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Accueil du site > 06- Livre Six : POLITIQUE REVOLUTIONNAIRE > 1-2 Réformisme et fascisme contre la révolution sociale > 1938-1939, basculement du régime en France

1938-1939, basculement du régime en France

mardi 15 août 2017, par Robert Paris

Voici un article sur les années 1938-1939 où la France est passée de la démocratie bourgeoise à la dictature (voir ici la situation) :

Dans la continuité du Front Populaire, le gouvernement Radical de Daladier, en 1938, poursuivra la série de décrets-lois anti-ouvriers avec la suppression des majorations pour les 250 premières heures de travail supplémentaire, l’annulation des dispositions des conventions collectives interdisant le travail aux pièces et l’application de sanctions pour tout refus d’effectuer des heures supplémentaires pour la défense nationale. Quant aux congés payés, ils seront dévorés en une bouchée puisque sur proposition du patronat, appuyé par le gouvernement Blum et relayé par les syndicats, les fêtes de Noël et du Premier de l’An seront à récupérer. Une mesure qui s’appliquera ensuite à toutes les fêtes légales soit 80 heures de travail supplémentaire ce qui correspond exactement aux 2 semaines de congés payés.

Les ouvriers, notamment ceux du nord de la région parisienne déclencheront des grèves de protestations contre des conditions de travail devenues plus abominables qu’elles ne l’étaient déjà avant les "lois sociales". Mais l’encadrement syndical et les mystifications drainées par la gauche font que la mobilisation n’est plus la même qu’au printemps 1936. La classe dominante peut lâcher ses chiens : 1500 policiers attaquent l’usine Renault le 23 novembre 1938. Des centaines d’ouvriers seront blessés et 300 en état d’arrestation. La classe ouvrière est alors sous le talon de fer de la bourgeoisie. Il s’agit de la préparer à la contre-révolution par les milices, la dictature et la guerre.

Sur ces années cruciales, Michel Olivier nous communique ses remarques sur la lecture de Pierre Naville

Faire du neuf avec du vieux !

Toujours l’exploitation des travailleurs.... en 1938-39 comme en 2017

Jamais l’histoire ne se répète de façon totalement identique, souvent elle bégaye, et alors, en se répétant, « la seconde fois (c’est) comme une farce » ; Marx l’écrivait à propos du 18 Brumaire de Louis Bonaparte, dans son livre du même nom.

Ainsi, il y a, dans l’histoire, des situations qui s’avèrent avoir des ressemblances.

A la lecture des articles et études de Pierre Naville sur la situation politique des années 1938-39, l’on est extrêmement frappé par des similitudes avec la situation d’aujourd’hui que l’on veut nous décrire comme inédite.

Pierre Naville traite brillamment de la crise et des emprunts, de la dette publique et privée, de la question des immigrés, des décrets-lois, de la montée d’un régime autoritaire, des attaques par rapports aux droits sociaux (retour sur les 40 heures obtenues en 1936), attaques dictées par le patronat.

Nous publions, ci-après, des parties de ses textes :

* "Le statut du travail et la crise", Quatrième internationale, n° 8, février-avril 1938.

* "Les émissions de capitaux et la crise", Quatrième internationale, n°9 juin 38

* "La dette publique et privée et la revenu national", Quatrième internationale, n°10 juillet 38

* "La dictature", Quatrième internationale, avril 1939, après le vote des pleins pouvoirs financiers à Reynaud le 19 mars.

* "Une loi barbare contre les immigrés en France. le décret-loi Daladier du 2 mai 1938" (brochure)

* "Discours autoritaire d’un ministre libéral", La lutte ouvrière, 17 février 1939

Ces articles et études de Pierre Naville sont d’une rare qualité, ils nous permettent de suivre la politique de la chambre du front populaire élu en avril-mai 1936 qui finira par voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940.

Mais auparavant le 21 juin 1937, le gouvernement Blum (social-démocrate) mettra en scelle le gouvernement du radical Camille Chautemps. L’aggravation de la situation économique et le creusement du déficit budgétaire amène Chautemps à réclamer les pleins pouvoirs qui lui furent refusés le 9 mars 1938. Puis en mars-avril 1938, après avoir été rappelé le 13 mars par le président de la République Albert Lebrun, Léon Blum forme un éphémère gouvernement avant de démissionner, n’arrivant pas à obtenir les pleins pouvoirs financiers dans le but d’appliquer de grandes réformes financières. Le radical Edouard Daladier le remplace, décidé à « remettre la France au travail » et revient sur plusieurs réformes du Front populaire. La fin de « la semaine des deux Dimanches », soit le retour aux 48 heures. Cette politique engendre une forte opposition ouvrière, avec grèves et manifestations. La répression s’ensuivit, avec des licenciements massifs et de nombreuses arrestations.

C’est ainsi que la social-démocratie et les staliniens sont arrivés à déboussoler la classe ouvrière pour l’entrainer au développement de l’économie de guerre jusqu’à la guerre impérialiste.

A cette époque Pierre Naville n’a pas encore rompu avec le mouvement trotskiste et n’est pas encore retourné dans le giron de la social-démocratie de gauche : au Parti socialiste unifié (PSU).

Nous n’avons pas la prétention, dans ce document, de donner précisément à quel moment nous nous trouvons dans l’histoire et si la guerre impérialiste menace à nouveau. Cette réflexion est ouverte que ce soit dans des courants de la Gauche communiste, des courants en rupture du trotskisme ou autres tendances autonomes ou de l’anarchisme de gauche.

Les articles ci-après sont volontairement organisés autour de grandes questions politiques toujours actuelles.

