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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 02 : Matière à philosopher ? > Implications philosophiques de la Physique quantique

Implications philosophiques de la Physique quantique

vendredi 21 septembre 2018, par Robert Paris

« La philosophie est présente dans la physique. Et la réciproque est vraie. »

Le physicien Gilles Cohen-Tannoudji, dans « La Matière-Espace-Temps »

Implications philosophiques de la Physique quantique

Remarquons que le caractère philosophique de la révolution quantique n’a pas échappé aux physiciens eux-mêmes, Einstein, Planck, Heisenberg, Bohr et tous les autres…

Richard Feynman, dans son cours universitaire de Physique, développe même tout un chapitre sur ce thème. Cependant, on remarquera qu’il veut limiter les implications au domaine des sciences, comme s’il y avait plusieurs mondes. Mais le grand intérêt de ce texte est de répondre à la demande positiviste de l’école de Copenhague de la Physique, celle de Heisenberg et Bohr notamment, qui nous dit : « ne posez aucune question qui ne puisse être répondue par une expérience et par une mesure réelle ». Cela signifie qu’il ne faudrait pas se demander qui est l’électron, qui est le proton, qu’est la charge électrique, quelle est leur parcours, et cela non du fait de difficultés théoriques mais par principe, le principe étant celui-ci : n’existe que ce qui est mesurable et c’est l’acte de mesure qui décide de ce que l’on peut dire. C’est la première affirmation philosophique qui est sortie de la physique quantique naissante et c’est un point très important car cela remet en question, à tort ou à raison, l’ancienne conception philosophique de l’étude des lois de la nature, celle selon laquelle le scientifique étudie une réalité objective indépendante de lui et de son acte d’observation.

Richard Feynman dans son Cours de Physique (Mécanique 2) :

« Implications philosophiques

« Considérons brièvement quelques implications philosophiques de la mécanique quantique. Comme toujours, il y a deux aspects du problème : l’un concerne les implications philosophiques pour la physique, et l’autre l’extrapolation de cette philosophie à d’autres domaines. Lorsque les idées philosophiques associées à la science sont habituellement complètement déformées. Aussi nous limiterons nos remarques à la physique elle-même.

L’aspect le plus intéressant est d’abord l’idée principale d’incertitude ; faire une observation affecte le phénomène. On sait depuis toujours que lorsqu’on observe, on affecte le phénomène, mais l’important ici est que l’effet ne peut pas être négligé ou écarté ou diminué arbitrairement en transformant l’appareil. Lorsque nous cherchons un certain phénomène, nous ne pouvons pas nous empêcher de le perturber d’une certaine manière minimum, et la perturbation est nécessaire à la cohérence du point de vue.

L’observateur était quelquefois important en physique préquantique, mais seulement dans un sens plutôt évident. Le problème a été posé : si un arbre tombe dans une forêt et qu’il n’y ait personne pour l’entendre, fait-il du bruit ? Un arbre « réel » tombant dans une forêt « réelle » fait un bruit, bien sûr, même si personne n’est là. Même si personne n’est présent pour l’entendre, d’autres traces restent. Le son agitera certaines feuilles, et si nous sommes suffisamment attentifs nous pouvons trouver quelque part qu’une épine a frotté contre une feuille et y a laissé une petite trace qui ne peut être expliquée que si nous supposons que la feuille a vibré. Ainsi, dans un certain sens, nous devons admettre qu’un son est produit. Non, les sensations sont en relation, probablement, avec la conscience. Que les fourmis soient conscientes et qu’il y ait des fourmis dans la forêt, ou que les arbres soient conscients, nous n’en savons rien. Laissons le problème sous cette forme.

Une autre chose sur laquelle les gens ont insisté depuis que la mécanique quantique s’est développée est l’idée que nous ne devrions pas parler de ces choses que nous ne pouvons pas mesurer.

En réalité, la théorie de la relativité nous le dit également.

Tant qu’une chose ne peut être définie par la mesure, elle n’a pas de place dans une théorie.

Et puisqu’une valeur précise de la quantité de mouvement d’une particule localisée ne peut être définie par la mesure, elle n’a pas lieu de figurer dans la théorie.

L’idée que c’est cela qui n’allait pas dans la théorie classique est une position fausse. C’est une analyse peu soigneuse de la situation.

Ce n’est pas simplement parce que nous ne pouvons pas mesurer la position et la quantité de mouvement précisément que cela signifie a priori que nous ne puissions pas en parler.

