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Le panafricanisme sera l’internationalisme du communisme prolétarien ou ne sera pas

dimanche 18 octobre 2015, par Robert Paris

Joseph Anténor Firmin

Henry Sylvester Williams

Benito Sylvain

Prince Hall Masons

Aimé Césaire

Patrice Lumumba

Frantz Fanon

Julius Nyerere

Jomo Kenyatta

E. W. Blyden

W.E. B. Du Bois

Marcus Garvey

George Padmore

Kwame NKrumah

Thomas Sankara

Steve Biko

C. L. R. James

Le panafricanisme sera l’internationalisme du communisme prolétarien ou ne sera pas

Il n’est pas un continent où on ait plus parlé d’unité que le continent noir africain et pas un continent où on ait davantage cultivé les oppositions entre ethnies, entre religions, entre régions, entre nations, entre couleurs de peau, entre origines, entre descendants d’esclaves et d’hommes libres, entre tout ce que vous voudrez tant que ce n’est pas des classes sociale et que ça permet d’opposer les peuples entre eux et de semer la haine et la violence.

Dans ces conditions, la première question qui vient à l’esprit est : pourquoi l’indépendance de l’Afrique et la fin du colonialisme direct n’ont-ils pas amené l’unité ou le fédéralisme sur l’ensemble du continent noir ?

Pourtant, lors du combat contre le colonialisme et contre l’impérialisme, les mouvements pro-indépendantistes se sont souvent trouvés solidaires comme cela a été le cas des mouvements contre le colonialisme portugais ou des mouvements dans la pointe de l’Afrique, contre les régimes rhodésien et sud-africain et leurs alliés, ou, auparavant, les mouvements contre le colonialisme anglais ou français.

Dès que l’indépendance a été acquise, finies les vélléités de supranationalité, on a vite abandonné le discours panafricain ou, du moins, on a abandonné sa pratique réelle : aucun régime n’a promu une fusion ou même une union, fût-ce entre deux pays. Les toutes petites tentatives en ce sens, comme celle de Nasser avec ses voisins ou de Nkrumah ou encore de Modibo Keita ou, plus tard, de Khadafi, n’ont mené à rien. Les frontières sont restées celles fixées par le colonialisme qui n’avait rien à voir avec les réalités des peuples, avec leur histoire, avec leurs liens et encore moins avec des réalités économiques, avec la viabilité des nouveaux pays. On a coupé de peuples en deux ou en trois. On a séparé des familles par un fleuve qui les unissait autrefois. On a divisé d’anciens territoires autrefois unis sous l’égide du colonisateur. On a coupé un pays de la mer. On a séparé ceux qui commerçaient ensemble. L’œuvre destructrice du colonisateur qui quittait n’a pas été modifiée par les nouveaux pouvoirs indépendants.

Cela est-il dû à une incapacité particulière des leaders des indépendances ?

Non ! Ce n’est nullement une caractéristique proprement africaine.

Ce n’est pas un défaut politique qui est en cause, ni un manque de solidarité des peuples. C’est une question de classe. Les nouveaux pouvoirs dans toutes les régions du monde ont été des pouvoirs bourgeois, acceptant l’ordre bourgeois planétaire, se contentant de gérer leur territoire nouvellement acquis dans ce cadre sociale, sans jamais le remettre en question même si ce cadre demeurait étouffant pour leur pays.

Nulle part au monde la bourgeoisie n’a été unificatrice sauf lorsqu’elle avait, dans les années 1700-1800, un caractère réellement révolutionnaire, prenait la tête des masses opprimées pour débarrasser la société de l’oppression féodale. C’est seulement dans la révolution américaine contre le colonialisme anglais et l’esclavagisme sudiste, dans la révolution française contre la noblesse et la royauté, dans la révolution européenne contre les féodalités que des pays se sont unifiés parce que la révolution unissait les peuples dans le combat.

Mais dès que la société bourgeoise a cessé d’être révolutionnaire à l’échelle mondiale, dès 1848, la bourgeoisie a cessé aussi d’être un facteur unificateur, liant entre eux des peuples.

Et ce n’est pas particulier à l’Afrique.

En devenant indépendante, l’Inde s’est divisée du Pakistan.

L’île d’Haïti s’est divisée en deux.

