English German Espagnol Portugese Chinese Japanese Arab Rusian Italian Norvegian Dutch Hebrew Polish Turkish Hindi
Accueil du site > 12- Livre Douze : OU EN SONT LES GROUPES REVOLUTIONNAIRES ? > WSWS et la question de la Catalogne

WSWS et la question de la Catalogne

mardi 5 novembre 2019, par Robert Paris

Sur Catalogne/Espagne, la crise violente, lire aussi :

La position de Matière et Révolution

Discussion dans l’extrême gauche

Quand la révolte sociale a commencé à gronder en Espagne

La police espagnole attaque des manifestations de masse contre les peines de prison pour les nationalistes catalans

Par Alejandro López et Alex Lantier

16 octobre 2019

Des manifestations ont éclaté dans toute la Catalogne lundi après que la Cour suprême d’Espagne a prononcé de lourdes peines de prison contre 12 nationalistes catalans faussement accusés dans le cadre du référendum sur l’indépendance catalan du 1er octobre 2017.

Quelques minutes à peine après le verdict du lundi matin, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour exiger la libération des accusés, occupant des places publiques et bloquant les autoroutes dans les villes de la région. A Barcelone, la capitale régionale, ils ont fermé de grandes artères comme la Via Laietana et le Passeig de Gràcia. Selon les chiffres de la police, 25.000 personnes ont manifesté à Gérone, 8000 à Tarragone, 4000 à Sabadell et des milliers dans des dizaines de petites villes catalanes.

En plus des autoroutes, les manifestants ont bloqué les lignes ferroviaires nationales RENFE et le métro de Barcelone.

Des affrontements ont éclaté en début de soirée lorsque la police a attaqué des dizaines de milliers de personnes se rassemblant au centre-ville de Barcelone et marchant sur l’aéroport d’El Prat. En scandant « Faites comme Hong Kong », les manifestants ont tenté de bloquer et d’occuper les terminaux de l’aéroport. L’aéroport a été contraint d’annuler 108 vols lundi et 20 mardi en raison de perturbations du trafic et de l’occupation de ses installations. La police a violemment chargé les manifestants pour les empêcher d’occuper pleinement le terminal 1 de l’aéroport, et les manifestants ont accusé les forces de sécurité de tirer des balles en caoutchouc et de la mousse nocive. La journaliste française Elise Gazengel a été battue à plusieurs reprises par la police et a affiché des photos de ses contusions sur Twitter.

Au total, 78 manifestants ont été hospitalisés, dont 38 qui étaient encore hospitalisés à la fin de la journée. Trois personnes ont été arrêtées.

Ces condamnations sont le résultat illégitime d’un procès-spectacle qui fait partie de la poussée de la classe dirigeante pour créer le cadre juridique d’un État policier fasciste en Espagne. Le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) a expliqué ses différences de principe avec la perspective pro-capitaliste, sécessionniste et pro-Union européenne (UE) des partis nationalistes catalans. Cependant, il s’oppose et appelle tous les travailleurs à s’opposer aux peines de prison imposées aux accusés malgré l’incapacité de l’État à prouver les charges retenues contre eux.

Ce sont les premiers prisonniers politiques détenus en Europe occidentale depuis la chute des dictatures fascistes au Portugal en 1974 et en Espagne en 1978. Leurs fausses accusations et leur emprisonnement ont de profondes implications pour la classe ouvrière, cible centrale de la répression policière en Espagne et dans le monde. Dès le mois de juin, la Cour suprême a démontré son caractère politiquement criminel en décidant que le généralissime Francisco Franco était devenu le chef d’État légitime de l’Espagne lorsqu’il a lancé le coup d’État fasciste contre la République en 1936 qui a déclenché la Guerre civile espagnole. Le gouvernement du Parti socialiste espagnol (PSOE) et l’alliance stalinienne-pabliste Unidas Podemos ont gardé un silence assourdissant sur cette décision. Cependant, elle donne au jugement rendu contre les prisonniers nationalistes catalans le caractère d’une légitimation rétroactive de la répression fasciste de la gauche par Franco.

La Cour suprême a déclaré les accusés coupables de divers chefs de sédition, d’utilisation abusive des fonds publics et de désobéissance. Il a prononcé des peines totalisant plus de 100 ans de prison, y compris : * Treize ans de prison et d’inéligibilité électorale pour le dirigeant de l’ERC (Gauche républicaine de Catalogne), ancien vice-premier ministre catalan et parlementaire européen Oriol Junqueras, qui a été empêché de siéger au Parlement européen.

* 12 ans de prison et d’inéligibilité électorale pour les anciens ministres régionaux Raül Romeva, Jordi Turull et Dolors Bassa ; 11,5 ans pour l’ancien président du Parlement catalan Carme Forcadell ; 10,5 ans pour les anciens ministres régionaux Joaquim Forn et Josep Rull ; 9 ans pour Jordi Sánchez et Jordi Cuixart, dirigeants des associations culturelles l’Assemblée nationale catalane et Òmnium.

* Une amende draconienne de 200 euros par jour pendant 10 mois pour les anciens ministres régionaux Santi Vila, Meritxell Borràs et Carles Mundó, qui ne peuvent se présenter aux élections pendant 1 an et 8 mois.

Tout le cadre du procès-spectacle organisé par la Cour suprême était illégitime. Le gouvernement du PSOE a invité le parti pro-Franco Vox récemment formé à aider l’État à poursuivre les accusés. Il a inculpé les accusés de rébellion, c’est-à-dire de « se soulever de manière violente et publique » contre l’autorité de l’Etat. En fait, ils ont soutenu un référendum pacifique et ont organisé des manifestations pacifiques. Il y a eu des violences à grande échelle, mais elles ont été organisées par le gouvernement de droite du Parti populaire (PP) à Madrid, et non par les partisans du référendum. Le gouvernement du PP a ordonné une répression policière brutale contre les électeurs pacifiques qui a fait plus de 1000 blessés et a été vu par des millions de personnes sur les réseaux sociaux à travers le monde.

En fin de compte, le tribunal n’a pas été en mesure de déclarer les accusés coupables au chef d’accusation de rébellion, ce qui aurait pu les envoyer en prison pendant de nombreuses décennies. Au lieu de cela, il les a reconnus coupables du chef de sédition le moins important, à savoir « se lever publiquement et de manière turbulente » pour « empêcher par la force ou de manière illégale » l’application de la loi ou de l’autorité étatique. Le jugement séditieux lui-même a des implications draconiennes pour les droits démocratiques fondamentaux, en particulier le droit de grève et de protestation.

La cour a argumenté qu’en soutenant, en aidant à organiser ou en plaidant en faveur du référendum, les défendeurs ont encouragé les électeurs à résister à la répression contre eux et étaient donc coupables de sédition. L’autre événement cité était une manifestation des 20 et 21 septembre organisée par Jordi Sánchez et Jordi Cuixart contre les raids de la Garde civile sur les bâtiments de l’État catalan visant à confisquer des documents et à empêcher le référendum sur l’indépendance. Lors de cette manifestation, deux véhicules de la Garde civile ont été vandalisés, un acte que Sánchez et Cuixart ont condamné après avoir appelé à des manifestations pacifiques.

Ces décisions créent un mécanisme juridique bidon qui permet à l’État espagnol de condamner quiconque appelle à la sédition, même s’il s’agit d’une manifestation pacifique, et de l’emprisonner pour 15 ans. Le gouvernement n’a qu’à envoyer la police pour attaquer une manifestation, prétendre que les manifestants ont violemment résisté à l’agression, puis blâmer les organisateurs pour « sédition » parce qu’ils auraient incité à une opposition violente à l’État.

Les travailleurs engagés dans des activités légales et protégées par la Constitution, telles que les grèves ou les manifestations contre les expulsions ou les descentes de police contre les migrants, sont maintenant en grand danger juridique.

Les condamnations pour mauvaise utilisation des fonds publics sont tout aussi frauduleuses. Les procureurs n’ont fourni aucune preuve de dépenses du gouvernement catalan pour le référendum après le 6 septembre 2017, date à laquelle le parlement régional a adopté des lois pour le référendum (annulées par la suite par la Cour constitutionnelle). Néanmoins, plusieurs accusés ont été reconnus coupables de cette accusation.

Le soutien unanime de l’UE et des grandes puissances de l’UE à l’action de la Cour suprême est un avertissement qu’il n’existe pas de section de la classe dirigeante européenne qui défende les droits démocratiques. Dans tous les pays, la bourgeoisie s’oriente vers l’imposition d’un État policier et développe des doctrines juridiques à l’instar de celles proposées par les nazis dans les années 1930. La porte-parole de la Commission européenne, Mina Andreeva, a simplement déclaré que la décision « est et reste une affaire intérieure pour l’Espagne, qui doit être résolue conformément à son ordre constitutionnel. »

Berlin s’est fait l’écho de la position de l’UE, invoquant le « cadre » juridico-constitutionnel de l’Espagne pour exiger que la population accepte le verdict. Le ministère français des affaires étrangères a exprimé sa « confiance dans la capacité des autorités espagnoles à surmonter les tensions qui sont apparues en Catalogne ». Il a ajouté que la France « soutient l’unité territoriale et constitutionnelle de l’Espagne ».

Les organisations corrompues et réactionnaires promues pendant des décennies par les capitalistes espagnols y compris la « gauche » ont toutes clairement exprimé leur soutien au pouvoir. Le Premier ministre par intérim et chef du PSOE Pedro Sánchez, qui a envoyé des milliers d’unités de la police et de la Garde civile pour réprimer les manifestations, l’a défendu en disant : « Personne n’est au-dessus des lois. Dans une démocratie comme l’Espagne, personne n’est jugé pour ses idées ou sa politique, mais pour un comportement criminel, comme le prévoit la loi. »

Tout en critiquant légèrement le jugement, le chef de Podemos, Pablo Iglesias, a insisté pour dire que « chacun devra respecter la loi et accepter le verdict ». Il conclut avec complaisance : « Il est temps pour nous de retrousser nos manches et de reconstruire les ponts entre une société catalane divisée et... la société espagnole. »

Le Premier ministre régional catalan Quim Torra a appelé à l’amnistie pour les douze dirigeants. Le responsable nationaliste catalan a déclaré qu’il chercherait à rencontrer le roi d’Espagne Felipe VI et le Premier ministre Sánchez, les personnes qui coordonnent la répression contre les nationalistes catalans. Il a toutefois refusé d’appeler à la désobéissance civile. Son ministre régional de l’Intérieur, Miquel Buch, dirige la répression de la police régionale catalane contre les manifestants.

Avant la décision des procès-spectacles catalans

Les nationalistes catalans, les syndicats espagnols et la pseudo-gauche démobilisent l’opposition

Par Alejandro López

14 octobre 2019

La Cour suprême d’Espagne va condamner lundi 12 politiciens nationalistes catalans pour leur rôle dans le référendum sur l’indépendance du 1er octobre 2017. Ces politiciens ont été accusés frauduleusement d’avoir organisé des manifestations dans le but de faire violemment sécession de l’Espagne. On s’attend à ce qu’ils soient condamnés à des années de prison.

Une telle décision constituerait une escalade majeure dans l’atteinte aux droits démocratiques, y compris la liberté de pensée et de réunion, avec les conséquences les plus graves pour l’opposition sociale dans la classe ouvrière. Cela signifierait que les prisonniers politiques seraient à nouveau présents dans les prisons espagnoles - une situation jamais vue depuis la chute de la dictature fasciste sous le général Francisco Franco. Les groupes de défense des droits de l’homme ont dénoncé de « graves irrégularités » dans le procès ; la Fédération internationale des droits de l’homme a conclu qu’il « n’offrait pas les garanties minimales pour être qualifiée d’équitable ».

Terrifié par d’éventuelles manifestations et grèves de masse, le gouvernement du Premier ministre espagnol par intérim, Pedro Sànchez, mobilise la police et prépare une répression de masse. Il déplace des unités anti-émeutes de la Garde civile en Catalogne. Il vise à renforcer les unités de la Garde civile déjà présentes en Catalogne avec 700 gardes civils supplémentaires et 800 agents de la Police nationale. En outre, Madrid a ordonné la mobilisation de 300 soldats du Grupo de Acción Rapido (Force d’action rapide), une unité déployée dans les zones de guerre et de conflit comme la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, l’Afghanistan, Haïti et le Liban.

Mercredi, le général Pedro Garrido, chef de la Garde civile en Catalogne, a violé le code militaire interdisant aux troupes en uniforme de discuter publiquement de politique afin de menacer le public. Il a déclaré que les Gardes civils avaient montré leur « engagement envers l’Espagne » il y a deux ans, lorsqu’ils ont sauvagement battu des électeurs pacifiques lors du référendum d’indépendance catalan du 1er octobre 2017, faisant plus de 1000 blessés. Il a ajouté : « Chaque fois que ce sera nécessaire, nous recommencerons. »

Sànchez a averti qu’il pouvait invoquer la loi sur la sécurité nationale et l’article 155 de la Constitution avant les élections du 11 novembre pour suspendre le gouvernement régional élu de la Catalogne. En cela, il a été directement aidé par l’alliance de partis Unidas Podemos, dont le chef Pablo Iglesias s’est engagé à soutenir l’application de l’article 155 de la Constitution. Le syndicat stalinien CCOO (Commissions ouvrières) et l’Union générale du travail (UGT) social-démocrate se sont opposés à toute action de grève contre les procès-spectacles catalans. Au lieu de cela, ils sont passés au-dessus d’eux en silence.

Au milieu de cet assaut de la bourgeoisie et de l’élite politique espagnols, les nationalistes et les syndicats catalans font tout ce qu’ils peuvent pour démobiliser l’opposition à la décision de justice et la subordonner à leur perspective en faillite, pro-capitaliste et nationaliste.

Les partis nationalistes catalans, la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et Ensemble pour la Catalogne (JxCat), dont les responsables, y compris l’ancien vice-premier ministre de l’ERC, Oriol Junqueras, sont parmi les accusés dans les procès, se préparent à réprimer avec violence les manifestations organisées pour leur propre défense. Le gouvernement régional sous leur contrôle a activé l’Opération Minerva, qui met toute la police anti-émeute régionale à sa disposition pour réprimer les manifestations. Le gouvernement catalan a également récemment réapprovisionné la police en gaz poivré.

L’Assemblée nationale catalane-nationaliste catalane (ANC) et l’association Òmnium sont des groupes bourgeois liés à l’ERC et à JxCat par mille fils ; ils indiquent clairement qu’ils ne feront pas appel aux travailleurs de toute l’Espagne, parmi lesquels il existe une opposition profonde à la répression violente des Catalans. Un sondage a révélé qu’en dépit d’une propagande médiatique anti-catalane acharnée, les trois cinquièmes des Espagnols s’opposent à une confrontation entre Madrid et la population catalane.

Néanmoins, l’ANC et l’Òmnium travaillent d’arrache-pied pour s’assurer que le jugement du procès-spectacle ne débouche que sur des protestations temporaires, spontanées et non coordonnées. Après des mois de silence et d’inactivité, le parti de l’Assemblée nationale catalane (ANC), dont l’ancien dirigeant Jordi Sànchez est en détention préventive depuis deux ans, a proposé une réponse ponctuelle « spontanée » au jugement, pour mettre soudain la Catalogne au point mort. Ils ont écrit sur Twitter : « Si vous êtes à la maison ou au travail, allez dans la rue et protestez ! Si vous êtes dans votre voiture, arrêtez et faites-vous entendre ! » L’ANC convoque des rassemblements à 20h ce jour-là à certains endroits.

Ces actions se dérouleront en marge des Marches pour la liberté co-organisées avec l’association pro-séparatiste Òmnium, dont l’ancien dirigeant Jordi Cuixart est également en détention préventive. Prévues pour durer trois jours, elles débuteront à Berga, Vic, Girona, Tàrrega et Tarragone, et arriveront à Barcelone le vendredi midi.

La dirigeante de l’ANC, Elisenda Paluzie, a également indiqué clairement que l’ANC a l’intention de dissiper les protestations et de tenir en laisse les actions des soi-disant Comités de défense de la République (CDR), liés au parti petits-bourgeois Candidats d’unité populaire (CUP). Sur Radio 4, Paluzie a parlé de la nécessité d’organiser des manifestations, mais s’est opposée à une action qui « durerait plus d’un mois ». Cela, dit-elle, « userait » le mouvement nationaliste. Elle s’est distanciée des actions de protestation des CDR comme les « barrages routiers ou le blocage des postes de péage. »

Les minuscules syndicats nationalistes catalans, Intersindical-CSC et Intersindical Alternativa de Catalunya, avec moins de 8000 membres, ont appelé à une grève de 24 heures vendredi, pour mettre fin à la « répression politique en Catalogne ». Les syndicats ont avancé des revendications nationalistes, comme pour un salaire minimum de 1200 euros en Catalogne, ne faisant pas appel aux travailleurs en dehors de la région.

Les différents satellites politiques de Podemos de pseudo-gauche et du parti nationaliste catalane

CUP, pour leur part, ont soutenu ces appels. Le Courant révolutionnaire ouvrier, la section espagnole de la Fraction trotskyste moréniste - Quatrième Internationale et de la Gauche révolutionnaire, affiliée espagnole du Comité pour une Internationale ouvrière, ont félicité dans leurs déclarations les syndicats nationalistes d’avoir appelé ces grèves, et a appelé les forces nationalistes catalanes à intensifier leurs appels pour la séparation et la création d’une république catalane.

L’incapacité des groupes petits-bourgeois, des syndicats et des nationalistes catalans à faire même un appel élémentaire aux travailleurs d’Espagne et à l’étranger, pour leur propre défense, souligne leur faillite politique. Ce sont des satellites à peine déguisés de l’élite dirigeante espagnole. La seule voie à suivre pour les travailleurs qui cherchent à monter une opposition politique à l’État policier espagnol est de s’organiser sur la base d’un programme socialiste indépendant de ces groupes en faillite.

La grève générale paralyse la Catalogne avec plus d’un demi-million de manifestants à Barcelone

Par Alejandro López

21 octobre 2019

Vendredi, au cinquième jour de manifestations et d’émeutes après le jugement draconien qui a condamné neuf politiciens nationalistes catalans à des peines de neuf à treize ans de prison, des centaines de milliers de manifestants ont défilé à Barcelone et une grève générale a paralysé la Catalogne. De larges couches de jeunes et de travailleurs se sont mobilisés pour protester contre l’État policier qui émerge en Espagne et plus largement en Europe.

Au cours de la matinée, cinq colonnes de milliers de manifestants, organisées par les associations l’Assemblée nationale catalane (ANC) et Omnium culturel sous le slogan « Marche pour la liberté », ont bloqué les autoroutes menant à Barcelone. Les colonnes ont commencé à Vic, Berga, Tàrrega, Girona et Tarragone et ont convergé vers Barcelone dans l’après-midi, où des dizaines de milliers d’autres personnes s’étaient rassemblées. Les manifestants portaient une banderole géante, en anglais : « Free Catalan Prisoners Now » (Libérez les prisonniers catalans maintenant)

Sur l’autoroute AP7, à La Jonquera, près de la ville de Gérone, des manifestants ont bloqué la circulation sur les deux routes reliant l’Espagne et la France. Les manifestants ont également bloqué au moins 20 routes principales alors qu’ils marchaient vers Barcelone pour le rassemblement de masse avec les travailleurs et les étudiants en grève.