Cela signifie simplement que nous ne sommes pas obligés d’en parler.

La situation dans les sciences est celle-ci : un concept ou une idée qui ne peuvent pas être mesurés ou qu’on ne peut relier directement à l’expérience peuvent ou peuvent ne pas être utiles. Il n’est pas nécessaire qu’ils existent dans une théorie.

En d’autres termes, supposez que nous comparions la théorie classique du monde avec la théorie quantique, et supposez qu’il soit vrai expérimentalement que nous ne puissions mesurer la position et la quantité de mouvement qu’avec une certaine imprécision. La question est de savoir si les notions de position exacte d’une particule et de quantité de mouvement exacte d’une particule sont valides ou pas.

La théorie classique admet ces idées ; la théorie quantique ne les admet pas.

Cela ne signifie pas en soi que la physique classique soit fausse.

Lorsque la nouvelle mécanique quantique fut découverte, les gens d’obédience classique – ce qui comprenait tout le monde à l’exception de Heisenberg, Schrödinger et Born – disaient :

« Regardez, votre nouvelle théorie n’est pas bonne parce que vous ne pouvez pas répondre à certaines questions telles que : quelle est la position d’une particule ?, par quel trou passe-t-elle ? et d’autres encore. »

La réponse d’Heisenberg était :

« Je n’ai pas besoin de répondre à de telles questions, parce que vous ne pouvez pas vous poser de telles question expérimentalement. »

Nous n’avons pas besoin de le faire.

Considérez deux théories (a) et (b) ; (a) contient une idée qui ne peut être vérifiée directement mais qui est utilisée dans le calcul, et l’autre, (b), ne contient pas l’idée. Si elles sont en désaccord dans leurs prédictions, on ne peut pas dire que (b) est fausse parce qu’elle ne peut pas expliquer l’idée qui se trouve en (a), parce que cette idée correspond à une des choses qui ne peut pas être vérifiée directement.

Il est toujours bon de savoir quelles idées ne peuvent pas être vérifiées directement, mais il n’est nécessaire de les éliminer toutes. Il n’est pas vrai que nous puissions avancer jusqu’au bout dans la connaissance scientifique en utilisant seulement ces concepts qui sont directement soumis à l’expérience.

Dans la mécanique quantique elle-même, il y a une amplitude de fonction d’onde, il y a un potentiel, il y a de nombreux autres concepts que nous ne pouvons mesurer directement.

La base d’une science est sa capacité à prédire. Prédire signifie dire ce qui va se passer dans une expérience qui n’a jamais été réalisée auparavant.

Comment pouvons-nous le faire ? En supposant que nous savons ce qui se passe, indépendamment de l’expérience. Nous devons extrapoler les expériences dans une région où elles n’ont pas encore été réalisées. Nous devons prendre nos concepts et les étendre à des régions où ils n’ont pas encore été vérifiés.

Si nous ne le faisons pas, nous n’avons pas de prédictions. Ainsi, pour un physicien classique, il était parfaitement raisonnable d’aller de l’avant tranquillement et de supposer que la position – qui manifestement signifie quelque chose pour un ballon de football – signifie quelque chose également pour un électron.

Ce n’était pas une stupidité. C’était une procédure sensée...

Nous avons déjà fait quelques remarques sur l’indétermination de la mécanique quantique. C’est-à-dire que nous sommes incapables maintenant de prédire ce qui va se passer en physique dans une circonstance physique donnée qui est préparée aussi précisément que possible.

Si nous avons un atome dans un état excité qui va donc émettre un photon, nous ne pouvons pas dire quand il va émettre ce photon. Il a une certaine amplitude d’émettre le photon à n’importe quel moment, et nous ne pouvons que prédire une probabilité d’émission ; nous ne pouvons pas prédire le futur exactement…

Bien entendu, nous devons insister sur le fait que la physique classique est également, en un sens, indéterminée. On pense habituellement que cette indétermination, cette incapacité de prédire le futur, est une caractéristique importante de la mécanique quantique, et on dit que cela explique le comportement de l’esprit, les sentiments de libre volonté, etc. Mais si le monde était classique – si les lois de la mécanique étaient classiques – il n’est pas du tout évident que l’esprit ne sentirait pas plus ou moins la même chose…

Il est vrai classiquement que si nous connaissions la position et la vitesse de chaque particule dans le monde, ou dans un récipient de gaz, nous pourrions dire exactement ce qui va se passer. Et de ce fait le monde classique est déterministe.

