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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 02 : Matière à philosopher ? > Qu’est-ce qu’un concept en Sciences ?

Qu’est-ce qu’un concept en Sciences ?

jeudi 8 septembre 2016, par Robert Paris

Kant, Critique de la Raison pure : « Des pensées sans matière sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles. »

Hegel : « Le concept seul peut produire l’universalité du savoir »

Hegel : « Ce qui commence est déjà, et pourtant tout aussi bien il n’est pas encore. Être et non-être sont donc en lui en union immédiate ; ou le commencement est leur unité indifférenciée. L’analyse du commencement donnerait ainsi le concept de l’unité de l’être et du non-être - ou dans une forme plus réfléchie, l’unité de l’identité et de la non-identité. Ce concept pourrait être regardé comme la première, la plus pure définition de l’absolu. »

Hegel : « Toute détermination, tout concret, tout concept constituent essentiellement une unité des moments différents et différenciables, qui deviennent contradictoires par la différence déterminée essentielle qui les sépare. »

Qu’est-ce qu’un concept en Sciences ?

Dans le domaine social, historique, économique, politique, on a souvent tendance à présenter les faits soit de manière « chosifiée » soit de manière purement idéaliste. Dans le premier cas, on présente les concepts comme de « pure et simple réalité matérielle ». Dans l’autre, on les présente comme de « libres créations ». Le caractère dialectique de l’objectif et du subjectif, de l’être et du paraître, de l’être et du devenir, du hasard et de la nécessité, de l’objet et de l’environnement, de la matière et de la forme, du contenu et de la structure, de l’actuel et du potentiel, disparaît ainsi.

Le physicien Cohen-Tannoudji montre que la physique a trait non seulement à des expériences mais à des concepts : « Toute la matière et toutes les interactions sont donc présents dans l’espace vide pourvu que l’on considère cet espace pendant des intervalles de temps suffisamment brefs. (…) C’est cette nouvelle conception des phénomènes qui est peut-être l’innovation la plus importante apportée par la théorie quantique. Les concepts quantiques ne se rapportent plus à l’objet en soi, mais ils se rapportent à des phénomènes. Un phénomène est une réalité physique placée dans des conditions bien définies d’observation. La définition de ces conditions d’observation implique la maîtrise complète de toutes les étapes de l’acte de mesure : la préparation du système et de l’appareil, la détermination de tous les états expérimentalement observables et la détection des signaux émis lors du couplage entre le système et l’appareil. Le phénomène quantique ainsi conçu est tout le contraire d’un événement passivement observé, c’est un fait expérimental consciemment construit et élaboré. Cette modification du statu des concepts marque une telle nouveauté par rapport à la démarche scientifique habituelle qu’elle a suscité de très nombreuses confusions et incompréhensions. Adapter les concepts à la description des phénomènes ne revient pas à nier l’existence d’une réalité objective, indépendante de l’observation. C’est simplement prendre acte du caractère non fiable des concepts classiques qui prétendent décrire directement la réalité indépendante. En théorie quantique, on ne renonce pas à l’objectivité ; l’objectivité est atteinte au prix de tout un travail, tout un cheminement. Aucun concept quantique, pris isolément, n’épuise la totalité de la réalité qui est l’objet de recherche, mais la part d’information que chaque concept quantique nous donne sur cette réalité est fiable, utilisable pour composer, avec d’autres concepts, des représentations de plus en plus fidèles de la réalité. De plus, selon l’idée fondamentale de la complémentarité, la réalité quantique ne peut être épuisée par une représentation unique, mais pas une dualité de représentations, contradictoires l’une avec l’autre mais se complétant l’une l’autre… L’être quantique n’est ni une onde ni un corpuscule, mais il peut être impliqué dans des phénomènes ondulatoires et dans des phénomènes corpusculaires, et c’est au travers de la complémentarité de ces deux catégories de phénomènes que peut se dessiner l’objectivité quantique. »