I – La situation générale : l’endettement et la crise

Hier Naville écrivait en 1938 : « Ce sont les mêmes qui crient au poids insupportable de la dette publique (…) et qui engraissent indéfiniment cette dette ! Ce qui rend le marasme actuel plus aigu, c’est l’annonce d’un nouvel effondrement cyclique de la conjoncture mondiale (...). Mais la conclusion que l’on tire dès à présent, très nettement du côté de la bourgeoisie, c’est qu’il faut mettre les ouvriers à la raison à temps ! »

Aujourd’hui, c’est toujours ceux qui s’engraissent par la spéculation financière, qui spéculent sur la dette et les "emprunts pourris", qui mènent une politique d’austérité sur le dos des travailleurs. La seule différence porte sur les besoins du capital financier, c’est que la dette a cru de façon astronomique, qu’elle ne sera jamais remboursée, que le capitalisme continue à danser sur un volcan mais que les travailleurs trinqueront toujours plus jusqu’à donner leur peau dans un nouvel affrontement impérialiste généralisé. Les spéculateurs eux ont gagé leurs emprunts pourris sur l’Etat c’est à dire sur les travailleurs. C’est à dire « utiliser directement ou indirectement le budget, c’est-à-dire les ressources et la garantie de l’Etat (ou des collectivités locales, départements ou communes), et en général toutes les industries subventionnées. » (article ci-dessous).

CRITIQUE ÉCONOMIQUE

LES ÉMISSIONS DE CAPITAUX ET LA CRISE

Quatrième internationale, n°9 juin 38 (…)

« En effet, le capital monopolisateur dispose, d’une série de moyens pour investir et faire circuler du capital sans lui faire subir les risques du jeu "normal". L’un de ces moyens est celui qui consiste à utiliser directement ou indirectement le budget, c’est-à-dire les ressources et la garantie de l’Etat (ou des collectivités locales, départements ou communes), et en général toutes les industries subventionnées. Le capital financier a toujours utilisé ce moyen. Mais il a pris une importance de premier plan avec le développement de la politique d’armement et de grands travaux. Les sommes affectées par le budget à la politique d’armement constituent déjà un investissement énorme. Elles sont maintenant systématiquement augmentées par la Caisse autonome de la Défense nationale, fondée par Chaumes pour donner aux banques l’assurance que les sommes qu’elles volent au public ne risquent pas d’être versées par le moyen des virements de crédits budgétaires, ailleurs que chez les industriels. de guerre. Quant aux grands travaux, il suffit de se reporter au décret Daladier du 25 mai, qui prévoit un plan de 11 milliards pour deux ans. Le décret prévoit le financement par des prêts aux collectivités (par l’intermédiaire du Crédit foncier, de la Caisse des dépôts et consignations et de la Caisse de crédits aux départements), c’est-à-dire l’endettement accru des départements et des communes, et par des "emprunts sur le marché local", garantis et facilités par l’Etat c’est-à-dire un prélèvement nouveau sur la petite et moyenne épargne et sur la masse des salaires.

Ainsi on voit se développer, à côté de la stagnation des sociétés industrielles privées par suite de la faible circulation du capital, et des risques continus, un énorme secteur d’activité économique gagé sur le budget d’Etat et des collectivités, abrité des risques qui donne l’illusion d’un nouvel équilibre du développement capitaliste. Cela seul d’ailleurs est illusoire, car les bénéfices et profits industriels et commerciaux qui en découlent pour les grandes banques sont bien réels. Ils sont acquis grâce à une augmentation croissante de la dette publique et privée, dont on allège périodiquement le poids par l’inflation (ou son pseudonyme, la dévaluation), une fois que le grand capital en a tiré les profits nécessaires.

Jusqu’en 1930, les emprunts des collectivités publiques diminuent. C’est la "prospérité". Les émissions privées suffisent : elles s’élèvent jusqu’à 26 milliards. Ensuite, le phénomène inverse se produit, et se continue jusqu’en 1937. L’Etat et les communes empruntent. La banque et l’industrie privée se "garent". La politique de Daladier ne fait maintenant qu’essayer de combiner les deux formes de circulation du capital. Leur signification commune est de toujours ramener à l’accumulation entre les mains du capital monopolisateur, les banques en tête.

Ce caractère déséquilibré du système de crédit est encore souligné par la thésaurisation continue, et qui est le fait des grands capitalistes. Il est impossible de chiffrer exactement le montant des capitaux "exportés" - 50, 80 ou 100 milliards ? Ces capitaux sont détenus par des banques et même lorsqu’ils circulent entre différentes capitales, c’est pour profiter des mouvements de changes et encaisser ainsi un bénéfice spéculatif. C’est ce qui s’est produit au début de mai, lorsque quelques milliards sont revenus en France prélever les monstrueux bénéfices de la dévaluation Daladier-Marchandeau. Une fois ces bénéfices encaissés, ces capitaux reprirent le même chemin : ils ne s’investirent pas dans la production sauf partiellement à travers les garanties exceptionnelles offertes par l’emprunt de la Défense Nationale (qui apparait ainsi comme le pourboire versé à Daladier en récompense de sa bienfaisante dévaluation !).

Peut-on à ce sujet parler de "sabotage de la production", voire de "grève de capital" ? Certains marxistes pensent que non, en avançant le raisonnement suivant : si le capital ne se réinvestit pas "normalement", c’est parce que le cycle de crise n’est pas révolu. C’est la loi même des crises qui retient le capital momentanément hors du procès de production. Ce serait donc du subjectivisme que d’accuser les capitalistes de saboter leur propre système économique. »

*

Comme aujourd’hui, hier il ne s’agissait pas de "sabotage de la production", mais le développement des emprunts et des dettes provient du fait qu’investir dans l’industrie productive ne rapporte pas autant que de jouer en bourse ou de prévoir des montages financier risqués. La bourgeoisie hier comme aujourd’hui a fait le choix de présurer toujours plus les travailleurs pour tenter d’enrayer la baisse du taux de profit. Et en attendant, elle fait le choix de la croissance des dettes.