L’Indochine indépendante s’est divisée en Vietnam, Cambodge, Thaïlande, Laos…

Dans le combat contre le colonisateur, les forces bourgeoises s’étaient unies en Amérique du sud, les combattants comme Simon Bolivar dépassant les frontières nationales pour mener leur lutte. Mais cela n’a pas empêché les nations formées de rester séparées, formant l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et autres….

L’organisation de l’unité des Etats d’Amérique du sud ou centrale ne vaut pas plus cher que l’organisation de l’unité africaine. Ni l’une ni l’autre n’ont évité les guerres entre pays, les guerres civiles internes, les interventions impérialistes, les massacres et les génocides. Cela non plus n’est pas particulier à l’Afrique. L’Asie ne vaut pas mieux, ni les Amériques non plus.

C’est propre à l’ordre bourgeois et pas à une région, ni à ses traditions, ni à ses défauts particuliers.

La bourgeoisie, c’est la concurrence des intérêts économiques et c’est la primauté de ceux-ci sur des liens plus politiques ou plus culturels.

Inutile par exemple de prétendre que ce serait du fait d’une héritage traditionnel que les nations africaines indépendantes ont été ce qu’elles sont car ces nations ne se sont nullement formées sur des bases unifiées d’une ethnie mais, au contraire, sur des régions où plusieurs ethnies s’opposaient, sur des zones découpant les ethnies en petits bouts. Ce n’est ni les races, ni les ethnies, ni les croyances qui ont déterminé les frontières des nouveaux Etats mais le crayon et la règle de l’ancien colonisateur, surtout préoccupé que les nouvelles entités restent dépendantes, après l’indépendance, de la métropole occidentale à laquelle elles étaient précédemment liées.

La bourgeoisie, ce sont des relations économiques fondées sur l’exploitation des travailleurs et des bourgeoisies devenues indépendantes ne risquaient pas de se préoccuper d’unifier les peuples travailleurs ni de favoriser leurs intérêts. Ils cherchaient d’abord le moyen d’accumuler suffisammeent de richesses en vendant les matières premières à celui qui était prêt à les acheter : l’ancienne puissance coloniale. Du coup, les nouveaux Etats n’étaient nullement enclins à remettre en question la répartition internationale du travail, c’est-à-dire leur ancien rôle de pourvoyeur de main d’œuvre à bon marché dans le domaine des produits agricoles, forestiers et miniers…

Du moment que l’indépendance de l’Afrique s’est faite sous la direction de leaders bourgeois, demeurant au sein de l’ordre capitaliste et nullement désireux de le renverser, elle s’est faite sur la base des anciens liens avec les métropoles anciennement esclavagistes puis colonialistes et qui sont ainsi devenues des métropoles néo-coloniales, les peuples africains restant une main d’œuvre corvéable à merci pour le plus grand profit des bourgeoisies anciennement coloniales, les classes dirigeantes africaines déjà bien contentes de conserver quelques miettes tirées de l’exploitation de leurs travailleurs nationaux.

Même les dirigeants des indépendances qui ont dû mener une lutte armée, même ceux qui prônaient ouvertement le panafricanisme, n’ont jamais cherché à mener leur combat dans le sens d’un renversement mondial de l’impérialisme, en se liant à la seule force qui, au sein même des métropoles, avait intérêt à s’attaquer au grand capital, c’est-à-dire aux travailleurs, à la classe ouvrière. La raison n’en est pas un manque de radicalisme politique mais un manque de radicalisme social. Les petites bourgeoisies et moyennes bourgeoisies africaines qui accédaient pour la première fois au pouvoir et aux richesses n’avaient aucune raison de laisser les travailleurs africains jouer un quelconque rôle dans les nouveaux pouvoirs ainsi fondés, ni un quelconque rôle dans la direction des affaires et de toute la société. Au contraire, ces nouvelles bourgeoisies ne craignaient rien tant que le risque que les travailleurs ne profitent des luttes des indépendances pour défendre leur propre programme de classe. Cela a été leur souci numéro un au moment des indépendances et, du moment que le pouvoir colonial renonçait au régime de colonisation directe, ces classes bourgeoises africaines se sont d’autant plus rapprochées des classes bourgeoises occidentales qu’elles craignaient leur propre prolétariat. Elles n’auraient certainement pas choisi comme politique la liaison avec le prolétariat des métropoles, l’internationalisme prolétarien et communiste !