La physique quantique, par exemple, a été un grand renversement des concepts. Etienne Klein écrit dans « Regards sur la matière » : « La notion de trajectoire, au sens classique du terme, qui est un concept essentiel de la physique traditionnelle, s’effondre sous nos yeux ébahis. L’aspect corpusculaire de l’électron ne se manifestant que par intermittence, il est impossible d’observer en continu sa trajectoire. (…) Pour l’électron particulier, on ne sait pas à l’avance de façon certaine à quel endroit il va frapper l’écran. Or les électrons sont tous émis dans les mêmes conditions. Voilà donc détruite l’idée classique selon laquelle les conditions initiales suffisent à déterminer le mouvement ultérieur d’une particule. (…) Si l’on veut avoir une localisation pas trop mauvaise de l’électron, il faut utiliser une grande lentille et éclairer l’objet par des ondes de petite longueur d’onde, autrement dit de grande énergie, ce qui perturbe l’impulsion attribuée à l’électron. (…) Ou bien nous diminuons la perturbation apportée à l’impulsion de l’électron en utilisant une lumière de plus grande longueur d’onde (dont les grains sont de moindre énergie), mais nous avons une image très floue. (…) Dans tous les cas, il est impossible de connaître exactement et simultanément la position et l’impulsion d’un électron. (…) Le concept de particule dotée d’une position et d’une vitesse bien définies n’est donc qu’une représentation de la réalité qui a ses défauts, ses lacunes. D’une façon générale, il ne faut pas confondre une représentation de la réalité avec la réalité elle-même : « Le concept de chien n’aboie pas » remarquait déjà Spinoza. (…) Avant l’irruption de la constante de Planck, la majorité des physiciens, tout comme l’homme de la rue, considérant une particule de matière supposée isolée des autres, n’hésitaient pas à lui attribuer par la pensée des caractéristiques individuelles bien définies telles que position, vitesse ou tout autre propriété interne. (…) La particule, avec toutes ses propriétés, était une « chose » en soi. Elle existait intrinsèquement, comme les pierres ou les arbres. (…) Cela part d’un point de vue réaliste : une réalité existe antérieurement à toute observation. Le but naturel de la physique est alors simplement de décrire le plus exactement possible cette réalité, composée d’objets qui sont supposés indépendants de la manière dont nous les connaissons. (…) La mécanique quantique ne s’accorde pas bien à cette vision des choses. (…) Les orbites des électrons sont difficilement rapportables à un mouvement réel dans l’espace ; la notion de trajectoire semble se dissoudre à l’intérieur de l’atome ; on doit renoncer à explorer le caractère de soudaineté et de discontinuité qu’implique l’idée de saut quantique, l’électron ne semblant pas être localisé de la manière suggérée par cette image (le modèle de l’atome de Bohr). (…) Bohr explique qu’il est impossible d’obtenir une séparation bien nette entre le comportement des objets atomiques et leur interaction avec les appareils de mesure qui définissent leurs conditions d’existence. Cela signifie que la vitesse d’une particule, par exemple, n’est pas une propriété de la particule, mais une propriété partagée entre la particule et l’instrument de mesure. De cela, Bohr déduit que l’on doit bien se garder de tout raisonnement sur la réalité objective non observée. »

« Cette description des particules, entremêlant les propriétés des ondes et celles des corpuscules, est révolutionnaire. Elle met en relation des images que notre esprit isole dans des catégories distinctes, voire opposées. L’étrangeté de la chose vient de ce que toutes les particules, qu’elles soient de lumière ou de matière, nous appariassent soit comme des ondes (elles peuvent interférer – l’interférence est une addition qui est inhibitrice) soit comme des corpuscules (elles semblent ponctuelles quand on détecte leur position), mais elles ne sont ni des ondes ni des corpuscules. (…) Puisque les concepts d’onde et de corpuscule apparaissent mutuellement exclusifs en même temps qu’indissociables, il n’existe aucune possibilité de définir leur sens au moye, d’une seule expérience. On ne peut pas les combiner en une seule image. Néanmoins, ils sont nécessaires l’un à l’autre pour épuiser tous les types d’information que nous pouvons obtenir sur un objet quantique à l’aide des divers appareils de mesure. (…) Dans la bouche de Niels Bohr, le mot complémentarité n’est pas à prendre dans son sens usuel. La complémentarité ne signifie nullement pour lui quelque chose comme « collaboration » ou « association ». La dualité n’est pas un duo, l’association de l’onde et du corpuscule n’est pas une synthèse. Elle incluse toujours au contraire l’exclusion mutuelle et la disjonction des éléments qu’elle met en vis-à-vis. Il faut la voir comme une sorte de paradoxe irréductible qui lie un concept à sa négation. (…) Comme nous dit John Bell, dans la bouche de Niels Bohr, (…) la complémentarité est proche du concept de contradiction (…) Contradiction est le mot fétiche de Bohr, comme l’ont fait remarquer Wootters et Zurek dans un article de 1979. » écrit Etienne Klein dans « Dictionnaire de l’ignorance ».