Naville écrit dans l’article ci-après :

« son poids (de la dette) va croissant, en même temps qu’on assiste à un arrêts du progrès de la production, et à un affaiblissement de la vitesse de circulation du capital, c’est à dire aussi des échanges commerciaux.

La bourgeoisie songe à rejeter d’autant plus brutalement le fardeau. D’un instrument de chantage et de profits pour le capital bancaire, l’endettement de l’Etat devient un poison qui engorge le corps économique. » (...)

« Si l’Etat ne parvient pas à se tirer d’affaire pour la dette normale avec l’état actuel de la production, comment pourra-t-il faire une nouvelle avance massive de crédit à la production, c’est à dire ajouter à la dette antérieure le poids d’une nouvelle dette géante ? Encore une fois il ne le pourra, sur la base du fonctionnement actuel du capitalisme, que par une compression violente du niveau de vie des salariés. » (souligné par nous) Et donc il faudra « tondre les travailleurs ».

Critique économique

LA DETTE PUBLIQUE ET PRIVÉE ET LE REVENU NATIONAL

Quatrième internationale, N°10 juillet 38

« Le problème du rapport entre les charges de la dette (privée et étatique) et le revenu national, est un de ceux qui révèlent le mieux le caractère du déséquilibre et de l’épuisement actuels du système capitaliste. Laissons parler un journal aussi clairvoyant que The Economist. Voici une des ses explications du début de l’année sur la situation en France :

« Le problème principal (en France) reste inchangé : les dettes laissées par la dernière guerre et les dépenses militaires courantes, représentent des charges énormes qu’on ne peut soutenir que de deux façons. Ou bien le pays doit produire, travailler, et vendre plus, de façon à augmenter le revenu individuel et les revenus fiscaux, ou bien la production et les revenus individuels resteront les mêmes ou baisseront, et alors l’augmentation des impôts et des charges des transports mèneront à une baisse du niveau de vie. La seconde alternative surgit automatiquement de l’effort pour augmenter les dépenses publiques et ferroviaires, tandis que la production n’augmente pas. Les gens sont alarmés par la hausse du coût de la vie, le pouvoir d’achat déclinant, l’augmentation des faillites et banqueroutes. D’où demande de hausses de salaires et conflits sociaux » (22 janvier). Au fond, c’est bien déduit, du point de vue du développement capitaliste.

(…)

Ces facteurs créent une nouvelle situation. Pour l’Etat, la charge de la dette cesse d’être le paiement normal d’intérêts d’un capital qui s’accumule toujours plus, c’est à dire un remboursement de crédits à long terme, gagés sur l’accroissement constant du revenu national comme c’était le cas dans la période d’épanouissement du capital financier. Elle devient un facteur supplémentaire de déséquilibre de l’économie nationale car son poids va croissant, en même temps qu’on assiste à un arrêts du progrès de la production, et à un affaiblissement de la vitesse de circulation du capital, c’est à dire aussi des échanges commerciaux.

La bourgeoisie songe à rejeter d’autant plus brutalement le fardeau. D’un instrument de chantage et de profits pour le capital bancaire, l’endettement de l’Etat devient un poison qui engorge le corps économique et menace d’entrainer des crises organiques générales. En Allemagne, en Autriche, la victoire du fascisme est venue de là.

L’endettement en France n’approche pas encore de ce qu’il était dans les deux pays avant que les fascistes tentent leur "reconstruction" économique. Mais il se développe dans le même sens, et c’est pourquoi la bourgeoisie pose tous les jours ce dilemme auquel faisait écho de rédacteur de l’Economist que nous avons déjà cité : ou bien les ouvriers accepteront des longues journées, l’extension du chômage partiel, une nouvelle dévaluation, c’est à dire un accroissement de la production et des profits patronaux sans contre-partie – ou bien il faut s’attendre à la "perte des libertés", c’est à dire qu’on atteindrait le même but en utilisant le révolver et le camp de concentration fascistes.

Il faut ajouter que la nécessité pour la bourgeoisie d’alléger le poids de la dette d’une façon, ou d’une autre est rendue encore plus urgente par le besoin de nouveaux emprunts gigantesques (destinés aux dépenses de guerre et partiellement aux Grands travaux). Comment la bourgeoisie pourrait-elle faire de l’inflation de crédit, en plus de l’inflation tout court, alors qu’elle est déjà écrasée par le volume des emprunts antérieurs ?

En effet, à la dette "normale" se superpose maintenant dans certains pays (Etats-Unis, Allemagne) une énorme avance de capitaux (NRA , traites de travail , etc..) qui ne peut être gagée que sur un accroissement considérable des forces productives de l’ensemble du pays. Si l’Etat ne parvient pas à se tirer d’affaire pour la dette normale avec l’état actuel de la production, comment pourra-t-il faire une nouvelle avance massive de crédit à la production, c’est à dire ajouter à la dette antérieure le poids d’une nouvelle dette géante ? Encore une fois il ne le pourra, sur la base du fonctionnement actuel du capitalisme, que par une compression violente du niveau de vie des salariés.