Supposez, cependant, que notre précision soit limitée et que nous ne sachions « exactement » où se trouve un atome, à un milliardième près par exemple. Lorsque celui-ci se déplace, il frappe un autre atome et du fait que nous ne connaissions pas la position mieux qu’à un milliardième près, nous trouvons une erreur encore plus grande sur la position après la collision.

Et ceci est amplifié, bien sûr, dans la collision suivante, de telle sorte que si nous partons avec simplement une petite erreur, elle est rapidement amplifiée pour devenir une très grande incertitude…

Parlant plus précisément, étant donné une précision arbitraire, quelle que soit cette précision, on peut trouver un temps suffisamment long pour que nous ne puissions plus faire de prédictions valables sur ce qui doit se passer au bout de ce temps long.

Le point important maintenant est que cet intervalle de temps n’est pas très grand… Dans un tout petit laps de temps nous perdons toute notre information… Ce n’est donc pas juste de dire, en nous fondant sur l’apparente liberté et l’indéterminisme de l’esprit humain, que nous aurions dû réaliser que la physique « déterministe » classique ne pouvait en rendre compte et accueillir la mécanique quantique comme la libération d’un univers « complètement mécanique ». Car déjà en mécanique classique, l’indétermination existe d’un point de vue pratique. »

Voilà quelques raisonnements philosophiques de Feynman sur les questions philosophiques posées par la Physique quantique.

On remarquera qu’il refuse l’interdit de ne raisonner que sur ce que l’on mesure, interdit absolu pour Heisenberg et Bohr et pour tout ce que l’on a appelé l’école de Copenhague.

Examinons les questions philosophiques sur la physique quantique que soulève un autre ouvrage dont le titre ironique indique quelle tendance de certains physiciens « idéalistes » quantiques il entend critiquer.

Le cantique des quantiques » de Ortoli et Pharabod :

« Un poisson évolue dans une mare si boueuse qu’on ne peut absolument pas le voir. Un pêcheur tente sa chance, et au bout d’un certain temps le poisson mord. Le pêcheur relève sa canne et voit le poisson suspendu au bout du fil. Il en conclut logiquement qu’auparavant le poisson se déplaçait dans la mare, à la recherche de nourriture. Jamais il n’ira penser qu’avant de mordre le poisson n’était qu’une sorte de potentialité de poisson occupant toute la mare.

Supposons maintenant que la mare représente une boîte absolument vide, à l’exception d’un électron solitaire figuré par le poisson (on aurait aussi bien pu considérer un proton ou même un atome)... Avant d’interagir, l’électron occupait toute la boîte, avec une probabilité plus ou moins grande d’être détecté en tel ou tel endroit. C’est comme si avant de mordre le poisson occupait toute la mare, avec des endroits où il était plus dilué et d’autres où il était plus concentré…

Différentes interprétations de la physique quantique sont possibles, et des clans se sont formés parmi les physiciens (bien que la grande majorité d’entre eux ne s’intéresse guère à ce débat, et se contente d’appliquer le formalisme aux développements théoriques et expérimentaux en cours).

En schématisant beaucoup, et en laissant de côté les subtilités du jargon philosophique, on peut dire que les deux principaux clans sont celui des « matérialistes quantiques » et celui des « idéalistes quantiques ». Le problème qui les sépare est celui du moment où le poisson « quantique » se concrétise : quand il mord ou quand on le voit ? (…) Le fait que le signal puisse être enregistré automatiquement, en l’absence de tout observateur, puis examiné longtemps après, oblige les idéalistes à de surprenantes acrobaties mentales…

Fonder une physique qui « marche » est une chose, expliquer le monde qui se cache derrière ses lois en est une autre. Le problème d’une réalité objective existant ou non en dehors de l’observation va créer un profond désaccord entre Bohr et Einstein.