Einstein écrit dans « Conceptions scientifiques » : « Je crois que le premier pas pour poser « un monde extérieur réel » est la formation du concept d’objet matériel, et même d’objets matériels de diverses espèces. De la multitude de nos expériences sensibles nous prenons, mentalement et arbitrairement, certains complexes d’impressions sensibles qui répètent souvent (en partie en liaison avec des impressions sensibles qui sont interprétées comme signes d’expériences sensibles d’autres personnes), et nous leur associons le concept d’objet corporel. Considéré du point de vue logique, ce concept n’est pas identique à la totalité des impressions sensibles à laquelle il se rapporte ; c’est une création arbitraire de l’esprit humain (ou animal). D’autre part, ce concept doit sa signification et sa justification exclusivement à la totalité des impressions sensibles que nous associons avec lui. Le second pas consiste dans le fait que dans notre pensée (qui détermine notre attente) nous attribuons à ce concept d’objet matériel une signification qui est à un haut degré indépendante des impressions sensibles, qui lui ont originairement donné naissance. C’est ce que nous voulons dire quand nous attribuons à l’objet matériel « une existence réelle ».

Il écrit également dans « L’évolution des idées en physique » : « Les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain et ne sont pas, comme on pourrait le croire, uniquement déterminés par le monde extérieur. Dans l’effort que nous faisons pour comprendre le monde, nous ressemblons quelque peu à l’homme qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée. Il voit le cadran et les aiguilles en mouvement, mais il n’a aucun moyen d’ouvrir le boîtier. S’il est ingénieux il pourra se former quelque image du mécanisme, qu’il rendra responsable de tout ce qu’il observe, mais il ne sera jamais sûr que cette image soit la seule capable d’expliquer ses observations. Il ne sera jamais en état de comparer son image avec le mécanisme réel. C’est une des grandes choses accomplies par Kant d’avoir reconnu qu’il n’y aurait pas de sens de poser un monde extérieur réel sans cette compréhensibilité. »

Mais que signifie ou que contient le concept de « matière » au-delà de ce que l’on peut en observer ? Comment raisonner dessus ?

« Les particules ne sont pas des objets identifiables. (...) elles pourraient être considérées comme des événements de nature explosive (...) On ne peut pas arriver – ni dans le cas de la lumière ni dans celui des rayons cathodiques - à comprendre ces phénomènes au moyen du concept de corpuscule isolé, individuel doué d’une existence permanente. » écrit le physicien Erwin Schrödinger dans « Physique quantique et représentation du monde ».

Dans d’autres domaines que la physique quantique, est-ce que les changements en physique ne sont que des expériences, des lois, des paramètres ou des techniques ? Non, ce sont d’abord des changements conceptuels !

Ainsi, le concept de « champ » est d’abord un changement conceptuel : voir ici

Certains prétendent que la science ne serait pas des concepts mais seulement des faits

Pour répondre à ces conceptions sur les « faits scientifiques purs » sans conceptions philosophiques, Einstein écrit dans « Remarques sur la théorie de la connaissance de Bertrand Russel » (1944) :

« Les difficultés actuelles de la science forcent le physicien à se colleter avec des problèmes philosophiques beaucoup plus souvent que ce n’était le cas dans les générations précédentes. (…) Dans le processus d’évolution de la pensée philosophique à travers les siècles, il y a une question qui a joué un rôle essentiel : quel genre de connaissances la pensée pure permet-elle de fournir, indépendamment des impressions sensorielles ? (…) Quelles sont les relations entre notre connaissance et le matériau brut fourni par les impressions sensorielles ? Face à ces questions et à quelques autres qui leur sont intimement liées, on trouve un chaos presque indescriptible d’opinions philosophiques. (…) Selon moi, les concepts qui apparaissent dans notre pensée et notre discours sont tous – du point de vue logique – de libres créations de la pensée qu’on ne peut tirer inductivement des expériences sensorielles. Si cela ne se remarque pas facilement, c’est seulement parce que nous avons l’habitude d’associer si étroitement certains concepts ou chaînes de concepts (énoncés) à certaines expériences des sens que nous ne sommes plus conscients de l’abîme – logiquement infranchissable – qui sépare le monde des expériences sensorielles du monde des concepts et des énoncés. Ainsi, par exemple, la suite des nombres entiers est manifestement une invention de l’esprit humain, un outil qu’il s’est créé lui-même pour faciliter le classement de certaines expériences sensorielles. Mais il n’y a pas de voie pour extraire ce concept des expériences elles-mêmes. »