Mais cette politique d’ensemble ne suffit pas à la bourgeoisie. Il y a une série de moyens annexes de rendre plus favorable le rapport de charge d’endettement au revenu national. D’abord, le glissement de la monnaie, la hausse des prix, puis les opérations portant directement sur la masse des paiements de l’Etat, conventions d’emprunts, réduction du taux de l’intérêt, suspension de paiement (pour deux ans par exemple, comme cela fut proposé dans le plan Blum d’avril), abaissement des traitements, etc ...

Ces moyens ne sont que des palliatifs momentanés, mais, en l’absence d’une résistance massive du prolétariat, il ne faut pas négliger leurs effets, surtout en France où le capital financier peut jouer assez facilement entre les intérêts fragmentés des différentes catégories de prêteurs. C’est pourquoi il ne faut pas accorder trop vite crédit aux prophéties sur les "catastrophes financières", paniques, et autres sortilèges maniés par la grande presse pour dérouter les exploités et anéantir leur volonté de résistance. C’est avec ces épouvantails que la direction de la C.G.T. a fait accepter aux ouvriers les "sacrifices" et la "pause", c’est-à-dire qu’elle a aidé le capital à tondre son bétail. » (...) *

II – Attaque contre les droits sociaux et du travail.

Aujourd’hui il s’agit de la "Réforme du code du travail" (et notamment le contrat de travail et la disparition du contrat à durée indéterminé – CDI pour rendre plus "flexible") et des économies à faire dans les remboursements sociaux : sécurité sociale, retraites, etc... Hier c’était contre les 40 heures, etc..., l’augmentation du chômage de façon massive pour faire pression à la baisse des salaires.

Naville écrit ci-après « La grande affaire du gouvernement Chautemps, c’est de faire voter le statut du travail. En apparence, ce statut tente de faire rentrer dans le cadre des lois tous les rapports collectifs entre les employeurs et les salariés. C’est pourquoi il prétend se faire passer pour un instrument de "paix sociale". »

Ensuite Naville souligne que c’est une chambre de front populaire qui soutien cette politique d’attaque de la classe ouvrière. « Thorez parle des "améliorations culturelles et politiques", mais il n’ose rien dire des améliorations économiques, car c’est un fait que le niveau de vie réel des masses est actuellement plus bas qu’avant juin 1936. Thorez et les siens ont soutenu les gouvernements de l’inflation (dévaluation), de la hausse des prix, du sabotage des 40 heures, et sont encore prêts à le faire, sous prétexte de "maintenir l’unité du Front populaire" . »

Aujourd’hui, c’est le gouvernement Hollande-Vals (social-démocrate) qui a initié les attaques contre le code du travail et fait voté la "Loi travail" par l’article 49-3 de la constitution. C’est à dire sans vote par le parlement, comme pour les décrets-lois en 1938.

« LE STATUT DU TRAVAIL ET LA CRISE »

Quatrième internationale, numéro7, février-avril 1938

« (…) Pour le patronat, les délégués ouvriers, la semaine de 40 heures, les augmentations de salaires, cela représentait un formidable bond en avant de la classe ouvrière : ou bien il fallait accepter une diminution notable du profit et le droit de regard des ouvriers dans la marche des affaires - ou. bien organiser un gigantesque sabotage de l’économie, et acculer la classe ouvrière à la retraite.

C’est évidemment dans cette deuxième voie que la grande bourgeoisie financière et industrielle s’est engagée. »

Naville fait ensuite référence à 1848, où les mêmes amputations étaient intervenues après l’échec de la révolution, et enfin il poursuit.

« … Les moyens de chantage du capital bancaire n’ont pas beaucoup varié non plus. Soit dit en passant, l’état arriéré et routinier de l’appareil de la domination capitaliste en France devient à son tour un obstacle général au développement de la production à l’échelle contemporaine.

"L’endettement de l’Etat", écrivait Marx en fustigeant déjà le déjà les Rothschild, Lafitte et Cie "était d’un intérêt direct pour la fraction de la bourgeoisie qui gouvernait et légiférait au moyen des chambres. C’était précisément le déficit de l’Etat, qui était l’objet même de ses spéculations et le poste principal de son enrichissement. A la fin de chaque année, nouveau déficit. Au bout de quatre ou cinq ans, nouvel emprunt. Or, chaque nouvel emprunt fournissait à l’aristocratie : financière une nouvelle occasion de rançonner l’Etat, qui, maintenu artificiellement au bord de la banqueroute, était obligé de traiter avec des banquiers dans les conditions les plus défavorables. Chaque nouvel emprunt était une nouvelle occasion de dévaliser le public qui place ses capitaux en rentes sur l’Etat, au moyen d’opérations de Bourse, au secret desquelles gouvernement et majorité de la Chambre étaient initiés."

Et ce sont les mêmes qui crient au poids insupportable de la dette publique (…) et qui engraissent indéfiniment cette dette ! Ce qui rend le marasme actuel plus aigu, c’est l’annonce d’un nouvel effondrement cyclique de la conjoncture mondiale, dont les effets sont déjà visibles en Amérique, et même en Angleterre. Ce serait l’objet d’études spéciales d’examiner cette deuxième crise, dont les effets ne peuvent qu’être très importants sur toute la situation internationale. Mais la conclusion que l’on tire dès à présent, très nettement du côté de la bourgeoisie, c’est qu’il faut mettre les ouvriers à la raison à temps !