La grande manifestation dans le centre de Barcelone a commencé à 17 h 00 et a impliqué plus d’un demi-million de manifestants, selon la police. Sous les banderoles des syndicats séparatistes Intersindical-CSC et Intersindical Alternativa, et sous le slogan « Vos droits et libertés, grève générale », des centaines de milliers de personnes ont défilé en scandant des mots d’ordre pour la liberté des prisonniers politiques, l’indépendance et contre le fascisme. Beaucoup portaient des drapeaux sécessionnistes. Plus de 50.000 personnes ont manifesté dans les autres grandes villes catalanes de Lleida et Girona. Les manifestations, cependant, n’ont pas été principalement motivées par des sentiments sécessionnistes. De larges couches de la population espagnole se rendent de plus en plus compte que la classe dirigeante est en train de passer rapidement à des formes autoritaires de gouvernement.

La décision draconienne, plusieurs années après la fin du régime fasciste du général Francisco Franco, d’emprisonner des politiciens pour avoir organisé des manifestations pacifiques, se heurte à la combativité et à l’opposition croissantes des travailleurs et des jeunes. Le jugement rendu lundi est un verdict infâme et illégitime, qui crée un précédent pour interdire comme « sédition » toute forme de protestation contre l’État. Le jugement a été rendu par un tribunal qui est discrédité par ses récentes déclarations de soutien au dictateur fasciste Francisco Franco.

Ces derniers jours, des dizaines de milliers de manifestants, en particulier des jeunes, ont été impliqués dans des affrontements avec la police. Comme le montrent beaucoup de vidéos, nombreux sont ceux qui scandent des insultes envers la police en espagnol, et non en catalan.

La manifestation de masse à Barcelone a coïncidé avec une grève générale dans la région. La grève a paralysé la ville. Les lignes de métro, les dessertes régionales et les TGV ont tous été touchés, même si le gouvernement régional catalan a imposé des services minimaux réactionnaires d’entre 25 % et 50 % du niveau normal de travail.

Dans le secteur de l’éducation, plus de 50 % des enseignants et 90 % du personnel universitaire se sont mis en grève. Les petits magasins ont également fermé - 72 %, selon les données initiales. Un tiers des fonctionnaires se sont mis en grève. Le port de Barcelone a également été touché par la grève des travailleurs portuaires contre la réforme du code de travail et pour la défense des droits démocratiques. Le ministère régional du travail a déclaré que la consommation d’électricité a baissé de 10,11 % par rapport à la veille, un niveau similaire à celui des mobilisations précédentes, comme la grève contre la réforme du code de travail de 2010 et la grève du 3 octobre 2017 après le référendum d’indépendance catalan.

Le constructeur automobile SEAT, une unité de Volkswagen AG, qui produit 3500 voitures par jour, a arrêté la production dans son usine de Martorell, près de Barcelone du jeudi après-midi au samedi, par crainte que les manifestations ne perturbe la circulation. Iberia a annulé 12 vols vendredi entre Barcelone et Madrid en raison de la grève, tandis que Vueling a annulé 36 de ses vols réguliers. Dans certains cas, des grandes entreprises ont encouragé la grève. Le groupe de supermarchés et de stations-service Bon Preu a annoncé la fermeture de tous ses établissements mais a déclaré qu’il continuerait à payer ses employés.

Bien que les syndicats séparatistes et le gouvernement régional catalan aient qualifié la grève de « succès », des pans importants de la classe ouvrière - en particulier des couches importantes de travailleurs industriels - n’ont pas participé. Pour les couches hispanophones de la classe ouvrière en Catalogne, le slogan de la création d’une mini-république capitaliste catalane, dirigée par des forces pro-Union européenne et pro-OTAN qui imposent depuis longtemps une austérité sociale aux travailleurs, est vu avec hostilité.

De plus, les syndicats Commissions ouvrières (CC.OO) staliniennes et l’Union générale du travail (UGT) social-démocrate ont boycotté l’événement et ont refusé de déclencher toute grève ou action de solidarité.

Le Parti socialiste espagnol (PSOE) au pouvoir et son allié, le parti Podemos stalinien-pabliste, cherchent désespérément à bloquer un mouvement plus large dans la classe ouvrière contre le gouvernement répressif et antidémocratique du PSOE de Pedro Sánchez. Podemos soutient ce gouvernement. Lundi, le chef de Podemos, Pablo Iglesias, a appelé les gens à « respecter la loi et à accepter le verdict ». Il a conclu avec suffisance : « Il est temps pour nous de retrousser nos manches et de travailler à reconstruire des ponts entre une société catalane divisée et [...] la société espagnole. »

Mercredi, Iglesias a rencontré Sánchez pour préciser qu’il ne s’opposerait à aucune escalade policière en Catalogne et a même applaudi la coordination entre la police régionale catalane et espagnole pendant la répression.

Vendredi, Iglesias a dénoncé l’affrontement des jeunes de Catalogne avec la police, qualifiant la violence de « catastrophe » qui « fait beaucoup de mal » aux chances de résolution pacifique du conflit. Ces derniers jours, plus de 100 manifestants ont été arrêtés et plus de 350 ont été blessés lors d’affrontements entre la police et les manifestants. L’État s’est servi des affrontements violents comme prétexte pour intensifier les mesures d’État policier. Jusqu’à présent, 10 manifestants ont été incarcérés sans libération sous caution. Dans quatre affaires, le juge a soutenu que les accusés tentaient « d’empêcher l’exécution du verdict final rendu par la Cour suprême. » Vendredi, le gouvernement a également activé l’unité des forces spéciales de la Guardia Civil paramilitaire, le Grupo de Reserva y Seguridad (Groupe de réserve et de sécurité), qui a été créée en 2006 par le gouvernement PSOE. Ce groupe, dont la mission déclarée est « le rétablissement de l’ordre public dans les grandes manifestations de masse », a joué un rôle tristement célèbre dans l’écrasement de la grève des mineurs en 2012 et dans l’attaque contre le référendum catalan de 2017.

Le Tribunal national, issu du Tribunal d’ordre public créé par Franco pour punir les « crimes politiques », a également ordonné aux Gardes civils de fermer le site web et les médias sociaux de Tsunami Democràtic, l’organisation qui a coordonné les manifestations. Le groupe était derrière les tentatives d’occupation de l’aéroport de Barcelone. Le juge de la Cour nationale Manuel García Castellón a ordonné l’ouverture d’une enquête sur cette plate-forme en raison de preuves de terrorisme.

Les forces fascistes cultivées par l’atmosphère de droite initiée par la classe dirigeante interviennent également pour la première fois. Jeudi soir, des voyous fascistes ont attaqué des manifestants alors qu’ils couraient vers Diagonal Avenue, où les gens s’étaient rassemblés. Certains d’entre eux étaient enveloppés de drapeaux fascistes espagnols, étaient armés de battes de baseball et criaient « Franco ! Franco ! » Un jeune de 23 ans a été sévèrement battu.

S’exprimant depuis Bruxelles après une réunion du Conseil de l’Europe, le Premier ministre par intérim Pedro Sánchez a averti que « l’Etat de droit ne peut céder à l’exaltation » et a menacé que les responsables des « actes violents graves » seraient traités « le plus tôt possible ». Les partis de droite demandent à Sánchez de supprimer le Gouvernement régional catalan en invoquant l’article 155 de la Constitution. En octobre 2017, le Parti populaire PP) de droite, avec le soutien du PSOE, a invoqué cet article, a utilisé ce pouvoir pour suspendre le gouvernement régional catalan démocratiquement élu et imposé des élections en présence de milliers de forces de police envoyées par Madrid.

Le leader du PP, Pablo Casado, a exigé que Sánchez agisse avec « urgence » en Catalogne contre les émeutes et a comparé la situation aux opérations de guérilla urbaine « kale borroka » au Pays Basque dans les années 1980 et 1990. Les actions les plus courantes à l’époque comprenaient des attaques contre les bureaux des partis politiques, des incendies de voitures, des attaques contre des logements, la destruction de distributeurs automatiques de billets, de bureaux de banque, de transports publics et des émeutes avec des cocktails Molotov.

Madrid a un long passé de répression brutale par le biais de lois antiterroristes réactionnaires contre les séparatistes basques. Casado a effectivement appelé à l’utilisation des mêmes lois antiterroristes contre les manifestants catalans.

Albert Rivera, leader du parti de droite Ciudadanos (Citoyens), a également exhorté Sánchez à invoquer l’article 155 pour suspendre le gouvernement régional élu et à envoyer davantage de forces de police. Il a déclaré que les protestations et la grève étaient un « sabotage général » du quotidien des Espagnols.

Madrid déclenche la répression « antiterroriste » en Catalogne

Par Alejandro López

27 septembre 2019

Lundi, la Garde civile espagnole a déclenché une opération de police « antiterroriste » très médiatisée contre les militants nationalistes catalans baptisée « Opération Judes ». Ces arrestations surviennent alors que le verdict du procès à huis clos des nationalistes catalans devant la Cour suprême est attendu en octobre, et quelques jours avant le deuxième anniversaire du référendum d’indépendance catalan du 1er octobre 2017. Des manifestations de masse sont prévues. Le ministre espagnol de l’Intérieur par intérim, Fernando Grande-Marlaska, a ordonné mardi le déploiement de 200 policiers antiémeutes dans la région à la veille du deuxième anniversaire du référendum. Mercredi, le ministère a annoncé son intention d’y envoyer plus de 600 policiers.

Au cours de cette rafle « antiterroriste », la Garde civile a déployé 500 policiers lourdement armés et une équipe de neutralisation des explosifs et munitions (TEDAX) pour arrêter neuf membres présumés des Comités de défense de la République (CDR) près de Barcelone, dans des villes comme Sabadell, Mollet del Vallès, Cerdanyola del Vallès, et Vicenç de Torelló. Les gardes civils ont fouillé 10 propriétés. Les neuf personnes arrêtées sont accusées de terrorisme, de possession d’explosifs et de rébellion par la Haute Cour, héritière du tristement célèbre Tribunal de l’ordre public sous la dictature fasciste de Francisco Franco.

Le parquet les accuse d’avoir « un haut niveau de préparation dans des plans terroristes à des fins sécessionnistes ». Au cours de l’opération, selon une déclaration de la Garde civile, « du matériel informatique et de la documentation en abondance » ont été saisis, y compris « du matériel et des substances, considérés comme des précurseurs pour la préparation d’explosifs ».

La déclaration affirme que l’opération était nécessaire, car les Gardes civils sont « certains » que « des actions allaient être perpétrées, profitant de la période comprise entre l’anniversaire du référendum illégal d’autodétermination du 1er octobre 2017 et l’annonce de la décision du tribunal ». L’opération était donc nécessaire « pour faire avorter le projet qui aurait pu causer des dommages irréparables en raison de l’état avancé des préparatifs ».

L’affaire est sous scellés, mais des sources au sein de l’opération ont divulgué des informations à la presse antisécessionniste, qui a publié des reportages sensationnalistes de l’opération.

Les CDR sont un réseau d’assemblées au niveau local et régional de Catalogne formé en 2017, d’abord pour défendre le référendum sur l’indépendance de la Catalogne, puis pour appeler à une République catalane. Ils se composent principalement de nationalistes catalans ruraux de classe moyenne liés à des partis politiques de toutes les allégeances – l’Ensemble pour la Catalogne de droite, la Gauche républicaine de Catalogne et les Candidatures de l’Unité Populaire de pseudo-gauche – ou des associations prosécessionnistes comme l’Assemblée nationale catalane et Òmnium culturel.

La plupart de leurs actions ont consisté en des manifestations non violentes, des barrages routiers et en trafiquant des gares de péage dans toute la Catalogne, levant des barrières pour laisser passer les véhicules gratuitement. Les principaux partis et médias bourgeois espagnols ont cependant utilisé les CDR comme prétexte pour intensifier la répression d’État policier contre les nationalistes catalans. Ils ont également utilisé les CDR pour justifier les accusations frauduleuses portées contre les dirigeants catalans lors du simulacre de procès.

Toute l’opération « antiterrorisme » sent la provocation policière visant à démobiliser l’opposition croissante aux atteintes aux droits démocratiques et à justifier la répression policière. Les déclarations des Gardes civils et du parquet ne fournissent aucune preuve qu’ils ont saisi des explosifs.

Dans une vidéo, des Gardes civils lourdement armés font irruption dans un garage contenant une vieille voiture, des chaudrons, des poêles et un sac poubelle. À l’aide d’une cuillère, un agent remue le contenu de l’un des chaudrons – une décision étrange, étant donné que les Gardes prétendent que ces substances pourraient être des explosifs. Selon les témoignages officiels, il s’agissait d’une arrestation préventive. Les perquisitions ont été effectuées pour « localiser et, le cas échéant, saisir des preuves démontrant le niveau de préparatifs des actes de violence ». Fait significatif, il semble donc que la police cherchait des preuves que ses cibles pouvaient préparer des actes de violence, et n’agissait donc pas pour prévenir des actes de violence qui étaient en préparation.

À l’intérieur d’une maison de Sabadell, les Gardes civils ont trouvé de l’acide sulfurique, de la paraffine, de la poudre d’aluminium et du nitrate d’ammonium. Ces trois dernières se retrouvent dans les feux d’artifice, utilisés régulièrement dans les fêtes de la région. Décrivant les « explosifs » allégués, les gardes civils déclarent que « des matières et substances abondantes ont été localisées qui sont considérées comme des précurseurs pour la fabrication d’explosifs, susceptibles (sous réserve de confirmation par des spécialistes) d’être utilisées pour la fabrication d’artefacts ».

Le rapport d’enquête lui-même indiquait que ces substances pouvaient être utilisées pour fabriquer des bombes artisanales, « mais pas Goma 2 ». Goma 2 est un puissant explosif industriel qui a été régulièrement utilisé par le groupe terroriste basque ETA dans les années 1980 et 1990. Selon certaines informations, le sous-sol de la maison de Sabadell servait de dépôt pour le matériel pyrotechnique lors des célébrations locales qui se sont terminées le 9 septembre. Les Gardes civils ont également saisi une urne qui aurait été utilisée lors du référendum du 1er octobre.

La réaction de Pedro Sánchez, premier ministre par intérim et chef du Parti socialiste espagnol (PSOE), fut encore plus remarquable. À l’Assemblée générale de l’ONU à New York, il a dit : « Je viens de l’apprendre par les médias. »

Il est difficile de croire que Sánchez n’était pas au courant d’une descente majeure de la police sur une cellule terroriste présumée en Catalogne. Non seulement la Catalogne a été un centre de répression policière en Espagne, mais il n’y a pas eu d’activités terroristes de la part des nationalistes catalans depuis des décennies – depuis les activités de Terra Lluire (Terre libre) au début des années 1990. Même l’association de juges liée au PSOE a dénoncé l’opération. Ignacio González Vega, porte-parole du groupe des Juges pour la démocratie, a remis en cause la « franchise » du procureur général, qu’il a qualifiée d’inappropriée pour une première phase d’enquête. Vega a exprimé sa « surprise » devant la quantité d’informations divulguées au public dans le cadre d’une enquête sous scellés, en insistant sur le fait que la chose la plus importante était la présomption d’innocence des « suspects ».

Cette opération antiterroriste est la dernière d’une longue série d’opérations qui n’ont finalement abouti à rien devant les tribunaux. En 2018, la Haute Cour a clos les procédures judiciaires engagées contre les anarchistes dans le cadre des opérations Piñata et Pandora, faute de preuves. Cela a fait suite à 33 arrestations, trois années d’enquête au cours desquelles des centaines de documents ont été analysés, des perquisitions ont été effectuées dans toute l’Espagne, des heures de conversations téléphoniques enregistrées, des comptes bancaires gelés, et après avoir emprisonné des accusés durant des mois.

L’année dernière, la militante du CDR Tamara Carrasco a été arrêtée par la police espagnole. Adrià Carrasco, un autre militant du CDR, s’est échappé et s’est exilé en Belgique avant d’être arrêté. Tous deux étaient accusés de « rébellion » et de « terrorisme ». Actuellement, l’affaire est au point mort, après que la Haute Cour d’Espagne a exclu les accusations initiales de terrorisme et de rébellion. Les tribunaux catalans se disputent leur compétence pour mener l’enquête, mais Carrasco reste confinée à la ville catalane de Viladecan, une mesure limitant sa liberté de mouvement en dehors de la ville jusqu’à ce qu’un nouveau tribunal s’occupe de son affaire.

Podemos soutient le projet de répression de Madrid contre la Catalogne

Par Alejandro Lopez

25 septembre 2019

Vendredi dernier, le secrétaire général du Podemos, Pablo Iglesias, a annoncé que son parti soutiendrait des mesures répressives contre la Catalogne s’il faisait partie d’un gouvernement dirigé par le Parti socialiste (PSOE). M. Iglesias a fait cette déclaration quelques jours avant la dissolution du parlement espagnol, après six mois d’impasse politique depuis les élections du 28 avril, et dans un contexte où des manifestations contre la répression de l’État en Catalogne sont attendues dans les prochaines semaines.

S’adressant à la chaîne de télévision Antena 3, M. Iglesias a déclaré que si le Premier ministre par intérim et chef du PSOE Pedro Sánchez a invoqué l’article 155 de la Constitution pour dissoudre le gouvernement régional catalan élu et que Podemos était dans un gouvernement de coalition avec le PSOE, Podemos l’appuierait. « Je ne voudrais pas anticiper les événements », a-t-il dit, « mais de toute façon, nous nous conformerons à la loi et, si nous étions au gouvernement, nous appuierions la direction du PSOE. » Il a ajouté : « Bien sûr, la question catalane ne sera pas résolue par les seuls juges. »

Il s’agit d’une approbation à peine voilée de la répression par les gouvernements du Parti populaire (PP) et du PSOE après la répression policière lors du référendum d’indépendance catalane du 1er octobre. Il révèle le caractère cynique et faux de ses critiques de l’invocation de l’article 155 en Catalogne par le gouvernement PP précédent, soutenu par le PSOE. En fait, Podemos soutient les préparatifs par la classe dirigeante pour une répression.

En octobre 2017, le gouvernement PP soutenu par le PSOE à Madrid a approuvé le gouvernement direct en Catalogne après une violente répression policière lors du référendum d’indépendance catalan de 2017. L’article 155, qui n’avait jamais été utilisé auparavant, avait été qualifié d’« option nucléaire » contre les nationalistes catalans. L’article stipule que si un gouvernement régional « ne respecte pas les obligations de la Constitution ou d’autres lois qu’elle impose, ou agit d’une manière qui porte gravement atteinte aux intérêts de l’Espagne », le gouvernement espagnol peut diriger directement la région.

Le gouvernement PP a utilisé cette mesure pour dissoudre de force le gouvernement élu catalan et convoquer des élections dans la région sous menace des bottes de milliers de policiers et de forces de sécurité. Les médias espagnols ont discuté ouvertement de l’utilisation du gouvernement directe de Madrid dans la région pour réduire la présence de la langue catalane dans les écoles, abolir la police de la région et suspendre la radio et la télévision publiques catalanes, accusées d’être des foyers du nationalisme catalan.

Il s’en est suivi l’arrestation et la détention de dizaines de dirigeants, de fonctionnaires et de militants catalans, dont beaucoup n’avaient rien fait d’autre que d’aider à organiser des manifestations pacifiques. Près de deux ans plus tard, 12 d’entre eux sont toujours en détention provisoire, dans l’attente d’une sentence qui sera annoncée dans les prochaines semaines. On s’attend à ce que ces condamnations soient lourdes et déclenchent des manifestations de masse à Barcelone.

