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Anti-islamophobie : un bourbier réactionnaire ou s’enlisent des "trotskistes" du NPA (2)

dimanche 12 juillet 2015, par Alex

Cet article est la suite de Anti-islamophobie : un bourbier réactionnaire ou s’enlisent des "trotskistes" du NPA (1).

Nous faisons une critique de l’article La montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie : Combattre toutes les formes du racisme

pour des raisons expliquées dans l’épisode (1), notamment la réunion publique commune NPA-UOIF (Frères Musulmans) du 6 mars dernier à Saint Denis.

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On lit dans l’article du groupe NPA-Convergences :

Si, après de longues luttes, il [l’antisémitisme] disparut des rangs du mouvement ouvrier, il resta florissant au sein de la petite bourgeoisie qui fournit l’essentiel de ses troupes à Hitler en Allemagne, avant de servir d’armature au régime de Vichy en France. Cet antisémitisme, essentiellement racial, avait pris sans trop de peine la suite de l’antijudaïsme religieux mis en avant pendant des siècles par l’Église catholique et certaines Églises protestantes.

Après l’extermination de six millions de Juifs par l’Allemagne nazie, l’antisémitisme fit en France profil bas. Si des préjugés anti-juifs continuaient d’exister au sein d’une bonne partie de la population, les groupes politiques d’extrême-droite qui en faisaient leur fonds de commerce restaient largement marginaux.

Ce passage est encore révélateur de la transformation d’ex-trotskistes en réformistes : l’Histoire qui est racontée, en l’occurrence celle de l’antisémitisme, est quasiment ce que les classes dirigeantes veulent nous enseigner à l’école.

Un événement majeur non daté est donc annoncé : l’antisémitisme aurait disparu du mouvement ouvrier ! On verra plus loin que l’article dénonce même un certain « favoritisme » de l’Etat français à l’égard des juifs. Il semble que 1945, la défaite de l’Allemagne nazie, soit la date que le rédacteur sous-entend. L’article aboutit donc à l’énormité suivante : après avoir eu ses « antisémites notoires » : Proudhon, Lafargue, Jaurès, Pouget, le mouvement ouvrier n’a plus de tendances antisémites. Comme on nous l’apprend à l’Ecole, ce sont les valeurs de « La Résistance » qui seraient donc le guide de tous les courants politiques actuels, donc ceux du « mouvement ouvrier »

On a déjà souligné l’absurdité de ne citer que des grands noms du mouvement ouvrier comme des anitisémites notoires. Mais surtout les crimes antisémites des courants bourgeois du mouvement ouvrier — social-démocratie et stalinisme — sont masqués.

Allemagne 1919 : la social-démocratie de Ebert, Noske alliée aux antisémites des corps-francs

Un premier crime est celui de la social-démocratie allemande, des Gustav Noske, Friedrich Ebert en 1919. Suite à la défaite allemande de 1918 ces socio-démocrates ont fait une alliance avec l’extrême droite des corps-francs, les précurseurs des nazis, pour écraser la révolution prolétarienne Allemande. Ils assassinèrent Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht. Les social-démocraties allemande et française avec l’aide des staliniens (en France Léon Blum et Maurice Thorez) ont fait par leur politique le lit du nazisme, donc de l’extermination des juifs. Mais cet épisode ne cadre pas avec l’explication de l’antisémitisme dans l’article de NPA-Convergences. Car dans cet article l’antisémitisme est interprété comme un préjugé qui « imprègne la société », « la population », bref la nature humaine.

Or Noske et Ebert n’étaient peut-être pas particulièrement antisémites, mais la bourgeoisie allemande a opéré un brusque virage politique fin 1918 : intégrer la social-démocratie à la direction de l’Etat, la faire coopérer avec l’extrême droite pour écraser la révolution ouvrière. De même la prise du pouvoir par Hitler en 1933 sera un choix de la bourgeoisie allemande et de son armée. C’est l’unique raison des déchainement d’antisémitisme d’Etat qui ont eu lieu, ils ne sont pas dus à la montée graduelle d’un « préjugé » dans la « population ».

Un jeune qui souhaite comprendre comment les génocides (Arméniens, Juifs, Rwandais et ceux que la bourgeoisie prépare) ont eu lieu doit comprendre cet aspect de la politique, qui est avant tout un aspect de la lutte de classe, très peu une question de racisme ou d’anti-racisme, aussi surprenant que cela puisse paraitre. Qui ne connait pas les Noske et les Ebert, militants de cette « gauche progressiste » (les socio-démocrates et les centristes dans notre jargon) sera incapable de comprendre et de combattre les pires politiques racistes des Etats d’aujourd’hui.

