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Accueil du site > 03 - Livre Trois : HISTOIRE > 3ème chapitre : Révolutions bourgeoises et populaires > Visites du Vieux Paris au travers des récits des écrivains

Visites du Vieux Paris au travers des récits des écrivains

mercredi 22 août 2018, par Robert Paris

Visites du Vieux Paris au travers des récits des écrivains

Notre Dame de Paris de Victor Hugo

Les mystères de Paris d’Eugène Sue

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 1

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 2

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 3

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 4

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 5

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 6

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 7

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 8

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 9

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 10

Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, Tome 11

Commentaire de Tableau de Paris

Tableaux de siège de Théophile Gautier

La Commune de Paris au jour le jour de Élie Reclus

Paris de Victor Hugo

Paris révolutionnaire

Tableau de Paris à cinq heures du matin de Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers

Tableau historique et pittoresque de Paris de Jacques Bins de Saint-Victor

Les rues de Paris de Bathild Bouniol

Chroniques et légendes des rues de Paris de Edouard Fournier

Description de Paris dans Le père Goriot de Honoré de Balzac

Ce qui disparaît de Paris de Honoré de Balzac

Paris, capitale du dix-neuvième siècle de Walter Benjamin

Vingt années de Paris de André Gill

Le nouveau Paris de Louis Sébastien Mercier

Images et documents de la Commune de Robert Paris

Bibliographie de l’histoire de Paris

La révolution ouvrière de juin 1848 à Paris

Une rue de Paris et son habitant de Honoré de Balzac

Les catacombes de Robert Paris

Le Diable à Paris de Pierre-Jules Hetzel dit P.-J. Stahl

Enigmes des rues de Paris de Edouard Fournier

Les Mohicans de Paris de Alexandre Dumas

Le Dit des rues de Paris de Guillot

Le Ventre de Paris de Emile Zola

Parisien, mon frère de Paul Verlaine

Rêve parisien de Charles Baudelaire

Ferragus, chef des Dévorants de Honoré de Balzac

Les rues du vieux Paris de Victor Fournel

Vingt ans après de Alexandre Dumas

Gamin de Paris de Victor Hugo

Paris sous la révolution d’Etienne Marcel

Dictionnaire des rues de Paris de Félix et Louis Lazare

Élisée Loustallot et les révolutions de Paris

La barricade Saint-Antoine de Victor Hugo

Les sections de Paris pendant la grande révolution de Pierre Kropotkine

La suite

Que s’est-il passé à Paris à la Saint-Barthélemy

Croquis parisien de Paul Verlaine

La révolution parisienne de Victor Hugo

Paris et les parisiens de Dumas, Gautier, Musset…

Monographie du bourgeois parisien de Théophile Gautier

Paris étudié dans son atome de Victor Hugo

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  • AU MARAIS

    Dans l’ombre humide et provinciale de ces longues rues tortueuses où flottent des odeurs de droguerie et de bois de campêche, parmi ces anciens hôtels du temps d’Henri II et de Louis XIII, que l’industrie moderne a travestis en fabriques d’eau de Seltz, de bronzes, de produits chimiques, ces jardinets moisis remplis de caisses, ces cours d’honneur à larges dalles où roulent les lourds camions, sous ces balcons ventrus, ces hautes persiennes, ces pignons vermoulus, enfumés comme des éteignoirs d’église, l’émeute avait, surtout aux premiers jours, une physionomie très particulière, quelque chose de bonhomme et de primitif. Des ébauches de barricades à tous les coins de rue, mais personne pour les garder. Pas de canons, pas de mitrailleuses. Des pavés empilés sans art, sans conviction, seulement pour le plaisir d’intercepter la voie et de faire de grandes mares d’eau où barbotaient des volées de gamins et des flottilles de bateaux en papier… Toutes les boutiques ouvertes, les boutiquiers sur leurs portes, riant et politiquant d’un trottoir à l’autre. Ce n’étaient pas ces gens-là qui faisaient l’émeute, mais on sentait qu’ils la regardaient faire avec plaisir, comme si, en remuant les pavés de ces quartiers pacifiques, on avait réveillé l’âme du vieux Paris bourgeois, gouailleur, tapageur.

    Ce qu’on appelait jadis le vent de Fronde courait dans le Marais. Sur le fronton des grands hôtels, la grimace joyeuse des mascarons de pierre avait l’air de dire : « Je connais ça. » Et malgré moi, dans ma pensée, j’affublais de jaquettes à fleurs, de culottes courtes, de larges feutres à retroussis, tout ce brave petit monde de droguistes, doreurs, marchands d’épices qui se tenaient les côtes à regarder dépaver leurs rues et paraissaient si fiers d’avoir une barricade devant leur magasin.

    Par moments, au bout d’une longue ruelle noire, je voyais des baïonnettes luire sur la place de Grève, avec un pan de la vieille maison de ville toute dorée par le soleil. Des cavaliers passaient au galop dans ce coin de lumière, longs manteaux gris, plumes flottantes. La foule courait, criait ; on agitait les chapeaux. Était-ce Mlle de Montpensier ou le général Cremer ?… Les époques se brouillaient dans ma tête. De loin, dans le soleil, une chemise rouge d’estafette garibaldienne qui filait ventre à terre me faisait l’effet de la simarre du cardinal de Retz. Ce malin des malins dont on parlait dans tous les groupes, je ne savais plus si c’était M. Thiers ou Mazarin…

    Je me figurais vivre il y a trois cents ans.

