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Pourquoi l’extrême-droite monte ?

mercredi 22 juin 2016, par Robert Paris

Edito

Ce sont les classes dirigeantes qui font monter la violence dans le monde et favorisent l’opinion et les groupes d’extrême droite

La député britannique assassinée était travailliste, favorable aux migrants et à l’Europe, anti-raciste et de gauche et son assassin est d’extrême droite, violemment hostile aux migrants, aux étrangers, à l’Europe et ultra-nationaliste. Les média et les hommes politiques ont fait mine d’être étonnés de la violence de cet acte comme si toute, l’Europe ne connaissait pas une vague d’extrême droite sans précédent depuis la deuxième guerre mondiale ! Jamais l’extrême droite n’a eu autant de poids en Allemagne ou en Autriche, sans parler des pays d’Europe de l’Est où l’extrême droite gagne en force, recrute des bandes armées ou gagne des voix aux élections, où les violences d’extrême droite se multiplient avec la complicité du pouvoir.

Car c’est toute la politique des gouvernants européens qui favorise ces tendances d’extrême droite, estimant qu’il est nécessaire de faire basculer l’opinion petite-bourgeoise en leur faveur. Et ils le font de mille manières : en présentant les migrants comme la menace la plus dangereuse pour la sécurité des populations, en désignant les Roms comme une autre menace d’insécurité, en présentant les musulmans comme la cause du terrorisme mondial, en affirmant que la crise mondiale serait identitaire et que les valeurs morales et culturelles, que la démocratie serait l’enjeu d’une lutte entre orient et occident, en affirmant qu’il y aurait un risque d’envahissement par des étrangers, en faisant croire que les travailleurs seraient des privilégiés qui menaceraient les finances publiques par des exigences exagérées, vue la crise économique et la chute des finances publiques. En somme, tout le monde serait coupable sauf la classe capitaliste pour une crise mondiale qui est pourtant celle du système capitaliste, un effondrement du fonctionnement économique qui entraîne à la fois l’effondrement social, une montée des violences guerrières et terroristes, ainsi qu’une montée des fascismes, partout dans le monde, y compris en Europe. Affirmer que les migrants seraient la cause de la crise est un mensonge énorme. Affirmer que ce seraient les musulmans qui causeraient la crise mondiale est tout aussi invraisemblable. Tel est pourtant le discours, non seulement des dirigeants de partis d’extrême droite comme Le Pen, mais aussi de politiciens de droite et de gauche, comme Cameron, Valls et Sarkozy. C’est bel et bien à cause de la crise capitaliste que les classes dirigeantes développent de plus en plus des thèses d’extrême droite et poussent les opinions publiques en ce sens. Le terrorisme qui se réclame de l’islam a exactement la même origine que le fascisme qui se réclame de l’anti-islam : c’est la crise de la société bourgeoise. La démagogie prétendant défendre les musulmans ou celle prétendant défendre le monde occidental sont des successeurs légitimes de la démagogie qui prétendait défendre les « purs » aryens ! La montée de la violence a la même origine : la volonté des classes dirigeantes de détourner les risques d’une révolution sociale qui ne peut que découler de la crise du monde bourgeois et de l’effondrement du soutien de la petite bourgeoisie. En Angleterre, cette démagogie, qui a mené à l’assassinat de la députée de gauche, mêle l’anti-Europe à l’anti-étrangers, l’anti-immigrés, l’anti-banlieues, l’anti-fonctionnaires, l’anti-ouvrier et l’anti-communiste. Même si les partis classiques de la bourgeoisie, de la social-démocratie à la droite, dénoncent cette violence et ces dérives d’extrême droite, celles-ci poussent sur le terreau qu’ils ont semé, sur la base du capitalisme qu’ils défendent, sur la base des guerres impérialistes qu’ils soutiennent, sur la base des tromperies sociales qu’ils sont les premiers à développer, sur la base de la démagogie anti-migrants, anti-Roms, anti-musulmans, anti-fonctionnaires et anti-ouvrière qu’ils propagent.

Même en Europe, jamais l’extrême droite n’a eu autant de poids social, politique et organisationnel que ces dernières années, que ce soit en Autriche, en Allemagne, en Angleterre ou en Europe de l’Est, de la Slovaquie à la Hongrie et de la Pologne à l’Ukraine.

