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Ne pas craindre de changer le monde

mercredi 22 avril 2020, par Robert Paris

Nous n’avons que nos chaînes à perdre et un monde à gagner

Le monde capitaliste n’a pas de belles perspectives devant lui. On est loin de l’époque où il clamait l’ère du « nouvel ordre mondial » au point que le terme lui-même s’est perdu, oublié, loin des préoccupations de l’heure. Aucun analyste ne se permettrait de développer un vaste optimisme historique sur le capitalisme, seul horizon de la société humaine, comme lors de ce que l’on a appelé « la chute du mur de Berlin » et qui était le tournant de la politique des blocs de l’impérialisme.

Rappelons donc ce qu’étaient les proclamations de cet ordre mondial qui prétendait succéder à la prétendue « division en monde libre et monde communiste ». On nous annonçait une domination unifiée, une entente de toutes les puissances pour en finir avec les dictatures, les guerres et les affrontements de toutes sortes. Il s’agissait d’une nouvelle ère de prospérité sans limite et d’entrée des peuples du tiers monde dans le développement.

Au lieu de cela, on voit les peuples des pays riches entrer progressivement dans le sous-développement, la dictature du capital devenir de plus en plus violente sur le monde, et le pays du stalinisme triomphant, bien loin de l’image de la démocratie bourgeoise, la Chine, devenir le plus dynamique des pays capitalistes…

Loin d’en finir avec les crises, le capitalisme est entré dans une phase nouvelle où la crise systémique est en permanence suspendue au dessus de la tête du monde à coups de centaines de milliards des Etats et des banques centrales, menaçant de s’effondrer si on arrête de faire marcher les distributions de fonds publics massifs et même … si on continue !

Si le grand capital mondial n’a pas eu à combattre les bureaucraties de l’Est pour battre le stalinisme dans ces pays d’Europe et en Russie, s’il a bénéficié même du soutien des bureaucraties pour tourner la page de la politique des blocs, s’il en profité pour annoncer le grand marché capitaliste mondialisé, pour donner un nouveau souffle apparent à l’économie et supprimer, apparemment aussi, toute autre perspective pour le prolétariat, il faut se rappeler que cela a eu un coût. Il a fallu, pour donner de l’élan au capitalisme qui n’en avait plus depuis longtemps, fausser massivement les signaux économiques capitalistes en instaurant mondialement une économie factice, celle des marchés financiers libérés et mondialisés. La financiarisation de l’économie a été une étape indispensable pour relancer le système, comme l’ouverture du marché mondial à de nouvelles puissances, permettant des pays d’entrer dans la sphère de l’impérialisme.

Le petit rebond que le capitalisme en a tiré sur tous les plans, politique, social, économique a vite montré ses limites. En désamorçant les risques d’affrontement liés à la politique des blocs, l’impérialisme a pu gérer la fin de l’Apartheid en Afrique du sud qui menaçait de se terminer en révolution prolétarienne, les explosions sociales en Corée du sud, en Pologne, en Indonésie et en Turquie, dans tous les pays où les blocs se confrontaient et où la classe ouvrière marquait par ses luttes que le modèle de domination était périmé et ne jouait plus son rôle. Mais l’effondrement économique, momentanément retardé, a repris aux Etats-Unis même : des trusts comme Worldcom, Vivendi Universal et Enron l’ont bien montré comme l’a montré également la chute de la zone dollar face à la zone euro dans le début des années 2000. Cela a contraint l’impérialisme américain de relancer les guerres en inventant cette fois la guerre contre le terrorisme pour remplacer la guerre froide…

L’Irak et l’Afghanistan ont été des prétextes pour ce tournant de la politique mondiale qui marque la nécessité pour l’impérialisme de trouver de nouveaux dérivatifs, de nouvelles manière d’imposer des sacrifices aux peuples, à commencer par le peuple américain, de recréditer l’Etat capitaliste en prétendant qu’il est là pour défendre le peuple d’ennemis qui menacent sa vie, le terrorisme islamique remplaçant le stalinisme comme ennemi numéro un factice, comme prétexte à un monde sans cesse le doigt sur la gâchette. Et tout d’abord la prétendue « guerre au terrorisme » a été chargé de suppléer aux capacités insuffisantes des trusts de l’armement, de l’aviation, de la chimie, etc, de développer leurs marchés à la hauteur de leurs investissements productifs industriels, de transformer aussi les risques d’effondrement de la zone dollar en transférant les risques sur le reste du monde, le Japon puis l’Europe. Alors que la bourse de New York voyait venir septembre 2011 comme un mur pour les spéculateurs et le marché dollar, les attentats du onze septembre détruisant le World Trade Center ont détruit cette échéance dangereuse, en la remplaçant par un élan patriotique américain et mondial et en plaçant l’ensemble des puissances sous son égide pour la première guerre de l’anti-terrorisme.

