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La révolution prolétarienne en Finlande (1917-1918) ou le caractère mortel des illusions réformistes en situation révolutionnaire

mercredi 2 septembre 2015, par Robert Paris

Meeting révolutionnaire de soldats en Finlande en mars 1917

La garde rouge

La garde blanche

La terreur blanche

La ville de Tampere après le passage de la terreur blanche

La révolution prolétarienne finlandaise de 1917

En Finlande, les prolétaires tentent une révolution démocratique

« N’oublions pas, écrivait Lénine, de Zurich, le 11 mars 1917, que nous avons, à côté de Pétrograd, l’un des pays les plus avancés, pays républicain en réalité, la Finlande qui a, sous le couvert des batailles révolutionnaires de la Russie, développé, dans une paix relative, de 1905 à 1917, sa démocratie et conquis la majorité du peuple au socialisme… Meilleurs organisateurs que nous, les ouvriers finlandais, nous aideront en cette matière ; ils pousseront de l’avant, à leur façon, l’établissement d’une république socialiste. » (Troisième « lettre de loin » de Lénine, avant le retour de Lénine en Russie)

Si la Russie était ce que Lénine souligna maintes fois, l’un des pays les plus arriérés de l’Europe, la Finlande était un des pays les plus avancés du monde. Ses mœurs, son éducation politique analogue à celle des démocraties les plus progressistes de l’Occident, les victoires de son mouvement socialiste et jusqu’à sa structure industrielle, tout concourait, semblait-il, à y rendre aisée la victoire du socialisme.

Le peuple finlandais ne connut ni servage ni despotisme. Rattachée à la Suède depuis le XIIème siècle, la Finlande, pays de petits propriétaires auxquels la féodalité ne réussit jamais à s’imposer, passa en 1809 à la Russie, grâce à l’alliance de Napoléon et d’Alexandre 1er. Constituée en Grand-duché, elle conserva dans l’empire une large autonomie, d’autant plus effective qu’elle sut mieux la défendre contre ses grands-ducs, les tsars de Russie. La Finlande garda sa diète, ses monnaies, ses postes, son instruction publique, sa milice, son administration intérieure. Elle évolua comme les pays scandinaves, avec l’Occident. Les brutales tentatives de russification de Nicolas II ne firent que lui aliéner la société finlandaise tout entière. Deux ans après la révolution russe de 1905, qui obligea le tsar à accorder une constitution à la Finlande, celui-ci instituait chez elle le suffrage universel. Dès les premières élections, en 1907, les social-démocrates obtenaient au Sejm quatre-vints sièges sur deux cents. Les élections de 1916 leur donnèrent la majorité absolue : cent trois sièges sur deux cents. Ils votèrent la journée de huit heures et une intelligente législation communale. Et le parlementarisme socialiste se trouva au point mort. Pouvait-on s’acheminer paisiblement vers le socialisme, le bulletin de vote à la main ? La bourgeoisie finlandaise s’allia à Kérenski contre la « diète rouge » social-démocrate en majorité, dont le gouvernement provisoire de Pétrograd, continuant en l’occurrence la politique de l’autocratie, prononça la dissolution. Des sentinelles russes gardèrent les portes closes du parlement de Helsingfors. Aux élections qui suivirent, les social-démocrates gagnèrent des voix (passant de trois cent soixante-quinze mille suffrages l’année précédente à quatre cent quarante-quatre mille) et perdirent des sièges (tombant de cent trois à quatre-vingt douze). Ce résultat était dû aux fraudes habiles et cyniques des partis bourgeois.

Mais pas plus que le prolétariat finlandais ne pouvait se résigner à cette défaite électorale, la bourgeoisie ne pouvait se contenter d’une « victoire » aussi précaire. Un dénouement extra-parlementaire devait s’imposer. La bourgeoisie l’envisageait depuis longtemps et se préparait consciencieusement à la guerre civile. Le parti social-démocrate, formé depuis vingt ans à l’école de la « puissante » social-démocratie allemande et en proie aux illusions réformistes, espérait l’éviter.

La bourgeoisie finlandaise se préparait depuis 1914 à conquérir par les armes, à la faveur de la guerre impérialiste, son indépendance nationale. Trois mille jeunes Finlandais des classes aisées ou riches formant le 27e bataillon de chasseurs de l’armée allemande se battaient contre le Russe, ennemi héréditaire. Des écoles militaires clandestines existaient en divers endroits du pays. A la chute de l’autocratie, un corps de fusiliers volontaires se constitue dans le Nord afin d’assurer le maintien de l’ordre. C’est le « Schutzekorps » du général Herrich, première garde blanche formée au grand jour. Son quartier général est à Vasa, sur le golfe de Bothnie ; il reçoit des armes de Suède et d’Allemagne. La bourgeoisie exigeait cependant avec insistance le retrait des troupes russes, chargées depuis le début de la guerre de protéger le pays contre une descente allemande.