Sous le PP, la bourgeoisie espagnole a déclenché une vague de chauvinisme réactionnaire espagnol sans précédent depuis le franquisme, et a encouragé la construction du parti néo-fasciste Vox. Depuis qu’une coalition parlementaire de Podemos et des nationalistes catalans a installé un gouvernement du PSOE en 2018, l’imposition « indéfinie » de l’article 155 est devenue l’appel de ralliement du PP, du parti Cuidadanos de droite et de Vox d’extrême droite. Cela signifierait la suspension indéfinie d’un gouvernement régional élu en Espagne. La semaine dernière, alors que les principaux partis parlementaires se reprochaient mutuellement de ne pas avoir formé de gouvernement, Sánchez s’en est pris à la Gauche républicaine de Catalogne, séparatiste, avertissant qu’il pouvait invoquer l’article 155 pour destituer le gouvernement régional catalan « si vous essayez de violer la Constitution. »

L’opposition de Podemos à ces politiques réactionnaires a toujours été platonique, car le parti n’a pas tenté de mobiliser l’opposition large et croissante des travailleurs à la répression de l’État, préférant des critiques de pure forme contre le PP de droite, et appelant à des alliances avec le PSOE. En juillet dernier, Iglesias s’est même engagé à une « loyauté complète » envers le PSOE sur toutes les questions institutionnelles, y compris la politique étrangère et la question catalane. C’était un signe de soutien tacite à la répression étatique. Aujourd’hui, Iglesias s’oriente de plus en plus vers la droite dans le cadre d’un projet de répression policière des manifestations contre l’emprisonnement de politiciens nationalistes catalans, qui pourraient risquer jusqu’à 25 ans de prison. Les sondages montrent qu’en dépit de l’implacable propagande anticatalane dans les médias espagnols, seuls 32,6 % des Espagnols et 11 % des habitants de Catalogne soutiennent l’imposition de l’article 155, alors que de larges majorités préconisent la résolution des conflits par des négociations entre Madrid et Barcelone.

Les déclarations d’Iglesias sont un avertissement à la classe ouvrière internationale : les forces de pseudo-gauche comme Podemos ou des personnalités comme le dirigeant du Parti travailliste au Royaume Uni Jeremy Corbyn ou Bernie Sanders aux États-Unis s’alignent sur des plans de répression de masse dans un contexte de montée de la lutte de classe et de protestation sociale en Espagne et dans le monde. Des grèves ont éclaté ces derniers mois en Espagne dans le secteur des transports, touchant les chemins de fer, le métro et les aéroports. Vendredi dernier, le personnel au sol d’Iberia a entamé une grève de quatre jours, obligeant la compagnie à annuler 206 vols. Samedi, des milliers de métallurgistes du Pays basque ont protesté dans les rues de Bilbao pour exiger des augmentations de salaire, la fin de l’externalisation des travailleurs dans les entreprises d’intérim et la parité salariale entre les femmes et les hommes sur le lieu de travail. Le même jour, les pilotes et le personnel de cabine de Ryanair ont renouvelé leur grève.

Cette combativité croissante de la classe ouvrière coïncide avec les attentes de manifestations massives contre le jugement qui sera imposé aux 12 dirigeants catalans en détention provisoire. La police régionale catalane - sous le contrôle des nationalistes catalans - a récemment annoncé qu’elle préparait divers plans pour réprimer les manifestations contre le régime, embaucher davantage de policiers anti-émeute et acheter de nouveaux équipements anti-émeute. En même temps, ils stockent du gaz poivré, des clôtures métalliques et des projecteurs pour éblouir les manifestants. Le gaz poivré est un outil sans précédent dans l’arsenal de la police catalane, bien qu’il soit couramment utilisé par les polices française et allemande. Le bilan de Podemos montre que la lutte contre le retour à des formes autoritaires de gouvernement ne peut se poursuivre qu’en construisant une nouvelle direction révolutionnaire dans la classe ouvrière espagnole et internationale. Elle exige une rupture politique impitoyable avec les partis de style Podemos qui, s’appuyant sur les théories postmodernes et antimarxistes des « populistes de gauche », défendent les couches réactionnaires de la classe moyenne supérieure profondément intégrées à la machine d’État.

Si la classe dirigeante a promu ces partis comme des organisations de « gauche », ils n’ont rien à voir avec la politique de gauche en termes d’orientation et de perspectives politiques. Les privilèges des bureaucrates syndicaux, des universitaires « de gauche » et des experts des médias qui constituent la base sociale de ces partis sont entièrement liés aux institutions par lesquelles la lutte de classe a été étranglée en Espagne et en Europe depuis les années 1970. Dans le contexte de l’effondrement du régime démocratique parlementaire mis en place après la transition du régime fasciste franquiste en 1978, ils virent brusquement vers la droite.

Pour vaincre ce virage vers une politique fasciste et autoritaire, il faut mobiliser la classe ouvrière au niveau international dans une lutte contre tout l’establishment politique capitaliste, pour prendre le pouvoir et exproprier la classe capitaliste. Cela exige la construction d’une avant-garde trotskyste dans la classe ouvrière, c’est-à-dire des sections du Comité international de la Quatrième Internationale en Espagne et dans chaque pays.

L’emprisonnement des nationalistes catalans : Madrid bâtit un État policier

Par Alexandre Lantier

18 octobre 2019

La condamnation lundi de plusieurs nationalistes catalans à une décennie en prison pour sédition, depuis laquelle Madrid menace la Catalogne d’un état d’urgence en réprimant de manifestations de masse, marque un pas majeur vers la dictature non seulement en Espagne mais à travers l’Europe. La sentence de lundi est un jugement illégitime et infâme, rendu par un cour qui s’est discréditée par ses déclarations récentes en faveur d’un régime fasciste.

Les prévenus, dont l’ex-vice président catalan Oriol Junqueras, ont appelé à des manifestations pacifiques avant un référendum d’indépendance catalane pacifique le 1er octobre 2017. Les gendarmes espagnols ont violemment attaqué les électeurs devant les urnes. Il y a eu plus de 1.000 blessés, les électeurs opposant une résistance passive pacifique de masses aux forces de l’ordre.

Sans vergogne, la cour a déclaré que ceci constituait non pas une violence illégitime de l’État contre la population, mais un soulèvement violent contre un État légitime, et que Junqueras et Cie étaient donc responsables de sédition pour l’avoir encouragé.

Sur fond d’appels à une grève générale, une confrontation germe entre la classe ouvrière et l’État policier en construction en Espagne et à travers l’Europe.

Après l’éruption de manifestations mardi soir à Barcelone contre le jugement, le premier ministre Pedro Sánchez (Parti socialiste espagnol, PSOE) a déclaré qu’il « n’écartait aucun scénario » pour y répondre. Il a rencontré les chefs de partis parlementaires espagnols. A la traîne du nouveau parti d’extrême-droite franquiste Vox, ces partis proposent diverses mesures : appliquer l’article 155 de la constitution afin de suspendre le gouvernement régional catalan élu, voire mobiliser l’armée.

C’est une tâche élémentaire posée aux travailleurs en Espagne et au-delà d’exiger la libération des prisonniers politiques catalans, et de défendre les travailleurs et les jeunes en Catalogne contre les menace de répression militaire et d’un gouvernement autoritaire qui émanent de Madrid.

Revendiquer la libération des nationalistes catalans emprisonnés n’implique aucun soutien pour leur programme régressif de diviser les travailleurs en Espagne en créant une république capitaliste indépendante en Catalogne, ou leur imposition de mesures d’austérité aux travailleurs catalans. La large méfiance du nationalisme catalan en Espagne, y compris par une majorité de Catalans, est légitime et politiquement justifiée. Mais ce jugement est une partie intégrante d’une campagne fascisante dont la principale cible est la classe ouvrière, en Espagne et internationalement.

En rendant les électeurs responsables des violences en Catalogne plutôt que la police, la Cour suprême donne à l’État une arme pour détruire des droits démocratiques fondamentaux. Si elle parvenait à faire accepter son argument grotesque, la police n’aurait qu’à tabasser un travailleur sur un piquet de grève, ou un étudiant qui occuperait une université, pour ensuite les déclarer coupables d’une affrontement violent avec l’État et les enfermer longtemps en prison. Des droits constitutionnels de manifester comme de faire grève seraient lettre morte.

L’emprisonnement des nationalistes catalans est indissociable de la campagne de l’élite dirigeante depuis le référendum catalan pour promouvoir Vox et le fascisme. Quand la Cour suprême préparait ce jugement en juin, elle a un temps bloqué l’exhumation du dictateur fasciste Francisco Franco ; elle a déclaré que c’était le « chef d’État du 1er octobre 1936 jusqu’à sa mort en novembre 1975. » Ainsi elle statuait que l’auto-proclamation par Franco qu’il était chef de l’État, le 1er octobre 1936 à Burgos quatre mois après son coup fasciste qui avait lancé la guerre civile espagnole, était légitime.

La guerre civile espagnole a dévasté toute l’Espagne et abouti au massacre de 200.000 travailleurs et intellectuels de gauche et l’emprisonnement de 400.000 personnes dans des camps de concentration. Mais la Cour suprême a déclaré qu’il serait « extraordinairement nocif » à l’intérêt général s’il n’y avait pas une compréhension plus favorable de « don Francisco Franco. »

Cette légitimation du franquisme intensifie inévitablement le conflit entre l’État espagnol et la Catalogne. Il faut rappeler qu’après la victoire franquiste et l’occupation nazie de la France en 1940, la Gestapo nazie a déporté le chef nationaliste catalan Lluis Companys de Paris en Espagne. Franco l’a fait fusiller.

L’Union européenne (UE) et tous ses États membres sont complices des manœuvres réactionnaires de la bourgeoisie espagnole. Junqueras, élu au parlement européen depuis la prison, pouvait prétendre à l’immunité parlementaire. Mais que le tribunal européen de justice a organisé une audience pour établir si Junqueras jouissait de cette immunité, aucun État membre n’a présenté d’arguments. Tous ces États ont soutenu, tacitement, les tentatives de l’État espagnol de légitimer le fascisme et attaquer les droits démocratiques. Le jugement en Catalogne reflète la poussée internationale de la bourgeoisie d’étrangler les droits démocratiques et réprimer les manifestations à travers l’UE, sur fond d’une résurgence de grèves et d’opposition aux politiques de l’UE.

Au Royaume-Uni, la police a arrêté plus de 1.600 manifestants écologiques à Londres, où elle a imposé une interdiction de manifester dans toute la ville.

En France, où Macron le président haï a salué Philippe Pétain en lançant des arrestations en masse des « gilets jaunes » mobilisés contre les inégalités sociales, la police a fréquemment attaqué des manifestants pacifiques puis arrêté ceux qui essayaient de se défendre. Le cas de Christian Dettinger, l’ex-boxeur condamné à 30 mois de prison pour avoir frappé le bouclier d’un flic en protégeant une manifestante, est connu. Ceci suivait deux années d’état d’urgence en France pendant lesquelles les droits démocratiques étaient suspendus.

En Allemagne, la montée de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) néofasciste, devenue principal parti d’opposition malgré des manifestations de masse contre elle, est le signe le plus dangereux de la montée du néofascisme en Europe.

Presque trois décennies après que la dissolution stalinienne de l’URSS a amené les intellectuels bourgeois à saluer « la Fin de l’Histoire », la mort du socialisme et le triomphe de la démocratie libérale, la classe dirigeante européenne retourne vers la dictature. Il faut souligner que la ré-émergence des tendances fascisantes de l’appareil d’État espagnol se développe sous l’égide du social-démocrate « libéral », Sánchez.

Aucune lutte n’est possible, même pour défendre les droits les plus fondamentaux, dans le cadre des partis petit-bourgeois comme Podemos, l’alliance stalinienne et pabliste. Ce parti veille toujours à démobiliser et à étrangler l’opposition politique en Espagne à la campagne fascisante de Madrid contre la Catalogne depuis 2017. Il n’a organisé pas une seule manifestation de masse de ses cinq millions d’électeurs – tout comme les syndicats staliniens ou social-démocrates, qui ont refusé de faire grève par solidarité avec les travailleurs cibles de la répression en Catalogne.

Podemos fait appel plutôt au PSOE pour former un gouvernement avec lui, alors que le PSOE dirige la répression en Catalogne. Le secrétaire général de Podemos Pablo Iglesias, qui a déclaré sa « fidélité entière » à Sánchez sur les affaires d’État cette année, a déclaré après le verdict catalan que, malgré son prétendu dégoût pour cette décision, « tout le monde devra respecter la loi et accepter ce verdict. »

Lutter contre le tournant des classes dirigeantes vers la dictature et le fascisme nécessite de rompre avec ces partis en faillite et un tournant vers la classe ouvrière internationale.

Les travailleurs en Catalogne en lutte pour défendre leurs droits sociaux et démocratiques doivent faire appel à leurs frères et sœurs de classe à travers l’Espagne et l’Europe, dans une lutte commune pour la transformation socialiste de la société et les États-unis socialistes d’Europe. C’est indissociable de la lutte pour construire des sections du Comité international de la IVe Internationale en Espagne et dans les pays autour du monde.

Une scandale éclate sur la révélation de Público de la complicité de l’État dans l’attentat de Barcelone

Podemos et les nationalistes catalans couvrent les agences de renseignement espagnoles

Par Alejandro López

17 septembre 2019

Depuis que le quotidien en ligne Público a révélé que les services de renseignements espagnols et européens ont suivi de près les auteurs de l’attentat terroriste d’août 2017 à Barcelone jusqu’au jour même où il a eu lieu, une âpre bataille se livre au sein des médias et de l’establishment politique espagnol. Le reportage de Público a fourni des preuves détaillées, fondées sur des documents internes, que l’État était au courant qu’il allait y avoir une attaque, qui a été menée par un informateur du service de renseignement espagnol. Pourtant, l’establishment au pouvoir s’unit pour dénoncer le rapport et ridiculiser l’idée qu’une conspiration officielle a eu lieu.

En juillet, Público a publié un reportage en quatre parties après un an d’enquête sur les relations entre l’imam Abdelbaki Es-Satty, le chef de la cellule terroriste, et le Centre national de renseignement (CNI). Público a fondé son rapport sur les sources du CNI et ses rapports confidentiels sur Es-Satty et sa cellule, dont elle a publié des extraits sur son site. La documentation de Público le prouve en réfutant le compte rendu officiel selon lequel ces attaquants ont agi sans être détectés, surprenant les services de renseignements européens alors qu’ils préparaient l’attentat terroriste le plus meurtrier en Espagne depuis les attentats à la bombe perpétrés par Al-Qaïda à Madrid en 2004 :

*Le CNI a recruté Es-Satty comme informateur au moins jusqu’en 2014, en utilisant un compte Gmail pour les communications entre Es-Satty et son gestionnaire CNI.

*Les services de renseignement ont falsifié ses dossiers juridiques pour empêcher son expulsion après qu’il eut été reconnu coupable de trafic de drogue. Il a même reçu l’aide du CNI pour qu’il soit installé en tant qu’imam dans la petite ville catalane de Ripoll, alors qu’il était connu pour être radicalisé depuis longtemps, dès 2004, lorsqu’il a été associé aux attentats de Casablanca du 16 mai 2003.

*Le CNI a effacé le dossier d’Es-Satty afin que la communauté musulmane de Ripoll ne soit pas au courant de son histoire, ce qui a également nui à la police régionale catalane qui a commencé à enquêter sur ces attentats.

*Le CNI connaissait les mouvements de certains membres de la cellule en France, en Allemagne, en Belgique et en Suisse, et suivait les conversations téléphoniques entre eux. Es-Satty a eu des contacts avec des forces islamistes à travers l’Europe impliquées dans la guerre par procuration menée par l’OTAN contre la Syrie, y compris des cercles djihadistes en Belgique. La surveillance intense de sa cellule par le CNI a nécessité la collaboration des services de renseignement européens, dont les services de renseignement français, qui ont reconnu avoir espionné des membres de la cellule d’Es-Satty qui s’étaient rendus à Paris peu avant l’attentat de Barcelone.

*Le CNI a consacré un niveau extraordinaire de ressources aux membres de la cellule, y compris ceux qui n’avaient pas de casier judiciaire jusqu’au jour des attentats. Le CNI, écrit Público, « écoutait et transcrivait toutes les conversations entre ces jeunes musulmans, qui n’étaient pas encore censés être liés à un complot djihadiste, en effectuant les contrôles de renseignement les plus exhaustifs possible, qui exigent des ressources matérielles et humaines considérables ». *Après l’attentat, des agents de la CNI impliqués dans le traitement d’Es-Satty ont été affectés dans un pays africain éloigné, et un autre a été « transféré dans la capitale d’un pays d’Amérique latine avec sa famille ».

Le reportage de Público est politiquement dévastateur. Jusqu’à présent, aucun de ses détracteurs n’a tenté d’examiner ou de discréditer les documents sur lesquels il est fondé. Il fournit des preuves convaincantes que le gouvernement espagnol, qui cherchait publiquement un prétexte pour imposer la loi martiale avant la déclaration d’indépendance catalane d’octobre 2017, savait qu’une cellule terroriste existait à Barcelone, mais a décidé de ne pas agir pour la démanteler, au prix de centaines de victimes. Cela a d’immenses implications politiques.

Le virage à des formes de gouvernement d’État policier et la légitimation officielle du fascisme en cours en Espagne et dans toute l’Europe sont fondés sur la criminalité d’État et des mensonges politiques. Après l’attaque de la cellule, le CNI a tenté de dissimuler les preuves de leur complicité. Et alors que la police espagnole attaquait brutalement les électeurs pacifiques lors du référendum catalan, la classe dirigeante espagnole virait radicalement vers la droite pour promouvoir le parti profasciste et nationaliste anti-nationalisme catalan Vox. Plus frappant encore, la Cour suprême espagnole a déclaré que Francisco Franco, chef du coup d’État de 1936 contre la république espagnole et fondateur d’une dictature fasciste de quatre décennies, était le chef d’État légitime du pays dès le lendemain de son coup d’État, qui a provoqué la guerre civile espagnole.

Le contenu du reportage de Público s’est répandu sur les médias sociaux et a provoqué l’indignation de larges couches de la classe ouvrière. Las Ramblas, l’avenue du centre de Barcelone où les attaques se sont produites, était remplie d’autocollants disant « 17-A. Arrêtez le silence complice ». Mais l’élite dirigeante a oeuvré sans relâche pour minimiser, déformer et discréditer le reportage. Le gouvernement en exercice du Parti socialiste espagnol (PSOE) a affirmé éhontément que l’ancien directeur du CNI avait déjà fourni les explications nécessaires au Parlement. À la fin du mois dernier, le PSOE, le Parti populaire, les citoyens et Vox ont bloqué pour la deuxième fois les appels des partis nationalistes catalans à une enquête parlementaire sur les attaques de 2017.

La réaction des forces politiques et médiatiques affiliées à Podemos a revêtu une importance particulière. Après avoir cherché pendant des mois à former un gouvernement de coalition avec le PSOE, qui cache le contexte de l’attentat de Barcelone, ses factions se sont unies en affirmant que ce reportage n’avait aucune importance.

Un exemple typique est le quotidien en ligne eldiario.org, un site web libéral « de gauche » de premier plan. Après plusieurs jours de silence, son directeur Ignacio Escolar a dû répondre à des abonnés furieux qui l’accusaient de complicité dans une conspiration du silence. Sans tenter d’expliquer la longue surveillance étatique de la cellule de Barcelone révélée par Público, il a écrit avec suffisance qu’il n’est « pas rare que certains auteurs d’une attaque aient fait l’objet d’une enquête des forces de sécurité ou des services secrets. C’est ainsi que nombre d’autres attentats terroristes sont évités, même si ce n’est pas toujours le cas. »

Les journalistes Antonio Maestre et Elisa Beni, deux personnalités qui apparaissent régulièrement à la télévision pour représenter les opinions de Podemos, ont également attaqué le reportage. Dans un échange sur Twitter avec Carlos Enrique Bayo, l’auteur du reportage de Público, Maestre l’accuse d’avoir publié des travaux de piratage basés sur des notes obtenues de sécessionnistes catalans « fanatiques ». Beni a défendu Maestre, qualifiant le rapportage de Público d’« absurdités » et d’« utilisation du terrorisme à des fins politiques ».