Déjà, le chômage augmente de nouveau d’une manière sensible. Les prix eux aussi continuent leur ascension, bien qu’il y ait stagnation, voire petit recul depuis le 15 septembre, par suite du commencement de baisse des prix de gros sur le marché mondial. L’année 1937 s’est soldée par un énorme déficit de la balance du commerce extérieur (15 milliards), dû essentiellement à la forte augmentation des importations en matières premières (le sabotage économique s’exerce - aussi de cette manière) ; et par l’inflation de 5 nouveaux milliards, qui a contribué au nouveau glissement du franc en précipitant la chute du ministère bipartite radical et socialiste. Aucun bavardage n’aura prise sur ces faits. C’est bien ainsi que raisonnent les Gignoux et les Chautemps. Il n’y a plus la marge d’espoir qui a disposé la bourgeoisie à accepter si facilement "l’expérience Blum". Non seulement la guerre apparaît à l’horizon comme une donnée de plus en plus présente de la politique, mais la crise économique nouvelle, qui peut fort bien se combiner avec celle-ci, ferme décidément toutes les perspectives front-populairiennes de joie et de bonheur. Wendel, Rothschild et autres se sont alors décidés à exiger leur dû : un gouvernement qui gouverne. "Il faut en finir avec les ouvriers".

La grande affaire du gouvernement Chautemps, c’est de faire voter le statut du travail. En apparence, ce statut tente de faire rentrer dans le cadre des lois tous les rapports collectifs entre les employeurs et les salariés. C’est pourquoi il prétend se faire passer pour un instrument de "paix sociale".

La loi bourgeoise fournissait au patronat une série d’instruments de répression anti-ouvrière qui avaient avant tout un caractère individuel. L’Etat se trouvait évidemment toujours aux côtés des patrons pour faire respecter "la loi", c’est-à-dire surtout le bon plaisir de l’employeur. Mais, déjà, en 1900, Millerand et Waldeck-Rousseau tentèrent de faire voter une série de lois sur l’arbitrage obligatoire, la "démocratisation" de la grève, etc ... qui tentaient de résoudre, dans le cadre de la loi, les antagonismes qui surgissaient fatalement des rapports de deux classes. Si ces lois ne furent jamais votées, c’est qu’elles se heurtaient d’abord à l’hostilité de la classe ouvrière, et en même temps à celle du patronat, qui préfère appuyer sa domination sur un appareil de contrainte qui ne l’oblige pas à des règlements collectifs, mais qui, au contraire, lui permet d’opérer la décomposition et le démembrement de la classe ouvrière à travers des règlements particuliers.

(...)

La bourgeoisie prend au sérieux sa propre lutte. Si elle dépense des millions pour armer les cagoulards, si les organisations patronales s’exercent à la défense des usines, si la C.G.P.F. fait une pression permanente sur le Parlement, c’est justement parce qu’elle veut en venir aux "méthodes d’autorité". Pas plus que les accords Matignon, le Statut du Travail ne fera disparaître la lutte de classes. Si le projet gouvernemental "hésite", c’est entre la réaction du prolétariat qui continue à manifester par des grèves et des occupations, et la volonté affirmée du patronat de ne se servir du statut que comme d’un tremplin pour en arriver au but voulu : le système corporatif fasciste.

Mais, disent les chefs staliniens et réformistes, si les patrons les plus combatifs sont hostiles au Code du Travail, n’est-ce pas une raison pour le soutenir ? Pas du tout, pas du tout ! Si le patronat de combat manifeste une certaine hostilité vis-à-vis de certaines stipulations du projet (indemnité mobile de cherté de vie, etc ... ), c’est pour une seule raison : elle les oblige à un détour pour faire prévaloir sans discussion leur volonté. Mais, dans son ensemble, la bourgeoisie française approuve et encourage le projet Chautemps parce que c’est un pas en avant, une possibilité nouvelle donnée au patronat pour réduire par la force les luttes ouvrières. Comme toute loi qui prétend régler les rapports collectifs des classes sur le lieu même d’autres instruments que les votes secrets sous l’égide du juge de paix ou les exploits d’huissiers. Voilà pourquoi le patronat accompagnera le vote de la loi d’une action redoublée pour entraîner ses bandes fascistes, briser les grèves, contraindre l’Etat à la répression la plus féroce, acculer les réformistes à la capitulation et à la trahison. A chaque concession qu’il se fait accorder, le capitalisme répond par des coups de fouet centuplés et une rage accrue : il obtiendra ainsi une nouvelle concession.

(…) En Allemagne aussi, Severing, Braun, Wels et Leipart apprenaient aux ouvriers à accepter des sacrifices : ils soutenaient Brüning qui détruisait aux ouvriers à accepter des sacrifices : ils soutenaient Brüning qui détruisait systématiquement les positions économiques du prolétariat allemand (diminution de salaires, impôts, hausse des prix), sous prétexte de ne pas faciliter l’accession de Hitler au pouvoir. Thorez parle des "améliorations culturelles et politiques", mais il n’ose rien dire des améliorations économiques, car c’est un fait que le niveau de vie réel des masses est actuellement plus bas qu’avant juin 1936. Thorez et les siens ont soutenu les gouvernements de l’inflation (dévaluation), de la hausse des prix, du sabotage des 40 heures, et sont encore prêts à le faire, sous prétexte de "maintenir l’unité du Front populaire" et de "faire échec à la réaction". Ils s’en plaignent Mais les social-démocrates allemands aussi gémissaient aux basques de Brüning.

Seulement, ils faisaient tous leurs efforts pour empêcher toute lutte réelle des masses. Or, le statut du travail peut justement être considéré comme un instrument qui facilite la politique du "moindre mal", c’est-à-dire qui renforce le caractère bonapartiste du gouvernement et de l’Etat. Croizat et Cie pourraient-ils nier qu’ils ne se sont finalement ralliés aux dispositions de Chautemps que comme à un "moindre mal" ? Et qui oserait soutenir que le statut du travail comporte des améliorations économiques (ou politiques) pour le prolétariat ? » (...)