« À l’aide des théories physiques nous cherchons à trouver notre chemin à travers le labyrinthe des faits observés, d’ordonner et de comprendre le monde de nos impressions sensibles. Nous désirons que les faits observés suivent logiquement de notre concept de réalité. Sans la croyance qu’il est possible de saisir la réalité avec nos constructions théoriques, sans la croyance en l’harmonie inteme de notre monde, il ne pourrait pas y avoir de science. Cette croyance est et restera toujours le motif fondamental de toute création scientifique. À travers tous nos efforts, dans chaque lutte dramatique entre les conceptions anciennes et les conceptions nouvelles, nous reconnaissons l’éternelle aspiration à comprendre, la croyance toujours ferme en l’harmonie de notre monde, continuellement raffermie par les obstacles qui s’opposent à notre compréhension. » rajoute Einstein dans "L’évolution des idées en physique" « Ne pouvons-nous nous contenter de l’expérience toute nue ? Non, cela est impossible ; ce serait méconnaître complètement le véritable caractère de la science. Le savant doit ordonner ; on fait la science avec des faits comme une maison avec des pierres ; mais une accumulation de faits n’est pas plus une science qu’un tas de pierres n’est une maison. » répond aussi Henri Poincaré, « La science et l’hypothèse »

Tout d’abord, en observant la nature, on ne se contente pas de voir, on compare, on généralise, on construit des concepts, on bâtit des paramètres, des lois, on soupçonne des régularités et on tente de les vérifier. Tout cela est une activité intellectuelle et nécessite une méthode, une manière de généraliser, de comparer, de théoriser, en somme une philosophie, c’est-à-dire des concepts et des liens logiques entre eux.

En sciences, la démarche consistant à vérifier si une remarque faite dans un secteur d’étude donné n’était pas généralisable à d’autres, et à pousser chacune de ces tentatives jusqu’au bout a donné, à plusieurs reprises, d’importants résultats. De là sont nées les conceptions ondulatoires comme corpusculaires, l’électromagnétisme de Maxwell, les quanta de matière et de lumière de Planck et Einstein, comme les ondes de Broglie de la matière. Parallélismes ou globalisations de phénomènes apparemment dissemblables ont permis la généralisation de méthodes d’analyse, de concepts, de types de lois et de moyens de traitement. Bien des progrès fondamentaux de la connaissance reposent sur ces généralisations non-évidentes, comme l’utilisation des concepts de « matière » (supposant que les divers corps naturels ont la même base et que le ciel contient la même matière que sur terre), de « rayonnement » (admettant que lumière, onde électrique, magnétique et ondes radio sont de même nature), de vaccin (supposant que la vaccination appliquée contre la rage pouvait être appliquée contre d’autres maladies complètement différentes), ou de « vivant » (affirmant que nous obéissons à des lois communes avec les vers, les arbres, les microbes et les bactéries). Les termes d’espèce, de molécule, d’homme font partie de ces généralisations, de ces abstractions, de ces conceptualisations qui ont ouvert un champ de découvertes. Ces révolutions scientifiques n’avaient rien d’évident. Dire que le nerf, le muscle et le sang sont tous constitués de quelque chose de commun, la cellule, était très difficile à admettre. Comme il est étonnant que la molécule ADN soit la même pour tous ces types de cellules. Il était peu évident de concevoir que le cuivre et l’hydrogène avaient les mêmes types de composants, l’atome, ou que tous les types d’atomes étaient composés des mêmes électrons, protons et neutrons. Tout cela repose bien entendu sur des faits. Mais, en même temps, ces abstractions nécessitent une philosophie, s’appuient sur elle. C’est un choix philosophique de parler d’ « homme » et d’isoler cette catégorie abstraitement du reste, de la nature, elle-même catégorie abstraite. On ne peut se passer de ces abstractions mais on doit être conscient des choix philosophiques que l’on fait. Par le concept, on connecte, on oppose ou on isole, des faits, des objets, des phénomènes. Le concept « matière » peut isoler du concept « vie » et « inerte » de « vivant ». Or, l’isolement des opposés n’est pas absolu. Il peut être contredit.