La révolution d’Octobre eut pour écho, en Finlande, la grande grève générale de la mi-novembre (14 novembre vieux style, 27 novembre nouveau style), suscitée par une disette grave qui n’atteignait que les classes pauvres et par la politique réactionnaire du Sénat, enclin à placer à la tête d’un Directoire dictatorial le réavtionnaire Swinbufwud. Le travail cessa partout. Les chemins de fer s’immobilisèrent. Les gardes rouges ouvrières, soutenues ça et là des soldats russes, occupèrent les édifices publics. Des collisions sanglantes se produisirent un peu partout entre blancs et rouges. Les députés discutaient. La bourgeoisie apeurée consentit à l’application de la loi des huit heures et de la nouvelle législation communale, ainsi qu’à la démocratisation du pouvoir exécutif qui passa du Sénat au Sejm (Diète). Et la grève générale, la victoire ouvrière se termina par la constitution d’un cabinet bourgeois, présidé par le réactionnaire Swinbufwud ! C’était l’avortement d’une révolution. De l’avis des révolutionnaires finlandais, la prise du pouvoir était à ce moment possible ; elle était même très facile ; l’appui des bolcheviks eût été décisif. Mais, écrivit plus tard le camarade Kuusinen, alors l’un des dirigeants de la social-démocratie finlandaise, « ne désirant pas risquer nos conquêtes démocratiques et espérant d’ailleurs franchir, grâce à d’habiles manœuvres parlementaires, ce tournant de l’Histoire, nous décidâmes d’éluder la révolution (…). Nous ne croyions pas à la révolution, nous ne fondions sur elle aucune espérance, nous n’y aspirions point. » Avec des chefs animés d’un tel esprit, la cause du prolétariat finlandais était bien compromise.

Or, la grève générale avait révélé aux prolétaires leur force, à la bourgeoisie le péril. La bourgeoisie finlandaise comprit que, livrée à elle-même, elle était perdue. Swinhufwud sollicita l’intervention de la Suède. L’armement des blancs se poursuivit avec énergie dans le Nord, où ils constituèrent des stocks de vivres. Le gouvernement entretint habilement la disette dans les centres ouvriers auxquels il importait de ne pas donner des réserves de vivres. La proclamation de l’indépendance de la Finlande ne changea rien. La possibilité d’une intervention suédoise ou allemande alarmait de plus en plus les prolétaires. Le Sejm vota, pour comble, par quatre-vingt-dix-sept voix contre quatre-vingt-sept, une motion contenant des allusions claires à la nécessité d’une dictature bourgeoise. Le problème du pouvoir se posa de nouveau, en termes plus graves qu’à la veille de la grève générale de novembre. Il apparaut, cette fois, aux social-démocrates, que toutes les chances de le résoudre par les voies parlementaires étaient épuisées. Il fallait se battre.

Le drapeau rouge fut hissé sur la Maison ouvrière de Helsingfors dans la nuit du 14 janvier (ou 27 janvier). La ville tout de suite prise, le Sénat et le gouvernement se réfugièrent à Vasa. Les rouges se rendirent maîtres en quelques jours, presque sans combat, des plus grandes villes, Abo, Vyborg, Tammerfors et de tout le sud du pays. Cette victoire trop pacifique était inquiétante. Les dirigeants social-démocrates (Manner, Sirola, Kuussinen, et.) formèrent un gouvernement ouvrier, le Conseil des mandataires du peuple, placé sous le contrôle d’un grand Conseil ouvrier formé de trente-cinq délégués (dix des syndicats, dix du Parti social-démocrate, dix des gardes rouges, cinq des organisations ouvrières d’helsingfors).

Qu’allait-on faire ? « Marcher jour après jour vers la révolution socialiste », déclaraient les mandataires du peuple. Ils instituaient le contrôle ouvrier de la production, facilité par la concentration très élevée des industries dominantes du bois, du papier, du textile ; ils réussissaient à enrayer le sabotage des banques. La vie publique et la production reprirent très promptement un cours à peu près normal.

La dictature du prolétariat était-elle possible ? S’imposait-elle ? Les dirigeants du mouvement ne le pensaient pas, bien que l’industrie occupât cinq cent mille personnes environ sur une population de trois millions d’âmes. Prolétaires et journaliers agricoles formaient une masse d’un demi-million d’hommes. Les agriculteurs petits et moyens, en majorité dans les campagnes, pouvaient être conquis à la révolution ou neutralisés par elle. Par malheur, « jusqu’à la défaite, la plupart des dirigeants ne se rendirent pas nettement compte des buts de la révolution » (O. W. Kuussinen). Ils entendaient établir, sans expropriation des classes riches ni dictature du travail, une démocratie parlementaire au sein de laquelle le prolétariat eût été la classe politiquement dirigeante.

Les principales mesures appliquées par le Conseil des mandataires du peuple furent la journée de huit heures, le paiement obligatoire des salaires des journées de grève révolutionnaire, l’émancipation des domestiques et valets de ferme (loués à l’année par les agriculteurs et soumis à un statut d’une extrême sévérité), l’abolition de la peine de mort (très rarement appliquée auparavant), l’exonération fiscale des pauvres (le minimum de revenu taxé fut désormais de deux mille quatre cents marks dans les villes et de mille quatre cents marks dans les campagnes au lieu de huit cents et quatre cent marks, un impôt spécial frappa les revenus de plus de vingt mille marks), l’impôt sur les logements de plus d’une pièce ; la libération de la presse encore soumise à d’anciennes réglementations, le contrôle des usines par les ouvriers.

D’autres mesuqres s’imposèrent un peu plus tard au cours de la guerre civile, telles que les réquisitions du blé et des pommes de terre, la fermeture des journaux bourgeois, la défense de l’exportation des valeurs, l’obligation générale du travail pour tous les adultes valides de dix-huit à cinquante-cinq ans. Cette révolution ouvrière se poursuivit au nom d’une démocratie idéale dont la conception fut précisée dès la fin de février par un projet de constitution appelé à faire au printemps l’objet d’un référendum. Parcourons ce beau projet.