    À MONTMARTRE

    En montant la rue Lepic, je voyais, l’autre matin, dans une boutique de savetier, un officier de la garde nationale, galonné jusqu’aux coudes et le sabre au côté, qui ressemelait une paire de bottes, son tablier de cuir devant lui pour ne pas salir sa tunique. Tout le tableau de Montmartre insurgé tient dans l’encadrement de cette fenêtre d’échoppe.

    Figurez-vous un grand village armé jusqu’aux dents, des mitrailleuses au bord d’un abreuvoir, la place de l’Église hérissée de baïonnettes, une barricade devant l’école, les boîtes à mitraille à côté des boîtes à lait, toutes les maisons transformées en casernes, à toutes les fenêtres des guêtres d’uniforme qui sèchent, des képis qui se penchent pour écouter le rappel, des crosses de fusil sonnant au fond des petites boutiques de fripiers et, du haut en bas de la butte, une dégringolade de bidons, de sabres, de gamelles.

    Malgré tout, ce n’est plus ce Montmartre farouche, défilant sur le boulevard des Italiens, l’arme haute, la jugulaire au menton et marquant férocement le pas en ayant l’air de se dire :
    « Tenons-nous bien. La réaction nous regarde ! »

    Ici les insurgés sont chez eux, et, en dépit des canons et des barricades, on sent planer sur leur révolte je ne sais quoi de libre, de paisible et de familial.

    Une seule chose pénible à voir, c’est ce grouillement de pantalons rouges, ces déserteurs de toutes armes : zouaves, lignards, mobiles, qui encombrent la place de la Mairie, couchés sur des bancs, vautrés au long des trottoirs, ivres, sales, en lambeaux, avec des barbes de huit jours… Au moment où je passe, un de ces malheureux, grimpé sur un arbre, harangue la foule en bégayant, au milieu des rires et des huées. Dans un coin de la place, un bataillon s’ébranle pour monter aux remparts :

    « En avant ! » crient les officiers en agitant leurs sabres. Les tambours battent la charge, et les bons miliciens, enflammés d’ardeur, s’élancent à l’assaut d’une longue rue déserte, au bout de laquelle on voit quelques poules qui s’effarent en criant.

    … Tout en haut, dans une échappée de jardins verts et de pentes jaunâtres, c’est le moulin de la Galette transformé en poste militaire, des silhouettes de gardes nationaux, des tentes alignées, de petits bivouacs qui fument, tout cela se détachant net et fin, comme au fond d’une longue-vue, entre un ciel pluvieux et noir et l’ocre étincelant de la butte.

    AU FAUBOURG SAINT-ANTOINE

    Une nuit de janvier, pendant le siège de Paris, j’étais sur la place de Nanterre, au milieu d’un bataillon de francs-tireurs. L’ennemi venait d’attaquer nos grand-gardes et l’on s’armait en hâte pour aller à leur secours. Pendant que les hommes se numérotaient à tâtons, dans le vent, dans la neige, nous vîmes déboucher d’un coin de rue une patrouille, précédée d’un falot.

    « Halte-là ! Qui vive ?

    — Mobiles de 48 », répondit une voix chevrotante.

    C’étaient de tout petits bonshommes en manteaux courts, le képi sur l’oreille et l’allure jeunette. À deux pas, on les eût pris pour des enfants de troupe ; mais quand le sergent s’approcha pour se faire reconnaître, nos lanternes éclairèrent un petit vieux fané, ridé, des yeux clignotants, une barbiche blanche. L’enfant de troupe avait cent ans ! Les autres n’étaient guère plus jeunes. Avec cela l’accent de Paris et un air casse-assiettes ! De vieux gamins !

    Arrivés de la veille aux avant-postes, les malheureux mobiles s’étaient égarés en faisant leur première patrouille. On les remit bien vite sur leur chemin :

    « Dépêchez-vous, camarades ; les Prussiens nous attaquent.

    — Ah ! ah !… les Prussiens nous attaquent », disaient les pauvres vieux tout affolés. Et, faisant demi-tour, ils se perdirent dans la nuit, avec leur falot qui dansait, secoué par la fusillade…
    Je ne saurais vous dire l’impression fantastique que me firent ces petits gnomes ; ils paraissaient si vieux, si las, si éperdus ! Ils avaient l’air de venir de si loin ! Je me figurais une patrouille fantôme errant à travers champs depuis 1848 et cherchant son chemin depuis vingt-trois ans.

    Les insurgés du faubourg Saint-Antoine m’ont rappelé cette apparition. J’ai trouvé là les anciens de 48, égarés éternels, vieillis mais incorrigibles, l’émeutier en cheveux blancs, et avec lui le vieux jeu de la bataille civile, la barricade classique à deux et à trois étages, le drapeau rouge flottant au sommet, les poses mélodramatiques sur la culasse des canons, les manches retroussées, les mines rébarbatives : « Circulez, citoyens ! » et tout de suite la baïonnette croisée…

    Et quel train, quelle agitation dans ce grand faubourg de Babel ! Du Trône à la Bastille, ce ne sont qu’alertes, prises d’armes, perquisitions, arrestations, clubs en plein vent, pèlerinages à la colonne, patrouillards en goguette qui ont perdu le mot d’ordre, chassepots qui partent tout seuls, ribaudes qu’on emmène au comité de la rue Basfroid, et le rappel, et la générale, et le tocsin….

    Alphonse Daudet, Les contes du Lundi

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