Pourtant, on nous dit que la la physique fondamentale contemporaine serait purement mathématique et plus conceptuelle !

L’énergie, la force, la particule, l’invariance, le potentiel, la vitesse, la symétrie, la masse, le champ sont des concepts philosophiques et non des choses vues, observées ou mesurées directement sans appareillage conceptuel. Désolé de rappeler que l’électron lui-même est un concept, une fabrication de l’esprit humain pour appréhender le réel... Parfois, les mathématiques peuvent voiler ce problème mais jamais les mathématiques n’évitent de penser la matière. Les concepts physiques sont pensés dans un cadre précis, faux en dehors de ce cadre, et ne sont utilisables que si on a conscience de cette philosophie.

Les concepts sont à la racine des équations et pas l’inverse. Les mathématiques ne sont pas qu’un langage, elles sont bien plus que ça. Ils sont une véritable philosophie qui peut sembler s’imposer à la physique alors qu’elle est seulement non consciente. Il faut une philosophie consciente. Les concepts physiques sont donc indispensables or les concepts de la physique sont restés très longtemps ceux des débuts ou ont été modifiés le plus lentement possibles alors qu’une véritable révolution des concepts est indispensable.

Le physicien Georges Lochak explique dans le « Dictionnaire de l’ignorance » que « Il n’y a pas d’expérience sans idée théorique et pas de théorie sans conceptualisation du réel. » Le physicien Etienne Klein dans « Sous l’atome, les particules » affirme, lui aussi, son souci de conceptualisation : « Penser la science. La science n’est pas la technique. (...) On peut craindre que la volonté d’obtenir toujours plus de résultats expérimentaux n’étouffe la dimension réflexive du métier de physicien. Etre physicien (...) c’est aussi réfléchir, méditer les concepts, en créer de nouveaux, saisir leur portée, envisager leur sens. Il ne suffit pas d’avoir rendu la science prédictive pour en épuiser le contenu. Dans « Prédire n’est pas expliquer », René Thom le dit avec des mots qui feront grincer des dents : « Si l’on réduit la science à n’être qu’un ensemble de recettes qui marchent, on n’est pas dans une situation supérieure à celle du rat qui sait que lorsqu’il appuie sur un levier, la nourriture va tomber dans son écuelle. »

Inversement, bien des concepts issus des sciences méritent eux aussi de passer des sciences à la philosophie générale du monde, comme l’émergence, la non-linéarité, l’interaction d’échelle, l’attracteur étrange, et j’en passe.

« Penser la science – La science n’est pas la technique. (...) On peut craindre que la volonté d’obtenir toujours plus de résultats expérimentaux n’étouffe la dimension réflexive du métier de physicien. Etre physicien (...) c’est aussi réfléchir, méditer les concepts, en créer de nouveaux, saisir leur portée, envisager leur sens. Il ne suffit pas d’avoir rendu la science prédictive pour en épuiser le contenu. Dans « Prédire n’est pas expliquer », René Thom le dit avec des mots qui feront grincer des dents : « Si l’on réduit la science à n’être qu’un ensemble de recettes qui marchent, on n’est pas dans une situation supérieure à celle du rat qui sait que lorsqu’il appuie sur un levier, la nourriture va tomber dans son écuelle. » écrit le physicien Etienne Klein dans « Sous l’atome, les particules »

Ne se contentant pas de développer des observations et des calculs, les scientifiques ne peuvent progresser sans effectuer des raisonnements, sans produire des concepts et développer des idées abstraites. Ce faisant, les scientifiques font de la philosophie et, parfois, renversent d’anciennes conceptions.