**

D’abord diviser pour régner a été toujours été la politique des classes dirigeantes mais ici il s’agit de pousser à la baisse le salaire des travailleurs.

L’article de Naville, ci-après, pointe d’autres aspects similaires. Aujourd’hui comme en 1938 tout citoyen aidant un immigré est passible d’une amende. Dans l’article ci-dessous Naville écrit :

« Un an de prison si tu as logé, nourri, ou aidé à se loger et à se nourrir, un homme ou une famille sans feu ni lieu. Un an de prison, si tu as aidé ce paria, si tu fus l’intermédiaire avec celui qui a aidé. Un an de prison, si tu as donné conseil, quel qu’il fût ! Peut-être même ignorais-tu la situation "irrégulière" de ton interlocuteur ? Il t’en coûtera tout de même un an de prison pour ne t’être pas mis dans la peau de ce citoyen rêvé par l’Etat capitaliste : l’indicateur, le mouchard, le délateur bénévole !

Une loi barbare contre les immigrés en France

LE DÉCRET-LOI DE DALADIER-SARRAUT-MANDEL DU 2 MAI 1938

« La législation sur les étrangers en France a toujours été une législation réactionnaire, bien qu’elle fût, aux époques d’épanouissement de la République, tempérée par un idéal libéral et humanitaire. Mais, après le décret-loi scélérat du 2 mai, elle devient une législation barbare. Riches et réactionnaires, les étrangers seront comme d’habitude les hôtes honorés des polices, des cercles de jeux, des Bourses, des Ministères.

Mais les pauvres, les exploités, seront brimés, traqués sans pitié, privés des moindres possibilités d’expression.

Le ministre de l’intérieur et les préfets étaient et restent les maîtres absolus du sort des étrangers en France. Le décret du 30 octobre 1933 (Laval-Paganon), en application jusqu’à celui du 2 mai 1938, avait considérablement aggravé les peines applicables aux réfugiés politiques, ceux que Sarraut appelle les "hôtes irréguliers". Ce décret portait un emprisonnement de 6 mois à 2 ans pour les expulsés qui seraient revenus en France "sans la permission du gouvernement".

Le décret du 2 mai ne se borne pas à aggraver d’une façon monstrueuse les pénalités appliquées. Il règlemente d’une façon générale les étrangers en leur appliquant un statut qui ne vaut guère mieux que le code de l’indigénat en Afrique du Nord. Avant d’en tirer toutes les conséquences, voyons les articles de ce statut oppresseur, anti-démocratique, et qui n’est rien d’autre qu’un instrument raffiné de répression sociale et de préparation à la guerre impérialiste. »

Ensuite sont analysés les différents articles du décret. Par contre l’article 4 est intéressant car aujourd’hui les mêmes questions sont prévues.

« L’article 4 vous concerne, camarades qui aurez tenté de soulager la détresse des errants ! Voici ce qui attend les "citoyens français", comme les autres : "Tout individu qui par aide directe ou indirecte, aura facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger, sera puni de peines prévues à l’article précédent" - c’est-à-dire d’une amende de 100 à 1.000 francs et de 1 mois à 1 an de prison.

Un an de prison si tu as logé, nourri, ou aidé à se loger et à se nourrir, un homme ou une famille sans feu ni lieu. Un an de prison, si tu as aidé ce paria, si tu fus l’intermédiaire avec celui qui a aidé. Un an de prison, si tu as donné conseil, quel qu’il fût ! Peut-être même ignorais-tu la situation "irrégulière" de ton interlocuteur ? Il t’en coûtera tout de même un an de prison pour ne t’être pas mis dans la peau de ce citoyen rêvé par l’Etat capitaliste : l’indicateur, le mouchard, le délateur bénévole !

Voilà les décrets d’inquisition, dignes de Staline ou de Hitler, que prend un gouvernement à qui des pleins pouvoirs ont été accordés par une Chambre de Front populaire en vue du "redressement financier" !

Les articles suivants organisent aussi le contrôle policier implacable de ceux mêmes qui seront "en règle". D’abord, 15 francs d’amende si l’immigré n’a pas à tout moment sur lui la totalité des pièces justifiant qu’il est en règle. Ensuite, tout logeur ou particulier qui abritera un étranger devra en faire la déclaration dans les 24 ou 48 heures au commissariat de police le plus proche, et à son défaut à la gendarmerie ou Mairie. 15 francs d’amende "sans préjudice des poursuites qui pourront être intentées", pour les infractions à ce règlement.

Voici mieux : "Tout étranger autorisé à séjourner en France changeant de domicile ou de résidence, même dans les limites d’une même commune si celle-ci compte plus de 10.000 habitants, doit faire connaître sa nouvelle adresse en faisant viser sa carte d’identité au départ et à l’arrivée au commissariat de police, ou à défaut à la Mairie, sous peine d’une amende de 16 à 1.000 francs."

C’est très exactement le passeport intérieur, établi d’abord pour les immigrés, mais qui deviendra demain la loi pour tous les "français" ! Cependant, comme il faut bien marquer le caractère de classe de cette mesure, les titulaires de la carte de tourisme sont exclus de ces dispositions : si vous êtes riches et si vous voyagez pour le plaisir, étrangers, circulez à votre aise !

Que vous couvriez sous ce tourisme innocent les trafics les plus criminels, vous n’en serez pas moins exempts de ce contrôle, de cette suspicion permanente, qui suivront dans tous ses déplacements le travailleur immigré.