Jaume Asens, porte-parole d’En Comú Podem, l’affilié catalan de Podemos, a affirmé que les lecteurs devraient éviter de « voir le complot » dans le reportage de Público.

Gaspar Llamazares, ancien dirigeant de la Gauche unitaire stalinienne, a dénoncé toute personne soulevant des questions sur le rôle des services de renseignement espagnols : « Dans la majorité des plus grands attentats [terroristes] au monde, un informateur est apparu ou les [terroristes] ont été surveillés par les services de renseignement. Nulle part, sauf en Espagne, ils n’ont été accusés de complicité. »

De même, les nationalistes catalans contribuent au camouflage exercé par l’État. Un mois après l’envoi d’une lettre symbolique appelant Madrid à mettre en place une commission d’enquête des attentats afin de sauver la face, et ainsi « mettre fin à l’inquiétude sociale », le gouvernement catalan est resté totalement silencieux.

La petite bourgeoisie catalane a également attaqué Público. Natàlia Sànchez, du parti nationaliste catalan Candidatures de l’Unité populaire (CUP), a attaqué Bayo dans la commission du Parlement catalan sur les attaques de 2017. Elle a accusé Bayo, qui était venu de Madrid pour témoigner devant la commission, de « contribuer à créer un sentiment de paranoïa complotiste qui n’est pas utile pour les victimes ni pour le travail de cette commission ».

Les enjeux vont beaucoup plus loin que le reportage de Bayo. Les nationalistes catalans et les sections de la classe moyenne aisée dans laquelle Podemos et ses affiliés sont enracinés, orientés vers le PSOE, l’État capitaliste espagnol et l’Union européenne, craignent ce qui pourrait arriver si les guerres impérialistes au Moyen-Orient et l’appareil étatique espagnol étaient entièrement discrédités. Ils s’adaptent à l’évolution rapide de la bourgeoisie vers des formes autoritaires et fascistes de gouvernement.

Après que le reportage de Público a révélé que les services de renseignements d’État avaient été prévenus des attentats de Barcelone, le quotidien barcelonais La Vanguardia est intervenu pour attaquer Público. Contredisant directement des documents révélés par Público, il a fait valoir que ni le Centre national de renseignement (CNI) ni la police n’étaient au courant des déplacements des terroristes avant les attentats d’août 2017, et que les téléphones n’avaient jamais été mis sur écoute.

Les quatre articles portent toutes les marques d’une opération de limitation des dégâts de la bourgeoisie catalane visant le reportage de Público, en collaboration avec le CNI et la machine d’État à Madrid. Les médias grand public et les politiciens s’en sont servis pour attaquer Público et l’auteur des reportages de Público, Carlos Enrique Bayo, et soutenir l’histoire officielle, qui devenait de moins en moins crédible, selon laquelle les agresseurs ont pris totalement par surprise les agences de renseignement européennes quand ils ont attaqué.

Les quatre articles de La Vanguardia se basent sur un rapport divulgué à La Vanguardia par la police catalane, les Mossos d’Esquadra, et daté de plus d’un an après les attaques, le 11 octobre 2018. Selon le récit de La Vanguardia, les Mossos ont par la suite récupéré 13 numéros de téléphone utilisés par les terroristes le jour de l’attentat, leur permettant de reconstituer les événements. Il allègue que l’un des téléphones contenait des renseignements qui permettaient aux enquêteurs de retracer les actions antérieures des agresseurs. La Vanguardia affirme en outre que d’autres informations, y compris un voyage à Paris de deux des agresseurs, ont également été reconstituées après les événements en prenant en compte des reçus, des tickets de stationnement et de péage, et des relevés bancaires, avec l’aide des services de renseignement espagnols et français. Il affirme également que le fichier Es-Satty « n’a jamais disparu ni été supprimé des bases de données des forces de sécurité », ce qui semble contredire l’affirmation de Público selon laquelle le CNI aurait tenté de le supprimer, probablement pour cacher le fait bien établi qu’Es-Satty était un informateur du CNI. La Vanguardia affirme que la source de ces « spéculations » était les Mossos, qui ont rapporté par erreur le jour même des attentats qu’Es-Satty « n’a fait l’objet d’aucune arrestation par les forces de police ».

Les articles de La Vanguardia sont en quelque sorte une diversion, dans la mesure où les divers documents qu’ils citent des Mossos n’affectent pas la crédibilité des documents du CNI sur lesquels Bayo a fondé le reportage de Público. Ceux-ci montrent clairement que le CNI surveillait intensivement la cellule terroriste, quel que soit le travail que les Mossos ont pu faire après l’attaque pour enquêter sur les mouvements des membres de la cellule. Bayo a qualifié l’article de La Vanguardia de « fuite de documents bien planifiée » et de « campagne pour discréditer » Público en général et son propre reportage en particulier.

L’un des faits marquants est que le CNI connaissait les numéros des cartes SIM françaises que les membres de la cellule terroriste avaient achetées à Paris avec de fausses identités quelques jours avant les attentats de Barcelone.

La Vanguardia et Público, utilisant des sources différentes, citent les mêmes numéros de téléphone attribués à deux des jeunes agresseurs. Bayo écrit : « Nous devons insister sur le fait que sans surveillance préalable, il est impossible de connaître deux noms de fausses identités entre les milliers de SIM prépayées qui sont acquises chaque jour à Paris, ni de relier ces deux numéros aux deux terroristes uniquement en raison de leur géolocalisation... ou de découvrir à quelle heure et où ils ont été activés. »

La Vanguardia ne réfute jamais une autre preuve clé que Público a révélée. Le rapport du CNI divulgué par Público rapporte que l’un des agresseurs « coupe court à ses phrases pour ne pas révéler des détails spécifiques de ses activités ». Une telle déclaration révèle que les agresseurs étaient surveillés, et non que les détails de leurs déplacements ont été reconstitués à partir des relevés bancaires et des reçus des postes de péage.

La Vanguardia affirme également que le CNI n’a pas supprimé le dossier d’Es-Satty ou que son dossier n’a jamais été caché à la police régionale catalane. La Vanguardia a fourni une longue explication en affirmant que les Mossos n’avaient pas consulté la base de données nationale des criminels, où ils auraient trouvé les antécédents d’Es-Satty, parce qu’ils avaient seulement regardé dans leurs archives catalanes locales, qui ne contenaient aucune référence à l’imam de Ripoll. C’est pourquoi, explique La Vanguardia, lorsque la police belge a interrogé les Mossos au sujet d’Es-Satty début de 2016, ils ont déclaré n’avoir aucune information préalable à son sujet.

Público, cependant, montre que la dissimulation des condamnations d’Es-Satty a eu lieu deux ans plus tôt, avant l’attaque, quand il a essayé de devenir l’imam de Ripoll. La procédure normale aurait dû comporter une vérification des antécédents. Comme le dit Bayo, citant une source policière, « les imams avec ces casiers judiciaires sont une douzaine en Espagne, et nous surveillons chacun d’entre eux ». La source de Público faisait référence au fait qu’Es-Satty avait été condamné à deux peines de prison, dont une pour trafic de drogue, ainsi qu’à des antécédents de relations avec des djihadistes avant et pendant son emprisonnement. Cependant, la communauté musulmane de Ripoll a reçu un curriculum vitae propre pour Es-Satty, trafiqué par le CNI.

Bayo montre également comment l’affirmation de La Vanguardia, fondée sur un rapport de la Garde civile, selon laquelle il aurait été radicalisé en prison, soulève la question de savoir pourquoi la police n’en a pas informé les autorités locales. Les Gardes civils et la police nationale disposaient de l’information, et la police nationale est même allée visiter la mosquée de Ripoll à deux reprises lorsque Es-Satty prêchait.

De plus, si, comme l’affirme La Vanguardia, la base de données des Gardes civils a toujours eu « l’information et elle n’a jamais été effacée », cela soulève la question : s’ils connaissaient son passé et étaient allés le voir deux fois à Ripoll avant les attaques, pourquoi n’ont-ils pas averti les musulmans locaux du passé de leur prêcheur ? Comme le dit Bayo, « pour disculper le CNI, ils [La Vanguardia] font bien mal paraître les forces de sécurité de l’État ».

Bayo conclut en citant ses sources du CNI, qui affirment que pour qu’Es-Satty soit devenu un imam à Ripoll, « il ne pouvait y avoir aucune trace de sa longue histoire de relations prouvées avec des groupes djihadistes. Par conséquent, le casier judiciaire était caché au cas où la communauté musulmane locale demanderait un bilan de son passé ». Cela ne veut pas dire que les casiers judiciaires et policiers aient été complètement éliminés, ce qui, selon Bayo et ses sources de renseignements, serait impossible, mais qu’ils l’ont caché à la police catalane à l’époque pour protéger Es-Satty, l’informateur du CNI. La Vanguardia n’aborde pas non plus sérieusement les faits qui ont fait l’objet de fuites et qui ont été analysés par Público, telle la manière dont le CNI a travaillé pour empêcher l’expulsion d’Es-Satty et l’a nommé imam à Ripoll. Le quotidien n’explique pas non plus comment il a pu se déplacer en Europe pour rencontrer des cellules djihadistes et endoctriner sa propre cellule, qui se déplaçait sans cesse d’un bout à l’autre de la Catalogne en accumulant un grand stock d’explosifs, tandis que Es-Satty prêchait à Ripoll des sermons djihadistes.

Les lecteurs sont apparemment censés croire qu’en dépit d’une surveillance intense et de l’aveu même du CNI que Es-Satty était leur informateur, il a été capable de préparer les attentats sans être détecté du tout.

La Vanguardia omet également d’autres preuves de la connaissance préalable de l’attaque par l’État : les services de renseignement français ont avoué avoir suivi les terroristes avant l’attentat, et une société de sécurité proche des services de renseignement américains avait envoyé à Madrid une « alerte rouge » concernant la cellule avant les attentats. En d’autres termes, au lieu d’analyser et d’établir de manière objective les événements qui ont conduit aux attentats, en traitant de tout ce que l’on sait des différentes forces impliquées dans les attentats, le journal a fait une présentation unilatérale qui camoufle les informations que détenait la CNI et sa complicité dans l’attentat.

Le fait que le chef de la cellule terroriste de Barcelone Abdelbaki Es-Satty fût un informateur du Centre national de renseignement espagnol (CNI) et la révélation de Público selon laquelle le CNI a surveillé la cellule jusqu’aux attentats du 17 août 2017 sont un choc pour beaucoup de gens. La tempête de protestations sur les médias sociaux reflète la colère généralisée contre le comportement politiquement criminel de l’État espagnol. Comme on pouvait s’y attendre, de larges sections des médias ont rejeté ou minimisé le reportage et a dénoncé toutes les tentatives d’expliquer politiquement les révélations par la « théorie du complot ».

Les questions posées aux travailleurs par la connaissance préalable par l’État des attentats terroristes islamistes en Europe ne peuvent être comprises dans un cadre national et anhistorique, comme une question de savoir s’il y a eu ou non une défaillance technique des agences d’espionnage. C’est le cadre de Carlos Enrique Bayo, auteur du rapport Público, qui souligne « l’inefficacité, la négligence et même l’imprudence évidente du CNI », mais qui n’explore pas la signification de ses propres révélations.

Les intrigues réactionnaires du CNI avec la cellule Es-Satty et le virage de la classe dirigeante vers l’extrême droite posent des questions fondamentales de perspective historique et de classe. Ils soulignent le caractère prémédité de la politique violemment contre-révolutionnaire menée par l’aristocratie financière contre les travailleurs. Les attentats de Barcelone sont le produit de la guerre impérialiste qui a suivi les soulèvements révolutionnaires de la classe ouvrière contre les dictateurs soutenus par l’OTAN en Égypte et en Tunisie en 2011. Les puissances de l’OTAN, dont l’Espagne, ont armé des milices islamistes mandataires dans les guerres d’abord en Libye et, après la chute du régime libyen en août 2011, en Syrie. Les réseaux islamistes opéraient sous protection officielle dans toute l’Europe, recrutant des milliers de personnes pour combattre au Moyen-Orient.

Au moment des attentats de Barcelone, les travailleurs étaient déjà de plus en plus en colère à propos de la poussée à la guerre, et les cercles dirigeants s’inquiétaient de plus en plus de la possibilité d’une éruption d’indignation populaire. Le gouvernement espagnol a organisé une « marche pour l’unité nationale » peu après l’attentat de Barcelone. Alors que 500.000 personnes se sont déplacées pour la marche, l’événement, contrairement aux intentions de Madrid, s’est transformé en une manifestation massive d’hostilité publique aux guerres impérialistes par procuration au Moyen-Orient.

Le roi d’Espagne Felipe VI, le premier ministre Mariano Rajoy et d’autres hauts responsables présents à la marche ont été accueillis avec des huées, des klaxons et des cris de « Votre politique, nos morts ». Les travailleurs ont dénoncé les ventes d’armes espagnoles à des pays du Moyen-Orient comme l’Arabie saoudite, en criant : « Felipe, si tu veux la paix, tu ne fais pas de trafic d’armes. »

Cette éruption de colère de la classe ouvrière après l’attentat terroriste de Barcelone montre que le reportage de Público ne se limite pas à des questions sur le travail de détective du CNI. La campagne brutale contre Público cette année dans les médias bourgeois – comme l’effusion massive de colère populaire juste après l’attaque et l’aveu tardif du CNI quelques mois plus tard, que Es-Satty était un agent du CNI – reflète l’état explosif des relations de classe. Après une décennie d’austérité imposée par l’Union européenne et d’inégalités sociales croissantes, les conflits de classes ont atteint des niveaux explosifs. L’éruption de grèves de masse au Portugal et en Pologne, les mouvements de masse appelant au renversement des dictatures militaires en Algérie et au Soudan, les manifestations des gilets jaunes en France et une vague mondiale de grèves et de protestations de Hong Kong aux enseignants américains en sont les premières manifestations. Les événements en Espagne montrent comment l’aristocratie financière, isolée et profondément impopulaire, évolue rapidement vers un régime fasciste et autoritaire. C’est dans ce cadre que s’est déroulée la réponse officielle aux attentats de Barcelone, et c’est sur cette base que la classe ouvrière doit formuler sa réponse. Le sang séchait encore dans les rues de Barcelone en août 2017 après l’attentat lorsque l’élite dirigeante a commencé à discuter ouvertement du déploiement de l’armée en Espagne. Les responsables du gouvernement de droite de Rajoy ont déclaré qu’ils envisageaient d’imposer la loi martiale. Cela aurait été la première fois que l’armée était déployée en Espagne depuis que le pays était dirigé par le régime fasciste de Francisco Franco, qui a pris le pouvoir pendant la Guerre civile espagnole de 1936-1939.

Peu après, Madrid a déployé des milliers de paramilitaires de la Guardia Civil, qui ont agressé des électeurs pacifiques lors du référendum d’indépendance catalane d’octobre 2017, qui ont envoyé plus de 800 personnes à l’hôpital. Alors que le référendum était lui-même une manœuvre réactionnaire des partis nationalistes catalans pro-austérité pour détourner la colère sociale croissante dans des voies ethniques, il est devenu le point de mire d’une campagne plus large de la bourgeoisie pour mettre en place un régime d’extrême droite visant l’ensemble de la classe ouvrière.

L’agitation anti-catalane hystérique de l’establishment politique et des médias s’est accompagnée de l’organisation de manifestations franquistes. Le gouvernement PP a suspendu le gouvernement catalan élu et a emprisonné une douzaine de politiciens nationalistes catalans pour des accusations frauduleuses. Ces politiciens ont ensuite été poursuivis par le nouveau gouvernement du Parti socialiste (PSOE), ce qui a permis au parti franquiste Vox d’aider à poursuivre les politiciens nationalistes catalans dans un procès spectacle qu’il a supervisé. L’atmosphère de droite alimentée par la classe dirigeante a permis à un parti ouvertement profasciste, Vox, d’être élu au parlement pour la première fois depuis la chute du régime franquiste en 1978. Quelques mois plus tard, la Cour suprême a statué que le coup d’État lancé par Franco et ses hommes de main en 1936 contre la République espagnole était légal. Il a explicitement soutenu que Franco, fondateur d’une dictature fasciste de quatre décennies, était le chef d’État légitime du pays dès le lendemain de son coup d’État, qui a provoqué la guerre civile espagnole. Après sa victoire dans la guerre civile, l’armée franquiste a perpétré le massacre de centaines de milliers d’ouvriers et de jeunes de gauche.

Ce jugement s’inscrit dans un mouvement plus large de la classe capitaliste à travers l’Europe pour légitimer le fascisme. En Allemagne, les grands partis bourgeois couvrent des professeurs d’extrême droite comme Jörg Baberowski alors qu’ils blanchissent les crimes d’Hitler pour légitimer l’austérité et la remilitarisation de la politique étrangère allemande. En Italie, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini défend le dictateur fasciste Benito Mussolini. En France, le président Macron salue comme un grand soldat le leader du régime de Vichy collaborateur avec les nazis, le meurtrier de masse Philippe Pétain, tout en sévissant contre les manifestants gilets jaunes.

Ce n’est que dans ce cadre d’atteintes violentes aux droits démocratiques et de légitimation du fascisme par l’aristocratie financière que les intrigues du CNI avec Es-Satty peuvent être correctement évaluées.

Il n’y a aucune raison d’accepter les affirmations des défenseurs des agences d’espionnage dans les médias selon lesquelles les agents du CNI auraient tout au plus commis quelques erreurs dans un effort autrement sincère pour protéger la nation. Ils ont établi des liens avec des terroristes islamistes aux fins de la sanglante politique étrangère de l’OTAN. Après que ces réseaux eurent perpétré des attentats terroristes sanglants en Europe, l’appareil de sécurité espagnol a soutenu l’élite dirigeante en intensifiant les attaques contre les droits démocratiques.

Cette analyse n’est pas fondée sur des spéculations, ou ce que les médias appellent des « théories du complot », concernant l’état d’esprit ou les motivations des agents du CNI. En effet, les motivations des espions qui ont travaillé avec Es-Satty sont inconnues et ont été masquées par l’État et les médias espagnols. Elle se fonde plutôt sur un examen objectif des événements de ces dernières années.

Les affirmations des médias selon lesquelles les agences espagnoles d’espionnage agissent de bonne foi n’ont aucune crédibilité. Si l’État espagnol peut juridiquement légitimer le bilan des massacres fascistes de Franco, il n’est pas inconcevable que des éléments franquistes de l’État permettent qu’une attaque ait lieu, au coût relativement faible de quelques dizaines de vies, pour terroriser et désorienter la population et aider à imposer des politiques impopulaires et d’extrême droite. La crise de guerre et le virage de l’élite dirigeante vers un régime fasciste autoritaire présentent d’énormes tâches et défis pour la classe ouvrière. Les événements démasquent les propagandistes procapitalistes qui prétendaient que la dissolution de l’Union soviétique par le régime stalinien en 1991 a marqué la « fin de l’histoire » et le triomphe final de la démocratie capitaliste libérale. Non seulement les conditions objectives qui ont conduit à la Révolution russe – la guerre, la crise capitaliste et les luttes de classe internationales – existent toujours, mais l’aristocratie financière répond à la crise croissante en se tournant vers les types de crimes qu’elle a commis au XXe siècle. Depuis l’intérieur des bureaucraties d’États capitalistes supposés démocratiques, une poussée rapide vers la dictature se développe. La tâche qui incombe aux travailleurs politiquement avancés dans cette situation est un retour aux traditions révolutionnaires du XXe siècle représentées par la révolution d’Octobre et la lutte du mouvement trotskyste contre le stalinisme. Ces traditions ne sont aujourd’hui perpétuées que par le Comité international de la Quatrième Internationale.

