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Pourquoi nous sommes matérialistes

mardi 3 septembre 2019, par Robert Paris

Pourquoi nous sommes matérialistes

Il est remarquable que, à Matière et Révolution, nous ne cessons de discuter des idées, d’y attacher de l’importance, de considérer que nous nous battons pour des idées, que nous ne sommes pas des activistes, ni des prétendus « réalistes », et pourtant nous nous disons « matérialistes ».

Il importe, tout d’abord, de reconnaître la signification de la lutte dialectique entre matérialisme et idéalisme. Ces deux pôles ne doivent surtout pas être confondus avec les termes « matérialisme » et « idéalisme » du langage commun qui sont équivalents à « terre-à-terre » et à « dévoué à un idéal ». Ce n’est ni de ce matérialisme là ni de cet idéalisme là qu’il s’agit. Ce sont de deux grands courants philosophiques qui se sont sans cesse combattu en discutant de la place de la matière et de l’esprit, l’un par rapport à l’autre. La première de ces philosophies place la matière avant et au-dessus de l’esprit humain et la seconde fait exactement le contraire.

Remarquons déjà que ces deux philosophies ne sont qu’apparemment diamétralement opposées puisque toutes deux sont des monismes et considèrent qu’il y a un seul monde, contrairement à tous les dualismes, philosophies estimant qu’il y a deux mondes séparés (corps et esprit pour Descartes, par exemple).

On pourrait se dire que ces idées ont certes été discutées dans le passé mais, aujourd’hui, avec les connaissances, actuelles, quel besoin y aurait-il d’agiter encore ces vieux débats, les faits ne sont-ils pas là pour trancher ? Est-ce que, par exemple, l’histoire de l’Univers ne nous dit pas que la matière est née bien avant l’homme et bien avant sa conscience et son intelligence ? Est-ce que la connaissance du fonctionnement du cerveau ne nous donne pas déjà des clefs pour comprendre le fonctionnement de l’intelligence humaine, notamment par l’étude des neurones et des réseaux neuronaux ?

Tout cela est certainement vrai, mais certains peuvent aisément objecter que nous n’avons pas pu démontrer comment cette conscience et cette intelligence ont pu être des produits déterminés du fonctionnement neuronal, comment le cerveau humain a pu être un produit déterminé de l’évolution du cerveau des singes, ni comment la vie a pu être un produit déterminé du fonctionnement de la matière inerte. Il y a eu des suggestions sur ces thèmes, des hypothèses ont été avancées, mais on est loin encore d’avoir débouché sur de vraies connaissances en la matière.

Les matérialistes répondent que l’on n’a jamais vu d’intelligence humaine sans cerveau humain, ni de cerveau sans le corps humain, ni de corps sans la matière, ni de vie sans la matière inerte et que, si on ne connaît pas encore entièrement les passages des uns aux autres, on connaît cependant quelques étapes, comme celle de la fabrication à partir de matière inerte des acides aminés, qui sont l’une des briques élémentaires des macromolécules de la vie, ou encore comme celles des relations électriques et chimiques entre les cellules nerveuses qui leur permet de s’assembler en réseau et de communiquer, ou encore on connaît quelques mécanismes d’évolution, comme la néoténie ou retard des rythmes du développement, qui ont permis à l’homme d’apparaître au sein des singes.

Cependant, nous répondent les idéalistes, vous n’en êtes toujours pas à être capables d’exprimer en termes matériels réels ce qui se passe quand on pense. Nous ne connaissons nullement le langage interne du cerveau et notre connaissance des cellules nerveuses, des liaisons entre neurones, des réseaux neuronaux, du contrôle par apoptose des neurones, etc., ne nous donnent aucune traduction matérielle d’une toute simple pensée humaine.

Les matérialistes peuvent bien sûr rétorquer que l’on peut transmettre une idée drôle en envoyant un bref courant dans une zone du crâne, ce qui montre bien que les sentiments et les pensées passent par les communications électriques et chimiques inter-neuronales qui ont été mises en évidence par les spécialistes. Ils peuvent mettre en évidence que le darwinisme a découvert une clef matérielle de l’évolution, la sélection par les suppressions massives d’individus, et que Darwin tenait plus que tout à ce matérialisme de sa théorie.