L’espèce vivante est elle aussi d’abord un concept philosophique et même un concept dialectique !!! Voir ici

Le biologiste Richard Lewontin remarque dans « Gènes, environnement et organisme » : « Les limites de nos schémas conceptuels ne déterminent pas seulement la nature de nos réponses aux questions mais aussi la nature des questions que nous nous posons. »

La science, qu’on le veuille ou non, est du domaine des idées sur la nature, qui ne se contente pas de mesures et de calculs et nécessite des concepts, des abstractions, des théories. Et, à partir du moment où elle utilise des concepts et des raisonnements, la science philosophe. Ces concepts sont-ils logiques ou contradictoires, dynamiques ou métaphysiques ? Les notions physiques d’énergie, de quantité de mouvement, de flux ou de potentiel ne découlent pas de la seule observation mais d’une pensée scientifique qui est du domaine de la philosophie. Ces abstractions regroupent des phénomènes selon un mode de pensée, même si celui qui le fait, scientifique ou pas, n’en a pas forcément conscience. Un résultat scientifique doit être également compatible avec l’ensemble des conceptions scientifiques et pas seulement avec une expérience.

Et les concepts scientifiques sont partagés par les sciences dites « humaines » ! L’équilibre, la stabilité, l’ordre, le désordre, l’agitation, l’organisation, la structure, la hiérarchie, l’état, le dialogue, ou les cycles périodiques sont des concepts que les sciences partagent de longue date avec la vie sociale et politique. Le lien n’est pas seulement terminologique. Les concepts scientifiques sont liés aux idées sociales, et partant à la vie sociale et politique. La notion de continuité ne découle pas directement des expériences en sciences, mais de notre image du monde. L’équilibre est d’abord un idéal social

La dialectique du concept

Le concept de contradiction dialectique en Sciences

Le concept d’émergence en Sciences

5 Messages de forum

  • Qu’est-ce qu’un concept en Sciences ? 29 avril 11:05, par jepat

    Bonjour,
    La physique, qu’elle soit classique, relativiste ou quantique ne peut être basée que sur des concepts. Comment en serait-il autrement alors que l’une des variables (essentielle), n’est elle-même qu’un concept. Je parle ici de la variable « temps » à partir duquel, vitesses, énergies, puissances, fréquences… sont calculés. La masse elle-même pourrait être déduite à partir de cette variable. Sur ce point, nous avons fait un grand pas avec le principe de la relativité mais nous sommes un peu perdus avec l’aspect quantique de la matière. Ne faudrait-il pas envisager une forme de temps qui soit à la fois relatif, quantique et lié à la configuration fractale de l’Univers. Chaque lieu de l’espace, et sans mouvement (de l’atome à l’Univers), aurait son nouveau temps propre. Je propose un nouveau paradigme que j’ai appelé « Nautile », et pour lequel il existe un Temps Discontinu Quantique Relatif (T.D.Q.R). Si cela vous intéresse vous pouvez visiter le site : http://www.universstrobofractal.fr

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  • Qu’est-ce qu’un concept en Sciences ? 29 avril 17:38, par jepat

    Bien sûr, tout le monde, physiciens, philosophes, vous, moi, les gens de la rue (comme les appelle Hawking), font l’impasse sur la notion de temps ou s’accommode d’une approche simpliste. En fait le temps n’est qu’une interprétation des mouvements observables. Comme disait Einstein, le temps n’est qu’une illusion. Si aucun mouvement ne se produisait, la Terre, la Lune, le Soleil, les galaxies, l’Univers... (resteraient alors à la même place), la notion de temps de vitesses ou de fréquences n’existeraient pas. Dans l’exposé que j’ai fait, je précise que c’est le cas dans le vide, où ce n’est que la matière qui bouge. Comme la lumière se propage dans le vide, sa vitesse intrinsèque ne peut être mesurée qu’en fonction de notre temps propre. Sa vitesse dépend donc du temps observable. Ce que je propose est un Temps Discontinu, Relatif et Quantique (T.D.Q.R.). Il est « Discontinu » du fait qu’il est évolutif en fonction de notre position dans l’Univers (même si nous ne nous déplaçons pas). Il est « Relatif » en raison de sa variation, en fonction de la vitesse de déplacement où de la déformation de l’espace-temps créée par l’empreinte des corps célestes. Enfin, il est « Quantique » en raison de sa genèse même au niveau subatomique. L’émergence de ce temps se résume par une expérience de pensée simple (chapitre 5 : la clepsydre des mineurs). Elle permet de faire émerger la nature fractale de l’univers et d’un phénomène de stroboscopie : le paradigme du nautile. http://www.universstrobofractal.fr

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