Une assemblée des représentants du peuple, élue tous les trois ans au suffrage universel direct et secret (vote des femmes, majorité électorale : vingt ans) au système de représentation proportionnelle, serait l’autorité suprême dans la « République populaire de Finlande ». Outre les libertés démocratiques usuelles, la constitution consacrerait l’inviolabilité des personnes, le droit de grève et de surveillance des entreprises par les grévistes (contre l’emploi des jaunes), la neutralité de la force armée dans les conflits du travail. Toute modification de la constitution devrait être soumise au référendum. Les minorités de l’Assemblée pourraient, à la condition de réunir le tiers des mandats, exercer jusqu’à la session ultérieure le droit de veto sur toute loi, excepté les lois fiscales. Toute loi instituant des impôts indirects ou des taxes douanières (ces lois frappent surtout les pauvres) devrait être votée à la majorité des deux tiers. L’importation des articles de première nécessité serait exemptée de droits. Le gouvernement serait autorisé à prendre en cas de guerre des mesures exceptionnelles contre « les ennemis de la constitution ». Le droit à l’insurrection serait reconnu au peuple au cas où la majorité de ses représentants attenterait à la constitution. Le peuple jouirait du droit d’initiative en matière législative : tout projet de loi présenté par dix mille citoyens serait discuté d’urgence. Les fonctionnaires et les magistrats seraient élus pour cinq ans et rééligibles. Le cinquième des électeurs pourrait exiger en tout temps la réélection d’un élu. Le Conseil des mandataires du peuple, exerçant le pouvoir exécutif, serait élu pour trois ans par l’Assemblée qui lui désignerait en outre un président et un vice-président non rééligibles deux fois de suite et ne jouissant pas de droits particuliers. Le gouvernement serait surveillé par une « Commission du contrôle de l’administration et de l’application des lois ». Il suffirait du veto de deux membres de cette Commission pour suspendre l’application d’une nouvelle disposition légale. L’éligibilité des juges, soumis au contrôle du gouvernement, l’autonomie locale et la représentation des ouvriers dans toutes les administrations complétaient ces dispositions.

Contrairement à l’usage des démocraties bourgeoises, cette constitution eût réuni entre les mains de l’Assemblée des représentants du peuple les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire (dans une certaine mesure). Le gouvernement était à peu près réduit à des fonctions purement exécutives.

Un révolutionnaire finlandais a formulé sur ce projet le jugement suivant : « Le plus haut degré de développement de la démocratie bourgeoise (degré irréalisable en pratique au sein de la société capitaliste) était atteint en théorie ; la démocratiee bourgeoise ne peut, au-delà, que se transformer en dictature du prolétariat, si le prolétariat est vainqueur, de la bourgeoisie si le prolétariat est vaincu. » (« La révolution ouvrière en Finlande », Edouard Torniainen).

C’était un bien beau projet, passable utopique. « La faiblesse de la bourgeoisie, dit Kuussinen, nous laissait sous le charme de la démocratie et nous décidâmes de marcher vers le socialisme par l’action parlementaire et la démocratisation de la représentation nationale » Tel était, sur les socialistes finlandais, l’empire des illusions réformistes. Telle était leur funeste méconnaissance des lois de la lutte des classes.

La terreur blanche en Finlande

La bourgeoisie faisait preuve d’un réalisme beaucoup plus grand. Elle mit promptement sur pied une petite armée blanche, dont le Schutzkorps, le 27e bataillon de chasseurs de l’armée allemande – formée, comme nous l’avons déjà dit, de jeunes Finlandais -, une brigade de volontaires suédois et des volontaires recrutés dans la jeunesse bourgeoise et petite-bourgeoise fournirent le gros des forces (cinq mille hommes environ). Un ancien général de l’armée russe, d’origine suédoise, Mannerheim, accepta le commandement de ces troupes et promit d’abord de « rétablir l’ordre en quinze jours ». Le butin de quelques agressions heureuses contre les garnisons russes du Nord, perpétrées avec la complicité du commandement de celles-ci, compléta l’armement des blancs.

Les gardes rouges ne comprenaient, au début des hostilités, que mille cinq cents hommes environ, d’ailleurs mal armés. L’initiative appartint aux blancs qui, maîtres des cités du golfe de Bothnie, Uléaborg, Vasa, Kuopio, et de la Finlande agraire (septentrionale), formèrent un front continu du golfe de Bothnie au lac Lagoda.

Il y avait des garnisons russes à Sveaborg, Vyborg, Tammerfors, ville située au cœur du pays. Une partie de la flotte de la Baltique se trouvait à Helsingfors. Antonov-Ovseenko, Dybenko, Smilga avait créé parmi ces troupes et ces équipages des organisations bolcheviques. La garnison russe de Tammerfors, commandée par un officier révolutionnaire, Svetchnikov, repoussa les premières attaques de Mannerheim. Protégées par les Russes, les gardes rouges finlandaises purent s’armer et achever de s’organiser.

La paix de Brest-Litovsk imposa sur ces entrefaites à la Russie des Soviets le retrait des troupes russes de Finlande ; il n’en resta qu’un millier de volontaires, incorporés aux gardes rouges et dont beaucoup ne demandaient au fond qu’à rentrer chez eux. Un socialiste finlandais, Ero Happolainen, et Svetchnikov dirigèrent les opérations. Une offensive générale des rouges, déclenchée au début de mars, échoua, mais les confirma dans la conviction de vaincre. Du 15 janvier au 1et avril, l’effort organisateur du gouvernement ouvrier aboutit à la formation d’une force de soixante mille hommes (dont trente mille environ à l’arrière) et à de nombreux succès partiels au front.

