste. « Bd. 1 » veut dire : volume 1. Cela sous-entend que des volumes de plus de 600 pages, il n’y en a pas qu’un seul, mais plusieurs ! Peut-être des dizaines ? C’est horrible !

L’amateur est donc définitivement terrassé : quelle érudition de nos spécialistes, qui ont dû lire au moins 629 pages avant de tomber sur la 630ème qui contient la "preuve" que Rosa Luxemburg a bien écrit cet article non signé du 9 novembre 1902 ! Et sans doute nos "spécialistes" ont-ils lu les autres dizaines de tomes en allemand ?

Et Matière et Révolution, par jalousie sectaire, ose les critiquer !

Le professionnel, lui, sourit. Car Rosa Luxemburg était polonaise, et elle écrivait à Léo Jogiches en polonais ou en russe. Cela signifie donc que notre équipe de "spécialistes" semble incapable de donner en référence la lettre originale, donc encore moins de lire cette lettre originale en polonais de Rosa Luxemburg.

Nos "spécialistes" nagent donc, comme dans la bande-annonce :

C’est comme si un "spécialiste" de Victor Hugo, prétendant avoir lu sa correspondance, nous renvoyait vers une version en allemand :

Victor Hugo, Gesammelte Briefe, Bd. 1, Berlin, Dietz Verlag, 1989 p. 630

ou comme si des "spécialistes" de Shakespeare nous renvoyaient à

Shakespeare, Gesammelte Briefe, Bd. 1, Berlin, Dietz Verlag, 1989 p. 630

Hegel dirait que la citation d’une référence allemande par nos spécialistes, quand on sait que Rosa Luxemburg écrivait ses lettres en polonais, se transforme dialectiquement en son opposé : ""Ein großer gribouillard !" Voir LE CORNIAUD - Extrait #2 - "Ein großer gribouillard !" - Louis de Funès, ou Louis de Funès essaye, comme nous dans le présent article, de prévenir les naïfs.

Mais surtout, dans cette "note dans une note", nos "spécialistes" ne mentionnent toujours pas Kaczanowska / Tych. Or la référence allemande est une traduction du travail de Tych, qu’il aurait donc fallu citer, c’est un livre de Tych (1968) qui est la vraie source. Nous le ferons plus bas, et signalons tout de suite que "lettre de Rosa Luxemburg à Léo Jogiches en date du 20 septembre 1902" est une formule erronée : la lettre n’est pas datée, Tych explique : nous reprenons la date du cachet de la poste apparaissant sur l’enveloppe. Certes ce sont des détails : oui, Tych a fait du travail de professionnel !

Le professionnel se résigne cependant à consulter la référence en allemand. Or concernant cette lettre de Rosa Luxemburg, l’édition allemande (que Smolny ne cite pas mais que nous avons consultée) signale en note :

Rosa Luxemburg schreibt irtümlich vom IV. Band des von Franz Mehring herausgegeben Nachlasses von Karl Marx ...

Traduction : "Rosa Luxemburg mentionne de façon erronée le volume IV" ... Nos "spécialistes" ont donc bien oublié de signaler que la lettre qu’ils citent contient bien une grosse erreur de Rosa Luxemburg, et que prétendre qu’elle prouve la paternité de Rosa Luxemburg pour notre article mériterait de plus amples justifications. Nos "spécialistes" citent une référence allemande qu’ils n’ont pas l’air d’avoir lue !

Notre professionnel lui-même commence à fatiguer : faut-il vraiment disséquer la traduction en allemand de cette lettre et prouver (ce que ne font pas nos "spécialistes") que malgré cette erreur dans cette lettre, cette lettre prouve bien etc ? Assez ! Il faut en finir ! a-t-il envie de dire, reprenant la formule de la bourgeoisie française de juin 1848.

Le professionnel revient donc à son incontournable catalogue de Kaczanowska / Tych. La seule donnée exacte dans la référence donnée par nos "spécialistes" est la date du 9 novembre 1902. Le professionnel lit alors dans son catalogue (mise à jour de 1971) :

35. Rosa Luxemburg :
Aus dem Nachlass unserer Meister.
Vorwärts 9 XI 1902 nr 263, 3. Beilage s 1-2

Il est soulagé, comme d’habitude, le langage de ce catalogue est clair et net, tout y est « luxe, calme et volupté » du point de vue de la rigueur bibliographique. Ce catalogue dont la mise à jour date de 1971 reste le point de départ incontournable.

Traduction de la référence : article Aus dem Nachlass unserer Meister, signé Rosa Luxemburg, pages 1-2 du Supplément numéro 3 du Vorwärts, numéro 263 du 9 novembre 1902.