Pour Bohr, qui s’en tient aux principes de la physique quantique, l’électron n’a une position ou une vitesse qu’au moment où il est observé… Einstein, en revanche, se refuse à abandonner l’idée d’une réalité physique existant indépendamment de toute observation…

La fonction d’onde décrit l’électron comme s’il était « étalé » dans toute une zone de l’espace (par exemple, autour du noyau atomique), et nous fait connaître exactement les différentes probabilités de sa présence en tel ou tel endroit de la zone…

Si, pour Bohr et les tenants de la doctrine orthodoxe, il n’est pas possible de déterminer avec exactitude la trajectoire parcourue par un quanton entre deux instants successifs, cette trajectoire est pourtant mathématiquement définie par la fonction d’onde…

La physique quantique, lorsqu’elle s’intéresse à l’état futur d’une particule, d’un quanton, ne peut prévoir que des probabilités de trouver cette particule dans un certain volume spatial, mais ce volume, lui, est parfaitement circonscrit…

Un atome émet un photon. Si un observateur détecte ce photon, par exemple par une cellule photoélectrique, alors l’onde émise elle aussi disparaît instantanément, et aucun observateur ne pourra plus détecter le photon. Cette « réduction du paquet d’ondes » se fait instantanément et sans transport d’énergie…

En 1935, Albert Einstein et ses collègues Boris Podolsky et Nathan Rosen publiaient un article retentissant…

Considérez, écrivaient-ils en substance, un système formé par deux quantons qui viennent d’interagir puis se sont séparés. D’après la théorie, ce système est décrit par une fonction d’onde unique qui exprime certaines relations de conservation. Il s’ensuite que si l’on mesure la vitesse (ou la position) d’un quanton, on connaît automatiquement la vitesse (ou la position) de l’autre, et cela apparemment sans le perturber.

Les trois auteurs en concluaient que les vitesses et les positions des quantons étaient bien définies avant la mesure, en raison d’un « principe de réalité » ainsi énoncé dans leur article :

« Si, sans perturber d’aucune façon un système, on peut prédire avec certitude la valeur d’une quantité physique, il existe un élément de réalité physique qui correspond à cette quantité physique. »

Pour la physique quantique au contraire, ces vitesses et ces positions sont indéterminées avant la mesure, et c’est la mesure réalisée sur le premier quanton qui concrétise simultanément les vitesses (ou les positions) des deux quantons…

Les objets que nous connaissons, les êtres vivants notamment, ne sont pas des assemblages de micro-objets, mais des combinaisons d’entités élémentaires qui, elles, ne sont aps des objets. »

David Bohm, « Quantum Theory » (1951) :

« Les concepts quantiques sous-tendent que le monde agit plus comme une unité indivisible où la nature « intrinsèque » de chaque partie (onde ou particule) dépend aussi d’une certaine manière de la relation qu’elle entretient avec ce qui l’entoure…. La physique a changé par rapport à sa forme primitive, quand elle tentait d’expliquer les choses et de fournir un quelconque cadre physique. Aujourd’hui, l’essence de la physique et celle des mathématiques se confondent. On entend dire que la vérité est dans les formules… mais cela reste un espoir… Selon la physique classique, la réalité est effectivement constituée de petites particules qui séparent le monde dans ses éléments indépendants. Je propose à présent le contraire, c’est-à-dire que la réalité fondamentale soit un processus de fermeture et d’ouverture, et que ces particules ne soient que les abstractions de ce processus. Nous pourrions nous imaginer l’électron non pas comme une particule qui existe sans cesse, mais comme quelque chose qui entre et qui sort et qui rentre à nouveau… L’électron ne peut jamais être séparé de la totalité de l’espace, lequel est son terrain… Imaginez un océan d’énergie infini qui remplit l’espace vide, avec des vagues qui bougent et qui, à l’occasion, se rapprochent en produisant une intense impulsion d’énergie. Disons qu’une impulsion particulière se concentre et se diffuse, en créant notre univers avec l’espace, le temps et la matière… Il n’existe pas d’objets de base, des entités ou des substances mais tout ce qui entre dans l’existence et que nous pouvons observer reste relativement stable pendant un certain temps, puis sort de l’existence… »

Notre point de vue :

Il est certain que les physiciens ont été choqués en découvrant comment fonctionne la matière et la lumière, ainsi que le vide, aux niveaux inférieurs de la taille en espace et en temps, dans le microscopique et en dessous. Ce choc provient du fait qu’ils n’ont pas trouvé un monde matériel, comme celui qu’ils croyaient connaître, mais en plus petit ! Non ! Ils n’ont pas trouvé des petits objets, au sens que nous donnons au terme objet, c’est-à-dire des « choses » que nous pouvons sans discontinuer palper, voir, mesurer, suivre dans l’espace et le temps, qui ne disparaissent jamais et n’apparaissent jamais, qui sont sans cesse présents même s’ils se déplacent. Au lieu de cette réalité continue, ils ont trouvé… une réalité profondément discontinue et cela les a considérablement perturbés et les physiciens qui sont aujourd’hui moins perturbés le sont quand ils ont décidé de… ne plus y penser !