Le chef du gouvernement blanc, Swinhufwud, obtint l’appui de Guillaume II. Vingt-mille Allemands, commandés par von der Goltz, débarquèrent à Hangoe, Helsingfors et Loviza, prenant les troupes rouges à revers. La prise de Helsingfors, après une âpre bataille de rues au cours de laquelle les Allemands et les blancs firent marcher devant eux des femmes et des enfants d’ouvriers (il en périt une centaine), fut suivie d’atroces représailles. L’artillerie bombarda la Maison ouvrière. Un journal suédois publia l’information suivante : « Quarante femmes rouges qui avaient, dit-on, des armes, ont été conduites sur la glace et fusillées sans jugement. » (dans « La terreur blanche en Finlande » C. D. Kataia) On ramassa plus de trois cent morts dans les rues.

Au gouvernement ouvrier, la tendance modérée représentée par Tanner était si forte que l’on n’adopta des mesures de rigueur contre les blancs de l’intérieur que lorsqu’il fut trop tard. Les tribunaux condamnaient souvent les contre-révolutionnaires à l’amende ou à des peines bénignes d’emprisonnement. S’il y eut des exécutions sommaires, elles furent dues à l’initative des gardes rouges.

L’irrésolution du gouvernement, les divergences de vues des chefs, leur refus de pousser la révolution plus avant, le caractère timoré des réformes agraires, l’impression du traité de Brest-Litovsk affaiblissaient les rouges. Le débarquement des Allemands produisit l’effet le plus démoralisant ; la puissance germanique atteignait à ce moment son apogée.

Mannerheim cerna Tammerfors où dix mille rouges dirigés par quelques officiers russes résistèrent avec acharnement. La ville fut prise maison à maison après une bataille de rues de plusieurs jours. On y fusilla deux cents Russes dont deux chefs de valeur, le colonel Boulatzel et le lieutenant Moukhanov. Plusieurs milliers d’assiégés parvinrent à fuir, deux mille environ succombèrent ou furent massacrés, cinq mille furent faits prisonniers. (dans « La révolution en Finlande » de M. S. Svetchikov)

C’est à Tavastehus, entre Tammerfors et Helsingfors, que se livra la bataille décisive. Vingt à vingt-cinq mille rouges se concentraient vers ce point, refoulés du nord au sud par Mannerheim et du sud au nord par von der Goltz, la retraite vers l’est coupée. Ils emmenaient, malgré les ordres du commandement, leurs familles et, souvent, tout leur mince avoir ; c’était une migration de peuple plutôt qu’un mouvement d’armée. Ces masses, qui devenaient facilement des cohues, ne pouvaient guère manœuvrer. Les blancs les arrosèrent de schrapnells. Cernées, elles se battirent héroïquement deux jours avant de capituler. Quelques milliers d’hommes s’ouvrirent un chemin vers l’est. La capitulation fut suivie d’un massacre. Le massacre des blessés était de règle. Il resta dix mille prisonniers que l’on interna à Rikhimiaki. Vyborg tomba le 12 mai. Quelques milliers de gardes rouges se réfugièrent en Russie.

Les vainqueurs massacraient les vaincus. On sait depuis l’Antiquité que les guerres de classes sont les plus effroyables. Il n’est pas de plus sanglantes, de plus atroces victoires que celles des classes réactionnaires. Depuis la saignée infligée à la Commune de Paris par la bourgeoisie française, le monde n’avait rien vu de comparable à l’horreur de ce qui se passa en Finlande.

Dès le début de la guerre civile, « il suffisait, dans la zone occupée par les blancs, pour être arrêté, d’appartenir à une organisation ouvrière et, pour être fusillé, d’y avoir rempli une fonction (…) Le massacre des socialistes atteignit de telles proportions qu’il finit par n’intéresser personne. » (C. D. Kataia)

A Kummen, où quarante-trois gardes rouges étaient tombés en combattant, près de cinq cents personnes furent passées par les armes. Il y eut « des centaines » de fusillés à Kotka (treize mille habitants) : « On ne leur demandait même pas leur noms, on les amenait par groupes (…). »

A Raumo, d’après les journaux bourgeois, « cinq cents prisonniers amenés le 15 mai reçurent le jour même le châtiment qu’ils méritaient. »

« On mitrailla le 14 avril, à Helsingfors, au faubourg de Toeloe, deux cents gardes rouges (…). Les rouges furent traqués de demeure en demeure. Beaucoup de femmes périrent. »

A Sveaborg, des exécutions publiques eurent lieu le jour de la Trinité. Aux environs de Lakhtis où les blancs firent des milliers de prisonniers, « les mitrailleuses travaillèrent plusieurs heures par jour ». « On fuislla en un seul jour, avec des balles explosives, quelques deux cents femmes ; des lambeaux de chair étaient projetés dans tous les sens (…). »

A Vyborg, six cents gardes rouges furent alignés sur trois rangs au bord du fossé des fortifications et froidement mitraillés.

Parmi les intellectuels assassinés, on mentionne un rédacteur du « Social-démocrate », Jukho Raino, et l’écrivain Irmani Rantmalla qui, conduit en bateau au lieu de l’exécution, « se jeta par-dessus bord dans l’espoir de se noyer, mais, sa pelisse l’empêchant de couler, les blancs le tuèrent dans l’eau à coups de fusil ».

Aucune statistique sur le nombre total des massacres n’existe ; les estimations courantes varient entre dix et vingt mille.