La voie à suivre pour les travailleurs et les jeunes qui s’opposent aux intrigues sanglantes des services de renseignement est une réorientation politique fondamentale. Cela signifie construire des organisations de lutte dans la classe ouvrière au niveau international contre le mouvement de guerre impérialiste et le changement rapide vers des formes autoritaires de gouvernement.

Le gouvernement espagnol tombe sur fond de crise catalane

Par Alejandro López

18 février 2019

Vendredi, deux jours après que son budget a été rejeté par le Congrès, le Premier ministre espagnol du Parti socialiste (PSOE), Pedro Sánchez, a convoqué des élections législatives anticipées pour le 28 avril. Le gouvernement de Sanchez, le plus bref gouvernement depuis la transition du régime fasciste au régime démocratique parlementaire en 1978, est tombé en raison des poursuites engagées par l’État contre les prisonniers politiques catalans qui ont organisé ou soutenu le référendum sur l’indépendance du 1er octobre 2017. Ils risquent jusqu’à 25 ans de prison sur des fausses accusations d’avoir incité de la violence lors du référendum.

Sánchez a critiqué les parlementaires nationalistes catalans qui ont voté contre son budget en guise de représailles pour son procès contre les prisonniers nationalistes catalans. « Lorsque certains partis bloquent la prise de décisions, il est nécessaire de convoquer de nouvelles élections », a-t-il déclaré. « Il y a des défaites parlementaires qui sont des victoires sociales », a-t-il ajouté, affirmant que les mesures soi-disant progressistes inscrites dans le budget et abandonnées par le PSOE signifiaient que « les citoyens ont vu ce que nous voulions pour le pays ».

D’autres responsables du PSOE ont déclaré être heureux d’abandonner le budget pour mieux se concentrer sur les attaques contre les nationalistes catalans. « C’est dommage que le budget n’ait pas été approuvé, mais paradoxalement, grâce à cela, nous avons maintenant une ligne. La droite ne peut pas nous lancer à la figure l’accusation que nous entretenions des sympathies pour les séparatistes. Cela a été quelque chose qui nous a fait mal et qui a provoqué de l’incertitude dans certaines couches de notre électorat », a déclaré un maire PSOE de premier plan à El Pais.

Le PSOE ouvre la porte à la campagne la plus à droite depuis 1978, au cours de laquelle l’imposition de l’austérité et d’un État policier va être poursuivie sous couvert de l’opposition au séparatisme catalan. Les élections de 2015 et 2016 ont donné lieu à des parlements sans majorités, les votes se partageant entre le PSOE, le Parti populaire de droite (PP), les Citoyens (C) et Podemos. Maintenant, alors que le PSOE dénonce les nationalistes catalans, le PP vise à réunir une étroite majorité de droite sur la base d’une coalition anti-catalane avec les Citoyens et le nouveau parti pro-fasciste VOX.

Le chef de VOX, Santiago Abascal, a déclaré que « l’Espagne vivante », comme il appelle ses partisans, « a finalement vaincu une législature infâme ». Il a également dénoncé l’ancien gouvernement PP de Mariano Rajoy comme « incompétent et lâche », pour avoir échoué à réprimer plus violemment le référendum sur l’indépendance de la Catalogne. Ce commentaire d’Abascal, qui a défendu le bilan génocidaire de l’armée fasciste de Francisco Franco pendant la guerre civile espagnole, souligne que VOX parle au nom des factions de la bourgeoisie qui prépare une répression militaire de la population.

Sous le mandat de Rajoy, Madrid envoya 16.000 policiers pour attaquer violemment les électeurs lors du référendum sur l’indépendance de la Catalogne, y compris les personnes âgées, faisant plus de 1000 blessés. Il a ensuite emprisonné des politiciens nationalistes catalans en attente d’un procès et dissous l’exécutif catalan élu, en utilisant l’article 155 de la Constitution de 1978 pour le remplacer par un exécutif nommé par Madrid. Au plus fort de la crise, le PP menaçait d’une intervention militaire directe en Catalogne. Néanmoins, Abascal critique ce bilan comme étant insuffisant.

Le chef du PP, Pablo Casado, a qualifié son parti de « force tranquille et modérée », soulignant qu’il collaborerait avec Citoyens et VOX pour constituer une majorité. Citant le « pacte andalou » dans lequel les trois partis ont formé une alliance gouvernementale régionale en Andalousie, il a souligné que le PP ne créerait pas de « cordon sanitaire » le séparant de la position explicitement franquiste de VOX. « Les cordons sanitaires se retournent toujours contre ceux qui les construisent », a commenté Casado, ajoutant qu’il combattait le « Front populaire », c’est-à-dire le gouvernement qui fut renversé par le coup d’État et la guerre civile de Franco.

Au cours des dernières semaines, Casado a également lancé un flot d’injures hystériques contre Sánchez, le traitant de « criminel », de « menteur compulsif », « illégitime », de « squatteur » et coupable de « haute trahison ».

De même, le dirigeant du parti Citoyens, Albert Rivera, a exigé que « tous les candidats se positionnent » sur la question catalane. Il a ajouté que s’il était élu, il « promettrait de ne pas pardonner les conspirateurs du coup d’État », c’est-à-dire les dirigeants catalans poursuivis. Il a mise en garde contre un éventuel nouveau « gouvernement Frankenstein », avec le dirigeant de Podemos, Pablo Iglesias « en tant que vice-Premier ministre chargé de l’économie espagnole et où les séparatistes décideront de la manière dont mon pays devrait être gouverné. »

Le principal danger dans cette situation est que la classe ouvrière n’est pas pleinement consciente de la menace de la mise en place d’un régime militaro-policier. L’Union européenne (UE) ne s’oppose pas à la légitimation du franquisme, et ce qui se fait passer pour une opposition au sein de l’establishment politique espagnol est soit de partisans ouverts de la droite, soit d’une indifférence politique.

Mercredi, Sánchez a accusé Citoyens et le PP de ne pas avoir démontré la même « loyauté » envers le gouvernement qu’il avait lui-même manifestée à l’égard du gouvernement. conservateur précédent : « Le gouvernement du PP avait la loyauté institutionnelle des socialistes. Mais ils n’étaient pas loyaux, pas seulement envers nous, mais envers l’Espagne. […]Nous avons été prêts à faire des compromis avec ceux qui pensent différemment. Nous sommes pro-européens, progressistes, de gauche et aucun pays de l’OCDE n’a eu plus de femmes ministres que nous ».

Au gouvernement, le PSOE était pratiquement impossible à distinguer du PP. Son programme fondamental consistait à renforcer l’austérité contre la classe ouvrière, à accélérer le militarisme au service des ambitions géostratégiques de l’Espagne et à stabiliser l’État après la crise de la tentative d’indépendance de la Catalogne.

En ce qui concerne les droits démocratiques, il a poursuivi la répression du PP. Il a approuvé les « retours à chaud » de migrants sans papiers – les expulsions rapides qui contournent les lois sur l’immigration – aux frontières sud de Ceuta et Melilla, et a défendu la loi antidémocratique sur la Sécurité publique, mieux connue sous son surnom de « loi bâillon ». Au sujet du procès contre les indépendantistes catalans, le gouvernement Sánchez a ordonné aux avocats de l’État d’inculper les nationalistes emprisonnés pour sédition, passible d’une peine de 15 ans d’emprisonnement.

Podemos a clairement fait savoir qu’il n’opposera aucune opposition sérieuse à la campagne de droite. Au contraire, il prétend frauduleusement que le gouvernement PSOE soutenu par Podemos a été un succès. Irene Montero, porte-parole parlementaire de Podemos, a déclaré que « les budgets les plus progressistes sur le plan social de l’histoire » étaient la principale réussite de ce gouvernement. Mais les projets d’augmentation du salaire minimum, la fin de la « loi bâillon » interdisant l’enregistrement vidéo de la répression policière des manifestations, et les subventions pour les chômeurs âgés – dont beaucoup étaient inclus dans le budget rejeté – ne verront pas le jour après le vote sur le budget de cette semaine.

Elle a déclaré que Podemos et le PSOE avaient, « Au cours des huit derniers mois… agi pour réaliser des choses exigées que des millions de gens qui n’ont pas renoncé ». En fait, le vote pour le PSOE et Podemos s’est effondré lors des dernières élections organisées dans la plus populeuse région de l’Espagne qui est l’Andalousie, lorsque des centaines de milliers de personnes ont refusé de soutenir ces partis et ont préféré s’abstenir.

Selon Montero, toutefois, Sánchez aurait commis la plus grave erreur de ne pas avoir intégré Podemos dans son gouvernement. Cela aurait produit un « gouvernement stable et solide avec lequel se présenter en Europe ». Elle a également attaqué les nationalistes catalans pour n’avoir pas soutenu le gouvernement du PSOE, affirmant avec cynisme que Sánchez était « le meilleur garant d’un dialogue honnête et sensé avec la Catalogne ».

Interrogé sur d’éventuels accords à la sortie des urnes pour former un gouvernement, Montero a déclaré que Podemos « parlerait à tous les représentants légitimes des citoyens », ouvrant ainsi la porte à des alliances avec tous les partis.

Rien ne démasque plus clairement l’attitude complaisante et indifférente de Podemos face aux dangers auxquels la classe ouvrière est confrontée, que l’annonce faite par Montero que son partenaire, Iglesias, resterait en congé de paternité pendant la campagne, dans laquelle il est le principal candidat de Podemos. Elle a affirmé que c’était une façon de montrer le « genre d’Espagne que nous voulons », un pays dans lequel les hommes et femmes partagent les tâches ménagères. En fait, cela souligne que Podemos est en grande partie indifférent à la tendance à la mise en place d’un État policier en Espagne, contre laquelle il n’a pas l’intention de se battre sérieusement.

Les manifestations au Portugal et en Catalogne se heurtent à la répression policière alors que les grèves se multiplient

Par Paul Mitchell

24 décembre 2018

Des milliers de policiers ont été mobilisés au Portugal et en Catalogne pour réprimer de manifestations sur la péninsule ibérique.

L’ampleur de la répression est dictée par les préoccupations croissantes dans les milieux dirigeants face à une vague de grèves et de mécontentement social.

Comme l’année touche à sa fin, le gouvernement du Parti socialiste (PS) portugais, appuyée par le Bloc de gauche de pseudo-gauche (BE) et le Parti communiste portugais (PCP), est assailli par de nombreuses grèves contre les bas salaires et les mauvaises conditions de travail. Les salaires des travailleurs du secteur public sont gelés depuis 10 ans et les progressions de carrière arrêtées.

Le ministre du Travail, José António Vieira da Silva, a reconnu que l’augmentation du nombre de grèves est due au fait que les gens « s’attendent désormais à une amélioration de leurs conditions de travail » après « une longue période de restrictions ». Vendredi, des manifestations relativement modestes, inspirées par le mouvement des Gilets jaunes en France, ont eu lieu dans les villes et villages à travers le pays, ce qui est une autre indication d’une recrudescence de la lutte de classe en dehors du contrôle de ces partis et des syndicats.

Depuis l’arrivée au pouvoir du PS d’Antonio Costa en 2015, le nombre de grèves a doublé. Cette année a vu 173 préavis de grèves dans le secteur public, contre 85 en 2015. Près de 50 préavis de grève ont été émis pour la période de Noël et la nouvelle année.

Depuis plus d’un an, le personnel infirmier est en grève et, depuis novembre, 5000 interventions chirurgicales ont été reportées ou annulées. En octobre, 2300 juges se sont mis en grève et des mouvements sociaux dans les bureaux de vente des billets du chemin de fer portugais ont perturbé le trafic ferroviaire. Des médecins et des employés de musées ont également organisé de grèves nationales au cours des derniers mois.

Les dockers de Setúbal ont commencé leurs grèves le 5 novembre pour protester contre le manque de sécurité d’emploi pour les travailleurs intérimaires et à temps partiel et contre les heures supplémentaires imposées dans les ports de Lisbonne, Sines, Figueira da Foz, Leixões, Caniçal (Madère), Ponta Delgada et Praia da Vitória (aux Açores). Les exportations ont été touchées. Cette semaine, les travailleurs de la compagnie pétrolière publique Galp se sont mis en grève pendant cinq jours pour protester contre « l’offensive de l’employeur » contre les conventions collectives, contre les bas salaires et contre la baisse du supplément de salaire pour les heures supplémentaires.

Les ouvriers des supermarchés et des grands magasins arrêtent le travail la veille de Noël pour protester contre « des salaires de misère ». Les employés du Trésor public ont appelé à une grève du 26 au 31 décembre pour exiger le dégel de leur progression de carrière. Les enseignants ont menacé de boycotter l’année scolaire 2019 pour la même raison. Des travailleurs de la Loterie nationale ont entamé une grève de la faim de deux semaines pour améliorer les conditions de travail. Les pompiers et les gardes-frontières envisagent également d’exprimer leur mécontentement.

La plupart des grèves ont été déclenchées par le syndicat de la CGTP, dirigé par le PCP, agissant comme une soupape de sécurité dans des actions isolées pour empêcher un mouvement unifié menaçant le gouvernement PS.

Le gouvernement Costa a été félicité par la troïka de l’Union européenne (UE), du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE) pour avoir pratiquement réduit à zéro le déficit budgétaire du Portugal. En réponse à la vague de grèves, Costa a déclaré que la reprise économique du pays ne signifiait pas toujours que « tout est possible pour tout le monde ».

La principale réalisation du gouvernement Costa a été de rembourser par anticipation les 78 milliards d’euros octroyés au Portugal pour renflouer ses banques après la crise financière de 2008, tout en prétendant être « anti-austérité ». Cela est dû au fait qu’il a concédé quelques centaines de millions pour relever le salaire minimum à 600 euros par mois – toujours le plus bas d’Europe occidentale – augmenter certaines pensions de retraite de 10 euros par mois et engager une reprise des promotions dans les échelons du secteur public sur plusieurs années. La plupart des mesures d’austérité imposées depuis 2008 demeurent en place. Le parti BE de pseudo-gauche a voté presque à l’unanimité pour s’allier au PS lors de l’élection d’octobre prochain.

La « reprise » de l’économie portugaise repose sur des taux d’intérêt bas, un assouplissement quantitatif, et une augmentation du tourisme et des investissements étrangers s’appuyant sur une main-d’œuvre intérimaire à bas salaire. La Banque du Portugal prévoit maintenant que l’économie ralentira chaque année pour atteindre environs 1,5 pour cent en 2021, soit environ la moitié du chiffre actuel, alors que la dette publique ne bougera toujours pas, à 125 pour cent du PIB.

Parallèlement, le salaire moyen à Lisbonne est de 860 €, pas beaucoup plus que le minimum, avec une forte augmentation de l’emploi précaire, des coûts de logement et de menaces d’expulsion. Près de 20 pour cent des jeunes sont au chômage et des dizaines de milliers ont émigré.

Pour endiguer la colère sociale grandissante, le gouvernement a trouvé un accord avec Facebook pour la fermeture du site Web des organisateurs des Gilets jaunes et a déployé massivement 20 000 agents des forces de l’ordre dans un pays qui compte une population de 10 millions d’habitants. Il a déclaré que seuls 25 points de rassemblement dans 17 villes du pays seraient autorisés, tandis que l’armée de l’air a annoncé la création de zones d’exclusion de six kilomètres autour des principaux aéroports.

Sous le slogan Vamos Parar Portugal (qu’on paralyse le Portugal), les manifestations ont appelé à des augmentations beaucoup plus importantes du salaire minimum national et des retraites. Dans la capitale de l’Algarve, Faro, environ 100 personnes ont réclamé « Réduire le coût du carburant », « Augmenter le salaire minimum », « Réduire la TVA », « Abolir le péage autoroutier », « Non à la corruption » et « Mettre fin aux partenariats public-privé (PPP). »

En réponse, Arménio Carlos, secrétaire général du syndicat CGTP et membre du comité central du Parti communiste portugais, a déclaré : « Au lieu d’exiger le progrès et la justice sociale, ils soutiennent des positions d’extrême droite visant à la régression sociétale et civilisationnelle » en faisant référence aux Gilets jaunes.

« C’est une opération d’extrême droite », a déclaré Francisco Louçã, dirigeant du Parti socialiste révolutionnaire de 1978 à 1998, un parti pabliste, et fondateur du BE. « Ils utilisent les médias sociaux pour susciter une politisation agressive à base de termes d’extrême droite. »

En Catalogne, le gouvernement espagnol du Premier ministre Pedro Sanchez du Parti socialiste, a également réagi par la répression policière contre des manifestants indépendantistes qui protestaient contre sa décision de tenir un conseil des ministres dans le centre de la capitale régionale, Barcelone. Neuf mille policiers supplémentaires ont été mobilisés pour attaquer des manifestants qui ont bloqué les routes de la région et se sont heurtés contre la police antiémeute à Barcelone. Au moins 12 manifestants ont été arrêtés et de nombreux autres blessés dans les affrontements au cours du rassemblement à Barcelone, a annoncé la police régionale de Mossos d’Esquadra. Trente policiers ont été blessés, a-t-elle ajouté. La police a employé des matraques et des boucliers et des parties de la ville ont été fermées par la police. Certains manifestants portaient des gilets jaunes en clin d’œil aux Gilets jaunes en France et le drapeau jaune de la Catalogne, avant une manifestation pour l’indépendance prévue le soir même. Ce jour-là, une grève déclenchée sur le réseau ferroviaire espagnol Renfe a entraîné l’annulation de 571 trains, soit environ 30 pour cent de ceux initialement prévus. La veille, les syndicats CCOO et UGT avaient conclu un accord avec les employeurs pour suspendre la grève, mais les grèves ont eu lieu sous le signe du syndicat anarcho-syndicaliste CGT.

L’éruption de colère sociale et l’hostilité envers les partis et les syndicats existants est palpable dans toute l’Europe. Mais pour avancer, il faut le développement d’un axe de lutte indépendant unissant la classe ouvrière à travers le continent sur la base d’un programme socialiste et de la constitution de comités d’action, afin de jeter les bases dans la classe ouvrière d’une telle offensive unie en opposition à tous les gouvernements de l’Europe – qu’ils se disent de gauche, de droite ou du centre – et contre les tentatives de sabotage de ce mouvement par les syndicats pro-capitalistes et des partis de pseudo-gauches.

La Catalogne secouée par une semaine de grèves contre l’austérité

Par Alejandro López

4 décembre 2018

Des centaines de milliers de travailleurs et d’étudiants ont participé à des manifestations et à des grèves en Catalogne réclamant l’annulation des réductions budgétaires imposées par les gouvernements nationalistes régionaux depuis le début de la crise financière de 2008.

Le parti de pseudo-gauche Podemos est intervenu pour réprimer la résurgence de l’opposition après une décennie d’austérité visant à faire adopter un budget régional. En retour, les nationalistes catalans devront mettre fin à leur opposition au projet de budget 2019 du gouvernement du Parti socialiste (PSOE) à Madrid.

Cette semaine, des médecins de premier recours travaillant pour l’Institut catalan de la santé, qui gère 80 % des centres de santé de la région, et les médecins des prestataires de soins de santé semi-privés se sont mis en grève pour la quatrième journée consécutive, appelé par Metges de Catalunya. (Médecins de Catalogne) et la Confederación General del Trabajo (CGT), organisation anarcho-syndicaliste. Ils protestent contre l’augmentation de la charge de travail avec la suppression de 1000 emplois de médecins depuis 2008, le manque de ressources, les réductions de salaire et demandent plus de temps pour traiter les patients. Selon les données fournies par le gouvernement régional, la grève a reçu un soutien de 70 %.