En fait, la Physique a démontré certes que la molécule, l’atome, la particule existent… en un certain sens, mais aussi qu’ils ne sont pas des choses au sens des objets que nous rencontrons à notre échelle, dans l’univers que nous observons tous les jours.

Cela ne signifie pas que n’existent aucune matière réelle, non, cela signifie que les particules et les composés de plusieurs particules sont des phénomènes qui impliquent, au niveau inférieur au nôtre, une très grande quantité d’autres sortes de particules (et d’antiparticules) qui, elles, sont éphémères, donc fondamentalement discontinues. La continuité des phénomènes et le maintien de certaines propriétés, de certaines quantités (comme, par exemple, la quantité de charge électrique) est le résultat d’une quantité de sauts, de changements discontinus.

Il a fallu, pour le découvrir, développer notre connaissance du vide quantique, y trouver des particules et antiparticules virtuelles, et constater que la virtualité de celles-ci comme la réalité des particules que nous connaissions sont très relatifs. Il suffit, par exemple d’approcher avec une grande énergie une particule virtuelle pour que celle-ci se comporte comme réelle, l’interaction bénéficiant de cette énergie pour que la particule virtuelle agisse comme une particule réelle.

Toutes les particules et antiparticules réelles existent au niveau virtuel et il suffit à de donner une énergie dépassant un certain seuil (celui du boson de Higgs) pour transformer tout être virtuel en un être réel.

Aucune particule ou antiparticule ne peut rester « réelle » durablement. Au bout d’un court espace de temps, la particule dite réelle émet un boson de Higgs et redevient virtuelle pendant que sa voisin, qui reçoit le boson, devient réelle, ou plutôt se met à se comporter comme telle.

C’est l’origine de bien des manigances quantiques ou de ce qui y ressemble, du type sauts quantiques, discontinuités quantiques, réduction du paquet d’ondes, indéterminisme quantiques, incertitude quantique, effet tunnel, fentes de Young et on en passe, tous ces petits miracles ou supposés tels par certains philosophes et scientifiques qui n’en voyaient pas la raison.

Un point leur échappait : ils ne faisaient que d’étudier des particules ou des composés de particules qui leur semblaient réelles alors que celles qui existent véritablement sont les particules et antiparticules virtuelles…

Le vide quantique s’est d’autre part révélé beaucoup plus agité et énergétique qu’on ne l’imaginait. Rappelons qu’on affirmait autrefois que le mouvement perpétuel n’existe pas alors que le vide quantique est en perpétuel mouvement et qu’il entraîne dans sa danse sans fin les particules, les atomes, les molécules, faisant du mouvement brownien une agitation permanente.

Le vide quantique est non seulement la source des particules de matière et de lumière mais aussi la source de toute énergie…

Il s’est d’autre part avéré que l’espace-temps unifié n’est pas indépendant des particules mais modifié par elles, par les particules « réelles » et constitué par les particules et antiparticules virtuelles.

L’agitation fondamentale du vide quantique étant le fondement de la matière-lumière que nous percevons, cette agitation nous empêche de raisonner sur la seule matière à notre échelle et les raisonnements sur la matière éphémère du vide nous semblent renverser parce que les propriétés du vide quantique sont très loin de celles que nous percevons du monde à notre échelle.

Par exemple, le vide quantique ne respecte nullement la conservation de l’énergie puisque la sienne fluctue sans cesse, la conservation de la matière puisqu’elle apparaît et disparaît sans cesse et à grande vitesse, que l’antimatière existe à égalité de la matière, ce qui n’est nullement le cas à notre échelle, puisque que le temps est agité au sein du vide et que non seulement la vitesse de la lumière n’est pas un seuil indépassable mais que le temps peut circuler dans les deux sens !!!!

Donc l’étude de la matière à ses différentes échelles, de l’astrophysique au vide quantique a de quoi renverser toutes les certitudes philosophiques et l’a fait, et même le fera encore demain…

Certains se lamentent que des avancées scientifiques fondamentales, comme la physique quantique, comme la relativité, comme le chaos déterministe, comme l’étude du vide quantique, puissent entraîner un renouveau d’anciens débats que certains souhaitaient définitivement tranchés ou abandonnés, un retour des débats sur la causalité, sur le déterminisme, sur la réalité du monde, sur la prétendue dualité corps-esprit, mais ils se trompent, car ces débats sont la preuve du caractère dynamique de la pensée humaine. Qu’il y ait des chocs importants entre les découvertes scientifiques et les philosophies est une preuve du caractère dynamique de la science et de la philosophie.