Dans ce dernier pays, une extrême droite fasciste qui terrorise et assassine massivement a sa place au pouvoir avec la caution et le soutien de l’Europe. Cela montre clairement que les partis bourgeois classiques de droite et de gauche ne sont nullement un bouclier de la démocratie contre le fascisme. Les Etats bourgeois occidentaux ont non seulement soutenu les fascistes ukrainiens contre la Russie mais ils ont aussi soutenu le fascisme d’Al Qaïda contre la Russie. Ils ont encore soutenu les fascismes se revendiquant de l’islam, que ce soit contre Saddam, contre Khadafi ou contre Assad, et ils continuent de le faire. Les peuples sont ainsi pris en étau : chaque attentat terroriste commis par le fascisme prétendument pro-islamiste cautionne le fascisme anti-islamiste et cautionne aussi les guerres prétendument anti-terroristes, servant ainsi de caution aux horreurs des terroristes et donnant une base de recrutement à ceux-ci.

Tout est lié : les attaques anti-sociales et anti-démocratiques dans les pays riches occidentaux s’appuient sur les peurs suscitées par les violences issues des attaques guerrières massives des pays occidentaux en Syrie, en Irak ou en Afghanistan. Dans tous ces pays, les guerres des armées occidentales étaient censées apporter bien-être et démocratie mais personne ne s’en souvient plus tant les peuples de ces pays ne pensent qu’à une chose : les fuir pour sauver leurs vies et celles de leurs familles. Loin de témoigner d’une quelconque solidarité avec ces peuples qu’ils prétendaient sauver, les Etats occidentaux traitent les migrants comme du bétail, allant comme en Allemagne jusqu’à les parquer dans les anciens camps de concentration type Auschwitz !

Si les partis d’extrême droite menacent de ramasser la donne, ils sont surtout favorisés par toute la politique de la bourgeoisie et pas par leur propre force. Cela commence par des campagnes ultra-nationalistes partout dans le monde. Jamais le nationalisme violent n’a été autant développé par tous les partis, par tous les média, par tous les courants politiques, y compris la gauche de la gauche et les syndicats. Or le nationalisme exacerbé est l’une des bases indispensables du fascisme. Les drapeaux nationaux sont partout brandis comme des boucliers face à l’effondrement social et politique, à l’effondrement des libertés, à l’effondrement du système économique, à l’effondrement du rôle social du service public, à l’effondrement des valeurs collectives de la société bourgeoise. Et le nationalisme violent ne diminue même pas le communautarisme qui oppose entre elles des fractions de la population. Les mêmes politiciens, qui clament leur soutien de l’intérêt national, sont les premiers à opposer deux fractions de la fameuse « communauté nationale », suivant la religion, la région, l’origine, l’ethnie, le sexe, le genre et autres. Le nationalisme exacerbé leur sert d’abord à combattre les travailleurs et la perspective sociale et politique que ceux-ci représentent potentiellement, à combattre le socialisme, dans une période où le système dominant a atteint ses limites et s’effondre. Il n’y a de montée des violences, des guerres, de crise des migrants, de montée des nationalismes exacerbés, du terrorisme, de la misère que dans la mesure où les classes dirigeantes n’ont aucune confiance dans leur avenir et craignent les réactions des prolétaires.

Se camouflant derrière la prétendue défense des « valeurs » culturelles, civilisationnelles, religieuses, de mœurs, les classes dirigeantes ne défendent en fait que leurs intérêts car, même si leur système est incapable de continuer à fonctionner normalement, même si les capitaux privés ne peuvent plus faire fonctionner la machine productive, même si le capitalisme a sonné de lui-même la fin, cela ne signifie pas que les profiteurs vont se résigner à perdre le pouvoir et la possession des capitaux. Plutôt que de se voir renversés par des printemps prolétariens, ils préfèrent casser la démocratie bourgeoise au nom de sa défense, casser la paix mondiale au nom de sa défense, casser les libertés au nom de leur défense, casser les emplois au nom de leur défense, casser tout le bien-être social au nom de sa défense. Telle est la nouvelle démagogie fasciste qui est propagée par les classes dirigeantes, les média, les hommes politiques de tous bords. Chacun chante sa chanson particulière avec sa propre intonation mais tous s’intègrent dans le concert des classes dirigeantes et c’est celui-ci qui a basculé depuis la crise de 2007-2008, phase à partir de laquelle les profiteurs ont été convaincus que la pérennité du système n’existait plus. Les printemps arabes ont achevé de les convaincre que les peuples allaient à court terme s’acheminer vers des vraies révolutions sociales et ils ont lancé la guerre permanente pour éviter la révolution permanente.