Bien sûr, il y a eu quelques chefs d’Etat dont le discours s’est calqué sur celui des pays de l’Est, parlant d’internationalisme ou même d’anti-impérialisme mais ce n’était qu’un discours, le bloc de l’Est lui-même, sous l’égide du stalinisme, ne visant nullement à mener un combat pour renverser le capitalisme et l’impérialisme et n’ayant aucun caractère ni révolutionnaire, ni prolétarien (aucun droit des travailleurs dans ces pays pas plus qu’en Russie stalinienne), ni internationaliste.

Ces leaders « radicaux » n’étaient pas plus communistes que les autres, et ceux d’entre eux qui ont accédé au pouvoir l’ont bien montré et ils n’ont pas davantage fait avancer l’unité de l’Afrique puisqu’ils n’ont même pas fédéré entre eux les pays dont les leaders se revendiquaient du socialisme stalinien ou maoïste.

Les premiers Etats africains indépendants (Ethiopie, Liberia, Ghana, Nigeria ou Egypte) ont servi de pôle aux leaders mondiaux des thèses panafricaines mais ils n’ont fait qu’inviter des congrès et des conférences pour bavarder du panafricanisme et n’ont même pas tenté de mettre en place pratiquement un véritable fédéralisme.

La raison n’en est pas une faiblesse personnelle de ces leaders ni une pression de l’impérialisme. C’est le caractère de classe de leur projet politique qui est en cause. La bourgeoisie n’avait plus, depuis belle lurette, de caractère révolutionnaire, du point de vue historique et mondial, et l’Afrique n’y faisait pas exception.

Depuis longtemps, la bourgeoisie ne pouvait plus prendre la tête des masses exploitées et opprimées dans une lutte déracinant l’ancien féodalisme, les anciens traditionnalismes, cassant les vieilles barrières matérielles comme idéologiques. Depuis longtemps, la bourgeoisie, que ce soit celle des métropoles impérialistes ou celles des pays opprimés, craignait bien trop le prolétariat pour oser surfer sur les capacités révolutionnaires des masses. Si l’impérialisme a accepté de concéder la gestion des pays d’Afrique à des dirigeants bourgeois africains, ce n’est pas parce que ces derniers ont mené de grandes luttes révolutionnaires mais, au contraire, parce qu’ils étaient les seuls désormais capables de désamorcer les sentiments populaires explosifs.

Il leur est arrivé d’être à la tête de luttes armées qui se sont confrontées aux armées coloniales et impérialistes, mais cela ne signifie pas qu’ils représentaient une force sociale révolutionnaire, capable de déraciner l’ancien ordre et d’en bâtir un nouveau. Ces mouvements sont seulement parvenus à permettre à leur couche dirigeante de devenir les nouveaux gestionnaires de l’ordre impérialiste dans leur région, se chargeant de gérer l’exploitation coloniale et de maintenir la répartition mondiale du travail voulue par l’impérialisme.

Un signe que ces mouvements ne jouaient aucun rôle socialement révolutionnaire : aucun de ces mouvements n’a permis de fusionner les peuples quelque soient les ethnies, les régions, les religions, les castes ; les rapports antiques et traditionnels ont été préservés lors des indépendances. Les royautés anciennes, les sectes religieuses, les pouvoirs de sorcellerie ou de magie, les superstitions, les chefferies, l’esclavage ou le servage traditionnel, tout l’ancien fatras a perduré et les changements politiques liés à l’indépendance n’ont pas été capables, dans aucun pays nouvellement indépendant, de secouer ces vieilleries.

L’indépendance n’a pas davantage permis de remettre en question le partage décidé par les anciennes puissances coloniales, les anciennes frontières le plus souvent arbitraires et absurdes sur le plan historique, du point de vue des peuples, du point de vue géographique comme social et économique.

Parfois, lors des luttes armées, des solidarités se sont organisées, comme dans la région entourant l’Afrique du sud ou dans le Maghreb, mais ces solidarités se sont immédiatement interrompues dès l’indépendance acquise et, dès lors, les liens qui ont été prépondérants sont les liens économiques, politiques et même militaires avec l’ancienne puissance coloniale. Les échanges économiques avec les pays voisins sont toujours restés limités et parfois inexistants.

A la longue, des structures interafricaines, régionales ou coninentales, ont été mises en place mais elles continuent à jouer un rôle plus marginal que les anciennes puissances coloniales, que ce soit au plan économique, politique ou militaire.

L’Organisation de l’Unité Africaine est clairement une conférence sans pouvoir, sans moyens et sans buts communs, et n’a rien d’unitaire. Elle n’est jamais réellement intervenue pour empêcher ou arrêter une guerre interafricaine, ni pour empêcher les exactions d’une dictature, un massacre ou un génocide.