En revanche, le chiffre officiel des prisonniers rouges internés dans les camps de concentration est de soixante-dix mille. La famine, la vermine, les épidémies ravagèrent les lieux de détention. Un rapport signé d’un médecin finlandais connu, le professeur R. Tigerchtet, constate que « du 6 au 31 juillet 1918, le nombre des détenus varia, au camp de Tammerfors et dans la prison voisine, entre six mille vingt-sept et huit mille cinq cent quatre-vingt-dix sept. Deux mille trois cent quarante-sept détenus sont morts en ces vingt-six jours et la mortalité moyenne des détenus atteignit quatre cent sept pour mille par semaine. »

Au 25 juillet, il y avait encore dans les prisons finlandaises, cinquante mille huit cent dix-huit révolutionnaires. En septembre de la même année, vingt-cinq mille huit cent vingt affaires attendaient encore d’être examinées par les tribunaux. (…)

L’épuration sociale continua des mois durant dans tous les domaines. Le 16 mai, des mandats d’arrêt étaient lancés contre les anciens députés social-démocrates demeurés dans le pays. (…) Trois d’entre eux « se suicidaient » en prison dans la nuit du 2 juillet. Une dizaine fut condamnée à mort…

Nombre d’entre les condamnés, écrit Kataia, étaient de ces social-démocrates qui, avec l’habileté des traîtres au socialisme, avaient passé toute leur vie à servir la société bourgeoise. La bourgeoisie se vengeait aveuglément. »

La terreur blanche confond de coutume les réformistes – dont la bourgeoisie triomphante n’a plus besoin – et les révolutionnaires…

Au total, il ne semble pas exagéré d’admettre que plus de cent limme prolétaires finlandais (morts ou assez longuement détenus) furent frappés par la terreur blanche : le quart environ du prolétariat.

« Tous les ouvriers organisés ont été fusillés ou sont emprisonnés. » écrivaient au début de 1919 des communistes finlandais.

Ce fait nous permet une importante déduction théorique sur la terreur blanche, confirmée depuis par l’expérience de la Hongrie, de l’Italie, de la Bulgarie, etc.

La terreur blanche ne s’explique pas par la frénésie du combat, par la violence des haines de classe ou par d’autres facteurs psychologiques. La « psychose de guerre civile » n’y joue qu’un rôle secondaire. Elle est en réalité le résultat d’un calcul et d’une nécessité historique. Les classes possédantes victorieuses savent très bien qu’elles ne peuvent assurer leur domination au lendemain d’une bataille sociale qu’en infligeant à la classe ouvrière une saignée assez forte pour la débiliter des dizaines d’années durant. Et comme il s’agit là d’une classe beaucoup plus nombreuse que les classes riches, le nombre des victimes doit être très élevé.

L’extermination totale de tous les éléments avancés conscients du prolétariat est en somme l’objectif rationnel de la terreur blanche. En ce sens, une révolution vaincue coûtera toujours – indépendamment de ses tendances – beaucoup plus cher au prolétariat qu’une révolution victorieuse, quels que soient les sacrifices et les rigueurs que celle-ci puisse exiger.

Une observation encore. Les tueries de Finlande ont lieu en avril 1918. Jusqu’à ce moment, la révolution russe a, presque partout, presque toujours fait preuve vis-à-vis de ses ennemis d’une grande magnanimité. Elle n’a pas usé de la terreur. Nous avons mentionné quelques sanglants épisodes de la guerre civile dans le Midi, ils sont exceptionnels. La bourgeoisie victorieuse d’un petit pays qui compte parmi les plus éclairés de l’Europe rappelle la première au prolétariat que « malheur aux vaincus ! » est la loi des guerres sociales.

Extraits de Victor Serge, « L’An I de la Révolution »


En 1905, le pouvoir absolutiste de Nicolas II se voit déstabilisé par des mouvements sociaux qui s’étalent de janvier à novembre avec une apogée lors de la grève des cheminots puis grève générale en octobre. La lutte est particulièrement forte en Finlande où le Tsar accepte l’élection d’un Parlement au suffrage universel y compris par les femmes. Le grand duché de Finlande bénéficie dès lors d’une semi-indépendance avec sa propre constitution.

En fait, les élites russes et finlandaises comptent amuser le peuple par les élections mais sans rien changer de leur pouvoir économique et politique (l’exécutif reste en place). En 1907, les socialistes emportent les élections législatives ; cela ne fait qu’accentuer la terreur policière exercée contre toute force mettant en danger la puissance des grands propriétaires terriens et du patronat industriel.

Peu à peu, Nicolas II cède des revendications symboliques, en particulier nationales. En 1912, la Finlande participe sous ses propres couleurs aux Jeux Olympiques.

La répression tsariste du mouvement ouvrier et socialiste laisse la place à des divergences au sein de la classe privilégiées suédoise de Finlande entre :

d’une part la bourgeoisie libérale attachée au type de système politique et social de la France et de la Grande Bretagne. Ces "moineaux" sont dirigés par Kaarlo Juho Stählberg.

d’autre part l’aristocratie et la bourgeoisie plus conservatrices, tournées vers l’Allemagne dont le dirigeant se nomme Pehr Evind Svinhufvud af Qvalstad.

2) Vers une crise institutionnelle, sociale et révolutionnaire

L’année 1916 voit à nouveau le Parti social-démocrate obtenir une majorité absolue lors des élections législatives. C’est donc son dirigeant Oscar Tokoi qui négocie l’indépendance avec Kerenski, chef du gouvernement russe à majorité "socialiste" du printemps et de l’été 1917.

Les candidats du Parti social-démocrate finlandais ont bénéficié de la montée du mouvement de masse et ont surfé sur ses aspirations et ses revendications. Une fois élus, ils valident un objectif central de leur campagne législative : la journée de travail de 8 heures par jour. Ils ne veulent pas aller plus loin, ne se pressent pas pour en surveiller l’application, ne veulent en aucune manière changer l’ordre social existant, très inégalitaire en Finlande.

La déception populaire pousse alors à une radicalisation extra-parlementaire.

De plus, les négociations sur l’indépendance avec Kerenski n’ayant pas abouti, la droite retrouve une majorité au Parlement (Eduskunta). Sous la direction de PE Svinhufvud, dès son retour au pouvoir, sans se soucier de négociations, la droite proclame unilatéralement l’indépendance de la Finlande (6 décembre 1917).