Le fascisme monte ; il gagne les opinions publiques à la faveur de la propagande anti-migrants, anti-Roms, anti-européenne, anti-étrangers, et anti-musulmans. Mais il a d’abord une base dans les choix des classes dirigeantes. Sa première base est au sein des forces de l’Etat, des forces armées, des forces policières, des forces spéciales. Ces dernières agissent de manière de plus en plus violente, sont de plus en plus remontés contre les populations, contre les jeunes, contre les manifestants, contre les syndicats, contre les travailleurs. On les prépare activement à des lendemains faits de répressions sanglantes. Aujourd’hui, ces forces armées se font la main en Afrique et en Orient et demain, elles retourneront cette violence contre nous. N’oublions jamais que les gouvernants ont clamé que la guerre intérieure était la même que la guerre extérieure. N’omettons pas de constater que la guerre de classe des gouvernants contre les travailleurs, les chômeurs et les jeunes, ils les mènent au nom de la lutte contre la radicalisation, de la lutte contre le terrorisme !

La classe dirigeante ne devient violente ni par goût, ni par tendance purement politique, ni par choix personnel de tel ou tel gouvernant : elle le devient pas nécessité historique, parce que le système capitaliste n’est plus capable de faire croire en son avenir, pas même de donner confiance aux investisseurs, aux spéculateurs, aux banquiers, aux capitalistes eux-mêmes. Jamais plus ce système n’offrira aux peuples un espoir d’amélioration de leur situation, d’augmentation de la démocratie et de paix. Le système mondial est dans l’attente d’un prochain cyclone financier et est persuadé que celui-ci sera destructeur vu qu’avant même son déclenchement, tous les moyens de défense financière publique sont déjà utilisés au maximum. Les travailleurs et les peuples n’ont rien de bon à attendre des forces politiques et sociales qui restent attachées au système autrefois dominant. Le fascisme n’est nullement une solution face au capitalisme et il n’est que la manière la plus violente de gérer la crise capitaliste. Les peuples qui se laissent tromper par les fascistes se préparent des horreurs : l’Ukraine, Israël, l’Irak, le Yémen, le Centrafrique et la Syrie nous en donnent des exemples sanglants qui doivent nous faire réfléchir. Il est plus que temps d’empêcher que la planète entière ressemble à un vaste camp de la mort et de la terreur ! Il est plus que temps que les travailleurs affirment qu’ils ont un autre avenir à proposer ! Il est plus que temps qu’ils se posent un tout autre problème que de savoir qui va être le prochain président mais posent le vrai problème : qui va boire la tasse, des exploiteurs ou des exploités ?!!

La seule boussole qui peut s’opposer à celle des ultranationalistes fascistes est celle de la lutte des classes. Ce n’est pas anti-musulmans contre musulmans, ce n’est pas roms contre anti-roms, ce n’est pas migrants contre anti-migrants, ce n’est pas nations contre nations, ce n’est pas occident contre orient : c’est classe contre classe. Ce sont les travailleurs et les milieux populaires contre les possesseurs de capitaux ! C’est le socialisme (pas sa prétendue « version » bourgeoise social-démocrate ni stalinienne !) face à un capitalisme qui a signé lui-même son arrêt de mort !

Il est plus que temps de clamer : « Vive la révolution sociale ! Vive la société aux mains des peuples travailleurs et à bas celle aux mains des banquiers, des spéculateurs, des patrons des trusts et de tous les exploiteurs ! »

Les classes dirigeantes font monter les nazis en Europe

L’Europe dérive vers l’extrême droite

Slovaquie

Allemagne

Encore l’Allemagne

Autriche

Encore l’Autriche

2 Messages de forum

  • Pourquoi l’extrême-droite monte ? 18 décembre 2017 07:19

    Autriche : après un accord avec les conservateurs, l’extrême droite obtient les ministères de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères.
    Le chef du parti FPÖ assumera les fonctions de vice-chancelier et de ministre de la Fonction publique et des Sports.