L’OUA n’est rien d’autre qu’une conférence des dictateurs et est bien incapable de mettre en place un véritable marché interafricain ou même une vraie force armées indépendante des puissances impérialistes puisqu’aucun des Etats dont elle est l’émanation n’est vraiment indépendante ni économiquement, ni socialement, ni politiquement, ni militairement. Elle ne risque pas d’agir dans l’intérêt des peuples d’Afrique puisqu’aucun de ces Etats ne le fait ni ne souhaite le faire, étant tous fondés au contraire sur la dépossession du pouvoir de tous les peuples travailleurs.

Mais les limites du panafricanisme n’ont pas grand-chose à voir avec les indépendances, étant donné que l’essentiel du mouvement panafricain s’est développé bien avant. A l’approche des indépendances, on a vu se développer plutôt des mouvements nationaux, politiques et militaires, que des mouvements panafricains.

C’est lorsque l’indépendance d’Etats nationaux semblait très éloignée que les mouvements politiques africains ont été plutôt panafricains.

C’est même dès le début de la grande vague coloniale des pays européens qu’est né le courant politique et intellectuel panafricain. C’était un courant de minorités militantes issues de couches dites éclairées, liées à des églises, à des couches intellectuelles et à quelques milieux bourgeois aisés noirs. Ce courant-là était élitiste et n’envisageait nullement de faire appel aux masses, ni de les organiser, ni d’agir pour elles, mais seulement de permettre aux élites noires d’obtenir pour elles-mêmes ce qu’avaient obtenu les élites bourgeoises occidentales.

En même temps ou un peu plus tard, est apparu un courant bien plus populaire, capable de s’adresser aux masses opprimées ou même de les organiser en masse. C’est ce dernier courant qui allait se diriger vers le communisme à la faveur de la révolution russe d’Octobre 1917.

Le courant élitiste a eu ses grands noms, ses W.E. B. Du Bois, ses Benito Sylvain, ses Henry Sylvester Williams, ses James A. Beale, ses Booker T. Washington, sans parler de Joseph Anténor Firmin ou E. W. Blyden, Samuel Coleridge Taylor, F. R. Johnson, Richard Akiwande Savage, Henry Mac Neal Turner, Blaise Diagne, Aimé Césaire, Cédar Senghor, Cheikh Anta Diop …

Le courant de masse a eu ses leaders comme Marcus Garvey, C. L. R. James, Sam Sharpe, Lamine Senghor, Tiémoko Garan Kouyaté, Wallace-Johnson, Steve Biko, etc.

Il convient de citer George Padmore qui a été le leader panafricain à la charnière entre les deux courants auxquels il a activement participé en tant que leader.

Parmi les partis nationalistes qui se sont formés en Afrique lors des luttes contre le colonialisme, certains se sont revendiqués un moment du panafricanisme. Les partis partis panafricains ont été : Parti de la convention du peuple du Ghana (Convention People Party. C.P.P.), au Nigéria la Convention nationale du Nigéria et des Camerouns (National Convention of Nigeria and Cameroons), devenue en 1962 la Convention nationale des citoyens nigériens (National Convention of Nigeria Citizens, N.C.N.C.), et le Mouvement panafricain d’Afrique centrale et orientale (Panafrican Movement of East and Central Africa, P.A.F.M.E.C.A.), aujourd’hui Mouvement panafricain d’Afrique centrale, orientale et méridionale (Panafrican Movement of East, Central and South Africa, P.A.F.M.E.C.S.A.), ou en Afrique du sud le Panafricain Congress de Steve Biko, pour citer les principaux partis panafricains en Afrique d’expression anglaise, ainsi que le Rassemblement démocratique africain (R.D.A.) dans les ex-colonies françaises.

Il faut rajouter un troisième courant qui s’est réclamé du panafricanisme, centré sur les chefs d’Etat des nouvelles nations indépendantes et les appareils politiques ou étatiques qui les entouraient : l’empereur Ménélik d’Ethiopie, Jomo Kenyatta, Kwame NKrumah, Namdi Azikidwe, Gamal Nasser, Sékou Touré, Lumumba, Mboya, Bakary Djibo, Kadhafi, Mandela, Thomas Sankara, etc… On peut aussi compter dans cette liste certains dirigeants politiques haïtiens.

