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L’inhibition : où, comment, pourquoi, quelle importance ?

dimanche 1er avril 2018, par Robert Paris

L’inhibition, qu’est-elle exactement, comment fonctionne-t-elle t quelle est son importance dans le mécanisme universel ?

La plupart des gens ont reconnu la notion de personnalité inhibée, bloquée, rentrée, qui communique peu avec les autres ou qui est un peu coincée dans les relations humaines, qui a peur de ses propres réactions. On emploie ce terme pour désigner un blocage qui pourrait potentiellement être débloqué, l’individu pouvant lutter contre cette inhibition ou la faire disparaitre progressivement ou apprendre à la contourner avec l’âge et l’expérience.

Mais il ne s’agit pas spécialement de personnes particulièrement bloquées : nous sommes tous inhibés psychologiquement et notre vie de tous les jours est reliée à des mécanismes d’inhibition. Et ce n’est pas un manque ou une faiblesse : c’est le fonctionnement « normal » de l’homme !

Nous inhibons bien des choses comme nos instincts sexuels. En vivant éveillés, par exemple, nous inhibons bien des sentiments, des idées, des mémoires, des peurs, des sentiments divers qui sont éveillés pendant la nuit. Le fait d’éveiller des choses par le fait de dormir est particulièrement révélateur : inhiber par exemple les actes moteurs (nos muscles, notre action) pendant la nuit en même temps qu’on désihinibe nombre de nos sentiments restés à l’intérieur durant le jour, voilà qui dévoile le type de mécanisme appelé inhibition car l’inhibition est capable aussi de déshiniber un autre mécanisme…

Les pensées, attirances, croyances et peurs de la nuit disparaissent le jour ? Non, elles sont seulement mises légèrement de côté. C’est cela qui caractérise l’inhibition. Les idées et les passions de la nuit, qui y sont autorisés, sont-elles vraiment supprimées le jour ? Non, elles sont seulement mises de côté. Elles peuvent revenir à la nuit suivante ou plus tard, preuve qu’elles n’ont pas été détruites par l’arrivée du jour et l’éveil. Elles peuvent, dans certaines maladies psychologiques, réapparaître même le jour !

L’inhibition est-elle une faiblesse, un handicap ou une maladie ? Pas du tout ! C’est un mécanisme essentiel du fonctionnement psycho-physiologique de l’individu. Ainsi, l’inhibition des instincts sexuels à l’adolescence est reliée à l’augmentation des capacités d’étude scolaire de l’individu.

On peut également remarquer que cela est vrai pour l’évolution de l’espèce. Ainsi, l’inhibition des capacités cérébrales dans un domaine permet d’augmenter d’autres capacités ou d’autres domaines. L’être humain a vu ses capacités intellectuelles favorisées par l’inhibition des capacités olfactives par rapport aux ancêtres de l’homme…

Le propre des mécanismes d’inhibition est de permettre de garder en réserve, au cas, ou en cas de besoin, ou en cas d’action extérieure débloquant l’inhibition, de réapparaître et de s’activer à nouveau.

Ainsi, des mémoires, des sentiments, des idées, des comportements qu’on pouvait croire complètement disparus, peuvent réapparaître.

C’est ainsi que des mécanismes de protection amènent une enfant violée à inhiber la mémoire de l’événement tant que cette mémoire serait dangereuse, ou perçue comme telle, et à la réactiver par la suite.

L’inhibition est alors un mécanisme de protection. On ne dispose pas des moyens de soigner, de supprimer, de détruire une attaque, psychologique ou autre, et on l’inhibe, consciemment ou inconsciemment, pour éviter d’en subir les conséquences, d’en souffrir, d’en être violemment atteint ou même d’en mourir.

On gagne là un nouveau domaine où règne l’inhibition : celui des sentiments, des émotions, de la douleur, de la haine, de la joie, de la peur et de bien d’autres réactions psychophysiologiques.

Notre fonctionnement physiologique contient de multiples mécanismes d’inhibition qui ont trait aussi bien au système nerveux, hormonal, des neurotransmetteurs, du cerveau, du cœur et on en passe. Ici encore, on appellera « inhibition » un mécanisme qui est momentanément atténué ou apparemment ou momentanément supprimé mais sans disparaître vraiment.

Un élément du fonctionnement hormonal, nerveux, cérébral, immunologique, etc., peut être arrêté provisoirement, pour empêcher de réagir trop brutalement, trop durement, trop tôt.