Mercredi, des centaines de médecins ont manifesté devant le parlement régional, où des pompiers protestaient également contre des emplois précaires et des conditions de travail intolérables. Selon l’ombudsman catalan, les pompiers ont travaillé 460 000 heures supplémentaires l’année dernière et la région a besoin d’au moins 600 pompiers supplémentaires.

Lorsque les deux groupes ont tenté d’entrer au Parlement, la police anti-émeute les a chargés. Ils ont répondu en scandant des slogans dirigés à la police : « Vous, vous, cela vous concerne aussi. » Les médecins ont crié : « Les pompiers seront toujours à nos côtés ». Le même jour, des étudiants universitaires se sont mis en grève pour réclamer une réduction de 30 % des droits d’inscription et une égalisation des frais entre les diplômes ordinaires et les diplômes de maîtrise. La grève a été soutenue dans toutes les grandes universités publiques, y compris l’Université autonome de Barcelone, l’Université Pompeu Fabra et l’Université de Barcelone.

La CGT et la Coordination syndicale (Coordinadora Obrera Sindical-COS) ont appelé à une grève du personnel enseignant et de recherche dans toutes les universités publiques catalanes. Ils réclament l’amélioration des conditions de travail, l’augmentation des salaires et l’élimination des écarts de salaire entre le personnel enseignant et le personnel de recherche.

Le personnel non enseignant dans les établissements scolaires a également déclenché une grève comprenant des assistants d’enseignement, du personnel parascolaire, du personnel de cuisine et le personnel de ménage sous le slogan « Sans nous, aucune école ne fonctionne, luttons contre la sous-traitance ».

Jeudi à l’université, des enseignants du primaire et du secondaire et les élèves ont rejoint les médecins, les infirmières, les étudiants et les pompiers pour une journée de grève organisée par la CGT et deux syndicats plus petits, Ustec-Stes et Aspepc-Sps. Environ 8000 personnes ont manifesté dans la capitale catalane, où le porte-parole d’Ustec-Stes, Ramón Font, a critiqué l’allocation budgétaire de 5 milliards d’euros allouée à l’éducation par le gouvernement catalan, affirmant que 16 milliards d’euros sont nécessaires pour couvrir les besoins existants.

Des fonctionnaires se sont joints à la manifestation en débrayant pendant deux heures pour exiger la restitution des salaires réduits en 2013 et 2014 dans le cadre de la campagne d’austérité des nationalistes catalans.

Depuis des années, la bourgeoisie régionale prône sans relâche le nationalisme catalan afin d’enterrer les préoccupations socio-économiques des travailleurs et des jeunes, espagnols et catalans. Cela a eu un effet. Le soutien à une Catalogne indépendante ne représentait que 15 % au début de la crise économique de 2008, il s’élevait à environ 48 % en 2013-2014 et s’élève maintenant à environ 38 % selon les sondages.

Cela a servi en tant que distraction de la grande austérité imposée par les nationalistes catalans et leurs homologues de Madrid. En 2014, Santi Vila, alors ministre de l’entreprise régionale catalane, a déclaré ouvertement : « Si ce pays n’avait pas avancé de discours fondé sur le nationalisme, comment aurait-il pu faire face à des ajustements de plus de 6 milliards d’euros ? »

On estime qu’entre 2009 et 2015, les dépenses de santé ont été réduites de 31 %, la réduction la plus élevée des 19 régions d’Espagne, les dépenses sociales de 26 % et les dépenses d’éducation de 12 %. La Catalogne a été la région où les frais de scolarité ont augmenté le plus (environ 158 %), de sorte que le coût moyen d’un crédit universitaire est de 41,17 euros, contre une moyenne nationale de 17,70 euros.

Quatre ans plus tard, le nombre croissant de manifestations et de grèves indique clairement que la classe ouvrière commence à se dégager des entraves politiques imposées collectivement par les nationalistes, les syndicats et les forces de pseudo-gauche. Le président de la région, Quim Torra, n’a pour ainsi dire rien dit sur les grèves et manifestations de cette semaine, affirmant qu’il « continuerait à travailler pour conclure les accords nécessaires au bien de nos citoyens ». Eduard Pujol, porte-parole d’Ensemble pour la Catalogne, a accusé les travailleurs publics d’exagérer leurs revendications : « Parfois, nous sommes distraits par des problèmes qui ne sont pas essentiels. Les listes d’attente de 85 jours [dans les hôpitaux] devraient être de 82… Nous nous battons pour des miettes. Nous devons parvenir à une véritable résolution du problème ». La « solution » de Pujol est de raviver le nationalisme en déclarant que la Catalogne devait échapper à « l’étranglement » de Madrid.

Quant aux syndicats, ils ne ménagent aucun effort pour contenir la combativité croissante en limitant les grèves à une journée ou à des débrayages partiels ou en les remettent à plus tard afin d’éviter toute action commune avec d’autres couches de la classe ouvrière. Mercredi, une grève programmée de 250 000 travailleurs du secteur public régional dirigée par le CCOO dirigé par le Parti communiste et l’UGT allié au Parti socialiste (PSOE) a été réduite à un arrêt symbolique de deux heures et les actions supplémentaires reportées au 12 décembre.

Les syndicats évitent également de lier les travailleurs de la région à leurs frères et sœurs en grève dans le reste de l’Espagne au cours des dernières semaines, notamment les travailleurs d’Amazon à Madrid, les postiers, les pilotes d’Iberia et les enseignants de la région basque. Même des sections de l’appareil d’État telles que les procureurs, les gardiens de prison et les juges ont été en grève.

Comme d’autres pays d’Europe et du monde entier, l’Espagne entre dans une période de crise sociale et politique aiguë, caractérisée par la résurgence de la lutte des classes. Dans ce contexte, des forces de pseudo-gauche telles que Podemos interviennent pour secourir le capitalisme et maintenir la mainmise des partis bourgeois sur la classe ouvrière.

À Madrid, Podemos tente de rallier les partis séparatistes du parlement espagnol au budget 2019 élaboré par le secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias, et le Premier ministre du PSOE, Pedro Sánchez. Les nationalistes catalans disposent de voix prépondérantes pour faire adopter le budget, mais ils ont jusqu’ici refusé après que les avocats de l’État eurent confirmé les accusations de sédition portées contre neuf dirigeants catalans pour leur rôle dans la déclaration d’indépendance de l’année dernière.

À Barcelone, Catalunya en Comú Podem (CECP), soutenu par Podemos, s’entretient avec Torra sur le budget régional. Selon la plupart des témoignages, le CECP est le seul parti qui puisse permettre l’adoption du budget après que le petit parti séparatiste, de pseudo-gauche, le CUP, l’allié de Torra, eut retiré son soutien.

Pour dissiper l’opposition populaire, le CECP propose que le budget régional prévoie une augmentation des dépenses sociales de 1,7 milliard d’euros. Selon le CECP, le seul moyen dont dispose le gouvernement catalan en faillite financière pour effectuer une telle dépense est de voter en faveur du budget national, qui prévoit une augmentation de l’investissement de 2,2 milliards d’euros en Catalogne.

Dans le même temps, le chef du Parti populaire de droite, Pablo Casado, affirmant que « l’autonomie catalane est devenue incontrôlable », a demandé à Sánchez d’appliquer l’article 155 de la Constitution pour suspendre à nouveau le gouvernement régional et imposer le contrôle de Madrid « immédiatement, pour une période indéterminée ». Casado a déclaré : »Nous devons remettre de l’ordre en Catalogne. »

Élection de crise en Catalogne

Non à la dictature et au séparatisme national ! Pour l’unité des travailleurs catalans et espagnols !

Par Alex Lantier

22 décembre 2017

Cet article est la traduction d’une perspective publiée hier, le jeudi 21 décembre, jour des élections spéciales en Catalogne [note du traducteur].

Aujourd’hui, les Catalans votent dans les élections régionales spéciales du 21 décembre (« 21D ») convoquées par le gouvernement central espagnol. Ces élections, tenues après la répression policière brutale du référendum d’indépendance catalan du 1er octobre et l’invocation subséquente par Madrid de l’article 155 de la Constitution espagnole pour suspendre le gouvernement élu de Catalogne, comportent des leçons politiques cruciales pour les travailleurs en Espagne et à l’échelle internationale.

Ils sont confrontés à un effondrement universel des formes démocratiques de gouvernement, conséquence de la décomposition du capitalisme international. En organisant les élections 21D, le gouvernement minoritaire du Parti populaire (PP) du premier ministre espagnol Mariano Rajoy, soutenu par le Parti socialiste espagnol (PSOE), n’essaie pas d’établir ce que veut le peuple catalan. Au contraire, il vise à donner un vernis « démocratique » au développement de régimes d’État policier et à la réhabilitation des forces d’extrême droite à travers l’Union européenne.

Les responsables du PP ont déclaré que si les électeurs de Catalogne élisaient un gouvernement auquel s’oppose Madrid, ce dernier invoquera à nouveau l’article 155 pour suspendre le gouvernement résultant. Ils donnent aux électeurs le « choix » d’élire le gouvernement qu’ils désirent, pourvu que ce soit celui que veut Madrid.

Le PP et ses alliés essaient d’habituer la population à la détention de prisonniers politiques et à d’autres mesures arbitraires et dictatoriales. Malgré les protestations de masse à Barcelone, ils ont emprisonné les nationalistes catalans Jordi Cuixart et Jordi Sánchez pour avoir appelé à des manifestations pacifiques et ont menacé de retirer le matériel en langue catalane des écoles et de la télévision. Alors même que les campagnes électorales se poursuivent en Catalogne, le vice-premier ministre catalan déchu Oriol Junqueras reste en prison – un sort auquel le premier ministre catalan Carles Puigdemont, destitué, n’a échappé que par une fuite précipitée pour s’entretenir avec l’UE à Bruxelles. C’est sur cette base que le PP et ses alliés préparent de nouvelles attaques contre les travailleurs. Déjà, après s’être emparés des finances de la Catalogne, les responsables du PP ont menacé d’invoquer l’article 155 contre la municipalité de Madrid, alors même qu’ils l’intimident pour qu’elle impose des centaines de millions d’euros de plus de coupes dans les dépenses sociales exigées par l’UE. Le gouvernement du PP a soutenu les protestations pour l’unité espagnole marquées par le chant des hymnes fascistes, y compris Cara al Sol, et a publiquement discuté de l’imposition de l’état d’urgence. Cet effondrement des formes démocratiques de gouvernement n’est cependant pas le produit des conditions espagnoles, mais plutôt un phénomène européen et international, symbolisé par le soutien constant de l’UE à la répression exercée par Madrid.

Le recours à la répression d’État, la réhabilitation du militarisme et la montée des forces d’extrême droite se propagent à travers l’Europe. En France, les principaux pouvoirs de la police instaurés par le gouvernement pendant l’état d’urgence de deux ans, et utilisé pour réprimer les manifestations contre la loi travail, ont maintenant été inscrits dans la loi. Et quatre ans après que Berlin a annoncé la remilitarisation de sa politique étrangère, un gouvernement d’extrême droite a pris le pouvoir en Autriche, et un parti d’extrême droite, l’Alternative pour l’Allemagne, a remporté des sièges au parlement allemand pour la première fois depuis la défaite des nazis dans la Seconde Guerre mondiale.

Cette crise découle d’un effondrement international du capitalisme qui a mûri durant des décennies. Le quart de siècle écoulé depuis que la bureaucratie stalinienne a dissout l’Union soviétique, éliminant le principal contrepoids militaire à l’impérialisme, a été celui d’une escalade des guerres, de la répression policière et de l’austérité. En particulier depuis l’effondrement de Wall Street en 2008, la démocratie bourgeoise en Europe a commencé à se désintégrer, dans un contexte d’inégalités sociales croissantes et de tensions de classes et internationales.

L’inégalité en Espagne illustre l’impact de cette crise sur les travailleurs en Europe. Près d’une décennie après krach de 2008, le taux de chômage en Espagne est toujours de 17 % (39 % pour les jeunes) et l’inégalité sociale est élevée. Les 10 % les plus riches détiennent maintenant 57 % de la richesse de l’Espagne ; les 50 % les plus pauvres seulement 7 % ; et les 20 % supérieurs des familles gagnent 761 fois plus que les 20 % les plus pauvres. L’individu le plus riche d’Europe, le milliardaire espagnol Armancio Ortega, pèse 77,9 milliards de dollars.

La colère sociale et l’aliénation résultant de la politique officielle ont complètement miné la stabilité de l’élite dirigeante. Cette année, l’enquête « Génération Quoi ? » de l’UE a révélé que les deux tiers de la jeunesse espagnole et plus de la moitié de la jeunesse européenne se joindraient à un soulèvement de masse contre l’ordre existant. Cette crise ne peut pas être résolue en élisant l’un ou l’autre politicien capitaliste pour effectuer une politique différente, en acceptant le cadre de l’UE et du capitalisme. Il faut se tourner vers la classe ouvrière en Espagne, en Europe et internationalement. La seule réponse viable à l’évolution de l’UE vers un régime d’État policier est un tournant vers une lutte internationaliste et révolutionnaire pour le socialisme. L’opposition aux actions répressives de l’État espagnol n’implique aucun soutien aux politiques fondamentalement réactionnaires des partis séparatistes catalans : la gauche républicaine de Catalogne (ERC), Ensemble pour la Catalogne et leurs alliés petit-bourgeois tels que les Candidatures de l’unité populaire (CUP). Ils ont imposé des milliards d’euros de réductions budgétaires demandées par l’UE aux travailleurs de Catalogne. Une preuve irréfutable de leur rôle réactionnaire est leur soutien à l’UE, qui est un instrument pour imposer l’austérité et le renforcement du militarisme européen. Ils ont continué à accorder ce soutien même après que la Commission européenne a appuyé la répression de Rajoy en Catalogne.

Dans la lutte de faction au sein de la classe dirigeante de la péninsule ibérique, il n’y a pas de factions progressistes. Les nationalistes catalans – comme les nationalistes écossais en Grande-Bretagne et la Ligue du Nord en Italie – avancent une stratégie égoïste basée sur le fait que la Catalogne est une région plus riche. Ils visent l’autonomie ou l’indépendance afin d’annuler leurs obligations financières à d’autres régions plus pauvres de l’Espagne, d’obtenir une plus grande part des profits tirés des travailleurs en Catalogne, et d’approfondir leurs liens avec les banques internationales.

Le caractère prédateur de la position des nationalistes catalans vis-à-vis du reste de l’Espagne, qui dégoûte et met en colère de larges couches de la classe ouvrière espagnole, facilite la tâche de Rajoy et ses alliés d’attiser le nationalisme espagnol.

Comme toute grande crise, la crise catalane révèle le rôle des partis petit-bourgeois tels que Podemos, dont la démagogie « de gauche » a été exposée. Loin de poursuivre une politique indépendante pour la classe ouvrière, Podemos cherche à manœuvrer entre les deux camps bourgeois. Sa section catalane, Catalogne en Commun (CeC), prétend être neutre dans le conflit entre le nationalisme catalan et espagnol et dit promouvoir plutôt la question sociale. Elle a proposé de soutenir un gouvernement de coalition entre la section catalane pro-article 155 du PSOE et l’ERC séparatiste.

Podemos prétend que tout peut être réconcilié : le régionalisme et le nationalisme, l’article 155 et les droits démocratiques et, surtout, la classe capitaliste et les travailleurs. Il partage beaucoup de points communs avec son parti frère grec, Syriza (« Coalition de la gauche radicale »). Lui aussi s’était présenté comme une alternative démocratique opposée à l’austérité. Une fois élu en 2015, cependant, il a mis en œuvre l’austérité et maintenant réprime activement la classe ouvrière.

La voie à suivre est une lutte pour unifier les travailleurs espagnols et catalans, tant contre les forces nationalistes espagnoles que catalanes, dans le cadre de l’unification de la classe ouvrière européenne dans la lutte contre l’UE et le capitalisme européen.

La seule réponse viable – en Espagne comme dans tous les autres pays – est la réorientation de la classe ouvrière sur la base d’une perspective révolutionnaire, socialiste et internationaliste. Contre toutes les tentatives de dresser les travailleurs hispanophones et catalans les uns contre les autres, il est nécessaire de mettre en avant la lutte pour le pouvoir par la classe ouvrière, l’expropriation de l’aristocratie financière et la construction d’un État ouvrier en Espagne dans le cadre des États socialistes unis d’Europe.

La lutte pour cette perspective nécessite la construction d’une nouvelle direction politique : des sections du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) en Espagne et à travers l’Europe.

Les travailleurs catalans et espagnols gravement menacés par la répression de Madrid

Par Paul Mitchell et Chris Marsden

3 novembre 2017

Les partis nationalistes catalans travaillent ouvertement avec le gouvernement du Parti populaire (PP) à Madrid en espérant obtenir des concessions de l’Union européenne. Ces actions ont pour résultat de permettre au régime espagnol de créer un précédent dangereux pour imposer sa volonté par décret policier-militaire, avec le soutien total de l’opposition, le Parti socialiste (PSOE).

Vendredi dernier, le parlement régional de Catalogne a voté pour l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne et pour le début d’un « processus constituant » afin de rédiger une nouvelle constitution pour une République catalane. Sur les 135 députés du parlement, 70 du Parti démocrate européen catalan (PDeCat), de la Gauche républicaine de Catalogne de la Candidature de l’unité populaire (CUP) de pseudo-gauche ont voté pour.

Les politiciens nationalistes ont promis de résister à l’invocation de l’article 155 de la Constitution espagnole par le PP et de s’opposer aux tentatives du premier ministre espagnol Mariano Rajoy d’évincer le président catalan Carles Puigdemont et ses ministres régionaux, de dissoudre le parlement catalan et d’organiser des élections régionales anticipées.

Au lieu de cela, les nationalistes ont accepté de participer aux élections anticipées du 21 décembre, un geste qui donnera un sceau de légitimité à la suspension par l’Espagne de l’autonomie et de la gouvernance de la région par décret.

Puigdemont et d’autres ministres du gouvernement évincés ont fui en Belgique, ostensiblement pour échapper aux poursuites judiciaires. Mais alors qu’il était sur place, Puigdemont a réitéré ses appels à l’UE pour intervenir dans la crise de la sécession en négociant un accord entre son gouvernement déchu et Madrid. Comme monnaie d’échange, il a accepté l’appel de Rajoy à des élections anticipées, qu’il a qualifiées de « plébiscite démocratique ».

Selon un journaliste de Radio Catalunya, Ernest Marcià, s’exprimant à la BBC, le soutien de Puigdemont aux élections a indiqué que des pourparlers secrets sont en cours entre Puigdemont et Rajoy, sous la médiation de l’UE. « À mon avis, dit Marcià, « il se passe quelque chose qu’on ignore, et probablement avec l’intervention de l’Europe... Pas publiquement, ils ne veulent rien admettre. Mais l’Espagne fait quelque chose qu’elle ne disait pas il y a quelques semaines et la Catalogne accepte l’autorité de l’Espagne, ce qui est également très étrange du point de vue sécessionniste. »

Les actions de Puigdemont n’ont rien d’étrange. L’objectif des nationalistes catalans dès le début était d’attiser le soutien populaire au séparatisme, en partie en exploitant les griefs légitimes envers Madrid et les troubles sociaux engendrés par l’austérité. Mais cela se concentrait principalement sur un appel aux couches de la classe moyenne, sur la base de demandes que la Catalogne relativement prospère cesse de subventionner les régions les plus pauvres de l’Espagne.