Mais il n’y avait pas plus à attendre des chefs des Etats noirs indépendants que des autres et on pouvait s’en rendre compte dès le début. Au congrès panafricain de 1901, Benito Sylvain avait appelé les chefs des Etats noirs déjà indépendants (Haïti, Liberia et Ethiopie) à se fédérer entre eux. Mais les chefs des Etats en question se sont contentés de déclarer avoir reçu avec sympathie de tels messages sans jamais faire le moindre geste en ce sens…

Ensuite, c’est des chefs d’Etat occidentaux que les panafricains ont attendu leur salut et particulièrement lors de la première guerre mondiale, croyant que leur participation à la guerre allait leur gagner des droits et des territoires.

Ainsi, W. E. B. Du Bois, qui avait appelé les noirs à ne pas prendre parti pour le colonialisme anglais en Afrique du sud dans la guerre des Boers, a fait campagne pour que les noirs participent aux côtés des impérialismes anglais, français et américain dans la première guerre mondiale !!!

Les USA ont accepté les campagnes de Du Bois tant que cela leur apportait des soldats mais se sont méfiés des revendications de ces noirs démobilisés dès que la guerre a été terminée. Les soldats noirs américains ont tous été rapatriés dans un même convois de bateaux surveillé par un torpilleur, chargé de les couler en plein Atlantique au moindre signe de révolte !!!

W. E. B. Du Bois, qui s’est rallié à la guerre impérialiste, refusera de se rallier à la révolution russe de 1917….

Comme on l’a dit, tout en classant dans « panafricanisme » des personnalités aussi diverses, nous devons noter des différences colossales entre leurs démarches et prises de position respectives.

Les uns ont défendu le « retour en Afrique » et la « pureté de la race noire » en combattant l’intégration des noirs américains et en récusant les mulâtres, au point de pactiser avec des mouvements racistes et fascistes blancs comme le Klu Klux Klan.

Certains d’entre eux ont cherché le soutien des gouvernants blancs au point d’offrir aux chefs d’Etat américains l’appui des Noirs américaine pour construire des colonies américaines en Afrique. C’est le cas d’un Blyden travaillant pour la Société de Colonisation Américaine et menant à la formation de colonies américaines comme au Liberia et au Sierra Leone.

Si ces leaders africains ont compté sur les chefs d’Etat des grandes puissances coloniales auxquels ils adressaient leurs rapports et autre demandes et exigences, la réalité historique veut que la libération des Noirs de l’esclavage n’est nullement venue du bon vouloir des gouvernants, contrairement au mensonge officiel diffusé aujourd’hui par ces Etats.

Nous avons déjà eu l’occasion de rappeler que c’est la révolte des esclaves noirs et pas l’humanisme des colonisateurs qui a amené les puissances coloniales à renoncer à l’esclavage. Lire ici

Il faut, par exemple, citer les rébellions des noirs des Caraïbes : celle lancée par Sam Sharpe en décembre 1831 et celle de Morant Bay en 1865 qui ont amené les classes dirigeantes des Caraïbes à se convaincre que les plus intreprenants des noirs seraient mieux… en Afrique ! Aux USA, le mouvement de masse de Marcus Garvey, l’Universal Negro Improvement and Conservation Association, devait également en convaincre les classes dirigeantes américaines…

Avec l’organisation de Garvey, pour la première fois depuis les leaders d’Haïti, un leader noir prenait la tête d’un mouvement de masse des exploités noirs, ce qui était extrêmement loin de l’état d’esprit des anciennes « élites noires », y compris Du Bois .

Du fait de ces révoltes, les planteurs ont commencé à souhaiter se débarrasser des plus combatifs de ces esclaves et l’idée de les renvoyer en Afrique a fait son chemin. Certains racistes blancs sont devenus paradoxalement adeptes d’une recolonisation de l’Afrique par des Noirs américains et des Caraïbes… Et ce d’autant plus que certains leaders panafricains combattaient ouvertement l’intégration des noirs et les relations entre blancs et noirs dont les mariages et le métissage. Blyden est l’exemple le plus typique d’un panafricaniste prônant la séparation raciale en affirmant que les USA et les Caraïbes ne sont pas des terres pour les noirs car seule l’Afrique serait la terre natale des noirs… Ce sera d’ailleurs au point qu’envoyé par les colonialistes américains au Liberia, il sera obligé de le quitter, violemment renvoyé par les mulâtres liberiens.