Cette droite liée à la caste riche du pays, à l’Empire allemand et ses junkers, méprise les milieux populaires. Sa première décision d’importance est de recruter et organiser une armée de Gardes blancs (gardes de sécurité et civiques) pour préparer la guerre civile avec pour chef un boucher sanglant, le général Carl Gustaf Emil Mannerheim, qui ne parle même pas le finnois mais sait recruter les paysans aisés et diriger ses troupes pour balayer les militaires russes présents en Finlande.

3) Deux forces sociales se font face : les privilégiés (dont patronat, nobles, grands propriétaires terriens) d’un côté, le peuple de l’autre (principalement ouvriers et métayers).

L’effondrement institutionnel de la Russie tsariste entraîne en Finlande à partir de mars 1917 une évaporation du rôle habituel des forces de police.

Les milieux populaires d’un côté (dans leurs usines, quartiers, communes rurales), les riches de l’autre, créent leurs propres forces de sécurité, menant à l’émergence de deux corps militaires distincts et indépendants :

* d’un côté les Gardes Blancs (environ 40000).

* de l’autre, les Gardes Rouges recrutés par le parti social-démocrate (environ 30000).

Les milieux privilégiés constatent qu’ils ne pourront faire payer la crise (arrêt des commandes de guerre...) au peuple sans le casser militairement.

A ce moment-là, il est évident que la droite finlandaise au pouvoir prépare un coup de force contre le peuple mobilisé. Les provocations et répressions menées par les Gardes blancs laissent augurer d’un avenir bien sombre si les milieux populaires ne s’organisent pas pour se défendre.

4) Poussée ouvrière et populaire révolutionnaire. Que faire face au risque d’intervention massive des gardes blancs et de l’armée contre le mouvement populaire ?

Dans la deuxième moitié 1917, le milieu ouvrier finlandais connaît :

* une situation sociale très difficile ( licenciements, chômage, difficultés de ravitaillement, rapacité des propriétaires aux dépens des métayers pour compenser leurs pertes financières dans l’industrie...)

* une poussée révolutionnaire aussi forte qu’en Russie avec la mise en place de conseils ouvriers et de gardes rouges. En novembre, le Comité central révolutionnaire lance une grève particulièrement suivie, soutenue par les nombreux chômeurs, fermiers et paysans pauvres mais celle-ci n’aboutit pas politiquement car la direction du Parti socialiste ne veut pas sortir d’une "légalité parlementaire". Que faire ? Assumer un affrontement social ?

Les bolcheviks au pouvoir à Petrograd, tout proche, pensent que la social-démocratie finlandaise doit se préparer et préparer le peuple à un affrontement : ou répression sanglante ou révolution. Cependant, d’une part ils ont leurs propres problèmes face aux Blancs et face aux armées impériales, d’autre part ils respectent totalement l’autonomie de réflexion et de décision de la gauche finlandaise.

Les dirigeants du mouvement ouvrier finlandais ne sont pas prêts à se battre et ne souhaitent pas prendre de responsabilité dans l’affrontement social prévisible. L’un deux, Kuusinen, qui va devenir l’un des grands chefs du Komintern (3ème Internationale), résume ainsi, après coup, leur état d’esprit :

« Ne désirant pas risquer nos conquêtes démocratiques, et espérant d’ailleurs franchir, grâce à d’habiles manoeuvres parlementaires, ce tournant de l’Histoire, nous décidâmes d’éluder la révolution ... Nous ne croyions pas à la révolution ; nous ne fondions sur elle aucune espérance, nous n’y aspirions pas. »

Que faire ? Une grève générale ?

Face aux licenciements, aux baisses de salaire, aux besoins de ravitaillement, le milieu ouvrier et populaire a besoin d’agir. La Centrale Syndicale Finlandaise fournit une réponse réformiste inutile typique, sur le terrain seulement "social" : Grève générale de 5 jours. Dans le contexte finlandais du moment, cela ne fait qu’épuiser le mouvement social et radicaliser l’ensemble du patronat aux côtés de la droite en faveur d’une solution militaire expéditive.

Le 12 janvier 1918, les Gardes blancs (gardes de sécurité) reçoivent de la majorité parlementaire de droite le statut de force de l’ordre étatique.

5) Commence la torpparikapina (rébellion des métayers) dite aussi luokkasota (guerre des classes)

Désignée par les historiens finlandais sous des noms qui rendent compte de la réalité mais aussi de leur position personnelle, cette guerre civile va montrer, la première, le prix du sang que les bourgeoisies nationales et internationales sont prêtes à payer pour conserver leur pouvoir.

Jouissant de leur nouveau statut comme force de police, les Gardes blancs prennent l’initiative les premiers et mettent les gardes rouges devant l’alternative : être écrasés ou se défendre. Le premier choc éclate à Vyborg. Bientôt, l’affrontement atteint Helsinki où l’engagement populaire permet aux gardes rouges de l’emporter et de maîtriser cette grande ville.

Cependant, la social-démocratie attend toujours. Elle laisse les Gardes blancs désarmer les troupes russes stationnées dans le nord du pays. Un gouvernement blanc naît rapidement à Vasa de ce rapport de force dans le Nord. De fortes troupes de "volontaires" suédois vient lui prêter main forte.

Les insurgés autour d’Helsinki créent un Conseil des commissaires du peuple sous la direction de Kullervo Manner comprenant des sociaux-démocrates de gauche.

Les bolcheviks abandonnent leurs possibilités d’intervention en Finlande.