La référence est donc bien plus précise : pas seulement "Vorwärts numéro 263" mais "Supplément numéro 3 du Vorwärts numéro 263 du 9 XI 1902". Cela est important car un "Vorwärts numéro 263", il y en avait un par an, et des pages 1-2 on en trouve en 1902 dans le "Vorwärts numéro 263", dans le "Supplément numéro 1 du Vorwärts numéro 263", dans le "Supplément numéro 2 du Vorwärts numéro 263", dans le "Supplément numéro 3 du Vorwärts numéro 263" etc.

Nos "spécialistes" sont incapables de donner une référence complète et précise.

Mais surtout, on l’aura noté : notre catalogue nous assure que l’article est bien signé !

Et effectivement, en 2 ou 3 clics on trouve facilement dans la version numérisée de notre "Supplément numéro 3 du Vorwärts numéro 263 du 9 novembre 1902" l’article Aus dem Nachlass unserer Meister signé Rosa Luxemburg :

titre de l’article
signature de l’article

Tout cela pour ça ! Quand nos "spécialistes" écrivaient en note :

Cet article n’est pas signé

c’était donc déjà totalement faux !

D’où vient leur erreur ? Ils n’ont fait que recopier sans le dire, c’est à dire plagier, la première phrase de la note [1] contenue dans cette page, où nous lisons

"[1] article non signé ...".
Cette page n’est elle-même qu’une version numérisée des Gesamelte Werke (oeuvres complètes) de Rosa Luxemburg publiées en Allemagne de l’Est dans les années 70. Notre exemplaire du Tome 1/2 de ces oeuvres date de 1979, mais il est bien signalé que c’est une reproduction de l’édition de 1970, donc un an avant la mise à jour de son catalogue par Tych (1971). On y lit bien (note 1 page 291) : "article non signé", et nous ignorons pourquoi les Allemands n’ont pas eu accès au "Vorwärts" en question : les archives étaient-elles à Berlin Ouest ?

Bref nos "spécialistes" ont cité sans vérification une note bibliographique donnée par les staliniens allemands en 1970 !

Nos "spécialistes" n’ont donc pas fait comme nous, humble non-spécialiste cliquant simplement à la page Vorwärts numérisé où l’on trouve tous les numéros où Rosa Luxemburg a écrit. Cette note [1], erronée, de la version allemande, a le mérite de contenir la référence aux originaux polonais publiés par F. Tych concernant la lettre mentionnée.

Nos "spécialistes" ont donc "piqué" à leurs homologues staliniens allemands de 1970 cette "idée" (article non signé mais authentifié par telle lettre) ... qui est fausse ! Plagier une vérité publiée par d’autres, c’est méchant, mais souvent récompensé dans le milieu académique. Mais plagier des affirmations fausses, c’est le pire que puissent faire des "universitaires", car le ridicule tue parfois des réputations.

Les Oeuvres de Rosa Luxemburg publiées en Allemagne l’étaient par les staliniens, les assassins de la classe ouvrière qui s’y souleva en 1953, d’Adolf Warski l’ouvrier camarade de Rosa Luxemburg (c’est le "Adolf" dans la lettre ci-dessous, mais Tych n’osait pas écrire en note : assassiné par Staline en 1938 à Moscou). Elles ne sont pas entièrement fiables, tout militant marxiste authentique le sait, malgré leur "qualité allemande".

Mais, repenties, ces éditions allemandes ont fait un travail qu’il faut saluer, en donnant libre accès à leurs précédentes éditions (les Editions sociales ne l’ont pas fait, et Smolny veut en profiter pour faire payer tout cela !) Et ces éditions allemandes, sur la même page dont nous avons signalé l’erreur, proposent :

c’est-à-dire que l’on peut signaler une erreur. Nous l’avons fait, et espérons qu’une correction apparaitra bientôt. Seul des Français veulent faire payer cher leur édition bâclée des oeuvres de Rosa Luxemburg !

La lettre de Rosa Luxemburg

La lettre du 20 septembre 1902 invoquée par nos spécialistes qui ont copié l’erreur de leurs homologues allemands, fut (re)publiée en 1968 par F. Tych, la voici dans sa version originale (recopiée à partir notre exemplaire du livre de Tych) :

Monachium, 20.IX.1902

Już Ci nic nie będę pisała, bo się zobaczymy poju- trze wieczór, jeśli nic nie zajcízie, to wyjadę stąd w niedzielę rano DZugiem í będę koło 9-ej w domu.
Jestem bardzo zmęczona . Dziś wieczór byliśmy u p. Julianów wraz z Mehringiem i Parvusami. Jutro w południe koniec kongresu, a po południu mam być u Helfandów [Parvusów]. Adolfowie chcą koniecznie, żebym została przez niedzielę, ale spieszę już do Ciebie z powrotem, zresztą i robota dla „,L [eipziger] V [olkszei-
tung]" nagli.

