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Pourquoi des travailleurs ne voteront-ils pas pour les "candidatures ouvrières" LO-NPA ? L’exemple de la grève en Guadeloupe

dimanche 28 novembre 2021, par Alex

Une brève de LO du 18 novembre concernant la Guadeloupe

On lit sur le site de Lutte ouvrière la brève du 18 novembre sur la lutte en Guadeloupe :

Après des incidents entre manifestants anti passe sanitaire et police le 15 novembre en Guadeloupe, une nouvelle manifestation au CHU de Pointe à Pitre a réuni plusieurs centaines de personnes. Dans plusieurs entreprises, c’est la grève et nombre de routes sont bloquées par les manifestants.

Plus de 500 travailleurs hospitaliers sont suspendus, compromettant encore un peu plus le fonctionnement du CHU de Guadeloupe. L’État choisit le bras de fer avec la population qui est écœurée par le pouvoir politique qui a laissé en particulier l’hôpital se délabrer, la pollution au chlordécone se poursuivre.

Une partie des travailleurs et de la population réagissent : ils ont bien raison.

Pourquoi des travailleurs penseront-ils que la candidate N. Arthaud de LO n’est qu’une politicienne lorsqu’elle soutient du bout des lèvres par cette brève la lutte des travailleurs en Guadeloupe ?

Parce que l’article ci-dessus ne reprend pas clairement, mentionne à peine les revendications des travailleurs de la Guadeloupe, ou du moins ce que leurs syndicats ont choisi d’exprimer en leur nom. LO transforme ces revendications en de justes mais banales revendications syndicales.

Des tracts récents de la CGT Guadeloupe sont pourtant disponibles : circulaire confédérale du 17 novembre et le Tract du comité de lutte des travailleurs de l’hôtellerie, le 6-11-2021

En les lisant on comprend pourquoi LO fait passer à la trappe certaines des revendications des travailleurs de Guadeloupe, même exprimées à travers le miroir déformant des organisations syndicales : ces travailleurs sont clairement contre le pass sanitaire et contre l’obligation vaccinale, revendications que LO ne soutient absolument pas, rangeant les « anti-vax » dans la catégorie gouvernementale des complotistes, des ennemis de la science, dénonçant les manifestations des samedis en métropole comme un mouvement réactionnaire.

LO est certes obligée de se faire l’écho de ces luttes en Guadeloupe, car ses militants locaux y sont impliqués. Mais pourquoi ne pas clarifier les choses et expliquer pourquoi les révolutionnaires peuvent être amenés à soutenir des luttes dont les slogans ne sont pas ceux que mettraient en avant les révolutionnaires ?

Pourquoi éviter la question du refus de la vaccination obligatoire, du soutien ou non que les révolutionnaires doivent apporter à cette lutte ? Par exemple Lénine fit inscrire au programme de son parti la défense des "vieux croyants", bien qu’il ne fut pas religieux et combattait, en tant que matérialiste, la religion.

Les millions de travailleurs qui ont fait le choix de ne pas se faire vacciner (une partie des 6 millions de non vaccinés stigmatisés par Macron dans son dernier discours) comprennent très bien pour quoi se battent leurs collègues de Guadeloupe, et à leurs yeux, les contorsions gênées de N. Arthaud, son relatif silence alors qu’une grève touche la Guadeloupe, sont très claires : LO est sur la ligne gouvernementale concernant les vaccins, tout comme le NPA, et n’appelle pas à étendre cet aspect de la lutte guadeloupéenne en métropole, ni aucun autre d’ailleurs.

Ce n’est donc pas cet épisode qui va éveiller l’intérêt pour des candidats ouvriers révolutionnaires chez les travailleurs ! "Il ne se passe rien !" fut déjà une réplique d’anthologie de P. Poutou, candidat à des élections précédentes, alors qu’une grève générale avait lieu en Guadeloupe !