Les idéalistes auront beau jeu de répondre que la sélection, agissant en aveugle, ne peut nous dire d’avance quelle espèce va apparaître et que, dès lors, nous ne pouvons pas vérifier la validité de la théorie, puisqu’elle ne prédit rien et que l’expérience ne peut pas, du coup, nous dire que c’est bien la sélection naturelle qui a opéré le tri.

Et, ainsi de suite, le débat peut se poursuivre à l’infini. C’est ce qui fait que le débat entre matérialistes et idéalistes a encore de beaux jours devant lui. Et cela montre aussi que les sciences de la matière, de la vie, de l’évolution, de l’homme et de son cerveau ont encore du travail à l’avenir et n’ont pas dit leur dernier mot.

Toute cette incertitude n’empêche pas que nous nous disions matérialistes. Nous pourrions, à la manière de certains physiciens, nous dire que les connaissances scientifiques ne permettent pas de trancher en philosophie ou qu’elles ne sont pas faites pour cela, mais nous ne le faisons pas et nous allons voir pourquoi.

Prenons un exemple. Nous ne sommes pas sûrs et nous n’avons pas de preuve que nous vivrons demain, mais nous agissons comme si nous le savions et nous préparons nos provisions et nos logements, notre vie, nos relations, nos proches, comme si nous le savions. Nous reconnaissons parfaitement n’avoir aucune preuve qu’au réveil nous serons toujours vivants et pourtant nous vivons comme si nous le savions. Nous choisissons, pour agir, la philosophie qui affirme que notre existence va se prolonger. C’est exactement ce que les matérialistes proposent de faire : afin d’être en état d’agir sur le monde réel, considérer de manière matérialiste qu’il existe réellement et qu’il ne dépend pas de nous, qu’il n’est pas un produit de notre pensée, qu’il existe indépendamment de nous. C’est aussi ce que font, dans leurs actes, les scientifiques, comme nous allons le voir.

C’est donc bel et bien un choix philosophique « a priori » que d’être matérialiste, car, même s’il n’est pas entièrement infondé, nous n’avons pas tout à fait de confirmation par les connaissances scientifiques pour prouver sa validité face à la thèse adverse et pour la justifier. Rien ne dit d’ailleurs si nous ne l’aurons jamais, car il existe toujours des zones inconnues de la science, et plus généralement de la connaissance, et qu’il suffit d’une faille dans nos connaissance pour que s’infiltre le doute philosophique, que l’idéalisme en prenne argument pour affirmer que la matière n’est pas la clef de tout dans l’Univers.

Cela laisse toujours une certaine marge pour tous ceux qui affirment qu’il est existe, au dessus du monde matériel, un monde des idées, ce que nous ne pensons pas.

Quel fondement trouvent les idéalistes à affirmer cela ? Eh bien, l’essentiel de leurs raisons découlent de ce que l’on pourrait appeler des « expériences psychologiques », du type des voix entendues ou pas par Jeanne d’Arc en gardant ses moutons… Je ne dis pas cela pour les ridiculiser, au contraire même. Je considère que les expériences que réalise le cerveau sont tout aussi réelles que celles que fait le physicien. Les gens qui ont des visions, qui ont des rêves prémonitoires, qui ont des hallucinations, qui reçoivent des messages supraterrestres, etc., ne se contentent pas de mentir ou de se mentir. Ils ont le plus souvent réellement vécu quelque chose. Nous le savons bien puisque la plupart d’entre nous se rappellent de fragments de rêves, ce qui est déjà une « expérience psychologique ». La plupart des auteurs, des artistes, des créateurs et des scientifiques affirment que leurs idées leur sont venues d’elles-mêmes, sans qu’ils sachent très bien comment, la nuit ou par l’inconscient, par l’imaginaire, automatiquement, etc. Cela signifie presque qu’ils ont l’impression qu’un esprit leur a parlé, dictant leur musique, leurs vers, l’idée fondamentale leur découverte, leurs écrits, leurs prières, leur pensée religieuse, etc. De là, la pensée qu’existe un monde des idées qui pilote le monde réel… Le matérialisme vulgaire dira que ce sont des bêtises mais il a tort. Le matérialisme dialectique reconnaît qu’il a beaucoup appris en se confrontant à l’idéalisme et que ce dernier lui a souvent fait découvrir des territoires entiers qu’il négligeait, comme, par exemple, la dynamique des systèmes, l’interaction des idées et des réalités…

Cependant, le matérialisme se fonde sur un fait réel, indiscutable que nous allons exposer maintenant et que les idéalistes les plus fermes ne peuvent pas récuser et ce sont les idéalistes eux-mêmes qui nous donnent cet argument.