Comme d’autres panafricains (Joseph Anténor Firmin ou Cheikh Anta Diop notamment), Blyden affirme que la preuve que les noirs sont capables eux aussi de bâtir des civilisations provient des pharaons d’Egypte puisque certains pharaons étaient noirs.

Voulant cultiver la fierté d’être noir face aux esclavagistes et aux colonialistes qui cultivaient la honte d’être noir, ces africanistes ont cru avoir trouvé une fierté dans le fait d’avoir comme ancêtre des chef de bandes armées qui ne sont en rien les fondateurs d’une civilisation mais seulement les dictateurs qui se sont imposés à cette ancienne civilisation des villes bourgeoises et paysannes du Nil. Il n’y a aucune fierté à avoir de descendre des oppresseurs de peuples entiers qui ont fait subir durement le servage aux paysans et l’ont imposé par la violence au point que des révolutions ont été jusqu’à renverser les pharaons et les empêcher de revenir au pouvoir pendant des centaines d’années. Lire ici

Nous avons déjà eu l’occasion de montrer que l’agriculture, l’irrigation, l’artisanat, l’art, l’architecture ne sont pas des produits de l’époque des pharaons mais bien antérieure à la formation de ce système étatique. L’Etat n’a produit qu’une stabilisation sociale et politique des classes dirigeantes et il ne les a ni formées ni éduquées. Lire ici

Effectivement, il y a eu des pharaons noirs comme il y en a eu issus de tous les peuples qui se retrouvaient sur les rives du Nil, c’est-à-dire à peu près tous les peuples, qu’ils soient d’origine du continent noir, du Maghreb et du monde arabe, de l’orient et de l’Asie… Il y a eu des pharaons blancs, des pharaons noirs, des pharaons jaunes. Il y a eu des pharaons issus des peuples du désert, des pharaons issus des peuples du Nil, des peuples coptes, des peuples arabes, des peuples de Mésopotamie et d’Iran et jusqu’aux peuples asiatiques mais aussi des pharaons grecs ou romains ! Certes, l’argument raciste visant à minoriser les noirs est particulièrement odieux et ridicule mais ce n’est pas les pharaons qui le démontrent le mieux.

Cela démontre surtout que ces « élites noires » entendaient surtout démontrer qu’elles étaient capables de ressembler aux prétendues « élites blanches », c’est-à-dire aux oppresseurs et aux exploiteurs. Et c’est exactement ce que devaient finalement démontrer les futurs dirigeants noirs africains des Etats issus des indépendances.

Ces idéologies créditaient peut-être ces fameuses « élites » mais certainement pas les masses noires opprimées et exploitées dans leur lutte de masse pour se débarrasser des oppresseurs et des exploiteurs, en lutte pour leur libération raciale et sociale.

Car l’esclavage a d’abord une base sociale et économique et non d’abord raciale. Ce n’est pas le mépris des noirs qui a donné leur esclavage mais l’esclavage des noirs qui a, ensuite, été justifié par ce mépris. Et il ne suffit pas de combattre le mépris pour en finir avec l’esclavage qui a eu d’autres buts que de bâtir une échelle raciale dans laquelle les noirs étaient tout en bas. Le vrai but était l’accumulation primitive du capital des bourgeoisies européennes, c’est-à-dire un but économique et social. Les leaders intellectuels et bourgeois des noirs font comme leurs équivalents blancs en plaçant l’idéologie au-dessus des réalités socio-économiques.

Ces premières élites noires, qu’il s’agisse d’intellectuels, d’aventuriers, de militants, de religieux ou de bourgeois, n’entendaient nullement combattre la société bourgeoise mais en profiter eux aussi. Au contraire, ils étaient tout prêts à s’appuyer sur les exploiteurs blancs et même les racistes pour certains d’entre eux, sur les colonisateurs aussi, pour se tailler des nouvelles colonies noires d’Afrique. Et il est à remarquer que les Africains d’origine du Liberia et du Sierra Leone, où ces premières opérations coloniales américaines, anglaises et des Caraïbes allaient se dérouler en Afrique, les ont considéré comme des colonisateurs comme les autres, qu’ils soient noirs ou pas.

La classe bourgeoise est incapable d’être réellement panafricaine et ne l’a jamais été…

Seul le prolétariat, s’il ne craint pas d’agir en classe révolutionnaire, s’il cesse de suivre des dirigeants réformistes et bourgeois comme les leaders syndicaux, a la capacité de dépasser les frontières, celles des Etats comme toutes celles imposées avec la propriété bourgeoise capitaliste, celle des moyens de production et le système d’exploitation de l’homme qui y est attachée.