Ainsi, « tomber dans les pommes » ou être dans le coma est un mode inhibiteur du mode de vie conscient qui est réalisé automatiquement par le corps en cas d’agression violente dans lequel le corps se met en état de défense en inhibant les fonctionnements normaux.

Lors d’une attaque d’épilepsie, le malade va également inhiber de nombreux fonctionnements pour se polariser sur les fonctions vitales et débrancher momentanément les autres.

Pour réfléchir, pour travailler, pour concevoir, pour agir, l’être humain est amené à mettre de côté de multiples pensées et sentiments : c’est encore des mécanismes d’inhibition qui le permettent et sans lesquels nos pensées, nos sentiments, nos peurs prendraient possession de nous, nous empêchant de nous concentrer sur une activité.

L’interprète de musique classique, par exemple, ne peut pas laisser son cerveau conscient agir sur lui pendant qu’il joue car cela empêcherait ses réflexes d’agir et il doit jouer avec une grande rapidité un morceau appris par cœur ce qui n’est possible qu’en laissant le pilotage au cerveau inconscient. Il a le sentiment de se plonger dans la musique : en fait, il a inhibé un grand nombre de pensées. L’apprenti interprète aura parfois du mal à agir ainsi et aura parfois le sentiment de perdre la mémoire ou la maîtrise de ses doigts, alors qu’il cherche, à tort, à garder la maîtrise de ses mouvement. Il a besoin, au contraire, d’inhiber bien des fonctionnements conscients et de produire des gestes à l’automatique, le conscient étant en partie inhibé.

Le compositeur de musique aura exactement le même type de fonctionnement : quand il compose, il ne sait plus vraiment qui il est, où il est et il se laisse guider. Il n’a pas vraiment le sentiment qu’il sait ce qu’il va écrire, ni si c’est vraiment lui, son propre cerveau, qui a écrit de tels morceaux. Il a, lui aussi, inhibé des fonctionnements conscients pour permettre à ces mécanismes inconscients de venir en surface en plein jour.

L’inhibition, volontaire ou involontaire, est à la base de la création artistique mais aussi scientifique, de la découverte, de la pensée, de la philosophie, etc.

Celui qui écrit s’étonne parfois des idées qui naissent sous ses doigts, tant il a l’impression d’être davantage mené que meneur de ses idées. C’est de tels sentiments qui ont souvent donné aux hommes des idées d’un dieu qui guiderait leurs pensées ou des miracles du fonctionnement naturel.

L’inhibition est à la base de nombre de fonctionnements internes du cerveau qui permettent à des circuits neuronaux d’avoir été activés puis désactivés, sans que la mémoire de cette activation d’un réseau soit complètement effacée.

Même un neurone seul possède des mécanismes d’inhibition ou d’activation partielle de certaines liaisons avec d’autres neurones. C’est ce que l’on appelle la « souplesse neuronale ».

Mais la notion d’inhibition est très loin d’être cantonnée à la psychologie ou la physiologie individuelle de l’homme. Elle touche les fonctionnements sociaux collectifs imposés par la société, comme l’inhibition de l’inceste ou du meurtre d’autres hommes, l’inhibition des relations avec des animaux, dans certaines sociétés, religions ou époques l’inhibition des relations homosexuelles, l’inhibition des relations avec des proches, l’inhibition des relations avec d’autres ethnies ou des individus ayant d’autres couleurs de peau, etc. L’inhibition peut être transmise par la tradition, par la loi, par la religion, par l’éducation, etc. Et il ne s’agit là encore que des inhibitions sociales, mais ce terme touche un ensemble beaucoup plus vaste de fonctionnements naturels, qui concernent aussi les animaux, les plantes, les bactéries, tout le domaine du vivant. On peut parler d’inhibition dans le domaine de l’immunité qui est une espèce d’inhibition du non-soi. L’hérédité est elle aussi une espèce d’inhibition du non-soi. Nous allons voir par la suite que l’inhibition est un mécanisme fondamental y compris dans le domaine de la matière dite inerte. Mais avant d’entrer dans l’exposé lui-même de la question générale de l’inhibition, il conviendrait de cerner ce que nous entendrons par là car l’extension de l’utilisation que nous entendons lui donner nécessite de savoir de quoi nous parlons. Le lecteur est en droit de se demander s’il ne s’agit pas dans ces différents cas de mécanismes tout à fait différents et qu’il ne faudrait pas mettre tout cela dans le même sac !!