Ce n’est pas en lisant l’article du groupe NPA-convergence qu’on apprendra à connaitre l’alliance possible des socio-démocrates avec les pires antisémites. Pour comprendre cet épisode de la révolution allemande de 1919 l’ « Histoire de l’Armée Allemande » de l’historien pro-nazi Jacques Benoist-Méchin reste malheureusement une meilleure référence.

La vague antisémite stalinienne : 1945-1953

Un deuxième crime lié à l’antisémitisme est celui du Stalinisme. Le stalinisme on l’a vu a aussi participé par sa politique à la victoire du nazisme. Mais tout cela était avant 1945, le rédacteur de l’article de NPA-Convergences ne veut peut-être pas s’embêter avec ces détails historiques. D’accord, mais ce que l’article oublie de mentionner, c’est la vague antisémite impulsée par Staline après 1945 jusqu’à sa mort : Complot des blouses blanches, Procès de Prague, pogroms en Pologne (dont Kielce en 1946). Pologne où encore jusqu’en 1968 les staliniens utilisèrent l’antisémitisme pour combattre le mouvement étudiant), voir Mars 1968 en Pologne.

Le Parti communiste français (PCF) et la CGT de Thorez étaient un pur relais de Staline en France après guerre, cette vague antisémite a donc eu son relais en France dans le mouvement ouvrier, d’une manière ou d’une autre.

Puisque d’autres passages de l’article du groupe NPA-Convergences classent à juste titre les violences contre les femmes comme une forme de racisme, comment ne pas mentionner la vague de terreur anti-femme qui accompagna le déferlement de l’Armée stalinienne en 1944-45 en Europe de l’Est ? Le viol systématique fit partie du programme de Staline pour terroriser la population, empêcher tout soulèvement révolutionnaire analogue à celui de l’après première guerre mondiale. Voir à ce sujet le témoignage d’une femme hongroise, Alaine Polcz qui a subit ce sort et le raconte dans son livre Une femme sur le front (Asszony a fronton).

Là encore cette politique anti-femme n’est absolument pas le résultat de l’évolution graduelle d’un « sentiment qui imprègne la société » ou « la population » : c’est une politique contre-révolutionnaire. C’est donc l’étude de la lutte des classes au cours des guerres impérialistes, de la nature de l’URSS comme Etat ouvrier dégénéré de 1924 à 1990 qui permet de comprendre de tels épisodes. Alaine Polcz le montre très bien dans son livre : les viols par les soldats étaient le résultats d’ordre des officiers, ils n’avaient rien de spontané.

Après 1945 l’antisémitisme avait disparu des courants staliniens ? Pas du tout ! Les staliniens ne seraient donc plus une composante du mouvement ouvrier ? Malheureusement si ils le sont encore. Les maoïstes sont d’ailleurs une tendance du Stalinisme encadrant des millions d’ouvriers et paysans d’Afrique, d’Asie. Or dans l’article du groupe NPA-convergences, pas un mot sur l’antisémitisme des staliniens, des socio-démocrates avant et après 1945 !

Qui veut combattre les politiques racistes aura certes à combattre les Le Pen, qui sont des ennemis ouverts. Mais ce qui est plus difficile c’est de combattre les socio-démocrates et les staliniens faux-amis présents au sein du mouvement ouvrier. A quoi servent des militants trotskistes si au sujet du racisme comme sur d’autres ils ne dénoncent pas les crimes passés, ayant un aspect raciste, antisémite des staliniens et des socio-démocrates ? L’article du NPA-Covergence oublie de le faire, il est une oeuvre de réformistes sur ce plan-là. En effet, gardons en mémoire la 17 ème des 21 conditions énoncée au deuxième congrès de l’Internationale Communiste (1920) :

L’Internationale Communiste a déclaré une guerre sans merci au vieux monde bourgeois tout entier et à tous les vieux Partis social-démocrates jaunes. Il importe que la différence entre les Partis Communistes et les vieux Partis « social-démocrates » ou « socialistes » officiels qui ont vendu le drapeau de la classe ouvrière soit plus nette aux yeux de tout travailleur.

Suite à venir

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