En effet, les plus idéalistes du monde se comportent sans cesse, dans la vie de tous les jours, en parfaits matérialistes. Par exemple, leur vie quotidienne est la preuve qu’ils savent qu’il faut manger et dormir avant de pouvoir penser.

Examinons un autre argument qui consiste à exposer jusqu’au bout la thèse de la supériorité de l’esprit sur la matière. Voici ce que le défenseur de cette thèse nous dirait : supposons une idée qui se passe de toute représentation matérielle, qui se passe même de tout effet matériel, qui se passe encore de tout acte matériel des humains ou des objets pour s’exprimer, pour se prouver ou pour se transmettre, qui se passe même du langage humain puisque celui-ci utilise certainement le corps humain, qui se passe de tout geste, qui se passe de tout moyen matériel de communication, de tout texte, qui se passe même des relations entre êtres humains, qui se passe de toute proximité entre des corps, en somme une idée qui soit purement… idéelle ! Puisque nous discutons ici de la pensée humaine, je voudrais vous demander si l’idée en question vous a plu ? Vous me direz que vous n’en savez rien et justement c’est là qu’est tout le problème. Vous voyez bien que le plus idéaliste du monde, celui qui a imaginé cette idée sans fondement matériel, n’a aucune pensée… sur cette idée puisqu’elle ne lui a pas du tout été communiquée !!!

L’idéaliste dira que ses pensées, ses rêves, ses cauchemars, son imagination lui communiquent bien des idées qui n’ont aucun fondement matériel, mais je le mets au défi de se passer de son cerveau matériel pour rêver, penser, faire des cauchemars, imaginer et poétiser !!! Et aussi de se passer des images réelles du monde réel pour faire fonctionner ce cerveau. De même que de se passer, pour qu’il se construise, des interactions corps-cerveau !!! Car le développement cérébral de l’embryon et du bébé se réalise intégralement par interaction corps-cerveau qui détermine quels neurones sont apoptosés (autodétruits ceux qui n’interagissent pas) et lesquels sont conservés (ceux qui interagissent avec le corps). Et le niveau d’intervention des neurones dans les réseaux dépend intégralement du degré d’interaction avec le corps. Comme on ne connaît pas de pensée sans corps…

Supposons cette démarche idéaliste en sciences…

L’idée non portée par la matière ne peut pas être discutée, ne peut pas être vérifiée, ne peut pas être transmise, ne peut pas être testée. Elle n’a rien de scientifique.

Supposons-là en art. Pas de peinture, pas de sculpture, pas de musique, etc. Pas de communication, pas de transmission.

Supposons-là dans la société humaine : pas de contacts, pas d’échanges, pas d’influence, pas de psychologie, pas de relations humaines.

Même en religion, elle serait destructrice : pas d’influence, pas de message, pas de parole, pas de textes, pas de religion.

Avons-nous montré là que, pour nous humains, la matérialité des idées ? Nous avons seulement montré que, sans communication et sans fonctionnement cérébral, nous n’accédons sans doute pas aux idées.

Supérieure à la matière, cependant, ne veut pas forcément dire existant sans matière, direz-vous. Cela peut signifier d’abord que l’idée a préexisté, même si les deux restent inséparables ensuite. Ce serait donc l’idée qui serait la base indispensable de la formation de la réalité matérielle. Cela ne supprimerait pas la prééminence de l’idée, malgré la nécessité de liens matériels dans la transmission des idées.

En somme, une idée préexisterait à la roche, à la molécule, à l’atome, à la particule, à la lumière, à la charge électrique, au champ électromagnétique et même… au vide quantique. Profusion d’idées en somme !