La Catalogne est la région la plus riche d’Espagne, représentant un cinquième du produit intérieur brut du pays. Le but des partis séparatistes est de créer un nouveau mini-État, ou du moins d’acquérir le degré d’indépendance nécessaire pour établir des relations directes avec les banques mondiales, les multinationales et l’UE. L’objectif est de consolider la Catalogne en tant que zone de libre-échange à faible taux d’imposition fondée sur l’exploitation accrue de la classe ouvrière. Leurs mobilisations dans la rue n’ont jamais été rien d’autre qu’une forme de levier pour négocier de plus grands pouvoirs de taxation et d’autres concessions de Madrid. Depuis des années, les partis nationalistes catalans imposent des mesures d’austérité brutales tout en envoyant la police régionale catalane écraser les grèves et les manifestations.

Mais dès que l’Union européenne et ses gouvernements se sont engagés à soutenir la répression de Rajoy, ce n’était plus qu’une question de temps avant que les nationalistes catalans battent en retraite. Lundi, le PDeCAT et l’ERC ont affirmé qu’ils abandonnaient leur opposition aux élections du 21 décembre et ont annoncé qu’ils y présenteraient des candidats.

Le porte-parole de l’ERC, Sergi Sabrià, tout en déclarant l’élection « illégitime » et « un piège », a ajouté que « néanmoins, nous n’avons pas peur des urnes ».

L’Assemblée nationale catalane, dont le chef accusé de sédition reste en prison, a insisté sur le fait qu’elle « ne reconnaît que la République catalane » et a rejeté l’article 155, mais a déclaré d’un même souffle qu’elle convoquerait une réunion « avant le 3 novembre » pour décider d’une « stratégie commune » pour les élections du 21 décembre.

La Candidature d’unité populaire, CUP, petite-bourgeoise, qui maintenait au pouvoir la coalition ERC-PDeCAT tout en agissant comme les promoteurs les plus intransigeants de la cause nationaliste bourgeoise et promouvant la crédibilité de gauche de cette coalition, a été encore plus explicite, cavalière et criminelle. « L’État espagnol nous a neutralisés par l’intimidation et la peur », s’est-elle plainte.

« Ce qui s’est passé », a conclu le porte-parole de la CUP, Benet Salellas, c’est « qu’il y a eu un excès d’improvisation dans certaines actions ces derniers mois ». Il a ensuite réitéré son soutien à Puigdemont en le louant pour s’être concentré sur Bruxelles, ce qui supposément « internationalise la violation massive des droits de l’homme », et a fini par un appel pathétique à ce qu’il « approuve les premiers décrets républicains ».

Le Conseil politique de la CUP organise une réunion le 4 novembre pour décider s’il faut soutenir les élections de Rajoy et s’inscrire avant la date limite du 7 novembre.

Les sections de la classe ouvrière catalanophone qui ont soutenu les nationalistes ont tiré les premières conclusions de cette déroute. Les reportages indiquent que la plupart des travailleurs du secteur public, y compris les enseignants et les pompiers, ainsi que la police régionale, ont continué à travailler après avoir indiqué plus tôt leur soutien à une campagne de désobéissance civile. La bureaucratie syndicale est plus qu’heureuse de reculer, et l’Intersyndicale-CSC a déclaré lundi qu’elle annulait la menace d’une grève générale.

La situation est extrêmement dangereuse.

Les nationalistes ont d’abord défendu un programme qui semait la division et qui a contribué à créer un maximum de confusion - divisant les travailleurs catalans de ceux d’Espagne et divisant les catalanophones et les hispanophones de la région – au moment où il y avait une opposition universelle au programme d’austérité imposé par Madrid et Barcelone.

Maintenant, après que le PP a profité de l’occasion pour mobiliser l’armée et la garde civile et imposer la gouvernance par décret, il propose ses services en tant que gendarme politique dans l’espoir de conclure un nouveau marché avec Madrid et Bruxelles.

La tentative de Madrid et de l’UE d’imposer un régime dictatorial, sanctionné ou non par des élections imposées, doit être combattue par toute la classe ouvrière espagnole et catalane. On n’a fait que renforcer le gouvernement PP en lui permettant de mettre en œuvre des mesures répressives et antidémocratiques qui seront inévitablement employées contre les travailleurs dans toute l’Espagne. Mais une lutte implacable contre Madrid et ses partisans de l’UE ne peut être menée que si elle est totalement indépendante des partis bourgeois catalans et de leur programme réactionnaire de séparatisme national.

Une réponse progressiste à la crise à laquelle est confrontée la classe ouvrière d’Espagne, quelle que soit sa langue, exige la fin de toutes les divisions nationales par l’adoption de la perspective de l’internationalisme socialiste. Contre une Espagne capitaliste et le projet de créer une Catalogne capitaliste, la classe ouvrière doit mener une lutte unifiée pour la formation de gouvernements ouvriers en Espagne et dans toute l’Europe dans le cadre de l’unification progressiste socialiste du continent.

L’Espagne annule l’autonomie catalane, et prépare un régime militaire dirigé depuis Madrid

Par Alex Lantier

24 octobre 2017

Samedi, trois semaines après la répression brutale de la police lors du référendum sur l’indépendance catalane du 1ᵉʳ octobre, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a officiellement annoncé l’invocation de l’article 155 de la Constitution espagnole pour priver le gouvernement régional catalan de ses pouvoirs. À sa place, Madrid va installer un gouvernement non élu à Barcelone soutenu par l’armée espagnole, la police paramilitaire Guardia Civil et d’autres unités de la police.

La mise en œuvre de l’article 155 entraînera inévitablement le régime espagnol dans un affrontement violent avec de larges masses de la population catalane, où il y a une opposition profonde au passage de Madrid à la dictature. Alors que le Conseil des ministres de Rajoy mettait au point les mesures samedi, un demi-million de personnes ont défilé à Barcelone contre l’arrestation arbitraire par Madrid de deux politiciens nationalistes catalans, Jordi Sànchez de l’Assemblée nationale catalane (ANC) et Jordi Cuixart d’Omnium Cultural.

Les mesures mises en place par le Conseil des ministres entraînent la suspension des formes démocratiques de gouvernement en Catalogne et la mise en place de ce qui est en tout points sauf dans son nom un gouvernement d’occupation militaire. Elles comprennent :

* La destitution du Premier ministre catalan Carles Puigdemont et de tous les ministres régionaux catalans et leur remplacement par « des organes ou des autorités créés à cet effet ou désignés par le gouvernement [espagnol] ».

* Le transfert de leur autorité pour appeler les élections régionales au gouvernement espagnol.

* L’octroi des pleins pouvoirs à Madrid pour contrôler la police régionale catalane, les Mossos d’Esquadra, pour déployer la police ou des unités de Guardia civiles dans la région, et de prendre d’autres mesures de sécurité.

* Attribuer le contrôle des pouvoirs « économiques, financiers, fiscaux et budgétaires » en Catalogne au Trésor espagnol.

* La destitution du pouvoir parlementaire catalan pour nommer un gouvernement ou exercer un contrôle sur les autorités mises en place par Madrid en Catalogne.

* Le transfert du contrôle des médias publics catalans à Madrid, qui les contrôlera afin de garantir « le respect des valeurs et des principes contenus dans la constitution espagnole ».

Ces mesures doivent être approuvées à la fin de la semaine par le Sénat espagnol, où le Parti populaire (PP) de droite de Rajoy a la majorité absolue.

La décision de Madrid de suspendre l’autonomie catalane marque un effondrement historique des formes démocratiques de gouvernement en Europe occidentale. Il y a 40 ans aujourd’hui, le politicien nationaliste catalan Josep Taradellas est rentré à Barcelone depuis son exil en France pour diriger le gouvernement catalan, alors que le régime fasciste installé par Francisco Franco pendant la guerre civile espagnole s’effondrait dans les luttes de masse de la classe ouvrière. L’octroi des droits linguistiques et de l’autonomie à la Catalogne a été considéré comme essentiel pour surmonter l’héritage fasciste de Franco, qui avait interdit l’usage public de la langue catalane.

Maintenant, Madrid s’apprête, avec le soutien de l’Union européenne, à répudier les concessions en termes de droits sociaux et démocratiques de la période post-Franco. Lors du sommet européen de Bruxelles la semaine dernière, tenu après que Rajoy a promis d’invoquer l’article 155, les dirigeants européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre britannique Theresa May et le président français Emmanuel Macron, ont tous explicitement approuvé l’attaque de Rajoy contre la Catalogne.

Non seulement la Guardia Civil, mais aussi des unités de l’armée espagnole, y compris le régiment d’infanterie motorisée Arapiles en Catalogne, sont en cours de préparation à l’action.

Un conflit explosif aux implications révolutionnaires se met en branle. L’imposition par Madrid d’une dictature non élue, après que le référendum du 1ᵉʳ octobre a abouti à un vote de 90 pour cent représentant plus de 2 millions de votants en faveur de l’indépendance catalane, provoquera une résistance de masse. Le PP, qui n’a reçu que 8 % des voix lors des dernières élections régionales en Catalogne, n’y a pratiquement aucun soutien ni aucune présence électorale. A Barcelone, La Vanguardia a mis en garde contre l’opposition profonde que la prise de pouvoir de Madrid va déclencher. Parmi les Catalans, il écrit : « nombreux sont ceux qui, sans être sécessionnistes, vont pleurer des larmes amères à l’effondrement imminent de l’autonomie obtenu en 1977. » Il a poursuivi : « La politique de la péninsule ibérique n’admet pas les nuances. Le message écrit dans le sable est le suivant : la Catalogne doit être punie. »

Samedi, les bus et les trains étaient bondés alors que les gens venaient de toute la Catalogne à Barcelone pour la manifestation de 450 000 personnes contre l’emprisonnement de Sànchez et Cuixart. Puigdemont s’est joint à la manifestation, tout comme les représentants des principaux partis politiques, syndicats et associations de Catalogne. Les manifestants ont sifflé et hué les hélicoptères du Guardia Civil qui survolaient et ont scandé le slogan anti-Franco de la Guerre civile espagnole de 1936-39, « No Pasaran » (« Ils ne passeront pas »).

Les travailleurs de la télévision et de la radio publique catalane indiquent clairement qu’ils n’ont pas l’intention d’obéir au diktat madrilène. Les travailleurs de TV3 ont publié une déclaration dénonçant l’article 155 comme une « attaque directe, indigne et impudente contre la liberté d’expression, d’information et de la presse et contre le professionnalisme des travailleurs ». Ils ont déclaré qu’ils resteraient fidèles au Parlement catalan « démocratiquement élu le 27 septembre 2015. »

Le comité d’entreprise de Catalunya Ràdio a publié un communiqué intitulé « Sans médias publics, il n’y a pas de démocratie ». La déclaration s’est engagée à défier le PP. Il a averti que si le gouvernement central choisissait un nouveau directeur pour la station de radio, « nous n’aurons pas d’autre choix que de refuser de reconnaître son autorité ».

Il est vital pour les travailleurs à travers l’Espagne et l’Europe de s’opposer aux plans de Madrid pour une répression plus sanglante en Catalogne. L’objectif politique de l’offensive préparée par Rajoy et l’UE contre les travailleurs et les masses de Catalogne est toujours plus clair : stabiliser une Europe en crise en terrorisant les travailleurs avec l’exemple d’une dictature policière-militaire sur toute une province. L’agression contre la Catalogne révèle le caractère de classe des vastes attaques contre les droits démocratiques lancées dans le monde depuis les attentats du 11 septembre 2001.

Les tentatives des autorités américaines et européennes pour justifier le renforcement massif des unités de police, de l’espionnage électronique et des déploiements militaires domestiques comme l’état d’urgence français en faisant référence à une soi-disant « guerre contre le terrorisme » constituent une fraude politique. La cible principale, ce ne sont pas les islamistes liés à Al-Qaïda, dont beaucoup sont financés par des alliés de l’UE et des États-Unis dans des guerres de changement de régime en Syrie et ailleurs. En Catalogne, toutes les puissances de l’UE soutiennent l’utilisation de ces mesures par Madrid pour cibler une opposition politique pacifique parce qu’elles se préparent à faire de même.

L’affirmation de Madrid, soutenue explicitement par l’UE, selon laquelle le pouvoir militaire serait la seule réponse possible au référendum sur l’indépendance de la Catalogne est un mensonge absurde, imprégné de l’hypocrisie impérialiste. L’Écosse a organisé un référendum sur l’indépendance de la Grande-Bretagne en 2014 et le Québec a tenu des référendums sur l’indépendance du Canada en 1980 et 1995. Ni Londres ni Ottawa n’ont défilé des dizaines de milliers d’unités paramilitaires et militaires pour assaillir des électeurs pacifiques ni d’employer la force pour prévenir des efforts sécessionnistes dans ces régions.

D’autre part, les puissances impérialistes de l’OTAN invoquaient à plusieurs reprises leur devoir supposé sacré de défendre les mouvements sécessionnistes – au Kosovo en 1999 et à Benghazi, en Libye en 2011 – pour justifier des attaques contre des pays comme la Yougoslavie et la Libye.

Il n’est pas difficile d’imaginer comment les partisans de l’impérialisme « humanitaire » comme le politicien vert Daniel Cohn-Bendit et Olivier Besancenot du Nouveau parti anticapitaliste auraient réagi si des vidéos avaient émergé en 2011 des forces de sécurité libyennes agressant des électeurs pacifiques et battant des femmes âgées, comme la Guardia civil a fait le 1ᵉʳ octobre. Dénonçant le dirigeant libyen le colonel Mouammar Kadhafi pour avoir attaqué « son propre peuple », ils auraient exigé que l’OTAN accélérer son calendrier pour bombarder la Libye et assassiner Kadhafi.

Cohn-Bendit n’appelle pas, cependant, à bombarder Madrid ou à assassiner Rajoy. Il tient des réunions amicales avec Macron alors que Paris donne le feu vert à Rajoy pour lancer un assaut néo-franquiste sur la Catalogne tout en préparant un nouveau renforcement de l’État policier sous le couvert de la loi antiterroriste française.

La pauvreté et l’inégalité à la hausse en Espagne à l’approche du vote sur l’indépendance

Par James Lerner

30 septembre 2017

L’aggravation de la crise sociale en Espagne est pratiquement ignorée à la veille du vote du 1er octobre sur l’indépendance catalane. Les chiffres officiels du gouvernement espagnol pour août montrent une augmentation majeure du chômage, signalant un ralentissement de la croissance économique et annonçant une croissance des inégalités sociales.

Quelque 46.000 personnes ont rejoint les rangs des chômeurs en août, mettant fin à une période de six mois durant laquelle le chômage avait légèrement baissé. Le nombre de salariés qui ont contribué, par les impôts sur leur salaire, à la sécurité sociale a chuté de 179.000. Le taux de chômage en Espagne est de 17,8%, soit le deuxième plus élevé de l’Union européenne (UE) après la Grèce (22,5%). Le nombre de jeunes de moins de 25 ans sans travail est de 38,6% (contre 44,4% en Grèce).

Le gouvernement du Parti populaire (PP) attribue l’augmentation du chômage aux facteurs saisonniers, à savoir la fin de la saison touristique.

« Le mois d’août est un mois de transition où se terminent certaines activités d’été, alors que les secteurs qui ralentissent traditionnellement en été, comme la construction ou l’industrie, n’ont pas encore repris leurs activités », a déclaré Tomás Burgos, secrétaire d’État à la sécurité sociale.

Cependant, l’augmentation du chômage a été la plus importante au mois d’août depuis 2008, la pire période du krach économique mondial. En outre, les chiffres officiels du chômage sont un reflet inexact de la situation réelle des travailleurs, car un nombre toujours plus important d’entre eux, en particulier les chômeurs de longue durée, quittent tout simplement le marché du travail et n’en cherchent plus.

Un quart des chômeurs sont sans emploi depuis au moins quatre ans. Il faut aussi ajouter les gens qui ont migré à l’étranger à la recherche de travail, qui sont également retirés des statistiques officielles. Selon les chiffres d’inscription des consulats, près de 2,5 millions de travailleurs et de jeunes sont inscrits comme résidant hors de l’Espagne. Il y a des centaines de milliers d’autres qui ne s’inscrivent pas.

En même temps, la redistribution massive de la richesse et des revenus vers le haut, vers certaines des plus grandes banques et fortunes privées d’Europe, s’intensifie depuis le krach financier de 2008 comme résultat direct de la contre-révolution sociale menée par les deux principaux partis de la bourgeoisie espagnole : le PP et le Parti socialiste (PSOE).

Une étude basée sur une compilation de déclarations d’impôt montre que, en seulement quatre ans, entre 2011 et 2015, le nombre de riches – ceux qui possèdent au moins 700.000 € d’actifs – a augmenté de pas moins de 44%, soit de quelque 58.000 personnes. Environ 0,4% de la population possède désormais la moitié de la richesse en Espagne. Ils ont bénéficié du sauvetage bancaire, qui s’élève à 57 milliards d’euros, dont seulement quatre milliards ont été récupérés.

Le résultat de cette attaque prolongée sur les salaires, les conditions de travail et les avantages sociaux est que la moitié des ménages en Espagne ont des revenus inférieurs au seuil de pauvreté officiel (8010 € pour les personnes vivant seules et 16.823 € pour ceux qui ont deux adultes et deux enfants) ou sont à risque de sombrer dans la pauvreté ou l’exclusion sociale. Le nombre de travailleurs et de jeunes dont le revenu est inférieur à 6000 € par an a augmenté de 1,4 million au cours des cinq dernières années pour atteindre 5,4 millions au total.

Les compressions répétées et le resserrement des conditions d’éligibilité entre 2012 et 2015 pour l’allocation chômage et la protection sociale ont entraîné une baisse d’au moins 41% des dépenses totales et une réduction de 31% du nombre de chômeurs qui les reçoivent.

Toujours plus de ménages n’ont presque aucune source de revenus en dehors des retraites des grands-parents. Ces familles dépendent de leurs parents âgés pour les repas, les garderies et autres formes d’aide.

Le taux de chômage croissant de l’Espagne va de pair avec d’autres politiques de classe dirigeante en cours qui accentuent la misère et les inégalités en Espagne.

L’une de ces politiques est l’utilisation de contrats temporaires pour maintenir un large bassin de travailleurs dans un état d’existence précaire, comme instruments jetables des employeurs. Par exemple, plus de 92% des contrats signés en août étaient temporaires. Pour un large éventail de la classe ouvrière, en particulier les jeunes, un contrat de travail permanent est devenu une rareté, presque semblable à gagner à la loterie.

L’Espagne a le troisième taux d’emploi temporaire le plus élevé de tous les pays de l’OCDE, soit 26,1% de la main-d’œuvre, derrière seulement la Pologne et la Colombie. Pour ceux qui sont piégés dans le monde du travail temporaire, un contrat ne fournit pas de sécurité, car les termes du contrat ont été réduits à quelques mois, quelques semaines ou parfois quelques jours. Une conséquence de la « précarité » accrue du travail est l’augmentation de 8,4% par rapport à 2016 du nombre de travailleurs décédés dans les accidents du travail au premier semestre de cette année, soit 300 personnes.

L’effet sur les enfants est dévastateur. L’UNICEF a récemment signalé que l’Espagne avait le troisième niveau de pauvreté infantile de l’ensemble de l’Europe, derrière la Roumanie et la Grèce. Environ 40% des enfants se trouvaient sous le seuil de pauvreté officiel en 2014, soit neuf points de plus qu’en 2008.

La source de ce déclin calamiteux dans la position sociale de la classe ouvrière est l’effondrement de l’ordre économique et politique d’après-guerre, qui a entraîné la croissance du nationalisme et du séparatisme. En Espagne, le système bipartite s’est effondré et les demandes d’indépendance régionale ont augmenté, surtout en Catalogne. L’enjeu fondamental de ces développements est la mobilisation indépendante de la classe ouvrière en opposition aux élites dirigeantes en Espagne, en Catalogne et en Europe.