Cette politique a aujourd’hui atteint ses limites. Le retardement de l’essoufflement du système a été de courte durée. L’alliance mondiale derrière l’impérialisme US lui aussi puisqu’aujourd’hui on assiste au contraire à la formation d’un nouveau bloc impérialiste contre les USA formé des nouveaux pays impérialistes comme la Chine et la Russie, aux côtés de l’Iran, de la Corée du Nord, de la Syrie, de l’Afrique du sud, ou même du Brésil ou de l’Inde éventuellement…

Du prétendu monde sans guerre, on est passé au monde sans cesse en guerre : de l’Irak à l’Afghanistan, de la Libye à la Syrie en passant par la Côte d’Ivoire, le Mali et bien d’autres…

De l’ère du progrès et de la paix, de la fin des dictatures et du développement mondial dans la liberté, le capitalisme est passé à l’ère de la terreur mondiale. Sans arrêt, on menace les peuples d’attaques terroristes, vraies ou supposées. Sans arrêt, les impérialismes interviennent aux quatre coins du monde comme la France au Centrafrique, au Soudan, au Mali, au Tchad et au Niger… Le nombre de pays frappés par des attaques de bandes armées grandit sans cesse. Le territoire de la guerre s’étend, passant du Mali au Niger, de la Syrie au Liban, de la Libye à tout le Sahel, de l’Afghanistan au Pakistan, etc…De nouvelles régions sont menacées par la guerre, notamment en Mer de Chine.

Depuis l’effondrement de 2007, momentanément suspendu, le monde est également suspendu à une guerre mondiale en cours de préparation dont l’épée de Damoclès pèse au dessus de nos têtes. Si les mesures d’injections massives de centaines de milliards de tous les Etats et les banques centrales du monde entier y compris la Russie et la Chine ont permis d’empêcher tous les trusts et toutes les grandes banques de faire faillite, cela signifie surtout que le mécanisme normal de respiration cyclique du capitalisme ne peut plus fonctionner sans entraîner dans la tombe le système entier. « Trop gros pour faire faillite » est devenu le slogan de la politique mondial qui indique que l’on ne doit laisser chuter aucune société du grand capital au risque d’entraîner une chute en chaîne de l’ensemble. C’est la leçon tirée de la chute de la banque Lehman Brothers en 2007 !

Le système est resté en place mais cela a eu un prix exorbitant pour le système et pour les Etats capitalistes. Les Etats ont dû dépenser ce que des dizaines de générations seraient bien incapables de rembourser. Le système est devant un gouffre de dettes plus béant que jamais. La finance est plus favorisée que jamais aux dépens des investissements productifs et elle entraîne tous les capitaux vers des profits faciles mais en même temps des profits qui ne renouvellent nullement la plus-value extraite du travail humain. L’effondrement se nourrit donc lui-même.

L’intervention étatique est arrivée à tel point qu’aucun trust et aucune banque ne serait en place sans l’arrivée des capitaux tirés des fonds publics. C’est dire que l’économie mondiale est de fait étatisée même si le choix social et politique des Etats bourgeois est de conserver la propriété privée et même d’accroître sans cesse les profits privés. Il est inévitable pour le système de s’attaquer aux travailleurs des pays riches comme des pays pauvres d’une manière inconnue jusque là. Il est inévitable que l’on voie réapparaître des luttes de classe violentes, des dictatures, des fascismes et des guerres. Il est donc hautement improbable que le monde capitaliste soit capable de se tirer de l’impasse où il est arrivé même si nous ne pouvons pas prétendre deviner entièrement d’avance de quoi demain sera fait. Il est plus que probable qu’un système mesurant que l’effondrement économique deviendra inévitable à court terme choisisse de transformer le risque révolutionnaire mondial en guerre mondiale inter-impérialiste. Il le montre en s’y préparant activement, en entourant par des forces armées ses futurs adversaires : Chine, Russie, Iran, en menaçant la Corée du Nord et en attaquant la Syrie. En même temps que monte les menaces fascistes et guerrières, montent aussi les luttes de classe dans le monde. Il y a donc une course de vitesse entre les attaques capitalistes et le réveil de la conscience et de l’organisation communiste du prolétariat.

Face au capitalisme ayant atteint ses limites d’accumulation, il est inutile de négocier des aménagements, des arrangements, des réformes. Les dirigeants actuels du prolétariat prétendent demander aux Etats de comprendre la colère des masses. C’est parfaitement ridicule : les classes dirigeantes et leurs responsables politiques comprennent très bien qu’ils font souffrir les peuples et savent encore mieux que ceux-ci qu’ils comptent les faire souffrir encore beaucoup plus. La plainte, même massive est parfaitement inutile si elle ne se couple pas avec la préparation des masses à exercer elles-mêmes le pouvoir, c’est-à-dire à leur direction par elles-mêmes de leurs propres luttes.

Cantonner la classe ouvrière dans un rôle défensif, revendicatif, apolitique, comme le font les centrales syndicales, c’est amener la classe ouvrière sur un plateau d’argent à tous les sacrifices, l’offrir aussi à la démagogie des fascistes car c’est refuser de lui donner une perspective politique propre indépendante de la classe dirigeante et se détachant consciemment de l’absence de perspectives de cette classe finissante.

Le chemin des réformistes n’est pas à soutenir pour le radicaliser comme le prétendent les extrêmes gauche officielles. Il faut que la classe ouvrière intervienne sur le plan politique et de classe pour offrir non seulement des voies de ne pas faire les frais de l’effondrement capitaliste mais pour préparer un autre avenir à l’humanité.

A remarquer : nous avons écrit ce texte en juin 2013 !!!

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