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Anti-islamophobie : un bourbier réactionnaire ou s’enlisent des "trotskistes" du NPA (1)

mardi 30 juin 2015, par Alex

Une réunion publique NPA-UOIF — et autres — à Saint-Denis le 6 mars

Beaucoup de militants ont été choqués d’avoir vu le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) appeler et participer à une réunion publique intitulée Meeting contre l’islamophobie et le climat de guerre sécuritaire aux côtés de la CGT, à la Bourse du Travail de Saint-Denis, le 6 mars dernier, avec l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), donc avec l’extrême-droite religieuse.

Cela ne surprend pas de la part de la CGT. Le NPA a déjà donné dans ce domaine en présentant une candidate islamiste à des élections. Et le NPA ne se dit ni marxiste, ni trotskiste, ni révolutionnaire, ni parti ouvrier, son acte de naissance a été de se débarrasser de ces références.

Mais le NPA a donné refuge a des petits groupes qui prétendent porter haut le drapeau du trotskisme, continuer à le faire même au sein du NPA. Or un de ces courants, dont le site est Convergences Révolutionnaires (CR), se fait aussi le porte drapeau de « l’anti-islamophobie » notamment dans un article La montée de l’antisémitisme et de l’islamophobie : Combattre toutes les formes du racisme daté de mars-avril dernier, qui ne s’exprime pourtant pas sur la réunion publique du 6 mars et n’a publié aucun commentaire à ce sujet depuis.

Un autre petit groupe comme le Groupe Marxiste Internationaliste (GMI), même s’il n’est pas dans le NPA, prétend placer ce NPA dans un large camp hostile à l’Union nationale. Et la direction du GMI ne comprend pas pourquoi des militants de notre site restent sceptiques concernant leurs appels à l’union, qui est une politique qu’on pourrait qualifier de « convocation permanente ». Voir la déception du GMI

Or la collusion (dans l’appel pour le 6 mars) du NPA avec l’extrême droite religieuse anti-ouvrière, anti-communiste qu’est l’UOIF n’est à ma connaissance pas même discutée par le GMI ! Ce groupe contribue ainsi aux illusions que peut véhiculer le NPA. Car une telle réunion n’est pas anodine.

Or c’est en fournissant des arguments théoriques, pratiques en de telles occasions qu’un noyau de militants peut devenir un embryon de parti ouvrier. La direction du GMI appelle a un rassemblement de l’extrême gauche ... mais reste silencieuse face à un tel épisode important.

Il semble donc utile de clarifier certaines questions et tous les aspects qui sont liés, de voir si nos références nous aident à nous orienter face aux questions religieuses. Nous le ferons en partie en discutant l’article du groupe CR, qui a le mérite d’être un concentré représentatif des erreurs des anti-islamophobes d’extrême gauche qui quittent le terrain du marxisme.

Des militants oubliés par le groupe CR : Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxemburg, Trotsky

L’article de CR commence par taper non sur les racistes, la bourgeoisie et son Etat, l’impérialisme, mais sur le « mouvement ouvrier » et « la société » :

Du milieu du XIXe siècle à la première partie du XXe siècle (et pratiquement jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 1945) l’antisémitisme – c’est à dire la haine des Juifs – imprégnait l’ensemble de la société, mouvement ouvrier compris.

Chez les socialistes, avant de prendre la défense de Dreyfus, Jean Jaurès affichait un antisémitisme décomplexé, tout comme d’ailleurs une bonne partie du Parti ouvrier français de Jules Guesde. Chez les anarchistes, l’antisémitisme de Proudhon est bien connu. De même Emile Pouget, un des dirigeants de la CGT de 1901 à 1908, attaquait les Juifs dans son journal, Le Père peinard et traitait Dreyfus de « youtre alsacien ». Des écrivains de gauche, comme Jules Vallès ou Lissagaray, n’échappèrent pas non plus à la contagion.

Au sein de la Première Internationale, toutes tendances confondues, nombreux étaient ceux qui considéraient l’antisémitisme comme une forme normale d’anticapitalisme, tous les Juifs étant assimilés à la bourgeoisie. Ce qui conduisit le social-démocrate allemand August Bebel à déclarer un jour que « l’antisémitisme est le socialisme des imbéciles ». .

Si l’on a comme nous le but suivant : que ceux qui combattent toutes les formes de racisme rejoignent les rangs du prolétariat révolutionnaire, ces premiers paragraphes sont contre-productifs mais surtout faux : ils prétendent que le mouvement ouvrier est comme les autres en ce qui concerne le racisme !