Le discours de LO dans ses publications à l’usage de ses militants : deux articles dans l’hebdomadaire du 17 novembre

Si l’on faisait lire à un militant de LO les lignes ci-dessus, il/elle protesterait immédiatement : car LO mentionne bien l’opposition au pass et à la vaccination obligatoire dans les articles de son hebdomadaire : Guadeloupe la colère monte et Martinique : première journée de grève générale du 17 novembre 2021.

On y lit

Plusieurs centaines de salariés ont répondu à l’appel à la grève générale lancé par deux centrales syndicales de Martinique, la CGTM et la CDMT, lundi 15 novembre, contre l’obligation vaccinale, le passe sanitaire et les sanctions visant les non-vaccinés.

Ces deux articles sont très intéressants et sont idéal comme support pour la propagande syndicale. Un adhérent de la CGT, militant révolutionnaire, peut par exemple distribuer massivement ce texte accompagné des tracts de la CGT Guadeloupe

Une remarque est ici nécessaire concernant les types de publication de LO comme de toute organisation révolutionnaire. L’hebdomadaire Lutte Ouvrière n’a pas une diffusion massive, l’article que nous venons de mentionner sur la grève générale ne sera donc diffusé qu’aux militants ou sympathisants.

Les bulletins d’entreprises s’adressent à une masse de travailleurs, la "Brève" que nous avons évoquée au début de cet article, qui ne mentionne pas la lutte contre la vaccination obligatoire, est sans doute un "écho" destiné aux bulletins.

LO n’est pas pour l’extension de la grève en Guadeloupe à la métropole, cela est clair à la lumière de la Brève et des deux articles cités. La raison est simple ; la CGT nationale n’est pas non plus pour l’instant pour l’extension de la grève en Guadeloupe à la métropole ! LO s’auto-limite au programme de la CGT de Martinez !

C’est pour cette raison que la brève du 18 novembre et les deux articles de LO du 17 novembre sont du bon matériel pour la propagande ou agitation syndicale, mais sont profondément réactionnaires du point de vue de la politique des révolutionnaires : LO ne dit pas un mot sur l’extension de la grève en métropole, pas un mot sur la question de l’auto-organisation.

LO prenait peur face aux manifs du samedi en métropole, qui mettaient en avant les mêmes mots d’ordre que les travailleurs de Guadeloupe (contre la vaccination obligatoire et le pass sanitaire), en prétextant la présence de l’extrême droite.

Or quel meilleur moyen de donner une direction ouvrière à ces manifs du samedi en Métropole que de les transformer en prolongement et soutien aux manifs de la Guadeloupe ? Des noirs, des quasi-esclaves, mis en valeur ici comme ceux qui nous montrent la voie feraient vite fuir l’extrême-droite de ces manifs, tout au moins lui feraient renoncer à en prendre la tête (comme pour les Gilets Jaunes). Une partie de la droite continuera certes à y participer, par exemple des chrétiens qui ne sont pas racistes, les héritiers de ceux qui parmi les premiers manifestaient contre la torture en Algérie, et il n’y a pas à s’en plaindre.

Dans un des articles de l’hebdomadaire, destiné rappelons-le surtout aux militants, on lit :

D’ores et déjà, les travailleurs et leurs syndicats, l’intersyndicale de la santé, les principales centrales syndicales de salariés et de nombreux syndicats professionnels tels que ceux des taxis collectifs, des artisans, ou encore des pêcheurs, ont décidé de déposer un nouveau préavis de grève générale à partir du 22 novembre. Ils sont décidés à organiser une riposte contre les effets néfastes de la loi sanitaire du 5 août.