Parteitag jest śpiący i występować nie warto nawet. Tego samego zdania jest Parvus. Mehring jest ze mną słodko-kwaśny, ja z nim chłodno i spokojnie. Z Eisnerem umówiłam się o Besprechung IV tomu Mehringa. Ściskam Cię stokrotnie. Adolfowie Cię pozdrawiają

Twoja R.

Une traduction est la suivante, nous indiquons certains endroits où des notes de Tych sont insérées :

Munich, 20 septembre 1902 (note de Tych : "lieu et date d’après le cachet de la poste")

Je ne t’écrirai plus, car nous nous verrons demain soir. Si rien ne change, je partirai d’ici dimanche matin en train DZ et je serai à la maison vers 9 heures.
Je suis très fatiguée . Ce soir, nous étions chez les Julian avec Mehring et les Parvus. Demain midi, le congrès se termine et cet après-midi, je dois être chez les Helfand [Parvus]. Les Adolf veulent absolument que je reste dimanche, mais je me dépêche de revenir vers toi, d’autant plus que le travail pour le « L [eipziger] V [olkszei-
tung] » est urgent (1).

Le Congrès du parti est endormi et il ne vaut même pas la peine d’y prendre la parole. Parvus est du même avis. Mehring est doux-amer avec moi, je suis froide et calme avec lui. Je suis convenu avec Eisner du Compte-rendu du volume IV de Mehring (2). Je t’embrasse cent fois. Les Adolf te saluent.

Ta R.

Note (1) par F. Tych, peu importante pour nous : « C’est très probablement de la plume de R. Luxemburg que sont issus
les articles anonymes suivants , publiés dans le Leipziger Volkszeitung au sujet du congrès du SPD à Munich :
Freisinniges Geschwätz [sur les spéculations de la presse bourgeoise allemande au sujet des contradictions entre le SPD et le PPS de la partition prussienne lors du congrès de Munich ] - 23 septembre 1902, n° 220, Beilage , p. 1 ; article introductif Gedankenfreiheit . [évaluation des spéculations de la presse bourgeoise sur le congrès du SPD à Munich] - 24 septembre 1902, n° 221, p. 1 ; article introductif Zur Schlichtung der polnischen Zwtstigkeiten fondebacie polskiej na zjeździe monachijskim ] 25 septembre 1902, n° 222, p. 1-2 . »

Nous laissons de côté la question de ces articles, car ils ne concernent que la Leipziger Volkszeitung (LVZ), d’où Rosa Luxemburg venait de démissionner, suite à son conflit avec Mehring. Mais on note que F. Tych mentionne des articles anonymes de Rosa Luxemburg uniquement pour la LVZ, pas pour Vorwärts. Et aucune "dispute" n’est mentionnée, qui expliquerait l’anonymat de certains articles.

Mais surtout note (2) par F. Tych : « R. Luxemburg écrit par erreur au sujet du quatrième volume, alors qu’elle fait en réalité
référence au troisième volume, et non au quatrième, de l’œuvre posthume de K. Marx et F. Engels , publiée par F. Mehring . Elle avait en effet publié des critiques du quatrième volume dans le Vorwärts un an plus tôt (voir note 2 de la lettre 394). La critique du tome III a quant à elle été effectivement publiée peu après dans le Vorwärts : ...
 »

Donc Feliks Tych signale également l’erreur de R. Luxemburg, et donne les références pour l’article en question, en l’occurrence le nôtre : « ...Rosa Luxemburg : Aus dem Nachlass unsrer Meister. (Gesammelte Schriften von Karl Marx und Friedrich Engels . 1841 bis 1850. Zweiter Band. Von Juli 1844 bis November 1847 ; Dritter Band. Von Mai 1848 bis Oktober 1850. Stuttgart 1902, J. H. W. Dietz). Vorwärts , 9.XI.1902 , nr 263, 3. Beilage , s. 1-2.  »

Tych n’utilise donc pas cette lettre comme "preuve" que RL a bien écrit notre article, au contraire c’est l’article publié avec sa signature qui démontre l’erreur commise par RL dans sa lettre !

