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La dialectique de la biologie
samedi 23 août 2025, par
La dialectique de la biologie
François Jacob dans « La logique du vivant » :
« Avec chaque niveau d’organisation, apparaissent des nouveautés, tant de propriétés que de logiques. (…) Une dialectique fait s’interpénétrer les contraires et s’engendrer la qualité et la quantité. »
Stephen Jay Gould expliquait dans « Le pouce du panda » :
« Eldredge et moi faisons référence à ce mécanisme sous le nom de système des équilibres ponctués. (...) Si le gradualisme est plus un produit de la pensée occidentale qu’un phénomène de nature, il nous faut alors étudier d’autres philosophies du changement pour élargir le champ de nos préjugés. Les fameuses lois de la dialectique reformulées par Engels à partir de la philosophie de Hegel, font explicitement référence à cette notion de ponctuation. Elles parlent par exemple de ’’ la transformation de la quantité en qualité’’. »
« Le biologiste dialecticien » des biologistes Richard Levins et Richard Lewontin :
« Ce qui caractérise le monde dialectique sous tous ses aspects est qu’il est constamment en mouvement. Les constantes deviennent des variables, les causes deviennent des effets, et les systèmes se développent, détruisant les conditions qui leur ont donné naissance. Même les éléments qui apparaissent stables sont des forces en état d’équilibre dynamique qui peuvent soudain se déséquilibrer, comme lorsqu’un morceau de métal tristement gris d’une taille critique devient une boule de feu plus aveuglante qu’un millier de Soleils. (…) Le développement des systèmes à travers le temps apparaît comme la conséquence de forces et de mouvements en opposition les uns aux autres. Cette figuration de forces opposées a donné naissance à l’idée la plus discutée et la plus difficile, et cependant la plus centrale dans la pensée dialectique : le principe de contradiction. (…) Les contradictions entre forces sont partout dans la nature, et non seulement dans les institutions humaines. Cette tradition de la dialectique remonte à Engels (1880) qui écrivait dans « Dialectique de la nature » que les enchaînements dialectiques ne doivent en aucune manière « être introduits dans les faits par construction mais découverts en partant d’eux » et élaborés de même. (…) Des forces opposées se trouvent à la base du monde physique et biologique en évolution. Les choses changent à cause de l’action sur elle de forces opposées, et elles sont ce qu’elles sont à cause de l’équilibre temporaire de forces opposées. »
L’immunologue Jean Claude Ameisen expose dans « La sculpture du vivant ou le suicide cellulaire, une mort créatrice » :
« Rien – ou presque – de ce qui émerge au cours de la longue histoire du vivant n’est de nature définitive. L’évolution est une succession infinie d’accidents, construisant, déconstruisant et reconstruisant, sans cesse, faisant naître de la nouveauté. (…) Essayons d’imaginer des accidents qui auraient pour effet de délivrer une bactérie infectée (par une toxine) de l’étreinte d’un plasmide qui l’asservit, et de permettre à la bactérie de survivre. (…) Les informations génétiques du plasmide permettent à la bactérie de fabriquer en permanence l’antidote et de contrer ainsi l’effet de la toxine. (…)
L’efficacité du module (toxine/antidote) de dépendance repose sur un mécanisme d’une merveilleuse simplicité : l’existence d’une différence de stabilité dans le temps entre l’exécuteur – la toxine -, capable de détruire la bactérie, et l’antidote – le protecteur -, capable de neutraliser l’effet de la toxine. La raison pour laquelle l’antidote disparaît plus vite que la toxine est que la protéine antidote est rapidement dégradée, découpée en morceaux, par une enzyme, une protéase, un « ciseau » moléculaire. (…)
Le « programme » qui condamne la bactérie et le plasmide à l’interdépendance est un programme interactif (…) qui dépend des modalités du dialogue – des interactions – entre les protéines à l’intérieur de la cellule. (…) Il existe une circonstance qui permettrait à une bactérie de se libérer du plasmide. Elle ne correspondrait pas, pour la bactérie qui guérirait, à une véritable victoire, à un véritable retour en arrière, au temps « avant l’infection ». Elle correspondrait à une plongée dans la nouveauté. Toute bactérie qui par hasard capturerait dans son chromosome les gènes plasmidiques du module toxine/antidote pourrait désormais se défaire du plasmide et survivre à sa disparition. (…) Au cœur du mystère du vivant, ce que nous commençons à entrevoir, c’est l’intrication profonde, l’interchangeabilité et l’interdépendance, entre les outils de construction et les outils de destruction. Et nous avons vu se brouiller les frontières qui séparent les notions apparemment antagonistes de vie et de mort, de « bâtisseur » et d’« exécuteur », de « suicide » et de « meurtre ». »
« Il nous faut comprendre au sein d’un tout les propriétés naissantes qui résultent de l’interpénétration inextricable des gènes et de l’environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes américaines récusent, en y dénonçant une rhétorique à usage politique. La pensée dialectique devrait être prise plus au sérieux par les savants occidentaux, et non être écartée sous prétexte que certaines nations de l’autre partie du monde en ont adopté une version figée pour asseoir leur dogme. (…) Lorsqu’elles se présentent comme les lignes directrices d’une philosophie du changement, et non comme des préceptes dogmatiques que l’on décrète vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de systèmes complets, et où les composantes elles-mêmes n’existent pas a priori, mais sont à la fois les produits du système et des données que l’on fait entrer dans le système. Ainsi, la loi des « contraires qui s’interpénètrent » témoigne de l’interdépendance absolue des composantes ; la « transformation de la quantité en qualité » défend une vision systémique du changement, qui traduit les entrées de données incrémentielles en changements d’état ; et la « négation de la négation » décrit la direction donnée à l’histoire, car les systèmes complexes ne peuvent retourner exactement à leurs états antérieurs. »