Conformément à son programme de droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et conformément au souhait des socialistes du pays, le pouvoir bolchévique a reconnu l’indépendance de la Finlande le 4 janvier 1918.

Le 3 mars 1918, la jeune république russe envahie par les armées allemandes, accepte un traité de paix qui l’affaiblit territorialement, financièrement, militairement et ne lui permet pas d’intervention en Finlande, contrairement à ce que fait immédiatement l’Allemagne aux côtes des Blancs.

6) L’armée blanche finlandaise

Elle comprend :

environ 1200 "volontaires" suédois dont un nombre important de cadres. Quatre-vingt-quatre de ces officiers volontaires ont joué un rôle important dès le début de la guerre civile.

les jäger, volontaires finlandais combattant au sein des armées allemandes contre l’armée russe dans la Baltique sont présents au sein des Gardes blancs dès le début de la guerre civile (27 janvier 1918). Encadrés par des officiers issus de milieux aisés, les soldats proviennent de milieux plus populaires (30% d’ouvriers, 14% d paysans, 20% d’illétrés...) généralement natifs des provinces agraires les plus dominées par l’aristocratie (41 % en provenance d’Ostrobotnie, à 15 % d’Uusimaa et pour 12 % de Carélie). Cette troupe d’élite fournit des unités de choc, bien armées, bien dirigées, habituées aux combats ; elle apporte aussi à l’armée blanche de nombreux officiers et instructeurs pour les nouvelles unités.

2000 soldats finlandais ayant combattu dans l’armée russe durant la Première guerre mondiale (de 1914 au début 1918, la Finlande fait partie de l’empire du tsar) et ayant été fait prisonniers par l’armée allemande qui les libère en les intégrant immédiatement parmi les Blancs.

les forces armées réactionnaires mises sur pied par la droite au pouvoir ainsi que par l’aristocratie et le patronat. Le baron Carl Gustav Emil Mannerheim, ancien officier de l’armée russe assume la direction des armées blanches.

La droite majoritairement monarchiste et germanophile (elle va proposer la couronne finlandaise au kronprinz, fils du Kaiser, puis à Frédéric de Hesse) fait appel à l’armée allemande pour exterminer les Gardes rouges. Nous sommes en pleine première guerre mondiale et la révolution russe a libéré des unités allemandes.

En face, les Gardes rouges disposent d’un effectif extrêmement courageux mais fluctuant (entre 20000 et 90000 hommes), plus proches de milices d’autoorganisation locale que d’une armée nationale.

Notons aussi la meilleure direction politique des Blancs par rapport aux Rouges. Alors que la Russie bolchévique avait reconnu l’indépendance de la Finlande avant le début de la guerre civile et alors qu’elle n’intervient pas militairement, les armées blanches vont se présenter sans cesse comme une force de libération nationale finlandaise contre les Russes représentés

7) La terreur blanche : 100000 morts, 20% des travailleurs finlandais massacrés

12500 soldats allemands (en particulier la 12ème division de la Baltique) débarquent sur la côte finlandaise. Ils sont dirigés par un fasciste avant l’heure, le général comte Rüdiger von der Goltz qui a déjà exercé ses talents dans les pays baltes.

Gardes blancs et troupes allemandes marchent d’abord vers le centre industriel de Tampere. Les Gardes rouges et le milieu populaire de la ville se battent farouchement, défendant rue par rue, maison par maison. Cependant, face à des troupes de l’armée régulière allemande et à des gardes blancs, bien mieux armés, la ville est prise et connaît la première vague d’extermination. Sur 11000 gardes rouges, la moitié est fusillée immédiatement, le reste va être dirigé vers les camps de concentration où les conditions de vie préfigurent les camps nazis des années 1930 qui joueront un rôle décisif dans le génocide de la gauche allemande. Aussitôt après, l’armée de Von der Golz et les spadassins de Mannerheim marchent sur la capitale Helsinki qu’ils prennent le 13 avril.

Enfin, Vyborg tombe le 30 avril 1918.

L’ordre règne en Finlande. Les pelotons d’exécution continuent leur oeuvre contre les militants ouvriers et sociaux-démocrates. 80000 anciens gardes rouges sont enfermés dans les premiers camps de concentration installés en Europe ; 12000 y décèdent rapidement de famine et de maladie (typhus). Quiconque est soupçonné d’être russe (en particulier les soldats, indépendamment de leurs opinions) se voit massacré.

Constitués à la mi-mai 1918, des tribunaux d’exception jugent à la va-vite 67788 Rouges ; 90% sont condamnés à l’internement ; 555 à la mort.

Les dirigeants de la social-démocratie finlandaise vont-ils enfin agir ? Oui, 21 dirigeants lancent un appel, diffusé par l’armée allemande, demandant aux derniers groupes de gardes rouges qui continuent à se battre (en particulier des métayers en zone rurale) de cesser le combat et de se rendre.

Les Finlandais donnent plusieurs noms à ce conflit :

* kansalaissota ou sisällissota (guerre civile),

* luokkasota (guerre des classes),

* punakapina (rébellion rouge),

* torpparikapina (la rébellion des métayers),

* vallankumous (révolution),

* veljessota (la guerre entre les frères).

* vapaussota (guerre de la liberté),

D’avril à mai 1918, des dizaines de milliers de travailleurs, de métayers et parfois leurs familles ont été passés par les armes. Leur auto-organisation par usine, par quartier, par zone rurale, parfois par ville, même concernant une grande majorité des ouvriers et de la population, s’est vue balayée par des troupes bien mieux armées, dirigées nationalement par des chefs expérimentés et déterminés. 7) Les premiers camps de concentration en Europe datent de la Terreur blanche en Finlande

Article de Wikipedia

" En janvier 1918, après trois mois de combat, la révolution en Finlande est finalement écrasée par les « blancs » du général Carl Mannerheim, aidés par les 12 500 soldats de la division allemande du général Von der Goltz. La répression est brutale. Les prisonniers rouges sont abattus à la mitrailleuse dans des fossés... Selon le général blanc Dénikine, « La haine pour les bolcheviques russes s’étendit à tout ce qui portait un nom russe. La répression s’abattit sur toute la population russe, qui n’avait rien connu de semblable pendant les jours du communisme finlandais. ».