A chaque fois, il faudrait que l’idée soit d’abord créée. Le créateur ne s’ennuie pas ! Avant la formation d’une étoile, d’une galaxie, d’un amas de galaxie ? Une idée générale de particule ou une idée pour chaque sorte de particule ? Une idée pour chaque sorte de matière et de lumière ? Une idée pour les particules du vide quantique ? Une idée pour chaque type de molécule, de roche, de gaz, de liquide. Une idée pour chaque état de la matière. Une idée qui saute dans les sauts quantiques ?!!! Une idée qui fluctue dans les fluctuations du vide quantique ?!!! Une idée qui se réchauffe dans l’agitation thermique ?!!! Une idée qui change dans les transitions des états des étoiles ?!!! Une idée qui est absorbée quand une étoile est absorbée par un trou noir ?!!! Une idée de matière inerte qui se change en idée de matière vivante quand la nourriture est assimilée par un être vivant ?!!! Une idée qui émerge quand un être vivant nait, mais aussi quand deux particules se choquent et se transforment en deux photons ?!!! Une idée d’atome qui se change en idée de molécule quand deux atomes fondent une molécule ?!!! Une idée qui change aux interfaces de deux matières ?!!! On n’en finirait pas de faire se plier les idées au péripéties de la matière-lumière…

Il faudrait aussi une idée pour chaque cellule vivante, pour chaque espèce vivante, pour chaque famille d’espèces aussi, mais encore pour chaque individu, et pour chaque étape de la vie de l’individu, même pour chaque instant et sensation !!! Trop plein d’idées en somme…

Celui qui crée tout cela ne s’ennuie pas. Mais, en même temps, il ne crée rien du tout, puisque toutes ces prétendues idées ne sont rien d’autre qu’une ombre portée de la réalité, puisque nous ne faisons que les adapter à la réalité, seulement en prétendant que cette idée préexiste, même si c’est la réalité qui dicte à l’idée !

L’idéaliste peut certes répliquer que le matérialiste est aussi gêné que lui par le fonctionnement réel, puisqu’il a du mal à comprendre les discontinuités, les transitions brutales et qualitatives, les émergences, les sauts quantiques, les changements d’espèces vivantes, les changements d’état, les apparitions et disparitions de matière et de lumière au sein du vide quantique, les lancements de la transformation de planètes en étoiles, les sauts des structures comme celles de la glace, de la neige, des cristaux, etc. Certes, on peut trouver les lois de chaque état mais où sont les lois qui règlent les transitions ? Y a-t-il une loi de l’émergence ? Et ne parlons pas de toutes les difficultés des origines, origine de l’Univers, origine des amas de galaxies, origine de la vie, origine de l’homme et de sa conscience.

Ce n’est pas seulement l’origine de la vie qui pose problème à la science et au matérialisme. C’est aussi l’origine de l’homme. C’est aussi l’origine de la conscience. C’est encore l’origine de la matière. C’est toujours l’origine de la charge électrique. C’est enfin l’origine de la charge électrique. C’est aussi l’origine du quanta. C’est l’origine du spin ? C’est bien sûr l’origine du vide quantique. Mais le matérialiste répond que l’ignorance n’est pas un argument et que les idéalistes ne font qu’attendre les découvertes matérialistes pour les accompagner autant qu’ils le peuvent, comme ils ont accompagnés les notions de Big Bang ou de comportements quantiques découverts seulement par l’étude réelle de la matière et de la lumière réels.

Certes, la science n’a pas suffisamment de réponses pour prendre de haut les conceptions des idéalistes et certains d’entre eux ont parfois fait avancer la science autant que les penseurs matérialistes. L’idéaliste Leibniz a joué un rôle aussi important que le matérialiste Darwin, pour ne prendre que ces deux exemples. Ou encore le réaliste Einstein autant que l’idéaliste Newton. L’idéaliste Hegel autant que le matérialiste Marx. Les uns et les autres ont été mutuellement indispensables. Il ne s’agit pas ici de priver l’humanité de la moitié de ses contributions en les jetant directement à la poubelle, et d’autant moins qu’elles se sont stimulées mutuellement tout au long de l’histoire des idées et des sociétés.