Ce système est évidemment couronné (articles 8 et 9) par l’affirmation de la toute-puissance du ministre de l’Intérieur et de ses préfets : ils expulseront à leur gré. Et si l’expulsé n’obtempère pas sans délai, il sait maintenant qu’il ne lui en coûtera ni 3 mois ni 6 mois, mais de six mois à trois ans de prison ! Trois ans dans les bagnes ignobles du droit commun, sous la cagoule, très démocratique, de Fresnes, de Clairvaux, de Melun, pour avoir enfreint un arrêté d’expulsion ! La chiourme capitaliste s’est réjouie de ce coup droit contre eux qu’ils n’admettent dans leur patrie qu’au titre de bétail.

(...)

Il ne restait plus au décret qu’à instituer des camps de concentration pour les apatrides "pour lesquels il sera démontré qu’ils se trouvent dans l’impossibilité de quitter le territoire français". Certes, on n’emprisonnera pas ces misérables entre tous, car il coûterait encore trop cher au budget des 200 familles : mais le ministre "pourra astreindre ledit étranger à résider dans les lieux qu’il fixera et dans lesquels l’intéressé devra se présenter périodiquement aux services de police ou de gendarmerie"- sans préjudice, évidemment, des 3 ans de prison qui tomberont sur ceux qui n’auraient pas "rejoint dans le délai prescrit la résidence assignée" !

C’est le confino italien ; c’est la déportation stalinienne. (...)

III – La démocratie autoritaire

Que la démocratie deviennent de plus en plus autoritaire, c’est un fait et l’on voit hier comme aujourd’hui la mise en place de mesures répressives. Aujourd’hui c’est à la faveur de la lutte anti-terroriste, hier c’était d’autres arguments. Hier comme aujourd’hui le pouvoir cherche à gouverner avec des décrets-lois ou par ordonnances.

DISCOURS, AUTORITAIRE D’UN MINISTRE LIBÉRAL

La Lutte ouvrière, 17 février 1939

Il faut examiner attentivement le discours prononcé le 8 par Gardey , rapporteur général de la Commission des finances du Sénat. M. Gardey a été en l’occurence le porte-parole de Caillaux et des 200 familles, pour qui les dangers de la "situation extérieure" sont tout simplement l’occasion de faire passer ; à la faveur du "patriotisme", les masses sous un régime autoritaire qui n’ait rien à envier à Mussolini et Hitler. Comme dit M. Gardey, il est impossible de considérer le relèvement du pays sous le seul angle du développement de la richesse. Parce qu’il faut consacrer la majeure partie des dépenses à l’armement.

Pour y parvenir, pas besoin de recourir "aux méthodes des Etats totalitaires ; il y a encore assez de gros capitaux à qui il suffit de donner confiance, et pour cela, il faut c assurer l’ordre à l’intérieur, la stabilité de la monnaie, et procurer aux entreprises une rémunération légitime". En style clair, cela veut dire : les 200 familles, pour qui les bénéfices de classe passent avant leur prétendu amour de la patrie, veulent bien prêter leurs milliards pour les armements, à condition qu’on leur permette de récupérer des superbénéfices sur le dos des ouvriers surexploités ...

C’est une vieille chanson !

Reynaud et Daladier ont multiplié les amabilités envers MM. les gros capitalistes : dégrèvements, facilités pour les investissements de nouveaux capitaux, interdiction aux Caisses d’Epargne de concurrencer les Banques, garanties aux emprunts à l’étranger, etc ...

Ils ont distribué des dizaines d’années de prison aux grévistes du 30 novembre, refusé l’amnistie, étranglé l’Espagne ouvrière, brisé la semaine de 40 heures.

Et malgré tous ces appâts, l’argent rentre mal .

On observe une hausse de la production dans les usines, dans la métallurgie ; mais c’est surtout pour les stocks de guerre. Le chômage ne se résorbe point. Les prix et le coût de la vie continuent d’augmenter. La hausse boursière a seulement permis des bénéfices spéculatifs à quelques dizaines de forbans.

Voilà pourquoi Gardey pense que c’est le moment de donner aussi un avertissement au grand capital. C’est la partie la plus intéressante de son discours.

Si vous ne rapatriez pas plus vite vos capitaux, dit-il en substance ; alors l’Etat sera obligé d’introduire une mobilisation économique, un "contrôle", et on sera obligé de prendre de force ce qu’on n’obtiendra pas de bon gré.

« Nous sommes, dit Gardey, dans un domaine où il faudra demander le plus au patriotisme et à l’esprit d’abnégation, dans un domaine où s’imposeront les mesures les plus novatrices, dont quelques-unes même seront susceptibles de déroger momentanément à certaines de nos pratiques libérales ...

« Mais si, pour traverser une crise aiguë et pour conjurer des périls extérieurs, il fallait se plier pendant un certain temps. aux rigueurs d’une économie de guerre, ces sacrifices seraient acceptés par tous ... »

Et, parmi les "déviations à redresser", M. Gardey cite « l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat vis-à-vis des groupements de personnes et de capitaux ». Evidemment, si les hommes du gouvernement font ces timides menaces, c’est que la France est secouée par la même crise qui étreint tous les grands pays capitalistes. Hitler et Roosevelt, pour sauver la classe capitaliste dans son ensemble, sont obligés d’imposer à certaines catégories de possédants des sacrifices.

Daladier ou Tardieu, ou La Rocque, en feront autant.