Cette formule passe très bien dans l’agitation syndicale, mais des révolutionnaires doivent se poser la question : quelle est la politique de ces syndicats, où en sont les comités auto-organisés de travailleurs ? La question n’est même pas posée ! LO se fait porte-parole de la CGT en Guadeloupe sans aucune critique ! JP Mercier, un des porte-parole de LO, respecte donc son statut de délégué syndical central de la métallurgie, dont les statuts spécifient bien qu’un tel délégué central doit toujours être en accord avec la politique de la Confédération, dont il est comme un porte-parole (alors que ni un syndiqué, ni un secrétaire de syndicat CGT ne sont tenus d’être en accord avec la Confédération).

N. Arthaud annonçait que voter pour elle, c’est voter pour un programme de lutte, on attend ce programme concernant la Guadeloupe. En quoi la candidature des révolutionnaires contribue-t-elle à soutenir la lutte en Guadeloupe ? Rien n’est dit dans les articles de LO. N. Arthaud est une politicienne en campagne, pas une révolutionnaire !

Pour conclure, rappelons que le secrétaire général de la CGTG (CGT de Guadeloupe), Jean-Marie Nomertin, est également ... le porte-parole de Lutte Ouvrière (plus précisément de sa filiale Combat Ouvrier) en Guadeloupe !

Quel est donc le programme de lutte du trio Jean-Marie Nomertin (CGT et LO en Gaudeloupe), Jean-Pierre Mercier (CGT et LO en Métropole), Nathalie Arthaud (candidate LO) ? Pour l’instant mystère.

Bref rien de ce que mériterait une candidature aux élections réellement révolutionnaire.

Pour une poésie révolutionnaire dans les élections

Pour finir sur une note moins grave cet article qui dénonce comme faussement révolutionnaires les candidat(e)s N. Arthaud et P. Poutou, citons le trouble quasi artistique que crée la grève insurrectionnelle aux Antilles, sur des candidats gênés par le fait que ce à quoi ils appellent en permanence ... commence à avoir réellement lieu.

Chez eux et leurs soutiens, aucune consigne concrète pour l’action (AG avec vote de motions de solidarité dans les boîtes, les syndicats, appel à se joindre aux manifs des samedis en parallèle avec celles des Antilles, tracts de propagande utilisables par tous ceux qui sympathisent avec la lutte des travailleurs des Antilles). On ne voit chez eux que du vague à l’âme aux accents presque romantiques, car pour l’instant, nos candidats, tels les "hommes de trop" de la littérature russe, « ne sont pas prêts ».

1) N. Arthaud, telle Oblomov, a toujours des raisons de ne pas agir, et a l’audace, pour le justifier, de terminer son éditorial en soulignant que la lutte en Guadeloupe ne peut pour l’instant rien nous inspirer car il manque à ces enfants, voyez-vous, tellement de choses dont parle pourtant régulièrement le professeur. Si les antillais s’améliorent, et seulement à cette condition :

Alors oui, une telle révolte sociale serait source d’inspiration pour nous tous ici !

Bulletins d’entreprise du 23 novembre 2021

Quelle formule injurieuse de N. Arthaud envers des travailleurs en lutte, alors qu’elle-même ne l’est pas !

Non, la lutte des travailleurs de Guadeloupe ne sera pas dans le futur sous certaines conditions, mais est déjà à présent non seulement une source d’inspiration pour certains d’entre nous, mais surtout d’action !

2) Philippe Poutou déclare :

Refusons le traitement policier de la crise sociale aux Antilles, solidarité avec les populations de Guadeloupe et de Martinique, soutien à la grève générale !

Déclaration du 22 novembre

Cette phrase prendrait un caractère révolutionnaire si elle était la première d’une déclaration, elle se transforme en annonce quasi-comique quand on sait qu’elle est la dernière (et en plus une paraphrase du communiqué CGT du 22 novembre).

Qu’est-ce que soutenir une grève générale ? C’est se mettre en grève ! Mais Poutou ne va pas si loin, ne s’arrêtant pas, comme diraient les théoriciens du NPA, à des « schémas binaires marxistes simplistes ». Poutou n’appelle donc pas à une telle grève générale. Par quels moyens appelle-t-il donc à soutenir "la" grève générale (grève générale en Guadeloupe ? ou en Guadeloupe ET en Métropole ?). Mystère.