Revenons à la note de nos "spécialistes", qui ont (peut-être) lu cette lettre dans sa traduction en allemand, et qui suite à la démission de Rosa Luxemburg de la LVZ, trouvent une explication fumeuse à un problème qui n’existe pas (non signature de son article du Vorwärts) :

Il est donc très probable que Rosa Luxemburg ait demandé à la rédaction du "Vorwärts !" [sic] à laquelle participait Eisner, de faire paraître son article sans signature.

Note par Smolny sous le contrôle C. Darmangeat

Plus forts que S. Holmes, nos "spécialistes" trouvent des explications à des mystères qui n’existent pas ! On a vu plus haut que Eisner est en effet cité par Rosa Luxemburg dans sa lettre, mais sans aucune mention d’un quelconque problème. La deuxième lettre mentionnée en note [80] par nos "spécialistes" (voir Rosa Luxemburg, vive la lutte ! correspondance - françois maspero BS 31 - page 129, référence en français qu’ils se gardent de donner, cela fait moins savant que l’allemand !) contient effectivement la démission de RL de LVZ adressée à F. Mehring, mais aucune référence de sa part à l’anonymat de futurs articles.

Pour information, rappelons que de nombreux articles (en fait, tous !) publiés début 1902 par Rosa Luxemburg dans LVZ étaient anonymes, voir dans le catalogue de Kaczanowska les numéros 205 à 216 datés de début 1902.

Jusqu’en 1901, ses articles dans LVZ étaient signés "rl" (nous le savons grâce au catalogue de Kaczanowska/Tych, pas grâce à nos "spécialistes"), mais à partir de novembre 1901, Rosa Luxemburg dirige le LVZ, et les articles non signés peuvent, à notre avis, simplement signifier qu’ils représentent la ligne éditoriale du journal : "Franz Mehring et moi avons pris la direction du journal et nous sommes libres d’y faire ce que nous voulons", écrit Rosa Luxemburg à cette époque.

C’est page 183-185 de la biographie de RL par Nettl que cet épisode est évoqué, le biographe n’évoquant jamais la question des "articles anonymes", dans LVZ ou Vorwärts, suite à une quelconque dispute avec Eisner. C’est au contraire début 1902, lorsque les relations entre RL et Mehring sont au beau fixe, que RL publie des articles anonymes dans LVZ.

Plus généralement, RL a publié des dizaines d’articles anonymes dans sa vie, nos "spécialistes" devraient donc aborder cette question d’abord de façon générale, ou la laisser tranquille. Répétons-le : un article anonyme dans l’organe d’un parti est le signe que son auteur exprime la ligne de ce parti, c’est le contraire d’un conflit avec la ligne de ce journal !

Mais rappelons surtout que l’article dont nous discutons depuis le début n’est pas anonyme !

Conclusion

En cherchant à "expliquer" qu’un article est anonyme, alors qu’il ne l’est pas, nos "spécialistes" nous ont illustré une des définitions de Gribouille :

Personne désordonnée, naïve et sotte, qui se précipite dans des difficultés plus grandes que celles qu’elle veut éviter.

Que manque-t-il à ces "brillants" universitaires dont nous ne nions pas les compétences dans leur domaine étroit (surtout celui de leur carrière) ? Un minimum de conviction et formation socialistes. Rosa Luxemburg est pour eux un "matériel" qui leur permet de vendre des livres, promouvoir leur carrière partisane et/ou universitaire se donnant pour mission de diffuser dans les bibliothèques scolaires l’idée que R. Luxemburg est l’anti-Lénine.

Rassurons le lecteur : dans ce tome II on trouve seulement 7 articles de Rosa Luxemburg. Nous ne referons pas le même travail pour chaque article.

Si Smolny avait traduit à la chaine, de l’allemand, profitant des compétences de Lucie Roignant, 100 articles de RL, correspondant par exemple à une série d’années, dans l’ordre purement chronologique, sans note fausse et superflue, ils auraient fait oeuvre bien plus utile.

Les militants du mouvement ouvrier veulent avoir accès à la masse des écrits non traduits de Rosa Luxemburg !

Les détails sur la signature ou non de ces articles sont souvent sans intérêt direct, c’est le travail ingrat des spécialistes, qui livreront en une seule formule lapidaire le résultat de recherches parfois longues. Mais de telles notes servent à Smolny de leurre permettant de vendre de tels livres à des bibliothèques publiques, car pour le responsable moyen de bibliothèque publique en France, tout ce que nous avons avons décrit est invisible ! La note ubuesque que nous avons commentée "impressionne" et peut convaincre. En plus c’est tellement cher (22 euros), que ça doit être du bon ! Ce travail de charlatan-griboulle est un argument de vente, mais c’est surtout la pire forme du capital commercial pré-capitaliste : du vol sans création de valeur !

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