Un fonctionnement sera dit « inhibé » s’il est bloqué sans être détruit, s’il est empêché de se mettre en route sans avoir disparu pour autant, sans avoir été réellement détruit, s’il reste en potentialité ne demandant qu’à être réactivé. Pour parler d’inhibition, d’autres conditions sont nécessaires et tout d’abord celle-ci : l’activation d’un mécanisme inhibé a besoin que le mécanisme inhibiteur soit lui-même inhibé. Oulala, dira le lecteur, définir l’inhibition par l’inhibition, c’est risqué. Cependant, il n’y a pas d’autre moyen de procéder. Cela ne signifie nullement que l’on ne saurait pas de quoi on parle puisqu’on a déjà précisé que cela nécessite que le mécanisme inhibé soit juste bloqué et non définitivement, soit mis à l’écart, soit empêché de se mettre en route tout en subsistant au sein de l’ensemble du fonctionnement, et notamment soit interdit par le blocage de son mécanisme d’allumage ou soit bloqué par la destruction immédiate des produits de sa mise en route.

Pourquoi dire, par exemple, que la génétique fonctionne sur la base de multiples mécanismes d’inhibition ?

Tout d’abord, une telle affirmation nécessite que le mécanisme fondamental de la génétique, la fabrication par les macromolécules du vivant des protéines spécifiques du soi (de l’espèce et de l’individu) permettrait de fabriquer d’autres protéines d’autres individus ou d’autres espèces vivantes si des mécanismes génétiques qui sont bloqués cessent de l’être par le fait que les mécanismes qui les bloquent seraient eux-mêmes bloqués ou occupés ailleurs. Eh bien, c’est exactement ce qu’affirme la génétique !

Certains ont dit que la génétique était la reproduction à l’identique avec quelques erreurs rapidement corrigées par destruction des fautes. C’est vrai et c’est déjà une forme d’inhibition puisque les erreurs en question peuvent parfaitement se reproduire, même si les produits inadéquats ont été détruits par des processus de protection du « soi » comme les protéines dites « chaperons ».

Mais l’essentiel n’est pas là : notre ADN serait capable de produire d’autres types d’êtres vivants que nous !!! On pourrait fabriquer bien d’autres espèces vivantes avec notre ADN à nous !!! Ce qui l’empêche c’est que les gènes qu’il faudrait ainsi activer sont bloqués par d’autres gènes, eux-mêmes activés par notre fonctionnement.

En fait, à l’origine, une molécule d’ADN est complètement inactive, inhibée par elle-même, par ses propres gènes, possédant en son sein des gènes qui servent, seulement parfois, à inactiver les autres. Pour mettre en route l’action d’un gène, il faut désactiver le gène désactivateur. C’est justement là que réside le mécanisme dit « inhibition de l’inhibition ».

On retrouve en effet dans ce type de fonctionnement le fait que les mécanismes bloqués ne sont nullement supprimés, qu’ils restent préservés potentiellement au sein de l’ensemble du fonctionnement, tout en étant momentanément empêchés de se mettre en route. On retrouve que c’est encore un mécanisme de blocage qui sert à débloquer cette potentialité, le blocage des mécanismes bloqueurs est à la base de l’activation des mécanismes inhibés.

On remarque donc que l’inhibition n’est pas une remarque ou une propriété accessoire ou secondaire dans le fonctionnement de l’ADN : elle est, au contraire, à la base même du mécanisme d’activation.

Ce n’est pas tout. C’est l’inhibition de l’inhibition des gènes bloqueurs qui détermine quel gène va être activé plutôt que tel autre. Mieux, il s’agit même d’une succession d’actions qui est ainsi pilotée par le déblocage d’un bloqueur, car le gène débloqué en débloque d’autres, en chaîne, ou produit des protéines qui en débloquent d’autres. On a ainsi la mise en route successive, avec des actions successives et des temps d’intervention, de véritables programmes apparents de productions successives interactives qui amènent à la production du corps, de ses organes, de ses systèmes, y compris de son cerveau.

L’inhibition est un mécanisme de sélection qui ne détruit pas intégralement les produits ou les fonctionnements qui ne sont pas sélectionnés, qui en conserve la possibilité, fût-ce à l’état de traces cachées au sein du corps.