Le travailleur qui espère des directives pour l’action de N. Arthaud ou P. Poutou sera déçu, amer. Cet épisode peut l’amener à se détourner du vote pour ces candidats.

2) La Fraction l’Etincelle du NPA, qui se réclame de Trotsky, s’en tient de même à des soupirs platoniques :

Par leur mobilisation et leurs revendications, contre la dégradation sociale imposée par des moyens redoublés de violence d’État, les travailleurs des Antilles ou de Kanaky nous sont proches. Le succès de leur lutte est capital. Là-bas comme ici, l’alliance contre l’exploitation est à l’ordre du jour.

édito du 22 novembre

Non les travailleurs de Antilles ne sont pas dans la même situation que nous : 1) ils sont surexploités 2) ils sont à un niveau de combattivité bien plus élevé que nous !

Certes oui les travailleurs d’ici et de là-bas peuvent se rapprocher, s’ils le font en tant que deux contingents d’un prolétariat mondial conscient qu’il doit prendre le pouvoir politique et économique à l’échelle de la planète, bref s’érigeant matériellement en classe dominante, idéologiquement en un parti communiste. Sans cet idéal communiste (pas la bouillie réactionnaire appelée anticapitalisme à laquelle s’est ralliée la Fraction) tout nous éloignera, et les syndicats d’ici font tout pour ne pas nous entrainer à la suite de nos frères antillais. La Fraction n’en dit pas un mot. Attendons donc les premières neiges ? Souvenons-nous plutôt que la lutte ne suffit pas à nous réunir. Les luttes anticoloniales n’ont pas rapproché mais éloigné pour des décennies le prolétariat des colonies de celui de la métropole, ce dernier étant resté sous la direction des staliniens (colonialistes depuis la déclaration Laval-Staline de 1935), et les nationalistes ayant pris la tête des luttes anti-coloniales.

Sans combat contre les bureaucraties syndicales ici et en Guadeloupe, afin de faire naître ici et là-bas des comités auto-organisés, la solidarité internationale des travailleurs restera un mot vain, tels ceux de Arthaud et Poutou à propos du soulèvement actuel de la Guadeloupe.

2 Messages de forum

  • En Guadeloupe comme ailleurs les organisations de la prétendue"extrême gauche"se conduisent en 5ème roue du carrosse de Big Pharma et des oligarchies criminelles. C’est tout simplement une faillite politique totale .

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  • LO est anti anti vax et la plupart de ses militants également...mais la plupart des manifestants sont juste anti ce vax comme disent beaucoup de prolétaires .
    Il n’empêche que les militants LO les plus anciens , refusent de voir depuis des années que des associations de victimes des vaccins ont mille fois raison de dénoncer l’industrie pharmaceutique comme des empoisonneurs (au même titre que les marchands de pesticides ou d’amiante).
    Donc LO a forcément du mal à soutenir les camarades soignants aux Antilles concrètement et de manière internationaliste en appelant à une mobilisation autonome en métropole depuis le mois de juillet...7 mois déjà !
    LO est surtout pro syndicats et faussement anti bureaucratie, ce qui les amène à une politique suiviste et opportuniste vis à vis du réformisme politique.
    Rien de nouveau , mais dans une période révolutionnaire ou chaque mouvement social est considéré (à juste titre) par le pouvoir bourgeois comme insurrectionnel, ce sont des trahisons sociales qui méritent une dénonciation claire et sans détour.
    Le problème des élections est une blague pour cette orga car de toute manière, elle se dévalorise elle même en ne croyant meme plus à une campagne quelconque ...comme Poutou avec le NPA qui se marrait à l’avance de faire un score ridicule.
    Les prétendus révolutionnaires sont au mieux ridicules ...et ça ne s’arrange avec le temps !

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