La révolution prolétarienne d’Octobre 1917 en Russie, suivie de la révolution européenne, a permis de développer l’internationalisme prolétarien et a induit l’existence pendant quelques années, avant le stalinisme, de courant africains authentiquement internationalistes qui ont été véritablement panafricains et bien plus que tous les courants bourgeois et petit-bourgeois. On le constatera en lisant les nombreux textes de l’Internationale communiste de l’époque de Lénine et Trotsky et des groupes qui y ont été attachés.

Les occasions d’un développement de mouvements unissant les exploités et les opprimés du continent noir n’ont pas manqué et elles ont surtout démontré le refus des directions bourgeoises et petites bourgeoises africaines (dont font partie les directions syndicales réformistes) de mener la lutte dans une telle direction car cela signifierait la mener vers le renversement du capitalisme et vers le socialisme qui n’est absolument pas leur perspective évidemment.

L’une de ces occasions a été la première guerre mondiale et la vague révolutionnaire qui lui est liée. Le prolétariat russe a levé en Octobre 1917 le drapeau de l’union de toutes les révoltes contre l’exploitation et l’oppression, pour le renversement mondial de l’impérialisme et du capitalisme, drapeau qui était celui de la prise du pouvoir des soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats. Il a affirmé haut et clair, par la voix de l’Internationale communiste issue de cette vague révolutionnaire en Russie et en Europe, vouloir unir les peuples opprimés à la lutte révolutionnaire du prolétariat et a appelé notamment les noirs d’Afrique et des Amériques à la révolution. Il a ainsi été infiniment plus loin que tous les leaders bourgeois et petit-bourgeois panafricains. Aucune de ces directions nationaliste n’avait jusque là osé imaginer une telle perspective révolutionnaire et aucune n’a osé depuis…

D’autres occasions de montées révolutionnaires ont pourtant touché le continent noir dont celle liée à la deuxième guerre mondiale. Le stalinisme, le réformisme et le nationalisme se sont chargés de dévoyer les mouvements révolutionnaires qui se sont développés alors dans le prolétariat en 1947 notamment.

D’autres mouvements qui auraient pu entrainer l’ensemble du continent noir ont été de même détournés vers des objectifs trompeurs et nationaux.

Les années 1988-1991 ont vu des mouvements nombreux éclater en Afrique et celui du prolétariat sud-africain pouvait leur donner un axe unificateur. Les directions nationalistes bourgeoises et les bureaucraties syndicales sont parvenues à aider l’impérialisme pour qu’il en soit autrement. Elles préféreront toujours s’unir à la bourgeoisie impérialiste qu’au prolétariat révolutionnaire, africain et mondial. Jamais, au grand jamais, il ne faudra attendre des directions bourgeoises et petites bourgeoises de casser le cadre impérialiste qui étouffe le continent noir et qui empêche tout développement, toute démocratisation réelle, tout progrès social ou politique. Ces directions préféreront s’unir à la contre-révolution fasciste qu’au prolétariat. Le Rwanda l’a démontré. L’Algérie l’a démontré. L’Egypte, la Libye, la Syrie viennent encore de le redémontrer.

En effet, la vague des révolutions du Maghreb et du monde arabe n’a pas permis, grâce au canalisateur super efficace des bureaucraties syndicales, au prolétariat d’en prendre la tête. Du coup, c’est la contre-révolution qui a pris le dessus avec l’aide des classes dirigeantes locales et impérialistes.

Ce que nous enseigne une fois de plus la vague des révolutions débutée en Egypte et en Tunisie, c’est que dans des périodes de grands bouleversements le choix n’est pas entre démocratie et dictature mais entre révolution et contre-révolution. Si les prolétaires, seule classe révolutionnaire capable de s’attaquer à l’ordre mondial capitaliste, n’en prennent pas la tête, ils le paieront du prix de la contre-révolution : des horreurs des guerres civiles, des terreurs blanches, des terrorismes que déverseront sur eux les classes dirigeantes. Il en va de même en Afrique et la leçon doit être tirée. En n’allant pas jusqu’au bout de sa révolution, le Mali vient encore de la vérifier. Si les prolétaires ne prennent pas la tête des masses opprimées d’Afrique, tous les Boko Haram et autres Balaka et antibalakas, les Al Qaïda ou Etat islamique le feront.