Une série de camps de concentration sont ouverts pour interner les « rouges » vaincus pendant la guerre civile. Début mai 1918, on en compte 64 comprenant 81 000 prisonniers (soit 6 % de la population adulte finlandaise), essentiellement répartis au sud du pays. La difficulté énorme que représente le maintien d’un système carcéral aussi massif dans une Finlande détruite par la guerre civile amène rapidement le gouvernement d’Helsinki à mettre en place des lois d’amnistie. Début juin 1918, les camps sont regroupés en 26 lieux de détention puis progressivement démantelés si bien qu’en décembre, il ne reste plus que 6 100 prisonniers, considérés comme les plus dangereux. Fin 1921, il ne restera plus que 900 emprisonnés politiques. Au total, on estime à 12 500 le nombre de prisonniers décédés dans les premiers camps de la guerre civile – avec plus de 25 % de pertes pour certains (comme celui de Tammisaari) – chiffre auquel il faut ajouter les 268 exécutions capitales prononcées après la répression de l’insurrection bolchevique.

Les armées blanches polonaises créées par le gouvernement français vont suivre cet exemple des camps de concentration pour exterminer les "rouges" dès août 1918 puis ce sera le cas des nazis.

Jacques Sérieys

La révolution en Finlande

Perspectives de Lénine pour la Finlande en septembre 1917

Lénine en contact avec la révolution finlandaise en octobre 1917

L’intervention impérialiste en Finlande, rapportée par Trotsky

La révolution finlandaise selon Wikipedia

Selon Les Cahiers du Mouvement Ouvrier

La question nationale en Finlande

Le point de vue des contre-révolutionnaires

Lire aussi le roman de la révolution :

Vaino Linna : Les Gardes Rouges de Tampere

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2 Messages de forum

  • Proclamation de l’Internationale Communiste sur la terreur blanche :

    « En Finlande, pays de la démocratie bourgeoise, ils ont aidé la bourgeoisie finlandaise à fusiller plus de treize à quatorze mille prolétaires et à en torturer à mort plus de quinze mille dans les prisons. A Helsingfors, ils poussèrent devant eux des femmes et des enfants pour se protéger contre les mitrailleuses. C’est par leur appui que les gardes-blancs finlandais et les aides suédois ont pu se livrer à ces orgies sanglantes contre le prolétariat finlandais vaincu. A Tammerfors on força les femmes condamnées à mort à creuser elles-mêmes leurs tombes, à Viborg on abattit des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants finlandais et russes. »

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  • La Finlande, qui fut l’un des pays européens les plus critiques à l’encontre de la Grèce durant la crise de la dette, se retrouve aujourd’hui confrontée à de graves difficultés économiques qui ont conduit son ministre des Finances à la qualifier de nouvel "homme malade de l’Europe".

    Longtemps considéré comme l’un des bons élèves de la zone euro, le pays tente désormais de sortir de trois ans de récession.

    Les tentatives du Premier ministre Juha Sipila pour réduire les congés et les salaires ont provoqué d’importantes manifestations et des mouvements de grève. Une ambitieuse réforme des dépenses de santé a par ailleurs exposé les divergences au sein du gouvernement de coalition, qui a failli éclater la semaine dernière.

    Certains parlementaires de la mouvance du chef du gouvernement sont allés jusqu’à demander un débat sur la sortie du pays de la zone euro afin qu’il puisse dévaluer sa monnaie pour relancer les exportations.

    La marge de manoeuvre de Juha Sipila est étroite. Il doit convaincre tous les partenaires d’une coalition hétéroclite de la nécessité d’imposer des réformes structurelles pour relancer la croissance tout en ménageant les syndicats pour éviter de nouvelles grèves.

    Le chômage et la dette publique augmentent dans un pays freiné par un coût du travail élevé, le déclin de son emblème Nokia dans le domaine de la téléphonie et la récession en Russie, l’un de ses principaux marchés à l’export.

    En y ajoutant le vieillissement de la population, la Finlande, qui a déjà perdu son "triple A", vit son ralentissement économique le plus marqué depuis la Seconde Guerre mondiale et se prépare à des lendemains difficiles.

    Le Premier ministre, qui a prévenu que la Finlande pourrait connaître un sort similaire à celui de la Grèce, vise 10 milliards d’euros d’économies d’ici à 2030, dont quatre milliards d’ici à 2019.

    Pour y parvenir, son gouvernement, en place depuis cinq mois, se prépare à bouleverser la protection sociale, la gouvernance régionale et le marché du travail pour relancer l’emploi et les exportations.

    Les appels de Juha Sipila à un "esprit commun de la réforme" ont toutefois du mal à se faire entendre, comme en témoigne le tollé provoqué par ses propositions de réduire les congés des fonctionnaires et les primes au travail dominical.

    Une manifestation de 30.000 personnes dans les rues d’Helsinki en septembre et des grèves qui ont bloqué les chemins de fer, les ports et les moulins à papier l’ont contraint à renoncer à ces mesures.

    Avec un taux de chômage proche de 10%, de nombreux Finlandais regrettent les temps d’avant l’euro, quand les dévaluations de la monnaie nationale permettaient de relancer les exportations.

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