La croissance du séparatisme, exprimée dans référendum de l’indépendance catalane du 1er octobre, est un développement rétrograde qui entrave la lutte cruciale pour unir la classe ouvrière en opposition à la contre-révolution sociale menée à la fois par l’Espagne et la Catalogne sous l’égide de l’UE.

La lutte pour l’indépendance catalane est liée à une tentative des couches bourgeoises et de la classe moyenne supérieure pour exploiter leur position économique déjà privilégiée dans les régions les plus prospères d’Espagne. L’une de leurs principales plaintes est qu’ils ne veulent pas que les taxes y soient collectées pour subventionner les régions les plus pauvres d’Espagne.

Le rôle des organisations de la pseudo-gauche telles que CUP est de détourner le mécontentement social, en particulier chez les jeunes, vers les canaux nationalistes, divisant ainsi la classe ouvrière espagnole contre elle-même, pour appuyer des factions rivales de la bourgeoisie.

Le gouvernement espagnol attaque les droits démocratiques

Par Alejandro Lopez

16 avril 2014

Le gouvernement du Parti populaire (PP) espagnol intensifie ses attaques contre les droits démocratiques en réaction à la vive opposition à la catastrophe sociale engendrée par ses mesures d’austérité et à celles de son prédécesseur, le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).

D’après le Fonds monétaire international qui est complice dans l’imposition des mesures d’austérité, le gouffre entre riches et pauvres a augmenté plus vite en Espagne depuis la crise économique qui a éclaté en 2008 que dans n’importe quel autre pays d’Europe. Un rapport de l’organisation humanitaire Caritas montre que les 20 pour cent les plus riches de la société espagnole sont maintenant sept fois et demi plus riches que le cinquième le plus pauvre – l’écart le plus important d’Europe. Une étude du Crédit suisse a révélé que le nombre de millionnaires en Espagne a atteint 402.000 en 2012, une augmentation de 13 pour cent en seulement un an. En même temps, le chômage est à 25,6 pour cent et 56 pour cent parmi les jeunes. La résistance de la classe ouvrière contre l’appauvrissement a augmenté. D’après l’organisation des employeurs, la CEOE, durant les deux premiers mois de 2014 il y a eu 184 grèves soutenues par 56.693 travailleurs, entraînant la perte de 2.668.556 heures de travail, une augmentation de 5 pour cent par rapport à l’année passée. En tout en 2013, plus de 15 millions d’heures de travail ont été perdues suite à 1259 grèves où plus d’un demi-million de travailleurs furent impliqués. Le nombre de manifestations a augmenté fortement. D’après le ministère de l’Intérieur, il y a eu 36.000 manifestations en 2012 – le double du nombre de 2011 (18.442).

Dans ces conditions, la classe dirigeante s’en remet ouvertement à des mesures autoritaires. Les travailleurs en grève et les manifestants sont traînés devant les tribunaux et les procureurs demandent des sanctions féroces.

Huit travailleurs d’Airbus sont actuellement poursuivis pour des affrontements avec la police devant l’usine au cours de la grève générale de septembre 2010 contre les réformes du droit du travail du PSOE. Les procureurs demandent huit ans d’emprisonnement pour chacune des personnes impliquées, la peine la plus élevée jamais demandée pour des affaires similaires depuis la fin du régime fasciste en Espagne en 1978.

À Madrid, 113 contrôleurs aériens (CTA) et huit responsables du syndicat USCA sont accusés de sédition et encourent jusqu’à six années de prison pour avoir participé à une grève sauvage en décembre 2010. Les CTA étaient en grève contre le décret du gouvernement du PSOE qui réduisait leurs salaires de 40 pour cent, augmentait les heures de travail et réduisait les périodes de repos. Le gouvernement du PSOE a réagi en déclarant un état d’alerte de 15 jours et en envoyant l’armée.

La grève des CTA a montré que lorsque les syndicats ne parviennent pas à contenir, isoler et démoraliser la classe ouvrière par leurs manifestations symboliques d’un jour, l’État emploie la répression sans retenue. Encouragé par la trahison syndicale de cette grève et d’autres depuis, et par leur collaboration dans l’application des coupes et des réformes du travail, le gouvernement tente maintenant d’établir le contexte dans lequel les grèves seront entièrement illégales. La ministre du Travail et de l’Emploi, Fátima Bañez, lance des appels sur le « besoin d’une nouvelle loi sur les services minimums » pour toutes les grèves, qui viendrait neutraliser les mouvements de revendication comme c’est déjà le cas dans les « services essentiels » comme les transports publics, où 50 pour cent du service normal doivent être maintenus. Bañez a affirmé qu’une loi de ce genre devrait « être discutée naturellement et sérieusement par les représentants des travailleurs, des employeurs et du gouvernement ». Les syndicats vont sans doute se plier à ses demandes comme par le passé.

Le gouvernement espagnol a également renforcé les forces de la répression, dont la police antiémeute impliquée dans le contrôle et la surveillance des manifestations. En 2013, le budget du matériel et des équipements antiémeute est passé de 173.670 euros en 2012 à 3,26 millions d’euros, et du financement supplémentaire est déjà promis. Un cadre juridique est mis en place pour rendre les manifestations illégales. Le 31 mars, une affaire judiciaire sans précédent a commencé contre 20 jeunes accusés de « crimes contre les institutions de l’État » pour avoir cerné le parlement catalan en juin 2011 au cours d’une tentative d’empêcher les députés d’entrer et de voter d’importantes coupes budgétaires.

Les parties civiles dans cette affaire sont la Generalitat (l’exécutif régional catalan), le parlement régional catalan, et le syndicat fasciste Manos Limpias (Mains propres), qui demandent jusqu’à huit ans et demi de prison contre les accusés.

Le fait que le parti catalan au pouvoir Convérgencia i Unió, qui mène actuellement une agitation séparatiste en faveur d’une Catalogne indépendante, demande des poursuites et s’allie avec les fascistes, montre le genre de mini-État qu’il cherche à créer en Catalogne : un cadre antiouvrier favorable aux affaires, où les manifestations seront écrasées et où ceux qui sont arrêtés seront condamnés à des années de prison.

Les manifestations récentes des trois dernières semaines ont également subi la répression.

Après l’énorme manifestation du 22 mars contre l’austérité dans la capitale espagnole, le délégué du gouvernement à Madrid a annoncé que les principaux organisateurs allaient être accusés des dégâts causés durant les troubles qui ont eu lieu à la fin. Le maire de Madrid Ana Botella a exigé l’interdiction des manifestations dans les « zones d’intérêt historique et artistique, les zones avec une présence touristique importante et les voies de transport stratégiques » de la ville, les restreignant de fait à la périphérie de la ville. Cette demande est appuyée par le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, qui a déclaré qu’« aucun droit n’est absolu ».

Durant la grève du 26 au 28 mars contre les coupes dans l’éducation, l’élimination des bourses étudiantes et l’augmentation des frais d’inscription, qui avait l’appui de plus de 2 millions d’étudiants, la police a pénétré dans l’enceinte des universités, ce qui rappelle son action sous l’ère Franco : d’après la loi espagnole la police ne peut pénétrer dans une université qu’avec la permission du recteur. Rien qu’à Madrid, 80 étudiants ont été arrêtés parce qu’ils occupaient leur faculté. Le 29 mars, une petite manifestation à Madrid pour l’abolition de la monarchie a été dispersée par des policiers antiémeute qui l’ont déclaré « illégale » parce qu’elle n’avait pas été annoncée aux autorités. Des journalistes connus pour leur critique de la conduite du gouvernement et de la police face aux manifestations ont été attaqués par la police et l’un d’entre eux a été arrêté.

Le même jour, à Barcelone, 1400 policiers antiémeute ont été mobilisés contre une manifestation de 8000 personnes contre le projet de Loi citoyenne, qui limite le droit de manifester et impose de lourdes amendes et des peines de prison pour « désobéissance ».

Les autorités espagnoles font preuve d’un mépris de toute critique de leurs méthodes, dont l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui a déclaré que « toute tentative d’intimider ou d’attaquer des journalistes est une violation claire du droit à des médias libres et ne peut être tolérée », après l’arrestation de quatre journalistes à Madrid.

La présidente de région du PP, Esperanza Aguirre, a attaquée l’OSCE en affirmant : « qui sont ces gens qui viennent en Espagne regarder notre police comme si c’était une république bananière ou une satrapie communiste […] la présence de ces gens est intolérable ». Une pratique de provocations policières délibérées émerge : la police charge les manifestations à 20h30, soit une demi-heure avant les grands journaux télévisés.

La montée de l’agitation séparatiste en Europe

Par Chris Marsden

1 novembre 2012

Ces dernier mois, les exemples se sont multipliés où des partis prônant la création de petits Etats en Espagne, en Belgique, en Italie, en Ecosse et ailleurs en Europe ont gagné en soutien. L’augmentation du soutien pour de telles tendances a été attisée par les coupes sociales et les mesures d’austérité brutales qui sont imposées au nom des banques et des spéculateurs mondiaux par les gouvernements centraux sur ordre de la troïka, l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire International. Mais l’exploitation des griefs sociaux légitimes ne signifie pas que les bénéficiaires politiques représentent les intérêts de la grande masse qui est exploitée.

Tous les partis qui défendent le séparatisme parlent pour les couches de la bourgeoisie et de la classe moyenne qui ont décidé que la prospérité relative de leurs régions leur permettra d’avoir une vie plus privilégiée – pour autant qu’elles demandent l’adhésion à l’Union européenne et qu’elles obéissent fidèlement aux ordres des banques et des grands groupes et mènent des attaques contre la classe ouvrière.

Les mouvements séparatistes les plus influents sont tous apparus dans les régions les plus prospères de leur pays respectif. Tous appellent à mettre fin aux subventions accordées aux régions plus pauvres par le biais d’une taxation centrale et prônent un contrôle régional des ressources qui représentent de la valeur. Rien de cela n’est changé par les efforts assez transparents de se donner une image de gauche comme c’est le cas de certaines organisations nationalistes plus importantes et une multitude de tendances pseudo-gauches qui traînent dans leur sillage.

En Espagne, les deux plus puissants mouvements se trouvent dans les régions basque et catalane. La première est une des régions les plus riches d’Espagne en termes de produit intérieur brut (PIB) par tête d’habitant et la deuxième la région la plus riche de toue l’Espagne. Le mois dernier, 1,5 million de Catalans ont défilé dans les rues de Barcelone pour réclamer un Etat séparé sous la bannière d’une « nouvelle nation en Europe. ». Le gouvernement régional a consciencieusement mis en oeuvre chaque demande d’austérité formulée au cours de ces deux dernières années mais se trouve néanmoins encore aux prises avec une dette de 44 milliards d’euros et une note de crédit reléguée à la catégorie spéculative.

Artur Mas, le dirigeant du parti au pouvoir Convergència i Unió (Convergence et Union, CiU), réclame un référendum sur l’indépendance et qualifie la répartition des fardeaux au sein de l’Espagne d’« injuste et de déloyale ». Il parle ouvertement au nom des plus fortunés et compare la « fatigue » de la Catalogne aux plaintes de l’Allemagne, de la France et d’autres Etats importants comme quoi ils sont en train de subventionner les Etats plus pauvres d’Europe méridionale, tels que la Grèce, le Portugal et l’Espagne.

Le rôle joué par Berlin et Paris pour imposer une austérité écrasante dans ces pays est ignoré parce que Mas veut adhérer à l’UE. Preuve qu’une Catalogne « indépendante » appliquera exactement les mêmes attaques contre les travailleurs que celles déjà imposées en tant que « région autonome. »

En Belgique, le même message émane de l’Alliance néo-flamande (Nieuw-Vlaamse Alliantie, N-VA) qui est dirigée par Bart De Wever et qui a remporté les élections régionales au début d’octobre. Celle-ci se plaint que le Nord riche de langue néerlandaise subventionne le Sud pauvre du pays. De Wever, qui est devenu maire d’Anvers, a déclaré, « Les Flamands en ont assez d’être pris pour des vaches à lait. » Il a décrit la Belgique comme « une union de transferts » tributaire d’un « fédéralisme du chéquier. » Tout comme son homologue catalan, il poursuit un programme pro-UE.

En Italie, la Lega Nord (Ligue du Nord) est une organisation ouvertement de droite qui s’oppose aux subventions octroyées au Sud moins prospère sous le slogan « Roma ladrona » (Rome la voleuse). Et les exigences du premier ministre italien, Mario Monti, en faveur de coupes dans les dépenses régionales ont aussi déclenché des protestations pour réclamer une république de Venise. Dans le Haut Adige (Tyrol du Sud), les séparatistes exigent que 90 pour cent des recettes fiscales perçues dans la province riche soient restituées à la région.

Le Parti national écossais (Scottish National Party, SNP) dont le chef de file est Alex Salmond, un ancien conseil pour le secteur pétrolier auprès de la Royal Bank of Scotland, a obtenu un accord en vue de la tenue en 2014 d’un référendum sur l’indépendance. Le SNP prend depuis longtemps une pose de défenseur de mesures sociales restreintes contre les coupes du gouvernement central (celles de la coalition actuelle de conservateurs et de libéraux démocrates et, précédemment, celles du gouvernement travailliste). Mais son programme réel est de créer un endroit favorable pour le marché européen où les sociétés sont faiblement imposées et qui servira les intérêts de l’élite financière et ceux qui gravitent autour d’elle. Edimbourg est le deuxième centre financier du Royaume-Uni après la City de Londres et le quatrième en importance en Europe en termes d’actifs en capitaux. De 2000 à 2005, il a connu un taux de croissance supérieur à 30 pour cent. Il devance dans le classement, selon le Global Financial Index, le Qatar, Oslo, Glasgow, Dublin, Abou Dhabi, Bruxelles, Milan, Madrid et Moscou.

Le SNP affirme que l’Ecosse arrive en cinquième position au sein de l’UE au niveau du PIB par habitant si l’on tient compte de la part économique de l’Ecosse dans l’espace aérien national, les eaux territoriales et les réserves de pétrole et de gaz du plateau continental de la mer du Nord, dont il dit qu’elles devraient être contrôlées par Edimbourg. Il insiste pour dire que l’Ecosse a été, chaque année depuis 1980, plus riche que le reste du Royaume-Uni.

Les divers groupes pseudo-gauches cherchent à présenter ces mouvements comme progressistes parce que leur « rôle objectif » est de briser les Etats impérialistes et que ceci, d’une façon ou d’une autre à un moment futur mal défini, ouvrira la voie à un mouvement socialiste. Ils commettent là une fraude politique servant à dissimuler leur orientation vers la bourgeoisie et leur désir de participer à ce nouveau cycle de « création d’un Etat ».

Tous ces mouvements mettent en avant une perspective allant contre les intérêts fondamentaux de la classe ouvrière. La croissance des mouvements séparatistes partout en Europe est un développement rétrograde qui contrecarre la lutte pour l’unité de la classe ouvrière contre la contre-révolution sociale menée sous les auspices de l’Union européenne.

La perspective de ces mouvements mène immanquablement à une balkanisation de l’Europe et à sa transformation en asile d’aliénés constitué de mini-Etats se faisant concurrence. Ces enclaves capitalistes appliqueraient tous une politique qui leur serait dictée par la troïka, les banques et les grands groupes, entraînant une paupérisation de plus en plus horrible de la grande masse des travailleurs.

Si ces mouvements ne sont pas défiés, ils monteront les travailleurs les uns contre les autres dans une course au nivellement des emplois, des salaires et des conditions de vie par le bas. Ou encore pire, comme l’a montré l’expérience de la Yougoslavie, le nationalisme et le séparatisme bourgeois attiseront un conflit fratricide aboutissant à la guerre.

Trotsky a une fois décrit le système étatique de l’Europe comme semblable à des cages au sein d’une pauvre ménagerie de province. Il n’appartient pas à la classe ouvrière de construire des cages encore plus petites mais de libérer le continent de toutes ces divisions nationales archaïques et de construire une économie harmonieuse et planifiée fondée sur une production en fonction des besoins sociaux et non du profit privé.

Ceci signifie mener une lutte irréconciliable contre l’UE et tous les gouvernements qui la composent – indépendamment de toutes les factions de la bourgeoisie et de leurs complices petits-bourgeois – pour la création de gouvernements ouvriers et d’Etats socialistes unis d’Europe.

1 Message

  • WSWS et la question de la Catalogne 16 novembre 07:55, par WSWS

    Dans les élections espagnoles dimanche, une tendance maintes fois répétée en Europe s’est affirmée. Comme le Front national en France, le Parti de la liberté en Autriche, le Parti de la loi et de la justice en Pologne, et l’Alternative pour l’Allemagne, l’extrême-droite en Espagne est le principal bénéficiaire de la désintégration des partis social-démocrates.

    Le parti fascisant Vox, qui avait moins d’un pour cent des voix et aucun parlementaire en 2018, a reçu 15 pour cent et doublé sa fraction parlementaire (52 sièges) depuis les élections d’avril. Ses responsables saluent ouvertement le coup militaire de 1936, la guerre civile et les tueries de masse menées par le dictateur fasciste Francisco Franco, dont le régime s’est maintenu au pouvoir de 1939 jusqu’en 1978. Malgré une large opposition des travailleurs au franquisme, Vox continue son ascension électorale. Comment expliquer ce phénomène ?

    Le facteur principal dans la montée de l’extrême-droite en Europe comme aux USA est le niveau toxique des inégalités sociales. En Espagne, après le krach de Wall Street en 2008, le chômage a touché un quart des actifs et la moitié des jeunes, alors que 26 milliardaires accaparaient de vastes richesses. La colère contre ces inégalités impulse des manifestations de masse dans des dizaines de pays, y compris celles contre la répression du référendum d’indépendance catalane. Des masses de travailleurs et de jeunes se mettent sur la voie de la recherche d’une alternative socialiste au capitalisme.

    Cependant, malgré une montée de l’opposition au capitalisme et du soutien pour le socialisme, les partis se disant « de gauche » ne s’opposent pas au capitalisme. Les promesses démagogiques et creuses de ces organisations de pseudo-gauche désillusionnent et aigrissent les travailleurs. C’est ce qui ressort de la réaction du parti « populiste de gauche » Podemos (« Nous pouvons ») à l’élection.

    Deux jours après, Podemos s’est précipité dans un « pré-accord » avec le Parti socialiste (PSOE) pour former un gouvernement. Ces deux partis cherchent à présent d’autres partenaires parmi les partis nationalistes basques et catalans pour former ce que divers médias traitent de gouvernement « progressiste », voire « d’extrême-gauche ». Mais leur « pré-accord » les engage à une politique d’austérité formulée avec l’Union européenne (UE), à l’augmentation des dépenses militaires voulue par le PSOE, et à la répression policière visant à rétablir la « convivialité » en Catalogne.

    Ce matin, le chef de Podemos, Pablo Iglesias a publié une lettre ouverte, prétendument adressée aux membres de Podemos, qui annonce que son parti mènera une politique de droite : « Les partis de droite et les bras médiatiques du pouvoir économique nous frapperont fort et à chaque pas que nous ferons. Nous serons en minorité en gouvernement avec le PSOE, nous serons face à de nombreuses limites et contradictions, et il nous faudra céder sur beaucoup. »

    Podemos crée ainsi les conditions pour la montée de Vox, qui pourra se présenter en tant que seule opposition aux politiques anti-ouvrières du reste de l’establishment politique.

    Podemos, comme son cousin (cousine ?) Syriza (la « Coalition de la gauche radicale » grecque), se fonde sur des théories populistes frauduleuses qui rejettent la classe ouvrière, la lutte des classes, le socialisme et la révolution. Chantal Mouffe, l’universitaire postmoderniste liée aux dirigeants de Podemos et de Syriza, a exposé ces arguments très explicitement.

    Répondre à ce message

Répondre à cet article

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0