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La classe ouvrière a besoin d’avoir sa propre politique

dimanche 12 avril 2020, par Robert Paris

Nous rééditons un article de 2013 qui nous semble d’actualité !!!

La classe ouvrière a besoin d’avoir sa propre politique

En période d’effondrement économique et social, les travailleurs sont condamnés par le système social et politique d’aller de désillusion en désillusion, de perte de confiance en déboussolement, de peurs en dérives dangereuses.

Le seul moyen d’intervention politique qui leur soit proposé consiste à changer, par leur vote, d’équipe gouvernementale sans rien changer de l’ordre social que l’Etat défend.

Ils passent de Sarkozy-changement à Hollande-changement et certaines reviennent à Sarkozy-changement puis Macron-changement quand ce n’est pas Le Pen – changement. Et, bien entendu, rien ne change ainsi. Car l’ordre social n’est pas dépendant d’une équipe gouvernementale. Pas plus que la Banque Centrale Européenne ou le FMI ne change parce que leur président ont changé. D’ailleurs, les changements des présidents des banques centrales ne sont pas soumis au vote des peuples et pas plus les présidents des trusts et des sociétés financières.

Tous les politiciens parlent de changement et ils savent bien que le fondement même de la société, celui qui est justement en cause dans une crise systémique, reste inchangé dans les élections. Si ce n’était pas le cas, les classes dirigeantes s’appuieraient sur les forces armées pour fomenter un coup d’Etat.

Non, la seule chose qui changerait en politique, ce n’est pas que la majorité des votants choisissent un nouveau politicien. La situation n’a jamais changé dans un pays de cette manière. La gauche et la droite peuvent alterner sans que rien ne change. L’extrême droite elle-même peut parvenir au pouvoir comme Berlusconi en Italie et, là non plus, cela ne change pas l’ordre social ni la crise générale de la société.

Pour que la roue tourne, ce n’est pas la ronde des politiciens au pouvoir qui doit tourner, c’est la direction de la société par la classe bourgeoise qui doit être remise en question.

La fable raconte que lorsqu’une personne montrait la lune, le fou montrait le doigt. De même, quand les masses populaires sont victimes des classes dirigeantes, des trusts et des banques, le politicien montre l’équipe gouvernementale.

Qu’est-ce qui fait la force des classes dirigeantes, au-delà de leur force économique, de leur possession privée des capitaux ? C’est le fait qu’elles soient organisées sur des bases de classe au travers de multiples organismes, économiques sociaux et politiques et pas seulement au travers de syndicats patronaux.

Qu’est-ce qui changerait fondamentalement la situation des classes sociales ? Eh bien, le fait que la classe travailleuse, ayant perdu confiance dans les classes dirigeantes, s’organise elle-même en comités et décide que dorénavant elle y discutera des problèmes collectifs de la société et elle y exprimera ses volontés, toujours au travers de ses comités et plus seulement par le biais des élections bourgeoises et des syndicats institutionnalisés.

Ce n’est pas un hasard si les travailleurs ne disposent pas du droit de s’organiser politiquement dans les entreprises où ils travaillent. La société bourgeoise trouve normal que la bourgeoisie dispose de ses propres organes politiques de classe mais elle ne veut surtout pas qu’il en soit de même pour la classe travailleuse. Et, pour bien des travailleurs, la politique est devenue plus un sujet de répulsion qu’autre chose. Cela signifie qu’ils estiment que la politique n’est pas leur affaire et que ce n’est qu’un objet de manipulations, de mensonges, de corruption mais pas un centre d’intérêt.

Les classes dirigeantes y sont pour quelque chose puisque ce sont elles qui ont, au cours de la révolution française, détruit toute forme d’organisation des masses populaires et ramené la politique aux seules assemblées parlementaires et au gouvernement. Elles ont ainsi inventé le système politique actuel par lequel on leur fait croire que nous sommes tous des citoyens égaux… devant la loi. Mais quand on est inégaux économiquement et socialement, on ne peut pas être égaux, même devant la loi.

La seule manière de changer vraiment est de s’organiser politiquement, non pas pour les élections politiques ou dans les syndicats, non pas dans les organismes acceptés par la classe dirigeante, mais politiquement au sein de comités de la classe travailleuse.

Ce mode d’organisation qui a existé au cours de toutes les révolutions est complètement absent actuellement et est disparu des mémoires. C’est lui qui fait cruellement défaut non seulement pour que les luttes n’aillent pas de déconvenue en déconvenue mais pour que toute la société humaine n’aille pas s’écraser dans l’impasse où est arrivé le système d’exploitation.

Jamais les partis politiciens fussent-ils de la gauche de la gauche ou de l’extrême droite ne nous feront sortir de la domination du système de propriété privée des moyens de production. Or c’est ce système qui est arrivé à son terme. La meilleure preuve en est qu’il ne se maintient que par l’intervention de fonds sans cesse croissants provenus des caisses publiques et cela sans que cela permette à l’économie capitaliste de repartir…

Bien entendu, les hommes politiques de tous bords et les syndicats de toutes sortes nous font croire le contraire et prétendent que tout pourrait changer en changeant d’équipe gouvernementale. Mais les politiques gouvernementales ne visent pas à résoudre les problèmes des peuples, seulement ceux des classes dirigeantes. La gauche peut bien alterner avec la droite et inversement, et même la gauche de la gauche ou l’extrême droite parvenir au pouvoir, c’est toujours pour servir les mêmes classes dirigeantes. Les peuples peuvent avoir accepté que la dictature des classes dirigeantes ne soit pas mise en cause du moment qu’elles espéraient trouver un travail, un salaire, un emploi et donner un avenir à leurs enfants. Si, même dans les pays riches du monde capitaliste, cet espoir n’est plus permis, il va devenir nécessaire que les masses populaires changent mais changent vraiment les bases sociales de la société et pas seulement changent tel ou tel personnage à la tête de l’Etat et tel ou tel parti majoritaire.