La première erreur est de se placer du point de vue du « mouvement ouvrier ». Les références théoriques inscrites en haut de notre drapeau n’ont jamais été celles d’un « mouvement ouvrier » en général, de Proudhon ou Pouget, mais celles d’une tendance politique s’adressant à la classe ouvrière, tendance dont Marx et Engels ont levé le drapeau dans le Manifeste du Parti Communiste (et non le Manifeste du Mouvement ouvrier) en 1847 ... et qui s’est démarquée des Proudhon, Pouget et même Bebel parfois. Drapeau repris par Lénine, Trotsky, Rosa Luxembourg.

Marx et Engels ont-ils été antisémites ? Non ! Rosa Luxemboug, Léon Trotsky qui étaient juifs étaient-ils antisémites ? Non ! Ils ont subi et combattu l’antisémitisme. Lénine n’était pas juif mais a combattu l’antisémitisme, faisait de ce combat un aspect fondamental du combat plus général pour l’émancipation des travailleurs et de toute l’humanité. Pourquoi ne pas le rappeler aux lecteurs ouvriers ? Voir le discours de Lénine en 1919 plus bas, ou son enregistrement original (en russe) avec sous-titres en anglais.

Certes on imagine des militants de CR sourire : ils connaissent ces noms. Mais alors pourquoi ne pas les faire connaitre aux ouvriers ? CR suit Averroes et son double langage ! Pourquoi ne pas faire connaitre aux ouvriers le fait que toute une génération du mouvement ouvrier notamment autour de 1900, s’est engagée dans différentes tendances du mouvement ouvrier en partie pour combattre l’oppression des juifs et autre nationalités en Russie et ailleurs en Europe ? Et que c’est d’une tendance du mouvement ouvrier, non de l’ensemble du mouvement ouvrier que nous trotskistes nous réclamons entièrement :celle Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxemburg, Trotsky.

Seule la classe ouvrière, et non le mouvement ouvrier en général, est révolutionnaire jusqu’au bout. La première tâche de communistes a toujours été de se différencier des tendances réactionnaires du mouvement ouvrier.

Seule une révolution prolétarienne fera définitivement reculer l’antisémitisme et le racisme. Une partie des tâches de la classe ouvrière sera de vaincre politiquement les tendances réactionnaires du « mouvement ouvrier », c’est le B-A BA du marxisme.

CR se place en héritier non du courant communiste, mais d’un « mouvement ouvrier » en général. C’est un point de vue politicien, qui fait silence sur la seule tendance capable d’être contre toute forme de racisme et d’antisémitisme : celle incarnée par Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxemburg, Trotsky que CR ne cite pas.

Ainsi si le mouvement ouvrier se distingue en ce qui concerne le racisme, ce n’est pas par ce qu’il est dans son ensemble, mais par le fait que lui seul a pu faire naitre dans son sein une tendance communiste dont la politique, si elle devient celle du prolétariat en révolution, amènera à la naissance d’une société débarrassée du racisme. Ce n’est pas en lisant l’article de CR qu’un ouvrier fera connaissance avec cette tendance !

L’anticapitalisme, un fatras réactionnaire dénoncé au Chapitre 3 du Manifeste

Lorsque CR fait référence à ceux qui « considéraient l’antisémitisme comme une forme normale d’anticapitalisme », ce groupe sous-entend que l’anticapitalisme est positif, contrairement à l’antisémitisme. Or un des aspects du Manifeste de Marx et Engels est justement de dénoncer toutes les formes d’anticapitalisme qui ne sont pas communistes car elles sont réactionnaires.

L’anticapitalisme non communiste a été dénoncé au chapitre Les socialismes réactionnaires, conservateurs et utopiques du Manifeste.

Cet aspect du Manifeste demanderait à être mis à jour (chaque pays a son propre fatras féodal ou petit-bourgeois particulier dépendant de son histoire, de sa place dans la production mondiale), mais le principe reste valable aujourd’hui : les courants anti-capitalistes qui ont leur base sociale dans les restes des classes féodales, la petite-bourgeoisie, les ordres religieux même pauvres, donc hors du prolétariat, sont essentiellement réactionnaires.

Les communistes se réclamant du Manifeste de Marx et Engels sont contre le capitalisme, pour sa disparition. Mais Marx et Engels ne se disaient pas « anticapitalistes, » ils se proclamaient communistes, comme le firent Lénine, Rosa Luxemburg, Trotsky.

Ce sont les Etats bourgeois qui sont les premiers responsables du racisme, pas « la société »

Revenons à l’article de CR. L’expression « la haine des Juifs imprégnait l’ensemble de la société » est écoeurante : les juifs qui font partie de « la société » (un tiers de la population de Pologne vers 1930 !) se haïssaient donc eux-mêmes ? Si on se place au point de vue de « la société » en général , alors la lutte contre l’antisémitisme « imprégnait » aussi « la société » ! Pourquoi ne pas le rappeler ? Parler de « la société » et en rester là n’est de toute façon pas un langage marxiste : c’est seulement rabaisser les individus en accusant la « nature humaine », même au moyen d’ une prose de sociologue de la chaire évoquant « la société ».