Cependant, les capitalistes ne consentent à faire des sacrifices que si le régime leur permet une exploitation sans frein, sans limites, de la classe ouvrière. C’est cela qui domine maintenant. Lisez n’importe quelle statistique de production et de régime du travail. Vous y verrez inscrit le même phénomène. Par exemple, alors que le chômage augmente (faiblement il est vrai), les statistiques montrent que, en décembre 1938, 15,40 % de l’effectif des établissements employant plus de 100 personnes travaillait plus de 40 heures, contre 8.84 % en décembre 1937.

C’est pourquoi, lorsque M. Gardey ou ses collègues déclarent que les méthodes fascistes « répugnent à notre tempérament », chacun peut comprendre son hypocrisie. (…)

LA DICTATURE

Quatrième Internationale, avril 1939.

Le vote accordant les pleins pouvoirs au gouvernement "pour la défense nationale", a une portée très vaste . Il ne s’agit pas du tout d’un artifice de procédure, ou d’une nécessité momentanée. Le vote des pleins pouvoirs par la Chambre du Front populaire est le signe d’un glissement général de la bourgeoisie vers des positions dictatoriales, profitant du désarroi de la classe ouvrière. (...)

Le vote des pleins pouvoirs par la Chambre du Front populaire est le signe d’un glissement général de la bourgeoisie vers des positions dictatoriales, profitant du désarroi de la classe ouvrière, et de l’apathie de la petite bourgeoisie. Que Daladier, l’homme qui brisa par les armes, le 6 février 1934, la tentative de coup d’Etat fasciste, devienne aujourd’hui le paladin de la dictature, jetant au parlement croupion : qui m’aime me suive ! voilà qui mesure l’immense faillite du Front populaire, dont les "chefs" sont maintenant surtout préoccupés de se préserver une place au soleil de la République autoritaire !

A la Chambre, les Socialistes et les Communistes ont voté contre.les pleins pouvoirs. Ce n’est pas qu’ils aient quelque chose de fondamental à reprocher à cette procédure. Ils sont eux-mêmes des deux pieds dans l’Union sacrée depuis longtemps. Ils reprochent seulement à Daladier et à son ministère de n’être pas les hommes qualifiés pour appliquer le régime dictatorial. Ce n’est pas contre le principe des pleins pouvoirs (bourgeois) qu’ils se sont prononcés, mais contre les hommes qui l’appliquent, et d’ailleurs pas contre tous, mais spécialement contre Bonnet. En effet, ils ne sont pas les adversaires du programme des pleins pouvoirs, mais de ceux qui l’appliquent.

En apparence, ce programme se résume à ceci : 1° briser définitivement la semaine de 40 heures, et instaurer un régime allant de 50 à 60 heures ; 2° exiger l’obéissance absolue des ouvriers par une politique féroce contre les étrangers (sous-prolétariat) et les conditions de-vie (travail forcé, décentralisation, perte de droits des délégués) ; 3° prendre une série de mesures militaires menant le pays à la mobilisation totale (en hommes et en matériel). Ces mesures peuvent paraître un simple prolongement des décrets précédemment pris (décrets-lois de novembre). Elles ne le sont pas. L’accumulation de mesures de ce genre provoque soudain une rupture d’équilibre. Aveugle qui ne voit pas cela maintenant ! (...)

1 - (NDE) La National Recovery Administration créée dans le cadre du National Industrial Recovery Act en 1933 était l’un des programmes du New deal de Franklin D. Roosevelt.

2 - (NDE) Le système économique nazi. Le docteur Schacht, artisan du redressement allemand de 1924, est remis en place de 1933 à 1937 ; il créé une monnaie parallèle, les « traites de travail », utilisées par l’Etat pour payer ses contractants et que ce derniers utilisent pour payer en retour leurs fournisseurs.

3 - Karl SEVERINO (1875-1952) et Otto BRAUN (1872-1955), deux des chefs les de la social-démocratie, furent l’un et l’autre ministres du gouvernement de Prusse, le premier à l’intérieur, (1920-26 et 1930-32), ministre de l’intérieur du Reich (28-30), le second premier ministre, quasi inamovible, de Prusse de 1920 à 33. Il était surnommé le « tsar rouge>. Destitué, il abandonna et partit en Suisse alors que Severing participa à la vie politique après la guerre. Otto WELS (cf. p. 504) et Theodor LEIPART (1867-1947) étaient dirigeants syndicaux. Ce dernier, syndicaliste tourneur et des travailleurs du bois, était au ministère du travail en 19-20 et remplaça LEGIEN à la tête des A.D.G.B. (Allgemeiner Deutscher Gewerkscbaftsbund, centrale syndicale ouvrière), de 1920 à 1933.

4 - Brochure du POI, 1938.

5 - (NDE) Les communistes, socialistes et opposants à Mussolini sont relégués dans un confinement en général des îles de la Mer Tyrrhénienne.

6 - Abel Gardey (né en 1882), député radical (1914-1919), sénateur (1924-1941), plusieurs fois ministre depuis 1932. Vote les pleins pouvoirs du 19 mars 1939.

7 - Le 19 mars 1939, la Chambre avait voté une nouvelle loi accordant au gouvernement Daladier les pleins pouvoirs jusqu’au 30 novembre 1939. Paul Reynaud s’en servit aussitôt : 10 milliards de mesures fiscales, 5 milliards d’économies, contre 200 millions pour les allocations familiales, et extension de la semaine de 40 heures jusqu’à 50 sans préavis et jusqu’à 80 en prévenant. On peut ajouter aujourd’hui que la plupart des mesures ont été prises par P. Reynaud sans se soucier de la signature de certains ministres (témoignage de A. Sauvy, dans son ouvrage si documenté, Histoire économique de la France entre les deux guerres, T. 2, p. 331).

Commentaires d’Olivier le 15 juillet 2017

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