Non, il ne s’agit pas de rayer d’un trait de plume toutes les philosophies qui ne seraient pas matérialistes, il s’agit simplement de remarquer que dans la prétendue « primauté de l’idée sur la matière », il y a bien plus d’effet miroir dans lequel l’idée singe le fonctionnement de la matière, ou s’y essaie, que le contraire.

Bien entendu, rien n’empêche quelqu’un de croire que ce sont des idées qui se sont matérialisées tout autour de nous. Mais est-ce que cela éclaire réellement le fonctionnement du monde ? Est-ce que cela fait avancer notre vision de notre place dans l’Univers ? Est-ce que cela aide les hommes à agir et à penser ?

Est-ce que nos connaissances nous poussent réellement à une vision idéaliste ? Certains scientifiques ou philosophes le disent. Certains disent le contraire. L’argument d’autorité de tel ou tel auteur ne suffit pas puisqu’on trouve des exemples d’auteurs sérieux et compétents qui prennent position dans le sens inverse.

L’idéaliste a ses arguments et le matérialiste les siens. L’émergence de structure a du succès auprès des idéalistes qui croient y retrouver des créations ex nihilo qui pèseraient en faveur de leur thèse. Les apparitions et disparitions de matière et de lumière au sein du vide quantique, comme les « incertitudes » et « sauts » de la physique quantique leur plaisent aussi. Mais les sauts de structures ont lieu aussi bien dans le monde de l’ « inerte » que dans celui du vivant, alors que les idéalistes avaient le plus souvent cherché argument dans l’impossibilité de ramener la vie à un des fonctionnements de la matière. Nos connaissances sur le fonctionnement biochimique de la vie progressent sans cesse et à aucun moment elles n’ont nécessité d’y introduire un élément étranger à la matière, une idée venue… d’ailleurs…

Bien sûr, pour l’homme, l’illusion des idées qui n’auraient aucun fondement réel peut se développer. L’imagination est une des capacités du cerveau humain. On peut croire avoir eu l’idée d’avion sans aucun avion réel, mais on a vu l’oiseau. On a pu étudier dans la réalité les lois de la pression, les lois de la gravitation, les lois de la propulsion (loi de conservation de la quantité de mouvement), etc. De sorte que l’avion, lui-même, créé certes par l’homme n’est pas tombé… du ciel des idées…

En fait, le principal courant idéaliste a toujours été celui des religions et des mysticismes divers. Pour eux, la notion d’idées planant dans l’irréel, sans dépendance de la matière, consiste dans le pouvoir immatériel du spirituel sous mille formes différentes, plus ou moins divines, en tout cas supérieures à l’homme et à son monde. Et se dire matérialiste, c’est aussi une manière de combattre sans compromis les idéologies religieuses et voisines des religions. En s’affirmant matérialistes, nous décidons de couper avec toutes les interprétations magiques et surnaturelles, nous affirmons appartenir au fonctionnement naturel et nous affirmons que ce fonctionnement est spontané, sans intervention extérieure ni qui lui soit supérieure. Nous récusons ainsi tout moralisme spirituel se prétendant au-dessus et au-delà des règles de la vie réelle, de la vie matérielle, psychologique et sociale.

Nous récusons ainsi non seulement toutes les religions, tous les mysticismes, tous les moralismes prétendument spirituels, toutes les croyances magiques, etc. Cela ne signifie pas que nous méprisions ou rejetions tous ceux qui les suivent, que ce soit par conviction personnelle ou par pression de la tradition, des mœurs, des croyances, par pression familiale, tribale, sociale, politique, etc.

Notre choix n’est pas celui d’une rationalité seulement intellectuelle : c’est celui de combattants pour la liberté de l’homme, toutes les libertés matérielles mais aussi la liberté idéologique. Nous combattons les prisons matérielles mais aussi les prisons de l’esprit que sont, à nos yeux, ces idéologies idéalistes.

Placer un esprit (ou plusieurs, ou une magie) au-dessus du monde réel, c’est chercher son salut dans l’imaginaire au lieu de le gagner sur Terre, c’est donc une fuite, un renoncement, une drogue, une rêverie, une soumission, une démission, une transe, une défensive, une protection ou une résignation. C’est tout le contraire d’une arme intellectuelle de combat pour changer le monde réel à l’aide des moyens dont l’homme (et les hommes) dispose réellement.