La société est divisée en classes sociales et c’est une de ces classes, la bourgeoisie qui la dirige a son profit au moyen de l’Etat. « L’idéologie dominante est celle de la classe dominante » (Marx).

Ce n’est pas « la société » qui spontanément a mis en place des mesures d’Etat contre les juifs comme l’affaire Dreyfus qui est mentionnée dans l’article de CR, ainsi que les pogroms en Russie, l’extermination des juifs par les nazis de Hitler : ce sont avant tout les Etats qui ont propagé la haine des juifs, et seulement eux qui ont eu la capacité de mettre en action une politique antisémite : l’Etat Tsariste en Russie, qui organisait les pogroms, soutenu par le capital financier français (voir le monument réactionnaire qu’est le pont Alexandre III à Paris par lequel la bourgeoisie française célèbre encore cette alliance) a mené un politique antisémite, sans compter sur le « spontanéisme » de « la société ».

L’article de CR égratigne donc le mouvement ouvrier et la « société humaine » en général, mais les bourgeoisies françaises et russes et leurs Etats bourgeois ne sont pas mentionnés ! Or ce sont ces concepts : classe sociale, Etats qui sont le B-A BA du marxisme, même pour comprendre le racisme.

En accusant « la société » en général l’article de CR renforce le préjugé qu’on nous inculque à l’école : pour freiner notre sauvagerie individuelle, l’Etat nous serait indispensable.

Conclusion d’étape : à tout ouvrier conscient, des militants qui se disent marxistes peuvent faire lire le texte suivant de Lénine, qui prouve que la lutte contre toutes les formes d’oppression des nationalités, de racisme et d’antisémitisme a été un des moteurs de la révolution ouvrière d’Octobre 1917 en Russie. Ce texte est un des 8 discours de Lénine qui a été enregistré afin d’être accessible a des millions de prolétaires.

On ne peut se contenter de définir l’antisémitisme comme dans le dictionnaire. Lénine fait donc suivre une définition (bien plus militante que celle de l’article de CR) d’une analyse en termes de lutte de classes : l’antisémitisme moderne est un outil des exploiteurs capitalistes et féodaux dans leur lutte contre les ouvriers et les paysans :

L’antisémitisme signifie répandre la haine contre les juifs.

Quand la monarchie tsariste maudite vivait ses derniers jours, elle essaya de monter les ouvriers et paysans ignorants contre les juifs.

La police tsariste, en alliance avec les propriétaires terriens et les capitalistes, organisa des pogroms contre les juifs.

Les propriétaires terriens et les capitalistes essayèrent de dévoyer par défaut la haine des ouvriers et paysans torturés contre les juifs.

Dans d’autres pays aussi, on voit souvent les capitalistes fomenter la haine contre les juifs afin d’aveugler les ouvriers, de détourner leur attention du véritable ennemi du peuple travailleur, le capital.

La haine contre les juifs subsiste uniquement dans ces pays où l’esclavage des propriétaires terriens et des capitalistes a créé une ignorance abyssale parmi les ouvriers et paysans.

Seuls les personnes les plus ignorantes et les plus opprimées peuvent croire les mensonges et les calomnies qui sont répandus contre les juifs.

Cela est une survivance des anciens temps féodaux, où les prêtres brûlaient les hérétiques au bûcher, où les paysans vivaient dans le servage, et que où les gens étaient écrasés et amorphes.

Cette vieille ignorance féodale est en train de s’éteindre ; les yeux du peuple sont en train de s’ouvrir.

Ce ne sont pas les juifs qui sont les ennemis du peuple travailleur. Les ennemis des ouvriers sont les capitalistes de tous les pays.

Parmi les juifs, il y a des travailleurs, et ils forment la majorité.

Ce sont nos frères, qui, comme nous, sont opprimés par le capital ; ce sont nos camarades dans la lutte pour le socialisme.

Parmi les juifs, il y a des koulaks, des exploiteurs et des capitalistes, tout simplement comme il y en a chez les russes, et parmi les peuples de toutes les nations.

Les capitalistes s’efforcent de semer et fomenter la haine parmi les ouvriers de différentes confessions, différentes nations et différentes races.

Ceux qui ne travaillent pas sont maintenus au pouvoir par la puissance et la force du capital.

Les riches juifs, comme les riches russes, et les riches de tous les pays, sont en alliance pour opprimer, écraser, voler et désunir les ouvriers.

Honte au tsarisme maudit qui torturait et persécutait les juifs !

Honte à ceux qui fomentent la haine contre les juifs, qui fomentent la haine contre d’autres nations !

Vive la confiance fraternelle et l’alliance combattante des ouvriers de toutes les nations dans la lutte pour renverser le capital ! »

Lénine, mars 1919.

Suite à venir ...

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