Cela ne signifie nullement qu’il faille se refuser à philosopher sur le monde et qu’il faudrait contenter de le mesurer par des expériences et non le penser scientifiquement.

Concluons avec John Bell dans « Contre la seule mesure » :

« L’objectif de comprendre le monde reste toujours là. Restreindre la mécanique quantique aux seules opérations insignifiantes de laboratoire, c’est trahir le vaste projet de départ. Une formulation sérieuse de la physique quantique n’exclura pas le gigantesque monde qui se situe à l’extérieur des laboratoires… De temps en temps, les auteurs de théories de la « mesure quantique » semblent vouloir supprimer la frontière entre le système d’étude quantique et le reste du monde sans modifier les principes mêmes de la théorie. C’est un peu la thèse du serpent qui se mord la queue. C’est gênant pour les auditeurs de la théorie comme cela l’est pour le serpent. »

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4 Messages de forum

  • Implications philosophiques de la Physique quantique 23 septembre 2018 16:26, par Terre-à-terre

    Qu’est-ce que la révolution quantique telle qu’elle a été vécue jusqu’à maintenent ? Essentiellement, c’est l’expérimentation qu’on ne peut qualifier que de mystérieuse de phénomènes ondulatoires collectifs dans un monde qui continue à penser en fonction de particules isolées et de propriétés individuelles intrinsèques de ces particules. Dans un contexte social de production où la majorité des dirigeants des entreprises font aussi la promotion de leur supposée valeur individuelle intrinsèque alors que les interdépendances réelles et les échanges réels entre les individus atteignent un sommet inégalé. Alors que des milliards d’individus sont interreliés concrètement via des organisations locales, nationales et internationales multiples.

    Les visions globales répandues de la physique quantique actuelle sont des visions métaphysiques figées qui mènent inexorablement à des prises de position de plus en plus subjectivistes des physiciens quantiques. On nie à la base l’existence d’un medium matériel plus fondamental d’interaction entre les particules et on en vient à recourir à de la matière noire, à de l’énergie noire, à l’énergie du vide et à toutes sortes de concepts ad hocs pour en arriver à expliquer les résultats expérimentaux très précis obtenus. On recourt à ces concepts comme à des lapins sortis du chapeau des magiciens ou comme à des anges et des démons des idéologies religieuses qui remplacaient autrefois les explications à base de processus concrets de la matière en mouvement et des êtres en chair et en os.

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    • Implications philosophiques de la Physique quantique 24 septembre 2018 06:02, par Robert Paris

      Cher lecteur, la physique quantique, ou toute sorte de physique, n’est pour rien dans le caractère de l’évolution actuelle du système ni dans l’idéologique qui l’accompagne. Pas plus que ce n’était la thèse de Galilée qui nous contraignait à tourner autour du Soleil ! L’énergie du vide n’est pas une idéologie métaphysique de plus : c’est un constat. Il suffit de regarder les microparticules de Brown s’agiter de manière permanente sans recevoir d’énergie extérieure pour le savoir. Il suffit de réaliser le vide entre deux plaques conductrices pour mesurer la pression de l’énergie du vide. Le vide est... matière et cela ne nuit pas au matérialisme !!!

      D’où vient l’énergie

      Qu’est-ce que le vide

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  • Implications philosophiques de la Physique quantique 24 septembre 2018 11:20, par Robert Paris

    Est-ce que la physique quantique favorise le courant agnosticiste (qui nie la possibilité pour la science d’atteindre ou d’approcher la vérité objective) ?

    voir ici

    Est-ce que la physique quantique favorise l’idéalisme de Kant ?

    voir ici

    Est-ce que la physique quantique pousse au positivisme ?

    Voir ici

    Quel lien entre Physique quantique et philosophie ?

    Voir ici

    Qu’était le matérialisme en philosophie et qu’est-il aujourd’hui ?

    Voir ici

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  • Implications philosophiques de la Physique quantique 24 septembre 2018 11:49, par Robert Paris

    Pourquoi la physique quantique nous pose autant de problèmes philosophiques ?

    Voir ici

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