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Accueil du site > 01 - Livre Un : PHILOSOPHIE > LIVRE UN - Chapitre 12 : Annexes philosophiques > Descartes est-il un des pères de la démarche scientifique ?

Descartes est-il un des pères de la démarche scientifique ?

vendredi 5 août 2016, par Robert Paris

Spinoza sur Descartes à De Vries : « Ne l’enviez pas, il est insupportable. »

« On ne trouve à peu près aucune science, les Mathématiques mises à part, où cette Méthode ait été suivie ; on en suit une autre presque diamétralement opposée… On a jugé en effet presque universellement que cette méthode est particulière aux Mathématiques et que toutes les autres disciplines y sont opposées et la rejettent. » Spinoza dans « Sur les principes de la philosophie de Descartes »

Voltaire écrit dans sa "Lettre sur Descartes et Newton" : "Chez nos cartésiens tout se fait par une impulsion qu’on ne comprend guère ; chez M. Newton c’est par une attraction dont on ne connaît pas mieux la cause. A Paris vous vous figurez la terre faite comme un melon ; à Londres elle est aplatie, des deux côtés. La lumière, pour un cartésien, existe dans l’air ; pour un newtonien, elle vient du soleil en six minutes et demie. Votre chimie fait toutes ses opérations avec des acides, des alkalis, et de la matière subtile ; l’attraction domine jusque dans la chimie anglaise.... Ce fameux Newton, ce destructeur du système cartésien mourut au mois de mars de l’an 1727.... L’essence même des choses a totalement changé. Vous ne vous accordez ni sur la définition de l’âme, ni sur celle de la matière. Descartes assure que l’âme est la même chose que la pensée, et Locke lui prouve assez bien le contraire. Descartes assure encore que l’étendue seule fait la matière ; Newton y ajoute la solidité... La géométrie était un guide que Descartes lui-même avait en quelque façon formé, et qui l’aurait conduit sûrement dans sa physique ; cependant il abandonna à la fin ce guide, et se livra à l’esprit de système. Alors sa philosophie ne fut plus qu’un roman ingénieux, et tout au plus vraisemblable pour les philosophes ignorants du même temps. Il se trompa sur la nature de l’âme, sur les lois du mouvement, sur la nature de la lumière. Il admit des idées innées, il inventa de nouveaux éléments, il créa un monde, il fit l’homme à sa mode ; et on dit avec raison que l’homme de Descartes n’est en effet que celui de Descartes, fort éloigné de l’homme véritable. Il poussa ses erreurs métaphysiques jusqu’à prétendre que deux et deux ne font quatre que parce que Dieu l’a voulu ainsi ; mais ce n’est point trop dire qu’il était estimable même dans ses égarements. Il se trompa, mais ce fut au moins avec méthode et de conséquence en conséquence. S’il inventa de nouvelles chimères en physique, du moins il en détruisit d’anciennes : il apprit aux hommes de son temps à raisonner et à se servir contre lui-même de ses armes. S’il n’a pas payé en bonne monnaie, c’est beaucoup d’avoir décrié la fausse. "

Selon Descartes, nous possédons, dès la naissance, des "idées innées", sortes d’intuitions fondées sur l’évidence, et qui nous font admettre sans démonstration aussi bien le "cogito" ("Dubito ergo sum ; Cogito ergo sum" : "je doute donc je suis ; je pense donc je suis") que des évidences mathématiques (par deux points ne peut passer qu’une seule droite). Dans "Micromegas", Voltaire ridiculise cette théorie en représentant l’âme "dans le ventre de sa mère", puis "obligée d’aller à l’école" pour apprendre de nouveau ce que, selon Descartes, elle savait déjà à la naissance. L’effet comique naît du mélange de l’abstrait et du concret (l’âme qui va à l’école) ; la critique philosophique souligne la contradiction entre la théorie métaphysique des idées innées et l’expérience commune qui veut que le savoir provienne d’un apprentissage. Voltaire, en philosophe des Lumières, rejette les spéculations abstraites et incertaines qui lui semblent superflues pour l’objectif d’utilité sociale qu’il assigne à la philosophie. Dans le même passage, Voltaire s’en prend aussi au "dualisme" cartésien, c’est-à-dire à la nette séparation qu’établit Descartes entre l’esprit et la matière : selon l’auteur de Micromégas, les philosophes cartésiens seraient incapables, en fait, de définir la nature respective de ces deux substances.

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4 Messages de forum

  • Descartes : je pense donc je suis. J’existe parce que ma pensée reconnaît que j’existe, moi ! Je ne suis pas parce que je sens matériellement mon existence… Les animaux, eux, ne pensent pas et… alors ? Ils n’existent pas ?!!! Non, ils existent parce qu’une pensée supérieure les a pensés : dieu !! Comme tout cela est moche… On pourrait penser que Descartes développe un idéalisme puisque la matière est dépendante de l’esprit mais ce n’est même pas le cas : il est dualiste et considère matière et esprit comme deux mondes !!! Cela n’a rien à voir avec les origines de la pensée scientifique !!! Le dualisme homme/univers et matière/esprit n’a rien à voir avec la science !

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  • Y a-t-il un texte qui montre toute la limite du « cogito » de Descartes ?

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  • Descartes est-il un des pères de la démarche scientifique ? 29 novembre 2016 08:41, par Robert Paris

    Citons « Méditations métaphysiques » qui développe l’ontologie métaphysique de Descartes :

    « Moi donc à tout le moins ne suis-je capable de les produire (ces pensées sur le monde et sur l’existence de dieu- NDLR) de moi-même. Moi donc à tout le moins ne suis-je pas quelque chose ? Mais j’ai déjà nié que j’eusse aucun sens ni aucun corps. J’hésite néanmoins, car que s’ensuit-il de là ? Suis-je tellement dépendant du corps et des sens, que je ne puisse être sans eux ? Mais je me suis persuadé qu’il n’y avait rien du tout dans le monde, qu’il n’y avait aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits, ni aucun corps ; ne me suis-je donc pas aussi persuadé, ou seulement si j’ai pensé quelque chose. Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé, qu’il emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n’y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il voudra il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce, ou que je la conçois en mon esprit. »

    Descartes choisit comme « objet » d’étude lui-même en tant qu’homme conscient et il pose la question de l’existence à cet homme-là. Et il répond par une pensée circulaire : c’est ma conscience du fait que j’existe qui est ma seule preuve que j’existe. Il en conclue que le « je » n’existant que parce que nous en sommes conscients, le reste du monde n’existe aussi que parce que nous en sommes conscients.

    Il dit en somme supposons que je n’existe pas et tentons de nous interroger sur nous-même. Je n’existe pas, aucun de mes sens ne peut rien me dire sur mon existence matérielle et il ne reste donc que ma conscience, considérée comme purement spirituelle par Descartes, et elle me dit que j’existe !!!

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  • A comparer au déterminisme scientifique de Spinoza :

    « Toute chose particulière, autrement dit toute chose qui est finie et possède une existence déterminée, ne peut exister ni être déterminée à produire un effet, si elle n’est déterminée à exister et à produire un effet par une autre cause, qui est finie aussi et possède une existence déterminée ; et à son tour cette cause ne peut de même exister ni être déterminée à produire un effet, si elle n’est déterminée à exister et à produire un effet par une autre, qui est finie aussi et possède une existence déterminée et ainsi à l’infini. »

    Spinoza dans « Ethique »

    Il écrit encore :

    « Rien non plus de particulier ne peut exister par la seule force de son être car chaque être existant a besoin d’une infinité de choses extérieures à lui. »

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