Le vivant est le domaine de multiples mécanismes d’inhibition et l’ADN est loin d’être le seul domaine où l’inhibition (débloquée par inhibition de l’inhibition) soit relevée comme processus fondamental d’activation.

Nombre de virus ou de bactéries sont inhibés et non entièrement détruits. On s’aperçoit qu’ils ont été stockés et sont réactivables souvent à volonté.

On pourrait penser que l’immunité, elle, détruirait ses adversaires du non-soi, au lieu de fonctionner sur la base de l’inhibition. Mais cela est faux. Et on peut le montrer dans la mise en place même du mécanisme d’immunologie chez l’individu. En effet, ce mécanisme a pour fondement l’essai par les lymphocytes T de toutes les interactions avec le corps, avec le soi, et la conservation seulement des lymphocytes qui interagissent avec le corps mais faiblement et la destruction définitive des autres. Mais, si la destruction massive de la plupart des lymphocytes que nous avions au départ est à la base du mode de protection, le mode de sélection, lui, est inhibiteur car, normalement sauf maladie auto-immune, les lymphocytes qui sont gardés interagissent modérément avec notre corps et fortement avec tout ce qui est étranger. Ils ont un mécanisme pouvant inhiber partiellement des fonctionnements de notre corps. Ils permettent qu’on conserve en nous bien des attaques potentielles. Sans ce fonctionnement, tous les virus, bactéries et autres que nous possédons en nous, et qui sont souvent très nécessaire, voire indispensables, seraient détruites comme non-soi !!! Et on sait que nous possédons en nous des milliards de tout petits être vivants ou de virus qui sont très nécessaires à notre fonctionnement. Le mécanisme qui est fondé sur la destruction du non-soi est surtout basé sur l’inhibition, sur le blocage, sur la mise en sommeil, et pas seulement sur la destruction définitive !

Nombre de médicaments sont simplement des inhibiteurs ou déshinibiteurs (inhibiteurs de l’inhibition) avec inhibition partielle ou totale.

Et le fonctionnement social, le fonctionnement politique, le fonctionnement économique, y trouve-t-on le même mécanisme d’inhibition ? Le parallèle entre les uns et les autres est-il porteur de réflexions et d’avancées conceptuelles ?

Nous pensons que c’est le cas.

Examinons les systèmes sociaux successifs des sociétés humaines. Ont-ils directement détruit, complètement, définitivement, et sans rémission, les anciens modes de production, de vie, d’organisation sociale, de pouvoir, les anciens rapports sociaux, les anciens modes de propriété, etc., ou les ont-ils seulement inhibés ? Ont-ils éliminés les anciennes classes possédantes ou les ont-ils surtout désactivés, dépossédés, mis à l’écart et bloqué tout leur fonctionnement, leur mainmise sur le pouvoir et les relations sociales ? On remarquera sur cette question l’attitude des nouvelles classes dirigeantes dans les pays dominés, encore aux mains d’anciennes classes dirigeantes. On verra qu’ils ne les ont pas nécessairement et entièrement balayées mais se sont débrouillés pour les contraindre à se soumettre et à renoncer au pouvoir, mais ils les ont mis surtout au service des nouveaux rapports de production et rapports sociaux.

Le vivant n’agit pas fondamentalement autrement : un corps peut conserver en son sein des bactéries mais il les met aussi à son service, il les utilise dans son propre fonctionnement et conserve la maîtrise de leur développement et de leur multiplication. L’important c’est d’être ou pas le principal maître des interactions.

Est-ce que le fonctionnement de la matière, dite inerte, connaît aussi le mécanisme de l’inhibition ? La retrouve-t-on en physique, en chimie comme en biochimie, en biologie ? La trouve-t-on dans l’évolution des espèces comme au sein des espèces ?

C’est une vaste question qui nécessite d’importantes études mais on peut un peu survoler ces questions en disant que : oui, cette notion a un sens assez universel et ce n’est pas très étonnant. Rappelons que nombre de conceptions du changement et du mouvement ont été rendues universelles par les auteurs les plus divers. C’est le cas des notions de « matière », de « lumière », de « vitesse », d’ « énergie », de « mouvement », de « transition de phase », de « changement d’état », de « continuité et discontinuité », de « discret », de « chaos déterministe » et bien d’autres. On constatera donc sans trop d’étonnement que le mécanisme d’inhibition soit lui aussi valide dans des domaines aussi divers.