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  • Pourquoi l’extrême-droite monte ? 28 décembre 2017 16:44

    Quelque 10 000 manifestants ont protesté samedi dernier à la ville de Côme dans le nord de l’Italie contre la « Vague noire », la montée des attaques néo-fascistes dans tout le pays.

    Le motif de la manifestation était une attaque du groupe Veneto Fronte Skinheads sur la salle de réunion d’une organisation de secours aux réfugiés à Côme, qui fut capturée en vidéo. Elle montre 15 néo-nazis vêtus de blousons noirs, debout les bras croisés et les jambes écartées autour des travailleurs de soutien pendant que leur chef lit une proclamation. Le texte confus sur le « turbo-capitalisme », la mondialisation et l’immigration des peuples étrangers se termine par ces mots : « On aime son propre peuple, on ne le détruit pas ». Puis le leader déclare : « Maintenant, vous pouvez continuer à discuter de la façon dont vous ruinez notre pays ».

    Le journal La Repubblica a mis la vidéo sur son site Web et elle s’est ensuite propagée rapidement dans tout le pays. Ce n’est que l’un des nombreux incidents où des bandes fascistes terrorisent des travailleurs de soutien des réfugiés, des groupes de gauche ou même des membres de la presse.

    Dans le nord de l’Italie, une telle intimidation se produit régulièrement. À Côme, elle est dirigée contre l’organisation locale Como without borders, ainsi que l’organisation caritative Caritas, Save the Children et d’autres organisations humanitaires. Les Veneto Fronte Skinheads sont les plus actifs à cet égard. Le groupe, qui prône une société ethniquement et culturellement homogène, est recruté principalement parmi les Ultras (le noyau dur) des fans des équipes de Milan et de Vérone.

    Mais d’autres groupes fascistes sont également actifs. Par exemple, le 6 décembre, les éditeurs de Repubblica ont reçu la visite de Forza Nuova. Dix partisans du groupe extrémiste de droite, masqués et vêtus de noir, scandaient des slogans devant le bâtiment de la rédaction, tiraient des fusées éclairantes et des pétards sur les journalistes qui passaient et ont déroulé une banderole appelant au boycott du journal. Ce n’était « que le premier acte » d’un boycott systématique et militant des partisans de l’immigration, a indiqué le groupe sur Facebook. Forza Nuova est un parti d’extrême droite, avec lequel Alessandra Mussolini, la petite-fille du dictateur, a été impliqué pendant un certain temps.

    Le 9 novembre à Ostia, un membre du clan mafieux local a cassé le nez d’un journaliste de la télévision publique RAI devant la caméra lorsqu’il a été interrogé sur le soutien à l’organisation néofasciste CasaPound.

    CasaPound a remporté neuf pour cent des voix dans la station balnéaire locale juste à l’extérieur de Rome avec l’aide de la mafia. Trois clans mafieux contrôlent le trafic de drogue, les opérations sur la plage et le logement social dans des logements complètement négligés pour les sans-abri construits dans les années 1970 par l’administration du Parti communiste italien (PCI). Un chef de la mafia avait ouvertement appelé à l’élection des fascistes.

    Les actions brutales des extrémistes de droite évoquent les débuts du mouvement fasciste de Mussolini il y a cent ans. À la fin de la Première Guerre mondiale, de petits groupes armés de 20 ou 30 Chemises noires ont semé la terreur et attaqué les rassemblements et les manifestations ouvrières, où « ils ont réussi sans grand effort à perturber les rassemblements désordonnés de dizaines de milliers de personnes », écrit Ignazio Silone. dans son livre Fascisme.

    Aujourd’hui, cette bande de droite ose agir ouvertement et outrageusement parce qu’elle se sent portée par la politique officielle. Il est désormais possible qu’une alliance de droite de Forza Italia, de la Lega Nord raciste et des Fratelli d’Italia (Frères italiens) fascistes remportent les élections législatives en mars. Le groupe a connu ses premiers succès aux élections municipales de juin et aux élections régionales siciliennes du 5 novembre.

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