Le seul avenir, pour le continent noir comme pour le monde, est celui du prolétariat communiste révolutionnaire !

Les leaders panafricains et leurs écrits

Une histoire du panafricanisme

Christianity, Islam and the Negro Race, E. W. Blyden

E. W. Blyden, Pan-negro patriot

Sur W.E. B. Du Bois

Henry Sylvester-Williams

Cheikh Anta Diop

W. E. B. Du Bois

History of the Pan-African Congress, George Padmore

Les écrits de George Padmore en anglais – Writings of George Padmore

African Socialism Revisited, Kwame Nkrumah 1967

Ecrits de Nkrumah

Ecrits de Lumumba

The Pan-African Congresses

Pan-Africanism and Communism

The History of Panfrican Movement

Qu’est-ce que le panafricanisme

Le panafricanisme par un partisan de Thomas Sankara

The Life and Struggles of Negro Toilers de George Padmore

The Negro In The Class Struggle, Eugen Debs

The Revolutionary Answer to the Negro Problem in US, CLR James

The gold coast revolution, George Padmore

NKrumah et le panafricanisme

Le Ghana de Nkrumah, une indépendance exemplaire ?

Address at the Conference of the Pan-African Freedom Movement of East and Central Africa, by Nelson Mandela, 1962

George Padmore

Marcus Garvey

Cyril Lionel Robert James

Ecrits de C. L. R. James

Archives C. L. R. James

Patrice Lumumba

Thomas Sankara

Kadhafi

Le panafricanisme de W. E. B. Du Bois

Revolution and the Negro, CLR James

Le panafricanisme de Marcus Garvey

Lire encore que le panafricanisme

The history of panafricanism

[N’Krumah, le panafricanisme et les Etats-Unis - https://books.google.fr/books?id=WW...]

Mythes panafricains

Le panafricain George Padmore

George Padmore and Decolonization from Below

The Historical and Ideological Foundations of Pan-Africanism

La décolonisation de l’Afrique ou le néo-colonialisme

Il y a cinquante ans, l’Afrique passait du colonialisme au ... néo-colonialisme

L’Afrique noire se révolte contre le colonialisme à la fin de la deuxième guerre mondiale

Lire encore sur C. L. R. James

Le panafricanisme par un partisan de Thomas Sankara

Lénine et Trotsky, plus proches sur la question noire des intérêts des masses noires opprimées que les leaders noiristes de la petite bourgeoisie :

L’oppression des noirs et l’internationale de Lénine et Trotsky

Trotsky, On Black Nationalism

Report on the Negro Question : Speech to the 4th Congress of the Comintern, Nov. 1922

Speeches in the congress of Comintern upon the negro question

The Negro Liberation Movement

Demonstration in Chicago in 1925

American Negro Problems

The Negro Question in America, John Reed

“Left” Imperialism and the Negro Toilers, George Padmore

Soviet Russia and the Negro

Discussion on Negro Question, Trotsky

Quand le Parti Communiste Américain, optant sous l’égide de Staline pour l’alliance avec de l’impérialisme américain, lâchait le combat des noirs comme il lâchait le combat des travailleurs

Stalinism and Negro History, CLR James

La Revolución Rusa y el movimiento negro estadounidense, James Cannon

Road Ahead in Negro Struggle, CLR James

The struggle for negro emancipation, Internationale communiste... stalinienne en 1935

Le point de vue de Lénine

Le travailleur noir, publication de l’Internationale de Lénine et Trotsky

Plans pour l’organisation nègre

La question noire aux Etats-Unis

Autodétermination pour les nègres américains

Le problème national et les tâches du parti prolétarien

Plus près des prolétaires des races « de couleur »

Resolution on the Negro Struggle

Negro National Colonial Question

The Russian Revolution and the Black Struggle in the United States

Shifts in the Negro Question

African Blood Brotherhood

Marxism and the Negro

For the Materialist Conception of the Negro Struggle

One gone in the wind

Black Radicals and Marxist Internationalism

Et maintenant, le panafricanisme ?

L’avenir de l’Afrique sera socialiste ou ne sera pas

Colonialisme, le retour !

Le monde capitaliste pleure le faux panafricain Nelson Mandela

Une critique marxiste de quelques intellectuels africains

L’Afrique n’est pas située en dehors de la lutte des classes

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