Donnons-en des exemples. Examinons ainsi la notion de « dualité onde-corpuscule » de la lumière, de la matière et du vide quantique. Est-on en présence d’une réalité qui serait soit des ondes, soit des corpuscules ? La réponse est non. Ce serait plutôt les deux à la fois comme le montrent des expériences du type de celle des fentes de Young, applicables aussi bien à la matière qu’à la lumière. On constate qu’une fois les fentes passées, l’émission de la source atterrit sur l’écran sous forme corpusculaire mais en reconstituant des figures d’interférences qui appartiennent au domaine ondulatoire.

Donc les deux à la fois mais pas également. Une expérience peut privilégier l’un plus que l’autre ou l’autre plus que l’un. Quand l’un est activé, l’autre est… inhibé ! Eh oui !

L’interaction onde-corpuscule est du domaine de l’inhibition ! L’un ne supprime jamais l’autre mais l’un peut mettre de côté l’autre, partiellement ou provisoirement et activer l’un est identique à désactiver l’autre.

La relation de l’ordre et du désordre au sein de la matière, de la lumière et du vide est du même type. Jamais l’ordre ne détruit totalement le désordre ni réciproquement. Leur interaction conflictuelle, aux diverses échelles d’organisation de la matière, est davantage du domaine de l’inhibition que de la destruction mutuelle.

Or l’interaction ordre-désordre est ce qui pilote les états de la matière, les échanges d’énergie, les transitions, les modes d’organisation, les propriétés microscopiques, mésoscopiques comme macroscopiques ou d’astrophysique.

Prenons l’exemple de la diffusion limitée par la dispersion, nous avons là un parfait exemple physique d’intervention de l’inhibition. Il y a blocage mais pas destruction. Le fonctionnement inhibe en partie le transfert et en limite l’ampleur et l’échelle, le guide et le contrôle en somme plutôt que de le bloquer totalement.

Examinons maintenant le domaine de l’histoire des hommes et des sociétés, le domaine économique, social et politique…

Nous constatons, dans ces domaines, bien des circonstances où les forces se combattent, mortellement parfois, qu’il s’agisse de concurrence économique, de lutte entre classes sociales, entre groupes politiques, de combats de systèmes sociaux, de régimes et de pouvoirs d’Etat. Mais nous trouvons-nous simplement dans des situations où les forces en présence doivent se détruire corps et biens ou de situations où il s’agit de bloquer, d’inhiber l’adversaire ?

Qu’a fait la bourgeoisie mondiale, qu’ont fait les impérialismes occidentaux, au mouvement ouvrier révolutionnaire, incarné dans les soviets, qui avait pris le pouvoir en Russie et avait tenté de le prendre en Europe, en Asie et en Orient ? Elle ne l’a pas supprimé physiquement, même si elle aurait bien voulu. Elle l’a inhibé, bloqué, isolé, contrôlé, puis mis à son service, une fois détourné de son but, suffisamment transformé, encadré, limité, bloqué.

Ce n’est pas un cas unique.

Qu’a fait la bourgeoisie au pouvoir royal ? Bien sûr, dans certains pays comme la France, elle l’a carrément supprimé radicalement mais y est parfois revenu, sans revenir nécessairement sur les rapports sociaux nouveaux que la révolution amenait. Ailleurs, elle a conservé le pouvoir royal, mais en le bloquant, en le limitant, en le mettant au service de la nouvelle société, de la nouvelle classe dominante, en inhibant son ancien caractère de clef de voûte de la classe féodale.

Qu’a fait la bourgeoisie des anciennes classes nobles ? Elle les a combattues, y compris les armes à la main, leur a ôté le pouvoir, mais elle les a ensuite utilisées autant que c’était possible sans revenir sur les acquis de la révolution.

Qu’a fait le pouvoir russe des soviets quand il était offensif et révolutionnaire, avant le stalinisme, des anciennes classes sociales de la vieille société russe ? il n’a pas cherché à détruire la classe sociale vivant dans des modes d’existence antiques, la paysannerie ou les nationalités des anciens peuples des territoires conquis et opprimés par l’ancien empire tsariste. Non, il a tenté de les gagner, de les assimiler, de les entraîner, plutôt que de les détruire. C’est le stalinisme (terme sous lequel on indique la contre-révolution en Russie) qui a agi différemment, avec la « dékoulakisation » et les déportations de peuples. Mais la révolution sociale, qui passe pour destructrice des anciens rapports de production et des anciennes classes sociales, s’est souvent contentée d’inhiber le pouvoir destructeur et assassin de ces anciennes classes et au maximum de les mettre au service des nouveaux rapports sociaux qu’elle entendait fonder.