Non seulement, l’homme n’est pas aidé par les idéologies spiritualistes et religieuses pour changer son monde mais celles-ci jouent un rôle de conservation, de tradition, de soumission à l’ordre établi, rôle que les classes exploiteuses et oppresseuses ont reconnu de longue date et soutenu. Et, sans ce soutien, ces idéologies ne seraient probablement même pas connues et défendues. La plupart de ces idéologies ont chuté en même temps que les pouvoirs matériels réels qui les défendaient. Ces idéologies sont inséparables des intérêts matériels des sociétés où elles sont apparues et où elles se sont développées et poursuivies.

Le monde des humains ne peut pas être libéré par le développement d’un nouveau moralisme placé au-dessus de la réalité, d’un spiritualisme, d’une recherche mystique, d’une croyance en une force immatérielle, mais, au contraire, par l’action des masses et la conscience que donne cette action de tous ceux qui, en agissant, se débarrassent de toutes les entraves matérielles comme idéologiques.

Nous sommes donc matérialiste car révolutionnaires. C’est le monde réel que nous voulons changer et c’est de lui que nous voulons tirer nos idées. La condition pour changer le monde, disait Francis Bacon et Hegel (eh oui aussi Hegel, la dialectique permet à des idéalistes de concevoir l’action dynamique de la réalité !), c’est de se soumettre à ses lois réelles.

Bien entendu, tous les matérialistes sont loin d’être révolutionnaires, ni d’avoir une pensée qui reconnaît le caractère dynamique des lois réelles. Seuls les matérialistes qui sont dialecticiens le font. Et on a connu dans le passé de nombreux courants matérialistes qui n’avaient rien de dialectiques, qui défendaient des conceptions dichotomiques, comme c’est le cas de nombreux matérialistes des Lumières (quasiment tous sauf Diderot).

Les idées matérialistes dialectiques ne visent pas détruire ou à vaincre, par le seul combat d’idées, les conceptions des idéalistes et le fonctionnement de la société. Etre matérialistes pour eux, c’est une partie idéologique d’un combat réel, matériel.

Ce que nous affirmons par là, c’est que nous ne pouvons pas partir à l’assaut des religions, des mysticismes, des croyances magiques et autres institutions idéologiques qui servent les classes possédantes tant que les masses opprimées ne sont pas parties elles-mêmes à l’assaut de leurs exploiteurs. C’est seulement quand ces masses sont mobilisées violemment par la force de la lutte collective qu’elles sont capables de secouer leurs croyances. Car elles peuvent alors mesurer que ces croyances et ces institutions les entravent dans leur action, qu’elles sont leur adversaires et des outils aux mains de leurs ennemis sociaux et politiques.

Alors, oui, nous sommes résolument matérialistes parce que le monde mérite d’être compris autant qu’il mérite d’être changé, parce que les êtres humains ne sont pas des esclaves naturels et méritent d’être libérés, parce que cette libération nécessite d’être aussi libérés de toutes les prisons idéologiques.

Un seul monde, deux mondes ou plusieurs mondes ?

Faut-il opposer diamétralement l’homme au reste de l’Univers ?

Comment fonctionne le cerveau humain pour nous permettre de connaître le monde ?

D’où vient l’intelligence humaine ?

Un esprit dans le corps et un corps dans l’esprit

Opposition de la conception matérialiste et idéaliste

Idéalisme et matérialisme

Théories concernant la manière dont le monde actuel s’est formé

Une lettre d’Engels précisant ce qu’est la conception matérialiste de l’histoire

Vous vous dites matérialistes et pourtant vous êtes pour la dialectique de l’idéaliste Hegel

Aux sources des philosophies matérialistes

Qu’était le matérialisme en philosophie et qu’est-il aujourd’hui ?

Tout idéaliste qu’il était, Hegel a découvert la dialectique objective du monde réel

Le matérialisme dialectique, c’est quoi ? De la fausse pensée stalinienne ?

Qu’est-ce que le matérialisme (en philosophie) ?

Pourquoi je suis matérialiste

La nature existait-elle avant l’homme ?

L’homme pense-t-il avec le cerveau ?

Qu’est-ce que la matière ? Qu’est-ce que l’expérience ?

Essence et valeur de l’idéalisme « physique »

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