Le géologue et paléontologue Stephen Jay Gould, dans « Un hérisson dans la tempête » :
« Il nous faut comprendre au sein d’un tout les propriétés naissantes qui résultent de l’interpénétration inextricable des gènes et de l’environnement. Bref, nous devons emprunter ce que tant de grands penseurs nomment une approche dialectique, mais que les modes américaines récusent, en y dénonçant une rhétorique à usage politique. La pensée dialectique devrait être prise plus au sérieux par les savants occidentaux, et non être écartée sous prétexte que certaines nations de l’autre partie du monde en ont adopté une version figée pour asseoir leur dogme. (…) Lorsqu’elles se présentent comme les lignes directrices d’une philosophie du changement, et non comme des préceptes dogmatiques que l’on décrète vrais, les trois lois classiques de la dialectique illustrent une vision holistique dans laquelle le changement est une interaction entre les composantes de systèmes complets, et où les composantes elles-mêmes n’existent pas a priori, mais sont à la fois les produits du système et des données que l’on fait entrer dans le système. Ainsi, la loi des « contraires qui s’interpénètrent » témoigne de l’interdépendance absolue des composantes ; la « transformation de la quantité en qualité » défend une vision systémique du changement, qui traduit les entrées de données incrémentielles en changements d’état ; et la « négation de la négation » décrit la direction donnée à l’histoire, car les systèmes complexes ne peuvent retourner exactement à leurs états antérieurs. »
Ilya Prigogine dans « La fin des certitudes » :
« Toute sa vie Einstein a poursuivi le rêve d’une théorie unifiée qui inclurait toutes les interactions. (...) Une théorie unifiée serait inséparable de la symétrie temporelle brisée de l’univers. (...) L’unification impliquerait une conception dialectique de la nature. »
Henri Atlan dans « Entre le cristal et la fumée » :
« Deux courants convergents ont conduit à se représenter aujourd’hui l’organisation d’un système vivant comme le résultat de processus antagonistes, l’un de construction, l’autre de déconstruction ; l’un d’ordonnancement et de régularités, l’autre de perturbations aléatoires et de diversité ; l’un de répétition invariante, l’autre de nouveauté imprévisible. »
J.B S Haldane dans « La Philosophie marxiste et les Sciences » :
« Je crois que la théorie de l’évolution est susceptible de se développer dans ce sens dialectique sur la base du darwinisme, mais transcendant le darwinisme plutôt grossier qu’on utilise pour justifier une concurrence sans restriction et qui, comme la concurrence absolue, est une chose du passé. »
Haldane :
« Assez naturellement, les biologistes pour lesquelles le matérialisme dialectique ne signifie rien, ou bien signifie une arme de l’abominable Marx, ne peuvent pas comprendre comment des mutations délétères peuvent être une condition du progrès évolutif. Du coup, ils leur dénient toute importance. »
Friedrich Engels dans « Dialectique de la nature » :
« Vie et mort.
Dès maintenant, aucune physiologie ne passe pour scientifique, qui
ne conçoive la mort comme moment essentiel de la vie (Note, HEGEL : Encyclopé-
die, I, p. 152-153) 3, qui ne comprenne la négation de la vie comme essentiellement
contenue dans la vie elle-même, de sorte que celle-ci est toujours pensée en relation
avec son résultat nécessaire, qui est constamment en elle à l’état de germe, la mort. La
conception dialectique de la vie n’est rien d’autre. Mais pour quiconque a bien com-
pris cela, c’en est fini de tout le bavardage sur l’immortalité de l’âme. Ou bien la mort
est décomposition de l’organisme, qui ne laisse rien derrière lui que les éléments
chimiques composant sa substance, ou bien elle laisse un principe de vie, plus ou
moins identique à l’âme, qui survit à tous les organismes vivants et non pas seulement
à l’homme. Il suffit donc ici d’élucider simplement, à l’aide de la dialectique, la nature
de la vie et de la mort pour éliminer une antique superstition. Vivre c’est mourir. »
Engels dans « Dialectique de la nature » :
« La théorie darwinienne est la démonstration pratique de l’exposé de
Hegel sur la Raison interne entre nécessité et contingence. »
La dialectique de la Vie et de la Mort
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article545
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article546
La dialectique construction/destruction du Vivant
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article550
La dialectique des virus
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article6074
Le biologiste, un dialecticien
La dialectique de l’évolution et du développement
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article5143
La relation dialectique entre le hasard et la nécessité au sein de l’évolution des espèces
http://www.matierevolution.fr/spip.php?article5491
L’intelligence dialectique du Vivant
http://matierevolution.fr/spip.php?article4421
Dialectique de la plante
http://matierevolution.fr/spip.php?article3271
http://www.matierevolution.org/spip.php?article3436
Dialectique de l’espèce vivante
http://matierevolution.fr/spip.php?article5673
Le croisement d’espèces vivantes, une question dialectique
http://matierevolution.fr/spip.php?article7114
Cerveau et dialectique
http://matierevolution.fr/spip.php?article3189
https://www.matierevolution.fr/spip.php?article2143
Les contradictions dialectiques de l’individu et du groupe