Même si la révolution a pour slogan « faisons table rase du passé », « détruisons l’Etat des classes possédantes », « cassons les anciens rapports de classe », « supprimons la propriété privée des moyens de production », « éliminons le sacro-saint droit du possesseur du grand capital » et qui a effectivement de tels buts économiques, sociaux et politiques, n’en est pas moins capable d’agir de manière plus progressive, plus fine, plus graduelle à partir du moment, à condition, et dans la mesure où elle a réussi déjà à détruire la capacité de réaction violente et de nuisance des anciennes classes exploiteuses. Plus on pourra les inhiber au lieu de devoir les frapper mortellement, plus cela signifie que la révolution sociale est forte et dynamique.

Cela peut étonner au premier abord de parler ainsi pour des révolutionnaires et non pour des réformistes. Mais examinons la leçon de l’histoire. La révolution bourgeoise était-elle plus forte quand elle devait se battre militairement par les armées de la noblesse ou lorsqu’elle n’en avait plus besoin et pouvait réintégrer un peu de cette ancienne classe dirigeante parmi les profiteurs de la société sans aucun risque. La société bourgeoise actuelle a-t-elle socialement quelque chose à craindre des anciennes familles royales dans un pays comme la France où elles ont totalement perdu le pouvoir. Ce pays est-il plus ou moins bourgeois parce qu’il se moque complètement de qui fait partie d’anciennes familles de la haute noblesse, contrairement à l’Angleterre bourgeoise ? Pas du tout ! Dans ces deux pays, la noblesse n’existe plus en tant que société différente, de rapports sociaux, de mode de propriété de la société bourgeoise. Le caractère propre de la noblesse a complètement été inhibé mais, si des écroulements économiques et sociaux se produisaient, on pourrait voir revenir les anciennes classes de chefs de bandes armées, avec seulement des armes nouvelles… En attendant, la noblesse, en tant que classe féodale, est inhibée, bloquée socialement, contrôlée, intégrée, inhibée en somme…

Le lecteur s’interrogera probablement sur l’intérêt de telles remarques pour l’étape actuelle de l’humanité et du combat du prolétariat face au monde capitaliste.

Eh bien, ce que nous pouvons remarquer à ce propos, c’est d’abord que pendant nombre d’années le pouvoir bourgeois a su cantonner la classe ouvrière, la limiter, lui rogner les ailes, détourner ses luttes, la désorganiser, la déboussoler, en somme elle ne l’a pas détruite ni n’a détruit définitivement ses capacités révolutionnaires. Elle l’a intégrée partiellement, désactivée momentanément, elle l’a inhibée par le réformisme politique et syndical, ponctué et complété de répressions violentes de temps en temps. Mais inhibée ne veut pas dire définitivement tuée et la nouvelle phase de crise historique du capitalisme où nous sommes entrés en 2007-2008 repose à nouveau la question : les inhibiteurs vont-ils être eux-mêmes inhibés et la classe ouvrière révolutionnaire réactivée ? C’est la suite de l’histoire !

Est-ce que la classe capitaliste parviendra à inhiber la capacité révolutionnaire des masses prolétariennes du monde, en s’appuyant à la fois sur ses forces réformistes et sur ses forces fascistes et militaires, l’histoire n’est pas encore écrite et tous les prophètes de mauvais augure qui ne croient pas en l’avenir communiste du prolétariat ne sont pas parvenues à convaincre… les classes exploiteuses du monde, qui, elles, démontrent tous les jours par leur politique combien elles craignent le prolétariat. Cela ne signifie pas que le prolétariat ait déjà confiance dans son rôle révolutionnaire ni s’y atèle avec dynamisme. La confrontation sera dure et l’avenir est incertain mais le pire est loin d’être déjà enclenché ni garanti.

Etudier le fonctionnement des relations universelles de forces opposées, ce n’est pas le plus mauvais moyen, même s’il peut étonner, de se préparer à la confrontation !

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