En même temps, il est possible que les masses travailleuses prennent conscience qu’elles vont devoir intervenir directement sur le plan politique et plus déléguer, à des politiciens d’un côté et à des centrales syndicales de l’autre, le droit de parler à leur place. Cela ne veut pas dire que la conscience révolutionnaire de classe va renaitre spontanément et se développer aisément toute seule parmi les travailleurs Cela ne veut pas dire que ce n’est pas un rôle important des militants issus des minorités révolutionnaires. Car les classes dirigeantes ont acquis le métier consistant à détourner la colère, à opposer entre elles des fractions de la classe travailleuse, plutôt que de laisser se développer cette conscience de classe. Ils préfèrent semer les peurs, les haines, les racismes, les corporatismes, les fascismes, les guerres plutôt que de risquer de voir les classes populaires se retourner contre les vrais responsables de la société qui ne sont pas les politiciens, juste chargés de détourner la colère sociale en l’empêchant de prendre un tour véritablement politique par la participation directe des masses à la politique.

Les sacrifices accrus causés par l’effondrement du système depuis 2007 pèsent sur les masses populaires mais elles ne parviendront à changer le rapport de forces que lorsqu’elles se contenteront de manifester leur colère pour être entendus des hommes politiques et par voter pour les changer. Ce n’est seulement les hommes politiques de la bourgeoisie qu’il faut dénoncer mais les classes dirigeantes qu’il ne faut pas hésiter à frapper. Et le premier choc pour les bourgeoisies, c’est que les exploités renouent avec les soviets, c’est-à-dire les comités de travailleurs, de jeunes, de femmes et de chômeurs se développant d’abord à l’échelle d’un pays puis du monde.

Seule l’organisation autonome des travailleurs, à la base, dans les quartiers et les entreprises, une vague de constitution de comités, rompant avec les divisions entre entreprises, secteurs d’activité, corporations, sexe, origine, professions peut donner le signal du mouvement des consciences allant jusqu’à la prise de conscience que les travailleurs sont une alternative à la domination des capitalistes.

« Nous ne sommes rien, soyons tout » était la première formulation consciente du tiers état bourgeois en 1789 dans la révolution française.

Cette vague de constitution de comités a caractérisé les débuts révolutionnaires des révolutions françaises de 1789 et 1792, de la Commune de Paris de 1871, comme les débuts révolutionnaires des révolutions russes de 1905 et 1917 ou encore les révolutions espagnole en 1936 ou hongroise en 1956. Cette règle de l’histoire reste valable.

Les comités ne sont pas un remplaçant des centrales syndicales et des partis politiques. Ils ont leur propre rôle que ces deux sortes d’organisation ne peuvent nullement réaliser. Les buts politiques du prolétariat ne peuvent s’exprimer, se développer et prendre leur essor sans ces comités politiques et révolutionnaires de masse.

Sans ces comités, la classe ouvrière n’a pas d’existence politique de classe, autonome, indépendante de toutes les institutions de la bourgeoisie, n’a pas de programme de classe, pas de perspectives à offrir aux autres couches sociales, pas d’expression leur permettant de devenir une alternative à la domination de classe bourgeoise.

Tant que le prolétariat est sans organisation, sans expression politique publique, il est facile aux dirigeants de la bourgeoisie de tromper les masses populaires. Les travailleurs, les jeunes, les femmes, les chômeurs peuvent se révolter, descendre dans la rue, être nombreux à crier leur colère, cela ne suffit nullement à faire des travailleurs une classe capable de s’en prendre aux exploiteurs qui les jettent dans les pires catastrophes et même de leur enlever le pouvoir.

Tant qu’il en sera ainsi, les patrons et l’Etat à leur service pourront frapper, casser, licencier, fermer des usines, couper le courant, expulser, ruiner des familles, détruire des foyers, etc…

C’est pour cela que le moment vient où les travailleurs vont cesser d’espérer être entendus des dirigeants politiques et pourront lancer enfin leur cri :

« Nous n’avons que nos chaînes à perdre et un monde à gagner ! »

Il ne faut pas attendre que le terrain soit propice pour commencer à semer les graines de cette prise de conscience.

Il est déjà temps que les militants révolutionnaires avancent ce mot d’ordre d’organisation des travailleurs :

nous assembler partout pour parler, pour échanger des avis sur les situations, sur les attaques, sur les propositions pour nous défendre, sur les revendications, sur les moyens d’action,…

oui, parler entre nous est le premier objectif et pas seulement agir, manifester, faire grève

discuter entre nous non seulement sur des revendications locales mais aussi des propositions politiques face aux politiques des classes dirigeantes : les guerres, les fascismes, les méthodes de détournement de la colère, le terrorisme et sa manipulation par le pouvoir, …

discuter de ce qui nous renforce et de ce qui nous affaiblit.

échanger nos avis sur la crise de la société capitaliste et la nécessité de changer le monde.

Dès maintenant, il faut nous convaincre que toutes les forces politiques et sociales qui ne défendent pas, ouvertement et publiquement, la nécessité de comités des masses populaires, discutant et décidant collectivement de notre avenir, contribuent à nous enchaîner au Titanic capitaliste en train de sombrer.

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Et quand les travailleurs font eux-mêmes leur propre politique, les réformistes sont contre

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